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Justice constitutionnelle en RDC

Ce document décrit la justice constitutionnelle en RDC. Il discute de différents textes constitutionnels qui ont régi le pays, notamment l'Acte de la CNS de 1992, l'Acte constitutionnel de transition de 1994 et le décret-loi constitutionnel de 1997. Le document examine également les débats doctrinaux autour de ces textes.

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Justice constitutionnelle en RDC

Ce document décrit la justice constitutionnelle en RDC. Il discute de différents textes constitutionnels qui ont régi le pays, notamment l'Acte de la CNS de 1992, l'Acte constitutionnel de transition de 1994 et le décret-loi constitutionnel de 1997. Le document examine également les débats doctrinaux autour de ces textes.

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LA JUSTICE CONSTITUTIONNELLE EN RDC

Il s’agit d’un attendu qui a donné prétexte à une querelle doctri-


nale qui peut se résumer ainsi : pour le président Mobutu et ses par-
tisans, l’Acte de la CNS n’a pu exister faute de promulgation, et la
Cour n’avait pas à en tenir compte, même de manière incidente.
Le meilleur défenseur de cette tendance dans la doctrine est le Pro-
fesseur Félix Vunduawe te Pemako, suivi de l’avocat Ghislain Maban-
ga Monga Mabanga.
La thèse contraire à laquelle nous adhérons du fait aujourd’hui
acquis que la Conférence nationale souveraine avait statué comme
pouvoir constituant originaire, même sui generis, est que l’Acte de la
CNS n’avait pas à être promulgué ad validitatem s’agissant d’un tex-

4
1218
te issu du pouvoir constituant originaire.65

6395
Au demeurant, sur le plan du droit judiciaire, l’on peut s’étonner
qu’une certaine opinion66 trouve suspecte la référence au texte de la

97:1
CNS dans une procédure en annulation d’une ordonnance présiden-
tielle entachée d’illégalité.
Non seulement que la Cour a considéré que la CNS a statué 34.1
69.2
comme pouvoir constituant originaire mais aussi, elle devait consta-
158.

ter que les conditions visées au moyen étaient encore en vigueur. Il


en serait évidemment autrement si l’Acte de la CNS avait abrogé les
290:

dispositions relatives au droit de la propriété garantie par la Consti-


tution de 1967. La Cour, contrairement au raisonnement de
8842

M. Mabanga quant à ce, ne peut ignorer une nouvelle loi constitu-


28:8

tionnelle ou une nouvelle Constitution qui fonde par ailleurs le re-


cours qui lui est soumis. Il ne s’agit pas seulement d’une motivation
5567

adéquate, mais d’un attendu nécessaire. Le principe de non-


rétroactivité de la loi pour l’examen des faits au moment de leur
1038

commission posé en matière pénale s’applique-t-il à des dispositions


one:

d’ordre constitutionnel ?
Pour M. Mabanga, il appert que la Cour voulait se manifester
N
com:

dans ce moment décisif de l’histoire constitutionnelle du Congo en


rvox.
chola

65
KALUBA DIBWA, Essai d’évaluation des chances du retour de la démocratie au
Congo-Zaïre, Mémoire de licence, UNIKIN, Faculté de Droit, 1993, 79 p.
nal.s

66
MABANGA MONGA MABANGA, op. cit.., p. 87.
natio

50
inter
INTRODUCTION GENERALE

se prononçant, d’une manière ou d’une autre, sur cette question dé-


licate67.
Du reste, dire que l’Acte de la CNS du 2 août 1992 a abrogé la
Constitution de 1967 n’est nullement interpréter la Constitution,
compétence qui serait dévolue à la Cour suprême de Justice, toutes
sections réunies.68
À notre avis, toute juridiction a compétence d’interpréter la
Constitution par voie d’incident, la Cour suprême de justice n’ayant
eu cette compétence qu’à titre principal et sur seule requête du Pro-
cureur général de la République agissant soit d’office, soit à la de-
mande des autorités publiques indiquées par la Loi.

4
1218
Il est symptomatique d’un malaise juridique et politique profond

6395
qu’un chef de juridiction se soit permis, dans une interview, de se
désolidariser d’un arrêt de la Cour, au motif qu’il aurait été rendu

97:1
ultra petita, alors que le devoir de réserve le lui interdisait.

34.1
Et là où M. Mabanga voit l’assagissement de la Cour suprême de
justice, section administrative, l’on peut également voir qu’il s’agit 69.2
du même chef de juridiction qui a siégé, cette fois-là, sous R.A. 320
158.

du 21 août 1996, dans l’affaire Usor et Alliés contre Kengo et


consorts.
290:

Il y a eu, à n’en point douter, lutte d’intérêts politiques plutôt


8842

que débat juridique sérieux et désintéressé.


C’est également la vanité de l’argument d’absence d’autorité de la
28:8

chose jugée qui est attachée à l’arrêt examiné tant dans sa motivation
5567

que dans son dispositif, encore qu’une des parties audit arrêt se trou-
vait être la République du Zaïre, actuellement République démocra-
1038

tique du Congo, qui ne peut ignorer les lois qu’elle édicte elle-même.
one:

C’est dans ce contexte de confusion savamment entretenue tant


sur le plan politique caractérisée par un dédoublement institutionnel
N
com:

que sur le plan stratégique, que le Conclave Politique National, ré-


uni au Palais de la Nation du 9 au 19 mars 1993, a élaboré un texte
rvox.
chola

67
MABANGA MONGA MABANGA, op. cit.., p. 88.
nal.s

68
Idem, eodem loco.
natio

51
inter
LA JUSTICE CONSTITUTIONNELLE EN RDC

constitutionnel composite dit harmonisé dont l’étude vient d’être


effectuée.

 L’Acte constitutionnel de la transition du 9 avril 1994


Texte constitutionnel intérimaire devant régir le pays jusqu’à
l’adoption de la Constitution de la IIIe République par référendum,
l’Acte constitutionnel de la transition a la particularité d’avoir été
élaboré par un pouvoir constituant sui generis mais juridiquement
inexistant, car à la date du 9 avril 1994 l’organe appelé Haut Conseil
de la République-Parlement de Transition était non institué. Le fait
politique Hcr-Pt a précédé le constituant ; la pièce centrale de cette

4
1218
architecture institutionnelle se trouve être le Hcr-Pt qui a été à la
fois le constituant originaire bien que sui generis, le constituant déri-

6395
vé en vertu des articles 55, 58, 69 al. 3 et 116 de l’Acte constitution-
nel de transition et le législateur ordinaire.

97:1
Comme Félix Vunduawe te Pemako, l’on peut constater que cet

34.1
Acte constitutionnel de la transition a régi le pays du 9 avril 1994 au 69.2
16 mai 1997, date du coup de force de l’Alliance des forces démocra-
tiques pour la libération du Congo (A.F.D.L)69.
158.

Il faut noter que partiellement, en certaines de ses dispositions, ce


290:

texte est resté en vigueur du 27 mai 1997 au 4 avril 2003 malgré la


promulgation du Décret-loi constitutionnel n° 003. Il s’agit d’une
8842

Constitution intérimaire de la République et non d’une révision


28:8

constitutionnelle. Pour des raisons historiques, il est bon de noter


que le dédoublement institutionnel dont question ci-haut prit fin
5567

avec ce texte constitutionnel.


1038
one:

69
Il ne s’agit pas ici d’analyser le mode d’élaboration et d’écriture de ce texte qui
N

relève sans conteste des modes autocratiques d’établissement des constitutions ;


com:

cependant, il pose un problème précis dans la mesure où, quant à son contenu, il
ne marque qu’une rupture timide par rapport au chapitre relatif aux libertés
rvox.

publiques et même une incohérence fondamentale avec la nature juridique et


politique du régime qu’il institue, car l’article 37 de l’Acte constitutionnel de la
chola

transition qu’il entendait ainsi partiellement abroger fondait tout congolais à


s’opposer à un régime issu des armes. Ceci n’a pas tardé à survenir. Et pourtant
nal.s

cette disposition est demeurée en vigueur !


natio

52
inter
INTRODUCTION GENERALE

 La loi n° 95-004 du 6 juillet 1995 a prorogé la durée de la tran-


sition d’un délai supplémentaire de 24 mois, à dater du
10 juillet 1995.
– Le décret-loi constitutionnel n° 003 du 27 mai 1997 relatif à
l’organisation et à l’exercice du pouvoir en République démocra-
tique du Congo.
Ce texte vient mettre fin au vide constitutionnel qui a perduré du
17 mai 1997 au 26 mai 1997. À part les dispositions relatives à
l’organisation et à l’exercice du pouvoir désormais confiné entre les
seules mains du président de la République, l’article 14 dudit texte a
réactivé toutes les autres dispositions constitutionnelles de l’Acte

4
constitutionnel de la transition qui n’étaient pas contraires.

1218
Comme tous les textes constitutionnels de crise, le décret-loi

6395
constitutionnel n° 003 du 27 mai 1997 demeure irrégulier et ne peut
trouver des justifications théoriques que dans la théorie du gouver-

97:1
nement de fait. Il avait donc valeur constitutionnelle du point de vue

34.1
matériel et a régi le pays avant quatre modifications qu’il a connues :
 Le décret-loi constitutionnel n° 074 du 25 mai 1998 modifiait le
69.2
Décret-loi constitutionnel n° 003 du 27 mai 1997 et opérait un
158.

transfert du pouvoir législatif du Chef de l’État qui l’exerçait


jusque-là seul à l’Assemblée Constituante et Législative.70
290:

 Le décret-loi constitutionnel n° 122 du 21 septembre 1998 por-


8842

tant modification du Décret-loi n° 003 du 27 mai 1997 relatif


à l’organisation et à l’exercice du pouvoir en République démo-
28:8

cratique du Congo.71
5567

 Le décret-loi constitutionnel n° 180 du 10 janvier 1999 modi-


fiant et complétant le Décret-loi constitutionnel n° 003 du
1038

27 mai 1997 relatif à l’organisation et à l’exercice du pouvoir


one:

en République démocratique du Congo.72


N
com:

70
Lire MBOKO DJ’ANDIMA, L’État de droit constitutionnel en République
rvox.

démocratique du Congo. Contribution à l’étude des fondements et conditions de


réalisation, Mémoire de DES en Droit public, Université de Kinshasa, Faculté de
chola

Droit, 2005, p. 71.


71
Voir JORDC, 39e année, n° 19, 1er octobre 1998, p. 6.
nal.s

72
Voir JORDC, numéro spécial, février 1999, pp. 6-7.
natio

53
inter
LA JUSTICE CONSTITUTIONNELLE EN RDC

 Le décret-loi constitutionnel n ° 096/2000 du 1er juillet 2000.73


–La Constitution de la transition du 4 avril 2003 ou la seconde
Constitution intérimaire de la République démocratique du
Congo
L’accord de Lusaka pour un cessez-le-feu en République démocra-
tique du Congo signé les 10, 30 et 31 juillet 1999 avait prévu le dia-
logue national ouvert à toutes les forces politiques en vue de définir
un nouvel ordre politique74.
Le dialogue Inter-congolais eut lieu du 25 février au 12 avril 2002
à Sun City en Afrique du Sud et adopta différentes résolutions per-

4
tinentes pour la gestion de la transition. L’accord global et inclusif

1218
sur la transition en République démocratique du Congo signé le
17 décembre 2002 à Pretoria et adopté à Sun City le 1er avril 2003 est

6395
la source sociologique de la constitution de la transition. Le dialogue

97:1
Inter-congolais apparaît de ce point de vue comme un pouvoir cons-
tituant originaire sui generis.
Dans ce cadre s’inscrit l’Accord de Lusaka pour un cessez-le-feu 34.1
69.2
du 10 juillet 1999 qui fixe entre autres un canevas de résolution du
conflit interne congolais notamment au travers de l’article III,
158.

points 16, 19, 20 et du chapitre 5 de l’annexe « A » à l’Accord de ces-


290:

sez-le-feu portant modalités de mise en œuvre de l’Accord de cessez-


le-feu en République démocratique du Congo.
8842

Cet accord fait suite à plusieurs instruments internationaux dont


28:8

le communiqué du Sommet de Pretoria du 23 août 1998 réaffirmant


que tous les groupes ethniques et nationalités dont les personnes et
5567

le territoire constituaient ce qui est devenu le Congo à


1038

l’indépendance, doivent bénéficier de l’égalité des droits et de la pro-


tection aux termes de la loi en tant que citoyens ; le communiqué du
one:

sommet régional d’Entebbe du 25 mars 1998, le communiqué com-


mun du deuxième sommet de Victoria Falls tenu du 7 au
N
com:

8 septembre 1998, la résolution 1234 du 9 avril 1999 ainsi que les au-
rvox.

73
Voir JORDC, n° spécial, 1er juillet 2000, pp. 3-14.
chola

74
Pour les détails sur cette étape historique, lire avec intérêt Recueil de textes pour le
dialogue intercongolais in JORDC, 42e année, n° spécial, Kinshasa, mai 2001, 245
nal.s

p.
natio

54
inter
INTRODUCTION GENERALE

tres résolutions et décisions pertinentes du Conseil de sécurité des


Nations Unies sur le Congo ainsi que l’Accord de paix signé à Syrte
le 18 avril 1998.75
La Constitution de la transition a régi le pays jusqu’à la Constitu-
tion de la République démocratique du Congo promulguée le
18 février 2006.
Il y a lieu de noter cependant que la résolution contenue dans la
décision conjointe n° 001/D.C/A.N/SEN/05 du 17 juin 2005 por-
tant prolongation de la durée de la transition est de nature constitu-
tionnelle. Les deux chambres du parlement de transition ont en effet
statué comme pouvoir constituant dérivé sans que la procédure de

4
1218
révision constitutionnelle prévue pourtant par la Constitution adop-
tée par consensus ait été scrupuleusement suivie.

6395
 La Constitution du 18 février 2006

97:1
Ce texte a la particularité, comme les deux précédentes Constitu-

34.1
tions définitives du pays (1964 et 1967), d’être adopté par référen- 69.2
dum constitutionnel. Il instaure un régime parlementaire rationalisé
et organise un État à régionalisme constitutionnel très proche du
158.

fédéralisme dont les contours seront connus à l’épreuve de la prati-


que institutionnelle76.
290:
8842
28:8

75
Lire, pour des plus amples détails sur les péripéties de cette Constitution et son
5567

élaboration, Recueil de textes pour le dialogue intercongolais in JORDC, 42e année,


n° spécial, Kinshasa, mai 2001, 245 p. ; M’BODJ EL HADJ, Le contexte de
1038

l’élaboration de la Constitution de la transition en République démocratique du


Congo, communication faite au Sénat à l’occasion du séminaire sur les
one:

perspectives de la nouvelle Constitution de la République démocratique du


Congo, Palais du Peuple, septembre 2004, pp. 1-7 ; voir aussi ESAMBO
N

KANGASHE (J.-L.), La constitution congolaise du 18 février 2006 à l’épreuve du


com:

constitutionnalisme. Contraintes pratiques et perspectives, thèse de doctorat en


droit public, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, Université de Kinshasa,
rvox.

17 juin 2009.
76
Voy. ESAMBO KANGASHE (J.-L.), La Constitution congolaise du 18 février
chola

2006 à l’épreuve du constitutionnalisme. Contraintes pratiques et perspectives, thèse


de doctorat en droit public, Université de Kinshasa, Faculté de Droit, Université
nal.s

Paris 1 Panthéon- Sorbonne, 17 juin 2009 (cotutelle).


natio

55
inter
LA JUSTICE CONSTITUTIONNELLE EN RDC

L’étude qui conduit à l’aperçu des textes constitutionnels de 1885


à nos jours a fait fi expressément des constitutions coutumières ou
des pratiques constitutionnelles précoloniales qui auraient existé
dans les empires, royaumes et chefferies ayant constitué ce qui est
devenu la République démocratique du Congo.
La doctrine récente montre en effet que ces pratiques influent de
façon plus ou moins consciente les mœurs de l’État moderne au
point même de les dévoyer.77
Ce choix est arbitraire, mais il est justifié par la perspective mé-
thodologique que nous avons choisie : celle d’étudier les Constitu-
tions écrites adoptées par l’État congolais dans sa dimension histori-

4
1218
que positive et de voir les litiges politiques qu’elles peuvent engen-
drer et qui font partie du contentieux constitutionnel de droit

6395
écrit.78

97:1
B. Contenu et contours du contentieux constitutionnel

34.1
Il est apparu que le concept « contentieux constitutionnel » est 69.2
polysémique et mérite, dès lors, d’être explicité par nous pour être
opératoire dans la présente étude.79
158.

Cette explicitation sera entreprise à travers la recherche d’une dé-


290:

finition du contentieux constitutionnel, une définition du juge cons-


8842

titutionnel ainsi que les différentes distinctions qu’il faut établir


d’avec la justice judiciaire et la justice politique.
28:8
5567

77
Lire avec intérêt BOSHAB (E.), Pouvoir et droit coutumiers à l’épreuve du temps,
1038

Louvain-la-Neuve, Academia-Bruylant, 2007, 338 p.


78
Il est certes fort tentant d’analyser les conflits éventuels que des règles
one:

coutumières inférieures pourraient susciter à l’endroit de la coutume fondatrice


du clan ou de celle de la tribu qui serait ainsi tenue pour coutume
N

constitutionnelle ; il serait en cette occurrence pensable de voir comment le


com:

contrôle de constitutionnalité des coutumes s’exerce. Nous avons abandonné


cette perspective qui se butait à deux obstacles épistémologiques majeurs : ouvrir
rvox.

indéfiniment le sujet de notre recherche tant par rapport au temps qu’à l’espace
du territoire national et perdre ainsi inéluctablement le lieu précis du discours
chola

qui fonde la scientificité de la thèse.


79
MABANGA MONGA MABANGA, Le contentieux constitutionnel congolais,
nal.s

Kinshasa, EUA, 1999, p. 7.


natio

56
inter
INTRODUCTION GENERALE

a. Définition du contentieux constitutionnel


Partant de l’étymologie latine de contentiosus (qui donne ou peut
donner lieu à litige), le Professeur Michel de Villiers, définit le
contentieux constitutionnel comme l’ensemble des litiges liés à
l’application de la Constitution et donnant lieu à des prétentions
opposées. Cependant, renchérit-il, depuis que de nombreuses Cons-
titutions ont décidé qu’un tel contentieux pourrait être porté devant
les institutions au caractère juridictionnel fortement marqué,
l’habitude a été prise de considérer comme contentieux constitu-
tionnel l’ensemble des règles d’organisation, de compétence et de
procédure relatives à ces institutions80.

4
1218
L’on peut dégager deux idées essentielles de cette double défini-
tion. L’idée de contentieux implique celle de litige, de conflit à tran-

6395
cher par le juge. La seconde idée sera que l’étude du contentieux
constitutionnel passe nécessairement par celle de la juridiction qui a

97:1
reçu compétence de trancher les litiges constitutionnels.81

34.1
Cette seconde idée a l’avantage d’inclure dans l’étude du conten- 69.2
tieux constitutionnel les matières gracieuses dont connaît la juridic-
tion constitutionnelle.
158.

Nous savons désormais ce qu’est le contentieux constitutionnel, il


290:

nous reste à cerner la notion de juge constitutionnel avant de perce-


8842

voir les différences que ce dernier a vis-à-vis des autres types de justi-
ce dans l’État.
28:8

b. Définition de la juridiction constitutionnelle


5567

À ce stade, il est fort utile de marquer la différence qu’il y a entre


1038

la notion de « justice constitutionnelle » et celle de « juridiction


constitutionnelle » qui nous intéresse directement ici.
one:

En effet, par l’expression « justice constitutionnelle », Louis Fa-


N
com:

voreu désigne l’ensemble des institutions et techniques grâce aux-


rvox.
chola

80
de VILLIERS (M.), Dictionnaire du droit constitutionnel, 3e édition, Paris,
Armand Colin, 2001, p. 56, v° contentieux constitutionnel.
nal.s

81
MABANGA MONGA MABANGA, op. cit., p. 11.
natio

57
inter
LA JUSTICE CONSTITUTIONNELLE EN RDC

quelles est assurée, sans restriction, la suprématie de la constitution 82.


De même, l’éminent constitutionnaliste opine que la justice consti-
tutionnelle est chargée de veiller à ce que l’ordre constitutionnel soit
respecté sous tous ses aspects mais avec une intensité plus ou moins
grande83.
Pour sa part, Michel Fromont nous rappelle que « la notion de
justice constitutionnelle ne peut être qu’une notion matérielle : elle
ne peut que désigner une activité ou, si l’on veut, une fonction exer-
cée en la forme juridictionnelle par un organe indépendant ayant le
caractère d’une juridiction et parallèlement le juge constitutionnel
ne peut que désigner un juge exerçant la justice constitutionnelle,

4
1218
qu’il soit ou non spécialisé dans cette tâche ».84
Dès 1928 déjà, l’expression a le sens que nous lui accordons ici,

6395
dans les travaux de Hans Kelsen et Charles Eisenmann. Pour
M. Kelsen, en effet, la justice constitutionnelle, c’est la garantie juri-

97:1
dictionnelle de la constitution.85

34.1
Charles Eisenmann, en revanche, dit de cette justice qu’elle est 69.2
« cette sorte de justice ou mieux de juridiction qui porte sur les lois
constitutionnelles ». Il complétera cette première définition en dis-
158.

tinguant « justice constitutionnelle » et « juridiction constitutionnel-


290:

le », la seconde étant l’organe par lequel s’exerce la première et, en


dégageant le sens juridique de la justice constitutionnelle qui est, en
8842

dernière analyse, de garantir la répartition de la compétence entre


législation ordinaire et législation constitutionnelle.
28:8

En effet, la garantie de cette répartition de compétence est donc


5567

l’élément distinctif de l’existence d’une juridiction constitutionnelle.


S’il n’est pas attribué à un juge la compétence de garantir cette répar-
1038
one:
N
com:

82
FAVOREU (L.) et Alii, Droit constitutionnel, 8e édition, Paris, Dalloz, 2005,
p. 199, n° 243.
rvox.

83
Idem, op. cit., p. 231, n° 315.
84
FROMONT (M.), La justice constitutionnelle dans le monde, coll. Connaissance
chola

du droit, Droit public, Paris, Dalloz, 1996, p. 2.


85
KELSEN (H.), « La garantie de la constitution (la justice constitutionnelle) in
nal.s

R.D.P. », 1928, n° 5, pp. 198-257.


natio

58
inter
INTRODUCTION GENERALE

tition entre législations ordinaire et constitutionnelle, il faut bien


voir que ce juge n’exerce pas la justice constitutionnelle 86.
Il fut un temps où la doctrine française préférait l’expression
« contrôle de constitutionnalité des lois » à ce vocabulaire moderne.
À tort, cette assimilation doctrinale n’a pas l’avantage d’indiquer que
le contrôle de constitutionnalité des lois n’est qu’une technique à la
disposition de la justice constitutionnelle.
Cette tendance doctrinale pouvait trouver une explication dans le
fait que la justice constitutionnelle vise premièrement et principale-
ment la garantie de la suprématie de la constitution par rapport aux
autres normes juridiques étatiques. Le contrôle des actes administra-

4
1218
tifs et juridictionnels n’a guère soulevé de controverse, alors que la
censure du législateur, mieux de la loi, œuvre de la représentation

6395
nationale, a longtemps soulevé des débats, surtout à l’époque du lé-
gicentrisme triomphant et où la souveraineté de la loi est un dog-

97:1
me87.

34.1
En droit comparé, la justice constitutionnelle comprend notam- 69.2
ment le contrôle de constitutionnalité des lois, le contentieux des
élections et consultations populaires, le contentieux de la division
158.

horizontale ou verticale des pouvoirs et le contentieux des libertés et


290:

droits fondamentaux.
Le juge constitutionnel est chargé principalement de ces quatre
8842

types de contentieux ; il peut être chargé également de la justice poli-


28:8

tique qui se ramène au contentieux répressif de certains personnages


éminents de l’État.
5567
1038
one:
N
com:

86
EISENMANN (C.), La justice constitutionnelle et la Haute cour constitutionnelle
d’Autriche, nouvelle édition, Aix- Marseille, PUAM, Paris, Economica, 1986,
rvox.

p. 123.
87
Voy CARRE DE MALBERG (R.), La loi, expression de la volonté générale,
chola

(réimpression), Paris, Economica, 1984, pp. 16-22 et 67. Contra : VEDEL (G.),
Droit constitutionnel, Paris, Sirey, 1949, p. 118 ; ARDANT (P.), Institutions
nal.s

politiques et droit constitutionnel, 8e édition, Paris, LGDJ, 1996, p. 112, n° 84.


natio

59
inter
LA JUSTICE CONSTITUTIONNELLE EN RDC

De fois, l’interdiction ou la dissolution des partis politiques en cas


de violation des principes constitutionnels peut relever également de
la compétence du juge constitutionnel.88
Il est utile de noter que le juge constitutionnel congolais vient, à
peine, depuis le 18 février 2006, de recevoir la compétence en matiè-
re de justice politique, celle-ci ayant été, depuis la Loi fondamentale
du 19 mai 1960 relative aux structures du Congo, confiée à une Hau-
te Cour de Justice89.
Depuis 1964 jusqu’au 18 février 2006, c’est la section judiciaire de
la Cour Suprême de Justice qui a été le juge du contentieux pénal à
l’endroit des plus hauts dirigeants de l’État.

4
1218
L’on peut noter déjà que cette justice politique n’a pas fonctionné,

6395
pour des raisons qui sont exposées ailleurs, alors que les archives de la
Cour de sûreté de l’État indiquent des condamnations des opposants

97:1
politiques à des sanctions pénales allant de l’emprisonnement à la pei-
ne capitale.90
Marquons enfin les différences entre la juridiction qui exerce la 34.1
69.2
justice constitutionnelle de celles qui sont judiciaire ou politique.
158.

c. Distinction du contentieux constitutionnel d’avec


290:

la justice judiciaire et la justice politique


8842

Outre ce qui vient d’être dit au point précédent, l’on peut noter
que le contentieux judiciaire est, en dernière analyse, le contentieux
28:8

des gouvernés, le contentieux constitutionnel étant celui des gouver-


5567

nants91.
1038
one:

88
Article 61 de la Loi n° 04/002 du 15 mars 2004 portant organisation et
N

fonctionnement des partis politiques, JORDC, n° spécial, 18 mars 2004, p. 15.


com:

89
Article 40 de la Loi fondamentale complétée par la loi du 23 septembre 1963
relative à l’organisation et à la procédure de la Haute Cour de Justice, MC, n° 10,
rvox.

15 mai 1964, pp. 271-273.


90
Il suffit de se rappeler les procès Nguz a Karl i Bond ou des treize parlementaires
chola

pour se convaincre que la justice politique n’a fonctionné que dans son aspect
répressif à l’égard des gouvernés.
nal.s

91
MABANGA MONGA MABANGA, op. cit., pp. 11-12.
natio

60
inter
INTRODUCTION GENERALE

Il est fort utile de remarquer qu’au-delà de l’intervention du juge


judiciaire en matière civile, commerciale, sociale ou répressive, il est,
à tout point de vue, le juge de personnes privées, physiques ou mora-
les, les pouvoirs publics étant, en principe, justiciables du juge admi-
nistratif.
L’on peut observer également une différence fondamentale des
règles de procédure régissant le contentieux judiciaire par rapport à
celles qui président au procès constitutionnel. Le plus souvent dans
le second cas, il s’agit d’un procès objectif fait à un acte tandis que
dans le cas du contentieux judiciaire, le procès reste, sauf rares cas,
très subjectif, opposant les parties relativement à leurs droits subjec-
tifs en l’absence d’un acte juridique auquel il serait fait grief en tant

4
1218
qu’acte générateur des droits dans l’ordonnancement juridique.

6395
Il reste fort tentant de confondre le juge constitutionnel d’avec le
juge politique, nous dit Mabanga Monga Mabanga92, car si le juge

97:1
politique est essentiellement répressif, la répression ne constitue
qu’une de nombreuses prérogatives du juge constitutionnel.
Cet auteur observe que le juge politique peut être considéré com- 34.1
69.2
me le protecteur des institutions politiques contre les particuliers alors
que le juge constitutionnel joue, à l’inverse, le rôle de censeur desdites
158.

institutions dans l’intérêt aussi bien de la collectivité nationale que des


290:

particuliers.
La perception de Mabanga Monga Mabanga nous semble néan-
8842

moins quelque peu erronée car, il suffit de remarquer que le juge po-
28:8

litique est le juge répressif des dirigeants pour se rendre compte qu’il
ne peut pas être leur protecteur a priori.
5567

La nuance eut été en effet que le catalogue des infractions politi-


1038

ques incriminant les attitudes des particuliers et rendant la Cour de


sûreté de l’État compétente à leur égard donnait l’impression partiel-
one:

le que cette justice s’exerçait au seul profit des institutions politiques.


N

Mais ceci ne doit pas nous occulter la réalité juridique que la sec-
com:

tion judiciaire de la Cour suprême de justice à l’époque et la Cour


constitutionnelle aujourd’hui étaient et sont compétentes pour exa-
rvox.

miner les infractions politiques des dirigeants. Au surplus, aux diffé-


chola
nal.s

92
Idem, p. 13.
natio

61
inter
LA JUSTICE CONSTITUTIONNELLE EN RDC

rents procès politiques, la présence des victimes, simples particuliers,


pouvait et peut toujours être envisagée.
En revanche, nous opinons que la justice constitutionnelle est
toujours organisée par la Constitution alors que la justice politique
peut ne pas être organisée par la Loi fondamentale.
Toutefois, la procédure à appliquer par devant les deux juridic-
tions sera toujours organisée par une loi qui peut être organique,
pour le juge constitutionnel, et ordinaire, pour le juge politique.
Ces distinctions aussi subtiles que fertiles devaient nous conduire,
sans tarder, à savoir sur quoi se fonde la légitimité de ce contrôle ju-

4
ridictionnel des actes de gouvernants.

1218
6395
C. Des fondements théoriques du contrôle juridictionnel
Étudier les fondements théoriques du contrôle juridictionnel

97:1
constitutionnel, c’est nécessairement examiner pourquoi le consti-

34.1
tuant organise et assure la suprématie de la Constitution sur toute
autre norme, suprématie à la fois matérielle et formelle, qui trouve
69.2
sa justification dernière dans la garantie juridictionnelle de cette su-
158.

prématie.
290:

a. La suprématie matérielle de la Constitution


8842

ou le titre juridique des gouvernants


28:8

La suprématie ou l’autorité matérielle de la Constitution est, se-


lon la doctrine, fondée sur l’importance du contenu des règles cons-
5567

titutionnelles, organisation du pouvoir, consécration des droits et


libertés fondamentales du citoyen. La Constitution est la « loi su-
1038

prême » de l’État et le statut de ce dernier93.


one:
N
com:

93
DUBOUIS (L.) et PEISER (G.), Droit public, 16e édition, Paris, Dalloz, 2003, p. 3.
En ce qu’elle constitue les autorités suprêmes de l’État, la Constitution en
rvox.

constitue, à coup sûr, le titre juridique en vertu duquel lesdites autorités


prétendent légitimement exercer le pouvoir. Dès lors, il est logique qu’aucune
chola

autorité constituée ne saurait, sauf à avoir des tendances suicidaires, contester la


suprématie du titre qui fonde le pouvoir exercé. Voilà pourquoi, du point de vue
substantiel, les normes matérielles s’imposeraient plus facilement à ceux qui ont
nal.s

le pouvoir de vouloir pour la Nation.


natio

62
inter
INTRODUCTION GENERALE

Mais cette suprématie n’existe que dans les États qui ont une
Constitution rigide, puisque dans les États à Constitution souple une
simple loi ordinaire peut 94modifier une règle constitutionnelle.
Ces affirmations devenues classiques ne sont pas de nature à justi-
fier le contrôle juridictionnel des normes subordonnées à la Consti-
tution. Aussi, convient-il de remarquer qu’un système juridique est
un ensemble organisé des règles de droit, de normes, régissant une
société donnée. Toutes ces normes n’ont pas la même valeur. Des
subordinations apparaissent, ainsi que le dit Philippe Ardant95, né-
cessairement en ce sens que des liens s’établissent entre elles, où des
règles commandent à d’autres, leur sont supérieures, ne peuvent être

4
1218
violées par ceux qui élaborent les normes subordonnées.
La thèse de la hiérarchie pyramidale des normes exposée par le ju-

6395
riste autrichien Hans Kelsen peut se résumer par cet axiome selon
lequel « l’ordre juridique n’est pas un système de normes juridiques

97:1
placées au même rang, mais un édifice à plusieurs étages superposés,

34.1
une pyramide ou une hiérarchie formée d’un certain nombre
d’étages ou couches de normes successives »96. On trouve donc au
69.2
sommet de la hiérarchie, la norme-mère ou Grundnorm, celle qui
158.

commande tout le système juridique. Au dessous d’elle, se situent


d’autres normes. À chaque degré, le nombre des normes s’accroît et
290:

par là s’élargit la base de la pyramide.


8842

Dès lors, pour que l’édifice ainsi érigé tienne, il faut absolument
que les normes inférieures respectent scrupuleusement la norme
28:8

fondamentale ou de base. Considérée dans son acception matérielle,


5567

l’autorité de la Constitution tient aussi et surtout au fait qu’elle


constitue le titre juridique en vertu duquel les gouvernants accèdent
1038

au pouvoir et l’exercent avec l’obéissance légitime des gouvernés. Ne


pas tenir compte de la Constitution ou plutôt des règles qu’elle édic-
one:

te, c’est, du même coup, saper les bases du pouvoir.


N

Il est unanimement admis que l’obéissance aux gouvernants qui


com:

fonde le phénomène du pouvoir est aujourd’hui cristallisée et symbo-


rvox.
chola

94
ARDANT (P.), Institutions politiques et droit constitutionnel, op. cit., p. 92, n° 66.
95
Cité par ARDANT (P.), op. cit., p. 93.
nal.s

96
Ibidem
natio

63
inter
LA JUSTICE CONSTITUTIONNELLE EN RDC

lisée par l’adoption par le peuple de la Constitution.97 En régime libé-


ral et démocratique tout au moins, violer la Constitution c’est contes-
ter du même coup l’obéissance que les gouvernés ont placée dans le
système juridique qui est, au demeurant, le bouclier juridique du pou-
voir de l’État. La violation par trop fréquente de la Constitution ne
laisse au régime politique que l’apparence macabre d’une dictature,
d’un pouvoir de fait, nu c’est-à-dire susceptible d’être contesté par
voie de fait sans qu’aucun argument de droit ne soit légitimement op-
posé98. Il en est de même de l’autorité formelle de la Constitution.

b. La suprématie formelle de la Constitution :


le pouvoir constituant

4
1218
Au-delà de ce qui vient d’être dit, il y a lieu de remarquer que
l’autorité formelle de la Constitution résulte, dans le cas unique des

6395
Constitutions rigides, du fait que la révision constitutionnelle ne
peut être opérée que par une loi adoptée, soit par un organe spécial,

97:1
soit selon une procédure spéciale.

34.1
Du point de vue politique, l’on peut observer que la spécialité de 69.2
la procédure de révision tient au fait que l’œuvre à réviser est celle
du souverain et, par parallélisme de forme et de compétence, il ne
158.

peut agir que selon les formes préalablement établies par lui. En ef-
fet, permettre à n’importe quel organe et selon n’importe quelle
290:

procédure de procéder à la révision constitutionnelle, c’est, à coup


8842

sûr, affaiblir et fissurer l’édifice constitutionnel et politiquement


éparpiller les centres des décisions de l’État. Par ailleurs, le pouvoir
28:8

politique est d’essence centralisateur et a horreur d’émiettement du


centre d’impulsion. Au cas où ceci arriverait, nous ne serions pas
5567

loin d’une anarchie.


1038

Aussi, il importe de noter que le constituant étant la force politi-


que dominante au sein de l’État, la violation des formes établies
one:
N
com:

97
ALLAND (D.) et RIALS (S.) (sous la direction de), Dictionnaire de la culture
juridique, Paris, Lamy, Quadrige, PUF, 2003, pp. 257-266.
rvox.

98
ROUSSEAU (D.), « Une résurrection : la notion de Constitution », in RDP, 1990,
pp. 5-22 ; voir aussi une application concrète de cette idée dans KAMUKUNY
chola

MUKINAY (A.), Contribution à l’étude de la fraude en droit constitutionnel


congolais, thèse de doctorat en droit, Université de Kinshasa, Faculté de Droit,
nal.s

2007, 595 p.
natio

64
inter
INTRODUCTION GENERALE

pour réviser la norme fondamentale indique au minimum que la


force politique dominante a changé des mains ou que la norme elle-
même a perdu de sa légitimité au point qu’elle peut être foulée au
pied dans l’indifférence totale des gouvernés.
Puisque le contrôle par l’opinion de ce respect a démontré ses li-
mites dans l’histoire – les lois de 1933 ont été adoptées dans
l’indifférence totale du Volk allemand ! – il est fort utile de confier
cette mission à un corps infime des citoyens qualifiés chargés de sui-
vre à la place de la Nation la conformité des actes de gouvernants à
la Norme fondamentale.

4
1218
c. La garantie juridictionnelle ou l’efficacité
de la séparation des pouvoirs

6395
Il est acquis que la séparation des pouvoirs est l’un des fonde-

97:1
ments de la démocratie constitutionnelle. Cependant, pour éviter le
piège du formalisme qui réduirait le prescrit constitutionnel à un
34.1
simple costume à la taille des gouvernants, il s’est posé la question 69.2
essentielle de la garantie de la protection de la Constitution. 99
158.

La doctrine a déjà établi la faiblesse de la protection politique,


bien qu’elle soit l’une des formes de protection de la Constitution.
290:
8842

99
Ainsi peut-on apprécier la publication de nombreuses études de sciences sociales
28:8

s’intéressant à cette question de l’accès au droit ; par exemple : BIHR (A.) et


PFEFFERKORN (R.), Déchiffrer les inégalités, Paris, La Découverte, Syros,
5567

1999 ; CHAZEL (F.) et COMMAILLE (F.), Normes juridiques et régulation


sociale, Paris, LGDJ, 1991 ; Conseil d’État, L’aide juridictionnelle : pour un
1038

meilleur accès au droit et à la justice, Paris, La Documentation française, 1991 ;


DEFFAINS (B.), « Économie de la Justice », dans Dictionnaire de la justice,
one:

CADIET (L.), (sous la direction de), Paris, PUF, 2004 ; DEFFAINS (B.) et
DORIAT-DUBAN (M.), « Équilibre et régulation du marché de la justice : délai
N

versus prix », Revue économique, n° 5, 2001, pp. 949-974 ; DUBET (F.), Les
com:

inégalités multipliées, Paris, Édition de l’Aube, 2000 ; INSEE, Données sociales


2002-2003 : la société française, Paris, Insee, 2002 ; J. FAGET, « Regard
rvox.

sociologique sur l’accès au droit », dans L’accès au droit, LEDUT (F.), (sous la
direction de), Tours, Publications de l’Université François Rabelais, 2002 ;
chola

Ministère de la Justice, Annuaire statistique de la Justice 2005, Paris, La


Documentation française, 2005 ; ROUET (G.), Justice et justiciable au XIXe et
nal.s

XXe siècle, Paris, Belin, 1999 ; TREVES (R.), Sociologie du droit, Paris, PUF, 1995.
natio

65
inter
LA JUSTICE CONSTITUTIONNELLE EN RDC

Jean Gicquel pense en effet que « symbole de l’État, la Constitution


mérite aide et protection car, à défaut, elle serait une œuvre mor-
te ».100
Fort longtemps, Georges Burdeau s’interrogeait sur la survivance
de la notion même de Constitution qu’il tenait « pour un temple
allégorique investi par des ombres ».101
La résurrection de ce que Georges Vedel qualifie de « gouverne-
ment de la Constitution » s’inscrit dans le cadre du constitutionna-
lisme démocratique. Ainsi, la protection de la Constitution dans sa
forme politique s’articule autour de la défense des institutions et la
défense de l’équilibre politique.102

4
1218
Au nom de la légitime défense de l’ordre constitutionnel, face à

6395
un péril, écrit Jean Gicquel, à une entreprise de déstabilisation, le
chef de l’État, le gouvernement, ainsi que les citoyens, se mobili-

97:1
sent.103 La défense de l’équilibre politique mutuel des institutions
politiques relève de l’autolimitation dont le caractère aléatoire a été
34.1
déjà démontré. L’État de droit éprouve certes le besoin de certitude, 69.2
et, en cette occurrence, la certitude est assurée par la protection juri-
dique de la Constitution. Il est même arrivé que dans cette rhétori-
158.

que de la défense de l’ordre constitutionnel il soit fait un contrôle


290:

des omissions du législateur.


La plupart des Constitutions modernes, adoptées, en Europe,
8842

après la Seconde Guerre mondiale et après la chute du Mur de Ber-


28:8

lin, contiennent un catalogue des droits fondamentaux dont la


concrétisation exige souvent l’intervention du législateur. Il en est
5567

particulièrement ainsi lorsqu’il s’agit de rendre effectifs les droits


1038
one:

100
GICQUEL (J.), Droit constitutionnel et institutions politiques, 16e édition, Paris,
Montchrestien, 1999, p. 172.
N

101
NTUMBA-LUABA LUMU (A.-D.), Droit constitutionnel général, op. cit., p. 166.
com:

102
Voir, dans ce sens, FATIN-ROUGE STEFANINI (M.), « Justice
constitutionnelle, justice ordinaire, justice supranationale : à qui revient la protection
rvox.

des droits fondamentaux en Europe ? », (en collaboration avec Laurence Gay) « II –


Le constat du désordre », rapport présenté lors de la XXe Table Ronde
chola

internationale sur la justice constitutionnelle, Annuaire International de justice


constitutionnelle, 2004, pp. 233-244.
nal.s

103
GICQUEL (J.), op. cit., pp. 172-174.
natio

66
inter
INTRODUCTION GENERALE

fondamentaux sociaux (droit aux prestations sociales, droit à


l’emploi, droit à l’instruction, etc.).
Sans l’intervention du législateur, la garantie constitutionnelle de
ces droits fondamentaux risque de revêtir un caractère purement pla-
tonique. Pourtant, alors qu’ils ont souvent mis en place un contrôle
de constitutionnalité des lois, ces mêmes textes constitutionnels
n’ont pas prévu, en principe, expressément la possibilité d’un
contrôle de constitutionnalité des omissions du législateur.
En d’autres termes, la possibilité d’un contrôle direct des omissions
législatives, c’est-à-dire la possibilité de contester directement une abs-

4
tention du législateur, est rarement envisagée par ces Constitutions.

1218
Seule la Constitution portugaise de 1976 se distingue par la procédure

6395
qu’elle prévoit pour dénoncer directement l’inconstitutionnalité par
omission.

97:1
Néanmoins, dans le cadre du contrôle de constitutionnalité des

34.1
lois, les juridictions constitutionnelles, en particulier le Conseil
constitutionnel français et la Cour constitutionnelle italienne, ont
69.2
nécessairement été confrontées au problème du silence de la loi
158.

soumise à leur examen et ont alors accepté de contrôler indirecte-


ment les omissions législatives à travers le texte de loi comportant
290:

les silences du législateur. Seule une approche de droit comparé de


8842

cette question pourra permettre la mise en évidence de toutes les


formes que peut prendre le contrôle des omissions du législateur et
28:8

toutes les intensités qu’il peut revêtir.


5567

Aussi faudra-t-il concentrer l’analyse sur les expériences euro-


péennes de justice constitutionnelle qui permettront d’atteindre cet
1038

objectif, en particulier sur les expériences portugaise, espagnole, ita-


one:

lienne et française. Il s’agira notamment d’étudier minutieusement


toutes les techniques juridictionnelles mises au point par les juridic-
N
com:

tions constitutionnelles de référence pour contrôler les omissions du


législateur et de montrer jusqu’où ces juridictions constitutionnelles
rvox.

peuvent aller dans l’exercice de ce contrôle sans empiéter sur la li-


berté normative du législateur.
chola
nal.s
natio

67
inter
LA JUSTICE CONSTITUTIONNELLE EN RDC

En effet, la protection juridique de la norme fondamentale est


l’apanage de seules Constitutions rigides ou formelles, les Constitu-
tions simplement matérielles rentrant dans le cadre de la théorie de
la souveraineté parlementaire. La loi étant souveraine, elle peut bien
intervenir en toutes matières sans risque d’un contrôle quelconque.
C’est le prolongement de la théorie de la représentation nationale
dont la conséquence première est le légicentrisme qu’engendre la sa-
cralité de la loi entendue comme expression de la volonté générale
de la Nation.
Par ailleurs, il est permis de voir que la désacralisation de la loi et,
par ricochet, de la théorie de la représentation nationale est à la base

4
1218
de la catégorie nouvelle du Rechtstraat. L’Allemagne hitlérienne a fait
l’expérience amère des conséquences néfastes de la théorie de la repré-

6395
sentation nationale.
Ceci explique pourquoi la théorie de l’État de droit a son origine

97:1
sur les rives du fleuve Rhin.104 Et dans le cadre de cette théorie, « le

34.1
Parlement ne peut plus tout faire » et même, dans le contrôle de
constitutionnalité des lois, le juge constitutionnel peut accorder aux
69.2
droits de l’homme un statut juridique préférentiel, comme en
158.

Israël105.
290:

La doctrine voit dans le contrôle juridique et juridictionnel de la


constitutionnalité l’aboutissement logique du constitutionnalisme et
8842

la consécration de l’État de droit106, de même que l’on y verrait aussi


la sanction attachée à la hiérarchie des normes, le révélateur de l’État
28:8

de droit107.
5567
1038
one:

104
Un proverbe français ne dit-il pas que chat échaudé craint l’eau froide ? Chez
N

nous, en langue lingala, ne dit-on pas que « Moto basui ye na nyoka abangaka
com:

ligorodo ? ». Traduction : Une personne déjà mordue par un serpent a peur,


même d’un crapaud.
rvox.

105
BARAK (A.), « La révolution constitutionnelle : la protection des droits
fondamentaux », in Pouvoirs, n° 72, Paris, 1994, p. 17.
chola

106
MPONGO BOKAKO BAUTOLINGA (E.), Institutions politiques et droit
constitutionnel, Kinshasa, EUA, 2001, p. 105.
nal.s

107
NTUMBA LUABA LUMU (A.-D.), Droit constitutionnel général, op. cit., p. 164.
natio

68
inter
INTRODUCTION GENERALE

Il importe de souligner avec Léo Hamon que l’on est passé de « la


condition des souverains assurés de l’immunité à celle de justicia-
bles ».108
Ainsi, écrit Édouard Mpongo Bokako, le contrôle des lois et des
actes ayant force de loi constitue une sanction de la suprématie de la
Constitution109.
Au-delà du caractère presque automatique de ce contrôle juridic-
tionnel, il est apparu, depuis, le risque « de gouvernement des juges »
dont l’occurrence est restée toutefois théorique. En effet, en faisant
respecter l’autorité de la Constitution, le juge se voit confier un re-
doutable pouvoir : celui d’interpréter la Constitution ; or le juge ne

4
1218
fera jamais respecter que l’interprétation qu’il donne de la Constitu-
tion et non la Constitution elle-même. D’où, écrivent Hubert Le-

6395
noir et Alain Moyrand, en réalité, la suprématie constitutionnelle est
d’abord la suprématie du juge constitutionnel car en lui confiant ce

97:1
pouvoir d’interprétation, il peut faire dire à la Constitution ce qu’il

34.1
souhaite.110
69.2
En minimisant le risque ainsi exposé, il y a lieu de retenir que
l’on est en présence d’un organe juridictionnel de contrôle des lois
158.

lorsque trois critères sont réunis :


290:

a. L’indépendance des membres de l’organe de contrôle,


b. La procédure suivie doit présenter des garanties d’une procé-
8842

dure juridictionnelle,
28:8

c. L’autorité de la chose jugée dont est revêtue la décision de


l’organe de contrôle.
5567
1038

Si la nécessité de cet organe juridictionnel est établie et semble lo-


gique, sa légitimité, par contre, est restée longtemps sujette à cau-
one:

tion.
N
com:
rvox.

108
Cité par GICQUEL (J.), op. cit., p. 174.
chola

109
MPONGO BOKAKO BAUTOLINGA (E.), op. cit., p. 105.
110
LENOIR (H.) et MOYRAND (A.), Essentiel de droit constitutionnel et
nal.s

institutions politiques, Paris, L’Hermès, 1994, p. 75.


natio

69
inter
LA JUSTICE CONSTITUTIONNELLE EN RDC

Ainsi, les arguments de refus ont été souvent avancés pour


contrer le contrôle des lois :
Primo, la logique démocratique élémentaire voudrait que le peu-
ple étant souverain, ses représentants puissent avoir la latitude de
tout faire.
Secundo, la théorie rousseauiste qui fonde le mythe de la loi infail-
lible perçue en tant qu’elle exprime la volonté générale et non plus
les caprices d’un monarque est à l’origine d’une culture politique qui
a longtemps été réticente en ce qui concerne le contrôle des lois. La
loi était censée éliminer l’arbitraire du monarque.

4
Tertio, une conception organique de la séparation des pouvoirs de

1218
la théorie de Montesquieu a donné lieu au résultat logique qu’un or-

6395
gane fut-il juridictionnel, du fait que les pouvoirs législatif et exécutif
sont indépendants, ne saurait juger ces derniers.

97:1
Quarto, le célèbre argument du gouvernement des juges né dans

34.1
les allées du congrès des États-Unis.
La doctrine est allée jusqu’à montrer que le juge constitutionnel
69.2
affectait la démocratie dans son principe pour la remplacer par la
158.

« nomocratie »111. Il nous reviendra plus tard de voir comme le bon


fonctionnement du juge constitutionnel influence de manière pé-
290:

renne l’ordre politique et juridique de l’État au point que l’on ne se


8842

tromperait guère en affirmant que la Constitution est ce que le juge


constitutionnel dit qu’elle est.
28:8

Pour résumer ce débat doctrinal et politique, le contrôle des lois


5567

est non seulement nécessaire et logique mais aussi juridiquement


fondé car, pour reprendre l’heureuse formule du Conseil constitu-
1038

tionnel français, la loi n’exprime la volonté générale que dans le res-


pect de la constitution112.
one:

Le juge devra donc se borner à réguler le cours législatif sans pré-


N
com:

tendre se substituer aux représentants du peuple, ni se préoccuper


des considérations d’opportunité politique des lois. Il ne devra sta-
rvox.

tuer qu’en constitutionnalité.


chola

111
GICQUEL (J.), op. cit.., p. 175.
nal.s

112
CC, 23 août 1985, Nouvelle-Calédonie, p. 70.
natio

70
inter
INTRODUCTION GENERALE

C’est ainsi que le juge constitutionnel ne se préoccupe pas tou-


jours des comportements dont la régulation relève de la responsabili-
té politique. Toutefois, les comportements inconstitutionnels peu-
vent revêtir des formes qui entraînent tantôt des sanctions politi-
ques, telle la révocation, tantôt des sanctions juridiques, tel le cas de
sanctions pénales dans l’hypothèse de la haute trahison commise par
des organes suprêmes de l’État. Il sied de noter cependant qu’un
comportement peut être à la fois politique et revêtir une coloration
pénale. Ainsi, en est-il le cas d’une malversation financière d’un mi-
nistre qui constitue à la fois un délit pénal et une faute politique évi-
dente. La question centrale de l’État de droit passe aussi par la pro-

4
tection que la société doit procurer au juge pour que de telles res-

1218
ponsabilités lui soient confiées en toute sécurité.

6395
Le juge protecteur est-il lui-même protégé ?
Pour que le juge ait la force de défendre les autres citoyens, il doit

97:1
se sentir lui-même défendu et protégé. En effet, chargé par la société

34.1
de la mission de dire le droit, c’est-à-dire de résoudre les différends
selon les règles de la vérité légale, le juge doit obtenir de la même
69.2
société les garanties suffisantes le mettant à l’abri de toute sorte
158.

d’atteintes à son intégrité aussi bien physique, morale que celle rela-
tive à la sécurité de son emploi.
290:

La mission de trancher les conflits est toujours délicate et parfois


8842

périlleuse. Toutes les parties ne sont pas toujours d’accord avec le


verdict de celui qui s’interpose dans leur conflit et qui prétend y ap-
28:8

porter une solution soi-disant équitable. La partie dont les intérêts


5567

auront été bousculés au profit de son adversaire en voudrait certai-


nement à l’auteur de la solution qu’il prendrait pour injuste, surtout
1038

que, dans la plupart des cas, l’exécution de la décision du juge ne se


négocie pas. Aussi faut-il que le juge soit protégé contre toute attein-
one:

te éventuelle, pour éviter que la partie ne parvienne à se venger sur


N

lui. Sur ce plan, il semble que le juge congolais est suffisamment pro-
com:

tégé au double point de vue de la législation et de la surveillance ma-


térielle :
rvox.

Sur le plan de la législation, il est protégé par les dispositions du


chola

code pénal qui a prévu tout un catalogue des peines susceptibles de


dissuader quiconque aurait l’intention de se rendre lui-même la justi-
nal.s
natio

71
inter
LA JUSTICE CONSTITUTIONNELLE EN RDC

ce en blessant un magistrat. Les magistrats congolais font souvent


appel à cette protection de manière parfois abusive, ce qui coûte à
certains d’entre eux des poursuites judiciaires aboutissant à des sanc-
tions exemplaires.
En ce qui concerne la protection matérielle, celle-ci est assurée par
les forces de l’ordre qui veillent, jour et nuit, non seulement devant
leurs bureaux ou dans les salles d’audience où elles sont prêtes à ré-
pondre à l’appel du président de la juridiction concernée, mais aussi,
en principe, devant les domiciles de ces derniers.
En plus de cette situation protectrice, il y a lieu d’ajouter d’autres
garanties dont bénéficie le magistrat congolais : le privilège de juri-

4
1218
diction, celui de « l’irresponsabilité », d’après lequel la partie perdan-
te n’a pas de possibilité de se retourner contre le juge et intenter

6395
contre lui une action fondée sur le fait que la solution que le juge a
donnée au litige lui a porté préjudice : c’est la procédure spéciale en

97:1
matière de « prise à partie », laquelle peut entraîner une amende et la

34.1
possibilité pour le juge de postuler une demande reconventionnelle
dans le cas où cette prise à partie aurait été déclenchée avec légèreté
69.2
et que le juge intéressé aurait considéré qu’elle a été vexatoire, etc.
158.

Le problème de garanties morales du juge est très sérieux. Il est


290:

plus discuté et c’est sur cette question que l’accord est loin d’être una-
nime. Ce problème touche principalement le principe de
8842

l’indépendance. Le principe d’un « pouvoir » constitué par l’ensemble


des Cours et Tribunaux, découle des enseignements de Montesquieu
28:8

qui, à la recherche des institutions politiques pouvant assurer au


5567

mieux la liberté des citoyens, d’un système politique dans lequel les
pouvoirs sont séparés et peuvent, le cas échéant, s’arrêter les uns et les
1038

autres, a découvert cette situation dans le système britannique : c’est


le fameux principe de la séparation des pouvoirs législatif, exécutif et
one:

judiciaire.
N
com:

En Afrique noire, ce principe constitue l’une des rançons de la


décolonisation politique ; compris ou non, il est inscrit dans les tex-
rvox.

tes constitutionnels, aux titres consacrés à l’exercice des pouvoirs.


La République démocratique du Congo n’a pas échappé à cette
chola

règle au moment de sa décolonisation. La Loi fondamentale du


nal.s

19 mai 1960, la Constitution du 1er août 1964 et celle du 24 juin 1967


natio

72
inter
INTRODUCTION GENERALE

ont proclamé avec force que « le pouvoir judiciaire est indépendant


des pouvoirs législatif et exécutif ».
De son côté, la Constitution actuelle du 18 février 2006 dispose,
en son article 156 que « le pouvoir judiciaire est indépendant du
pouvoir législatif et du pouvoir exécutif. Il est dévolu aux Cours et
Tribunaux qui sont : la Cour Constitutionnelle, la Cour de cassa-
tion, le Conseil d’État, la Haute Cour militaire, les Cours et Tribu-
naux, civils et militaires, ainsi que les parquets rattachés à ces juridic-
tions ». L’article 151 de la même Constitution « enfonce le clou » en
disposant que : « Le pouvoir exécutif ne peut donner d’injonction au
juge dans l’exercice de sa juridiction, ni statuer sur les différends, ni

4
1218
entraver le cours de la justice, ni s’opposer à l’exécution d’une déci-
sion de justice » (alinéa 1). « Le pouvoir législatif ne peut ni statuer

6395
sur des différends juridictionnels, ni modifier une décision de justice,
ni s’opposer à son exécution… » (alinéa 2). L’alinéa 3 conclut de ma-

97:1
nière impérative : « Toute loi dont l’objectif est manifestement de

34.1
fournir une solution à un procès en cours est nulle et de nul effet ».
Déjà, en son article 150, la Constitution a, de manière impérative,
69.2
prescrit que « les juges ne sont soumis dans l’exercice de leur fonc-
158.

tion qu’à l’autorité de la loi ».


290:

Dans la pratique, ce principe est escamoté par des tentatives di-


verses, ne serait-ce que par des instructions précises données aux ma-
8842

gistrats du siège ou par des prises de positions publiques tendant à


influencer la décision du juge.
28:8

Le principe de l’indépendance de la magistrature semble, dans


5567

l’entendement de la classe politique, difficile à appliquer, surtout


1038

dans les systèmes politiques de la plupart des pays sous-développés :


la première difficulté est que les dirigeants de ces pays ne supportent
one:

pas la contradiction ; la deuxième est que le personnel judiciaire qui


constituerait un « pouvoir » n’a pas la même puissance que le per-
N
com:

sonnel politique. En effet, étant donné que les magistrats sont nom-
més et révoqués par l’exécutif, ils n’ont pas de support politique suf-
rvox.

fisant pour tenir tête au jeu des intrigues politiques qui caractérise les
relations de l’exécutif et du législatif, deux organes issus des modes
chola

de désignation presque identiques. Comme tout agent de l’État, le


nal.s

magistrat est soumis au devoir de loyalisme et prête d’ailleurs ser-


natio

73
inter
LA JUSTICE CONSTITUTIONNELLE EN RDC

ment avant de prendre ses fonctions. À partir de ce moment, il est


exclu que les magistrats ne soient pas influencés dans leur intime
conviction devant un conflit opposant le citoyen à l’administration.
À côté des influences ou, plus exactement, des pressions morales
que le juge peut avoir de la part du pouvoir politique, il y en a
d’autres, beaucoup plus sournoises et beaucoup plus redoutables :
c’est, d’un côté, la puissance de l’argent, et de l’autre, ce que l’on
peut appeler les insuffisances professionnelles.
La première, qui se traduit par la faiblesse devant l’argent et la
concussion, peut avoir comme source l’insuffisance de moyens ma-

4
tériels de subsistance ; mais cela peut être combattu grâce au relève-

1218
ment de leur salaire. À ce sujet, il convient de noter que le magistrat

6395
fait partie de la catégorie des cadres les mieux payés actuellement en
République démocratique du Congo bien que, le plus souvent, les

97:1
réalités contredisent les principes.

34.1
Quant aux insuffisances dites professionnelles, elles se constatent
par l’attitude du juge qui s’en remet aux conclusions des parties ou
69.2
des autres magistrats : le juge fonde son jugement sur les conclusions
158.

des plaideurs sans que lui-même ait « fouillé » dans les contours de la
loi et des règles jurisprudentielles pour y découvrir la solution adé-
290:

quate ; ou, pour ce qui concerne le ministère public, le magistrat dé-


8842

clare seulement qu’il se remet à la sagesse du tribunal.


28:8

L’indépendance de la magistrature doit permettre au juge d’avoir


la capacité de résister aux pressions des autres pouvoirs, publics ou
5567

privés, et à la séduction de l’argent. Le juge doit donc être indépen-


dant non seulement vis-à-vis des autres pouvoirs mais aussi devant
1038

ses collègues magistrats, tant du siège que du parquet.


one:

Son indépendance doit s’étendre aussi vis-à-vis de cette endémie


N

sociale qui sévit dans les milieux professionnels, où certains cadres,


com:

investis de pouvoir de décision ou de service à rendre, exigent au


rvox.

préalable un certain nombre de prestations, soit en numéraire, soit


en biens. Nous voulons parler de la corruption et de la concussion,
chola

sous toutes leurs formes. Nous n’allons pas nous attarder sur ce su-
jet, étant donné que cette matière est développée avec force détails
nal.s
natio

74
inter
INTRODUCTION GENERALE

par M. Matadi Nenga Gamanda dans son excellente étude consacrée


à la question113.
À présent, le survol de ces notions essentielles doit nous conduire
à poser le problème de cette étude à travers l’état de la question qui
sera suivi de la monstration de l’intérêt du sujet lui-même.
Enfin, il sera question d’aborder des questions de méthodologie
scientifique présidant à l’étude ainsi circonscrite.

II. PROBLÉMATIQUE

4
Le contrôle juridictionnel des actes des gouvernants est, sans au-

1218
cun doute, l’une des marques du droit constitutionnel contempo-
rain. Aussi est-il utile d’étudier l’agencement des mécanismes de ce

6395
contrôle en République démocratique du Congo pour rendre effi-

97:1
ciente la justice constitutionnelle qui s’installe.
Il s’agira de répondre aux pertinentes questions relatives aux fon-
dements et aux modalités d’exercice de cette justice constitutionnel- 34.1
69.2
le. Par ailleurs, l’on peut constater que la raison ultime de la justice
constitutionnelle qui est la Constitution a revêtu un fondement dif-
158.

férent selon les époques de l’histoire occidentale. Aussi, la Constitu-


290:

tion a-t-elle été un acte de limitation du pouvoir du monarque (sou-


verain) avant de devenir un accord sur les bases essentielles de la so-
8842

ciété.114
28:8

D’emblée, il faut dire que le transfert de souveraineté de Dieu au


Roi et du Roi au peuple a transformé, le fondement de la justice et,
5567

surtout de la justice constitutionnelle. En effet, exercé par le Roi au


1038

nom de Dieu puis en son nom propre, la justice est demeurée une
one:
N
com:

113
MATADI NENGA GAMANDA, La question du pouvoir judiciaire en
rvox.

République démocratique du Congo, une contribution à une théorie de réforme,


Kinshasa, Édition Droit et Idées nouvelles, 2001, 530 p.
chola

114
Lire SEURIN (J.-L.), « Des fonctions politiques des Constitutions. Pour une théorie
politique des Constitutions », in SEURIN (J.-L.), (sous la direction de), Le
nal.s

constitutionnalisme aujourd’hui, Paris, Economica, 1984, pp. 35-52.


natio

75
inter
LA JUSTICE CONSTITUTIONNELLE EN RDC

prérogative régalienne bien que théoriquement faisant partie désor-


mais des attributs du souverain qui est devenu le peuple115.
Nous pensons donc qu’il y a une corrélation évidente entre la lo-
calisation de la souveraineté dans le pays et le contrôle juridictionnel
des actes de cette souveraineté. Il s’agit donc de savoir si le fonde-
ment de la justice constitutionnelle est le même qu’en occident.
Si le fondement est différent, – ceci pourrait être une hypothèse à
tester, – cela doit déteindre sur des modalités d’exercice de la justice
constitutionnelle. Du reste, n’est-il pas déjà acquis, comme l’observe
Charles Goossens, que le droit constitutionnel africain est dualis-
te ?116

4
1218
Comment dès lors assumer ce dualisme constitutionnel qui est

6395
marqué par l’existence d’un texte constitutionnel calqué sur ceux
d’occident et une présence discrète mais agissante d’une « coutume »

97:1
en tout cas, des pratiques constitutionnelles, de plus en plus, persis-
tantes mais tendant de manière frénétique à émasculer la suprématie
34.1
de la Constitution ?117 69.2
La décision du bureau de l’Assemblée nationale du mois de fé-
158.

vrier 2007 relative au moratoire des dossiers de double nationalité


s’inscrit dans la logique de la coutume africaine de palabre qui inter-
290:

dit des victoires tranchées contre ses frères. Le caractère inconstitu-


8842
28:8

115
Lire NICOLSON (H.), La monarchie. Du droit divin aux constitutions modernes,
Paris, Hachette, 1962.
5567

116
GOOSSENS (C.), préface à DJELO EMPENGE OSAKO (V.), L’impact de la
coutume sur l’exercice du pouvoir en Afrique noire. Le cas du Zaïre, Louvain-la-
1038

Neuve, Le Bel Élan, 1990, pp. 7-20.


117
BOSHAB (E.), op. cit., p. 119. Cet auteur fait une belle démonstration
one:

sociologique de l’influence néfaste des coutumes et souvent du pouvoir


coutumier sur l’État moderne postcolonial. Il nous semble cependant qu’il soit
N

fort possible de trouver dans les valeurs ancestrales certaines qui soient
com:

positivables et qui, de ce fait, soient dignes de figurer au rang des innovations


institutionnelles congolaises. La question est à la fois d’ordre ontologique car il
rvox.

s’agit de parler de l’être du Congolais ; or, cet être collectif est, à nos yeux, en
pleine construction et selon les soubresauts de l’histoire. Ainsi donc, il est
chola

épistémologiquement difficile de le saisir déjà comme quelque chose d’achevé. Et


l’État lui-même aurait-il déjà achevé toutes les mutations dues aux contorsions de
nal.s

l’histoire ?
natio

76
inter
INTRODUCTION GENERALE

tionnel d’une telle mesure saute aux yeux, cependant elle ne heurte
nullement la conscience juridique des citoyens qui restent ainsi
comme éloignés du texte constitutionnel qui, de ce point de vue, ne
semble guère avoir cristallisé un accord social qui mériterait que l’on
meure pour lui.
Il s’agit aussi de répondre au défi majeur que lance Sayeman Bula-
Bula 118 à « la jeune génération des constitutionnalistes », celui, entre
autres, de tenir en compte les fondements culturels, ethniques, éco-
nomiques et sociaux de notre pays dans la réalisation d’une « stato-
logie » africaine ou pour notre cas, d’une justice constitutionnelle
congolaise.

4
1218
Cette problématique ne peut trouver réponse, à notre avis, que
dans une analyse qui s’appuierait sur une description critique du

6395
contentieux constitutionnel congolais dans la perspective de l’État
de droit.

97:1
En effet, le mimétisme institutionnel viderait la réflexion juridi-
34.1
que de tout intérêt. Aussi est-il aisé de constater que l’État de droit 69.2
est une forme avancée de l’État-nation. Or, celle-ci est le produit de
l’histoire européenne. Il est donc fort possible que l’existence des
158.

tribus119, sources humaines des normes coutumières, pose le sérieux


290:

problème de la légitimité même de la Constitution 120. En outre, par-


ler de Constitution n’est-ce pas parler du peuple qui est le destinatai-
8842
28:8
5567

118
BULA-BULA SAYEMAN, « En ce temps-là », in Pour l’épanouissement de la
1038

pensée juridique congolaise, Liber Amicorum Marcel Antoine Lihau, Bruxelles,


Kinshasa, Bruylant, Presses de l’Université de Kinshasa, 2006, p. XXI.
one:

119
NDAYWEL e NZIEM (I.), Histoire générale du Congo. De l’héritage ancien à la
République démocratique, Paris, Kinshasa, Bruxelles, Agence de la Francophonie,
N

De Boeck et Larcier, Afrique Éditions, 1998, pp. 39-75 qui constituent la


com:

première partie consacrée à l’espace, aux hommes et aux structures de la Rd


Congo. Instructif !
rvox.

120
Lire BOSHAB (E.), op. cit., 338 p. Cet auteur perçoit, à notre avis, la bataille que
se livrent ces deux sources normatives mais plaide en fin de compte pour le droit
chola

écrit. La synthèse n’est-elle pas possible ? Le droit écrit occidental n’est-il pas un
mélange subtil des coutumes de l’ancien régime d’avec les lois de l’État
nal.s

postrévolutionnaire ? Et, pourquoi cela serait-il impossible en Rd Congo ?


natio

77
inter
LA JUSTICE CONSTITUTIONNELLE EN RDC

re final de ses règles ? Il est acquis que ce peuple est multiple et di-
vers.121
La thèse est dès lors que la justice constitutionnelle congolaise doit
innover en ce qu’elle se fonde sur des normes dont l’origine dualiste
est acquise, et, de ce fait même, s’applique à des actes empreints du
sceau de ce dualisme constitutionnel de même qu’elle est talonnée par
une mondialisation qui presse et qui impose comme « un prêt-à-porter
idéologique » l’institution des Cours constitutionnelles, comme il en
est des programmes d’ajustement structurel.
Souvent, il est reproché au constituant d’imiter les institutions

4
nées sous le soleil d’autres nations et ainsi nourries à une histoire qui

1218
n’est pas la sienne. Cependant, tel reproche résisterait-il à son tour à
la critique lorsque le mythe de l’État de droit122 semble avoir déjà

6395
conquis tous les cœurs, en tout cas, ceux des Africains qui ne soupi-

97:1
rent qu’après lui ?

34.1
Comment dès lors peut-il être possible que le constituant soit
sourd à ces aspirations internes de très forte intensité relayées au 69.2
demeurant par un discours mondial de bonne gouvernance dont la
158.

vulgate juridique n’est rien d’autre que la notion aux dimensions in-
soupçonnées d’État de droit ? Mais doit-on faire un mimétisme de
290:

pacotille susceptible d’agir tel « un greffon sur un corps étranger »123


8842

comme nombre de nos institutions asséchées par une disette idéolo-


gique ravageuse ? Telle est la question qu’il s’agit de résoudre.
28:8

Il s’agira de voir à travers les différents modèles de justice consti-


5567

tutionnelle pratiqués à travers le monde, celui qui est à même de


trouver un fondement solide tant en fait qu’en droit dans le sol
1038

culturel congolais.
one:
N

121
Voir KI-ZERBO (J.), Histoire de l’Afrique noire d’hier à demain, Paris, Hatier,
com:

1972.
122
Lire CHEVALLIER (J.), L’État de droit, 2e édition, coll. Clefs, Paris,
rvox.

Montchrestien, 1994, 158 p.


123
KAYEMBA NTAMBA MBILANJI, Cours d’institutions politiques du Zaïre, 2e
chola

graduat, Université de Kinshasa, Faculté de Droit, polycopié, 1987-1988. Cet


auteur utilise cette métaphore à propos du mimétisme institutionnel africain
nal.s

dont l’efficacité est plus que douteuse.


natio

78
inter
INTRODUCTION GENERALE

Déjà, Jacques Djoli Eseng’Ekeli a attiré notre attention sur le ca-


ractère plural de l’archétype sociétal africain qui est aux antipodes
du modèle occidental trinitaire issu du discours judéo-chrétien tradi-
tionnel124. L’unitarisme du « Dieu » créateur et de l’État occidental
qui est sa préfiguration temporelle ne sont-ils pas, à juste titre, dé-
noncés par les africanistes qui voient en effet dans l’État africain à
inventer ou à constituer un modèle plural de juxtaposition ?125
Par contre, il faudra éviter le particularisme ambiant de
l’exception culturelle pour s’en tenir au « noumène » de la justice
constitutionnelle. Par essence, nous conviendrons que la justice
constitutionnelle est celle qui contrôle les gouvernants vis-à-vis des

4
1218
gouvernés et sur la base de la norme fondamentale et fondatrice.
Aussi est-il déjà perceptible qu’une méthode transdisciplinaire ou

6395
pluridisciplinaire s’impose afin de rendre intelligible la thèse que
nous défendons. Mais le cheminement méthodologique n’est-il pas

97:1
déjà un autre problème scientifique qu’il faut élucider ? Tout ceci a-t-

34.1
il de l’intérêt ?
69.2

III. INTÉRÊT ET ACTUALITÉ DU SUJET


158.

Il est classique de dire que le sujet présente un intérêt théorique et


290:

pratique. Il est également utile de noter que notre sujet est actuel et
8842

d’essayer de le montrer.
En effet, étudier le contentieux constitutionnel congolais, c’est, à
28:8

coup sûr, s’inscrire dans la logique moderne du droit constitutionnel


5567

qui voit dans cette branche du droit public un phénomène généralisé


de constitutionnalisation de tous les droits et de tout le Droit.
1038

C’est aussi marquer l’actualité du sujet surtout après la longue


one:

marche qui attend le peuple congolais à la suite de la traversée du


désert du monopartisme et de la dictature. Comment dès lors mar-
N

quer la rupture d’avec le passé sans s’appesantir sur ce qui constitue


com:
rvox.

124
DJOLI ESENG’EKELI (J.), Le constitutionnalisme africain. Entre la gestion des
chola

héritages et l’invention du futur, Paris, Connaissances et savoirs, 2006.


125
MOBUTU SESE SEKO, Dignité pour l’Afrique. Entretiens avec Jean-Louis
nal.s

Remilleux, Paris, Albin Michel, 1989, pp. 85-86.


natio

79
inter
LA JUSTICE CONSTITUTIONNELLE EN RDC

la nouveauté ? Et la nouveauté nous semble théoriquement être


l’émergence des justices constitutionnelles après la chute des régimes
dictatoriaux. La République du Zaïre bien que pourvue d’une justice
constitutionnelle n’a pas du tout laissé fonctionner les mécanismes
de cette dernière pour des raisons qu’il est utile d’analyser ailleurs 126.
Du point de vue théorique, l’émergence du contentieux constitu-
tionnel depuis l’accord global et inclusif ayant donné lieu à un nou-
vel ordre politique fixe des objectifs au chercheur et le premier est, à
notre avis, celui de systématiser les matières aussi nombreuses
qu’éparses que ce contentieux recouvre.
Il s’agit aussi d’une réflexion désintéressée sur la manière dont la

4
1218
Haute Cour a été saisie en matière constitutionnelle et sur les répon-
ses qu’elle a réservées à toutes ces sollicitations. La question de

6395
l’indépendance du juge constitutionnel congolais est à ce point la
trame de l’étude.

97:1
De là découle l’intérêt tout au moins pratique de la présente thèse
34.1
qui se situe dans une perspective tendant à dégager, de manière 69.2
scientifique et désintéressée, le degré de rigueur et d’impartialité des
magistrats composant la Haute Cour dans la réception de différentes
158.

requêtes qui furent ou sont encore portées devant eux ainsi que les
290:

limites légales de cette saisine. Il s’agira aussi de voir dans quelle me-
sure et dans les conjonctures qui sont les nôtres comment cette in-
8842

dépendance peut être organisée et garantie.


28:8

Cette question implique à n’en point douter celles que pose le


professeur Philippe Ardant, à savoir : à qui sera confié le pouvoir de
5567

déclencher le contrôle de la constitutionnalité de la loi ? Qui pourra


saisir l’organe compétent ? Quelle est la légitimité du juge vis-à-vis
1038

du législateur ? Comment devra être organisée cette saisine ?127


one:
N
com:

126
KALUBA DIBWA (D.), La saisine du juge constitutionnel et du juge administratif
suprême en droit public congolais, Kinshasa, Eucalyptus, 2007 ; voir aussi
rvox.

MABANGA MONGA MABANGA, op. cit., Kinshasa, EUA, 1999.


127
Cette problématique qui se situe déjà dans le « comment » du contrôle implique
chola

des sous-entendus idéologiques essentiels, notamment qu’un juge a le pouvoir et


la légitimité nécessaires pour censurer les actes des représentants de la Nation ou
nal.s

du peuple. C’est, en d’autres termes, admettre que la Nation peut se tromper et


natio

80
inter
INTRODUCTION GENERALE

Cet éventail des questions donne à voir que chacune des solutions
qui seront réservées à ces problèmes sera de nature à offrir des avan-
tages qui ne sont pas toujours compensés par les bénéfices techni-
ques car l’accessibilité plus ou moins grande au juge constitutionnel
peut entamer l’autorité et la majesté de la loi. Cependant, l’on peut
s’interroger sur la véracité d’un tel dogme lorsque l’on se rappelle
que plusieurs pays d’Afrique noire ont ouvert la saisine du juge
constitutionnel sans entraîner ni une ruée effrénée vers la justice
constitutionnelle ni l’émasculation de la majesté de la loi souvent
crainte, à tort.128
Il ne s’agira pas toutefois d’analyser tous les cas traités par le juge

4
1218
constitutionnel, il sera utile, dans le cadre restreint de cette étude, de
n’étudier que certaines affaires qui, par les circonstances de leur

6395
examen d’une part, et l’objet sur lequel elles portent d’autre part,
avaient non seulement suscité une forte controverse sur le plan juri-

97:1
dique et politique, mais aussi et surtout attiré l’attention des cher-
cheurs.
Somme toute, le choix des arrêts à étudier ne peut paraître 34.1
69.2
qu’arbitraire au regard du thème étudié, mais il se situe dans une
158.

perspective plus globale, celle de voir la République démocratique


du Congo devenir à travers une justice constitutionnelle réellement
290:

indépendante et efficace, un véritable État de droit129.


8842

Par ailleurs, l’indépendance du juge constitutionnel ressortit aux


garanties juridictionnelles des droits et libertés des citoyens dont
28:8
5567

être corrigée par une technostructure sans aucune légitimité démocratique mais
1038

détenant du fait de la seule volonté constituante une légitimité constitutionnelle


qui ne peut paraître finalement que comme une légitimité technique. Il s’agit
one:

d’une véritable révolution dans le système de pensée politique rousseauiste qui


avait, depuis le XVIIe siècle, dominé l’Occident.
N

128
Par exemple, les Constitution de la République du Bénin du 11 décembre 1990,
com:

article 122 ; de la République du Burundi du 13 mars 1992, article 153 ; de la


République du Cap-Vert du 14 février 1981 révisée le 4 septembre 1992,
rvox.

article 305 ; de la République du Congo, article 148 et de la République


gabonaise du 26 mars 1991, articles 83 et suivants.
chola

129
Étymologiquement, arbitrari ne signifie-t-il pas juger ? Il est évident que, de ce
point de vue, nous assumons le fait que nous avons jugé et il ne pouvait en être
nal.s

autrement.
natio

81
inter
LA JUSTICE CONSTITUTIONNELLE EN RDC

l’étude relève du droit public. Ainsi donc, l’État de droit, entendu,


au sens de Jacques Chevallier, comme « un État qui, dans ses rap-
ports avec ses sujets, se soumet à un régime de droit ; dans un tel État,
le pouvoir ne peut user que des moyens autorisés par l’ordre juridi-
que en vigueur, tandis que les administrés disposent des voies de re-
cours juridictionnelles contre les abus qu’il est susceptible de com-
mettre », constitue la trame de fond ou le cadre épistémologique de
cette étude.
L’État de droit130 est donc aux antipodes de la conception patri-
moniale du pouvoir où le souverain était personnellement le pro-
priétaire du pouvoir et des moyens du pouvoir 131.

4
1218
L’actualité du sujet est articulée, du reste, avec humour, par Éva-
riste Boshab qui pose la question de savoir si « longtemps sous la

6395
coupe du Parti-État, affaibli par une longue tradition de dépendance,
rendu indigent par la rémunération de misère qu’il perçoit de ma-

97:1
nière irrégulière, suffit-il qu’une disposition constitutionnelle le dé-

34.1
clare indépendant, pour que le juge retrouve, comme par enchante-
ment, l’esprit et les réflexes de cette indépendance ? »132
69.2

Il est certes évident que la simple incantation du texte constitu-


158.

tionnel, au-delà du caractère magique de sa formulation, ne saurait


290:

par ce seul fait opérer mutation du comportement du magistrat


congolais habitué par une sorte d’osmose de la sacralité du pouvoir à
8842

obéir plutôt aux individus qui le détiennent qu’aux normes même


28:8
5567

130
Lire avec intérêt l’excellent ouvrage de Marie-Joëlle REDOR, De l’État légal à
l’État de droit. L’évolution des conceptions de la doctrine publiciste française 1879-
1038

1914, Paris, Economica, Aix-Marseille, PUAM, 1992. Cet ouvrage issu d’une
remarquable thèse de doctorat en droit public devant la Faculté de Droit de Paris
one:

II Assas est une belle recension de la doctrine publiciste française sur la notion
d’État de droit.
N

131
CHEVALLIER (J.), L’État de droit, 2e édition, coll. Clefs/Politique, Paris,
com:

Montchrestien, 1994, p. 12. Voy aussi LAVROFF (D.G.), Les grandes étapes de la
pensée politique, Paris, Dalloz, 1993, 499 p., spécialement les pages consacrées à la
rvox.

pensée de Friedrich HAYEK qui élabore le cadre philosophique géniteur et


explicateur de la notion d’État de droit dans une conception libérale (pp. 466-
chola

490).
132
BOSHAB (E.), La misère de la justice et justice de la misère en République
nal.s

démocratique du Congo, op. cit.., p. 1169.


natio

82
inter
INTRODUCTION GENERALE

constitutionnelles ; dans ces conditions particulières de fragilisation


mentale avancée, le seul texte constitutionnel, quoiqu’il note une
avancée, ne dispense nullement que l’homme devant dire le droit
soit déjà et maintenant choisi eu égard, entre autres, au critère de
l’indépendance de l’esprit. Celle-ci s’acquiert, de prime abord, par
une ascèse intellectuelle de très longue durée qui transfigure son
adepte en une sorte de moine habité par un souci constant de justice.
Comment le faire alors ?
Il est utile prima facie d’indiquer le cheminement méthodologique
annoncé ci-haut et suivi tout au long de cette thèse.

4
1218
IV. INDICATIONS MÉTHODOLOGIQUES

6395
Les connaissances scientifiques couvrent plusieurs domaines du
savoir et sont acquises grâce à l’utilisation des méthodes 133 et techni-

97:1
ques134 d’investigation propres à chaque discipline. 135

34.1
La question que nous nous proposons d’étudier ici relève sans au-
cun doute du droit public.136 Mais en cette discipline, qu'est-ce que la
69.2
méthode ? Le droit public dispose-t-il d’une méthode susceptible de
158.

résoudre cette question ? Laquelle ?


290:

Nous savons déjà qu’en nous occupant des phénomènes politi-


ques, objet de la science politique et du droit constitutionnel qui les
8842

étudient respectivement d’une manière dynamique et statique, nous


sommes amenés à utiliser des méthodes, c’est-à-dire ainsi que le di-
28:8

sent Roger Pinto et Madeleine Grawitz, « un ensemble des opéra-


5567
1038

133
RONGERE (P.), Méthodes des sciences sociales, Paris, Dalloz, 1971, p. 18 qui dit
que la méthode est « une procédure particulière appliquée à l’un ou l’autre des
one:

stades de la recherche ».
134
MULUMBATI NGASHA, Manuel de sociologie générale, Lubumbashi, Éditions
N

Africa, 1980, p. 20 qui définit la technique comme « un outil à la disposition de


com:

la recherche et organisé par la méthode dans ce but ».


135
SHOMBA KINYAMBA (S.), Méthodologie de la recherche scientifique. Parcours et
rvox.

les moyens d’y parvenir, Kinshasa, Éditions MES, 2005, p. 19.


136
ULPIEN, Digeste, Livre I, titre I, F.R.I., & 2 définit le droit public comme ad
chola

statum rei romanae spectat par opposition au droit privé qui est ad singulorum
utilitatem pertinet, cité par Émile LAMY, Le droit privé. Introduction à l’étude du
nal.s

Droit écrit et du Droit coutumier zaïrois, Kinshasa, PUZ, 1975, p. 57.


natio

83
inter
LA JUSTICE CONSTITUTIONNELLE EN RDC

tions intellectuelles par lesquelles une discipline cherche à atteindre


les vérités137 qu’elle poursuit, les démontre et les vérifie ».
Indispensable, la méthode n’est pas pourtant unique. Marie-Anne
Cohendet précise qu’en droit public une méthode de travail n’existe
pas. Et quand même elle existerait, ajoute-t-elle, elle risquerait fort
de muer en un dogme sclérosant la pensée138.
Toutefois, le droit public concernant plus largement l’élaboration
des normes et l’organisation des institutions politiques et adminis-
tratives, il implique parfois des analyses qui font recours aux métho-
des et techniques d’investigation proches de plusieurs disciplines
scientifiques dites sciences sociales et, en particulier, de la science

4
1218
politique.

6395
En revanche, la recherche scientifique pourra être comprise
comme une investigation rigoureuse, critique et systématique menée

97:1
sur un objet donné et précis, sur base des procédés méthodologiques
susceptibles de conduire à une connaissance vraie, vérifiable et
34.1
communicable de l’objet étudié139. 69.2
L’approche juridique est à l’évidence mise à contribution. C’est le
158.

lieu de dire, avec Madeleine Grawitz, que le concept « approche »


traduit une attitude comportant souplesse, prudence et caractérisée
290:

par un état à la fois de grande vigilance et de grand respect pour


l’objet étudié.140
8842

Pour mettre en exergue cette approche qui est essentielle pour un


28:8

travail juridique, les grands types d’interprétation juridique seront mis


5567

à contribution pour l’analyse de la jurisprudence que constituent les


arrêts à commenter et la construction de l’argumentation du juge.141 Il
1038
one:

137
PINTO (R.) et GRAWITZ (M.), Méthodes des sciences sociales, Paris, 4e édition,
N

Dalloz, 1971, p. 289.


com:

138
COHENDET (M.-A.), Droit Public. Méthodes de travail, 3e édition, Paris,
Montchrestien, 1998, p. 13.
rvox.

139
SHOMBA KINYAMBA (S.), op. cit., p. 24.
140
GRAWITZ (M.), Méthodes des sciences sociales, 10e édition, Paris, Dalloz, 1996,
chola

p. 319, n° 267.
141
PERELMAN (C.), Logique juridique. Nouvelle rhétorique, 2e édition, Paris,
nal.s

Dalloz, 1999, pp. 51-96.


natio

84
inter
INTRODUCTION GENERALE

est convenu de voir que cette approche juridique est à la fois exégéti-
que et contentieuse142.
La démarche du publiciste sera exégétique mais aussi nourrie de
l’apport de l’approche jurisprudentielle143. Celle-ci donnera vie à la
traditionnelle analyse des textes qui n’échappe pas à la pertinente
remarque de Dominique Turpin relative à ce qu’il appelle l’obsession
textuelle saisie comme l’état primitif de l’évolution du droit constitu-
tionnel.144
Par ailleurs, il ne s’agira pas de se détacher du texte mais plutôt de
lui donner le sens que lui confère l’apport des dimensions factuelles.
Le travail de l’exégèse n’est-il pas aussi celui de rechercher le fonde-

4
ment qui est toujours et déjà préjuridique ou métajuridique ?145 Qui

1218
mieux que le juge pourrait saisir ces dimensions insoupçonnées du

6395
texte de loi qu’il s’agit d’interpréter ?146
Le doyen Duguit répond en opinant que « en fait, la production

97:1
spontanée du droit n’est jamais arrêtée, (et) que le juge est absolu-

34.1
ment libre dans son appréciation et qu’il ne peut pas être entravé et
gêné par ce que l’on prétend avoir été la pensée réelle, quoique non 69.2
exprimée, du législateur »147.
158.
290:

142
Lire avec intérêt DREYFUS (S.), La thèse et le mémoire de doctorat en droit, Paris,
8842

Armand Colin, 1971.


143
LAMY (E.), op. cit., p. 245, va jusqu’à ériger cette approche en méthode
28:8

jurisprudentielle.
144
TURPIN (D.), Droit constitutionnel, Paris, PUF, 1998, p. 1.
5567

145
DAILLIER (P.) et PELLET (A.), Droit international public, Paris, LGDJ, 2002,
pp. 98-107, ont rédigé de bonnes pages qui font un bel état de ce débat qui relève
1038

en fait de la philosophie du droit mais à l’occasion de l’étude du fondement du


droit international. Tel n’est pas notre sujet, pour l’instant.
one:

146
PESCATORE (P.), Introduction à la science du droit, Luxembourg, Centre
Universitaire de l’État, 1978, pp. 331 et s., professe que « la méthode exégétique est
N

essentiellement historique, c’est-à-dire, à l’instar du théologien qui recherche à


com:

travers le texte, la volonté divine, le juriste recherche la volonté du législateur. En


effet, par la force des choses, la loi n’est qu’une expression sommaire et elliptique
rvox.

des volontés du législateur. Cette intention, on la découvre, en première ligne, dans


l’histoire du texte (c’est-à-dire dans les travaux préparatoires) et, en seconde ligne,
chola

dans l’histoire de l’époque qui a vu la genèse de la loi ».


147
DUGUIT (L.), Traité de droit constitutionnel, tome I, 3e édition, 5 volumes, 1923-
nal.s

1927, p. 177.
natio

85
inter
LA JUSTICE CONSTITUTIONNELLE EN RDC

On s’aperçoit en effet que le chercheur de droit public devra em-


ployer une double approche principalement juridique et subsidiai-
rement socio-politique et historique en raison du « lien dialectique
existant entre le droit public et le jeu des forces sociales, politiques et
économiques au sein de l’État-nation ».148
Il est évident que la méthode pluridisciplinaire sera d’application
car « la vision traditionnelle d’une recherche juridique hautaine et
coupée de méthodes ou des réflexions de l’ensemble des sciences
humaines est écartée par l’ensemble des juristes ».149 Et, Yves Chérot
de conclure en posant que « le droit est à la fois l’école de la ré-
flexion et de l’imagination ».150

4
1218
S’agissant de l’approche diachronique qui est l’application de
l’histoire au droit, il y a lieu de montrer qu’une étude de droit pu-

6395
blic ne peut légitimement ignorer ses bases historiques et ses sources
d’inspiration intellectuelle que sont le droit traditionnel négro-

97:1
africain, le droit public de l’État indépendant du Congo et le droit

34.1
public du Congo belge, d’une part et d’autre part, le droit public
belge, le droit public français et le droit public comparé de certains
69.2
pays africains francophones depuis leur indépendance.151
158.

Ayant largement influencé le droit belge, le droit français consti-


290:

tue, prima facie, une source d’inspiration intellectuelle du droit


congolais, et ce, depuis l’État indépendant du Congo. M. Jean-Marie
8842

Mboko Dj’Andima observe que cette influence s’est intensifiée, no-


tamment depuis la Constitution du 24 juin 1967 qui a pris pour mo-
28:8

dèle la Constitution française du 4 octobre 1958.152


5567
1038

148
VUNDUAWE te PEMAKO (F.), op. cit.., p. 104.
one:

149
CHEROT (Y.), Livre blanc sur la recherche juridique, Paris, LGDJ, 1996, p. 6.
150
Ibidem.
N

151
VUNDUAWE te PEMAKO (F.), op. cit.., pp. 111-116. Pour l’intelligence de
com:

l’utilité de l’approche historique en droit, lire les développements fort


intéressants de CARBASSE (J.-M.), Manuel d’introduction historique au droit, 2e
rvox.

édition corrigée, Paris, PUF, 2004.


152
MBOKO Dj’ANDIMA, L’État de droit constitutionnel en République
chola

démocratique du Congo. Contribution à l’étude des fondements et conditions de


réalisation, Mémoire de DES en droit public, UNIKIN, Faculté de Droit, 2005,
nal.s

p. 19.
natio

86
inter
INTRODUCTION GENERALE

Étudier le contentieux constitutionnel ne saurait échapper à la


pertinente remarque du doyen Francis Delpérée soutenant que « la
leçon de la science comparatiste des institutions publiques est aussi
de montrer que, par delà les ressemblances institutionnelles qu’il est
légitime de relever, voire de grouper en systèmes ou en régimes, des
différences fondamentales subsistent. Elles tiennent à la diversité des
circonstances historiques qui entourent la création des États ».153
Autant dire que l’approche comparatiste sera d’un apport certain
à l’analyse de notre thème au double motif que la justice constitu-
tionnelle est d’abord née ailleurs et, ensuite, que la politoscopie de

4
cette institution à travers la Constitution congolaise du 18 février

1218
2006 donne ouvertement à voir des similitudes avec son homologue

6395
français.
Au demeurant, la mondialisation des relations économiques et

97:1
culturelles débouche sur une uniformisation du droit. La récente

34.1
création du droit de l’Ohada est de nature à rendre probable, dans
des échéances à déterminer, l’existence d’un droit quasi-mondial. Ce
69.2
rêve kantien restera-t-il longtemps utopique ? La paix perpétuelle et
158.

universelle n’a-t-elle pas pour fondement dernier un gouvernement


mondial ? Tel n’est pas notre sujet, cependant il faudra garder pré-
290:

sente à l’esprit cette réalité dont l’avènement relève des études de


8842

prospective.154
28:8

Les techniques documentaires ont également servi à l’élaboration


de cette étude. Par ailleurs, cet exposé des outils conceptuels nous
5567

permet de fonder le choix méthodologique que nous assumons dans


1038

cette thèse.
Le sujet lui-même au demeurant commande cette approche qui
one:

s’inscrit dans la trame du droit constitutionnel contemporain dont le


N
com:
rvox.

153
DELPEREE (F.), Le droit constitutionnel de la Belgique, Bruxelles, Paris,
Bruylant, LGDJ, 2000, p. 40, n° 27.
chola

154
FUKUYAMA (F.), La fin de l’histoire ? Commentaire, n° 47, automne 1989,
p. 459, cité par Claude LECLERCQ, Libertés publiques, 5e édition, Paris, Litec,
nal.s

2003, p. 1.
natio

87
inter
LA JUSTICE CONSTITUTIONNELLE EN RDC

caractère jurisprudentiel155 est de plus en plus marqué même si, en


République démocratique du Congo, des pas balbutiants sont encore
à compter sur ce plan.156 La traversée toute récente du désert qu’était
le monolithisme politique peut expliquer le développement timide
de la jurisprudence de la Haute Cour dans le champ considéré.
Nous pensons qu’il y a quelque mérite à ajouter au crédit des ma-
gistrats de la Haute Cour qui, malgré les conditions de travail péni-
bles, ont réussi, sur un si court parcours, à rendre quelques arrêts
dont le caractère hésitant n’échappe pas cependant à tout chercheur
averti. Le rôle à jouer par cette haute juridiction est capital. Indubi-
tablement, comme le professent Martine Viallet et Didier Maus, sans

4
1218
un droit stable et simple, organisé autour d’une justice indépendante
et efficace, il ne peut exister ni croissance économique ni progrès

6395
social.157

97:1
L’un des rôles de la doctrine n’est-il pas de suppléer aux carences
de la loi et de prêter des béquilles à la jurisprudence comme c’est le

34.1
cas en République démocratique du Congo où cette dernière est bal- 69.2
butiante ? La situation, il faut le dire, n’est pas encore viable ni mê-
me enviable.
158.

Ce diagnostic cruel mais sincère indique l’enjeu d’une justice


290:

constitutionnelle efficace et son rôle dans l’érection d’un État de


droit en République démocratique du Congo. Il ne s’agit pas du seul
8842

levier de cet État de droit que nous entendons construire en Répu-


28:8
5567

155
NTUMBA LUABA LUMU (A.-D.), Droit constitutionnel général, Kinshasa,
1038

Éditions Universitaires Africaines, 2005, p. 12. Voy aussi HEYMANN-


DOAT (A.), Libertés publiques et droits de l’homme, 6e édition, Paris, LGDJ, 2000,
one:

304 pp. qui adopte l’approche jurisprudentielle pour théoriser le droit


constitutionnel des libertés publiques.
N

156
MABANGA MONGA MABANGA, Le contentieux constitutionnel congolais,
com:

Kinshasa, Éditions Universitaires Africaines, 1999, n’en dénombre que deux en


matière constitutionnelle et trois autres qu’il qualifie de « jurisprudence
rvox.

constitutionnelle incidente » au point que son préfacier, le professeur NTUMBA


LUABA LUMU, dit ironiquement que deux hirondelles ne font pas le
chola

printemps.
157
VIALLET (M.) et MAUS (D.), Avant-propos in du Bois DE GAUDUSSON (J.),
nal.s

Les constitutions africaines publiées en langue française, op. cit.., p. 8.


natio

88
inter
INTRODUCTION GENERALE

blique démocratique du Congo, mais assurément de l’un des plus


importants d’entre tous.
Il importe cependant d’ajouter, à ce niveau, que le rôle d’un tra-
vail d’une telle ampleur ne saurait se résoudre à ressasser des dia-
gnostics, même mieux posés ailleurs, sans indiquer, ne fût-ce que de
manière sommaire, les quelques pistes de solution que
l’ordonnancement juridique congolais serait invité à emprunter.
Quelle gageure !
En revanche, cette tâche ardue trouve cependant quelque facilité à
travers le plan sommaire que nous nous proposons de suivre.

4
1218
V. PLAN SOMMAIRE

6395
La présente étude ayant pour thème : « Du contentieux constitu-

97:1
tionnel en République démocratique du Congo. Contribution à
l’étude des fondements et des modalités d’exercice de la justice cons-
34.1
titutionnelle », est menée en deux parties. 69.2
La première partie est consacrée à l’étude des fondements théori-
158.

ques de la justice constitutionnelle. Elle est subdivisée en quatre cha-


pitres intitulés : Les modèles de justice constitutionnelle (chapitre I),
290:

Les traits du contentieux constitutionnel (chapitre II), Les fonde-


8842

ments de la justice constitutionnelle (chapitre III) et Quel modèle


pour la République démocratique du Congo ? (chapitre IV).
28:8

Dans le chapitre premier, nous examinons le modèle américain


5567

(section 1) et le modèle européen (section 2). Dans le deuxième chapi-


tre, nous examinerons les caractéristiques du modèle américain (sec-
1038

tion 1) avant d’aborder les caractères du modèle européen (section 2).


Le troisième chapitre s’attellera à analyser l’ordre politique et la justi-
one:

ce constitutionnelle (section 1) avant d’examiner l’ordre politique et la


N

justice constitutionnelle (section 2). Le quatrième chapitre et le der-


com:

nier de cette partie, quant à lui, étudiera la possibilité d’un modèle


rvox.

africain (section 1) et ensuite, la problématique des conditions de pos-


sibilité d’un modèle congolais à inventer (section 2).
chola

La seconde partie abordera l’étude des modalités d’exercice de la


justice constitutionnelle en République démocratique du Congo.
nal.s
natio

89
inter
LA JUSTICE CONSTITUTIONNELLE EN RDC

Elle est également subdivisée en quatre chapitres ainsi intitulés : Des


origines et évolution historique de la notion de juridiction constitu-
tionnelle en République démocratique du Congo (chapitre I), La
compétence du juge constitutionnel (chapitre II), La procédure de-
vant le juge constitutionnel (chapitre III) et Les effets des décisions
du juge constitutionnel (chapitre IV).
Au premier chapitre de cette seconde partie, la création de la juri-
diction constitutionnelle (section 1) et le développement de la no-
tion de juridiction constitutionnelle (section 2) seront analysés. Le
deuxième chapitre, en revanche, s’intéressera à l’analyse des attribu-
tions en matière gracieuse (section 1) avant celle des attributions en

4
1218
matière contentieuse (section 2). Le chapitre troisième abordera
l’étude des recours ouverts devant le juge constitutionnel (section 1)

6395
avant d’analyser les conditions de recevabilité et de mise en état de la
cause (section 2). Le quatrième et dernier chapitre de cette seconde

97:1
partie consacrée à l’analyse des effets des décisions du juge constitu-
tionnel sera abordé, d’une part, par l’étude du contrôle a priori ou la
censure des actes législatifs en chantier (section 1) et, d’autre part, 34.1
69.2
par celle du contrôle a posteriori ou la censure des actes législatifs.
158.

Par ailleurs, il est utile d’indiquer qu’au début de chaque partie,


une introduction est placée pour annoncer les questions auxquelles
290:

les réponses sont données, et une conclusion à la fin de chaque partie


8842

nous permettra de dégager la substance des analyses faites et d’en ti-


rer les leçons qui s’imposent.
28:8

Enfin, dans la conclusion générale, il sera question de formuler


5567

des propositions tirées des analyses faites tout au long de ce travail


afin d’en prolonger le débat, mais également d’articuler les bases so-
1038

lides pour l’érection d’une justice constitutionnelle qui viendrait


couronner, de manière solennelle, l’État de droit constitutionnel
one:

dans notre pays.


N
com:
rvox.
chola
nal.s
natio

90
inter
inter PARTIE I :
natio
nal.s
chola
rvox.
INTRODUCTION GENERALE

com:
None:
1038
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28:8
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290:
158.
69.2
34.1
97:1
6395
DES ASSISES ÉPISTÉMOLOGIQUES

1218
4

91
inter
natio
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chola
rvox.
com:
None:
1038
5567
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158.
69.2
34.1
97:1
6395
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4
PARTIE I : DES ASSISES ÉPISTÉMOLOGIQUES

INTRODUCTION

Depuis le doyen Louis Favoreu, il est devenu classique d’étudier la


justice constitutionnelle à partir de deux modèles. Le premier dit mo-
dèle américain est en effet celui qui s’est historiquement situé dès 1804
tandis que le modèle européen, outre les soubresauts des pays comme
la Norvège ou la Grèce au XIXe siècle, peut être légitimement rattaché
au modèle autrichien de 1920 appelé également modèle kelsenien de la
justice constitutionnelle européenne.
Étudier les traits caractéristiques du contentieux constitutionnel

4
dans chacun de deux modèles nous parait utile avant d’observer

1218
comment chacune des techniques de contrôle exerce une influence

6395
ou même une transformation sur l’ordre politique et sur l’ordre ju-
ridique. Ceci aussi est classique mais il nous a également paru utile

97:1
de le relever afin de rendre intelligibles les développements théori-
ques sur le modèle africain et congolais à concevoir ou à inventer.
En effet, en partant de l’hypothèse de cette étude qui énonce une 34.1
69.2
différence fondamentale de la notion de constitution entre les deux
158.

hémisphères, nous ne pouvons que proposer un modèle, à défaut des


traits saillants d’un juge constitutionnel efficace, efficient et effectif
290:

au-delà de celui que le texte constitutionnel décrit.


8842

Par ailleurs, pour tenter d’inventer un modèle théorique du juge


constitutionnel, il est satisfaisant de faire déjà l’état des lieux de la
28:8

justice constitutionnelle en République démocratique du Congo


5567

avant d’élaborer des propositions du juge de notre modèle quant à sa


composition, son statut et à la procédure applicable devant lui.
1038

Cette première partie sera abordée en quatre chapitres dont le


one:

premier est consacré aux modèles de justice constitutionnelle (chapi-


tre I), tandis que le deuxième chapitre traitera des traits du conten-
N

tieux constitutionnel en chacun de deux modèles connus (chapitre II) ;


com:

le troisième chapitre étudiera, quant à lui, les influences théoriques et


rvox.

pratiques de la justice constitutionnelle sur l’ordre politique et l’ordre


juridique dans l’État (chapitre III). Il s’agira d’une étude théorique sur
chola

les fondements de la justice constitutionnelle au regard des concepts


premiers de la théorie générale de l’État. Enfin, un dernier chapitre
nal.s
natio

93
inter
LA JUSTICE CONSTITUTIONNELLE EN RDC

viendra clore cette première partie en esquissant un modèle pour la


République démocratique du Congo (chapitre IV).
Le modèle à inventer s’appuie sur une interrogation capitale
quant à l’existence d’un modèle africain qui serait incarné par la Ré-
publique sud-africaine, le Sénégal et le Bénin.

4
1218
6395
97:1
34.1
69.2
158.
290:
8842
28:8
5567
1038
one:
N
com:
rvox.
chola
nal.s
natio

94
inter
PARTIE I : DES ASSISES ÉPISTÉMOLOGIQUES

CHAPITREI :
LES MODÈLES DE JUSTICE
CONSTITUTIONNELLE

Dès lors que les États ont ressenti le besoin de limiter les actes des
gouvernants ou qu’ils ont été forcés à le faire, il s’est naturellement
posé la question des modalités de cet exercice. Pour que la justice
constitutionnelle dont la nécessité semble désormais être logique
fonctionne, un modèle théorique devait être conçu et appliqué.
Il convient de noter, avec Dominique Rousseau, que le contrôle

4
1218
de la constitutionnalité des lois est « une invention de l’Occident » à
laquelle il donne sa pleine signification.158 Comprendre dès lors

6395
comment une telle institution a pu naître sur le sol de l’Occident
nécessite de longues recherches dans le domaine de l’histoire du

97:1
droit, cependant l’on peut observer que le fondement premier de

34.1
cette justice se trouve dans la contestation qui, selon Jean Gicquel, gît
au cœur de la Constitution car, en effet, « les majorités au pouvoir
69.2
acceptent que soient contestées, discutées voire annulées les expres-
158.

sions législatives de leur volonté politique. Ainsi, la contestation


n’est plus seulement de l’ordre du politique par la reconnaissance du
290:

pluralisme, de la compétition des idées, des hommes et des partis au


8842

moment d’élections libres et concurrentielles ; elle est intégrée jus-


qu’au fonctionnement même du régime d’énonciation des nor-
28:8

mes ».159
5567

S’il est presque naturel que le contrôle de constitutionnalité


prenne l’essor dans le pays qui a connu le mouvement constitution-
1038

nel, il est tout aussi admissible que ce contrôle fonctionne là où il a


été longtemps réprimé ou interdit. Il y a également lieu de voir que
one:

la justice constitutionnelle s’inscrit dans la logique du régime libéral


N
com:
rvox.

158
ROUSSEAU (R.), Droit du contentieux constitutionnel, 6e édition, Paris,
chola

Montchrestien, 2001, p. 94.


159
GICQUEL (J.), Droit constitutionnel et institutions politiques, 16e édition, Paris,
nal.s

Montchrestien, 1999, p. 67.


natio

95
inter
LA JUSTICE CONSTITUTIONNELLE EN RDC

dans le sens qu’elle protège les opinions minoritaires qui sont


conformes à l’acte fondateur de la Nation.
Remarquons de même que ce contrôle a suivi également le modè-
le adopté dans l’ancienne métropole pour ce qui est des États issus de
la décolonisation. Il n’est donc pas étonnant que la justice constitu-
tionnelle gabonaise ou béninoise ait transcrit les dispositions du
Conseil constitutionnel français160 comme s’il s’était agi du même
pays.
Au-delà du mimétisme institutionnel si souvent décrié, il y a éga-
lement le souci de tout État de faire peau neuve et d’ainsi avoir une
respectabilité internationale que confère le bloc des dispositions

4
1218
constitutionnelles relatives à la justice constitutionnelle. S’agirait-il,
de nos jours, d’une nouvelle « fausse fenêtre » constitutionnelle,

6395
pour emprunter l’expression chère à Djelo Empenge Osako ?161

97:1
Il s’agit de ne pas désespérer. Car il vaut mieux avoir ces méca-
nismes de contrôle juridictionnel de la loi que de ne pas du tout en
34.1
avoir. L’exemple nazi allemand nous rappelle que le contrôle juridic- 69.2
tionnel, s’il avait existé, aurait pu freiner les élans de la majorité na-
zie enthousiaste de 1933.162
158.
290:

160
Voir du BOIS DE GAUDUSSON (J.), CONAC (G.) et DESOUCHES (C.),
8842

Les constitutions africaines publiées en langue française, tome 1, Paris, La


Documentation française, Bruxelles, Bruylant, 1997, spécialement pp. 62-63 et
28:8

pp. 352-354.
161
Dans le cadre des régimes autoritaires, professait Victor Jean-Claude DJELO
5567

EMPENGE OSAKO, l’énoncé souvent spectaculaire des droits et libertés


fondamentales reconnus aux citoyens ressemblait, à ne point s’y méprendre, à
1038

des fausses fenêtres, le système restant hermétiquement fermé. Par ailleurs, cet
énoncé des principes était destiné à la consommation extérieure et à l’entretien
one:

de son image de marque vis-à-vis de cet extérieur. En Afrique, au demeurant, ces


fausses fenêtres répondaient aussi à la logique de la conditionnalité juridico-
N

politique des aides au développement dont lesdits régimes étaient largement


com:

tributaires. Voir aussi HYDEN (G.) et BRATTON (M.), (sous la direction de),
Gouverner l’Afrique. Vers un partage des rôles ?, Manille, Nouveaux horizons,
rvox.

1997.
162
Il est toujours possible de douter de l’efficacité d’un tel mécanisme sur la volonté
chola

diabolique du Führer et du IIIe Reich. Mais pour des raisons de dogmatique


juridique, il nous semble pertinent de soulever une telle hypothèse que l’Histoire
nal.s

ne pourra malheureusement plus vérifier.


natio

96
inter
PARTIE I : DES ASSISES ÉPISTÉMOLOGIQUES

La République démocratique du Congo ayant opté, depuis son


indépendance, pour cette justice constitutionnelle bien qu’elle ne fût
pas toujours effective, il est donc utile de connaître les modèles théo-
riques auxquels le constituant se serait intéressé.
À cet égard, la doctrine opine unanimement qu’il y a deux modè-
les de justice constitutionnelle dans le monde : le modèle américain
qu’il nous appartient d’analyser en un premier moment, avant de
finir ce chapitre par l’étude du modèle européen ou kelsenien qui
semble avoir recueilli les suffrages majoritaires de plusieurs États
dans le monde.163

4
1218
Section 1 : LE MODÈLE AMÉRICAIN

6395
Analyser le modèle américain, c’est étudier le modèle né sur le sol
des États-Unis d’Amérique et ses avatars disséminés dans le monde.

97:1
Toutefois, il est donc utile de noter qu’il n’est pas question d’étudier

34.1
l’ensemble des États qui ont adopté ledit modèle. Il sera question
simplement de voir comment dans un certain nombre des pays pha- 69.2
res ce modèle a été implanté et comment il y fonctionne. L’analyse
158.

est amorcée par l’étude du cas des États-Unis d’Amérique avant de


nous pencher sur les avatars dudit modèle tant en Amérique latine
290:

qu’en Asie.
8842

§ 1. Les États-Unis d’Amérique


28:8

De l’avis de nombreux auteurs, les États-Unis d’Amérique


5567

constituent le modèle premier de la justice constitutionnelle. Louis


Favoreu indique cependant que des traces persistantes marquent les
1038

origines lointaines dans l’arrêt Bonham rendu en 1610 par le juge


anglais Eduard Coke qui applique la notion de loi supérieure à une
one:
N
com:

163
Voir pour l’étude détaillée de la question, FROMONT (M.), La justice
constitutionnelle dans le monde, Paris, Dalloz, 1996, 140 p. Voy aussi
rvox.

FROMONT (M.), Grands systèmes de droit étrangers, 3e édition, Paris, Dalloz,


1998 ; DAVID (R.) et JAUFFRET-SPINOSI (C.) Les grands systèmes de droit
chola

contemporains, 9e édition, Paris, Dalloz, 1988 ; FAVOREU (L.), Les cours


constitutionnelles, 3e édition, coll. Que sais-je ?, Paris, PUF, 1996 ; TURPIN (D.),
nal.s

Droit constitutionnel, Paris, PUF, 1997.


natio

97
inter
LA JUSTICE CONSTITUTIONNELLE EN RDC

loi du parlement qu’il juge déraisonnable et contraire au droit de


Common Law en ce qu’elle a fondé la sanction contre sieur Bonham
poursuivi par le collège des médecins de Londres pour exercice de la
médecine sans autorisation.164 L’exemple du juge Coke n’ayant pas
fait tache d’huile, il ne peut être tenu pour précurseur du contrôle de
constitutionnalité aux États-Unis d’Amérique.
S’agissant des États-Unis d’Amérique, il faut noter que, de prime
abord, la constitution de ce pays su 17 septembre 1787 ne consacre
pas expressément un mécanisme de contrôle juridictionnel. C’est
l’œuvre de la jurisprudence éclairée par la doctrine de James Ottis et
John Adams qui, déjà, en 1761, firent entrer le principe politique du

4
1218
contrôle juridictionnel des lois dans les revendications d’indépendance
des colonies de Nouvelle Angleterre et proclamant à leur tour qu’une

6395
loi contraire à la constitution est nulle et non avenue.165
L’on doit toutefois à l’histoire de dire que le constitutionnalisme

97:1
s’enracine dans la notion grecque de nomoï, corps de règles ancien-

34.1
nes qui ne pouvaient être modifiées par de simples décrets de
l’Ecclésia. Éventuellement était déclenchée la procédure de graphé
69.2
paranomon, sorte d’action publique pouvant être exercée, pendant
158.

un an, par tout citoyen devant le tribunal populaire de l’Héliée. Ce-


pendant, les nomoï pouvaient être modifiées par un corps spéciale-
290:

ment élu à cet effet, les Nomothètes.166 Là gisaient déjà, à coup sûr,
8842

l’idée d’un juge constitutionnel et celle d’une assemblée constituan-


te, note Ntumba Luaba Lumu.167
28:8

Il faudra donc devoir à l’Amérique d’avoir su tirer profit des élé-


5567

ments doctrinaux et jurisprudentiels si anciens pour installer la pre-


mière justice constitutionnelle moderne.
1038

En outre, le contrôle ainsi circonscrit est né de la volonté de la


one:

Cour suprême elle-même dans son célébrissime arrêt Marbury v. Ma-


N
com:

164
FAVOREU (L.), Droit constitutionnel, op. cit.., p. 203, n° 258.
rvox.

165
Idem, p. 204, n° 258.
166
GAUDEMET (J.), Les institutions de l’antiquité, Paris, Sirey, 1967, p. 165 ;
chola

ELLUL (J.), Histoire des institutions, Paris, PUF, 1972, p. 112.


167
NTUMBA-LUABA LUMU (A.-D.), Droit constitutionnel général, Kinshasa,
nal.s

EUA, 2005, p. 115.


natio

98
inter
PARTIE I : DES ASSISES ÉPISTÉMOLOGIQUES

dison de 1803 ou plutôt de la volonté du Chief Justice John Mars-


hall, président de la Cour, qui revendiqua, pour le pouvoir judiciai-
re, le rôle de gardien de la constitution. Déjà, l’article III, section 1
de la Constitution des États-Unis d’Amérique dispose que « le pou-
voir judiciaire des États-Unis est dévolu à une cour suprême et à tel-
les cours inférieures dont le Congrès peut, au fur et à mesure des be-
soins, ordonner l’établissement ».168
Dominique Turpin nous apprend qu’à la Convention de Phila-
delphie déjà, la plupart des Pères fondateurs souhaitèrent transposer
au niveau de l’Union cette « subordination de la Législature à
l’autorité de la Constitution. C’est pour ne pas effaroucher les repré-

4
1218
sentants de certains nouveaux États souverains et faire passer la
Constitution fédérale que les Pères fondateurs s’en tinrent à

6395
l’affirmation de l’existence d’un pouvoir judiciaire mais non celle
d’un contrôle de constitutionnalité ».169

97:1
Cette manœuvre habile du constituant américain est toutefois mi-

34.1
se à nu dans l’article VI section 2 de la même Constitution qui dis-
pose que « cette constitution et les lois des États-Unis qui seront pri-
69.2
ses, en conformité avec elle, ainsi que les traités, seront la loi suprême
158.

du pays, et les juges de chaque État seront liés par eux nonobstant
toute disposition contraire des constitutions ou lois étatiques ».170
290:

Il importe dès lors de dire, tout en nuance, que le principe du


8842

contrôle de constitutionnalité est inscrit dans la Constitution de 1787


même si l’organe chargé de sanctionner cette non-conformité n’était
28:8

pas indiqué. Le rôle capital de l’arrêt Marbury v. Madison de 1803 est


5567

d’avoir transformé l’essai en une victoire éclatante du plus vieux des


rêves des fédéralistes convaincus que furent le Chief Justice John
1038

Marshall et le président John Adams qui l’avait nommé au lendemain


de la victoire de Thomas Jefferson.
one:

Pour renchérir, Louis Favoreu indique que le juge Marshall s’est


N
com:

du reste inspiré de l’opinion d’Alexander Hamilton, un des artisans


du texte constitutionnel à la Convention de Philadelphie ainsi ex-
rvox.
chola

168
Constitution des États-Unis d’Amérique, article III, section 1.
169
TURPIN (D.), Droit constitutionnel, op. cit.., p. 132.
nal.s

170
C’est nous qui soulignons l’incise « en conformité avec elle ».
natio

99
inter

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