Justice constitutionnelle en RDC
Justice constitutionnelle en RDC
4
1218
te issu du pouvoir constituant originaire.65
6395
Au demeurant, sur le plan du droit judiciaire, l’on peut s’étonner
qu’une certaine opinion66 trouve suspecte la référence au texte de la
97:1
CNS dans une procédure en annulation d’une ordonnance présiden-
tielle entachée d’illégalité.
Non seulement que la Cour a considéré que la CNS a statué 34.1
69.2
comme pouvoir constituant originaire mais aussi, elle devait consta-
158.
d’ordre constitutionnel ?
Pour M. Mabanga, il appert que la Cour voulait se manifester
N
com:
65
KALUBA DIBWA, Essai d’évaluation des chances du retour de la démocratie au
Congo-Zaïre, Mémoire de licence, UNIKIN, Faculté de Droit, 1993, 79 p.
nal.s
66
MABANGA MONGA MABANGA, op. cit.., p. 87.
natio
50
inter
INTRODUCTION GENERALE
4
1218
Il est symptomatique d’un malaise juridique et politique profond
6395
qu’un chef de juridiction se soit permis, dans une interview, de se
désolidariser d’un arrêt de la Cour, au motif qu’il aurait été rendu
97:1
ultra petita, alors que le devoir de réserve le lui interdisait.
34.1
Et là où M. Mabanga voit l’assagissement de la Cour suprême de
justice, section administrative, l’on peut également voir qu’il s’agit 69.2
du même chef de juridiction qui a siégé, cette fois-là, sous R.A. 320
158.
chose jugée qui est attachée à l’arrêt examiné tant dans sa motivation
5567
que dans son dispositif, encore qu’une des parties audit arrêt se trou-
vait être la République du Zaïre, actuellement République démocra-
1038
tique du Congo, qui ne peut ignorer les lois qu’elle édicte elle-même.
one:
67
MABANGA MONGA MABANGA, op. cit.., p. 88.
nal.s
68
Idem, eodem loco.
natio
51
inter
LA JUSTICE CONSTITUTIONNELLE EN RDC
4
1218
architecture institutionnelle se trouve être le Hcr-Pt qui a été à la
fois le constituant originaire bien que sui generis, le constituant déri-
6395
vé en vertu des articles 55, 58, 69 al. 3 et 116 de l’Acte constitution-
nel de transition et le législateur ordinaire.
97:1
Comme Félix Vunduawe te Pemako, l’on peut constater que cet
34.1
Acte constitutionnel de la transition a régi le pays du 9 avril 1994 au 69.2
16 mai 1997, date du coup de force de l’Alliance des forces démocra-
tiques pour la libération du Congo (A.F.D.L)69.
158.
69
Il ne s’agit pas ici d’analyser le mode d’élaboration et d’écriture de ce texte qui
N
cependant, il pose un problème précis dans la mesure où, quant à son contenu, il
ne marque qu’une rupture timide par rapport au chapitre relatif aux libertés
rvox.
52
inter
INTRODUCTION GENERALE
4
constitutionnel de la transition qui n’étaient pas contraires.
1218
Comme tous les textes constitutionnels de crise, le décret-loi
6395
constitutionnel n° 003 du 27 mai 1997 demeure irrégulier et ne peut
trouver des justifications théoriques que dans la théorie du gouver-
97:1
nement de fait. Il avait donc valeur constitutionnelle du point de vue
34.1
matériel et a régi le pays avant quatre modifications qu’il a connues :
Le décret-loi constitutionnel n° 074 du 25 mai 1998 modifiait le
69.2
Décret-loi constitutionnel n° 003 du 27 mai 1997 et opérait un
158.
cratique du Congo.71
5567
70
Lire MBOKO DJ’ANDIMA, L’État de droit constitutionnel en République
rvox.
72
Voir JORDC, numéro spécial, février 1999, pp. 6-7.
natio
53
inter
LA JUSTICE CONSTITUTIONNELLE EN RDC
4
tinentes pour la gestion de la transition. L’accord global et inclusif
1218
sur la transition en République démocratique du Congo signé le
17 décembre 2002 à Pretoria et adopté à Sun City le 1er avril 2003 est
6395
la source sociologique de la constitution de la transition. Le dialogue
97:1
Inter-congolais apparaît de ce point de vue comme un pouvoir cons-
tituant originaire sui generis.
Dans ce cadre s’inscrit l’Accord de Lusaka pour un cessez-le-feu 34.1
69.2
du 10 juillet 1999 qui fixe entre autres un canevas de résolution du
conflit interne congolais notamment au travers de l’article III,
158.
8 septembre 1998, la résolution 1234 du 9 avril 1999 ainsi que les au-
rvox.
73
Voir JORDC, n° spécial, 1er juillet 2000, pp. 3-14.
chola
74
Pour les détails sur cette étape historique, lire avec intérêt Recueil de textes pour le
dialogue intercongolais in JORDC, 42e année, n° spécial, Kinshasa, mai 2001, 245
nal.s
p.
natio
54
inter
INTRODUCTION GENERALE
4
1218
révision constitutionnelle prévue pourtant par la Constitution adop-
tée par consensus ait été scrupuleusement suivie.
6395
La Constitution du 18 février 2006
97:1
Ce texte a la particularité, comme les deux précédentes Constitu-
34.1
tions définitives du pays (1964 et 1967), d’être adopté par référen- 69.2
dum constitutionnel. Il instaure un régime parlementaire rationalisé
et organise un État à régionalisme constitutionnel très proche du
158.
75
Lire, pour des plus amples détails sur les péripéties de cette Constitution et son
5567
17 juin 2009.
76
Voy. ESAMBO KANGASHE (J.-L.), La Constitution congolaise du 18 février
chola
55
inter
LA JUSTICE CONSTITUTIONNELLE EN RDC
4
1218
que positive et de voir les litiges politiques qu’elles peuvent engen-
drer et qui font partie du contentieux constitutionnel de droit
6395
écrit.78
97:1
B. Contenu et contours du contentieux constitutionnel
34.1
Il est apparu que le concept « contentieux constitutionnel » est 69.2
polysémique et mérite, dès lors, d’être explicité par nous pour être
opératoire dans la présente étude.79
158.
77
Lire avec intérêt BOSHAB (E.), Pouvoir et droit coutumiers à l’épreuve du temps,
1038
indéfiniment le sujet de notre recherche tant par rapport au temps qu’à l’espace
du territoire national et perdre ainsi inéluctablement le lieu précis du discours
chola
56
inter
INTRODUCTION GENERALE
4
1218
L’on peut dégager deux idées essentielles de cette double défini-
tion. L’idée de contentieux implique celle de litige, de conflit à tran-
6395
cher par le juge. La seconde idée sera que l’étude du contentieux
constitutionnel passe nécessairement par celle de la juridiction qui a
97:1
reçu compétence de trancher les litiges constitutionnels.81
34.1
Cette seconde idée a l’avantage d’inclure dans l’étude du conten- 69.2
tieux constitutionnel les matières gracieuses dont connaît la juridic-
tion constitutionnelle.
158.
voir les différences que ce dernier a vis-à-vis des autres types de justi-
ce dans l’État.
28:8
80
de VILLIERS (M.), Dictionnaire du droit constitutionnel, 3e édition, Paris,
Armand Colin, 2001, p. 56, v° contentieux constitutionnel.
nal.s
81
MABANGA MONGA MABANGA, op. cit., p. 11.
natio
57
inter
LA JUSTICE CONSTITUTIONNELLE EN RDC
4
1218
qu’il soit ou non spécialisé dans cette tâche ».84
Dès 1928 déjà, l’expression a le sens que nous lui accordons ici,
6395
dans les travaux de Hans Kelsen et Charles Eisenmann. Pour
M. Kelsen, en effet, la justice constitutionnelle, c’est la garantie juri-
97:1
dictionnelle de la constitution.85
34.1
Charles Eisenmann, en revanche, dit de cette justice qu’elle est 69.2
« cette sorte de justice ou mieux de juridiction qui porte sur les lois
constitutionnelles ». Il complétera cette première définition en dis-
158.
82
FAVOREU (L.) et Alii, Droit constitutionnel, 8e édition, Paris, Dalloz, 2005,
p. 199, n° 243.
rvox.
83
Idem, op. cit., p. 231, n° 315.
84
FROMONT (M.), La justice constitutionnelle dans le monde, coll. Connaissance
chola
58
inter
INTRODUCTION GENERALE
4
1218
tifs et juridictionnels n’a guère soulevé de controverse, alors que la
censure du législateur, mieux de la loi, œuvre de la représentation
6395
nationale, a longtemps soulevé des débats, surtout à l’époque du lé-
gicentrisme triomphant et où la souveraineté de la loi est un dog-
97:1
me87.
34.1
En droit comparé, la justice constitutionnelle comprend notam- 69.2
ment le contrôle de constitutionnalité des lois, le contentieux des
élections et consultations populaires, le contentieux de la division
158.
droits fondamentaux.
Le juge constitutionnel est chargé principalement de ces quatre
8842
86
EISENMANN (C.), La justice constitutionnelle et la Haute cour constitutionnelle
d’Autriche, nouvelle édition, Aix- Marseille, PUAM, Paris, Economica, 1986,
rvox.
p. 123.
87
Voy CARRE DE MALBERG (R.), La loi, expression de la volonté générale,
chola
(réimpression), Paris, Economica, 1984, pp. 16-22 et 67. Contra : VEDEL (G.),
Droit constitutionnel, Paris, Sirey, 1949, p. 118 ; ARDANT (P.), Institutions
nal.s
59
inter
LA JUSTICE CONSTITUTIONNELLE EN RDC
4
1218
L’on peut noter déjà que cette justice politique n’a pas fonctionné,
6395
pour des raisons qui sont exposées ailleurs, alors que les archives de la
Cour de sûreté de l’État indiquent des condamnations des opposants
97:1
politiques à des sanctions pénales allant de l’emprisonnement à la pei-
ne capitale.90
Marquons enfin les différences entre la juridiction qui exerce la 34.1
69.2
justice constitutionnelle de celles qui sont judiciaire ou politique.
158.
Outre ce qui vient d’être dit au point précédent, l’on peut noter
que le contentieux judiciaire est, en dernière analyse, le contentieux
28:8
nants91.
1038
one:
88
Article 61 de la Loi n° 04/002 du 15 mars 2004 portant organisation et
N
89
Article 40 de la Loi fondamentale complétée par la loi du 23 septembre 1963
relative à l’organisation et à la procédure de la Haute Cour de Justice, MC, n° 10,
rvox.
pour se convaincre que la justice politique n’a fonctionné que dans son aspect
répressif à l’égard des gouvernés.
nal.s
91
MABANGA MONGA MABANGA, op. cit., pp. 11-12.
natio
60
inter
INTRODUCTION GENERALE
4
1218
qu’acte générateur des droits dans l’ordonnancement juridique.
6395
Il reste fort tentant de confondre le juge constitutionnel d’avec le
juge politique, nous dit Mabanga Monga Mabanga92, car si le juge
97:1
politique est essentiellement répressif, la répression ne constitue
qu’une de nombreuses prérogatives du juge constitutionnel.
Cet auteur observe que le juge politique peut être considéré com- 34.1
69.2
me le protecteur des institutions politiques contre les particuliers alors
que le juge constitutionnel joue, à l’inverse, le rôle de censeur desdites
158.
particuliers.
La perception de Mabanga Monga Mabanga nous semble néan-
8842
moins quelque peu erronée car, il suffit de remarquer que le juge po-
28:8
litique est le juge répressif des dirigeants pour se rendre compte qu’il
ne peut pas être leur protecteur a priori.
5567
Mais ceci ne doit pas nous occulter la réalité juridique que la sec-
com:
92
Idem, p. 13.
natio
61
inter
LA JUSTICE CONSTITUTIONNELLE EN RDC
4
ridictionnel des actes de gouvernants.
1218
6395
C. Des fondements théoriques du contrôle juridictionnel
Étudier les fondements théoriques du contrôle juridictionnel
97:1
constitutionnel, c’est nécessairement examiner pourquoi le consti-
34.1
tuant organise et assure la suprématie de la Constitution sur toute
autre norme, suprématie à la fois matérielle et formelle, qui trouve
69.2
sa justification dernière dans la garantie juridictionnelle de cette su-
158.
prématie.
290:
93
DUBOUIS (L.) et PEISER (G.), Droit public, 16e édition, Paris, Dalloz, 2003, p. 3.
En ce qu’elle constitue les autorités suprêmes de l’État, la Constitution en
rvox.
62
inter
INTRODUCTION GENERALE
Mais cette suprématie n’existe que dans les États qui ont une
Constitution rigide, puisque dans les États à Constitution souple une
simple loi ordinaire peut 94modifier une règle constitutionnelle.
Ces affirmations devenues classiques ne sont pas de nature à justi-
fier le contrôle juridictionnel des normes subordonnées à la Consti-
tution. Aussi, convient-il de remarquer qu’un système juridique est
un ensemble organisé des règles de droit, de normes, régissant une
société donnée. Toutes ces normes n’ont pas la même valeur. Des
subordinations apparaissent, ainsi que le dit Philippe Ardant95, né-
cessairement en ce sens que des liens s’établissent entre elles, où des
règles commandent à d’autres, leur sont supérieures, ne peuvent être
4
1218
violées par ceux qui élaborent les normes subordonnées.
La thèse de la hiérarchie pyramidale des normes exposée par le ju-
6395
riste autrichien Hans Kelsen peut se résumer par cet axiome selon
lequel « l’ordre juridique n’est pas un système de normes juridiques
97:1
placées au même rang, mais un édifice à plusieurs étages superposés,
34.1
une pyramide ou une hiérarchie formée d’un certain nombre
d’étages ou couches de normes successives »96. On trouve donc au
69.2
sommet de la hiérarchie, la norme-mère ou Grundnorm, celle qui
158.
Dès lors, pour que l’édifice ainsi érigé tienne, il faut absolument
que les normes inférieures respectent scrupuleusement la norme
28:8
94
ARDANT (P.), Institutions politiques et droit constitutionnel, op. cit., p. 92, n° 66.
95
Cité par ARDANT (P.), op. cit., p. 93.
nal.s
96
Ibidem
natio
63
inter
LA JUSTICE CONSTITUTIONNELLE EN RDC
4
1218
Au-delà de ce qui vient d’être dit, il y a lieu de remarquer que
l’autorité formelle de la Constitution résulte, dans le cas unique des
6395
Constitutions rigides, du fait que la révision constitutionnelle ne
peut être opérée que par une loi adoptée, soit par un organe spécial,
97:1
soit selon une procédure spéciale.
34.1
Du point de vue politique, l’on peut observer que la spécialité de 69.2
la procédure de révision tient au fait que l’œuvre à réviser est celle
du souverain et, par parallélisme de forme et de compétence, il ne
158.
peut agir que selon les formes préalablement établies par lui. En ef-
fet, permettre à n’importe quel organe et selon n’importe quelle
290:
97
ALLAND (D.) et RIALS (S.) (sous la direction de), Dictionnaire de la culture
juridique, Paris, Lamy, Quadrige, PUF, 2003, pp. 257-266.
rvox.
98
ROUSSEAU (D.), « Une résurrection : la notion de Constitution », in RDP, 1990,
pp. 5-22 ; voir aussi une application concrète de cette idée dans KAMUKUNY
chola
2007, 595 p.
natio
64
inter
INTRODUCTION GENERALE
4
1218
c. La garantie juridictionnelle ou l’efficacité
de la séparation des pouvoirs
6395
Il est acquis que la séparation des pouvoirs est l’un des fonde-
97:1
ments de la démocratie constitutionnelle. Cependant, pour éviter le
piège du formalisme qui réduirait le prescrit constitutionnel à un
34.1
simple costume à la taille des gouvernants, il s’est posé la question 69.2
essentielle de la garantie de la protection de la Constitution. 99
158.
99
Ainsi peut-on apprécier la publication de nombreuses études de sciences sociales
28:8
CADIET (L.), (sous la direction de), Paris, PUF, 2004 ; DEFFAINS (B.) et
DORIAT-DUBAN (M.), « Équilibre et régulation du marché de la justice : délai
N
versus prix », Revue économique, n° 5, 2001, pp. 949-974 ; DUBET (F.), Les
com:
sociologique sur l’accès au droit », dans L’accès au droit, LEDUT (F.), (sous la
direction de), Tours, Publications de l’Université François Rabelais, 2002 ;
chola
XXe siècle, Paris, Belin, 1999 ; TREVES (R.), Sociologie du droit, Paris, PUF, 1995.
natio
65
inter
LA JUSTICE CONSTITUTIONNELLE EN RDC
4
1218
Au nom de la légitime défense de l’ordre constitutionnel, face à
6395
un péril, écrit Jean Gicquel, à une entreprise de déstabilisation, le
chef de l’État, le gouvernement, ainsi que les citoyens, se mobili-
97:1
sent.103 La défense de l’équilibre politique mutuel des institutions
politiques relève de l’autolimitation dont le caractère aléatoire a été
34.1
déjà démontré. L’État de droit éprouve certes le besoin de certitude, 69.2
et, en cette occurrence, la certitude est assurée par la protection juri-
dique de la Constitution. Il est même arrivé que dans cette rhétori-
158.
100
GICQUEL (J.), Droit constitutionnel et institutions politiques, 16e édition, Paris,
Montchrestien, 1999, p. 172.
N
101
NTUMBA-LUABA LUMU (A.-D.), Droit constitutionnel général, op. cit., p. 166.
com:
102
Voir, dans ce sens, FATIN-ROUGE STEFANINI (M.), « Justice
constitutionnelle, justice ordinaire, justice supranationale : à qui revient la protection
rvox.
103
GICQUEL (J.), op. cit., pp. 172-174.
natio
66
inter
INTRODUCTION GENERALE
4
tention du législateur, est rarement envisagée par ces Constitutions.
1218
Seule la Constitution portugaise de 1976 se distingue par la procédure
6395
qu’elle prévoit pour dénoncer directement l’inconstitutionnalité par
omission.
97:1
Néanmoins, dans le cadre du contrôle de constitutionnalité des
34.1
lois, les juridictions constitutionnelles, en particulier le Conseil
constitutionnel français et la Cour constitutionnelle italienne, ont
69.2
nécessairement été confrontées au problème du silence de la loi
158.
67
inter
LA JUSTICE CONSTITUTIONNELLE EN RDC
4
1218
de la catégorie nouvelle du Rechtstraat. L’Allemagne hitlérienne a fait
l’expérience amère des conséquences néfastes de la théorie de la repré-
6395
sentation nationale.
Ceci explique pourquoi la théorie de l’État de droit a son origine
97:1
sur les rives du fleuve Rhin.104 Et dans le cadre de cette théorie, « le
34.1
Parlement ne peut plus tout faire » et même, dans le contrôle de
constitutionnalité des lois, le juge constitutionnel peut accorder aux
69.2
droits de l’homme un statut juridique préférentiel, comme en
158.
Israël105.
290:
de droit107.
5567
1038
one:
104
Un proverbe français ne dit-il pas que chat échaudé craint l’eau froide ? Chez
N
nous, en langue lingala, ne dit-on pas que « Moto basui ye na nyoka abangaka
com:
105
BARAK (A.), « La révolution constitutionnelle : la protection des droits
fondamentaux », in Pouvoirs, n° 72, Paris, 1994, p. 17.
chola
106
MPONGO BOKAKO BAUTOLINGA (E.), Institutions politiques et droit
constitutionnel, Kinshasa, EUA, 2001, p. 105.
nal.s
107
NTUMBA LUABA LUMU (A.-D.), Droit constitutionnel général, op. cit., p. 164.
natio
68
inter
INTRODUCTION GENERALE
4
1218
fera jamais respecter que l’interprétation qu’il donne de la Constitu-
tion et non la Constitution elle-même. D’où, écrivent Hubert Le-
6395
noir et Alain Moyrand, en réalité, la suprématie constitutionnelle est
d’abord la suprématie du juge constitutionnel car en lui confiant ce
97:1
pouvoir d’interprétation, il peut faire dire à la Constitution ce qu’il
34.1
souhaite.110
69.2
En minimisant le risque ainsi exposé, il y a lieu de retenir que
l’on est en présence d’un organe juridictionnel de contrôle des lois
158.
dure juridictionnelle,
28:8
tion.
N
com:
rvox.
108
Cité par GICQUEL (J.), op. cit., p. 174.
chola
109
MPONGO BOKAKO BAUTOLINGA (E.), op. cit., p. 105.
110
LENOIR (H.) et MOYRAND (A.), Essentiel de droit constitutionnel et
nal.s
69
inter
LA JUSTICE CONSTITUTIONNELLE EN RDC
4
Tertio, une conception organique de la séparation des pouvoirs de
1218
la théorie de Montesquieu a donné lieu au résultat logique qu’un or-
6395
gane fut-il juridictionnel, du fait que les pouvoirs législatif et exécutif
sont indépendants, ne saurait juger ces derniers.
97:1
Quarto, le célèbre argument du gouvernement des juges né dans
34.1
les allées du congrès des États-Unis.
La doctrine est allée jusqu’à montrer que le juge constitutionnel
69.2
affectait la démocratie dans son principe pour la remplacer par la
158.
111
GICQUEL (J.), op. cit.., p. 175.
nal.s
112
CC, 23 août 1985, Nouvelle-Calédonie, p. 70.
natio
70
inter
INTRODUCTION GENERALE
4
tection que la société doit procurer au juge pour que de telles res-
1218
ponsabilités lui soient confiées en toute sécurité.
6395
Le juge protecteur est-il lui-même protégé ?
Pour que le juge ait la force de défendre les autres citoyens, il doit
97:1
se sentir lui-même défendu et protégé. En effet, chargé par la société
34.1
de la mission de dire le droit, c’est-à-dire de résoudre les différends
selon les règles de la vérité légale, le juge doit obtenir de la même
69.2
société les garanties suffisantes le mettant à l’abri de toute sorte
158.
d’atteintes à son intégrité aussi bien physique, morale que celle rela-
tive à la sécurité de son emploi.
290:
lui. Sur ce plan, il semble que le juge congolais est suffisamment pro-
com:
71
inter
LA JUSTICE CONSTITUTIONNELLE EN RDC
4
1218
diction, celui de « l’irresponsabilité », d’après lequel la partie perdan-
te n’a pas de possibilité de se retourner contre le juge et intenter
6395
contre lui une action fondée sur le fait que la solution que le juge a
donnée au litige lui a porté préjudice : c’est la procédure spéciale en
97:1
matière de « prise à partie », laquelle peut entraîner une amende et la
34.1
possibilité pour le juge de postuler une demande reconventionnelle
dans le cas où cette prise à partie aurait été déclenchée avec légèreté
69.2
et que le juge intéressé aurait considéré qu’elle a été vexatoire, etc.
158.
plus discuté et c’est sur cette question que l’accord est loin d’être una-
nime. Ce problème touche principalement le principe de
8842
mieux la liberté des citoyens, d’un système politique dans lequel les
pouvoirs sont séparés et peuvent, le cas échéant, s’arrêter les uns et les
1038
judiciaire.
N
com:
72
inter
INTRODUCTION GENERALE
4
1218
entraver le cours de la justice, ni s’opposer à l’exécution d’une déci-
sion de justice » (alinéa 1). « Le pouvoir législatif ne peut ni statuer
6395
sur des différends juridictionnels, ni modifier une décision de justice,
ni s’opposer à son exécution… » (alinéa 2). L’alinéa 3 conclut de ma-
97:1
nière impérative : « Toute loi dont l’objectif est manifestement de
34.1
fournir une solution à un procès en cours est nulle et de nul effet ».
Déjà, en son article 150, la Constitution a, de manière impérative,
69.2
prescrit que « les juges ne sont soumis dans l’exercice de leur fonc-
158.
sonnel politique. En effet, étant donné que les magistrats sont nom-
més et révoqués par l’exécutif, ils n’ont pas de support politique suf-
rvox.
fisant pour tenir tête au jeu des intrigues politiques qui caractérise les
relations de l’exécutif et du législatif, deux organes issus des modes
chola
73
inter
LA JUSTICE CONSTITUTIONNELLE EN RDC
4
tériels de subsistance ; mais cela peut être combattu grâce au relève-
1218
ment de leur salaire. À ce sujet, il convient de noter que le magistrat
6395
fait partie de la catégorie des cadres les mieux payés actuellement en
République démocratique du Congo bien que, le plus souvent, les
97:1
réalités contredisent les principes.
34.1
Quant aux insuffisances dites professionnelles, elles se constatent
par l’attitude du juge qui s’en remet aux conclusions des parties ou
69.2
des autres magistrats : le juge fonde son jugement sur les conclusions
158.
des plaideurs sans que lui-même ait « fouillé » dans les contours de la
loi et des règles jurisprudentielles pour y découvrir la solution adé-
290:
sous toutes leurs formes. Nous n’allons pas nous attarder sur ce su-
jet, étant donné que cette matière est développée avec force détails
nal.s
natio
74
inter
INTRODUCTION GENERALE
II. PROBLÉMATIQUE
4
Le contrôle juridictionnel des actes des gouvernants est, sans au-
1218
cun doute, l’une des marques du droit constitutionnel contempo-
rain. Aussi est-il utile d’étudier l’agencement des mécanismes de ce
6395
contrôle en République démocratique du Congo pour rendre effi-
97:1
ciente la justice constitutionnelle qui s’installe.
Il s’agira de répondre aux pertinentes questions relatives aux fon-
dements et aux modalités d’exercice de cette justice constitutionnel- 34.1
69.2
le. Par ailleurs, l’on peut constater que la raison ultime de la justice
constitutionnelle qui est la Constitution a revêtu un fondement dif-
158.
ciété.114
28:8
nom de Dieu puis en son nom propre, la justice est demeurée une
one:
N
com:
113
MATADI NENGA GAMANDA, La question du pouvoir judiciaire en
rvox.
114
Lire SEURIN (J.-L.), « Des fonctions politiques des Constitutions. Pour une théorie
politique des Constitutions », in SEURIN (J.-L.), (sous la direction de), Le
nal.s
75
inter
LA JUSTICE CONSTITUTIONNELLE EN RDC
4
1218
Comment dès lors assumer ce dualisme constitutionnel qui est
6395
marqué par l’existence d’un texte constitutionnel calqué sur ceux
d’occident et une présence discrète mais agissante d’une « coutume »
97:1
en tout cas, des pratiques constitutionnelles, de plus en plus, persis-
tantes mais tendant de manière frénétique à émasculer la suprématie
34.1
de la Constitution ?117 69.2
La décision du bureau de l’Assemblée nationale du mois de fé-
158.
115
Lire NICOLSON (H.), La monarchie. Du droit divin aux constitutions modernes,
Paris, Hachette, 1962.
5567
116
GOOSSENS (C.), préface à DJELO EMPENGE OSAKO (V.), L’impact de la
coutume sur l’exercice du pouvoir en Afrique noire. Le cas du Zaïre, Louvain-la-
1038
fort possible de trouver dans les valeurs ancestrales certaines qui soient
com:
s’agit de parler de l’être du Congolais ; or, cet être collectif est, à nos yeux, en
pleine construction et selon les soubresauts de l’histoire. Ainsi donc, il est
chola
l’histoire ?
natio
76
inter
INTRODUCTION GENERALE
tionnel d’une telle mesure saute aux yeux, cependant elle ne heurte
nullement la conscience juridique des citoyens qui restent ainsi
comme éloignés du texte constitutionnel qui, de ce point de vue, ne
semble guère avoir cristallisé un accord social qui mériterait que l’on
meure pour lui.
Il s’agit aussi de répondre au défi majeur que lance Sayeman Bula-
Bula 118 à « la jeune génération des constitutionnalistes », celui, entre
autres, de tenir en compte les fondements culturels, ethniques, éco-
nomiques et sociaux de notre pays dans la réalisation d’une « stato-
logie » africaine ou pour notre cas, d’une justice constitutionnelle
congolaise.
4
1218
Cette problématique ne peut trouver réponse, à notre avis, que
dans une analyse qui s’appuierait sur une description critique du
6395
contentieux constitutionnel congolais dans la perspective de l’État
de droit.
97:1
En effet, le mimétisme institutionnel viderait la réflexion juridi-
34.1
que de tout intérêt. Aussi est-il aisé de constater que l’État de droit 69.2
est une forme avancée de l’État-nation. Or, celle-ci est le produit de
l’histoire européenne. Il est donc fort possible que l’existence des
158.
118
BULA-BULA SAYEMAN, « En ce temps-là », in Pour l’épanouissement de la
1038
119
NDAYWEL e NZIEM (I.), Histoire générale du Congo. De l’héritage ancien à la
République démocratique, Paris, Kinshasa, Bruxelles, Agence de la Francophonie,
N
120
Lire BOSHAB (E.), op. cit., 338 p. Cet auteur perçoit, à notre avis, la bataille que
se livrent ces deux sources normatives mais plaide en fin de compte pour le droit
chola
écrit. La synthèse n’est-elle pas possible ? Le droit écrit occidental n’est-il pas un
mélange subtil des coutumes de l’ancien régime d’avec les lois de l’État
nal.s
77
inter
LA JUSTICE CONSTITUTIONNELLE EN RDC
re final de ses règles ? Il est acquis que ce peuple est multiple et di-
vers.121
La thèse est dès lors que la justice constitutionnelle congolaise doit
innover en ce qu’elle se fonde sur des normes dont l’origine dualiste
est acquise, et, de ce fait même, s’applique à des actes empreints du
sceau de ce dualisme constitutionnel de même qu’elle est talonnée par
une mondialisation qui presse et qui impose comme « un prêt-à-porter
idéologique » l’institution des Cours constitutionnelles, comme il en
est des programmes d’ajustement structurel.
Souvent, il est reproché au constituant d’imiter les institutions
4
nées sous le soleil d’autres nations et ainsi nourries à une histoire qui
1218
n’est pas la sienne. Cependant, tel reproche résisterait-il à son tour à
la critique lorsque le mythe de l’État de droit122 semble avoir déjà
6395
conquis tous les cœurs, en tout cas, ceux des Africains qui ne soupi-
97:1
rent qu’après lui ?
34.1
Comment dès lors peut-il être possible que le constituant soit
sourd à ces aspirations internes de très forte intensité relayées au 69.2
demeurant par un discours mondial de bonne gouvernance dont la
158.
vulgate juridique n’est rien d’autre que la notion aux dimensions in-
soupçonnées d’État de droit ? Mais doit-on faire un mimétisme de
290:
culturel congolais.
one:
N
121
Voir KI-ZERBO (J.), Histoire de l’Afrique noire d’hier à demain, Paris, Hatier,
com:
1972.
122
Lire CHEVALLIER (J.), L’État de droit, 2e édition, coll. Clefs, Paris,
rvox.
78
inter
INTRODUCTION GENERALE
4
1218
gouvernés et sur la base de la norme fondamentale et fondatrice.
Aussi est-il déjà perceptible qu’une méthode transdisciplinaire ou
6395
pluridisciplinaire s’impose afin de rendre intelligible la thèse que
nous défendons. Mais le cheminement méthodologique n’est-il pas
97:1
déjà un autre problème scientifique qu’il faut élucider ? Tout ceci a-t-
34.1
il de l’intérêt ?
69.2
pratique. Il est également utile de noter que notre sujet est actuel et
8842
d’essayer de le montrer.
En effet, étudier le contentieux constitutionnel congolais, c’est, à
28:8
124
DJOLI ESENG’EKELI (J.), Le constitutionnalisme africain. Entre la gestion des
chola
79
inter
LA JUSTICE CONSTITUTIONNELLE EN RDC
4
1218
Haute Cour a été saisie en matière constitutionnelle et sur les répon-
ses qu’elle a réservées à toutes ces sollicitations. La question de
6395
l’indépendance du juge constitutionnel congolais est à ce point la
trame de l’étude.
97:1
De là découle l’intérêt tout au moins pratique de la présente thèse
34.1
qui se situe dans une perspective tendant à dégager, de manière 69.2
scientifique et désintéressée, le degré de rigueur et d’impartialité des
magistrats composant la Haute Cour dans la réception de différentes
158.
requêtes qui furent ou sont encore portées devant eux ainsi que les
290:
limites légales de cette saisine. Il s’agira aussi de voir dans quelle me-
sure et dans les conjonctures qui sont les nôtres comment cette in-
8842
126
KALUBA DIBWA (D.), La saisine du juge constitutionnel et du juge administratif
suprême en droit public congolais, Kinshasa, Eucalyptus, 2007 ; voir aussi
rvox.
80
inter
INTRODUCTION GENERALE
Cet éventail des questions donne à voir que chacune des solutions
qui seront réservées à ces problèmes sera de nature à offrir des avan-
tages qui ne sont pas toujours compensés par les bénéfices techni-
ques car l’accessibilité plus ou moins grande au juge constitutionnel
peut entamer l’autorité et la majesté de la loi. Cependant, l’on peut
s’interroger sur la véracité d’un tel dogme lorsque l’on se rappelle
que plusieurs pays d’Afrique noire ont ouvert la saisine du juge
constitutionnel sans entraîner ni une ruée effrénée vers la justice
constitutionnelle ni l’émasculation de la majesté de la loi souvent
crainte, à tort.128
Il ne s’agira pas toutefois d’analyser tous les cas traités par le juge
4
1218
constitutionnel, il sera utile, dans le cadre restreint de cette étude, de
n’étudier que certaines affaires qui, par les circonstances de leur
6395
examen d’une part, et l’objet sur lequel elles portent d’autre part,
avaient non seulement suscité une forte controverse sur le plan juri-
97:1
dique et politique, mais aussi et surtout attiré l’attention des cher-
cheurs.
Somme toute, le choix des arrêts à étudier ne peut paraître 34.1
69.2
qu’arbitraire au regard du thème étudié, mais il se situe dans une
158.
être corrigée par une technostructure sans aucune légitimité démocratique mais
1038
128
Par exemple, les Constitution de la République du Bénin du 11 décembre 1990,
com:
129
Étymologiquement, arbitrari ne signifie-t-il pas juger ? Il est évident que, de ce
point de vue, nous assumons le fait que nous avons jugé et il ne pouvait en être
nal.s
autrement.
natio
81
inter
LA JUSTICE CONSTITUTIONNELLE EN RDC
4
1218
L’actualité du sujet est articulée, du reste, avec humour, par Éva-
riste Boshab qui pose la question de savoir si « longtemps sous la
6395
coupe du Parti-État, affaibli par une longue tradition de dépendance,
rendu indigent par la rémunération de misère qu’il perçoit de ma-
97:1
nière irrégulière, suffit-il qu’une disposition constitutionnelle le dé-
34.1
clare indépendant, pour que le juge retrouve, comme par enchante-
ment, l’esprit et les réflexes de cette indépendance ? »132
69.2
130
Lire avec intérêt l’excellent ouvrage de Marie-Joëlle REDOR, De l’État légal à
l’État de droit. L’évolution des conceptions de la doctrine publiciste française 1879-
1038
1914, Paris, Economica, Aix-Marseille, PUAM, 1992. Cet ouvrage issu d’une
remarquable thèse de doctorat en droit public devant la Faculté de Droit de Paris
one:
II Assas est une belle recension de la doctrine publiciste française sur la notion
d’État de droit.
N
131
CHEVALLIER (J.), L’État de droit, 2e édition, coll. Clefs/Politique, Paris,
com:
Montchrestien, 1994, p. 12. Voy aussi LAVROFF (D.G.), Les grandes étapes de la
pensée politique, Paris, Dalloz, 1993, 499 p., spécialement les pages consacrées à la
rvox.
490).
132
BOSHAB (E.), La misère de la justice et justice de la misère en République
nal.s
82
inter
INTRODUCTION GENERALE
4
1218
IV. INDICATIONS MÉTHODOLOGIQUES
6395
Les connaissances scientifiques couvrent plusieurs domaines du
savoir et sont acquises grâce à l’utilisation des méthodes 133 et techni-
97:1
ques134 d’investigation propres à chaque discipline. 135
34.1
La question que nous nous proposons d’étudier ici relève sans au-
cun doute du droit public.136 Mais en cette discipline, qu'est-ce que la
69.2
méthode ? Le droit public dispose-t-il d’une méthode susceptible de
158.
133
RONGERE (P.), Méthodes des sciences sociales, Paris, Dalloz, 1971, p. 18 qui dit
que la méthode est « une procédure particulière appliquée à l’un ou l’autre des
one:
stades de la recherche ».
134
MULUMBATI NGASHA, Manuel de sociologie générale, Lubumbashi, Éditions
N
statum rei romanae spectat par opposition au droit privé qui est ad singulorum
utilitatem pertinet, cité par Émile LAMY, Le droit privé. Introduction à l’étude du
nal.s
83
inter
LA JUSTICE CONSTITUTIONNELLE EN RDC
4
1218
politique.
6395
En revanche, la recherche scientifique pourra être comprise
comme une investigation rigoureuse, critique et systématique menée
97:1
sur un objet donné et précis, sur base des procédés méthodologiques
susceptibles de conduire à une connaissance vraie, vérifiable et
34.1
communicable de l’objet étudié139. 69.2
L’approche juridique est à l’évidence mise à contribution. C’est le
158.
137
PINTO (R.) et GRAWITZ (M.), Méthodes des sciences sociales, Paris, 4e édition,
N
138
COHENDET (M.-A.), Droit Public. Méthodes de travail, 3e édition, Paris,
Montchrestien, 1998, p. 13.
rvox.
139
SHOMBA KINYAMBA (S.), op. cit., p. 24.
140
GRAWITZ (M.), Méthodes des sciences sociales, 10e édition, Paris, Dalloz, 1996,
chola
p. 319, n° 267.
141
PERELMAN (C.), Logique juridique. Nouvelle rhétorique, 2e édition, Paris,
nal.s
84
inter
INTRODUCTION GENERALE
est convenu de voir que cette approche juridique est à la fois exégéti-
que et contentieuse142.
La démarche du publiciste sera exégétique mais aussi nourrie de
l’apport de l’approche jurisprudentielle143. Celle-ci donnera vie à la
traditionnelle analyse des textes qui n’échappe pas à la pertinente
remarque de Dominique Turpin relative à ce qu’il appelle l’obsession
textuelle saisie comme l’état primitif de l’évolution du droit constitu-
tionnel.144
Par ailleurs, il ne s’agira pas de se détacher du texte mais plutôt de
lui donner le sens que lui confère l’apport des dimensions factuelles.
Le travail de l’exégèse n’est-il pas aussi celui de rechercher le fonde-
4
ment qui est toujours et déjà préjuridique ou métajuridique ?145 Qui
1218
mieux que le juge pourrait saisir ces dimensions insoupçonnées du
6395
texte de loi qu’il s’agit d’interpréter ?146
Le doyen Duguit répond en opinant que « en fait, la production
97:1
spontanée du droit n’est jamais arrêtée, (et) que le juge est absolu-
34.1
ment libre dans son appréciation et qu’il ne peut pas être entravé et
gêné par ce que l’on prétend avoir été la pensée réelle, quoique non 69.2
exprimée, du législateur »147.
158.
290:
142
Lire avec intérêt DREYFUS (S.), La thèse et le mémoire de doctorat en droit, Paris,
8842
jurisprudentielle.
144
TURPIN (D.), Droit constitutionnel, Paris, PUF, 1998, p. 1.
5567
145
DAILLIER (P.) et PELLET (A.), Droit international public, Paris, LGDJ, 2002,
pp. 98-107, ont rédigé de bonnes pages qui font un bel état de ce débat qui relève
1038
146
PESCATORE (P.), Introduction à la science du droit, Luxembourg, Centre
Universitaire de l’État, 1978, pp. 331 et s., professe que « la méthode exégétique est
N
1927, p. 177.
natio
85
inter
LA JUSTICE CONSTITUTIONNELLE EN RDC
4
1218
S’agissant de l’approche diachronique qui est l’application de
l’histoire au droit, il y a lieu de montrer qu’une étude de droit pu-
6395
blic ne peut légitimement ignorer ses bases historiques et ses sources
d’inspiration intellectuelle que sont le droit traditionnel négro-
97:1
africain, le droit public de l’État indépendant du Congo et le droit
34.1
public du Congo belge, d’une part et d’autre part, le droit public
belge, le droit public français et le droit public comparé de certains
69.2
pays africains francophones depuis leur indépendance.151
158.
148
VUNDUAWE te PEMAKO (F.), op. cit.., p. 104.
one:
149
CHEROT (Y.), Livre blanc sur la recherche juridique, Paris, LGDJ, 1996, p. 6.
150
Ibidem.
N
151
VUNDUAWE te PEMAKO (F.), op. cit.., pp. 111-116. Pour l’intelligence de
com:
p. 19.
natio
86
inter
INTRODUCTION GENERALE
4
cette institution à travers la Constitution congolaise du 18 février
1218
2006 donne ouvertement à voir des similitudes avec son homologue
6395
français.
Au demeurant, la mondialisation des relations économiques et
97:1
culturelles débouche sur une uniformisation du droit. La récente
34.1
création du droit de l’Ohada est de nature à rendre probable, dans
des échéances à déterminer, l’existence d’un droit quasi-mondial. Ce
69.2
rêve kantien restera-t-il longtemps utopique ? La paix perpétuelle et
158.
prospective.154
28:8
cette thèse.
Le sujet lui-même au demeurant commande cette approche qui
one:
153
DELPEREE (F.), Le droit constitutionnel de la Belgique, Bruxelles, Paris,
Bruylant, LGDJ, 2000, p. 40, n° 27.
chola
154
FUKUYAMA (F.), La fin de l’histoire ? Commentaire, n° 47, automne 1989,
p. 459, cité par Claude LECLERCQ, Libertés publiques, 5e édition, Paris, Litec,
nal.s
2003, p. 1.
natio
87
inter
LA JUSTICE CONSTITUTIONNELLE EN RDC
4
1218
un droit stable et simple, organisé autour d’une justice indépendante
et efficace, il ne peut exister ni croissance économique ni progrès
6395
social.157
97:1
L’un des rôles de la doctrine n’est-il pas de suppléer aux carences
de la loi et de prêter des béquilles à la jurisprudence comme c’est le
34.1
cas en République démocratique du Congo où cette dernière est bal- 69.2
butiante ? La situation, il faut le dire, n’est pas encore viable ni mê-
me enviable.
158.
155
NTUMBA LUABA LUMU (A.-D.), Droit constitutionnel général, Kinshasa,
1038
156
MABANGA MONGA MABANGA, Le contentieux constitutionnel congolais,
com:
printemps.
157
VIALLET (M.) et MAUS (D.), Avant-propos in du Bois DE GAUDUSSON (J.),
nal.s
88
inter
INTRODUCTION GENERALE
4
1218
V. PLAN SOMMAIRE
6395
La présente étude ayant pour thème : « Du contentieux constitu-
97:1
tionnel en République démocratique du Congo. Contribution à
l’étude des fondements et des modalités d’exercice de la justice cons-
34.1
titutionnelle », est menée en deux parties. 69.2
La première partie est consacrée à l’étude des fondements théori-
158.
89
inter
LA JUSTICE CONSTITUTIONNELLE EN RDC
4
1218
matière contentieuse (section 2). Le chapitre troisième abordera
l’étude des recours ouverts devant le juge constitutionnel (section 1)
6395
avant d’analyser les conditions de recevabilité et de mise en état de la
cause (section 2). Le quatrième et dernier chapitre de cette seconde
97:1
partie consacrée à l’analyse des effets des décisions du juge constitu-
tionnel sera abordé, d’une part, par l’étude du contrôle a priori ou la
censure des actes législatifs en chantier (section 1) et, d’autre part, 34.1
69.2
par celle du contrôle a posteriori ou la censure des actes législatifs.
158.
90
inter
inter PARTIE I :
natio
nal.s
chola
rvox.
INTRODUCTION GENERALE
com:
None:
1038
5567
28:8
8842
290:
158.
69.2
34.1
97:1
6395
DES ASSISES ÉPISTÉMOLOGIQUES
1218
4
91
inter
natio
nal.s
chola
rvox.
com:
None:
1038
5567
28:8
8842
290:
158.
69.2
34.1
97:1
6395
1218
4
PARTIE I : DES ASSISES ÉPISTÉMOLOGIQUES
INTRODUCTION
4
dans chacun de deux modèles nous parait utile avant d’observer
1218
comment chacune des techniques de contrôle exerce une influence
6395
ou même une transformation sur l’ordre politique et sur l’ordre ju-
ridique. Ceci aussi est classique mais il nous a également paru utile
97:1
de le relever afin de rendre intelligibles les développements théori-
ques sur le modèle africain et congolais à concevoir ou à inventer.
En effet, en partant de l’hypothèse de cette étude qui énonce une 34.1
69.2
différence fondamentale de la notion de constitution entre les deux
158.
93
inter
LA JUSTICE CONSTITUTIONNELLE EN RDC
4
1218
6395
97:1
34.1
69.2
158.
290:
8842
28:8
5567
1038
one:
N
com:
rvox.
chola
nal.s
natio
94
inter
PARTIE I : DES ASSISES ÉPISTÉMOLOGIQUES
CHAPITREI :
LES MODÈLES DE JUSTICE
CONSTITUTIONNELLE
Dès lors que les États ont ressenti le besoin de limiter les actes des
gouvernants ou qu’ils ont été forcés à le faire, il s’est naturellement
posé la question des modalités de cet exercice. Pour que la justice
constitutionnelle dont la nécessité semble désormais être logique
fonctionne, un modèle théorique devait être conçu et appliqué.
Il convient de noter, avec Dominique Rousseau, que le contrôle
4
1218
de la constitutionnalité des lois est « une invention de l’Occident » à
laquelle il donne sa pleine signification.158 Comprendre dès lors
6395
comment une telle institution a pu naître sur le sol de l’Occident
nécessite de longues recherches dans le domaine de l’histoire du
97:1
droit, cependant l’on peut observer que le fondement premier de
34.1
cette justice se trouve dans la contestation qui, selon Jean Gicquel, gît
au cœur de la Constitution car, en effet, « les majorités au pouvoir
69.2
acceptent que soient contestées, discutées voire annulées les expres-
158.
mes ».159
5567
158
ROUSSEAU (R.), Droit du contentieux constitutionnel, 6e édition, Paris,
chola
95
inter
LA JUSTICE CONSTITUTIONNELLE EN RDC
4
1218
constitutionnelles relatives à la justice constitutionnelle. S’agirait-il,
de nos jours, d’une nouvelle « fausse fenêtre » constitutionnelle,
6395
pour emprunter l’expression chère à Djelo Empenge Osako ?161
97:1
Il s’agit de ne pas désespérer. Car il vaut mieux avoir ces méca-
nismes de contrôle juridictionnel de la loi que de ne pas du tout en
34.1
avoir. L’exemple nazi allemand nous rappelle que le contrôle juridic- 69.2
tionnel, s’il avait existé, aurait pu freiner les élans de la majorité na-
zie enthousiaste de 1933.162
158.
290:
160
Voir du BOIS DE GAUDUSSON (J.), CONAC (G.) et DESOUCHES (C.),
8842
pp. 352-354.
161
Dans le cadre des régimes autoritaires, professait Victor Jean-Claude DJELO
5567
des fausses fenêtres, le système restant hermétiquement fermé. Par ailleurs, cet
énoncé des principes était destiné à la consommation extérieure et à l’entretien
one:
tributaires. Voir aussi HYDEN (G.) et BRATTON (M.), (sous la direction de),
Gouverner l’Afrique. Vers un partage des rôles ?, Manille, Nouveaux horizons,
rvox.
1997.
162
Il est toujours possible de douter de l’efficacité d’un tel mécanisme sur la volonté
chola
96
inter
PARTIE I : DES ASSISES ÉPISTÉMOLOGIQUES
4
1218
Section 1 : LE MODÈLE AMÉRICAIN
6395
Analyser le modèle américain, c’est étudier le modèle né sur le sol
des États-Unis d’Amérique et ses avatars disséminés dans le monde.
97:1
Toutefois, il est donc utile de noter qu’il n’est pas question d’étudier
34.1
l’ensemble des États qui ont adopté ledit modèle. Il sera question
simplement de voir comment dans un certain nombre des pays pha- 69.2
res ce modèle a été implanté et comment il y fonctionne. L’analyse
158.
qu’en Asie.
8842
163
Voir pour l’étude détaillée de la question, FROMONT (M.), La justice
constitutionnelle dans le monde, Paris, Dalloz, 1996, 140 p. Voy aussi
rvox.
97
inter
LA JUSTICE CONSTITUTIONNELLE EN RDC
4
1218
contrôle juridictionnel des lois dans les revendications d’indépendance
des colonies de Nouvelle Angleterre et proclamant à leur tour qu’une
6395
loi contraire à la constitution est nulle et non avenue.165
L’on doit toutefois à l’histoire de dire que le constitutionnalisme
97:1
s’enracine dans la notion grecque de nomoï, corps de règles ancien-
34.1
nes qui ne pouvaient être modifiées par de simples décrets de
l’Ecclésia. Éventuellement était déclenchée la procédure de graphé
69.2
paranomon, sorte d’action publique pouvant être exercée, pendant
158.
ment élu à cet effet, les Nomothètes.166 Là gisaient déjà, à coup sûr,
8842
164
FAVOREU (L.), Droit constitutionnel, op. cit.., p. 203, n° 258.
rvox.
165
Idem, p. 204, n° 258.
166
GAUDEMET (J.), Les institutions de l’antiquité, Paris, Sirey, 1967, p. 165 ;
chola
98
inter
PARTIE I : DES ASSISES ÉPISTÉMOLOGIQUES
4
1218
sentants de certains nouveaux États souverains et faire passer la
Constitution fédérale que les Pères fondateurs s’en tinrent à
6395
l’affirmation de l’existence d’un pouvoir judiciaire mais non celle
d’un contrôle de constitutionnalité ».169
97:1
Cette manœuvre habile du constituant américain est toutefois mi-
34.1
se à nu dans l’article VI section 2 de la même Constitution qui dis-
pose que « cette constitution et les lois des États-Unis qui seront pri-
69.2
ses, en conformité avec elle, ainsi que les traités, seront la loi suprême
158.
du pays, et les juges de chaque État seront liés par eux nonobstant
toute disposition contraire des constitutions ou lois étatiques ».170
290:
168
Constitution des États-Unis d’Amérique, article III, section 1.
169
TURPIN (D.), Droit constitutionnel, op. cit.., p. 132.
nal.s
170
C’est nous qui soulignons l’incise « en conformité avec elle ».
natio
99
inter