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Enjeux des éco-matériaux en mécanique

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19 ème Congrès Français de Mécanique Marseille, 24-28 août 2009

Eco-matériaux : les enjeux et les problématiques pour la


mécanique
E.B RETAGNE

Université de Picardie Jules Verne, Laboratoire des Technologies Innovantes (LTI, EA 3899), équipe IMaP,
IUT de l’Aisne, 15 avenue F. Mitterrand, F-02880 Cuffies, [Link]@[Link]

Résumé :
Les questions d’environnement envahissent le champ médiatique de nos société[Link] ce contexte, les matériaux ont des
spécificités. En 1992 K. Halada a défini les éco-matériaux comme des matériaux contribuant à la réduction de l’impact
environnemental lié aux activités humaines. Cela recouvre des matériaux, usuels ou innovants, ainsi que des utilisa-
tions variées. Nous mettons en lumière les enjeux et les problématiques, parfois méconnus, liés aux éco-matériaux et qui
concernent la mécanique.

Abstract :
The media coverage of environment’s subject gets into everything in our societies. Within this context, materials exhibit
specific characteristics. In 1992 the concept of ecomaterials was proposed by Halada. Ecomaterials are materials which
facilitate reduction of environmental impact due to human activities. It covers usual and innovative materials and various
usages as well. We bring out sometimes unknown stakes and problematics that are linked to ecomaterials and concern
mechanics.

Mots clefs : éco-conception, éco-matériaux, mécanique

1 Introduction
Les questions d’environnement envahissent depuis quelques années les préoccupations et le champ médiatique
de nos sociétés. Des pays émergents comme la Chine [1, 2] prennent à bras le corps les problématiques envi-
ronnementales liées à leur développement économique, tandis que d’autres pays, comme le Japon [3], ont déjà
des années de réflexion en la matière. Et la crise financière récente vient encore compliquer la donne [4, 5, 6].
Le développement durable a été défini comme un développement qui répond au besoin du présent sans com-
promettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs [7]. C’est un concept vague et abstrait. Nous
nous intéresserons ici à la dimension environnementale du développement durable mais cette notion recouvre
également des aspects économique et sociaux. Ce n’est pas un hasard si le ministère créé en 2007 s’intitule
Ministère de l’Ecologie, du Développement et de l’Aménagement Durables et cela souligne l’implication des
collectivités locales.
D’un point de vue scientifique, le développement durable englobe plusieurs domaines : économie, droit,
sciences sociales, sciences et techniques, chimie (chimie verte), biologie, ... et on voit même l’émergence
de nouvelles disciplines telles que l’économie écologique [8]. En France, le programme PRECODD (PRo-
gramme de recherche ECOtechnologie et Développement Durable) vise à dynamiser la recherche française
dans le domaine des éco-technologies.
Les nanotechnologies constituent une avancée scientifique particulièrement représentative des préoccupations
actuelles : une commission européenne a été organisée en 2006 afin d’examiner les impacts des nanotechnolo-
gies sur l’environnement [9]. Comme l’expliquent Rickerby et al.[10], les retombées potentielles des nanotech-
nologies sur l’environnement peuvent, en l’état actuel de nos connaissances, être à la fois positives et négatives.
En effet les nanotechnologies peuvent fournir des solutions pour certains problèmes environnementaux parmi
lesquels la prévention des pollutions dues aux émissions industrielles avec le développement des nanocata-
lyses d’oxydes métalliques et la mise au point de systèmes de détection plus sensibles pour l’enregistrement
des qualités de l’air ou de l’eau. Mais, dans certains cas, il a été montré que la composition chimique, la taille
et la forme de nanoparticules peuvent provoquer des effets toxiques.
Dans ce contexte, les scientifiques ont un rôle à jouer en apportant des solutions technologiques économiquement
viables répondant aux critères du développement durable. Pour les « mécaniciens », l’objectif est d’identifier
de nouvelles problématiques auxquelles ils pourront apporter des réponses. Dans cet article je présente la
spécificité des produits manufacturés : de cet exposé découle naturellement les notions d’éco-conception et
d’éco-matériaux. Ensuite la place de la mécanique dans le domaine des éco-matériaux est discutée.

1
19 ème Congrès Français de Mécanique Marseille, 24-28 août 2009

2 Spécificité des produits manufacturés


2.1 Cycle de vie et impacts environnementaux

Tensions •!Quoi ? Où ? Quand ?


Ressources Impacts
sur les •!Quelle durée ?
naturelles, sur
marchés •!Quelle quantité ?
énergie l’environnement
économiques •!Effets locaux ?
•!Effets globaux ?
•!Effets à court terme ?
•!Effets à long terme ?

Extraction, production, transport…

F IG . 1 – Fabrication et utilisation d’un produit manufacturé vues comme une boı̂te noire.

Considérons la fabrication et l’utilisation d’un produit manufacturé comme une boı̂te noire (figure 1). En entrée,
nous avons des ressources naturelles et de l’énergie tandis qu’en sortie nous avons divers impacts environne-
mentaux.
Les prix des ressources naturelles et de l’énergie subissent une hausse liée, soit à la raréfaction des ressources
non-renouvelables, soit à la hausse du prix du transport (due directement ou indirectement à la hausse du prix
du pétrole). Cela entraı̂ne une hausse du prix de certaines matières premières et une tension sur les marchés
économiques.
En sortie nous obtenons des impacts environnementaux divers dus, par exemple, aux prodédés de fabrication,
au conditionnement, au transport, à l’utilisation, à la maintenance... Ces impacts peuvent être infinitésimaux ou
importants, ponctuels ou prolongés. Leurs effets dépendent également de l’échelle spatiale considérée (effets
locaux et/ou globaux). Les déchets constituent l’impact environnemental le plus visible. Leur incinération peut
s’accompagner d’une valorisation énergétique sous forme de chaleur ; d’autres alternatives sont le stockage
ou l’enfouissement. Malheureusement les déchets sont de plus en plus taxés, leur incinération pose parfois
des problèmes environnementaux (émission toxiques...) et leur stockage s’avère difficile (manque de place,
législation...), coûteux ou dangereux.
Le cycle de vie des produits manufacturés est détaillé sur la figure 2 [11]. A chaque étape, des impacts envi-
Remise à neuf (re conditionnement)

Ressources Production des Fabrication du


naturelles matériaux produit
Recyclage en boucle fermée

Impacts
Ressources
Distribution, sur
naturelles, Conditionnement
transport l’environ-
énergie
nement

Ré-utilisation

Utilisation, Fin de la
Déchets
Maintenance première vie

Recyclage en boucle ouverte

F IG . 2 – Cycle de vie d’un produit manufacturé.

ronnementaux sont générés. En fin de vie, le produit est considéré comme un « déchet ». Plusieurs alternatives
au stockage, à l’enfouissement ou à la valorisation énergétique existent : le recyclage (en boucle ouverte ou
fermée), la réutilisation des produits manufacturés et le reconditionnement (remise à neuf). On définit les
matières premières secondaires comme des matières ayant déjà été incorporées au moins une fois à un pro-
duit : elles n’ont pas forcément les mêmes propriétés physiques que les matières premières initiales. C’est par
exemple le cas des polymères styréniques.

2
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2.2 Enjeux économiques


L’imposition de normes environnementales (françaises ou européennes) a eu pour effet l’augmentation de la
responsabilité des fabricants [11] : le respect et/ou le non-respect des normes a un coût économique. Ces
normes liées à l’hygiène, la sécurité et l’environnement peuvent concerner aussi bien la chaı̂ne de production
elle-même (par exemple le contrôle et/ou la diminution des émissions, la prise en charge des déchets liés à
la production...) que la qualité des produits (procédés de fabrication plus chers, mise en place de démarches
qualité plus draconiennes,...).
Les premières réglementations ont concerné les emballages (directive européenne du 20/12/1994 traduit par le
décret no 98-638 du 20/07/1998) : prévention par la réduction à la source, minimisation des substances dan-
geureuses, aptitude à la valorisation et à la réutilisation [12]. Depuis ont suivi des réglementation concernant
la construction automobile, les Déchets d’Equipements Electriques et Electroniques (DEEE) etc. Depuis 2006,
le Code des Marchés Publics intègre des critères de sélection liés au développement durable [12].
Des entreprises imposent par ailleurs des conditions draconniennes à leurs prestataires. Dans certains do-
maines, comme l’habitat et l’automobile, la pression économique et concurrentielle est très forte [12] : l’habitat
écologique et la démarche HQE (Haute Qualité Environnementale) ont le vent en poupe [13], la réduction de
la consommation et des émissions toxiques sont désormais des arguments de vente d’une voiture [14].
Au niveau de la fabrication, l’augmentation des prix rend nécessaire la diminution des coûts énergétique et
l’amélioration du rendement des matières premières (notion d’éco-efficacité). Encore trop rares, les symbioses
industrielles se multiplient. Il s’agit d’un système d’échange d’énergie ou de sous-produits entre plusieurs en-
treprises [15]. L’évolution de l’économie entraine une tertiarisation et une dématérialistaion : la vente d’un
produit est remplacée par la fourniture d’un service [15]. Dans ce contexte, une petite amélioration du produit
représente un gain non négligeable pour l’entreprise qui gère un parc entier (par exemple de photocopieuses).

Cette synthèse rapide et simplifiée permet d’appréhender les spécificités du développement durable pour les
produits manufacturés. Néanmoins la situation est loin d’être simple. L’amélioration, en terme d’impacts envi-
ronnementaux, d’une phase de vie d’un produit peut, en contre partie, dégrader une autre phase. Par exemple
comment juger de la pertinence d’un recyclage dont le coût énergétique est très important ? La notion d’éco-
conception est une tentative de réponse à ces questions complexes.

2.3 Eco-conception
L’éco-conception est un concept international développé par le « World Business Council for Sustainable De-
velopment »lors du sommet de Rio de 1992. Il s’agit d’intégrer l’environnement dès la phase de conception des
produits, en s’appuyant sur une approche globale et multicritère des impacts sur l’environnement, ainsi que sur
la prise en compte de toutes les étapes de vie des produits. Cette démarche peut s’accompagner d’un système
de management environnemental (SME) au sein de l’entreprise.
L’analyse du cycle de vie (ACV) est l’un des outils utilisés en éco-conception, même si l’estimation de l’im-
pact environnemental reste difficile. Pour un produit courant, il faut établir, pour chaque phase de la vie, le coût
en terme de ressources (matières premières, énergie), l’inventaire des émissions et l’estimation de l’impact sur
l’environnement. Cela requiert des bases de données sur les matériaux et les procédés de fabrication, autrement
dit des données nombreuses, parfois difficiles à obtenir. Cela s’avère coûteux en temps et en argent. D’où la
nécessité de mettre au point des éco-indicateurs pertinents et utilisables dans la pratique [16, 17]. L’ACV est
surtout utilisée pour comparer des solutions technologiques entre elles. Elle est seulement appliquée à quelques
composants du produit complet et se limite le plus souvent à quelques critères environnementaux et/ou à cer-
taines phase de vie du produit [12, 14, 15, 19].
Prenons l’exemple de l’aluminium : l’industrie européenne de l’aluminium par le biais de l’EEA (European
Aluminium Association) a initié un programme de développement durable en 2001. La première étape a
consisté à mettre au point un ensemble d’indicateurs de développement durable [18].
Le choix des matériaux est crucial ; la prise en compte de l’impact environnemental au travers d’indicateurs
pertinents recquiert l’utilisation de méthodes d’optimisation multicritères [16, 20]. Le projet « Eco Compo-
site »(2005) financé par l’Agence Nationale de la Recherche et PRECODD traite de la mise au point et de
la validation d’une méthodologie inverse d’éco-conception de polymères à renforts lignocellulosique en vue
d’optimiser leurs performance techniques et environementales. Cette étude multidisciplinaire coordonnée par
P. Castéra (Université Bordeaux 1, INRA, UMR 5103 Unité Sciences du Bois et des Biopolymères) se fonde
sur une fonction numérique pondérée par différents critères. Son utilisation permet de trouver un compromis
entre les performances du matériau, le coût de fabrication et l’impact environnemental estimé à partir d’une
analyse de cycle de vie.

3 Eco-matériaux
Le terme d’éco-materiaux est défini dans une publication de Kohmei Halada en 1992 [21] et cette notion prend
tout son sens dans le contexte de développement durable et d’éco-conception.

3
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De manière générale, il s’agit de matériaux qui contribuent à la réduction de l’impact environnemental lié aux
activités humaines. Halada, pionnier en la matière, classe les éco-matériaux en 4 grandes catégories [22] :
• Les matériaux contenant moins de substances dangereuses
Il va s’agir par exemple de matériaux sans plomb, sans gaz halogènes (retardateur de feu, substitut du
PVC...), sans mercure, de matériaux semi-conducteurs moins dangereux pour l’environnement...
• Les matériaux avec un meilleur profil environnemental
Cette catégorie inclut :
– des matériaux issus de ressources renouvelables [23, 24, 25] : matériaux à base de plantes, de bois, bio-
plastiques (bio-polymères), ...
– des matériaux obtenus à partir de déchets : ciments obtenus à partir de déchets municipaux ou de cendres
(résidus de combustion), bétons légers contenant des granulats de caoutchouc (granulation de pneus
usagés [26, 27, 28, 29]), bétons légers contenant des granulats de plastique (broyats de PET et PEHD
obtenus mécaniquement à partir de bouteilles plastiques [30]), ...
– des matériaux issus de procédés de fabrication ayant moins d’impacts sur l’environnement...
• Les matériaux avec un potentiel de recyclage plus important
On peut citer les aciers recyclables, des matériaux composites recyclables (composites décomposables, com-
posites de la même famille de matériaux), des aciers avec peu d’impuretés...
• Les matériaux présentant un rendement supérieur par rapport aux ressources utilisées

Les produits d’origine végétale sont très présents : le pôle de compétitivité à vocation mondiale intitulé Indus-
trie et Agro-ressources y est même consacré. Il s’agit de valoriser des agro-ressources non alimentaires parmi
lesquels des déchets agricoles et agro-alimentaires.
La définition des éco-matériaux peut encore être étendue aux matériaux qui entrent dans la fabrication de
systèmes de contrôle et/ou de traitement de la pollution, de procédés de traitement et/ou de recyclage et de
procédés de fabrication plus respectueux de l’environnement. L’amélioration du taux de recyclage des gise-
ments de matières plastiques, pour lesquelles le tri automatique est difficile, peut entrer dans cette catégorie.
Enfin, comme le soulignent Yagi et Halada [31] nous allons utiliser les matériaux mieux et plus longtemps, ce
qui implique de re-penser la « science des matériaux »dans le cadre de l’éco-conception et des éco-matériaux.
L’approche de ces auteurs est par ailleurs intéressante puisqu’ils lient les notions d’environnement et de gestion
des risques, une dimension souvent oubliée lorsqu’on parle de développement durable [31].

4 Problématiques pour la mécanique


4.1 Matériaux innovants
Comme on l’a vu précédemment, les éco-matériaux peuvent être des matériaux innovants ou des combinai-
sons de matériaux encore peu étudiées. Ce sont souvent des matériaux composites : les fibres peuvent être des
fibres végétales, les granulats des résidus de déchets... Le cas des bio-polymères et des matériaux composites
biodégradables [32] est intéressant au vue des perspectives futures. De plus, dans l’optique de l’éco-conception,
les procédés de fabrication deviennent un point clé dans l’étude des matériaux : l’influence des traitements su-
bis est passé à la loupe [33].
Pour les matériaux issus de ressources végétales, la collaboration avec des biologistes, agronomes, chimistes...
est obligatoire. Par ailleurs les propriétés intrinsèques des matières d’origine végétales obligent à reconsidérer
la notion de matériau. Prenons l’exemple des fibres végétales [25]. Si les propriétés mécaniques sont variables
dans le temps et/ou hétérogènes, quelles sont les grandeurs physiques représentatives et pertinentes ? Comment
modéliser le comportement mécanique ? Comment utiliser le matériau dans des applications industrielles ? Le
problème est similaire avec des matières recyclées. Les approches probabilistes sont, dans ce cadre, une piste
à explorer.
Les nanotechnologies sont également un domaine de recherche incontournable, bien qu’encore mal connu des
mécaniciens : le CNRS a mis en place en 2008 un groupe de recherche (GDR CNRS 1380 MECANO) dont
l’objectif affiché est le développement (sic) d’une approche pluridisciplinaire sur la « mécanique des nano-
objets »auprès de physiciens, mécaniciens et chimistes.
Dans le bâtiment, l’utilisation de ressources locales (végétales, minérales, issues de recyclage...) est priviligiée.
Les géopolymères apparaissent comme une alternative au ciment avec un impact environnemental moindre
[34]. De manière générale, il faut trouver un compromis entre le caractère « durable », les propriétés ther-
miques, hydriques, acoustiques et mécaniques, tout en veillant à ce que la pose soit facile. Cela nécesite une
certaine pluridisciplinarité et un dialogue avec tous les acteurs de la filière, du fournisseur de matières premières
jusqu’aux assurances.
Dans le secteur automobile, il faut diminuer la consommation énergétique et les émissions polluantes tout en as-
surant la sécurité des passagers et la recyclabilité des véhicules en fin de vie [35] : ces objectifs, parfois contra-
dictoires, doivent être atteints avec des technologies économiquement viables. Comme dans l’aéronautisme,
l’allègement des structures est crucial. Ce domaine d’application constitue un défi scientifique passionnant.
L’étude du comportement mécanique des éco-matériaux est du domaine de la mécanique. L’originalité vient
du fait que le mécanicien peut intervenir dès la phase d’élaboration du matériau afin d’apporter son exper-
tise technique à des industriels et/ou à des chercheurs issus d’autres disciplines (chimie, physique, biologie,
agriculture, économie, génie civil, génie des procédés...). Cela requiert des compétences pluridisciplinaires.

4
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4.2 Nouveaux usages


Nous allons devoir utiliser les matériaux mieux et plus longtemps [31] ; cela nécessite des compétences en
optimisation de forme, calcul et dimensionnement de structures, sollicitations complexes et/ou sévères, com-
portement mécanique en fatigue, mécanique de l’endommagement, mécanique des matériaux hétérogènes,
approches multi-échelles, couplages multiphysiques afin de prendre en compte les conditions extérieures aux-
quelles seront plus sensibles les matériaux biodégradables. Il s’agit clairement de problématiques du domaine
de la mécanique. Les modèles mécaniques pourront être couplés pour prendre en compte la phase de bio-
dégradabilité, comme dans l’article [36] concernant des tas de déchets.
De nouvelles pistes de recherche s’ouvrent également pour les matériaux classiques [17, 37] : l’amélioration
des procédés de fabrication et de recyclage, la ré-utilisation, le désassemblage, l’utilisation de matière recyclée
(et donc parfois dégradée), l’élaboration de procédés de dépollution...
Bahlouli et al. [38] ont par exemple travaillé sur le comportement mécanique avant et après recyclage de
composites à base propylène utilisés dans l’automobile. Bourmaud et al. [39, 40] ont étudié le recyclage de
composites à base polypropylène incorporant des fibres végétales. Enfin des travaux récents sur les traitements
de surface [41, 42] montrent comment les notions d’éco-matériaux et d’éco-conception peuvent être pris en
compte en tribologie.

5 Conclusion
Les problématiques liées aux éco-matériaux sont multi-physiques et multi-critères, par essence pluridiscipli-
naires. Les matériaux à base de ressources végétales et les nanotechnologies sont les exemples les plus évidents
de la nécessité d’une collaboration pluridisciplinaire, de la conception jusqu’à la fin de vie des produits. Et cette
nécessité dépasse largement le cadre de ces seuls matériaux.
Les enjeux environnementaux, donc politiques et économiques, nous incitent à reconsidérer toute la science
des matériaux sous un nouvel angle ; la compréhension du comportement mécanique est un point crucial dont
l’importance va aller grandissante. Dans ce contexte, les mécaniciens ont de nombreux défis à relever, mais
cela ne se fera pas sans une dose, même légère, de pluridisciplinarité.

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