Médiation : Concepts et Pratiques
Médiation : Concepts et Pratiques
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Ngan Jules-Alain
University of Strasbourg
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Jules-Alain Ngan
Doctorant en sciences de l’éducation
EA2310-AP2E-ED519
Université de Strasbourg
Contact : julesalainngan@[Link]
19 avril 2018
Résumé: Outil de régulation sociale, la médiation est basée sur la communication et la neutralité
d’un tiers, intermédiaire entre deux personnes en conflit ou entre une personne et une
institution. Le médiateur est également sollicité lorsqu’un individu vit un conflit identitaire
impliquant une transformation de son mode de vie ou une remise en question de sa culture
d’origine. Les questions de construction identitaire, d’acculturation, de déracinement, de
migration, d’adaptation ou d’intégration sociale sont alors traitées dans le cadre de la médiation
interculturelle. En prenant en compte les résistances au changement et changements générés
par la rencontre des cultures, le médiateur intervient en tant que « passerelle d’identités » pour
accompagner des individus dans leur processus d’intégration sociale. Or, la professionnalisation
de la médiation est controversée, certaines actions sociales étant considérées, à tort comme de la
médiation. Quatre modèles (pragmatique, attributif, spécialisé et professionnel) et quatre
approches (médiation scolaire, médiation familiale, médiation sociale, médiation interculturelle)
de la médiation sont identifiés. L’objectif de la communication est de clarifier le concept de
médiation, d’examiner ses modèles et approches et de l’illustrer en comparant deux pratiques.
Dans le premier cas, la médiation est réalisée par un assistant social en accompagnant des
personnes sans domicile fixe dans l’acquisition d’un logement d’urgence (Modèle attributif). Le
deuxième cas rend compte de notre pratique de médiation auprès de jeunes venus d’Afrique,
d’Europe, d’Asie et fréquentant un terrain de football situé en milieu défavorisé à Schiltigheim.
Le médiateur sportif œuvre pour la prévention et la gestion de conflits intergroupes. Il entraîne
et oriente des joueurs de 16 à 25 ans vers des clubs de football, favorisant ainsi leur intégration
sociale par le sport (Modèle pragmatique, modèle professionnel). Les résultats indiquent que ces
deux pratiques de médiation induisent un processus de construction identitaire.
1
INTRODUCTION
2
social, aide médico-psychologique, éducateur spécialisé, etc.). Sa professionnalisation est
controversée, même si la validation des acquis de l’expérience et des formations
universitaires existent.
L’objectif de cette communication est de clarifier le concept de médiation qui
paraît flou dans la littérature et d’examiner ses modèles, approches ainsi que deux
pratiques en illustrant le modèle attributif par la médiation pour le logement d’urgence
(Premier cas) et le passage d’un modèle pragmatique à un modèle professionnel à
travers une analyse de notre pratique de médiation sportive à Schiltigheim (Deuxième
cas).
La communication est construite de la manière suivante. La revue de la littérature
est abordée en premier lieu. Elle rend compte de quatre modèles de médiation
(pragmatique, attributif, spécialisé et professionnel). Quatre approches de la médiation y
sont examinées : médiation scolaire, médiation familiale, médiation sociale et médiation
interculturelle. Dans le cadre de la problématique, la médiation est présentée comme un
concept polysémique, un métier à travers une identité qui lui est propre, une éthique et
une déontologie, à contre-courant des modèles pragmatique et attributif (ROM 1, 2009).
Elle se distingue de la négociation, de l’arbitrage, de la conciliation et de la transaction.
L’étude de cas est ensuite utilisée comme méthode pour comparer deux pratiques de
médiation : médiation pour l’hébergement d’urgence et médiation sportive. Enfin, les
résultats obtenus sont présentés et discutés.
1. Revue de la littérature
La revue de la littérature présente quatre modèles et quatre approches de la
médiation. Même s’il est sollicité pour intervenir là où les modes traditionnels de
résolution de conflits échouent, le médiateur ne bénéficie pas d’une véritable
reconnaissance professionnelle en France. Il est souvent embauché en contrat précaire
ou travaille en partenariat avec des professionnels du travail social reconnus. Son
identité professionnelle se construit sur le terrain et la pérennité de son emploi est
questionnée (Tourrilhes, 2008 ; Barthélémy, 2007 ; Ben Mrad, 2003).
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par leurs connaissances théoriques du conflit (droit, psychologie, sociologie) ni par leur
capacité à mettre en œuvre des méthodologies rigoureuses de résolution de problèmes.
Dans ce modèle, la médiation est habituellement assurée par des bénévoles issus des
quartiers sensibles ou rémunérés sur statut précaire : contrat emploi-solidarité, contrat
emploi-jeunes, etc. La médiation vise alors à rétablir le lien social et la réappropriation
des modes de gestion des conflits par les habitants eux-mêmes (Boucher, 2012 ; Tapia,
2010). La formation qualifiante est secondaire, les qualités naturelles étant valorisées
pour pratiquer de la médiation : tolérance, écoute, capacité de compréhension,
empathie, etc. Le médiateur est alors considéré comme un régulateur représentatif de
son quartier (Ben Mrad, 1998). Certes la médiation — telle qu’elle est envisagée dans ce
modèle — permet de prévenir la violence et de résoudre certains conflits dont le
médiateur bénévole peut être familier, celui-ci obtenant sa légitimité face aux personnes
de son quartier ou proches. Mais ce modèle est discutable car le médiateur risque de se
noyer dans le conflit qu’il essaie de résoudre, une distanciation et une neutralité étant
nécessaires pour appréhender objectivement des situations conflictuelles sans parti
pris. Des risques de complaisance sont élevés dans ce modèle fondé sur le bénévolat et
qui accorde peu de crédit aux formations qualifiantes, l’intuition et les qualités d’écoute
et de compréhension étant prioritaires.
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Rassemblement des organisations de la médiation (ROM) défendent cette conception de
la médiation qui contribue à la création d’emplois.
Le modèle professionnel postule que la pratique objective et efficace de la
médiation dépend de l’acquisition de connaissances théoriques au-delà de l’expérience,
des qualités humaines d’écoute, de compréhension et d’empathie dont peut faire preuve
le médiateur. Une charte et un code de déontologie ont été mis en œuvre pour
professionnaliser la médiation. Ce modèle s’oppose à une conception pragmatique par
codification d’une éthique et des compétences de médiation, le médiateur s’appuyant
sur des connaissances théoriques reconnues (ROM, 2009). Le tableau 1 ci-après résume
les principales caractéristiques du médiateur suivant chaque modèle examiné.
Médiateur intuitif, avec sens La médiation fait Alternative entre Modèle favorable au métier
de l’écoute, de la partie de l’activité modèles pragmatique de médiateur formé et
compréhension, de la professionnelle du et attributif. qualifié.
communication, de l’équité. travailleur social.
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médiateurs de réussite scolaire pour la lutte contre le décrochage scolaire et la
prévention de la violence à l’école (Lemoine, 2010).
Bonafé-Schmitt (2006) a mené une recherche-action auprès d’élèves,
d’enseignants et de parents dans 5 établissements scolaires situés en milieu défavorisé.
Des élèves en situation d’échec scolaire ou présentant des problèmes de comportement
ont été recrutés comme médiateurs scolaires. L’auteur a vérifié ainsi les effets de la
médiation communicationnelle sur les comportements des élèves difficiles et sur les
relations scolaires. Pour lui, la médiation a une dimension éducative qui permet de
modifier les représentations et les comportements des acteurs en tant que forme
d’apprentissage de la socialisation. Les résultats obtenus indiquent que la médiation
réalisée par les élèves eux-mêmes contribue à l’amélioration de l’estime de soi, de
l’esprit d’ouverture, de tolérance. Elle renforcerait l’esprit de solidarité, les liens sociaux,
la compréhension mutuelle, responsabilise les élèves et forme des leaders positifs. Mais
les changements opérés chez les élèves-médiateurs sont bien souvent à court terme, la
médiation étant une activité ponctuelle. Car dès lors que les projets de médiation
scolaire ne sont plus financés, les mêmes problèmes de comportement resurgissent, les
mêmes élèves étant concernés. D’où l’intérêt de la pérennisation de la médiation
scolaire.
Lemoine (2010) examine le dispositif « Démission impossible » lancé dans les
années 1990. Selon lui, la médiation scolaire est tributaire des moyens alloués, des
statuts, de la formation des acteurs et des initiatives des pouvoirs publics, les
médiateurs ayant un statut précaire : emplois-jeunes, vacataires, emplois-aidés, etc.
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1.2.3. Médiation sociale
La médiation sociale est « un processus de création et de réparation du lien social
et de règlement des conflits de la vie quotidienne, dans lequel un tiers impartial et
indépendant tente, à travers l’organisation d’échanges entre les personnes ou les
institutions, de les aider à améliorer une relation ou de régler un conflit qui les oppose »
(Groupe de travail interministériel et interpartenarial, 2011, p.10).
Les médiateurs sociaux interviennent habituellement auprès de « personnes en
difficulté » dans le cadre d’un accompagnement social, de l’aide administrative,
alimentaire, etc. Ils sont appelés à les conseiller et à les orienter vers d’autres
professionnels du travail social reconnus : assistants sociaux, éducateurs spécialisés,
aides médico-psychologiques, etc. (Barthélémy, 2007, p.106). Ils travaillent en
partenariat avec d’autres professionnels dans les secteurs de l’intervention sociale et de
l’aide à la personne comme des intermédiaires entre des publics en difficulté (familles,
personnes âgées, isolées) et les institutions (écoles, mairies, services sociaux). Les
médiateurs sociaux accèdent souvent au marché du travail par emploi aidé. Ils
acquièrent leur légitimité en situation de travail. La médiation étant un outil de l’action
publique de création d’emplois qui suscite des vocations en milieu défavorisé, on peut se
demander pourquoi le modèle pragmatique l’enferme dans le bénévolat. Les médiateurs
sociaux sont embauchés par des structures associatives, des sociétés de transport ou des
organismes d’attribution de logements. Ils occupent surtout des postes précaires.
Guillaume-Hofnung (2012a) fait une mise au point sur la médiation en la
distinguant de la négociation et de la conciliation. L’auteure propose que la notion de
pouvoir soit exclue de la médiation dès lors que le médiateur apparaît comme un tiers
extérieur, c’est-à-dire une personne extérieure, neutre, impartiale. Elle fait un tour
d’horizons de la médiation en insistant sur son développement aux États-Unis et en
Europe. Les domaines de la consommation et de la justice sont évoqués. Pour elle, le
besoin de médiation naît de l’insuffisance des modes traditionnels de résolution des
conflits. La médiation familiale est au service de la conciliation. Celle-ci n’est pas la
médiation, mais plutôt une procédure de résolution de conflits. Car la médiation sociale
n’est rien d’autre que la « médiation de cohésion sociale » qui s’inscrit dans la politique
de la ville pour prévenir la violence, lutter contre les exclusions. Pour Guillaume-
Hofnung (2012a), la médiation n’est pas un concept flou. C’est son usage qui est
problématique, certaines pratiques sociales étant considérées à tort comme de la
médiation car il y a beaucoup de confusions autour du concept. Il convient de définir la
médiation et de clarifier ses champs d’action.
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mais de socialisation et de culture, les échanges et la communication étant une richesse
culturelle et non un facteur d’inhibition (Tourrilhes, 2008).
Pour Cohen-Émérique et Fayman (2005), l’exclusion sociale, la pauvreté et la
précarité contribuent au développement de la médiation interculturelle. Or il existe très
peu de recherches sur le sujet. Les médiateurs interculturels contribuent à la «
translation » et à la transformation des représentations sociales, des « repères » et des «
regards ». Ce sont des « passerelles d’identités » entre cultures différentes qui facilitent
la communication et le rapprochement de deux univers culturels. Ils suivent
habituellement deux approches. L’une est une relation d’aide proche de
l’accompagnement socio-éducatif. L’autre permet de combler la distance entre les
univers mentaux et culturels. Les processus traités sont les suivants : acculturation,
déracinement, migration, adaptation, etc. Il s’agit d’aider les personnes concernées à
réactualiser leurs parcours migratoires par la prise de conscience du changement de
leur environnement initial et de leurs modes de vie. L’objectif est de concilier maintien
des racines et acquisition de nouvelles valeurs. Cette dynamique de construction
identitaire entraîne des changements et des résistances au changement que le
médiateur doit prendre en compte pour accompagner les personnes qui vivent un conflit
identitaire lié à la rencontre des cultures, entraînant un choc culturel. Cette médiation
conduit les personnes concernées à trouver une place dans la société sans ruptures
identitaires. Le médiateur leur indique alors les avantages d’une intégration à la
nouvelle société.
2. Problématique
La revue de la littérature montre qu’il existe beaucoup de confusion autour du
concept de médiation. Celle-ci est souvent prise pour de la conciliation, l’arbitrage, la
transaction ou la négociation. Pourtant, une distinction entre ces concepts s’impose. De
plus, peu de travaux sont consacrés à la compétence et aux qualifications des
médiateurs, la compétence étant perçue comme un ensemble de ressources, de savoir-
faire mobilisés par un individu pour réaliser une activité (Ben Mrad, 1998). Malgré les
compétences et les qualifications nécessaires à sa pratique, on se demande encore si la
médiation doit être professionnalisée ou pas. Il convient d’examiner d’une part son
éthique et sa déontologie. D’autre part, il paraît utile de clarifier le concept en revenant
sur les conditions de professionnalisation, d’autonomie du processus de médiation et
les concepts proches avant de comparer deux pratiques (Deux cas) : la médiation pour
l’accès au logement d’urgence et la médiation sportive auprès de jeunes d’un quartier
défavorisé de Schiltigheim.
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impartial comme dans la médiation car on peut négocier à deux, chacun pouvant le faire
pour son compte.
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médiateur construit son identité professionnelle auprès de son public. Or pour le groupe
de travail interministériel et inter partenarial (2011) et Guillaume-Hofnung (2012a), la
médiation est une fonction et un métier avec un référentiel réel.
Pour le groupe de travail interministériel et interpartenarial (2011), la médiation
est un métier avec son propre corpus de savoirs et savoir-faire technique, un référentiel
de métier, d’activités et de compétences reconnu par la profession. Il s’appuie sur la
charte de référence de la médiation adoptée en 2011 par le comité interministériel des
villes identifiant ses missions, son cadre de déontologie, d’exercice, les interactions avec
d’autres professionnels du travail social. Deux principes déontologiques sous-tendent le
processus de médiation : libre consentement et participation des parties prenantes ;
indépendance et absence de pouvoir institutionnel (Guillaume-Hofnung, 2012a). La
formation qualifiante permet aux médiateurs d’acquérir des connaissances théoriques
utiles à la régulation sociale (Guillaume-Hofnung, 2012b ; Fayman, 2004).
Le rapport du groupe de travail interministériel et inter partenarial (2011) tente
de répondre à la question suivante : la médiation sociale est-elle une fonction ou un
métier ? Ce rapport est centré sur la reconnaissance de la médiation comme métier à
travers un référentiel clair. Elle contribue au maintien du lien entre les populations et les
institutions. Ses principaux champs d’intervention sont : l’habitat, le transport, l’école, la
tranquillité publique, l’intervention sociale, etc. Le médiateur est neutre, impartial,
adaptable et capable d’identifier les besoins de son public, d’assurer une fonction
d’interface en apaisant des tensions et en décodant les cultures au sein d’un quartier
sensible, même si son intervention se distingue de celle d’autres travailleurs sociaux :
assistants sociaux, éducateurs spécialisés, etc.
3. Méthodologie
Pour répondre à notre question de recherche, une étude de cas a été mise en
œuvre (Encadré). Le protocole d’enquête et la retranscription de l’entretien semi-
directif avec un assistant social figurent en annexe (Premier cas). Le deuxième cas est
une analyse de notre propre pratique de médiation professionnelle : médiation sportive
effectuée dans un quartier défavorisé de Schiltigheim depuis 2012.
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Encadré. Méthode d’analyse de deux cas de médiation
L’étude de cas est une méthode peu utilisée en sciences humaines et sociales. Mais elle est
fréquente en sciences de gestion, en management et en sciences politiques. Méthode mixte de recherche,
elle peut suivre une approche qualitative ou quantitative, voire les deux et ne se circonscrit pas à la
description ou à l’exploration d’un phénomène donné. Elle permet de vérifier des hypothèses ou de
construire des théories en tant qu’étude en profondeur d’un phénomène, d’un programme, d’un
événement ou d’une activité (Albarello, 2011 ; Roy, 2009). Le chercheur s’appuie sur diverses sources
pour analyser la vie interne d’un groupe, la structure d’une organisation ou son fonctionnement :
observations, entretiens, questionnaires, archives, récit de vie, etc. (Collerette, 1997 ; Hamel, 1997).
L’étude de cas permet ainsi de comprendre des situations conflictuelles ou contradictoires émergeant de
la vie sociale. Il convient de la définir et de présenter sa démarche.
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travailleur social. Il convenait de revenir sur le thème central quand l’interviewé sortait
du cadre évoqué. Pour des raisons de confidentialité, nous ne divulguons pas son nom.
Après présentation du thème de médiation nous avons cherché à cerner le contenu du
métier d’assistant social, son public, son lien éventuel avec la médiation. La différence
entre arbitrage, négociation et médiation a été évoquée. On cherchait aussi à savoir si le
travailleur social interviewé était indépendant dans ses interventions et comment il
avait acquis ses compétences de médiateur. L’accent a été mis sur l’éthique et la
déontologie auxquelles il se référait. Le deuxième cas se rapporte à notre pratique de
médiation en milieu défavorisé à Schiltigheim (Médiation sportive auprès de jeunes de
16 à 25 ans).
5. Résultats
Nous présentons les résultats de l’analyse comparée de deux cas : médiation pour
l’accès au logement d’urgence et médiation sportive. Le premier cas relève du modèle
attributif. Le deuxième cas porte sur la transformation d’un modèle pragmatique en
modèle professionnel de médiation. Les deux cas de médiation analysés se réfèrent
relativement à la même logique d’intégration sociale (Tableau2).
Les résultats indiquent que la médiation se distingue de la conciliation et de
l’arbitrage. L’objectivité et la neutralité sont les principales postures à prendre par le
médiateur sur le terrain. Celui-ci n’est pas toujours indépendant dès lors que son activité
dépend de subventions de l’État. Son pouvoir d’action est légitimé par le diplôme d’État
d’assistant social qu’il a obtenu, même s’il a acquis de l’expérience de médiateur grâce à
ses activités professionnelles ou bénévoles antérieures. La médiation s’apprend en
situation de travail (Premier cas de médiation). Comme on le verra dans le deuxième
cas, la médiation s’apprend grâce à des formations professionnelles qualifiantes. Le
médiateur sportif a suivi des formations sportives et universitaires comptant des
modules et des stages de médiation.
« C’est le fait d’être au milieu d’un conflit entre deux ou plusieurs personnes. Avec du recul, c’est
aussi une personne morale, une institution qui est au milieu d’un conflit. La personne qui est au
milieu cherche à résoudre le conflit entre les personnes ». Le médiateur « est entre deux ou
plusieurs personnes qui revendiquent quelque chose. C’est lui qui reçoit toutes les tensions. C’est le
messager ».
« Non. L’arbitrage, c’est souvent dans le domaine des affaires. Tiens. L’histoire de Bernard Tapie. Ce
sont des avocats qui arbitrent. Il y a la notion d’argent là-dedans. Ils ne sont pas toujours neutres. Si
on ne fait pas attention, il peut avoir des partis pris, une sanction. Or dans la médiation il n’y a pas
de sanction mais un juste milieu, un compromis à trouver…»
Dans ma profession, l’objectif principal, c’est d’emmener des personnes qui étaient sans abri à
trouver ou retrouver leurs droits sociaux (le droit au logement, l’accès à la santé, l’accompagnement
dans la vie quotidienne). Il y en a qui ne savent plus se prendre en charge, qui n’ont pas eu
l’occasion de le faire, pas de vie familiale à proprement parler, sans prétention. Dans le cadre du
travail d’assistant social, plusieurs points sont évalués : Combien de personnes sans-abris sont
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entrées au cours de l’année dans nos structures ? Combien en sont ressorties avec un logement ?
C’est la stabilisation qui est déterminante. Dans mon travail, on parle surtout de cheminement par
escalier : Hébergement d’urgence et orientation vers le SIAO (service intégré d’accueil et
d’orientation) qui est une plate-forme à Strasbourg qui reçoit toutes les demandes de logements
sociaux du Département du Bas-Rhin. Moi je donne le 115 aux gens que le SIAO oriente ensuite
ponctuellement les sans-abris vers des logements temporaires. J’ouvre à chaque fois un dossier
pour le long terme. Ce travail consiste à réaliser un accompagnement social global (orientation et
accès aux droits). Il y a toujours un conflit moral entre les sans-abris et les institutions...Il n’y a pas
d’obligation de résultats dans ma profession...Nous travaillons en collaboration avec la caisse
primaire d’assurance maladie (CPAM), la CAF (Caisse d’allocations familiales), les centres médicaux
sociaux. Pour les résultats, nous nous référons aux statistiques. Nous travaillons sur l’humain et il
est difficile d’évaluer l’effet de la parole d’un assistant social ».
« Objectivité, neutralité. On ne peut pas faire de parti pris car ça fausse la médiation. Notre qualité
c’est d’essayer d’être neutre. On essaie d’aider la personne dans la légalité. Le travailleur social n’est
pas là par hasard. On est animé d’une certaine envie de réparer ce qui ne va pas. On a le sens de la
justice. On aidera plus celui qui est dans le besoin. Il y a des priorités et une logique à respecter. On
ne va pas se permettre d’envoyer une personne dépendante dans un logement pour y vivre seule.
On essaie toujours de prendre en compte les capacités objectives d’autonomie de la personne à
orienter vers un logement social ».
« Non. Nous travaillons par délégation du pouvoir de l’État. Notre association est subventionnée
par l’État et nous suivons ses directives. Nous sommes soumis à des contraintes liées au règlement
intérieur de l’association. Nous avons un devoir de réserve, un code de déontologie et un secret
professionnel à respecter. Sinon, nous avons 15.000 € d’amende à payer en cas de divulgation du
secret professionnel ».
« Pour exercer comme assistant social, il faut obligatoirement être titulaire du diplôme d’État
d’assistant social. Tous les travailleurs sociaux ne sont pas des assistants sociaux ».
« Notre pouvoir d’action vient de notre légitimité grâce à la reconnaissance de notre diplôme qui
date de 1932. Globalement, ça vient de la bourgeoisie : des femmes de la bourgeoisie voulaient
donner de leur temps aux pauvres. Voilà comment est né le métier d’assistant social ».
« Mon parcours antérieur : J’ai fait une fac de psychologie à l’Université de Lille3 jusqu’en maîtrise
(équivalent du master 1) avant d’aller en sciences de l’éducation. J’ai fait de petits boulots dans
l’assainissement, j’ai fait le BAFA (Brevet d’aptitude aux fonctions d’animation) et travaillé dans des
cantines scolaires, j’ai été assistant d’éducation dans un lycée professionnel d’Obernai (Alsace)
avant de passer le concours d’assistant social. Mais avant tout cela, j’ai été actif dans l’humanitaire
au Burkina Faso ».
« On est médiateur entre les personnes sans-abris et les institutions dans le sens de
l’accompagnement global de la personne accueillie dans nos structures d’hébergement ».
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Le diagnostic de médiation est formulé par l’assistant social lui-même :
« Oui. C’est l’assistant social en écoutant la personne accueillie lors d’un ou plusieurs entretiens qui
établit un diagnostic, son carnet de route pour voir l’adhésion du sans-abri et l’évolution de son
dossier ».
6. Discussion
Quatre modèles de médiation ont été examinés : modèle pragmatique, modèle
attributif, modèle spécialisé et modèle professionnel. Le premier nous paraît dépassé,
compte tenu de la crise de l’emploi, d’une part. D’autre part, sa démarche est axée sur le
bénévolat et l’intuition. Le 3e et le 4e sont proches car ils reposent sur la qualification et le
salariat. La rareté des subventions en faveur des associations ne favorise presque plus la
pratique bénévole de la médiation (Modèle pragmatique). D’où la transformation
progressive des médiateurs bénévoles en médiateurs salariés, le modèle pragmatique
cédant la place aux modèles spécialisé ou professionnel. Mais il existe une part de
médiation dans certaines professions.
La communication met en évidence une pratique à travers un entretien semi-
directif avec un assistant social (Modèle attributif) ainsi que l’analyse de notre pratique
de médiation sportive qui se dessine en deux modèles : modèle pragmatique et modèle
professionnel. Son originalité est d’étudier un cas de transformation de médiation pour
la même activité. En effet, avant d’obtenir un contrat d’agent de médiation sportive, nous
avions débuté comme médiateur bénévole dans une association pour le compte de la
commune de Schiltigheim. L’expérience acquise sur le terrain de 2012 à 2015,
l’obtention du master « Ingénierie de l’intervention en milieu socio-éducatif » et le
besoin récurrent de médiation en milieu défavorisé ont motivé la mairie de Schiltigheim
à créer un poste de médiateur sportif salarié. Le passage d’un modèle pragmatique à un
modèle professionnel indique que la médiation devient un véritable métier de
l’intervention sociale. De plus, la crise de la subvention rend presque inévitable le
salariat dans le champ de la médiation, même si la mode est encore à la vacation dans les
collectivités territoriales qui emploient des médiateurs. Le salaire est en effet une source
de motivation au-delà de la vocation et de la volonté de contribuer à la régulation
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sociale. Même si des auteurs estiment que l’association est le cadre idéal de l’autonomie
de la médiation, le contexte de crise de l’emploi pourrait conduire à la généralisation du
salariat en matière de médiation. En d’autres termes, la pratique de la médiation ne se
restreint plus au bénévolat. Notre cas n’est pas isolé car le passage du bénévolat au
salariat est examiné dans la littérature (Fayman, 2004). Le médiateur sportif travaille en
autonomie, les résultats de son action étant appréciés en fonction de la baisse des
conflits entre les jeunes du quartier et les joueurs du Sporting. La médiation répond à un
besoin réel : prévenir et gérer des conflits socio-éducatifs ; entraîner et orienter des
jeunes d’horizons divers vers des clubs de football pour favoriser leur intégration
sociale par le sport. Notre étude a un but illustratif. Elle s’appuie seulement sur deux cas.
C’est une de ses limites. Mais elle rend compte de la professionnalisation de la médiation
et de ses multiples champs d’application. Elle a généré trois hypothèses de recherche :
CONCLUSION
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évoqués. Deux cas de médiation illustrent les modèles attributif, pragmatique et
professionnel. Le modèle pragmatique fondé sur le bénévolat et l’intuition peut se
transformer en modèle professionnel. Ce dernier nous semble plus convaincant.
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sociale : pour la reconnaissance d’un métier », Cahiers pratiques, Hors-Série,
décembre, p.1-54.
17
GRYCH J. H., HAROLD G.T., MILES C. J., 2003, « A Perspective Investigation of Appraisals
As Mediators of the Link Between Interparental Conflict and Child Adjustment »,
Child Development, 74, 4, p.1176-1193.
GUILLAUME-HOFNUNG M., 2012a, La médiation, Paris, PUF.
GUILLAUME-HOFFNUNG M., 2012b, « Point de vue : de la nécessité de former les
médiateurs », Informations sociales, 170, p.114-120.
HAMEL J., 1997, Étude de cas et sciences sociales, Montréal, L’Harmattan.
HAMEL J., 2000, « À propos de l’échantillon. De l’utilité de quelques mises au point »,
Recherches Qualitatives, 21, p.3-20.
JOLLY B., GUIGUE M., 2010, « Les médiateurs, des professionnels aux marges des
institutions », Connexions, 93, p.121-131.
LEMOINE M., 2010, « Faire médiation au collège : les apports de démission impossible,
un dispositif qui investit les marges de la scolarité », Connexions, 93, p.133-145.
LESOEURS G., BEN MRAD F., GUILLAUME-HOFNUNG M., 2009, « Le médiateur vu par lui-
même : résultats d’une enquête qualitative auprès des médiateurs », Humanisme et
Entreprise, 294, p.45-60.
PLIVARD I., 2010, « La pratique de la médiation interculturelle au regard des popula-
tions migrantes et issues de l’immigration », Connexions, 93, p.23-38.
RASSEMBLEMENT DES ORGANISATIONS DE LA MÉDIATION, 2009, Code national de dé-
ontologie du médiateur, Paris, Palais Bourbon, 5 février 2009, p.1-8.
ROUSSEAU V., 2010, « La médiation familiale en France. Quand l’évaluation des besoins
et des ressources interroge les pratiques de terrain », Connexions, 93, p.77-87.
18
ANNEXE
L’entretien suit un guide dressant la liste des thèmes à aborder. On reviendra sur
ces thèmes au cours de l’interview. Le nom de l’assistant social ne sera pas divulgué. Le
contenu du métier d’assistant social, son public d’intervention et son lien avec la
médiation seront relevés.
Les questions prévues dans le cadre de l’entretien semi-directif :
1. Dans quelle structure travaillez-vous ?
2. Depuis quand exercez-vous dans cette structure ?
3. Quelle est votre représentation de la médiation ?
4. Pouvez-vous me parler des objectifs de votre profession ?
5. Y a-t-il obligation de résultats dans votre profession ?
6. Pouvez-vous me parler de la posture à prendre par l’assistant social ?
7. Êtes-vous indépendant dans votre profession ?
8. Quel est le contexte juridique du travail d’assistant social ?
9. Quel est le pouvoir d’action de l’assistant social que vous êtes ?
10. Quel est votre parcours antérieur ?
11. Quelle est la part de médiation dans le métier d’assistant social ?
12. Qui formule le diagnostic de médiation ?
13. Comment avez-vous développé des compétences de médiation ?
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Réponse 6 : « L’objectif principal, c’est d’emmener des personnes qui étaient sans abris à
trouver ou retrouver leurs droits sociaux (le droit au logement, l’accès à la santé,
l’accompagnement dans la vie quotidienne). Il y en a qui ne savent plus se prendre en
charge, qui n’ont pas eu l’occasion de le faire, pas de vie familiale à proprement parler,
sans prétention »
7) Ce travail est-il souvent évalué ?
Réponse 7 : « Plusieurs points sont évalués : Combien de personnes sans-abris sont
entrées au cours de l’année dans nos structures ? Combien en sont ressortis avec un
logement ? C’est la stabilisation qui est déterminante. Dans mon travail, on parle surtout
de cheminement par escalier ».
8) Qu’est-ce qu’un cheminement par escalier ?
Réponse 8 : « Hébergement d’urgence et orientation vers le SIAO (service intégré
d’accueil et d’orientation) qui est une plate-forme à Strasbourg qui reçoit toutes les
demandes de logements sociaux du Département du Bas-Rhin. Moi je donne le 115 aux
gens que le SIAO oriente ensuite ponctuellement les sans–abris vers des logements
temporaires. J’ouvre à chaque fois un dossier pour le long terme. Ce travail consiste à
réaliser un accompagnement social global (orientation et accès aux droits). Il y a
toujours un conflit moral entre les sans-abris et les institutions ».
9) Y a-t-il obligation de résultats dans votre profession ?
Réponse 9 : « Non. Nous travaillons en collaboration avec la CPAM (Caisse primaire
d’assurance maladie), la CAF (Caisse d’allocations familiales), les centres médicaux
sociaux. Pour les résultats, nous nous référons aux statistiques. Nous travaillons sur
l’humain et il est difficile d’évaluer l’effet de la parole d’un assistant social ».
10) Pouvez-vous me parler de la posture à prendre par l’assistant social ?
Réponse 10 : « Objectivité, neutralité. On ne peut pas faire de parti pris car ça fausse la
médiation. Notre qualité c’est d’essayer d’être neutre. On essaie d’aider la personne dans
la légalité. Le travailleur social n’est pas là par hasard. On est animé d’une certaine envie
de réparer ce qui ne va pas. On a le sens de la justice. On aidera plus celui qui est dans le
besoin. Il y a des priorités et une logique à respecter. On ne va pas se permettre
d’envoyer une personne dépendante dans un logement pour y vivre seule. On essaie
toujours de prendre en compte les capacités objectives d’autonomie de la personne à
orienter vers un logement social ».
11) Êtes-vous indépendant dans votre profession ?
Réponse 11 : « Non. Nous travaillons par délégation du pouvoir de l’État. Notre
association est subventionnée par l’État et nous suivons ses directives. Nous sommes
soumis à des contraintes liées au règlement intérieur de l’association. Nous avons un
devoir de réserve, un code de déontologie et un secret professionnel à respecter. Sinon,
nous avons 15.000 € d’amende à payer en cas de divulgation du secret professionnel »
12) Quel est le contexte juridique du travail d’assistant social ?
Réponse 12 : « Pour exercer comme assistant social, il faut obligatoirement être titulaire
du diplôme d’État d’assistant social. Tous les travailleurs sociaux ne sont pas des
assistants sociaux ».
13) Quel est le pouvoir d’action de l’Assistant social que vous êtes ?
Réponse 13 : « Notre pouvoir d’action vient de notre légitimité grâce à la reconnaissance
de notre diplôme qui date de 1932. Globalement, ça vient de la bourgeoisie : des femmes
de la bourgeoisie voulaient donner de leur temps aux pauvres. Voilà comment est né le
métier d’assistant social ».
14) Quel est votre parcours antérieur ?
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Réponse 14 : « J’ai fait une fac de psychologie à l’université de Lille3 jusqu’en maîtrise
(équivalent du master 1) avant d’aller en sciences de l’éducation. J’ai fait de petits
boulots dans l’assainissement, j’ai fait le BAFA (Brevet d’aptitude aux fonctions
d’animation) et travaillé dans des cantines scolaires, j’ai été assistant d’éducation dans
un lycée professionnel d’Obernai (Alsace) avant de passer le concours d’assistant social.
Mais avant tout cela, j’ai été actif dans l’humanitaire au Burkina Faso »
15) Quelle est la part de médiation dans le métier d’assistant social ?
Réponse 15 : « On est médiateur entre les personnes sans –abris et les institutions dans
le sens de l’accompagnement global de la personne accueillie dans nos structures
d’hébergement »
16) Qui formule le diagnostic de médiation ?
Réponse 16 : « Oui. C’est l’assistant social en écoutant la personne accueillie lors d’un ou
plusieurs entretiens qui établit un diagnostic, son carnet de route pour voir l’adhésion
du sans-abri et l’évolution de son dossier ».
17) Comment avez-vous développé des compétences de médiation ?
Réponse 17 : « Ma formation en sciences humaines et ma participation à la vie
associative m’ont permis d’acquérir le sens du compromis en dehors de mon diplôme
d’assistant social. Et comme je l’ai signalé déjà, j’ai œuvré dans l’humanitaire dans mon
pays d’origine ».
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CONTENU PROJETÉ DURANT L’EXPOSÉ :
1/ Définition de la médiation
2/ Quatre modèles d’analyse de la médiation :
a) Modèle pragmatique
b) Modèle attributif
c) Modèle spécialisé
d) Modèle professionnel
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