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Médiation : Concepts et Pratiques

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LA MÉDIATION : CONCEPT, MODÈLES, APPROCHES ET PRATIQUES

Conference Paper · April 2018

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Ngan Jules-Alain
University of Strasbourg
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LA MÉDIATION : CONCEPT, MODÈLES,
APPROCHES ET PRATIQUES

Jules-Alain Ngan
Doctorant en sciences de l’éducation
EA2310-AP2E-ED519
Université de Strasbourg
Contact : julesalainngan@[Link]

Communication à la première journée doctorale du Grand Est


en Sciences humaines et sociales « Les identités plurielles »

MISHA (Université de Strasbourg)

19 avril 2018

Résumé: Outil de régulation sociale, la médiation est basée sur la communication et la neutralité
d’un tiers, intermédiaire entre deux personnes en conflit ou entre une personne et une
institution. Le médiateur est également sollicité lorsqu’un individu vit un conflit identitaire
impliquant une transformation de son mode de vie ou une remise en question de sa culture
d’origine. Les questions de construction identitaire, d’acculturation, de déracinement, de
migration, d’adaptation ou d’intégration sociale sont alors traitées dans le cadre de la médiation
interculturelle. En prenant en compte les résistances au changement et changements générés
par la rencontre des cultures, le médiateur intervient en tant que « passerelle d’identités » pour
accompagner des individus dans leur processus d’intégration sociale. Or, la professionnalisation
de la médiation est controversée, certaines actions sociales étant considérées, à tort comme de la
médiation. Quatre modèles (pragmatique, attributif, spécialisé et professionnel) et quatre
approches (médiation scolaire, médiation familiale, médiation sociale, médiation interculturelle)
de la médiation sont identifiés. L’objectif de la communication est de clarifier le concept de
médiation, d’examiner ses modèles et approches et de l’illustrer en comparant deux pratiques.
Dans le premier cas, la médiation est réalisée par un assistant social en accompagnant des
personnes sans domicile fixe dans l’acquisition d’un logement d’urgence (Modèle attributif). Le
deuxième cas rend compte de notre pratique de médiation auprès de jeunes venus d’Afrique,
d’Europe, d’Asie et fréquentant un terrain de football situé en milieu défavorisé à Schiltigheim.
Le médiateur sportif œuvre pour la prévention et la gestion de conflits intergroupes. Il entraîne
et oriente des joueurs de 16 à 25 ans vers des clubs de football, favorisant ainsi leur intégration
sociale par le sport (Modèle pragmatique, modèle professionnel). Les résultats indiquent que ces
deux pratiques de médiation induisent un processus de construction identitaire.

Mots-clés : médiation, concept, modèle, approche, pratique, construction identitaire.

1
INTRODUCTION

Le concept de « médiation » vient du latin « medius » qui signifie « ce qui est au


milieu », intermédiaire entre deux parties : entre deux personnes en conflit ; entre une
personne et une institution. La médiation est également effectuée lorsque deux cultures
se rencontrent en générant une construction identitaire à travers les phénomènes
d’acculturation, de migration, de déracinement, d’adaptation et d’intégration sociale
(Gasparini et Vieille-Marchiset, 2008) que le médiateur prend en compte au cours de la
communication avec l’individu confronté à un conflit entre sa culture d’origine et celle
du pays d’accueil. On parle alors de médiation interculturelle (Cohen-Emerique et
Fayman, 2005 ; Fayman, 2004). Mais la dimension polysémique de la médiation est une
source de confusions car certaines pratiques sociales sont considérées, à tort comme de
la médiation. Par exemple, la médiation n’est pas la transaction, la conciliation,
l’arbitrage ni la négociation, même si ce sont aussi des modes de régulation sociale (Ben
Mrad, 2012 ; Touzart, 2006). De tous ces outils de régulation sociale, la médiation
propose plus de liberté aux personnes en conflit : elle est volontaire, souple et non
formelle car le médiateur a pour vocation d’aider les parties à exprimer leurs besoins. Il
facilite le dialogue entre deux parties tout en restant à l’écart du conflit grâce aux
principes de neutralité et de responsabilité qu’il respecte au cours de la communication
avec les parties (Ben Mrad, 2006).
La médiation « s’inscrit dans une logique de démocratie où est reconnu à
l’individu-citoyen le droit de construire son devenir dans une logique de consensus et de
dialogue » (Gasseau, 2010, p.97). Elle se définit comme la gestion des modes de
sociabilité qui s’institutionnalise progressivement à travers les politiques de la ville, la
famille, la justice, l’école, etc. (Ben Mrad, 1998). C’est un mode de régulation
relationnelle destiné à rétablir par la présence d’un tiers, les communications
nécessaires à une meilleure entente des parties, à apaiser ou modifier une situation
antérieure jugée non satisfaisante (Ben Mrad, 2004). Le médiateur met en relation deux
parties en conflit en les séparant de manière équitable afin de trouver finalement une
position équivalente pour chacune d’elles (Tourrilhes, 2008). La médiation est un «
processus de communication éthique reposant sur la responsabilité et l’autonomie des
participants dans lequel un tiers — impartial, sans pouvoir décisionnel ou consultatif,
avec la seule autorité que lui reconnaissent les « médieurs » — favorise par des
entretiens confidentiels, l’établissement, le rétablissement du lien social, la prévention
ou le règlement de la situation en cause » (Lesœurs, Ben Mrad et Guillaume-Hofnung,
2009, p.46). La médiation est par ailleurs, un processus de création et de réparation du
lien social visant le règlement d’un conflit et se caractérisant par la libre adhésion des
participants, le médiateur étant indépendant, neutre et impartial (Plivard, 2010).
Le processus de médiation est utile à l’école ou dans les quartiers sensibles où la
violence est récurrente. Le médiateur est celui qui possède la double qualification d’être
les deux pôles à relier. C’est l’intermédiaire entre des personnes (médiation scolaire,
médiation familiale, médiation sociale, médiation sportive), entre des personnes et des
institutions (médiation pour l’accès au logement d’urgence, médiation institutionnelle)
ou encore entre une personne et deux cultures (médiation interculturelle). Son action
est basée sur la communication et la neutralité dans le cadre de la prévention ou la
résolution des conflits socio-éducatifs (Ben Mrad, 2012 ; Jolly et Guigue, 2010). Or, le
métier de médiateur est peu connu, compte tenu de la confusion qui règne autour de ce
concept. Il est souvent un tremplin pour l’accès à d’autres métiers reconnus (assistant

2
social, aide médico-psychologique, éducateur spécialisé, etc.). Sa professionnalisation est
controversée, même si la validation des acquis de l’expérience et des formations
universitaires existent.
L’objectif de cette communication est de clarifier le concept de médiation qui
paraît flou dans la littérature et d’examiner ses modèles, approches ainsi que deux
pratiques en illustrant le modèle attributif par la médiation pour le logement d’urgence
(Premier cas) et le passage d’un modèle pragmatique à un modèle professionnel à
travers une analyse de notre pratique de médiation sportive à Schiltigheim (Deuxième
cas).
La communication est construite de la manière suivante. La revue de la littérature
est abordée en premier lieu. Elle rend compte de quatre modèles de médiation
(pragmatique, attributif, spécialisé et professionnel). Quatre approches de la médiation y
sont examinées : médiation scolaire, médiation familiale, médiation sociale et médiation
interculturelle. Dans le cadre de la problématique, la médiation est présentée comme un
concept polysémique, un métier à travers une identité qui lui est propre, une éthique et
une déontologie, à contre-courant des modèles pragmatique et attributif (ROM 1, 2009).
Elle se distingue de la négociation, de l’arbitrage, de la conciliation et de la transaction.
L’étude de cas est ensuite utilisée comme méthode pour comparer deux pratiques de
médiation : médiation pour l’hébergement d’urgence et médiation sportive. Enfin, les
résultats obtenus sont présentés et discutés.

1. Revue de la littérature
La revue de la littérature présente quatre modèles et quatre approches de la
médiation. Même s’il est sollicité pour intervenir là où les modes traditionnels de
résolution de conflits échouent, le médiateur ne bénéficie pas d’une véritable
reconnaissance professionnelle en France. Il est souvent embauché en contrat précaire
ou travaille en partenariat avec des professionnels du travail social reconnus. Son
identité professionnelle se construit sur le terrain et la pérennité de son emploi est
questionnée (Tourrilhes, 2008 ; Barthélémy, 2007 ; Ben Mrad, 2003).

1.1. Les modèles de médiation


Les modèles pragmatique, attributif, spécialisé et professionnel de la médiation
s’opposent et se complètent. Le premier peut se transformer en troisième ou en
quatrième, le troisième étant proche du quatrième dès lors que le médiateur est qualifié
et salarié. Or le premier modèle s’appuie sur l’intuition, l’expérience et le bénévolat, la
qualification étant secondaire. Ce qui est bien entendu discutable.

1.1.1. Modèle pragmatique


Le modèle pragmatique est fondé sur la mobilisation des bénévoles dans la
prévention et la gestion des conflits socio-éducatifs. La médiation n’est considérée ni
comme un métier ni comme une profession pour ce modèle axé sur l’intuition, le
volontariat, le bénévolat et l’expérience. L’association en est le lieu d’expression.
Le médiateur s’appuie sur son intuition et ses expériences personnelles pour
contribuer à la régulation sociale : gestion ou prévention des conflits. Il crée les relations
nécessaires à la recomposition du lien social grâce à cette intuition. La
professionnalisation de la médiation est alors considérée comme étant sans objet
puisque cette fonction ne nécessiterait pas de formation initiale ou professionnelle. Dès
lors, la qualité des médiateurs s’apprécie à travers leurs savoir-faire empiriques et non

1 ROM: Rassemblement des organisations de la médiation.

3
par leurs connaissances théoriques du conflit (droit, psychologie, sociologie) ni par leur
capacité à mettre en œuvre des méthodologies rigoureuses de résolution de problèmes.
Dans ce modèle, la médiation est habituellement assurée par des bénévoles issus des
quartiers sensibles ou rémunérés sur statut précaire : contrat emploi-solidarité, contrat
emploi-jeunes, etc. La médiation vise alors à rétablir le lien social et la réappropriation
des modes de gestion des conflits par les habitants eux-mêmes (Boucher, 2012 ; Tapia,
2010). La formation qualifiante est secondaire, les qualités naturelles étant valorisées
pour pratiquer de la médiation : tolérance, écoute, capacité de compréhension,
empathie, etc. Le médiateur est alors considéré comme un régulateur représentatif de
son quartier (Ben Mrad, 1998). Certes la médiation — telle qu’elle est envisagée dans ce
modèle — permet de prévenir la violence et de résoudre certains conflits dont le
médiateur bénévole peut être familier, celui-ci obtenant sa légitimité face aux personnes
de son quartier ou proches. Mais ce modèle est discutable car le médiateur risque de se
noyer dans le conflit qu’il essaie de résoudre, une distanciation et une neutralité étant
nécessaires pour appréhender objectivement des situations conflictuelles sans parti
pris. Des risques de complaisance sont élevés dans ce modèle fondé sur le bénévolat et
qui accorde peu de crédit aux formations qualifiantes, l’intuition et les qualités d’écoute
et de compréhension étant prioritaires.

1.1.2. Modèle attributif


Pour le modèle attributif nombre de professions sociales font déjà usage de
médiation au quotidien. Par conséquent celle-ci ne devrait pas être professionnalisée. Ce
modèle d’analyse de la médiation ne la considère pas comme une profession ni comme
un métier à part entière.
Le modèle attributif stipule que la médiation ne peut être considérée comme une
alternative à la justice. Elle doit nécessairement s’intégrer dans un cadre juridique pour
éviter les dérives d’une justice informelle et consensuelle fondée sur une régulation
subjective des litiges. Les défenseurs de ce modèle évoquent des raisons liées à la «
marchandisation des rapports sociaux » et à la protection des métiers sociaux qui font
déjà usage de médiation (Ben Mrad, 1998). En s’opposant au modèle professionnel, le
modèle attributif veut éviter la confusion des postes et la concurrence. Mais travailleurs
sociaux et médiateurs peuvent pourtant collaborer, les uns ayant une vision globale de
la médiation et les autres en étant des spécialistes formés et qualifiés pour exercer en
tant que professionnels.

1.1.3. Modèle spécialisé


Le modèle spécialisé est une alternative entre les modèles pragmatique et
attributif, la médiation étant une spécialité et la formation permettant d’acquérir une
qualification complémentaire utile à la régulation sociale.
Pour le modèle spécialisé, la médiation n’est pas une fonction autonome mais
transversale que doit acquérir le travailleur social pour se spécialiser à la médiation, les
compétences de médiation n’étant pas inhérentes au référentiel de tous les métiers du
social (Ben Mrad, 2003).

1.1.4. Modèle professionnel


Le modèle professionnel s’appuie sur l’hypothèse suivant laquelle la formation
qualifiante est utile pour pratiquer la médiation comme un véritable métier. Le centre
national de la médiation (CNM), le réseau européen de la médiation (REM) et le

4
Rassemblement des organisations de la médiation (ROM) défendent cette conception de
la médiation qui contribue à la création d’emplois.
Le modèle professionnel postule que la pratique objective et efficace de la
médiation dépend de l’acquisition de connaissances théoriques au-delà de l’expérience,
des qualités humaines d’écoute, de compréhension et d’empathie dont peut faire preuve
le médiateur. Une charte et un code de déontologie ont été mis en œuvre pour
professionnaliser la médiation. Ce modèle s’oppose à une conception pragmatique par
codification d’une éthique et des compétences de médiation, le médiateur s’appuyant
sur des connaissances théoriques reconnues (ROM, 2009). Le tableau 1 ci-après résume
les principales caractéristiques du médiateur suivant chaque modèle examiné.

Tableau 1. Les modèles de médiation

Modèle pragmatique Modèle attributif Modèle spécialisé Modèle professionnel

Médiateur intuitif, avec sens La médiation fait Alternative entre Modèle favorable au métier
de l’écoute, de la partie de l’activité modèles pragmatique de médiateur formé et
compréhension, de la professionnelle du et attributif. qualifié.
communication, de l’équité. travailleur social.

Situation conflictuelle Chaque travailleur Proche du modèle Le médiateur s’adapte aux


familière au médiateur, celui- social peut se former professionnel. situations conflictuelles. Il
ci peut faire partie du même à la médiation pour Adaptabilité du ne connaît pas les parties
Caractéristiques quartier sensible que les compléter sa médiateur. en conflit et appréhende la
du médiateur parties en conflit. formation de base. situation avec objectivité et
distanciation grâce à sa
(Ben Mrad, 2003) formation initiale.
Le travailleur social se Salarié spécialiste de Salarié non précaire :
Bénévole ou salarié précaire : considère comme la médiation. emploi de longue durée,
activité ponctuelle. médiateur sans stable, etc.
formation initiale de
médiateur.
Formation qualifiante
Formation qualifiante Contestation de la Éthique et déontologie
facultative ou secondaire du professionnalisation mises en œuvre par le
médiateur, sa de la médiation pour Formation qualifiante centre national de la
professionnalisation étant éviter la concurrence, aux actions de médiation (CNM) et
contestée. les doublons et la médiation. soutenues par le réseau
confusion des postes. européen de la médiation
(REM)

1.2. Les approches de la médiation


Quatre approches de la médiation sont répertoriées dans la littérature : médiation
scolaire, médiation familiale, médiation sociale et médiation interculturelle. Elles
correspondent aux modèles pragmatique, attributif, spécialisé ou professionnel
d’analyse de la médiation.

1.2.1. Médiation scolaire


La médiation scolaire est un processus récent en France. Réalisée par des pairs,
elle nécessite la mobilisation de compétences discutables chez certains élèves : écoute,
compréhension, discrétion, disponibilité, analyse, impartialité. Plusieurs types de
médiateurs interviennent en milieu scolaire : médiateurs d’académie, élèves-
médiateurs, médiateurs culturels, médiateurs scientifiques, professeurs-médiateurs et

5
médiateurs de réussite scolaire pour la lutte contre le décrochage scolaire et la
prévention de la violence à l’école (Lemoine, 2010).
Bonafé-Schmitt (2006) a mené une recherche-action auprès d’élèves,
d’enseignants et de parents dans 5 établissements scolaires situés en milieu défavorisé.
Des élèves en situation d’échec scolaire ou présentant des problèmes de comportement
ont été recrutés comme médiateurs scolaires. L’auteur a vérifié ainsi les effets de la
médiation communicationnelle sur les comportements des élèves difficiles et sur les
relations scolaires. Pour lui, la médiation a une dimension éducative qui permet de
modifier les représentations et les comportements des acteurs en tant que forme
d’apprentissage de la socialisation. Les résultats obtenus indiquent que la médiation
réalisée par les élèves eux-mêmes contribue à l’amélioration de l’estime de soi, de
l’esprit d’ouverture, de tolérance. Elle renforcerait l’esprit de solidarité, les liens sociaux,
la compréhension mutuelle, responsabilise les élèves et forme des leaders positifs. Mais
les changements opérés chez les élèves-médiateurs sont bien souvent à court terme, la
médiation étant une activité ponctuelle. Car dès lors que les projets de médiation
scolaire ne sont plus financés, les mêmes problèmes de comportement resurgissent, les
mêmes élèves étant concernés. D’où l’intérêt de la pérennisation de la médiation
scolaire.
Lemoine (2010) examine le dispositif « Démission impossible » lancé dans les
années 1990. Selon lui, la médiation scolaire est tributaire des moyens alloués, des
statuts, de la formation des acteurs et des initiatives des pouvoirs publics, les
médiateurs ayant un statut précaire : emplois-jeunes, vacataires, emplois-aidés, etc.

1.2.2. Médiation familiale


Les premiers travaux sur la médiation familiale ont été réalisés aux États-Unis
dans les années 1970 et au Canada dans les années 1980. Ce type de médiation concerne
les divorces et les séparations de couples en conflit (Gasseau, 2010 ; Rousseau, 2010 ;
Grych et al., 2003).
La médiation familiale est « une intervention dans un conflit ou une négociation
par une tierce personne, acceptable, impartiale et neutre, sans pouvoir décisionnel, dans
le but d’aider les parties à développer elles-mêmes » une entente conforme aux parties
(Tourrilhes, 2008, p.112). C’est un processus de construction ou de reconstruction du
lien familial axé sur l’autonomie et la responsabilité des personnes concernées par les
séparations ou divorces (Guillaume-Hofnung, 2012a).
La médiation familiale permet d’envisager le maintien ou le développement de la
relation entre parents, enfants et grands-parents en cas de séparation ou de divorce.
L’objectif est de trouver des solutions conformes aux intérêts des uns et des autres
malgré la souffrance due à la séparation, les parents étant incités à maintenir le dialogue
malgré le conflit (Gasseau, 2010). Elle implique la communication sans violence qui
favorise la reconnaissance et le respect de chacun des membres du couple qui se sépare
ou qui divorce. Cette médiation n’est possible que si le médiateur conduit les personnes
en conflit à écouter leurs émotions respectives, la volonté de changement des parties
étant nécessaire pour apaiser le conflit existant. Il explore leurs points de vue sur des
questions liées à la nouvelle organisation des liens familiaux tout en gardant une
distance vis-à-vis du couple séparé : « La médiation va permettre de trouver les moyens
relationnels et pratiques de s’organiser dans la crise. Elle favorise la recherche de
solutions mutuelles concrètes, répondant aux besoins de chacun et adaptées à tous les
domaines de la réorganisation familiale » (Gasseau, 2010, p.101).

6
1.2.3. Médiation sociale
La médiation sociale est « un processus de création et de réparation du lien social
et de règlement des conflits de la vie quotidienne, dans lequel un tiers impartial et
indépendant tente, à travers l’organisation d’échanges entre les personnes ou les
institutions, de les aider à améliorer une relation ou de régler un conflit qui les oppose »
(Groupe de travail interministériel et interpartenarial, 2011, p.10).
Les médiateurs sociaux interviennent habituellement auprès de « personnes en
difficulté » dans le cadre d’un accompagnement social, de l’aide administrative,
alimentaire, etc. Ils sont appelés à les conseiller et à les orienter vers d’autres
professionnels du travail social reconnus : assistants sociaux, éducateurs spécialisés,
aides médico-psychologiques, etc. (Barthélémy, 2007, p.106). Ils travaillent en
partenariat avec d’autres professionnels dans les secteurs de l’intervention sociale et de
l’aide à la personne comme des intermédiaires entre des publics en difficulté (familles,
personnes âgées, isolées) et les institutions (écoles, mairies, services sociaux). Les
médiateurs sociaux accèdent souvent au marché du travail par emploi aidé. Ils
acquièrent leur légitimité en situation de travail. La médiation étant un outil de l’action
publique de création d’emplois qui suscite des vocations en milieu défavorisé, on peut se
demander pourquoi le modèle pragmatique l’enferme dans le bénévolat. Les médiateurs
sociaux sont embauchés par des structures associatives, des sociétés de transport ou des
organismes d’attribution de logements. Ils occupent surtout des postes précaires.
Guillaume-Hofnung (2012a) fait une mise au point sur la médiation en la
distinguant de la négociation et de la conciliation. L’auteure propose que la notion de
pouvoir soit exclue de la médiation dès lors que le médiateur apparaît comme un tiers
extérieur, c’est-à-dire une personne extérieure, neutre, impartiale. Elle fait un tour
d’horizons de la médiation en insistant sur son développement aux États-Unis et en
Europe. Les domaines de la consommation et de la justice sont évoqués. Pour elle, le
besoin de médiation naît de l’insuffisance des modes traditionnels de résolution des
conflits. La médiation familiale est au service de la conciliation. Celle-ci n’est pas la
médiation, mais plutôt une procédure de résolution de conflits. Car la médiation sociale
n’est rien d’autre que la « médiation de cohésion sociale » qui s’inscrit dans la politique
de la ville pour prévenir la violence, lutter contre les exclusions. Pour Guillaume-
Hofnung (2012a), la médiation n’est pas un concept flou. C’est son usage qui est
problématique, certaines pratiques sociales étant considérées à tort comme de la
médiation car il y a beaucoup de confusions autour du concept. Il convient de définir la
médiation et de clarifier ses champs d’action.

1.2.4. Médiation interculturelle


Née en France dans les années 1990, la médiation interculturelle « s’est affirmée
comme pratique sociale majeure dans les sphères de l’intégration, de la solidarité et de
l’émancipation des femmes » (Fayman, 2004, p.24).
En médiation interculturelle, deux cultures se rencontrent dans un espace de
transition dynamique de socialisation déterminé par un processus de construction-
déconstruction-reconstruction identitaire. La confrontation des cultures est
structurante par la communication qu’elle implique. Elle génère par exemple une
construction identitaire. Le médiateur interculturel conduit la personne qui vit un conflit
culturel intérieur à accepter le changement nécessaire à son adaptation au nouvel
environnement de vie (Cohen-Émérique et Fayman, 2005 ; Fayman, 2004).
Les incertitudes et les risques font partie de la médiation interculturelle dans
laquelle la logique identique-différent n’a pas de sens. Elle n’est pas source de tensions

7
mais de socialisation et de culture, les échanges et la communication étant une richesse
culturelle et non un facteur d’inhibition (Tourrilhes, 2008).
Pour Cohen-Émérique et Fayman (2005), l’exclusion sociale, la pauvreté et la
précarité contribuent au développement de la médiation interculturelle. Or il existe très
peu de recherches sur le sujet. Les médiateurs interculturels contribuent à la «
translation » et à la transformation des représentations sociales, des « repères » et des «
regards ». Ce sont des « passerelles d’identités » entre cultures différentes qui facilitent
la communication et le rapprochement de deux univers culturels. Ils suivent
habituellement deux approches. L’une est une relation d’aide proche de
l’accompagnement socio-éducatif. L’autre permet de combler la distance entre les
univers mentaux et culturels. Les processus traités sont les suivants : acculturation,
déracinement, migration, adaptation, etc. Il s’agit d’aider les personnes concernées à
réactualiser leurs parcours migratoires par la prise de conscience du changement de
leur environnement initial et de leurs modes de vie. L’objectif est de concilier maintien
des racines et acquisition de nouvelles valeurs. Cette dynamique de construction
identitaire entraîne des changements et des résistances au changement que le
médiateur doit prendre en compte pour accompagner les personnes qui vivent un conflit
identitaire lié à la rencontre des cultures, entraînant un choc culturel. Cette médiation
conduit les personnes concernées à trouver une place dans la société sans ruptures
identitaires. Le médiateur leur indique alors les avantages d’une intégration à la
nouvelle société.

2. Problématique
La revue de la littérature montre qu’il existe beaucoup de confusion autour du
concept de médiation. Celle-ci est souvent prise pour de la conciliation, l’arbitrage, la
transaction ou la négociation. Pourtant, une distinction entre ces concepts s’impose. De
plus, peu de travaux sont consacrés à la compétence et aux qualifications des
médiateurs, la compétence étant perçue comme un ensemble de ressources, de savoir-
faire mobilisés par un individu pour réaliser une activité (Ben Mrad, 1998). Malgré les
compétences et les qualifications nécessaires à sa pratique, on se demande encore si la
médiation doit être professionnalisée ou pas. Il convient d’examiner d’une part son
éthique et sa déontologie. D’autre part, il paraît utile de clarifier le concept en revenant
sur les conditions de professionnalisation, d’autonomie du processus de médiation et
les concepts proches avant de comparer deux pratiques (Deux cas) : la médiation pour
l’accès au logement d’urgence et la médiation sportive auprès de jeunes d’un quartier
défavorisé de Schiltigheim.

2.1. Ce que la médiation n’est pas


La médiation n’est pas la conciliation. Elle se distingue également de l’arbitrage, de
la transaction et de la négociation même si ce sont des concepts proches (Guillaume-
Hofnung, 2012a).
Selon Guillaume-Hofnung (2012a), la conciliation se définit comme le processus
par lequel une personne propose une solution, suite à un conflit que les parties peuvent
accepter ou refuser. L’arbitrage quant à lui, correspond à une procédure sur dossier par
laquelle les parties en conflit conviennent de porter le litige devant un arbitre dont ils
acceptent par avance la sentence, celui-ci ayant le pouvoir de « trancher » l’affaire. La
transaction est une convention par laquelle les parties, par concessions réciproques,
terminent une contestation existante ou préviennent une contestation à venir. La
négociation est une démarche qui n’implique pas nécessairement la présence d’un tiers

8
impartial comme dans la médiation car on peut négocier à deux, chacun pouvant le faire
pour son compte.

2.2. Éthique et déontologie de la médiation


La médiation obéit à une déontologie qui la distingue d’autres modes alternatifs de
résolution de conflits (Lesœurs et al., 2009 ; Breuvart, 1996). Elle se réalise au sein de
familles, d’entreprises, d’écoles, d’hôpitaux, quartiers, immeubles, transports en
commun, complexes sportifs, etc.
Le médiateur est considéré comme un tiers extérieur et impartial, c’est-à-dire
neutre. Il peut être libéral, salarié ou bénévole. C’est un facilitateur relationnel qui
s’engage à rétablir les conditions d’un dialogue rompu ou à restaurer la confiance, le lien
social. L’éthique de la médiation est alors fondée sur un ensemble de valeurs guidant le
médiateur dans ses interventions professionnelles. Ces valeurs — respect des personnes
et de la dignité humaine, tolérance, égalité, honnêteté vis-à-vis de soi et d’autrui — sont
en accord avec les principes suivants : confidentialité, impartialité, libre consentement,
indépendance. Malgré des formations qualifiantes — master « Ingénierie de
l’intervention en milieu socio-éducatif » — la profession est peu connue en France à
cause des confusions dues à la polysémie du concept.

2.3. Médiation comme processus


La médiation est un processus de communication éthique qui se distingue de la
négociation et de la conciliation (qui n’impliquent pas la participation d’un tiers).
La médiation étant un concept autonome, elle a besoin d’un régime juridique qui
lui soit propre. Qu’elle soit scolaire, familiale, sociale ou interculturelle, la médiation est
un processus qui implique la mobilisation de ressources spécifiques (Guillaume-
Hofnung, 2012a ; Groupe de travail interministériel et interpartenarial, 2011).

2.4. Professionnalisation de la médiation


La professionnalisation se heurte aux résistances liées à la pratique de la
médiation au sein de certaines professions sociales qui redoutent de la concurrence et la
confusion de postes de travail quand il s’agit de pratique de médiation.
Des échanges sont nécessaires entre le médiateur et les autres professionnels du
travail social pour éviter des confusions ou des doublons (Barthélémy, 2009). Cela passe
par la capacité du médiateur à communiquer et à s’adapter au contexte et à son public.
Car la médiation ne se professionnalise pas comme un métier classique, même si elle a
un référentiel de métier (Guillaume-Hofnung, 2012a; groupe de travail interministériel
et interpartenarial, 2011),

2.5. Médiation comme fonction et métier


La médiation est un nouveau métier de l’intervention sociale (Groupe de travail
interministériel et interpartenarial, 2011). Elle se réalise dans une dynamique de conflit
et de stabilisation des relations entre les médiateurs et les autres professionnels du
travail social. Les médiateurs s’adaptent au contexte de leur travail et à leurs publics
pour être légitimes sur le terrain (Barthélémy, 2009).
La médiation est un métier en construction. Les intervenants sont souvent
embauchés sur des contrats précaires et travaillent en collaboration avec des
travailleurs sociaux reconnus. Ils doivent faire preuve de capacités d’adaptation, de
communication, d’échanges et de travail en équipe avec d’autres professionnels
reconnus. Car la médiation ne se professionnalise pas comme un métier classique. Le

9
médiateur construit son identité professionnelle auprès de son public. Or pour le groupe
de travail interministériel et inter partenarial (2011) et Guillaume-Hofnung (2012a), la
médiation est une fonction et un métier avec un référentiel réel.
Pour le groupe de travail interministériel et interpartenarial (2011), la médiation
est un métier avec son propre corpus de savoirs et savoir-faire technique, un référentiel
de métier, d’activités et de compétences reconnu par la profession. Il s’appuie sur la
charte de référence de la médiation adoptée en 2011 par le comité interministériel des
villes identifiant ses missions, son cadre de déontologie, d’exercice, les interactions avec
d’autres professionnels du travail social. Deux principes déontologiques sous-tendent le
processus de médiation : libre consentement et participation des parties prenantes ;
indépendance et absence de pouvoir institutionnel (Guillaume-Hofnung, 2012a). La
formation qualifiante permet aux médiateurs d’acquérir des connaissances théoriques
utiles à la régulation sociale (Guillaume-Hofnung, 2012b ; Fayman, 2004).
Le rapport du groupe de travail interministériel et inter partenarial (2011) tente
de répondre à la question suivante : la médiation sociale est-elle une fonction ou un
métier ? Ce rapport est centré sur la reconnaissance de la médiation comme métier à
travers un référentiel clair. Elle contribue au maintien du lien entre les populations et les
institutions. Ses principaux champs d’intervention sont : l’habitat, le transport, l’école, la
tranquillité publique, l’intervention sociale, etc. Le médiateur est neutre, impartial,
adaptable et capable d’identifier les besoins de son public, d’assurer une fonction
d’interface en apaisant des tensions et en décodant les cultures au sein d’un quartier
sensible, même si son intervention se distingue de celle d’autres travailleurs sociaux :
assistants sociaux, éducateurs spécialisés, etc.

2.6. Conditions d’autonomie de la médiation


L’association semble être la structure qui garantirait le mieux l’autonomie de la
médiation à travers le respect d’une éthique et d’une déontologie spécifiques (Fayman,
2004). Mais la crise de l’emploi conduit à remettre en question le modèle pragmatique.
Pour Guillaume-Hofnung (2012a) et le groupe de travail interministériel et inter-
partenarial (2011), la médiation est un processus autonome avec un savoir-faire
spécifique. Elle est a priori dénuée de pouvoir institutionnel. Il convient de réfléchir sur
son financement, les subventions en faveur des associations attribuées par les pouvoirs
publics étant devenues rares. Les médiateurs bénéficient souvent de contrats de travail
précaires (Barthélemy, 2009). D’où la question de la pérennisation de ce nouveau métier
de la régulation sociale.
Nous comparons deux pratiques de médiation correspondant respectivement au
modèle attributif, au modèle pragmatique et au modèle professionnel : médiation pour
l’accès au logement d’urgence et médiation sportive. La question est de savoir quels sont
les enjeux d’une analyse comparée des pratiques de médiation. Quels sont les points de
convergence et de divergence de ces deux pratiques ?
Pour répondre à cette question, une étude de cas a été réalisée. Mais aucune
hypothèse de recherche n’a été formulée au départ, notre approche étant inductive.

3. Méthodologie
Pour répondre à notre question de recherche, une étude de cas a été mise en
œuvre (Encadré). Le protocole d’enquête et la retranscription de l’entretien semi-
directif avec un assistant social figurent en annexe (Premier cas). Le deuxième cas est
une analyse de notre propre pratique de médiation professionnelle : médiation sportive
effectuée dans un quartier défavorisé de Schiltigheim depuis 2012.

10
Encadré. Méthode d’analyse de deux cas de médiation

L’étude de cas comme méthode de recherche-action

L’étude de cas est une méthode peu utilisée en sciences humaines et sociales. Mais elle est
fréquente en sciences de gestion, en management et en sciences politiques. Méthode mixte de recherche,
elle peut suivre une approche qualitative ou quantitative, voire les deux et ne se circonscrit pas à la
description ou à l’exploration d’un phénomène donné. Elle permet de vérifier des hypothèses ou de
construire des théories en tant qu’étude en profondeur d’un phénomène, d’un programme, d’un
événement ou d’une activité (Albarello, 2011 ; Roy, 2009). Le chercheur s’appuie sur diverses sources
pour analyser la vie interne d’un groupe, la structure d’une organisation ou son fonctionnement :
observations, entretiens, questionnaires, archives, récit de vie, etc. (Collerette, 1997 ; Hamel, 1997).
L’étude de cas permet ainsi de comprendre des situations conflictuelles ou contradictoires émergeant de
la vie sociale. Il convient de la définir et de présenter sa démarche.

Définition de l’étude de cas


L’étude de cas est une méthode axée sur la description, l’explication, la prédiction et le contrôle de
processus inhérents aux phénomènes individuels ou collectifs. Elle permet d’analyser en profondeur des
phénomènes peu explorés ou non étudiés (Gagnon, 2005).
Cette méthode de recherche est appropriée pour répondre aux questions pratiques où l’expérience
des participants est déterminante. Elle permet de construire ou de vérifier des théories (Eisenhardt et
Graebner, 2007). Mais cette « enquête empirique » (Hamel, 1997, p.10) se prête peu à la généralisation
statistique des résultats. Car elle repose d’abord sur l'analyse des spécificités et de la diversité des
phénomènes. En recherche appliquée, elle permet l’évaluation des dispositifs et leurs limites ou la prise de
décision (Hamel, 1997). Il existe des études de cas uniques et des études de cas multiples. Les unes
permettent d'analyser un phénomène à partir d'une seule situation. Les autres contribuent à « enrichir
notre compréhension de l'ensemble » en articulant tous les cas (Roy, 2009, p.204).

Démarche de l’étude de cas


L’étude de cas adopte les formes inductive ou déductive. « Elle peut servir à faire émerger des
phénomènes, leur évolution et la signification qu’ils ont pour les acteurs concernés, tout comme elle peut
servir à vérifier si une élaboration théorique rend compte adéquatement des phénomènes présents dans
diverses situations » (Collerette, 1997, p.82). Elle suit les étapes suivantes : établir la pertinence de l’étude
de cas ; assurer la véracité des résultats empiriques ; préparer un cadre de recherche ; recruter les cas ;
collecter et traiter les données ; analyser et interpréter les résultats ; diffuser les résultats (Gagnon, 2005).
L’étude de cas est une approche méthodologique ancienne (Roy, 2009 ; Hamel, 1997). Les données
exploitées proviennent souvent de « six sources : des documents, des archives, des entrevues,
l’observation directe, l’observation participante et des objets physiques » (Collerette, 1997, p.85). Mais,
l’usage des méthodes basées sur de grands échantillons et les statistiques l’a fait oublier, même si elle est
utile pour étudier une personne, une communauté, une organisation, une société, une région, un
événement ou une profession (Hamel, 1997). La récolte de données se fait habituellement à l’aide des
techniques qualitatives ou quantitatives.

4. Analyse comparée de deux cas de médiation


Nous analysons et comparons deux pratiques de médiation : médiation pour
l’accès au logement d’urgence et médiation sportive. Le premier cas relève du modèle
attributif. Le deuxième cas illustre la transformation d’un modèle pragmatique en
modèle professionnel. Mais les deux cas correspondent à une logique d’intégration
sociale : intégration par le logement d’urgence ou par le sport.
Pour étudier le premier cas, un entretien a été réalisé auprès d’un assistant social
sur la base d’une grille d’entretien semi-directif (Fenneteau, 2002). L’entretien a débuté
par la présentation d’un guide dressant la liste des thématiques à aborder. Mais nous
avons aussi rebondi sur des thématiques proches en laissant parler librement ce

11
travailleur social. Il convenait de revenir sur le thème central quand l’interviewé sortait
du cadre évoqué. Pour des raisons de confidentialité, nous ne divulguons pas son nom.
Après présentation du thème de médiation nous avons cherché à cerner le contenu du
métier d’assistant social, son public, son lien éventuel avec la médiation. La différence
entre arbitrage, négociation et médiation a été évoquée. On cherchait aussi à savoir si le
travailleur social interviewé était indépendant dans ses interventions et comment il
avait acquis ses compétences de médiateur. L’accent a été mis sur l’éthique et la
déontologie auxquelles il se référait. Le deuxième cas se rapporte à notre pratique de
médiation en milieu défavorisé à Schiltigheim (Médiation sportive auprès de jeunes de
16 à 25 ans).

5. Résultats
Nous présentons les résultats de l’analyse comparée de deux cas : médiation pour
l’accès au logement d’urgence et médiation sportive. Le premier cas relève du modèle
attributif. Le deuxième cas porte sur la transformation d’un modèle pragmatique en
modèle professionnel de médiation. Les deux cas de médiation analysés se réfèrent
relativement à la même logique d’intégration sociale (Tableau2).
Les résultats indiquent que la médiation se distingue de la conciliation et de
l’arbitrage. L’objectivité et la neutralité sont les principales postures à prendre par le
médiateur sur le terrain. Celui-ci n’est pas toujours indépendant dès lors que son activité
dépend de subventions de l’État. Son pouvoir d’action est légitimé par le diplôme d’État
d’assistant social qu’il a obtenu, même s’il a acquis de l’expérience de médiateur grâce à
ses activités professionnelles ou bénévoles antérieures. La médiation s’apprend en
situation de travail (Premier cas de médiation). Comme on le verra dans le deuxième
cas, la médiation s’apprend grâce à des formations professionnelles qualifiantes. Le
médiateur sportif a suivi des formations sportives et universitaires comptant des
modules et des stages de médiation.

Premier cas : Médiation pour l’accès au logement d’urgence

La médiation selon l’assistant social interviewé :

« C’est le fait d’être au milieu d’un conflit entre deux ou plusieurs personnes. Avec du recul, c’est
aussi une personne morale, une institution qui est au milieu d’un conflit. La personne qui est au
milieu cherche à résoudre le conflit entre les personnes ». Le médiateur « est entre deux ou
plusieurs personnes qui revendiquent quelque chose. C’est lui qui reçoit toutes les tensions. C’est le
messager ».

La médiation se distingue de l’arbitrage :

« Non. L’arbitrage, c’est souvent dans le domaine des affaires. Tiens. L’histoire de Bernard Tapie. Ce
sont des avocats qui arbitrent. Il y a la notion d’argent là-dedans. Ils ne sont pas toujours neutres. Si
on ne fait pas attention, il peut avoir des partis pris, une sanction. Or dans la médiation il n’y a pas
de sanction mais un juste milieu, un compromis à trouver…»

La médiation pour l’accès des sans-abris au logement d’urgence :

Dans ma profession, l’objectif principal, c’est d’emmener des personnes qui étaient sans abri à
trouver ou retrouver leurs droits sociaux (le droit au logement, l’accès à la santé, l’accompagnement
dans la vie quotidienne). Il y en a qui ne savent plus se prendre en charge, qui n’ont pas eu
l’occasion de le faire, pas de vie familiale à proprement parler, sans prétention. Dans le cadre du
travail d’assistant social, plusieurs points sont évalués : Combien de personnes sans-abris sont

12
entrées au cours de l’année dans nos structures ? Combien en sont ressorties avec un logement ?
C’est la stabilisation qui est déterminante. Dans mon travail, on parle surtout de cheminement par
escalier : Hébergement d’urgence et orientation vers le SIAO (service intégré d’accueil et
d’orientation) qui est une plate-forme à Strasbourg qui reçoit toutes les demandes de logements
sociaux du Département du Bas-Rhin. Moi je donne le 115 aux gens que le SIAO oriente ensuite
ponctuellement les sans-abris vers des logements temporaires. J’ouvre à chaque fois un dossier
pour le long terme. Ce travail consiste à réaliser un accompagnement social global (orientation et
accès aux droits). Il y a toujours un conflit moral entre les sans-abris et les institutions...Il n’y a pas
d’obligation de résultats dans ma profession...Nous travaillons en collaboration avec la caisse
primaire d’assurance maladie (CPAM), la CAF (Caisse d’allocations familiales), les centres médicaux
sociaux. Pour les résultats, nous nous référons aux statistiques. Nous travaillons sur l’humain et il
est difficile d’évaluer l’effet de la parole d’un assistant social ».

La posture à prendre par le travailleur social :

« Objectivité, neutralité. On ne peut pas faire de parti pris car ça fausse la médiation. Notre qualité
c’est d’essayer d’être neutre. On essaie d’aider la personne dans la légalité. Le travailleur social n’est
pas là par hasard. On est animé d’une certaine envie de réparer ce qui ne va pas. On a le sens de la
justice. On aidera plus celui qui est dans le besoin. Il y a des priorités et une logique à respecter. On
ne va pas se permettre d’envoyer une personne dépendante dans un logement pour y vivre seule.
On essaie toujours de prendre en compte les capacités objectives d’autonomie de la personne à
orienter vers un logement social ».

L’assistant social n’est pas indépendant dans sa profession :

« Non. Nous travaillons par délégation du pouvoir de l’État. Notre association est subventionnée
par l’État et nous suivons ses directives. Nous sommes soumis à des contraintes liées au règlement
intérieur de l’association. Nous avons un devoir de réserve, un code de déontologie et un secret
professionnel à respecter. Sinon, nous avons 15.000 € d’amende à payer en cas de divulgation du
secret professionnel ».

Le contexte juridique du travail d’assistant social :

« Pour exercer comme assistant social, il faut obligatoirement être titulaire du diplôme d’État
d’assistant social. Tous les travailleurs sociaux ne sont pas des assistants sociaux ».

Le pouvoir d’action de l’assistant social :

« Notre pouvoir d’action vient de notre légitimité grâce à la reconnaissance de notre diplôme qui
date de 1932. Globalement, ça vient de la bourgeoisie : des femmes de la bourgeoisie voulaient
donner de leur temps aux pauvres. Voilà comment est né le métier d’assistant social ».

La médiation s’apprend en situation de travail :

« Mon parcours antérieur : J’ai fait une fac de psychologie à l’Université de Lille3 jusqu’en maîtrise
(équivalent du master 1) avant d’aller en sciences de l’éducation. J’ai fait de petits boulots dans
l’assainissement, j’ai fait le BAFA (Brevet d’aptitude aux fonctions d’animation) et travaillé dans des
cantines scolaires, j’ai été assistant d’éducation dans un lycée professionnel d’Obernai (Alsace)
avant de passer le concours d’assistant social. Mais avant tout cela, j’ai été actif dans l’humanitaire
au Burkina Faso ».

La part de médiation dans le métier d’assistant social :

« On est médiateur entre les personnes sans-abris et les institutions dans le sens de
l’accompagnement global de la personne accueillie dans nos structures d’hébergement ».

13
Le diagnostic de médiation est formulé par l’assistant social lui-même :

« Oui. C’est l’assistant social en écoutant la personne accueillie lors d’un ou plusieurs entretiens qui
établit un diagnostic, son carnet de route pour voir l’adhésion du sans-abri et l’évolution de son
dossier ».

Les compétences de médiation :

« Ma formation en sciences humaines et ma participation à la vie associative m’ont permis


d’acquérir le sens du compromis en dehors de mon diplôme d’assistant social. Et comme je l’ai
signalé déjà, j’ai œuvré dans l’humanitaire dans mon pays d’origine ».

Deuxième cas : La médiation sportive réalisée à Schiltigheim


La médiation sportive a lieu sur un espace aménagé ― dans un quartier sensible de
Schiltigheim pour la pratique du football ― sur lequel des conflits intergroupes sont
réguliers. Nous analysons notre pratique de médiation. Notre pratique initiale de
médiation relevait du modèle pragmatique avant de se transformer en modèle
professionnel. Notre cursus universitaire de psychologie, de sciences de l’éducation et
du brevet de moniteur de football comptait des modules de médiation. Ce qui a enrichi
notre parcours et notre spécialisation.
En 2012, la commune de Schiltigheim a sollicité les services d’une association afin
d’assurer des actions de médiation dans un quartier sensible où la violence intergroupe
est récurrente. L’association nous a confié une mission de médiation pendant 4 ans
avant que la commune nous engage comme agent de médiation. Depuis 2016, nous
travaillons comme médiateur sportif vacataire à Schiltigheim. L’objectif est de prévenir
et de gérer des conflits entre jeunes du quartier du Marais et joueurs du Sporting. En
effet la commune de Schiltigheim a fait construire un terrain synthétique au sein de ce
quartier défavorisé et a aménagé en 2008 des créneaux destinés aux jeunes du quartier
et des créneaux réservés aux équipes du Sporting. Or ce terrain étant situé dans un
quartier sensible et non dans les installations sportives du Sporting, les jeunes du Marais
considèrent que ce terrain synthétique est leur propriété et tolèrent mal son utilisation
par les équipes du Sporting. De 2008 à 2011, ces jeunes interrompaient les
entraînements du Sporting et agressaient les entraîneurs et les joueurs. Face à cette
situation conflictuelle, nous avons été appelés à communiquer avec eux pour permettre
aux équipes du Sporting de s’entraîner en toute sécurité.
Le dispositif de médiation sportive mis en place consiste à venir au stade 30
minutes avant les équipes du Sporting pour sensibiliser les jeunes du quartier en leur
annonçant l’arrivée prochaine d’une ou deux équipes afin qu’ils libèrent le terrain le
moment venu. Le médiateur reste jusqu’à la fin des entraînements pour résoudre
d’éventuels conflits et organise des séances de football d’animation destinées aux jeunes
du quartier. Son objectif est de les motiver à utiliser les créneaux qui leur sont proposés
par la commune et à partager l’espace sportif. Au-delà de ces créneaux, nous les
encadrons comme s’ils étaient aussi en club (maillots, eau, ballons de football,
organisation rigoureuse, un entraîneur-arbitre diplômé). À chaque débordement des
jeunes du quartier, nous leur rappelons qu’ils ont aussi des créneaux d’entraînement au
cours desquels ils ne sont pas perturbés par les joueurs du Sporting. Les tensions
s’apaisent, ce travail étant axé sur la communication et la neutralité. Car si les jeunes du
quartier cherchent de la confrontation, il convient de dialoguer avec eux plutôt que de
faire intervenir la police. En agissant dans le sens de l’équité, aucune partie n’est lésée et
la confiance s’installe en lieu et place de la violence. Mais ces jeunes ne s’exécutent pas
toujours. D’où la création d’un créneau supplémentaire consacré aux mini tournois de
14
football à 8. Le tableau 2 ci-après synthétise nos deux cas qui correspondent
globalement à une logique d’intégration sociale : intégration par le logement d’urgence
et intégration par le sport. Mais ils se distinguent par leurs modèles de référence.

Tableau 2. Caractéristiques des deux cas de médiation analysés

Médiation pour l’accès au Médiation sportive


logement d’urgence
Actions de médiation par un assistant Médiateur sportif titulaire d’un master en
social, diplômé d’État et exerçant dans intervention sociale, d’une licence de
une association. psychologie et d’un brevet de moniteur de
football.
L’assistant social n’est pas indépendant Le médiateur sportif travaille en
dans sa fonction. autonomie et remplit une fiche mensuelle
Caractéristiques d’heures effectuées.
des cas analysés
Le médiateur sportif règle les conflits
L’assistant social accompagne les jeunes entre jeunes, oriente ceux qui souhaitent
dans l’accès au logement d’urgence. intégrer une équipe de football vers des
clubs.
L’assistant social a acquis les Le médiateur sportif a débuté comme
compétences de médiation en situation bénévole dans une association avant
de travail. La médiation fait partie de d’être recruté comme médiateur sportif
son travail. vacataire par la commune.

6. Discussion
Quatre modèles de médiation ont été examinés : modèle pragmatique, modèle
attributif, modèle spécialisé et modèle professionnel. Le premier nous paraît dépassé,
compte tenu de la crise de l’emploi, d’une part. D’autre part, sa démarche est axée sur le
bénévolat et l’intuition. Le 3e et le 4e sont proches car ils reposent sur la qualification et le
salariat. La rareté des subventions en faveur des associations ne favorise presque plus la
pratique bénévole de la médiation (Modèle pragmatique). D’où la transformation
progressive des médiateurs bénévoles en médiateurs salariés, le modèle pragmatique
cédant la place aux modèles spécialisé ou professionnel. Mais il existe une part de
médiation dans certaines professions.
La communication met en évidence une pratique à travers un entretien semi-
directif avec un assistant social (Modèle attributif) ainsi que l’analyse de notre pratique
de médiation sportive qui se dessine en deux modèles : modèle pragmatique et modèle
professionnel. Son originalité est d’étudier un cas de transformation de médiation pour
la même activité. En effet, avant d’obtenir un contrat d’agent de médiation sportive, nous
avions débuté comme médiateur bénévole dans une association pour le compte de la
commune de Schiltigheim. L’expérience acquise sur le terrain de 2012 à 2015,
l’obtention du master « Ingénierie de l’intervention en milieu socio-éducatif » et le
besoin récurrent de médiation en milieu défavorisé ont motivé la mairie de Schiltigheim
à créer un poste de médiateur sportif salarié. Le passage d’un modèle pragmatique à un
modèle professionnel indique que la médiation devient un véritable métier de
l’intervention sociale. De plus, la crise de la subvention rend presque inévitable le
salariat dans le champ de la médiation, même si la mode est encore à la vacation dans les
collectivités territoriales qui emploient des médiateurs. Le salaire est en effet une source
de motivation au-delà de la vocation et de la volonté de contribuer à la régulation
15
sociale. Même si des auteurs estiment que l’association est le cadre idéal de l’autonomie
de la médiation, le contexte de crise de l’emploi pourrait conduire à la généralisation du
salariat en matière de médiation. En d’autres termes, la pratique de la médiation ne se
restreint plus au bénévolat. Notre cas n’est pas isolé car le passage du bénévolat au
salariat est examiné dans la littérature (Fayman, 2004). Le médiateur sportif travaille en
autonomie, les résultats de son action étant appréciés en fonction de la baisse des
conflits entre les jeunes du quartier et les joueurs du Sporting. La médiation répond à un
besoin réel : prévenir et gérer des conflits socio-éducatifs ; entraîner et orienter des
jeunes d’horizons divers vers des clubs de football pour favoriser leur intégration
sociale par le sport. Notre étude a un but illustratif. Elle s’appuie seulement sur deux cas.
C’est une de ses limites. Mais elle rend compte de la professionnalisation de la médiation
et de ses multiples champs d’application. Elle a généré trois hypothèses de recherche :

Hypothèse 1 : Le rendement d’un médiateur salarié et celui d’un médiateur bénévole ne


sont pas comparables car salarié, formé, qualifié, l’un est mû par une conscience
professionnelle le conduisant à s’impliquer dans son métier en prenant une réelle
distance vis-à-vis des parties en conflit. L’autre peut sans doute respecter l’éthique et la
déontologie de ses interventions bénévoles. Mais sans qualification et sans salaire,
celles-ci se limitent à son intuition et à ses expériences personnelles.

Hypothèse 2 : Les modèles spécialisé et professionnel de la médiation sont adaptés au


contexte de crise de l’emploi car ils contribuent à la création de nouveaux emplois
qualifiés.

Hypothèse 3 : La pratique de la médiation ne se limite pas à un modèle pragmatique car


elle est un véritable métier de l’intervention sociale avec un référentiel de métier, une
éthique et une déontologie effectifs.

CONCLUSION

La médiation est un processus de création et de réparation du lien social et de


règlement des conflits de la vie quotidienne, dans lequel un tiers impartial et
indépendant tente ― à travers l’organisation d’échanges entre les personnes ou les
institutions ― de les aider à améliorer une relation ou de régler un conflit qui les oppose.
Mais elle est également utile pour accompagner des personnes vivant un choc culturel,
un conflit identitaire à s’adapter à leur nouvel environnement sans renier leurs racines.
La construction identitaire générée par la rencontre des cultures est prise en compte par
le médiateur interculturel pour accompagner des personnes dans leur processus
d’intégration sociale. Même si sa professionnalisation est effective à travers un
référentiel de métier, le médiateur ne bénéficie pas encore d’une véritable
reconnaissance en France. Car les médiateurs sont surtout embauchés sur des contrats
précaires et la question de la pérennisation de la médiation est récurrente. Si
l’association semble garantir l’éthique et la déontologie de la médiation, elle est
cependant dépendante d’éventuelles subventions des pouvoirs publics. Or celles-ci sont
devenues rares en temps de crise économique et de l’emploi. D’où l’importance de créer
de nouvelles sources de financement. Quatre modèles (pragmatique, attributif,
spécialisé et professionnel) et quatre approches (médiation scolaire, médiation
familiale, médiation sociale et médiation interculturelle) de la médiation ont été

16
évoqués. Deux cas de médiation illustrent les modèles attributif, pragmatique et
professionnel. Le modèle pragmatique fondé sur le bénévolat et l’intuition peut se
transformer en modèle professionnel. Ce dernier nous semble plus convaincant.

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RASSEMBLEMENT DES ORGANISATIONS DE LA MÉDIATION, 2009, Code national de dé-
ontologie du médiateur, Paris, Palais Bourbon, 5 février 2009, p.1-8.

ROUSSEAU V., 2010, « La médiation familiale en France. Quand l’évaluation des besoins
et des ressources interroge les pratiques de terrain », Connexions, 93, p.77-87.

ROY S.N., 2009, « L’étude de cas », in GAUTHIER B. [dir.], Recherche sociale. De la


problématique à la collecte des données, Québec, PUQ, 5e édition, p.199-225.
TAPIA C., 2010, « La médiation : aspects théoriques et foisonnement de pratiques »,
Connexions, 93, p.11-22.
TOURRILHES C., 2008, « La médiation, innovation sociale ou nouveau mode de
régulation ? Vers des espaces tiers de socialisation », Pensée plurielle, 18, p.109-
120.
TOUZART H. (2006), « De la négociation à la médiation : analyse des processus qui
relient ces deux situations», Négociations, 6, p.21-28.

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ANNEXE

Grille d’entretien semi-directif

L’entretien suit un guide dressant la liste des thèmes à aborder. On reviendra sur
ces thèmes au cours de l’interview. Le nom de l’assistant social ne sera pas divulgué. Le
contenu du métier d’assistant social, son public d’intervention et son lien avec la
médiation seront relevés.
Les questions prévues dans le cadre de l’entretien semi-directif :
1. Dans quelle structure travaillez-vous ?
2. Depuis quand exercez-vous dans cette structure ?
3. Quelle est votre représentation de la médiation ?
4. Pouvez-vous me parler des objectifs de votre profession ?
5. Y a-t-il obligation de résultats dans votre profession ?
6. Pouvez-vous me parler de la posture à prendre par l’assistant social ?
7. Êtes-vous indépendant dans votre profession ?
8. Quel est le contexte juridique du travail d’assistant social ?
9. Quel est le pouvoir d’action de l’assistant social que vous êtes ?
10. Quel est votre parcours antérieur ?
11. Quelle est la part de médiation dans le métier d’assistant social ?
12. Qui formule le diagnostic de médiation ?
13. Comment avez-vous développé des compétences de médiation ?

Retranscription de l’entretien semi-directif avec un assistant social

1) Dans quelle structure travaillez-vous ?


Réponse 1 : « Je travaille comme assistant social au sein d’une association AAHJ
(Association d’accueil et d’hébergement pour les jeunes) qui accueille et héberge des
sans-abris (sans domicile fixe) ».
2) Depuis quand exercez-vous dans cette structure ?
Réponse 2 :« Je travaille depuis 2008 précisément à l’hôtel social du Château d’eau, situé
derrière le Museau Vaudou à Strasbourg ».
3) Quelle est votre représentation de la médiation ?
Réponse 3 : « La médiation c’est le fait d’être au milieu d’un conflit entre deux ou
plusieurs personnes. Avec du recul, c’est aussi une personne morale, une institution qui
est au milieu d’un conflit. La personne qui est au milieu cherche à résoudre le conflit
entre les personnes ».
4) Peut-on dire que le médiateur fait tampon ?
Réponse 4 : « Oui. Car il est entre deux ou plusieurs personnes qui revendiquent quelque
chose. C’est lui qui reçoit toutes les tensions. C’est le messager ».
5) Peut-on parler d’arbitrage dans la médiation ?
Réponse 5 : « Non. L’arbitrage, c’est souvent dans le domaine des affaires. Tiens.
L’histoire de Bernard Tapie. Ce sont des avocats qui arbitrent. Il y a la notion d’argent là-
dedans. Ils ne sont pas toujours neutres. Si on ne fait pas attention, il peut avoir des
partis pris, une sanction. Or dans la médiation il n’y a pas de sanction mais un juste
milieu, un compromis à trouver ».
6) Pouvez-vous me parler des objectifs de votre profession ?

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Réponse 6 : « L’objectif principal, c’est d’emmener des personnes qui étaient sans abris à
trouver ou retrouver leurs droits sociaux (le droit au logement, l’accès à la santé,
l’accompagnement dans la vie quotidienne). Il y en a qui ne savent plus se prendre en
charge, qui n’ont pas eu l’occasion de le faire, pas de vie familiale à proprement parler,
sans prétention »
7) Ce travail est-il souvent évalué ?
Réponse 7 : « Plusieurs points sont évalués : Combien de personnes sans-abris sont
entrées au cours de l’année dans nos structures ? Combien en sont ressortis avec un
logement ? C’est la stabilisation qui est déterminante. Dans mon travail, on parle surtout
de cheminement par escalier ».
8) Qu’est-ce qu’un cheminement par escalier ?
Réponse 8 : « Hébergement d’urgence et orientation vers le SIAO (service intégré
d’accueil et d’orientation) qui est une plate-forme à Strasbourg qui reçoit toutes les
demandes de logements sociaux du Département du Bas-Rhin. Moi je donne le 115 aux
gens que le SIAO oriente ensuite ponctuellement les sans–abris vers des logements
temporaires. J’ouvre à chaque fois un dossier pour le long terme. Ce travail consiste à
réaliser un accompagnement social global (orientation et accès aux droits). Il y a
toujours un conflit moral entre les sans-abris et les institutions ».
9) Y a-t-il obligation de résultats dans votre profession ?
Réponse 9 : « Non. Nous travaillons en collaboration avec la CPAM (Caisse primaire
d’assurance maladie), la CAF (Caisse d’allocations familiales), les centres médicaux
sociaux. Pour les résultats, nous nous référons aux statistiques. Nous travaillons sur
l’humain et il est difficile d’évaluer l’effet de la parole d’un assistant social ».
10) Pouvez-vous me parler de la posture à prendre par l’assistant social ?
Réponse 10 : « Objectivité, neutralité. On ne peut pas faire de parti pris car ça fausse la
médiation. Notre qualité c’est d’essayer d’être neutre. On essaie d’aider la personne dans
la légalité. Le travailleur social n’est pas là par hasard. On est animé d’une certaine envie
de réparer ce qui ne va pas. On a le sens de la justice. On aidera plus celui qui est dans le
besoin. Il y a des priorités et une logique à respecter. On ne va pas se permettre
d’envoyer une personne dépendante dans un logement pour y vivre seule. On essaie
toujours de prendre en compte les capacités objectives d’autonomie de la personne à
orienter vers un logement social ».
11) Êtes-vous indépendant dans votre profession ?
Réponse 11 : « Non. Nous travaillons par délégation du pouvoir de l’État. Notre
association est subventionnée par l’État et nous suivons ses directives. Nous sommes
soumis à des contraintes liées au règlement intérieur de l’association. Nous avons un
devoir de réserve, un code de déontologie et un secret professionnel à respecter. Sinon,
nous avons 15.000 € d’amende à payer en cas de divulgation du secret professionnel »
12) Quel est le contexte juridique du travail d’assistant social ?
Réponse 12 : « Pour exercer comme assistant social, il faut obligatoirement être titulaire
du diplôme d’État d’assistant social. Tous les travailleurs sociaux ne sont pas des
assistants sociaux ».
13) Quel est le pouvoir d’action de l’Assistant social que vous êtes ?
Réponse 13 : « Notre pouvoir d’action vient de notre légitimité grâce à la reconnaissance
de notre diplôme qui date de 1932. Globalement, ça vient de la bourgeoisie : des femmes
de la bourgeoisie voulaient donner de leur temps aux pauvres. Voilà comment est né le
métier d’assistant social ».
14) Quel est votre parcours antérieur ?

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Réponse 14 : « J’ai fait une fac de psychologie à l’université de Lille3 jusqu’en maîtrise
(équivalent du master 1) avant d’aller en sciences de l’éducation. J’ai fait de petits
boulots dans l’assainissement, j’ai fait le BAFA (Brevet d’aptitude aux fonctions
d’animation) et travaillé dans des cantines scolaires, j’ai été assistant d’éducation dans
un lycée professionnel d’Obernai (Alsace) avant de passer le concours d’assistant social.
Mais avant tout cela, j’ai été actif dans l’humanitaire au Burkina Faso »
15) Quelle est la part de médiation dans le métier d’assistant social ?
Réponse 15 : « On est médiateur entre les personnes sans –abris et les institutions dans
le sens de l’accompagnement global de la personne accueillie dans nos structures
d’hébergement »
16) Qui formule le diagnostic de médiation ?
Réponse 16 : « Oui. C’est l’assistant social en écoutant la personne accueillie lors d’un ou
plusieurs entretiens qui établit un diagnostic, son carnet de route pour voir l’adhésion
du sans-abri et l’évolution de son dossier ».
17) Comment avez-vous développé des compétences de médiation ?
Réponse 17 : « Ma formation en sciences humaines et ma participation à la vie
associative m’ont permis d’acquérir le sens du compromis en dehors de mon diplôme
d’assistant social. Et comme je l’ai signalé déjà, j’ai œuvré dans l’humanitaire dans mon
pays d’origine ».

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CONTENU PROJETÉ DURANT L’EXPOSÉ :

1/ Définition de la médiation
2/ Quatre modèles d’analyse de la médiation :
a) Modèle pragmatique
b) Modèle attributif
c) Modèle spécialisé
d) Modèle professionnel

3/ Quatre approches de la médiation :


a) Médiation scolaire
b) Médiation familiale
c) Médiation sociale
d) Médiation interculturelle

4/ Contribution de la médiation à la construction identitaire à travers deux cas :


a) Accompagnement dans l’acquisition d’un logement d’urgence
b) Médiation sportive dans un quartier défavorisé de Schiltigheim

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