Faculté des sciences économiques, sociales, politiques et de communication (ESPO)
Ecole de communication (COMU)
La prise de parole en public à la convergence des deux
disciplines que sont la communication et le théâtre
Analyse de terrain et nouvelle approche : Le jeu de la prise de parole en public
Mémoire-projet réalisé par
Mélanie Laroche
Promoteur
Philippe Marion
Année académique 2016-2017
Master [120] en communication, à finalité spécialisée
Je tiens à remercier toutes les personnes qui m’ont permise de concrétiser ce projet-mémoire.
Tout d’abord mon promoteur, Monsieur Philippe Marion. Il m’a entièrement fait confiance et
m’a permis de réaliser ce projet taillé sur mesure.
Ensuite, ma famille sans qui ce projet-mémoire n’aurait pas été ce qu’il est. Merci pour votre
patience, votre disponibilité, vos encouragements incessants et ce, depuis toujours.
Finalement, aux membres de cette grande famille universitaire de l’Université Catholique de
Louvain et de l’Université d’Ottawa, qui m’ont donné le goût de la recherche, m’ont enseigné
la rigueur et le perfectionnisme indispensables au travail scientifique de qualité.
Table des matières
Introduction ................................................................................................................................ 1
Contexte ................................................................................................................................. 1
Annonce du sujet .................................................................................................................... 2
Définition des termes utilisés ................................................................................................. 4
Partie 1 : Présentation de la méthodologie ................................................................................. 6
Vers une mise au point des pratiques de terrain ..................................................................... 6
Vers une compréhension de la littérature mise à disposition du grand public ....................... 8
Vers une meilleure compréhension du monde de la prise de parole en public ...................... 8
Projet final associant la communication et le théâtre dans une nouvelle approche ............... 8
Partie 2 : Analyse de terrain ..................................................................................................... 10
2.1. État des lieux en Belgique francophone ........................................................................ 10
Présentation des données .................................................................................................. 10
Analyse des formations / coaching de prise de parole en public ..................................... 11
Analyse des observations ................................................................................................. 22
Analyse des agences ......................................................................................................... 24
Analyse des rédacteurs de discours .................................................................................. 30
Analyse des livres d’auto-apprentissage .......................................................................... 33
Conclusion concernant la Belgique francophone ............................................................. 43
2.2. État des lieux à Ottawa, Canada .................................................................................... 44
Présentation des données .................................................................................................. 44
Analyse des formations / coaching de prise de parole en public ..................................... 45
Analyse des observations ................................................................................................. 51
Analyse des rédacteurs de discours .................................................................................. 55
Analyse des livres d’auto-apprentissage .......................................................................... 58
Conclusion concernant Ottawa......................................................................................... 65
Partie 3 : Confrontation des analyses effectuées en Belgique francophone et à Ottawa ......... 68
3.1. Confrontations des différentes parties prenantes .......................................................... 68
Les formateurs / coaches de prise de parole en public ..................................................... 68
Les agences de communication ........................................................................................ 69
Les rédacteurs de discours................................................................................................ 69
Les ouvrages d’auto-apprentissages accessibles au grand public .................................... 70
Une plus grande présence de la communication orale dans le milieu universitaire
Canadien ........................................................................................................................... 70
3.2. Constats finaux .............................................................................................................. 71
Au niveau des pratiques ................................................................................................... 71
Au niveau culturel ............................................................................................................ 71
Globalement ..................................................................................................................... 72
Limites de la recherche ............................................................................................................ 73
Conclusion ................................................................................................................................ 74
Postface .................................................................................................................................... 76
Bibliographie ............................................................................................................................ 77
Références ............................................................................................................................ 77
Terrain étudié ....................................................................................................................... 81
Corpus étudié........................................................................................................................ 83
Introduction
Contexte
Depuis toujours, la communication orale existe. Comme l’explique
notamment Jack Goody: « Le langage est l’attribut humain spécifique »1 et
l’être humain est un « homme de paroles », selon l’expression de Claude
Hagège2. Bien avant l’invention de l’écriture, l’oralité était le moyen de
transmission de l’information, la parole est d’ailleurs ce qui distingue
l’homme de l’animal.
Malgré que le paradigme écrit versus oral soit présent dans le champ
de la communication depuis au moins les années 1970, l’oralité a toujours
une place importante dans notre société occidentale du XXIe siècle :
congrès, conférences, TedTalks3... Ainsi, même si certains prétendent l’écrit
supérieur à l’oralité et que nous sommes passés d’une société de l’oral à une
société de l’écrit, nous ne pouvons pas nous passer de la parole et nous
avons d’ailleurs pu assister, ces dernières années, à une réintroduction de la
voix grâce à l’audiovisuel4. L’oral influence donc l’écrit et vice versa5. À
l’heure actuelle, trente mille présentations orales sont faites par jour, à
travers le monde6. Jeanne Bordeau7 et Marc Lits8 sont formels : grâce aux
nouvelles technologies, nous avons affaire à plus qu’une réintroduction de la
voix que l’on peut symboliser par la désuétude de l’adage « Les paroles
s’envolent les écrits restent ». Dorénavant, la parole est mémorisée et
1
GOODY Jack, Entre l’oralité et l’écriture, Presses Universitaires de France, Paris,
1994, p. 21.
2
LITS Marc, Du récit au récit médiatique, De Boeck, Bruxelles, 2008, p. 8.
3
WAQUET Françoise, Parler comme un livre : l’oralité et le savoir XVIe-XXe siècle,
Albin Michel, Paris, 2003, pp. 7-10.
4LITS Marc, Op. Cit., p. 11.
5
DANON-BOILEAU Laurent, MOREL Mary-Annick, Oral-écrit : formes et théories,
Faits de langues, in Revue linguistique n° 13, Ophrys, Fontenay-aux-Roses, 1999, pp.
5-8.
6
DESCHAMPS Eric, Rhapsody Speaking Accelerator - Public Speaking Training |
Eric Deschamps, Ottawa Business Coach, page et vidéo ajoutées le 31 mars 2015,
consultées le 15 août 2016 à 17h36. url :
[Link]
7
BORDEAU Jeanne, « Redonner du lustre à la communication orale », L'Expansion
Management Review 2006/3 (N° 122), pp. 36-43.
8
LITS Marc, Op. Cit.
1
engage tout autant l’orateur, que l’écrit engage l’auteur. Nous verrons
également par la suite qu’elle engage également le récepteur.
La communication est un attribut intrinsèque à l’homme. La
communication orale, souvent délaissée au profit de la communication
écrite, mérite donc malgré tout une attention particulière de la part des
chercheurs et autres scientifiques du domaine des Sciences de l’Information
et de la Communication.
Annonce du sujet
D’une part, la communication orale fait appel à la « présence de la
voix, et donc du corps »9 et se réalise dans un contexte déterminé, face à
deux personnes ou plus. Dès lors, l’acte peut être qualifié de prise de parole
en public. À cette notion, tout un chacun y a déjà été confronté : que ce soit
face à quelques membres de sa famille, devant un auditoire bondé ou face à
un groupe en réunion. Pourtant, bon nombre de personnes confient ne pas
être à l’aise dans cet exercice.
D’autre part, depuis ces dernières années, chacun peut observer
l’explosion des différents coachings et formations. En même temps, les
TedTalks et autres concours du type Ma thèse en 180 secondes se sont
popularisés.
En conséquent, le coaching et la formation qui visent à l’acquisition
des compétences relatives à la prise de parole en public ont également fait
surface, que ce soit en Belgique ou dans la capitale canadienne, Ottawa.
Vaguement règlementées, ces formations foisonnent et regroupent une
grande variété de profils et de pratiques.
Face à ce flou généralisé, cette recherche propose de s’intéresser plus
particulièrement à ces phénomènes et leur manière d’aborder la prise de
parole en public, à la lumière de la communication et du théâtre (puisqu’il
s’agit de la discipline qui associe le corps et la voix10). Afin d’obtenir un
9
LITS Marc, Op. Cit.
10
BIET Christian, TRIAU Christophe, Qu’est-ce que le théâtre ?, Ed. Gallimard, Folio
essais, Paris, 2006, p. 1.
.
2
travail scientifique le plus complet possible, différents objectifs ont été
établis, chacun soutenu par une méthodologie rigoureuse.
Tout d’abord, il semble incontournable de faire le point sur les
pratiques existantes en Belgique francophone ainsi que dans la capitale
canadienne : au travers des interviews de coaches et formateurs, d’agences
de communication et de rédacteurs de discours, partie prenante du processus
entre l’écrit et l’oral.
Ensuite, de nombreux ouvrages proposent au grand public des
méthodes permettant l’acquisition de compétences en prise de parole en
public. Chacun aborde la communication orale d’un point de vue spécifique,
en traitant peu ou prou, certains aspects de cet exercice communicationnel
complexe. Il est donc opportun de se pencher sur ces ouvrages et de les
confronter au terrain auquel nous partons à la rencontre.
Finalement, une conclusion et une postface permettront de
synthétiser les découvertes et de rebondir sur la création d’une nouvelle
approche de la prise de parole en public alliant la communication et le
théâtre.
Au fil de ce travail, deux disciplines s’immiscent principalement.
Tout d’abord, la communication au sens large, avec ses notions et concepts
qui lui sont propres. Mais aussi le théâtre, discipline généralement qualifiée
de plus artistique mais qui joue un rôle clé dans la pratique de la prise de
parole en public.
Suite à ce constat et aux différentes observations faites, une nouvelle
approche de la prise de parole en public qui englobe le théâtre et la
communication est possible. Cette approche fera l’objet d’un travail en
dehors de cet ouvrage et constituera concrètement la partie projet de ce
mémoire-projet. Cet ouvrage matérialisant mon projet se distingue de ce
travail dans le sens où il ne s’agit pas d’une synthèse de ces recherches mais
d’une nouvelle approche à part entière.
Il est important de noter que l’aboutissement ultime de ces
recherches constitue une approche et non une méthode. En effet, comme
l’indique Garr Reynorlds, « une méthode implique un procédé systématique
3
en étapes successives, quelque chose de planifié et de linéaire qui respecte
une procédure donnée ayant fait ses preuves et qu’on peut suivre de A à Z
dans un ordre logique »11. Or, la communication orale contient de
nombreux paramètres personnels et contextuels qui ne permettent pas cette
systématisation.
Définition des termes utilisés
Avant d’aller plus loin, il peut être intéressant de clarifier les termes
qui sont utilisés tout au long de cet ouvrage, ainsi que les liens qu’ils ont
entre eux.
Comme nous l’indiquions précédemment, la communication orale est un
sous-champ de la communication. Bruno Joly définit la communication
orale telle que « L’action de communiquer, transmettre et d’informer »12 en
situation personnelle. Elle recouvre deux choses. D’une part, la
communication verbale qui permet d’être entendue par son interlocuteur.
Les paramètres tels que la voix, l’articulation, le phrasé et le rythme ont
toute leur importance. D’autre part, la communication non verbale,
communication dite silencieuse, regroupe tous les éléments, autres que
l’oral et l’écrit, qui entrent dans le processus de communication. Ces signes
non verbaux sont – entre autres – les gestes, la posture, l’expression et les
habits.13
La prise de parole en public peut, quant à elle, être définie comme la
communication orale en situation directe, sans autre médium ou
intermédiaire autre que l’air, qui fait vibrer les cordes vocales et provoque
du son.
Liés à la nomination du corpus, trois autres termes sont à définir dans le
cadre de ce mémoire.
11
REYNOLDS Garr, Présentation zen, Pearson, Paris, 2008, p. 8.
12
JOLY Bruno, La communication, De Boeck, Bruxelles, 2009, p.7.
13 Ibid., pp. 26-33.
4
Tout d’abord, nous ferons régulièrement référence aux coaches ou
formateurs de prise de parole en public. Généralement, le terme de
formateur désigne la « personne dont le rôle est d’entrainer une ou
plusieurs autres personnes à des compétences spécifiques »14. Le terme plus
spécifique de « coache », dérivé de l’anglais, désigne la personne qui
conseille une autre personne, à titre individuel, sur une compétence
spécifique. Dans notre cas, nous utiliserons ces termes et leurs dérivés de
manière synonyme, tout au long de cet ouvrage (sauf mention contraire).
Les agences de communication gardent ici leur définition classique. Laurent
Matignon suggère cette définition de base : « Une agence de communication
est chargée de guider toute entreprise, collectivité, association dans
l’élaboration de sa communication interne et externe. »15
Les rédacteurs de discours reprennent ici tous les profils qui écrivent un
texte destiné à être dit oralement par une autre personne, que ce soit une
personne politique, un particulier ou un professionnel quelconque. Il peut
s’agir d’un discours au sens strict du terme, ou d’une présentation dont le
contenu est rédigé au préalable.
Les ouvrages d’auto-apprentissage destinés au grand public déterminent,
quant à eux, tous les livres potentiellement disponibles à un public
hétérogène, pas spécialement averti et dans des lieux accessibles à tous, ou
ne demandant pas un statut ou des compétences spécifiques pour leur
accessibilité. Ils se distinguent des ouvrages scientifiques dans le sens où ils
semblent apporter plus de « conseils » qu’un apport théorique rigoureux, sur
la prise de parole en public et ses modalités.
14
Interviewé n° 1, Entretien n° 1, Le 28 octobre 2016, Louvain-la-Neuve, Belgique.
15 MATIGNON Laurent, Qu’est-ce qu’une agence de communication ? [En ligne] Changer
de site, mis en ligne le 28 mars 2013, consulté le 18 avril 2017. Url : [Link]
[Link]/definition/qu-est-ce-qu-une-agence-de-communication/.
5
Partie 1 : Présentation de la méthodologie
Vers une mise au point des pratiques de terrain
Pour arriver au premier objectif de mise au point concernant les
pratiques de terrain effectives en Belgique francophone, puis au Canada et
plus précisément à Ottawa, nous avons opté pour des interviews (ou
entretiens) semi-dirigés de personnes ayant un lien professionnel avec la
prise de parole en public, que ce soit de près ou de loin. Ces entretiens semi-
dirigés seront réalisés selon différentes modalités : en face à face lorsque
ceci est possible, par téléphone ou vidéo conférence quand ce n’est pas le
cas. Ils ont été réalisés en français pour la Belgique francophone et en
anglais ou français, selon les préférences de l’interviewé, pour la partie
canadienne. Comme cités précédemment, trois groupes constituent ce
corpus en lien avec la communication orale et la prise de parole.
Dans cette optique, nous avons d’abord répertorié les coaches ou
formateurs de prise de parole en public. Ils sont généralement indépendants
et offrent un panel de formations et/ou coachings. Malgré ce regroupement,
sous la catégorie de « coaches ou formateurs indépendants », il est important
de bien se rendre compte de la diversité de formations et de parcours. En
effet, la formation des professionnels, leurs parcours et leurs expériences
influencent drastiquement leur façon d’aborder la prise de parole en public.
Ensuite, le deuxième groupe est constitué des agences de
communication au sens large du terme. Elles jouent également un rôle dans
la pratique de la prise de parole en public. Elles travaillent sur différentes
facettes de la communication, ont pignon sur rue et proposent parfois un
volet prise de parole en public, conduite de réunion ou autre pratique liée à
la communication orale devant deux personnes ou plus, et pas
nécessairement devant la presse (communément reconnu sous le terme,
emprunté de l’anglais, media training).
Le troisième et dernier métier ciblé dans cette recherche, moins
commun et plus en amont du processus de prise de parole, mais qui y joue
néanmoins un rôle clé, est le rédacteur de discours. Malgré que ses
compétences ne soient pas nécessaires lors de toutes les interventions orales
6
qu’une personne peut avoir à faire, la rédaction du discours est un point clé
puisqu’il est un des rares textes qui est initialement écrit dans le but d’être
dit oralement et entendu par un public, et non lu. Il nous semble donc
intéressant d’en avoir un bref aperçu.
Ce corpus a été sélectionné de la manière suivante : les mots et
expressions clés16 ont été entrés dans le moteur de recherche Google du
pays concerné et les profils de tous les coaches ou formateurs de prise de
parole en public ont été répertoriés. Ils ont ensuite été contactés
personnellement par voie électronique. Le sujet du mémoire leur a été
présenté et leur participation a été suscitée de deux manières. D’une part,
via une interview, si possible, en face à face et d’autre part, avec une
autorisation d’observation de l’un de leur coaching ou une de leur
formation. Lorsque la réponse était positive, l’entretien était fixé et
l’interview réalisée. D’autre part, si la personne l’acceptait, l’observation
d’une de leur formation était effectuée.
La même démarche a été suivie concernant les agences. Chaque
agence de communication ayant son secteur ou son expertise spécifique, une
étape supplémentaire était nécessaire lors du premier contact : il s’agissait
de demander si l’une de leur compétence était liée ou non à la prise de
parole en public (leur site ne permettant pas toujours de savoir jusqu’où leur
travail s’étendait). Si l’agence contactée jouait bien un rôle dans la prise de
parole en public, de près ou de loin, un rendez-vous était alors pris.
Les rédacteurs de discours ont en partie été contactés à la suite de
cette méthode. Néanmoins, en Belgique francophone et à la date de la
recherche, il n’a pas été possible de trouver des personnes se caractérisant
comme « rédacteur de discours » de manière directe sur internet. Afin de
rencontrer ce type de profil, nous avons donc dû contacter les partis
politiques pour lesquels les rédacteurs de discours travaillent.
16
Exemples des expressions clés introduites sont les suivantes : « Prise de parole en
public », « coaching de la prise de parole en public »…
7
Vers une compréhension de la littérature mise à disposition du grand
public
Le deuxième objectif de ce travail universitaire est l’analyse des
ouvrages d’auto-apprentissage sur la prise de parole en public, disponibles
pour le grand public. Dans ce cas, à partir d’octobre 2015 jusque décembre
2016, de nombreux ouvrages ont été collectés de manière aléatoire. Les
seuls critères de sélection consistaient à correspondre à la définition donnée
précédemment d’ouvrage d’auto-apprentissage accessible au grand public et
d’avoir été édité dans la zone de recherche ou zone s’y rattachant dans le
monde de l’édition. Ainsi, les ouvrages liés à la Belgique francophone sont
des ouvrages édités dans cette zone ou à Paris (centre éditorial reconnu en
Europe de l’Ouest), les ouvrages liés à Ottawa sont des ouvrages édités au
Canada ou aux États-Unis (la capitale canadienne étant très influencée par
les États-Unis, dont la frontière est géographiquement assez proche). Ils ont
ensuite été analysés sous différents angles (aspects théoriques, pratiques,
références bibliographiques, sujets abordés, etc.) et confrontés, d’une part
les uns aux autres, d’autre part aux observations faites sur le terrain.
Vers une meilleure compréhension du monde de la prise de parole en
public
Au niveau méthodologique, le troisième objectif de ce mémoire
synthétise les deux précédents. Il s’agit d’un objectif global de confrontation
des différentes approches concernant l’acquisition des compétences en prise
de parole en public. Cette partie nécessitera donc une grande rigueur
intellectuelle d’analyse et de confrontation des différents points de vue, à
éclairer grâce au parcours, à la formation et aux compétences de chaque
professionnel interrogé ou chaque matériau analysé.
Projet final associant la communication et le théâtre dans une nouvelle
approche
Finalement, la communication et le théâtre seront intégrés dans une
approche, qui se veut novatrice, de la prise de parole en public alliant
l’émotionnel et le créatif du théâtre, tout en gardant l’aspect rigoureux et
8
théorique de la recherche scientifique en Science de l’Information et de la
Communication.
D’un point de vue méthodologique plus concret, l’ouvrage (objet
physique totalement distinct de ce premier travail) proposera une nouvelle
approche avec sa philosophie propre pour ensuite déboucher sur un manuel
au croisement de la communication et du théâtre et permettant une prise de
parole en public fondée sur les théories communicationnelles et renforcée
par une pratique artistique au travers d’exercices.
9
Partie 2 : Analyse de terrain
2.1. État des lieux en Belgique francophone
Présentation des données
Vingt-deux coaches ou formateurs de prise de parole en public ont
été contactés et neuf professionnels ont été interrogés.
Les données recueillies sont composées des retranscriptions des
interviews de neuf coaches ou formateurs indépendants. Il est important de
garder à l’esprit qu’une rétention d’informations a été effectuée par certaines
personnes interrogées, et ce de manière parfois totalement explicite
(interviewés nos 5 et 13). Les interviewés nos 7, 11 et 13 ont accepté ma
présence lors de l’une de leur formation pour que je puisse en faire
l’observation (Observations nos 7, 11 et 13 en annexe). Les autres, par souci
de discrétion, à cause d’une clause de confidentialité ou implicitement par
rétention d’information, ont refusé la demande d’observation. Sur les trois
observations réalisées, deux étaient d’une journée, et une de deux jours
entiers. Alors que les interviewés nos 11 et 13 s’adressaient à des étudiants
venant de différents horizons, la formation de l’interviewé n° 7 s’adressait à
des candidats aux élections sociales.
Concernant les agences de communication, cinquante-et-une agences
ont été contactées et une relance par mail a été effectuée. Six interviews ont
été réalisées avec des membres d’agence de communication implantés en
Belgique francophone, ou à Bruxelles. Quatre d’entre elles seront
minutieusement analysées. Les deux autres interviews sont écartées : la n° 9
qui n’était finalement compétente qu’en media training, et la n° 15 dont les
pratiques se sont révélées différentes des informations présentées sur le site
internet de l’agence.
Finalement, deux retranscriptions sont le fruit de la rencontre de deux
rédacteurs de discours. Dans ce cas, il s’agit de deux personnes travaillant
pour deux partis politiques francophones belges distincts. Il est important de
noter que ces deux interviews ne peuvent en aucun cas être représentatives
10
de la pratique effective de ce métier. Néanmoins, il est intéressant de les
prendre en compte pour ce qu’elles sont.
Analyse des formations / coaching de prise de parole en public
Cinq constantes chez les interviewés
Dès le premier abord, cinq grandes constantes peuvent être pointées
par rapport au travail de coache et de la prise de parole en public de manière
générale.
Premièrement, les coaches ont tous17 des profils totalement différents
à coacher, pour des événements divers. Du professeur, à l’étudiante en
passant par le directeur général d’une entreprise : chacun peut un jour être
confronté à la communication orale et à ses difficultés. Ces profils variés
font face à diverses situations de communication orale : en réunion, lors
d’un comité d’entreprise, lors d’un cours, pour une présentation de
produit, etc. Par contre, il est possible de situer un profil de manière
cohérente selon son niveau d’aisance : s’il est novice ou rompu. La question
n’est donc pas de savoir qui prend la parole en public mais de définir le
niveau de chacun. Dans la même lignée, les professionnels de la prise de
parole en public peuvent intervenir via un coaching individuel ou collectif.
La formation de groupe peut aller d’une assemblée homogène en termes
d’expérience en prise de parole en public, au groupe totalement hétérogène.
Deuxièmement, tous les coaches soulignent l’importance de
communiquer et de discuter avec la personne qui doit prendre la parole en
public et qui est confrontée à différentes difficultés. Cette réflexion est
nécessaire pour plusieurs raisons : comprendre pourquoi la personne fait
cette démarche, cerner le problème et établir des objectifs clairs.
Globalement, deux possibilités sont à prendre en considération : la situation
précise où le coaché vient avec une prise de parole à effectuer (plus facile à
travailler car ciblée, l’intervention peut s’apparenter à ce que l’interviewé n°
13 appelle « répétiteur ») ; ou bien une formation ou coaching plus général
qui vise à améliorer ses capacités de prise de parole (moins évident, d’où
17
Excepté l’interviewé n° 6 qui est dans un cadre strictement politique et qui ne prépare
qu’aux débats.
11
l’importance de définir correctement le travail et les éléments à améliorer
dans sa prise de parole).
Troisièmement, tous s’accordent sur le fait que l’aisance en prise de
parole en public est quelque chose qui s’acquiert avec le temps, de manière
évolutive, à force d’entrainement et grâce à des exercices évolutifs, adaptés
à l’orateur.
Quatrièmement, tous conviennent que le stress est un élément
intrinsèque à l’homme et omniprésent lors de la prise de parole en public.
Aucun en dehors de l’interviewé n° 1, ne distingue ici le stress du trac.
Compétent en psychologie, l’interviewé n° 1 explique que le trac est dû à la
crainte du jugement. Il faut selon lui « se confronter à ce qu’on redoute ».
Ce trac ne peut pas être totalement supprimé. Ainsi, l’interviewé n° 3 parle
de nécessité de « faire avec » le stress, tandis que l’interviewé n° 4 parle de
« travailler sur la sensation qu’on éprouve et comment on peut vivre avec et
faire avec ce genre d’empêchement ». L’interviewé n° 4 parle également de
la perception de l’auditoire par l’individu de manière à le voir
comme « notre ami », et pas un ennemi.
Cinquièmement, tous font intervenir le théâtre et l’improvisation
théâtrale dans leur méthode de travail de la communication orale. Les
personnes ne se sentant pas assez compétentes (comme l’interviewé no2)
font appel à un comédien professionnel pour certains exercices de prise de
parole en public. D’autres ont déjà eu une approche à un niveau amateur du
théâtre et prétendent retransmettre ce qui leur a été inculqué, à l’exemple
des interviewés nos 3 et 6.
Finalement, certains coaches sont comédiens professionnels, comme
c’est le cas des interviewés nos 4, 11 et 13. Cet élément est important
puisqu’il indique déjà une très nette connexion entre l’exercice de
communication et la pratique de l’art de la scène qu’est le théâtre. Selon
l’interviewé n° 1, par exemple, « les acteurs ont quelque chose de
complémentaire dans le sens où ils osent parler en public et vivent les
émotions ».
12
Quatre approches de la prise de parole en public
Malgré que ces cinq éléments fassent l’unanimité auprès des
professionnels du secteur, chaque coache a son approche de la prise de
parole en public et ils peuvent être regroupés selon leur approche et leur
formation.
En effet, les coaches dont la formation artistique est centrale, ont une
approche beaucoup plus par le corps et par la présence que les coaches issus
d’autres disciplines. C’est le cas des interviewés nos 4 et 11 qui s’accordent à
propos du « lien profond entre la personne et son propos »18 et l’importance
de conscientiser notre rapport à l’espace. Ces deux coaches utilisent
exclusivement leur vécu artistique pour guider une prise de parole. Les
places du corps, de la voix, du regard et de la respiration sont centrales. La
gestion de l’émotion est la clé de voûte de leur travail, combinée avec une
écoute et une disponibilité au public. Au contraire, la structure du propos
énoncé, la nécessité de captiver et de susciter l’intérêt par la construction
d’un contenu fort, convaincant et argumenté sont des éléments ignorés dans
leur approche.
Ensuite, un groupe peut être formé avec les interviewés nos 3, 7 et 13.
Ces derniers ont plusieurs petites formations et/ou des expériences
disparates dans différents domaines pour justifier leurs compétences. À mi-
chemin entre une approche par le corps et une approche scientifique, ils
évoquent tous un aspect « magique » ou « secret » de leur métier qu’ils
pratiquent aussi beaucoup par intuition. La clarté de l’information transmise
et l’assertivité du propos ont une place dans leur analyse. Néanmoins, la
prise en considération du contenu n’est que superficielle et peu
systématique. C’est en travaillant la forme que le contenu vient à être
quelque peu modifié. Le regard, la voix, la posture et la respiration sont des
éléments encore largement pris en compte et travaillés.
D’autres coaches ont un rapport plus cartésien à la prise de parole en
public, mettant en avant l’importance d’une information claire et simple,
comme par exemple des interviewés nos 2, 5 et 6. L’information est
systématiquement structurée de manière à susciter l’attention et captiver le
18
Propos de l’interviewé n° 4
13
public. Comme l’explique l’interviewé n° 5 : « On a également une partie
de la séance sur l’argumentation ». La rhétorique et les arguments sont
travaillés tout en prenant en compte le récepteur et le contexte. L’interviewé
n° 6 indique également qu’il a « une vision très publicitaire de la
communication » et que c’est pour cela qu’il « regarde ce que font les
autres » et « analyse la concurrence pour apporter un produit qui
correspond au mieux », même dans un contexte politique comme le sien.
Tous ces éléments découlent, entre autre, d’une analyse des 5W de
Jakobson, du modèle AIDA en marketing, etc. Leur connaissance théorique
est impliquée par une formation en communication, journalisme,
management et marketing d’une part ; et d’autre part, par une expérience
dans le milieu théâtral, de la thérapie ou de la formation de coach. En plus
d’un contenu systématiquement abordé, le non verbal est également pris en
considération : regard, voix, rythme, gestuelle, posture, sourire, gestion de la
respiration et des silences.
La rhétorique et l’argumentation
La rhétorique est « l’ensemble des procédés constituant l’art du bien-dire,
de l’éloquence, pour persuader »19. Comme l’explique Alain Jaillet20, la
rhétorique est utilisée dans les discours dans le but de convaincre son
auditoire. La rhétorique permet de convaincre que ce qui est communiqué
est la réalité mais aussi de la pertinence de ce qui est communiqué. La
pertinence d’un expert, d’une personne reconnue comme compétente, vient
de l’argumentation qu’elle met en place, l’argumentation du système
rhétorique. D’ailleurs, Olivier Reboul21 indique que l’argumentation
rhétorique consiste à s’adresser à un auditoire (ce qui induit une analyse de
ce dernier), s’exprimer dans une langue naturelle, avoir des prémisses
vraisemblables, réaliser une progression dans les propos et finir par une
conclusion mais, de manière à ce que ces éléments ne se voient pas, aient
l’air naturel et logique. Dans un contexte de prise de parole en public,
19
LAROUSSE, Dictionnaire de français. [En ligne]. Consulté le 31 août 2016 à 15H23.
Url : [Link]
20
JAILLET Alain, La rhétorique de l’expert, Éd. L’Harmattan, Paris, 1998, pp. 8-16.
21
Ibid., p. 26.
14
penser ses arguments mais aussi ceux contraires aux nôtres, les agencer et
pouvoir les formuler de manière correcte est donc primordial, puisqu’une
présentation orale peut (entre autres) être évaluée par la pertinence d’un
argument par rapport au thème abordé22.
Finalement, un dernier profil se distingue encore davantage par sa
rigueur scientifique. Alliant le contenu et la forme, il aborde la prise de
parole en public principalement via la psychologie mais également par le
management. L’interviewé n° 1 s’attaque systématiquement à la gestion du
stress et des émotions au niveau psychologique en premier lieu.
L’intelligence émotionnelle est une notion clé de son point de vue. Selon
lui, « la confiance est quelque chose qui s’entraine par des mécanismes
psychologiques ». Il veille à la structure et la compréhension de
l’information même si son travail du contenu n’est pas en profondeur. Il
perfectionne ensuite la prise de parole par l’analyse des tics de langage et la
gestion des expressions faciales.
Éléments principaux à prendre en compte dans la prise de
parole en public
En plus de ces grandes tendances, certains éléments23 sont centraux
quant à une meilleure appréhension de la prise de parole.
Concernant le contenu et le verbal, lorsqu’il est traité (cinq fois sur
neuf, même si personne ne réfute le lien serré et l’imbrication forte entre le
contenu et le non-verbal, ou « contenant »), les interviewés pointent
l’importance d’une information claire et compréhensible. L’interviewé n° 2
apporte comme exemple le problème des personnes « trop expertes » qui ne
sont plus capables de vulgariser leurs propos. La majorité des interviewés
soulignent également la nécessité d’une intervention orale structurée et
soutenue par des arguments convaincants. Le contenu doit captiver
l’attention du public visé, d’où l’importance des exemples, anecdotes et
autres images qui interpellent le public cible.
22
GRAPPIN Daniel, L’argumentation, Éditions Delagrave, Grenoble, 1999, p. 41-43.
23
Détails des éléments pris en compte lors de la prise de parole en public dans le tableau
Excel en annexe.
15
Concernant le non-verbal, les deux éléments primordiaux dans la
prise de parole en public sont l’aisance et la voix. L’aisance comprend la
capacité de l’orateur à délivrer un discours de manière fluide tout en gérant
son stress et/ou trac. Cet élément passe par la prise de risque et la
confrontation à ce qu’on redoute : le regard des autres. La voix ainsi que le
regard sont également des outils à maitriser correctement pour une bonne
prise de parole, pour huit des interviewés. Ensuite viennent la posture (ou
attitude corporelle) et la respiration. Sept coaches donnent également une
importance prédominante à la présence de l’orateur et à son charisme.
Néanmoins, il faut être prudent avec cette notion pour le moins
controversée. Tout d’abord, parce que chaque personne rencontrée a une
définition différente du charisme. Ensuite, parce que pour certains le
charisme est une qualité dont un orateur est doté ou non, et que pour
d’autres, le charisme est une caractéristique qui peut se travailler. L’humour
et le sourire sont deux éléments cités par six coaches sur neuf. Avoir le
sourire permet d’être plus avenant et d’avoir un meilleur rapport avec son
public. Il faut être prudent quant à l’utilisation du sourire et de l’humour.
Comme l’explique l’interviewé n° 5, une annonce de licenciement restera
une annonce de licenciement. Un sourire ou de l’humour ne feront pas
« mieux passer » l’information et pourraient d’ailleurs être très mal perçus.
Cet exemple illustre bien la nécessité d’un non-verbal ou d’une attitude
générale en accord avec le contenu du message principal.
Le charisme
Selon le dictionnaire Larousse, le charisme est « l’influence sur les foules
d’une personnalité dotée d’un prestige et d’un pouvoir de séduction
exceptionnels »24. Néanmoins, dans la pratique, malgré l’utilisation courante
du terme, le charisme reste difficilement définissable. Certains auteurs, tels
que Jean-Christophe Saladin, relient le charisme à la capacité à bien parler,
24
LAROUSSE, Dictionnaire de français. [En ligne]. Consulté le 31 août 2016 à 10h09.
Url : [Link]
16
à charmer son public au contact du regard et d’attirer le regard. Il s’agirait
d’un lien entre l’orateur et son auditoire.25 D’autres auteurs, quant à eux,
définissent le charisme comme « […] l’ascendant qu’exerce une personne
sur les autres, ascendant fondé sur sa capacité de séduire, mais avec la
conviction intérieure d’être investi d’une mission » 26.
L’ethos de l’orateur
Alan Jay Zaremba propose une notion qui semble se substituer au charisme
et parle d’ethos de l’orateur (« Speaker Ethos »27). Il s’agirait du statut que
les récepteurs attribueraient à l’orateur. Il pourrait se décomposer en trois
parties. L’ethos initial reprendrait la réputation, l’attractivité physique, la
posture et la préparation apparente. L’ethos intermédiaire ou dérivé se
constituerait du contenu du message, de la qualité de l’élocution et de son
rapport à l’audience. Finalement, l’ethos final engloberait toutes les
informations de l’ethos initial et intermédiaire.
Concernant deux aspects plus visuels, quatre coaches portent une
importance toute particulière au support visuel et à l’habillement. Malgré
qu’ils soient une minorité à avoir abordé ces deux points, ces coaches y
mettent un point d’attention tout particulier, tout en précisant généralement
l’aspect délicat de proposer à une personne de modifier son habillement…
L’interviewé n° 7, par exemple, explique qu’un léger changement de
maquillage ou de monture de lunettes peut faire la différence dans la
perception que les autres se font de l’orateur. Les interviewés nos 2, 3, 5 et
13 quant à eux, en arrivent régulièrement à modifier le support Powerpoint
préparé par les orateurs lors du travail de « répétiteur » effectué. Il s’agit
généralement de réduire le nombre de mots par slide et de simplifier le
message en quelques points clés.
25
SALADIN Jean-Christophe, Mieux parler en public, Comment? De quoi? A qui?,
Vuibert, Paris, 2010, p. 14.
26
VERMETTE Jacques et CLOUTIER René (dirs), La parole en public : Savoir être et
savoir faire, Presses de l’Université Laval, Québec, 1992, p. 104.
27 ZAREMBA Alan Jay, Crisis communication: Theory and Practice, M.E. shape inc. New
York, 2010, p. 203.
17
Finalement, d’autres points sont abordés mais de manière moins
répandue tels que : l’occupation de l’espace, un mode de vie sain28,
l’ancrage au sol29, le rythme et les micro-expressions.
État des lieux des exercices
Lors des différents entretiens, les interviewés ont expliqué certains
des exercices qu’ils ont mis en place pour améliorer les éléments clés d’une
bonne prise de parole en public.
Tout d’abord, sept des neuf coaches ont déclaré exposer le futur
orateur à ce qu’il redoute par la mise en situation réelle (exclusion des
interviewés nos 2 et 3). De cette manière le coache ou formateur peut être
désigné par le terme « répétiteur », comme l’indique l’interviewé n° 13. Il
fait répéter la situation à laquelle la personne va être confrontée de la
manière la plus réelle possible. Pour rester dans le même type d’exercice, il
y a également des mises en situation fictive où le futur orateur se retrouve
face à des personnes réfractaires, ou un message particulier doit être délivré,
etc. Nous sommes toujours dans le jeu de rôle mais fictif. Cinq coaches sur
les neuf utilisent cette méthode. Les interviewés nos 2 et 3 n’utilisent aucun
des deux.
Toujours avec une occurrence de sept sur neuf, les exercices de
respiration reviennent dans les exercices donnés. Ils sont parfois utilisés
pour la relaxation mais peuvent aussi servir à gérer le souffle dans les
phrases longues ou à porter la voix.
Ensuite, les coaches passent également par des exercices de récit
dans le but d’aller à l’essentiel et de simplifier l’information. Six des neuf
coaches demandent de raconter une anecdote, de se présenter ou de parler de
leur hobby en deux minutes maximum. Il existe des variantes telles que de
raconter la même information à des publics différents (un garçon de sept
ans ; un parterre de notaires ; un groupe de scientifiques…) raconter une
histoire ou quelque chose en particulier mais sans limite de temps mais aussi
28 Le mode de vie sain désigne la conduite recommandée par les scientifiques afin
d’adopter un mode de vie qui ne nuise pas, dans notre cas, à la prise de parole. Il induit un
sommeil réparateur, un état de sobriété, des repas équilibrés, etc.
29 L’ancrage au sol désigne, du point de vue théâtral, un état corporel de stabilité et
d’équilibre par rapport à la surface sur laquelle la personne prend place.
18
un exercice dans le style de « Ma thèse en 180 secondes » dont le but est de
pitcher.
Le pitch30
Le pitch, terme emprunté à l’anglais, désigne un petit discours (parfois
même d’une trentaine de secondes) ayant pour but de vendre l’orateur, de
vendre (ou de présenter) une idée ou un projet de manière claire et
convaincante. De manière globale, le pitch répond à la question « Qu’avez-
vous à m’offrir ? » Cette prise de parole extrêmement concise fonctionne
comme une sorte de teaser et reprend les traditionnels « 5W » (ou
informations principales) : quoi, quand, où, comment et pourquoi.
Ces exercices sont parfois filmés, sauf pour les interviewés n° 5 et 6
qui ne filment jamais les interventions. La caméra est généralement utilisée
dans deux buts : soit pour ajouter une pression, un stress supplémentaire lors
de l’exercice ; soit pour effectuer un retour et avoir une prise de conscience
de la part de l’orateur. Lorsque la caméra entre en jeu dans le but de
commenter les images, plusieurs possibilités se présentent. L’analyse peut
être effectuée par l’orateur, par le coache ou par le groupe (lorsqu’il s’agit
d’une formation). Quatre coaches effectuent les débriefings avec leurs
apprenants.
Deux coaches utilisent des grilles d’autoévaluation ou permettant
d’analyser la prestation d’autres orateurs. La grille d’analyse du coache n°
1131, reprend 21 critères tels que l’engagement vocal et corporel, le fil de la
pensée, l’émotion, la respiration, le volume vocal, la gestuelle, l’ancrage au
sol, etc. Elle reflète l’approche de l’interviewé dans le sens où la grille
n’intègre que le non-verbal à évaluer sur une échelle de un à sept, allant
d’une extrême à une autre. Au contraire, les feuilles d’observations de
l’interviewé n° 232 reprennent en tout seize critères à noter sur une échelle
de un à dix. Des conseils peuvent également être donnés dans une zone
30
FAUST Bill, FAUST Michael, Pitch Yourself, Prentice Hall, London, 2002, [Link]-3,
155-157.
31 Grille d’analyse no 11, en annexe
32 Grille d’analyse no 2, en annexe
19
dédiée à cet effet. La première partie reprend le regard, la gestuelle,
l’espace, la voix et les silences. La deuxième reprend le non-verbal, le
caractère convaincant de l’orateur et le caractère clair et compréhensible du
message, où nous entrons donc dans une analyse du contenu. La troisième
partie reprend quant à elle l’attractivité de la présentation, le charisme de
l’orateur, l’adhésion du groupe, le support visuel, etc.
Dans les autres exercices cités se retrouvent le passage par d’autres
moyens d’expression, la lecture, des exercices dits de pleine conscience, le
travail de la voix, celui de l’imagination, etc. Par ailleurs, il est intéressant
de noter que certains exercices reflètent bien la manière dont les coaches
abordent la prise de parole en public. Par exemple, l’interviewé n° 1 aborde
la prise de parole en public par ses compétences en psychologie et réalise
donc de l’imagerie mentale. Cette technique intéressante a pour but de
s’imaginer dans la situation et d’imaginer toutes les pires choses auxquelles
nous pourrions être confrontés tout en se disant « et alors ? », afin de
dédramatiser la situation. L’interviewé n° 11, par contre, utilise
exclusivement des exercices de théâtre.
Quelques contradictions à relever
Malgré les cinq grandes constantes et suite aux quatre approches que
nous avons pu cerner, certaines divergences peuvent être soulignées dans les
pratiques des différents coaches, et plus particulièrement dans les exercices
efficaces à l’acquisition des compétences en communication orale ou prise
de parole en public.
Tout d’abord, certains coaches conseillent de se regarder dans le
miroir lorsque l’orateur répète sa présentation ou déclaration. Selon eux,
cela permettrait à l’orateur de s’analyser en répétant pour mieux gérer son
langage non-verbal et ses mimiques faciales. Mais contrairement à ce que
soutient l’interviewé n° 5, l’interviewé n° 13 pense qu’il s’agit d’une
absurdité dans le sens où la personne n’est pas capable, n’a pas les outils,
pour s’évaluer correctement et se corriger elle-même.
Ceci nous amène au débriefing et à l’évaluation des exercices
effectués. Nous pouvons noter que la plupart des coaches trouvent que les
orateurs s’évaluent mal : parce qu’ils ne se voient pas ou que la caméra leur
20
renvoie une image d’eux à laquelle ils ne sont pas habitués, à l’exception du
coache n° 11 qui trouve les orateurs toujours assez justes dans la manière de
s’évaluer.
Finalement, il est indubitable que, comme l’énonce le proverbe
français, « Les yeux sont le miroir de l’âme ». Cette expression explique
pourquoi certaines personnes, dans notre société occidentale, n’osent pas
regarder l’autre droit dans les yeux. Par ailleurs, regarder l’autre droit dans
les yeux est un élément que l’on apprend rapidement lors de cours de
théâtre. Mais alors que l’interviewé n° 13 met l’orateur face à cette difficulté
de regarder droit dans les yeux, d’autres proposent de fixer un point entre
les deux yeux afin de contourner cet instant qui pourrait mettre l’orateur
(mais aussi le récepteur) mal à l’aise.
Jouer un rôle ?
Tous confirment un lien entre la prise de parole en public, la
communication orale et l’aide du théâtre dans cette activité. Il subsiste
encore un grand débat : doit-on, ou peut-on, jouer un rôle lorsque nous
prenons la parole en public ? L’avis des coaches à ce sujet est mitigé.
Certains estiment qu’on peut jouer un rôle jusque dans certaines
limites. Jouer à être quelqu'un d’autre peut aider à se dépasser mais il ne
faudrait pas que la personne se cache derrière ce qu’elle n’est pas. Cela
reviendrait à un manque de sincérité vis-à-vis de l’auditoire et de l’enjeu
bien réel qui est exposé oralement. C’est le cas des interviewés n° 1 et 2, par
exemple.
Au contraire, l’interviewé n° 5 estime que malgré l’utilisation
d’exercices de théâtre et d’improvisation théâtrale, on ne peut pas demander
à un orateur de jouer un rôle. Il ne serait pas à sa place et se sentirait mal à
l’aise. À côté de cela, l’interviewé n° 13 déconseille également de jouer un
rôle mais accorde que de « faire comme si on était au théâtre » peut aider
une personne à surmonter son trac.
Une troisième voie s’ouvre parallèlement aux deux premières, par
les interviewés n° 4 et 7. Selon eux, nous jouons tous un rôle au quotidien,
le rôle principal de notre vie. Nous endossons le rôle de nous-même, mais
cela resterait un rôle.
21
Analyse des observations
Comme nous l’avons indiqué lors de la présentation des données,
trois observations ont été réalisées. Comme chaque observation avait un
temps délimité, ainsi qu’un public précis, chacune avait également un
déroulement bien distinct et spécifique des deux autres observations. Entre
théorie, exercices globaux et exercices particuliers, chaque coache a son
approche selon le temps qui lui est imparti.
Tout d’abord, concernant l’observation n° 7, la formation était
constituée presque exclusivement de théorie. Deux exercices brefs ont été
demandés, à deux moments différents de la formation. Tout d’abord, une
présentation succincte de chacun et pourquoi il assistait à la formation. Il
s’agit donc d’un exercice de prise de parole en public mais très informel.
Par ailleurs, ce n’est que dans l’interview que le coache a formalisé cet
exercice. Ensuite, le remplissage d’une feuille anonyme d’auto-analyse
concernant ses forces et ses faiblesses, constitue le deuxième exercice.
Moins pratique, il permet néanmoins aux participants de s’interroger sur
eux-mêmes, une fois la théorie vue, cet exercice étant mis en place en fin de
journée de formation.
Ces deux exercices n’ont pas pris plus de quinze minutes. Tout le
reste de la formation a été utilisé pour parcourir les règles de base de la
communication en entreprise et dans le monde syndical. La partie théorique
abordait le triangle de la communication, ce qu’est la communication intra-
syndicale, le lien entre communication interne et externe, l’impact de
l’organisation de l’entreprise ou du syndicat sur la communication... Elle
était donc adaptée aux participants à deux niveaux : tout d’abord, parce que
les candidats n’avaient aucune connaissance de base en communication ;
ensuite, parce que la théorie était orientée dans leur secteur, ce qui
permettait de directement faire le lien avec la réalité.
Dans ce cas-ci, alors que le coache n’avait pratiquement pas parlé de
l’aspect contenu lors de l’entretien, il s’est attardé beaucoup plus
longuement sur le contenu et la technique dans sa formation. Ceci peut être
22
expliqué par le fait que chacune de ses formations est adaptée au public et
contexte dans laquelle elle se situe.
Concernant l’observation n° 11 d’une durée de deux jours, elle était
presque exclusivement pratique. L’approche du corps pointée dans
l’interview était clairement visible et en dehors d’une très brève analyse
d’un discours et de la notion de storytelling, abordés en moins de cinq
minutes, aucun aspect théorique n’était présent.
On peut classer les différents exercices réalisés en deux grandes
catégories. Premièrement, il y a les exercices globaux qui permettent de
pointer les différents problèmes rencontrés, ils s’associent aux exercices
« répétiteur » dont nous parlions ci-dessus. C’est le cas de l’exercice de
prise de parole devant la caméra où les participants doivent parler d’une
cause qui leur tient à cœur. Il permet au coache de voir l’investissement
émotionnel du participant dans son propos mais également d’analyser sa
prise de parole en public et ses différents paramètres. Ce premier type
d’exercice nous amène au deuxième, c’est-à-dire les exercices qui
permettent de travailler plus en détails un élément de la prise de parole d’un
participant. Dans le cas de l’observation n° 11, les éléments travaillés sont le
corps dans sa relation à l’autre et à l’espace, ainsi que la voix. Ces deux
éléments sont travaillés grâce à des exercices de respiration et de relaxation
régulièrement utilisés dans la formation d’acteur, où le coache puise ses
inspirations.
Comme l’a expliqué le coache lors de l’interview, même si la façon
d’expliquer sa démarche change d’une formation à l’autre, la démarche en
elle-même reste similaire. La voix et le corps sont donc systématiquement
travaillés par tous les candidats, quel que soit leur niveau d’aisance dans le
premier exercice de la formation. Cette systématisation a d’ailleurs valu à
un des participants de ne pas poursuivre la deuxième journée d’atelier, étant
plus à l’aise que la moyenne du groupe et s’ennuyant lors des exercices.
23
Finalement, l’observation n° 13 est la formation qui utilise
quantitativement autant d’exercices pratiques que de théories consacrées au
contenu énoncé dans une prise de parole.
La journée était constituée de trois exercices globaux de prise de
parole en public. Le premier exercice concernait l’analyse de bons et
mauvais orateurs aux yeux des participants. Le second exercice visait à
prendre la parole en public en présentant la personne avec qui le participant
effectue un binôme. Le troisième exercice finalement, consistait à parler
d’un sujet apprécié par les participants. Lors du débriefing à la fin de chaque
exercice, le coache amène des points de théorie et des conseils, que ce soit
aussi bien concernant le contenu communiqué que du non verbal. A
contrario, aucun exercice d’approfondissement n’a été effectué. À la fin de
cette formation les participants repartent chacun avec un syllabus reprenant
les points principaux de la prise de parole en public (auquel nous n’avons
pas pu avoir accès pour cause de rétention d’information) ainsi que des
captations des présentations effectuées pendant la journée.
Comme la coache l’a expliqué en interview, il est possible de
travailler plus en détails afin de faire évoluer l’orateur débutant mais lors de
séances individuelles, à plus long terme. Le temps étant limité à une
journée, il s’agissait donc plutôt d’un « débroussaillage » pour cibler les
éléments que chaque orateur doit garder en tête et auxquels il doit faire
attention.
Au travers de ces trois observations, une chose importante pour la
suite de ce développement peut être pointée : l’aspect communicationnel, la
référence à l’exercice oratoire du discours ainsi que l’utilisation des
techniques venant de l’art de la scène, et plus particulièrement du théâtre,
sont tous les trois utilisés par les coaches à différents niveaux.
Analyse des agences
Suite à l’interview et à l’analyse des agences de communication,
quatre groupes ont pu être établis.
24
Premièrement, les interviewés nos 8 et 12 sont tous les deux des
associés dans des agences spécialisées en gestion de réputation,
communication corporate, public affairs. Ces deux grandes agences de
communication appréhendent la prise de parole en public comme « un
aspect de la gestion de la réputation »33 mais aussi comme un aspect de la
communication interne. La prise de parole en public convaincante est un
moyen de porter le message de l’entreprise avec conviction. La prise de
parole doit donc être naturelle et efficace. Comme l’explique l’interviewé n°
12, la prise de parole en public est, comme toute autre communication, « un
moyen pour servir un intérêt particulier » et atteindre un ou plusieurs
objectifs. Comme l’explique l’interviewé n° 8 : communiquer de manière
écrite ou via une prise de parole n’est pas pareil mais demande tout autant
de précision.
Alors que précédemment les profils coachés étaient extrêmement
variés, ils sont ici relativement similaires. Les agences créent le message à
mettre en avant pour une entreprise, analysent la cible, le contexte et les
canaux. Lorsque cela le nécessite, elles font appel à la prise de parole en
public. Les orateurs sont un public relativement averti, éduqué dans la
communication ou dans les affaires. Ce sont des chefs d’entreprises, des
attachés de presse primaires (principaux) ou secondaires (qui peuvent
remplacer le principal ou intervenir suite à leurs connaissances ou
expertises). Dans ce dernier cas, le problème est parfois de pouvoir
simplifier l’information et vulgariser les propos trop techniques pour un
public moins averti. La première de ces deux agences organise également du
conseil de communication orale ou prise de parole en public auprès des
employés de certaines grandes entreprises dites « à risques ».
De manière générale, la prise de parole en public apparait en aval du
travail de communication « pure » qui consiste à déterminer et à structurer
le message que l’entreprise va porter. Les situations rencontrées sont les
conférences de presse (à mi-chemin entre la prise de parole en public et le
media training), les communications sensibles en général et en interne, les
grandes conférences ou événements, lors de comités d’entreprise, lors d’une
33
Interviewé n° 8, Le 22 février 2016, Bruxelles, retranscription n° 8
25
annonce délicate pour l’évolution de l’entreprise, le lancement d’un produit
sensible mais aussi parfois dans le cadre de la conduite de réunions, de
négociations...
Pour préparer leurs clients, les agences effectuent des mises en
situation réelles filmées que le collaborateur de l’agence analyse ensuite.
Lors du débriefing, l’agence pointe les éléments qui peuvent nuire à la
bonne réception du message préalablement établi. Mais les agences
reconnaissent ne pas avoir les compétences pour un approfondissement. De
plus, les budgets des clients ne permettent pas toujours de faire un grand
nombre d’entrainements.
Les limites de la prise de parole34
Albert O. Hirschman, économiste et auteur du XXe siècle, attire l’attention
sur les limites de la prise de parole. Malgré que ses études de parole soient
majoritairement basées sur l’évolution sociologique de la prise de parole et
ses impacts, son point de vue permet d’éclairer l’usage que les agences de
communication font de la prise de parole. En effet, il explique que chaque
relation qu’une organisation établit peut jouer un rôle économique,
politique, etc. Ceci s’applique donc également à la communication orale en
particulier. La prise de parole nécessite d’être mûrement réfléchie, prendre
la parole à tout moment n’est pas opportun lorsqu’on poursuit un but
spécifique, il faut agir à bon escient. De plus, il est (dans nos sociétés) de
plus en plus facile de prendre la parole. Comme Albert Hirschman
l’explique, il ne faudrait pas utiliser à foison cette opportunité au détriment
de l’argumentation et du contenu exprimé.
Deuxièmement, l’interviewée n° 16 est la directrice d’une agence de
conseil en communications et relations publiques. En plus du conseil
délivré, elle propose des formations en communication principalement
destiné aux PME. Une des formations proposées est « Captiver avec un
Powerpoint », dans laquelle elle aborde la prise de parole en public. Il s’agit
34HIRSCHMAN A., CARDON D., HEURTIN J.-P., LEMIEUX C., Vertus et limites de la
prise de parole en public, Entretien avec Albert Hirschman. In : Politix, vol. 8, n° 31,
Troisième trimestre 1995. pp. 20-29.
26
donc d’une nouvelle approche via le support visuel. Malgré son statut
d’agence, elle ne crée pas le contenu avec ses clients en amont de la prise de
parole en public, même si elle aide les participants à créer leur présentation
durant la première partie de sa formation. À nouveau, les profils rencontrés
sont ici variés mais dans le cadre des petites et très petites entreprises.
Lors de la présentation, l’interviewé n° 16, relève les éléments qui
peuvent nuire à la communication et les fait remarquer en fin de séance.
Plus rarement, elle fait recommencer certaines parties, comme le
« bonjour » jusqu’à ce que toutes les parties du discours oral soit
convaincantes. Parfois, elle conseille de travailler la présentation avec un
crayon dans la bouche pour améliorer l’articulation, mais aucun autre
exercice, plus précis que la répétition, n’est prévu sur la demi-journée de
formation. Contrairement aux media trainings qu’elle donne par ailleurs, les
présentations ne sont pas filmées.
Les points sur lesquels l’interviewé n° 16 attire l’attention sont tout
d’abord ce que les orateurs disent : il est nécessaire de captiver l’auditoire,
les messages doivent être clairs et la durée de la présentation adéquate.
Ensuite, l’interviewé n° 16 s’intéresse au body language : l’attitude, les
mouvements dans l’espace, le sourire, la voix, l’articulation, le rythme...
Elle conseille de ne pas trop se balader et rester à une position fixe.
Idéalement, il faut de l’interaction, regarder le public, etc. Les choix
vestimentaires sont également à prendre en compte : l’orateur doit se sentir
à l’aise mais aussi être en cohérence avec le contexte de la prise de parole.
L’interviewé n° 16 attire également l’attention sur les alternatives
aux Powerpoint : la vidéo, un schéma, du Mind Mapping, un Prezzi, un
graphique, des photos, un document à analyser ensemble ou du scribbing.
Selon elle, le Powerpoint est souvent utilisé de manière systématique sans
vraiment savoir pourquoi.
Les cartes heuristiques
Les cartes heuristiques sont un type de carte conceptuelle, ou support,
permettant de relier « un ensemble de concepts sur un même sujet et
répondant à une question centrale ».
27
Plus communément appellé Mind Mapping, les cartes heuristiques sont une
conceptualisation de la « pensée irradiante à partir d’une idée centrale ». 35
De manière plus pratique, le Mind Mapping permet d’organiser ses idées et
sa pensée en un réseau ou arborescence. Il s’agit d’un système logique qui
permet un classement et une hiérarchisation et ainsi faire émerger du sens.
En plus de l’émergence de sens, le Mind Mapping permet une meilleure
compréhension du contenu puisqu’il est structuré de manière visuelle. Il
permet également une plus grande autonomie de réflexion, une maitrise du
savoir, une facilité dans l’argumentation mise en place par l’orateur et de
mémorisation plus facile et efficace du contenu à restituer. Tous ces
éléments, appliqués à la prise de parole en public permettent donc à
l’orateur d’acquérir une meilleure confiance en lui. 36
L’agence de l’interviewé n° 14 est une agence de formation,
coaching et consultance en communication. Son approche de la prise de
parole en public tend plutôt vers le coaching que le conseil vis-à-vis du
contenu communiqué. La personne rencontrée s’occupe principalement des
formations « Train a trainer »37. Malgré que l’agence ne propose pas de
formation pure sur la prise de parole en public, il s’agit d’un outil
indispensable aux compétences communicationnelles. La prise de parole en
public est donc un outil qui prend la moitié d’une formation « train a
trainer » de trois jours, et qui a également sa place dans la majorité des
autres formations proposées. Selon eux, beaucoup de problèmes de
communication passent par la communication orale, d’où son importance.
Dans le cadre de ces formations, les compétences en communication sont
donc utilisées mais pas dans une démarche de création de message ou
analyse de l’environnement communicationnel.
L’agence se développant exclusivement dans le service à
l’entreprise, les profils sont variés mais toujours dans un cadre
professionnel, généralement à la demande du service des ressources
35 MONGIN Pierre, Manager avec le concept de Mapping, Dunod, Paris, 2004, p. 1.
36
DELADRIERE Jean-Luc, LE BIHAN Frédéric, MONGIN Pierre, REBAUD Denis,
Organisez vos idées avec le Mind Mapping, Dunod, Paris, 2004, pp. 2-19.
37 Formation visant à former les formateurs
28
humaines. Les situations de prise de parole sont généralement limitées aux
réunions, parfois aux colloques et aux concours dans le secteur public.
La structure de leurs formations en communication est constante. Il
s’agit d’une alternance entre exercices pratiques et théorie, dans un ratio de
70 % exercices (de prise de parole ou d’intégration) et 30 % de théorie.
Lorsqu’il s’agit d’une préparation plus précise à un colloque, il s’agit
surtout d’une répétition, même si certains exercices interviennent parfois
pour travailler un paramètre spécifique de la prise de parole en public. La
structure du message et sa cohérence sont pris en compte, ainsi que le non
verbal (le ton, le volume, le phrasé, la voix, le rythme, etc.) Par contre,
l’agence ne s’occupe pas d’éléments tels que la création du message et
l’analyse de la cohérence entre le message et sa cible.
Les exercices sont généralement filmés et font l’objet d’une analyse
en groupe. Il arrive également que l’agence fasse appel à des comédiens
professionnels pour des jeux de rôle, avoir un autre regard sur la prise de
parole et travailler les objections ou la gestion des questions. En
complément des jeux de rôle, des exercices de lecture à haute voix pour
aider les personnes à mettre du sentiment dans ce qu’ils racontent est
intéressant. Comme l’explique l’interviewé, la voix est un des vecteurs de
l’émotion. Les orateurs doivent également parfois parler d’un objet qui leur
tient particulièrement à cœur, ou faire un discours comme s’ils étaient au
baptême de leur neveu. Lors des exercices, les observateurs vont être actifs
en analysant un élément en particulier ou en faisant une synthèse du
contenu. C’est, d’ailleurs, un élément important que l’on ne retrouve pas
dans les autres formations.
Finalement, les interviews nos 9 et 15 ont dû être écartées. En effet,
même si ces deux agences se rapprochent fortement de celles des
interviewés nos 8 et 12, elles n’abordent pas la prise de parole en public en
tant que telle mais plus précisément le media training, ce qui n’est pas
exactement notre sujet, même s’ils se recoupent. Il est néanmoins important
de noter que dans le cas de l’interviewé n° 15, le site de l’agence proposait
dans sa partie « Relations publiques » une section « Formation
29
présentation ». Ceci indique une discordance entre ce qui est indiqué sur le
site et les pratiques effectives.
Nous pouvons donc conclure qu’il n’existe pas vraiment de schéma
ou d’approche type par les agences en communication. Malgré tout, elles
abordent la prise de parole en public, et ce qu’elle peut contenir
d’émotionnel, de manière très rationnelle. Les exercices pratiques sont assez
limités (à l’exception de l’agence n° 14 qui se trouve à la limite entre les
agences de communication et de coaching) pour plusieurs raisons : ou par
manque de temps, ou par manque de qualification de la part de la personne
interrogée. Le théâtre et sa pratique sont, par ailleurs, systématiquement
abordés à un moment ou à un autre, ce qui prouve le lien qui peut être fait
entre ces deux disciplines.
Analyse des rédacteurs de discours
Le métier de rédacteur de discours n’étant pas répandu en Belgique
francophone en tant que tel, les deux interviewés sont des collaborateurs
politiques au sens large. Alors que l’interviewé n° 6 est collaborateur d’une
association de jeunesse politique et qui, entre autres, écrit les discours des
présidents des différents niveaux, l’interviewé n° 10 est collaborateur dans
un parti politique belge et s’occupe exclusivement de la rédaction des textes
du parti et de son président. Il a d’ailleurs la responsabilité exclusive de
l’écriture de ses discours.
Concernant le processus de rédaction des discours en tant que texte,
comme le profil des deux interviewés, il est relativement similaire. Chacun
reprend les thèmes et idées clés que la personnalité politique veut aborder et
rédige ensuite le discours. Une fois le premier jet écrit, c’est un va-et-vient
de corrections et de rectifications qui se font entre le rédacteur et l’orateur.
Lorsque les discours sont d’une très grande importance ou avec un contenu
plus pointilleux, l’interviewé n° 10 reprend les notes de certains conseillers
politiques pour les adapter et les simplifier. Dans ce cas, nous nous
retrouvons face à une vulgarisation, ou simplification, de paroles d’experts
et que nous pouvons relier aux différentes précédentes interviews réalisées
30
et qui soulignaient également l’importance d’un texte, ou contenu, rendu
accessible à l’auditoire. Les trois premières questions que le rédacteur se
pose initialement est de savoir combien de temps le discours doit durer, à
qui il va être délivré et quel est le sujet de la prise de parole.
La structure des discours rédigés est vue de deux manières
différentes par les rédacteurs. Tout d’abord, l’interviewé n° 6 insiste sur
l’importance d’une idée par paragraphe (un peu comme en écriture
communicationnelle où l’habitude est de conseiller une idée par paragraphe)
mais aussi des phrases chocs en fin de paragraphe. La phrase choc a
d’ailleurs deux utilités : d’un côté, il s’agit d’un contenu efficace qui peut
être repris par les journalistes ; d’un autre côté, la phrase peut déclencher
des rires ou des applaudissements, ce qui permet à l’orateur de reprendre sa
respiration et de se préparer au paragraphe suivant. Cette seconde utilité de
la phrase choc selon l’interviewé n° 6 souligne bien le lien entre la façon de
concevoir le discours et son lien avec l’acte oratoire en lui-même.
L’interviewé n° 10, quant à lui, pointe l’importance d’une introduction
(incluant systématiquement des remerciements) et d’une conclusion. Entre
ces deux éléments, il y insère un tableau de la situation, lie cette situation au
vécu des membres de l’auditoire (via le modèle marketing AIDA) et
implémente le récit des valeurs du parti.
Les éléments importants d’un bon discours sont, entre autres et selon
l’interviewé n° 6, la simplicité, le dynamisme (en lien avec le statut de
jeunesse politique), l’accessibilité, quelques notes d’humour par des
allusions à l’actualité et les phrases chocs. Il utilise également parfois le
storytelling ainsi que les répétitions. L’interviewé n° 10 insiste sur
l’importance des phrases courtes (plus facile d’accès pour l’auditoire et
facilement réutilisable par les journalistes), du rappel aux valeurs et de
l’affectif pour un bon discours. Selon lui, le contenu doit proposer des
solutions aux problèmes pointés, le bilan des actions et la défense du projet
du parti vis-à-vis de la concurrence. Le storytelling intervient également
mais d’une manière « soft », afin d’apporter des éléments plus concrets aux
gens et dans lesquels s’illustrent les valeurs et politiques du parti.
Finalement, un élément important d’un bon discours est qu’il soit cohérent
31
avec la personnalité de l’orateur. Sur ce point, les deux rédacteurs sont
unanimes et peuvent être mis en lien avec les autres interviewés qui
précisaient l’importance du naturel et de la sincérité, dans une prise de
parole en public.
Le storytelling
Le storytelling, terme emprunté de l’anglais, pourrait être défini comme l’art
de raconter des histoires ou de mettre en histoire. Comme l’expliquent René
Charles et Christine Williame, cette technique permet de raconter mais aussi
et surtout d’intéresser son public et de relancer son attention38. En effet, les
« histoires décuplent nos perceptions et augmentent notre mémoire »39.
Puisque les émotions sont plus fortes que la raison, on passe par elles pour
atteindre la raison. En touchant le récepteur par l’hémisphère droit (de
l’imagination et des émotions) de son cerveau, il s’intéressera aux propos et
retiendra plus facilement l’information, dans l’hémisphère gauche,
rationnel. On travaille donc sur différentes mémoires : alors que la mémoire
de travail ne dure que quelques secondes, on ancre ici le récit dans une
mémoire épisodique, du souvenir, sur du long terme.40
L’intégration et la prise en compte de l’oralité comme canal par
lequel le message va être délivré ne sont, par contre, pas du tout similaires
pour les deux professionnels interrogés. L’interviewé n° 10 ne s’occupe pas
de l’aval de sa rédaction, lorsqu’il rédige le texte, il « le voit et l’entend sur
scène » mais ne lit en aucun cas son texte oralement ou ne répète le discours
avec l’homme politique. Ce qui a par ailleurs déjà posé problème lorsque,
par exemple, le politicien a du articuler le hiatus « Nous nous
époumonerons ». L’interviewé reconnait qu’avec une répétition ou un essai
vocal, l’erreur aurait pu être facilement évitée. Contrairement à cette
démarche, le rédacteur n° 6, explique qu’ « on n’écrit pas un discours
comme on écrit un article ». Il use et abuse de la ponctuation et se permet
38 CHARLES René, WILLIAME Christine, La communication orale, Nathan Collection
Repères Pratiques, Paris, 2009, p. 136.
39
CLODONG Olivier, CHETOCHINE Georges, Le storytelling en action, Eyrolles, Paris,
2009, p. 26.
40
Ibid., pp.26-119.
32
des figures de style, comme l’allitération ou la répétition d’un mot ou d’une
idée entière, qu’il ne se permettrait peut-être pas (ou moins) dans la
rédaction d’un article de presse, par exemple. Lorsqu’il rédige le discours, il
le dit et le répète plusieurs fois à haute voix pour voir ce qui « sonne » le
mieux à l’oreille. Selon lui, un discours a besoin d’être mis en bouche. De
plus, l’intonation est un élément important qui ne figure pas dans le texte
(outre la ponctuation) et qui est un élément sur lequel l’orateur peut jouer
lorsqu’il prend la parole. En plus de la ponctuation pour aiguiller
l’intonation du discours, il conseille d’insérer des barres verticales au crayon
dans le texte (sorte de césure) afin de le séquencer selon les respirations à
prendre par l’orateur. Finalement, comme nous l’avons déjà souligné
précédemment, les phrases chocs peuvent permettre à l’orateur de reprendre
sa respiration tant que le public rigole ou applaudit.
Ces deux approches assez différentes ne peuvent en aucun cas être
représentatives de la globalité des rédactions de discours. Néanmoins, les
éléments de ces deux témoignages nous montrent bien qu’il est possible et
utile de penser la prise de parole en public, déjà dans son contenu. En effet,
un contenu bien conçu et articulé permet une meilleure prise de parole, plus
fluide et plus efficace dans la transmission de son message.
Analyse des livres d’auto-apprentissage
Oscillant entre théorie et pratique, ces ouvrages reflètent également
une manière d’aborder l’acquisition des compétences de la prise de parole
en public. En les analysant de plus près et en les confrontant avec les
informations récoltées jusqu’à présent, six remarques peuvent être faites.
Plusieurs approches
Plusieurs approches se dessinent dans l’analyse des ouvrages traitant
de la prise de parole en public.
Fabien Berthelot et Claudine Levêque abordent la prise de parole par
le corps, une démarche alliant les mots, la rencontre avec soi et avec
33
l’autre41. Cette approche, issue du théâtre, est appelée technesthésie. Du
grec Aisthesis, il s’agit d’une « technique qui conduit à l’état de sensation
dans et par la parole » 42. Le livre Parler en public avec plaisir, cadre donc
toutes interactions avec le visage, la posture, la voix, la respiration, les mots,
l’idée et les émotions dans le temps et dans l’espace43. L’entièreté de la
démarche vise à faire évoluer le lecteur dans son rapport à lui-même et aux
autres, par des exercices de théâtre, d’improvisation ou de Comedia
Dell’Arte mais sans parler du contenu de la prise de parole en public. En ce
sens, même si le terme « technesthésie » n’a pas été utilisé par les
interviewés nos 4 et 11, il s’agit en fait d’une approche similaire, ne se
souciant pas du contenu mais uniquement du corps et de la relation à l’autre.
D’une manière tout à fait différente, Jean-Christophe Saladin44, Jean-
Paul Guedj45 et Dale Carnegie46 approchent la prise de parole en public par
leur expérience. Ils donnent de nombreux conseils en les illustrant
d’exemples, de contre-exemples ou d’anecdotes pour les justifier. Le
contenu du message délivré et la façon dont il est délivré sont abordés mais
sans réelle explication de « comment » l’aborder, ni d’exercice pratique,
mais plutôt de « pourquoi » y prêter attention. Certains conseils sont liés au
théâtre mais pas systématiquement. Dans ces ouvrages, nous pouvons par
exemple retrouver : « Ne parlez que quand vous avez quelque chose à
dire »47 ou « Soyez enthousiaste »48. Dale Carnegie donne d’ailleurs de
nombreux conseils généraux, qui semblent emprunts de bon sens mais sans
jamais donner des pistes pour les travailler. Le dire est une chose, permettre
au lecteur d’atteindre ce but en est une autre mais dès que l’auteur n’essaye
pas d’engager le lecteur sur cette voie, l’aspect pratique pour une « vie
41 BERTHELOT Fabien, LEVÊQUE Claudine, Parler en public avec plaisir, InterEditions-
Dunod, Paris, 2007, p. 181.
42 Association Française de Technesthésie, Qu’est-ce que la technesthésie ? [En ligne] Mise
en ligne à une date inconnue. Consulté le 30 août 2016 à 9h12. Url :
[Link]
43 BERTHELOT Fabien, LEVÊQUE Claudine, op. cit., p. 16.
44 SALADIN Jean-Christophe, op. cit.
45 GUEDJ Jean-Paul, Les 50 règles d’or pour prendre la parole en public, Les mini
Larousse, Paris, 2013, p. 42.
46 CARNEGIE Dale, Comment parler en public, Hachette, Collection Livre de Poche,
Paris, Éd. 2009.
47 SALADIN Jean-Christophe, op. cit., p. 158.
48
CARNEGIE Dale, op. cit., p. 213.
34
professionnelle », relaté sur la couverture et dans l’introduction, semble
nettement moins présent.
D’autres auteurs combinent le théâtre avec d’autres disciplines pour
aborder la prise de parole en public. C’est le cas de René Charles et
Christine Williame49, Catherine Sorzana-Rouault50, Fabrice Carlier51 et
Laurence Levasseur52. Ces premiers utilisent des notions couplées
d’exercices de théâtre, d’un côté, et de linguistique de l’autre, pour parler de
l’image, la prise de notes préparatoires à une intervention orale,
l’habillement, mais aussi de la structure des phrases et autres paramètres
proprement linguistiques. La deuxième, quant à elle, complète la pratique du
théâtre avec une approche du contenu journalistique. En effet, elle reprend
la notion d’angle et la structuration de l’information en pyramide inversée53.
Dans ce cas, nous pourrions tout de même nous poser la question de savoir
si une écriture journalistique correspondrait à une prise de parole en public.
Comme nous l’avons vu avec les rédacteurs de discours, et plus
particulièrement l’interviewé n° 6, le discours permet certaines libertés
d’écriture par rapport à un texte de presse ou destiné à être lu. Le troisième
auteur, Fabrice Carlier, associe le théâtre à la communication pour traiter du
contenu. Même si les liens directs avec la prise de parole en public et la
communication orale de manière globale, ne sont pas établis, quelques
notions de base en communication sont posées54 comme le schéma de la
communication, la référence à Shannon, Mac Luhan, etc. Finalement,
Laurence Levasseur dédie les premiers exercices de son ouvrage au travail
du contenu et de la structure du discours. Même si ces analyses restent fort
en surface, elles font notamment appel aux objectifs SMART que l’on
retrouve en communication et marketing, mais aussi à l’analyse
49 CHARLES René, WILLIAME Christine, op. cit..
50 SORZANA-ROUAULT Catherine, La prise de parole en public, CFPJ Editions, Paris,
1997.
51 CARLIER Fabrice, Prendre la parole en public, Pour les nuls, First Editions, Paris,
2011.
52 LEVASSEUR Laurence, 50 exercices pour parler en public, Eyrolles, Paris, 2015.
53 SORZANA-ROUAULT Catherine, op. cit., pp. 25-32.
54 CARLIER Fabrice, op. cit., pp. 9-15.
35
transactionnelle utile en management et l’importance de soigner des parties
telles que l’introduction et la conclusion55.
L’analyse transactionnelle
L’analyse transactionnelle a été mise au point par Éric Berne, un
psychologue américain, dans les années 1950. Elle montre la structure
psychologique de chacun via l’état du moi56. Chaque individu a trois états :
le parent (normatif et nourricier), l’adulte (rationnel et raisonné) et l’enfant
(émotionnel et impulsif). Tous reliés, ils interagissent ensemble et l’un peu
prendre le dessus sur les autres selon la personnalité de chacun et le
contexte. Selon l’état du moi de deux personnes qui interagissent, la
transaction pourra être égalitaire, inégalitaire ou créatrice de conflit. D’où
l’importance d’en avoir conscience et de s’y adapter.57
Lorsque l’on prend la parole en public, il est important de se connaitre mais
aussi de connaitre son public et d’adapter son discours afin que chacun
puisse se retrouver dans les arguments ou exemples mis en avant.
D’autres manières d’aborder la parole en public sont possibles. C’est
le cas par exemple de l’approche par l’argumentation. Dans son ouvrage,
Denis Baril58 aborde l’argumentation écrite et orale. Une partie y est dédiée
à l’expression orale en particulier mais en s’intéressant à la lecture à voix
haute ou aux conversations téléphoniques, par exemple. Cette approche est
également intéressante dans le sens où l’auteur perçoit nettement les
possibilités de l’oralité par rapport à celles de l’écrit : « Le message oral
bénéficie du droit de repentir, de reprise (la redondance) », dont nous
parlait l’interviewé n° 4 mais aussi l’interviewé n° 6. Par ailleurs, les
conseils pratiques sont plutôt dirigés vers les débutants avec des exemples et
anecdotes. Il donne également une typologie d’arguments qui peuvent être
utilisés à l’écrit59. Malgré qu’elle soit transposable à la communication
55 LEVASSEUR Laurence, op. cit., pp. 13-42
56 JOLY Bruno, op. cit., pp. 19-25.
57 LAMBOTTE François, Management de la communication d’organisation, [Notes de
cours], Université Catholique de Louvain, 2015-2016.
58 BARIL Denis, Techniques de l’expression écrite et orale, Sirey, 11e éd., Pairs, 2008.
59
Ibid., pp. 91-104.
36
orale, il n’y en fait néanmoins pas référence, la prise de parole en public
n’étant visiblement pas l’élément principal de son ouvrage, à en juger par le
nombre de pages qui lui est consacrée.
Finalement, une approche déjà rencontrée par l’interviewé n° 16
consiste à prendre en compte la prise de parole en public par son support.
C’est le parti qu’a pris Garr Reynolds dans son ouvrage, ouvrant les portes
d’une présentation zen, c’est-à-dire qui respecte son public. En effet, le
public n’est pas capable d’écouter et de lire en même temps60. Il est donc
nécessaire de prendre ce paramètre en considération lors de la réalisation du
Powerpoint, afin que l’orateur atteigne son but : délivrer un message. Ce
paramètre est d’ailleurs la raison pour laquelle l’auteur conseille de mettre
un minimum sur les diapositives, pas plus de sept puces et quelques lignes
pour ne pas embrouiller le public. En cas de nombreuses informations
nécessaires, Garr Reynolds propose alors de créer un document à distribuer
aux participants, une alternative pour être complet sans surcharger les
diapositives. En séquençant son ouvrage en plusieurs parties dont la
préparation, le design, la présentation et l’étape suivante, Garr Reynolds
montre à quel point un support n’arrive pas qu’en toute fin de processus
mais que celui-ci doit être pensé avec le contenu de l’intervention. Il est
nécessaire de penser au contexte (objectifs, public, etc.), d’alimenter le
support avec de la créativité, etc. Avec un bon visuel (qui peut tenir en un
seul chiffre ou une seule image), le message de l’orateur peut être renforcé
et avoir donc plus d’impact61. Finalement, l’auteur termine son ouvrage en
rappelant l’importance de la présence de l’orateur, de son contact avec son
public mais aussi et surtout, de l’entrainement et de la préparation62. Le
support est un outil qui, utilisé à bon escient, est formidable mais n’est pas
la clé de la réussite d’une présentation. Il est tout de même important de
noter que toutes les approches ne favorisent pas une idée, un mot ou une
image. En effet, Benjamin Grange souligne dans son ouvrage qu’il est
important de construire des phrases complètes (sujet, verbe, complément) et
d’avoir une diapositive qui reprend systématiquement un titre, une
60
REYNOLDS Garr, op. cit., p. 5.
61 Ibid., p. 179.
62 Ibid., pp. 181-199.
37
conclusion et un corps, le tout sous forme de phrase63. Malgré que les deux
ouvrages n’aient qu’un an d’écart, ils sont diamétralement opposés et
prouvent, une fois encore, que les approches de la prise de parole en public
sont multiples. Néanmoins, dans son ouvrage de 2011, Pierre-Yves
Debliquy qui travaille également sur les 7 % d’importance accordés au
visuel64, emprunte largement la voie de Garr Reynolds. De manière très
intéressante, il pointe également les questions à se poser lors de la
réalisation d’un Powerpoint65, l’importance du storytelling et diverses
accroches possibles66, ainsi que l’utilité des cartes mentales à différents
niveaux dans la prise de parole en public67.
Autres remarques concernant les livres d’auto-apprentissage :
1) Ces ouvrages ne différencient pas les novices des personnes plus
expérimentées, dans le public large auquel ils s’adressent.
Comme nous pouvons notamment le remarquer dans l’ouvrage de Dale
Carnegie68, certains auteurs ne différencient pas le public auquel ils
s’adressent. Ils prennent le lecteur comme un lecteur modèle et ne
différencient pas l’enseignant, de l’étudiant, du cadre ; à l’exception de
l’ouvrage de Laurence Levasseur69 qui propose 50 exercices pratiques
majoritairement dédiés aux débutants, ou personnes reconnaissant des
signes d’anxiété vis-à-vis de la prise de parole. Or, lors de nos observations
de terrain et de nos entretiens, nous avons clairement pu identifier qu’une
personne désirant prendre la parole en public n’est pas une autre. Les
interviewés nos 8 et 12, travaillant en agence, nous ont bien expliqué que
leurs profils étaient des personnes ayant généralement déjà une grande
expérience en prise de parole en public. Les compétences qu’il leur reste
donc à acquérir sont donc d’autant plus fines. Dès lors, comme l’ont indiqué
les coaches, des points précis doivent être abordés et travaillés selon
l’avancement et le niveau d’aisance de l’orateur.
63 GRANGE Benjamin, Réussir une présentation, Eyrolles, Paris, 2009, pp. 37-50.
64
DEBLIQUY Pierre-Yves, L’art de la présentation (Powerpoint), [Link], Liège, 2011
65 Ibid., pp. 70-75.
66 Ibid., pp. 92-106.
67 Ibid., pp. 219-226.
68 CARNEGIE Dale, op. cit., p. 9.
69 LEVASSEUR Laurence, op. cit.
38
2) Les ouvrages ne distinguent pas les différents contextes de prise de
parole en public, ou alors de manière très succincte.
Un contexte n’est pas l’autre et les situations oratoires sont multiples.
Comme les interviews nos 8 et 12, travaillant en agence, nous l’ont confirmé,
on ne peut pas ajouter une touche d’humour à une annonce de licenciement
comme on le fait au baptême de son neveu. Les coaches, lors de leur
premier entretien, comme avec les interviewés nos 5 et 13, prennent un long
moment pour comprendre les besoins de la personne et la situation
d’énonciation face à laquelle elle va être confrontée et doit être préparée.
Dans ces ouvrages, le contexte n’est pas systématiquement abordé et pris en
compte : l’ouvrage Mieux parler en public, de Jean-Christophe Saladin70 ne
prend pas en considération le contexte alors que René Charles et Christine
Williame71 organisent leur ouvrage avec quatre contextes différents de la
prise de parole : face à un jury, lors d’un entretien, dans certains types de
réunions et parler en public. Ces deux auteurs rejoignent également Fabrice
Carlier72 et l’interviewé n° 7 qui pointent l’importance de bien cerner les
différents types de réunions possibles et d’y adapter sa prise de parole :
selon l’information à faire passer, le sujet de la réunion ou suivant la
configuration de la salle.
3) Près de la moitié des ouvrages donnent des recettes toutes faites pour
une bonne prise de parole en public.
Jean-Paul Guej et Dale Carnegie donnent de nombreuses règles de prise de
parole comme « Préparez-vous convenablement »73 ou « Augmenter le
volume de votre voix »74. Or, il ne s’agit pas d’une science exacte mais bien
d’un « matériau humain » à chaque fois unique, comme l’explique entre
autres l’interviewé n° 4. C’est en fonction de la personne, du contexte
global de la prise de parole et de chaque paramètre précisément analysé que
l’on peut conseiller quelqu'un. C’est en tout cas ce que nous pouvons
70 SALADIN Jean-Christophe, op. cit.
71 CHARLES René, WILLIAME Christine, op. cit.
72 CARLIER Fabrice, op. cit.
73 CARNEGIE Dale, op. cit., pp. 33-34.
74
GUEDJ Jean-Paul, [Link]., p. 42.
39
ressortir des interviews de nombreux coaches et de la totalité des agences.
De plus, de ces « règles toutes faites », découlent souvent des conseils de
communication non-verbale liée à une vision très dogmatique et univoque
d’une gestuelle qui, selon certains spécialistes et scientifiques, ne peut être
analysée et interprétée qu’en contexte. C’est le cas, par exemple, de
l’ouvrage La communication orale75 qui explique qu’une personne fâchée a
systématiquement les sourcils froncés et qu’une personne qui croise les bras
est d’office fermée à la discussion et aux autres ; alors qu’un grand nombre
de professionnels de la communication met en garde contre ce type de
conclusions, pour le moins hâtives.
4) Les ouvrages ne différencient pas les différents publics auxquels les
orateurs vont devoir faire face.
Alors qu’en agence de communication, cibler le public et analyser ce
dernier est un b.a.-ba, trois des dix ouvrages n’en tiennent absolument pas
compte. Trois autres ouvrages parlent d’une relation à l’autre et font état
d’un lien entre l’orateur et son public mais sans en dire bien davantage.
René Charles et Christine Williame76, quant à eux, font remarquer au futur
orateur l’importance de connaitre le nombre de personnes présentes, la
raison de ce rassemblement et leur origine sociale. Cette analyse reste très
succincte et ne suffit pas dans certains contextes de communication sensible,
par exemple. Deux autres approches du public peuvent être soulignées : tout
d’abord le public comme groupe de personnes qui peut être différencié selon
son homogénéité (ou non) et sa grandeur77 ; mais aussi le public comme un
groupe de personnes avec trois comportements78 distincts auxquels l’orateur
doit s’adapter : l’enfant, le parent et l’adulte.
5) Les ouvrages ne contiennent pas toujours de sources ou
bibliographie.
75 CHARLES René, WILLIAME Christine, op. cit., pp. 12-13.
76Ibid.,
p. 132.
77
SALADIN Jean-Chistophe, op. cit.
78
LEVASSEUR Laurence, [Link].
40
Seulement trois des dix ouvrages analysés contenaient une bibliographie.
Or, une bibliographie permet de répertorier les sources utilisées par un
auteur. Ceci lui donne de la crédibilité et permet de situer les données qu’il
avance. Malgré qu’il ne s’agisse pas du propos du mémoire, il reflète, d’une
certaine manière, un manque de rigueur de la part des auteurs d’ouvrages
sur la prise de parole en public. Cette absence contribue donc à la mise en
doute du sérieux et de la qualité de certains ouvrages. De plus, des
arguments concrets et scientifiques étayeraient les conseils et explications
donnés. Par exemple, Laurence Levasseur n’a pas de bibliographie en tant
que tel dans son ouvrage (la sélection d’ouvrages « pour aller plus loin »
n’étant pas la source des données avancées dans le corps du livre).
Néanmoins, lorsque l’auteure précise que le langage corporel vaut pour
55 %, le ton de la voix 38 % et les mots, 7 %79, elle indique qu’il s’agit des
chiffres de Albert Merhabian. Au contraire, René Charles et Christine
Williame citent les mêmes chiffres sans en apporter la source, ni même
souligner l’auteur80. Ils indiquent simplement « […] des travaux récents ont
montré que […] », alors que la « règle des 3V » est basée sur deux études de
1967.
La « règles des 3V »
Suite à ses recherches et expériences, Albert Merhabian a pu déterminer que
l’attitude, le ton de la voix et le contenu du message jouaient chacun un rôle
dans une interaction interpersonnelle, mais dans des proportions différentes,
voire surprenantes.
Selon les recherches
de cet américain,
l’impact du verbal ne
compterait que pour
7 % sur l’impact total
d’une prise de parole,
tandis que le vocal
38 % et le visuel 55 %.
79
LEVASSEUR Laurence, ibid., p. 67.
80 CHARLES René, WILLIAME Christine, op. cit., p. 10.
41
Ainsi, comme nous pouvons le voir sur le schéma tiré du livre La
communication de Bruno Joly81, l’impact de ce qu’on maitrise le mieux est
très faible. Or, le non verbal, qui a le plus grand coefficient en terme
d’impact est celui sur lequel l’orateur a le moins de maitrise.
Lorsque l’on prend la parole en public, plus que le choix des mots, il faut
que notre langage corporel, le non-verbal, ainsi que l’intonation de notre
voix soient en accord avec le message que nous voulons faire passer.
Maîtriser, en tout ou en partie, son langage corporel et le ton de sa voix est
possible, même si cela nécessite une grande quantité de travail.
6) Quelques grilles d’analyse et auto-analyse
Comme les interviewés nos 2 et 11, certains ouvrages contiennent des
grilles d’analyse. C’est le cas du livre de Catherine Sorzana-Rouault82 qui
propose un tableau d’auto-évaluation pour analyser le travail du lecteur.
Organisé en deux parties, le tableau permet de faire le point sur le contenu
du discours effectué (prise en compte du public, objectif, message essentiel,
temps imparti, accroche, plan, etc.) et une partie sur les attitudes physiques,
ce qui relève plutôt du non-verbal comme les sensations éprouvées, le corps,
l’attitude globale, la voix, la respiration, l’articulation, le sourire, etc.
L’orateur s’évalue, selon le critère défini, en cochant une des trois réponses
proposées. Fabrice Carlier83, quant à lui, joint une grille d’évaluation
modulée en trois parties, partant de zéro sur une échelle de 10 : ce qui a été
réalisé en amont de la prise de parole en public (objectif, public, préparation
des lieux, etc.), la prise de parole en elle-même (trac, corps, voix…) et la fin
de l’intervention (réponse aux questions, satisfaction finale...) Le
cinquantième exercice de répétition générale de Laurence Levasseur84 est
également accompagné d’une grille d’analyse à compléter en visionnant sa
prise de parole. Dans ce cas, le questionnaire balaye, de manière binaire, la
communication verbale (structure, points clés, temps…) et non verbale
81 JOLY Bruno, op. cit., p. 34.
82
SORZANA-ROUAULT Catherine, op. cit., pp. 171-174.
83
CARLIER Fabrice, op. cit., p. 273.
84
LEVASSEUR Laurence, op. cit., pp. 140-142.
42
(regard, voix, gestes…), avec « oui » et « non » comme seules possibilités
de réponse.
Conclusion concernant la Belgique francophone
Les différents acteurs que nous avons rencontré peuvent être placés sur
deux continuums. Le premier situerait l’approche plutôt basée sur le contenu
ou sur le contenant et le deuxième situerait les approches des plus pratiques
aux plus théoriques. En réalité, que ces approches soient par le visuel, la
pratique du corps, le contenu rédigé ou autres, elles sont toutes assez
complémentaires. En effet, en abordant la prise de parole en public d’une
certaine manière, elles apportent chacune leur point de vue et leur zone
d’attention spécifique. Alors que les coaches pointent régulièrement
l’importance du contenu sans aller plus loin que la simple suggestion ; les
agences sont spécialisées dans la création du contenu, la sélection et
l’organisation raisonnée des messages à communiquer vers une cible
préalablement analysée et choisie, tout en adaptant le discours à la prise de
parole prévue. Ces dernières intègrent également l’idée de concurrence et de
parties prenantes, alors que les coaches se concentrent sur l’orateur. Il y a
ensuite les rédacteurs de discours qui ont des approches différentes qui
s’attardent majoritairement sur la mise en forme du message délivré avec
une petite analyse mais sans toujours avoir une préparation pratique. Alors
qu’ils sont à la frontière entre l’émotionnel, le corporel et le rationnel, les
deux acteurs précédents sont quant à eux assez clairement positionnés.
Tandis que les coaches tentent de faire incarner les émotions par le corps de
l’orateur, les agences appliquent une approche rationnelle vis-à-vis du
ressenti émotionnel de l’orateur.
Néanmoins, il reste encore de nombreuses « recettes » énoncées sans
réelle source ou fondement. Ce qui peut expliquer que certaines de ces
règles puissent parfois être contradictoires d’une personne à l’autre, sans
réellement pouvoir les départager et donner raison à l’un ou à l’autre.
Dans tous les cas, et malgré que certains ne puissent pas y octroyer de
temps, tous reconnaissent que bien prendre la parole en public est le fruit
43
d’un processus d’apprentissage. Malgré les différents parcours et statuts des
personnes interrogées, tous concèdent qu’en plus d’une connaissance de
certaines techniques de communication, le théâtre est un élément clé dans la
prise de parole en public. Lorsque les interrogés s’en sentent capables, ils
l’appliquent directement dans la prise de parole. Dans le cas contraire, ils
font appel à des professionnels de l’art du spectacle, ou donnent quelques
conseils par eux-mêmes. Les agences testent généralement avec leur client
ce qui serait le plus adéquat au contexte par essai-erreur.
Les disciplines appellent l’une à l’autre lors de la prise de parole en
public et ciblent chacune des éléments bien spécifiques malgré qu’ils soient
intimement liés. Avec le recul, nous pouvons remarquer que la prise de
parole en public et le travail en amont qu’elle implique, fait constamment
appel aux deux disciplines. Elles s’imbriquent et le paramètre de l’oralité est
à prendre en compte tout au long du processus de communication : lors de
l’analyse, de l’audit, de la création du message, de la conception du
support, etc. L’oralité bouleverse la manière de penser sa communication et
le théâtre permet de soutenir cette dernière.
2.2. État des lieux à Ottawa, Canada
Présentation des données
Treize coaches ou formateurs de prise de parole en public ont été
contactés et quatre coaches ont pu être interrogés (interviews nos 17, 18, 19
et 25). Trois interviews de coaches (interviews nos 22, 24 et 26) s’ajoutent
suite à la rencontre fortuite d’étudiants animant des ateliers à l’Université
d’Ottawa (nous les nommerons étudiants-formateurs). Une autre interview
s’additionne finalement : il s’agit ici d’un professeur donnant cours de prise
de parole en public à l’Université d’Ottawa (interview n° 27).
Les données recueillies comptent donc huit retranscriptions
d’interviews coaches/professeurs/formateurs de prise de parole en public.
Deux étudiants animant les ateliers ont pu être observés et nous avons
également pris part à tous les cours donnés par le professeur, ainsi qu’à ses
évaluations.
44
Concernant les agences de communication, onze agences basées sur
Ottawa ont été contactées et relancées. Aucune n’a cependant accepté de
répondre à l’interview.
Au Canada, les recherches sur internet ont permis de directement
entrer en contact avec quatre rédacteurs de discours. Deux personnes ont
répondu positivement (Interviewés nos 20 et 21). Une troisième,
l’interviewée n° 23, nous a été renseignée au hasard des rencontres sur le
terrain. Ce profil correspond plus aux deux personnes rencontrées en
Belgique dans le sens où il s’agit d’une personne travaillant en politique et
ayant eu la responsabilité d’écrire des discours politiques. Contrairement
aux deux autres profils, ce dernier n’est donc pas référencé en tant que tel
sur internet.
Deux dernières remarques peuvent être formulées concernant les
données. De manière similaire à la Belgique, de la rétention d’informations
a été pratiquée de la part des personnes contactées, de manière directe pour
l’interviewé n° 18 et de manière indirecte pour les personnes répondant de
manière vague à certaines questions. De plus, les interviews de rédacteurs
de discours ne peuvent en aucun cas être représentatives. Elles indiquent
néanmoins une certaine pratique sur le sol canadien. Concernant les
agences, malgré l’absence de réponse, elles indiquent sur leur site internet
travailler la prise de parole en public, au même titre que les agences en
Belgique.
Analyse des formations / coaching de prise de parole en public
Comme expliqué dans la présentation des données, les huit
personnes interrogées peuvent être réparties en trois groupes, d’abord parce
qu’elles n’ont pas été rencontrées de la même manière, ensuite parce
qu’elles ne prestent pas les formations ou coachings au travers d’un même
statut.
45
Les coaches de prise de parole en public
Les interviewés nos 17, 18, 19 et 25 ont, tous quatre, été contactés au
travers de la démarche développée dans la méthodologie de cet ouvrage. Au
fil de ces entretiens, deux approches peuvent être pointées.
D’un côté, les interviewés nos 17 et 18 ont une approche artistique de
la prise de parole en public, avec respectivement une formation en chant et
une formation en théâtre. Alors que l’interviewé N° 18 se rapproche des
interviewés belges nos 4 et 11 avec une approche basée sur le corps,
l’interviewée n° 17 construit tout son travail autour de la voix (travail des
résonateurs, la projection, le masque…) Tous deux présentent leur approche
comme unique dans le domaine, partent respectivement de la voix et du
corps mais avancent également travailler le contenu de ce qui est dit, tout en
restant évasif sur ce point. L’interviewé n° 17 annonce qu’ « Il faut que
l’esprit soit clair […] », résume le lien avec la communication en disant
qu’il faut « transmettre son message de manière efficace » et s’appuie sur
l’acronyme P.A.U.S.E. (Purpose, Audience, Understanding, Succinct et
Effective) en parlant du travail du contenu et des éléments à garder en tête
lors de la préparation, alors que l’interviewé n° 18 annonce fonder tout son
travail sur les actes de langage, l’elocutio et l’école de Jacques Copeau.
L’interviewé n° 17 se base sur celui qu’il appelle le « gourou » de la
communication : Nick Morgan et son ouvrage « Working the Room » qui
met le récepteur au centre de la prise de parole. Les outils qu’ils mettent par
exemple en place pour attirer l’attention restent centrés sur leur domaine : la
voix pour l’un, le corps pour l’autre. Aucun d’eux ne travaille sur
l’émotionnel, contrairement à ce que certains interviewés belges, comme le
n° 1, pouvaient prétendre. Par contre, alors que l’interviewé n° 17 affirme
que personne n’attache d’importance aux habitudes vestimentaires des
habitants d’Ottawa, l’interviewé n° 18 affirme quant à lui qu’il s’agit d’un
point indispensable à la prise de parole.
D’un autre côté, les interviewés nos 19 et 25 ont un parcours tout à
fait atypique par rapport à ce que nous avons pu voir précédemment. Les
coaches de prise de parole en public ont suivi la formation qu’ils donnent et
sont par la suite passés du statut de formé/coaché au statut de
46
coach/formateur (après une formation de 24 heures pour l’interviewé n° 19,
par exemple). Les connaissances sur lesquelles ils se basent restent très
floues et semblent limitées. L’interviewé n° 25 avoue d’ailleurs à demi-mots
certaines situations « inconfortables parfois comme instructeur ».
L’interviewé n° 25, quant à lui, ne connait pas le storytelling mais en parle
comme s’il voyait parfaitement de quoi il en retournait. Dans le même
esprit, lorsqu’il est interrogé sur le travail ou non du contenu dans sa
formation, répond par « oui, absolument » sans pouvoir donner aucun détail
supplémentaire. Au-delà d’une dissimulation d’information, l’impression
laissée est la dissimulation d’incompétence face au sujet traité. Certains
interviewés belges (tels que les interviewés nos 11 et 14) ont précédemment
pu répondre qu’ils n’étaient pas compétents dans tel ou tel autre domaine.
Alors que chaque approche se structure généralement d’une même manière,
les coaches semblent ici se laisser porter par le travail des personnes qu’ils
forment et les outils utilisés semblent tourner autour des « trucs et astuces »
délivrés dans les livres accessibles au grand public et que nous avons déjà
pu analyser. Un peu comme l’interviewé n° 7, les personnes interrogées
enveloppent le processus de travail de « secrets ». Dans les deux cas,
l’interviewé dit pousser surtout l’orateur à dépasser ses craintes, sortir de sa
zone de confort et prendre l’habitude de se retrouver face à la foule. Il ne
semble pas donner d’outils concrets aux futurs orateurs. La respiration, la
voix et le body language sont travaillés mais sans plus de précision.
L’analyse de l’audience ou l’utilisation d’un support ne sont absolument pas
abordés, alors que de nombreux interviewés tels que les interviewés nos 2 et
5 abordaient spontanément et insistaient particulièrement sur l’audience, sa
composition, sa perception, etc.
Les étudiants-formateurs en prise de parole en public
Les trois étudiants-formateurs en « Introduction à la prise de parole
en public » ont tous une même approche de la prise de parole par la théorie,
chacun reprenant une même base et la modulant à sa guise pour une
présentation d’une heure environ. Les bases théoriques sont fondées sur les
cours de communication et quelques vidéos Youtube pour l’interviewée n°
22, uniquement sur quelques vidéos Youtube pour l’interviewé n° 24 et sur
47
les ouvrages disponibles en bibliothèque (semblables à ceux que nous
analyserons par la suite) pour l’interviewée n° 26. Ils l’admettent à demi-
mots : il s’agit d’une introduction dans laquelle eux-mêmes avancent à
tâtons, l’interviewé n° 24 demandant en off des conseils et explications sur
certains problèmes qu’il rencontre dans la prise de parole. Cette démarche
peut donc poser question quant à la vision critique et aux bases théoriques
scientifiquement fondées qui sont utilisées.
Dans le cadre bilingue de l’Université d’Ottawa, l’interviewé n° 22
forme en français, l’interviewé n° 24 donne son introduction en anglais et
l’interviewé n° 25 réalise généralement ses présentation dans les deux
langues. Il est intéressant d’en prendre note dans le sens où ils ne disent pas
travailler le contenu différemment selon la langue alors que d’autres
personnes interrogées – comme l’interviewé n° 21 – annoncent que les tics
de langage ne sont pas pareils, ou que l’interviewé n° 18 affirme qu’un
anglophone sera plus intéressé par l’explication de la rythmique de l’orateur
qu’un francophone, qui trouvera cet élément assez naturel.
Le professeur en prise de parole en public
L’interviewé n° 27 est un professeur de l’Université d’Ottawa.
Formé en lettres, il donne principalement cours en communication, cinéma
et histoire des civilisations. Ses cours de prise de parole en public se basent
d’une part sur sa formation universitaire de lettres, et d’autre part sur son
expérience en journalisme télévision et radio. Ayant évolué en France et au
Canada, l’interviewé n° 27 avance avoir fait le tour de la question
concernant les différences de part et d’autre de l’Atlantique : concernant les
supports visuels, par exemple, le Canada serait beaucoup plus avancé avec
de nombreux Powerpoint, ce qui n’est selon lui pas le cas en France. Par
ailleurs, en formant à la prise de parole, il estime nécessaire que la personne
soit mise en situation concrète pour s’exercer. L’entretien ayant été écourté
par l’interviewé, pour des raisons d’agenda, son approche est plus
significative dans l’analyse des observations de ses cours auxquels nous
avons pu prendre part en tant qu’étudiant.
48
Éléments à prendre en compte dans la prise de parole en public
Suite aux interviews des différents coaches en prise de parole en
public, il ressort majoritairement que la prise de parole en public est une
question de préparation. Celle-ci passe par une pratique régulière de la prise
de parole pour s’habituer au public et dépasser ses limites.
Les coaches/formateurs donnent principalement la priorité à la forme
(ou contenant), plutôt qu’au contenu. Il est indéniable que la voix, la
gestuelle et la respiration jouent un rôle primordial selon les personnes
interrogées. Les supports du discours et sa construction, son contenu propre,
ne reviennent que très peu chez les huit coaches interrogés. Lorsqu’ils en
parlent, ce n’est d’ailleurs pas de manière spontanée. Cinq des huit coaches
estiment important d’attirer l’attention du public alors que les trois
étudiants-formateurs n’abordent pas le sujet dans le cadre d’une présentation
d’un travail universitaire. Finalement, le charisme, la présence de l’orateur
et sa confiance en lui sont des éléments qui reviennent systématiquement
chez les interviewés.
État des lieux des exercices
Malgré que seulement cinq des huit coaches de prise de parole en
public aient une approche pratique avec des exercices, tous ont reconnu leur
importance. En effet, les trois étudiants-formateurs n’ont pas les capacités
techniques et temporelles pour réaliser des exercices mais admettent
spontanément qu’ils sont indispensables à l’acquisition de compétences en
prise de parole en public.
Tous reconnaissent l’importance de travailler la respiration pour
perfectionner sa prise de parole en public, que ce soit dans un processus de
relaxation ou de projection de la voix, hormis l’interviewé n° 25 qui estime
que le souffle se travaille par lui-même au travers d’exercices de
déclamation.
D’autres exercices de relaxation très spécialisés sont également
utilisés tels que la pleine conscience et la relaxation musculaire progressive,
mais uniquement par l’interviewé n° 17.
En plus de la respiration, la répétition est également un des exercices
pratiques les plus souvent cités avec le travail d’autres textes qui ne sont pas
49
spécialement liés à l’intervention orale que l’orateur doit faire à terme. Dès
lors, il s’agit de textes de théâtre, de comptines, romans, etc. L’interviewé n°
19 souligne d’ailleurs l’importance de commencer à travailler un texte
ludique, techniquement plus difficile, pour ensuite passer au texte
informationnel qui réutilise les outils du ludique dans une moindre mesure.
Les coaches filment parfois les orateurs mais, fait nouveau dans ce
travail de recherche, les interviewés nos 17, 19 et 27 enregistrent aussi de
manière audio les orateurs. Ceci leur permet de se concentrer sur le travail
de la voix sans se préoccuper du reste. L’interviewé n° 17 va d’ailleurs
jusqu’à enregistrer l’orateur avant et après son coaching afin de faire
entendre l’évolution et le travail réalisé. Pour l’évaluation de ces
enregistrements, qu’ils soient audio ou vidéo, seul le coache n° 27 utilise
une grille d’évaluation qui reprend aussi bien les éléments du contenu que la
forme du message délivré.
L’interviewé n° 25 fait faire au moins deux présentations par
semaine (durant onze semaines) aux participants et l’atelier se termine par
un banquet où les familles, amis et autres coaches de l’organisme sont
invités. Il s’agit ici d’un test final afin de montrer aux participants qu’ils
peuvent prendre la parole devant soixante à quatre-vingt personnes.
Néanmoins, comme lors des exercices en séance, le thème n’est pas imposé,
il n’y a donc pas de contrainte à ce niveau-là. De plus, la présentation peut
être très brève comme donner la parole à un autre orateur.
Jouer un rôle ?
L’utilisation du théâtre n’a que très peu été abordée par les coaches,
en dehors de l’interviewé n° 18 dont le métier premier est acteur et
professeur de théâtre. Les sept autres coaches n’abordent pas la pratique
théâtrale dans leurs interviews et ne déclarent pas l’utiliser comme telle lors
de leurs formations. On peut remarquer au cours de l’entretien de
l’interviewé n° 25, par exemple, qu’il fait faire des exercices qui relèvent de
l’art de la scène et des jeux de rôle mais sans les nommer comme tels. Il y a
donc malgré tout un travail du corps et de la voix, qu’on y associe le terme
« théâtre » ou non. Par contre, la question de jouer un rôle ne se pose
absolument pas.
50
L’interviewé n° 18 est le seul à avoir un lien direct avec le théâtre. Il
explique qu’il s’agit d’un outil essentiel, que les gens sont très réceptifs à
son statut de comédien mais qu’il ne demande pas aux gens de jouer un rôle,
même si un travail d’acteur est parfois effectué. Il ne s’agit pas de
transformer les orateurs en acteurs mais simplement qu’ils puissent
apprivoiser leur corps, leur voix, face à une assemblée. Il dirige les
participants de ses formations comme des acteurs, afin de leur donner des
outils, ce qui provoque chez certains une réaction de recul disant qu’ils ne
veulent pas devenir acteurs. On a donc ici un écart de perception entre ce
que le coache tente d’enseigner comme outils et la perception des
participants sur ce à quoi on les destine. La question du rôle est présente
sans la nommer puisque cela donne l’impression aux candidats qu’on leur
fait prendre un personnage, même si ce n’est pas la volonté du coach.
Analyse des observations
Trois observations ont pu être réalisées : deux séances introductives
d’une heure, des étudiants-formateurs nos 22 et 24, ainsi qu’une observation
en tant que participante aux vingt-et-une heures de cours et aux quatre
exercices pratiques de l’interviewé n° 27. Respectivement, les publics
présents étaient donc d’une part entre quinze et vingt étudiants de master ou
doctorant à l’Université d’Ottawa ; d’autre part, vingt-cinq étudiants de
troisième année à l’Université d’Ottawa, majoritairement de cursus en
Sciences Humaines.
L’interviewé n° 22 a donné son introduction sur la prise de parole en
public en français et en répartissant l’heure approximativement de manière
suivante : un tiers de discussions et interventions des participants et deux
tiers de présentations orales.
La formation initiale en communication s’est ressentie au travers des
éléments communiqués avec tout d’abord un point sur « pourquoi parler en
public » mais aussi « que faire avant la présentation ». Ainsi, il indique la
nécessité de connaitre son public, d’avoir un contenu cohérent, travaillé et
adapté à l’auditoire mais aussi au contexte. Il distingue la prise de parole
dans un cadre académique d’une prise de parole dans un cadre professionnel
51
ou marketing. L’interviewé donne des astuces afin de gérer le stress et de
vaincre le trac sans jamais les distinguer ou les définir. Un point est
également fait sur la nécessité de dormir ou de ne pas consommer d’alcool
mais sans dire pourquoi ou quels mécanismes sont problématiques vis-à-vis
de la prise de parole en public. Les trois moments d’interactions ont consisté
en une présentation de chaque participant et de ce qu’il attendait de cet
atelier introductif, un petit débat sur l’utilisation de photos chocs lors de
présentations et lors d’une présentation d’un Ted Talk. La présentation étant
d’une heure et abordant de nombreux points, les éléments qui nécessitent de
l’attention pour la prise de parole sont cités mais très peu profondément
abordés.
L’interviewé n° 24 a donné son cours (ou introduction) sur la prise
de parole en public en anglais et utilisant principalement l’heure à l’analyse
de vidéos de Steve Jobs dont il avait trouvé les analyses sur internet (qui
m’ont semblés assez superficielles et incomplètes).
La philosophie de sa présentation peut être résumée en disant que la
prise de parole est une manière de changer le monde en partageant ses idées.
Dans ce contexte universitaire et scientifique, il affirme que ni l’orateur, ni
le récepteur ne doivent être la priorité mais bien l’idée diffusée. Il passe
ensuite en revue différents éléments à prendre en compte lors d’une prise de
parole tels que la préparation, la structure, le contenu, la répétition avant la
présentation et les éléments qui permettent d’attirer l’attention comme
l’humour. Au même titre que l’interviewé n° 17, il conseille des exercices
de pleine conscience. Il aborde également le support visuel et explique
judicieusement qu’il n’est pas possible de lire et d’écouter en même temps.
L’orateur doit faire en sorte de moduler son support écrit avec ce qu’il
décide d’énoncer oralement.
Deux autres remarques peuvent être formulées concernant les
observations nos 22 et 24. Tout d’abord, même s’ils se sont initialement
basés sur le même Powerpoint et donnent la formation dans le même
contexte, en survolant les mêmes éléments, il ne serait pas possible de
52
deviner que tous les deux se sont basés sur le même support. Leur statut
d’étudiant et la patte académique sont également assez marqués dans la
manière dont ils abordent les sujets (de manière synthétique et très pratico-
pratique pour les participants). Nous pouvons noter que les deux étudiants-
formateurs n’étaient pas particulièrement à l’aise dans leur rôle de formateur
et d’orateur : tous les deux montrant de nombreux signes de stress et ne
pouvant pas toujours répondre aux nombreuses questions des participants.
J’ai pu assister en tant qu’étudiante parmi un groupe de vingt-cinq à
un cours de prise de parole en public par l’interviewé n° 27. À raison de
trois heures par semaine pendant quatre mois, vingt-et-une heures de cours
théoriques et quatre séances pratiques ont été effectuées, le tout en français
uniquement. Deux livres de références ont également été conseillés mais
n’ont finalement été que très peu abordés lors des cours.
Les quatre exercices visaient à pratiquer et à évaluer la capacité des
étudiants à appliquer les consignes tout en intégrant la théorie vue en cours
ex cathedra. Initialement, une marge de progression et un niveau de
difficulté entre les quatre exercices devaient être observés, même s’ils n’ont
finalement pas vraiment été ressentis dans ce sens. Le premier exercice était
uniquement sonore et d’une durée de deux minutes. Il visait à faire un
discours descriptif dont le sujet était une présentation de soi en situation
radio. Le deuxième exercice son, d’une durée de trois minutes et en
situation d’enregistrement radio, était un discours informatif. Les consignes
étaient de rédiger un discours strictement informatif, argumentant avec des
sources citées strictement. Le troisième exercice visait à faire un discours
persuasif de six minutes face caméra, assis derrière une table. Finalement, le
quatrième exercice de six minutes debout face caméra, consistait en un
discours circonstancié. Ces exercices devaient tous suivre une grille
particulièrement précise avec dans l’introduction : une phrase pour le sujet
amené, une pour le sujet posé et une pour le sujet divisé. Suivait une partie
de développement contenant la description, puis la cause, les conséquences
et les solutions au problème ; pour finalement conclure par une synthèse et
une ouverture. Cette structure imposée similaire aux structures de
53
dissertation littéraire a posé de nombreux problèmes pour les étudiants
puisque cela restreignait très fortement la capacité de chacun à innover et à
proposer d’autres modalités de présentation. De manière personnelle, il m’a
semblé que l’approche littéraire de l’interviewé n° 27 et son expérience
médiatique au siècle passé ne s’adaptent pas au système médiatique actuel et
au style de prise de parole dont la jeune génération aspire aujourd’hui. Les
formats télévisés et radiophoniques qui nous ont été demandés sont
d’ailleurs déjà dépassés par les pratiques actuelles mais correspondent tout à
fait aux standards des années septante et quatre-vingts en France. Par
ailleurs, l’interviewé n° 27 a réitéré, à plusieurs reprises, ses regrets vis-à-
vis de l’évolution actuelle des médias et du journalisme.
Un décalage similaire s’est également fait ressentir dans les supports
utilisés par le professeur et dans son enseignement sans dynamisme. Aucune
interactivité et créativité, actuellement attendues et espérées par les
spectateurs et/ou récepteurs, n’étaient présentes.
Au niveau du contenu abordé en cours ex cathedra, l’introduction a
été faite par des vidéo sur le langage du chercheur français et ancien
professeur à l’UCL, René Zayan. La rhétorique antique a principalement été
abordée, la communication selon Aristote, ainsi que certains éléments de
sémiotique, certaines déviances ou abus de langage, le niveau de langue, etc.
Il donne également des « règles pour une bonne prise de parole en public »,
et autres conseils tels que se regarder dans un miroir et articuler avec un
crayon en bouche. Pour la deuxième fois (avec l’interviewé n° 1),
l’interviewé a distingué le trac, le stress, l’anxiété et la timidité alors que ces
éléments étaient auparavant utilisés presque comme des synonymes.
Trac, stress, anxiété et timidité
Afin de mieux palier aux problèmes rencontrés lors de la prise de parole en
public, il est nécessaire de comprendre ce qui se cache sous ces termes,
54
souvent utilisés – à tort – comme des synonymes.
Le trac et la timidité85 sont deux anxiétés sociales (dites « d’anticipation »86)
qui peuvent influencer nos capacités à prendre la parole en public. Mais
alors que le trac (ou « anxiété de performance »87) est une crainte qui
anticipe l’acte de parole et qui est ponctuelle d’une personne avec ses
standards de performance face à un public qui peut le juger, la timidité est
un trait de caractère durable vis-à-vis de nous-mêmes et en anticipation
d’une possible maladresse de notre part.
Le stress, quant à lui, est un état dans lequel une personne peut être suite à
l’environnement dans lequel elle évolue et qui se traduira par divers
symptômes physiques et psychiques.
Process communication : l’impact des drivers88
Dans les années 1970, le Docteur Taibi Kahler a pointé des comportements
inadaptés au niveau rationnel. Il a déterminé cinq drivers, des « mini-
programmes élaborés inconsciemment de telle sorte que l’individu les
reproduise en cas de « détresse » » : sois parfait, sois fort, fais des efforts,
fais plaisir et dépêche-toi. Dans un cas de prise de parole en public, l’orateur
peut avoir le trac ou être stressé parce qu’il se répète inconsciemment un de
ces drivers. Il est donc important d’avoir conscience de leur existence pour
y être attentif et, le cas échéant, les déconstruire.
Analyse des rédacteurs de discours
Trois rédacteurs de discours et/ou de présentations orales
anglophones, aux profils distincts, ont pu être interrogés.
L’interviewé n° 20 est responsable d’une agence de création de
contenu marketing. Ses clients sont principalement du secteur privé et 20 %
de son travail réside dans l’écriture de discours ou de présentation orale,
dans le cadre de la présentation d’un nouveau produit, par exemple.
L’interviewé n° 21 est spécialisé en rédaction de discours, que ce soit pour
85 CLOUTIER Richard et VERMETTE Jacques, La parole en public : Savoir être et savoir
faire, Presses de l’Université Laval, Québec, 1992, pp. 51-66.
86 FRESNEL Elizabeth, Le trac : Trac, stress, anxiété problèmes de
communication, Solal, Collection voix parole langage, Marseille, 1999, p. 8.
87 Ibid., p. 5.
88 JOUAS Muriel, Communication de crise : gérer l’urgence et l’émotion avec la Process
communication, Ed. Gereso, Coll. Agir face aux risques, Le Mans, 2014, pp. 39-42.
55
des personnes dans des contextes professionnels divers ou pour des
politiciens. Il réalise également des formations sur la rédaction de discours.
L’interviewé n° 23 rédige uniquement des discours pour un président de
parti politique canadien.
Tous se rejoignent sur les éléments qui fondent le processus de
rédaction d’un discours ou d’une présentation orale. Il s’agit du sujet, du
temps disponible, du lieu et contexte de prise de parole et du public visé. Il
est également important de savoir quel est le but du discours : si l’on veut
convaincre le public, le faire réagir, lui faire ressentir quelque chose, etc. En
politique, l’interviewé n° 23 souligne d’ailleurs l’importance de faire
ressentir des émotions aux gens avant de les convaincre, un discours ne
dépend donc pas uniquement d’arguments objectifs, logiques et rationnels.
La deuxième étape du processus pour les interviewés nos 20 et 21 consiste à
rechercher des informations sur le sujet qu’ils doivent traiter. L’interviewé
n° 23, quant à lui, reprend les notes des experts politiques et interroge
l’orateur sur le sujet qu’il doit traiter. Le but est de comprendre la logique
oratoire, les structures de phrase, le style oral, le niveau de vocabulaire et
tous les éléments propres à l’orateur, pour permettre d’écrire un discours au
plus proche de sa personnalité. L’interviewé n° 23 rédige ensuite un
discours complet qui sera rectifié selon les feedbacks de la personnalité
politique. Les interviewés nos 20 et 21, quant à eux, réalisent un plan avec
les idées principales du discours, ou de la présentation marketing, qu’ils
soumettent ensuite à l’orateur. Une fois que l’orateur a validé le plan (sous
forme de points ou de Mind Mapping), deux possibilités s’ouvrent au
rédacteur de discours : ou les idées sont approfondies mais restent en points
structurés, ou le discours est écrit mot à mot. Alors que l’interviewé n° 23
structure généralement son discours selon le but à atteindre, les deux autres
rédacteurs prennent en considération des paramètres tels que l’existence de
supports (qu’ils réalisent en parallèle du texte oral).
« Speaking Style »89
Alan Jay Zaremba identifie quatre styles de prise de parole, comportant
89
ZAREMBA Alan Jay, op. cit., pp. 198-202.
56
chacun leurs avantages et leurs inconvénients et pouvant être travaillés de
manières différentes.
Le style impromptu, ou non préparé, est risqué mais celui-ci peut être limité
en travaillant sur les mécanismes de structure et de création rapide d’un
exposé oral. Le style improvisé se base lui sur une improvisation à partir de
mots clés. Le style manuscrit est constitué d’un texte lu mot à mot. Le style
mémorisé consiste à mémoriser par cœur un texte, avec le risque de le
réciter de manière robotique.
Concernant la structure de rédaction, alors que l’interviewé n° 23
opte généralement pour une structure plus classique (intro-parties-
conclusion) les interviewés nos 20 et 21 préfèrent surprendre le public, et
tout particulièrement lorsqu’il s’agit d’une présentation marketing. La
présentation ou le discours sont alors construits autour du produit et des
visuels, ce qui permet une grande liberté. L’interviewé n° 21, quant à lui,
accorde particulièrement d’importance au storytelling, à l’utilisation
d’images, de métaphores, d’allitérations et d’humour avec un orateur qui
casse la barrière établie entre lui et son public, pour une présentation. La
structure et le contenu sont donc conditionnés par le contexte de la prise de
parole et vice-versa.
Les interviewés nos 20 et 21 admettent que leurs orateurs sont
généralement habitués à prendre la parole. Dans le cas contraire et si le
temps le permet, ils peuvent donner quelques conseils. L’interviewé n° 20
conseille aux personnes particulièrement nerveuses de s’exercer face à un
chien. Cette technique particulière, Talk to a Dog, est développée par la
chercheure américaine Bonnie Auslander (cfr infra) et permet aux orateurs
d’attirer l’attention de ce public particulier tout en vainquant sa peur. Quand
l’interviewé n° 21 en a la possibilité, il fait répéter la présentation ou le
discours à l’orateur et le réadapte ensuite. L’interviewé n° 23 travaille
régulièrement avec la même personne et se place donc au fond de la salle
lors des présentations et prend note de tous les éléments qui pourraient
l’aider à la rédaction d’un prochain discours.
57
La prise en compte de l’oralité est, dans ces trois cas, totale : les
textes sont rédigés dans le but d’être dit oralement et dépendent de la
situation de prise de parole ainsi que des supports qui sont prévus. La
construction de la présentation ou du discours se fait donc parallèlement à la
construction des supports de communication.
Talk to a Dog90
Bonnie Auslander, chercheur à l’Université américaine Kogod School of
Business, travaille actuellement sur une nouvelle approche permettant aux
orateurs de surmonter leur anxiété en s’exerçant devant des chiens. Cette
alternative permet aux orateurs de s’exercer à attirer l’attention d’un public
mais sans jugement.
En octobre 201691, la recherche en était encore à ses débuts et les enquêtes
n’avaient été complétées que par huit répondants à propos de leurs signes
physiques de nervosité, quelle peur les répondants associent à la prise de
parole en public, etc.
Néanmoins, cette approche montre l’intérêt qu’est porté à la prise de parole
en public par la recherche et les alternatives aussi variées qu’inventives qui
sont actuellement explorées.
Analyse des livres d’auto-apprentissage
Quatre approches peuvent être constatées dans les ouvrages
disponibles et édités sur le continent américain. Cinq autres remarques
peuvent également être constituées.
Plusieurs approches
La plus grande de ces catégories regroupe les Toastmasters ou autres
spécialistes de la prise de parole en public qui se basent sur leur expérience
propre et des anecdotes pour justifier un conseil ou une orientation à prendre
dans l’exercice oratoire. C’est le cas pour les deux Toastmasters reconnus :
90
FANDOS Nicholas, How to Give a Better Speech : Talk to a Dog. [En ligne]. The New
York Times. Mis en ligne le 5 août 2016. Consulté le 23 novembre 2016. Url :
[Link]
[Link].
91
Informations collectées suite à un contact par email avec Bonnie Auslander.
58
Brian Creamer92 et Patrick Leroux93 mais aussi pour Jean-Luc Mongrain94,
Paul McGee95, Steve Rohr & Shirley Impellizzeri96 et Nick Morgan97, qui
n’ont pas le titre mais se présentent dans la même lignée. Au fil de leur
ouvrage, ils passent en revue divers conseils, portant tant sur la forme que
sur le contenu réel, au travers de leur expérience personnelle. Les sources et
autres références sont éludées, aucun argument n’est donné en dehors de
leur expérience personnelle. Par exemple, la première clé de Brian Creamer
est de ménager ses nerfs, il dit entre autres de rester concentré et de
planifier, mais cela reste très vague. Au niveau de la forme, il s’agit
d’ouvrages écrits de manière littéraire, chaque anecdote étant classée suivant
son thème, dans un chapitre. Hormis l’ouvrage de Nick Morgan, il n’y a
aucune autre approche plus précise que l’expérience de l’auteur. Nick
Morgan, quant à lui, peut être relié à la kinesthésie qui consiste à mettre
l’audience au cœur de la prise de parole. Nick Morgan pousse l’orateur à
créer un lien par le corps, viscéral, avec son auditoire pour capter son
attention. Dans ce sens, il se rapproche des auteurs tels que Fabien Berthelot
et Claudine Levêque. Il est important de noter qu’à la lecture de ces
ouvrages, l’impression du lecteur peut être que l’auteur a un don virtuose de
la prise de parole et que les conseils ne peuvent qu’aider à tendre vers ce
haut niveau qui apparait presque comme un don naturel.
Toastmasters International 98
Toastmasters International est une organisation historiquement créée dans
l’Illinois, aux États-Unis, en 1924. Elle est présente dans plus de 126 pays,
92
CREAMER Brian, Successfully speaking, Seven keys to unlock your speaking potential.
Ed.: Ottawa: Brian Creamer, 2002.
93
LEROUX Patrick, CSP, Communiquer en public: un défi passionant. 51 idées infaillibles
pour réussir vos présentations. Les éditions Un monde différent. Collection réussite
professionnelle. Québec, 2003.
94
MONGRAIN Jean-Luc, SEVIGNY Marc, Prendre la parole : Règles de l’art, les pièges
à éviter, les trucs du métier, Les éditions de l’Homme, Montréal, 2015.
95
MCGEE Paul, How to speak so people really listen : The straight-talking guide to
communicating with influence and impact, Capstone, 2016.
96
ROHR Steve & Dr. IMPELLIZZERI Shirley, Scared speechless : 9 ways to overcome
your fears and captivate your audience, Roger Sheety, Wayne. 2016.
97
MORGAN Nick, Working the room, Harvard business school press, Boston, 2003.
98
Toastmasters International, Who we are. [En ligne]. Miss en ligne 2016. Consulté le 9
avril 2017. Url : [Link]
59
avec 14 650 clubs. Son but est d’augmenter les performances
communicationnelles (principalement la prise de parole en public) et de
leadership de ses membres. Les membres suivent un programme
d’éducation à ces compétences, fondé sur la pratique, afin d’atteindre
certains niveaux et pour finalement acquérir le titre de Toastmaster et
devenir mentor.
Certains ouvrages ciblent principalement les étudiants ou
enseignants. C’est le cas de l’ouvrage d’Eve Gladu et de Catherine Lacaille
Foster99 mais aussi l’ouvrage de Jonathan Schwabish100. Malgré que le
deuxième ouvrage ait une approche par le support tel que Garr Reynolds
(qui figure d’ailleurs dans la bibliographie), ces livres sont destinés aux
étudiants qui devront prendre la parole : d’une part, dans le cadre de la
préparation au test de communication orale du Ministère de l’Education du
Québec et, d’autre part, pour toutes personnes dans le milieu académique.
Cette approche très académique peut d’ailleurs être reliée à l’approche de
l’interviewé n° 27 dont la structure de cours se retrouve également dans une
autre université canadienne mais cette fois, en précisant clairement qu’il
s’agit d’un cours adressé à des futurs professeurs. Néanmoins, les deux
ouvrages se distinguent très fortement sur un point : malgré leur cible
commune, leur philosophie diverge totalement. Alors que Eve Gladu et
Catherine Lacaille Foster restent dans une philosophie très classique, voire
vieillotte, de la prise de parole en public avec un plan introduction, trois
parties, conclusion comme l’interviewé n° 27, Jonathan Schwabish opte lui
pour de la créativité, du design et de l’esthétique au service d’une prise de
parole plus moderne et actuelle.
La troisième approche de la prise de parole en public consiste à
partir de l’exercice du discours. Ici, Joan Dets insiste sur l’importance
d’analyser l’audience en détails, de bien comprendre et savoir où et
pourquoi le discours doit être fait, comment l’écrire, pour quel style opter
99
GLADU, Eve et LACAILLE FOSTER Catherine, Guide préparatoire au test de
communication orale, PEARSON, ERPI éducation édition. 2013.
100
SCHWABISH Jonathan, Better presentations : A Guide for scholars, researchers, and
works, Columbia University Press, New York, 2016.
60
mais aussi des éléments que l’on pourrait qualifier comme un peu plus de
détails comme : comment se préparer et quelle typographie utiliser pour
imprimer son discours. Il conseille, par contre, de faire le tri dans les
informations et d’en écarter les ennuyeuses. Cette déclaration pose
néanmoins questions puisqu’une information pertinente dépend du contexte
et une information intéressante dépend aussi de la manière de la présenter.
Selon la personne qui lit l’ouvrage, cette recommandation semble donc
assez floue : une information ne doit pas être écartée parce qu’elle semble
ennuyeuse mais travaillée pour être attractive.
Finalement, l’ouvrage de Jeff Davidson101 propose une véritable
philosophie de prise de parole se rapprochant du marketing et de
l’innovation. Plus largement que la prise de parole en public, il plaide pour
la nécessité de sujet innovant, la création d’une dynamique de parole, du
développement d’une présentation qui attire l’attention du public en se
positionnant comme un produit marketing. Nous retrouvons ici le même
esprit que l’interviewé n° 20 pensant la prise de parole comme un élément à
part entière d’une dynamique marketing.
Autres remarques concernant les livres d’auto-apprentissage
1) La plupart des ouvrages présentent une utilisation massive du
storytelling et de son caractère innovant, face à une vision plus
traditionnelle et cadenassée du contenu délivré.
Le storytelling occupe une place importante dans ces ouvrages. Hormis Eve
Gladu et Catherine Lacaille Foster qui restent sur une approche très stricte
de la prise de parole (comparable à l’approche littéraire de l’interviewé n°
27), les ouvrages abordent le storytelling de manière très détaillée, que ce
soit au travers d’images, de parallélisme ou d’histoires complètes. Nick
Morgan conseille de suivre des schémas d’histoire très connues par le
public. Ceci permet de présenter le sujet sous un angle, ou frame, adapté au
public visé et donc de mieux faire passer le centre de l’information. Dans la
même lignée, ils citent plusieurs manières d’arriver à une mise en forme
plus ludique et attractive d’un même contenu et replacent le plan de
101
DAVIDSON Jeff, The Complete Guide to Public Speaking, Wiley, New Jersey, 2003.
61
dissertation classique par des parallélismes, un lien logique comme le
problème et sa solution. Plus qu’un outil au service qu’un point de la prise
de parole, il conditionne le contenu ainsi que toute la présentation en elle-
même. Ainsi, d’autres structures que les trois arguments sont mis en avant et
ouvrent les possibilités du lecteur.
Le framing
Le framing est une pratique journalistique (au même titre que le priming et
l’agenda setting) qui cadre l’information, ou en met en avant une certaine
perception. Ces actions se font de manière consciente mais aussi
inconsciente, que ce soit vis-à-vis du choix des mots utilisés ou de la
narration des faits présentés102. De nombreux scientifiques tels que
Scheufele et Iyengar103, Bailenson et al.104, Cleys et Cauberghe105, et
Arpan106 indiquent qu’un niveau de framing s’ajoute avec le non verbal et
l’apparence physique.
Cette omniprésence de la subjectivité doit être prise en compte dans la prise
102
ENTMAN, R. M. (1993). Framing: Toward Clarification of a Fractured Paradigm.
Journal of Communication, 43(4), [Link].
103
SCHEUFELE Dietram A., IYENGAR Shanto (2014). The State of Framing Research:
A Call for New Directions. [En ligne]. Url :
[Link]
dhb-9780199793471-e-47
104
BAILENSON Jeremy N., IYENGAR Shanto, YEE Nick et COLLINS Nathan A., Facial
Similarity Between Voters and Candidates Causes Influence. Public Opinion Quarterly,
Vol. 72, No. 5 2008, pp. 935-961.
105
CLAYS An-Sofie & CAUBERGHE Verolien, Keeping Control: The Importance of
Nonverbal Expressions of Power by Organizational Spokespersons in Times of Crisis,
Journal of Communication 64 (2014), pp. 1160-1180.
106 ARPAN Laura M., When in Rome? The Effects of Spokesperson Ethnicity on Audience
Evaluation of Crisis Communication. The Journal of Business Communication, Vol. 39.
No. 3, July 2002, pp. 314-339.
62
de parole en public puisqu’elle laisse au récepteur un trou, un espace
d’investissement et une possible « réception plurielle »107 de l’information,
selon la manière dont elle est délivrée.
2) Les ouvrages ne prennent que rarement en compte le contexte et type
de prise de parole en public.
Seul Joan Dets distingue différents contextes de prise de parole en public.
Son ouvrage « How to Write and Give a Speech » est, comme l’indique son
titre, destiné à la préparation d’un discours, ce qui élimine bon nombre de
situations. Le chapitre 9 est exclusivement réservé aux discours pour des
occasions, ou lors de situations particulières telles que les discours
impromptus ou les remerciements pour un prix. Ce chapitre induit donc la
notion de différenciation selon les contextes. Différenciation qui peut être
faite à l’infini puisque dans le cas de la prise de parole en public, chaque
présentation ou discours diffèrera, que ce soit par son sujet, par son public
cible ou par son lieu. Les autres auteurs ne distinguent cependant pas le
contexte. Patrick Leroux, par exemple, déconseille le lutrin ou de mettre le
poids sur une jambe alors que l’utilisation du premier dépend du contexte
(les politiciens sont, par exemple, très souvent derrière un pupitre) et que le
deuxième est une astuce théâtrale qui permet à certaines personnes stressées
de ne pas sautiller sur place.
3) Les ouvrages prennent parfois en compte l’analyse du public face
auquel l’orateur va délivrer son message.
Malgré que les auteurs ne distinguent pas le contexte ou type de prise de
parole : près de la moitié des ouvrages indique l’importance de connaitre le
public auquel on s’adresse quand on prend la parole. Néanmoins, ils ne
développent pas toujours cette partie. Nous nous retrouvons à nouveau face
à un conseil sans profondeur ou le lecteur est souvent livré à lui-même dans
l’analyse claire et pratique de son futur auditoire.
107
GREVISSE Benoît, Dirs Pélissier Nicolas et Marti Marc, Le storytelling : succès des
histoires, histoire d’un succès, Ed. L’Harmattan, Coll. Communication et civilisation, Paris,
2012, p. 16.
63
4) Les ouvrages ne différencient pas les novices, des personnes plus
expérimentées dans le public large auquel ils s’adressent. Les
ouvrages abordent des généralités, manquent de précision et de
rigueur.
Les auteurs ne différencient pas les possibles niveaux d’expertises des
lecteurs de leurs ouvrages. Les informations fournies restent générales,
vagues et de l’ordre de la recette, de clés et de secrets pour une réussite
assurée. Certains éléments théoriques sont parfois abordés, comme l’indice
du brouillard (Gunning Fog Index108, indice de brouillard qui quantifie la
lisibilité d’un texte écrit en anglais) et l’indice de lisibilité de Richaudeau109
(équivalent français du Gunning Fog Index) ou encore le fait que la prise de
parole en public est la première peur des Américains, avant la mort110 mais
aucune source ou référence n’est mentionnée dans ces cas-ci. Seulement
quatre ouvrages sur dix donnent des ouvrages de référence ou bibliographie,
ce qui – à nouveau – peut remettre en cause leur crédibilité.
5) Les ouvrages proposent parfois une grille d’autoévaluation et
quelques listes de questions.
Un seul ouvrage fourni une grille d’autoévaluation. Il s’agit du plus
éducatif, celui d’Eve Gladu et Catherine Lacaille Foster. Il donne une grille
d’auto-évaluation très poussée et comprenant aussi bien le volume de la
voix, que la structure, en passant par les aides visuelles. Néanmoins, on peut
se poser la question de savoir si l’aide d’un visuel est valable en toutes
circonstances. La non-prise en compte de la diversité des contextes peut
donc encore une fois être soulignée. D’autres auteurs indiquent dans leur
ouvrage une liste de questions que l’orateur doit se poser, mais dans une
moindre mesure. C’est le cas, par exemple, de Joan Dets qui donne une liste
de petits exercices à faire pour éviter d’être nerveux, mais aussi de Davidson
108 BOND Simon. Gunning Fog Index. [En ligne]. Consulté le 15 avril 2017. Url :
[Link] .
109
MONGRAIN Jean-Luc, SEVIGNY Marc, Prendre la parole : Règles de l’art, les pièges
à éviter, les trucs du métier, Les éditions de l’Homme, Montréal, 2015, p. 98.
110
ROHR Steve & IMPRELLIZZERI Shirley, SHEETY Roger, Scared speechless : 9 ways
to overcome your fears and captivate your audience. 2016, p. 11.
64
Jeff qui propose un questionnaire pour se préparer à l’audience à laquelle
l’orateur devra faire face, ainsi que Patrick Leroux qui donne une liste de
questions à se poser en situation pratique.
La prise de parole en public, dans le top 10 des peurs des Américains111
Le Docteur Christopher Bader de Chapman University, aux États-Unis, a
commandé une recherche, au groupe GfK, nommée National Survey of
Fears. Soumis à 1511 répondants adultes et anglophone, pannel
représentatif de la population américaine, le questionnaire posait la
question : [Public speaking] How afraid are you of the following ? À cette
question, quatre réponses étaient possibles : Very afraid, Afraid, Slightly
afraid et Not afraid. Il en est ressorti que 61,7% de la population américaine
estime avoir peur de prendre la parole en public. A contrario, seul 38,3%
déclare ne pas avoir peur de prendre la parole en public.
Conclusion concernant Ottawa
Deux visions diamétralement opposées de la prise de parole en
public peuvent être constatées dans l’espace ottavien et sont principalement
liées à la manière de mettre en forme l’information qui est communiquée.
D’un côté, nous avons différents acteurs (auteurs d’ouvrages ou formateurs)
qui optent pour une vision que l’on pourrait qualifier de plus ancienne,
classique ou cadenassée de l’information. Cette dernière doit être livrée de
manière efficace mais sans fioriture. Les bases de la rhétorique sont encore
fort présentes et la structure de la parole est rigide : introduction, trois
parties et conclusion. Cette vision se retrouve dans les milieux académiques
classiques tels que l’université et l’enseignement en général. Elle ne semble
pas prendre en compte l’accélération du temps médiatique de ces dernières
années, ni des attentes de certains à plus de divertissements dans la
présentation des informations. De l’autre côté, nous retrouvons des auteurs
ou acteurs de terrain qui tendent vers l’adaptation de l’oralité à la société du
XXIe siècle et à, entre autres, son accélération du temps médiatique et son
111
ROSAS Marlene, The GfK Group Project Report for the National Survey of Fear –
Wave 3. [En ligne]. Consulté le 15 avril 2017. Url :
[Link]
[Link].
65
besoin de divertissement. Cette approche apporte une forme plus marketing
au contenu et présente les informations comme un produit dont l’emballage
doit distraire, faire rêver le destinataire. L’information communiquée
oralement fait partie d’un tout, sa forme et sa construction dépendent d’un
contexte circonstanciel mais aussi d’images et de visuels. La surprise, le
divertissement et l’attractivité sont des enjeux clés dans la construction de la
présentation du message aux parties prenantes.
La tradition des Toastmasters semble fortement influencer la
littérature mais aussi l’économie créée autour de l’acquisition des
compétences en prise de parole en public. L’orateur est, d’une manière,
sacralisé que ce soit au travers d’une formation ou d’un livre-témoignage.
Les recettes et conseils généraux foisonnent (que ce soit dans les livres ou
sur internet) et sont repris par certaines parties prenantes pour les enseigner
à leur tour, sans recul critique ou complément théorique. L’image véhiculée
de l’orateur va au-delà d’une compétence, pour en arriver à ce qui pourrait
être assimilé à un certain statut dans une hiérarchie sociale. En effet, l’image
de l’orateur est souvent liée à la notion de leadership, de pouvoir et
d’influence.
Découle de cette tradition des Toastmasters, une approche
difficilement qualifiable à cause de son aspect général. Les acteurs de terrain
qui s’en distinguent ont, par contre, des approches basées sur la voix, le
corps et/ou le texte. Alors que chacun présente son approche, ou sa
méthode, comme unique : elles sont en fait complémentaires et peuvent se
placer dans le continuum décrit ci-dessus.
Finalement, c’est la forme donnée au contenu, sa sonorisation et sa
concrétisation physique (avec les approches par le corps) qui sont
principalement abordées. La structuration et la présentation de l’information
ont été abordées mais pas la manière dont elle est sélectionnée. À ce niveau,
on peut supposer que les agences de communication ont un rôle à jouer.
N’ayant pas répondu présentes à la demande initiale d’interview, il est
66
difficile de savoir comment elles se placent vis-à-vis des autres acteurs
interrogés et des sujets analysés. Nous savons néanmoins qu’elles existent et
qu’il faudrait, pour être tout à fait complet, pouvoir également recueillir
leurs témoignages.
67
Partie 3 : Confrontation des analyses effectuées en
Belgique francophone et à Ottawa
Avant de conclure, il peut être intéressant de reprendre les éléments
principaux d’un côté, de la partie belge francophone et de l’autre côté, de la
partie ottavienne.
3.1. Confrontations des différentes parties prenantes
Les formateurs / coaches de prise de parole en public
Au niveau des formateurs ou coaches de prise de parole en public, des
deux côtés de l’Atlantique, le parcours du professionnel et son approche
sont liés. En plus des approches en marketing, journalisme et artistiques que
l’on retrouve en Belgique, l’analyse canadienne apporte également une
vague de personnes devenues coaches suite à la formation qu’elles ont reçu
de l’établissement pour lequel elles travaillent actuellement. Mais alors que
les coaches avec une formation théâtrale ont clairement une approche par le
corps (dite kinesthésique), les coaches avec une formation plus axée sur le
marketing, par exemple, auront une approche plus par le support et visuelle.
Les coachés devenus coaches semblent avoir une approche et une base
théorique floue. Quoi qu’il en soit, les différentes approches travaillent
surtout la forme plutôt que le contenu en lui-même, même si de nombreux
coaches avancent travailler la structure de la présentation ou du discours
prononcé. Par ailleurs, les formateurs travaillent toujours avec des groupes
sans réaliser de niveaux. Les exercices et la formation donnée sont très
généralistes et ne peuvent être adaptés à tous les publics. La conséquence de
ceci a d’ailleurs pu être observée : certains participants plus à l’aise
désertent la formation en cours.
Outre par leurs approches, les formations diffèrent au niveau de la
répartition du temps entre exercices pratiques et théorie. Aucune différence
n’est cependant présente géographiquement. Lorsque de la théorie est
abordée, il s’agit d’ailleurs plus de « trucs et astuces » plutôt que de théories
scientifiques fondées. Les exercices, quant à eux, sont assez variés mais sont
généralement emprunts aux arts de la scène et travaillent principalement la
68
voix, le corps et la respiration. Bien que le travail de cette dernière soit
parfois utilisé pour gérer le stress ou le trac, seuls deux interviewés (dont un
partiellement) ont donné la différence entre le stress et le trac, différence
pourtant fondamentale puisqu’elle permet à l’orateur de mieux comprendre
les mécanismes et donc, de mieux y faire face.
Les agences de communication
Les agences n’ont pu être interrogées qu’en Belgique. Néanmoins,
les services proposés sur les sites d’agences canadiennes sont très
semblables. Il est fort probable que leurs pratiques soient similaires.
Néanmoins, nous ne pouvons en avoir la preuve. Concernant les agences
belges, leur expertise se concentre sur le contenu de la prestation orale,
quelle qu’elle soit. Elle crée le message clé et sélectionne l’information à
communiquer. L’agence s’assure la cohérence du contenu et de sa forme par
rapport au contexte d’énonciation mais aussi au contexte plus global de la
communication et de la stratégie d’entreprise, ou de la personnalité
concernée.
Les rédacteurs de discours
La rencontre avec les rédacteurs de discours en Belgique et au
Canada nous a permis de se rendre compte de la multiplicité des discours
possibles et de leur complexité. Alors qu’en Belgique, nous n’avons pu
entrer en contact qu’avec des rédacteurs de discours attachés à des partis
politiques, au Canada, plusieurs rédacteurs de discours indépendants ont pu
être contactés et interrogés, en plus d’un rédacteur de discours lié à un parti
politique. Alors que les rédacteurs de discours politiques canadiens ont une
structure et une mise en action du discours assez limitées et vacillant entre le
classicisme français (ou européen) et le « show à l’américaine », les
rédacteurs canadiens indépendants se spécialisent et/ou se diversifient. Ils
travaillent pour des lancements de produits ou discours professionnels non
politiques. Dès lors, et tout particulièrement pour les discours, ou
présentations, liés au contenu marketing, toutes les innovations ou surprises
sont possibles et souhaitées. Le storytelling prend ici une place
prépondérante dans la mise en forme du contenu, attirer l’attention du public
et le surprendre sont des objectifs cruciaux, alors qu’en Belgique, les
69
rédacteurs de discours politiques sont plus frileux à l’égard du storytelling.
Nous penchons alors vers le « show à l’américaine » où les prises de parole
sont pensées comme un tout avec la mise en scène, les visuels, etc.
Les ouvrages d’auto-apprentissages accessibles au grand public
Les ouvrages sont tous basés sur des conseils et astuces pour prendre
la parole en public. Les ouvrages édités en France ou en Belgique tendent
plus vers la concrétisation en exercices pratiques alors que les ouvrages
publiés au Canada et aux États-Unis tendent vers le récit d’expériences dans
un texte littéraire. Comme pour les coaches, il y a plusieurs approches qui
s’y retrouvent : l’approche kinesthésique, l’approche par le support, etc. Il
est également important de souligner les échanges entre les deux zones
géographiques ou cultures puisque, par exemple, Dale Carnegie est édité
dans les deux zones. L’ouvrage de Jonathan Schwabish, édité aux États-
Unis et consulté dans une librairie canadienne fait référence à l’ouvrage de
Garr Reynolds, édité en France et consulté à la bibliothèque de l’Université
Catholique de Louvain. De manière similaire aux rédacteurs de discours, les
ouvrages du continent américain sont sensiblement plus élogieux quant à
l’utilisation du storytelling et à l’innovation quant à la forme de la
présentation. Néanmoins, ils ne distinguent pas leur utilisation selon le
contexte d’expression.
Une plus grande présence de la communication orale dans le milieu
universitaire Canadien
Les étudiants canadiens (ou tout du moins de l’Université d’Ottawa)
semblent beaucoup plus familiarisés avec la prise de parole en public que
les étudiants belges (ou tout du moins les étudiants de l’Université
Catholique de Louvain). Trois éléments nous amènent à ce ressenti.
Premièrement, les étudiants canadiens doivent très régulièrement faire des
présentations orales pour tous les cours auxquels ils assistent. En Belgique,
par contre, les classes sont souvent grandes (comparées à la quinzaine
d’étudiants par classe) et les modalités d’enseignement ne sont pas
similaires. Les étudiants sont donc invités à prendre la parole plus rarement.
Deuxièmement, le cours de Parole Publique proposé en troisième année est
un cours de communication du département d’art mais qui est également
70
accessible à d’autres étudiants. À l’Université Catholique de Louvain, aucun
cours officiel de prise de parole en public n’est accessible aux étudiants de
différents cursus ou facultés. Ceci indique donc que l’enseignement de la
prise de parole en public est plus institutionnalisé qu’en Belgique, même si
certains cours peuvent être donnés dans certaines universités belges mais
dans une moindre mesure. Troisièmement, différents ateliers sont proposés
aux étudiants comme aide à la réussite académique. Malgré leurs défauts,
ces ateliers ont néanmoins des qualités et montrent la volonté de l’université
et des organismes qui lui sont attachés de donner à tous ses étudiants des
compétences en communication orale.
3.2. Constats finaux
Au niveau des pratiques
Bien qu’ayant chacun leurs points positifs et négatifs, les coaches
reflètent une certaine incompétence, ou tout du moins d’une connaissance
que très éparse de la matière qu’ils enseignent, ce qui se reflète dans les
ouvrages disponibles au grand public. Les agences, quant à elles ne peuvent
se préoccuper de la livraison orale et effective du message, annonçant que
leurs compétences s’arrêtent à la création du message clé et son intégration
dans une stratégie de communication globale. Entre les deux – mais
sensiblement plus proche des agences de communication – les rédacteurs
écrivent les discours mais n’aident pas systématiquement à sa diction.
Au niveau culturel
Un sacre de l’oralité au croisement de deux cultures est présente au
Canada. D’une part, les Toastmasters d’origine américaine (même si ils sont
maintenant présents partout dans le monde à différentes échelles)
médiatisent et enseignent l’art oratoire « à l’américaine », mis en scène et
frôlant le spectacle. Cette présence se traduit par de nombreux ouvrages
d’auteurs issus de cet organisme et semble faire perpétrer cette image de la
prise de parole « à l’américaine », comme un show. D’autre part, plusieurs
témoignages ottaviens mettent en avant le patrimoine oratoire européen avec
des références à la rhétorique antique. Dans ce sens, Ottawa pourrait
représenter l’intersection entre la culture américaine d’une part, fortement
71
imprégnée de formes spectaculaires et, d’autre part, une culture plus
européenne, plus conservatrice, cadrée par la rhétorique antique et modelée
par les Hommes de Lettres, hors de tout strass et paillettes.
Globalement
Les compétences des uns et des autres sont donc complémentaires,
se chevauchent parfois mais de manière vague. Les cultures, quant à elles,
se mélangent dans un contexte de plus en plus globalisé. Dès lors, une
approche intégrant la communication et le théâtre, la culture américaine et
européenne, permettrait une vision complète et un traitement global de la
prise de parole en public, ne négligeant aucun aspect et voyant le contenu et
la forme comme un tout.
72
Limites de la recherche
Le travail de recherche, ici concrétisé, et ses conclusions doivent être
relativisés pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il s’agit d’une recherche à
un temps T, il s’agit donc plutôt d’une photographie d’une pratique qui est
en perpétuel mouvement.
Au niveau purement pratique, les recherches de terrain ont dû être
réalisées dans un temps deux fois moindre à Ottawa (3 mois) qu’en
Belgique francophone (6 mois). Afin d’accommoder un maximum de
participants, les interviews ont été réalisées suivant différentes modalités :
en terme de moyen de communication mais aussi de langue et de
géographie. Ainsi, bien que les questions posées aient été les mêmes pour
tous les interviewés, les réponses ont été beaucoup plus directes et sans
détour de la part de la population canadienne, alors que les Belges ont eu
tendance à raconter des détails et anecdotes supplémentaires. Ces
informations délivrées ont souvent permis de mieux comprendre et situer le
cœur de la réponse. Il est possible que cette variation soit due aux modalités
d’interviews, majoritairement effectuées par téléphone ou vidéoconférence
au Canada, mais aussi au contexte culturel.
Finalement, une forte rétention d’informations et des refus
catégoriques de certaines parties prenantes ont été remarqués. Ceci peut être
du au fait que le sujet de l’interview était dévoilé lors de la demande
d’entretien. Quoi qu’il en soit, cette rétention d’informations est à tenir en
compte dans l’analyse des données et les conclusions qui en sont tirées.
73
Conclusion
Cette recherche, avec son approche interdisciplinaire et
interculturelle, montre que le théâtre (plus largement les disciplines
artistiques) et la communication (plus largement les disciplines telles que le
marketing, la communication et le management) sont deux champs qui
s’imbriquent parfaitement dans l’acquisition des compétences et dans la
pratique de la prise de parole en public.
Deux continuums se dessinent au travers de ces deux disciplines.
Tout d’abord, nous avons un continuum qui reprend la forme d’un
côté et le contenu de l’autre. La forme est principalement travaillée grâce
aux compétences artistiques de la voix et du corps. La notion de présence,
de portée de la voix et de gestuelle sont primordiales dans cette approche
qui est souvent exploitée par les coaches et formateurs aux compétences
artistiques. Le contenu, quant à lui, est travaillé grâce aux compétences
fondées scientifiquement et regroupées dans des disciplines telles que la
communication. L’information sélectionnée et la construction d’un message
adéquat sont alors les éléments principaux à prendre en compte. Cette
construction du message destiné à être communiqué oralement est
également pensée dans une intégration à une stratégie plus globale, dans une
communication bidirectionnelle et dans un contexte ultra-médiatisé, par les
agences de communication. Entre les deux se retrouvent les rédacteurs de
discours : un pied dans la théorie et un dans la pratique, il semblerait
néanmoins que leur compétence soit plutôt dans la création du message que
dans sa réalisation orale.
Nous avons ensuite un continuum entre la théorie et la pratique dans
l’enseignement de cette prise de parole en public. Les exercices pratiques
étant majoritairement emprunts aux arts de la scène et la théorie étant
majoritairement retirée des sciences humaines, de manière large. Ce
continuum peut néanmoins être schématisé sous forme de triade : théorie,
pratique et conseils généraux de type « trucs et astuces ». La théorie
74
enseignée afin de prendre la parole est souvent réduite à des « trucs et
astuces » pour prendre la parole plutôt que fondée sur des recherches ou
théoriques scientifiques reconnues. Dès lors, plutôt qu’une donnée fondée
scientifiquement, les « trucs et astuces » sont des conseils fortement orientés
sur la pratique et tentent parfois maladroitement de répondre au
« Comment ? » mais pas au « Pourquoi ? »
L’approche interculturelle, quant à elle, permet de souligner deux
chemins différents, qui tendent parfois à se rejoindre mais surtout qui
échangent. D’un côté, un certain conservatisme vis-à-vis des règles de la
rhétorique antique met en avant l’acte de langage et son héritage des lettres
françaises, notamment. De l’autre côté, une progression vers un « show à
l’américaine » propose une prise de parole où la forme du message et le
divertissement sont rois. Alors qu’en Belgique les professionnels s’attaquent
souvent à différentes parties du processus de communication orale, les
professionnels canadiens – sous l’influence américaine – se spécialisent et
poussent le souci du détail à son paroxysme.
Parce que complémentaires, la fusion des deux disciplines et de ses
différentes cultures permettrait de penser l’oralité dans sa globalité (sa
forme et son fond), nourrie de théories scientifiques et d’une pratique
oratoire professionnelle.
Bien entendu, les cherches sur la prise de parole en public ne
peuvent s’arrêter ici. Le terrain montre clairement que des recherches sur la
réception des prises de parole, sur les personnes qui participent au coaching
ou sur celles qui lisent les ouvrages d’auto-apprentissage pourraient
compléter cette étude. Connaitre de manière précise les attentes des
récepteurs vis-à-vis de la prise de parole et l’évolution de leurs attentes
permettrait également de mieux adapter les communications orales
effectuées à leurs besoins et d’ainsi augmenter l’efficacité de la transmission
d’un message par voie orale.
75
Postface
Toutes les recherches présentées et analysées dans ce mémoire ont
été réalisées dans deux buts. Tout d’abord dans celui de mieux comprendre
le terrain et de faire le point sur les pratiques effectives en Belgique
francophone et dans la partie Ottavienne du Canada ; ensuite, dans le but
ultime – si possible – de penser une nouvelle approche alliant le théâtre et la
communication : deux disciplines qui initialement semblaient
complémentaires et dont la complémentarité a été démontrée à plusieurs
reprises.
Il est maintenant évident que cette complémentarité du théâtre et de
la communication peuvent être concrétisée dans une approche nouvelle et
que cette approche peut être conceptualisée sous la forme du jeu : Le jeu de
la prise de parole en public. Cette conceptualisation alors inimaginable au
début de ces recherches recoupe a posteriori et partiellement l’utilisation du
jeu comme conceptualisation dans les sciences humaines (et plus
particulièrement en sociologie) et le théâtral qui appartient à la catégorie du
jeu, dans lequel on retrouve le jeu théâtral et le jeu dramatique112. Cette
découverte corrobore et conforte cette approche développée dans l’ouvrage
joint à ce travail initial de recherche.
BESSON Jean-Louis, Apprendre (par) le théâtre, Centre d’études Théâtrales,
112
Université Catholique de Louvain, 34/2005, p. 13.
76
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Terrain étudié
En Belgique francophone :
- Interviewé n° 1, Le 28 octobre 2015, Louvain-la-Neuve,
retranscription n° 1
- Interviewé n° 2, Le 30 octobre 2015, Bruxelles, retranscription n° 2
- Grille d’analyse n° 2, APPP – Fiche d’évaluation de… , Le 30
octobre 2015, Bruxelles
- Interviewé n° 3, Le 9 novembre 2015, Chastre, retranscription n° 3
- Interviewé n° 4, Le 9 novembre 2015, Bruxelles, retranscription n° 4
- Interviewé n° 5, Le 13 novembre 2015, Bruxelles, retranscription n°
5
- Interviewé n° 6, Le 8 février 2016, Bruxelles, retranscription n° 6
- Interviewé n° 7, Le 22 février 2016, Bruxelles, retranscription n° 7
- Interviewé n° 8, Le 22 février 2016, Bruxelles, retranscription n° 8
- Interviewé n° 9, Le 7 mars 2016, Bruxelles, retranscription n° 9
- Interviewé n° 10, Le 14 mars 2016, Bruxelles, retranscription n° 10
- Interviewé n° 11, Le 21 mars 2016, Bruxelles, retranscription n° 11
- Grille d’analyse n° 11, Feuilles d’observation nos1, 2, 3, Les 12-13
mars 2016, Bruxelles
- Interviewé n° 12, Le 14 avril 2016, Bruxelles, retranscription n° 12
- Interviewé n° 13, Le 18 avril 2016, Thuin, retranscription n° 13
- Interviewé n° 14, Le 26 avril 2016, Liège, retranscription n° 14
- Interviewé n° 15, Le 26 avril 2016, Bruxelles, retranscription n° 15
- Interviewé n° 16, Le 25 avril 2016, Louvain-la-Neuve,
retranscription n° 16
Au Canada
- Interviewé n° 17, Le 13 septembre 2016, Ottawa
- Interviewé n° 18, Le 15 septembre 2016, Ottawa
- Interviewé n° 19, Le 19 septembre 2016, Ottawa
- Interviewé n° 20, Le 17 octobre 2016, Ottawa
- Interviewé n° 21, Le 20 octobre 2016, Ottawa
- Interviewé n° 22, Le 16 novembre 2016, Ottawa
81
- Interviewé n° 23, Le 16 novembre 2016, Ottawa
- Interviewé n° 24, Le 17 novembre 2016, Ottawa
- Interviewé n° 25, Le 18 novembre 2016, Ottawa
- Interviewé n° 26, Le 29 novembre 2016, Ottawa
- Interviewé n° 27, Le 9 décembre 2016, Ottawa
82
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84
Le coaching de la prise de parole en public est un phénomène de plus en plus répandu,
que ce soit en Belgique francophone ou à Ottawa, au Canada. Au travers de l’analyse
de ces différents témoignages et ouvrages de professionnels, il apparait que le point de
vue qu’un professionnel sur la discipline dépend de son parcours et qu’il existe autant
de profils que d’approches de la prise de parole en public. Certaines différences
culturelles sont également à souligner, même si les échanges d’un côté à l’autre de
l’Atlantique sont nombreux. Il ressort clairement que le théâtre et la communication sont
deux disciplines qui facilitent la prise de parole en public et son apprentissage. Bien que
la première s’occupe globalement de la forme et que la deuxième s’occupe du contenu,
elles sont imbriquées et ne peuvent être totalement dissociées dans l’exercice de la
communication orale.
Cette partie de mémoire-projet constitue le socle théorique à partir duquel Le jeu de la
prise de parole en public a été construit.
Mots-clés : communication orale ; prise de parole en public ; coaching ;
communication ; théâtre.
Ruelle de la Lanterne Magique 14, 1348 Louvain-la-Neuve, Belgique
[Link]/comu