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Microfinance Et Développement Au Sénégal: Quelle Transition ?

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Microfinance Et Développement Au Sénégal: Quelle Transition ?

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2021 13:38

Économie et Solidarités

Microfinance et développement au Sénégal : quelle transition ?


Ndeye Sine

Les générations et l’économie sociale Résumé de l'article


Volume 39, numéro 2, 2008 Ce texte est une analyse de la pertinence de la microfinance dans le processus
de développement au Sénégal. Il examine dans une perspective
URI : [Link] socioéconomique les dimensions économiques, sociales et politiques qui sont
DOI : [Link] mobilisées par les institutions de microfinance. Sous des formes
institutionnelles différentes (projets à volet crédit, projets de crédits directs,
mutuelles ou coopératives d’épargne et de crédit), celles-ci ont ciblé à l’origine
Aller au sommaire du numéro
les populations les plus pauvres. Les objectifs semblent avoir évolué et les
approches se complexifient. À la lumière de tout ceci, notre analyse tente de
mettre en exergue les points d’achoppement qui ralentissent la transition
Éditeur(s) d’une microfinance comme mécanisme de financement des populations
pauvres vers une microfinance comme dispositif pour le développement.
CIRIEC-Canada

ISSN
1923-0818 (numérique)

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Citer cet article


Sine, N. (2008). Microfinance et développement au Sénégal : quelle transition ?
Économie et Solidarités, 39(2), 101–115. [Link]

Tous droits réservés © CIRIEC-Canada, 2010 Ce document est protégé par la loi sur le droit d’auteur. L’utilisation des
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Hors
thème
 


Microfinance
et
développement
au

Sénégal
:
quelle
transition
?












 

RÉSUMÉ
 •
 Ce
 texte
 est
 une
 analyse
 de
 la
 pertinence
 de
 la
 microfinance
 dans
 le


processus
 de
 développement
 au
 Sénégal.
 Il
 examine
 dans
 une
 perspective

NDEYE
SINE
 socioéconomique
 les
 dimensions
 économiques,
 sociales
 et
 politiques
 qui
 sont

Chercheuse
postdoctorale

Département
de
travail
social

mobilisées
par
les
institutions
de
microfinance.
Sous
des
formes
institutionnelles

et
des
sciences
sociales
 différentes
 (projets
 à
 volet
 crédit,
 projets
 de
 crédits
 directs,
 mutuelles
 ou

Université
du
Québec
en
Outaouais
 coopératives
d’épargne
et
de
crédit),
celles‐ci
ont
ciblé
à
l’origine
les
populations

[Link]@[Link]
 les
 plus
 pauvres.
 Les
 objectifs
 semblent
 avoir
 évolué
 et
 les
 approches
 se

complexifient.
À
la
lumière
de
tout
ceci,
notre
analyse
tente
de
mettre
en
exergue

les
points
d’achoppement
qui
ralentissent
la
transition
d’une
microfinance
comme

mécanisme
 de
 financement
 des
 populations
 pauvres
 vers
 une
 microfinance

comme
dispositif
pour
le
développement.


ABSTRACT
 •
 This
 text
 is
 an
 analysis
 of
 the
 relevance
 of
 microfinance
 for
 the

development
 process
 in
 Senegal.
 It
 examines
 economic,
 social,
 and
 political

dimensions
 mobilized
 by
 microfinance
 institutions
 under
 a
 socio‐economic

perspective.
 Through
 various
 institutional
 forms
 (projects
 with
 a
 credit

component,
 direct
 credit,
 savings
 and
 credit
 cooperatives
 or
 mutual
 plans),
 they

initially
 targeted
 the
 poorest
 populations.
 The
 objectives
 appear
 to
 have
 evolved

and
 approaches
 are
 increasingly
 multi‐faceted.
 In
 light
 of
 all
 of
 this,
 our
 analysis

tries
 to
 identify
 a
 number
 of
 stumbling
 blocks
 that
 slow
 down
 the
 transition
 of

microfinance
from
a
funding
mechanism
for
the
poor
to
a
tool
for
development.


RESUMEN
•
Este
texto
analiza
la
pertinencia
de
las
microfinanzas
en
el
proceso
de

desarrollo
 en
 Senegal.
 Bajo
 una
 perspectiva
 socioeconómica
 se
 examinan
 las

dimensiones
 económicas,
 sociales
 y
 políticas
 que
 movilizan
 las
 instituciones
 de

microfinanzas.
 A
 través
 de
 diversas
 formas
 institucionales
 (proyectos
 con

componente
de
crédito,
proyectos
de
crédito
directo,
mutuales
o
cooperativas
de

ahorro
 y
 crédito)
 originalmente
 se
 orientaron
 a
 las
 poblaciones
 más
 pobres

aunque
 los
 objetivos
 parecen
 haber
 evolucionado
 y
 los
 enfoques
 se
 fueron

complejizando.
Desde
esta
óptica,
el
análisis
intenta
destacar
los
cuellos
de
botella

que
 limitan
 la
 transición
 de
 la
 microfinanza
 como
 mecanismo
 de
 financiamiento

para
las
poblaciones
pobres,
a
la
microfinanza
como
mecanismo
para
el
desarrollo.


—
•
—



 101

INTRODUCTION



Quelle
est
la
pertinence
de
la
microfinance
dans
le
processus
de
développement
au
Sénégal
?
Nous

avons
tenté
de
répondre
à
cette
question
par
l’analyse
de
trois
institutions
de
microfinance
(IMF),

différentes
 dans
 leurs
 approches
 mais
 qui
 se
 rejoignent
 dans
 leurs
 objectifs
 de
 lutte
 contre
 la

pauvreté
 à
 travers
 l’insertion
 économique
 des
 populations.
 Il
 s’agit
 de
 l’Union
 des
 mutuelles
 du

partenariat
 pour
 la
 mobilisation
 de
 l’épargne
 et
 du
 crédit
 au
 Sénégal
 (UM‐PAMECAS1),
 de
 l’Union

des
mutuelles
d’épargne
et
de
crédit
de
l’Union
nationale
des
commerçants
et
industriels
du
Sénégal

(UMECU/DEF2)
ainsi
que
du
Programme
d’appui
aux
micro‐entreprises
(PAME3).
Mais,
au‐delà
des

pratiques
 locales
 et
 nationales,
 la
 microfinance,
 par
 ses
 objectifs
 et
 les
 orientations
 qu’elle
 prend,

s’inscrit
dans
un
débat
théorique
lié
aux
programmes
de
développement
et
s’exerce
selon
différents

modes
d’intervention.
L’analyser
comme
outil
pertinent
pour
le
financement
du
développement
au

Sénégal
demande
donc
de
comprendre
les
mécanismes
économiques
et
sociaux
qui
la
sous‐tendent.




 Pays
 sous‐développé,
 le
 Sénégal
 se
 classe
 au
 156e
rang
 sur
 177
 selon
 l’indice
 de

développement
humain
(IDH)
des
Nations
Unies
et
présente
un
taux
de
chômage
de
45
%
(PNUD,

2006).
 Différentes
 réponses
 sont
 apportées
 à
 la
 demande
 sociale
 d’insertion
 économique
 des

populations
et
de
financement
du
développement
par
l’État.
Parmi
celles‐ci,
notons
la
promotion
de

l’emploi
 non
 salarié
 (Fall,
 1997)
 et
 une
 plus
 grande
 attention
 au
 secteur
 dit
 informel
 dont
 le

dynamisme
 révèle
 la
 proactivité
 des
 populations
 (Niang,
 1996).
 Cette
 dynamique
 d’auto‐prise
 en

charge
laisse
voir
de
petites
activités
rémunératrices
qui
ne
sont
pas
seulement
inscrites
dans
des

logiques
 marchandes.
 Elles
 sont
 associées
 à
 des
 processus
 sociaux
 et
 culturels
 (Castel,
 2003)4.

Mieux,
 plus
 qu’un
 filet
 de
 sécurité,
 ces
 activités
 à
 la
 fois
 marchandes
 et
 non
 marchandes
 (Laville,

1999)
constituent
de
véritables
ruches
pour
les
populations
défavorisées.
Bref,
le
Sénégal
a
fini
par

comprendre
 que
 son
 développement
 ne
 pouvait
 se
 faire
 en
 dehors
 des
 activités
 relevant
 de
 ce

secteur
dit
«
informel
»
qui
participe
à
hauteur
de
40
%
au
PIB.
Une
autre
raison
semble
expliquer
la

réorientation
dans
la
démarche
de
l’État.
Il
s’agit
de
la
réorganisation
de
l’espace
public5
sénégalais.

Celui‐ci
s’est
reconfiguré
autour
de
partenaires
au
développement
moins
directif,
plus
partenarial,

ayant
 pour
 objectif
 d’accompagner
 l’insertion
 économique
 des
 populations
 plutôt
 que
 de
 leur

imposer
des
choix
(Ly,
2002).




 Mais
 les
 changements
 dans
 les
 formes
 d’intervention
 de
 l’État
 et
 dans
 les
 rapports
 avec
 les

partenaires
 au
 développement
 ne
 sont
 pas
 des
 phénomènes
 isolés.
 En
 fait,
 une
 analyse
 fine
 laisse

voir
 qu’au
 moins
 deux
 démarches
 ont
 participé
 à
 la
 réorganisation
 de
 l’espace
 socioéconomique

ainsi
 qu’à
 la
 redistribution
 des
 rôles.
 Il
 y
 a
 eu
 d’abord
 une
 remise
 en
 cause
 de
 la
 vision

ethnocentriste
 du
 développement6,
 qui
 a
 légitimé
 de
 nombreuses
 analyses
 sur
 les
 capacités

régulatrices
 de
 l’économie
 dite
 informelle.
 Aujourd’hui
 l’économie
 est
 davantage
 appréhendée

comme
 un
 procès
 social
 (Granovetter,
 2000)
 susceptible
 d’être
 organisé
 de
 plusieurs
 manières

(Lélart,
 1991
;
 Lautier
 et
 al.,
 1991).
 Ensuite,
 les
 besoins
 récurrents
 de
 crédit
 des
 populations
 non

bancarisées
en
Afrique
(Servet,
2002)
et
la
mobilisation
d’ONG
qui
valorisent
les
activités
atypiques

ont
 favorisé
 des
 formules
 de
 financement
 plus
 souples
 et
 plus
 diversifiées
 au
 sein
 de
 l’Union


102
 Économie
et
Solidarités,
volume
39,
numéro
2,
2008

économique
 monétaire
 ouest‐africaine
 (UEMOA).
 Les
 activités
 entreprises
 par
 les
 populations

locales
 ont
 donc
 fini
 par
 être
 appuyées
 par
 l’État
 avec
 le
 recours
 à
 des
 structures
 financières

décentralisées
(SFD).




 C’est
donc
dans
la
perspective
d’une
approche
socioéconomique
(Lévesque
et
Mendell,
1999
;

Ominami,
 1986)
 que
 nous
 avons
 tenté
 de
 relire
 la
 microfinance
 à
 travers
 la
 grille
 de
 l’économie

sociale
(Comeau,
1997
;
Defourny
et
al.,
1999).
Les
données
présentées
ici
sont
tirées
de
notre
thèse

de
doctorat
(Sine,
2008)
qui
a
porté
sur
l’évaluation
comparative
des
trois
IMF.
Inscrits
autour
d’une

double
 interrogation
 sur
 les
 mécanismes
 et
 les
 conditions
 par
 lesquels
 les
 IMF
 participent
 à
 la

création
de
richesse
au
Sénégal,
l’UM‐PAMECAS,
l’UMECU
et
le
PAME
ont
constitué
nos
«
cas7
».
Ils

ont
été
appréhendés
dans
une
démarche
à
dominante
qualitative
à
l’aide
d’entrevues
individuelles

et
de
groupes
(60)
et
d’observations
participantes.
Le
travail
s’est
aussi
appuyé,
en
amont
et
en
aval

de
 l’enquête
 de
 terrain,
 sur
 un
 matériel
 informatif
 étayé,
 recueilli
 grâce
 à
 une
 recherche

documentaire
assez
diversifiée8.



 Nous
 avons
 ainsi
 situé
 notre
 démarche
 dans
 une
 perspective
 de
 compréhension
 des
 actions

économiques,
sociales
et
politiques
menées
autour
de
la
microfinance
afin
de
mettre
en
évidence
ce

qui
 fait
 la
 cohérence
 et
 l’efficacité
 de
 ces
 actions.
 Cette
 perspective
 requiert
 une
 analyse
 à
 deux

niveaux
:
 d’abord
 l’évolution
 des
 processus
 par
 lesquels
 l’objectif
 de
 financement
 des
 populations

doit
 être
 atteint
 à
 travers
 les
 formes
 institutionnelles
 et
 organisationnelles,
 ensuite
 le
 résultat
 qui

devrait
 être
 la
 consolidation
 d’activités
 performantes
 et
 le
 déploiement
 des
 économies
 locales.
 Ce

qui
 met
 en
 lumière
 les
 logiques
 politiques
 et
 sociales
 qui
 sont
 mobilisées,
 en
 plus
 des
 logiques

économiques
pour
insérer
et
renforcer
les
capacités
des
populations.
Le
travail
que
nous
proposons

est
donc
tiré
de
l’interprétation
des
données
de
cette
recherche
sur
la
microfinance
au
Sénégal.
Nous

jetterons
 d’abord
 un
 éclairage
 sur
 l’évolution
 des
 objectifs
 de
 la
 microfinance
 et
 ses
 différentes

finalités
 qui
 commandent
 des
 modes
 d’intervention
 différenciés.
 Ensuite,
 nous
 examinerons
 les

réponses
 que
 la
 microfinance
 apporte
 et
 les
 dynamiques
 qu’elle
 impulse
 aux
 différents
 acteurs.

Cette
 appréciation
 nous
 permettra
 de
 trouver
 des
 passerelles
 capables
 de
 faciliter
 la
 transition

d’une
microfinance
au
service
des
pauvres
à
une
microfinance
comme
dispositif
de
développement.



DE
LA
COMPRÉHENSION
DE
LA
MICROFINANCE


Alors
que
le
microcrédit
est
perçu
d’abord
comme
un
moyen
d’octroyer
le
crédit
aux
populations
les

plus
 démunies9,
 la
 microfinance
 est
 utilisée
 principalement
 comme
 un
 outil
 de
 développement

économique.
Les
SFD
étaient
à
l’origine
destinées
à
appuyer
le
financement
du
développement
à
la

base
 dans
 le
 milieu
 rural.
 Mais
 l’échec
 de
 nombreux
 projets
 des
 banques
 classiques
 de

développement
 autorisait
 de
 nouvelles
 formules
 de
 microfinancement.
 Celles‐ci
 se
 feront
 par
 la

mise
en
place
d’une
offre
de
crédit
plus
large
qui
intègre,
dans
son
déploiement,
les
programmes
de

lutte
contre
la
pauvreté.
Pour
appuyer
le
crédit
et
répondre
efficacement
aux
nouveaux
besoins,
des

outils
 financiers
 et
 non
 financiers
 comme
 l’épargne,
 la
 micro‐assurance,
 le
 transfert
 d’argent
 et
 la

formation
seront
mobilisés.
Cette
dynamique
a
participé
à
la
mise
en
place
de
la
microfinance
dans


Économie
et
Solidarités,
volume
39,
numéro
2,
2008
 103

son
 acception
 actuelle.
 De
 plus,
 la
 diversification
 des
 services
 et
 cibles
 autorisait
 une
 meilleure

pénétration
 géographique.
 L’élément
 majeur
 dans
 ce
 changement
 reste
 l’attention
 portée
 sur

l’épargne.
 Pour
 certains,
 cela
 procède
 d’une
 valorisation
 du
 processus
 de
 démocratisation
 des

ressources
(Thiveaud,
1997).
Pour
d’autres,
cette
démarche
répond
à
des
objectifs
de
financement

du
 développement
 par
 des
 ressources
 propres
 (Bartoli,
 1999
;
 Gélinas,
 1994).
 Cette
 dernière

conviction
 s’est
 renforcée
 à
 la
 suite
 des
 études
 réalisées
 sur
 le
 dynamisme
 du
 secteur
 informel
 et

l’importance
de
ses
circuits
monétaires
(Lélart,
1991
;
Hane
et
Gaye,
1994).
Mais
regardons
de
plus

près
la
microfinance.


 Dans
 le
 langage
 courant,
 la
 microfinance
 se
 confond
 généralement
 avec
 le
 microcrédit.
 En

2005,
 année
 internationale
 du
 microcrédit,
 le
 Groupe
 consultatif
 pour
 l’assistance
 aux
 pauvres

(CGAP)
définissait
ainsi
la
microfinance
:

L’offre
 de
 services
 financiers
 (microcrédit,
 micro‐assurance,
 etc.)
 aux
 populations



pauvres,
 exclues
 du
 système
 bancaire,
 sans
 ressource
 ni
 droit
 de
 propriété
 […].
 Les

services
 financiers
 dont
 les
 pauvres
 ont
 besoin
 incluent
 des
 prêts
 de
 fonds
 de

roulement,
 le
 crédit
 à
 la
 consommation,
 l’épargne,
 l’assurance
 et
 des
 services
 de

transfert
d’argent10.



 Dans
 la
 même
 veine,
 la
 définition
 de
 la
 Direction
 de
 la
 microfinance
 du
 Sénégal11
 reste
 tout

aussi
vague.
Si
elle
renseigne
sur
les
différents
services
que
la
microfinance
offre,
elle
laisse
de
côté

les
 processus
 de
 participation
 des
 populations
 et
 l’intermédiation
 sociale,
 ne
 relevant
 que
 l’aspect

financier.
 Le
 microcrédit
 y
 apparaît
 comme
 un
 produit
 de
 la
 microfinance,
 parmi
 d’autres.
 Il
 s’est

développé
 au
 Sénégal
 spécifiquement
 autour
 des
 populations
 sans
 ou
 à
 très
 faible
 revenu.
 En

revanche,
 la
 microfinance
 s’est
 déployée
 en
 tant
 qu’approche
 du
 développement
 économique
 qui

déborde
 les
 populations
 à
 faibles
 revenus.
 Ainsi,
 si
 l’on
 s’accorde
 sur
 l’objectif
 de
 lutter
 contre
 la

pauvreté,
des
différences
sur
la
manière
de
le
faire
sont
rapidement
apparues.
Un
éclairage
sur
les

finalités
 et
 les
 modes
 d’intervention
 permet
 de
 distinguer
 ce
 qui
 relève
 du
 microcrédit
 ou
 de
 la

microfinance.



 L’analyse
 de
 la
 finalité
 des
 IMF
 dévoile
 deux
 approches
 qui
 cherchent
 à
 se
 concilier.
 Une

approche
 à
 finalité
 sociale,
 selon
 laquelle
 la
 microfinance
 doit
 être
 accessible
 aux
 personnes

pauvres.
Le
microcrédit
semble
être
inscrit
dans
cette
dynamique
dont
la
finalité
est
l’augmentation

du
capital
social
et
de
l’autonomie12
(Iserte
et
Lapenu,
2003).
Et
une
autre
approche
qui,
bien
que

partageant
l’objectif
de
lutte
contre
la
pauvreté,
se
focalise
sur
l’atteinte
d’une
viabilité
financière
et

d’une
 pérennisation
 institutionnelle.
 Le
 développement
 de
 services
 et
 produits
 financiers
 par
 la

microfinance
renforce
cette
volonté.
Cependant,
une
telle
approche
ne
manque
pas
de
critiques
du

fait
 qu’elle
 peut
 inciter
 à
 cibler
 les
 moins
 pauvres
 parmi
 les
 pauvres.
 Ces
 finalités
 implicites

impulsent
des
modes
d’intervention
différenciés.

104
 Économie
et
Solidarités,
volume
39,
numéro
2,
2008

Des
modes
d’intervention
diversifiés



L’analyse
 des
 modes
 d’intervention
 renseigne
 sur
 les
 formes
 institutionnelles
 que
 prend
 la

microfinance
 au
 Sénégal
 et
 dans
 l’UEMOA13
:
 projets
 à
 volet
 crédit,
 expériences
 de
 crédit
 direct,

mutuelles
 ou
 coopératives
 d’épargne
 et
 de
 crédit.
 Elle
 met
 aussi
 en
 exergue
 les
 choix
 entre
 la

participation
 des
 membres
 et
 l’accompagnement
 des
 clients.
 De
 façon
 systématique,
 on
 peut
 voir

trois
 types
 d’interventions
 sur
 l’espace
 financier
 qui
 ciblent
 directement
 ou
 indirectement
 les

populations
 pauvres.
 Certaines
 structures
 sont
 préfinancées
 par
 des
 bailleurs
 à
 des
 taux
 bonifiés.

Les
 expériences
 de
 crédit
 direct
 comme
 le
 PAME
 bénéficient
 de
 ce
 type
 de
 financement.
 D’autres

sont
 des
 organisations
 à
 visée
 sociale
 qui
 inscrivent
 l’outil
 financier
 dans
 leur
 programme
 de

développement
des
communautés.
C’est
le
cas
des
projets
à
volet
crédit.
D’autres
encore
s’appuient

sur
 la
 mutualisation
 des
 ressources
 et
 sur
 l’action
 collective
 pour
 financer
 les
 populations.
 Les

mutuelles
 ou
 coopératives
 comme
 le
 PAMECAS
 et
 l’UMECU
 relèvent
 de
 cette
 troisième
 forme

d’intervention.
Les
projets
à
volet
crédit
et
les
projets
de
crédits
directs
sont
constitués
sous
forme

de
structures
non
mutualistes.
Ils
offrent
principalement
des
services
de
crédit
et
traitent
avec
des

clients,
 alors
 que
 les
 structures
 mutualistes
 fonctionnent
 de
 façon
 collective
 avec
 des
 membres
 et

proposent
 plusieurs
 produits
 financiers.
 Aussi,
 l’une
 et
 l’autre
 forme
 contribuent
 différemment
 à

redonner
 du
 pouvoir
 aux
 populations,
 soit
 en
 permettant
 à
 leurs
 membres
 de
 participer
 au

processus
 de
 fonctionnement
 et
 de
 définition
 des
 services
;
 soit
 en
 offrant
 à
 leurs
 clients
 des

services
d’accompagnement.



 L’accompagnement
se
décline
sous
différentes
formes
:
organisation
des
populations
par
des

groupements,
 renforcement
 de
 la
 confiance,
 formation
 et
 gestion
 des
 compétences,
 etc.
 Mais
 la

problématique
de
l’accompagnement
laisse
voir
une
différence
d’opinions
quant
à
son
opportunité.

Pour
l’approche
minimaliste,
les
IMF
doivent
se
limiter
à
l’offre
de
services
financiers.
En
revanche,

pour
 l’approche
 intégrée,
 les
 services
 financiers
 doivent
 s’appuyer
 sur
 une
 intermédiation
 sociale

pour
 une
 bonne
 performance14
 (Guérin,
 1995
;
 Ledgerwood,
 1998).
 Ainsi,
 si
 l’on
 s’accorde
 sur
 la

nécessité
d’une
intermédiation
sociale,
on
ne
s’entend
pas
sur
la
prise
en
charge,
l’internalisation
ou

non
de
la
formation
et
de
la
gestion
des
compétences
des
populations
au
sein
de
l’IMF15.
Par
ailleurs,

les
IMF
mutualistes
et
non
mutualistes
semblent
converger
vers
des
formes
d’intermédiation
sociale

qui
facilitent
l’accès
au
crédit
et
la
maîtrise
du
risque
de
crédit.
Le
cautionnement
mutuel16
dans
ses

multiples
formes
en
est
un
exemple.
C’est
dire
que,
quelles
que
soient
leurs
formes
institutionnelles,

toutes
les
IMF
s’appuient
sur
la
proximité
et
la
confiance.




 Ces
 considérations
 faites,
 la
 distinction
 qui
 semble
 la
 plus
 évidente
 entre
 les
 institutions
 de

microcrédit
et
de
microfinance
se
trouve
dans
l’offre
de
services,
à
la
fois
dans
sa
diversité
et
dans

ses
 formes.
 Cette
 distinction
 ressort
 davantage
 dans
 le
 caractère
 mutualiste
 qui
 autorise
 la

mobilisation
de
l’épargne.
Les
structures
mutualistes
reçoivent
l’épargne
locale
pour
la
redistribuer

et
 elles
 cherchent
 à
 s’autonomiser
 financièrement.
 En
 revanche,
 les
 institutions
 non
 mutualistes

accompagnent
 les
 populations
 sur
 la
 base
 de
 fonds
 externes.
 Alors
 que
 l’épargne
 est
 obligatoire

dans
le
premier
cas
de
figure,
dans
le
second
elle
est
libre
et
volontaire.
Cependant,
des
institutions

de
microcrédit
peuvent
se
muer
en
une
forme
mutualiste
pour
consolider
leurs
acquis
et
fidéliser


Économie
et
Solidarités,
volume
39,
numéro
2,
2008
 105

leurs
 clients17.
 Finalement,
 nous
 retenons
 le
 microcrédit
 comme
 une
 offre
 de
 services
 financiers

uniques
ou
comme
un
produit
qui
peut
être
dans
la
gamme
offerte
par
la
microfinance,
à
l’image
de

la
micro‐assurance18.

De
l’efficacité
des
formes
institutionnelles



Cet
 effort
 d’éclairage
 sur
 le
 passage
 du
 microcrédit
 à
 la
 microfinance
 nous
 offre
 des
 éléments
 de

compréhension
d’une
logique
de
développement,
non
plus
d’appoint
mais
d’ancrage
social,
qui
tend

vers
une
meilleure
implication
des
populations.
La
forme
institutionnelle
que
prend
la
microfinance

constitue
 donc
 le
 véhicule
 pour
 mener
 à
 bien
 le
 projet
 de
 répondre
 efficacement
 aux
 besoins
 des

populations.
 L’analyse
 des
 IMF
 au
 Sénégal
 (Sine,
 2008)
 a
 montré
 que
 la
 mutuelle
 d’épargne
 et
 de

crédit
 comme
 forme
 institutionnelle
 constitue
 la
 formule
 la
 plus
 efficace
 dans
 le
 financement
 des

populations
 pauvres,
 du
 fait
 de
 sa
 capacité
 de
 mobilisation
 de
 l’épargne
 et
 de
 sa
 gestion

participative.
Mieux,
à
la
fois
pour
le
PAMECAS
et
l’UMECU,
le
fait
que
le
portefeuille
de
prêts
soit

alimenté
 plus
 par
 l’épargne
 que
 par
 les
 emprunts
 témoigne
 de
 leur
 vitalité
 et
 de
 leur
 autonomie

opérationnelle
 (Sine,
 2008).
 Dans
 la
 gestion,
 le
 partage
 du
 pouvoir
 est
 validé
 par
 une
 démocratie

représentative
s’appuyant
sur
des
organes
de
gestion.
La
participation
est
différenciée
en
fonction

des
 rôles
 et
 des
 responsabilités.
 Cependant,
 sous
 le
 label
 de
 mutuelle
 d’épargne
 et
 de
 crédit
 la

gestion
 peut
 prendre
 plusieurs
 formes.
 Elle
 peut
 être
 participative
 dans
 les
 principes
 avec
 une

démarche
basée
plus
sur
l’expertise
que
sur
le
respect
des
rôles.
Ces
situations
sont
fréquentes
avec

la
 constitution
 des
 IMF
 en
 réseaux.
 Du
 fait
 de
 leur
 taille,
 de
 telles
 structures
 s’appuient
 sur
 la

planification
 pour
 fonctionner,
 au
 risque
 de
 voir
 la
 participation
 des
 membres
 s’effriter.
 En

revanche,
 la
 gestion
 peut
 aussi
 se
 faire
 de
 façon
 collective.
 C’est
 souvent
 le
 cas
 des
 structures

autogérées
comme
l’UMECU.




 Les
 IMF
 dévoilent
 ainsi
 des
 fonctionnements
 qui
 obéissent
 à
 des
 logiques
 de
 performance

différentes.
 Dans
 l’organisation
 d’abord,
 on
 semble
 opter
 pour
 une
 configuration
 du
 travail
 qui

balise
 une
 décentralisation
 du
 pouvoir.
 Ce
 pouvoir
 hiérarchisé
 met
 en
 évidence
 deux
 formes
 de

leadership.
 Dans
 les
 structures
 non
 mutualistes
 comme
 le
 PAME,
 le
 leadership
 est
 exercé
 par
 le

directeur
 ou
 le
 gérant.
 Dans
 les
 structures
 mutualistes,
 il
 est
 partagé
 entre
 élus
 et
 techniciens.
 Il

peut
 arriver
 que
 les
 élus
 valident
 plus
 qu’ils
 ne
 décident.
 Ensuite,
 dans
 l’offre
 de
 services,
 les
 IMF

mutualistes
proposent
une
gamme
plus
diversifiée
et
présentent
des
taux
de
pénétration
beaucoup

plus
importants19.
En
fait,
la
possibilité
de
se
constituer
ou
de
s’affilier
à
un
réseau
leur
permet
de

toucher
 une
 population
 plus
 large
 et
 d’accéder
 à
 des
 ressources
 supplémentaires.
 En
 plus
 des

logiques
 de
 développement,
 l’organisation
 et
 l’offre
 de
 services
 répondent
 aussi
 à
 une
 volonté

d’accumulation
 pour
 les
 structures
 mutualistes,
 tandis
 que
 les
 non‐mutualistes
 se
 déploient
 plus

dans
 le
 renforcement
 des
 capacités
 des
 populations.
 Mais
 les
 IMF
 sont‐elles
 assez
 efficaces
 pour

impulser
 un
 développement
 socioéconomique
?
 Avant
 de
 tenter
 une
 réponse
 à
 cette
 question,
 il

nous
 semble
 important
 de
 relever
 le
 fait
 que
 la
 microfinance
 semble
 inscrite
 différemment
 dans

plusieurs
 perspectives
 qui
 s’enchaînent
 et
 s’entremêlent
:
 insertion
 économique,
 lutte
 contre
 la

pauvreté,
développement.



106
 Économie
et
Solidarités,
volume
39,
numéro
2,
2008

DE
LA
MICROFINANCE
COMME
DISPOSITIF
POUR
LE
DÉVELOPPEMENT


Aujourd’hui
 encore,
 après
 les
 ajustements
 structurels,
 le
 Sénégal
 cherche
 à
 construire
 un
 tissu

socioéconomique
 efficace,
 capable
 de
 faire
 face
 à
 la
 pauvreté20
 et
 d’impulser
 une
 dynamique
 de

développement.
 Au‐delà
 des
 objectifs
 de
 lutte
 contre
 la
 pauvreté,
 poser
 la
 microfinance
 comme

dispositif
de
développement
ouvre
de
nouvelles
perspectives
d’intervention.
Comme
les
banques
de

développement,
la
microfinance
a
été
mobilisée
au
service
du
développement.
Mais,
contrairement

aux
banques,
la
nouvelle
formule
de
microfinancement
est
encore
l’objet
d’un
grand
engouement21.

Faut‐il
rattacher
la
microfinance
au
système
financier
bancaire
et
commercial
ou
faut‐il
simplement

la
juxtaposer
à
celui‐ci
pour
en
faire
un
outil
transitoire
?
Le
Sénégal
en
est
aujourd’hui
à
ce
débat.

La
 place
 que
 la
 microfinance
 occupe
 dans
 le
 dispositif
 financier
 mais
 aussi
 la
 demande
 encore

latente
 de
 la
 population
 en
 crédit
 semblent
 requérir
 son
 insertion.
 Mais
 ne
 faut‐il
 pas
 commencer

par
 la
 lier
 de
 façon
 opérationnelle
 aux
 objectifs
 de
 développement
?
 Pour
 faire
 de
 la
 microfinance

une
stratégie
efficace
de
financement
du
développement,
il
apparaît
important
de
comprendre
et
de

corriger
d’abord
les
différentes
contraintes
auxquelles
celle‐ci
est
confrontée.
La
compréhension
des

stratégies
 et
 limites
 des
 IMF
 ouvre
 ainsi
 une
 avenue
 pour
 relever
 les
 passerelles
 possibles
 entre

microfinance
et
développement.


Le
financement
des
populations
:
entre
stratégies
et
contraintes


Comme
le
financement
des
populations
sans
ou
à
faible
revenu
semble
se
décliner
comme
objectif

premier
 des
 IMF,
 il
 nous
 paraît
 évident
 de
 supposer
 à
 ce
 niveau
 l’arrimage
 de
 la
 microfinance
 au

développement.
Dans
leurs
démarches,
les
IMF
mettent
en
évidence
trois
stratégies
de
financement

des
populations.
La
première
s’adresse
aux
groupes
les
plus
vulnérables
afin
de
les
aider
à
démarrer

une
 activité.
 Les
 IMF
 interviennent
 sur
 cette
 catégorie
 de
 populations
 par
 des
 méthodologies

particulières
qui
relèvent
plus
du
microcrédit
:
petits
montants,
pas
de
garantie
préalable,
caution

solidaire,
 etc.
 Les
 IMF
 mutualistes
 pèchent
 souvent
 dans
 la
 prise
 en
 compte
 de
 cette
 catégorie
 de

clientèle,
qui
est
impermanente
et
parfois
inefficace.
En
revanche,
on
peut
noter
un
meilleur
service

du
 côté
 des
 expériences
 de
 crédit
 direct.
 Ici,
 les
 populations
 ciblées
 sont
 souvent
 organisées
 et

formées
avant
de
recevoir
du
financement.



 La
seconde
stratégie
de
financement
est
axée
sur
le
renforcement
des
capacités
de
production

des
populations
qui
exercent
déjà
de
petites
activités.
Dans
cette
catégorie
de
populations
actives,
la

minimalisation
 des
 risques
 de
 crédit
 conditionne
 les
 formules
 de
 financement.
 Aussi,
 ce
 second

niveau
 est
 limité
 par
 l’absence
 de
 ressources
 longues
 qui
 expliquent
 la
 faiblesse
 des
 montants

prêtés.
 De
 plus,
 sont
 souvent
 décriés
 l’importance
 donnée
 à
 la
 garantie
 ainsi
 que
 les
 délais
 courts

des
différés
de
remboursement.
La
troisième
stratégie
de
financement
vise
les
micro‐entreprises
les

plus
performantes
avec
des
formules
de
crédit
plus
professionnelles.
Dans
ce
cas‐ci,
la
mise
en
place

des
centres
financiers
pour
les
entreprises
(CEF)
rend
visibles
la
performance
des
IMF
mutualistes

dans
la
gestion
du
risque
mais
aussi
l’évolution
des
besoins
de
crédit.



Économie
et
Solidarités,
volume
39,
numéro
2,
2008
 107


 On
peut
remarquer,
à
travers
ces
stratégies,
une
progressivité
du
crédit22
qui
peut
être
liée
à

la
progressivité
des
activités
des
populations.
Mais
une
analyse
fine
nous
permet
de
remarquer
que

cette
dualité,
pour
être
réalisable,
s’est
appuyée
sur
une
double
intermédiation
sociale.
La
première

se
 situe
 dans
 le
 renforcement
 des
 capacités
 entrepreneuriales
 des
 populations
 et
 se
 fait
 à
 travers

l’amélioration
du
capital
humain
par
la
formation.
Cette
intervention
particulièrement
soutenue
par

les
partenaires
au
développement
permet
une
meilleure
efficacité
des
entreprises
populaires
et
leur

formalisation.
 Cette
 intermédiation
 s’est
 intensifiée
 avec
 l’implication
 d’ONG
 nationales
 et

internationales.
 Par
 exemple,
 à
 travers
 une
 approche
 par
 filière,
 des
 ONG
 cherchent
 à
 établir
 des

liens
 entre
 les
 entrepreneurs
 pour
 les
 sortir
 de
 l’isolement
 et
 du
 mimétisme23.
 En
 plus
 d’une

dynamique
entrepreneuriale,
cet
accompagnement
peut
favoriser
un
engagement
civique24
chez
les

populations.
La
seconde
intermédiation
sociale
se
situe
dans
l’accès
au
crédit
et
s’effectue
au
moyen

du
capital
social
des
populations
(Sen,
2000).
On
peut
l’apprécier
dans
l’appartenance
à
des
réseaux

d’information,
 dans
 les
 formes
 de
 solidarité
 et
 de
 cautionnement
 mutuel,
 en
 somme
 à
 travers
 les

liens
sociaux.
Mais,
au‐delà
de
la
perception
du
capital
social
comme
moyen
permettant
d’accéder

au
 crédit
 (Bourdieu25,
 1986),
 sa
 mobilisation
 laisse
 voir
 un
 processus
 de
 démocratisation
 des

ressources
économiques.




 On
 se
 rend
 donc
 compte
 qu’en
 dehors
 de
 l’accès
 au
 crédit,
 la
 mobilisation
 autour
 de
 la

microfinance
peut
contribuer
à
la
définition
et
à
la
valorisation
d’un
capital
social.
Au‐delà
de
cette

dynamique
 sociale,
 le
 capital
 civique
 qui
 se
 met
 en
 place
 prend
 en
 charge
 plus
 efficacement
 les

demandes
latentes
des
acteurs
des
IMF.
Aux
insatisfactions
liées
à
l’offre
de
services
(griefs
contre

les
 garanties
 et
 les
 montants
 accordés),
 vient
 s’ajouter
 un
 service
 d’accompagnement
 qui
 se
 fait

encore
 au
 gré
 et
 à
 l’aune
 des
 ONG.
 Aussi,
 malgré
 l’accroissement
 du
 taux
 de
 pénétration
 et

l’organisation
en
réseaux,
il
demeure
des
zones
inappropriées
et
des
activités
à
risques.
En
somme,

les
 IMF
 doivent
 encore
 aujourd’hui
 relever
 un
 triple
 défi.
 Le
 premier,
 sur
 le
 plan
 organisationnel,

consiste
pour
les
IMF
à
s’inscrire
dans
un
cadre
juridique
qui
sécurise
davantage
leurs
opérations.

La
mise
en
place
d’un
cadre
de
concertation
ainsi
que
celle
d’une
centrale
de
risque
constitue
une

première
réponse
apportée
par
les
acteurs.
À
ce
défi
s’ajoute
le
débat
institutionnel
qui
penche
pour

son
 intégration
 dans
 le
 secteur
 financier,
 tout
 en
 maintenant
 l’accessibilité
 et
 l’adaptabilité
 de
 ses

produits.
 Dans
 la
 même
 veine,
 la
 troisième
 difficulté
 est
 opérationnelle
 et
 renvoie
 à
 la
 poursuite

d’objectifs
 de
 viabilité
 financière,
 tout
 en
 développant
 la
 portée
 sociale
 de
 ses
 services.
 On
 peut

finalement
 voir
 que
 l’insertion
 socioéconomique
 des
 populations
 défavorisées
 comme
 point
 de

convergence
 entre
 la
 microfinance
 et
 le
 développement
 semble
 avoir
 changé
 de
 contenu.
 La

microfinance
 a
 décodé
 d’autres
 besoins
 et
 le
 développement
 s’entend
 autrement.
 L’un
 et
 l’autre

doivent
s’appuyer
sur
le
social.


De
la
validation
du
social
comme
passerelle


Il
 apparaît
 que
 le
 financement
 des
 populations
 pauvres
 fait
 converger
 des
 choix
 politiques,

économiques
et
sociaux.
La
microfinance
n’est
donc
pas
seulement
un
outil
financier,
elle
est
aussi

une
 démarche
 politique
 et
 doit
 faire
 face
 à
 différents
 enjeux.
 Le
 premier
 enjeu
 est
 politique
 et

soulève
 deux
 débats
:
 celui
 de
 sa
 place
 dans
 le
 système
 financier
 et
 celui
 de
 la
 participation


108
 Économie
et
Solidarités,
volume
39,
numéro
2,
2008

responsable
des
populations.
En
premier
lieu,
il
est
vrai
que
considérer
la
microfinance
comme
outil

de
développement
demande
qu’on
l’intègre
au
secteur
financier
formel
et
commercial
au
lieu
d’en

faire
 un
 segment
 non
 articulé
 du
 marché.
 Mais
 cette
 problématique
 commande
 une
 approche

globale
et
nécessite
une
démarche
concertée.
Elle
requiert
une
politique
et
une
stratégie
nationale

reflétant
 la
 commune
 vision
 des
 acteurs
 et
 partenaires.
 Les
 conclusions
 de
 la
 Lettre
 de
 politique

sectorielle
au
Sénégal
vont
dans
ce
sens
et
demandent
que
les
services
financiers
aux
populations

pauvres
 intègrent
 sur
 une
 base
 non
 subventionnée
 et
 permanente
 le
 secteur
 financier
 formel

(MPMEEFMF26,
 2004).
 D’abord,
 on
 peut
 remarquer
 qu’après
 l’approche
 projet
 et
 l’approche

institutionnelle
de
la
microfinance,
on
se
focalise
aujourd’hui
sur
une
approche
sectorielle.
Mais
le

débat
 sur
 le
 développement
 institutionnel
 n’est
 pas
 achevé.
 Mieux,
 l’approche
 sectorielle
 le
 pose

autrement.
Il
semble
nécessaire,
avant
toute
articulation,
que
la
microfinance
s’encadre
de
critères

spéficiques
et
explicites
de
performance
qui
prennent
en
considération
les
pratiques
populaires27et

que
les
acteurs
s’accordent
sur
les
bases
d’une
légitimité
politique
interne.
Cela
pourrait
faciliter
un

arrangement
institutionnel
entre
le
financement
des
besoins
de
crédit
des
populations
pauvres
par

les
IMF
et
le
financement
de
l’accumulation
par
des
structures
commerciales.
Il
ne
suffira
plus,
pour

ces
 dernières,
 de
 mettre
 en
 place
 des
 formules
 de
 microfinancement
 pour
 exploiter
 le
 marché,

encore
moins
pour
les
IMF
de
bénéficier
 de
 prêts
 commerciaux
 dont
 les
 charges
 sont
 répercutées

sur
 les
 populations.
 Ensuite,
 la
 microfinance
 serait‐elle
 capable
 de
 rejoindre
 efficacement
 les

populations
les
plus
pauvres
sans
subventions
?



 En
second
lieu,
nous
l’avons
dit,
l’acquisition
du
pouvoir
par
les
populations
constitue
un
des

défis
 du
 développement.
 On
 peut
 apprécier
 cette
 volonté
 au
 Sénégal28.
 Que
 cela
 soit
 à
 un
 niveau

macro,
 à
 travers
 le
 document
 de
 réduction
 stratégique
 de
 la
 pauvreté
 (DRSP),
 ou
 micro,
 avec
 les

institutions
 mutualistes,
 la
 participation
 des
 populations
 constitue
 un
 moyen
 d’appropriation
 et,

partant,
 de
 pouvoir.
 Si
 l’on
 s’arrête
 sur
 les
 IMF,
 des
 changements
 de
 perspectives
 peuvent
 être

appréciés
dans
leurs
rapports
avec
les
populations,
qui
témoignent
d’un
renforcement
des
capacités.

La
 microfinance
 a
 contribué
 à
 l’expérimentation
 d’au
 moins
 trois
 processus
:
 d’une
 logique
 d’aide

avec
 des
 bénéficiaires,
 on
 est
 passé
 à
 un
 processus
 de
 partenariat
 et
 de
 participation
 avec
 des

acteurs.
Les
programmes
d’appui
au
développement
institutionnel
des
IMF
et
les
dispositifs
d’appui

aux
 entrepreneurs
 ont
 participé
 à
 l’émergence
 d’un
 tissu
 social
 intermédiaire
 dont
 les
 acteurs

s’orientent
 vers
 des
 logiques
 sociales
 de
 réseautage
 et
 économiques
 de
 viabilité
 des
 institutions.

Cette
dynamique
augure
des
rapports
nouveaux
avec
les
partenaires
au
développement
et
permet

l’expérimentation
 de
 services
 novateurs.
 Mais,
 au‐delà
 de
 l’offre
 de
 service,
 la
 participation
 des

acteurs
 locaux
 s’avère
 nécessaire
 dans
 le
 débat
 institutionnel
 des
 IMF
 du
 fait
 de
 leur
 double

implication
(acteur
et
bénéficiaire).
Toutefois,
ce
débat
implique
d’abord
un
projet
social.




 Le
second
enjeu
est
ainsi
social
et
s’articule
autour
de
la
problématique
du
maintien
ou
non
de

l’objectif
de
réduction
de
la
pauvreté
par
la
microfinance.
Celle‐ci
contribue
à
élargir
la
portée
et
à

diversifier
 les
 services
 du
 système
 financier.
 Cependant,
 la
 dimension
 économique
 de
 son
 action

entraîne
plus
de
changements
de
perspectives
au
détriment
de
la
dimension
sociale.
Par
rapport
à

cette
 dynamique,
 on
 est
 tenté
 de
 se
 demander
 s’il
 est
 pertinent
 d’allier
 objectif
 de
 lutte
 contre
 la

pauvreté
 et
 objectif
 de
 développement.
 L’un
 veut‐il
 dire
 l’autre
?
 Suivant
 le
 langage
 des


Économie
et
Solidarités,
volume
39,
numéro
2,
2008
 109

intervenants,
 il
 semblerait
 que
 oui.
 Mais,
 dans
 la
 pratique,
 les
 actions
 de
 lutte
 contre
 la
 pauvreté

n’ont
 ni
 la
 même
 ampleur,
 ni
 le
 même
 contenu
 que
 les
 actions
 de
 développement.
 Les
 services

offerts
dans
le
cadre
de
la
lutte
contre
la
pauvreté
par
les
IMF
maintiennent
souvent
les
populations

démunies
dans
une
situation
de
survie
ou
de
dépendance.
Avec
leur
développement
et
les
exigences

qui
 s’y
 rattachent,
 les
 IMF
 peinent
 ainsi
 à
 sortir
 les
 plus
 pauvres
 de
 leur
 situation.
 Une

restructuration
(reingeneering)29
et
des
formes
d’intervention
plus
directes
cherchent
cependant
à

atteindre
les
plus
pauvres.



Figure
1

Exemple
de
restructuration
du
réseau
du
PAMECAS



Source
:
Sine
(2008).



 Par
 cette
 démarche,
 les
 IMF
 s’engagent
 dans
 une
 double
 implication
 de
 réduction
 de
 la

pauvreté
et
de
développement
en
offrant
aux
populations
plus
de
services
et
de
ressources.
Elles
ont

timidement
recours
à
un
maillage
des
dispositifs
économiques
et
sociaux
pour
la
maîtrise
du
risque

de
crédit.
Pourtant,
cette
démarche
pourrait
se
renforcer
avec
l’élaboration
de
critères
de
rentabilité

sociale.
La
difficulté
d’intégrer
les
plus
pauvres
ne
peut
être
levée
sans
une
validation
des
pratiques

sociales,
 à
 travers
 une
 convention,
 un
 compromis
 autour
 d’une
 grille
 de
 lecture
 commune
 des

pratiques
 populaires.
 Pour
 systématiser
 la
 microfinance
 dans
 la
 dynamique
 du
 développement,
 il

semble
 donc
 pertinent
 de
 s’inscrire
 dans
 un
 processus
 de
 relecture
 et
 de
 consolidation
 des

initiatives
 populaires
 performantes.
 Autrement,
 les
 IMF
 prennent
 plus
 facilement
 le
 virage

économique
et
tâtonnent
dans
leurs
objectifs
sociaux.


110
 Économie
et
Solidarités,
volume
39,
numéro
2,
2008


 En
 définitive,
 la
 microfinance
 au
 Sénégal
 constitue
 un
 excellent
 révélateur
 de
 l’imbrication

entre
l’économique,
le
social
et
le
politique.
La
dynamique
qu’elle
impulse
peut
créer
les
conditions

d’accès
 durable
 des
 populations
 au
 capital
 social
 et
 financier.
 Elle
 est
 de
 ce
 fait
 une
 ressource

incitative
 au
 développement,
 un
 moyen
 d’action.
 Il
 demeure
 donc
 de
 la
 responsabilité
 de
 l’État
 de

circonscrire
 des
 politiques
 de
 développement
 qui
 lieraient
 les
 différents
 acteurs
 dans
 une

perspective
 plus
 sociale
 pour
 un
 meilleur
 rendement.
 Articuler
 la
 microfinance
 aux
 politiques
 de

développement
devient
dès
lors
une
nécessité.
Son
introduction
dans
le
DSRP
pourrait
être
centrée

principalement
 sur
 deux
 axes.
 Le
 premier
 se
 situe
 sur
 le
 plan
 du
 renforcement
 des
 capacités
 des

acteurs
 locaux30
 au
 moyen
 d’une
 approche
 intégrée
 pour
 orienter
 efficacement
 l’intervention
:

structuration
 de
 la
 profession,
 meilleure
 évaluation
 des
 besoins
 en
 formation
 et
 renforcement

institutionnel.
 Dans
 la
 mouvance
 de
 l’assainissement
 du
 secteur,
 les
 nombreuses
 lignes
 de
 crédit

pourraient
 être
 redirigées
 vers
 les
 IMF
 sans
 affaiblir
 leur
 autonomie
 opérationnelle.
 Aussi,
 l’État

sénégalais
 pourrait
 s’engager
 davantage
 dans
 la
 subvention
 des
 programmes
 destinés
 aux
 plus

pauvres
 et
 la
 prise
 en
 charge
 des
 services
 d’accompagnement.
 Le
 second
 axe
 se
 situe
 dans
 une

perspective
 d’arrimage
 des
 activités
 populaires
 au
 développement
 local
 au
 moyen
 de
 ce
 dispositif

financier.
 Cela
 suppose
 d’abord
 une
 démarche
 d’orientation
 des
 pratiques
 performantes
 vers
 une

politique
 de
 développement
 local.
 Cette
 décision
 interpelle
 au
 premier
 chef
 les
 IMF
 dans
 leur

autonomie
 opérationnelle31.
 Elle
 demande
 ensuite
 qu’on
 rende
 compatibles
 rentabilité
 sociale
 et

efficacité
 économique.
 Ce
 second
 niveau
 en
 appelle
 à
 une
 concertation
 de
 l’État,
 des
 acteurs
 ainsi

que
des
chercheurs
pour
l’élaboration
de
nouvelles
approches
d’évaluation
du
risque,
de
gestion
des

coûts
 transactionnels
 et
 de
 rentabilité.
 La
 réflexion,
 l’échange
 d’expériences,
 le
 transfert
 de

connaissances
mais
surtout
la
recherche
pourraient
être
mis
à
contribution.


CONCLUSION


La
contribution
de
la
microfinance
au
développement
du
Sénégal
peut
être
appréciée
doublement,

par
 les
 services
 qu’elles
 proposent
 et
 par
 la
 dynamique
 qu’elle
 impulse.
 Elle
 passe
 par
 différents

mécanismes
 allant
 de
 l’offre
 de
 services
 financiers
 souples
 à
 un
 accompagnement
 pertinent
 et
 au

renforcement
 du
 capital
 social.
 L’offre
 de
 services
 financiers
 se
 fait
 par
 un
 maillage
 de
 ressources

financières
et
non
financières.
Les
membres
participent
à
la
mobilisation
des
ressources
financières

par
l’épargne
et
par
les
garanties.
Quant
aux
ressources
non
financières,
elles
s’obtiennent
au
moyen

du
capital
social
des
acteurs
et
de
l’intermédiation
d’ONG.
Le
fonctionnement
des
IMF
s’appuie
ainsi

sur
 des
 combinaisons
 multiples,
 parfois
 diffuses,
 qui
 renforcent
 les
 composantes
 sociales
 et

politiques
 de
 l’économie.
 Malheureusement,
 le
 passage
 de
 la
 lutte
 contre
 la
 pauvreté
 au

développement32
 semble
 être
 ralenti
 par
 les
 hésitations
 de
 la
 microfinance
 à
 puiser
 dans
 les

ressources
sociales
locales.
De
façon
générale,
 l’incapacité
 de
 mesurer
 les
 investissements
 sociaux

des
 populations
 (Putman,
 2001)
 et
 le
 fait
 de
 se
 focaliser
 davantage
 sur
 l’économique
 amènent
 les

pouvoirs
politiques
à
élaborer
des
stratégies
de
développement
non
pertinentes
socialement.
Dans

le
cas
précis
de
la
microfinance,
d’une
part,
l’État
semble
se
satisfaire
de
l’accessibilité
géographique

pour
 valider
 le
 social,
 tout
 en
 donnant
 peu
 de
 crédit
 à
 la
 souplesse
 des
 procédures
 et
 à
 une

accessibilité
 réelle
 des
 populations
 aux
 produits.
 D’autre
 part,
 la
 présence
 de
 formules
 de


Économie
et
Solidarités,
volume
39,
numéro
2,
2008
 111

microcrédit
 ainsi
 que
 des
 interventions
 sociales
 ponctuelles
 suffisent
 pour
 conforter
 les
 IMF
 dans

leur
 volonté
 de
 faire
 du
 social.
 Aussi,
 il
 y
 a
 une
 démarcation
 franche
 à
 faire
 entre
 microfinance
 et

activité
 de
 microcrédit.
 Le
 choix
 de
 regrouper
 les
 deux
 services
 dans
 une
 même
 institution
 ne

facilite
pas
une
bonne
appréciation
des
performances
de
celle‐ci.
Les
critères
s’emboîtent
et
peuvent

s’occulter
 mutuellement
 lorsqu’ils
 sont
 appréciés
 au
 moyen
 d’une
 seule
 et
 même
 grille.
 En

définitive,
 il
 nous
 semble
 que,
 pour
 une
 meilleure
 efficacité
 au
 service
 du
 développement,
 la

microfinance
 a
 besoin
 d’une
 évaluation
 plus
 sociale
 et
 d’un
 accompagnement
 permanent
 afin
 de

toucher
une
plus
grande
partie
de
la
population.
Autrement
dit,
il
est
nécessaire
de
systématiser
les

services
non
financiers.




Notes

1
 Le
 PAMECAS
 constitue
 la
 seconde
 expérience
 de
 mutuelles
 d’épargne
 et
 de
 crédit
 transposée
 au
 Sénégal.
 Ce

programme,
bien
que
moins
important
que
le
Crédit
mutuel
Sénégal
(CMS),
tant
du
point
de
vue
des
ressources
que

des
membres
(116
995
contre
64
432
au
PAMECAS
en
2002),
nous
intéresse
pour
sa
politique
de
proximité.
Il
est
plus

récent
que
le
CMS
et
affiche
un
plus
grand
dynamisme.
Le
choix
du
PAMECAS
vient
aussi
du
fait
que
l’ancienneté
du

CMS
peut
constituer
un
biais
dans
la
comparaison.

2
 L’UMECU
n’est
pas
la
réplique
la
plus
importante
par
un
groupe
de
nationaux,
mais
elle
semble
la
plus
dynamique,
du

moins
pour
sa
politique
de
proximité.
La
structure
financière
FENAGIE‐PECHE
constitue
la
première
mutuelle.
Elle
est

cependant
 limitée
 dans
 l’espace
 national.
 La
 particularité
 de
 l’UMECU
/
 UNACOIS
 réside
 dans
 le
 fait
 qu’elle
 est
 à

l’origine
 d’un
 nationalisme
 porté
 par
 des
 hommes
 et
 des
 femmes
 dont
 les
 activités
 très
 diversifiées
 ont
 émergé
 du

secteur
informel.
Elle
constitue
une
expérience
récente,
mais
au
dynamisme
certain.
3
 Dans
 le
 cadre
 de
 son
 programme
 de
 création
 d’activités
 génératrices
 de
 revenus,
 l’AGETIP
 a
 bénéficié
 de
 fonds

destinés
à
organiser
les
populations
et
à
les
financer.
Le
Programme
d’appui
pour
la
microfinance
(PAME
/
AGETIP)

est
 né
 en
 1989
 et
 s’est
 largement
 développé
 depuis.
 Il
 existe
 plusieurs
 autres
 systèmes
 de
 ce
 genre.
 Cependant,

l’AGETIP
a
mis
en
œuvre
une
politique
de
proximité
dans
les
quartiers
pauvres
et
sa
pérennité
semble
témoigner
de

ses
performances.

4
 Ces
 activités
 inscrites
 dans
 le
 tertiaire
 sont
 appréhendées
 de
 plusieurs
 façons.
 Elles
 relèveraient
 d’une
 économie

informelle,
 du
 fait
 qu’elles
 ne
 répondent
 pas
 aux
 normes
 et
 à
 la
 réglementation
 en
 vigueur.
 En
 revanche,
 elles
 sont

dites
populaires
du
fait
de
l’importance
du
substrat
culturel
et
des
logiques
sociales
qui
les
sous‐tendent.
Cependant,

l’une
et
l’autre
approche
ne
remettent
pas
en
cause
la
pertinence
de
ces
activités.

5
 L’espace
public
est
pris
dans
le
sens
de
MÉDA
(1995,
p.
89)
(et
non
dans
celui
de
HABERMAS
pour
qui
cet
espace
est

seulement
un
lieu
politique).
Les
espaces
publics
seraient
des
«
…
lieux
où
peuvent
s’exercer
le
choix
et
la
démocratie,

sans
doute
au
niveau
le
plus
local
et
donc
de
redistribuer
non
seulement
le
travail
(et
les
biens
qui
lui
sont
attachés)

mais
aussi
l’activité
politique
».

6
 La
remise
en
question
de
la
logique
de
développement
étatisé
à
la
suite
des
échecs
de
l’État
interventionniste
a
favorisé

l’émergence
d’un
nouveau
type
de
développement
par
le
bas
qui
consiste
à
promouvoir
les
initiatives
privées
comme

levier
de
développement.

7
 L’analyse
 par
 cas
 est
 particulièrement
 féconde
 pour
 appréhender
 les
 IMF
 dans
 toutes
 leurs
 dimensions
 et
 pour
 en

restituer
toute
la
richesse.
Elle
nous
permet
le
recours
à
une
multiplicité
de
sources
d’information,
à
des
entrevues
non

directives
et
non
limitatives,
l’usage
d’informateurs
clés,
l’observation
participante,
l’utilisation
d’une
grille
de
collecte

de
données,
mais
aussi
un
suivi
des
évolutions
par
le
retour
fréquent
sur
le
«
terrain
».

8
 La
recherche
documentaire
s’est
orientée
vers
plusieurs
sources
de
données
:
banques
de
données
de
la
direction
des

statistiques
 (ESAM,
 ESP,
 EPPS,
 etc.),
 recension
 d’ouvrages
 scientifiques,
 documents
 officiels
 (la
 cellule
 AT/CPEC,
 la

BCEAO
et
la
Direction
de
la
microfinance),
bulletins
informatifs
sur
les
IMF,
statuts
et
règlements
intérieurs
des
IMF,

manuels
de
procédures
comptables,
politiques
de
crédits,
procès‐verbaux
de
réunions,
données
financières
compilées

pour
chaque
IMF,
etc.

9
 Le
crédit
a
longtemps
été
considéré
comme
le
principal
handicap
des
populations
des
pays
sous‐développés,
et
cette

position
a
longtemps
été
celle
des
organismes
internationaux,
comme
la
Banque
mondiale.


112
 Économie
et
Solidarités,
volume
39,
numéro
2,
2008

10
 Déclaration
de
Dakar,
conférence
sur
l’inclusion
financière
PNUD/FENU,
5
et
6
juin
2005,
dans
le
cadre
des
activités
de

l’année
internationale
de
la
microfinance.

11
 Selon
la
Direction
de
la
microfinance,
«
la
microfinance
fait
référence
à
l’offre
de
services
financiers
aux
populations

pauvres
et
à
faibles
revenus,
qui
ont
peu
ou
n’ont
pas
accès
aux
services
financiers
bancaires,
dans
le
but
de
satisfaire

les
besoins
de
leur
ménage
ou
de
leurs
activités
économiques
et
professionnelles.
Les
services
financiers
dont
il
s’agit

ici
sont
principalement
de
deux
types,
épargne
et
crédit,
auxquels
s’ajoutent
maintenant
les
assurances
et
les
services

de
transfert
»
(MPMEEFMF,
2004,
p.
5).

12
 Cette
approche
est
aussi
celle
des
tenants
des
finances
solidaires.
Dans
les
cas
où
la
microfinance
est
présente
dans
les

pays
du
Nord,
on
parle
plus
de
finance
solidaire.
Mais
alors
que
la
microfinance
repose
sur
le
lien
social,
et
s’en
sert,
la

finance
solidaire
tend
à
reconstruire
celui‐ci.

13
 Cette
typologie
des
IMF
est
faite
par
l’UEMOA,
qui
organise
et
contrôle
les
institutions
de
microfinance
dans
la
sous‐
région
ouest‐africaine.

14
 L’intermédiation
sociale,
dans
ce
cas
précis,
est
un
processus
«
[…]
dans
lequel
les
investissements
sont
faits
dans
le

développement
 en
 ressources
 en
 capital
 humain
 et
 institutionnel,
 dans
 le
 but
 d’améliorer
 l’autonomie
 des
 groupes

marginaux,
en
les
préparant
à
s’engager
dans
l’intermédiation
financière
formelle
»
(Buss,
1999,
p.
12).

15
 Certaines
 structures
 externalisent
 l’intermédiation
 et
 la
 délèguent
 aux
 structures
 d’appui.
 Des
 services
 comme
 la

formation
se
situent
plus
en
dehors
des
structures
financières
du
fait,
pour
certains,
de
la
difficulté
de
rentabiliser
à

terme
les
activités
éducatives.

16
 Il
 faut
 remarquer
 que
 le
 cautionnement
 mutuel
 se
 déploie
 sous
 plusieurs
 formes,
 caution
 solidaire,
 garantie
 par

procuration,
etc.

17
 C’est
le
cas
de
projets
de
crédit
direct
qui
se
transforment
en
structures
mutualistes
à
la
fin
de
leur
programme
pour

fidéliser
leur
capital
social
et
continuer
à
répondre
à
la
demande
de
crédit.

18
 La
 micro‐assurance
 est
 elle
 aussi
 un
 service
 qui
 s’offre
 de
 deux
 manières.
 Elle
 peut
 se
 présenter
 sous
 forme
 de

mutuelle
 de
 santé
 ou
 sous
 forme
 d’assurance
 santé.
 Dans
 ce
 dernier
 cas,
 elle
 peut
 être
 liée
 à
 l’institution
 de

microfinance
et
devient
un
produit
parmi
d’autres.

19
 D’après
 les
 analyses
 de
 la
 Direction
 de
 la
 microfinance
 en
 2004,
 les
 trois
 IMF
 qui
 se
 sont
 distinguées
 par
 leurs

performances
en
termes
de
sociétariat
et
d’encours
de
crédit
et
d’épargne
sont
des
institutions
mutualistes
:
le
CMS,
le

PAMECAS
et
l’UMECU.

20
 Voir
les
documents
de
lutte
contre
la
pauvreté
(DRSP
I
et
II)
ainsi
que
les
nombreuses
études
sur
la
pauvreté
(FALL

1997
;
FALL
et
FAYE,
2002
;
DAFFÉ,
2005
et
LY,
2002).

21
 De
300
IMF
en
1999,
le
nombre
a
très
vite
évolué,
doublant
en
trois
ans
(624
en
2002)
pour
atteindre
700
en
2003
et

passer
à
728
en
mai
2004
(Cellule
d’assistance
technique
aux
caisses
populaires).

22
 On
 serait
 aussi
 tenté
 de
 la
 lier
 à
 la
 qualité
 de
 la
 gouvernance
 ou
 à
 la
 capacité
 financière
 de
 l’institution.
 Le

développement
 de
 l’offre
 de
 microfinancement
 n’est
 pas
 forcement
 proportionnel
 au
 développement
 de
 la
 demande

dans
des
pays
sous‐développés
comme
le
Sénégal.
Cependant,
l’exemple
du
modèle
Boal‐baol
dans
ce
pays
permet
de

voir
qu’il
n’y
a
pas
de
relation
proportionnelle
entre
le
degré
de
pauvreté
et
la
capacité
d’entreprise.

23
 C’est
 ce
 travail
 de
 rapprochement,
 d’animation
 et
 de
 cautionnement
 que
 réalise
 le
 projet
 d’appui
 aux
 petites

entreprises
du
Sénégal
(PAPES),
à
l’image
des
groupements
d’affaires
ou
des
groupes
de
cautionnement.

24
 On
 voit
 de
 plus
 en
 plus
 cette
 dynamique
 civique
 avec
 la
 mise
 sur
 pied
 de
 sociétés
 de
 cautionnement
 par
 des

entrepreneurs
qui
se
regroupent
et
qui
vont
se
défendre
eux‐mêmes.

25
 Pour
BOURDIEU
(1986),
le
capital
social
est
une
ressource
employée
par
les
individus
pour
appuyer
leurs
stratégies,

pour
maintenir
ou
améliorer
leur
position
dans
la
hiérarchie
sociale.

26
 Ministère
 des
 Petites
 et
 Moyennes
 Entreprises,
 de
 l’Entreprenariat
 féminin
 et
 de
 la
 Microfinance
 (MPMEEFMF)
 du

Sénégal.

27
 Malgré
 le
 besoin
 de
 crédibilité
 auprès
 des
 partenaires,
 l’adoption
 de
 normes
 devrait
 découler
 de
 procédures

réglementaires
 spécifiques
 capables
 de
 prendre
 en
 compte
 la
 conjoncture
 sociale
 et
 de
 créer
 un
 environnement

favorable
à
l’initiative
privée
au
Sénégal.

28
 Le
DRSP
a
associé,
dans
le
cadre
d’un
processus
consultatif,
la
société
civile
à
la
définition
et
au
suivi
des
politiques,

avec
 un
 objectif
 de
 renforcement
 du
 débat
 démocratique,
 donc
 de
 légitimité
 et
 d’efficacité
 des
 politiques.
 La

constitution
d’un
tissu
intermédiaire
entre
la
base
et
les
pouvoirs
publics
expérimente
ainsi
un
nouveau
partenariat
et

renforce
les
responsabilités
des
populations
comme
acteurs
et
comme
interlocuteurs.

29
 L’analyse
de
la
configuration
des
réseaux
comme
le
PAMECAS
ou
l’UMECU
permet
d’apprécier
cette
volonté
de
toucher

les
plus
pauvres
tout
en
étant
capable
d’accompagner
les
plus
performants.


Économie
et
Solidarités,
volume
39,
numéro
2,
2008
 113

30
 Cette
 démarche
 concerne
 le
 cadre
 légal
 et
 réglementaire,
 les
 mécanismes
 de
 financement
 et
 les
 services
 d’appui
 au

secteur.

31
 Les
IMF
n’ont
pas
souvent
cette
autonomie
pour
financer
certaines
activités.
Souvent
ce
sont
les
bailleurs
de
fonds
ou

les
responsables
qui
ne
sont
pas
sur
le
terrain
qui
déterminent
les
activités
ou
les
zones
à
financer.

32
 Ce
 constat
 peut
 être
 tempéré
 par
 la
 relative
 jeunesse
 des
 IMF
 au
 Sénégal,
 dont
 les
 plus
 performantes
 se
 situent

presque
toutes
dans
une
phase
de
consolidation.
Aussi,
la
démarche
sous‐régionale
dans
laquelle
le
Sénégal
s’inscrit

l’empêche
d’être
proactif.



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