C. F.
Møller Architects: Storstrøm
Prison in Danimarca
Inaugurée le 27 septembre 2017, la prison de Storstrøm au Danemark est un grand projet d’intérêt social développé par le cabinet danois C. F. Møller Ar-
chitects à l’issue d’un concours organisé en 2010. Le plan directeur de C. F. Møller a remporté l’approbation du jury face à des propositions signées par des
cabinets aussi célèbres qu’Arkitema, Schmidt Hammer Lassen, Lundgaard & ; Tranberg, Henning Larsen Architects et bien d’autres. Le jury du concours était
composé non seulement de membres de la municipalité de Guldborgsund mais aussi de représentants de l’Institut danois des droits de l’homme, de la Danish
Palaces and Properties Agency et du service danois des prisons et de la probation.
Les politiques sociales représentent au Danemark un sujet de premier plan. Historiquement, elles ont en effet fait objet d’un grand débat qui a conduit à la
réduction, au fil des dernières décennies, des différences sociales dans tous les domaines : des infrastructures aux logements en passant par les équipements
de loisirs.
Le projet de C. F. Møller pour la prison de Storstrøm dans l’île de Falster (sud-est du Danemark) a prévalu sur tous les projets présentés dans la mesure où il
était axé sur l’abandon de la notion de punition en tant que privation d’identité et qu’il remettait au premier plan des concepts tels que la flexibilité, la variété
et l’expression personnelle comme principes fondamentaux de la réinsertion.
L’architecture n’est ainsi plus appréhendée comme un outil de ségrégation punitive, mais comme une source d’opportunités, de stimuli, de quête de nouvelles
possibilités.
Pour définir la structure spatiale de la nouvelle prison, les architectes ont utilisé la métaphore d’une petite communauté urbaine. Le plan dessine des volumes
organisés en petits noyaux autour d’un cœur : un bâtiment pour les activités sportives formant presque une place couverte. Chaque noyau est entouré de
végétation soignée, de rues et de petites places, visibles de l’intérieur. Les horizons multiples qui en résultent offrent aux détenus des perspectives variées au
quotidien.
Ce modèle se reproduit à l’intérieur des bâtiments de détention, qu’il s’agisse de bâtiments à haute sécurité ou à sécurité ordinaire. Les cellules sont réparties
par blocs de 4 ou 7 associés à une zone communautaire comprenant une cuisine, un salon et de petits espaces d’activité physique. Ce dernier aspect revêt une
importance particulière dans le projet de C. F. Møller et tient compte des études prouvant les bienfaits du sport sur l’humeur, la discipline et la socialisation.
. Tous les choix architecturaux visent à effacer l’impression d’univers carcéral. Les espaces extérieurs font alterner goudron, bandes de gravier en granit rouge,
noir et blanc et petites pelouses. La richesse de la palette des couleurs et des matériaux du bâtiment - des briques légères au mariage du béton et de l’acier gal-
vanisé - illustre l’attention accordée au bien-être mental des détenus. Dans cette même perspective, les espaces de séjour en commun à l’intérieur sont égayés
de couleurs vives (jaune, orange, vert et bleu) reprises dans les œuvres d’art spécialement réalisées pour le bâtiment. Une grande fresque murale de John
Koerner agrémente en effet le gymnase de la prison sur toute sa longueur, tandis qu’une sculpture en bronze de Claus Carstensen est exposée dans l’un des
espaces de récréation extérieurs.
. Les pièces, de 12,8 m2, font évoluer le concept de cellule de prison en introduisant un mur incurvé : une astuce qui permet non seulement au personnel de
voir depuis l’extérieur une grande partie de l’espace mais qui, grâce à son asymétrie, laisse aussi au prisonnier le loisir d’organiser son espace comme il le sou-
haite. Le nombre de fenêtres passe à deux de manière à modifier les perspectives sur l’extérieur. Afin d’éviter les communications indésirables, mais aussi de
renforcer chez chacun le sentiment d’avoir une vie privée, l’angle des fenêtres des cellules est conçu de manière à ce que les détenus ne puissent pas se voir de
l’intérieur.
Comme le souligne Mads Mandrup Hansen : « Je peux affirmer que notre objectif d’optimisation de l’éclairage naturel, de l’espace et de la sécurité à travers
l’architecture a déjà établi une nouvelle norme de conception des cellules de détention. La description de cette prison lors de mes conférences dans le monde
entier ne cesse de stupéfier les architectes et le personnel pénitentiaire. ».