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Écoulements en milieux fracturés

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En vue de l'obtention du

DOCTORAT DE L'UNIVERSITÉ DE TOULOUSE


Délivré par :
Institut National Polytechnique de Toulouse (INP Toulouse)
Discipline ou spécialité :
Hydrologie, Hydrochimie, Sols, Environnement

Présentée et soutenue par :


M. MATTHIEU DELORME
le jeudi 2 avril 2015
Titre :
ECOULEMENTS EN MILIEUX FRACTURES : VERS UNE INTEGRATION
DES METHODES DISCRETES ET CONTINUES

Ecole doctorale :
Sciences de l'Univers de l'Environnement et de l'Espace (SDUEE)
Unité de recherche :
Institut de Mécanique des Fluides de Toulouse (I.M.F.T.)
Directeur(s) de Thèse :
M. MICHEL QUINTARD
M. BENOÎT NOETINGER
Rapporteurs :
M. JEAN-FRANÇOIS THOVERT, ENSMA POITIERS
M. JEAN-RAYNALD DE DREUZY, UNIVERSITE RENNES 1
Membre(s) du jury :
1 M. RACHID ABABOU, INP TOULOUSE, Président
2 M. BENOÎT NOETINGER, INSTITUT FRANCAIS DU PETROLE (IFP), Membre
2 M. GUILLAUME CAUMON, ECOLE NATIONALE SUPERIEURE DE GEOLOGIE, Membre
2 M. MICHEL QUINTARD, INP TOULOUSE, Membre
Thèse réalisée au Département Transferts en Milieux Poreux
Direction Géosciences.
IFP Energies nouvelles (IFPEN)
IFPEN
1 & 4, avenue de Bois-Préau
92852 Rueil-Malmaison Cedex - France
Tél : +33 1 47 52 59 89

Sous la direction de Michel Quintard ([Link]@[Link])

Co-encadrement Benoît Nœtinger ([Link]@[Link])

Au sein du programme de Recherche Caractérisation des réservoir Fracturés,


l’équipe IFPEN développe et industrialise 2 logiciels intégrés pour l’étude des écou-
lements dans les réservoirs naturellement fracturés (FRACAFLOW) et les réser-
voirs peu perméables non conventionnels (TIGHTFLOW). Cette thèse a contribué
à ces projets et a bénéficié aussi des avancées réalisées.
Résumé

Les simulations de réservoirs souterrains sont utiles pour optimiser la production


d’hydrocarbures et étudier l’impact sur l’environnement. On désire prédire en inté-
grant les données disponibles, les échanges de fluides et les processus d’écoulement
qui s’y déroulent. Parmi ceux-ci, les réservoirs naturellement ou hydrauliquement
fracturés détiennent une part importante des réserves et exhibent un degré élevé
d’hétérogénéité : les fractures conduisent majoritairement mieux le fluide que la
roche encaissante, et impactent fortement la production en créant des réseaux
préférentiels d’écoulement. Une modélisation précise des forts contrastes et aniso-
tropies rencontrés permettrait d’optimiser l’exploitation des ressources avec une
meilleure maîtrise des risques. Une étape cruciale pour construire de tels modèles
est la caractérisation du réservoir, réalisée à mesure que les données géologiques
et hydrauliques sont disponibles. L’un des enjeux est de rendre compte des hété-
rogénéités présentes à plusieurs échelles et de disposer de méthodes simples pour
paramétrer le modèle.
Généralement le réservoir est simulé avec un modèle continu double milieu après
avoir effectué un changement d’échelle de ses propriétés. Sous certaines conditions,
cette approche est valable et efficace (fracturation homogène, dense et fortement
connectée). Les approches discrètes où les fractures sont explicitement décrites,
peuvent nécessiter de grands temps de calcul. Si elles donnent une représentation
plus précise des processus, l’industrie pétrolière ne les utilise que marginalement.
Les données de caractérisation étant partielles et incertaines, elles imposent à l’in-
génieur de résoudre intensivement et rapidement des problèmes inverses complexes
pour les intégrer dans un processus prédictif.
Cette thèse essaye de concilier ces deux approches en proposant un modèle simple
et unificateur qui améliore le compromis temps de calculs-fiabilité des résultats.
Pour cela, notre recherche est orientée selon trois axes :
1. Fixer un critère de choix entre une représentation discrète ou continue.
2. Optimiser les méthodes discrètes numériques en réduisant le nombre de de-
grés de libertés à inverser.
3. Améliorer les modèles de changement d’échelle en proposant une nouvelle

i
Résumé

méthode analytique qui rende compte des spécificités du milieu.


Dans ce travail, un nouveau maillage est d’abord mis au point. Cette discrétisa-
tion innovante emprunte les notions du modèle double milieu et intègre l’effet de
chaque fracture explicitement. Adaptée à des grands réseaux de fractures à trois
dimensions, elle permet de représenter la complexité d’un réservoir fracturé sur des
échelles kilométriques. Ce modèle était un prérequis pour disposer des solutions de
référence indispensables pour simuler des essais de puits et réaliser des calculs de
mises à l’échelle. Il nous a permis d’étudier l’influence des fractures sur de telles
zones. Les sensibilités confirment que l’interconnexion entre les fractures conduc-
tives est un facteur essentiel régissant les écoulements dans le réservoir. Nous défi-
nissons donc un nouvel indice d’interconnectivité, général et simple à calculer pour
l’estimer analytiquement à partir des données mesurées. Il correspond au nombre
moyen d’intersections par fracture. Trois comportements hydrodynamiques néces-
sitant chacun un calcul d’écoulements approprié sont mis en évidence. L’analyse
quantitative des perméabilités estimées à partir de cet indice permet d’appliquer
les calculs continus de paramètres équivalents en garantissant une meilleure fiabi-
lité pour les réseaux moyennement connectés. Pour les réseaux peu connectés, le
modèle numérique discret offre la possibilité de simuler les écoulements polypha-
siques à grande échelle. Les techniques finalement appliquées à un cas réel trouvent
des applications en géothermie, développement des réservoirs non conventionnels
et dans la gestion des ressources en eau.

Mots clés : Échelles, réseaux de fractures, homogénéisation, discrétisation 3D,


tests de puits, Écoulements monophasiques, Réservoirs, non-conventionnel.

Communications, brevets et publications associées :


(Delorme et al., 2006, 2008; Khvoenkova et al., 2009; Khvoenkova and Delorme,
2011; Delorme and Bourbiaux, 2011; Delorme et al., 2013a, 2014; Khvoenkova and
Delorme, 2013b,a; Delorme et al., 2013b; Baroni et al., 2015; Khvoenkova et al.,
2015)

ii
Abstract

Reservoir fluid flow simulation is used to optimize hydrocarbon production and


to control environmental impact. Moreover, naturally or hydraulically fractured
reservoirs hold a significant part of reserves and exhibit a high degree of hetero-
geneity due to fractures. These fractures, which mostly better lead the fluid than
the host porous rock, may create preferential flow paths and heavily impact fluid
flows. As fractures are difficult to assess, engineers cope a high level of uncer-
tainty. Accurate and detailed modeling of fractured media accounting for these
strong contrasts would allow operators to optimize resources exploitation while
better controlling environmental risks. Main issue is to account for heterogeneities
at different scales and to develop simple methods to parametrize a predictive model
during progressive data integration.
Two methods can be used: the continuous dual porosity models require difficult
upscaling of equivalent properties, valid and effective only if the fracturing is fairly
homogeneous, dense and strongly connected. The alternative discrete approaches,
where fractures are explicitly described, give a more accurate representation of the
fluid flow process but require large computing time. The oil industry uses them
only marginally because engineers need to solve complex inverse problems quickly
and intensively to integrate available but uncertain data.
During this thesis we try to reconcile these two complementary methods by sug-
gesting a simple model adapted for the specific conditions prevailing in fractured
reservoir. In this way, our research followed three main goals:
1. Define a choice criterion between the discrete and continuous representations,
easy to calculate and suitable for the majority of reservoir data types.
2. Set up a new fractured reservoir discretization method, limiting the required
number of freedom degree, to enhance numerical simulation performance and
cover all the issues.
3. Improve the current upscaling models by finding a new analytical method-
ology preserving the main characteristics of the reservoir.

iii
Abstract

We also worked at improving the methods reliability and computational times


within a fully integrated characterization workflow. A new discretization, called
Sweep Line 3D Mesh, which incorporates the classic notions of dual media models
and also includes the effect of each fracture explicitly, has been developed. Suit-
able for large fracture networks in three dimensions, this meshing strategy honors
the complexity and heterogeneity of a fractured reservoir on kilometer scales al-
lowing complex multiphase flow simulations. This model was a prerequisite to
access the standard solutions for calibrating fracture properties through well tests
and for computing equivalent properties. Large scale zones were studied to assess
the fracturing geometrical parameters influence. Analysis confirmed that the in-
terconnection between conductive fractures is essential to estimate fluid flows. A
new interconnectivity index Iic was then analytically expressed from the classic
characterization data, representing the average number of intersections per frac-
ture. By using it, we highlighted the existence of three hydrodynamic behaviors
requiring various approximations for a suitable modeling. Fracture model con-
nectivity analysis extends the continuous method scope to moderately connected
networks, letting equivalent permeability calculations and ensuring better relia-
bility. For spars networks, our numerical discretization provides the ability to
simulate large-scale multiphase flow within fullfield reservoirs. The techniques de-
veloped in this thesis, whose interest has been demonstrated in an unconventional
field case study, can find other applications in geothermal engineering and water
resources management.

Keywords: Fracture Network, Discretization, Upscaling, Percolation, Fluid Flows.

iv
Remerciements

Cette thèse est l’aboutissement d’une riche, parfois difficile expérience, qui ne
peut s’achever sans remercier les personnes qui m’ont encadré, aidé et soutenu au
cours de ces années. Je remercie les membres du jury, qui ont accepté d’évaluer
mon travail. Ce fut un plaisir que d’échanger avec ces grands noms du domaine
des réservoirs fracturés et spécialement mes rapporteurs Jean-Raynald De-Dreuzy
et Jean-François Thovert. Merci pour les précieux conseils, pour la rapidité à relire
mon manuscrit, malgré un emploi du temps sans doute très chargé. Je leur suis
très reconnaissant pour l’intérêt et la minutie portés à examiner mes travaux ; ceci
tout en ayant un regard critique, avisé et constructif. Merci Jean-Raynald pour les
échanges techniques et pour avoir participé au mini-benchmarck de validation de
notre méthode. Merci Jean-François d’avoir su appuyer où ça fait mal pour me per-
mettre d’approfondir certains résultats. J’espère que nos discussions, qui laissaient
envisager qu’une suite de ces travaux pourrait donner lieu à une collaboration, se
concrétiseront. Je remercie vivement mes deux directeurs de thèse Michel Quin-
tard et Benoît Nœtinger pour m’avoir soutenu et aiguillé pendant cette longue
période. Merci surtout pour la confiance et la sympathie qu’ils m’ont témoigné en
étant disponibles et en m’accordant la liberté dans la direction, rarement en ligne
droite, donnée à mes recherches. J’exprime ma gratitude à l’INP Toulouse pour
m’avoir permis d’effectuer ce double parcours thésard et ingénieur de recherche,
en particulier pour la compréhension dont ils ont su faire sur la fin quant à la
difficulté de mener de front une thèse et un travail d’ingénieur. Merci à l’IFPEN
et à Frédéric Roggero qui m’a donné la chance de travailler avec deux équipes de
recherche géniales tout en essayant de nous vendre WellGem !
Je remercie celles et ceux en qui je crois avoir trouvé des amis(es) et qui m’ont
aidé aussi bien dans le travail que dans la vie lorsque j’en avais besoin. En parti-
culier, je te remercie Nina pour ton écoute constante et les moments de détente
qui permettaient d’oublier momentanément le travail, que tu m’as d’ailleurs aidé
à intégrer pour aboutir à cet ensemble de résultats aussi ’vite’. Merci André pour
la compet’ que tu as su entretenir quant à la pertinence des méthodes que nous
développons. Merci Dan, de m’avoir fait connaitre ce qu’est le métier d’ingé ré-
servoir et merci Axelle pour m’avoir aussi aidé à ne pas lâcher en me remotivant

v
Remerciements

sur la fin de thèse. Sans oublier Rémy Basquet, désormais chez STATOIL, qui m’a
accueilli à IFPEN. Je lui suis très reconnaissant pour m’avoir encouragé, aux côtés
de Bernard, à découvrir le travail passionnant de chercheur et pour être aussi le
souffleur du sujet « papillons » que nous avons plus tard mis en place.
C’est un plaisir que de travailler au sein d’un groupe aussi sympathique que
celui de FracaFlow (Aziz, Sylvie, Oliv’ le magicien, Catherine la mama, Bilal le 4
étoiles, André le simplicateur, Christine, Chakib, Laurent, Xavier, Jean-François...
Arnaud) maintenant complété par le TightClub (Nina, Axelle, Ibthiel, Dan, Jean
Claude, Olivier, Jean-Marc(s), Frédéric, Pierre, « MauMo », Walid, Ouassim...).
Je tiens aussi à remercier les thésards rencontrés, plus spécifiquement ceux avec
qui j’ai essayé de faire la course à la soutenance. J’en ai vu passer ! Merci donc à
Marius Verscheure, Nico Farah, Alexander Darishev, Noellia, Alexandre De Lima
et Jeremy. Je ne peux que vous souhaiter bonne continuation, ce fut de belles
rencontres !
Bien entendu, je termine par un grand remerciement à ma famille, non sans
une grande émotion, pour son inconditionnel soutien et l’aide constante qu’elle
m’a apportée tout en endurant mes indisponibilités répétées. Elle m’a toujours
encouragé à aller de l’avant dans la vie et à passer outre les difficultés. Merci d’avoir
été là pour écarter les doutes, partager les joies. J’ai une pensée particulière pour
mes grands-parents, Nanou, qui m’ont motivé dans cette périlleuse entreprise et
n’en auront finalement pas vu la fin, je leur dédie cette thèse. Voilà ! je suis arrivé
au bout et mon dernier remerciement, pas le moindre, c’est pour toi Cecilia qui
a su m’accompagner durant cette longue période avec un stoïcisme « sans faille »,
égayant les à côtés, soignant mes blessures et manageant les espingouins. Grâce à
toi j’aurai pu découvrir que
« les mathématiques et les intégrales quadruples sont très excitantes »
même à 3h33 du matin ! Place maintenant à d’autres horizons.

vi
Table des matières

Résumé i

Abstract iii

Remerciements v

Table des matières vii

Nomenclatures et abréviations xi

1 Introduction 1
1.1 Cadre général . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2
1.2 Objectifs de recherche et structure de la thèse : hiérarchisation et
extension des modèles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12

Intégration : Qualité des données et positionnement 15


2 Modèles, définition, équations et échelles d’écoulement 17
2.1 Quelques définitions et outils de modélisation : . . . . . . . . . . . . 17
2.1.1 La porosité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
2.1.2 Équations d’état . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
2.1.3 Loi de Darcy et tenseur de perméabilité . . . . . . . . . . . 19
2.1.4 Le Volume Élémentaire Représentatif (VER) . . . . . . . . . 20
2.2 Conservation de la masse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
2.3 Différentes échelles étudiées et analyse aux dimensions . . . . . . . 22

3 Description géologique des réservoirs fracturés et phénomènes étudiés :


Quelle précision employer ? Quelles données intégrer ? 29
3.1 Acquisitions et données pour décrire la géométrie du milieu : . . . . 30

vii
TABLE DES MATIÈRES

3.2 Représentation simplifiée d’une fracture . . . . . . . . . . . . . . . . 32


3.2.1 Représentation géométrique . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32
3.2.2 Représentation hydraulique . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33
3.3 Paramétrisation et représentation géométrique du réseau de frac-
tures . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
3.4 le DFN (Discrete Fracture Network) . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
3.5 Hydraulique du réseau de fractures : le problème inverse . . . . . . 42
3.5.1 Essais hydrauliques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
3.5.2 Microsismique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 48
3.6 Synthèse, Méthodologie et « Workflow » . . . . . . . . . . . . . . . 48
Points clés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 52

Changement d’échelle, connectivité 55


4 Indice d’interconnectivité IcDF N , percolation et calcul de propriétés
équivalentes 57
4.1 Nomenclature utilisée dans le chapitre . . . . . . . . . . . . . . . . 59
4.2 Définitions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61
4.3 Mise à l’échelle : calcul du tenseur de perméabilité équivalente . . . 65
4.3.1 Méthodes numériques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 66
4.3.2 Méthodes Analytiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73
[Link] Échelles comparables entre les hétérogénéités et la
cellule équivalente : La fracture traversante, modèle
de Snow . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73
[Link] Fracturation diffuse, effet local de l’arrangement
des fractures . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75
4.4 Estimation de la connectivité par les statistiques géométriques :
volumes exclus . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 77
4.4.1 Volumes Exclus . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 78
4.4.2 Expression du nombre moyen d’intersections par fractures à
l’aide des volumes exclus : Indice d’inter-connectivité IcDF N
pour les réseaux de fractures dont les lois sont indépendantes
(Formulation 2D) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 78
4.4.3 Expression 3D du nombre moyen d’intersections par frac-
tures IcDF N à l’aide des volumes exclus : réseaux de fractures
anisotropes dont les lois sont indépendantes : . . . . . . . . 83
4.5 Résultats, analyse d’inter-connectivité avec IcDF N pour les réseaux
de fractures anisotropes (Formulations 2D et 3D) . . . . . . . . . . 91
4.5.1 Procédure et plan d’expérience, validation par comparaison
à des réseaux de fractures diffuses représentatifs . . . . . . . 91

viii
TABLE DES MATIÈRES

4.5.2 Analyse de la géométrie (arrangement des fractures) . . . . . 95


4.5.3 Discussion, conclusions intermédiaires . . . . . . . . . . . . . 103
4.6 Vers un modèle analytique : Étude paramétrique et comparaisons
de méthodes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 103
4.6.1 Proportion de fractures participant à l’écoulement pour cor-
riger le modèle des fractures connectées . . . . . . . . . . . . 105
4.6.2 Résultats comparatifs (2D) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 105
4.7 Synthèse, discussion et applications . . . . . . . . . . . . . . . . . . 106
4.7.1 Analyse et contrôle qualité du modèle de fractures . . . . . . 106
4.7.2 Modèle Hybride : Combiner les avantages des méthodes nu-
mériques et analytiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 109

Méthodes de discrétisation des milieux Fracturés 115


5 Discrétisation des réservoirs fracturés : quelques contributions récentes117
5.1 Équation discrétisée pour les tests hydrauliques : écoulements mo-
nophasiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 118
5.2 Modèles discrets finement maillés : la solution de référence . . . . . 121
5.2.1 Maillages 1Phi1K réguliers . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 121
5.2.2 Maillages 1Phi1K irréguliers . . . . . . . . . . . . . . . . . . 123
5.3 Simplification des échanges dans les milieux Matrice et Fracture,
déclinaisons du concept multi-porosités . . . . . . . . . . . . . . . . 127
5.3.1 Simplification du maillage fractures, mise à l’échelle d’une
grille de connectivité et PipeNetwork (Vitel, 2006, 2007) . . 128
5.3.2 Simplifications des transferts Matrice-Fracture . . . . . . . 130
5.4 Discrétisation, volumes de contrôle, améliorations et simplifications
pour les modèles mixtes “multi-porosités discrets” à l’échelle supé-
rieure, . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 137
5.4.1 Maillage discret à l’échelle du réseau de fractures . . . . . . 137
5.5 Proposition de classification et synthèse . . . . . . . . . . . . . . . . 146

6 Sweep Line Mesh 3D (SLM3D) : vers un maillage 3D minimal 151


6.1 Hypothèses . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 152
6.2 Discrétisation du continuum Fracture . . . . . . . . . . . . . . . . . 153
6.3 Discrétisation du continuum Matrice . . . . . . . . . . . . . . . . . 165
6.4 Conditions aux limites, définitions des transmissivités de liaison . . 170
6.4.1 Puits-Puits . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 170
6.4.2 Puits-Milieux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 172
6.5 Éléments de performance, Qualité du maillage - Validation . . . . . 173
6.5.1 Elements qualitatifs concernant la discrétisation SLM3D . . 173

ix
TABLE DES MATIÈRES

6.5.2 Calcul du tenseur de perméabilités équivalentes et validations177


6.5.3 Validation avec des solutions analytiques connues pour des
réseaux réguliers de fractures (réseaux de type boites à sucre)
dans des tests de puits. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 178
6.6 Application - Évolutivité - Perspectives . . . . . . . . . . . . . . . . 181
6.6.1 Tailles de bloc variables : intérêt de la représentation DFN . 181
6.6.2 Vers un couplage géomécanique simplifié . . . . . . . . . . . 184
6.7 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 194

Conclusion et perspectives 199

Bibliographie 203

Table des figures 233

Liste des tableaux 239

Liste des algorithmes 240

Annexes 243
A Définitions et notations 245
A.1 Formulations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 245
A.1.1 Dérivée particulaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 245
A.1.2 Identité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 245
A.1.3 Green-Ostrogradski, . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 246
A.1.4 Théorème de Transport (Reynolds), formule de Leibniz gé-
néralisée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 246

B Lois de distribution scalaires 247

C Géométrie du DFN utilisé pour le calcul de mise à l’échelle 249

x
Nomenclatures et abréviations

xi
Nomenclatures et abréviations

Sigle Définition Unité


hAi, aire moyenne d’un objet [m2 ]
Aexcli,j surface exclue entre 2 objets i,j [m2 ]
facteur correctif appliqué au nombre []
αcor d’intersections pour tenir compte de l’effet de
tailles finies.
angle entre 2 fractures Fi , Fj . [°]
β12
Cv coefficient de variabilité pour n calculs de []
perméabilité dans les directions ~ui .
Ci classe de fractures i : ensemble de fractures de []
même forme, même taille et même normale ~ni
cf conductivité de la fracture Ff : terme décrivant la [mD.m]
propension d’une fracture à laisser circuler le
fluide. La conductivité dépend du remplissage, de
la tortuosité, de l’ouverture de la fracture...
d10 nombre de fractures par unité de longueur [m−1 ]
d20 nombre de fractures par unité de surface [m−2 ]
d30 nombre de fractures par unité de volume [m−3 ]
d21 longueur cumulée de fractures par unité de [m−1 ]
surface
d21cf longueur cumulée de fractures de la classe C f par [m−1 ]
unité de surface.
d32 surface cumulée de fractures par unité de volume [m−1 ]
DFN réseau de fracture discret représentatif []
différence de potentiels dans la direction ~j [bar]
∆Pj
DDOF indice de connectivité selon Li and Zhang (2011) []
ef ouverture moyenne de la fracture Ff [m]
Fi fracture i []
IcDF N indice d’interconnectivité d’un réseau de []
fractures. Cet indice correspond au nombre
moyen d’intersections par fractures dans le réseau
(i)
IcDF N nombre moyen d’intersection par fractures de la []
famille i
Kij composante de la ième ligne et jième colonne du [mD]
tenseur de perméabilité
k1...3 perméabilités principales. [mD]
hK3D i moyenne arithmétique des termes de la trace du [mD]
tenseur de perméabilité √
Kh perméabilité horizontale moyenne Kh = k1 k2 [mD]
hli longueur moyenne de fractures [m]
λ coefficient d’interporosité []
xii µ viscosité du fluide [P a.s]
~ni normale au plan de l’objet i []
nbparamètre nombre d’objets correspondant à paramètre []
Sigle Définition Unité
ω coefficient d’emmagasinement []
pc Paramètre critique de la percolation. []


∇P gradient de pression global moyen (sur une maille [P a.m−1 ]
réservoir)


∇p gradient de pression local [P a.m−1 ]
hP i périmètre moyen d’un objet [m]
SLM3D Méthode numérique développée au travers de []
cette thèse pour discrétiser les milieux
géologiques fracturés.
flux moyen [m3 s−1 ]
~
Q
flux moyen à travers la face de normale ~ni [m3 s−1 ]
~i
Q
Φk porosité du milieu k. []
ρparamètre () densité de probabilité du paramètre []
Surface Exclue entre 2 objets appartenant à un [m2 ]
Sexcli,j même plan.
Volume Exclu entre 2 objets appartenant à un [m3 ]
Vexcli,j même volume. Si l’on considère deux objets Oi et
Oj de formes et d’orientations données, le volume
exclu Vexcli,j est le volume dans lequel doit se
situer le centre de Oj pour que Oi et Oj
s’intersectent.
~v vitesse du fluide [ms−1 ]
χ compressibilité [P a−1 ]

Table 1 – Nomenclature et conventions employées dans le manuscrit

xiii
Chapitre 1

Introduction

« Mis en face de la réalité


d’un milieu poreux fracturé,
l’esprit peut d’abord s’effrayer
de la tâche à entreprendre :
des millions de fractures, la
variété inépuisable de leurs
formes et de leurs dimensions,
la complexité de leur
arrangement en réseaux
connectés où mille détours
possibles s’offrent au
cheminement d’un fluide,
semblent en effet défier les
ressources de la description et
de la simulation. »"

(Matheron reformulé pour les


milieux fracturés)

1
Chapitre 1 Introduction

1.1 Cadre général


Connaitre les écoulements dans les structures souterraines est un besoin qui
touche l’exploitation pétrolière, l’hydrogéologie ou la géothermie pour la gestion
des ressources en eau, l’environnement pour le transport des polluants et la protec-
tion des nappes phréatiques. Cette tâche est complexe pour plusieurs raisons. En
premier lieu, la connaissance du sous-sol depuis la surface est limitée et ne permet
pas de décrire le réservoir dans son entièreté. Ensuite, ce sous-sol est constitué
d’un ensemble de couches stratigraphiques dites productives ou stériles formées
au cours des temps géologiques par des mécanismes de sédimentation, d’érosion et
de tectonique. Ceci introduit de fortes variabilités spatiales quant à la nature des
roches rencontrées (Teles et al., 1998; Eaton, 2006; Ronayne et al., 2008; Laurent,
2013).
Dans le contexte pétrolier, les fluides sont stockés dans la porosité de roches après
la réalisation de plusieurs processus très lents qui, mis bout à bout, se comptent en
millions d’années. Le cycle de formation des hydrocarbures débute par le dépôt de
matières organiques, plus ou moins importants selon l’ère géologique : plus intenses
lors de périodes de réchauffement climatique (jurassique et crétacé par exemple) et
dans certains environnements particuliers comme les lagunes, les deltas ou les bas-
sins. Ces dépôts organiques et minéraux peuvent ensuite s’enfouir sous les couches
géologiques supérieures (sous le poids des sédiments par exemple). La pression
et la température augmentant avec la profondeur, la matière organique se trans-
forme en kérogène et mature ce qui libère des huiles et/ou du gaz naturel dans le
milieu environnant (roche mère) souvent saturé en eau. Les hydrocarbures nouvel-
lement formés restent piégés dans la roche mère (réservoirs non conventionnels)
ou s’échappent dans les roches perméables et remontent par effet gravitaire. La
majorité de ces fluides s’écoule ainsi vers la surface, et est naturellement dégradée
(cycle du carbone). Au cours de cette migration, une partie infime des fluides se
retrouve piégée sous certaines structures imperméables : des failles étanches, des
pièges lithologiques, les plis recouverts de roches imperméables comme les argiles
(anticlinaux) ou des dômes de sel (diapirs). L’ensemble des roches contenant les
hydrocarbures piégés constitue ce que l’on appelle le réservoir pétrolier (Figure
1.1.1). La compagnie pétrolière cherche à identifier ces zones de piège pour y forer
un minimum de puits et augmenter les taux de récupération de ces ressources.
La présence de fractures (fracturation) est un phénomène fréquent dans tout type
de matériau et de ce fait dans les structures géologiques. Si des fractures existent
au sein du réservoir et si elles contrôlent de manière significative la circulation des
fluides, i.e. la production d’hydrocarbures depuis la surface, on dira du réservoir

2
1.1 Cadre général

qu’il est fracturé ou fissuré (fractured reservoir). Ce type de réservoir renfermerait


20 à 25% des réserves mondiales disponibles (van Golf-Racht, 1982; Nelson, 2001;
Guerillot et al., 2005; Jorand, 2007; Eschard et al., 2010).

Figure 1.1.1 – Schéma simplifié de la structure du sous sol selon Morgan-Stanley

Comme tout gisement, un réservoir fracturé est né d’un bassin sédimentaire. Il


se démarque des réservoirs conventionnels par la présence de fortes hétérogénéités
mécaniques et hydrauliques (le réseau de fractures), parfois organisées en chenaux
préférentiels. Les fractures, véritables marqueurs de la déformation dans la couche
géologique, sont des discontinuités mécaniques non sédimentaires, organisées en
familles, systèmes et réseaux, témoins de l’histoire tectonique des formations étu-
diées. Elles créent de fortes hétérogénéités locales et, selon leur nombre et leurs
caractéristiques, sont susceptibles de faire apparaitre de larges contrastes à grande
échelle. La zone fracturée peut donc être localisée ou couvrir l’ensemble du bassin.
Les propriétés hydrauliques de ces hétérogénéités peuvent varier sensiblement dans
une même unité lithologique à cause de l’hétérogénéité des roches fracturées.
Du point de vue de l’écoulement, les chenaux préférentiels créés par les fractures
ouvertes, généralement de faible volume, contrôlent l’essentiel de la circulation des
fluides qui sont stockés dans le reste du milieu. Le réseau fracturé met en communi-
cation la roche et les sources de production (ou d’injection) et rend la diffusion plus
rapide. La géométrie et les propriétés de ces deux milieux étant très contrastées,
ils sont modélisés par des propriétés drastiquement différentes. Ainsi, d’un point
de vue modèle, on assimile généralement le réservoir fracturé à un milieu poreux
composé de deux régions. La première, formée d’un ensemble de blocs matriciels,
représente la grande majorité du volume poreux séparé par le réseau interconnecté
de fractures. Les fractures représentent des structures planes et directionnelles,
de faible épaisseur (quelques millimètres tout au plus) et de longueurs pouvant

3
Chapitre 1 Introduction

atteindre plusieurs centaines de mètres. Selon qu’elles sont ouvertes ou cimentées


elles peuvent être parfaitement étanches ou avoir une perméabilité de quelques
dizaines de Darcy. La roche, de volumes plus importants, exhibe des perméabilités
allant de moins d’un millidarcy à quelques centaines de millidarcy. Le rôle des
fractures qui acheminent le pétrole lors du pompage est essentiel tout comme celui
de la matrice puisque les hydrocarbures y sont accumulés. De par leur nature, ces
comportements originaux représentent autant de défis à surmonter et à modéliser.
Le nombre d’études réalisées autour de ce sujet s’est intensifié, notamment via
le secteur énergétique. Leur intérêt tout autant environnemental qu’économique
est en effet multiple :
1. La présence de fractures conductrices favorise l’écoulement de fluides et la
diffusion de pressions ; ce qui rend le réservoir économiquement avantageux
ou risqué selon le cadre d’une exploitation pétrolière, minière ou géother-
mique (accroissement de la zone de drainage ou arrivée précoce d’eau)
2. Le confinement des déchets à longue durée de vie, nécessite de connaitre
précisément la fracturation du sous-sol, même légère pour limiter des risques
de fuites pouvant être dramatiques ;
3. La plupart des réservoirs naturels sont fracturés plus ou moins densément. Ils
sont donc abondants et représenteraient plus de 20 % des réserves mondiales ;
4. Les techniques de fracturation dans les milieux peu perméables (les écoule-
ments se font alors via les fractures), permettent d’extraire les hydrocarbures
de roche mère ce qui représente une part encore plus importante des réserves
potentielles ;
Dans ce contexte, des études de cas assez bien documentées ont contribué à aug-
menter la quantité de données ainsi qu’à améliorer les concepts de modélisation sur
différents sites naturellement fracturés : Touba en Côte d’Ivoire (Kouamé et al.,
2010), Fanay - Augères - Soultz en France (Cacas et al., 1990; McClure,
2009), Mirror Lake (Paillet et al., 1987; Shapiro and Hsieh, 1994) aux Etats-
Unis, Ekofisck (Shchipanov et al., 2010) en mer du nord ; dans les réservoirs
carbonatés d’Iran (Bordenave and Burwood, 1990; Bahonar et al., 2007) et pour
les réservoirs non conventionnels les Barnetts et Carthage Cotton Val-
ley au Texas (Rutledge and Phillips, 2003; Montgomery et al., 2005) ou encore
Bakken dans le Dakota (Sonnenberg, 2010; Delorme et al., 2013a).

4
1.1 Cadre général

Étapes
Acquisition des Statiques :
données — Puits : carottes de forage, imagerie de
puits
— Sismique : attributs sismiques
— Affleurements analogues : cartes 2D,
mesures de terrain caractéristiques

Analyse des données - Modèle conceptuel : Étude du contexte géologique et


(qualitative et structural régional - Réalisation de concepts statiques
quantitative) et dynamiques cohérents - Modèle géologique
structural et sédimentaire - Hiérarchie des fractures en
familles et systèmes (qualitative et quantitative) -
Chronologie relative des systèmes définis -
Connaissances qualitatives de certaines caractéristiques
des familles (style d’architecture des familles,
dimension fractale, existence d’amas, etc.)
Caractérisation Modèle conceptuel : - Étude du contexte géologique et
statique des familles structural régional - Réalisation de concepts statiques
de fractures et dynamiques cohérents - Modèle géologique
structural et sédimentaire - Hiérarchie des fractures en
familles et systèmes (qualitative et quantitative) -
Chronologie relative des systèmes définis -
Connaissances qualitatives de certaines caractéristiques
des familles (style d’architecture des familles,
dimension fractale, existence d’amas, etc.)
Construction des Définition de types de lois de distribution et des
modèles surfacique et paramètres associés pour : densité, orientation,
volumique dimensions, ouverture, remplissage, etc.
Modélisation Modèle volumique possible : - grille structurée régulière
synthétique des ou irrégulière - grille non-structurée (solide
systèmes fracturés tétraédrique)
Construction du Modèle stochastique possible : - modèle continu (grille
modèle Propriétés 3D de propriétés) - ou modèle discret (réseau de
fractures)
Simulation de Propriétés pétrophysiques à déterminer : connectivité,
processus physiques porosité, tenseur de perméabilité
Estimation des Processus physiques : écoulement fluide, transfert de
capacités de stockage chaleur, etc. Exemples de résultat de simulation
et/ou de production d’écoulement : - courbes de production simulée : *
huile/eau/gaz cumulé et produit, * pression -
comparaison de la production simulée avec la
production réelle - cartes de saturation 5

Table 1.1 – Diagramme général de caractérisation et modélisation d’un réservoir


naturellement fracturé selon (Macé, 2006)
Chapitre 1 Introduction

Les modèles, essentiels pour comprendre l’organisation des hétérogénéités natu-


relles ou créées, se doivent d’être suffisamment pertinents pour représenter fidèle-
ment les hypothèses réalisées, et suffisamment simples pour pouvoir être utilisés
abondamment (Eaton, 2006). En d’autres termes, une évaluation efficace du gise-
ment pour aboutir à de bonnes prévisions passe par l’utilisation d’un maximum de
données pour une reconnaissance précoce du rôle du système de fractures et par
sa bonne prise en compte dans le processus de production. La caractérisation se
fait souvent selon plusieurs étapes rappelées dans le tableau 1.1.

Les fractures se manifestent sous plusieurs formes sur les


écoulements, classifications des réservoirs
Nelson (2001) a classifié les réservoirs fracturés selon l’importance que pouvait
avoir la fracturation sur les écoulements et a répertorié les différentes probléma-
tiques de production susceptibles de se poser. Quatre grandes classes de réservoirs
fracturés avec des caractéristiques et un comportement à l’écoulement différents
sont ainsi référencées ( Figure 1.1.2) :
1. Pour les réservoirs de type 1, les fractures (ouvertes) représentent à la fois
l’essentiel des capacités de stockage et de la perméabilité du réservoir. Les
quantités en place sont moindres, les fluides circulent rapidement dans les
fractures tandis qu’ils ne sont pas mobilisables dans la matrice. On obtient
des zones de drainage, dont le périmètre est difficile à déterminer précisé-
ment, très larges pour chacun des puits avec un indice de production élevé
bien corrélé aux mesures de logs de puits. La production, susceptible de décli-
ner rapidement doit être surveillée avec soin puisque les apparitions précoces
d’eau y sont fréquentes. Ce type de champ peut être produit, sous réserve
d’une bonne continuité de la fracturation. Pour exemple, Amal en Lybie
est de loin le plus grand champ de ce type. Il est rentable puisque les ré-
serves y sont importantes en raison de son épaisseur et de sa très grande
taille (100.000 hectares, 800 m d’épaisseur). La porosité de fracture dans ce
réservoir apparaît en moyenne à 1,7 %.
2. Dans les réservoirs de type 2 (Agha Jari et Haft Kel en Iran en sont des
exemples), la matrice représente l’essentiel des capacités de stockage (mais
est peu perméable) et les fractures assurent l’essentiel de la perméabilité
du réservoir. Les quantités en place sont meilleures, et les fluides circulent
rapidement via le réseau de fracture. La performance du réservoir dépend
dans ce cas de la qualité des échanges entre la Matrice et la Fracture. Les
débits aux puits pourront être plus importants que ceux anticipés s’il n’y
avait pas de fractures.

6
1.1 Cadre général

Figure 1.1.2 – Une représentation visuelle de la classification des réservoir fissurés


étudiés par Nelson (2001). Les problèmes de production et d’éva-
luation rencontrés sont aussi répertoriés en fonction de la position
relative du réservoir sur ce diagramme où en abscisse la propor-
tion de fractures dans le réservoir va croissante et en ordonnées la
contribution des fractures à la perméabilité totale est représentée.

7
Chapitre 1 Introduction

3. Pour d’autres réservoirs (de type 3), la porosité et la perméabilité de la ma-


trice sont suffisamment élevées pour les rendre économiquement intéressants.
Les fractures améliorent seulement la perméabilité du réservoir. C’est le cas
par exemple pour certains des plus grands champs en exploitation dans le
monde : Kirkuk en Iraq, Gachsaran en Iran et Hassi Messaoud en
Algérie. Ici, les débits aux puits pourront être maintenus forts, et le réservoir
présente généralement une bonne continuité (Zerrouki et al., 2014).
4. Enfin, les réservoirs de type 4, sont des réservoirs où l’influence des fractures
est plus faible et localisée. Les fractures dans ce cas (Jabuti au Brésil (De-
lorme et al., 2014)) ne contribuent ni à la porosité ni à la perméabilité du
réservoir, mais créent une anisotropie : soit en formant des corridors (très
conducteurs) soit au contraire en compartimentant le réservoir lorsque ce
sont des barrières.
On voit que la connectivité et la perméabilité dans le champ occupent une place
centrale pour comprendre le système de fonctionnement du réservoir. L’un des
enjeux de cette thèse est d’essayer de classifier ces réservoirs uniquement via les
données géologiques de fracturation (avant de produire) pour aider à choisir le
modèle de simulation approprié. Par ailleurs, un certain nombre de réservoirs frac-
turés nécessite de plus en plus souvent le recours à une récupération assistée du
pétrole (IOR/EOR). Il est bien établi que lorsque les stratégies IOR sont poursui-
vies, les fluides injectés coulent principalement via le réseaux de fractures à haute
perméabilité et peuvent contourner l’huile dans la matrice rocheuse, notamment
via les forces capillaires (van Golf-Racht, 1982). Ainsi, de nombreuses expériences
de laboratoire ont été menées pour étudier l’efficacité et l’applicabilité des diffé-
rents processus IOR dans les milieux fracturés (Fadaei et al., 2010; Hirasaki et al.,
2011; Douarche et al., 2012; Argillier et al., 2014) . Certaines expériences en la-
boratoire ouvrent des perspectives prometteuses mais le passage à des simulations
prédictives fiables en conditions de terrain est encore périlleux.

Les milieux fracturés font intervenir une physique


multi-échelles
Le terme fracture, souvent utilisé pour décrire une discontinuité, est un terme
général qui désigne toute cassure avec ou sans rejet de terrains, de roches ou même
de minéraux. C’est la réponse d’un solide à un champ de contrainte mécanique
qui se relaxe en partie si les efforts mécaniques deviennent trop forts. Selon les
tensions existantes dans le solide (état de contraintes à un instant donné) et sa
capacité d’emmagasinnement (propriétés du solide) ces phénomènes conduisent à
une grande variété de morphologies et débouchent sur une très grande diversité
de tailles. Les fractures, de formes linéaires ou sinueuses peuvent aller du micron

8
1.1 Cadre général

(microfissures) à plusieurs centaines de kilomètres et peuvent être très conductrices


ou étanches en fonction de leur remplissage. L’organisation de ces fractures, qui
est une propriété macroscopique, va dépendre de l’histoire et de la composition
géologique de la zone. Elle s’avère délicate à prédire à partir des données brutes.
En effet, les informations recueillies sont soit précises mais très locales : 1D le long
des puits, 2D sur des affleurements ; soit globales et 3D mais peu précises grâce à
la sismique (Section 3.1).

Figure 1.1.3 – Difficulté à définir la fenêtre d’intérêt (continuité) : en deçà d’un


premier seuil, la précision des mesures peut engendrer une variabi-
lité. Au delà d’un autre seuil (numérique) les données ne peuvent
être traitées.

L’équation de conservation de la masse complétée de conditions initiales et aux


limites permet de décrire le comportement du fluide dans le temps et l’espace via
des simulations numériques (Section 2.1). Dans un milieu poreux, le transport de
masse est influencé par une grande variété de processus physiques, chimiques, voire
mécaniques, complexes et interdépendants où plusieurs approches sont possibles
pour décrire le fluide. A l’échelle microscopique, on considère des « particules »
dont on suit les trajectoires au cours du temps (vision Lagrangienne). A l’opposé,
on peut adopter une vision macroscopique (Eulérienne) et considérer l’évolution
de quantités hydrodynamiques telles la densité, la vitesse, ou la pression. Les pro-
priétés physiques caractéristiques du milieu sont définies à l’aide de la notion de

9
Chapitre 1 Introduction

volume élémentaire représentatif (VER) par la théorie de la continuité. Le milieu


est dans ce cas considéré comme homogène par zones. Ce type de modèle, très
conceptuel, assimile le milieu étudié à un milieu continu à l’intérieur duquel l’en-
semble des propriétés qui le caractérisent peut être représenté par des fonctions
continues. La validité de cette représentation est liée au rapport entre le pas d’es-
pace de la division du milieu et le pas d’espace de l’investigation par les instruments
de mesure : les quantités hydrodynamiques effectives utilisées dans les équations
d’écoulement moyennées sur l’échelle d’observation doivent être indépendantes de
la position dans le volume de contrôle (Figure 1.1.3).
Pour les milieux poreux fracturés l’hétérogénéité est présente à deux niveaux et
doit être représentée correctement. La première hétérogénéité à prendre en compte
est la forte variation de perméabilité entre la matrice et les fractures, la matrice
étant pratiquement imperméable comparée à celle des fractures. Le second niveau
d’hétérogénéité est dû à l’extrême complexité de la distribution des fractures, ir-
régulière, aussi bien en forme qu’en taille et en composition. Ainsi, si en théorie
il est possible de décrire ce système à l’échelle de la fracture (approche fine), une
telle description se révèle vite utopiste lorsque le nombre de fractures mises en jeu
et le volume poreux augmentent. Les calculs d’écoulement impliquent la résolu-
tion de larges systèmes d’équations parfois non linéaires et requièrent de ce fait
des temps de calculs et un coût mémoire élevés. Il est nécessaire d’approximer le
système par un autre plus facile à utiliser via une mise à l’échelle pour le mo-
dèle écoulements. Pour représenter les fractures dans le modèle d’écoulements, la
méthodologie multi-échelles développée à l’IFPEN (Bourbiaux et al., 2002)
nécessite de distinguer deux classes de fractures en fonction de leur taille en accord
avec la résolution sismique (instruments) et la taille de maille dans le modèle :
— Les failles sont modélisées de façon déterministe en terme de géométrie. Elles
sont parfois explicitement modélisées dans les simulations de réservoirs puis-
qu’elles sont considérées comme étant non homogénéisables. Les failles sub-
seismiques de taille supérieure à la maille mais inférieure à la résolution sis-
mique correspondent aussi à de grandes singularités pour l’écoulement. Elles
sont générées stochastiquement puisque non détectées par la sismique mais
ne sont pas homogénéisées à l’échelle du réservoir. Des méthodes spécifiques
pour calculer et calibrer leurs propriétés ont été mises en place (Jenni et al.,
2007; Verscheure, 2010; Cherpeau et al., 2012; Verscheure et al., 2012)
— La fracturation diffuse (joints, diaclases...), d’une longueur inférieure à la
taille d’une maille de simulation est estimée à partir d’une analyse croisée des
données de forage (log de fracturation) et des modèles analogues en effectuant
certaines corrélations pour les données manquantes. Cette petite fracturation
peut créer, dans certains cas des chenaux principaux d’écoulement.
Si cette simplification permet d’établir une nomenclature, tous les intermédiaires

10
1.1 Cadre général

sont rencontrés dans la nature et le choix d’une échelle de description n’est pas
aisé. L’ingénieur réservoir disposant de plusieurs types de modèles pour effectuer
ses simulations (chacune de ces méthodes a bien entendu ses avantages et ses
inconvénients) il recherche des règles pour appliquer celle qui est la mieux appro-
priée. Leur applicabilité dépend du nombre et de la qualité de données de terrains
disponibles et de l’échelle ou de la gamme d’échelles considérée pour réaliser la
modélisation. On choisit de les différencier selon que les fractures sont prises ex-
plicitement en compte ou non et selon la zone d’intérêt à caractériser :
— Les approches continues considèrent le milieu fracturé comme un analogue
du milieu poreux. Le modèle est basé sur l’estimation directe des propriétés
hydrauliques, en supposant l’existence d’une échelle caractéristique (VER),
au dessus de laquelle ses propriétés hydrauliques sont homogénéisables. Cette
échelle est difficile à déterminer si elle existe (Figure 1.1.3). Beaucoup d’hy-
pothèses simplificatrices, qui s’ajoutent aux grandes incertitudes des données
en réservoirs fracturés, doivent alors être réalisées pour déterminer les pro-
priétés équivalentes et réduire le nombre d’inconnus.
— Les approches discrètes rendent compte directement de la géométrie du ré-
seau de fractures et considèrent l’écoulement dans chacune d’elles. Le modé-
lisateur se heurte alors à un problème de description et ressources calcula-
toires : les capacités machines actuelles ne permettent pas de décrire et de
discrétiser, lorsqu’elles sont trop nombreuses, l’ensemble des hétérogénéités
dans le milieu étudié.
L’idée fondatrice de la majorité des modèles d’écoulements dans les systèmes frac-
turés est alors de dissocier l’écoulement à l’intérieur du réseau de fractures de
celui dans la matrice : ce sont les modèles à double porosité. On définit ensuite
une fonction de transfert pour modéliser au mieux, les échanges entre ces deux
supports. Ce concept introduit par Barenblatt et al. (1960) est à l’heure actuelle
de loin le plus employé par l’industrie pétrolière. Pratiques et très utiles dans de
nombreux contextes, ces modèles macroscopiques à double porosité ne devraient
être utilisés à grande échelle que si le système fracturé est suffisamment connecté
et continu (Section 5.3). L’échelle utilisée pour délimiter les mailles peine à bien
représenter la structuration des fractures et ses singularités. C’est pourquoi à la
vue des limites pour les différentes approches :
1. Capacité mémoire et calculatoire : nombre d’hétérogénéités maximales pour
que la discrétisation fine soit applicable,
2. Représentativité : nombre d’hétérogénéités minimales et homogénéité pour
que la théorie de continuité s’applique,
une avancée importante serait de trouver un critère de choix systématique pour
user de l’un ou l’autre de ces modèles qui apparaissent complémentaires.

11
Chapitre 1 Introduction

1.2 Objectifs de recherche et structure de la thèse :


hiérarchisation et extension des modèles
L’hétérogénéité multi-échelle et multi-origine dans les réservoirs fracturés com-
binée à des données très incertaines pose des questions théoriques et pratiques sur
la façon de les représenter, l’existence d’échelles caractéristiques, sur la possibilité
de négliger une partie des hétérogénéités et sur la nature des caractéristiques pré-
pondérantes à mesurer. L’enjeu pour toutes ces méthodes de modélisation est de
trouver une représentation adaptée à ces spécificités. L’objectif industriel est de
simuler des phénomènes hydrauliques dans un grand nombre de réservoirs suscep-
tibles de contenir un grand nombre de fractures pour chercher un optimum entre
la qualité des approximations de la simulation hydraulique d’une part et le temps
de calcul et l’espace mémoire d’autre part.
Cette thèse s’inscrit dans ce cadre. Si en théorie, nous avons tous les ingrédients
pour réussir une bonne caractérisation, en pratique, les hypothèses « académiques »
et théoriques pour aboutir à des résultats « justes » font face à la réalité du manque
de données à notre disposition. C’est pourquoi ce sujet reste essentiel et ouvert pour
nombre d’auteurs (Long et al., 1982; Beucher and De Marsily, 1985; Berkowitz,
2002; Eaton, 2006; Sahimi, 2012). Menées en ce sens, les études numériques (Beu-
cher and De Marsily, 1985; Cacas et al., 1990; NRC, 1996; Huseby et al., 1997;
Hestir et al., 1998; De Dreuzy, 1999; Adler and Thovert, 1999a; Sarda et al., 2002;
De Marsily et al., 2005; Durlofsky, 2005; Eaton, 2006; Dreuzy et al., 2012) ont
mis en évidence une forte influence des paramètres géométriques de distribution
des fractures sur les caractéristiques de l’écoulement. Elles soulignent aussi la dif-
ficulté à les représenter. Le manque de données obligeant à répéter les simulations
sur différents scénarii impose de résoudre des problèmes inverses parfois mal posés.
Ces difficultés conduisent à l’utilisation de modèles stochastiques, où les données
incertaines sont remplacées par des variables aléatoires suivant des lois établies à
partir des observations de terrain. Les simulations sont validées par une confronta-
tion avec des données issues de mesures expérimentales (captage, étude de puits,
... ). Il faut donc que les simulations puissent être réalisées de façon systématique,
robuste, rapide et intégrée. La démarche de simplification entreprise est destinée
à fournir des modèles d’écoulement simples et adaptés aux besoins de l’ingénieur
d’étude réservoirs. Nous avons par exemple rappelé dans cette introduction que
les approches « discrètes » et « continues » étaient complémentaires pour travailler
à l’échelle des fractures et des réseaux de fractures. La première est adaptée aux
réseaux peu denses avec de grosses singularités, elle pêche par ses temps de calculs
élevés là où l’approche continue serait probablement applicable (lorsque le nombre
de fractures est élevé). Nous orienterons donc notre recherche pour obtenir des
améliorations selon ces trois grands axes :

12
1.2 Objectifs de recherche et structure de la thèse : hiérarchisation et extension
des modèles

1. Fixer un critère de passage entre la représentation discrète et la représen-


tation continue. Il devra être simple et le plus unificateur possible (qui
convienne pour une majorité de configurations),
2. Couvrir l’ensemble des problématiques en étendant les domaines d’applica-
tion des méthodes de discrétisation. Le même support calculatoire ne peut
en effet pas être utilisé pour les calculs géostatistiques et pour les simulations
d’écoulement sur des zones étendues.
3. Améliorer les règles de changement d’échelle en proposant une nouvelle mé-
thodologie analytique qui permettrait de réduire le nombre de degrés de
liberté nécessaire pour décrire les échanges de fluides dans un contexte où
les données sont très parcellaires (ce qui est souvent le cas).
Ce travail apporte des méthodes de choix et de résolution pour représenter l’écou-
lement au mieux suivant le contexte du réservoir fracturé. Dans la première partie
nous rappelons les concepts pour simuler les écoulements en milieux poreux, nous
ferons notamment un focus sur les différentes sources d’informations utilisées pour
contraindre nos données et décrire la fracturation. Ceci nous permettra de proposer
un processus de caractérisation et d’identifier les points à améliorer. Une méthodo-
logie de simulation applicable sur deux échelles d’écoulement au moins : l’échelle
des fractures (métrique à décamétrique) et l’échelle réservoir (hectométrique à kilo-
métrique) est nécessaire pour mettre en place la caractérisation. Numériquement,
le défi est d’intégrer la gamme d’hétérogénéité dans des modèles de grande exten-
sion et de bonne résolution, aboutissant à des systèmes linéaires de millions de
degrés de liberté. Cette méthode de simulation doit être applicable pour la majo-
rité des configurations de réservoir. A cet effet, et après une revue des méthodes
existantes, nous proposons dans la partie 4.7.2 une nouvelle technique de discréti-
sation (SLM3D (Khvoenkova and Delorme, 2013b,a)) des milieux fracturés. Cette
approche, à la frontière des classiques modèles simple et double milieu, modélise
l’écoulement dans un milieu poreux fracturé par un réseau de fractures discret
déformable (DDFN) en interaction avec un milieu poreux régulier hiérarchique-
ment distribué (la Matrice). Le modèle discret établi nous fournit une solution
de référence à partir de laquelle nous pourrons simuler des essais hydrauliques, la
stimulation d’un réservoir ou estimer l’existence de VER et calculer des propriétés
équivalentes. Le chapitre 4 est utilisé pour définir un nouveau calcul de paramètres
effectifs qui s’applique lorsque le nombre de fractures interconnectées devient trop
important en nous appuyant sur une étude qualitative de configurations caracté-
ristiques. L’une des données géométriques essentielles contrôlant une perméabilité
équivalente est l’interconnexion entre les fractures conductives de la zone d’intérêt.
Sans effectuer de simulation préalable très coûteuse, l’indice d’interconnectivité,
permet de borner le domaine d’application des méthodes continues. Utilisé à bon
escient, il nous amène vers une méthode combinée de calcul des perméabilités équi-

13
Chapitre 1 Introduction

valentes : numérique et analytique (Khvoenkova et al., 2009). C’est aussi un bon


outil pour étendre la théorie des fractures traversantes (Snow, 1969) aux réseaux
de fracture diffuses connectés (Delorme and Bourbiaux, 2011). Dans chacun des
chapitres, j’exposerai le modèle mis en place avec l’aide de l’équipe FracaFlow-
Tightflow à l’ IFPEN en mettant en évidence les points innovants de ce projet
sur des cas réalistes et en insistant sur ma contribution.

14
Intégration : Qualité des données et
positionnement

« Remember : Finding
fractures is not enough. »"

(Nelson (2001))
Chapitre 2

Modèles, définition, équations et


échelles d’écoulement

Ce premier chapitre introductif nous permettra de définir les différentes échelles


et équations mises en jeu dans la description des écoulements au sein d’un réser-
voir fracturé. Nous y aborderons l’origine physique des coefficients qui apparaissent
dans les équations de conservation, notamment pour le modèle double milieu. Les
lois de fermeture explicitées par la suite permettent de bien poser le problème.
Dans le modèle présenté, les déplacements et les pressions sont les grandeurs qui
décrivent l’état du milieu (variables d’état). La liaison entre ces deux ensembles se
fait par l’intermédiaire des lois de comportement qui font apparaître des grandeurs
telles que les perméabilités, les porosités, les compressibilités et les contraintes mé-
caniques. Nous fournissons ainsi le cadre physique général nécessaire pour décrire
l’écoulement dans une roche poreuse fracturée potentiellement déformable (petites
déformations).

2.1 Quelques définitions et outils de modélisation :


Le terme de milieu poreux désigne un matériau, qui à l’échelle où on l’observe
est perçu comme un milieu continu solide à travers lequel peut circuler un fluide.
Typiquement, pour un matériau poreux sain, il s’agit de l’échelle de la carotte. Une
description du même matériau à une échelle inférieure, dite échelle microscopique,
révèle qu’il s’agit d’un réseau solide parcouru par un espace poreux connecté et
saturé par un fluide.

17
Chapitre 2 Modèles, définition, équations et échelles d’écoulement

2.1.1 La porosité
La porosité φ est le pourcentage de vides dans le volume total de roche. Elle
est dite effective ou efficace lorsque les espaces exploitables sont suffisamment
interconnectés pour permettre une circulation de fluides. Au sein des réservoirs
fracturés, la porosité totale peut se décomposer en une porosité matricielle et une
porosité de fracture (double porosité φM , φF ).

φ = φM + φF (2.1.1)
La porosité matricielle φM (ou porosité primaire) dépend principalement de la
nature et de la granulométrie de la roche, ainsi que de l’environnement de dépôt.
De son côté, la porosité de fracture φF (ou porosité secondaire), constituée par
des réseaux plus ou moins denses de fractures (souvent décrits par une densité
volumique dF ), dépend de l’ouverture eF et de la connectivité des fractures à
l’échelle d’observation. On suppose souvent que les fractures occupent un volume
VF = dF × eF × VT petit comparé au volume total VT . φF = dF × eF , la porosité
fracture totale, doit être corrigée par la proportion de fractures connectées pour
obtenir la porosité effective.

2.1.2 Équations d’état


En thermodynamique, l’équation d’état d’un système à l’équilibre est une rela-
tion entre ses différents paramètres physiques (appelés variables d’état). Un même
corps peut avoir plusieurs équations d’état, mesurées en laboratoire. En conditions
isothermes (notre cas puisque la température varie peu dans le réservoir pour les
phénomènes et les échelles de temps que nous simulons), la compressibilité du
liquide (huile, eau) ou du gaz suffit à relier la pression P et le volume V . La com-
pressibilité isotherme totale χt d’un fluide f de masse volumique ρ contenu dans
un volume Vt se définit comme suit :

1 1 ∂Vf + ∂Vr
! !
∂V
χt = − =− = χf + χr (2.1.2)
Vt ∂P T
Vt ∂P T
où χf est la compressibilité du fluide et χr celle du solide contenant le fluide, ce
qui permet de relier la variation de masse volumique à la variation de pression au
cours du temps pour un volume de masse m :
! ! !
∂ρ m ∂V ∂P ∂P
= = −ρχt (2.1.3)
∂t Vt ∂P T
∂t T
∂t T

18
2.1 Quelques définitions et outils de modélisation :

2.1.3 Loi de Darcy et tenseur de perméabilité


Ingénieur de la ville de Dijon, Henri Darcy a écrit les fondements de l’hydrody-
namique des milieux poreux (Darcy, 1856). Il a notamment montré, par l’étude
de l’écoulement dans des colonnes de sables, qu’il existe, sous certaines conditions
et à partir d’une certaine échelle L , une relation linéaire entre la densité de flux
ou vitesse de filtration Q ~ et le gradient de pression ∇P
~ . Cette loi macroscopique
initialement obtenue sur des expériences 1D homogènes et isotropes, est générali-
sée aux milieux hétérogènes, anisotropes, saturés et non saturés par Buckingham
(1907). Son équation générale, s’applique notamment aux écoulements monopha-
siques de fluides de viscosité µ, de type newtonien, rampants, incompressibles,
dans un milieu poreux continu et homogène soumis à la gravité ~g :
¯ 
~ = − K̄ . ∇P

Q ~ − ρ~g (2.1.4)
µ
Il est important de noter que ce paramètre tensoriel K̄ ¯ , appelé perméabilité, est
indépendant de la nature du fluide. La loi de Darcy permet donc de séparer le rôle
du fluide, décrit par la viscosité, du rôle du solide décrit par la perméabilité qui a
une dimension homogène à une surface. Si le milieu est isotrope, la perméabilité
s’exprime par un scalaire et, dans le cas contraire, elle s’exprime au moyen d’un
tenseur reliant les 2 entités vectorielles, le flux Q ~ et le gradient de pression ∇P
~ .
Pour l’analyse des variations de pression dans les écoulements monophasiques, la
force de gravité étant considérée comme homogène et permanente, il est intéressant
de travailler avec une variable pression diminuée de la pression hydrostatique, ce
qui fait disparaître le terme gravitaire de l’équation. On adoptera ce changement de
variable par la suite. La perméabilité d’un milieu poreux caractérise son aptitude
à laisser circuler tout fluide (liquide ou gaz) au sein de son espace poral. Elle ne
dépend, à priori, que de la structure du réseau de pores et/ou des fractures du
matériau et particulièrement de la connectivité de ces différents éléments. C’est
une propriété de transport macroscopique exprimant le rapport entre une force
(gradient de pression) imposée à un fluide pour traverser le milieu et le débit
résultant. On peut la mesurer à l’échelle de l’échantillon de laboratoire ou du
terrain, ou bien l’évaluer en modélisant la circulation des fluides dans un milieu
poreux dont on connait la microstructure. Nous nous attacherons dans la suite à
relier cette perméabilité aux propriétés géométriques du matériau.
Cette loi correspond à une solution linéaire approchée des équations de Navier-
Stokes pour le cas d’écoulements à très bas nombre de Reynolds, ou écoulement
rampants. Pour vérifier que la loi de Darcy est valide, on utilise le nombre de Rey-
nolds donné par Re = ρ UµD où U est prise égale à la vitesse moyenne intrinsèque

− →

de phase du fluide dans les pores ( Q = Φ U ) et D le diamètre effectif des grains

19
Chapitre 2 Modèles, définition, équations et échelles d’écoulement

(pour D on adopte en général la convention d10 (la taille du filtre à travers duquel
10% en masse des grains passe)). Le nombre de Reynolds mesure l’importance des
forces d’inertie par rapport aux forces de viscosité. Muskat and Wyckoff (1937)
montrent plusieurs études selon lesquelles l’écoulement est marqué par des effets
inertiels pour des valeurs de Re comprises entre 1 et 12. Une telle valeur peut
être atteinte dans le cas d’écoulement en milieux fracturés, karstiques ou pour
des fluides de faible viscosité tels que le gaz. En effet, des forces d’inertie dues
à la dissipation d’énergie cinétique dans les pores viennent s’ajouter aux forces
visqueuses dues aux frottements sur les parois de la phase solide du milieu po-
reux. Ces forces inertielles sont prépondérantes sur les forces visqueuses pour des
écoulements à nombre de Reynolds supérieur à 100. Dans ce cas une loi de perte
de charge quadratique (Darcy- Forchheimer (Forchheimer, 1901)), dont la validité
a été abondamment étudiée dans la littérature, est plus appropriée (Chauveteau
and Thirriot, 1967; Wodié and Lévy, 1991; Firdaouss et al., 1997; Skjetne and Au-
riault, 1999; Al Bitar, 2007; Bailly et al., 2009; Lasseux et al., 2011; Soulaine and
Quintard, 2014). Nous supposerons par la suite que l’ensemble des conditions pour
appliquer une loi de Darcy sont remplies. Bien que les milieux poreux puissent se
révéler très hétérogènes, la taille des pores n’excède jamais quelques millimètres.
Au contraire, les fractures ne sont pas limitées par une échelle caractéristique r0 et
cette notion est primordiale pour étudier les milieux poreux. Bear (1972) a pour
cela défini le concept de Volume Élémentaire Représentatif (VER).

2.1.4 Le Volume Élémentaire Représentatif (VER)


Un volume élémentaire représentatif est un volume pour lequel les propriétés ca-
ractéristiques moyennes (comme la porosité, la perméabilité dans le cas d’un milieu
poreux) peuvent être déduites. Il est propre à un milieu et un processus donnés.
Le comportement effectif du matériau doit pouvoir y être représenté à partir des
comportements élémentaires et de la morphologie (arrangement géométrique) des
différentes phases le constituant. Ce concept est en général utilisé pour le change-
ment d’échelle appliqué sur le VER qui doit répondre aux critères suivants, quant
à sa taille r0 :
— Le VER doit avoir une taille suffisamment grande pour que la moyenne
globale de la propriété étudiée soit significative et ne fasse plus apparaître
de fluctuations à petite échelle ;
— Le VER doit être suffisamment petit pour que les variations des propriétés
d’un domaine au domaine voisin puissent être approchées par des fonctions
continues, sans introduire d’erreur décelable par les instruments de mesure
à l’échelle macroscopique.
Dans le cas des réservoirs fracturés, la taille représentative du réseau des fractures
étudié fera bien entendu partie de ces paramètres utiles pour décrire l’échelle carac-

20
2.2 Conservation de la masse

téristique de la structure du milieu. En général, les mouvements d’un sous-ensemble


de points massiques ne décrivent pas complètement le mouvement d’ensemble d’un
milieu continu déformable. Nous admettrons, à l’échelle du VER, que deux points
massiques infiniment proches l’un de l’autre à un instant donné et appartenant au
même continuum resteront infiniment proches l’un de l’autre à l’instant suivant et
que chaque espèce (solide/fluide) est continue et ne subit pas de discontinuités de
déplacements.

2.2 Conservation de la masse


Sur un intervalle de temps court [t, t + ∆t], nous étudions l’évolution d’un fluide
f dans un réservoir fracturé 3D saturé occupant un domaine ω régulier ouvert
et borné par la frontière ∂ω, soumis à des sources extérieures provoquant des
déséquilibres hydrauliques en conditions isothermes (Figure 2.2.1). A l’instant t la
masse M du fluide de masse volumique ρ, dans le volume de contrôle ω, de porosité
Φ est donnée par :

M = ρΦω (2.2.1)
Le principe de conservation de la masse implique que la variation de masse
stockée dans le milieu poreux est égale au flux total QT (entrant et sortant) ajouté à
un éventuel terme source volumique s. On utilise δΩ la distribution de Dirac définie
sur le réservoir, qui vaut 1 quand on extrait du fluide sur le volume considéré et
0 ailleurs. Le signe du terme source s est considéré par convention comme positif
pour un apport de fluide et négatif pour une extraction. La compressibilité du
fluide (Équation 2.1.3) est utilisée pour relier la variation de masse volumique à la
variation de pression en négligeant la variation de densité avec la température.
! !
dM ∂P
˚ ¨
=0= ρχt Φ dV − δΩ ρs − ~ n~ω dS
ρQ.
dt ∂t T
Ω ∂Ω

A l’échelle du volume de contrôle le fluide f , à la pression P , se déplace à la


~ (Bear, 1972) :
vitesse de filtration de Darcy Q
˚
∂P
! ! ¨ ¯

ρχt Φ dV = δΩ ρs + ~ ).n~ω dS
ρ( .∇P (2.2.2)
∂t T
µ
Ω ∂Ω
¯ et Φ varient fortement dans l’espace en raison de la présence de fractures qui

se trouvent dans Ω. On considère alors une séparation du milieu en 2 domaines :
fracture ΩF et matrice ΩM dont les propriétés sont respectivement indexées par M
et F (Figure 2.2.1) :

21
Chapitre 2 Modèles, définition, équations et échelles d’écoulement

K¯F ~  K¯F ~ 
˚  !  ˚  ! 
ρχtF ΦF
∂P ∂P
− ρdiv( .∇P ) dV + ρχtF ΦF − ρdiv( .∇P ) dV
∂t T
µ ∂t T
µ
ΩF ΩF
= δΩF ρsF + δΩM ρsM (2.2.3)

Figure 2.2.1 – Définition et notation des frontières entre le milieu matrice M et


le milieu fracture F

Le changement de phase fluide/solide n’est pas considéré dans notre modèle.


Puisque l’équation est vérifiée dans le milieu matrice et dans le milieu fracture
avec (ΩM ∪ ΩF = Ω) quelle que soit la position du point, la continuité des flux
sur l’interface de surface SF entre ces deux milieux (∂ΩM F = ΩM ∩ ΩF ) permet
d’introduire le terme de couplage qM →F des systèmes d’équation double milieux.
Il représente un débit par unité de surface :
  ¯
~ F)

χ Φ
tF F
∂P
∂t
− div( KµF .∇P = sF − SF .qM →F X D [ΩF ]
 T


¯

χtM ΦM ∂P ~ M)
− div( KµM .∇P = sM + SF .qM →F X D [ΩM ] (2.2.4)
 ∂t T
 ¯ ¯


qM →F = ~ M ).n~M
( KµM .∇P ~ F ).n~M
= ( KF .∇P
µ

2.3 Différentes échelles étudiées et analyse aux


dimensions
Les modèles de simulations peuvent être classés en fonction de la résolution d’es-
pace du problème résolu en partant de l’échelle du pore jusqu’à l’échelle régionale.
Ainsi, l’échelle d’observation peut être définie (Matheron, 1965; Adler and Thovert,
1999a; Sahimi, 2012) comme la taille d’échantillon pour laquelle l’hétérogénéité est
étudiée via son impact sur les paramètres pétrophysiques et sur l’écoulement. Cette
échelle est ensuite ordonnée en trois entités pour l’étude des milieux poreux :

22
2.3 Différentes échelles étudiées et analyse aux dimensions

Figure 2.2.2 – Représentation des écoulements et de la fracturation à plusieurs


échelles : du réservoir au pore.

— L’échelle laboratoire, typiquement utilisée pour étudier les carottes, s’attache


aux effets d’hétérogénéités de tailles proches de celles du pore, nous l’appel-
lerons l’échelle du pore et elle ne sera que très brièvement abordée dans
nos travaux, la loi de Darcy est utilisée pour décrire les écoulements à cette
échelle
— L’échelle géologique (appelée aussi échelle unité), de l’ordre de 5 à 100 mètres,
correspond approximativement à l’épaisseur d’une unité géologique. Elle est
observable à l’œil nu au cours d’un relevé de terrain, et permet de décrire la
fracturation diffuse, les hétérogénéités dans les logs de puits et est proche de
la taille des zones investiguées pendant les tests hydrauliques. Les propriétés
mesurées au laboratoire sont souvent recalées à cette échelle, ce sera notre
échelle dite locale. Latéralement, on emploie aussi le terme d’échelle bloc,
qui varie de 50 à 300 mètres. Les propriétés sont à cette échelle souvent
homogénéisées. Elle correspond typiquement à l’ordre de grandeur des grands
accidents tectoniques que sont les failles,
— L’échelle d’observation gigascopique, utilisée par le géophysicien et de la
même résolution que des images satellites (de l’ordre du km), elle intègre
la variabilité spatiale des modèles.
Nous cherchons, pour notre part, en partant de données aux échelles locales, unité
et gigascopique à simuler une production (fonction objectif) à l’échelle bloc sur des

23
Chapitre 2 Modèles, définition, équations et échelles d’écoulement

temps observables à l’échelle humaine (secondes à années). La description des com-


posantes du réservoir à étudier doit se faire à l’aide de modèles mathématiques qui
expriment les principes physiques de conservation de la masse mais ceci avec dif-
férents degrés de détail selon les modèles. Les processus étudiés vont conditionner
le choix des simplifications effectuées.
Prenons, par exemple, la description des tests de puits. Considérons un puits
vertical, au centre d’un domaine uniformément fracturé et isotrope, avec une des-
cription des écoulements ne prenant pas en compte une perméabilité de matrice
à grande échelle mais seulement l’échange matrice vers le milieu fracture. Cette
hypothèse est dénommée hypothèse 2Φ1k. On ajoute en général une seconde hy-
pothèse qui est l’existence d’un facteur de forme σ (Section 5.3) tel que l’échange
entre la matrice et la fracture qM →F puissent être écrit de façon pseudo-permanente
qM →F = σKµM (PM − PF ) (hypothèse de Warren et al. (1963), voir discussion dans
Landereau et al. (2001)). L’équation 2.2.4 dans le milieu fracture est reprise en
coordonnées cylindriques :
!
∂P KF ∂PF σKM
χ t ΦF − =− (PM − PF ) (2.3.1)
∂t T
µr ∂r µ
avec pour origine le puits vertical, r est la distance au puits.
En introduisant les variables adimensionnées :

2πKF z
!
PD = (P∞ − P (r, t)) (2.3.2)

!
KF
tD = t (2.3.3)
(χF ΦF + χM ΦM ) µrw2
r
rD = (2.3.4)
rw
et les opérateurs

∂P q ∂PD
= (2.3.5)
∂t 2Πz((χF ΦF + χM ΦM ) rw ∂tD
2

∂ 1 ∂
= (2.3.6)
∂r rw ∂rD
∂P qµ ∂PD
= − (2.3.7)
∂r 2πzKF rw ∂rD
on peut dériver l’équation en :

24
2.3 Différentes échelles étudiées et analyse aux dimensions

KF 1 1 ∂ qµ ∂PF D σKM qµ
 
r D rw − − − (PM D − PF D ) =
µ rD rw rw ∂rD 2ΠKF zrw ∂rD µ 2πKF z
!
q ∂PF D
− χ F ΦF (2.3.8)
2Πz((χF ΦF + χM ΦM ) rw2 ∂tD
Deux variables adimensionnées peuvent être définies pour étudier les écoule-
ments, soit le ’coefficient d’interporosité’ λ et la ’capacité d’emmagasinement’ ω :

χ F ΦF
ω= (2.3.9)
χ F Φ F + χ M ΦM
σKM rw2
λ= (2.3.10)
kF
où λ définit les communications entre les blocs de la matrice et les fissures.
Lorsque λ est petit, le transfert de fluide de la matrice vers les fractures est difficile :
il faut beaucoup de temps avant que le modèle double porosité se comporte comme
l’ensemble du système homogène équivalent. Un tel comportement peut être obtenu
lorsque la matrice est très peu perméable (réservoirs non conventionnels) ou lorsque
la densité de fractures est faible (dans ce cas σ est petit). λ varie en général entre
10−4 et 10−10 (Bourdet, 2002).
L’équation se réécrit ainsi dans le milieu fracture :
1 ∂
!
∂PF D ∂PF D ∂PM D
rD −ω − (1 − ω) (2.3.11)
rD ∂rD ∂rD ∂rD ∂tD
et dans le milieu matrice en négligeant les échanges matrice-matrice
∂PM D
(1 − ω) + λ(PM D − PF D ) = 0 (2.3.12)
∂tD
Dans ce cas simple d’un milieu homogène semi-infini Ω (borné en z), soumis à
un saut de pression dans un puits, des solutions analytiques peuvent être obtenus
en utilisant la transformée de Laplace.

1
!
λtD λtD
PD = ln(tD ) + 0.80907 + Ei (− − Ei (− (2.3.13)
2 ω(1 − ω) (1 − ω)
´ ∞ −t
où Ei est la fonction exponentielle intégrale : Ei (x) = −x e t dt
Elles font apparaître plusieurs phases selon différents temps caractéristiques :
ces phases sont des signatures caractéristiques des réservoirs fracturés. Le temps
de relaxation tcΩ d’un point situé à une distance rc est alors proportionnel à :

25
Chapitre 2 Modèles, définition, équations et échelles d’écoulement

φΩ 2
tcΩ ≈ µχ
r (2.3.14)
KΩ c
Une contribution théorique importante pour l’étude des réservoirs est réalisée
par (Bourdet et al., 1983, 1989). Ils y présentent une nouvelle technique et des
courbes types pour interpréter les essais hydrauliques : pour une période donnée
de l’essai, le changement de pression, ∆p, est tracé dans une échelle log-log par
rapport au temps écoulé, ce qui permet d’analyser les données de test de pres-
sion. Généralement, ces courbes théoriques sont exprimées à l’aide des variables
adimensionnnées pour que les réponses de pression deviennent indépendantes des
grandeurs physiques telles que le débit, les propriétés des fluides ou de la roche.
La double hétérogénéité (forte porosité de la matrice et perméabilité élevée de
la fracture) peut être décelée dans ce diagramme et s’illustre par une signature
caractéristique à baïonnette, permettant de quantifier les effets respectifs des co-
efficients λ et ω. Ce modèle, qui représente un milieu théorique du type Warren
et al. (1963) (partie 5.3) est une simplification de la réalité : les paramètres ré-
sultant de l’interprétation définissent le modèle idéalisé, mais ils ne décrivent pas
la configuration géologique en détail. Lorsqu’un puits est ouvert dans un réservoir
fracturé :
1. Une réponse rapide de la pression se produit dans les fractures conductrices.
2. Une différence de pression est créée entre la matrice et les fractures, et les
blocs de la matrice commencent à produire dans les fissures, la pression dans
les fractures se stabilise.
3. La pression des blocs matrice diminue à mesure que progresse l’écoulement
et, finalement, tend à égaliser la pression des fractures environnantes.

(a) Influence du coefficient d’interporosité λ (b) Influence du coefficient d’accumulation ω

Figure 2.3.1 – Signature caractéristique théorique d’un réservoir fracturé double


milieu dans un diagramme log-log de la dérivée de pression d’après
(Bourdet, 2002)

26
2.3 Différentes échelles étudiées et analyse aux dimensions

De nombreuses études en géologie et en ingénierie de réservoirs ont montré


l’existence de réservoirs, fracturés de façon non uniforme. La densité du réseau de
fissure peut varier avec la position dans le réservoir, en fonction des contraintes de
roche due à la courbure de la formation et les orientation des fractures peuvent
induire une anisotropie des perméabilités. Il est alors nécessaire de développer
un modèle suffisamment général pour honorer l’hétérogénéité du réservoir, une
distribution des géométries de blocs de la matrice doit par exemple être considérée
(Belani, 1988).
Toute la problématique des milieux fracturés se retrouve dans cette simple ana-
lyse : les hypothèses géologiques sont elles réalistes et à quelles échelles de temps
et d’espace sont elles valides pour les propriétés observées ? Ces variables adimen-
sionnées permettent de quantifier la relative importance de chacun des paramètres
du modèle et d’accéder à des solutions analytiques caractéristiques des milieux
fracturés. Utilisées de façon isolée, plusieurs solutions permettent de reproduire
la signature du réservoir, c’est la cohérence avec la géologie et l’intégration des
données mesurées qui feront la qualité du modèle..
Nous essayons par la suite de combiner ces informations via les données géolo-
giques et de les simuler numériquement dans un modèle qui intègre l’ensemble des
contraintes.

27
Chapitre 3

Description géologique des


réservoirs fracturés et phénomènes
étudiés : Quelle précision employer ?
Quelles données intégrer ?

Les fluides de réservoirs évoluent dans des environnements variables aux hé-
térogénéités multiples (Beucher and De Marsily, 1985; Teles et al., 1998, 2004;
Neuman, 2005) et peuvent atteindre de grandes profondeurs (en général deux à
trois milles mètres). L’accès aux données est complexe et les rend particulièrement
difficiles à caractériser. Le modèle de fractures doit pourtant décrire les caracté-
ristiques principales de la géologie et ses rapports spécifiques à l’écoulement de
fluides. Caractériser la fracturation de la roche à l’échelle réservoir requiert pour
cela de travailler avec de grandes incertitudes auxquelles nous pouvons faire face
avec deux approches de modélisation :
1. Simuler le processus de fracturation dans son ensemble (sa genèse) pour ten-
ter de prédire la géométrie voire les propriétés hydrauliques du réseau de
fractures. Il s’agit de résoudre le problème direct où les propriétés hydrau-
liques de chaque fracture (perméabilité, porosité, tortuosité) pourraient être
connues et déduites des observations du milieu naturel.
2. Reproduire statistiquement les informations relatives aux fractures dans un
état donné (état actuel mesuré) pour prédire leur effet sur les écoulements.
Bien que plus séduisante puisqu’elle permettrait de représenter l’évolution passée
du massif et surtout de simuler son évolution future en fonction des sollicitations
subies, la première approche nécessite de résoudre des problèmes fortement couplés
et incertains pour lesquels la recherche n’a pas encore abouti. Malgré un regain
d’intérêt, motivé notamment par le désir de prédire la formation des fractures

29
Chapitre 3 Description géologique des réservoirs fracturés et phénomènes
étudiés : Quelle précision employer ? Quelles données intégrer ?

hydrauliques (Warpinski et al., 2004; Jorand, 2007; McClure, 2009) ou de recons-


tituer l’histoire du réservoir (Guiton et al., 2003; Maerten and Maerten, 2006)
beaucoup d’informations restent manquantes et inaccessibles : rhéologie du ma-
tériau poreux en 3D, lois de création et d’évolution des fractures en fonction des
contraintes géomécaniques, remplissage des fractures, historique des contraintes
subies par le massif (Mustapha, 2008; Caumon, 2010). Si les données offrent des
informations à plusieurs échelles : sismique (Gigascopique), forage-puits (unité),
affleurements (unité) et carottes (locale) (Figure 3.1.1) elles sont remplies d’incer-
titudes et restent localement étalonnées et parcellaires. Puisque la finalité de notre
modélisation n’est pas le réseau lui-même mais les conséquences qu’on peut en ti-
rer du point de vue hydromécanique, une méthode itérative géostatistique est plus
souvent employée. L’organisation interne des fractures est reproduite, contrainte
par les observations, et met en cohérence les incertitudes grâce à des critères géné-
tiques. La réponse hydraulique du modèle constitué est ensuite analysée et calibrée
par rapport aux données acquises pendant les premières circulations de fluides.

3.1 Acquisitions et données pour décrire la


géométrie du milieu :
L’acquisition sismique et plus généralement les méthodes de subsurface (si on
inclut les mesures de tomographie) produisent les données à la plus grande échelle
et sont les seules mesures disponibles en trois voire quatre dimensions. Elles per-
mettent de localiser les principaux réflecteurs souterrains, leurs répartitions et
d’imager grossièrement les hétérogénéités (sous la forme d’attributs déduits de la
cohérence) ainsi que les fluides en place dans la zone réservoir. D’une résolution
verticale métrique à décamétrique, elles permettent une investigation latérale de
quelques dizaines à plusieurs centaines de mètres selon la distance entre les sources
et le réservoir (Lecour et al., 2001; Du Bernard et al., 2002; Adelinet et al., 2011).
Dans certains cas, on peut déduire l’emplacement de quelques failles majeures
mais très peu de certitudes sur le réseau des fractures de tailles moyenne à pe-
tite (une taille qualifiée de subsismique en référence à la résolution des mesures).
Les informations recueillies le long des puits (logs) (Flury et al., 1983; Adler and
Thovert, 1999a; Darcel, 2002; Massonnat et al., 2002) fournissent des informations
locales, réputées plus précises, à une ou deux dimensions quant à l’organisation
de la structure (lithologie notamment). La diagraphie pénétrative et non destruc-
tive, met en œuvre une multitude de techniques (mesure de résistivité électrique,
différence de potentiel électrique, radioactivité naturelle et induite, rayonnement
gamma absorbé, vitesse du son etc...) qui étendent son rayon d’action quelques
mètres tout au plus autour du puits. Les données obtenues sont riches au niveau

30
3.1 Acquisitions et données pour décrire la géométrie du milieu :

(a) Interprétation d’un log de fracture (FMI) : Pen-


dage et direction des fractures sont déterminés
par la forme de l’intersection du plan de frac-
ture avec le sondage sur l’image FMI puis in-
tégrées dans une étude stéréologique (Delorme
et al., 2014)

(b) Image sismique 3D interpré- (c) Carotte du champ algérien


tée El Gassi (Khelifa, 2013)
l’épaisseur des fractures
béantes n’est pas mesurables
sur carottes

Figure 3.1.1 – Exemple de données de caractérisation statique.

31
Chapitre 3 Description géologique des réservoirs fracturés et phénomènes
étudiés : Quelle précision employer ? Quelles données intégrer ?

de l’orientation des discontinuités locales in-situ (limites de bancs, pendages des


couches, fracture) et du contenu du puits (nature et structure des roches, types
de fluides). Les fractures détectées peuvent être orientées en 3D par rapport au
forage. L’existence et la nature d’un remplissage éventuel est difficile à distinguer
sur ce type d’images. Dans ce cas, seules les carottes (échantillons de roche préle-
vés lors du forage) permettent de l’estimer très approximativement (Bekri et al.,
1997; Sausse, 1998) dans les fractures fermées (Figure 3.1.1c). La difficulté pour
préserver les fractures dans leur orientation et leur état initial au sein du carot-
tier, associée à la formation fréquente de fractures parasites liées au processus de
forage (fractures induites), limite l’utilisation des carottes pour la caractérisation
de l’orientation, de l’ouverture et de la distribution des fractures.
Étalonnée sur certaines propriétés déterminées par les forages, la sismique per-
met de généraliser les variations de propriétés à trois dimensions en extrapolant
des attributs et des corrélations. Deux paramètres essentiels pour décrire les écou-
lements : l’ouverture et l’extension des fractures ne sont pas connus à partir des
observations directes. Après interprétation, le réservoir peut ainsi être traduit sous
la forme d’attributs de lithologie, de densité de fractures, de porosité ou de contenu
en fluides. De ces résultats on infère des corrélations avec la structure ou la litho-
logie du réservoir. Les statistiques des variables régionalisées sont ensuite étendues
aux zones non forées selon des considérations plus ou moins empiriques.

3.2 Représentation simplifiée d’une fracture


3.2.1 Représentation géométrique
Incertitude sur sa taille, sa forme, sa position
La complexité et la diversité des fractures a été étudiée en géologie et en géo-
mécanique (Baecher et al., 1977; Flury et al., 1983; Beucher and De Marsily,
1985; Bandis et al., 1983; Barton et al., 1985; Bonnet, 1996; Lecour et al., 2001;
Dautriat, 2009). Selon les forces existantes (pression lithostatique, contrainte tec-
tonique, thermique...) dans le solide et selon la rhéologie du matériau (capacité
d’emmagasiner l’énergie), la création de fractures conduit à une grande variété de
morphologies. On rencontre des fractures de formes linéaires, sinueuses ou en zig-
zag s’étalant sur plusieurs ordre de grandeurs (de quelques centimètres à plusieurs
kilomètres). Du fait de leur taille (significative par rapport aux mailles de simu-
lation d’écoulement) et de l’incertitude moindre quant à leur position, seules les
grandes discontinuités (longueurs supérieures à l’hectomètre) peuvent être locali-
sées de façon déterministe par l’intermédiaire de la sismique. Ces dernières ont une
échelle généralement supérieure à celle de la maille d’étude et seront modélisées

32
3.2 Représentation simplifiée d’une fracture

comme des failles déterministes. La courbure des fractures est en général faible
devant l’extension longitudinale ce qui justifie une représentation par des plans.
Selon s’il y a un déplacement visible du milieu environnant avec un rejet (failles,
charriage ...) ou sans (les fissures, joints, diaclases, veines ...) on peut savoir si
les fractures se sont plutôt formées par cisaillement ou par traction/compression.
Quand une fracture se développe sans être entravée par une limite de banc (chan-
gement de rhéologie) ou par d’autres fractures, sa forme est souvent circulaire
ou elliptique, elle s’oriente selon la contrainte minimale et est susceptible de la
modifier. La surface et la forme des fractures étant, en pratique, inaccessible, la
fracture est généralement modélisée par des objets suffisamment simples pour être
facilement paramétrables. Pour mieux tenir compte de l’anisotropie, les premiers
modèles de disques (Charlaix et al., 1984; Oda, 1985; Ababou et al., 2011) ont pro-
gressivement été remplacés par des polygones (Cacas et al., 1990; Huseby et al.,
1997; Adler et al., 2011) et des ellipses (De Dreuzy, 1999; Barthélémy, 2009). Pour
des réseaux bidimensionnels, les fractures sont systématiquement modélisées par
des segments de droites.
Malheureusement, le relevé de la distribution des longueurs des fractures n’est
possible en deçà de la résolution sismique qu’à l’affleurement ou en galerie. Il faut
tenir compte du fait que les traces les plus courtes n’y sont pas relevées, et que
les traces longues ne sont souvent visibles que partiellement, les 3 dimensions de
l’espace ne sont en principe pas échantillonnées. Bien que faisant état du caractère
multi-échelle de la fracturation en surface les affleurements sont rares et sont donc
plutôt utilisés pour créer des analogies et établir un ordre de grandeur. L’ampli-
tude des mesures estimées à l’affleurement est discutable puisque les conditions
(de pression et contraintes notamment) ne sont pas les mêmes qu’au niveau du
réservoir. La variabilité dans les longueurs de fractures est prise en compte dans
les lois géostatistiques.

3.2.2 Représentation hydraulique


A leur création, les fractures n’ont pas de remplissage, sauf celui d’éventuels
minéraux dus à une altération mécanique superficielle. Selon le mode de création
(cisaillement, traction ou compression) on relève que la surface de la fracture est
plus ou moins nette et rugueuse. Aussi, après leur formation, les fractures sont
susceptibles d’être traversées par du fluide durant la diagenèse. Les eaux d’infiltra-
tion, plus ou moins acides peuvent dissoudre la roche (karstification) : les réseaux
de fractures souterrains s’agrandissent verticalement à partir des diaclases, et ho-
rizontalement le long des joints de stratification. A l’inverse, les fractures peuvent
se remplir complètement ou partiellement par recristallisation, ce qui donne nais-
sance à des veines plus ou moins étanches dont les propriétés tranchent avec la
matrice poreuse environnante.

33
Chapitre 3 Description géologique des réservoirs fracturés et phénomènes
étudiés : Quelle précision employer ? Quelles données intégrer ?

Puisqu’en hydrologie le remplissage et la rugosité des fractures subordonnent


l’aptitude de la fracture à laisser circuler le fluide, plusieurs études pilotes (Bian-
chi and Snow, 1969; Witherspoon et al., 1980; Brown, 1987; Pyrak-Nolte et al.,
1988, 1997; Barton et al., 1995; Sausse, 1998; Detwiler et al., 1999) ont mesuré
l’influence de l’hétérogénéité dans une fracture sur son comportement hydraulique
(imprégnation de résines, balayage laser, analyse d’image et lames minces, profi-
lométrie...).

Définition de la conductivité de fracture et pseudo loi cubique


La représentation la plus simple d’un écoulement au sein d’une fracture est une
loi de Darcy avec une loi cubique pour la transmissivité en fonction de l’épaisseur.
Ce modèle utilisé pour décrire les écoulements dans la fracture la représente par
deux plans parallèles espacés d’une ouverture moyenne e (considérée comme infi-
niment petite par rapport aux autres dimensions, Figure 3.2.1b). On le dénomme
aussi écoulement de Poiseuille Plan ou cellule de Hele Shaw. En supposant que
le fluide incompressible de viscosité µ soumis à une différence de pression à ses
extrémités s’écoule en régime permanent entre 2 plans infinis, le champ de vitesse
moyenne parallèle au plan de fracture vérifie en effet une relation assimilable à une
loi de Darcy : −
→v = − 12µe2 ~ e2
∇P . La perméabilité fracture idéalisée vaut alors kF = 12 .
Des résultats comparatifs ont montré que cette loi reste applicable lorsque l’épais-
seur des fractures est comparable ou supérieure à l’échelle caractéristique de la ru-
gosité (de l’ordre du µm ). Cependant la perméabilité des fractures dépend aussi
de la chenalisation le long de la fracture (l’épaisseur n’est pas constante) et d’un
éventuel remplissage (sédimentation et circulation des fluides : diagénèse) (Cacas,
1989; Cacas et al., 1990; Nordqvist et al., 1992; ?; ?). Puisqu’en conditions in situ
ces données (rugosité, distribution d’épaisseurs dans la fracture, perméabilité de
l’éventuel remplissage) sont bien trop rares pour donner des résultats de haute
confiance, nous supposerons l’existence d’une conductivité hydraulique apparente
constante c dans chaque fracture, distribuée selon une loi géostatistique sur le ré-
seau. Cette conductivité pourra être corrélée ou non à l’ouverture de fracture par
la loi dite cubique c ∼ λkF e tout en étant corrigée pour tenir compte de la tortuo-
sité, de la rugosité et du remplissage de la fracture avec un facteur λ (Elsworth and
Goodman, 1986; Barton and de Quadros, 1997). Ce choix de simplification n’est
pas une limite aux méthodologies développées par la suite. L’ingénieur disposant
d’informations sur la distribution d’épaisseurs à une échelle donnée (micro-scanner)
pourra par exemple appliquer un masque « auto-affine » (surfaces statistiquement
invariantes par changement d’échelle) pour estimer à priori les conductivités hy-
drauliques des fractures ouvertes voire des failles Tsang and Neretnieks (1998);
Mourzenko et al. (1999).
Chacune des fractures, sera donc de notre point de vue considérée comme deux

34
3.3 Paramétrisation et représentation géométrique du réseau de fractures

plans parallèles d’extension finie orientés dans l’espace selon une normale, séparés
par une épaisseur e (l’ouverture) et potentiellement remplie. L’ouverture est né-
gligeable par rapport aux 2 autres dimensions mais est cruciale du point de vue
hydraulique puisqu’elle détermine la dynamique de l’écoulement le long des plans
si la fracture est ouverte. Si la fracture est de grande taille (plusieurs unités géolo-
giques et/ou plusieurs hectomètres), elle pourra être modélisée comme une union
de plans homogènes aux propriétés variables par unité.

(a) (b)

Figure 3.2.1 – Représentation simplifiée des écoulements au sein d’une fracture


employée dans cette thèse : une conductivité moyenne par fracture
discrète. 3.2.1a Fracture scannée dans un carbonate Reiss (1980)
et représentation théorique et simplifiée, 3.2.1b Poiseuille Plan

3.3 Paramétrisation et représentation géométrique


du réseau de fractures
Les réseaux de fractures sont le produit d’interactions complexes entre des forces
exercées sur le milieu durant un ou plusieurs évènements dans le temps. Chaque
fracture croît en fonction du champ de contraintes, de la rhéologie du milieu et
des fractures pré-existantes (sur lesquelles elle peut buter). Chacune à leur tour,
elles modifient la distribution de contraintes et influent sur la croissance de telle
ou telle partie du réseau. Il est donc raisonnable de penser qu’il existe certaines
corrélations entre des fractures qui se répartissent généralement en plusieurs fa-
milles directionnelles. Le regroupement en réseaux se fait selon deux ou plusieurs

35
Chapitre 3 Description géologique des réservoirs fracturés et phénomènes
étudiés : Quelle précision employer ? Quelles données intégrer ?

(a) Exemple de couloir fracturé (b) Réseau de diaclases


dense dans un banc calcaire
épais. Photo de J.P. Petit
(Jorand, 2007)

(c) Système de fissures radiales et concen-


triques. Dôme Hasking dans le Texas. Les
courbes de niveau indiquent la profondeur
de gisement du niveau de base en pieds.
Les traits sur les lèvres affaissées marquent
le sens du pendage

(d) Fractures régionales, Lake Powell, (e) Variations d’intensité de fractura-


southeastern Utah. La forte ani- tion à l’affleurement en fonction
sotropie des contraintes tectonique de la composition de la roche (les
cause la création de réseaux ortho- couches sont des carbonates conte-
gonaux Nelson (2001) nant plus ou moins de dolomites),
anticlinal de la rivière Sun, Mon-
tana. Nelson (2001)

Figure 3.3.1 – Exemples d’organisation des réseaux.


36
3.3 Paramétrisation et représentation géométrique du réseau de fractures

directions conjuguées (reliées à n évènements géologiques), de sorte que la région


est découpée en une série de blocs (Figure 3.3.1).
Puisque, pour les sites profonds, le réseau n’est observable qu’à une dimension
le long des forages, on essayera de représenter le système souterrain de fracture de
façon réaliste sur la base des éléments qu’apportent les analogues et le contexte géo-
dynamique. Les paramètres obtenus sur un analogue sont ainsi recalés aux mesures
en fonction de considérations géomécaniques pour inférer les données manquantes :
— Dans les couches bien litées et pour un même évènement, les fractures se
répartissent généralement en deux familles dites conjuguées, perpendiculaires
l’une à l’autre et perpendiculaires à la surface des couches.
— Dans les roches plissées, une famille se développe perpendiculairement au
plan axial, tandis que l’autre a une position plus variable à travers les plis,
souvent sub-orthogonale à la surface des couches et parallèle à l’axe du pli.
— A proximité des dômes, le réseau peut compter une famille de fractures rayon-
nantes (tout azimut) tandis qu’une famille de fractures périphériques dessine
des ellipses de forme plus ou moins grossières (Figure 3.3.1).
— Une faille majeure dont le mouvement peut avoir perturbé localement le
champ de contrainte favorisera la formation d’une intense fracturation se-
condaire de petite échelle. Ces familles exhibent une orientation spécifique :
souvent parallèle ou perpendiculaire à la faille majeure (Feuga, 1981; NRC,
1996).
— Selon les propriétés géomécaniques de la couche, les fractures sont plus ou
moins allongées et denses (Nelson and Handin, 1977; Tsang and Neretnieks,
1998; Warpinski et al., 2004).
Une fois les fractures replacées en 3D le long du puits, ces différents scénarios sont
testés et analysés par exemple via une projection stéréographique. Les familles de
fractures sont identifiées et les statistiques sur leurs propriétés géométriques sont
calibrées (Figure 3.1.1a)(Beucher and De Marsily, 1985; Berkowitz and Adler, 1998;
Bonnet et al., 2001; Darcel et al., 2003; Sisavath et al., 2004; Delorme et al., 2014).
La connectivité macroscopique (Chapitre 4) est encore très incertaine à ce stade.

Loi d’orientations
Les distributions d’orientations sont déduites des données de puits et leur va-
riation spatiale modérée expliquée par des évènements géologiques locaux (failles,
plis etc...) ainsi que par l’état de contraintes passé ou présent. C’est à partir des
statistiques sur les orientations que les familles de fractures sont déterminées. Si
une distribution aléatoire est parfois choisie, les champs de fractures montrent en
général un nombre limité de directions préférentielles que l’on peut exprimer sous
la forme d’une loi Bivariate-Normale, Von-Mises ou de Fisher par exemple (Annexe
B). C’est l’une des données les plus « dure ». Cette orientation est généralement

37
Chapitre 3 Description géologique des réservoirs fracturés et phénomènes
étudiés : Quelle précision employer ? Quelles données intégrer ?

donnée par deux vecteurs unitaires n~F et m ~ pour chaque fracture (Figure 3.3.2).
~nF est la normale au plan de fracture entièrement défini par les angles azimut θ
(angle que fait l’intersection de la fracture ou trace avec le plan horizontal par
rapport au nord) et le « dip » ϕ (angle de plus grande pente que fait la fracture
avec le plan horizontal). θ varie entre 0 et 360° et ϕ entre 0 et 90° puisque un
seul hémisphère suffit pour décrire l’ensemble des plans. m,~ appelé aussi « pitch »
donne l’orientation de la distance caractéristique (plus grande taille) dans le plan
de la fracture (Mourzenko et al., 2011b).

(a) Orientation des fractures dans l’es-(b) Conventions dans le plan horizon-
pace 3D, cas d’une fracture ayant tal : azimut θ ; dip-azimut θd et
une longueur caractéristique orien- pitch m
~
tée par le vecteur m
~

Figure 3.3.2 – Représentation de l’orientation des fractures dans l’espace, cas


d’une fracture ayant une longueur caractéristique

Dans FracaFlow, le couplet azimut/dip est fréquemment remplacé par le couplet


dip-azimut/dip où le dip-azimut (θd ) est l’angle que fait la projection de − → sur
n f
le plan de fracture avec le nord, pris par convention à « droite » de l’azimut. Les
relations entre la normale de la fracture, son dip et son dip-azimut et/ou son azimut
(3.3.2) sont données ci-dessous :


→ = (− sin(ϕ) cos(θ); sin(ϕ) sin(θ); cos(ϕ))
n (3.3.1)
f


nf = (sin(ϕ) sin(θd ); sin(ϕ) cos(θd ); cos(ϕ))

Densité - Loi de longueurs


Lorsque l’observation est possible, la distribution en longueurs des fractures peut
être approchée pour certaines familles. C’est cependant une donnée très incertaine
et, pour cette raison, elle a été beaucoup étudiée. Quelques équipes (Huseby et al.,

38
3.3 Paramétrisation et représentation géométrique du réseau de fractures

1997; Bour and Davy, 1998; Darcel, 2002; Tran and Rahman, 2006; Dreuzy et al.,
2012) ont notamment recherché dans les mesures une similarité des échelles qui
permettrait de restreindre le nombre de paramètres. Des observations effectuées
sur plusieurs sites et plusieurs ordres de grandeur (affleurement, sismique et images
satellites) ont été synthétisées dans Bonnet et al. (2001). Elles n’ont pas permis de
mettre en évidence une règle valable pour tous les réservoirs : si les statistiques sont
prises comme un tout, la plupart des résultats obtenus amènent à un large éventail
de dimensions fractales, de moyenne proche de 2, c’est-à-dire que les réseaux sont
plutôt uniformes. Deux types de distributions sont donc généralement utilisées en
pratique : la loi lognormale (Baecher et al., 1977; Long and Billaux, 1987; Cacas
et al., 1990; Odling, 1992) ou, si l’on suppose que le processus de fracturation
est fractal, la loi puissance (Darcel, 2002; Macé, 2006; Verscheure, 2010). Bonnet
(1996) a d’ailleurs montré par l’expérimentation que ces lois de distribution de-
vraient plutôt être associées aux processus de croissance des fractures (nucléation,
coalescence....).
La distribution des longueurs de fracture va de pair avec la densité de fractures,
paramètre non moins essentiel puisqu’il définit la porosité et joue un grand rôle
sur la perméabilité du système de fractures dans le réservoir. La densité peut être
exprimée en terme de nombre de fractures par mètre (d10 ), en longueur cumulée
par unité de surface (d21 ) ou en surface cumulée par unité de volume (d23 ). Le
plus souvent, l’information de densité de fracture est donnée par les forages et est
donc d10 . Il existe ensuite des méthodes pour passer du d10 aux autres descriptions
(Terzaghi, 1965; Berkowitz and Adler, 1998; Mauldon et al., 2001; Davy et al.,
2006; Barthélémy et al., 2009). Ce passage nécessite d’avoir une idée précise sur
la forme des fractures (ce qui n’est que rarement le cas). La zone fracturée peut
être localisée ou couvrir l’ensemble du bassin et les densités de fractures, même
par famille, apparaissent assez variables et peu corrélées sur de grandes distances
(Beucher and De Marsily, 1985). Une fois étalonnée le long du puits, on construit
un modèle lithologique voire géomécanique pour donner une variabilité dans le
réservoir. Selon les corrélations trouvées, plusieurs modèles sont possibles Olsson
et al. (1992); Hestir et al. (1998); Bai et al. (2000); Olson et al. (2009); Delorme
et al. (2013c) :
— La première méthode, simple et rapide, se base sur l’intensité de la courbure
des horizons pour estimer la déformation subie.
— Une deuxième approche utilise la distance aux failles comme indicateur de
la fracturation de petite échelle, avec une intensité plus importante au fur et
à mesure que l’on s’approche d’une faille.
— Il existe aussi parfois une corrélation à l’épaisseur des bancs géologiques :
plus le banc géologique est petit, plus la densité de fracture est grande et
plus les fractures sont petites (Bai et al., 2000; Olson et al., 2009).

39
Chapitre 3 Description géologique des réservoirs fracturés et phénomènes
étudiés : Quelle précision employer ? Quelles données intégrer ?

La modélisation des écoulements et du transport doit intégrer les informations


apportées par le contexte géologique et géomécanique. Aussi, Gringarten (1996)
reproche aux réseaux stochastiques de négliger les mécanismes de propagation de
fracture et notamment les interactions pendant la création des fractures succes-
sives. Il propose un algorithme de génération de fractures régi par des règles simpli-
fiées de propagation et d’interactions entre fractures. La hiérarchie dans le modèle
vient de la « reproduction » des épisodes tectoniques simulés pas à pas et de façon
itérative. Les fractures se comportent comme si elles étaient indépendantes, paral-
lèles, et le taux de croissance dépend de la contrainte aux extrémités des fractures,
qui est lui-même proportionnel à la longueur des fractures. Les interactions entre
fractures concernent la croissance de la deuxième série par rapport à la première.
Ces modèles, dits génétiques, permettent de reproduire qualitativement l’hétéro-
généité de la distribution spatiale des fractures à une échelle donnée. La transpo-
sition de ces approches à la modélisation de la fracturation aux échelles d’espace
et de temps qui nous intéressent se heurte à de grandes difficultés pratiques qui
sont loin d’être résolues : notamment à la modélisation des hétérogénéités de la
roche, à la relation entre contrainte et déformation ainsi qu’à la modélisation du
champ des contraintes passées, de son évolution et des conditions aux limites. Des
études récentes ont montré que, dans certains cas, les fractures interagissent lors
de la croissance, dans d’autres elles n’interagissent pas, ou seulement d’une série à
l’autre mais pas entre les fractures d’un même groupe. En conclusion, ces corréla-
tions restent avant tout qualitatives (Caumon, 2010). En fonction des hypothèse
réalisées, on emploiera une distribution des centres de fractures poissonnienne,
fractale ou génétique

3.4 le DFN (Discrete Fracture Network)


Incertitudes et erreur de mesures
La géométrie tridimensionnelle des milieux fracturés n’est donc connue que loca-
lement en dimension une dans les puits, éventuellement en deux dimensions sur les
affleurements et en trois dimensions à une échelle macroscopique via la sismique.
Seule une analyse statistique des données recueillies sur le terrain permet de re-
constituer le milieu. Ces problèmes d’apparence simples, qui font souvent partie
de la catégorie des problèmes "mal posés", font apparaître toute une série de biais :
1. La longueur et le nombre de sondages doivent permettre d’échantillonner
suffisamment les fractures de chaque famille,
2. Pour remonter à la loi des tailles des fractures, il faut se donner leur forme
et faire appel aux relations stéréologiques entre paramètres des fractures et
paramètres des traces. Il faut aussi tenir compte du fait que les traces les

40
3.4 le DFN (Discrete Fracture Network)

plus courtes ne sont pas relevées, et que les traces longues ne sont souvent
visibles que partiellement.
3. Les fractures obliques par rapport à l’affleurement ou au forage sont sous-
représentées par rapport à celles qui leur sont orthogonales. La correction
est difficile puisque forme et extension de fractures ne sont pas connues.
A ce manque d’informations sur la géométrie des fractures viennent s’ajouter les
erreurs de mesure : pour l’anecdote on citera que, dans le cadre de la caractéri-
sation des fractures dans les galeries de la mine de Fanay-Augères, deux fois plus
de fractures ont été observées à 1.60 m (à hauteur du regard ) qu’à 40 cm du sol,
probablement pour des raisons d’éclairage (Chilès, 2004). De plus, le forage génère
des contraintes dans la formation et peut induire la création de fractures locales
qu’il est difficile de distinguer des fractures naturelles au moment d’effectuer nos
statistiques. Des critères d’orientation par rapport au champ de contrainte macro-
scopique (par exemple une fracture induite devrait être orthogonale à la direction
du champ de contraintes actuel maximale et avoir une trace signature partielle
sur l’imagerie de puits). Il n’est donc pas rare d’avoir des incertitudes de mesure
d’un ordre de grandeur sur la densité (dues à des différences d’interprétation d’une
image sismique ou d’un FMI).
Pour résumer, c’est la combinaison de l’ensemble de ces données qui permet d’in-
férer une géométrie incertaine au milieu fracturé avec des données mieux connues
au voisinage des puits tandis que la sismique contribue à étendre cette information
à tout le réservoir. Selon la maturité de développement du champ, la quantité de
données disponibles peut ou non être suffisante et justifier une approche statis-
tique. Cette grande incertitude amène le modélisateur à poser un certain nombre
d’hypothèses et de scenarii induisant une charge élevée en temps de calculs et
simulations. Le choix du nombre de répliques générées dépend de la taille et de
l’hétérogénéité du milieu. Pour que de telles études soient possibles, les simulations
et la caractérisation se doivent d’être extrêmement efficaces en temps de mise en
œuvre.
Les phénomènes géologiques ne sont pas régis par des lois aussi bien établies
que les lois physiques. Néanmoins un nombre croissant de processus géologiques et
géochimiques sont compris et font l’objet d’une modélisation. Chaque famille de
fracture présente des caractéristiques statistiques propres indépendantes ou reliées,
en termes d’occurrence, de distribution des orientations, de taille ou d’ouverture.
En premier lieu, il s’agira donc d’identifier ces familles à l’aide des mesures. Si
l’on constate des similitudes au niveau des échelles, une approche avec un réseau
fractal permettra de mieux comprendre l’organisation interne du réseau. Sinon,
on s’appuiera sur notre éventuelle connaissance de l’histoire structurale du massif
pour corréler les statistiques des principaux paramètres des fractures individuelles.
Cette approche fournit une panoplie de modèles de réseaux de fractures, aptes à

41
Chapitre 3 Description géologique des réservoirs fracturés et phénomènes
étudiés : Quelle précision employer ? Quelles données intégrer ?

rendre compte de situations très variées, même si bien sûr on peut toujours trou-
ver des sites et des applications demandant de concevoir un nouveau modèle. La
caractérisation d’un réseau de fractures reste toutefois incertaine et complexe du
fait du caractère très fragmentaire des données. D’un point de vue plus théorique,
l’utilisation de ces notions probabilistes nécessite de vérifier deux hypothèses fon-
damentales (Matheron, 1965, 1967; Dagan, 1989; Gelhar, 1993; Cherblanc, 1999;
Zhan, 1999; Anguy et al., 2001) :
1. L’hypothèse de stationnarité : la loi de probabilité de la propriété générée
doit être invariante par translation. En particulier, dès que l’on passe à des
échelles plus larges il n’est pas toujours légitime d’étendre les caractéristiques
observées sur l’affleurement ou le long d’un forage à l’ensemble de la zone
d’étude.
2. L’hypothèse d’ergodicité : La réalisation unique déploie dans l’espace la loi de
distribution stationnaire invoquée. A partir de l’observation des variations de
propriété définies sur une réalisation unique, on déduit les lois de distribution
et de corrélation inconnues valables dans l’ensemble des réalisations possibles.
C’est l’hypothèse de la fiabilité de la mesure unique.

3.5 Hydraulique du réseau de fractures : le problème


inverse
Les observations ne permettent pas d’accéder de façon satisfaisante aux ouver-
tures réelles des fissures et à la longueur des fractures de taille intermédiaire. Afin
de compléter ces données éparses et/ou incomplètes et d’estimer les propriétés de
fracture dans tout le volume de réservoir, des méthodes alternatives indirectes de
caractérisation ont donc été développées. A notre connaissance, seuls les modèles
intégrant l’écoulement permettent de le faire (Bourbiaux et al., 2002; Jafari and
Babadagli, 2011). Dans le contexte des premières mises en production, les écoule-
ments sont souvent monophasiques, ce qui rend le système à résoudre plus simple
et fait de la calibration une étape clé de la caractérisation.
Suite à une injection ou à une production de fluide, on mesure les variations de
pression dans le(s) puits dans le but de déterminer la perméabilité effective de la
zone affectée, ses capacités de stockage, sa compressibilité et les éventuelles hétéro-
généités. Cette nouvelle source d’informations est intégrée au processus de carac-
térisation. Une fois chaque fracture représentée dans un DFN (Discrete Fracture
Network), l’écoulement peut en effet y être simulé si l’on se donne une distribution
d’épaisseurs et de conductivités à priori pour chaque famille de fractures que l’on
inverse pour reproduire les mesures. Pouvoir le faire sur un réseau qui honore la
géométrie, nous semble nécessaire dans l’optique de prédire des phénomènes plus

42
3.5 Hydraulique du réseau de fractures : le problème inverse

complexes.

Distribution des ouvertures et conductivités à priori


Les ouvertures des fractures peuvent être mesurées directement et on parle d’ou-
verture géométrique, ou être déduites de mesures hydrauliques, on parle alors
d’ouverture hydraulique ou conductivité. L’observation directe d’ouvertures géo-
métriques est réalisée sur des carottes. Cependant les fractures ne sont pas des
surfaces planes aux parois lisses et la mesure de l’ouverture varie dans le plan
de fracture ; elle ne peut être reliée facilement à l’ouverture hydraulique (McKay
et al., 1993; Sausse, 1998). Le tableau 3.1 donne un aperçu de quelques ordres de
grandeur des mesures d’épaisseurs de fractures publiées et utilisables pour initier
notre problème inverse.

publication valeurs d’ouvertures de fractures


Snow (1970) 0.5–1.5 10-2 cm, (distribution du type
logNormal)
van Golf-Racht (1982) 1.0–4.0 10-3 cm
Wilson and Witherspoon (1970) 2.5 10-2 cm (valeurs moyennes)
Taylor et al. (1999) 0.18-0.23 cm In Situ (valeurs
moyennes)
Ababou et al. (2011) 50 µm

Table 3.1 – Quelques mesures d’ouvertures de fractures publiées

Ces valeurs comprises entre 10−3 et 0.5 cm s’étendent sur un peu plus d’un ordre
de grandeur. On peut dire que les observations en profondeur (mines, galeries, ca-
rottes) seront moins biaisées que celles en surface, où la décompression des roches
et l’altération peuvent avoir provoqué une ouverture des fractures supérieures à
ce qu’elle est en profondeur. A des profondeurs plus grandes, ces ordres de gran-
deur devraient être encore plus petits. Les distributions statistiques équivalentes
conduisent en général à une distribution lognormale et parfois à une loi puissance
(Bianchi and Snow, 1969; Cacas et al., 1990; Baghbanan and Jing, 2008).

Génération et calcul du réseau utile


Une fois les données analysées, plusieurs familles de fractures sont représen-
tables dans l’espace en fonction de leurs paramètres géostatistiques (la finesse de
la représentation des lois dépend de la précision du modèle géologique) :
— leur taille, inférieure ou non à la taille de la maille réservoir et à la résolution
sismique.

43
Chapitre 3 Description géologique des réservoirs fracturés et phénomènes
étudiés : Quelle précision employer ? Quelles données intégrer ?

— leurs orientations moyennes et une dispersion,


— d’une loi de distribution de longueurs, souvent la loi puissance ou la loi
lognormale,
— d’une densité , mesurée le long des puits,
— une loi d’épaisseurs et de conductivité à calibrer lors des essais de puits.

Figure 3.5.1 – Exemple de réseau géostatistique généré pour reproduire la struc-


ture interne du réservoir.

Il existe plusieurs méthodes pour générer l’ensemble des discontinuités sous la


forme d’un réseau discret représentatif (DFN). Ces méthodes sont parfois directe-
ment reliées à la méthode de maillage et ou de simulation. Nous nous intéressons
ici à la méthode la plus fréquemment employée qui consiste à :
1. Générer autant de germes (nbF ractures centres des fractures) que nécessaire
sur la zone de génération pour honorer la densité linéique d21i ou surfacique
d23i de chacune des nbF amilles présentes dans une maille géologique de surface
S et de volume V . hireprésente la moyenne, li la longueur et Si la surface
des fractures de la famille i.
nbFX nbFX
amilles
d21i amilles
d23i
nbF ractures = S= V
i=1 hli i i=1 hSi i

2. Affecter à chaque germe une orientation contrainte par une loi de distri-
bution. Suivant les modèles, on emploiera une loi Normale, Von-Mises ou
Fisher (SectionB ).
3. Affecter à chaque germe une longueur, une largeur, une épaisseur et une
conductivité chacune contraintes par une loi de distribution. Suivant les mo-
dèles, on emploiera une loi constante, lognormale, uniforme, exponentielle.
Les contraintes géologiques sont supposées être honorées à grande échelle, c’est
à dire pour une zone d’étude plus grande que celle du VER. Dans notre cas,

44
3.5 Hydraulique du réseau de fractures : le problème inverse

les familles sont générées indépendamment les unes des autres et chaque centre
des fractures est choisi aléatoirement par un processus poissonnien. Les propriétés
peuvent être indépendantes ou non les unes des autres. Une fracture peut donc
couper une fracture d’une autre famille et la traverser. Cette hypothèse est diffé-
rente de celle effectuée par d’autres équipes (Bauer et al., 2008) où les fractures
butantes s’arrêtent lorsqu’elles sont au contact avec une autre ou qu’elles peuvent
être entourées d’une zone d’exclusion Masihi et al. (2005). Dans ce cas, les lois
de densité, de longueurs et de position ne sont pas indépendantes et/ou la loi de
distribution de longueur n’est pas une contrainte mais un résultat de la génération,
ce type de DFN est plus réaliste mais est difficile à calibrer à partir des données
géologiques. Les 2 types de configurations existent dans la nature. Il s’agira, ce
n’est pas l’objet de cette thèse, d’utiliser le modèle le plus approprié au contexte
connu de genèse des fractures dans le champs étudié (plusieurs évènements etc...).
La loi de longueur est honorée si l’on compte la longueur effective de la fracture et
non la longueur tronquée des fractures dans la zone d’observation. C’est la variance
des résultats pour chacune des réalisations qui permet de dire si la géométrie est
représentative. Faute d’observations précises sur la régionalisation de la densité
de fractures, la distribution des centres de fractures est fixée uniforme par cellule
pour la suite de notre étude.
Dans le cadre de la simulation des écoulements dans les milieux fracturés, nous
supposons que les échanges avec le milieu Matrice ne modifie pas significativement
les écoulements dans la fracture, le fluide circule plus facilement de fractures en
fractures. Les fractures peuvent parfois apparaître isolées, mais sont en général
groupées en réseau dont la géométrie dépend des directions principales de la défor-
mation. Pour cette raison, seules les fractures connectées entre elles et connectées
à des conditions aux limites seront le lieu d’un écoulement significatif. Ainsi, pour
limiter la surface des fractures à mailler, on détermine d’abord un réseau dit "utile"
à partir des conditions aux limites et du DFN en ôtant les autres fractures du mo-
dèle (Sahimi, 2012). En fonction du problème simulé, le réseau utile sera défini
comme l’ensemble des fractures appartenant à un amas connecté à n conditions
aux limites. Les amas de fractures isolés pourront eux être homogénéisés dans les
propriétés du milieu matrice.

3.5.1 Essais hydrauliques


Le but des essais hydrauliques est de calibrer le modèle à partir de l’écoulement
réel de fluides réalisé au sein du réservoir pendant une période courte comparée
à la vie du réservoir. On les distingue selon leur mode opératoire : les tests de
puits par injection ou production de fluide mesurent les variations de pression
aux puits (en condition fond ou en surface) et font apparaître une perméabilité
hydraulique moyenne, une capacité de stockage et la compressibilité du milieu

45
Chapitre 3 Description géologique des réservoirs fracturés et phénomènes
étudiés : Quelle précision employer ? Quelles données intégrer ?

Figure 3.5.2 – Signatures caractéristiques des réservoirs pendant un test hydrau-


lique d’après Clark and Van Golf-Racht (1984)

46
3.5 Hydraulique du réseau de fractures : le problème inverse

s’ils sont suffisamment longs. Les tests de traceurs ou d’interférences par injection
d’un soluté mesurent dans le temps et l’espace les variations en chaque point
d’observation pour estimer la connectivité globale du milieu ainsi que ses propriétés
de transport.
Un essai hydraulique fait d’abord intervenir le champ proche du point d’injection
ou de soutirage puis le champ lointain. Il apporte une information sur la position
et l’activité hydraulique des fractures qui intersectent la zone testée, puis sur la
connectivité hydraulique du réseau et la perméabilité globale du champ lointain.
Ils rendent compte du comportement moyen d’une zone et donnent donc indirec-
tement des informations sur les paramètres géométriques comme la taille moyenne
des fractures, auxquelles on ne pouvait pas accéder directement. Ces essais peuvent
être exploités non seulement pour la détermination des paramètres hydrauliques,
mais également pour tout ce qu’ils apportent concernant la géométrie et la topolo-
gie du réseau de fractures (Bourdet et al., 1989; Da Prat, 1990; Bourdarot, 1998).
Ainsi, un débitmètre mesure les flux le long du forage et permet de délimiter des
zones plus ou moins conductives de fluide voire les propriétés hydrauliques des dif-
férentes familles de fractures. Une arrivée nette de fluide y indique la présence d’une
fracture ouverte. Son emploi n’est pas systématique mais vient en complément de
l’imagerie pour valider l’interprétation initiale et fournir un ordre de grandeur de la
perméabilité de la fracture transversale au forage par rapport à la matrice (Paillet
et al., 1987; Delorme et al., 2006; Mourzenko et al., 2011c). Les tests de puits, plus
usités, traduisent la réponse macroscopique du réservoir à une stimulation rapide
en débit. On emploie, en première approximation les solutions analytiques pour
déterminer les propriétés macroscopiques caractéristiques du milieu fracturé au
voisinage du puits. Ainsi, à partir de l’équation adimensionnée 2.3.11, on cherche
un triplet de paramètres K, λ, ω qui approche au mieux la solution du système.
L’écart par rapport à la solution théorique en milieu infini permet de localiser des
barrières à flux nul par exemple. La théorie de superposition s’appliquant, on peut
en effet dériver beaucoup de solutions (Cinco-Ley et al., 1985).
La formulation du modèle de simulation hydrogéologique est itérative. Si l’hété-
rogénéité réelle n’est pas correctement représentée dès le début, l’étude peut mener
à un échec (Carrera et al., 1993; Oreskes et al., 1994; Refsgaard, 1997). La métho-
dologie commence donc par la mise en place d’un modèle statique décrivant les
caractéristiques principales du système et procède par étapes séquentielles de col-
lection des données et de synthèse de modèle, de mise à jour et de raffinement des
approximations incorporées dans le modèle géologique. En pratique on se donne
quelques géométries et lois statistiques pour les conductivités, et on cale ces para-
mètres par calibration sur des tests hydrodynamiques. Il s’agit alors de développer
des méthodes de simulation conditionnelle respectant l’information aux puits et
assurant que les fractures recoupées par un forage sont suffisamment prolongées

47
Chapitre 3 Description géologique des réservoirs fracturés et phénomènes
étudiés : Quelle précision employer ? Quelles données intégrer ?

ou environnées d’autres fractures pour être connectées au réseau actif qui produit
telle ou telle signature au puits (Narasimhan, 1982). Ces méthodes d’intégration
numériques ne sont pas si courantes à l’heure actuelle en raison de la difficulté à
mailler le domaine(Chilès, 2004).

3.5.2 Microsismique
Un certain nombre d’opérateurs ont mis en œuvre avec succès des études sis-
miques passives pour traiter des questions spécifiques aux fractures (Sarda et al.,
1988; Deflandre and Dubesset, 1992; Nicholson and Wesson, 1992; Warpinski et al.,
1997; Phillips et al., 2002; Jupe et al., 2003; Maxwell et al., 2005). Il existe deux mé-
thodes d’acquisition : par triangulation (on considère les temps d’arrivée des ondes
aux différents emplacements des capteurs dans les puits d’observation) ou par po-
larisation (les signaux qui montrent une succession d’onde de compression (P) et
d’onde de cisaillement (S) sont géo-localisés). Les amplitudes relatives des ondes
P et des ondes S dépendent des mécanismes de déformation et des diagrammes de
rayonnement associés si bien qu’on est capable d’estimer le mécanisme au foyer
dans certains cas (cisaillement ou compression). Ces mesures de la microsismicité
sont essentiellement réalisées pendant l’injection de fluide pour des procédés de
récupération secondaire ou pour stimuler la zone et augmenter la perméabilité des
fractures. La roche, qui réagit aux tensions et contraintes liées aux changements
de pression et aux mouvements dans le réservoir, génère un signal mesurable le
long des discontinuités pré-existantes ou sur les fractures induites. Ce signal, post-
traité en terme d’évènements microsismiques est alors utilisé pour cartographier la
croissance du réseau de fracture in situ fournissant une estimation de la forme géo-
métrique du réseau de fractures. La précision de ces mesures dépend beaucoup de
la qualité du dispositif employé (capteurs en surface ou in-situ, distance des puits
d’observation etc...) et de la qualité du modèle de vitesse dans le réservoir ainsi
que de la connaissance des propriétés mécaniques. On pourra, via un couplage mé-
canique ajouter cette contrainte à notre fonction objectif pour mieux contraindre
notre problème inverse (Section 6.6.2).

3.6 Synthèse, Méthodologie et « Workflow »


L’observation des fractures en forage, en affleurement ou en géophysique per-
mettent une représentation statistique géométrique du réseau de fractures. Les
essais hydrauliques viennent compléter les informations statiques et hiérarchisent
les divers effets des fractures : on estime les propriétés hydrauliques apparentes
de l’écoulement en résolvant des problèmes inverses qui infèrent des propriétés
hydrauliques à l’échelle de zones d’intérêt autour du puits (Figure 3.6.1 ). Cette

48
3.6 Synthèse, Méthodologie et « Workflow »

approche nécessite un grand nombre de simulations pour réduire les incertitudes


et améliorer les prédictions.
La difficulté de l’obtention de données nécessaires pour les approches utilisant
des fractures a conduit certains auteurs, pour se libérer de la connaissance pré-
cise de la répartition des entités morphologiques conditionnant les écoulements, à
l’utilisation immédiate de méthodes de double continuum équivalent pour la mo-
délisation des écoulements dans les réservoirs fracturés. Nous tentons dans cette
thèse de réconcilier les 2 approches. Dans les parties suivantes nous nous atta-
chons au transfert des propriétés du modèle géologique (avec ses incertitudes) vers
le modèle d’écoulement en veillant à la représentation choisie de la porosité et de la
perméabilité pour chacun des domaines (matrice poreuse et réseau de fractures).
Pour modéliser les milieux complexes, on simplifie la réalité ; ceci passe d’abord
par une simplification du rôle du milieu et ensuite par une homogénéisation des
structures géologiques. L’efficacité de ce passage dépend en premier lieu de la qua-
lité des données mesurées par rapport à l’échelle du problème résolu et en second
lieu des ressources informatiques disponibles pour les traiter.
Selon l’échelle choisie, les modèles ne sont pas forcément sensibles à tous les
détails du milieu, particulièrement dans le cas de réservoirs très hétérogènes à géo-
métrie extrêmement complexe comme les réservoirs fracturés. Pour tenir compte
partiellement des différents temps de relaxations dans les blocs matriciels, dans
les fractures et de l’évolution de l’échange matrice-fracture, les modèles à plusieurs
porosités nφ(1K/nK) ont été développés. Ces modèles contiennent l’essentiel de la
physique du problème, à savoir que le fluide contenu dans les régions matricielles
est transporté aux puits via le réseau fracturé percolant. La connectivité du ré-
seau de fractures est alors une condition nécessaire à l’application d’une approche
milieu continu équivalent. Des approches discrètes, reposant sur la représentation
explicite de la géométrie du réseau de fractures représentatif, permettent de consi-
dérer l’écoulement dans chaque fracture. La géométrie des réseaux est décrite par
les distributions statistiques des paramètres géométriques des fractures et les pro-
priétés hydrauliques sont estimées à partir du comportement moyen calculé sur de
multiples réalisations. L’inconvénient de cette méthode est que la résolution des
écoulements et du transport sur un réseau discret peut être limitée par la taille
des systèmes étudiés. L’étude des réservoirs fracturés se faisant généralement dans
un workflow de caractérisation où la simulation doit pouvoir s’insérer facilement,
des méthodes efficaces pour de telles simulations sont encore recherchées.
Pour obtenir un modèle comprenant le moins d’incertitudes possibles et dans
le but de limiter le nombre de simulations, nous proposons un workflow en deux
temps. La première étape, théorique, consiste à relier les propriétés géométriques
des réseaux avec les propriétés de connectivité et de perméabilité afin de déterminer
des modèles de comportement simplifiés. La deuxième étape consiste à estimer les

49
Chapitre 3 Description géologique des réservoirs fracturés et phénomènes
étudiés : Quelle précision employer ? Quelles données intégrer ?

Figure 3.6.1 – Lien entre les données d’acquisition et les paramètres qui décrivent
le modèle de fractures (Delorme et al., 2013a). Une analyse spé-
cifique est nécessaire pour relier et intégrer chacune des données.
Les paramètres du modèle de fracture les plus incertains avant la
calibration hydraulique sont souvent l’ouverture, la perméabilité
et la longueur des fractures.

50
3.6 Synthèse, Méthodologie et « Workflow »

paramètres des modèles de fractures en calibrant les propriétés hydrauliques. Notre


première tâche consistera à développer des méthodes d’analyse du réseau observé,
la spécification de la méthode de discrétisation, la détermination des paramètres
du modèle et sa simulation viendront ensuite.

51
Chapitre 3 Description géologique des réservoirs fracturés et phénomènes
étudiés : Quelle précision employer ? Quelles données intégrer ?

Points clés
Pour améliorer la qualité de prédictions en production, on intègre les données
dynamiques (calage de données d’essais hydrauliques) dans un modèle incrémental.
Les modèles géologiques proviennent de simulations géostatistiques, pour lesquelles
il est nécessaire d’effectuer de nombreuses simulations d’écoulement sur différents
modèles équiprobables. Des méthodes efficaces de discrétisation du milieu sont
donc nécessaires pour réduire le coût des calculs d’écoulement. Comme les milieux
auxquels nous nous intéressons ont à la fois une structure et des propriétés hy-
drauliques complexes, de part l’hétérogénéité de la perméabilité et la chenalisation
des écoulements, nous simulons le test hydraulique sur un réseau s’approchant au
mieux de la géologie afin d’en extraire le maximum d’informations et définir des
modèles efficaces. La difficulté à ce stade est de représenter suffisamment finement
le réseau de fractures et d’avoir une méthode de simulation suffisamment rapide
pour effectuer une boucle d’inversion et bien échantillonner l’espace des possibles.

Positionnement
❏ La relation entre ouverture et perméabilité de fracture échappe pour l’ins-
tant à une modélisation systématique, on utilise la notion de conductivité
hydraulique au sein de la fracture.
❏ L’évaluation des propriétés du modèle de fractures se fait à l’aide de mé-
thodes statistiques appliquées à des mesures multi-supports (ponctuelles
au laboratoire, linéaires par forage, surfaciques par analyse de faciès).
❏ On génère des DFNs pour reproduire la structure interne du milieu frac-
turé.
❏ Les informations recueillies pendant les tests de puits permettent de
mieux contraindre le modèle de fractures.
❏ Une méthode de simulation suffisamment rapide et qui s’applique à un
réseau de fractures représenté suffisamment finement est nécessaire pour
décrire l’écoulement de l’échelle unité à l’échelle réservoir.

52
Points clés

Étapes du workflow Support utilisé pour les


de caractérisation simulations
Généralement sur une grille
de cellules à 8 sommets
« Corner Point Grid »
décrivant :
1. la géométrie des La variabilité spatiale est le plus
structures souvent attachée aux attributs
1. Construction du géologiques, sismiques (déduits d’une inver-
modèle géologique 2. la distribution sion) et chaque propriété est ca-
spatiale des faciès librée aux puits via les logs ou les
pétrophysiques, mesures sur carottes.
3. la distribution des
propriétés
mécaniques

Le plus souvent réseau de


fractures discret DFN Ces propriétés sont généralement
décrivant : obtenues par des simulations géo-
statistiques en raison du faible
2. Construction du 1. la géométrie des
pourcentage de données dispo-
modèle de fractures fractures,
nibles sur l’ensemble du réservoir.
2. leur distribution La variation spatiale est corrélée
spatiale, aux mesures sub-surfaces.

La plupart du temps, une La signature double milieu est


table de connectivité décrit souvent masquée par les effets
3. Calibration des l’ensemble des opératoires, le manque de temps
propriétés transmissivités et nœuds et l’écart entre la représentation
hydrauliques via les qui sont eux-mêmes idéale double milieu et la réalité.
essais hydrauliques reliésaux propriétés Cette étape permet toutefois de
hydrauliques des fractures réduire les incertitudes quant au
et de la matrice. modèle.
4. Les informations de
géométrie et de
Ces propriétés sont généralement
propriétés doivent On y décrit sur un support
obtenues par mise à l’échelle et
ensuite être le plus souvent CP G :
une erreur attachée aux simplifi-
transmises au • Les propriétés
cations vient s’ajouter aux incer-
simulateur hydrauliques des fractures
titudes liées aux données pour les
d´écoulement qui et de la matrice.
prévisions.
effectue les calculs
d’écoulement.

Table 3.2 – Étapes principales pour construire le modèle réservoir


53
Changement d’échelle, connectivité

« Everything should be made


as simple as possible, but not
simpler. »"

(Albert Einstein )
Chapitre 4

Indice d’interconnectivité IcDF N ,


percolation et calcul de propriétés
équivalentes

L’exploitation quantitative des données de fracturation à des fins hydrauliques


est délicate puisque les données statiques (pour l’essentielle géostatistiques) sont
mesurées à des échelles très variables, parcellaires. Toute calibration via des me-
sures dynamiques nécessite donc des méthodes rapides et efficaces ainsi qu’un plan
d’expérience pour intégrer ces données, le plus souvent statistiques. Les réservoirs
fissurés constituent un type extrême de réservoirs hétérogènes comportant deux
milieux contrastés, un milieu matriciel détenant la plus grande part de l’huile en
place et présentant une faible perméabilité, et un milieu de fissure représentant
peu du volume des fluides en place et hautement conducteur. Malheureusement,
une image en 3D du réservoir fissuré ne peut le plus souvent pas être utilisée
directement comme donnée d’entrée de simulation de réservoir et l’ingénieur de
réservoir a l’habitude de décrire le milieu fracture à l’aide de propriétés moyennes
équivalentes. Pour en tenir compte, des modèles à plusieurs porosités ont été mis
en place (Barenblatt et al., 1960; Warren et al., 1963; Kazemi et al., 1969; Pruess
and Karasaki, 1982). Puisque le milieu fissuré est lui-même complexe, avec dif-
férents ensembles de fissures caractérisés par leur densité, longueur, orientation,
inclinaison et ouverture respectives, l’une des difficultés est de doter ce modèle
de base de paramètres en vue d’obtenir des prédictions d’écoulement fiables. En
particulier, les propriétés pétrophysiques de base des fissures et des matrices, ainsi
que la taille des blocs matriciels, doivent être connues pour chaque cellule du si-
mulateur d’écoulement. Alors que la perméabilité matricielle peut être évaluée à
partir de carottes, la perméabilité du réseau de fissures contenu dans la cellule,
c’est-à-dire la perméabilité de fissure équivalente, ne peut pas être évaluée simple-

57
Chapitre 4 Indice d’interconnectivité IcDF N , percolation et calcul de propriétés
équivalentes

ment et nécessite la prise en compte de la géométrie et des propriétés hydrauliques


du réseau de fissures.
Ce chapitre concerne l’établissement de critères a priori, pour le choix d’un mode
de description des caractéristiques régionales utiles aux simulations à l’échelle du
champ. Nous supposons que le réseau est, soit déterministe avec des incertitudes
autour de la géométrie soit, ce qui est le plus courant, un réseau stochastique
reconstruit selon les observations de terrain (et donc incertain).
Les fractures sont considérées comme des hétérogénéités convexes bidimension-
nelles planes, orientées et situées dans l’espace selon des lois de distribution de
probabilité et une densité uniforme par maille. La densité uniforme par maille
implique que l’on peut utiliser un processus poissonien pour générer les centres
de fractures. Le développement d’un ensemble d’outils numériques a été néces-
saire pour les études susmentionnées. Le premier et le plus original, le maillage
SLM3D, fera l’objet d’une description détaillée dans la partie suivante 6. Cet outil
numérique peut être utilisé pour la simulation directe de problèmes d’écoulements
spécifiques sur un réseau réel entièrement caractérisé ou peut être appliqué à des
fins de changement d’échelle comme ce sera le cas dans ce chapitre. Il s’agit d’un
enjeu important dans des applications où le coût du calcul doit être minimisé sans
sacrifier outre mesure la précision. L’originalité de la méthode développée repose
sur une analyse des relations qui existent entre la fracturation, la percolation du
réseau et sa perméabilité. On recherche, selon l’échelle et les mesures, une ap-
proximation efficace (justifiable et rapidement estimable) pour décrire la structure
géométrique du réseau.
La percolation, introduite par Broadbent and Hammersley (1957) pour décrire
les caractéristiques des milieux aléatoires (son origine latine « percolatio » signifie
filtration) permet ce type d’études. On y réalise la mise en relation d’un phé-
nomène qui émerge à une échelle macroscopique, par l’intermédiaire de règles de
communication entre éléments qui se connectent à une échelle inférieure. Certaines
contraintes doivent être vérifiées pour que ce concept s’applique :
1. Le phénomène étudié doit prendre place dans un espace contenant un grand
nombre d’éléments,
2. La relation entre les éléments doit reposer sur un aspect local,
3. Cette relation entre les éléments doit avoir un caractère aléatoire.
Dans une roche peu perméable, les écoulements n’ont lieu que si les fractures
conductrices de fluide sont suffisamment connectées. L’organisation ou structure
géométrique de ces fractures permet de faire émerger, via la création de chenaux,
une perméabilité à l’échelle supérieure. Ce type de réservoirs associé à la probléma-
tique d’estimation des perméabilités équivalentes a donc suscité une part du vaste
intérêt pour la théorie de la percolation (Dullien, 1979; Sahimi and Arbabi, 1992;
Berkowitz and Ewing, 1998; Adler and Thovert, 1999b; Hunt, 2005). L’objectif

58
4.1 Nomenclature utilisée dans le chapitre

pour certains (Nolte et al., 1989; De Dreuzy, 1999; Mourzenko et al., 2005) est
d’utiliser la nature statistique fractale des réseaux de fractures afin d’« unifier »
les différentes échelles du milieu hétérogène. De cette façon, les propriétés qui de-
viennent indépendantes de l’échelle, peuvent être appliquées à l’échelle du pore,
de la carotte et du terrain (Berkowitz, 1995). Dans cette partie, nous étudions le
problème plus simple de la connectivité des fractures et son rapport à la perméa-
bilité, elle s’organise comme suit. Nous rappellerons d’abord quelques définitions
et concepts importants de la percolation, puis des résultats antérieurs (essentielle-
ment 2D) sont brièvement évoqués et commentés pour illustrer la méthode. Enfin,
un modèle heuristique 3D, assez général pour le calcul analytique de perméabilité
est formulé : il est conforme aux comportements asymptotiques mesurés pour des
densités de fractures élevées et correspond assez bien aux mesures numériques sur
l’ensemble de la gamme de densités rencontrées. Les exemples présentés ici sont
des extraits des calculs réalisés. Ils correspondent à des cas pour lesquels nous
disposions de solutions tiers (autre méthode ou publications), facilitant ainsi la
discussion et les comparaisons.

4.1 Nomenclature utilisée dans le chapitre

Symbole Définition
hAi, aire moyenne d’un objet
Aexcli,j surface exclue entre 2 objets i, j
αcor facteur correctif appliqué au nombre
d’intersections pour tenir compte de l’effet de
tailles finies.
β12 est l’angle entre les 2 fractures (et donc entre les
2 normales).
Cv coefficient de variabilité pour n calculs de
perméabilité dans les directions ~ui .
Ci classe de fractures i : ensemble de fractures de
même forme, même taille et même normale ~ni
cf conductivité de la fracture Ff : terme décrivant la
propension d’une fracture à laisser circuler le
fluide. La conductivité dépend du remplissage, de
la tortuosité, de l’ouverture de la fracture...
d10 nombre de fractures par unité de longueur
d20 nombre de fractures par unité de surface

59
Chapitre 4 Indice d’interconnectivité IcDF N , percolation et calcul de propriétés
équivalentes

Symbole Définition
d21 longueur cumulée de fracture par unité de
surface, suffixée d’un indice correspondant au
numéro de la famille de fracture
d32 surface cumulée de fracture par unité de volume,
suffixée d’un indice correspondant au numéro de
la famille de fracture
différence de potentiels dans la direction j
∆Pj
DDOF indice de connectivité selon Li and Zhang (2011)
ef ouverture moyenne de la fracture Ff
Fi fracture i
Indice d’interconnectivité du DFN, correspondant
IcDF N au nombre moyen d’intersections par fractures.
Indice d’interconnectivité du d’un ensemble i de
IciDF N fractures au sein du DFN.
Kij composante de la ième ligne et jième colonne du
tenseur de perméabilité
k1...3 perméabilités principales.
hK3D i moyenne arithmétique des termes de la trace du
tenseur de perméabilité
hli longueur moyenne de fractures
µ viscosité du fluide
nIij nombre d’intersections entre 2 classes de fractures
Ci et Cj
~ni normale au plan de l’objet i
nbparamètre nombre d’objets correspondant à paramètre
¯
N̄ tenseur de projection sur un plan de normale ~nf
F


∇P gradient de pression global moyen


∇p gradient de pression local
hP i périmètre moyen d’un objet
pc paramètre critique de percolation
flux moyen
~
Q
flux moyen à travers la face de normale ~ni
~i
Q
ρ(paramètre) densité de propabilité du paramètre
~v vitesse du fluide
Vexcli,j volume exclu entre 2 objets i,j

Table 4.1 – nomenclature du chapitre

60
4.2 Définitions

4.2 Définitions
Il convient d’abord de se donner quelques définitions.

Densité de fracture
La quantité de fractures dans le réservoir est décrite par la densité qui peut être
exprimée sous plusieurs formes :
— nombre de fractures par unité de longueur (d10 ), cette notion suppose que
l’orientation de la ligne d’échantillonnage est connue (par exemple un puits)
— nombre de fractures par unité de surfaces (d20 ), cette notion suppose que
l’orientation de la surface d’échantillonnage est connue (par exemple un af-
fleurement)
— nombre de fractures par unité de volumes (d30 ), cette mesure n’est que très
rarement utilisée (scanner) car elle implique un biais (voir plus bas)
— longueur cumulée de fracture par unité de surface (d21 ), cette notion suppose
que l’orientation de la surface d’échantillonnage est connue (par exemple un
affleurement)
— surface cumulée de fracture par unité de volume (d32 ),

Figure 4.2.1 – Biais pour dénombrer le nombre d’éléments présents dans un


échantillon : selon le critère pour dénombrer le nombre de dio-
dons dans l’échantillon rectangulaire en haut à gauche, on peut en
dénombrer 3 (si on s’attache au nombre de bouches) ou 1 (si on
compte le nombre de diodons entiers avec les bulles) .

Il est important de noter qu’il existe un biais (Mauldon et al., 2001) pour dé-
nombrer le nombre de fractures (d20 , d30 ) dans un échantillon dont la taille n’est

61
Chapitre 4 Indice d’interconnectivité IcDF N , percolation et calcul de propriétés
équivalentes

pas infiniment grande devant celle des objets observés. Ainsi, la notion d’entiè-
reté et un simple dénombrement sur une zone finie peuvent engendrer des erreurs.
Par exemple (Figure 4.2.1), on peut compter 1 à 3 diodons selon la convention de
dénombrement dans la zone échantillonnée (pointillés en haut à gauche). Pour la
suite, nous préfèrerons donc travailler avec des densités d21 pour les problématiques
2D et d32 en 3D puisque seules les proportions sont utilisées dans ces cas.
Dans les différentes relations entre ces quantités, interviennent les distributions
d’orientation et de forme, pourtant mal connues. Il est très courant d’employer
l’hypothèse que les fractures sont de même forme, aux centres équi-répartis sur
une même zone et orientées isotropiquement. Ces 3 hypothèses (Adler et al., 2011)
permettent les formulations analytiques utilisées dans les analyses stéréologiques.
Un certain nombre de ces relations (tableau (4.2)) sont très utiles puisqu’elles
relient les paramètres géométriques 3D aux mesures de terrains qui sont, nous le
rappelons, une densité linéique d10 et une distribution d’orientations quand il s’agit
d’un log de puits ; ou d’une densité surfacique d21 , une distribution d’orientations
et une loi de longueur (même partielle) quand il s’agit d’un affleurement et une
surface de fracture, 1 normale, un pitch et une densité d32 en 3D.

Seuil de percolation
La connectivité (ou connexité) du domaine traduit le degré de liaison des frac-
tures entre elles. En admettant que chaque fracture étudiée est conductrice (les
autres n’entrent pas dans le calcul), la théorie de la percolation établit l’existence
d’une transition brutale (seuil de percolation) durant laquelle un groupe d’élé-
ments connectés les uns aux autres (amas) apparaît et se développe jusqu’à avoir
une taille infinie. Le réseau est l’ensemble des entités nommées sites qui sont for-
tement ou faiblement connectés via des connexions appelées liens. Les nœuds et
les liens peuvent être du même type ou varier en fonction de leurs spécificités. On
dit qu’il y a percolation lorsqu’il existe un chemin continu de liens passant par
des sites reliant les limites du domaine (qui peuvent être éventuellement à l’infini).
Dans notre cas, les fractures sont les liens entre les sites. Les sites étant, quant à
eux, les intersections entre fractures. Nous étudions l’organisation géométrique de
ces sites au travers de leurs propriétés statistiques. Pour ce faire, on introduit un
paramètre géométrique p déduit d’une mesure moyenne des propriétés du système
étudié. Ce p a été le plus souvent associé à la densité d30 des éléments considérés.
Différents régimes sont définis en fonction des valeurs du paramètre p et d’un pa-
ramètre critique pc , également appelé seuil de percolation (Stauffer and Aharony,
1991) :
1. Le régime sous-critique p < pc : Dans ce régime, le processus de percolation
avorte. Il n’existe pas d’amas infini au sein du réseau et le système n’est glo-
balement pas connecté. Il est constitué d’éléments impasses (amas esseulés),

62
4.2 Définitions

cas 3D Cas 3D sub-vertical sub-vertical


isotrope anisotrope isotrope anisotrope
nbintersections 0.5d30 hAi d30 hA |~p.n~i |i 2
d hAi
π 30
d30 hA |~p.n~i |i
moyen
dans une
direction
h~ui i
nbf ractures 0.25d30 hP i d30
π
h|sin α| P i d30
π
hP i d30
π
hP i
par unité
de surface
d20
hAi h|sin α|Ai hAi hAi
longueur π hP i
π h|sin α|P i
π hP i
π hP i
moyenne
de
fractures
hli
longueur 0.25πd30 hAi d30 hA |sin α|i d30 hAi d30 hAi
cumulée de
fractures
par unité
de surface
d21

d230
πd230 0.5d230
nbintersections hAi2 1 2
d
π 30
hAi2 2
par
16
hA1 A1 |~nΠ .(~n1 ∧ ~n2 )i hA1 A2 |sin β12 |i2
fractures
(*)
par unité
de surface
P
p

Table 4.2 – Relations stéréologiques à partir d’observations réalisées dans un plan


Π, sous l’hypothèse que la densité d30 des objets est uniforme (Adler
et al. (2009, 2011), p52). Les objets ont une aire égale à hAi, un péri-
mètre égal à hP i. α est l’angle entre la normale ~nΠ du plan Π, et la
normale moyenne des objets. p~ est la trace dans le plan d’observation
Π et β12 est l’angle entre les 2 fractures. (*) est une généralisation
des formules isotropes mais ne s’applique pas à tous les réseaux ani-
sotropes.

63
Chapitre 4 Indice d’interconnectivité IcDF N , percolation et calcul de propriétés
équivalentes

où le fluide tend à stagner et non à s’écouler. La taille du plus grand amas


est alors appelée longueur de corrélation.
2. Le régime sur-critique p > pc : Dans la phase sur-critique, il existe une unique
composante infinie de points connectés les uns aux autres et rencontrant tout
l’espace. Les amas finis y sont généralement en nombre très limité.
En dessous du seuil, le réseau n’est, à grande échelle, pas perméable, et la recherche
d’une perméabilité équivalente à une échelle largement supérieure y est dépourvue
de sens. Au dessus du seuil, et plus on s’en éloigne, le réseau devient perméable et
de plus en plus assimilable à un milieu continu équivalent (on parle “d’écoulement
généralisé”). Établir la situation d’un réseau de fractures par rapport au seuil de
percolation est un préalable souhaitable avant d’y étudier la perméabilité (Beucher
and De Marsily, 1985).
L’objectif de ces études est de trouver des lois « universelles » reliant les para-
mètres macroscopiques M (dont la perméabilité, la longueur du plus grand amas
...) à la distance au seuil de percolation par une relation en loi puissance :

M ∝ (p − pc )α (4.2.1)
La théorie de la percolation, d’abord exprimée dans des sous-systèmes eucli-
diens discrets (lattices) de rang fini, dont par exemple nous connaissons le nombre
de voisins (nombre de coordination Z), a été étendue aux systèmes continus par
Scher and Zallen (1970) et formalisée dans (Drory, 1996a,b; Drory et al., 1997).
Plusieurs études de connectivité ont été réalisées depuis, d’abord en dimension
2 puis 3 moyennant quelques hypothèses sur les distributions et les formes des
fractures (Garboczi et al., 1995; Gur et al., 1985; Charlaix et al., 1984). Quelques
valeurs de seuils sont publiées (exprimées par rapport à la densité d30 de frac-
tures) et rappelées dans Adler and Thovert (1999a); Adler et al. (2011) (tableau
4.3). Les seuils de percolation semblent plutôt dépendre des spécificités des lois de
distribution employées.
Il faut souligner que les études mentionnées traitent les caractéristiques de per-
colation et de transport pour des réseaux de formes géométriques généralement
considérées semblables et isotropes en orientations. Les études de réseaux de frac-
tures plus réalistes (directionnels) existent mais sont plus rares.

Perméabilité
Nous rappelons en préambule la loi de Darcy utilisée pour passer de l’échelle
de la fracture à l’échelle de la maille réservoir. Elle s’applique aux écoulements
monophasiques de fluides de viscosité µ, de type newtonien, laminaires, incom-
pressibles, dans un milieu poreux continu et homogène. La perméabilité relie donc
2 grandeurs macroscopiques moyennes Q ~ et ∇P
~ par une relation linéaire :

64
4.3 Mise à l’échelle : calcul du tenseur de perméabilité équivalente

Forme des objets dimension nombre critique de liens par objet


segments orthogonaux 2 3.2
segments aléatoires 2 3.6
disques parallèles 2 4.5
tiges orthogonales 3 0.7
tiges aléatoires 3 1.4
cubes aléatoires 3 2.46
sphères 3 2.80

Table 4.3 – Quelques valeurs de seuils de percolation d’après Adler et al. (2011)

¯
~ = − K̄ .∇P
Q ~
µ
1
˚
~
Q = ~ )dΩ
~q(OM (4.2.2)
V
1
˚
~ =
∇P ~ OM
∇p( ~ )dΩ
V
En 3D elle s’exprime sous la forme d’un tenseur à 9 composantes, en théorie
symétrique si le Volume Élémentaire Représentatif est atteint (VER). Elle est
alors diagonalisable. Ses vecteurs propres sont appelés perméabilités principales
(k1 , k2 , k3 ) à ne pas confondre avec les perméabiltés directionnelles exprimées dans
une base (Par exemple dans la base orthonormée (~x, ~y , ~z), Kxy correspond à la re-
lation entre le flux Qy à travers les faces de normale ~y lorsqu’on impose un gradient
~ selon la direction ~x). Par abus, les perméabilités sont souvent exprimées par
∇P
3 composantes dans le sens du maillage Kx ,Ky ,Kz , ce qui peut avoir d’importants
effets si le milieu est anisotrope (comme c’est le cas en milieux fracturés).

4.3 Mise à l’échelle : calcul du tenseur de


perméabilité équivalente
Considérons un corps perméable hétérogène occupant un domaine Ω dans l’es-
pace. Ce corps est le siège d’un écoulement de fluide sous l’effet de pressions ou
de flux imposés sur son contour dΩ. En tout point de Ω, caractérisé par son vec-
~ , l’écoulement a lieu suivant la loi de Darcy (équation 4.2.2).
teur position OM

65
Chapitre 4 Indice d’interconnectivité IcDF N , percolation et calcul de propriétés
équivalentes

L’équation de conservation de la masse en régime permanent s’écrit alors :

∀M ⊂ Ω div(Q)~ =0 (4.3.1)
¯
~ = − K̄ .∇P
Q ~
µ
Les champs locaux →−p et −→
q , solutions du problème d’écoulement, doivent vérifier
ces deux équations et les conditions aux limites de flux ou de pression sur dΩ.

4.3.1 Méthodes numériques


Une méthode qui s’applique à tout type de réseaux nous servira de référence (pa-
ragraphe (4.3.1)) puisqu’elle permet de simuler les écoulements à grande échelle
des réservoirs fracturés. Elle consiste à simuler l’écoulement permanent sur un ré-
seau de fractures représentatif (DFN) dans une maille réservoir, et à trouver le
tenseur K̄¯ reliant Q
~ à ∇P
~ par inversions successives de systèmes linéaires. Selon
l’échelle (maille ou VER) à laquelle ces calculs sont effectués on parle de perméa-
bilité effective ou de perméabilité équivalente : il existe en effet un seuil théorique
à partir duquel la perméabilité est stationnaire en fonction de la taille de l’espace
échantillonné et des conditions aux limites associées (Long et al., 1982; Caillabet
et al., 2000). En pratique les mailles de calcul pour la simulation réservoir ne res-
pectent pas forcément ce critère. Dans ce cas on effectue des calculs de paramètres
effectifs : on s’assure que les flux sont conservés pour une condition aux limites en
pression donnée. Le système linéaire discret associé à chaque fracture du réseau
est déterminé et bien posé via les conditions de fermeture auxquelles il faut porter
attention. Connaissant le gradient de pression macroscopique imposé à la maille,
la conservation du flux calculé sur chacune des faces de l’échantillon après simula-
tion permet d’identifier chaque terme du tenseur de perméabilité équivalente. La
matrice résolue dans le système global est creuse, symétrique, définie et positive.
L’expression des transmissivités dépend des méthodes de maillage employées
et quelques écarts sont attendus. Pour améliorer les performances numériques,
un juste équilibre doit être trouvé entre le nombre de mailles nécessaires à la
précision de la méthode, le nombre total de fractures testées pour une bonne
représentativité statistique de l’échantillon, et le respect de la limite numérique
imposée par l’ordinateur.
Si les conditions aux limites peuvent être de tout type, quatre grandes familles
de conditions se dégagent par leur fréquence d’utilisation : perméamètre, pressions
linéaires, conditions périodiques et pressions à l’infini (Figure 4.3.1) .
Les conditions perméamètres délivrent un tenseur diagonal adapté aux schémas
à 2 points des simulateurs de réservoir et sont pour cette raison beaucoup em-
ployées. Pourtant, Pouya and Courtois (2002) montrent que, sous ces conditions,

66
4.3 Mise à l’échelle : calcul du tenseur de perméabilité équivalente

(a) Conditions aux limites de type Perméa- (b) Conditions aux limites de type Pression li-
mètre, imposées aux faces dans les 3 direc- néaire imposées aux faces dans les 3 direc-
tions x,y,z. La valeur rouge correspond aux tions x,y,z. La valeur rouge correspond aux
pressions les plus fortes et la valeur bleue pressions les plus fortes et la valeur bleue
aux pressions les plus faibles. Les flux sont aux pressions les plus faibles. Les flux sont
supposés nuls sur chacune des faces avec libres sur chacune des faces.
des arêtes noires.

(c) Pressions à l’infini : (d) Cas plus rare : (e) Représentation sché-
seul l’amas infini perméamètre direc- matique du principe
est finalement sou- tionnel : on réalise des conditions aux
mis aux conditions n simulations par limites périodiques :
aux limites. rotation d’une fenêtre une particule qui
glissante à laquelle on sort de la boite de
impose des conditions simulation par une
du type perméamètre face donnée est ré-
introduite dans la
boite par l’extrémité
opposée

Figure 4.3.1 – Conditions aux limites imposées le plus fréquemment pour estimer
numériquement un tenseur de perméabilités

67
Chapitre 4 Indice d’interconnectivité IcDF N , percolation et calcul de propriétés
équivalentes

contrairement à ce qui est fait en pratique, la moyenne volumique du gradient de


pression ne peut être déduite des seules valeurs de la pression sur les bords à pres-
sion imposée (Green-Ostrogradsky Équation A.1.3 ). Les conditions périodiques
(Mourzenko et al., 2011a) sont plutôt utilisées dans les milieux matriciels hétéro-
gènes. Le système est supposé invariant par translation et ces conditions peuvent
changer la connectivité et la représentativité des fractures. Dans de plus rares cas,
par la méthode du perméamètre directionnel (Figure 4.3.1d), le flux à travers le vo-
lume de contrôle est estimé pour un nombre élevé de gradients de pressions imposés
selon des angles variables. On déduit un ensemble de perméabilités directionnelles
ki . La théorie impose que si les résultats convergent vers une ellipse de perméabi-
lité, le problème est bien posé et le VER est atteint (Long et al., 1982; Guerin and
Billaux, 1994; Pouya and Courtois, 2002). Associée au calcul d’un coefficient de
variabilité Cv pour n calculs dans les directions ~ui , cette méthode permet de ju-
ger de la validité du tenseur K̄ ¯ calculé (meilleur tenseur représentant l’ellipsoïde) :
2
i=1...n (
ui −ki)
¯ .~
P

Cv = n.((k 2 avec k1,2,3 les perméabilités principales. Nous préférons pour
1 +k2 +k3 )/3)
notre part, vérifier que le résultat est quasiment invariant en fonction de la taille de
la zone de calculs pour nous assurer que le VER est atteint et nous appliquerons la
plupart du temps les conditions pression linéaire où le gradient de pression moyen
dans une maille est égal au gradient de pression imposé sur les faces. Le tenseur
calculé après la résolution des 3 systèmes linéaires est constitué de 9 composantes,
mais n’est pas forcément symétrique : au delà du VER il l’est. Rigoureusement, il
faudrait imposer un gradient de pression à l’infini (Holden and Lia, 1992; Bauer
et al., 2008). Le flux moyen et le gradient de pression moyen étant ensuite calculés
sur une fenêtre d’intérêt (glissante) plus petite. Cette méthode qui a l’avantage
de reproduire les conditions de réservoir, est flexible pour déterminer une taille
de fenêtre en accord avec le VER mais a un coût de calcul très important (le
nombre d’hétérogénéités, d’autant plus en 3D est considérable) et n’est pour cette
raison pas très fréquemment employée. Les essais réalisés avec notre méthode de
discrétisation n’ont pas été concluants, pour estimer les flux au travers des fenêtres
glissantes, notre maillage impose d’ajouter des noeuds qui modifient la solution.
Ce n’est que récemment que les calculs de perméabilités équivalentes discrètes
en 3D, prenant en compte la géométrie réelle du réseau de fractures ont abouti.
Les phases de calcul et de simulation numérique s’avèrent en effet très coûteuses à
cette échelle. La taille limite, informatiquement parlant (coût mémoire et temps de
calculs), pour simuler les écoulements sur un DFN était par le passé bien souvent
atteinte avant que l’on puisse s’assurer que le VER soit atteint (Long et al., 1982;
Long and Billaux, 1987). L’un des intérêts de ce chapitre est de présenter les
propriétés macroscopiques obtenues et de les étudier systématiquement comme
des fonctions des paramètres définissant le réseau.

68
4.3 Mise à l’échelle : calcul du tenseur de perméabilité équivalente

Méthode employée (SLM3D)


Nous décrivons d’abord la méthode utilisée. Elle se décompose en 3 étapes (Fi-
gure 4.3.2) :

1 Génération du DFN

Les fractures sont décrites par des lois de distribution de longueur et par une
densité (d21 en 2D et d32 en 3D). Honorer à la fois la distribution de longueurs et
la surface cumulée de fractures dans la maille n’est pas possible. Pour respecter au
mieux la densité et la distribution de longueurs, les fenêtres de calcul employées par
la suite sont des extractions de la zone sur laquelle sont générées les propriétés. De
cette façon, la densité (d21 ou d32 ) sur la zone de calculs (plus petite que la zone de
génération) est supposée être honorée puisque statistiquement, la longueur cumulée
de fractures tronquées aux bords est compensée de part et d’autre des frontières
par les fractures générées à l’extérieur (Figure 4.3.3). Pour valider notre méthode,
nous générons le réseau à une échelle macroscopique très supérieure à celle de la
zone de calculs.

2 Maillage du DFN et constitution du système linéaire permanent à résoudre

Le réseau de fractures est ensuite discrétisé sous la forme d’une série de nbnoeuds
nœuds, chaque nœud étant placé au centre des segments d’intersection entre deux
Fractures Fi , Fj (Chapitre 6). Le problème consiste donc à trouver la distribu-
tion des débits dans le réseau pour les conditions pressions fixes imposées. Des
conditions limites perméamètre ne donnent pas accès aux termes non diagonaux
du tenseur de perméabilité équivalente, alors que des potentiels (ou des pressions)
à variation linéaire sur les faces latérales permettent d’imposer la direction du
gradient au sein du milieu anisotrope et d’estimer directement les termes de per-
méabilité non diagonaux des débits latéraux. Sur deux faces opposées la pression
est constante et les pressions varient de manière linéaire sur les quatre faces la-
térales (entre les valeurs imposées sur les deux autres faces), ceci successivement
dans 3 directions orthogonales. Les nœuds de fissures n’appartenant pas au réseau
utile (nœuds isolés ou groupes de nœuds sans lien avec l’une des limites latérales
du volume 3D étudié) ne contribuent pas au transport du fluide et peuvent entra-
ver les procédures de résolution mises en œuvre pour déterminer les pressions aux
nœuds lors d’un écoulement en régime stable à travers le réseau. On applique donc
au DFN une procédure de tri en vue de les éliminer.
Une fois le réseau discrétisé, un écoulement monophasique incompressible à tra-
vers le réseau de fractures peut être simulé en résolvant un système de N équations
4.3.1. Chaque équation exprime le fait que le débit total est nul à chaque nœud de
fissure. Le flux qui s’établit entre chaque face des nœuds i et j s’exprime à l’aide

69
Chapitre 4 Indice d’interconnectivité IcDF N , percolation et calcul de propriétés
équivalentes

(a) Le DFN est d’abord généré dans un (b) Les fractures du DFN sont décou-
volume plus grand que la fenêtre de pées par rapport à la boite de cal-
calcul. cul, on ne garde que les portions in-
térieures (bleu) : la distribution des
tailles n’est plus respectée.

(c) On identifie les amas connectés (en (d) On simule un écoulement perma-
vert) aux conditions aux limites nent sur les amas de fractures
(faces de la fenêtre de calcul). connectés aux faces.

Figure 4.3.2 – Étapes de calcul du réseau utile.

70
4.3 Mise à l’échelle : calcul du tenseur de perméabilité équivalente

(a) Fenêtre de génération des centres de (b) Vue d’un bord de la cellule de calculs
fracture (vert) et fenêtre d’échantillon- dans une coupe 2D : De cette façon la
nage (rose). Pour respecter la densité longueur cumulée par unité de surface
aux bords des cellules on génère des (en 2D) et la surface cumulée par unité
fractures à l’extérieur de la zone et on de volume (en 3D) sont supposées être
découpe les portions de fractures inté- respectées de part et d’autre de la ligne
rieures à la zone d’échantillonnage. (du plan) rose.

Figure 4.3.3 – Calcul de la densité ’vraie’ sur un échantillon.

des transmissivités Ti,j et des pressions dans les mailles voisines. Pour calculer 3
composantes du tenseur de perméabilité, on considère qu’une pression constante
est imposée à chacune des limites aval et amont. Une pression variant de manière
linéaire en fonction de la position entre les limites aval et amont est également
imposée sur les faces (ou dans le cas du perméamètre une condition de flux nul).

3 Calcul des flux et identification du tenseur de perméabilité équivalent

Chaque simulation dans la direction ~j permet de calculer le flux cumulé Q ~ i au


travers de chacune des faces tout en connaissant Lj la longueur de la zone de calcul
dans la direction ~j, ce qui permet d’identifier chacune des composantes du tenseur
de perméabilité connaissant la viscosité du fluide µ :
Qi .Lj
Kij = µ (4.3.2)
∆Pj

Finalement, le tenseur de perméabilité équivalente (K̄ ¯ ) est diagonalisé pour


calculer les directions principales de l’écoulement et les perméabilités équivalentes
principales k1,2,3 respectives dans ces directions.

71
Chapitre 4 Indice d’interconnectivité IcDF N , percolation et calcul de propriétés
équivalentes

Remarque pour la comparaison des cas 3D et 2D

Nos résultats de comparaison 3D/quasi-2D ont souligné des disparités de ré-


sultat dans le cas d’un gradient de pression linéaire (Figure 4.6.1). Ces différences
s’expliquent par les conditions aux limites imposées au bord de la fracture : puisque
l’extension des fractures connectées à 2 faces au moins est finie, un flux transver-
sale est crée dans chacune de ces fractures. Le problème résolu est alors différent
du simple cas 2D qui suppose que la face verticale est à flux nul et qui modélise
un écoulement de type piston se rapprochant des conditions perméamètre 3D.

Figure 4.3.4 – Conditions aux limites en 3D : effet de taille verticale finie pour
une fracture intersectant 2 faces de la cellule de calcul

Si le VER n’est pas atteint, ces méthodes de simulation explicite sur un réseau
de fractures stochastique doivent donc être utilisées avec précaution puisqu’elles
dépendent :
— des conditions aux limites appliquées,
— du réseau représentatif choisi, surtout si le DFN est généré à partir de données
statistiques,
— de la précision du maillage,
— des tailles de la zone d’intérêt.
Compte tenu des limitations informatiques pour simuler précisément les flux sur un
réseau de fractures à grande échelle, il est donc tentant d’employer des techniques
usuelles multi-échelle (Correia et al., 2014) :
— Calcul des perméabilités effectives sur des petites zones pour évaluer un
tenseur de perméabilité effective,
— Mise à l’échelle des tenseurs de perméabilité pour évaluer une perméabilité
effective à grande échelle.
Cette pratique est en effet employée dans des domaines différents de celui des ré-
servoirs fracturés. En 1D, on sait que la moyenne harmonique des perméabilités
est égale à la perméabilité équivalente. En 2D et dans le cas de surfaces infinies,
où les perméabilités (scalaires) sont distribuées de façon isotropes et log-normales,
la perméabilité équivalente est égale à la moyenne géométrique (Matheron, 1993).
Sans réelles justifications issues des données, ce modèle a été fréquemment uti-

72
4.3 Mise à l’échelle : calcul du tenseur de perméabilité équivalente

lisé dans l’industrie pétrolière. Ainsi, Bouwer (1969) est arrivé à la conclusion
que la moyenne géométrique était l’estimateur le plus approprié pour calculer
des perméabilités équivalentes à partir de perméabilités distribuées aléatoirement
dans l’espace. Durlofsky (1992) et Wen and Gómez-Hernández (1996) ont com-
paré ces résultats à des simulations numériques. Ils arrivent à la conclusion qu’il
n’existe pas de prise de moyenne (arithmétique, géométrique, harmonique, arith-
métique/harmonique) valable pour toutes les formations anisotropes même si en
2D la méthode géométrique donne une bonne estimation lorsque les anisotropies
ne sont pas trop fortes. Dagan et al. (2013) suggèrent d’encadrer la perméabilité
effective d’un milieu par les moyennes harmonique et arithmétique.
Si dans leur revue des méthodes de mise à l’échelle des tenseurs de perméabilité,
(Gómez-Hernández and Wen, 1998; Ilarri and Gomez-Hernandez, 2007) rappellent
que la nature tensorielle de la perméabilité équivalente dépend notamment de la
corrélation spatiale des conductivités prise en compte dans les méthodes numé-
riques, des méthodes plus approchées mais plus rapides ont été développées. A
partir de solutions analytiques et d’hypothèses simplificatrices, on peut en effet
estimer un tenseur de perméabilité équivalente analytiquement. Toute la difficulté
consiste à forger des méthodes permettant de contrôler à tout moment la qualité
des calculs, de façon à fournir des résultats restituant toute la variabilité naturelle
du problème.

4.3.2 Méthodes Analytiques


[Link] Échelles comparables entre les hétérogénéités et la cellule
équivalente : La fracture traversante, modèle de Snow
Snow (1969) propose une méthode de calcul géométrique reliant le gradient de
pression au flux traversant une fracture et assume deux hypothèses majeures :
1. La fracture est infinie en longueur, c’est à dire qu’elle est traversante à
l’échelle du VER dans 2 directions,
2. La fracture, considérée comme un plan infini d’épaisseur hydraulique constante,
orientée en 3 dimensions selon une normale− →
n n’interagit pas avec le milieu
englobant ou avec les autres fractures du milieu.
Sous ces conditions le modèle de Poiseuille d’écoulement entre 2 plans s’applique.


La fracture infinie étant traversante, elle est soumise au gradient de pression ∇P
imposé à la maille. Le fluide ne peut s’écouler que selon le plan de la fracture (de

− →

normale ~n) où le gradient effectif est la résultante ∇Pf de la projection de ∇P
selon ~n (Figure 4.3.5 ) :

→ →

∇Pf = (I − −

n .t −

n ). ∇P (4.3.3)

73
Chapitre 4 Indice d’interconnectivité IcDF N , percolation et calcul de propriétés
équivalentes

Figure 4.3.5 – Fracture traversante orientée avec une normale →



n soumise à un


gradient de pression ∇P

Il s’agit d’un écoulement laminaire entre deux plaques parallèles non mobiles,
la loi de Darcy appliquée le long de la fracture permet d’exprimer la vitesse, ~v ,
du fluide dans le plan de fractures en fonction du gradient dans la maille, de
l’ouverture ef et de la conductivité cf de la fracture :
cf − → cf →

~v = ∇Pf = (I − −
→n .t −

n ). ∇P (4.3.4)
ef .µ ef .µ
On pose, N̄ ¯ = (I − n−
→.t −

f f nf ) = (I − δij nf i nf j ) le tenseur de projection d’une
fracture orientée dans l’espace par la normale n~f , ce qui nous permet de déduire,
selon sa définition, le tenseur de perméabilité équivalente K inf si l’écoulement de
fluide à travers la surface Sf de fracture ne modifie pas le flux dans le milieu
matrice :
1 1
! !

− S e →
− Sf ¯ → −
˚
¯ . ∇P = µ
K̄ ~v dΩF =
f
cF ∇Pf = cf N̄f . ∇P
inf
V V ef V
¯ Sf ¯
K̄ inf = cf N̄f (4.3.5)
V
Cette dernière hypothèse est vraie pour les réservoirs dont la matrice est soit très
perméable soit presque inexistante. Dans le premier cas, la matrice répond indivi-
duellement au gradient de pression globale plutôt que par rapport à la variation de
pression de la fracture. Si, au contraire, la perméabilité de la matrice est faible au
point de pouvoir être négligeable, les échanges matrice fracture redeviennent sans
importance. La fracture est homogène le long de sa section en terme d’orientation,
de largeur et d’espacement. Dans un milieu à trois dimensions recoupé par un en-
semble de fractures supposées infinies, d’ouverture et de propriété constantes dans
l’espace, il est possible de calculer les composantes du tenseur de perméabilité du
milieu continu équivalent en utilisant le principe de superposition (les équations
sont linéaires) : les perméabilités directionnelles données plus haut s’additionnent
vectoriellement pour constituer le tenseur de perméabilité Feuga (1981).

74
4.3 Mise à l’échelle : calcul du tenseur de perméabilité équivalente

Dès lors, les développements analytiques sur les méthodes de changement d’échelle
se sont poursuivis dans des contextes variés : écoulements multiphasiques, mi-
lieux fracturés, transport réactif. Parmi les méthodes proposées, on peut distin-
guer les méthodes d’homogénéisation et de prise de moyenne volumique (Quintard
and Whitaker, 1988; Arbogast et al., 1990; Cherblanc, 1999), visant à adapter le
maillage aux propriétés du milieu et aux conditions aux limites de l’écoulement.
La prise de moyenne en puissance avec un exposant α variable K̄ ¯ = P (K α ) α1
eq ii
où l’exposant dépend de la configuration du réseau de fractures, des conditions li-
mites, de la distribution des hétérogénéités et de la forme des surfaces. Dans le cas
de distributions stationnaires (ce qui n’est pas le cas puisque les fractures ont une
dimension) Noetinger (1994) propose une forme générale α = 1− dimensionSysteme
2
1...3
.
Oda (1985), dont l’approche est détaillée plus bas, propose un modèle statistique
où le modèle de Snow (Équation 4.3.5) est appliqué à un ensemble idéalisé de
fractures finies en tailles supposées toutes appartenir à un même amas connecté aux
conditions aux limites. Il formule ainsi une borne maximale puisque la perméabilité
réelle d’un réseau partiellement connecté devrait tendre vers une valeur inférieure
à celle de ce modèle (Renard and De Marsily, 1997). L’avantage est qu’il n’est
ni nécessaire de générer les fractures ni nécessaire d’y simuler les écoulements :
sa solution exprimée à partir des lois de distribution de probabilités tend vers la
solution souhaitée dans le cas des réseaux de fractures très denses.

[Link] Fracturation diffuse, effet local de l’arrangement des fractures


Oda (1985) : Sur la généralisation du modèle des fractures traversantes aux
réseaux de fractures définis par la statistique
Oda (1985; 1987) établit un tenseur de perméabilité équivalente 3D directement
à partir des données statistiques décrivant le modèle. Pour calculer la perméabilité
équivalente du DFN comme la somme des perméabilités équivalentes de chaque
fracture finie, la connectivité est négligée et chaque fracture est supposée pleine-
ment participer à l’écoulement : chaque fracture du domaine d’étude "voit" un


gradient de pression identifié au gradient macroscopique ∇P . Les fractures sont
représentées par des volumes dont l’une des dimensions (ouverture hydraulique)
est très inférieure aux autres. Elles sont décrites par une densité surfacique d32
et 4 lois de densités de probabilité indépendantes les unes des autres : longueur,
hauteur, ouverture et orientation. La probabilité d’existence d’une fracture ρF ap-
partenant à une famille de densité d32 ayant pour caractéristique une surface SF ,
c
une perméabilité kf = eff et une normale ~nF est donnée par le produit de ses
densités de probabilité ρ(paramètre) respectives. Sous ces conditions, et puisque
la vitesse macroscopique dans la zone étudiée est la moyenne des vitesses dans
chaque fracture, la perméabilité équivalente s’écrit sous la forme continue :

75
Chapitre 4 Indice d’interconnectivité IcDF N , percolation et calcul de propriétés
équivalentes

1 1
!
−
→  ¯ Sd ρ(~n)ρ(S)ρ(c ). →
˚ ˚ − 
KODA . ∇P = µ (~v dΩf ) d32 ρ(~n)ρ(S)ρ(kf ) = cf N̄ F 32 f ∇P
V V
(4.3.6)
ou sous une forme discrète, si le réseau est constitué de nbf am familles g compre-
nant chacune nbF racg fractures de surfaces et conductivités respectives Sgi , cgi ,
générées dans une cellule de volume Vcell :
nbf am nbf racturesg
1
KODA = Kinf = (4.3.7)
X X
Sgi cgi .Ngi
Vcell g=1 i=1

Pour sa simplicité de mise en œuvre, cette méthode est très employée actuellement
(Bruhn et al., 1994; Khvoenkova et al., 2009; Ababou et al., 2011; Lang et al., 2014)
et suscite beaucoup de travaux pour déterminer un coefficient λ (Oda et al., 1987)
qui représenterait la connectivité. Une autre méthode, qui entre dans la famille des
méthodes d’homogénéisation, est couramment employée dans les milieux fracturés :
la méthode des milieux effectifs.

Les milieux effectifs


Les méthodes des milieux effectifs permettent d’estimer les propriétés effectives
(i.e. macroscopiques) d’un milieu en fonction des propriétés locales de chaque
constituant, et d’un certain nombre d’informations sur la microstructure telle la
concentration de chacun d’eux (dans notre cas la phase matrice et la phase frac-
ture). Les travaux originels d’Eshelby (Eshelby, 1957), concernant la situation
élémentaire d’une inclusion déformée prise isolément puis placée dans un envi-
ronnement infini de même composition, ont suggéré ces méthodes « d’homogé-
néisation » appliquées à des matériaux hétérogènes fracturés. Dans cette théorie,
surtout développée en mécanique des milieux continus et en électrodynamique des
milieux hétérogènes, on suppose que le rôle de l’hétérogénéité peut se décrire par
l’interaction entre l’hétérogénéité et un milieu effectif homogène. On cherche à
relier la propriété effective du milieu à la fraction volumique (concentration) d’hé-
térogénéité et à certains paramètres caractérisant leurs répartitions spatiales. En
considérant que chaque phase est tour à tour rassemblée dans un domaine ellip-
soïdal (l’inclusion), on assimile le milieu hétérogène qui l’entoure (la matrice) au
milieu homogène équivalent, inconnu. On introduit ainsi successivement dans un
milieu de perméabilité uniforme des hétérogénéités correspondant à une statistique
donnée. A chaque étape, on calcule une nouvelle perméabilité effective en minimi-
sant l’interaction de l’hétérogénéité introduite avec le nouveau milieu homogène.
La perméabilité globale est la valeur obtenue après l’introduction de l’ensemble de
la distribution des hétérogénéités. On note (Barthélémy, 2009), que cette méthode

76
4.4 Estimation de la connectivité par les statistiques géométriques : volumes
exclus

fait apparaitre une densité de fracture critique interprétable comme un seuil de


percolation dans l’approche auto-cohérente pour la distribution isotrope d’orien-
tation des fissures. Le fait que cette densité critique n’existe pas pour une famille
parallèle de fissures renforce l’idée de la lier au seuil de percolation. Le seuil de per-
colation obtenu par l’approche auto-cohérente pour le problème 3D est proche de
ceux trouvés dans la littérature (Pouya and Courtois, 2002). Il doit y avoir absence
de corrélations spatiales entre les éléments conducteurs pour que cette méthode
s’applique (les centres sont supposés poissoniens). L’approche répond donc à priori,
pleinement aux contraintes multi-échelles des réservoirs fracturés et a l’avantage
de prendre en compte implicitement l’interaction entre les fissures.

4.4 Estimation de la connectivité par les statistiques


géométriques : volumes exclus
Selon Robinson (1983), le paramètre critique pc peut être exprimé comme le
nombre moyen d’intersections par fracture : il serait invariant, quel que soit la
distribution des orientations au seuil de percolation. Cette piste est suivie par Long
et al. (1991); Hestir et al. (1998); Knudby and Carrera (2005) qui, empiriquement,
utilisent la valeur moyenne du nombre d’intersections par fracture pour analyser
la connectivité et la perméabilité d’un système fracturé 2D. Pour les réseaux de
fracture, la probabilité de percolation (à savoir l’existence d’un amas continu qui
traverse le système) est une fonction de la taille des cellules, de la densité et
tailles de fractures et des lois de distribution des orientations. Toutefois, lorsque
les volumes exclus sont utilisés, le seuil de percolation est apparu constant pour une
large gamme de formes testées (Huseby et al., 1997). Nous poursuivons cette idée
et étudions dans un premier temps si ce paramètre peut ou non être lié aux échelles
de corrélation des "objets continus" ou des "objets discrets" et s’il peut s’estimer
directement à partir des lois statistiques décrivant le modèle de fractures.
Sur un réseau stochastique, le calcul de la connectivité effective passe par la gé-
nération de chacune des fractures et la recherche de chacune des intersections. C’est
une opération coûteuse (les algorithmes les plus performants sont en n(log(n)) ité-
rations si le réseau est constitué de n fractures (Bonet and Peraire, 1991). Nous
cherchons à éviter cette opération en estimant le nombre moyen d’intersections
par fracture, à priori, à l’aide d’un indicateur qui ne dépendrait que des lois de
distributions utilisées pour décrire la géométrie du réseau (densité de fractures,
loi de formes (longueur en 2D et surface + périmètre en 3D) et loi d’orientation
pour chacune des familles de fractures dans un volume d’étude) (King et al., 2001;
Masihi et al., 2005; Delorme et al., 2008; Ozkaya, 2011).

77
Chapitre 4 Indice d’interconnectivité IcDF N , percolation et calcul de propriétés
équivalentes

4.4.1 Volumes Exclus


Pour l’étude du nombre d’intersections par fractures, Balberg et al. (1984) est le
premier à introduire le concept des volumes exclus, ensuite généralisé et utilisé par
(Garboczi et al., 1995; Huseby et al., 1997; Adler and Thovert, 1999a; Khamforoush
and Shams, 2007; Adler et al., 2009; Mourzenko et al., 2011c; Sahimi, 2012). Si l’on
considère deux objets Oi et Oj de formes et d’orientations données, le volume exclu
Vexcli,j est le volume dans lequel doit se situer le centre de Oj pour que Oi et Oj
s’intersectent. Des expressions analytiques existent (Tableau 4.3) pour les réseaux
constitués d’objets de même forme et aléatoirement distribués en orientation dans
des zone d’intérêt 2D (Aexcl ) ou 3D (Vexcl ) (Tableau 4.4). Les réseaux anisotropes
et directionnels, plus représentatifs des réservoirs naturels, ont pour leur part été
moins étudiés (Khamforoush et al., 2008).

4.4.2 Expression du nombre moyen d’intersections par


fractures à l’aide des volumes exclus : Indice
d’inter-connectivité IcDF N pour les réseaux de fractures
dont les lois sont indépendantes (Formulation 2D)
IcDF N 2D
Nous explicitons d’abord la surface exclue dans le cas des problèmes 2D (Bal-
berg et al., 1984) où les fractures représentent des segments. Soit une famille de
fractures, de densité d21f , dont les azimuts sont dispersés et définis par une loi de
probabilité ρa,f . La loi de longueurs est quant à elle régie par une loi de densité
de probabilité ρl,f . On dissocie chaque famille f de fracture en N classes de frac-
tures Cf selon leurs azimuts (Figure 4.4.1) et selon leurs longueurs
q . Une fractureq
appartient
q à une classe
q C j si et seulement si son azimut θ j ∈ θ j − dθ
2
; θ j + dθ
2
et
lj ∈ lj − dl2 ; lj + dl2 avec dθ et dl très petits. Les éléments d’une classe ont une
même longeur et une même orientation et sont supposés parallèles, ne pouvant pas
s’intersecter.
On calcule ensuite "l’aire exclue cumulée" AEXCLij entre une classe Ci et une
classe Cj . Dans ce cas, AEXCLij est la somme des surfaces exclues élémentaires (en
bleu sur la Figure 4.4.2b ) pour chacune des nbf i fractures de Ci :

AEXCLij = nbf i li lj sin |θi − θj | (4.4.3)

78
4.4 Estimation de la connectivité par les statistiques géométriques : volumes
exclus

Référence Forme de l’objet Expressions (Vexcl en 3D, Aexcl en 2D)


Sangare and 3D, sphères de rayons 4
π(R1 + R2 )3
Adler (2009) R1 et R2 3

2D, Disques de
Sahimi (2012) surface S dans un 4S
plan
De Gennes and
3D, disques de rayon
Prost (1976);
R d’orientation π 2 R3
Charlaix et al.
aléatoire dans l’espace
(1984)
3D, disques de rayon
Charlaix et al. R contenus dans 2
4πR3 sin β
(1984) plans faisant un angle
β
3D, Ellipses
de Dreuzy et al. d’orientation aléatoire
(2000); Sahimi de petit axe l1 et de 1 2
2
π (e1 l12 l2 + e2 l1 l22 )
(2012) grand axe l2 ,
d’excentricité e1 ,e2
Segments de
Adler and longueurl orienté 2l2
Thovert (1999a) aléatoirement dans un π

plan
3D, Polygones de
normales − →
n 1 ,→

n2 de
périmètres P1 , P2 et −

Adler and n1 ∧ →

n2
de surface A1 , A2 (A1 P2 + A2 P1 ) (4.4.1)
Thovert (1999a) π
aléatoirement
distribués dans
l’espace

79
Chapitre 4 Indice d’interconnectivité IcDF N , percolation et calcul de propriétés
équivalentes

Référence Forme de l’objet Expressions (Vexcl en 3D, Aexcl en 2D)


3D, 2 objets
tridimensionnels
convexes
(Isihara, 1950; aléatoirement
Adler et al., distribués en
V1 + V2 + (A1 Rc2 + A2 Rc1 ) (4.4.2)
2011; Sahimi, orientation, de
2012) volumes V1 ; V2 , de
surfaces A1 ; A2 et de
rayons de courbure
moyens Rc1 ; Rc2
3D, polygones
Huseby et al.
réguliers de même  2    
(1997); Adler π2 Nv
cos π
sin2 π
[*]
taille circonscrits à un π Nv Nv
et al. (2011)
cercle de diamètre 2R
3D, polygones
convexes
(Charlaix et al., aléatoirement 1
(A1 P2 + A2 P1 ) [*]
1984) orientés, de 4

périmètres P1 , P2 et
surface A1 , A2

Table 4.4 – Volumes exclus pour des réseaux isotropes en orientations. Les valeurs
marquées d’une [*] se déduisent de l’Équation(4.4.2)

Figure 4.4.1 – Discrétisation d’une famille de fractures distribuée selon une loi
de Von Mises avec une forte dispersion en N classes de fractures
Cf d’orientations appartenant à un même intervalle de longueur
dθ ,

80
4.4 Estimation de la connectivité par les statistiques géométriques : volumes
exclus

Référence Forme de l’objet Expressions (Vexcl en 3D, Aexcl en 2D)


Balberg et al.
(1984); Hestir 2D, Segments de
and Long longueurl1 etl2 faisant
Aexcl = l1 l2 sin |β| [*]
(1990); Delorme un angle β dans un
et al. (2008); plan
Ozkaya (2011)
3D, Rectangles Ri de
tailles ai , bi orientés VexclRectangles = k~n1 ∧ ~n2 k ∗
Équation 4.4.16 [*]
dans l’espace par (a2 b2 (a1 sin α1 + b1 cos α1 )
(~ni , p~i )  +a1 b1 (a2 sin
α2 + b 2 cos αP 2 ))

Vexcl1,2 = S2~ n2 .~k1 ∗ 0.5 ~k1 .~p1,j

3D, fractures
+ S1~n1 .~k2 ∗ 0.5 ~k2 .~p2,j
P
convexes de normales

~n1~n2 et de sommets
Équation 4.4.13 
−−−→ −
P −−−−→
M1j M2j orientés dans S = 1
Gf Mi ∧ Gf Mi+1
 i

2

l’espace par ~ni et les −−−−−−→

avec p~ol = Mol Mol+1 = p~oj
vecteurs contours p~i 
~ = ~n1 ∧ k~~nn11 ∧~
n2

k1

∧~
n2 k

Table 4.5 – Volumes exclus pour des réseaux anisotropes en orientations de frac-
tures aux formes quelconques convexes. Les valeurs marquées d’une
[*] se déduisent de l’Équation4.4.13

81
Chapitre 4 Indice d’interconnectivité IcDF N , percolation et calcul de propriétés
équivalentes

(a) La surface exclue élémentaire 2D (portion de surface repré-


sentée en jaune) pour laquelle les germes (point noir) d’une
fracture de longueur lj d’orientation θj (en rouge) intersecte-
rait une fracture d’orientations θi et de longueur li (en bleu)
. La surface exclue entre 2 fractures est un parallélogramme
dans le cas 2D.

(b) Surface exclue cumulée entre une fracture et une classe de fractures

82
4.4 Estimation de la connectivité par les statistiques géométriques : volumes
exclus

Puisque le nombre de fractures nbf f d’une classe Cf sur une surface S est donné
d
par nbf f = 21cf S , le nombre total moyen d’intersections nIij entre des fractures
hlf i
de la classe Cj et des fractures de la classe Ci sur une surface S est donné par le
nombre de fractures de Cj contenues dans AEXCLij :

nIij = Sd21cj d21ci sin |θi − θj | (4.4.4)


(i)
De l’équation (4.4.4) on déduit IcDF N , le nombre adimensionnel moyen d’inter-
sections entre une fracture de la classe Ci et le réseau :
Pnbclasses
(i) j=0;j6=i nIij hli i nbclasses
= = d21cj d21ci sin |θi − θj | (4.4.5)
X
IcDF N .
nf i d21ci j=0;j6=i
Le nombre total moyen d’intersections par fracture dans le réseau (IcDF N )
contenant nbclasses est lui donné par la somme des nIij (on ne compte l’intersection
qu’une fois) divisé par le nombre total d’éléments :

Pnbclasses Pnbclasses Pnbclasses P


i=1 j>i nIij i=1 j>i d21j d21i sin |θi − θj |
IcDF N = = Pnbclasses dk
(4.4.6)
nbf ractures k=1 hlk i

La densité de fractures d21cj de la classe Cj se déduit facilement des lois de


distribution :

d21cj = d21f ρa,f (θj )ρl,f (lj) dθdl (4.4.7)

ce qui permet d’écrire IcDF N sous sa forme intégrale :

´ 2π ´ 2π
θi =0 θj =θi
d21j d21i sin |θi − θj | ρa,j (θj )ρa,i (θi ) dθi dθj
IcDF N = Pnbclasses dk (4.4.8)
k=0 hlk i
(i)
IcDF N peut être utilisé pour quantifier les impacts relatifs de chacune des fa-
(i)
milles sur la connectivité. Ainsi, si IcDF N ≪ 1, nous verrons que la famille peut
parfois être négligée dans le calcul des perméabilités équivalentes.

4.4.3 Expression 3D du nombre moyen d’intersections par


fractures IcDF N à l’aide des volumes exclus : réseaux de
fractures anisotropes dont les lois sont indépendantes :
On espère prédire, pour chaque fracture, la probabilité qu’elle a d’appartenir à un
réseau connecté et le nombre moyen de fractures qu’elle intersectera. Dans notre

83
Chapitre 4 Indice d’interconnectivité IcDF N , percolation et calcul de propriétés
équivalentes

modèle, la connectivité dépend des seules données géométriques et les fractures


étanches ne doivent pas être comptabilisées.

Remarques préalables concernant l’extension à 3D


Si la percolation a été largement étudiée sur les réseaux anisotropes 2D, ce n’est
pas le cas pour les réseaux de fractures anisotropes en 3D. Il est assez difficile de
calculer le nombre d’intersections par fractures sur un DFN 3D numériquement
du fait du biais sur le dénombrement des fractures et du fait de la précision nu-
mérique pour juger si 2 fractures s’intersectent (notamment à cause du critère de
parallélisme et de plans confondus). Un biais, semblable à celui du dénombrement
(qui est un effet de taille finie) nous a d’ailleurs posé des problèmes : en bord de
domaine, les fractures étant découpées, une portion de fracture compte comme
un élément (de surface plus petite) pouvant intersecter d’autres fractures. L’in-
tersection potentielle entre cette portion et une autre fracture sera comptabilisée
une fois. Admettons que l’autre partie de la fracture (qui statistiquement corres-
pond à la portion d’une autre fracture découpée) intersecte la même fracture : une
autre intersection sera comptabilisée. Pourtant, si la fracture avait été entièrement
contenue dans la maille, seule une intersection aurait été prise en compte. Par cet
effet de taille finie, le nombre d’intersections déterminé numériquement au voisi-
nage des bords sera approximativement doublé (cela dépend de l’orientation des
fractures par rapport au bord du domaine). Nous avons appliqué un facteur cor-
rectif au nombre total d’intersections nIijnum trouvé au sein du réseau contenant
nbf racturesnum fractures :
nIijnum
αcor =  nbf racturesnum −nbf ractures
 (4.4.9)
1+ 2∗nbf ractures

Par la suite, une méthodologie systématique (même si elle est cas dépendant
puisqu’une formule générale applicable à toutes les formes de fractures n’existe
pas) permet d’estimer le nombre moyen d’intersections par fractures dans un réseau
3D d’objets convexes distribués dans l’espace selon des probabilités. Le dévelop-
pement est théorique. Il convient d’abord d’exprimer le volume exclu en fonction
des paramètres géométriques du réseau, notamment les normales ~nf ou le dip et
le dip-azimut, les vecteurs contours p~if avec i ⊂ J1; nbSommets K, la distribution
de tailles et leur forme (définie le plus souvent par un facteur d’homothétie). La
méthodologie présentée est générale pour les objets de forme convexes mais n’a pu
être testée que pour des fractures de formes rectangulaires.

84
4.4 Estimation de la connectivité par les statistiques géométriques : volumes
exclus

(a) Vue 2D dans le plan d’une fracture F de normale ~nf : le vecteur ~ui don-
nant la direction d’intersection entre les 2 objets (en rouge) appartient à
ce plan. La longueur de corde de la seconde fracture F2 , lif 2 (k2 ) selon ~ui
dépend de l’abscisse curviligne k2 du centre de F2 selon le vecteur unitaire
~k2 qui n’appartient pas à ce plan. ~kf est le vecteur du plan de la fracture
F orthogonal à ~ui . La corde de la fracture F dans la direction ~kf vaut
−−−−−−→
Kf = 0.5 ~kf .~ pf j où les p~f,j = Pf j Pf j+1 sont les vecteurs contour du
P
polygone.

(b) Vue 2D dans le plan ~ui , ~nf . La surface d’exclusion lorsque le centre de la
fracture F2 (à la positionk2 ) donne une trace de longueur lif 2 est matérialisée
en jaune.

Figure 4.4.2 – Concept du volume exclu en 3D, cas d’une fracture convexe F ,
vue dans son plan, notations.
85
Chapitre 4 Indice d’interconnectivité IcDF N , percolation et calcul de propriétés
équivalentes

Méthodologie de calculs du volume exclu 3D pour des familles de fractures


orientées dans l’espace
Soient 2 formes convexes F1 , F2 orientées dans des plans de normales respectives
~n1,2 entièrement décrites par nbP sommets Pf j délimitant la surface Sf ~nf de péri-
−−−−−→
mètre Pf = nb pf,j k avec p~f,j = Pf j Pf j+1 . Gf , barycentre de F , est intérieur à
j=0 k~
P P

la fracture puisque cette dernière est convexe. Quelle que soit la fracture F , nous
avons (Figure 4.4.2) :
p
~f 1 ∧~
pf 2

~nf =
kp~f 1 ∧~pf 2 k




~0 = j=0..Nf p~f,j
P
(4.4.10)
− − − → −−−−−→


Sf ~nf = 12 Gf Pf j ∧ Gf Pf j+1

 P

La relation entre la normale − → d’une fracture F , son dip ϕ et son dip-azimut


n f
θd (Équation 3.3.1) est également rappelée ci dessous :

→ = (sin(ϕ) sin(θ ); sin(ϕ) cos(θ ); cos(ϕ))
n (4.4.11)
f d d

Si F1 ,F2 s’intersectent, c’est selon la droite de vecteur directeur unitaire ~ui =


~
n1 ∧~
k~
n2
n1 ∧~
n2 k
. On définit aussi les vecteurs unitaires ~kf orthogonaux à ~ui dans chacun
des plans de fracture F : ~kf = ~nf ∧ ~ui .
La « plus grande corde » , Kf (kj ) , selon le vecteur ~kj , d’une fracture F décrite
par nbP sommets peut s’écrire en notation vectorielle :
nbP
~
Kf (kj ) = 0.5 (4.4.12)
X
kj .~
pf i

i=1

Plaçons nous désormais dans le plan P⋌1 contenant les vecteurs (~n1 ,~ui ), de
normale ~k1 . La fracture F1 a une trace de longueur li1 (k1 ) indépendante de la
position de F2 (Figures 4.4.2, 4.4.3).
La projection (convexe) de la fracture 2 dans ce plan permet de délimiter une
surface exclue qui se décompose en une surface égale à la surface projetée de F2
(rotation de 180°) et la surface d’un parallélogramme de base li1 (k1) de hauteur
constante K2~k2 .~n1 . Pour déterminer le volume exclu, on intègre cette surface selon
~k1 pour finalement trouver (en utilisant li1 (k1 )dk1 = S1 ) , la formule générale qui
´

86
4.4 Estimation de la connectivité par les statistiques géométriques : volumes
exclus

k
(a) Concept du volume exclu en 3D, cas d’un triangle, vue dans le plan P⋌1 qui
contient ~n1 ,~ui . La surface
projetée (en bleu) de la surface S2~n2 sur P⋌1 de
normale ~k1 vaut S2 ~n2 .~k1

(b) Vue du problème dans le plan P⋌1 pour un polygone convexe de forme
convexe. La surface exclue en jaune est la somme des surfaces d’un parallé-
logramme dont la base est li1 (k1)~ui et la hauteur est la projection de K2 .~k2
selon ~n1 et de la projection de l’objet 2.

Figure 4.4.3 – Calcul du volume exclu en 3D pour tout couple de fractures


convexes. Notations et vue du problème dans le plan P⋌1 contenant
la normale ~n1 de l’objet 1 et le vecteur directeur d’intersection~ui .
P⋌1 a donc pour normale ~k1 . Le centre de l’objet 2 en limite du
domaine exclu décrit la forme de l’objet 2 selon une rotation de
180° (qui conserve donc la surface) et un parallélogramme dont la
base est lif 1 (k1)~ui et le coté est la plus grande corde de la surface
de F2 projetée sur P⋌1 selon ~k1 .

87
Chapitre 4 Indice d’interconnectivité IcDF N , percolation et calcul de propriétés
équivalentes

donne le volume exclu entre 2 formes convexes F1 ,F2 :


ˆ
n2 .~k1 + K2 ~n1 .~k2 ~n1 ∗ li1 (k1) dk1
 
Vexcl1,2 = S2~

0..K
1

= S2~n2 .~k1 ∗ K1 + K2 ~n1 .~k2 ~n1 S1~n1

X X
= S2~n2 .~k1 ∗ 0.5 ~k1 .~p1,j + 0.5 ~k2 .~p2,j ∗ ~n1 .~k2 S1 (4.4.13)

X X 
= 0.5 ∗ S2~n2 .~k1 ∗
~
p1,j + S1~n1 .~k2 ∗
~

Vexcl1,2 k1 .~ k2 .~p2,j (4.4.14)

Cette formule, symétrique, peut se dégénérer pour retrouver les formules sui-
vantes :
1. 2 fractures F1 , F2 orthogonales
a) n~1 .n~2 = 0 et par voie de conséquence ~k1 = ~n1 ∧ (~n1 ∧ ~n2 ) = −n~2 ;~k2 = n~1
b) Vexcl1,2 = S2 K1 + S1 K2 [(Adler and Thovert, 1999a), équation 5.5.3]
c) 2 fractures F1 , F2 de forme rectangulaire orthogonales et dont les côtés
sont parallèles de longueurs M1 ,M2 orientées selon M ~ 1, M
~ 2 et de largeurs
m1 ,m2 :
Vexcl1,2Rectangles = m1 m2 (M1 + M2 )) (4.4.15)
2. 2 fractures F1 ,F2 de forme rectangulaire, de longueurs M1 ,M2 orientées selon
M~ 1, M
~ 2 et de largeurs m1 ,m2 appartenant respectivement à 2 plans non
parallèles de normales ~n1 et ~n2 (conventions Figure (??))
Vexcl1,2Rectangles = k~n1 ∧ ~n2 k (4.4.16)
(M2 m2 (M1 sin α1 + m1 cos α1 ) + M1 m1 (M2 sin α2 + m2 cos α2 ))
avec αf = arccos( k~~nn11 ∧~
∧~
n2 ~ f)
.M
n2 k
3. 2 fractures F1 ,F2 verticales de longueurs l1 , l2 et de hauteurs h1 ,h2 de dip-
azimut θ1 ,θ2
a) D’après l’équation (4.4.11) :

cos θ1 cos θ2
 

 

n~1 = − sin θ1 ; n~2 = − sin θ2
 
0 0

 

0



b) ~ui = k~n1 ∧ ~n2 k = 0 est dans le plan vertical,

sin(θ1 − θ2 )

− sin θ1 − sin θ2
 

 

~k1 = − cos θ1 ; ~k2 = − cos θ2
 
0 0

 

88
4.4 Estimation de la connectivité par les statistiques géométriques : volumes
exclus

et
K1 = l1 ; K2 = l2
c)
Vexcl1,RectV erticales = l1 l2 (h1 + h2 ) sin |θ1 − θ2 | (4.4.17)
4. Dans le cas de 2 fractures verticales traversant un banc, les centres des frac-
tures appartiennent au même plan médian du banc, ce qui permet de retrou-
ver la formule 2D ( Équation(4.4.3)) à partir de l’équation (4.4.17).
Nous avons donc exprimé le volume exclu mutuel entre 2 objets F1 ,F2 convexes
définis dans l’espace par deux contours fermés (ensemble de vecteurs contours p~1j
et p~2j ).

Nombre moyen d’intersections entre 2 classes de fractures, formulation 3D


de IcDF N
Nous reprenons la définition des classes employées pour la formulation 2D. La
classe Ci est l’ensemble des fractures qui ont la même forme, la même taille (donc
la même surface Si ) et la même normale n~i . Le nombre d’intersections au sein de la
classe Ci est nul puisque ces fractures sont sub-parallèles. Soit C j une autre classe
d’éléments de normale n~j non parallèle à n~i . Le volume exclu cumulé VEXCLi,j
dans un volume V entre les nbf i fractures de Ci et les nbf j fractures de Cj s’écrit
à partir de l’équation 4.4.13 :

!
nbf i X X
VEXCLi,j = nj .~ki ∗
Sj ~

~

ki .~pi,l + Si~ni .~kj ∗

~

kj .~pj,l = nbf i .Vexcli,j

2 l l
(4.4.19)
Le nombre moyen d’intersections nIij entre les 2 classes Ci ,C j sur V est égal
au nombre de fractures de Cj dans VEXCLi,j , c’est à dire :

Vexcli,j
nIij = nbf j nbf i . (4.4.20)
V
Pour un DFN de nbf DF N fractures, constitué de nbclasses classes discrètes, le
nombre total d’intersections nIDF N est la somme des nIij pour chaque classe :
nbclasses
X nbclasses
nIDF N = (4.4.21)
X
nIij
i=1 j>i

et comme conséquence si les classes ont des densités d32i , d32j :

89
Chapitre 4 Indice d’interconnectivité IcDF N , percolation et calcul de propriétés
équivalentes

Pnbclasses Pnbclasses d32i d32j


nIDF N i=1 j>i Si Sj
Vexcli,j
IcDF N = = Pnbclasses d32k
(4.4.22)
nbf ractures k=1 Sk

Le plus souvent une famille décrit un ensemble de fractures de même forme et


d’orientations similaires, la taille des fractures d’une classe CH peut être donnée
par un facteur d’homothétie lH ⊂ JlH + dlJ suivant une loi de distribution ρH(l)
et la distribution des normales de la famille F peut quant à elle suivre une loi de
distribution du type ρF (~n) .
(i)
De l’équation (4.4.22) on déduit IcDF N , le nombre adimensionnel moyen d’in-
tersections entre les fractures de la Famille Fi et les nbf am − 1 autres familles du
réseau réseau sous sa forme discrète ou continue :

nbclasses
(i) nIiDF N X d21cj
IcDF N = = Vexcli,j (4.4.23)
nbf racturesi j=1;j6=i Sj

(i) Pnf am d21cj


IcDF N =
´´´´
j=1; j6=i Vexcli,j ρh(l) ρn(l)
Sj

Méthode pour estimer IcDF N :


Puisque nous savons générer des fractures selon les lois étudiées, nous procédons
au calcul d’une intégrale par la méthode de MonteCarlo et nous moyennons les
volumes exclus ainsi tirés. Une autre pratique peut être d’intégrer directement
les mesures réalisées si celle-ci sont en assez grand nombre (affleurement, log de
puits...).

Validation avec des tests unitaires


Nous vérifions dans un premier temps la représentativité des réseaux de frac-
tures diffuses générées (notamment que la taille de calcul est suffisamment grande
pour respecter les statistiques) et la validité du calcul à priori du nombre moyen
d’intersections par fractures.
En 2D, sur des systèmes de fracturation différents (densité de classes de fractures
variables et longueur moyenne des classes de fracture différentes), nous présentons
un extrait des résultats géométriques obtenus (Delorme et al., 2008). Pour le pre-
mier exemple (Figure 4.4.5), le modèle de fractures diffuses est constitué de 3
classes de fractures aux tailles différentes (différentes d’un ordre de grandeur).
Nous faisons varier l’orientation de la classe 1 de 10° à chaque itération. La densité
totale d21 du système est elle aussi variable (entre 0.79 et 1.25 m−1 ). On teste
ainsi des organisations géométriques différentes puisque sous ces conditions la loi

90
4.5 Résultats, analyse d’inter-connectivité avec IcDF N pour les réseaux de
fractures anisotropes (Formulations 2D et 3D)

de densité de probabilité des orientations de l’ensemble du DFN varie. La valeur


de référence du nombre d’intersection correspond à une moyenne du nombre to-
tal d’intersections divisé par le nombre total de fractures pour 10 DFN différents
honorant la même statistique.
L’ensemble des cas testés : réseaux comprenant des lois de dispersion pour une à
cinq familles de fractures, représente autant de systèmes de fracturation différents.
L’erreur maximale était de l’ordre de 5% pour les milieux hétérogènes les plus com-
plexes (beaucoup de classes de fracture et des lois de distribution de fracture avec
une grande dispersion). Le modèle prédictif 2D apparaît donc fiable en terme de
nombre moyen d’intersections par fracture. Remarquons pour la suite, que notre
formulation 3D de IcDF N est récente. Elle n’a pas encore fait l’objet de tests éten-
dus, on note toutefois que les résultats unitaires présentés Figure 4.4.6 permettent
de valider l’expression. Si un effet d’échelle semble avoir lieu (plus marqué pour
un réseau de fractures orthogonales), l’estimation est très encourageante.

4.5 Résultats, analyse d’inter-connectivité avec


IcDF N pour les réseaux de fractures anisotropes
(Formulations 2D et 3D)
4.5.1 Procédure et plan d’expérience, validation par
comparaison à des réseaux de fractures diffuses
représentatifs
1. Pour chacun des jeux de données (c’est à dire une combinaison de lois de dis-
tribution et de densité), 10 DFN (réalisations statistiques) au minimum sont
générés dans le but de contrôler l’influence du tirage aléatoire. Pour honorer
la densité, le volume de génération est supérieur au volume de calcul. Pour
travailler sur un nombre important de fractures, le volume de génération (et
donc de calcul) dépend de la densité de fractures et de la longueur moyenne
de chaque famille en 2D, il est fixe en 3D, avec une arête égale à 10 fois la
plus grande diagonale de fracture dans le DFN. Les réseaux proposés sont
définis de façon à pouvoir négliger les effets de taille finie : chacune des frac-
tures a une taille réputée petite (au moins de 10 fois inférieure) comparée
à la taille échantillonnée. On s’assure toujours qu’au moins 10000 fractures
soient générées en 2D sauf dans le cas 3D, pour lequel la taille des volumes
de générations a été reprise de Mourzenko et al. (2011a). Les centres des
fractures sont distribués par un processus aléatoire (de type poissonnien) et
leur répartition peut être supposée homogène sur une zone plus grande que la
prise d’échantillon. Chaque objet suit une loi de distribution des orientations

91
Chapitre 4 Indice d’interconnectivité IcDF N , percolation et calcul de propriétés
équivalentes

(a) Écart relatif absolu entre le calcul exact du nombre d’intersections et sa prédiction en
utilisant les volumes exclus pour 3 familles verticales. L’azimut de la première famille de
fractures varie toutes les 10 réalisations de 10 degrés, les 3 familles ont des propriétés de
densité variant de (0.79 à 1.25 m−1 ) et ont des longueurs moyennes différentes (5 ;6 ;3 m).
Une couleur représente une même densité. Il n’apparait pas de corrélation entre l’erreur
et la densité ou l’orientation.

(b) Comparaison du nombre d’intersections 2D estimé et du nombre moyen


d’intersections par fracture : Influence du coefficient de dispersion dans la
loi d’orientation de type Von-Mises pour des famille de fractures de longueur
constante, les droites sont presque confondues et de pente 1, la densité de
la famille est variable.

Figure 4.4.5 – Écarts de prédiction entre l’indice d’interconnecitivité IcDF N et


un calcul déterministe (cas 2D)

92
4.5 Résultats, analyse d’inter-connectivité avec IcDF N pour les réseaux de
fractures anisotropes (Formulations 2D et 3D)

Figure 4.4.6 – Validation unitaire de l’indice d’interconnectivité 3D. En bleu, le


DFN est constitué d’une famille de fractures carrées de taille 1
répondant à une loi de Fisher centrée autour de la verticale avec
un paramètre de 20 (cas 7701). En orange, le DFN est constitué
d’une famille de fractures répondant à une loi de Fisher centrée
autour de la verticale avec un paramètre de 50 (cas 7703 don-
nées semblables à (Mourzenko et al., 2011a)). En vert, le DFN est
constitué de 2 familles de fractures carrées de taille 1, avec 2 dip
respectifs de 30 et 60° (cas 7711). Enfin en violet, les 2 familles
unitaires sont orthogonales, l’une étant un ensemble de rectangles
de ratio de forme 4 (cas 7713). Chacune des courbes en trait plein
correspond à l’estimation analytique et les points de la même cou-
leurs correspondent à une moyenne sur 20 réalisations corrigés de
αcor pour l’effet de taille finie.

93
Chapitre 4 Indice d’interconnectivité IcDF N , percolation et calcul de propriétés
équivalentes

et une loi de distribution des tailles ainsi que de la conductivité hydraulique


et de l’ouverture de fracture.
2. Les fractures sont clippées dans la zone de calcul, leur nombre (chaque élé-
ment de volume non nul est décompté) est donc supérieur au nombre théo-
rique de fractures d’une taille donnée.
3. Pour chacun des DFN un calcul explicite du nombre d’intersections, du
nombre d’amas (un amas est un ensemble de fractures connectées les unes
aux autres ) et de la taille (nombre d’éléments distincts) de chaque amas est
réalisé.
4. Pour chacun des DFN, différentes méthodes numériques de calcul de per-
méabilité équivalentes ont été employées :
a) Méthode SLM3D pression linéaire (utilisée dans FracaFlow) : La mé-
thode, qui s’applique à tout réseau de fractures planes décrites par nbsommets
sommets, consiste en une discrétisation 3D du DFN et des faces du vo-
lume de calcul. Pour contrôler les conditions de charge (pression), chaque
frontière est discrétisée de façon à aligner les centres des mailles avec les
faces. Le même maillage (et surtout le réseau connecté aux conditions aux
limites) est utilisé pour simuler l’expérience de Darcy (pression linéaire
sur les bords) dans les 3 directions ;
b) Méthode SLM3D perméamètre : La méthode, qui s’applique à tout réseau
de fractures planes décrites par n sommets, consiste en une discrétisation
3D du DFN et des faces du volume de calcul. Pour contrôler les condi-
tions de charge (pression), chaque frontière perméable est discrétisée de
façon à aligner les centres des mailles avec les faces. Les conditions aux
limites simulent celles du perméamètre : deux faces opposées du système
sont mises à des pressions imposées P0 et P1 tandis que les quatre autres
faces sont imperméables (équation 4.3.1a). De cette façon, le flux Q ~ tra-
versant le système est identique sur les limites perméables du système et
s’exprime simplement en fonction du flux total traversant le système et
de la différence de pression. Ceci impose de calculer 3 réseaux connectés à
ces faces pour simuler l’expérience de Darcy (flux nul sur les bords) dans
les 3 directions. Cette opération est indispensable pour pré-conditionner
le système à résoudre qui risquerait d’avoir des amas isolés où un flux nul
serait imposé (ce qui amène à une infinité de solutions).
c) La méthode Fraca (Section 5.4.1 Bourbiaux et al. (1998)), limitée à des ré-
seaux pseudo 2D, consiste en une discrétisation 2D du DFN (par couche).
Pour le calcul des perméabilités, on impose un flux nul dans la direction
verticale (condition mixte). Le réseau de fractures utile est calculé 1 seule

94
4.5 Résultats, analyse d’inter-connectivité avec IcDF N pour les réseaux de
fractures anisotropes (Formulations 2D et 3D)

fois (il connecte les faces X et Y) puisque dans la direction z, toutes les
fractures étant traversantes, elles contribuent à l’écoulement.
d) Des essais de calculs avec des conditions limites à l’infini ont eu lieu ; mal-
heureusement, avec la méthodologie SLM3D, estimer les vitesses d’écou-
lements ailleurs que sur les frontières du maillage de Voronoï s’est avéré
une limitation handicapante dans le cas des réseaux 3D, empêchant d’es-
timer les flux correctement (le maillage n’est plus K-Orthogonal) avec de
telles conditions aux limites.
5. La valeur présentée (nombre d’intersections ou perméabilité équivalente) re-
présente la moyenne de l’ensemble des tirages. Dans l’ensemble des tests,
nous n’avons pas constaté de changements significatifs (Figure aux valeurs
moyennes calculées sur plus de germes et c’est un nombre assez souvent
employé (Guerin and Billaux, 1994; Mourzenko et al., 2011b). On étudie
la perméabilité du milieu fracturé au voisinage et au delà du seuil de per-
colation. Pour mieux représenter l’apparition du seuil de percolation,
√ nous
présentons les résultats de perméabilité sous la forme Kh = k1 .k 2 où les
ki sont les perméabilités principales en 2D. En 3D nous reprenons la même
convention que Mourzenko et al. (2011a) et présentons hK3D i qui corres-
pond à la moyenne arithmétique des composantes principales du tenseur de
perméabilité.

4.5.2 Analyse de la géométrie (arrangement des fractures)


Cas 2D Validation des quantités géométriques, cas repris de Li and Zhang
(2011)
L’étude synthétique de Long et al. (1982) a suscité un grand nombre d’études
paramétriques où les résultats unificateurs relevés plus haut sont parfois mention-
nés (Huseby et al., 1997; Xu et al., 2006) (les fractures sont respectivement des
polygones inscrits dans des cercles distribués isotropiquement et des segments de
droites en 2D). L’intérêt d’une telle analyse est de réduire les incertitudes au-
tour des données avant d’intégrer au modèle les composantes d’écoulement. Li and
Zhang (2011) proposent un indice d’interconnectivité pour 2 familles de fractures
faisant un angle βij (généralisable à n familles). Cet indice de connectivité, appelé
DDOF Équation 4.5.1 est utilisé pour estimer le nombre d’intersections moyen
par fracture sur 2 cas (Figure 4.5.2) : le premier est lorsque l’angle varie entre les
2 familles et le second lorsque la densité totale de fractures (d20 ) augmente. Les
réseaux sur lesquels ont été réalisés les tests comparatifs ne sont bien entendus pas
identiques puisque les réalisations statistiques ne sont pas les mêmes. Nous avons
cependant généré des réseaux respectant les mêmes statistiques. Après échange

95
Chapitre 4 Indice d’interconnectivité IcDF N , percolation et calcul de propriétés
équivalentes

(a) Décroissance de l’écart-type (en %) avec la densité d32 des objets : nombre
d’intersections et perméabilités calculées pour 2 cas 3D (20 réalisations).
Cas 7703 : le DFN est constitué d’une famille de fractures carrées répondant
à une loi de Fisher centrée autour de la verticale avec un paramètre de 50.
Cas 7704 : le DFN est constitué d’une famille de fractures rectangulaires
(rapport de forme 4) répondant à une loi de Fisher centrée autour de la
verticale avec un paramètre de 50.

(b) Sensibilité à la taille de la zone de calculs de la perméabilité équivalente


calculée avec la méthode SLM3D sur le cas 7701 : 1 famille de fractures
carrées de surface 1 et une distribution de la normale selon une loi de Fisher
de paramètre 20 centrée autour de la verticale : les 3 courbes obtenues pour
des zones de calculs différentes se superposent.

Figure 4.5.1 – Justification quant aux tailles des zones de calculs (volume de
96 calcul constant en 3D) et au nombre de réalisations choisies.
4.5 Résultats, analyse d’inter-connectivité avec IcDF N pour les réseaux de
fractures anisotropes (Formulations 2D et 3D)

avec les auteurs, on voit que lorsque le biais sur le nombre de fractures est cor-
rigé (le DFN est contraint par la densité d21 pour ces réseaux 2D), la convergence
entre les résultats numériques et les modèles prédictifs est améliorée. La correction
proposée par les auteurs (un terme « +2 ») n’est alors pas nécessaire.
 q  q
DDOF = li d20j sin βij + 2 lj d20i d20j (4.5.1)
Ozkaya (2011) publie des résultats indépendants similaires aux nôtres, confir-
mant les observations précédentes et retrouve la formule simple en 2D (Équation
4.4.6) qui permet d’estimer la connectivité de réseaux stochastiques dont la densité
est poissonnienne directement à partir des lois de distribution. Un seuil empirique
de 2 à 3 (la valeur change dans les conclusions), valable pour une majorité de ré-
seaux est lui aussi mis en avant dans ses travaux pour statuer que les fractures sont
inter-connectées. Dans son étude, le lien entre le nombre moyen d’intersections par
fractures et la taille maximale de l’amas connecté est employé pour justifier ses
choix.

Analyse avec l’indice d’Interconnectivité IcDF N : Existence de deux seuils :


percolation et continuité
Pour étudier la connectivité, nous dénombrons les amas indépendants à l’inté-
rieur d’un réseau généré (Figure 4.5.3a). Un amas est constitué ici d’au moins 2
fractures et une fracture du système n’appartient qu’à un seul amas. Il apparaît
que pour des systèmes géométriques différents (la densité et l’angle entre 2 familles
de longueurs différentes varient) le comportement en terme d’amas reste similaire :
— Pour IcDF N . 1, le nombre d’amas de fractures croit mais un réseau principal
ne se crée pas (les fractures sont connectées 2 à 2).
— Pour 1 . IcDF N > 3, le nombre d’amas indépendants diminue quand la
densité augmente, les amas de fractures commencent à se regrouper : la
longueur de corrélation du réseau (taille du plus grand amas) augmente.
— Pour IcDF N & 3, un réseau principal est créé et regroupe l’ensemble des
fractures : la longueur de corrélation du réseau (taille du plus grand amas
par rapport au nombre d’éléments) se stabilise.

Analyse complémentaire avec les propriétés des amas de fractures


Une deuxième série d’expériences numériques est menée cette fois avec 3 familles
de fractures (Figure 4.5.3 ). Le même comportement se retrouve lorsqu’on présente
le rapport de la taille du plus grand amas sur le nombre de fractures dans la maille.
La taille de chaque amas correspond au nombre de fractures distinctes dont le
centre est intérieur à la maille et à l’amas. Le fait que ce rapport ne tende pas
vers 1 mais s’en approche s’explique par le fait que le nombre total de fractures

97
Chapitre 4 Indice d’interconnectivité IcDF N , percolation et calcul de propriétés
équivalentes

(a) Influence de la différence azimutale ∆βij entre 2 familles. Comparaison avec le cas tc1
(Li and Zhang, 2011)

(b) Influence de la densité (d20 ) totale des familles (cas tc3 (Li and Zhang, 2011))

Figure 4.5.2 – Comparaison de IcDF N à l’indice de connectivité DDOF défini


98 dans (Li and Zhang, 2011; Delorme et al., 2013b)
4.5 Résultats, analyse d’inter-connectivité avec IcDF N pour les réseaux de
fractures anisotropes (Formulations 2D et 3D)

générées utilisé pour les calculs comprend les fractures dont le germe est en dehors
de la zone de calcul. La courbe rose représente le nombre moyen d’intersections
par fractures en fonction de IcDF N , son approximation linéaire, qui a bien une
pente de 1 (Figure 4.5.3b), valide le caractère prédictif de l’indice de connectivité
quant au nombre moyen d’intersections par fractures.

Analyse quant à l’impact sur les perméabilités équivalentes

Manifestation au seuil de percolation


Pour une distribution de conductivités de fracture fixée, la géométrie du réseau
a un effet sur le calcul des perméabilités équivalentes. Ce résultat est confirmé sur
la Figure 4.5.5a : pour 4 DFN distincts sur le plan de la géométrie (les familles
ont des densités et orientations privilégiées), nous décelons différents seuils de
percolation dans le diagramme classique K(densité fractures). En revanche, les
mêmes résultats dans le diagramme K(IicDF N ) (Figure 4.5.5b) se superposent et
font apparaître un seuil unique Iicp à partir duquel la perméabilité est non nulle,
c’est le seuil de percolation qui correspond à IcDF N = IcDF N p ≈ 1. Un autre
fait encore plus remarquable, évoqué dans Adler et al. (2009, 2011); Mourzenko
et al. (2011a) pour des réseaux de polygones aléatoirement distribués, est le fait
que les courbes se superposent. Il semble que nous nous affranchissons ainsi de
l’influence des paramètres géométriques du réseau. On note également une phase
linéaire lorsque la densité de fractures augmente.

Seuil de Continuité : linéarité d’évolution de la perméabilité par rapport au


nombre de fractures
Tout autre paramètre fixé, il existe des seuils à partir desquels la perméabi-
lité évolue linéairement en fonction de la densité (Balberg et al., 1984; Beucher
and De Marsily, 1985; Khamforoush and Shams, 2007; Mustapha, 2008; Delorme
et al., 2008). En effet, une fois le réseau à l’infini crée, chaque fracture contribue à
l’écoulement puisqu’elle est connectée au réseau principal : le modèle des fractures
traversantes s’applique et l’évolution de la perméabilité en fonction de la densité
de fracturation devrait être linéaire. A partir de ces seuils, les dérivées partielles
par rapport à la densité du modèle numérique et analytique sont semblables. Là
encore, le diagramme 4.5.6 ∂K ∂d
(IcDF N ) apparaît comme unificateur avec un seuil
IcDF N l ≈ 3. Un comportement analogue entre le modèle discret numérique (Sarda
et al. (2002) Section 5.4.1 ) et le modèle de Oda est atteint pour un indice de
connectivité voisin de 3. Physiquement, ce phénomène peut s’expliquer par le fait
que l’espacement entre 2 intersections est plus faible que la longueur des fractures

99
Chapitre 4 Indice d’interconnectivité IcDF N , percolation et calcul de propriétés
équivalentes

(a) Cas 2D : Évolution du nombre d’amas (ensemble de 2 fractures au


moins) en fonction du nombre moyen d’intersections par fractures
IcDF N pour différents réseaux

(b) Cas 2D : Évolution du rapport taille maximale d’amas / nombre de fractures (en bleu) calculé sur
10 réalisations de DFN pour différents modèles de fractures dont la densité, la longueur et l’orienta-
tion varient. 3 familles de fractures, les densités et les longueurs moyennes changent. On observe une
transition brutale entre IcDF N = IcDF N p ≈ 1 et IcDF N = IcDF N l ≈ 3. Pendant cette transition,
la taille de l’amas de plus grande taille augmente jusqu’à tendre vers le nombre total de fractures au
delà de IcDF N l . Le tableau rappelle les paramètres des familles utilisés pour générer 10 réalisations de
DFN pour chacun des points représentant une moyenne. La courbe rose représente le nombre moyen
d’intersections par fractures en fonction de IcDF N , son approximation linéaire a bien une pente de 1.

Figure 4.5.3 – Cas 2D : mise en évidence de deux seuils dans le diagramme IcDF N

100
4.5 Résultats, analyse d’inter-connectivité avec IcDF N pour les réseaux de
fractures anisotropes (Formulations 2D et 3D)

Figure 4.5.4 – Cas 3D : le même comportement est constaté en 3D dans le dia-


gramme IcDF N . Pour IcDF N = IcDF N p ≈ 1, la taille de l’amas
maximal augmente brutalement tandis que pour IcDF N l ≈ 3,
l’amas maximal regroupe plus de 96% des éléments du réseau. Ce
second seuil est moins marqué qu’en 2D mais semble s’appliquer
pour des fractures suivant une loi continue anisotrope en orienta-
tion et pour des réseaux de 2 familles. Pour les cas présentés, les
fractures carrées ont un coté de longueur 1 tandis que les fractures
« rect_4 » ont une longueur de 4 m et une hauteur de 1 m. Les
cas à 2 familles n’ont pas de dispersion des orientations.

101
Chapitre 4 Indice d’interconnectivité IcDF N , percolation et calcul de propriétés
équivalentes

(a) Le seuil de percolation est sensible à l’organisation géométrique du réseau de


fractures, dans le cas d’une distribution des conductivités fixée

(b) Cas 2D : La percolation des réseaux, mêmes différents vient à


IcDF N p ≈ 1 Avec l’indice de connectivité, dans le cas d’une dis-
tribution des conductivités fixée

(c) Cas 3D : 1 Famille de fractures rectangulaires de côtés


M1 , M2 , dont la normale est distribuée autour de la ver-
ticale selon une distribution de Fisher de paramètre κ.
hK3D i est la moyenne arithmétique de la trace du ten-
seur de perméabilité calculé avec des conditions aux li-
102 mites de type perméamètre. La percolation a bien lieu à
IcDF N ≈ 1. Pour un réseau avec une loi de distribution
d’orientations semblables (rouge/vert) mais des formes
de fractures différentes, les courbes se superposent.

Figure 4.5.5 – Caractère unificateur de IcDF N


4.6 Vers un modèle analytique : Étude paramétrique et comparaisons de
méthodes

à générer : chaque nouvelle fracture contribue à l’écoulement. Du point de vue


de la percolation, on se place dans le cadre ou chaque site (intersection entre 2
fractures) fait partie du réseau utile. Mustapha (2008) testent des calculs sur des
réseaux générés avec une densité variable et trouvent que les gammes de densités
pour lesquelles la simulation s’avère nécessaire sont celles s’étalant du seuil à trois
fois la densité au seuil (on retrouve là encore notre seuil unificateur).

4.5.3 Discussion, conclusions intermédiaires


Mourzenko et al. (2011a) comparent le rapport de la moyenne des perméabi-
lités numériques sur la moyenne des perméabilités obtenues avec le modèle des
fractures traversantes. Cette représentation permet de mettre en évidence le ca-
ractère unificateur de l’indice d’interconnectivité dans les modèles 3D. L’indice
d’interconnectivité IcDF N semble bien corrélé à la perméabilité et aux propriétés
géométriques de la fracturation, c’est une approximation géométrique de la per-
méabilité adaptée aux cas de fracturation investigués (fracturation de petite taille
comparée à la taille des mailles réservoir). Une voie d’amélioration serait de le
tester et l’appliquer à d’autres structures de fracturation comme des structures
multi-échelles (distribution plus large des tailles de fracture), à des réseaux cor-
rélés (distribution non Poissonienne des centres de fracture). Le cas des fractures
hydrauliquement différentes, (distribution variable des conductivités de fracture
n’a pas vraiment été investigué). Nous mentionnerons le fait que changer la den-
sité d’une et une seule famille au sein d’un réseau comprenant plusieurs familles
revient à investiguer toutefois des distribution de longueur différentes et de facto,
une distribution de conductivité hydraulique différente.

4.6 Vers un modèle analytique : Étude paramétrique


et comparaisons de méthodes
Les résultats obtenus en 3D l’ont été en fin de thèse et il nous manque donc
encore un peu de recul sur le caractère général de ce qui a été mesuré. Ils méritent
une consolidation avant de prétendre toute généralisation du modèle 2D proposé
ici. Une suite logique à ce travail sera de comparer notre formulation au modèle
heuristique 3D, dérivé des hypothèses isotropes, formulé dans (Mourzenko et al.,
2011a).

103
Chapitre 4 Indice d’interconnectivité IcDF N , percolation et calcul de propriétés
équivalentes

(a) IcDF N l ≈ 3 au seuil de linéarité (b) Sur les cas 2D ce seuil de linéarité in-
et la pente de la solution numérique tervient pour un indice d’interconnec-
converge vers celle du modèle de Oda tivité : IcDF N l ≈ 3
(paragraphe [Link] ) pour les grandes
densités de fracturation.

(c) Cas 3D : 1 Famille de fractures rectangulaires de côtés M1 , M2 , dont la normale est


distribuée autour de la verticale selon une distribution de Fisher de paramètre κ. hK3D i
est la moyenne arithmétique de la trace du tenseur de perméabilité calculé avec des
conditions aux limites de type perméamètre et hK3DODA i est la moyenne arithmétique de
la trace du tenseur de perméabilité calculé avec la méthode (Oda, 1985). La percolation
a bien lieu à IcDF N ≈ 1. Pour un réseau avec une loi de distribution d’orientations
semblables (rouge/vert) mais des formes différentes et une distribution de perméabilités
différentes (bleu/rouge), les courbes se superposent et la perméabilité semble être linéaire
en fonction de l’indice d’interconnectivité au delà du seuil de 3.

Figure 4.5.6 – Au seuil de linéarité IcDF N ≈ 3, la pente de la solution numérique


converge vers celle du modèle de Oda (1985) (paragraphe [Link])
pour les grandes densités de fracturation.

104
4.6 Vers un modèle analytique : Étude paramétrique et comparaisons de
méthodes

4.6.1 Proportion de fractures participant à l’écoulement pour


corriger le modèle des fractures connectées
Soit un réseau de fracture discret défini par une probabilité d’utilité des sites
Pu . Un site est utile s’il appartient au réseau utile. On peut écrire que Pu est le
rapport du nombre d’intersections utiles sur le nombre d’intersections total. En
d’autres termes, à partir d’une certaine connectivité (le seuil de linéarité), si un
site existe, il est membre de l’amas infini. lim(Pu (IcDF N → ∞)) = 1.
Puisque la répartition des intersections est poissonienne sur chacune des frac-
tures du réseau, la fraction moyenne de fractures qui participera à l’écoulement,
c’est à dire la portion χi de la fracture Fi comprise entre les 2 intersections les plus
éloignées est :
(i)
IcDF N − 1
χi = (i)
(4.6.1)
IcDF N + 1
On utilise χi pour définir notre modèle à l’infini et corriger la contribution de
chacune des fractures prises en compte dans le modèle d’Oda. Nous définissons ainsi
notre modèle direct DMFNK (Direct Model Fracture Network Permea-
bility Estimate) de calcul de perméabilité équivalente des réseaux stochastiques
de fractures sur une maille de volume V où les fractures sont classées selon nbf am
familles de loi de distribution de probabilités ρi (paramètre) définissant leur surface
Si , leur conductivité ci , leur ouverture ei et leur normale n~i :
 
nbf am
1 ci ¯
˚
¯ =  i Si d32 ρi (~
n)ρi (S)ρi (c) (4.6.2)
X
K̄ DM F N K χi N̄
V i=0 ei

¯ = (I − →
avec N̄ −
ni .t −

ni ) .
i

Lorsqu’il n’existe pas d’amas infini, il nous faudrait estimer la probabilité Pu en


fonction des caractéristiques du réseau, certainement à partir du rapport entre la
taille moyenne des amas et la taille de la cellule.

4.6.2 Résultats comparatifs (2D)


Nous présentons ici (Figure 4.6.1) des cas synthétiques de calculs de perméabili-
tés équivalentes avec les mêmes statistiques de fractures obtenus selon différentes
méthodes : La Méthode « Fraca » en bleu (Bourbiaux and Sarda, 2000), la méthode
SLM3D avec 2 types de conditions aux limites : Pression Linéaire en vert foncé et
vert clair (taille de calculs différentes), Perméamètre en marron, la méthode de Oda
(Oda, 1985) en bleu, le modèle DMFNK en bleu turquoise. La méthode autocohé-
rente (Barthélémy, 2009) est présentée en orangé à titre indicatif puisqu’elle fait

105
Chapitre 4 Indice d’interconnectivité IcDF N , percolation et calcul de propriétés
équivalentes

également partie des méthodes employables pour étudier les seuils de percolation.
On notera d’ailleurs qu’elle donne de bons résultats pour le seuil de percolation et
que le comportement à l’infini est, contrairement à ce que nous attendions assez
différent.
Les courbes vertes (clair et foncé) (Figure 4.6.1) correspondent à des calculs
pour des conditions aux limites "pressions linéaires" sur des domaines de calcul
différents (la surface du domaine vert foncé vaut environ 2 fois celle du vert clair),
mais pour les mêmes données statistiques. Leur superposition valide le fait que le
VER est atteint dans ce cas. Il n’y a pas de seuil de percolation marqué pour la
méthode numérique 3D qui simule l’écoulement dans le plan de chaque fracture, et
en particulier celles connectées aux faces (Figure 4.3.4 ), ce qui introduit un biais
pour les faibles densités. Le comportement à l’infini, convergence des méthodes
SLM3D, DMFNK et Fraca motive la poursuite d’une recherche de validation théo-
rique du facteur de correction proche du seuil de percolation généralisée en 3D.
Les courbes violettes représentent l’écart type mesurée avec la méthode numérique
SLM3D perméamètre. Cet écart type, inférieur à 10%, décroit avec IcDF N ce qui
permet de confirmer que le VER était atteint sur les configurations testées.

4.7 Synthèse, discussion et applications


4.7.1 Analyse et contrôle qualité du modèle de fractures
Ce chapitre a permis de démontrer l’intérêt de connaitre la connectivité moyenne
du réseau avant d’en estimer sa perméabilité équivalente. Cette étude peut être
réalisée sur tout type de données mesurées avant de se lancer dans des calculs
souvent fastidieux. La formulation, validée sur des configurations 2D et 3D est
simple de mise en œuvre et rapide. Outre le fait d’être utile pour choisir une
méthode de mise à l’échelle, le fait de connaitre le nombre moyen d’intersections
par fracture dans le réseau peut permettre :
1. de quantifier l’erreur réalisée lorsqu’on décrit le réseau avec des lois statis-
tiques (en comparant l’interconnectivité calculée sur les lois choisies avec
l’interconnectivité calculée sur les mesures réalisées),
2. de délimiter des zones plus ou moins percolantes (et donc plus ou moins
propices à permettre la circulation de fluides) dans le réservoir,
3. de comparer l’apport de chacune des familles à la percolation totale du réseau
(i)
à l’aide de IcDF N ,
4. d’estimer une densité totale minimale pour qu’un réseau soit percolant :
souvent les tests hydrauliques permettent de savoir que le réseau percole,

106
4.7 Synthèse, discussion et applications

(a) Sensibilité à la densité de fractures pour un réseau à 2 familles. Le calcul 3D


SLM3D a été réalisé à 2 échelles différentes (vert) et le fait que les courbes
se superposent assure que le VER est bien atteint.

(b) Cas à 3 familles : sensibilité à la longueur moyenne de l’une des familles (la
famille 2).

Figure 4.6.1 – Comparaison de 4 méthodes dont 3 convergent pour un indice de


connectivité élevé. La méthode Fraca correspond au calcul pseudo
2D (Sarda et al., 2002), la méthode autocohérent a été développée
et calculée par (Barthélémy, 2009). La méthode SLM3D (Khvoen-
kova and Delorme, 2011) est détaillée dans le chapitre 6. La dé-
croissance de la dispersion numérique (violet) permet de vérifier
que le VER est atteint.
107
Chapitre 4 Indice d’interconnectivité IcDF N , percolation et calcul de propriétés
équivalentes

(a) Cas à 3 familles, influence de la densité totale d21

(b) Cas à 3 familles avec des distributions de longueurs moyenne différentes.

Figure 4.6.2 – Comparaison de 4 méthodes dont 3 convergent lorsque l’indice


d’interconnectivité IcDF N est élevé (densité de fractures grande).

108
4.7 Synthèse, discussion et applications

ce qui limite la plage d’incertitudes quant à la densité des fractures dans le


réseau,
5. d’estimer la taille des blocs matrice au sein du réseau percolant.

4.7.2 Modèle Hybride : Combiner les avantages des méthodes


numériques et analytiques
Les fractures sont considérées comme des objets plans convexes uniformément
réparties dans une maille. En dehors de cette condition, il n’y a pas de limitation
à leur forme, ni dans les arguments théoriques ni dans les calculs numériques.
L’étude des propriétés géométriques du modèle de fracture (potentiellement ani-
sotrope c’est à dire que des lois de distribution d’orientation peuvent être utilisées)
a fait apparaître, via la méthode des volumes exclus, l’existence de 2 « seuils ca-
ractéristiques » pour un système fracturé. Ces seuils, qui se veulent unificateurs
correspondent à des nombres moyens d’intersection par fracture. Nous les avons
nommés : IcDF N p et IcDF N l . Exprimés à l’aide des lois géostatitiques décrivant le
milieu et validés sur des réseaux 2D, puis 3D, ces seuils révèlent l’existence d’états
critiques et délimitent des zones comportementales bien définies. IcDF N p joue le
rôle d’un seuil où la population conductrice étudiée commence à s’exprimer et
IcDF N l pourrait être le seuil de continuité. Puisque les simulations d’écoulements
fluides sont des processus coûteux à mettre en œuvre, plus particulièrement dans le
cas de réservoirs naturellement fracturés, cette analyse préalable de la connectivité
du réseau fracturé, qui ne nécessite ni de générer un DFN ni de se lancer dans des
calculs géométriques complexes, constitue une optimisation efficace du processus
de modélisation. Les lois peuvent ainsi être inversées pour déterminer les données
qui manqueraient si la connectivité est connue. Cela permet aussi d’exhiber les
zones et sous-réseaux de fractures percolants où l’attention devra être portée. Une
fois l’étude de connectivité réalisée, trois cas peuvent émerger :
— IcDF N . 1, Le réseau est en dessous du seuil de percolation. Dans ce cas, il
n’existe pas de milieu continu équivalent. La notion de VER est dépourvue
de sens quelle que soit l’échelle de ce volume. La perméabilité du milieu
fracture a une moyenne proche de 0, mais ceci ne signifie pas que le milieu
soit totalement imperméable : il peut exister des "amas finis" percolants entre
deux points du système et il faudra porter une attention toute particulière à
la caractérisation de la perméabilité de la matrice saine.
— 1 . IcDF N > 3, Le réseau est au seuil de percolation ou un peu au delà.
La notion de VER existe mais sa taille risque d’être grande (inversement
fonction de la "distance" du système au seuil de percolation IcDF N p ). Nous
préconisons dans ce cas l’usage d’une méthode discrète numérique adaptée
au nombre (limité) de fractures influençant l’écoulement. L’incertitude quant

109
Chapitre 4 Indice d’interconnectivité IcDF N , percolation et calcul de propriétés
équivalentes

à la géométrie du milieu fracture reste grande et des réalisations multiples


devront être générées pour estimer une perméabilité moyenne,
— IcDF N & 3, Le réseau est largement au-dessus du seuil de percolation et
est plus facilement assimilable a un milieu continu. Une étude de la taille du
VER du type (Long et al., 1982; Kfoury, 2004) peut permettre de déterminer
la taille du VER, c’est-a-dire l’échelle à laquelle l’hypothèse du milieu continu
est valable si la formulation « sans DFN » n’est pas suffisante. Si cette échelle
est petite vis à vis de la taille de maille utilisée pour discrétiser le problème
d’écoulement l’étude pourra se faire avec les modèles "continus" classiques,
voire intégrer la connectivité via un modèle du type DMFNK.
Cette zonation a été appliquée à un réservoir synthétique, construit à l’IFP. Le
réservoir contient des familles de failles et de fractures diffuses aux densités et
aux orientations très variables dans l’espace. Par des temps de calculs divisés par
quatre, un calcul de paramètres équivalents est envisageable pour chaque cellules
tandis qu’actuellement les résultats sont interpolés à partir d’échantillons repré-
sentatifs (Bourbiaux et al., 2005; Khvoenkova et al., 2009) (Figure 4.7.1).
La géostatistique sur la densité et les orientations de fractures, entre autres,
permet bien d’étudier la variation dans l’espace de la perméabilité et aide à la
représenter dans un modèle. Dans le but d’estimer cette perméabilité, le modèle
proposé pour corriger le modèle des fractures traversantes peut être utilisé en
première approximation et permet de passer à une échelle supérieure. L’espace-
ment moyen entre les intersections du réseau donne quant à lui une indication sur
l’échelle à employer pour discrétiser le problème d’écoulements.
Dans des milieux où l’intensité de fracturation est régionalisée, ce qui est fréquent
en pratique, ceci permet de déterminer l’intensité de fracturation pour laquelle
le seuil de percolation est atteint localement, les autres caractéristiques restant
inchangées. Ces résultats reposent toutefois sur un certain nombre d’hypothèses
qui ne sont pas toujours réalisées, et la valeur seuil reste entourée d’un certain
flou théorique. Il faut souligner aussi que la définition du volume exclu n’a de
sens que si les emplacements d’objets sont distribués uniformément dans l’espace
étudié (tirage poissonnien). S’il existe des corrélations spatiales, elles doivent être
remplacées par une intégrale spatiale de la fonction de distribution des centres.
En simulation de réservoirs, les mailles ont très souvent une taille verticale très
inférieure aux tailles latérales. La problématique des amas de taille fini sera donc
d’autant plus importante dans la direction verticale. La méthode des volumes
exclus pour calculer en 3D le facteur de correction devrait pouvoir s’appliquer mais
les seuils par rapport au nombre moyen d’intersections par fracture risquent d’être
différents selon la théorie de la percolation. Il est par ailleurs clair que 2 familles de
grande taille peuvent percoler sans l’existence d’une troisième famille de fractures
beaucoup plus petites. Nous avons, dans le cadre de cette étude, utilisé des objets

110
4.7 Synthèse, discussion et applications

Figure 4.7.1 – Mise en œuvre sur un réservoir synthétique d’une méthode com-
binée de calcul de perméabilités équivalentes à l’aide de l’indice
de connectivité et du logiciel FracaFlow (Khvoenkova et al., 2009;
IFPEN and Franlab, 2014). Les temps de calculs on été divisés par
4. Une famille de fractures dépend de la courbure du réservoir, une
autre est liée à la distance aux failles tandis que la troisième a une
densité reliée aux facies géologiques.

111
Chapitre 4 Indice d’interconnectivité IcDF N , percolation et calcul de propriétés
équivalentes

Figure 4.7.2 – Visualisation des 3 états de connectivité en 2D : seuls les amas


connectés aux conditions aux limites (les faces) sont représentés

dont le rapport de tailles était inférieur à 10. Il faudrait certainement dans le


cas contraire, introduire une taille en dessous de laquelle les fractures seraient
négligeables ou rechercher 2 seuils différents, l’un pour les grands objets et l’autre
pour les petits objets qui percolent avec les grands. On pourra à cet effet employer
(i)
l’indice d’interconnectivité par famille IcDF N . En perspectives, nous suggérons
donc d’accroitre le nombre de cas testés, notamment en traitant des réseaux de
fractures où les tailles varieraient beaucoup selon les différentes familles. Un calcul
systématique de l’erreur, à priori, serait aussi d’un grand intérêt pour l’ingénieur
pour sa méthodologie de calage.

Positionnement
❏ Selon la qualité des données et le type de fracturation plusieurs modèles
sont utilisables et l’ingénieur ne sait lequel choisir.
❏ La connectivité macroscopique du réseau de fractures est importante pour
le choix du modèle continu à grande échelle.
❏ La méthode des volumes exclus permet d’étudier la percolation de la
fracturation diffuse définie par des lois géostatistiques, elle a plutôt été
appliquée aux réseaux isotropes en orientation.

Contributions
❏ Expression d’un indice d’interconnectivité entre fractures IcDF N à partir
des données typiques d’un réservoir fracturé,
❏ Formulation générale d’un calcul de volumes exclus 3D pour des fractures
convexes planes,
❏ Outil d’analyse graphique pour étudier la connectivité des réseaux (re-
présentation dans un diagramme K(IcDF N ))
❏ Interprétation physique d’un comportement unificateur (en 2D et en 3D)
caractérisé par 2 seuils : un premier seuil auquel les fractures commencent

112
4.7 Synthèse, discussion et applications

à percoler et un second pour lequel la théorie de la continuité peut être


appliquée,
❏ Analyse de ces seuils (en 2D) pour choisir entre une représentation dis-
crète ou continue de la fracturation,
❏ Proposition d’un facteur correctif pour appliquer le modèle des fractures
traversantes au calcul de paramètres équivalents des réseaux moyenne-
ment connectés.

Perpectives
❏ Étendre les tests sur réseaux 3D à des réseaux de tailles plus dispersées
(rapport de formes de l’ordre de 10)
❏ Généralisation et validation du modèle DMFNK à 3D,

113
Méthodes de discrétisation des
milieux Fracturés

« Afin de mieux comprendre


et étudier avec précision les
comportements des
écoulements de fluides au sein
de milieux fracturés, mais
aussi d’obtenir des modèles à
l’échelle grossière précis pour
la simulation d’écoulement
dans le cadre de l’exploitation
de réservoirs pétroliers, il est
nécessaire de disposer de
méthodes efficaces de
maillage. Or, par la complexité
géométrique des formations
fracturées et le grand nombre
de fractures, les méthodes
classiques de génération de
maillage contraint non
structuré échouent sur de tels
modèles. Il apparaît donc
nécessaire d’explorer de
nouvelles méthodes, plus
originales, afin de trouver le
meilleur compromis entre
précision et efficacité. »"

(S. Vitel 2006)


Chapitre 5

Discrétisation des réservoirs


fracturés : quelques contributions
récentes

L’étude des réservoirs fracturés se fait généralement dans un « workflow » de


caractérisation où la simulation des tests hydrauliques doit pouvoir s’insérer faci-
lement. Chaque étape fait l’objet d’une validation et peut être réalisée un grand
nombre de fois. Les équations aux dérivées partielles (EDP) servent, quant à elles, à
modéliser de nombreux phénomènes physiques en géosciences. Leur but est de dis-
crétiser les équations sur un maillage pour les transformer en un ensemble d’équa-
tions algébriques rassemblées dans un système linéaire, dont la résolution fournirait
une approximation de la solution au problème étudié. La grande force de cette re-
présentation est sa généralité. La génération de maillages (support numérique)
relève de la géométrie algorithmique mais est étroitement liée aux schémas nu-
mériques utilisés. Mailler un domaine Ω de dimension n revient à le décomposer
en plusieurs sous-ensembles géométriques plus simples i de dimension n appelés
mailles (ou éléments), chacun reliant un nombre variable de points arbitraires de
l’espace appelés nœuds. Il existe une infinité de maillages d’un même domaine, car
les mailles peuvent varier en taille et en formes. Le temps de calcul et la puissance
informatique pour réaliser de telles simulations en sont des paramètres critiques.
Compte tenu de la qualité des données, qui peut être très variable, la difficulté
première est de choisir une échelle de discrétisation adaptée au problème résolu
et de savoir si cette échelle existe. Ce chapitre a pour but d’offrir au lecteur une
vision générale mais non exhaustive de quelques avancées récentes concernant les
stratégies de maillage en milieux fracturés.
Trop fines, les approches discrètes se révèlent très vite inutilement compliquées,
trop grossières (si l’échelle d’homogénéisation est mal choisie) elles suppriment

117
Chapitre 5 Discrétisation des réservoirs fracturés : quelques contributions
récentes

l’effet de la structure du réseau : il est difficile de tenir compte de tous les temps
caractéristiques d’échange entre la matrice et la fracture et d’aboutir à des modèles
prédictifs. Lichtner (2000); Matthäi (2003) rappellent à ce sujet qu’un bon modèle
requiert 2 choses :
1. Respecter la géométrie des fractures,
2. Résoudre simultanément les réactions chimiques, les écoulements et les dé-
formations pour tenir compte de l’ensemble des temps caractéristiques.
Le maillage employé doit permettre de réaliser au mieux ces conditions.

5.1 Équation discrétisée pour les tests hydrauliques :


écoulements monophasiques
Pour résoudre l’équation en pression dans le temps sur le domaine étudié et
aborder le problème inverse, on suppose que le milieu est connu en tout point de
Ω, ce qui permet d’écrire l’équation de conservation de la masse sous la forme d’une
EDP. La variation de masse (appelée accumulation dans les problèmes transitoires)
d’une cellule k pendant un intervalle de temps △tn est égale au produit de la durée
et de la somme algébrique des flux (contrôlés dans notre cas par l’équation de Darcy
dans chacun des milieux) qui entrent et sortent par les faces de la cellule. Le flux
qui s’établit entre chaque face des éléments discrets i et j s’exprime à l’aide des
transmissivités Ti,j et des pressions dans les mailles voisines.
Le calcul des transmissivités est, au choix, réalisé pour des différences finies,
volumes finis ou sur des éléments finis. La méthode la plus courante pour traiter
les écoulements étant les volumes finis (?Landereau et al., 2001; ?; Lepage, 2003;
?). Les méthodes numériques se distinguent selon la technique utilisée pour dis-
crétiser le gradient de pression sur chacun de ces problèmes locaux en fonction des
pressions discrètes de chaque cellule à l’échelle étudiée. Pour un schéma implicite
en temps d’ordre 1 (Une analyse de Fourier montre que le schéma implicite est
inconditionnellement stable, du moins pour les problèmes linéaires (Bailly, 2009)),
elles consistent à trouver les valeurs des pressions Pkn+1 au temps discret tn+1 et
aux nœuds k d’une grille de calcul superposée au domaine physique d’écoulement,
connaissant leurs valeurs au pas de temps précédent △tn = tn+1 − tn .
L’avantage certain de contrôler le maillage du réseau de fractures est de pouvoir
utiliser une discrétisation plus simple du gradient de pression (à 2 points la plupart
du temps) dans les fractures puisque celles-ci sont représentées par des plans très
souvent isotropes et une discrétisation différente dans la matrice. Le système résolu
peut alors être vu comme l’union de 3 problèmes locaux interagissant selon des
conditions aux limites : l’écoulement au sein de chaque fracture, l’écoulement dans

118
5.1 Équation discrétisée pour les tests hydrauliques : écoulements monophasiques

le réseau (via ses intersections) et l’écoulement entre la matrice peu perméable et


le réseau de fracture.

T1,j + χt ΦF VF P1n P1n+1


 P 
... −T1,k
...
 
 
Tk,j + χt Φk Vk  P n = P n+1 (5.1.1)
 
−Tk,1
P

  k k

 ... 
 ...
...

En distinguant les nœuds intérieurs aux fractures des nœuds d’intersection entre
fractures et enfin les nœuds dans le milieu matrice, on fait apparaître 3 problèmes
(Équation 5.1.1 ), chacun reliés à un temps caractéristique (dont on rappelle la
formule 2.3.14 : tcΩ ≈ KµχΩ lcΩ
2
)
1. Les écoulements dans le milieu fracture. Dans les modèles à une conductivité
par fracture, ces termes ont l’avantage d’être homogènes le long de chaque
plan, la longueur caractéristique lcF F peut être la distance entre 2 intersec-
2
lcF
tions de fractures, tcF F ≈ K F
F
. Sur une zone d’étude où les fractures sont
uniformément réparties, ce temps caractéristique est homogène par famille.
2. Les écoulements à l’interface Matrice-Fracture (la fracture est vue comme une
condition aux limites du milieu Matrice) ; le contraste vient du rapport de
perméabilités, la longueur caractéristique dans ce cas est la distance moyenne
2
lcM
entre le milieu fracture et le milieu matrice, tcM F ≈ K M
F
. La taille des blocs
matrice (si ils existent) et la perméabilité du milieu matrice conditionnent
ces échanges.
3. Les écoulements dans la Matrice, entre chacune des mailles matrices si la per-
méabilité n’est pas négligeable, c’est alors la longueur caractéristique entre
l2 M
les volumes de contrôle Matrice qui influe le plus tcM M ≈ cM KM
;
La forme de la matrice résolue est sensiblement la même : sa taille dépend du
pas d’espace utilisé dans chacun des sous problèmes et le nombre d’éléments non
nuls (sur un schéma à 2 points par exemple) correspond au moins à deux fois le
nombre de transmissivités (donc de frontières dans le système). Selon l’ordre du
schéma, la matrice du système linéaire résolu est plus ou moins creuse mais reste
symétrique définie positive puisque les nœuds de porosité nulle ne sont pas pris en
compte.
En guise d’illustration (Figure 5.1.1), on discrétise le gradient de pression à l’aide
d’un schéma en espace à 2 points. Deux volumes de contrôle Vci , Vcj supposés
être aux pressions moyennes Pi et Pj partagent une même interface d’aire Aij de
normale ~nij . Dans tout système, même multiphasique, la transmissivité Tij , appelée

119
Chapitre 5 Discrétisation des réservoirs fracturés : quelques contributions
récentes

(a) Exemple d’un maillage K- (b) Dans le cas général, le flux n’est
Orthogonal, si les éléments du pas forcément orthogonal aux
maillage sont des triangles (bleu faces des cellules
et vert). On s’assure de cette pro-
priété, caractéristique des maillages
du type voronoï en 2D, en associant
les centres des volumes de contrôle
(Vci , Vcj ) aux centres du cercle
circonscrit au triangle (rouge).

Figure 5.1.1 – Représentation géométrique 2D de deux volumes de contrôle quel-


conques voisins et définition des paramètres entrant dans l’estima-
tion de la partie géométrique de la transmissivité

transmissivité géométrique, contrôle l’écoulement convectif de chaque phase selon


la relation :
Qij = ρf l λf l Tij (Pi − Pj )
où ρf l est la masse volumique du fluide, λf l est le rapport de la perméabilité rela-
tive sur la viscosité du fluide dans la maille amont (mobilité du fluide λf l = kr µ
).
αi αj
Tij = αi +αj dépend des seules propriétés des volumes de contrôles mis en jeu selon
les demi-transmissivités αi = Ai ki ~nij .f~i , di est la distance entre le centre du volume
di
de contrôle et l’interface dans la direction unitaire f~i , ki est la perméabilité intrin-
sèque dans le volume de contrôle Vci . Cette transmissivité est dite géométrique
puisqu’elle est la même pour chacune des phases résolues.

Solveurs numériques
Pour simuler les écoulements, nous calculons donc le système linéaire local asso-
cié à chaque fracture du réseau, où l’on suppose que Darcy s’applique. L’écoulement
de fluide à travers la matrice est lui aussi gouverné par la loi de Darcy. Le système
linéaire global peut alors être construit par assemblage des systèmes linéaires lo-
caux. La matrice obtenue dans le système global est creuse, symétrique, définie et
positive ce qui facilite son stockage (on ne mémorise que la partie supérieure de la
matrice et les termes non nuls dans une structure morse par exemple). Le graphe

120
5.2 Modèles discrets finement maillés : la solution de référence

d’un réseau est quant à lui défini à partir des liens entre fractures. Chaque fracture
du réseau correspond à un nœud du graphe, et il y a une transmissivité (arc) entre
deux nœuds si les fractures correspondantes sont connectées. Lorsque le réseau
est composé d’un seul amas de fractures, le graphe correspondant est connexe. Il
n’existe pas, à l’heure actuelle, de méthode de résolution optimale pour l’ensemble
des configurations rencontrées : la variabilité des amplitudes des termes de la ma-
trice et son nombre d’éléments non nuls impactent fortement les performances des
solveurs même pour un nombre de nœuds constant. (Poirriez, 2011; Pichot et al.,
2013) comparent par exemple l’utilisation de plusieurs solveurs (factorisation LU,
multi-grille et gradient conjugué) disponibles dans leur plate-forme H2OLab pour
simuler l’équation de transport en faisant varier le pas de maillage et le nombre de
fractures. Selon ces auteurs, l’utilisation d’un solveur direct est à privilégier pour
les petits systèmes tandis que pour les systèmes de plus grande taille, un solveur
itératif donne des résultats plus intéressants : moins efficaces qu’un solveur direct
ils résistent mieux à la charge mémoire. Cette équipe propose donc de cumuler
la rapidité du solveur direct et la stabilité des méthodes itératives en employant
une méthode de sous-domaines par la méthode des compléments de Schur. Elle
permet, en décomposant le problème initial, de résoudre sur chaque sous-domaine
un petit système en utilisant une méthode directe, puis d’utiliser une méthode ité-
rative sur le problème à l’interface des sous-domaines sans recouvrement. Parashar
and Reeves (2012) présentent un grand nombre de tests effectués avec plusieurs
solveurs itératifs pour résoudre le système global et il s’avère que plus les fractures
sont courtes, plus les temps de calculs sont élevés. Le même constat est réalisé si
la distribution des conductivités est très dispersée. Bien entendu, les performances
dépendent au premier ordre du nombre d’inconnus et donc de la discrétisation en
espace. Nous ne traiterons pas dans cette thèse la problématique des solveurs.

5.2 Modèles discrets finement maillés : la solution


de référence
5.2.1 Maillages 1Phi1K réguliers
La discrétisation régulière du système sur une grille volumique fine (Svensson,
2001; Fourno et al., 2004; Fourno, 2005; Bailly et al., 2009) s’apparente aux ap-
proches continues simple porosité pour lesquelles la fracturation est prise en compte
via des champs de propriétés aux mailles appelées pixels. L’emploi d’un maillage
régulier permet d’éviter des calculs géométriques coûteux et limite le stockage mé-
moire des coordonnées de mailles puisqu’on peut les retrouver à l’aide d’indices.
Les pressions sont les inconnues au centre de chaque pixel tandis que le champ de
vitesses est calculé sur chaque interface. Le modèle Smeared Fractures (Fourno

121
Chapitre 5 Discrétisation des réservoirs fracturés : quelques contributions
récentes

Figure 5.2.1 – Série de 25 fractures planes elliptiques plongées dans une grille
d’un million de pixels réguliers pour représenter un milieu fracturé
dans une maille de 100 m d’après (Bailly et al., 2009)

et al., 2013) développé pour un schéma en Éléments Finis Mixtes Hybrides et im-
plémentée dans le code Cast3M fait partie de cette famille. Nous l’utiliserons
pour comparer et tester la méthode SLM3D présentée dans la partie suivante (pa-
ragraphe 6.5.2). Les propriétés de pixels sont affectées de manière à respecter les
critères de conservation des flux à l’échelle de la fracture, qui peut éventuellement
avoir des propriétés hétérogènes puisque le pas de maillage est supposé plus petit
que la plus grande taille des fractures. Le principal problème de cette approche
est d’utiliser la même variable d’état (pression) pour la matrice et la fracture sur
un même volume. La validité de cette approximation dépend donc de l’échelle de
temps nécessaire (Équation 2.3.14 ) à l’équilibre entre les fractures et la matrice
rocheuse :
1. Un pas de maillage constant est difficilement justifiable sur un réseau multi-
échelles puisqu’on devra utiliser le pas le plus petit. Si la zone modélisée est
grande et 3D, le nombre de mailles requis pour une bonne représentation
des hétérogénéités devient ingérable. Svensson (2001) donne un critère pour
estimer la taille adéquate à ce type de modélisation : le pixel ne doit pas
avoir une taille plus de 10 fois supérieure à l’épaisseur de la fracture (~ du
cm donc) ou du couloir de fracture équivalent.
2. L’image est une grille cartésienne orientée tandis que dans le cas des milieux
fracturés les objets ont des orientations qui ne sont pas forcément alignées
avec ces axes. Le calcul du gradient de pression requiert donc un schéma
évolué.
3. La précision de la solution dépend de la taille du pixel. Dans une même maille

122
5.2 Modèles discrets finement maillés : la solution de référence

l’hétérogénéité est moyennée, notamment la connectivité qui peut être sur-


estimée si l’espacement entre fractures est inférieure à la taille du pixel.
4. Les cellules traversées par plusieurs fractures sont difficiles à prendre compte,
les interactions sont prises en compte comme si ces fractures se croisaient.
Si la taille du système à résoudre le permet, cette méthode relativement simple à
mettre en œuvre permet de calculer des paramètres équivalents utilisables ensuite
à l’échelle réservoir. On peut notamment l’envisager dans une méthode itérative
de mise à l’échelle de perméabilités de la carotte au modèle réservoir (Jenny et al.,
2003; Fahad, 2013; Correia et al., 2014). Le passage à l’échelle supérieure implique
d’utiliser une formulation avec un tenseur complet.

5.2.2 Maillages 1Phi1K irréguliers


Une génération évoluée de mailleurs (Bern and Eppstein, 1992; Owen, 1998)
permet de discrétiser le réservoir avec des éléments surfaciques pour les fractures
(triangles de très faible épaisseur) et des éléments volumiques (tétraèdres) pour la
matrice. Les limitations par rapport à la taille et l’orientation des mailles supposées
« uniformes » dans la méthode des pixels sont levées : les éléments surfaciques sont
d’un volume très inférieur aux éléments volumiques et une pression peut être asso-
ciée au volume fracture. La taille typique de ces éléments de volume et de surface
reste faible par rapport à la taille caractéristique de chaque fracture pour un bon
rendu du gradient de pression (Amenta et al., 1999). Tous les paramètres décrivant
le milieu peuvent être générés de façon indépendante ou corrélés, sur la base d’une
valeur par élément, ce qui est un avantage pour prendre en compte par exemple
une conductivité variable ou transverse des fractures. La pression est évaluée au
niveau des sommets de chaque élément tandis que le volume des éléments dépend
du pas d’espace. C’est la représentation la plus « classique » pour les réseaux de
fractures. De bons exemples sont proposés par (Sangare and Adler, 2009; Mour-
zenko et al., 2011c; Berrone et al., 2013). Ils utilisent une technique d’avancement
de front pour trianguler rapidement l’ensemble du réseau. Le maillage de la ma-
trice, délicat lui aussi, est réalisé avec des éléments de volume tétraédriques. Pour
gagner en flexibilité, Paluszny et al. (2007) proposent de combiner des éléments de
forme quelconques afin de réduire le nombre d’inconnus et de pouvoir plus facile-
ment adjoindre le maillage aux hétérogénéités. Le nombre d’éléments nécessaires à
l’écoulement reste très important et la mise en œuvre du maillage difficile, quelques
améliorations récentes permettent d’appliquer cette discrétisation à des géométries
plus complexes.

123
Chapitre 5 Discrétisation des réservoirs fracturés : quelques contributions
récentes

(a) Discrétisation avec (b) Discrétisation avec


maillage conforme aux maillage non conforme aux
intersections de fractures intersections de fractures :
méthode des mortars

Figure 5.2.2 – Réduction du nombre de degrés de libertés par la méthode des


Mortars sur un même DFN, le pas de maillage n’est pas uniforme
sur chaque fracture Pichot et al. (2010)

Obtention d’un maillage conforme aux intersections


En plus de respecter des critères de forme quant à la longueur de chaque bord
d’un élément et l’angle entre les différentes surfaces d’échanges d’un même élément
avec ses voisins pour appliquer les schémas à 2 points, chaque intersection entre
deux fractures doit être discrétisée de la même manière dans toutes les fractures
auxquelles elle appartient (Berrone et al., 2013). En 2D Granet et al. (2001) puis
en 3D Pichot et al. (2012) lèvent cette limitation à l’aide d’éléments finis mixtes
hybrides utilisant les interfaces « mortar ». Cette méthode assure la continuité
des flux et des pressions à l’intersection des fractures, chaque plan pouvant alors
être maillé indépendamment. Des expériences numériques montrent l’efficacité de
la méthode qui peut gérer un grand nombre de configurations géométriques 3D
complexes. La méthode conduit à un outil prometteur pour réduire le nombre de
mailles nécessaires au modèle sans perdre en précision (selon les propriétés de la
fracture, un pas d’espace différent peut être employé). Un procédé systématique
n’est, à notre connaissance, pas encore établi pour choisir ce pas d’espace. Les
applications à des configurations réalistes imposent de sélectionner les éléments les
plus influents du système sans expliciter le critère de choix parmi l’ensemble des
hétérogénéités. Par ailleurs, les publications récentes des mêmes auteurs visant à
améliorer les performances du solveur (Partie 5.1) laissent présager que le nombre
de degrés de libertés est encore trop grand pour traiter des zones fracturés hecto-
kilo métriques densément fracturées.

124
5.2 Modèles discrets finement maillés : la solution de référence

(a) Fracture maillée avant et après (b) Maillage d’un domaine composé de six
projection sur une grille. Les tri- fractures (a) Même discrétisation à l’inté-
angles aplatis ont disparu. c) rieur et à l’extérieur des fractures (b) diffé-
zoom montrant la qualité des tri- rentes discrétisations à l’intérieur et à l’ex-
angles avant et après projection térieur des fractures en incluant une pro-
d’après (Mustapha, 2008) cédure de raffinement .

Figure 5.2.3 – Maillage adapté selon les singularités (Mustapha et al., 2011)

(Mustapha, 2008; Erhel et al., 2009; Poirriez, 2011) facilitent le traitement géo-
métrique en supprimant les singularités à mailler. Ils adaptent la précision de dis-
crétisation plutôt que le schéma numérique. Les configurations dites pénalisantes
(les petites distances entre les inconnues, petits angles entre les intersections des
fractures) sont supprimées par une méthode de bijection sur une grille régulière
tridimensionnelle. Cette simplification se fait sur les éléments remarquables du
réseau (intersections entre fractures et bords des fractures) en plusieurs étapes :
1. Calcul des intersections entre fractures,
2. Projection des intersections et des frontières sur les cubes d’une grille régu-
lière de pas égal au pas du maillage (deux intersections de fractures s’inter-
sectent si et seulement si elles ont un cube en commun),
3. Les intersections moyennées sont replacées sur les plans des fractures.
La méthode proposée, justifiée par l’incertitude autour de la position des frac-
tures, aboutit à une géométrie assez régulière qui ne présente plus de problème de
maillages, et où les contraintes sur la géométrie sont supprimées. Cette approxi-
mation permet ensuite d’obtenir un maillage conforme triangulaire plus grossier et
améliore la convergence des méthodes itératives. Les gains affichés en mémoire et
en temps de calculs (80%), tout en restant dans une gamme d’erreur acceptable et
mesurée (<10%), sont très intéressants et ouvrent de belles perspectives. La mise
en œuvre sur des réseaux plus réalistes et plus denses (les cas présentés comptent
quelques dizaines de fractures) reste à confirmer, notamment pour le nombre d’in-

125
Chapitre 5 Discrétisation des réservoirs fracturés : quelques contributions
récentes

connus à inverser (Mustapha et al., 2011). Hyman et al. (2014) adoptent l’approche
inverse puisqu’ils contrôlent la position des fractures via la génération du DFN en
introduisant des zones d’exclusion.

Générer les fractures sur un milieu pré-maillé : « modèle mosaïque »

Figure 5.2.4 – Représentation de fractures contraintes par un maillage initial,


exemple extrait de (Asahina et al., 2014)

Dershowitz and Einstein (1988); Chiu et al. (2013); Asahina et al. (2014) gé-
nèrent une tesselation de Voronoï irrégulière sur la zone étudiée (avec une no-
tion aléatoire sur la taille des mailles qui évite de générer un réseau trop pério-
dique). Chaque fracture correspond à une union de faces délimitant les cellules
volumiques. Cette approche diffère des procédés précédents puisque le maillage
n’est pas contraint aux fractures : celles-ci sont générées à posteriori et indirec-
tement. Les paramètres statistiques de l’échantillon caractéristique à construire
doivent être approximés et plutôt quantifiés pour décrire les blocs matrice (cette
information n’étant pas disponibles on peut utiliser l’espacement entre fractures).
Une approximation est certes réalisée pour les géométries connues (ce qui n’est
jamais le cas) mais le gain en simplicité pour construire le système d’écoulement
à résoudre mérite d’être souligné d’autant que les fractures sont en général des in-
clusions aléatoirement distribuées pas forcément planes. Ses principaux avantages
sont les suivants :
1. L’intersection de deux fractures est directement un ensemble d’arêtes du
milieu matrice,
2. La précision du maillage est contrôlée dès le début de la méthodologie et
correspond au pas d’espace de la tesselation de Voronoï. Cette distance doit
dépendre de la densité des fractures.
3. Ce type de maillage (Fractures aux interfaces entre mailles matrices) est
plus facilement couplable aux équations géomécaniques de type éléments
frontières (Mi and Aliabadi, 1992; Maerten and Maerten, 2006; McClure,

126
5.3 Simplification des échanges dans les milieux Matrice et Fracture,
déclinaisons du concept multi-porosités

2013) et permet aisément de simuler de la propagation par exemple selon un


critère énergétique (Saber Cherif et al., 2013),
4. En l’absence de trop de familles de fractures, la tesselation peut être orientée
selon les directions principales des fractures, ce qui permet de rester avec un
schéma à 2 points pour l’écoulement.
Le défaut principal de ces approches « fines » est plutôt qu’il n’est pas pos-
sible, à l’heure actuelle et à notre connaissance de les utiliser à une échelle pluri-
hectométrique pour des réseaux de fracturation denses : le nombre de degré de
libertés dans ce cas est trop grand. Ces techniques permettent une meilleure com-
préhension des processus d’écoulement à petite échelle et fournissent des infor-
mations détaillées sur la pression et la distribution des fluides. Il est préférable de
construire un champ de paramètres équivalents dont les propriétés ont été obtenues
à des échelles pertinentes, en utilisant des méthodologies particulières, permettant
de perdre le moins d’informations possibles. L’information peut ensuite être uti-
lisée pour améliorer les modèles à multi-porosités ou pour étudier de nouvelles
techniques de modélisation pour les réservoirs fracturés (Sun et al., 2013).

5.3 Simplification des échanges dans les milieux


Matrice et Fracture, déclinaisons du concept
multi-porosités
L’approche “multi-porosités discrète” modélise l’écoulement dans un milieu po-
reux interagissant avec un réseau de fractures discret (DFN). La résolution de
l’écoulement se fait aux deux niveaux : au sein de la matrice (comportant parfois
les microfissures) et dans les fractures, dites principales, par une méthode de dis-
crétisation des écoulements dans les fractures. Les fractures pouvant agir comme
des chemins préférentiels ou au contraire comme des barrières, il est important et
nécessaire de connaître leur géométrie et leur orientation dans le réservoir afin de
déterminer leur rôle et bien les prendre en compte. Exprimer l’écoulement dans le
milieu fracture et dans le milieu matrice via une mise à l’échelle locale de la dis-
crétisation fine permet de simplifier le problème à résoudre. Karimi-Fard (2004);
Vitel (2007) le font pour la fracture, et Pruess (1992); Wu et al. (1988); Bourbiaux
et al. (2002) pour la matrice, en calculant des transmissivités apparentes. L’idée de
base est de dissocier les variables d’état utilisées pour décrire l’écoulement à l’in-
térieur du réseau de fractures de celles dans la matrice afin d’utiliser des éléments
de tailles très différentes. La fonction de transfert ~qf 7→m introduite par Barenblatt
et al. (1960) modélise ensuite les échanges de fluides entre ces deux supports. Les
deux milieux fracture Ωf et matrice Ωm sont supposés continus et en interaction.

127
Chapitre 5 Discrétisation des réservoirs fracturés : quelques contributions
récentes

En général les fractures assurent le transport de fluide, tandis que la matrice repré-
sente le volume dans lequel le fluide est stocké Kf ≫ Km ; Φf ≪ Φm . L’écoulement
dans les fractures et dans la matrice est modélisé par la loi de Darcy. La loi qui
régit le milieu fracture est indépendante des échanges de masse entre les fissures
et la matrice et s’exprime par les mêmes relations que pour un réseau de fractures
dans une matrice imperméable. Ce dernier point n’est valable que dans le cas de
rapports de perméabilité fracture/matrice de plusieurs ordres de grandeur (Wang
and Narasimhan, 1985; Whitaker, 1986b; Arbogast, 1989; Quintard and Whita-
ker, 1996). On résout alors le problème à plusieurs porosités avec une condition de
continuité ~qM 7→F = ~qF 7→M , imposée à l’interface Matrice/Fracture :

χ ∂Pm − ∇.( µ1 K¯M .∇P



~ M) = ~qm7→f
 T M ∂t



− ∇.( µ1 K¯F .∇P
∂P
χT F ∂tf ~ F) = ~qf 7→m + qw (5.3.1)

=

~

q ~qf 7→m
m7→f

Dans certains cas la perméabilité de la matrice est si faible par rapport à celle des
fractures, que le débit entre les blocs de la matrice est négligé par rapport à celui
qui prend naissance dans les fractures (ce sont les modèles à simple perméabilité),
la matrice intervient alors comme un terme source :
∂Pm
~qf 7→m = −χT M φM (5.3.2)
∂t

5.3.1 Simplification du maillage fractures, mise à l’échelle


d’une grille de connectivité et PipeNetwork (Vitel, 2006,
2007)
Le maillage fin sert ici de squelette pour extraire une grille duale qui devient le
nouveau support à la résolution des équations. Pour améliorer les performances cal-
culatoires et rendre possible la simulation d’écoulements à une échelle plus grande,
la discrétisation fine est utilisée pour résoudre dynamiquement les transferts de
fluide entre les systèmes matrice et fracture sous la forme de transmissivités. Un
excellent exemple, extension de la procédure de sous-maillage introduites par Xu
and Pruess (2001), a été développé par (Karimi-Fard et al., 2004; Karimi-Fard,
2004; Karimi-Fard et al., 2006; Gong et al., 2006). En premier lieu, le maillage
fin (dit sous maillage local) est généré (Durlofsky, 2005). Les volumes de matrice
sont représentés par des polyèdres (éléments 3D) et les fractures par des polygones
(éléments 2D). Cette méthode s’applique avantageusement à l’ensemble des mé-
thodes discrètes si le champ de pression est discrétisé par un schéma à 2 points.
On augmente alors la taille des volumes de contrôle en employant les analogies

128
5.3 Simplification des échanges dans les milieux Matrice et Fracture,
déclinaisons du concept multi-porosités

d’association électrique pour conserver les flux et ainsi réduire le nombre d’incon-
nus. Ces transformations s’appellent « étoile-polygone ». La transmissivité équi-
valente entre 2 fractures différentes pour plusieurs fractures (n) qui s’intersectent
et échangent selon des transmissivités αi est donnée par : Tij = Pαni αjα . Si elle
k=1 k
ne permet pas d’assurer une convergence du modèle du fait de la modification des
termes volumiques d’accumulation, cette variante permet d’éviter des complica-
tions numériques et des calculs difficiles sur les volumes de contrôle trop petits.
Notamment on l’applique aux éléments « intersection » qui ont de petits volumes
le plus souvent négligeables (Figure 5.3.1).
King (1989); Renard et al. (2000); Vitel (2007); King (2007) proposent un chan-
gement d’échelle à partir du système finement discrétisé. La méthode consiste, par
deux étapes successives de décimation : des nœuds puis des connexions, à simpli-
fier un large système discret en déterminant un système équivalent dans le cadre
d’écoulements monophasiques permanents pour les pressions et les débits sur un
ensemble de points d’observation. L’avantage et l’inconvénient de l’approche est
que, suivant l’étude (positionnement des puits pour un meilleur drainage du réser-
voir, détermination de paramètres optimaux pour contrôler les puits), les points
d’observations ne sont pas nécessairement les mêmes. Une analyse, sans réel guide,
est nécessaire pour les identifier. Une fois qu’ils le sont, la méthode permet d’opti-
miser le système. La première étape estime la transmissivité équivalente d’un bloc
de la grille à grande échelle par regroupement successif des cellules de la grille
fine. On applique pour cela la transformation équivalente électrique adaptée (pa-
rallèle, série, polygone-étoile (Vitel et al., 2007)). Ceci permet la suppression d’un
très grand nombre de nœuds mais conduit à un très large nombre de connexions
(égal à i=1,nv (nv − i) pour nv voisins supprimés). La seconde étape transforme
P

le système déjà simplifié en un système plus creux selon 3 critères pouvant s’avé-
rer restrictifs dans certaines configurations (si le système est juste percolant par
exemple) :
1. Les plus faibles transmissibilités sont préférentiellement éliminées.
2. Pour ne pas créer de nœud isolé, une (2 si ce n’est pas un bord) connexion
au moins est préservée par nœud. De telles connexions correspondent à des
connexions en série.
3. La somme des débits aux nœuds doit être égale entre les deux systèmes,
c’est-à-dire nulle dans tout le domaine sauf aux puits et aux frontières du
réservoir. Les transmissivités sont réévaluées en conséquence.
Des cas synthétiques montrent que le comportement général est bien reproduit
avec ce type de simplifications qui débouchent sur des gains en temps de calculs
considérables. Il faut travailler par contre sur les critères de choix pour les nœuds
à préserver et le passage obligatoire par un maillage plus fin est assez mal ap-
proprié à des calculs intensifs sur des géométries variées. King (2007) propose des

129
Chapitre 5 Discrétisation des réservoirs fracturés : quelques contributions
récentes

mesures d’erreur et invite les chercheurs à concevoir des grilles numériques qui soit
optimales, c’est-à-dire qui introduisent le changement d’échelle minimal pour un
nombre spécifique de cellules. L’erreur associée à la séquence de mise à l’échelle
explore les courbes d’options entre la distorsion et la variance, le schéma optimal
étant déterminé par un équilibre entre les deux.

Figure 5.3.1 – Réseau avant et après décimation d’après Vitel et al. (2007) ainsi
qu’un schémas illustrant la transformation « étoile-polygone »
(Karimi-Fard et al., 2006).

5.3.2 Simplifications des transferts Matrice-Fracture


Une première hypothèse (Barenblatt et al., 1960; Warren et al., 1963) consiste
à admettre que les transferts entre les deux milieux peuvent être décrits par un
terme proportionnel à la différence de pression, le coefficient de proportionna-
lité ou d’échange étant considéré comme indépendant du temps. Ce coefficient
fait intervenir un facteur de forme dépendant de la géométrie du bloc matri-
ciel. Cela revient à ne retenir qu’un temps caractéristique pour décrire l’échange
matrice-fracture. Cette approximation est souvent appelée improprement quasi-
stationnaire, l’échange étant en réalité instationnaire. Le mot quasi-stationnaire
prend tout son sens dans le contexte changement d’échelle, le coefficient d’échange
dans ce cas étant la solution stationnaire d’un problème de fermeture reliant la
pression microscopique aux pressions macroscopiques (Landereau et al., 2001; Da-
vit et al., 2010, 2012).

130
5.3 Simplification des échanges dans les milieux Matrice et Fracture,
déclinaisons du concept multi-porosités

(a) Modèle Double porosité

(b) Représentations Warren & Root : boite à sucre, allumettes et feuillets

Figure 5.3.2 – Formes simplifiées pour représenter la double porosité dans les
modèles de réservoirs

131
Chapitre 5 Discrétisation des réservoirs fracturés : quelques contributions
récentes

Modèles double porosité facteur de formes pseudo-permanent


A l’échelle du réservoir, Warren et al. (1963) idéalisent le milieu fracturé comme
un ensemble de parallélépipèdes rectangles identiques par zone, représentant les
blocs de la matrice séparés par des fractures elles-même homogénéisées au VER
(Figure 5.3.2b). La fonction de transfert, point critique de la méthode, dépend
d’un facteur de forme dont la dimension est l’inverse d’une surface. Elle reflète
l’effet de la géométrie des blocs de matrice et dépend de l’espacement entre les
fractures. Des solutions analytiques ont été explicitées pour les géométries relati-
vement simples (Tableau 5.1). Diverses équipes (Kazemi et al., 1969; Cinco-Ley
et al., 1982; Bossie-Codreanu et al., 1985; Gilman et al., 1986; Quandalle et al.,
1989; Quintard and Whitaker, 1993; Lim and Aziz, 1995; Landereau et al., 2001;
Bourbiaux et al., 2002; Bogdanov et al., 2003; Roubinet et al., 2010) proposent des
procédures systématiques s’appuyant sur des simulations fines pour les déterminer.
Celles-ci comprennent les modèles monophasiques, utilisés dans l’analyse des es-
sais de puits, et les approches multi-phasiques. La variété des solutions proposées
(Tableau 5.1) illustre la complexité pour représenter le plus justement possible la
structure interne du réservoir.
Ces modèles s’avèrent utiles dans de nombreux contextes et peuvent être utilisés
à grande échelle (réservoir) si le système fracturé est suffisamment connecté pour
réaliser les approximations, pas toujours appropriées mais couramment employées :
— L’approximation ne prenant en compte qu’un temps caractéristique, l’erreur
peut être très importante dans les premiers temps de l’échange matrice-
fracture si on prend un temps caractéristique moyen pour le processus de
diffusion dans la matrice. Elle est donc en général applicable aux écoulements
isothermes de fluides peu compressibles dans des milieux où le coefficient de
diffusivité de pression est suffisamment grand, de sorte que les variations de
pression pénètrent rapidement l’ensemble des blocs matriciels. Si les blocs
sont grands ou très peu perméables (le cas des réservoirs non convention-
nels) ou si le fluide transporté induit des réactions chimiques très longues,
l’hypothèse « quasi-stationnaire » risque d’être trop forte.
— Ces modèles font intervenir deux volumes représentatifs élémentaires, l’un
pour la matrice et l’autre pour les fractures. Caractériser le comportement
du système par un seul V.E.R. nécessite de moyenner le comportement pour
une échelle qui contient de nombreux blocs de matrices et de nombreuses
fractures.
Le modèle double milieu peut donc fournir des résultats relativement précis, si le
nombre de fractures est grand et si elles sont organisées en une géométrie répétitive
avec des caractéristiques similaires. Contrairement au modèle simple porosité, il
permet d’étudier séparément les propriétés moyennes d’écoulement et de transport
au sein de la matrice et des fractures.

132
5.3 Simplification des échanges dans les milieux Matrice et Fracture,
déclinaisons du concept multi-porosités

Type de solution /
Facteur de forme
Régime d’écoulement
Analytique pour des
feuillets (n = 1), des 4n(n+2)
2 avec
réseaux en allumettes L
(n = 2), ou des blocs L = a pour n = 1

Warren et al. parallélépipédiques 


L= 2a
a+b
pour n = 2 où n est le
L= pour n = 3
3abc

(1963) (n = 3). Les

ab+ac+bc
transferts sont nombre de familles de fractures
pseudo-permanents orthogonales et a, b, c sont les
dans le bloc (Figure longueurs des côtés des blocs matrice
5.3.2b)
A
V hdi
où A est la surface d’échange
Dérivée par rapport à (fractures), V est le volume du bloc et
Wu et al. (1988)
la méthode MINC hdi est la distance moyenne d’un point
dubloc matrice vers
la fracture.
Analytique / 4. Lx2 + Ly2 + Lz2 où Lx, Ly, Lz sont
1 1 1
Kazemi et al.
pseudo-permanent les distances entre les fractures dans
(1992)
dans le bloc les directions x, y et z
Lim and Aziz La matrice diffuse  
π2 1
+ 1
+ 1
(1995) vers la fracture Lx2 Ly 2 Lz 2

Table 5.1 – Quelques facteurs de forme analytiques pour les transferts mono-
phasiques et références pour estimer les termes d’échange Matrice-
Fracture

référence Principe
Quintard and Whitaker (1993) Moyenne Volumique-méthode mixte
Bourbiaux et al. (1999) Pixellisation-Minimisation fonction objectif
Noetinger et al. (2001) Marche aléatoire

Table 5.2 – Quelques méthodes systématiques d’estimation des fonctions de


forme

133
Chapitre 5 Discrétisation des réservoirs fracturés : quelques contributions
récentes

Wu et al. (1988) montrent cependant qu’avec un modèle double porosité, un en-


semble de solutions, éventuellement calibré sur la mesure de pression au puits, peut
être simulé en multipliant la taille de bloc par un facteur α et en divisant la per-
méabilité matrice par α12 . En l’absence de données expérimentales donnant cette
forme, les termes d’échange entre les fractures et la matrice sont exprimés à partir
de systèmes d’équations sur un bloc matrice représentatif entouré de fractures (pro-
blème de Sturm-Liouville). Les fonctions de transfert, plus ou moins empiriques,
reproduisent assez facilement le comportement en pression et sont bien adaptées
pour le calage d’historique. Elles ne reflètent généralement pas la physique des
flux suffisamment correctement pour être prédictif. Si la forme des blocs matrice
ne reproduit pas la structure interne du réseau fracturé, les conditions aux limites
employées pour déterminer les termes d’échanges se trouvent faussées. Le modèle
calibré doit donc être combiné à d’autres sources d’informations (Delorme et al.,
2014; Hamdi et al., 2014) telles que les fractures au puits (FMI) et les mesures de
perméabilité matrice (carotte).
A cela s’ajoute, à l’échelle réservoir, la difficulté de prendre en compte l’inter-
action des forces visqueuses, capillaires, et de gravité si l’information spatiale est
perdue. Les méthodes mixtes (ou prises de moyennes) permettent de dériver les
équations pour chaque processus.

Méthode mixte, prise de moyenne


L’objectif de la méthode mixte est de relier explicitement la représentation ma-
croscopique supérieure à l’échelle dite locale, via l’utilisation d’un opérateur de
prise de moyenne volumique appliqué aux équations de transfert et à un problème
de fermeture. Seuls les principes sont rappelés ici, pour les théorèmes utilisés on
se réfèrera à Whitaker (1986a); Quintard and Whitaker (1987). D’un point de vue
pratique deux types de procédures sont rencontrées dans la méthode de prise de
moyenne volumique :
1. Une prise de moyenne spatiale ’locale’ qui s’appuie sur les équations ponc-
tuelles et des conditions aux limites sur les interfaces entre les phases pour
produire les équations de transferts locales en moyenne volumique.
2. Une prise de moyenne spatiale ’globale’ qui moyenne les coefficients appa-
raissant dans les équations obtenues par moyenne volumique locale.
La méthode mixte est donc un outil mathématique général, qui permet de passer
d’une échelle locale à une échelle supérieure si la géométrie est connue : elle conduit
à un problème de fermeture qui peut être utilisé pour calculer un tenseur de per-
méabilité incluant les effets des hétérogénéités locales. Son fondement est lié à la
séparation des échelles : on admet l’existence d’une distance caractéristique, plus
grande que l’échelle correspondant à l’émergence du phénomène mais inférieure

134
5.3 Simplification des échanges dans les milieux Matrice et Fracture,
déclinaisons du concept multi-porosités

à la plus grande échelle du système pour laquelle les propriétés de l’écoulement


peuvent être homogénéisées. Les coefficients de transferts des équations sont sup-
posés indépendants des conditions aux limites par translation sur le volume de
prise de moyenne, pour déduire la forme correcte des équations aux dérivées par-
tielles. Elles sont une justification du changement d’échelle. En d’autres termes,
le volume de prise de moyenne doit contenir l’ensemble des informations spatiales
relatives à la structure. Pour déterminer les coefficients de transport « effectifs»
qui apparaissent dans les équations double milieu, la méthode de Crapiste et al.
(1986), applicable aux systèmes homogènes, est étendue par une seconde procé-
dure de prise de moyenne ’globale’ et un second problème de fermeture (Quintard
and Whitaker, 1996; Quintard et al., 1997).
Ce "second changement d’échelle" pour le problème de Darcy est étudié en détail
avec des conditions aux limites de type "perméamétriques" dans (Bailly, 2009), en
insistant sur l’importance de l’influence relative entre une "phase" isolante et une
"phase" conductrice.

Raffinement de matrice et Multiple interacting continua (MINC)

Figure 5.3.3 – Idéalisation du milieu fracturé avec le modèle MINC pour une
géométrie régulière ou pour un milieu fracture discret (Pruess,
1983)

Pour traiter plus finement l’écoulement transitoire et le transport, (Narasim-


han and Witherspoon, 1976; Pruess, 1983; Wu et al., 1988; Pruess, 1992; Xu and
Pruess, 2001; Tatomir et al., 2011) discrétisent les blocs matriciels en une séquence
d’éléments de volumes imbriqués de telle sorte que toutes les interfaces entre les
éléments de volume sont parallèles à la fracture la plus proche (Figure 5.3.3). Ce
concept est basé sur la notion que les changements dans les pressions de fluide,
les températures, les compositions de phase, et les concentrations de produits chi-
miques se propagent rapidement par l’intermédiaire du système de fracture, tandis

135
Chapitre 5 Discrétisation des réservoirs fracturés : quelques contributions
récentes

que l’invasion des blocs matriciels est plus lente. Les changements de conditions
au sein de la matrice sont alors localement contrôlés par la distance aux fractures
et les iso-pressions deviennent parallèles au réseau de fracture. Cette méthode,
encore utilisée de façon très ponctuelle dans le milieu industriel, est connue sous
la dénomination "Multiple Interacting Continua" (MINC) et veut que le milieu
matrice soit décrit de telle sorte que l’équilibre thermodynamique puisse être ap-
proché dans tous les éléments de volume à tout moment. Le gradient à proximité
de l’interface fracture-matrice est plus facilement approché de part la flexibilité
pour choisir la taille des volumes imbriqués. Par ailleurs, s’il est admis que les
propriétés du milieu de dépôt sont sujettes à des variations lentes et régulières, les
propriétés comme la perméabilité et la porosité sont susceptibles de présenter de
grands contrastes aux frontières entre fractures et matrice. Cette représentation
peut les prendre en compte en ajoutant un effet de peau par exemple en limite
de fractures. Dans la plupart des cas, ou à partir d’un certain temps, il n’est pas
nécessaire de tenir compte des sous-grilles de manière explicite. L’utilisation du
cloisonnement de chaque bloc matrice intermédiaire (qui n’a que 2 voisins) limite
le nombre de termes d’échanges auxquels le nœud matrice est exposé. Pruess and
Karasaki (1982) expriment les échanges Matrice-Fracture à l’aide d’une "Fonction
de voisinage" P ROX(d) qu’ils explicitent pour des configurations simples (Tableau
5.3 ) dans un domaine matriciel de volume V0 donné, où la porosité de fracture est
φF . P ROX(d) représente la fraction volumique de matrice V (di ) de porosité φM i .
à une distance inférieure à di de la plus proche fracture. Le pas de raffinement △di
peut être variable :
i
V (di ) φM j
P ROX(di ) = = (5.3.3)
X
(1 − φF ) V0 j=2 1 − φF
Le principal avantage d’un tel modèle est que les sous volumes ainsi que les sur-
faces d’échange Ai,i+1 entre deux sous volumes consécutifs n’ont pas besoin d’être
maillés. Connaissant la fonction de voisinage, les paramètres nécessaires pour ex-
primer les transferts peuvent être déduits comme des fonctions des distances entre
les nœuds matrice voisins i, i + 1 :

dV dP ROX(di )
Ai,i+1 = = (1 − φF ) V0 (5.3.4)
di,i+1 ddi
di,i+1 = 0.5 (di + di+1 ) (5.3.5)

L’approche MINC permet donc d’écrire avec plus de précision les échanges
transitoires, elle est particulièrement adaptée aux couplages thermiques et géochi-
miques où les échelles de temps diffèrent de plusieurs ordres de grandeurs. Long-
temps appliquée à des géométries simples, elle semble se démocratiser (Karimi-Fard

136
5.4 Discrétisation, volumes de contrôle, améliorations et simplifications pour les
modèles mixtes “multi-porosités discrets” à l’échelle supérieure,

Géométrie Fonction de voisinage


   2
Blocs matrices allumettes de côté a P ROX(d) = 4 d
a
−4 d
a
3
   
Blocs matrices de cotés a,b,c P ROX(d) = c ab
d
2 −
c
ab
+ 4
b2
d2 + 4
b
+ 2
a
d

Table 5.3 – Quelques expressions de la fonction de proximité d’après Pruess and


Karasaki (1982)

et al., 2006; Tatomir et al., 2011; Younis et al., 2014). Les performances affichées
(des grilles de 100000 mailles) pour simuler des écoulements multiphasiques sont
très encourageantes et son utilisation dans les réservoirs peu perméables où la
phase transitoire est plus longue apparaît attractive.

5.4 Discrétisation, volumes de contrôle,


améliorations et simplifications pour les modèles
mixtes “multi-porosités discrets” à l’échelle
supérieure,
5.4.1 Maillage discret à l’échelle du réseau de fractures
Méthode de discrétisation par traitement d’image et développement de
régions
Bourbiaux et al. (1998); Bourbiaux and Sarda (2000); Sarda et al. (2002) pro-
posent un algorithme innovant pour créer le maillage de la matrice et estimer les
volumes de contrôle autour du réseau de fractures discret en 2D. L’algorithme, qui
revient à pixeliser la distance d’un point matrice par rapport à la trace de chaque
fracture dans un banc géologique présuppose que les iso-pressions dans le milieu
matriciel sont parallèles au réseau de fracture (même hypothèse que pour MINC).
Le réseau de fractures d’abord généré est constitué de fractures trapézoïdales,
subverticales, définies au sein de chaque couche par une orientation azimutale, une
ouverture, une longueur et l’épaisseur de la couche. Une propriété statistique de
traverser les bancs définit la connectivité verticale, chaque fracture devant s’arrêter
verticalement sur une limite de banc. Pour un réseau pseudo-3D (fractures sub-
verticales traversant des bancs), le traitement est réalisé dans chaque plan médian
des couches géologiques.
La trace de chaque fracture est d’abord calculée dans chaque banc géologique
(de taille inférieure ou égale à la cellule de réservoir), un nœud est ensuite créé aux
intersections entre traces de fractures et à chacune de leurs extrémités. Le nœud est

137
Chapitre 5 Discrétisation des réservoirs fracturés : quelques contributions
récentes

positionné au milieu de chaque couche et définit le centre des cellules de fracture.


Les limites des volumes de contrôle de maille fracture se trouvent au milieu de
chaque segment reliant deux nœuds (Figure 5.4.1a). Couche après couche, par un
double parcourt, l’algorithme calcule pour chaque pixel matrice la distance à la
fracture la plus proche. Le volume de contrôle d’un bloc de matrice est finalement
évalué par extrusion comme le nombre de pixels assignés à la cellule de fracture
la plus proche, multiplié par la surface d’un pixel, et multiplié par l’épaisseur de
la couche. Ce traitement d’image, qui est une approximation d’un Voronoï autour
de segments, aide au calcul des transmissibilités entre les différents éléments.
Les transmissivités « fracture-fracture » Tf f reflètent l’écoulement monodirec-
tionnel (piston) au sein d’un unique plan fracturé et ne dépendent que de la hauteur
de bancs h, de la distance entre 2 nœuds lij , de la conductivité ci et de l’ouverture
géométrique ei de la fracture entre les 2 intersections :
X ci .h
Tf f = (5.4.1)
lij
Pour l’échange matrice-fracture, le calcul est moins évident en raison de la forme
irrégulière des éléments de matrice. La pression au sein d’un élément de fracture est
considérée constante (le gradient de pression dans le milieu fracture, proportionnel
aux conductivités de fractures est très inférieur à celui dans la matrice). La pression
dans le volume de matrice varie linéairement depuis la fracture vers les limites du
bloc : les courbes d’iso-pression au sein d’un bloc de matrice sont les courbes d’iso-
distance depuis la fracture. Il vient alors la formule suivante si Km est constante
et isotrope dans le bloc :
2lf hKm
Tmf = 1 P (5.4.2)
N
di
avec lf la longueur de la fracture (doublée pour les deux surfaces délimitant un
volume de fracture), h l’épaisseur de la couche, Km la perméabilité de la matrice,
N le nombre de pixels représentant le volume de matrice, et di la distance entre le
pixel i et la fracture la plus proche. En supposant que l’écoulement s’effectue per-
pendiculairement aux limites des blocs de matrice, et que la pression est constante
le long des fractures dans les blocs de matrice (hypothèse compatible avec les mo-
dèles mixtes issus de l’homogénéisation Arbogast (1989); Arbogast et al. (1990)),
les transmissivités « matrice-matrice » sont estimées d’après la formule suivante :
l
Tmm = Km H (5.4.3)
lab
avec l la longueur de la frontière entre les blocs de matrice, et lab la longueur
de la cellule fracture recoupée par la limite des blocs de matrice. La flexibilité

138
5.4 Discrétisation, volumes de contrôle, améliorations et simplifications pour les
modèles mixtes “multi-porosités discrets” à l’échelle supérieure,

(a) Discrétisation dans une coupe hori-


zontale Sarda et al. (2002)

(b) Discrétisation dans une verticale du


milieux fracture d’après Sarda et al.
(2002)

(c) Exemple de plan médian géologique fracturé après pixellisation

Figure 5.4.1 – Méthodologie et maillage Fraca

139
Chapitre 5 Discrétisation des réservoirs fracturés : quelques contributions
récentes

de l’algorithme de création du maillage de la matrice et les temps de calculs très


intéressants ont permis d’utiliser cette méthode dans des contextes de calages
d’historiques (Shchipanov et al., 2006; Fonta et al., 2007; Pourpak et al., 2009;
Mattioni et al., 2010; Iding and Ringrose, 2010). Il reste néanmoins un certain
nombre de limites à cette méthode :
1. Le maillage est 2D par couche et son extrapolation en 3D lors du calcul des
transmissibilités n’est pas immédiate. Bien que les auteurs indiquent que leur
méthode est valable pour tout type de pendage de fractures, la technique
proposée traite implicitement les fractures comme étant verticales dans le
système de la grille :
a) Une seule image du milieu est extraite par couche. Si des fractures, au
pendage non vertical, se recoupent en-dessous ou au-dessus de la section
considérée l’intersection n’est pas prise en compte. La topologie et la
connectivité du réseau peuvent être altérées. Augmenter le nombre de
traitement d’images reviendrait à utiliser une grille cartésienne régulière.
b) Le calcul même des transmissibilités matrice-matrice et matrice-fracture
suppose que les fractures sont verticales puisque l’épaisseur h de chaque
couche fracturée est prise en compte pour calculer le volume des éléments.
2. La méthode impose que les fractures soient bornées aux limites de couche
(strata-bound). Des nœuds de fracture virtuels doivent assurer la régularité
de la discrétisation d’un plan de fracture traversant une unité composée de
plusieurs bancs géologiques : pour chaque nœud initial, de nouveaux nœuds
sont placés au sein des couches supérieure et inférieure le long de la ligne
d’intersection entre fractures. L’écoulement dans les fractures est simulé « par
escaliers » (Figure 5.4.1b).
3. Le nombre de pixels disponibles est limité par les capacités calculatoires :
très flexible, la méthode de pixellisation 2D ne peut pas être employée pour
des échelles trop grandes. Quelques cas d’études (faible hauteur des bancs
géologiques combinée à une densité de fractures élevée) ont poussé la méthode
vers ses limites (Delorme et al., 2014).
De plus, certains réservoirs démontrent l’existence de discontinuités subhorizon-
tales pouvant avoir une influence sur les écoulements dans le milieu (Walsh and
Watterson, 1988; Green and Mair, 1983; Nordqvist et al., 1992). Suite à cela, de
nouveaux modèles de fractures diffuses (non contraints par les bancs) ont été dé-
veloppés.
Karimi-Fard (2004) propose une extension de la méthode de discrétisation de
la matrice, valable cette fois en 3D. Les pixels sont remplacés par les éléments
volumiques finement maillés dans la matrice. L’espace matriciel entourant le réseau
continu de fractures est délimité par une technique de « développement de régions

140
5.4 Discrétisation, volumes de contrôle, améliorations et simplifications pour les
modèles mixtes “multi-porosités discrets” à l’échelle supérieure,

» contrainte par la distance à la fracture la plus proche et la convexité des régions.


Comme pour la méthode basée sur un traitement d’image, une telle technique
présente comme intérêt majeur sa flexibilité mais certains problèmes non discutés
peuvent être relevés :
1. La forme des blocs créés est très variable (d’autant plus que les éléments
fins ont une forme complexe) : quel schéma d’approximation du flux faut-il
adopter ?
2. Comment les propriétés du modèle géologique sont-elles estimées pour chaque
nouveau bloc généré en terme de porosité et perméabilités ?
3. Quel est le coût du temps d’extraction et surtout de création du maillage
fin ?
Les auteurs traitent des problèmes d’écoulement à deux phases impliquant des
pressions capillaires dans un milieu fracturé à deux et à trois dimensions, ce qui est
une avancée certaine. Les transmissivités calculées dépendent cependant explicite-
ment des propriétés hydrauliques, inconnues, des fractures et de la discrétisation
3D complexe à l’échelle fine. Dans une optique de résoudre le problème inverse,
plusieurs simulations intermédiaires seront nécessaires pour établir la nouvelle dis-
tribution de transmissivités macroscopiques. Dans le but de prendre en compte,
dans un bloc donné, le fait que toute la matrice ne réagit pas de la même manière
au même moment (les blocs de grande taille notamment), Karimi-Fard et al. (2006)
proposent d’étendre la discrétisation à une méthode de type MINC où chacun des
blocs matriciel est subdivisisé en blocs imbriqués : près de la fracture le flux dans
la matrice converge rapidement avec celui dans la (ou les) fracture(s), plus loin le
flux qu’elles contiennent sera plus long à migrer. La définition des zones se fait en
utilisant les iso-pressions, elles-mêmes obtenues en déterminant les pressions dans
chaque bloc pour des conditions limites données sur le maillage fin. L’ensemble de
ces qualités font que ce modèle est désormais répandu aussi bien au niveau acadé-
mique qu’industriel. La méthode d’extraction peut devenir extrêmement complexe
si le schéma utilisé n’est pas à 2 points (Hægland et al., 2009; Sandve et al., 2012).

Modèles « embedded »
D’autres modèles dits « Embedded Fracture Model » (Lee et al., 2000; Vitel,
2007; Armero and Linder, 2009; Moinfar, 2013; Johns et al., 2013) permettent de
discrétiser le milieu à l’échelle du réseau. Un maillage structuré classique de blocs
réguliers représente la matrice. Des volumes de contrôle supplémentaires spéci-
fiques aux fractures sont ensuite associés aux mailles matrice qui sont finalement
maillées à l’échelle réservoir. Les 2 volumes de contrôle interfèrent par des liaisons
de transmissivité dites NNC pour « non-neighboring connections ». Bien qu’il n’y
ait pas de contrainte pour les tailles respectives des mailles dans chacun des deux

141
Chapitre 5 Discrétisation des réservoirs fracturés : quelques contributions
récentes

(a) Trois types de NNC d’après (Moinfar


et al., 2012)

(b) Modèle hiérarchique selon (Li et al., 2009)

Figure 5.4.2 – Modèles « embedded » 5.4.2a (a) Quand une portion de fracture
traverse une maille matrice, il existe une NNC entre le volume de
contrôle de la fracture et la cellule de matrice. (b) Lorsque deux
plans de fracture se coupent dans une même maille matrice, il
existe une NNC entre les volumes de contrôle des nœuds fractures
correspondantes. La ligne noire indique la ligne d’intersection. (c)
Lorsque qu’une fracture traverse plusieurs mailles matrice, il existe
une NNC entre les volumes de contrôle de fractures correspon-
dantes. 5.4.2b hiérarchie supposée dans le milieu discret.

142
5.4 Discrétisation, volumes de contrôle, améliorations et simplifications pour les
modèles mixtes “multi-porosités discrets” à l’échelle supérieure,

domaines matrice et fracture, les exemples traités avec cette méthode utilisent des
dimensions semblables. Pour définir le volume de contrôle dans le domaine frac-
turé, l’intersection de chaque fracture avec la grille de matrice est d’abord calculée.
Aussitôt qu’une fracture intersecte une maille matrice, une cellule de fracture est
définie. Chacune des cellules échange ensuite avec ses voisins du même milieu via
une transmissivité fracture ou matrice et chaque fracture échange avec la cellule
matrice dans laquelle elle est noyée. Pour calculer ce terme d’échange qinnc , la tradi-
tionnelle hypothèse que la pression varie de façon linéaire dans la direction normale
à chaque fracture est utilisée pour les échanges matrice-fracture. Le système résolu,
en simple perméabilité (c’est à dire qu’on néglige les échanges dans la matrice) est
alors complètement décrit par 3 types de connexions :
1. fracture - matrice environnante,
2. fracture i - fracture j si ces fractures s’intersectent,
3. fracture i - fracture i si la fracture i traverse plusieurs cellules Matrice.
Le débit échangé via ces connexions est mathématiquement similaire au terme de
convection et les termes d’échange double milieu s’appliquent par conservation des
flux :
N np nnc
nnc
km Pj − Pjm
qinnc = Annc (5.4.4)
X X
m
m=1 j=1 µ dnnc
m

où Annc
m , km , d
nnc nnc
représentent les classiques surface d’échange, perméabilité du
milieu et distances moyenne entre les connexions. dnnc m est la distance entre les
nœuds pour les échanges au sein d’un même milieu. Pour les échanges matrice-
fracture, dnnc correspond à la distance moyenne du milieu sain par rapport à la
fracture la plus proche et est calculée numériquement sans préciser comment sauf
pour quelques configurations explicitées analytiquement (Tableau 5.4).
¸
nnc xdv
d = hdi = (5.4.5)
V
Les termes d’échange entre 2 nœuds fracture i et j sont exprimés à partir des
demi-transmissivités selon la procédure étoile-polygone :
αi αj
Tij = (5.4.6)
αi + αj
avec
ki ei Lint
αi = (5.4.7)
hdi i
où Lint est la longueur du segment d’intersection et hdi i est la distance moyenne
entre le centre de la connexion et le segment, ki et ei sont la perméabilité et
l’ouverture de la fracture.

143
Chapitre 5 Discrétisation des réservoirs fracturés : quelques contributions
récentes

Configuration dnnc Configuration dnnc

dx21 +dx22 √dxdy


2dx 3 dx2 +dy 2

Table 5.4 – Valeurs analytiques de la distance moyenne du milieu fracture au


milieu matrice dans une maille cubique d’après (Hajibeygi et al.,
2011; Moinfar, 2013)

Ces connexions supplémentaires affectent l’emplacement des zéros dans la ma-


trice jacobienne du bilan de masse résolu, si leur nombre croit ceci baisse les perfor-
mances des solveurs utilisés par le simulateur. Pour limiter leur nombre, l’approche
hiérarchique de Lee et al. (2001); Li et al. (2009) vise à négliger les fractures dont
la taille est inférieure à la taille des mailles matrice. Cette méthode de discrimi-
nation n’est pas pertinente si la distribution des longueurs à grande échelle est
uniformément répartie et est discutable lorsque les fractures sont toutes connec-
tées : les fractures dominantes ne sont pas facilement identifiables. Les fractures
de petites tailles sont prises en compte comme termes correctifs de la perméabilité
de matrice via un calcul de type (Oda, 1985) (équation 4.3.6). La correction des
termes d’échange matrice-fracture qui devrait être réalisée puisque le milieu Ma-
trice devient anisotrope n’est pas précisée. Il faut noter que ce type de maillage,
attractif pour bien des raisons (prise en compte de la directivité des fractures et
facilité des calculs géométriques notamment) introduit aussi une erreur dans le
calcul des termes fracture/fracture : au contraire des connexions matrice-matrices,
l’utilisation d’un schéma à 2 points dans le calcul des transmissibilités fracture-
fracture est biaisé puisque l’interface entre deux volumes de contrôle de fracture
n’est pas perpendiculaire aux lignes reliant son centre et le centre de ces volumes
de contrôle.

Matrices hydrauliques équivalentes : échanges matrice fracture par la voie


numérique
Bailly (2009); Roubinet et al. (2010) proposent de remplacer la loi de Darcy
à l’échelle des blocs matrice (échanges matrice-matrice) par une loi dite “sur-
tensorielle” puisqu’à partir de la résolution numérique d’un problème local on
peut conserver les flux à l’échelle de la maille de calculs via une simulation nu-

144
5.4 Discrétisation, volumes de contrôle, améliorations et simplifications pour les
modèles mixtes “multi-porosités discrets” à l’échelle supérieure,

mérique locale. Cette loi relie les flux et les charges moyennes sur les bords des
blocs matriciels. Les coefficients de cette relation sont déterminés numériquement
en utilisant des approches continues ou discrètes en fonction de l’état de connexion
à l’échelle du bloc. Cette formulation, validée sur des géométries 2D, serait 15 à
40 % plus précise que les méthodes de projection ou d’homogénéisation classiques.
D’après Roubinet et al. (2010), le facteur de forme sur-tensoriel pour passer d’un
modèle DFN à un modèle continu dépend continûment de la discrétisation em-
ployée à l’échelle locale et une valeur optimale de la taille de la maille matrice
pourrait ainsi être recherchée. Cette problématique a les mêmes causes (et à priori
les mêmes remèdes) que le problème pour capturer les temps de transitions.

Figure 5.4.3 – Placement des inconnues de pression matrice sur la grille super-
posée selon (Roubinet et al., 2010)

La méthode consiste à superposer une grille matrice sur le réseau de fractures


discrétisé. On réalise ensuite la conservation des flux sur les frontières de chaque
bloc de la maille discrétisée finement. Les zones sont choisies indépendamment
pour chaque interface de bloc et correspondent à la discrétisation des points d’in-
tersection entre le réseau de fractures et la frontière de bloc. Une inconnue Matrice
est placée au centre de chaque segment matrice délimité par un coin de la maille et
une intersection avec le réseau de fractures (croix colorées sur la Figure 5.4.3). La
relation entre les flux et la pression est linéaire et peut être exprimée sous la forme
d’une matrice, d’où le nom des «matrices hydrauliques équivalentes» (EHM). Les
coefficients de cette matrice sont déterminés par des simulations numériques à
l’échelle de chaque bloc matrice.
La simulation de l’écoulement à l’échelle du domaine s’effectue simplement en
assemblant les EHM. L’intérêt de la méthode est de garder une bonne approxi-
mation de la liaison entre deux blocs voisins. Effectuée à l’échelle locale, la dis-
crétisation fine peut être ajustée automatiquement aux configurations rencontrées

145
Chapitre 5 Discrétisation des réservoirs fracturés : quelques contributions
récentes

dans le réseau de fractures locales. Les auteurs montrent sur un large éventail de
réseaux de fractures 2D avec des densités différentes que l’erreur relative est limi-
tée et diminue systématiquement avec le raffinement de la discrétisation du bloc
matrice, permettant une éventuelle commande automatique de la précision de la
méthode. La méthode EHM apparaît comme un premier pas vers la simulation
d’écoulements dans des réseaux 2D à grande échelle mais la discrétisation en 3D
reste à l’état de recherche. Xu and Pruess (2001); Geiger et al. (2004); Unsal et al.
(2010) présentent eux aussi un modèle discret adapté aux échanges capillaires entre
la matrice et la fracture pour les réservoirs naturellement fracturés où il y a une
forte influence des fractures sur l’écoulement et où la matrice a une faible perméa-
bilité. La matrice de la roche est traitée comme un terme source où les propriétés
utilisées sont des propriétés efficaces calculées numériquement dans des sous pro-
blèmes à l’échelle réservoir. Le milieu fracture est discrétisé avec des éléments finis
classiques. L’accent est mis sur la fonction de transfert avec la matrice, propre
à chaque nœud fracture. Dans les résultats présentés (limités par le nombre de
nœuds fractures), la fonction de transfert capte « exactement » la dynamique des
changements de saturation de la matrice comme le montrent les validations sur
des cas synthétiques :
— 1D comparés à la solution analytique d’une fracture unique saturée en eau
de Kazemi et al. (1992); Di Donato and Blunt (2004). L’évolution dans le
temps est bien représentée,
— 2D par comparaison avec un code réservoir différence finie finement maillé
sur une petite zone.
Quelques limites de cette méthode combinée volumes/éléments finis sont mention-
nées dans Geiger et al. (2004) : la construction de sous-maille volumes finis 3D
à partir d’éléments tétraédriques requiert des capacités de stockage et des CPU
élevés, ce qui rend la méthode moins efficace pour les simulations 3D et proba-
blement inapplicable à l’heure actuelle dans un contexte industriel impliquant une
large zone fracturée.

5.5 Proposition de classification et synthèse


Les milieux poreux fracturés sont caractérisés par une extrême complexité de la
distribution des fractures, irrégulière, aussi bien en forme qu’en tailles provoquant
des cinétiques d’écoulements très variables dans l’espace. S’il est possible de dé-
crire, en théorie, ce système à l’échelle du pore et ou de la fracture, en pratique les
équations résolues ne peuvent excéder les millions d’inconnues : une telle discréti-
sation en simple milieu impose une taille d’éléments trop petite pour discrétiser le
milieu matrice et il est nécessaire d’approximer le système par un autre plus facile
à utiliser. Ces propriétés physiques caractéristiques peuvent être définies à l’aide

146
5.5 Proposition de classification et synthèse

Représentation de Particularités Papiers récents


l’hétérogénéité (et
dénomination)
Échelle locale 3D, maillages conformes et Adler et al. (2011); Pichot
(éléments finis) automatiques assez délicats et al. (2013)
Échelle réseaux 3D, méthode flexible pour le Geiger et al. (2004);
(DFM (éléments choix de l’échelle d’intérêt, Karimi-Fard et al. (2006)
finis)) nécessite une discrétisation fine
Conductivités variables
Échelle réseaux 3D, réseau de transmissivités Moreno and Neretnieks
(Pipe-Network) (voir tenseurs effectifs), nécessite (1993); Vitel (2007);
une discrétisation fine Roubinet et al. (2010)
Échelle réseaux Quasi 3D, Simple de mise en Bourbiaux et al. (2002);
(Fraca (volumes œuvre, respecte la directionnalité Basquet et al. (2005)
finis)) des hétérogénéités et les échanges
matrice FractureConductivités
équivalentes
Échelle réseaux Simple de mise en œuvre et Khvoenkova and Delorme
(Embedded (volumes respecte la multidirectionnalité (2011); Moinfar (2013)
finis)) des hétérogénéités. Conductivités
équivalentes
Échelle réservoir Facteurs de forme difficiles à Warren et al. (1963);
(multi-porosités) estimer, s’insère facilement dans Pruess (1992); Oda (1985)
un workflow du fait de la
rapidité des simulations
Perméabilités 3D équivalentes
Échelle réservoir Pluralité des propriétés
(simple porosité) hydrauliques des réservoirs
fracturés difficile à prendre en
compte

Table 5.5 – Classification de quelques modèles de discrétisation pour les écoule-


ments monophasiques,

147
Chapitre 5 Discrétisation des réservoirs fracturés : quelques contributions
récentes

de la théorie de la continuité. Dans un contexte industriel, la plupart des méthodes


reposent donc encore sur le modèle de Warren et al. (1963), limité par :
1. l’hypothèse d’existence d’un volume élémentaire représentatif commun Matrice-
Fracture,
2. l’idéalisation spatiale de la géométrie du système fracturé et surtout l’emploi
de conditions aux limites locales.
La volonté de tenir compte des fractures individuellement est rendue possible par
les nouvelles capacités informatiques et quelques approximations. Ces modèles sup-
posent, pour l’essentiel, que l’écoulement et le transport dans le milieu prennent
place dans des chemins préférentiels fracturés et interconnectés où une unique
transmissivité serait suffisante pour décrire l’écoulement entre les différentes in-
tersections de fracture. Dans ce cas, un graphe de connectivité où les chenaux
traduisent l’écoulement au sein du réseau via les intersections est suffisant. Les
différentes cinétiques de temps (matrice-fracture) peuvent être représentées par
une formulation multi-porosités sur des réseaux réguliers ou déstructurés afin de
représenter la matrice avec des volumes de contrôle plus grands. La valeur de
chaque variable physique affectée à un volume de contrôle dans l’espace continu
est obtenue en moyennant la propriété physique vraie. Les dimensions doivent
être grandes par rapport à la taille de l’hétérogénéité, pour pouvoir définir une
propriété moyenne globale avec l’assurance d’une fluctuation négligeable d’une hé-
térogénéité à l’autre, mais petites par rapport à la longueur caractéristique sur
laquelle les quantités considérées varient (Quintard and Whitaker, 1988). Les dis-
crétisations fines permettent d’étudier ces variations à l’échelle inférieure fournis-
sant d’avantage de détails sur les mécanismes d’écoulement et de transport. Elles
nécessitent de disposer d’une description exacte de la géométrie du réseau de frac-
tures et des propriétés de chaque fracture individuelle en plus de la génération
d’un maillage non structuré très coûteux qui se conforme à la complexité des frac-
tures. La résolution de tels systèmes pour un réservoir est un défi de taille qui
n’est pas encore levé à notre connaissance. C’est pourquoi nous avons décidé de
développer une nouvelle méthode de discrétisation qui devra pouvoir s’appliquer
à des réseaux pouvant impliquer un grand nombre de fractures si celles-ci ont un
sens géologique.

Positionnement
❏ Les modèles discrets sont plus précis que les modèles continus, mais leurs
contraintes de mise en place (génération de maillage 3D non structuré)
et l’incertitude quant aux données du problème limitent leur utilisation

148
5.5 Proposition de classification et synthèse

à l’estimation des paramètres équivalents des modèles par continuum


équivalent (approche hybride).
❏ Les modèles discrets nécessitent une description très détaillée du réseau
de fractures, en géométrie et en propriétés : une haute qualité des don-
nées est nécessaire avant de se lancer dans la discrétisation détaillée d’un
milieu fracturé,
❏ De nouveaux types de données pourraient être utilisés pour mieux
contraindre les modèles discrets
❏ Les modèles multi-milieux sont efficaces et permettent de modéliser des
phénomènes physiques complexes avec précision. Ils offrent une investi-
gations détaillée des régimes d’écoulement transitoire ainsi que de l’in-
fluence des intersections des puits avec le réseau de fractures

149
Chapitre 6

Sweep Line Mesh 3D (SLM3D) :


vers un maillage 3D minimal

L’étude bibliographique a montré qu’il manquait des méthodes de discrétisation


automatique adaptées aux hétérogénéités rencontrées en milieux fracturés. Les mé-
thodes présentées précédemment montrent quelques limites soit par les ressources
CPU utilisées pour mailler l’ensemble du réseau de fractures, nécessitant ensuite
une mise à l’échelle de transmissivités, soit parce qu’elles imposent de réduire
considérablement le nombre de fractures modélisées. Nous présentons dans cette
partie une méthode qui permet, rapidement et de façon intensive, de simuler les
écoulements en trois dimensions sur un réservoir hautement fracturé à une échelle
kilométrique autour des puits. Cette nouvelle discrétisation, réalisée à l’échelle des
intersections entre fractures, vise à contrôler le nombre d’inconnus dans le système
discret tout en modélisant chaque fracture individuellement. Le maillage, rapide de
mise en œuvre, permet de capturer les différents temps caractéristiques et respecte
au mieux les propriétés géométriques complexes d’un milieu fracturé à trois dimen-
sions. Pour résoudre l’équation en pression dans le temps sur le domaine étudié et
aborder les simulations d’écoulement, on suppose que le milieu est connu en tout
point de Ω, ce qui permet d’écrire l’équation de conservation de la masse sous la
forme d’une équation aux dérivées partielles. La variation de masse (appelée ac-
cumulation dans les problèmes transitoires) d’une cellule k pendant un intervalle
de temps △tn est égale au produit de la durée et de la somme algébrique des flux
(contrôlés dans notre cas par l’équation de Darcy dans chacun des milieux) qui
entrent et sortent par les faces de la cellule. Le flux qui s’établit entre chaque face
des éléments discrets i et j s’exprime à l’aide des transmissivités Ti,j et des pres-
sions dans les mailles voisines. Le calcul des transmissivités est, au choix, réalisé
pour des différences finies, volumes finis ou sur des éléments finis.

151
Chapitre 6 Sweep Line Mesh 3D (SLM3D) : vers un maillage 3D minimal

6.1 Hypothèses
Le temps typique représentatif des variations de pression mesurées aux puits au
cours d’un essai hydraulique est tout à fait différent dans la matrice et dans les
fractures. Le champ de pression dépend de la position des fractures et du rapport de
conductivités hydrauliques entre le milieu matriciel et le milieu fracturé. Le volume
de matrice étant souvent supérieur au volume fracture tandis que les fractures sont
très perméables par rapport au milieu matrice, on mesure le plus souvent le rapport
de perméabilité entre ces deux entités. Pour ce faire, on pose que l’échange entre les
fractures se passe instantanément par comparaison aux échanges fracture/matrice
et matrice/matrice. La variation de pression (géographique) dans les fractures
est ainsi supposée négligeable par rapport à celle dans la matrice pendant un
même intervalle de temps supposé court. Pour en tenir compte, nous reprenons
l’hypothèse que les iso-pressions dans le milieu matrice où les phénomènes sont
plus longs à se mettre en place sont parallèles aux plans de fracture. C’est à dire
que dans une maille matrice et pour une même distance (éventuellement corrigée
par une hétérogénéité du milieu matrice) par rapport au milieu fracture, la pression
dans le milieu matrice est assumée constante pendant le pas de temps résolu. Cette
hypothèse donne la direction du gradient de pression dans le milieu matrice et
l’échelle de description la plus appropriée dans ce cas semble être l’écart entre les
intersections du réseau de fractures.
Pour estimer les transferts intra-fracture, le gradient de pression est supposé
plus faible le long de l’intersection que dans la fracture elle-même, ce qui physi-
quement revient à postuler que l’endommagement à l’intersection entre 2 fractures,
isotropes et de conductivités distinctes, est plus grand que dans le plan des frac-
tures respectives. Il en résulte la présence de fortes discontinuités de conductivités
dans chaque plan, localement le long des intersections. Cette hypothèse permet
de calculer des cellules fractures quasi K-orthogonales bien adaptées aux schémas
numériques à deux points. Les volumes fractures étant faibles, les échanges en leur
sein sont instantanés par comparaison au problème étudié et aux écoulements dans
la matrice.
Le maillage est réalisé à une échelle intermédiaire entre la fracture et les mailles
homogénéisées d’un modèle réservoir. Ce calcul spécifique des transmissivités à
partir des seules intersections 3D entre fractures, combiné à une discrétisation
adaptative du milieu matrice en fonction de la densité du réseau de fractures
permet d’optimiser le nombre d’inconnus (Khvoenkova and Delorme, 2013b,a) :
la matrice est plus finement maillée proche des fractures. Le système simplifié
équivalent est construit en conservant la masse (donc les débits) et en approchant
géométriquement la distribution du champ de pression dans chacun des plans de
fractures. L’algorithme est constitué d’une suite de quatre étapes indépendantes

152
6.2 Discrétisation du continuum Fracture

(Figure 6.1.1) :
1. Calcul des intersections de fractures en 3D,
2. Détermination des amas de fractures connectées aux conditions aux limites :
détermination du squelette,
3. Maillage de chaque plan fini de fractures en fonction de la distribution spa-
tiale des hétérogénéités,
4. Maillage du milieu matrice et calcul des termes d’échange Matrice-Fracture
(+ Matrice-Matrice si besoin).
Une fois l’étape 2 réalisée, les autres sont indépendantes et peuvent donc être
parallélisées.

Figure 6.1.1 – Étapes principales de l’algorithme du Maillage 3D.

6.2 Discrétisation du continuum Fracture


Calcul des intersections et des amas de fractures
Les réseaux étudiés peuvent contenir plusieurs milliers (voire millions) de frac-
tures et le temps de recherche des réseaux connectés dépend du nombre de cal-
culs d’intersection entre fractures. L’algorithme classique consiste à tester tous les

153
Chapitre 6 Sweep Line Mesh 3D (SLM3D) : vers un maillage 3D minimal

Algorithme 6.1 Calcul de connexité par un algorithme d’union équilibré. L’arbre


du graphe proposé est inconnu au moment de le créer. On déclare un tableau
« forêt » de n éléments correspondant à chaque sommet. Le contenu de chaque
case i du tableau est le sommet j vers lequel pointe le sommet i : si c’est une
racine, i pointe vers lui-même ; sinon il pointe vers un autre sommet j différent de
i . La taille de chaque arbre est stockée dans un tableau taille de taille n de valeur
initiale 1. taille[i] correspond à la taille de l’amas (ou arbre) ayant pour racine i.
On vérifie ensuite que tous les sommets appartiennent finalement au même arbre
pour déterminer la taille de l’amas le plus grand auquel appartient chaque élément.
— Trouver la racine d’un élément (c’est à dire le numéro de l’élément le plus
petit appartenant au même amas que l’élément i) racine(i,forêt)
tant que (i != forêt[i])i:=forêt[i];
Retourner le résultat
(*retourne le résultat*)
— Mise à jour de l’arbre (union) lorsque 2 de ses éléments (i,j) s’intersectent :
union(i,j,forêt,taille)
— à l’état initial, chaque élément est une racine et chaque amas a une taille
1
{
r1=racine(i,forêt);
r2=racine(j,forêt);
si r1 != r2 (les éléments appartiennent à 2 amas distincts)
si taille[r1]<taille[r2]
forêt[r1] :=r2; ( r1 pointe vers r2)
taille[r2] :=taille[r2]+taille[r1]
sinon forêt[r2] :=r1 ( r2 pointe vers r1)
taille[r1] :=taille[r1]+taille[r2]
}

154
6.2 Discrétisation du continuum Fracture

couples deux à deux. Pour nbf ractures fractures il est d’un ordre nbf ractures ! calculs .
On adopte une méthode de recherche des intersections par zonation « Octree 3D »
pour accélérer cette procédure.

Figure 6.2.1 – Octree : définition de la racine, des feuilles, des nœuds et du rang.
Chaque nœud a 8 enfants en 3D. Une feuille est un élément ne
possédant pas d’enfants (le test d’arrêt est réalisé).

L’Octree est un arbre géométrique récursif constitué d’éléments parallélépipé-


diques que l’on subdivise en 8 parallélépipèdes isomorphes égaux (enfants) selon
un critère prédéfini (Figure 6.2.1). Les subdivisions terminales, les plus petites et
qui n’ont pas d’enfant, sont appelées feuilles. Dans notre cas, le critère de subdivi-
sion est lié au nombre de fractures RM contenues dans le parallélépipède. Chaque
feuille de l’octree est destinée à devenir un nœud matrice. Le nombre de subdivi-
sions nécessaire pour obtenir une feuille est la profondeur de l’arbre. La structure
des données en arbres (Quadtree en 2D, Octree en 3D) est attractive pour deux
raisons : le même algorithme s’applique en 2D et 3D et le partitionnement final de
l’espace contient un faible nombre, contrôlé, de blocs matrice.
Les fractures sont donc immergées dans une boite englobante 3D régulière puis
rangées dans l’octree équilibré si la fracture touche une feuille de ce dernier. Seules
les fractures appartenant à une même feuille étant susceptibles de s’intersecter, le
nombre de calculs est réduit à h NM RM où NM est le nombre de nœuds matrice et
RM est le critère de raffinement de l’arbre (nombre maximal de fracture contenues
dans une feuille de l’Octree).
L’algorithme d’intersection (6.2) est classiquement employé en géométrie algo-
rithmique. Le calcul des intersections (algorithme 6.3) est effectué en 3D et dans un
repère global, ce qui permet de ne le faire qu’une fois pour un couple de fracture.
On se donne ainsi une précision géométrique plus uniforme sur le réseau, fixée à
ε = 10−6 hlF i où hlF i est la moyenne des tailles caractéristiques de fractures du
réseau (racine carrée de leur surface). Chaque intersection trouvée permet en une
opération de mettre à jour l’arbre de connectivité du réseau. Le réseau utile de frac-
tures, ensemble des fractures reliées à une condition aux limites (qui peuvent être

155
Chapitre 6 Sweep Line Mesh 3D (SLM3D) : vers un maillage 3D minimal

les puits ou un plan fini) est ensuite facilement identifié à l’aide d’un algorithme
d’unions équilibré (6.1) .

Algorithme 6.2 Algorithme de construction de l’octree équilibré, utilisé à la fois


pour le calcul des intersections et pour le maillage du milieu matrice.
Les critères de raffinement suivants sont imposés :
• Tant que le nombre maximal de fractures par feuille (fixé pour limiter le nombre
de transmissivités matrice/fracture dans chaque nœud Matrice) n’est pas atteint,
l’octant est subdivisé.
• Le nombre de subdivisions (ou, autrement dit, la profondeur de l’octree) est li-
mité à cause du nombre final maximum de nœuds matrice, la profondeur maximale
est 10 et correspond à 810 = [Link] mailles.
• la différence de niveaux dans l’arbre entre deux octants voisins ne peut pas
dépasser 1 pour assurer la consistance du schéma numérique.

Étapes de discrétisation
Pour chaque fracture du réseau utile, les termes d’échanges sont approximés
à l’aide d’un calcul de Voronoï de segment autour des intersections dans le plan
de chaque fracture, le maillage recherché se veut être K-Orthogonal, ce qui a un
grand intérêt pour les simulations (Merland et al., 2014) tout comme le fait que les
cellules unitaires du diagramme de Voronoï soient convexes (intérêt géométrique
cette fois) :
1. Les traces des fractures sécantes sont calculées sur chaque plan de fracture.
2. Un maillage Voronoï est construit à partir de ces traces.
3. Un nœud fracture au moins est affecté aux traces d’intersection.
4. Les volumes de fracture, les surfaces d’échange et les transmissivités entre
fractures à affecter aux nœuds sont estimés grâce au maillage Voronoï 2D
dans chaque plan de fracture.
La forme et la structure du diagramme de Voronoï de segments sont plus complexes
que pour un ensemble de points. Dans le cas du diagramme de Voronoï d’un
ensemble de points, les arêtes sont des segments de droites, des demi-droites ou
des droites. Il n’en est plus ainsi pour le diagramme de Voronoï de segments :
les arêtes peuvent également être des arcs de parabole. Le maillage Voronoï 2D
calculé ici est, pour des raisons de complexité, une approximation du Voronoï de
segments. Les points appelés "points de Voronoï" sont des points intermédiaires
temporairement insérés dans chaque plan de fracture. Ces points sont utilisés dans
le calcul des transmissivités pour approximer le gradient. La mémoire utilisée pour
les stocker peut être libérée dès que l’intersection est traitée (dans chaque fracture
passant par l’intersection).

156
6.2 Discrétisation du continuum Fracture

Algorithme 6.3 Algorithme d’intersection et/ou de troncationd’un polygone


convexe plan dans un volume 3D

Soit P un polygone convexe ayant n sommets P i.


Soit (P1 ; ...; Pn )le contour direct de P et de barycentre C.
On cherche à quel secteur angulaire le point M appartient
procédure Secteur-angulaire:
si M est entre Pn et P1 alors termine
sinon i := 1; j := n; tant que j > i + 1
faire k := (i + j)div2;
si z est entre Pi et Pk alors j := k
sinon i := k
On définit ensuite un côté positif (vers l’intérieur du polygone)
pour
−−→ le segment
− Pi Pi+1 , le signe du produit des produits scalaires scalaire
−→ 
Pi M , n~i Pi C, n~i permet de dire si M est intérieur ou extérieur à P.

Algorithme 6.4 Intersection de polygones Si 2 polygones plans (non coplanaires)


s’intersectent, c’est selon une droite de vecteur directeur ~u, alors on applique 2
fois (dans chaque polygone respectif) l’algorithme de (Sutherland and Hodgman,
1974) pour déterminer l’intersection entre les polygones :
Soient deux sommets successifs M1 et M2 ,
#Si M1 et M2 sont tous deux à l’intérieur :
M2 est ajouté à la liste de sommets constituant
le nouveau polygone tronqué.
#Si M1 est à l’intérieur,M2 à l’extérieur :
le point d’intersection I entre le segment [M1 M2 ]
et le doublet Pi Pi+1 du secteur angulaire auquel appartient
M2 est ajouté à la liste de sommets du polygone tronqué
#Si M1 est à l’extérieur,M2 à l’intérieur :
M2 et I sont ajoutés à la liste des sommets du polygone tronqué.

157
Chapitre 6 Sweep Line Mesh 3D (SLM3D) : vers un maillage 3D minimal

Volumes de contrôle
Chaque segment d’intersection dans le plan de fracture est au moins discrétisé
par 2 points de Voronoï à chacune de ses extrémités (?). Pour les cas plus complexes
(segments trop proches ou segments qui se croisent), on raffine cette discrétisation
intermédiaire en appliquant le théorème des "Kissing disks" de Koëbe-Andreev-
Thurston (Borouchaki et al., 1997). Ainsi, tout cercle ayant pour diamètre 2 points
intermédiaires de Voronoï appartenant au même segment ne doit pas contenir un
autre point de Voronoï du plan (Figure 6.2.2). Dans le cas contraire, on continue le
raffinement en ajoutant un point intermédiaire par projection du point entre les 2
points consécutifs jusqu’à atteindre la précision géométrique souhaitée. Les points
intermédiaires ne doivent pas se trouver à une intersection entre segments. Dans
ce dernier cas, 2 points appartenant au même cercle de centre l’intersection sont
placés sur chacun des segments à la distance a.

Figure 6.2.2 – Exemple de discrétisation des segments en nœuds pour appro-


cher un Voronoï de segments 2D dans chaque plan de fracture :
un noeud est créé au centre de chaque trace d’intersection. Si 2
traces s’intersectent, un nœud est créé de part et d’autre de chaque
portion.

L’algorithme de Fortune (1987); Beauquier et al. (2005), réputé et démontré


comme optimal, permet ensuite de calculer le diagramme de Voronoï de l’ensemble
de ces points dans le plan (Figure 6.2.4). Par construction et puisque l’étape de
calcul des intersections était 3D, chaque intersection est discrétisée de la même
manière (les points de Voronoi sont persistants) dans l’ensemble des fractures aux-
quelles elle appartient et le maillage fracture est donc conforme. Une fois que le
maillage Voronoï de chaque plan de fracture est construit, on peut calculer les
termes d’échange entre les points de Voronoï destinés à devenir des volumes de
contrôle.

158
6.2 Discrétisation du continuum Fracture

Algorithme 6.5 L’algorithme de Fortune (1987) permet le calcul d’un diagramme


de Voronoï plan à l’aide d’une ligne de balayage. L’idée générale consiste à balayer
le plan contenant les points du diagramme de gauche à droite avec une ligne verti-
cale ; on construit le diagramme de Voronoï progressivement selon les configuration
rencontrées. L’astuce de Fortune est de considérer un front parabolique et une qua-
trième dimension (en plus de x, y, t) pour représenter l’avancée d’un processus de
diffusion le long d’un plan. 2 types d’événements p, attachés à des arcs de parabole,
sont contenus dans une file ordonnée : les événements de type site sont les points
initiaux correspondant à l’arrivée de la ligne de balayage et les événements de
type cercle sont les sommets du diagramme où trois arcs de parabole s’intersectent
en un point anguleux (De manière équivalente, on parle d’un cercle de Delaunay
contenant 3 sites au moins).
Insérer les événements sites dans la file (au début l’ensemble ordonné des points
de Voronoï) ;
tant que la file n’est pas vide
extraire un événement p ;
si l’événement est un site, alors
créer un nouvel arc parabolique, et une arête de Voronoï ;
désactiver les événements cercle obsolètes ;
insérer les événements cercle ;
si l’événement est un cercle, alors
supprimer l’arc parabolique,
créer un sommet de Voronoï ;
désactiver les événements cercle obsolètes ;
insérer les événements cercle ;

159
Chapitre 6 Sweep Line Mesh 3D (SLM3D) : vers un maillage 3D minimal

(a) 4 fractures s’intersectent dans le plan d’une fractures


F. a) Un point intermédiaire (étoile bleue) est placé à
chaque extrémité n’étant pas une intersection, b) là
où les traces s’intersectent un point intermédiaire est
positionné à équidistance de l’intersection sur cha-
cune des traces (étoile orange).

(b) Tant que l’un des points intermédiaires appartient à un cercle de diamètre 2 des
points intermédiaires consécutifs appartenant à une trace, un nouveau point
est ajouté selon le théorème de Koebe configuration c2-d (cercle rouge).

Figure 6.2.3 – Mise en place des points intermédiaires de voronoï

Transmissivités Fracture-Fracture
Les termes d’échange entre les points de Voronoi sont calculés avec un schéma
à 2 points. Une fracture est supposée être un milieu conducteur, isotrope, caracté-
risé par une conductivité hydraulique c. Si la fracture est anisotrope (définie par
2 conductivités), un changement de variables sur les distances est envisageable
mais n’a pas été testé. Le gradient de pression varie linéairement par rapport à
la distance aux discontinuités (l’intersection est un terme source) et la grille est
quasi K-Orthogonale (les frontières théoriques d’un voronoi de segments sont des
paraboles approchées par une ligne brisée ici). Le problème est simplifié et revient
à exprimer des transmissivités 2D entre les nœuds d’un même plan (défini par
un polygone) de fracture. L’écoulement suit la loi de Darcy, une transmissivité
TF F ij entre 2 volumes de fracture voisins i et j de perméabilité KF et de frontière
commune ∂ΩFij connues est donc donnée par la formule suivante :
→ 

¨ 
TF F ij (PF i − PF j ) = KF . ∇PF .~nF ext dS (6.2.1)
∂ΩFij

Nous supposons que l’endommagement à l’intersection entre 2 fractures est plus




grand que dans le plan des fractures respectives. Le gradient de pression ∇PF est
ainsi plus faible le long de l’intersection. D’après l’équation 6.2.1, la transmissivité

160
6.2 Discrétisation du continuum Fracture

(a) L’algorithme de Fortune (1987) permet ensuite de calculer le diagramme


de Voronoï de l’ensemble de ces points dans le plan (contour noir) et ces
cellules sont fusionnées pour créer un nœud fracture sur chaque trace
de fracture. Dans le cas d’une intersection un nœud est créé de part et
d’autre de la trace (couleurs sur la figure).

(b) Les transmissivités (en bleu clair) sont


sommées pour les frontières communes à
chacun des nœuds selon la loi de conser-
vation de la masse

Figure 6.2.4 – Composition des mailles et calcul des volumes de contrôle dans
chaque fracture

161
Chapitre 6 Sweep Line Mesh 3D (SLM3D) : vers un maillage 3D minimal

Figure 6.2.5 – Calcul schématique des transmissivités entre deux segments d’in-
tersection (bleu foncé) appartenant à une même fracture. Si
un seul nœud par segment est finalement créé (Les cellules du
Maillage 3D sont jaune et bleu claire), les points intermédiaires de
Voronoi sont utilisés pour calculer les termes d’échange. Les trans-
missivités intermédiaires sont représentées par les flèches vertes
entre les points de Voronoï (rouges).

entre le volume i et son voisin j peut donc être déterminée par :


  SF ij
TF F ij = K F .~uij .~nF ext (6.2.2)
lij
où ~uij est la direction du gradient de pression entre les volumes d’influence le long
de la frontière, lij est la distance utilisée pour approximer le gradient de pression,
SF ij est la surface de la frontière F de normale ~nF ext entre les volumes i et j.
La particularité du maillage de Voronoi est d’être K-Orthogonal. Chaque cellule
du maillage de points de Voronoï est donc séparée de sa voisine par une surface
orthogonale à la ligne connectant les centres des cellules (médiatrice). En utilisant
la conductivité c (définie comme c = KF e où e est l’épaisseur géométrique dans
une formule de Poiseuille), on arrive à la formule :
LF ij eF LF ij
TF F ij = KF . =c (6.2.3)
lij lij

avec LF ij la longueur de la frontière entre les cellules et lij est la distance utilisée
pour approximer le gradient de pression.

L’idée initiale de définir un unique nœud par segment peut conduire à la créa-
tion de cellules non connexes, disjointes à l’intersection (6.2.6) lorsque 2 traces
s’intersectent (intersection multiple). Le meilleur algorithme trouvé pour remédier
à ce problème est de créer un nœud fracture pour chaque intersection (1 nœud

162
6.2 Discrétisation du continuum Fracture

Figure 6.2.6 – Configurations particulières : Si 2 traces de fractures s’intersectent


dans le plan d’une autre fracture (intersection triple), nous sommes
contraints de créer 2 nœuds fractures par trace pour éviter la créa-
tion de cellules non connexes.

au centre de chaque intersection, on garde l’information sur les coordonnées des


deux extrémités) et dans le cas d’une intersection multiple (3 fractures au moins
s’intersectent en un même point à la précision numérique prêt), on remplace le
nœud initial au centre du segment par 2 nœuds de part et d’autre du point d’in-
tersection. Ce prétraitement assure la connexité de toute maille fracture et permet
des échanges le long d’une intersection. En écrivant la conservation des flux entre 2
nœuds, la transmissivité entre deux nœuds fracture est calculée comme la somme
des transmissivités entre toutes les paires de cellules Voronoï appartenant à un
même nœud et ayant une face commune. En cas d’assemblage, le nœud Fracture
ne correspondant pas aux nœuds de Voronoï, nous effectuons une correction de
l’ensemble des transmissivités pour prendre en compte les modifications de dis-
tances dans les échanges de fluides. Cette modification dépend de la perméabilité
affectée à chaque intersection de fracture (par défaut la somme des conductivités).

Approximation du champ de pression au sein d’une fracture, comparaison à


des simulations plus fines :
Peu de modèles résolvant le même problème permettent de traiter des réseaux de
fractures aussi denses (quelques millions) et les techniques de simulation finement
maillées nécessitent des moyens informatiques importants en termes de mémoire
et de temps de calcul. Seuls les réseaux de fractures simples peuvent être utilisés
pour la comparaison ce qui a posé une difficulté pour valider notre méthode plus
macroscopique.

163
Chapitre 6 Sweep Line Mesh 3D (SLM3D) : vers un maillage 3D minimal

Nested approach

Les premières comparaisons réalisées concernent une simulation fine, développée


à l’aide d’éléments finis (Jarrige et al., 2011). Ce type de simulations est très
coûteux en 3D sur un réseau de fractures (Section 5.2 ). Le développement de cette
méthode n’a pas complètement abouti et pour cette raison, seule une validation
qualitative par des simulations 2D sur un plan comprenant quelques intersections
quelconques peut être présentée.

Figure 6.2.7 – Une fracture intersectée par 4 autres fractures, notations. Chaque
trace i d’intersection ∂ΩF,i a une longueur l∂ΩF,i et une normale
~n∂ΩF,i . Pour un problème unitaire, une trace a une pression impo-
sée à 1 et les autres à 0.

On suppose que la fracture F définie par l’ensemble des points de ΩF est in-
tersectée par nbF ractures autres fractures (Figure 6.2.7). Chaque intersection entre
une fracture ΩF et une fracture Ωj est notée ∂ΩFj et représente un segment de
longueur l∂ΩF,j dans le plan ΩF . Ces segments sont supposés disjoints (limite de la
méthode Nested). Ainsi dans le cadre du SLM3D cette configuration correspond
à un seul nœud par segment.
La pression PF i , imposée constante (égale à 0 ou 1) sur chaque segment d’in-
tersection i, est entièrement définie par sa fonction de base :
Ψj (y ⊂ ∂ΩFi,j ) = 1 et Ψ(y ⊂ ∂ΩFi,k6=j ) = 0. La fracture de conductivité cF i
et d’épaisseur hydraulique eF i est ainsi plongée dans un milieu imperméable, les
flux à sa frontière sont nuls. Sous ces hypothèses, le fluide arrivant du segment
∂ΩF i à la pression égale à 1 sort par les segments ∂ΩF k aux pressions égales à 0.
En résolvant les N problèmes unitaires (Équation 6.2.4) on peut estimer chacune
des transmissivités Ti,j entre les intersections i et j (Noetinger and Jarrige, 2012).
 
~ Fi =0




div k F i ∇P
PF i∂Ωij = δij Ψj (6.2.4)

~
=0

∇PF i .~n∂F i

164
6.3 Discrétisation du continuum Matrice

La transmissivité Ti,j entre le segment i à la pression égale à 1 et un autre


segment à la pression j est alors donnée par le flux traversant la frontière ∂ΩF ij de
normale ~n∂F j tout en connaissant la distance entre les voisins djvoisin :

cF i
ˆ
Tij = − ~ F j .~n∂F j dl
eF i ∇P
eF i ∂ΩF j
X △PF j
Tij = −cF i .~n∂F j dl (6.2.5)
∂ΩF j djvoisin

Cette comparaison de notre approche avec cette méthode a montré que l’ap-
proximation géométrique des isopressions par le maillage de Voronoï de segment
est raisonnable (Noetinger and Jarrige, 2012; Noetinger et al., 2011). Les valeurs
absolues des transmissivités n’ont quant à elles pas pu être validées avec cet outil :
la méthode « Nested » permet des échanges entre cellules non voisines ce qui n’est
pas le cas avec la méthode SLM3D. Dans le cadre du SLM3D, nous assumons par
la suite le calcul simplifié (géométriquement) des transmissivités pour résoudre le
système linéaire local associé à chaque fracture du réseau. Puisque la géométrie
d’une maille Fracture peut, même sur ces cas simples, très vite s’avérer lourde à
décrire, on calcule les informations nécessaires (surface – orientation- transmissivi-
tés intermédiaires) avant de libérer la mémoire. Pour tout maillage, un paramètre
critique existe pour contrôler la distance minimale entre les points d’un maillage
(i.e., l’arête de longueur minimale), ce critère est dans le modèle proposé relatif à la
longueur moyenne des fractures du réseau qui contrôle le pas de temps à employer
pendant la simulation d’écoulements.

6.3 Discrétisation du continuum Matrice


La structure octree permet de localiser de façon plus rapide des objets géo-
métriques dans l’espace en le structurant sous la forme de parallélépipèdes, nous
l’utilisons ici pour réaliser le maillage de la matrice de telle sorte qu’il soit plus fin
au voisinage des fractures.
Chaque feuille de l’octree (subdivision n’ayant pas d’«enfant») qui contient un
volume poreux de Matrice devient un nœud au sens du Maillage. De part sa nature
«équilibré d’ordre 1» chaque feuille (maille matrice) de l’octree est un parallélépi-
pède qui peut être décrit par un point minimal et un point maximal. Chacune de
ses faces échangeant avec :
— 0 maille Matrice si la maille se trouve à un bord,
— 1 maille Matrice si la maille voisine a la même profondeur ou une profondeur
plus petite dans l’arbre,

165
Chapitre 6 Sweep Line Mesh 3D (SLM3D) : vers un maillage 3D minimal

(a) Comparaison graphique des volumes de contrôle

(b) Comparaison quantitative des termes de transmissivité : la méthode « Nestead » permet


des échanges entre cellules non voisines ce qui n’est pas le cas avec la méthode SLM3D

Figure 6.2.8 – Comparaison des volumes de contrôle et termes de transmissivité


dans un plan de fracture entre une méthode finement maillée et la
méthode SLM3D

166
6.3 Discrétisation du continuum Matrice

(a) Vue 2D d’un partionnement de l’espace à l’aide de l’octree sur un réseau de linea-
ments (orange) où les intersections sont matérialisées par un point bleu. Chaque
point correspond à un noeud de fracture, l’octree est dans ce cas affiné tant que
2 noeuds sont présents dans une feuille (figure du milieu). Pour que le maillage
final de la matrice soit équilibré, des raffinements (grisâtres) sont nécessaires au
voisinage des mailles les plus fines (en rouge).

(b) Exemple 3D d’un maillage matrice régulier multi-échelles raffiné en fonction


de la densité locale des fractures. A gauche le réseau de fractures. Au centre
le maillage Matrice calculé en fonction de la densité de fractures : la zone
« bas gauche » où il y avait le plus de fractures est bien la plus raffinée. Dans
la partie haute en premier plan on voit l’effet d’équilibrage du maillage :
malgré l’absence de fracture la zone a été partiellement affinée. A droite la
représentation finale des deux milieux en interaction (fractures en rouge et
matrice en gris).

(c) Maillage à l’échelle du réservoir, les


épontes sont prises en compte pour les cal-
culs mécaniques, Exemple 3D de raffine-
ment en fonction de la densité de noeuds
fractures

167
Figure 6.3.1 – Visualisation du maillage matrice découpé par un procédé Octree
Chapitre 6 Sweep Line Mesh 3D (SLM3D) : vers un maillage 3D minimal

— 4 mailles Matrice si la maille voisine a une profondeur plus grande dans


l’arbre.

Transmissivité Matrice-Matrice
Dans un premier temps, pour le calcul des transmissivités matrice/matrice (né-
cessaires seulement si la perméabilité permet un échange de fluides non négli-
geables), nous utilisons la formulation simple milieu entre des mailles volumiques
voisines. On applique la formulation 6.3.1 selon les configurations (a), (b) rencon-
trées (figure 6.3.2).
  
△x1
(a) : 1
Tij
= 1
2△y2 △z2 K1
+ △x
K2 
2

△x2
(6.3.1)
(b) : 1
Tij
= 1
△y2 △z2 K1
+ △x
K2
2

K1,2 sont les perméabilités matrice dans la maille considérée et △x1,2 , △y1,2 ,
△z1,2 sont les tailles respectives de la grande et de la petite maille dans les directions
x,y,z.
Cette approximation (qui néglige l’impact des fractures sur la forme du champ de
pression dans la matrice) mérite d’être améliorée plus tard mais est du second ordre
lorsque la matrice est suffisamment perméable ou très partiellement fracturée.

Figure 6.3.2 – Exemple en coupe 2D des 2 configurations possibles d’échanges


Matrice-Matrice : (a) échange par un quart de face, (b) échange
avec une maille de même taille

Le volume peut être traversé par 0 à nbF racM atM ax Fractures et par 0 à nbpuits
Puits. La structure Octree n’étant plus utilisée après le calcul des transmissivités,
seule la géométrie de chaque maille est sauvegardée. Le maillage ne contient pas
forcément autant de nœuds matrice que de nœuds fracture : un nœud fracture
peut échanger avec plusieurs nœuds matrice tout comme un nœud matrice peut
échanger avec plusieurs nœuds fracture.

Transmissivité Matrice-Fracture
Bien approximer le gradient de pression dans l’espace matrice au voisinage de
chacune des fractures nécessite de bien évaluer les surfaces d’échange et d’adopter

168
6.3 Discrétisation du continuum Matrice

(a) une cellule matrice contient plu- (b) une fracture traverse deux cellules
sieurs nœuds fracture matrice

Figure 6.3.3 – Exemple de configurations possibles pour le calcul d’échanges


Matrice-Fracture

une échelle adaptée au processus simulé pour choisir la taille du volume de contrôle
des mailles matrice. Nous souhaitons éviter de mailler le milieu matrice et assumons
des isopressions dans le milieu matrice parallèles à la surface des fractures. Un
algorithme de tirage de points est employé à cet effet et nous permet de calculer
des fonctions volumiques de répartition du milieu matrice en fonction de la distance
à la plus proche fracture. Il résulte de cet algorithme (paragraphe 6.3, figure 6.3.4)
autant de fonctions densité (distance) que de nœuds fracture dans une maille.
Pendant un faible intervalle de temps, la pression dans le milieu fracture varie
peu en espace, elle est approximée au premier ordre par sa pression moyenne au
voisinage du bloc matrice. En supposant que le champ de pressions dans la matrice
−−→
PM (F M ) varie linéairement en fonction de la distance minimale par rapport à la
fracture et la perméabilité matrice K̄ ¯
M j (ce qui n’est vrai que lorsque le régime
pseudo permanent est établi), la formule de Taylor donne :
−−→ −−→
PM (F M ) = PF + ∇PM (F M ).lF M −
n→
F

et permet d’écrire
´ ¯ .∇P.~
~ nF dS ¯ .~n
∂ΩF i
K̄ Mj 2SM jF iK̄ Mj F
TMj Fi = ≈ (6.3.2)
PF i − P M j hlF M iΩM
j

où hlF M iΩM est la distance moyenne par rapport au nœud fracture i sur le volume
j

169
Chapitre 6 Sweep Line Mesh 3D (SLM3D) : vers un maillage 3D minimal

de contrôle dans le milieu matrice ΩMj calculée par le tirage de points 3D. Quelle
que soit la taille du bloc matriciel, la distance moyenne au milieu fracture est donc
actuellement utilisée. Ceci peut poser des problèmes pour capturer les phénomènes
transitoires ou les changements de phases dans un problème multi-phasique de ré-
servoirs peu perméables par exemple. A terme on imagine donc décrire la liaison
nœud matricej / nœud fracture i par une fonction de proximité (Pruess, 1992).
Cette formulation nécessiterait plus de nœuds matrice mais le nombre de transmis-
sivités supplémentaires (éléments non nuls du système résolu) resterait raisonnable
puisque chaque volume imbriqué n’a que 2 voisins. Les travaux sur le sujet ne per-
mettent pas, à notre connaissance, de choisir le pas approprié pour discrétiser la
fonction de proximité et dériver ensuite les transmissivités. Quelques résultats ob-
tenus pour des réservoirs non conventionnels (Artus et al., 2014) tendent à montrer
qu’une fonction de proximité discrétisée en échelle log pour préserver des volumes
proches de la fracture serait la plus adaptée. Cette formulation fait l’objet d’une
thèse pour la caractérisation des milieux très peu perméables (Farah et al., 2014).

Calcul de la fonction de voisinage et des entrées nécessaires à une formulation de


type MINC

Dans chaque maille matrice (dont la taille dépend de la densité d’intersections de


fractures), on effectue un tirage de points du type Monte Carlo (les points peuvent
tout aussi bien être régulièrement répartis dans la maille matrice). Pour chacun
de ces points :
1. la distance à chaque plan fini de fractures inclus dans la maille est calculée,
2. le point est affecté au nœud fracture le plus proche et augmente ainsi le
volume de contrôle de matrice associée
Dans le cas des écoulements double milieu (fractures + matrice), si aucune fracture
ne traverse la cellule matrice, la cellule matrice considérée n’alimente le réseau
des fractures que via l’échange matrice/matrice. Pour le simple milieu (fractures
seules), le volume de la cellule est ajouté à celui qui échange avec la fracture la
plus proche (via la fonction de volume associée à un nœud fracture).

6.4 Conditions aux limites, définitions des


transmissivités de liaison
6.4.1 Puits-Puits
Le puits est considéré comme un système très conducteur unidimensionnel su-
perposée sur le support. En conséquence, il peut être considéré comme une source

170
6.4 Conditions aux limites, définitions des transmissivités de liaison

(a) tirage de n points (pixels) dans le vo-(b) La distance entre chaque point et les
lume de contrôle Matrice fractures est estimée. Chaque point est
associé au noeuds fracture dont la por-
tion de fracture est la plus proche

(c) Les zones d’influence (volumes) sont(d) La distance moyenne à la fracture la


calculées pour chaque noeud fracture plus proche au sein de chaque zone
ni (égale au nombre de pixels dont le d’influence est facilement calculée à
noeud le plus proche est le noeud ni ). partir des points.

(e) Pour chaque zone d’influence, on peut (f) Finalement, un nœud matrice M
aussi exporter une fonction de proxi- (rouge) au moins échange avec le nœud
mité égale au volume cumulé de ma- fracture Fi (bleu) le plus proche. Pour
trice poreuse en fonction de la distance MINC, on inclut dans le modèle au-
à la fracture dans chaque zone d’in- tant de nœuds imbriqués V Ai, k que
fluence. souhaités (en proportion du volume as-
socié à chaque fonction de transfert).
A priori le nombre de noeuds choisis
doit permettre de prendre en compte
les échanges transitoires et les change-
ments de phase. Une discrétisation op-
timale n’est pas connue à ce jour mais
un échantillonage logarithmique du vo-
171
lume en fonction de la distance à la frac-
ture est le plus utilisé.

Figure 6.3.4 – Calcul de la fonction de voisinage dans une maille Octree (Matrice)
traversée par des fractures. L’implémentation actuelle utilise le
même algorithme mais seule la distance moyenne à la fracture est
utilisée.
Chapitre 6 Sweep Line Mesh 3D (SLM3D) : vers un maillage 3D minimal

linéaire dans le milieu poreux fracturé, décomposée en plusieurs parties élémen-


taires correspondant aux intersections avec la surface de la grille et les éléments de
volume. Les nœuds qui le représentent sont positionnés à chaque point de change-
ment de trajectoire ainsi qu’à chaque intersection avec des fractures. Sur les plans
de fractures ces nœuds sont traités comme des intersections avec d’autres fractures
(le segment d’intersection est un unique point) et les fractures, très conductrices
directement connectées au puits participent pleinement à l’effet capacitif du puits.
Les écoulements d’un fluide de viscosité µ dans le puits sont supposés suivre une
loi de type Poiseuille dans un cylindre, le profil de vitesse v(r) prend la forme sui-
vante (s correspond à l’abscisse curviligne le long de l’axe de la portion du puits
dans un repère cylindrique) : ,

r2
!
Rw dp
v(r) = . 1− 2 (6.4.1)
4µ ds Rw
avec Rw le rayon du puits. En intégrant cette formule sur la surface de la section
du puits, on obtient une formule analogue à une transmissivité Twj wi pour 2 nœuds
puits distants de lij :

πRw2
Twj wi = (6.4.2)
8lij
Les termes sources dus au puits sont simplement ajoutés aux équations de bilan
pour les volumes de contrôle concernés.

6.4.2 Puits-Milieux
Pour les échanges puits/milieux, on applique la méthode standard (Peaceman
et al., 1983; Ding, 1995) qui exprime les transmissivités entre le nœud au puits et les
nœuds voisins dans le milieu correspondant dans le cadre d’un écoulement radial.
En terme de discrétisation dans le milieu fracture, le nœud puits est un point,
c’est-à-dire, un segment de longueur nulle. Pour prendre en compte un écoulement
de type radial autour du puits on corrige les transmissivités dans les 2 milieux :
 2T
T =  dFFi FWj 
 Fj Wi

 j i
ln

Rw
2T Mi Mj
(6.4.3)
TMj Wi =

  dM 
 W
j i
ln Rw

TFi Fj est la transmissivité fracture-fracture calculée avec le maillage de voronoi


en supposant que le puits a une trace de longueur nulle dans la fracture traversée.
Il convient de noter qu’un pré-requis est de connaître l’intersection Puits-Fracture
avant de faire le Voronoï. Dans le cadre d’une étude pour un nouveau puits, ce

172
6.5 Éléments de performance, Qualité du maillage - Validation

point peut être inséré à condition de recalculer les transmissivités dans les fractures
intersectées par le puits.

6.5 Éléments de performance, Qualité du maillage -


Validation
Plusieurs tests unitaires ont été construits afin de mettre au point l’algorithme
proposé. Les cas synthétiques de validation ont permis de déterminer et de contour-
ner certaines limites d’application en modifiant l’algorithme. Les tests de perfor-
mances ont été menés afin de confronter la nouvelle méthode à la méthode Sarda
et al. (2002) déjà existante. La difficulté principale est l’absence de cas de valida-
tion « métier » :
1. Les données expérimentales comportent beaucoup trop d’incertitudes et sont
peu utilisables.
2. Les simulations fines sont si coûteuses qu’il est nécessaire d’appliquer des
méthodes et des hypothèses dédiées afin de simplifier le problème, poussant
ainsi l’ingénieur à se détourner de son objectif initial.
3. Les solutions analytiques ne sont disponibles que pour les géométries et pro-
priétés hydrodynamiques relativement simples et n’apportent donc pas d’in-
formation supplémentaire pour les cas complexes.
La validation a donc été réalisée séquentiellement.

6.5.1 Elements qualitatifs concernant la discrétisation SLM3D


Qualité - Optimalité - mémoire
S’il est très difficile de construire des cas comparatifs pour estimer la qualité des
méthodes numériques : le problème de qualité et d’optimalité est souvent lié à la
solution calculée, nous mentionnons De Dreuzy et al. (2013) qui propose des cas
comparatifs sur des DFNs. Nous envisageons de les utiliser dans les perspectives
même si ces cas restent dans un cadre géométrique simplifié. Dans les présents
travaux, nous considérons que l’optimalité est atteinte si la taille du maillage est
minimale et assure ainsi un coût minimal pour le calcul de la solution. Les coûts
et quelques exemples de performance temps de calculs sont détaillés dans le para-
graphe suivant.

Mémoire
Nous nous intéressons ici au nombre de degrés de liberté et aux informations
nécessaires à stocker pour effectuer une simulation d’écoulements avec la méthode

173
Chapitre 6 Sweep Line Mesh 3D (SLM3D) : vers un maillage 3D minimal

SLM3D :
— La géométrie de chaque fracture est stockée dans un vecteur de taille nombre
de fractures (nbF ractures ) comprenant les champs (normale (4 double), centre
(3 double), surface (un double), conductivité (un double), numéro de famille
(un entier)).
— Pour chaque intersection on crée un nœud au moins, reliés les uns aux
autres par une unique transmissivité, c’est l’avantage d’avoir un maillage
K-Orthogonal dans le milieu fractures. Ce nombre d’intersections nbI dans
le DFN peut être estimé à l’aide de l’indice d’interconnectivité IcDF N .
— Chaque nœud fracture et nœud matrice nécessite de stoquer une porosité
(un double), un centre (un double), et une liste de liens vers les voisins.
— Chacun des liens contient un pointeur vers les 2 nœuds connectés, une valeur
de transmissivité et éventuellement (quand c’est un lien Fracture/Fracture)
un pointeur vers la fracture à laquelle il appartient.
Ainsi, le coût mémoire est linéaire par rapport au nombre de fractures et dépend
linéairement aussi (via le nombre de liens) de la connectivité du réseau. Le nombre
de nœuds Matrice, quant à lui, dépend des propriétés pétrophysiques du milieu
(perméabilité, porosité...) et du système que nous souhaitons résoudre (pour cap-
turer les phénomènes transitoires par exemple ou pour simuler l’apparition de gaz
dans un système à 3 phases, il convient de bien décrire le champ de pressions en
discrétisant le milieu matrice avec des noeuds de faible volume). Moins de nœuds
possède le maillage, plus ce dernier est efficace en mémoire utilisée. Les volumes
fractures étant faibles et très conducteurs nous avons choisi de limiter au mieux le
nombre de nœuds fractures en les plaçant aux seules intersections.

Temps de calculs
Résoudre un problème de mise à l’échelle ou une simulation d’écoulements né-
cessite de discrétiser le milieu et d’inverser un système de N équations linéarisées
à chaque pas de temps. Les méthodes de résolutions sont multiples et l’objet de
cette thèse n’était pas de travailler sur la résolution de tels systèmes. Cependant
la performance de résolution dépend de la taille de la matrice et du nombre d’élé-
ments non nuls qui la constituent (figure 6.5.1). Pour comparer les méthodes, il
faut le faire sur des cas similaires (à DFN imposé par exemple), une simple com-
paraison en fonction du nombre de fractures n’est pas suffisante puisque selon la
connectivité, les temps de calculs varient.

174
6.5 Éléments de performance, Qualité du maillage - Validation

(a) Résultats présentant les temps moyens de discrétisation (temps maillage)


et de calcul de paramètres équivalents (temps calcul) sur un cas référencé
dans le chapitre 4 : cas 7701 le DFN est constitué d’une famille de fractures
carrées distribuée en 3D selon une loi de fisher de paramètre 20.

(b) Résultats présentant des temps de calcul moyen sur un seul processeur ca-
dencé à 3.6 GHz : Résolution du système (méthode LU) et discrétisation. cas
7712 le DFN est constitué de 2 familles de fractures (l’une carrée et l’autre
rectangulaire de rapport de forme 4) distribuées en 3D avec une différence
d’angle de 30°.

Table 6.1 – Exemples de temps de calcul et de discrétisation (temps maillage)


obtenus sur différents DFNs pour calculer des paramètres équivalents.
Le temps pour discrétiser le milieu dépend du nombre de fractures
(nbf ractures ) et de la taille de l’amas principal (T aille Amas M axi).
Plus la densité est élevée, plus le nombre de nœuds (nbnoeuds ) et de
transmissivités (nbtransmissivités ) augmentent.

175
Chapitre 6 Sweep Line Mesh 3D (SLM3D) : vers un maillage 3D minimal

(a) Temps de discrétisation et nombre de nœuds créés en fonction du nombre de


fractures sur les cas 7701 (le DFN est constitué d’une famille de fractures
carrées distribuée en 3D selon une loi de fisher de paramètre 20) et 7712 (DFN
constitué de 2 familles de fractures (l’une carrée et l’autre rectangulaire avec un
rapport de forme 4) distribuées en 3D avec un angle de 30° ). La configuration
géométrique influe sur les performances.

(b) Temps de simulation et nombre de transmissivités en fonction du nombre de


nœuds créés sur les cas 7701 (le DFN est constitué d’une famille de fractures
carrées distribuée en 3D selon une loi de fisher de paramètre 20) et 7712 (DFN
constitué de 2 familles de fractures (l’une carrée et l’autre rectangulaire avec
un rapport de forme 4) distribuées en 3D avec un angle de 30° ). La aussi, le
seul nombre de nœuds ne suffit pas pour estimer les performances.

Figure 6.5.1 – Variation des temps de calcul moyen sur un seul processeur ca-
176 dencé à 3.6 GHz : Résolution du système (méthode LU) et discré-
tisation, obtenus sur différents DFNs pour calculer des paramètres
équivalents
6.5 Éléments de performance, Qualité du maillage - Validation

6.5.2 Calcul du tenseur de perméabilités équivalentes et


validations
Solutions analytiques (Snow, 1969)
Afin de valider la discrétisation, les résultats de la mise à l’échelle utilisant le
maillage 3D sont d’abord confrontés avec des solutions analytiques. Pour des boites
à sucre, la perméabilité équivalente peut être calculée selon la formule analytique
(4.3.5) avec nbF racturesS le nombre de fractures de la famille s, nbf amilles le nombre
de familles, Ssi la surface d’une fracture de la famille s, csi sa conductivité :

nbf amilles nbF racturesS


1
Kinf = (6.5.1)
X X
Ssi csi .Nsi
Vcell s=1 i=1

Nsi = (I − −
n→ t−

si . nsi )

Si Lx, Ly et Lz sont les longueurs de la cellule occupée par 3 familles de fractures


de conductivités ci = Ki ∗ ei , i = x, y, z, en notant Nbi de nombre de fractures
d’ouverture ei et de perméabilité Ki de la famille orthogonale à l’axe i traversant
la cellule, on obtient la formule suivante pour la perméabilité équivalente :
KyNby KzNbz
Ly
+ Lz
0 0
KxNbx KzNbz
Kinf = 0 Lx
+ Lz
0 (6.5.2)
KxNbx KyN
0 Lx
+ Ly by 0
Le tenseur équivalent à deux ou trois valeurs propres non-nulles correspond
bien aux résultats théoriques et les directions principales d’écoulement sont les
directions des fractures présentes dans le réseau.

Lx Ly Lz Nbx Nby Nbz k1 k1 SLM 3D k2 k2 SLM 3D k3 k3 SLM 3D


200 200 200 4 4 4 4 4 4 4 4 4
100 100 200 4 4 4 6 5.94 6 5.92 8 8
100 200 300 0 4 0 2 1.8 0 0 2 2.09
100 200 300 2 4 0 2 1.99 2 1.96 4 4.05
100 200 300 2 4 1 2.33 2.32 2.33 2.26 4 4.04

Table 6.2 – Quelques résultats numériques pour le calcul de la perméabilité dans


le cas des boites à sucre. Lx, Ly et Lz sont les tailles du domaine
de simulation et Nbx , Nby et Nbz sont les nombres de fractures dans
la direction considérée. Les conductivités de toutes les fractures sont
fixées à 100 mD.m. ki est la solution analytique et ki SLM 3D

177
Chapitre 6 Sweep Line Mesh 3D (SLM3D) : vers un maillage 3D minimal

Comparaison avec les tenseurs de perméabilité obtenus sur un réseau peu


dense avec d’autres méthodes 3D plus fines
Cette comparaison a été effectuée en collaboration avec J.-R. de Dreuzy (Uni-
versité de Rennes 1) et André Fourno (IFPEN), nous les remercions. Les résultats
de mise à l’échelle ont été confrontés sur un réseau hétérogène de 32 fractures (le
nombre limité de fracture s’explique par la difficulté à mailler finement le réseau
de fractures avec les éléments finis et les pixels). Les conditions aux limites impo-
sées sont du type perméamètre pour les 3 cas et pression linéaire pour la méthode
« Smeared » et la méthode SLM3D. Pour les 2 calculs, les résultats obtenus avec la
méthode « Smeared », qui nécessite un maillage fin pour converger, sont présentés
en fonction du nombre de pixels utilisés. Cela permet d’illustrer la variabilité des
résultats numériques obtenus en fonction de la résolution du maillage.
Pour continuer la validation, et puisque seuls les tests de puits font intervenir les
termes d’accumulation nous avons comparé la solution numérique à une solution
analytique.

6.5.3 Validation avec des solutions analytiques connues pour


des réseaux réguliers de fractures (réseaux de type boites
à sucre) dans des tests de puits.
Le réseau test est constitué de 30 fractures entièrement traversantes, avec trois
familles orthogonales. La compressibilité du fluide est de 4.35E − 5 bar−1 et sa
viscosité est 10E − 8 bar.s−1 . La taille du domaine est de 200m dans chaque di-
rection, les flux sur les frontières sont nuls, le puits est vertical et se trouve au
centre du domaine. La surface de chaque fracture est donc de 40.000 m2 . On fixe
l’épaisseur à 0.0001 m. La matrice est supposée imperméable, le volume utile est
alors de 120 m3 . La pression initiale dans le réservoir est fixée à 100 bar. On fixe
la période de simulation à 5 heures : période de 2h30 de production avec un débit
de 87m3 heure−1 suivie d’une période de fermeture (build-up). Les formules ana-
lytique et numérique donnent les propriétés hydrauliques homogènes équivalentes
(Kh). La comparaison des courbes issues de deux modèles (Saphir et SLM3D),
présentée sur la figure 6.5.3 valide la discrétisation sans toutefois démontrer que
la taille des mailles matrices (adaptées à ce cas) l’est pour l’ensemble des configu-
rations rencontrées en milieux fracturés (notamment pour les réseaux proches de
la percolation). De même Bourdet (2002) relève que les signatures double milieu
sont très rares dans la pratique des analyses de puits réels.

178
6.5 Éléments de performance, Qualité du maillage - Validation

(a) Conditions perméamètre, la courbe montre que les 3 méthodes


convergent vers les mêmes ordres de grandeurs en augmentant le
nombre de nœuds dans la méthode "Smeared" pour atteindre la
convergence.

(b) Conditions Pressions linéaires, la courbe montre que les 2 méthodes


convergent vers les mêmes ordres de grandeurs en augmentant le
nombre de nœuds dans la méthode "Smeared".

(c) Champ de pression en régime permanent sur le Réseau de fractures

Figure 6.5.2 – Comparaison de perméabilités équivalentes simulées à l’aide179 de


3 méthodologies de maillage différentes Smeared (Fourno et al.,
2013), Mixte hybride (De Dreuzy et al., 2013) et SLM3D (Khvoen-
kova and Delorme, 2011) . Á titre informatif, le nombre de nœuds
utilisés dans le SLM3D est de 134, celui utilisé dans la méthode
mixte est de 5.104 à 5.105 et celui avec la méthode Smeared est de
2.105 à 2.106 nœuds. La géométrie du DFN est donnée annexe (C).
Chapitre 6 Sweep Line Mesh 3D (SLM3D) : vers un maillage 3D minimal

(a) pression [bara], de débit fond [STB/D] en fonction du temps [sec].


La pression

(b) Courbe Log-Log de dp et dp’ [bara] en fonction de dt [sec] et courbe


semi-Log de pression [bara] en fonction du temps [sec] .

Figure 6.5.3 – Comparaison des résultats obtenus avec la méthode SLM3D et une
solution analytique du logiciel Saphir, les paramètres équivalents
utilisés sont calculés avec la méthode SLM3D

180
6.6 Application - Évolutivité - Perspectives

6.6 Application - Évolutivité - Perspectives


On résout l’équation de conservation de la masse sur l’ensemble "réseau de frac-
tures - puits - Zone d’intérêt Matrice" en milieu isotherme. Les flux sont supposés
nuls aux bords du domaine de simulation et sont imposés au niveau des puits. Le
simulateur permet de comparer la réponse en pression mesurée au puits suite à
une sollicitation en débit et de suivre l’évolution du champ de pression à l’inté-
rieur du DFN (Figure 6.6.1a). La géométrie, représentée par un DFN, se veut plus
représentative du milieu environnant.

6.6.1 Tailles de bloc variables : intérêt de la représentation


DFN
Cinco-Ley et al. (1985); Belani (1988) envisagent notamment un milieu fissuré
avec des tailles de blocs multiples, ce qui est une introduction aux modèles triple
porosités : leur modèle comprend deux tailles de blocs régulièrement répartis dans
le réservoir selon une fonction de fréquence qui définit la probabilité de blocs d’une
taille donnée. Bourdet (2002) présente un schéma de 2 configurations conduisant
à des modèles triple porosité ainsi que la signature associée dans un diagramme
log-log de la dérivée adimentionnelle (Figure 6.6.2). D’autres configurations ont
été proposées lorsque la densité du réseau de fractures n’est pas uniforme dans le
réservoir. Ces solutions combinent (via la théorie de superposition) une réponse
double porosité avec double perméabilité à des configurations composites radiales.
Pour plus de précisions quant à ces modèles on se référera à (Bourdet, 2002). Cette
signature caractéristique a été mesurée dans beaucoup de carbonates et étudiée en
détail dans Corbett et al. (2012). Ces auteurs utilisent le modèle discret développé
par Geiger et al. (2004); Matthäi et al. (2007) mais n’ont pas réussi à reproduire le
comportement théorique. Nous présentons Figure 6.6.2 une simulation réalisée sur
un réseau de fractures synthétiques (2 familles orhogonales de longueur moyennes
respectives 50 m, de densité 0.1 m−1 générées selon un processus poissonien pour
leurs centres). La première stabilisation correspond bien approximativement au
KH du réseau de fractures estimé par ailleurs par une mise à l’échelle, suivi par
une décroissance (ce qui diverge du comportement théorique double milieu). Nous
l’interprêtons comme un effet triple porosité puisque la taille des blocs matrice
dans le réseau apparait assez contrastée (Figure 6.6.2). La représentation DFN,
qui honore les mesures géologiques et respecte la distribution des fractures dans
l’espace permettrait ainsi d’intégrer au modèle les propriétés apparentes hydrau-
liques du réseau de façon plus réaliste, chose que les modèles à géométrie uniforme
ne permettent pas.

181
Chapitre 6 Sweep Line Mesh 3D (SLM3D) : vers un maillage 3D minimal

(a) Évolution du champ de pression sur une réalisation statistique d’un réseau
de fractures aux propriétés homogènes pendant une production, la pression
décroit du rouge vers le bleu. On remarquera que bien que la densité de
fractures soit homogène, les blocs matrice ont une densité variable.

(b) Sensibilité à la porosité de Matrice φ pour un réseau de frac-


tures de 2 familles orthogonales à densité constante, le KH
interprêté correspondant à la stabilisation de la dérivée, ma-
térialisé par la droite noir est bien constant

Figure 6.6.1 – Simulation de tests de puits avec la méthode SLM3D (IFPEN and
Franlab, 2014)

182
6.6 Application - Évolutivité - Perspectives

(a) Représentation schématique de réservoirs (b) Signature théorique « en W » de réservoirs


triple porosité d’après (Bourdet, 2002) : triple porosité d’après (Bourdet, 2002).
Le réseau de fissure interagit avec deux Pour chaque groupe de blocs matrice on
groupes de blocs de la matrice définit un coefficient d’interporosité λi re-
latif à chaque taille.

(c) Représentation de type DFN (une (d) Signature triple porosité simulée nu-
seule couche comprenant 2 familles mériquement (obtenue avec la méthode
de fractures orthogonales, 16000 SLM3D IFPEN and Franlab (2014)) dans
fractures) d’un milieu à densité un diagramme log-log de la dérivée de
constante : les tailles de bloc ne sont pression : le KH interprêté correspond
pas constantes bien à celui estimé : Keq=20mD avec une
hauteur des fractures de 10m.

Figure 6.6.2 – Simulation du comportement triple porosité à l’aide d’un DFN

183
Chapitre 6 Sweep Line Mesh 3D (SLM3D) : vers un maillage 3D minimal

6.6.2 Vers un couplage géomécanique simplifié


La production des hydrocarbures de roches mères passe par un accroissement
de la capacité des puits à drainer en sécurité les formations compactes qui les
renferment. Les changements de pression causés par la production ou l’injection
dans un réservoir peuvent provoquer des déformations de roche. Les propriétés de
roches réservoirs, telles que la perméabilité et la compressibilité des pores sont en
effet sensibles aux variations de contraintes effectives causées par les variations
de la pression interstitielle. Cet effet géomécanique sur l’écoulement du fluide est
d’autant plus important dans les réservoirs fracturés en raison de la présence de
fractures qui sont en général plus sensibles aux contraintes mécaniques que la
matrice rocheuse.
Le procédé de « fracturation hydraulique » est une utilisation ciblée de ce phéno-
mène, généralement dans des formations géologiques peu perméables. On injecte,
sous très haute pression, un fluide destiné à fissurer et micro-fissurer la roche. Le
fluide peut être de l’eau, une boue ou un gel technique dont la viscosité a été ajus-
tée. Cette fracturation peut être pratiquée à proximité de la surface, ou à grande
profondeur (jusqu’à 4 km dans le cas de certains réservoirs non conventionnels),
et à partir de puits verticaux, inclinés ou horizontaux. Cette technique ancienne
(Halliburton 1947), inventée pour les gisements d’hydrocarbures conventionnels,
a connu un regain d’intérêt lorsqu’elle a pu être associée aux forages horizontaux
(1980). A ce jour, ce procédé apparaît comme la seule technique opérationnelle
pour faire des roches mères une ressource économiquement exploitable. Pour em-
pêcher que le réseau de fractures ne se referme pendant la chute de pression due à
la mise en production, le fluide est enrichi en agents de soutènement (proppants)
qui peuvent être des poudres de matériaux durs, principalement grains de sable
tamisé ou des microbilles de céramique. L’objectif est de remplir une zone frac-
turée la plus étendue possible pour qu’une fois en place ils constituent un milieu
suffisamment poreux qui permette la production et améliore la circulation. De plus
en plus souvent elle se déroule en plusieurs phases, répétées n fois (appelées stage)
sur un même puits :
1. Un puits est foré puits cimenté et perforé en intervalles réguliers, on initie
la fracture au niveau de ces perforations (le nombre et l’espacement de ces
perforations font l’objet de calculs d’optimisation)
2. La fracturation est initiée avec un fluide de faible viscosité (de manière à ne
pas perdre trop d’énergie via les forces de friction qui deviennent d’autant
plus importantes que le réseau s’agrandit)
3. Des fluides (ou gels) sont ensuite injectés dans le réseau pré-ouvert pour
éviter aux fractures de se refermer sous l’effet de la chute de pression pendant
l’exploitation.

184
6.6 Application - Évolutivité - Perspectives

La mise en œuvre de cette technique demeure parfois mal maîtrisée en raison de


l’hétérogénéité des réservoirs souvent peu ou mal caractérisée. Il en résulte un suc-
cès très variable des opérations de fracturation, avec une double conséquence : un
nombre d’opérations élevé d’une part (on fait jusqu’à 30 stages pour un puits d’un
kilomètre), et un durcissement des conditions appliquées à la formation en termes
de pression et propriétés de l’agent de fracturation, d’autre part. Par la réduction
du nombre d’opérations et des volumes injectés, une meilleure maîtrise de la tech-
nique de fracturation hydraulique permettrait à la fois de minimiser l’empreinte
environnementale des opérations et d’accroître la rentabilité économique des res-
sources de roches mères. A notre connaissance, les méthodes de simulation pour
prédire le développement du réseau de fractures font encore défaut (Warpinski
et al., 2004) et pour un réservoir donné, seule la microsismique permet de bien
suivre la création du réseau complexe de fracture.
Afin d’examiner la variation des propriétés du milieu fracturé pendant une in-
jection de liquide, nous avons intégré le comportement dynamique des fractures
à l’aide de modèles de déformation empiriques. L’ensemble de la méthodologie
a pour objectif de simuler en 3D l’ouverture des fractures sous sollicitation en
pression et les éventuels microséismes crées lors d’un stage de fracturation pour un
débit d’injection donné dans un réseau de fractures discret et déformable (DDFN).
Les résultats sont ensuite comparés quantitativement aux données microsismiques
et aux pressions mesurées le long des puits. 3 modèles ont été évalués, le mieux
adapté (Modèle plastique 3) est détaillé dans ce paragraphe tandis que les 2 autres
sont expliqués dans (Delorme, 2013) :
1. Modèle de rupture plastique 1 : Calcul d’un flash en pression pour rééquilibrer
le système si une déformation brutale s’est produite, la fracture rompt par
morceaux et l’onde de pression dans le fluide est locale.
2. Modèle de rupture plastique 2 : Calcul d’une compressibilité de nœuds équi-
valente (roche+fluide) pour diffuser dans tout le système le choc de pression
si une déformation brutale s’est produite. Création d’un événement micro-
sismique au nœud, la fracture rompt par morceaux.
3. Modèle de rupture plastique 3 : Calcul d’une compressibilité de nœuds équi-
valente (roche+fluide) pour diffuser dans tout le système le choc de pression
si une déformation brutale s’est produite. Création d’un événement micro-
sismique au niveau de l’ensemble de la fracture lorsque le critère de Mohr-
Coulomb est dépassé pour une hétérogénéité.

185
Chapitre 6 Sweep Line Mesh 3D (SLM3D) : vers un maillage 3D minimal

(a) La réponse en pression suite au débit injecté peut


être décomposée en 3 phases : une réponse élas-
tique (vert), une réponse plastique et un retour
à l’équilibre (débit nul).

(b) Zoom sur les 10 premières minutes, période in-


terprêtée comme élastique en vert. - pour t< 10
min , plus on injecte plus la pression mesurée au
puits augmente de façon régulière. C’est le com-
portement habituel en simulation de réservoir.

(c) Nuage microsismique, généralement détaillé en


temps et en attributs (amplitude et plausabilité
du microséisme)

Figure 6.6.3 – Données classiques : Pression au puits (rose), débit d’injection


186 (bleu) et nuage microsismique pendant un stage de fracturation
sur le puits Nesson41x36 dans les Bakken. Notons que dans Fraca-
Flow, les débits d’injection sont représentés de façon convention-
nelle par des valeurs négatives, l’amplitude augmentant donc vers
le bas sur les graphiques.
6.6 Application - Évolutivité - Perspectives

Données types, variation explicite de la compressibilité des fractures et


génération d’un nuage microsismique
Nous présentons Figure 6.6.3 l’évolution classique de la pression au puits pen-
dant un stage de fracturation. Le fluide est d’abord de l’eau injectée à forte pression
et cette phase est ensuite éventuellement suivie d’une injection d’additifs (gels vis-
queux, proppant) pour maintenir les fractures ouvertes. On note 2 comportements
distincts :
— pour t < 10 min , plus on injecte plus la pression mesurée au puits augmente
et cela de façon régulière. C’est le comportement habituel en simulation
de réservoir, notamment caractérisée par un comportement Débit/Pression
linéaire (ligne verte Figure 6.6.3b) que nous chercherons à reproduire avec
les propriétés initiales du réseau de fractures.
— pour 10 min < t < 125 min, la pression mesurée a un comportement chao-
tique. Elle suit par moments le comportement classique mais à certains temps
(10 min par exemple), on constate qu’une augmentation du débit injecté coin-
cide à une baisse ou à une stabilisation de la pression au puits. Ce phénomène
est interprêté comme une création de volume de fracture dans le réseau, fai-
sant suite à un dépassement de la limite à la rupture. Pour en rendre compte,
nous introduisons une variation significative d’épaisseur dans les fractures
dont la contrainte est en régime critique en accord avec le critère de Mohr
Coulomb. Cette variation, que l’on appellera variation plastique, doit être
suffisamment brutale pour être suivie d’une chute de pression du fluide dans
la zone du microséisme et être détectée au puits. Elle sera de plus supposée
partiellement irréversible : la roche est endommagée après la déformation,
de telle sorte que la fracture ne pourra plus totalement se refermer ou la fer-
meture des fractures est empêchée par l’injection de « proppants » (agents
injecté avec le fluide de fracturation).
Le modèle choisi veut donc que la roche encaissante soit élastique jusqu’à ce que
le critère de Mohr-Coulomb soit atteint localement : les fractures s’ouvrent et se
referment mais ne s’étendent pas. Quand le critère de Mohr-Coulomb est dépassé,
un microséisme est simulé, l’épaisseur varie de façon plus brutale (selon la loi de
rupture plastique) et ceci, de façon irréversible (l’épaisseur ne peut plus descendre
sous ce seuil). La contrainte diminue et la distance au critère de Mohr-Coulomb
aussi : l’épaisseur varie à nouveau de façon élastique. Le processus est répété
jusqu’à atteindre une épaisseur maximale. Avec ce schéma, il est tout à fait possible
de modéliser la naissance de fractures hydrauliques sur des plans pré-définis. Les
fractures hydrauliques (non pré-éxistantes) sont alors imposées dans le modèle avec
une épaisseur initiale nulle. Seul le passage du critère de Mohr-Coulomb permet
de les activer. L’onde de pression se propage ainsi de proche en proche dans le
réseau de fracture et les microséismes peuvent se produire plus loin du puits.

187
Chapitre 6 Sweep Line Mesh 3D (SLM3D) : vers un maillage 3D minimal

Une variation maximale d’ouverture pour les fractures du réseau est finalement
introduite afin de permettre l’avancée de la fracture et par la même l’expansion du
nuage microsismique. Cette dernère hypothèse est licite puisque lorsque la fracture
s’est beaucoup déformée, elle devient plus résistante à la contrainte.

Calcul de la distance signée des fractures au seuil de rupture de


Mohr-Coulomb et stockage pour rejouer l’historique
Les logs géomécaniques, l’orientation des fractures induites par le forage et les
données du World Stress Map donnent des informations qualitatives quant à l’état
de contrainte régionale proche des puits que l’on va fracturer. Le World Stress Map
est une compilation de plus de 20000 mesures de contraintes enregistrées depuis
2008. Libre d’accès, il est utilisé par les universités, l’industrie et le gouvernement
pour comprendre l’état de contrainte dans la croûte terrestre à l’échelle de la
planète et donne une bonne indication sur l’état actuel globale de contraintes dans
la zone exploitée.
Le critère de Mohr-Coulomb est sous-tendu par la notion de frottement. On
suppose que le cisaillement maximal que peut subir le matériau avant rupture est
d’autant plus grand que la contrainte normale de compression est élevée. La limite
admissible constitue une courbe intrinsèque dans le plan de Mohr.
A chaque pas de temps de simulation du test de puits, on calcule au point
souhaité la pression du fluide (si besoin interpolée au centre de la fracture) et
la distance signée au critère de Mohr-Coulomb correspondant à la fissure por-
tant le point. On définit ainsi les contraintes effectives subies par un élément de
fracture dont le fluide est à la pression P (supposée être la pression de pore) à
partir du tenseur de contraintes régional défini par ses 3 contraintes principales
σHmin , σHmax , σV et un azimuth ζ

= σHmin − P


σHmin



σHmax = σHmax − P (6.6.1)

σV′ = σV − P

par projection, on déduit ensuite les contraintes normales σn′ et de cisaillement


τ :


σ ′
n = σHmax

(sin(ζ)nx + cos(ζ)ny )2 + σHmin

(sin(ζ)ny − cos(ζ)nx )2 + σV′ n2z − P
q
τ = ′2
σHmax (sin(ζ)nx + cos(ζ)ny )2 + σHmin
′2
(sin(ζ)ny − cos(ζ)nx )2 + σV′ n2z − σn′2
(6.6.2)
A partir de l’Équation 6.6.2, de la cohésion et l’angle de f riction de la roche,

188
6.6 Application - Évolutivité - Perspectives

on calcule le critère de Mohr-Coulomb qui correspond à la formule suivante :

distM C(nx , ny , nz , P ) = τ − σn′ tan(f riction) − cohésion (6.6.3)

Quand le point est situé au dessus du critère (distM C < 0), on crée un mi-
croséisme synthétique avec une "magnitude" correspondant au volume de fracture
créé. On stockera, la position, le temps de l’événement et la "magnitude" de ce mi-
croséisme. Quand le point est situé en dessous de ce critère, la fracture est supposée
se déformer selon une loi élastique.

Modèle élastique de Sneddon (Sneddon, 1946)


C’est une relation analytique reliant la variation d’ouverture (a) de fissures à
la variation de pression de pore en son sein. De l’équation 6.6.4 (Sneddon, 1946)
qui relie le déplacement normal à une pression imposée d’une fracture supposée
circulaire de rayon rc dans un matériau de module de cisaillement υ et de module
de rigidité G déduits des log géomécaniques, de l’interprétation sismique et parfois
de certains essais mécaniques réalisés en laboratoire. Malheureusement, le com-
portement mécanique macroscopique dépend lui de la structure fracture+roche et
les paramètres effectifs sont très incertains et peu accessibles (mesuré via les logs
sonic).
s
2(1 − ν)
2
r

a(r) = P rc 1 − (6.6.4)
πG rc
En supposant que la contrainte au loin est invariante et uniforme sur cette échelle
de temps, on déduit la variation quasi-statique de l’épaisseur pendant un pas de
temps (couplage faible) :
s
2(1 − ν)
2
r

△an (r) = △P rc 1 − (6.6.5)
πG rc
qui intégrée entre 0 et rc pour estimer une variation moyenne donne :

(1 − ν)
h△ain = △P rc (6.6.6)
2πG
La variation de la transmissivité à chaque pas de temps est supposée directement
proportionnelle à h△ai3 . On applique en effet la relation cubique de Poiseuille
reliant la conductivité à l’épaisseur de fracture. Le terme de conductivité devient
plutôt un terme correctif de tortuosité.
Nos simulations, monophasiques, ont montré que la déformation à la rupture,
causée par des changements de contrainte effective, génère une baisse de la pression
en phase avec les mesures. Puisque le couplage employé est faible (la contrainte au

189
Chapitre 6 Sweep Line Mesh 3D (SLM3D) : vers un maillage 3D minimal

loin est supposée invariante), la mise en œuvre d’effets géomécaniques ne dégrade


pas les performances de calcul d’écoulements. La variation d’ouverture est prise en
compte explicitement dans la résolution du système d’écoulement : au pas de temps
suivant chaque nœud a un nouveau volume (calculé à partir de la compressibilité
corrigée de la variation de volume fracture) et une nouvelle transmissivité.

Paramètres irréversibles et lois constitutives


Au delà d’une certaine sollicitation, un matériau ne se déforme plus de façon ré-
versible : des déformations permanentes apparaissent. On qualifie ce comportement
de plasticité indépendante du temps s’il est indépendant de la vitesse à laquelle se
fait la déformation. Parmi ces déformations irréversibles on distingue également
celles pour lesquelles le matériau reste continu de celles qui, au contraire, corres-
pondent à des ruptures, c’est à dire à la création de discontinuités géométriques
(fissures, fractures, failles, ...).
Nous choisissons, dans un premier temps, de nous intéresser aux déformations
plastiques qui préservent la continuité des éléments : la fracture conserve sa géomé-
trie, seul un allongement transverse (dans son épaisseur) est permis. L’allongement
est supposé proportionnel à l’épaisseur de la fracture et au changement de pres-
sion. La transformation est supposée irréversible : la roche s’est réarrangée après
la déformation, de telle sorte que la fracture ne pourra plus se refermer en des-
sous d’un certain seuil. Pour rendre compte de ce réarrangement, la fracture ne
pourra pas dépasser un allongement maximal. Cette irréversibilité, calibrée par des
simulations, permet par la même de rendre compte de l’effet des agents de soutai-
nement quand la pression baisse dans le réservoir. La limite entre la phase élastique
et la phase plastique est supposée être donnée par le critère de Mohr-Coulomb.
Pendant la simulation, lorsque la sollicitation en pression fait que l’on dépasse le
critère, si l’épaisseur maximale (epM axChamps ) n’est pas atteinte, la fracture rompt
de manière plastique selon un paramètre (P av) défini par l’utilisateur :

(1 − ν)
h△ain = P av(aM axChamps − a)(Pn+1 − PM C ) + (PM C − Pn )rc (6.6.7)
2πG
Testé sur des réservoirs nord américains, ce modèle permet de reproduire les dif-
férentes tendances mesurées au puits et la forme du nuage microsismique (Delorme
et al., 2013a; Baroni et al., 2015) et semble donc bien adaptée à la modélisation
des phénomènes sous jacents. En particulier, une calibration des propriétés hy-
drauliques initiales des fractures naturelles ainsi que des propriétés mécaniques
apparentes du milieu effectif pendant le premier stage de fracturation hydraulique
sur le puits WolfCamp7H a permis de tester la prédictibilité du modèle pour les 30
stage suivants (Khvoenkova et al., 2015). Pour ce test, on conserve les mêmes pro-
priétés que celles utilisées lors de la simulation du stage 1 (loi de mélange pour la

190
6.6 Application - Évolutivité - Perspectives

(a) Simulation de l’évolution de la pression (et de la fré-


quence des événements microsismique) en fond de puits
(BHP) pendant un stage de fracturation sur le puits
entier, sans cimentation, l’objectif était de calibrer la
refermeture des fractures

(b) Calage combiné de l’extension du nuage microsismique simulé


avec les mesures : l’extension de la zone stimulée est bien simulée

Figure 6.6.4 – Exemple de résultat obtenu pour le puits Nesson 44X dans les
bakken (Delorme et al., 2013a), les données pour contraindre le
modèle ont été préalablement interprétées par d’autres auteurs.

191
Chapitre 6 Sweep Line Mesh 3D (SLM3D) : vers un maillage 3D minimal

viscosité apparente du proppant, conductivité et ouvertures initiales des fractures


non stimulées, conductivité, ouverture et pression de pore des fractures stimulées,
déviateur du champ de contraintes et propriétés mécaniques de la zone étudiée
(coefficient de poisson et module d’Young). Le modèle de fracture est stationnaire
sur cette zone (les logs n’ont pas indiqué de variabilité notable et le DFN varie
selon 3 Facies Fracturants en 3D). Seules les conditions d’injection ainsi que la
localisation des perforations sont changées.

Méthodologie
Pour être mise en œuvre la méthodologie intégrée développée dans cette thèse
nécessite plusieurs étapes rappelées ici :
1. Analyse des données statiques de réservoir et construction d’un modèle de
fractures : on recherche des attributs (géologiques et mécaniques) qui per-
mettraient de décrire le développement de la fracturation et la complexité
du réseau : pour inverser les paramètres de fractures hydrauliques on peut
utiliser l’indice d’inter-connectivité de façon qualitative (lorsqu’ils se déve-
loppent, les réseaux de fractures sont souvent proche du seuil de percolation
et les tailles ainsi que la forme du réseau dépendent des propriétés rhéolo-
giques du matériau. Si les données sont suffisamment abondantes, l’étude
de connectivité peut permettre de choisir si l’on effectuera une simulation
discrète (type DFN) ou si la représentation continue est suffisante.
2. Génération d’un DFN dont la position des fractures aux puits est contrainte
si les données le permettent : les fractures naturelles (diffuses et failles) sont
associées à des fractures hydrauliques (préalablement fermées), selon une
géométrie qui dépend des propriétés mécaniques des matériaux
3. Simulation d’un stage de fracturation ou d’un test de puits pour calibrer les
propriétés du modèle de fractures,
a) Extraction de l’historique de stimulation correspondant à la phase élas-
tique,
b) Calage des épaisseurs, conductivités et rigidités du DFN connecté aux
puits par rapport à la phase élastique,
c) Simulation du stage de fracturation dans son ensemble avec un modèle
plastique dépendant du tenseur de contraintes régional,
d) Calage au mieux de l’historique complet à l’aide de la variation relative
d’épaisseur lors d’un microséisme,
e) Comparaison et calage au mieux de la forme du nuage à l’aide de la
variation maximale d’épaisseur de fractures.

192
6.6 Application - Évolutivité - Perspectives

(a) Comparaison pression simulée et pression (b) L’extension du nuage simulée est proche
mesurée pendant le premier stage de frac- de la mesurée et le chevauchement (inté-
turation. Ce stage se décompose d’une raction) entre le stage 1 et le stage 2 est
phase d’injection d’eau suivie par l’addi- également correctement représentée.
tion d’un additif. Limités aux simulations
monophasiques, nous avons été contraints
de déterminer (en plus des paramètres in-
certains), une viscosité apparente déduite
d’une loi de mélange proportionnelle aux
quantités cumulées de liquide injecté.

(c) (a) Prédiction de la pression au puits comparée à la pression mesurée et (b) zone stimulée
après 2 stages de fracturation.

Figure 6.6.5 – Résultats obtenus (non publiés à ce jour ) pour un test de « pré-
dictibilité » du modèle. Le stage 2 a été simulé avec les propriétés
calibrées sur les mesures du stage 1 puis comparé aux mesures du
stage 2,
193
Chapitre 6 Sweep Line Mesh 3D (SLM3D) : vers un maillage 3D minimal

4. Généralisation à l’ensemble du puits puis du réservoir pour déduire les vo-


lumes stimulés en place,
5. Simulation des processus réservoirs, multiphasiques, sur le même modèle dis-
cret ou passage à l’échelle supérieure si les conditions le permettent.

Figure 6.6.6 – Workflow de caractérisation, intégré dans le logiciel FracaFlow

6.7 Conclusion
Nous avons proposé dans ce chapitre, une méthode de discrétisation, qui tout
en respectant les propriétés topologiques et métriques des réseaux, offre une voie
de simplification pour les schémas numériques et rend de ce fait les simulations
potentiellement plus rapides avec un coût en précision assez limité. L’erreur de
simplification commise, mériterait d’être plus largement investiguée et mesurée.
Certains des points décrits ci-dessus sont déjà des projets en cours, d’autres relèvent
plutôt de perspectives à moyen terme.
La méthode proposée est une avancée du point de vue de la représentation d’un
espace fracturé discret puisqu’elle permet de s’abstenir de l’étape fastidieuse de

194
6.7 Conclusion

construction d’un maillage à l’échelle fine par le calcul de fonctions de transferts


matrice fractures et fracture-fracture. On utilise cependant des hypothèses assez
fortes qui, en l’absence de solutions expérimentales n’ont pu être validées que
partiellement via des solutions de référence finement maillées. Pour que la méthode
soit possible nous devons disposer des informations suivantes :
— Les dimensions du réservoir,
— Les propriétés du fluide simulé,
— Le réseau de fractures décrit de façon géométrique,
— La trajectoire des puits,
— Un maillage structuré pour le domaine de la matrice comprenant les infor-
mations 3D de porosité, perméabilité, compressibilité et saturations initiales,
— L’ouverture et la perméabilité des fractures. Si ces informations ne sont pas
disponibles, elles peuvent être inversées.
On peut alors simuler assez fidèlement l’hétérogénéité du milieu à ses trois niveaux :
la forte variation de perméabilité entre la matrice et les fractures, la multidirec-
tionnalité, la diversité des tailles et la chenalisation à l’échelle du réservoir. La
discrétisation adoptée permet de calculer les écoulements à une échelle bien su-
périeure à celle de la fracture, en 3D, et fournit les données requises à tout type
de simulateur de réservoir volumes finis. La mise au point de cette méthode a
demandé le développement de différents algorithmes géométriques efficaces ainsi
qu’une structure de données adéquate. Le partitionnement du milieu matrice sous
la forme d’un Octree répond à ces exigences et permet d’extraire un maillage
3D dans des temps très raisonnables sur des modèles 3D complexes comprenant
plusieurs centaines de miliers de fractures. Elle permet « une utilisation plus effi-
cace, répétitive et variée, telle que l’exige une étude de sensibilité aux paramètres
hydrauliques... » Perez (2012).
Les avantages de cette nouvelle technique sont :
1. Une grande flexibilité pour la représentation précise de géométries com-
plexes : la fracturation diffuse ainsi que les failles peuvent être décrites,
2. Des algorithmes géométriques efficaces et une structure de données adaptée
qui rend possible la modélisation de larges modèles 3D contenant de nom-
breuses fractures grâce à un coût mémoire optimisé (jusqu’à 1 Million sur un
ordinateur de bureau),
3. Une compatibilité avec l’ensemble des représentations actuellement dispo-
nibles dans les logiciels de modélisation,
L’efficacité de la méthode développée nécessite toutefois des approximations rap-
pelées ici :
1. Conductivité uniforme dans chaque fracture (il faudrait utiliser un voronoi
pondéré pour tenir compte des aspérités au sein de la fracture ou appliquer
un masque auto-affine pour éventuellement corriger les transmissivités)

195
Chapitre 6 Sweep Line Mesh 3D (SLM3D) : vers un maillage 3D minimal

2. Pendant un pas de temps, la pression est supposée quasi-constante en espace


dans un volume de contrôle de fractures comparée à la variation de pression
spatiale dans le volume de contrôle matrice dans lequel il est plongé,
D’un point de vue numérique, il est certainement possible d’optimiser la taille
des mailles matrices à l’aide de la fonction de volumes calculée pour les échanges
Matrice-Fracture. Ainsi, si les temps de relaxation dans le milieu Matrice le per-
mettent (perméabilité pas trop faible), on peut facilement imaginer réduire le
nombre d’inconnus Matrice en adoptant une approche du type MINC. Les échanges
entre deux mailles matrice, dont au moins l’une est recoupée par une fracture, ne
sont en effet pas affectés par la présence de la fracture. Un traitement spécifique,
proposé en perspectives mais non testé, devrait être adopté pour traiter ce cas ou
le gradient de pression est mal approximé. Une autre voie d’amélioration, puisque
dans le processus de simulation ces dernières doivent être répétées de façon in-
tensive, serait de paralléliser le solveur. Ces aspects n’ont pas encore été explorés
et nous préfèrerons certainement d’abord appliquer la méthode proposée par Fla-
herty et al. (1997)qui suggère un pas de temps variable dans l’espace selon la taille
de chacun des volumes de contrôle. Cette méthode étant spécifiquement adaptée
à notre sturcture de données.
Les études de cas présentées dans cette partie démontrent l’applicabilité, la ro-
bustesse et l’efficacité de l’approche SLM3D pour modéliser l’écoulement du fluide
dans les milieux poreux densément fracturés. Nous parvenons à simuler les écou-
lements sur des zones contenant quelques centaines de milliers de fractures en
quelques heures de calculs sur un ordinateur de bureau. Les travaux à venir visent
à continuer à améliorer le prototype en l’utilisant sur une série de modèles géolo-
giques représentatifs dans le cadre du consortium TightFlow. Nous souhaitons y
étendre la formulation pour des modèles à porosité multiples, à l’échelle des par-
celles non-conventionnelles, éventuellement avec un couplage mécanique fort, du
type éléments frontière (Baroni et al., 2015; McClure, 2013), si les performances
calculatoires ne s’avèrent pas trop impactées. Par ailleurs, la détermination des
paramètres équivalents (perméabilités de matrice, fractures et facteur de forme)
constitue un point délicat qui peut mener à des résultats erronés en simulation de
réservoir. Nos premiers tests de simulation des phénomènes multi-phasiques sur
le maillage SLM3D ont donné des résultats très encourageants :. Nous espérons
donc à terme, pouvoir nous passer de l’ultime changement d’échelle vers les mo-
dèles actuels de simulation de réservoir en simulant directement les écoulements
de réservoir sur notre maillage discret de DDFN.

Positionnement
❏ Les modèles multi-milieux sont efficaces et permettent :

196
6.7 Conclusion

— de modéliser des phénomènes physiques complexes avec précision,


— une investigations détaillée des régimes d’écoulement transitoire et
permanents ainsi que de l’influence des intersections des puits avec le
réseau de fractures.

Contributions
❏ Mise au point d’un schéma semi-analytique pour discrétiser le continuum
fracture : la structure géométrique du réseau est conservée,
❏ Méthode « sans maillage » pour discrétiser tout milieu matriciel à plu-
sieurs porosités, le calcul des fonctions de proximités permet une descrip-
tion détaillée du champ de pression dans le milieu matrice,
❏ Formulation multi-porosité dont l’intégration dans les simulateurs de ré-
servoir différence finis existants est aisée,
❏ La présente procédure permet d’effectuer le maillage une seule fois pour
un milieu donné. On fait ensuite varier les propriétés hydrauliques et
les conditions aux limites à un coût négligeable grâce à la structure de
données utilisée,
❏ Validation sur cas d’études réalistes : Un cas réel de réservoir non conven-
tionnel et un cas synthétique triple porosité ont été présentés.

197
Conclusion et perspectives

Rappel des objectifs


La présence de fractures dans un réservoir leur confère des spécificités difficiles à
appréhender, d’une part par les contrastes forts entre les propriétés de la matrice
poreuse saine et les fractures, d’autre part par la structure directionnelle du milieu
fracture très éloignée de celle des milieu poreux « classiques ». L’objectif indus-
triel de construire des modèles prédictifs fiables et rapides ne peut être accompli
que si les principales échelles caractéristiques sont bien modélisées : la géométrie
et les propriétés hydrauliques de la structure fracturée, c’est-à-dire la répartition
des différentes phases (matrice, fractures) doit être décrite au mieux puisque les
échanges entre ces phases conditionnent la réponse macroscopique. Malheureuse-
ment, les réservoirs fracturés sont extrêmement complexes à modéliser de façon
précise car les données sont difficiles à prélever sur le champ et pour la plupart for-
tement biaisées. Combinaison d’observations géologiques locales parcellaires avec
des données sismiques générales et peu précises, elles conduisent à l’utilisation de
modèles géostatistiques plus ou moins bien contraints pour décrire le réservoir.
Il est donc nécessaire de faire un important travail d’analyse et de recoupement
entre ces différentes données pour caractériser le plus correctement possible les
fractures. Les données dynamiques, réponses en pression au puits par rapport aux
débits imposés permettent de tester les hypothèses réalisées et de réduire les in-
certitudes autour du modèle de fracture pour en extraire des prédictions les plus
fiables possibles. Il s’agit dès lors de disposer de méthodes pour choisir un modèle
approprié, le plus simple possible, qui permette de simuler ces phénomènes rapi-
dement et contribue à améliorer notre connaissance de la zone étudiée via souvent
un grand nombre de simulations.

Bilan des travaux effectués


En utilisant pour point de départ les données géostatistiques typiques de ré-
servoirs fracturés, nous avons défini une méthodologie inspirée de la théorie de la
percolation, qui oriente l’ingénieur vers l’un des modèles de simulation le plus ap-
proprié (Figure 6.7.1a). Une étude paramétrique, réalisée par calculs numériques

199
Conclusion et perspectives

de perméabilité équivalente a en effet permis de mettre en évidence l’influence


combinée des paramètres géométriques décrivant les réservoirs fracturés. L’analyse
amène à définir un indicateur d’interconnectivité IcDF N explicité dans nos travaux
(Obj3) et applicable à l’ensemble des modèles de réservoirs. Deux seuils unifica-
teurs (génériques), reliés au nombre moyen d’intersections par fractures conduc-
tives et directement calculés par IcDF N (Obj2), semblent appropriés pour prédire
le comportement des réservoirs dont la fracturation serait peu accidentée (faible
variation spatiale des propriétés permettant de supposer que les fractures sont ré-
parties selon un tirage poissonien par zone). Ces seuils peuvent être utilisés pour
décider si une discrétisation classique sous la forme de milieux continus et tenseurs
de perméabilités équivalents est applicable où s’il faut plutôt s’orienter vers des
modèles plus complexes, qui tiendraient compte de la grande variabilité des hétéro-
généités (en directions et en propriétés hydrauliques). Cette méthodologie conduit
à un modèle analytique (DMFNK) général de calcul de paramètres équivalents,
dérivé de la formulation de Oda (1985) et dont les fondements théoriques mérite-
raient d’être consolidés. L’avantage de ce modèle est qu’il se calcule directement
à partir des données observées et donne une bonne première approximation des
perméabilités sans avoir recourt à des simulations numériques pouvant s’avérer
coûteuses ou impossibles lorsque les fractures sont bien connectées et en grand
nombre. Dans le second cas, un modèle numérique explicite est recommandé et
une nouvelle discrétisation (SLM3D) a été proposée (Obj1). Cette discrétisation
utilise un schéma numérique K-Orthogonal axé sur la géométrie des réseaux de
fractures et des fonctions de transfert Matrice-Fracture. Elle permet de limiter le
nombre d’inconnus à résoudre tout en respectant la structure de la zone étudiée. La
fiabilité et la robustesse de cette nouvelle méthode ont été démontrées avec un cer-
tain succès via des comparaisons à d’autres modèles et sur un jeu de données réelles
de caractérisation d’un réservoir peu perméable. Un critère innovant de caracté-
risation pour mieux contraindre le réseau de fractures représentatif du réservoir
a également été mis en place lorsque des données de microsismique existent (on
calibre dans ce cas le modèle selon 2 objectifs : la pression mesurée au puits et les
extensions du nuage microsismique). La fiabilité du modèle d’écoulements se voit
améliorée : une simulation non contrainte a été comparée à une donnée réelle et
les réponses mesurées sont assez bien approximées par la simulation « prédictive ».
Ces résultats encourageants soulignent l’intérêt d’une méthodologie de caractéri-
sation avancée qui intègre un maximum de données disponibles. Sur cette base,
on peut envisager de prédire les volumes de fractures stimulés dans un réservoir
soumis à des contraintes mécaniques pour optimiser l’exploitation des ressources
tout en contrôlant mieux les risques de propagation. Les performances calculatoires
obtenues grâce aux approximations réalisées permettent quant à elles d’appliquer
cette stratégie dans des études industrielles.

200
(a) Mise en œuvre des 3 objectifs de cette thèse (Obj1, Obj2, Obj3) dans une
étude de réservoirs fracturés.

(b) Différentes étapes proposées, en vue de construire un modèle de fractures


intégré.

Figure 6.7.1 – Méthodologie de caractérisation combinant les approches discrètes


et continues

201
Conclusion et perspectives

Apports, limites et perspectives


Les nombreux besoins autour des réservoirs fracturés ouvrent des perspectives
intéressantes à cette approche qui mérite d’être consolidée via d’autres études de
cas réels, notamment pour systématiser l’étude des milieux fracturés et des milieux
non conventionnels artificiellement fracturés. On pourra par exemple améliorer :
— le couplage mécanique actuel en incluant les interactions entre fractures
(une méthode pré-sentie est l’utilisation des éléments frontières McClure and
Horne (2014); Baroni et al. (2015)),
— la modélisation des transferts dans la matrice, utiliser des fonctions de trans-
ferts matrice-fracture plus élaborées dans le but de simplifier encore quand
c’est possible le nombre de mailles matrices.
— inclure les échanges thermiques pour appliquer la méthodologie à la géother-
mie.

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231
Table des figures

1.1.1 Schéma simplifié de la structure du sous sol selon Morgan-Stanley 3


1.1.2 Une représentation visuelle de la classification des réservoir fissurés
étudiés par Nelson (2001). Les problèmes de production et d’éva-
luation rencontrés sont aussi répertoriés en fonction de la position
relative du réservoir sur ce diagramme où en abscisse la propor-
tion de fractures dans le réservoir va croissante et en ordonnées la
contribution des fractures à la perméabilité totale est représentée. . 7
1.1.3 Difficulté à définir la fenêtre d’intérêt (continuité) : en deçà d’un
premier seuil, la précision des mesures peut engendrer une variabi-
lité. Au delà d’un autre seuil (numérique) les données ne peuvent
être traitées. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9

2.2.1 Définition et notation des frontières entre le milieu matrice M et


le milieu fracture F . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
2.2.2 Représentation des écoulements et de la fracturation à plusieurs
échelles : du réservoir au pore. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
2.3.1 Signature caractéristique théorique d’un réservoir fracturé double
milieu dans un diagramme log-log de la dérivée de pression d’après
(Bourdet, 2002) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26

3.1.1 Exemple de données de caractérisation statique. . . . . . . . . . . 31


3.2.1 Représentation simplifiée des écoulements au sein d’une fracture
employée dans cette thèse : une conductivité moyenne par fracture
discrète. 3.2.1a Fracture scannée dans un carbonate Reiss (1980)
et représentation théorique et simplifiée, 3.2.1b Poiseuille Plan . . 35
3.3.1 Exemples d’organisation des réseaux. . . . . . . . . . . . . . . . . 36
3.3.2 Représentation de l’orientation des fractures dans l’espace, cas
d’une fracture ayant une longueur caractéristique . . . . . . . . . . 38
3.5.1 Exemple de réseau géostatistique généré pour reproduire la struc-
ture interne du réservoir. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44

233
TABLE DES FIGURES

3.5.2 Signatures caractéristiques des réservoirs pendant un test hydrau-


lique d’après Clark and Van Golf-Racht (1984) . . . . . . . . . . . 46
3.6.1 Lien entre les données d’acquisition et les paramètres qui décrivent
le modèle de fractures (Delorme et al., 2013a). Une analyse spé-
cifique est nécessaire pour relier et intégrer chacune des données.
Les paramètres du modèle de fracture les plus incertains avant la
calibration hydraulique sont souvent l’ouverture, la perméabilité
et la longueur des fractures. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50

4.2.1 Biais pour dénombrer le nombre d’éléments présents dans un échan-


tillon : selon le critère pour dénombrer le nombre de diodons dans
l’échantillon rectangulaire en haut à gauche, on peut en dénom-
brer 3 (si on s’attache au nombre de bouches) ou 1 (si on compte
le nombre de diodons entiers avec les bulles) . . . . . . . . . . . . 61
4.3.1 Conditions aux limites imposées le plus fréquemment pour estimer
numériquement un tenseur de perméabilités . . . . . . . . . . . . . 67
4.3.2 Étapes de calcul du réseau utile. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 70
4.3.3 Calcul de la densité ’vraie’ sur un échantillon. . . . . . . . . . . . . 71
4.3.4 Conditions aux limites en 3D : effet de taille verticale finie pour
une fracture intersectant 2 faces de la cellule de calcul . . . . . . . 72
4.3.5 Fracture traversante orientée avec une normale − →
n soumise à un


gradient de pression ∇P . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 74
4.4.1 Discrétisation d’une famille de fractures distribuée selon une loi de
Von Mises avec une forte dispersion en N classes de fractures Cf
d’orientations appartenant à un même intervalle de longueur dθ , 80
4.4.2 Concept du volume exclu en 3D, cas d’une fracture convexe F , vue
dans son plan, notations. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 85
4.4.3 Calcul du volume exclu en 3D pour tout couple de fractures convexes.
Notations et vue du problème dans le plan P⋌1 contenant la nor-
male ~n1 de l’objet 1 et le vecteur directeur d’intersection~ui . P⋌1 a
donc pour normale ~k1 . Le centre de l’objet 2 en limite du domaine
exclu décrit la forme de l’objet 2 selon une rotation de 180° (qui
conserve donc la surface) et un parallélogramme dont la base est
lif 1 (k1)~ui et le coté est la plus grande corde de la surface de F2
projetée sur P⋌1 selon ~k1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87
4.4.5 Écarts de prédiction entre l’indice d’interconnecitivité IcDF N et un
calcul déterministe (cas 2D) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 92

234
TABLE DES FIGURES

4.4.6 Validation unitaire de l’indice d’interconnectivité 3D. En bleu, le


DFN est constitué d’une famille de fractures carrées de taille 1 ré-
pondant à une loi de Fisher centrée autour de la verticale avec un
paramètre de 20 (cas 7701). En orange, le DFN est constitué d’une
famille de fractures répondant à une loi de Fisher centrée autour de
la verticale avec un paramètre de 50 (cas 7703 données semblables
à (Mourzenko et al., 2011a)). En vert, le DFN est constitué de 2
familles de fractures carrées de taille 1, avec 2 dip respectifs de
30 et 60° (cas 7711). Enfin en violet, les 2 familles unitaires sont
orthogonales, l’une étant un ensemble de rectangles de ratio de
forme 4 (cas 7713). Chacune des courbes en trait plein correspond
à l’estimation analytique et les points de la même couleurs corres-
pondent à une moyenne sur 20 réalisations corrigés de αcor pour
l’effet de taille finie. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 93
4.5.1 Justification quant aux tailles des zones de calculs (volume de cal-
cul constant en 3D) et au nombre de réalisations choisies. . . . . . 96
4.5.2 Comparaison de IcDF N à l’indice de connectivité DDOF défini
dans (Li and Zhang, 2011; Delorme et al., 2013b) . . . . . . . . . . 98
4.5.3 Cas 2D : mise en évidence de deux seuils dans le diagramme IcDF N 100
4.5.4 Cas 3D : le même comportement est constaté en 3D dans le dia-
gramme IcDF N . Pour IcDF N = IcDF N p ≈ 1, la taille de l’amas
maximal augmente brutalement tandis que pour IcDF N l ≈ 3, l’amas
maximal regroupe plus de 96% des éléments du réseau. Ce second
seuil est moins marqué qu’en 2D mais semble s’appliquer pour des
fractures suivant une loi continue anisotrope en orientation et pour
des réseaux de 2 familles. Pour les cas présentés, les fractures car-
rées ont un coté de longueur 1 tandis que les fractures « rect_4 »
ont une longueur de 4 m et une hauteur de 1 m. Les cas à 2 familles
n’ont pas de dispersion des orientations. . . . . . . . . . . . . . . . 101
4.5.5 Caractère unificateur de IcDF N . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 102
4.5.6 Au seuil de linéarité IcDF N ≈ 3, la pente de la solution numérique
converge vers celle du modèle de Oda (1985) (paragraphe [Link])
pour les grandes densités de fracturation. . . . . . . . . . . . . . . 104
4.6.1 Comparaison de 4 méthodes dont 3 convergent pour un indice de
connectivité élevé. La méthode Fraca correspond au calcul pseudo
2D (Sarda et al., 2002), la méthode autocohérent a été développée
et calculée par (Barthélémy, 2009). La méthode SLM3D (Khvoen-
kova and Delorme, 2011) est détaillée dans le chapitre 6. La dé-
croissance de la dispersion numérique (violet) permet de vérifier
que le VER est atteint. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 107

235
TABLE DES FIGURES

4.6.2 Comparaison de 4 méthodes dont 3 convergent lorsque l’indice d’in-


terconnectivité IcDF N est élevé (densité de fractures grande). . . . 108
4.7.1 Mise en œuvre sur un réservoir synthétique d’une méthode com-
binée de calcul de perméabilités équivalentes à l’aide de l’indice
de connectivité et du logiciel FracaFlow (Khvoenkova et al., 2009;
IFPEN and Franlab, 2014). Les temps de calculs on été divisés par
4. Une famille de fractures dépend de la courbure du réservoir, une
autre est liée à la distance aux failles tandis que la troisième a une
densité reliée aux facies géologiques. . . . . . . . . . . . . . . . . . 111
4.7.2 Visualisation des 3 états de connectivité en 2D : seuls les amas
connectés aux conditions aux limites (les faces) sont représentés . . 112

5.1.1 Représentation géométrique 2D de deux volumes de contrôle quel-


conques voisins et définition des paramètres entrant dans l’estima-
tion de la partie géométrique de la transmissivité . . . . . . . . . . 120
5.2.1 Série de 25 fractures planes elliptiques plongées dans une grille
d’un million de pixels réguliers pour représenter un milieu fracturé
dans une maille de 100 m d’après (Bailly et al., 2009) . . . . . . . 122
5.2.2 Réduction du nombre de degrés de libertés par la méthode des
Mortars sur un même DFN, le pas de maillage n’est pas uniforme
sur chaque fracture Pichot et al. (2010) . . . . . . . . . . . . . . . 124
5.2.3 Maillage adapté selon les singularités (Mustapha et al., 2011) . . . 125
5.2.4 Représentation de fractures contraintes par un maillage initial,
exemple extrait de (Asahina et al., 2014) . . . . . . . . . . . . . . 126
5.3.1 Réseau avant et après décimation d’après Vitel et al. (2007) ainsi
qu’un schémas illustrant la transformation « étoile-polygone » (Karimi-
Fard et al., 2006). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 130
5.3.2 Formes simplifiées pour représenter la double porosité dans les mo-
dèles de réservoirs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 131
5.3.3 Idéalisation du milieu fracturé avec le modèle MINC pour une géo-
métrie régulière ou pour un milieu fracture discret (Pruess, 1983) . 135
5.4.1 Méthodologie et maillage Fraca . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 139
5.4.2 Modèles « embedded » 5.4.2a (a) Quand une portion de fracture
traverse une maille matrice, il existe une NNC entre le volume de
contrôle de la fracture et la cellule de matrice. (b) Lorsque deux
plans de fracture se coupent dans une même maille matrice, il
existe une NNC entre les volumes de contrôle des nœuds fractures
correspondantes. La ligne noire indique la ligne d’intersection. (c)
Lorsque qu’une fracture traverse plusieurs mailles matrice, il existe
une NNC entre les volumes de contrôle de fractures correspon-
dantes. 5.4.2b hiérarchie supposée dans le milieu discret. . . . . . . 142

236
TABLE DES FIGURES

5.4.3 Placement des inconnues de pression matrice sur la grille superpo-


sée selon (Roubinet et al., 2010) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 145

6.1.1 Étapes principales de l’algorithme du Maillage 3D. . . . . . . . . . 153


6.2.1 Octree : définition de la racine, des feuilles, des nœuds et du rang.
Chaque nœud a 8 enfants en 3D. Une feuille est un élément ne
possédant pas d’enfants (le test d’arrêt est réalisé). . . . . . . . . . 155
6.2.2 Exemple de discrétisation des segments en nœuds pour approcher
un Voronoï de segments 2D dans chaque plan de fracture : un noeud
est créé au centre de chaque trace d’intersection. Si 2 traces s’in-
tersectent, un nœud est créé de part et d’autre de chaque portion.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 158
6.2.3 Mise en place des points intermédiaires de voronoï . . . . . . . . . 160
6.2.4 Composition des mailles et calcul des volumes de contrôle dans
chaque fracture . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 161
6.2.5 Calcul schématique des transmissivités entre deux segments d’in-
tersection (bleu foncé) appartenant à une même fracture. Si un seul
nœud par segment est finalement créé (Les cellules du Maillage 3D
sont jaune et bleu claire), les points intermédiaires de Voronoi sont
utilisés pour calculer les termes d’échange. Les transmissivités in-
termédiaires sont représentées par les flèches vertes entre les points
de Voronoï (rouges). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 162
6.2.6 Configurations particulières : Si 2 traces de fractures s’intersectent
dans le plan d’une autre fracture (intersection triple), nous sommes
contraints de créer 2 nœuds fractures par trace pour éviter la créa-
tion de cellules non connexes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 163
6.2.7 Une fracture intersectée par 4 autres fractures, notations. Chaque
trace i d’intersection ∂ΩF,i a une longueur l∂ΩF,i et une normale
~n∂ΩF,i . Pour un problème unitaire, une trace a une pression imposée
à 1 et les autres à 0. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 164
6.2.8 Comparaison des volumes de contrôle et termes de transmissivité
dans un plan de fracture entre une méthode finement maillée et la
méthode SLM3D . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 166
6.3.1 Visualisation du maillage matrice découpé par un procédé Octree . 167
6.3.2 Exemple en coupe 2D des 2 configurations possibles d’échanges
Matrice-Matrice : (a) échange par un quart de face, (b) échange
avec une maille de même taille . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 168
6.3.3 Exemple de configurations possibles pour le calcul d’échanges Matrice-
Fracture . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 169

237
TABLE DES FIGURES

6.3.4 Calcul de la fonction de voisinage dans une maille Octree (Ma-


trice) traversée par des fractures. L’implémentation actuelle utilise
le même algorithme mais seule la distance moyenne à la fracture
est utilisée. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 171
6.5.1 Variation des temps de calcul moyen sur un seul processeur cadencé
à 3.6 GHz : Résolution du système (méthode LU) et discrétisation,
obtenus sur différents DFNs pour calculer des paramètres équiva-
lents . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 176
6.5.2 Comparaison de perméabilités équivalentes simulées à l’aide de
3 méthodologies de maillage différentes Smeared (Fourno et al.,
2013), Mixte hybride (De Dreuzy et al., 2013) et SLM3D (Khvoen-
kova and Delorme, 2011) . Á titre informatif, le nombre de nœuds
utilisés dans le SLM3D est de 134, celui utilisé dans la méthode
mixte est de 5.104 à 5.105 et celui avec la méthode Smeared est de
2.105 à 2.106 nœuds. La géométrie du DFN est donnée annexe (C). 179
6.5.3 Comparaison des résultats obtenus avec la méthode SLM3D et une
solution analytique du logiciel Saphir, les paramètres équivalents
utilisés sont calculés avec la méthode SLM3D . . . . . . . . . . . 180
6.6.1 Simulation de tests de puits avec la méthode SLM3D (IFPEN and
Franlab, 2014) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 182
6.6.2 Simulation du comportement triple porosité à l’aide d’un DFN . . 183
6.6.3 Données classiques : Pression au puits (rose), débit d’injection
(bleu) et nuage microsismique pendant un stage de fracturation
sur le puits Nesson41x36 dans les Bakken. Notons que dans Fraca-
Flow, les débits d’injection sont représentés de façon convention-
nelle par des valeurs négatives, l’amplitude augmentant donc vers
le bas sur les graphiques. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 186
6.6.4 Exemple de résultat obtenu pour le puits Nesson 44X dans les
bakken (Delorme et al., 2013a), les données pour contraindre le
modèle ont été préalablement interprétées par d’autres auteurs. . 191
6.6.5 Résultats obtenus (non publiés à ce jour ) pour un test de « pré-
dictibilité » du modèle. Le stage 2 a été simulé avec les propriétés
calibrées sur les mesures du stage 1 puis comparé aux mesures du
stage 2, . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 193
6.6.6 Workflow de caractérisation, intégré dans le logiciel FracaFlow . . 194

6.7.1 Méthodologie de caractérisation combinant les approches discrètes


et continues . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 201

238
Liste des tableaux

1 Nomenclature et conventions employées dans le manuscrit . . . . . xiii

1.1 Diagramme général de caractérisation et modélisation d’un réser-


voir naturellement fracturé selon (Macé, 2006) . . . . . . . . . . . 5

3.1 Quelques mesures d’ouvertures de fractures publiées . . . . . . . . 43


3.2 Étapes principales pour construire le modèle réservoir . . . . . . . 53

4.1 nomenclature du chapitre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60


4.2 Relations stéréologiques à partir d’observations réalisées dans un
plan Π, sous l’hypothèse que la densité d30 des objets est uniforme
(Adler et al. (2009, 2011), p52). Les objets ont une aire égale à
hAi, un périmètre égal à hP i. α est l’angle entre la normale ~nΠ du
plan Π, et la normale moyenne des objets. p~ est la trace dans le
plan d’observation Π et β12 est l’angle entre les 2 fractures. (*) est
une généralisation des formules isotropes mais ne s’applique pas à
tous les réseaux anisotropes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 63
4.3 Quelques valeurs de seuils de percolation d’après Adler et al. (2011) 65
4.4 Volumes exclus pour des réseaux isotropes en orientations. Les
valeurs marquées d’une [*] se déduisent de l’Équation(4.4.2) . . . 80
4.5 Volumes exclus pour des réseaux anisotropes en orientations de
fractures aux formes quelconques convexes. Les valeurs marquées
d’une [*] se déduisent de l’Équation4.4.13 . . . . . . . . . . . . . . 81

5.1 Quelques facteurs de forme analytiques pour les transferts mono-


phasiques et références pour estimer les termes d’échange Matrice-
Fracture . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 133
5.2 Quelques méthodes systématiques d’estimation des fonctions de
forme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 133
5.3 Quelques expressions de la fonction de proximité d’après Pruess
and Karasaki (1982) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 137

239
LISTE DES TABLEAUX

5.4 Valeurs analytiques de la distance moyenne du milieu fracture au


milieu matrice dans une maille cubique d’après (Hajibeygi et al.,
2011; Moinfar, 2013) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 144
5.5 Classification de quelques modèles de discrétisation pour les écou-
lements monophasiques, . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 147

6.1 Exemples de temps de calcul et de discrétisation (temps maillage)


obtenus sur différents DFNs pour calculer des paramètres équiva-
lents. Le temps pour discrétiser le milieu dépend du nombre de frac-
tures (nbf ractures ) et de la taille de l’amas principal (T ailleAmasM axi).
Plus la densité est élevée, plus le nombre de nœuds (nbnoeuds ) et
de transmissivités (nbtransmissivités ) augmentent. . . . . . . . . . . . 175
6.2 Quelques résultats numériques pour le calcul de la perméabilité
dans le cas des boites à sucre. Lx, Ly et Lz sont les tailles du
domaine de simulation et Nbx , Nby et Nbz sont les nombres de
fractures dans la direction considérée. Les conductivités de toutes
les fractures sont fixées à 100 mD.m. ki est la solution analytique
et ki SLM 3D . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 177

C.1 Géométrie du DFN de 33 fractures utilisé pour comparer les résul-


tats des 3 méthodes : SLM3D, SMEARED, MORTAR. Les frac-
tures sont des ellipses de grand axe axeM aj, de petit axe axeM in
et de centre centre. La conductivité est choisie unitaire (1 mD) et
la boite de calculs, centrée en (0,0,0) est un cube d’arête 1. . . . . 250

240
Liste des algorithmes

6.1 Calcul de connexité par un algorithme d’union équilibré. L’arbre du


graphe proposé est inconnu au moment de le créer. On déclare un
tableau « forêt » de n éléments correspondant à chaque sommet. Le
contenu de chaque case i du tableau est le sommet j vers lequel
pointe le sommet i : si c’est une racine, i pointe vers lui-même ;
sinon il pointe vers un autre sommet j différent de i . La taille de
chaque arbre est stockée dans un tableau taille de taille n de valeur
initiale 1. taille[i] correspond à la taille de l’amas (ou arbre) ayant
pour racine i. On vérifie ensuite que tous les sommets appartiennent
finalement au même arbre pour déterminer la taille de l’amas le plus
grand auquel appartient chaque élément. . . . . . . . . . . . . . . . 154
6.2 Algorithme de construction de l’octree équilibré, utilisé à la fois
pour le calcul des intersections et pour le maillage du milieu matrice. 156
6.3 Algorithme d’intersection et/ou de troncationd’un polygone convexe
plan dans un volume 3D . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 157
6.4 Intersection de polygones Si 2 polygones plans (non coplanaires)
s’intersectent, c’est selon une droite de vecteur directeur ~u, alors
on applique 2 fois (dans chaque polygone respectif) l’algorithme
de (Sutherland and Hodgman, 1974) pour déterminer l’intersection
entre les polygones : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 157

241
Liste des algorithmes

6.5 L’algorithme de Fortune (1987) permet le calcul d’un diagramme


de Voronoï plan à l’aide d’une ligne de balayage. L’idée générale
consiste à balayer le plan contenant les points du diagramme de
gauche à droite avec une ligne verticale ; on construit le diagramme
de Voronoï progressivement selon les configuration rencontrées. L’as-
tuce de Fortune est de considérer un front parabolique et une qua-
trième dimension (en plus de x, y, t) pour représenter l’avancée d’un
processus de diffusion le long d’un plan. 2 types d’événements p, at-
tachés à des arcs de parabole, sont contenus dans une file ordonnée :
les événements de type site sont les points initiaux correspondant à
l’arrivée de la ligne de balayage et les événements de type cercle sont
les sommets du diagramme où trois arcs de parabole s’intersectent
en un point anguleux (De manière équivalente, on parle d’un cercle
de Delaunay contenant 3 sites au moins). . . . . . . . . . . . . . . . 159

242
Annexes
Annexe A

Définitions et notations

~ )
— L’opérateur gradient est noté ∇(
— L’opérateur divergence est noté div

A.1 Formulations
A.1.1 Dérivée particulaire
Scalaire

ds ∂s ~ − →
= + ∇s. v
dt ∂t

Vectorielle



df ∂ f~  ~ →
−
= + ∇ f .V~ (A.1.1)
dt ∂t

où V~ est la vitesse de la particule.

A.1.2 Identité
 
div(f V~ ) = f div V~ + ∇f
~ .V~ (A.1.2)

245
Annexe A Définitions et notations

A.1.3 Green-Ostrogradski,
˚ ‹
(div(~g )) dV = (~g .~ndS) (A.1.3)
V

où ~g est un vecteur quelconque de R3 ,

A.1.4 Théorème de Transport (Reynolds), formule de Leibniz


généralisée
Le théorème de transport est important en mécanique puisqu’il permet de dif-
férentier, par rapport au temps, des intégrales dont les bornes sont fonctions du
temps afin d’en déduire l’ensemble des équations fondamentales (conservation de
la masse, conservation de l’énergie, quantité de mouvement). Il s’établit comme
suit :
! ‹
d ∂f
˚ ˚
f dV = dV + (f~u.~ndS) (A.1.4)
dt V V ∂t

où V est un volume de contrôle, fermé, contenant une certaine masse de fluide ; S


est la surface enveloppant ce volume ; ~n est la normale unitaire sortante à la
surface S et ~u est la vitesse de déplacement du fluide à la frontière S ;

On peut l’interpréter de cette façon : La variation temporelle d’une quantité f


définie sur un volume de contrôle V est égale à la somme de la variation de f au
cours du temps au sein du volume de contrôle (variation dite locale) avec le flux
de f à travers la surface S enveloppant le volume de contrôle.
En appliquant le théorème de Green-Ostrogradski, on peut aussi l’écrire sous sa
forme “faible” :
!
d ∂f
˚ ˚
f dV = + ∇.(f~u) dV (A.1.5)
dt V V ∂t
Dans notre cas, la notion de volume de contrôle est importante : c’est un volume
fluide, ses frontières sont fluides et se déplacent comme le reste du fluide ; la vitesse
~u à la frontière S coïncide avec la vitesse locale du fluide.

246
Annexe B

Lois de distribution scalaires

Loi logNormal
La loi log-normale est définie à l’aide de l’espérance µ et de l’écart type σ du
logarithme de la variable via la densité de probabilité :

1 (ln x − µ)2
f (x)µ,σ = √ exp(− ) (B.0.1)
xσ 2π 2σ 2

Loi exponentielle
La loi exponentielle est quant à elle définie par son espérance µ :
1 x
f (x)µ = exp( ) (B.0.2)
µ µ

Loi puissance
Elles permettent de décrire tous les phénomènes qui présentent une invariance
d’échelle, c’est à dire que pour un changement d’échelle de la variable, la fonction
est seulement multipliée par un coefficient :

f (cx) = a (cx)α = cα f (x) (B.0.3)


On utilise aussi le fait que dans un graphique loglog, son tracé est une droite de
pente α et d’abscisse log a (Darcel, 2002; Verscheure, 2010)

Loi de Von Mises


La loi de von Mises (appelée également distribution de Tikhonov) est définie
par deux paramètres µ et κ qui contrôlent respectivement la valeur moyenne et la

247
Annexe B Lois de distribution scalaires

concentration (ou dispersion). Plus κ est grand, plus la distribution se concentre


autour de µ. Pour un angle α donné, elle est définie par sa densité de probabilité :

exp(κ cos(α − µ))


f (α)µ,κ = (B.0.4)
2πI0 (κ)

avec I0 la fonction de Bessel modifiée d’ordre 0.

Loi de Fisher
Pour définir les orientations, on utilise aussi très souvent la loi de Fisher définie
par sa densité de probabilité d’une variable aléatoire réelle distribuée de paramètre
ν1 , ν2 :   ν1 /2
  ν2 /2
ν1 x ν1 x
ν1 x+ν2
1− ν
1 x+ν2
f (x) = x (ν1 /2,ν2 /2)
´1
où (x, y) = 0 t (1 − t) dt.
x−1 y−1

Une loi normale bidimensionnelle peut aussi être employée.

Tirage selon une loi de distribution


Connaissant la fonction de répartition FX , pour simuler n variables aléatoires
selon une loi de distribution donnée quelconque, à partir des nombres produits
par un générateur pseudo-aléatoire du type srand sur [O, 1], il suffit de faire une
recherche dichotomique dans le tableau échantillonné de la fonction de répartition
pour en trouver la valeur. Des algorithmes plus performants (méthode des alias)
peuvent aussi être employés mais ils n’ont pas été développés dans notre généra-
teur. On utilise le fait que la somme des probabilités fait 1 et que la probabilité
que X se trouve dans l’intervalle ]a, b] si a< b est donnée par :

P (a < X ≤ b) = FX (b) − FX (a). (B.0.5)

248
Annexe C

Géométrie du DFN utilisé pour le


calcul de mise à l’échelle

249
Annexe C Géométrie du DFN utilisé pour le calcul de mise à l’échelle

Table C.1 – Géométrie du DFN de 33 fractures utilisé pour comparer les résultats
des 3 méthodes : SLM3D, SMEARED, MORTAR. Les fractures sont
des ellipses de grand axe axeM aj, de petit axe axeM in et de centre
centre. La conductivité est choisie unitaire (1 mD) et la boite de
calculs, centrée en (0,0,0) est un cube d’arête 1.

250
Écoulements en milieux fracturés : vers une
intégration des approches discrètes et continues

Simuler les réservoirs souterrains permet d’optimiser la production d’hydrocar-


bures. Les réservoirs naturellement ou hydrauliquement fracturés détiennent une
part importante des réserves et exhibent un degré élevé d’hétérogénéité : les frac-
tures, difficiles à détecter, impactent fortement la production via des réseaux préfé-
rentiels d’écoulement. Une modélisation précise de ces forts contrastes permettrait
d’optimiser l’exploitation des ressources tout en maîtrisant mieux les risques en-
vironnementaux. L’enjeu est de prédire les processus d’écoulement multi- échelles
par un modèle simplement paramétrable.
Une stratégie de simulations, qui améliore la fiabilité et les temps de calculs est
mise au point dans cette thèse. Elle permet de simuler numériquement ou analy-
tiquement la complexité d’un réservoir fracturé à grande échelle. Ces techniques
dont l’intérêt est démontré sur un réservoir de roche mère trouvent des applications
en géothermie ou dans la gestion des ressources en eau.

Flow in fractured media: towards integration of


discrete and continuous methods
Fluid flow simulation is used to optimize oil and gas production. Naturally or
hydraulically fractured reservoirs hold a significant part of reserves, difficult to
assess. Fractures may create preferential flow paths heavily impacting fluid flow.
Accurate modeling of fractured media accounting for strong contrasts would allow
operators to optimize resources exploitation while better controlling environmental
risks.
Integrating sparse available data, we aim at predicting fluid flow processes oc-
curring in the earth’s subsurface accounting for multi-scale fractures with a simply
parameterized model. Improving the computational time and results reliability, we
propose a full integrated strategy suitable for fractured reservoir specificities by
simulating the fractures complexity on large scales. The techniques developed in
this thesis, whose interest is demonstrated in an unconventional field case study,
can find other applications in geothermal engineering and water resources mana-
gement.

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