HOSPITALITÉ NOTRE DAME DE LOURDES
SERVICE SAINTE BERNADETTE
FORMATION
MODULE -4-
INTRODUCTION
J'ai le plaisir et la joie de vous présenter le quatrième module de formation pour les
hospitaliers. Dans le second module, nous avons essayé de nous imprégner des particularités
de la spiritualité chrétienne. Dans le troisième module, notre réflexion était centrée sur les
sources de la spiritualité chrétienne.
Le quatrième module a pour objectif de nous faire découvrir la présence missionnaire
de l’Église dans le monde. Or, cette présence n'est pas une présence quelconque car l'Église
est dans le monde pour évangéliser.
Cela veut dire que l’Église est envoyée par le Seigneur, avec l'assistance de l'Esprit
Saint, pour annoncer la Bonne Nouvelle jusqu'à ce que le Seigneur revienne à la fin des
temps.
Ainsi, dans ce cadre, tout baptisé est un missionnaire, ce qui veut dire un « envoyé ».
Par ses gestes, ses paroles, ses choix de vie, le chrétien donne au monde un « surplus » : la
présence de Jésus qui nous dit : « Je suis avec vous jusqu'à la fin du monde ».
Dans ce quatrième module, nous trouverons d'abord une présentation du texte de
l'Évangile de Saint Mathieu, 28,16-20, dans lequel les disciples sont envoyés en mission. Le
Seigneur leur demande trois attitudes :
- Être des disciples convaincus et convainquant.
- Donner à leur vie une dimension mystique et spirituelle
- Adopter un comportement éthique
En second point, j'essaie de montrer comment le message de Lourdes, éminemment
missionnaire, éclaire la mission des hospitaliers d'aujourd'hui .
Puissent ces quelques pages vous aider à mieux vivre cette grâce que vous avez reçue :
celle d'être Hospitalier dans le Sanctuaire de Notre Dame de Lourdes.
[Link] Brito
Aumônier Général de l'Hospitalité N.D. de Lourdes
Lourdes, le 11 Février 2017
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I. L'ENVOI EN MISSION
« Les onze disciples s'en allèrent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait
ordonné de se rendre. Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais certains eurent des
doutes. Jésus s'approcha d'eux et leur adressa ces paroles : Tout pouvoir m'a été donné
au ciel et sur la terre. Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au
nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous
ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde. » (Mt.
28,16-20)
« Allez dire aux prêtres que l’on construise ici une chapelle et que l’on y vienne
en procession ». C’est ainsi que s’exprimait Notre-Dame devant Bernadette le 2 mars 1858.
Le Père Sempé, premier recteur du Sanctuaire, et les chapelains répondirent au pied de la
lettre à cette demande et c’est ainsi que sont nées la Crypte, les basiliques de l’Immaculée
Conception, du Rosaire, Saint Pie X… Cependant, cette demande recèle une contradiction
apparente. Je dis bien « apparente ». En effet, elle suppose la construction d’une chapelle à
proximité du village de Lourdes, quand, en réalité, il existait déjà dans le village – et il existe
toujours- l’église paroissiale de Lourdes. Alors, pourquoi deux chapelles ?
Apparente contradiction
C’est à la lumière de l'Évangile que nous trouverons une réponse à cette « apparente
contradiction ». Mais avant tout, je voudrais qu’il soit bien clair que Notre-Dame ne cherche
pas à opposer « deux églises », paroissiale et du Sanctuaire ; au contraire, il s’agit d’une
même et unique Église.
Nous savons par l’Évangile que Jésus est venu proclamer la présence du Règne de
Dieu parmi les hommes, qu’Il l’a fait par sa Parole, ses gestes de miséricorde et guérison,
mais surtout par le don de sa propre vie sur la croix. Cette annonce de la Bonne Nouvelle se
fera surtout dans un lieu précis de la Palestine, la Galilée, ainsi appelée « Galilée des
nations » (Mt.4,15), probablement parce que ses habitants conformaient une population
cosmopolite.
Oui, la Galilée était une « terre périphérique » ; géographiquement et culturellement, le
centre religieux et le pouvoir politique ne passait pas par là. C’est dans ce lieu que Jésus
Ressuscité convoquera ses disciples : « Allez annoncer à mes frères qu’ils doivent partir
pour la Galilée, et là ils me verront » (Mt. 28,10). Cette prédilection du Seigneur pour la
Galilée ne signifie rien d’autre que son choix pour les pauvres et pour tous les hommes ; le
Règne de Dieu n’est pas seulement pour une élite mais pour tous, pour « toutes les nations » :
« Allez donc, de toutes les nations faites des disciples… » (Mt. 28,19).
Saint Paul tout d’abord, puis toute l’Église saisiront au vol ce commandement du
Seigneur et ainsi l’Évangile mûrira dans toute sa dimension missionnaire. C’est là que l’on
trouve l’explication à cette « apparente contradiction » de la demande de Marie de construire
une église à proximité du village de Lourdes. C’est une manière très pédagogique de nous
rappeler que l’Église n’est pas appelée à occuper le centre de notre société, mais qu’elle est
invitée à un continuel déplacement vers la périphérie. L’Église ! Toujours missionnaire,
toujours servante, toujours engagée auprès de tous les hommes, toujours envoyée.
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« Sortons, sortons pour offrir à tous la vie de Jésus Christ. Je répète ici pour toute
l'Église ce que j'ai dit de nombreuses fois aux prêtres et laïcs de Buenos Aires : je préfère
une Église accidentée, blessée et sale pour être sortie sur les chemins, plutôt qu'une
Église malade de son enfermement et qui s'accroche confortablement à ses propres
sécurités. Je ne veux pas une Église préoccupée d'être le centre et qui finit renfermée
dans un enchevêtrement de fixations et de procédures. Si quelque chose doit saintement
nous préoccuper et inquiéter notre conscience, c'est que tant de nos frères vivent sans la
force, la lumière et la consolation de l'amitié de Jésus Christ » (Pape François : « La joie
de l'Évangile » n.49)
Le Seigneur ne veut pas que l'Évangile soit enfermé dans les murailles de Jérusalem, il
faut une activité missionnaire. Notre-Dame ne donne pas rendez-vous à Bernadette dans
l'église paroissiale, mais à Massabielle. Alors, quelle est cette Église ?
« Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais certains eurent des doutes » (Mat. 28,17).
L'Évangile nous le dit : « ils se prosternèrent...ils doutèrent » ; il n'en va pas autrement
de nos jours. La Bonne Nouvelle, le message de la Résurrection est fascinant et en même
temps le doute s'insinue dans notre esprit. Oui, nous sommes prêts à nous prosterner et adorer
le Seigneur et en même temps à douter de sa présence. Ô combien de fois cela nous est-il
arrivé, la grâce et le péché, le divin et l'humain ; et notre vie oscille, je dirais, entre la foi et le
doute.
La foi qui a besoin du doute et le doute qui a besoin de la foi, tout simplement pour ne
pas accaparer le Christ. Et c'est au cœur de ce formidable combat spirituel, signe d'une bonne
santé spirituelle, que se déroule la vie du chrétien.
C'est au milieu de ces ombres et de ces lumières que nous avançons. Mais le Seigneur nous
dit : « Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde » (Mt.28,20).
La Bible montre de façon permanente que quand Dieu a créé le monde avec sa Parole,
il a exprimé sa satisfaction en disant que c'était « bon » (Gn.1,21), et quand il a créé l'être
humain avec le souffle de sa bouche, homme et femme, il a dit que « c'était très bon »
(Gn.1,21). Le monde créé par Dieu est beau. Nous procédons d'un dessein divin de sagesse et
d'amour. Mais, par le péché, cette beauté originelle a été salie et cette beauté a été blessée.
Dieu, par Notre Seigneur Jésus-Christ dans son mystère pascal, a recrée l'homme en
faisant de lui un fils et il lui a donné la garantie d'un ciel nouveau et d'une terre nouvelle
(Ap.21,1). Nous portons en nous l'image du premier Adam, mais nous sommes appelés
également, depuis le début, à réaliser l'image de Jésus-Christ, nouvel Adam (1 Cor. 15,45). La
création porte la marque du Créateur et désire d'être libérée, et « participer dans la glorieuse
liberté des fils de Dieu » (Rm.8,21).
II UNE ÉGLISE MISSIONNAIRE
Alors, quelle est cette Église qui est envoyée annoncer la Bonne Nouvelle ? C'est une
Église humaine et divine. Riche de l'amour et de la miséricorde de Dieu. Composée d'hommes
qui sont saints parce que par la grâce du Baptême ils appartiennent au Christ et en même
temps ces hommes sont des pécheurs.
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« Allez de toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils,
et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé.
Dans cet envoi missionnaire le Seigneur attend de nous trois démarches.
A) D'abord il nous dit « Faites des disciples ». C'est nous qui devons faire des disciples,
pas Lui. Il nous a confié cela. Même si la mission ne nous appartient pas, elle est nous est
confiée comme un don et comme une grâce.
C'est une joie que d'avoir rencontré le Seigneur et d'avoir été envoyés par Lui porter le
trésor de l'Évangile. Être chrétien n'est pas une charge, sinon un don : Dieu le Père nous a
bénis en Jésus-Christ son Fils, Sauveur du monde.
C'est une grâce que d'avoir rencontré le Seigneur et d'être ses disciples-
missionnaires. La joie du disciple est antidote face à un monde qui a peur du futur et qui est
épuisé par la violence et la haine. La joie du disciple n'est pas un sentiment de bien-être
égoïste mais une certitude qui naît de la foi, qui apaise le cœur et qui rend capable d'annoncer
la bonne nouvelle de l'amour de Dieu. Connaître Jésus, est le meilleur cadeau que peut
recevoir toute personne. De l'avoir rencontré, est pour nous ce qui est le mieux qui nous soit
arrivé dans la vie, et le faire connaître par notre parole et notre vie.
Pourquoi suis-je chrétien ? Tout d'abord parce que quelqu'un a témoigné de la présence
du Seigneur dans sa vie et ce témoignage m'a touché. Ce « quelqu'un » me renvoie à des
personnes de mon entourage, mon père, ma mère, un ami, un prêtre, un catéchiste... La
fécondité de notre vie n'a pas seulement une portée biologique, elle a aussi une portée
spirituelle. « Faites des disciples » c'est un appel à la fécondité. Bernadette « a fait » beaucoup
de disciples. Où sont-ils ? C'est nous, pèlerins de Lourdes. Ce Sanctuaire existe par volonté
de Notre Dame et grâce au témoignage de Bernadette.
Qu'est-ce que Marie, la Mère de Dieu, ici à Lourdes, transmet à Bernadette ? Elle
transmet, par ses paroles et ses gestes, sa propre expérience de disciple de son Fils, le Christ.
Elle transmet sa propre expérience de vie chrétienne. Qu'est-ce Bernadette nous transmet ? De
quoi elle témoigne ? Bernadette transmet et témoigne de sa rencontre personnelle avec la
Mère de Dieu. Mais cette rencontre est en vue d'une autre rencontre, celle avec le Christ.
En conclusion, la rencontre entre Marie et Bernadette nous fait découvrir la personne
du Christ. Les différentes rencontres au cœur d'un pèlerinage qui sont imprégnées par la
Parole de Dieu, la prière et la charité nous font découvrir la présence du Christ au milieu de
nous. Ainsi nous devenons disciples les uns des autres : « Quand deux ou trois sont réunis
en mon nom, je suis-là, au milieu d'eux » (Mt. 18,20).
Cette première dimension missionnaire et communautaire du pèlerinage est très
importante. Cela veut dire que les témoignages des uns et des autres, la rencontre entre
pèlerins, la prière, l'annonce de la Parole, la célébration des sacrements et les gestes concrets
de charité sont des temps forts d'évangélisation et de transmission de la foi.
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B) La deuxième démarche, c'est le baptême : « baptisez-les au nom du Père et du Fils
et du Saint-Esprit » Quiconque appartient au Christ est impliqué, par le baptême, dans la vie
du Dieu trinitaire. Il n'appartient plus aux hommes, mais à Dieu seul, qui l'accueille dans la
communauté du Père, du Fils et du Saint-Esprit. C'est en Dieu que l'homme fera l'expérience
de sa véritable dignité, celle de fils et de filles de Dieu : « En réalité, le mystère de l'homme
ne s'éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe Incarné » (Con. [Link]. Gaudium Spes. 22).
On pourrait définir cette deuxième démarche missionnaire comme la démarche
mystique ou spirituelle de notre vie. Non pas parce que nous allons avoir des apparitions ou
des contemplations extraordinaires. Mais tout simplement parce que nous avons un plus à
apporter à notre société, notre spiritualité chrétienne.
« Quand on dit que quelque chose a un « esprit », cela désigne habituellement les
mobiles intérieurs qui poussent, motivent, encouragent et donnent sens à l'action
personnelle et communautaire. Une évangélisation faite avec esprit est très différente
d'un ensemble de tâches vécues comme une obligation pesante que l'on ne fait que
tolérer, ou quelque chose que l'on supporte parce qu'elle contredit ses propres
inclinations et désirs.
Comme je voudrais trouver les paroles pour encourager une période
d'évangélisation plus fervente, joyeuse, généreuse, audacieuse, pleine d'amour et
débordante de vie contagieuse ! Mais je sais qu'aucune motivation ne sera suffisante si le
feu de l'Esprit ne brûle dans les cœurs. En définitive, une évangélisation faite avec esprit
est une évangélisation avec l'Esprit Saint, parce qu'il est l'âme de l'Eglise
évangélisatrice. Avant de proposer quelques motivations et suggestions spirituelles,
j'invoque une fois de plus l'Esprit Saint, je le prie de venir renouveler, secouer, donner à
l'Église l'impulsion pour une audacieuse sortie d'elle même, pour évangéliser tous les
peuples. » (Pape François, « La Joie de l'Évangile » n.261).
« Évangélisateurs avec esprit signifie évangélisateurs qui prient et travaillent. Du
point de vue de l'Évangélisation, il n'y a pas besoin de propositions mystiques sans un
fort engagement social et missionnaire, ni de discours et d'usages sociaux et pastoraux,
sans une spiritualité que transforme le cœur. Ces propositions partielles et déconnectées
ne touchent que des groupes réduits et n'ont pas la force d'une grande pénétration parce
qu'elles mutilent l'Évangile. Il faut toujours cultiver un espace intérieur qui donne un
sens chrétien à l'engagement et à l'activité.
Sans moments prolongés d'adoration, de rencontre priante avec la Parole, de
dialogue sincère avec le Seigneur, les tâches se vident facilement de sens, nous nous
affaiblissons à cause de la fatigue et des difficultés, et la ferveur s'éteint. L'Église ne peut
vivre sans le poumon de la prière, et je me réjouis que se multiplient dans toutes les
institutions ecclésiales les groupes de prières, d'intercession, de lecture priante de la
Parole, d'adoration perpétuelle de l'Eucharistie. En même temps on doit repousser toute
tentation d'une spiritualité intimiste et individualiste, qui s'harmoniserait mal avec les
exigences de la charité pas plus qu'avec la logique de l'Incarnation. Il y a un risque que
certains moments d'oraison se transforment en excuse pour ne pas se livrer à la mission,
parce la privatisation du style de vie peut porter les chrétiens à se réfugier en des fausses
spiritualités » (Pape François, « La joie de l'Évangile » n.262).
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C) La troisième démarche que le Seigneur attend du disciple consiste à observer les
commandements : « Apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé ». C’est la
dimension éthique de notre vie, dans les choix que nous faisons, dans la façon de nous situer
dans notre société, par rapport à la paix, à la justice, à la fraternité, à la conception de la vie, à
la charité. Nos choix éthiques qui trouvent leurs sources dans l’évangile sont déjà une activité
missionnaire dont notre monde a besoin.
« Nous savons que l’évangélisation ne serait pas complète si elle ne tenait pas compte
des rapports concrets et permanents qui existent entre l’Evangile et la vie, personnelle,
sociale, de l’homme. » (Pape Paul VI. « L’annonce de l’Evangile n.29)
Il ne suffit pas de faire l’expérience de Dieu, de se sentir proche de lui, de sentir sa
présence salvatrice et d’être en Lui. La Foi demande que nous suivions tous les
commandements que Jésus nous a donnés et en même temps que nous la transmettions aux
autres. Le Seigneur ne nous a pas seulement enseigné le Dieu miséricordieux que nous prions
en toute confiance et avec qui nous nous sentons en sécurité. Il nous a constitués en Eglise et
il a donné à son Eglise l’assistance de l’Esprit Saint. Et c’est par et dans l’enseignement de
l’Eglise que le Seigneur, aujourd’hui, nous invite à rendre notre vie conforme à la Parole de
Jésus, et à témoigner ainsi pour son message, qui prête à l’homme des possibilités nouvelles.
Le Pape François nous invite à porter la Bonne Nouvelle vers les « périphéries
existentielles » et la première « périphérie » se situe dans notre propre vie. Il y a encore des
zones de notre pensée personnelle, de notre affectivité, de notre agir, de notre esprit, de notre
volonté qui n’ont pas été éclairées par la lumière de l’Evangile. Il y a des zones de notre
maternité, paternité, de notre ministère de prêtre, de notre vie consacrée, de notre vie
d’étudiant, de notre engagement professionnel, d’hospitalier… qui n’ont pas été touchées par
la grâce de la Bonne Nouvelle. Puisse chacun d’entre nous être le premier missionnaire de sa
propre vie !
« Priez Dieu pour la conversion des pécheurs ». Cette invitation de la Dame,
Bernadette l’assumera comme une mission, peut-être comme la mission par excellence de
toute sa vie : « Sainte-Marie, mère de Dieu, priez pour moi, pauvre pécheresse !
Elle prie pour elle-même, elle prie pour les autres….
«En conséquence, personne ne peut exiger de nous que nous reléguions la religion dans
la secrète intimité des personnes, sans aucune influence sur la vie sociale et nationale,
sans se préoccuper de la santé des institutions de la société civile, sans s’exprimer sur les
évènements qui intéressent les citoyens. Une foi authentique - qui n’est jamais
confortable et individualiste implique toujours un profond désir de changer le monde,
de transmettre des valeurs, de laisser quelque chose de meilleur après notre passage sur
la terre. » (Pape François, « La joie de l’Evangile » n. 183)
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LE MESSAGE DE LOURDES ET LA MISSION AUJOURD'HUI
LE RÉCIT
Lors des sept premières apparitions, Bernadette est heureuse. Mais voici que lors des
quatre apparitions suivantes, de la huitième à la onzième apparition, Bernadette entre dans
l'expérience de la souffrance alors qu'elle va mettre à jour la source.
Le mardi 2 mars 1858, jour de la treizième apparition, Bernadette se présente à la
Grotte, comme elle en a l'habitude, c'est-à-dire vers 5h30 du matin. Aussitôt elle s'agenouille,
trace sur elle lentement un ample signe de croix, et commence à méditer le chapelet.
Peu de temps après, son visage s'illumine et, bien qu'elle reste immobile, tous
comprennent que la Dame est là. Cependant Bernadette poursuit sa prière. Plus tard, remettant
son chapelet dans sa poche, Bernadette entre à l'intérieur de la Grotte et se rapproche du
rocher, vers la droite. La Dame vient de lui faire signe de se rapprocher et, comme elle-même
en a désormais l'habitude, arrivée la première dans la cavité, Marie accueille Bernadette.
Comme une Mère et sa fille, elles vivent alors un moment cœur à cœur.
Puis cette intimité rendant possible la rencontre, vient enfin le moment de la catéchèse,
de l'enseignement et même de la mission.
C'est ainsi qu'en ce jour la Dame confie à Bernadette : « Allez dire aux prêtres, que
l'on bâtisse ici une chapelle et que l'on vienne en procession ». Après l'apparition,
Bernadette suit le même itinéraire mais ne va pas directement au cachot retrouver ses parents.
En effet, accompagnée par deux de ses tantes, Bernadette se rend au Presbytère de Lourdes,
chez Monsieur le Curé.
C'est pour elle un moment difficile. D'abord parce que c'est la première fois qu'elle
rencontre cet homme à la stature impressionnante. Mais aussi parce que l'accueil que le prêtre
réserve à tante Bernarde, à tante Basile, et à Bernadette n'est guère chaleureux.
Impressionnée, Bernadette en perd d'ailleurs un ses moyens au point qu'en sortant de chez
l'abbé Peyramale, elle prend conscience d'avoir oublié une partie de la demande. Pour pouvoir
retourner chez le curé, Bernadette ne demande pas à ses tantes de l'accompagner, mais elle va
chez la sacristine de la paroisse, Dominiquette Cazenave afin qu'elle lui ménage un rendez-
vous avec le prêtre.
Dans l'après-midi, Bernadette rencontre l'abbé Peyramale pour la seconde fois et lui
transmet toute la demande dont la Dame l'a chargée. En sortant du presbytère, radieuse,
Bernadette confiera à Dominiquette : « Je suis heureuse, j'ai fait ma commission ».
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UN STYLE MARIAL
« Il y a un style marial dans l'activité évangélisatrice de l'Église. Car chaque fois que
nous regardons Marie nous voulons croire en la force révolutionnaire de la tendresse et
de l'affection ». (Pape François. « La joie de l'Évangile » n. 288)
« Va trouver mes frères et dis leur » (Jn 20,17), telle est la première parole de Jésus
Ressuscité à une femme, Marie de Magdala.
« Allez dire », telle est la parole de Marie, la Mère de Jésus à une femme, Bernadette
Soubirous.
« Je suis chargée de vous le dire, pas de vous le faire croire », telle est la parole de
Bernadette qui exprime son attitude chaque fois qu'elle transmettait ce qu'elle avait reçu.
Les femmes ont toujours eu un rôle prépondérant dans la transmission de la Bonne
Nouvelle. La demande de Marie : « Allez dire aux prêtres, que l'on bâtisse ici une chapelle et
que l'on vienne en procession », paraît tout a fait banale lorsqu'on l'entend à partir du Lourdes
d'aujourd'hui. Mais si nous entrons dans le contexte de 1858, ce qui maintenant paraît normal
a dû passer par bien des difficultés pour pouvoir s'accomplir.
Il s'agit d'une parole précise, qui s'adresse aux prêtres. Pour Bernadette, il y a la figure
d'un prêtre qui représente l'autorité de Dieu sur la terre, Monsieur le curé de Lourdes, l'abbé
Dominique Peyramale. Ainsi pour elle trouver son curé, qu'elle n'a jamais rencontré et dont lui
a seulement entendu parler à cause des évènements de la Grotte, représente pour elle une
sérieuse difficulté. Bernadette est illettrée, ignorante de la religion, elle n'a pas encore fait sa
première communion, et voici qu'elle porte un message qui est très difficile à mettre en œuvre.
Construire une chapelle là où il y a déjà une église, celle de Lourdes, et aller en procession
vers une Grotte qui se trouve à l'extérieur de la ville, cela n'a pas de sens. Il y a de quoi
décourager celle qui est chargée de transmettre le message.
N'oublions pas l'aventure de l'un des prophètes de Dieu, Jéremie s'écriant : « Seigneur,
vraiment, je ne sais pas parler car je suis un enfant ». Mais voici que le Seigneur lui répondit :
« Va où je t'enverrai, n'aie aucune crainte car là où tu iras, c'est moi qui irai. Voici que j'ai
placé mes paroles en ta bouche » (Jr. 1,6-9).
À nous aussi, il est peut-être arrivé d'avoir à dire des paroles difficiles, en lien avec le
témoignage de la foi. Mais aussi d'autres se sont adressés à nous, témoignant de la foi de
l 'Église, alors que cela leur était peut-être difficile. Pensons également à la Vierge Marie,
accueillant la mission transmise par l'Ange à travers des paroles elles aussi difficiles. L'Ange
alors la rassure, lui disant : « Rien n'est impossible à Dieu » (Lc. 1,37).
Aujourd’hui tout ce qui se passe à Lourdes, non pas seulement sur le plan matériel,
mais aussi dans l'ordre de la grâce, repose sur le témoignage d'une jeune fille, Bernadette
Soubirous. Déjà, après l'avoir investi d'une mission difficile, le Seigneur avait dit au prophète
Jérémie : « Aujourd'hui je t'établis sur les nations pour bâtir et planter » (Jr.1,10).
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Bernadette se situe donc dans la lignée de ces grandes portes paroles de Dieu, tels les
prophètes, les Apôtres, les Saints, les missionnaires. Nous aussi, dans le quotidien de nos vies,
nous avons certainement transmis l'Évangile, par nos gestes, par nos paroles, par le
témoignage de notre vie, soit à nos enfants, à nos proches, autour de nous.
LA CHAPELLE
De quoi s'agit-il ? De bâtir une chapelle. La première question que nous pourrions
nous poser est celle-ci : pourquoi construire une chapelle hors de la ville alors que Lourdes
avait déjà sa propre église ? La chapelle dont il s'agit n'est pas seulement un bâtiment, mais
l'Église elle-même qui est le Peuple de Dieu, le Corps du Christ, le Temple de l'Esprit. « Vous-
mêmes, comme pierres vivantes, prêtez-vous à l’édification d'un édifice spirituel » (1 P. 2,5).
Tout baptisé est appelé à construire avec ses frères une communauté basée sur la
présence vivante du Christ, par son Esprit où le lien est celui de la charité. Pensons à notre
paroisse, à notre hospitalité, à notre communauté chrétienne, à notre cellule familiale.
Pourquoi cette Église en dehors de la ville ? C'est aussi la mise en pratique de
l'Évangile. Jésus nous dit ainsi que l'Église est toujours appelée à rencontrer les hommes là
où ils sont, à être envoyée au monde et à annoncer l'Évangile de par le monde. Telle est la
mission dans son essence et sa finalité.
LES PROCESSIONS
La seconde partie de la demande de Marie à Bernadette concerne les processions. Si
vous êtes à Lourdes, vous voyez et même participez deux fois par jour à des grandes
processions, la procession eucharistique et la procession aux flambeaux. Peut-être aussi que,
là où vous habitez, il y a des processions. Ces processions ont un but. Elles nous rappellent
que nous sommes un peuple mis en marche par l'Évangile en quête de la rencontre avec Dieu.
Ces processions ne sont en définitive qu'une pâle image de la grande procession de
chacune de nos existences. Ces processions, nous le faisons quotidiennement. D'abord ces
processions nous signifient que la rencontre avec Dieu passe par la rencontre avec l'autre et
dans les gestes concrets de la charité. « Celui qui n'aime pas son frère qu'il voit ne saurait
aimer le Dieu qu'il ne voit pas » (1 Jn. 4,20). En effet, « Ce que vous avez fait au plus petit
d'entre mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait » (Mt.25,40). De là insistance de Marie de
faire la procession, c'est-à-dire de nous rassembler par les liens de la charité et de marcher
ensemble.
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UN MESSAGE TRANSMIS PAR DEUX LAÏQUES : MARIE ET BERNADETTE.
Le message de Lourdes nous arrive par deux laïques : Marie, la Mère du Sauveur, qui
communique avec une autre laïque : Bernadette. Et Bernadette transmet ce message, en
premier lieu, à des laïcs, dont la plupart sont des femmes. C'est-à-dire, ce témoignage qui
constitue un vrai trésor dont nous sommes les héritiers, nous parvient par des laïcs. Il faut
bien, alors, évoquer ce magnifique texte du Concile Vatican II :
« De par leur vocation propre, il revient aux laïcs de chercher le Royaume de Dieu en
administrant les choses temporelles et en les ordonnant selon Dieu. Ceux-ci vivent dans le
siècle, engagés dans tous et chacun des devoirs et travaux du monde, plongés dans l'ambiance
où se meuvent la vie de famille et la vie sociale dont leur existence est comme tissé. C'est là
qu'ils sont appelés par Dieu, jouant ainsi le rôle qui leur est comme propre et guidés par
l'esprit évangélique, à travailler comme de l'intérieur, à la manière d'un ferment, à la
sanctification du monde et à manifester ainsi le Christ aux autres, principalement par le
témoignage de leur propre vie, par le rayonnement de leur foi, de leur espérance et de leur
charité » (Lumen Gentium nº 31).
Au moyen d'une admirable catéchèse, Marie conduira Bernadette vers la maturité de
sa vocation laïque. C'est de cette façon que, d'une religion faite de rites et des règles, la jeune
fille parviendra à la rencontre avec une personne. Marie, c'est cela : une laïque mais qui ne
focalise pas sur elle l'attention de Bernadette puisque, l'invitât continuellement à entrer à
l'intérieur de la Grotte, elle l'oriente vers la source, c'est-à-dire le Christ. De là, elle lui
commande d'aller « dire aux prêtres de construire une chapelle ». Le Pape Paul VI disait :
« Nous sommes tous invités à planter l'Église ». Le message de Lourdes, éminemment
christologique, nous arrive par les laïcs.
Et nous, qui souvent pratiquons une foi éminemment rationnelle, il nous faut
comprendre que Bernadette, une laïque dans son histoire face à Dieu et au monde, ainsi que
beaucoup d'autres laïcs qui vivent du message de Lourdes nous interpellent. Ils nous
convoquent, non par leur discours théologique, mais tout simplement parce qu'ils nous
attirent. « L'Église grandit, non par prosélytisme, mais par « séduction », comme le Christ
« attire » tout vers Lui par la force de l'Amour » (Pape Benoît XVI.
L'Église « attire » quand elle vit en communion avec Dieu et avec les réalités de ce
monde, car les disciples de Jésus seront reconnus s'ils s'aiment les uns et les autres comme il
les a aimés.
Père Horacio Brito
Aumônier Général de l'HND de Lourdes
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