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Étude de l'Épître de Jacques

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Étude de l'Épître de Jacques

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EPITRE DE JACQUES

Etude biblique du premier vendredi soir du mois, dès mai 2014


EGLISE EVANGELIQUE BAPTISTE DE L'ORLEANAIS, SAINT JEAN DE LA RUELLE

INTRODUCTION
C’est une épître écrite aux chrétiens en général, sans préciser en détail les
destinataires (pas à une église ou une personne précise, comme celles de l’apôtre Paul par
exemple). On pense qu’elle est un des premiers écrits (chronologiquement parlant) du
Nouveau Testament (NT), écrite sans doute vers 40-50 ap. J.-C. Mais nous savons
peu de choses sur les circonstances de sa composition.
Qui en est l’auteur ? Dans le NT, il est fait mention de trois Jacques différents :
1) Jacques, le frère de Jean, fils de Zébédée, disciples de Jésus (cf. Mc.1 :19). Mais nous
savons qu’il est mort rapidement, en 44 ap. J.-C., cf. Ac.12 :1-2 ; donc ce n’est
certainement pas lui.
2) Jacques, le fils d’Alphée, un autre disciple de Jésus, parfois appelé ‘le mineur’
([Link].3 :18) ; mais n’étant mentionné que rarement dans les Evangiles (si ce n’est
dans les listes des disciples), il semble avoir été assez effacé, et n’a sans doute pas
eu l’autorité dont fait preuve l’auteur de notre épître.
3) Jacques, le frère du Seigneur (Gal.1 :19), considéré comme une ‘colonne’ par
Paul en Gal.2 :9. Matthieu le mentionne parmi les frères du Seigneur (Mt.13 :55) ; il
faisait donc partie de la famille ‘terrestre’ du Seigneur Jésus. Pendant son
ministère, il ne croyait pas en lui (Jn.7 :5). Plus tard, il se convertit ; le texte de I
Cor.15 :7 nous laisse entendre comment : le Seigneur Jésus s’est révélé à lui d’une
manière toute particulière, lui l’incrédule ! Il devint ensuite le chef de l’église de
Jérusalem, où il a joué un rôle prépondérant dans la résolution d’un conflit en
Ac.15. Il semble avoir été fort apprécié dans cette église primitive, et la tradition
nous dit qu’il a été surnommé ‘le juste’ et est mort en martyr (cf. Franck E. Gaebelein,
l’épître de Jacques, p.9). C’est donc certainement ce Jacques qui est l’auteur de
l’épître qui porte son nom.
But de cette lettre : comment vivre pratiquement dans ce monde , en tant
que croyant. En effet, elle n’est pas – au contraire de certaines épîtres de l’apôtre Paul –
un traité de théologie ou de doctrine chrétienne, mais bien plutôt une sorte de
prédication très pragmatique sur différents aspects de la foi chrétienne mise en action
(cf. Alec Motyer, The Message of James, p.11-12). La proclamation du message même de l’Evangile,
ce qu’on appelle le ‘kerygma’ (mot grec) n’y est pas explicite, mais les données
théologiques les plus importantes se trouvent incluses dans la référence à la Parole
(1 :21). Jésus est le Christ, le Seigneur de gloire qui revient et dont le nom doit être
honoré et non blasphémé. L’expérience de la conversion et du salut est impliquée
dans le langage de Jacques (1 :1,18,21 ; 2 :1,7 ; 5 :8) (cf. Ronald A. Ward, Nouveau Commentaire
Biblique, Emmaüs, p.1284).
Cette lettre insiste beaucoup sur les œuvres, les actes concrets, et moins sur
les fondements de la foi. C’est la raison pour laquelle Luther, le réformateur du 16 ème
siècle, l’a appelée une ‘épître de paille’, car, disait-il, ‘elle n’a pas de caractère évangélique’.
Engagé dans un immense combat de remise en valeur de la doctrine de la justification par la
foi, le réformateur a cru que Jacques insistait trop sur les œuvres et contredisait
l’enseignement de Paul. Mais il avait mal perçu que Jacques et Paul, loin de se contredire,
étaient en fait complémentaires.
Le NT est d’ailleurs rempli d’exhortations dans le domaine de la vie sociale et morale,
et la Bible a quelque chose à dire sur des questions telles que la liberté, la
justice, la droiture, la patience, la prière, l’usage de la parole, tous ces
thèmes que Jacques ose aborder sans complexes.
Pour certaines personnes, la liberté chrétienne risquerait de monter à la tête, et alors,
qu’importe la façon de vivre. Jacques insiste beaucoup sur ‘la foi authentique, qui se
reflète toujours dans notre conduite, et qui conditionne notre attitude envers les
autres et envers la vie. La foi est indissociable de nos actions, et les principes
chrétiens doivent régir tous les domaines de notre vie. 'Il est si tentant de céder, de
laisser le monde qui nous entoure nous enfermer dans son moule, nous persuader que
rien n’est absolu’ (La Bible déchiffrée, p.633).
Jacques a été parfois considéré comme un ‘Amos chrétien’, car il reprend des thèmes du
prophète du 8ème siècle av. J.-C., et on y trouve aussi pas moins de 22 parallèles avec le
‘Sermon sur la Montagne’ de Matthieu 5-7 (Ward, p.1284 ; il est intéressant de noter que Alec Motyer,
qui a commenté Amos, a aussi écrit un commentaire sur l'épître de Jacques, tant les thématiques sont semblables).
Du point de vue littéraire, cette lettre est un chef d’œuvre. C’est un ouvrage ‘qui porte
l’estampille du Christ’ (Gaebelein, p.10). Ainsi, cette épître est des plus importantes
pour notre vie chrétienne aujourd’hui encore. Tâchons de la faire nôtre pour la
gloire de Dieu !
1 : 1 : Adresse et salutation :
Bien qu’étant (sans doute) le frère du Seigneur et aussi une ‘colonne’ de l’église de
Jérusalem (cf. considérations ci-dessus sur l’identité de Jacques), Jacques se définit comme un
‘serviteur de Dieu et du Seigneur Jésus-Christ’ . Pour lui, c’est un honneur d’être
au service de Dieu (le mot traduit par ‘serviteur’ est en grec ‘doulos’, qui veut dire en premier lieu
‘esclave’). Il est aussi intéressant de noter que (si nous considérons qu’il était le frère du
Seigneur), alors qu’il était près de Jésus, il ne croyait pas en lui, et que maintenant, il le
considère comme ‘le Seigneur Jésus-Christ’ ; quel changement !
L’expression ‘aux douze tribus’ semble d’abord se référer aux Juifs dispersés
dans le monde (cf. Ac.26 :7). Depuis la captivité assyro-babylonienne, les Juifs ont été
dispersés hors de la Palestine. Certains furent aussi vendus comme esclaves en Egypte ou en
Syrie, et nous trouvons des Juifs dans le monde entier, y compris dans nos pays occidentaux, et
ceci malgré la création de l’Etat d’Israël en 1948. En parlant des douze tribus, Jacques veut
inclure l’ensemble du peuple d’Israël. Mais je pense qu’il va bien plus loin que le seul
peuple juif, puisque les chrétiens, qui forment l’Eglise de Jésus-Christ, sont souvent
appelés ‘l’Israël spirituel’. Ainsi, ce texte peut sans aucun doute être aussi
adressé à tous les chrétiens de tous les temps , formant le peuple de Dieu.
C’est la raison pour laquelle il s’adresse aussi à nous en 2014 ap. J.-C. !
Le mot ‘salut’ signifie littéralement ‘réjouissez-vous’ et se retrouve aussi au
début de la lettre envoyée aux chrétiens d’Antioche par le premier concile de
Jérusalem, présidé par Jacques (Ac.15 :23). C’est une expression sans doute familière de
notre auteur.
Dans l’ensemble, nous trouvons dans le premier chapitre un résumé de ce qui
va être décrit plus en détail dans la suite de l’épître. Il y est en effet question
d’épreuve et tentation, de patience, de perfection, de sagesse, de la parole, de la foi
contre le doute, de la loi et la liberté, de l’engagement social (les œuvres), de la
pureté, de la prière. Tous ces thèmes se trouvent brièvement mentionnés dans le
chapitre 1 et se retrouvent davantage explicités dans les chapitres 2 à 5.
1 :2-4 : Epreuves et tentations
Le mot traduit par ‘épreuve’ (en grec ‘peirasmos’) peut aussi être traduit par
‘tentation’. Ainsi, nous pouvons le comprendre comme quelque chose qui vient soit
de l’extérieur (épreuve), soit de l’intérieur (tentation ; cf. aussi v.13-16 sur ce sujet). Et
d’ailleurs, souvent une épreuve (venant de l’extérieur, donc indépendante de notre
volonté) peut nous conduire à être tenté d’accuser Dieu ou en tout cas de lui faire des
reproches sur la raison de cette épreuve ; ainsi, une épreuve peut devenir une
tentation (cf. I Cor.10 :13 : ‘… et Dieu ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de
vos forces…’, ce qui sous-entend que l’on aurait éventuellement pu perdre ses forces et
succomber à une tentation quelconque liée à une épreuve). Concernant les ‘diverses
épreuves’ que nous pouvons rencontrer, voir en parallèle la ‘grâce si diverse’ (même
mot, en grec, qui peut aussi être traduit par ‘multicolore, varié’) dont nous sommes l’objet de la
part de Dieu en I Pie.4 :10.
Nous sommes invités à considérer ‘comme un sujet de joie complète’ (v.2) les
diverses (variées) épreuves que nous pouvons rencontrer, c’est-à-dire une joie totale,
sans faille ; ce n’est pas évident à réaliser et à vivre… (cf. Ac.5 :40, où nous voyons Pierre
et Jean heureux d’avoir été persécutés pour le nom du Seigneur !). Aux v.3-4, il y a un
enchaînement, une progression : mise à l’épreuve, foi, patience, perfection.
Cf. en Rom.5 :3-4 où une progression semblable apparaît : tribulation, persévérance,
fidélité éprouvée, espérance. Le but des épreuves auxquelles nous sommes
confrontés, c’est de devenir parfaits et de ne manquer de rien (v.4b) (cf. Mt.5 :48 :
‘Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait’ , qui est l’idéal vers lequel le
chrétien/la chrétienne doit tendre) ! Ainsi, même si nous savons que nous n’y arriverons
pas sur terre, nous avons un objectif, c’est de toujours plus ressembler à notre Père
céleste qui, Lui, est parfait.
1 :5-8 : Acquisition de la sagesse
Le v.4 terminait par le fait de ‘ne manquer de rien’. Et le v.5 commence par ‘si
quelqu’un de vous manque…’. Cela nous fait prendre conscience que nous n’avons
pas encore atteint la perfection, l’état où nous ne manquons de rien. Car il y a en tout
cas une chose qu’en tant qu’êtres humains nous manquons, c’est de la sagesse. Et
que faire alors ? Eh bien tout simplement la demander à Dieu … qui donne à tous
libéralement et sans reproche’ (v.5) ! C’est en effet auprès de Dieu, et de Dieu
seul, que nous sommes invités à demander la sagesse, car c’est Lui qui en est
l’auteur, le créateur (cf. Prov.8 pour la personnification de la Sagesse. ’La crainte de
l’Eternel, c’est le commencement, l’enseignement, de la sagesse’, selon Ps.111 :10 ;
Pr.1 :7 ; 9 :10 ; Jb.28 :28). Dieu n’est pas un calculateur dans sa façon de donner, il
donne ‘libéralement’ et ‘sans reproche’, et cela inclut (d’après la signification des deux
mots grecs employés) à la fois l’abondance du don et la manière de le faire. Et cela
est possible pour n’importe quelle personne qui le demande ( ‘si quelqu’un…’), sans
distinction.
Mais avec une condition : demander avec foi (v.6) ! La foi implique la confiance
totale en Dieu, sans calcul, sans doute. La foi, c’est croire (même racine pour les deux
mots, en grec : ‘pistis’ – ‘foi’ et ‘pisteuô’ – croire). Douter ici ne signifie pas forcément
l’incrédulité ou le scepticisme philosophique, mais plutôt une sorte de clivage
intérieur ; celui qui doute affirme et nie à la fois, il s’accroche à la promesse
tout en étant persuadé qu’elle ne se réalisera pas (cf. Ward, p.1286). L’image du flot
de la mer est ici frappante : c’est comme s’il montait vers les cieux pour recevoir la
sagesse promise, puis descendait dans le creux de la vague, certain de ne jamais
l’atteindre (cf. Ps.107 :26 et son contexte). Le v.8 précise le sens de ce doute : un tel
homme est ‘irrésolu, inconstant’, (litt. ‘il a l’âme partagée’). C’est une sorte de
schizophrénie spirituelle ! Combien souvent sommes-nous ainsi, dans notre vie avec
Dieu : à la fois nous mettons notre confiance en Lui, et à la fois nous doutons de Sa
capacité ou désir de nous venir en aide ! C’est ce qu’Elie demandait aussi aux Israélites en
I Rois 18 :21 : ‘Jusqu’à quand clocherez-vous des deux côtés ?’, en parlant de leur double
piété : au Seigneur d’une part et aux Baals et Astartés d’autre part. Le Seigneur demande
des chrétiens qu'ils le soient de toute leur âme, et qu'ils ne cherchent pas, selon la
formule connue, ‘à servir Dieu sans offenser le diable’ ! Soyons cohérents dans nos
vies ! Et tout entiers à Lui.
Le v.7 paraît très dur : quelqu’un qui doute ne reçoit rien du Seigneur ! La
Bible contient aussi des paroles qui nous sont données comme des avertissements
pour notre vie ; ce verset en fait partie. A nous d’y être attentifs.
1 :9-11 : Evaluation des richesses
Le ‘frère de condition humble’ et le ‘riche’ (v.9) sont des termes génériques pour désigner une
classe d’hommes plutôt que des individus en particulier. Ce qui est en jeu ici, c’est le
changement de circonstances de la vie. Il est naturel que le pauvre, pour qui Jacques a
une grande sympathie, se réjouisse quand sa situation matérielle s’améliore. Mais
quand le riche perd ses biens et ses avantages sociaux, il doit aussi se réjouir de cette
humiliation ; car un tel changement est dans la nature de la condition humaine (cf.
Gaebelein, p.17). Ce n’est pas la seule fois dans la Bible où l’homme est comparé à l’herbe,
cf. Ps.103 :15-16 : ‘L’homme ! ses jours sont comme l’herbe, il fleurit comme la fleur des
champs. Lorsqu’un vent passe sur elle, elle n’est plus, et le lieu qu’elle occupait ne la reconnaît
plus.’ Et aussi Es.40 :8 : ‘L’herbe sèche, la fleur se fane, mais la parole de notre Dieu
subsistera éternellement’. L’herbe, particulièrement en Israël où le soleil est très chaud,
n’est verte qu’un court instant de l’année (c’est la raison pour laquelle, sans doute, Marc
mentionne ‘l’herbe verte’ en 6 :39 ou Jean qu’'il y avait beaucoup d’herbe à cet endroit’ en
6 :10, lorsqu’ils parlent de la multiplication des pains sans doute au printemps, lorsque l’herbe
était encore verte et abondante ; cf. [Link], The General Epistle of James, Tyndale N.T. Commentaries,
Quand le soleil vient ‘avec sa chaleur ardente’ (v.11 ; c’est un mot utilisé
p.44 pour cette idée).
pour le vent du Midi, le Sirocco, qui apportait une telle chaleur que tout brûlait d’un coup), tout peut
disparaître d’un coup (cf. Lc.12 :55, Jésus mentionnant aussi ce phénomène). Ainsi, le riche peut,
comme l’herbe, mourir d’un seul coup (cf. aussi la ‘parabole du riche insensé’ racontée par
Jésus en Luc 12 :16-21). Notons le contraste entre la beauté et l’aspect flétri, desséché
(v.11b) ; l’ironie est que le riche ‘se flétrira dans ses entreprises’ (cf. aussi 4 :13,
concernant les mauvais riches), donc pendant qu’il est en ‘voyage d’affaires’ où tout
semble lui réussir !
Dans ce court passage, chacun (le pauvre comme le riche, tous deux sans doute chrétiens,
même si l’expression ‘frère’ ne revient pas au v.10 pour le riche) est exhorté à voir sa
situation non à travers les yeux de la sagesse du monde, mais à la lumière de la
sagesse qui vient de Dieu (cf. Motyer, p.43). Dieu donne bien plus que ce qui manque au
pauvre (cf. 2 :5), bien plus aussi que ce que possède le riche. C’est là déjà ‘l’élévation
du frère de condition humble’. Il faut ‘l’humiliation’ qui vient du Christ pour le révéler
au ‘riche’ (v.10) (Ward, p.1287).
Certains commentateurs ont vu ce texte dans la perspective du jugement final :
‘Le frère de condition humble’ sera alors exalté, tandis que le ‘riche’, considéré ici
comme non chrétien (ce qui n’est pas explicite dans le texte !), sera humilié ; cf. pour cela
la fameuse parabole du ‘riche et du pauvre Lazare’ en Luc 16 :25 ; l’invitation faite au
riche à se glorifier étant alors ironique.
1 :12-15 : Nature de la tentation
Nous en arrivons à une béatitude (‘heureux’) qui nous fait penser au ‘Sermon sur la
montagne’ de Jésus (Mt.5) ou au Ps.1 :1-2. Le thème de la joie dans l’épreuve (ou
tentation) revient (comme au v.2) ; et ceci pour celui/celle qui l’ ‘endure’ (c’est-à-dire qui
persévère avec patience, selon les v.2-4). Mais la patience dont il est question ici
n’est pas une simple endurance stoïque, admirable certes, mais bien éloignée
de la patience chrétienne. La différence entre les deux réside dans l’amour
pour le Seigneur (v.12b). La ‘couronne de vie’ (cf. Ap.2 :10b : ‘Sois fidèle jusqu’à la
mort, et je te donnerai la couronne de vie’) dont il est question n’est pas une sorte de
récompense pour celui/celle qui aura réussi avec courage à supporter l’épreuve, mais
un don de Dieu promis à celui/celle qui, parce qu’il/elle aime le Seigneur, aura traversé
avec patience et courage la ou les épreuve(s) ou tentation(s). Il est question ici
d’amour pour le Seigneur, et non de mérite !
D’où vient donc la tentation (ici, nous devons sans doute prendre le terme ‘peirasmos’ pour
‘tentation’, ou ‘sollicitation à mal faire’, et moins pour ‘épreuve’, suivant le contexte et le sens des
versets) ? Nous serions en effet ‘tentés’ de dire que c’est Dieu qui nous tente, puisque
rien ne Lui est caché. Mais ce serait contraire à Sa nature même. Pourquoi ? Parce que
Dieu est parfait, il est saint. Ainsi, il est inaccessible au péché et ne saurait en subir
l’attrait. Il est donc impossible, car contraire à son Etre même, que Dieu soit
tenté ou tente les autres. En Mt.4 :1-11, Jésus est tenté par le diable, dans le désert, non
par Dieu. Et il résiste jusqu’au bout.
Après avoir clairement dit d’où la tentation ne vient pas, Jacques, en bon pragmatique
qu’il est, n’hésite pas à pointer le doigt sur l’essentiel : la tentation vient de nous-
mêmes, de notre convoitise intérieure (v.14). C’est ce qu’avait aussi dit Jésus avant
Jacques : la souillure ne vient pas ‘du dehors … mais du dedans, du cœur des hommes’ . Et il
donne ensuite la liste de la terrible conséquence du péché : ‘les mauvaises pensées,
prostitutions, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchanceté, ruse, dérèglement, regard
envieux, blasphème, orgueil, folie’ (Mc.7 :15,21-22). Le thème dominant du v.15 est l’idée
de la conception, un terme biologique : la convoitise conçoit et enfante le
péché. Puis, le péché étant parvenu à son apogée, son terme, engendre la
mort (cf. Ez.18 :4 ; Rom.6 :23 ; 7 :5), la mort à la fois ‘biologique’ et spirituelle, c.-à-d. la
séparation définitive d’avec Dieu. Et qui est le ‘père’, le ‘géniteur’ de tout ce mal ? (…)
Sans aucun doute le diable, Satan ! Voilà donc une explication intéressante de la tentation,
du mal et de ses conséquences.
1 :16-18 : Dieu, auteur et ‘donateur’ de tout bien
Les v.16-17 sont un avertissement (le verbe ‘ne vous y trompez pas’ - v.16 - est très fort ; c’est
celui qui décrit un bateau en dérive. Ainsi, la tentation et le péché ne doivent pas nous faire
dériver de la voie de la vie en Christ) , mais aussi une réponse, une solution au problème
posé aux v.13-15 ; en effet, si nous sommes exhortés à avoir la bonne attitude dans la
vie et particulièrement dans la souffrance (v.12), les v.14-15 nous montrent bien que
nous ne sommes pas capables d’aimer comme nous le devrions, et ainsi de vivre une
vie conforme à ce que Dieu veut. C’est alors que le v.17 apparaît, lui qui nous donne
l’auteur de tout Bien, le ‘Père des lumières’ . Le mot traduit par ‘don’ signifie
plutôt l’acte de donner, alors que le mot ‘cadeau’ davantage la chose donnée
(Tasker, p.47). L’expression ‘Père des Lumières’ pour le Seigneur Créateur ne se trouve
qu’ici dans la Bible (bien qu’ailleurs, Dieu est tout simplement décrit comme ‘lumière’ :
Ps.27 :1 ; Jn.8 :12 par ex., cf. un titre de cantique du JEM 'Dieu des lumières'). Le soleil et les
étoiles sont sujets à changements ; ils suivent leur orbite, de sorte que les nuits
succèdent aux jours. Les étoiles peuvent s’éteindre, mais pas Dieu ! Il n’y a en Lui
aucune ‘ombre’. Le soleil fait naître et se déplacer des ombres, mais Dieu est
l’éternelle réalité, dont la nature est immuable et le caractère constant. Il est toujours
saint, juste, aimant et sage. Et Il ne tentera jamais qui que ce soit.
Nous voyons donc ici d’abord la bonté de Dieu annoncée, puis sa nature qui ne
change pas, et enfin un exemple de la façon dont Dieu – dans sa bonté et son
‘immuabilité’ - a agi (v.18) : la régénération ‘selon sa volonté’ (le mot ‘engendrés’
signifie ‘procréés spirituellement’. En rapport avec la réception du salut considérée comme une
nouvelle naissance, c’est une sorte de nouvelle création, dont la Parole de Dieu - cette ‘parole
de vérité’ - est l’instrument ; cf. aussi I Pie.1 :23 : ‘Vous avez été régénérés, non par une
semence corruptible, mais par une semence incorruptible, par la parole vivante et
permanente de Dieu’). L’intention de Dieu est exprimée par la métaphore des
‘prémices’ ; ce mot désigne la première partie d’une récolte (‘tout ce qu’il y a de meilleur
en huile, en moût et en blé’ : Nb.18 :12). Le terme suggère que la qualité en est la
meilleure, et que le reste de la moisson suivra. (Le terme grec ‘haparché’ est appliqué aux
’nouveaux convertis’ en Rom.16 :5 et I Cor.16 :15). Les chrétiens devraient être ainsi des
modèles pour le monde et croître en nombre au fur et à mesure que s’opère la
moisson spirituelle. Sommes-nous ces prémices pour le monde ? Donnons-nous envie aux
gens du monde de s’approcher de Dieu pour être régénérés par Lui ?
1 :19-27 : mise en pratique de la Parole
Nous arrivons avec ce passage à un des thèmes centraux de l’épître de Jacques : la
mise en pratique de la Parole de Dieu, la vie concrète de chrétien(ne).
Et en préambule à ce thème, il y a le ‘sachez-le’ du début du v.19, qui attire
l’attention de Jacques sur l’importance de ce qui va suivre (certains pensent qu’il
s’agit non d’un impératif – ‘sachez-le’ – mais d’un indicatif – ‘vous le savez’ ; dans ce
cas, cela implique que les lecteurs – le ‘nous’ du v.18 – connaissent le contenu de la
Parole, la richesse de l’Evangile). Puis il passe à la troisième personne de l’impératif
(‘qu’il…’) dans son appel à l’obéissance individuelle. Trois choses nous sont décrites au
v.19 :
 être ‘prompt à écouter : il s’agit en premier lieu de la Parole de Dieu (ce qui
implique une ouverture d’esprit à celle-ci, une disponibilité, ce qui est
l’inverse du scepticisme et du rejet), mais aussi – je pense – de la parole des
autres (ce qui implique du respect et une certaine dose de tolérance – la
tolérance ne voulant pas dire l’acceptation de tout, sans passer telle ou telle parole
au crible de la Parole de Dieu ; cf. I Thess.5 :21 : ‘examinez toutes choses,
retenez ce qui est bon’).
 lent à parler : s’agit-il de l’annonce de la Parole de Dieu aux autres (dans
l’évangélisation) ou des paroles que nous prononçons d’une façon générale ? Nous
ne pouvons pas le dire, mais le principe est en tout cas très important ; il revient
d’ailleurs très souvent dans les Proverbes : ‘Avec beaucoup de paroles, on ne
manque pas de pécher, mais celui qui retient ses lèvres est un homme de bon
sens’ (10 :19) ; ‘celui qui surveille sa bouche garde son âme ; celui qui
ouvre tout grand ses lèvres court à sa perte’ (13 :3) ; et ce texte un peu
ironique en 17 :28 : ‘même le fou, quand il se tait, passe pour un sage ;
celui qui ferme ses lèvres est un homme intelligent’ ; cf. aussi 11 :12-13 entre
autres.
 lent à la colère’ : le mot employé pour la colère est ‘orgué’ en grec et désigne
aussi la colère de Dieu, dans d’autres textes bibliques. Ce n’est donc par
l’explosion d’une passion incontrôlée ( ‘lent à la colère’) ; au contraire, le texte
suggère une période de réflexion (cf. aussi Eph.4 :26 : ‘quand (si) vous
vous mettez en colère, ne péchez pas’ et le commentaire fait là-dessus). Et
rajouté à cela, il y a le commentaire du v.20 : ‘car la colère de l’homme n’accomplit
pas la justice de Dieu’ . Cette colère va à l’encontre de Mt.7 :1 (‘ne jugez pas, afin
de ne pas être jugés’) et est injuste. La justice de Dieu doit être une qualité
que l’homme chrétien manifeste dans ses actes (cf. aussi Mi.6 :8). C’est le
type de conduite que Dieu demande de l’homme, donc un certain idéal. Et c’est
également la mise en œuvre par un homme de ce que Dieu exige. C’est alors la
vraie obéissance à la justice de Dieu (cf. Rom.10 :3), son expression dans la
pratique (cf. Ward, p.1288). La colère humaine empêche la justice de Dieu d’être
perçue et vue, c’est en quelque sorte un mauvais témoignage vis-à-vis de ceux qui
observent les chrétiens (cf. aussi Gen.18 :25 pour cette notion).
En conséquence de tout cela ( ‘C’est pourquoi…’, v.21), nous étant débarrassés
(‘rejetant’, comme on le ferait avec des vêtements sales) de ‘toute souillure et
tout excès de méchanceté’, nous devons ‘recevoir’ : en effet, nous ne pouvons
pas recevoir quelque chose de positif de la part du Seigneur si nous ne nous sommes
pas débarrassés des choses négatives, en l’occurrence le péché ‘qui nous enveloppe
si facilement’ (expression d’Héb.12 :1) et qui se manifeste par la souillure et la
méchanceté, entre autres. Ce qu’il nous faut recevoir, c’est ‘la parole plantée en
vous’, cette parole qui est la Parole de Dieu et qui ‘sauve nos âmes’. Il est très
important ici de souligner que Jacques nous dit clairement que c’est l’effet de la
Parole plantée en nous qui nous sauve, et non les œuvres, quelles qu’elles
soient, même si juste après (vv.22ss. et chapitre 2), il nous montre l’importance des
œuvres. Car en somme, les œuvres si chères à Jacques ne sont que la mise en
pratique de la Parole plantée et reçue en nous ! Et pour bien mettre le contraste
entre la bonne réception de la Parole en nous et nos paroles humaines faillibles et
souvent mal dites (parfois avec colère, cf. v.19-20)., il nous précise qu’il faut recevoir
cette Parole ‘avec douceur’, ce qui implique de la maîtrise de soi. Quand la Parole est
plantée, nous ne devons pas la recevoir rudement ou lui résister, mais la laisser
prendre racine en profondeur en nous.
Et c’est ainsi que nous arrivons tout naturellement au sujet principal de son épître,
dont le v.22 pourrait être un bon résumé : ‘Pratiquez la parole et ne l’écoutez
pas seulement, en vous abusant par de faux raisonnements’ . (Notons au
passage les étapes pour cette parole en nous : d’abord en être auditeurs, puis
la recevoir, et enfin la pratiquer). Nous devrions donc avoir d’abord la conscience
informée, puis la croyance et la foi exercées, et ensuite la volonté mise en branle. Ce
thème de la mise en pratique de la Parole de Dieu avait déjà été mis en avant par
Jésus lui-même en Mt.7 :24-27 (le ‘fou sur le sable’ et le ‘sage sur le roc’) et en
Lc.11 :28 : ‘Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la
gardent’. Et l’apôtre Paul de confirmer cela par rapport à la loi : ‘Ce ne sont pas, en
effet, ceux qui écoutent la loi qui sont justes devant Dieu ; mais ceux qui
pratiquent la loi seront justifiés’ (Rom.2 :13). Bien entendu, avant de mettre en
pratique la parole de Dieu, nous nous devons de l’écouter (cf. Rom.10 :14-17
concernant ‘la foi qui vient de ce qu’on entend, et ce qu’on entend qui vient de la
parole du Christ’, avec l’emphase mise sur les prédicateurs, les annonciateurs, les
proclamateurs de cette parole) et aussi de la comprendre, mais si nous en restons là
(et beaucoup de personnes en sont à ce stade, des chrétiennes et même des non
chrétiennes !), alors nous nous ‘abusons par de faux raisonnements’ ; pourquoi ? Parce
que si la parole ne produit aucune action dans nos vies (la Bible du Semeur a traduit
par : traduisez-la (la parole) en actes’), alors nous ne comprenons pas réellement ce
qu’est la piété, nous nous trompons nous-mêmes, nous ne sommes pas en accord
avec nos paroles qui deviennent ainsi de ‘faux raisonnements’. Il est en effet
possible d’écouter régulièrement la parole de Dieu proclamée et prêchée,
mais de considérer cette écoute comme une fin en soi et non un moyen pour
nous faire agir.
Puis Jacques – en bon pédagogue et pragmatique qu’il est – nous donne une
comparaison, une image pour bien nous faire saisir ses propos, ce sont les vv.23,
appelés parfois ‘la parabole du miroir’. La Parole est comparée à un miroir, parce
qu’elle montre l’homme à lui-même tel qu’il est ; et la vision n’est souvent pas
encourageante ! (‘son visage naturel’ est la traduction d’une expression difficile,
littéralement : ‘le visage de sa genèse’, ce qui veut sans doute vouloir dire ‘le visage
de sa naissance’, donc sa propre figure, qui reflète les diverses expériences de la vie).
Si nous nous regardons dans la glace et qu’ensuite, nous oublions comment nous
sommes, alors nous sommes considérés comme stupides. Le texte nous invite au
contraire à ‘plonger nos regards’ dans la parole de Dieu. Et ‘plonger ses regards
dans la Bible’ implique une obligation, celle d’agir en conséquence. Il est donc
dangereux d’ouvrir la Bible, de s’y voir tel qu’on est, puis de hausser les épaules sans
rien faire pour mettre sa vie en ordre. Il nous faut au contraire ‘plonger’ ses regards,
ne pas se contenter d’un coup d’œil furtif, mais demeurer dans la vérité, puis se
mettre à l’œuvre . Alors nous serons ‘heureux’, c’est-à-dire bénis. (cf. Gaebelein, p.22 ;
cf. aussi Ez.33 :31-32 pour une idée semblable d’avertissement de mise en pratique de
ce qu’on entend).
La loi de Dieu est ‘parfaite’, sans aucune erreur, et elle est une loi de ‘liberté’
(v.25a), c’est-à-dire la libération de toute contrainte, tout enfermement. ‘Si le Fils
vous affranchit, vous serez réellement libres’ (Jn.8 :36) ; notre texte de Jacques
va dans le même sens : en Christ, par Sa parole, nous sommes libérés de tout
esclavage, toute oppression, pour être capables de servir le Dieu vivant détendus et
réceptifs à Sa volonté. En ‘plongeant ses regards dans la parole’ et en ‘persévérant’, le
chrétien/la chrétienne se trouvera ainsi immergé et démontrera qu’il n’oublie pas le
message mais qu’il le met activement en pratique, en étant ‘heureux dans son action
même’. En effet, être actif pour le Seigneur et au service des autres rend heureux,
épanoui, et nous propulse à continuer à agir.

Toujours dans ce chapitre de la mise en pratique de la Parole de Dieu, nous arrivons


maintenant à trois derniers points essentiels, qui concernent la ‘vraie religion’ (vv.26-
27), et qui seront repris plus en détails dans les chapitres suivants (2: 1 à 5 :6). Les
mots employés pour ‘religieux, religion’ (‘threskos, threskeia’ en grec) décrivent une
attention scrupuleuse aux détails de la piété – qui est un autre mot en grec,
eusebia, qui est la spiritualité, ‘la relation avec Dieu enracinée dans le cœur et
formant la vie’ <(Motyer, p.75) ; cf. II Tim.3 :5 et 12 qui parle d’une vie ‘selon Dieu’.
La religion est donc un mot qui nous permet de comprendre les manières
particulières par lesquelles la relation de cœur à cœur avec Dieu est
exprimée dans nos vies (Motyer, p.75). Ce n’est donc pas un mot péjoratif ou à
connotation négative, comme parfois les évangéliques ont voulu le définir.
Trois aspects de la ‘vraie religion’, celle qui est ‘pure’ (v.27) sont ici décrits, qui
devraient nous faire réfléchir quant à notre pratique de la foi. L’expression ‘pense être
religieux’ (v.26) implique dans le grec l’idée de ‘sembler dans sa propre estimation’ à
être bien du point de vue religieux en vertu des observations et devoirs religieux.
C’est quelque part de l’orgueil spirituel, et c’est une attitude très fréquente parmi
les gens qui nous entourent, y compris parmi ceux qui fréquentent certaines églises
évangéliques !
1) Le contrôle de sa langue, donc le bon usage de la parole. ‘Tenir sa langue en
bride’ est une expression faisant référence aux chevaux que l’on sait ou non tenir
avec le mors, et nous dépeint le caractère si imprévisible et somme toute très
versatile de notre langue. Notons qu’il ne nous est pas dit de ne pas utiliser notre
langue, mais de savoir – en l’utilisant – comment la maîtriser. Et cela est
certainement aussi valable dans le domaine ‘religieux’ justement : nous sommes
aussi invités à contrôler notre langue dans l’expression de notre piété, de notre foi.
Mais savoir tenir sa langue est particulièrement important dans le domaine de ce
qu’on appelle ‘les ragots’, la médisance, voire le mépris vis-à-vis d’une autre
personne. Si nous ne sommes pas capables de le faire, nous ‘trompons notre
cœur’, ce qui équivaut à nous mentir à nous-mêmes et donc à être en quelque
sorte hypocrites ! Le chapitre 3, si connu, reprendra en détail l’usage de la
langue.
Et notons aussi la ‘vanité’ d’une telle ‘religion’ (v.26b), son inutilité, le fait
qu’elle ne serve en fin de compte à rien. Qu’une telle attitude est triste !
2) La pratique d’actes de compassion et d’entraide. (Ce point 2 ainsi que le
troisième sont considérés comme ‘la religion pure et sans tache’ , donc sans
aucune souillure ou altérité, et cela ‘devant Dieu le Père’ (v.27a). Cette religion-
là est libre du péché, elle est droite et sans faille et ainsi fait plaisir à Dieu le Père
qui voit dans le cœur même de Ses enfants et connaît leurs desseins et leurs
pensées ; cf. aussi Mi.6 :8 pour ‘ce qui est bien’ devant Dieu, ce qu’il ‘demande
de toi’ et qui est – dans le contenu – semblable à ce qui est décrit dans ce verset
27 de Jacques 1). Jacques emboîte le pas de son frère et Maître, Jésus lui-même,
qui – en parlant du ‘Jour du Jugement’ - disait que Dieu reconnaîtrait Ses vrais
disciples d’après ce qu’ils auraient accompli ou non en faveur des plus faibles et
vulnérables de notre entourage, dans le fameux texte sur ‘les brebis et les
boucs’ en Mt.25 :31-46.
Dans les deux textes, il est question de ‘visite’ (en Mt., la visite est appliquée –
parmi les différentes catégories mentionnées – aux malades et à ceux qui sont en
prison : Mt.25 :36,39,43,44), ce qui démontre l’importance de la rencontre vers la
personne qui souffre et est dans le besoin. Bien que de nos jours il soit possible de
communiquer avec son prochain autrement que par la rencontre effective en tête à
tête (par le téléphone, le courrier postal ou électronique), rien ne saurait
remplacer – encore aujourd’hui – la visite de la personne à qui l’on
souhaite faire plaisir et faire du bien. Ps.68 :6 nous dit bien que Dieu est ‘le
père des orphelins, le défenseur des veuves’ , et qu’Il attend de Ses enfants
qu’ils s’occupent de ces catégories de personnes tout spécialement. Il n’est
certainement pas sans signification que - quand Jésus a ressuscité le fils unique de
la veuve de Naïn - le peuple entier, en admiration devant le Seigneur, dise que
‘Dieu a visité son peuple’ (Lc.7 :16). Par ailleurs, une des condamnations de
Jésus les plus sévères à l’encontre de certains Pharisiens était entre autres qu’ils
s’étaient enrichis ‘sur le dos’ des veuves en leur extorquant leurs maisons
(Mc.12 :40) ; cf. Tasker, p.55. Cf. Dt.10 :17ss ; 24 :17ss ; Ps.10 :14 ; 146 :9 ;
Es.1 :17 ; 58 :6-11 (le ‘vrai jeûne’) entre autres pour des passages
vétérotestamentaires concernant le soutien à apporter aux orphelins, aux veuves
et à d’autres catégories comme les étrangers et les pauvres (le terme traduit par
‘afflictions’ (‘thlipsei’ en grec, v.27), signifie aussi ‘tribulations, souffrances,
oppressions, détresses, difficultés’ et est employé à maintes reprises dans les
épîtres de Paul pour parler de toutes les souffrances endurées ou à venir pour ceux
qui sont disciples du Seigneur : Rom.12 :12 ; II Cor.1 :4 ; Ph.1 :17, etc. ; c’est un
terme assez fort, et il nous montre bien le genre de souffrances que les veuves et
orphelins doivent endurer). Ce qui est spécifique à ce genre de personnes que nous
devons visiter et d’une manière plus générale aider, c’est qu’en principe, elles
n’ont pas les moyens de nous ‘rendre la pareille’, puisqu’elles n’ont très souvent
que peu de revenus et de très faibles moyens. Dans le même ordre d’idée, Jésus
nous enjoint d’aimer nos ennemis, et pas seulement nos amis. Car si nous n’avons
de la considération que pour ceux qui ‘nous le rendent’, nous ne ‘faisons rien
d’extraordinaire’ (Mt.5 :44-47). Néanmoins, je pense que ces personnes que nous
sommes invitées à visiter et aider nous rendront quelque chose, non pas
matériellement en premier, mais de par leur reconnaissance, leur simplicité et
souvent leur amour.
Comme pour le v.26 concernant l’usage de la langue qui sera repris dans
l’épître, ce thème de l’engagement en faveur de ceux qui souffrent et
sont vulnérables sera repris par la suite dans le chapitre 2.
3) Une vie de pureté. C’est le continuel désir que devrait avoir le chrétien/la
chrétienne d’une vie de sainteté personnelle. Cela aussi fait partie de ‘la
religion pure et sans tache devant Dieu le Père’ (v.27a). En 4 :4, Jacques
nous dit que ‘l’amour du monde est inimitié contre Dieu’. ‘Garde-toi pur’, avait dit
l’apôtre Paul à son jeune ami Timothée peu avant sa mort (II Tim.5 :22). De même
que les agneaux offerts selon la loi de l’A.T. devaient être sans tache, de même le
chrétien/la chrétienne ne doit pas être ‘taché’ par quelque souillure que ce soit qui
viendrait du monde qui l’entoure.
L’utilisation du terme ‘monde’ (‘kosmos’ en grec) est très fréquente chez les
apôtres (Paul, Pierre, Jacques), et désigne souvent ‘l’ensemble du schéma
humain des choses organisé en terme de sagesse humaine pour atteindre
un but humain, sans référence à Dieu, Ses lois, Ses valeurs ou Son jugement
ultime. Le monde est en fait tout ce qui est en opposition avec la seigneurie de
Jésus sur nos vies. Si nous devons vivre pour lui dans le monde, il doit être
constamment question d’engagement, de loyauté : sommes-nous à Lui ou non ? Le
sommes-nous à cause d’une décision du passé ou bien aussi au milieu de la
pression ambiante ?’ nous dit très bien le commentateur [Link], (p.77 de son
commentaire sur Jacques).
Néanmoins, il ne nous est jamais demandé – dans la Parole de Dieu – de
nous retirer du monde (à la manière des moines dans les Météores, au nord de
la Grèce par ex., qui construisirent des monastères sur des rochers abrupts pour
être loin du monde et plus proches, car en hauteur, de Dieu !). Jésus, dans son
discours de la Chambre haute en Jn.17, est très clair là-dessus : ‘Je ne te prie
pas de les ôter du monde, mais de les garder du malin’ (v.15). En d’autres
termes, nous sommes appelés à être DANS le monde, sans être DU
monde !
De même que pour les deux autres premiers aspects de la ‘vraie religion’,
ce troisième volet sera repris en détail dans la suite de l’épître, à partir
de 3 :13 et jusqu’à 5 :6.

Après le chapitre 1, qui était un condensé de toute l’épître, le chapitre 2 reprend


avec davantage de détails des sujets particuliers. Il est divisé en deux parties : les
vv.1-13, le respect dû aux personnes et la ‘loi royale’, puis les vv.14-26, la
relation foi/oeuvres.
2 :1-13 : Respect dû aux personnes / La ‘loi royale’
Dans les vv.1-7, nous voyons ce qu’on pourrait appeler la ‘démocratie chrétienne’
(qui n’a rien à voir avec un parti politique !), puisqu’il s’agit du respect dû aux
personnes dans l’église, quelle que soit leur rang social. Jacques ne nous parle plus de
‘religion’ ici, mais de ‘foi’, qui n’est pas seulement la forme extérieure de la piété,
mais la réalité intérieure de notre relation avec Dieu. Ce qui est en jeu ici, ce n’est
ni plus ni moins que la ‘foi en notre Seigneur de gloire, Jésus-Christ’ (v.1b) !
Certaines traductions ont : ‘notre Seigneur Jésus-Christ, la gloire’ , qui suit littéralement
l’original grec. Jésus est ainsi lui-même la gloire, ce qui n’est pas faux non plus, si l’on
considère que la gloire, c’est Dieu tel qu’il s’est lui-même révélé dans son Etre, son
caractère, sa majesté et sa puissance. Dans l’A.T., la ‘shekinah’ la présence divine, le
rayonnement physique de Dieu (cf. Ex.24 :16ss ; 40 :34ss.). Donc ce qui aussi en jeu
ici, c’est l’attribution de la gloire à Dieu ou aux hommes. ‘Si je plaisais encore
aux hommes, je ne serais pas serviteur de Christ’ , pouvait dire l’apôtre Paul aux
Galates (1 :10b) ; en d’autres termes, la question nous est posée – dans notre vie
– de l’attribution de la gloire : est-elle pour le Seigneur ou pour les hommes ?
Et ceci en fonction de différents paramètres que nous voyons juste ci-dessous.
Alors, qu’est-ce que ‘des considérations de personnes’ ? Ce sont des actes de
favoritisme, de ‘chouchoutage’ pour une certaine catégorie de personnes au détriment
d’une autre. Ici, il est question de ‘classes sociales’ (vv.2-4), mais nous pouvons
facilement extrapoler et appliquer ce principe de non favoritisme à toutes les sortes
de différences entre les hommes, que ce soit pour le sexe (masculin ou féminin), pour
la race ou la nationalité, pour l’environnement et l’origine géographique de la
personne devant nous, pour l’apparence et la forme physique ou psychologique, pour
l’âge, etc… Notre auteur ne fait ici que rappeler une des stipulations de la Loi en
Dt.1 :17 par ex. : ‘Vous n’aurez pas égard à l’apparence des personnes dans vos
jugements : vous écouterez le petit comme le grand, vous ne craindrez aucun homme,
car c’est à Dieu qu’appartient le jugement…’.
‘Jacques nous dépeint ici avec vivacité une scène dont il avait sûrement été le témoin
indigné : le contraste entre le riche et le pauvre, l’empressement à conférer une place
d’honneur à l’un, tandis qu’on relègue l’autre dans un coin ou par terre’ (Gaebelein,
p.25). Ces personnes entrées dans l’assemblée (le mot employé en grec est
‘sunagogué’, qui signifie une assemblée, lorsque des gens sont rassemblés, et a
donné en français le mot ‘synagogue’, qui est en quelque sorte ‘l’église (bâtiment)
pour les Juifs) sont peut-être étrangères à la vie de ladite assemblée, nous pourrions
dire de nos jours peut-être non chrétiennes. Il est question de respect dû aux
personnes entrées dans le lieu de rassemblement des chrétiens. Le mot grec
employé (‘épiblepo’) signifie ‘regarder avec faveur sur’, donc payer attention sur
quelqu’un, le respecter. Pour la phrase adressée au riche, il y a une formule de
politesse employée, pour celle destinée au pauvre, il ne s’agit que d’ordres laconiques
et secs, comme l’on parlerait à un animal ! L’auteur ne critique par la courtoisie
adressée au riche, mais il dénonce avec fermeté la manière méprisante employée vis-
à-vis du pauvre et ainsi la différence avec laquelle le second est traité. L’homme
pauvre, après avoir été traité ainsi, pourra-t-il encore croire à la vie avec le Seigneur ?
Le mot employé pour ‘faire une distinction’ (v.4) est traduit en 1 :6 par ‘douter’, qui
caractérise non pas l’incrédulité ou le scepticisme, mais un clivage intérieur (cf. le
commentaire sur ce verset, ci-dessus). Et il n’est pas seulement question de
distinction entre les personnes, mais carrément de jugement, et qui plus est, avec
des pensées mauvaises (v.4b) ! ‘Un seul est législateur et juge, celui qui peut
sauver et perdre ; mais toi, qui es-tu, qui juges le prochain ?’ (Jac.4 :12). ‘Celui qui
me juge, c’est le Seigneur’ (I Cor.4 :4b) : voici deux textes (parmi beaucoup d’autres
de la Parole de Dieu) qui nous avertissent de nous ériger en juges d’autrui.
Et Jacques poursuit avec vigueur, mais avec affection : ‘Ecoutez, mes frères bien-
aimés…’ (v.5a). Les pauvres ont été destinés à de grandes bénédictions, non
en vertu de leur pauvreté, mais de par leur disposition en général plus
favorable à accepter la grâce de Dieu. Pourquoi en est-il souvent ainsi ? Parce
que, n’ayant souvent rien ni personne en qui se confier (au contraire des riches, qui
font souvent démesurément confiance en leurs possessions), il sont plus disponibles,
plus réceptifs, plus ouverts vis-à-vis du Seigneur. Ce n’est pas une règle immuable,
mais force est de constater que l’Histoire a souvent donné raison à ces explications. Et
d’ailleurs, le Seigneur Jésus lui-même est venu pauvre dans ce monde, né de parents
pauvres, dans une étable à bestiaux. Toute sa vie a d’ailleurs été empreinte de
pauvreté, d’humilité, de simplicité (cf. Lc.1 :52 ; I Cor.1 :26). Les pauvres seront
‘héritiers du royaume qu’il a promis à ceux qui l’aiment’ (v.5b) ; notons que ce
droit à l’héritage du royaume n’est pas une récompense de leur amour, car la vérité
est que Dieu les a appelés pour qu’ils puissent l’aimer ; et l’héritage se trouve dans
les cieux pour ceux qui aiment le Seigneur, qu’ils soient pauvres ou riches (cf.
Tasker, p.59 de son commentaire ; cf. Mt.5 :3 et Lc.6 :20, les ‘pauvres en esprit’,
qui sont déclarés ‘heureux’). Ces ‘pauvres selon le monde’ peuvent devenir ‘riches
en la foi’ (v.5), quelle inversion des valeurs humaines conventionnelles !
L’allusion des riches qui oppriment les pauvres et les traînent devant les tribunaux
(v.6) va de pair avec ce qui est décrit en détail en Jc.5 :1-6 avec encore davantage de
gravité et de sévérité. A plusieurs reprises, dans l’histoire de la jeune église, nous
pouvons constater ce genre d’attitude de la part de certains riches vis-à-vis de plus
pauvres : Ac.4 :1-3 ; 13 :50 ; 16 :19 ; 19 :23-41.
En fin de compte, la suprême offense de ces riches qui oppriment les pauvres,
c’est le blasphème du ‘beau nom’ invoqué sur eux (v.7). Dans l’A.T., lorsque le
nom de Dieu était invoqué sur un homme, celui-ci devenait la possession de Dieu. La
mention du nom de Jésus est donc particulièrement significative pour des judéo-
chrétiens, car elle réaffirme la gloire de Dieu. Ce ‘beau nom’ est-il celui de ‘chrétien’ ?
Fait-il référence au baptême, sachant que le nom du Seigneur était en général invoqué
lorsque des croyants étaient baptisés (cf. Mt.28 :19 : … baptisez-les au nom du Père,
du Fils et du Saint-Esprit…) , comme d’ailleurs c’est encore le cas aujourd’hui ?
(Jacques a cité Am.9 :12 en Ac.15 :17, dans son discours de la fameuse ‘Conférence
de Jérusalem’ qui ‘remettait les pendules à l’heure’ concernant le salut offert par Dieu
à toute personne qui croirait au Seigneur, quelle que soit son origine : ‘…toutes les
nations sur lesquelles mon nom a été invoqué…’). Le nom du Seigneur est ‘beau’, il
est précieux, et si la foi professée des lèvres est transgressée par des actes contraires
à la Parole de Dieu (ici en l’occurrence l’oppression des mauvais riches sur des
pauvres), alors une telle attitude n’est ni plus ni moins qu’un ‘blasphème’ !
Le nom du Seigneur était ‘invoqué’ sur les chrétiens à qui s’adresse Jacques (ce qui
tendrait à prouver, si besoin était, que cette épître était avant tout adressée à des
chrétiens appartenant au Seigneur), ce nom était précieux, et ainsi toute atteinte au
peuple du Seigneur est considérée comme un blasphème envers ce nom (cf.
Zach.2 :12 : ‘Celui qui vous touche, touche la prunelle de son œil’ , texte faisant
référence au peuple de Dieu, Israël, qui Lui appartient en propre ; ce qui est un
plaidoyer condamnant fermement l’antisémitisme). Pour cette raison, lorsque des
chrétiens – où qu’ils se trouvent dans le monde – sont atteints dans leur vie, c’est
l’ensemble du peuple de Dieu sur la surface de la terre et le nom de Dieu qui est
atteint (d’où l’importance de leur venir en aide avec nos possibilités, et ceci en
utilisant des Missions telles que ‘Portes Ouvertes’).
Dans les vv.8-13, il est question de ce qui est appelé la ‘loi royale’. Pourquoi
‘royale’ ? Parce que c’est la loi du Roi des rois, dans le royaume de Dieu, et également
parce qu’elle peut être considérée comme la plus importante, la plus grande, la plus
haute, celle qui est finalement à la base de toutes les autres. Cette ‘loi’, c’est celle de
l’amour du prochain et de soi-même (notez le ‘si’ du v.8 : ‘si … alors … vous
faites bien’ ; donc de mettre en pratique cette ‘loi’ est quelque chose de tout à fait
normal et n’est rien d’extraordinaire ; cf. le texte bien connu du ‘Sermon sur la
montagne’ : ‘… si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous ?
Les péagers aussi n’en font-ils pas autant ?’ – Mt.5 :46 - ). C’est en Lévitique 19 :18
que nous trouvons pour la première fois la mention de cette loi si fondamentale. Elle
fait suite à celle qui nous demande d’ ’aimer Dieu de tout notre cœur, de toute
notre âme, de toute notre force et de toute notre pensée’ (Deut.6 :5). A
maintes reprises, cette loi (aimer Dieu, son prochain et soi-même) est citée dans le
NT : Mc.10 :17-31, le jeune homme riche ; Mt.22 :37-40, le plus grand
commandement ; Lc.10 :25-37, parabole du bon Samaritain. (Concernant l’amour du
prochain tant demandé dans la Bible, voici une remarque de J.-M. LePen dans un
article du journal ‘Le Monde’ il y a quelques années, pour justifier son mépris des
étrangers : il disait que la Bible parlait d’aimer son prochain (= le français, celui qui
est proche), et donc que le prochain n’était pas ‘le lointain’ (= l’étranger) ; le
prochain, d’après la parabole du bon Samaritain, c’est tout simplement
‘l’autre’, celui/celle qui est en face de moi, en contact et en relation avec
moi ; c’est donc toute autre personne que moi-même, que cette personne
soit proche ou pas).
Ce qui est l’opposé de la loi royale (l’amour du prochain), c’est la partialité, la
considération de personnes (dont il a déjà été question aux vv.1-4) ; en Lév.19 :15-18,
ces deux notions sont d’ailleurs aussi liées entre elles : nous ne devons pas favoriser
telle ou telle personne au détriment d’une autre, qu’elle soit pauvre ou riche ; et la
conclusion de ce petit passage est ce fameux commandement : ‘tu aimeras ton
prochain comme toi-même’ (v.18b), ‘je suis l’Eternel’ . Et tomber dans ce péché
(considération de personnes, favoritisme) est ni plus ni moins qu’une
‘transgression de la loi’ (v.9b).
Puis vient une observation intéressante sur la loi en général : ne pas observer un seul
des commandements de la loi, c’est la transgresser dans son ensemble. Cela veut dire
en d’autres termes qu’il n’y a pas de ‘petits’ et de ‘gros’ péchés, aux yeux de
Dieu. Il n’y a pas de ‘péchés véniels’ et de ‘péchés mortels’, pas plus qu’il n’existe de
‘péchés mignons’, de ‘péchés pas graves’ ! De nos jours, l’adultère et le meurtre ne
sont pas mis sur un même pied d’égalité, dans la loi française : l’un est autorisé,
l’autre est puni. Pour Dieu, ce sont des péchés (v.11). (Ces deux exemples sont, je
pense, pris ‘au hasard’, à savoir que Jacques aurait tout aussi bien pu citer d’autres
commandements parmi les dix que compte ce qu’on appelle ‘le Décalogue’ ; ce qui
compte pour lui, c’est de les mettre au même niveau vis-à-vis de la sainteté de Dieu,
qui ne tolère aucun péché ! Ainsi, si nous voulions actualiser ces vv.10-11, nous
pourrions conclure que ‘ne pas voler, ne pas tuer’ – comme on l’entend souvent de la
part de beaucoup de personnes – mais tromper sa femme, mentir de temps en temps
ou falsifier sa feuille d’impôts, n’est pas moins grave aux yeux du Dieu trois fois saint
que le viol ou le meurtre ! Certes, les conséquences du viol ou du meurtre sur autrui
sont plus dramatiques et destructrices que la falsification de la feuille d’impôts ou le
mensonge, mais si nous ‘voulons appeler un chat un chat’, il faut appeler un péché
(quel qu’il soit) par son nom, aussi ‘grave’ ou non à nos yeux soit-il ! La grande vérité
contenue dans ces versets est donc que l’homme ne doit pas ‘piquer et choisir’ quand
il est confronté avec la loi morale de Dieu (Tasker, dans son commentaire, p.61).
Comme le dit Calvin, ‘Dieu ne sera pas honoré par des exceptions’. Il ne nous laissera
pas nous soustraire des lois que nous n’aimons pas.
Dans le ‘décalogue’ (les ‘dix commandements’, les ‘dix paroles’) (Ex.20, Deut.5), il
y a deux parties, ce qu’on appelle parfois ‘les deux tablettes de la loi’ : celle
consacrée à notre relation vis-à-vis de Dieu, puis celle qui a trait à la relation
vis-à-vis de notre prochain. Et les deux vont de pair. Transgresser une seule de ces
lois, c’est transgresser l’ensemble de ces lois. L’amour vis-à-vis du prochain (et de
soi-même) est indissociable de l’amour vis-à-vis de Dieu !
Mais bien entendu, il est impossible d’obéir parfaitement à toutes les lois de Dieu, car
nous sommes pécheurs. C’est la raison pour laquelle nous sommes dépendants, pour
notre salut, non de notre propre justice, mais de celle du seul Juste, Jésus-Christ !
Les vv.12-13 concluent ce passage en disant :
1) L’amour chrétien est manifesté tant en paroles qu’en action (‘parlez et
agissez’). C’est une réminiscence de Mt.7 :24-27 ou de Jc.1 :22 : la mise en
pratique de la Parole !
2) Nous devons être jugés par une ‘loi de liberté’ (cf. 1 :25), qui coïncide avec
la ‘loi royale’. Souvent, on a voulu opposer les notions de loi et de liberté : ‘si
nous sommes libres, nous ne sommes pas liés à une quelconque loi’. Alors
comment est-il possible d’être soumis à une ‘loi de liberté’ ? Motyer, dans son
commentaire sur Jacques, l’explique très bien (p.101-102) : ‘La loi est la nature
de Dieu exprimée dans les commandements. Quand nous obéissons à ses
commandements, alors nous vivons comme lui. Nous sommes à l’image
de Dieu ; la loi est à l’image de Dieu. Quand nous mettons ces deux
ensemble, nous ‘devenons nous-mêmes’ ; nous sommes vraiment libres.
La loi de Dieu décrit la vie de véritable liberté ; l’obéissance ouvre la
porte à la vie libre’. C’est la raison pour laquelle, continue Motyer, ‘nous ne
devons jamais, en tant que chrétiens, hésiter de montrer à quiconque que la loi de
Dieu est le vrai sens de la vie, puisqu’elle exprime l’image de Dieu pour le bénéfice
de ceux qui sont créés à l’image de Dieu’. Celui qui est ‘sans miséricorde’ (v.13) –
et l’homme dédaigneux est dans ce cas – sera jugé sans miséricorde ; mais celui
qui aura traité son prochain selon la loi royale s’apercevra que la
miséricorde qui lui sera accordée triomphera du jugement (idée de
Gaebelein, dans son commentaire, p.26). Ainsi, le chrétien qui aura vécu selon les
standards de la ‘loi royale’, cette ‘loi de liberté’, ne devra pas avoir peur d’un
quelconque jugement, car pour Dieu (et lui aussi, suivant ses commandements,
ses préceptes, ses voies), ‘la miséricorde triomphe du jugement’ (v.13b)
(Jn.3 :17 – qui suit le verset si connu de Jn.3 :16 – ne dit-il pas : ‘Dieu, en effet,
n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour
que le monde soit sauvé par lui’ ; et son salut pour les humains que nous
sommes était mû par son amour envers nous !).

2 :14-26 : La foi prouvée par les œuvres :


Ce passage est l’un des plus connus de l’épître de Jacques ; c’en est aussi un qui a fait
couler beaucoup d’encre parmi les chrétiens et en a troublé plus d’un, en particulier
Martin Luther, le réformateur, qui considérait ce passage comme contraire à ceux de
l’apôtre Paul aux Romains et aux Galates essentiellement, où l’accent est mis sur le
salut par la grâce, au moyen de la foi. N’est-on en effet pas ici en présence d’une
contradiction par rapport aux textes qui ont été la grande (re)découverte des
réformateurs Luther, Zwingli, Calvin, Bucer et bien d’autres ? Les œuvres nous
sauveraient-elles ? La foi n’est-elle pas suffisante pour le salut ? Paul et
Jacques se contrediraient-ils ?
Il s’agit ici non d’un problème théologique, mais – comme partout dans l’épître de
Jacques – d’une question vitale et pratique qui nous mène au cœur de l’Evangile. Car
en fait, Paul et Jacques ne se contredisent et ne s’opposent pas, ils se
complètent : l’un (Paul) met l’accent sur le fondement (la foi), l’autre
(Jacques) sur les conséquences pratiques. D’ailleurs, Ephésiens 2 :8-10 lie
bien les deux aspects qui nous concernent, la foi et les œuvres : ‘C’est par la
grâce en effet que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient
pas de vous, c’est le don de Dieu. Ce n’est point par les œuvres, afin que
personne ne se glorifie. Car nous sommes son ouvrage, nous avons été créés
en Jésus-Christ pour des œuvres bonnes que Dieu a préparées d’avance, afin
que nous les pratiquions’
Pour donner une définition correcte de la foi, Jacques introduit 4 illustrations :
a) le frère démuni et affamé (v.15-17)
b) les démons croyants mais tremblants (v.18-20)
c) Abraham, l’ami de Dieu (v.21-24)
d) Rahab, qui a accueilli les espions de Josué (v.25-26)
Chacune de ces illustrations termine par un résumé de ce que Jacques veut nous faire
comprendre (v.17,20,24,26) : la foi sans les œuvres est morte, stérile. Les deux
premières illustrations sont négatives (ce qu’il ne faut pas faire), les deux dernières
positives (ce qu’est la foi). La première et la dernière illustration mettent la vraie foi en
rapport avec l’homme (des gens nourris, des espions en danger accueillis) ; la
deuxième et la troisième illustration concernent la vraie foi en rapport avec Dieu (la
paix avec Dieu sans terreur, une vie en obéissance à la volonté de Dieu) (cf. A Motyer,
‘The Message of James’, commentaire, p.107).
Au v.14, il y a deux questions rhétoriques (‘à quoi bon …’ et ‘cette foi peut-elle …’)
dont la réponse implicite est ‘certainement pas’. Il y est question de quelqu’un qui
‘dit’ qu’il a la foi, comme pour sous-entendre qu’il n’y a ici que des paroles dites,
mais sans résultat apparent. Une telle foi dite sans conséquence pratique
est inutile, morte ! (Jésus aussi avait parlé de manière semblable, lorsqu’il disait :
‘Quiconque me dit : Seigneur, Seigneur ! n’entrera pas forcément dans le royaume
des cieux, mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les
cieux’ : Mt.7 :21 ; cf. Mt.25 :45). Elle n’est même pas digne d’être appelée ‘foi’, car
elle n’est que verbale, et elle ne peut pas sauver quelqu’un (v.14b).
L’exemple des vv.15-16 a-t-il réellement été vécu par Jacques, ou n’est-il qu’une
supposition un peu provocatrice ? Nous ne le savons pas, mais qu’importe, le message
est clair : si la foi en Dieu n’est pas mise en application concrète vis-à-vis des autres,
‘elle est morte en elle-même’ (v.17). Ce qui est en fin de compte reproché à ces
chrétiens aux vv.15-16, c’est non seulement de ne pas donner à manger ou de vêtir
ceux qui en auraient besoin, mais en plus de leur demander de le faire eux-mêmes, ce
qui est totalement impossible vu leur situation ; c’est un manque évident non
seulement de compassion et d’amour, mais également de tact et de
solidarité au sein de la communauté chrétienne. La question à se poser est donc
la suivante, pour nous : nous sommes-nous trouvés une ou plusieurs fois dans une
telle situation ? Et alors, comment avons-nous réagi ? Cf. I Jean 3 :16-18 (vu ci-
dessus) pour une illustration semblable en rapport avec l’amour.
Le v.18 est assez difficile à interpréter : il s’agit en effet de saisir qui est supposé
parler et où sont les limites de la citation. Le ‘quelqu’un’ pourrait s’agir d’un opposant
(le ‘on’ du v.14), auquel Jacques répondrait. Mais on pourrait aussi penser que Jacques
lui-même reste en dehors du dialogue, et que ‘quelqu’un’ parle de sa part, répondant
au ‘on’ du v.14. Ce quelqu’un commence, en disant ‘tu as la foi (dis-tu, v.14) et moi
j’ai les œuvres’. Il poursuit son offensive. Sachant que la foi est une attitude intérieure
et que le contradicteur prétend l’avoir, il lui dit : ‘montre-la moi’. Au fond, il sous-
entend : ‘si tu peux, mais j’en doute’. Car comment la montrer autrement que par les
œuvres que tu n’as pas ! Puis il termine le dialogue par une affirmation claire : ‘moi,
par mes œuvres, je te montrerai ma foi’ ; et cela est possible, puisque les
œuvres expriment la foi (cf. R. Ward, Nouveau Commentaire biblique, p.1291, pour
cette interprétation).
Quant au v.19, il a certainement été maintes fois cité dans nos dialogues avec des
gens au sujet de la foi. En fait, croire qu’il n’y a qu’un seul Dieu n’est pas suffisant
pour prouver qu’on a la foi. Cette foi monothéiste est indispensable (cf. Dt.6 :4,
qui est une doctrine de base), et elle est bonne (‘tu fais bien’), mais elle n’est pas
suffisante, car même les démons croient cela, et ils tremblent ! (Pensons aux
différents textes des Evangiles, où nous voyons les démons et les esprits mauvais
croire en Dieu, et avoir peur de lui , cf. par ex. Mt.8 :29 ; Mc.1 :24 ; 5 :7 ; Lc.8 :28, car
ils savaient qu’ils étaient destinés à périr devant les mains du Dieu tout-puissant).
Jacques veut nous dire que ceux qui ont la vraie foi – bien qu’ils aient un sentiment
de profond respect et une certaine crainte quand ils s’approchent de Dieu – n’ont pas
peur devant Lui. Ils ‘s’approchent avec assurance du trône de la grâce’
(Héb.4 :16 ; cf. aussi I Jn.4 :18 : ‘l’amour parfait bannit la crainte’) et ils prouvent
par leurs actes d’amour que leur foi est véritable (cf. aussi Héb.11 :6 : ‘Or,
sans la foi, il est impossible de lui plaire ; celui qui s’approche de Dieu doit
croire qu’il existe et qu’il récompense ceux qui le cherchent’ et Tit.1 :16
(argument par la négative) : ‘Ils font profession de connaître Dieu, mais ils le renient
par leurs œuvres’). Ainsi, connaître Dieu n’est pas suffisant (‘Qu’il y a loin de connaître
Dieu à l’aimer’, disait le philosophe et mathématicien chrétien Blaise Pascal. Et Jean
Calvin, le réformateur : ‘La connaissance de Dieu ne peut pas davantage connecter un
homme à Dieu que la vue du soleil ne peut le porter vers le ciel’. En effet, c’est la foi
en premier et non la connaissance uniquement qui permet à un homme de
s’approcher de Dieu (cf. Tasker dans son commentaire, p.66), foi mise dans le cœur
par le Saint-Esprit.
Et puisque l’homme est pécheur, son approche doit être accomplie par le moyen du
Médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ (I Tim.2 :5), qui est l’objet de notre
foi), ce qu’il faut, c’est la foi en Dieu, qui elle-même se manifeste par des actes
concrets.
Le v.20 est mis au milieu de ces quatre exemples de foi, comme pour scander ce
refrain si cher à Jacques (et toujours de la même manière rhétorique : ‘veux-tu
comprendre, homme vain’ – litt. ‘vide, niais’, on pourrait dire ‘homme sans cervelle’ !
-, comme pour souligner la vanité, l’inutilité de ce genre de foi sans œuvres) : ‘la foi
sans les œuvres est stérile’, c’est-à-dire vide, sans conséquences, sans fruit.
L’exemple d’Abraham aux vv.21-23 est significatif, car ce même Abraham avait été
pris par l’apôtre Paul (celui que l’on a voulu à tort opposer à Jacques, puisqu’il prône le
salut par la foi et non par les œuvres) comme un exemple d’homme de foi. Et le verset
de Genèse 15 :6 (‘Abraham crut à Dieu, et cela lui fut compté comme justice’) cité ici
l’est également par Paul en Rom.4 :9 et Gal.3 :6 par rapport à la justification par la foi.
Mais il y a une légère différence dans l’emploi de la notion de justification : pour Paul,
Abraham est pris comme exemple d’homme de foi car il a cru en la promesse
de Dieu (d’avoir une postérité, une descendance aussi nombreuse que les étoiles
dans le ciel) avant même qu’il ne devienne père d’Ismaël et d’Isaac ; c’était
cela, sa foi : croire ce que Dieu avait dit avant d’en avoir des ‘preuves’ tangibles !
Jacques, lui, cite Abraham dans son acte si magnifique de sacrifice de son fils
Isaac (30 ans après avoir cru la promesse !), ‘offert’ (v.21b) sur l’autel, ce qui en
quelque sorte était une réelle ‘preuve’ de sa foi totale en Dieu et Ses promesses, un
acte d’obéissance concrète, la mise en action de sa foi (en Héb.11 :17, ce même
événement du sacrifice d’Isaac est donné comme exemple de la foi d’Abraham, parmi
beaucoup d’autres figures héroïques de foi). Tout cela est extrêmement poignant, car
Isaac son fils était justement l’objet (la réponse) de Dieu à la promesse, et en voulant
l’offrir sur l’autel, Abraham allait en quelque sorte nier la possibilité de réaliser cette
promesse faite auparavant (de lui accorder une descendance et de bénir toutes les
nations de la terre). (Autre remarque intéressante : Abraham est décrit comme ‘notre
père’ – v.21 - , alors que Jacques écrivait sa lettre aussi à des non Juifs ; ainsi, nous
voyons une fois de plus que tous les croyants, d’origine juive ou non, ont pour ‘père’,
pour ancêtre, Abraham). Le ‘tu’ du v.22 représente le ‘on’ du v.14, Jacques faisant
appel à la perspicacité et au désir de comprendre de ses interlocuteurs : les ‘œuvres’
sont donc des actes de foi, qui rendent la foi ‘parfaite’, c’est-à-dire accomplie, totale.
Une foi sans œuvres est donc une foi incomplète, inachevée.
Si nous voulons comparer les enseignements de Paul et de Jacques, il y a le facteur
‘temps’ qui intervient : un certain temps s’écoule – parfois très court – entre la ‘foi
initiale’ et les bonnes œuvres. Pour Paul, Dieu accepte un homme dès qu’il a
cru. Jacques considère un homme qui a cru, mais qui a ensuite négligé
toutes les occasions d’agir en croyant. ‘Paul pense spécialement au
commencement de la vie chrétienne, Jacques à sa continuation. Au commencement, la
foi seule est nécessaire ; mais si la foi est réelle, les œuvres suivent’ ([Link], NCB
Emmaüs, p.1292). Le v.23 – déjà commenté ci-dessus – précise qu’Abraham ‘fut
appelé ami de Dieu’, expression assez rare dans la Bible, qui montre la proximité,
l’intimité entre lui et le Seigneur, et l’appréciation de Dieu par rapport à son
comportement (cf. II Chr.20 :7 sur l’amour d’Abraham pour Dieu, et
Es.41 :8 où Abraham est aussi appelé ‘ami de Dieu’ ; Jésus, en Jn.15 :15, appellera ses
disciples ‘mes amis’ et non plus ‘serviteurs’, car il leur a fait connaître la volonté de
son Père). Nous sommes invités à suivre les traces de notre père spirituel Abraham,
dans sa foi initiale (croire en les promesses de Dieu sans les voir encore) et dans sa foi
en action (dont l’offrande de son fils est son apogée). (Une illustration pour compléter
cela : deux hommes sont invités pour le repas par un propriétaire de château. Se
voyant l’un et l’autre, chacun demande à l’autre comment il est arrivé jusque là. ‘Je
suis entré par le portail’, dit l’un ; ‘J’ai suivi l’allée’, dit l’autre. C’est ce que disent Paul
et Jacques. Comment un homme entre-t-il ? En acceptant l’invitation et en passant par
le portail (Paul) ; en suivant l’allée du portail au château (Jacques). Paul aussi croit à
l’allée ; et Jacques croit au portail ; mais ils mettent l’accent sur l’un ou l’autre. De
même, l’homme est justifié par la foi, et par les œuvres. La foi doit être vivante, et
les œuvres inspirées par la foi (cf. Ward pour cette idée).
Avec sa pédagogie, Jacques insiste en disant : ‘Vous le voyez, c’est par les
œuvres que l’homme est justifié, et non par la foi seulement’ (c’est nous qui
soulignons) (v.24). La foi n’est donc jamais statique ; la mettre en action, c’est la
réponse pratique à l’initiative de Dieu (son salut) que nous avons accepté par la foi,
c’est l’obéissance. Finalement, ce que Jacques nous enseigne, c’est la sanctification, la
marche avec le Seigneur dans le quotidien de la vie.
Bien que ce v.24 représente une sorte de conclusion, le v.25 est encore ajouté pour
compléter, prouver encore davantage ce qui précède. C’est ainsi qu’une autre figure
de l’A.T. – Rahab la prostituée - nous est donnée en exemple, moins connue et peut-
être moins caractéristique (mais pourtant également citée en Héb.11, dans cette
‘galerie de portraits d’hommes et de femmes de foi de l’A.T., au v.31). Chez elle
également, son acte de foi (cacher les espions) a donné aux hommes la preuve que la
foi qui l’habitait était sincère et vraie. L’exemple est d’autant plus frappant que c’était
une femme (souvent mal considérées à l’époque), prostituée, et non juive ! N’a-t-elle
pas proclamé : ‘l’Eternel, votre Dieu, est Dieu dans les cieux, là-haut, et sur terre, ici-
bas’ – Jos.2 :11b, en même temps qu’elle recevait chez elle en les cachant les espions
du peuple d’Israël, ceci avant de les envoyer par les remparts – v.15 – et de leur
donner de précieux conseils pour ne pas être pris – v.16 - ? Ses paroles et ses actes
avaient donc agi quasiment simultanément, et c’est tout cela qui est donné en
exemple pour nous.
Et voici la vraie conclusion à tout ce passage : ‘Comme le corps sans esprit est
mort, de même la foi sans les œuvres est morte’ (v.26) . Quelle image
saisissante : ‘Par un paradoxe étrange, la foi, qui est quelque chose d’invisible, est
comparée au corps, et les œuvres, qui ont un caractère matériel, sont assimilées à
l’âme’ ([Link], p.31). La foi sans les œuvres est comparée à un cadavre !
Le v.17 disait la même chose, alors que le v.20 parlait de l’inutilité, la stérilité de la foi
sans les œuvres. Ne dit-on pas qu’un arbre qui ne porte pas de fruits est mort,
puisqu’il est sec, sans sève ? De même, une foi sans sève (le Saint-Esprit, qui habite le
croyant) ne peut pas produire de fruits, elle est donc morte. Comme notre corps et
notre âme ne forment qu’un être vivant, la foi et les œuvres ne devraient former
qu’une même entité spirituelle en Jésus-Christ. Est-ce réellement le cas ? (…)

3 :1-12 : L’usage de la langue / la parole


En 1 :18, il était question de la ‘parole de vérité’ et surtout en 1 :26, de ‘savoir tenir sa
langue en bride’, ceci en rapport avec la ‘vraie religion’ : quelqu’un qui ne sait pas
maîtriser sa langue ‘trompe son cœur’, nous disait ce verset. En fait, les paroles que
nous prononçons font aussi partie de nos œuvres, nos actions. Et de même
que notre foi – pour être cohérente – doit se manifester en actes, notre foi –
pour être cohérente – ne doit pas être contrecarrée par nos paroles
prononcées à l’égard des autres. Autrement dit, les paroles que nous prononçons
font partie de nos actes, puisqu’elles sortent de notre corps, à savoir de notre bouche.
Et dans la suite de ce passage, nous constatons bien l’importance si fondamentale des
paroles que nous disons, ceci alors que notre Société est remplie de paroles dites sans
fondement, ‘en l’air’, ‘à la légère’.
Les vv.1-2 concernent ceux qui enseignent (le mot ‘docteur’ signifie ‘celui qui est
docte’, donc celui qui sait des choses et les transmet aux autres, les enseigne ; c’est le
même mot qui est employé en Eph.4 :11 dans la liste des différents ministères dans
l’église : ‘apôtres, prophètes, évangélistes, pasteurs et docteurs’).
D’une certaine manière, tout le monde est appelé un jour ou l’autre à enseigner
quelqu’un d’autre, que ce soit les parents vis-à-vis de leurs enfants, ou dans la vie
professionnelle, ou dans l'Eglise. Néanmoins, il y en a dans l’Eglise qui ont un
ministère particulier dans ce domaine de la transmission de la foi, et c’est avant tout
de ceux-là dont il est question dans ce passage.
Souvent, on admire davantage ceux qui parlent bien en public, alors que ce n’est pas
le plus important aux yeux de Dieu. En effet, n’importe quelle action faite pour le
Seigneur a son importance, du moment qu’elle est accomplie comme un service rendu
à Dieu et aux autres et non comme un moyen de se glorifier. Que de personnes dans
les Eglises ont voulu enseigner dans le but de se montrer et non comme un service !
Résultat de cela ? De faux enseignements, de fausses orientations doctrinales et
ensuite pratiques, amenant à des critiques, des jugements, de l’orgueil spirituel, et
même – hélas – à des scissions et des inimitiés parfois pour la vie ! Mais les personnes
responsables de cela seront sévèrement jugées, d’après notre texte. La sagesse
venue d’En Haut est capitale pour tous ceux qui sont en position
d’enseignement, mêlée à de l’humilité et de la consécration. Ce texte paraît si
radical qu’il en serait presque à décourager ceux qui enseignent dans l’Eglise ! C’est
en tout cas un avertissement salutaire.
L’importance de la langue est telle que le v.2 n’hésite pas dire que si la langue est
maîtrisée, si quelqu’un ‘ne bronche pas en paroles’ (ce qui veut dire : ‘si quelqu’un ne
pèche pas en paroles’), alors ‘c’est un homme parfait (litt. ‘accompli’), capable de
tenir tout son corps en bride’ (v.2b) . D’ailleurs, quand l’apôtre Paul veut prouver
que ‘tous ont péché et son privés de la gloire de Dieu’ (Rom.3 :23), il n’hésite
pas à citer des passages de l’Ecriture concernant l’usage des paroles : ‘Leur
gosier est un sépulcre ouvert, ils usent de tromperie avec leurs langues, ils ont sous
leurs lèvres un venin d’aspic, leur bouche est pleine de malédiction et d’amertume’
(Rom.3 :13-14, citant Ps.5 :10 ; Jér.9 :3,5 ; Ps.140 :4 ; Ps.10 :7). De même, quand le
prophète Esaïe avoue son péché en se sentant impur, il dit : ‘… je suis un homme dont
les lèvres sont impures, j’habite au milieu d’un peuple dont les lèvres sont impures …’
(Es.6 :5). Quand – du point de vue positif - le Christ est donné en exemple pour nous
pour que nous puissions suivre ses traces, il est également fait mention du fait que
‘dans sa bouche, il n’y avait pas de fraude’ (I Pie.2 :22, citant le fameux passage
d’Es.53 :9 (cf. aussi I Pie.3 :10, citant Ps.34 :13-17 dans le paragraphe sur les devoirs à
accomplir entre frères). Ainsi, si la langue est maîtrisée, tout le corps l’est aussi (v.2b),
ce qui montre bien son importance primordiale. Et à l’inverse, la mauvaise utilisation
de la langue est souvent le premier pas vers la déchéance et le péché du corps. Un
détail intéressant est à noter : le mot grec utilisé dans ce v.2 et traduit par ‘homme’
est ‘aner, andros’ (homme du sexe masculin) et non ‘anthropos’ (homme au sens
général, être humain) : ce qui est écrit ici l’est donc en particulier pour les hommes au
sens masculin, et serait une manière de nier l’opinion courante selon laquelle ce sont
surtout les femmes qui pèchent par leur langue. Elles sont coupables parfois certes,
mais les hommes le sont peut-être davantage encore, par leurs paroles profanes,
grossières, blasphématoires ou impures.
Dans les vv.3-12, quatre points sont à noter :
1) La langue joue un rôle capital dans la vie : les vv.3-4 sont là pour nous
prouver cette vérité : si nous voulons contrôler notre comportement, nous devons
contrôler notre langue ! La langue est le facteur clé dans une vie conséquente. Si
nous ‘gagnons la bataille’ de la langue, nous gagnerons toutes les batailles ! C’est
comme si nous avions une table de mixage avec plusieurs boutons, dont le
principal - celui du volume général - est celui de la langue : si nous savons
maîtriser ce bouton là, tous les autres le seront aussi. Et Jacques, qui aime bien les
illustrations pratiques, en donne deux très parlantes : celle du petit mors dans la
bouche des chevaux, et celle du petit gouvernail, et ceci même pour un immense
bateau : tandis que le cheval ou le bateau sont menés par celui qui tient le mors
ou le gouvernail, en ce qui concerne l’homme, c’est la langue qui exerce une
maîtrise arrogante sur le corps et l’âme. Il y a un contraste saisissant entre ce
qui est ‘petit’ (le mors, le gouvernail, la langue) et ce qui est ‘grand’ (le
cheval, le bateau, notre corps entier). De nos jours, Jacques aurait peut-être
pris l’exemple de la puce électronique, toute petite mais renfermant en elle-même
toutes les caractéristiques et composantes d’un ordinateur par ex. Et la conclusion
de ce passage est évidente : la langue est un petit membre, mais elle a de
grandes prétentions’ (v.5a). L’Histoire humaine n’est que là pour illustrer cela : en
effet, quelle puissance des discours ont-ils pu avoir pour encourager les déprimés,
mettre en route des hommes et des femmes pour de nobles actions, donner une
expression à des émotions humaines profondes, ou – hélas aussi – pousser des
peuples à la haine envers telle catégorie de personnes (pensons aux dictateurs,
tels Hitler, Mussolini, Franco, Saddam Hussein, Khadafi, etc…)(cf. aussi Ps.12 :3 :
‘Chacun dit des calomnies à son prochain, on se parle avec des lèvres flatteuses et
un cœur double’ pour les effets pervers de certaines paroles et qui ont produit de
puissants effets).
2) La langue a de grands pouvoirs (vv.5b-6)
Avec une autre illustration – celle du feu – Jacques nous montre l’immense
pouvoir de la langue. (Pour nous rappeler cette vérité du petit feu qui peut
embraser une grande foret, nous n’avons qu’à penser aux feux de forets
dévastateurs du sud de la France, chaque été). En effet, une étincelle qui s’envole
peut allumer un feu de foret (des kilomètres carrés de bois !) capable de brûler des
semaines durant. ‘Un petit brin d’hérésie peut embraser une Eglise entière ; un
bavardage de commère mettre une ville à feu et à sang’ (Ward, p.1293).
Quatre aspects de son potentiel sont décrits ici :
a) Elle est le monde de l’injustice, c’est-à-dire le monde caractérisé par tout ce qui
est contraire à la justice de Dieu (cf. Rom.3 :23) et ceci en nous.
b) Elle infecte tout notre corps, ce qui est une conséquence de ce qui précède, elle
le pollue, le souille.
c) Elle embrase tout le cours de l’existence, ce qui dénote aussi sa durée.
‘D’autres vices sont corrigés par l’age ou le processus du temps. Ils quittent
notre vie’, nous dit [Link], mais du premier au dernier jour, l’influence de la
langue demeure. Voilà sa continuité’ (cité par Motyer, p.123).
d) Elle provient directement de l’enfer ! Au début (point a), on nous disait qu’elle
était anti-Dieu, ici on nous la décrit comme pro-Satan. (Le mot ‘géhenne’ est
parfois employé pour désigner le diable, de même que le mot ‘cieux’ est mis
pour Dieu dans l’expression ‘Royaume des cieux’. Géhenne est la forme
grecque de l’hébreu ‘Gehinnom’, ou ‘vallée de Hinnom’. Sur la base des
menaces de jugements prononcés contre elle en Jér.7 :32 ; 19 :6, , la littérature
apocalyptique en était venue à considérer la vallée de Hinnom comme l’enfer
du dernier jugement (voir Ward, p.1293). Jacques voit donc une origine
satanique aux paroles mauvaises.
Ainsi, le feu a un aspect positif de purification et d’illumination (le Saint-
Esprit, en Ac.2 :2-3), ou un aspect négatif, quand il enflamme le cours de
l’existence avec les passions mauvaises (cf. Mt.5 :22 ; 18 :9).
3) La langue n’est pas ‘domptable’ (vv.7-8)
Aux vv.2-5a, Jacques disait le bien qui découle d’une langue contrôlée ; aux vv.5b-
6, il parlait des conséquences d’une langue non contrôlée. Il continue à développer
cela aux vv.7-8a en disant que du point de vue humain, la langue est
incontrôlable ! En Gen.1 :28, Dieu a demandé à l’homme de contrôler et dominer
toute chose dans la création, mais ici, la langue est incontrôlable, et ceci est
(malheureusement) vrai ! En effet, les paroles ne sont pas toujours mauvaises en
soi, mais elles sont parfois légères, ou moqueuses, ou sans fondements (sans
suites).
Il y a ici indirectement une comparaison entre Gen.3 :12 (1er péché de
l’humanité = mensonge en paroles) et Ac.2 :2-4 (restauration de la parole
par un autre feu (que l’enfer), celui du Saint-Esprit (Pentecôte), et ensuite …
ils parlèrent en langues (Ac.2 :11, où ils ‘parlent des merveilles de Dieu’) (cf. Jésus
en Jn.7 :46 : ‘personne ne parle comme lui’). Ainsi, l’espoir est donné qu’en
mettant sa confiance dans le Saint-Esprit, nos paroles peuvent être domptées et
maîtrisées, heureusement !
4) Inconstance, illogisme (vv.9-12)
Avec la même langue, deux choses opposées peuvent être accomplies : bénir ou
maudire. Notez les précisions : bénir ‘Dieu notre Père’ et maudire ‘les
hommes faits à l’image de Dieu’ (v.9), ce qui dénote la relation si proche et
intime que nous sommes appelés à avoir avec ‘Dieu notre Père’, mais aussi que
tous les hommes sont dignes d’être aimés (cf. le ‘il fait lever son soleil sur les
méchants et les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et les injustes’ en Mt.5 :45). 
Nous nous devons donc d’aimer tous les hommes, ce qui n’est pas = à de
l’humanisme, car justement, ces hommes sont ‘faits à l’image de Dieu’, par
conséquent dignes d’etres respectés et aimés, car Dieu les aime (cf. Jn.3:16). Et
dire qu’il y a des hommes qui maudissent (= disent du mal) de ces gens-là !
Jacques est choqué, et dit : ‘Il ne faut pas, mes frères, qu’il en soit ainsi’
(v.10b).
En fin de compte, il est question ici des effets que produit la langue : soit elle
pollue, soit elle adoucit (v.11) (et Jacques de reprendre un exemple tiré de la
nature : une source qui produit soit de l’eau douce, soit de l’eau amère ; cf. le livre
– et le film – ‘Manon des sources’ (de Marcel Pagnol) pour une illustration des effets
bienfaisants ou néfastes d’une source). Pour ce qui est du v.12, Jésus avait dit
quelque chose de semblable en Mt.7 :16-20 concernant les fruits ; ‘on ne cueille
pas des raisins sur des épines ni des figues sur des chardons’ , disait-il. Ainsi, la
nature elle-même, dans ce qu’elle a de cohérent, donne une leçon à l’homme.
Ce passage peut paraître d’une manière générale assez pessimiste sur la condition
humaine, puisqu’il nous montre essentiellement les effets dévastateurs de la langue,
en nous expliquant également les raisons à cela : son origine de Satan. Mais ce serait
tomber dans un défaitisme que de tout simplement se retirer du monde en ne parlant
plus – comme l’abbé de Rancé qui imposait à ses trappistes un silence total – ou alors
de continuer à vivre comme avant en pensant qu’il n’y a aucun espoir pour la maîtrise
de la langue. En effet, ‘ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu’
(Lc.18 :27), car la grâce de Dieu est aussi applicable dans le domaine de langue, en se
laissant contrôler par le Saint-Esprit. En II Cor.10 :5, l’apôtre Paul nous donne la clé
de la victoire sur la langue : ‘Amener toute pensée captive à l’obéissance du
Christ’. Quand on arrive, en toute sincérité et quoi qu’il en coûte, à remettre au
Seigneur le contrôle de sa pensée, le problème du contrôle de la langue peut être
considéré comme résolu. ‘C’est de l’abondance du cœur que la bouche parle’
(Mt.12 :34), disait Jésus lui-même. Ainsi, des paroles chrétiennes ne peuvent provenir
que d’un cœur chrétien, car de l’abondance d’un cœur qui se confie vraiment au
Seigneur jailliront tout spontanément des paroles vraies et édifiantes (cf. Gaebelein,
p.39).

3 :13-18 : Les deux sagesses


Nous sommes toujours dans le contexte de paroles adressées par Jacques à des gens
qui auraient peut-être une tendance à vouloir être des ‘docteurs’, des enseignants. Ce
paragraphe nous mentionne le troisième grand point d’enseignement de Jacques dans
son épître : la sagesse, et qui fait le lien entre le chapitre 3 (sur la langue) et le
chapitre 4 (qui parlera – au début – des disputes). En somme, il compare dans ces
versets deux sortes de sagesse : celle qui ‘vient d’en haut’ et celle qui est
‘terrestre, psychique, démoniaque’ (v.15).
Si – au v.13 – il parle de sagesse et d’intelligence, c’est qu’il s’adresse
particulièrement à ces ‘docteurs’, car dans le Judaïsme tardif, les rabbins (docteurs
d’Israël) étaient identifiés aux sages et aux intelligents. La question est posée d’une
manière très directe : ‘Lequel d’entre vous est sage et intelligent ?’ (v.13a), et sa
réponse est conditionnelle : si cette homme-là démontre sa connaissance par une
bonne conduite… (le terme employé pour ‘bonne’ est ‘kalos’ en grec, qui veut dire
‘bien, beau’, et non ‘agathos’ qui veut dire ‘ce qui est bien’ : ainsi, on pourrait parler
de la beauté de la bonté, une bonne vie, agréable, faisant envie aux autres). Cette
bonne conduite est magnifiquement présente dans ce texte si fondamental pour notre
témoignage auprès de l’extérieur qu’est I Pie.3 :15 (à apprendre par cœur, car il est
fondamental pour la vie chrétienne).
Ces notions de ‘sagesse’ et d’’intelligence’ sont très fréquentes dans la littérature
sapientiale (= ‘de sagesse’) et particulièrement dans les Proverbes (Prov. 1 :7 ; 9 :10 ;
15 :33 ; Jb.28 :28 ; Ps.111 :10) : connaître le Seigneur, c’est le craindre, et c’est
cela, la sagesse ! (le mot ‘connaître’, dans l’Ancien Testament, a une signification
très profonde : c’est le même mot qui est employé au début de la Genèse pour parler
des relations sexuelles entre Adam et son épouse Eve ; cette connaissance du
Seigneur demandée n’est donc pas seulement une connaissance intellectuelle ou
‘livresque’, mais une connaissance profonde, intime, personnelle).
Alors comment doivent être les œuvres qui prouvent la sagesse de quelqu’un ?
Littéralement, il nous faudrait traduite ‘ses œuvres dans une sagesse de douceur’
(v.13b). Elles doivent être empreintes de ‘douceur’ : cf. I Pie.3 :15 (le même texte si
fondamental que cité ci-dessus) et Col.4 :6 (lire), qui nous montrent en fin de compte
que pour un(e) chrétien(ne), la fin ne justifie pas les moyens (au contraire de
l’Islam qui – dans sa notion de ‘djihad’ (= ‘guerre sainte’) - met justement en avant
cette philosophie de vie : ‘qu’importe les moyens (y compris le terrorisme, les
kamikazes, …), pourvu qu’on arrive à ses fins, à savoir la propagation de l’Islam à tout
le monde’). Cette douceur, elle a aussi été enseignée par Jésus, en Mt.11 :29 : ‘Je suis
doux et humble de cœur’ ; cf. aussi II Cor.10 :1 : ‘…par la douceur…’ .  La manière de
vivre, pour un(e) chrétien(ne), compte beaucoup, et ceci est particulièrement vérifié et
vérifiable dans l’évangélisation : nous pourrions avoir les meilleurs discours sur la foi,
les plus scrupuleux dans la vérité, si nos actes ne suivent pas notre doctrine prêchée,
si nous ne confirmons pas par nos actes notre enseignement verbal, alors notre
témoignage n’aura aucune crédibilité auprès des autres ; à réfléchir… .
v.14 : ‘Mais si …’ : que c’est triste, de constater ce ‘mais’ dans notre vie ! (On
pourrait traduire ‘jalousie amère’ par ‘zèle amer’). Quel est le résultat de
l’amertume ? ‘Mentir contre la vérité’ (v.14b), car alors on grossit les choses, on les
déforme volontairement et exagérément. Quant à la ‘rivalité’, elle signifie une
‘fierté’, une ‘ambition’ démesurée, ‘une inclination à utiliser des moyens indignes et
qui divisent pour promouvoir ses propres intérêts’ ([Link], cité par [Link], dans
son commentaire de Jacques, p.133). Il est intéressant de noter que notre texte met
en contraste la division et la vérité. De nos jours, pour soi-disant préserver la vérité
dans la politique, on se divise pour former un nouveau groupe, un nouveau parti. Et au
sein des Eglises souvent, nous pouvons constater que pour préserver soi-disant la
vérité, il a été formé un nouveau groupe, une nouvelle église, une nouvelle
dénomination en ‘iste’ ou ‘ique’ ! Quand Paul a résisté en face à Pierre au sujet d’une
question importante qui concernait la vérité, il n’a pas pour autant créé un nouveau
groupe ou une nouvelle église ou dénomination (Gal.2 :14) (cf. Motyer – p.133 – pour
cette importante contribution au débat).
Ainsi, la vérité peut et doit être dite, mais si il y a à l’origine de mauvais motifs et une
mauvaise manière pour la dire, alors cela apparaît carrément comme un mensonge (=
+ ou – cela : ‘faites ce que je dis, mais pas ce que je fais’).
Ainsi, d’après le v.15, cette ‘sagesse’ (d’ailleurs, est-ce encore de la sagesse ?)
n’est pas ‘d’en-haut’ (cf. Nicodème en Jn.3 :3,7 qui peut aussi être traduit par
‘naitre d’en-haut’ ; cf. le ‘ursum corda’ (= ‘en haut les cœurs’), devise des
réformateurs au 16ème siècle). Au contraire, cette sagesse est :
1)‘terrestre’, c’est-à-dire ‘de la terre’, des humains, séculaire.
2) ‘charnelle’, qui veut aussi dire ‘psychique’, ‘sensuelle’, ‘naturelle’, au sens de :
‘qui vient de la nature humaine pécheresse, non régénérée’ (à réfléchir, dans notre
contexte où tout ce qui est ‘naturel’ est forcément bien).
3) ‘diabolique’, qui veut aussi dire ‘démoniaque’ ; c’est un mot très dur, qui évoque
l’origine de cela : le diable, le démon,  anti-Dieu ! (cf. II Cor.11 :14 ; I Tim.4 :1 où
Satan est déguisé en ange de lumière).
Le v.16 est ensuite mis ici comme un rajout du v.14 par rapport à la jalousie
(n’oublions pas que c’est la jalousie qui a incité les principaux sacrificateurs à livrer
Jésus pour etre crucifié, Mc.15 :10 !) et la rivalité. Conséquences ? Le ‘désordre et
toute espèce ce pratiques mauvaises’ ; il y a donc un lien de cause à effet entre ces
deux choses : la jalousie et la rivalité amènent le désordre et les pratiques
mauvaises (= tout ce qui trouble la paix, dans les couples, les familles, le monde du
travail, le voisinage, les nations, … les églises hélas !).
Alors quelle est la vraie sagesse, celle qui vient ‘d’en haut’ (v.17a) ? Il y a ici
sept adjectifs pour la décrire (7, le chiffre de la perfection !) :
1) Pure. Il nous faut noter cette primauté de la pureté ; cf. Phil.4 :8 : ‘pensées
pures’ , ce qui est le contraire de la jalousie, mais aussi d’une sagesse
‘calculatrice’, faite de ‘magouilles’ (cf. le mot ‘saint’ = ‘mis à part’). Cette pureté
doit transparaître dans toute notre vie (pensées, paroles, argent, temps, sexe, …)
(cf. aussi du vin non frelaté,  qui est pur).
2) Pacifique. C’est le contraire du désordre et des conflits. Cf. Rom.12 :18 : ‘S’il est
possible, autant que cela dépend de vous, soyez en paix avec tous les
hommes’ , qui pourrait être un de nos mots d’ordre pour chaque situation ;
comment pratiquons-nous ce principe, dans notre vie ?
3) Modérée. De l’équilibre ! Ce qui exclut les extrémismes (cf. de nos jours,
l’intégrisme et le fanatisme religieux qui conduisent souvent au terrorisme ; mais
… qu’en est-il de nos vies de chrétien(e)s ? Sont-elles toujours un modèle
de modération ?
4) Conciliante. = + ou – comme un médiateur (cf. par ex. Jimmy Carter, dans sa vie
en général, des accords de Camp David alors qu’il était président américain à
toutes ses tentatives de conciliation entre les peuples, récompensé récemment à
juste titre par le prix Nobel de la paix). = + ou – ‘raisonnable’ : la raison manque
souvent chez les chrétiens.
5) Pleine de miséricorde et de bons fruits. Elle doit en être ‘remplie, pleine’. La
miséricorde, c’est le fait d’être bon, gentil, plein d’amour pour les autres. Dieu est
‘miséricordieux et plein de bonté’ envers nous les hommes, cf. les nombreux
Psaumes qui nous le décrivent ainsi. La miséricorde, ce n’est pas de la pitié. Cf.
dans nos actions en faveur des gens en difficulté, comment nous comportons-nous,
avec pitié ou avec miséricorde ? Les fruits sont la conséquence de la miséricorde
exercée envers les autres, et de bons fruits ne peuvent provenir que de bons
arbres. (Débat à avoir : quels fruits portons-nous dans nos vies ? A réfléchir …).
6) Sans partialité. Cf. le chapitre 2, sur la distinction de personnes, le favoritisme, la
justesse, l'équité.
7) Sans hypocrisie. L’hypocrisie, c’est le fait de jouer au théâtre ou au cinéma sans
que notre interlocuteur sache que l’on joue un rôle, au contraire d’un acteur. Ah,
combien l’hypocrisie a cours parmi les chrétiens !
Et le verset 18 termine en mettant en valeur deux notions fondamentales de la foi
chrétienne : la justice et la paix. La justice est un fruit (cf. ci-dessus), et la paix doit
être annoncée, apportée par ‘des artisans de paix’, à savoir des gens dont c’est
‘le métier’ d’apporter la paix (cf. le ‘Sermon sur la montagne’, Mt.5-7, cf. la
fameuse ‘prière de St-François d’Assise’ : ‘Seigneur, fais de nous des artisans de
paix…’).
Ainsi, nous pouvons constater que ces deux sagesses sont radicalement
différentes l’une de l’autre, et que la sagesse d’en haut n’est pas qu’une
vague notion théorique ou une simple ‘doctrine’, mais qu’elle est très
pragmatique, très concrète. A nous de l’appliquer dans le quotidien !

4 : 1-10 : Conflits, passions


Voici une question des plus actuelles : ‘D’où viennent les luttes et les
querelles parmi vous ?’(v.1). C’est une question à laquelle il est bon de répondre,
car elle peut être préventive d’autres luttes et querelles. En effet, si nous n’analysons
jamais les causes de nos conflits, ils se reproduiront forcément par la suite. D’ailleurs,
même si nous les analysons, ce n’est pas dit qu’ils n’arriveront plus, mais en tout cas,
nous aurons matière à réflexion, et à prévention ! Et ainsi, nous les subissons et nous
sommes finalement presque amenés à les excuser : ‘c’est ainsi, je n’y peux rien, la
nature est ainsi faite, …’ ! Il est intéressant de noter que ce texte parle spécifiquement
et premièrement des luttes et querelles entre chrétiens (… parmi vous …’). Bien sur,
en deuxième lieu, nous pouvons analyser les conflits entre les hommes en général,
mais il est quand même bien spécifié ‘parmi vous’. Ces luttes et ces querelles
(d’autres traductions parlent même de ‘guerres’ et de ‘conflits’ ou de ‘batailles’, car
les deux termes employés sont très forts et sans ambages, ils appartiennent au
langage guerrier) ont une racine commune très simple : elles viennent des passions
qui sont en nous (le mot traduit par ‘passion’ signifie les plaisirs égoïstes, qui ne sont
là que pour sa propre jouissance). Et ces passions en nous ‘guerroient’ (littéralement :
‘mènent bataille’, étant en ‘service actif permanent’ ; cf. Tasker dans son
commentaire, p.85 ; le mot français ‘stratégie’ vient de la racine grecque du mot) dans
nos membres, c’est-à-dire dans notre être tout entier. Si nous analysons le temps,
l’énergie, l’argent utilisés par nos contemporains pour leurs plaisirs et passions
égoïstes et les luttes et tensions que cela occasionne, nous pouvons mesurer à quel
point les paroles de Jacques sont actuelles et pertinentes. Mais puisqu’il est question
ici de cela parmi les chrétiens, nous devons nous analyser nous-mêmes, et essayer de
tirer les conclusions qui s’imposent quant à l’origine des conflits entre nous, les
membres du peuple de Dieu. A réfléchir …
La traduction du v.2 a fait couler beaucoup d’encre parmi les spécialistes bibliques, car
la ponctuation n’est pas claire (il faut rappeler que dans le grec original, il n’y a pas de
ponctuation, aussi les traducteurs la mettent où ils la trouvent la plus appropriée). On
pourrait traduire ce verset ainsi, ce qui serait plus compréhensible : ‘Vous désirez et
vous ne pouvez avoir ; ainsi vous êtes prêts à tuer. Vous convoitez et vous
ne pouvez obtenir ; ainsi vous avez des luttes et des querelles (mêmes termes
employés que dans le v.1) ; vous ne possédez pas parce que vous ne demandez
pas. Vous demandez et vous ne recevez pas, parce que vous demandez mal,
afin de dilapider (c’est le sens de ce mot, c’est-à-dire dépenser inutilement) pour
vos passions’ (même mot qu’au v.1, signifiant ‘plaisirs égoïstes’) (vv.2-3). Ainsi, les
luttes et les conflits viennent de nos passions ; et nos passions viennent de nos désirs
égoïstes de posséder ; et ces passions peuvent entraîner au meurtre ! Et si nous ne
possédons pas ce que nous désirons, c’est que nos désirs ne sont pas bons, car ils
sont égoïstes, dans le seul but de gaspiller ce que nous recevons de Dieu ! Quelle
logique, notre cher Jacques ! Quel enchaînement de conséquences parfois
dramatiques ! Mais quelle vérité fondamentale ! Questions à se poser : quelles
sont nos passions ? Qu’est-ce qui fait vibrer nos émotions, nos ‘tripes’ (cf. par ex. les
photos pornographiques dans les cellules des prisons, ou dans les camions de certains
chauffeurs routiers ou dans des ateliers) ? Concernant ces passions, cf. Mt.5 :21 ss.
et I Jn.3 :11-12 qui nous parle du premier meurtre de l’humanité par Caïn sur son
frère Abel.
Quant au v.3, il parle en fin de compte de la prière, et qui n’est pas exaucée.
Quelle en est la cause ? L’orgueil, une demande mauvaise, égoïste ! Cf. Jac.1 :5-
8 pour les bonnes demandes à Dieu, faites de la bonne manière. Attention, il n’est pas
dit ici que Dieu n’entend pas, mais que nous ne recevons pas. Et Jacques ne nous
dresse pas ensuite une liste de choses permises ou défendues ; à nous de savoir, mais
pas de légiférer (cf. vv.11-12) ! C’est la raison pour laquelle nous avons besoin de
cette fameuse ‘sagesse d’en haut’ (cf. 3 :17). Décidément, la vie chrétienne n’est
pas toujours facile !
Au v.4, Jacques taxe ses interlocuteurs d’’adultères’, et ceci en rapport avec ce
qu’on pourrait appeler ‘les mondanités’. Ce terme désigne effectivement le fait d’avoir
des relations sexuelles avec quelqu’un d’autre que son conjoint, mais il est sans doute
à prendre d’une manière plus métaphorique, comme c’est souvent le cas dans
l’Ancien Testament, et d’ailleurs également par Jésus lui-même en Mt.12 :39
(‘génération mauvaise et adultère’) . Par ce terme employé, Jacques veut
signifier l’infidélité à l’égard de Dieu. En effet, le peuple d’Israël était taxé
d’infidèle et d’adultère quand il était idolâtre, quand il vouait son culte à d’autres
dieux que le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Il était ainsi considéré comme
l’épouse du Seigneur. De même dans le Nouveau Testament, l’Eglise est considérée
comme l’épouse du Seigneur (cf. par ex. Eph.5 :25-27). Ainsi, avoir de l’amour pour
le monde et les choses du monde, c’est montrer d’une certaine manière que
nous ne sommes plus fidèles à Dieu, que nous n’avons plus besoin de Lui. Ce
verset peut ainsi être considéré comme un ‘baromètre’ spirituel pour vérifier dans quel
sens notre vie chrétienne se développe (idée de F. Gaebelein, dans son commentaire,
p.43) : ‘quel est mon rapport aux choses du monde, quelles places occupent-elles
dans ma vie ? Ont-elles pris la place qui devait impartir à Dieu ? Etre ‘dans le monde,
sans être du monde’, telle est la devise des chrétiens selon Jésus en Jean 17. (Une
image de ce même commentateur est ici utile et intéressante : ‘De même qu’un
vaisseau doit être sur l’océan, tandis que ses machines, sa cargaison, son équipage et
ses passagers sont séparés de l’eau, ainsi le chrétien, tout en vivant dans le monde,
doit être séparé du monde. Quand l’océan pénètre dans le vaisseau, ou le monde dans
la vie du chrétien, c’est le naufrage’ - Gaebelein, p ;43-44). [Link] nous donne une
autre idée intéressante (p. 1295 du Nouveau Commentaire Biblique) : ‘L’amour du
monde est logiquement et spirituellement incompatible avec l’amour pour Dieu :
logiquement parce que Dieu comme le monde exige tout ; et spirituellement parce
que s’unir au monde, c’est adopter son point de vue qui est ‘inimitié contre Dieu’ …
‘Celui donc qui veut être ami du monde exerce un choix et préfère le monde à Dieu. Il
se rend ainsi ‘ennemi de Dieu’, qu’il le comprenne tout de suite ou non.’
Le v.5 est assez compliqué ; de plus, la citation de l’Ecriture n’a pas pu être localisée
avec précision quelque part. On a pensé à des textes comme Ex.20 :3,5 ou Os.11 :8,
mais ils ne sont pas explicites. Selon Rom.8 :9b, tout chrétien est habité par l’Esprit de
Christ. Nous pourrions traduire ainsi : ‘Le Saint-Esprit que Dieu a mis en nous
désire avec jalousie que nous soyons tout à Lui’ . Dieu est ainsi jaloux de la
même manière qu’un mari le serait à l’égard de quelqu’un qui flirterait avec son
épouse qu’il aime, c’est une jalousie remplie de passion et d’amour profond pour Sa
créature (cf. Phil.1 :8 : Dieu nous ‘chérit’ de la même façon) : Dieu nous aime
tellement qu’il souffre quand nous nous éloignons de Lui pour aller trop dans le monde
en L’abandonnant ; Il nous désire tout à Lui, parce qu’Il sait ce qui est bien pour nous,
nous ayant créé et nous aimant profondément au point d’avoir donné son Fils unique
pour mourir à la Croix.
Au v.6, il y a une constatation magnifique et propre à nous rassurer : ‘Dieu
nous donne une grâce supérieure’ , c’est-à-dire plus puissante que ne pourrait
l’être le péché qui a de grands pouvoirs dans le monde. La citation de
Prov.3 :34 (‘Dieu résiste aux orgueilleux, mais il fait grâce aux humbles’ ,
citée aussi en I Pie.5 :5) met en opposition l’orgueil et l’humilité : les orgueilleux,
ce sont ceux dont le cœur s’est détourné de leur Créateur et qui s’opposent à tout ce
qui vient de Dieu. L’orgueil tient le premier rang des sept choses que l’Eternel hait
(Prov.6 :16-19). C’est par orgueil que Satan est tombé (cf. Es.14 et Ez.28, qui nous
parlent probablement de la chute de Satan, à cause de son orgueil). Ainsi, se livrer au
péché d’orgueil revient à dire que l’on n’a pas besoin de Dieu, qu’on l’évacue de sa
vie, que l’on veut se débrouiller sans Lui. C’est le fait de vouloir s’emparer d’une gloire
qui n’appartient qu’au Seigneur seul ; c’est passer à coté du Souverain de l’univers
dans un esprit de suffisance et d’indépendance coupable. Et ‘Dieu résiste aux
orgueilleux’, c’est-à-dire qu’Il s’oppose à eux. Les humbles, au contraire, ce sont ceux
qui reconnaissent leur insuffisance, qui sont conscients de leur état de ‘simple’
créature et de leur absolue dépendance vis-à-vis du Créateur, et qui sont désireux de
recevoir de Lui – et de Lui seul – tout ce qui est nécessaire pour leur salut (cf. Tasker,
dans son commentaire ‘The General Epistle of James’, p.91-92, pour ces définitions si
pertinentes des humbles et orgueilleux). Et ‘Dieu fait grâce aux humbles’ , c’est-à-dire
qu’Il leur accorde sa grâce, son amour, son salut ; comment ? En ayant offert son Fils
Jésus en sacrifice pour tous ceux qui désirent se remettre entre Ses mains.
Puis, par une série de six exhortations rapides, l’apôtre donne la solution
pratique à la manière de surmonter l’orgueil et acquérir l’humilité :
a) ‘Soumettez-vous à Dieu’ (v.7a) : se soumettre à Dieu, c’est l’anti-orgueil, c’est la
meilleure façon de ne pas devenir orgueilleux. Il est aussi question, dans certains
passages du N.T., de se soumettre aux autres (Eph.5 : 22-24 : les femmes à leurs
maris ; Eph.6 :1-3 : les enfants à leurs parents ; Eph.6 :5-8 : les serviteurs à leurs
maîtres ; Rom.13 :1-7 : les citoyens vis-à-vis des autorités du pays ; Eph.5 :21 et
Phil.2 :3-4 : les chrétiens en général par rapport aux autres chrétiens ; cf. aussi I
Pie.2 :13-18, qui parle de le faire ‘à cause du Seigneur’ - v.13 -). Se soumettre
ainsi (aux autres parfois, à Dieu toujours), c’est en tout cas accepter que nous ne
sommes pas seuls au monde, que nous avons besoin des autres souvent et de Dieu
toujours, c’est reconnaître que nous sommes des ‘êtres sociaux’, créés pour être
en relation et en dépendance vis-à-vis d’autres personnes (notre prochain et Dieu).
b) ‘Résistez au diable’ (v.7b) : c’est la suite logique de ce qui précède (on aurait
d’ailleurs pu mettre cette exhortation avant la précédente, car si on résiste au
diable, on sera plus enclin à nous soumettre à Dieu) : si nous sommes soumis à
Dieu, nous pourrons résister au diable, dont la caractéristique principale, nous
l’avons vu ci-dessus, est l’orgueil. Comment lui résister ? Voir pour cela les
armes proposées par l’apôtre Paul aux Ephésiens (6 :10-18), et plus
précisément l’épée de l’Esprit (= la Parole de Dieu) et les prières (v.17-18).
La promesse merveilleuse qui nous est donnée, c’est que si nous résistons au
diable, ‘il fuira loin de nous’(v.7b).
c) ‘Approchez-vous de Dieu’ (v.8a) : pensons au cantique ‘Mon Dieu, plus près de
toi’, qui est une prière dans ce sens. Pensons au ‘cherchez Dieu et vous vivrez’
en Amos 5 :4,6, et à de nombreux Psaumes (par ex. Ps.34 :5 : ‘j’ai cherché le
Seigneur, et Il m’a écouté’ ; cf. aussi Héb.10 :22 : ‘Approchons-nous donc d’un
cœur sincère, avec une foi pleine et entière, le cœur purifié d’une mauvaise
conscience et le corps lavé d’une eau pure’ ). Là aussi, ce commandement est
accompagné d’une promesse : ‘…et il s’approchera de vous’ ! Dieu honore ceux
qui Le cherchent, qui désirent vivre pour Lui, Il répond aux prières. Le cantique
‘Mon Dieu, plus près de toi’, peut servir de devise au chrétien qui veut vaincre
l’orgueil.
d) ‘Purifiez vos mains … nettoyez vos cœurs’ (v.8b) : Dieu veut que ceux qui
s’approchent de Lui soient purs, non seulement de leurs mains, c’est-à-dire
dans leur vie extérieure (leurs actes), mais aussi dans leur cœur (leurs
intentions, leurs ‘tripes’, leur être intérieur). (Nous pouvons ici aussi prendre
exemple sur tous les rites de purification des Juifs – cf. par ex. les vases remplis
d’eau destinée aux purifications en Jn.2 :6 – et sur la façon de se présenter devant
la face de l’Eternel dans l’A.T. (Ex.30 :19 ou 40 :31 pour les prêtres): même si cela
a été aboli par la venue du Christ et de son sacrifice qui nous purifie de tout péché,
l’idée importante du ‘nettoyage’ intérieur, de la purification de nos pensées et de
nos actes demeure). Il est question, dans ce verset, outre que nous sommes des
‘pécheurs’, des ‘âmes partagées’, ce qui signifie que souvent notre vie (= même
mot que ‘âme’) n’est pas cohérente et conséquente, et qu’elle est partagée,
hypocrite, fourbe (cf. ci-dessus ce qui est dit sur la ‘sagesse d’en haut’ qui doit être
‘…sans partialité’ (3 :17).
e) ‘Reconnaissez votre misère … pleurez’ (v.9) : en d’autres termes, si la
repentance est réelle, qu’elle se voie ! Si quelqu’un a un cœur partagé (cf. ci-
dessus), alors il ne peut pas avoir une vraie conscience de son péché ; au
contraire, il en rigole. N’oublions pas que le meilleur moyen qu’a Satan de gagner
auprès des humains, c’est de faire croire qu’il n’existe pas. Si le diable est mis en
dérision, et avec lui le péché, eh bien c’est la porte ouverte à son action ! La foi en
Jésus-Christ est quelque chose de sérieux. Dieu n’est certes pas contre la joie
(il en parle entre autres dans de nombreux Psaumes), mais il désire en
premier lieu une réelle contrition de la part de Ses créatures, une
conviction de péché. Pour une réelle conviction de péché, voir par ex. l’exemple du
roi et des habitants de Ninive à la suite de la prédication du prophète Jonas (3 :5-
6) ; n’est-ce pas étonnant de la part d’un souverain d’une grande ville antique
païenne ? Imaginons une telle attitude pour un dirigeant actuel d’une de nos
grandes métropoles occidentales ! Jésus lui-même a pleuré à la tombe de son ami
Lazare, lorsque l’horreur de la mort que le péché engendre était à coté de lui, le
troublant profondément dans son esprit (Jn.11 :33 ; au v.35 – le plus court de la
Bible – il est explicitement dit que ‘Jésus pleura’). Il a également pleuré quand il a
approché de la ville sainte, Jérusalem, qui – malgré la beauté de ses murailles –
était remplie de gens pécheurs non conscients de leur état de délabrement
spirituel (Lc.19 :41). Et lorsque les femmes pleuraient à son passage pour être
crucifié, il leur a commandé non pas de pleurer sur lui mais sur elles-mêmes et
leurs enfants en vue de tout ce qui allait arriver bientôt (Lc.23 :28). Oui, la gravité
du péché devrait nous faire pleurer et nous amener à la repentance : ‘Car la
tristesse que Dieu utilise produit un changement de comportement qui
conduit au salut, et l’on n’a pas à le regretter. Mais la tristesse du monde
produit la mort. Dieu s’est servi de la tristesse que vous avez éprouvée, et voyez
maintenant les résultats…’ (II Cor.7 :10-11, fr.c.) ; cf. aussi Rom.7 :24 où le même
apôtre Paul s’écrie sur son état de pécheur : ‘malheureux que je suis’ , dont
l’adjectif utilisé est semblable au verbe ‘talaiporésate’ utilisé ici par Jacques. Les
chrétiens de l’église de Laodicée devaient reconnaître qu’ils étaient ‘malheureux,
misérables, pauvres, aveugles et nus’ (Ap.3 :17) afin de pouvoir se repentir (v.19)
(cf. [Link] dans son commentaire, p.95-95, pour ces idées intéressantes).
Ainsi, pleurer sur ses péchés est le ‘passage obligé’ pour la sincère
repentance qui amène au salut et l’acceptation reconnaissante du pardon
offert en Jésus-Christ, qui produit ensuite la joie aussi bien pour Dieu que
pour le pécheur repenti (Lc.15 :7,10,32, où la joie est présente à la fin des trois
paraboles racontées par Jésus : celles de la brebis perdue, de la drachme perdue et
du fils perdu, puisque tous les trois sont retrouvés, c’est-à-dire sauvés).
f) ‘Humiliez-vous devant le Seigneur’ (v.10) : ce n’est que lorsque nous, êtres
humains, nous voyons ‘devant le Seigneur’ que nous pouvons nous voir dans une
juste perspective. En effet, nous pouvons très bien ‘être fiers d’êtres humbles’, si
nous nous voyons dans notre propre perspective. Le remède à l’orgueil est en
dehors de nous. Nous devons reconnaître ce que Christ a accompli sur la croix, et
ainsi, ayant reconnu le Calvaire du Seigneur, nous ne vivrons plus dans l’orgueil.
‘Quand je contemple cette croix, où tu mourus, Prince de gloire, Combien mon
orgueil d’autrefois M’apparaît vain et dérisoire !’ (Ruben Saillens). L’apôtre Paul
avait aussi un principe formidable : ‘Ne faites rien par rivalité ou par vaine gloire,
mais dans l’humilité, estimez les autres supérieurs à vous-mêmes. Que chacun de
vous, au lieu de considérer ses propres intérêts, considère aussi ceux des autres.
Ayez en vous la pensée qui était en Jésus-Christ…’ (Phil.2 :3-5). Et notons le
résultat de cette humilité : le Seigneur nous élèvera ! C’est Lui qui doit nous élever,
pas nous-mêmes. Voyons par ex. l’élévation par Dieu de Marie la mère du Seigneur
en Luc1 :46-55 (expression employée : ‘la bassesse de sa servante’, v.48 ).
‘Quiconque s’élève sera abaissé, et celui qui s’abaisse sera élevé’
(Lc.14 :11 ; cf. aussi Mt.23 :12 et Lc.18 :14) est un principe biblique
fondamental. Calvin cite une parole pertinente de St-Augustin : ‘Comme un arbre
doit rechercher profondément ses racines en bas pour grandir en haut, ainsi
chacun qui n’a pas fixé son âme profondément dans l’humilité s’exalte soi-même
pour sa propre ruine’ (cité par Tasker, p.98).

4 :11-12 : La critique et le jugement d’autrui


Ceci est un commandement, qui est aussi un des autres thèmes importants de cette
épître : les péchés de la langue. Critiquer les frères, cela revient à juger la loi, cette loi
royale ou loi de liberté, qui consiste à aimer (1 :25 ; 2 :8). Jacques est très proche de
ses interlocuteurs (‘frères’), mais très ferme. Derrière la loi, il y a le législateur, Celui
qui l’a instituée et qui doit l’appliquer, à savoir le Créateur lui-même. La diffamation
juge un homme qui ne peut pas se défendre, et elle est interdite. C’est une
offense envers la loi, toute la loi, puisqu’elle l’accuse, la juge, et ainsi se met au-
dessus de Celui qui l’a instituée. Celui qui calomnie s’attribue ainsi une connaissance
supérieure, une position indépendante, comme s’il n’était pas soumis à cette loi. Si
nous pensions davantage à la gravité de ces versets (= devenir finalement le juge et
législateur, quelle insulte pour le vrai Juge suprême !), nous ne serions pas si rapides à
juger voire même à condamner, dans nos positions et attitudes vis-à-vis des autres !
Et de nouveau, la question rhétorique ‘qui es-tu …’ (v.12b) amène à une réponse
évidente de notre part, une conséquence sans ambiguïté qui est soumise à
l’appréciation de notre conscience devant Dieu, mais aussi devant notre ‘prochain’
(v.12b), quel qu’il soit d’ailleurs, dans ou hors de l’Eglise de Jésus-Christ (cf. 2 :8).

4 :13-17 : Confiance orgueilleuse


Comme pour les versets précédents, il est question ici de ‘personnes supérieures’, qui
se placent non au-dessus de la loi, mais au-dessus du destin, qui est lui-même
contrôlé par Dieu, qui est au-dessus de tous et de tout ! Prov.27 :1 nous dit quelque
chose de semblable : ‘Ne te félicite pas du lendemain, car tu ne sais pas ce
qu’un jour peut enfanter’. Et la parabole probablement la plus satirique de notre
Seigneur Jésus en Lc.12 :16-21 : ‘le riche insensé’ pointe le doigt sur la même
auto-sécurité et confiance orgueilleuse que Jacques : en effet, ce riche planifie sa vie
sans tenir compte du Créateur, orgueilleusement, égoïstement ; un jour, hélas pour
lui, il doit quitter cette terre, et rien de ce qu’il aura amassé ne pourra être emporté
dans la tombe ! Le v.16 de Jacques 4 nous le dit autrement : ‘vous vous glorifiez dans
votre présomption’ (ou ‘pensées orgueilleuses’). Toute gloriole de ce genre est
mauvaise’. Pour rabattre cette présomption, Jacques montre la fragilité de la vie
humaine, qu’il compare à une vapeur ! Quand nous pensons aux nuages qui
tourbillonnent autour d’un sommet de montagne, ou la brume matinale s’élevant sur
un lac, ou le brouillard enveloppant un village côtier, nous pouvons comprendre cette
image.
Le v.15 pourrait être un mot d’ordre pour les chrétiens que nous sommes ; en effet,
nous devrions toujours être conscients que quoi que nous fassions, nous sommes en
quelque sorte tributaires de ce que le Seigneur veut pour nous. Il existait une
expression qui s’écrivait sur le courrier : D.v. = ‘Dieu voulant’ (du latin : ‘Deo
volente’). Sans en faire une expression magique, nous devrions assurément plus
souvent penser à cela quand nous élaborons des projets pour notre vie, qu’ils soient
importants et à long terme ou même plus ‘terre à terre’ et à court terme. Comme le
disait Stuart Holden : ‘Vivez un moment à la fois, et vivez ce moment avec
Dieu’. Enfin, pour balayer tout malentendu relatif au danger qu’il y a de se lancer
dans des projets sans consulter le Seigneur, Jacques résume sa pensée par cette
phrase : ‘Si quelqu’un sait faire le bien et ne le fait pas, il commet un péché’
(v.17). Il aurait pu commencer par ‘donc’. Il définit le péché par omission dans ce
texte, et c’est à notre avis universellement applicable. Cela coupe également court
à toute prétention à la perfection totale !
Qu’est-ce que le péché, selon la Bible ? I Jean 3 :4 nous le dit expressément :
‘Quiconque commet le péché, commet aussi une violation de la loi, et le péché, c’est
la violation de la loi ’. Pécher, c’est donc faillir à ce que la loi demande. Dans la
parabole des talents racontée par Jésus – Mt.25 :14-30 et Lc.19 :12-27 –
l’homme qui n’a reçu qu’un talent est sévèrement condamné, non parce qu’il a
expressément accompli quelque chose de mauvais, mais parce qu’il caché et négligé
le précieux bien reçu, le traitant comme quelque chose de sale ou de mort, alors que
c’était quelque chose de vivant capable de produire du fruit. Il n’avait rien fait de mal
avec cela (il ne l’avait même pas dépensé pour des choses futiles), mais il ne l’avait
pas fait fructifié et n’avait ainsi accompli aucun bien avec cela. De même, le
sacrificateur et le lévite dans la fameuse parabole du Bon Samaritain –
Lc.10 :25-37 – n’ont en fait rien accompli de répréhensible vis-à-vis de la loi, mais ils
étaient tellement préoccupés avec leurs affaires religieuses ou imbus d’eux-mêmes
qu’ils n’ont pas répondu à un besoin humain. Ils étaient coupables non d’avoir enfreint
la loi, mais de n’avoir par accompli le bien qu’ils auraient du accomplir, comme
Jacques le dit dans notre texte ! Dans l’histoire du riche et du pauvre Lazare –
Lc.16 :19-31 - , le riche est en proie aux tourments, en enfer, non parce qu’il était
riche durant sa vie terrestre, mais parce qu’il était égoïste en se souciant davantage
de son plaisir que des besoins essentiels de ceux qui l’entouraient. Il a ainsi péché en
ne reconnaissant et n’utilisant pas des occasions de service qui étaient devant sa
porte ! De même, l’histoire du jugement des nations – les ‘brebis et les boucs’
en Mt.25 :31-46 ne pointe pas explicitement sur des péchés commis contre la loi,
péchés que l’on pourrait nommer expressément, mais sur le service, l’amour du
prochain – affamé, assoiffé, étranger, nu, malade, en prison – exprimé ou non exprimé.
Il n’est ici question d’aucun péché volontaire, mais de péchés par omission ! La seule
question posée par le Seigneur est celle-ci : ‘est-ce que, durant ton pèlerinage
terrestre, tu as montré de l’amour aux plus petits de mes frères, ou étais-tu si centré
sur toi-même si enveloppé dans tes propres préoccupations et la poursuite de tes
propres ambitions, si aveugle aux besoins des autres, que tu n’as jamais remarqué les
occasions d’accomplir le bien qui t’étaient présentées ?’ (cf. [Link], The General
Epistle of James, p.107-108 pour ces exemples). Ainsi, ne pas accomplir le bien que
l’on doit faire est probablement plus fréquent que d’accomplir le mal que
l’on ne doit pas faire.
Concrètement aussi, ne pas faire le bien qu’il/elle sait devoir accomplir, c’est par ex.
négliger une impulsion de l’Esprit qui nous pousse à la prière ; ne pas rendre
témoignage quand l’occasion s’y présente (cf. le ‘prêche la parole, insiste en toute
occasion, favorable ou non, convaincs, reprends, exhorte, avec une patience et en
instruisant’ de l’apôtre Paul à son fils spirituel Timothée en II Tim.4 :2) ; ne pas
donner aussi généreusement que Dieu le voudrait ; se taire quand il faudrait défendre
la vérité (devant des collègues ou des amis qui critiquent le Seigneur ou se moquent
de Lui, par ex.) ; ne pas méditer quand il en serait temps ; permettre aux soucis de la
terre d’occuper la pensée quand on devrait se livrer à l’adoration ; en un mot, ne
pas aimer le Seigneur de tout son cœur, de toute son âme et de toute sa
pensée, c’est pécher ! Oui, nous ne sommes pas encore arrivés à la perfection
(même si nous devons tendre vers cela, c’est la sanctification (‘… sans laquelle nul ne
verra le Seigneur’ – Héb.12 :14 -, ne l’oublions pas !) tant prônée par John Wesley
entre autres et le méthodisme), et nous devons en être conscients ; il vaut mieux
humblement reconnaître nos fautes, et chercher notre justice uniquement en Celui qui
seul était sans péché, que de nous bercer de coupables illusions sur notre état de
‘gens bien’ (‘je n’ai jamais fait de mal à personne’ ; n’est-ce pas là une parole maintes
et maintes fois prononcées pas quantité de gens dans notre entourage ?). Michée
6 :8 devrait être notre mot d’ordre en toute circonstance, dans notre marche avec
Dieu : ‘On t’a fait connaître, o homme, ce qui est bien, et ce que l’Eternel
demande de toi : c’est que tu pratiques la justice, que tu aimes la
miséricorde, que tu marches humblement avec ton Dieu’. Que le Seigneur nous
aide en cela !

5 : 1-6 : Contre la cupidité et la violence des riches


Alors qu’au chapitre 4, Jacques parlait aux commerçants, il s’adresse maintenant
surtout aux grands propriétaires terriens. Au chapitre 2, il s’adressait aux riches qui se
trouvaient probablement dans l’Eglise, alors qu’au chapitre 5, il semble plutôt
fustiger les riches païens et impies. Le style de ces paroles si dures fait penser
aux prophètes de l’Ancien Testament, tels Amos, Jérémie. Mais Jésus également avait
vigoureusement combattu une certaine catégorie de riches (cf. Lc.6 :24 par ex.). Il est
question ici finalement de justice sociale à appliquer par les chrétiens.
Une chose importante à dire en préambule à ce thème : Jacques n’est pas
contre les riches parce qu’ils sont riches. Ce qu’il attaque, c’est lorsque
l’argent devient maître au lieu de serviteur. La plupart du temps, quand
quelqu’un possède de nombreux biens, il se sent (faussement) en sécurité et a un
amour insatiable de pouvoir.
Le sort de ces riches (v.1) sera de se trouver sous le jugement de Dieu. Ils doivent
donc ‘pleurer à grands cris à cause des malheurs’ qui vont s’abattre sur eux. Ce
jugement n’est pas encore arrivé, mais il semble si certain et même prédéterminé que
Jacques, d’une manière authentiquement prophétique, en parle comme s’il était déjà
réalité, car ces malheurs sont en train d’arriver sur eux.
Différents travers de ces riches :
1) Cupidité : leurs richesses sont pourries et mitées (v.2), rouillées (v.3). Ils veulent
toujours davantage, pour le plaisir d’avoir plus (= une définition de la
cupidité). Cf. Lc.12 :33 et I Tim.6 :17-19 pour des descriptions similaires et la
condamnation de cela par Jésus et Paul. Quand on parle de ‘richesses pourries, ou
corrompues’, il est fait référence à des produits périssables tels que le blé ou
l’huile, qui un jour vont pourrir s’ils ne sont pas utilisés. Concernant les ‘vêtements
mités’, il n’y a qu’à penser à des habits que l’on aurait laissés trop longtemps dans
un grenier sans produit anti-mites. Quant à l’ ’or et l’argent rouillés’ , nous pouvons
penser aux pièces de monnaie que l’on trouve parfois toutes rouillées dans des
fontaines (par ex. la fontaine de Trévi à Rome), jetées par des touristes pour soi
disant porter bonheur. Jésus, dans le Sermon sur la montagne, parlait aussi des
trésors qui rongent : ‘Ne vous amassez pas de trésors sur la terre, où les vers et la
rouille détruisent et où les voleurs percent et dérobent, mais amassez des trésors
dans le ciel, où ni les vers ni la rouille ne détruisent et où les voleurs ne percent ni
ne dérobent’ (Mt.19 :20) ; puis il conclut : ‘Car là où est ton trésor, là aussi
sera ton cœur’ (v.21).
Le fait de préciser ‘… dans ces jours qui sont les derniers’ (Jc.5 :3b) sous-
entend : ‘un jour, tout cela sera fini !’ En effet, lors du jugement dernier (où ceux
qui auront refusé le Seigneur auront effectivement ‘leur chair dévorée comme un
feu’ (v.3), tout cela ne sera plus. D’ailleurs, pour les auteurs du Nouveau
Testament, nous vivons toujours dans les ‘derniers jours’ : Pierre, par
exemple, a vu les événements de la Pentecôte comme un accomplissement
maintenant ‘dans les derniers jours’ (Ac.2 :17) de la prophétie de Joël. Jacques
semble par ailleurs reprendre ici la même expression que Paul en Rom.2 :5 (‘Mais,
par ton endurcissement et par ton cœur impénitent, tu t’amasses un trésor de
colère pour le jour de la colère et de la révélation du juste jugement de Dieu) . Dans
cette exégèse, le trésor accumulé de richesses devient dans les faits un trésor de
la colère divine qui sera à la base du jour du jugement (cf. [Link] dans son
commentaire sur Jacques, p.112).
2) Injustice : oh, que ce verset est actuel ! Et nous voyons ici une conséquence de
leur cupidité, sous la forme de l’injustice. En effet, qu’y a-t-il de plus injuste que de
ne pas payer le salaire de quelqu’un qui a travaillé dur pour cela. Ce que ces
propriétaires faisaient était clairement une transgression de la Loi
mosaïque : ‘Tu ne retiendras pas chez toi la paye d’un salarié jusqu’au lendemain’
(Lév.19 :13). ‘Tu n’opprimeras pas le salarié pauvre et indigent, … Tu lui donneras
le salaire de sa journée avant le coucher du soleil, car il est pauvre, et il lui tarde
de le recevoir. Sans cela, il crierait à l’Eternel contre toi, et tu te chargerais d’un
péché’ (Dt.24 :14-15). Un prophète tel qu’Amos (2 :6 ; 5 :11 ; 8 :6 entre autres) a
également à maintes reprises fustigé ce genre d’injustice commise par les gens de
son temps (8ème siècle av. J.-C.), de même que quatre siècles plus tard Malachie :
‘Je m’approcherai de vous pour le jugement, … contre ceux qui oppriment le
salarié …’ (Mal.3 :5), ce qui dénote – si besoin était – la continuité, hélas, des
injustices commises par les hommes à travers les siècles.
Quand nous réalisons que toute sorte d’injustice commise par les hommes parvient
‘jusqu’aux oreilles du Seigneur des armées’ (v.4b), nous devons être très attentifs
à nos agissements. Asaph, dans son fameux Psaume 73, se posait la question du
pourquoi de la ‘réussite’ des méchants, ‘jusqu’à ce que j’arrive aux sanctuaires de
Dieu. Alors j’ai compris le sort final des méchants. Oui, tu les places sur des voies
glissantes… (Ps.73 :17-18) ; en effet, le jugement final les aura également atteint,
et ainsi la justice de Dieu aura triomphé.
L’expression ‘Seigneur des armées’ est utilisée surtout dans l’A.T., ce qui parlerait
à la fois des armées terrestres qui combattent les païens, et les armées célestes
qui viennent assister le peuple de Dieu dans son combat. C’est une expression qui
reflète bien la majesté de Dieu, en mettant l’accent sur sa toute puissance. Nous
n’en trouvons que deux traces dans le N.T. (ici, où c’est une allusion à Es.5 :9, et
en Rom.9 :29, qui fait référence à Es.1 :9. La raison pour laquelle Jacques l’utilise
ici met l’accent sur la vérité que – même si les pauvres et les opprimés n’ont aucun
pouvoir sur cette terre, ils ont une aide et un appui qui n’est autre que le Seigneur
Dieu omnipotent.
3) Luxure, plaisirs : en tant que tels, les plaisirs ne sont pas mauvais, mais s’ils ne
sont vécus que pour satisfaire à l’égoïsme humain, alors ils deviennent un péché.
Pensons ici encore à Amos (4 :1-3), ou aussi à la parabole du riche et du pauvre
Lazare en Luc 16 :19-31 ou encore du riche insensé (Luc 12 :19 : ‘… mange et bois
…’) ; tous ces personnages étaient en quelque sorte aveugles à leur malheur
imminent, le jugement qui tombera inévitablement sur eux. Ils ont persévéré dans
leurs péchés jusqu’au bout, tellement absorbés, complètement inconscients du fait
qu’ils étaient en ‘un jour de carnage’ (v.5b) (cf. [Link], NCB Emmaüs, p.1297), ce
jour du jugement du Seigneur.
4) Violence, meurtre : c’est le summum de leurs péchés. (cf. le livre apocryphe de
la Bible ‘la Sagesse, 2 :17-20, pour une description intéressante de cela). ‘Le
juste’ (v.6) est l’innocent, non pas comme étant sans péché (car personne n’est
parfait, excepté le Seigneur Jésus), mais comme quelqu’un qui se sait incapable
d’arriver par ses propres efforts à la justice demandée par le Seigneur, celui qui est
‘droit’, ‘correct’, non fourbe (cf. I Pie.4 :18). Il est aussi possible que ‘le juste’ dont il
fait mention fait référence à un ou des prophète(s) de l’A.T. (cf. Ac.7 :52). Mais
ensuite, comment ne pas penser au ‘juste’ par excellence, Jésus-Christ,
décrit comme tel en de nombreux passages du N.T. : Ac.3 :14 ; 7 :52 ; 22 :14 ; I
Pie.3 :18 ; I Jn.1 :9 ; 2 :2,29 ; 3 :7 ; également les textes de sa condamnation en
Mt.27 :24 et Lc.23 :47. On a aussi appelé ‘justes parmi les nations’ des hommes et
des femmes qui ont – pendant la deuxième guerre mondiale – accompli des gestes
de protection et d’amour envers des Juifs, ceci en vertu de leurs actes souvent
héroïques désintéressés et au péril de leur vie envers leurs prochains.
Oui, nous constatons ici que l’accumulation effrénée des richesses peut amener
quelqu’un jusqu’à la violence et même au meurtre de personnes innocentes. Bien
sur, ceci est un aboutissement extrême de cette cupidité, mais est hélas vérifié
maintes fois dans la pratique actuelle. En fin de compte, l’apôtre Paul avait bien
perçu cela, quand – inspiré par le Saint-Esprit – il déclarait : ‘Car l’amour de
l’argent est la racine de tous les maux, et quelques-uns, pour s’y être
adonnés, se sont égarés loin de la foi et se sont infligé à eux-mêmes bien des
tourments’ (I Tim.6 :10).

5 : 7-12 : Exhortations sur la patience, les paroles


Dans ces versets, nous voyons alterner le sujet de la patience (v.7-8 + 10-11) et
celui des paroles (v. 9 + 12). Il est question d’attente joyeuse (dans la patience, v.7-
8 + 10-11) et de crainte de jugement (à causes des paroles prononcées, v.9 + 12). Il y
a donc en parallèle le Seigneur qui vient, et le juge qui vient : pour quiconque a mis sa
confiance en Dieu, l’avènement du Seigneur est un sujet de réjouissance et de
soulagement ; par contre, pour quiconque a un comportement en opposition à la
volonté de Dieu, la venue du Seigneur est à craindre, car elle annonce le jugement
final (cf. [Link], ‘The Message of James, p.174). Il en est de même pour
l’Apocalypse : pour quiconque a son espérance dans le Seigneur Jésus, ce qui est
décrit dans le dernier livre biblique est une affirmation forte de la victoire du Seigneur
sur toute chose ; par contre, pour celle/celui qui méprise les commandements de Dieu,
les cataclysmes et catastrophes décrits dans ce livre sont un jugement.
Ce thème de la patience avait déjà été abordé au début de l’épître (1 :2-4 + 12). Il est
maintenant logique qu’après avoir apostrophé les riches impies, il s’adresse
maintenant à ses lecteurs chrétiens, dont certains auront peut-être eu à souffrir de
l’oppression. Le motif de la patience requise, c’est l’avènement du Seigneur !
Avec l’illustration du laboureur, Jacques, comme à son habitude, utilise un langage
compréhensible pour tous. En effet, à l’inverse d’un problème de géométrie qui peut
être résolu rapidement pour quelqu’un qui s’y connaît, le délai est inévitable pour le
cultivateur, car ce sont les saisons instituées par le Créateur qui scandent sa vie et
permettent que le fruit vienne ou non. Les pluies de la première saison
rappellent les semailles, alors que les pluies de l’arrière saison évoquent
l’époque de la maturité du grain (cf. Deut.11 :14 et Joel.2 :23) : ainsi, le fermier
attendait patiemment les deux pluies à travers la sécheresse de l’été. Il en
en est de même pour le chrétien/la chrétienne qui est sur(e) que Christ sera
fidèle à Ses promesses de retour  Patience ! L’incertitude est quelque chose de
difficilement supportable pour nous les humains, n’est-ce pas ? Eh bien, en tant que
chrétiens, nous avons la certitude du retour de Jésus. Nous sommes donc invités à
‘affermir nos cœurs’ (v.8) , (c’est-à-dire à les fortifier, dans la patience), et ceci dans
l’attente de ‘l’avènement du Seigneur’ (le mot grec employé est ‘parousia’ , la
‘parousie’, qui est également utilisé par Pierre, Paul et Jean à la suite de Jésus lui-
même, et fait référence à Son apparition en gloire ; il était courant, parmi les Grecs, de
décrire ainsi la visite officielle d’un monarque dans une ville sous sa domination. A
cette occasion, la ‘présence’ (c’est le sens littéral du mot) royale était telle que
personne ne pouvait omettre de reconnaître le Souverain qui venait. En utilisant ce
mot dans le N.T. pour la seconde venue du Christ, il est donc précisé qu’en contraste
de sa première venue – comme bébé à Bethléhem – caché de beaucoup, sa deuxième
venue sera vue et sue de tous. L’attente est patiente, certes, mais d’une
patience qui équivaut à une certitude de la réalité de ce qui est attendu, et
non d’un vague espoir humain ; cf. Héb.12 :1-2 : ‘… et courons avec
persévérance l’épreuve qui nous est proposée …’).
Les vv.10-11 continuent dans le même ordre d’idée, avec des exemples tirés de
l’histoire des Israélites : les prophètes, puis Job. En Hébreux 11, nous voyons
brossé le tableau de ces hommes et femmes de foi de l’ancienne Alliance, qui ont
supporté ce qui leur était imposé, dans la souffrance et la patience. L’idée d’attente
(v.7) est maintenant mêlée à celle d’endurance. Jésus avait d’ailleurs demandé à ses
disciples de se réjouir quand ils seraient persécutés pour Son nom, car ‘c’est ainsi que
l’on a persécuté les prophètes avant vous’ (Mt.5 :11-12). (Ac.7 :52 – paroles d’Etienne
le diacre mort en martyr – dit la même chose : ‘Lequel des prophètes vos pères n’ont-
ils pas persécuté ?’). Le plus caractéristique des prophètes de l’A.T. qui a du souffrir
pour la cause de son Seigneur est sans conteste Jérémie, connu comme un hyper
sensible, patriote au cœur chaud, ayant de la sympathie pour ceux qui souffrent et qui
lui-même a été battu, enfermé dans un donjon, jeté dans une citerne, etc… La
patience de Job était tellement forte qu’elle en est devenue proverbiale ; en
effet, sa patience était en fait une fermeté (v.11), et ceci vis-à-vis de ses détracteurs,
de ses pseudo-amis et même de son épouse. ‘Nous disons bienheureux ceux qui ont
souffert patiemment’ (v.11a) est comme un écho de la béatitude que nous avons
relevée en 1 :12, et peut aussi être comparée à celles décrites par Jésus en Mt.5 :1-12
bien connues (en particulier les vv.10-12). Si l’on considère en effet la fin de Job, alors
nous avons des raisons d’espérer et ainsi d’attendre patiemment la délivrance du
Seigneur lors de son avènement.
Quant aux vv.9 et 12, ils mettent en garde contre nos paroles (une fois de plus,
de la part de Jacques, après le chop.3 entre autres) dites à la légère mais qui ont de
graves conséquences, puisqu’elles peuvent déterminer notre éternité ! En somme,
l’impatience peut nous pousser à la critique, l’anxiété ou la détresse peuvent rendre
amer et délier les langues. Une fois de plus, la pensée que Jésus revient, et revient
comme Juge (à la porte !), est salutaire ; qu’en sera-t-il de nos paroles dites
vainement, de nos plaintes continuelles envers les autres (v.9), lorsque le juste Juge
apparaîtra et mettra tout en lumière ? ‘Car il nous faut tous comparaître devant le
tribunal du Christ, afin qu’il soit rendu à chacun d’après ce qu’il aura fait dans son
corps, soit en bien, soit en mal’ ( II Cor.5 :10). Le v.12 est à mettre en parallèle avec
Mt.5 :34-37 (une fois de plus, Jacques et le Sermon sur la montagne ont des
similitudes). Ici, l’interdiction est absolue, il n’y a pas de compromis possible. Des
serments imprudents étaient fréquents parmi les Juifs du premier siècle et
correspondaient à la vivacité des émotions ressenties. Jacques recommande, comme
le Seigneur Jésus, un oui et un non honnêtes plutôt que des serments inconsidérés. On
pourrait aussi penser que parmi les manifestations d’impatience en temps de stress et
d’affliction, le fait de prendre le nom du Seigneur en vain est très fréquent. Combien
actuelles sont ces phrases sur les serments inconsidérés (‘je te jure sur la tête de ma
mère …’) et sur les phrases et promesses dites à la légère (‘je te promets que je serai
là à 14 h.00…’) ! Ce qui est en jeu, c’est tout simplement notre crédibilité, notre
confiance, nos paroles : sommes-nous dignes de confiance ? Là encore, comme pour le
v.9, il est question de jugement à craindre, si nous avons péché en cela.

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