Introduction aux processus de Markov
Introduction aux processus de Markov
modélisation
ISMAG
MASTER 2 - MI00451X
SOMMAIRE
INTRODUCTION p01
Chapitre 7 : FIABILITÉ
Les problèmes liés à l’attente dans un centre de service sont omniprésents dans notre société.
Les exemples ne manquent pas :
- attente à un guichet (caisse dans un supermarché, administration),
- traffic urbain ou aérien,
- réseaux téléphoniques,
- circulation de pièces dans un atelier,
- programmes dans un système informatique,...
Il est devenu inconcevable de construire un système quelconque (que ce soit un système in-
formatique, un réseau de communication, un système de production ou un système de la vie
quotidienne) sans avoir auparavant fait d’analyse des performances. La pression des enjeux
économiques est telle actuellement que l’on ne peut aboutir à un système sous-dimensionné
et que l’on doit éviter au maximum le surdimensionnement. Construire un système adapté,
respectant le plus possible les objectifs du cahier des charges est une démarche qui passe obli-
gatoirement par une étape de modélisation et d’analyse des performances.
En plus des modélisations analytiques, les simulations sur calculateurs permettront des
évaluations relativement précises, mais demandant parfois des temps de calcul qui peuvent être
importants si l’on veut reproduire correctement les phénomènes aléatoires et avoir atteint un
régime permanent.
Une condition nécessaire pour dimensionner un centre de service est qu’il soit capable
d’absorber le débit moyen de clients prévu, condition très facile à vérifier par de simples calculs
de débits moyens. Mais, même avec un système correctement dimensionné, le caractère aléatoire
des arrivées et des temps de service rend les attentes impossibles à éviter complètement.
• T = IN : le processus est dit discret ; on regarde ce qu’il se passe à chaque unité de temps,
ou bien on fait une suite d’opérations et on regarde ce qu’il se passe à chaque opération (ex :
lancer d’une pièce).
1
• T = IR+ : le processus est dit continu : on garde les yeux fixés sur un système qui évolue dans
le temps à partir d’un instant t0 que l’on prend pour origine des temps (t = 0).
• discret : c’est-à-dire fini ou dénombrable. Il sera, dans ce cas, souvent pratique d’identifier E
avec une partie de IN ou de ZZ.
• non discret : par exemple E = IR ou E ⊂ IR2 (partie du plan) ou E ⊂ IR3 (partie de l’espace)
Ces variables aléatoires sont toutes définies sur un même espace probabilisé (Ω, A, P ) et à
valeurs dans l’espace des états E.
Ainsi, à chaque instant t ∈ T , on associe, non pas une valeur déterministe (comme dans le
calcul d’une trajectoire mécanique) mais une valeur aléatoire décrite par une variable aléatoire
Xt à valeurs dans E.
La variable aléatoire Xt peut représenter les résultats d’essais successifs comme par exemple,
le jet d’une pièce à pile ou face, ou des observations successives sur une caractéristiques d’une
population.
Un processus aléatoire est une généralisation d’un vecteur aléatoire. Comme dans le cas du
vecteur aléatoire, la connaissance de la loi de Xt pour tout t ∈ T est loin de caractériser le
processus.
Ce qui jouera le plus grand rôle dans l’étude des processus aléatoires, ce sont les probabilités
de transition.
Les éléments principaux qui différencient les processus aléatoires généraux sont l’espace des
états E, l’espace des temps T et les relations de dépendance entre les Xt .
• Processus de comptage :
Un processus de comptage (Nt )t∈T , où T ⊂ IR, est un processus croissant (si s ≤ t, alors
2
Ns ≤ Nt ), à valeurs dans E = IN.
• Processus de Markov :
Le processus (Xt )t≥0 est dit de Markov, si pour tout n ∈ IN, pour tous t1 , · · · , tn , tn+1 tels que
t1 < t2 < · · · < tn < tn+1 :
c’est-à-dire que seul le passé le plus proche est pris en compte pour déterminer les probabilités
d’occupation de chaque état.
a) Signal télégraphique
Xt = 1 si la ligne est libre, c’est-à-dire s’il existe k tel que Dk ≤ t < Ak+1 ;
Xt = −1 si la ligne est occupée, c’est-à-dire s’il existe k tel que Ak ≤ t < Dk .
• Trouver la loi de Xt ;
• Calculer P ([Xt = ej ]/[Xs = ei ]) pour s ≤ t et pour ei , ej ∈ E ;
• Existe-t-il une loi limite de la loi de Xt quand t tend vers l’infini ?
b) Processus de ramification
Ce processus est utilisé pour suivre l’évolution de certaines populations animales ou cellu-
laires, ou bien d’un nom chez les humains.
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Chaque individu génère, indépendamment des autres, un nombre aléatoire de descendants.
E = IN ; T = IN.
• Déterminer la loi de Xn ;
• Trouver une relation entre Xn et Xn+1 ;
• Existe-t-il une probabilité non nulle d’extinction de l’espèce ?
c) Files d’attente
Des clients se présentent à des guichets à des temps aléatoires, pour y recevoir des services
de durée aléatoire (ex : banque, magasin, péage d’autoroute...)
E = IN ; T = IR+ .
• Existence d’un régime stationnaire, nombre moyen de clients en attente, durée moyenne de
l’attente d’un client ;
• Détermination du nombre minimal de guichets assurant un bon écoulement de la file.
d) Mouvement Brownien
Dans un gaz, chaque particule est soumise aux impacts incessants de ses voisines. Les colli-
sions provoquent des déplacements.
E ⊂ IR ; T = IR+ .
Le processus est à accroissements indépendants, homogène dans le temps.
Ce cours a pour objectif de donner quelques éléments de théorie sur les processus aléatoires
généraux : processus de Markov, de Poisson, de naissance et de mort, puis sur les systèmes
d’attentes : files uniques et réseaux, avec entre temps une application à la fiabilité.
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Chapitre 1
Processus de Markov
1.1 Généralités
Notations : On pose px,y (t) = P ([Xt+s = y]/[Xs = x]) = P ([Xt = y]/[X0 = x]) et P (t) =
(px,y (t))x,y∈E . On pose aussi −
→
π (t) = PXt (vecteur ligne de composantes πx (t) = P ([Xt = x]).)
Propriétés :
a) P (t) est une matrice stochastique, i.e. px,y (t) ≥ 0 et px,y (t) = 1 pour tout x.
y
.
b) Pour tout s et pour tout t, P (s + t) = P (s)P (t).
Preuve :
[X =x]
a) px,y (t) ∈ [0, 1] car c’est une probabilité. De plus, la ligne x correspond à la loi PXt 0 et on a bien
X X [X =x]
px,y (t) = P 0 ([Xt = y]) = 1.
y y
b) Pour calculer px,y (t + s) = P [X0 =x] ([Xt+s = y]), on va faire intervenir les différents états pouvant être
occupés à l’instant t :
P ([X0 = x] ∩ [Xt+s = y])
P [X0 =x] ([Xt+s = y]) =
P ([X0 = x])
X P ([X0 = x] ∩ [Xt = z] ∩ [Xt+s = y])
=
z∈E
P ([X0 = x])
X P ([Xt+s = y]/[X0 = x] ∩ [Xt = z])P ([X0 = x] ∩ [Xt = z])
=
z∈E
P ([X0 = x])
X
= P ([Xt+s = y]/[Xt = z])P ([Xt = z]/[X0 = x])
z∈E
d’après l’axiome de Markov (X0 n’apporte rien de plus que Xt pour déterminer la loi de Xt+s ). Ainsi, on a
X
px,y (t + s) = px,z (t)pz,y (s),
z∈E
5
qui est le coefficient (x, y) de la matrice produit P (t)P (s).
X
c) πy (t + s) = P ([Xt+s = y]) = P ([Xt+s = y]/[Xt = x])P ([Xt = x]) c’est-à-dire
x∈E
X
πy (t + s) = πx (t)px,y (s).
x∈E
Pour cette classe particulière de processus, on ne s’intéresse à l’état du système qu’en des
instants particuliers tn de leur évolution. Cela peut se produire dans deux cas :
→ Soit on s’intéresse à l’état du système à intervalles de temps réguliers comme par exemple
tous les jours ou toutes les heures. On a alors tn = nτ , où τ est l’unité de temps considérée.
C’est le cas le plus simple à comprendre. L’état du système à l’étape n du processus est alors
l’état du système au n-ième jour où à la n-ième heure.
→ Soit on s’intéresse à l’état du système juste après un événement : tn est alors l’instant du
n-ième événement. L’état du système à l’étape n du processus correspond alors à l’état juste
après le n-ième changement d’état. Les instants effectifs de changements d’états ne sont alors
plus équidistants.
On notera P la matrice P (1) définie précédemment (et px,y = px,y (1)). Comme, pour tous
entiers m et n, on a P (n + m) = P (n)P (m), on a en particulier, pour tout n, P (n + 1) =
P (n)P (1) = P (n)P et donc, comme de plus, P (0) = I = P 0
P (n) = P n et →
−
π (n) = −
→
π (0)P n pour tout n ∈ IN .
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ii) Ce même individu est maintenant dans un couloir fermé de chaque côté par une
porte (E = {0, · · · , N }). Lorsqu’il heurte une porte, il est assomé : 0 et N sont des états
absorbants (une fois qu’on y est, on y reste).
iii) Même cas de figure que ii) mais quand l’individu heurte une porte, celle-ci, au
lieu de l’assomer, le renvoie un pas en arrière.
b) Chaı̂ne à 2 états
1−α α
P = .
β 1−β
On suppose que −
→
π (0) = (1, 0). Que vaut −
→
π (n) ?
On a −
→
π (n) = −
→π (0)P n et pour calculer les puissances d’une matrice, on étudie ses éléments propres.
X
→ On sait que λ1 = 1 est toujours valeur propre de P (associée au vecteur propre t(1, · · · , 1) car px,y = 1).
y∈E
Pour trouver ici l’autre valeur propre, on utilise λ1 + λ2 = trP = 2 − α − β : λ2 = 1 − α − β = 1 si P = I : P est
donc diagonalisable.
→ Recherche des vecteurs propres : pour λ2 = 1 − α − β, (1 − α)x1 + αx2 = (1 − α − β)x1 conduit à
βx1 + αx2 = 0. „ « „ «
1 α 1 β α
→ On a donc, si Ω = , alors Ω−1 = et
1 −β α+β 1 −1
„ n « „ «
→
− β + α(1 − α − β)n α − α(1 − α − β)n
π (n) = −→ λ1 0
π (0)Ω n Ω−1 = , .
0 λ2 α+β α+β
Définition : Soit x et y deux états. On dit que x mène à y s’il existe n ∈ IN tel que px,y (n) > 0.
On dit que x et y communiquent si x mène à y et si y mène à x.
Remarque : Pour n ≥ 1, px,y (n) = px,x1 px1 ,x2 · · · pxn−1 ,y donc, si px,y (n) > 0, il
x1 ,··· ,xn−1
existe x1 , · · · , xn−1 tels que px,x1 > 0, px1 ,x2 > 0, · · · , pxn−1 ,y > 0, c’est-à-dire que l’on peut
trouver sur le graphe un “chemin” de x à y si x = y (il peut même y en avoir plusieurs!).
Attention toutefois, px,x (0) = 1, donc x mène toujours à x même s’il n’y a pas de chemin de x
vers lui-même.
La relation de communication est une relation d’équivalence ; une chaı̂ne à une seule classe
est dite irréductible.
Définition : Un état x est dit non essentiel s’il existe un état y et n ∈ IN tels que px,y (n) > 0
et py,x (m) = 0 pour tout m ∈ IN. Dans le cas contraire x est dit essentiel.
Les états d’une même classe de communication sont de même nature : on parlera de classe
non essentielle (classe que l’on peut quitter) et classe essentielle (ou absorbante) (classe que l’on
ne peut pas quitter).
(avec d(x) = 0 si pour tout n ∈ IN∗ , px,x (n) = 0). Si d(x) = 1, x est dit apériodique.
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Propriété : Tous les états d’une même classe de communication ont même période.
Preuve : Si x et x communiquent, il existe k et l tels que px,x (k) > 0 et px ,x (l) > 0. Alors px,x (k + l) > 0.
Soit m tel que px ,x (m) > 0. Alors px,x (k + m + l) > 0. Donc d(x) divise k + l et d(x) divise k + m + l ; donc
d(x) divise m et ceci, pour tout m tel que px ,x (m) > 0, donc d(x) divise d(x ). Comme x et x jouent le même
rôle, d(x) = d(x ).
Remarque : Une classe dont un élément admet une boucle, (c’est-à-dire px,x > 0), est obli-
gatoirement apériodique (c’est-à-dire de période 1), mais ce n’est pas une condition nécessaire.
Exemple de chaı̂ne périodique : marche aléatoire sur ZZ.
Théorème : Si x et y sont dans une même classe de communication de période d, si px,y (n) > 0
et si px,y (m) > 0, alors d divise m − n.
Preuve : Comme y mène à x, il existe k tel que py,x (k) > 0. On a donc px,x (m + k) > 0 et px,x (n + k) > 0.
Donc d divise m + k et n + k, il divise donc la différence.
Remarque : Les Ck n’ont pas forcément le même nombre d’éléments, mais elles sont toutes
non vides.
min{n ≥ 1 ; Xn = x} si il existe m ≥ 1 tel que Xm = x
On pose Tx = .
+∞ si Xm = x pour tout m ≥ 1
Définition : Un état x est dit récurrent si P [X0 =x] ([Tx < +∞]) = 1 , c’est-à-dire, si partant de
x, on repasse presque sûrement en x. Dans le cas contraire, x est dit transitoire.
(n)
On pose fx,y = P [X0 =x] ([Ty = n]) pour n ≥ 1 (et par convention fx,y
(0)
= 0) et
µx = IE[X0 =x] (Tx ) = (n)
nfx,x .
n≥1
(n)
On a alors x récurrent si et seulement si fx,x = 1, et µx représente le temps moyen de retour
n≥1
en x : il peut être infini, même si x est récurrent. On est donc conduit à une classification plus
fine des états récurrents.
Définition : Un état récurrent est dit récurrent positif si µx < +∞. Dans le cas contraire, il
est dit récurrent nul.
8
n
Propriété : Pour n ≥ 1, on a px,y (n) = (k)
fx,y py,y (n − k).
k=0
Preuve : Le processus passe de x à y en n étapes si et seulement s’il passe de x à y pour la première fois en k
étapes (0 ≤ k ≤ n) et s’il passe ensuite de y à y en les n − k étapes suivantes. Ces chemins, pour des k distincts,
(k)
sont disjoints, et la probabilité d’un chemin pour k fixé est fx,y py,y (n − k).
Ce raisonnement intuitif peut être rendu rigoureux de la façon suivante.
Comme, pour n ≥ 1,
[
n−1
[Xn = y] = ([Ty = k] ∩ [Xn = y]) ∪ [Ty = n],
k=1
X
n−1
(n)
P ([Xn = y]/[X0 = x]) = P ([Ty = k] ∩ [Xn = y]/[X0 = x]) + fx,y
k=1
X
n−1
(n)
= P ([Ty = k]/[X0 = x])P ([Xn = y]/[Ty = k] ∩ [X0 = x]) + fx,y
k=1
Or, pour 1 ≤ k ≤ n − 1, [Ty = k] ∩ [X0 = x] est de la forme A ∩ [Xk = y] où A ne dépend que de X0 , · · · , Xk−1 .
Par conséquent,
P ([Xn = y]/[Ty = k] ∩ [X0 = x]) = P ([Xn = y]/A ∩ [Xk = y]) = P ([Xn = y]/[Xk = y]) = py,y (n − k).
(k)
Comme P ([Xn = y]/[X0 = x]) = px,y (n) et P ([Ty = k]/[X0 = x]) = fx,y , il en résulte
X
n−1
(k) (n)
X
n
(k)
X
n
(k)
px,y (n) = fx,y py,y (n − k) + fx,y = fx,y py,y (n − k) = fx,y py,y (n − k)
k=1 k=1 k=0
(0)
avec la convention fx,y = 0.
2
X
+∞ X
+∞
Preuve : On considère les séries entières Fx,y (s) = sn fx,y
(n)
et Px,y (s) = sn px,y (n).
n=0 n=0
X
+∞ X
+∞ X
n
En effet, Px,y (s) = sn px,y (n) = px,y (0) + sn (k)
fx,y py,y (n − k) avec px,y (0) = δx,y (0). De plus
n=0 n=1 k=0
(0)
fx,y py,y (0) = 0, donc on a bien
X
+∞ X
n X
+∞ X
n
sn (k)
fx,y py,y (n − k) = sn (k)
fx,y py,y (n − k) = Fx,y (s)Py,y (s)
n=1 k=0 n=0 k=0
9
• Si y est récurrent, fy,y = 1, soit, par le lemme d’Abel, lim Fy,y (s) = 1 et donc lim Py,y (s) = +∞.
s→1− s→1−
• Si x = y et si x mène à y, alors Fx,y (1) = 0, et, comme Px,y (s) = Fx,y (s)Py,y (s), si lim Py,y (s) = +∞,
s→1−
alors lim Px,y (s) = +∞.
s→1−
• Si y est transitoire, alors lim Py,y (s) < +∞ et, comme on a Fx,y (1) ≤ 1, on a lim Px,y (s) < +∞,
s→1− s→1−
X
+∞
c’est-à-dire px,y (n) < +∞.
n=0
+∞
Conséquence : Si y est transitoire, alors px,y (n) < +∞ pour tout x, et, en particulier,
n=0
lim px,y (n) = 0, mais la réciproque est fausse en général.
n→+∞
Propriété : Les états d’une même classe de communication sont, soit tous récurrents, soit
tous transitoires.
Preuve : Si x et x communiquent, il existe k et l tels que px,x (k) > 0 et px ,x (l) > 0. On a donc px,x (k + n + l) ≥
px,x (k)px ,x (n)px ,x (l) et donc px,x (1) ≥ px,x (k)px ,x (1)px ,x (l). D’où, si x est récurrent, alors x l’est aussi et,
comme x et x jouent le même rôle, si x est récurrent, alors x l’est aussi.
Cas particulier des chaı̂nes finies : Si E est fini, la classification se simplifie beaucoup.
Propriété : Si E est fini, essentiel équivaut à récurrent et il existe au moins un état récurrent.
Preuve :
• Si tous les états étaient transitoires, on aurait lim px,y (n) = 0 pour tout y et alors, comme la somme ne
n→+∞
X X X
comporte qu’un nombre fini de termes, lim px,y (n) = lim px,y (n) = 0, ce qui contredit px,y (n) =
n→+∞ n→+∞
y∈E y∈E y∈E
1.
• Si x est non essentiel, la probabilité de ne pas revenir en x est non nulle, donc fx,x = 1 et x est transitoire.
Donc, récurrent implique toujours essentiel (même si E est infini).
• Si x est essentiel, la chaı̂ne réduite à la classe de communication de x est une chaı̂ne finie si E est fini, et
admet donc au moins un état récurrent. Comme tous les états d’une même classe sont de même nature, x est
bien récurrent.
10
(n)
a1 (Ri )
..
+∞
. et a(Ri ) = a(n) (Ri ). Enfin, on note PT la matrice extraite de P en ne gardant
(n) n=1
at (Ri )
que les lignes et les colonnes correspondant aux états transitoires.
(1)
Propriété : On a (I − PT )a(Ri ) = a(1) (Ri ) avec aj (Ri ) = pj,x .
x∈Ri
(n)
X
Preuve : Pour n ≥ 2, aj (Ri ) = pj,x a(n−1)
x (Ri ).
x∈R
/ i
On a donc :
X (n) (1)
XX
aj (Ri ) = aj (Ri ) = aj (Ri ) + pj,x a(n−1)
x (Ri )
n≥1 n≥2 x∈T
(1)
X X
= aj (Ri ) + pj,x a(n−1)
x (Ri )
x∈T n≥2
(1)
X
= aj (Ri ) + pj,x ax (Ri )
x∈T
Remarques :
• Si −
→
π (0) = −
→
π , alors, −
→
π (n) = −
→
π pour tout n (preuve par récurrence sur n : étant donné
que π (n + 1) = π (n)P , si π (n) = π , alors −
−
→ →
− →
− →
− →
π (n + 1) = −
→
πP =− →
π .)
• Si (Xn ) converge en loi, lim →−π (n) est une probabilité notée −
→
π (∞) qui est distribution
n→+∞
stationnaire de la chaı̂ne. En effet, on a −
→
π (n + 1) = −→π (n)P pour tout n ∈ IN et, en prenant la
limite quand n → +∞, on obtient bien π →
− (∞)
= π→
− (∞)
P.
Interprétations
:
• πy = πx px,y s’écrit aussi πy py,x = πx px,y ( car py,x = 1). On peut
x∈E x∈E x∈E x∈E
interpréter
πy py,x comme le nombre moyen de transitions de y vers x par unité de temps et
πy py,x s’interprète alors comme le flux moyen de sortie de l’état y. De même, πx px,y est
x∈E x∈E
le flux moyen d’entrèe dans l’état y. Ainsi, en régime permanent :
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pour tout état y, il y a égalité entre le flux sortant de y et le flux entrant dans y.
Propriété : Si −
→
π est distribution stationnaire d’une chaı̂ne irréductible, alors πx > 0 pour tout
x ∈ E.
X
Preuve : On a →
−
π =−
→
π P n pour tout n ∈ IN, donc πy = πx px,y (n) pour tout état y.
x∈E
Supposons qu’il existe y tel que πy = 0. Alors, comme πx px,y (n) ≥ 0, on a, pour tout x ∈ E et pour tout
n ∈ IN, πx px,y (n) = 0.
Or, la chaı̂ne étant irréductible, il existe n tel que πx px,y (n) > 0 ; d’où πx = 0, et ceci, pour tout x. On a
→
−
alors −
→
π = 0 , ce qui est impossible, puisque − →
π est une probabilité.
2
Si x est récurrent positif, on pose, pour tout y ∈ E, ρx (y) = IE[X0 =x] 1I[Xn =y]∩[Tx >n] :
n≥0
c’est le nombre moyen de visites dans l’état y entre deux visites dans l’état x.
Propriété : Si x est un état récurrent positif, alors →
− ρx (y)
π = est distribution station-
µx y∈E
naire.
Preuve : On a
0 1
X X ` ´
ρx (y) = IE [X0 =x] @ 1I[Xn =y]∩[Tx>n] A = IE[X0 =x] 1I[Xn =y]∩[Tx>n]
n≥0 n≥0
X [X0 =x]
= P ([Xn = y] ∩ [Tx > n])
n≥0
Si y = x, on a P [X0 =x] ([X0 = y] ∩ [Tx > 0]) = 0 et, pour n ≥ 1, on a aussi P [X0 =x] ([Xn = y] ∩ [Tx = n]) = 0, de
sorte que l’on a deux expressions pour ρx (y) :
X [X =x]
ρx (y) = P 0 ([Xn = y] ∩ [Tx > n − 1]) ; (∗)
n≥1
X
ρx (y) = P [X0 =x] ([Xn = y] ∩ [Tx > n]) .
n≥1
[X0 =x]
D’autre part, P P [X0 =x] ([Xn = x] ∩ [Tx > n]) sont
([X0 = x] ∩ [Tx > 0]) = 1 et, pour n ≥ 1, les probabilités X
nulles, de sorte que ρx (x) = 1. Comme x est récurrent, la relation 1 = fx,x = P [X0 =x] ([Tx = n]) est vérifiée.
n≥1
X
Or, elle peut encore s’écrire 1 = ρx (x) = P [X0 =x] ([Xn = x] ∩ [Tx > n − 1]). Ainsi, (∗) est vérifiée pour
n≥1
tout y ∈ E. On la réécrit :
X
ρx (y) = P [X0 =x] ([X1 = y] ∩ [Tx > 0]) + P [X0 =x] ([Xn = y] ∩ [Tx > n − 1])
n≥2
X [X0 =x]
= px,y + P ([Xn = y] ∩ [Tx > n − 1]) .
n≥2
Maintenant, pour n ≥ 2,
X
P [X0 =x] ([Xn = y] ∩ [Tx > n − 1]) = P [X0 =x] ([Xn−1 = z] ∩ [Xn = y] ∩ [Tx > n − 1]) = K
z=x
12
X
avec K = P [X0 =x] ([Xn = y]/[Xn−1 = z] ∩ [Tx > n − 1]) P [X0 =x] ([Xn−1 = z] ∩ [Tx > n − 1]).
z=x
Or,
[Tx > n − 1] ∩ [Xn−1 = z] = [X1 = x] ∩ · · · ∩ [Xn−1 = x] ∩ [Xn−1 = z] = · · · ∩ [Xn−2 = x] ∩ [Xn−1 = z],
et, par l’axiome de Markov
P [X0 =x] ([Xn = y]/[Xn−1 = z] ∩ [Tx > n − 1]) = P [X0 =x] ([Xn = y]/[Xn−1 = z]) .
Ainsi,
X
P [X0 =x] ([Xn = y] ∩ [Tx > n − 1]) = P [X0 =x] ([Xn = y]/[Xn−1 = z]) P [X0 =x] P ([Xn−1 = z] ∩ [Tx > n − 1])
z=x
X
= pz,y P [X0 =x] P ([Xn−1 = z] ∩ [Tx > n − 1]) .
z=x
Par suite,
X
ρx (y) = px,y + P [X0 =x] ([Xn = y] ∩ [Tx > n − 1])
n≥2
XX
= px,y + pz,y P [X0 =x] ([Xn−1 = k] ∩ [Tx > n − 1])
n≥2 z=x
X X
= px,y + pz,y P [X0 =x] ([Xn−1 = k] ∩ [Tx > n − 1])
z=x n≥2
X X
= px,y + pz,y P [X0 =x] ([Xn = k] ∩ [Tx > n])
z=x n≥1
X X
= px,y + pz,y ρx (z) = ρx (z)pz,y .
z=x z
D’autre part, on a
0 1 0 1
X X X XX
ρx (y) = IE [X0 =x] @ 1I[Xn =y]∩[Tx>n] A = IE [X0 =x] @ 1I[Xn =y]∩[Tx>n] A
y y n≥0 n≥0 y
0 1
X X
= IE [X0 =x] @ 1I[Tx >n] A = P [X0 =x] ([Tx > n]) = IE[X0 =x] (Tx ) = µx .
n≥0 n≥0
Théorème :
1) Une chaı̂ne irréductible admet une distribution stationnaire − →π si et seulement si tous ses
→
−
états sont récurrents positifs. Dans ce cas, π est unique et πx = 1/µx pour tout x ∈ E.
2) Une chaı̂ne quelconque admet une distribution stationnaire si et seulement si elle possède une
classe récurrente positive. Dans ce cas, si −→π est une distribution stationnaire et si (Ri )i sont les
classes récurrentes positives, il existe des réels positifs λi de somme 1 tels que :
Preuve :
1) • On montre facilement que l’existence d’une distributionXstationnaire implique la récurrence de la chaı̂ne.
En effet, on a alors −
→
π = −→
π P n pour tout n ∈ IN, d’où πy = πx px,y (n) pour tout y ∈ E. Si tous les états
x∈E
étaient transitoires, on aurait, pour tout x ∈ E, lim px,y (n) = 0.
n→+∞
13
X
Comme px,y (n) ≤ 1 et que πx converge, on peut appliquer le théorème de convergence dominée de
x
Lebesgue, c’est-à-dire intervertir
X limite et somme.X
On a alors πy = lim πx px,y (n) = lim p(n)
x,y = 0, ce qui est contradictoire.
n→+∞ n→+∞
x∈E x∈E
On pose an = P ([Xm = y pour 0 ≤ m ≤ n]). On a P ([X0 = y] ∩ [Ty ≥ 1]) = P ([X0 = y]) = 1 − a0 et, pour
n ≥ 2,
P ([X0 = y] ∩ [Ty > n − 1]) = P ([X0 = y] ∩ [Xm = y pour 1 ≤ m ≤ n − 1])
= P ([Xm = y pour 1 ≤ m ≤ n − 1]) − P ([Xm = y pour 0 ≤ m ≤ n − 1])
= P ([Xm = y pour 0 ≤ m ≤ n − 2]) − P ([Xm = y pour 0 ≤ m ≤ n − 1])
= an−2 − an−1
X
d’après l’axiome d’homogénéité. Donc µy πy = P ([X0 = y] ∩ [Ty ≥ n]) = 1− lim an et lim an = P ([Xm =
n→+∞ n→+∞
n≥1
1
y pour tout m ≥ 0]) = 0 car y est récurrent. Donc µy πy = 1 et, comme πy > 0, on a µy < +∞ et πy = .
µy
On a ainsi montré que tout état y est récurrent positif et que la distribution − →π est unique.
• Réciproquement, si les états sont récurrents positifs, on a une distribution stationnaire donnée par la pro-
1
priété précédente, et, d’après ce que l’on vient de voir, cette distribution est donc unique et vérifie πy = pour
µy
tout état y.
X
2) Si − →
π est distribution stationnaire, alors − →
π =− →π P n pour tout n ∈ IN. D’où πy = πx px,y (n) pour tout
x∈E
y ∈ E.
• Si y est transitoire, on vérifieX
exactement comme
X dans 1) que πy = 0.
• Si y est récurrent, alors πy = πx px,y = πx px,y car si x est transitoire, πx = 0 et si x est récurrent,
x∈E x∈Cl(y)
dans une autre classe, px,y = 0. X
En posant C = Cl(y) et − →
π (C) = πx , on a :
x∈Cl(y)
→ soit →
−
π (C) = 0 et alors πx = 0 pour
„ « x∈C ;
tout
→
− →
−
→ soit π (C) = 0 et alors π C =
πx
est distribution stationnaire de la chaı̂ne irréductible réduite
π(C) x∈C
→
−π (C)
à C. Par conséquent, d’après l’unicité vue au 1), on a πx = et x est récurrent positif. De plus, on a
X µx
→
−
π (C) = 1.
C
X 1 X X λk X
• Réciproquement, = 1 et = λk = 1.
x∈Rk
µx k x∈Rk
µx k
X X
De plus, πy = πx px,y = πx px,y .
x∈E x∈Cl(y)
Conséquences :
1) −
→
π n’est pas unique s’il existe plusieurs classes récurrentes positives.
2) Les états d’une même classe de communication sont, soit tous transitoires, soit tous
récurrents positifs, soit tous récurrents nuls.
14
En effet, soit x récurrent positif. Alors x est essentiel et la chaı̂ne réduite à la classe de communication de x
est irréductible et admet une distribution stationnaire puisqu’elle possède un état récurrent positif. Donc, tous
les états de la classe de communication de x sont récurrents positifs.
3) Si la chaı̂ne est irréductible, le nombre moyen de visites à y entre deux passages par x
µx
vérifie ρx (y) = .
µy
En effet, →
− ρx (y) 1
π définie par πy = est distribution stationnaire et d’après l’unicité, πy = .
µx µy
La loi conditionnelle de Xn sachant [X0 = x] est représentée par la famille (px,y (n))y∈E .
Pour avoir la convergence en loi, il est nécessaire que lim px,y (n) existe pour tout y mais, en
n→+∞
général, ceci n’est pas suffisant car il n’est pas évident que la famille limite soit une probabilité.
C’est pourquoi, on introduit la notion plus restrictive suivante :
Définition : On dit que la chaı̂ne (Xn )n≥0 de matrice de transition P admet une distribution
limite si, pour tout (x, y) ∈ E 2 , px,y (n) admet une limite ly indépendante de x, quand n tend
→
−
vers +∞, la famille l = (ly )y∈E étant non identiquement nulle.
→
−
La famille l = (ly )y∈E est alors la distribution limite.
→
−
Remarque : Il n’est pas évident,
a priori, que si l existe, elle mérite le nom de distribution.
Il est clair que ly ≥ 0, mais de px,y (n) = 1, on déduit a priori seulement que ly ≤ 1.
y∈E y∈E
Pour pouvoir aller plus loin, il va falloir admettre le théorème suivant, dit théorème ergodique :
fx,y
Théorème ergodique : Si y est apériodique ou non récurrent positif, alors lim px,y (n) =
n→+∞ µy
pour tout x ∈ E.
Conséquences :
• En particulier, si y est non récurrent positif, alors lim px,y (n) = 0.
n→+∞
1
• Si x = y apériodique ou non récurrent positif, alors lim py,y (n) =
. En effet, si y
n→+∞ µy
est récurrent, alors fy,y = 1 et si y est non récurrent, alors µy = +∞ et comme fy,y ≤ 1, on a
fy,y 1
= = 0.
µy µy
Remarque : Si y est récurrent positif de période d = 1, lim px,y (n) peut ne pas exister.
n→+∞
→
− −
→
Propriété : Si l est une distribution limite, alors l est l’unique distribution stationnaire de
la chaı̂ne.
Preuve : Soit y tel que lim px,y (n) = ly = 0. Alors, nécessairement, y est récurrent positif, d’après le théorème
n→+∞
ergodique. Il existe donc au moins une classe récurrente positive. Mais il ne peut pas en exister plusieurs car
sinon, en prenant x dans une autre classe récurrente positive, on aurait lim px,y (n) = 0. Il existe donc une
n→+∞
15
X X
On a donc, pour tout état y, πy = πx px,y (n) et, comme px,y (n) ≤ 1 et que πx converge, on peut
x∈E x∈E
appliquer le théorème X
de convergence dominée
X de Lebesgue, c’est-à-dire
X intervertir limite et somme.
→ →
−
On a πy = lim πx px,y (n) = πx lim px,y (n) = ly πx = ly , donc l = − π.
n→+∞ n→+∞
x∈E x∈E x∈E
−
→
En particulier, on en déduit que l est une loi de probabilité.
Théorème : 1) La distribution limite existe si et seulement si la suite (Xn )n≥0 converge en loi,
la loi limite n’étant pas fonction de la loi initiale. La limite en loi est alors la distribution limite,
qui est aussi l’unique distribution stationnaire de la chaı̂ne.
2) La distribution limite existe si et seulement si il existe une seule classe récurrente apériodique
C telle que, pour tout x ∈ E et pour tout y ∈ C, la probabilité que, partant de x, la chaı̂ne
passe au moins une fois par y soit égale à 1.
Preuve : 1) résulte de la définition de la distribution limite et de la propriété précédente.
2) résulte essentiellement du théorème ergodique et du fait que, si y est récurrent périodique, lim px,y (n) n’existe
n→+∞
pas.
2
Remarque : Une chaı̂ne peut converger en loi sans qu’il existe de distribution limite, mais,
dans ce cas, la limite en loi dépend de la loi initiale : cela se produit s’il existe plusieurs classes
récurrentes positives ou bien s’il existe une classe récurrente positive de période d = 1.
Définition : Une chaı̂ne récurrente positive, de période d, admet une unique distribution
stationnaire (πy )y∈E telle que, si x et y sont dans la même sous-classe cyclique :
Contrairement à ce qui se passe pour les chaı̂nes de Markov à temps discret, on ne dispose
pas ici d’un historique complet du processus : on observe celui-ci à certains instants dans le
temps, choisis aussi nombreux que l’on veut et répartis comme on veut mais la notion d’“unité
de temps” n’a plus de sens ici et la matrice P = P (1) ne permet pas de déterminer P (t) pour
tout t.
L’idée est alors de considérer P (h) lorsque h → 0.
16
Cette équation différentielle matricielle admet l’unique solution :
+∞ n
t
tA
P (t) = e = An .
n!
n=0
Propriété : Pour tout état x ∈ E, le temps passé dans x avant de le quitter suit la loi
exponentielle E(λx ) avec λx = −ax,x = ax,y .
y=x
L’évolution d’un processus de Markov à temps continu peut se voir comme une répétition de
deux phases :
→ on reste un certain temps (de loi exponentielle) dans un état ;
→ lorsqu’on quitte cet état, on choisit l’état vers lequel on sort, cette destination ne
dépendant ni du temps passé dans l’état, ni du chemin par lequel on est arrivé à l’état. On
notera px,y la probabilité de se rendre dans l’état y en quittant l’état x.
ax,y
Propriété : Pour tout (x, y) ∈ E 2 tel que x = y, px,y = (et px,x = 0).
ax,z
z=x
X
Preuve : On a, si λx = −ax,x = ax,z ,
z=x
17
et, pour y = x,
P ([Xt+h = y]/[Xt = x]) = ax,y h + o(h) = px,y λx h + o(h)
ax,y ax,y
d’après la définition de px,y . C’est donc bien que px,y = = P .
λx ax,z
z=x
2.
Définition : La chaı̂ne de Markov discrète de matrice de transition P = (px,y )x,y∈E est appelée
chaı̂ne de Markov induite du processus.
π (0)P (t) = −
0=−
→ →
π (0)P (t)A = −
→
π (t)A = −
→
π (0)A.
→
−
−
→
π A = 0 équivaut à πx ax,y = πy ay,x
x=y x=y
Cette relation traduit l’équilibre, en régime stationnaire du flux rentrant en y ( πx ax,y )
x=y
et du flux sortant de y ( πy ay,x ).
x=y
18
Chapitre 2
Processus de Poisson
2.1 Introduction
De nombreux phénomènes aléatoires se manifestent par des “arrivées” survenant une par
une à des instants aléatoires successifs.
Exemples :
→ arrivées d’appels à un central téléphonique ;
→ impacts de micrométéorites sur un satellite ;
→ passage de véhicules à un péage d’autoroute ;
→ arrivées de clients à un guichet, occurrence d’accidents dans une ville, pannes de machines
dans une usine...
De tels phénomènes peuvent se définir par la famille (An )n∈IN∗ des temps d’arrivées qui sont
des variables aléatoires. Mais on peut aussi le faire à partir du processus de comptage (Nt )t∈IR+ ,
ou par la famille (Tn )n∈IN∗ des intervalles de temps entre deux arrivées.
L’espace des états du processus (Nt )t∈IR+ est E = IN et l’espace des temps est T = IR+ .
Le processus qui modélise convenablement les exemples cités est le processus de Poisson.
On conviendra que N0 = 0.
On note :
→ An l’instant de réalisation du nième événement ;
→ Tn la durée séparant le (n − 1)ième événement du nième événement pour n ≥ 2 et T1 = A1 .
On a :
→ An = T1 + T2 + · · · + Tn pour tout n ∈ IN∗ :
→ T1 = A1 et Tn = An − An−1 pour tout n ≥ 2.
Ainsi, la connaissance de la famille (An )n∈IN∗ équivaut à celle de la famille (Tn )n∈IN∗ .
D’autre part, An ≤ t signifie que le nième événement a eu lieu à l’instant t ou avant, c’est-à-
dire qu’à l’instant t, au moins n événements ont eu lieu, c’est-à-dire que Nt ≥ n. Ainsi
n−1
FAn (t) = P ([An ≤ t]) = P ([Nt ≥ n]) = 1 − P ([Nt = k])
k=0
et
P ([Nt = n]) = P ([Nt ≥ n]) − P ([Nt ≥ n + 1]) = P ([An ≤ t]) − P ([An+1 ≤ t]).
19
N(t)
7
6
5
4
3
2
1
t
0
A1 A2 A3 A4 A5 A6
T1 T2 T3 T4 T5 T6
Par conséquent, la connaissance de (Nt )t∈IR+ équivaut à celle de la famille (An )n∈IN∗ .
Définition : Le processus (Nt )t∈IR+ est appelé processus de comptage si c’est un processus
croissant, c’est-à-dire si pour tout s ≤ t, Ns ≤ Nt . La variable aléatoire Nt − Ns est alors
appelée accroissement du processus sur ]s, t].
Les processus vérifiant cette hypothèse sont assez nombreux : il semble en effet assez naturel
que les arrivées se produisant dans des intervalles disjoints ne soient pas liées entre elles.
Définition : Le processus est dit stationnaire (ou homogène dans le temps), si pour tout s et
pour tout t, l’accroissement Nt+s − Ns a même loi que Nt .
Remarque : Cette propriété est semblable à l’axiome d’homogénéité pour les chaı̂nes de
Markov : seule la durée écoulée entre deux instants (et non pas les deux instants eux-mêmes)
compte pour déterminer la loi de l’accroissement.
Si cette propriété semble relativement naturelle pour certains types d’arrivées, comme par
exemple pour les pannes survenant dans un parc de machines qui fonctionnent en continu et
toujours de la même façon, elle ne sera certainement pas réalisée pour des processus représentant
des arrivées à “pics saisonniers” (par exemple le nombre de passages de véhicules au péage au-
toroutier de Bandol du 14 juillet au 15 août ne suit pas la même loi que celui des véhicules du
20
17 octobre au 18 novembre).
Définition :Un processus de comptage (Nt )t∈IR+ tel que N0 = 0 est un processus de Poisson si
C1 : (Nt )t∈IR+ est stationnaire
C2 : (Nt )t∈IR+ est un processus à accroissements indépendants ;
C3 : (Nt )t∈IR+ est un processus à événements rares .
Proriété : Un processus de comptage (Nt )t∈IR+ tel que N0 = 0 est un processus de Poisson si
et seulement si :
C1 : (Nt )t∈IR+ est stationnaire ;
C2 : (Nt )t∈IR+ est un processus à accroissements indépendants ;
C3’ : il existe λ > 0 tel que, pour tout t ≥ 0, la variable aléatoire Nt suive la loi de Poisson de
paramètre λt.
X
k
P ([Nt+s = k]) = P ([Nt+s = k] ∩ [Nt = i]) (1)
i=0
X
k
= P ([Nt = i] ∩ [Nt+s − Nt = k − i]) (2)
i=0
X
k
= P ([Nt = i])P ([Nt+s − Nt = k − i]) (3)
i=0
X
k
= P ([Nt = i])P ([Ns = k − i]) (4)
i=0
21
f est continue sur IR+ car lim (f (t + h) − f (t)) = lim f (t)(f (h) − 1) = 0.
h→0 h→0
Or, les seules solutions continues de (∗), à valeurs dans IR+ , sont les fonctions de la forme f (t) = eat .
1
(En effet, ψ = ln f vérifie ψ(s + t) = ψ(t) + ψ(s). En particulier, ψ(nt) = nψ(t), puis, avec t = ,
„ « “m” n
1 1 m
ψ = ψ(1), puis ψ = ψ(1). On a alors ψ(r) = rψ(1) pour tout r ∈ Q et on conclut que
n n n n
ψ(x) = xψ(1) par densité de Q dans IR (x = lim rn ) et grâce à la continuité de f (f (x) = lim f (rn )). Ainsi
f (x) = eψ(x) = exψ(1) ).
Ici f est à valeurs dans [0, 1], non identiquement nulle, donc a ≤ 0. Le cas a = 0 n’a pas d’intérêt car alors
on aurait P ([Nt = 0]) = 1 pour tout t. Donc, a < 0 et il existe λ = −a tel que
(λt)i
Récurrence sur k : On suppose maintenant que πi (t) = e−λt pour tout t ≥ 0 et pour tout i ≤ k et on va
i!
(λt)k+1
montrer que πk+1 (t) = e−λt .
(k + 1)!
Pour cela on va établir une équation différentielle du premier ordre vérifiée par πk+1 (t) : on regarde combien
d’arrivées se sont produites jusqu’à l’instant t + h en faisant intervenir le nombre d’arrivées qui se sont produites
jusqu’à l’instant t.
[
k+1
[Nt+h = k + 1] = [Nt = i] ∩ [Nt+h − Nt = k + 1 − i]
i=0
X
k+1 X
k+1
P ([Nt+h = k + 1]) = P ([Nt = i])P ([Nt+h − Nt = k + 1 − i]) = P ([Nt = i])P ([Nh = k + 1 − i])
i=0 i=0
1 − π0 (h) 1 − e−λh
lim = lim = λ,
h→0 h h→0 h
π1 (h)
c’est donc que lim = λ, d’où πk+1 (t) = λ [πk (t) − πk+1 (t)], soit :
h→0 h
πk+1 (t) + λπk+1 (t) = λπk (t).
Pour résoudre cette équation différentielle linéaire du premier ordre, on applique la méthode dite “de variation
de la constante”.
22
On a donc πk+1 (t) = C(t)e−λt avec
λk+1 tk
C (t)e−λt = λπk (t) = e−λt .
k!
λk+1 tk
D’où C (t) = et
k!
Z t Z t » –t
λk+1 λk+1 uk+1 (λt)k+1
C(t) − C(0) = C (u)du = uk du = =
0 k! 0 k! k+1 0 (k + 1)!
(λt)k+1
avec πk+1 (0) = C(0) = P ([N0 = k + 1]) = 0 car N0 = 0. On a donc bien πk+1 (t) = e−λt . 2
(k + 1)!
Remarque :
Pour tous s et t et pour tous i ≤ k :
Ainsi,
P ([Ns = i] ∩ [Nt+s = k]
P ([Nt+s = k]/[Ns = i]) =
P ([Ns = i])
(λt)k−i
= P ([Nt = k − i]) = e−λt .
(k − i)!
Preuve :
P ([T1 > t]) = P ([Nt = 0]) = e−λt = 1 − F1 (t)
où F1 est la fonction de répartition de T1 . On a donc bien T1 qui suit la loi exponentielle E (λ).
P [T1 =t1 ] ([T2 > t]) = P ([Nt1 +t = 1]/[Nt1 = 1] ∩ [Ns = 0 pour tout s < t1 ])
= P ([Nt1 +t − Nt1 = 0]/[Nt1 = 1] ∩ [Ns = 0 pour tout s < t1 ])
= P ([Nt1 +t − Nt1 = 0])
23
Donc T2 est bien indépendante de T1 et de même loi exponentielle E (λ).
Conséquence : Les variables aléatoires An suivent la loi Gamma γ(λ, n) (ou loi d’Erlang), de
densité définie par
λn
fAn (t) = e−λt tn−1 1I]0,+∞[ (t).
(n − 1)!
Preuve :
P ([U > x]) = P ([Nθ+x − Nθ = 0] = P ([Nx = 0]) = e−λx
car [U > x] signifie que pendant la durée x qui suit θ, il n’y a aucune arrivée. De même,
car [V > x] signifie que pendant la durée x qui précédait θ, il n’y a eu aucune arrivée. 2
2 1
Remarque : On a alors IE(U + V ) = IE(U ) + IE(V ) = alors que IE(Tn ) = pour tout n ∈ IN∗ . C’est donc que
λ λ
U + V = TNθ n’a pas même loi que les Tn alors que sur [Nθ = n], on a TNθ = Tn .
1
On peut terminer ce paragraphe en remarquant que IE(N1 ) = λ et IE(Tn ) = . Ainsi,
λ
plus λ est grand, plus le nombre moyen d’arrivées par unité de temps est important, et plus
l’intervalle entre 2 arrivées est court, ce qui semblait a priori évident. Pour cette raison, on
appelle également le paramètre λ l’intensité du processus.
Exemples :
Compteur à fonctionnement aléatoire : Des particules arrivant vers un compteur forment un
processus de Poisson de paramètre λ = 6 part/mn. Chaque particule a la probabilité 2/3 d’être
enregistrée par le compteur. Les particules enregistrées forment un processus de Poisson de
2
paramètre λ = 6 × = 4 part/mn.
3
De même,
24
les voitures qui passent devant une station service forment un processus de Poisson de paramètre
λ. Chaque voiture a la probabilité p de s’arrêter à la station. Alors, les voitures qui s’arrêtent
à la station forment un processus de Poisson de paramètre λp et les voitures qui passent devant
la station sans s’arrêter forment un processus de Poisson de paramètre λ(1 − p). De plus, ces
deux processus sont indépendants.
“ ”
(1)
Preuve : Ici, on va simplement montrer la propriété C3’ pour le processus Nt des voitures qui s’arrêtent
t≥0
à la station.
X
+∞ “ ”
(1) (1)
P ([Nt = k] = P [Nt = k]/[Nt = n] P ([Nt = n])
n=k
X
+∞
(λt)n X k
+∞
(λt)n
= Cnk pk (1 − p)n−k e−λt = e−λt p (1 − p)n−k
n! k!(n − k)!
n=k n=k
k X
+∞
p (λt)m+k (1 − p)m
= e−λt ( en posant m = n − k ) ;
k! m=0
m!
k
−λt (λpt) (λpt)k
= e eλ(1−p)t = e−λpt .
k! k!
On a alors :
(1) (2)
Propriété : Si Nt et Nt sont deux processus de Poisson indépendants de
t≥0 t≥0
(1) (1) (2)
paramètres respectifs λ1 et λ2 , alors
la loi conditionnelle de Nt sachant [Nt + Nt = n]
λ1
est la loi binomiale B n, .
λ1 + λ2
Preuve :
“ ”
(1) (2)
“ ” P [Nt = k] ∩ [Nt = n − k] P ([Nt
(1)
= k])P ([Nt
(2)
= n − k])
(1) (1) (2)
P [Nt = k]/[Nt + Nt = n] = (1) (2)
= (1) (2)
P ([Nt + Nt = n]) P ([Nt + Nt = n])
k n−k
e−λ1 t (λ1k!t) e−λ2 t (λ(n−k)!
2 t)
λk1 λn−k
= n = Cnk 2
.
e−(λ1 +λ2 )t ((λ1 +λ 2 )t) (λ1 + λ2 )n
n!
Propriété
s
: Pour s ≤ t, la loi conditionnelle de Ns sachant [Nt = n] est la loi binomiale
B n, .
t
Preuve :
25
P ([Ns = k] ∩ [Nt = n]) P ([Ns = k] ∩ [Nt − Ns = n − k])
P [Nt =n] ([Ns = k]) = =
P ([Nt = n]) P ([Nt = n])
P ([Ns = k])P ([Nt − Ns = n − k]) P ([Ns = k])P ([Nt−s = n − k])
= =
P ([Nt = n]) P ([Nt = n])
k n−k
e−λs (λs) e−λ(t−s) (λ(t−s)) “ s ”k “ s ”n−k
k! (n−k)!
= (λt)n
= Cnk 1− .
e−λt n!
t t
2
La loi de (A1 , A2 , · · · , An ) sachant [Nt = n] est celle de (U1∗ , U2∗ , · · · , Un∗ ) ; Ui∗ étant la
ième
i plus petite valeur parmi les U1 , U2 , · · · , Un , variables aléatoires indépendantes de même loi
uniforme sur [0, t]. ( En particulier U1∗ = min(U1 , · · · , Un ) et Un∗ = max(U1 , · · · , Un )). Cette loi
a pour densité f ∗ définie par :
n!
si 0 ≤ s1 ≤ s2 ≤ · · · ≤ sn ≤ t ;
f ∗ (s1 , s2 , · · · , sn ) = tn
0 sinon.
Ainsi, pour simuler les n premiers temps d’arrivée d’un processus de Poisson sachant que
[Nt = n], il suffit de tirer n nombres au hasard entre 0 et 1 (touche “random” de la calculatrice),
de les ranger par ordre croissant, puis de les multiplier par t en faisant éventuellement les con-
versions en format horaire adéquat (heures, minutes, seconde).
Exemples :
→ Arrivées d’avions dans un aéroport : chaque avion transporte un certain nombre de
passagers ;
→ Traffic routier : chaque accident engendre un certain nombre de blessés...
Les instants d’occurrence des grappes d’événements sont les An d’un processus de Poisson
de paramètre λ.
À chaque instant An est associée une variable aléatoire Yn désignant le nombre d’événements
se produisant à l’instant An .
On suppose les Yn indépendantes et de même loi.
Zt = Y1 + Y2 + · · · + YNt .
26
Propriété : GZt (s) = exp (λt(GY (s) − 1)) ; IE(Zt ) = λtIE(Y ) et var(Zt ) = λtIE(Y 2 ).
“ “ ””
Preuve : GZt (s) = IE IENt sZt avec
“ ” “ ”
IE[Nt =n] sZt = IE[Nt =n] sY1 +···+Yn = (GY (s))n
` ´
d’où var(Zt ) = λt var(Y ) + IE(Y )2 = λtIE(Y 2 ). 2
Exemple :
Le nombre d’accidents par jour dans une ville suit un processus de Poisson de paramètre
1
2 et le nombre de personnes impliquées suit la loi géométrique de paramètre . Quelle est la
2
moyenne et la variance du nombre de personnes accidentées durant une semaine ?
IE(Y ) = 2 et var(Y ) = 2 = IE(Y 2 ) − IE(Y )2 d’où IE(Y 2 ) = 6 et, pour t = 7, IE(Zt ) = 2 × 7 × 2 = 28 et
var(Zt ) = 2 × 7 × 6 = 84. 2
Remarque :
On a IE(Nt ) = λt, donc, par exemple, dans le cas de l’avion, le nombre moyen de passagers
arrivés jusqu’à l’instant t est égal au nombre moyen IE(Nt ) d’avions arrivés jusqu’à t multiplié
par le nombre moyen de passagers par avion IE(Y ), ce qui paraı̂t évident.
P ([Xt+h = i + 1]/[Xt = i]) = λ(t)h + o(h) et P ([Xt+h = i]/[Xt = i]) = 1 − λ(t)h + o(h).
densité t
→ λ(t) exp − λ(u)du 1I]0,+∞[ (t).
0
Remarques :
27
c’est-à-dire que λ ne dépend pas de t.
[2] Le processus étudié ici est une généralisation du processus de Poisson. Pour λ(t) = λ
constant, on retrouve que Xt suit la loi de Poisson de paramètre Λ(t) = λ × t et que T1 suit la
loi exponentielle de paramètre λ.
Preuve : On reprend la méthode utilisée pour montrer que, si (Xt ) est un processus à accroissements indépendants,
stationnaire et à événements rares, alors Xt suit la loi de Poisson P(λt) : on pose πn (t) = P ([Xt = n]) puis, en
considérant πn (t + h) et en passant à la limite quand h → 0, on va établir une équation différentielle.
P ([Xt+h = 0]) = P ([Xt = 0] ∩ [Xt+h − Xt = 0]) = P ([Xt = 0])(1 − λ(t)h + o(h)), soit
soit πn (t + h) − πn (t) = (−λ(t)πn (t) + λ(t)πn−1 (t))h + o(h). On a donc, en divisant par h et en faisant h → 0 :
π0 (t) + λ(t)π0 (t) = 0
avec π0 (0) = 1 et πn (0) = 0 pour n ≥ 1.
πn (t) + λ(t)πn (t) = λ(t)πn−1 (t)
On résout alors, soit en utilisant les équations différentielles du premier ordre (et la méthode de variation de
la constante), soit à l’aide de la fonction génératrice de Xt :
X
+∞
G(z, t) = z n πn (t).
n=0
Première méthode :
Z t
π0 (t)
= [ln(π0 (t))] = −λ(t) et ln(π0 (t)) − ln(π0 (0)) = − λ(u)du.
π0 (t) 0
Ainsi, π0 (t) = P ([Xt = 0]) = exp(−Λ(t)). D’autre part, par la méthode de variation de la constante,
(Λ(t))n−1 (Λ(t))n−1
et par récurrence, si on suppose que πn−1 (t) = exp(−Λ(t)) , on a alors C (t) = λ(t) et, comme
(n − 1)! (n − 1)!
n
(Λ(t))
C(0) = 0 (πn (0) = 0 pour n ≥ 1), on a alors C(t) = et on a bien :
n!
(Λ(t))n
P ([Xt = n]) = πn (t) = exp(−Λ(t)) .
n!
∂G X
+∞
G
Deuxième méthode : On a (z, t) + λ(t)G(z, t) = λ(t) z n πn−1 (t) = λ(t)zG(z, t), soit = (z − 1)λ et,
∂t n=1
G
» Z t –
comme G(0) = π0 (0) = 1, G(z, t) = exp (z − 1) λ(u)du . On reconnaı̂t bien là la fonction génératrice de la
0
Z t
loi de Poisson de paramètre Λ(t) = λ(u)du.
0
Pour la loi de T1 , P ([T1 > t]) = P ([Xt = 0]) = exp(−Λ(t)) = 1 − FT1 (t) pour t > 0. On a donc bien
28
Chapitre 3
3.1 Généralités
−λ0 λ0 (0)
µ1 −(λ1 + µ1 ) λ1
µ2 −(λ2 + µ2 ) λ2
A=
.. ..
µ3 . .
.. .. ..
(0) . . .
λ0 λ1 λ2 λn
0 1 2 3 n n+1
µ1 µ2 µ3 µ n+1
Le graphe des taux de transition est constitué de “boudins”, les arcs vers la droite représentant
les taux de naissance, et ceux vers la gauche les taux de mort. Ces processus sont l’analogue
des “chemins aléatoires” dans le cas où l’échelle des temps est continue.
On rappelle que si P (t) = (pi,j (t)), où pi,j (t) = P ([Xu+t = j]/[Xu = i]), alors
+∞ k
t
P (t) = eAt = Ak .
k
k=0
29
La loi de Xt est alors donnée, en théorie, par − →π (t) = −
→π (0)P (t). (On notera ici, par com-
→
−
modité d’écriture, π (t) = (πn (t))n∈IN , avec πn (t) = P ([Xt = n]).
Malheureusement, le calcul de eAt s’avère bien souvent très compliqué (puissances de ma-
trice, puis série à sommer!). On préfèrera, en général, garder l’expression différentielle, même si
celle-ci est souvent tout aussi difficile à résoudre.
Équations de Kolmogorov : On a →
−
π (t) = −
→
π (0)P (t) qui redonne, en dérivant,
−
→
π (t) = −
→
π (0)P (t) = −
→
π (0)P (t)A = −
→
π (t)A,
et donc πj (t) = πi (t)ai,j , qui donne ici le système suivant, dit d’équations de Kolmogorov :
i
π0 (t) = −λ0 π0 (t) + µ1 π1 (t)
.
πn (t) = λn−1 πn−1 (t) − (λn + µn )πn (t) + µn+1 πn+1 (t) pour n ≥ 1
Lorsque, quand t → +∞, les limites πn = lim πn (t) existent et sont indépendantes de
t→+∞
→
− →
−
l’état initial du processus, on a alors π = 0 et −
→
− →
π A = 0 i.e. − →
π est distribution stationnaire
du processus si le régime permanent existe. Ceci se traduit par les équations dites “de balance”
0 = −λ0 π0 + µ1 π1
0 = λn−1 πn−1 − (λn + µn )πn + µn+1 πn+1 pour n ≥ 1
que l’on retrouve en écrivant en chaque état l’égalité du flux entrant et du flux sortant :
• état 0 : µ1 π1 = λ0 π0 ;
• état 1 : µ2 π2 + λ0 π0 = µ1 π1 + λ1 π1 ;
..
.
• état n : µn+1 πn+1 + λn−1 πn−1 = µn πn + λn πn ;
..
.
+∞
auxquelles il faut ajouter l’équation πn = 1 pour que −→
π définisse bien une probabilité.
n=0
Ces équations se simplifient successivement pour donner finalement des égalités “boudins
par boudins” :
µ1 π1 = λ0 π0
µ π = λ1 π1
.2 2
.. .
µ n π n = λn−1 π n−1
..
.
λ0 · · · λn−1
+∞
λ0 · · · λn−1
On en déduit alors πn = π0 pour n ≥ 1, avec π0 1 + = 1.
µ1 · · · µn µ1 · · · µn
n=1
3.2 Étude de quelques cas particuliers
On étudie ici les cas particuliers des populations où les taux de naissance et de mort sont
linéaires :
30
λn = nλ + α
→ α représente le taux d’immigration : arrivées venant de l’extérieur. Il est supposé constant
(et donc indépendant du nombre d’individus déjà présents).
→ λ représente le taux de naissance : chaque individu est susceptible de donner naissance
à un nouvel individu avec le taux λ et s’il y a déjà n individus, la probabilité qu’il y ait une
naissance sur l’intervalle [t, t + h[ est alors nλh + o(h).
µn = nµ + β si n ≥ 1
→ β représente le taux d’émigration : départs vers l’extérieur. Il est supposé constant (sauf
s’il n’y a personne, auquel cas il est nul).
→ µ représente le taux de mort : chaque individu est susceptible de mourir avec le taux µ
et s’il y a déjà n individus, la probabilité qu’il y ait une mort sur l’intervalle [t, t + h[ est alors
nµh + o(h).
Preuve : On peut trouver πn (t) par récurrence ascendante sur n (matrice A triangulaire supérieure !)
→ π0 (t) = 0 donc π0 (t) = π0 (0) = 0.
→ π1 (t) = −λπ1 (t) donc π1 (t) = Ce−λt avec C = π1 (0) = 1.
C’est une équation différentielle linéaire du premier ordre avec second membre donc, pour la résoudre, on
applique la méthode de la variation de la constante.
πn (t) = C(t)e−nλt avec C (t)e−nλt = (n − 1)λe−λt (1 − e−λt )n−2 , soit
31
donc C(t) − C(0) = (eλt − 1)n−1 et C(0) = pn (0) = 0 pour n ≥ 2. Finalement,
Xt suit donc la loi géométrique de paramètre e−λt et, en particulier, IE(Xt ) = eλt
En effet, la probabilité qu’un dispositif de durée de vie T fonctionne encore à l’instant t est
P ([T > t]) = e−µt (donc la probabilité qu’il ne fonctionne plus est (1 − e−µt )). Comme πn (t)
est la probabilité qu’il y ait exactement n dispositifs qui fonctionnent à l’instant t et qu’il y a
n
exactement CN façons de choisir les n qui fonctionnent, on a bien le résultat.
Preuve : On peut trouver πn (t) par récurrence descendante sur n (matrice A triangulaire inférieure !)
→ πN (t) + N µπN (t) = 0 donc πN (t) = Ce−Nµt avec C = πN (0) = 1.
n+1 −µt n+1
→ Supposons maintenant que πn+1 (t) = CN (e ) (1 − e−µt )N−n−1 pour n ∈ {1, · · · , N − 1}. On a
Xt suit donc la loi binomiale B(N, e−µt ) et, en particulier, IE(Xt ) = N e−µt .
32
Dans ce cas, la matrice A n’est plus triangulaire et les πn (t) sont plus difficiles à déterminer.
On peut toutefois déterminer IE(Xt ) dans un cadre un peu plus général (autorisant l’immigration
mais pas l’émigration :
Propriétés : Si λn = nλ + α et µn = nµ et si X0 = N , alors
αt + N
si λ = µ
M (t) = IE(Xt ) = α (λ−µ)t
Ne (λ−µ)t
+ e −1 si λ = µ
λ−µ
X
+∞
∂2 G(s, t) = −απ0 (t) + µπ1 (t) + sn [((n − 1)λ + α)πn−1 (t) − (n(λ + µ) + α)πn (t) + (n + 1)µπn+1 (t)]
n=1
X
+∞ X
+∞ X
+∞
= −αp0 (t) + µπ1 (t) + sn+1 (nλ + α)πn (t) − (n(λ + µ) + α)sn πn (t) + nµsn−1 πn (t)
n=0 n=1 n=2
X
+∞ X
+∞
avec sn+1 (nλ + α)πn (t) = s2 λ nsn−1 πn (t) + αsG(s, t) = s2 λ∂1 G(s, t) + αsG(s, t),
n=0 n=1
X
+∞
(n(λ + µ) + α)sn πn (t) = s(λ + µ)∂1 G(s, t) + αG(s, t) − απ0 (t),
n=1
X
+∞
nµsn−1 πn (t) = µ∂1 G(s, t) − µ1 π1 (t)
n=2
2
d’où finalement ∂2 G(s, t) = (s λ − s(λ + µ) + µ)∂1 G(s, t) + α(s − 1)G(s, t) .
Cette équation se résout grâce à la théorie des équations aux dérivées partielles mais l’étude de ce type de
problèmes n’est pas à l’ordre du jour et on va ici se contenter d’en déduire la taille moyenne de la population à
l’instant t :M (t) = IE(Xt ).
X
+∞
On remarque que M (t) = nπn (t) = ∂1 G(1− , t) et on va trouver une équation différentielle linéaire du
n=1
premier ordre dont M est solution. Pour cela, on dérive l’équation précédente par rapport à s et on prend la
limite quand s → 1− :
∂1 ∂2 G(s, t) = (2sλ − (λ + µ))∂1 G(s, t) + (s2 λ − s(λ + µ) + µ)∂12 G(s, t) + αG(s, t) + α(s − 1)∂1 G(s, t)
α “ (λ−µ)t ”
M (t) = N e(λ−µ)t + e −1 .
λ−µ
33
3.2.5 Cas particuliers à taux non linéaires
[1]Un modèle logistique : On considère une population dont la taille Xt est comprise entre 2
entiers N1 et N2 et dont les taux de naissance et de mort par individu sont
λ = α(N2 − Xt ) et µ = β(Xt − N1 )
(plus il y a de monde, plus le taux de naissance est faible et le taux de mort fort ; moins il y a
de monde, plus le taux de naissance est fort et le taux de mort faible : les individus ont besoin
de place pour se développer !).
On suppose que les membres de cette population agissent indépendamment les uns des autres.
Les taux de naissance et de mort résultant pour la population sont alors
λn = nα(N2 − n) et µn = nβ(n − N1 ).
α N1 (N2 − N1 )
π1 = π0
β «
„ 1(N1 + 1) „ «2
α N1 (N1 + 1)(N2 − N1 )(N2 − N1 − 1) α N1
π2 = π0 = C2 π0
β 1.2.(N1 + 1)(N1 + 2) β N1 + 2 N2 −N1
..
.
„ «k „ «k
α N1 (N1 + 1) · · · (N1 + k − 1)(N2 − N1 ) · · · (N2 − N1 − k + 1) α N1
πk = π0 = Ck π0
β k!(N1 + 1) · · · (N1 + k) β N1 + k N2 −N1
puis on détermine π0 en utilisant π0 + π1 + · · · + πN2 −N1 = 1.
[2]Un modèle génétique : On considère ici une population composée de N individus qui ont,
soit un gène type a ou un gène type A. L’état du processus Xt représente le nombre d’individus
a à l’instant t. On suppose que la probabilité que l’état change pendant l’intervalle de temps
[t, t + h[ est λh + o(h) indépendante des valeurs de Xt et que la probabilité que 2 changements
ou plus se produisent pendant un tel intervalle est o(h).
Les changements dans la structure de la population s’effectuent de la façon suivante : un
individu sera remplacé par un autre choisi au hasard dans la population ; c’est-à-dire que, si
Xt = n, on choisira pour être remplacé un type a avec la probabilité n/N et un type A avec la
probablité 1 − n/N . On parlera de cette étape comme de la mort. Ensuite, la naissance prend
place suivant la règle ci dessous :
un autre choix est fait au hasard dans la population pour déterminer le type du nouvel
individu remplaçant de celui qui est mort. Le modèle suppose que le type du nouvel individu
34
soit altéré au cours de la naissance. De façon plus précise, soit γ1 la probabilité qu’un type a
donne par mutation un type A et γ2 la probabilité qu’un type A donne par mutation un type
a. La probabilité que le nouvel individu ajouté à la population soit de type a est
n n
(1 − γ1 ) + 1 − γ2
N N
(on choisit un type a et il reste a ou bien on choisit un type A qui change).
Le taux de naissance correspondant à une augmentation d’une unité des individus de type
a, on doit avoir disparition d’un type A et apparition d’un type a soit
n
n n
λn = λ 1 − (1 − γ1 ) + 1 − γ2 .
N N N
De même, la probabilité que le nouvel individu ajouté à la population soit de type A est
n n
γ1 + 1 − (1 − γ2 )
N N
(on choisit un type a et il change ou bien on choisit un type A qui reste A).
Le taux de mort correspondant à une diminution d’une unité des individus de type a, on
doit avoir disparition d’un type a et apparition d’un type A soit
n n n
µn = λ γ1 + 1 − (1 − γ2 ) .
N N N
Lorsque l’on étudie une population telle que λ0 = 0 (quand il n’y a plus personne, c’est
définitif !), on peut chercher la probabilité qu’elle a de disparaı̂tre un jour, et, si elle doit
disparaı̂tre, le temps qu’elle va mettre pour disparaı̂tre. On est donc conduit à considérer les
probabilités :
→ ak : probabilité d’extinction de l’espèce si la taille initiale est k ;
ainsi que les variables aléatoires :
→ Tk : temps écoulé jusqu’à l’extinction de l’espèce si la taille initiale est k.
35
Pour la détermination de ak , on considèrera la chaı̂ne de Markov induite telle qu’on l’a
λn
définie dans le chapitre sur les processus de Markov. On a ici pn,n+1 = = pn et
λn + µn
µn
pn,n−1 = = qn et 0 est une classe absorbante, alors que IN∗ constitue une classe transi-
λn + µn
toire.
q1 · · · qj µ1 · · · µj λ1 · · · λj−1 1
Théorème : On pose dj = = et ρj = = .
p1 · · · pj λ1 · · · λj µ1 · · · µj dj λj
• La probabilité d’extinction à partir de la taille initiale k est :
+∞
dj
+∞
j=k
si dj converge
ak =
+∞ .
1 + d j=1
j
j=1
1 sinon
Preuve : La probabilité d’extinction, c’est-à-dire d’absorption par l’état 0, est déterminée en détail dans l’exercice
qui suit :
Exercice : Un joueur décide de faire des paris jusqu’à qu’il soit ruiné ou bien qu’il ait atteint N euro. S’il dispose
de j euro quand il effectue un pari, alors, à ce pari, il gagne 1 euro avec la probabilité pj ou bien il perd 1 euro avec la
(n)
probabilité qj = 1 − pj . On note ak la probabilité de finir ruiné avec une fortune initiale de k euro et ak la probabilité
de finir ruiné en n paris.
d) En déduire que :
• a1 = q1 + p1 a2 et aj = pj aj+1 + qj aj−1 si j ≥ 2, puis
• pj (aj − aj+1 ) = qj (aj−1 − aj ) pour 1 ≤ j ≤ N − 1 ;
q1 · · · qj
• aj − aj+1 = dj (a0 − a1 ) pour 1 ≤ j ≤ N − 1, si on pose dj = .
p1 · · · pj
X
N−1 X
N−1
e) Vérifier que ak = (aj − aj+1 ) pour 1 ≤ k ≤ N − 1 et que 1 = (aj − aj+1 ), et en déduire que
j=k j=0
P
N−1
dj
j=k
ak = .
P
N−1
1+ dj
j=1
36
a) Le processus est bien invariant dans le temps et la connaissance du processus à un instant suffit pour
déterminer la probabilité d’occupation d’un état à l’instant suivant. On a bien une chaı̂ne de Markov, de matrice
de transition P = (pi,j ) où pi,i+1 = pi , pi,i−1 = qi et pi,j = 0 si |i − j| = 1 .
b) aN = 0 et a0 = 1 .
(1)
• pour j ≥ 2, aj = 0 car on ne peut pas passer directement de j à 0.
(n)
Pour déterminer aj , on décompose en 2 cas suivant le premier déplacement : soit on commence par passer
de j à j + 1 (avec la probabilité pj ), soit on commence par passer de j à j − 1 (avec la probabilité qj ) ; il restera
(n) (n−1) (n−1)
alors n − 1 déplacements à effectuer pour se rendre en 0 et aj = pj aj+1 + qj aj−1 si n ≥ 2 .
X
+∞
(n)
d) • Il faut maintenant utiliser aj = aj :
n=1
(1)
X (n)
X (n−1)
a1 = a1 + a1 = q1 + p1 a2 , soit a1 = q1 + p1 a2 .
n≥2 n≥2
(1)
X (n)
X (n−1)
X (n−1)
De même, si j ≥ 2, aj = aj + aj = pj aj+1 + qj aj−1 , d’où aj = pj aj+1 + qj aj−1 si j ≥ 2 .
n≥2 n≥2 n≥2
• On a alors, comme aj = (pj +qj )aj , pj (aj − aj+1 ) = qj (aj−1 − aj ) pour 1 ≤ j ≤ N − 1 (car aj = pj aj+1 +
qj aj−1 est encore vrai pour j = 1 puisque a0 = 1).
qj q1 q2 q1
• aj − aj+1 = (aj−1 − aj ) donne a1 − a2 = (a1 − a0 ), puis a2 − a3 = (a1 − a0 ) et de proche en
pj p1 p2 p1
q1 · · · qj
proche, aj − aj+1 = dj (a0 − a1 ) pour 1 ≤ j ≤ N − 1, si on pose dj = .
p1 · · · pj
X
N−1
e) (aj − aj+1 ) est une “somme télescopique” : tout se simplifie sauf le premier et le dernier terme qui
j=k
X
N−1
vaut aN = 0 et donc (aj − aj+1 ) = ak pour 1 ≤ k ≤ N − 1 .
j=k
X
N−1
Le principe reste le même si l’on part de j = 0. On a alors (aj − aj+1 ) = a0 − aN = 1 .
j=0
P
N−1
(aj − aj+1 )
j=k
Ainsi ak = et, comme (aj − aj+1 ) = dj (a0 − a1 ) pour j ≥ 1, on a bien, en simplifiant
P
N−1
(aj − aj+1 )
j=0
P
N−1
dj
j=k
numérateur et dénominateur par (a0 − a1 ), on a bien ak = .
P
N−1
1+ dj
j=1
f) Si le joueur n’arrête que lorsqu’il est ruiné, cela revient à considérer que N → +∞ et on a alors
P
+∞
dj
j=k X
+∞
ak = si dj converge.
P
+∞
1+ dj j=1
j=1
37
Pour le temps moyen d’absorption, on procède de même. On rappelle que le temps moyen de séjour dans un
1
état j est , car la distribution de ce temps suit la loi exponentielle E (λj + µj ).
λi + µi
En considérant les états j + 1 et j − 1 qui peuvent résulter de la première transition, on a alors :
1 λj µj
τj = + τj+1 + τj−1 pour j ≥ 1 (3.1)
λj + µj λj + µj λj + µj
où par convention τ0 = 0. En posant zj = τj − τj+1 et en réordonnant (3.1) on obtient :
1 µj
zj = + zj−1 pour j ≥ 1. (3.2)
λj λj
En itérant cette relation, il vient
1 µk 1 µk µk−1
zk = + + zk−2 · · ·
λk λk λk−1 λk λk−1
... et on termine en suivant exactement la même démarche que dans l’exercice précédent.
38
Chapitre 4
Processus de ramification
Utilisé plus particulièrement en démographie, en génétique ou en physique nucléaire, c’est le
modèle mathématique représentant le développement dans le temps d’une polulation.
Chaque individu génère, indépendamment des autres, un nombre aléatoire de descendants.
Xt est le nombre d’individus total à l’instant t dans le cas d’un processus continu (espace
des temps T = IR+ ) ; dans le cas discret (T = IN), Xn est le nombre total d’individus à la nième
génération.
Les hypothèses :
→ que les individus agissent indépendamment les uns des autres ;
→ que la durée de vie d’individus de même type est la même ou suit la même loi ;
→ que la loi de reproduction est indépendante de l’époque et du nombre d’individus exis-
tants ;
entraı̂nent que le processus (Xt )t≥0 (ou (Xn )n∈IN ) est markovien.
• Déterminer la loi de Xt ;
• Connaı̂tre la taille moyenne de la population à l’instant t (et éventuellement, la dispersion
autour de cette valeur moyenne) (moins précis, mais plus parlant que la loi)
• Existe-t-il une probabilité non nulle d’extinction de l’espèce ?
+∞
On notera G(s, t) = IE[X0 =1] (sXt ) = sj p1,j (t) .
j=0
+∞
GX est une série entière de rayon ≥ 1 car GX (1) = P ([X = k]) = 1.
k=0
La fonction génératrice caractérise la loi. Lorsqu’elle a été déterminée, il est alors très facile
de déterminer l’espérance et la variance de X. En effet,
IE(X) = lim GX (s) = GX (1− ) et var(X) = GX (1− ) + GX (1− ) − (GX (1− ))2 .
s→1−
39
De plus, si X et X sont deux variables aléatoires indépendantes à valeurs dans IN, on a
X
+∞
Preuve : G(s, t + τ ) = sj p1,j (t + τ ).
j=0
Mais, comme (Xt )t≥0 est Markovien, on a P (t + τ ) = P (t)P (τ ) et
X
+∞ X
+∞ X
+∞ X
+∞ X
+∞ X
+∞
sj p1,j (t + τ ) = sj p1,k (t)pk,j (τ ) = p1,k (t) sj pk,j (τ ) = p1,k (t)IE[X0 =k] (sXτ )
j=0 j=0 k=0 k=0 j=0 k=0
Mais, si X0 = k, Xτ = Xτ,1 + · · · + Xτ,k où Xτ,i représente le nombre de descendants au temps τ du i-ième
individu initial. Les Xτ,i étant k variables indépendantes de même loi, on a alors IE[X0 =k] (sXτ ) = G(s, τ )k , puis
X
+∞
G(s, t + τ ) = G(s, τ )k p1,k (t) = G(G(s, τ ), t).
k=0
Exemples :
a) Survivance des noms de famille
On suppose que seuls les hommes conservent et transmettent leur nom.
b) Multiplicateur à électrons
On dresse sur la trajectoire d’un électron une série de plaques : lorsque l’électron rencontre une
plaque, il engendre un nombre aléatoire de nouveaux électrons.
On pose également
m = IE(Y ) et σ 2 = var(Y ).
Théorème : IE[Xr =k] sXr+n = (Gn (s))k .
“ ” “ ”
Preuve : Grâce à l’homogénéité dans le temps, on a IE[Xr =k] sXr+n = IE[X0 =k] sXn = G(s, n)k .
Mais G(s, 1) = G(s) = G1 (s) et, si G(s, n) = Gn (s), d’après la relation fondamentale,
40
c’est donc bien que G(s, n) = Gn (s) pour tout n ≥ 1.
Conséquences :
(Ceci se démontre par récurrence, en dérivant une, puis deux fois Gn+1 = Gn ◦ G comme une fonction com-
posée et en prenant la valeur en s = 1.)
Interprétation de [2] :
• si m < 1, IE(Xn ) → 0, var(Xn ) → 0 : moyenne de plus en plus significative ;
• si m > 1, IE(Xn ) → +∞, var(Xn ) → +∞ : moyenne peu significative ;
• si m = 1, IE(Xn ) = 1, var(Xn ) → +∞ : beaucoup de familles disparaissent, d’autres
prolifèrent énormément.
Probabilité d’extinction :
On désire déterminer la probabilité que la population finisse par disparaı̂tre. Pour cela, il
faut supposer que P ([Y = 0]) ∈]0, 1[, car, si P ([Y = 0]) = 1, la population est sûre de disparaı̂tre
et si P ([Y = 0]) = 0, il n’y aura jamais extinction.
Si s0 est le plus petit point fixe de G positif, on a 0 ≤ s0 donc, par croissance de G, G(0) ≤ G(s0 ) = s0 , et
par applications successives de G, Gn (0) ≤ s0 et, par passage à la limite, π0 ≤ s0 , donc π0 = s0 car π0 est un
point fixe positif de G.
Le processus de ramification traité précédemment est limité en ce sens que les instants de
génération sont fixes. Bien que certains phénomènes, en particulier des essais expérimentaux,
la généalogie ou la génétique, s’adaptent à cette situation, la plupart des processus reproductifs
naturels se produisent de façon continue dans le temps. Il est donc intéressant d’établir une
version à temps continu des processus de ramification.
Soit Xt le nombre d’individus à l’instant t : (Xt )t≥0 est un processus de Markov continu.
41
On pose pkj (t) = P [Xu =k] ([Xu+t = j]). On a alors
On a alors, si j = 1, P [Xt =n] ([Xt+h = n − 1 + j]) = naj h + o(h) car le changement ne peut
venir que de l’un des n individus et celui-ci est alors remplacé par j nouveaux individus.
+∞
On pose u(s) = aj sj : u est parfois appelée fonction génératrice instantannée. Alors :
j=0
Théorème : On a les équations aux dérivées partielles suivantes :
∂2 G(s, τ ) = u(G(s, τ )) ∂2 G(s, t) = u(s)∂1 (G(s, t))
(4.1) et (4.2) .
G(s, 0) = s G(s, 0) = s
Preuve : On part de la relation fondamentale G(s, t + τ ) = G(G(s, τ ), t) et du développement limité, pour une
courte période h :
X
+∞
G(s, h) = sj p1j (h) = s + u(s)h + o(h).
j=0
• En prenant t = h, on a alors :
G(s, τ + h) = G(G(s, τ ), h) = G(s, τ ) + u(G(s, τ ))h + o(h), puis :
• En prenant τ = h, on a également :
G(s, t + h) = G(s + u(s)h + o(h), t) = G(s, t) + u(s)h∂1 G(s, t) + o(h), puis :
On en déduit en particulier :
42
Théorème : Le nombre moyen d’individus à l’instant t en partant de 1 est :
IE[X0 =1] (Xt ) = eu (1)t
Preuve : En dérivant la première équation de (4.2) par rapport à s, on obtient :
2
Interprétation :
• si u (1) < 0, alors mt → 0 (c’est l’analogue de m < 0) ;
• si u (1) = 0, alors mt = 1 pour tout t ;
• si u (1) > 0, alors mt → +∞.
Probabilité d’extinction :
Dans une population, on considère une caractéristique permettant de classer les individus en
2 types (par exemple, les gauchers et les droitiers chez les humains). Chaque individu de type
(1) peut donner naissance à des individus de type (1) et de type (2) et chaque individu de type
(2) peut donner naissance à des individus de type (1) et de type (2).
À chaque instant n, on s’intéresse, non seulement à la taille de la population, mais aussi au
nombre d’individus de type (1) et de type (2).
On suppose qu’un individu de type (1) génére, à la fin d’une période donnée, un nombre
aléatoire Y (1) de descendants de type (1), un nombre aléatoire Y (2) de descendants de type (2),
et qu’un individu de type (2) génère, à la fin d’une même période, un nombre aléatoire Z (1)
de descendants de type (1), un nombre aléatoire Z (2) de descendants de type (2). On suppose
également, comme pour les processus à 1 type :
43
→ que les individus agissent indépendamment les uns des autres ;
→ que la durée de vie de chaque individu est la même.
Théorème :
k1
k2 j j
(1) (2)
IE [X0 =(k1 ,k2 )]
sX
1
n
sX
2
n
= G(1)
n (s ,
1 2s ) G(2)
n (s ,
1 2s ) = s11 s22 p(k1 ,k2 )(j1 ,j2 ) (n).
j1 ,j2
On a alors :
(1) (2)
Théorème : IE[Xr =(k1 ,k2)] (Xn+r , Xn+r ) = (k1 , k2 )M n .
Probabilité d’extinction :
44
(i) (i) (e )
ei ≤ 0, a(j1 ,j2 ) ≥ 0 sinon, et
i
On suppose que p(j1 ,j2 ) (h) = δei ,(j1 ,j2 ) + a(j1 ,j2 ) h + o(h) avec a(i)
(e )
a(j1i ,j2) = 0, c’est-à-dire que chaque individu de type (i) donne naissance, pendant [t, t + h[
j1 ,j2
à j1 rejetons de types (1) et j2 rejetons de type (2) avec la probabilité
(i) (i)
p(j1 ,j2) (h) = δei ,(j1 ,j2 ) + a(j1 ,j2 ) h + o(h).
j j (i)
On pose encore u(i) (s1 , s2 ) = s11 s22 a(j1 ,j2) les fonctions génératrices instantannées, et
(1) (2)
j1 ,j2
Xt Xt (i)
(i)
G (s1 , s2 , t) = IE [X0 =ei ]
s1 s2 = sj11 sj22 p(j1 ,j2) (t). On a alors :
j1 ,j2
(1) (2)
k1
k2 j j
X X
IE[X0 =(k1 ,k2 )] s1 t s2 t = G(1) (s1 , s2 , t) G(2) (s1 , s2 , t) = s11 s22 p(k1 ,k2 )(j1 ,j2 ) (t).
j1 ,j2
On a ici encore, du fait que (Xt ) est un processus de Markov, la relation fondamentale :
Théorème : G(i) (s1 , s2 , t + τ ) = G(i) G(1) (s1 , s2 , τ ), G(2) (s1 , s2 , τ ), t
dont on peut déduire, exactement comme dans le cas à 1 type, les équations aux dérivées
partielles suivantes :
∂3 G(i) (s1 , s2 , τ ) = u(i) G(1) (s1 , s2 , τ ), G(2) (s1 , s2 , τ )
(1) .
G(i) (s1 , s2 , 0) = si
∂3 G(i) (s1 , s2 , t) = u(1) (s1 , s2 )∂1 G(i) (s1 , s2 , t) + u(2) (s1 , s2 )∂2 G(i) (s1 , s2 , t)
(2) ;
G(i) (s1 , s2 , 0) = si
Exemples
On considère ici que P [Xt =0] ([Xt+h = j]) = δ0,j + bj h + o(h) avec b0 ≤ 0 et les autres bj ≥ 0.
Plus précisemment, on note :
• bj le taux d’immigration de j individus ;
• aj le taux de naissance de j individus.
Pour résoudre ce genre de problème, on considère 2 types d’individus : les réels et les fictifs,
et on s’intéressera évidemment à la taille de la population réelle. (Les fictifs constituent la
population qui nous envoie les immigrés. On peut considérer qu’elle est constituée d’un seul
individu, pouvant produire un nombre quelconque de rejetons). On pose alors :
(1) 0 si j2 = 0 (2) 0 si j2 = 1
aj1 ,j2 = et aj1 ,j2 = .
aj1 si j2 = 0 bj1 si j2 = 1
On en déduit, si u(s) = aj sj et v(s) = bj sj :
j j
(1)
u(1) (s1 , s2 ) = sj11 sj22 aj1 ,j2 = sj11 aj1 = u(s1 ) ;
j1 ,j2 j1
45
(2)
u(2) (s1 , s2 ) = sj11 sj22 aj1 ,j2 = sj11 s2 bj1 = s2 v(s1 ).
j1 ,j2 j1
b) Remplacement d’une particule de durée de vie de loi gamma γ(λ, 2) par 2 particules
46
Chapitre 5
Une file simple (ou station) est un système constitué d’un ou plusieurs serveurs et d’un espace
d’attente. Les clients arrivent de l’extérieur, patientent éventuellement dans la file d’attente,
reçoivent un service, puis quittent la station. Afin de spécifier complètement une file simple, on
doit caractériser le processus d’arrivée des clients, le temps de service ainsi que la structure et
la discipline de service de la file d’attente.
File d'attente
Serveur
Arrivée Départ
système d'attente
L’arrivée des clients à la station sera décrite à l’aide d’un processus stochastique de comptage
(Nt )t≥0 . [On notera indifféremment Nt ou bien N (t)].
Si An désigne la variable aléatoire mesurant l’instant d’arrivée du nième client dans le système,
on aura ainsi : A0 = 0 (par convention) et An = inf{t ; Nt = n}.
47
Si Tn désigne la variable aléatoire mesurant le temps séparant l’arrivée du (n − 1)ième client
et du nième client, on a alors : Tn = An − An−1 .
La plupart du temps, l’arrivée des clients à une file simple est supposée décrite par un pro-
cessus de renouvellement. Le processus d’arrivée le plus simple et le plus couramment employé
est le processus de Poisson. C’est un processus de renouvellement qui est tel que les interarrivées
sont distribuées selon une loi exponentielle.
On note λ le taux des arrivées : 1/λ est l’intervalle moyen entre deux arrivées consécutives .
Nombre de serveurs
Une station peut disposer de plusieurs serveurs en parallèle. Soit C le nombre de serveurs.
Dès qu’un client arrive à la station, soit il y a un serveur de libre et le client entre instantanément
en service, soit tous les serveurs sont occupés et le client se place dans la file en attente de
libération d’un des serveurs. La plupart du temps, les serveurs sont supposés identiques (ils
possèdent donc la même distribution) et indépendants les uns des autres.
Une station particulière est la station IS (infinite servers) dans laquelle le nombre de serveurs
est infini. Cette station ne comporte donc pas de file d’attente. Dès qu’un client s’y présente, il
trouve en effet instantanément un serveur disponible et entre donc directement en service. Elle
permet de représenter des systèmes pour lesquels le nombre de serveurs est toujours supérieur
48
au nombre de clients qui peuvent s’y trouver.
Capacité de la file
La capacité de la file à accueillir des clients en attente de service peut être finie ou infinie.
Soit K la capacité de la file (incluant le ou les clients en service). Une file à capacité illimitée
vérifie K = +∞. Lorsque la capacité de la file est limitée et qu’un client arrive alors que cette
dernière est pleine, le client est perdu.
Discipline de service
La discipline de service détermine l’ordre dans lequel les clients sont rangés dans la file et y
sont retirés pour recevoir un service. Les disciplines les plus courantes sont :
- FIFO (first in, first out) ou FCFS (first come first served) ou PAPS (premier arrivé, premier
servi) : c’est la file standand dans laquelle les clients sont servis dans leur ordre d’arrivée. Notons
que les disciplines FIFO et FCFS ne sont pas équivalentes lorsque la file contient plusieurs
serveurs. Dans la première, le premier client arrivé sera le premier à quitter la file alors que
dans la deuxième, il sera le premier à commencer son service. Rien n’empêche alors qu’un client
qui commence son service après lui, dans un autre serveur, termine avant lui. En français, le
terme PAPS comporte une ambiguı̈té, puisqu’il ne peut différencier une file “premier arrivé,
premier servi” d’une file “premier arrivé, premier sorti”.
- LIFO (last in, first out) ou LCFS (last come, first served) ou DAPS (dernier arrivé, premier
servi). Cela correspond à une pile, dans laquelle le dernier client arrivé (donc posé sur la pile)
sera le premier traité (retiré de la pile). À nouveau, les disciplines LIFO et LCFS ne sont
équivalentes que pour une file monoserveur.
- RANDOM (aléatoire) Le prochain client qui sera servi est choisi aléatoirement dans la file
d’attente :
- Round-Robin (cyclique). Tous les clients de la file d’attente entrent en service à tour de
rôle, effectuant un quantum Q de leur temps de service et sont replacés dans la file, jusqu’à ce
que leur service soit totalement accompli. Cette discipline de service a été introduite afin de
modéliser des systèmes informatiques ;
- PS (Processor Sharing). C’est le cas limite de la distribution Round-Robin lorsque le quan-
tum de temps Q tend vers 0. Tous les clients sont servis en même temps, mais avec une vitesse
inversement proportionnelle au nombre de clients simultanément présents. Si le taux du serveur
est égal à µ et qu’à un instant donné il y a n clients à la station, tous les clients sont donc servis
µ
simultanément avec un taux (Attention, dire que les n clients sont servis simultanément ne
n
signifie absolument pas qu’ils seront libérés simultanément)
T /Y /C/K/m/Z
avec
T : distribution d’interarrivée
Y : distribution de service
C : nombre de serveurs
49
K : capacité de la file
m : population des usagers
Z : discipline de service.
Lorsque les trois derniers éléments de la notation de Kendall ne sont pas précisés, il est sous
entendu que K = +∞, m = +∞, et Z= FIFO. Le paramètre m précise le nombre maximum
d’usagers susceptibles d’arriver dans la file, cette dernière étant “plongée” dans un monde fermé
contenant m clients.
Une file d’attente peut être parcourue par différentes classes de clients. Ces différentes classes
se distingueront par :
- des processus d’arrivée différents ;
- des temps de service différents ;
- un ordonnancement dans la file d’attente fonction de leur classe.
Pour définir une file multiclasses, il faut définir pour chaque classe de clients le processus
d’arrivée et la distribution du temps de service associés. Il faut également préciser comment
les clients des différentes classes s’ordonnent dans la file d’attente. Cela permet d’introduire de
nouvelles disciplines de service dites à priorité : PR (préemption) et HOL (hold on line). Par
exemple, dans une file parcourue par deux classes de clients, les clients de la classe 1 seront alors
toujours “devant” les clients de la classe 2. Pour caractériser une discipline de service prioritaire,
il faut de plus préciser si le service est préemptible : lorsqu’un client de classe 2 est en service
et qu’un client de classe 1 arrive à la file, est-ce que ce dernier doit attendre que le client de
classe 2 ait terminé son service (sans préemption : HOL) ou est-ce que le client de la classe 2 est
instantanément remis dans la file (avec préemption : PR) afin de laisser le serveur disponible
pour le client de classe 1 ? Dans ce dernier cas, il faut encore distinguer deux sous-cas. Est-ce
que le client de classe 2 relégué mémorise le temps de service accompli ou pas ?
Un réseau de files d’attente est un ensemble de files simples (stations) interconnectées. Soit
M le nombre de stations du réseau.
Dans un réseau de files d’attente ouvert, les clients arrivent de l’extérieur, circulent dans le
réseau à travers les différentes stations, puis quittent le réseau. Le nombre de clients pouvant
se trouver à un instant donné dans un réseau ouvert n’est donc pas limité. Afin de spécifier
complètement un réseau ouvert, il faut bien sûr caractériser chaque station, mais également le
processus d’arrivée des clients et le routage (cheminement) des clients dans le réseau.
Processus d’arrivée
Le processus d’arrivée des clients dans le réseau sera décrit, comme pour une file simple, à
l’aide d’un processus de renouvellement (et sera donc caractérisé par la distribution du temps
d’interarrivée). Si l’arrivée des clients suit un processus de Poisson, les interarrivées sont expo-
nentielles et sont caractérisées par un unique paramètre : le taux d’arrivée λ. Dans le cas d’un
50
processus d’arrivée non poissonien, ce paramètre reste intéressant, puisqu’il indique le nombre
moyen de clients qui arrivent dans le système par unité de temps, mais devient insuffisant pour
caractériser parfaitement l’arrivée des clients.
Il faut en plus préciser, lorsqu’un client arrive dans le réseau, à quelle file il se rend. On
caractérisera la plupart du temps le routage d’entrée de façon probabiliste : soit p0i la proba-
bilité pour qu’un client qui arrive se rende à la station i (les probabilités p0i sont bien sûr telles
M
que p0i = 1). Si les arrivées dans le système sont poissoniennes de taux λ, on montre que le
i=1
processus d’arrivée des clients (venant uniquement de l’extérieur) à la station i est poissonien
de taux p0i λ.
Lorsqu’un client termine son service à une station, il faut préciser où ce client va se rendre :
soit à une autre station, soit à l’extérieur (le client quitte alors le réseau). À nouveau, le routage
des clients est très souvent caractérisé de façon probabiliste : soit pij la probabilité pour qu’un
client qui quitte la station i se rende à la station j et soit pi0 la probabilité pour qu’un client
M
qui quitte la station i quitte le système. Les pij sont tels que pij = 1.
j=0
Dans un réseau de files d’attente fermé, les clients sont en nombre constant. Soit N le nombre
total de clients du système. Il n’y a donc pas d’arrivée ni de départ de clients. La spécification
d’un réseau fermé se réduit donc à celle des différentes stations et à celle du routage des clients.
Par un mécanisme de routage probabiliste, on définit pij la probabilité qu’un client qui quitte
M
la station i se rende à la station j. Les pij sont tels que pij = 1.
j=1
Comme pour les files simples, les réseaux de files d’attente peuvent être parcourus par
différentes classes de clients. Soit R le nombre de classes de clients. Ces différentes classes
se distingueront par :
- des processus d’arrivée différent (si le réseau est ouvert)
- des comportements différents à chaque station (service et discipline de service)
- des routages différents dans le réseau.
On est alors amené à caractériser pour chaque classe r :
- pour un réseau ouvert, le processus d’arrivée (pour un processus d’arrivée poissonien, il
suffit alors de donner le taux d’arrivée λr des clients de classe r) ;
- pour un réseau fermé, le nombre total Nr de clients de classe r ;
51
- le routage de clients. Si on se limite aux routages probabilistes, on définit prij la probabilité
pour qu’un client de classe r qui quitte la station i se rende à la station j. (Si i ou j est égal à
0, cela fait la différence à l’“extérieur” d’un réseau ouvert.)
La notion de réseaux multiclasses nous permet d’introduire la notion de réseau mixte qui est
un réseau ouvert vis à vis de certaines classes et fermé vis à vis des autres classes.
On peut également autoriser certains clients à changer de classe lors de leur cheminement
dans le réseau. On définit alors pri,sj la probabilité pour qu’un client de classe r qui quitte la
station i se rende à la station j et se transforme en un client de classe s.
Les différentes stations du réseau peuvent avoir des capacités limitées. Lorsqu’une file est
pleine, plus aucun client ne peut y entrer. Cela introduit des blocages dans les autres stations
amonts et éventuellement des pertes de clients à l’entrée du système (si celui-ci est ouvert).
On distingue principalement deux types de blocage : le blocage avant service et le blocage
après service.
Dans un blocage avant service (ou blocage de type “réseau de communication”), un client
voulant commencer son service à une station donnée doit tout d’abord s’assurer qu’il y a une
place de libre dans la station de destination. Si c’est le cas, son service commence. Dans le cas
contraire, le serveur de la station est bloqué et le client doit attendre la libération d’une place
en aval avant de commencer son service.
Dans un mécanisme de blocage après service (ou blocage de type “système de production”),
un client commence sans attendre son service dès l’instant où le serveur est disponible. Ce n’est
qu’à la fin de son service qu’un blocage peut survenir. Si la station de destination est pleine, le
client reste au niveau du serveur qui se trouve alors bloqué, jusqu’à ce qu’une place se libère en
aval.
Certains réseaux de files d’attente, bien qu’étant des modèles ouverts, peuvent être soumis
à une limite supérieure sur le nombre total de clients pouvant s’y trouver simultanément. Cette
“contrainte de population” implique que le réseau n’est ni réellement un modèle ouvert, puisque
le nombre de clients qui peuvent s’y trouver est limité, ni réellement un réseau fermé, puisque
le nombre total de clients dans le système n’est pas constant. On parlera de “modèle ouvert
à contrainte de population”. Lorsqu’un client arrive dans le réseau alors que celui-ci est plein
(la contrainte de population est atteinte), deux cas peuvent être envisagés. Soit le client est
“rejeté”, ce qui rejoint le modèle de la section précédente, soit le client est “mémorisé” et se
place en attente dans une file externe (généralement FIFO). Par la suite, on ne s’intéressera
qu’au cas où le client est mémorisé.
Un système ouvert à contrainte de population est souvent modélisé à l’aide d’un formalisme
de type “sémaphore”. Une file de “jetons” contenant initialement N jetons est alors associée à
la file externe des clients. Lorsqu’un client arrive alors qu’il reste un jeton de libre, il prend le
jeton et entre instantanément dans le système. Il conserve alors le jeton pendant tout son séjour
dans le système et le libère dès qu’il quitte le système. Le jeton revient alors instantanément
dans la file des jetons et devient à nouveau disponible pour un autre client. Lorsqu’un client
arrive alors qu’il n’y a aucun jeton de libre, il se place dans la file externe (des clients) en attente
de libération d’un jeton. Le nombre initial N de jetons impose donc une limite supérieure sur
le nombre total de clients pouvant se trouver simultanément dans le système.
52
5.4. Quelques exemples de systèmes d’attente
• T/Y/C : 1 file et C stations offrant le même service ; le client qui attend va à la première
qui se libère.
Exemple : toilettes d’un lieu public, guichets d’une poste...
• Réseaux : plusieurs stations offrent des services différents, chacune ayant sa file.
→ réseau ouvert : on peut venir de l’extérieur ou repartir à l’extérieur ; il se peut que
chaque station offre le même service mais chacune à sa file.
Exemple : Remontées mécaniques au ski, caisses de grandes surfaces.
→ réseau fermé : pas d’échange avec l’extérieur.
Exemple : Palettes dans un atelier.
Considérons le comportement du système sur une période de temps donnée, par exemple
entre t = 0 et t = Θ. Soit Xt le nombre total de clients dans le système à l’instant t. S’intéresser
au comportement du système sur l’intervalle de temps [0, Θ] revient à considérer le “régime
transitoire” du système.
53
Θ : temps total de l’observation.
X(t) W9
W8
W5
W7
5 W6
W10
4 W4
W3
3
W2
W1
2
t
A1 A2 A3 A4 A5 A6 A7 A8 A9 A10 Θ
D1 D2 D3 D4 D5 D6 D7 D8 D9 D10
T (n, Θ) : temps total pendant lequel le système contient n clients ; on a bien sûr :
T (n, Θ) = Θ.
n≥0
T (n, Θ)
P (n, Θ) = : proportion de temps pendant laquelle le système contient n clients.
Θ
α(Θ) : nombre de clients arrivant dans le système pendant la période [0, Θ].
δ(Θ) : nombre de clients quittant le système pendant la période [0, Θ].
Débit moyen d’entrée : Le débit moyen d’entrée est le nombre moyen de clients arrivés dans
le système par unité de temps. Sur la période d’observation [0, Θ], c’est donc :
α(Θ)
de (Θ) = (5.1)
Θ
Débit moyen de sortie : Le débit moyen de sortie est le nombre moyen de clients ayant
quitté le système par unité de temps. Sur la période d’observation [0, Θ], c’est donc :
δ(Θ)
ds (Θ) = (5.2)
Θ
Nombre moyen de clients : Le nombre moyen de clients présents dans le système est la
moyenne temporelle de Xt (ou X(t)) sur la période d’observation [0, Θ], c’est donc l’aire sous la
courbe de Xt :
54
1
+∞ +∞
L(Θ) = nT (n, Θ) = nP (n, Θ) (5.3)
Θ n=0 n=0
Temps moyen de séjour : Le temps moyen de séjour d’un client dans le système est, par
définition, la moyenne arithmétique des temps de séjour des clients arrivés dans le système
pendant l’intervalle de temps [0, Θ] :
1
α(Θ)
W (Θ) = Wk (5.4)
α(Θ)
k=1
Taux d’utilisateur U : Pour une file simple comportant un unique serveur, en plus des
paramètres précédents, débit moyen d’entrée, débit moyen de sortie, nombre moyen de clients,
temps moyen de séjour, on peut définir un paramètre de performances supplémentaire : le taux
d’utilisation du serveur. Il est défini comme la proportion de temps pendant laquelle le serveur
est occupé sur l’intervalle de temps [0, Θ] :
+∞
U (Θ) = P (n, Θ) = 1 − P (0, Θ) (5.5)
n=1
Toutes les quantités précédentes définissent les performances du système en régime transitoire
(au bout d’un temps Θ fini). En régime permanent, on s’intéressera à l’existence et aux valeurs
(éventuelles) des limites lorsque Θ tend vers l’infini de tous ces paramètres :
U = lim U (Θ)
Θ→+∞
55
5.5.3 Stabilité
Définition : Un système est stable si et seulement si le débit moyen asymptotique de sortie des
clients du système est égal au débit moyen d’entrée des clients dans le système :
D’après les relations précédentes, cela implique que le nombre total de clients arrivés dans
le système pendant l’intervalle [0, Θ], α(Θ) ne soit pas croı̂tre plus rapidement que le nombre
total de clients ayant quitté le système δ(Θ), lorsque Θ tend vers l’infini :
δ(Θ)
lim = 1.
Θ→+∞ α(Θ)
Exemple : Afin de bien comprendre la notion de stabilité d’une file simple, nous allons con-
sidérer l’exemple d’une file D/D/1 (les interarrivées et les services sont déterministes, ce qui
1
signifie que les clients arrivent exactement toutes les ta = unités de temps et restent tous en
λ
1
service pendant un temps ts = .
µ
Considérons tout d’abord le cas où ta > ts (λ < µ), par exemple : ta = 10 s, soit λ = 0, 1
clients/seconde, ts = 5 s, soit µ = 0, 2 clients/seconde.
δ(Θ) 10
Sur la période d’observation [0, 100[, le débit moyen de sortie ds = = = 0, 1 est
Θ 100
bien égal au débit moyen d’entrée de = λ. La file est stable : lorsque t tend vers l’infini, le
nombre de clients dans la file Xt reste fini (et dans ce cas égal en alternance à 0 ou à 1).
Considérons maintenant le cas où ta < ts (λ > µ), par exemple : ta = 10 s, soit λ = 0, 1
clients/seconde, ts = 20 s, soit µ = 0, 05 clients/seconde.
δ(Θ) 5
Sur la période d’observation [0, 100[, le débit moyen de sortie ds = = = 0, 05 est
Θ 100
différent du débit moyen d’entrée de = λ. La file est instable : lorsque t tend vers l’infini, le
nombre de clients dans la file, Xt tend vers l’infini.
Le problème est exactement le même si, au lieu de considérer des temps déterministes,
on considère des temps aléatoires (et donc si l’on considère une file G/G/1, pour laquelle la
loi d’interarrivée et la loi de service ont des distributions générales quelconques). Les clients
s’accumulent dans la file et le serveur n’arrive jamais à “rattraper” son retard. Ce phénomène
se produit lorsque ta < ts (donc lorsque λ > µ) et est connu sous le nom d’instabilité.
5.5.4 Ergodicité
L’ergodicité est une notion très importante dans le domaine des processus stochastiques.
D’un côté, l’analyse opérationnelle s’intéresse à une évolution particulière d’un système entre
deux instants t = 0 et t = Θ. Nous avons vu que faire tendre Θ vers l’infini et considérer les
limites de tous les paramètres de performances opérationnels, revient à s’intéresser au régime
permanent du système. En fait, cela revient à s’intéresser au régime permanent d’une évolution
particulière du système. Il est alors possible d’étudier différentes évolutions du système. La
question que l’on se pose immédiatement est bien sûr : toutes ses réalisations ont-elles le même
56
comportement asymptotique ? En d’autres termes, tous les paramètres de performances con-
sidérés ont-ils la même limite quelle que soit l’évolution du système considérée ?
D’un autre côté, l’analyse stochastique va associer au système des variables aléatoires et des
processus stochastiques :
Ak : variable aléatoire mesurant l’instant d’arrivée du kième client dans le système ;
Dk : variable aléatoire mesurant l’instant de départ du kième client du système ;
Wk : variable aléatoire mesurant le temps de séjour du kième client dans le système :
Wk = Dk − Ak ;
Xt = αt − δt .
πn (t) : probabilité pour que le système contienne n clients à l’instant t : πn (t) = P ([Xt = n]).
On peut alors, comme cela a été fait dans le cadre de l’analyse opérationnelle, calculer tous
les paramètres de performance stochastiques, en régime transitoire et en régime permanent. Le
nombre moyen de clients présents dans le système à l’instant t se calcule, par exemple, de la
façon suivante :
+∞
L(t) = nπn (t).
n=0
La question que l’on se pose est alors : comment se relient les paramètres de performances
stochastiques aux paramètres de performances opérationels ? Par exemple, si l’on s’intéresse à
caractériser combien de temps un individu passe, en moyenne dans sa vie, à dormir, on s’intéresse
bien à la proportion de temps pendant laquelle il dort et non à la probabilité qu’à un instant
quelconque, il soit en train de dormir ! Par ailleurs, les techniques de simulation étudient
une réalisation particulière du processus et fournissent donc des paramètres de performances
opérationnels.
La notion d’ergocité nous permet de définir une classe de systèmes pour laquelle toutes les
réalisations particulières de l’évolution du système sont asymptotiquement et statistiquement
identiques, c’est-à-dire :
Définition : Un système est ergodique si et seulement si, quelle que soit la réalisation particulière
étudiée du processus stochastique :
+∞
+∞
lim k
n P (n, Θ) = lim nk πn (t) pour tout k = 1, 2, · · ·
Θ→+∞ t→+∞
n=0 n=0
Cela implique que tous les paramètres de performances opérationnels en régime permanent
(mesurés ou calculés par simulation à partir de n’importe quelle réalisation particulière du pro-
cessus) sont égaux aux paramètres de performances stochastiques en régime permanent (obtenus
à partir d’une étude analytique de performances). Même si cela n’est pas parfaitement rigoureux,
on peut donc considérer cette propriété comme définition équivalente à l’ergodicité.
57
En choisissant comme paramètres de performances les proportions de temps passé par le
système dans l’état n et les probabilités associées pour que le système contienne n clients, on
obtient que si le système est ergodique :
La loi de Little est une relation très générale qui s’applique à une grande classe de systèmes.
Elle ne concerne que le régime permanent du système. Aucune hypothèse sur les variables
aléatoires qui caractérisent le système (temps d’interarrivées, temps de service,...) n’est nécessaire.
La seule condition d’application de la loi de Little est que le système soit stable. Le débit du
système est alors indifféremment, soit le débit d’entrée, soit le débit de sortie : ds = de = d. La
loi de Little s’exprime telle que dans la propriété suivante :
Théorème : (Formule de Little) Le nombre moyen de clients, le temps moyen passé dans
le système et le débit moyen d’un système stable en régime permanent se relient de la façon
suivante :
L=W ×d
Preuve :
Considérons, dans un premier temps, une durée d’observation Θ qui est telle que le système est vide au début
et à la fin de l’observation. Dans ces conditions, le nombre de clients qui ont quitté le système pendant [0, Θ]
est égal au nombre de clients qui y sont arrivés : δ(Θ) = α(Θ). Les quantités L(Θ) et W (Θ) peuvent alors être
décrites de la façon suivante :
X
+∞
1 X
+∞
L(Θ) = nP (n, Θ) = nT (n, Θ)
n=0
Θ n=0
δ(Θ)
1 X
W (Θ) = Wk
δ(Θ) k=1
La formule de Little repose sur le résultat suivant :
δ(Θ)
X
+∞ X
nT (n, Θ) = Wk .
n=0 k=1
58
On peut démontrer formellement que les deux sommations intervenant dans cette égalité représentent deux
façons de calculer l’aire sous la courbe de Xt .
Comme le débit d(Θ) du système est le rapport du nombre de clients sortis δ(Θ) sur le temps moyen
d’observations Θ, on déduit immédiatement des trois relations donnant L(Θ), W (Θ) et d(Θ) que : L(Θ) =
W (Θ) × d(Θ). On peut finalement s’affranchir de l’hypothèse que le système est vide au début et à la fin de
δ(Θ)
l’observation, en faisant tendre Θ vers l’infini et en se rappelant que si le système est stable, lim = 1.
Θ→+∞ α(Θ)
La loi de Little a une très grande importance dans l’analyse des systèmes de files d’attente.
Elle permet de déduire l’une des trois quantités (L, W, d) en fonction de la connaissance des deux
autres. Elle s’applique sous des formes très diverses. Considérons ici le cas d’une file simple
comportant un unique serveur et montrons que la loi de Little peut s’appliquer de différentes
façons.
On a vu que la loi de Little nous dit qu’il existe une relation entre le nombre moyen de clients
dans la file (en attente ou en service) et le temps moyen total de séjour d’un client dans la file
(temps d’attente + temps de service) :
L = W ×d (5.6)
La loi de Little peut aussi s’appliquer en considérant uniquement l’attente dans la queue
(sans le service). Elle permet alors de relier le nombre moyen de clients en attente Lq , au temps
moyen d’attente d’un client avant service Wq , par la relation :
Lq = W q × d (5.7)
Enfin, on peut appliquer la loi de Little en ne considérant que le serveur. Dans ce cas, elle
relie le nombre moyen de clients en service LS , au temps moyen de séjour d’un client dans le
1
serveur qui n’est rien d’autre que le temps moyen de service , par la relation
µ
1
LS = × d
µ
Comme il n’y a jamais plus d’un client en service, LS s’exprime simplement :
59
Chapitre 6
L’étude mathématique d’un système d’attente se fait le plus souvent par l’introduction d’un
processus stochastique approprié.
→ En premier lieu, on s’intéresse au nombre Xt de clients se trouvant dans le système à
l’instant t. En fonction des quantités qui définissent la structure du système, on cherche à
calculer :
• les probabilités d’état πn (t) = P ([Xt = n]) qui définissent le régime transitoire du
processus (Xt )t≥0 ;
• le régime stationnaire du processus, défini par
Les résultats analytiques portant essentiellement sur des valeurs moyennes, en particulier,
on n’a pas accès à leurs valeurs minimum et maximum qui peuvent être importantes par exem-
ple dans l’optique du dimensionnement de zones de stockage. Dans ce cas, la connaissance des
probabilités d’état πn [notées aussi π(n) dorénavant], peut être très utile.
Les files d’attentes makoviennes sont celles pour les lesquelles les interarrivées et les durées
de service sont exponentielles. Leur notation de Kendall sera de la forme M/M/ · · · (M comme
markovien...)
L’étude de ce processus a été faite au chapitre précédent. Rappelons qu’il est caractérisé par
un nombre n d’entités qui évolue de la façon suivante :
- les arrivées et les départs d’entités obéissent à des lois exponentielles de taux respectifs
λ(n) et µ(n)
60
- la probabilité pour que deux événements se produisent dans un intervalle de temps dt est
négligeable (hypothèse de régularité : deux événements ne peuvent pas se produire en même
temps).
Il y a transition vers un état voisin, soit par l’arrivée d’un client (naissance), soit par le
départ d’un client (mort).
Si πn (t) est la probabilité pour qu’il y ait n clients dans le système à l’instant t, l’équation
de Kolmogorov s’écrit, pour n > 0 :
πn (t + dt) = (1 − (λn + µn ) dt)πn (t) + µn+1 πn+1 (t) dt + λn−1 πn−1(t) dt + o(dt)
c’est-à-dire, en faisant tendre dt vers 0, pour n > 0 :
d
πn (t) = −(λn + µn )πn (t) + µn+1 πn+1 (t) + λn−1 πn−1 (t).
dt
De la même façon, on obtient pour n = 0 :
d
π0 (t) = −λ0 π0 (t) + µ1 π1 (t).
dt
Il est pratiquement impossible de calculer l’expression générale de πn (t), si ce n’est par simu-
lation à partir des valeurs πn (0) qui caractérisent l’état initial du système.
Toutefois, si l’on suppose qu’un régime permanent parvient à s’établir, les probabilités devien-
nent indépendantes du temps et on a alors, comme on l’a vu au chapitre 3 :
n−1
λi
πn = π0 .
µi+1
i=0
avec
1
π0 = .
n−1
+∞ ! λi
1+ µi+1
n=1 i=0
d
π0 (t) = −λπ0 (t)
dt
d’où π0 (t) = e−λt .
d
πn (t) = −λ(πn (t) − πn−1 (t))
dt
(λt)n e−λt
dont la solution est πn (t) = (voir chapitre 2).
n!
6.1.2 La file M/M/1
Cette file est caractérisée par une arrivée poissonienne de taux λ et une durée de service
exponentielle de taux µ.
On pose ρ = λ/µ.
La file peut être considérée comme un processus de naissance et de mort, pour lequel :
61
λn = λ
µ si n = 0
µn =
0 si n = 0
La probabilité d’état (en tenant compte que ρ < 1 pour qu’il y ait un régime permanent) est
donnée par :
πn = π0 ρn
1
π0 = +∞ =1−ρ
ρn
n=0
donc
πn = (1 − ρ)ρn .
Tous les paramètres de performances sont calculés dans le cas où la file est stable (λ < µ,
c’est-à-dire ρ < 1) et pour le régime stationnaire de la file.
Débit d
Ici d = λ car λn = λ pour tout n ≥ 0. Une autre façon de voir les choses est de remarquer
que le service s’effectue avec un taux µ dans chaque état où le système contient au moins un
client :
∞
d = Proba([file non vide])µ = πn µ = [1 − π0 ]µ = ρµ = λ
n=1
On retrouve bien que si la file est stable, le débit moyen de sortie est égal au débit moyen
d’entrée.
Par définition, le taux d’utilisation est la probabilité pour que le serveur de la file soit occupé
+∞
λ
U= πn = 1 − π0 = ρ = .
µ
n=1
+∞
+∞
+∞
L = nπn = n(1 − ρ)ρ = ρ(1 − ρ)
n
(n + 1)ρn = ρ(1 − ρ)(1 + 2ρ + 3ρ2 + · · · )
n=1 n=1 n=0
d d 1
= ρ(1 − ρ) (ρ + ρ2 + ρ3 + · · · ) = ρ(1 − ρ) −1
dρ dρ 1−ρ
soit
ρ
L= .
1−ρ
62
Temps moyen de séjour W
ρ2
Lq = λWq = .
1−ρ
Preuve des formules de Little dans le cas M/M/1 :
On cherche le temps moyen d’attente Wq = IE(Tq ) d’un individu : celui-ci est fonction du nombre de clients
déjà présents lorsqu’il arrive.
Soit En l’événement “il y a n clients dans le système lorsque l’individu arrive”. On a alors
X
+∞
Wq = IE(Tq ) = IE(Tq /En )P (En )
n=0
n λ
avec IE(Tq /En ) = (absence de mémoire de la loi exponentielle) et P (En ) = πn = (1 − ρ)ρn où ρ = .
µ µ
X
+∞
n L 1 L+1
On a alors Wq = (1 − ρ)ρn = et W = Wq + = .
n=1
µ µ µ µ
X
+∞ X
+∞ X
+∞
Or Lq = (n − 1)πn = nπn − πn = L − (1 − π0 ) = L − ρ.
n=1 n=1 n=1
X
+∞
ρ 1
Comme L = nπn =, L+1= = µW , donc L = ρ(L + 1) = ρµW et on a bien L = λW .
1 − ρ 1 − ρ
n=1 „ «
λ 1
De même, Lq = L − = λ W − = λWq .
µ µ
On considère un système à serveur simple identique à la file M/M/1 excepté que la capacité
de la file d’attente est finie. On a donc toujours les hypothèses suivantes : le processus d’arrivée
des clients dans la file est un processus de Poisson de taux λ et le temps de service d’un client
est une variable aléatoire exponentielle de taux µ. Soit K la capacité de la file d’attente : c’est
le nombre maximal de clients qui peuvent être présents dans le système, soit en attente, soit en
service. Quand un client arrive alors qu’il y a déjà K clients présents dans le système, il est
perdu. Ce système est connu sous le nom de file M/M/1/K. L’espace d’états E est maintenant
fini : E = {0, 1, 2, · · · , K}. La capacité de la file étant limitée, même si les clients arrivent en
moyenne beaucoup plus vite que ce que le serveur de la file est capable de traiter, dès que celle-ci
63
est pleine, les clients qui se présentent sont rejetés. Le nombre de clients dans la file ne peut donc
jamais “partir” à l’infini. De plus, dès qu’un client est autorisé à entrer, il sortira un jour et son
temps de séjour dans la file est fini, puisqu’il correspond au temps de service de tous les clients
devant lui et que ce nombre est limité par K. Sur un temps très long, le débit de sortie sera
donc bien égal au débit d’entrée, ce qui correspond bien à la stabilité inconditionnelle du système.
Le processus de naissance et de mort modélisant ce type de file d’attente est alors défini de
la façon suivante :
λ si n < K
λn =
0 si n = K
µ si n = 0
µn =
0 si n = 0
L’intégration de l’équation récurrente permettant de calculer πn se fait alors comme suit :
πn = π0 ρn pour n ≤ K
πn = 0 pour n > K
1 1−ρ 1
π0 = = si λ = µ (et si λ = µ).
K 1−ρK+1 K +1
ρn
n=0
Débit d : Le débit du système peut être calculé de deux manières équivalentes : soit en
mesurant le taux de départ des clients en sortie du serveur, ds , soit en mesurant le taux d’arrivée
effectif des clients acceptés dans le système de . On s’attend bien sûr à obtenir l’égalité de ces
deux débits.
Le débit en sortie du serveur est égal à µ dès l’instant où la file n’est pas vide :
K
ρ − ρK+1
ds = Proba([ file non vide ])µ = πn µ = [1 − π0 ]µ = µ
1 − ρK+1
n=1
Le débit effectif d’entrée dans la file est égal à λ dès l’instant qu’un client arrive lorsque la file
n’est pas pleine :
K−1
1 − ρK
de = Proba([ file non pleine aux instants d’arrivée ])λ = πn λ = [1 − πK ]λ = λ.
n=0
1 − ρK+1
λ
Puisque ρ = , on a bien de = ds = d, où d est le débit moyen de la file (d’entrée ou de
µ
sortie) :
1 − ρK
d= λ
1 − ρK+1
Notons que, lorsque K tend vers l’infini, on retrouve bien les résultats de la M/M/1, c’est-
à-dire d = λ, à condition que ρ < 1, ce qui correspond à la condition de stabilité de la M/M/1.
K
ρ − ρK+1 1 − ρK
U (K) = πn = 1 − π0 = = ρ
n=1
1 − ρK+1 1 − ρK+1
64
Ainsi, dans le cas d’une file à capacité limitée, le taux d’utilisation n’est plus égal à ρ. En
effet, le taux d’utilisation est toujours égal au rapport du débit moyen d’entrée sur le taux moyen
d
de service (loi de Little) : U = . Mais ici d n’est plus égal à λ.
µ
Remarquons que, lorsque K → +∞, U (K) tend vers ρ si ρ < 1 et vers 1 si ρ > 1.
K
1−ρ n
K
ρ(1 − ρ) n−1
K
L = nπn = nρ = nρ
n=0
1 − ρK+1 n=0 1 − ρK+1 n=1
ρ(1 − ρ) d 1 − ρK+1 ρ(1 − ρ) 1 − (K + 1)ρK + KρK+1
= − 1 =
1 − ρK+1 dρ 1−ρ 1 − ρK+1 (1 − ρ)2
ρ 1 − (K + 1)ρK + KρK+1
=
1−ρ 1 − ρK+1
À nouveau, lorsque K tend vers l’infini et ρ < 1, on retrouve les résultats de la M/M/1 :
ρ
L=
1−ρ
Temps moyen de séjour W
On considère ici le temps moyen de séjour d’un client effectivement admis dans la file
d’attente. Cette quantité peut être obtenue par application de la loi de Little :
L
W =
d
1
Cas particulier où λ = µ : πn = π0 = pour n ≤ K.
K +1
K Kλ
U (K) = 1 − π0 = et d = .
K +1 K +1
K
n K
Nombre moyen de clients dans la file d’attente : L = = .
K+1 2
n=0
L K +1
Temps moyen dans le système d’attente W = = .
d 2λ
Preuve des formules de Little dans le cas M/M/1/K :
X
K−1 „ «
n ∗ 1 L − KπK πn
On a ici IE(Tq ) = π = , avec πn∗ = (client rejeté s’il y en a déjà K).
n=1
µ n µ 1 − πk 1 − πK
ρK (1 − ρ) 1 − ρK+1 − ρK + ρK+1 1 − ρK
1 − πK = 1 − = =
1−ρ K+1 1−ρ K+1 1 − ρK+1
65
» –
1 1 ρ(1 − KρK−1 + (K − 1)ρK ) 1 − ρ − ρK + ρK+1
W = Wq + = +
µ µ (1 − ρ)(1 − ρK ) (1 − ρ)(1 − ρK )
» K K+1
– K+1
1 1 − (K + 1)ρ + Kρ L(1 − ρ ) L
= = =
µ (1 − ρ)(1 − ρK ) ρµ(1 − ρK ) λ(1 − πK )
X
K−1
Or d = λ πn = λ(1 − πK ) et on a bien L = d × W .
n=0
X
K X
K X
K
De même, L − Lq = nπn − (n − 1)πn = πn = 1 − π0 donc, comme λ = µ = µ(1 − π0 ) = d,
n=1 n=1 n=1
„ «
d 1
Lq = L − (1 − π0 ) = d × W − =d W− = d × Wq .
µ µ
2
On considère un système identique à la file M/M/1 excepté qu’il comporte C serveurs iden-
tiques et indépendants les uns des autres. On conserve les hypothèses : processus d’arrivée
des clients poissonien de taux λ et temps de service exponentiel de taux µ (pour chacun des
serveurs). Ce système est connu sous le nom de file M/M/C. L’espace d’états E est, comme
pour la M/M/1 infini : E = {0, 1, 2, · · · }. On a un processus de naissance et de mort de taux :
λn =λ
0 si n = 0
µn = nµ si 0 < n < C
Cµ si n ≥ C
En effet, lorsque le processus est dans un état n < C, tous les clients sont en service et sont
donc susceptibles de quitter la file. Pour passer de n clients à n − 1 clients en un temps dt,
il faut qu’un des n clients termine son service et que les autres ne terminent pas le leur, ceci
pouvant se produire pour le premier, le deuxième, ..., ou le n-ième client. Pour être précis, il faut
également rajouter qu’aucun client n’arrive pendant ce temps dt. La propriété caractéristique
de la loi exponentielle nous dit que la probabilité pour qu’un client termine son service en un
temps dt est µdt + o(dt), la probabilité pour qu’un client ne termine pas son service est donc
1 − µdt + o(dt) et la probabilité pour qu’aucun client n’arrive est 1 − λdt + o(dt). La probabilité
recherchée se calcule donc de la façon suivante :
n
pn,n−1(dt) = (µdt + o(dt))(1 − µdt + o(dt))n−1 (1 − λdt + o(dt))
j=1
pn,n−1(dt) = nµ dt + o(dt)
Le taux de transition de l’état n vers l’état n − 1 est donc égal à nµ. De la même façon, lorsque
n ≥ C, seuls C clients sont en service et sont donc susceptibles de quitter la file, donc de faire
passer le processus de l’état n à l’état n − 1. Le taux de transition correspondant est donc égal
à Cµ. Dans tous les cas, une transition d’un état n vers un état n + 1 correspond à une arrivée
66
de client, soit en un temps dt, à une probabilité λdt + o(dt). Le taux de transition est donc égal
à λ.
La condition de stabilité est ici λ < Cµ et exprime le fait que le nombre moyen de clients
qui arrivent à la file par unité de temps doit être inférieur au nombre moyen de clients que les
serveurs de la file sont capables de traiter par unité de temps.
On peut calculer πn comme suit :
πn−1 λ = πn nµ pour n = 1, · · · , C − 1
πn−1 λ = πn Cµ pour n = C, C + 1, · · ·
πn = ρ πn−1 pour n = 1, · · · , C − 1 λ
soit n où ρ = .
πn = ρ πn−1 pour n = C, C + 1, · · · µ
C
On peut alors exprimer toutes les probabilités en fonction de π0 :
n
πn = ρ π0 pour n = 1, · · · , C − 1
n! n
πn =
ρ
π0 pour n = C, C + 1, · · ·
C!C n−C
La condition de normalisation nous permet de calculer la probabilité π0 , à condition bien sûr
que cette série converge. On peut aisément vérifier que la condition de convergence de cette
série est identique à la condition de stabilité de la file, soit λ < Cµ.
1
π0 =
C−1
ρn ρC
n! + (C−1)!(C−ρ)
n=0
πn = (1 − ρ)ρn
Tous les paramètres de performances peuvent se calculer dans le cas où la file est stable
(λ < Cµ) donc ρ < C).
Débit d
Le service s’effectue avec un taux nµ dans chaque état où le système contient moins de C
clients et avec un taux Cµ dans chaque état où le système contient plus de C clients :
C−1
+∞
d= πn nµ + πn Cµ
n=1 n=C
En remplaçant les expressions obtenues pour les probabilités πn et π0 , on retrouve bien que
la file est stable, le débit moyen de sortie est égal au débit moyen d’entrée :
d = λ.
Pour la file M/M/C, il est plus simple (au niveau des calculs mis en jeu) de calculer d’abord
le temps moyen de séjour et d’en déduire le nombre moyen de clients.
67
Temps moyen de séjour W
Le temps moyen de séjour d’un client se décompose en un temps moyen dans la file d’attente,
plus un temps moyen de service. Il suffit alors d’appliquer la loi de Little à la seule file :
Lq 1 Lq 1
W = Wq + S = + = + .
d µ λ µ
Il reste alors à calculer le nombre moyen de clients en attente dans la file, Lq :
+∞
+∞
ρn ρC+1
+∞ ρ
n−C−1
Lq = (n − C)πn = (n − C) π 0 = (n − C) π0
C!C n−C C!C C
n=C n=C n=C
ρC+1 1 ρC+1
= π0 = π0
C!C 1 − ρ 2 (C − 1)!(C − ρ)2
C
ρC 1
W = π0 +
µ(C − 1)!(C − ρ)2 µ
πn−1 λ = πn nµ pour n = 1, 2, · · ·
ρ λ
soit πn = πn−1 pour n = 1, 2, · · · , où ρ = .
n µ
On peut alors exprimer toutes les probabilités en fonction de π0 :
ρn
πn = π0 pour n = 1, 2, · · ·
n!
68
La condition de normalisation nous donne alors immédiatement π0 :
1
π0 = = e−ρ .
+∞
ρn
n!
n=0
+∞ n
ρ
Notons que la série converge pour toutes valeurs de ρ (donc de λ et de µ), ce qui est
n=0
n!
cohérent avec la stabilité inconditionnelle de la file. On obtient finalement :
ρn −ρ
πn = e pour n = 1, 2, · · ·
n!
Débit d
Le service s’effectue avec un taux nµ dans chaque état où le système contient n clients :
+∞
+∞
ρn
d= πn nµ = e−ρ µ = e−ρ ρeρ µ = ρµ = λ.
(n − 1)!
n=1 n=1
+∞
+∞
ρn
−ρ
L= nπn = e = e−ρ ρeρ = ρ
(n − 1)!
n=1 n=1
Intuitivement, le temps moyen passé dans le système est réduit au temps moyen de service,
1
soit . On peut redémontrer ce résultat en utilisant la loi de Little :
µ
L ρ 1
W = = =
d λ µ
6.2.1 Introduction
On revient à un système formé d’une file FIFO à capacité illimitée et d’un seul serveur.
Le processus d’arrivée des clients dans la file est toujours supposé poissonien de taux λ mais,
maintenant, le temps de service Y d’un client est distribué selon une loi qui n’est plus supposée
exponentielle. Ce système est connu sous le nom de file M/G/1. En fait, on suppose implicite-
ment que les services successifs sont indépendants les uns des autres et distribués selon la même
loi (donc que les variables aléatoires mesurant le temps de service des différents clients sont
i.i.d.). Il faudrait alors parler d’une file M/GI/1, “GI” faisant référence à des lois générales et
indépendantes les unes des autres.
Une file simple comportant un unique serveur est stable si le nombre moyen de clients qui
arrivent à la file par unité de temps est inférieur au nombre moyen de clients que le serveur de
69
1
la station est capable de traiter, soit λ < µ où µ = est le taux moyen de service de la file
m
(avec m = IE(Y )).
Pour étudier simplement ce système, le service n’étant plus exponentiel, il ne suffit donc plus
de savoir qu’un client est en service, pour prédire quand ce service va se terminer. Il faut en
plus savoir depuis combien de temps le service a commencé.
Par exemple, dans le cas d’un service déterministe de durée 10 secondes, si le service a com-
mencé depuis 2 secondes, il se terminera exactement dans 8 secondes alors que, s’il a commencé
depuis 9 secondes, il se terminera au bout d’une seconde.
Cette information est indispensable pour prédire l’évolution future de l’état du serveur, donc
du système.
L’idée est de ne s’intéresser qu’à des instants particuliers de l’évolution du système tk = Dk+ ,
k = 1, 2, · · · , correspondant aux instants de fin de service (instants “juste après” le départ d’un
client).
Considérons le processus (Nk )k≥1 = (Xtk )k≥1 où Xtk est le nombre de clients juste après le
départ du kième client.
Le processus (Nk )k≥1 est une chaı̂ne de Marvov ergodique pouvant être facilement étudiée.
En particulier, on pourra obtenir les probabilités πn (k) = P ([Nk = n]) pour que le départ du
kième client laisse derrière lui n clients, ainsi que πn = lim πn (k).
k→+∞
En effet,
→ si Nk = 0, [Nk+1 = j] correspond à l’arrivée de j clients pendant le service du (k + 1)ième
client ;
→ si Nk = i, on a [Nk+1 = j] si Nk+1 − Nk = j − i, ce qui correspond à l’arrivée de j − i + 1
clients, car il ne faut pas oublier que le (k + 1)ième client vient de partir.
La matrice de la chaı̂ne de Markov incluse est donc :
70
α0 α1 α2 α3 α4 ···
α0 α1 α2 α3 α4 ···
0 α0 α1 α2 α3 ···
0 0 α0 α1 α2 ···
P =
0 0 0 α0 α1 ···
0 0 0 0 α0 ···
.. .. .. .. .. ..
. . . . . .
On pourrait montrer que cette chaı̂ne de Markov est irréductible, apériodique et récurrente
positive si elle est stable (c’est-à-dire si λ < µ). On peut alors affirmer que le vecteur −→π des
+∞
probabilités stationnaires existe et est solution du système −
→
π =−→
π P (avec bien sûr πn = 1).
n=0
La chaı̂ne de Markov (Nk ) est irréductible et admet donc une unique distribution station-
naire, qui est aussi distribution limite de Xt . Le théorème suivant permet, entre autre, de
déterminer L :
+∞
+∞
λ
Théorème : Si Π(z) = πn z n , si A(z) = αn z n et si ρ = , alors :
µ
n=0 n=0
(1 − ρ)A(z)(z − 1) ρ2 + λ2 var(Y )
Π(z) = et L = ρ + .
z − A(z) 2(1 − ρ)
X
+∞
Preuve : La distribution stationnaire →
−
π doit vérifier →
−
π =−
→
π P soit πj = πi qi,j , ce qui s’écrit également
i=0
j+1 j+1
X X
πj = αj π0 + αj−i+1 πi = αj π0 + αj−i+1 πi − αj+1 π0 .
i=1 i=0
1X
+∞
π0
Π(z) = π0 A(z) + aj+1 z j+1 − (A(z) − α0 ),
z j=0 z
j
X 1X
+∞
1
où aj = αj−i πi et donc aj+1 z j+1 = (A(z)Π(z) − α0 π0 ). Ainsi,
i=0
z j=0 z
π0 A(z)(z − 1)
Π(z) = .
z − A(z)
71
On en déduit, comme Π(1 + h) = 1 + hΠ (1) + o(h) = 1 + Lh + o(h), que π0 = 1 − A (1) et que L =
A (1)
A (1) + . Or
2(1 − A (1))
X
+∞ X
+∞ Z +∞ j Z +∞
j j −λt (λt)
A(z) = αj z = z e fY (t) dt = e−λt eλzt fY (t) dt
j=0 j=0 0 j! 0
Z +∞
λ
donc A (1) = λ tfY (t)dt = λIE(Y ) = = ρ et
0 µ
Z +∞
A (1) = λ2 t2 fY (t)dt = λ2 IE(Y 2 ) = λ2 (var(Y ) + IE(Y )2 ) = λ2 var(Y ) + ρ2 ,
0
Débit : d = λ
+∞
λ
Taux d’utilisation du serveur U : U = πn = 1 − π0 = ρ =
n=1
µ
Temps moyen de séjour W : d’après la formule de Little
1 IE(Y )2 + var(Y )
W = +λ
µ 2(1 − ρ)
Remarque : Tous les paramètres de performances moyens d, U , L, W ne dépendent donc que
des deux premiers moments de la loi de service ainsi bien sûr que du taux d’arrivée λ, bien que
les deux premiers moments d’une loi ne suffisent pas à la caractériser, (des variables aléatoires
différentes pouvant, en effet avoir leurs deux premiers moments identiques).
+∞
+∞
+∞
Lq = nProba([n clients dans la file]) = nπn+1 = (n − 1)πn
n=0 n=0 n=1
Le temps résiduel du client en service est défini comme le temps qu’il reste au serveur, au
moment où un client arrive dans la file, pour terminer son service. On en déduit l’expression du
temps moyen d’attente dans la file :
+∞
Wq = π0 × 0 + πn [tr + (n − 1)m]
n=1
72
En combinant les deux relations précédentes, et en appliquant la formule de Little à la file,
on obtient :
+∞
Wq = (1 − π0 )tr + m (n − 1)πn = (1 − π0 )tr + mLq = ρtr + mλWq = ρtr + ρWq
n=1
ρ
soit Wq = tr .
1−ρ
Il ne reste plus qu’à calculer le temps moyen résiduel de service.
Propriété : Dans une file M/G/1, le temps moyen résiduel de service tr “vu” par l’arrivée d’un
client dans la file est
m var(Y )
tr = 1+
2 m2
Preuve : Le processus d’arrivée des clients dans la file est Poissonien.
Vis-à-vis du client en service, un client arrive donc dans la file à une instant quelconque dans le temps et
a plus de chance de “tomber” sur un service long que sur un service court. Plus précisément, la probabilité de
tomber sur un service de longueur t (à dt près) est proportionnelle à t, ainsi bien sûr qu’à la fréquence avec
laquelle un service de longueur t (à dt près) a lieu. On note Z la variable aléatoire mesurant la durée d’un service
vue par l’arrivée d’un client (qui donc est différente de la variable aléatoire Y mesurant la durée d’un service).
La probabilité fZ (t) dt s’obtient donc de la façon suivante :
1
où m est le temps moyen de service. On en déduit donc que K = .
m
Dès l’instant qu’un client arrive et tombe sur un service de longueur t, on peut supposer qu’il a autant de
chance de tomber au début, au milieu ou à la fin du service. En d’autres termes, la variable aléatoire mesurant
le temps résiduel de service, conditionnée par le fait que le service est de longueur t (à dt près), est uniforme sur
l’intervalle [0, t]. Le temps résiduel de service, toujours conditionné par le fait que le service est de longueur t est
t
donc égal à .
2
On en déduit le temps moyen résiduel de service (inconditionnel) :
Z +∞ Z +∞
t 1 m2
tr = fZ (t) dt = t2 fY (t) dt =
0 2 2m 0 2m
où m2 = IE(Y 2 ) = m2 + var(Y ) est le moment d’ordre 2 de la loi de service. D’où le résultat attendu :
„ «
m var(Y )
tr = 1+ .
2 m2
2
1
Remarque : Pour une file M/M/1, var(Y ) = = m2 donc tr = m, ce qui est logique, vu
µ2
le caractère sans mémoire de la loi exponentielle. Pour une file M/D/1, var(Y ) = 0 et donc
m
tr = , ce qui est tout à fait intuitif, car si le service est toujours de durée égale à m, un client
2
m
arrivant à un instant quelconque devra attendre, en moyenne, un temps avant que le service
2
se termine.
73
6.3 La file G/M/1
On considère toujours un système formé d’une file FIFO à capacité illimitée et d’un seul
serveur. Le processus d’arrivée des clients dans la file n’est, cette fois-ci, plus supposé pois-
sonien. En revanche, le service d’un client est supposé exponentiel de taux µ. Ce système est
connu sous le nom de file G/M/1. Comme pour la file M/G/1, il faudrait en fait parler d’une file
GI/M/1 car on suppose implicitement que le processus d’arrivée des clients est un processus de
renouvellement, donc que les interarrivées successives sont indépendantes les unes des autres et
distribuées selon une même loi. Soit T la variable aléatoire mesurant le temps séparant l’arrivée
de deux clients consécutifs. On notera fT la densité de la loi de T , A∗ sa transformée de Laplace
et mk = IE(T k ) pour tout k ≥ 1, avec m1 = m.
On rappelle qu’une file simple est stable si le nombre moyen de clients qui arrivent à la file
par unité de temps est inférieur au nombre moyen de clients que le serveur de la station est
1
capable de traiter, soit λ < µ où λ = est le taux moyen d’arrivée des clients dans la file.
m
L’idée est ici de ne s’intéresser qu’aux instants d’arrivée des clients. Considérons le processus
(Nk ) = (XAk − )k≥1 : nombre de clients “juste avant” l’arrivée du kième client. Le processus
(Nk )k≥1 est une chaı̂ne de Markov discrète pouvant être facilement étudiée. En particulier, on
pourra obtenir les probabilités πn (k) = P ([Nk = n]) pour que le kième client trouve en arrivant
n clients dans la file. Si la chaı̂ne est ergodique, on pourra également calculer les probabilités
stationnaires aux instants d’arrivée : πn = lim πn (k).
k→+∞
On note βc la probabilité pour que c clients terminent leur service pendant un temps d’arrivée.
On a alors :
+∞
(µt)c −µt
βc = e fT (t) dt
0 c!
En effet, les services consécutifs étant des variables aléatoires exponentielles de taux µ et indépendantes les
unes des autres, tant qu’il reste des clients dans la file, le processus de sortie des clients est donc un processus de
Poisson de taux µ. Si le temps d’interarrivée était de durée constante t, la probabilité pour que c clients quittent
(µt)c −µt
la file pendant un temps t serait donc égale à e . Comme le temps d’interarrivée est distribué selon une
c!
loi générale de densité de probabilité fT , la durée séparant l’arrivée consécutive de deux clients est égale à t à dt
près avec une probabilité fT (t) dt.
74
qi,j = βi+1−j pour tout j ≤ i + 1
On pourrait alors montrer que le vecteur −→π des probabilités stationnaires existe et est solu-
→
− →
−
tion du système π = π P . Ce système s’écrit :
+∞
πk = πi βi−k+1 pour k = 0, 1, · · ·
i=k−1
πn = (1 − σ)σ n
où σ est l’unique solution strictement comprise entre 0 et 1 de l’équation
σ = A∗ (µ − µσ).
Preuve : On cherche une solution du système de la forme πn = Kσ n où K est une constante :
X
+∞
Kσ k = Kσ i βi−k+1
i=k−1
k−1
En divisant les deux côtés de l’égalité par Kσ , on obtient :
X
+∞ X
+∞
σ= σ i−k+1 βi−k+1 = σ j βj
i=k−1 j=0
X
+∞
En posant T (z) = βk z k la transformée en z des probabilités βk , on a immédiatement que σ est solution de
k=0
l’équation σ = T (σ). On admettra que cette équation possède une unique solution telle que 0 < σ < 1.
Par ailleurs, un calcul similaire à celui effectué dans la preuve de la propriété 3 nous permet de relier T (z) à
la transformée de Laplace de la loi d’interarrivée, de la façon suivante : T (z) = A∗ (µ − µz). σ est donc l’unique
solution de l’équation σ = A∗ (µ − µσ).
Il reste alors à déterminer l’expression de la constante K. La condition de normalisation des probabilités πn
nous donne immédiatement K = 1 − σ.
Pour calculer les probabilités stationnaires de la file G/M/1, il suffit donc de calculer la
transformée de Laplace de la fonction densité de probabilité fT de la loi générale d’interarrivée
et de résoudre l’équation σ = A∗ (µ − µσ). Notons que σ = 1 est toujours solution de cette
équation (car la normalisation de fT implique que A∗ (0) = 1). Cela permet dans tous les cas de
diminuer de un le degré de l’équation engendrée.
Nous allons appliquer cette relation à l’exemple particulier le plus simple d’une file G/M/1 :
celui d’une file M/M/1. Le temps d’interarrivée est distribué selon une loi exponentielle de taux
λ
λ. La transformée de Laplace de la distribution d’interarrivée est donc A∗ (s) = . On
λ+s
∗
résout alors le système σ = A (µ − µσ) :
λ
σ= soit µσ 2 − (λ + µ)σ + λ = 0
λ + µ − µσ
75
λ
dont la seule racine strictement comprise entre 0 et 1 est σ = ρ = . On retrouve alors le
µ
résultat de la file M/M/1 : πn = (1 − ρ)ρn .
Les paramètres de performances sont toujours calculés lorsque la file est stable (λ < µ) et
pour le régime stationnaire.
Débit d = λ
λ
Taux d’utilisation du serveur : U = IE(Y ) × d = (loi de Little appliquée au serveur)
µ
1 σ
Temps moyen de séjour : W = +
µ µ(1 − σ)
Preuve directe : On calcule le temps moyen d’attente dans la file Wq .
Lorsqu’un client arrive, il trouve, avec une probabilité πn , n clients dans le système, donc n − 1 clients en
attente et un client en service. Il devra donc attendre que le client en service termine son service, puis que les
n − 1 clients devant lui dans la file effectuent un service complet. La propriété sans mémoire de la loi exponentielle
1
nous dit que le temps moyen résiduel de service est égal au temps moyen de service, soit . Wq s’exprime donc :
µ
X
+∞
1 1−σ X n
+∞
σ
Wq = n πn = nσ = .
n=0
µ µ n=0
µ(1 − σ)
σ 1
Le temps moyen de séjour W est finalement égal à W = Wq + IE(Y ) = + .
µ(1 − σ) µ
σρ
Nombre moyen de clients : L = W × d = ρ + (par la formule de Little)
1−σ
Nous indiquons ici, sous forme d’exercice, une méthode pour traiter le cas général, méthode
qui fournit également le régime transitoire. Malheureusement, les intégrales rencontrées sont la
plupart du temps impossibles à calculer : il ne reste plus alors qu’à utiliser cette méthode avec
l’aide d’un ordinateur...
Cet exercice, traite en particulier complètement le cas M/M/1, et même le cas d’une im-
patience “a postériori” des clients (où les clients se sont donnés une limite τ0 de temps dans le
système à ne pas dépasser).
Pour résoudre cet exercice, il est nécessaire d’avoir quelques connaissances élémentaires sur
la transformée de Laplace, dont nous rappelons d’abord les principales propriétés.
76
Rappel sur la transformée de Laplace :
Propriétés :
1
1) Si f : x
→ 1, L(f )(p) = .
p
1
2) Si f : x
→ e−λx g(x), L(f )(p) = L(g)(p + λ) ; en particulier, avec g = 1, L(f )(p) = .
p+λ
3) L(f )(p) = −f (0) + pL(f )(p). x
4) L(f ∗ g) = L(f )L(g), si f ∗ g(x) = f (u)g(x − u)du.
0
Notations :
Pour le kième client qui se présente dans le système, on note
• Ak l’instant de son arrivée ;
• Dk l’instant de son départ ;
• τk = Ak − Ak−1 l’intervalle de temps entre la (k − 1)ième arrivée et la kième ;
• Wqk le temps d’attente dans la file, éventuellement nul, du kième client ;
• Yk le temps de service du kième client ;
• Wk le temps passé dans le système par le kième client.
p+µ
F (0)
ii) En déduire que F (p) = F (0), puis que F (x) = µ − λe−(µ−λ)x . Mon-
p(p + µ − λ) µ−λ
λ
trer enfin que F (x) = 1− e−(µ−λ)x et que G est la fonction de répartition d’une loi exponentielle
µ
77
de paramètre µ − λ.
5) Dans le cas avec impatience “a posteriori”, on pose W̃k = Wqk + Ỹk = min(Wk , τ0 ).
Exprimer Ỹk en fonction de Yk , de τ0 et de Wqk . En déduire qu’en régime permanent :
x
H(x − t)dF (t) si x ≤ τ0
G(x) =
1 0si x > τ
0
78
Chapitre 7
Fiabilité
7.1 Introduction
7.1.1 Définitions
Z t Z +∞
Preuve : On a R(t) = 1 − F (t), F (t) = f (u)du, R(t) = f (u)du et f (t) = F (t) = −R (t).
0 » Z t t –
F (t) R (t)
De plus, λ(t) = =− et R(t) = exp − λ(u) du .
1 − F (t) R(t) 0
1
• Loi exponentielle E(λ) : f (t) = λe−λt 1I]0,+∞[ (t), τ = IE(T ) = , λ(t) = λ (taux de
λ
défaillance constant, caractérise les dispositifs sans usure).
β −1
• Loi de Weibull : f (t) = λβ(t − t0 )β−1 e−λ(t−t0 ) , IE(T ) = Γ(1 + β −1 )(λ(t − t0 ))−β .
λa a−1 −λt a
• Loi gamma γ(λ, a) : f (t) = t e 1I]0,+∞[ (t), IE(T ) = .
Γ(a) λ
79
1 (t−m)2
• Loi normale N (m, σ 2 ) : f (t) = √ e− 2σ2 , IE(T ) = m.
σ 2π
1 (ln t−m)2 σ2
• Loi log-normale : f (t) = √ e− 2σ2 1I]0,+∞[ (t), IE(T ) = em+ 2 .
tσ 2π
7.2.1 Généralités
On appelle système tout assemblage de composants, dont on suppose en général (mais pas
toujours !) que les pannes se produisent indépendamment les unes des autres.
Un système non réparable est un système pour lequel aucune réparation de composants
défaillants n’est invisageable.
À l’exception des systèmes en série, les systèmes ont généralement des structures redondantes :
un ou plusieurs composants peuvent tomber en panne sans que le système ne cesse de fonction-
ner. En renforçant la redondance du système, on augmente sa fiabilité. Il existe 2 types de
redondance :
→ redondance active (réserve chaude) : tous les composants fonctionnent en même temps.
→ redondance passive (réserve froide) : il existe des composants en attentte, qui ne peu-
vent pas tomber en panne tant qu’ils ne sont pas mis en marche.
n
T = max(T1 , · · · , Tn ) et F (t) = Fi (t).
i=1
T = T1 + · · · + Tn .
80
7.3 Systèmes réparables
7.3.1 Introduction
Dans le but d’augmenter la fiabilité d’un système à redondance, on peut envisager de réparer
les composants qui tombent en panne. On admettra généralement qu’un composant réparé se
comporte comme un composant neuf. Pour résoudre ce type de problème, il est nécessaire de
connaı̂tre, non seulement la loi de la durée de bon fonctionnement, mais en plus, celle de la
durée de réparation.
Pour un système réparable, il est nécessaire d’introduire une autre notion probabiliste : celle
de disponibilité : la disponibilité à l’instant t est la probabilité D(t) que le dispositif fonctionne
à l’instant t. La différence avec la fiabilité est que, pour la disponibilité, il a pu être en panne
avant l’instant t, mais à l’instant t, il fonctionne.
Remarque : D(t) ≥ R(t) et, dans le cas d’un système non réparable, D(t) = R(t).
Il est nécessaire de définir avec précision tous les états possibles dans lesquels le système
peut se trouver. On étudie alors le processus (Xt )t≥0 , où Xt est l’état dans lequel le processus
se trouve à l’instant t. Un certain nombre de ces états (sous-ensemble EF de E) correspondent
au fonctionnement du dispositif, les autres (sous-ensemble ED de E) correspondent au cas où le
dispositif est défectueux (ne peut pas fonctionner).
On a alors D(t) = πk (t).
k∈EF
Pour calculer la fiabilité, on considère le système non réparable correspondant en rendant
les états de ED absorbants (taux de sortie de ces états rendus nuls).
La résolution de tels problèmes s’effectue comme dans les chapitres précédents. Ainsi :
→ on écrit les équations de Kolmogorov : en chaque état k, la variation de flux est égale à
la différence ( flux entrant - flux sortant ), c’est-à-dire :
πk (t) = ai,k πi (t) − ak,j πk (t)
i=k j=k
→ Le système différentiel obtenu est généralement difficile à résoudre. Pourtant, même si,
pour la disponibilité, on peut parfois se contenter du régime stationnaire, il est le plus souvent
81
nécessaire de connaı̂tre la fiabilité ou la disponibilité à un instant t donné. C’est pourquoi, on
cherche généralement à résoudre le système à l’aide des transformées de Laplace.
En effet, étant donnné que L(πk )(p) = pL(πk )(p) − πk (0), le système différentiel, se trans-
forme en système linéaire, beaucoup plus simple à résoudre. On obtient les L(πk )(p) sous forme
de fractions rationnelles de p, que l’on décompose en éléments simples, afin de “remonter ” à
1
πk (t), grâce à = L(t
→ eαt )(p) notamment.
p−α
La “technique” évoquée ici est développée dans les exercices correspondant à ce chapitre.
82