Modélisation des Robots de Type Série
Modélisation des Robots de Type Série
Chapitre 2
2.1. Introduction
Une structure ouverte simple est composée de n+1 corps notés C0, …, Cn et de n
articulations. Le corps C0 désigne la base du robot et le corps Cn le corps qui porte
l'organe terminal. L'articulation j connecte le corps Cj au corps Cj-1 (figure 2.1). La
méthode de description est fondée sur les règles et conventions suivantes :
– les corps sont supposés parfaitement rigides. Ils sont connectés par des
articulations considérées comme idéales (pas de jeu mécanique, pas d'élasticité), soit
rotoïdes, soit prismatiques ;
– le repère Rj est lié au corps Cj ;
– l'axe zj est porté par l'axe de l'articulation j ;
– l'axe xj est porté par la perpendiculaire commune aux axes zj et zj+1. Si les
axes zj et zj+1 sont parallèles ou colinéaires, le choix de xj n'est pas unique : des
considérations de symétrie ou de simplicité permettent alors un choix rationnel.
C3 Cn
C2
C1
C0
xj
zj
θj
zj-1 Oj
αj
rj
xj-1
dj
Oj-1
Figure 2.2. Paramètres géométriques dans le cas d'une structure ouverte simple
La variable articulaire qj associée à la jième articulation est soit θj, soit rj, selon
que cette articulation est de type rotoïde ou prismatique, ce qui se traduit par la rela-
tion :
50 Analyse et modélisation des robots-manipulateurs
− θ +σ r
qj = σ [2.2]
j j j j
avec :
• σj = 0 si l'articulation j est rotoïde ;
• σj = 1 si l'articulation j est prismatique ;
•σ− =1–σ.
j j
⎡ Cθj –Sθj 0 dj
⎤
=
⎢ CαjSθj CαjCθj –Sαj –rjSαj ⎥ [2.3]
⎢ SαjSθj SαjCθj Cαj rjCαj ⎥
⎣ 0 0 0 1 ⎦
où Rot(u, α) et Trans(u, d) sont des matrice homogènes (4x4) représentant
respectivement une rotation α autour de l'axe u et une translation d le long de u.
REMARQUES.–
– pour la définition du repère de référence R0, le choix le plus simple consiste à
prendre R0 confondu avec le repère R1 quand q1 = 0, ce qui signifie que z0 est
confondu avec z1 et O0 = O1 lorsque l'articulation 1 est rotoïde, et z0 est confondu
avec z1 et x0 est parallèle à x1 lorsque l'articulation 1 est prismatique. Ce choix rend
les paramètres α1 et d1 nuls ;
– de même, on définit l'axe xn du repère Rn comme étant colinéaire à xn-1
lorsque qn = 0 ;
– pour une articulation j prismatique, l'axe zj est parallèle à l'axe de l'articulation
mais la position de cet axe dans l'espace peut être quelconque : on le place donc de
telle sorte que dj ou dj+1 soit nul ;
– lorsque zj est parallèle à zj+1, on place xj de telle sorte que rj ou rj+1 soit nul ;
– en pratique, le vecteur des variables articulaires q est donné par :
q = qc + q0
z4, z6
x4, x5, x6
z5
RL4
z0, z1
x3
x0, x1, x2
D3
z2 z3
Figure 2.3. Placement des repères et notations pour le robot Stäubli RX-90
j σj αj dj θj rj
1 0 0 0 θ1 0
2 0 π/2 0 θ2 0
3 0 0 D3 θ3 0
4 0 –π/2 0 θ4 RL4
5 0 π/2 0 θ5 0
6 0 –π/2 0 θ6 0
Le modèle géométrique direct (MGD) est l'ensemble des relations qui permettent
d'exprimer la situation de l'organe terminal, c'est-à-dire les coordonnées opération-
nelles du robot, en fonction de ses coordonnées articulaires. Dans le cas d'une
chaîne ouverte simple, il peut être représenté par la matrice de passage 0Tn :
Le modèle géométrique direct du robot peut aussi être représenté par la relation :
X = f(q) [2.5]
Pour les rotations, d'autres représentations sont couramment utilisées comme les
angles d'Euler, les angles de Roulis-Tangage-Lacet (RTL) ou les paramètres d'Euler
(quaternions). On peut facilement passer des cosinus directeurs s, n, a à l'une
quelconque de ces représentations et inversement [KHA 99].
EXEMPLE 2.2. : modèle géométrique direct du robot Stäubli RX-90 (figure 2.3).
A partir du tableau 2.1, la relation [2.3] permet d'écrire les matrices de
transformation élémentaires j-1Tj. Le produit 0T6 de ces matrices a pour
composantes :
fT d = Z 0Tn(q) E [2.10]
E
et qui ne sont pas redondants peuvent être considérés comme résolubles [LEE 88],
[RAG 90]. Le nombre de solutions dépend de l'architecture du robot manipulateur.
0T
n
R0 Rn
RE
E
Rf Z
0T
E
s n a P
⎡ sx nx ax Px ⎤
U0 =
⎢ y y y y⎥ [2.13]
⎢ sz nz az Pz ⎥
⎣0 0 0 1⎦
On cherche à résoudre le système d'équations suivant :
Pour trouver les solutions de l'équation [2.14], Paul [PAU 81] a proposé une
méthode qui consiste à prémultiplier successivement les deux membres de l'équation
[2.14] par les matrices jTj-1 pour j variant de 1 à n-1, opérations qui permettent
d'isoler et d'identifier l'une après l'autre les variables articulaires que l'on recherche.
Pour un robot à six degrés de liberté par exemple, on procède comme suit :
– multiplication à gauche de l'expression [2.14] par 1T0 :
Le terme de droite est fonction des variables q2, …, q6. Le terme de gauche n'est
fonction que des éléments de U0 et de la variable q1 ;
– identification terme à terme des deux membres de l'équation [2.15]. On se
ramène à un système d'une ou de deux équations fonction de q1 uniquement, dont la
structure appartient à un type particulier parmi une dizaine de types possibles ;
– multiplication à gauche de l'expression [2.15] par 2T1 et calcul de q2.
REMARQUES.–
reconfigurer le robot autour des valeurs obtenues en vue de satisfaire des critères
d'optimisation supplémentaires [CHE 88a] ;
– la deuxième stratégie consiste à introduire (n–6) relations supplémentaires
décrivant la redondance, comme par exemple dans [HOL 84] pour des robots à sept
degrés de liberté.
2) Lorsque le robot possède moins de six degrés de liberté, il ne peut pas donner
à son organe terminal n'importe quelles positions et orientations. Il n'est pas possible
d'amener le repère terminal RE sur un autre repère REd désiré sauf si certains
éléments de 0TEd sont imposés de façon à compenser le nombre insuffisant de
degrés de liberté. Sinon, on est amené à réduire le nombre d'équations en ne
considérant que certains éléments géométriques liés aux repères RE et REd.
avec :
⎨ XZ + ε Y X2 + Y2 – Z2 avec ε = ± 1
⎩S2 = X 2 + Y2
X = – 2Pz D3
Y = – 2 B1D3
Z = (RL4)2 – (D3)2 – (Pz)2 – (B1)2
B1 = Px C1 + Py S1
–PzS2–B1C2+D3 –B1S2+PzC2
θ3 = atan2 ( RL4 , RL4 )
⎪⎧θ4 = atan2[S1ax–C1ay, –C23(C1ax+S1ay)–S23az]
⎨
⎩⎪θ'4 = θ4 + π
θ5 = atan2(S5, C5)
avec :
avec :
REMARQUES.–
1) Positions singulières
i) lorsque Px=Py=0, ce qui correspond à S23RL4–C2D3=0, le point O4 se trouve
sur l'axe z0 (figure 2.5a). Les deux arguments utilisés pour le calcul de θ1 sont nuls
et de ce fait, θ1 est indéterminé. On peut fixer θ1 à une valeur quelconque,
généralement la valeur de la position courante, ou selon des critères d'optimisation
comme l'éloignement des butées mécaniques des articulations. Ceci veut dire que
l'on peut toujours trouver une solution, mais il se peut alors qu'un petit changement
de la situation désirée demande une variation importante de θ1 impossible à réaliser
compte tenu des limites en vitesse et accélération des actionneurs ;
ii) lorsque C23(C1ax+S1ay)+S23az=Hx=0 et S1ax–C1ay=Hz=0, la fonction
atan2 utilisée pour calculer θ4 a ses deux arguments nuls et est donc indéterminée.
Cette configuration advient lorsque les axes 4 et 6 sont confondus (Cθ5=±1) et c'est
la somme θ4±θ6 qui intervient (figure 2.5b). On peut fixer θ4 à sa valeur courante,
puis on calcule θ6 en fonction de cette valeur. On peut aussi calculer les valeurs de
θ4 et θ6 qui éloignent les articulations 4 et 6 de leurs butées ;
iii) une troisième position singulière lorsque C3=0 sera mise en évidence avec le
modèle cinématique. Cette singularité ne pose pas de problème pour le modèle
géométrique inverse (figure 2.5c).
Le modèle cinématique direct d'un robot manipulateur décrit les vitesses des
coordonnées opérationnelles en fonction des vitesses articulaires. Il est noté :
. .
X = J(q) q [2.19]
dX = J(q) dq [2.20]
∂fi(q)
Jij = ∂q i = 1, …, m ; j = 1, …, n [2.21]
j
Cette méthode est facile à mettre en œuvre pour des robots à deux ou trois
degrés de liberté comme le montre l'exemple suivant. Le calcul de la matrice
60 Analyse et modélisation des robots-manipulateurs
jacobienne de base présenté au § [Link] est plus pratique pour les robots ayant plus
de trois degrés de liberté.
O4≡O6
z1
z1 z5
O3 O2 z3
z3
z2 O6
O2
z2
z4, z6
O2 O6
z2 z3 z5
EXEMPLE 2.4. : soit le robot plan à trois degrés de liberté d'axes rotoïdes
parallèles représenté sur la figure 2.6. On note L1, L2 et L3 les longueurs des
segments. On choisit comme coordonnées opérationnelles les coordonnées (Px, Py)
du point E dans le plan (x0, y0) et l'angle α du dernier segment avec l'axe x0 :
Px = C1 L1 + C12 L2 + C123 L3
Py = S1 L1 + S12 L2 + S123 L3
Modélisation des robots de type série 61
α = θ1 + θ2 + θ3
La matrice jacobienne est calculée en dérivant ces trois relations par rapport à
θ1, θ2 et θ3 :
y0 E
Py
θ3
L3
x3
L2
x2 θ2
x1 L1
θ1 x0
Px
⎡ Vn ⎤ .
⎢ ⎥ = Jn q [2.22]
⎣ ωn ⎦
On note que Vn est la dérivée par rapport au temps du vecteur Pn. En revanche,
ωn n'est pas la dérivée d'une représentation quelconque de l'orientation.
62 Analyse et modélisation des robots-manipulateurs
⎡ dPn ⎤
⎢ ⎥ = Jn dq [2.23]
⎣ δn ⎦
i) Calcul du jacobien de base
.
Considérons la kième articulation d'une chaîne articulée. La vitesse qk induit sur
le repère terminal Rn la vitesse de translation Vk,n et la vitesse de rotation ωk,n. On
rappelle que ak est le vecteur unitaire porté par l'axe zk de l'articulation k et on
désigne par Lk,n le vecteur d'origine Ok et d'extrémité On. En appliquant le théorème
de composition des vitesses, les vitesses de translation et de rotation du repère
terminal s'écrivent :
n n
⎧Vn = k=1 – .
∑ Vk,n = ∑ [σk ak + σk (ak x Lk,n)] qk
⎨ n
k=1
n – . [2.24]
ωn = ∑ ωk,n = ∑ σ
⎩ k=1 k=1 k ak qk
⎡ sA i 0 3 ⎤ i
n=⎢ ⎥ Jn
sJ [2.26]
⎣ 0 3 sA i ⎦
où sAi est la matrice d'orientation, de dimension (3x3), du repère Ri exprimée
dans le repère Rs.
Modélisation des robots de type série 63
La matrice sJn peut donc être décomposée en deux matrices, la première étant
toujours de rang plein.
Les deux matrices iJn et sJn ayant les mêmes positions singulières, on cherche
pratiquement à utiliser le repère de projection Ri qui simplifie les éléments de la
matrice iJn. En général, on obtient la matrice iJn la plus simple lorsque l'on prend
i = [partie entière de n/2].
1
La matrice antisymétrique ^
a du préproduit vectoriel est définie par :
0 –az ay
⎡ ⎤
^a = ⎢ az 0 –ax ⎥
⎢ ⎥
⎣ –ay ax 0 ⎦
64 Analyse et modélisation des robots-manipulateurs
⎣ S5S4 ⎦
0 0 1 0 C5
0 1 1 0 C4
⎡ sAi 03 ⎤ ⎡ I3 – iL^j,n ⎤ i
n=⎢ ⎥⎢ ⎥ Jn,j
sJ [2.30]
⎣ 0 3 s A i ⎦ ⎣ 0 3 I3 ⎦
Que ce soit dans l'un ou dans l'autre cas, pour certaines configurations
articulaires, il se peut que le rang r soit inférieur à M : on dit que le robot possède
une singularité d'ordre (M–r). Il perd alors localement la possibilité d'engendrer
une vitesse le long ou autour de certaines directions. Lorsque la matrice J est carrée,
les singularités d'ordre un sont solution de det(J)=0 où det(J) désigne le déterminant
de la matrice jacobienne du robot. Elles sont données par det(JJT)=0 dans le cas
redondant.
On vérifiera à partir des résultats obtenus dans l'exemple 2.5 que pour le robot
manipulateur Stäubli RX-90, le déterminant de 3J6 s'écrit :
Le rang maximal est tel que rmax=6. Le robot est non redondant puisqu'il
comporte six degrés de liberté. Cependant, ce rang est égal à cinq dans les trois
configurations singulières suivantes :
⎧C3 = 0
⎨S23 RL4 – C2 D3 = 0
⎩S5 = 0
66 Analyse et modélisation des robots-manipulateurs
⎡ X. p ⎤ Ω 0 ⎡ 0V ⎤ ⎡ 0V ⎤
⎢ ⎥ = ⎡⎢ p 3 ⎤⎥ ⎢ n ⎥ = Ω ⎢ n ⎥
⎢ . ⎥ ⎣ 03 Ω r ⎦ ⎢ 0ω ⎥ ⎢ 0ω ⎥ [2.32]
⎣ Xr ⎦ ⎣ n⎦ ⎣ n⎦
. ⎡ Ωp 03 ⎤ ⎡ Ai 03 ⎤ ⎡ I3 – iLj,n ⎤ i
0 ^
.
X=⎢ ⎥⎢ ⎥ ⎢ ⎥ Jn,j q [2.33]
⎣ 0 3 Ω r ⎦ ⎣ 0 3 A i ⎦ ⎣ 0 3 I3 ⎦
0
. .
X=Jq [2.34]
. .
q = J-1 X [2.35]
J=
⎡A 0 ⎤ [2.36]
⎣B C⎦
les matrices A et C étant carrées inversibles, il est facile de montrer que l'inverse
de cette matrice s'écrit :
⎡ A-1 0 ⎤
J-1 = ⎢ ⎥ [2.37]
⎣ – C BA C-1 ⎦
-1 -1
⎡ 0 0 V1 ⎤ ⎡ V4 1 –V5 ⎤
A-1 = ⎢ 0 V3 0 , C-1 = ⎢ S4
⎥ 0 C4 ⎥
⎢ ⎥ ⎢ ⎥
⎣ –1/RL4 V2V3/RL4 0 ⎦ ⎣ – C4/S5 0 S4/S5 ⎦
68 Analyse et modélisation des robots-manipulateurs
avec :
1
V1 = S23RL4 – C2D3
V2 = –RL4 + S3D3
1
V3 = C3D3
V4 = C4 cotg5
V5 = S4 cotg5
0 0 V1 0 0 0
⎡ 0 V3 0 0 0 0 ⎤
3J -1 =
⎢ –1/RL4 V2V3/RL4 0 0 0 0 ⎥
⎢ –C4/RL4 ⎥
6
S4C5V7 V5V6 V8 V4 1 –V5
avec :
S3
V6 = C3RL4
1
V7 = S5RL4
V8 = (– S23V4 – C23)V1
. .
q = J+ X [2.38]
Cette solution, proposée par Whitney [WHI 69], . [WHI 72], minimise la norme
. .
euclidienne || q ||2 et la norme de l'erreur ||X – J q||2. Dans une configuration
singulière, on distingue les deux cas particuliers suivants :
.
• X appartient uniquement à I(J). Alors, la solution [2.38] est exacte et l'erreur
est nulle bien que l'inverse J-1 ne soit pas définie ;
. .
• X appartient uniquement à I(J)⊥. Alors, la solution [2.38] donne q = 0. Si la
consigne de vitesse suivante est définie selon cette direction, le robot se bloque et il
faut lui définir des stratégies de déblocage [CHE 88b].
. .
q = J+ X + (In – J+ J) Z [2.39]
. .
q = J+ X + α (In – J+ J) ∇φ [2.40]
avec :
∂φ ∂φ T
∇φ = [∂q … ∂qn ] [2.41]
1
Le modèle dynamique est la relation entre les couples (et/ou forces) appliqués
aux actionneurs et les positions, vitesses et accélérations articulaires. On représente
le modèle dynamique par une relation de la forme :
. ..
Γ = f(q, q, q, fe) [2.42]
avec :
• Γ : vecteur des couples/forces des actionneurs, selon que l'articulation est
rotoïde ou prismatique. Dans la suite, on écrira tout simplement couples ;
• q : vecteur des positions articulaires ;
.
• q : vecteur des vitesses articulaires ;
..
• q : vecteur des accélérations articulaires ;
• fe : vecteur représentant l'effort extérieur (forces et moments) qu'exerce le
robot sur l'environnement.
Le modèle dynamique direct est celui qui exprime les accélérations articulaires
en fonction des positions, vitesses et couples des articulations. Il est alors représenté
par la relation :
.. .
q = g(q, q, Γ, fe) [2.43]
Plusieurs formalismes ont été utilisés pour obtenir le modèle dynamique des
robots [REN 75], [COI 81], [VUK 82]. Les formalismes les plus souvent utilisés
sont :
72 Analyse et modélisation des robots-manipulateurs
a) le formalisme de Lagrange [UIC 69], [KHA 76], [REN 80a], [HOL 80],
[PAU 81], [MEG 84], [REN 85] ;
b) le formalisme de Newton-Euler [HOO 65], [ARM 79], [LUH 80], [ORI 79],
[KHA 85], [KHO 86], [KHA 87], [REN 87].
On présente dans ce paragraphe ces deux formalismes pour les robots à chaîne
ouverte simple (pour les robots à chaîne complexe, voir [KHA 99]). On y aborde
également le problème de la détermination des paramètres inertiels minimaux.
d ∂L ∂L
Γi = d t . – ∂q i = 1, …, n [2.45]
i
∂qi
avec :
• L : lagrangien du système égal à E – U ;
• E : énergie cinétique totale du système ;
• U : énergie potentielle totale du système.
74 Analyse et modélisation des robots-manipulateurs
1 . .
E = 2 qT A q [2.46]
.. . .
Γ = A(q) q + C(q, q) q + Q(q) [2.47]
avec :
. .
• C(q, q) q : vecteur de dimension (nx1) représentant les couples/forces de
Coriolis et des forces centrifuges, tel que :
. . . ∂E
C q = A q – ∂q [2.48]
Plusieurs formes sont possibles pour la matrice C. On peut par exemple calculer
ses éléments à partir du symbole de Christophell ci,jk tel que :
n
⎧⎪Cij = ∑ ci,jk q. k
⎨ k=11 ∂Aij ∂Aik ∂Ajk [2.49]
∂U
Qi = ∂q [2.50]
i
Modélisation des robots de type série 75
n
E = ∑ Ej [2.51]
j=1
1
Ej = 2 (ωjT IGj ωj + Mj VGjT VGj) [2.52]
VGj = Vj + ωj x Sj [2.53]
et sachant que :
Jj = IGj – Mj ^
Sj ^
Sj [2.54]
1
Ej = 2 [(ωjT Jj ωj + Mj VjT Vj + 2 MSjT (Vj x ωj)] [2.55]
La relation [2.52] n'est pas linéaire par rapport aux paramètres du vecteur Sj,
contrairement à la relation [2.55] qui est linéaire vis-à-vis des éléments de Mj, MSj
et Jj, appelés paramètres inertiels standard. Le calcul de Vj et de ωj se fait par les
équations de composition des vitesses (figure 2.7) :
– q. a
ωj = ωj-1 + σ [2.56]
j j j
.
Vj = Vj-1 + ωj-1 x Lj + σj qj aj [2.57]
Pour un robot dont la base est fixe, les conditions initiales sont telles que V0 = 0
et ω0 = 0.
76 Analyse et modélisation des robots-manipulateurs
zj-1
z0
yj-1
Oj-1
xj-1 zj
O0 Lj
y0
yj
Oj
x0 Sj
Gj
Cj
xj
Dans l'équation [2.55], tous les éléments doivent être exprimés dans le même
repère. La façon la plus simple est de les exprimer dans le repère Rj. On réécrit donc
les équations [2.55], [2.56] et [2.57] donnant Ej, jωj et jVj comme suit :
1
Ej = 2 [jωjT jJj jωj + Mj jVjT jVj + 2 jMSjT (jVj x jωj)] [2.58]
jω = jA j-1ω – q. ja = jω + σ
+σ – q. ja [2.59]
j j-1 j-1 j j j j-1 j j j
jV = jA (j-1V + j-1ω x j-1P ) + σ q. ja [2.60]
j j-1 j-1 j-1 j j j j
Les termes jJj et jMSj sont constants. Ils seront notés Jj et MSj pour alléger
l'écriture.
n n
U= ∑ Uj = ∑ –Mj gT (L0, j + Sj) [2.61]
j=1 j=1
jMS
Uj = –0gT (Mj 0Pj + 0Aj jMSj) = –[ 0gT 0 ] 0Tj ⎡⎢ M j ⎤⎥ [2.62b]
⎣ j ⎦
qui est linéaire en Mj et vis-à-vis des éléments de jMSj.
Les énergies cinétiques et potentielles étant linéaires par rapport aux paramètres
inertiels, le modèle dynamique l'est également.
. .
Γfi = Fsi sign(qi) + Fvi qi [2.63]
Γfi
.
qi
. .
Γf = diag(q)Fs + diag[sign(q)]Fv [2.64]
avec :
• Fs = [ Fs1 ... Fsn ]T
• Fv = [ Fv1 ... Fvn ]T
• diag(.) : matrice diagonale de dimension (nxn)
On en déduit que l'élément Ajj de la matrice A doit être augmenté de Iaj. Cette
modélisation des inerties des actionneurs suppose négligeable l'effet gyroscopique
de ceux-ci. On trouve des modélisations plus complètes des actionneurs et des
transmissions dans [LLI 83], [CHE 86], [SCI 94].
[Link]. Prise en compte des efforts exercés par l'organe terminal sur son
environnement
Les couples que doivent fournir les actionneurs d'un robot pour que son organe
terminal puisse exercer un effort statique fen sur l'environnement s'écrivent :
EXEMPLE 2.7. : trouver les éléments des matrices A et Q d'un robot à trois
degrés de liberté, ayant la même structure que le porteur du robot Stäubli RX-90
décrit dans l'exemple 2.1. On suppose que :
XX XY XZ Ia1 0 0
⎡ j j j
⎤ ⎡ ⎤
j ⎢ ⎥ a ⎢ ⎥
jJ = XYj YYj YZj , I = 0 Ia2 0
⎣ XZj YZj ZZj ⎦ ⎣ 0 0 Ia3 ⎦
A11 = Ia1 + ZZ1 + SS2 XX2 + 2CS2 XY2 + CC2 YY2 + SS23 XX3 + 2CS23
XY3 + CC23 YY3 + 2C2 C23 D3 MX3 – 2C2 S23 D3 MY3 +
CC2 D32 M3
A12 = S2 XZ2 + C2 YZ2 + S23 XZ3 + C23 YZ3 – S2 D3 MZ3
A13 = S23 XZ3 + C23 YZ3
A22 = Ia2 + ZZ2 + ZZ3 + 2C3 D3 MX3 – 2S3 D3 MY3 + D32 M3
A23 = ZZ3 + C3 D3 MX3 – S3 D3 MY3
A33 = Ia3 + ZZ3
avec SSj = (sin θj)2, CCj = (cos θj)2 et CSj = cos θj sin θj. Les éléments de C se
déduisent de ces expressions grâce à la relation [2.49].
80 Analyse et modélisation des robots-manipulateurs
0g = [0 0 G3]T
On en déduit que :
Q1 = 0
Q2 = – G3 (C2 MX2 – S2 MY2 + C23 MX3 – S23 MY3 + D3 C2 M3)
Q3 = – G3 (C23 MX3 – S23 MY3)
.
Fj = Mj VGj [2.67]
.
MGj = IGj ωj + ωj x (IGj ωj) [2.68]
La méthode de Luh, Walker et Paul [LUH 80], considérée comme une avancée
importante vers la possibilité de calculer en ligne le modèle dynamique des robots,
utilise ces équations et est fondée sur une double récurrence. La récurrence avant, de
la base du robot vers l'effecteur, calcule successivement les vitesses et accélérations
des corps, puis leur torseur dynamique. Une récurrence arrière, de l'effecteur vers la
base, permet le calcul des couples des actionneurs en exprimant pour chaque corps
le bilan des efforts.
. .
Fj = Mj Vj + ωj x MSj + ωj x (ωj x MSj) [2.69]
. .
Mj = Jj ωj + ωj x (Jj ωj) + MSj x Vj [2.70]
i) récurrence avant : elle permet de calculer .Fj et Mj à partir des relations [2.69]
.
et [2.70]. Pour ce faire, il faut calculer ωj, ωj et Vj. Les formules de composition des
vitesses sont données par les équations [2.56] et [2.57]. Leurs dérivées par rapport
au temps s'écrit :
. . – (..
ωj = ωj-1 + σ
.
j qj aj + ωj-1 x qj aj) [2.71]
. . . .. .
Vj = Vj-1 + ωj-1x Lj + ωj-1 x (ωj-1xLj) + σj (qj aj + 2 ωj-1x qj aj) [2.72]
.
V0 = – g [2.75]
– m )T a + F sign (q. ) + F q. + Ia ..
Γj = (σj fj + σ j j j sj j vj j j qj [2.78]
fj–fej
–fj+1
Sj Gj
Cj
Oj
Cj-1 Lj+1 Oj+1
Cj+1
mj–mej
–mj+1
jω = jA j-1ω [2.79]
j-1 j-1 j-1
jω = jω + σ– q. ja [2.80]
j j-1 j j j
Modélisation des robots de type série 83
.
jω .
= jAj-1 j-1ωj-1 + σ – (.. j j . j
j j qj aj + ωj-1 x qj aj) [2.81]
^.
jU = jω + jω ^ jω^
j j j j [2.82]
. .
jV = jA (j-1V + j-1U j-1P ) + σ (.. j j . j
j j-1 j-1 j-1 j j qj aj + 2 ωj-1 x qj aj) [2.83]
.
jF = M jV + jU jMS
j j j j j [2.84]
.
jM = jJ jω + jω x (jJ jω ) + jMS x jV
.
j j j j j j j j [2.85]
. .
avec ω0 = 0, ω0 = 0, V0 = – g.
jf j j j
j = Fj + fj+1+ fej [2.86]
j-1f = j-1A jf [2.87]
j j j
jm = jM + jA j+1m j x jfj+1 + jmej
j j j+1 j+1 + Pj+1 [2.88]
– jm )T ja + F sign (q. ) + F q. + Ia ..
Γj = (σj jfj + σ j j j sj j vj j j qj [2.89]
L'énergie totale du corps j, qui est linéaire par rapport aux paramètres inertiels,
s'écrit sous la forme :
avec :
• Kj : vecteur des paramètres inertiels standard du corps j (on ne considère pas le
paramètre Iaj) ;
• hj : matrice ligne (1x10) des fonctions d'énergie correspondant aux paramètres
inertiels du corps j ;
• ej : matrice ligne (1x10) des fonctions d'énergie cinétique correspondant aux
paramètres inertiels du corps j ;
• uj : matrice ligne (1x10) des fonctions d'énergie potentielle correspondant aux
paramètres inertiels du corps j.
Les éléments de hj, appelés aussi fonctions d'énergie, s'obtiennent à partir des
relations [2.55] et [2.62] et s'écrivent comme suit :
1
⎧h hXXj = 2 ω1,j ω1,j
⎪h 0 T0
MXj = ω3,j V2,j – ω2,j V3,j – g sj
.
hj = hj-1 j-1λj + qj ηj [2.94]
j-1λ
j étant une matrice (10x10) fonction des paramètres géométriques du repère j
[GAU 90a]. Elle permet d'exprimer les paramètres inertiels du corps j dans le repère
j-1 selon la relation :
Le terme ηj s'écrit :
− [0 1.
ηj = σ j 0 ω1,j 0 ω2,j (ω3,j – 2 qj) V2,j –V1,j 0 0]
1.
+ σj [0 0 0 0 0 0 –ω2,j ω1,j 0 (V3,j – 2 qj)] [2.96]
r
hj = ∑ tjp hjp + constant [2.98]
p=1
1 4
hXXj + hYYj = hj-1 (j-1λj + j-1λj ) [2.99]
9
hMZj = hj-1 j-1λj [2.100]
86 Analyse et modélisation des robots-manipulateurs
10
hMj = hj-1 j-1λj [2.101]
k
où j-1λj est la kième colonne de la matrice j-1λj.
Théorème 2.1. Lorsque l'articulation j est rotoïde, les paramètres YYj, MZj et
Mj peuvent être regroupés avec les paramètres des corps Cj et Cj-1. Les formules
correspondantes sont les suivantes :
avec SS(.) = S(.) S(.), CC(.) = C(.) C(.) et CS(.) = C(.) S(.).
ii) articulation j prismatique : dans ce cas, η1,j = ... = η6,j = 0 et les colonnes 1 à
6 de j-1λj sont constantes. On obtient alors six relations entre les fonctions
d'énergie :
1 6
hXXj = hj-1 j-1λj , …, hZZj = hj-1 j-1λj [2.105]
1 2 6
KRj-1 = Kj-1 + j-1λj XXj + j-1λj XYj + … + j-1λj ZZj [2.106]
Modélisation des robots de type série 87
– les paramètres éliminés par regroupement sont Ia1, YY2, Ia2, YY3, MZ3, M3,
YY4, MZ4, M4,YY5, MZ5, M5, YY6, MZ6 et M6 ;
– les formules des regroupements sont :
Le tableau 2.2 donne les paramètres de base du robot Stäubli RX-90. Il comporte
40 paramètres. En utilisant ce jeu de paramètres, le coût en calcul du modèle
dynamique du robot Stäubli RX-90 par une procédure symbolique itérative est de
253 multiplications et de 238 additions, ce qui ne pose plus de problème de calcul
en temps réel avec un processeur de type Pentium. Si l'on suppose en outre que les
corps sont symétriques, il ne faut plus que 160 multiplications et 113 additions.
j XXj XYj XZj YYj YZj ZZj MXj MYj MZj Mj Iaj
1 0 0 0 0 0 ZZR1 0 0 0 0 0
2 XXR2 XY2 XZR2 0 YZ2 ZZR2 MXR2 MY2 0 0 0
3 XXR3 XY3 XZ3 0 YZ3 ZZR3 MX3 MYR3 0 0 Ia3
4 XXR4 XY4 XZ4 0 YZ4 ZZR4 MX4 MYR4 0 0 Ia4
5 XXR5 XY5 XZ5 0 YZ5 ZZR5 MX5 MYR5 0 0 Ia5
6 XXR6 XY6 XZ6 0 YZ6 ZZ6 MX6 MY6 0 0 Ia6
2.5. Conclusion
Modélisation des robots de type série 89
Le calcul symbolique de ces modèles par ordinateur a fait l'objet d'un grand
nombre de travaux [DIL 73], [KHA 76], [ZAB 78], [KRE 79], [ALD 82], [CES 84],
[MEG 84], [MUR 84], [KIR 85], [BUR 86], [IZA 86], [KHA 89]. Le logiciel
SYMORO+ [KHA 97], dans lequel on retrouve implantés tous les algorithmes
présentés dans ce chapitre, est certainement le plus performant et le seul à pouvoir
traiter tous les modèles cités ci-dessus.
2.6. Bibliographie
[ALD 82] ALDON M.J., "Elaboration automatique de modèles dynamiques de robots en vue
de leur conception et de leur commande", Thèse d'Etat, USTL, Montpellier, oct. 1982.
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90 Analyse et modélisation des robots-manipulateurs
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Modélisation des robots de type série 95
Chapitre 2 .................................................................................................................47
2.1. Introduction ...................................................................................................47
2.2. Modélisation géométrique .............................................................................48
2.2.1. Description géométrique.........................................................................48
2.2.2. Modèle géométrique direct.....................................................................52
2.2.3. Modèle géométrique inverse ..................................................................53
[Link]. Position du problème .......................................................................54
[Link]. Principe de la méthode de Paul........................................................55
2.3. Modélisation cinématique..............................................................................59
2.3.1. Modèle cinématique direct .....................................................................59
[Link]. Calcul de la matrice jacobienne par dérivation du MGD ................59
[Link]. Matrice jacobienne de base..............................................................61
[Link]. Décomposition de la matrice jacobienne en trois matrices..............64
[Link]. Dimension de l'espace opérationnel d'un robot ...............................65
2.3.2. Modèle cinématique inverse ...................................................................66
[Link]. Forme générale du modèle cinématique ..........................................66
[Link]. Modèle cinématique inverse dans le cas régulier ............................67
[Link]. Solution au voisinage des positions singulières...............................68
[Link]. Modèle cinématique inverse des robots redondants ........................69
2.4. Modélisation dynamique ...............................................................................71
2.4.1. Formalisme de Lagrange ........................................................................73
[Link]. Forme générale des équations dynamiques .....................................74
[Link]. Calcul de l'énergie ...........................................................................75
[Link]. Propriétés du modèle dynamique.....................................................77
[Link]. Prise en compte des frottements ......................................................77
[Link]. Prise en compte des inerties des actionneurs ...................................78
[Link]. Prise en compte des efforts exercés par l'organe terminal sur son
environnement ..............................................................................................79
2.4.2. Formalisme de Newton-Euler.................................................................80
[Link]. Equations de Newton-Euler linéaires par rapport aux paramètres
inertiels .........................................................................................................81
[Link]. Forme pratique des équations de Newton-Euler..............................82
2.4.3. Détermination des paramètres inertiels de base......................................83
2.5. Conclusion.....................................................................................................88
2.6. Bibliographie .................................................................................................89
96 Analyse et modélisation des robots-manipulateurs