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Funérailles d'Atala : un adieu mélancolique

Le document décrit les funérailles d'Atala, une jeune fille amérindienne décédée. L'ermite et Chactas transportent son corps dans la forêt et creusent sa tombe, puis l'enterrent au bord d'un torrent asséché. Chactas est dévasté par le deuil.

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Funérailles d'Atala : un adieu mélancolique

Le document décrit les funérailles d'Atala, une jeune fille amérindienne décédée. L'ermite et Chactas transportent son corps dans la forêt et creusent sa tombe, puis l'enterrent au bord d'un torrent asséché. Chactas est dévasté par le deuil.

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Atala de Chateaubriand, extrait

(texte intégrale : [Link]

"Vers le soir, nous transportâmes ses précieux restes à une ouverture de la grotte,
qui donnait vers le nord. L'ermite les avait roulés dans une pièce de lin d'Europe, filé par
sa mère: c'était le seul bien qui lui restât de sa patrie, et depuis longtemps il le destinait à
son propre tombeau. Atala était couchée sur un gazon de sensitives de montagnes; ses
pieds, sa tête, ses épaules et une partie de son sein étaient découverts. On voyait dans ses
cheveux une fleur de magnolia fanée... celle-là même que j'avais déposée sur le lit de la
vierge, pour la rendre féconde. Ses lèvres, comme un bouton de rose cueilli depuis deux
matins, semblaient languir et sourire. Dans ses joues d'une blancheur éclatante, on
distinguait quelques veines bleues. Ses beaux yeux étaient fermés, ses pieds modestes
étaient joints, et ses mains d'albâtre pressaient sur son coeur un crucifix d'ébène; le
scapulaire de ses voeux était passé à son cou. Elle paraissait enchantée par l'Ange de la
mélancolie, et par le double sommeil de l'innocence et de la tombe. Je n'ai rien vu de plus
céleste. Quiconque eût ignoré que cette jeune fille avait joui de la lumière, aurait pu la
prendre pour la statue de la Virginité endormie.
            "Le religieux ne cessa de prier toute la nuit. J'étais assis en silence au chevet du lit
funèbre de mon Atala. Que de fois, durant son sommeil, j'avais supporté sur mes genoux
cette tête charmante! Que de fois je m'étais penché sur elle, pour entendre et pour respirer
son souffle! Mais à présent aucun bruit ne sortait de ce sein immobile, et c'était en vain
que j'attendais le réveil de la beauté!
            "La lune prêta son pâle flambeau à cette veillée funèbre. Elle se leva au milieu de
la nuit, comme une blanche vestale qui vient pleurer sur le cercueil d'une compagne.
Bientôt elle répandit dans les bois ce grand secret de mélancolie, qu'elle aime à raconter
aux vieux chênes et aux rivages antiques des mers. De temps en temps, le religieux
plongeait un rameau fleuri dans une eau consacrée, puis secouant la branche humide, il
parfumait la nuit des baumes du ciel. Parfois il répétait sur un air antique quelques vers
d'un vieux poète nommé Job; il disait:
            " "J'ai passé comme une fleur; j'ai séché comme l'herbe des champs.
            " "Pourquoi la lumière a-t-elle été donnée à un misérable, et la vie à ceux qui sont
dans l'amertume du coeur?"
            "Ainsi chantait l'ancien des hommes. Sa voix grave et un peu cadencée, allait
roulant dans le silence des déserts. Le nom de Dieu et du tombeau sortait de tous les
échos, de tous les torrents, de toutes les forêts. Les roucoulements de la colombe de
Virginie, la chute d'un torrent dans la montagne, les tintements de la cloche qui appelait
les voyageurs, se mêlaient à ces chants funèbres, et l'on croyait entendre dans les Bocages
de la mort le choeur lointain des décédés, qui répondait à la voix du Solitaire.
            "Cependant une barre d'or se forma dans l'Orient. Les éperviers criaient sur les
rochers, et les martres rentraient dans le creux des ormes: c'était le signal du convoi
d'Atala. Je chargeai le corps sur mes épaules; l'ermite marchait devant moi, une bêche à la
main. Nous commençâmes à descendre de rochers en rochers; la vieillesse et la mort
ralentissaient également nos pas. A la vue du chien qui nous avait trouvés dans la forêt, et
qui maintenant, bondissant de joie, nous traçait une autre route, je me mis à fondre en
larmes. Souvent la longue chevelure d'Atala, jouet des brises matinales, étendait son voile
d'or sur mes yeux; souvent pliant sous le fardeau, j'étais obligé de le déposer sur la
mousse, et de m'asseoir auprès, pour reprendre des forces. Enfin, nous arrivâmes au lieu
marqué par ma douleur; nous descendîmes sous l'arche du pont. O mon fils, il eût fallu
voir un jeune Sauvage et un vieil ermite, à genoux l'un vis-à-vis de l'autre dans un désert,
creusant avec leurs mains un tombeau pour une pauvre fille dont le corps était étendu
près de là, dans la ravine desséchée d'un torrent!
            "Quand notre ouvrage fut achevé, nous transportâmes la beauté dans son lit
d'argile. Hélas, j'avais espéré de préparer une autre couche pour elle! Prenant alors un peu
de poussière dans ma main, et gardant un silence effroyable, j'attachai, pour la dernière
fois, mes yeux sur le visage d'Atala. Ensuite je répandis la terre du sommeil sur un front
de dix-huit printemps; je vis graduellement disparaître les traits de ma soeur, et ses grâces
se cacher sous le rideau de l'éternité; son sein surmonta quelque temps le sol noirci,
comme un lis blanc s'élève du milieu d'une sombre argile: "Lopez, m'écriai-je alors, vois
ton fils inhumer ta fille!" et j'achevai de couvrir Atala de la terre du sommeil.

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