Méthodes de Moyennes Mobiles en Statistiques
Méthodes de Moyennes Mobiles en Statistiques
Cours Semestre 2
DUT STID – IUT Paris 5
PARTIE I : VOCABULAIRE DES SERIES CHRONOLOGIQUES
1. Définitions
Une série chronologique { y t }t T est une suite d'observations indexées par un ensemble ordonné
T ={t 1, t 2, ... , t n } .
Remarque 1 : Une série chronologique se définit aussi comme une série statistique bidimensionnelle
t , y t avec t T , où la première composante du couple t est le temps et la deuxième composante
est une variable numérique y t prenant ses valeurs aux instants t . Les valeurs de la première
composante t sont rangées dans l'ordre chronologique, ce qui confère à la série statistique t , y t des
propriétés particulières. Pour indiquer cette chronologie, les points du nuage de points t , y t sont reliés
entre eux par des segments de droite.
Remarque 2 : Une série chronologique est encore appelée chronique ou série temporelle.
En Economie : Evolution d'indices (INSEE, chambre de commerce, bourse, ...), consommation d'un bien, ...
En Démographie : Population urbaine, rurale, d'un pays, comportement des familles : mariages, naissance.
On supposera dans toute la suite que les dates sont équidistantes (sauf mention du contraire) et donc nous
adopterons la notation simplifiée pour l'ensemble d'indice T ={1, 2 , ... , n } et donc pour la série
y t ={ y t }t=1, ... , n . En pratique, la série chronologique y t est donnée sous forme d'un tableau bi-
dimensionnel où la date peut être remplacée par le numéro d'observation t :
t 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12
date 01/98 02/98 03/98 04/98 05/98 06/98 07/98 08/98 09/98 10/98 11/98 12/98
yt 53888 41835 44224 51768 68655 71641 57772 73634 46192 51288 49238 36121
2. Modélisations
2.1. Modèles de Décomposition Déterministes
2.1.1. Additif
Dans le modèle additif, l'amplitude de la composante saisonnière et du bruit reste constante au cours du
temps. Ceci se traduit graphiquement par des fluctuations autour de la tendance d'amplitude constante.
Hypothèses : pour des raisons d'unicité d'écriture de la décomposition (A), on suppose que :
p n
∑ s j =0 et ∑ e t =0 .
j=1 t=1
ainsi, on est assuré que les composantes s t et e t sont centrées et donc toute l'information
concernant la tendance c'.-à-d. le comportement "moyen" est uniquement contenu dans la composante
f t .
110
100
90
Ventes (en milliers)
80
70
60
50
40
30
20
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16
Trimestres de 1995 à 1999
2.1.2. Multiplicatif
Par analogie avec le modèle additif, ces hypothèses induisent une autre écriture du modèle par un simple
changement de variable :
En posant s j =1 s j et e t =1 et , le modèle multiplicatif peut également être défini par :
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16
3. Objectifs
3.1. La description
Analyser, décrire un phénomène au cours du temps et en tirer les conséquences par exemple pour des
prises de décision (marketing, ...).
3.4. La prévision
Ayant observé y 1, y 2, ... , y n , on veut prédire les valeurs futures y n1 , y n2 , ... Nous utiliserons
essentiellement les modèles de décomposition pour faire de la prévision. Les méthodes de ce cours visent à
faire des prévisions à court terme et à proposer des modélisations pour la tendance f t et la
composante saisonnière st .
On appelle alors prévision à l'horizon h la valeur y nh qui fournit une évaluation de la valeur de la
série à la date t=nh .
1. Lissages Moyenne-Mobile
Les moyennes mobiles permettent de lisser directement la série sans hypothèse a priori sur la forme du
modèle sous-jacent. La méthode est donc valable quel que soit le modèle de décomposition. Pour cette
raison, on peut classer ce type de lissage dans les méthodes non-paramétriques (par opposition aux
méthodes paramétriques qui seront abordées dans la partie suivante).
Avantages : Outil simple à mettre en oeuvre qui met en évidence l'allure de la tendance en supprimant la
composante saisonnière et en atténuant le bruit.
1.1 Moyennes Mobiles Simples
La série des moyennes mobiles d'ordre k , notée MM k t , est la série des moyennes de k
observations consécutives et elle prend ses valeurs aux dates moyennes correspondantes. Plus
précisément, on calcule les moyennes de k termes consécutifs pour les dates :
t 1t 2...t k t 2t 3...t k1 t n−k t n−k1...t n
puis ... jusqu'à .
k k k
et pour la variable d'intérêt :
Remarque 1 : Si k est impair : k =2 m1 , la série moyenne mobile est calculée aux mêmes instants
que les observations initiales t=2,3 ,4 ,5 . En revanche, lorsque k est pair k =2 m , la moyenne
mobile est calculée
entre les dates d'observations t=1,5 ; 2,5 ; 3,5 ; 4,5 ;5,5 .
Pour k =2 m :
tt1
y ... y t ... y tm avec t ' = 2.
MM k t ' = t−m1
2m
Exemple : Calcul d'une Moyenne Mobile d'ordre 2 :
Date de la moyenne
Date t yt MM 2t
mobile t '
1 5
(1+2)/2=1,5 (5+3)/2=4
2 3
(2+3)/2=2,5 (3+4)/2=3,5
3 4
(3+4)/2=3,5 (4+3,5)/2=3,75
4 5
(4+5)/2=4,5 (3,5+4)/2=3,75
5 4
(5+6)/2=5,5 (4+4)/2=4
6 4
Exemple : Calcul d'une Moyenne Mobile d'ordre 3 :
2 3
(1+2+3)/3=2 (5+3+4)/3=3
3 4
(2+3+4)/3=3 (3+4+3,5)/3=3,5
4 3,5
(3+4+5)/3=4 (4+3,5+4)/3=3,83
5 4
(4+5+6)/3=5 (3,5+4+4)/3=3,83
6 4
t 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16
yt 30 15 5 30 36 18 9 36 45 15 10 60 48 16 8 72
On a vu qu'une moyenne mobile d'ordre pair se calcule à des dates qui ne coïncident pas avec les dates des
observations. Si l'on veut comparer la série lissée avec la série initiale, on a besoin d'avoir les valeurs pour
les mêmes dates d'observations. On définit les moyennes mobiles centrées pour pallier cet inconvénient des
moyennes mobiles d'ordre pair.
Avec les notations du paragraphe précédent, on définit la série des moyennes mobiles centrées d'ordre
k =2 m , notée MMC k t , à partir de la moyenne mobile d'ordre pair MM k t par :
Les moyennes mobiles simples sont des moyennes équipondérées (chaque observation a le même poids).
Les moyennes mobiles centrées accordent 2 fois moins de poids aux 2 valeurs extrêmes. De façon générale,
on peut définir des moyennes mobiles pondérées par des poids i . Par exemple, si l'on veut accorder
plus d'importance aux observations centrales.
Notation : On adopte souvent la notation suivante pour désigner le type de moyenne mobile considéré où la
valeur des pondérations apparaît entre crochet :
MMC 4=[1/8 ;1/ 4 ; 1/ 4 ;1/ 4 ;1/8] ou MMC 12=[1/ 24 ; 11 ∗1/12 ;1/ 24]
1.4. Propriétés d'un lissage par moyennes mobiles
120
110 CA
Indice CA
MMC(12)
MMC(6)
100
90
80
1 3 5 7 9 11 13 15 17 19 21 23 25 27 29 31 33 35 37 39 41 43 45 47 49 51 53 56 58 60 62 64 66 68 70 72
2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 22 24 26 28 30 32 34 36 38 40 42 44 46 48 50 52 54 57 59 61 63 65 67 69 71 73
Mois
Par construction, une moyenne mobile consiste à faire des moyennes partielles de proche en proche. On
obtient donc un "lissage" de la série. L'effet de la composante irrégulière est d'autant atténué que l'ordre de la
moyenne mobile est grand.
70 MM(5)
65
60
MM(9)
55 MM(15)
50
MM(25)
45
40
35
30
25
20
15
10
1 3 5 7 9 11 13 15 17 19 21 23 25 27 29 31 33 35 37 39 41 43 45 47 49
2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 22 24 26 28 30 32 34 36 38 40 42 44 46 48 50
Mois
● Conservation de la tendance
Propriété :
● L'application d'une moyenne mobile (d'ordre quelconque) ne modifie pas une tendance constante.
Nous rappelons que le but d'un lissage par moyenne mobile est de faire apparaître
l'allure de la tendance.
On fait disparaître la composante saisonnière de période p avec une moyenne mobile d'ordre p .On
gomme d'autant le bruit que l'ordre de la moyenne mobile est élevé. Mais, on perd les caractéristiques de la
tendance avec une moyenne mobile d'ordre trop élevé (jusqu'à obtenir une tendance constante). En pratique
on doit trouver le meilleur compromis pour le choix de l'ordre de lissage optimal.
Remarque : Dans tout ce qui précède, on peut remplacer la moyenne par la médiane et on obtient alors un
lissage par médianes mobiles : ce procédé a pour avantage d'être moins sensible aux valeurs aberrantes.
2. Ajustements Paramétriques
Nous supposerons dans ce paragraphe que le modèle ne comporte plus de saisonnalité : la série a été au
préalable corrigée des variations saisonnières. Pour le modèle additif, on a donc y t = f t e t .
Une famille importante de méthodes d'ajustements est constituée par les modèles paramétriques. On va
supposer que la tendance f t de la série est une courbe d'équation f t = f t où est un
paramètre. Ainsi, après examen graphique de la série, on doit choisir une forme de courbe dans un
« catalogue » de fonctions données puis on ajuste la(les) courbe(s) retenue(s) aux données en cherchant
une valeur de .
L'analyse graphique de la série doit permettre de se déterminer en faveur d'une courbe dont l'équation
donnera un ajustement paramétrique de la tendance. Il est donc important de savoir caractériser le type de
courbe en présence (cf. graphiques).
2.1.1 Droite
On parle alors d'ajustement linéaire. La variation de y t est proportionnelle à celle de t .
2.1.2. Parabole
2.1.6. Hyperbole
2750 45000
2500 40000
2250
35000
2000
1750 30000
1500 25000
1250 20000
1000
15000
750
500 10000
250 5000
0 0
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20
Dates
2.2. Ajustements Linéaires
Revenons sur le modèle linéaire. On choisit d'ajuster une droite aux données.
L'équation de la tendance est donc :
En pratique, on cherche une méthode d'évaluation du paramètre =a , b à partir des données.
L'idée est de minimiser un critère d'erreur donné. On peut envisager de minimiser :
n
● la somme des erreurs en valeurs absolue : min a , b ∑ ∣ y t −at−b∣
t=1
n
min a , b ∑ y t −at−b
2
● la somme des erreurs au carré :
t=1
yt − a t
t ; y t et b=
a =Cov 2
t
avec 1
n
1
n
Cov t ; y t = ∑ t−t y t − yt = ∑ t y t −t × yt
n t =1 n t=1
et 1
n ; 1
n ; 1
n
t = ∑ t yt = ∑ y t t2=Var t = ∑ t−t 2
n t=1 n t=1 n t=1
Propriétés importantes :
● Le point moyen de coordonnées t ; yt appartient à la droite des moindres carrés.
● Le coefficient de corrélation linéaire est défini par :
t ; y t
r=Cov 2
×Var y t
t
La corrélation linéaire entre la date t et la variable y t est d'autant plus importante que ∣r∣ est proche
de 1.
La variance de y t se décompose de la façon suivante (formule de décomposition de la variance) :
Var
y t =Var
y t Var y t − y t
totale expliquée résiduelle
La proportion de variance expliquée par le modèle linéaire est donnée par : Var y t /Var y t
2.2.2 La Méthode des 2 points
Cette méthode est empirique et ne repose sur aucun critère d'erreur à minimiser. Nous verrons cependant
qu'elle peut s'avérer efficace en présence de valeurs aberrantes (cf. TP3).
Choix des 2 points : On constitue deux sous-séries d'observations en général d'effectifs égaux (à 1 près).
Puis on prend les points médians de chaque sous-série. On peut également prendre les points moyens ou
choisir "à la main" des points judicieux.
La série y t ci-dessous représente les montants rapportés par l'industrie automobile au Trésor public
belge (en milliers de francs belges) :
Recettes de l'automobile
110
Montants (en milliers de francs belges)
100
90
80
70
60
50
Recettes
40
Droite des Moindres
30 Carrés
Droite des 2 points
20 médians
10
0
1970 1971 1972 1973 1974 1975 1976 1977 1978 1979 1980
Années
2.3. Ajustements Non- Linéaires
Une façon simple consiste à se ramener à un ajustement linéaire après un changement de variable adéquat.
Evidemment, ce procédé n'est pas toujours possible et on verra en deuxième année qu'il existe des
méthodes d'ajustement non-linéaires directes. C'est la représentation graphique qui va nous guider pour le
choix d'un changement de variable. (cf. T.P.4)
On définit la prévision paramétrique donnée par un modèle à l'horizon h par y th= f th .
Exemple : y th= a th b .
Pour juger de l'adéquation d'un modèle, on peut représenter les erreurs de prévisions et calculer la somme
des erreurs de prévision au carré appelée MSE (de l'anglais Mean Squared Error). Les erreurs de prévisions
sont définies par err t = y t − y t et on a :
n n
MSE=∑ err t =∑ y t − y t
2 2
t=1 t=1