Introduction à la Mécanique Quantique
Introduction à la Mécanique Quantique
Emmanuel Humbert
Emmanuel Humbert
Laboratoire de Mathématiques et Physique Théorique
Université F. Rabelais de Tours
Parc de Grandmont
37000 Tours
humbert@[Link]
Travail soutenu en partie par l’ANR-10-BLAN 0105
Ce texte est dans le même esprit que celui que j’avais écrit sur la relativité générale
[Hum10]. Il a pour but de présenter la mécanique en utilisant un langage de
mathématicien tout en ne perdant pas de vue l’aspect physique du problème. La
mécanique quantique étant par essence une théorie mathématique, on peut à juste
titre se dire que cette démarche n’est pas originale. L’originalité réside plutôt dans
le point de vue que je choisis d’adopter : j’essaye de présenter les intuitions qui
ont conduit au formalisme de la théorie en allant le plus rapidement possible au
but. On ne trouvera donc ici ni exemples, ni exercices et seulement très peu d’ap-
plications, bien que la plupart du texte ne dépasse pas le niveau de licence. Je
me base principalement sur l’excellent livre de Jean-Louis Basdevant et Jean Dali-
bard [BD86]. J’utilise également l’incontournable [Me95]. Mon travail a surtout
consisté à en extraire les points qui me semblaient les plus importants pour com-
prendre la construction de la mécanique quantique et en répondant à certaines
questions que, de par ma formation purement mathématique, je me suis posées.
Il va sans dire que les choix que j’ai faits sont discutables et certains les trouve-
ront sans doute inadaptés à leur manière de penser. Je donne aussi très peu de
références. Pour finir, je conseille à tout lecteur qui voudrait aborder la mécanique
quantique par un ouvrage de vulgarisation, de lire le livre d’A. Mouchet [Mo95],
qui, sans rentrer dans les détails techniques, présente de manière passionnante les
bases de la théorie.
Table des matières
Ce n’est en fait qu’à partir de 1914 que ces idées théoriques vont trouver leur
confirmation expérimentale avec les expériences de Franck et Hertz qui corro-
borent parfaitement les prédictions de Bohr sur la quantification de l’absorption et
émission d’énergie lumineuse par les systèmes atomiques ou moléculaires. Plusieurs
expériences viennent confirmer cette théorie naissante (la mécanique quantique)
mais nous allons nous borner à étudier celle des deux fentes de Young (qui est en
fait réalisée par F. Shimizu, K. Shimizu et H. Takuma telle que décrite ci-dessous)
qui prouve de manière éclatante la dualité onde/matière.
5
6 I. LA NAISSANCE DE LA MÉCANIQUE QUANTIQUE
Plaque Ecran
Atome
de néon
Mécanique ondulatoire
scalaire. On suppose ici que l’on travaille sur Rn × R avec le produit scalaire
canonique sur Rn , espace des vecteurs positions. ϕ0 est une constante que nous
laissons de côté pour l’instant. La raison pour laquelle le vecteur k est appelé
vecteur d’onde est la suivante : on a
ϕ(x, t) = ϕ(x + wk/||k||, t + 1),
ce qui signifie que le phénomène observé, quel qu’il soit, a les mêmes propriétés en
(x, t) et en (x + wk/||k||, t + 1) et a donc un vecteur de propagation égal à wk/||k||.
Par ailleurs, on observe que, pour que ϕ soit solution de (II.1), il faut et il suffit
que w 2 = ||k||2. Autrement dit, le vecteur de propagation est bien le vecteur k.
DÉFINITION II.3. Une onde de la forme (II.2) est appelée onde monochroma-
tique.
Compte-tenu de l’expérience des fentes de Young décrite plus haut, l’idée (auda-
cieuse) va être de modéliser les particules de la même manière que des ondes, à
savoir par une fonction ψ : M → C contenant toute l’information sur la particule.
Ici, M est l’espace-temps de la mécanique classique et s’écrit M = M ′ × R où M ′ ,
est le ”domaine d’existence” de la particule. Dans ce qui suit, on prendra M ′ = R3 .
Pour tenir compte de l’aspect ”matériel” de la particule, on va imposer :
Principe 1 : la probabilité de trouver la particule à l’instant t dans une portion
Ω ⊂ R3 est égale à
Z
|ψ(x, t)|2 dx. (II.4)
Ω
L’expérience des fentes de Young suggère également que les ondes puissent se
superposer ce que conduit à supposer
Principe de superposition : Toute combinaison linéaire de fonctions d’onde
est également une fonction d’onde admissible
Avant même de l’expliquer, énonçons le principe fondamental de la mécanique
ondulatoire :
Principe 2a : La fonction d’onde ψ : M → C d’une particule de masse m
évoluant dans le vide et soumise à aucune interaction est solution de l’équation de
3. D’OÙ VIENT L’ÉQUATION DE SCHRÖDINGER ? 9
Schrödinger
~2
i~∂t ψ = − ∆ψ (II.6)
2m
où ~ est une constante universelle appelée constante de Planck et où le laplacien
∆ est un laplacien spatial, avec la convention de signe suivante :
∆ = ∂11 + ∂22 + ∂33 .
Dans [Hum10], nous avons expliqué comment des considérations physiques habiles
permettaient d’arriver à l’équation d’Einstein. Les justifications pour postuler les
principes 2a et 2b ci-dessus sont beaucoup plus audacieuses. D’ailleurs, Schrödinger
lui-même n’était pas satisfait de son équation. La raison principale de l’ériger
en tant que principe est qu’elle donne des résultats remarquablement conformes
par rapport aux mesures expérimentales. Par contre, les arguments théoriques qui
aboutissent à l’équation ont été mis au point après coup et sont relativement flous.
Nous n’allons pas les répéter en détail ici. L’une des idées est de minimiser une
fonctionnelle d’énergie concernant la fonction d’onde et d’enlever les termes non-
linéaires de l’équation qui en découle. Cette idée mime le cas classique qui consiste
pour décrire le mouvement des particules à minimiser une fonctionnelle d’énergie
sur les trajectoires possibles. Les raisons pour lesquelles on ignore purement et
simplement les termes non-linéaires sont plus qu’approximatives.
Une deuxième raison est la suivante : commençons par imaginer ce que pourrait
être une particule qui se déplace à vitesse constante v dans une direction donnée
k. L’idée naturelle serait de prendre pour de telles particules la fonction d’onde
monochromatique donnée par (II.2) :
ψ(x, t) = ψ0 ei(k·x−ωt) .
10 II. MÉCANIQUE ONDULATOIRE
Il faut d’abord remarquer que cette fonction particulière n’est pas admissible puis-
qu’elle ne vérifie pas (II.5). Rappelons que la quantité de mouvement et l’énergie
totales d’un système jouent un rôle particulier en physique du fait qu’elles sont
conservées avec le temps, du moins dans le cas de systèmes isolés sans poten-
tiel. Beaucoup de théories physiques sont construites en s’appuyant sur ces gran-
deurs, en particulier en relativité générale (voir [Hum10]). C’est pourquoi la fonc-
tion d’onde ci-dessus sera plutôt écrite en termes de quantité de mouvement p et
d’énergie E avec
E = ~ω et p2 = 2mE. (II.8)
Dans le paragraphe 6, nous expliquerons pourquoi le p que nous avons ainsi
défini s’interprète bien comme une quantité de mouvement. Ces conditions sont
données pour que les ondes définies ci-dessous par (II.9) et qui sont celles que nous
considèrerons désormais soient solutions de l’équation (II.6) :
i
ψ(x, t) = ψ0 e ~ (p·x−Et). (II.9)
Bien que ne satisfaisant pas (II.5), ces fonctions d’onde seront considérées comme
”de base” pour modéliser au moins localement des particules libres de quantité
de mouvement p et d’énergie E et sont appelées ondes de de Broglie. Avec cette
vision, nous pouvons revoir l’expérience des fentes de Young. On résout l’équation
(II.6) avec les conditions aux limites suivantes :
– ψ ≡ 0 en tout point de la plaque opaque, hormis sur les deux trous.
– Notons z la coordonnée de l’axe perpendiculaire à l’écran et à la plaque opaque.
On veut que si z → −∞ et t → −∞, l’onde tende vers une onde de de Broglie
dans la direction de z (on néglige l’onde réfléchie sur la plaque opaque).
– Pour z → +∞, ψ → 0.
On peut alors montrer que le problème admet bien une et une seule solution qui
conduit à des résultats conformes à l’expérience.
5. Paquet d’ondes
Malgré ce qui a été dit dans le paragraphe 3, on a envie de penser que les ondes de
de Broglie, même si elles ne peuvent modéliser de manière globale une particule,
doivent pouvoir le faire de manière locale au moins. Puisque par ailleurs, une
combinaison linéaire de fonctions d’onde admissibles est aussi une fonction d’onde
admissible, on a envie de considérer une combinaison linaire de fonctions d’ondes
de de Broglie. Malheureusement, cela ne suffit pas pour que la relation (II.5) soit
satisfaite. Pour cela, il faut considérer une ”somme infinie non dénombrable d’ondes
de de Broglie”, autrement dit ”l’intégrale d’une famille d’ondes de de Broglie” que
nous pouvons indexer par le vecteur k de propagation de chacune de ces ondes de
de Broglie. Plus précisément, on dira que
DÉFINITION II.10. Un paquet d’onde est une fonction d’onde de la forme
Z
i
ψ(x, t) = ϕ(k)e ~ (k·x−E(k)t) dk
R3
k2
où l’on doit se rappeler que E(k) = 2m
(voir (II.8)).
En fait, ces considérations sont loin d’être gratuites : le résultat ci-dessous montre
que toute fonction d’onde admissible est un paquet d’ondes. Plus précisément,
nous montrons le résultat suivant :
THÉORÈME II.11. Soit ψ : M → C une fonction d’onde admissible solution
de l’équation de Schrödinger (II.6). Alors, il existe une fonction ϕ : R3 → C (en
particulier, qui ne dépend pas de t) telle que
1
Z
i
(p·x−Et)
ψ(x, t) = ϕ(p)e ~ dp
(2π~)3/2 R3
où l’on rappelle que E = |p|2 /(2m). De plus, on a la normalisation
Z Z
2
|ϕ(p)| dp = |ψ(x, t)|2 dx = 1.
R3 R3
1
Z
i
∂t g(p, t) = 3/2
∂t f (x, t)e− ~ p·x dx
(2π~) 3
ZR
1 i~ i
= 3/2
(∆x f (x, t))e− ~ p·x dx
(2π~) 3 2m
ZR
1 i~ i
= 3/2
f (x, t)∆x e− ~ p·x dx
(2π~) R3 2m
1 i~ |p|2 − i p·x
Z
= f (x, t)(− )e ~ dx
(2π~)3/2 R3 2m ~2
−i|p|2
= g(x, t).
2m~
Ainsi, en posant
i|p|2 i
ϕ(p, t) = g(p, t)e 2m~ t = g(p, t)e ~ Et ,
on trouve que ∂t ϕ(p, t) = 0 et donc que ϕ(p, t) = ϕ(p) ne dépend pas de t. D’après
la relation (I.82) de l’appendice A, et puisque que g est la transformée de Fourier
inverse de f , on a
1
Z
i
f (x, t) = 3/2
g(p, t)e ~ p·x dp
(2π~) 3
ZR
1 i i
= 3/2
ϕ(p)e− ~ Et e ~ p·x dp.
(2π~) R3
qui est exactement ce que nous cherchions à obtenir.
Nous avons vu dans le paragraphe précédent que si ψ est la fonction d’onde d’une
particule dans le vide, alors on peut l’écrire sous la forme d’un paquet d’ondes :
1
Z
i
ψ(x, t) = 3/2
ϕ(p)e ~ (p·x−Et)dp (II.15)
(2π~) R3
1
Z
i
ψ(x, t) = ϕ(p)e ~ (p·x−Et)dp (II.20)
(2π~)3/2 R3
Alors, nous avons vu qu’il était naturel de définir la position de la particule par
Z
< x >:= x|ψ(x)|2 dx.
R3
D’après la discussion ci-dessus, la quantité
∆x2i :=< x2i > − < xi >2
16 II. MÉCANIQUE ONDULATOIRE
Ce résultat dit que si ∆xi est petit, c’est-à-dire si on peut mesurer avec précision
la vitesse de la particule, alors ∆pi ne peut pas être trop petit, c’est-à-dire que
la vitesse de la particule (sur l’axe xi ) ne peut pas être mesurée avec autant de
précision qu’on le souhaite.
Remarque II.22. Nous étudions ici le cas d’une particule dans le vide mais le
résultat resterait le même avec un contexte physique plus général.
Démonstration : De manière plus générale, si f est une fonction lisse qui décroı̂t
suffisamment à l’infini et si fˆ est sa transformée de Fourier, nous montrons que
Z 2
4
Z Z
|f | 2
≤ 2 2 2
(xi − < xi >) |f |(x) dx (pi − < pi >)2 |fˆ|(p)2 dp (II.23)
R3 ~ R3 R3
Soit g une fonction lisse qui tend suffisamment vite vers 0 à l’infini. En intégrant
par partie par rapport à la variable xi et en appliquant l’inégalité de Hölder, on a
Z 2 Z 2
2
g = −2 xi g(x)∂i g(x)dx
R3 R3
Z Z
2 2
≤4 xi g(x) dx (∂i g)(x)2 dx
3 3
ZR ZR
≤4 x2i g(x)2 dx (∂ˆi g)(p)2 dp
R3 R3
8. MESURES PHYSIQUES 17
ipi
∂ˆi g = ĝ
~
ce qui montre que
Z 2
4
Z Z
2
g ≤ 2 x2i g(x)2 dx p2i ĝ 2dp.
R3 ~ R3 R3
Soit maintenant f une fonction lisse qui tend suffisamment vite vers 0 à l’infini.
En appliquant cette inégalité avec g(x) = eaxi f (x + bxi ), a, b étant des réels quel-
conques, et en faisant ensuite les changements de variables x′i = xi +b et p′i = pi +a,
on montre que pour tous réels a, b ∈ R, on a
Z 2
4
Z Z
f 2
≤ 2 2 2
(xi − b) f (x) dx (pi − a)2 fˆ2 dp
R 3 ~ R 3 R 3
8. Mesures physiques
où Â est un opérateur évalué en la fonction d’onde. Lorsque l’on étudie la position
de la particule, Âψ = xψ et lorsque l’on étudie la quantité de mouvement, on prend
18 II. MÉCANIQUE ONDULATOIRE
 = ~i ∇. On va voir aussi que l’énergie totale peut elle-aussi s’écrire sous une forme
similaire. Pour cela, supposons que la particule soit soumise à un potentiel V qui
ne dépend pas de t (c’est donc un système isolé) si bien que sa fonction d’onde est
solution de
~2
i~∂t ψ = − ∆ψ + V ψ.
2m
~2
Notons Ĥ l’opérateur − 2m ∆ + V . On a donc
i~∂t ψ = Ĥψ, (II.27)
et donc aussi
−i~∂t ψ = Ĥψ. (II.28)
Notons E la quantité Z
E := ψ Ĥψ dx.
R3
Cette quantité est bien sous la forme (II.26) et nous allons voir de deux manières
différentes qu’elle s’interprète comme l’énergie totale du système. D’abord, on a la
relation suivante :
∂t E = 0.
En effet, en utilisant le fait que H est auto-adjoint puis les relations (II.27) et
(II.28) Z Z
∂t E = ∂t ψ Ĥψ dx + Ĥψ ∂t ψdx
R3 R3
Z Z
= −i~ Ĥψ Ĥψ dx + i~ Ĥψ Ĥψ dx
R3 R3
= 0.
Or, c’est un postulat physique très classique que d’interpréter toute intégrale
première scalaire (autrement dit une quantité conservée avec le temps) d’un système
isolé comme l’énergie totale du système. Avant de montrer que cette interprétation
peut se voir d’une autre manière (voir (II.30) ci-dessous), il convient de préciser
un peu les choses.
Il faut alors faire quelques observations importantes : soit a une grandeur phy-
sique d’opérateur associé Â. Imaginons une expérience qui mesure la valeur de a
à l’instant t. Notons α la valeur effectivement mesurée. On va faire une hypothèse
importante : à l’instant t, on n’a pas d’incertitude sur la valeur de a puisque, jus-
tement, on vient d’en faire la mesure et puisqu’on en connaı̂t le résultat. Le fait de
faire cette mesure a donc changé la situation : on sait qu’à l’instant t, < a >= α
et ∆a2 = 0, bien que pour l’instant, nous n’ayons pas donné de moyen de calculer
cette valeur. Pour tenir compte de ce principe, on va faire l’hypothèse (peut-être
assez audacieuse) qu’à l’instant t, on a Âψ = αψ, ce qui donne bien que :
Z Z
< a >= ψ Âψdx = α |ψ|2 dx = α.
R3 R3
Cette hypothèse signifie que nous supposons que l’appareil de mesure a donné la
valeur exacte de a à l’instant t. Il obéit donc aux lois de la physique classique et n’a
pas de comportement quantique. Cependant, faire cette hypothèse a de nombreux
avantages :
(1) d’abord, elle implique que les valeurs mesurées expérimentalement sont
nécessairement des valeurs propres de l’opérateur Â, qui puisque  est
auto-adjoint, sont réelles. Notons que ces valeurs propres peuvent être vec-
torielles par exemple dans le cas de la quantité de mouvement où le vecteur
p mesuré est une valeur propre qui vérifie Âψ = pψ. Lorsque le spectre
de  est discret, comme c’est le cas pour l’opérateur Ĥ défini ci-dessus
associé à l’énergie totale du système, il en découle que la quantité mesurée
ne peut prendre qu’un ensemble discret, quantifié de valeurs. C’est la rai-
son pour laquelle on parle de mécanique quantique. Cela nous conforte
dans l’idée que cette hypothèse est bonne puisque, expérimentalement, ce
fait avait déjà été observé pour l’énergie (voir le chapitre I).
(2) Soit maintenant une fonction d’onde que nous décomposons dans l’espace
des fonctions propres de l’opérateur Â. Simplifions la situation en admet-
tant que c’est possible. Chaque fonction propre de  associée à la valeur
propre α est fonction propre de Â2 de valeur propre α2 . Réciproquement,
si α2 est valeur propre de Â2 alors α est valeur propre de Â. Il suffit
de voir que si ψ est fonction propre de Â2 alors ψ + α1 Â(ψ) est fonction
propre de Â. Cela signifie que la grandeur physique a2 sera associée à
l’opérateur Â2 . On pourrait faire le même raisonnement et constater que
l’opérateur associé à an est Ân pour n ∈ N. Par extension, si f est une
fonction analytique, on voit que l’opérateur associé à f (a) est f (Â). De la
même manière, si a et b sont des grandeurs physiques dont les opérateurs
associées sont  et B̂ alors on pourra se dire que la grandeur f (a, b) sera
associée à l’opérateur f (Â, B̂). En fait, ce n’est pas tout à fait vrai parce
qu’il est possible que les opérateurs  et B̂ ne commutent pas. C’est un
problème dont nous ne nous occupons pas maintenant mais qui aura une
véritable importance en mécanique quantique.
20 II. MÉCANIQUE ONDULATOIRE
Principes 3a :
– Si l’on fait une mesure d’une grandeur physique a associée à un opérateur Â,
nous supposerons que la fonction d’onde ψ(·, t) est une fonction propre de Â.
– Les seules mesures expérimentales possibles de < a > sont des valeurs propres
de Â.
– l’opérateur associé à la grandeur f (a) (f étant une fonction raisonnable) est
l’opérateur f (Â).
Terminons le paragraphe par la remarque suivante : si on considère une particule
isolée (i.e. le potentiel V ne dépend pas de t), l’énergie cinétique sera donnée
2
par 1/2m|v|2 = |p| 2m
où p = mv est la quantité de mouvement de la particule.
L’opérateur associé à l’énergie cinétique est donc en vertu de ce qui précède égal à
1
Êc = |Â|2
2m
où Â = ~i ∇ est l’opérateur associé à p. On obtient donc que
~2
Êc = − |(∂1 , ∂2 , ∂3 )|2
2m
~2 2
=− (∂ + ∂22 + ∂32 )
2m 1
~2
=− ∆.
2m
De plus, par définition, l’énergie potentielle de la particule est égale à V et il n’y
a aucune incertitude sur cette valeur puisqu’elle ne dépend que de V . Autrement
8. MESURES PHYSIQUES 21
Dans le chapitre précédent, nous avons expliqué les intuitions physiques qui ont
conduit à définir la mécanique ondulatoire. Nous allons maintenant oublier la phy-
sique et nous concentrer sur les mathématiques. Nous verrons qu’il est naturel
de simplifier la théorie. C’est ce qui conduira à poser les principes de mécanique
quantique qui seront donc plus simples à manier d’un point de vue mathématique
mais plus éloignés de la réalité physique dans leur formulation. C’est pourquoi il
est nécessaire pour comprendre les aspects physiques de la mécanique quantique
d’avoir auparavant compris la mécanique ondulatoire.
1.1. Les principes. Résumons ce que nous avons fait jusqu’à présent en
mécanique ondulatoire : un système physique est décrit par une fonction d’onde ψ
définie sur R3 × R, à valeurs complexes et solution de l’équation de Schrödinger.
La fonction ψ(·, t) décrit l’état du système à l’instant t. Chaque grandeur physique
a est associée à un opérateur  et la mesure moyenne de a est donnée par
Z
< a >= ψ(Âψ)dx.
R3
Cette intégrale n’est rien d’autre que le produit hermitien L2 (ψ, Âψ). Par ailleurs,
nous avons vu que pour que la grandeur physique a2 soit associée à l’opérateur
Â2 , il fallait décomposer la fonction d’onde dans la ”base” des fonctions propres
de Â. Pour finir, nous avons vu le rôle joué par les transformées de Fourier qui
sont en un sens la décomposition des fonctions sur la ”base” non dénombrable des
eix . Ces considérations nous amènent à considérer la fonction d’onde ψ comme
étant un vecteur d’un espace de Hilbert hermitien où nous pourrons alors parler
de décomposition dans une base hilbertienne, de produit hermitien et d’opérateurs,
qui sont tous les ingrédients que nous avons utilisés jusqu’à présent. Plus précisément,
nous allons poser
23
24 III. PRINCIPES DE LA MÉCANIQUE QUANTIQUE
Remarque III.31. Dans cette partie, nous utilisons les notations mathématiques
usuelles qui sont un peu différentes de celles généralement utilisées par les physi-
ciens. Nous reviendrons ultérieurement sur ce point.
Pour que la situation soit bien claire, en mécanique ondulatoire, l’espace ǫH était
l’espace des fonctions L2 sur R3 . Nous choisissons donc simplement d’une part de
ne plus nous limiter à ǫH = L2 et d’autre part à utiliser le langage des espaces
de Hilbert. Ce point de vue a de nombreux avantages que nous exposons dès
maintenant :
(1) d’abord, les notations sont beaucoup plus simples.R Par exemple, il est
beaucoup plus pratique d’écrire (ψ, Âψ) plutôt que R3 ψ(Âψ)dx. Les cal-
culs gagneront en limpidité. Nous verrons aussi que les grandeurs phy-
siques seront modélisées par des opérateurs de ǫH sans doute plus facile
à appré–hender et à manier que les opérateurs différentiels utilisés en
mécanique ondulatoire (par exemple pour modéliser la quantité de mou-
vement).
(2) Le fait de travailler sur R3 fixait implicitement un système de coordonnées.
Or dans la plupart des situations physiques, il n’y a pas de système de
coordonnées canonique. Dans le cadre plus général de la mécanique quan-
tique, nous ne sommes pas contraints à de tels choix.
(3) Dans de nombreux cas de figure, nous n’avons pas besoin de manipuler
des objets aussi compliqués que des fonctions L2 . Dans certaines situa-
tions, nous pourrons même travailler dans un espace de Hilbert à deux
dimensions. Cela simplifie considérablement les problèmes et nous permet
de nous concentrer sur les grandeurs physiques qui nous intéressent.
(4) A posteriori, nous verrons que c’est cette formulation plus générale qui
permettra de mettre en évidence le ”spin”, grandeur intrinsèque à la par-
ticule et purement quantique, c’est-à-dire qui ne possède aucun analogue
en physique classique ni même en mécanique ondulatoire.
Une fois ces bases établies, il s’agit de réécrire les principes de mécanique ondula-
toire avec ce nouveau langage.
– de bra lorsque ψ est vu comme une forme linéaire continue. La notation habituelle
est alors < ψ|.
En général, le produit hermitien de x, y ∈ εH est noté < x|y > et les notations
précédentes indiquent qu’un ket est moralement “à droite” du produit hermitien
tandis qu’un bra est “à gauche”.
Il est naturel de se poser la question suivante : est-ce qu’il est possible de prédire
l’évolution d’un système physique en l’observant à un instant donné ? Des prin-
cipes de base, on peut tirer deux conclusions pour répondre à cette question :
1) la première consiste à remarquer que tant que l’on ne fait pas de mesure,
l’évolution du système est régie par l’équation de Schrödinger qui est complètement
déterministe. Afin de s’en convaincre, on va le montrer lorsqu’on est en présence
d’un système isolé, c’est-à-dire un système dont l’observable énergie Ĥ ne dépend
pas du temps. Dans ce cas, notons Eα les valeurs propres de Ĥ et ψα les vecteurs
associés. Nous avons vu que l’un des principes de base de la mécanique quantique
consistait à supposer que les vecteurs propres des observables formaient une base
hilbertienne de εH . Remarquons que c’est de toute manière très justifié en ce
qui concerne l’observable énergie puisqu’en mécanique ondulatoire, on avait Ĥ =
~2
− 2m ∆ + V et que cet opérateur possède bien une base hilbertienne de vecteurs
propres dans L2 . On note λα (t) les coefficients du vecteur d’état P ψ(t) dans son
écriture dans la base hilbertienne (ψα )α autrement dit : ψ(t) = λα (t)ψα . On a
alors d’après l’équation de Schrödinger et puisque par définition Ĥ = Eα ψα :
i
∂t ψ(t) = − Ĥψ(t)
~
iX
=− λα (t)Ĥψα
~
iX
=− λα (t)Eα ψα .
~
Puisque par ailleurs
X
∂t ψ(t) = λ′α (t)ψα ,
28 III. PRINCIPES DE LA MÉCANIQUE QUANTIQUE
2) la seconde conclusion que nous pouvons déduire des principes de base est qu’une
mesure brise la prédictibilité “passée“ du système. Plus précisément, en connais-
sant l’état du système juste après une mesure, on ne peut pas connaı̂tre l’état du
système juste avant cette mesure. En effet, en notant encore une fois λα les valeurs
propres de Ĥ et ψα les vecteurs propres associés (qui peuvent dépendre du temps
si le système n’est pas isolé), ψ(t) se décompose à l’instant t
X
ψ(t) = λα ψα .
Si maintenant on effectue une mesure en t′ > t, les principes de base disent qu’on
aura
ψα
ψ(t′ ) =
kψα k
à l’instant t′ . En particulier, on n’a absolument aucune indication pour retrouver
les coefficients λα apparaissant à l’instant t.
Remarquons maintenant que les deux conclusions que nous venons de présenter
semblent conduire à un paradoxe. Considérons un système physique S pour lequel
on possède un détecteur D qui mesure une certaine quantité physique a. Il y deux
façons possibles de voir les choses :
(1) on peut d’abord considérer le système S comme nous l’avons fait ci-dessus.
Le fait de faire une mesure brise la prédictibilité du système.
(2) On peut aussi, considérer le système formé de S et de tous les atomes du
détecteur D. Dans ce cas, le détecteur n’influe plus sur le système qui est
donc régi par l’équation de Schrödinger.
Ces deux visions des choses semblent aboutir à une contradiction. En fait, dans
la deuxième version, c’est la lecture du détecteur qui joue le rôle de la mesure.
Autrement dit, il faut considérer que l’on travaille dans l’espace de Hilbert εS ⊗ εD
où εS et εD sont les espaces de Hilbert respectivement associés à S et D. Juste
avant la mesure, le vecteur d’état du système s’écrira
X
ψ(t) = aα Sα ⊗ Dβ
où l’on a décomposé le vecteur ψ(t) dans une base hilbertienne de vecteurs propres
de l’observable  ⊗ D̂ où  est associé à la grandeur physique a et où D̂ est associé
à grandeur physique ”affichage du détecteur“. Le fait de lire ce qui est marqué sur
le détecteur donnera à la fois une mesure de la grandeur physique a ainsi que
l’affichage du détecteur. C’est une remarque intéressante parce qu’elle montre que
3. COMMUTATEURS DES OBSERVABLES 29
les phénomènes macrospiques doivent aussi être soumis aux lois de la mécanique
quantique si l’on veut éviter les paradoxes. On résume ce phénomène en disant
qu’avant de lire le détecteur, l’état du système est une superposition de plusieurs
états où le détecteur affiche des résultats différents. Dans les livres de vulgarisation,
on présente en général les choses en disant qu’un chat est enfermé dans une boı̂te
dans laquelle se trouve un système létal dont le déclenchement est aléatoire. Dans la
perception classique, on aura tendance à dire qu’avant d’ouvrir la boı̂te, il existe
une réponse à la question : ”le chat est-il mort ou vivant ?”, c’est-à-dire qu’à
tout instant donné, le chat est soit mort soit vivant. En mécanique quantique,
on supposera que l’état du système est une superposition de l’état ”chat mort“
et l’état ”chat vivant“. Ce n’est qu’au moment où la boı̂te est ouverte qu’un des
deux états se décide.
3.1. Postulats. Soient Â, B̂ deux observables. A priori, il n’y a aucune raison
pour que ces deux opérateurs commutent. C’est la raison pour laquelle on introduit
leur commutateur
[Â, B̂] := ÂB̂ − B̂ Â.
Par ailleurs, il n’y a aucun moyen de déduire ces commutateurs des principes
de base décrits plus haut. Il faut donc les postuler. Pour certains d’entre eux,
on peut se baser sur ce qui a été fait en mécanique ondulatoire. Par exemple,
notons x̂i les observables associées aux composantes du vecteur position, p̂i ceux
associés aux composantes du vecteur quantité de mouvement. On rappelle qu’en
mécanique ondulatoire, x̂i est simplement la multiplication par xi , que p̂i = ~i ∂xi
~2
et que Ĥ = − 2m ∆ + V . Ainsi, les x̂i commutent entre eux ainsi que les p̂i et aussi
x̂i et p̂j si i 6= j. Par contre,
~ ~ ~
x̂i p̂i − p̂i x̂i = xi ∂xi (·) − ∂xi (xi ·) = − ·
i i i
et aussi
~2 r ~2 ~2
x̂i Ĥ − Ĥ x̂i = − xi ∆(·) + ∆(xi ·) = ∂x (·).
2m 2m 2m i
30 III. PRINCIPES DE LA MÉCANIQUE QUANTIQUE
où l’on définit pour toute observable Â, Â0 := Â− < a >. De cette observation et
du postulat ci-dessus, on déduit aisément le principe d’incertitude. On utilise pour
cela l’inégalité de Cauchy-Schwarz qui dit que pour tous u, v ∈ εH , on a |(u, v)| ≤
kukkvk. On remarque aussi que pour deux observables Â, B̂, on a [Â, B̂] = [Â0 , B̂0 ].
On a donc, en utilisant le postulat ci-dessus :
~h = i~kψk2
atome est constitué délectrons gravitant autour d’un noyau. Leur mouvement de
rotation, mesuré par leur moment cinétique que l’on qualifie dans cette situation
de mouvement cinétique orbital, induit un champ magnétique qui interagit avec
le champ magnétique environnemental. Le moment cinétique orbital est donc une
composante intrinsèque de l’atome qui avec sa charge lui confère ses propriétés
électromagnétiques.
Jˆ := Jˆy
Jˆz
3. SPECTRE D’UN MOMENT CINÉTIQUE 35
une observable de moment cinétique où l’on a noté (x, y, z) les coordonnées de R3 .
ˆ 2 := J 2 + J 2 + J 2 . Alors,
On définit ĵ 2 := kJk x y z
Démonstration
On va travailler avec Jˆz , les cas de Jˆx et Jˆy se traitant de manière analogue.
D’abord, on calcule à partir des relations (IV.40) que [ĵ 2 , Jˆz ] = 0. Cela implique,
d’après le théorème II.96 de l’appendice B, qu’il existe une base hilbertienne de
vecteurs propres communs à ĵ 2 et Jˆz . Les valeurs propres de ĵ 2 étant positives
(puisque ĵ 2 est associée à une grandeur physique positive), on peut les écrire sous
la forme j(j + 1)~2 où j ∈ R. De même celles de Jˆz s’écrivent sous la forme m~. On
notera ψj,m un vecteur propre associé simultanément aux valeurs propres j(j +1)~2
de ĵ et m~ de Jˆz . Le but est de montrer que j, m ∈ 1/2Z. On introduit maintenant
les opérateurs
Jˆ+ := Jˆx + iJˆy et Jˆ− := Jˆx − iJˆy .
Ces opérateurs ne sont pas auto-adjoints : on a Jˆ±∗ = Jˆ∓ . Des relations de commu-
tations (IV.40), on tire
[ĵ 2 , Jˆ± ] = 0 et [Jˆz , Jˆ± ] = ±~Jˆ± . (IV.42)
On en déduit que, pour j, m fixés tels que ψj,m existe, on a :
ĵ 2 Jˆ± ψj,m = Jˆ± ĵ 2 ψj,m = j(j + 1)~2 Jˆ± ψj,m .
et
Jˆz ĵ± ψj,m = (Jˆ± Jˆz ± ~Jˆ± )ψj,m = (m ± 1)~Jˆ± ψj,m
ce qui fait que Jˆ± ψj,m , s’il est non nul, est un vecteur propre commun aux opérateurs
ĵ 2 et Jˆz associé aux valeurs propres j(j +1)~2 et (m±1)~. Considérons maintenant
l’ensemble n o
ˆ k
Ω := J± ψj,m |k ∈ N .
Cet ensemble est constitué de vecteurs qui sont tous dans le même espace propre
de ĵ 2 et qui sont propres pour Jˆz associés à des valeurs propres de la forme α~ où
α ∈ m + Z. Physiquement, il est raisonnable de penser que seul un nombre fini
de vecteurs de Ω sont non nuls puisque que Jˆz est une observable mesurant une
coordonnées de moment cinétique tandis que ĵ 2 est une observable mesurant la
norme du même moment cinétique. On va montrer rigoureusement ce résultat. On
écrit
kJˆ± ψj,m k2 = (ψj,m , Jˆ±∗ Jˆ± ψj,m ) = (ψj,m , Jˆ∓ Jˆ± ψj,m ).
En uilisant que Jˆ∓ Jˆ± = ĵ 2 − Jˆ2 ∓ ~Jˆz , on obtient
z
Dans le paragraphe précédent, nous avons travaillé avec un moment cinétique défini
par (IV.40). Cette définition est purement mathématique : nous avons uniquement
utilisé les relations de commutation d’un moment cinétique classique. Il est naturel
de se demander quel est le sens physique de cette définition. Pour cela, replaçons-
nous dans le cadre de la mécanique ondulatoire avec les obervateurs x̂, p̂ et on
définit L par (IV.38). Cette définition plus physique doit correspondre à la situation
qui nous a inspirés : celle d’une particule, d’un électron en particulier, en orbite
autour d’un noyau. Un tel moment cinétique sera appelé moment cinétique orbital.
Nous montrons que
PROPOSITION IV.45. Soit L̂ un observable de moment cinétique orbital. Notons
L̂x , L̂y et L̂z les observables ”coordonnées” associées. Leurs valeurs propres sont
de la forme m~ où m ∈ Z.
Démonstration
Comme dans le paragraphe précédent, nous travaillons seulement avec L̂z . La
définition (IV.38) ainsi que les observables de position et de quantité de mouvement
de la mécanique ondulatoire nous disent que
L̂z = i~(x∂y − y∂x ).
On prendra garde au fait qu’ici, (x, y, z) sont les coordonnées sur R3 tandis que dans
(IV.38), x̂ représente l’observable vectoriel position. En utilisant les coordonnées
sphériques (r, ϕ, Θ) sur R3 , on voit que
L̂z = −i~∂ϕ . (IV.46)
Soit ψm (r, ϕ, Θ) - nous n’écrivons pas la dépendance en temps - une fonction d’onde
propre pour L̂z , c’est-à-dire vérifiant
L̂z ψm = m~ψm
où m ∈ R. L’écriture (IV.46) permet de dire que ψm est de la forme
ψm (r, ϕ, Θ) = Ψm (r, Θ)eimϕ .
Puisqu’en coordonnées sphériques, (r, ϕ, Θ) = (r, ϕ+2π, Θ), il faut que ψm (r, ϕ, Θ) =
ψ(r, ϕ + 2π, Θ) ce qui montre que m doit être entier.
6. EXPÉRIENCE DE STERN ET GERLACH 37
La proposition (IV.41) dit que les valeurs propres des coordonnées d’un moment
cinétique défini par (IV.40) sont de la forme m~ où m ∈ 1/2Z. Autrement dit,
ce sont les seules valeurs que l’on peut mesurer expérimentalement. D’après la
proposition IV.45, celles de ces valeurs qui ne sont pas entières ne peuvent pas
caractériser des mouvements cinétiques orbitaux. Il y a donc plusieurs solutions :
(1) ou bien ces valeurs non entières ne sont pas valeurs propres : nous avons
en effet montré que toute valeur propre était de la forme m~ où m ∈ 1/2Z
mais nous n’avons pas montré que toutes ces valeurs étaient effectivement
des valeurs propres ;
(2) ou bien ces valeurs sont des valeurs propres mais ne caractérisent aucune
réalité physique : il est en effet raisonnable d’imaginer que la définition
(IV.40), basée uniquement sur des relations de commutation, n’est pas
la bonne. N’oublions pas que le passage de la mécanique ondulatoire à
la mécanique quantique s’est fait en oubliant un peu la physique et en
mathématisant la théorie ;
(3) ou bien ces valeurs sont des valeurs propres et caractérisent une grandeur
physique qui n’a donc aucun analogue classique.
C’est l’expérience de Stern et Gerlach qui va trancher la question : c’est la troisième
version qui est la bonne. Les valeurs demi-entières mesurent une quantité phy-
sique que l’on appelle spin et qui est une propriété intrinsèque des particules.
On l’étudiera plus en détail dans le chapitre suivant. Son interprétation physique
est encore discutée à l’heure actuelle. Certains l’imaginent comme une rotation
d’une particule sur elle-même mais cette vision des choses n’est pas satisfaisante à
bien des égards. On peut d’ailleurs se poser la question : est-elle réellement le re-
flet d’une quantité humainement imaginable comme une rotation ? Ce n’est pas du
tout évident et on pourrait penser qu’il s’agit simplement d’une grandeur purement
mathématique qui doit être prise en compte lorsque l’on étudie le comportement
d’une particule.
1. Définition
Malgré tout, nous n’avons toujours donné aucune définition mathématique précise
du spin. Nous le faisons maintenant, en nous limitant au spin 1/2.
39
40 V. LE SPIN ET SON FORMALISME
DÉFINITION V.49. Les particules pour lesquelles on ne peut mesurer que deux
états distincts pour chaque coordonnée du moment cinétique propre (par une expéri–
ence de type Stern et Gerlach par exemple) seront dites à spin 1/2. Cette grandeur
physique S = (Sx , Sy , SZ ) est un degré de liberté à elle toute seule : elle ne peut pas
se lire à travers les observables position et vitesse par exemple (contrairement à un
moment cinétique classique). Ce fait n’est pas du tout évident. On lui attribue donc
un espace εspin de dimension 2 (une dimension pour chaque valeur propre de Jz )
et un observable vectoriel Ŝ = (Ŝx , Ŝy , Ŝz ) vérifiant les relations de commutation
Ŝ ∧ Ŝ = i~Ŝ (V.50)
On pose comme principe que chacune des observables Ŝx , Ŝy , Ŝz possède exactement
les valeurs propres ±1/2~.
Remarque V.51.
(1) Puisque les mesures des coordonnées Sx , Sy , Sz ne donnent que les valeurs
possibles ±1/2~, la mesure de kSk := Sx2 + Sy2 + Sz2 donne la valeur 43 ~2 =
j(j + 1)~2 où j = 1/2. En particulier, cela implique que ŝ := Ŝx2 + Ŝy2 + Ŝz2
est égal à 43 ~2 Id.
(2) On pourrait penser que le spin S possède trois degrés de liberté (un
pour chaque coordonnée) : c’est en fait proscrit par le fait que les ob-
servables Ŝx , Ŝy , Ŝz ne commutent pas et donc que ces quantités ne sont
pas indépendantes les unes des autres. Cela dit, le choix de modéliser le
spin 1/2 par un espace de Hilbert à deux dimensions ne s’impose pas. Il
se trouve que, puisqu’il y a au moins deux états, cet espace est au moins
de dimension 2. On fait donc ce choix dans un premier temps pour voir ce
que l’on peut en déduire. C’est dans un deuxième temps que l’expérience
viendra confirmer que le modèle est bon.
~ z i~
Ŝx (ϕz± ) = ϕ∓ et Ŝy (ϕz± ) = ± ϕz∓ , (V.52)
2 2
autrement dit, sous forme matricielle :
0 ~/2 0 −i~/2 ~/2 0
Ŝx = , Ŝy = , Ŝz = (. V.53)
~/2 0 i~/2 0 0 −~/2
3. MOMENT MAGNÉTIQUE D’UNE PARTICULE 41
D’après ce qui précède, pour modéliser l’état spatial d’une particule, nous choisi-
rons de travailler dans l’espace de Hilbert
εH = εexterne ⊗ εspin
où εexterne = L2 (R3 ) (l’espace des fonctions à valeurs complexes et de carré somma–
ble sur R3 ) et où εspin est un espace de Hilbert de dimension 2 possédant une base
canonique (au signe près) indépendante du temps (ϕz+ , ϕz− ) correspondant aux états
propres de Ŝz . Tout vecteur ψ de l’espace de Hilbert εH s’écrit alors de manière
unique comme
ψ = ψ+ ⊗ ϕz+ + ψ− ⊗ ϕz− .
Autrement dit, en fixant une fois pour toutes (ϕz+ , ϕz− ), le vecteur d’état de la
particule est une fonction d’onde à deux composantes
ψ+ (x, t)
ψ(t) = .
ψ− (x, t)
En revenant à l’interprétation physique du vecteur d’état, la probabilité de présence
de la particule sur Ω ⊂ R3 à l’instant t est
Z
|ψ+ |2 (x, t) + |ψ− |2 (x, t)dx.
Ω
Les intégrales Z
|ψ± |2 (x, t)dx
Ω
représentent la probabilité de détecter la particule dans Ω et de mesurer que la
projection de son spin sur l’axe z est ±~/2.
Remarque V.54. Le spin est complètement indépendant des grandeurs x, y, z.
Autrement dit, une observable dépendant uniquement de ces grandeurs n’agira que
sur εexterne : elle sera de la forme  ⊗ Idεspin et commutera avec toute observable
ne dépendant que du spin, c’est-à-dire de la forme Idεexterne ⊗ B̂.
4. ”Comportement spinoriel“
Principe de Pauli
1.1. États d’intrication. Supposons dans ce paragraphe que les εi sont les
espaces de dimension 2 associés au spin des deux particules, que l’on suppose donc
i i
de spin 1/2. On a une base canonique (ψ+ , ψ− ) dans chaque espace correspondant
aux états propres de la composante z du spin de chaque particule. Supposons qu’à
un instant donné l’état du système est
1 2 1 2
ψ(t) = αψ+ ⊗ ψ− + βψ− ⊗ ψ+ .
Il faut savoir qu’expérimentalement, on est capable de produire ce genre de situa-
tion. Cet état est très particulier parce que l’on peut faire le raisonnement suivant :
si on mesure la composante en z du spin de la première particule, on trouvera ~/2
avec probabilité |α|2 et −~/2 avec probabilité |β|2. De même, pour la seconde parti-
cule, on trouvera ~/2 avec probabilité |β|2 et −~/2 avec probabilité |α|2 . Là ou cela
devient étonnant, c’est que la mesure simultanée de ~/2 pour chacune des deux
particules a une probabilité de 0 : plus précisément, on mesurera simultanément
~/2 pour la première particule et −~/2 pour la seconde avec probabilité |α|2 et on
mesurera −~/2 pour la première particule et ~/2 pour la seconde avec probabilité
|β|2. Les deux particules ne sont plus dissociées : on dit que le système est dans
un état intriqué. On peut donner une définition mathématique plus précise :
DÉFINITION VI.64. On dit que le système constitué des deux particules est dans
un état intriqué si le vecteur d’état ne peut pas se mettre sous la forme ψ(t) =
ψ 1 (t) ⊗ ψ 2 (t).
Dans ces situations, les particules dépendent l’une de l’autre. Einstein, Podolsky
et Rosen se basèrent sur ces états pour formuler un paradoxe connu sous le nom
de paradoxe EPR permettant d’infirmer les principes de la mécanique quantique.
Pour décrire très brièvement leur argument, ils disaient qu’en mesurant le spin
de la première particule mais sans toucher à la deuxième et en communiquant
ensuite le résultat trouvé, par exemple ~/2, on était certain de mesurer −~/2
45
46 VI. PRINCIPE DE PAULI
différents mais dont les différences ne se lisent pas dans leurs effets physiques. Mal-
heureusement, l’expérience prouve que ce n’est pas le cas.
3. Principe de Pauli
Nous avons dit qu’il fallait nécessairement que deux particules de même nature
soient indiscernables. Supposons que le système composé par ces deux particules
soient associé à l’espace de Hilbert εH = ε ⊗ε, l’espace de Hilbert ε étant lui-même
associé à chacune des deux particules. Définissons l’opérateur d’échange entre les
deux particules de la même manière que ci-dessus, c’est-à-dire par
ε → ε
P :
u ⊗ v 7→ v ⊗ u.
Le principe que l’on veut formuler consiste donc à dire que, si ψ est le vecteur d’état
du système, P (ψ) représente le même état physique que ψ. Remarquons que deux
vecteurs d’état ψ et ψ ′ décrivent la même situation physique si et seulement si
toutes les mesures que l’on peut faire sur le système donnent les mêmes résultats,
autrement dit si pour tout opérateur Â, on a
(ψ, Âψ) = (ψ ′ , Âψ ′ ).
Il est facile de voir que cette condition est réalisée si et seulement si ψ s’écrit
ψ ′ = eiϕ ψ. En appliquant cette observation à notre situation, on a donc P (ψ) =
eiϕ ψ et puisque par ailleurs P 2 = Id, eiϕ = ±1. Cela signifie donc que l’on doit
poser comme principe que tout vecteur d’état d’un système de deux particules est
soit totalement symétrique soit totalement antisymétriques. Reste à savoir quel
est le bon choix à faire. D’ailleurs, ce bon choix, s’il existe, ne dépend-il que de la
nature des particules ? Autrement dit, un système de deux particules identiques
doit-il toujours avoir un vecteur d’état symétrique, anti-symétrique ou bien les
deux situations peuvent-elles arriver ? Le principe de Pauli postule la réponse à
ces questions et modifie la définition des bosons et fermions donnée plus tôt.
Principe de Pauli : Toutes les particules de la nature appartiennent à l’une des
catégories suivantes :
3. PRINCIPE DE PAULI 49
– les bosons pour lesquels le vecteur d’état de deux particules identiques est symétri–
que (i.e. P ψ = ψ) ;
– les fermions pour lesquels le vecteur d’état de deux particules identiques est anti-
symétrique (i.e. P ψ = −ψ).
Toutes les particules de spin entier ou nul sont des bosons tandis que celles de spin
demi-entier sont des fermions.
Il faut bien comprendre que ce principe est un postulat : rien ne nous a permis
de décider qu’une particule de spin 1/2 par exemple était dans un état totalement
anti-symétrique plutôt que symétrique. Cela deviendra un théorème en mécanique
quantique relativiste (dont nous ne parlerons pas dans le chapitre correspondant)
et par ailleurs, l’expérience confirme que ce postulat est correct.
Ce principe réduit l’espace dans lequel on travaille. Par exemple, considérons deux
particules de spin 1/2 et regardons seulement leur spin. D’après ce principe, il doit
être dans l’état singulet décrit dans le paragraphe précédent. Le vecteur d’état de
spin doit donc être égal à √12 (σ+,− − σ−,+ ). Ce qui signifie que, quelle que soit la
mesure effectuée sur le spin, on trouve les particules dans un état opposé. C’est
pourquoi on parle du principe d’exclusion de Pauli. Il faut savoir que ce principe a
un grand nombre de conséquences macroscopiques dont nous ne parlerons pas ici.
Remarque VI.67. On prendra garde de ne pas confondre le fait d’être dans un
état anti-symétrique et le principe d’exclusion évoqué ci-dessus. En effet, il existe
des états symétriques qui ont la même conséquence : par exemple l’état triplet
√1 (σ+,− + σ−,+ ).
2
CHAPITRE VII
De par sa construction qui considère le temps comme découplé des variables d’es-
pace, la mécanique quantique n’est pas compatible avec les principes de relati-
vité restreinte. On peut d’ailleurs vérifier que la théorie n’est pas invariante par le
groupe de Lorentz ce qui signifie que deux observateurs relativistes ne sont pas phy-
siquement équivalents. Expérimentalement, on observe aussi que, comme on pou-
vait s’en douter, la mécanique quantique n’est précise que lorsque les phénomènes
observés ne mettent en jeu que des particules à faible vitesse. Elle n’est par exemple
pas un bon modèle pour décrire toutes les expériences où il y a interaction entre
lumière et matière.
Nous présentons dans ce chapitre les premières tentatives pour modifier la mécanique
quantique afin la rendre relativiste. C’est ainsi que nous aboutirons à l’équation
de Dirac. C’est cependant une vision très incomplète et qui dans de nombreuses
situations où elle ne s’applique pas, a été abandonnée au profit de la théorie
quantique des champs, incomplète elle-aussi mais permettant de réparer certaines
incohérences évidentes de la mécanique quantique relativiste. Pour comprendre
comment on en est arrivés à la théorie quantique des champs, il est nécessaire de
comprendre cette théorie.
1. Équation de Klein-Gordon
Nous allons d’abord chercher à trouver une équation relativiste en ne nous préo–
ccupant que des variables d’espaces. En d’autres termes, nous commençons à tra-
vailler avec une particule de spin 0. Dans ce cadre, pour bâtir une théorie relativiste,
il est naturel de travailler dans l’espace de la relativité restreinte, autrement dit,
R4 muni de la forme quadratique η := dx2 − dt2 de signature (3, 1). Rappelons que
dans ces coordonnées, la vitesse de la lumière vaut 1. Nous n’allons pas chercher
dans ce paragraphe à pousser la théorie au maximum. Nous nous contenterons de
soulever quelques problèmes posés par la mécanique quantique relativiste. Nous
serons plus précis dans le paragraphe suivant. Pour commencer, il faut essayer de
dégager le coeur de la mécanique quantique : il s’agit évidemment de l’équation
de Schrödinger i~∂t ψ = Ĥψ. En effet, tous les autres principes ne font que définir
le cadre de travail et donnent le moyen de relier la théorie à la situation phy-
sique. Par contre, c’est cette équation qui décrit l’évolution du système. Nous
allons donc commencer par supposer que la particule est décrite là aussi par une
fonction d’onde définie sur R4 et essayer de trouver une ”équation de Schrödinger
relativiste“. Plaçons-nous dans la situation la plus simple où la particule n’est pas
chargée, et évolue dans le vide sans contrainte. En mécanique classique et dans ce
51
52 VII. MÉCANIQUE QUANTIQUE RELATIVISTE
~2
Ĥ = Êc + Êp = − ∆.
2m
Dans le même situation physique, que nous regardons cette fois d’un oeil relativiste,
le calcul de l’énergie totale tiendra compte de l’énergie au repos de la particule
donnée par la célèbre E = mc2 . Nous ne rappellerons pas ici les bases de la
relativité restreinte et donnons directement la valeur de l’énergie en fonction du
vecteur quantité de mouvement p~ (qui appartient à l’espace vu par l’observateur)
et de la masse au repos : on a
p
E = η(~p, ~p) − m2 . (VII.68)
En procédant de la même manière que pour obtenir (II.30), cela conduit à poser
√
Ĥ = −~2 ∆ + m2 .
Cette définition n’a pas de sens : pour lui en donner un, plutôt que sur (VII.68),
il faut se baser sur l’expression
E 2 = η(~p, p~) − m2 (VII.69)
et de ce fait, poser comme équation de Schrödinger relativiste
(i~∂t )2 ψ(x, t) = −~2 ∆ψ(x, t) + m2 ψ(x, t)
c’est-à-dire,
m 2
ψ + ψ=0 (VII.70)
~
où := −∂t2 +∆ est l’opérateur d’Alembertien. Cette équation est appelée équation
de Klein-Gordon. On peut vérifier qu’elle est invariante par le groupe de Lorentz
et dans un premier temps en tout cas, elle est un bon candidat pour être une
équation de Schrödinger relativiste bien que nous n’ayons pas expliqué encore les
principes de la théorie.
3. L’équation de Dirac
Nous allons maintenant essayer de construire une théorie relativiste des particules
de spin 1/2, disons de l’électron pour fixer les choses, c’est-à-dire qui tient compte
du spin. Nous nous placerons dans une situation sans champ électromagnétique. De
ce fait, nous ne verrons pas les effets de la charge de la particule et n’en tiendrons
donc pas compte. Les deux problèmes évoqués à la fin du paragraphe précédent
ne seront pas résolus ici : comme nous l’avons dit, seule la théorie quantique des
champs sera à même de lever le problème de non-conservation du nombre de par-
ticules. Nous allons travailler dans un espace de Hilbert εexterieur ⊗ εspin . D’après le
modèle non-relativiste, il est naturel de considérer que εspin est de dimension finie.
La composante de spin étant vectorielle, elle comportera en relativité restreinte
quatre composantes, c’est-à-dire quatre observables là où il n’y en avait que trois
dans la théorie non-relativiste. C’est l’étude de ces quatre observables qui fixera
la dimension de εs mais cette discussion est repoussée à plus tard. En tout cas, à
ce point, en fixant une base (ϕ1 , · · · , ϕr ) de l’espace εspin , on pourra considérer le
vecteur d’état ψ = (ψ1 , · · · , ψr ) comme un vecteur à r composantes, où r est la
dimension de εspin et où chaque composante est une fonction d’onde de l’espace
= L2 (R3 ). Le vecteur ψ ∈ εexterieur ⊗ εspin original se retrouvera en
ε := εexterieur P
écrivant ψ = ri=1 ψi ⊗ϕi . Dans la suite, nous jonglerons avec ces deux manières de
voir les choses. Pour obtenir un modèle satisfaisant, il faudra que le vecteur d’état
ψ soit soumis à une équation généralisant celles de Schrödinger (qui ne tient pas
compte des phénomènes relativistes) et de Klein-Gordon (qui ne tient pas compte
du spin) et qui devra avoir deux propriétés principales :
(1) elle devra être invariante sous l’action du groupe de Lorentz ;
(2) elle devra être d’ordre 1 en t et plus précisément de la forme
i~∂t ψ = ĤD ψ (VII.74)
où ĤD est un opérateur auto-adjoint.
Pr En définissant la densité de proba-
2
bilité de présence par P (x, t) = j=1 kψj k (x, t), la forme de l’équation
R
montrera que ∂t R3 P (x, t)dx = 0. La démonstration est la même que celle
du cadre non-relativiste.
La forme explicite de ĤD dépendra bien évidemment du système physique étudié.
Comme toujours, ce sont les situations les plus simples qui servent de guide pour
construire des modèles de systèmes plus élaborés. C’est pourquoi ici, nous allons
nous placer dans un système physique composé d’un seul électron qui n’est soumis
56 VII. MÉCANIQUE QUANTIQUE RELATIVISTE
à aucun potentiel, qui pourrait d’ailleurs briser l’invariance sous l’action du groupe
de Lorentz. Il sera plus commode d’utiliser les notations (x1 := x, x2 := y, x3 :=
z, x4 := t) pour simplifier les expressions. L’observable ĤD représentera, comme
dans le cas non-relativiste, l’énergie totale du système. Il y a plusieurs remarques
à faire : en ce qui concerne la partie ”spatiale”, l’énergie du système dépendra
évidemment de la quantité de mouvement p~ = (p1 , p2 , p3 ) (on se place du point de
vue d’un observateur galiléen qui “voit” les espaces t = constante) mais pas de
la position (x1 , x2 , x3 ) puisque l’équation doit être invariante par les translations.
Autrement dit, ĤD dépendra des observables p̂j = −i~∂j mais pas des xi . De plus,
le groupe de Lorentz, contrairement au groupe O(3) agit aussi sur la quatrième
composante. Dans l’équation (VII.74), le terme qui contient l’opérateur ∂t est
linéaire. Il doit en être de même pour les termes contenant les opérateurs ∂j , et
donc les opérateurs p̂j . On remarque enfin que l’énergie au repos est une fonction
linéaire de la masse et c’est pourquoi nous supposerons que le terme contenant m
doit aussi être linéaire. Pour finir, on va faire l’hypothèse raisonnable que ĤD se
met sous la forme
ĤD = Ĥexterieur ⊗ Ĥspin
où les observables Ĥexterieur et Ĥspin agissent respectivement sur εexterieur et εspin.
Les remarques que nous avons faites ci-dessus conduisent à faire l’hypothèse que
ĤD est de la forme
3
X
ĤD = σ̂j p̂ + mσ4 (VII.75)
j=1
où l’opérateur m̂ associé à l’énergie au repos est confondu avec m (la multiplication
par m) et où l’observable vectorielle
σ̂1
σ̂2
σ̂ =
σ̂3
σ̂4 .
agit uniquement sur εspin . Les arguments ci-dessus n’ont aucune rigueur mais
comme toujours en physique, on propose des modèles et l’expérience viendra confir-
mer leur efficacité : c’est ce que se passe ici.
Remarquons tout de même que cela suppose l’existence d’une observable vectorielle
de dimension 4 agissant sur l’espace εspin, ce qui n’est pas totalement déraisonnable
sachant que nous travaillons cette fois sur R4 . Il est naturel de supposer par ailleurs
que l’équation de Klein-Gordon est vérifiée lorsqu’on ne considère que les parties
spatiales de ĤD . C’est-à-dire que l’on veut que
2
!
2
X m
−~2 ∂tt ψ = p̂2i + 2 ψ. (VII.76)
i=1
~
4. ÉCRITURE SPINORIELLE DE L’ÉQUATION DE DIRAC 57
Et donc
3
! 3
!
X X
i~∂t ψ + σ̂j p̂ + m~σ4 i~∂t ψ − σ̂j p̂ + m~σ4 ψ = 0,
j=1 j=1
c’est-à-dire, puisque les observables de spin commutent avec les observables ex-
ternes :
h 3
X X
2
− ~ ∂tt ψ − σ̂j2 p̂2j − m2 σ̂42 − (σ̂j σ̂l + σ̂l σ̂j )p̂j p̂l
j=1 1≤j<l≤3
3
X i
− (σ̂j σ̂4 + σ̂4 σ̂j )mσ̂4 ψ = 0.
j=1
En comparant cette expression avec (VII.76), nous obtenons que, pour tous j, l ∈
{1, · · · 4}, j 6= l,
α̂j2 = 1 et σ̂j σ̂l + σ̂l σ̂j = 0. (VII.77)
L’équation (VII.74), qui se réécrit sous la forme
3
X
−i~∂t ψ = ( σ̂j p̂ + mσ4 )ψ (VII.78)
j=1
minimale de spin non nulle et donc à l’espace εspin de plus petite dimension) et
poser γ̂i := ρ(ei ) = ei · où l’on a muni R4 de la base canonique et où e4 correspond
à la coordonnée t. On travaille donc maintenant sur l’espace ε := L2 (R4 ) ⊗ Σ4 . Un
vecteur d’état s’écrit
X4
ψ= ψj ⊗ ϑj
j=1
où l’on a choisi une base orthonormée (ϑ1 , · · · , ϑ4 ) de Σ4 et où les ψj sont des
fonctions de carré intégrable et à valeurs complexes. Pour tous (x, t) ∈ R4 et j,
ψj (x, t) ∈ C et donc
4
X 4
X
ψ(x, t) = ψj (x, t) ⊗ ϑj = 1 ⊗ ( ψj (x, t)ϑj )
j=1 j=1
ce qui fait que ψ peut se voir comme une fonction de R4 à valeurs dans Σ4 . Avec
ces notations, en multipliant à gauche par σ̂4 , l’équation de Dirac se réecrit
4
X
i~ ej · ∂j ψ − mψ = 0
j=1
E ≃ m. En reportant dans (VII.80) où l’on néglige les termes faisant apparaı̂ıtre
la quantité de mouvement, on obtient
σ̂4 m(ϕ+ , ϕ− ) ≃ m(ϕ+ , ϕ− ),
c’est-à-dire
m(ϕ+ , −ϕ− ) ≃ m(ϕ+ , ϕ− )
ce qui implique qu’à la limite non-relativiste ϕ− ≃ 0. C’est la raison pour laquelle
on considère que le vecteur ψ+ s’interprète comme le vecteur d’état non-relativiste
de la particule et contient tout l’information sur le spin. Plus précisément, le spin
vectoriel de la particule est donné par l’observable vectorielle (α̂1 , α̂2 , α̂3 ).
Dans ce paragraphe, nous allons nous intéresser de plus près au problème des
énergies négatives dont nous avons déjà parlé plus haut. Pour commencer, plaçons-
nous dans la même situation qu’à la fin du paragraphe précédent et considérons
une situation non-relativiste. Nous avons vu alors qu’un état d’énergie était décrit
par un vecteur propre (ψ+ , ψ− ) où la composantes ψ− est très petite devant la
composante ψ+ (on parle d’ailleurs de grandes et petites composantes). Rappelons
que, avec les notations du paragraphe précédent, les vecteurs ψ± s’écrivent ψ± =
ψ̃± ⊗ u± . Considérons maintenant le vecteur ψ̃ := (ψ̃− ⊗ u+ , ψ̃+ ⊗ u− ). D’après ce
qui précède, la composante ψ̃− ⊗u+ est petite par rapport à ψ̃+ ⊗u− . En négligeant
encore une fois la quantité de mouvement, ce vecteur est cette fois propre pour
l’énergie ĤD ≃ mσ̂4 mais avec valeur propre −m. Si l’on ne néglige plus les termes
de quantité de mouvement, ψ̃ n’est pas nécessairement un vecteur propre mais on
obtient malgré tout que
(ψ̃, ĤD ψ̃) < 0.
Cela suggère deux remarques :
– D’abord, il existe des états d’énergie négative. Nous l’avons déjà évoqué mais
nous en obtenons ici une preuve. On peut en fait être beaucoup plus précis et
décrire précisément les états d’énergie négative, ce qui ne nous sera pas utile ici.
– La vecteur d’état à deux composantes ψ− semble correspondre à une particule
qui se comporte comme l’électron mais dont la masse est négative.
La théorie permet de prédire assez précisément le comportement que pourrait
avoir une particule de masse négative. Mais ce comportement n’a jamais été ob-
servé expérimentalement. Par contre, des phénomènes similaires au niveau de la
charge ont été observés. Pour simplifier les choses, nous avons ignoré la charge mais
avec des raisonnements similaires, nous pouvions mettre en évidence des états cor-
respondant à des ”électrons” de masse +m mais de charge −e > 0 donnant lieu à
des énergies négatives.
Bien évidemment, nous avons choisi ici les constantes de normalisation adaptées
à la situation qui nous intéresse. Alors, la transformation de Fourier a plusieurs
propriétés qui nous seront utiles :
63
ANNEXE B
1. Définitions, généralités
1.1. Énoncés.
DÉFINITION II.84. (1) Soit E un espace vectoriel complexe. Une forme
(·, ·) : C × C → C est appelée produit scalaire hermitien si
– pour tous x, y, z ∈ E, α ∈ C, on a (x, y) = (y, x), (x, αy) = α(x, y),
(x, y + z) = (x, y) + (x, z) ;
– pour tout x ∈ E, kxk2 := (x, x) est un réel positif ou nul, et nul si
et seulement si x = 0.
Un espace de Hilbert (hermitien) est un espace vectoriel complexe H muni
d’un produit scalaire hermitien (·, ·) pour lequel H est complet.
En dimension finie, il est bien évident que ces deux définitions sont équivalentes
tandis qu’en dimension infinie, une valeur propre est aussi une valeur spectrale
mais la réciproque est fausse en général. Il est important de noter que
PROPOSITION II.88. Les valeurs propres d’un opérateur auto-adjoint (i.e. un
opérateur tel que pour tous x, y ∈ H, (T x, y) = (x, T y)) sont réelles.
C’est une proposition très importante : en mécanique quantique, les mesures d’une
quantité physique sont des valeurs propres d’opérateurs auto-adjoints. Cette pro-
position assure que ces grandeurs sont réelles. La preuve est évidente : si α est une
valeur propre et x un vecteur propre associé, on a, puisque T est auto-adjoint,
αkxk2 = (x, T x) = (T x, x) = αkxk2 ,
ce qui implique α = α et donc α ∈ R. En travaillant un peu plus, on peut voir que
la proposition est vraie aussi avec les valeurs spectrales mais ce sont les valeurs
propres qui seront importantes pour la mécanique quantique.
Rappelons que par définition la somme directe infinie ⊕i Ei des espaces vectoriels
Ei est l’ensemble des combinaisons linéaires finies de vecteurs de Ei . Nous donnons
une démonstration de ce théorème dans le paragraphe 2.2.2. Ce théorème implique
COROLLAIRE II.90. Soit H un espace de Hilbert hermitien et T un opérateur
auto-adjoint compact, alors V p(T ) est au plus dénombrable et tout vecteur ψ de H
s’écrit
X
ψ= Pα (ψ)
α∈V p(T )
Nous démontrons ce corollaire dans le paragraphe 2.2.3. Pour finir, en prenant une
base hilbertienne dans chaque espace propre nous obtenons aussi
COROLLAIRE II.91. Soit H un espace de Hilbert hermitien et T un opérateur
auto-adjoint compact. Alors, il existe une base hilbertienne orthonormée de H (pas
forcément dénombrable) composée uniquement de vecteurs propres de T .
Remarque II.92. Remarquons que pour α 6= 0, l’espace propre Eα est de di-
mension finie. En effet, sinon, considérons une suite orthonormée (en ) de Eα qui
forme donc un sous-ensemble borné de Eα . Puisque l’opérateur T est compact,
T (en ) admet une sous-suite convergente. Mais, cela ne peut pas être vrai car pour
n 6= m,
kT (en ) − T (em )k2 = α2 ken − em k2 = 2α2
la dernière égalité résultant de Pythagore.
il existe une suite (xn ) de vecteurs unitaires telle que limn kT (xn )k = α. Notons
A = αId − T . On a par définition de (xn )
lim(A(xn ), xn ) = 0. (II.94)
n
En effet, soit x un vecteur propre de A associé à une valeur propre λ alors ABx =
BAx = λBx et donc Bx est aussi vecteur propre de A associé à λ. En particulier,
les espaces propres de A sont stables par B. Il ne reste plus qu’à appliquer le
70 B. RAPPELS SUR LES ESPACES DE HILBERT
Soient G, H deux espaces de Hilbert (cela pourrait être seulement des espaces
vectoriels). On peut montrer (ce que nous ne ferons pas ici) qu’à isomorphisme
près, il existe un unique espace de Hilbert noté G ⊗ H appelé produit tensoriel de
G par H et une application linéaire T : G × H → G ⊗ H tels que
– T (G × H) engendre G ⊗ H ;
– Si (gi )i , (hj )j sont des bases hilbertiennes de G et H alors (T (gi , hj ))i,j est une
base hilbertienne de G ⊗ H.
On notera généralement u ⊗ v à la place de T (u, v). Si G et H sont de dimension
finie, c’est aussi le cas de G ⊗ H et on a
dim(G ⊗ H) = dim(G)dim(H).
Le produit hermitien sur G ⊗ H est tel que pour u, u′ ∈ G, v, v ′ ∈ H,
(u ⊗ v, u′ ⊗ v ′ ) = (u, u′)G (v, v ′ )H .
Pour finir, si f, f ′ sont des opérateurs de G et H, on obtient un opérateur f ⊗ f ′
de G ⊗ H en posant
f ⊗ f ′ (u ⊗ v) = f (u) ⊗ f (v).
ANNEXE C
Les spineurs
La construction précise des spineurs en général est compliquée. Une très bonne
référence est par exemple [Hiz99]. Nous nous plaçons ici dans le cadre simple de
la relativité restreinte, c’est-à-dire sur R4 munie de la forme quadratique η :=
dx2 − dt2 . L’algèbre de Clifford Cl(R4 , η) est définie par
Cl(R4 , η) := T (R4 )/I(R4 , η)
où T (R4 ) est l’algèbre tensorielle de R4 , autrement dit
T (R4 ) = ⊕∞ k 4
k=0 (⊗i=1 R )
et où I(R4 , η) est l’idéal engendré par les éléments de la forme x ⊗ x + η(x, x)1.
La loi de multiplication interne sur Cl(R4 ) (c’est-à-dire celle induite par ⊗ sur le
quotient) est notée ”·“ et s’appelle multiplication de Clifford. On peut alors vérifier
que Cl(R4 , η) est l’algèbre engendrée par R4 avec la relation
v · w + w · v = −2η(v, w)1 (III.97)
pour tous v, w ∈ R4 . En particulier, notons (e1 , e2 , e3 , e4 ) la base canonique de R4 ,
on a les relations
ei · ej + ej · ei = 0
si i 6= j et
2
−1 si i ∈ {1, 2, 3}
ei =
1 si i = 4.
On peut vérifier que
{ei1 · ei2 · ... · eik |1 ≤ i1 < · · · < ik , 0 ≤ k ≤ 4}
est une base de l’espace vectoriel Cl(R4 , η).
L’opérateur D est appelé opérateur de Dirac. Les relations (III.97) montrent immédiatement
que
D 2 = − = −∆x + ∂tt . (III.98)
On peut aussi construire sur Σ4 de manière naturelle un produit hermitien qui est
tel que D est auto-adjoint.
Bibliographie
73