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Introduction à la Mécanique Quantique

Ce document présente un résumé de la naissance de la mécanique quantique. La mécanique quantique est née au début du 20e siècle avec les travaux de Planck, Einstein et Bohr qui ont remis en cause la distinction entre matière et ondes. Le document décrit les principales découvertes expérimentales et théoriques qui ont conduit à l'émergence de la mécanique quantique.

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Introduction à la Mécanique Quantique

Ce document présente un résumé de la naissance de la mécanique quantique. La mécanique quantique est née au début du 20e siècle avec les travaux de Planck, Einstein et Bohr qui ont remis en cause la distinction entre matière et ondes. Le document décrit les principales découvertes expérimentales et théoriques qui ont conduit à l'émergence de la mécanique quantique.

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Mécanique Quantique

Emmanuel Humbert

To cite this version:


Emmanuel Humbert. Mécanique Quantique. 2012. �hal-00660265�

HAL Id: hal-00660265


[Link]
Preprint submitted on 16 Jan 2012

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abroad, or from public or private research centers. publics ou privés.
Mécanique Quantique

Emmanuel Humbert
Laboratoire de Mathématiques et Physique Théorique
Université F. Rabelais de Tours
Parc de Grandmont
37000 Tours
humbert@[Link]
Travail soutenu en partie par l’ANR-10-BLAN 0105
Ce texte est dans le même esprit que celui que j’avais écrit sur la relativité générale
[Hum10]. Il a pour but de présenter la mécanique en utilisant un langage de
mathématicien tout en ne perdant pas de vue l’aspect physique du problème. La
mécanique quantique étant par essence une théorie mathématique, on peut à juste
titre se dire que cette démarche n’est pas originale. L’originalité réside plutôt dans
le point de vue que je choisis d’adopter : j’essaye de présenter les intuitions qui
ont conduit au formalisme de la théorie en allant le plus rapidement possible au
but. On ne trouvera donc ici ni exemples, ni exercices et seulement très peu d’ap-
plications, bien que la plupart du texte ne dépasse pas le niveau de licence. Je
me base principalement sur l’excellent livre de Jean-Louis Basdevant et Jean Dali-
bard [BD86]. J’utilise également l’incontournable [Me95]. Mon travail a surtout
consisté à en extraire les points qui me semblaient les plus importants pour com-
prendre la construction de la mécanique quantique et en répondant à certaines
questions que, de par ma formation purement mathématique, je me suis posées.
Il va sans dire que les choix que j’ai faits sont discutables et certains les trouve-
ront sans doute inadaptés à leur manière de penser. Je donne aussi très peu de
références. Pour finir, je conseille à tout lecteur qui voudrait aborder la mécanique
quantique par un ouvrage de vulgarisation, de lire le livre d’A. Mouchet [Mo95],
qui, sans rentrer dans les détails techniques, présente de manière passionnante les
bases de la théorie.
Table des matières

Chapitre I. La naissance de la mécanique quantique 5


Chapitre II. Mécanique ondulatoire 7
1. Modélisation d’une onde 7
2. Modélisation d’une particule en mécanique ondulatoire et équation de
Schrödinger 8
3. D’où vient l’équation de Schrödinger ? 9
4. Compatibilité de l’équation de Schrödinger avec la définition de la
fonction d’onde. 10
5. Paquet d’ondes 11
6. Vitesse d’une particule dans le vide 12
7. Principe d’incertitude d’Heisenberg 15
8. Mesures physiques 17
Chapitre III. Principes de la mécanique quantique 23
1. Principes de base et premières conséquences 23
2. Prédictibilité de l’évolution d’un système : le chat de Schrödinger 27
3. Commutateurs des observables 29
Chapitre IV. Du moment cinétique à la définition du spin 33
1. Moment cinétique d’une particule en physique classique 33
2. Définition du mouvement cinétique en mécanique quantique 34
3. Spectre d’un moment cinétique 34
4. Mouvement cinétique orbital 36
5. Interprétation physique des propositions IV.41 et IV.45 : spin d’une
particule 37
6. Expérience de Stern et Gerlach 37
Chapitre V. Le spin et son formalisme 39
1. Définition 39
2. Modélisation de l’état spatial d’une particule de spin 1/2 41
3. Moment magnétique d’une particule 41
4. ”Comportement spinoriel“ 42
Chapitre VI. Principe de Pauli 45
1. Systèmes de deux particules 45
2. Spin d’un système de deux particules 47
3. Principe de Pauli 48
Chapitre VII. Mécanique quantique relativiste 51
1. Équation de Klein-Gordon 51
3
4 TABLE DES MATIÈRES

2. Limites de l’équation de Klein-Gordon 52


3. L’équation de Dirac 55
4. Écriture spinorielle de l’équation de Dirac 57
5. Une construction plus physique de l’espace εspin 58
6. De la théorie du positron à la théorie quantique des champs 60
Annexe A. Rappels sur les transformées de Fourier 63
Annexe B. Rappels sur les espaces de Hilbert 65
1. Définitions, généralités 65
2. Spectre des opérateurs 66
3. Diagonalisation simultanée de deux opérateurs qui commutent 69
4. Produit tensoriel d’espaces de Hilbert 70
Annexe C. Les spineurs 71
Annexe. Bibliographie 73
CHAPITRE I

La naissance de la mécanique quantique

La mécanique quantique est née un peu de la même manière que la relativité


générale : des observations expérimentales nous ont obligés à revoir complètement
notre manière de penser. Alors que la relativité générale a bouleversé la vision
que nous avions de l’univers à grande échelle, la mécanique quantique remet en
cause toute notre intuition concernant la physique des particules. En particulier,
jusqu’en 1900, matière et ondes étaient complètement dissociées. La matière était
composée de particules, c’est-à-dire de briques élémentaires, vues alors comme de
petites “billes”. Les ondes étaient déjà plus difficiles à concevoir, plus abstraites car
justement immatérielles, bien qu’étant omniprésentes au quotidien : lumière, son,
vagues à la surface de la mer,... On pourrait les définir comme des propagations
de perturbations du milieu ambiant. La barrière entre ces deux notions va tomber
avec la mécanique quantique mais il faudra du temps pour accepter de tels chan-
gements de conception du monde qui nous entoure. C’est en 1900 que tout a com-
mencé lorsque Planck montre que des oscillateurs mécaniques chargés ne peuvent
émettre ou absorber que des quantités discrètes d’énergie lumineuse. Le travail
de Planck n’est en fait qu’empirique : pour être précis, il montre qu’en faisant
cette hypothèse étonnante, on peut écrire une formule simple qui modélise parfai-
tement le spectre des corps noirs. Les physiciens de l’époque ne voyaient là qu’une
astuce mathématique permettant de trouver des résultats correspondant à l’ob-
servation. En 1905, Einstein fut le premier à interpréter physiquement ces idées :
la lumière était elle-même composée de particules, ou tout au moins de ce qu’il
appelait quanta d’action et qui furent rebaptisés photons en 1926 par Lewis, ce qui
était en complète contradiction avec le caractère ondulatoire de la lumière. Cette
interprétation physique des résultats de Planck fut l’objet de nombreuses contre-
verses pendant plusieurs années : qu’une onde comme la lumière puisse avoir un
comportement corpusculaire était à l’époque inacceptable. En 1912, Bohr propose
un modèle de l’atome d’hydrogène convaincant en postulant là-aussi que l’absorp-
tion et l’émission de lumière par la matière se faisait par quantités discrètes.

Ce n’est en fait qu’à partir de 1914 que ces idées théoriques vont trouver leur
confirmation expérimentale avec les expériences de Franck et Hertz qui corro-
borent parfaitement les prédictions de Bohr sur la quantification de l’absorption et
émission d’énergie lumineuse par les systèmes atomiques ou moléculaires. Plusieurs
expériences viennent confirmer cette théorie naissante (la mécanique quantique)
mais nous allons nous borner à étudier celle des deux fentes de Young (qui est en
fait réalisée par F. Shimizu, K. Shimizu et H. Takuma telle que décrite ci-dessous)
qui prouve de manière éclatante la dualité onde/matière.

5
6 I. LA NAISSANCE DE LA MÉCANIQUE QUANTIQUE

L’expérience est la suivante : on lance des atomes de néon (l’expérience peut


aussi être faite avec des électrons, neutrons, molécules) perpendiculairement à une
plaque opaque percée de deux fentes. Un peu plus loin, on place un écran parallèle
à la plaque et on observe l’endroit où les atomes de néons vont frapper l’écran
après être passés dans l’une des deux fentes.

Plaque Ecran

Atome
de néon

Figure 1. Expérience des deux fentes de Young

Voici alors ce qu’on observe :


– Chaque atome laisse une marque sur l’écran en un point précis. Cela confirme
ce que l’on savait déjà à savoir l’aspect corpusculaire de la matière.
– Beaucoup plus étonnant : quand on envoie une succession d’atomes du même
endroit, avec la même vitesse et dans la même direction, ils ne frappent pas tous
l’écran au même point. Quand on le fait un grand nombre de fois, on s’aperçoit
qu’ils frappent l’écran à peu près partout mais beaucoup plus souvent sur des
franges (coloriées sur le dessin ci-dessus). Plus précisément, on peut vérifier que
les atomes viennent frapper l’écran de manière aléatoire avec une probabilité
dont la densité est parfaitement définie et sinusoı̈dale. Les franges correspondent
aux ”pics” de cette densité.
– Plus étonnant encore, si l’on bouche l’une des fentes, d’autres franges appa-
raissent. Ce qui est frappant, c’est qu’il y a des régions de l’écran qui sont
atteintes régulièrement lorsque une seule des deux fentes est ouverte et qui ne
le sont pas si on ouvre la deuxième fente. Ce type de comportement est ca-
ractéristique de ce qu’on observe pour des ondes : sans rentrer dans les détails,
la somme de deux ondes est encore une onde mais les “pics” d’oscillations ne sont
plus les mêmes. Cette expérience met en évidence le comportement ondulatoire
de la matière.
– Le point précédent suggère alors une autre expérience : on ouvre les deux fentes
et on observe les atomes qui passent par la fente 1 et on note leur point d’impact.
Tout se passe alors comme si la fente 2 était bouchée. Cela semble contredire
l’expérience précédente. En fait, pour faire cette deuxième expérience, on doit
s’y prendre différemment et cela modifie le résultat. Plus précisément, faire une
mesure influe sur le résultat des expériences.
Nous avons décrit ci-dessus de manière très imprécise à la fois le déroulement
de l’expérience et son résultat. L’idée était seulement de montrer que, comme en
relativité générale, il faut remettre sérieusement en question sa manière de voir les
choses pour bâtir une théorie cohérente.
CHAPITRE II

Mécanique ondulatoire

Plusieurs tentatives ont été nécessaires avant d’aboutir à la formulation actuelle


de la mécanique quantique. Plus précisément, au milieu des années 1920, il y avait
deux approches concurrentes pour modéliser les phénomènes quantiques : celle de
Heisenberg, Born, Jordan et Dirac, appelée mécanique des matrices, et celle de
Schrödinger, appelée mécanique ondulatoire mise au point dans une série de huit
articles datant de 1926 et dont nous présentons la démarche dans ce chapitre. Cela
permettra de comprendre de manière relativement intuitive comment ces deux
théories seront unifiées pour donner la mécanique quantique telle que formalisée
actuellement et dont les principes seront présentés à partir du Chapitre III.

1. Modélisation d’une onde

En raison de la nature ondulatoire de la matière décrite plus haut, nous avons


besoin de nous intéresser de plus près à ce qu’est une onde et à la manière dont
on peut la modéliser mathématiquement. Nous avons expliqué qu’une onde se
définissait comme la propagation d’une certaine pertubation ”ondulatoire” à tra-
vers un milieu. Nous avons également vu que ces ondes pouvaient être de na-
ture bien différentes selon qu’il s’agisse d’un son, d’une vague ou encore d’une
onde gravitationnelle comme rencontrée en relativité générale. D’un point de vue
mathématique, ces phénomènes ont tous en commun de faire intervenir les solu-
tions de l’équation des ondes
ϕ = 0 (II.1)
P
(où  := −∂tt +∆ = −∂tt + i ∂ii est l’opérateur D’Alembertien) ou tout au moins
des solutions d’équations dont la forme est très proches et qui peuvent avoir des
termes supplémentaires en fonction du milieu observé. C’est de cette constatation
que nous allons partir : une onde sera modélisée par une fonction ϕ : M → C,
solution d’une certaine équation et où M est l’espace-temps que l’on considère.
Le plus souvent on travaille avec celui de la mécanique classique puisque de nom-
breux points de la physique quantique s’accordent mal avec les théories relativistes.
La fonction ϕ doit contenir toute l’information nécessaire à la description de l’onde.

Une solution évidente de l’équation (II.1) est la fonction

ϕ(x, t) = ϕ0 ei(k·x−ωt) (II.2)


où x représente le vecteur position, t le temps, k le vecteur d’onde (c’est-à-dire le
vecteur de propagation d’onde), ω est la fréquence de l’onde et x · k est le produit
7
8 II. MÉCANIQUE ONDULATOIRE

scalaire. On suppose ici que l’on travaille sur Rn × R avec le produit scalaire
canonique sur Rn , espace des vecteurs positions. ϕ0 est une constante que nous
laissons de côté pour l’instant. La raison pour laquelle le vecteur k est appelé
vecteur d’onde est la suivante : on a
ϕ(x, t) = ϕ(x + wk/||k||, t + 1),
ce qui signifie que le phénomène observé, quel qu’il soit, a les mêmes propriétés en
(x, t) et en (x + wk/||k||, t + 1) et a donc un vecteur de propagation égal à wk/||k||.
Par ailleurs, on observe que, pour que ϕ soit solution de (II.1), il faut et il suffit
que w 2 = ||k||2. Autrement dit, le vecteur de propagation est bien le vecteur k.
DÉFINITION II.3. Une onde de la forme (II.2) est appelée onde monochroma-
tique.

On remarquera que cette définition est purement mathématique et n’est pour


l’instant reliée à aucun phénomène physique.

2. Modélisation d’une particule en mécanique ondulatoire et équation


de Schrödinger

Compte-tenu de l’expérience des fentes de Young décrite plus haut, l’idée (auda-
cieuse) va être de modéliser les particules de la même manière que des ondes, à
savoir par une fonction ψ : M → C contenant toute l’information sur la particule.
Ici, M est l’espace-temps de la mécanique classique et s’écrit M = M ′ × R où M ′ ,
est le ”domaine d’existence” de la particule. Dans ce qui suit, on prendra M ′ = R3 .
Pour tenir compte de l’aspect ”matériel” de la particule, on va imposer :
Principe 1 : la probabilité de trouver la particule à l’instant t dans une portion
Ω ⊂ R3 est égale à

Z
|ψ(x, t)|2 dx. (II.4)

Toute fonction suffisament dérivable ψ : M → C n’est pas nécessairement admis-


sible. Par exemple, le principe 1 impose que l’on ait
Z
|ψ(x, t)|2 dx = 1. (II.5)
R3

L’expérience des fentes de Young suggère également que les ondes puissent se
superposer ce que conduit à supposer
Principe de superposition : Toute combinaison linéaire de fonctions d’onde
est également une fonction d’onde admissible
Avant même de l’expliquer, énonçons le principe fondamental de la mécanique
ondulatoire :
Principe 2a : La fonction d’onde ψ : M → C d’une particule de masse m
évoluant dans le vide et soumise à aucune interaction est solution de l’équation de
3. D’OÙ VIENT L’ÉQUATION DE SCHRÖDINGER ? 9

Schrödinger
~2
i~∂t ψ = − ∆ψ (II.6)
2m
où ~ est une constante universelle appelée constante de Planck et où le laplacien
∆ est un laplacien spatial, avec la convention de signe suivante :
∆ = ∂11 + ∂22 + ∂33 .

On prendra garde au fait que le laplacien ici est celui habituellement


utilisé en mécanique quantique. Il est égal l’opposé de celui utilisé en
géométrie différentiel (et en particulier dans [Hum10]).

La constante de Planck ~ possède les dimensions dune énergie multipliée par le


temps, ou de manière équivalente d’une quantité de mouvement par une longueur.
Voici sa valeur exprimée en [Link] :
~ = 1, 05457162810−34 J.s
avec une incertitude standard de ±0.00000005310−34 J.s.
Dans le cas d’une particule placée dans un potentiel, on a
Principe 2b : La fonction d’onde ψ : M → C d’une particule placée dans un
potentiel V (x, t) est solution de :
~2
i~∂t ψ = − ∆ψ + V ψ. (II.7)
2m

3. D’où vient l’équation de Schrödinger ?

Dans [Hum10], nous avons expliqué comment des considérations physiques habiles
permettaient d’arriver à l’équation d’Einstein. Les justifications pour postuler les
principes 2a et 2b ci-dessus sont beaucoup plus audacieuses. D’ailleurs, Schrödinger
lui-même n’était pas satisfait de son équation. La raison principale de l’ériger
en tant que principe est qu’elle donne des résultats remarquablement conformes
par rapport aux mesures expérimentales. Par contre, les arguments théoriques qui
aboutissent à l’équation ont été mis au point après coup et sont relativement flous.
Nous n’allons pas les répéter en détail ici. L’une des idées est de minimiser une
fonctionnelle d’énergie concernant la fonction d’onde et d’enlever les termes non-
linéaires de l’équation qui en découle. Cette idée mime le cas classique qui consiste
pour décrire le mouvement des particules à minimiser une fonctionnelle d’énergie
sur les trajectoires possibles. Les raisons pour lesquelles on ignore purement et
simplement les termes non-linéaires sont plus qu’approximatives.
Une deuxième raison est la suivante : commençons par imaginer ce que pourrait
être une particule qui se déplace à vitesse constante v dans une direction donnée
k. L’idée naturelle serait de prendre pour de telles particules la fonction d’onde
monochromatique donnée par (II.2) :
ψ(x, t) = ψ0 ei(k·x−ωt) .
10 II. MÉCANIQUE ONDULATOIRE

Il faut d’abord remarquer que cette fonction particulière n’est pas admissible puis-
qu’elle ne vérifie pas (II.5). Rappelons que la quantité de mouvement et l’énergie
totales d’un système jouent un rôle particulier en physique du fait qu’elles sont
conservées avec le temps, du moins dans le cas de systèmes isolés sans poten-
tiel. Beaucoup de théories physiques sont construites en s’appuyant sur ces gran-
deurs, en particulier en relativité générale (voir [Hum10]). C’est pourquoi la fonc-
tion d’onde ci-dessus sera plutôt écrite en termes de quantité de mouvement p et
d’énergie E avec
E = ~ω et p2 = 2mE. (II.8)
Dans le paragraphe 6, nous expliquerons pourquoi le p que nous avons ainsi
défini s’interprète bien comme une quantité de mouvement. Ces conditions sont
données pour que les ondes définies ci-dessous par (II.9) et qui sont celles que nous
considèrerons désormais soient solutions de l’équation (II.6) :
i
ψ(x, t) = ψ0 e ~ (p·x−Et). (II.9)
Bien que ne satisfaisant pas (II.5), ces fonctions d’onde seront considérées comme
”de base” pour modéliser au moins localement des particules libres de quantité
de mouvement p et d’énergie E et sont appelées ondes de de Broglie. Avec cette
vision, nous pouvons revoir l’expérience des fentes de Young. On résout l’équation
(II.6) avec les conditions aux limites suivantes :
– ψ ≡ 0 en tout point de la plaque opaque, hormis sur les deux trous.
– Notons z la coordonnée de l’axe perpendiculaire à l’écran et à la plaque opaque.
On veut que si z → −∞ et t → −∞, l’onde tende vers une onde de de Broglie
dans la direction de z (on néglige l’onde réfléchie sur la plaque opaque).
– Pour z → +∞, ψ → 0.
On peut alors montrer que le problème admet bien une et une seule solution qui
conduit à des résultats conformes à l’expérience.

4. Compatibilité de l’équation de Schrödinger avec la définition de la


fonction d’onde.

Une première remarque est la suivante : on peut se demander si la normalisation


(II.5), qui doit être vérifiée pour tout t, est compatible avec l’équation (II.6). En
fait, non seulement on a compatibilité entre ces relations mais on a même plus :
l’équation (II.6) implique que si la relation (II.5) est vraie pour un t ∈ R, alors
elle l’est pour tout t. En effet, avec (II.6) et en utilisant le fait que ψ satisfait :
~2
i~∂t ψ = ∆ψ
2m
on voit que
Z Z Z
2
∂t |ψ| dx = (∂t ψ)ψdx + (∂t ψ)ψdx
R3 R3 R3
Z 
i~
Z
= ψ∆ψdx − (∆ψ)ψdx
2m R3 R3
= 0.
5. PAQUET D’ONDES 11

Ici, on a supposé tout de même qu’une fonction admissible permettait de faire


l’intégration par partie de la dernière ligne, c’est-à-dire par exemple que ψ ∈
C 2 (M) ∩ H 2,2 (R2 ), H 2,2 désignant l’espace de Sobolev des fonctions L2 dont toutes
les dérivées d’ordre inférieur ou égal à 2 sont aussi dans L2 . Nous ne nous arrêterons
pas sur ces considérations. Remarquons seulement que de telles hypothèses sont
physiquement plausibles : l’action d’une particule à l’infini est très faible, voir
inexistante. On peut donc supposer que sa fonction d’onde ainsi que ses dérivées
décroissent suffisamment pour permettre ce genre de calcul.

5. Paquet d’ondes

Malgré ce qui a été dit dans le paragraphe 3, on a envie de penser que les ondes de
de Broglie, même si elles ne peuvent modéliser de manière globale une particule,
doivent pouvoir le faire de manière locale au moins. Puisque par ailleurs, une
combinaison linéaire de fonctions d’onde admissibles est aussi une fonction d’onde
admissible, on a envie de considérer une combinaison linaire de fonctions d’ondes
de de Broglie. Malheureusement, cela ne suffit pas pour que la relation (II.5) soit
satisfaite. Pour cela, il faut considérer une ”somme infinie non dénombrable d’ondes
de de Broglie”, autrement dit ”l’intégrale d’une famille d’ondes de de Broglie” que
nous pouvons indexer par le vecteur k de propagation de chacune de ces ondes de
de Broglie. Plus précisément, on dira que
DÉFINITION II.10. Un paquet d’onde est une fonction d’onde de la forme
Z
i
ψ(x, t) = ϕ(k)e ~ (k·x−E(k)t) dk
R3
k2
où l’on doit se rappeler que E(k) = 2m
(voir (II.8)).

En fait, ces considérations sont loin d’être gratuites : le résultat ci-dessous montre
que toute fonction d’onde admissible est un paquet d’ondes. Plus précisément,
nous montrons le résultat suivant :
THÉORÈME II.11. Soit ψ : M → C une fonction d’onde admissible solution
de l’équation de Schrödinger (II.6). Alors, il existe une fonction ϕ : R3 → C (en
particulier, qui ne dépend pas de t) telle que
1
Z
i
(p·x−Et)
ψ(x, t) = ϕ(p)e ~ dp
(2π~)3/2 R3
où l’on rappelle que E = |p|2 /(2m). De plus, on a la normalisation
Z Z
2
|ϕ(p)| dp = |ψ(x, t)|2 dx = 1.
R3 R3

Démonstration : Soit f (x, t) une fonction admissible solution de (II.6). On définit


pour tous (p, t),
1
Z
i
g(p, t) = 3/2
f (x, t)e− ~ p·x dx.
(2π~) R3
On calcule alors, en utilisant l’équation (II.6) puis une intégration par parties :
12 II. MÉCANIQUE ONDULATOIRE

1
Z
i
∂t g(p, t) = 3/2
∂t f (x, t)e− ~ p·x dx
(2π~) 3
ZR
1 i~ i
= 3/2
(∆x f (x, t))e− ~ p·x dx
(2π~) 3 2m
ZR
1 i~ i
= 3/2
f (x, t)∆x e− ~ p·x dx
(2π~) R3 2m
1 i~ |p|2 − i p·x
Z
= f (x, t)(− )e ~ dx
(2π~)3/2 R3 2m ~2
−i|p|2
= g(x, t).
2m~
Ainsi, en posant
i|p|2 i
ϕ(p, t) = g(p, t)e 2m~ t = g(p, t)e ~ Et ,
on trouve que ∂t ϕ(p, t) = 0 et donc que ϕ(p, t) = ϕ(p) ne dépend pas de t. D’après
la relation (I.82) de l’appendice A, et puisque que g est la transformée de Fourier
inverse de f , on a
1
Z
i
f (x, t) = 3/2
g(p, t)e ~ p·x dp
(2π~) 3
ZR
1 i i
= 3/2
ϕ(p)e− ~ Et e ~ p·x dp.
(2π~) R3
qui est exactement ce que nous cherchions à obtenir. 

6. Vitesse d’une particule dans le vide

6.1. Définition. Revenons maintenant à la modélisation d’une particule. Les


définitions données plus haut doivent permettre de caractériser complètement une
particule, en particulier de retrouver sa vitesse. Nous avons défini la vitesse de
propagation d’une onde monochromatique dans le paragraphe (1) mais comme
nous l’avons vu, ces fonctions d’onde (celles que nous avons appelées aussi ondes
de de Broglie) ne peuvent en aucun cas modéliser une particule puisqu’elles ne
satisfont pas la relation (II.5). Par ailleurs, la notion de vitesse qui apparaı̂t pour
de telles ondes n’est pas généralisable à une fonction d’onde admissible quelconque.
D’ailleurs, il n’y a aucune raison de dire qu’il existe un vecteur k tel que ψ(x +
k, t + 1) = ψ(x, t) comme c’est le cas pour les ondes de de Broglie. Les définitions
que nous allons utilisons sont donc les suivantes et semblent effectivement bien
plus naturelles : d’abord, pour parler de vitesse, il faut parler de position de la
particule. Mais par définition, une particule n’a justement pas de position précise
puisqu’elle ne possède que des probabilités de présence. Ce qui est naturel, c’est
de définir l’espérance de sa position, autrement dit l’espérance de la densité de
probabilité ψ : nous parlerons de centre de la particule que nous définirons comme
Z
< x >:= x|ψ|2 dx. (II.12)
R3
Ce centre représente donc la ”position la plus probable de la particule”. Bien
évidemment, on peut avoir un grand écart type ce qui va donner les ”incertitudes
6. VITESSE D’UNE PARTICULE DANS LE VIDE 13

de mesure”. Il est alors naturel de définir la vitesse de la particule comme la vitesse


de < x > qui cette fois a bien un sens précis.
DÉFINITION II.13. On considère une particule de fonction d’onde ψ. Sa vitesse
sera alors définie par
Z
< v >:= ∂t < x >= x∂t |ψ|2 dx.
R3

Même si la définition semble naturelle, on peut se poser la question de savoir si


la vitesse ainsi définie a un sens raisonnable. En particulier, il semblerait justifié
de demander qu’une particule évoluant dans le vide sans aucune contrainte soit
animée d’un mouvement rectiligne uniforme. Le résultat suivant montre que c’est
bien le cas :
PROPOSITION II.14. Le vecteur vitesse d’une particule évoluant dans le vide et
soumise à aucun potentiel est constant.

La démonstration sera faite dans le paragraphe suivant.

Nous avons vu dans le paragraphe précédent que si ψ est la fonction d’onde d’une
particule dans le vide, alors on peut l’écrire sous la forme d’un paquet d’ondes :
1
Z
i
ψ(x, t) = 3/2
ϕ(p)e ~ (p·x−Et)dp (II.15)
(2π~) R3

où E = |p|2 /(2m) et où


Z Z
2
|ϕ(p)| dp = |ψ(x, t)|2 dx = 1.
R3 R3

La notation p pour la variable de ϕ évoque une quantité de mouvement. En fait,


pour de telle particules, nous définirons même :
DÉFINITION II.16. La quantité de mouvement moyenne du paquet d’onde est
définie par
Z
< p >= p|ϕ(p)|2dp.
R3

Cette définition est justifiée par la proposition suivante.


PROPOSITION II.17. On a < p >= mv où v est le vecteur vitesse (constant en
vertu de la proposition II.14).

Conséquence importante : La fonction |ϕ|2 s’interprète donc comme une den-


sité de probabilité pour la mesure de la quantité de mouvement. Il existe d’ailleurs
d’autres moyens, plus physiques, de le voir. En présence d’un potentiel V , on peut
montrer que le résultat reste le même : si ψ est la fonction d’onde d’une particule,
la densité de probabilité de la quantité de mouvement sera donnée par |ϕ|2 où ϕ
est la transformée de Fourier de ψ. Notons qu’avec un potentiel, la fonction ϕ peut
dépendre de t.
14 II. MÉCANIQUE ONDULATOIRE

6.2. Démonstration de la proposition II.14. Puisque la particule évolue


dans le vide et sans contrainte, sa fonction d’onde ψ est solution de l’équation
(II.6). En prenant le conjugué de cette équation, on voit que ψ vérifie
~2
i~∂t ψ = ∆ψ.
2m
On en déduit que
Z
<v>= x∂t |ψ|2 dx
R3
Z Z
= x(∂t ψ)ψdx + (∂t ψ)ψdx
R3 R3
i~
Z

= x ψ∆ψdx − (∆ψ)ψ dx
2m R3
i~
Z
= ∆(xψ)ψ − ∆(xψ)ψdx.
2m R3
.
On observe maintenant que, en écrivant x = x1 e1 + x2 e2 + x3 e3 et en remarquant
que ∆x = 0,
X3
∆(xψ) = ∂i ψ + x∆ψ.
i=1
La même formule est valable avec ψ si bien que :
3 Z
!
i~ X i~
Z
 
< v >= ( ψ∂i ψ − ψ∂i ψ dx − x ψ∆ψdx − (∆ψ)ψ dx.
m i=1 R3 2m R3
Or la dernière intégrale du membre de droite n’est autre que < v > tel que calculé
ci-dessus. Ainsi,
3 Z
i~ X 
2 < v >= ( ψ∂i ψ − ψ∂i ψ dx. (II.18)
m i=1 R3
On écrit maintenant que
ψ∂i ψ = ∂i |ψ|2 − ψ∂i ψ
L’intégrale du premier terme du membre de droite est nulle. On obtient donc que
3 Z
2i~ X
2 < v >= − ψ∂i ψdx. (II.19)
m i=1 R3
On dérive maintenant cette expression en fonction de t et on utilise de nouveau
(II.6) :
i~
Z
∂t < v > = − (∂i ∂t ψ)ψ + ∂i ψ∂t ψdx
m R3
 2 Z
i~ 
=− ∆(∂i ψ)ψ − ∂i ψ∆ψ dx
2m R3
= 0.
Celta termine la preuve de la proposition II.14.
7. PRINCIPE D’INCERTITUDE D’HEISENBERG 15

6.3. Démonstration de la proposition II.17. On rappelle que le théorème


de Plancherel-Parseval (voir Appendice A) dit que si f , h sont des fonctions L2 et
si fˆ, ĥ sont leurs transformées de Fourier respectives alors
Z Z
f (x)g(x)dx = fˆ(p)ĝ(p)dp.
R3 R3

On applique ce résultat avec f = ψ et h = −i~∂i ψ (i := 1, 2, 3). On a donc fˆ = ϕ


et, en vertu de (II.15), ĥ = pi ϕ où pi est la i-ème coordonnée de p. On obtient
Z Z
−i~ ψ(x)∂i ψ(x)dx =< pi >:= pi |ϕ(p)|2 dp.
R3 R3
Le résultat se déduit alors de (II.18).

7. Principe d’incertitude d’Heisenberg

Le principe d’incertitude d’Heisenberg est l’un des points remarquables et contre-


intuitifs de la mécanique ondulatoire et de la mécanique quantique en général :
plus on connaı̂t précisément la position d’une particule, moins on connaı̂t son
vecteur vitesse et vice-versa. Avant d’énoncer précisément ce principe, il convient
de remarquer le fait suivant : supposons que g est une fonction telle que |g|2
est la densité de probabilité d’une variable aléatoire qui représente une grandeur
physique, la position ou la vitesse par exemple. Alors, l’espérance de |g|2, c’est-à-
dire Z
< y >:= y|g(y)|2dy
R3
représente la moyenne des mesures que nous ferons de cette grandeur physique.
Par ailleurs, plus l’écart-type sera grand, plus nous aurons des fluctuations dans
ces mesures même si en moyenne nous trouvons la valeur < y >. Autrement dit,
la quantité
∆y 2 :=< y 2 > − < y >2
représente l’incertitude dans la mesure de y.
Prenons maintenant une particule dans le vide représentée par un paquet d’ondes
(voir Théorème II.11)

1
Z
i
ψ(x, t) = ϕ(p)e ~ (p·x−Et)dp (II.20)
(2π~)3/2 R3

où E = |p|2 /(2m) et où


Z Z
2
|ϕ(p)| dp = |ψ(x, t)|2 dx = 1.
R3 R3

Alors, nous avons vu qu’il était naturel de définir la position de la particule par
Z
< x >:= x|ψ(x)|2 dx.
R3
D’après la discussion ci-dessus, la quantité
∆x2i :=< x2i > − < xi >2
16 II. MÉCANIQUE ONDULATOIRE

(où xi est la i-ème coordonnées de x) représentera l’incertitude que nous aurons en


mesurant la coordonnée xi de la particule. De même, nous avons vu (voir Proposi-
tion II.17) que la fonction |ϕ|2 s’interprétait comme une densité de probabilité dans
la mesure de la quantité de mouvement (et donc dans la vitesse) de la particule.
Ainsi, en notant pi la i-ème coordonnée de p, la quantité
∆p2i :=< p2i > − < pi >2
représentera l’incertitude de mesure de la quantité de mouvement de la particule
sur l’axe des xi .

Le principe d’incertitude d’Heisenberg dit alors que


PROPOSITION II.21. On a la relation
∆xi ∆pi ≥ ~/2.

Ce résultat dit que si ∆xi est petit, c’est-à-dire si on peut mesurer avec précision
la vitesse de la particule, alors ∆pi ne peut pas être trop petit, c’est-à-dire que
la vitesse de la particule (sur l’axe xi ) ne peut pas être mesurée avec autant de
précision qu’on le souhaite.
Remarque II.22. Nous étudions ici le cas d’une particule dans le vide mais le
résultat resterait le même avec un contexte physique plus général.

La Proposition II.21 est en fait un résultat classique des transformées de Fourier


dont nous donnons tout de même la preuve en raison de l’importance qu’elle a
pour la théorie.

Démonstration : De manière plus générale, si f est une fonction lisse qui décroı̂t
suffisamment à l’infini et si fˆ est sa transformée de Fourier, nous montrons que
Z 2
4
Z Z
|f | 2
≤ 2 2 2
(xi − < xi >) |f |(x) dx (pi − < pi >)2 |fˆ|(p)2 dp (II.23)
R3 ~ R3 R3

Cette inégalité implique de manière triviale la Proposition II.21 en prenant f = ψ


car en développant (xi − < xi >)2 et (pi − < pi >)2 , on voit que
Z Z
2
∆xi = 2 2
(xi − < xi >) |f |(x) dx et ∆pi =2
(pi − < pi >)2 |fˆ|(p)2 dp.
R3 R3

Soit g une fonction lisse qui tend suffisamment vite vers 0 à l’infini. En intégrant
par partie par rapport à la variable xi et en appliquant l’inégalité de Hölder, on a
Z 2  Z 2
2
g = −2 xi g(x)∂i g(x)dx
R3 R3
Z Z
2 2
≤4 xi g(x) dx (∂i g)(x)2 dx
3 3
ZR ZR
≤4 x2i g(x)2 dx (∂ˆi g)(p)2 dp
R3 R3
8. MESURES PHYSIQUES 17

où pour la dernière ligne, nous avons utilisé le théorème de Plancherel-Parseval


(voir Appendice A) et où (∂ˆi g désigne la transformée de Fourier de la fonction ∂i g.
On remarque maintenant que

ipi
∂ˆi g = ĝ
~
ce qui montre que
Z 2
4
Z Z
2
g ≤ 2 x2i g(x)2 dx p2i ĝ 2dp.
R3 ~ R3 R3

Soit maintenant f une fonction lisse qui tend suffisamment vite vers 0 à l’infini.
En appliquant cette inégalité avec g(x) = eaxi f (x + bxi ), a, b étant des réels quel-
conques, et en faisant ensuite les changements de variables x′i = xi +b et p′i = pi +a,
on montre que pour tous réels a, b ∈ R, on a
Z 2
4
Z Z
f 2
≤ 2 2 2
(xi − b) f (x) dx (pi − a)2 fˆ2 dp
R 3 ~ R 3 R 3

ce qui donne l’inégalité cherchée. 

8. Mesures physiques

Nous avons expliqué comment donner une définition cohérente de position ou de


quantité de mouvement d’une particule. Cependant, la fonction d’onde est censée
contenir toutes les propriétés de la particule étudiée. Il faut aussi pouvoir mesurer
ces grandeurs physique d’une manière ou d’une autre. Comme nous l’avons évoqué
dans le chapitre I, ces mesures influent sur le résultat des expériences. Il faut
donc réussir à inclure ces paramètres dans la théorie. Rappelons ce qu’on a trouvé
jusqu’à présent :
– la position (moyenne) d’une particule à l’instant t est donnée par
Z
< x >:= ψ(x, t) (xψ(x, t)) dx; (II.24)
R3
– en vertu de (II.19), la quantité de mouvement (moyenne) d’une particule à l’ins-
tant t et projetée sur l’axe xi est donnée par
Z  
~
< pi >= ψ(x, t) ∂i ψ dx
R3 i
et donc la quantité de mouvement (moyenne) vectorielle p = mv est donnée par
Z  
~
< p >:= ψ(x, t) ∇ψ dx. (II.25)
R3 i
On remarque que les observables “position“ et “quantité de mouvement“ s’écrivent
sous la forme
Z  
ψ Âψ dx (II.26)
R3

où Â est un opérateur évalué en la fonction d’onde. Lorsque l’on étudie la position
de la particule, Âψ = xψ et lorsque l’on étudie la quantité de mouvement, on prend
18 II. MÉCANIQUE ONDULATOIRE

 = ~i ∇. On va voir aussi que l’énergie totale peut elle-aussi s’écrire sous une forme
similaire. Pour cela, supposons que la particule soit soumise à un potentiel V qui
ne dépend pas de t (c’est donc un système isolé) si bien que sa fonction d’onde est
solution de
~2
i~∂t ψ = − ∆ψ + V ψ.
2m
~2
Notons Ĥ l’opérateur − 2m ∆ + V . On a donc
i~∂t ψ = Ĥψ, (II.27)
et donc aussi
−i~∂t ψ = Ĥψ. (II.28)
Notons E la quantité Z  
E := ψ Ĥψ dx.
R3
Cette quantité est bien sous la forme (II.26) et nous allons voir de deux manières
différentes qu’elle s’interprète comme l’énergie totale du système. D’abord, on a la
relation suivante :
∂t E = 0.
En effet, en utilisant le fait que H est auto-adjoint puis les relations (II.27) et
(II.28) Z Z 
  
∂t E = ∂t ψ Ĥψ dx + Ĥψ ∂t ψdx
R3 R3
Z    Z   
= −i~ Ĥψ Ĥψ dx + i~ Ĥψ Ĥψ dx
R3 R3
= 0.
Or, c’est un postulat physique très classique que d’interpréter toute intégrale
première scalaire (autrement dit une quantité conservée avec le temps) d’un système
isolé comme l’énergie totale du système. Avant de montrer que cette interprétation
peut se voir d’une autre manière (voir (II.30) ci-dessous), il convient de préciser
un peu les choses.

Ce qui précède conduit à proposer le

Principe 3 : À chaque grandeur physique a, on associe un opérateur  hermitien


qui agit sur l’espace des fonctions d’onde et tel que la grandeur physique observée
soit en moyenne donnée par
Z  
< a >:= ψ Âψ dx.
R3

Remarque II.29. On utilisera la plupart du temps les notations ci-dessus : si a est


une grandeur physique, Â désignera son opérateur associé et < a > désignera la
moyenne de a. Par extension, les résultats des mesures expérimentales de a seront
parfois notés eux aussi < a >.
8. MESURES PHYSIQUES 19

Il faut alors faire quelques observations importantes : soit a une grandeur phy-
sique d’opérateur associé Â. Imaginons une expérience qui mesure la valeur de a
à l’instant t. Notons α la valeur effectivement mesurée. On va faire une hypothèse
importante : à l’instant t, on n’a pas d’incertitude sur la valeur de a puisque, jus-
tement, on vient d’en faire la mesure et puisqu’on en connaı̂t le résultat. Le fait de
faire cette mesure a donc changé la situation : on sait qu’à l’instant t, < a >= α
et ∆a2 = 0, bien que pour l’instant, nous n’ayons pas donné de moyen de calculer
cette valeur. Pour tenir compte de ce principe, on va faire l’hypothèse (peut-être
assez audacieuse) qu’à l’instant t, on a Âψ = αψ, ce qui donne bien que :
Z Z
< a >= ψ Âψdx = α |ψ|2 dx = α.
R3 R3

Cette hypothèse signifie que nous supposons que l’appareil de mesure a donné la
valeur exacte de a à l’instant t. Il obéit donc aux lois de la physique classique et n’a
pas de comportement quantique. Cependant, faire cette hypothèse a de nombreux
avantages :
(1) d’abord, elle implique que les valeurs mesurées expérimentalement sont
nécessairement des valeurs propres de l’opérateur Â, qui puisque  est
auto-adjoint, sont réelles. Notons que ces valeurs propres peuvent être vec-
torielles par exemple dans le cas de la quantité de mouvement où le vecteur
p mesuré est une valeur propre qui vérifie Âψ = pψ. Lorsque le spectre
de  est discret, comme c’est le cas pour l’opérateur Ĥ défini ci-dessus
associé à l’énergie totale du système, il en découle que la quantité mesurée
ne peut prendre qu’un ensemble discret, quantifié de valeurs. C’est la rai-
son pour laquelle on parle de mécanique quantique. Cela nous conforte
dans l’idée que cette hypothèse est bonne puisque, expérimentalement, ce
fait avait déjà été observé pour l’énergie (voir le chapitre I).
(2) Soit maintenant une fonction d’onde que nous décomposons dans l’espace
des fonctions propres de l’opérateur Â. Simplifions la situation en admet-
tant que c’est possible. Chaque fonction propre de  associée à la valeur
propre α est fonction propre de Â2 de valeur propre α2 . Réciproquement,
si α2 est valeur propre de Â2 alors α est valeur propre de Â. Il suffit
de voir que si ψ est fonction propre de Â2 alors ψ + α1 Â(ψ) est fonction
propre de Â. Cela signifie que la grandeur physique a2 sera associée à
l’opérateur Â2 . On pourrait faire le même raisonnement et constater que
l’opérateur associé à an est Ân pour n ∈ N. Par extension, si f est une
fonction analytique, on voit que l’opérateur associé à f (a) est f (Â). De la
même manière, si a et b sont des grandeurs physiques dont les opérateurs
associées sont  et B̂ alors on pourra se dire que la grandeur f (a, b) sera
associée à l’opérateur f (Â, B̂). En fait, ce n’est pas tout à fait vrai parce
qu’il est possible que les opérateurs  et B̂ ne commutent pas. C’est un
problème dont nous ne nous occupons pas maintenant mais qui aura une
véritable importance en mécanique quantique.
20 II. MÉCANIQUE ONDULATOIRE

(3) En vertu de la remarque précédente, on peut maintenant calculer facile-


ment l’incertitude de la mesure de < a > en posant
∆a2 :=< a2 > − < a >2
où < a2 > est calculée avec (II.26) et avec l’opérateur Â2 . Après coup,
nous en déduisons que si on a mesuré < a >= α à l’instant t, l’hypothèse
que l’on a faite en disant que ψ(·, t) doit être une fonction propre de Â
avec valeur propre α conduit à avoir à la fois < a >= α et ∆a2 = 0, qui
est exactement ce qu’on voulait.
(4) Encore une fois, considérons un opérateur  associé à une grandeur physi–
que a et écrivons (si c’est possible : voir le théorèmeP II.89 de l’appendice
B ainsi que les corollaires qui en découlent) ψ = α aα ψα où (aα )α est
la famille des valeurs propres de  et où ψα est la projection orthogonale
dans L2 sur le sous-espace propre associé à aα . Les sous-espaces propres
étant orthogonaux deux à deux, on a
Z X Z
2
1= |ψ| dx = a2α |ψα |2 dx.
R3 α R3

Cela conduit à interpréter R3 |ψα |2 dx comme la probabilité de trouver aα


R
en faisant une mesure de la grandeur physique a.
En résumé, nous énonçons

Principes 3a :
– Si l’on fait une mesure d’une grandeur physique a associée à un opérateur Â,
nous supposerons que la fonction d’onde ψ(·, t) est une fonction propre de Â.
– Les seules mesures expérimentales possibles de < a > sont des valeurs propres
de Â.
– l’opérateur associé à la grandeur f (a) (f étant une fonction raisonnable) est
l’opérateur f (Â).
Terminons le paragraphe par la remarque suivante : si on considère une particule
isolée (i.e. le potentiel V ne dépend pas de t), l’énergie cinétique sera donnée
2
par 1/2m|v|2 = |p| 2m
où p = mv est la quantité de mouvement de la particule.
L’opérateur associé à l’énergie cinétique est donc en vertu de ce qui précède égal à
1
Êc = |Â|2
2m
où Â = ~i ∇ est l’opérateur associé à p. On obtient donc que
~2
Êc = − |(∂1 , ∂2 , ∂3 )|2
2m
~2 2
=− (∂ + ∂22 + ∂32 )
2m 1
~2
=− ∆.
2m
De plus, par définition, l’énergie potentielle de la particule est égale à V et il n’y
a aucune incertitude sur cette valeur puisqu’elle ne dépend que de V . Autrement
8. MESURES PHYSIQUES 21

dit, l’opérateur associé est Êp ψ := V ψ ce qui donne bien


< V >= V et ∆V 2 = 0.
Puisque l’énergie totale du système est égale à la somme de l’énergie cinétique et
de l’énergie potentielle du système, l’opérateur associé à l’énergie totale du système
doit être
~
Ĥ = Êc + Êp = − ∆+V (II.30)
2m
qui est exactement ce que nous avions déjà postulé au début du paragraphe en
nous basant sur d’autres considérations.
CHAPITRE III

Principes de la mécanique quantique

Dans le chapitre précédent, nous avons expliqué les intuitions physiques qui ont
conduit à définir la mécanique ondulatoire. Nous allons maintenant oublier la phy-
sique et nous concentrer sur les mathématiques. Nous verrons qu’il est naturel
de simplifier la théorie. C’est ce qui conduira à poser les principes de mécanique
quantique qui seront donc plus simples à manier d’un point de vue mathématique
mais plus éloignés de la réalité physique dans leur formulation. C’est pourquoi il
est nécessaire pour comprendre les aspects physiques de la mécanique quantique
d’avoir auparavant compris la mécanique ondulatoire.

1. Principes de base et premières conséquences

1.1. Les principes. Résumons ce que nous avons fait jusqu’à présent en
mécanique ondulatoire : un système physique est décrit par une fonction d’onde ψ
définie sur R3 × R, à valeurs complexes et solution de l’équation de Schrödinger.
La fonction ψ(·, t) décrit l’état du système à l’instant t. Chaque grandeur physique
a est associée à un opérateur  et la mesure moyenne de a est donnée par
Z
< a >= ψ(Âψ)dx.
R3

Cette intégrale n’est rien d’autre que le produit hermitien L2 (ψ, Âψ). Par ailleurs,
nous avons vu que pour que la grandeur physique a2 soit associée à l’opérateur
Â2 , il fallait décomposer la fonction d’onde dans la ”base” des fonctions propres
de Â. Pour finir, nous avons vu le rôle joué par les transformées de Fourier qui
sont en un sens la décomposition des fonctions sur la ”base” non dénombrable des
eix . Ces considérations nous amènent à considérer la fonction d’onde ψ comme
étant un vecteur d’un espace de Hilbert hermitien où nous pourrons alors parler
de décomposition dans une base hilbertienne, de produit hermitien et d’opérateurs,
qui sont tous les ingrédients que nous avons utilisés jusqu’à présent. Plus précisément,
nous allons poser

PRINCIPE I : principe de superposition


À chaque système physique est associé un espace de Hilbert hermitien ǫH et à une
fonction ψ : R → ǫH (la fonction d’onde) qui vérifie pour chaque t, kψk = 1. Le
terme “fonction d’onde” n’est plus adapté à la situation : on dira plutôt que ψ est
le vecteur d’état du système.

23
24 III. PRINCIPES DE LA MÉCANIQUE QUANTIQUE

Remarque III.31. Dans cette partie, nous utilisons les notations mathématiques
usuelles qui sont un peu différentes de celles généralement utilisées par les physi-
ciens. Nous reviendrons ultérieurement sur ce point.
Pour que la situation soit bien claire, en mécanique ondulatoire, l’espace ǫH était
l’espace des fonctions L2 sur R3 . Nous choisissons donc simplement d’une part de
ne plus nous limiter à ǫH = L2 et d’autre part à utiliser le langage des espaces
de Hilbert. Ce point de vue a de nombreux avantages que nous exposons dès
maintenant :
(1) d’abord, les notations sont beaucoup plus simples.R Par exemple, il est
beaucoup plus pratique d’écrire (ψ, Âψ) plutôt que R3 ψ(Âψ)dx. Les cal-
culs gagneront en limpidité. Nous verrons aussi que les grandeurs phy-
siques seront modélisées par des opérateurs de ǫH sans doute plus facile
à appré–hender et à manier que les opérateurs différentiels utilisés en
mécanique ondulatoire (par exemple pour modéliser la quantité de mou-
vement).
(2) Le fait de travailler sur R3 fixait implicitement un système de coordonnées.
Or dans la plupart des situations physiques, il n’y a pas de système de
coordonnées canonique. Dans le cadre plus général de la mécanique quan-
tique, nous ne sommes pas contraints à de tels choix.
(3) Dans de nombreux cas de figure, nous n’avons pas besoin de manipuler
des objets aussi compliqués que des fonctions L2 . Dans certaines situa-
tions, nous pourrons même travailler dans un espace de Hilbert à deux
dimensions. Cela simplifie considérablement les problèmes et nous permet
de nous concentrer sur les grandeurs physiques qui nous intéressent.
(4) A posteriori, nous verrons que c’est cette formulation plus générale qui
permettra de mettre en évidence le ”spin”, grandeur intrinsèque à la par-
ticule et purement quantique, c’est-à-dire qui ne possède aucun analogue
en physique classique ni même en mécanique ondulatoire.
Une fois ces bases établies, il s’agit de réécrire les principes de mécanique ondula-
toire avec ce nouveau langage.

PRINCIPE II : mesure des grandeurs physiques

a) À toute grandeur physique a est associé un opérateur auto-adjoint  :


εH → εH . On dit que  est l’observable qui représente la grandeur a.
b) (principe de quantification) On mesure à l’instant t une grandeur physique
a d’observable Â. Quel que soit l’état du système, c’est-à-dire quel que soit
le vecteur d’état ψ, le résultat de la mesure obtenue sera une valeur propre
de  (réelle d’après la proposition II.88 de l’appendice B).
c) (principe de décomposition spectrale) Notons (aα )α les valeurs propres
de l’observable Â. Soit ψ le vecteur d’état du système. La probabilité de
trouver aα en mesurant la grandeur physique aα à l’instant t est égale à
kψα k2 où ψα est la projection orthogonale de ψ(t) sur le sous-espace propre
de  associé à la valeur propre aα .
1. PRINCIPES DE BASE ET PREMIÈRES CONSÉQUENCES 25

d) Immédiatement après avoir mesuré la valeur aα à l’instant t, le nouvel


état du système est kψψαα k . Plus précisément, si Pα est le projecteur sur le
sous-espace propre associé à aα , on a ψ(t) = Pα (lims→t− Pα (ψ(s))
Remarque III.32. Il y a quelques remarques à faire sur le principe IIc). De
manière sous-jacente, il faut que probabilité totale des mesures possibles soit
égale à 1 et donc qu’on puisse trouver une base hilbertienne dénombrable de vec-
teurs propres. C’est possible pour un grand nombre d’opérateurs (par exemple les
opérateurs compacts : voir le théorème II.89 dans l’appendice B ainsi que les co-
rollaires qui en découlent) mais pas pour tous. En particuliers, les opérateurs qui
représentent une grandeur physique quelconque peuvent ne pas être bornés : c’est
le cas en mécanique ondulatoire avec les opérateurs position, quantité de mouve-
ment et énergie. Malgré tout, nous gardons ce principe tel quel d’abord parce qu’il
finira par fournir un modèle très efficace qui prédit avec une grande exactitude ce
qui se passe, ensuite parce qu’il y aura moyen de construire la théorie en étant
plus rigoureux : il faut pour cela considérer des vecteurs propres ”extérieurs à εH ”.
On trouvera dans l’appendice B (paragraphe 2.3) une discussion sur le sujet. Une
deuxième remarque justement liée à cette discussion est la suivante : le principe
IIc) est énoncé pour un opérateur  dont le spectre est discret mais peut être
extrapolé
P à des opérateurs à spectre continu. Dans le cas discret, l’idée est d’écrire
ψ = α aα ψα où (aα )α est la famille des valeurs propres de  et où ψα est la
projection orthogonale sur le sous-espace propre associé à aα . Les sous-espaces
propres étant orthogonaux deux à deux, on a
X
1 = kψk2 dx = a2α kψα k2 .
α

C’est pourquoi on pose comme principe d’interpréter kψα k2 comme la probabilité


de trouver aα en faisant une mesure de la grandeur physique a. Si maintenant  est
à spectre continu (comme c’est le cas pour l’observable position), on interprétera là
aussi ψα comme une densité de probabilité. Par exemple, si [x, y] est un intervalle
de valeurs propres, la probabilité de faire une mesure dont la valeur est comprise
dans [x, y] sera
Z y
|ψz |2 dz
x
où ψz est la projection de ψ sur l’espace propre associé à z. Notons aussi que pour
de tels opérateurs, les mesures obtenues ne sont pas quantifiées. Par exemple, en se
plaçant dans le cadre de la mécanique ondulatoire, l’observable i-ème coordonnée
de la position est donnée par Âψ(x) = xi ψ(x). Autrement dit, tout vecteur x est
valeur propre de  et le vecteur propre associé est la fonction ψx qui vaut 1 en x
et 0 ailleurs. Le projeté de ψ sur l’espace propre associé à x est ψ(x). Une autre
manière de le dire est que le projecteur associé est la distribution de Dirac en x
(lire à ce propos la discussion 2.3 dans l’appendice B). Si A ⊂ R3 , la probabilité de
mesurer une position dans A est A |ψ(x)|2 dx et on retrouve bien l’interprétation
R

densité de probabilité de la fonction |ψ|2 . Notons que mathématiquement, ce que


l’on vient de faire n’est absolument pas rigoureux puisque dans L2 , une fonction
nulle partout sauf en un point est égale à la fonction nulle.
26 III. PRINCIPES DE LA MÉCANIQUE QUANTIQUE

Il faut maintenant donner l’équation d’évolution du vecteur d’état ψ. En s’inspirant


de la mécanique ondulatoire, on posera le principe suivant :
PRINCIPE III : évolution du système Soit ψ(t) le vecteur d’état à l’instant
t. Tant que le système n’est soumis à aucune observation, son évolution au cours
du temps est régie par l’équation de Schrödinger
i~∂t ψ = Ĥψ (III.33)
où H est l’observable énergie.
Remarquons qu’il n’y a plus de laplacien ici mais que l’on suppose qu’à chaque
situation physique est associée une “observable énergie Ĥ” qui n’est pas donnée
a priori. Pour finir avec les principes fondamentaux, on va essayer de donner une
règle de base en ce qui concerne le choix de l’espace de Hilbert εH . On a vu en
mécanique ondulatoire que le bon cadre pour décrire le mouvement d’une particule
dans R3 était de travailler dans L2 (R3 ) (où les fonctions sont à valeurs complexes).
On aurait pu aussi travailler dans L2 (R) ou dans L2 (R2 ) si on avait étudié le
mouvement de la particule le long d’un axe ou dans un plan. Dans un sens, chaque
coordonnée (on parle plutôt de degré de liberté) s’étudie séparément. De même si
on avait travaillé avec deux particules évoluant dans R3 (donc avec six degrés de
liberté), on aurait travaillé dans L2 (R6 ). Rappelons que L2 (R) est séparable, une
base hilbertienne étant donnée par les polynômes de Hermite :
n
2 d 2
Hn (x) = (−1)n ex e−x .
dxn
De même, L2 (Rr ) est séparable et une base hilbertrienne est donnée par
(Hk1 ⊗ · · · ⊗ Hkr )k1 ,··· ,kr ∈N
où l’on rappelle (voir le paragraphe 4 de l’appendice B) que pour (x1 , · · · , xr ) ∈ Ck ,
on a
Hk1 ⊗ · · · ⊗ Hkr (x1 , · · · , xr ) := Hk1 (x1 )Hk2 (x2 ) · · · Hkr (xr ).
Autrement dit, L2 (Rr ) = L2 (R) ⊗ · · · ⊗ L2 (R) (r fois). Il est donc naturel de poser
le principe suivant :

PRINCIPE IV : degrés de liberté Chaque degré de liberté est décrit dans


un espace de Hilbert. Lorsqu’un système physique possède N degrés de liberté, on
considèrera que l’espace de Hilbert du système sera le produit tensoriel des N es-
paces de Hilbert associés à chacun des degrés de liberté.

1.2. Notations et vocabulaire de Dirac. Dans ce texte, nous utilisons le


langage et les notations usuelles des espaces de Hilbert. En particulier, tout élément
ψ de l’espace de Hilbert εH peut-être vu ou bien comme un vecteur ou bien une
forme linéaire continue en posant ψ ∗ = (ψ, ·). Remarquons d’ailleurs que toute
forme linéaire continue de εH peut s’écrire de cette manière : c’est le théorème de
représentation de Riesz II.85 présenté en appendice. En physique, si ψ ∈ εH , on
parlera
– de ket lorsque ψ sera vu comme un vecteur et on a coutume de noter |ψ > à la
place de ψ ;
2. PRÉDICTIBILITÉ DE L’ÉVOLUTION D’UN SYSTÈME : LE CHAT DE SCHRÖDINGER 27

– de bra lorsque ψ est vu comme une forme linéaire continue. La notation habituelle
est alors < ψ|.
En général, le produit hermitien de x, y ∈ εH est noté < x|y > et les notations
précédentes indiquent qu’un ket est moralement “à droite” du produit hermitien
tandis qu’un bra est “à gauche”.

1.3. Conservation de la norme. Nous avons défini un vecteur d’état comme


un vecteur unitaire dépendant du temps. Comme c’était le cas en mécanique ondu-
latoire, l’équation de Schrödinger permet de montrer la conservation de la norme
avec le temps. On a en effet, en notant ψ le vecteur d’état :
∂t kψk2 = (∂t ψ, ψ) + (ψ, ∂t ψ)
i i
= (− Ĥψ, ψ) + (ψ, − Ĥ)
~ ~
i i
= (Ĥψ, ψ) − (ψ, Ĥψ).
~ ~
L’opérateur Ĥ étant auto-adjoint, on trouve que ∂t kψk2 = 0.

2. Prédictibilité de l’évolution d’un système : le chat de Schrödinger

Il est naturel de se poser la question suivante : est-ce qu’il est possible de prédire
l’évolution d’un système physique en l’observant à un instant donné ? Des prin-
cipes de base, on peut tirer deux conclusions pour répondre à cette question :

1) la première consiste à remarquer que tant que l’on ne fait pas de mesure,
l’évolution du système est régie par l’équation de Schrödinger qui est complètement
déterministe. Afin de s’en convaincre, on va le montrer lorsqu’on est en présence
d’un système isolé, c’est-à-dire un système dont l’observable énergie Ĥ ne dépend
pas du temps. Dans ce cas, notons Eα les valeurs propres de Ĥ et ψα les vecteurs
associés. Nous avons vu que l’un des principes de base de la mécanique quantique
consistait à supposer que les vecteurs propres des observables formaient une base
hilbertienne de εH . Remarquons que c’est de toute manière très justifié en ce
qui concerne l’observable énergie puisqu’en mécanique ondulatoire, on avait Ĥ =
~2
− 2m ∆ + V et que cet opérateur possède bien une base hilbertienne de vecteurs
propres dans L2 . On note λα (t) les coefficients du vecteur d’état P ψ(t) dans son
écriture dans la base hilbertienne (ψα )α autrement dit : ψ(t) = λα (t)ψα . On a
alors d’après l’équation de Schrödinger et puisque par définition Ĥ = Eα ψα :
i
∂t ψ(t) = − Ĥψ(t)
~
iX
=− λα (t)Ĥψα
~
iX
=− λα (t)Eα ψα .
~
Puisque par ailleurs
X
∂t ψ(t) = λ′α (t)ψα ,
28 III. PRINCIPES DE LA MÉCANIQUE QUANTIQUE

on obtient en identifiant que


i
λ′α (t) = − λα (t)Eα
~
i
E t
c’est-à-dire λα (t) = λα (0)e ~ α
et donc
i
X
ψ(t) = λα (0)e ~ Eα t ψα . (III.34)
L’état du système à l’instant t ne dépend donc que de l’état du système à t = 0.

2) la seconde conclusion que nous pouvons déduire des principes de base est qu’une
mesure brise la prédictibilité “passée“ du système. Plus précisément, en connais-
sant l’état du système juste après une mesure, on ne peut pas connaı̂tre l’état du
système juste avant cette mesure. En effet, en notant encore une fois λα les valeurs
propres de Ĥ et ψα les vecteurs propres associés (qui peuvent dépendre du temps
si le système n’est pas isolé), ψ(t) se décompose à l’instant t
X
ψ(t) = λα ψα .
Si maintenant on effectue une mesure en t′ > t, les principes de base disent qu’on
aura
ψα
ψ(t′ ) =
kψα k
à l’instant t′ . En particulier, on n’a absolument aucune indication pour retrouver
les coefficients λα apparaissant à l’instant t.

Remarquons maintenant que les deux conclusions que nous venons de présenter
semblent conduire à un paradoxe. Considérons un système physique S pour lequel
on possède un détecteur D qui mesure une certaine quantité physique a. Il y deux
façons possibles de voir les choses :
(1) on peut d’abord considérer le système S comme nous l’avons fait ci-dessus.
Le fait de faire une mesure brise la prédictibilité du système.
(2) On peut aussi, considérer le système formé de S et de tous les atomes du
détecteur D. Dans ce cas, le détecteur n’influe plus sur le système qui est
donc régi par l’équation de Schrödinger.
Ces deux visions des choses semblent aboutir à une contradiction. En fait, dans
la deuxième version, c’est la lecture du détecteur qui joue le rôle de la mesure.
Autrement dit, il faut considérer que l’on travaille dans l’espace de Hilbert εS ⊗ εD
où εS et εD sont les espaces de Hilbert respectivement associés à S et D. Juste
avant la mesure, le vecteur d’état du système s’écrira
X
ψ(t) = aα Sα ⊗ Dβ
où l’on a décomposé le vecteur ψ(t) dans une base hilbertienne de vecteurs propres
de l’observable  ⊗ D̂ où  est associé à la grandeur physique a et où D̂ est associé
à grandeur physique ”affichage du détecteur“. Le fait de lire ce qui est marqué sur
le détecteur donnera à la fois une mesure de la grandeur physique a ainsi que
l’affichage du détecteur. C’est une remarque intéressante parce qu’elle montre que
3. COMMUTATEURS DES OBSERVABLES 29

les phénomènes macrospiques doivent aussi être soumis aux lois de la mécanique
quantique si l’on veut éviter les paradoxes. On résume ce phénomène en disant
qu’avant de lire le détecteur, l’état du système est une superposition de plusieurs
états où le détecteur affiche des résultats différents. Dans les livres de vulgarisation,
on présente en général les choses en disant qu’un chat est enfermé dans une boı̂te
dans laquelle se trouve un système létal dont le déclenchement est aléatoire. Dans la
perception classique, on aura tendance à dire qu’avant d’ouvrir la boı̂te, il existe
une réponse à la question : ”le chat est-il mort ou vivant ?”, c’est-à-dire qu’à
tout instant donné, le chat est soit mort soit vivant. En mécanique quantique,
on supposera que l’état du système est une superposition de l’état ”chat mort“
et l’état ”chat vivant“. Ce n’est qu’au moment où la boı̂te est ouverte qu’un des
deux états se décide.

2.1. Conservation de l’énergie. Par définition, l’énergie totale du système


est E(t) = (ψ, Ĥψ). Si le système est isolé, c’est-à-dire si Ĥ ne dépend pas du
temps, on a :
∂t E(t) = (∂t ψ, Ĥψ) + (ψ, Ĥ∂t ψ).
En utilisant le fait que Ĥ est auto-adjoint et l’équation de Schrödinger, on a
i i
∂t E(t) = (− Ĥψ, Ĥψ) + (Ĥψ, − Ĥψ, Ĥψ)
~ ~
i i
= (Ĥψ, Ĥψ) − (Ĥψ, Ĥψ)
~ ~
= 0.
On retrouve le principe de conservation de l’énergie totale d’un système isolé.

3. Commutateurs des observables

3.1. Postulats. Soient Â, B̂ deux observables. A priori, il n’y a aucune raison
pour que ces deux opérateurs commutent. C’est la raison pour laquelle on introduit
leur commutateur
[Â, B̂] := ÂB̂ − B̂ Â.
Par ailleurs, il n’y a aucun moyen de déduire ces commutateurs des principes
de base décrits plus haut. Il faut donc les postuler. Pour certains d’entre eux,
on peut se baser sur ce qui a été fait en mécanique ondulatoire. Par exemple,
notons x̂i les observables associées aux composantes du vecteur position, p̂i ceux
associés aux composantes du vecteur quantité de mouvement. On rappelle qu’en
mécanique ondulatoire, x̂i est simplement la multiplication par xi , que p̂i = ~i ∂xi
~2
et que Ĥ = − 2m ∆ + V . Ainsi, les x̂i commutent entre eux ainsi que les p̂i et aussi
x̂i et p̂j si i 6= j. Par contre,
~ ~ ~
x̂i p̂i − p̂i x̂i = xi ∂xi (·) − ∂xi (xi ·) = − ·
i i i
et aussi
~2 r ~2 ~2
x̂i Ĥ − Ĥ x̂i = − xi ∆(·) + ∆(xi ·) = ∂x (·).
2m 2m 2m i
30 III. PRINCIPES DE LA MÉCANIQUE QUANTIQUE

En résumé, on supposera en mécanique quantique :

POSTULAT III.35. Pour i, j, on fait les hypothèses :

[x̂i , x̂j ] = [p̂i , p̂j ] = 0,



0 si i 6= j
[x̂i , p̂j ] =
−i~ si i = j,
et enfin
~2
[x̂i , Ĥ] = ∂x .
2m i

Les relations de commutation jouent un rôle fondamental dans la théorie : il est


même très fréquent qu’on ne définisse un opérateur que par ce type de relations.
Nous allons donner quelques exemples d’applications.

3.2. Principe d’incertitude. Soit  une observable associée à une grandeur


physique a. Par principe, la moyenne < a > de a sera

< a >= (ψ, Âψ).

La variance ∆a2 =< a2 > − < a >2 sera donc

(ψ, (Â2 − < a >2 )ψ) = (ψ, Â20 ψ)

où l’on définit pour toute observable Â, Â0 := Â− < a >. De cette observation et
du postulat ci-dessus, on déduit aisément le principe d’incertitude. On utilise pour
cela l’inégalité de Cauchy-Schwarz qui dit que pour tous u, v ∈ εH , on a |(u, v)| ≤
kukkvk. On remarque aussi que pour deux observables Â, B̂, on a [Â, B̂] = [Â0 , B̂0 ].
On a donc, en utilisant le postulat ci-dessus :

~h = i~kψk2

= |(ψ, [x̂i , p̂i ]ψ)|


= |(ψ, [(x̂i )0 , (p̂i )0 ]ψ)|
= |((x̂i )0 , (p̂i )0 ψ) + ((p̂i )0 , (x̂i )0 ψ)|
≤ 2k(x̂i )0 ψkk(x̂i )0 ψk
≤ 2(ψ, (x̂i )20 ψ)(ψ, (p̂i )20 ψ)
≤ 2∆xi 2 ∆pi 2
On retrouve donc le principe d’incertitude de mécanique ondulatoire :

∆xi 2 ∆pi 2 ≥ ~/2. (III.36)


3. COMMUTATEURS DES OBSERVABLES 31

3.3. Théorème d’Ehrenfest : conservation de la quantité de mou-


vement. Soit  une observable associée à une grandeur physique a (qui peut
dépendre du temps). En dérivant termes à termes et en utilisant l’équation de
Schrödinger puis le fait que les opérateurs sont auto-adjoints, on voit immédiatement
que
1 A
∂t < a >= ∂t (ψ, Âψ) = (ψ, [Â, Ĥ]ψ) + (ψ, ∂t ). (III.37)
i~ ψ
Cette relation, bien qu’évidente, est connue sous le nom de théorème d’Ehrenfest.
Supposons que l’observable  ne dépende pas du temps et commute avec Ĥ. Alors
la quantité physique a (en fait sa moyenne < a >) est conservée dans le temps.
C’est par exemple le cas lorsque a = pi , projection de la quantité de mouvement sur
les axes et lorsqu’on est dans le cas d’un système isolé (∂t H = 0) et d’une particule
libre. On rappelle qu’une particule libre est une particule qui n’est soumise à aucun
potentiel V . L’énergie totale est alors égale à l’énergie cinétique
p2 + p22 + p23
E = 1/mv 2 = 1 .
2m
En mécanique quantique, on choisit donc de lier Ĥ et p̂i par
p2 + p22 + p23
Ĥ := 1 .
2m
On en déduit du postulat III.35 que les p̂i commutent avec Ĥ ce qui implique la
conservation de la quantité de mouvement.
CHAPITRE IV

Du moment cinétique à la définition du spin

Nous essayerons de donner une définition la plus simple possible du moment


cinétique interne des atomes dans le cadre de la mécanique quantique. En étudiant
le spectre de l’observable ainsi définie, nous nous apercevrons que certaines valeurs
propres (donc des valeurs potentiellement mesurables) ne peuvent pas provenir du
moment cinétique orbital des particules constituantes de l’atome. Il y a donc deux
possibilités : ou bien ces valeurs propres ne sont la traduction d’aucune réalité
physique ou au contraire, elles correspondent à ce qui doit être une sorte de mo-
ment cinétique intrinsèque à chaque particule de l’atome. L’expérience de Stern et
Gerlach montrera que c’est la deuxième solution qui est la bonne. Cette nouvelle
grandeur physique des particules sera appelée spin.

1. Moment cinétique d’une particule en physique classique

Considérons une particule massive en mouvement dans R3 modélisée par un point


M. On définit son moment cinétique autour d’un point O fixe par
→ −−→ −

L = OM ∧ → p
où ∧ est le produit vectoriel de R3 et où − →p est la quantité de mouvement de


la particule. Chaque composante de L mesure la ”quantité de mouvement de
rotation” autour de l’axe correspondant. Par exemple, supposons que la particule
tourne dans le plan z = 0 où le point O a été pris comme origine et où (x, y, z)

− →
− →

sont les coordonnées sur R3 , alors les coordonnées L x et L y de L sont nulles

− −−→
puisque par définition L est orthogonal à OM et à − →p et donc au plan z = 0.
Notons aussi que si dans ce plan, M ne tourne pas autour de O, autrement dit,
−−→ −
→ − →
si OM et − →
p sont colinéaires, alors L = 0 . Dans le plan z = 0, on peut utiliser
−−→
les coordonnées polaires. On a donc OM = r(cos(Θ), sin(Θ), 0) et − →
p = m− →
v =
m(r ′ cos(Θ), r ′ sin(Θ), 0) + mrΘ′ (− sin(Θ), cos(Θ)). On trouve ainsi que
   
0 0
→ 

L = 0  = masse ·  0 

mrΘ vitesse de rotation


et c’est pourquoi L s’interprète comme une quantité de mouvement de rotation.
Il faut remarquer que la définition dépend du point O.

De par sa définition, le moment cinétique joue un rôle important en mécanique du


solide. Mais il intervient de manière encore plus fondamentale lorsqu’on cherche
à étudier la structure interne de la matière. En effet, de manière grossière, un
33
34 IV. DU MOMENT CINÉTIQUE À LA DÉFINITION DU SPIN

atome est constitué délectrons gravitant autour d’un noyau. Leur mouvement de
rotation, mesuré par leur moment cinétique que l’on qualifie dans cette situation
de mouvement cinétique orbital, induit un champ magnétique qui interagit avec
le champ magnétique environnemental. Le moment cinétique orbital est donc une
composante intrinsèque de l’atome qui avec sa charge lui confère ses propriétés
électromagnétiques.

2. Définition du mouvement cinétique en mécanique quantique

Une manière de construire les observables de grandeurs physiques de la mécanique


quantique est de s’appuyer sur leur définition classique. Par exemple, le moment
→ → −

cinétique peut se définir par la formule L = − x ∧→p . On pourra donc poser

 L̂1 = x̂2 p̂3 − p̂2 x̂3 = [x̂2 , p̂3 ];
L̂ = x̂3 p̂1 − p̂3 x̂1 = [x̂3 , p̂1 ];
 2
L̂3 = x̂1 p̂2 − p̂1 x̂2 = [x̂1 , p̂2 ]
ce qui se notera
L̂ = x̂ ∧ p̂. (IV.38)
Cette façon de procéder a l’inconvénient d’être rigide puisqu’elle oblige à définir
les x̂i et les p̂i et impose aussi l’espace de Hilbert dans lequel on travaille. L’autre
façon de procéder, et qui sera le plus souvent féconde, sera de définir les observables
uniquement par leurs commutateurs. Par exemple, on peut définir les opérateurs
x̂i et p̂i uniquement avec le postulat III.35 énoncé au chapitre précédent. Nous
avons vu que ces seules informations sont suffisantes pour retrouver des propriétés
physiques importantes comme la conservation de la quantité de mouvement d’une
particule libre et le principe d’incertitude. On décide donc de suivre cette démarche.
On déduit immédiatement du postulat III.35 que si l’on définit L ~ avec (IV.38), on
a
L̂ ∧ L̂ = i~L̂.
Les coordonnées de cette relation donnent les [L̂i , L̂j ]. C’est sur cette définition
que nous alllons nous appuyer pour définir les moments cinétiques en mécanique
quantique. Il est usuel de les noter J. ˆ

DÉFINITION IV.39. En mécanique, une observable de moment cinétique est une


observable vectorielle Jˆ vérifiant
Jˆ ∧ Jˆ = i~J.
ˆ (IV.40)

3. Spectre d’un moment cinétique

Dans ce paragraphe, nous étudions le spectre d’une observable de moment cinétique.


Nous discuterons de ses conséquences physiques dans les paragraphes suivants.
PROPOSITION IV.41. Soit
Jˆx
 

Jˆ :=  Jˆy 
Jˆz
3. SPECTRE D’UN MOMENT CINÉTIQUE 35

une observable de moment cinétique où l’on a noté (x, y, z) les coordonnées de R3 .
ˆ 2 := J 2 + J 2 + J 2 . Alors,
On définit ĵ 2 := kJk x y z

(1) Les valeurs propres de ĵ 2 sont de la forme j(j + 1)~2 où j ∈ 21 N.


(2) Les valeurs propres de Jˆx , Jˆy et Jˆz sont de la forme m~ où m ∈ 1 Z.
2

(3) Soient m~, m ∈ 1


2
Z une valeur propre de Jˆz (on pourrait prendre Jˆx ou
Jˆy ) et j(j + 1)~2, j ∈∈ 12 Z une valeur propre de ĵ 2 . Alors
m ∈ {−j, −j + 1, · · · , j − 1, j}.

Démonstration
On va travailler avec Jˆz , les cas de Jˆx et Jˆy se traitant de manière analogue.
D’abord, on calcule à partir des relations (IV.40) que [ĵ 2 , Jˆz ] = 0. Cela implique,
d’après le théorème II.96 de l’appendice B, qu’il existe une base hilbertienne de
vecteurs propres communs à ĵ 2 et Jˆz . Les valeurs propres de ĵ 2 étant positives
(puisque ĵ 2 est associée à une grandeur physique positive), on peut les écrire sous
la forme j(j + 1)~2 où j ∈ R. De même celles de Jˆz s’écrivent sous la forme m~. On
notera ψj,m un vecteur propre associé simultanément aux valeurs propres j(j +1)~2
de ĵ et m~ de Jˆz . Le but est de montrer que j, m ∈ 1/2Z. On introduit maintenant
les opérateurs
Jˆ+ := Jˆx + iJˆy et Jˆ− := Jˆx − iJˆy .
Ces opérateurs ne sont pas auto-adjoints : on a Jˆ±∗ = Jˆ∓ . Des relations de commu-
tations (IV.40), on tire
[ĵ 2 , Jˆ± ] = 0 et [Jˆz , Jˆ± ] = ±~Jˆ± . (IV.42)
On en déduit que, pour j, m fixés tels que ψj,m existe, on a :
ĵ 2 Jˆ± ψj,m = Jˆ± ĵ 2 ψj,m = j(j + 1)~2 Jˆ± ψj,m .
et
Jˆz ĵ± ψj,m = (Jˆ± Jˆz ± ~Jˆ± )ψj,m = (m ± 1)~Jˆ± ψj,m
ce qui fait que Jˆ± ψj,m , s’il est non nul, est un vecteur propre commun aux opérateurs
ĵ 2 et Jˆz associé aux valeurs propres j(j +1)~2 et (m±1)~. Considérons maintenant
l’ensemble n o
ˆ k
Ω := J± ψj,m |k ∈ N .
Cet ensemble est constitué de vecteurs qui sont tous dans le même espace propre
de ĵ 2 et qui sont propres pour Jˆz associés à des valeurs propres de la forme α~ où
α ∈ m + Z. Physiquement, il est raisonnable de penser que seul un nombre fini
de vecteurs de Ω sont non nuls puisque que Jˆz est une observable mesurant une
coordonnées de moment cinétique tandis que ĵ 2 est une observable mesurant la
norme du même moment cinétique. On va montrer rigoureusement ce résultat. On
écrit
kJˆ± ψj,m k2 = (ψj,m , Jˆ±∗ Jˆ± ψj,m ) = (ψj,m , Jˆ∓ Jˆ± ψj,m ).
En uilisant que Jˆ∓ Jˆ± = ĵ 2 − Jˆ2 ∓ ~Jˆz , on obtient
z

kJˆ± ψj;m k2 = (j(j + 1) − m(m ± 1))~2 kψj,mk2 (IV.43)


36 IV. DU MOMENT CINÉTIQUE À LA DÉFINITION DU SPIN

ce qui prouve que, puisque kJˆ± ψj;m k2 ≥ 0,


−j ≤ m ≤ j (IV.44)
On remarque aussi que si m 6= ±j, Jˆ± ψj,m 6= 0. On peut réécrire (IV.43) en
remplaçant ψj,m par Jˆ±k ψj,m et faire le même raisonnement. Une récurrence évidente
dit que, puisque Ω est fini, il existe des entiers k, k ′ tels que m+k = j et m−k ′ = −j
(sinon, Jˆ± (ψj,m ) n’est jamais nul). En soustrayant ces inégalités, on obtient que
2j = k + k ′ et donc j ∈ 21 Z. On en déduit aussi que m ∈ 12 Z ce qui démontre la
proposition. 

4. Mouvement cinétique orbital

Dans le paragraphe précédent, nous avons travaillé avec un moment cinétique défini
par (IV.40). Cette définition est purement mathématique : nous avons uniquement
utilisé les relations de commutation d’un moment cinétique classique. Il est naturel
de se demander quel est le sens physique de cette définition. Pour cela, replaçons-
nous dans le cadre de la mécanique ondulatoire avec les obervateurs x̂, p̂ et on
définit L par (IV.38). Cette définition plus physique doit correspondre à la situation
qui nous a inspirés : celle d’une particule, d’un électron en particulier, en orbite
autour d’un noyau. Un tel moment cinétique sera appelé moment cinétique orbital.
Nous montrons que
PROPOSITION IV.45. Soit L̂ un observable de moment cinétique orbital. Notons
L̂x , L̂y et L̂z les observables ”coordonnées” associées. Leurs valeurs propres sont
de la forme m~ où m ∈ Z.

Démonstration
Comme dans le paragraphe précédent, nous travaillons seulement avec L̂z . La
définition (IV.38) ainsi que les observables de position et de quantité de mouvement
de la mécanique ondulatoire nous disent que
L̂z = i~(x∂y − y∂x ).
On prendra garde au fait qu’ici, (x, y, z) sont les coordonnées sur R3 tandis que dans
(IV.38), x̂ représente l’observable vectoriel position. En utilisant les coordonnées
sphériques (r, ϕ, Θ) sur R3 , on voit que
L̂z = −i~∂ϕ . (IV.46)
Soit ψm (r, ϕ, Θ) - nous n’écrivons pas la dépendance en temps - une fonction d’onde
propre pour L̂z , c’est-à-dire vérifiant
L̂z ψm = m~ψm
où m ∈ R. L’écriture (IV.46) permet de dire que ψm est de la forme
ψm (r, ϕ, Θ) = Ψm (r, Θ)eimϕ .
Puisqu’en coordonnées sphériques, (r, ϕ, Θ) = (r, ϕ+2π, Θ), il faut que ψm (r, ϕ, Θ) =
ψ(r, ϕ + 2π, Θ) ce qui montre que m doit être entier. 
6. EXPÉRIENCE DE STERN ET GERLACH 37

5. Interprétation physique des propositions IV.41 et IV.45 : spin d’une


particule

La proposition (IV.41) dit que les valeurs propres des coordonnées d’un moment
cinétique défini par (IV.40) sont de la forme m~ où m ∈ 1/2Z. Autrement dit,
ce sont les seules valeurs que l’on peut mesurer expérimentalement. D’après la
proposition IV.45, celles de ces valeurs qui ne sont pas entières ne peuvent pas
caractériser des mouvements cinétiques orbitaux. Il y a donc plusieurs solutions :
(1) ou bien ces valeurs non entières ne sont pas valeurs propres : nous avons
en effet montré que toute valeur propre était de la forme m~ où m ∈ 1/2Z
mais nous n’avons pas montré que toutes ces valeurs étaient effectivement
des valeurs propres ;
(2) ou bien ces valeurs sont des valeurs propres mais ne caractérisent aucune
réalité physique : il est en effet raisonnable d’imaginer que la définition
(IV.40), basée uniquement sur des relations de commutation, n’est pas
la bonne. N’oublions pas que le passage de la mécanique ondulatoire à
la mécanique quantique s’est fait en oubliant un peu la physique et en
mathématisant la théorie ;
(3) ou bien ces valeurs sont des valeurs propres et caractérisent une grandeur
physique qui n’a donc aucun analogue classique.
C’est l’expérience de Stern et Gerlach qui va trancher la question : c’est la troisième
version qui est la bonne. Les valeurs demi-entières mesurent une quantité phy-
sique que l’on appelle spin et qui est une propriété intrinsèque des particules.
On l’étudiera plus en détail dans le chapitre suivant. Son interprétation physique
est encore discutée à l’heure actuelle. Certains l’imaginent comme une rotation
d’une particule sur elle-même mais cette vision des choses n’est pas satisfaisante à
bien des égards. On peut d’ailleurs se poser la question : est-elle réellement le re-
flet d’une quantité humainement imaginable comme une rotation ? Ce n’est pas du
tout évident et on pourrait penser qu’il s’agit simplement d’une grandeur purement
mathématique qui doit être prise en compte lorsque l’on étudie le comportement
d’une particule.

6. Expérience de Stern et Gerlach

La construction est la suivante : on projette des atomes horizontalement dans un


champ magnétique vertical et on mesure la déviation de la trajectoire sur un écran
placé un peu plus loin. On peut montrer que l’interaction de l’atome avec le champ
magnétique provient uniquement de la composante Jz du moment cinétique interne
J. Nous ne rentrerons pas dans les détails pratiques de l’expérience ni même dans
son interprétation physique exacte. Néanmoins, ce qu’on observe est que les atomes,
lorsqu’il s’agit d’atomes d’argent, vont frapper l’écran à deux endroits seulement
de l’écran. On peut raisonnablement penser que l’atome n’a, en termes de moment
cinétique que deux états possibles, c’est-à dire que l’opérateur Jˆz n’a que deux
valeurs propres. Cela suggère que le paramètre j de la proposition IV.41 prend
la valeur 1/2 avec probabilité 1 et que les valeurs propres de Jˆz sont ±1/2~. On
pourra aussi à ce propos, lire la remarque V.51. Plus généralement, en supposant
38 IV. DU MOMENT CINÉTIQUE À LA DÉFINITION DU SPIN

que le paramètre j soit fixée, on voit que Jˆz a 2j + 1 valeurs propres si j ∈ Z et


2j valeurs propres si j ∈ 1/2Z \ Z. On observera d’autres exemples d’atomes où
apparaissent un nombre pair de taches, impliquant des valeurs demi-entières pour
j et m. Autrement dit, les conclusions que nous avons tirées sont bonnes, ce qui
sera confirmé par toutes les prédictions expérimentales que nous pouvons en tirer
et le moment cinétique interne de l’atome d’argent n’est pas uniquement dû à des
moments cinétiques orbitaux.
Remarque IV.47. Il est intéressant de voir la démarche adoptée par les physi-
ciens face à ce type de problème. Les résultats de l’expérience disent que l’atome
peut être dans deux états distincts, correspondant chacun à une valeur propre de
l’observable associée. Il y a donc au moins deux vecteurs propres. On essaye donc
de voir ce qui se passe en supposant que l’espace de Hilbert associé au degré de
liberté Jz est exactement de dimension 2, engendré par les deux états propres mis
en évidence par l’expérience. C’est cette démarche qui conduira au formalisme du
spin 1/2 décrit dans la suite. Les résultats obtenus expérimentalement montrent
que cette hypothèse est bonne. On est donc dans une situation où l’on travaille
avec des espaces de Hilbert beaucoup plus simples que L2 rencontré en mécanique
ondulatoire et qui justifie encore une fois la formalisme de la mécanique quantique.
CHAPITRE V

Le spin et son formalisme

Le chapitre précédent montrait comment expérimentalement, on pouvait mettre


en évidence le spin : grandeur purement quantique s’apparentant à un moment
cinétique interne. Dans ce chapitre, nous allons montrer comment d’une part
modéliser cette grandeur physique et d’autre part, étudier les conséquences de
son existence. Nous étudierons ici seulement le spin 1/2.

1. Définition

Résumons d’abord les conclusions du chapitre précédent. Le but était de définir


un moment cinétique en mécanique quantique. Au lieu de nous appuyer sur la
définition classique de cette grandeur vectorielle, nous avons décidé de définir l’ob-
servable associée en nous basant uniquant sur les relations de commutation entre
ses coordonnées. Nous définissions donc un observable Jˆ = (Jˆx , Jˆy , Jˆz ) vérifiant les
relations (IV.40). On observait alors que
(1) les valeurs propres de l’observable ĵ = Jˆ2 + Jˆ2 + Jˆ2 étaient de la forme
x y z
j(j + 1)~2 avec j ∈ 1/2Z ;
(2) les valeurs propres de l’observable Jˆz étaient de la forme m~ avec m ∈
1/2Z ;
(3) les valeurs non-entières de j et m, dont l’existence physique était mise
en évidence par l’expérience de Stern et Gerlach, ne pouvaient pas corres-
pondre au moment cinétique ”classique” d’une particule, bien qu’induisant
un comportant similaire de l’atome en présence d’un champ magnétique.
Nous avons avons aussi montré expérimentalement que dans le cas de l’atome
d’argent, l’observable ĵ n’avait en fait qu’une seule valeur propre correspondant à
j = 1/2 et que l’observable Jˆz n’avait que deux valeurs propres correspondant à
m = ±1/2. Nous dirons que cet atome a un spin 1/2. Expérimentalement, on peut
montrer que les particules elles-mêmes, et pas seulement les atomes, possèdent ce
”moment magnétique propre”. Plus précisément, les électrons, protons, neutrons,
neutrinos, quarks possèdent un spin 1/2. On peut aussi montrer que d’autres par-
ticules possèdent un spin plus élevé correspondant à d’autres valeurs plus grandes
de j et m. On classe d’ailleurs les particules selon qu’elles aient ou non un spin
entier :
DÉFINITION V.48. Les particules de spin entier sont appelées des bosons et les
particules de spin demi-entier sont appelées des fermions.

Malgré tout, nous n’avons toujours donné aucune définition mathématique précise
du spin. Nous le faisons maintenant, en nous limitant au spin 1/2.
39
40 V. LE SPIN ET SON FORMALISME

DÉFINITION V.49. Les particules pour lesquelles on ne peut mesurer que deux
états distincts pour chaque coordonnée du moment cinétique propre (par une expéri–
ence de type Stern et Gerlach par exemple) seront dites à spin 1/2. Cette grandeur
physique S = (Sx , Sy , SZ ) est un degré de liberté à elle toute seule : elle ne peut pas
se lire à travers les observables position et vitesse par exemple (contrairement à un
moment cinétique classique). Ce fait n’est pas du tout évident. On lui attribue donc
un espace εspin de dimension 2 (une dimension pour chaque valeur propre de Jz )
et un observable vectoriel Ŝ = (Ŝx , Ŝy , Ŝz ) vérifiant les relations de commutation

Ŝ ∧ Ŝ = i~Ŝ (V.50)

On pose comme principe que chacune des observables Ŝx , Ŝy , Ŝz possède exactement
les valeurs propres ±1/2~.

Remarque V.51.

(1) Puisque les mesures des coordonnées Sx , Sy , Sz ne donnent que les valeurs
possibles ±1/2~, la mesure de kSk := Sx2 + Sy2 + Sz2 donne la valeur 43 ~2 =
j(j + 1)~2 où j = 1/2. En particulier, cela implique que ŝ := Ŝx2 + Ŝy2 + Ŝz2
est égal à 43 ~2 Id.
(2) On pourrait penser que le spin S possède trois degrés de liberté (un
pour chaque coordonnée) : c’est en fait proscrit par le fait que les ob-
servables Ŝx , Ŝy , Ŝz ne commutent pas et donc que ces quantités ne sont
pas indépendantes les unes des autres. Cela dit, le choix de modéliser le
spin 1/2 par un espace de Hilbert à deux dimensions ne s’impose pas. Il
se trouve que, puisqu’il y a au moins deux états, cet espace est au moins
de dimension 2. On fait donc ce choix dans un premier temps pour voir ce
que l’on peut en déduire. C’est dans un deuxième temps que l’expérience
viendra confirmer que le modèle est bon.

Il faut maintenant se poser la question de savoir si la définition ci-dessus peutêtre


réalisée. Autrement dit, a-t-on, dans un espace de dimension 2 des opérateurs Ŝx ,
Ŝy et Ŝz vérifiant les relations V.50 ? La réponse est oui et il est facile de le voir. En
effet, soit εspin un espace de Hilbert de dimension 2. Si la solution existe, choisissons
une base orthonormée (ϕz+ , ϕz− ) correspondant aux états propres de Ŝz . On a donc
Ŝz (ϕz± ) = ± 12 ~ϕz± . En écrivant Ŝxy (ϕ± ) dans la base (ϕz+ , ϕz− ) et en utilisant les
relations (V.50), on voit facilement que

~ z i~
Ŝx (ϕz± ) = ϕ∓ et Ŝy (ϕz± ) = ± ϕz∓ , (V.52)
2 2
autrement dit, sous forme matricielle :
     
0 ~/2 0 −i~/2 ~/2 0
Ŝx = , Ŝy = , Ŝz = (. V.53)
~/2 0 i~/2 0 0 −~/2
3. MOMENT MAGNÉTIQUE D’UNE PARTICULE 41

2. Modélisation de l’état spatial d’une particule de spin 1/2

D’après ce qui précède, pour modéliser l’état spatial d’une particule, nous choisi-
rons de travailler dans l’espace de Hilbert
εH = εexterne ⊗ εspin
où εexterne = L2 (R3 ) (l’espace des fonctions à valeurs complexes et de carré somma–
ble sur R3 ) et où εspin est un espace de Hilbert de dimension 2 possédant une base
canonique (au signe près) indépendante du temps (ϕz+ , ϕz− ) correspondant aux états
propres de Ŝz . Tout vecteur ψ de l’espace de Hilbert εH s’écrit alors de manière
unique comme
ψ = ψ+ ⊗ ϕz+ + ψ− ⊗ ϕz− .
Autrement dit, en fixant une fois pour toutes (ϕz+ , ϕz− ), le vecteur d’état de la
particule est une fonction d’onde à deux composantes
 
ψ+ (x, t)
ψ(t) = .
ψ− (x, t)
En revenant à l’interprétation physique du vecteur d’état, la probabilité de présence
de la particule sur Ω ⊂ R3 à l’instant t est
Z
|ψ+ |2 (x, t) + |ψ− |2 (x, t)dx.

Les intégrales Z
|ψ± |2 (x, t)dx

représentent la probabilité de détecter la particule dans Ω et de mesurer que la
projection de son spin sur l’axe z est ±~/2.
Remarque V.54. Le spin est complètement indépendant des grandeurs x, y, z.
Autrement dit, une observable dépendant uniquement de ces grandeurs n’agira que
sur εexterne : elle sera de la forme  ⊗ Idεspin et commutera avec toute observable
ne dépendant que du spin, c’est-à-dire de la forme Idεexterne ⊗ B̂.

3. Moment magnétique d’une particule

Nous allons brièvement parler du moment magnétique d’une particule en mécanique


quantique pour mettre en évidence le ”comportement spinoriel” du spin (voir le
paragraphe suivant). En physique classique, on définit le moment magnétique créé
par une distribution de courant j(x) par
1
Z
~µ = x ∧ j(x)dx.
2 R3
On peut vérifier que cette définition ne dépend pas de l’origine lorsque le système
est constitué de boucles fermées. Son interprétation physique est simple : si le
système est placé dans un champ magnétique B, ~ les boucles de courant vont avoir
tendance à tourner pour se placer dans une position perpendiculaire à ce champ
42 V. LE SPIN ET SON FORMALISME

magnétique. On peut montrer expérimentalement que la force qui s’applique sur la


~ L’énergie potentielle associée est le produit scalaire
boucle de courant est ∇(~µ, B).
~
E = −(~µ, B). (V.55)

Si maintenant on considère un électron en orbite autour d’un noyau, nous pouvons


vérifier que
~µ = 1/2qx ∧ ~v (V.56)
où ~v est sa vitesse et où q est sa charge. Par ailleurs, nous avons expliqué dans le
paragraphe 1 du chapitre IV que son moment cinétique était donné par
~ = mx ∧ ~v .
L (V.57)
Autrement dit, les moments magnétique et cinétique sont proportionnels. C’est
une remarque qui joue un rôle important en physique mais nous ne nous attar-
derons pas sur le sujet ici. Cependant, en mécanique quantique, nous avons vu
que le spin a une influence sur le comportement d’une particule qui s’apparente
au mouvement orbital d’un électron. Nous choississons donc de lui attribuer un
moment magnétique µ̂ proportionnel à Ŝ mais dont l’intérêt est, comme dans le
cas classique, de tenir compte de la charge de la particule considérée alors que le
moment cinétique tient compte de sa masse. Nous définissons donc
µ̂ = γ Ŝ (V.58)
où γ = 2q/m où q est la charge de la particule considérée et où m est sa masse, ce
qui peut être comparé avec les formules (V.56) et (V.57).

4. ”Comportement spinoriel“

En mécanique classique, une rotation de 2π agit comme l’identité. Nous allons


voir que ce n’est pas le cas en mécanique quantique. Pour cela considérons un
champ magnétique fixe B ~ 0 = B0~z parallèle à l’axe z. Nous ne nous préoccupons
pas des variables spatiales et travaillons donc dans ε := εspin l’espace de Hilbert
à deux dimensions qui permet de décrire l’état de spin. Notons (ϕz+ , ϕz− ) la base
canonique associée. La formule (V.55) nous suggère d’écrire l’hamiltonien lié au
système comme Ĥ = −(µ̂, B̂0 ). Il faut donner un sens à cette expression : puisque
B~ 0 est parallèle à l’axe des z, prendre le produit scalaire avec B
~ 0 revient à multiplier
µz par le nombre B0 . Puisque µ̂ = γ Ŝ, on va travailler avec le hamiltonien
Ĥ = −γB0 Ŝz = ω0 Ŝz (V.59)
où l’on a noté ω0 = −γB0 . Les niveaux d’énergie (donc les valeurs propres de
Ĥ) de la particule sont donc ±ω0 ~/2 et les vecteurs propres associés sont ϕz± .
Supposons qu’à t = 0, le spin de la particule soit dans l’état ψ(0) = αϕz+ + βϕz−
avec |α|2 + |β|2 = 1. Notons ψ(t) = α(t)ϕz+ + β(t)ϕz− L’équation de Schrödinger
dit que i~∂t ψ = ω0 Ŝz ψ(t), c’est-à-dire
i~(α′ (t)ϕz+ + β ′ (t)ϕz− ) = ω0 ~/2(ϕz+ − ϕz− )
4. ”COMPORTEMENT SPINORIEL“ 43

ce qui conduit au système :



α′ (t) = −iω0 /2α(t),
β ′ (t) = iω0 /2α(t).
Avec les conditions initiales α(0) = α et β(0) = β, nous obtenons
ψ(t) = αe−iω0 t/2 ϕz+ + βeiω0 t/2 ϕz− . (V.60)
Nous voulons maintenant calculer les moyennes < µx >, < µy > et < µz >.
En revenant à la définition de la mesure d’une grandeur physique en mécanique
quantique, on a

< µz > = (ψ, µ̂z ψ)


= γ~/2(αe−iω0 t/2 ϕz+ + βeiω0 t/2 ϕz− , αe−iω0 t/2 ϕz+ − βeiω0 t/2 ϕz− ),
c’est-à-dire
< µz >= γ~/2(|α|2 − |β|2). (V.61)
De même, en utilisant les relations (V.52), on calcule que
< µx >= C cos(ω0 t + ϕ) (V.62)
et
< µy >= C cos(ω0 t + ϕ) (V.63)

où l’on a écrit γ~αβ = Ce .
On peut tirer deux conclusions des relations (V.61), (V.62) et (V.63) :
(1) la première est que la moyenne de la composante du moment magnétique
(et donc du spin) dans l’axe parallèle au champ magnétique ne dépend
pas du temps alors que sur des axes orthogonaux, cette moyenne est si-
nusoı̈dale de période ω0 . On appelle ce phénomène la précession de Lar-
mor. C’est un fait directement observable par l’expérience et qui permet
ainsi de confirmer le modèle théorique que l’on vient de construire.
(2) D’après les relations (V.61), (V.62) et (V.63), les moyennes des coor-
données du moment magnétique sont 2π/ω0-périodiques. En particulier,
l’influence sur le comportement de la particule du moment magnétique
est 2π/ω0 -périodique. Or, la construction même du spin suggère de l’in-
terpréter comme une sorte de rotation interne et la 2π/ω0-périodicité cor-
respond au moment où cette rotation a fait un tour complet. Cependant,
en revenant à (V.60), on voit que l’état ψ n’est que 4π/ω0 -périodique et
que ψ(t + 2π/ω0 ) = −ψ(t). Les lecteurs qui connaissent la construction
du groupe spin pourront faire le rapprochement avec cette situation.
CHAPITRE VI

Principe de Pauli

Dans ce chapitre, nous allons étudier l’interaction entre plusieurs particules et


aboutirons encore une fois à des conclusions éloignées de nos habitudes de physique
classique.

1. Systèmes de deux particules

Imaginons un système composé de deux (pour simplifier) particules décrites cha-


cune dans des espaces de Hilbert ε1 et ε2 . Les principes de la mécanique quantique
disent que l’on doit étudier le système dans l’espace ε1 ⊗ ε2 . Il y a deux remarques
importantes à faire : chacune sera l’objet d’un paragraphe.

1.1. États d’intrication. Supposons dans ce paragraphe que les εi sont les
espaces de dimension 2 associés au spin des deux particules, que l’on suppose donc
i i
de spin 1/2. On a une base canonique (ψ+ , ψ− ) dans chaque espace correspondant
aux états propres de la composante z du spin de chaque particule. Supposons qu’à
un instant donné l’état du système est
1 2 1 2
ψ(t) = αψ+ ⊗ ψ− + βψ− ⊗ ψ+ .
Il faut savoir qu’expérimentalement, on est capable de produire ce genre de situa-
tion. Cet état est très particulier parce que l’on peut faire le raisonnement suivant :
si on mesure la composante en z du spin de la première particule, on trouvera ~/2
avec probabilité |α|2 et −~/2 avec probabilité |β|2. De même, pour la seconde parti-
cule, on trouvera ~/2 avec probabilité |β|2 et −~/2 avec probabilité |α|2 . Là ou cela
devient étonnant, c’est que la mesure simultanée de ~/2 pour chacune des deux
particules a une probabilité de 0 : plus précisément, on mesurera simultanément
~/2 pour la première particule et −~/2 pour la seconde avec probabilité |α|2 et on
mesurera −~/2 pour la première particule et ~/2 pour la seconde avec probabilité
|β|2. Les deux particules ne sont plus dissociées : on dit que le système est dans
un état intriqué. On peut donner une définition mathématique plus précise :
DÉFINITION VI.64. On dit que le système constitué des deux particules est dans
un état intriqué si le vecteur d’état ne peut pas se mettre sous la forme ψ(t) =
ψ 1 (t) ⊗ ψ 2 (t).

Dans ces situations, les particules dépendent l’une de l’autre. Einstein, Podolsky
et Rosen se basèrent sur ces états pour formuler un paradoxe connu sous le nom
de paradoxe EPR permettant d’infirmer les principes de la mécanique quantique.
Pour décrire très brièvement leur argument, ils disaient qu’en mesurant le spin
de la première particule mais sans toucher à la deuxième et en communiquant
ensuite le résultat trouvé, par exemple ~/2, on était certain de mesurer −~/2
45
46 VI. PRINCIPE DE PAULI

pour la deuxième, contredisant en apparence le fait qu’on avait une probabilité


|α|2 de trouver −~/2. On aboutit à des prédictions différentes en considérant deux
systèmes d’une seule particule ou au contraire un seul système de deux particules.
L’erreur dans leur raisonnement consiste à dire qu’en faisant une mesure sur la
première particule, on ne change rien à l’état de la seconde. Les états intriqués
sont justement des états où l’on ne peut plus dissocier les deux particules et leur
attribuer à chacun un état bien distinct. Le paradoxe EPR sera d’ailleurs contredit
par l’expérience.

1.2. Indiscernabilité des particules. Un autre problème se pose : celui de


savoir comment discerner deux particules. La plupart du temps, ce sont les critères
physiques qui permettent de le faire. Mais si maintenant les particules sont de
même nature, deux électrons par exemple ? La situation est différente de celles
que l’on rencontre au quotidien : deux objets identiques ont toujours de petites
différences qui permettent de les différencier. Au niveau des particules, il en va au-
trement : deux électrons sont identiques en tout point. Il reste alors une solution :
celle d’attribuer un numéro à chacune des particules et de suivre leur trajectoire.
Mais là encore, c’est une méthode qui ne marche qu’au niveau macroscopique, les
trajectoires des particules étant mal définies.

Ce problème se lit dans les principes de la mécanique quantique. En effet, prenons


une situation physique quelconque où deux particules identiques sont soumises aux
mêmes conditions physiques. Les espaces ε1 et ε2 sont alors égaux, de même que
les hamiltoniens Ĥ1 et Ĥ2 . Notons ε := ε1 = ε2 et Ĥ := Ĥ1 = Ĥ2 . Le hamiltonien
du système formé par les deux particules, dont l’espace de Hilbert associé est ε ⊗ ε
doit être exactement
Ĥtot = Ĥ ⊗ Idε + Idε1 ⊗ Ĥ2 .
En effet, les valeurs propres de Ĥtot doivent être exactement les sommes des va-
leurs propres de Ĥ puisque l’énergie totale du système est égale à la somme de
l’énergie portée par chaque particule. Considérons donc deux niveaux d’énergie
E1 et E2 distincts de Ĥ et notons ψ1 et ψ2 les vecteurs propres correspondants.
On remarque que la valeur propre E1 + E2 de Ĥtot possède un espace propre de
dimension au moins 2 contenant ψ1 ⊗ ψ2 et ψ2 ⊗ ψ1 . La question est maintenant :
supposons que l’on fasse une mesure de l’énergie du système à l’instant t et que
l’on trouve E1 + E2 . Les principes de mécanique quantique disent qu’en t, le vec-
teur d’état ψ doit être un vecteur propre normalisé de l’espace propre associé à
E1 + E2 . Le problème est maintenant qu’il n’y a aucune raison de priviligier un
choix de vecteur propre plutôt qu’un autre dans cet espace propre. On pourrait
par exemple se dire qu’on a numéroté les particules et que l’on postule de prendre
ψ = ψ1 ⊗ ψ2 à l’instant t. Cette manière de procéder ne tient pas puisque si on
avait juste choisi d’inverser les numéros 1 et 2 au début de l’expérience (ce choix
n’influe en rien sur le sytème), on aboutit à une situation différente à l’instant t
alors qu’on a fait exactement la même manipulation du système, celle de mesurer
son énergie. On pourrait imaginer que ces considérations n’ont aucune influence
physique : c’est-à-dire que dans les deux cas, on arrive à des vecteurs d’état certes
2. SPIN D’UN SYSTÈME DE DEUX PARTICULES 47

différents mais dont les différences ne se lisent pas dans leurs effets physiques. Mal-
heureusement, l’expérience prouve que ce n’est pas le cas.

Pour résoudre cette ambiguı̈té, il convient de formuler un nouveau principe appelé


principe de Pauli et décrit dans le paragraphe 3

2. Spin d’un système de deux particules

Avant de parler du principe de Pauli, il convient d’expliquer comment modéliser le


spin de deux particules. D’abord, en mécanique classique, le moment cinétique total
de deux systèmes est égal à la somme des moments cinétiques des deux systèmes.
On va garder cette même règle pour le spin. Autrement dit, soient deux particules
que nous allons supposer de spin 1/2 dont le spin est décrit dans les espaces ε1spin
et ε2spin . On va décrire le spin du système dans l’espace εs = ε1spin ⊗ ε2spin qui est de
dimension 4. Si l’on note Ŝ i (i = 1, 2) les observables vectorielles de spin associées,
l’observable totale Ŝ sera
Ŝ = Ŝ 1 ⊗ Idε1spin + Idε2spin ⊗ Ŝ 2 .
La raison est la même que dans le paragraphe précédent à propos de l’énergie : cela
permet que les valeurs propres de Ŝ, c’est-à-dire les valeurs mesurables possibles,
soient les sommes des valeurs mesurables pour chacun des deux spins. Par abus de
notation, nous écrirons
Ŝ = Ŝ 1 + Ŝ 2 .
i
Notons (σ+ , σii ) la base canonique de εispin , donc états propres de la composante
en z de Ŝ i . Notons enfin σ±,± := σ± 1
⊗ σ± 2
. Les σ±,± forment une base de εs . De
même que pour le cas d’une particule, nous allons poser
ŝ = (Ŝx )2 + (Ŝy )2 + (Ŝz )2 = (Ŝx1 + Ŝx2 )2 + (Ŝy1 + Ŝy2 )2 + (Ŝz1 + Ŝz2 )2 (VI.65)
dont nous notons S(S + 1)~2 les valeurs propres. De même, nous paramétrons
les valeurs propres de Ŝz par M~. Nous noterons σS,M le vecteur propre commun
associé. Commençons par regarder les valeurs que peut prendre la norme de S
et donc les valeurs propres de ŝ. Puisque les composantes de S i ne prennent que
les valeurs ±~/2, les composantes de S ne prennent que les valeurs 0 ou ±~. Par
conséquent, on peut se dire qu’a priori, kSk2 prendra les valeurs 0, ~2 , 2~2 ou 3~2 .
En fait, ce n’est pas le cas. En effet, on calcule directement en utilisant les relations
(V.52) que
ŝ(σ+,+ ) = 2~2 σ+,+ , ŝ(σ−,− ) = 2~2 σ−,− ,
   
1 2 1 1
ŝ √ (σ+,− + σ−,+ ) = 2~ √ (σ+,− + σ−,+ ) et ŝ √ (σ+,− − σ−,+ ) = 0.
2 2 2
Autrement dit, ŝ ne possède que 2 valeurs propres :
– 2~2 correspondant à la valeur S = 1 dont l’espace propre est de dimension 3
engendré par les vecteurs Θ1 := σ+,+ , Θ2 := σ−,− et Θ3 := √12 (σ+,− + σ−,+ ) ;
– 0 correspondant à la valeur S = 0 dont l’espace propre est de dimension 1
engendré par Θ4 := √12 (σ+,− − σ−,+ ).
48 VI. PRINCIPE DE PAULI

Les états de l’espace propre correspondant à S = 1 sont appelés états triplets et


celui correspondant à S = 0 est appelé singulet. Nous conservons les notations du
paragraphe précédent mais nous supposons cette fois que les particules sont les
mêmes. On a donc ε1spin = ε2spin et on peut définir l’opérateur d’échange (pour le
spin) Ps par
εs → εs
Ps :
u ⊗ v 7→ v ⊗ u.
Les vecteurs de εs ne s’écrivent pas tous sous la forme u ⊗ v mais on étend la
définition par linéarité à εs tout entier. Alors, par définition des vecteurs Θi , on
voit que :
Ps (Θi ) = εi Θi (VI.66)
avec εi = 1 si i = 1, 2, 3 et ε4 = −1. Autrement dit, les vecteurs propres corres-
pondant à S = 1 sont ”totalement symétriques” tandis que ceux correspondant
à S = 0 sont “totalement anti-symétrique“ Cette relation va jouer un rôle fonda-
mental dans le paragraphe suivant.

3. Principe de Pauli

Nous avons dit qu’il fallait nécessairement que deux particules de même nature
soient indiscernables. Supposons que le système composé par ces deux particules
soient associé à l’espace de Hilbert εH = ε ⊗ε, l’espace de Hilbert ε étant lui-même
associé à chacune des deux particules. Définissons l’opérateur d’échange entre les
deux particules de la même manière que ci-dessus, c’est-à-dire par

ε → ε
P :
u ⊗ v 7→ v ⊗ u.
Le principe que l’on veut formuler consiste donc à dire que, si ψ est le vecteur d’état
du système, P (ψ) représente le même état physique que ψ. Remarquons que deux
vecteurs d’état ψ et ψ ′ décrivent la même situation physique si et seulement si
toutes les mesures que l’on peut faire sur le système donnent les mêmes résultats,
autrement dit si pour tout opérateur Â, on a
(ψ, Âψ) = (ψ ′ , Âψ ′ ).
Il est facile de voir que cette condition est réalisée si et seulement si ψ s’écrit
ψ ′ = eiϕ ψ. En appliquant cette observation à notre situation, on a donc P (ψ) =
eiϕ ψ et puisque par ailleurs P 2 = Id, eiϕ = ±1. Cela signifie donc que l’on doit
poser comme principe que tout vecteur d’état d’un système de deux particules est
soit totalement symétrique soit totalement antisymétriques. Reste à savoir quel
est le bon choix à faire. D’ailleurs, ce bon choix, s’il existe, ne dépend-il que de la
nature des particules ? Autrement dit, un système de deux particules identiques
doit-il toujours avoir un vecteur d’état symétrique, anti-symétrique ou bien les
deux situations peuvent-elles arriver ? Le principe de Pauli postule la réponse à
ces questions et modifie la définition des bosons et fermions donnée plus tôt.
Principe de Pauli : Toutes les particules de la nature appartiennent à l’une des
catégories suivantes :
3. PRINCIPE DE PAULI 49

– les bosons pour lesquels le vecteur d’état de deux particules identiques est symétri–
que (i.e. P ψ = ψ) ;
– les fermions pour lesquels le vecteur d’état de deux particules identiques est anti-
symétrique (i.e. P ψ = −ψ).
Toutes les particules de spin entier ou nul sont des bosons tandis que celles de spin
demi-entier sont des fermions.
Il faut bien comprendre que ce principe est un postulat : rien ne nous a permis
de décider qu’une particule de spin 1/2 par exemple était dans un état totalement
anti-symétrique plutôt que symétrique. Cela deviendra un théorème en mécanique
quantique relativiste (dont nous ne parlerons pas dans le chapitre correspondant)
et par ailleurs, l’expérience confirme que ce postulat est correct.

Ce principe réduit l’espace dans lequel on travaille. Par exemple, considérons deux
particules de spin 1/2 et regardons seulement leur spin. D’après ce principe, il doit
être dans l’état singulet décrit dans le paragraphe précédent. Le vecteur d’état de
spin doit donc être égal à √12 (σ+,− − σ−,+ ). Ce qui signifie que, quelle que soit la
mesure effectuée sur le spin, on trouve les particules dans un état opposé. C’est
pourquoi on parle du principe d’exclusion de Pauli. Il faut savoir que ce principe a
un grand nombre de conséquences macroscopiques dont nous ne parlerons pas ici.
Remarque VI.67. On prendra garde de ne pas confondre le fait d’être dans un
état anti-symétrique et le principe d’exclusion évoqué ci-dessus. En effet, il existe
des états symétriques qui ont la même conséquence : par exemple l’état triplet
√1 (σ+,− + σ−,+ ).
2
CHAPITRE VII

Mécanique quantique relativiste

De par sa construction qui considère le temps comme découplé des variables d’es-
pace, la mécanique quantique n’est pas compatible avec les principes de relati-
vité restreinte. On peut d’ailleurs vérifier que la théorie n’est pas invariante par le
groupe de Lorentz ce qui signifie que deux observateurs relativistes ne sont pas phy-
siquement équivalents. Expérimentalement, on observe aussi que, comme on pou-
vait s’en douter, la mécanique quantique n’est précise que lorsque les phénomènes
observés ne mettent en jeu que des particules à faible vitesse. Elle n’est par exemple
pas un bon modèle pour décrire toutes les expériences où il y a interaction entre
lumière et matière.

Nous présentons dans ce chapitre les premières tentatives pour modifier la mécanique
quantique afin la rendre relativiste. C’est ainsi que nous aboutirons à l’équation
de Dirac. C’est cependant une vision très incomplète et qui dans de nombreuses
situations où elle ne s’applique pas, a été abandonnée au profit de la théorie
quantique des champs, incomplète elle-aussi mais permettant de réparer certaines
incohérences évidentes de la mécanique quantique relativiste. Pour comprendre
comment on en est arrivés à la théorie quantique des champs, il est nécessaire de
comprendre cette théorie.

1. Équation de Klein-Gordon

Nous allons d’abord chercher à trouver une équation relativiste en ne nous préo–
ccupant que des variables d’espaces. En d’autres termes, nous commençons à tra-
vailler avec une particule de spin 0. Dans ce cadre, pour bâtir une théorie relativiste,
il est naturel de travailler dans l’espace de la relativité restreinte, autrement dit,
R4 muni de la forme quadratique η := dx2 − dt2 de signature (3, 1). Rappelons que
dans ces coordonnées, la vitesse de la lumière vaut 1. Nous n’allons pas chercher
dans ce paragraphe à pousser la théorie au maximum. Nous nous contenterons de
soulever quelques problèmes posés par la mécanique quantique relativiste. Nous
serons plus précis dans le paragraphe suivant. Pour commencer, il faut essayer de
dégager le coeur de la mécanique quantique : il s’agit évidemment de l’équation
de Schrödinger i~∂t ψ = Ĥψ. En effet, tous les autres principes ne font que définir
le cadre de travail et donnent le moyen de relier la théorie à la situation phy-
sique. Par contre, c’est cette équation qui décrit l’évolution du système. Nous
allons donc commencer par supposer que la particule est décrite là aussi par une
fonction d’onde définie sur R4 et essayer de trouver une ”équation de Schrödinger
relativiste“. Plaçons-nous dans la situation la plus simple où la particule n’est pas
chargée, et évolue dans le vide sans contrainte. En mécanique classique et dans ce
51
52 VII. MÉCANIQUE QUANTIQUE RELATIVISTE

contexte, l’énergie du système est composé uniquement de son énergie cinétique


E = 1/2mk~vk2 = k~pk2 /2m où ~v et p~ sont les vecteurs vitesse et quantité de mou-
vement. Cette expression nous a conduits à définir l’observable énergie totale Ĥ
par (voir (II.30))

~2
Ĥ = Êc + Êp = − ∆.
2m
Dans le même situation physique, que nous regardons cette fois d’un oeil relativiste,
le calcul de l’énergie totale tiendra compte de l’énergie au repos de la particule
donnée par la célèbre E = mc2 . Nous ne rappellerons pas ici les bases de la
relativité restreinte et donnons directement la valeur de l’énergie en fonction du
vecteur quantité de mouvement p~ (qui appartient à l’espace vu par l’observateur)
et de la masse au repos : on a
p
E = η(~p, ~p) − m2 . (VII.68)
En procédant de la même manière que pour obtenir (II.30), cela conduit à poser

Ĥ = −~2 ∆ + m2 .

Cette définition n’a pas de sens : pour lui en donner un, plutôt que sur (VII.68),
il faut se baser sur l’expression
E 2 = η(~p, p~) − m2 (VII.69)
et de ce fait, poser comme équation de Schrödinger relativiste
(i~∂t )2 ψ(x, t) = −~2 ∆ψ(x, t) + m2 ψ(x, t)
c’est-à-dire,
 m 2
ψ + ψ=0 (VII.70)
~
où  := −∂t2 +∆ est l’opérateur d’Alembertien. Cette équation est appelée équation
de Klein-Gordon. On peut vérifier qu’elle est invariante par le groupe de Lorentz
et dans un premier temps en tout cas, elle est un bon candidat pour être une
équation de Schrödinger relativiste bien que nous n’ayons pas expliqué encore les
principes de la théorie.

2. Limites de l’équation de Klein-Gordon

L’équation de Klein-Gordon est insatisfaisante à plusieurs égards :


(1) D’abord, les relations (VII.68) et (VII.69) ne sont pas équivalentes. En
effet, (VII.69) est équivalente à
p
E = ± η(~p, ~p) − m2 .
Autrement dit, d’un point de vue mathématique, cela conduit à des énergies
qui peuvent être négatives. Nous étudierons plus tard ce qu’il en est au
niveau physique.
2. LIMITES DE L’ÉQUATION DE KLEIN-GORDON 53

(2) Supposons qu’un observateur connaisse l’état d’un système à l’instant


t = 0, c’est-à-dire qu’il connaisse ψ à l’instant t = 0, il ne peut pas en
déduire l’évolution du système : en effet, l’équation de Klein-Gordon étant
d’ordre 2 par rapport au temps, il lui faut en plus connaı̂tre ∂t ψ en t = 0.
En particulier, il en sera de même pour des vitesses faibles. Cela contredit
la mécanique quantique non relativiste pour laquelle la connaissance de
l’état du système à un instant donné est suffisante pour connaı̂tre son
évolution.
Avant de regarder les conséquences physiques d’énergies négatives, il faut d’abord
mettre au point la théorie. Nous nous intéressons donc au point (2). Faisons ce
qui est habituel quand on regarde une EDO d’ordre 2 que l’on voudrait ramener
à l’ordre 1 (en t seulement) : on définit le vecteur
 
ψ
ϕ= .
∂t ψ
On est ramenés à l’équation d’ordre 1 suivante :
 
0 Id
∂t ϕ = 2 ϕ.
∆ + m~2 0
En fait, il sera plus commode de poser
i~ i~
ϕ1 = ψ + ∂t ψ et ϕ2 = ψ − ∂t ψ (VII.71)
m m
et de remarquer que la fonction d’onde définie par Φ = (ϕ1 , ϕ2 ) vérifie l’équation
suivante
i~ i~ 2im
 
1 m
∆ m
∆ +
∂t Φ = i~
~ Φ. (VII.72)
2 −m ∆ − 2im
~
− i~
m

Si la vitesse de la particule est petite devant la vitesse de la lumière, nous pouvons
négliger son énergie cinétique devant son énergie interne et donc l’énergie totale
est égale à E ≃ mc2 = m2 . En raisonnant de la même manière que pour obtenir
(II.30) et (VII.69), cette égalité se traduit en terme d’observables par i~∂t ψ = mψ
et donc pour des situations non-relativistes, ϕ2 ≃ 0. En prenant ϕ2 = 0 et en
regardant la première coordonnée dans (VII.72), on obtient
i~
∂t ϕ1 =∆ϕ1 .
2m
Autrement dit, on retrouve l’équation de Schrödinger non-relativiste.

Il convient maintenant de faire une remarque importante : dans le cadre non-


relativiste, l’interprétation de la fonction d’ondes comme une densité de probabi-
lité dépend de manière évidente de la forme produit (espace * temps) de l’espace-
temps. En effet, il suffit d’imposer que sur les espaces t = constante, la fonction
d’onde soit de norme 1. Le premier problème que nous rencontrons ici est qu’en
relativité restreinte, le temps n’est pas universel et poser t = constante avec la
coordonnée t de R4 revient à choisir un observateur particulier. C’est en fait un
faux problème
R : en effet, l’idée sera de construire une densité de probabilité P (x, t)
telle que R3 P (x, 0)dx = 1 Ensuite, en se débrouillant bien (voir ci-dessous), on
54 VII. MÉCANIQUE QUANTIQUE RELATIVISTE
R
montre que l’équation de Klein-Gordon implique R3 P (x, T )2 dx = 1 pour tout
T . L’équation de Klein-Gordon étant invariante par le groupe de Lorentz, cette
conservation de norme sera vraie quel que soit la variable de temps t choisie, pour
peu qu’elle corresponde à un observateur galiléen.

Venons-en au deuxième problème : on veut obtenir la conservation de norme


évoquée ci-dessus. Notons (·, ·) le produit scalaire de L2 . En mécanique quantique
non-relativiste, on posait P (x, t) = |ψ|2 et l’équation de Schrödinger impliquait
que
Z Z
∂t P (t, x)dx = (∂t ψ)ψ + ψ(∂t ψ)dx = 0.
R3 R3

Si maintenant nous considérons une solution de ψ de l’équation de Klein-Gordon


(VII.70), et si nous posons P (x, t) = |ψ|2 , le même raisonnement ne fonctionne
plus. Il ne fonctionne que lorsque la fonction d’onde est soumise à une équation
du type ∂t ψ = Âψ où Â est auto-adjoint. L’équation de Klein-Gordon n’est pas
sous cette forme et il faut s’y prendre autrement. La première possibilité consiste
à poser :
i~
P (x, t) = (∂t ψ)ψ + ψ(∂t ψ) (VII.73)
m
i~
où la constante m , qui n’a aucune importance dans le raisonnement, a été choisie
pour retrouver la situation non-relativiste en approximation. Avec cette expression
et l’équation de Klein-Gordon, on obtient
Z Z
∂t P (t, x)dx = (∂t tψ)ψψ(∂t tψ)dx
R3 R3
m2 m2
Z
= (∆ψ + 2 ψ)ψ − (∆ψ + 2 ψ)ψdx = 0
R3 ~ ~
où la dernière égalité s’obtient en intégrant par partie. La formule (VII.73) pose de
toute manière un problème important : on peut vérifier que la densité de proba-
bilité P (x, t) définie sous cette forme n’est pas positive partout. D’après Pauli et
Weisskopf [PW34], cela peut néanmoins se résoudre en modifiant l’interprétation
de P (x, t) mais leur théorie soulève de nombreux problèmes.

La deuxième possibilité est de travailler en définissant P (x, t) = kΦk2 où Φ est


solution du système (VII.71). Nous ne rentrerons pas dans les détails dans ce pa-
ragraphe. L’équation de Dirac que nous étudierons dans le prochain paragraphe se
base sur le même principe : travailler avec une équation d’ordre 1. Cela permet de
définir la densité de probabilité comme la norme de la fonction d’onde.

Au final, quoi que l’on fasse, deux problèmes vont subsister :


(1) l’existence de solutions d’énergie négative : c’est ce qui conduira Dirac à
postuler l’existence d’un ”positron“, particule analogue à l’électron mais
chargée positivement (voir prochain paragraphe) ;
3. L’ÉQUATION DE DIRAC 55

(2) le problème de conservation du nombre de particules que nous n’avons pas


encore évoqué mais qui est pourtant le plus fondamental : expérimentale–
ment, on sait que le nombre de particules d’un système n’est pas une
quantité conservée. Or par construction même de la mécanique quan-
tique où l’on construit l’espace de travail en fonction des degrés de liberté
de chaque particule, la théorie n’est pas adaptée à la situation. C’est ce
point particulier qui fera que la mécanique quantique relativiste est aban-
donnée dans de nombreuses situations au profit de la théorie quantique
des champs.

3. L’équation de Dirac

Nous allons maintenant essayer de construire une théorie relativiste des particules
de spin 1/2, disons de l’électron pour fixer les choses, c’est-à-dire qui tient compte
du spin. Nous nous placerons dans une situation sans champ électromagnétique. De
ce fait, nous ne verrons pas les effets de la charge de la particule et n’en tiendrons
donc pas compte. Les deux problèmes évoqués à la fin du paragraphe précédent
ne seront pas résolus ici : comme nous l’avons dit, seule la théorie quantique des
champs sera à même de lever le problème de non-conservation du nombre de par-
ticules. Nous allons travailler dans un espace de Hilbert εexterieur ⊗ εspin . D’après le
modèle non-relativiste, il est naturel de considérer que εspin est de dimension finie.
La composante de spin étant vectorielle, elle comportera en relativité restreinte
quatre composantes, c’est-à-dire quatre observables là où il n’y en avait que trois
dans la théorie non-relativiste. C’est l’étude de ces quatre observables qui fixera
la dimension de εs mais cette discussion est repoussée à plus tard. En tout cas, à
ce point, en fixant une base (ϕ1 , · · · , ϕr ) de l’espace εspin , on pourra considérer le
vecteur d’état ψ = (ψ1 , · · · , ψr ) comme un vecteur à r composantes, où r est la
dimension de εspin et où chaque composante est une fonction d’onde de l’espace
= L2 (R3 ). Le vecteur ψ ∈ εexterieur ⊗ εspin original se retrouvera en
ε := εexterieur P
écrivant ψ = ri=1 ψi ⊗ϕi . Dans la suite, nous jonglerons avec ces deux manières de
voir les choses. Pour obtenir un modèle satisfaisant, il faudra que le vecteur d’état
ψ soit soumis à une équation généralisant celles de Schrödinger (qui ne tient pas
compte des phénomènes relativistes) et de Klein-Gordon (qui ne tient pas compte
du spin) et qui devra avoir deux propriétés principales :
(1) elle devra être invariante sous l’action du groupe de Lorentz ;
(2) elle devra être d’ordre 1 en t et plus précisément de la forme
i~∂t ψ = ĤD ψ (VII.74)
où ĤD est un opérateur auto-adjoint.
Pr En définissant la densité de proba-
2
bilité de présence par P (x, t) = j=1 kψj k (x, t), la forme de l’équation
R
montrera que ∂t R3 P (x, t)dx = 0. La démonstration est la même que celle
du cadre non-relativiste.
La forme explicite de ĤD dépendra bien évidemment du système physique étudié.
Comme toujours, ce sont les situations les plus simples qui servent de guide pour
construire des modèles de systèmes plus élaborés. C’est pourquoi ici, nous allons
nous placer dans un système physique composé d’un seul électron qui n’est soumis
56 VII. MÉCANIQUE QUANTIQUE RELATIVISTE

à aucun potentiel, qui pourrait d’ailleurs briser l’invariance sous l’action du groupe
de Lorentz. Il sera plus commode d’utiliser les notations (x1 := x, x2 := y, x3 :=
z, x4 := t) pour simplifier les expressions. L’observable ĤD représentera, comme
dans le cas non-relativiste, l’énergie totale du système. Il y a plusieurs remarques
à faire : en ce qui concerne la partie ”spatiale”, l’énergie du système dépendra
évidemment de la quantité de mouvement p~ = (p1 , p2 , p3 ) (on se place du point de
vue d’un observateur galiléen qui “voit” les espaces t = constante) mais pas de
la position (x1 , x2 , x3 ) puisque l’équation doit être invariante par les translations.
Autrement dit, ĤD dépendra des observables p̂j = −i~∂j mais pas des xi . De plus,
le groupe de Lorentz, contrairement au groupe O(3) agit aussi sur la quatrième
composante. Dans l’équation (VII.74), le terme qui contient l’opérateur ∂t est
linéaire. Il doit en être de même pour les termes contenant les opérateurs ∂j , et
donc les opérateurs p̂j . On remarque enfin que l’énergie au repos est une fonction
linéaire de la masse et c’est pourquoi nous supposerons que le terme contenant m
doit aussi être linéaire. Pour finir, on va faire l’hypothèse raisonnable que ĤD se
met sous la forme
ĤD = Ĥexterieur ⊗ Ĥspin

où les observables Ĥexterieur et Ĥspin agissent respectivement sur εexterieur et εspin.
Les remarques que nous avons faites ci-dessus conduisent à faire l’hypothèse que
ĤD est de la forme
3
X
ĤD = σ̂j p̂ + mσ4 (VII.75)
j=1

où l’opérateur m̂ associé à l’énergie au repos est confondu avec m (la multiplication
par m) et où l’observable vectorielle
 
σ̂1
 σ̂2 
σ̂ = 
 σ̂3 

σ̂4 .

agit uniquement sur εspin . Les arguments ci-dessus n’ont aucune rigueur mais
comme toujours en physique, on propose des modèles et l’expérience viendra confir-
mer leur efficacité : c’est ce que se passe ici.

Remarquons tout de même que cela suppose l’existence d’une observable vectorielle
de dimension 4 agissant sur l’espace εspin, ce qui n’est pas totalement déraisonnable
sachant que nous travaillons cette fois sur R4 . Il est naturel de supposer par ailleurs
que l’équation de Klein-Gordon est vérifiée lorsqu’on ne considère que les parties
spatiales de ĤD . C’est-à-dire que l’on veut que
2
!
2
X m
−~2 ∂tt ψ = p̂2i + 2 ψ. (VII.76)
i=1
~
4. ÉCRITURE SPINORIELLE DE L’ÉQUATION DE DIRAC 57

Des relations (VII.74) et (VII.75), on tire que


3
!
X
i~∂t ψ − σ̂j p̂ − mσ4 ψ = 0.
j=1

Et donc
3
! 3
!
X X
i~∂t ψ + σ̂j p̂ + m~σ4 i~∂t ψ − σ̂j p̂ + m~σ4 ψ = 0,
j=1 j=1

c’est-à-dire, puisque les observables de spin commutent avec les observables ex-
ternes :

h 3
X X
2
− ~ ∂tt ψ − σ̂j2 p̂2j − m2 σ̂42 − (σ̂j σ̂l + σ̂l σ̂j )p̂j p̂l
j=1 1≤j<l≤3
3
X i
− (σ̂j σ̂4 + σ̂4 σ̂j )mσ̂4 ψ = 0.
j=1

En comparant cette expression avec (VII.76), nous obtenons que, pour tous j, l ∈
{1, · · · 4}, j 6= l,
α̂j2 = 1 et σ̂j σ̂l + σ̂l σ̂j = 0. (VII.77)
L’équation (VII.74), qui se réécrit sous la forme
3
X
−i~∂t ψ = ( σ̂j p̂ + mσ4 )ψ (VII.78)
j=1

où les σ̂j vérifient (VII.77), est appelée équation de Dirac.

4. Écriture spinorielle de l’équation de Dirac

L’adjectif “spinorielle“ qui apparaı̂t dans le titre de ce paragraphe ne signifie


pas “relatif au spin” puisque de toutes manières, l’équation de Dirac est là pour
modéliser le spin de l’électron. Il signifie que l’on va exprimer l’équation de Di-
rac avec l’objet mathématique “spineur“ que nous décrivons très rapidement dans
l’appendice C. Reprenons les notations du paragraphe précédent et posons pour
i ∈ {1, 2, 3},
γ̂i := σ̂4 σ̂i et γ̂4 := σ̂4 .
D’après les relations (VII.77), on voit que

2
−1 si i ∈ {1, 2, 3}
γ̂i =
1 si i=4
et que, si i 6= j
γ̂i γ̂j + γ̂j γ̂i = 0.
On reconnaı̂t ici les relations (III.97) de l’appendice C vérifiées par les opérateurs
ρ(ei ) agissant sur Σ4 . Puisque Σ4 est de dimension minimale parmi les espaces
sur lesquels des opérateurs vérifiant de telles relations agissent, on peut raison-
nablement poser εspin := Σ4 (rappelons que le spin 1/2 correspond à la valeur
58 VII. MÉCANIQUE QUANTIQUE RELATIVISTE

minimale de spin non nulle et donc à l’espace εspin de plus petite dimension) et
poser γ̂i := ρ(ei ) = ei · où l’on a muni R4 de la base canonique et où e4 correspond
à la coordonnée t. On travaille donc maintenant sur l’espace ε := L2 (R4 ) ⊗ Σ4 . Un
vecteur d’état s’écrit
X4
ψ= ψj ⊗ ϑj
j=1

où l’on a choisi une base orthonormée (ϑ1 , · · · , ϑ4 ) de Σ4 et où les ψj sont des
fonctions de carré intégrable et à valeurs complexes. Pour tous (x, t) ∈ R4 et j,
ψj (x, t) ∈ C et donc
4
X 4
X
ψ(x, t) = ψj (x, t) ⊗ ϑj = 1 ⊗ ( ψj (x, t)ϑj )
j=1 j=1

ce qui fait que ψ peut se voir comme une fonction de R4 à valeurs dans Σ4 . Avec
ces notations, en multipliant à gauche par σ̂4 , l’équation de Dirac se réecrit
4
X
i~ ej · ∂j ψ − mψ = 0
j=1

c’est-à-dire avec les notations de l’appendice C

(i~D(ψ) − m)ψ = 0. (VII.79)


L’équation mise sous cette forme est sans doute plus difficile à interpréter d’un
point de vue physique mais à l’avantage de faire intervenir des objets bien connus
des mathématiciens. En particulier, l’opérateur D se définit parfaitement de manière
intrinsèque sur les variétés lorentzienne. L’espace (R4 , η) étant une variété lorent-
zienne, l’équation de Dirac ne dépend pas des coordonnées choisies et est donc
invariante par le groupe de Lorentz.

5. Une construction plus physique de l’espace εspin

L’écriture spinorielle du paragraphe précédent a l’avantage de donner une forme


simple à l’équation de Dirac mais se prête mal à son interprétation physique.
Nous allons essayer de présenter la situation sous un angle différent. À la place de
construire les opérateurs γ̂i , nous aurions pu poser
α̂1 := −iσ̂2 σ̂3 , α̂2 := −iσ̂3 σ̂1 , α̂3 := −iσ̂1 σ̂2
et aussi
β̂1 := −iσ̂1 σ̂2 σ̂3 , β̂2 := −iσ̂4 σ̂1 σ̂2 σ̂3 et β̂3 := σ̂4 .
De nouveau avec les relations (VII.77), on voit que
– les opérateurs α̂j commutent avec les opérateurs β̂j : on a donc envie de cher-
cher εspin sous la forme εspin = ε1spin ⊗ ε2spin où les opérateurs α̂j et β̂j agissent
respectivement sur ε1spin et ε2spin.
– Les opérateurs vectoriels (α̂1 , α̂2 , α̂3 ) et (β̂1 , β̂2 , β̂3 ) satisfont aux mêmes relations
de commutation qu’un spin, c’est-à-dire qu’elles satisfont aux relations (V.50).
5. UNE CONSTRUCTION PLUS PHYSIQUE DE L’ESPACE εspin 59

Le raisonnement mené dans le cadre non-relativiste s’applique alors sur chaque


εjspin . On va donc décider de prendre ε1spin = ε2spin = εs où εs est l’espace de
Hilbert à deux dimensions avec lequel on a déjà travaillé pour définir le spin 1/2
en mécanique quantique non-relativiste. Par ailleurs, les définitions des α̂j ne font
intervenir que les coordonnées spatiales σ̂j avec j ∈ {1, 2, 3}. On va lui faire jouer
un rôle particulier ce qui permettra de retrouver l’interprétation non-relativiste du
spin. Pour cela, il suffit de voir que σ̂4 = β̂3 qui agit sur ε2spin = ε2 vérifie β̂32 = 1 et
donc ε2spin = Vect(u+ , u− ) où (u+ , u− ) est une base orthonormée de ε2spin composée
des vecteurs propres u± associés aux valeurs propres ±1 de β̂3 . On peut donc écrire
εspin = ε+ ⊕ ε−
où ε± := εs ⊗ Vect(u± ). On peut donc aussi écrire
ε = (εexterieur ⊗ ε+ ) + (εexterieur ⊗ ε− ).
Via cette décomposition, le vecteur d’état ψ se décompose en la somme
ψ = ψ+ + ψ−
où ψ± s’écrivent ψ̃± ⊗ u± et sont donc des vecteurs propres associés à la valeur
propre ±1 de l’observable σ̂4 . Puisque chacun des deux espaces εexterieur ⊗ ε±
est de dimension 2, on peut convenir que les deux premières coordonnées de ψ
correspondent à ψ+ et les deux dernières à ψ− et rééecrire la notation initiale
ψ = (ψ1 , ψ2 , ψ3 , ψ4 ) de la manière suivante
 
ψ+
ψ=
ψ−
où    
ψ1 ψ3
ψ+ = et ψ− = .
ψ2 ψ4
Venons-en maintenant à l’interprétation physique de ψ+ . Nous discuterons rapi-
dement de celle de ψ− dans le paragraphe suivant mais elle est beaucoup moins
claire et les physiciens ne s’accordent pas sur ce point.

Reprenons l’équation de Dirac (VII.78)


3
X
−i~∂t ψ = ( σ̂j p̂j + σ̂4 m)
j=1

et plaçons-nous à un niveau d’énergie E. Autrement dit, considérons un vecteur


propre ϕ vérifiant
3
X
( σ̂j p̂j + σ̂4 m)ϕ = Eϕ (VII.80)
j=1

que nous décomposons en ϕ = ϕ+ +ϕ− ≃ (ϕ+ , ϕ− ) associé à la décomposition de ε.


Par construction, σ̂4 ϕ± = ±ϕ± . Par ailleurs, plaçons-nous dans des conditions non-
relativistes : la quantité de mouvement est petite par rapport à la masse et donc
60 VII. MÉCANIQUE QUANTIQUE RELATIVISTE

E ≃ m. En reportant dans (VII.80) où l’on néglige les termes faisant apparaı̂ıtre
la quantité de mouvement, on obtient
σ̂4 m(ϕ+ , ϕ− ) ≃ m(ϕ+ , ϕ− ),
c’est-à-dire
m(ϕ+ , −ϕ− ) ≃ m(ϕ+ , ϕ− )
ce qui implique qu’à la limite non-relativiste ϕ− ≃ 0. C’est la raison pour laquelle
on considère que le vecteur ψ+ s’interprète comme le vecteur d’état non-relativiste
de la particule et contient tout l’information sur le spin. Plus précisément, le spin
vectoriel de la particule est donné par l’observable vectorielle (α̂1 , α̂2 , α̂3 ).

6. De la théorie du positron à la théorie quantique des champs

Dans ce paragraphe, nous allons nous intéresser de plus près au problème des
énergies négatives dont nous avons déjà parlé plus haut. Pour commencer, plaçons-
nous dans la même situation qu’à la fin du paragraphe précédent et considérons
une situation non-relativiste. Nous avons vu alors qu’un état d’énergie était décrit
par un vecteur propre (ψ+ , ψ− ) où la composantes ψ− est très petite devant la
composante ψ+ (on parle d’ailleurs de grandes et petites composantes). Rappelons
que, avec les notations du paragraphe précédent, les vecteurs ψ± s’écrivent ψ± =
ψ̃± ⊗ u± . Considérons maintenant le vecteur ψ̃ := (ψ̃− ⊗ u+ , ψ̃+ ⊗ u− ). D’après ce
qui précède, la composante ψ̃− ⊗u+ est petite par rapport à ψ̃+ ⊗u− . En négligeant
encore une fois la quantité de mouvement, ce vecteur est cette fois propre pour
l’énergie ĤD ≃ mσ̂4 mais avec valeur propre −m. Si l’on ne néglige plus les termes
de quantité de mouvement, ψ̃ n’est pas nécessairement un vecteur propre mais on
obtient malgré tout que
(ψ̃, ĤD ψ̃) < 0.
Cela suggère deux remarques :
– D’abord, il existe des états d’énergie négative. Nous l’avons déjà évoqué mais
nous en obtenons ici une preuve. On peut en fait être beaucoup plus précis et
décrire précisément les états d’énergie négative, ce qui ne nous sera pas utile ici.
– La vecteur d’état à deux composantes ψ− semble correspondre à une particule
qui se comporte comme l’électron mais dont la masse est négative.
La théorie permet de prédire assez précisément le comportement que pourrait
avoir une particule de masse négative. Mais ce comportement n’a jamais été ob-
servé expérimentalement. Par contre, des phénomènes similaires au niveau de la
charge ont été observés. Pour simplifier les choses, nous avons ignoré la charge mais
avec des raisonnements similaires, nous pouvions mettre en évidence des états cor-
respondant à des ”électrons” de masse +m mais de charge −e > 0 donnant lieu à
des énergies négatives.

Ces problèmes pourraient n’avoir aucune importance en postulant simplement


que ces états ne sont que mathématiques et que les vecteurs d’état acceptables
sont ceux qui appartiennent au sous-espace engendré par les vecteurs propres de
l’énergie correspondant à des valeurs propres positives. De cette manière, le vecteur
6. DE LA THÉORIE DU POSITRON À LA THÉORIE QUANTIQUE DES CHAMPS 61

ψ̃ défini ci-dessus ne correspond simplement à aucun état physique. Malheureu-


sement, en regardant ce qui se passe de plus près, on peut voir qu’un électron
placé dans l’état d’énergie positif le plus faible a une probabilité non nulle de
basculer vers un état d’énergie négative. Pour donner une interprétation physique
à ce phénomène, Dirac imagine la théorie suivante : dans le vide, tous les états
d’énergie négative sont saturés par un électron. Dans un système physique, il peut
arriver que l’un de ces électrons s’échappe, formant ainsi un ”trou“. Ce trou se
comporte alors exactement comme une particule de masse m et de charge −e que
l’on appelle positron. Cette manière de présenter les choses est un progrès évident
qui permet d’expliquer bon nombre de faits expérimentaux et qui permet de com-
prendre la création/annihilation de paires de particules. Remarquons qu’il s’agit
bien de paires de particules puisque quand un électron passe d’un état d’énergie
négative à un état d’énergie positive, l’électron lui-même apparaı̂t ainsi que le trou
qu’il laisse, c’est-à-dire son anti-particule. Malheureusement, cette théorie possède
aussi de gros inconvénients : lorsqu’un niveau d’énergie négative est occupé ou
libéré, le nombre de particules que l’on observe n’est plus le même, ce qui est mal
décrit par la mécanique quantique relativiste puisque par définition, elle attribue
un espace de Hilbert à chaque particule. Il faut, pour rendre compte de nombreux
phénomènes, bâtir une théorie qui permette la création/annihilation de particules
dans sa formulation. C’est le but de la théorie quantique des champs. Pour finir,
disons que la théorie quantique des champs elle-même est incomplète. Quand on
la regarde dans le cadre de la relativité générale, elle dit que la notion de vide
dépend des observateurs ce qui a conduit Hawking à émettre son hypothèse de
rayonnement des trous noirs (inobservée à ce jour). Or ce fait, s’il est établi, est
mal compris dans le cadre de la théorie. La théorie des cordes est beaucoup plus
efficace sur ce point.
ANNEXE A

Rappels sur les transformées de Fourier

Le but de ce paragraphe est de rappeler les définitions et propriétés de base qui


concernent la transformation de Fourier et qui nous seront utiles lors de l’étude de
la mécanique quantique. Soit f : R3 → C. On suppose que f tend suffisamment
vite vers 0 à l’infini. Nous ne serons pas plus précis dans ce texte.
DÉFINITION I.81. La fonction sur R3 définie par
1
Z
i
g(p) = 3/2
f (x)e ~ p·x dx
(2π~) R3
où · représente le produit scalaire canonique de R3 est appelée transformée de
Fourier de f .

Bien évidemment, nous avons choisi ici les constantes de normalisation adaptées
à la situation qui nous intéresse. Alors, la transformation de Fourier a plusieurs
propriétés qui nous seront utiles :

Inversion de la transformée de Fourier : Si g est la transformée de Fourier


de f , alors on a aussi :
1
Z
i
f (x) = 3/2
g(p)e− ~ p·x dp. (I.82)
(2π~) R3

Théorème de Plancherel-Parseval : La transformation de Fourier est une


isométrie de L2 (R3 ). Autrement dit, si g est la transformée de Fourier de f , on a
Z Z
2
|f (x)| dx = |g(p)|2dp. (I.83)
R3 R3

63
ANNEXE B

Rappels sur les espaces de Hilbert

La formulation de la mécanique quantique s’appuie sur les espaces de Hilbert. Nous


faisons ici quelques rappels sur le sujet.

1. Définitions, généralités

1.1. Énoncés.
DÉFINITION II.84. (1) Soit E un espace vectoriel complexe. Une forme
(·, ·) : C × C → C est appelée produit scalaire hermitien si
– pour tous x, y, z ∈ E, α ∈ C, on a (x, y) = (y, x), (x, αy) = α(x, y),
(x, y + z) = (x, y) + (x, z) ;
– pour tout x ∈ E, kxk2 := (x, x) est un réel positif ou nul, et nul si
et seulement si x = 0.
Un espace de Hilbert (hermitien) est un espace vectoriel complexe H muni
d’un produit scalaire hermitien (·, ·) pour lequel H est complet.

Soit maintenant un espace de Hilbert H. On fixe y ∈ H. La forme linéaire x →


(y, x) est continue. Un théorème important est le résultat suivant qui affirme que
la réciproque est vraie.
THÉORÈME II.85. ((de représentation de Riesz)
Soit H un espace de Hilbert et f une forme linéaire continue sur H. Alors, il existe
un unique y ∈ H tel que pour tout x ∈ H, f (x) = (y, x). Autrement dit, on a une
isomorphisme canonique de H sur l’espace dual H ′ des formes linéaires continues
de H.

En raison de son importance pour la mécanique quantique, nous donnons une


démonstration de ce théorème dans le paragraphe 1.2. Si chacun est familier avec
la dimension finie, il n’est sans doute pas inutile de faire quelques rappels sur ce
qui se passe en dimension infinie. En particulier, rappelons le résultat fondamental
suivant
THÉORÈME II.86. SOit H un espace de Hilbert et F un sous-espace fermé.
Alors, F ⊕ F ⊥ = H.

Nous ne donnons pas la preuve de ce résultat. Nous l’utiliserons plus loin.

1.2. Démonstration du théorème II.85. Soit f : H → H une application


linéaire continue. S’il existe y ∈ H tel que f = (y, ·) alors il est unique. En effet,
si z ∈ H vérifie la même relation, alors (y − z, ·) est l’application linéaire nulle et
donc ky − zk2 = (y − z, y − z) = 0 ce qui implique y = z. Il reste donc à montrer
65
66 B. RAPPELS SUR LES ESPACES DE HILBERT

l’existence. Si f = 0, on prend y = 0. Sinon, Ker(f ) est un espace vectoriel fermé


(image réciproque d’un fermé par f ) distinct de H. D’après le théorème II.86,
Ker(f )⊥ n’est donc pas réduit à {0}. Soit b ∈ Ker(f )⊥ . Posons px = x − ff(x) b. On
 (b) 
f (b)
a f (px ) = 0 et donc b ⊥ px . Cela implique que (b, px ) = 0 i.e. f (x) = kbk 2 b, x .
f (b)
On obtient le y cherché en posant y = kbk2
b.

2. Spectre des opérateurs

2.1. Définitions. Nous avons vu l’importance en mécanique quantique de


pouvoir écrire un vecteur comme combinaison linéaire de vecteur propres. Il faut
rappeler d’abord quelques définitions.
DÉFINITION II.87. Soient H un espace de Hilbert, T : H → H un opérateur
(un application linéaire de H dans lui-même) et λ ∈ C.
– λ est une valeur propre de T s’il existe x ∈ H, x 6= 0 tel que T (x) = λx
autrement dit si T − λId n’est pas injectif. L’ensemble des valeurs propres est
noté V p(T ). L’ensemble Eλ := ker(T − λId) est l’espace propre associé à λ.
– λ est une valeur spectrale de T si T − λId n’est pas inversible. L’ensemble des
valeurs spectrales est appelé spectre de T et est noté σ(T ).

En dimension finie, il est bien évident que ces deux définitions sont équivalentes
tandis qu’en dimension infinie, une valeur propre est aussi une valeur spectrale
mais la réciproque est fausse en général. Il est important de noter que
PROPOSITION II.88. Les valeurs propres d’un opérateur auto-adjoint (i.e. un
opérateur tel que pour tous x, y ∈ H, (T x, y) = (x, T y)) sont réelles.

C’est une proposition très importante : en mécanique quantique, les mesures d’une
quantité physique sont des valeurs propres d’opérateurs auto-adjoints. Cette pro-
position assure que ces grandeurs sont réelles. La preuve est évidente : si α est une
valeur propre et x un vecteur propre associé, on a, puisque T est auto-adjoint,
αkxk2 = (x, T x) = (T x, x) = αkxk2 ,
ce qui implique α = α et donc α ∈ R. En travaillant un peu plus, on peut voir que
la proposition est vraie aussi avec les valeurs spectrales mais ce sont les valeurs
propres qui seront importantes pour la mécanique quantique.

2.2. Décomposition spectrale d’un opérateur compact. L’un des princi–


pes importants de la mécanique quantique est de représenter les quantités phy-
siques par des opérateurs d’un espace de Hilbert dont les vecteurs propres forment
une base hilbertienne de H. Tous les opérateurs ne possèdent pas cette propriété.
Un contre-exemple est donné dans le paragraphe 2.2.1. Par contre, on a :
THÉORÈME II.89. Soit H un espace de Hilbert hermitien et T un opérateur auto-
adjoint compact (i.e. l’image de toute partie bornée est relativement compacte).
Alors H = ⊕α∈V p(T ) Eα . De plus cette somme est orthogonale.
2. SPECTRE DES OPÉRATEURS 67

Rappelons que par définition la somme directe infinie ⊕i Ei des espaces vectoriels
Ei est l’ensemble des combinaisons linéaires finies de vecteurs de Ei . Nous donnons
une démonstration de ce théorème dans le paragraphe 2.2.2. Ce théorème implique
COROLLAIRE II.90. Soit H un espace de Hilbert hermitien et T un opérateur
auto-adjoint compact, alors V p(T ) est au plus dénombrable et tout vecteur ψ de H
s’écrit
X
ψ= Pα (ψ)
α∈V p(T )

où Pα est le projecteur orthogonal sur l’espace Eα .

Nous démontrons ce corollaire dans le paragraphe 2.2.3. Pour finir, en prenant une
base hilbertienne dans chaque espace propre nous obtenons aussi
COROLLAIRE II.91. Soit H un espace de Hilbert hermitien et T un opérateur
auto-adjoint compact. Alors, il existe une base hilbertienne orthonormée de H (pas
forcément dénombrable) composée uniquement de vecteurs propres de T .
Remarque II.92. Remarquons que pour α 6= 0, l’espace propre Eα est de di-
mension finie. En effet, sinon, considérons une suite orthonormée (en ) de Eα qui
forme donc un sous-ensemble borné de Eα . Puisque l’opérateur T est compact,
T (en ) admet une sous-suite convergente. Mais, cela ne peut pas être vrai car pour
n 6= m,
kT (en ) − T (em )k2 = α2 ken − em k2 = 2α2
la dernière égalité résultant de Pythagore.

2.2.1. Contre-exemple. Nous allons construire un espace de Hilbert H, un opé–


rateur T continu de H, auto-adjoint qui n’admet aucun vecteur propre. Nous
définissons H = l2 (Z, C) comme l’espace des suites indexées par Z, à valeurs
complexes, de carré sommable, munies du produit hermitien canonique. Notons
A l’opérateur défini par A((xi )i ) = (xi+1 )i . Son adjoint est clairement donné par
A∗ ((xi )i ) = (xi−1 )i . Notons donc T = A + A∗ . On a donc T ((xi )i ) = 1/2(xi−1 +
xi+1 ). Par construction, T est auto-adjoint, borné (de norme 1) donc continu. Par
ailleurs, soit x un vecteur propre associé à une valeur propre λ. On a donc une suite
récurrente définie par xi+1 − 2λxi + xi−1 = 0. Notons α1 , α2 les racines complexes
de l’équation y 2 − 2λy + 1 = 0. Il est alors classique que :
– si α1 6= α2 , la suite x est de la forme xi = C1 α1i + C2 α2i et n’est donc pas dans
H sauf si elle est nulle (car elle n’est pas de carré sommable).
– si α1 = α2 = α, la suite x est de la forme xi = (C1 i + C2 )αi qui n’est pas non
plus de carré sommable.
2.2.2. Démonstration du théorème II.89. Nous commençons par démontrer le
lemme suivant :
LEMME II.93. La norme kT k (norme d’opérateur) est valeur propre de T .

Preuve du lemme II.93


Notons α = kT k. Si α = 0, le résultat est évident. Supposons α 6= 0. Par définition,
68 B. RAPPELS SUR LES ESPACES DE HILBERT

il existe une suite (xn ) de vecteurs unitaires telle que limn kT (xn )k = α. Notons
A = αId − T . On a par définition de (xn )
lim(A(xn ), xn ) = 0. (II.94)
n

L’opérateur A est auto-adjoint et positif. En particulier, la forme (u, v) → B(u, v) :=


(Au, v) est bilinéaire symétrique. Par Cauchy-Schwarz :
kA(xn )k2 = B(xn , A(xn )) ≤ B(xn , xn )B(A(xn ), A(xn )). (II.95)
D’après (II.94), limn B(xn , xn ) = 0. De plus,
B(A(xn ), A(xn )) = (A2 (xn ), A(xn )) ≤ kAkkA(xn )k ≤ kAk2 .
On déduit de (II.95) que limn A(xn ) = 0 et donc que limn (T (xn ) − αxn ) = 0.
Par ailleurs, T étant compact, T (xn ) converge (quitte à prendre une sous-suite).
Ainsi (αxn )n est convergente. Puisque α 6= 0, (xn ) converge vers un x non nul
puisqu’unitaire. Par continuité de T , on a
T (x) − αx = lim(T (xn ) − αxn ) = 0.
n

Cela démontre le lemme. 

On peut maintenant passer à la

Preuve du théorème II.89 Notons F = ⊕α∈V p(T ) Eα . Supposons F 6= H. D’après


le théorème II.86, l’espace vectoriel F ⊥ n’est pas réduit à {0}. De plus, il est stable
par T . On déduit du lemme II.93 qu’il existe α valeur propre de T/F ⊥ . Soit x un
vecteur propre non nul associé. Puisque α est aussi valeur propre de T , x ∈ F ∩F ⊥ .
On en déduit une contradiction puisque d’après le théorème II.86, F ∩F ⊥ = {0}.
2.2.3. Démonstration du corollaire II.90. Remarquons d’abord que Pα est bien
définie. En effet, Eα = (T −αId)−1 ({0}) est fermé en tant qu’image réciproque d’un
fermé par une application continue. D’après le théorème II.86, on a H = Eα ⊕ Eα⊥
ce qui donne naturellement PP α . Ensuite, le théorème dit que tout vecteur ψ est
limite de ψn où chaque ψn = ki=1 n
ψαni où les ψαnni ∈ Eαni sont des vecteurs propres
de T deux à deux orthogonaux. Notons Ωn = {α1n , · · · , αkn } les valeurs propres
impliquées dans ψn et posons Ω′n = ∪nk=0 Ωn les valeurs P propres impliquées dans
tous les ψi pour i ≤ n. Posons maintenant un = α∈Ω′n Pα (ψ). Il est facile de
voir que kψ − un k ≤ kψ − ψn k si bien que (un ) converge vers ψ. Par ailleurs, par
définition, X
lim un = Pα (ψ)
n
Ω′

où Ω = ∪n∈N Ω′n est un ensemble au plus dénombrable. On en déduit le corollaire.

2.3. Décomposition spectrale dans le cadre de la mécanique quan-


tique. Nous avons donné dans le paragraphe précédent le théorème de décomposi–
tion spectrale des opérateurs compacts. Malheureusement, ces opérateurs sont
rares et notamment, ceux dont nous aurons besoin ne le sont pas en général.
Rappelons le principe IIc) de mécanique quantique énoncé dans le chapitre III.
3. DIAGONALISATION SIMULTANÉE DE DEUX OPÉRATEURS QUI COMMUTENT 69

Principe de décomposition spectrale : Notons (aα )α les valeurs propres de l’ob-


servable Â. Soit ψ le vecteur d’état du système. La probabilité de trouver aα en
mesurant la grandeur physique aα à l’instant t est égale à kψα k2 où ψα est la
projection orthogonale de ψ(t) sur le sous-espace propre de  associé à la valeur
propre aα .

Ce principe sous-entend que l’opérateur  a une propriété de décomposition spec-


trale telle que celle donnée pour les opérateurs compacts. Or, on a vu dans le para-
graphe 2.2.1 que, même pour un opérateur borné, ce résultat est faux en général.
Que dire alors des opérateurs simples comme ceux rencontrés en mécanique ondu-
latoire (position et quantité de mouvement) qui ne sont même pas bornés ? Pour
faire les choses rigoureusement, il convient de se placer dans un espace plus grand
que εH . Nous ne donnerons pas cette construction ici mais nous expliquons com-
ment cela se passe lorsque  est l’observable position ou quantité de mouvement
de la mécanique ondulatoire. En particulier, on travaille dans l’espace de Hilbert
L2 . Commençons par rappeler que si x est le vecteur position de la particule, l’ob-
servable associée est la multiplication par x. Pour x fixé, l’espace propre est de
dimension 1 et le projecteur associé est la distribution de Dirac δx au point x.
Cette fonction est nulle dans L2 et donc L2 n’est pas le bon espace de fonctions.
Néanmoins chaque fonction de L2 peut s’écrire comme une somme infinie (en l’oc-
currence une intégrale) de projections sur les espaces propres. Plus précisément,
3
R
V p(x̂) = R et on a ψ(y) = x∈R3 δy (x)ψ(x)dx.

De même si on regarde la première composante du vecteur quantité de mouvement


px , l’opérateur associé est p̂x = −i~∂x dont les vecteurs propres sont les fonctions
i
p → e ~ px associées à la valeur propre x ∈ R. On peut décomposer ψ dans cette
”base“ de vecteurs propres en utilisant l’inversion de la transformée de Fourier.
i
La projection de ψ sur l’espace propre associé à x est p → ei ~ px ϕ(p) où ϕ est la
transformée de Fourier de ψ. En intégrant sur l’ensemble des valeurs propres (R),
on retrouve bien ψ.

Cette manière de procéder se généralise de manière rigoureuse à tout opérateur


auto-adjoint même non borné. Nous n’expliquerons pas ici la manière de s’y prendre.

3. Diagonalisation simultanée de deux opérateurs qui commutent

Considérons deux opérateurs A et B auto-adjoints d’un espace de Hilbert H


satisfaisant le principe de décomposition spectrale discutée dans le paragraphe
précédent. Alors
PROPOSITION II.96. Si AB = BA, il existe une base hilbertienne composée de
vecteurs qui sont propres à la fois pour A et B.

En effet, soit x un vecteur propre de A associé à une valeur propre λ alors ABx =
BAx = λBx et donc Bx est aussi vecteur propre de A associé à λ. En particulier,
les espaces propres de A sont stables par B. Il ne reste plus qu’à appliquer le
70 B. RAPPELS SUR LES ESPACES DE HILBERT

principe de décomposition spectrale à l’opérateur B restreint à chacun des sous-


espaces propres de A.

4. Produit tensoriel d’espaces de Hilbert

Soient G, H deux espaces de Hilbert (cela pourrait être seulement des espaces
vectoriels). On peut montrer (ce que nous ne ferons pas ici) qu’à isomorphisme
près, il existe un unique espace de Hilbert noté G ⊗ H appelé produit tensoriel de
G par H et une application linéaire T : G × H → G ⊗ H tels que
– T (G × H) engendre G ⊗ H ;
– Si (gi )i , (hj )j sont des bases hilbertiennes de G et H alors (T (gi , hj ))i,j est une
base hilbertienne de G ⊗ H.
On notera généralement u ⊗ v à la place de T (u, v). Si G et H sont de dimension
finie, c’est aussi le cas de G ⊗ H et on a
dim(G ⊗ H) = dim(G)dim(H).
Le produit hermitien sur G ⊗ H est tel que pour u, u′ ∈ G, v, v ′ ∈ H,
(u ⊗ v, u′ ⊗ v ′ ) = (u, u′)G (v, v ′ )H .
Pour finir, si f, f ′ sont des opérateurs de G et H, on obtient un opérateur f ⊗ f ′
de G ⊗ H en posant
f ⊗ f ′ (u ⊗ v) = f (u) ⊗ f (v).
ANNEXE C

Les spineurs

La construction précise des spineurs en général est compliquée. Une très bonne
référence est par exemple [Hiz99]. Nous nous plaçons ici dans le cadre simple de
la relativité restreinte, c’est-à-dire sur R4 munie de la forme quadratique η :=
dx2 − dt2 . L’algèbre de Clifford Cl(R4 , η) est définie par
Cl(R4 , η) := T (R4 )/I(R4 , η)
où T (R4 ) est l’algèbre tensorielle de R4 , autrement dit
T (R4 ) = ⊕∞ k 4
k=0 (⊗i=1 R )

et où I(R4 , η) est l’idéal engendré par les éléments de la forme x ⊗ x + η(x, x)1.
La loi de multiplication interne sur Cl(R4 ) (c’est-à-dire celle induite par ⊗ sur le
quotient) est notée ”·“ et s’appelle multiplication de Clifford. On peut alors vérifier
que Cl(R4 , η) est l’algèbre engendrée par R4 avec la relation
v · w + w · v = −2η(v, w)1 (III.97)
pour tous v, w ∈ R4 . En particulier, notons (e1 , e2 , e3 , e4 ) la base canonique de R4 ,
on a les relations
ei · ej + ej · ei = 0
si i 6= j et
2
−1 si i ∈ {1, 2, 3}
ei =
1 si i = 4.
On peut vérifier que
{ei1 · ei2 · ... · eik |1 ≤ i1 < · · · < ik , 0 ≤ k ≤ 4}
est une base de l’espace vectoriel Cl(R4 , η).

En fait, ce sera la complexification de l’algèbre de Clifford


Cl(R4 , η) = Cl(R4 , η) ⊗R C
qui nous intéressera. On peut maintenant regarder les éléments de Cl(R4 , η) comme
des endormophismes de l’espace vectoriel Cl(R4 , η). En effet, x ∈ Cl(R4 , η) s’iden-
tifie à y → x·y. On peut montrer que sous cette action, il existe un espace vectoriel
noté Σ4 qui est stable et de dimension minimale 4. Si l’on avait travaillé dans Rn ,
la dimension aurait été de 2[n/2] . Sans rentrer dans les détails et notamment en
oubliant les difficultées liées à la parité de la dimension, cette dimension de 2[n/2]
n’est pas surprenante : l’espace des applications linéaires d’un espace vectoriel de
dimension m = 2n/2 est 2m = 2n qui est exactement en dimension paire du moins,
la dimension complexe de Cl(R4 , η). L’expression explicite de Σ4 est compliquée
71
72 C. LES SPINEURS

et inutile. Il suffit de retenir, en réécrivant les choses de manière plus habituelle,


qu’il existe une représentation irréductible
ρ : Cl(R4 , η) → EndC (Σ4 )
appelée représentation spinorielle complexe. Pour v ∈ R4 ⊂ Cl(R4 , η) et ψ ∈ Σ4 ,
on notera v · ψ plutôt que ρ(v)ψ. Soit maintenant ψ : R4 → Σ4 . En prenant une
base de Σ4 , ψ est donc une fonction à 4 composantes complexes : elle correspond
au vecteur d’état qui apparaı̂t dans l’équation de Dirac dans le chapitre sur la
mécanique quantique relativiste. On définit maintenant l’opérateur
4
X
D := ei · ∂i .
i=1

L’opérateur D est appelé opérateur de Dirac. Les relations (III.97) montrent immédiatement
que
D 2 = − = −∆x + ∂tt . (III.98)
On peut aussi construire sur Σ4 de manière naturelle un produit hermitien qui est
tel que D est auto-adjoint.
Bibliographie

[BD86] J.L. Basdevant, J. Dalibard, Mécanique quantique, Editions de l’École Polytechnique,


Diffusion Ellipses, 2009.
[Hiz99] O. Hijazi, Spectral Properties of the Dirac Operator and Geometrical Structures, Pro-
ceedings of the Summer School on Geometric Methods in Quantum Field Theory, Villa de
Leyva, Colombia, July 12–30, (1999), World Scientific 2001, http ://[Link]/ hi-
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[Hum10] E. Humbert, Relativité générale (d’après M. Vaugon) et quelques problèmes
mathématiques qui en sont issus, Preprint arXiv :1004.2402.
[Me95] A. Messiah, Mécanique quantique, Tomes 1 et 2, Dunod Éditeur, 1995.
[Mo95] A. Mouchet, L’étrange subtilité quantique, quintessence de poussières, Dunod Éditeur,
2010.
[PW34] W. Pauli et V. Weisskopf, Helv. Phys. Act., 7, 709 (1934).

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