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Rôle de l'AJR dans la gouvernance juridique

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L'Agence Judiciaire du Royaume (AJR) est une institution chargée d'assurer la défense des intérêts de

l'Etat devant l'ensemble des juridictions du Maroc et à l'étranger, et ce, dans les instances judiciaires
civiles, pénales, administratives et commerciales.

L'AJR a été créée par le dahir du 7 janvier 1928. Elle a été réorganisée par le dahir du 2 mars 1953
qui la place sous l'autorité du Ministre des Finances.

Elle intervient aussi dans le règlement amiable des litiges opposant l'Etat aux tiers, à travers un
comité ad hoc et assure la récupération des débours de l'Etat auprès des tiers responsables du
préjudice subi.

En assurant ces missions, l'AJR agit comme veilleur sur les deniers publics. Toute action dirigée
contre l'Etat sous-entend un enjeu financier. De ce fait la présence de l'AJR dans toutes les instances
judiciaires visant à déclarer débiteur l'Etat ou un de ses démembrements, concernant les matières
étrangères à l'impôt et au domaine, vise à s'assurer que les intérêts du Trésor public sont
valablement défendus et, le cas échéant, entreprendre les démarches nécessaires dans ce sens.

L'Agence Judiciaire du Royaume reçoit quotidiennement un grand nombre de mémoires et


notifications ayant un rapport avec les affaires intentées contre l'Etat ou ses démembrements.

Dans la pratique, tous les ministères sollicitent l'appui de l'AJR pour les défendre devant les
tribunaux, soit exclusivement, soit pour prêter main forte à leur avocat. Dans ce cas, il n'est pas rare
que l'AJR soit appelée à intervenir au milieu d'une procédure lorsque l'administration concernée
estime que le traitement du dossier, confié initialement à un avocat, nécessite davantage de
compétences.

L’AJR impute la forte augmentation des dossiers traités à trois facteurs principaux : l’élargissement
de la responsabilité de l’État depuis la constitution de 2011, l’amélioration de l’accès à la justice pour
les citoyens et les grands projets d’infrastructures qui induisent des expropriations.

Quel est le rôle de l’A.J.R dans l’instauration d’une gouvernance juridique?

L’AJR est un acteur majeur dans la promotion de la gouvernance juridique. En effet, sa mission n’est
pas seulement de représenter et de défendre l’Etat ou ses démembrements devant les juridictions
compétentes, mais surtout de maitriser le coût engendré par le contentieux. De ce fait, elle s’engage
à prêter conseil aux administrations, à anticiper la survenance des litiges, en accompagnant leurs
décisions administratives, et en intervenant dans la rédaction de leurs accords et leurs contrats.

En agissant ainsi, l’AJR contribue au développement de bonnes pratiques de gouvernance


indispensables pour garantir un service de qualité.

La politique de gestion de contentieux de l’Etat a fait l’objet d’une évaluation en 2013 par la Cour
des Comptes, pourriez-vous nous en dire plus ? sur les conclusions relatives au contentieux géré par
l’AJR ?

En effet, la Cour des Comptes a procédé à une évaluation de la gestion du contentieux de l’Etat pris
en charge par l’AJR. Son action a porté sur trois axes, à savoir, la prévention du contentieux, les
modes alternatifs de règlement des différends et la gestion du contentieux judiciaire.

A ce propos, la Cour a pris conscience de l’importance du travail de l’AJR et de son rôle dans la
préservation des deniers publics. A l’Issue de son intervention, elle a relevé des remarques et
formulé des recommandations.
En matière de gestion du contentieux, la Cour a souligné la multiplicité des acteurs chargés de
représenter l’Etat devant la justice et l’absence de texte obligeant les administrations à
communiquer les éléments de réponse à l’AJR, ce qui entrave l’efficacité de la défense en l’absence
d’une vision cohérente et uniforme en la matière.

La Cour a signalé principalement l’absence d’un texte de loi encadrant les consultations juridiques, à
noter que ce travail demande un investissement considérable en termes de temps et d’effort.

Les magistrats de la cour des comptes ont également constaté les résultats positifs réalisés par l’AJR
dans plusieurs dossiers, et le recours fréquent des établissements publics à ses services.

Elle a formulé par la suite des recommandations qui plaident toutes pour la nécessité voire l’urgence
d’une refonte du cadre juridique de l’institution, et la nécessité de mettre en place un statut
particulier pour le personnel de l’AJR leur permettant d’assurer pleinement leur mission d’avocat de
l’Etat. Chose dont nous sommes conscients et que nous défendons devant les instances
compétentes.

Vous avez évoqué tout à l’heure les missions à caractère extra-judiciaire, à savoir la prévention,
quelle est votre politique dans ce sens ?

Notre politique de prévention repose sur un certain nombre d’axes prioritaires, à savoir :

Le renforcement du recours au processus transactionnel à travers la mise en place d’une


procédure simple, précise et encadrée par un texte juridique ;

La préparation d’études sectorielles spécifiques pour un département ministériel permettant


d’établir un diagnostic global du contentieux de l’administration concernée et de présenter des
recommandations et un plan d’action pour la prévention du contentieux et du risque juridique ;

La préparation d’études thématiques à caractère transverse destinées aux différentes


administrations et dont les recommandations seront transmises au MEF et au Chef du
Gouvernement ;

La préparation d’études législatives sur les textes qualifiés d’ambigus ou équivoques et constituant
une source importante de contentieux pour l’administration marocaine et dont la position de la
justice reste stable et claire ;

La veille juridique à travers des publications spécialisées périodiques (une revue juridique
spécialisée dans le contentieux des personnes morales de droit public, un flash infos) destinées à
véhiculer et à généraliser les nouveautés dans les domaines juridiques et judiciaires ;

L’accompagnement des partenaires à travers un plan de formation et de renforcement des


capacités. Ce plan constitue un des outputs des études sectorielles et thématiques déjà évoquées ci-
dessus. Il sera mis en place en collaboration avec l’institut des finances, au profit des partenaires et
des différentes administrations ;

Le renforcement des échanges entre les différents acteurs du contentieux de l’Etat à travers
l’organisation de colloques et journées d’étude sur des thématiques d’actualité. Ces rencontres
constituent un espace d’échange et de rapprochement des positions entre les différents acteurs
(administration, magistrats, avocats, chercheurs, universitaires, citoyens …) ;
La contribution à la sécurité juridique à travers l’émission d’avis sur les textes législatifs et
réglementaires soumis à l’avis du MEF ou de l’AJR ;

Le renforcement de la présence de l’AJR dans les comités interministériels chargés de traiter les
problématiques d’ordre juridique et judiciaire, comme par exemple la commission des marchés
publics, le comité chargé de suivi de l’exécution des décisions de justice, etc.

Dans le cadre de votre stratégie de prévention du contentieux et du risque juridique, vous avez lancé
une étude pour la réalisation de la cartographie des risques liés au contentieux de l’Etat, quels sont
les risques majeurs que vous avez pu identifier jusqu’à présent ?

L’étude en question a permis de recenser 110 risques majeurs et 510 manifestations de risques
(risques secondaires). A cet égard, je citerai quelques risques majeurs et ayant un impact important
sur le volume du contentieux, sur le budget et l’image de l’Etat, à savoir :

Les risques engendrés par les insuffisances constatées dans le cadre juridique actuel de l’AJR, et
qui entravent considérablement la gestion efficace du contentieux de l’Etat ;

Les risques liés à l’absence d’une stratégie commune de gestion du contentieux de l’Etat ;

Les risques liés à la sécurité juridique, essentiellement à l’émergence de lacunes au niveau de


certains textes juridiques constituant une source de contentieux, et qui nécessitent un
amendement ;

Les risques liés au recours des administrations et établissements publics aux autres modalités de
défense des intérêts des personnes morales de droit public devant la justice, sans aucune
coordination avec l’AJR ;

Les risques liés à l’évolution des conventions et contrats d’investissement permettant aux
investisseurs de recourir aux modes alternatifs de règlement des différends (arbitrage).

Concernant les attributions actuellement dévolues à l’A.J.R., la Cour propose de les élargir pour
permettre à l’Agence de mieux gérer le contentieux de l’Etat et de surmonter les entraves et les
obstacles relevés par la Cour.

Les principales attributions proposées se présentent, par étape, comme suit :

 Avant le déclenchement du contentieux (le rôle préventif) : rendre l’A.J.R. compétente pour
étudier et formuler des avis sur les questions d’ordre juridique et administratif et sur les contrats et
conventions conclus avec les administrations publiques ;

 Au cours du contentieux : accorder à l’Agence une délégation de droit pour représenter l’Etat afin
de défendre les intérêts de ce dernier devant la justice et devant les instances d’arbitrage au niveau
national et international, avec la possibilité de se faire assister par des avocats ;
 Après le déclenchement du contentieux : accorder à l’Agence la latitude de juger de l’utilité
d’intenter des recours en appel ou en cassation et de recourir à la procédure de conciliation.

Enfin, la Cour recommande la nécessité de mettre en place un statut particulier propre aux cadres de
l’Agence qui prenne en compte la spécificité des fonctions dont ils seront investis en matière de
conseil, d’émission d’avis, d’expertise juridique et de défense judiciaire des intérêts de l’Etat devant
les tribunaux du Royaume et devant les instances d’arbitrage national et international. Ces cadres
devraient également jouir des garanties et de l’immunité dont bénéficient les avocats.

L’AJR traite une partie du contentieux de l’État par voie amiable selon deux modes :

- Lorsque la responsabilité incombe au tiers, l’AJR entame une procédure non judiciaire de
récupération des débours de l’État ;

- Lorsque la responsabilité de l’État est engagée, un comité interministériel regroupant les


représentants du Ministère de l’Économie et des Finances et des ministères concernés statue sur les
indemnisations à octroyer aux personnes ayant subi le préjudice.

L’AJR exerce également un rôle de prévention à travers certaines activités, dont :

- La réalisation d’études internes qui renseignent sur l’évolution du contentieux ;

- La réponse aux demandes de consultations juridiques émanant des administrations et autres


organismes publics ;

- La formation des cadres juristes en provenance d’autres administrations ;

- La sensibilisation des administrations quant au risque juridique du fait même de leurs activités ; -
Etc.

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