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Introduction au modèle Kubelka-Munk

Ce document présente une introduction à la théorie du transfert radiatif. Il décrit brièvement l'historique et les domaines d'application de cette théorie, ainsi que les concepts et méthodes de base utilisés, comme l'équation du transfert radiatif.

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Introduction au modèle Kubelka-Munk

Ce document présente une introduction à la théorie du transfert radiatif. Il décrit brièvement l'historique et les domaines d'application de cette théorie, ainsi que les concepts et méthodes de base utilisés, comme l'équation du transfert radiatif.

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Introduction au transfert radiatif

Frédéric Geniet
Introduction au transfert radiatif

F. Geniet

Département Physique Théorique, Laboratoire Charles Coulomb, UMR 5221


CNRS-UM2, Université Montpellier 2, Place E. Bataillon, 34095 Montpellier
CEDEX 5

Résumé
Une introduction à la théorie du transfert radiatif et à quelques unes
de ses applications est présentée. Ce cours se veut simple, non exhaustif,
et présente la théorie élémentaire, les domaines dans lesquels cette théo-
rie est utile, et les méthodes les plus simples de résolution de l’équation
du transfert radiatif (ETR). Ce rapide aperçu du permet de se faire une
idée du sujet, et d’aborder de façon mieux équipée les publications spé-
cialisées. Des sujets peu abordés par les astrophysciciens y sont traités
(sphère intégrante, correction de Giovanelli...). Les calculs sont raisonna-
blement détaillés, et on utilise assez systématiquement des outils d’analyse
fonctionnelle (δ de Dirac en particulier) qui permettent de court-circuiter
les arguments vagues à la “on voit bien que...”, en particulier pour établir
l’équation de Giovanelli. Enfin, j’ai essayé de garder des conventions de
signe cohérentes et décentes pour un physicien. Comme toujours, les mis-
prints et erreurs de signes sont de moi. Ce cours correspond à l’enseigne-
ment de transfert radiatif du Master Physique Informatique de l’université
de Montpellier 2.

1
Table des matières
1 Présentation du transfert radiatif. 4
1.1 Introduction. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
1.2 Bref historique et domaines d’applications. . . . . . . . . . . 5
1.3 quand ne pas utiliser la théorie du transfert radiatif ? . . . . 6
1.4 Voyage dans un verre de menthe à l’eau. . . . . . . . . . . . 6
1.5 Le problème type. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8

2 Photométrie. 10
2.1 Différentes photométries. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
2.2 La photométrie énergétique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
2.2.1 Flux. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
2.2.2 Intensité. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
2.2.3 Eclairement. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
2.2.4 Emittance et réflectance. . . . . . . . . . . . . . . . 13
2.2.5 Luminance. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
2.3 La photométrie lumineuse. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
2.4 Exemple d’applications : le four à pain et la sphère intégrante. 17

3 Les grandeurs de la théorie du transfert. 22


3.1 Notations. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
3.2 La radiance. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
3.2.1 Définition. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
3.2.2 Densité énergétique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
3.2.3 Flux à travers une surface fixe. . . . . . . . . . . . . 23
3.2.4 Exemples. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
3.3 Relation avec les quantités photométriques. . . . . . . . . . 25
3.4 Réflectances et transmitances moyennées. . . . . . . . . . . 27
3.5 La réflexion et la transmission de Fresnel-Descartes. . . . . 28

4 L’équation du transfert radiatif. 30


4.1 Dérivation de l’équation du transfert (ETR). . . . . . . . . 30
4.1.1 Processus d’absorption. . . . . . . . . . . . . . . . . 30
4.1.2 Processus de diffusion. . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
4.1.3 Equation du transfert. . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
4.2 Milieux stratifiés. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32
4.3 Conditions aux limites. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33
4.4 Invariances. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33

5 Loi de Beer-Lambert et théorie de Kubelka-Munk 35


5.1 Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
5.2 Loi de Beer-Lambert . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
5.3 Modèle de Kubelka et Munk . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
5.3.1 Présentation. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
5.3.2 Résolution du modèle. . . . . . . . . . . . . . . . . . 38
5.3.3 Conditions aux limites. . . . . . . . . . . . . . . . . 38
5.3.4 Correction de Saunderson. . . . . . . . . . . . . . . . 41
5.4 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43

2
6 Méthodes de résolution de l’ETR. 45
6.1 Une première solution non triviale. . . . . . . . . . . . . . . 45
6.2 Equation intégrale du transfert. . . . . . . . . . . . . . . . . 47
6.3 Equation intégrale de Schwartzschild - Milne. . . . . . . . . 48
6.4 Développement en série de Born. . . . . . . . . . . . . . . . 49
6.5 Solution de Chandrasekhar. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
6.6 Solution du problème de Milne. . . . . . . . . . . . . . . . . 52
6.7 Méthode de “Adding-Doubling”. . . . . . . . . . . . . . . . . 54
6.7.1 Dérivation de la méthode . . . . . . . . . . . . . . . 54
6.7.2 Applications . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 56
6.8 Equations de Preisendorfer et Mobley . . . . . . . . . . . . 58

7 Conclusion. 59

3
1 Présentation du transfert radiatif.
1.1 Introduction.
La théorie du transfert radiatif permet de décrire la propagation de la lumière
dans les milieux désordonnés où se produisent des phénomènes de diffusion et
d’absorption multiples. Il s’agit d’une théorie phénoménologique : l’approche
utilise une description de la lumière par flux énergétiques, sans passer par les
équations de Maxwell. De plus, le milieu dans lequel se produit la diffusion
et l’absorption est traité comme un milieu continu. Puisque on traite de la
propagation des flux, on ne peut pas décrire d’effets interférentiels 1 . On ne
peut donc en principe pas l’utiliser lorsque la distance entre diffuseurs est plus
petite que la distance de cohérence de la lumière, ce qui est rarement le cas en
pratique. Cependant on constate souvent que cette description fonctionne très
bien, même lorsqu’elle ne devrait pas, et que l’on peut appliquer la théorie du
transfert radiatif dans des milieux très denses ! Cela est du au fait qu’un grand
nombre de diffusion finit toujours par faire disparaitre les effets de cohérence.

Dans le même ordre d’idées, la diffusion individuelle de la lumière par les par-
ticules est ce que l’on appelle la diffusion de Mie. Dans le cas de sphères, la
figure de diffraction est connue et assez complexe, présentant en particulier un
grand nombre de pics de diffraction lorsque la longueur d’onde est comparable
à la taille des sphères. Cette diffusion de Mie complexe n’est quasiment jamais
observée en pratique : quelques diffusions suffisent à faire disparaitre les subtiles
figures de la diffraction de Mie. On peut alors traiter le milieu comme un milieu
effectif, où la diffusion se fait de façon quasi isotrope, avec des paramètres de
diffusion effectifs empiriques, et que l’on ne relie jamais à la théorie de Mie : le
calcul est bien trop compliqué 2 !

Une bonne illustration de ce passage est ce que l’on observe en pratique avec
des pigments nacrés dans une peinture : déposés à très faible concentration sur
un support transparent ou noir, on voit très nettement des irisations. Déposés
en couches épaisses, ces nacres se comportent comme des pigments métalliques
(dorés ou argentés) et les effets d’irisation disparaissent très rapidement. Ils
apparaissent et on peut alors les décrire comme des pigments ordinaires.

En résumé, la théorie du transfert telle que nous allons la présenter est bien
adaptée pour décrire des milieux présentant une diffusion multiple, avec des
paramètres de diffusion qui seront souvent obtenus par un fit empirique des
données observées, plutôt que par un calcul ab initio.

Il est par ailleurs clair que la théorie du transfert radiatif présente une parenté
assez forte avec la théorie classique de la diffusion : dans le cas du transfert radia-
tif, on décrit la répartition angulaire détaillée des flux. Dans le cas de l’équation
1. Cependant l’indicatrice de diffusion peut tenir compte d’effets de diffraction par les
diffuseurs individuels, comme dans le cas des nacres interférentielles par exemples.
2. sauf lorsque celle ci est isotrope, à basse énergie (diffusion en onde S ou P)

4
de la diffusion le flux est global, et la répartition angulaire n’est pas prise en
compte. On comprend qualitativement que très à l’intérieur d’un milieu diffu-
sant de façon efficace, le transfert radiatif dégénère en équation de la diffusion :
le détail fin de la répartition angulaire des flux est “lavé” par la diffusion, et
n’intervient plus dans la description de la propagation. Le classique “problème
de Milne” consiste en particulier à recoller une solution de type diffusion à une
solution de type transfert radiatif en surface du milieu.

Notons enfin qu’une approche totalement différente de ces phénomènes, et com-


plémentaire de celle présentée ici, consiste à utiliser des méthodes de tracé de
rayons avec des techniques Monte Carlo, pour simuler la propagation d’un grand
nombre de “photons” dans un milieu aléatoire. Cela permet de résoudre des pro-
blèmes inabordables classiquement, au détriment de la compréhension détaillée
de la physique du modèle (“what you get is what you see” !).

1.2 Bref historique et domaines d’applications.

La théorie du transfert radiatif a vu le jour à la fin du XIXème siècle, avec le


calcul par Rayleigh de la diffusion de la lumière par l’atmosphère et l’expli-
cation quantitative du ciel bleu. Au début du XXème siècle, Schüster (1905)
propose des équations très simples pour décrire la propagation de la lumière
dans les nébuleuses interstellaires. La théorie voit son essor dans la commu-
nauté des astrophysiciens durant la première moitié de ce siècle, pour culminer
avec les travaux classiques de Chandrasekhar sur l’équilibre radiatif des étoiles
(Chandrasekhar - 1960 [1, 2]). Elle est parallèlement utilisée dans des domaines
appliqués très variés, en particulier la théorie des couches pigmentées (travaux
de Kubelka-Munk-Saunderson [6], puis de Marcus et Pierce [7]). Parmi ses nom-
breux domaines d’application citons (Cf. Van de Hulst-1980 [4]) :
– la propagation de la lumière dans les atmosphères stellaires et planétaires.
– la propagation de la lumière dans les mers et océans (sondage en océanogra-
phie).
– Descriptions des peintures et pigments (formulation des mélanges pigmen-
taires).
– Applications dans le domaine médical à la propagation de la lumière dans les
tissus (diagnostics).
– Aspects des nuages, des brumes et brouillards.
– Réflexion de la lumière sur la canopée. . .
Notons également que les idées du transfert radiatif ont été recyclées au cours
des années 1940-50 dans la neutronique, décrivant le ralentissement et la ther-
malisation des neutrons dans un milieu absorbant et diffusant, éventuellement
multiplicateur (pour une brève introduction voir par exemple L.C. Woods - 1960
[5]).
Il est également amusant de constater des liens avec l’acoustique des salles (no-
tion de champ diffus).

5
Ces quelques exemples montrent l’importance pratique de cette théorie. On peut
en particulier affirmer que la compréhension de tout ce que l’on voit autour de
soi passe par une compréhension plus ou moins poussée du transfert radiatif !

1.3 quand ne pas utiliser la théorie du transfert radiatif ?

Ce qui précède donne quelques idées sur les cas où la théorie complète n’est
pas nécessaire : à l’intérieur d’un milieu fortement diffusant, il suffit d’avoir une
description de la propagation par l’équation de la diffusion, qui est beaucoup plus
simple à traiter. C’est ce que l’on fait en pratique dans les études de neutronique,
où on est principalement intéressé par ce qui se passe dans le bulk, et non
pas en surface du milieu multiplicateur. A contrario, dès que l’on souhaite une
description correcte au voisinage de la surface du milieu (quelques distances
de diffusion), on doit utiliser le transfert radiatif, comme par exemple dans le
problème classique de l’obscurcissement du disque solaire, ou la description des
peintures à effet. C’est aussi l’outil indispensable des sondages (qu’y a t-il sous
l’atmosphère de Vénus ?)

1.4 Voyage dans un verre de menthe à l’eau.

Une description qualitative des phénomènes mis en jeu, et la relation avec ce


que l’on perçoit, est ici utile.

Figure 1 – Absorption et diffusion dans un milieu. Noter que la réflexion-


réfraction de surface se produit également pour les flux diffus.

Observons la lumière se propager dans un verre d’eau. Tout étudiant sait que
la propagation se fait sans absorption et en ligne droite, avec des phénomènes
de réflexion et de réfraction à la surface de l’eau. La réflexion observée, due à
la discontinuité entre milieux, est dite réflexion spéculaire (du latin spéculum :
miroir), et suit les lois de Descartes. En dehors de la déformation des images
due à la réfraction, et au faible reflet du à la réflexion spéculaire, l’eau n’altère

6
pas la propagation de la lumière, et les images des objets se forment à travers
le verre.
Rajoutons alors quelques gouttes de sirop de menthe à notre breuvage. On
continue à voir les images se former à travers le verre, mais colorées en vert.
Ceci traduit la propagation de la lumière sans diffusion (pas de changement de
direction), mais avec une absorption qui dépend de la longueur d’onde. On parle
d’absorption sélective. C’est elle qui est responsable de la couleur : on perçoit la
couleur complémentaire de celle qui a été absorbée. La théorie associée est la loi
de Beer Lambert (Cf. section 5.2), qui permet de prédire la couleur en fonction de
la dilution, de la forme du verre. . . Noter aussi qu’un verre de menthe très épais
paraitra toujours noir : toute la lumière de rétroéclairage qui nous parvenait de
derrière le verre a été absorbée.
Enfin, selon son goût, on rajoute quelques gouttes de lait ou de pastis à notre
mélange : pour le transfert radiatif, l’effet est le même ! Immédiatement, le milieu
se trouble, il devient turbide, les images ne se forment plus, bref, la lumière est
diffusée, soit par les pelotes de caséine dans le cas du lait, soit par la précipitation
de l’anéthol dans le cas du pastis. L’opacité est donc synonyme de diffusion. Elle
se produit efficacement à 2 conditions :
– Des particules de taille voisines de la longueur d’onde doivent être présentes
dans le milieu. Pour le visible, l’ordre de grandeur est le micromètre.
– L’indice optique de ces particules doit être très différent de celui du milieu
environnant.
Ce dernier résultat explique les changements de couleur du sable et du plâtre
lorsqu’on les mouille : à sec, l’indice du milieu environnant est 1, mouillé il vaut
1.33, ce qui comparé au 1.5 de la silice conduit à une diffusion beaucoup moins
efficace. On voit donc mieux la couleur de la roche ! On explique aussi de cette
façon les belles couleurs évanescentes des galets mouillés. De façon similaire,
du verre pilé de façon de plus en plus fine présente un aspect de plus en plus
blanc, car la diffusion par les interfaces air-verre augmente. La lumière ressort
du milieu avant d’avoir été absorbée dans les fragments de verre, sauf si on le
mouille.
Notons enfin l’effet amusant suivant : on mélange une peinture blanche (diffusant
pur) à une peinture noire (absorbant à toutes les longueurs d’ondes). Le mélange
obtenu est un gris légèrement bleu, quelle que soit la qualité et la pureté de la
peinture utilisée ! Cet effet est bien connu des peintres, qui le neutralisent en
ajoutant une pointe d’ocre pour obtenir un gris neutre. En fait la diffusion
de la lumière bleue est plus efficace que celle du rouge (diffusion Rayleigh) et
la lumière bleue sort donc du milieu plus souvent avant d’avoir été absorbé.
(Question : pourquoi ne voit on pas l’effet avec du blanc pur, ou du noir pur ?)
Dans le cas des peintures, des cosmétiques... le diffusant est soit du monoxyde
de Zinc ZnO, soit du dioxyde de Titane Ti02 (PbO, le “blanc de céruse”, qui
a donné son nom à une marque de peinture, est maintenant interdit). Pour le
papier, ce sont les fibres de cellulose qui assurent la diffusion, et donnent l’aspect
blanc. Pour les nuages et le brouillard ce sont des gouttes d’eau ou des cristaux

7
de glace, ainsi que dans le cas de la neige, mais dans tous les cas, ou retrouvera
des particules de taille micrométrique.
Tous ces exemples permettent de se faire une idée de la compétition entre dif-
fusion et absorption que nous voulons décrire à travers la théorie du transfert
radiatif. C’est bien l’aspect des objets qui nous entourent qui est en jeu ici.

1.5 Le problème type.

Un problème type de transfert radiatif se décrit en pratique de la façon sui-


vante : on donne les caractéristiques d’absorption et de diffusion des matériaux
en présence et la géométrie du problème (nombre et répartition des couches).
On indique comme conditions aux bord du problème les caractéristiques des
flux de lumière incidents (flux diffus, collimaté, composition spectrale...), ainsi
que les conditions aux interfaces (continuité des flux avec réfraction, réflexion
spéculaire ou diffuse, absorption...). On veut alors déterminer la répartition du
flux dans tout le matériau. On pourra ainsi calculer les flux sortant, et en dé-
duire les réflectance et transmittance de ce milieu. On aura également souvent
à faire face au problème inverse, qui consiste à déduire les caractéristiques du
milieu des réflectances et transmittances mesurés, et en particulier sa composi-
tion, mais aussi éventuellement les conditions au bord du problème (quelle est
la couleur de vénus sous son atmosphère ?). Nous verrons par la suite quelques
exemples de cette démarche.

Figure 2 – Le problème du transfert radiatif : qu’est ce qui sort ?

8
Remarquons enfin que l’observateur n’est pas toujours placé à l’extérieur de
milieu : quand nous sommes sous une couche de nuages, nous sommes nous
mêmes les petits démons observateurs plongés dans le matériau, et posés sur la
couche du fond : le sol !

9
2 Photométrie.
La photométrie est la science souvent mal aimée et maltraitée qui à trait à
la mesure des quantités de lumière. D’une part c’est un domaine expérimental
compliqué, car la lumière passe son temps à fuir par tous les trous mis à sa
disposition, et des écarts de facteur 2 par rapport à ce qu’on devrait trouver
sont très courants. D’autre part, on y croise une jungle de grandeurs répondants
aux doux noms de luminances, candela, lux... et en général c’est un peu confus.
Cela étant, c’est un savoir très utile, et qui livre une quantité d’applications
pratiques à qui sait l’apprivoiser ! Voyons un peu ce qu’il en est.

2.1 Différentes photométries.

La première difficulté avec la photométrie, c’est qu’il en existe deux, élaborées


de façon initialement indépendantes par les physiciens, et par les opticiens :
la photométrie énergétique et la photométrie visuelle, ou lumineuse. Toutes les
grandeurs sont donc dupliquées. Cela étant, la différence entre les deux est
facile à comprendre : la photométrie énergétique s’intéresse à tous les types de
rayonnements (X, UV, visible, IR ...). La photométrie visuelle s’intéresse à la
partie visible du spectre électromagnétique. Pour la vision diurne, la relation
entre les deux types de photométrie est donnée par la relation

Iv (λ) = Km V (λ) Ie (λ) (1)

où Ie (λ) est une grandeur photométrique énergétique, par exemple une intensité,
et Iv (λ) est la grandeur visuelle correspondante. V (λ) est le coefficient d’effica-
cité relatif de l’oeil, qui traduit la sensibilité de notre capteur favori : V (λ) est
non nul dans le domaine du visible, entre 400 et 700 nm, et son maximum se
situe dans le vert-jaune, à λ = 555 nm , comme on le voit figure (3) ci-dessous.

Figure 3 – Coefficient d’efficacité relative de l’oeil

10
Km = 683 Lumen/watt est une constante dont l’utilisé est historique : les deux
photométries ont été développées indépendamment, il a fallu relier les gran-
deurs entre elles. En pratique Km donne la valeur maximum du rendement
photométrique d’une source lumineuse 3 . Notons enfin que pour la photométrie
nocturne, la relation présente la même forme, avec une constante et une courbe
de sensibilité différentes.
Une autre difficulté apparait : la photométrie peut être globale, comme avec
l’oeil, ou spectrale, lorsqu’on utilise un spectromètre. La relation entre les deux
types de grandeur est de la forme
ˆ
IeT = Ie (λ) dλ (2)

sur le domaine spectral envisagé. Ie (λ) est alors une densité spectrale énergétique,
et s’exprime en unité énergétique par nanomètre.
On peut alors définir le coefficient d’efficacité moyen de l’oeil (ou d’un capteur)
par la relation : IvT = Km V IeT , ce qui conduit immédiatement à la relation
´ 700
V (λ) Ie (λ) dλ
V = 400´ 700 (3)
I (λ) dλ
400 e

Pour la lumière blanche, ce coefficient moyen vaut environ 0.3 relativement à la


partie visible.

2.2 La photométrie énergétique.

La situation type est schématisé sur la figure suivante, que nous allons suivre
de la source au détecteur :

2.2.1 Flux.

La grandeur de base est bien sur le flux énergétique φe , mesuré en watt. Il


permet de mesurer le débit énergétique d’une source, d’un pinceau de lumière...
En régime stationnaire, une ampoule à incandescence de 75 Watts débite un
flux de 75 Watts, mais bien entendu, principalement dans l’infra rouge. Dans la
pratique les flux sont souvent de l’ordre du Watt pour les sources usuelles, mais
pour le soleil par exemple, c’est un peu plus !
3. Pour une ampoule à filament de tungstène, le rendement vaut environ 10 lm/watt. Pour
les diodes, on atteint actuellement environ 100 lm/watt.

11
Figure 4 – Une situation photométrique générale

2.2.2 Intensité.

La plupart du temps, on est plus intéressé par savoir comment on concentre la


puissance du faisceau que par sa puissance elle même. Un phare, un spot, un
réflecteur sont la pour concentrer la lumière, et augmenter son intensité. Celle ci
est définie comme le flux par unité angle solide, comme sur la figure ci dessous :

dφe
Ie = (4)
dΩ

Figure 5 – Intensité
Un Laser He-Ne de flux valant quelques milliwatts peut atteindre de très grandes
intensités. Pour une source isotrope, on a Ie = φe /4π. Si on utilise un miroir
ou un plan diffuseur blanc comme abat-jour, on double l’intensité de la source.
L’intensité s’exprime en Watt/Stéradian.

12
2.2.3 Eclairement.

L’éclairement est une grandeur essentielle en photométrie, puisque c’est toujours


lui que l’on détecte. Il mesure le flux incident par unité de surface
dφe
Ee =
dS
et s’exprime donc en Watt/m2 . Pour le pinceau de lumière incident concentré
dans l’angle solide dΩ = cos(θ)dS
r2 , et de flux dφe = Ie dΩ, on obtient immédiate-
ment :

Ie cos(θ)
Ee = (5)
r2

Figure 6 – Eclairement
Ce résultat essentiel s’appelle la loi de Bouguer. Il indique comment l’éclairement
varie en fonction de la distance à la source : si on double celle ci, l’éclairement
est divisé par 4. Il fait plus froid sur Mars que sur la terre, où le flux solaire au
zénith est ce qu’on appelle la constante solaire, valant environ C � 1000W . On
voit aussi l’influence du facteur d’inclinaison (il fait plus froid aux pôles) que
nous allons retrouver un peu partout dans ce cours.

2.2.4 Emittance et réflectance.

L’émittance est la notion duale de l’éclairement pour l’émission. Si on note dφ�e


le flux total renvoyé par la surface dS, on a

dφ�e
Me =
dS
On définit alors la réflectance globale de la surface
Me
R= (6)
Ee

13
Figure 7 – Emittance

qui est sans dimension. La réflectance varie en général avec la longueur d’onde,
et cette dépendance reliée à la couleur de l’objet est mesurée par un spectroco-
lorimètre. Bien entendu, dans le cas d’une réflexion, la réflectance globale est
inférieure à 1, ce qui traduit la conservation de l’énergie. On peut toutefois ob-
server couramment des réflectances spectrales plus grande que 1 dans le cas des
fluorescents : le flux incident dans l’UV est réemis dans le visible.

2.2.5 Luminance.

Si on s’intéresse maintenant à la répartition angulaire de la lumière (ré)émise


par une surface, le concept clé est celui de luminance :

Figure 8 – Loi de Lambert et Luminance

Cette grandeur est reliée à la loi de Lambert : une grande classe de matériaux
diffusants, dits lambertiens, ont une répartition angulaire de flux émis qui varie
comme cos(θ� ). Du point de vue pratique, ces objets sont mats, sans aspect de
brillant 4 . On définit alors la luminance par

d2 φe = Le cos(θ� ) dS dΩ” (7)


4. On observe aussi la loi de Lambert en émission : un corps noir est parfaitement Lam-
bertien. Voir la suite de ce cours pour comprendre d’où provient ce comportement.

14
La luminance s’exprime en Watts/m2 /Stéradian. Lorsque la surface est Lamber-
tienne, la luminance est indépendante de la direction d’observation. A contrario,
pour une surface non Lambertienne, une surface brillante par exemple, la lu-
minance dépend de la direction de sortie, et cette dépendance dépend de la
direction du flux entrant. Dans le cas d’une surface Lambertienne, on peut cal-
culer facilement l’émittance,
ˆ ˆ 2π ˆ π/2
Me = Le cos(θ� ) dΩ” = Le dϕ� dθ� cos(θ� ) sin(θ� ) = πLe (8)
cos θ � ≥0 0 0

et on en déduit une expression alternative de la réflectance :


πLe
R= (9)
Ee

Cette relation peut alors s’étendre au cas non Lambertien, et conduit à la défi-
nition de le BRDF (bidirectional reflexion density function) : la surface éclairée

− →

dans une direction d’incidence Ω présente une luminance Le ( Ω � ) dans la direc-


tion de sortie Ω � . La BRDF vaut alors



→� →− πLe ( Ω � )
R(Ω , Ω ) = →
− (10)
Ee ( Ω )

Pour un objet lambertien, la BRDF est constante et s’identifie à la réflectance.


Pour un diffuseur blanc idéal (dont le SpectralonTM donne une bonne idée), on
a R= 1.

Figure 9 – Définition de la BRDF


− →

Ici Ω et Ω � et →−
n sont des vecteurs unitaires repérant les directions d’entrée et
de sortie de la lumière, ainsi que la normale à la surface. Tous ces vecteurs sont
orientés vers l’extérieur du milieu.

15
Terminons maintenant notre chaine photométrique en regardant ce qui arrive
au capteur en bout de chaine. celui ci placé à une distance r� de dS, présente
une pupille d’entrée notée σ, inclinée d’un angle α par rapport à la direction de


sortie Ω� . il est donc sous tendu par un angle solide 5
σ cos α
dΩ” = r� 2

Figure 10 – Eclairement au niveau du capteur.

Le flux qui arrive sur le capteur en provenance de dS vaut donc

cos(θ� ) cos(α) σ dS
d2 φe = Le cos(θ� ) dS dΩ” = Le
r�2
6
ce qui donne un éclairement au niveau du capteur

d2 φ e
ee = = Le dΩ� cos(α) (11)
σ
On voit que la luminance donne directement la quantité de lumière enregistrée
au niveau du capteur de façon très simple. Cette expression est tout à fait re-
marquable : pour un détecteur d’ouverture angulaire donnée (dΩ� fixé) orienté
vers l’objet à mesurer (cos(α) = 1), l’éclairement ne dépend plus de la distance
de l’objet, ni de son orientation ! On peut vérifier ce résultat en orientant un
luxmètre vers un mur éclairé : l’éclairement obtenu ne dépend pas de la distance
au mur, ni de l’orientation du luxmètre. En effet si on écarte le détecteur de la
surface, chaque point source contribue en 1/r2 suivant la loi de Bouguer, mais
la surface qui contribue augmente comme r2 , et les deux effets se compensent.
L’effet est similaire pour l’inclinaison : chaque point de la source contribue
comme cos(θ� ) (loi de Lambert), mais la surface qui contribue augmente comme
1/ cos(θ� ) . On ne peut donc pas déterminer la géométrie d’un objet Lamber-
tien d’après son aspect, et c’est ce qui fait que les braises d’un feu présentent
5. attention à ne pas confondre les deux angles tête-bêche dΩ� et dΩ” !
cos(θ � ) cos(α) σ dS
6. Les connaisseurs auront reconnu l’étendue géométrique du faisceau r �2

16
un aspect indéfini, sans relief. Dans le même ordre d’idée, le fait que le disque
solaire semble plus sombre au bord qu’en son centre montre directement que
l’émission du soleil n’est pas Lambertienne, ce qui pour un corps noir de cette
taille semble assez perturbant ! (Problème de l’obscurcissement du disque so-
laire). Au passage, la pleine Lune présente aussi un disque non uniforme, mais
ici, c’est l’éclairement non uniforme du au cos(θ) qui est en jeu, car la Lune est
une réflecteur Lambertien, de réflectance (Albédo) R � 7% 7 .

2.3 La photométrie lumineuse.

En multipliant toutes les densités spectrales énergétiques par Km V (λ), on ob-


tient un copier-collé du paragraphe précédent en photométrie visuelle, et toutes
les relations géométriques entre grandeurs restent valables :
– Le flux lumineux s’exprime en Lumen. Ordre de grandeur pour une ampoule :
100 Lm.
– L’intensité s’exprime en Candela (unité de base du SI) : une bougie a une
intensité de l’ordre de 1 Cd.
– L’éclairement s’exprime en Lux. Un éclairement de travail correct correspond
à environ 150 Lux. En plein soleil, on obtient des valeurs de l’ordre de 105 Lux.
La nuit de pleine lune correspond à environ 1 Lux. Le seuil absolu de l’oeil se
situe vers 10-5 Lux. En dessous de cet éclairement, c’est le noir !
– Enfin les luminances s’expriment en nits, ou Cd/m2 . Pour donner une idée,
la luminance de l’écran d’un Macbook Pro environ 100 Cd/m2 .
Bien entendu, vous êtes invités à calculer les ordres de grandeurs de chaines
photométriques simples, pour vous familiariser avec ces notions. C’est très utile
en pratique, et très amusant.

2.4 Exemple d’applications : le four à pain et la sphère


intégrante.

La théorie des enceintes de rayonnement permet une application non triviale


des notions vues ci dessus. De plus, cela nous permettra d’introduire la notion
d’équation intégrale, et quelques techniques utiles à leurs sujets. Considérons
tout d’abord une enceinte fermée de forme convexe, et de revêtement interne
Lambertien, et posons nous la question de l’existence possible d’un rayonnement
à l’intérieur. Si il n’y a pas de sources la réponse est simple, ce qui en fait un
problème bien posé au sens de Wheeler, et nous permet de l’aborder sereinement.
Considérons un point M de la surface. Celui ci reçoit de tous les autres point P
un rayonnement, dont l’éclairement vaut, d’après l’équation (11)

cos(θM ) cos(θP )

E(M ) = L(P ) dSP
P MP2
7. c’est un objet noir sur un fond très très noir, éclairé par un très gros spot !

17
Figure 11 – enceinte fermée

Comme la surface est Lambertienne, la luminance en M vaut R(M )E(M )/π,


et on a donc pour la fonction L(M ) l’équation intégrale

R(M ) cos(θM ) cos(θP )



L(M ) = L(P ) dSP (12)
π P MP2

Ce type d’équation est très courant en physique, même si on a plus l’habitude


des équations différentielles. Les équadiffs sont plus intuitives, car elles décrivent
le comportement local de la fonction, là où une équation intégrale est non locale.
Cela dit, on dispose d’un arsenal de théorème concernant leur solutions, et leur
résolution numérique est souvent plus stable que celle des équadiffs.
Dans le cas présent, l’équation (12) est linéaire, et s’appelle équation de Fred-
holm de 1ère espèce. On montre par itération que si la moyenne de la réflectance
sur l’enceinte R < 1, la solution est unique. Comme L(M ) = 0 est manifeste-
ment une solution, il n’y a pas de rayonnement dans l’enceinte ce qui est bien
entendu le résultat attendu.
Si R(M ) ≡ 1, on vérifie immédiatement que toute fonction L = constante est
solution (exercice : le montrer) 8 . On voit que les théorèmes d’unicité ne sont
pas fait pour les chiens, et que ce résultat non physique traduit un flux de
lumière enfermé dans une enceinte, et se réfléchissant à l’infini. Il est remarquable
de trouver que dans ce cas, la forme de l’enceinte n’a aucune influence sur la
répartition de la lumière.

L’exemple précédent étant finalement un peu trivial, rajoutons des sources de


lumière. Pour cela supposons que chaque point M de l’enceinte présente lui
même une luminance propre L(0 (M ), non due à la lumière émise par le reste
de l’enceinte. C’est donc une enceinte émettrice. Il est alors facile de modifier
l’équation (12) en
8. C’est exactement le même calcul que pour l’équation (8).

18
R(M ) cos(θM ) cos(θP )

L(M ) = L(0) (M ) + L(P ) dSP
π P MP2

dite équation de Fredholm de 2ème espèce, présentant un terme de source L(0 (M ).


Remarquez qu’en multipliant tout par π/R(M ) , on peut obtenir une équation
équivalente pour l’éclairement (exercice : le vérifier)

1 cos(θM ) cos(θP )

E(M ) = E (0) (M ) + R(P ) E(P ) dSP
π P MP2

où le terme de source représenterait ici un éclairement direct de la paroi par des


sources externes, et où la réflectance apparait maintenant dans l’intégrale 9 .
L’itération de l’équation conduit à un résultat similaire d’unicité de la solution
si R < 1. C’est l’équation qui décrit l’équilibre du rayonnement dans un four à
pain (corps noir). Nous allons la résoudre dans le cas simple ou L(0) et R sont
constantes sur l’enceinte, ce qui est le cas dans un four à pain. Pour cela, on
peut essayer de chercher une solution constante L. L’intégrale se calcule alors
toujours par la même technique, et on trouve (exercice : le montrer)

L(0)
L=
1−R

qui est la seule solution, en vertu de l’unicité. On voit le rôle amplificateur du


coefficient de réflexion de l’enceinte. Plus celui ci est grand, plus ça chauffe.
C’est précisément le rôle de la brique réfractaire dans le four à pain.
Regardons maintenant ce qui se passe pour une sphère. Dans ce cas, la géométrie
est très simple, et si on note a le rayon de la sphère, on a pour tout couple de
points M et P (exercice : le montrer)

cos(θM ) cos(θP ) 1
= 2
MP2 4a

et l’équation devient

1

(0)
E(M ) = E (M ) + R(P ) E(P ) dSP
S P

qui est cette fois facilement soluble pour toutes fonctions E (0) (M ) et R(M ).
C’est ce qu’on appelle la théorie de la sphère intégrante d’Ulbricht. Il suffit en
9. Ce genre de transformation fait partie des techniques usuelles pour les équations inté-
grales.

19
effet de remarquer que l’intégrale est une constante K ne dépendant par de la
position M . On doit alors résoudre le système

K = R(P ) E(P ) dSP
P

1
E(M ) = E (0) (M ) + K
S

Dont la solution est immédiatement (exercice : le montrer)


1
R(P ) E (0) (P ) dSP

(0) S P
E(M ) = E (M ) +
1−R

avec la réflectance moyenne de la sphère définie par R = S1 P R(P ) dSP . Voyons


comment cela s’applique dans le cas d’une sphère intégrante.

Figure 12 – Sphère intégrante de spectrocolorimètre.

Celle ci est en général constituée d’une surface Lambertienne blanche de surface


Sw et de réflectance Rw , d’une échantillon à mesurer de surface Sech et de
réflectance Rech , et d’un certain nombres de trous de surface Sh et de réflectance
0. R vaut alors R = Rw kw + Rech kech , où kw = Sw /S et kech = Sech /S sont
les fractions surfaciques du diffuseur de l’échantillon. L’échantillon n’étant pas
éclairé directement par la source, la luminance de la surface de l’échantillon vaut
(exercice : le montrer)

Rech Eech φT Rw
Lech = = Rech
π πS (1 − R)

qui va donner directement l’éclairement du capteur par la formule (11). Plusieurs


caractéristiques du dispositif s’en déduisent :

20
– La réponse du capteur va dépendre de façon non linéaire de Rech car R dépend
de Rech . Cet effet est d’autant plus marqué que le port de mesure est grand,
et traduit le fait que l’échantillon lui même modifie la sphère. Pour obtenir
une réponse linéaire du capteur, on utilise un dispositif de double faisceau
(voir ci-dessous).
– La sphère intégrante est un dispositif peu lumineux : le flux incident total de
la lampe φT est divisé par la surface de la sphère S. C’est d’ailleurs son rôle :
répartir le flux uniformément.
– On voit toujours le rôle amplificateur de la sphère (terme 1/(1 − R) ), qui
compense un peu l’effet précédent.
– Le double faisceau correspond à un port qui mesure la surface blanche de la
sphère par un système de miroirs. Ce port donne un résultat proportionnel
à Lref = Rw φπS T Rw
(1−R)
. Le rapport de ce signal et du signal de mesure Lech
permet d’éliminer le terme non linéaire, et d’obtenir un résultat de mesure
proportionnel à Rech directement : Lech /Lref = Rech /Rw .
A titre d’exercice, on regardera comment sont modifiés ces résultats si l’échan-
tillon n’est pas Lambertien. On pourra également établir et résoudre l’équation
correspondant à un angle de mur Lambertien éclairé uniformément.

21
3 Les grandeurs de la théorie du transfert.

3.1 Notations.

Figure 13 – Conventions et notations




Quelques remarques sur les conventions utilisées 10 : Ω est un vecteur unitaire
repérant la direction de la lumière. Un système de coordonnées cartésiennes
(0xyz) est défini pour la situation qui nous intéresse. Associé à ce système, on

− −
utilise des coordonnées sphériques (θ, ϕ), et on pose µ ≡ cos(θ) = Ω · → ez . On a
donc 0 < µ < 1 pour un flux montant, et −1 < µ < 0 un flux descendant. L’élé-
ment différentiel d’angle solide s’écrit alors dΩ = dµ dϕ. Noter qu’en surface,
la convention est souvent différente : on utilise µ > 0 pour les flux entrant et
sortant ! Pour couronner le tout, Chandrasekhar prend souvent une orientation
de 0z vers le bas, ce qui est logique pour étudier un flux entrant dans le milieu...
prudence, donc, et bien définir ses conventions.

3.2 La radiance.

3.2.1 Définition.

La radiance (specific intensity en anglais) est la grandeur fondamentale de la


théorie du transfert radiatif. Elle est l’analogue de la densité de particules dans
l’espace des phases n(→−
r ,→
−v , t) pour la théorie cinétique, ou le flux de neutrons


en neutronique. Elle représente le flux dans la direction Ω à une position → −
r
quelconque dans le milieu. Plus précisément
10. Remarquez que chaque auteur adopte ses propres conventions d’orientation, et en change
parfois en cours de route (je ne fais pas exception). Attention donc aux erreurs de signe !

22

− −
d2 φe = Ie (ν, Ω , →
r , t) dνdSdΩ

représente le flux énergétique à travers une surface dS et dans l’intervalle spec-




tral dν, dans la direction Ω , à la position →−
r et à l’instant t. Notons que ici


l’élément de surface dS est pris perpendiculaire à Ω .

Figure 14 – Définition de la radiance.

Comme la plupart du temps les problèmes sont stationnaire, on ne considérera


pas ici la dépendance en t. De même, dans les problèmes que nous considérons,
il n’y a pas de changement de fréquence de la lumière, et ν joue le rôle de
paramètre : il faut résoudre le problème à chaque fréquence, mais ces équations
ne sont pas couplées entre elles. On n’indiquera donc pas la dépendance en ν.
Le problème du transfert radiatif peut donc se formuler comme “déterminer

− −
la radiance Ie ( Ω , →
r ) connaissant les sources et les caractéristiques du milieu”.
Nous allons voir l’équation du transfert radiatif (ETR), qui permet en principe
de déterminer la radiance, mais avant cela, montrons comment la radiance donne
accès à toutes les grandeurs photométriques vues précédemment.

3.2.2 Densité énergétique.

La densité énergétique spectrale en un point est reliée de façon simple à la


radiance : les photons vont à la vitesse c et ont une énergie hν, donc la “densité de


photons” allant dans la direction Ω vaut Ie /hνc, et la densité énergétique Ie /c.
Il suffit d’intégrer sur toutes les directions pour obtenir la densité énergétique
spectrale

1 →
− −
ˆ
ue (ν, →

r)= Ie (ν, Ω , →
r )dΩ (13)
c Ω=4π

3.2.3 Flux à travers une surface fixe.

Dans la définition de la radiance ci dessus, la surface dS était perpendiculaire à



− →

Ω . Lorsque la surface est fixe, le flux énergétique dans la direction Ω à travers

23
dS vaut (exercice : expliquer pourquoi)

− →
→ −
d2 φe = Ie (Ω, →

r )( Ω · n)dSdΩ = Ie (Ω, →

r ) cos(θ)dSdΩ (14)

Figure 15 – flux à travers dS fixe.

On peut alors définir le vecteur densité de courant comme la moyenne


− → →

ˆ
Je ( −
r)= Ie (Ω, →

r ) Ω dΩ (15)


− →
et le courant algébrique total à travers dS orienté par →
−n vaut J→ −
n = Je · n =

J+ − J− , ou J+ et J− sont les courants orientés “vers le haut” et “vers le bas” :

− →
→ − �→
�− − �
ˆ ˆ
Ie (Ω, →
− Ie (Ω, →

r ) �Ω · →

J+ = − −
→ →
r ) ( Ω · n) dΩ , J− = − −
→ →
n � dΩ
( Ω ·n)>0 ( Ω ·n)<0



Je correspond à la notion familière de densité de courant vue en électricité, en
théorie de la diffusion...

3.2.4 Exemples.

Deux exemples très simples et très utiles en pratique :



− →

1. Flux isotrope : Ie est indépendant de la direction Ω . Dans ce cas, Je = 0,
mais le flux à travers dS vaut d2 φe = Ie cos(θ)dSdΩ. On voit émerger la
loi de Lambert comme un comportement naturel pour une distribution
isotrope du flux, et on comprend beaucoup mieux pourquoi on la retrouve
si souvent : elle correspond à une distribution isotrope de la lumière dans
le matériau. Dans ce cas, on obtient immédiatement J+ = πIe , relation
que nous avons déjà rencontrée à plusieurs reprises (exercice : faire ce
calcul).

24


2. Flux totalement collimaté dans une direction Ω 0 = (µ0 , ϕ0 ) donnée : toute


la lumière va dans la direction Ω 0 et la radiance vaut

− → −
Ie (µ, ϕ) = F δ( Ω − Ω 0 ) = F δ(µ − µ0 )δ(ϕ − ϕ0 )

− →−
n = F cos(θ0 ) .
Dans ce cas, on a Je = F Ω 0 , et J→

Figure 16 – flux collimaté

Ces exemples nous seront utiles par la suite.

3.3 Relation avec les quantités photométriques.

Si maintenant l’élément de surface dS correspond à la surface du matériau, et → −n




la normale orientée vers l’extérieur, On voit que d’après nos définitions, Ie ( Ω )

− →
− →
− −
s’identifie à la luminance Le ( Ω ) pour les Ω orientés vers l’extérieur ( Ω · →
n > 0),
J− correspond à l’éclairement, et J+ à l’émittance. Les quantités photométriques
jouent donc le rôle de condition au bord pour l’ETR.
Voyons maintenant comment apparait la BRDF dans ce contexte. D’après la
définition vue plus haut, celle ci est donnée par le rapport entre la luminance

− →

dans une direction Ω � divisée par l’éclairement dans la direction - Ω .

Figure 17 – La BRDF et la radiance.

25
En utilisant l’équation (14) pour calculer l’éclairement, et la relation entre ra-
diance et luminance en surface, on obtient la relation fondamentale reliant les
radiances entrantes et sortantes de la surface 11 :


− 1 →− → − →

dIe ( Ω � ) = R( Ω � , Ω ) Ie (− Ω ) cos(θ) dΩ (16)
π
En pratique, on veut la plupart du temps calculer la radiance totale sortant de
la surface, due à toutes les directions incidentes, ce qui est obtenu en sommant
la formule précédente :


− 1 →
− → − →
− → − → −
ˆ
Ie ( Ω � ) = − − →
R( Ω � , Ω ) Ie (− Ω ) ( Ω · n) dΩ (17)
π →
( Ω ·n)>0

Cette relation est fondamentale dans la théorie du transfert radiatif. Elle trouve
de nombreuses applications. Par exemple, si la BRDF est connue, elle permet de
calculer une distribution sortante pour une distribution entrante donnée. Elle est
par conséquent à la base de tous les calculs de “rendering” (simulation réaliste
du rendu des objets sous des éclairages complexes).
On peut définir l’analogue de la BRDF pour la transmission, avec exactement
les mêmes idées : l’objet correspondant s’appelle la BTDF, et permet de relier
la radiance en sortie d’un milieu à celle entrant de l’autre coté suivant :

Figure 18 – BTDF.


− 1 →
− → − →
− → − → −
ˆ
Ie ( Ω � ) = − − →
T ( Ω � , Ω ) Ie ( Ω ) ( Ω · n) dΩ (18)
π →
( Ω ·n)>0

Quelques remarques :
– remarquez la convention “matricielle” pour les directions dans les expressions
ci dessus : la physique s’écrit de droite à gauche.
11. Attention aux conventions de signe : La BRDF utilise la plupart du temps des normales
extérieures, mais le flux incident est vers le bas !

26
– La BRDF est un objet “lourd” du point de vue numérique : Elle dépend des 4
variables angulaires (θ� , ϕ� , θ, ϕ) et de la longueur d’onde. Si on veut un point
tous les 5 degrés en sortie cela représente 1650 points sur la demi-sphère,
multiplié par 20 angles d’incidence, multiplié par 32 longueurs d’ondes, c.a.d.
1 million de valeurs pour une résolution correcte !
– En stricte rigueur, la BRDF (et la BTDF) dépend aussi des position d’entrée
et de sortie des pinceaux lumineux. On parle alors de BSSRDF. Cela traduit le
fait qu’un photon rentre dans le matériau, diffuse, et ressort un peu plus loin.
En pratique cela n’a d’utilité que au voisinage des changements de textures,
lorsqu’on veut un rendu réaliste un peu diffus, comme à la séparation lèvres-
visage par exemple.
– Pour la BTDF, le milieu peut avoir une épaisseur, contrairement à ce que
montre le schéma.
– En raison d’un principe de retour inverse généralisé de la lumière (voir com-

− → −
mentaire page 50) la BRDF et la BTDF sont symétriques : R( Ω � , Ω ) =

− → −� →
−� →− →
− →−�
R( Ω , Ω ) et T ( Ω , Ω ) = T ( Ω , Ω ) , relations très utiles en pratique.

3.4 Réflectances et transmitances moyennées.


La plupart du temps, un spectrocolorimètre est équipé d’une sphère intégrante,
soit en illumination, soit pour collecter la lumière diffusée par un échantillon.
Dans ce cas, on obtient les valeurs moyennes de la BRDF et de la BTDF.
Considérons le cas de la réflectance :
Dans un certain nombre de dispositifs, le flux incident sur la surface à mesu-
rer est collimaté normal à l’échantillon 12 . La sphère intégrante qui surmonte
l’échantillon collecte l’ensemble du flux réémis J+ . On voit donc que dans ce
cas, on mesure en fait la valeur moyenne :
1 1 2π
ˆ ˆ
R0/D = R(µ� , ϕ� ; µ0 = 1) µ� dµ� dϕ�
π 0 0

Lorsque la BRDF est indépendante de ϕ, et on obtient


ˆ 1
R0/D = R(µ� , 1) 2µ� dµ�
0

Les sphères intégrantes sont également souvent utilisées comme un dispositif


d’illumination diffus. Dans ce cas, le flux incident sur l’échantillon est isotrope,
la radiance incidente Ie est une constante, on mesure le flux réemis normal à
l’échantillon, et on obtient
ˆ 1
RD/0 = R(1, µ) 2µdµ
0

12. Sur la plupart des spectrocolorimètres, l’angle prend la valeur standardisée de 8° pour
pouvoir mesurer le spéculaire.

27
Le principe de retour inverse généralisé montre que ces deux valeurs sont en
principe égales : R0/D = RD/0 .
Enfin, les dispositifs à double sphère, en illumination et en détection donnent la
double moyenne ˆ 1
RD/D = R(µ� , µ) 2µ� dµ� 2µdµ
0

3.5 La réflexion et la transmission de Fresnel-Descartes.

L’interface entre deux couches d’indice différents offre un bon exemple de BRDF
et BTDF. Cela nous permettra de bien comprendre la différence entre réflectance
et coefficient de réflexion. En outre, c’est un résultat qui nous sera très utile par
la suite, pour combiner les réflectances de différentes couches par exemple.
Les lois de Descartes pour la réflexion et la réfraction à l’interface entre un
milieu d’indice 1 et un milieu d’indice n peuvent s’écrire :

µr = µi ϕr = ϕ i + π
2
n (1 − µ2t ) = (1 − µ2i ) ϕt = ϕ i (19)

Ce qui donne pour les angles solides des pinceaux incidents et transmis n2 dΩt =
dΩi . Cette dernière relation exprime la concentration du faisceau lumineux
produite par la réfraction (exercice : montrer cette relation).
Le coefficient de réflexion de Fresnel non polarisé vaut alors
�� �2 � �2 �
1 n µt − µ i n µi − µ t
rF (µi ) = + (20)
2 n µt + µ i n µi + µ t

et le coefficient de transmission correspondant vaut tF (µi ) = 1 − rF (µi ) . Re-


marquer au passage le “principe” du retour inverse : t1→n (µi ) = tn→1 (µt ) 13 .
Les expressions des réflectances et transmittances de Fresnel expriment les re-
lations entre les flux entrant et sortant suivant les équations (17) et (18). Dans
le cas qui nous concerne, on obtient (exercice : le montrer)

δ(µ� − µ)
RF (µ� , ϕ’ ;µ, ϕ) = rF (µ) 2π δ(ϕ� − ϕ − π)
2µ�
� � �
δ µ − 1 − n2 (1 − µ�2 )
TF e (µ� , ϕ� ; µ, ϕ) = n2 tF (µ) 2π δ(ϕ� − ϕ) (21)

13. Notez aussi la forme très symétrique de ce coefficient : il est invariant si on échange µi
et µt et aussi n → 1/n.

28
On voit bien dans ces expressions la différence entre un coefficient de transmis-
sion, qui ne concerne que les flux d’énergie (dφt = rF dφi ), et une transmittance,
qui concerne la répartition angulaire. Notez aussi le facteur n2 qui traduit l’effet
de concentration du à la réfraction, et se déduit de la relation entre les flux.

29
4 L’équation du transfert radiatif.
L’équation du transfert radiatif (ETR) est une équation bilan de type équation
de Boltzmann. Elle est cependant beaucoup plus simple que cette dernière :
les particules n’interagissent pas entre elles, mais avec des diffuseurs-absorbeurs
fixes. De plus, les flux et les diffuseurs sont traités dans l’approximation continue.
Il en résulte une équation intégro-différentielle linéaire, beaucoup plus simple à
étudier que l’équation de Boltzmann.

4.1 Dérivation de l’équation du transfert (ETR).


4.1.1 Processus d’absorption.

Figure 19 – processus d’absorption




On considère un flux de radiance Ie se propageant dans la direction Ω . Celui ci

− −
décroit, en raison des processus d’absorption et de diffusion. Si on note s = Ω · →
r
l’abscisse dans la direction du flux, on a
dIe −
→ −
= −κT Ie (Ω, →
r) (22)
ds
κT s’appelle le coefficient d’extinction total. Il dépend en général de la fréquence
du rayonnement, de la position → −
r , mais pas de la direction du rayonnement


Ω . D’une façon générale, κT est proportionnel à la concentration de centres
diffuseurs-absorbeurs dans le matériau. Par la suite, nous supposerons que le
matériau est homogène par morceaux, c’est à dire que κT est contant, mais
cette hypothèse n’est pas indispensable.

4.1.2 Processus de diffusion.

D’une façon générale, une partie du flux incident sur un bloc de matériau va
être diffusée dans une autre direction :
−→ → −
p(Ω� , Ω ) − →

dφe ��
= κ T Ie (Ω) dΩ dΩ� (23)
ds →� − →

Ω→Ω� 4π

Ce résultat n’est pas évident : l’épaisseur du matériau traversée augmente avec


l’inclinaison, mais l’éclairement diminue du même facteur cos θ. En d’autres

30
Figure 20 – processus de diffusion

termes, le nombre de centres diffuseurs rencontrés dans le matériau ne dépend


−→ →−
pas de l’inclinaison du faisceau incident. La fonction de phase p(Ω� , Ω ) donne la

− →
−�
probabilité de diffuser de la direction Ω vers la direction Ω , lorsque l’absorption
a eu lieu. Comme on le verra, une fonction de phase constante et égale à 1
représente une diffusion isotrope totale (pas d’absorption).
On détermine alors la portion de rayonnement du faisceau incident qui a été
diffusée :


→ −→ → − dΩ� −


dIe ��
ˆ
= κT Ie (Ω) p(Ω� , Ω ) = ω0 κT Ie (Ω) (24)
ds → � −
Ω →4π Ω � 4π
−→ →− �
La quantité ω0 ≡ Ω� p(Ω� , Ω ) dΩ
´
4π s’appelle l’albédo du matériau, et représente
la fraction totale de rayonnement diffusé. On peut donc définir les coefficients
de diffusion et d’absorption suivant :

κs = ω 0 κT
(25)
κa = (1 − ω0 ) κT
Lorsque le matériau est isotrope, la fonction de phase dépend en fait de l’angle
− −
→ →
de diffusion cos [Θ] = Ω · Ω� . En exprimant les angles dans un système de
coordonnées sphériques (Cf. figure (13)), on a
� �
cos [Θ] = µµ� + 1 − µ2 1 − µ�2 cos(ϕ − ϕ� )

4.1.3 Equation du transfert.

En réunissant les deux termes traduisant l’absorption et la diffusion, on obtient


l’équation du transfert radiatif :


− −
dIe ( Ω , →
r) −
→ − → −
− → −→ − dΩ�
ˆ
= −κT Ie (Ω, →
r ) + κT p(Ω · Ω� ) Ie (Ω� , →
r) (26)
ds Ω� 4π

31
Il s’agit bien d’une équation linéaire, ce qui donne quelque espoir de pouvoir
faire quelque chose avec ! Le milieu est ici décrit par la fonction de phase et le
coefficient d’extinction, qui peuvent dépendre de la position →−r.

4.2 Milieux stratifiés.

L’équation précédente est encore trop compliquée pour être utilisable. On utilise
des hypothèses de symétrie plane ou sphérique pour la résoudre. Dans ce cours,
nous supposerons le milieu constitué de couches horizontales, suivant le schéma :

Figure 21 – Milieu stratifié

Attention aux conventions d’orientations, qui sont différentes de celles adoptées


par Chandrasekhar : dans le milieu, l’axe 0z est orienté vers l’intérieur du milieu,
et les angles sont repérés par rapport à une normale intérieure au milieu. Dans
ces conventions, on a ds = dz/µ, et l’équation s’écrit

dIe (z, µ, ϕ)
µ = −κT Ie (z, µ, ϕ)
dz
√ √ dµ� dϕ�
ˆ
+ κT p [µµ� + 1−µ2 1−µ�2 cos(ϕ−ϕ� )] Ie (z, µ� , ϕ� )
Ω� 4π

Le coefficient d’extinction peut dépendre de z. Il est commode d’absorber cette


variation dans l’épaisseur optique définie par dτ = κ(z)dz :

dIe (τ, µ, ϕ) dµ� dϕ�


ˆ
µ = −Ie (τ, µ, ϕ) + p [cos(Θ)] Ie (τ, µ� , ϕ� ) (27)
dτ Ω� 4π
qui est la forme que nous utiliserons par la suite.

32
4.3 Conditions aux limites.
L’ETR peut être considérée comme un système (infini !) d’équations différen-
tielles linéaires couplées du premier ordre. Pour espérer la résoudre, il nous
faut donner des conditions aux limites. Celles ci vont être reliées à la physique
du problème, et en particulier aux flux entrants et sortants dans le milieu. En
contemplant les équations (17) et (18) on voit que pour déterminer la BRDF,
il suffit de résoudre l’ETR pour un flux incident collimaté dans la direction
(µ0 > 0, ϕ0 = 0) , donné par
Ie (τ = 0, µ > 0, ϕ) = F δ(µ − µ0 )δ(ϕ)
La BRDF est alors obtenue par le flux diffus sortant 14 , suivant (exercice : le
monter)
πIe (τ = 0, µ < 0, ϕ)
R(−µ, ϕ; µ0 ) = (28)
µ0 F
Pour incorporer ces conditions aux limites de manière simple dans l’ETR, on
pose
Ie (τ, µ, ϕ) = F δ(µ − µ0 )δ(ϕ) e−τ /µ0 + Idiff (τ, µ, ϕ) (29)
et Idiff vérifie l’équation (exercice : le monter) :
dIdiff (τ, µ, ϕ) dµ� dϕ�
ˆ
µ = −Idiff (τ, µ, ϕ) + p [cos(Θ)] Idiff (τ, µ� , ϕ� )
dτ Ω� 4π
F
+ p(µ, ϕ; −µ0 ) e−τ /µ0 (30)

avec les conditions aux limites Idiff (τ = 0, µ > 0, ϕ) = 0 , qui traduisent l’ab-
sence de flux diffus incident. On voit que dans l’équation ci dessus, le terme
collimaté incident apparait maintenant sous la forme d’un terme de source dans
l’ETR, et que le terme en Dirac, impossible à traiter numériquement, est évacué
de l’équation.
A titre d’exercice, on refera le traitement pour la transmittance, et on vérifiera
qu’elle peut se calculer comme

δ(µ − µ0 ) πIe (τ = L, µ > 0, ϕ)


T (µ, ϕ; µ0 ) = e−L/µ0 2π δ(ϕ) + (31)
2µ0 µ0 F
pour µ0 et µ > 0 , avec L l’épaisseur optique de la couche traversée.

4.4 Invariances.
Nous avons déjà utilisé l’invariance azimutale 15 en choisissant la direction d’in-
cidence à ϕ0 = 0. En intégrant l’équation du transfert sur l’angle ϕ, on obtient
une équation sans dépendance azimutale
14. Notez que pour la BRDF, les arguments µ sont pris positifs.
15. la fonction de phase ne dépend que de (ϕ − ϕ0 )

33
1
dI(τ, µ) 1 F
ˆ
µ = −I(τ, µ) + p(µ, µ� ) I(τ, µ� ) dµ� + p(µ; −µ0 ) e−τ /µ0
dτ 2 −1 4π

où on a défini les moyennes



1 √ √
ˆ

p(µ, µ ) = p [µµ� + 1−µ2 1−µ�2 cos(ϕ)] dϕ
2π 0

1
ˆ
I(τ, µ) = I(τ, µ, ϕ) dϕ
2π 0

Dans un milieu fortement diffusant, le flux est invariant suivant ϕ en profon-


deur 16 , et l’équation ci-dessus donne directement la radiance.
Dans le cas ou la fonction de phase est isotrope p = ω0 , l’équation (30) ne
dépend pas de ϕ, les conditions aux limites sur le flux diffus non plus, et la
partie diffuse du flux est indépendante de ϕ, alors que le flux incident avait une
direction privilégiée ϕ0 = 0 ! On aboutit ici à la forme très simple de l’ETR :

1
dI(τ, µ) ω0 F
ˆ
µ = −I(τ, µ) + I(τ, µ� ) dµ� + ω0 e−τ /µ0 (32)
dτ 2 −1 4π

Cette équation simplifiée présente plusieurs propriétés intéressantes :


– Elle est exactement soluble, moyennant l’introduction de quelques fonctions
spéciales introduites par Chandrasekhar.
– Elle constitue donc un benchmark pour toutes les méthodes numériques.
– Malgré sa simplicité, elle a un intérêt physique : à basse énergie, la diffusion se
fait en onde s, et est donc isotrope. Même dans les cas ou la diffusion n’est pas
isotrope, un grand nombre de diffusions produit un résultat équivalent. On
pourra donc toujours décrire un milieu fortement diffusant par cette équation.

Nous allons voir plus loin des solutions exactes et approchées de cette équation.
Pour l’instant, on va s’intéresser à des “poor man’s ETR versions”, modèles
simplifiés qui permettent de comprendre la physique de l’ETR en restant à un
niveau de calcul élémentaire.

16. Sous une couche nuageuse épaisse, on est incapable de dire de quelle direction provient
la lumière, par contre on peut estimer la hauteur du soleil à la luminosité : le flux ne dépend
pas de ϕ0 , mais il dépend de µ0 ! C’est particulièrement flagrant quand il neige, comme
aujourd’hui ! !

34
5 Loi de Beer-Lambert et théorie de Kubelka-
Munk

5.1 Introduction

Si on considère l’ETR sans sources :


1
dI(τ, µ) ω0
ˆ
µ = −I(τ, µ) + I(τ, µ� ) dµ� (33)
dτ 2 −1

une approche de résolution brutale qui vient à l’esprit consiste à discrétiser


l’intégrale sur µ (méthode des rectangles, méthode de Gauss...). On voit que
dans ce cas, on obtient un système différentiel couplé linéaire du premier ordre
pour les flux Ii (τ ) ≡ I(τ, µi ), ce qui donne accès à tout un ensemble de méthodes
de résolution. On parle de méthode à N flux, et c’est une des approches utilisées
pour la résolution numérique de l’ETR. Cette approche a ses lettres de noblesse :
c’est en suivant cette voie que Chandrasekhar a résolu l’équation ci dessus,
moyennant un passage à la limite N → ∞, l’introduction de fonctions spéciales,
et une bonne dose de virtuosité calculatoire.
Dans ce contexte, il est intéressant de contempler les méthodes à 1 flux (Beer-
Lambert) et 2 flux (Kubelka-Munk) 17 , qui permettent d’avoir une bonne com-
préhension de la physique de l’ETR. Notons aussi que le modèle de Kubelka et
Munk reste très utilisé dans le monde de la peinture en raison de sa simplicité
et de sa robustesse, en dépit de critiques très légitimes sur sa précision (Cf. Van
de Hulst - 1980 [4]).

5.2 Loi de Beer-Lambert

La loi de Beer Lambert, observée empiriquement dans les solutions diluées ab-
sorbantes, mais non diffusantes, s’énonce “l’absorbance est proportionnelle à la
concentration et à l’épaisseur de la solution traversée”, soit en termes de chi-
mistes A(λ) = ε(λ)CL , où ε(λ) s’appelle le coefficient d’absorption molaire, et
caractérise l’absorbant. Pour un mélange idéal, on somme les absorbances des
constituants. Nous allons “démontrer” cette loi.
Pour cela, adoptons un modèle simple de confettis, petits disques opaques de
surface σa arrêtant la lumière de façon géométrique, et disposés aléatoirement
dans le milieu, avec un nombre moyen de confettis par unité de volume C.
Considérons une épaisseur dx suffisamment faible 18 de matériau absorbant.
Celui-ci contient des confettis qui arrêtent la lumière. Le flux en entrée de cette
17. Une variante à 4 flux est parfois utilisée, mais elle présente plus d’inconvénients que
d’avantages, et nous n’en parlerons pas.
18. i.e. ne comportant en moyenne pas de confettis “se faisant de l’ombre”

35
Figure 22 – Modèle d’absorption

tranche I(x) diminue en raison de cette absorption. La lumière rencontre en


moyenne CdxS particules, chacun de section efficace d’absorption σa . La sur-
face opaque de la tranche vaut donc σa CdxS. Si on calcule le taux de disparition
de la lumière dans cette épaisseur dx, on a le bilan suivant :

ce qui disparait I(x) − I(x + dx) surface opaque σa CdxS


= = =
ce qui rentre I(x) surface faisceau S

ce qui se ré-écrit immédiatement

dI(x)
= −σa C I(x)
dx

On voit donc que le flux de lumière décroit de façon exponentielle en pénétrant


dans le milieu, I(x) = I(0) exp(−σa C x), et la transmittance est donnée par

I(L)
T (λ) = = exp(−σa CL)
I(0)

ce qui est équivalent à la loi de Beer Lambert : en définissant en effet l’absorbance


par A = − log10 (T ), on retrouve bien la loi ci dessus, et on voit aussi que le
coefficient d’absorption molaire constitue en fait une mesure de la section efficace
de l’absorbeur, suivant la relation de conversion triviale (exercice : le montrer )
1000
ε(λ) = NA σa (λ)
ln 10

Remarquons que cette “démonstration “ de la loi de Beer Lambert n’en est bien
entendu pas une. On a passé un certain nombre de difficultés sous le tapis.
En particulier, on peut se demander comment un processus par nature discret
se transforme en absorption continue du flux. La réponse est bien sûr cachée
dans le fait de prendre un nombre fixe d’absorbeurs dans dx, et de traiter I(x)
comme une variable continue. En réalité, le nombre de confettis rencontrés suit

36
une loi de Poisson, et le flux décroit de manière discrète, en moyenne de fa-
çon exponentielle, mais avec des fluctuations. C’est la même description que la
désintégration radioactive, ou le “bruit de grenaille” en électronique.
Noter aussi que la quantité K = σa C , inverse d’une longueur, s’appelle la
“section efficace macroscopique” en physique nucléaire, et donne la profondeur
de pénétration dans le milieu suivant l = 1/K.
Enfin, il est très facile de reprendre la démonstration avec plusieurs sortes de
confettis, dont les populations sont supposées indépendantes (un rouge ne se
colle pas systématiquement sous un vert !). Dans ce cas, il est facile d’établir que
K = σ1 C1 +σ2 C2 = K1 +K2 , c’est à dire que les absorbances se somment. Cette
loi est à la base de la formulation des solutions colorées absorbantes non dif-
fusantes (verres colorés, sirops, teintures...), dits mélanges soustractifs simples.
Elle donne la couleur d’une solution en fonction des concentrations de ses consti-
tuants (Cf. Geniet - 2012 [10]).

5.3 Modèle de Kubelka et Munk

5.3.1 Présentation.

Figure 23 – Modèle à 2 flux

Le modèle de Kubelka et Munk, du à l’origine à Schüster (1905), est l’extension


la plus simple de ce qui précède. L’idée est de décrire la diffusion par le couplage
de deux flux diffus, l’un entrant et l’autre sortant. Ces flux décrivent en fait une
situation très complexe, et on ne s’intéresse pas à leur répartition angulaire que
l’on suppose en gros isotrope. Il est alors facile d’écrire un modèle qui couple les
deux flux, suivant :

dI(x)
dx = −KI(x) + SJ(x) − SI(x)
(34)
− dJ(x)
dx = −KJ(x) + SI(x) − SJ(x)

Quelques remarques nous aiderons à mieux comprendre le modèle :

37
– K représente la section macroscopique d’absorption du matériau. Comme pré-
cédemment, il est raisonnable de penser qu’elle varie proportionnellement à
la concentration.
– De même S représente en gros la section macroscopique de diffusion.
– Les termes en S décrivent le couplage des flux entrant et sortant par la diffu-
sion. Si S = 0 on retrouve Beer Lambert.
– Noter la parfaite symétrie x ↔ −x , I ↔ J des équations, qui doit se retrouver
dans les solutions, et traduit l’invariance droite-gauche.
– Noter aussi le signe − devant la 2ème équation : le sens de propagation est
inverse.
– On peut facilement montrer que si on suppose que les deux distributions de
flux vers la droite et vers la gauche sont hémi-isotrope, c.a.d. constantes dans
un demi-hémisphère, l’ETR (33) produit le système ci dessus (exercice : le
montrer, et relier K et S à κa et κs , Cf. équation (25) ).

5.3.2 Résolution du modèle.

La solution générale du système différentiel linéaire d’ordre 1 à coefficients


constants ci dessus est très classique. On cherche une base de 2 solutions expo-
nentielles de la forme � � � �
I(x) αx I0
=e
J(x) J0

ce qui conduit à un système de valeurs propres (les valeurs de α) et de vecteurs


propres. A un niveau élémentaire, on utilise la symétrie pour diagonaliser le
système en prenant la somme et la différence des 2 lignes de (34). On trouve
facilement la solution générale
 � � � � � �
K αx K
I(x) = A 1 −
K+2S e + B 1 + K+2S e−αx
� � � � � �
K αx K
J(x) = A 1 +
K+2S e + B 1 − K+2S e−αx


où les valeurs propres ±α sont données par α = K(K + 2S), et A et B sont
des constantes arbitraires. On note encore à ce stade la symétrie x ↔ −x de
la solution. La valeur propre α donne la longueur d’atténuation dans le milieu
suivant l = 1/α. Si il n’y a pas de diffusion, S = 0 et on retrouve le résultat
de Beer Lambert. Le cas sans absorption est plus subtil, et pourra être traité
en exercice. Dans ce cas, la solution varie de façon linéaire en x (exercice : le
montrer. Voir aussi annale 03-2012 en appendice).

5.3.3 Conditions aux limites.

Le modèle ci dessus permet de faire plein de physique rigolote en choisissant des


conditions aux limites adaptées aux problèmes que l’on veut décrire :

38
Cas Opaque :
l’exemple le plus simple consiste à considérer une couche opaque, c’est à dire
dont l’épaisseur L � 1/α. Dans ce cas, le flux s’éteint avant d’arriver au fond,
ce qui revient à supposer le milieu infini avec I(x), J(x) −−−−→ 0 , c.a.d. A = 0.
x→∞
On obtient alors immédiatement la réflectance

K
J(0) 1 − K+2S
R∞ = = �
I(0) K
1 + K+2S

2
(1−R∞ )
ce qui se ré-écrit encore KS = 2R∞ . Cette dernière expression est la formule
de Kubelka Munk opaque, parangon du savoir du coloriste moyen. Plusieurs
remarques sont utiles :
– Il y a bien sûr une dépendance en longueur d’onde : la réflectance dépend de
λ ( c’est la couleur de l’objet ! ) , car les sections K et S en dépendent. Les
résultats présentés sont valables à chaque longueur d’onde indépendamment.
– On vérifie que la formule ci dessus donne bien les limites attendues R = 0
pour S = 0 (milieu absorbant, noir, décrit par Beer Lambert) et R = 1 pour
K = 0 (matériau non absorbant, blanc idéal).
– On se souvient que K et S sont proportionnels à la concentration C. On voit
alors immédiatement que la réflectance est indépendante de C ! Cela semble
totalement idiot, sauf si on réalise que la couche est opaque, par hypothèse :
on ne sait pas si il faut 1 µm ou 1 km pour assurer cette opacité.
– En cas de mélange, K et S sont les sommes des sections macroscopiques des
constituants : K = K1 + K2 + K3 et S = S1 + S2 + S3 . On obtient donc la
réflectance d’un mélange, qui cette fois dépend du rapport des concentrations,
de façon non-linéaire à travers la formule de Kubelka Munk. C’est donc une
théorie de la couleur d’un mélange, à la base des méthodes de formulation des
peintures opaques (Cf. Geniet - 2012 [10]).
– Dans ces méthodes opaques, l’échelle des sections macroscopiques est relative :
on pose arbitrairement Sw = 1 pour un matériau de référence, en général le
blanc diffusant de la peinture. Toutes les valeurs de K et de S sont exprimées
relativement à cette échelle (cela revient en fait à choisir une unité de longueur
égale à 1/Sw ) . Il n’y a ici en effet aucun moyen de déterminer une épaisseur
ou une concentration absolue, puisque la couche est opaque. Nous allons voir
comment on arrive à une détermination absolue de K et S avec les méthodes
dites translucides.

Cas Translucide :
Le cas type correspond à une couche de fond de réflectance RF , surmontée
d’une couche diffusante d’épaisseur L . La condition au bord en x = L s’écrit
alors J(L)/I(L) = RF , ce qui permet de déterminer la réflectance de l’ensemble
R = J(0)/I(0) . Après des calculs simples, on trouve

39
Figure 24 – Milieu translucide.

B 1 − RF R ∞
= e2αL
A RF − R∞

et
(RF − R∞ ) + e2αL R∞ (1 − RF R∞ )
R= (35)
R∞ (RF − R∞ ) + e2αL (1 − RF R∞ )

réflectance d’une couche d’épaisseur L sur un fond RF . A titre d’exercices, on


vérifiera que l’on retrouve les résultats attendus :
– pour une couche opaque L → ∞ .
– pour une couche d’épaisseur nulle L = 0 .
– pour une couche parfaitement diffusante K = 0 .
– pour une couche non diffusante S = 0 (réfléchir au résultat obtenu, pour se
persuader qu’il est correct).
– On pourra aussi contempler les résultats obtenus pour une couche de fond
noire RF = 0 ou blanche RF = 1.

Figure 25 – profils de flux pour S = 0.9, K = 0.4 , RF = 0.2, L = 1

A partir de cette expression, on peut facilement tracer les profils des flux entrant
et sortant dans le milieu, en fonction de la profondeur. Voici par exemple un

40
profil typique, obtenu pour les valeurs S = 0.9, K = 0.4 , RF = 0.2 . On obtient
R∞ � 0.4 , et R � 0.37 pour une épaisseur L = 1.
L’expression (35) est à la base d’une foule de méthodes de sondages, par exemple
– en astrophysique : “je connais l’atmosphère de Vénus, diffusante et absorbante,
je mesure R depuis la Terre, que vaut la réflectance du sol RF ?”
– en océanographie, “je connais la nature du fond RF , je mesure R depuis un
satellite, quel renseignement en tirer sur l’état de la mer (turbidité S, absorp-
tion K) ?

Voyons une telle application dans le domaine des peintures : la méthode de


Kubelka et Munk translucide :
Un peut d’algèbre permet de re-écrire (35) suivant (exercice : le montrer )

RF (ψ − x) + 1 − RF
R=
(ψ + x) + 1 − RF
√ √
avec par définition x = K/S et ψ = x2 + 2x coth( x2 + 2x SL).
Si on mesure les 2 réflectances (R1 , R2 ) de la couche sur 2 fonds différents
(RF 1 , RF 2 ) , on obtient un système linéaire en ψ et x, dont la résolution donne
finalement K et S de façon explicite. Cela explique la popularité de la mé-
thode dans le domaine des peinture : elle donne toujours une solution. Dans un
contexte plus ambitieux, elle permet de disposer d’une première approximation
aux sections efficaces, déterminées ensuite par des modèles plus sophistiqués
basés sur l’ETR.
Exercice : montrer que la transmittance d’une couche translucide d’épaisseur L
en l’absence de fond vaut :

ψ 2 − (x2 + 2x)
T =
ψ+x+1

5.3.4 Correction de Saunderson.

Nous abordons ici un sujet subtil, qui sera envisagé sous plusieurs aspects dans
ce cours : la correction de surface de Giovanelli-Saunderson. Les calculs ci dessus
sont valables en l’absence de discontinuité de surface, comme c’est par exemple
le cas pour une atmosphère, un brouillard... Si le milieu est dense, il se produit
une réflexion de Fresnel à l’interface Cf. section (3.5). La réflectance mesurée
Rext est donc différente de celle que nous avons calculée juste à l’intérieur du
milieu, Rint . La correction de Saunderson relie ces deux réflectances 19 . Histo-
riquement, cette correction a été introduite afin de mettre en accord les calculs
de formulation de peinture par Kubelka et Munk opaque avec les résultats (J.L.
Saunderson - 1942 [6]). Voyons comment l’établir simplement :
19. La correction de Giovanelli fait de même dans le contexte de l’ETR.

41
Figure 26 – Relations entre flux à l’interface

En examinant la figure ci contre, on voit immédiatement les relations entre les


différents flux à l’interface :

Je = (1 − ri ) J(0) + re Ie
(36)
I(0) = (1 − re ) Ie + ri J(0)

Avant de poursuivre, persuadons nous que l’effet est suffisamment grand pour
mériter d’être calculé : à priori pour un milieu d’indice n = 1.5 , le coefficient de
� �2
réflexion en incidence normale vaut r⊥ = 1−n 1+n � 0.04 . Il semble donc que
l’effet soit faible, ce que sait bien tout opticien : la transmission des N interfaces
est 0.96N . La situation change pour un flux diffus sortant comportant des grands
angles d’incidence : le coefficient de réflexion de Fresnel augmente et atteint 1
pour le flux sortant, au delà de l’angle critique θcr = arcsin(1/n) � 42°. Il est
facile de calculer le coefficient de réflexion moyen à l’aide des outils présentés
dans ce cours : on a, d’après (6) et les relations vues à la partie (3.3)
´ sortant
J+ I µdµdϕ
r̄ = = ´
J− I entrant µdµdϕ

en utilisant alors la relation reliant les radiances entrantes et sortantes, équation


(17), et l’expression de de la BRDF de Fresnel (21), on obtient finalement pour
un flux incident isotrope le résultat quasi évident (exercice : faire cette suite de
calculs)

ˆ 1
r̄ = rF (µ)2µdµ
0

Dans le cas d’un milieu d’indice n = 1.5 , le calcul donne ri � 0.59 , c’est
à dire que pour un flux sortant isotrope, le coefficient de réflexion moyen de
l’interface vaut 60% ! Pour le coefficient entrant, dans le cas d’un flux diffus, on

42
aura 1 − re = n2 (1 − ri ) , soit re � 0.09 20 . Pour un flux collimaté incident,
on prendra par contre re = r⊥ = 0.04 . Dans la pratique, on détermine r⊥
expérimentalement : c’est la réflectance minimale mesurée en incidence normale,
obtenue pour un objet noir totalement absorbant. On calcule alors n puis ri ,
ce qui permet d’appliquer la correction de Saunderson en pratique.
La résolution du système (36) permet de passer des réflectances internes Rint =
J (0 )/I (0 ) aux réflectances externes mesurées Rext = Je /Ie suivant :

(1 − ri )(1 − re )Rint
Rext = re +
1 − ri Rint

dite correction de Saunderson. On voit qu’elle a une interprétation physique


agréable : la réflexion externe est due à la réflexion spéculaire re à laquelle se
superposent les réflexions multiples entre la couche et l’interface, Cf. figure (27)
ci-dessous.

Figure 27 – Correction de Saunderson

5.4 Conclusion

Les quelques calculs esquissés ici peuvent évidemment être adaptés à un grand
nombre de situations variés de façon très simple, ce qui en fait le couteau Suisse
du transfert radiatif. Il est cependant clair qu’il ne faut par forcément en at-
tendre trop, surtout si on souhaite s’intéresser à la géométrie angulaire des flux,
ce que nous allons faire maintenant. L’autre intérêt de cette présentation des
méthodes élémentaires est qu’elle permettent d’obtenir une bonne intuition des
phénomènes en jeu, sans être noyé dans la complexité des équations, ce qui est
toujours appréciable. Cela dit, il est clair que les astrophysiciens n’utilisent plus
20. cette relation provient du principe du retour inverse, et de la concentration des flux à
l’interface, Cf. §(3.5)

43
cette approche depuis belle lurette. Voyons donc maintenant quelques outils de
résolution propres au transfert radiatif.

44
6 Méthodes de résolution de l’ETR.
Il existe un très grand nombre d’approches pour résoudre l’ETR dans des
contextes très variés. Les méthodes numériques sont en particuliers très utilisées
de nos jours, car elles permettent de résoudre des situations très complexes de
diffusion non-isotrope dans des milieux non homogènes. Nous présenterons ici
des méthodes analytiques, dont l’intérêt est de fournir une bonne compréhen-
sion de la nature des solutions attendues, ainsi que des benchmarks pour les
méthodes numériques. Je ne prétends pas non plus donner toutes les méthodes
de résolution, mais seulement celles qui me sont familières. Enfin, dans cette
introduction au sujet, je me limiterai à l’équation du transfert simple avec sy-
métrie azimutale, et une diffusion isotrope, équation (33) avec ou sans terme de
source. Pour plus de méthodes, une référence s’impose : Van de Hulst - 1980 [4].

6.1 Une première solution non triviale.


Appliquons à l’équation (33) une technique standard de résolution des équations
linéaires : la méthode de séparation des variables. On cherche donc une solution
du type I(τ, µ) = h(τ )f (µ) . En reportant dans l’équation, on arrive à la forme
séparée ˆ 1
h� (τ ) 1 ω0
α=− = − f (µ� )dµ�
h(τ ) µ 2µf (µ) −1
On voit donc que c’est une solution variant exponentiellement avec la profon-
deur h(τ ) = exp(−ατ ) . La dépendance angulaire est facile à déterminer, car
l’équation intégrale pour f est très simple lorsque la diffusion est isotrope : on
a
ω0 1 C
ˆ
C= f (µ)dµ et f (µ) =
2 −1 1 − αµ
α doit donc vérifier l’équation caractéristique
ˆ 1 � �
2 dµ 1+α 2α
= soit ln =
ω0 −1 1 − αµ 1−α ω0

Pour 0 < ω0 < 1 il existe une solution réelle unique 0 < α < 1 et sa symétrique
−α que nous sommes contents de retrouver (il n’y a pas de direction privilégiée
haut-bas). On peut aussi montrer que cette solution a la plus petite partie
réelle, et correspond au plus faible amortissement dans le milieu. C’est le mode
fondamental de transfert, qui est le seul qui subsiste en profondeur dans le
milieu, d’où son intérêt. On verra plus bas qu’il correspond à une diffusion
simple 21 . La solution ainsi obtenue s’écrit donc finalement
exp(−ατ )
I↓ (τ, µ) = C
1 − αµ
21. les autres modes, amortis plus rapidement, présentent une distribution angulaire plus
compliquée, et on peut les obtenir systématiquement par une analyse en ondes partielles, ce
dont nous ne parlerons pas ici.

45
On reconnait un profil angulaire elliptique (rappel : µ = cos(θ)), d’excentricité
α, dont le grand lobe est orienté vers le bas, ce qui correspond à une solution
descendant dans le milieu en s’amortissant de façon exponentielle. La solution
montante est obtenue par le changement α ↔ −α .

Figure 28 – Profil de diffusion

Exercice : traiter le cas sans absorption, ω0 = 1, et montrer que dans ce cas la


solution varie de façon linéaire avec τ (Cf. annexe sujet annale mars 2012).
Montrons maintenant que la solution ainsi trouvée est solution de l’équation de
la diffusion, et déterminons le coefficient de diffusion D. On définit les moments
de la distribution I(µ)
ˆ 1
E(τ ) = I(τ, µ)dµ
−1
ˆ 1
J(τ ) = I(τ, µ)2µdµ
−1
ˆ 1
K(τ ) = I(τ, µ)µ2 dµ
−1
...

correspondant respectivement à la densité d’énergie rayonnante c u et au cou-


rant, les moments d’ordre supérieur n’ayant pas de nom spécial. En prenant les
moments de l’ETR µn dµ → ETR on obtient une chaine d’équations différen-
´

tielles couplées dont les premiers termes s’écrivent

46
dJ
=− (1 − ω0 )E(τ )

dK
= −J(τ )

...

Dans le cas général, cette chaine infinie équivaut à l’ETR. La première équation
correspond clairement à une équation de conservation : l’absorption est respon-
sable de la disparition du flux. Pour la solution vue plus haut, K et E sont
proportionnels, et la seconde équation s’écrit
dE(τ )
J(τ ) = −D

On reconnait la loi de Fick, avec un coefficient de diffusion D = 1−ωα2


0
. Pour
un milieu non absorbant ω0 → 1, et on trouve alors D = 1/3 ce qui constitue
l’approximation de Eddington. (exercice : montrer ces résultats). Nous verrons
plus bas la solution du problème de Milne, qui permet de recoller cette solution
à une condition au bord, et déterminer le flux radiatif sortant.
A titre de complément, regarder comment ces calculs sont modifiés pour une
diffusion non isotrope, avec une fonction de phase p(µ� , µ) .

6.2 Equation intégrale du transfert.

Figure 29 – Géométrie “slab”

Considérons une couche d’épaisseur τ = L soumise à un flux incident collimaté


dans la direction µ0 . La situation est décrite par l’équation (32), avec les condi-
tions au bord I(τ = 0, µ > 0) = 0 et I(τ = L, µ < 0) = 0 (pas de flux diffus
entrant, ni par le haut ni par le bas).

47
Dans le cas des EDP, une technique souvent utilisée consiste à transformer une
équation différentielle en une équation intégrale incorporant les conditions aux
limites. Cette recette s’applique ici aussi, et elle ouvre la voie à des méthodes
d’approximation intéressantes. L’équation peut s’écrire formellement
dI(τ, µ)
µ = −I(τ, µ) + S(τ, µ) (37)

avec un terme de source


1
ω0 F
ˆ
S(τ, µ) = I(τ, µ� ) dµ� + ω0 e−τ /µ0 (38)
2 −1 4π

Remarquer que nous nous sommes placés ici dans le cas simple de la diffusion
isotrope avec une symétrie azimutale, mais les calculs s’étendent au cas général
sans problème. En utilisant la “méthode de variation de la constante”, la solution
de (37) s’écrit I(τ, µ) = J(τ, µ) exp(−τ /µ) , où J vérifie

dJ(τ, µ) eτ /µ
= S(τ, µ)
dτ µ

On peut donc intégrer cette équation, en tenant compte des conditions aux
limites au bord de la couche. On obtient finalement pour les flux descendant et
montant :
ˆ τ −(τ −τ � )/µ
e
I↓ (τ, µ) = S(τ � , µ)dτ � µ>0
0 µ
ˆ L −(τ −τ � )/µ
e
I↑ (τ, µ) = − S(τ � , µ)dτ � µ<0 (39)
τ µ

Qui permettent formellement de calculer les flux sortant de la couche. Bien


entendu, S(τ, µ) dépend toujours de I(τ, µ) et l’équation n’est toujours pas
résolue, mais cette forme permet d’obtenir facilement un développement du
type série de Born.

6.3 Equation intégrale de Schwartzschild - Milne.


L’équation de Schwartzschild - Milne, d’un intérêt plutôt historique, est une
conséquence directe de cette approche dans le cas où la diffusion est isotrope
p(µ, µ� ) = ω0 . Dans ce cas, le terme source S(τ ) est indépendant de µ (la
rediffusion ne privilégie aucune direction). En reportant les solutions formelles
(39) dans la définition du terme de source (38), et en permutant les intégrales
sur τ et sur µ , on arrive à une équation de type Fredholm 2ème espèce :

F ω0 L
ˆ
−τ /µ0
S(τ ) = ω0 e + K(τ − τ � ) S(τ � ) dτ �
4π 2 0

48
avec le noyau donné par une exponentielle intégrale

e−|τ −τ |/µ

ˆ 1
� �
K(τ − τ ) = E1 (|τ − τ |) = dµ
0 µ

(Exercice : le montrer ).
En résolvant numériquement cette équation, on peut alors retrouver les ra-
diances par (39). Le noyau présente une singularité logarithmique en 0, mais
ce n’est pas trop méchant à traiter, et la théorie des équations de Fredholm est
bien connue (Cf. par exemple Hilbert & Courant - 1953 [11]). Cependant, je ne
connais pas de moyen d’étendre cette solution au cas non isotrope contrairement
à la suivante.

6.4 Développement en série de Born.

La résolution du système d’équations (38,39) peut se faire par un développement


de la solution en puissance de ω0 . A l’ordre 1 le terme source est juste donné
F
par le terme collimaté S(τ ) = 4π ω0 e−τ /µ0 , et on peut calculer les flux sortant :
ˆ L τ � (1/µ−1/µ0 )
F e
I↓ (L, µ) = ω0 e−L/µ dτ �
4π 0 µ
F µ0 � −L/µ0 �
= ω0 e − e−L/µ
4π µ0 − µ
ˆ L −τ � (1/µ+1/µ0 )
F e
I↑ (0, −µ) = ω0 dτ �
4π 0 µ
F µ0 � �
= ω0 1 − e−L/µ0 e−L/µ
4π µ0 + µ

Comme nous sommes exactement dans la situation envisagée à la section (4.3),


on peut utiliser les relations (28) et (31) pour calculer la BRDF et la BTDF
diffuse, ce qui donne finalement :
ω0 � �
T (µ, µ0 ) = e−L/µ0 − e−L/µ
4(µ0 − µ)
ω0 � �
R(µ, µ0 ) = = 1 − e−L/µ0 −L/µ
4(µ0 + µ)

Ces expressions ne sont pas du tout triviales, et permettent d’obtenir la BRDF


pour des milieux dans lesquels la diffusion est faible. La condition pratique pour
les appliquer est d’avoir une tranche d’épaisseur optique fine et/ou peu diffu-
sante, et le critère quantitatif est L ω0 � 0.3 . Ce critère n’est pas souvent
rempli, mais la méthode dite “Adding-Doubling” permet d’atteindre des épais-
seurs optiques plus importantes par empilement de couches. Nous verrons cette
méthode un peu plus loin.

49
Un autre point intéressant dans ces expressions est que la forme de la solution
est assez typique, et se retrouve dans la solution exacte de Chandrasekhar, ou
d’autres schémas d’approximation plus sophistiqués. La solution de Chandrase-
khar s’écrit en effet sous la forme factorisée :

ω0
T (µ, µ0 ) = [X(µ)Y (µ0 ) − X(µ0 )Y (µ)]
4(µ0 − µ)
ω0
R(µ, µ0 ) = [X(µ)X(µ0 ) − Y (µ0 )Y (µ)]
4(µ0 + µ)

où les fonctions spéciales X et Y (qui dépendent de ω0 et de L) vérifient des


équations intégrales non linéaires très simples à résoudre de façon numérique.
Enfin remarquons que la BRDF et la BTDF ainsi obtenues sont symétriques
par échange (µ ↔ µ0 ) , c.a.d. vérifient un principe généralisé de retour inverse
de la lumière. On ne peut pas invoquer pour cela la simple réversibilité de la
propagation en optique, car il est clair que la diffusion est un processus non
symétrique par renversement du temps ! Je n’ai jamais bien compris les argu-
ments qui permettent de généraliser le principe du retour inverse avec des lois
statistiques, mais le fait est que le résultat est symétrique ce qui est très utile
en pratique, et fonctionne aussi raisonnablement du point de vue expérimental.
C’est ce qui justifie finalement l’équivalence des géométries de mesure 0°/45° et
45°/0°sur les colorimètres, et D/8° et 8°/D sur les spectromètres à sphère.
Voyons maintenant la solution exacte de Chandrasekhar dans le cas d’une tranche
opaque (L → ∞), pour laquelle Y → 0 .

6.5 Solution de Chandrasekhar.

Nous allons dériver cette solution par la méthode d’Ambartsumian, beaucoup


plus simple que la version originale. De plus nous considérons ici le cas le plus
“facile” d’un milieu opaque. Dans ce cas, la BRDF à la surface est la même que
si on “écrète” la couche à une profondeur τ .
En considérant un flux incident F δ(µ − µ0 ) , on peut écrire à la profondeur τ
et pour µ > 0 l’équation d’Ambartsumian :
ˆ 1
1 −τ /µ0
I(τ, −µ) = R(µ, µ0 )µ0 F e + R(µ, µ� )I(τ, µ� )2µ� dµ�
π 0

qui exprime que le flux remontant à la profondeur τ provient de la réflexion


diffuse du flux collimaté atténué et du flux diffus descendants par la couche de
profondeur supérieure à τ (Cf. figure (30)). Cette équation est une conséquence
directe de nos définitions du flux diffus Eq. (29) et de la BRDF Eq.(17).

50
Figure 30 – Réflectance à une profondeur τ

On écrit alors cette équation sous une forme infinitésimale, en dérivant par
rapport à τ en τ = 0 . On obtient

1
dI(τ = 0, −µ) 1 dI(τ = 0, µ� ) � �
ˆ
= − R(µ, µ0 )F + R(µ, µ� ) 2µ dµ
dτ π 0 dτ

On va maintenant utiliser l’ETR (32) écrite en τ = 0, en séparant les cas µ > 0


et µ < 0, et en remarquant que I(τ = 0, µ > 0) = 0 et I(τ = 0, µ < 0) =
1
π R(µ, µ0 )µ0 F :
ˆ 1
dI(τ = 0, µ > 0) 1 ω0 F
µ = − R(µ, µ0 )µ0 F + F R(µ� , µ0 ) dµ� + ω0
dτ π 2π 0 4π
ˆ 1
dI(τ = 0, −µ < 0) ω0 F
µ = − F R(µ� , µ0 ) dµ� − ω0
dτ 2π 0 4π

En reportant ces dérivées dans l’équation ci dessus, on obtient après quelques


réarrangements
� � ˆ 1 ˆ 1 �
ω0 � �
(µ + µ0 )R(µ, µ0 ) = 1 + 2 µ0 R(µ , µ0 ) dµ + µ R(µ, µ”) dµ”
4 0 0
ˆ 1 ˆ 1 �
+4µ0 µ R(µ� , µ0 ) dµ� R(µ, µ”) dµ”
0 0

que l’on peut finalement réécrire sous la forme


ω0
R(µ, µ0 ) = H(µ)H(µ0 ) (40)
4(µ + µ0 )

51
où la fonction H vérifie l’équation intégrale non linéaire :
ˆ 1
1 H(µ� )
= 1 − ω0 µ �)
dµ�
H(µ) 0 2(µ + µ

En pratique cette équation est très simple à résoudre en quelques itérations. La


fonction H est la plus simple d’une vaste famille qui a beaucoup été étudiée après
leur découverte, et est très bien connue. A titre d’exemple, voici la réflectance
obtenue pour un angle d’incidence de 45°, avec une valeur de ω0 = 0.99 (milieu
très diffusant). On voit bien que l’hypothèse de réflexion Lambertienne n’est pas
valable : la réflection diffuse dépend de l’angle !

Figure 31 – Réflection diffuse pour un angle d’incidence de 45° et un albedo


ω0 = 0.99

Le résultat ci dessus est très impressionnant : la factorisation en fonction H


n’est pas évidente du tout, et la simplicité du résultat est remarquable. De plus,
– On peut étendre le résultat aux couches d’épaisseur finies, ce qui donne une
structure des solutions en fonctions X et Y vues plus haut.
– On peut étendre le résultat à une diffusion non isotrope, avec une fonction de
phase en cos θ , puis en cos2 θ (diffusion Rayleigh).
– On peut traiter la diffusion de la lumière polarisée !
Tous ces résultats sont présentés dans l’ouvrage de Chandrasekhar, et consti-
tuent un bijou de la Physique Mathématique du XXème siècle. L’intérêt de la
chose est de nos jours plutôt historique, mais on ne peut que saluer le tour de
force...

6.6 Solution du problème de Milne.


En cerise sur le gateau, voici la solution du problème de Milne, qui donne en
substance la réponse au problème de l’obscurcissement du disque solaire. Rap-
pelons qu’il s’agit d’obtenir la luminance d’une surface dans laquelle règne en

52
profondeur un flux de type diffusion montante (Cf. § 6.1). La radiance globale
s’écrit donc
exp(ατ )
I(τ, µ) = δI((τ, µ) + C
1 + αµ
I(τ = 0, µ > 0) = 0

la deuxième équation traduisant l’absence de flux diffus entrant dans le milieu.


On veut calculer le flux sortant I(τ = 0, µ < 0). La fonction δI est, comme I et
comme la solution diffusive, une solution de l’ETR (linéarité). Elle vérifie par
définition les conditions aux limites :
1
δI(τ = 0, µ > 0) = −C
1 + αµ
δI((τ → ∞ , µ) = 0

c’est à dire une situation de couche opaque, avec un flux incident donné. On
sait donc résoudre ce problème de réflexion classique au moyen de la BRDF du
milieu que l’on a calculé au paragraphe précédent :
ˆ 1
δI((τ = 0, µ < 0) = R(−µ, µ� )δI((τ = 0, µ� )2µ� dµ�
0

ce qui donne
1
R(−µ, µ� ) � �
� �
1
ˆ
I((τ = 0, µ < 0) = C − 2µ dµ
1 + ᵠ0 1 + �

Figure 32 – Obscurcissement du disque solaire.

En utilisant enfin l’expression de la solution (40) et l’équation intégrale pour H,


on arrive finalement à
C H(µ)
I((τ = 0, −µ) =
H(1/α) 1 − αµ

53
Sur la figure ci dessus, on a tracé la radiance en fonction de l’angle de sortie, pour
une valeur ω0 = 0.99 , α � 0.172511 . On voit bien l’effet d’obscurcissement,
et la résolution du paradoxe apparent : “comment un diffuseur isotrope peut il
avoir un comportement non Lambertien ?”. La réponse est en fait assez simple :
c’est la solution diffusive profonde qui introduit l’anisotropie dans la solution de
l’ETR.

6.7 Méthode de “Adding-Doubling”.

La méthode de “Adding-Doubling” a été introduite pour étendre les résultats


obtenus pour une couche mince (Cf. §(6.4) ci dessus) au cas d’une couche plus
épaisse. Le principe est simple : on empile les couches, d’où le nom de la méthode.
On va voir qu’il s’agit en fait de la méthode classique de la “matrice de transfert”,
conséquence directe de la linéarité de l’ETR. Cette méthode présente une autre
utilité : elle permet de superposer des couches de nature différentes. Nous en
verrons quelques exemples dans les sections suivantes : couche diffusante sur
un fond Lambertien, et couche diffusante surmontée d’une interface de Fresnel
(discontinuité d’indice).

6.7.1 Dérivation de la méthode

Considérons la situation schématisée sur le schéma suivant :

Figure 33 – Adding Doubling

54
On peut écrire les relations suivantes, qui expriment la linéarité entre les flux :
+ −

 I1 =T1 I0 + R1 J1


 J0 =T − J1 + R+ I0

1 1
+ −
(41)


 I2 =T2 I1 + R2 J2
J1 =T2− J2 + R2+ I1

Quelques remarques sur ces équations : ´1


– La notation compacte des opérateurs est utilisée : RI ≡ 0 R(µ, µ� )I(µ� )2µ� dµ�
. L’algèbre qui en résulte est la même que celle des matrices, et en particulier,
les produits ne commutent pas.
– On a explicitement suposé que les couches n’ont pas le même comportement
dans un sens et dans l’autre. C’est le cas pour une interface de Fresnel par
exemple, dont la forme opératorielle n’est pas symétrique.
– On a déjà vu des relations de ce style en établissant la correction de Saunder-
son. C’est la même idée, en fait.
Les relations d’adding-doubling sont obtenues en éliminant les flux intermé-
diaires I1 et J1 du système précédent. Par exemple, on multiplie la ligne 4 à
gauche par R1− et on somme à la 1, ce qui élimine J1 , puis on multiplie la 1 à
gauche par R2+ et on ajoute à la 4 ce qui élimine I1 . On reporte alors I1 et J1
dans les 2 et 3, ce qui donne :

I2 = T2+ (1 − R1− R2+ )−1 T1+ I0 + (R2− + T2+ (1 − R1− R2+ )−1 R1− T2− ) J2

J0 = T1− (1 − R2+ R1− )−1 T2− J2 + (R1+ + T1− (1 − R2+ R1− )−1 R2+ T1+ ) I0

et par identification, on lit les réflectances et transmittance de la couche com-


posée :

T2+ (1 − R1− R2+ )−1 T1+


 +
T


=
 T− = T1− (1 − R2+ R1− )−1 T2−



 R+ =R1+ + T1− (1 − R2+ R1− )−1 R2+ T1+
=R2− + T2+ (1 − R1− R2+ )−1 R1− T2−

 −
R

qui forment les équations de adding-doubling, ou de la matrice de transfert


composée. Notez la symétrie “haut-bas” (1 ↔ 2) et (+ ↔ −) obtenue en mettant
la tête en bas. On peut aussi interpréter ces relations de manière analogue à celle
que nous avons vue à la figure (27), en tenant compte des réflexions multiples
entre les couches (exercice : le faire, en se rappelant que la physique se lit de
droite à gauche dans les relations opératorielles).
Voyons maintenant des exemples d’applications de ces équations.

55
6.7.2 Applications

BRDF d’une couche diffusante sur un fond Lambertien Ce premier


exemple est très utile, et correspond au cas que nous avons envisagé dans le pa-
ragraphe Kubelka Munk translucide : une couche diffusante d’épaisseur optique
L sur un fond Lambertien. Dans ce cas la couche (1) est décrite par une BRDF
R1 (µ, µ0 ) et une BTDF :e−L/µ0 δ(µ−µ
2µ0
0)
+ T1 (µ, µ0 ) , ou on a explicitement sé-
paré la partie colimatée. La couche (2) est décrite par une BRDF constante RF
(une matrice remplie de RF ). Les intégrales sont très faciles à calculer, puisque
RF ne dépend pas des angles d’intégrations, et on trouve, après avoir sommé la
série :

RF
R(µ, µ0 ) = R1 (µ, µ0 ) + (e−L/µ + t1 (µ)) (e−L/µ0 + t1 (µ0 )) (42)
1 − r1 R F

où les transmitances µ−diffus et les réflectances diffus-diffus sont données par


les intégrales :
ˆ 1
t1 (µ) = T1 (µ, µ� )2µ� dµ�
0
ˆ 1 ˆ 1
r1 = R1 (µ, µ� )2µdµ 2µ� dµ�
0 0

Cette formule s’explique bien par des considérations physiques : la réflectance


totale est celle de la couche (1) plus celle de la couche du fond à travers la
couche (1), avec des reflexions multiples (le dénominateur), les transmissions
collimatées et diffuses, et le fait que la couche du fond redistribue tous les flux
reçus de façon Lambertienne, quelle que soit leur origine (exercice : faire ce
calcul, et son interprétation).
Les expressions ci dessus peuvent être appliquées comme les expressions cor-
respondantes de Kubelka-Munk (35) pour résoudre des problèmes de sondage :
“quelle est le sol sous cette atmosphère ?” ou bien “quelle est l’atmosphère sur
ce sol ?” ce que l’on peut facilement transposer dans le domaine de la peinture.

Equation de Giovanelli. D’après le physicien australien (sic !) du même


nom. Dans ce cas, la couche (1) est constituée d’une interface de Fresnel, la
couche (2) etant décrite par une BRDF R2 (µ� , µ) . Ce cas est un peu plus
complexe à traiter, car l’interface de Fresnel n’est pas symétrique “haut-bas”,
comme nous l’avons déjà mentionné. La figure ci dessous précise les notations
des angles : les indices “e” et “i” sont pour externe et interne.

Les réflectances et transmittances de Fresnel s’écrivent ici, en ommettant la


dépendance en angle azimutal qui est triviale :

56
Figure 34 – relations de passage de Fresnel

δ(µs − µe )
R1+ (µs , µe ) = re (µe )
2µe

δ(µ − µ)
R1− (µ� , µ) = ri (µ)

� � �
δ µe − 1 − n2 (1 − µ2 )
T1+ (µ, µe ) = n2 te (µe ) si µ2 > 1 − 1/n2
2µe
= 0 sinon � �

� (1−µ2s )
δ µ − 1 − n2
1
T1− (µs , µ� ) = t e (µ s )
n2 2µ�

la dernière ligne se déduit de la précédente par le remplacement de n → 1/n et


on a utilisé ti (µ� ) = te (µs ). La relation de passage s’écrit ici R+ = R1+ + T1− (1 −
R2+ R1− )−1 R2+ T1+ , soit, en posant K = (1 − R2+ R1− )−1 R2+

R+ = R1+ + T1− KT1+

Le premier terme de cette équation correspond à la réflexion spéculaire de l’in-


terface. Les termes en T assurent les relations de passage à l’interface suivant :

T1− KT1+ (µs , µe ) =


ˆ � √ �

2µ� dµ� n12 te (µs )
�δ µ − 2 2
1−(1−µs )/n
K(µ� , µ) n2 te (µe )
(
δ µe − 1−n2 (1−µ2 ) ) 2µdµ
2µ� 2µe

l’intégrale sur µ� est triviale, mais celle sur µ nécessite le changement de variable
µ → µe avec n2 µdµ → µe dµe , qui donne finalement le résultat presque attendu

57
(attention au facteur 1/n2 ! ) :
�� � �
1 (1 − µ2s ) (1 − µ2e )
T1− KT1+ (µs , µe ) = 2 te (µs ) te (µe ) K 1− , 1−
n n2 n2

On voit dans cette expression apparaitre les facteurs de transmission attendus, le


changement d’angle du à la réfraction, et un facteur 1/n2 du à la concentration
des faisceaux par l’interface, et qu’il n’est pas facile de deviner correctement !
Le calcul de K conduit à l’équation de Giovanelli proprement dite : on a par
définition de K
K = R2 + R2 R1− K

qui s’écrit de façon développée :


ˆ 1
K(µ, µ0 ) = R2 (µ, µ0 ) + R2 (µ, µ� )ri (µ� )K(µ� , µ0 )2µ� dµ�
0

avec ri (µ) le coefficient de réflexion de Fresnel interne. Cette dernière équation


est l’équation de Giovanelli, qui permet de déterminer la réflexion externe K
(à des préfacteurs près) à partir de la réflexion interne R2 . On voit que c’est
encore une équation intégrale de type Fredholm 2ème espèce.
Exercice : montrer que dans le cas ou la couche 2 est Lambertienne de réflectance
RF , on obtient pour la réflectance totale

δ(µs − µe ) te (µs ) te (µe ) RF


R(µs , µe ) = re (µe ) +
2µe n2 1 − ri R F
´1
où ri = 0 ri (µ� )2µ� dµ� � 0.59 est le coefficient de réflexion interne moyen,
déja vu au paragraphe (5.3.4). La relation ci dessus constitue une généralisa-
tion intéressante de la correction de Saunderson, avec une dépendance angu-
laire correcte. Montrer
´ de plus que si on s’intéresse à la réflectance direct-diffus
R(D, µe = 1) = R(µs , 1)µs dµs on retrouve exactement la correction de Saun-
derson, vue précédemment.

6.8 Equations de Preisendorfer et Mobley

Ces équation permettent d’écrire des équations “à la Schüster-Kubelka-Munk”


rigoureuses, à partir de l’ETR. En chantier...

58
7 Conclusion.
Comme souvent, le principal destinataire de ces notes de cours est votre servi-
teur. Cependant si elle présentent quelque intérêt à vos yeux, ou au contraire si
vous voyez des améliorations possible à leur contenu, n’hésitez pas à m’en faire
part, ainsi que des erreurs que vous détecterez à l’adresse [Link]@univ-
[Link] . A l’issu de la rédaction je suis bien entendu insatisfait, car c’est trop
long, mais il n’y a pas tous les sujets que je souhaiterais aborder : on souhaite-
rait une voiture grande dedans pour tout transporter, et petite dehors pour la
garer ! Il est dont temps de mettre un point final à la chose.

Références
[1] S. Chandrasekhar, Radiative Transfer, Dover, New York, 1960.
[2] S. Chandrasekhar, An Introduction to the Study of Stellar Struc-
ture, Dover, New York, 1963.
[3] H.C. Van de Hulst, Light Scattering by Small Particules, Dover,
New York, 1957.
[4] H.C. Van de Hulst, Multiple light scattering, Tables, Formulas and
Applications, vols. 1 and 2, Academic Press, New York, 1980.
[5] L.C. Woods, Introduction to Neutron Distribution Theory, Wiley,
New York, 1964.
[6] J. L. Saunderson, "Calculation of the Color of Pigmented Plastics,"
J. Optical Society of America, 32, pp. 727-736, 1942.
[7] P.E. Pierce & R.T. Marcus, Radiative transfer theory solid color-
matching calculations, Color Research & Application 22, 2, pp.
72–87, 1997.
[8] Necati Öziçik, Radiative Transfer & Interactions With Conduction
& Convection, Wiley-Interscience, 1973.
[9] I.W. Busbridge, The Mathematics of Radiative Transfer, Cam-
bridge University Press, 1960.
[10] F. Geniet, Approche de la Couleur, Poly de cours, Université Mont-
pellier 2, 2012.
[11] R. Courant & D. Hilbert Methods of Mathematical Physics, John
Wiley & Sons, 2008.

59

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