Évolution du concept de logistique
Évolution du concept de logistique
Yannick FREIN
Laboratoire GILCO
Institut National Polytechnique de Grenoble
Lionel DUPONT
Laboratoire GILCO
Institut National Polytechnique de Grenoble
IMRL 2000
Third International Meeting for
Research in Logistics
Trois-Rivières, May 9, 10 and 11 2000
SUR L’EVOLUTION DU CONCEPT DE LOGISTIQUE
Yannick FREIN
Lionel DUPONT
Introduction
Le terme «logistique» vient d’un mot grec qui signifie l’art du raisonnement et du calcul. La
logistique dans le contexte militaire, c’est tout ce qui est nécessaire (physiquement) pour
permettre l’application sur le terrain des décisions stratégiques et tactiques (transports, stocks,
fabrication, achats, manutention) [Pons 1996]. La logistique d’entreprise est apparue après la
fin de la seconde guerre mondiale, notamment avec la reconversion dans les entreprises, des
spécialistes militaires en logistique. Le concept de logistique a évolué depuis, avec les
évolutions des marchés et des systèmes industriels. Aujourd’hui le terme «logistique »
recouvre des interprétations très diverses. Cela va du simple «transport » jusqu’à une science
interdisciplinaire combinant ingénierie, micro économie et théories d’organisation. Il s’avère,
en effet, que le concept de la logistique est une problématique en soi [Moller 1995 ]. Dans cet
article nous apportons une contribution pour clarifier ce concept. Dans un premier temps nous
caractérisons l’évolution du management logistique afin de mieux cerner le contexte de la
logistique actuelle. Pour atteindre ce but, nous allons décrire l’évolution du marché et montrer
les répercussions de cette évolution sur le management de la logistique. Nous distinguons
trois périodes différentes du management de la logistique : la période de la « Logistique
Séparée », la période de la « Logistique Intégrée » et la période de la « Logistique
Coopérée ». Dans un second temps, nous discutons de l’évolution des frontières de la
logistique. Pour cela nous comparerons les définitions existantes du concept de logistique en
présentant les définitions les plus importantes de ce concept depuis 1948 et les analysant
suivant deux critères 1- « le stade concerné du cycle de vie du produit » et 2- « les activités de
bases de l’entreprise ». Ensuite, nous présenterons les décisions qui sont considérées comme
2
des décisions logistiques de l’entreprise. A la fin de cette partie nous dégagerons une synthèse
permettant de clarifier le concept de logistique aujourd’hui. Dans un dernier temps nous
conclurons et nous montrerons les tendances des futures recherches sur la logistique.
Jusqu’à maintenant, plusieurs schémas ont été développés pour expliquer l'évolution du
marché. Ces évolutions sont à l’origine des différentes philosophies (Total Quality
Management, Computer Integrated Manufacturing, Juste à Temps, etc.). Les caractéristiques
de chacune de ces 3 périodes ont été très souvent décrites et elles sont résumées sur la figure1
[Akbari Jokar1998].
rapport offre/ demande > offre demande = offre demande < offre
demande
3
Période de logistique séparée (avant 1975)
C’est la période où la demande était supérieure à l’offre. Les clients avaient donc peu
d’influence sur les producteurs. Le souci principal du producteur était la production. Les
produits étant attendus par les clients, le producteur n’avait pas de motif pour raccourcir ses
délais de livraison, améliorer la qualité ou aller au devant des nouveaux besoins. Chaque
service (conception, production, distribution, etc.) de l’entreprise travaillait indépendamment
des autres. Pour augmenter le profit, le responsable de chaque sous partie de la chaîne
logistique (approvisionnement, production, distribution) essayait de diminuer les coûts de son
service, sans s’occuper des répercussions de ses décisions sur l’ensemble des activités de
l’entreprise. On avait donc une suite d’optimisations locales, et non une recherche
d’optimisation globale.
4
l’incertitude sur la demande est une caractéristique importante du marché [Fisher 1997 ;
Cleaves 1996]. Pour rester sur le marché il faut que :
1) L’entreprise trouve de nouveaux marchés.
2) La qualité des produits soit plus élevée qu’avant.
3) Le coût des produits soit plus faible qu’avant.
4) Et, ce qui est le plus important pour coller à la demande, il faut que le temps de
réponse aux évolutions du marché soit de plus en plus court. A cause de la forte compétition
et de la diminution du cycle de vie des produits, les entreprises doivent produire en faible
quantité et livrer dans un délai généralement inférieur au cycle de fabrication. En fait les deux
zéros, «zéro défaut »et «zéro stock », sont suivis par un autre objectif : « zéro temps de
réponse » [Persson 1995].
Comment les entreprises peuvent-elles parvenir à satisfaire ces quatre obligations ? :
• Pour entrer dans un nouveau marché, on peut voir se créer des alliances, même entre des
entreprises concurrentes. L’une des raisons pour lesquelles "Benz" et "Chrysler" ont
récemment fait alliance est de pouvoir utiliser mutuellement leurs réseaux de distribution.
De plus pour fidéliser les anciens clients, les entreprises cherchent à avoir une alliance
avec eux. Le phénomène d’alliance entre fournisseur et client est entré dans le domaine
du service aussi.
• Pour augmenter la qualité du produit, il faut notamment augmenter la qualité des matières
premières et des produits semi-finis. La coopération entre le producteur et ses
fournisseurs peut aider à parvenir à cet objectif.
• La coopération entre un fournisseur et son client (qui peut être lui-même un producteur)
peut diminuer les coûts pour les deux parties [Kohli 1994]. En outre, pour diminuer leurs
coûts, les entreprises recherchent des pays où le coût de la main-d'œuvre, des énergies, des
matières premières ou des taxes est plus faible (phénomène de mondialisation). Une autre
façon pour diminuer les coûts consiste à diminuer l’incertitude de la demande. Un des
moyens pour la diminuer est d’avoir une relation durable avec le client. Cette relation est
dans l’intérêt du client aussi. Grâce à cette relation durable le client peut aider son
fournisseur à augmenter la qualité de ses produits et à diminuer ses coûts.
• Pour augmenter la vitesse de réponse au marché, il y a deux phénomènes importants dans
les années 90:
1) L’ingénierie simultanée [Parsaei 1993].
5
2) Une coopération forte entre les entreprises qui sont dans une même chaîne
logistique. Cette coopération forte est nécessaire. En effet, si une partie de cette
chaîne n’assure pas correctement sa fonction, le produit final ne peut pas être
disponible à l’heure. En fait, aujourd’hui la concurrence n’est pas entre les
producteurs, elle est entre les chaînes logistiques [Lee 1995].
Une chaîne logistique est un réseau d’installations qui assure les fonctions
d’approvisionnement en matières premières, le transport de ces matières premières, la
transformation de ces matières premières en composants puis en produits finis, la distribution
du produit fini chez le client ainsi que le service après vente, le recyclage ou la mise au rebut
des produits en fin de vie. La figure 2, montre une chaîne logistique.
Comme on peut le constater, pour rester dans le marché il faut que toutes les parties d’une
chaîne logistique aient une coopération très forte (pouvant aller jusqu’à l’alliance) entre elles.
Dans cet environnement, le problème de la logistique est non seulement l'intégration
entre les stades logistiques dans une entreprise (logistique intégrée) mais aussi la coopération
logistique entre entreprises d’une même chaîne logistique (logistique coopérée).
La figure 3 compare les caractéristiques des problèmes logistiques dans ces trois
périodes.
6
période logistique logistique logistique
séparée intégrée coopérée
les années avant 1975 1975 - 1990 les années 90
diminuer
priorité de directeur Diminuer le diminuer le coût logistique et
du système logistique coût logistique le coût logistique le temps de réponse
approche de
management séparée intégrée coopérée
petit
nombre de grand grand (pour coopération)
fournisseurs
coopération
entre les membres de aucune un peu beaucoup
la chaîne logistique
intégration des
donnés des aucune beaucoup beaucoup
stades logistique
besoin d'un
responsable de la
chaîne logistique non non oui
vitesse de flux du
produit (de rapide en rapide par la coopération
l'approvisionnement perturbé par éliminant les des
jusqu'à la les stockages stocks membres de la chaîne
distribution) logistique
intégrés coopérés
réseaux (ex: CIM) (ex: EDI)
informatiques séparés Computer Integrated Echange des données
Manufacturing Informatisé
Définitions de la logistique
Pour bien comprendre l’évolution des frontières de la logistique, nous avons retenu 9 des
définitions qui nous paraissent les plus importantes depuis 1948. Six de ces définitions sont
considérés par Tixier [Tixier 1996]. Il présente dans son travail plusieurs définitions de la
logistique, émanant d’associations ou d’experts logistiques. Après avoir donné ces définitions,
7
nous les comparerons suivant 2 critères : 1- le cycle de vie du produit, 2- les activités de
l’entreprise.
Définition 1 : La première définition, qui date de 1948, a été faite par le comité des
définitions de l’American Marketing Association : « La logistique concerne le mouvement et
la manutention de marchandises du point de production au point de consommation ou
d'utilisation. ». Comme on peut le constater dans cette définition, la logistique ne concerne
que les activités physiques dans la phase de distribution.
Définition 2 : En 1962 le NCPDM1 (National Council of Physical Distribution
Management) a proposé cette définition pour la logistique: « Terme employé dans l'industrie
et le commerce pour décrire le vaste spectre d'activités nécessaires pour obtenir un
mouvement efficient de produits finis depuis la sortie des chaînes de fabrication jusqu'au
consommateur, et qui dans quelques cas inclut le mouvement des matières premières depuis
leurs fournisseurs jusqu'au début des chaînes de fabrication. Ces activités incluent le transport
des marchandises, l'entreposage, la manutention, l'emballage, le contrôle des stocks, le choix
des emplacements d'usines et d'entrepôts, le traitement des commandes, les prévisions de
marché et le service offert aux clients ». Par rapport à la définition précédente, en plus de
l'élargissement des tâches physiques, elle contient les prévisions de marché, le service offert
aux clients et le choix des emplacements d’usines et d’entrepôts qui est une décision
stratégique.
Définition 3 : En 1968 Magee [Magee 1968] a défini la logistique comme suit:
« Technique de contrôle et de gestion des flux des matières et de produits depuis leur source
d'approvisionnement jusqu'à leur point de consommation ». Cette définition par rapport aux
définitions précédentes englobe clairement les flux d'approvisionnement et l'aspect gestion
dans la logistique.
Définition 4 : En 1972 le NCPDM a proposé une autre définition pour le concept de
logistique : « Terme décrivant l'intégration de deux (ou plus) activités dans le but de planifier,
mettre en œuvre et contrôler un flux efficient de matières premières, produits semi finis et
produits finis, de leur point d'origine au point de consommation. Ces activités peuvent inclure,
sans que la liste ne soit limitative, le type de service offert aux clients, la prévision de la
demande, les communications liées à la distribution, le contrôle des stocks, la manutention
des matériaux, le traitement des commandes, le service après vente et des pièces détachées, le
1
National Council of Physical Distribution Management. Son siège est à Chicago. Il a été créé en 1962. En
1986, son nom a changé pour Council of Logistics Management ( CLM ).
8
choix des emplacements d'usines et d'entrepôts, les achats, l'emballage, le traitement des
marchandises retournées, la négociation ou la réutilisation des éléments récupérables ou mis à
la ferraille, l'organisation de transports et le transport effectif des marchandises ainsi que
l'entreposage et le stockage ». Par rapport à la définition de1962 du même NCPDM, on peut
constater clairement la prise en compte de l’aspect de management (planification et contrôle).
En plus elle englobe la phase d’approvisionnement et de recyclage dans la logistique.
Définition 5 : En 1996, Ratliff et Nulty [Ratliff 1997] ont défini le mot logistique comme
suit: « La logistique est une collection d'activités relatives à l’acquisition, le mouvement, le
stockage et la livraison des pièces et marchandises dans une chaîne logistique. La logistique
inclut les fonctions de transport, de distribution, d’entreposage, de management de matière et
de stock. Elle est liée avec la fabrication et le marketing ».
Définition 6 : L’ASsociation des LOGisticiens d’entreprise2 (ASLOG) a défini la
logistique comme étant « l’ensemble des activités ayant pour but la mise en place, au moindre
coût, d’une quantité de produit, à l’endroit et au moment où une demande existe. La logistique
concerne donc toutes les opérations déterminant le mouvement des produits telle que :
localisation des usines et entrepôt, approvisionnement, gestion physique des encours de
fabrication, emballage, stockage et gestion des stocks, manutention et préparation des
commandes, transports et tournées de livraison. » Cette définition ressemble à la définition du
NCPDM (1972), mais elle ne couvre pas le service après vente et le recyclage du produit.
Définition 7: L’"Institute of Logistics"3 propose 2 définitions pour la logistique : « La
logistique est le fait de positionner les ressources en fonction du temps », ou bien « La
logistique est le management stratégique d’une chaîne logistique ». Ensuite il définit la chaîne
logistique comme suit : « La chaîne logistique est une séquence d'événements pour satisfaire
les clients. Elle peut contenir les activités d’approvisionnement, production, distribution et
gestion des déchets, avec le transport associé, stockage et technologie informatique ». La
logistique est ici le management stratégique des activités d’approvisionnement, de production,
de distribution, de transport, de stockage, de recyclage et informatique.
2
L’ASLOG, fondée en 1972, son siège est à Paris . En 1983 l’ASLOG est devenue l’association française des
logisticiens d’entreprise.
3
IL a été fondé en 1993 par la fusion du «Institute of Materials Management» (IMM) et le « Institute of
Logistics and Distribution Managemen» (ILDM). Le IMM a été initialement fondé en 1952 sous le nom de
«Institute of Materials Handling. Le ILDM était initialement une partie du « British Institute of Management - le
centre pour la gestion de distribution physique ».
9
Définition 8: La définition actuelle du " Council of Logistics Management4" est la
suivante: « La logistique est une partie des activités d’une chaîne logistique (supply chain).
Elle concerne la planification, l’exécution et le contrôle du flux efficient et effectif du
stockage de produits, du service de l’information relatif à ces fonctions du point origine au
point de consommation pour satisfaire les besoins des clients ». Par rapport à l’ancienne
définition proposée par le NCPDM (1972) cette définition met l’accent sur l’aspect
informationnel de la logistique.
4
Le Council of Logistics Management (CLM) a été fondé en 1986. C’ est l’ancien « National Council of
Physical Distribution Management » (NCPDM) qui a été créé en 1962.
5
The Logistics Institute (TLI) est une association entre «Georgia Technology», le « National Science
Foundation » et un groupe choisi d’universités et d’entreprises. Les partenaires universitaires actuels incluent
l'université du nord-ouest, l'université de Princeton et l'université de l'Arkansas
10
1 2 3 4 5 6 7 8 9
Définition
Critères 1948 1962 1968 1972 Années 90 Années 90 Années 90 Années 90 Années 90
AMA NCPDM MAGEE NCPDM RATLIFF ASLOG IL CLM TLI
Etude de marché
Cycle Conception
de Approvisionnement * * * * * *
* *
vie Production
* * * * *
de Distribution
* * * * * * * * *
produit Exploitation
Recyclage * * *
* *
Conception de
produit
Les Achat
Fabrication
* * * * *
activités
Emballage * * * * *
de Transport
* * * * * * *
Manutention
* * *
base Stockage
Vente
** * *
*
* *
*
*
Service après *
vente * * *
Etude de
Les
marché * *
Informatique
* * * *
Planification
activités Contrôle * * * * * * *
Finance * * * * * * *
soutien
Personnel *
Direction
Engineering
*
Maintenance
Figure
4 : Un résumé des définitions de la logistique
Décisions logistiques
Un moyen utile pour présenter la position de la logistique aujourd’hui au sein de
l’entreprise est de décrire les décisions qui sont considérées comme des décisions logistiques.
Ci-après nous présentons un ensemble de décisions. Cet ensemble n'est bien sûr pas exhaustif
mais nous citons celles qui nous paraissent les plus importantes. Ces décisions sont classées
en 3 catégories: opérationnelles, tactiques, stratégiques. Ensuite ces décisions sont classées
suivant les activités de base de l’entreprise influencées par ces décisions.
Décisions stratégiques :
S1 : Localisation des sites [Pirkul 1996]; S2 : Capacités des sites [Arntzen 1995]; S3 :
Nombre de sites [Arntzen 1995]; S4 : Technologies des sites [Arntzen 1995]; S5 : Mode de
transport [Copacino 1984] : Il y a plusieurs possibilités pour transporter les produits finis et
matières premières, par exemple camion, train, bateau, etc.; S6 : Niveau de "faire faire"
(vertical integration) [Mc Millan 1990]. Une entreprise peut choisir de faire réaliser une partie
de ses activités par une entreprise externe. Par exemple, l’entreprise peut fabriquer elle-même
ses composants ou les acheter à un fournisseur. Elle peut également posséder ses propres
entrepôts ou les louer. Elle peut gérer ses stocks elle-même ou bien les faire gérer par une
11
autre société. Ces questions se posent également au niveau du transport et de la vente des
produits finis. Dans les années futures, on pense que le niveau de «faire faire » va augmenter
dans la fonction logistique [Ratliff 1997]; S7 : Modalité d’approvisionnement [Mc Millan
1990] : on peut acheter les composants à un fournisseur (mono fournisseur ou mono source)
ou les acheter auprès de plusieurs fournisseurs (multi fournisseur). Le nombre des
fournisseurs peut être grand (pour provoquer la concurrence) ou bien il peut être réduit (pour
augmenter le niveau de coopération); S8 : Choix de fournisseurs [ Weber 1991]; S9 : Définir
les standards de service à la clientèle [Lee 1993].
Décisions tactiques :
T1 : [Ratliff 1997] chaque client peut être fourni par un seul centre de distribution /vente
(mono vendeur) ou bien il peut être fourni par plusieurs centres de distribution/vente (multi
vendeur); T2 : Allocation des produits : Quel produit dans quel site de production pour quel
donneur d’ordre [Pirkul 1996] et [Arntzen 1995]?; T3 : Quel fournisseur pour quel site de
production ?; T4 : Quel produit dans quel site de stockage ? [Pirkul 1996]; T5 : Quel site de
stockage pour quel client [Hansen 1994]?; T6 : Allocation des équipements aux sites [Brown
1987] : Dans le cas où des équipements seraient limités, il faut avoir une politique
d’allocation des équipements aux sites; T7 : Mode de manutention : choisir des outils
convenables pour la manutention des produis et matières premières au moment de la livraison
et du stockage.
Décisions opérationnelles :
O1 : Quantité de commande [Cohen 1988]; O2 : Temps de commande [Cohen 1988]; O3 :
Niveau des stocks sécurités; O4 : Quantité à produire (taille de lot) [Pyke 1994]; O5 :
Ordonnancements de production au niveau d’un site; O6 : Sélection d’itinéraire [Hansen
1994]; O7 : Taille du lot de transport [Amestel 1996]; O8 : Programme de transport.
Dans la figure 5 on a positionné toutes les décisions logistiques suivants 2 critères. Le premier
est le niveau de décision qui peut être stratégique, tactique ou opérationnel. L’autre critère
concerne «les activités de base de l’entreprise influencées par ces décisions.». Prenons
l'exemple de S1 qui concerne la localisation des divers sites (production, etc.). Ceci ne
signifie pas que S1 intervient directement dans l'activité de base « fabrication », mais que le
choix des sites aura une influence sur la fabrication.
Comme on peut le voir, 11 décisions concernent l’activité de fabrication. Cela signifie qu'une
bonne partie des décisions logistiques influencent cette activité de base de l’entreprise; mais
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ceci ne montre pas que l’activité physique de fabrication doit se ranger dans la catégorie des
activités logistiques.
Activités
Conception Services après
de base influencées Achat Fabrication Emballage Transport Manutention Stockage Vente
de produit vente
par les décisions
S6, S1,S2,S3, S1,S2,S3, S1,S2,S3,S4, S1,S2,S3,
Décisions S7 ,S8, S4,S5,S6, S8 S5,T6, T7 ,T5 ,T6, S1,S2,S3, S4,S9,
Logistiques T4 T2,T3,T6, O6, O7, O8 O1, O2, O3 S9,T1 T6
O4,O5
Figure 5 : La classification des décisions logistiques suivant les activités de bases de l’entreprise influencées par
ces décisions.
La logistique aujourd’hui
Une réflexion sur les parties précédentes de cet article nous ramène aux points suivants
qui sont intéressants pour mieux comprendre le concept de la logistique d’aujourd’hui.
• Comme on l’a constaté sur la figure 4, il n’y a pas d’accord complet sur le concept de
« logistique » entre les experts. En fait comme Moller l’a montré, le concept de logistique
est une problématique en soi [Moller 1995 ].
• Le concept et le domaine d’application de la logistique changent au fur et à mesure du
développement industriel. Dans les années 40, la logistique ne concernait que les
fonctions physiques du flux de distribution. Mais aujourd’hui on peut noter plusieurs
changements importants:
• Une coopération logistique forte entre les entreprises d’une même chaîne logistique est
une nécessité d’aujourd’hui, car la concurrence n’est plus entre les entreprises, mais elle
est entre les chaînes logistiques. En effet, si une partie d’une chaîne n’assure pas
correctement sa fonction, le produit final ne peut pas être disponible à l’heure, à la qualité
et au coût souhaités.
• La logistique prend en compte la plupart du cycle de vie du produit. Elle recouvre les
phases d’approvisionnement, production, distribution, exploitation et recyclage.
• L’échange d’informations entre les différents services de l’entreprise et les différents
acteurs membres d’une chaîne logistique est un paramètre important en période de
« logistique coopérée » ( voir figure 3 ). En effet, si elle ne possède pas un réseau efficace
d’échange d’informations avec ses fournisseurs et sa clientèle, l’entreprise ne peut pas
réagir pour répondre aux exigences du marché (la raison d’être de l’ EDI ). Les effets de
l’incertitude, qui est un paramètre du marché d'aujourd’hui, diminuent s’il existe une
relation informatisée efficace entre acteurs de la chaîne logistique. En plus comme on l’a
montré (voir figure 1), dans la période de logistique coopérée, la vitesse est la priorité de
13
l’entreprise. C’est grâce à un système efficace d’échange d’informations qu’une
entreprise peut atteindre cet objectif. La gestion des informations tout au long de la
chaîne logistique est une tâche indispensable, et de plus en plus importante de la
logistique actuelle. C’est pourquoi, en plus des flux marchandises (flux physiques), la
logistique de la période coopérée s’intéresse aux flux d’informations entre les différents
acteurs.
• L’aspect management devient un aspect important. Pour l’Institute of Logistics, elle n’est
même que le management stratégique d’une chaîne logistique.
• Il nous paraît important, pour approfondir le concept de «logistique », de distinguer et de
faire ressortir les 3 aspects ci-dessous, qui ne ressortent pas clairement dans les définitions
existantes :
- Les fonctions logistiques.
- Les domaines d’application de ces fonctions.
- L’objectif de la logistique.
Au vu des définitions présentées, nous pouvons constater qu’en plus de la fonction
d’exécution de certaines activités physiques, la plupart des activités logistiques reposent sur
les fonctions de planification et de contrôle. On peut aussi constater que les domaines
d’application de ces 3 fonctions logistiques sont l’acquisition, le stockage, le déplacement et
la livraison des marchandises entre une entreprise, ses fournisseurs et ses clients. Par
exemple, la décision de localisation des sites ( S1) est une activité de planification qui affecte
les modalités du déplacement des marchandises entre l’entreprise, ses fournisseurs et sa
clientèle. L’activité de fabrication n’est pas une activité logistique mais la décision T2
(Allocation des produits : Quel produit, dans quel site de production et pour quel donneur
d’ordre ?) est une activité de planification qui affecte elle aussi directement les modalités de
déplacement. En s’appuyant sur les points susmentionnées, on peut présenter la logistique
aujourd’hui comme étant :
« Les fonctions de Planification, d’Exécution et de Contrôle des flux des Marchandises
et des Informations pour l’Acquisition, le Stockage, le Déplacement et la Livraison des
marchandises tout en Coopérant avec les autres membres de la chaîne afin d’atteindre les
objectifs attendus de la Chaîne Logistique, en particulier la diminution du temps de réponse
au marché».
Cette définition met en évidence les points suivants :
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• La distinction entre les fonctions logistiques (la Planification, l'Exécution et le
Contrôle) et les domaines d’application de ces fonctions (l’Acquisition, le Stockage,
le déplacement et la Livraison).
• Les flux concernés dans la logistique aujourd’hui (flux des marchandises et des
informations).
• La Coopération entre les services logistique des entreprises membres d’une même
chaîne logistique. Cette coopération est un paramètre indispensable de la logistique
aujourd’hui.
• L’objectif de la logistique aujourd’hui. Cette objectif privilégie l’intérêt de l’ensemble
de la chaîne logistique par rapport à l’intérêt individuel des membres de la chaîne. En
outre elle insiste sur l’importance de la diminution du temps de réponse au marché
qui est une caractéristique de la période logistique coopérée (voir les figure 1 et 3).
Conclusion
Dans cet article nous avons tout d’abord analysé l’évolution du marché qui est à l’origine de
l’évolution du management de la logistique. Nous avons distingué trois périodes du
management de la logistique. La période de la « logistique séparée » est la période dans
laquelle on avait une suite d’optimisations locales, et non une recherche d’optimisation
globale. En effet chacune des activités logistique se déroulait sans tenir compte des
caractéristiques des autres activités logistiques. La période de la « logistique intégrée» est la
période dans laquelle on essayait de trouver une solution optimale globale en considérant les
autres services logistiques de l’entreprise. La période de la « logistique coopérée » (les années
90) est la période dans laquelle une entreprise cherche à avoir une coopération forte avec ses
fournisseurs et ses donneurs d’ordre. Dans cette période on cherche à trouver une solution qui
tient compte des intérêts de l’autre partenaire. Parallèlement à cette évolution, le champ lui
même de la logistique a évolué au cours des années. Dans les années 40, la logistique ne
concernait que les fonctions physiques liées au flux de distribution, mais aujourd’hui la
logistique prend en compte la majeure partie du cycle de vie du produit. Outre les flux
physiques, on considère aujourd’hui les flux d’information. L’aspect management, devient un
aspect important. La coopération entre les services logistiques des entreprises membres d’une
même chaîne logistique est devenue une nécessité importante de la logistique. Sans cette
coopération l’entreprise ne peut pas satisfaire les exigences du marché. La Planification,
15
l’Exécution et le Contrôle sont trois activités indispensables de la logistique actuelle. Ces
éléments reposent sur l’Acquisition, le Stockage, le Déplacement et la Livraison des
marchandises dans une chaîne logistique. Comme on l’a vu, on est rentré dans une période de
«logistique coopérée.». C’est la direction des futures recherches. On a besoin de simplifier les
processus et de diminuer les délais de coopération entre les membres d’une chaîne logistique
(y compris entre le client final et les membres de la chaîne logistique). La vitesse est
l’élément le plus important de la période de la « logistique coopérée ». Les modèles existants
sont orientés vers la réduction des coûts de la logistique. Alors que dans la littérature on parle
de «zéro temps de réponse »[Persson 1995], il y a encore peu de travaux qui se donne cet
objectif. Le concept de la logistique évoluera avec le temps, mais il est important d’en avoir
une définition actualisée pour faciliter les échanges d’idées.
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