Contrôle social et déviance en société
Contrôle social et déviance en société
Contrôle social : ensemble des contraintes qui portent sur le comportement humain en tant
qu’appartenant à une collectivité. C’est-à-dire qu’une appartenance implique un niveau de
conformité, adaptation à régulation de comportement de tous envers tous.
Est-ce que, dans toute collectivité, il y a contrôle social ?
Contrôle social : conséquence nécessaire des rapports sociaux dans leurs conditions
spécifiques.
Si on ne comprend pas la norme, c’est la marginalité qui commence à avoir des conséquences.
La distinction entre conformité et déviances est contrôlée par l’appartenance sociale. La
déviance se comprend comme un comportement qui enfreint les limites, la règle formelle.
La question de la conformité avec la distinction entre formelle et informelle nous montre
l’emprise et l’implication des institutions dans la vie sociale.
Le droit est un apport de la modernité dans la société humaine pour détendre les liens.
La notion de déviance n’est pas une notion objective. Le contrôle social ne vient pas de
l’extérieur d’un contexte social. C’est un processus dynamique sur un plan social, ce n’est pas
un ensemble de règles arrêtées mais plutôt un cadre de régulation qui suit et partiellement
détermine les fluctuations du changement social. Cela nous montre aussi qu’il dépend d’autres
changements et qu’il serait créé par rapport à ces changements. La dynamique du contrôle
social suit la dynamique du pouvoir.
Le contenu du contrôle social représente bien non seulement le changement du contrôle social
mais aussi le rapport de pouvoir dans une société.
Si le contrôle social représente avec précision la régulation aux conditions spécifiques il faut
nécessairement qu’il y ai un régulateur de sens qui assure cette correspondance, c’est-à-dire
qu’il est impossible d’adhérer à un comportement collectif sans partager la raison de cette
adhésion avec les autres. Pour partager, il faut non seulement du sens rationnel mais aussi un
sens qui indique que c’est important de se conformer.
Quels sont les éléments de la vie sociale qui indiquent en chacun de nous la conformité ?
L’interface qui régule l’adhésion à des comportements est les valeurs, c’est-à-dire des
présomptions intériorisées sur ce que la vie en société préconise à faire et à ne pas faire.
L’organisation des valeurs comme toute organisation sociale d’entité mentale subit des
négociations constantes et teste la continuité des priorités sociales. L’attachement aux valeurs
est encore intégré dans la distanciation dans le contrôle social : on peut être conforme au
niveau de la croyance et en même temps conforme à une pratique de la croyance. Deux choses
qui paraissent opposées sur le plan de la vie sociale forment en vérité un alliage dans la vie
sociale.
Contrôle : intégration, appartenance, conformité.
La coercition (formelle et informelle) intervient dans la correction.
La domination porte sur la structuration de la société. Nous sommes dans un contexte qui ne
peut être considéré par nous-même comme acquis.
Le rapport entre le contrôle social et la domination passe par l’inertie.
Bilan :
Le contrôle social c’est l’ensemble de la régulation généré par l’appartenance sociale, il
s’exprime principalement de façon informelle, c’est-à-dire par des règles internalisées qui
n’ont pas besoin de coercition spécifique afin de rendre chaque individu conforme à la
collectivité. De ce point de vue, le contrôle social est avant tout un processus de conscience.
Les normes sont des règles informelles qui s’appliquent à des conditions concrètes ou
pratiques, elles expriment la face visible du contrôle social. Le droit représente la partie
formelle du contrôle social et fait la distinction entre déviance légale et illégale. Le contrôle
social dans la majorité écrasante de ses expressions n’est pas le résultat d’une coercition
spécifique qui, elle, devrait être comprise en tant qu’intervention correctrice de comportement
déviant. Les valeurs sont des entités mentales partagées socialement qui assurent la
correspondance entre organisation sociale et normativité. Le contrôle social est un processus
dynamique donc compatible avec le changement social auquel il contribue. Il n’est pas le
résultat pensé et intentionnel de la domination mais il est par définition compatible avec elle
vu que cette dernière est intégrée à l’organisation sociale. On peut être au même moment en
infraction et en conformité par rapport à des environnements sociaux différents.
Infraction pénale : construit social. Construction sociale pour montrer des structures mentales
qui accompagnent et interprètent une réalité concrète.
Interprétation : accorder du sens aux valeurs de la société.
Dimension formelle : ça ne me plait pas c’est différent de c’est interdit.
Cela s’exprime par le droit et détermine les limites de la déviance tolérée. Cette ligne tirée par
le droit pénal est une ligne artificielle pour établir un comportement en tant que comportement
sanctionné (contravention, délit, crime). Les juristes pensent que cette ligne a quelque chose
de vrai. Dans le droit, il n’existe pas autre chose que l’expression d’une intolérance sociale
souvent filtrée par des institutions. Dans la notion du crime, il n’y a rien d’objectif sauf une
définition légale qui émerge en tant que résultat d’un processus social. On a énormément
d’interrogations dans la sociologie de la déviance vis-à-vis de la critique de la loi : est-ce que
la loi exprime en vérité uniquement le rapport de pouvoir dans la société ? C’est un outil
manipulé par les classes supérieures pour maintenir leur domination. En somme, j’interdis ce
qui ne me plaît pas et je reste le patron. Est-ce qu’on peut assimiler la fonction législative
pénale à un tel processus ?
Loi pénale : construction montrant l’inégalité des classes dans la société. Les valeurs d’une
société n’émergent pas des classes dirigeantes, bien au contraire, ce sont les classes moyennes
et inférieures qui tiennent plus à des valeurs et à des normes strictes, plus encore, les classes
supérieures ont tout intérêt à fixer ce qui est criminel parce qu’elles ont les moyens d’adapter
leur comportement facilement. Donc la loi a une vraie valeur sociale de désapprobation de
comportement déviant. Dans cette controverse, il y en a une autre d’accès au droit. C’est-à-
dire que la question qui se pose est plutôt un faux problème car en vérité ce qui compte, c’est
l’accès à la protection réelle des mécanismes de la justice pénale. Il y a plus de poids que de
mesure et dans des conditions différentes on traite différemment en fonction de ce que l’on
subit en tant que victime.
Les médias jouent un rôle prépondérant concernant la représentation de la société. Il y a un
élément très puissant dans ce type de représentation : il est possible de déplacer un regard en
l’exposant à des façons de voir qui ont une présomption de légitimité ou d’acceptabilité
collective : le fait que nous regardions le journal, nous influence non pas par le contenu mais
parce qu’il s’adresse à tous, on peut prendre position face à d’autres sans risque. Le discours
médiatique arrive à déplacer les interprétations de la normalité (ce n’est pas un complot).
Toute représentation de la société est dotée de cette force. Les médias dans l’ensemble ont
beaucoup influencé la représentation de la déviance notamment de la déviance criminalisée
surtout liée aux normes de la moralité. L’homosexualité était un délit en France jusque 1982.
La contribution des médias sur un tel sujet est remarquable parce qu’on a pu diffuser un
discours minoritaire à la majorité de la société, plus encore on a pu diffuser des expériences
(victimation) d’homosexuels et aussi les arguments publics contre leur orientation sexuelle. Il
suffit d’avoir quelqu’un d’assez ampoulé qui donnera son avis à la télévision en expliquant
que ces gens brûleront en enfer pour que le reste d’entre nous commence à penser qu’il faut
dépénaliser l’homosexualité. Les médias commencent à créer un environnement dans lequel
la déviance devient objet de questionnement continu. La déviance devient en tant que telle
une question de société. A cela s’ajoute une nouvelle configuration plus récente : Internet. Là
où il est possible de commencer à produire soi en tant que spectacle et à présenter souvent une
position déviante en tant que position compréhensible. La déviance criminalisée commence à
être réinterprétée. Le critère de moralité s’estompe et à plusieurs comportements se font
comprendre en tant que choix personnel. En revanche tout cela conduit à une compréhension
de plus en plus structurelle de la déviance, c’est-à-dire que l’enjeu commence à se déplacer
vers la protection de cette existence individuelle : on commence à comprendre la protection
comme premier objectif de la loi pénale. La protection d’un individu qui, dans la société post-
industrielle, exerce de plus en plus de choix dans sa façon de vivre et qui se soutient de moins
en moins pour une collectivité d’appartenance. A partir des années 50-60, on commence à
vivre dans le monde des démocraties capitalistes où on est entourés par des inconnus qui
justement n’ont pas à négocier les limites de leur comportement entre eux. Cela a changé, en
quelques décennies, la vision sur le crime, c’est aussi le début de l’insécurité.
La liberté est un rapport étroit avec la compréhension et la détermination de ce qui est défini
comme criminel. Un autre élément du rapport à la section pénale. La compréhension de soi-
même détermine ce qui est criminalisé et aussi comment on va le traiter. La punition physique
n’est plus acceptable étant donné que nous n’acceptons pas la violence en tant qu’expression
d’un comportement légitime.
Ce qui est important c’est le respect de sa propre individualité, on puni par la contraction,
limitation de cette individualité -> privation de la liberté, on considère aujourd’hui que c’est
bête de faire du mal seulement pour faire du mal.
Dans ce contexte, ce que nous faisons c’est nous poser la question : à quoi ça sert ?
A partir des années 70, on a pensé à des punitions alternatives. Obligation imposée afin
d’aboutir au changement de son comportement. Concept général : réhabilitation. Le socle de
la société a été influencé par des changements. La priorité moralisante de la répression contre
la déviance a donné sa place à une problématique de protection des individus développée
autour de la peur de la victimation : l’insécurité. Il y a, dans la socio-criminologie, un débat
autour du rapport entre classes et criminalisation de comportements ainsi qu’un débat autour
du rapport entre classes et accès effectifs à la protection par le système judiciaire. Ces
nombreux changements ont affecté aussi notre compréhension de la sanction pénale qui sait
donner les objectifs opérationnels (réhabilitation de l’infracteur) plutôt que rétributif (punition
corporelles ou incarcération passive sans autre mesure).
Les normes s’établissent avec des négociations dans les collectivités. Chaque nouveauté est
classée sur le plan de sa normalité ou de sa déviance.
La déviance est en rapport avec une socio-culture qui a déjà ses priorités institutionnelles qui
répondent aussi à une structure de pouvoir. La compréhension d’un comportement en tant que
déviant teste de plusieurs façons les limites de l’ordre social établi. La compatibilité avec des
formes de pouvoirs existantes est un critère majeur pour classer un comportement en tant que
déviant et éventuellement les criminaliser ensuite. Or, pour chaque société, cette compatibilité
passe par des critères différents. Qu’est-ce qui est important dans une déviance criminalisée ?
Les croyances ne jouent pas beaucoup là-dedans. En revanche on est dans une société qui
favorise l’individualité et qui du coup a radicalement diminué l’influence des normes
communautaires sur le comportement. Les normes communautaires dans une communauté
traditionnelle : tout le monde contrôle tout le monde. Donc la communauté s’accapare de
l’individu et l’appartenance signifie immédiatement conformité, c’est-à-dire faire partie de
CETTE communauté, c’est se conformer à une façon de vivre avec des règles précises.
Société post-industrielle érode ce genre de contrôle et dis qu’il y a une chose à laquelle nous
devons adhérer : la loi. Il y a toute une série de règles informelles sociales qui a disparue. La
partie que connaissaient les sociétés traditionnelles était beaucoup plus grande que celle que
connait la société actuelle. Comment ça se fait qu’il y a si peu de déviance dans une société où
le contrôle social a diminué largement ? Le niveau de déviance de la société post-industrielle
est particulièrement bas si on tient compte de la disparition de la plupart des formes de
contrôle social « traditionnel ». La partie précieuse de cette société c’est la nature libre de
l’individu donc la compréhension de la déviance prendra forme par rapport à cette liberté.
Tout ce qui est perçu comme incompatible avec la réalisation de ce parcours individuel libre
sera considéré comme un obstacle ou une menace aux priorités de la société post-industrielle.
Qu’est-ce qui peut se poser comme obstacle ? Ce qui menace c’est le blocage dans l’évolution
souhaitée de l’individu, l’intégrité physique et émotionnelle. Pour jouir de sa liberté, il faut ne
pas avoir peur : non seulement faire quelque chose et le faire sans courir de risque, pratiquer
cette individualité passe avant tout par un besoin tout à fait prioritaire : la sécurité. La notion
de la sécurité n’était pas une notion explicite de la collectivité communautaire car nous
n’étions jamais seul face à un autre inconnu sans que quelqu’un s’en mêle. La sécurité émerge
comme besoin à partir du moment où le contrôle social se contracte. Cette solitude est par
définition plus vulnérable qu’une appartenance communautaire. En étant seul on est beaucoup
plus libre mais beaucoup plus vulnérable aussi. Donc la déviance et sa pénalisation
naturellement glissera vers ce critère de sécurité qui déterminera à partir de quel moment un
comportement devra être considéré comme déviant et même criminel. Or évidemment,
s’assurer de cette sécurité dans une société comme la nôtre ne portera pas uniquement sur la
sanction de ce comportement a posteriori. On n’est pas dans une société qui se construit
autour de croyances symboliques unies pour être satisfait par une punition aussi symbolique,
on est dans une société de précaution, de prévention. L’idée qu’on s’est fait par rapport à la
sécurité porte sur la détection la plus précoce possible des comportements déviants et là on
complète ce cercle de compréhension de la protection de l’individu en introduisant en tant que
critère de déviance, le concept du danger. C’est-à-dire que ce qui nous intéresse aujourd’hui
c’est d’utiliser la loi et notamment le droit pénal pour réduire la probabilité de victimation des
individus plutôt que pour punir le déviant de façon extrêmement sévère. Il y a une
fragilisation de l’individualité à la situation de la société post-industrielle. L’individu étant
libre et fragile peut se trouver dans des situations où il a peur de l’autre surtout quand cet
autre a des codes de comportement différent. On arrive à la situation actuelle qui associe la
déviance et sa pénalisation avec le comportement principalement des jeunes hommes souvent
appartenant à des classes inférieures et souvent qui appartiennent à des minorités raciales.
Autant dire que la déviance est associée à la dangerosité et la dangerosité avec une
socialisation compatible avec une socialisation dominante. Représentation de l’autre, c’est-à-
dire, quelle est la différence entre deux façons de faire, de bouger, de s’exprimer, en terme de
normativité ? Si on est par exemple dans un groupe, la socialisation dominante veut que vous
appeliez vos amis masculins par leur prénom. Toutefois le sens d’une socialisation dominante
c’est de rassurer par rapport à l’observation des normes. Donc une déviance par rapport à
quelque chose qui pourrait être totalement banale peut immédiatement créer une
représentation d’insécurité. Tout ce qui ne parait pas normal semble dangereux. Du coup il y a
un lien direct entre apparence anormale et insécurité. Ce lien-là s’approfondie dans nos
pratiques quotidiennes : nous évaluons assez systématiquement une situation en terme de
sécurité. On cherche à se trouver constamment dans des situations et des espaces que l’on
considère sûrs. Cela a forcément des conséquences sur les espaces que nous ne considérons
pas sûrs. Il y a des espaces entiers qui sont abandonnés par la normativité dominante. Si on
prend ces manières on réalise une prophétie auto-réalisatrice. Plus on fuit un
espace/environnement social et plus cet environnement social devient sujet à une
discrimination et à une ségrégation minoritaire. La dangerosité n’est pas seulement une façon
de penser à une sécurité, c’est aussi une façon d’augmenter l’insécurité et peu à peu on entre
dans un monde où ça devient une compétence sociale de détecter et fuir ce qui est dangereux.
Le terme pour cette attitude qui essaye de trouver et d’éviter les menaces est cindynisation.
Dans un environnement social, cindyniser l’autre devient de plus en plus une quantité
inconnue. Elle est grandement influencée par les médias dont la dynamique de concurrence
fait qu’ils présentent systématiquement l’exceptionnel et dangereux comme possible voire
probable. On juge notre société par rapport aux représentations proposées par les médias. Le
secret de cette cindynisation se trouve sur la possibilité de généraliser par rapport à quelque
chose parfaitement exceptionnel. De ce point de vue, on oublie des volets entiers de
comportements déviants qui portent sur d’autres activités et qui peuvent être prévisibles : le
crime dit du « col-blanc ». D’un mécanisme affirmant le principe de coexistence sociale et se
transforme de plus en plus en mécanisme de gestion de représentation de la peur de
victimation (=sentiment d’insécurité).
La déviance pénale se construit sur le plan des critères qui sont compatibles avec la structure,
le pouvoir dans une société. Dans la société post-industrielle le contrôle informel est en déclin
et l’individu est laissé libre à construire son projet de vie. Cela l’expose à des formes de
vulnérabilité multiples qui le conduit à penser de plus en plus à sa propre sécurité. Par
conséquent, l’insécurité devient le critère principal pour comprendre la déviance qui est de
plus en plus associée à la dangerosité et la peur de victimation. Les individus sont exposés à
des probabilités de victimation très basses à travers les médias et adoptent une stratégie de vie
cindynisante, c’est-à-dire basée sur la détection et la neutralisation de menaces. Ainsi on se
focalise sur des formes de déviances phobogènes en occultant d’autres formes très graves
aussi telles que le crime financier et fiscal, et d’autres formes de déviances de col-blanc.
Rapport crime-danger + comment ça a depuis 20-30 ans transformé la conception et le
traitement de la déviance pénale :
Ce rapport se transforme en élément technique peu à peu de l’approche de la pénalisation de
la déviance. Logiquement, la première demande qui est faite concernant le système de justice
pénale (tous les mécanismes qui contribuent à la détection à la poursuite et la sanction des
infractions pénales) est une demande de protection de la société, le danger érode et remplace
le socle de désapprobation morale de comportement déviant. Plus simplement, on ne
s’intéresse plus autant à la pénalisation morale, sociale d’un comportement mais à sa
répression et encore plus à la suppression de ses conséquences. Cette attitude-là qui est
compatible avec l’individuation approfondie des sociétés contemporaines crée une pression
croissante pour la protection précoce contre la déviance et donc pour des interventions qui
cherchent à détecter et à prédire l’émergence d’un comportement déviant. Cela ne veut pas
dire que nous sommes déjà dans le cadre d’une demande de genre Minority Report, on ne
cherche pas à arrêter les gens avant qu’ils sachent qu’ils vont commettre une infraction. On
est dans un contexte où il y a une interrogation adressée au système de justice pénale et à
l’Etat plus généralement en terme d’échec quand il s’agit des infractions commises. Quand il
s’agit de quelque chose d’assez fort pour être repris par les médias, l’interrogation est souvent
exprimée sur la base des erreurs commises et de l’incapacité d’empêcher les actes concernés.
Les exemples sont nombreux, le cas Evrard, Mera, mais plus récemment le cas à Lyon et à
Marseille, de plus en plus on aborde ce comportement en tant que manque de capacité
étatique quant à la limitation et à la gestion des comportements déviants. Le problème devient
de plus en plus politique dans le sens qu’il est posé en termes d’efficacité institutionnelle.
Dans chaque cas cette interrogation s’approfondie (Grenoble : comment est-ce possible que
deux jeunes gens corrects se fasse battre et poignarder par d’autres personnes qui ne sont pas
contrôlés par la police et le mécanisme censé contrôlé la société sur le plan pénal ?).
L’infraction pénale est de plus en plus comprise comme un échec systémique plutôt qu’un
comportement isolé et imprévisible. A partir de ce moment, on commence à voir en
criminologie, l’émergence de modèles qui se concentrent justement sur la prédiction et la
prévention des infractions.
1ère chose : l’incapacité de détecter la probabilité de la déviance chez l’individu.
Ce modèle de prédiction porte sur des attributs sociaux et de personnalité pour aboutir à une
évaluation de la probabilité des déviances criminalisées concernant l’individu. Cela peut se
faire en rapport avec le régime des sanctions pénales que la société applique. On peut parler
d’un premier modèle de neutralisation sélective et donc dans ce modèle on peut donner du
poids numérique à des marqueurs sociaux et personnels. Par exemple, a été condamné pour la
première fois avant l’âge de 15 ans, a arrêté l’école avant l’âge de 13 ans, a exprimé un
comportement violent envers les animaux avant l’âge de 5 ans… On s’appuie sur des aspects
qui peuvent nous conduire vers un résultat censé mais qui tient quand même compte de notre
condition sociale. Impact de la classe sociale sur notre comportement. On utilise des critères
sociaux en tant que signes de dangerosité criminelle. Le comportement déviant que l’on
cherche à éviter, est un comportement déviant associé aux classes inférieures. La logique est
une logique circulaire. Effectivement pour ces comportements, les classes inférieures sont
plus susceptibles de commettre certaines infractions que les classes supérieures. Ce sont plutôt
des inconvénients plutôt que des critères de prédiction. Toutefois cela peut marcher sur le plan
de la limitation de comportements qui sont perçus en tant que comportements dangereux : le
contrôle dit « spontané, aléatoire » qui peut limiter des comportements dit déviants et qui se
concentre sur les jeunes hommes d’une certaine classe et d’une certaine origine raciale. On
peut appliquer ça par une tranche d’âge (ex : jeunes hommes 15-28 ans), mais est-ce un
modèle proprement dit de criminologie de prédiction ? Transformer une perception sociale en
critère étatique de contrôle de la déviance pose un problème en tant que telle, d’inégalité. De
même pour le contrôle de récidive. Toutefois, ce qu’on observe, c’est que les structures
institutionnelles et étatiques réagissent de plus en plus sur cette base : de nouvelles lois sont
annoncées quand il y a des cas médiatisés qui choquent le public, des peines plus strictes, plus
sévères, des régimes de sanction plus intenses… Pour créer systématiquement l’impression
que la situation est sous contrôle tout en donnant l’impression que l’Etat et ses mécanismes
restent forts dans le domaine de la déviance. Toutefois, il y a une loi qui s’applique à tous les
phénomènes sociaux, ils s’autonomisent un peu dans le temps et donc en commençant par un
modèle de prédiction et de prévention de la déviance, on arrive assez rapidement à des
conditions de ce qui a été appelé « populisme pénal ». L’élément central c’est l’échec des
politiques dites de réhabilitation sur le plan pénal, politiques qui ont été introduites dans les
années 60-70 dans un climat d’association de justice sociale et de cause de la déviance pénale,
l’idée étant que l’on pourrait agir sur l’auteur d’une infraction par des mesures qui le
soutienne, l’éduque, l’intègre dans la société et que l’on aurait pas à traiter le crime
majoritairement par la répression puisqu’on le traiterai par l’intégration sociale, la
réhabilitation. Ce modèle n’a pas produit le résultat escompté ce qui nous a précipité vers un
modèle protectionniste. Le modèle de justice pénale qui se base sur la probabilité de
l’infraction a été identifié par la criminologie critique sous le concept de justice actuarielle
(Actuaire : mathématicien spécialiste dans le calcul de probabilité) -> justice qui tourne autour
du calcul de la probabilité de la déviance et donc autour de la dangerosité. En même temps,
nous avons le développement d’autres approches criminologiques qui portent cette fois sur
des formes de déviances en tant qu’opportunité concrète. Un modèle concernant ces types
d’approche est la prévention situationnelle (-> prévention qui se focalise particulièrement sur
la réduction de la probabilité d’une infraction en terme concrets, souvent matériels. Cette
approche comprend plusieurs composants, un premier : durcissement des cibles -> si vous
voulez une prévention efficace, vous devez identifier les objets d’intérêt de la déviance pénale
et augmenter leur protection. Cela peut aller du changement de sérieux, des appartements dans
des secteurs où arrivent des cambriolages, à des dispositifs très intenses qui comprennent par
exemple le contrôle d’accès dans des espaces délimités. Cela, si l’on étend la notion jusqu’à
son extrême, pourrait nous amener à des enclos, des villages fermés, où les gens vivent dans
un enclos où l’accès est contrôlé de façon permanente. Il y a une autre façon d’appliquer ce
type de prévention, qui est de l’intégrer dans la conception des espaces, des bâtiments, des
communautés…
Ex 1 : dans les 60-70’s, on pensait que c’était un bond formidable en avant de sortir les gens
pauvres des bidons villes et de les placer dans les grands immeubles dans le confort, ça l’était
vraiment. Or, maintenant, on nous dit qu’il ne faut jamais concevoir des ensembles comme ça,
où il y a une grande concentration des populations qui sont susceptibles d’être marginalisées
sur un plan ou un autre parce que cela multiplie la probabilité de la déviance.
Ex 2 : concevoir des bâtiments d’une façon qui rend obligatoirement visible la circulation
autour d’eux. Et donc pas d’endroit où on peut se poser sans être vus.
Une autre façon : c’est le développement du modèle d’espace défendable. Il s’agit de l’idée
que la violence se développe dans des espaces où il n’y a pas d’intérêt d’intervention clair et
puissant. Une autre façon de faire se base sur des études faites aux E-U par des psychologues
pendant les 70’s. Dans ces études on a laissé des choses (ex : voiture) se dégrader dans un
espace. Ayant constaté qu’à partir du moment où il y a début de dégradation, les choses vont
très vite (voiture -> carcasse). Sur cette idée-là, a été développé la fameuses Tolérance 0
(système qui fait face à la dangerosité criminelle et qui porte cette fois sur toute forme de
déviance y compris légale) -> ex : SDF qui se mettent par terre -> quelqu’un intervient pour
empêcher la dégradation de l’espace. Tolérance 0 efficace sur le plan de la saturation du
territoire en termes d’élimination de phénomènes de déviances y compris pénales.
Problèmes : on donne une réponse pénale/policière à des problèmes sociaux.
Déplacement de la déviance : effet plumeau, quand on applique des mesures de prévention
dans un espace spécifique, le comportement déviant se déplace vers des espaces ou des
conditions moins défendues. Hormis la critique évidente, il y a aussi une critique sociale : en
agissant comme ça, on déplace forcément la déviance vers des espaces qui disposent le moins
des moyens de prévention situationnelle. Beaucoup de controverse criminologique par rapport
à cet effet.
Cette question reste entière sur le plan des grands espaces urbains d’autant plus que les études
montrent que la protection par des ressources publiques et les infrastructures, publiques plus
généralement, sont liées à la condition socio-économique.
La dynamique socio-politique qui nous montre que même si on veut mettre en place un
système de prévention par concentration de ressources, on finit souvent par des concentrations
moins efficaces dans les espaces les plus démunis.
Les autres changements qui portent sur cette transition sont aussi les changements liés à
l’intervention et la collaboration citoyenne. Il y a une sous-discipline socio et psycho-
criminologique qui porte spécifiquement sur le comportement des démences aléatoires des
infractions. C’est-à-dire l’étude des implications et des réactions des gens qui se retrouvent
témoins de l’infraction. Mais il n’y a pas beaucoup de controverse par rapport à une tendance
générale, c’est-à-dire la moindre implication de témoins surtout quand il s’agit même d’un
lointain soupçon de violence. Il y a un cas célèbre : Kitty Gerovaise : 38 témoins -> 0 appels à
la police. Tout cela est plus ou moins faux et a été fait par confusion. La question de
l’implication est une question importante car on voit souvent un cas de non-engagement
(peur).
Le déclin de la référence axiologique (valeurs) a causé un retrait rapide de l’implication
spontanée contre les actes de violence. Chacun considère qu’arrêter ça ce n’est pas son
affaire. Ce désengagement confirme une transition vers une compréhension non-axiologique
de la déviance et l’adhésion individuelle à des mesures de prévention situationnelle.
La compréhension de la déviance glisse d’un modèle axiologique vers un modèle
cyndinisant en augmentant ainsi la demande sociale en termes de prévention et de protection.
Dans ce contexte-là, émerge le modèle de justice actuarielle fondé sur la prédiction du
comportement déviant et de la récidive en termes de la probabilité d’un modèle tel que la
neutralisation sélective, la prévention situationnelle, le durcissement des cibles, la création des
espaces défendables, la conception des espaces et des immeubles en termes de sécurité, et la
tolérance 0 peuvent être attribués à cette transition liée à la perception du risque criminel. Le
déclin du modèle axiologique a aussi modifié le comportement des citoyens quand il se trouve
témoin d’un acte déviant. Cette non-implication augmente la demande protectionniste. Un des
effets pervers de la prévention situationnelle est le déplacement de la déviance dit « effet
plumeau ».
Comment on a développé cette compréhension du rapport avec la déviance par la loi/les lois
modernes ?
Communauté sans appareil judiciaire institué, la façon de faire face à la déviance est assez
claire : on est dans une situation ou la communauté se tourne contre son membre déviant et le
punit de plusieurs façons (tuer, battre, exiler…). On a tous des représentations de ce type
d’expression de violence contre le comportement déviant qui a traversé une grande partie de
notre histoire. Il y avait un rapport direct entre les pouvoirs autoritaires institués et la capacité
de punir : quand on a un roi, le roi coupait des têtes à toute occasion utile (voleur, rebelle,
vagabond…).
Il y a un système de règles élaborées qui contraint la façon dont laquelle on traite le déviant :
pas le droit de présumer que quelqu’un est coupable même si de façon évidente, il a fait ce
qu’on lui reproche, on ne peut pas le torturer, le garder éternellement pour l’interroger.
Les représentations que l’on a des autres époques sont totalement contraires. Or, on sait
qu’avec la modernité, nous mettons en place un modèle différent. Un changement historique
de cet ordre demande à être expliqué : relativement rapidement (50-100 ans), d’un modèle où
on pend les coupables devant le public par ordre souverain, on universalise la peine de
l’incarcération. Provenance ? Le pouvoir despotique exprime son influence, son emprise sur
la société par la violence. C.-à-d. par la capacité légitime de contraindre violemment ses sujets
à obéir à cette autorité et les règles qu’elle impose. La dimension publique de la sanction
violente (torture, écartèlement) donne au peuple la mesure de la puissance souveraine. La
stratification sociale de l’époque s’exprime aussi dans le système pénal par exemple le
témoignage de quelqu’un qui est noble peut constituer en soi une preuve de votre culpabilité
ou innocence. Toute la structure est faite pour associer la définition de la déviance et sa
répression avec un système totalement dirigé par les priorités politiques. La modernité pénale
qui, sur le plan symbolique et historique, considère comme son début la publication de
l’ouvrage « De délit et de peine » écrit par César de Caria. Commence avec l’implication de
cet ouvrage et consiste à la compréhension de la fonction pénale d’une fonction nouvelle où
effectivement de nouvelles valeurs émergent pour la compréhension et le traitement de la
déviance.
La question du rapport à la loi :
Nous avons un combat historique de premier plan quand il s’agit de déterminer la déviance
par rapport à des règles établies. Pourquoi ? Parce que le souverain exprime son pouvoir en
identifiant plus ou moins la loi à sa volonté. Tandis que là, on nous demande d’entrer dans
une nouvelle époque où on annonce d’avance ce qui est interdit et on est tenus par cette
annonce. => La loi c’est le résultat d’une lutte particulièrement de la classe bourgeoise pour
contraindre le pouvoir souverain (on ne condamne pas pour « rien »). => contrainte très
importante. De là on introduit, renouvelle, des principes toujours fondamentaux du droit
pénal, souvent exprimés en latin, « aucun crime, aucune peine, sans loi », cela se décline par
des sous-principes qui donnent du sens à ce premier : « sans loi précédente, sans loi stricte
La procédure c’est le moyen principal pour exprimer le nouvel équilibre entre ceux qui
deviendront les citoyens et le pouvoir souverain. Il faut suivre des règles par rapport à ces
traitements.
Présomption d’innocence : socle des plus puissants pour faire face au mécanisme judiciaire
surtout quand ces mécanismes sont plus ou moins contrôlés par un pouvoir souverain. Que
fait la présomption d’innocence ? Elle renverse la charge de preuves : l’accusé n’a pas à
prouver son innocence, c’est le pouvoir qui doit faire la démonstration de sa culpabilité. En
même temps, la modernité apporte un dégoût pour la violence en tant que trait du pouvoir
monarchique. Cette violence publique + tortures doivent maintenant devenir des peines plus
humaines.
Si on ne peut pas pendre les gens sur des places publiques, qu’est-ce que nous allons faire
avec eux ? On ne doit pas les brutaliser, mais on ne peut pas les laisser sans punition. La
rétribution (privé également : je me venge contre vous parce que vous m’avez fait quelque
chose) ne peut plus marcher car il faut passer par la loi dans le monde bourgeois, cela est
considéré comme sauvage. Solution ? Naissance de la prison. Cela paraît la peine la plus
habituelle, naturelle, est en vérité un compromis historique au moment de la modernité, une
façon de remplacer la violence brutale par une peine qui maintenant s’appuie sur des principes
(légaux notamment) et qui est l’affaire de la société (affaire collective) : ce n’est pas une
peine de rétribution privée, inversement, il est impossible pour l’Etat d’ignorer la déviance
parce que l’époque est venue où l’Etat moderne prétend à une gestion progressiste de la
société. Tous ce que l’on sait concernant les Lumières porte exactement sur ces
transformations socio-politiques. La privation de la liberté donc parait comme la peine
civilisée d’une nouvelle société qui ne punit pas de façon arbitraire ni pour appliquer une
vengeance, mais vous sort de la société et vous isole seulement pour la protéger. C’est ça la
nouvelle base de légitimation de la sanction pénale. A l’intérieur de tout ça, on commence à
avoir des idées par rapport au contenu de la peine : l’idée derrière tout ça, c’est d’avancer vers
une société avec plus de cohésion, plus de valeurs, plus d’égalité sociale… donc la peine de
l’époque (incarcération) doit prendre maintenant une fonction moralisante : si on veut former
de plus en plus de citoyens libres et utiles, on est obligés en terme de cohérence idéologique,
d’ajouter cette dimension d’amélioration à la façon à laquelle on traite les déviants. Quelle
sera la première réponse concernant cette direction moralisante ? Pour le bourgeois qui est
actif, mobile, qu’est-ce qui serait associé à une démarche pénale créative ? Le travail : la
moralité s’associera à l’activité et l’immoralité, à l’oisiveté. Et là nous aurons une distinction
tout à fait importante qui nous suit encore : la division des classes inférieures en termes de
mérite : le pauvre méritant et le pauvre immoral (non-méritant). On va associer la prison à la
discipline quotidienne qui inclue aussi le travail donc les deux pôles de l’existence
bourgeoise : une discipline morale chrétienne qui assure une certaine hygiène mentale et
l’activité utile de l’autre côté. Très rapidement, on arrive à une situation où la déviance
pénalisée est associée directement à un ensemble de valeurs qui indique l’orientation noble et
utile du citoyen. D’où l’association désormais entre l’égalité, moralité et d’un autre côté entre
déviance et immoralité, distinction fondamentale du système pénal moderne, qui sera
accompagnée par une organisation croissante de l’Etat sous toutes ses formes en tant que
gestionnaire global et méticuleux de la société dans toutes ses expressions. En même temps un
autre aspect qui constitue aussi une protection fondamentale de la société bourgeoise contre la
royauté se mettra en place : séparation des pouvoirs ce qui aboutit à une présomption
d’autonomie du système judiciaire qui est censé pour la première fois être indépendant du
pouvoir politique et seulement appliquer la loi. Donc tout le côté, la scène historique préparée,
pour une nouvelle humanité productive et humaniste, qui est censée améliorer le déviant.
Moralisation : rapport constructif à la peine, amélioration du condamné. On avance de ce
point de vue vers une élaboration de valeurs qui contrôlent l’environnement pénal en parallèle
avec l’ascension formidable du bourgeois comme elle s’exprime par le capitalisme industriel.
Et plus cet aspect de croissance et de puissance techno-industrielle avance et plus
l’environnement pénal s’oriente vers l’amélioration du déviant et de sa nouvelle star :
incarcérer le détenu. Or le développement industriel et la concurrence de ce phénomène avec
deux guerres considérées comme mondiales produit un monde où justement la stabilité du
statut socio-politique de l’an bourgeois commence à s’effriter. Ce n’est pas parce qu’on
s’oriente vers quelque chose que la chose que l’on va produire sera forcément ce que l’on
voulait atteindre.
Les valeurs des Lumières telles qu’elles ont été appliquées dans le capitalisme individuel,
commencent à céder leur place à une nouvelle individualité. C’est l’époque des grands
changements vers la société post-industrielle, après la seconde guerre mondiale, où le statut de
l’an bourgeois et la moralité qui l’accompagne s’effritent très rapidement. Le bourgeois est
victime de sa réussite. Les choses aboutissent à une mise en question assez spectaculaire de ce
monde-là et la génération dite du baby-boom va créer une autre culture autour d’une
individualité qui considère la moralité bourgeoise obsolète et propose dans un contexte de
croissance l’expansion libre de la diversité individuelle, ce n’est pas une coïncidence si tout ça
s’est passé dans une période de croissance. Les jeunes gens rassurés avec des certitudes ont
ouvert une expérimentation. Avec le développement d’un marché très efficace et la
démoralisation de la socio-culture occidentale de l’autre côté, on arrive à une pensée critique
qui met en question la structure de la société mais aussi le sens de la déviance. Si les déviants
n’est plus quelqu’un de moralement égaré, qu’est-ce qu’il est exactement ? La critique sociale
et politique aura un impact sur la justice pénale et le déviant sera vu comme plus ou moins
une victime du système car il subit ou est exposé à une socialisation qui n’est pas adaptée
pour lui épargner la sanction pénale. La vision change du coup on passe à une considération
intense de la sanction pénale en tant qu’outil de réhabilitation. On n’a pas un effort de
socialisation du condamné mais un effort de réinsertion sociale. Toutes les peines alternatives
seront créées et mises en expérimentation dans cette époque-là. Comment peut-on réintégrer
un ex-détenu dans la société ? Cette critique porte ses fruits pour la transformation du modèle
pénal et du changement institutionnel. Mais là on a le premier pas de distance par rapport aux
valeurs car les valeurs attribuées à une moralité spécifique sont critiquées en tant qu’outil de
domination bourgeoise. Les mises en question avancent vers une société de loisir. Or encore
une fois cela produira un approfondissement remarquable de l’individuation : le marché et
l’Etat deviennent plus efficaces, moins dépendantes des autres. La liberté en tant que telle
prend la forme de l’extension individuelle. Dans cette société où le modèle moral s’effondre
et l’individualité est très bien alimenté. Le contrôle social communautaire diminue très vite.
Pendant les 60-70’s, on a fini avec un mode de contrôle axiologique qui était le noyau de la
norme de la société pendant des siècles. Or l’individu se trouvant sans contrôle social n’a plus
de garantie sur le plan du comportement des autres, nous vivons maintenant dans un monde
où la moralité est inefficace et sous un plan individuel on est libre mais on ne sait pas ce que
les autres représentent car l’avantage d’un contrôle social aigu c’est que ça nous garantit que
les autres se comportent comme vous l’attendez => la déviance commence à prendre sa forme
actuelle : menace sur le plan individuel. Nos objections par rapport aux comportements
déviants ne se posent plus sur un plan de principe moral mais sur un plan de coexistence
efficace sur la société. On leur demande de se comporter de façon compatible avec les autres
individus dans une démocratie. La déviance commence à s’associer au manque d’exercice de
cette liberté individuelle par soi-même et par les autres. Les formes de la déviance
commencent à défier de façon paradoxale cette condition de liberté individuelle. Du coup ce
qui reste dans tout ça en termes de définition du comportement déviant c’est la menace que ce
comportement produit pour les autres. La condition individuelle fragilise énormément chacun
de nous face à cette menace et du coup nous avons plus un problème d’insécurité plutôt qu’un
problème d’imposition de principes moraux ou même sociaux.
L’évolution de la perception et de la pratique du système pénal dépend des évolutions
socio-politiques et son écartement du registre de valeurs morales et remplacé aujourd’hui par
l’insécurité, la cindynisation, et la demande conséquente pour une protection étatique et
parfois même privée.
Peur de victimation : sentiment d’insécurité.
Le terme technique est quelque chose que l’on connait dans les sociétés humaines pendant
très longtemps : la peur de se trouver dans une situation où quelqu’un nous fait, d’une façon
ou d’une autre, du mal ou plus généralement, du tort. Or ce qui est important aujourd’hui,
c’est de comprendre pourquoi cette peur a pris une autre dimension et une autre importance
dans la société post-industrielle.
1er facteur : retrait du contrôle social direct ou traditionnel, communautaire, qui s’applique
spontanément entre les membres d’une collectivité qui suivent constamment le comportement
des uns et des autres. Dans la société actuelle, cette forme de contrôle a largement disparu en
tant que conséquence d’une individualisation intense selon laquelle chaque personne a le droit
d’inventer et de suivre son propre parcours, la seule limite étant pour tous la loi. Donc la
diversité des comportements individuels devient une condition naturelle dans la société
actuelle et conduit à la distance et la réduction de conformités entre les individus. En même
temps, cette dimension se renforce par la capacité de vivre seul en exploitant tout une toile de
services et de biens qui font que chacun de nous n’ai pas besoin des autres pour survivre. Cela
signifie que l’interdépendance sociale est radicalement réduite et par conséquent, non
seulement ça nous intéresse de moins en moins de savoir ce que les autres font mais c’est de
plus en plus mal considéré d’examiner le comportement des autres et de le juger. Or ce type
de jugement est au centre du mécanisme de contrôle social. Du coup, nous nous trouvons dans
une société composée d’individus qui considèrent que leur comportement c’est leur affaire et
qui dépend de leur décision, et que les autres n’ont pas le droit d’émettre des avis sur ce
comportement. Le niveau d’isolement normatif de chacun de nous est tel qu’il nous rend
conscient de notre solitude, de notre individualité aiguë, nous comprenons que si nous faisons
ce que nous voulons, les autres aussi, et qu’il est par conséquent impossible de leur demander
de suivre notre propre façon de se comporter. Cela donc rend chacun de nous, un inconnu
pour les autres : non seulement je ne sais pas ce que vous pensez par rapport à un type de
comportement, mais je n’ai pas le droit de vous le demander ou l’exiger non plus.
2ème facteur : il y a de moins en moins de mesures d’empêchement de comportements, cad la
façon à laquelle cette société des libertés individuelles marche, se base sur la capacité de
chacun de faire ce qu’il croit juste pour lui ou pour elle. Du coup, c’est seulement une
infraction à la loi qui suscite une réponse formelle et non pas des comportements qui
pourraient être perçus comme déviants mais qui sont légaux. En quelques décennies par
exemple, on a aboli même l’autorité des parents sur leurs propres enfants par rapport à
plusieurs domaines : la capacité de s’exprimer, empêche le contrôle préventif et donc la seule
réponse sur le plan de la conformité c’est la réaction formelle légale. Cette vérité peut être
conçue de façon inverse : dans un monde où on s’est affranchi de façon très grastique, des
normes sociales, il y a en réalité très peu de déviances. Si on comprend les choses de cette
façon, la déviance est aujourd’hui une expression marginale comparée au degré de la liberté
individuelle que nous avons établi. Même si cette déviance est comparativement faible, elle
est quand même supérieure à la déviance dans une société traditionnelle. Numériquement, ça
augmente, ensuite, il y a la fameuse question que dans les sciences sociales, cela s’exprime
dans le terme « vulnérabilité » : cette isolement indépendant rend chacun de nous vulnérable
parce qu’il est chaque fois seul face aux autres. On ne vit pas maintenant dans une collectivité
d’appartenance permanente. Plus le système autour de nous devient performant, plus notre
condition individuelle devient vulnérable.
3ème facteur : cette performance institutionnelle et organisationnelle autour de nous. Quand,
dans notre vie, plein de choses tombent en panne, on arrive à concevoir le monde qui nous
empêche, qui nous met en danger, qui nous fait du mal, en tant que monde normal. Or,
justement, le monde de la modernité post-industrielle, est un monde qui se légitime par son
efficacité : les choses marchent comme on l’entend et plus le monde évolue selon la façon
attendue, et moins on tolère l’exception à cette régularité. Donc la rupture de cette normalité,
de cette régularité est pour nous de plus en plus intolérable.
Ces trois facteurs convergent par rapport à l’augmentation de cette vulnérabilité individuelle :
nous nous trouvons dans la situation où nous cherchons de plus en plus des certitudes et des
sécurités et nous tolérons de moins en moins l’incertitude et l’insécurité. C’est un mélange
socioculturel qui naturellement augmente notre peur sur plusieurs plans : un de ces plans est
par exemple l’incertitude concernant l’intégration socio-professionnelle : un des problèmes
principaux de cette individualité vulnérable est de se constituer une identité sociale adéquate
(qu’est-ce que je vais faire, trouver ? Quelle sera ma voie dans ma vie ?...). Là nous avons une
incertitude aiguë dans un monde où nous avons abondance, richesse… Autre aspect : la santé,
la gestion efficace de son propre corps : faire de l’exercice, manger équilibré, à un certain âge
faire de l’exercice intellectuel, le corps et la santé intellectuelle devient aussi vulnérable et
donc un élément de gestion personnelle qui passe par une responsabilité individuelle. C’est
comme si en dévient, y compris sur ce plan-là, ce qu’on veut devenir. Montrer comment
l’individualité vulnérable se développe dans une époque où paradoxalement l’individu est roi.
Cette équation : + on est libre, + on est fragile, va toucher les aspects les plus durs, menaçants
de la vie sociale : le mal ou le dommage intentionnel. Là on entre dans la partie de la déviance
appelée : phobogène.
Le mal intentionnel, il n’y a rien de plus dangereux que la situation où il y a une intention de
faire vraiment du mal, la représentation de la déviance porte systématiquement aujourd’hui
sur la fameuse agression, terme qui parait technique mais qui ne l’est point dans le sens qu’il
ne représente pas une catégorie légale du droit pénal. Donc la peur de victimation porte sur la
constitution de l’image d’un autre qui ne pense pas comme nous, n’a pas les mêmes
références que nous, n’agit pas comme nous et qui pourrait nous faire du mal principalement
sur deux plans : le corps en tant que tel et la propriété. Les études montrent, bien qu’il y ait
des nuances et parfois des contre-exemples, que la peur de victimation dépend assez souvent
de l’exposition aux autres, par exemple : + vous sortez, + vous êtes en contact avec des gens,
et + vous êtes exposé à des milieux ou des environnements sociaux différents, et moins vous
avez peur d’être victime d’une infraction pénale. Mais dans la société post-industrielle, la
façon à laquelle on vit porte aussi sur l’organisation performante de notre quotidien, ce qui
nous met très souvent en contact seulement avec les gens qui ont des façons de vivre
semblables ou des obligations similaires. Autrement dit, nous rencontrons, nous croisons de
plus en plus de gens qui nous ressemblent et pas les autres. Plus encore, on s’est organisés sur
ce plan en termes de ségrégation spatiale : comme nos vies évoluent, on évolue en général
entre lieu d’habitation et lieu de travail, nous nous assurons que ces deux espaces sont des
espaces de contact avec ceux qui nous ressemblent. Une des formes de stratification sociale la
plus performante dans la société actuelle est le quartier d’habitation cela veut dire deux
choses : on trouve des concentrations importantes de classes sociales y compris des
concentrations des classes démunies – comme nous croisons de moins en moins les autres, les
espaces d’exclusion acquièrent aussi leur propre culture, ce qui nous conduit au résultat
actuel : des stratégies d’évitement se mettent en place par rapport à ces espaces : si on peut
éviter tel quartier, il vaut mieux l’éviter, en même temps la stratification connaît un nouvel
aspect dans la société post-industrielle, un aspect racial puisque les sociétés post-industrielles
sont de plus en plus multiraciales. Cela veut donc dire que nous aboutissons, sur le plan de la
peur de victimation, à un effet profondément ( ?) : tandis que nous nous percevons chacun
comme des individus séparés, et que nous tenons de façon très ferme à cette individualité,
nous avons souvent des représentations globales, massives, de certaines catégories de
population. Ces représentations augmentent la distance entre le parti qui s’identifie comme
différent, autrement dit, plus cette autre inconnue s’éloigne et plus nous avons peur de lui.
Cette compréhension collective, projection, fait que l’infracteur spécifique se trouve
dépersonnalisé. Cette dimension de peur de victimation opère maintenant par rapport à des
collectivités très souvent raciales et plus particulièrement sur le plan de la dangerosité
physique par rapport aux jeunes hommes de race minoritaire. Donc ces représentations
collectives se renforcent d’une autre façon par la condition individuelle évoquée, c’est un
phénomène que l’on appelle dans les études de peur de victimation : proximité perceptuelle
ou perceptive. De quoi s’agit-il ? En ce qui concerne les infractions phobogènes, elles
concernent principalement les populations à propos desquelles la peur se développe : il s’agit
principalement d’une déviance qui victimise les mêmes catégories sociales dont proviennent
les auteurs -> c’est une affaire principalement entre populations pauvres, minorités raciales…
Or, la peur de victimation s’organise particulièrement dans la société post-industrielle, par
rapport à la distance perçue entre la victime et notre propre situation. La capacité d’éloigner la
victime sur le plan de la perception fait que la représentation de la peur de victimation
s’appuie sur des infractions très exceptionnelles notamment un type d’infraction : l’infraction
désenchâssée : l’infraction qui vient de nulle part (je suis quelque part où cette chose n’est pas
censée se passer, et elle se passe). Toute cette vulnérabilité se combine avec l’ensemble des
représentations sociales, qui est particulièrement rare et improbable mais qui est le socle de ce
que l’on appelle aujourd’hui sentiment individuel.
On a un mécanisme qui nous dit comment l’improbable et le rare fournissent le socle rare sur
lequel les représentations sociales marchent, une grande participation est celle des médias,
parce que les médias marchent sur l’exceptionnel. On voit rarement des cas aux médias, des
cas banals, compréhensibles. Cette dynamique exceptionnelle produit des effets sociaux, la
peur de victimation étant maintenant une des plus grandes motivations politiques (sondages :
parait toujours dans les trois premiers facteurs de choix).
Dans le contexte auquel nous nous sommes déjà référés, les données statistiques autour de la
délinquance deviennent objet non seulement de controverse et d’étude scientifique mais aussi
d’utilisation politique étant donné que leur dynamique est censée maintenant représenter plus
ou moins la santé sociale et aussi la cohésion et la cohérence de la société dans laquelle nous
vivons, plus encore, les données sont utilisées comme des preuves de compétence ou
d’incompétence gouvernementale et étatique car la déviance pénale est devenue un des
secteurs cruciaux selon lequel la compétence gestionnaire est évaluée (la situation vous
échappe, la délinquance augmente…). Dans ces controverses il y a une compréhension de ces
éléments statistiques qui devient de plus en plus sensible et peut être de moins en moins
censé. Notre travail à nous est de pouvoir établir non pas la vérité absolue du terrain ce qui est
dans la plupart des cas impossible mais la distinction entre ce que les données disent et ce
qu’elles ne disent pas.
A la base de tout, il y a la représentation qu’il se passe quelque chose qui est anormal et donc
la question va se poser pour la personne impliquée si c’est illégal et dans ce cas-là, comment
doit-on réagir ? Nous avons grosso modo deux aspects sur ce plan-là : un aspect institutionnel
qui est censé agir sur le plan formel de la qualification juridique et qui doit appliquer ce cadre
dans l’immense diversité des rapports sociaux. D’un autre côté nous avons le monde de
l’expérience, c’est-à-dire la façon à laquelle on éprouve le comportement des autres. On sait
déjà que toute action institutionnelle est par définition biaisée, c’est-à-dire que les institutions
ont par définition des priorités et que leur interprétation des principes selon lesquels ils
agissent dépend de leur rôle dans la société et notamment à l’intérieur de l’univers étatique.
Premier constat : dans les données, nous retrouvons nécessairement les priorités des
différentes institutions impliquées. Y a-t-il une façon d’accéder à la « réalité » de la
délinquance qui n’est pas biaisée par une institution qui ne représente pas ce que les
institutions cherchent à réprimer ? On aboutit, à partir des années 70, à la méthode des
enquêtes de victimation. Ce sont des enquêtes/sondages avec un échantillon national qui porte
sur les expériences de victimation des répondants. En France, étant donnée la représentation
des institutions dans ce pays, cette méthode a eu du mal à s’établir et leur systématisation est
encore plus récente. Dans les pays anglo-saxons nous avons ça.
Le bénéfice, nous avons tout ce dont ils se souviennent, mais pas nécessairement tout ce qu’il
s’est passé, mais : premièrement : il est assez improbable que l’on rate des actes graves,
deuxièmement : en améliorant les techniques et dans la mesure où la population concernée
nous fait confiance, nous arrivons à voir des rapports dates dont ils ne souhaitent pas parler à
d’autres personnes et encore moins à la police. Dans cette catégorie évidemment il y avait
pendant longtemps et on suppose encore aujourd’hui, plusieurs types de crimes y compris des
crimes de nature sexuelle souvent dans l’environnement familial proche. Des enquêtes de
victimation sont extrêmement précieuses aussi sur le plan de leur exploitation proprement
sociologique. Pourquoi ? Parce qu’on a en même temps les données sociodémographiques et
professionnelles ce qui nous permet de comprendre la cartographie aussi bien de la fréquence
des actes délinquants que de leur concentration par classe sociale.
Le crime est un construit social donc un crime existe seulement par sa condamnation par le
tribunal compétent.
Très souvent la victime défend elle-même l’interprétation de ce qui lui est arrivé en essayant
d’établir la gravité du fait et dans ce contexte nous trouvons que la capacité d’assurance
d’expression et d’argumentation de la victime aussi bien que son profil démographique,
professionnel, joue un rôle très important concernant et la classification de l’acte et la suite
éventuelle qui sera donnée.
La main courante c’est un enregistrement du fait selon sa description selon la personne qui le
rapporte et sans effet juridique notamment sans un effet de plainte formelle et donc de
l’enquête qui dois suivre.
Les populations qui ont le plus besoin de protection contre la délinquance sont aussi très
souvent ceux qui ont le moins confiance en les institutions.
Il y a des catégories utilisées dans la vie quotidienne (agression=délinquance). Dans les
agressions déclarés on a des menaces et des injures mais pas nécessairement ce qu’on pense
en tant qu’agression. Important de comprendre l’impact sur le répondant : évènement
traumatisant sinon le répondant ne serait pas survenu. Il est important de pouvoir comprendre
l’agression en termes simplifiés. L’agression est presque, en France, une affaire entre des gens
connus. En avançant par nuances systématiquement nous arrivons à un résultat affiné voire
transformé par rapport à la représentation que nous avons de ce phénomène.
Des délits qui sont considérés comme importants ne sont pas nécessairement rapportés à la
police donc la déclaration dépend de plusieurs facteurs : ex : 78% des cambriolages sont
déclarés alors que 28% des agressions sont déclarées. => Plusieurs catégories d’agression. =>
Les agressions dans un contexte domestiques ou entre gens qui se connaissent sont sous-
représentées donc dans la police on risque d’avoir beaucoup plus d’agressions déclarées
lorsque les auteurs sont inconnus.
La police agit par la main courante mais bien avant cela, en n’enregistrant pas du tout la
violence. On essaye donc de regarder quelles sont ces agressions qui ne sont pas acceptées par
le système en tant qu’enregistrables. On revient toujours à une catégorie qui se rapporte aux
valeurs sociales : combinaison entre ce qui est considéré grave ou pas grave, puis les intérêts
et les habitudes des institutions qui permettent de tenir sous la pression.
Thèse de l’accès au système judiciaire : l’accès est différentiel, il faut donner des ressources
devant soit pour pouvoir faire valoir ses droits. Quand on est moins victimisé que quelqu’un
d’autre, le système nous met dehors.
Ex : 2004 : vol de voitures : 9 => tout le monde serait victimisé. Ce n’est pas comme ça car
déjà il y a une concentration de la délinquance.
Très important de regarder les données dans le sens d’une répétition.
Possibilité de représenter une société en tension avec elle-même : du moment où l’expérience
que nous avons de la délinquance ne risque pas d’être décisive en tant que telle, on a une
représentation de la délinquance qui contient en elle-même une représentation de la société
entière.
La délinquance en tant que telle les données statistiques autour de la délinquance deviennent
objet, non seulement de controverse et d’étudie certifie mais aussi d’utilisation politique étant
donné que leur dynamique est censé maintenant représenter plus ou moins la santé sociale et
aussi la cohésion et la cohérence de la société dans laquelle nous vivons. Plus encore, les
données sont utilisées comme des preuves de compétences, ou d’incompétences
gouvernementale et hépatique car la déviance pénale est devenue un des secteurs cruciaux
selon lesquels la compétence gestionnaire est évaluée. Dans cette controverse, il y a une
compréhension statistique qui devient de plus en plus sensible et peut être de moins en moins
sensé. Notre travail est de pouvoir établir, non pas la vérité absolue du terrain, ce qui est dans
la plupart des cas impossible, mais la distinction entre ce que les données disent et ce qu’elles
ne disent pas.
Il y a la représentation qu’il se passe quelque chose qui est anormale et donc la question qui
va se poser si cette illégal et dans ce cas-là comment doit-on réagir. Nous avons deux aspects
sur ce plan-là. L’aspect institutionnel, qui est sur le plan formel de la qualification juridique et
qui doit appliquer ce cadre dans l’immense diversité de rapports sociaux. De l’autre côté nous
avons le monde de l’expérience. La façon à laquelle on éprouve le comportement des autres.
Les institutions ont par définition des priorités et que leurs interprétation leurs principes selon
lesquels ils agissent dépendent de leur rôle établi à l’intérieur. EN l’occurrence, la police n’a
pas une compréhension des conditions sociaux politiques et donc n’a pas de priorités par
rapport à ce qu’elle doit faire de type de comportement déviant elle doit viser en premier.
Qu’est qu’il y a de plus porteur etc…
Les priorités des différentes institutions impliquées, cela se combine avec plusieurs niveaux
de complexités. EN tant que criminologue, il y a-t-il une façon d’accéder à la réalité de la
délinquance qui n’est pas biaisé par les institutions. C’est comme cela qu’à partir des années
70 on arrive à l’enquête de victimisation. Les enquêtes de victimisation sont des sondages
avec un échantillon national qui porte sur les expériences de victimisation de redondant. En
France, étant donné la représentation de ces pays cette méthode qui a eu du mal à s’établir
leurs systématisations est encore plus récente. Le bénéfice, nous avons tous ce dont ils se
souviennent.
Premièrement nous savons qu’il est assez improbable que l’on rate des actes graves.
En améliorant les techniques et dans la mesure où la population concernée nous fait
confiance, nous arrivons à avoir des rapports d’actes doc ils ne souhaitent pas parler à d’autre
personne et encore moins à la police.
Il y a toujours plusieurs types de crimes, y compris ce que l’on peut imaginer des crimes de
nature sexuelle, souvent dans l’environnement famille.
Les enquêtes de victimisation sont extrêmement précieuses sur le plan de leur exploitation.
Parce que on a en même temps les données, sociaux démocratiques, ce qui permet de
comprendre la cartographie aussi bien de la fréquence des actes de délinquance que de leurs
concentrations par classe sociale. Par exemple, encore une fois la violence a augmenté. La
finesse dont on obtient les données change l’image que l’on a de la déviance pénale. Un crime
existe seulement par sa pénalisation. Sur le plan de la délinquance en tant que telle, ce qui est
constatée ne peut être constaté que de façon légale.
C’est-à-dire qu’il y a un problème, l’addictive n’a pas le même traitement dans tous les cas et
même pour le même type d’acte tel rapport. La différence peut être due à un facteur
institutionnel d’une diversité au sein de la même institution sur le territoire national. Il y a des
règles pratiques pour donner des différences. Très souvent, la victime défend elle-même
l’interprétation de ce qui lui est arrivée en mesure d’établir la gravité du fait. Dans ce contexte
nous trouvons que la capacité, l’assurance, l’expression et d’argumentation de la victime.
Aussi bien que son profil démographique socio-professionnel, et assez souvent racial, joue un
rôle très important. La suite éventuelle qui sera donné à l’affaire. Une des particularités
française qui introduit un biais très important dans le processus et la main courante. C’est le
fait de la description par la personne qui le rapporte mais sans effet juridique notamment sans
un effet de plainte formelle, et donc de l’enquête qui doit suivre. On n’a pas l’obligation
d’enquêter si c’est vrai ou faux, avec un manque de preuve si jamais il y a enquête et
éventuellement poursuite.
La main courante est un registre où les policiers consignent les faits qui leur sont rapportés.
Peur des représailles, espoir que la situation s’arrange, perte de confiance dans les institutions
de la police et de la justice, indisponibilité de l’officier de police judiciaire, méconnaissance
des textes légaux.
Quand on est dans un contexte où il y a une subtilité d’avoir des représailles, il y a moins de
probabilités de porter plaintes ; Plus l’environnement sort du contrôle, plus on se sent piégé
dans cet environnement.
Le comportement des différents parti de sociétés porte sur ce type d’espoir, par exemple plus
on est ancré dans un environnement social bourgeois, plus on réagit aux actes porter contre
nous. Il y a des gens qui ne vont rien faire, d’autre vont porter tout simplement plainte, un
prix socio-culturel.
Moins la personne est éduqué, moins elle est orienté vers une personne spécialisé etc… plus
elle est susceptible de ne pas porter plaintes.
Il faut appliquer des priorités, les victimes de la violence sont surreprésentées. Les données
statistiques sur la délinquance doit être regardé en profondeur et avec une appréhension
critique.
Très majoritairement les plaintes se font contre des auteurs inconnus donc un taux
d’élucidation plus faible.
Très souvent l’auteur et la victime se connaissent sur le plan des infractions avec violence qui
ne sont pas des vols, donc il y a une grande concentration de la violence dans les classes
sociales spécifiques (inférieures). Premièrement on exclue les stupéfiants, puis plus on
cherche, plus on trouve, donc une des raisons pour lesquelles on peut avoir des courbes
croissantes sur certains types d’infraction c’est que certaines pressions politiques font que la
police se concentre sur l’évolution de ces violences plutôt que d’autres. En revanche, on peut
aussi assister à une dépénalisation, disparition d’un nombre de faits constatés. Quand les
choses deviennent plus difficiles sur le plan de la détection et plus organisées sur le plan de
l’infraction, ça se passe moins bien et donc même si on a une augmentation des faits
constatés, en vérité cela brouille les pistes sur le vrai problèmes car si on n’arrive pas à
démonter le réseau, il est + ou – futile d’essayer d’interpeller tous les utilisateurs individuels.
Il est impossible de représenter ce qui se passe dans les institutions lorsque l’on interroge des
individus.
La sensibilité d’un côté et aussi la volonté de confier aux enquêteurs, il y a des choses que les
gens ne veulent pas dire.
La situation concrète de l’enquête : l’enquête n’est pas quelque chose qui se fait de façon
totalement industrielle et contrôlée, ça reste une interaction humaine. Encore une fois il y a un
contexte social qui joue un rôle prépondérant, on se focalise sur ce qui devient l’objet de débat
pendant la période où on va en parler.
On crée des catégories qui ne sont pas des catégories d’infractions pénales : incivilités : terme
qui se réfère à une catégorie de comportements qui ne sont pas illégaux mais qui sont
ressentis comme déviants à propos de la vie sociale donc on peut mettre dedans tous ceux que
nous pensons difficilement tolérable par rapport à l’impression que l’on se fait de la société.
Nous sommes dans une assimilation de la déviance légale et illégale. Cela peut fortement
influencer les données statistiques. Nous créons maintenant des catégories d’illégalité à partir
de comportements antisociaux et il y a depuis la fin des années 90 des comportements
antisociaux qui donnent lieu à des ordres qui déterminent les limites de comportement de la
personne déviante, des limites qui peuvent être individuelles.
Le rapport entre agresseur et victime : ça montre que l’agression, souvent, se passe dans un
contexte proprement social, dans un environnement, un milieu que l’on reconnait.
Deuxièmement : le rapport entre agresseur et agressé est dans la moitié des cas est préétabli.
Troisièmement : la réciprocité : les données nous disent que 1/3 des violences a un élément de
réciprocité. C.-à-d. ? C’est d’une nature différente, il y a un équilibre dans les rapports
sociaux entre auteur et victime. Donc l’idée de la victime isolée et attaquée à un moment
inattendu par l’inconnu est quelque chose d’assez rare. Le problème sur le plan public, ne
s’intéresse pas aux victimes de ces classes-là qui abondent mais aux victimes beaucoup plus
rares, d’autres classes, et pourtant cela n’est pas tenu pour acquis, mais bien au contraire on se
concentre sur la marginalité des chiffres => les gens peuvent se débrouiller entre eux à
condition qu’ils ne nous gênent pas.
63% pour les vols dans les voitures. La partie non enregistrée n’est pas équi distribuée, cela
porte sur une partie de la société, là où c’est le plus fort, là où c’est le plus toléré. Les
éléments qui manquent portent sur les populations qui ont l’habitude de ces comportements.
On est dans une société individuelle, c’est assez difficile qu’une personne nous aide. Cela va
être difficile par rapport au niveau. Un mécanisme institutionnel a des préjugés, il faut
s’interroger sur le plan des statistiques, ce qui manque et ce qui est là ne sont pas de la même
nature. On rate par exemple beaucoup d’infractions contre les jeunes gens. Ici on a une
explication multifactorielle pour le filtrage policier.
La qualification du niveau de l’infraction c’est-à-dire est-ce que cela sera considéré comme un
délit, on est dans des conditions où plus notre parole compte, plus on est pris au sérieux. Les
populations qui présentent de façon moins graves mais qui le vivent. On sur représente les
personnes qui peuvent avoir un poids dans la gendarmerie et la police. Si on a deux personnes
sans domiciles, l’une attaque l’autre de façon assez grave, la plainte ne sera pas enregistrée, ça
ne changera rien etc… tout est une présomption par rapport aux classes inférieures.
La quête de victimation donne une baisse plus importante que les données de la police. Donc
là il faut faire des hypothèses dans l’autre sens : est-ce que l’outil en tant que tel (le sondage)
peut être la cause ? Non.
Un changement sur le plan des pratiques d’enregistrement peut brouiller les pistes combinées
avec la quête de victimation.
19/11/12
26/11/12
Le modèle de théorie criminologie
On prend les choses à une étape où on commence à former ce type de pensée pour parler de
théorie de diabolisation et une façon de penser par rapport à la déviance pendant. Ce que la
déviance en t’en que telle est considérée comme une emprise sur l’infracteur, sur l’être
humain. Une emprise qui détourne sa nature donnée par Dieu et qui l’amène vers des pensées
et des actions qui sont inacceptables et punissable. Il y a deux façons de voir ce
détournement. La première façon est une emprise directe par le mal par Satan, par une
possession. Dans cette version d’explication criminologique, l’infracteur n’a pas la
responsabilité de ses actes et dans la plupart des cas, on n’aura donc rien à lui reprocher. Tout
de fois, la réponse institutionnelle est donnée sous la forme de purge mais il faut imposer de
ces vis où d’autre au corps et à l’esprit, afin de libérer la personne de la possession diabolique.
L’autre version attribue une certaine attention à l’infracteur car il ou elle est dans cette version
tenté(e) par le Diable et donc accède de faire un pacte avec lui afin de gagner quelque chose
sous forme de pouvoir obscure influence sur les autres etc… Cette deuxième forme est le cas
typique de sorcière. L’industrie pénale parce que nous avons des traces de descriptions écrites
selon lesquels il y avait des centaines de sorcières brûlées dans la même ville où disons sur le
même territoire d’un évêque en une période de quelque mois. Il y a aussi beaucoup
d’explications concurrentes ou combinées concernant ce phénomène y compris l’explication
très pragmatique que l’église reprenait le patrimoine des sorcières et avait donc tout intérêt à
en assurer l’approvisionnement. Ce n’est pas sans rapport qu’à l’époque nous avons des
forces militaires mais pas de police en revanche nous avons aussi des gens qui sont considérés
comme ayant un talent spécifique à trouver et à démasquer les sorcières. Cette dimension de
la déviance totalement métaphysique peut conduire aussi à des peines qui nous paraissent
aujourd’hui parfaitement folles. Par exemple : des épreuves c’était de lier la main droite au
pied gauche et inversement d’une sorcière présumée et de la jeter dans l’eau.
La raison pour laquelle on se réfère à cette origine diabolisant, c’est pour montrer à quelle
point la socio-culture dominante détermine aussi bien le sens contenu du crime que la
détermination de peines considérées comme appropriées.
Autrement dit, nous entrons dans une époque où les rapports sociaux ne sont pas tenus
pour acquis mais ils sont considérés en tems qu’objet de la pensée humain. Il en suit que le
droit devienne maintenant l’outil par excellence de la gestion d’une société progressiste qui
n’accepte pu sa condition comme une condition évidente et immuable.
Si l’être humain effectue donc des choix rationnels l’infraction devient aussi un choix
et on doit la comprendre et la traiter comme telle. En premier, il s’agit d’établir une
conception qui montre que l’infraction procure un bénéfice. Le bénéfice porte souvent selon
la compréhension du choix rationnel sur des choses que l’on reconnait tous en tant que motif
puissant à savoir l’enrichissement, le pouvoir, et le sexe. Pour en tirer un bénéfice, le déviant
surmonte les obstacles posés par la société. Il ensuit que moins ces obstacles sont importants
et plus il prendra le risque de le surmonter.
La question de l’opportunité, c’est-à-dire qu’avant tout, la question qui va être traité par ces
choix rationnel devra être posé en tant que possible opportunités de commettre l’infraction.
Nous allons directement sur la voie d’une prévention directionnelle selon lesquels tout ce qui
peut être convoités doit être protégé. La continuation de cette logique dans la conception
criminologique de nos jours porte sur ce qu’on a déjà évoqué sur la prévention situationnelle
du crime, et une vision plus générale qui porte le nom des activités de routines. Il s’agit ici
d’appliquer des pratiques de protection de cibles durcicément des cible, des protections des
espaces en les rendant défendable, l’idée de ne pas avoir d’espaces sur lesquels il ne se
projette pas des intérêts privés. Plus encore il y a un aspect écologique qui peut être combiné
avec cette conception situationnelle selon laquelle il y a des environnements sociaux et
spatiaux qui présente plus de possibilités d’infractions que d’autre. Dans ce contexte, on va
dire de ne pas essayer de punir de façon beaucoup plus sévère le voleur de voiture mais mettre
plutôt de l’éclairage et des caméras de surveillance dans les parkings. En continuant la ligne
classique du choix optionnel, nous avons aussi deux théories pénologiques qui portent sur le
sens et la motivation pour la peine. Une de ses survivances pénologique est la théorie de la
punition méritée selon laquelle l’objectif de la peine est d’établir un sentiment de justice et
équilibrer l’expérience de l’auteur de la victime et de la société sans insister sur des aspects
d’amélioration, de réhabilitation ou même de rétribution concernant l’infraction commise.
Dans ce contexte la peine et sa sévérité est une réponse sociale mérité par l’infracteur qui lui
indique aussi le juste équilibre. Il ne faut pas confondre cette théorie et la théorisation
criminologique des choix plus rationnels avec un modèle associé souvent par erreur que le
modèle du contrôle du crime, la maitrise, et qui donne à cette maitrise une priorité
opérationnelle. C’est-à-dire, le niveau de la dissuasion qui élimine la déviance est par
définition le bon niveau.
Cela intègre dans sa pensée, dans sa conception de l’être humain une théorie de
maitrise de soi. C’est-à-dire que la déviance est un résultat de la socialisation dans la mesure
où on apprend à regarder la récompense par rapport à un effort et donc à ne pas satisfaire nos
intérêts en dehors des règles établis. Ce qui veut dire que la responsabilité individuelle est
conservée même si on accepte une influence sociale sur l’apprentissage de l’éducation et la
maitrise qui applique l’être humain sur lui-même. De ce point de vu, un des versants
pénologie est la théorie du choix rationnel porte sur la gestion efficace de la frustration. La
dimension de la causalité social, c’est-à-dire que dans ce contexte où les choix demeurent
opérables sur un plan rationnel par l’individu, il est difficile de représenter l’influence de
facteurs sociaux. Il ne faut pas être simpliste et faire dire à cette perspective ce qu’elle ne dit
pas, c’est-à-dire que la socialisation et les conditions économique ne joue aucun rôle sur le
plan de la déviance mais il faut insister sur le fait que ce contexte privilège la responsabilité
individuelle car il comprend la loi non pas comme un outil politique de justice social mais
comme un obstacle appliqué à tous de façon plus ou moins juste. Si on veut la réponse
critique idéal à la théorie serai une phrase d’Anathol France : La merveilleuse qualité de la loi,
qui empêche autant les riches que les pauvres de voler du pain dormir sous le pont et mendier
car évidemment c’est assez inutile. Les choix rationnels présentent grossièrement la loi
comme une limite objective à propos de laquelle, chacun doit se situer de la même façon en
société sans tenir compte de sa position sociale. Donc si la société en tant que collectivité
publique n’est pas très présente, dans les théories classiques, criminologique et juridique, ces
dernières ont le mérite de nous avoir donné un cadre pour penser la déviance fortement
améliorer par rapport à ce qu’il existait auparavant et aussi d’avoir conservée la valeur de la
condition individuelle qui peut faire barrage elle-même à la satisfaction illégale de ces intérêts
même quand une opportunité se présente. Derrière tout cela on voit aussi la moralité de la
modernité selon laquelle chacun doit prendre la responsabilité de ses propres actes même si ils
considèrent que sa condition est injuste. Cela nous amène à l’interrogation majeure non
seulement criminologique et légale mais politique et social aussi concernant les causes de la
déviance criminalisée et l’attribution de cette déviance à des facteurs sociaux ou individuel
intentionnel ou aléatoire selon le cas. Cette controverse reste toujours d’actualité sous la
forme du débat entre amélioration des conditions sociales et sévérité policière et pénale,
concernant les environnements qui sont considérés comme criminogène, d’où le célèbre
« sount bite » qui porte sur la responsabilité individuelle et en tant qu’individu qui fait des
choses rationnelles. Le choix rationnel en tant que théorisation traverse tout le spectre des
sciences sociales. Sa plus grande influence en économie où on a tendance à tenir cette
position pour acquise. On épargne les longues controverses.
3/11/2012
Le positivisme individuel en criminologie porte sur la considération de l’être humain en tant
qu’être biologique et donc, par extension, la constitution du criminel sur un plan de lacunes
biologiques. Evidemment nous sommes dans un contexte qui, du 16ème au 19ème siècle, porte
fortement sur une hiérarchisation biologique des êtres humains. Dans ce contexte, ce n’est pas
étrange que l’on cherche à grouper tout ce qui est criminel sous une catégorie de
comportements qui est due à des aspects de différences ou d’infériorité biologiques.
Rapport entre le niveau d’évolution de l’individu concerné et sa propension à commettre des
actes criminels. Cette association cherche à établir que plus on a de caractéristiques non-
développées, et plus on est susceptible de commettre des actes criminels. Cette ouverture de la
porte vers l’explication biologique était de plusieurs façons mal comprise : parce qu’elle a une
ambition scientifique, chose qui n’est pas évidente. Les gens qui se lient au 19 ème siècle autour
de ça sont des gens qui veulent traiter le crime en tant que maladie. Nous avons une première
affirmation qui se veut scientifique du fait qu’attribuer un acte criminel à la volonté de son
auteur n’est pas si simple que ça et plus encore de l’idée que nous ne sommes pas tous égaux
face aux comportements criminels. Cela, de plusieurs façons n’est pas juste car ce type de
positivisme porte sur la causalité du comportement criminel et non pas sur le traitement de ce
comportement.
On peut identifier de l’âge le plus tendre, les enfants qui sont susceptibles de développer un
comportement déviant et agir pour renverser cette perspective. Immédiatement, beaucoup de
gens lient cela à des tendances d’eugénisme (il s’agit d’éliminer des catégories de la
population, les plus faibles, les moins adaptés…) et cela rend très souvent la recherche
impossible.
Deuxièmement, il y a un autre aspect qui s’est ajouté depuis les 60’s et qui porte sur la
reconstitution génétique et l’hérédité. Là encore, les choses dites par les gens qui cherchent à
approcher le sujet de façon scientifique, sont souvent représentés avec un simplisme tout à fait
regrettable dans les médias, ce qui diabolise encore une fois la recherche sur un tel lien
biologique génétique.
Les études dans ce domaine ne sont pas faciles et comme il y a un risque fort d’accusation, les
scientifiques ne tentent pas beaucoup la recherche sur une telle association. Toutefois il est
assez clair que l’avenir de cette approche, comme de beaucoup d’autres, dépend de nos
connaissances sur le cerveau humain. Le positivisme de l’approche individuelle biologique a
été lié à l’eugénisme par des tendances non pas de punition mais d’élimination des parties de
la population considérées comme susceptibles de commettre des actes criminels peu importe
le contenu chaque fois souvent lié à des maladies mentales ou des retards mentaux. Il y a eu
très peu de tentatives d’éliminations directes basées sur des théories de pureté raciale et
génétiques. Les nazis qui ont pratiqué cette élimination ne se considéraient pas comme des
criminels mais considéraient les autres comme des gens susceptibles de commettre des
crimes. Sinon les tendances eugénistes par rapport à cette vision biologique porté par la non-
procréation et donc parfois la stérilisation des individus qui étaient considérés comme
appartenant à ces catégories.
Une autre partie du positivisme individuel porte sur la personnalité dans le sens
psychologique et psychiatrique : dans l’émergence de ces disciplines il y a des théorisations
concernant la formation de la personnalité : l’impact de différentes théorisations
psychologiques et psychiatriques sur la criminologie crée ce courant selon lequel la
personnalité se forme très tôt dans la vie et est donc déterminée par ce qui se passe jusqu’à
l’âge de près de 5 ans où effectivement on attribue à la future personne toute la configuration
de la personnalité et ici on a toutes les nuances des théories autour de cette formation.
Dans ce contexte de détermination psychologique, nous verrons d’autres façons de voir le
développement de la personnalité qui reviennent plus ou moins à la socialisation
Ex : la tolérance de la frustration : la capacité de ne pas dépasser des limites posées quand
l’objectif que l’on a nous est autrement inaccessible, souvent invoquée sous le terme de la
théorie du contrôle (de soi), cette approche donne à l’individu un profil déterminé par son
environnement mais sans s’arrêter sur les raisons pour lesquelles cet environnement n’a pas
pu doter l’individu de cette capacité de contrôle de soi. Dans les deux formes de positivisme
individuel (biologique et psychologique), ce qui est commun, c’est l’insistance sur une
compréhension tout à fait simpliste et non-critique du comportement déviant et aussi la
tendance à se concentrer sur l’individu (et non pas la société) en tant que porteur du potentiel
criminel.
Attention : c’est faux d’attribuer à ces types de théorisation, une accusation selon laquelle la
société n’est pas présente car elle l’est mais par la socialisation de l’individu.
Approche biologique et formes de détermination qui sont systématiquement critiquées, surtout
par les sciences sociales : aujourd’hui, la génétique avance de façon formidable et elle
commence à aborder le mécanisme de notre interaction avec notre environnement car il y a
aujourd’hui un tel domaine de recherche que les pics génétiques nous dit que notre corps
change sa constitution selon les conditions (on n’existe pas en tant que tel, on existe dans nos
conditions). Tandis que les sciences sociales (y compris la psychologie) restent aveuglées
dans leurs critiques des sciences biologiques sur le plan du comportement, les sciences
biologiques avancent de façon de plus en plus fiable sur le terrain social pour expliquer les
choses que nous savons quand même tous. Sur le plan du développement de la personnalité,
évidemment on est encore assez loin de la compréhension du fonctionnement de notre cerveau
et donc nous ne pouvons pas facilement évaluer les étapes critiques de la formation de la
personnalité. Toutefois, le rapport avec la règle et donc la déviance semble être présent de
façon uniforme chez nous plus précisément en passant par une distribution qui serait
compatible avec le seuil de socialisation auquel nous sommes confrontés. On peut imaginer
que dans les différentes classes sociales, la distribution des tendances déviantes serait la
même que son expression par des actes de transgression de la loi serait différente pour des
raisons d’opportunité. Nous avons pu comprendre comment il est possible de saisir la société
dans sa dimension normative en se penchant sur l’individu.
Positivisme social ne veut pas nécessairement dire déterminisme social dans le sens qu’une
explication de la déviance peut être adéquate en se référant à la société sans pour autant
affirmer que la société détermine fortement le comportement de chaque individu.
Théories autour de l’écologie sociale, écologie sociale dans le sens que l’on doit regarder des
grandes concentrations sociales sous une perspective non pas d’homogénéité mais de
différenciation, c’est-à-dire qu’en regardant plus en détail des grands environnements sociaux
on peut révéler leur dynamique sociale et comprendre dans ce contexte beaucoup de choses
sur le crime, la criminalité, la déviance… Il y a quelques précurseurs mais le moment de la
force critique pour cette théorisation est vraiment le début du 20ème siècle avec les travaux de
la célèbre école de Chicago où effectivement la sociologie y compris la psychologie sociale,
passe par un regard fortement écologique (sens scientifique). Donc il y a toute une série de
travaux qui défend l’idée que les endroits liés avec la déviance sont toujours les mêmes tandis
que les habitants changent, notamment des gens trouvent que les nouvelles vagues
d’émigrants qui peuvent être d’une origine ethnique différente des précédentes, remplacent
des vagues précédentes dans l’habitation du même quartier de la ville tandis que la criminalité
persiste. Ils se disent donc qu’il y a quelque chose qui est lié au lieu-même qui produit cet
effet plutôt que la constitution sociodémographique de la population. A partir de cela, ils
développent aussi un modèle qui montre la ville organisée de façon concentrique sur le plan
des classes et donc un mécanisme selon lequel les classes plus réussies se déplacent vers des
quartiers où il y a moins de déviance en étant remplacées par des pauvres pour lesquels le
modèle déviant continue. Dans cette explication on essaye d’ajouter des facteurs d’écologie
sociale : l’idée que les migrants sont moins adaptés quand ils arrivent et que donc leurs
enfants étant plus adaptés qu’eux-mêmes, échappent à leur contrôle. Il y a plein d’analyse
dans ce sens-là pour arriver à construire l’idée selon laquelle quand un environnement social
devient sujet à la criminalité, il subit une continuité, une dynamique cyclique qui reproduit
cette déviance. Evidemment le modèle ne s’applique pas avec la même précision dans les
villes d’aujourd’hui mais de façon intéressante la notion du mauvais quartier reste. Cela donc
pourrait nous conduire à penser que cette dynamique se lance pour une raison initiale liée
éventuellement à la migration, à la pauvreté… et après elle continue parce qu’il n’y a pas
assez d’obstacles, de forces opposées pour la contraindre. Pourquoi ? Parce qu’elle fait partir
tous les gens qui sont non-déviants et qui ont le moyen de partir. A l’intérieur de cela, il y a
des interrogations pratiquement tabous dans les sciences sociales par exemple les cultures
ethniques (tous les migrants et toutes les origines ne sont pas les mêmes), il y a des catégories
de migrants d’origine ethnique spécifique qui ne réagissent pas de la même façon.
La dynamique de prolifération, selon laquelle la déviance se concentre et la non-déviance
aussi (elle fuit). Cela met en question une dimension d’homogénéité sociale que par exemple
l’Etat aime attribuer à la société.
Autre position : la théorisation de la tension et d’une certaine façon de l’anomie : ici nous
avons une explication de la déviance par le rapport entre société et individu mais cette fois,
sur le plan de possibilités offertes à l’individu qui aurait des tensions développées au départ
par Neyton, affirmant que la société propose à l’individu les opportunités en représentant sur
le plan symbolique ce que l’individu peut espérer devenir. Le problème, selon les théories des
tensions, arrive quand nous avons un manque de correspondance entre ce que la société
présente comme objectif légitime et les probabilités de sa réalisation.
Exemple : le rêve américain, qui arrive dans toute société mais de façon assez intense dans la
société américaine. On prétend que tout le monde doit avoir une égalité de chances et qu’avec
du travail et du talent, il peut aboutir, même au plus haut niveau, à la stratification sociale.
Donc cette tension entre la condition réelle et la condition projetée comme légitime désoriente
l’individu en le mettant dans une condition d’effondrement normatif parce qu’il est
maintenant, dans la plupart des cas, en échec par rapport à quelque chose qui lui était présenté
comme réalisable voire due. Donc cela fragilise fortement le rapport de l’individu avec la
société car ce dernier rejette une culture sociale qu’il considère maintenant comme fausse.
Cela veut dire qu’une partie des personnes qui vivent mal ce rapport d’échec avec leur
aspiration légitime transgresserons les limites et se trouveront déviants.
10/12/12
Théorie des processus sociaux, théories d’apprentissage social.
La base commune de ces théories porte sur le fait que l’individu est à l’origine relativement
ou totalement blanc (pas déterminé) et le contact avec son environnement lui donne les
principaux aspects de socialisation notamment le rapport avec la règle et les normes et par
conséquent, sa tendance à la déviance ou non. On peut séparer ce courant théorique en deux
grands sous-courants : l’un qui se concentre sur l’individu et l’autre qui se concentre sur
l’interaction sociale. Premièrement, sur l’individu, on commence à traduire ou à être influencé
en criminologie par les idées de SKINNER, on commence à voir l’individu de plusieurs
façons comme un être qui n’a pas particulièrement tendance à observer le réel et observer la
loi et qu’il apprend ça par les limitations posées par les structures qui l’entourent notamment
la famille et la communauté. Il était possible d’aborder toute la gamme des positions
théoriques qui en découlent mais surtout 2 aspects : le premier qui aboutit à la théorie de la
neutralisation surtout celle de MATZA selon lequel le rapport avec la déviance criminelle
passe par la capacité de neutraliser les aspects et les conséquences négatives qu’a le crime
pour l’auto-appréciation de son auteur, d’où la notion de la neutralisation, on neutralise le
blâme associé au crime, donc plusieurs étapes, par exemple le dénis de conséquences sur la
victime, le dénis de l’importance de l’action pour la société, l’accusation et la critique, le
discours développé par l’infracteur pour se convaincre qu’il est dans son droit de faire ça et
que c’est juste, et sinon pas juste au moins un comportement proportionné face au
comportement des autres. Une autre façon de voir l’individu en tant que quelqu’un qui, pour
ne pas être déviant, devra subir très tôt des limites et la théorie dite du contrôle de soi dont les
auteurs les plus influents étaient ( ?) : la conformité vient à l’individu en tant qu’apprentissage
des limites aboutissant à sa capacité de se contrôler, se maitriser et donc ne pas rechercher la
façon la plus immédiate pour se satisfaire. Cette idée est associée avec la capacité de retarder
la récompense. On apprend à se limiter soit –même et comme ça on se conforme à la façon
sociale de faire qui exige un niveau d’empathie. Effectivement il y a des arguments par
rapport à cela concernant l’importance de l’éducation, selon lequel les limites doivent être
posées de façon fermes très tôt, et des commentaires aussi sur des façons diverses de faire ça :
par exemple, l’école, dans son rôle traditionnel, fait ça mieux que la famille parce que les
enseignants sont moins impliqués émotionnellement que les parents et détectent plus
clairement les tendances à la déviance de l’enfant. Le courant qui concerne cette
compréhension d’apprentissage individuel mais en tant que processus social, est influencé par
les travaux sur l’interaction symbolique et la phénoménologie. Ici nous avons le même
individu encore une fois relativement flexible mais cette fois la formation viendra des
interactions avec les autres, la société. Dans l’interactionnisme, on voit le monde social
comme un apprentissage des divers rôles dans diverses situations donc on manipule des
symboles pour jouer efficacement ces rôles et du coup on se rend efficace dans les rôles qui
sont requis par notre environnement social. Ainsi la déviance serait une partie de cette
adaptation interactionnelle. La théorie de l’étiquetage ou de la stigmatisation, avance cela
d’un pas en nous disant que nous arrêtons les uns les autres dans un rôle spécifique, nous
attribuons donc des étiquettes à une partie de la société qui, inévitablement, se comprend
ensuite comme telle et assume ce rôle.
Une autre façon, plus générale, c’est le constructivisme social : tendance théorique selon
laquelle les phénomènes sociaux construisent la perception que nous avons de la société de
nos rapports et de nous-mêmes. Donc on est dans une posture critique pas dans le sens
politique du terme mais dans le sens de la dynamique sociale qui serait à l’origine de la
construction de la ligne entre normalité et déviance. Evidemment, si on voit la société de cette
façon, on voit aussi l’auteur de l’infraction comme quelqu’un qui est sujet à cette construction
sociale.
Théories critiques : théories qui ont à voir avec la conception socialiste ou anarchiste de la
société et donc là nous entrons dans un contexte selon lequel le crime lui-même n’est pas une
catégorie politiquement neutre mais représente le pouvoir des classes et l’organisation des
institutions selon ce pouvoir, cad la mise hors la loi de ce qui menace les intérêts des classes
qui sont assez puissantes pour imposer les règles. Ainsi donc la loi en général et la loi pénale
est un outil de domination sociale et politique et l’imposition des limites légales est en vérité
une gestion politique des intérêts économiques et sociaux. Evidemment, selon le contexte
politique qui inspire une telle critique, on a deux considérations en ce qui concerne la
possibilité d’établir une loi pénale juste : pour l’orientation théorique, socialiste, cela ne peut
venir que par la réalisation de la société communiste tandis que pour la théorisation
anarchiste, cette justice ne peut venir que par l’abolition du pouvoir non seulement étatique
mais institué en général. A partir des 70’s, nous avons de nouvelles conditions dans le monde
occidental, d’un côté une abondance post-industrielle, et de l’autre une tension entre la gauche
de pays occidentaux et le socialisme impliqué. Ce sont les conditions de naissance de
nouvelles perspectives. Un nouveau volet de la psychologie critique portera sur les théories
féministes selon lequel tout le domaine de la normalité et de la déviance est créé, géré, et
projeté dans la société entièrement sous l’influence de la domination masculine et donc la
meilleure façon de le repenser serait un monde où cette domination disparaitrait largement.
Un courant encore plus critique à l’intérieur de ça nous dit que le monde souhaité n’est pas un
monde où les femmes auraient le pouvoir au lieu des hommes mais un monde qui
correspondrait à une conception féminine de la société et des rapports sociaux et qui donc
produirait un autre univers dans lequel on penserait la conformité, la déviance, et
éventuellement la punition.
Les théories criminologiques post-modernes portent sur l’idée essentielle que nous opérons
dans nos rapports sociaux sur des récits et donc c’est le discours (façon d’énoncer la condition
du monde) qui détermine la normativité et la déviance et donc il n’y a pas de sortie, la seule
possibilité étant des « constructions » : émettre des pensées et des hypothèses critiques qui
montrent comment un discours s’est créé, quels sont ses fondements et donc quels sont les
billets qu’il produit chaque fois et selon lesquels chacun de nous absorbe la réalité en
l’occurrence la ligne qui sépare la conformité et la déviance et qui impose une punition.
Pensée critique et étiolée qui nous amène à l’incapacité de considérer l’infraction pénale en
tant que quelque chose de tangible, réel, qui permet de prendre de graves décisions pour y
faire face. Nous verrons d’un côté l’érosion de valeurs sociales qui étaient considérées comme
acquises et donc le développement en réaction d’un discours sur la sécurité qui divisera à
nouveau la société et les experts en produisant tous les phénomènes contemporains (peur de
victimation, approches comme tolérance 0).
La grande conclusion à tirer de tout cela, est que la perception du crime suit les évolutions
historiques et idéologiques plus générales et se trouve fortement influencée aussi par les luttes
politiques, ce qui nous incite à penser qu’aujourd’hui aussi notre façon de voir la déviance
criminalisée reflète assez fréquemment les conditions sociales politiques et économiques dans
lesquelles nous nous trouvons.