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COLLECTION DES UNIVERSITÉS DE FRANCE

publiée sous le
patronage de rASSOClATION GUILLAUME BUDÉ

PLATON
OEUVRES COMPLÈTES
TOME IV — 3« PARTIE
PHÈDRE

TEXTE ÉTABLI ET TRADUIT


m
Léon ROBIN
Professeur à la Sorbonne.

PARIS
SOCIÉTÉ D'ÉDITION « LES BELLES LETTRES

q5, boulevard raspail


ig33
Tous droits réservés.
statuts de l'Association Guillaume
Conformément aux
Budé, ce volume a été soumis à l'approbation de la
commission technique, qui a chargé M. Louis Méridier
d'en faire la revision et d'en surveiller la correction en
collaboration avec M. Léon Robin.

[Link]
PHÈDRE

844287
NOTICE

LE PHÈDRE

Entre le Banquet et le Phèdre la rcla-


l * on est une ^ e ce ^ es < U ' nous son t I e
et te Phèdre I

plus familières dans tous les deux en


:

effet il est
parlé de l'amour et ce sont eux qu'on utilise pour
définir la conception que s'en fait Platon. Toutefois, ainsi
la relation n'est
comprise, peut-être qu'extérieure et superfi-
cielle. Sans doute n'est-il pas faux de dire que l'amour est
le sujet du Banquet ;
mais c'est une question, comme on le
verra (section ///), de savoir s'il en' est pareillement du
Phèdre. Bien plus, même à propos du premier, on avait pu
se demander (Notice p. xcn, n. i) s'il ne s'y cachait pas une
autre intention, celle d'opposer, sur ce thème, le point de
vue de la
Philosophie à celui des Sophistes et des Rhéteurs.
Cette intention se dévoile et prend corps dans le second dia-
logue, où décidément le problème de l'amour semble bien
n'être pour Platon qu'une occasion de dire comment il conçoit
la culture et
l'enseignement, d'une façon qui contraste vive-
ment avec l'idée qu'on s'en faisait dans les écoles de rhéto-
rique. Il en résulte d'ailleurs, ainsi qu'on essaiera de le
montrer plus tard (Notice, p. cxxxv sqq.), un approfon-
dissement et un élargissement de la conception même de
l'amour par la nécessité, ouvertement reconnue, d'y intro-
duire une théorie de l'àme. Il est possible aussi que, dans le
Banquet, cette nécessité fût déjà entrevue, si vraiment la
•connaissance de l'âme humaine est, comme je l'ai pensé
ii PHÈDRE
(p. 92, n. 1 et Notice, p. vu), la condition qui permettrait
au même homme d'exceller également dans l'art
tragique et
l'art
comique. En tout cas ce qui, d'après le Phèdre, fait
l'infirmité del'art de la
parole, en général et tel qu'il est
présentement constitué, c'est justement l'ignorance où il est
du rapport de ses moyens d'action avec la nature vraie des
âmes humaines.
L'authenticité du Phèdre n'a pas plus
Authenticité .

besoin d être d iscutée que ce u e du Ban ,


GZ CL3.Z& (iP

la composition.
( uet
l
E,,e st
garantie, d'abord par
\ f
plusieurs références aristotéliciennes,
soit avec le titre seul, soit avec le nom seul de Platon 1 ,

ensuite parla tradition unanime de l'Antiquité. La question


délicate, c'est de savoir à quelle époque Platon l'a écrit. Il
y a dans ce dialogue une telle allégresse de vie, une si grande
fraîcheur de jeunesse qu'on a pendant longtemps ajouté foi
à une allégation rapportée par quelques écrivains anciens
i
d'époque tardive que le Phèdre serait le premier ouvrage
,

de Platon, antérieur même, disent certains, à la mort de


Socrate et datant de sa vingt-cinquième année environ. Celte
opinion, à la vérité, avait rencontré des adversaires mais ce ;

sont les travaux des Stvlisticiens qui l'ont le plus fortement


ébranlée. On ne peut dire cependant qu'ils lui aient porté
le coup de grâce et qu'il y ait rien d'entièrement décisif
dans les résultats auxquels a conduit la comparaison de la
langue du Phèdre avec celle de dialogues que leur parenté
stylistique avec les Lois a fait reconnaître eux-mêmes comme

1. Pour le
premier cas: Rhet. III 7 fin (à propos de l'emploi
ironique de la langue de la poésie). Pour le second Top. VI 3, :

i4o b 3 sq. ; Metaph. A


6, 1071 b, 3i-33, 37 sq. ces textes, les A
seuls que mentionne Bonitz (Index 598 b, 25 sqq.), il faut sans doute

ajouter deux autres passages, qui semblent viser le Phèdre mais où


Platon n'est même pas nommé Phys. VIII 9, 265 b, 3 2-266 a, 1 et
:

De an. I 2, 4o/i a, 20-25.


Diogène Laërce III 38; Hermias, Commentaire du Phèdre
2.

p. 9,1 4-ï
9 Couvreur; Olympiodore (le Jeune) Vie de Platon (vol. VI
du Platon d'Hermann, p. 192 s. med.), témoignage qui se confond
avec celui de la Scholie à 2 27 a (Hermann p. 262), d'après le commen-
taire surPremier Alcibiade; car la 1 je de Platon est elle-même
le

extraite de ce commentaire (cf. l'éd. de ce commentaire par Creu-


zer II, p. xviii n. 2 et p. 2). Cf. Notice p. lix.
NOTICE m
tardifs : une statistique brutale des particularités verbales

risque en de méconnaître les altérations apportées dans


effet
la prose du second discours de Socrate par le seul parti-pris

poétique qui le domine d'un bout à l'autre. Encore moins


déterminantes pour renoncer à voir dans le Phèdre une œuvre
de jeunesse seraient d'ailleurs les raisons tirées des rapports
personnels entre Platon et Isocrate on verra plus tard
:

combien elles sont fragiles (p. clxxii sqq.). Une discussion


sur ce point entraînerait donc (ort loin aussi me conten- :

terai-je de quelques indications sur la position que me


semble avoir le Phèdre dans l'œuvre de Platon. Tout compte
prétendue objectivité sur des matières historiquement
fait, la
si obscures n'est, je crois, qu'une chimère aux vraisem- :

blances qu'on a pu obtenir s'en opposent d'autres, et l'attirail


de dates dont chacun étaie sa conviction est un trompe-l'œil.
Aussi m'appuierai-je uniquement sur l'analyse interne et sur
des considérations relatives au contenu subjectivité pour :

subjectivité, celle-ci se reconnaît au moins pour telle.


En premier lieu, je crois le Phèdre postérieur au Banquet.
Si c'était l'inverse,on comprendrait mal que, dans un dia-
logue spécialement consacré à l'amour, Platon en eût dépouillé
la théorie de
développements qui, sans la modifier, lui donnent
cependant toute sa portée. D'autre part, à supposer que Pla-
ton eût déjà écrit cet entretien de Socrate avec Phèdre sur
l'amour et à propos d'un Érôticos de Lysias, aurait-il pré-
senté dans le Banquet comme il l'a fait (177 a sqq.) les

plaintes de Phèdre sur la négligence des auteurs à l'égard


d'un tel sujet? On pensera bien plutôt que, en donnant ici
pour interlocuteur à Socrate Phèdre, et non pas un autre, il
s'est souvenu des
plaintes dont il s'agit il
y aurait donc là
:

un renvoi implicite au Banquet. Il y en a d'ailleurs d'autres


et qui sont plus manifestes Phèdre est celui des hommes de
:

son temps, exception faite pour Simmias le Thébain, qui a


fait se
produire le plus de discours (242 ab) et, à ce titre, il
mérite d'être appelé « le père de beaux enfants » (261 a) 2 .

1. On la trouvera dans ma Théorie platonicienne de l'Amour (1908),


63-109. ^oi 1 UD* excellente mise au point de
"

p. la
question dans
A. Diès Autour de Platon, p. a5o-a55.
2. Cf. Banquet, Notice, p. xvn et, ici, p. 27 n. 2. L'interpré-
tation que j'ai
donnée de xaXXi^ai? n'est qu'une de celles que propose
iv PHÈDRE
Enfin nombre de passages du Phèdre ne prennent, je crois,
tout leur sens que si on les rapproche du Banquel 1 .

Mais une deuxième question se pose aussitôt le Phèdre :

est-il immédiatement consécutif au


Banquet P C'est ce que
suppose le plan de cette édition de l'œuvre de Platon (vol. I,
p. i3), en mettant le Phèdre entre le Banquet et la Républi-
que. Mais on a eu soin d'ajouter que la chronologie sur
laquelle se fonde ce plan est conjecturale sur une question :

aussi controversée que celle de la place du Phèdre la sagesse


était donc de prendre un
parti moyen et, d'autre part, de ne
pas le séparer d'un dialogue dont le sujet est voisin. Il n'en
reste pas moins que l'antériorité du Phèdre par
rapport à la
République n'est nullement hors de question. Mon sentiment
personnel est qu'au contraire il lui est postérieur. D'abord il
est psychologiquement peu vraisemblable
que, aussitôt après
le Banquet, Platon ait senti le besoin d'en
élargir la doctrine
pour tracer une image, inégalement poussée sans doute, de
la culture
philosophique dans son ensemble et pour l'opposer
à la culture rhétorique un temps de méditation semble
:

nécessaire. Cet intervalle assurément pourrait avoir été vide


de tout écrit. Si en revanche il existe un ouvrage sans lequel
le Phèdre serait souvent inintelligible, c'est dans l'intervalle

qu'il faudra placer celui-là. Or, c'est ce que je voudrais


maintenant établir, la République satisfait justement à cette
condition et, par conséquent, le livre I étant supposé déjà
écrit depuis longtemps, la composition de ce grand dialogue,
en un seul ou en plusieurs moments, me parait avoir assez
abondamment rempli cet intervalle pour donner à l'élargis-
sement dont je parlais le temps de se préparer. Ceci se véri-
fiera peu à
peu par la suite. Dès à présent je dirai que le
mythe de l'attelage ailé serait difficilement intelligible si la
tripartition de l'âme, au livre IV de la République, ne per-
mettait de l'interpréter admet-on que le mythe a précédé
;

Hermias (323, 17 sq.), mais c'est celle que développe Plutarque

Quaest. platon. II 1, 1000 f sq. — Voir en outre, à propos de 228 b


la n. 1 de la
p. 3.
Voir p. ii n. 1 fin p. 18 n. 3 ; p. 19 n. 1 ; p. 22 n. 1 p. a3
1. ; ;

n. 3 ; p. a5 n. 1 ; p. 28 n. 3 p. 46 n. 3 p. A7 n. 1
; p. 02 n. 1,2
; ;

et 4 p- 53 n. 1 fin
; p. 68 ni 1
; p. 96 n. 1. Cf. aussi Notice
;

p. lxix sq., les notes de p. lxxii, p. civ n. 2, cxxix etc.


NOTICE v

l'explication ? On devra nier alors le caractère de nouveauté


que, selon moi, Platon a incontestablement attribué à cette
explication (cf. p. cxvn sqg.). Sur le problème de l'immorta-
lité de l'âme, il
y a dans la République des témoignages visibles
d'embarras (cf. p. cxxv) ne seraient-ils pas fort étranges
;

après la démonstration du Phèdre, puisque celle-ci est conser-


vée par Platon à la fin de sa carrière, quand il achève les
Lois(X. 8g4 e-8g5 c, 896 ab) ?
L'eschatologie du Phèdre serait,
sur certains points, bien énigmatique sans l'eschatologie
du livre X de la République, notamment la combi-
similaire
naison du choix avec le tirage au sort pour les âmes qui
vont commencer une nouvelle existence terrestre (249 b) de ;

même, dans des prédestinations, la place du


la hiérarchie

tyran au neuvième et dernier rang de l'échelle (2^8 e ;


cf.
p. xc). Enfin il ne me parait pas douteux que le « lieu
supra-céleste » du Phèdre ne soit rien d'autre qu'un doublet

mythique du « lieu intelligible » de la République (VI 5o8


bc, 5og d VII 517 b), et il n'y a d'autre différence, de la
'
;

République au Phèdre, pour la situation dans laquelle est ce


lieu par rapport au ciel astronomique, qu'une plus grande

précision et une affinité plus marquée avec la psycho-astrolo-


gie du Timée et des Lois.
C'est qu'en effet le Phèdre présente de remarquables res-
semblances avec les dialogues de la dernière période. Je
laisse de côté le
point de vue stylistique et je reconnais à quel
ils diffèrent dans la forme littéraire mais il y a des
point ;

ressemblances de fond sur lesquelles il est impossible de


fermer les yeux. N'est-ce pas tout d'abord un fait significatif
que l'aspect, vraiment nouveau en dépit de certaines anticipa-
tions de la République,
que prend dans le Phèdre la dialectique
avec l'importance prépondérante de la méthode de division,
soitprécisément celui que développent avec prédilection le
Sophiste et le Politique, celui sur le sens profond duquel le
Philèbe (16 c-e) insiste avec tant de force (cf. p. cliv sqq.) ?
En affirmant la supériorité de la dialectique, sous le rapport
de l'exactitude, sur tous ceux des autres arts où il
y a le plus
d'exactitude, ce dernier dialogue précise d'ailleurs, non sans
solennité, que la rhétorique est à cet égard complètement

1. Contrairement à ce que j'ai


dit par erreur dans la Théorie pla-
tonicienne de l'Amour, p. 84-
vi PHÈDRE
hors de cause (58 a-d). Bien plus, c'est de cette méthode
même du Phèdre que
Lois (XII 966 a et cf. p. clvii) exi-
les

gent une parfaite possession chez les magistrats du Conseil


Nocturne. On aura dans la suite plusieurs occasions particu-
lières de rapprocher Phèdre et Philèbe (p. 59 n. 1, p. 61 n. 2,
p. 87 n. 1). De son côté le Politique éclairera, lui aussi, cer-
tains points obscurs (p. cxv) tout ce qui y est dit des carac-
:

tères de l'art (283 c-287 b) développe des indications, encore

imprécises, du Phèdre sur le même sujet. Quant au Timée,


il est difficile d'en
exposer la doctrine sur l'âme sans se réfé-
rer constamment au Phèdre, et la réciproque, on le verra,
n'est pas moins vraie. Au surplus, quand le Phèdre affirme
solennellement (269 e-270 c) qu'il n'y a pas de vraie rhéto-
toriquc capable d'agir sur les âmes, non plus que de vraie
médecine capable d'agir sur les corps, sans la connaissance
de la relation qui unit au Tout l'âme aussi bien que le corps,
n'y a-t-il pas là comme une annonce du Timée? Le dialecti-
cien philosopbe qui à la rhétorique empirique veut en sub-
stituer une autre, telle qu'elle soit un art éducateur fondé
sur la science, devra donc préalablement connaître la Nature;
or cette exigence est celle à laquelle répond le Timée. Enfin
nous avons vu tout à l'heure comment le livre X des Lois
ne retient qu'une seule preuve de l'immortalité, qui est jus-
tement celle du Phèdre. Tant de points de contact entre notre
dialogue et ceux de la vieillesse conduisent donc à penser
que, postérieur au Banquet et à la République c'est de ceux-là
,

d'autre part qu'il est le plus voisin'.


Schleiermacher avait cru trouver dans le Phèdre le
pro-
gramme de toute la philosophie de Platon, programme tracé
dans l'enthousiasme d'une jeunesse inspirée; chaque dialogue
venait à son tour développer un des points de ce programme.
L'invraisemblance psychologique d'une telle conception suf-
firait à la condamner.
Cependant il n'était pas faux de
regarder le Phèdre comme un raccourci de l'ensemble c'est :

qu'en effet le
dialogue retient beaucoup dupasse, notamment

1. Je dois pourtant renoncer à la 'témérité de mon ancienne


conjecture (op. cit., p. ii4-ii8): je n'oserais plus aujourd'hui
considérer tout ce qui, dans le Phèdre, s'apparente à la doctrine des
derniers dialogues ou, tout au moins, du Timée, comme un rappel
sommaire de ce qui a été établi dans ceux-ci.
NOTICE vu

du Phédon, du Banquet et de la République, et qu'en même

temps il
présage et définit l'avenir. L'erreur de Schleierma-
eher a été de s'imaginer une telle anticipation figeant, pour
cinquante ans au moins, la pensée de Platon dans un moule
préfiguré. Or
les développements méthodologiques ou doctri-
naux que Phèdre anticipe sont au contraire tout proches, et
le

le
programme ou le plan qu'il en trace est pour être réalisé
dans la dizaine d'années qui suit. En plaçant ainsi le Phèdre
après le Banquet et la République, je suis amené à le rappro-
cher du Théétète ce sont des dialogues du même type et qui
:

semblent devoir se situer à peu près de même, tant par rap-


port aux dialogues de la maturité qu'à ceux de la vieillesse.
Le Théétète est d'un charme exquis dans le mouvement du
dialogue et dans la façon dont il s'engage s'il est, comme ;

on le pense assez généralement, un peu postérieur à 36q, il


atteste chez un homme qui ainsi toucherait à la vieillesse une
merveilleuse intensité de vie, un irrésistible entrain de la

pensée ;
d'une polémique serrée, pressante non sans
à côté

causticité, on y trouve une méditation, vibranted'enthou-


piasme, sur ce modèle divin qu'il faut s'efforcer d'imiter, une
imprécation vengeresse contre le modèle humain loin duquel
on doit s'écarter. Du Phèdre ou du Théétète, lequel placera-
t-on le premier? En faveur de l'une ou l'autre solution on ne

présumerait rien que de fragile. Ce qui importe surtout


d'ailleurs, c'est de souligner la signification du rapprochement

conjecturé. Dans le Théétète, Platon suppose la rencontre


de Socrate jeune avec le vieux Parménide et avec Zenon
(i83 e) fiction sur laquelle est construit le Parménide. Que
:

celui-ci soit ou non antérieur au Théétète, à tout le moins


y
a-t-il dans ce dernier (180 d-181 b, 84 a) une intention
1

déclarée de disjoindre l'Lléatisme de toutes les autres doctrines

philosophiques pour en faire l'objet d'un examen spécial il ;

y a même l'annonce d'un essai de synthèse, qui se fera autant


aux dépens de l'Eléatisme que de ce qui s'y oppose. Or c'est
ce qui sera réalisé par le Sophiste et,
pour autant qu'il définit
les rapports de l'Un et du
Multiple, par le Philèbe. De plus,
en distinguant comme il le fait sensation et science, le Théétète
détermine, au moins négativement, à quelles conditions il peut
exister un vrai savoir concernant les
phénomènes de la nature,
objets de la sensation ainsi il serait comme une préface épisté-
;

mologique au Timée. Enfin, si les difficultés du problème


vin PHÈDRE
de l'erreur sont mise.? en pleine lumière par le Thèètète,
c'est au Sophiste qu'il
appartiendra de fournir la solution.

De son côté, en montrant que l'amour est dans l'âme le lien
du sensible avec l'intelligible, que ce ne sont pas là deux
mondes qui se nient mutuellement, le Phèdre prend une posi-
tion antagoniste de celle des Éléates ainsi en effet
;
il récon-
cilie le non-être de la sensibilité avec l'être de l'Idée. Ce savoir
secret dont le Théélètedit que chaque âme est grosse a
nous
pour pendant le
pouvoir latent de s'élever que, d'après le
Phèdre, gardent toujours les ailes de celle-ci, desséchées et
durcies par son union à un corps de terre: double expression
mythique, par conséquent, d'une idée à laquelle le Sophiste
donnera sa forme dialectique. De plus, la méthodologie du
Phèdre semble complémentaire de l'épistémologie du Thèètète.
Enfin, tandis que ce dernier envisageait l'affection sensible,
le Tiaôo;, sous son aspect de sensation, d'état individuel et
momentané qui, sans l'acte synthétique du jugement,
n'est à aucun degré une connaissance, l'autre la considère
sous d'une jouissance, qui n'est pas le véritable
l'aspect
amour ou qui n'en est qu'une dégradation. D'autre part, en
un passage (258 e et p. 5g n. i) qui rappelle une analyse de la
République, il prélude au développement que cette analyse
doit recevoir dans le Philèbe.
En somme ce seraient là deux dialogues en quelque mesure
parallèles, et pareillement liminaires. Avant d'entrer dans
des voies qui, préparées de longue date, n'en sont pas moins
nouvelles, il semble que Platon ait voulu régler ses comptes :

dans le Thèètète, c'est avec certaines écoles philosophiques,


hormis toutefois celle sous la pression de laquelle il s'enga-
geait justement dans ces chemins nouveaux dans le Phèdre, ;

c'est avec les écoles des rhéteurs. Les deux dialogues se pla-
ceraient donc dans la période qui précède le départ de Platon,
au printemps de 366, pour son deuxième voyage en Sicile.
Toute tentative pour préciser davantage serait arbitraire.

Mais, si la
République a, commeprécédé le Phèdre
je le crois, ;

si le
Banquet est de 385 ou de 38o environ, écho plus ou
moins attardé de la fondation de l'Académie (cf. Banquet,
Notice p. ix n. a et p. xci sq.) si l'on réfléchit aux tâches
;

absorbantes que sa fonction de Chef d'École dut imposer à


Platon, on pensera qu'entre le Banquet et le Phèdre il a dû
s'écouler un intervalle qui ne peut être inférieur à une dizaine
JNOTIGE jx

d'années au moins. Notre dialogue suppose en effet une


conscience précise des besoins de l'enseignement, des expé-
riences faites sur les procédés les plus féconds de la dialec-

tique, bref toute une organisation méthodique de la culture.


Or cela n'apparaissait pas dans le Banquet ; d'autre part,
l'éducation des philosophes telle que la décrit le livre VII
de la République, ne dessinait que des fondations ou les plus
grandes lignes de ce qui doit être le couronnement de toute
éducation libérale. Mais peut-être aussi, et pour les mêmes
raisons, le Phèdre atteste-t-il chez Platon une soif de délasse-
ment, la joie qui suit l'achèvement d'une longue tâche et

qui impatiente de se déployer en un mouvement aisé et


est
libre de la pensée; bref tout ce qui a déterminé Wilamo-
witz à intituler « Un heureux jour d'été » le chapitre de son
:

Plalon qui est consacré à notre dialogue '.

II

QUESTIONS D'HISTOIRE

Peut-être n'est-il pas très nécessaire de


chercher à dater la scène du Phèdre :
de la scène
ne suffit-il pas, tenant compte de l'allu-
sion qui y est faite au rôle de Phèdre dans la scène du Banquet,
de dire que Platon a voulu qu'on la supposât postérieure à
celle-ci ? Or celle-ci se place vraisemblablement en hi6. Mais,
2
pour assigner à l'autre la date précise de 4io on manque ,

de base Lysias, dit-on, serait revenu d'Italie à Athènes en


:

4ia, il y aurait fait bientôt figure d'homme de lettres et il


en aurait donné une preuve en composant un Erôticos. Or
rien de tout cela, on le verra bientôt (p. xiv sqq.), n'est
assuré. En quoi cela servirait-il d'ailleurs à dater la scène?
La seule chose qu'il y ait sans doute à dire, c'est que dans le
Phèdre il n'est pas du tout question, comme dans d'autres

Platon 3
i. I, p. 459. Toutefois il n'en résulte pas nécessairement
que, comme il le dit, le Phèdre doive être en quelque sorte le
« soupir de
soulagement » qu'arrache, sans délai, à Platon la ligne
finale de la
République.
2. Comme l'a fait L. Parmentier, L'âge de Phèdre dans le

dialogue de Platon, Bulletin de l'Association Guillaume Budé, janvier


1926, p. 9.
x PHÈDRE
dialogues, des inimitiés que Socrate a suscitées contre lui,
encore moins de poursuites judiciaires, possibles, imminentes,
ou déjà engagées. C'est donc, si l'on tient à toute force à
situer dans l'histoire sociale et politiqueune scène qui est, en
elle-même, en dehors de toute histoire, que Platon a voulu
nous reporter à une époque éloignée du procès. La scène
n'a besoin d'être située que dans la série de ces petits drames
fictifs dont Socrate est l'ordinaire
protagoniste c'est un cas :

analogue à celui de la Comédie humaine de Balzac.

t,
Topographie.
^_ or ,i,,„ Ce qui, par
i »r une singularité
e remar-
quable, mente en revanche plus d atten-
tion, c'est le lieu même de cette scène.
Il ne semble
pas en
effet qu'il soit
imaginaire, puisque indications les
topogra-
phiques données par Platon nous permettent, avec le secours
des découvertes archéologiques, de le retrouver sur le ter-
rain Relevons dans leur ordre toutes ces indications. Phèdre
1
.

va pour faire une promenade hors des Murs et sur la grand'-


route (227 a) c'est donc qu'au moment de sa rencontre avec
:

Socrate il est encore en dedans, et l'expression, malgré ce


qu'un peu plus bas (228 b) elle a d'ambigu, n'y peut avoir
un autre sens. De l'endroit où ils se sont rencontrés on voit,
Phèdre la montre, la maison de Morychus et, tout contre,
on aperçoit aussi le temple de Zeus Olympien. Phèdre invite
Socrate à marcher avec lui, tout en devisant (b, 1. 8). Si
longue que puisse être la promenade projetée par Phèdre,

Socrate est prêt à le suivre en partant des Murs jusqu'à

Mégare, et même à faire deux fois ce chemin aller et retour,


selon le précepte d'Hérodicus (227 d). Toutefois, puisqu'aussi
bien il faudra s'asseoir quelque part pour lire le discours, il
propose à un moment de se détourner de la grand'route pour
suivre le cours de l'Ilissus (229 a) jusqu'où il fera bon de
s'arrêter. Chemin faisant, on discute de l'endroit où Borée

[Link] Thompson, The Phaedrus (i868\ notes à 229 c et a3ob


(p. 7 et 9) Wilamowitz, Platon* I, p. 456 n. 1. Je dois tout ce qui
;

suit, ainsique le plan de la page suivante, à la compétence de mon


collègue Ch. Picard, ancien directeur de l'Ecole française d'Athènes,
à qui j'exprime ma plus vive gratitude pour l'empressement
bien-
veillant avec lequel, à ma demande, il a étudié les données de ce

petit problème.
NOTICE xi

enleva la Nymphe Orithye ce n'est pas ici où les rives,


:

étant plates, semblent à Phèdre propices aux ébats des jou-


vencelles, mais en contre-bas, à deux ou trois stades environ,
au point où on passe la rivière quand on va vers le sanctuaire
d'Agra, car il
y a là des rochers qui en dominent le lit
(229 c). Sans s'interrompre de parler, ils continuent à avan-

Maisonr tt-

,+.+.*. +. +
• + •+
[Link]

cer. C'est ainsi qu'ils se trouvent tout à coup devant ce haut


platane vers lequel ils se dirigeaient (23o a ; cf. 229 a).
Ces données, il faut maintenant les
interpréter. D'abord,
si rencontre a lieu à proximité du Mur, du moins est-ce,
la
comme déjà cela semblait probable, à l'intérieur de la ville ;

sans quoi on ne pourrait voir la Morychienne et l'Olympieïon


lequel se trouvait en dedans du rempart de Thémistocle.
D'autre part, Socrate ne penserait pas que Phèdre pût
avoir idée de faire sa promenade vers Mégare si l'on n'était
du côté d'une porte ouvrant sur la route qui y mène, c'est-
à-dire près de la porte Dioméïa ou, ce qui est moins pro-
bable, d'une porte voisine, l'Itonia. Dans ce dernier cas, le
point où les deux promeneurs, ayant quitté la route, rejoi-
gnent l'Ilissus est plus rapproché de celui d'où ils sont partis ;

IV. 3. — b
xii PHEDRE
plus court est alors le
trajet dans le lit de la rivière
jus-
qu'au gué d'Agra : deux plus de 3oo
stades, soit un peu
mètres. Dans l'autre hypothèse, le trajet serait plus long,
puisqu'ils auraient atteint la rivière plus en aval: trois stades,
ou un peu plus de 5oo mètres. Les deux évaluations sont
données par Platon, mais comme si la première lui avait
semblé trop modérée ce qui est en faveur de la sortie par la
:

porte Dioméïa, sur la route même de Mégare. Quant au


sanctuaire dont il est parlé, ce n'est pas à Artémis Agrotéra
ou Agraïa, la Chasseresse, ici tout à fait hors de question,

qu'il est consacré c'est


;
un sanctuaire de Démêter, un
Mèlroon que possédait le dème d'Agra et qui, au siècle der-
nier ', se voyait encore sur les pentes rocheuses qui surplom-
bent la rivière. Ils en remontent le cours et peut-être passent-
2
ils sur la rive
gauche à l'endroit du gué. Peut-être le lieu
où ils vont faire halte est-il, de ce côté, celui où l'on a décou-
vert un relief de Pan, au-dessous de l'emplacement où jaillis-
sait, sur la rive droite, la source Callirhoè. Aujourd'hui la
source est obstruée, il n'y a plus d'ombrages, le lit del'Ilis-
sus n'est plus sillonné des filets d'une eau transparente,
mais on a plaisir à faire avec le philosophe cette promenade
dans un paysage dont il a si délicatement traduit la poésie.

_..,',, Le Phèdre est un


dialogue
D à deux per-
r ,
Les interlocuteurs. .
,
.

sonnages et qui sont vraiment, selon le


mot de Phèdre (236 d déb.), <r seul à seul ». De Socrate il

n'y a rien à dire. Quant à Phèdre j'en ai esquissé déjà le


portrait dans la Notice du Banquet (p. xxxvi sqq.) et d'après

i. Stuart et Revett l'ont connu.


La préposition xatà, 229 a 1,
2. signifie donc ensuivantle lit,
l\

non en descendant le cours. L'adverbe xixtwOev (c 1) me parait


signifier en contre-bas du point où on se trouve et par rapport à
la direction qu'on a prise mais M. Picard voit un autre sens pos-
;

sible : le lit de la rivière, étant plus encaissé, semble plus bas. —


S'ils ont utilisé le gué comme
le croit Thompson, la correction

suggérée par lui :


8is6at'vo[j.£v,
nous passions, au lieu du présent
d'habitude, se justifierait. Toutefois jusqu'au moment où ils sont en
face du platane, rien n'indique qu'ils aient quitté le lit de la rivière

pour l'une ou l'autre rive. D'autre part, quand Socrate parlera de

passer sur l'autre bord (2^2 a déb., b 8), cela semble indiquer qu'ils
sont en effet à proximité du gué d'Agra. Voir en outre la suite.
NOTICE xiii

les trois
dialogues où il figure ce dernier, le nôtre et le Pro-
:

tagoras. On
a eu raison ' de réagir contre la tradition qui fait
ici de Phèdre un tout jeune homme. C'est ainsi en effet qu'il
apparaît dans le Protagoras, dont l'action se passe vers 433/a.
Mais alors, seize ans plus tard, à l'époque du banquet
d' Agathon il doit être environ dans sa trente-cinquième année.
Si donc le Phèdre suppose le Banquet, il faut enfin qu'ici
il encore plus âgé. Toutefois, à vouloir préciser davan-
soit

tage, ne trahirait-on pas l'esprit


de Platon, peu soucieux de
ces scrupules chronologiques (cf. Banquet, Notice p. xx, n. i)
et qui s'accommode de vraisemblances psychologiques géné-
rales ? De ce qu'au cours du Phèdre il ait voulu rappeler le
Banquet, s'ensuit-il que l'action du premier doive être tenue
pour postérieure à celle du second ? Il n'y aurait alors ana-
chronisme que par rapport à nos conjectures sur la relation
chronologique des deux dialogues. C'est donc assez, je crois,
d'observer simplement que, quelle que puisse être la diffé-
rence des âges, Socrate se croit du moins autorisé par la
naïveté des enthousiasmes de son ami à l'égard de la rhéto-
rique, de la mythologie, de l'érudition, des livres des Maî-
tres, etc., à le traiter d'une façon un peu cavalière et, en
vérité, comme « un grand enfant 2
». Quant à savoir ce

qu'ensuite devient Phèdre et quelle est l'époque de sa mort,


cela peut avoir son intérêt. Mais c'est ruiner toute vraisem-
blance interne que de conjecturer cette époque en s'appuyant
sur le fait
que, si la mort de Phèdre n'avait pas précédé celle
de Socrate, il aurait certainement été du nombre des fidèles
qui assistèrent Socrate à ses derniers moments 3 Conjecture
.

gratuite le Phédon ne
: dit-il
pas (59 b fin) que tous ceux
des Attiques qui étaient présents n'ont pas été nommés ?
Conjecture arbitraire et que démentie portrait psychologique
du Phèdre platonicien son honnête sincérité lui vaut d'être
:

traité avec une sympathie un peu condescendante et railleuse ;

mais toujours apparaît comme un fervent partisan des


il

Sophistes, totalement incapable par là même de communier


avec la pensée de Socrate*.

1. L. Parmentier, art. cité, p. 10 sq., p. i£.


2. Cf. 257 c ci veavta
:
; 267 c : <*> r.zï
; 275 b c.
3. L. Parmentier, art. cité p. 1 5- 1 7 .

4. Cf. 235 d, 236 a b, 2^1 d, 257 c, 266 c d.


xiy PHEDRE
Mais il y a dans le Phèdre, derrière les
Deux célébrités
deux interlocuteurs, deux autres per- r
prmcipales , ,
:
,. ,

en cause sonnages dont la muette présence y est


capitale ils en sont les
; deux pôles ;

Lysias, dès le commencement, Isocrate, seulement à la fin 1


.

Pour des raisons que je dirai plustard (p. CLxxmsq.), la figure


prépondérante me paraît être cependant la seconde. Pour le
moment, nous pouvons les mettre toutes deux sur le même
plan et réunir ici à leur sujet quelques données historiques
et littéraires indispensables.

Lysias nous est présenté dans le Phèdre


sous un double aspect c'est : un maître
de rhétorique et qui compose des discours épidictiques, modèles
sur lesquels on faisait étudier aux élèves la technique de la
composition c'est aussi un logographe, qui écrit des plai-
;

doyers que les parties, demanderesses ou défenderesses, réci-


tent devant le tribunal 2 L'auteur de la Vie des dix orateurs,
.

faussement attribuée à Plutarque, est surtout abondant et


précis, ainsi qu'il arrive souvent, à propos de ce qu'il sait
sans doute le moins bien, c'est-à-dire de l'activité de Lysias
en tant que rhéteur « Il a composé aussi, dit-il (836 b), des
:

Arts de la parole, des Discours politiques, des Lettres, des


Eloges (Encômia), des Oraisons funèbres, des Discours sur
Vamour, une Apologie de Socrate... » Or on peut présumer
les « philologues » de
que l'Antiquité n'étaient riches là-
dessus que de conjectures celui-ci, au surplus, n'avoue-t-il
:

pas (836 a) que la moitié à peu près de toute l'œuvre attribuée


à
Lysias est inauthentique ? Au reste, c'est une question que
nous retrouverons à propos du discours de Lysias dans le
Phèdre (p. lx sqq.). Notons seulement ici que toute cette
production rhétorique, vraie ou fausse, de Lysias est en

i.
Diogène Lacrce (VI i5) parle d'un écrit d'Antisthène qui pou-
vait être également un parallèle de Lysias et d'Isocrate (cf. Banquet,
Notice p. xli n. a) si en effet il s'agit, dans cet écrit, de VAmarty-
;

ros d'Isocrate que nous avons conservé, on sait que Lysias défendait la

partie adverse (Clément d'Alexandrie, Strotn. VI 626 cf. G. Mathieu, ;

lsocrale I, p. 5, Coll. Budé).


a. Pour le second point 257 b c (p. 56 n. 2), 277 a ; pour le
pre-
mier 227 a et c, aa8 a b, 27a c.
NOTICE xv

majeure partie perdue : ne subsiste


des Discours politiques il

l'exorde et un sommaire de l'Olympique dans Denys


que
d Halicarnasse d'autre part, YOraison funèbre des Athé-
;

niens morts en défendant Corinthe est loin d'être incontesta-


blement authentique.
En outre on ne s'accorde pas sur la place que cette forme
de son activité aurait occupée dans la vie de Lysias. Pour les
uns elle serait du début de sa carrière à Athènes. C'est ce
que semble avoir pensé Cicéron (Brutus 48) il fait en effet :

de lui, sur ce terrain, un concurrent de Théodore de


Byzance, et sa logographie ne serait qu'une extension ulté-
rieure de sa profession primitive 1 L'hypothèse est assez vrai- .

semblable. C'est en effet très probablement en 4i2 que


Lysias revient s'établir à Athènes. Fils de Céphale, ce grand
négociant syracusain qui sur les conseils, dit-on, de Périclès,
avait fondé au Pirée une fabrique d'armes (cf. p. i n. i), il
avait suivi son frère aîné Polémarque dans un exode d'cmi-

grants allant occuper les lots de terre qui leur avaient été
assignés (clèrouchié) sur le territoire deThourii, dans l'Italie
méridionale. C'était une cité de création récente (444/3):
Hippodame de Milet en aurait été l'architecte et Protago-
ras, le législateur Hérodote, comme on sait, la visita et
;

il en devint citoyen. Or Tisias, le maître syracusain qui


passe pour être l'inventeur de la rhétorique, y était venu
fonder une école dont Lysias fut l'élève. Y a-t-il lui-même
2
professé ? C'est fort
possible Après le désastre d'Athènes
.

en Sicile (4i3), il y avait peu de sécurité pour lui à rester à


Thourii on dit même qu'il en fut banni par le parti anti-
;

athénien. Si donc Tisias était surtout, comme il semble, un

i. Cicéron fonde son assertion, en apparence au moins (cf. 46 déb.),


sur l'autorité d'Aristote. Mais on doit observer que, dans ce qui nous
reste d'Aristote, il n'y a rien de tel Lysias est cité deux fois dans la
:

Rhétorique et les deux citations proviennent de ses plaidoyers ;


dans
aucune d'ailleurs il n'est nommé.
2. En tout cas, on ne peut conjecturer la durée de cet enseigue-
ment, car la
chronologie de Lysias est très incertaine. Autrefois on
en 45g/8
le faisait naître aujourd'hui on tient généralement pour
;

446, parfois même pour une date plus tardive. La date de 4i2 pour
son retour à Athènes est mieux assurée, pour la raison qu'on va voir.
Mais, faute de savoir quand il est né, on ne peut s'aventurer à dire
quel âge il avait alors.
xvi PHÈDRE
professeur et que Lysias l'ait été, lui aussi, avant son retour
à Athènes, il est permis de croire qu'une fois revenu c'est
sous cette forme qu'il commença d'exercer son activité.
Toutefois certaines autres données peuvent suggérer de la
vie de Lysias une représentation différente. Il est remar-
quable tout d'abord que Gicéron, qui nous donnait à penser
que Lysias avait commencé par s'illustrer comme rhéteur, ne
connaît cependant en lui, comme nous-mêmes, que le causi-
dicus, l'avocat (Orator 3o). Il est donc possible que ce soit
en appliquant à la composition de plaidoyers les connais-
sances techniques acquises en Italie, qu'il a fondé sa répu-
tation. Un tel début expliquerait en outre ses ambitions ulté-
rieures. Huit ans après son retour à Athènes, quand
après
la prise de la ville
par Lysandre s'y fut établi le gouverne-
ment des Trente Tyrans, Lysias se trouva dans une situation
périlleuse. Sans doute sa qualité d'isoléle, c'est-à-dire de
métèque privilégié, admis sans être citoyen au droit de pos-
séder, était peu faite pour le rendre sympathique à une aris-
tocratie en majorité nationaliste, prête d'ailleurs à toutes le»

rigueurs contre ses propres concitoyens du parti adverse.


Mais peut-être des rancunes contre l'avocat intervenaient-
elles aussi, plus vraisemblables qu'à l'égard d'un rhéteur.

Toujours est-il que son frère Polémarque fut, sur l'ordre


des Trente, arrêté par l'un d'eux, Ëratosthène, pour être
conduit à la prison où il devait bientôt, périr. Il ne dut lui-
même son salut qu'à une fuite précipitée. On sait comment
les bannis et les fugitifs se groupèrent sous le commande-
ment du démocrate Thrasybule. Mais ils manquaient d'armes,
il leur fallait recruter des mercenaires :
Lysias se fit leur
bailleur de fonds. Enfin, une fois abattue la tyrannie des
Trente, il se crut alors près de monter sur la scène politique
pour laquelle, avocat rompu aux affaires, il devait se sentir
mieux préparé que s'il n'avait été jusque-là que théoricien
et professeur. Pour reconnaître en effet les services rendus,
fit voter un décret
Thrasybule qui, conférant le droit de cité
à tous les non-Athéniens qui avaient soutenu l'armée des
bannis, allait faire de luiun Athénien de premier plan. La
mesure conforme à la politique traditionnelle
était d'ailleurs
des démocrates radicaux qui, ayant toujours eu l'appui des
étrangers domiciliés en Attique, cherchaient à grossir leur
majorité civique. Mais le parti démocratique comptait des.
NOTICE xvii

conservateurs, assez proches de cette aristocratie modérée dont


Théramène avait été, dans le gouvernement des Trente, le
représentant malheureux. On attaqua donc le décret de
Thrasybule : il était illégal, n'ayant pas reçu l'approbation
préalable du Conseil (la Boulé). Le décret fut cassé *
,
et Lysias
dut rester dans Yisotélie. Déçu dans ses espérances, il
n'abandonne pas son lucratif métier d'avocat, mais il s'occupe
surtout de causes politiques il
plaide même en personne,
;

dans cette année 4o3 qui avait failli voir son triomphe,
contre Ératosthène, qui avait fait périr son frère. Or, ce serait
justement à partir de 4o3 que Lysias aurait cherché à se faire
une réputation d'homme de lettres etde professeur décompo-
sition litéraire. A cette période appartient en effet son Discours
2
Olympique, prononcé en 388 et c'est ainsi que, par l'élo-
il se serait consolé de n'avoir
quence d'apparat, pu devenir
un orateur politique. Il y jetait feu et flamme contre les
tyrans, engageant les Grecs à se réconcilier contre eux non ;

plus, il est vrai, contre l'ennemi héréditaire, contre la Perse,


mais bien contre une puissance redoutable du pays d'où il
était originaire, contre
Denys, le prince syracusain qu'une
ambassade somptueuse représentait précisément à la Fête. A
la détresse des Grecs il
opposait les immenses richesses dont
ils avaient sous les
yeux le témoignage insolent. Bref, son
éloquence échauffa si bien les esprits que, à la suite de mani-
festations hostiles, l'ambassade se retira. Lysias provoquait
ainsiun incident qui devait être fatal à la renaissance athé-
nienne. La colère poussa en effet Denys à appuyer énergique-
ment l'hostilité de Sparte et de la Perse, et la dureté des
conditions imposées par la paix d'Antalcidas (387) en fut
probablement encore aggravée. C'est de la même époque que
seraient aussi l'Apologie de Socrate, qui vraisemblablement

répondait au pamphlet de Polycrate (Banquet, Notice, p. x


sq.), et enfin, comme si avec l'âge les sujets proprement
sophistiques tentaient davantage un Lysias apaisé, ces dis-
cours ou lettres .Sur l'Amour dont le Phèdre nous aurait

1.
Comparer dans le Phèdre le passage de a58 b et Notice,

p. xxxv n. 1. —
Sur les faits, voir Paul Cloché, La restauration
démocratique à Athènes en 4o3 (igi5).
2. Celui de Gorgias est de
3g 2, à la Fête précédente.
xvm PHÈDRE x

conservé un échantillon ;
ceux-ci seraient de la sorte assez
voisins de sa mort survenue en 379 *.

L'extrême imprécision de nos connaissances ne semble pas


permettre de choisir entre ces deux façons de « romancer »
quelques pauvres données de l'histoire, ou d'une tradition
érudite qui n'est peut-être elle-même qu'un autre roman

plus ancien. Ce sur quoi, par contre, il faut s'arrêter c'est


sur l'étrange désaccord qu'il semble y avoir entre la façon
dont l'art de Lysias est apprécié par Platon et dont il l'a été
par Cicéron, par Quintilien et aussi par la critique moderne.
Pour Platon en effet Lysias, qui passe aux yeux de Phèdre et de
tous les fervents de l'écriture artiste pour « le plus habile des
écrivains actuels » (228 a), est au contraire un mauvais écri-
vain, qui manque à la fois d'invention et de méthode, qui
n'a ni spontanéité ni logique, aussi vague qu'il est diffus

(cf.p. lxiv sq.). Or Cicéron par exemple, s'il reproche à


Lysias une maigreur passablement décharnée, loue la façon
dont il va droit au
fait, sa finesse élégante et spirituelle, sa

pénétration, naturel de ses peintures et même, parfois, la


le
2
vigueur nerveuse de son talent Nous n'en jugeons guère
.

autrement nous louons chez Lysias la sobriété, une sim-


:

plicitéde ton qui dissimule à merveille une technique


savante, l'art de faire vivre ses personnages et de les faire
parler selon leur caractère et leur situation, enfin, à l'occa-
sion, de la force ou de l'émotion, mais sans rien de déclama-
toire ni de forcé. Sans doute dira-t-on, pour atténuer le
contraste brutal de ces jugements, que Platon n'a pas eu
en vue les mêmes écrits de Lysias que Cicéron ou que les

critiques d'aujourd'hui. Est-il croyable cependant que Lysias


fût à ce
point différent dans ses plaidoyers de ce qu'il était
dans ses discours épidictiques ?
Pourquoi, si cette différence
existait effet,en pas notée et ne tient-il
Platon ne l'a-t-il

aucun compte de ce qu'il y a de meilleur chez Lysias ? On


en est d'autant plus surpris qu'en lui il a envisagé aussi
l'auteur de plaidoyers, le logographe (267 c sqq.) or il n'a ;

jugé utile d'introduire à ce propos ni distinction ni réserve,


se bornant à mettre hors de cause le fait même d'être logo-

graphe, pourvu qu'on le soit comme il faut (cf. 208 cd ;

1. Voir Wilamowitz Platon 2 I p. 2D9.


,

2. Brutus 38, 63 sq., 285 fin, 393 Orator 29; sq.


NOTICE xix

277 ab,d). Il semble donc qu'on doive taxer Platon d'injus-


notoire envers Lysias. Mais, son appréciation fût-elle
tice
même de tout point justifiée, il resterait encore à se deman-
der pourquoi, entre tant de rbéteurs, il a spécialement choisi
Lysias pour victime expiatoire de tous les péchés de la rhé-
torique.
Une première raison pourrait être que, au moment de la
composition du Phèdre, Lysias devait déjà être mort
l
:

autrement, on concevrait à peine que Platon eût pu ouver-


tement lancer contre un contemporain vivant une diatribe
à ce point injurieuse un ouvrage littéraire, émanant du chef
;

d'une grande école, n'excluait-il pas l'emploi de procédés que


la comédie même avait cessé d'admettre ? Certes le fait de
viser un disparu ne diminuerait pas l'injustice de l'attaque ;

pour notre conscience elle en serait seulement plus déplacée.


Quoi qu'il en soit, tous les autres motifs qui se présentent
le plus spontanément à l'esprit pour expliquer une telle
attitude de la part de Platon semblent ne pouvoir être, en

l'espèce, d'aucun poids. Ce n'est pas en effet le métèque que


Platon peut exécrer en Lysias aurait-il, dans sa République,
:

traité avec tant de faveur Céphale et Polémarque ? aurait-il,


ici même
(257 b), opposé ce dernier à Lysias en ceci seule-
ment, qu'il s'est tourné vers la philosophie et que l'autre s'en
tient à l'écart ? Pas davantage, le démocrate en tant que tel

(cf. p.
2 n. 2), ni l'homme suspect au gouvernement des
Trente qu'on aurait voulu supprimer comme on le fit de
et

Polémarque, ni celui qui a contribué à abattre la tyrannie :

un des hommes les plus passionnément dévoués à Socrate,


Chéréphon, n'était-il pas justement de ceux-là et fervent
démocrate (Apologie 20 e sq.) ? Socrate lui-même n'avait-il
pas été menacé par les Tyrans ? Il faut donc supposer une
animosité personnelle et essayer d'en deviner les raisons
cachées.
Un e
passage de la VII Lettre (3a5 bc) me
parait, dans une
phrase il est vrai assez mystérieuse, propre à bien poser le

1. Ce qui fournirait un terminus a quo, —


d'ailleurs indépendam-
ment du principe posé par L. Parmentier (cf. Banquet Notice, p. xn
n. 2), puisqu'en l'espèce il ne s'agit pas d'un personnage du dialogue
et que d'autre part Isocra te, alors incontestablement en vie, y est
nommé et jugé.
xx PHÈDRE
« Ceux 1
le
problème qui rentrèrent alors, y lit-on, usèrent
:

assurément d'une très grande modération. Mais voici ce qui


arrive ce Socrate, au cercle duquel nous appartenions, est
:

traduit en justice par certains hommes qui avaient du pou-


voir... » Or
l'expression ne convient ni au principal accusa-
teur, Mélètus, ni à l'un de ceux qui avaient appuyé l'accusa-
tion, Lycon ce n'étaient pas des hommes puissants ; très tôt
:

ils étaient
déjà des inconnus. Le seul, dans l'affaire, qui eût
du pouvoir, c'est celui qui avait mis sa signature à côté de
de Lycon, savoir Anytus. Il était une des têtes du parti
celle
démocrate et, dans la révolution de 4o3, son rôle avait été de
2
premier plan Mais, si le pluriel de la Lettre a une signifi-
.

cation, on peut alors supposer que, derrière l'accusateur en


titre et à côté d'
Anytus, il y a d'autres hommes puissants.
Peut-être l'Apologie nous mettrait-elle sur la voie. De toutes
les haines qui se sont conjurées contre moi, y dit Socrate
(a3 e sq.), Mélètus représente celle des poètes, Anytus celle
des gens de métier et des hommes politiques, Lycon celle des
orateurs. Ordinairement on comprend des orateurs politi- :

ques, parce qu'on se réfère au passage de Diogène Laërce


(II38) où, peut-être d'après Hermippc, Lycon est appelé o/jjxa-
ywyoî, orateur du parti populaire. Mais, si le renseignement
est exact, comment se fait-il
que, dans l'histoire de ces temps,
nous ne trouvions pas trace d'un politicien de ce nom ? De
plus, l'acceptiondu mot orateur (pvJTwp) est habituellement
déterminée chez Platon par le contexte ou spécifiée avec pré-
cision 3 or, rien de tel ici. Il est donc permis de supposer
;

i. On ose à
peine avouer que les multiples arguments allégués
aujourd'hui par tant d'illustres critiques en faveur de l'authenticité,
totale ou partielle, du recueil des Lettres ne semblent pas décisifs.
Plusieurs d'entre elles, sans doute, reflètent de bons documents et

témoignent d'une remarquable habileté. Le scepticisme dont je ne


puis me défendre, même à l'égard de la vu
e
n'est pas diminué, loin
,

de là, par quelques réminiscences, trop adroites, du Phèdre 344 d e, :

cf. 376 d e ; 348 a déb., cf. a4g d.


a. Les motifs qui avaient poussé Anytus à contresigner l'accusa-
tion, peut-être môme à la provoquer, sont fort bien analysés par
M. Eudore Derenne, Les procès d'impiété intentés aux philosophes à
Athènes au Ve et au IV e siècle avant J.-C. (ig3o), p. i33 sqq.
3. « Quel est l'art dans
lequel tu es savant? demande Socrate à
Gorgias (Gorgias 44g a). La rhétorique! — C'est donc p^Ttop, —
NOTICE xxi

que Lycon n'était qu'un rhéteur. Si sa médiocrité profes-


sionnelle a été ensevelie dans l'oubli où n'a pas réussi à som-
brer complètement celle de Mélètus, c'est que, grâce à l'enre-
gistrement officiel des pièces présentées au concours, les poètes
avaient un privilège spécial. Ainsi, dans l'accusation, Lycon
aurait été le porte-parole des rhéteurs. Et maintenant, quand
on se demande qui, dans ce camp, avait pu sournoisement
pousser Lycon, quel est le rhéteur démocrate dont l'influence
personnelle était comparable en puissance à celle d'Anytus,
et qui, par intérêt ou par vengeance, pouvait souhaiter l'éloi-

gnement ou la perte de Socrate, c'est à Lysias


que l'on peut
penser. Si avant la révolution il était déjà, comme l'insinue
Cicéron (cf. p. xv), maître de rhétorique, il devait redouter
l'action de Socrate sur la jeunesse riche. D'autre part, en
tant que démocrate et en tant qu'étranger, il devait partager
l'opinion qui faisait de Socrate le maître, non seulement de
Critias, le chef cruel des Trente, l'ennemi juré des métèques

orateur, qu'il faut t'appeler. » De même, les orateurs dont il est

question dans Ménexene (a35 c), ce sont ceux qui composent à loisir
des Panégyriques d'Athènes, des oraisons funèbres, des éloges des
ancêtres, bref des rhéteurs qui écrivent des discours épidictiques.
Euthydeme a8A b : les orateurs, quand ils
parlent dans l'Assemblée du
Peuple (cf. Alcib.
I n£ c d)... ;
3o5 b : un orateur, soit de ceux qui
ont la
pratique des débats judiciaires, soit de ceux qui composent des
discours pour les gens engagés dans ces débats... Dans Théétele
20 1 a, les orateurs sont les avocats. Dans notre dialogue, le mot est
pris au sens le plus général : 2 58 b 10 (où il
signifie à la fois l'orateur
politique, le logographe, le législateur), 260 a, 269 d. C'est juste-
ment pour avoir, dans le passage en question de l'Apologie, entendu
fîjTwp au sens étroit d'orateur politique, que certains critiques (dont
Wilamowitz Platon* II, p. 48 n. 2) ont suspecté les mots « et les
hommes politiques » à la suite de « gens de métier » ces mots seraient, :

d'après eux, une très ancienne glose (antérieure à Diogène Laërce


qui les cite II 4o), inspirée du portrait d'Anytus dans le Ménon. Sans
doute, dans les pages de V Apologie qui précèdent notre texte, Socrate
n'a mentionné,
parmi les gens sur lesquels a porté son enquête, que
les hommes d'Etat, les poètes et les gens de métier. Mais est-il
nécessaire qu'il y ait, de part et d'autre, symétrie ? L'enquête est
incontestablement très générale (cf. ai c) pourquoi se serait-elle :

limitée à ces trois catégories et comment les Sophistes, maîtres de

rhétorique et auteurs de discours épidictiques, en auraient-ils été


?
exceptés
xxii PHÈDRE
et l'instigateur probable de la mort de Polémarque, mais le

maître encore de Gharmide, l'oncle de Platon or Char-;

mide avait été l'un des Dix. qui représentaient au Pirée, à


l'égard d'une population de métèques et d'Atbéniens interdits
de séjour, l'implacable autorité des Tyrans. Sans doute
Lysias était-il, comme son patron Tbrasybule, un démocrate
plutôt radical, tandis qu'Anylus appartenait à la fraction
modérée du parti. Mais, puisqu'il s'agissait d'anéantir une
propagande aussi agissante que celle de Socrate, subversive
de toutes les valeurs sociales et politiques admises, bien plus,
anlipatriotique dansmesure où elle affichait des sympa-
la
thies lacédémoniennes, une action concertante d'hommes
appartenant à des fractions opposées pouvait être très légiti-
mement envisagée et acceptée.
Ainsi la sévérité, incroyablement partiale, dont Platon a
fait
preuve envers Lysias pourrait s'expliquer en partie par
la rancune qu'il lui aurait gardée de sa participation,
dans
la coulisse, à la conjuration ourdie contre Socrate en 399.
S'il en est bien ainsi, loin
d'apaiser cette rancune,
la composi-
tion d'une Apologie de Socrate, exercice rhétorique destiné
à rivaliser avec l'exercice contraire de Polycrate, était une
indécence, avivant encore la blessure. L'animosité de Platon
contre Lysias serait donc comparable à celle qu'il ressent à
l'égard d'Aristophane, auquel, en dépit des illusions que peut
suggérer le Banquet (cf. la Notice, p. lvii-lix), il n'a jamais

pardonné avec cette différence toutefois que le génie d'Aris-


;

tophane a pu lui paraître digne d'un acte de justice que ne


méritait pas l'adresse sans scrupule du rhéteur. Ce n'est pas

possible aussi, à supposer le Phèdre


tout il est
: écrit entre

370 366, que Platon ait souhaité ménager, soit Denys


et
encore vivant en 368, soit plus généralement la cour de
Syracuse. Après l'algarade de Lysias aux Jeux Olympiques
de 388, il pouvait sentir le besoin de marquer avec force,
etson désaveu de l'insulte et son antipathie pour l'insulteur :

pas sur cette puissance des princes siciliens que


n'était-ce

comptait Platon pour réaliser son État modèle ?

Ainsi Lysias aurait été délibérément élu


Bt I socratG
entre tous les rhéteurs pour que son
nom détesté portât, à lui seul, le poids des fautes de la rhé-

torique. Pourquoi Isocrate est-il au contraire exclu de cette


NOTICE xxih

Platon pour recevoir, tout à la fin


sphère empestée et élu par
du dialogue, des louanges qui contrastent singulièrement
avec la façon dont Lysias a été constamment traité ? La ques-
tion est délicate. Sans doute serait-il assez facile d'y répondre
si l'on connaissait vraiment l'histoire des relations person-
nelles d'Isocrate avec Platon. Il ne manque certes pas à ce
à celles qui viennent d'être
sujet de conjectures, analogues
le cas de Lysias. Mais, cetle fois, nous avons
proposées pour
au moins des données positives d'une autre sorte ; ce sont les
vues d'Isocrate sur la nature et la destination d'un art de

parler, et nous pouvons les confronter avec celles que Platon


expose dans le Phèdre. La question devra donc être reprise
quand on abordera la conception de la rhétorique (p. clxiv
sqq.). Pour le moment, on
se bornera à situer le
personnage
d'Isocrate et à noter les principales étapes de sa carrière jus-

qu'aux environs de l'époque au-dessous de laquelle on peut


difficilement reculer la compositiondu Phèdre^
Né en 436, plus âgé par conséquent que Platon d'à peu
près huit ans et, de toute façon, notablement plus jeune que
Lysias, Isocrate était le fils d'un Athénien à qui sa fabrique
de flûtes avait valu une belle fortune. Il n'est pas impossible
qu'il ait été l'élève de Prodicus et fréquenté Socrate. En tout
cas la situation de son père lui assurait la meilleure éducation;
elle luipermit même, vers sa vingtième année, de se rendre
en Thessalie à l'école de Gorgias qui, dit-on, vendait fort
cher son enseignement. Combien de temps y resta-t-il ? à
quelle époque rcntra-t-il à Athènes ? Nous l'ignorons à :

l'époque où nous retrouvons sa trace il est ruiné et, pour vivre,


contraint d'utiliser sa culture rhétorique à faire métier de
logographe. Les plus anciens plaidoyers que nous possédions
de lui semblent être contemporains, ou peu s'en faut, de la
restauration démocratique de 4o3 '. Mais cela ne prouve
pas
qu'il n'eût point déjà plaidé, et d'un autre côté la publication,
totale ou partielle, paraît en avoir été faite bien
plus tard, par
ses soins, pour montrer aux élèves de son école comment il
faut traiter tel genre d'affaire, comment on doit employer
tel moyen rhétorique. Il
y en a, comme le Trapêzilique et

i. Sur ceci et sur ce


qui suit, voir l'édition d'Isocrate par
G. Mathieu et É. Brémond dans la collection Budé (t. I, 1928) et la
thèse du premier Les idées politiques d'Isocrate
:
(iga5).
xxiv PHÈDRE
l'Eginétique, qui traitent de délicates questions d'intérêt le ;

dernier avait même


ceci de particulier qu'il concernait un

problème de droit international privé, puisque c'était à Égine


que se jugeait le procès et que le client d'Isocrate était d'ail-
leurs. Dans d'autres, c'est la politique d'Athènes qui est évo-
quée ainsi dans le discours Sur Vattelage, écrit vers 3o,5
;
pour
le fds d'Alcibiade, et qui est un éloge de ce dernier en même
temps qu'un raccourci, assez partial bien entendu, des faits

auxquels Alcibiade avait été mêlé. Quelque fructueux que


fût le métier, Isocrate n'y trouvait pas cependant la satisfac-
tion de traiter de grands sujets, ni celle de parler en son

propre nom (Antidosis 46-48). Peut-être alors eùt-il aimé se


consacrer activement à la politique de son pays mais ;
il

manquait des dons naturels indispensables la force et : la

souplesse de la voix, l'assurance et même la hardiesse (A ntid.


189 sq.). 11 se tourna donc vers le professorat et, vers 393,
ilouvrait une école de rhétorique.
Dès lors ses écrits seront des discours épidictiques. Celui qui
s'intitule Contre les Sophistes (vers 390) est un programme de
son enseignement, en opposition à ce qu'on faisait dans
d'autres écoles concurrentes. L'Hélène et le Busiris sont des
« modèles >> du
genre « éloge », proposés à l'imitation de ses
élèves et à l'admiration découragée de ses rivaux. Enfin Iso-
crate aperçoit, dans cette même voie, un moyen de satisfaire
ses ambitions déçues: il va devenir un écrivain politique ou,
comme on dit parfois, un publiciste. Il s'attaque d'abord au
1
thème, déjà traité par Gorgias et par Lysias , de la concorde
entre les Grecs ; il le développe avec éclat en 38o dans son
Panégyrique d'Athènes: si Lacédémone voulait faire sincère-
ment sa paix avec Athènes, l'union de ces deux États ferait
celle de toute la Grèce contre l'ennemi naturel, le Barbare

d'Orient, dont la faiblesse avérée garantit à l'entreprise les


meilleures chances de succès. Puis, Lacédémone persévérant
dans sa politique hargneuse et despotique, ce n'est plus contre
le Grand Roi, c'est contre elle qu'il veut réaliser l'union le ;

résultat peut avoir été, en 377, la formation de cette nouvelle


Confédération athénienne qu'animait une pensée, non d'hé-
gémonie, mais de justice. Désormais Isocrate suit les événe-

1. Cf. p. xiv sq., p. xvii et n. a. Sur les antécédents, voir le


<h. m de G. Mathieu op. cit.
NOTICE xxv

ments plutôt qu'il ne les dirige, mentor qui, devant le


démenti des faits, ne sait que remplacer ses illusions passées
par des illusions nouvelles. Quand il voit en effet grandir la
puissance de Thèbes et que la destruction de Platées lui révèle
la menace, contre Athènes, de l'unité béotienne en voie de se

réaliser, alors il écrit son Discours plataïque: c'est maintenant


contre Thèbes qu'il faut organiser le front commun. Et le
voici qui cherche un homme dont l'autorité personnelle soit
assez grande pour imposer l'union c'est d'abord le fils de:

Conon, le stratège athénien Timothée qui avait été l'un de


ses plus chers élèves (Antid. 101-189); ce son ' ensuite des ;

princes étrangers Jason et Alexandre de Phères, Denys


:

l'Ancien, le roi de Sparte Archidame, fils d'Agésilas, le roi


de Chypre Nicoclès, fils d'Évagoras plus tard encore ce sera
;

Philippe de Macédoine. A tous il écrit des lettres qui, encore


et toujours, sont des morceaux d'éloquence épidictique. Il

n'y a pas lieu de suivre cette évolution de la pensée politique


d'Isocrate jusqu'à samort en 338, une dizaine d'années après
celle de Platon : en effet avec le problème
cela n'a rien à voir
à propos duquel il figure dans le Phèdre, le problème de la

rhétorique. Rien d'autre part ne prouve que, à l'époque


où il écrivait le Phèdre et si tardive qu'on la suppose, Pla-
ton ait eu connaissance des lettres à Jason ou de la lettre à
Denys, nécessairement antérieure à la mort de ce prince
en 367 la publication peut avoir suivi d'assez loin la compo-
:

sition.
On observera seulement, pour terminer, quelle différence
il
y a sous ce rapport même entre le point de vue d'Isocrate
et celui de Platon. Tous deux, en vue de réaliser leurs plans,
se sont tournés vers des tyrans, investis d'un pouvoir absolu.
Mais le plan d'Isocrate vise uniquement lePanhellénisme ;

celui de Platon, sans se désintéresser, loin de là, de cette

question de politique extérieure, est surtout un plan de


réforme sociale et de politique intérieure, applicable à tout
État, présent ou futur, quel qu'il soit. Isocrate est toujours
en quête d'accommodements, il accepte les variations, les
renoncements même, s'ils doivent servir l'idée dont il est
obsédé. Platon, lui, a la hantise du gouvernement par une
science qui est une et immuable, qui n'admet point les
coups
de pouce ni les retouches ;
il n'a jamais, à bien considérer les
choses, varié dans sa conviction, mais seulement dans la possi-
xxvi PHÈDRE
bilité d'en réaliser intégralement l'objet. Ce sont deux esprits
et deux caractères entièrement différents l'un se meut dans :

le plan du relatif et du contingent, l'autre dans celui de


l'éternel et de l'absolu.

III

LA STRUCTURE DU DIALOGUE ET SON UNITÉ

Dans un texte rebattu du Phèdre C264 c),


Le problème. n .
„, . .
r

••* I «•

rlaton attirme la nécessite pour tout


discours, autrement dit pour toute œuvre littérairedela pensée,
d'cc être constitué à la façon d'un être animé », d'avoir un

corps qui ait une partie centrale, une tête, des membres,
bref des éléments qui soient solidaires les uns des autres
et du tout, se convenant entre eux et au tout. Là-dessus
maint critique s'étonne que Platon ait si mal appliqué un
si bien formulé: comment se fait-il
précepte que, dans une
première partie, le Phèdre traite de l'amour et de la beauté,
puisdans une seconde, de la rhétorique opposée à la dialectique?
Certains en prennent bravement leur parti • Platon était :

vieux quand il écrivit le Phèdre, et son art avait perdu de


sa souplesse. La plupart font des efforts désespérés pour
découvrir une cohésion à laquelle ils ne croient guère ils ;

cherchent surtout à subordonner à l'autre une des deux par-


2
ties espérant ainsi trouver dans la partie dominante le
,

principe d'unité de l'ensemble. Aussi est-il indispensable, si


l'on veut savoir à quoi s'en tenir sur une question si contro-
versée, de déterminer le plus précisément qu'on pourra les
articulations essentielles de la structure du Phèdre 3 .

1. Ainsi Raeder, Platos philosophische Entwickelung p. 267. ,

a. On voit par Hermias (p. 10, 26 sqq.) que ce débat sur le vrai
sujet du Phèdre était fort ancien ;
cf. p. lix.

3. Il faut lire l'étude si d'Emile Bourguet


fine et si pénétrante
Sur la composition du Phèdre, dans la Revue de Métaphysique et de
Morale 1919, p. 335-35 1 et un intéressant mémoire de Z. Diesen-
druck, Struktur und Charakter des plalonischen Phaidros, 1927 (cf.
REG. XLV p. n5), où l'on trouvera une bonne revue des opinions
principales de la critique allemande sur la question.
NOTICE xxvn
Dès le début; nous sommes mis en face
L'objet immédiat de L ' ias et introduits dans l'école d'un
du dialogue: ,. , ,. T ,, , .

la rhétorique. maître de rhétorique: Lysias a lu devant


son auditoire un discours de sa composi-
tion sur le thème de l'amour, et ce
qui" fait l'intérêt de celte
composition aux yeux de Phèdre, c'est qu'il a pris, si l'on
peut dire, le thème à rebrousse-poil et qu'il a parlé d'un
amour d'où l'amour est absent (227 c); ce qui est le comble
de l'originalité dans l'invention. Quoique la lecture ait lieu
dans une maison particulière (ibid. b), il s'agit bien d'une
leçon d'école et l'auditoire est un auditoire d'élèves Phèdre :

se plaint en effet d'être resté assis


depuis le petit matin (ibid.
a et 228b), et l'on sait que les classes à Athènes ouvraient en
effetavec le jour. N'est-ce pas d'autre part l'image d'une
qui nous est donnée par Socrate, quand il se représente
classe
Phèdre empressé à se faire analyser par le Maître chacun des
passages qui ont excité son intérêt, demandant à emporter le
textedu modèle pour étudier celui-ci plus à loisir, se hâtant,
avant de le rendre, de l'avoir en secret appris
par cœur (228
a b) '
? Si enfin Phèdre se dit capable de donner, point par

point, un sommaire du discours, il est possible que ce som-


maire soit le moyen dont il a usé pour aider sa mémoire,
mais possible aussi que ce soit le fruit du commentaire même
du Maître sur le discours qu'il vient de lire. Enfin ce Socrate
que Platon peint ailleurs comme un homme passionné d'en-
tretiens où questionneur et répondant cherchent en commun
la vérité, ce Socrate
que l'éloquence de longue haleine décou-
rage (p. ex. Protagoras 328 de, 335 bc Apologie 33 b), est ;

représenté ici comme follement avide d'y goûter et de se


prêter à ses redoutables enchantements (cf. p. 17 n. 3).
Ironie sans doute, mais qui rappelle celle qu'on trouve au
début d'un dialogue dont l'objet est justement l'art oratoire,
le Ménexéne. Une chose
apparaît donc dès ces premières
pages : c'est
que Platon n'a pas attendu d'être plus qu'au

1. D'après O. Navarre, Essai sur la Rhétorique grecque, p. 36,


Yexercice dont il est question 228 e n'est pas seulement celui par
lequel on s'assure de bien posséder ce qu'on s'est proposé de savoir
par cœur, mais un exercice de libre reconstruction, à l'aide du plan
et des souvenirs qu'on a conservés du détail de l'original voir ce que
:

dit Phèdre au début du 228 d et que j'interprète un peu autrement.


IV. 3. — c
xxvm PHÈDRE
milieu de son dialogue pour signifier que l'enseignement de
la rhétorique en est l'objet immédiat.

Puisque Phèdre a sur lui le texte


Préambule même du discours, il en devra donner
sur la fonction des , „ ~ ,
lecture a bocrate. Un cherche pour cela
, , ,

mythes
un
où faire halte et, tandis qu'on
coin

y va, deux promeneurs tombe sur l'enlè-


la conversation des
vement par Borée de la Nymphe Orithye prétexte pour :

Platon à définir son. attitude en face des interprétations phy-


siques des mythes traditionnels. L'effort qu'elles supposent
détourne, dit-il, du véritable objet de la pensée, la réflexion
de celle-ci sur elle-même et la connaissance de soi ainsi on ;

se lance dans une recherche qui est sans fin comme sans

base, on se croit très savant et l'on n'est qu'un rustaud (229 c-


23o Mais, si ce n'est pas là ce qu'il faut chercher sous l'affa-
a).
bulation d'un mythe, celui-ci ne serait-il donc qu'un conte
amusant ? Encore aurions-nous à lui demander, comme le
dit Platon dans un morceau fameux de la
République (II
376 e sqq.),de ne pas servir à dépraver l'esprit. La vérité
est du restequ'il est possible au philosophe d'utiliser les
mythes existants ou d'en créer lui-même de façon à faire
deviner, sous la séduction du vêtement, un corps de vérité
substantielle. C'est de quoi le Phèdre nous fournira trois

remarquables exemples. Bien plus, le plus important d'entre


eux, celui où est enfermée la doctrine de l'âme et de l'amour,
représente l'expiation qui doit purifier d'une souillure reli-
gieuse, du péché de mythologie (2/j3 a) or ce péché consiste
;

justement à traiter les mythes comme des fables avec les-


quelles on peut en prendre à son aise, faute d'y voir une
occasion de réfléchir sur soi-même. Peut-être est-il donc per-
mis, en résumé, de penser que cet apparent hors d'oeuvre
mythologique du début est secrètement motivé par la signi-
fication qu'il doit recevoir de la suite même du dialogue.

L'amour est le sujet du discours de


Comment
Lysias, que Phèdre lit à Socrate. Serait-
s expique a cette raison, tout extérieure,
pour
r
place faite à ..,.„' ,'
l'amour. °I
ue I œuvre tait à 1 amour une grande

place? S'il en était ainsi, tout ce qui y


est dit plus tard sur la question et qui est une pièce essen-
NOTICE xxix

tielle de la philosophie de Platon, de sa théorie de l'âme en


aurait alors le caractère d'un accident ce serait :
particulier,
quelque chose d'extrinsèque de déterminé par le dehors.
et
Dans cette hypothèse, la rhétorique deviendrait le sujet
principal. Ne peut-on cependant
se demander alors
pourquoi
Platon a choisi un discours sur l'amour plutôt que sur tout
autre sujet? Sans doute allèguera-t-on l'existence réelle de
ce discours de Lysias. Supposons pour l'instant qu'il soit en
effet de lui. Le choix n'en subsiste pas moins entre tous :

les thèmes que Lysias, rhéteur, pouvait avoir traités dans


des discours épidictiques, a préféré celui-ci. Or un choix
il

suppose un dessein. C'est donc que, dans ce dessein, au pro-


blème de la valeur d'un enseignement de la rhétorique se
trouvait uni le problème de l'amour. Au surplus, si le pre-
mier de ces problèmes était le vrai et le seul sujet, tandis
que le second ne serait qu'une matière de fait, accidentelle-
ment fournie à Platon, certaines particularités de structure
s'expliqueraient fort mal. Pourquoi n'a-t-il pas suffi à
Socrate de refaire le discours de Lysias, puis de le critiquer
et, enfin, de joindre à cette critique ses propres vues sur
l'art de
parler ? Pourquoi la critique est-elle ainsi coupée en
deux tronçons (a34 e-236a, 262 c-265 c) ? Et surtout, pour
quoi y a-t-il, au centre de l'œuvre, cette « palinodie » dans
laquelle ce n'est plus seulement la forme qui est corrigée,
mais bien le fond même et où est instituée une doctrine ?
Mais si, d'un autre côté, on arguait de ce qu'elle est le point
culminant d'un effort en vue de déterminer la fonction de
l'amour, pour prétendre inversement que la
rhétorique est
le sujet accessoire et l'amour le sujet principal, c'est alors
une autre question qui se poserait pourquoi le mythe des
:

Cigales (259 b sqq.) ? Or on voit au contraire qu'il est des-


tiné à nous rappeler qu'avec la doctrine de l'amour, exposée
dans la palinodie, le
sujet n'est pas épuisé et qu'on serait

coupable de ne pas le conduire à son terme. Une conclusion


semble donc s'imposer à nous c'est que, conformément à ce
:

qu'exige aux yeux de Platon tout discours, il y a dans le


Phèdre une solidarité organique entre l'élément « amour »
et l'élément « rhétorique », qu'aucun des deux ne peut être
rendu indépendant de l'autre, mais que tous deux concou-
rent à la vie de l'ensemble.
xxx PHEDRE
Tout à l'heure j'étudierai (IV), à la fois
a première
en eux _ memes e t d ans l eur rapport, le
partie du ,. .
T .

discours de Lysias et le premier dis-


, T »

dialogue.
cours de Socrate. Puisque, en appa-
rence au moins, le thème en est identique, on doit les consi-
dérer, je crois, comme les deux sections, entre lesquelles il
n'y a différence que de forme et de méthode, d'une première
partie. C'est ce que me paraît marquer très nettement cette
observation de Socrate: mon
attention, dit-il (234e sq.),
s'est portée tout entière, tandis que j'écoutais le discours de

Lysias, sur les caractères rhétoriques du morceau et sur le


style, attendu que le
fond semblait être en effet complète-
ment indifférent à l'auteur. Plus loin (a35 e sq.) une autre
remarque parle dans le même sens asservir d'avance l'ora- :

teur à une donnée fictive et arbitraire (p. 18 n. 2), c'est lui


interdire toute liberté dans la recherche et dans l'invention
de la vérité, c'est l'astreindre à ne développer que les points
nécessairement impliqués par la donnée dès lors, sa tâche :

est limitée à l'ordonnance des développements, et c'est en


effet à cette tâche toute formelle que se bornera Socrate en
reprenant, sur l'injonction de Phèdre, la donnée de Lysias.
Reste, il est vrai, un passage assez embarrassant celui où :

Socrate (235 b-d), invoquant une tradition de l'antiquité


que représentent des femmes comme des hommes, nomme
Sapho et Anacréon. Il y faut reconnaître, semble-t-il, un
l
procédé familier d'exposition , qui sert à dissimuler sous le
voile de mystérieuses autorités le caractère original et per-
sonnel de certaines opinions c'est une des exigences du
;

motif socratique de Y inscience, qui du reste est rappelé ici


même à trois reprises (234 d, e fin, 235 a fin). Toujours est-
il
que Socrate déclare qu'à ces sources étrangères son cœur
Il me semble
2
s'est empli, il ne sait comment impossible .

1. Cf. Banquet Notice p. xxm et Phêdon p. 22 n. 4 de mon


édition.
2 .Le commentaire d'Hermias sur ces derniers mots (p. 43, 8 sqq.)
est un éloquent exemple des interprétations allégoriques de son
Ecole. Voici, dit-il en substance, ce que Platon veut nous faire
deviner en parlant ici de la « plénitude du cœur » le cœur est dans :

la poitrine,
qui est au milieu du corps j or, tout à l'heure (23o b), il
a parlé de ses pieds qui lui offrent le
témoignage de l'aimable fraî-
cheur de la source ;
bientôt (234 b) il appellera Phèdre « tête
NOTICE xxxi

qu'une déclaration si solennelle puisse se rapporter au dis-


cours que Socrate va prononcer sur le thème sophistique de
l'amour sans amour pourquoi parlerait-il de sources étran-
:

gères, si elles ne l'étaient en effet à l'inspiration même du


thème en question et, par conséquent, impropres à donner,
fût-ce sous une forme plus épurée, une eau dont la nature
n'aurait point changé? C'est donc que Socrate sent déjà

vaguement qu'il serait en état, puisant à ces sources étran-


gères, d'opposer au discours de Lysias un autre discours,
dont le fond cette fois serait différent. Tel est, je crois, le sens
de ce qu'il affirme en se disant prêt à soutenir, sans infério-
rité, le parallèle (a35 c mil.). Il y a donc dans ce passage
l'annonce du second discours.
Mais Phèdre n'a pas compris '
: c'est la rhétorique seule

divine » et, dans le mythe de l'attelage ailé, il montrera (a48 a) le


cocher élevant la tête pour contempler les Idées ; c'est une façon de
dire qu'il y a des activités affectives inférieures, puis moyennes et

psychiques, des activités supérieures enfin et qui nous mènent à ce


qui nous dépasse.
Cf. p. 17 n. 1.
i. — A
236 c déb., il ne s'agit pas proprement
de « se renvoyer la balle ». Hermias, qui d'ailleurs voit bien le sens,
donne à l'appui de son interprétation un exemple qui conviendrait
mieux à la précédente une phrase de l'un des interlocuteurs « Je
:

t'ai donné cela »,


renvoyée à celui-ci par l'autre, sans y rien changeT
dans sa réplique (p. £6, 8-i5). Mais, puisqu'il s'agit d'une comédie,
ici un échange des rôles : la contrainte
il
y a plutôt que Socrate a
tout à l'heure exercée sur Phèdre, c'est Phèdre qui va maintenant
l'exercer sur Socrate ; le rôle devenant le même, il est naturel que
lestermes ne changent pas non plus. —
Au même endroit, la plupart
des éditeurs suspectent ou suppriment le mot grec que j'ai traduît
par Gare à toi » (eùXaê^OTixt), ainsi que le 8e qui, dans T, suit vva.
I

C'est aussi l'avis de M. Méridier. On en donne pour raison que k


phrase se rattache étroitement à ce qui précède : Tu n'as plus qu'à

parler... afin que nous n'en soyons pas réduits à... ;


le M aurait donc
été ajouté par quelqu'un à qui cette relation étroite aurait échappé.
L'idée importante, au contraire, me paraît être ici que Socrate devra
parler comme il
pourra, et c'est sur ces mots qu'il faut achever la

pensée. Au ijlïv, qui accompagne l'obligation de parler tant bien que


mal, s'oppose maintenant le 8é Mais, s'il ne le fait pas, il n'a qu'à
:

se tenir sur ses gardes et à ne pas volontairement s'exposer à... D:

plus, l'impératif Ne va pas... (ut) (So-jXou) justifie l'autre impératif e


:

Tiens toi sur tes gardes... Je conserve donc sàXaCrjOriTi.


xxin PHÈDRE
qui l'intéresse, et il croit que Socrate s'engage à changer la
forme sans toucher au fond (a35 d, a36 a-c) le malentendu :

roule tout entier sur les mots autre et différent, qui dans son
esprit ne doivent concerner que le vocabulaire et le style.
C'est de quoi justement le raille Socrate quand il lui donne
à entendre (235 e
sq.) que, à moins de changer la donnée,
il
n'y a pas réellement de nouveauté possible. Mais la vio-
lence exercée sur lui par Phèdre le contraint de garder la
donnée de Lysias. En dépit du comique de la scène et qui
d'ailleurs est surtout dans le rôle de Phèdre, sa défense n'est

pas feinte ;pas davantage la honte qu'il ressent d'avoir à


parler contre la vérité, et le geste de se voiler la face en est
l'expression visible (a36 b-237 a). Enfin, nouvel indice de
cette annonce implicite, que j'ai cru apercevoir, d'une nou-
velle position à prendre sur la question, il observe une fois
de plus avec force (237 b) que la position actuelle est pure-
ment conventionnelle ne répond à aucune réalité.
et qu'elle
Concluons : si l'amour sujet de Phèdre, le second
était le

discours, déjà près d'éclore, viendrait maintenant ce ne ;

serait pas une palinodie », une rétractation à l'égard de soi-


«

même, mais la réfutation d'un autre. Et d'un autre côté, si


la
rhétorique était le
sujet,
il
n'y aurait lieu ni à rétracta-
tion ni à réfutation : le premier discours suffirait, avec le

progrès rhétorique qu'il marque à l'égard du discours de


Lysias. Ainsi s'affirme de nouveau la solidarité des deux
sujets entre lesquels on a voulu écarteler le Phèdre. La
vérité est donc qu'il n'y a qu'un seul sujet.
Au moment où, dans son premier discours, Socrate en
vient à parler de l'amour en tant que forme particulière
de la sensualité (2 38 bc), il s'interrompt pour noter que son
éloquence a perdu sa froideur méthodique, qu'elle touche
presque au ton du dithyrambe, qu'elle semble enfin procé-
der de quelque inspiration divine. Quelle inspiration ?
Serait-ce ce mystérieux influx dont il se sentait tout à l'heure
envahi (a35 cd) et qui se manifestait à lui par l'éveil
imprévu dans sa mémoire d'une tradition vénérable de
l'Antiquité ? De fait il n'en est plus question, et ce qu'il allè-
gue maintenant, ce sont des influences presque physiques,
une magie inhérente au lieu où ils sont et attestée par les
consécrations religieuses dont il porte le témoignage c'est :

Pan, divinité des champs et des troupeaux, ce sont les Nym-


3N0Ï1CE xxxin

plies, divinités des bois et des fontaines, c'est le dieu fluvial,


Achéloùs, leur père (cf. 263 d) il y a aussi les cigales chan-
;

teuses, servantes des Muses (23oc, 269 cd, 262 d) il


y a ;

ces Muses mêmes, à la voix claire, qu'il a invoquées en

commençant son discours et dont l'inspiration n'est pas sans


risques. Or, quand ils résultent de telles influences, Y enthou-
siasme et la possession, la présence intérieure de quelque
divinité, ne sont pas les plus belles formes de ces délires
dont il sera plus tard question. Sur cette pente, Socrate est
donc en danger d'en venir aux égarements de la nympholepsie
(238 d déb.)
1
Et c'est autre chose encore que ce délire cory-
.

bantique où Phèdre est jeté par l'éloquence, autre chose que


cette bacchanale dans laquelle il a entraîné Socrate (228 bc,
234 d), au point que le véritable auteur du premier discours
de celui-ci, c'est Phèdre lui-même (2^2 de, ikk a) Sans !

doute cela n'est-il pas, et Socrate en fait à Phèdre le repro-


che, sans avoir contribué à le mener où il en est ce n'est ;

pourtant encore qu'une sorte de vertige, dont il est


légi-
time de parler avec ironie. Mais voici que l'apparition inat-
tendue, sur ses lèvres, d'un hexamètre (2^1 d déb.) révèle à
Socrate que, tout en parlant, il s'est à son insu élevé du ton
du dithyrambe à celui de l'épopée à quel diapason va-t-il :

donc monter, s'il continue ? Aussi se gardera-t-il bien de


donner à Phèdre ce qu'attendait celui-ci après le réquisi- :

toire contre l'homme passionné d'amour, de celui qui l'éloge


n'aime pas. Déjà c'était à sa honte
son gré qu'il et contre
avait repris le thème de Lysias plutôt
que de trahir, plus :

honteusement encore, les nobles enseignements dont il avait


eu le bonheur de se souvenir, il aime mieux tout de suite
s'en aller !

C'est alors que, au moment où dans


La voix du Démon: ..
cetl e
• .

Mention û
.-m h -,
allait passer
j
de

1 autre
deuxième partie. ,
côté de l'eau, il a entendu la voix de
son démon, l'avertissant de n'en faire. Il avait eu
rien
auparavant, tandis qu'il parlait, vague divination d'une
la
faute personnelle, il s'était senti troublé et décontenancé, il

1. Voir la note de Thompson ad loc. et, ici,


p. ao n. a. — Peut-
être rappellerait-on utilement à ce
propos que l'épilepsie s'appelait
chez les Grecs le mal sacré.
xxxiv PHÈDRE
avait obscurément senti que l'éloge dont les hommes hono-
reraient son langage pourrait bien signifier un péché contre
les dieux (242 b-d) : l'amour dont les deux discours ont
parlé est en effet un amour de gens sans noblesse, et non pas
d'hommes libres (2^3 c) *. Mais c'est V admonition démonique
qui a vraiment permis à Socrate de prendre enfin pleine
conscience de son péché. Il est donc difficile de ne pas voir
là une coupe significative dans le développement du dialo-
gue à une inspiration qui venait d'en bas s'en substitue
:

désormais une autre, qui vient d'en haut. Car un démon,


selon la doctrine du Banquet (202 e sq.), est un médiateur :
c'est grâce à lui
que l'homme est capable de cette divination
de l'âme dont Socrate s'était tout à l'heure jugé investi, et
les divinités dont il lui porte le verbe sont des divinités
vraiment souveraines. C'est donc, je crois, une erreur de
considérer la discussion sur la rhétorique comme inaugurant
la deuxième
partie du dialogue dès le début, la rhétorique
:

était son cadre et nous ne sortons


pas de ce cadre. Mais
ce qui a complètement changé, c'est le rapport à ce cadre
de son contenu celui-ci était jusqu'à présent une image
:

sans vérité, dont on n'a fait que rectifier le dessin sans en

corriger l'inconvenance foncière c'est la réalité même de


;

l'amour qu'enfermera désormais le cadre. La deuxième


partie du Phèdre, comme partie distincte dans l'ensemble,
me paraît donc être constituée par le second discours de
Socrate.
Dans que Phèdre a surtout admiré,
ce second discours, ce
c'est la forme (257 c). Or il s'était promis,
beauté de la
avant de l'avoir entendu, d'obliger Lysias à entrer en compé-
tition avec Socrate, en composant à son tour un éloge de
l'amour (2^3 de). Il craint maintenant que cette compétition
ne tourne pas à l'avantage de son héros, sans penser, bien
entendu, à autre chose qu'à la difficulté pour Lysias de réa-
liser dans la forme une
pareille élévation. Aussi bat-il pru-
demment en retraite et allègue-t-il, par anticipation, un pré-
texte pour excuser Lysias s'il garde le silence déjà suspect :

aux politiques en crédit parce qu'il compose des discours


et qu'il est un logographe (p. 56 n. 2), ne risquera-t-il

1 . Socrate relève à cet égard des passages du discours de Lysias


(a3î cd, a33 c) et de son propre discours, a38 c-aSg b.
NOTICE xxxv

pas ainsi de surexciter encore leur hostilité ? Un homme


public redoute en effet d'être appelé « sophiste » cela revien- :

drait à dire qu'il est en dehors de la vie publique, travail-


l
lant en effet dans la coulisse pour ceux qui y participent .

N'y a-t-il pas toutefois, observe Socrate, quelque chose de


déconcertant dans ce grief comme dans cette crainte (cf.
a58 c)? Tout homme politique, qu'il soit comme Darius
monarque absolu d'un grand royaume, ou bien comme
Lycurgue et Solon orateur dans un Etat grec, n'est-il pas
un logographe? Ses lois sont des écrits et qui sont destinés à
d'autres, principalement à la postérité sur laquelle régneront
ces lois. L'illustration que se sont acquise de tels « écri-
vains » prouve donc qu'il n'y a pas de mal, en soi et abso-
lument, à se faire écrivain, et aussi bien dans des produc-
tions qui ne concernent pas le public, en prose tout comme
en vers. La question est autre c'est de savoir par quels carac-
:

tères un mauvais d'un bon. A-t-on besoin


écrit se distingue
d'examiner cette question de valeur relative") N'en aurait-on pas
besoin, ce ne serait pas une raison pour ne pas goûter un
vif plaisir à faire un tel examen 2
. En tout cas, que ce soit
ou non un besoin, que ce doive être un plaisir ou non, ce n'est

pas le loisir qui manque à Socrate et à Phèdre.

La question d'émoluments est ici secondaire. Ce qui importe


i.

surtout, c'est qu'un sophiste,un logographe, un maître de rhéto


rique ont un faux talent, puisque ce sont des orateurs qui ne parlent
pas, des plaideurs qui ne sont pas partie au procès qu'ils plaident,
des politiques qui ne prennent pas part à la vie publique ; ils sont
comme des flûtistes qui ne joueraient pas de la flûte, mais se borne-
raient à en fabriquer à l'usage de ceux qui en jouent (cf. Euthydeme
288 d-290 a). Il est possible que le passage 257 c d soit une allusion
aux déceptions politiques de Lysias (cf. Notice, p. xvi sq.). Mais
il
pourrait s'appliquer, presque aussi bien, à Isocrale (cf. p. xxiv
sq.).
j. 258 d e et la n. 1 de la Quand Platon fait dire à
p. 5g.
Phèdre que l'épithète de servîtes est donnée, ou a été donnée, aux
plaisirs qui sont dans la dépendance d'un besoin, fait-il allusion à
l'emploi de cette formule par quelque autre, ou par lui-même ? Du
moins n'est-ce pas, comme on le dit parfois, un renvoi au Phédon
69 b (car ce qui à cet endroit est dit servile, ce n'est pas le plaisir,
c'est une certaine
espèce de vertu [de même République IV 43o b,
pour une certaine espèce de courage]), mais peut-être à 66 cd.
xxxvi PHÈDRE
C'est en effet justement l'heure de la
vont-ils l'employer à dormir, au
s ' es *,e •
dps Ciaales
lieu de discuter la question qui s'offre
à leur examen ne doivent pas, pareils à des esclaves ou
? Ils

à des bêtes, se laisser vaincre par la chaleur le chant ;

ensorceleur des cigales ne les captivera pas, pour leur perte,


comme dans l'Odyssée celui des Sirènes. Ils peuvent espérer
au contraire que, d'avoir résisté à leurs enchantements en
employant le temps à philosopher, cela leur vaudra l'avan-
tage d'être signalés par ces déléguées et ces interprètes des
Muses à celles d'entre ces dernières qui ont le plus noble

rang. Elles sont nommées c'est Galliope, l'aînée, et sa


:

cadette, Uranie. Or la première est, d'après la tradition la


plus ordinaire, muse de l'épopée et de l'éloquence, la seconde,
de l'astronomie leur commune musique est la plus belle de
;

toutes (p. 29 n. et p. 60 n. 1). Je crois apercevoir là un


1

ensemble significatif de notations. Il


y a d'abord l'idée d'une
hiérarchie parmi les Muses et dans l'ordre de leurs fonctions.
Socrate leur avait demandé, à toutes indistinctement, l'in-
spiration de son premier discours, et on se rappelle où cela le
conduisit. Or c'est quand il était parvenu au ton de l'épopée

qu'il s'est refusé à continuer par peur d'un pire danger


et

qu'il a entendu l'avertissement de son Démon. Mais


voici
maintenant qu'il distingue entre les Muses et que, conformé-
ment d'ailleurs à la tradition, il donne à Galliope la première

place. Est-ce au titre seulement de l'épopée et de l'éloquence ?

La subordination d'Uranie, muse des choses du ciel, à l'égard


de Galliope, suggère l'idée que la double fonction de celle-ci
relève en effet de quelque principe commun, qui ne peut
être que la philosophie . Il y aurait donc là, au moins pour
1

ce qui regarde l'éloquence, une sorte de présage de l'exis-


tence d'une rhétorique philosophique et de sa relation néces-
saire avec l'élude du ciel et de la nature entière (26g d sqq.,
surtout e-270 c). Au surplus ce qui est dit de l'incomparable
valeur de « la musique » de ces deux Muses est tout à fait dans
le sens de ce qu'on lit dans le Timée (A 7 de), où les mouve-
ments de notre âme, leur harmonie et leur rythme, sont

1. Que Calliope fût chez les


Pythagoriciens le nom de la philoso-
phie (p. 60 n. 1), Maxime de Tyr (VII 2. 63) est seul à le dire, mais
peut-être à bon droit cf. Empédocle, fr. i3i Diels.
;
NOTICE xxxvh

manifestemont à la musique proprement dite


liés, à la fois
et à l'astronomie, dont on connaît d'autre part l'étroite cor-
respondance. En second lieu, ce sont les cigales elles-mêmes
qui sont en quelque sorte promues en dignité. Elles se rat-
tachaient tout à l'heure à cet ensemble d'influences locales
qui ont inspiré à Socrate une éloquence mensongère (cf. 262
d). Maintenant encore ce sont des sorcières, dont l'inlassable
claquette travaille à endormir la pensée du philosophe. Ces
sorcières toutefois récompensent celui qui résiste à leurs malé-
fices si Phèdre et Socrate ne trahissent
:
pas la philosophie
au profit d'un repos animal, s'ils persévèrent dans leur
enquête sur la rhétorique, ce sont elles qui devant Calliope
et Uranie en
porteront témoignage.
Ainsi le
mythe des Cigales serait autre chose qu'un inter-
mède. Il est
comparable à ce qu'est dans le Phédon (84 e-85 b)
le
mythe des Cygnes, les oiseaux d'Apollon, qui rappelle le
thème apollinien du début (60 e-6 1 b) pour en faire repartir
ensuite le dialogue. De même, le mythe des Cigales est comme
le pivot du Phèdre. Le second discours de Socrate nous a fait
monter jusqu'au plan le plus élevé dans la
conception de
l'amour. Mais nous n'en avions pas fini avec la rhétorique
et il nous faut revenir à notre
point de départ. Ce sera pour-
tant dans d'autres conditions, et l'objet de cet intermède
apparent est de le faire sentir. Un nouvel exemplaire de
discours s'est en
effet ajouté à ceux
qui remplissaient la pre-
mière partie. Du point de vue supérieur jusqu'où il nous a
élevés, nous recommencerons notre enquête, mais avec de
plus vastes horizons, non pas seulement sur la rhétorique,
mais sur le rapport qui l'unit à l'amour et au-dedans de l'âme.
Nous voici donc au seuild'une troisième partie ; elle se lie
aux deux autres de la façon la plus intime et elle en fait
comprendre la destination. C'est un nouveau motif de
reconnaître combien est solide, et même particulièrement
serrée, la texture du dialogue.

Cette troisième partie peut à son tour se


La troisième , ,. •
»

•• tn 1

partie
subdiviser en trois sections. Dans la

première, après avoir déterminé les


conditions les plus générales auxquelles doit satisfaire toute
œuvre d'un art quelconque, on s'interroge sur les œuvres
que produit l'usage de la
rhétorique ;
et d'autre part, en
xxxvin PHÈDRE
expérimentant sur des exemples, on cherche dans quel cas
l'usage ne satisfait pas du tout à ces conditions générales, ou
bien y satisfait d'une façon incomplète, ou enfin totalement.
Une seconde section envisage l'enseignement de la rhétori-
que, et dans ce qu'il comporte, et par rapport à la contribu-
tion historique des Maîtres à la constitution de l'art enseigné
sous ce nom. Enfin, dans la dernière section, à cette rhéto-
rique de fait Platon oppose ce qu'on pourrait appeler une
rhétorique de droit, rhétorique philosophique qui n'est autre
chose qu'une mise en œuvre pratique de sa dialectique ' .

I —A. La question à examiner en pre-


Quels sont les mier lieu (a5g e sqq.) est celle qui

rhétorique
a été P° sée tout à heure
)'
58 *) O :

à se dire un art ? comment et pourquoi parler et écrire,


actes qui en eux-mêmes n'ont rien de
repréhensible, ni, ajouterions-nous, de spécifiquement méri-
toire, peuvent-ils être tantôt quelque chose de mauvais et
tantôt quelque chose de bon ? Ce dernier résultat, Socrate
en a la certitude, ne sera obtenu
qu'à une condition connaître :

ce qui est la vérité sur le sujet dont on traite. Ce n'est pas là

pourtant ce que Phèdre a appris à l'école de la rhétorique :

si le but à atteindre est de


persuader des auditeurs (ou des
y
lecteurs), ce n'est pas le vrai qu'il importe de savoir, sur la
justice par exemple, mais uniquement, puisque ce sont eux
qui doivent juger et décider, quelle est là-dessus leur opinion,
de façon à utiliser cette opinion pour produire en eux telle
conviction qu'on veut obtenir. Soit réplique Socrate, appli-
!

quons donc ceci à ne sais pas ce qu'est un


un exemple :
je
cheval; jesais uniquement que, dans l'opinion de Phèdre, c'est
entre les animaux domestiques celui dont les oreilles sont les
plus longues ;
la
rhétorique m'autorisera-t-elleà lui persuader,
en conformité avec cette opinion, qu'il fera bien, ayant

i . La prédilection de Platon pour les divisions ternaires se mani-


festait dans le Phédon et dans le Banquet. De fait, ici, cette troisième

partie est à la première, j'ai tenté de le montrer, dans un rapport


dont la seconde est justement la clef. Est-ce à dire pourtant qu'elle
doive comprendre tout le reste du dialogue ? Je ne le
pense pas :

dans ce reste, en effet, il y a une coupe si nettement marquée à


37^ b, qu'il me semble impossible de ne pas considérer comme une
, partie distincte tout ce qui concerne la valeur propre de l'écrit.
NOTICE xxxix

besoin d'un cheval pour la guerre, d'acheter cet animal aux


longues oreilles ? Il n'y a qu'à transporter cet exemple au cas
de la distinction du bien et du mal, pour se rendre compte
de ce que peut valoir en ses fruits une rhétorique ainsi
conçue. Peut-être y a-t-il cependant, dans l'expression d'un
tel grief, une simplicité quelque peu brutale. La rhétorique,
par d'un de ses suppôts (Notice, p. cxxvm sqq.), répon-
la voix

dra que la connaissance de la vérité est préliminaire sans doute,


mais insuffisante pour savoir persuader et que, si le but du
discours est de persuader, on ne saurait se passer de la rhé-
torique, l'art qui en enseigne le moyen. Ainsi une sorte —
de procès est engagé, où rhétorique est défenderesse. Le
la

demandeur lui refuse le droit, telle qu'en fait elle se


comporte,
de se dire un une
discipline capable d'être transmise par
art,

l'enseignement soutient qu'elle n'est au contraire qu'une


;
il

grossière routine. Il procède donc, selon l'usage, à l'interro-


gatoire de la partie adverse (p. 62 n. 3).

B. Le but de la
rhétorique, deman-
La rhétorique n'est-ce pas de «
dera-t-il, diriger les
'

« »
âmes P ar la P arole d être une PV'
psychag^ogie ? .>

de l'illusion. chagogie
i
, comme il existe une pédagogie
dont le but est de diriger l'enfance ?
Est-elle cela dans toutes les circonstances possibles, soit

publiques, devant l'Assemblée du Peuple ou au Tribunal, soit


privées, et quelle que soit d'ailleurs l'importance du sujet
ou l'étendue du discours ? C'est seulement, répond la
rhétorique, dans les deux premiers cas, ce qui implique que
le
que le discours sera étendu. Mais,
sujet est important et
riposte le
demandeur, dans l'Assemblée ou au Tribunal
n'est-ce pas une controverse qui s'engage, une anlilogie, où
s'affrontent deux parties dont chacune cherche à faire croire
aux mêmes gens que la même chose est juste ou injuste,
bonne ou mauvaise ? Or n'est-ce pas ce qui se passe aussi
dans des discussions en petit cercle et portant sur de petits
intérêts, ainsi l'argumentation de Zenon d'EIée sur la plura-
lité et le mouvement ? C'est donc
que le domaine de la rhéto-

1. Sur un etcxLvu. Je m'attache seule-


cette expression, cf. p. ex
ment ici à marquer l'enchaînement des idées ces questions seront
;

examinées spécialement dans la section VI.


xl PHÈDRE
rique est bien plus vaste qu'elle ne le croit, mais que, d'autre
part, son caractère essentiel est de s'appliquer, autant que
faire se peut et à l'égard de gens capables de s'y laisser
pren-
dre i
,
à assimiler ceci à cela qui en diffère et à seule fin de
créer une illusion, ou bien au contraire à déjouer dans le
discours d'autrui de telles assimilations illusoires. Or,
comment pourra-t-on pratiquer contre autrui cet art d'illu-
sion, ou bien éviter d'en être dupe soi-même, si l'on n'est pas
capable de distinguer des choses qui se ressemblent ? Car le
terrain privilégié d'un tel illusionnisme est celui sur lequel
on peut insensiblement d'un terme à celui qui en est
glisser
2
réellement Produire l'illusion aussi bien que
le contraire .

la discerner suppose donc qu'on ne se contente


pas d'opérer
sur des opinions incertaines et vagues, mais que l'on connaît
l'essence vraie de ce qui, peu ou prou, se ressemble 3 Autre- .

ment, la rhétorique n'a aucun droit de se présenter à la barre


pour prétendre qu'elle est un art.

G. Mais tout cela n'est-il pas trop peu


e recours
concret ? Pour nous rendre compte
r de
aux exemples. . ,

qui sépare un discours tait


la ditlérence
avec art d'un discours sans art, considérons, dit Socrate, les
trois discours qui ont été prononcés sur l'amour: celui de

Lysias et les deux miens. Et Phèdre d'approuver élève des ;

rhéteurs, il est en effet habitué à étudier sur des « exemples »,

i. A 261 e 3 otç est, je crois, un masculin et, de même, sv toi;

aXXoiç 262 a 11. Cette proposition correspond à celle de c 10 sq.,


où Platon a distingué entre V objet dont on parle et les sujets à qui
l'on s'adresse. Nous savons tous ce que c'est qu'un âne et ce que c'est

qu'un cheval on n'a donc aucune chance de faire prendre à quel-


;

qu'un un âne pour un cheval c'est ce qui faisait de l'exemple


;

précédent un argument à la fois comique et péremptoire. Mais il


n'en est pas ainsi pour le juste et l'injuste aussi, devant des sujets ;

qui, sur ces objets, ignorent la vérité, aura-t-on beau jeu pour tout
brouiller sans qu'ils s'en aperçoivent.
2. Le genre « ressemblance », dit le Sophiste (23 1 a) exige qu'on
soit constamment sur ses gardes, car « il
n'y a pas de genre plus
glissant ».
3. Il suit de là qu'en cette matière l'art véritable ne peut appar-
tenir qu'à celui qui emploie à faire illusion un savoir authentique ou
qui joue, comme Socrate, la comédie de Y inscience. Cela rappelle, la
NOTICE xu

qui sont les compositions « épidictiques » du maître. Oui,


poursuit Socrate, c'est une heureuse chance, vraiment,
qu'aient été prononcés les deux discours qui offrent quelque
exemple de la façon dont on peut, bien qu'on connaisse la
vérité, se faire de la parole un jeu pour égarer ceux qui vous
écoutent (cf. 2Ô5 c s. Jin.). Les deux discours en question ne
peuvent être, à mon avis, que le discours de Lysias et le
premier discours de Socrate N'est-ce pas tout d'abord une
l
.

heureuse chance que Socrate ait rencontré Phèdre et qu'ainsi


il ait connu le discours de
Lysias? De plus, c'est encore un
hasard, heureux en un sens, que du lieu même où ils se sont
arrêtés émanent tant d'influences particulières (cf. p. xxxn sq.),
sans lesquelles jamais Socrate n'eût cédé aux objurgations de
Phèdre ni repris à son tour le thème de Lysias. D'un autre

suite l'indique assez clairement (262 d et p. 66 n. 2), l'audacieux


paradoxe par lequel Platon, jeune encore, traduisait en ternies
saisissants sa conviction profonde de la valeur absolue du savoir, le

paradoxe de VHippias minor. En même temps, cela annonce l'ana-


lyse, plus subtile et plus
nuancée que Platon, vieillard, consacre à
la question dans le Sophiste (233 a-236 d et surtout 266 d jusqu'à la
fin du dialogue) ; analyse préparée d'ailleurs par celle qu'on trouve
au livre X de la République, notamment 5g6 a-6o3 a. Ces analyses
envisagent la mimétique, l'art de l'imitation. Dans cet art le
Sophiste
distingue explicitement une production de réalités vraies, qui sont
des copies, et une production de simulacres, qui sont de fausses

apparences. Mais, parmi les simulateurs dont les produits sont de ce


dernier genre, il distingue ceux qui ont la connaissance vraie de ce
qu'ils imitent et ceux qui en sont dépourvus l'art des premiers est :

une mimétique informée (taxoptxrj tij [Link],r atç) et celui des autres, une
i

mimétique d'opinion, une doxomimétique. Puis entre ces derniers


apparaît encore une nouvelle distinction il y a le simulateur candide
:

(eùrjOr,;), qui croit savoir ce que réellement il


ignore (ce serait ici le

public, qui se croit en état de juger et de décider, cf. 260 a) et le


simulateur astucieux (eîpwvizdç, cf. ici 271 c déb.), qui affiche exté-
rieurement un savoir dont, au-dedans de lui-même, il sent l'effroyable
néant; selon que son hypocrisie s'exerce dans des assemblées publiques
ou dans des réunions privées, en longs discours ou bien en argumen-
tations, c'est ou bien un orateur populaire ou bien un sophiste. Dans
l'un des cas comme dans l'autre, le Phèdre dirait, d'une façon géné-
rale,que c'est un orateur (cf. p. xx n. 3).
Sur ce point je m'écarte à regret de l'opinion de M. Bour-
1.

s'agit ici d'après lui (art. cit. p. 338) des deux discours
il
guet :

de Socrate.
xlii PHEDRE
côté, jouerde l'éloquence pour tromper l'auditeur quoiqu'on
sache soi-même ce qui est vrai, cela convient seulement, et
au discours de Lysias en une acception ironique et comme
si celui-ci dissimulait ce que réellement il sait (comparer 271
c déb.), et au premier discours de Socrate, puisque le mensonge
de ce discours est celui de l'homme qui sait ce qui est vrai.
Sans doute une telle connaissance de la vérité est-elle pareil-
lement impliquée par second discours; sans doute celui-ci
le

est-il
pareillement un jeu oratoire (cf. a65 c, déb. et fin) ;

sans doute aussi suppose-t-il une heureuse chance, savoir que


la voix démonique soit intervenue pour déterminer Socrate
à sa « palinodie ». 11 n'en est pas moins vrai qu'il n'a rien
à voir avec l'opposition, si nettement marquée ici, entre
vérité au-dedans de la pensée et mensonge dans l'expression
de cette pensée au dehors. Enfin n'est-ce pas intentionnel-
lement, plutôt que par négligence grammaticale, que, parlant
des deux discours, Platon a écrit qu'ils contiennent un exemple
d'une telle opposition ? En fait, d'ailleurs, c'est par le discours
de Lysias que commencera cette leçon des exemples la cri- ;

tique qu'on en a faite du point de vue de la forme doit tout


naturellement dispenser d'examiner pour lui-même le premier
discours de Socrate, car il en corrigeait seulement les défauts
de forme l'unique leçon à en tirer, on le voit en effet (265
;

sa relation au second discours, en


a), est celle qui résulte de
tant qu'avec celui-ci la considération du fond remplace celle
de la forme, et que la vérité y est cette fois proclamée par
l'homme qui la connaît. Ainsi les trois discours seraient trois
exemples celui de Lysias, de jeu mensonger sans art le
:
;

premier des discours de Socrate, de jeu mensonger avec art ;

le second, de jeu à la fois véridique et plein d'art.


La critique du discours de Lysias (262 d fin sqq.) porte
sur deux points. Le premier précise des indications antérieures
(cf.
261 cd) le domaine où se meut la rhétorique dans toute
:

son extension, c'est celui de ressemblances qui favorisent le


passage inaperçu d'une notion à son opposé. Ici ce sont de
nouveau les notions de juste et d'injuste, de bien et de mal
qui servent d'exemple pour montrer que nulle part la rhéto-
sur
rique n'est plus à son aise pour produire l'illusion que
qui prêtent à controverse, étant de ceux sur lesquels
les sujets

pensée, non seulement de divers hommes,


flotte, hésitante, la
mais de chacun de nous en des moments divers. Pour parler
NOTICE xliii

ou écrire avec art il est donc indispensable d'avoir tout


d'abord déterminé si tel n'est pas le cas du sujet à traiter et,

ensuite, de s'être mis d'accord sur une définition de la chose


dont il s'agit (cf. 287 c, 277 b). Or c'est précisément le cas
de l'amour: sans quoi Socrate n'aurait pu à son égard adopter
successivement d ans ses deux discours deux attitudes contraires.
Lysias est donc fautif de n'avoir point, comme l'a fait Socrate
au début de son premier discours, défini la conception qu'il
s'en faisait. —
Le second point sur lequel on voit que
Lysias a manqué d'art (263 e déb.) se lie à cette première
faute ne sachant pas de quoi il parlait, il ne pouvait ordon-
:

ner convenablement son discours il a commencé par la fin ; ;

l'ordre des parties, étant indifférent, est interchangeable. C'est


donc une composition inorganique.
Ce qu'en premier lieu révèle d'autre part l'exemple de la
relation qui existe entre les deux discours de Socrate (264 e

sqq.), c'est l'importance significative de leur contrariété. Cette


contrariété nous mène en effet à reconnaître qu'il y a deux
espèces du
dont l'une est une vraie maladie dans
délire,
laquelle déchoit notre nature bumaine, tandis que l'autre
est une possession divine par laquelle nous sommes au
contraire élevés au-dessus de nous-mêmes. Il est possible que
la
première espèce corresponde à ces délires dont parle le
Timée (86 b sqq.) et qui sont suffisamment expliqués par des
états du corps. Mais il me paraît plus probable, étant donnée
la façon dont cette distinction est introduite,
qu'elle doit
être rapportée à la différence d'inspiration, déjà notée, des
deux discours (cf. p. xxxn sqq.). Or l'amour, de son côté, a
été reconnu pour être un délire, aussi bien par le premier
discours (2/4 a 4» b 8 cf. 238 e fin) que par le second. En raison
1
;

toutefois de cette différence d'inspiration, le premier a consi-


déré ce délire comme un mal jeu impie le second y a vu au
:
;

contraire la plus belle des formes de délire qu'il a distin-

jeu sacré et qui rend au dieu Amour l'hommage


'
guées :

auquel il a droit. Peu importe à quoi Platon a pu penser au

1 .Il est assez surprenant que Platon présente à 265 b la distri-

bution des quatre formes du délire entre quatre divinités comme si


elle correspondait exactement à la division de a44b sqq., alors qu'elle
constitue une nouveauté réelle. On ne peut cependant soupçonner
ici une interpolation.
IV. 3. - d
xliv PHÈDRE
juste quand il avoue n'avoir sans doute pas réussi à garder le
contact avec la vérité (p. 71 n. 2); l'essentiel, c'est que cet
hommage est lyrique et mythique, et que le moment où
Platon caractérise ainsi son deuxième discours est celui où il
introduit la notion de la méthode dialectique (a65 bc). En
un hymne mythologique, ce deuxième discours
tant qu'il est
est en lui-même un mélange, c'est-à-dire qu'à la fiction poé-

tique se mêle une vérité. Mais ce n'est pas par lui-même


qu'il
a motivé l'introduction de la dialectique, c'est par son

opposition au premier discours et, comme dit Platon, par


la façon dont on a pu passer ainsi du blâme à l'éloge,
reconnaître la nécessité d'une division, donc d'une spécifica-
tion. Aussi, quand Socrate, un peu plus loin (e), parle des
deux discours grâce auxquels ce résultat a été obtenu, est-il
évident qu'il ne s'agit plus des deux discours, pareillement
mensongers, dont il était tout à l'heure question (262 c fin) :

celui de Lysias est explicitement mis hors de cause (264 e), et


ce qui est par conséquent instructif, c'est la relation du second
discours de Socrate au premier. Or
ont envisagé l'égare-
ils

ment d'esprit dans l'unicité de sa nature mais, tandis que


;

l'un a taillé d'un côté et ainsi a abouti à déterminer la branche

gauche et funeste de cette nature, l'autre a taillé du côté


droit et abouti à déterminerune branche droite, ce qui lui a
permis de découvrir une sorte divine d'amour, qu'il a louée
comme il convient (265 e sq.). En résumé, si l'on veut être
capable de comprendre comment à une rhétorique fondée sur
le
pur empirisme on pourra substituer une rhétorique philo-
sophique, il est également impossible d'isoler le premier
discours de Socrate de celui de Lysias et, l'un de l'autre, les
deux discours de Socrate. Ainsi se manifeste à nouveau, et
d'une façon particulièrement éclatante, l'unité décomposition
du dialogue, puisqu'ainsi on voit quelle étroite solidarité
lie l'examen de la
rhétorique à la conception de l'amour.

II. — Mais Phèdre ne connaît qu'une


actuelle rhétorique, celle des rhéteurs qui sont
ses maîtres : une rhétorique qui dépen-
drait de la dialectique ne dit rien à son esprit (cf. p. 73 n. 3).
11 réclame donc qu'au contraire, en face de la dialectique,
de genre
on envisage la rhétorique en elle-même et à titre

indépendant (266 c).


Si c'est une discipline autonome, elle
iNOTICE xlv

doit avoir des règles techniques qui lui soient propres (cf. 269

bc). Aussi y a-t-il lieu de passer en revue le contenu des


livres où celte discipline est exposée, de nommer quelques-
uns des maîtres qui en ont fait profession (cf. section VI).
Ce qui seul à la vérité nous intéresse présentement et par
rapport au développement du dialogue, c'est l'examen cri-
tique de cette prétendue discipline (268 a sqq.) c'est en effet
:

de cet examen que sortira, réclamée par Phèdre lui-même


(269 c), la notion d'une rhétorique qui mérite d'être appelée
un art. Cet examen se fait par une méthode comparative :

quelles sont les exigences des arts incontestables et, pour


ainsi dire, constitués, ayant des représentants illustres et dont
l'avis fait autorité quant aux exigences de chacun de ces arts?
Or le médecin, le poète tragique, le musicien s'accordent à
reconnaître que l'exercice de leur art suppose des études
préliminaires spéciales un médecin par exemple, avant de
:

soigner des malades, doit avoir appris quel est l'équilibre du


chaud et du froid dont est faite la santé, quelles sont les
espèces de perturbations qui peuvent survenir dans cet équi-
libre générique, quelles sont pour chaque effet curatif à
obtenir les ressources de la thérapeutique. Mais il sait aussi
que de telles connaissances, purement formelles, ne suffisent
pas pour être capable de guérir quelqu'un la grande affaire,
:

c'est de organiser et de les mettre en œuvre en les adaptant


les
à des sujets individuels et à des circonstances singulières

(268 b s.
fin. ; cf. 270 b). Tout au contraire, la rhétorique
met le tout de l'art dans une théorie qui ne concerne que les
éléments, qui est scolaire et livresque, qui se flatte d'être
exhaustive parce que, dans l'abstrait et artificiellement, elle
envisage les opposés d'un même genre. Quant au surplus,
qui est véritablement l'essentiel, elle n'en a cure et c'est
affaireaux élèves de se débrouiller tout seuls quand ils auront
à parler ou à écrire. Or ce surplus, il n'y a que l'exercice de
la dialectique
qui puisse le donner (269 bc). C'est justement
ce qu'expliquera Platon par la suite quand il parlera de la
'
rhétorique philosophique .

1. Surtout 371 c-272 b. C'est de cette déficience de la rhétorique


actuelle que témoignait déjà l'examen critique du discours de Lysias,
235 e sq., 2Ô2d-264e.
xlvi PHÈDRE
III. — Celle-ci, la vraie, Platon l'envi-
_.?.
. .
sage à trois points
r de vue: il en déter-
vraie rhétorique. ?
mine les conditions, il en explique la
méthode, il en précise l'objet par opposition à la
rhétorique
actuelle.
A. Il commence par prendre à son compte, pour le moment
du moins, une proposition qui n'était sans doute déjà qu'un
lieu commun 1
,
mais il en renouvelle complètement l'esprit
par le commentaire qu'il fait ici du mot savoir. Les dons
naturels sont assurément indispensables à l'orateur. Mais,
comme il va le montrer par l'exemple de Périclès (270 cd 2 ),
ces dons ne sont rien s'ils ne sont soutenus
par et consolidés
un savoir authentique et approprié, ne rencontre en si l'on
outre le maître capable de réaliser un tel accord, si l'on ne
pratique enfin la méthode qui convient à l'usage de ce savoir.
N'est-ce pas justement toute la doctrine de l'éducation dans
la République?. Elle définit le naturel philosophe, en même

temps qu'elle explique comment il se corrompt (VI 485 a-487


a, 489 e-4o5 c) elle indique par quelle sorte d'instruction,
;

d'abord scientifique, proprement philosophique ou dialectique


ensuite, et qui est l'instruction donnée par les maîtres de

1. On la rencontre, à peu de chose près, dans Protagoras (Vorso-

kraliker ch. 7^, B 3) sons la même forme qu'ici, dans l'écrit connu
;

sous le nom d'Anonyme de Jambliquc et qui est probablement contem-


porain de la guerre du Péloponnèse (o5, i3 sqq. Pistelli Vorsokr. =
ch. 82, 1-3 dans les Doubles raisons (oiaao: Xdyoi ou Dialexeïs)
;

9, i-h (chap. 83 des Vorsokr.) dans l'écrit hippocratique Sur la loi


;

a (IV 638 Littré). Voilà pour le v e siècle ;


mais au temps de Platon
d'autres que lui l'utilisent également comme un principe, cf.

p. cxlvi, cli n. 1 et clxviii.


2. Une me paraît guère douteux, malgré l'opinion contraire de

Burnet, que à 270 a 5 il faille lire, avec les meilleurs mss. et avec
Hermias, àvo;'aç, absence d'intelligence, et non Stavot'aç, pensée discur-
sive (par opposition à l'Intelligence souveraine). Mais il est peu vrai-
semblable que, comme le voudrait Hermias (2^4i i5), Yabsence
d'intelligence désigne la matière, c'esl-à-dire le mélange infini des

particules, sur laquelle, d'après Anaxagore, agit l'Intelligence. Il y a


là, me semble-t-il, une plaisanterie, à la fois sur l'impopularité où
finit par tomber l'ami du Nous, c'est-à-dire Périclès, et sur le
procès
intenté au Nous lui-même, c'est-à-dire à Anaxagore : c'est ainsi

qu'ils en sont venus à connaître, l'un comme l'autre, l'envers de

l'intelligence, autrement dit l'anoia.


NOTICE xLvir

l'Académie, un tel naturel sera conservé ;


elle suppose enfin
des exercices appropriés d'entraînement (VII 52 1 c sqq., 535
a sqq.). Le caractère fondamental du savoir ainsi
acquis,
c'est, nous le
voyons ici, qu'il soit désintéressé et général :

désintéressé (269 d, 270 a), ce qui le fait prendre par les sots
pour un vain bavardage et une rêverie « dans la lune », et,
pour le caractériser, le Phèdre use des mêmes termes que la
République (VI ^88 c sq. *); général (2700c), parce que chaque
chose est solidaire du tout, et c'est la République encore qui
c) sur l'aptitude caractéristique du dialecti-
insiste (VII 537
cien philosophe à voir les choses dans leur ensemble, à être
un esprit synoptique. Là-dessus Platon indique à quelles
conditions générales la recherche doit satisfaire pour n'être
pas un tâtonnement d'aveugle , à quelles conditions d'autre
2

part devrait avoir satisfait la rhétorique avant de prétendre se


constituer en discipline autonome (270 e sqq.). Ce n'est pas
encore la détermination de sa méthode
propre, mais c'est ce
qui y achemine. L'exemple de la médecine lui sert à expliquer
sa pensée. On ne
peut en effet soigner le corps sans savoir de
quel ensemble naturel il fait
partie, sans savoir quelle en est
la nature et si elle est
simple ou composée, sans connaître,
dans ce dernier cas, le nombre des parties composantes et la
fonction de chacune d'elles, sans avoir déterminé dans ce
domaine toutes les actions et les effets qu'il est utile de
connaître. Si donc la rhétorique est une psychagogie et si, par
conséquent, son objet est l'âme pour y produire la persuasion,
c'est ainsi
qu'elle devrait procéder, considérant d'une parties
espèces d'âmes et, de l'autre, les espèces de discours, déter-
minant sur quelles âmes agiront tels discours (cf. cxlvii sqq.).
Mais comment cela se comprendrait-il si le second discours
de Socrate sur l'amour ne nous avait en effet pourvus d'une
théorie de la composition de l'âme? Une classification des

genres d'âmes ne s'explique que par la prépondérance de tel


ou tel des éléments opposés entre lesquels normalement il
doit y avoir harmonien'est-ce pas ainsi que s'explique la
:

diversité des
tempéraments physiques et la possibilité de les
classer? Ainsi, une fois de plus, la relation du second discours

1. Cf. p. 79 n. 2. Voir en oulre Parménide i35 d.


2. On pourrait utilement comparer le passage de 270 de avec le
début de laIV e des Regulae de Descartes.
xtviii PHÈDRE
à l'ensemble est évidente, et en même temps on voit en quoi
ce discours sur l'Amour est un exemple de ce qu'est une
rhétorique fructueuse et qui tend à la vérité.
B. Voilà donc la vraie façon, qui n'est pas celle dont
parlent en fait les Maîtres, de
bien parler et de bien écrire.
Mais Phèdre, cette fois encore, n'a pas compris il ne voit :

pas que la méthode de la rhétorique est impliquée par les


conditions de ce qu'elle doit être et il demande quelle peut
bien être cette façon de s'y prendre. Ainsi Socrate se trouve
amené, en reprenant ce qu'il a déjà dit, à déterminer avec
une précision accrue la méthode propre de la vraie rhéto-
J
rique (271 c) .
Ici, il insiste davantage sur la classification

des genres de l'éloquence, tantôt brève, tantôt émouvante,


tantôt indignée, faisant siennes, au moins provisoirement,
les distinctions des rhéteurs. Mais le plus important de cette

théorie, c'est que la seule rhétorique constituant un ensei-

gnement positif est celle qui ne se fonde pas seulement sur


une classification parallèle des âmes et des discours, mais qui
en outre envisage spécialement leur interaction. Au lieu en
effet de laisser à l'élève le soin de se tirer tout seul d'affaire
en face des cas concrets (cf. 269 c, 277 c s. in.), elle l'aura
instruit de la même manière que, par la clinique, un
médecin apprend à ses élèves à approprier la médication au
tempérament du malade et aux circonstances de la maladie
(cf. 268 b, 270 b). Instruit par une telle rhétorique,
dont la
culture dialectique est la base (cf. 266 b, 269 b, 278 de), un
élève saura, le moment venu, quel langage il doit tenir à

1. Cf. p. 82 n. 2 :
je ne crois pas que aù~à [xiv xh $t\\l<xxx stneïv
271 c 6 puisse signifier : dire la chose en termes propres. Toute la
suite ne
consiste-t-elle pas en effet à dire en termes propres la « façon
de s'y prendre » (cf. b 7 oi'toi âXXw;, c 3 xôv xpôzov toutov, c 5 ttva
-coÏÏTov D'un autre côté, l'opposition (marquée par
(xôv xpd^ov);)?
ne se comprend plus entre ce qui présente de la difficulté et
Ucv... 8é)
ce qu'au contraire Socrate se dit prêt à montrer et qui concerne préci-
sément la façon dont on doit s'y prendre pour faire œuvre d'art en parlant
ou eh écrivant (w; 8è SsT ypaécpstv, si [xsÀXe-....). En d'autres termes,
tandis que Phèdre, ainsi que l'y ont habitué ses maîtres, attend un
modèle ou un corrigé qui lui donne « les phrases elles-mêmes»,
un « dites ceci, dites cela », où sera mise en action la méthode de
l'Art, c'est seulement une théorie de cette méthode que Socrate
est

prêt à lui offrir.


NOTICE *lix

tels auditeurs, par rapport à telles


conjonctures, et aussi
quelles sont celles dans lesquelles il est au contraire opportun
de se taire (271 d fin, e-272 c cf.
270 e). Bref, à une
;

théorie qui reste théorique ou formelle et


qui est dépourvue
d'efficacité, se substitue une théorie qui est théorie de la

pratique et qui s'applique à un contenu réel. Ainsi se trouve


finalement confirmée, parmi les facteurs qui conditionnent
le mérite de l'orateur et de l'écrivain, la
prééminence décisive
du savoir.
G. On voit mieux maintenant ce qui creuse un abîme
entre la fausse rhétorique et la vraie, entre la rhétorique de
fait et la
rhétorique de droit c'est que l'objet de la première
:

est la vraisemblance, celui de la seconde, la vérité et que, en


fin de
compte, seul est apte à produire la vraisemblance qui
connaît aussi la vérité. Sur ce point encore, le dialogue ne
fait
que reprendre des idées déjà exposées et auxquelles des
renvois sont fréquemment indiqués ; mais elles sont mises
ici dans la lumière
qui doit leur donner toute leur valeur
Socrate commence par réfuter une objection
significative.
des maîtres de rhétorique s'il
y a, disent-ils, une voie très
:

courte pour atteindre le but de l'Art, à quoi bon en préco-


niser une qui au contraire comporte tant de longueurs et de
circuits? Oui, répliquera-t-on, s'il ne s'agit en effet, comme
on le voit dans les débats des tribunaux, que d'une routine
du mensonge (272 e-273 c), dont le but est de faire illusion
à un juge qui n'a ni le désir ni le loisir de
s'enquérir de la
vérité, pas plus sur le fait en cause que sur la différence du
l
juste et de l'injuste Quand c'est à des sommets qu'on
.

aspire à s'élever, on ne reculera pas devant la peine que


coûtent les longs circuits 2 La rapidité de la marche, dira de
.

même le Politique (286d-287 a), est un avantage de second


ordre, et, s'il faut un long circuit pour nous rendre meilleurs
dialecticiens, plus habiles à faire toutes les spécifications

1. Comparer Gorgias 455 a et surtout Théélèle 201 a-c.


2. Cf. p. 84 n. 1. La phrase finale de Socrate à sur l'ac-
27/i a
ceptation anticipée de toutes les conséquences que peut entraîner la
poursuite d'une si
magnifique espérance rappelle le « beau risque »
que, dans le Phédon (n4d; cf. 84 a b), le philosophe accepte de
courir en pariant pour la croyance à l'immortalité et pour ce qu'elle
exige de lui dans sa vie présente.
l PHÈDRE
nécessaires, c'est cette voie qui dans notre estime mérite le
meilleur rang.

Le second point est plus important
encore but apparent de la rhétorique, savoir l'action
: le
sociale de ma pensée sur celle d'autrui par le moyen d'un
discours adapté à celte fin, n'en est pas le vrai but si ce
n'est par surcroît ce but c'est, par mon effort vers la
;

vérité, de travailler à complaire à des dieux bons ou, en


d'autres termes, de travailler à m'élever vers un idéal dont la
souveraine beauté embellira jusqu'à ces objets secondaires ou
surérogatoires de mon activité (273 e sq.)
1
Ici encore, le .

Politique nous fournit un commentaire instructif: quand,


pour arriver à définir le politique, nous envisageons l'art du
tisserand, notre but véritable n'est pas celui-là ; il est au
delà, et c'est de nous rendre plus habiles dialecticiens (286 d).
Ainsi, dirons-nous, une étude de la rhétorique n'est sans
doute pas notre objet dernier le problème de l'amour, qui un
:

moment a paru n'être que l'occasion d'exemples utiles pour


cette étude, s'affirme comme le problème essentiel l'amour ;

est en effet, dans le fond de sa nature, aspiration vers l'idéal,


et cet idéal,
qui est le bien de l'âme, elle devient par l'amour
capable de le retrouver et de rentrer ainsi dans sa légitime
patrie.

A cet endroit (27/i b), le développement


3 G
^u dialogue accuse, ainsi qu'on l'a déjà
vrtie
noté en passant (p. xxxvni n. 1), une
division assez franche pour qu'on y voie, non pas une nou-
velle section de la troisième partie, mais vraiment une qua-
trième partie de l'entretien. Platon déclare en effet qu'il n'a
rien de plus à dire sur l'art et l'absence d'art dans les
« discours », et par ce mot il a jusqu'à présent désigné à la
fois la
parole et l'écrit (cf. b, 25g e, 261 b). Le but qu'on
258
s'était fixé
(268 d, 2690), de savoir à quelles conditions

peut devenir mauvais ou bon un usage de l'activité qui, en


lui-môme, est indifférent, ce but est atteint. Le circuit, qui
s'était ouvert
(25g e) sur l'exigence de la vérité, se ferme ici

Le souvenir de la garderie (eppoupâ) du Phédon 62 b est évident


1.

(cf. p.86 n. 2) les dieux sont nos maîtres et nous sommes leur
:

bétail humain, leurs esclaves il no faut ni


déplaire au maître, ni
:

s'évader de sa tutelle.
NOTICE li

avec notre définitive accession à la


sphère divine de la vérité.

C'est alors qu'apparaît nécessité de distinguer entre la


la

parole et l'écrit, d'évaluer leurs mérites respectifs et de se


poser, à propos del'écrit tout seul, la question
qui jusqu'alors
concernait indistinctement l'un et l'autre.
Peut-être n'est-ce pas d'ailleurs par
Le mythe de Theuth hasard
qu'au début de cette dernière

^instruction
m
P arlie Platon a }f un m > the celui de '

directe sur l'écrit, l'invention de l'écriture par Theuth


sqq.), comme
b il faisait du
(27/4 mythe
des Cigales une introduction à la troisième partie. Quoi qu'il
en soit, son intention est manifeste cette histoire est le ;

symbole d'une idée (cf. p. cxiv sqq.) : l'écrit tue dans la


pensée l'activité vivante de mémoire il ne fait que sup-
la ;

pléer artificiellement à sa paresse ou à ses défaillances c'est ;

un secours étranger qui nous déshabitue de l'effort intérieur.


Le progrès de l'instruction ne peut résulter que de la longue
patience d'une culture dirigée par l'homme qui sait, culture
appropriée à celui qui la doit recevoir et supposant delà part
de ce dernier une communion avec le maître qui la lui
donne ; bien loin de servir ce progrès, l'écrit engendre l'illu-
sion orgueilleuse d'un savoir
dépourvu de critique et trop
facilement acquis pour être solidement fondé (cf. 275 cd).
On sait avec quelle sévérité Platon juge la peinture, en tant
un trompe-l'œil destiné à nous donner le faux-
qu'elle est
semblant de la réalité vivante 1 la vie des figures qu'elle :

campe devant nos yeux est réellement une vie morte et, à
notre appel, ces figures demeurent inertes et silencieuses. Or
ilen est de même pour l'écrit on s'imagine y trouver une :

pensée vivante mais, qu'on lui pose une question, il ne


;

sait que se
répéter ou se taire
2
de plus, incapable comme ;

il est de discerner à
qui il doit ou non s'adresser, il tombe à

1. Voir p. xl n. 3 les textes sur l'imitation et, plus parti-


culièrement, Rép. X
596 de, 697 d-SgSd, 602 d et Soph. 235 e-236c.
2. C'est ce que disait
déjà le Protagoras 32g a b, mais en compa-
rant les livres aux orateurs populaires qui parlent interminablement
dès qu'on les met en branle et qui se taisent quand on leur pose une
question imprévue, pareils à des vases de bronze qui vibrent longue-
ment dès qu'on les heurte jusqu'à ce que, en y posant le doigt, on
mette fin à cette vibration.
lu PHÈDRE
l'aventure en n'imporle quelles mains enfin, si on l'attaque,
;

ilne peut se défendre lui-même (276 de cf. 276 c, 277 e- ;

278 b). C'est tout l'opposé pour la parole vivante. Sa parenté


avec l'écrit et la communauté de ce nom de «discours » dont
on les désigne ne doivent pas nous tromper l'écrit est :

l'enfant bâtard de la pensée. Il n'est en effet que le fruit


d'un divertissement, qu'elle s'est occasionnellement accordé
en vue d'une satisfaction facile et passagère. Un écrivain
ressemble à ceux qui s'encbantent de voir en huit jours
pousser une petite plante incapable de fructifier et condamnée
à une mort rapide. Toutefois le livre n'est pas toujours uni-

quement un passe-temps dépourvu de sérieux et un pur jeu


*
:

comme tout écrit, est un moyen de remémoration (276 d,


il

cf. 275 a). Indication capitale,


si elle doit être
prise au pied
de la lettre. La critique moderne 2 s'est montrée
disposée à
voir dans les derniers ouvrages de Platon des écrits kypomnè-

[Link], destinés à rappeler pour les élèves de l'Académie


certaines discussions ou leçons de l'école. A en juger par ce

passage du Phèdre, cette conception pourrait être étendue à


d'autres ouvrages n'est-ce pas le cas, semble-t-il, même du
:

Phédon (cf. ma
Notice, p. xxi sq.) ? Sans doute la plupart
rappelaient-ils à Platon la circonstance particulière qui en
avait été l'occasion et les méditations qu'elle avait suscitées ;

à nos yeux en sont au moins une image (cf. 276 a fin).


ils

Pour le philosophe ce seraient donc, comme il le dit lui-


même à cet endroit du Phèdre, autant de témoignages, dont
s'enchantera sa vieillesse, de l'activité généreuse de sa pensée,
et il y a là une confidence que l'historien ne peut pas négliger.

I. On ne doit pas, je crois, comme le fait Wilamowitz I


2
453,
486, 487,. mettre trop à l'arrière-plan, au bénéfice de la seule idée
du divertissement, cette intention de se constituer pour l'avenir un
trésor de remémorations, une sorte de « Journal d'un philosophe »,
conçu non pas comme la biographie d'un homme, mais comme
l'histoire des moments d'une pensée. Une telle intention s'accorderait
mieux que celle de
d'ailleurs, se divertir, avec « cette impulsion inté-
rieure» du poète dont parle aussi le même critique: en Platon le
poète est en effet, si l'on peut dire, un lyrique de la pensée pure ;
ce sont des états de sa pensée qu'il exprime avec un magnifique
enthousiasme ; ce ne sont pas, comme chez un lyrique ordinaire, des
états du sentiment liés aux circonstances de la vie.
a. Par exemple Lutoslawski, Origin and growlh of Plato's Logic.
NOTICE lui

Qu'il y ait eu, et probablement dès la fondation de l'Aca-


démie, des « doctrines non écrites », c'est ce dont on ne

peut douter. Même si l'on répugne à en appeler à leur égard


au témoignage des Lettres (par exemple VII 34 1 c sqq.), qui
malgré tout demeure suspect (cf. p. xx n. i)et qui d'ailleurs
inquiète par son parfum d'ésotérisme, il y a tout au moins
le
témoignage d'Aristote. Le livre serait le reflet de cet ensei-
gnement, un reflet que seraient seuls capables de reconnaître
les privilégiés qui auraient connu la réalité ainsi reflétée 1 .
Ces reflets de sa pensée, ce n'est pas au surplus pour lui
seul que l'écrivain philosophe les recueille et les fixe : ils

serviront aussi, ajoute Platon dans une phrase qui vaut d'être
soigneusement notée (276 d), à quiconque marche sur les
traces de cette pensée. Mais, comme Socrate insiste sur la
valeur d'un tel divertissement comparé à d'autres, ce qui
frappe l'esprit de Phèdre et ce qu'il retient, c'est seulement
l'idée de jeu littéraire et d'exercice rhétorique (e et la note
ad loc") il concède donc
; que les thèmes en devront être
ceux dont Socrate a parlé, le Juste, le Beau, le Bien (c, s. in.
et 277 e déb.). S'il y a là de sa part un malentendu, on
verra plus tard de quelle façon il doit être dissipé (cf.
p. cxv sqq.). Toujours est-il qu'avec cette
indulgence nar-
quoise et polie qui lui est habituelle, Socrate s'abstient de
contredire ouvertement. Il y a cependant, ajoute-t-il, bien

plus de beauté dans une activité sérieuse s'appliquant à ces


mêmes objets et pour eux-mêmes (cf. 278 a, d e) c'est celle :

qui, appuyée sur un savoir authentique et usant de la dia-


lectique, ensemence par la parole les âmes choisies dont elle
a avec amourentrepris la culture. Activité essentiellement
élective effet, car elle sait à l'égard de quelles âmes et
en
dans quelles circonstances elle doit s'exercer ou bien s'abstenir
(cf. 276 a). Dire d'autre part que la dialectique en est la
méthode, c'est dire qu'elle est un entretien, car il n'y a pas
de dialectique sans dialogue 2 Et cet entretien est un ensei-
.

gnement, mais ce n'est pas un enseignement dogmatique ;

il
suppose en effet une participation active du répondant

1. C'est un problème qu'il


suffit d'avoir posé et qu'il est impos.
sible de discuter ici. Voir Paul Mazoné Sur une lettre de Platon, Aca-

démie des Inscriptions et Belles-Lettres iq3o.


a. Cf. mon édition du Phédon, p. 12 n. 2.
liv PHÈDRE
(ou, si
puisqu'à chacun de ses pas la
l'on veut, de l'élève),
recherche ne peut avancer qu'à la condition d'un assentiment
critique donné à l'interrogateur, c'est-à-dire par l'accord des
deux interlocuteurs 1
. Voilà pourquoi un
enseignement tel

n'est pas stérile, comme dans la


le serait celui qui se fige
mémoire docile de l'élève. C'est au contraire une semence
qui lèvera dans son âme, engendrant ainsi une activité nou-
velle où revivra ce qu'on pourrait appeler l'esprit du germe

originaire. Enfin, de même qu'un tel discours est capable,


quand vient au jour, de se défendre lui-même contre les
il

attaques et contre les obstacles, la continuation de sa vie à


travers les générations lui garantit pour toujours le même

pouvoir (27ëa,esq. cf.


278 a-c). L'image qu'évoque ce
;

morceau du Phèdre me semble être celle d'une association


entre maître et élèves pour la recherche en commun de la

vérité, et dans laquelle maître est seulement un guide.


le
Comment une telle communauté ne serait-elle pas fondée sur
l'amour, amour de cette vérité qui en est le principe et
l'objet, amour du maître pour les âmes qu'il a choisi de
cultiver, amour des âmes élues pour celui qui guide et sur-
veille leur épanouissement, amour de tous ensemble pour ce

qui est le fruit impérissable de leur mutuel amour ? 11 y a


là un
parallélisme remarquable avec un passage du Banquet
(209 a-e) où, à l'idée d'une éducation fondée sur la commu-
nauté dans l'aspiration au Vrai et au Bien, s'associe l'idée
d'amour et de fécondité. Dans les deux cas nous serions donc
en présence de confidences déguisées au sujet de l'Académie
(cf. Banquet, Notice p. xc sqq.). Si ce rapprochement
est

justifié, c'est de nouveau la notion d'amour qui vient affleurer,


comme une eau souterraine courant, invisible, à travers toute
cette partie du dialogue, qui semblait n'être consacrée qu'à
l'examen de la rhétorique.

C'est là pourtant
*
le terrain sur lequel,
Récapitulation. dèg ,e début ge meut le dialogue) et
cette surface ne doit pas finir par éclater sous la poussée de
ce dont elle recouvre la vie secrète. Voilà sans doute la rai-
son d'être d'une récapitulation (277 a sqq.) qui, en fait, se

1. Cf. 277 a. Voir mon édition du Banquet p. lxxv sq. et du


Phédon p. 58 n. 1 et p. 60 n. 4-
NOTICE lv

borne à dessiner les grandes lignes de la troisième et de la

quatrième parties, de la même façon que le mythe des Ciga-


les avait lui-même pour fonction de nous
rappeler quel est
le terrain effectif de la recherche (cf. p. xxxvi sq.). Deux —
points y doivent pourtant retenir l'attention. L'un (278 b)
est que tout cet examen de la rhétorique a été une occasion
de se divertir. Qu'est-ce à dire? Même la détermination
d'une rhétorique philosophique? Oui, même cela et Platon ;

l'indique très clairement ensuite (c d) : il n'y a qu'une chose


vraiment sérieuse, ce sont les objets mêmes que cette rhéto-
rique-là prend pour matière de son action, le Bien, le Beau,
le Juste
(cf. 277
e déb. et 278 a) indépendamment de;

l'usage qu'elle en fait, la


dialectique et le savoir ont leur
valeur propre, parce que ces « augustes objets » ont eux-
mêmes une réalité
indépendante. Ajouterons-nous que
l'aspiration quinous porte éternellement vers eux, c'est jus-
tement l'amour totalement épuré ? Ainsi donc ce qui était
un jeu, ce n'était pas de parler de l'amour, c'était d'en par-
propos delà rhétorique; car c'est proprement de prendre
ler à

pour objet qui est le vrai jeu fût-il voilé, le fond du


celle-ci :

tableau a plus d'importance que le cadre auquel est attaché


le voile. —
Le second point (278 cd) est connexe de celui-ci.
Si dénomination de « philosophe » est la seule qui
la

convienne à l'homme qui, de toute son âme, s'attache à ces


objets supérieurs, c'est qu'il est en effet tout entier possédé
par le divin délire d amour sous sa forme la plus haute, celle
qui seule, selon la Diotime du Banquet (210 a-d, 211 c), est
d'ici-bas capable de nous porter là-haut. —
Ainsi, jusque
dans cette récapitulation, deux lueurs viennent brusquement
illuminer les dessous profonds du dialogue, tout en nous en
rappelant le visible objet. C'est à ce moment en outre que
Platon prend soin de fermer le cadre à l'intérieur duquel il
a indiqué ces perspectives. Il avait en parlant de Lysias
commencé de le constituer, il l'achève maintenant en parlant
d'Isocrate.
Ces deux protagonistes de la rhétorique
L'élocre
w d'Isocrate. „ -v 1 1
. j . .
au iv e siècle sont les deux termes extrêmes
entre lesquels s'est développé tout l'entretien. Quant aux
louanges données à Isocrate (278 e-279 b), doit-on les opposer
aux critiques par lesquelles Lysias a été si durement malmené?
ou bien sont-elles une dérision? C'est un problème très discuté.
lvi PHÈDRE
Mais il n'intéresse pas la structure même du dialogue et il

devra être examiné séparément (cf. p. clxxiii sq.).

Un
semblable souci de rejoindre l'un à
pi gue. deux bouts du dialogue se
l'autre les
manifeste dans la façon dont Platon « boucle » l'entretien de
Phèdre avec Socrate. Au moment où les deux amis vont
quitter leur retraite, sont de nouveau évoquées les divinités
de l'endroit, aussi bien les Nymphes et Achéloûs que Pan,
dont le nom est seul prononcé (279 b, cf. 278 b). On leur
doit bien cette politesse pour les remercier d'une inspiration

qui a permis à Socrate de prononcer son premier discours,


sans lequel il n'y aurait pas eu lieu à la « palinodie » du
deuxième. Dans la prière que leur adresse Socrate il y a une
manifestation religieuse que l'on comparerait volontiers à la
recommandation, dans le Phédon (118 a), de ne
pas oublier
le sacrificepromis à Esculape, ou, dans le Banquet (220 d),
à la prière au Soleil. Si toutefois les divinités invoquées ici
sont justement responsables d'une faute qu'il a fallu réparer,
on sera fondé à se demander pourquoi c'est à des puissances
de la Nature capables d'égarer ainsi l'esprit, que s'adresse la

prière de Socrate. Peut-être, du fait même que la bienveil-


lance de Pan est seule explicitement invoquée, est-il permis
d'inférer des idées analogues à celles que le nom même de
Pan inspire à Platon dans le Cratyle (^oSb-d) 1 .
Pan, le

Chevrier, est d'après la mythologie fils d'Hermès, et ce der-


nier, messager du verbe divin, a aussi pour fils le Discours.
Pan est donc frère du Discours. Or Pan a une double nature :

dans partie supérieure de son corps sa peau est unie et


la

sans poils, velue au contraire dans la partie inférieure, qui


est d'un bouc. Cette dualité ne symbolise-t-elle pas la dualité
d'un discours qui se partage entre le vrai, qui est uni, divin,
tourné vers le haut, et le faux, qui est tourné vers le bas,
capricant. embroussaillé? Étymologie et mythologie s'accor-
dent donc à suggérer, à propos de Pan, l'idée d'une synthèse
de contraires. Dès lors le sens de la prière qui lui est adres-
sée ici serait dans les éléments mêmes qui la constituent, et

1. Comme Ta pense Hermias, a65, 18 sqq. Il a échappé à Cou-


vreur que lo dit-il est,dans l'interprétation du commentateur, un
renvoi non douteux au Cratyle.
NOTICE lvii

elle serait comparable à ce que sont, dans le Banquet, ou


bien généalogie de l'Amour ou, mieux encore, cette boîte
la
dont Socrate est l'image et qui, enfermant une figurine
sacrée, représente au dehors un grossier silène (cf. p. 96 n. 1).
Que demande en effet Socrate ? Qu'à la laideur grotesque
du dehors s'unisse la beauté du dedans et que, inversement,
aucun des avantages extérieurs qui peuvent bien lui échoir
ne fasse tort aux valeurs intérieures ; n'y a-t-il pas là le vœu
implicite qu'une bestiale dégradation de l'amour ne vienne
jamais appauvrir l'idéal qu'il s'en est fait? Puisse-t-il en
somme être un Sage tout en étant un homme, comme Pan
est un Dieu un bouc C'est, d'autre part,
tout en étant !

conclure à souhait un
entretien sur la rhétorique, au cours

duquel à des discours mensongers et pleins de bassesse s'est


uni un discours plein de vérité et divinement inspiré en :

invoquant le fils du dieu même de la parole, Pan qui est


patron d'un double discours, Pan en qui s'unissent la bête
et le dieu, Socrate semble demander à un dieu de la rhé-

torique de lui épargner la dégradation à laquelle est exposé


dans son discours quiconque méconnaît l'idéal de la parole *.

En résumé, l'unité de la composition


Conclusion. 1 ni. j >*
me
•>

du Phèdre ne pouvoir parait pas


être mise en doute. L'art avec lequel elle est réalisée est
d'une légèreté subtile et d'une incomparable souplesse; on
en alourdit nécessairement le libre jeu dans l'effort qu'on
fait
pour suivre ce jeu dans ses mobiles articulations. L'har-
monie de l'ensemble y est laite de la variété des éléments,
des sonorités, des rythmes. Ce qu'il faut chercher en effet
ici, ce n'est pas la symétrie factice d'un plan conventionnel ;
c'est plutôt la puissance créatrice de la vie qui, à travers

1. A l'égard d'un philosophe, fût-il poète, rien n'est plus légitime


que de chercher à expliciter des intentions qu'il nous laisse deviner.
Irait-on cependant jusqu'à penser, avec Z. Diesendruck (op. cit.
p. 32), réplique de Phèdre, sur laquelle s'achève le dialogue
que la :

« Entre amis tout est commun », soit un ultime rappel du thème


I

de l'amour, sous prétexte qu'elle suppose la thèse du second discours


de Socrate et signifie l'attachement semblable de l'amant et de
l'aimé à un bien supérieur, qui leur est commun ? Il ne faut pas voir

partout des intentions définies.


[Link] PHÈDRE
mille détours elau prix de multiples accommodements, orga-
nise ses matériaux. Quoique cette comparaison soit celle-là
même que suggère Platon, il en est une autre par laquelle
est peut-être rendu plus aisément sensible l'art singulier que
le Phèdre révèle c'est celle qu'en a faite Emile Bour-
:

l
guet avec l'art d'une symphonie musicale Le thème géné- .

ral est celui du discours. Mais un motif dominant se des-


sine d'un bout à l'autre, tantôt d'une manière apparente et
d'abord avec sécheresse puis avec une majestueuse ampleur,
tantôt fondu dans l'ensemble et discrètement rappelé, juste
assez pour se faire deviner : c'est le thème de l'amour.
D'autres motifs interfèrent avec celui-là l'un, le thème des
:

divinités locales, qui est comme la voix du lieu où se déroule


l'entretien, brode ses arabesques du commencement à la fin
de celui-ci ;
un autre du
délire qui, d'abord étouffé,
est celui
se fait
jour par instants jusqu'au moment où il éclate en
accents grandioses un troisième, le motif de l'âme, se lie au
;

thème de l'amour dont il est une variation, et le motif de


la « psychagogie » s'y rattache à son tour. Tous ces motifs
s'enchevêtrent sans se confondre ils s'annoncent, se déve- ;

loppent, sont réveillés ensuite en sourdine. Joignez à cela la


variété du ton tour à tour froid et d'une pédanterie carica-
:

turale, puis brûlant d'inspiration naïf ou persifleur selon que ;

domine la tonalité de l'un ou l'autre des interlocuteurs ;


ici

brutal et cynique, vengeur, selon que la parole


là incisif et

est à la rhétorique ou bien à la philosophie. Ces oppositions


ou ces alternatives se font valoir réciproquement, sans heurts
ni dissonances criardes.

i
développe cette idée avec un rare bonheur d'expression p. 346
. Il

de « Chacune des parties composantes


p. xxvi n. 3
l'article cité :
sq.
a son caractère propre, et en même temps elle contribue avec les autres

par des variations ménagées sans choc, par le groupement et la


valeur réciproque des effets que les morceaux successifs produisent, à
convergent de l'ensemble... Cette œuvre, construite avec des
l'effet

mots, évoque... l'idée d'une composition musicale par les sonorités


profondes qu'elle sait grouper. » Mais aussitôt il introduit une réserve
pleine de sagesse « Même en surchargeant le Phèdre d'un commen-
:

taireoù tous les motifs seraient notés, je n'arriverais pas à faire


sentir la merveille de cet art complexe qui les a tous réunis et
orchestrés dans le
mystère d'un ensemble vivant. »
NOTICE lix

On s'étonne donc que les critiques anciens soient pour la

plupart restés insensibles à une réussite aussi merveilleuse.


La façon dont Aristote dans sa Rhétorique (III 7 fin) justifie

par son caractère ironique l'emploi, dans certaines parties


du Phèdre, du style de la poésie paraît indiquer que l'exem-
ple du Phèdre était celui qu'on alléguait pour condamner
un tel emploi. De fait, par Diogène Laërce (III 38) nous
savons que Dicéarque, le disciple d'Aristote, était très sévère
pour notre dialogue, y incriminant la vulgarité ou, tout au
moins, l'enflure du style. Ce n'est donc pas, semble-t-il, sans
motif que Denys d'Halicarnasse parle du grand nombre de
ceux qui, avant lui, ont fait le procès du Phèdre, et sans
doute n'était-il pas le premier à dire que l'élévation factice
du style y dégénérait en un jargon emphatique et obscur,
d'une affectation poétique insupportable (De Demosthene 5-7).
On voyait là autant d'indices d'inexpérience et, par consé-
quent, de «juvénilité» ce dernier caractère est celui que
;

notent pareillement Diogène Laërce (ibid.) et Hermias. Ce


dernier, dans le Préambule de son commentaire (9, n-19)
distingue trois points sur lesquels on fondait ce reproche :

l'ambition de virtuosité qui, à un


réquisitoire contre l'amour,
fait
joindre un plaidoyer en sa faveur ; la malignité chica-
la critique du discours de
nière que manifeste Lysias ; le
manque de goût, la
boursouflure, l'emphase, l'abus du style
poétique. Peut-être la réfutation de ces griefs par Hermias
est-elle un peu trop inspirée de l'esprit étroitement conven-
tionnel dont ils procèdent. Elle atteste du moins l'existence,
dont l'auteur du Traité du Sublime porte aussi témoignage,
d'un courant opposé, néoplatonicien sans nul doute, et où la
considération des idées prévalait peut-être sur celle du style.
Quoi qu'il en soit, le seul fait
que la composition littéraire
du Phèdre ait été critiquée dans l'Antiquité suffit à justifier
qu'on a consacré à l'expliquer ainsi qu'à analyser le
l'effort
sentiment que nous éprouvons à le lire celui d'être en face
:

d'un art à la fois très savant et prodigieusement aisé, plei-


nement maître enfin de toutes ses ressources.

IV. 3. -
PHÈDRE

IV

LE DISCOURS DE LYSIAS ET LE PREMIER DISCOURS


DE SOCRATE

Avant d'envisager la structure et le


I. Le discours de contenu du discours de Lysias ', un pro-
S
4 fi* th
blême singulièrement épineux s'impose
tique?
un pastiche de
a nous: ce discours est-il
main de Platon ? Ou bien celui-ci a-
la
t-il inséré dans son Phèdre une authentique composition de
?
Lysias
Entre plusieurs témoignages anciens, tous postérieurs au
début de notre ère et qui s'échelonnent du i er siècle à la fin
du v e la plupart n'ont pas plus de signification que notre
,

propre expression « le discours de Lysias » où nous n'impli- ,

2
quons rien dans un sens ou dans l'autre Deux seulement .

e
sont précis et formels celui de Diogène Laërce, III a5 (m
:

e
siècle), et celui d'Hermias (deuxième moitié du v ).
Dans
le premier nous lisons que Platon a réfuté le discours de

Lysias, « ce qu'aucun philosophe n'avait fait avant lui, après


avoir transporté dans son Phèdre ce discours mot à mot

(èxÔ£f/.evoç ocÙtov xarà ÀéSjiv)». Le second affirme comme une


chose qu'«on doit savoir», que ce discours est de Lysias
lui-même et, de plus, que c'est dans le recueil des Lettres
de Lysias un morceau réputé 3 .

Il Une étude très approfondie en a été faite


par H. Weinstock
De Erotico Lysiaeo, Munster, 191 a.

Denys d'Halicarnasse, Ad Cn. Pompeium 126 (i s.) Maxime


2. er
;

de Tyr, Diss. XXIV 5 Hermogène, De or. forma II ^77 (ces deux


;

derniers du 11 e s.). Pour le témoignage de Fronton, le maître de


Marc-Àurèle, voir la note suivante.
3. Le lexicographe byzantin Suidas (x e
s.) parle lui aussi des
Lettres de Lysias, dont cinq sur sept étaient adressées à des ado-
lescents ; mais il ne mentionne pas que le morceau du Phèdre fasse

partie du à Fronton, le fait de dire au début de son


recueil. Quant
'Epwttxdç que son troisième « message » à son élève (aot...
c'est

â7îiaTsXX(u) et que les deux premiers provenaient de Lysias et de


Platon (8tà Auatou xal nXârwvoç È7re<JTaXuivojv), ce fait, quoi qu'en
pense Thompson (p. 184 sq.), ne peut servir à prouver, ni que
NOTICE lu

S'appuyant sur ces témoignages anciens, bon nombre de


critiques modernes ont admis l'authenticité du morceau ,
1

que ce soit d'ailleurs une lettre ou bien ce que les Anglais


nomment un « Essai ». Il y aurait, dit-on, de la part de
Platon une inconcevable stupidité à critiquer, avec l'âpreté
qu'il y met (a3/i d-236 a et surtout 262 d-264 e), le discours
de Lysias si la pièce était de sa main à lui, au lieu d'être
connue pour être de Lysias et admirée sous son nom par
bien des gens. Puisqu'il se proposait de montrer quels sont
les défauts de Lysias dans ses compositions de rhéteur,
pour-
quoi en aurait-il fait un pastiche plutôt que de prendre juste-
ment l'une de ces compositions ? Pourquoi, d'autre pari,
aurait-il commencé comme la suite d'autre chose
ce pastiche
et l'aurait-il, à chaque nouvelle lecture, repris de la même
façon, si ce n'était réellement un fragment détaché d'une
? Pourrait-on en outre
pièce authentique y chercher (262 cd)
un «
exemple de l'absence
» d'art chez un écrivain, si cet
exemple avait été fabriqué en vue de la critique et pour la
justifier par avance? Au surplus, Platon a tout fait pour
nous épargner cette méprise Phèdre, nous dit-il, a entendu
:

Lysias lire le morceau, il lui en a emprunté le texte, il en a


sur lui l'original autant de traits qui sont évidemment des-
;

Fronton fût convaincu de l'authenticité du morceau, ni qu'il le


considérâtcomme une lettre. L'envoi d'un écrit à quelqu'un n'est
pas nécessaisement une « missive ». De plus, à ce compte, il fau-
drait penser que Fronton considérait aussi comme une lettre le pre-
mier discours de Socrate. Or celui-ci, même si on en retranche
l'invocation aux Muses qui précède le début proprement dit, ne
commence nullement à la façon d'une lettre, ce qui devrait être si
c'était déjà le cas pour le discours de Lysias ;
c'est bien plutôt une
histoire dans laquelle s'encadre explicitement un discours : « et son

langage était celui-ci... ». Au surplus Platon parle toujours du Xdfo;


de Lysias.
1 La plus solide étude en ce sens, celle de Vahlen (Sitzungsb.
.

de l'Acad. de Berlin, XXXIX, iqo3), en bonne partie fondée sur


des comparaisons de style, a décidé K. Hude à insérer la pièce dans
son édition (Oxford 191a) ce que, par prudence, fait aussi M. Bizos
;

(t.
II du Lysias de la coll. Budé, 192O). Wilamowitz, Platon I 2 ,

p. 25g, laisse entendre qu'il s'agit là d'un fait entièrement avéré, et


A. E. Taylor, dans son Plato (1926), p. 3oi sq., estime qu'il est
impossible sans absurdité d'en juger autrement. Voir dans Wein-
stock, p. 34 n. 1, une liste d'autres représentants de cette opinion.
lxii PHÈDRE
tinés à nous apprendre que la pièce est en eflet de Lysias.
Enfin, on comprendrait fort mal que, à la fin du dialogue,
le talent d'isocrate fût comparé à celui de Lysias, si ce n'était

pas vraiment le talent personnel de ce dernier qui était en


cause au début.
Ces raisons sont à la vérité proprement irréfutables, et
l'on accordera sans difficulté que les arguments du parti
adverse '
n'ont rien de décisif. C'est en effet ne rien prouver
du tout que, par exemple, de rappeler quels incomparables
échantillons Platon a donnés ailleurs, et notamment dans le

Protagoras et dans le Banquet, de son habileté dans l'art du


pastiche de se demander par conséquent pourquoi il aurait,
;

cette fois, renoncé à un procédé dans lequel il était passé


maître. Raisonner de la sorte, c'est, dit-on, très
justement,
répondre à la question par la question, ce qui s'appelle une
pétition de principe.
Mais, répliquerait-on volontiers, n'est-ce pas commettre la
même faute de logique, que de fonder la thèse de l'authenti-
cité sur l'hypothèse des Lettres ? Il est fort à craindre en effet

quece ne soit justement sur la thèse que se fonde l'hypothèse :


c'est parce qu'on croit le discours authentique et qu'il peut
ressembler à une épître, qu'on ajoute foi à l'existence d'un
recueil de Lettres de Lysias. Des témoignages aussi tardifs

que ceux dont on fait état et d'une autorité aussi faible, ne


témoigneraient-ils pas plutôt de la facilité avec laquelle l'éru-
dition de ces temps s'enrichissait d'une fausse monnaie litté-
raire, que d'astucieux industriels étaient empressés à lui

fournir, et plus particulièrement peut-être dans ce genre


même de la Lettre ? Le discours de Lysias dans le Phèdre
pouvant en faire figure, on a pu être tenté de fabriquer quatre
autres semblables lettres à des adolescents, puis de grossir
encore un recueil si bien commencé (cf. p. lx et n. 3). —
C'est encore commettre une pétition de principe que d'ap-

i. C'est celle qui compte le moins grand nombre de partisans, cf.


Weinstock, p. 34 n. a. Dans l'article déjà cité, p. 343 n. a.
É. Bourguet se déclare beaucoup moins sensible (en 191 9) qu'il ne
l'était autrefois à l'argumentation de Vahlen, dont la thèse est lon-

guement critiquée par Weinstock. Cf. aussi A. Diès, Autour de


Platon {La transposition platonicienne, igi3-4), p- 4 19 sq., p. 4^3 et
la note.
NOTICE Liin

la thèse de l'authenticité sur


*
puyer l'hypothèse d'une
manière différente de composer et d'écrire, que Lysias aurait
adoptée, pense- t-on, à la fin de sa vie. Cette hypothèse n'a
en effet d'autre raison que l'embarras, pareillement confessé
par les deux partis, de retrouver dans le morceau en ques-
tion la manière du Lysias que nous connaissons, sèche et

grêle sans doiïte, habile aussi, mais sobre et naturelle,


exempte de la préciosité et du désordre que nous voyons ici
(cf. p. xvin Assurément, les adversaires de l'authenticité
sq.).
sont moins aventureux en supposant à ce propos que la
composition de Platon n'est pas tant un pastiche de Lysias
lui-même que de toute une école d'écrivains. La question
reste, il est vrai, de savoir quelles raisons a eues Platon de
choisir Lysias pour en faire le représentant nominal, et c'est
une question à laquelle j'ai tenté de répondre (cf. p. xrx
sqq.). De toute façon, si c'est une opposition de tendances
qu'il avait en vue, il lui fallait un nom illustre à mettre en
face de celui d'isocrate,
l'opposition de tendances étant
d'ailleurs aussi facile à admettre qu'une
opposition de per-
sonnes.
Sur un terrain aussi mal connu, il est sage de ne pas
avancer avec trop d'assurance. Ainsi, peut-on sérieusement
prétendre que, parce que le morceau commence à la façon
d'une continuation, Platon n'en saurait être l'auteur? Il est
tout au contraire permis de penser que Platon a voulu l'écrire
sous cette forme, pour montrer d'une façon
plus comique
(264 a) à quel point, dans l'école qu'il a en vue, on dédaigne
les
exigences de la composition.
— De même, c'est trop aisé-
ment se confier à une vue arbitraire des choses que de refu-
ser à un auteur le droit de forger, pour en analyser ensuite
les défauts, un morceau où il rassemblera tous ces défauts
(264 N'est-ce pas, au contraire, le principe propre du
e). pas-
tiche, même
lorsqu'il n'est suivi, ni d'un « corrigé » tel
qu'est le premier discours de Socrate, ni d'une critique ? Ce
n'est donc pas en niant le
principe propre du pastiche qu'on
prouvera que le discours de Lysias n'est pas un pastiche Au !

surplus, ce n'est pas davantage parce qu'il en serait un,
qu'il ne pourrait servir d' « exemple ». Les deux discours de
Socrate ne servent-ils pas pareillement et,
d'exemples, pour

1. Ainsi que le fait Wilamowitz, loc. cit. (ici, lxi n. 1).


p.
lxiv PHÈDRE
celte raison, voudra-t-on prétendre qu'ils sont authentique-
ment de SocrateP Au même titre que le discours de Lysias
ou que cinq premiers discours du Banquet,
les ils sont conçus

et écrits par Platon en vue de l'ensemble dont ils font partie.


Cet ensemble, dans le Phèdre, est fait, on l'a vu, d'une gra-
dation de contrastes harmonisés l'harmonie subsisterait-elle
:

encore si l'un de ses éléments, le discours de Lysias, était


extérieur à l'œuvre ? S'il n'était
plus que l'occasion acciden-
telledu choix du thème de l'amour pour motif dominant, on
enlèverait à ce thème son pouvoir vivant d'organisation, et
au dialogue son unité intérieure originale (cf. p. xxvm sqq.,
p. lvii sq.).

Enfin toutes les notations du prologue, où
l'on croit trouver la preuve décisive que Lysias a réellement
écrit et prononcé ce discours, semblent bien appartenir à un

procédé littéraire qui doit produire celte illusion dramatique


sans laquelle l'entretien manquerait de couleur et de vie :

c'est que dans


ainsi le Banquet tout est fait pour donner à
croire qu'il s'agit du récit, dûment authentifié et vraiment

historique, d'un banquet qui se serait réellement tenu dans


la maison du poète Agathon (cf. mon édition, p. xix sq.).
En résumé, jusqu'à ce que les partisans de l'authenticité
aient apporté des preuves qui ne soient pas au fond de simples

opinions, on sera en droit, à ces opinions, d'en opposer


d'autres qui du moins ne prétendent pas à être rien de plus,
attendu que, dans l'état actuel de notre information, rien de
plus ne semble permis et possible.

De ce qui vient d'être dit il résulte que


le discours de Lysias, étant autre chose
et contenu.
qu un
, ,
J '

prétexte, ne peut être isole de


.-1,1
l'ensemble et que par conséquent il ne doit pas, ce qui arrive
souvent, être sacrifié dans J'élude de cet ensemble. Ce —
qu'on y remarque à première vue, c'est qu'il est une mosaï-
que que ebaque fragment y est soigneusement travaillé pour
;

lui-même que l'assemblage de ces fragments, loin d'être dis-


;

simulé, est au contraire nettement marqué par deux parti-


cules de liaison, dont l'une signiGe un changement d'aspect
dans un même motif et l'autre, le un motif nouveau.
passage à
Le métier » y est donc à peu près celui que décrit Platon
«
du dialogue (278 de), quand il parle de ces gens
vers la fin

qui consument leur existence à tourner et retourner leurs


NOTICE lxv

phrases, à coller entre eux


des morceaux ou à les rogner.
Aussi n'y a-t-il dans l'œuvre nulle vie intérieure, par assimi-

lation et croissance organiques ; le développement se fait au

petit bonheur, sans progrès réel de la pensée mais d'une


façon purement mécanique et par le seul jeu des antithèses.
Le sujet même n'intéresse pas c'est assez qu'il provoque :

l'étonnement et pique la curiosité (cf. 227 cd). Enfin, c'est


l'œuvre d'un ouvrier en mots il les a tous bien polis, bien
:

tournes ;
sa langue est précise et sans bavures (cf. p. 8 n. 2
et p. i3 n. 1).
Il
y a donc lieu d'étudier d'assez près la conlexture rhéto-
rique du morceau. Il paraît être divisé en quatre parties, plus
une conclusion. La première, qu'on pourrait intituler
« Amanl et aimé », est précédée d'une introduction: « Tu le
je te voudrais à moi. Mais
sais déjà : ce n'est pas sous l'em-

pire de la passion. Autrement, je ne proportionnerais pas


à ma fortune mes dépenses en ta faveur ; ce qui prouve de ma

part l'espoir de n'avoir pas plus tard à regretter mes bienfaits».


— i° (23 1 a vers la fin) Variation sur l'aimé: à la dépense

s'ajoutent la peine prise et les ennuis de famille ;


tandis que
l'amant passionné s'en fait un mérite qui le dispense de gra-
titude envers l'aimé, celui-ci n'hésitera pas à complaire à un
amant sans amour de qui il n'a pas cela à craindre. 2 —
(c déb.) Nouvelle variation, et cette fois sur Vamant le passionné :

se dit prêt, pour l'aimé, à braver toutes les haines mais sa ;

passion, inconstante, lui fera plus tard haïr celui que jadis il
aimait. —
3° (c fin) Reprise, du point de vue de l'aimé raison- :

nablement, il ne doit pas céder au caprice d'une folie passa-


gère qui, dans l'avenir, se reniera elle-même. l\° (d mil.)

Complément et, s'il s'agit pour lui, entre des amoureux, de
:

choisir le plus amoureux i le domaine de son choix est évi-


,

demment limité illimité au contraire, si c'est entre les


;

non-amoureux qu'il veut élire le plus utile.


La deuxième partie traite la question au point de vue
social. i° si l'aimé redoute les
critiques de l'opinion, il a tout
à craindre de l'indiscrétion d'un amant passionné et de sa

1 . Tel me semble être le sens ici de zov PéXtiotov : c'est bien celui
« qui a le plus de valeur », non pourtant sous le
rapport de l'utilité,
mais au point de vue qui à présent occupe Lysias, celui de l'amour
passionné. Je m'écarte en ceci de l'opinion de M. Méridier.
lxvi PHÈDRE
fatuité, tandis qu'un amant qui a de l'empire sur soi pré-
fère à la vanité de se faire valoir l'avantage d'en venir à ses
fins. — 2° (a32 a mil.) Variation : de toute manière, les assi-
duités du passionné compromettent son aimé, car celui-ci est

soupçonné dès qu'on les voit ensemble mais, si l'amant est ;

sans passion, on ne pense qu'à l'amitié ou à d'autres motifs


pareillement innocents.

3° (b mil.) Nouvelle variation, qui

précise ce thème de l'amitié (cf. p. 10 n. i) l'amitié certes :

est un rompre; mais, tandis qu'avec n'importe


lien sujet à se

quelle autre cause, le dommage est égal des deux côtés, c'est
au contraire pour l'aimé qu'il est le plus grand s'il a déjà
cédé à la passion d'un amoureux. La jalousie de celui-ci aura
en effet écarté de l'aimé tous ceux dont il redoute l'influence ;

bien plus elle le force à les éloigner lui-même autour de ;

lui elle ruine enfin toute amitié. Inversement, l'amant sans


passion la favorise s'il pense en effet devoir seulement à son
:

mérite le succès de ses vœux, c'est que ce mérite aura été


reconnu de l'aimé ; en refusant son amitié à ce dernier, on
déprécie par là même la consécration que son mérite a reçue,
tandis qu'on la confirme dans le cas contraire ; ainsi, plus
l'aimé aura d'amis, plus lui-même il s'estimera flatté 1 .
Dans une troisième partie on se place au point de vue
moral. i° (a32 e) Constance de Vamant sans amour: le pas-
sionné ne songe qu'au corps, de sorte que son amitié mourra
avec son désir ;
l'autre au contraire a commencé par une
amitié dont le motif est lavaleur morale et sociale de l'ami;
si donc à celles-ci
s'ajoutent des satisfactions sensuelles, ces
dernières ne font courir à l'amitié aucun risque. 2° (233 a, —
mil.) Amélioration morale de l'aimé (cf. p. n. i) par ses n :

flatteries, par son manque de jugement et d'équilibre,

i. l'avis de M. Méridier, je ne pense pas


Contrairement encore à
que s'impose proposée par Heindorf à d 7 et adoptée par
la correction
d'autres éditeurs. Le sens serait alors que le motif de l'antipathie ou
de lasympathie de moi, amant, à l'égard de ceux qui refusent ou
acceptent d'être les amis de toi, mon aimé, c'est le dédain qu'ainsi
ils te témoignent ou le cas qu'ainsi ils font de ta compagnie. Mais

il semble
qu'avec ce sens ne se comprenne plus la phrase de laquelle
dépend tout le développement en cause à quoi aurait-il servi de dire
:

que ce n'est pas à sa passion, mais d son mérite propre, que l'aman
froid doit son succès, si l'objet de son inquiétude devait être ensuite
la réalité du mérite chez Vaimè ?
NOTICE lxvii

l'amant passionné est un corrupteur; l'autre au contraire,


puisqu'il se domine lui-même au lieu d'être dominé par
l'amour, reste toujours de sang-froid, et son indulgence est
en même temps de bon conseil
nouveaux gages d'une amitié :

durable 1
.
— 3° (223 b
Réponse à une objection pos-
s.
fin.')
sible 2 si la passion amoureuse devait être le principe de tout
:

attachement, la force et la valeur morale des liens de la


parenté ne se comprendraient plus.
L'objet de la quatrième partie est d'examiner les caractères
de la requête, sans passion ou
selon qu'elle vient d'un amant
au contraire, passionné. —
i° (233 d mil.) Le besoin à la base

de la requête dans ce cas on devra se dire en effet que, plus


:

est grand le besoin qui fait l'objet de la requête, plus sera

grande aussi la gratitude à espérer de celui qu'on aura satis-


fait de sorte que c'est le besoin, non le mérite, qui décidera.
;

— (d fin) Variations ironiques sur le même thème tandis que


'2° :

lapassion d'amour est comparable à la voracité du mendiant


ou du parasite, l'amour sans passion est une garantie de
mérite, de reconnaissance, de discrétion, de loyauté. 3° (a3Z| —
b déb.) Conseil final puisque favoriser une requête dont
:

tels sont les caractères, bien loin de nuire aux intérêts de

l'aimé, les sert au contraire, celui-ci n'a pas à craindre les


récriminations de ses proches.
On peut maintenant conclure (b mil.) : la thèse exposée
ne signifie pas qu'entre les non-amoureux ce soit au hasard

qu'on doive choisir (cf. a3i d, dernière section de la pre-


mière partie), autrement dit ne pas choisir du tout. Choisir
est au contraire un gage de gratitude et de discrétion. Si

pourtant je n'en ai pas dit assez pour te convaincre de me


choisir, moi qui te parle, je suis prêt à répondre à tes ques-
tions.
En résumé, ce discours est écrit, on le voit, en style pêrio-

1. Comme à a3i b 5 et à 23a a 1, ûctce me semble à a33 b 5

marquer une conclusion destinée à mettre dans tout son jour l'ensei-
gnement de l'antithèse qui précède.
a. Bien qu'ici la section ne soit pas marquée, comme elle l'est

ordinairement, par k'tt 81 ou xou uiv 8tj, je la crois réelle cf. Bonitz, ;

Platon. Sludien 2 a54 note. ,


p.
3. La façon solennelle dont la conclusion est présentée ici me fait

penser qu'elle doit être détachée du reste, comme elle l'est par
Bonitz, toc. cit.
lxviii PHÈDRE
dique (cf. Banquet Notice, p. xl). Les périodes y sont au
nombre de quatre, dont chacune comprend un exorde et une
conclusion. Sauf la première qui est de quatre membres
(cola), toutes les autres en ont trois : soit en tout, avec l'in-
troduction et l'épilogue, quinze membres, dont treize consti-
tuent le corps même du développement et quant au rythme
desquels il est difficile de saisir aucune relation.

On a vu comment et dans quelles condi-


II. Le premier tions Socrate a accepté de parler à son
discours
de Socrate tour sur le thème traité par Lysias
(p. xxx sqq.). Ce thème, à la vérité, il
le
change subrepticement : ce n'est en effet, dit-il, qu'une
un faux-semblant l'amant en question est réellement
fiction, ;

amoureux, mais il veut faire croire qu'il ne l'est pas (287 ab).
Quant au discours même, il est divisé clairement en deux
parties l'une concerne la nature de l'amour et l'autre, ses
:

(237 c fin
effets ;
cf.
p. 18 n. 3). Elles sont séparées par
une pause dont j'ai essayé de déterminer la signification
(p. xxxu sq.).
_, La première
r partie,
r à son tour, se divise
Première partie. ',
nettement en deux, c
, .
,
très bocrate com-
mence (237 b fin-d) par établir un principe général sans
lequel nulle question ne peut être utilement débattue il faut :

savoir de quoi l'on débat, s'accorder sur une définition de cet

objet; faute de quoi, ni les interlocuteurs ne peuvent s'en-


tendre entre eux, ni chacun ne peut s'entendre avec soi-même,
puisqu'on ne sait au juste de quoi on parle. Or le présent
débat porte sur les mérites respectifs de l'amant féru d'amour
et de l'amant sans amour. A-t-on donc eu soin de définir
l'essence (ousia) de l'amour ? Nullement. Et pourtant, si l'on

ignore cette essence, on ne pourra y rapporter ce qu'on vou-


dra dire sur les effets, tels qu'ils découlent de l'essence (cf.
238 d fin). —
Ce principe général posé, Socrate va maintenant
l'appliquer (237 d-238 c). L'amour est évidemment un désir.
Mais est-ce assez dire? De quiconque désire ce qui est beau,
dit-on qu'il est un « amoureux »? 11 faut donc savoir quelque
chose de plus pour être à même de saisir, à propos des deux
sortes d'hommes sur qui porte notre comparaison,quelle
y a entre les deux déterminations en jeu a aimer
différence il » :

et « ne pas aimer ». Mais voici que, d'un autre côté,


NOTICE lxix

une remarque se présente à l'esprit: en nous tous, deux


façons de voir se distinguent qui gouvernent notre conduite,
et, corrélativement, deux tendances de notre activité. L'une,

qui est instinctive et étrangère à la raison, est le désir du


plaisir, lequel est jugé être le bien. L'autre, qui est une
acquisition de la réflexion raisonnante et raisonnable, est le
désir du meilleur. Parfois elles sont concordantes,
parfois
discordantes, et alors c'est tantôt l'une qui domine, tantôt
c'est l'autre tantôt nous gardons la mesure, tantôt nous la
:

dépassons, nous sommes tempérants ou intempérants Or 1


.

l'absence de mesure a justement, dans la langue, une plura-


lité de dénominations,
grâce à laquelle nous pouvons aisément
Y distinguer une pluralité de formes car c'est la prédomi-
;

nance de telle de ces formes en un caractère qui lui vaut le


nom dont on le qualifie. Ainsi, nous ferons une classification
où nous ayons chance de découvrir, entre toutes les espèces
du désir, celle qui comporte particulièrement l'emploi de
ces deux expressions: « être amoureux », « ne
pas l'être » ;

c'est là en effet ce
que nous cherchons (cf. 238 b 8). Glou-
tonnerie, ivrognerie sont données comme exemples de ces
formes obsédantes et passionnées du désir, qui sont décelées
par le nom qu'on donne au type d'homme où elles prédo-
minent. Or, on appelle « amoureux » celui en qui est prédo-
minante, par rapport à l'aspiration raisonnée et raisonnable
vers le meilleur, une impulsion non raisonnée et déraison-
nable vers la beauté, désir irrésistible parce qu'il se renforce
d'autres désirs du même groupe qui tendent spécialement à
la beauté du corps, et c'est ce désir
qu'on nomme spécialement
« amour ».

Cette première partie vaut qu'on s'y arrête. Elle évoque


invinciblement tout d'abord le souvenir du Banquet (cf. p. 19
n. 1). L'amour, y était-il dit, est amour de
quelque chose;
ce quelque chose, il le désire ; c'est ce qui est beau, et si l'on
dit « bon » au lieu de « beau », on voit tout de suite
que

I Les termes dont se sert Platon sont sôphrosynê et hybris. Le


.

dernier se rend bien par démesure. Mais le premier est difficile à


traduire dans toutes nos langues modernes c'est une sagesse, mais
:

principalement pratique, et surtout faite de mesure, de sorte que


modération ou tempérance sont, en fin de compte, des équivalents
assez exacts.
lxx PHÈDRE
c'est en vue d'être heureux par la possession de ce que l'on

convoite ;
d'autre part on dit de certains hommes qu'ils
si

aiment et que de certains autres on ne le dise pas, la raison en


est étroit, est désignée par un
qu'une espèce, l'amour au sens
nom qui est celui du genre tout entier. Entre cette analyse
et celle du Phèdre il y a toutefois de notables différences.

L'analyse du Banquet est à la fois plus précise et plus nourrie ;

elle sepoursuit avec une magnifique ampleur dans le discours


de Diotime. Par contre, deux traits qui sont totalement
absents du Banquet s'imposent ici à l'attention d'une part, :

le contraste de la modération et de la démesure de l'autre, ;

l'idée de chercher dans dénominations que le langage


les

applique aux variétés de la démesure, un moyen de spécifier


et de définir cet amour-passion dont parlait le discours
de Lysias. Or c'est précisément parce qu'il s'agit d'un amour-
passion que l'analyse devait être prise de ce biais. Mais d'un
autre côté, puisqu'il est une démesure, cela nous donne à
penser par avance qu'il y en a un autre dans le plan de la
mesure, qui une aspiration vers le meilleur et qui obéit à
est
la rectitude
première anticipation du deuxième dicours.
:

De plus, ce contraste entre la poussée irréfléchie des tendances
instinctives et les inhibitions réfléchies de la raison n'a plus
du tout la même signification que chez Lysias ; pour celui-ci
en effet le premier terme signifiait avant tout imprudence et
inconstance, le second, aptitude à bien calculer des intérêts
matériels dans le présent et en vue de l'avenir. Au contraire,
tel qu'il se présente maintenant, le contraste fait penser à la

célèbre analyse du livre IV de la République (43o b-44o d),


où Platon distingue les désirs, tels que l'amour ou la faim
et la soif, qui mènent impérieusement à leur objet ce qu'il

y a en nous de bestial, et la réflexion raisonnante qui toujours


s'y oppose bien qu'avec des fortunes diverses. L'analogie de
cesdeux analyses suggère, une fois de plus, qu'à l'arrière-
plan de celle du Phèdre il y a dès maintenant l'idée que
développera le deuxième discours. Il existe dans l'âme deux
forces diamétralement opposées, l'une de gouvernement et

d'ordre, l'autre d'anarchie et de désordre ; s'il arrive cependant


que, après avoir cédé à la seconde, on en ait du remords et
qu'on veuille dans l'avenir prêter main-forte à la première,
cela ne signifie-l-il pas l'existence d'une force moyenne, qui
aidera la première à maîtriser la seconde? Voilà ce que dit la
NOTICE lxxi

République, et c'est ce que, dans le deuxième discours, mon-


trera le mythe de Ce passage du premier dis-
l'attelage ailé.
cours est donc comme un germe caché dans un sol ingrat,
promis cependant pour plus tard à une brillante éclosion.
_
Seconde partie.
.La ,
seconde partie a pour
„. , , \ ,
r obiet,
, .,
J
,
on l'a vu,
,,,.
les eilets de l amour a-t-il chance a être
:

avantageux à l'aimé ou, au contraire, de


lui être nuisible

(a38 d-24i c) ?
Puisque la fiction, bien que démasquée, y
reste conforme au thème de Lysias, les effets de l'amour n'y

peuvent être envisagés que d'un point de vue unilatéral, par


rapport à l'aimé ou l'objet de l'amour, non par rapport à
l'amant, autrement dit le sujet point de vue qui sera expli-
:

citement rejeté par le deuxième discours (2^9 e cf. 2^5 b). ;

D'un autre côté, comme la


première partie traitait un point
que Lysias avait négligé, c'est au contraire dans celle-ci que
nous devons nous attendre à voir reprises et corrigées les
raisons que Lysias avait alléguées Comme la première,
1
.

cette seconde partie du discours de Socrate se laisse assez aisé-
ment subdiviser en deux sections. La première, que précède
une sorte de plan, est consacrée à montrer quels dommages
cause à un aimé l'amoureux passionné. Socrate a commencé
par montrer (238 e 3-23o, a 5) que l'homme gouverné par la
passion et qui est l'esclave du plaisir est un malade, se féli-
citant par suite de tout ce qui est dans le sens de sa folie,
s'irritant de tout ce qui peut la contrarier ou la maîtriser.
D'autre part ce qu'il cherche dans un aimé, c'est son plus
grand plaisir il ne faut donc pas que cet aimé soit son égal,
:

encore moins qu'il puisse lui tenir tète par conséquent il le;

voudra aussi bas que possible pour l'instruction, pour le


courage, pour l'habileté à parler, pour la vivacité de l'esprit
etc. Ces divers points sont groupés sous trois rubriques, qui

correspondent à la division commune des biens de l'âme, de


ceux du corps et des biens extérieurs. S'agit-il d'abaisser
l'intelligence de l'aimé (a3g a 5-c 2) par sa
? Il s'attachera,

direction comme par sa société, à cultiver en lui la sottise


naturelle et même à l'accroître, tandis que d'autre part il

l'écartera jalousement de toutes les sociétés dans lesquelles il

1. Comparer en particulier a3i b, 234 b avec 289 e sq. ;


23 1 cd
avec 2^1 b ;
232 b c, e sq. avec a^ob-e ;
232 cd avec 23g ab;
233 a b avec 238 e sq.
lxxii PHÈDRE
pourrait au contraire se développer et se mûrir, et notamment
il
l'éloignera de la philosophie bon moyen pour que de
:

l'amant il soit la chose et le jouet 1 S'agit-il maintenant du


.

corps (23g c 3-d 7)? Il le voudra d'une complexion molle et


sans vigueur, étranger dans le passé à une culture physique
un peu sévère, déjà habitué au régime d'une vie efféminée,
artificiellement embelli parles fards et les parures: ainsi,
2
sans courage à la
guerre S'agit-il enfin de la situation sociale
.

de l'aimé (289 d 8-2/I0 a g)? Par sa direction comme par sa


société, l'amoureux n'est pas à cet égard moins malfaisant.
Tous ceux qui, autour de celui qu'il aime, veulent à celui-ci
le plus de bien, il en souhaite la disparition comme d'autant
de gêneurs, particulièrement celle de ses proches. Afin d'être
plus à l'aise pour le conquérir et pour le manier ensuite à
sa guise, il le voudrait pauvre ou ruiné. Comme il n'accepte

point de partage, il le détournera enfin le plus longtemps


qu'il pourra de se marier et de fonder une famille.
La deuxième section concerne, non plus le dommage causé
par l'amoureux à l'aimé, mais les sentiments de ce dernier,
d'abord tant qu'en effet il est aimé, puis quand il a cessé de
l'être. D'une part en effet (2^0 a 10-e 7), tant que dure sa

passion l'amant passionné, bien différent en cela de ces autres


plaies sociales que sont la courtisane ou le flatteur, est, sans
compensation, insupportable pour sa jeune victime il ne lui :

est pas assorti par l'âge et il prétend être, toujours et tout


3
entier, à son service ; mais c'est pour l'avoir plus complète-
ment à lui, pour le soumettre à la
tyrannie de sa présence ou
de sesespionnages, pour l'assaillir tantôt de compliments
outrés, tantôt d'injustes récriminations et, quand il aura bu,
de grossiers outrages. Puis (2/io e 8-2^1 c 6), quand s'est
éteinte sa passion, il devient alors traître à ses engagements;
en revenant à la raison, il a en effet brisé tout lien avec son
4
passé de folie . Mais aussi, pourquoi l'aimé a-t-il été assez

Ces considérations rappellent certains traits du discours de


1.

Pausanias dans le Banquet (181 b, d 182 b-d, 184 de). Cf. p. 23 n. 1


;
.

2. A l'opposé de ce que, dans le Banquet (1780-179^, Phèdre

attend de celui qui est aimé d'amour et de ce qu'attestaient les


« bataillons sacres » des peuples doriens, tel celui de Thèbes.
3. Cf. Pausanias dans le Banquet, i84b-d.
4. Comparer encore Pausanias, ibid., i83 e.
NOTICE lxxii!

imprudent pour s'abandonner à un fou, duquel ne pouvait il

attendre que dommage et désagrément? La conclusion —


(24 1 c 7-d 1), c'est que l'amitié d'un amoureux est une
fausse amitié ; car, le désir se portant exclusivement à ce qui
doit le satisfaire, c'est une amitié sans réciprocité.
Ce discours, on l'a déjà dit (p. xxx sq.), est un redres-
sement de celui de Lysias. Mais il n'en redresse
que la forme;
lui-même au fond, et ce
il aura besoin d'être redressé
quant
sera la « palinodie » du pbilosophe. On pourrait donc dire

que nous avons ici une première « palinodie », mais elle est,
dirait-on, celle de la pure rhétorique. Le progrès de forme
qu'elle manifeste n'est pas douteux en dépit de développe-
:

ments qui sont surtout des amplifications, on y trouve une


construction méthodique à la place de l'aventureux assem-
blage de fragments qui constituait toute la composition de
Lysias. Si nous envisageons maintenant l'objet même du
débat, le rapport des deux discours est à cet égard particu-
lièrement instructif. L'observation finale de Socrate, avec ce
qui la précède, dégage nettement ce qu'il y a de commun dans
le
point de vue un amour, qui n'est pas un élan de l'âme
:

par delà l'objet immédiat du désir, ne peut être que la convoi-


tise d'une chose si
l'objet de l'amour n'en est pas en même
;

temps un sujet, si l'aimé n'est pas, pour autant, lui-même un


amant, l'amant de celui qui l'aime, on a le droit de condamner
l'amour. Voilà ce que fait Socrate, et l'on n'aurait peut-être
pas tort de dire que le contenu de son premier discours, au
1

lieu d'être positif comme de celui de Lysias, est négatif.


Lysias en effet prononçait surtout l'éloge de l'absence d'amour ;
Socrate nie la valeur de l'amour tel que le comprenait le
rhéteur, il se refuse
(24 t de) à faire à sa suite un éloge posi-
tifde l'homme qui n'aime pas. Quant à voir dans ce réquisi-
toire contre l'amour, soit une
parodie des thèses cyniques,
soit un exposé des idées mêmes du Socrate historique 2 , ce

1. Cf. Z. Diesendruck, op. cil.


p. ia sq.
2. La première hypothèse a été défendue par K. Joël (Platons
Sokratisclie Période und der Phaidros, dans les Philos. Abhandl. fiir
Max Heinze, 1906, p. 78 sqq.), dont on connaît le zèle, toujours
ingénieux, à dépister partout Antisthène. Si à la fin du dialogue
l'éloge d'Isocrate devait être tenu pour sincère, il ne serait pas impos-
sible que Platon eût en effet l'intention de s'associer ici à son hostilité
lxxiv PHÈDRE
sont là des hypothèses auxquelles je ne veux pas m'aventurer
et qu'il est aussi impossible de prouver que de réfuter. S'il y
a dans le Phèdre, comme
j'ai essayé de le montrer, l'harmonie
d'une œuvre d'art, la façon dont cette harmonie découle de
l'idée première est plus importante que la recherche conjec-
turale de prétendues sources, aussi bien d'ailleurs en ce qui
concerne ce premier discours de Socrate qu'en ce qui concer-
nait celui de Lysias.

LE SECOND DISCOURS DE SOCRATE

Notre premier soin doit être d'examiner la composition et


le contenu du deuxième discours de Socrate. Ensuite il y
aura lieu de considérer trois questions, à des titres divers
pareillement importantes, qui se posent à son sujet: l'emploi
qui y est fait du mythe la doctrine de l'âme qui y est exposée
; ;

enfin sa conception de l'amour.

I. Structure et contenu du deuxième discours. —


L'erreur du premier discours de Socrate était de dénier toute
valeur à l'amour passionné sous prétexte que c'est un délire :

folie nuisible à l'intérêt de l'aimé, avait déjà dit Lysias, et

contre les Cyniques. — L'autre conjecture est de W. Thompson dans


le
premier appendice de son excellente édition du Phèdre. Il cherche
à l'établir par un parallèle avec le langage de Socrate dans le Banquet
de Xénophon, étant admis d'autre part que ce dernier, quoique
incomplet et trop attaché au détail, n'a pas cherché du moins à
transfigurer son maître. Assurément les passages des deux écrits que
Thompson met en regard (ch. 8, § i3, i5, 21, a3 en face de a^ocd.
a£i c comparer aussi 19 fin avec a3g e sq., 21 fin avec a4od e) se
;

ressemblent étrangement. On ne s'arrêtera pas cependant à l'inso-


luble question de savoir qui des deux écrivains est l'emprunteur (cf.
ma Notice du Banquet, IV). Il faudrait en effet pouvoir dater avec
sûreté les deux ouvrages. Supposez qu'ils aient tous deux une source
commune dans les propos du Socrate historique sur l'amour propos:

d'une rare vulgarité de pensée chez Xénophon, d'une singulière étroi-


tesse de vues chez Platon dans ce premier discours, ils seraient de
toute façon surprenants de la part d'un homme dont l'action fut sans
nul doute prodigieusement animatrice et fécondante.
NOTICE lxxv

faire préférer, pour ses mérites, cet amant


qui doit lui qui
soi-disant n'est pas amoureux. Ce qui va être dit maintenant
est bien une rétractation à la place de l'éloge d'un amant
:

sans passion, que Socrate s'est refusé à prononcer, nous


allons entendre un éloge de l'exaltation dans l'amour. Ainsi
la rétractation apparaît à la fois comme un changement de

point de vue et comme une progression à un point de vue


supérieur. Une fois établi de la sorte l'objet du second dis-
cours, il est dans l'ordre que soit justifiée tout d'abord l'in-
tention même de cet « éloge de la folie ».

i. C'est ce que va faire Platon (244 a 6


Le délire \ .. j •
n
et ses formes.
S(
W-' en ex P osant tr0,s raisons desquelles
il résulte que, loin d'être toujours un
mal, au contraire, sous trois formes bien connues,
le délire est

un grand bien pour les hommes, donc un don des dieux ce ;

qui permettra de penser (cf. a4o b sqq.) que, si l'amour est


lui-même une quatrième forme du délire, l'amour doit être
pareillement un privilège que nous accorde la divinité. La —
première preuve est double. On allègue d'abord ce fait
qu'il
v a des prophétesses, femmes d'un esprit plus qu'ordinaire
quand elles sont dans leur bon sens, capables au contraire
de lire dans l'avenir quand elles sont inspirées du dieu dont
elles sont les prêtresses 1 Le langage d'autre part témoigne
.

dans le même sens. Si en effet, par delà les dénaturations


qu'il a subies, on remonte jusqu'aux mots primitifs, on voit
que les Anciens liaient au délire la vision immédiate du
devin 2 à la réflexion mettant en œuvre certaines connais-
,

sances la divination médiate de l'augure, en tant qu'elle se


fonde sur des signes preuve que leur sagesse faisait du délire
:

plus de cas que du raisonnement. La seconde forme du —


délire est encore religieuse. On lui doit la découverte de ces

i. Platon en nomme trois : celle du temple d'Apollon Delphien,


la Pythie, dont le trépied reposait au-dessus d'une crevasse du sol ;
celle du temple de Zeus à Dodone qui parlait par son chêne

(cf. 275 b); enGn que, comme Aristophane {Paix 1096;


la Sibylle

cf. Heraclite fr. qî D.), ne désigne pas autrement et qui est sans
il

doute la Sibylle d'Erythrées (plus probablement la cité béotienne, et


non sa colonie ionienne).
a. D'après le Timée 7a b le devin est bien supérieur au prophète,
qui n'est alors que l'interprète du devin.
IV. 3. —/
lxxvi PHÈDRE
initiations, de ces rites purificateurs, de ces prières dont
l'effet pour l'homme qui a fait ou connu celte décou-
est,
verte, de se racheter de la peine collective qui pèse sur toute
sa race, en punition de quelque faute ancienne commise par
un individu de cette race rédemption qui s'étend à l'avenir,
:

soitpar rapport à la destinée ultérieure de la race, soit par


rapport à celle de l'individu après la mort, comme dans l'Or-
phisme.
— L'inspiration poétique constitue une troisième
espèce du Sans inspiration, c'est-à-dire sans enthou-
délire.
siasme ou possession divine, point de poésie ; l'habileté tech-
nique ne suffit pas. Encore faut-il pourtant que l'âme inspirée
soit elle-même pure pour que l'inspiration puisse vraiment
être considérée comme venue d'en haut
* —
Voilà donc de
quels grands effets le délire est capable. Puisque l'amour est un
délire, pourquoi ne serait-il pas une autre forme de l'inspi-
ration divine ? Les trois premières constituaient un bienfait

i. Cf. Notice p. xxxiv et p. 33 n. i. La condition posée ici paraît

prouver que Platon ne désavoue nullement la sévérité qu'il montre


ailleurs envers la poésie (p. ex. Rép. II 377 d sqq., 379 c sqq. tout ;

le début du livre III X 6o5 a-c, 606 a et en outre les passages qui
;

seront mentionnés plus bas; Lois II 656 bc, 658 e sqq., 660 a et
VII 817 a-c). Il note en effet, et que l'élève des Sophistes se trompe
en croyant qu'on peut se passer de l'inspiration pourvu qu'on
connaisse les règles (cf. 268 c d), et qu'un Homère se fait illusion

quand il
s'imagine que, parce qu'il est inspiré, on le laissera libre
de pervertir les âmes par sa propre immoralité (cf. Rép. X bgb b c,
6ooab, 606 e sq ). Mais, s'il arrivait que la poésie réunît ces deux
conditions d'inspiration et de moralité, on pourrait alors dans l'édu-
cation, qui est le butsuprême du législateur philosophe, lui accorder
la place à laquelleson origine divine l'autorise à prétendre. Il —
n'y
a pas grand intérêt à observer, avec la plupart des critiques et après
Gicéron (Dù\ I 37 déb.) comme après Horace (Ars poet. ago),
qu'avant Platon Démocrite avait déjà dit (fr. 18 D.) que la poésie
suppose l'enthousiasme et le souffle divin. Est-il croyable en effet que
Démocrite ait été le premier à le penser et à le dire ? Rappelons
a dans l'/on toute une théorie de l'inspiration poé-
plutôt qu'il y
tique (533e-534 e), qui est très voisine de celle du Phèdre: le poète
ne compose que sous l'influence d'une possession divine ; la preuve
en est qu'il est même incapable de composer en dehors du genre
d'inspiration qui
lui est propre, et qu'il peut même lui arriver de
ne connaître qu'une seule fois l'inspiration. Voir plus loin p. cxxxn
et n. 1.
NOTICE lxxvii

autant pour celui qui reçoit le don divin que pour celui qui
ensuite en bénéficie. Si donc le délire d'amour est à son tour
un bien, il le sera tout autant pour l'aimé que pour l'amant,
pour celui qui est l'objet de l'enthousiasme amoureux que
pour celui qui en [Link] sujet c'est ce qui avait été méconnu
:

par la doctrine de Lysias et par celle du premier discours


(cf. p. lxxiii).

Mais ce point ne peut être compris


2.
La nature j-.- h i 1 i

» .
la condition de savoir ce
a
,,. qu qu est la
nature de l'âme, quelles sont ses affec-
tions et ses actions, et cela à propos de l'âme divine aussi
bien que de l'âme humaine.
. ,. M ,
Son immortalité.
A. Le point
r

de départ de cette recher-
. ,, ,. , „.
che sera une démonstration de 1 immor-
talité de l'âme. Elle se fait en
quatre moments. a. Pla- —
ton commence (a45 c 6 sqq.) par distinguer, entre les choses
mues et qui existent en tant qu'elles sont mues, d'une part
celles qui se meuvent elles-mêmes et, de l'autre, celles qui
tiennent leur mouvement d'une autre chose et le communi-
quent à une autre. Ces dernières cesseront d'exister dès
qu'elles cesseront d'être mues, tandis que les premières ne
peuvent cesser d'exister puisque leur essence est précisément
d'être mues par elles-mêmes et qu'elles ne peuvent perdre
leur essence. En
outre, c'est d'elles seulement que les autres
peuvent recevoir leur mouvement et leur existence pendant
qu'elles sont mues et qu'elles existent La chose qui se
1
.

meut elle-même ne peut donc périr et elle est un principe. —


b. Or un
principe (a45 c io sqq.) est ce qui ne commence pas

i. Cf. p. 33 n. 3. Si la proposition initiale était, comme dans le


texte ordinairement suivi qui se meut toujours est immortel »,
: « ce

on comprendrait mal que à ce qui se meut toujours Platon opposât


(81) ce qui ne se meut pas soi-même mais est mû par autre chose.
D'autre part, il n'y aurait pas lieu de présenter comme une consé-
quence (5rj) que ce qui se meut soi-même ne peut cesser de se mou-
Au surplus, la formule employée à e3 paraît
voir sans cesser d'être.
bien signifier que l'immortalité de ce qui se meut soi-même était
l'énoncé du premier théorème à démontrer et que maintenant Platon
déclare avoir en effet démontré : ce qui est répété au terme de la
démonstration est, semble-t-il, ce qui a dû être dit pour signifier ce
qu'elle se proposait tout d'abord.
lxxyiii PHÈDRE
d'exister, mais à partir de quoi commence d'exister tout ce
qui existe. II serait en effet contradictoire avec la notion
même de « Principe »
que ce qui est principe pût être quelque
chose d'engendré, c'est-à-dire de dérhé et d'autre part il n'y ;

aurait plus d'existence, car rien ne pourrait plus commencer


d'exister 1 La chose qui se meut soi-même est donc inen-
.

gendrée en tant qu'elle est principe. c. A ce même titre —


elle se révèle encore (2^5 d 3 sqq.) comme incorruptible 2 .

Il serait en effet contradictoire


qu'un principe, une fois
anéanti, pût renaître, car ce serait à partir d'autre chose, de
sorte qu il ne serait plus un principe; contradictoire aussi,

pour cette même raison, que rien désormais pût en provenir.


— Puisque ce qui se meut soi-même est principe et que, à
d.

ce titre, il ne peut ni avoir commencé ni cesser d'exister,


nou3 dirons (aZ|5 d -j sqq.) qu'en cela consiste l'essence et la
notion 3 de l'âme en tant que di*tincte du corps. Car un
corps, s'il est inanimé, reçoit du dehors son mouvement,
mais, s'il est animé, d'un principe interne de mouvement
qui est justement son âme. Donc, en raison de l'identité de

p. 34 n. i. Gomme tout
i. Cf. à l'heure à propos de la notion de

chose automotrice, Platon me paraît se fonder, pour faire entendre


quel est le rôle du principe, sur ce qu'implique logiquement la
». Or un
notion de « Principe principe engendré en supposerait un
autre pareillement engendré, et ainsi à l'infini ce qui serait la ;

négation même de la notion de « Principe » et, corrélativement, la


négation d'une existence dépendant du principe comme de sa cause.
C'est donc encore une sorte d'argument ontologique.
2. A la vérité Platon dit « à titre de chose inengendrée, le prin-
:

cipe est aussi incorruptible ». En modifiant comme j'ai fait l'expres-


sion, j'ai voulu mettre en évidence que nous avons là une nouvelle
preuve de l'immortalité de la chose automotrice, mais qui se fonde
sur la notion même de « Principe », dont il vient d'être prouvé qu'elle
est inhérente à cette chose.
3. A propos de tout objet de la pensée il y a (Lois X 895 d-896 a)
trois choses à considérer la réalité de cette chose ou son ousia, c'est-à-
:

dire, du point de vue de l'idéalisme platonicien, son essence ou Idée ;

la notion ou définition de cette réalité, son logos enfin son nom. ;

Ainsi la réalité dont le nom est « âme » a pour notion ou définition


<f ce qui se meut soi-même » et qui est par conséquent le principe
génération et du mouvement. La notion ou définition
de la de la
chose nommée équivaut donc à la réalité de cette chose ;
cf. Phédon
99 e s q-
NOTICE lxxix

la chose automotrice avec la réalité


qu'on appelle une âme,
on doit dire que l'âme est et immortelle *,

13. — inengendrée
L'immortalité de l'âme étant ainsi
Image mythique démontrée, voyons à présent quelle est
^ a nalure de cette chose immortelle
de l'âme (2^6
a 3 sqq.). Pour la dire telle quelle est,
un savoir divin serait nécessaire ; mais un savoir humain

permet d'en donner une image, c'est-à-dire de montrer à


elle ressemble. Autrement dit,
quoi quelle est la chose qui,
dans le domaine de notre expérience, pourra par ses rapports
constitutifs servir & figurer la nature de l'âme et être consi-
dérée comme lui étant analogue? Or, représenter ainsi une réa-
lité,dont on n'a pas d'expérience directe, au moyen de l'image
sensible d'une réalité familière, c'est l'essentiel du mythe.
La nature de l'âme sera donc exposée d'une façon mythique.
Platon commence par dessiner l'image, puis il explique pour-
quoi dans cette image il y a, si l'on peut dire, des parties
lumineuses et d'autres obscures.
a. Nous
imaginerons donc l'âme (2^6 a 6 sqq.) à la ressem-
blance d'une force active dont la nature soit d'être un atte-
2
lage ailé que mène sur son char un cocher, ailé lui aussi .

Mais, tandis que dans la représentation de l'âme des dieux


l'ensemble doit être tenu pour excellent dans ses parties

1. Cf. p. 35 n.
1 et Notice,
p. cxxv sq.
L'origine de cette image peut être (je dois encore cette indi-
2.

cation à M. Ch. Picard) dans des


représentations figurées comme
celles des deux
petites faces du sarcophage d'Hagia-Triada (qui
remonte au Minocn récent II, environ i45o av. J.-G.) ou de pein-
tures sur certains vases des Cyclades e
(vi s.) au Musée d'Athènes.
Mais l'àme n'y est- pas figurée, comme ici,par l'ensemble des
chevaux et du cocher sur son char : elle est sur le char la compagne
du cocher. Il —
n'y a donc aucune raison de supposer, avec Natorp
(Platons Ideenlehre p. 72), un souvenir direct du début du poème
de Parménide (fr. 1 D.). Sans doute y a-t-il là des chevaux, un
char, un ou
plutôt des cochers (v. 2/1). Mais l'image est très diffé-
rente ainsi chez Platon auvwot'ç
s'applique à l'attelage apparié qui
:

tire le char, tandis


que chez Parménide le terme voisin auviopoç
s'applique au poète lui-môme, qui s'apparie aux immortels cochers
qui le conduisent. Au fond, le spectacle de la vie journalière
suffisait, exception faite des ailes, à suggérer à Platon cette repré-
sentation.
lixx PHÈDRE
comme dans les éléments de ces parties, il n'en peut être
ainsi
quand on veut se représenter une âme d'homme. En pre-
mier y couple des chevaux qui ne sont point
lieu, l'altelage

pareils En second lieu, tandis qu'un des chevaux ainsi


1
.

appariés est fait de bons éléments, l'autre sera tout, l'op-


posé. Enfin, dans de telles conditions, la fonction même de
cocher s'exercera avec un succès incertain. Ainsi ce qui carac-
une âme humaine est comparable,
térise la chose à laquelle
c'estun mélange du mauvais avec le bon 2 b. Étant .

donné que l'âme est un principe de vie qui est commun aux
hommes et aux dieux, pourquoi cependant (2^6 b 5 sqq.)
à propos des premiers parle-t-on de vie mortelle, de vie
J
immortelle à propos des seconds ? Tout ce qui a nature d'âme

1. Quand il
s'agit de l'attelage en général, divin comme humain,
Platon se sert en effet du terme terme qui est
général zeugos ;
le

employé ensuite pour l'âme humaine est synôris, qui désigne un


attelage dont les chevaux sont couplés mais ne sont pas identiques.
La différence ne consiste pas en ce que les chars des âmes divines
n'auraient qu'un seul cheval comme si, à la fin de a, le pluriel les
chevaux était déterminé par le sujet pluriel, les dieux. Mais, on le
verra par la suite, le cas est le même que celui des âmes humaines.
Toutefois, en ce qui concerne ces dernières, Platon commence par
noter seulement une diversité, qui pourrait n'être que de race ou
de taille ou d'âge. Puis il spécifie qu'au bon est associé du mauvais.
2. Ce n'est pas en effet simplement un mélange en tant que tel,
comme Platon semble le dire au début de b car les âmes divines ;

comportent, on vu, un mélange, mais du bon avec le bon. Ici


l'a

comme ailleurs, Platon appelle « exempt de mélange » ce qui est


mélangé selon des proportions exactement définies et sans mélange
de rien d'étranger à sa nature ainsi dans : le Timée (57 c) ces corps

premiers qui, loin d'êlre les éléments ou les lettres des choses, en
sont les véritables syllabes, donc des mélanges dont il a déjà expliqué
la composition ainsi dans le Philèbe (5g c) les objets de la dialec-
;

tique, c'est-à-dire les Idées, dont l'exactitude a été comparée (58 cd)
à la pureté d'un blanc qui n'est mêlé d'aucune autre couleur ou
d'un plaisir qui n'est pas mêlé de douleur (53 a b). De même dans
lePhèdre 247 d 2, quand il parle de « savoir sans mélange », cela ne
doit pas s'entendre à la rigueur, puisqu'il n'y a pas de savoir qui ne
comporte des relations (cf. Théét. 201 e-206 b).
3. Cf. p. 38 n. 1. Wilamowitz Ia 463 suit le texte de Burnet
p.
et traduit comme
L'objet du morceau, qui est d'opposer des
j'ai
fait.

vies immortelles à des vies mortelles et de définir le sens de cette


NOTICE lxxxi

est en effet principe de vie à l'égard d'une chose qui, au


contraire, est parelle-même sansàme ou inanimée, c'est-à-dire
un corps. Mais dans la totalité de l'univers physique cette '

relation n'est pas la même partout où porte la vie l'âme

qui y circule. On
conduit à distinguer deux formes
est ainsi
ou espèces d'âme qui est ailée en perfection et qui se
: celle
meut dans les régions supérieures de l'univers, du haut des-
quelles elle est pour l'ensemble de celui-ci le principe d'une
vie organisée ; celle qui,
pour les raisons qu'on verra bientôt,
a cessé d'être ailée et qui ainsi tombe jusqu'à ce qu'elle se
dans cette masse, solidement assemblée (cf. Timèe
soit arrêtée

43 un corps l'ait principalement de terre. Or c'est à


a), qu'est
un composé d'une âme et d'un corps que nous donnons
tel

le nom de « vivant » en
2
y ajoutant l'épithète de « mortel » .

opposition, ne me paraît pas pouvoir comporter d'autre texte ni


d'autre interprétation.
i. Platon dit « la totalité du ciel », mais cette traduction, pouvant
suggérer l'idée du ciel astronomique, m'a semblé équivoque. 11 ne
parait pas douteux en effet qu'ici, au lieu de prendre le mot en son sens
restreint, Platon ait voulu parler de tout ce qui existe sous la coupole
du ciel, et tel est en effet le sens du grec oaranos. C'est
ainsi que,

après des fluctuations dont témoignerait le vocabulaire auquel s'étaient


finalement arrêtés les Pythagoriciens (cf. Vorsokr. ch. 3a, 16 ; A
Robin, Pensée grecque p. 76 sq.), ouranos en est venu à recevoir pour
équivalent le terme cosmos, que justement Platon emploie trois lignes
plus bas et que nous traduisons par le Monde. Mais au temps de Platon
l'équivalence n'est pas encore assez usuelle pour que l'écrivain puisse
se dispenser de la signaler. Ainsi dans le Timée il se sert d'ouranos

(3 1 a b) pour signifier, sans nul doute, le monde entier, alors qu'il a


écrit précédemment (28 b) « la totalité de Vouranos ou bien du
:

cosmos ou quelque autre nom qu'on veuille lui donner » de même ;

Politique 269 d. Dans lePhiïebe 28 d on voitque le tout, xô olov, paraît


être un autre de ces noms dont on tendait à se servir
pour signifier
« l'ensembie des choses » ta
aûjuiavca, et 29 e que le mot cosmos est
dans le même cas. Du reste chez Aristote ouranos a une semblable
diversité d'acceptions comme ici il signifie souvent l'ensemble des
:

choses (cf. Bonitz Index Ar. 54 1 a 56 sqq.). Voir Burnet, Aurore de la


philosophie grecque (Early Gr. Philos.) p. 3i.
2. La dissolution de ce composé est la mort, mais l'âme est immor-
telle : elle renaîtra donc, c'est-à-dire qu'elle formera avec un autre
corps un nouveau composé. C'est ce que l'Orphisme appelle «le cercle
de la génération » n'existait pas en tant mais que la
: s'il
que cercle
génération se fît en ligne droite, alors ce serait la fin du monde (cf.
'
lxxxii PHÈDRE
Quant au dieu, s'il est vrai que ni l'expérience ni le rai-
sonnement ne permettent de savoir ce qu'il est réellement,
du moins pouvons-nous le concevoir pareillement comme un
vivant autrement dit, son âme est principe de vie à
'
:

l'égard d'un corps; mais, ce corps n'étant pas un corps dans


lequel elle aurait chû faute d'avoir su garder ses ailes, un tel
2
assemblage d'âme et de corps doit, dans le cas du dieu ,

durer sans fin.


G. —
Ce qu'il faut expliquer à présent

«ft£
S
6 d 3 «•). e-«tl«
T,e lieu ^
* amc,
par laquelle
son
«M
est aile
au delà du ciel puisque attelage
comme
son cocher, peut cepen-
l'est aussi
dant perdre ce qui est une propriété de sa nature. Platon
commence donc par exposer (d 6 sqq.) en quoi consiste la
fonction propre de l'aile: c'est d'élever vers le haut ce qui
est naturellement pesant, d'être ainsi, étant admis
que le
divin est au-dessus de nous, ce qu'il y a de plus divin parmi

Phédon 72 a-d). Il n'y aurait donc plus de vivants mortels et, en ce


sens, cette chule de l'àme a un sens profond ou, comme le dit
positif. Ce n'en est pas moins pour
Z. Diesendruck p. 18, tout à fait
l'àme une diminution d'être que de se trouver désormais condamnée
à une vie qui est coupée de morts incessantes (cf. Banquet Notice,
p. lxxxvii sq.).
1 Le sens paraît être voisin de celui d'un passage du Banquet
.

(208 où Platon se propose semblablement de distinguer le mode


a b)
d'existence du mortel et de l'immortel l'existence du premier est
:

discontinue, mais continuée, toujours nouvelle mais en apparence


identique ; celle du second est une existence réellement et à jamais
identique à elle-même. De même ici le mortel et l'immortel sont
pareillement vivants, mais ce n'est pas de la même manière.
2. Du dieu
platonicien seulement, dit entre autres Wilamowilz I
46/J car Platon ne veut pas l'identifier aux dieux respectés de la reli-
;

gion nationale, et les âmes qui, ailées, gouvernent l'univers sont


dépourvues de corps c'est le développement subséquent de l'image
;

qui conduit, en leur donnant des ailes, à paraître les pourvoir d'un
corps.

Mais les dieux du Pantbéon hellénique ne représentent-ils
pas plutôt aux yeux de Platon une tradition, qu'il s'agit moins de res-
pecter que de redresser pour en faire sortir une vérité ? Et les seuls
dieux qui pour lui soient réellement des dieux ne sont-ils pas juste-
ment les dieux planétaires ? Au fond de ceci le vrai problème est
celui de la relation du corps à l'àme et nous aurons à l'envisager
par la suite cf. p. cxxxii sqq.
;
NOTICE lxxxih

les choses corporelles. Mais Platon a hâte de marquer le


symbolisme de ce langage ce qui réside dans ces hauteurs
:

vers lesquelles fait monter l'aile, c'est ce qui est beau, savant
et bon Voilà donc ce qui, étant l'objet auquel tendent les
l
.

ailes comme à ce qui les nourrit (cf. 2/j6 e), donne à celles-ci
leur vertu propre. Inversement, cette vertu est détruite par
ce qui est le contraire du beau, du savant et du bon. —
Ceci dit, on va voir quels sont les effets de cette vertu, d'abord
en ce qui concerne le ciel lui-même ou le monde, puis en ce
qui concerne un autre monde qui est par delà le ciel, et,
dans chaque cas, pour les âmes qui sont divines comme pour
celles qui ne le sont pas.
Platon décrit donc (a46 e sqq.) une sorte de procession
a.

que des âmes de dieux et de démons accomplissent dans le


ciel, chacune avec le cortège d'âmes en tête duquel elle
s'avance. Celui qui conduit la procession entière, c'est Zeus ;

il l'ordonne dans son détail et il


pourvoit à tout. Quoiqu'il y
ait douze dieux et démons, l'armée entière comprend seule-
ment onze bataillons, parce qu'Heslia n'en lait point partie
2
et que, immobile, elle reste au foyer du palais des dieux .

Chaque groupe enfin a son rang et son rôle propres. Si main-

Comparer Banquet iol\ a déb. et ici 2^7 d le savoir est inhérent


i . :

à nature du dieu, et c'est pour cela qu'un dieu ne désire pas le


la

savoir comme un bien dont il serait dépourvu et que, par conséquent,


il n'est Il est
pas philosophe. remarquable que les trois termes
nommés semblent répondre, dans un ordre renversé, à la hié-
ici

rarchie qu'on trouve à la fin du Philebe, 6/4 e sq. le Bien inacces- :

sible, la Beauté, la Vérité il ne


manque ici que la Proportion.
;

2. Cf.
p. 37 n. 1.

Le mot hestia désigne proprement le foyer
auprès duquel est placé l'autel des divinités domestiques c'est la :

maison même. Puis le foyer de la famille devient une des grandes


divinités olympiennes, petite-fille d'Ouranos et de Gaïa, fille de
Cronos et de Rhéa, sœur de Zeus, de Poséidon, de Hadès, de
Dômètér et de Héra. Si donc Platon l'identifie ici à la terre, c'est

qu'il ne se fonde pas sur la tradition mythologique. Mais, comme


dans le Timée 4ob fin, il parait transposer une métaphore des Pytha-
goriciens : ce n'était pas en effet la terre, mais le feu central, que

appelait, nous dit-on, « le foyer de l'univers »,


Philolaùs « la
demeure de Zeus », « l'autel », etc. (cf. Vorsokr. ch. 32, A. 16 et
B 7 ; ch. 45, B 37 s. fin.). Quoi qu'il en soit, Cralyle (4oi b ; p. 77
n. 3 de l'ed. de L. Méridier) et les Lois (V 7^6 c) nous disent que
Hestia est la première divinité à honorer, avant Zeus et avant Athôna.
lxxxiv PHÈDRE
tenant nous considérons la part que prennent les âmes à
celte procession, nous voyons qu'elle est différente selon la
constitution de ces âmes. Pour les âmes des dieux, point de
difficulté elles montent allègrement, car la tâche du cocher
:

un attelage de tout point excellent, elles mon-


est facile avec
tent vers ces objets supérieurs qui, comme on l'a vu, sont
l'aliment de leurs ailes. Mais il y a pour les suivre d'autres
âmes qui sont divines en leur genre et qui ont faim de cette
suprême nourriture. Sans doute leur attelage n'est-il pas
excellent il est toutefois excellemment apparié ou excellem-
;

ment dressé et dirigé. Elles suivent donc les dieux, c'est-à-dire


qu'en les imitant elles leur ressemblent, aussi souvent qu'elles
n'en sont point empêchées par quelque cause, étrangère en
tout cas à la volonté des dieux ', et aussi souvent qu'elles en ont
la bonne volonté. De telles âmes doivent donc
parvenir, avec
lesâmes des dieux, jusqu'aux confins du ciel ou du monde et,
dressées alors sur la voûte, emportées par la révolution cir-
culaire, elles contemplent les réalités qui sont en dehors du
cielou du monde. Ce sont là pourtant des âmes privilégiées :

la
plupart sont au contraire incapables d'étendre ainsi leur
horizon parce qu'au bon leur attelage mêle trop de mau-
vais et parce que leur cocher, faute d'avoir su corriger et
dresser le mauvais, sent peser sur sa main le poids d'une
résistance.
b. âmes portées par la bonté
Voici donc les meilleures
même de leurs aspirations au seuil d'un autre monde, exté-
rieur à l'univers physique. Qu'on dise tant qu'on voudra que
nous sommes ici en plein mythe. Il n'en est pas moins vrai, si

i. L'Envie, ce démon qui, selon la tradition, jalouse le bonheur


des hommes, est exclue par Platon des chœurs divins, comme dans le

Banquet (2o3 b) Pauvreté a été tenue à l'écart du festin par lequel les
dieux célébraient la naissance d'Aphrodite. Ici l'exclusion de l'Envie
est l'expression mythologique d'une double intention: d'abord purifier
lanotion du dieu de cette jalousie méchante qui en était inséparable
dans la croyance populaire puis dégager la responsabilité des dieux
;

par rapport à des malheurs qui ne sont la conséquence que de notre


propre méchanceté. Cette dernière idée serait donc la même que
dans la X 617 e) ou dans le Tintée (4i e,
République (II 379 b c,
[\i d ag e) Dieu est innocent de la méchanceté des hommes
;
cf. :

parce que, d'une façon générale, le bien seul, non le mal, lui est
imputable (cf. aussi Politique 269 e sq., 373 b c).
NOTICE lxxxt

le mythe a un sens, que cette extériorité spatiale marque,


avec une clarté qu'on ne rencontre nulle part au même degré,
l'intention chez Platon de considérer les réalités intelligibles
comme étant tout à fait à part de celles de l'expérience, ou,
selon la formule d'Aristote, de séparer les Idées. Jusqu'à

présent nous étions au sein d'un monde enveloppé dans la


sphère du ciel. Nous voici maintenant (247 c 3), par delà
le ciel, en face d'un autre monde qui est celui de la Vérité

(cf. 248 b 7). A âmes des dieux ne sont pas plus


vrai dire, les

capables que les meilleures des autres âmes de quitter le ciel


pour passer dans cet autre monde. C'est au premier qu'elles
appartiennent. Mais, quand elles sont parvenues au sommet
de comme installées sur sa convexité, leur cocher
celui-ci et
est en état de porter ses regards dans la direction des réalités
véritables, qui sont des objets pour l'intellect seul et sur les-
quelles, puisqu'elles sont sans couleur et sans figure, les sens
n'ont point de prise la Justice réelle, la Tempérance réelle,
!

leSavoir réel et qui, au lieu de s'appliquer à des apparences


dont la diversité se déploie dans un devenir changeant, est
une connaissance vraie de vraies réalités, la Pensée pure de
tout alliage sensible, la Beauté dans toute sa splendeur, etc.

(cf. aôo b-d). De plus, cette coutemplation n'est pas offerte


aux âmes divines d'une façon indifférente, mais pour le temps
précis que doit durer la révolution qui ramènera le ciel au
même point 1 Au terme de cette révolution, le cocher, l'intel-
.

1. Cf. aussi 2^8 a 3 et c 4- Quelle est cette révolution? Est-elle

identique à celle dont il sera question 2^7 e sq. et qui concerne le


retour de chaque âme au chœur divin dont elle faisait originairement
partie (cf. p. lxxxvii n. 3) ? Si Zeus représente ici la sphère des
Fixes, on pourrait penser que la révolution dont il s'agit est la révo-
lution diurne, le jour de 2^ heures qui sert d'unité de mesure aux
autres périodes de révolution. Mais ce serait sans doute une bien courte
durée pour une contemplation pareille, le privilège en dût-il se renou-
veler régulièrement. Doit-on plutôt penser que Platon a en vue,
comme dans le Timée (3g d), « ce nombre parfait du temps qui rem-
plit une année parfaite », c'est-à-dire la durée d'une Grande Année
?

Il
n'y aurait aucun doute si Platon avait, ainsi que dans le Timée,
parlé de révolution qui ramène au même point tous les astres les ans
par rapport aux autres. —
Certes, un esprit moderne a de la peine à
concevoir, surtout chez un penseur de l'envergure de Platon, de
pareilles spéculations qui supposent un synchronisme entre les réve-
lxxxvi PHÈDRE
lect, s'enfonce de nouveau dans ce ciel qui est la demeure
ordinaire de son âme. C'est alors qu'il donne à ses chevaux
une nourriture et une boisson choisies, dont les noms prou-
vent assez que, dans l'esprit de Platon, elles sont le produit
de cette contemplation supérieure et la quintessence de ce
qui est propre à entretenir la vertu des ailes (2^7 e fin cf. ;

248 c déb.) ou à satisfaire l'aspiration qui porte l'âme natu-


rellement vers les hauteurs (cf. 248 a 7). —
Or cette aspira-
tion, les autres âmes s'efforcent bien de la contenter, mais
sans succès leurs conducteurs ne réussissent même pas à
:

élever la tête d'une façon continue vers les réalités du lieu

supracéleste. Ce sont tout au moins des âmes incapables de


soutenir quelque temps l'effort de la contemplation et dont
la vision restera incomplète. Comme elles sont pourtant
avides de s'élever et qu'elles pensent n'y pouvoir réussir

qu'au prix d'une concurrence pressée, elles se bousculent et se


piétinent (cf. 247 b 5). Mais le résultat, c'est qu'ainsi elles
gâtent leurs ailes et que, faute d'être capables de se soutenir
sur la voûle du ciel, elles sont contraintes d'y rentrer avant le
terme fixé de la révolution circulaire. C'est un accident auquel,
semble-t-il, n'échapperont pas les âmes les mieux trempées.
Toujours est-il qu'elles tombent alors brutalement et que
leur cbute ne s'arrête qu'à la terre (cf. 246 c et 248 c fin).
Désormais ce sera l'opinion, avec les incertitudes au milieu
desquelles elle roule et se traîne, ce ne sera plus le savoir,
qui sera leur pâture.
D. —
Voilà donc deux sortes d'âmes
La destinée des
déchues les unes ont eu quelque parla
:

âmes déchues
: i
a contemplation des réalités vraies, les
une double escha-
... ,. .
T „
, .•
autres en ont été privées. La question
,

se pose alors (248 c 3 sqq.) de savoir

quellesera inévitablement leur destinée (cf. p. 4o n. 2) en

lutions astronomiques et l'exercice de la pensée pure. Il ne faut pour-


tant pas se hâter d'y voir de simples fantaisies. On ne doit pas oublier
en effet quel'étude de l'astronomie est une voie d'ascension vers la

dialectique (cf. p 38 n. 2), et ce trait de l'éducation platonicienne


montre symbolique du rapport spatial
assez clairement toute la portée
des révolutions célestes aux pures Idées. Ces spéculations ne sont pas
du reste plus déconcertantes que d'autres du même genre, celles par
exemple qui bientôt concerneront l'eschatologie.
NOTICE lxxxvii

conséquence de l'état où elles seront au terme de la proces-


sion pour les unes, initiation incomplète et révélation ou
:

«
époptie » seulement partielle (cf. p. 44 n. i) pour les ;

autres, absence totale de l'une et de l'autre '. Mais il y a un


autre terme: c'est celui des existences terrestres consécutives
à la chute. Nous avons donc ici une double
eschatologie, qui
n'a chez Platon d'autre analogue que celle du Timèe
(4i d-
42 d, 9oa-c, 91 d-9« c) : il
y a une destinée qui dépend de
l'antérieur à la vie terrestre et il
y en a une autre qui est la
conséquence de cette vie même. Ajoutons cependant que,
tandis que dans le Timée il s'agit d'un règlement général
institué par Dieu, avant « la
première naissance », pour les
âmes qui indirectement sortiront de ses mains, le Phèdre
envisage les conséquences de la conduite préempirique d'âmes
déjà existantes. Partout ailleurs, la destinée finale des
âmes comme une sanction de la manière dont
est envisagée
2
comportées ici-bas et dans l'union avec le corps
elles se sont .

„ ,, x _..
a.
. La première eschatologie
° consiste à
Prédestinations. ... F. , 1M ,
hiérarchiser des espèces d hommes et

d'occupations d'après la valeur individuelle des âmes par rap-


port à la contemplation des réalités vraies. D'une part, on
l'a vu, il
y a des âmes qui, associées à l'un des chœurs
divins, ont vu une partie au moins de ces réalités : leur
3
récompense est d'être jusqu'à la prochaine révolution

1. a5ob c, e 1 a5i a 3; 253 c 3 a5/J b 5.


Cf. 348 b 5; 2^9 c fin ; ; ;

Par exemple Phédon 81 c-82 b, 83 d e (cf. mon édition, p. 4a


2.

n., où il faudrait ajouter Lois X go4 c d). Le fragm. 146 d'Em- —


pédocle (qui provient probablement du poème des Purifications)
peut avoir inspiré notre passage mais, si Platon y a pensé, c'est
;

pour retourner la démarche décrite par Empédocle et qui est une


remontée graduelle des âmes déchues vers la condition divine. On
peut songer aussi au fr. n5, dans lequel est expliqué comment est
bannie du ciel en vertu de l'arrêt de la Nécessité une divinité crimi-
nelle.
3. La durée de cette révolution paraît être de mille ans si l'on se

p. cvn n. 1).
réfère à ce qui est dit 349 a et surtout 356 e fin (cf.
Si cette révolution est celle dont il était question d 5 lxxxv
247 (p.
n. 1) etque celle-ci dure le temps d'une Grande Année, on en devrait
conclure que celle ci est pour Platon un millénaire. Mais chez per-
sonne il n'y a trace d'une évaluation si modeste, et, en ce qui
concerne Platon, on est réduit à des conjectures passablement arbi-
txxxvm PHÈDRE
exemptes de dommage, c'est-à-dire sans doute admises à
continuer leur existence céleste sans entrer dans la généra-
tion Deux cas peuvent alors se présenter: ou bien elles
1
.

persévèrent pendant ce temps dans la manière d'être qui


leur a valu cette récompense et elles se l'assurent ainsi à
tout jamais ; ou bien elles n'y persévèrent pas et elles en
sont punies, sans doute à la fin de la révolution, par une
déchéance qui les plonge dans la génération. Celle déchéance
à son tour peut avoir deux causes ou bien l'âme n'a pas su
:

garder son équilibre (cf. 2/17 b) et, devenue incapable de


suivre docilement, elle a été privée de la contemplation ou ;

bien elle est victime d'une malchance 2 qui la rend oublieuse


des visions dont elle avait pu être favorisée et qui pervertit
complètement sa nature elle était chose légère et ailée, elle
:

s'alourdit et perd ses ailes. La voici donc à terre 3 Une .

compensation est toutefois promise à cette exilée, c'est


qu'elle n'animera pas le corps de n'importe quel vivant, mais,
à la première génération, seulement celui d'un homme.

Cependant, comme il y a des degrés dans la dénaturation


préempirique des âmes, il doit y avoir aussi, en conséquence,
une diversité qualitative dans leur existence empirique et
une hiérarchie dans leur genre de vie à la suite de cette
«première naissance». Il
y a donc un ordre prédestiné des

traires voir les commentaires du Timée par Th. H. Martin


; (II p. 78)
et de À. E. Taylor (p. 216 sqq.).
1. Ainsi comprend Hermias i63, i-3, 9 sq. Il admet en outre

que, y a perpétuité dans cette continuation, cela ne peut être dû


s'il

qu'à des Génies bienveillants (i3 sqq.), comme d'ailleurs le contraire


à dp mauvais Génies (25 sqq.). Il est superflu d'ajouter que rien chez
Platon n'autorise celte interprétation voir la note suivante.
;

2. C'est, dans la vie céleste, le pendant de cette autre malchance


dont il est
question à a5o a lx et qui fait perdre ici-bas tout souvenir
des visions préempiriques. Il
y a quelque chose d'analogue, mais à
rebours, dans le mythe d'Er avant de revenir dans la génération et
:

après leur séjour dans la plaine brûlante du Lêlhè, les âmes qui se
sont trop largement désaltérées au fleuve Amélès oublient tout ce
qu'elles ont appris depuis lamort et chez Hadès.
3. La préposition dont se sert ici Platon (km et non s!;) semble
indiquer que ce n'est pas à la chute même qu'il pense (cf. 2^6 c),
mais plutôt à ce qui doit résulter de la chute, une fois faite, pour
l'avenir de l'âmo dans la génération.
NOTICE lxxxix

incarnations. Les âmes qui, avant de se corrompre, ont eu


la plus abondante vision des réalités vraies produiront en
s'incarnant un homme ami du savoir et de la beauté, c'est-
à-dire un philosophe Le second rang d'incarnation fait
1
.

paraître un roi fidèle à l'ordre de la Loi ou qui a dans la


guerre l'art de commander. Au troisième, c'est un politique,
à moins que ce ne soit un bon administrateur ou un finan-
cier. Que ces sortes d'hommes viennent ainsi juste au-des-
sous du philosophe, on se l'explique: il est possible en effet
qu'ils s'inspirent des principes que l'autre leur aura dictés,
comme dans le Politique (258e-a6ob, 3oi a fin-c) et confor-
mément à l'idéal défini dans la République (V ^-3 cd, cf. IX
58*7 ab) ou à l'espérance attestée encore par les Lois (IV

709 e sq.). Ces âmes sont inférieures sans doute; mais,


quand les tendances à commander ou à administrer qui les
2
caractérisent auront été réglées scientifiquement , elles
acquerront une autre valeur. Peut-êlre même ceci s'appli-
querait-il encore aux âmes du quatrième rang, celles d'où
naîtront des hommes
voués aux soins du corps, maîtres de
gymnase ou médecins: ceux-ci en effet sont encore capables
de s'ennoblir en se pliant aux directions du philosophe.
Avec les rangs qui suivent nous ne trouvons plus au contraire
que des âmes vouées à une existence de mensonge ou de
sujétion au cinquième, les marchands de prophéties ou
:

d'exorcismes 3 au sixième, les imitateurs de tout ordre, et


;

les
peintres sans doute aussi bien que les poètes (cf. p. xl

1. Il ne semble pas qu'ici le ou bien soit disjonctif comme il


semble l'être pour les catégories suivantes. Etre musicien (avoir de
la culture), être instruit des eboses d'amour, être ami de la beauté,
tout cela converge vers la notion du philosophe ou de « celui qui
aime jeunes gens d'un amour philosophique » ; ci. ici 3^9 a et
les

Banquet ai 1 b voir aussi p 29 n. 1.


;

2. C'est à peu près ainsi qu'Auguste Comte dans son


système
politique faisait des banquiers les organes, pour l'ordre temporel, de
ce que prescrivent les philosophes dans l'ordre spirituel.
3. Commechez Aristophane les devins des Oiseaux ou de la Paix ;

comme che^ Euripide ces charlatans auxquels Thésée assimile Hippo-


cf. les autres textes cités
lyte (Hippol. 952-957 ; par L. Méridier,
Euripide et l'Orphisme, Bulletin Budé, janv. 1938); comme enfin
tous ces gens que dénonce Platon lui-même dans la République (II 364
b-365 a) et qui exploitent la crédulité d'aulrui surtout ,
celle des riches.
xc PHÈDRE
n. 3) ; au septième, les travailleurs manuels, ouvriers ou
laboureurs. Cequi a pu faire penser qu'en dressant cette hiérar-
chie Platon ne veutque s'amuser, c'est la place qu'il assigne,
plus bas encore, au sophiste et au démagogue. Mais n'est-il
pas vrai que les deux classes précédentes ont au moins quelque
utilité, l'une de nous charmer, l'autre de pourvoir aux néces-
sités Les gens du huitième rang au contraire
de l'existence ?

ne sont que également corrupteurs de la


malfaisants,
conscience privée et de la conscience publique. Quant à
l'âme prédestinée à l'état tyrannique, le chiffre de son rang
est le même que dans ce passage de la République (IX
587 b-
e) où Platon mesure de combien de degrés le bonheur du
tyran s'éloigne de celui du roi. S'il y a donc, en somme,
dans cet exposé une part de fantaisie, c'est justement celle
qu'on y pouvait attendre comment savoir l'ordre de valeur
:

des prédestinations si l'on ne s'est fait à l'avance quelque


opinion sur l'ordre de valeur des prédestinés eux-mêmes, ou
du moins de leurs conditions 1 ? comment parler de ces condi-
tions, sinon d'après les types que l'on connaît? Or c'est jus-
tement ce que Platon fait ici.
„ b. Ces premières
r naissances sont pour
r
Sanctions. , , ., , ,. .

les âmes la tin a une précédente exis-


tence et le commencement d'une existence nouvelle. Il y a
donc lieu de s'interroger sur la destinée finale des âmes par
rapport à cette dernière :
que deviennent-elles après la pre-
mière mort ?C'est l'objet de la seconde eschatologie (2^8 e
5 sqq.). Deux idées la dominent. L'une est que leur sort
dépend de ce qu'aura été, dans l'union avec un corps, leur
manière de vivre par rapport à la justice et à l'injustice, et
2
qu'il doit donc y avoir un jugement des morts L'autre .

1. De même, Rép. X 618 b, la condition que les âmes ont choisie


les détermine qualitativement et fonde entre elles un ordre hiérar-
chique, TiÇlÇ.
D'après l'eschatologie du Gorgias (5a6 c) et de la République
a.

(X 6i4 c d) les âmes les meilleures, celles des vrais philosophes, sont
soumises comme les autres au jugement. Or ici il semble qu'il n'y
ait de jugement que pour ces dernières (a/Jp, a 5) : si en effet le

renouveau des immédiat pour toute âme qui, par une vie
ailes est
s'est déchargée de ce qui pesait sur elle (cf. a£8 e
philosophique,
8 sq., y '49 a .\, sq.), les âmes des philosophes semblent
.1
monter
NOTICE xci

idée est que le délai au terme duquel les âmes, de nouveau


ailées, reviendront prendre leur place dans le chœur divin
auquel elles ont appartenu est de dix mille ans, mais que
tous les mille ans elles recommencent une nouvelle existence
terrestre'. Ceci posé, voici une âme qui achève, souillée

d'injustice, sa première existence terrestre: le jugement la


condamne (cf. 256 e) à subir dans les demeures souterraines
d'Hadès une punition proportionnée à ses fautes, et cela jus-
qu'à ce qu'elle soit appelée mille ans plus tard à remonter
sur la terre pour y vivre une seconde existence. Mais voici
maintenant une âme dont la première vie fut juste si c'est :

l'âme du vrai philosophe ou de celui qui unit à la philoso-


phie l'amour de la jeunesse, elle montera pour mille ans au
ciel après quoi elle redescendra sur la terre pour y commen-
;

cer une nouvelle existence. Que celle-ci soit pareille à la pre-

mière, consacrée comme elle à la justice, pareille aussi sera


la
récompense. S'il en est encore de même
pour une troi-
sième existence, alors cette âme connaîtra, à la fin seulement
du troisième millénaire 2 , le
privilège d'un retour anticipé à
son lieu d'origine. Ce n'est pas cependant au seul philosophe
ciel. Il l'est aussi, du moins pour
qu'est promis ce retour au
«quelque endroit» du ciel 3 à d'autres âmes, mais après
,

que le jugement aura décidé de ce qu'a valu leur existence


terrestre ; peut-être même la résidence qui leur sera assi-

gnée proportionnée à cette valeur. Il semble que ce


est-elle
soient les âmes dont il sera question plus loin (256 c-e et

p. 55 n. i),
âmes généreuses et nobles mais dénuées de
philosophie.

tout droit au ciel (cf. 256 b £), tandis que celles dont les efforts pour
redevenir ailées ont besoin d'être estimés doivent attendre le
juge-
ment a56 d b) voir la suite.
(cf. ;

i. Ce qui, dans l'eschatologie du Phédon (n3e), est pour tou-

jours refusé aux grands coupables.


Ce que leur refuse, semble-t-il,
celle de la République (X6i5c-6i6a) c'est seulement le droit au
recommencement millénaire dont il est question ici. Voir Théorie
platon. de l'Amour, p. 167 sq.
2. Ce cycle de trois millénaires appartenait, d'après Hérodote
à laquelle les Grecs l'auraient
(II ia3), à la doctrine des Égyptiens,
emprunté sans le dire. Voir en outre Pindare, Olympiques II 75 sqq.
3. Peut-être ce Paradis que le Phédon (108 c, iioc-mc, u^bc)
réservait aux philosophes. Cf. aussi Lois X 904 c d.
IV. 3. -g
xcii PHÈDRE
Ce qu'il
,
^.. y a de plus important
r toutefois
Hommes .
et betes.
, ./ , , , , , .
.
dans cette double eschatologie, ce sont
deux principes par lesquels Platon a voulu résoudre deux
problèmes qu'elle implique.

Le premier serait celui-ci.
Puisque les bêtes sont des vivants et qu'il n'y a rien de
vivant que par une âme, les âmes des bêtes viennent-elles
aussi des hauteurs qu'avoisine le royaume de la pure intelli-

gibilité? et, si elles en sont descendues, comment leur pen-


sée peut-elle être si pauvre et incapable de cette « réminis-
cence » qui est permise aux âmes humaines ? ou bien comment
la richessede pensée qui est en celles-ci pourrait-elle émerger
de cette pauvreté ? Le réponse de Platon (2^8 cd) est que, à
la première génération, ce n'est jamais dans un corps de-
bête que s'implante une âme déchue, mais toujours dans un

corps d'homme, quel que doive être d'ailleurs son rang dans
la hiérarchie des valeurs humaines que jamais une âme de
;

bête ne peut donc revenir à un corps d'homme qu'à la


condition d'avoir originairement animé un tel corps (2/49 b) 1 ;
qu'un tel corps ne peut avoir enfin reçu d'autre âme qu'une
âme ayant contemplé les réalités (249 e fin). Autrement dit r
toutes les âmes des vivants mortels ont une nature identique
et sont pareillement déchues, mais celles des bêtes sont des
âmes frappées d'une pénalité additionnelle. Le second —
problème est connexe au précédent. Puisqu'une bête a
nécessairement été un homme lors de la première généra-

1. Il y a sur ce point quelque équivoque dans l'expression. En

parlant ici d'àmes qui jamais n'ont vu la vérité et qui par là même
sont incapables d'animer un corps d'homme, Platon semble admettre

qu'il y a originairement des âmes de bêtes et que toute âme d'homme


a eu au contraire originairement cette vision. Or, quand il a dressé
le tableau des incarnations originaires, qui toutes sont des incarna-

tionshumaines, il paraît bien spécifier que les âmes inférieures sont


des âmes qui n'ont pas vu la vérité (2^8 c 7). On pourrait être tenté
de penser que ce sont, dans des corps d'hommes, des âmes de bêtes;
un peu plus loin en effet il est question d'hommes qui, dans les
choses de l'amour, ne se comportent pas en hommes, mais en bêtes
(a5o e fin). Toutefois cette tentation échoue devant le texte décisif de
a^9 e fin. Il n'y a donc aucun doute sur l'intention profonde « ne ;

pas voir » est pris au sens de « voir mal », et l'équivoque signalée est
seulement due à l'élan lyrique de tout le morceau qui nuit parfois à
la précision de l'expression.
NOTICE xciii

tion, l'étatde bête ne peut donc se comprendre que par rap-


port à l'existence terrestre des hommes originaires et par
rapport à un moment où, une fois morts et après avoir payé
les peines ou reçu les récompenses dues, ils doivent venir à
une nouvelle existence. Gomment se détermine la condition
de cette nouvelle existence? La réponse est, sommairement
indiquée ici, celle que développe le mythe d'Er dans la Répu-
blique (cf. p. 4i n. i) il
y a un rôle pour le sort et
: un
rôle pour le choix c'est le sort qui assigne aux âmes
; le

rang dans lequel elles seront appelées à choisir entre leurs


futures existences ; celles-ci, combinées et dosées d'avance,
sont proposées à leur choix en plus grand nombre que celui
des candidats; elles sont enfin, semble-t-il (cf. 619c déb.),
comme de3 paquets clos, qui portent une étiquette simple-
ment générique mais dont le contenu reste ignoré dans son

détail. Or, parmi ces existences, il y a des existences de bêtes,


et, pour des raisons diverses, elles peuvent à certaines âmes
paraître préférables à des existences humaines '. Il est à noter
enfin que ce choix, limité par le hasard du rang et qui peut
s'orienter vers une vie de bête, appartient, d'après le Phèdre,
aussi bien aux âmes qui viennent de recevoir en un endroit
du récompense de leur vie terrestre, qu'à celles dont
ciel la

l'expiation vient de s'achever aux enfers. Bien plus, la


République fait observer que ces âmes venues du ciel ne sont
pas, tant s'en faut, les moins exposées à se tromper dans
leur choix c'est justement parce que la vertu dont elles ont
:

été récompensées se fondait moins sur la philosophie que sur


l'inertie des habitudes en relation avec un bon naturel

1 . On
peut se demander cependant si là-dessus la pensée de Platon
n'a pas évolué. Dans le Phédon en effet (81 e-82 b, cf. 83 d fin) et,
d'autre part, dans le Timée (/41 b c, 76 d, 90 e-gQ b), la condition de
bête n'est pas le fait d'une option, mais le résultat nécessaire d'une
vie humaine antérieure que dominaient de mauvais penchants et un
résultat en harmonie avec ces penchants ; du supérieur à l'inférieur,
la sériede ces dégradations de l'homme commence par la femme,
qui provient d'un homme lâche et injuste, et elle finit aux animaux
aquatiques, qui descendent des hommes les plus intelligents et les
plus ignorants. Peut-être, à la vérité, les deux conceptions ne sont-
Peut-être aussi Platon pense-l-il que dans
elles pas inconciliables.
ce domaine mythique une vraisemblance n'est pas loin d'en valoir
une autre.
xciv PHÈDRE
(619 cd). Ce sont des points sur lesquels on aura l'occasion
de revenir plus tard (cf. p. cxxix sq.).

3. La doctrine de l'âme, dans son ensem-


Amour et
besoin de faire
ble, a été appelée par le
philosophie, 1 . 1 j/t 1»
comprendre comment le délire d amour
est entre tous le plus beau et le plus bienfaisant. Nous pas-
sons donc maintenant à la doctrine de l'amour et Platon
commence (249 b 8 sqq.) par montrer quel lien existe entre
l'une et l'autre doctrine, Nous avons appris que c'est néces-
sairement dans un corps d'homme que doit, à la première
génération, s'implanter toute âme à qui a été donnée la
possibilité de contempler les réalités absolues. C'est
qu'une
intelligence d'homme est, comme nous dirions, une raison :

sa fonction est en effet de réduire la multiplicité sensible à


l'unité d'une idée dans laquelle celte multiplicité est rassem-
blée par un Mais en faisant
acte de réflexion raisonnée
'.

cela, nous ne créons pas, nous ne faisons que nous remé-


morer 2 ces réalités vraies que nous avons pu voir par delà le
ciel, quand dans ce ciel nous faisions partie de la suite d'un
dieu. C'est de ces réalités, divines en elles-mêmes, que ce qui
3
est dieu tient sa divinité ,
et c'est parce que le
philosophe

1 . Il faut,
je crois, garder ici le texte des mss. et d'Hermias. Les
objections de Thompson et d'autres me semblent peu décisives : ce
n'est pas de l'idée que Platon dit qu'elle va de la multiplicité à
l'unité, mais bien de « l'acte de comprendre, comme on dit, selon
l'Idée » ; pas davantage ce n'est l'idée qui est rassemblée par une
réflexion raisonnée, mais c'est l'unité qui apparaît ainsi comme une
totalité unifiée ; cf. a5o e et la note. Il n'y a rien d'autre ici
que ce
qu'on trouve dans Ménon 74 d-75 a, dans Phédon 65 d-66 a, 76 cd,
dans la République VII 5a3 e-5a5 a ou X 5g6a b, dans Théétète i48d
et ailleurs encore.
2. Sur Ménon 80 d sqq., Pliédon 72 e sqq.
la réminiscence, cf.
3. Cf. p. £2 n. 2. —
Peut-être y a-t-il dans ce passage de quoi
lever les doutes qui se sont élevés sur le sens d'une phrase du Timée

(37 c) où Platon appelle le monde « une image produite des dieux


éternels ». Dans une intéressante discussion de son commentaire
(p. i84-i86), A. E. Taylor rejette en effet l'interprétation, qui
remonte à Plotin, d'après laquelle ces dieux éternels ce seraient les
Idées elles-mêmes. Certes il n'est pas contestable que le Démiurge
est un dieu éternel (34 a) ;
il ne l'est pas non plus que, si les dieux
NOTICE xcv

s'applique sans cesse à se les rappeler, en suivant la voie dont


on vient de parler, que son âme est toujours prête à s'éle-
ver vers la perfection du mystère auquel il est parfaitement
initié. Mais ainsi il se désintéresse de tout ce qui passionne

le reste des hommes : on le


prend donc pour un fou
'

, tan-
dis qu'en vérité il est possédé d'un dieu.
— Or
c'est justement la même chose
A.
Le délire d'amour, „uj
eu (j ans j a quatrième forme
a jj
son onqme et ses i »... , »,,. j, , , , ,

caractères.
du dehre le dehre d amour ( a'
d 4
^9
sqq.). La vue d'une beauté dans l'ordre
sensible provoque le ressouvenir de la Beauté véritable ;

l'âme de l'amoureux se sent redevenir ailée, elle voudrait


s'envoler et elle ne le peut pas. Mais cette impatience de
s'élever ne détache pas des choses de la terre l'amoureux
moins qu'elle n'en détachait le
philosophe, et lui aussi il
passe
pour être fou, fou d'amour. Or cette forme de la possession

divine est, tout au contraire, la meilleure entre toutes celles

qui ont été énumérées. Bien plus, le développement entier


est conçu de façon à suggérer que ce délire d'amour est un

équivalent de cet autre délire dans lequel la foule fait consis-


ter la philosophie. Et de part et d'autre c'est la forme excel-
lente, à la fois pour celui qui en est le sujet, l'amant ou le
philosophe, et pour celui qui en est l'objet, l'aimé ou le
jeune homme à qui le philosophe brûle de se consacrer 2 .

sidéraux et à plus forte raison les autres ne sont pas éternels à la


rigueur (4i d déb. ; cf. 4oe-4i a )t on peut cependant les considérer
comme tels (4o b). Mais, à prendre littéralement l'exposé du Timée,
on que cet éternel Démiurge a travaillé d'après un modèle qui
voit
est lui-même éternel et absolument parfait (288-29 a, 3o d sq.),
duquel on aurait quelque peine à le distinguer s'il n'était pas l'artisan
d'une copie. Dès lors, en quoi serait-il choquant que les réalités
intelligibles, toujours identiques à elles-mêmes et qui sont le modèle,
c'est-à-dire les Idées, fussent appelées par Platon « les dieux
éternels » ?
L'expression s'accorde avec celle de «dieu futur », appli,
quée au monde en opposition à la perpétuelle existence du Démiurge

(34 a), et elle se retrouve à la fin du Timée (92 c), où le monde est
appelé « dieu sensible qui est la copie du dieu intelligible ».
le

i. Comparer Banquet a 18 d (discours d'AJcibiade).


2. A l'opposé de ce que faisaient les deux premiers discours, qui
ne se plaçaient qu'au point de vue de l'intérêt de l'aimé et qui ten-
taient de prouver à celui-ci que son avantage est de céder à l'amant
xcvi PHÈDRE
Au reste les occasions efficaces de se ressouvenir sont rares,
rares aussi lesâmes qui en sont capables (cf. Phédon 69 cd),
soit faute d'avoir vu d'une façon suffisante les réalités, soit
faute d'avoir, par une vie pure, entretenu en elles-mêmes

l'aptitude à se ressouvenir. Aussi, quand une chose sensible


n'en est pas seulement l'occasion indirecte, mais qu'elle
imite autant que cela est possible une réalité vraie ', cette
chose est-elle propre à causer dans l'âme des transports qui
la mettent si bien hors d'elle-même qu'elle ne se possède

plus et qu'elle est incapable de s'expliquer à elle-même


l'émotion intense qu'elle éprouve.
B. —
Ce qu'il faut donc expliquer, c'est pourquoi le bel
objet qui fait naître l'amour provoque dans l'âme ces trans-
ports (25o b 2 sqq.). Les réalités absolues ne sont pas toutes
également lumineuses dans leurs images terrestres ainsi la :

Justice, la Tempérance ont besoin, pour être tout juste


reconnues, que l'on ait recours à des moyens artificiels de les
reconnaître, et encore ces moyens ne sont-ils à la portée que
d'un petit nombre d'hommes 2 si elles brillaient de tout
;

qui est sans amour ou sans passion (cf. lxxiii et lxxvi sq.). D'un
autre côté, s'il est vrai que ceci concerne à la fois l'amour et la

philosophie, c'est-à dire l'amour philosophique, la proposition pour-


rait être illustrée par un fameux passage du Banquet (cf. ma Notice
de ce dialogue, p. xci sq.).
[Link] idée d'imitation (a5o a 6) vaut qu'on s'y arrête. Sans
doute peut-on dire avec le Phédon (jt\ a-75 a) que les égalités sen-
sibles font ressouvenir de l'égalité en soi parce qu'elles lui ressemblent
et qu'elles tendent à l'imiter quoique toujours imparfaitement. Mais
elles sont plutôt une occasion médiate d'y penser et de mesurer la
distance qui les en sépare. Aussi n'excitent-elles pas à cette occasion
l'émotion qu'excite la beauté sensible, parce que l'évidence lumineuse
de celle-ci imite immédiatement la splendeur de la Beauté idéale.
C'est sur ce privilège de la beauté qu'insiste le développement qui
suit. On
pourrait rapprocher Banquet 2ioe-2i2 a.
2. ne semble pas que ces « troubles instruments » d'une représen-
Il

tation imaginaire puissent désigner l'homme juste ou tempérant s'il :

est une image de la justice ou de la tempérance, par contre on voit


mal comment il
pourrait être appelé un « instrument ». Platon veut,
je parler des législations et des règles, traditionnelles ou
crois,
codiGées, de la conduite. Ce sont en effet à la fois des instruments et
des images, car elles reproduisent artificiellement, tant bien que mal
NOTICE xcvii

leur éclat dans leurs images terrestres, l'amour qu'elles allu-


meraient ainsi dans nos âmes serait le plus ardent qui se
puisse. A la vérité, même au temps aboli des visions préem-
resplendissement de la Beauté était sans pareil.
1
le
piriques ,

Du moins est-ce un fait qu'ici-bas encore ses images sont


les seules qui aient de la clarté par elles-mêmes c'est à la :

vue qu'elles s'offrent, et de tous nos sens c'est le plus péné-


trant elles un charme qui leur est propre.
G. — H ypossèdent
;

a lieu toutefois (25o e sqq.), en ce qui concerne

l'impression produite par les images de la Beauté, de voir


quelles en sont les différences selon les sujets qui la reçoivent.
Chez les uns l'initiation a perdu sa fraîcheur, elle Ta gardée
2
chez d'autres ;
les âmes des uns se sont perverties, celles des
autres ont été réfractaires à la corruption. Il s'ensuit que, à
la vue de
l'objet aimable, toutes
ne sont pas également
promptes à se porter sur les ailes du souvenir vers la Beauté
absolue. Bien plus, certaines se comportent en amour à la

façon des bêtes, d'autres poussent même le dérèglement jus-

plutôt mal que bien, l'air de famille de ces réalités absolues


•et peu ;

nombreux sont en outre les législateurs capables de produire de tels


instruments 258 c déb.) et le code de la conduite (les nomima)
(cf.
n'est l'œuvre que de Sept Sages. C'est justement l'obscurité et l'in-
distinction de telles images qui détermine Platon à entreprendre de
fonder la société sur de nouvelles bases.
i Toutes les expressions dont se sert ici Platon viennent sans
.

doute du vocabulaire des Mystères. En tout cas elles doivent être rap-
prochées de ce qu'il y a d'analogue dans le Phédon 67 a b et dans le
Banquet 209e sq., 210e, 2ïi c-212 a.
Qui sont ces derniers ? Sans doute il peut s'agir d'âmes qui
2.

«ont depuis peu incarnées non bien entendu d'àmes nouvelles, car
;

si la quantité d'âme (c'est-à-dire de principes de vie) est constante

(fîcp. X 611 a cf. Phédon 72 a-d, Lois X o/)4 a b), une telle nou-
;

veauté est inconcevable. Ce n'est pas d'ailleurs pour les avoir perdues
depuis trop longtemps que les âmes oublient les visions idéales; c'est
parce qu'elles entrent dans la génération et justement parce qu'elles
s'unissent à un corps (cf. Phédon 75 d, 76 c d). Ne s'agit-il pas plutôt
d'àmes en qui, par l'éducation ou par l'amour philosophique, la sève
préempirique a vu sa fraîcheur renouvelée (cf. 25 1 a-c) ?
-de l'initiation
Leur cas s'oppose très naturellement à celui des âmes dont il a été

question auparavant et qui, s'étant laissé corrompre, sont incapables


-d'un tel renouveau.
xcviu PHÈDRE
qu'à chercher des plaisirs contre nature '. Mais il en est, tout
au contraire, chez qui la vue du bel objet renouvelle les
émotions que dans la vie préempirique donnait à leur âme la
contemplation de la réalité vraie de la Beauté. Ils sont, en
face de lui, comme en face de leur dieu; tour à tour ils fris-
sonnent et ils brûlent. C'est que de l'aimable émane une
chaleur sous l'action de laquelle fond ce qui en leur âme
s'était figé et durci, de sorte qu'à l'aile est ainsi donné un
élan de vitalité.
D. — Pour qu'il en soit ainsi, une condition est pourtant
nécessaire (a5i c6
sqq.); c'est qu'entre ce foyer de chaleur
et l'âme de l'amoureux rien ne vienne s'interposer. Dans le
cas contraire, l'âme déjà prête à s'envoler sent se briser son
élan elle souffre cruellement, mais elle est dans le
;
même
temps joyeuse parce qu'elle pense au bien-aimé. Ce conflit
de sentiments la déconcerte, elle ne sait plus où elle en est ni
comment sortir de cette contradiction 2 Dans l'espoir d'y .

mettre un terme,
s'emploie avec ardeur à se rapprocher
elle
le plus possible de l'objet vers lequel elle tend elle travaille,;

au mépris de tout ce qui l'en pourrait détourner, à se mettre


dans la dépendance complète de l'aimé, afin de ne plus souf-
3
frir et de réaliser au contraire la
plénitude de sa joie .

i. Ce serait une nouvelle preuve que Platon, tout en parlant le

langage de l'amour masculin qui est familier à son milieu, y voit


cependant une honteuse aberration ; cf. a56 c 3 sq. et Banquet
Notice p. xlv-xlvii.
Cf. p. 46 n. a et Banquet Notice, p. en sq.
a. —
Le rapproche-
ment de Valopia et de l'aporia suggère, une fois de plus, l'idée d'une
étroite parenté entre l'amour et la philosophie. La conduite de
l'amoureux est si étrange qu'elle déroute son entourage (Banquet
18a e-i83 c) et il est lui-même dérouté
par un étrange dissentiment
intérieur (ibid. ai6c). De même Socrate, c'est-à-dire le philosophe,
déroute tout le monde par son élrangeté, mais il ne se sent pas moins
dérouté lui-même par lui-même (Ménon 80 c d). De là l'embarras où
ilssont, amoureux ou philosophe ne sachant comment trouver le
chemin qui les mènera à leur but (Banquet a 19 d fin, Ménon 80 d).
La naissance d'une on porte en soi-même la promesse
vérité dont

suppose justement, à racine de la maïeutique, ce sentiment d'em-


la

barras intérieur (Ménon 84 a, Théél. i5i a, d).


3. Sur la « vague de désir », par quoi j'ai tenté de rendre le sens

étymologique attribué par Platon au mot himèros, cf. p. 46 n. 1 et

infra a55 c déb.



Quant à l'impertinence du second des vers citts
NOTICE xcix

E. —Voilà donc comment sont rendues ses ailes à l'âme


de l'amoureux et comment elle fait un etîort personnel pour se
replacer, en intention et en image,
dans le chœur divin auquel
elle a appartenu. Aussi allons-nous voir (a5a c 4 sqq.) ce

qui en résulte, et pour la façon dont l'amant se comporte en


amour, et pour la façon dont cet amour se communique à
l'aimé. Tout d'abord l'amant, dans sa conduite à l'égard de
l'aimé, manifeste son désir d'imiter le dieu duquel il dépend:
il le choisit en effet assorti à sa
propre nature telle qu'elle
est déterminée par cette dépendance et, s'il lui rend un véri-
table culte, c'est qu'en lui il croit retrouver son dieu ; ce
sont ceux qui ont été les suivants de Zeus, dont l'amour sera
philosophe (cf. aoo b 7). Ensuite, dans l'âme du bien-aimé
ainsi choisi, l'amoureux reverse l'influence à laquelle il est
'

302 b semble évidente. N'est-il pas inconvenant en effet de


fin, elle
se réclamer des Immortels pour donner au dieu Amour un nom qui,
qu'il puisse être, n'est du moins pa^
si vrai le sien et qui, de
plus,
prête à rire ? La faute de prosodie serait double devant deux :

consonnes 81 devrait être une longue et non une brève d'autre part, ;

dans ^TÊpoçuxop', le û devrait à son tour être une brève et non pas
une longue, au moins selon l'usage moderne car il semble qu'ori-
;

ginairement la voyelle ait été longue dans la racine fv, ainsi qu'elle
l'est restée dans plusieurs temps du verbe f'jw et comme Aristote en

admet la possibilité dans sa Métaphysiqae, A déb. t\

1. Avec le texte traditionnel ht Ato; (à la source de Zeus), il me

semble difficile de ponctuer après les mots pareils aux Bacchantes,


:

ainsi qu'on le fait d'ordinaire. Quand en effet les Bacchantes,


comme le dit l'Ion 534 a, sont en état de possession et puisent aux
fleuves le lait et le miel, ce n'est pas Zeus qui est l'auteur de cette
possession, mais bien (ce que note Hermias 191, 22) Dionysos, qui
est leur patron. Si donc Platon les prend ici comme exemple, ce
serait pour les montrer faisant part à autrui de ces douceurs que,
dans leur ivresse, elles font sortir de l'eau. Ceci n'est pas encore
toutefois pleinement satisfaisant, tandis que la conjecture de De Geer

(cf. p. 48 n. 1), que je n'ai pas osé transporter dans le texte, paraît

propre à faire disparaître toute difficulté. Pourquoi en effet serait-il


de nouveau question ici de l'inspiration de Zeus, déjà envisagée
35a e 1 ?
Pourquoi Dionysos ne serait-il pas nommé comme le sont
plus bas Hèra et Apollon ? Il ne semble pas d'ailleurs que Platon
pense à Dionysos en tant qu'il est patron des ivrognes mais plutôt ;

ainsi qu'il le fera plus tard (265 b 3, passage auquel se réfère vrai-
semblablement Hermias loc. cit.), en tant qne Dionysos est patron
c PHÈDRE
personnellement soumis : il le conseille et le dirige afin de
l'élever à son niveau, et ainsi de l'élever, avec lui-même, au
niveau de son dieu, car il n'est point jaloux de le voir devenir
meilleur 1 L'amant qui délire, quand son délire s'oriente,
.

comme on l'a dit, vers le divin, quand ce délire est un retour


aux contemplations de jadis, fait donc partager son délire à
•celui qui s'est laissé
prendre à son amour.

4. 11 s'est donc laissé prendre: il était


aimé, et voici qu'à son tour il aime
intérieur
Gomment cela s'est-il fait ? C'est une
péripétie du drame qui se joue quels :

sont les vrais ressorts de cette péripétie et quel y est le rôle


des deux personnages? Voilà ce qu'il reste à expliquer (253 c
7 sqq.). Le principe de cette explication est dans le mythe de
l'âme : l'àme de chacun des deux personnages est en effet
comme la coulisse où se joue secrètement un autre drame,

qui a lui-même ses acteurs et ses péripéties. Aussi Platon


nous invite-t-il tout d'abord à nous rappeler comment il a
représenté la nature de l'âme par l'image de l'attelage ailé
(cf. 2^6 ab) les deux chevaux de l'âme et son cocher. Mais,
:

s'il avait alors


indiqué que des deux chevaux de tout attelage
mortel l'un est bon et l'autre mauvais, il n'avait pas montré
en quoi. Du portrait pittoresque qu'il en fait ici, les éléments
en quelque sorte moraux sont les seuls que nous ayons à
retenir. Le bon cheval aime la gloire, mais avec sagesse et
mesure ((jcotppoffuv-ri), il a de la réserve (atSwç) il y a société ;

entre lui et l'opinion vraie, c'est-à-dire qu'il lui est habituel


de juger juste, mais sans que la rectitude de ce jugement soit
fondée sur un savoir réel (cf. p. ^9 n. i); pour le mener, le
cocher n'a besoin que de l'encourager de la voix 2 L'autre au .

de l'art des initiations. Une Proclus, dans son


dernière remarque :

commentaire du Premier Alcibiade 26 sq. Greuzer), fait une


(p.
allusion textuelle à notre passage, mais en omettant, comme s'il en
était embarrassé, les mots sur lesquels porte la présente discussion.
1. Comme les dieux qui ne connaissent pas l'envie (2^7 a fi n )> et
contrairement à ce qui a lieu pour l'amant sans amour du premier
discours de Socrate (288 e-23g b).
2. Le terme dont se sert ici Platon, Xôvu>, est d'une ambiguïté
voulue : il
signifie à la fois la parole et la raison. De il dira même
jplus bas du bon cheval (a53 e 7 sq.) qu'il « obéit docilement au
NOTICE ci

contraire ne cède qu'à la contrainte il a partie liée avec la


:

«démesure et la vantardise. Aussi en face du bel objet ne se


comportent-ils pas de même. Tandis que l'un garde la pudique
réserve qui lui est ordinaire, l'autre va de l'avant avec vio-
lence, il se flatte d'être à même de procurer à l'aimé les plus
vives jouissances. Quant au cocher, son état est complexe :

l'émanation qui lui est venue de la beauté l'a échauffé (cf.


30 1 ab, c fin) et s'est
communiquée à la totalité de l'âme,
o'est-à-dire aux deux forces qu'il a pour mission de diriger ;

or c'est cette chaleur qui, fondant une sève durcie, est capable
de rendre à l'appareil ailé sa vitalité, mais en même temps
il ressent ces mêmes piqûres que faisait endurer à l'âme
l'absence de la beauté (cf.a5i de). Autrement dit, il est dans
un état d'instabilité qui lui enlève son pouvoir de contrôle et
de direction, si bien que les forces dociles à son action ne
savent plus elles-mêmes à quoi obéir et que celles dont la
tendance naturelle est déséquilibre et révolte finissent, après
diverses alternatives, par prendre le dessus et conduisent au

péché l'âme tout entière


l
.

cocher ». Or, le cocher qui sait ainsi se faire écouter, c'est l'intellect,
conducteur ou pilote de l'âme (cf. 2^7 c fin).
i. Ce passage difficile doit être interprété à la lumière des deux
développements qu'il rappelle et auxquels j'ai renvoyé. Le mot dont
use Platon a53 e 7, ro'60;, signifie à la fois désir passionné et regret.
Si on le prend au premier sens, on attribue au cocher une convoitise

qui, d'après la description de Platon, est propre au cheval vicieux.


Le second sens par contre implique chez le cocher le sentiment d'un
manque, auquel s'oppose cette sensation généralisée de chaleur que
provoque la vue du bel objet qu'il a devant lui. Hermias (196, 29-
197, 7) a raison quand il note que la passion n'est pas le fait du
cocher et que son désir ne peut aller que vers la Beauté absolue ;

mais il a tort de prétendre que par « sensation » Platon a voulu


désigner ici la « remémora tion ». Tout au contraire cette sensation
dont l'objet est une beauté empirique est nécessaire pour éveiller
la réminiscence. Mais celle-ci ne se produit pas encore ; autrement,
ce qui déjà aurait lieu, c'est ce
qui sera décrit dans la suite immé-
diate. Donc ici la beauté est à la fois sentie comme
présente puisque
le bel objet est là, et devinée comme absente puisque la réminis-
cence de la Beauté absolue n'est encore qu'amorcée (ef. 254 b 6
sq.). C'est le mélange de sentiments contraires dont il était question
35i d.
en PHÈDRE

dans 1 amoureux ;
Cette exposition
,

raie, et
r est toutefois trop séné-
,,
en outre elle ne considère qu un
-ni
seul des deux personnages entre lesquels se joue le drame
visiblede l'amour. Il faut donc reprendre l'analyse du drame
intérieur, successivement dans l'âme de chacun d'eux, et
d'abord dans l'âme de l'amoureux, autrement dit du sujet de
l'amour (a54 b 5 sqq.). Supposons que la vision flamboyante
du bel objet ait réveillé dans l'âme de l'amant les souvenirs
assoupis de la Beauté idéale et des autres réalités absolues que
le cocher a
jadis contemplées dans le voisinage de celle-ci.
Une sorte de religieuse terreur s'empare de lui, il redoute de

profaner ce qu'il vénère, il recule devant le sacrilège et il fait


ainsi reculer les deux chevaux qu'il a charge de mener, l'un
sans qu'il oppose aucune résistance, l'autre de vive force. Le
premier a honte d'avoir oublié sa réserve coutumière ; le
second est furieux de n'avoir pu aller jusqu'au bout de son
désir. Ses exigences, auxquelles les deux autres ont d'abord
imposé un délai, deviennent enfin si
impérieuses que de nou-
veau, tous les trois, les voici en face du bien-aimé. De nou-
veau aussi le cocher est animé des mêmes sentiments de
vénération craintive et, sous l'influence de la même cause,
il se ressouvient de la Beauté en soi ;
de nouveau il recule et

l'attelage. La même scène s'est-elle plusieurs


fait reculer fois

répétée, la bête vicieuse est alors domptée ; la peur l'empê-


chera désormais de se révolter contre les décisions de son
conducteur. De la sorte, en face du bien-aimé, une même
attitude de respect et de réserve est commune à tous les
acteurs du drame intérieur. Pour substituer cette attitude
à la précédente, il a suffi
que l'inquiétude désorientée du
cocher fît
place au ressouvenir de la Beauté vraie.
„ .Plaçons-nous maintenant au point de
.
dans l'aimé. ,, , , C1- , N ,.*. , *•
.

vue de 1 aime (200 a 1 sqq.), c est-à-dire


de celui qui, étant l'objet de l'amour, doit à son tour en
devenir un sujet, aimant lui même autant qu'il est aimé car ;

sans réciprocité il n'y a point d'amour. Celui qui l'aime


l'aime d'un amour sincère quant à lui, il ne peut s'empêcher
;

d'avoir pour lui de l'amitié. Peut-être, à force de s'entendre


dire qu'il est mal de fréquenter un amoureux, repoussera-
t-il d'abord poursuivant. Mais comment, s'il est bon,
le
? Ainsi
repousserait-il longtemps celui qui est bon lui aussi
s'établissent entre eux des relations, et plus immédiates se
NOTICE cm
font les manifestations de la bienveillance de l'amoureux
(cf. a53 b
L'aimé en ressent des transports qui le mettent
fin).
hors de lui-même aucune tendresse ne lui semble comparable
:

à celle d'un amant que l'amour inspire et qui est ainsi


pos-
sédé d'un dieu (cf. 252 a). Avec le temps leur intimité
devient encore plus étroite. Alors cette « vague de désir »,
rhiméros (cf. 201 c fin), qui a sa source dans le bel objet
roule vers l'amoureux un flot plus abondant, et celui-ci s'en

emplit jusqu'à déborder. Mais ce trop-plein, au lieu de se


perdre, revient par le regard vers sa source à la façon d'un
écho. Une fois que, ainsi réfléchi, il a comblé l'âme de l'aimé,
les ailes
reprennent leur vitalité, comme cela
de celle-ci
avait eu lieu, sous l'action brûlante de la beauté aperçue,
les ailes recroquevillées de l'âme de l'amant
pour (cf. 25 1 a-

c). L'aimé à son tour est donc lui-même devenu un amou-


reux, et c'est ce qui le distingue de l'aimé du premier discours
(cf. 2^o de) qui, au lieu de s'éprendre de son amant, l'avait
au contraire à charge un peu plus chaque jour. Voilà comment
l'objet de l'amour en devient lui-même un sujet un :

amoureux de son amoureux.


Ainsi deux sujets de l'amour sont en
Deux amants: >ace 1i. un de
j i> » / i. n > .

„™+,. o™„„„
i„ contre-amour.
le
I autre
'
qu en resulte-t-u :

*J
? C est sur ce
pour leurs rapports
point
que va désormais poursuivre l'analyse (2Ô5 d 3 sqq.).
se
L'éclosion de l'amour chez celui qui n'était d'abord qu'un
aimé a déterminé en lui un trouble qu'il ne s'explique pas
(cf.256 a déb). La vérité est que, sans qu'il s'en rende compte,
c'est lui-même qu'il voit dans son amant ainsi qu'en un
miroir. Vision directe de l'amant et image réfléchie de l'aimé
ne font plus qu'un. Aussi se manque-t-il à lui-même en
quelque sorte quand son amant est éloigné de lui, et, quand
il le retrouve, c'est vraiment lui-même
qu'il retrouve, de sorte
qu'aussitôt prend fin la souffrance qu'il éprouvait réplique :

fidèle de ce qui avait lieu pour l'amant du fait


que son aimé
étaitabsent ou présent (cf. 25 1 de). Une réplique, voilà en
chez l'aimé cet amour qui est l'image réfléchie
effet ce qu'est
de celui de l'amant: un « contre-amour », un ant-éros 1 en ,

i . Cf. p. 53 n. h'Antêros est entendu ici au sens où le prend


Eschyle, Agamemnon 54 k : « Vous brûliez du désir de qui vous
civ PHÈDRE
face de l'amour, de l'éros, qui en a été le principe et dan»

lequel il y avait naturellement plus de vigueur voilà pourquoi :

« amitié », et non point « amour », est seulement le nom


que tout d'abord l'aimé donne à ce qu'il ressent (cf. 255 a 3)
1
.

Comme cependant les témoignages qu'il donne de cette amitié


sont particulièrement chaleureux, il arrivera forcément que le
cheval vicieux de l'amant en prendra avantage pour essayer
de circonvenir son cocher en vue d'obtenir les jouissances
qu'il convoite. Celui de l'aimé en revanche ne sait que dire,
puisque l'âme de l'aimé ne s'explique pas ce qu'elle éprouve ;

et pourtant le désir dont elle surabonde l'incite à manifester


à celui en qui elle voit simplement un ami une brûlante
tendresse, expression imparfaite d'une gratitude infinie. Pour
peu qu'on le presse, l'aimé est donc sur le point de succom-
ber. Mais voici qu'interviennent alors la réserve naturelle au
bon cheval et la réflexion propre au cocher leur résistance :

2
préservera l'aimé de la chute définitive .

désirait » (trad. Paul Mazon). Mais cette émulation, où l'amant et


l'aimé rivalisent à qui sera le plus amoureux l'un de l'autre, peut
aussi se produire entre deux personnes qui aiment une même chose :
ainsi dans ce passage de la République (VII 5a i
b) où Platon, par
rapport à la possession du pouvoir, met en face les uns des autres
les amoureux et les contre-amoureux, c'est-à-dire des rivaux qui se
disputent un commun
objet, extérieur à eux-mêmes. Dans le dialogue
pseudoplatonique intitule Antérastaï, la rivalité est au contraire entre
deux amants qui aiment des choses différentes, l'un la philosophie, et
l'autre les exercices physiques, chacun s'efforçant de convaincre son
aimé de la supériorité de la chose qu'il aime. Il y a donc du mot
anléros plusieurs acceptions, qui se rattachent à la diversité des sens
de anti ce préfixe marque en effet aussi bien réciprocité et échange
:

qu'opposition et antagonisme.
i Ceci pour faire voir que la confusion des deux choses dans
. le

discours de Lysias a3a e-a33 d n'était en réalité qu'une méprise sur


la dénomination.
Cette partie de l'analyse évoque le souvenir, dans le Banquet,
a .

de scène de « tentation » (ai8 b-aiod): Alcibiade, amoureux de


la
Socrate bien qu'il en croie être l'aimé, voit ses entreprises conqué-
rantes échouer devant la raison et la réserve d'un homme pour qui
l'amour, celui dont il est l'objet aussi bien que celui qu'il donne,
dépasse le plan de la sensualité.
NOTICE cv

Aux marqué ce drame


péripéties qui ont
-

Deux épilogues .
d un am dont Qn reconnu a
-

DOSSlÙlGS
du drame. es * un véritable amour puisqu'il est un

délire, il ne reste plus qu'à donner un


épilogue. Or celui-ci sera différent selon la manière dont se
seront dénouées ces péripéties, soit par l'impudence brutale
chez l'amoureux et l'abandon complaisant chez l'aimé, soit
par le triomphe chez l'un comme chez l'autre de la raison et
de la sagesse. Ainsi ce qui reste à considérer, ce sont les
effets de l'amour selon la façon dont il aura évolué, c'est
l'utilité
dommage qui peuvent en résulter, comme
ou le
disait Socrate dans son premier discours (cf. a38 e et p. 18
n. 3), mais cette fois à propos du véritable amour, de celui

qui est un délire. Il y a donc, on le voit, deux épilogues


possibles.

Le premier (a56 a 7 sqq.) est celui d'un amour
qui a été soumis à l'ordre et orienté vers la philosophie,
dans lequel l'autorité a appartenu à ce qu'il y a de meilleur
dans l'àme, qui a comporté la maîtrise de soi et la mesure,
qui a asservi les éléments capables de corrompre cette âme où
il
y a du mauvais et du bon, qui inversement a libéré ce qui
est capable
d'empêcher que le mauvais ne l'emporte sur le
bon. Après une existence terrestre faite d'harmonie et de
bonheur, les amants de cette sorte ont délesté leur âme de ce
qui l'appesantissait, et celle-ci, à l'heure où elle quittera son
corps, montera portée par ses ailes vers sa patrie céleste. Elle

y reprendra, et même définitivement, sa place originelle


quand, deux fois encore, elle aura remporté la même victoire
sur les désirs sensuels, antagonistes de la raison (cf. p. 54
n. 1). Il n'est pas de bien plus grand que puissent conférer,
ni une sagesse pratique humaine, ni tout autre délire divin 1
.

1. ici distinguer entre les bienfaits du délire d'amour


Platon veut
quand caractère divin en aura été sauvegardé par son application
le

philosophique, et ceux des autres délires dont il a parlé a44 a-2^5 a :

ceux-ci ne sont en effet bienfaisants que par rapport aux choses d'ici-

bas. Même ainsi limitée, leur bienfaisance est cependant supérieure


à celle des techniques humaines raisonnées, qui en sont de grossières

contrefaçons (a44 c d). A


plus forte raison en doit-il être ainsi d'une
forme du proclamée supérieure à toutes les autres
délire qui a été

(2^9 e déb. ;
cf. 2^5 b fin).

Il me semble d'autre
part moins pro-
bable que, comme le suggère Z. Diesendruck (p. 11, i3, i4), la
sagesse humaine dont il est ici question soit celle dont le premier
cvi PHEDRE
Le second épilogue (206 b 8 sqq.) concerne un délire
d'amour où la philosophie n'a point de part, mais seulement
un certain souci de l'honneur et qui cependant n'est pas

exempt de quelque grossièreté. Les âmes des deux amants


n'y sont pas sur leurs gardes ; elles sont donc sans défense si,
du fait même de l'insouciance morale qui caractérise ce second

couple, elles sont surprises par l'ivresse ou par quelque autre


cause de moindre résistance. Alors s'établit en effet entre les
forces indisciplinées de chacune des deux âmes un accord
pour tendre au même
but, qui est de se procurer un plaisir
dans lequel le vulgaire voit le comble de la félicité (cf. 25o e
fin). Or le choix d'un tel but, qu'il y a dans
c'est par ce
l'âme de plus mauvais qu'il a été dicté ce n'est point par
:

l'âme tout entière. Aussi ne s'étonnera-t-on pas que par la


suite il ne se renouvelle qu'épisodiquement en d'autres
:

termes, la passion ne comporte pas cette continuité dans la


communion de deux âmes, que nous offrait le cas
précédent.
Ce n'est pas à dire toutefois que ces amants-là ne soient pas
fidèlement attachés l'un à l'autre le culte
:
qu'ils ont de
l'honneur les empêche justement de trahir une amitié dont
ils se sont donné des gages,
à leurs yeux les plus certains qui
se puissent. Sans doute n'ont-ils pas mérité le sort des pre-
miers ils ont droit néanmoins à être récompensés des efforts
;

qu'ils ont faits, dans leur délire d'amour, pour s'élever au-
dessusd'eux-mêmes,etaussi du détachement que signifient ces
efforts. N'ayant toutefois fait rien de plus ainsi que se mettre
en route pour le céleste voyage, la mort les trouvera donc
encore sans ailes, mais du moins allégés; capables par consé-
quent, au lieu de descendre sous terre aux demeures d'Hadès,
de monter au contraire, mais sans pouvoir dépasser les régions
inférieures du ciel. Leurs âmes, toujours unies, y goûteront
ensemble les joies d'une existence lumineuse. Puis, quand

discours de Socrate était l'expression. N'étant la source d'aucun


bienfait, sévèrement condamnée a56 e, elle ne peut en effet être
mise en parallèle avec aucun délire divin, quel qu'il soit. La sagesse
en amour n'a de prix que si elle sauvegarde la divinité du délire et
si elle n'est pas un froid calcul ; elle caractérise celui des moteurs de

l'âme qui est docile à la raison (cf. a53 d). Peut-on dès lors prétendre
que le second discours de Socrate ne fasse qu'élargir, mais sans
l'abandonner, le point de vue du premier ? La vérité semble être
plutôt qu'on passe alors sur un plan qui est entièrement différent.
NOTICE cvn

l'heure en sera venue, c'est-à-dire après un millénaire et une


nouvelle existence ici-bas, elles recouvreront toute la vertu
de leurs ailes, à la condition sans doute de s'être cette fois
mieux comportées en amour (cf. 2^9 at>). Voilà la destinée
promise à ceux qui ont connu une amitié dont le fondement,
à vrai dire mal assuré et non philosophique, fut pourtant
encore un délire d'amour.
Quant à ceux (256 e 4 sqq.) dont l'amour
puni ion
a
t ^ ^ ^ délire, les prétendus
y jj
des faux amants. _. .
• -» .
amants du discours de Lysias et du
premier discours de Socrate, ce sont seulement de sages
calculateurs et, chez le jeune garçon dont ils se sont faits
les poursuivants, ils encouragent la même arithmétique
misérable. Comment des âmes de cette sorte pourraient-elles
s'élever vers le divin ? Elles s'attachent à ce qui est mortel,
elles s'accrochent à la terre et n'obtiennent le suffrage que
de la foule. Leur punition naturelle
donc, après la sera

mort, d'être plongées dans un état d'égarement et de rouler


ainsi pendant neuf mille années autour de la terre ou sous 1

la terre.
Le discours s'achève (257 a 3 sqq.) comme s'achèvent ceux
du Banquet par des paroles d'offrande à l'Amour. Mais ici
l'offrande est en même
temps expiation si le Dieu daigne :

accueillir avec faveur l'une et l'autre, il le témoignera à


Socrate en lui conservant la science des choses d'amour et en
ne détachant pas de lui la jeunesse 2 Les derniers mots sont .

un encouragement à la philosophie, un conseil à Lysias de


s'y adonner sans partage, selon l'exemple
de Polémarque son

1. Le Phédon 81 c d parle d'âmes qui, incapables au moment de


la mort de se détacher de leur corps, sont retenues du côté du lieu
visible et errent à l'entour des tombes.L'eschatologie de a48 e sqq.
n'envisage que la destinée souterraine, vers laquelle l'état dont il
qu'un acheminement.
s'agit ici n'est peut-être Quant à la substi- —
tutiondu nombre neuf au nombre dix pour les milliers d'années que
doit durer l'exil de ces âmes (cf. 2^8 e fin), elle s'explique sans
doute, comme le veut Hermias (ao5, 23-25), par l'exemption
d'épreuve, accordée à toute âme, pour le premier millénaire qui a
suivi la révolution céleste au cours de laquelle elle a eu part à la

contemplation des réalités absolues (cf. 2^8 c et p. lxxxvii sq.).


2. Sur ces deux points, voir les textes rassemblés Banquet p. 72
n. 1 et la Notice p. cvn.
IV. 3. —h
ctui PHÈDRE
frère (cf. p. 56 n. i et Notice, p. xv sq. et xx), et de lui
consacrer son éloquence, en se proposant pour but de
rendre hommage à l'Amour et de le prendre pour guide (cf.
260 c déb.).

II- Trois problèmes particuliers. Le second discours —


de Socrate nous impose, je l'ai dit, l'examen de trois pro-
blèmes, aussi importants pour l'intelligence du Phèdre que
pour celle du Platonisme tout entier. i° Dans sa plus
grande partie ce discours est un mythe comment doit-on :

comprendre l'emploi du mythe par la philosophie? 2 11


contient une doctrine de l'âme en quoi cette doctrine dif-
:

fère-t-elle de ce qu'on trouve ailleurs ? 3° L'amour en est


«nfin le sujet par quels traits la conception de l'amour qui
:

y est exposée diffère-t-elle de celle qu'on trouve dans le


?
Banquet
Un premier point auquel il convient
d'être que le second
attentif, c'est
discours ne commence pas par être un mythe. Ce que nous
y trouvons en effet tout d'abord, c'est une classification des
différentes formes que revêt en fait le délire qui est reconnu

pour être d'inspiration divine. Bien mieux, quand Platon


veut ensuite démontrer que, de toutes ces formes, l'amour est
la plus belle et qu'il pose la nécessité d'avoir, au préalable,
une connaissance vraie de la nature de lame (a45 c déb.), il
donne tout d'abord à cette démonstration l'aspect d'un rai-
sonnement très élaboré, par lequel il établit logiquement que
l'âme est immortelle. C'est seulement après s'être satisfait
sur ce premier point, qui sans nul doute, il l'a dit lui-
même, concerne la nature de l'âme, que Platon, sans cesser
•de considérer cette nature (son \iê<x a46 a 4),
change cepen-
dant complètement de ton et donne alors à son exposé le
tour mythique. C'est, nous dit-il, faute de pouvoir expliquer
en quoi consiste essentiellement la nature de l'âme, qu'on
doit se contenter de dire à quoi elle ressemble c'est parce ;

que nous saisissons cette nature seulement dans ses effets


sans en avoir aucune expérience, que nous sommes réduits
à en donner une image sensible celle de l'attelage ailé avec
:

son cocher ailé. Ce sont donc les manifestations observables


de la nature de l'âme qui sont au point de départ du « che-
minement de la pensée » dans la recherche de l'image
NOTICE cix

sensible appropriée. Or dans le livre IV de la République,


quand il de savoir de quelles fonctions l'âme est
s'agit
capable, autrement dit quelle est sa nature (436 b sqq.,
surtout à partir de 43g e), c'est aussi de l'observation des
elîets de cette nature que l'on
part « J'ai furieusement envie
:

de faire quelque chose dont je comprends que je devrais


m'abstenir je veux m'en abstenir
;
si néanmoins
; je cède à
la violence de mon désir,
j'en éprouve ensuite regret et
remords ». Mais ce n'est pas à une image mythique que
conduisent cette observation et d'autres du même genre;
elles sont au contraire les ressorts d'une analyse dont le
caractère est principalement
logique ; elle se propose en effet,
d'après les variations de concomitance qui auront été
constatées, de distinguer des notions qu'on pourrait être
tenté de confondre, celles des fonctions
comprises dans la
nature de l'âme. Pourquoi dans le Phèdre Platon procède-t-il
autrement ? Puisque en fin de compte le résultat devait y
être pareillement de distinguer dans l'âme la notion d'un

principe directeur et celle de deux forces motrices dont l'une


•est
équilibrée et l'autre dépourvue d'équilibre, pourquoi
a-t-il
éprouvé le besoin de figurer sensiblement cette relation
et d'en personnifier les facteurs ? Le problème de
l'emploi du
mythe est ainsinettement posé devant nous.
Sans doute y a-t-il
quelque témérité à conjecturer les
motifs qui ont, cette fois, déterminé Platon à y recourir. A
première vue, on croit en apercevoir deux. L'un se rapporte
à la fiction initiale du second discours la « palinodie » de
:

Socrate est censée être prononcée par Stésichore lui-même


(244 a, cf. 257 a) ; il est donc naturel de recourir aux pro-
cédés ordinaires de la poésie. L'autre motif, qui apparaît
assez clairement à a53 d déb., est que Platon se
propose de
représenter le drame de l'amour, drame visible et drame
intérieur, avec les péripéties diverses dont il est susceptible ;
il avait donc intérêt à transformer en acteurs les facteurs

d'une relation fonctionnelle, et d'une façon qui rendit sen-


sible leur solidarité comme le mode de leur action ou de leur
interaction. Sans méconnaître la force que donne à ces
motifs le génie poétique et plastique de Platon, ils ont dans
le cas particulier
quelque chose d'extérieur et qui ne suffit pas
à expliquer ce -qui est en question. La vérité me semble être
plutôt que, de toute façon, l'emploi du mythe s'imposait à
ex PHEDRE
Platon par des nécessités internes et qui dérivent de la
nature même de ce dont il parle.
Elles ont leur principe générateur dans
La raison d'être celte jj ée ex ste j eux mondes:
^-^ ;
l'un,
celui d'ici-bas, le monde de notre expé-
rience ou de notre pratique, monde d'illusions et de fantômes;

l'autre au-dessus de nous et dont sont vraies, c'est-


les réalités

à-dire purement intelligibles et logiques tout en étant réelles.


Pour qu'il puisse y avoir de la vérité dans notre connaissance
ou dans notre conduite, il faut donc qne nous ayons accès de
quelque façon à ce monde supérieur. Mais, pour que cela soit
possible, il faut aussi que, de quelque façon, notre âme ait
participé à l'existence vraie et que dans son existence ici-bas
elle soit capable d'y participer à nouveau, soit au cours de
celle-ci par un réveil métbodique de ses souvenirs, soit après
la mort en
récompense de son zèle à s'affranchir ainsi des
liens qui l'emprisonnaient. D'autre parties bautcurs du Vrai
-
ne sont pas les seules: il y en a d'autres qui sont plus près
de nous et qui nous sont moins étrangères, dont les réalités
sont visibles et font partie de notre expérience, qui s'en dis-
tinguent cependant parce qu'elles n'en ont ni le désordre ni
l'irrégularité. Ce sont les hauteurs du ciel, peuplées d'êtres
de lumière et de flamme, dont les révolutions s'accomplissent
avec une régularité et suivant un ordre qui ne varient
jamais, attestant ainsi la sagesse et la divinité de ces êtres.
77
faut donc que l'âme n'appartienne pas au monde des
réalités vraies :
pourrait-elle l'avoir quitté pour un
comment
monde avoir perdu l'éternité du Vrai pour être
d'illusion ?

entraînée dans le tourbillon des générations et des morts?


C'est donc, corrélativement, que le ciel doit être sa patrie

d'origine. Mais, puisque le ciel est la patrie imprescriptible


d'êtres indéfectiblement divins, il faut aussi qu'il y ait pour
l'âme des raisons spéciales d'en avoir été un jour exilée et
pareillement des conditions qui un jour la rendront digne,
ou bien d'y rentrer avec honneur, ou bien d'être admise par
indulgence à y recommencer une épreuve à laquelle aupara-
vant elle n'avait point satisfait.
Tels sont les postulats qui sont à l 'arrière-plan de la

pensée de Platon. Même formulant dans un langage


en les
aussi abstrait que possible, nous ne parvenons pas à les
dépouiller de leur vêtement d'images sensibles. Voici dans
NOTICE cxi

le Pkédon les hommes représentés sous


l'aspect d'un per-
'

sonnel embrigadé de serviteurs sous la tutelle de dieux qui


sont des maîtres excellents le corps
placé semblablement
;

sous l'autorité d'une àmc qui pourtant est en lui comme


dans une geôle, prisonnière se complaisant trop souvent dans
son sort cette âme, apparentée d'autre part à ce qui est pur
;

absolument et rendue digne par la purification de retourner


à sa vraie famille. Voici dans la République'2 à côté de ,

l'analyse du livre IV, d'autres traits qui en attestent le carac-


tère exceptionnel, en même temps que la difficulté pour
Platon de représenter dans son fond la nature de l'âme
autrement que par des symboles ce sont par exemple les :

images fameuses de la triple bête, monstre polycéphale, lion,


homme; ou bien encore de Glaucus, le dieu marin défiguré
par les algues, les coquillages, les cailloux. Sans doute allè-
guera-t-on que sur le thème fondamental de la relation des
deux mondes, intelligible et sensible, autrement dit sur la
participation des choses aux Idées, le Parménide a mis dans la
bouche du vieil Eléate une critique incisive de cette façon

mythique d'exposer le thème, en lui-même et dans ses consé-


quences ; que dans
le Sophiste et dans le Philèbe elle fera

place en des analyses dialectiques qui ne parlent


effet à

plus à l'imagination. II n'en reste pas moins que, long-


temps après le Parménide, c'est encore le mythe qui dans
le Timée s'impose à Platon pour traiter de l'àme et de la
divinité.
S'il en est ainsi, comment le Phèdre aurait-il, dans les
conditions définies par les deux premiers motifs, échappé à
cette exigence foncière du sujet auquel est consacré le
deuxième discours de Socrate ? Comme dans la République
l'analyse logique du livre IV, la démonstration logique de
l'immortalité de l'âme y est une exception. Celle-ci provient
de ce que sur l'ensemble de la question on a pu prendre un
point de vue particulier, dégager quelques notions très géné-
rales et en envisager les rapports la notion de
principe et
:

de ce qui en dépend, la notion de mouvement et de ce qui

i. Voir
par ex. 61 d c ; 62 bc (cf. ici 273 c sq.) ;
70 b ; 79 a b, e ;

82 d-83 a, cd et Notice, p. xxvu et


p. XXXU.
2. Cf. IX 588 b-58g c, 5go a-c ;
X 611 b-612 a. Voir Phèdre
25o c 6.
cxn PHÈDRE
est requislogiquement pour en rendre compte sans être-
obligé de reculer sans fin de moteur en moteur. Mais, dès
que sont épuisés les avantages de cette situation privi-
légiée, le mythe apparaît: il pose une donnée et il en déve-
loppe toutes les conséquences, tant par rapport aux effets
constatés qu'il s'agit d'expliquer que par rapport aux exi-

gences générales de la doctrine. Il n'y a pas lieu d'y revenir ;

mais, si l'on se reporte à ce que j'ai dit plus haut des postulats
qu'elle implique, on verra aisément comment chaque détail
vient s'y ajouter à la donnée première pour rendre compte
de quelque effet observable ou pour satisfaire quelque
exigence doctrinale interne. Ainsi Platon, sous peine de ne
donner sur la réalité de l'âme que des vues
fragmentaires et
inconsistantes, est amené à déployer librement ses concep-
tions dans l'espace et dans le temps sous la forme d'une

fable, en décrivant des configurations sensibles et des rap-


ports de situation, en racontant les moments successifs d'une
histoire fictive.
Le mythe serait donc pour lui plus que le réveil fortuit
d'un génie poétique volontairement assoupi il serait
plus
;

aussi pis-aller, plus qu'un SeuTepoç tcXo'jç auquel le


qu'un
philosophe, dans sa navigation vers la vérité, demanderait de
le conduire au port
1
Il semble en effet
.
qu'il réponde à
une
nécessité consciemment acceptée, délibérément utilisée et
fait naître alors même
qu'on qu'on pourrait s'en passer ;

comme si le plus sûr moyen dont on dispose pour se faire


entendre des hommes et éveiller en eux la pensée réfléchie
était de parler d'abord à leur imagination. Le Phèdre me

paraît être à cet égard singulièrement instructif, et


autre-
ment que par la seule considération du second discours de
Socrate. D'une part on y voit en effet que les mythes tradi-
tionnels, ceux du folk-lore même, ont du prix aux yeux de
Platon, et précisément en tant qu'on n'en dissout pas le
contenu fabuleux. Bien plus, il y semble d'autre part tout
prêt à en fabriquer, sans y être obligé par des nécessités
internes du genre de celles que nous rencontrions tout
à l'heure.

i. Sur le sens de cette formule, voir Phédon, Notice p. xlvhb


n. 2.
NOTICE cxii*

T
, Quand Phèdre, au début du dialogue
(229 b sqq.), demande à Socrate s'il
croit à la légende de l'enlèvement
d'Orithye par Borée,
celui-ci rejette résolument l'interprétation rationaliste de
cette légende comme de toute autre. Mais, s'il leur donne
leur congé, ce n'est point du tout pour les repousser elles-
mêmes c'est au contraire pour leur laisser libre carrière en
;

leur souhaitant bonne chance, à l'inverse de ces


esprits
tracassiers qui ne leur permettent pas d'aller leur chemin.
Ce qui importe en effet à ses yeux, ce n'est
pas de dépouiller
ces légendes de l'illusion qu'elles enferment, c'est de s'en
dépouiller soi-même afin de se connaître et de savoir ce
qu'on vaut. Et il ajoute (a3o a), comme en exemple, que par
comparaison la fable de Typhon, le géant fumant d'orgueil,
pourrait aussi bien l'éclairer sur ce qu'il est, que le ferait une
autre légende où il s'agirait de quelque animal pacifique et
voué à une destinée divine. En d'autres termes ces mythes
traditionnels sont autant de suggestions dont il faut tirer

parti pour pénétrer dans sa propre conscience d'un regard


plus clairvoyant et pour y apercevoir une vérité. Le sens me
paraît donc être le même que dans le prologue du Phédon
(61 b, cf. 60 bc) : pour obéir à l'ordre du songe Socrate a
composé en vers or un poète digne de ce nom doit être
;

capable de créer des fables, mais c'est un talent qu'il n'a


point; aussi prend-il où il peut son bien, dans les fables
d'Esope qu'il sait par cœur. Et voici du reste qu'à l'imitation
de ces fables traditionnelles il en a imaginé une qui mettrait
en évidence, d'une façon dramatique et sensible, les rapports
qui en chacun de nous unissent le plaisir et la douleur.
.... Il
appartient donc au philosophe d'in-
venter des fables sur le modèle de celles
qu'a léguées la tradition et pour les faire servir au même
genre d'instruction. C'est ce que Platon paraît avoir fait ici
dans le mythe des Cigales (208 e sqq.) et dans le
mythe de
Theuth (274 c sqq.). Le premier n'appartient pas, que nou9
sachions, à la tradition en l'analysant on verra peut-être
;

quelles raisons a eues Platon de l'imaginer. Or il v a une idée


qu'il a exprimée avec force dans Phédon dans 1
le et le Banquet :

1. Phédon, par ex. 66 a, 67 a, 68 b, 82 d, 83 b c ; Banquet 174 d,


175 a b,176 c, 220 cd.
cxiv PHÈDRE
c'est dans ce monde-ci un être privilégié qui y
qu'il y a
survit à une humanité
très ancienne et par conséquent excel-
lente qui est indifférent aux nécessités de l'existence, éga-
;

lement supérieur du reste à l'abondance ou au besoin qui ;

ne vit que pour l'harmonie de la pensée dont la mission ;

est d'examiner les autres hommes et de surveiller leurs

occupations qui après sa mort se trouve uni à ce à quoi, sa


;

vie durant, il s'était efforcé de ressembler c'est le philo- :

sophe. Or cette idée, il


l'exprimait alors sans recourir à la
Table ce qu'il voulait signifier ainsi, c'est le
:
que philosophe
est un missionnaire du
divin, un médiateur qui sur la terre
n'est déjà plus de la terre et dont la mission s'achèvera

auprès de ce divin dont il était ici-bas l'envoyé et l'interprète


(cf. Banquet, Notice, p. cvi). Telle est l'idée que symbolise
le
personnage du philosophe, et voici qu'à son tour celui-ci
est symbolisé par la
Cigale. Il y a donc ici un double sym-
bole par quoi est-il suggéré et comment s'insère-t-il dans
:

le
développement organique de l'œuvre ? Un effort vers la
vérité a été commencé avons-nous le droit, étant philo-
;

sophes, d'y renoncer pour éviter de nous fatiguer, et préfé-


rerons-nous au souci du vrai celui de notre repos ? Ainsi
s'introduit à sa place l'idée de la mission du philosophe, et
l'introduction de cette idée signifie même (cf. p. xxxvi sq.)
un moment important dans le progrès de l'entretien. Mais
d'autre part les cigales dans le platane sont surexcitées par la
chaleur, et la musique de leurs ailes bruissantes se fait plus
soutenue cette impression sonore (déjà notée 23o c) adhère
;

maintenant à l'idée et lui fournit le vêtement qui sera le


plus capable de rendre cette idée sensible à l'esprit de
Phèdre, une fois qu'auront été piquées ses curiosités de
mythologue. Le mythe des Cigales n'est donc pas, semble-
il est une
t-il, une simple fantaisie poétique étape dans la
:

réalisation d'un plan et, en un conte historié, il traduit une


idée philosophique.

L'invention est moins douteuse
encore en ce qui concerne la fable de la découverte de l'écri-
ture l'observation de Phèdre sur l'aisance de Socrate à
:

fabriquer des contes de ce genre et la réplique de celui-ci


sont significatives (270 b c). Cette réplique précise le sens
d'une indication donnée au début (229 e sq.) le philosophe :

accueillera telles quelles, et naïvement, les fables de la

mythologie, non comme une matière à recherches érudiles,


NOTICE cxv

soit d'interprétation allégorique, soit relatives à la détermi-


nation des sources, mais bien comme une occasion concrète
pour la conscience de s'interroger elle-même. La curiosité
historique est une chose et elle a certes son prix elle ne sert ;

en revanche de rien pour apprécier la valeur, par rapport au


vrai et au beau, de ce à quoi elle s'applique cela est d'un ;

autre ordre et importe davantage au salut de la pensée.


'

. , , Un autre endroit du Phèdre mérite,


Le rôle du mythe. „. ,.. .11
.
lV ,

pour 1 intelligence du rôle des mythes,


une attention particulière on y trouve (276 e) une opposi-
:

tion fortement marquée entre le divertissement de l'écrivain

qui «
mylhologise » sur le Juste, sur le Beau, sur le Bien,
et le sérieux avec le dialogue, le dialecticien
lequel, par
s'applique à ces mêmes objets. On
l
de rappro-a eu raison
cher ceci d'un passage du Politique, 3o4 cd. L'Étranger éléate
vient d'établir qu'il appartient à l'art politique de commander
à tous les autres, parce que seul il sait dans quels cas il faut
avoir recours à la force ou au contraire à la persuasion. Or
l'art
qui a le pouvoir de persuader la multitude, c'est la rhé-

torique, etil ne s'exerce pas sous la forme d'une instruction,


mais sous la forme d'une mythologie. — Que la
rhétorique
soit un art de persuader et non d'instruire, c'est une convic-
2
tion bien assise chez Platon . Mais que cela se fasse par le

moyen du mythe il
n'y a, je crois, que ces deux passages
pour nous le la rhétorique qui use
dire. Pensera-t-on que
du mythe pour persuader qui a été si rudement
soit celle
traitée dans le Gorgias? ou celle qui, ici même, est envisagée
avec moins d'àpreté peut-être, mais encore sans indulgence ?
Ilfaudrait alors supposer que, dans l'un et l'autre passage,
Platon a en vue des mythes rhétoriques ou sophistiques du
type de l'Hercule au carrefour (cf. Banquet, p. 9 n. 3) ou du
3
mythe de Prométhée et d'Épiméthée dans le Prolagoras .

Sans doute est-ce à cela que Phèdre pense en effet. Mais on


doutera qu'il en de même quand Socrate lui répond, et
soit
aussi que Platon, qui dans sa philosophie a fait aux mythes
une si grande place, ait pu voir dans un artifice de la rhéto-
rique des Sophistes un des moyens de gouvernement de son

i.
Thompson, p. xvi de l'Introduction à son édition du Plùdre.
2. Cf. par ex. Gorgias 455 a, Théétele 201 a ; ici 260 a sqq.
3. Voir A. Diès, Autour de Platon, p. 422 n. 1 et Notice p. lui.
cxvi PHÈDRE
Politique.

Or il existe, c'est justement ce que nous enseigne
le Phèdre, au-dessus de cette rhétorique dont l'objet est de
produire des vraisemblances illusoires (260 b-e) une autre
rhétorique, qui est philosophique. Celle-ci ne se refuse pas
sans doute à persuader (271 a, e sq.), mais elle le fait en
rattachant le vraisemblable au vrai, qui en est le principe
(262 a-c,273 d, 277 b). Cette rhétorique philosophique
consiste en outre à distinguer les diverses sortes d'âmes et
les diverses sortes de discours, puis à établir quelle sorte de
discours est propre à convaincre telle sorte d'âme (271 b,
d e 277 bc ; 278 d fin). Ne peut-on dès lors penser que son
;

objet sera notamment de savoir dans quels cas il y a lieu, si


on veut convaincre, de recourir au mythe parce que l'usage
de la dialectique serait sans effet sur les âmes qu'il s'agit de
toucher ? C'est ainsi que, avant de travailler à prouver
qu'entre les délires l'amour est le plus beau, Socrate sait
d'avance que seuls les Sages seront convaincus par son
argumentation et qu'elle ne trouvera qu'incrédulité auprès
des habiles, c'est-à-dire des esprits forls (245 c). D'autre

part, second discours qui contient sa conception de


son
l'amour par lui (265 b c) d'hymne mytholo-
est qualifié

gique, où il s'est amusé à la combinaison d'un morceau ora-


toire auquel ne manquait pas la force persuasive. Enfin on
ne peut se défendre de rapprocher le mythe du Timée de ce
passage du Phèdre (269 e sq. ; cf.
p. cxlviii sq.)où la
physi-
que apparaît comme une application de la vraie rhétorique.
Ainsi donc, quand celui qui sait le vrai se propose de
convaincre, et surtout dans un écrit puisque ce n'est à ses
yeux qu'un moyen de se délasser, il peut sans scrupule user
du mythe pour rendre sa pensée partiellement accessible à
ceux qui sont capables d'être « convertis » (cf. Timée 28 c).
Or l'étude des mathématiques et des sciences connexes est
aussi, d'après la République (VII 5i8c d, 52 1 c), un moyen de
a conversion ». Le
mythe, quand c'est la vraie rhétorique qui
l'emploie, en serait par conséquent un autre, mais d'ordre infé-
rieur et fait pour des âmes auxquelles manque encore la puri-
fication indispensable de la
pensée. C'est dire qu'il se justifie
dans un écrit appelé à tomber en n'importe quelles mains
(cf.275 e déb.) on lui demandera seulement d'avoir égard
;

au respect dû à la divinité (273 e sq.), autrement dit d'éviter


l'immoralité des mythes homériques (cf. p. lxxvi, n. î).
NOTICE cxvii-

> . Peut-être y a-t-il quelque témérité à


rapprocher de l'emploi du mythe celui-
que Platon a fait de l'étymologie. Sans parler du Cratyle,
où il est d'ailleurs fort possible que certaines étymologies
soient pour lui un objet de risée, nous avons ici même (a44

b-d) un échantillon assez significatif; bien plus il arrive dans


le Phèdre que l'étymologie serve à tirer du mythe la leçon
qu'il comporte (cf. a3o a et p. 6 n. 2). Il me semble difficile
d'admettre que Platon se soit amusé avec une pareille
complaisance à se moquer de lui-même un jeu qui se pro-:

longe à un tel point cesse d'être un jeu, et l'ironie devient


fastidieuse à force de se répéter. Sent-on d'ailleurs quoi que
ce soit d'ironique dans les étymologies qu'on trouve encore
dans les derniers dialogues, ou dans le Timée (43 c, 45 b,
62 ab) ou dans les Lois (IV 714 a déb. XII 957 es. fin.)?
;

Platon me semble user de l'étymologie ainsi qu'il use du


mythe, comme d'un moyen secondaire de rendre tangible une
intuition que, pour des raisons accidentelles ou profondes,
il est incapable de révéler sous une forme scientifique.
En résumé, ce qui résulterait de la considération du
Phèdre, c'est
qu'entre mythesles traditionnels et ceux de
Platon il n'y a pas de différence quanta la forme c'est tou- ;

jours une histoire l'histoire des âmes, l'histoire de la proces-


:

sion des Dieux, l'histoire des Cigales, l'histoire de Theuth.


Si les étymologies sont elles-mêmes une variété du mythe,
c'est qu'elles tentent de retracer l'histoire vraisemblable de
la dénaturation d'un langage primitif. Mais toute cette his-
toire n'est pas immorale, comme celle de la mythologie.
D'autre part elle ne prétend pas être une vérité, comme ces
« contes » sans agrément que les Physiciens veulent nous
faireprendre pour argent comptant, ainsi qu'une expression
fidèlede la réalité (cf. Soph. 2^2 c). II s'ensuit que seul est
en droit d'employer la vraisemblance du mythe, celui qui sait
ce qu'est la vérité, et comme un moyen de préparer l'âme à
recevoir celle-ci.

r
On a vu tout à l'heure (p. cix) que la

conception de la triplicité de l'âme qui


s'étale dans le Phèdre avec un réalisme si cru était au contraire
fondée dans le livre I\ de la République sur une analyse de
nature logique. Y a-t-il des anticipations de cette doctrine
cxvm PHÈDRE
dans le Phèdoa (08 c. 82 c), et déjà dans le Gorgias (4o,3
a b) '
? Pour les y trouver il faut à la vérité beaucoup de com-

plaisance :
distinguer entre l'ami des richesses et l'ami des
honneurs pour les opposer ensemble au philosophe, comparer
à un tonneau
percé ce qui dans l'âme est le siège des désirs,
tout cela, d'ailleurs banal ', est bien loin de la conception
définie qui est en question. Encore doit-on même ajouter

que, dans le second de ces passages, Platon se réfère expres-


sément à une doctrine orphico-pythagorique. Il est difficile
d'autre part de n'être pas frappé de l'insistance avec laquelle
Platon introduit celte conception comme une découverte à
laquelle l'a conduit la division de la Cité en trois classes
(435 bc, 436 ab). On ne peut du moins douter que le cocher
de l'attelage de l'âme dans le Phèdre soit ce que la République
appelle raison ou fonction de réflexion (Xôyo;, to Àoytffrtxôv) ;

que le bon cheval soit le « cœur » au sens moral du mot, ou


ce que nous nommerions fonction inhibito-motrice (ô Guuioç,
to OufjLoeioeç) le mauvais cheval enfin, les appétits et les désirs
;

(to £7tc6u[j.T)Ttxôv). Que ce soient dans sa pensée des parties ou


des aspects (et'oV,) de l'âme, peu importe le vocabulaire de :

Platon n'est pas sur ce point bien fixé. Ce sont en tout cas
si bien des fonctions distinctes que le
mythe du Phèdre, tout
en les faisant solidaires, n'hésite pas à les individualiser. Cette
tripartition, on le verra plus loin, se retrouve, notablement
modifiée il est vrai, dans le Timêe, mais avec la même dispo-
sition à
séparer les trois fonctions
séparation anatomique :

cette fois, puisque, comme on sait, la raison se loge dans la

tète, le « cœur » dans la poitrine au-dessus du diaphragme,


les
appétits concupiscibles au-dessous et dans l'abdomen jus-
qu'à la hauteur du nombril.
Or ce n'est pas du tout ainsi que le
imp ici
Phèdon se représentait l'âme. En raison
et composition *\
de sa ressemblance avec les essences
absolues, qui prouve qu'elle leur est apparentée, elle possède
l'unicité formelle (jjiovoeios;) qui justement caractérise ces
réalités ; par là elle est le contraire du corps, qui est une
pluralité formelle, étant essentiellement un composé. Ce qui

1. Ainsi que le font Burncl, Aurore etc. (Early Gr. P/i.) p. 3ig
n. 3 et A. E. Taylor, Plalo p. 120 n. 1.
Voir Zcller, Ph. der Griechen 4 n. I,
2. II 1 , p. 846
NOTICE cxix

en seulement la pensée (©cdvYjutç), en


effet définit l'urne, c'est
tant épurée de tout mélange de sensation et
qu'elle est
qu'ainsi elle entre en contact avec l'intelligible '. Or ce point
de vue ne semble pas abandonné dans la République, en
dépit du soin évident avec lequel la tripartition a été établie

au IV. Celle-ci en effet est présentée dans le livre X


livre

(G ii b-612 a) comme une conséquence de l'union avec le


corps. En cela d'ailleurs l'accord est complet avec le Phcdon,
où les émotions connexes de crainte, de
désirs et toutes les
de sont la cause de l'asservissement de l'âme
plaisir, peine
au corps c'est au point qu'aux Purs et aux Saints est promise
:

une existence entièrement incorporelle (66 bc, 82 e sq., 83


cd, 1 14 bc). Le Phédon à la vérité ne connaît pas de milieu
entre les passions ainsi comprises et la raison qui est incor-
porelle. Or cette fonction moyenne,
dont le livre IV s'appli-
quait à prouver la réalité, le livre X semble lui-même y voir
quelque chose d'étranger à la nature essentielle de l'âme.
C'est en effet par rapport à l'état dans lequel présentement
nous l'observons, et sous la forme humaine, qu'on a pu être
en droit de considérer l'âme comme composée. Il est vrai, pour-
suit Platon, qu'un composé peut l'être d'une façon excel-
2
lente, mais ce n'est pas le cas de l'âme et, tout au contraire,
on voit que sa nature est gâtée du fait de son association avec
un corps ce qui amène la comparaison bien connue avec
:

Glaucus, le dieu marin (cf. p. cxi). Si pourtant on réfléchit à


quoi s'attache l'âme et vers quoi elle aspire en tant que
inversement elle est apparentée au divin et à l'éternel, à ce
qu'elle deviendrait si tout entière elle s'employait à satis-
faire une telle aspiration, et que cet élan la fît s'élever du

Voir particulièrement 78 c d (comparer Banquet 211b, e) et


1.

80 76 c, e 79 d e 83 e.
b. Cf. aussi ; ;

2. Le sens de 61 1 b 6 sq. ne me parait pas être « à moins


que la :

composition n'en soit aussi parfaite que vient de nous paraître celle
de l'âme >;. Par rapport au contexte du présent morceau cela consti-
tuerait difficilement explicable. De plus, comment
une contradiction
parlerait-on de la perfection d'un compose qui précédemment a été
comparé (IX 588 b sqq.) à un être fabuleux dont la structure
comprend un animal féroce, un animal paisible et enfin un monstre
à mille têtes ? Le sens me paraît cire difficilement serait éternel
:

« un composé qui ne jouit pas de la composition la plus belle, et c'est


ainsi que miantenant nous est apparue l'âme ».
-oxx PHÈDRE
fond de l'abîme où elle est à présent plongée, c'est alors
seulement qu'on pourra discerner sa véritable nature, « s'il
y a en elle pluralité de forme ou bien unicité, ou bien en
quel cas il en est ainsi et de quelle manière. ». Or, vers la
lindu Phédon (107 a b), Platon indiquait que les postulats
fondamentaux de sa doctrine de l'âme avaient besoin d'être
approfondis. Quand il écrit le livre X de la République, et bien

qu'un grand pas ait été fait avec le livre IV dans le sens de
la n'estime pourtant pas avoir encore complè-
composition, il

tement élucidé le problème. Il remet donc à plus tard de


décider si, dans la vérité de son essence, l'âme est simple ou
bien composée, dans quels vivants elle est simple, dans quels
autres composée et enfin quelle est la modalité de cette
composition ou de cette simplicité.
A l'époque du Phèdre, il semble au contraire avoir pris
parti l'âme dans son essence est une chose composée. En
:

disant « dans son essence » on veut parler seulement, puisque


l'âme n'est pas une Idée, de la plénitude et de la perfection
de la sorte de réalité qu'elle est. Or il n'est pas douteux que,
d'après le Phèdre, les âmes qui habitent le ciel âmes des :

dieux, âmes des démons, âmes qui recevront un jour la forme


humaine, sont toutes, à ce stade de l'existence, des âmes
composées. La différence qu'il y a entre elles, c'est que, dans
les attelages constituant les âmes des deux premières catégo-

ries, les chevaux sont également excellents, et parfaits les


cochers. Ceux-ci seront donc bien à l'aise, une fois le char
parvenu sur le dos devoûte céleste, pour contempler les
la

réalités vraies du lieu supra-céleste ils ne connaîtront


; pas
les tribulations des cochers qui, de leurs deux chevaux, en

ont un qui est rétif (2^6 a b, 2^7 b, 2^8 a b). Ainsi, dans
les âmes divines elles-mêmes, il y a donc les mêmes facteurs

<jue dans les nôtres des désirs, de la retenue et un principe


:

directeur dont la fonction est proprement de connaître le


vrai. —
Mais, dira-l-on, si les désirs sont dans les âmes
divines toujours bons, qu'est-il besoin de retenue ? Et, si
la retenue est alors dans le désir même, qu'a-t-on besoin
d'une direction ? II ne reste plus au principe à qui semblait
en incomber la fonction que l'exercice de la pensée pure.
La composition à la vérité ne disparaît pas pour cela mais ;

«lie se réduirait à deux termes dont l'un est dynamique et


l'autre statique un moteur parfaitement réglé et une intel-
:
NOTICE cxxi

ligence indéfectible.

Il est toutefois
probable que Platon
fermait les yeux sur ces difficultés de la tripartition. En effet
<lans les Lois, qui sont son dernier ouvrage, il attribue à l'âme,
dont il veutprouverqu'elle est première par rapport au corps,
une égale convenance aux états passifs comme aux états actifs ;
en elle il met, à côté de la pensée pure, les jugements vrais
ou faux, c'est-à-dire l'opinion, les dispositions du caractère
c'est-à-dire un certain « comportement », des aspirations et
des délibérations, des souvenirs et des préoccupations d'ave-
nir, enfin desémotions et des passions, des joies et des peines,
<le l'assurance et de la crainte, de la dilection et de la haine :

ce sont là les mouvements causes-premières qui, prenant en


charge les mouvements causes-secondes, les conduisent à leurs
effets qualitatifs et sensibles *. Or tout cela s'applique à l'âme
en tant que chose qui se meut en elle-même et qui, à ce titre,
est principe premier de tout mouvement exactement comme ;

•dans le Phèdre d'une âme qui, en vertu de sa nature


il
«'agit
môme, a la préoccupation et la charge de ce qui est dépourvu
d'âme, corps du monde ou corps d'un homme (246 b 7 et
p. 36 n. 1). En résumé
toute la diversité qui est dans une
âme humaine appartient aussi à l'âme divine, mais elle s'y
trouve dans une harmonie et un équilibre parfaits.
N'y a-t-il pas cependant, entre ces deux conceptions extrêmes
de la simplicité de l'âme et de sa tripartition, un stade inter-
médiaire auquel la pensée de Platon se serait un moment
arrêtée ? Peut-être le trouverait-on dans la doctrine du Timèe,
Les émotions, aussi bien celles qui sont nobles et généreuses
que celles qui sont passionnées et grossières, y sont en effet

présentées (^2 a b, de ; 69 c-70 b) comme n'appartenant pas


à la nature essentielle et primitive de l'âme elles caracté- :

risent une autre espèce d'âme, l'espèce mortelle, celle que


les démiurges inférieurs ont mission de fabriquer afin de
constituer des âmes humaines. —
Mais, si l'on examine de
près cette exposition, une première remarque parait s'impo-
ser. Quand Platon passe en revue (69 cd) les états caracté-

ristiques de cette espèce mortelle de l'âme, c'est d'une façon


péjorative qu'il les détermine ce sont des émotions violentes
:

et qui nous contraignent ; c'est le plaisir en tant que princi-

1. Lois X 89/i c, 896 c d, c sq. ;


cf. Timèe 46 d c. La dernière idée
est un élargissement d'une indication du Plûdon, 98 c-99 c.
cxx.i PHÈDRE
pal appât du mal, la douleur qui nous fait fuir le bien,
l'audace et la crainte qui sont des conseillers déraisonnables ;

s'il existe en elle une ardeur généreuse, elle est du moins


emportée et n'écoute rien l'espérance se laisse aisément
;

décevoir; enfin la sensation est irraisonnée et l'amour, capa-


ble de toutes les entreprises. Aussi est-ce pour éviter la

corruption du meilleur par le pire que la cloison du dia-


phragme a été mise devant le
pire et que dans la poitrine a
été logée une partie de l'âme qui, en même
temps qu'elle
ressent le contre-coup des agitations qui ont lieu plus bas,
serait capable d'entendre parfois les ordres delà pensée. C'est
donc que l'ardeur généreuse n'est pas toujours aussi impru-
dente et indocile qu'il semblait tout à l'heure. Il suffirait par
conséquent d'envisager tous ces états dans l'âme d'un mortel
philosophe pour que le caractère en fût radicalement changé.
Peut-être est-il dès lors permis de penser que la perversité ne
leur est pas essentielle et que ce qui les a pervertis c'est
l'union de l'âme avec un corps de terre et mortel, auquel elle
s'attache et dont le pbilosophe au contraire travaille à se déga-

ger. C'est du
reste ce que paraît dire Platon dans le premier
des passages du Timée auxquels j'ai renvoyé. Or n'est-ce pas
cela justement que le Phèdre appelle la cbute de l'âme?
Une seconde remarque prouverait d'une façon plus déci-
sive encore que la doctrine du Timée ne diffère pas au fond
de celle du Phèdre et des Lois. La nature parfaite de l'âme
y est en effet, sans contestation possible, décrite comme
composée. Bien plus, il y a double composition car l'âme ;

que fabrique le Démiurge a pour essence propre un mélange


de l'Indivisible, qui est l'unité de l'être de chaque réalité
intelligible, avec le Divisible, qui est la multiplicité se
déployant dans l'étendue puis à ce mélange sont à leur tour
;

mélangés le Même et, par contrainte, l'Autre lequel est en


effet une nature rebelle (35 a b Ainsi donc la
1
cf.
3^ a) : .

i. Il est impossible d'entreprendre ici une discussion d'un texte


aussi épineux. Je dirai seulement qu'il semble difficile, avec
A. E. Taylor (The Timaeus p. 107 sq.), d'identifier et Même
Autre avec Indivisible et Divisible. En
effet l'Autre a sa place dans

le monde des essences absolues, tandis que la divisibilité selon le

corps est quelque chose de l'âme, s'il est vrai, comme nous le verrons
tout à l'heure (cf. p. cxxxm), qu'à ce stade de sa pensée Platon ne
conçoit pas d'àme qui ne soit l'âme d'un corps.
NOTICE cxxm

partie divine de notre âme, celle que le Timée appelle notre


a démon » et
par laquelle nous sommes capables d'entrer en
rapport avec les Idées (90 a-d), serait elle-même
tripartite,
étant constituée par l'introduction du Même et de l'Autre
dans l'essence mixte déjà formée. L'autre tripartition, celle
qui résulte de l'existence d'une espèce mortelle de l'âme,
serait une image dégradée de la tripartition essentielle, et
toutes les deux se retrouveraient dans le Phèdre, séparées

par la chute. C'est en substance l'interprétation néoplatoni-


cienne d'Hermias (i23, 14-19). Peut-être celle-ci aurait-elle
pourtant besoin d'être corrigée. Le Même, dont l'essence est
pour Platon d'être l'Uniforme, ne peut en effet être symbolisé en
toute rigueur par celui des deux chevaux qui, après la chute,
cédera à des entraînements passagers. Celui-ci symboliserait
bien plus cette docilité de l'Autre au pouvoir légitime du
Même sans laquelle, d'après le Timée (42 cd, 43 a-44 c),
il ne
peut y avoir que désordre en tout ce qui agit, se meut
ou est mû. De même donc que obéissance ou rébellion sont
des contraires d'un genre unique, de l'ordre et de la
celui

règle

les deux
,
forces qui tirent le char de l'âme humaine
sont, d'après le Phèdre (253 c 9), des contraires dans le genre
cheval. En résumé, de part et d'autre, l'âme apparaît triple.
Mais le Phèdre se borne à distinguer les âmes des dieux et
des hommes, des immortels et des mortels par la qualité des
forces qui les meuvent ou par la possession, pleine dans un
cas, latente dans l'autre, de l'usage de leurs ailes (246 a-d) ;

le Timée, lui, qualifie immédiatement de parties mortelles de


l'âme les forces en question, quand elles ne sont pas celles qui
meuvent des âmes divines.

Passons maintenant au problème de


l'immortalité de l'âme. Il
n'y a pas lieu
de rappeler ce qu'on appelle improprement les «
preuves »
du Phédon (cf. ma
Notice, p. xxvii, p. xxxv sqq., p. lxiv
sq.). Un seul argument, le dernier, pourrait être considéré
comme philosophiquement valable aux yeux de Platon, en
raison de son caractère purement dialectique (ibid. p. lv-
lx). Mais toujours, et même sur ce point, il y a une néces-
sité
qui transparait (par ex. 79 b, 106 d) c'est de déterminer
:

1. Le cercle de l'Autre est intérieur au cercle du Même, Timée 43 a.

IV. 3. — i
cxxiv PHÈDRE
autrement que par analogie l'essence propre de l'âme faute ;

de quoi on devra se contenter de dire que l'âme a toutes les


chances d'être immortelle. —
La meilleure preuve, au reste,
que là-dessus Platon ne s'est pas satisfait, c'est que, dans le
livre X de la République, on le voit de nouveau en quête de
ce caractère essentiel de l'âme duquel on pourrait déduire
son immortalité. Or, si en cela il se réfère au Phédon, ce
n'est que par prétention, lorsqu'il fait allusion (611 b, s. fin.)
à l'existence d'autresarguments, qu'il y aurait lieu par consé-
quent de remplacer ici par des raisons plus décisives de fait, ;

tandis que Socrate pourrait, par avance, donner à Glaucon,

qui ignore si l'âme est immortelle, quelques uns des motifs-


de le croire qu'il en alléguera au moment de mourir, c'est
au contraire un argument entièrement différent qui est alors
présenté '; Ce qui fait périr une chose, c'est, dit-il, le mal qui
est en elle si donc inversement il
; y a une chose que son mal
ne fait pas périr, cette chose doit être par essence indestruc-
tible or, si la mort est infligée à l'injuste, c'est là une peine
;

qui atteint seulement son corps et qui est propre à celui-ci ;


elle laisse entière la cause de cette
peine, savoir l'injustice,
un mal qui est celui de l'âme puis donc que le mal de
;

l'âme survit, tel quel, à la mort du corps, c'est qu'il y a sur-


vivance aussi de l'âme elle-même autrement, le supplice ne
;

serait pas une punition, ce serait bien plutôt pour l'âme


uneguérison et la fin du mal dont elle souffre (608 d-6r 1 a).
Quant au corollaire qui suit (611 ab), s'il complète une de&
raisons du Phédon, c'est en la retournant si un anéantisse- :

ment d'âme, y (72 a-d), était possible, ce serait


lisait-on
bientôt l'anéantissement universel, car l'âme est le principe
de la vie
réciproquement, dit la République, la quantité
;

d'âme ne peut s'accroître dans l'univers sinon aux dépens de


ce qui meurt, de sorte que tout y finirait par être immortel.
Qu'en conclure? C'est que, avant la génération et leur existence
d'union à un corps mortel, les âmes sont quelque part, et de
même après la fin de cette existence que le nombre enfin ;

en est fini. Or c'est justement ce qu'exprime le Phèdre par


sa double eschatologie (cf.
p. lxxxvi sqq.).
Il semble bien
pourtant que Platon n'a pas encore trouvé

1 . L'antériorité du Phédon sur la République n'est contestée par


personne.
NOTICE cxxv

ce qu'il cherchait, puisque la République, au terme même de


cette argumentation, remet à plus tard de connaître l'âme
dans la de son essence (cf. p. cxix sq.). La preuve
vérité

décisive, celle qui dérive de l'essence, serait donc la preuve


qui se fonde sur la propriété qu'a l'âme de se mouvoir elle-
même, celle qui est commune au Phèdre (cf. p. lxxvii sqq.),
au Timée et aux Lois (X 8q4 e-8o5 c, 896 ab). Un seul point
vaut qu'on y revienne. Comme le Phèdre, le Timée attribue
en effet à l'âme l'automotricité et il en fait le principe pour
les siècles des siècles d'une vie ininterrompue il nous ;

accorde à nous-mêmes l'immortalité dans la mesure où, par


l'exercice de l'intellect, nos âmes imitant les mouvements qui
résultent de cette automotricité essentielle (36 e-37 b, 90 cd ;

cf. 43a-44 b). Mais d'autre part il admet un « divin commen-

cement » de ce mouvement sans défaillance dont l'âme, une


fois sortie des mains du Démiurge, « a commencé de » se mou-

voir elle-même. Or, tout au contraire, de ce que l'âme est


ce qui se meut soi-même le Phèdre infère qu'elle « devra
être à la fois inengendrée et immortelle » (2^5 e sq. et p. 35
n. 1) '
c'est donc qu'elle n'a pas non plus commencé de se
:

mouvoir; il l'affirme avec force et il en donne les raisons


(ibid. c-e). La comparaison des deux passages est intéressante

justement en ce qu'elle nous permet de mesurer la portée,


dans le Timée, du mythe de la fabrication de l'âme et des
commencements de sa vie immortelle. On sait que Xéno-
craie, le second successeur de Platon à la tète de l'Académie,
que Grantor, le premier commentateur du Timée, se refu-
saient à prendre à la lettre cette histoire de la naissance de
l'âme et du monde ; qu'Aristote ait fait le contraire, la rai-
son en est que sa polémique trouve son compte aux inter-

1. Le passage des Lois, X Qo/J a b, où il est dit que âme et corps

ne sont pas quelque chose d'éternel (oùx atwviov) comme Je sont les
o dieux légitimes », mais qu'ils sont l'un et l'autre indestructibles,
ne contredit pas ceci. L'at'oiv en effet c'est l'éternité, et d'aucune
façon il ne pourrait êlre question d'éternité pour une chose composée,
sinon en ce qui concerne tel ou tel de ses composants. Au surplus le
Phèdre dit simplement que l'âme est inengendrée, et non pas qu'elle
est éternelle. Quant au Timée. il déclare (3^ d, 38 c) que l'éternité

(aû.iv), immobile et une, n'appartient qu'au modèle, c'est-à-dire aux


Intelligibles, et que les divers astres doivent être plusieurs images
mobiles et numériquement mesurables de cette éternité.
cxxvi PHÈDRE
prétations les plus grossièrement réalistes de la doctrine de
son maître. Ainsi, sans être à proprement parler une chose
éternelle, l'âme a dû toujours exister comme principe de
son propre mouvement et du mouvement de tout le reste.
Mais pour expliquer cela il faut, semble-t-il, qu'elle soit
tripartite bien plus, la tripartition que j'ai cru trouver
;

dans l'âme essentielle du Timée le fait mieux comprendre


encore que la tripartition du Phèdre. Si en effet l'âme est
motrice de nature et par elle-même, c'est parce que dans sa
nature il y a de l'Autre cela ne s'explique pas par la pré-
;

sence en elle de l'Indivisible et du Divisible, dont le rôle est


différent comme on le verra plus tard (p. cxxxm) ; pas

davantage par l'introduction du Même seul dans l'essence


mixte, car l'âme n'aurait alors la possibilité d'aucun change-
ment (07 e), fût-ce celui qui consiste à tourner sur soi-même
sans changer de place. De l'Autre au contraire dériverait en
elle la possibilité du mouvement, puisque ce dernier, d'après
la doctrine du Timée (58 a ; cf. 52 e, 53 a fin et aussi 3b b,

57 ab), réside dans le Non-uniforme qui, à son tour, a pour


condition l'Inégalité, c'est-à-dire des ruptures d'équilibre.
Mais si l'Autre entrait tout seul, sans le Même, dans la
composition de l'âme, le mouvement de celle-ci ne pourrait
être qu'incohérent, perpétuellement déséquilibré, toujours

dépourvu d'ordre et de mesure, bref tout pareil à celui qui


résulterait de ce que le Timée appelle la « Cause vagabonde »
ou la « Nécessité », si celle-cin'était pas maîtrisée par la
« Cause
intelligente » et
qui s'oriente délibérément vers le

meilleur (3o a, 46 e, 48 a, 52 e).


En résumé, il suffit de faire
abstraction de la démiurgie mythique du Timée pour aper-
cevoir entre ce dialogue et la démonstration du Phèdre un
accord profond.
^ eu ^ e s'interroger ici sur
n y a P as ''
Aine et idées, « .• .. • « #

exigences logiques de cette interpré-


les
tation on pourrait en effet se demander si elle ne devrait
:

pas être étendue au delà des âmes humaines, imitations


imparfaites des âmes divines des astres, au delà même de
celles-ci dont le
rapport ne diffère pas à l'égard de cette âme-
mère qu'est l'âme du monde sensible, et jusqu'à cet autre
monde qui en est le modèle, jusqu'à ce monde intelligible
auquel les derniers dialogues, plus spécialement le Sophiste
(2^8 e sq.) et le Philèbe (3o cd, cf. 23 c), attribuent la vie,
NOTICE cxxvn

l'intelligence et le mouvement. Il suffira d'envisager la


parenté de l'âme avec les réalités de ce monde intelligible
qui sont sa vraie famille. Ce qui, dans le langage symboli-
que du Phèdre, traduit le pouvoir qu'elle a de rester en
contact avec le monde de ces réalités, d'y être chez elle ou
d'y retourner si elle en est dont est
sortie, ce sont les ailes

pourvue chacune de ses parties constitutives. Certes le Phédon


affirmait bien cette parenté, mais il parlait seulement (109 e)
de la possibilité d'une ascension de notre âme vers des
régions supérieures. Le symbole du Phèdre affirme davan-
tage : la faculté pour loul ce qui est âme de planer au voisi-

nage des réalités vraies et de les contempler. Que les ailes, se

flétrissent, ce sera ravir à nos âmes celte intuition bien-


heureuse elle n'en est pas moins essentielle à l'âme en
général.
—;

Dans son premier discours (287 de) Socrate dis-


tinguait deux principes ou motifs d'action, l'un primitif et
qui nous porte au plaisir, l'autre acquis et qui tend vers le
meilleur. Mais ce point de vue est la continuation de celui
de Lysias on était encore dans le bas-fond de l'humaine
:

sagesse, celle qui apprend peu à peu, à l'école de l'expérience,


à modérer le penchant au plaisir en vue de s'épargner les
ennuis qui en peuvent être l'effet. Élevons cependant notre
point de vue aussitôt la relation dont il s'agit se renverse
;
:

ce qui était jugé acquis apparaîtra au contraire comme pri-


mitif et essentiel, et ce qu'on estimait primitif sera jugé
secondaire et dérivé. C'est qu'il est en effet naturel à l'âme,
tant qu'elle est dans la vérité de sa nature, de n'avoir pas
besoin d'effort pour se porter vers le meilleur ;
le cocher,
pour parler le aucune peine à mener
langage du Phèdre, n'a
des chevaux qui sont aussi faciles l'un que l'autre. Quand
donc l'intellect n'est pas occupé à gouverner ce qui en a
besoin, il n'a qu'à faire son œuvre d'intellect (cf. p. cxx),
qui est de rester en contact avec ce qui donne à l'âme tout
entière son excellence originelle et de la nourrir avec l'aliment

qui est naturellement le sien (a46de 2^7 cd 2^8 a déb.,


; ;

b fin et sq.). Le Timée fait de même bien qu'il ait dans :

l'essence vraie de l'âme placé l'Autre qui,


par soi, est un
principe de diversité et de désordre, il n'en donne pas moins
au seul intellect le droit de contempler la réalité absolument
déterminée, éternelle, immuable et cela parce que, dans;

la constitution
originelle et normale de l'âme, il y a subor-
cxxtiii PHÈDRE
dinalion nécessaire de l'Autre à l'autorité du Même, orga-
nisation réglée du divers par l'identique, unification harmo-
nieuse du multiple par l'un (5i d-5a a cf. 35 a fin). ;

Mais, s'il en est ainsi, pourquoi ce qui,


même du moins
sans être dieu, était
divin perdu sa divinité ? Pourquoi la plénitude d'un être
a-t-il

achevé, et dont toutes les fins sont atteintes dès qu'il est, se
dissout-elle parfois dans l'infinité sans borne des désirs et dans
le dérèglement ou la méchanceté qui en résultent? Pourquoi
la chute ? Le Phèdre explique celle-ci par Une faute originelle

et il
y ajoute une prédestination. De toute façon il
accepte
qu'il y ait des élus et des réprouvés. D'abord c'est une néces-
sité qu'il
y ait des âmes de dieux une sorte cCisonomie veut
:

en effet, puisqu'il y a des hommes, qu'il y ait des dieux ;

autrement, le Tout ne serait pas le Tout (cf. Timée 4i bc et ici


p. ex et cxxiv). Il y a donc des âmes qui seront, de nature,
exclues de cette dignité dont les chevaux ne seront pas des
;

pur-sang, dont les cochers seront malhabiles bref, des âmes :

qui seront condamnées d'avance au risque de la chute. Or ce


qui les perdra, ce qui par suite les privera de la contempla-
tion des Idées, ce sera justement qu'elles l'auront voulue avec

trop d'ardeur D'où en effet une bousculade, qui témoignerait


!

d'autre part que les dieux n'ont pas su régler avec ordre la

procession qu'ils conduisent. En définitive la chute de l'âme


supposerait donc bien plutôt malchance et maladresse que
mauvaise volonté et faute morale. Ce n'est pas tout les :

conséquences de cet accident, qui manifestement ne lui est


pas de tout point imputable, seront aggravées du fait que l'une
en sera punie plus cruellement qu'une autre, puisque l'échelle
des prédestinations en est une des punitions. A ces difficul- —
tés Platon a
opposé la solution où, par la suite, viendra
toujours se réfugier l'optimisme : il faut qu'il y ait du mal
puisqu'il y a du bien et, s'il y a un premier rang, il faut
qu'il y enun dernier mais toutes
ait ;
choses sont cependant
arrangées pour le mieux et chacun est au rang qui lui
convient après tout, si l'on n'était pas tombé, on n'aurait
;

aucun mérite à se relever (Lois X


qo3 bsqq. surtout go4 a-c).
Et en effet, si nous avons été malchanceux dans notre vie
céleste, il nous appartient par notre conduite ici-bas de com-
penser la prédestination
qui est résultée de cette malchance.
NOTICE cxxix

Encore n'est-ce pas d'ailleurs sans re-

Platon, il est vrai, concède à


striction.
l'âme déchue, une fois qu'elle a vécu selon sa prédestination
une première existence et que celle-ci a été dûment sanction-
née, le choix d'une nouvelle existence ici-bas. Mais c'est un
•choix qui, comme on l'a vu, est limité, annulé presque, par
les circonstances
qui l'entourent,une échappatoire qui per-
mettrait à Dieu de dégager sa responsabilité (p. xcm sq. et

p. lxxxiv n. i). Choisir ainsi sa destinée, c'est au surplus se


prédestiner soi-même, car la destinée, une fois choisie, est
irrévocable (Rép. X 617 e, 620 e sq.). Comment dès lors Pla-
ton peut-il nous offrir l'espérance consolatrice d'un salut qui
serait en nos mains? Comment celui qui,
par malheur, se sera
trompé dans son choix fera-t-il pour « tenir toujours la route
qui mène vers les hauteurs » ? Le seul conseil positif qui soit
donné à cet égard, c'est, pendant cette vie, d'écouter les vrais
philosophes comparer la valeur des diverses conditions humai-
nes, expliquer les risques de méchanceté inhérents à certaines
d'entre elles et raconter à cet effet des mythes eschatologiques
(cf. p. cxv sqq.) si d'autre
;
part on est convaincu que l'âme
est immortelle, on se mettra de la sorte en état la prochaine
fois, mille ans plus tard, de faire un meilleur choix (61 8 b-

619 a, 621 c et la fin du Gorgias). —


Peut-être le Banquet
aiderait-il à comprendre de ce conseil. Alcibiade est ce
le sens

qu'il doit être, du bon et du mauvais, en vertu de la condi-


tion que son âme a choisie avant de rentrer dans la génération.
Or le déroulement de son destin se croise avec celui du destin
de Socrate. Mais en ce dernier c'est seulement l'homme qu'il
admire et qu'il aime il se bouche au contraire les oreilles
;

pour ne point entendre les leçons de la philosophie et pour


mieux écouter en lui-même l'appel de l'orgueil et de l'ambi-
tion. Pourquoi donc tout ce
qui en lui était mauvais est-
il devenu
pire, au point d'étouffer ce qui y était bon et pou-
qu'il vivait au sein d'une société
vait devenir meilleur? Parce

corrompue et
corruptrice, où les passions ne
pouvaient être
dominées par la voix de la philosophie (cf. Banquet, Notice
p. xcix sqq.). Bref, si le salut est possible, s'il ne faut pas
désespérer d'apporter un remède aux erreurs originelles et aux
autres, ou devra demander à la philosophie de recréer l'état
social, de régénérer par de saines mesures le troupeau humain,
de prendre le gouvernement. C'est ce dont justement la Repu-
cxxx PHÈDRE
bliqne a dessiné le plan. Bien plus, c'est du pire des maux que
sortira ce bien décisif; car pour le réaliser, telle est la convic-
tion obstinée de Platon (Lois IV 709 e), la philosophie devra
commencer par apprivoiser celui dont le Phèdre a fait le der-
nier des réprouvés: le
tyran.
Mais que au philosophe pour se faire l'initiateur de
faut-il
cette œuvre grandiose et redoutable ? Sans doute cette voca-
tion éducatrice, ce désir divin de féconder pour toujours d'au-
tres âmes par son enseignement en les unissant à la sienne
et entre elles
par un amour dont la philosophie est la sub-
stance. Voilà en effet ce qui caractérise l'homme dont le Ban-

quet (209 bc) fait le portrait enthousiaste, et en lui on


reconnaît le
loyal « ami du savoir * du Phèdre, celui qui est
aussi un ami de la Beauté, qui donne la rectitude à l'amour
de la jeunesse et dont la parole enfin est une semence toujours
vivante et active (2^8 d, 2Z19 a déb., 276 e sq.). A la racine
de la réforme sociale d'où naîtra le salut, il y a donc une inspi-
ration divine et l'amour qui en est la plus magnifique mani-
festation. Ainsi l'âme ne peut se relever de sa déchéance que

par lemoyen d'une dispensation ou grâce divine, d'une Osc'a


[xoïpi, par laquelle un homme devient, pour un temps plus ou
moins court, capable de se dépasser lui-même Quand de la 1
.

sorte ils prennent « possession » de nous, les dieux témoignent

qu'à notre égard ils ne connaissent point l'envie (p. lxxxiv


n. 1): c'est un rayon de leur lumière qui vient se réfléchir
sur nous et par lequel nous sommes transfigurés. Enfin, si
toute possession divine apporte aux hommes un remède à quel-
qu'une des misères de leur condition, la précellence de celle
qui consiste dans l'amour associé à la philosophie et se confon-
dant même avec elle, est due à ce qu'elle les guérit de la
misère d'être des hommes. Il est donc très important de com-
prendre, et comment s'opère la possession d'une âme humai-
ne par un dieu, et pourquoi elle nous élève au-dessus de nous-
mêmes. —
Qu'on se rappelle cette étrange physique de la
communication de l'amour, dont la doctrine du contre-amour

I, Le principal exposé s'en trouve dans le Ménon 99 b sq. Mais on

larencontre aussi dans Y Apologie aabc, dans VIon 534 bc, dans le
Banquet 2o3 a, môme dans les Lois III 682 a, IX 875 c et le Phèdre ;

s'en souvient très évidemment xl\!\ a. c, e sq., a45 c ;


cf. a3o a
et a56 b.
NOTICE cxxxi

avec l'image réfléchie sur le miroir est l'expression dans le


Phèdre (cf. p. cm)
: elle
prétend expliquer la naissance de
l'enthousiasme par une sorte d'irradiation qui se propage à
partir de la Beauté absolue; ainsi, deux âmes communient
dans un contact avec le divin, bien plus avec ce qui est le prin-

cipe même du divin (a5o a, a^Q c). Si elles ne font pas ce

qu'il faut pour conserver ce contact, pour profiter de la


béné-
diction qui leur est échue, alors l'enthousiasme aura le sort
de tout autre semblable don divin il s'éteindra soudaine-
:

ment ou par degrés. Pour qu'il n'en soit pas ainsi, il faut
que toute l'âme y porte intérêt; autrement dit, que l'intel-
lect, si l'on peut dire, prenne en main l'émotion et que
l'amour devienne philosophie, allant de la sorte à ce qui est
l'aimable vrai, la réalité de la beauté et non plus une image
de celte réalité (256 c, a5o d 7). Or cette conception présente
de remarquables analogies avec la théorie de la divination
qu'expose le Timée (71 b-72 b). 11 semble tout d'abord qu'en
celle-ci l'âme inférieure soit seule en cause. C'est en effet

grâce au foie, dont la place est au-dessous du diaphragme,


qu'est possible la divination dans certains cas, ce sont des
:

images terribles qui, venues de l'intelligence, se réfléchissent


sur le miroir poli de sa surface et aussitôt il se rétracte et se
ride; inversement, quand de l'intellect émane une «inspira-
tion » contraire, il retrouve son poli et ce sont des images de
vérité qui viennent s'y réfléchir. Mais ce n'est pas à celui quia
reçu ces images qu'il appartient de les interpréter: c'est au
sage, parce qu'au sage seul il appartient de se connaître lui-
même et d'agir selon ce qui est dans sa nature. Ainsi faisait
le philosophe quand il mettait en œuvre l'émotion dont la
Beauté intelligible est la source. —
Au reste certains traits
du Phèdre s'expliqueraient fort bien par cette théorie. Pour
échapper au péril d'avoir à faire l'éloge de l'homme sans
amour, Socrate va repasser la rivière c'est que de son démon,
:

interprète d'une intelligence divine (cf. Banquet 2o3 a), lui


sont venues obscurément les images terribles d'un péché
qu'il allait encore aggraver. Mais alors de l'intelligence
sont émanées d'autres images qui lui ont rendu sa sérénité :

il les a
interprétées et, en comprenant son péché, le sage a
découvert pénitence qui convient. Aussi se dit-il un
la
« devin de petite envergure il est vrai, et assure-t-il
»,

qu'en l'âme réside un pouvoir de divination, et cette divina-


cxxxn PHÈDRE
tion est la vraie parce qu'elle est inspirée (242 b-d ;
cf. 244
b-d)'.
Quels que puissent
r être les remèdes offerts
Le corps et l'âme. 1, .1 1 1 • •

par 1 amour et la
philosophie a notre
condition d'hommes, il n'en demeure pas moins que nous
restons des hommes et qu'il y a des dieux. Il importe donc
de définir le mieux possible en quoi ceux-ci diffèrent de nous ;
ce qui nous conduira à préciser la nature de la relation qui
existe entre le corps et l'âme. —
Tout d'abord, on a déjà pu
voir (cf. p. lxxxii et cxxn sq.) quelle difficulté il y a de dire
ce que sont les dieux. Pour en représenter la nature on est donc

que pour l'âme, d'user sous certaines conditions


obligé, ainsi
d'un langage mythique (cf. p. 36 n. 3). Sans doute on peut
énoncer quelle est l'exigence générale d'une nature divine,
affirmer que le divin c'est ce qui a bonté, beauté, savoir (246
e déb. ; cf. Banquet 202 c, 204 a déb.), rattacher par consé-

quent ces caractères à ce qui d'autre part possède la perfection


de l'existence et de la vérité (249 c). Mais, au delà de ces
convictions très assurées, on ne peut guère faire autre chose
que de chercher ce qu'elles excluent ou ce que, inversement,
elles impliquent. Or ce qu'elles excluent, c'est justement la

théologie traditionnelle, telle qu'elle a été élaborée par les


spécialistes de la mythologie le Timée en parle (4o d-4 1 a)
:

avec une ironie souverainement méprisante c'est une « his- ;

toire » où il n'y a nulle vraisemblance et, si nous en croyons


sur parole ceux qui nous la content, c'est qu'ils la donnent
comme l'histoire même de leur famille Ce qu'impliquent !

au contraire ces convictions, c'est une tout autre théologie, la


théologie astrale : les dieux y apparaîtront comme des vivants
très sages, très bons et trèsbeaux, dont les révolutions sont
si exactement calculées qu'on ne peut, à moins de manquer
de sens, y voir les actions d'êtres dépourvus d'âme et d'in-
telligence en chacun d'eux on reconnaîtra au contraire
;

une âme divine et une intelligence parfaite, capables de


gouverner toutes choses pour le mieux. Sans doute est-il
difficile de savoir comment cette âme meut le corps de

1. De même, dans le Phédon 84 e, 85 b Socrate dit être un devin,


comme le sont les Cygnes quand ils sentent qu'ils vont mourir :

c'est parce qu'il est, comme eux, au service d'Apollon et possédé


par ce dieu.
NOTICE cxxxiii

chaque astre mais il est certain qu'elle est un dieu et, vrai-
;

semblablement, un dieu qui a son corps approprié donc ;

un vivant analogue au vivant que nous sommes, mais d'une


espèce supérieure {Lois X 896 e-897 c, 898 c-899 d XII 967 ;

ab, de; cf. Timée 3o bc, 38 cd, !*o a-d et aussi Philèbe 28
a-3o d).
Ainsi se pose une deuxième question les âmes des dieux
:

meuvent-elles le corps visible des astres, étant logées en ceux-


ci comme nos âmes le sont dans nos
corps ? Ou bien pour cela
leur faut-il un autre corps à titre d'instrument nécessaire ?
Ou bien enfin sont-elles dépourvues de toute solidarité de ce
genre et meuvent-elles l'astre en vertu d'on ne sait quel mysté-
rieux pouvoir ? A la vérité Platon ne prend pas parti une :

seule chose importe, c'est


qu'on ne doute point de l'excellence
de telles âmes (898 e-899 D )- Son incertitude semble donc
concerner moins l'union même de l'âme au corps que le mode
de cette union. Au surplus, si dans le noyau de sa constitu-
tion l'âme est déjà un composé dont un élément est ce que le
Timée appelle le Divisible selon le corps (cf. p. cxxn), on voit
mal comment une telle union ne serait pas nécessaire. L'âme
est par nature ce
qui se meut soi-même, mais c'est pour être
le
principe inengendré et impérissable du mouvement de tout
le reste (Phèdre 246 a déb.) et,
par conséquent, de la géné-
ration, c'est-à-dire de tout l'univers de notre expérience. A
cet égard il y a dans le livre X des Lois (904 ab cf. p. cxxv ;

n. 1) un texte particulièrement instructif: pour que la géné-


ration soit impérissable,
y est-il dit, il faut que le corps ne
soit
pas moins impérissable que l'âme. C'est donc que, corré-
lativement, ils sont aussi nécessaires l'un que l'autre, non sans
doute au même rang, par rapport au commencement de la

génération à partir de la spontanéité automotrice de l'âme.


Que l'Etranger athénien se borne, il est vrai, à déclarer que
ni l'un ni l'autre ne sont éternels et
que l'éternité appartient
seulement aux dieux légitimes », il n'y a pas lieu d'en être
«

surpris ce n'est pas à des philosophes qu'il s'adresse. Mais,


:

si ses interlocuteurs avaient entendu les


leçons de l'Académie,
peut-être comprendraient-ils qu'il ne peut y avoir d'autre
éternité divine que celle des réalités xciv
intelligibles (cf. p.
et n. 3).
En résumé il n'y aurait pas d'âmes entièrement « séparées »,
fussent-elles des âmes de dieux. Dans le ciel, aucune âme ne
cxxxiv PHÈDRE
serait incorporelle, etil est vraisemblable, bien
que Platon
n'ait «
mythologisé » là-dessus, que les âmes dont le rôle
pas
est seulement d'essayer de suivre les dieux ne sont pas à cet

égard différentes: c'est ce qu'exprime l'image des ailes, qui


de la sorte ne serait pas aussi dépourvue qu'on l'a dit de
signification doctrinale (cf. p. lxxxii n. 2). Toutes ces âtnes
sont dans le lieu naturel de l'àme. Celles qui n'y sont
plus
et qui sont tombées dans la
génération s'en distinguent seule-
ment en ce que leur corps n'est plus fait
principalement de
feu (cf. Timéc Uo a), mais principalement de terre (Phèdre
2^6 c), ou, à parler par symbole, en ce que, si la vertu des ailes
subsiste encore à l'état latent, elles en ont du moins perdu

l'usage. Quand donc Platon définit la mort une « séparation


»

de l'âme et du corps (Phèdon 64 c), cela se rapporterait


seulement à ce corps sans gloire dont la substance principale
a tant d'assiette et si peu de mobilité qn'il en résulte pour
elle une grande pesanteur relative; on peut même se deman-
der si les damnés n'en doivent pas conserver quelque équiva-
lent (cf. Phèdre 256 e sq. et Notice du Phèdon p. lxii et
lxxvii sq.). Enfin cette union nécessaire, dans laquelle l'âme
a sur le corps la primauté de nature et d'action, aurait sa
raison d'être dans la composition même de l'âme. Le Divi-
sible selon le corps y représente la nécessité essentielle de
s'unir à corps, un possibilité d'une résistance et la réalité
la

d'un point d'application pour ce mouvement dont l'âme est


à elle-même le principe. Ainsi ce serait comme un intermé-
diaire entre les « intentions » de l'intellect, avec ce qu'elles
contiennent d'énergie motrice, et, d'autre part, la masse
que meut l'âme. Laviedu philosophe, disait le P/iécfon,
sensible
doit être une mortification la prédication morale y était
;

empreinte du mysticisme le plus exalté. Le ton change avec


le Phèdre, car il demande à l'âme de recouvrer l'usage de ses
ailes : il
s'agirait pour elle, non point de mourir
donc alors
à tout corps, mais de se
préparer à reprendre une autre sorte
de corps, savoir celle qui originairement lui est propre.
C'est ce que déjà le Banquet (212 a) et plus tard le Timèe (90

bc) appellent s'immortaliser aussi pleinement que cela est


possible à la nature humaine. Or cela se fait moins par
l'ascétisme que par le savoir et par l'amour, solidaires l'un
de l'autre.
NOTICE cxxxt

i. „ Dans la notice du Banquet, j'ai cru devoir


3.
,

L'amour. ,
'77' , , ,
. , .

remettre a maintenant le soin de fixer,


autant que possible, les traits de la conception que Platon se
fait de l'amour *.
L'amour apparaît dans le Banquet comme le grand mystère
de l'existence : en lui s'opère en effet une synthèse des opposés
le moins préparés à s'unir.
qui semblent L'aspiration qui le
constitue n'est-elle pas le fruit de la rencontre et de l'union
de deux dispositions tout à fait contraires? L'une est la
conscience douloureuse de ce qu'il y a en nous d'indigent et
de borné l'autre est le sentiment exalté de l'inépuisable
;

ricbesse de nos ressources inventives. Quand le cœur est mis


en fête par le spectacle de la beauté, cette exaltation devient
une ivresse, dans laquelle à la fin il s'endort et c'est l'occa- ;

sion d'une entreprise où l'élément douloureux espère se relever


de sa misère. C'est de ce jeu rythmé des contraires que naît
Amour, fils de Pauvreté et d'Expédient; Amour dont l'exis-
tence est faite de découragement et d'espoir, de timidité et de
hardiesse, d'ignorance consciente et d'ardeur pour savoir:
nature dans l'unité de laquelle se fondent des opposés qui
tour à tour s'annulent sans jamais briser la solidarité qui les
unit. Voilà pourquoi il y a dans l'amour une aspiration qui

jamais n'est assouvie vers le beau et vers le bon, une mobi-


lité qui se réveille inlassablement, une force d'expansion en
vertu de laquelle il ne fait défaut à aucune des sphères de
l'existence, à la fois moteur de la « roue des générations » et âme
de la philosophie. C'est que l'amour a pour objet la création
dans la beauté; c'est qu'il représente l'effort de la nature
mortelle, aussi bien dans l'ordre de la chair que dans celui de
l'esprit, pour s'immortaliser autant qu'elle le peut un effort :

qui jamais n'atteint pour toujours le terme où il tend et


qui
pourtant jamais ne s'éteint, un effort qui est le ressort même
de la vie, de la vie spirituelle comme de la vie physique.
L'amour est donc une synthèse de mortel et d'immortel il ;

joint mystérieusement l'un à l'autre deux mondes qu'un


abîme semblait séparer il refait ainsi l'unité du Tout. Mais,
;

i. Voir p. lxxix et
p. xciv sq. Il va sans dire— que, dans ce
qui suit, je laisse de côté les cinq premiers discours du Banquet,
puisqu'ils ne représenlent pas le point de vue de la philosophie sur
la question.
cxxxvi PHEDRE
si telle est sa fonction, il ne peut s'en acquitter sans une
discipline qui règle ses aspirations, sans une « méthode » qui
les empêche de se détourner de leur but discipline progres- :

sive, car elle gravit successivement une suite d'échelons,


allant de la beauté sensible des corps à la beauté intellectuelle
des connaissances ;
et en même temps, à chacune de ses
étapes, elle détache l'amour des attachements individuels ou
même spéciaux. Le terme en est, pour qui aura été convena-
blement initié par un guide instruit de la route qui y mène,
une révélation soudaine, celle de la Beauté absolue entre :

celle-ciet la multiplicité des choses belles qui sont dans le

devenir, il n'y a point de parité ; ce n'en est pas une géné-


ralisation, mais elle est une par elle-même, étant l'essence

intelligible du Beau en soi et par soi.

Tels sont les


principaux enseignements
6 n S
d pbMre ^u ^ an(l aet M y a dans
- la forme
qui leur
est donnée une remarquable variété :

dans la relation des entretiens de Socrate avec Diotime ou


dans le discours de la prophétesse, les élévations lyriques

accompagnent l'emploi du mythe dans la discussion avec ;

Agathon, la recherche est conduite dialectiquement enfin ;

dans le discours d'Alcibiade le tour devient dramatique lorsque


Socrate, incarnation de la philosophie, nous apparaît comme
la vivante image de l'amour (Banquet, Notice p. cm sqq.).
— Dans façon dont le Phèdre à son tour traite le problème
la

il
y a d'évidentes analogies. Le discours de Lysias et le premier
discours de Socrate sont l'équivalent des points de vue
incomplets des cinq premiers discours du Banquet. D'autre
part Stésichore, le poète, tient la place de la prophétesse
Diotime seuls des inspirés sont capables de prendre sur
:

l'amour le point de vue qu'il faut. Mais, tandis que l'amour


est l'unique sujet du Banquet, le Phèdre unit, par un lien très
serré malgré la complication de ses inflexions, le problème de
l'amour au problème de l'éducation. A qui doit appartenir la
formation intellectuelle et morale de la jeunesse? Est-ce à la
rhétorique et à sa technique toute formelle de l'illusion, qui
fera triompher une vraisemblance où il n'y a point de vérité ?
1

i .Il faut du reste noter


que, dans le cadre limité du Banquet, le
problème de savoir ce que vaut la formation rhétorique de la pensée
a sa place cf. 198 d-199 b-
:
NOTICE cxxxvit

Est-ce à la philosophie, qui par la méthode dialectique vise


seulement à faire communier les âmes dans la vérité ? Sur le
fond même de la question peut-être n'ap porte- t-il rien qui
soit spécifique. Il
transpose toutefois la doctrine de la manière
la plus instructive, autant dans son esprit que dans ses appli-
cations.
Sur un premier point cette transposition nous est rendue
immédiatement sensible. Comme une conséquence de sa
donnée initiale, l'éloge de l'Amour, le Banquet personnifiait
celui-ci; cependant il le qualifiait non pas de dieu, mais
seulement de démon, de façon qu'il fût un agent de liaison
entre les hommes et les dieux, un intermédiaire entre deux
domaines radicalement distincts. Or, dans le Phèdre, à la
place du démonisme de l'amour, nous trouvons dans l'âme la
possession divine et l'inspiration.
Que par là soit
impliqué le
démonisme ou quelque chose d'analogue, c'est bien certain
(cf. [Link] sq.). 11 n'en est pas moins vrai que, en mettant
l'«enthousiasme» dans l'âme de l'être sensible, en faisant de
l'amour une des espèces, et la plus belle, de cette possession
divine, on exprime la ebose en des termes qui s'éloignent
davantage de la
mythologie, qui parlent plus directement à
l'expérience humaine c'est en effet définir un état que chacun
;

connaît plus ou moins, soit chez d'autres soit par lui-même:


n'être plus soi ou être hors de soi. La conséquence en est
que
maintenant ce n'est plus le démon Amour qui est un être
intermédiaire, c'est l'âme elle-même. C'est ce que le Phèdre
établit doublement il le fait certes en un
;
langage mythique,
mais sur la signification de ce
langage il n'y a pas de méprise
possible. L'âme est d'abord intermédiaire en tant que tripar-
tite, touchant par ce qu'il y a de meilleur
à l'Intelligible
en elle, au Sensible par ce qu'elle a de moins bon, avec une
fonction moyenne entre ces deux extrêmes; et cela n'est
pas
moins vrai des âmes divines que des âmes humaines (cf.
p. cxx sq. et p. cxxxn). En second lieu la région qui est
l'habitat naturel des âmes est-elle une même :
région moyenne
c'est le ciel
astronomique, car les âmes des dieux sont les
moteurs des astres et elles sont suivies tant bien que mal par
les autres âmes; de plus de nos
les astres sont les réservoirs
âmes (Timée l\i c-e). Or d'un côté au lieu
celte région touche

supra-céleste, c'est-à-dire au monde des Idées, et de l'autre au


lieu d'ici-bas. Mais, sous cette forme, une telle conception se
cxxxvm PHÈDRE
lie à celle que se fait Platon de l'éducation des philosophes
l
:

en étudiant l'astronomie et les autres sciences mathématiques,


ils se dégageront du Sensible et ce sera une propédeutique à
la science exacte entre toutes, la de
dialectique, science

l'Intelligible il
y a donc là une culture moyenne (Rèp. VII
;

5a4 c-53i c; Philèbe 56 de). En disant que l'amour est un


délire, il s'est donné pour tâche d'intégrer à la doctrine de
l'amour une doctrine de l'âme (Phèdre 2^5 c) du même ;

coup il
intégrait, plus clairement qu'il ne l'avait fait dans le
Banquet, la doctrine de l'amour à toute sa philosophie. On
peut même ajouter que l'âme devient ainsi le médiateur dont
les objections du Parménide accusent la nécessité par l'amour :

vrai dans l'âme, l'Intelligible et le Sensible se rejoignent c'est ;

un pont jeté sur le gouffre et ces deux « en soi » deviennent


alors « l'un pour l'autre ».

n'est pas tout. L'amour était conçu dans le Banquet


Ce
(par ex. ao3 d) comme une tendance qui est toujours soit en
action soit prête à l'action parce que l'amour désire tou-
;

jours autre chose que ce qu'il a, il est sans cesse en chasse,


il va
toujours de l'avant. Ainsi l'amour est moteur et ce qu'il
meut, c'est lui-même, mais aussi du même coup tout le
reste, les âmes comme corps, puisqu'il n'y a de perpé-
les
tuité génération, pour l'esprit comme pour la chair,
dans la

que par l'amour. Or cette double motricité, c'est à l'âme


qu'elle est transférée par le Phèdre. En même temps le désir
de se perpétuer en d'autres âmes ou en d'autres corps, ce
désir de s'immortaliser qui était d'après le Banquet le grand
ressort de l'amour, se transforme en une immortalité essen-
tielle de l'âme, sans laquelle l'amour même ne saurait être

compris. Donc c'est à présent l'âme qui se meut elle-même


et qui meut tout le reste. Mais ce mouvement est amour :

l'âme s'aime elle-même, et c'est ce qui lui fait accomplir ses


révolutions dans le ciel, mue par le désir de contempler ces
réalités vraies dont la vision est l'aliment de ce qu'il y a de
meilleur en elle. Or l'âme gouverne et administre tout ce
qui est dépourvu d'âme c'est donc le désir dont elle se meut
;

qui meut aussi tout ce à quoi elle communique le mouve-

ment, car c'est ce désir qui attache les âmes non divines aux

i. Ce que lui reproche Aristote, d'ailleurs sans le nommer,


Métaph. B a, 997 b i5-ao.
NOTICE cxxxix

tracesdu dieu, exempt de jalousie, au cortège duquel elles


appartiennent. C'est ce désir enfin qui, réveillé dans l'âme
par la réminiscence, provoque un enthousiasme, duquel
pourra naître ensuite cet amour philosophique où elle trou-
vera l'élan capable de la ramener à son lieu naturel. Certes,
sur ce point encore, le Phèdre ne fait que développer la
pensée du Banquet, mais il le fait de façon à lui donner plus
de portée et à en approfondir les perspectives. A cet appro-
fondissement se rattacherait peut-être la solution d'une diffi-
culté qui subsistait dans le Banquet (cf. Notice, p. xcvi sqq.):
si l'amour est un mouvement vers un but,
peut-être, une fois
ce but atteint, ne cessera-t-il pas avec le succès obtenu, mais
du moins perdra-t-il son caractère de moteur. Or le Phèdre,
par l'image physique du miroir (255 d e), représente le
mouvement essentiel à l'amour comme un mouvement qui
revient deux fois sur lui-même de l'aimable à l'aimant,
:

puis de l'aimant à l'aimable et, de nouveau, de celui-ci à


l'autre. Et l'image ne s'applique pas moins bien à l'amour
céleste qu'à celui d'ici-bas. En effet, ce qui meut l'âme dans
le ciel, ou plutôt meut elle-même, c'est,
ce qui fait qu'elle s'y
on l'a vu, de contempler les réalités du lieu supra-
le désir

céleste, qui sont les aimables absolus. Ainsi c'est en elles

qu'est le principe du mouvement, puis il revient spontané-


ment vers elles, et de nouveau il en repart, de façon à
posséder une continuité incessante. Par l'éternelle effusion
de leur attrait, ces réalités éternelles prolongent sans fin
l'élan d'amour qui vers elles avait mis l'âme en branle: elle
se meut elle-même parce qu'il y a en elle une soif inextin-

guible de l'idéal.
Enfin, bien que le Banquet parle beaucoup de l'amour
charnel, il est certain que, dans la partie du dialogue où
s'exprime la pensée de Platon, le point de vue qui compte
est celui de la génération, parce qu'il atteste dans l'ordre de
la chair le désir de l'immortalité
(cf. 207 a-d, 208 e). Quant
à l'amour masculin, ceux qui se complaisent à en faire

l'éloge, ce sont lesnon-philosophes qui prononcent les cinq


premiers discours. Il s'agit ensuite, tout au contraire, de
dégager l'amour de cette gangue de sensualité, pour insister
finalement sur l'aspect spirituel d'un amour qui désire
surtout la possession éternelle du bon et du vrai (cf. 210 bc;
211 de; 20Qa,c-e; 217 esq. ; 21g a-c). —
Assurément
IV. 3. —j
cxl PHÈDRE
l'idéeque l'amour est condition de la reproduction n'est pas
étrangère au Phèdre mais, à la différence du Banquet, il en
;

fait de préférence ressortir l'abjection (25o e sq.). C'est qu'en


réalité il est plus soucieux encore que n'était le Banquet de
montrer comment de la sensualité, même la plus naturelle,
on peut passer à l'idéalité c'est en vue d'expliquer dans
;

quels cas ce passage ne se réalise pas, qu'il est conduit d'autre


part à analyser avec le soin le plus attentif l'émotion sensuelle
sous l'aspect que le milieu social tenait pour le plus noble et
le plus étranger à l'animalité. Il le fait de telle sorte que

son analyse en est une peinture si extraordinairement vivante


que certains ont voulu y voir le souvenir, encore chaud
d'émotion, d'une expérience personnelle
1
Cette insistance, .

néanmoins, ne semble pas avoir d'autre objet que de faire


sentir à quelles embûches est exposée l'âme dans son union
à un corps terrestre de donner à comprendre sur quel point
;

précis doit porter son effort pour être capable d'en tourner la
bassesse, la perversité même, au profit de son élévation. Sans
doute un motif d'équilibre intervient-il aussi dans la pensée
de Platon s'il
:
y a un amour « droit » et un amour
«
gauche», la méthode de division dichotomique exige que
ce dernier, dans l'analyse ou dans la description, ne soit pas
escamoté, ni ses jouissances voilées pour faire valoir plus
sûrement les joies
contemplatives que l'autre promet; on
obtiendrait ainsi l'effet contraire de celui qu'on cherche. Au


i. Cf. a53 e-a5A b, a55 e sq., a56cd. — L'interprétation à
laquelle je fais allusion est notamment celle de Wilamowitz Platon I 2 ,

p. 468 sq. (cf. p. 44 et saep.). La question serait de savoir si un


grand artiste ne peut peindre avec force que les sentiments qu'il a
lui-même éprouvés et s'il n'est pas capable d'y réussir par l'observa-
tion d'autrui et grâce au pouvoir qu'il possède de faire vivre des
émotions qui ne sont pas les siennes, au point même de sympathiser
avec elles. Dira-t-on que Plaute ou Molière ou Balzac doivent avoir
été eux-mêmes des avares pour avoir pu peindre l'avarice comme ils

ont fait ? Peut-être plus sage de voir ce qui est, que d'ériger en
est-il

fait ce qu'on ignore totalement. Or ce qui est, c'est la condamnation

par Platon de pratiques dont il avait autour de lui d'innombrables


exemples et dont la psychologie spéciale était pour lui d'un si grand
intérêt. Que cette condamnation provienne d'un repentir et manifeste
un triomphe de la volonté, c'est une chose que sans doute nous ne
saurons jamais. Cf. p. c sqq. et Banquet, Notice p. xliv sqq.
NOTICE cxli

surplus, à la peinture passionnée d'un amour sensuel per-


verti, Platon ne manque pas d'entremêler des traits où se
marque la réprobation : au milieu des pires emportements
de passion surgissent dans l'âme du coursier docile ou dans
la

celle du cocher des sentiments de honte, de


respect, de
pudeur (254 a-e, 256 a).
Dès lors, on le comprend, il n'y a plus place dans le
Phèdre pour une discipline progressive de l'amour conçue
comme une méthode particulière, ainsi que cela se voyait
dans le Banquet. Ce que Platon cherche maintenant à créer,
c'est une nouvelle « psychagogie », une méthode philoso-

phique générale pour conduire les âmes par la vérité à la


vérité, en opposition à la fausse « psychagogie » des rhéteurs,
qui ne vise qu'à la persuasion par la vraisemblance. C'est
dans le même esprit que sont précisées certaines suggestions
du Banquet il y était question de l'éloquence que déploient
:

l'homme né pour être un éducateur ou celui qui montre à


gravir les échelons de l'amour (209 c; 210 a, c). A la fin du
Phèdre cette idée se définit dans une apologie fervente de la
parole de vérité, celle où s'exprime la vie d'une âme soucieuse
de déposer des semences choisies dans des âmes aptes à les
recevoir, préparées à cette fin et dans lesquelles ces semences
puissent fructifier, pour se resemer à leur tour dans d'autres
âmes ainsi une existence impérissable sera assurée à l'âme
;

même dont la pensée leur adonné la vie (276 b, e sq., 277 e-


278 b). On pouvait deviner dans le Banquet que Platon
songeait au lien d'amour qui doit dans son École unir les
disciples au maître qui les guide. Ici on voit ce qu'il espère :

c'est la
pérennité de l'action que son enseignement a exercée
sur les âmes qu'il a lui-même conquises en les aimant et en
s'en faisant aimer.
En résumé, si sur la doctrine de l'amour le Phèdre n'ap-
porte rien qui soit à proprement parler nouveau, en revanche
qu'il y a incorporé une théorie
il l'a transformée du fait de
l'âme, dont le retentissement esl profond sur l'ensemble de
sa [Link] raison en est, je crois, celle que j'ai déjà
indiquée (cf. p. c sqq.): dans le Phèdre, au lieu d'envi-
sager l'amour dans son essence et de transfigurer la mytho-
logie, il a voulu surtout y voir le drame intérieur de l'âme
tout entière, avec la diversité des motifs et des mobiles qui,
en elle, s'unissent à la pensée réfléchie, avec toutes les péri-
cxlii PHÈDRE
péties qui en résultent et les dénouements auxquels elles
conduisent.

VI

RHÉTORIQUE ET DIALECTIQUE

Si l'on voulait donner à cette section tout le développe-


ment qu'elle comporte, prendrait dans la Notice, si
elle

longue déjà, une place démesurée Pour le but qu'on s'y


1
.

il suffira de définir, avec autant de


propose, précision qu'on
pourra, la position que Platon a adoptée dans le Phèdre
envers la rhétorique en général, et de signaler quelles diffi-
cultés on rencontre dès qu'il s'agit de déterminer son altitude
envers tel ou tel rhéteur en particulier. Au reste, l'objet du
débat est clairement marqué par Socrate (266 b cf. 269 b);
:

la discipline qu'il enseigne, «


jusqu'à présent, en tout cas »,
il
l'appelle dialectique quel nom faut-il pour le présent
;

donner à l'enseignement de l'art oratoire? Si ce n'est même


pas un art, comme on l'a déjà prouvé (262 c), à plus forte
raison pourra-t-on penser qu'il n'y a pas non plus de disci-

pline qui l'enseigne. Phèdre en conclut qu'il reste, par


conséquent, à définir la
rhétorique comme objet distinct
d'étude. Est-ce donc à dire, demande alors Socrate, qu'elle
existerait comme discipline technique, à part de la dialec-

tique? Tout entrelacées qu'elles sont, les grandes lignes d'un


plan se dessinent pourtant ici i°
critique de la rhétorique
:

de fait, dans ses productions et dans son enseignement ;


2 détermination idéale d'une rhétorique de droit, qui se fon-
derait sur là dialectique ; 3° caractère de la dialectique en
tant que propre à fonder cette nouvelle rhétorique.

Critique de la rhétorique existante.


I. —
Pour montrer
à quel point sont injustifiées les prétentions de la rhétorique
à se dire un art, Platon se place, comme on vient de le

1. Sur la question, voir O. Navarre Essai sur la Rhétorique grecque

avant Aristote 1900 (thèse Paris); E. Drerup, die Anfânge der rhetor.
.

Kunstprosa (Jahrb.f. class.


Philologie, Supplem.-bd 27, 1902, p. 218-
35 1); H. Gomperz, Isokrates und die Sokratik (Wiener Stud. vol. 28,
1906, p. i-4î); W. Sùss, Ethos, Studien z. âlteren Rhelorik, 19 10, etc.
NOTICE cxliii

noter, à un double point de vue, celui des œuvres et


celui de la
discipline par laquelle ce soi-disant art serait
communicable.
Le premier point de vue apparaît lorsque,
a P res I e second discours de Socrate, est
la loaoararihie
introduite, avec la
supposition que
Lysias écrira une réplique, la notion capitale de « logo-
graphie ». C'est d'autre part sur cette notion que s'achèvera
qu'est-ce en effet, à la fin du
l'examen de la rhétorique :

Phèdre, que l'apologie de l'enseignement vivant sinon une


condamnation de la
composition oratoire écrite ? Mais, au
lieu de prendre le terme dans son sens usuel et concernant
spécialement la composition des plaidoyers, Platon le géné-
ralise (p. 56 n.
2) légitimement, il signifie en effet l'acte
:

d'écrire des discours. Peu


importe que l'objet n'en ait rien de
juridique, qu'il s'agisse par exemple de proposer ou d'édicter
une loi, et même simplement de défendre une thèse spécu-
lative ou de la combattre; la forme littéraire,
que ce soit de
la
prose ou des vers, n'est pas moins indifférente par rapport
au caractère de l'œuvre (a58 d fin 277 e fin; 278 c, e).
;

Aussi a-t-on grand tort de mépriser ou de suspecter la « logo-


graphie » en raison de son application professionnelle: le
jugement qu'on portera sur ce qu'elle vaut doit rester indé-
pendant du fait qu'elle est, ou le métier des avocats qui
écrivent pour les plaideurs, ou celui des Sophistes qui
écrivent pour mettre en évidence (genre épidictique) leur
talent de professeurs (257 c-258 d cf. 261 a-e, 278bc).
;

Ce qui par contre constituera pour la « logographie » un
vice essentiel et
justement condamnable, c'est qu'elle fasse
fi de la
rapport au sujet qu'elle traite
vérité par qu'au ;

contraire elle soit uniquement soucieuse de l'opinion de ceux


à qui elle s'adresse, soit pour la flatter en s'y conformant,
soit pour la séduire. Quand en effet l'art dont elle
procède
se donne pour une a
psychagogie », pour un art de mener
les âmes, le seul
objet qu'en cela il ait en vue est la per-
suasion. Or, si celle-ci ne se rapporte
pas à la vérité, elle ne
peut être qu'un artifice pour faire croire, en abusant de
certaines similitudes, que ceci est cela et, aussi bien, le
contraire. Toujours, en effet, et de la soit le sujet
quel que
composition oratoire, celle-ci se présente comme une opposi-
tion de thèses: c'est donc une controverse ou a
antilogie »,
cxliv PHÈDRE
dans laquelle une des deux parties en présence cherche à
persuader lecteur ou auditeur, pour faire triompher la thèse
qu'elle défend. En vue d'y réussir, on s'appliquera d'abord
à dissimuler aux yeux de ceux-ci l'ambiguïté de ce qui est en
cause et, au lieu de se mettre là-dessus d'accord avec eux, à
les empêcher au contraire de s'en faire une idée nette, à
éviter soi-même de le définir préalablement ;
d'un autre
côté, on fera en sorte de si bien embrouiller les choses en les

jetant toutes pêle-mêle que, faute de pouvoir s'y reconnaître,


ils
passeront à leur insu de la réalité à son contraire. C'est de
quoi justement témoigne à merveille le discours de Lysias.
Mais si, pareil au rhapsode, on débite ainsi des choses dont
on n'a pas auparavant examiné si elles sont vraies, comment
ne se laissera-t-on pas prendre soi-même au piège de l'illu-
sion dont on cherche à duper autrui? La conclusion, c'est

que, sans la connaissance du vrai, la composition oratoire ne


peut obéir qu'à de mystérieuses « nécessités logographiques » ;

qu'il n'y a là par conséquent qu'une routine misérable et un


tour d'adresse qui n'est pas transmissible (a58 e-26/ie; cf.
273 d, 277 e fin).
_ . Mais précisément
r ce qu'assure
* la rhéto-
Enseignement. .
, , ,,, ,, , ,
.

rique, c est qu elle serait une technique


pouvant être enseignée et acquise sans qu'on eût aucune
connaissance du vrai. Voici donc le second point de vue:
comment enseignerait-on un art dont on vient de dire qu'il
n'en est pas un ? Or c'est un fait (266 d-267 e) qu'il y a des
traités de
rhétorique qui contiennent, dit-on, une foule de
merveilles, et qu'il y a des écoles où se donne cet enseigne-
ment (266 d; 269c; 271 c déb., e; 272c). C'est un fait
aussi qu'il y a eu, qu'il y a des maîtres qui ont acquis une

grande renommée et qui se font payer très cher (266 c), si


soucieux d'ailleurs de graver leurs préceptes dans l'esprit des
élèves qu'ils ne
dédaignent pas de les consigner en vers
mnémotechniques (267 a). Mais, au vrai, que renferment
ces traités et
qu'apprend-on de ces maîtres dans leurs
écoles? Rien de
plus que des expédients qui ont réussi en
diverses occasions et dont on donne la formule (p/r^ct,

figure); ou bien des «lieux communs», développements


passe-partout qui serviront à n'importe quel sujet ;
ou bien
enfin des conseils et des n'ont rapport qu'à la
règles qui
forme littéraire, soit au style, soit au vocabulaire.
NOTICE cilv

Or ce qui fait l'orgueil des maîtres, ce sont les découvertes


dont ils accroissent un si précieux trésor. Platon ne s'attache
et il se borne à en donner
pas à en détailler les richesses
quelques échantillons. On enseigne à choisir ses mots, à les
ébarber pour qu'ils soient bien nets, ou à les ciseler ; on
recommande au prosateur d'éviter les termes poétiques
(234 c, e; 207 a) on donne des conseils pour la correction
;

ou pour l'élégance de la langue (267 c) redoubler le mot ;

qu'on vient de dire est un moyen d'exciter l'attention


*
il
y ;

a un style doctoral y a un style imagé et


et sententieux, il

métaphorique (ibid. et 269 a), qu'on apprendra à employer


selon les cas on dira comment s'y prendre pour être tantôt
;

sobre et tantôt copieux (267 b, 268 c, 269 a, 272 a cf. a35 a). ;

Du maître l'élève reçoit en outre une sorte de patron d'après


lequel il construira mécaniquement n'importe quel discours,
soit devant l'Assemblée, soit au tribunal, et qu'il s'agisse
d'accuser ou bien de défendre exorde ou préambule, expo- :

sition des faits ou narration, production des témoignages,


indicesou présomptions, puis la preuve à laquelle s'ajoutera
au besoin le complément de preuve, enfin ce que les uns
nomment le résumé, d'autres la récapitulation, et qui consiste
à rappeler les points principaux du discours (266 e sq. ;

c à cela toutes les roueries de


267 272; Ajoutez a, e).

métier, dont l'expérience du maître est à même de garantir


le succès au lieu de louer ou de blâmer ouvertement, le
:

faire d'une façon détournée et pratiquer l'insinuation


(267 a) faire naître le soupçon par une adroite calomnie
;

(ibid. d) exciter ou apaiser tour à tour les fureurs d'une


;

foule (267 cd, c, 272 a); l'apitoyer et lui arracher des


268
larmes (ibid.). En
enseignant aux élèves tous ces «moyens»,
on leur inculque en outre la conviction que l'unique ressort
en est, non pas la vérité, mais la probabilité et la vraisem-
blance « le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable »,
:

gardez-vous donc alors de dire le vrai si vous voulez qu'on


vous croie (266e sq., 272 d-273 d). Quant à la matière à
laquelle s'appliqueront ces divers artifices, elle consiste
en
des thèmes, dûment catalogués, qui appartiennent à la

1. Platon s'amuse à user de ce procédé dans le passage, plein de

verve, qui précède la palinodie « Epouvantable, Phèdre, épouvan-


:

table est le discours... » (a/Js d).


cxlvi PHÈDRE
réflexion la plus commune et dont chacun donne lieu à une
antithèse facile richesse et pauvreté, jeunesse et vieillesse,
:

passion brûlante et froid calcul, amour et amitié, etc. (par ex.

237 cd, 235 e, 267 c).


Certes, il est impossible de méconnaître
la nécessité de
tels développements ce :

seraitrenoncer à dire sur chaque sujet ce qu'il appelle natu-


rellement. Mais ce qu'on reprochera à l'enseignement rhéto-

rique, c'est devoir là-dedans le domaine privilégié de l'inven-


tion ce n'est pas être original que de prendre sur tout
:

sujet le contre-pied de ce
qui est raisonnable et de se
complaire aux paradoxes. Gonfler de petits sujets pour les
faire paraître grands, évider les grands pour qu'ils semblent

petits, faire du vieux avec du neuf ou du neuf avec


du vieux,
rien de tout cela non plus n'est inventer c'est seulement ;

donner à des banalités un


arrangement tant qu'on
certain :

s'en tient à des thèmes inévitables, mais rebattus, il n'y a

pas place pour l'invention, et c'est là justement quelque


chose qui ne se laisse pas formuler en précepte, mais un
don de nature (236 a, 267 ab, 268 c). A la vérité, quand les
rhéteurs énoncent à quelles conditions on peut, à leur école,
devenir un bon orateur, ils ne manquent pas de joindre les
dons naturels à l'instruction et à l'exercice (269 d) en quoi :

ils ne se
trompent pas. Ce n'est pas toutefois par leurs
méthodes que cela se fera la façon superficielle dont ils
:

comprennent l'instruction et le savoir fait que les dons


naturels ne signifient plus qu'une agile dextérité dans l'usage
des artifices qu'ils ont enseignés, et les exercices par lesquels
ils
prétendent la faire acquérir ne sont qu'une parodie de
culture. Pour atteindre le but ils se flattent d'avoir trouvé
la voie la
plus courte et la moins pénible (272 d)
mais la ;

vérité est que leurs élèves n'apprennent d'eux que l'ABC


d'un art, et qu'eux-mêmes d'ailleurs, à moins de supposer
qu'ils en gardent perfidement le secret, ils ne possèdent pas
l'art
qu'ils enseignent. Affaire donc au disciple,
une fois
achevé son cours d'études, de se débrouiller tout seul en
face des réalités, d'organiser son discours par rapport aux

conjonctures et d'apprécier les questions d'opportunité! Au


lieud'une base solide de la pratique, tout ce qu'ils lui ont
donné ce sont des « corrigés » ces misérables modèles, tout
:

pleins d'artifice et de convention, n'ayant hors d'eux-mêmes


NOTICE cxlvii

nulle raison d'être, que sont leurs discours « épidictiques ».


Quant à lui, il les apprendra par cœur ou bien il s'essaiera
à les reconstituer d'après un canevas : ce qui est précisément,
au début du dialogue, l'occupation à laquelle se livre Phèdre
sur VÉrôlicos écrit par Lysias (269 bc; cf. 368 b sqq., 271 bc,
e sq., 277 c, 278 b-e et, d'autre part, 228 a, c-e voir p. xxvn ;

n. 1 et p. xLvin n. 1).
Ainsi donc, ni par leurs œuvres, ni par leur enseignement
les maîtres de rhétorique ne manifestent qu'il existe en fait
un art rhétorique fondé sur un savoir défini, comportant
des règles précises, capable enfin d'être enseigné. S'il doit y
avoir un tel art de la parole, c'est d'un autre côté qu'il
faudra le chercher et c'est par d'autres voies qu'on pourra
l'atteindre (269 cd, cf. 271 a).

II. Plan d'une rhétorique nouvelle. — Or cet art, on


a pressentiment, solennellement affirmé, qu'il existe en
le
droit qu'un imposteur en a usurpé la place qu'il n'a qu'à
; ;

faire valoir ses titres, à prouver qu'il est la rhétorique dont


une philosophie authentique serait le fondement (267 e sq. ,

cf.257 b et 276 e fin).


Comme
c'est en effet pour
r la parole sa
r
Son objet. c , , , . .

fonction propre de conduire les âmes,


d'être une « psychagogie », on dira que l'âme est l'objet pro-

pre de la vraie rhétorique (271 c). Mais, tandis que l'autre


se fonde sur la pure vraisemblance et emploie l'illusion à
persuasion, celle-ci entend n'appuyer sa
la «
produire psy-
chagogie » que sur la connaissance de la vérité de tout sujet
auquel s'appliquera le discours (269 e, cf. 260 e fin). A
l'égard de son objet, l'âme, elle se comportera donc comme
le fait la médecine à
l'égard du sien, qui est le corps (270 b,
a-c), comme du reste se comporte
cf. 268 tout art digne de
ce nom, soit qu'il
produise une œuvre, soit qu'il enseigne à
autrui la manière de s'y prendre (270 d déb.). Aussi
commencera-t-elle par analyser la nature de son objet c'est :

ce qu'a fait Socrate quand il a voulu prouver dans son second


discours que le plus beau de tous les délires est celui qui
est inspiré par l'amour (cf. 2^5c-24gd). D'abord, l'objet
simple ou ne l'est-il pas? S'il l'est, quelle est sa pro-
est -il

priété, soit à titre d'agent, soit à titre de patient ? S'il est


composé, quelles sont les natures simples dont il est formé?
cxlviii PHÈDRE
Une fois
qu'on les aura dénombrées, on se posera à propos
de chacune les mêmes questions qu'on se serait posées à
propos de l'objet s'il avait été simple. Voilà donc ce que
commencera par faire la rhétorique à propos de l'âme, son
cf.
objet (2700-2718, 277 b).
Mais est-il possible de se faire une idée
S
suffisante de la nature de l'âme indé-
domainp
pendamment de la nature du Tout?
Non, le dire
si
d'Hippocrate est vrai, et que ce soit impossi-
ble même en ce qui concerne seulement le corps C'est 1
.

qu'en effet, ainsi que Platon vient de le montrer (269e sq.),


tout art important, c'est-à-dire sans doute tout art qui n'est

pas un métier manuel, exige en quelque sorte de se dépasser


lui-même autrement, il est impossible d'en comprendre la
:

portée et les relations. L'éloquence de Périclès a dû beau-


coup au hasard qui sur sa route mit Anaxagore, savant et
philosophe. Si donc la rhétorique veut être un art qui
compte, il faut qu'elle ne s'enferme pas dans le cadre de sa
spécialité, il faut qu'elle ait la tête en l'air, qu'elle ne crai-
gne pas de jeter les regards au delà de son horizon borné
(cf. p. cxvi).
On voit à quel point tout cela est loin de la
rhétorique usuelle, qui ne songe qu'à grossir ce fatras de
procédés et de formules dont est faite sa routine.

Ce n'est
pas cependant la seule signification qu'il y ait lieu de don-
ner à cette remarque incidente le passage sur Périclès et
;

Anaxagore n'est pas non plus le seul qui l'éclairé. Doutera-


t-on en effet que le second discours de Socrate, cet hymne et

mythologique d'où n'est pas absente la force persuasive


»

(265 bc), soit un échantillon de la vraie rhétorique, de celle


qui se fonde sur la philosophie ? Or l'âme n'y est pas conçue
seulement comme individuelle, ce qui est le cas quand il
s'agit de celles de chacun des astres-dieux,
ou encore à pro-

1 . Pour savoir à quel point ce passage a embarrassé et divisé le»

érudits, on n'a qu'à lire la très intéressante revue qu'a faite À. Diès
de ces discussions (en 191 2) et qu'il a réimprimée dans le vol. I de
Autour de Platon (p. 3o-45). On comprendra que je ne puisse m'ar-
rèter sur ce problème, dont tant d'efforts divergents semblent
prouver qu'il est actuellement insoluble. Au surplus, si l'impor-
tance en est peut-être grande pour la question hippocratique, il n'en
est pas de même en ce qui concerne l'intelligence de la pensée

exprimée par le Phèdre.


NOTICE cxlix

pos de nos âmes humaines elle est conçue essentiellement


;

comme universelle, attendu qu'elle est, en tant qu'automo-


trice, le principe premier du mouvement et de l'ordre des
mouvements dans l'univers. Une parenté réelle existe donc
entre la combinaison et du du mythique
logique qu'on
trouve, concernant l'âme, dans ce morceau central du Phè-
dre, et une semblable combinaison dans le Timée, embras-
sant à la fois et l'âme et laNature. Le Phèdre ne prétendait
donner qu'une « image » de la nature de l'âme, rien de plus
qu'une façon vraisemblable de se lareprésenter (246 a) ;
un
c'était là divertissement et un jeu (a65 c, cf. 262 d déb.).
De même, à des exigences préliminaires de la raison le
Timée combine un mythe simplement vraisemblable (27 d-
29 d, 68 d) en le faisant on se livre à un divertissement, à
;

un jeu (59 cd, 72 de). Ainsi tout ce qui constitue la partie


mythique de ce dialogue, c'est-à-dire presque tout, serait un
exemple de ce que réclame le Phèdre une extension à la :

Nature et au Tout de la rhétorique philosophique, en tant


précisément qu'elle est une « psychagogie » et que l'âme est
son objet.
_ ,. Mais la connaissance vraie de son obiet,
Ses conditions.
.

...
1 ame, n
, ,, ni,.
est pour cette nouvelle rhéto-

rique que la première de ses conditions. La seconde est


qu'elle dise au moyen de quoi l'âme agit ou pâtit et de
quelle façon il lui est propre d'agir ou de pâtir (271 a). Cette
condition est la même que pour le vrai médecin à l'égard de
son objet il doit savoir
:
par quels effets se manifeste la
nature du corps tant qu'elle n'est pas pervertie par quelque
désordre et, d'autre part, à la fois quelles causes troublent
cette nature et
quelles causes, neutralisant les précédentes,
rétablissent en elle santé et vigueur ; drogues ou régime et
exercices sont à leur tour des causes qui, déterminées par
lui, serviront à conserver la santé ou à la restaurer par une
action appropriée. De même en est-il pour l'âme : si ce par

quoi elle agit ou ce qui agit sur elle ce sont des discours et
des pratiques, de telles causes ou de tels effets sont assortis
à sa nature tous les mouvements d'ordre physique qui consti-
:

tuent nos actions résultent en effet de ces mouvements,


d'ordre moral qui, comme on l'a vu, sont les mouvements
propres de l'âme (270 b cf.
p. cxxi). Ainsi donc, dans
;

le cas
qui nous occupe, ce par quoi une âme agit sur une
cl PHÈDRE
autre âme ou
pâtit de la part d'une autre, ce sont des dis-
cours par la force persuasive desquels elle sera amenée à
telles façons de penser et de se conduire qui soient, en

effet, ce qu'elles doivent être (270 b, 271 a déb. cf.


Banquet ;

209 b fin sq., 210 bc).


La troisième condition est celle qui concerne le plus immé-
diatement la pratique. Elle comporte deux moments, dont
le premier se
rapporte peut-être à l'une et à l'autre, respec-
tivement, des deux premières conditions (cf. 270 d 6).
D'une part en effet il s'agit alors de dénombrer et de décrire
des espèces d'âme or, après le second discours, on sait que
;

l'âme est une chose composée, de sorte qu'il y aura nécessai-


rement une diversité dans le rapport des éléments qui, dans
chaque cas singulier, forment ce composé d'où une classi- ;

fication des « caractères», fondée sur un principe analogue


à celui
qui, en médecine, est à la base de la classification des
a
tempéraments». D'autre part il y a lieu de procéder à un
semblable dénombrement et classement des différentes sortes
de discours, chacune étant affectée de sa détermination
caractéristique
1
.
— Une fois dénombrées et classées les

1. Il semble difficile
que cette classification des discours puisse
ressembler à celle des rhéteurs : discours concis ou abondants, qui
excitent la pitié ou bien la fureur, etc. Hermias (2^7, 29 sq.) parle de
discours démonstratifs ou sophistiques, abondants ou secs ce qui :

n'est guère plus vraisemblable. L'indication donnée par Platon,

277 c déb., discours variés ou simples selon la qualité de l'âme, est


une indication bien générale. Elle suggère cependant l'idée qu'il y a
des discours dont le ton est uniforme, par exemple entièrement

dialectiques et démonstratifs, comme l'a été dans la Palinodie la


preuve de l'immortalité ; d'autres où la poésie du mythe et l'analyse
psychologique se mêlent à la dialectique et à la démonstration,
comme l'est le tout de la Palinodie, qui précisément a été définie
comme un mélange (265 b fin). On peut du reste préciser encore
cette indication en considérant que genres de l'âme auxquels
les divers
doivent correspondre les différentes sortes du discours sont déter-
minés, semble-t-il, par la prédominance en elle de tel ou tel de ses
composants. Ainsi, à une âme où domine l'intelligence on parlera la
langue de la démonstration les encouragements conviendront à
;

celle qui, capable d'entendre la voix de la raison, est plutôt caracté-


risée par la noblesse instinctive de ses sentiments ; la remontrance
conviendra au contraire à l'égard d'une âme en qui dominent la
passion et la démesure qui en est l'accompagnement. Ce que dit
NOTICE cli

différentes espèces d'âmes et les différentes espècesde discours,


il
n'y a plus qu'à mettre en parallèle ces deux classifications.
C'est le second moment il consiste à reconnaître quels
:

rapports de causalité lient, chacune à chacune, les espèces


de ces deux séries. Voilà qui constitue une pratique vérita-
ble, car on sait alors ce qu'il faut dire à telle âme
pour pro-
duire en elle telle conviction dont elle a besoin et
qu'on
souhaite pour elle (271b, d-272a, 277c déb., 278d fin).
C'est alors seulement qu'on est, de façon authentique, un
orateur ou un professeur de l'art de parler. Faute d'un tel
savoir en ce qui regarde le corps, n'est-on pas incapable
d'exercer ou d'enseigner la médecine? Quand au contraire
on sait cela, on sait donc aussi l'opportunité et l'inopportunité
(eùxaupt'a, àxatpt'a), soit d'appliquer tel discours, soit d'appli-
quer tel remède.
Telles sont les trois conditions d'un
Son fondement. „ . , , .
. .

usage et a un enseignement légitimes


de l'art de
parler. Elles sont incomparablement plus efficaces
que ces trois autres conditions traditionnelles dont
s'accommodent les rhéteurs et qui, nécessaires sans doute,
demeurent cependant indéterminées. Or ce qui fait qu'on
ne s'en est pas contenté, ce qui a permis d'y substituer des
conditions capables de produire à coup sur l'effet que l'on
cherche, c'est la connaissance de la dialectique autrement, ;

la
rhétorique n'a d'autre base qu'une aptitude aventureuse à
conjecturer, à laquelle on se flatte de donner par l'exercice
une sûreté qu'elle ne peut avoir 2 Que dans cette direction
.

Socrate à Calliclès dans le Gorgias, 5o6 c sqq., serait un échantillon


de ce dernier genre de discours et nous en aurions de même un
canevas dans Pliédon 9,4 d.. A.u surplus le Phêdon tout entier serait
un très bon
exemple de cette variété dans le discours tour à tour :

on y trouve le plaidoyer, la confidence historique, le sermon réconfor-


tant à l'adresse de ceux qui n'ont pas la foi, 1' « élévation », la
démonstration dialectique, l'apologue, et, selon que
le mythe ;

Socrate parle à Simmias ou à Gébès, on sent qu'il mesure le ton


sur la qualité différente de leurs âmes (Notice du Phédon, p. xvi).
I. Cf. p. cxlvi. Voir sur ce point Paul
Shorey, <î>udtç, u.sXsT7),
stc a tt| txTj dans les Transactions
t
of the American philological Asso-
ciation, vol. XL, 1910, p. i85-200.
Cf. Gorgias 463 a (à comparer avec
a. Phèdre 260 e et surtout
avec Philebe 55 e sq., 57 e sq., 58 a-5p, c) si la dialectique est
:
pour
cm PHÈDRE
laroute soit longue et pleine de circuits, il n'importe si elle
doitmener certainement au but, au lieu d'être un tâton-
nement d'aveugle et de n'y conduire que par l'effet d'une
heureuse fortune (272 c déb. d; 270 de). Quant au but, il
,

est connu c'est une « psychagogie » légitime. Les caractères


:

du discours qui la constituent attestent assez que ce but est


atteint. Ce discours en effet n'aborde pas le sujet avant de
savoir s'il ne recèle aucune ambiguïté il définit exactement ;

la question (cf. a65 d) il n'en


poursuit l'analyse qu'après
;

s'être assuré que ceux qui l'écoutent sont là-dessus


d'accord avec lui il déduit avec ordre et en accord
;

avec lui-même (ibid.) tout ce qui résulte de la définition


ainsi posée et acceptée; bref il ressemble à un être vivant

qui a son corps à lui et dont toutes les parties sont réelle-
ment solidaires les unes des autres comme de l'ensemble
(a63 a-c, 264
269 c, c, 277 bc ;
[Link] 287 b-d, 238esqq.).
plus, en suivant cette « méthode », autrement dit cette
route, on donne à l'âme une véritable culture surtout à ;

condition de renoncer, sinon en vue de la satisfaction d'avoir


fixé ses méditations passées, à la vanité d'immobiliser la vie
du discours dans une composition écrite à condition de le ;

considérer au contraire comme une semence vivante qui,


semée dans une âme propre à la recevoir, y germera pour
produire ses fruits et ainsi, indéfiniment, ensemencer
d'autres âmes. On voit ainsi quel est l'aboutissement de la
route par laquelle nous mène la rhétorique philosophique,
art de parler et de penser (266 b) c'est l'enseignement, :

mais non pas un enseignement figé et dogmatique c'est au ;

contraire celui qui suppose la recherche en commun et un


effort vers la vérité, qui est dans l'esprit du disciple aussi
vivant et aussi fécond qu'il l'est dans l'esprit du maître.
C'est qu'en effet, comme on l'a vu (cf. p. cxli), les liens
d'un amour inspiré les unissent l'un à l'autre.

III. La dialectique. — Le fondement de la rhétorique

l'exactitude au sommet de la hiérarchie des arts, il


y en a cependant
qui, au moins sous ce rapport, en approchent à des degrés divers,
soit dans une certaine façon de les pratiquer, soit par une de leurs
subdivisions ; mais la rhétorique n'est aucun de ces arts, telle que

Gorgias la conçoit, et, quoi qu'il en dise, elle ne peut donc être le
premier de tous.
NOTICE cliii

philosophique, c'est donc la


dialectique. De fait, dans ce
Phèdre dont l'examen de rhétorique constitue le cadre,
la
se trouve la description la plus élaborée et la plus précise

que Platon ait jamais donnée de sa méthode, celle qui selon


toute vraisemblance correspond au dernier stade de l'évolu-
tion de sa pensée.
... Parmi
les traits qui la caractérisent, il

y en a plusieurs que nous avons déjà


rencontrés et qu'il suffira de rappeler accord mutuel des
:

interlocuteurs ou, ici, des auditeurs avec l'orateur sur la


chose qui est en question recherche d'une définition de cette
;

chose dans l'universalité de son essence, mais sans en négliger


les espèces, la considération des espèces étant justement, ou
bien ce qui nous fait apercevoir les différences qui, progres-
sivement éliminées, laisseront comme résidu l'essence géné-
rique, ou bien ce qui nous aide à reconnaître que l'essence
en cause a vraiment la généralité que nous lui avons attribuée ;
enfin existence réelle et substantielle de l'objet de ces notions,

indépendamment des choses sensibles où elles sont d'une


certaine façon immanentes et qu'elles dénomment, indépen-
damment aussi de l'aspect purement logique sous lequel la

pensée conçoit ces notions. Or l'affirmation de la transcen-


dance de ces a Idées » est dans le Phèdre
plus décidée que
nulle part ailleurs. Qu'elle s'exprime sous la forme mythique
du «lieu supra-céleste », cela ne peut s'interpréter, semble-
t-il, que comme un indice de l'intention chez Platon de
dissiper toute incertitude à ce sujet *. Mais il
y a en outre
dans le Phèdre un exposé, qui y est même par deux fois repris,
d'un certain aspect de la méthode sur lequel Platon n'avait
pas jusqu'alors explicité sa pensée. Peut-être cet aspect était-
il
impliqué dans d'autres exposés, dans le Phédon par exemple
(101 e déb.) ou surtout dans la République (VI 5n bc cf. ;

V 454 a)- Mais Platon insistait alors principalement sur le


mouvement ascendant de sa dialectique, celui qui doit abou-
tir à un terme inconditionnel ou non
dépendant (l'âvintdôeTov),

1. Cf. p. lxxxiv sq. — Parménide est antérieur au Phèdre,


Si le
ceci donnerait à penser que du début contre la séparation
la critique
des Idées (i3o b sqq.) est tenue pour négligeable; ce qui a encore
besoin d'être expliqué, la seconde partie le suggérait, c'est la liaison
de ces Idées séparées avec ce qui en dépend et entre elles.
cliv PHÈDRE
et le mouvement de descente, s'il
y était fait allusion,
n'appa-
raissait que comme un complément de l'autre. Iciau contraire
ildevient, sous le nom de « division», le procédé essentiel de
la dialectique, sans lequel celle-ci ne serait, comme dit le
Parménide (i3o ab), qu'un élan enthousiaste vers l'intelligi-
bilité pure. Or ce n'est pas tout de s'envoler ainsi vers les
hauteurs les plus sublimes ; il faut en outre être capable de
redescendre ensuite jusqu'au point d'où l'on a pris son vol.
_ ,,, D'après
r le Phèdre (260 a-266 c, 273 e
Deux procédés. ,,, N ,> ,
'
. . .

deb., 277 b), la dialectique comporte


deux démarches, dont chacune a une fonction qu'il s'agit de
déterminer techniquement, c'est-à-dire comme procédé d'une
mélhode. Le premier procédé consiste à rassembler (eruvayorpi)
ce qui est dispersé un peu partout, en l'embrassant d'un coup
d'oeil (cf. p. 72 n. 1), et à ramener ainsi cette multiplicité
éparse à l'unité d'une forme ou, comme nous disons, d'une
Idée qui soit précisément l'unité naturelle de cette multipli-
. Le but de cette
l
cité première démarche, que précédemment
Platon a fondée sur la réminiscence (2/49 bc), est de définir
en son essence l'objet que l'on considère c'est ainsi que le :

premier soin de Socrate, en reprenant le thème de Lysias, a


été de définir l'amour dans l'unité totale de son essence (263

1. Platon dit tour à tour a65 d 3


tju'a t'SIa, e 4 sv :i xoivff
etSo;,
366 a 3 rsçuxo; eISo?, b5 8v xai. kr.î rcoXXa keçuxo; e!8oç. Le
Êv...

texte de cette dernière formule est, il est vrai, controversé (p. ^3


n. 1). Si l'on adopte la leçon des mss., dont l'altération s'expliquerait
d'ailleurs aisément, la formule apparaît du même type que la précé-

dente, sauf que Platon cette fois insiste sur ce point que, dans sa
nature, l'unité atteinte doit être précisément l'unité de la multiplicité
considérée. C'est ainsi que paraît avoir compris Hermias (236, 6) :
« ...l'homme qui est capable de poser son regard sur la nature des
choses ».Mais ce qui est à mon sens décisif, c'est la comparaison
avec Philhbe (cf. i5 e)
iôesq. à cet endroit Platon raille «les
:

doctes hommes de ce temps-ci, qui font un comme cela se trouve »,


car c'est un danger de s'élever à une généralité trop ample et qui ne
serait pas de nature à recouvrir (resuxôç £7:1) la multiplicité que seule
on envisage. Il est clair en effet que, si on a commis celte faute
initiale contre la nature des choses, la division fera découvrir des
espèces qui seront prises par erreur pour les espèces du genre, mais
qui en réalité supposent une généralité beaucoup plus élevée et plus
vaste. Cf. p. clvii sq.
NOTICE clv

d déb. ;
cf.
277 b 6 et 262 b fin) ;
il
n'y a pas en effet d'autre
moyen de rester, dans la déduction des conséquences, conséquent
avec soi-même. — La seconde démarche est donc l'inverse de
celle-ci : elle consiste à spécifier l'unité définie dont elle part,
et elle cherche à reconnaître quelles formes sont enveloppées
dans sa nature et dépendent de cette nature ; on découpe
l'unité selon ses articulations naturelles, autrement dit selon
ses espèces 4 L'unité dont il s'agit est en effet comparable à
.

celled'un être vivant le découpage ne doit donc pas se faire


:

à l'aventure, mais selon la division naturelle des membres,


dont l'ensemble solidaire exprime la constitution de cette
individualité vivante. De même que nous y voyons une sem-
blable partie, œil, oreille, bras, jambe exister à droite et
exister à gauche, de même, après avoir dit indistinctement

que l'amour est un délire, nous nous sommes aperçus que,


après avoir dans le premier discours vilipendé l'amour en tant
que délire, on l'a dans le second loué au contraire, et encore
en tant que délire. Or cette façon de passer du blâme à l'éloge
à l'intérieur d'une forme cependant commune (cf. 265 a, c),
est particulièrement instructive. Elle montre que, dans cette
forme commune, il doit y avoir une espèce gauche et une
espèce droite : un délire humain et un délire divin, un amour
qui est une sous-espèce de cette première espèce de délire,
et un autre amour qui est une des formes comprises dans la
seconde espèce. Cette seconde espèce comporte d'ailleurs des
sections, dont tout le monde admet qu'elles en sont des
manifestations particulières (244 a sqq., 265 b) ce qu'il ;

s'agitde faire en établissant que l'amour droit est un amour


inspiré des dieux, c'est d'introduire en elle une subdivision
de plus. Cette spécification, ajoute Platon, devra se poursuivre
jusqu'à ce qu'on ait atteint l'espèce indivisible (277 b) ou, ce
2
qui revient au même, la forme de la chose envisagée car ,

1. Le rapprochement avec Cratyle 387 a, par lequel G. Rodier


(Sur dans Études de philosophie
l'évolution de la dialectique de Platon,

ancienne, p. 6a) veut indiquer que là-dessus le Phèdre n'apporte


aucune nouveauté, est tout extérieur. A cet endroit il est en effet
question, d'une façon très générale, de l'action de couper, puis de
l'action de brûler, mais pour signifier enfin que l'action de nommer
ne peut se faire n'importe comment ni, non plus, à l'aide de n'im-
porte quel instrument.
a. On voit ici assez bien comment se fait le passage de éTBoç, la

IV. 3, —k
clvi PHÈDRE
dans cette forme on n'aperçoit plus de contrariété, donc plus-
de différence pouvant donner lieu à un sectionnement. Elle
est le dernier échelon de la descente.
Ainsi les deux démarches seraient liées comme la montée
et la descente. Mais, comme la montée s'est souvent faite d'un
hond dans la direction de l'unité qu'on suppose être au
sommet et sans tenir compte de tous les degrés qu'il doit y
avoir entre ce sommet et la base à laquelle est accoutumée
notre expérience, rien n'assure que nous ne nous sommes pas-
lancés dans une fausse direction. Il faut donc que, à partir de
notre point d'arrivée, nous cherchions maintenant sous nos
pieds un premier appui, puis un autre après celui-là, et ainsi
de suite jusqu'à ce que nous retrouvions notre base initiale.
C'est à la solidarité même de ces deux démarches que Platon
se dit fermement attaché, à la solidarité du a rassemblement »

qui unifie et de la « division » qui détaille (266 b; cf. 273 e


déb.). Ceux qui sont capables de faire l'une et l'autre sans les
séparer, ceux-là, dit-il (266 c fin et 269 b), à tort ou à raison
« dialecticiens ». La raison de cette
jusqu'ici je les appelle des
dénomination est supposée déjà connue c'est qu'elle se fonde
:

essentiellement sur l'emploi du dialogue on le voit dans le ;

Phèdon (73 a, 75 d, 78 d; cf. p. 12 n. 1 etp. 3i n. 1) quoique


le mot « dialectique » ne soit pas prononcé, mais plus claire-
ment encore dans le Cralyle (390 c ; cf. aussi Ménon 75 d) où
c'est par là
explicitement défini. Que le dialogue
qu'il est
première des deux démarches, les dia-
soit indispensable à la

logues de jeunesse, avec les inductions qui y sont le but


d'une recherche en commun, suffiraient à le prouver. Pour
se convaincre d'autre part qu'il n'est pas moins nécessaire à

nature essentielle de la chose, « forme » ou « Idée », à 6tSoî r


a l'espèce », qui signifie également une détermination formelle,
mais conçue comme dépendant d'une autre forme, moins différenciée
et,par conséquent, plus élevée, le genre. Ajoutons d'ailleurs que,
dans la langue de Platon, le rapport logique de yévo; et de 6i8oç n'est
pas constamment le même que celui, dans nos langues modernes,
des termes genre et espèce ainsi, dans le Timée (57 c, d), il est ques-
:

tion de qui sont des subdivisions de certaines eî'St)


févr\ (genres)
(espèces) langage très naturel si l'on se reporte au sens originaire,
;

car ce sont proprement des Jamilles qui sont issues d'une souche
commune, laquelle est la forme initiale, le type de la race. Cf. Zeller,.
Ph. d. Gr. II 1*, p. 626 n. 1.
NOTICE clvii

la seconde démarche, on n'a qu'à songer au Sophiste et au


Politique.
.L'insistance avec laquelle est soulignée
dans le Phèdre l'importance de la division,
la place
qu'elle tient dans les deux dialogues qu'on vient de
nommer, tout cela suggère qu'en ce point le Phèdre apporte
une vue nouvelle sur la méthode. Le Sophiste (a53 cd 1 ) et le

Politique (280 ab, 287 c) exposent la fonction de ce procédé


presque dans les mêmes termes que le Phèdre. Mais c'est
peut-être le Philèbe, écrit tardif lui aussi, qui commente
avec le plus de précision (i5 c-18 d, surtout 16 c-e) la pensée
de notre dialogue. Enfin le XII e livre des Lois (963 a sqq.,
surtout 964 a, 960 b-d, 966 a) en est encore une illustration
par la façon remarquable dont il applique au problème
moral la méthode de division. —
Un double mouvement de
pensée est envisagé. On
part d'une multiplicité confuse et
indéterminée, mais dans laquelle on a aperçu une certaine
diversité spécifique que signale à notre attention une certaine
contrariété il y a donc là quelque chose qui déjà nous élève
;

au-dessus du point de vue de la perception sensible


2
.
Or, en
essayant de surmonter cette contrariété, on s'élève à une
unité déterminée, définie, et qui doit être assez large pour
envelopper en elle les deux termes de la contrariété en ques-
tion, de sorte que, du point de vue supérieur où on s'est
élevé, celle-ci disparaîtrait. Mais on peut s'être trompé il est ;

possible en effet (cf. p. cliv, n. 1) que cette unité soit trop


étendue, que par conséquent elle ne soit pas l'unité naturelle
dans laquelle se fondra la multiplicité considérée. Il faut
donc revenir sur ses pas, et cela progressivement, en obser-
vant un ordre régulier de consécution et en dénombrant
exactement les étapes. A la place de la multiplicité indéter-
minée du début, on se trouve maintenant en face d'une mul-
tiplicité définie, celle qui est faite de toutes les différences,
différences analogues à la contrariété par laquelle initialement
la réflexion avait été mise en branle,
qui auront successi-
vement été aperçues dans l'unité à laquelle on s'était élevé ;

1. Voir dans l'édition de A. Diès (coll. Budé) les schèmes de divi-


sion, p. 3o6, 307, 3n.
a. Cette idée est mise en bonne lumière par un morceau très
connu de la République VII ôa.'i a-.") 3 5 a, surtout 5a4 a, d.
clvih PHÈDRE
ce sont ces différences qui donneront lieu à constituer des

espèces distinctes. On poursuivra de la sorte jusqu'à ce qu'on


arrive à une « forme » dans l'unité de laquelle on n'apercevra

plus aucune différence qui puisse se définir et donner lieu,


par conséquent, à un progrès dans la spécification c'est l'es- :

pèce indivisible. Au delà, l'unité se perdra dans l'infinité des


existences individuelles, qui ne se distinguent plus les unes
des autres par des caractères définissables et nombrables ;

ainsi donc on en revient, mais par degrés, à la multiplicité


confuse de laquelle on avait dans le premier moment tenté
de s'évader. C'était en effet un essai il fallait en contrôler la
:

valeur, et c'est le rôle de la division celle-ci est donc le


:

procédé capital de la dialectique en tant que méthode de la


science. Du sensible on est allé vers l'intelligible, et c'est par

l'intelligible que l'on revient au sensible; d'un terme à


l'autre la dialectique se meut donc continuellement dans le

plan de l'intelligibilité, et c'est ce que déjà disait la République


(VI 5 1 1 bc) mais sans s'expliquer suffisamment utiliser les :

Idées mêmes, en laissant de côté le sensible, pour aller aux


Idées par le moyen des Idées et, en terminant, aboutir à des
Idées.
. .
quand on dit de la dialectique
Toutefois,
qu'elle est la méthode même du savoir
en tant qu'elle fait place à la division, il faut bien s'entendre.
Cela n'est vrai en effet que d'une aspiration vers le savoir,
avec laquelle la possession même du
savoir ne saurait être
confondue (278 c et cf.
Banquet 2o3 e sq.). Si la division
consiste à déduire le sensible en faisant le compte des inter-
médiaires qui le séparent de l'intelligible, n'est-ce pas le signe
d'une renonciation de l'intelligence, puisqu'en atteignant
l'espèce indivisible elle avoue son impuissance à spécifier
davantage? du sensible n'est peut-être qu'une
L'infinité

complication du défini, c'est-à-dire de l'intelligible, mais c'est


une complication rebelle à toute détermination et devant
laquelle vient échouer l'intelligence humaine. Bref, entre
l'infini et le fini il
n'y a de commune mesure que dans cer-
taines limites. Autrement dit, pour qu'il y ait une « philoso-
phie », un effort vers le savoir
qui ne soit jamais entièrement
ni définitivement satisfait, il faut que toujours de l'infini
subsiste comme tel à titre d'irréductible inintelligibilité. Or
Platon, en nommant dans le Phèdre le « dialecticien », a
NOTICE eux

indiqué que c'était là une dénomination provisoire. Est-ce à


dire que, l'ayant jusqu'alors employée, il veuille désormais y
renoncer? Non sans doute, puisqu'il s'en sert encore comme
d'un terme technique dans le Sophiste, dans le Politique et
dans même du Phèdre qu'elle
le Philèbe. C'est à l'intérieur
est provisoire, et quand il cherche quel nom convient
de fait,
à l'homme qui pratique un art de la parole fondé sur le
savoir, c'est un autre nom qu'il propose, celui de « philo-
sophe » (278 cd). Qu'il y ait à cette substitution un motif
particulier, c'est probable (cf. p. clxx sq.);
ce qui est
certain, c'est qu'il souligne à ce propos l'indication sur
laquelle je viens d'insister. Ainsi, la dialectique serait « philo-
sophie » en tant qu'elle est, comme l'amour, une aspiration
toujours renaissante, un effort vers le savoir et qui se renou-
velle incessamment de même que, de nature, il y a dans
:

l'amour, à côté d'une déficience irrémédiable, un élan inté-


rieur pareillement indéfectible (cf. Banquet 2o3 c-204 b),
ainsi la philosophie, comprise comme elle doit l'être, comme
« la science des hommes libres »
(Sophiste 2Ô3 c), est une chose
vivante et féconde, pour qui les échecs auxquels elle se sait
promise seront toujours la raison de nouveaux efforts. Peut-
être est-ce pour n'avoir pas compris ce lien de l'amour spiri-
tuel et de la philosophie, pour avoir fait de celle-ci une
chose définitive et l'objet d'un enseignement figé, qu'Aristote
a méconnu la dialectique de son maître. Il l'exclut en effet du
nombre des sciences auxquelles, à des degrés divers, il réserve
le nom de «
philosophie ». Dans le groupe des sciences qu'il
nomme a
poétiques qui étudient les conditions de la créa-
» et
tion d'une œuvre depensée, discours ou poème, la dialec-
la

tique représente pour lui la science architectonique : c'est


qu'elle est, dit-il, celle du vraisemblable et du persuasif. Quoi
qu'on puisse dire de l'influence des vues de Platon sur la Rhé-
torique et sur la Poétique d'Aristote, il n'en est pas moins
vrai que, par là, Aristote a
complètement trahi la conception
platonicienne d'un art de parler qui se fonderait sur un savoir
réel, unissant de façon nécessaire à la connaissance du beau
et du vrai celle du juste et du bon.
_ ,_ ,.
peut que cette conception soit chi-
Il se

mérique. Le problème qu'elle pose à


propos de l'art de parler, c'est en somme le problème général
du réalisme et de l'idéalisme dans l'art, et souvent Platon a
clx PHÈDRE
été rendu responsable des vices de l'art idéaliste, de ce qu'il a

Or, ce qu'il a voulu dans le cas dont


d'artificiel et d'abstrait.
l'art de la parole en
il
s'agit, c'est qu'on ne fît pas consister
artifices conventionnels propres à produire l'illusion et à
dénaturer la réalité des valeurs morales ; c'est que, au lieu
de s'appliquer à imiter le travestissement qu'inflige à ces
valeurs une vie sociale corrompue, on fît effort pour en
imiter la réalité vraie, en se donnant toutes les peines ima-
ginables pour la chercher et pour la déterminer par la pensée
avec exactitude. Qui voudrait lui en faire un grief? Il Ta
dit,dans le Phèdre même, avec une force admirable (2^3 esq.) :

il ne s'agit pas de parler de façon à complaire aux préjugés


et aux mensonges de la société dans laquelle nous vivons ;

ce qu'il faut, c'est chercher inlassablement la vérité et avoir


le courage de la dire
par là se justifie la pénible longueur
;

d'un si grand effort, et celui-ci communique aux discours


qui en sont les fruits sensibles la beauté de l'idéal vers lequel
il tendait.

IV. Interprétation historique. —


Quelles que soient les
différences de l'attitude actuelle de Platon à l'encontre de la

rhétorique, comparée à celle que manifestait le Gorgias, c'est


encore une opposition très vive. Ceux qui estiment que dans
le Phèdre elle s'est considérablement atténuée, que Platon y

distingue entre l'École sicilienne et une École attique dont


Gorgias serait le chef et pour laquelle il aurait plus d'indul-
gence, ceux-là n'ont guère d'autre raison de le penser que
le complimentfinal adressé à Isocrate, élève de Gorgias.
Mais justement une question de savoir si c'est bien
c'est
un compliment. Or on ne peut, sans pétition de principe,
juger de l'attitude présente de Platon en se fondant sur un
passage dont l'interprétation est subordonnée à ce jugement
même. Il faudrait en outre savoir de façon certaine si c'est
réellement contre le seul Lysias qu'est menée la bataille.
Par malheur, notre connaissance des milieux littéraires
du iv* siècle n'est ni assez
complète ni assez précise. Faute
de pouvoir établir avec quelque assurance la relation chro-
nologique des œuvres, nous ne pouvons, sans risquer de
nous fourvoyer complètement, faire l'histoire des polémiques
dont ces œuvres portent la trace. Sur ce point encore le
vice des inférences est le même : tantôt on conjecture les
NOTICE ctxi

«dates d'après l'opinion qu'on s'est faite sur le sens de la


polémique, tantôt c'est la date, gratuitement supposée, qui
sert à fonder cette opinion. Une seule chose ici n'est pas
douteuse c'est que la
:
critique de la rhétorique dans le
Phèdre suppose de multiples relations et que l'histoire de
ces relations nous est très mal connue. Peut-être est-il impos-
sible de ne pas en effet mêler
quelque hypothèse à une simple
exposition des données du problème, tel qu'il se présente
dans le Phèdre on laissera du moins à de plus perspicaces
;

le mérite de le résoudre.

Notre dialogue nomme pêle-mêle (266 e-


Les rhéteurs
mentionnés.
n
26 7 c î
en
cf. 261c
j\ j*
d) une dizaine des
j •

maîtres de la rhétorique et, détachés de


cette énumération, Lysias dès le commencement et jusqu'au

voisinage de la fin, Isocrate dans la dernière page seule-


ment, d'une façon d'ailleurs tout à fait imprévue et sans que
jusqu'alors son nom ait été une seule fois prononcé. D'autre
part, cette énumération associe des hommes d'époques très
différentes et dont le rôle dans l'histoire de la rhétorique
n'est, semble-t-il, ni du même ordre, ni de la même impor-
tance : manifestement, c'est l'esprit de la
rhétorique qui
intéresse ici Platon, bien plutôt que la contribution succes-
sive de chacun de ses protagonistes au développement de
l'Art. On peut donc penser qu'il a surtout affaire à la rhéto-
rique telle qu'elle se pratique et s'enseigne au temps où il
écrit et, par conséquent, aux rhéteurs alors les plus en vue.
Souvent il a l'air de n'employer les noms propres que pour
donner à l'argumentation une couleur individuelle ici, c'est :

Lysias ou un autre (258 d, 273 c, 277 d); là, Tisias ou tout


autre (273 c) ; expressions analogues à propos de
ailleurs,
Thrasymaque (266 271a); ou bien encore une citation,
c,

qui sera ensuite déclarée littérale, est cependant introduite


dans les termes les plus généraux, comme représentant le
langage de ceux qui s'occupent de cela (272 esqq., 273 a);
mais une autre, par contre, est un peu plus loin mise expres-
sément au compte de Tisias (273 b c).
Passons à l'examen des noms qui composent l'énumération
même. Pourquoi l'un des premiers est-il celui de Zenon,
« le Palamède d'Élée », le héros subtil à
qui serait due l'in-
•vention de la dialectique ? Difficilement on croira qu'en lui
clxii PHEDRE
Platon voie un représentant de la rhétorique pas davantage,
;

qu'il confonde avec la controverse chicanière et vide des


rhéteurs une dialectique sérieuse, qui s'est mise au service
d'une philosophie qu'il critique sans la repousser tout
entière Zenon, c'est en effet le défenseur du « vénérable »
:

Parménide (cf. Parménide 128 c-e), et ses héritiers, ce sont


ces Socratiques de Mégare pour qui Platon a de l'amitié.
donne cette place, ne serait-ce pas plutôt qu'il songe
S'il lui
à une autre dialectique, la sienne? Mais la dialectique de
Zenon a donné naissance à une éristique, à la dispute philo-
sophique ou à l'escrime rhétorique (par exemple dans l'écrit
de Gorgias Sur le non-être), peut-être même, dans son pays
d'origine, à la chicane judiciaire. Or ce sont des tares

auxquelles sa dialectique échappe, et la rhétorique qu'elle


doit fonder sera d'une autre sorte. —
Ce sont ensuite les pro-
cédés classiques de la rhétorique qui, au hasard de la ren-
contre, lui suggèrent les noms des maîtres (cf. p. 74 n. 2). Or
les uns sont des
Sophistes qui furent rhéteurs, soit qu'ils
appartiennent, comme Protagoras, Prodicus, Hippias, à la
première génération sophistique, ou bien à la seconde,
comme Gorgias 1 Polus ,
2
,
Évènus ;
d'autres sont des spécia-

1. A la vérité, l'activité de Gorgias, sous l'influence, dit-on par-


fois, d'Empédocle, s'était déjà certainement exercée en Sicile avant
son ambassade à Athènes en ^27. Quant à la date de sa mort, pour
la placer en 376 ou 370 comme on le fait d'ordinaire, on s'appuie
sur la tradition qui le fait vivre cent sept, huit ou neuf ans. Ne peut-
on supposer cependant que cette tradition se fonde sur une mauvaise
lecture PZ (107), au lieu de I1Z (87)? Confusion facile si, comme
:

il arrive dans les anciennes écritures, le second


jambage du II était
dans l'original plus court que le premier. La mort de Gorgias se pla-
cerait ainsi aux environs de 3g6. Par suite, on éviterait d'être obligé
de croire que le Gorgias a été écrit alors que vivait encore le grand
Sophiste. Et surtout, cela permettrait d'expliquer que dans le Banquet
(198 c), dont la composition se place sans doute vers 384, Platon
fasse dire à Socrate (par anachronisme, il est vrai, puisque la scène
se place en 4 16) que le discours d'Agathon lui a remis Gorgias en
mémoire et qu'il s'attendait à voir lancer sur son discours futur la
tête même de Gorgias-Gorgone.
2. Je laisse de côté Licymnius. Axistote, qui en outre le nomme
comme poète dithyrambique (Rhet. Illia,i4i36i3 sq.), parle avec
mépris de certaines nouveautés que sa Rhétorique avait introduites
dans la terminologie usuelle (ibid. i3 fin) et note enfin que, d'après
NOTICE GLxin

listesplus déûnis delà pure rhétorique et, particulièrement, de


la technique du plaidoyer, comme Tisias lequel n'a peut-être
pas, autant qu'on le veut parfois, le rôle d'un initiateur *,
Thrasymaque (celui dont le nom revient le plus souvent)
qui était vraisemblablement déjà connu à Athènes avant que
Gorgias y vînt, Théodore de Byzance enfin, qui paraît avoir
été un vieux contemporain de Lysias. Si maintenant, par—
rapport à ces maîtres, on tente de marquer la filiation des
deux hommes qui, dans le Phèdre, sont les protagonistes de
la
rhétorique, c'est à Tisias qu'on rattachera Lvsias, mort
vers 385, et à Gorgias, Isocrate qui est encore en vie. Notez —
enfin qu'à l'énumération il manque deux noms importants :

2
celui d'Antiphon de Rhamnonte qui, contemporain de
Gorgias, aurait été cependant son élève et qui périt en [\i i ;
celui d'Alcidamas, autre disciple de Gorgias et son succes-
seur, dit-on, à la tête de l'école, contemporain de Platon et
rival d'Isocrate, un rhéteur dont nulle part Platon n'a pro-
noncé le nom et que pourtant il a cité au moins une fois 3 .

ou la sonorité qui fait la beauté d'un mot (2, i^o5


lui, c'est le sens
b 7). Suivant Hermias (a3g, ia), il aurait appris à Polus la di-
stinction des mots en primitifs et composés, mots de même famille,
mots adjectifs etc.
1. En toute cette histoire des débuts
de la rhétorique en Sicile,
c'est en Gorax qui, peut-être encore après Empédocle, passe pour
effet
être l'initiateur. Or Corax n'est pas nommé par Platon, à moins qu'il
n'ait voulu, comme le pensait Thompson, suggérer son nom dans le

passage de 273 c (cf. p. 85 n. 2) le corbeau (corax) symboliserait cet


:

esprit de rapine duquel est issue la rhétorique judiciaire. 11 est à —


remarquer qu'un argument (cf. Navarre, op. eit., p. 16-18, p. i35-
1^0), rapporté par Platon à la Rhétorique de Tisias (273 a sqq.),
l'estpar Aristote (Rhét. II 24, i4oa a 12-20) à celle de Corax et qu'il
l'a été, par le même Aristote (i&id. 23, i^oo 68-16), à celle de Théo-

dore de Byzance Tout cela rend sceptique à l'égard de Corax


!

comme auteur authentique de la te^vtj en question, aussi bien


d'ailleurs qu'à l'égard de toute attribution qui ne concerne pas une

époque récente.
2. Platon le nomme
dans le Ménexène (236 a) comme un très
bon maître de rhétorique. Etant admis qu'il serait l'auteur des
Tétralogies, qui seules intéressent l'histoire de la rhétorique, il n'y
a pas à se demander s'il est distinct (ce que je ne crois pas) d'Anti-

phon le Sophiste, dont on connaît d'autres écrits.


3. Banquet 196 c (cf. p. 52 n. 1 et Notice, p. lxviii n. 1). Il est
-clxit PHÈDRE
J'observe simplement Je fait, sans prétendre en rien inférer

quant aux motifs de ce silence.

Ceci dit, envisageons les parallèles qu'on

peut trouver entre les thèmes du Phèdre


et ceux de la
rhétorique contemporaine. La plupart me
semblent être d'une signification médiocre par rapport à la
position chronologique réciproque des écrits en cause et, par
conséquent, peu décisifs sur la question des emprunts. Dans
un milieu restreint, où certaines questions sont au même
moment sur le tapis, il est fatal que reviennent les mêmes
expressions sous la plume de divers auteurs, et une revendi-
cation de priorité en faveur de tel ou tel semble par là-même
fort compromise. De plus, la comparaison des textes fait

apparaître à quel point les ressemblances sont extérieures et


touchent peu le fond même de la pensée.
Entre tous ces parallèles celui dont on fait le plus volon-
tiers état est celui qui concerne la supériorité du discours
vivant sur le discours écrit. On sait assez ce que Platon
entend par lu sq., p. cxli, p. clii). Or, quel est à ce
là (p.

sujet lepoint de vue d'Isocrate? C'est qu'il y a des inconvé-


nients à exposer ses idées à quelqu'un dans une lettre ou
tout autre écrit et que le tête-à-tête est préférable (cf. Phèdre

275 e 3) si en effet celui à qui on s'adresse n'est pas instruit de


:

quelque point ou qu'on ne l'ait pas convaincu, on pourra


alors lui expliquer ce qu'il ignore ou répondre à ses objec-
tions et, de la sorte, défendre ses idées (cf. Phèdre 275 e 5,

276 a 6) mais, si l'on n'est pas là, c'est une assistance qui
;

fait défaut autant au correspondant qu'au lecteur lui-même


(Lettre à Denys le tyran I 2 sqq.). Pour Platon c'est à l'œuvre
•écrite, en tant que que manque cette assistance
telle,

(270 e 5, 276 e 9, 277 a 1, 27806). La pensée d'Isocrate est


encore que ce qui manque à l'écrit pour être persuasif, c'est
l'autorité personnelle de l'orateur, l'accent de sa parole,
l'appui des conjonctures (xaipot') et de l'intérêt qu'offre pré-
sentement pour un auditoire l'affaire dont on lui parle ;
aussi, ajoute-t-il, n'a-t-on pas tort de surtout voir dans
l'écrit une composition d'apparat (èiît'Bst;iç) et
l'exécution

possible que dans le Théétete il y ait une réponse à Alcidamas ;


cf.
A. Diès, Autour de Platon, p. 417 n. 1.
NOTICE clxt

<l'une «commande », tandis que les choses sérieuses exigent


le discours parlé (Philippe 25-27). ® T ces déclarations
semblent avoir pour but principal, dans l'intention d'Iso-
crate, de prévenir cette objection que, puisqu'il s'est avéré
incapable de devenir un orateur politique, autrement dit un
homme public, les questions sérieuses de la politique lui sont
par là même interdites. —
Quant à Alcidamas, il avait
«expressément envisagé question dans
la un traité spécial :

Sur ceux qui écrivent des discours ou Sur les


sophistes, dont
l'authenticité est aujourd'hui généralement admise et dans
lequel, en tout cas, on s'accorde à voir une attaque contre
Isocrate. Or le point de vue d'Alcidamas n'est
pas moins
éloigné de celui de Platon, en dépit d'analogies d'expression
plus nombreuses. Les gens qu'il vise, ce sont ceux qui
mettent leur fierté à écrire des discours où ils
prétendent
faire montre de leur savoir (cocpîa;
cf. Phèdre 258 a 7), sim-
plement parce qu'ils sont aussi impuissants à parler que le
premier venu. Ils ne comprennent pas qu'écrire n'est qu'un
amusement (iratBtà cf. 2760-6, 277 b, 278 d) et un passe-
;

temps ; que le discours écrit est une vaine image, comme


celles de la
peinture et de la
sculpture, tandis que le discours
parlé est animé, vivant, adapté aux choses (cf. 275 d, 276 a 9) ;
que cependant on peut, en certains cas, user de l'écrit
oomme d'un miroir où l'on contemplera plus aisément ses
progrès passés (cf. 276 d). Gardons-nous donc de nous
mettre à l'école de gens qui sont seulement des faiseurs de
-discours, mais non des maîtres (ffocptaxai) capables, ainsi
qu'ils le promettent, d'instruire autrui, et qui se font en
réalité de la
rhétorique et de la « philosophie » une idée
inférieure (Sur les sophistes 1
sq., i5, 27-30, 32, 35 ;
cf.
12).
Sur ce dernier point la suite offrira l'occasion de revenir
pour en préciser l'intérêt (cf. clxx sqq.).
p.
Ce premier parallèle ne semble donc être nullement
•décisif.A plus forte raison en serait-il de même pour
d'autres rencontres
analogues. Ainsi, les trois écrivains sont
d'accord pour affirmer la nécessité
d'adapter le discours aux
circonstances dans lesquelles il se produit Mais ce
(xatprf;).
qui, chez Isocrate (Contra Soph. 12 sq., 16 et al.) et chez Alci-
damas (3, 9 sq., 22, 28, 33 sq.), est plutôt une agilité à
profiter de conjonctures accidentelles,
saisir l'occasion et à

signifie chez Platon un discernement méthodique, fondé sur


clxvi PHÈDRE
une connaissance réelle des genres d'âme et des genres de
discours qui y correspondent (2710-2728, 278 e). Les —
trois conditions
qui, d'après le Phèdre (269 d), sont néces-
saires pour devenir un orateur
accompli se retrouvent chez
Isocrate (C. Soph. 17 et cf. i4 sq. ; Antidosis 186-189).
Mais ce n'est qu'un làcommun, et il n'y a pas matière
lieu
à parler d'emprunt, de l'un
quelconque des deux à l'autre.
Au surplus ces trois conditions, Platon les a remplacées, on
l'a vu
(p. cxlvii sqq.), par trois autres, dont le caractère est
nettement technique. —
De même, la « logographie » est
condamnée par Platon (257 c-2Ô8 d), par Isocrate (Antidosis
2 4o-£2, 48 fin cf. C.
,
Soph. 20) et par Alcidamas (Soph. 3).
;
1

Mais ce n'est pas dans le même esprit Alcidamas cherche à :

atteindre Isocrate où le bât le blesse; celui-ci proteste que,


ruiné, il n'avait pas d'autre moyen d'existence Platon enfin ;

estime qu'en soi l'acte d'écrire des discours n'aurait rien de


blâmable s'il ne se faisait avec une telle malhonnêteté
(272 de, 273 bc). Beaucoup d'autres exemples encore pour-
raient être cités 1 qui feraient apparaître, sinon la fragilité,
,

1
Rapprochement entre la politique et la rhétorique Phèdre
. :

258 bc, 377(1, 3780,0; Antidosis 79-83. —


Platon dit que les
choses dont il parle sont grandes et sérieuses, et, d'un autre côté, que
ses écrits ne sont qu'un jeu, et il n'attend
pas la fin du Phèdre pour
le dire (26a d 2, a65 c 1, 8 sq.). Or Isocrate observe (Hélène ii-i3)

qu'il est bien plus facile de jouer avec les grands sujets que de les
traiter avec le sérieux qui leur convient. —
Isocrate (Hélène 64) parle
dans les mêmes
termes que Platon de la « palinodie » par laquelle
Stésichore, insulteur d'Hélène, a obtenu que fût levée sa peine. Il —
fait remonter (f/éZ. 67) à la guerre de Troie l'origine des arts et des
« philosophies » (entendez de la rhétorique). Platon évoque (261 b)
:

ces « Arts oratoires » que Nestor et Ulvsse ont composés sous les
murs de Troie pendant leurs heures de loisir. — Le reproche d'être

simplement propédeutiquc, que Platon adresse à un enseignement de


la rhétorique auquel fait défaut la pratique (269 a-c), peut être
retrouvé chez Alcidamas (25 sq.), sans doute contre Isocrate. —
Lysias, dit Phèdre (228 a 1), a pris tout son temps pour écrire son
discours. Alcidamas (4, 10) le dit, exactement dans les mêmes
termes, de tout discours écrit. —
Quand une partie d'un écrit, dit
encore ce dernier (i£), a été très soignée, elle fait l'effet d'une
déclamation d'acteur ou de rhapsode. Et Platon de son côté dit qu'il
ne vaut pasla peine, ni qu'on l'écrive, ni
qu'on le récite à la façon
NOTICE clxvii

du moins l'inutilité de tels rapprochements, pour mieux


connaître le jeu des polémiques.

Oppositions.
Il Y a, par contre, un avantage positif à
: i .

i
noter les points sur lesquels une diver-
îi-
gence se manifeste : on voit ainsi où sont les oppositions et
en quoi elles consistent. — Une première opposition, tout
extérieure en apparence, mais fort importante en un temps
où le métier salarié déconsidère celui qui l'exerce, apparaît
à propos de la rétribution de l'enseignement. Or Isocrate se
faisait payer très cher, dit-on ; et, comme ses élèves étaient

nombreux, il avait gagné un grosse fortune (Antid. l\i,


86 sq., i5q sq.). Platon, riche personnellement, ne deman-
dait au contraire de contribution aux élèves de l'Académie

que pour l'entretien de l'école. Si cette contribution n'avait


pas été plus modeste que le salaire exigé par les maîtres de
rhétorique, pourquoi attirerait-il railleusement l'attention
sur les dons que, pareils à des rois, ceux-ci daignent
accepter de leurs disciples (266 c) ? De son côté Isocrate
s'excuse, quand il reproche à ses rivaux de déprécier un
enseignement auquel ils attribuent une si haute valeur, en
le donnant à si bas prix et en affectant de préférer l'immor-
talité à tous les biens de la terre (C. Soph. [\, 7, 1 3 fin ;
cf.

Busiris 1). Evidemment il s'adresse à des concurrents déloyaux


« gâtent le métier », et on
•qui peut penser qu'en fait il vise
spécialement Platon. Au reste, si l'école d'Isocrate coûte
cher, du moins n'y reste- t-on pas plus longtemps qu'il ne
faut : sa méthode est la plus expéditive qui se puisse et la

plus dégagée de toute superfétation oiseuse (Antid. 271).


Une telle prétention se retrouvait vraisemblablement chez
d'autres Maîtres. Toujours est-il que Platon la relève comme
on sait (272 b-d ; cf. p. cxlvi et p. cm). Que main- —
tenant on envisage en elle-même cette méthode Isocrate est :

fort embarrassé pour définir la place qu'y


occupe l'invention
et pour en caractériser le rôle. Sans doute est-ce à certains de
ses émules qu'il s'en prend, quand il rejette la comparaison
de la rhétorique avec l'éducation de l'orthographe ce sont, :

dit- il, toujours les mêmes lettres qui servent, tandis que la

des rhapsodes (277 e fin).


— Autre ressemblance verbale entre Alci-
damas (34) et Phèdre 269 d.
clxviii PHEDRE
rhétorique est un art créateur. A ses yeux, le meilleur
technicien est celui qui, parlant comme l'exigent le sujet et
les circonstances, sait renouveler un sujet ; qui est capable
d'inventer une façon de le présenter diflérant entièrement de
il saura notam-
celles auxquelles on a eu recours avant lui ;

ment rapetisser ce qui est grand et grandir ce qui est petit ;


il donnera à l'antique (par ex. la politique de Thésée) un-
air de nouveauté et à ce qui est nouveau un air d'antiquité
(C. Soph. 12 sq. Panég. 8; cf. Hél. 35 sq.). Or, on doit
;

reconnaître que c'est difficile lorsqu'on parle sur un sujet


connu que ce talent est avant tout un don naturel, lequel peut
;

à la vérité se développer par l'éducation (Hél. i3; ci. Phi-

lippe 8l\ fin, C. Soph. i4 sq.). Mais finalement ce pouvoir


de création se réduit à choisir dans chaque cas les « formes »
oratoires (tSéou) les mieux appropriées, à les mélanger entre
elles et à les ordonner ou les arranger comme il faut, en
donnant à la langue du rythme et de l'harmonie, sans
tomber pourtant dans le style poétique (C. Soph. 16 sq. ;
Antid. 46 sq. Évagoras 8 sq.). Chacune de ces thèses impose
;

le souvenir de quelque
proposition du Phèdre, qui en est
l'exact contrepied. Qu'on interprète comme on voudra cette

symétrie dans le contraste: je me borne à la constater. Ainsi,


ce n'est pas de sa faute si Socrate a abusé du style poétiqne

(257 a) quand sur le sujet on a dit ce qu'il y a à dire, il


;

est bien inutile de le reprendre sous des formes différentes ;

et se croire alors à même de dire autre chose, c'est le fait r


non pas du meilleur technicien, mais d'un écrivain au-dessous
même du médiocre s'il n'est question que de tourner les
;

choses autrement, c'est simple affaire d'arrangement et il

n'y a pas là la moindre parcelle d'invention (a34 e-235 b, d-


236 a), pas plus qu'il n'y a de mirifique découverte à changer
l'apparence des choses pour tromper sur leur réalité (267 a b ;

cf.
p. cxlvi).
Nous touchons ici à une opposition aussi nette que profonde :

à quoi doit avoir égard l'orateur ou l'écrivain ? est-ce à l'opi-


nion de ceux qui l'écoutent ou le lisent, à la 8ô^a ? est-ce au
savoir et à la connaissance du vrai, k-Ki<jTr ii.y\ ?
l
A entendre le
langage que Platon fait tenir à la Rhétorique et aux rhéteurs,
la réponse ne saurait être douteuse «
Apprenez, si vous vou-
:

lez, à connaître la vérité parce qui s'appelle lesavoir que ce soit :

du moins au commencement, et sans vous attarder à une étude


NOTICE clxix

qui ne vous servira absolument de rien pour apprendre à per-


suader. Si c'est en effet la persuasion qui est le but de l'ora-
teur, il n'y a que nous pour en enseigner l'art. Or le principe
de la persuasion n'est pas du tout la vérité c'est la vraisem- :

blance, à telle enseigne que, si le vrai est invraisemblable, il


vaut mieux le taire et que, au contraire, le vraisemblable peut
servir à faire douter de la réalité du vrai. C'est donc qu'il
est beaucoup moins utile de connaître la vérité
que de savoir
quelle peut être Y opinion des
gens à qui l'on s'adresse »
(260 a, d ;
362272 de
c déb.
273 a-c 277 e déb.).
; ;
Tout ;

au contraire, d'après Platon, s'il y a un homme à qui il
appartienne, et encore seulement pour s'amuser, d'employer
la parole à égarer ses auditeurs, c'est uniquement celui qui
sait la vérité (262 d). Ce qui prétend être indépendant d'un
tel savoir, et par conséquent la pure instruction rhétorique,

voilà ce qui en réalité ne saurait être rien de plus qujune

préparation à ce qu'il est nécessaire d'apprendre (269 bc).



Interrogeons à présent 1' « honnête » Isocrate. On verra sans
peine que la thèse qui, selon Platon, est celle de la Rhétori-
que et des rhéteurs, c'est justement la sienne il se contente :

d'en dissimuler les conséquences scandaleuses. Pareil en cela


au Calliclès du Gorgias (485 a-d), il engage les jeunes gens
à consacrer un peu de temps à étudier les théories de ceux

qui s'intitulent a philosophes », mais à ne pas s'y dessécher


l'esprit.
Gomment de pareilles méditations serviraient-elles
jamais à la conduite de nos affaires ou de celles de l'État ? Il
n'y a rien là (exception faite du profit qu'y trouvent les
gens qui en font commerce !) qu'une gymnastique de l'esprit
et une préparation à des études plus sérieuses et les seules qui
soient utiles (Antid. 261-269, 285). Les gens qui se livrent
à des occupations de cette sorte et qui se flattent de posséder
le savoir sont incapables de donner le moindre conseil pra-

tique on a bien raison de les mépriser comme des diseurs


:

de riens et de tenir leurs études, sans rapport avec la cul-


ture de l'âme, pour un vain bavardage (àooXea/t'a ; cf. Phè-
dre 270 a déb.). Ceux qui en jugent ainsi sont au contraire
des hommes de bon sens, qui au lieu de faire des embarras
pensent comme tout monde
qui préfèrent à la prétendue
le ;

rigueur d'un savoir vide les opinions généralement reçues. C'est


un enfantillage de croire qu'elles puissent être remplacées par
des paradoxes auxquels personne, sauf des très jeunes gens
clxx PHÈDRE
n'ajoutera foi ;
ce que demande au contraire la rhétorique,
c'est de la virilité dans le jugement, et là est le secret de la
vérité (Nicoclès 4i C. soph. 8, 17; Hél. 1, 5, 7, 11 ; Antid.
;

84 Panathénaïque 234 d sqq.). C'est pourquoi il est indis-


;

pensable, si l'on veut être persuasif, de ne rien dire qui heurte


les opinions accréditées. Bien plus, on doit les utiliser pour
le succès de la cause qu'on soutient : ainsi, ce qui est reçu

pour être une belle qualité, on en exagérera l'existence en


celui dont on fait l'éloge ;
ce sera l'inverse si on est accusa-
teur (Antid. 273 ;
Busiris 4).

Cette opposition du vrai savoir et de


La dénomination > ••
j ,», , j 1 ^ /»•
lo P in ond >
e le7riaxr iR et de la oo;a,
de philosophe. j

s'exprime d'une façon particulièrement


significative dans la dénomination que, de l'un et l'autre
côté^ on revendique pour l'enseignement. Rappelons tout

d'abord comment au poète, au faiseur de discours, à l'auteur
de textes de Phèdre (278 c-e) oppose son dialecti-
lois, le
cien ;
réclame pour celui-ci, non pas le nom
comment il

de sage ou de savant, mais celui d'homme qui aspire à la


sagesse et au savoir, celui de « philosophe » parfois, comme ;

si une équivoque était à craindre, il spécifie que le « philo-


sophe » dont il parle est celui qui l'est a loyalement »,
« dignement » et « au sens droit » du terme 4 Or ce nom est .

celui que se donnait Isocrate, et il serait fastidieux de men-


tionner tous les passages où ce qu'il enseigne est appelé par
lui « philosophie ». C'est du reste un qu'Alcidamas nom
(2, i5) lui reproche de s'arroger, sans cependant douter lui-

1. Ainsi dans le Phèdon, p. ex. 64 b 9, 67 d 6 et e 3, 69 d 1 ; ou


bien icia4g a 1 (à8oXwç), 261 a 4 (ïxavw;); comparer la « droite
conception de l'amour des jeunes gens » (opOco; 7tat8£paaT£tv) du
Banquet an b 6. Ordinairement c'est le contexte qui détermine
l'acception dans laquelle le terme est employé. C'est ainsi que la
comparaison de 289 a 4 avec b 4 permet de penser que, dans ce der-
nier endroit, la « philosophie » dont il est question, toute « divine »

qu'elle est, n'est pas entendue en son vrai sens, mais en un sens
rhétorique, puisque c'est du point de vue de la rhétorique que
Socrate conçoit son premier discours. Peut-être en devrait-il être de
même pour la « philosophie » qu'invoque le Pausanias du Banquet
182 c 1, 1 83 a 1.
NOTICE clxxi

même, semble-t-il, que « philosophie » soit le vrai nom de


la
rhétorique.
— Puisque ce titre était disputé par deux
méthodes rivales de culture, ce qui nous intéresse particu-
lièrement de savoir sur quelles raisons lsocrate appuyait
c'est
sa revendication. La connaissance absolue de ce qu'il faut
dire ou faire est, disait-il en substance, impossible à la nature
humaine. Aussi la sagesse (cocpi'a) consiste-t-elle pratiquement
dans le bon sens (^pow^t;), une certaine rectitude de juge-
ment qui, dans la plupart des cas (wç lui to tzoXu)), permet
de trouver l'opinion qui vaut le mieux. Cette justesse d'es-
prit, quoiqu'elle soit le plus souvent un don naturel, peut
être néanmoins acquise, doit en tout cas être cultivée ce qui :

se fait, avec toute la rapidité possible, au moyen de certai-


nes études et pratiques, auxquelles le nom de « philosophie »
sera légitimement réservé culture de l'âme analogue à ce
;

qu'est la culture du corps par le moyen de la gymnastique


(Antid. 270 sq., 181). Ainsi, au lieu d'être un effort, qui
n'est jamais entièrement contenté, vers un savoir toujours

supérieur au plan humain, la philosophie serait une méthode


toute pratique pour s'élever à ce qu'il y a, dans ce plan
même, de meilleur par rapport aux croyances communément
reçues. Quant à la philosophie des soi-disant philosophes,
lsocrate l'englobe tout entière, comme fait Platon pour la

rhétorique des rhéteurs, dans le même mépris et la même


hostilité. Sans doute, au début de l'Éloge d'Hélène, fait-il des
distinctions. Mais, si elles sont obscures pour nous, on peut
se demander si elles avaient dans sa
propre pensée quelque
précision. Disputes logiques, recherches sur la nature des
choses, étude de la géométrie et de l'astronomie, enseigne-
ment scientifique de la vertu et de la politique, prétention
d'atteindre la vérité, tout cela est mis pêle-mêle. S'il est
certain qu'Antisthène et les Cyniques sont visés, s'il est très

probable que les éristiques de Mégare le sont également, il


n'est guère douteux d'autre part que Platon, surtout après
la fondation de l'Académie, ait été pour lsocrate un concur-
rent plus redoutable qu'aucun des philosophes et qu'aucun
autre parmi les maîtres de rhétorique. Quand donc lsocrate
parle de disputeurs ou d' « éristiques »
qui se targuent de
chercher la vérité et puis, tout aussitôt, se mettent à débiter
des mensonges ; quand il
parle de dialogues éristiques qui ne
sont bons qu'à amuser une jeunesse inexpérimentée, de
IV. 3. — l
clxxii PHÈDRE
controverses par demandes et réponses ' ; quand il dit de tout
cela, aussi bien que des spéculations sur la Nature, que c'est

jonglerie, parade de foire,


monstruosité de la pensée, — il

est impossible que Platon ne soit pas compris dans cette


réprobation. Isocrate ne peut consentir qu'il décore du beau
nom de « philosophie » une étude dont l'ambition n'est
2
d'aucune utilité ni pour la
parole ni pour l'action .

Mais, dit-on, cette hostilité contre le


Les relations per-
sonnelles d Isocrate ., .,
^r
de l'Académie n'a pas
.
r toujours
* . . .
,
et de Platon
existe Antistnene est pour tous les
;

deux l'ennemi commun le Discours ;

contre les Sophistes témoigne de ménagements à l'égard de


Platon. C'est un témoignage, à vrai dire, qui n'est pas d'une
évidence aveuglante en jugerait-on de même si l'on n'était
;

pas obsédé par le compliment final du Phèdre ? On fait en


outre état de quelques assertions de Diogène Laërce, à

l'appui desquelles il nomme ses autorités Isocrate aurait


:

fait à Platon une visite dans la maison de campagne de ce


dernier et leur entretien aurait porté sur les poètes (III 8) ;

Speusippe, le neveu de Platon aurait le premier donné la


clef de ce qu'on appelle les « secrets » d'Isocrate (IV 2).
Mais, s'il est vrai que ces « secrets » soient ceux des varia-
tions d'Isocrate dans son attitude envers la Macédoine 3 on ,

y verrait un indice d'hostilité plutôt que d'amitié de la part


des Platoniciens A Quant à la première assertion, elle est
.

1 Le Parménide et le Sophiste pouvaient-ils être considérés autre-


.

ment que comme des dialogues éristiques par un esprit aussi rebelle
à spéculation philosophique que l'était celui d'Isocrate? Au surplus,
la

le mot
« éristique » n'avait sans doute pas pour lui l'acception histo-

rique définie que nous lui attribuons.


2. Sur tout cela, voir C. Soph. 1, 3, 6, ai ; Hél. 1-10; Antid.
45, 84, a^8, 266, 269, 274, a85 Panathén. 29. ;

3. Elle aurait été, d'après Speusippe (si la XXX* Lettre Socra-

tique est de lui),primitivement hostile. Cf. H. Gomperz, op. cit.,


p. 3g G. Mathieu, Les idées politiques d'Isocrate, p. 1 54 sq.
;

4. Parmi les ouvrages de Speusippe, Diogène mentionne d'ailleurs

(IV 5) un Contre l'àpdp-zvpos (le discours sans témoignages), dont


on peut penser qu'il visait le plaidoyer d'Isocrate qui porte ce sous-
titre{Contre Euthynoûs). Cf. Banquet, p. xu n. a et ici p. xiv, n. 1 :
Antisthène l'aurait aussi critiqué dans son Isagogé ou Lysiaset Isocrate-
NOTICE clxxiii

•vraisemblablement une fiction de Praxiphane, qui en avait


fait le sujet d'un dialogue de sa composition. En fait, il

paraît difficile que Platon ait pu avoir beaucoup de sympa-


thie pour l'homme et l'écrivain qu'était Isocrate ce sont :

deux esprits dont la structure et l'orientation sont diamétrale-


ment opposées. On s'est donné une peine infinie pour
essayer de prouver qu' Isocrate ne doit pas être reconnu dans
le personnage hybride dont Platon avait fait le cruel
portrait
dans son Euthydème (3o5 c-3o6 c cf. la Notice de L. Méridier
;

p. i33 sqq.) peut-être se refusera-t-on aussi à voir dans le


;

discours du Pausanias du Banquet une parodie de la manière


d'Isocrate (cf. ibid. Notice, p. xLsqq.) ; peut-être n'est-ce pas
non plus à lui que devrait se rapporter, contrairement à ce
que je crois (cf. ibid.), le passage de la République (VI 498 c
•sqq.) où c'est le nom
de Thrasymaque qui est prononcé. Ce
•qui du moins que, dans YAnlidosis (qui est
est certain, c'est
•de 354/3) Isocrate parle d'ennemis cachés derrière ceux qui

•l'attaquent ouvertement, à peu près comme, dans l'Apologie,


Socrate parle d'Aristophane dont les calomnies ont de
longue date fait mûrir l'accusation dont il est l'objet. Or il
y semble bien avoir en vue une hostilité ancienne et tenace,
non pas celle de quelques rhéteurs dont il n'a plus à craindre
la concurrence, mais celle de rivaux qui ont su acquérir sur
la jeunesse et dans le public une autorité dont il
l'esprit de
y a lieu pour lui de s'alarmer ils sont passés maîtres dans
;

« les discours éristiques » et en même temps ils s'occupent


de géométrie et d'astronomie ce sont eux qui ont été les
:

agresseurs et sur son compte ils ont toujours quelque méchan-


ceté à dire ; sans que leur orgueil soit tout à fait injustifié,
l'est cf.
il
cependant (Antid. 257-261 243-2^7). Bref, il
;

•s'agit
d'ennemis qu'il est impossible de traiter par le dédain.

Le Phèdre, dans ses deux dernières par-


L'éloge d'Isocrate
à la fin du Phèdre.
tj es et
Tpar conséquent, dans son ensem-
im
, ,
Ï »
*
tout* solidaire,
ble puisque c est unap-
,

m
paraît donc comme un réquisitoire contre la rhétorique d'Iso-
•crate '. Tous les autres Maîtres dont il est question çà et là

1. Ainsi que le suggérait Thompson (173, 178), qui pourtant


n'est pas allé tout à fait jusqu'au bout de ce que semble appeler
•cette suggestion.
— Que la comparaison d'Isocrate avec Lysias fût, à
clxxiv PHEDRE
ne sont nommés que pour donner le change sur l'intention
Bien plus, si l'objet principal semble en être
essentielle.
constamment Lysias, c'est qu'une aversion personnelle se
trouve ainsi satisfaite (cf. p.
xix sqq.) ;
c'est qu'il
n'y avait
pas, pour donner au trait final sa véritable valeur, de
meilleur artifice que de concentrer l'attention tout entière sur
l'homme que le public littéraire se plaisait à mettre en paral-
lèle avec Isocrate. Tout au long du dialogue, c'est le nom de
celui-cique devait attendre le lecteur du temps, et il n'était
question que de Lysias Ce lecteur ne pouvait cependant
!

manquer, si tout ce
qui a été dit plus haut est vrai, de
ressentir à quel point s'appliquaient mal à Lysias la plupart
des observations de Platon, à quel point au contraire elles
portaient contre Isocrate. La brusque apparition de son nom
quand la lecture est déjà presque achevée, l'inattendu d'un

éloge, tout cela lui révélait enfin que son sentiment ne

pas trompé le compliment n'était qu'une nasarde, et,


l'avait :

dans un éclat de rire, il devait savourer la malice de l'effet


comique ainsi obtenu.
Examinons au reste les éléments de l'éloge d'Isocrate. —
Il a des dons naturels supérieurs. En effet, c'est ce qui, nous
l'avons vu, est à ses yeux la condition fondamentale de l'élo-

quence; mais qu'est-ce que cela, pour Platon, sans la phi-


losophie entendue comme une recherche désintéressée de la
vérité ? —
Il
y a dans son caractère une particulière noblesse.
Or c'est justement ce que sa vanité solennelle ne cesse de
proclamer; mais, quand on a gagné tant d'argent à ensei-
gner par quels adroits mensonges il est possible de duper
autrui, suffit-il pour être cru d'affirmer qu'on est honnête?
— Vient ensuite le pronostic sur ce qu'on peut dans l'avenir
attendre d'Isocrate quand il aura un peu vieilli. Mais, à quel-
que date qu'on place la composition du Phèdre, du moment
qu'on renonce à en faire un écrit de jeunesse, certainement
alors Isocrate est déjà un vieillard chacun est donc à même
;

d'apprécier si ces merveilleuses promesses ont été tenues et


si, malgré l'étude et l'exercice, la supériorité de ses dons
naturels a produit les effets décisifs qu'elle aurait dû produire.
—A la vérité, une pointe s'ajoute ici : cela arrivera, même

l'époque, un thème de dissertation, on en a un indice à la fin de ia


note précédente.
NOTICE clxxv

si son éloquence s'applique encore aux mêmes objets que


maintenant. C'est rappeler discrètement à Isocrate, devenu

professeur d'éloquence et auteur de discours d'apparat, des


débuts dont à présent il rougit et son ancienne carrière de
«
logographe ».

Mais peut-être ces succès écrasants, que
le progrès de l'âge doit assurer à Isocrate, ne lui suffiront-
ils
pas ; peut-être un élan plus divin le portera-t-il plus haut
encore. Ne serait-ce pas une allusion à la prétention qu'a
eue Isocrate d'être le conseiller de la politique athénienne, à
l'intérieur comme à l'extérieur? Le Panégyrique d'Athènes,
vers 38o, en fut la première manifestation. Que
peuvent
valoir au regard d'un Platon, bâtisseur de la Cité future, de
telles ambitions chez cet homme qui n'est qu'un vieux rou-
tier de la chicane judiciaire et des artifices rhétoriques? —
On revient pour finir à l'idée initiale des dons naturels : si

Isocrate atteint un jour l'apogée de sa gloire, c'est que la


nature a mis dans sa pensée une certaine philosophie. Quelle
sorte de philosophie ? La sienne évidemment la philosophie :

du sens commun, des opinions accréditées, celle qui dédai-


gne un pur savoir, sans emploi dans la vie pratique, pour ne
s'attacher qu'aux moyens de réussir bref, tout ce que ;

Platon méprise le plus au monde et contre quoi sa philoso-


phie entière est une ardente protestation. En résumé —
donc, si le Phèdre n'est pas une œuvre de jeunesse, il sem-
blera difficile devoir où Platon, même au temps où l'ancien
1

logographe, qui vient d'ouvrir son école, publie le discours


Contre les sophistes (3g i/o), aurait pu trouver matière à
honorer sérieusement Isocrate du compliment qui termine
le Phèdre.

VII
ÉTABLISSExMENT DU TEXTE ET APPARAT CRITIQUE

Des quatre manuscrits qui ont été uti-


Manuscrits. n ,,
•< ,
r> , , . i

pour le Phedon et le Banquet, trois


lises
seulement contiennent le Phèdre il manque en effet dans
:

i. On connaît le mot de Gicéron, Orator i3, kl Haec de adu-


lescente Socrates auguratur, al ea de seniore scribit Plato. Il
ajoute
qu'on ne sera pas de de Platon, si l'on n'aime pas Isocrate. Mais
l'avis
la question est plutôt de savoir si Platon pouvait l'aimer.
clxxvi PHÈDRE
le Vindobonensis 21, Y 1
. Entre T et W il
existe, pour notre
dialogue, assez général 2
un accord ainsi, tous deux ont à :

a4'3d5 la même
faute absurde, èiuôyfju^t, l'ascription de-
l'iôta étant ici dans W
d'autant plus singulière qu'elle y est
3
le plus souvent omise alors qu'elle serait nécessaire ;
à
244 b 7, après £Tu;[Link]<jôat, il
y a dans la marge de W un
yp. âno tou dvdjxaToç, qu'on retrouve pareillement dans la
:

marge de T (à la vérité, ni dans un cas ni dans l'autre, il


ne semble être de la main même du copiste) à 272 a 2 ils
écrivent tous deux touoSê. — En
revanche, un cas comme
;

celui de 261 a 4, où W a wç èàv, tandis que T a l'wç <x*v sem-


ble prouver que W ne dépend pas directement de T. En
outre W
se distingue de T en ce que, pour la désinence de
la 2e pers.
du sing. de l'indicatif présent moyen, il écrit
constamment au lieu de et. y)
Il est à noter enfin
que
— W
paraît souvent s'accorder avec le Vindobonensis 10g (<E>
de
Bekker, V
de Burnet), mais qu'il en semble être pareille-
ment indépendant à 270 a 5 Siavotaç V, àvot'aç
: à 370 d 7 W ;

outo) V, aÙTcp W
à 274 d 3 -rçv V, ô'v
;
*. W
Quatre papyrus nous ont conservé des-
Papyrus. du texte du Phèdre.
débris Le pre- —
mier et le plus important, découvert en 1 906 au verso d'un
acte d'achat de terrain (n° 1016 5 des Oxyrynchus Pap. de
Grenfell et Hunt, vol. VII p. 1 15 sqq.), est du premier tiers
du 111 e siècle de notre ère. Le début du dialogue jusqu'à
a3oe 4 s'y trouve dans un état parfait et avec d'excellentes
leçons ainsi, 228 b 5 7ràvu rt, 7 îEwv [x^v, 229 e 4 ta TOiaiïxa,.
:

1. Voir Phédon, Notice p. lxxix sq. et ici la Table des Sigles.


a. De quelque façon qu'on doive l'interpréter cf. Alline, Histoire ;

du texte de Platon, p. a38.


3. Si souvent que je me suis abstenu d'en faire à chaque fois
mention dans l'Apparat. Il s'ensuit, bien entendu, que dans plusieurs
cas il est délicat de décider quelle a été sa leçon. Ex. a5o c 7 :

tAVïîfxT),
a5i d 5 IxâuTT), a5a a 7 gyYUTctTw, a56 e 5 awcppoauvr] 8vt)tt},
379 a 9 ôpfxT) 0£totlpa.
Pour V je me fie aux collations de Burnet, mais
4. il se peut
qu'elles ne soient pas plus exactes que celles de W.
5. Sur ce Papyrus et le suivant, cf. Alline, op. cit., p. I/J4 n. 2-

(où l'on trouvera la référence à un important article de la Revue de


Philologie, 1910), p. i45, p. 186.
NOTICE clxxvii

a3o b 7 oiç ys- —


Découvert en même temps que le précé-
dent, le second (n° 1017, p. 127 sqq.) serait un peu plus
e
ancien, peut-être de la deuxième moitié du 11 siècle, mais
il
apporte moins de variantes dignes d'attention. Il a été,
plus certainement que l'autre, l'objet d'une revision, dont
témoignent des corrections dans l'interligne ou en marge
2
(indiquées dans l'Apparat par « Oxy. ») et l'addition par-
fois
d'esprits ou d'accents. Sauf une grosse lacune de a4o d 5
à a 45 a 5 et
quelques autres moins étendues (notamment de
2/16 c 6 à 2^7 d 2 et de 248 c 1 à 25o b 2), il contient le
texle de 238 c 6 à 25 1 b 3 Le fragment contenu dans 1
.

e
le troisième
(n° 2102, vol. XVII peut-être de la fin du 11 ;

siècle) estbeaucoup plus court, 242d-244d. C'est très pro-


bablement un reviseur qui a ajouté dans ce papyrus les
signes diacritiques, la ponctuation, l'indication du change-
ment d'interlocuteur. Il a d'ailleurs rien d'intéressant à
en tirer
pour le texte. —n'yPlus
ancien (première moitié du
e
11 mais plus bref encore (266 b i-5, d i-e 3), est le
siècle),
dernier qui appartient à Columbia University (n° 492 A ;
désigné dans l'Apparat par « Pap. G ») et qui a été publié
par G. W. Reyes dans Y American Journal oj Philology (vol.
2
L, 1939, p. 260-262) .

„ .... ... La question


n du recours à la tradition
Tradition indirecte. .
,. , „. , ,
indirecte ne se pose pas pour le Phèdre
tout à fait de la même façon que pour le Phédon ou le Ban-
quet. 11 y a lieu de distinguer entre celle qui, comme c'était
alors le cas,
provient de citations et celle que nous devons au
commentaire d'Hermias sur le Phèdre, qui nous a été inté-
3
gralement conservé .

1. Les mots n'étant


séparés ni dans l'un ni dans l'autre, les signes
d'élision le plus souvent omis ainsi
que l'ascription de l'iôta muet,
on est parfois incertain du texte. Ex. : a3o d 5 a46 a 6 eotxe- [xeôsXst,
tciiSt).

L'iôta long est constamment écrit e:
(ainsi x£ivr <jiç). (

2. Je dois à
l'obligeance de mon collègue Paul Collart d'avoir
connu les deux derniers.
Exception faite de deux lacunes, l'une qui porte sur le texte de
3.
a3a e 4 à a34 d 1 (p. 3g, 7 Couvreur), l'autre au cours d'un
long
développement sur a45 c d (p. 108, 1), mais par laquelle n'est pas
interrompue la conséculion de l'exégèse du texte lui-même.
clxxviii PHÈDRE
Ce commentaire représente la tradition
néoplatonicienne de 1 interprétation du
Phèdre. Avec Proclus, Hermias (deuxième moitié du v e s.)
avait été l'élève de Syrianus, et il est possible qu'il
n'ait fait que rédiger, peut-être à en l'enrichissant
la vérité
de ses propres réflexions, des leçons de son maître sur notre
dialogue. Ces leçons semblent avoir eu la forme, alors
commune dans les écoles, de la diatribe ou de l'entretien :

quelque part en effet (92,6-8), Hermias parle d'une diffi-


culté soulevée par Proclus et de la solution qu'en proposa
« le
philosophe » or, d'après une scholie, sans doute
;

ancienne, qui est répétée en marge de trois bons manuscrits,


ce serait Syrianus. C'est plus haut encore pourtant que,
selon toute probabilité, on devrait remonter jusqu'à Jam- :

e
blique (deuxième moitié de iv s.), dont Proclus (Theol. Pla-
ton. IV 16) mentionne expressément un commentaire sur le
Phèdre, auquel du reste Hermias lui-même fait plus d'une
allusion l .Il —
n'y a pas lieu de parler ici des idées d'Her-
mias ni de de son commentaire un échantillon en a
l'esprit :

été donné en passant (p. xxx n. 2), sur lequel toutefois il


ne serait pas équitable de fonder une condamnation globale.
Le fatras certes n'y manque pas, ni le pédantisme, ni même
la sottise. Mais, pour en déclarer fausse toute l'interpréta-

tion, il faudrait d'abord avoir prouvé que les Néoplatoni-


ciens n'ont radicalement rien compris à Platon que notam- ;

ment ils ont eu tort de se servir si souvent du Timée pour


interpréter le Phèdre. Or cette preuve n'est pas
faite. Mais

ce qui maintenant nous importe, c'est seulement la contri-


bution d'Hermias à l'établissement du texte. Elle est d'une
valeur critique indéniable par les lemmes qui donnent les
:

premiers mots de chacune des petites sections entre lesquel-


les il divise le texte;
par des notes détachées qui expliquent
certains des termes du passage ; par l'insertion de tel ou tel

1. Notamment 9, 9 sq. et 21 5, 12 sqq. cf. aussi 1^3, 23 sqq.,


;

i5o, 24 et 200, 28 sq.



Sur tout ceci, cf. Am. Bielmeier, Die Neu-
platonische Phaidros interprétation ; ihr Werdegang und
ihre Eigenart,

ig3o, dans les Rhetor. Studien de E. Drerup, fasc. 16 (REG XLV,


D'après l'auteur, Jamblique et ceux qui dépendent de
lui
p. 116).
sont, par rapport à Plotin et à son cercle, les représentants d'une
interprétation plus mystique et moins philosophique
du dialogue :

c'est assez probable.


NOTICE clxxix

mot du texte au cours d'une paraphrase par la reprise de ;

membres de phrase entiers par des citations faites çà et là


;

en dehors de la suite du texte. Il lui arrive même, à propos


de 249 c 6 sq. (p. 171, 3a sqq.), de signaler qu'il existe du
passage quatre variantes, dont l'une a ses préférences puis-
qu'il en fait son lemme. Entre les citations constituées par
les lemmes et celles que fait Hermias au courant de son exé-
gèse, une distinction s'impose dans ces dernières il pouvait
:

en effet ne pas se sentir astreint à la même exactitude. J'ai


donc signalé dans l'apparat par la lettre al», placée en
exposant après le nom d'Hermias, toute leçon qui provient
de ses lemmes.

A
que j'ai dit dans la notice du Phè-
ce
lxxx sqq.) sur la forme usuelle
don (p.
de la tradition indirecte, je voudrais ajouter quelques remar-
ques dont l'étude de cette tradition pour le Phèdre a été
l'occasion. —
Il n'est certes
pas douteux que souvent les
auteurs citent de mémoire. Mais, quand en plusieurs endroits
un même auteur cite de façon différente, on peut se deman-
der si l'on est en présence d'une variation de sa mémoire ou
bien d'une variante réelle, en rapport avec l'utilisation
par de copies différentes. C'est ainsi que le passage de
lui

246 e 4 ô [/.iv 8yj jxeyocç Tjyefjuov ...Zeu; est cité deux fois par
Plutarque. Or, dans les Quaestiones conuiuales VIII 3, 5 722 d,
son texte: b yàp Bv) fiiyaç Tiyejxojv ...Zeuç est très voisin du
nôtre dans le Non posse suauiter uiui secundum Epicurum,
;

22 1102 e, il écrit bien 6 [xév, mais il omet Stq et, ce qui ,

•importe davantage, il omet ^yejAtov. C'est


pourtant un fait

que de ces deux passages


qui s'éloigne le plus de
celui
notre texte est celui qui a le plus l'apparence
justement
d'une citation textuelle. On peut donc se demander si l'omis-
sion de Yiyejxwv n'y est pas le témoignage d'une tradition
différente. — De même à 25od 4: es/exat aiffÔTjffewv. Là
où Plutarque ne paraît pas citer mais se souvenir (Aqaa an
ignis utilior i3, 958 e), il écrit èdx'.v
(ou eT<tiv) ataôr^ecov ;
:

mais là où il semble citer textuellement (Quaest. conuiu. III


6, 4 654e), on lit:
ïpystat Ce dernier mot
serait-il une variante réelle de
Tïa9r,[i.![Link].
la tradition manuscrite ? —
Moins délicat est le cas de 243 d 6 car,
;
deux fois (cf.
si

Apparat) Plutarque écrit xaTaxXûsacOoc., les deux autres


glxxx PHÈDRE
endroits (Quaest. conuiu. VII 5, 4 706 c! et De esu carnium
II 3, 998 a) où il retient notre à7toxXuffa<r6at sont ceux où il

paraît citer la lettre.


Autre observation. Une phrase du Phèdre, zS'] b 8-c 2 :

jrgpt Travée,
<L irat, ..àvaY**]» est citée par trois commenta-
.

teurs d'Aristote avec des déformations au moins partiellement

identiques. Philopon (fin du v s. et début


e
du yi% in Ar. De-
an. 33, 21 et 43, 8 Hayduck), David (fin du vi e s., Proleg-
9, 21 ellsag. gb, 18 Busse), Elias (fin du s., Isag. l\\, 4 vm e

et Categ. 127, 7 Busse), au


lieu de tgTç [asXXoikji xaXûç (ïou-

)*£U£<TÔae, s'accordent à écrire


1
toù" x. fi. , ô'tou au lieu
:

de irept ou,
— toû 7tavTo;
itepl
au lieu de 7tavrô';. Tandis qu'après
otou Philopon a notre texte, les deux derniers donnent une
commune variante èoriv «xé^tç. Sans doute est-il possible-
:
-Jj

qu'Élias ait copié David ; mais, puisqu'ils s'accordent aussi


avec Philopon, une autre tradition, peut-être dans quelque
florilège scolaire, n'est pas invraisemblable.
Enfin un passage du Phèdre, 238 b 9-c 3, est textuelle-
ment cité par Denys d'Halicarnasse dans le De Demosthene

(I i4o, i4 Usener et Radermacher) et dans la Lettre à Cn.


Pompée (II 1 23o, 12). Or, sauf Vollgraff, tous les éditeurs

signalent l'accord complet de la seconde citation avec notre


texte, tandis que la première comporte quatre variantes (cf.
Apparat). Nous serions donc manifestement ici en présence
de deux traditions manuscrites qui auraient été tour à tour
suivies par Denys et dont l'une aurait prédominé dans les
manuscrits médiévaux 2 Mais la différence des deux textes
.

est purement apparente, et elle a été fort bien expliquée

par les derniers éditeurs de Deny3. Les manuscrits de la


Lettre ont en effet une lacune à l'endroit où Denys y avait
transporté la citationdu Phèdre que renfermait son De
Demosthene. Or, en voulant combler cette lacune, ce n'est
pas au texte de ce dernier traité qu'Henri Estienne a eu
recours, mais à son propre Platon. Il
n'y a donc ici aucun
désaccord de citations 3 .

1 La seconde fois Philopon a pourtant tw uiXXovxt.


.
Simplicius-

(in Ar. Phys., 75, 3 Diels) lit notre texte.
2. Il y en a des
exemples dans Stobée, mais qui intéressent des-
points sans importance ;
cf. ad a3g b 3.
3. La liste qui suit ne comprend que les auteurs (ordre chronolo-
NOTICE clxxx*

. . .Les éditions spéciales


r du Phèdre sont
Editions etc. n j
. ,
moins nombreuses encore que celles du
Banquet. J'ai utilisé celles de Friedr. Ast (1810, i83o), de
Stallbaum (2 e éd. 1857) et surtout celle de W. H. Thompson,
The Phaedrus of Plafo with english notes and dissertations ,

I868 L'édition de J. G. Vollgraff 2 professeur à l'Univer-


1
. ,

sité d'Utrecht, est purement critique et, très souvent, extrê-


mement hardie. Comme je l'ai fait pour le Banquet et au risque

gique) mentionnés dans l'Apparat et qui ont fourni une variante ou


servi à confirmer une leçon. Pour le surplus, voir les Testimonia de
l'édition de Schanz ou de celle de Vollgraff. pour ma part J'ai

dépouillé la collection des Commentateurs grecs d'Aristote, tâche


faciledepuis la publication de l'Académie de Berlin. Je ne men-
tionne l'édition dont je me suis servi que pour les auteurs au sujet
desquels cette indication n'a pas été fournie déjà par les éditions du
Phédon (p. lxxxi n. 1) et du Banquet (p. cxvu n. 1).
— Aristote
(De anima, Apelt, bibl. Teubner ; Métaphysique, W.-D. Ross 192/i);
Cicéron (C. F. W. Mûller, bibl. Teubner) ; Denys d'Halicarnasse
(Usener et Radermacber, ibid.) ; Heraclite le Stoïcien (Allégories
homériques, Mehler i85i) ; Séneque (De tranquillitate animi,
Hermès, bibl. Teubner) ; Plutarque Aristide;
Alexandre ;

d'Aphrodise (In Ar. Topica, Wallies, Coll. de l'Acad. de Berlin ;


De an., Ivo Bruns, ibid.) Albinus (Jntroductio in Platonis Dialogos,
;

vol. VI du Platon de K. Fr. Hermann, bibl. Teubner) Lucien ;

(Jacobitz, ibid.); Hermogéne Plotin ; Origène; Clément d'Alexan-


;

drie Eusèbe ; Jamblique (in Nicom. arithm. introd., Pistelli, ibid.) ;


;

Stnésius ;
Aristénète ;
Jean Stobée ;
Strianus (in. Ar. Metaph.
Kroll, coll. Acad. de Berlin) ;
Hermias Proclus (in Rempubl.,
;

Kroll ;
in Crat.,Pasquali, bibl. ; Teubner) Jean Philopon (in Ar.
de an. Hayduck, coll. de l'Acad. de Berlin) ;
Simplicius (in Ar.
Phys., Diels, ibid.) ;
David (Prolegomena et in Porphyrii Isagogé,
Busse, ibid.) ;
Elias (in Porph. Isag. et in Categ. Busse, ibid.) ;

Photius ; Eustathe (ad Hom., Stallbaum) ;


Nigéphore ;
[Link]
graeca de Bekker.
1. Préface; Introduction; Appendix I On the erotic discourses oj :

Socrates II On the philosophy oj Isocrates, and the relation to the


;

Socratic schools III The Eroticus oj Cornélius Fronto.


;

2. Platonis dialogus qui inscribitur Phaedrus, ad optimorum librorum,


codicis Bodl. praecipue, jidem recognovit, Leyde,
191 2. Le texte du
Bodleianus (B) y est reproduit en face du texte établi par l'éditeur.
On y trouve également le recueil des scholies et un recueil de*
corrections proposées au texte. Au bas de chaque page sont rassem-
blés les Testimonia.
clxxxii PHEDRE
d'allonger abusivement l'apparat critique, j'ai voulu, non
pas seulement y rappeler les principales conjectures ou correc-
tionsdont le texte a été l'objet', mais y donner aussi une
2
image de celui qu'ont imprimé les éditeurs les plus récents .

— ont été rares, par contre le nombre est


Si les éditions
considérable des études qui ont été consacrées à telle ou telle
des questions que pose le Phèdre. Or, on a pu s'en rendre

compte, il y en a beaucoup et d'espèces très diverses compo- :

sitiondu dialogue authenticité de YÉrôlicos de Lysias rôle du


; ;

mythe et conception de la dialectique aspects particuliers de


;

la théorie des Idées ou de la doctrine de l'âme attitude de ;

Platon à l'égard de la rhétorique ou à l'égard de ceux qui


l'enseignent, spécialement en ce qui concerne Isocrate, etc. Les
bibliographies classiques, par exemple celle de J. Marouzeau,
plus accessible au lecteur français, ou la bibliographie spé-
ciale du Phèdre dans le manuel d'histoire de la philosophie
ancienne (Grundriss der Geschichte d. Philos, des Altert.
d'Ueberweg-Prâchter, fourniront aisément des indications)
qu'il eût été trop long de donner. On trouvera dans le pre-
mier chapitre de la dissertation (citée p. xxvi n. 3) de

i Les conjectures de Gottfried Hermann sur le texte proviennent


.

des notes marginales de son exemplaire du Platon de Heindorf, qui


est à la bibliothèque de l'Université de Cambridge. C'est Thompson

qui, le premier, les a fait connaître dans son édition. — Dans


l'Apparat critique, « Richards » désigne de cet auteur et
les Platonica
« Richards 2 », de nouvelles remarques publiées par lui en iqi5 dans
le Classical Quarterly
(p. 2o5 sq.).
2. J'ai procédé en cela comme pour le Banquet (cf. p. cxvn n. a) ;

ils sont donc signalés seulement quand leur texte n'est pas celui que
j'ai adopté, sans que je m'astreigne d'ailleurs à les nommer séparé-
ment quand, à l'exception d'un seul (exe), tous sont du même avis.
J'ai négligéde signaler que Rurnet et Vollgraff, d'accord en cela,
comme on l'a vu (p. clxxvi), avec la copie du Phidre dans W,
e
adoptent constamment la désinence tj pour la 2 pers. sing. de l'indic.
prés, moyen. D'autres particularités orthographiques de peu d'im-
portance ont été cependant signalées :
pour vuv 87J, que Schanz,
Rurnet et Vollgraff écrivent constamment vuv8tj ; pour que
utôç, ûteï;
les mêmes éditeurs, d'accord avec les inscriptions du temps, écrivent
Go;, pour l'augment des verbes commençant par eu pour
Geîç ; ;

l'emploi du Ç au lieu du a dans les mots composés avec ouv enfin ;

pour le v ephelkystique. Sur ces deux derniers points j'ai suivi la


règle que je m'étais fixée pour le Phédon (cf. Notice p. lxxxv).
NOTICE clxxxih

Z. Diesendruck ou dans le livre de A. Diès, Autour dePlaton

(surtout p. ioo sqq., p. 4oo sqq.) des exposés qui permettent


d'avoir un aperçu des conflits d'opinion auxquels le Phèdre
a donné lieu.
Le que j'imprime est, comme dans
texte
les deux autres parties de ce tome IV,
même que je traduis c'est-à-dire que, sans jamais
celui-là :

usage des crochets droits, je rejette à l'Apparat les mots


faire
ou membres de phrase dont l'interpolation m'a paru, ce qui
est d'ailleurs très rare *, tout à fait incontestable. De même,
je n'ai pas
hésité à introduire dans le texte une transposition
qui me semblait améliorer la suite des idées 2
. J'ai
adopté
plusieurs corrections proposées par mes devanciers ; en face
3

de certaines autres j'ai hésité, non sans regret *. De moi-même

i. a5i c 3 rapt ta ouXot, malgré les mss. et contrairement aux

autres éditeurs, cf. p. 45 n. a ; 257 d 9 toute la phrase explicative


de fÀuxùs àyxiov, cf. p. 56 n. 3.
2. 229 d 1 sq., transposé entre b 5 et 6 cf.
p. 5 n. 2. ;

3. 228 b 6 Se T«j>, correction d'H. Estienne, adoptée par


Thompson
et Vollgraff 24 1 d 5 as txsaoOv, avec Hermann, au lieu de ys [xeaouv
;

des mss. et des autres éditeurs, ce verbe s'employant en effet ordi-


nairement avec un sujet de personne (ex. Banquet 175 c 7) et le
complément d'objet au génitif 244 d 7 svt xtai, correction suggérée
;

par Thompson 249 d 7 xs xat placé devant ^poôutAoûixsvo;, avec


;

Spengel, au lieu de l'être devant àvanTspojfxsvoî 6, cf. p. 4a n. 3 ;

255 c 8 àva^Xripâiaav, avec Heindorf, car, si le courant a fait l'âme


de nouveau ailée (àvaicceptoaav codd. Eusèbe), on ne comprend plus
,

l'effetdont il est ensuite question 258 a 1, sans accepter la sup-


;

pression de avSpdî proposée par Bergk et qui ne paraît pas indispen-


sable, j'adopte sa correction av-{yp£[[Link] au h eu de auyypauiiaTi,
codd. 260 b 9, en outre de arpaTsta; au lieu de aipatiSç (d l'armée),
;

j'adopte avec Burnet et Vollgraff le -p6$ y' [Link] de Thompson, au


lieu du rrpoaEVéyxîïv des mss., contre lequel celui-ci a apporté
d'excellentes raisons ;
260 c 3, en accord avec un passage du Philbbe
(cf. p. 61 n. 2), j'ai écrit comme Burnet ysXoîov xat çtXov, ce qui
parait avoir été le texte d'Hermias et répond en tout cas à son inter-
prétation (220, i5 sq.).
4. 244 e 3, quoique le aùiïjv s/ovxa d'Aristide ou le su sauTÎjî
k'jçovïa
de Bichards pussent être tentants, j'ai cependant gardé le tÔv
iauTrjî ïyovxa des mss, en donnant à ce dernier mot le sens de (astI-

/ovTa, comme dans Œdipe Roi, v. 709 253 a 6 je n'ai pas osé
;

suivre Geer en écrivant Atovûaou au lieu de Atô;, mais cette correc-


tion me semble néanmoins très probable, cf.
p. 48 n. 1 (49)-
clxxxiv PHÈDRE
j'ai rétabli, dans la première lecture que donne Phèdre du
discours de Lysias, la conformité du texte avec celui qu'il lit
la seconde et la troisième fois *. En plusieurs cas, en revanche,
le texte des manuscrits m'a semblé devoir être maintenu 2 .

Dans d'autres cas cependant, c'est pour la leçon des Papyrus


-que je me suis décidé 3
.
Enfin, pour ce qui est de la ponctua-

i .
Puisque Phèdre lit et relit son cahier, il est peu naturel qu'il ,

y lise une fois yevoij.é*viov toûtcov (23o e 7), et, les deux autres fois,
toutwv yevouivtov. La divergence n'existe d'ailleurs que dans B.
a. a3a d 7, avec Burnet je repousse la correction de Heindorf 0' ujt'
èxei'vwv au lieu de uît' exeîvcuv, car celui qui croit devoir à son mérite
d'avoir réussi dans son entreprise aura des satisfactions d'orgueil à
voir qu'on recherche le jeune garçon qui a cédé à ce mérite et se
sentira personnellement insulté par ceux qui ne font aucun cas de sa
conquête (cf. p. lxvi n.) ; a36 c 3 je garde zv\a.6i\Qr\-zi qui est dans
tous les mss. et, avec T, je lis à la 1. a tva 81, en coupant la phrase

après e! ce 8é me paraît en effet répondre au uiv de la ligne avant,


:

et, à EÙXa6r}8r)Tt que je répond c 7 un autre impé-


lie à xat [atj (3ouXou,
ratif àXXà 8tavo7J(h)T[ (cf. p. a38 a 6 xExX9Ja0ai, que lit aussi
xxxi n. 1) ;

Stobée, me paraît devoir être préféré à la leçon de B xEx-rjaâat quand :

on a une passion dominante ou qu'on est possédé par elle (a 5, b a sq.),


on est appelé d'un certain nom sur a45 d 3 et e 1, cf. p. 34 n. tj a
;

«t Notice p. lxxvii sq. a46 a 6, cf. p. 35 n. a il n'y a pas de raison


;
:

de préférer à la leçon des mss. loixl xw 8t{ ou 8rf tu la variante


signalée dans T et dans W
èoixétw StJ ; a48 b 6 8r), donné par les
mss. et par le d'Hermias, me paraît, étant repris à 7, devoir
lemme
être gardé ici, et de même b 7 ou èVctv malgré sa proximité de ou 8t)

Eve/', qui peut faire penser


à l'interprétation d'une dittographie
initiale a4o c 1 le neutre t'o'v, grammaticalement injustifiable, est
;

cependant maintenu comme se rapportant au groupe à'v9pto7cov


jjuviivat, et d'ailleurs garanti par l'accord des mss. avec un lemme
d'Hermias (a34, aa), cf. p. xciv n. 1.
3. aa8 b 7 !8wv, après t'8wv jjiv, que l'on cherche, soit à corriger,
«oit à justifier par un étrange motif (p. 3 n. a), n'est pas répété dans

l'Oxy. 1016 et il est d'ailleurs suspecté par un reviseur


de T;
239 e 4 t* TOtauxa est bien meilleur que aùta et surtout que tocutoi;
a45 c 6 aùxoxt'vriTov, pour les raisons données p. lxxvii n. 1 et p. 33
n. 3, doit être préféré à àetxtvTjTov a46 b 7 ^"X.*! 7î * aa ( c f* P- 36
;

n. 1), confirmé d'ailleurs par une citation de Plotin, donne un trop


bon sens pour que, en dépit des mss., on ne tienne pas compte du
fait que cette leçon est retenue en outre par Eusèbe et par Simplicius ;

248 a 2 le pluriel Geoïç, puisqu'il s'agit en général des âmes autres


que celles des dieux, est plus naturel que le singulier Oeû des mss.,
NOTICE clxxxv

lion, je l'ai rarement modifiée d'une façon significative


1
.

Il existe en français une excellente traduction du Phèdre

par E. Chambry (avec d'autres dialogues, Classiques Garnier,


19 rg) et aussi par Mario Meunier (Payot, 1922). J'ai souvent
utilisé avec grand
profit une traduction allemande anonyme,
suivie de notes (Leipzig, 18A6). Sans parler de celles qui font

partie de collections complètes des Œuvres de Platon, il y


a en anglais, en allemand (celle d'O. Apelt notamment),
d'autres traductions du Phèdre, mais je n'ai pu les avoir à
ma disposition.
En terminant
cette Notice, il m'est très agréable de témoi-

gner ma profonde gratitude à mon collègue M. Louis Méridier


pour l'amical dévouement avec lequel il a accepté de reviser
tout mon travail. Celui-ci doit beaucoup à sa compétence, à
la sûre précision de ses remarques, à son attention minutieuse.
Il
y subsiste encore assurément bien des imperfections c'est :

qu'il ne pouvait tout redresser et aussi, j'en conviens, que


je n'ai pas toujours suffisamment cédé à ses avis.

et l'idée d'assimilation, exprimée par les mots xal stxacjiivir] qui


manquent en effet dans l'Oxy. 1017, est tout à fait hors de propos ;

si d'autre
part à 2^8 c 3 et 2^9 c 3 on a le singulier 8sw, c'est qu'il
s'agit du cortège d'un dieu déterminé.
1. a36 c 2,
point en haut après eï, cf. p. précéd. n. 2 ;
253 a 6 je
mets, comme Schanz, la virgule devant uxnzep aï Baxyat et non
après ce mot, cf. p. xcix n. 1 ; 269 b 2 je supprime la virgule après axi,
cf. p. 78 n. 2 ; 276 d 4 je lis un point au lieu d'une virgule après
[XET'.dvTt parce que, dans ce qui suit, on ne peut disjoindre l'opposi-
tion du plaisir en
question à d'autres plaisirs qui sont sans délicatesse.
SIGLES

B = cod. Bodleianus 39.


T = cod. Venetus, app. class. 4, n° 1.
W = cod. Vindobonensis 54, suppl. philos, gr. 7.
Sur les
Papyrus et la tradition
indirecte, voir Notice,
p. clixvi sqq.

IV. 3.
PHEDRE
[ou De la Beauté ; genre moral.]

SOCRATE, PHÈDRE

227 p Socrate. —
Où vas-tu comme cela,
mon
cher Phèdre, et d'où viens-tu ?
Phèdre. —
De chez Lysias, le fils de Céphale Socrate et 1
, ;

je vais de ce pas me promener hors des Murs c'est que j'ai :

passé là-bas bien des heures de suite, assis depuis le petit


matin Or, sur les conseils d'Acoumène 2 ton familier et le
!
,

mien, c'est le long des grands chemins que je fais mes pro-
menades : elles sont ainsi, dit-il, plus remontantes que celles
b qu'on fait dans les préaux.
Socrate. —
Et il a, ma foi, raison de le dire, camarade !

Mais au fait, il faut croire, Lysias était donc en ville?


Phèdre. —
Oui, chez Épicrate, dans cette maison, tu la
vois, qui avoisine le temple de Zeus Olympien la
Mory- :

chienne 3 .

Socrate. —
Eh bien alors, à quoi passait-on le temps?
!

C'est d'éloquence, bien sur, que Lysias vous aura régalés?


Phèdre. —
Tu l'apprendras, si rien ne t'empêche, en
poussant plus loin, de m'écouter.
i. Céphale, dont Platon trace un vivant portrait au début du
livre I de sa République, était un métèque qui possédait au Pirée une
importante fabrique d'armes. Un autre de ses fils, Polémarque, chez
qui se passe l'entretien sur la justice, objet de ce premier livre, sera
mentionné plus bas, 257 b. Sur Lysias voir Notice, p. xiv sqq.
2. Médecin renommé, père du médecin Éryximaque cf. 268 a. ;

3. Epicrate, nous dit-on, était un orateur du parti démocratique.


Quant à Morychus, il avait eu la réputation de mener la grande
vie, et son nom était resté attaché à la demeure où s'étalait son faste.
OAIAPOS
[t] xtpi xaXoû- 7)61x0';.]

IQKPATHE <t>AIAPOZ

ZOKPATHZ. *n <plX£ <t>aîSpe, Ttoî 8f) k<xI tt88ev ; 227


4>AIAPOZ. riapà Auatou, S ZcÔKpaxEc;, xoO KccpdXou'
TtopeùojiaL 8è npoç TteplnaTov IE,g> xeI^ouç, au)(v6v yàp
êtCEÎ
SiÉxpuJja xpôvov, K<x8r]^Evoç e£, êcoBivoO. TÇ> Se au
Kal e^lco Exaîpcp tteiBo^ievoc; 'AkouuevG. Kaxà xàç ôSoùç,
ttoioGuou xoùç TTEpinàTouc; -

<prjcl yàp àKOTicoxÉpouç EÎvoa


TÔV EV TOLÇ SpO^OlÇ. b
ZO. KaXûq Y^P> ^ ExaîpE, XÉyEi. 'Axàp Auolaç ?\v, &ç
eolkeu, ev SaxEi ;

<fcAI. Nal, nap' 'EmicpàxEi, ev t^Se xfl TcXr)alov xoO


'OXujmlou oIkloc, xfi Mopu^ta.
ZO. Tlç oSv SI) ?}v f^ SiccxpiÔf) ;
*H SfjXov 8x1 xûv Xéyov
ôjiâç Aualaç Elaxla ;

*f>AI .
riEIJOEL, Et 001 CT^oX^I TtpOtOVXl OCKOÛEIV.

Titulvs: nspi xaXou BTW tc.


Ipanoç Diog. La. III 58; rj6ixd{ B2
(alia manu) Diog. La. ibid.

227 a 3 8à 8t) Dionys. :


Tcpôç TcepiTcaiov 2Ça> tefyouç
||
e. t. rcp. tc. :

Hermias xetyouç
||
Te; s. u. Oxy.
:
eru/vôv petxpov Oxy. 5 'Axou- ||
:
||

pevw -jxcvw codd.


: 6 çr,at -atv T Oxy.
||
b a yaip, ai y esTj ta Oxy.
:
||
:

U tJv (et Oxy. Hermi. ) îjv £p' Badham om.


1
4 *ou 'OXou.t:£ou
:
||
:

Oxy. t. -rciEtou
Vollgraff 6 5tj om. 3 3 BT* 7 eurcfa:
: TW :

W
|| || ||

iffria
Oxy. 8 TCEuast -<jtj
Il
om. Oxy. :
227 b PHÈDRE 2

Socbate. —
Quelle idée Ne suis-je pas à tes yeux, comme !

dit Pindare, homme à sacrifier tout empêchement au soin


d'écouter ce à quoi vous passiez votre temps, Lysias aussi
bien que toi ?
c Phèdre. — Avance, alors !

Socrate. — Tu peux parler...


Phèdre. — Eh !
oui, Socrate, d'autant
Phèdre, auditeur est de ton ressort, la chose qu'il
qu'elle
u
. , .
s'agit d'é[Link] dont La question en
sur l'amour. nous nous occupions avait, je ne sais
1
comment, rapport à l'amour Lysias, il .

faut te dire, a mis en écrit la séduction d'un beau garçon, et


non par un amant même justement là qu'est
!
Mais, c'est
l'ingéniosité, qu'on doit donner
il ses faveurs à celui qui
dit
n'aime pas, plutôt qu'à celui qui aime.
Socrate. —
Ah le brave homme "Que n'écrit-il que c'est
! !

obligatoirement au pauvre plutôt qu'au riche, au vieux plutôt


d qu'au jeune sans parler de toutes les misères qui me sont
;

personnelles, comme à la plupart d'entre nous Voilà en effet !

des propos dont la civilité servirait aussi l'intérêt des


Aussi, ma foi, me suis-je senti une telle envie de
2
...
gens
t' écouler
que, devrais- tu en faisant ta promenade marcher
3
jusqu'à Mégare,et, selon la méthode d'Hérodicus aller de là ,

jusqu'aux Murs pour revenir ensuite sur tes pas, non, je ne


me laisserais pas lâcher par toi d'une semelle !

Phèdre. —
Qu'est-ce à dire, excellent Socrate? T'ima-
228 gines-tu que des choses dont la composition a été pour Lysias
l'affaire de beaucoup de temps et d'une patiente étude, pour
lui le plus habile des écrivains actuels, ces choses-là, moi un

profane, je les redirai par cœur d'une façon digne de cet


homme ? Ah il s'en faut de beaucoup ; et pourtant, oui, bien
!

davantage le souhaiterais-ie que de me voir tomber une


grosse fortune *...

Socrate. — Phèdre, si de moi Phèdre est


ignoré, c'est
que j'ai perdu jusqu'à la conscience de ce que je suis Mais !

1. Voir Banquet 177 d et p. 7a, n. 1.


2. Démagogie humanitariste Aristophane, Nuées ao4 sq. ; cf.

3. Médecin et maître de culture


physique (Prol. 3 16 e, Rip. III

4o6 a) il était de Mégare, puis s'était installé à Sélymbrie.


;

4- Phèdre est pauvre, mais plus avide d'instruction que de ri-

chesse. Sur ce trait de son caractère, cf. Banquet, Notice p. xxxvn sq.
a $AIAPOS 227 b

ZG. Tl 5é ;
oûk àv oïei jie,
Kaxà nivSapov Kal ào)(o-
Xlaç ÛTTÉpTspov Ttpayua TtoiijaaaBai x8 cnf|V
te Kal
Aualou Suxxpiôfjv àicoGaai ;

<t>AI. ripéayE 8/|. c

Zft. Aéyoïc; av.


<t>AI. Kal uf)v,
o ZebKpaxEÇ, npoa^Kouaà yÉ ooi /) àKofj'
Ô yâp TOI X6yOÇ fjv TTEpl 8v SlEXptSoUEV, oôk oÎS' ovxivay

xpénov, IpcùTiicéç. réypa<pE yàp 8f) ô Auoiaç TtEipdbuEvov


Tiva xûv KaÀSv, ou)( ÛTtè IpaaToO Se àXX' aôxè 8r| toOto -

Kal KEKo^tjjEUTaL. XéyEi yàp &q yaLpioikov u?| êpôvxi. uaXXov

f) IpÔVTl.
Z.CÏ. *C1 YEVvaîoç' eÏ8e ypài|>EiEV &q xpr| TtÉvr|TL ^fiXXov

f) ttXouoIq, Kal TipEaBuxÉpo fj vEcaxÉpa>, Kal Baa aXXa êjiol


te Ttp6a£OTi Kal xoîç ttoXXoîç f^uôv r\ yàp av àaxEloi Kal d
1

8t]u<»4>eXeÎç eÎev oi X6yoi. "Eycoy ouv ouxoç ÊTtnE8ûjir|Ka

&KoOaai, âax' iàv fta8t£ov Tioifj


x8v TtEplnaxov MéyapaSs

Kal, Kaxà 'HpéSiKov, TtpoaBàc; xô xeI^ei TïàXiv àrtlr|ç, oô

u^ aou àTtoXEi(p8ô.
4>AI. riôç XÉyeiç, 8> |5ÉXxiaxE ZâKpaxsç ;
Oïei jie,
fi

Auataç êv ttoXXû yjpàva Kaxà a^oX^v auvÉ8r|KEv, 8elv6- 228


xaxoç cùv xôv vOv ypàcpsiv, xaOxa t8u£>xr)V ovxa àTTouvr)-

uoveùc?eiv à^loq ekeIvou ;


rioXXoO y£ Sécù- Kalxoi I8ouX6jit]v

y' av uaXXov f\
uoi ttoXù ^pualov yEvéaSai.
ZO. *C1 <t>aî8pE, eÎ êyô <t>aî8pov àyvoô, Kal luauxoG

ETiiXÉXr|auai. 'AXXà yàp oôSéxEpà èaxi xoûxav. ES oTSa oxt,

b g 8e: Za'. B Oxy. ||


io notifaaaOat Oxy. Par. i8ii : -aeaGat
codd. or|v (et Oxy.):
|| tstJv G
(Ven. app. class. 4, 54) Burnet ||

C 4 om. Oxy.
î)v :
||
5 y«P :
J«V yap Oxy. 6 ||
o;:ô : uît'
Oxy. (ut uid.)
7 yàp om. Oxy. :
(ut uid.) ut] ... r]
: xa> ... rj xa> Oxy. 9 oi :

W
|| || [jlïj ||

& TW «S B Hermi. 1
||
10 oaa (et Oxy.) : oa' B ||
d 1 rcpoaeaxi 2

rec. :
Tïpo; loti
Oiy. av W
av i\i' ci. Richards
-x:v 2 ïytoy' ouv ||
:
||
:

xar eywye u. Oxy. 2 E-farfS [xévxoi uel èyw 8è xaî vuv ci.
Oxy. ouv s.

Herwerden è'yuy' op.w; Vollgr. 3 àxouaai auxwv ax. Oxy. ûiax' ||


:
||

èàv aicxe av
: -te àv T w. xav Vollgr. W 228 a 1 <JuVc6r)xev (et ||

Oxy.) -x£ B : W
D 4 ^oXù (et Oxy.) rcoXùv T 6 yàp xooxwv (et Oxy. :
||
. . .

Hermi.) auct. Naber del. Vollgr. i<rti -xtv Oxy.


: eu eu 8' T Oxy. : :
|| |j
228 a PHÈDRE 3

non, la vérité est que ce n'est ni l'un ni l'autre. J'en suis


bien certain :
puisque de Lysias qu'il écoutait un
c'était

discours, une seule audition ne lui a pas suffi, mais à maintes


il a voulu se le faire dire, et
reprises, revenant à la charge,
b l'autre à lui obéir a mis de l'empressement. Pour lui cepen-
dant ce n'était pas encore assez, mais finalement des mains de
celui-ci il a pris le cahier, et le voilà revoyant les passages

qu'il désirait le plus revoir ; enfin, las


de travailler ainsi et
d'être resté assis depuis le petit matin, le voilà parti pour sa

promenade, ayant déjà (c'est, par le chien! ce que je crois) le


discours dans la tête, d'un bouta l'autre, à moins qu'il ne fût
très long. Et, s'il s'en allait hors des Murs, c'était pour
s'exercer à le réciter! Or, voici qu'il tombe sur un homme 1
2
dont c'est la maladie d'écouter des discours; en le
voyant ,
il

s'est réjoui d'avoir là celui qui s'associerait à son délire


3
C corybantique et il ,
l'a invité à
pousser plus avant. Mais, prié
de parler par celui qui se passionne pour les discours, voilà
qu'il faisait des manières, tout comme
s'il ne
grillait pas de
parler Et, pour finir, il était sur le point, au cas où l'on
!

n'aurait pas consenti à l'écouter, de se faire entendre par


force! A toi donc, Phèdre, puisque bientôt il ne manquera pas
de s'exécuter, de lui demander que ce soit dès maintenant.
Phèdre. —
Pour moi, en vérité, le meilleur parti, et de
beaucoup, c'est de parler comme je pourrai attendu que tu ;

me lais l'effet, toi, de n'être pas le moins du monde prêt à


me laisser partir, que je n'aie, n'importe comment, pris la
parole !

Socrate.— En tu effet, vois tout à fait juste en ce qui


me concerne.
d Phèdre. — Eh bien donc ! soit :
je ferai comme j'ai dit.
En réalité, vois-tu, ce qu'il y a surtout, Socrate, c'est que je
n'ai pas appris à fond le mot à mot du discours. Pour ce qui
est toutefois du raisonnement, en presque tout ce qu'a dit

i. Ou, en lisant autrement, .sur l'homme dont..., comme si de


Socrate c'était passion notoire. N'est-ce pas plutôt un rappel de ce
la

concours oratoire auquel Platon le fait participer dans le Banquet?


i. La répétition, dans de bons manuscrits, de ces deux mots tra-

duirait, dit-on, l'enthousiasme excité en Phèdre par cette rencontre 1

3. Les danses des Corybantcs, prêtres de la Déesse-Mère (Cybèle),


avaient, par leur furieuse agitation, les apparences d'une passion
forcenée, telle qu'est celle de Phèdre pour les discours.
3 «KAIAPOS 228 a

Auatou X6yov okoûov, Ikeîvoç où p6vov SltkxE, fJKOuaEV,


àXXà TioXXàKLÇ enavaXa^6àvcùv IkéXeuév ot Xéyetv, Ô 8È
ItteIBeto TtpoBùpoç. T$ 8è oô8è TaGxa fi,v iKavà, àXXà b
teXeutûv, -napaXaBôbv tô (iiBXlov, fi
paXiaxa etteBù^iei

etieo-k6ttei., Kal toOto Spcov !£, êcoBivoO KaBqpEvoç àTtEiTt&v,

Etç TtEplTTCCTOV
fJEL, 63Ç pèv lyà> oîpai vf)
t6v KUVa, E^ETU-

aràpEVoç xèv X6yov Et pq Ttàvu -ri


?\v paicpoç. 'EnopEÛETO
1
S Ikt&ç TEtyouq, ïva pEXEicpr). 'ATtavtYiaaç 8é tcù vocoOvti

TtEpl X6yov àKon,v, auyKopu- tSèbv pév, fja8r| 8ti e£oi t8v
BavTLÔvxa, Kal Ttpoàyeiv IkéXeue. AEopévou 8è XéyEiv xoO c
tôv X6yov EpacrcoO, èBpÙTtTETo &ç 8f| oôk EmBupûv XÉyEiv
teXeutôv 8è e^ieXXe Kal, eI p/) tlç ekôv àicoûoi. (Ha èpslv.

Zù o8v, £>
<î>aî8pE, auxoO Se^B^tl S-rtEp xà^a TcàvToç
Ttoin aEi vOv
i fjSr)
ttoueîv.

<t>AI. 'Epol <5>ç aXrjBéoç ttoXù KpàTiaT<Sv laxiv outqç


ô-ncoq Suvapai XÉysiv, &ç (-toi SokeIç où ouSapûç p£ à<pn,aEiv
Ttplv av EÏnco àpâç yé TtcûÇ.
ZO. nàvu yàp aoi àXr|6fj Sokô.
«PAI. OôtcùcI toIvuv TToifjao. TiS Bvti yap, S>
ZcbicpaTEc;. d

Ttavxoç pSÀXov xà yE prjpaTa oôk l£,Épa8ov xrjv pÉvxoi 8ià-


voiav, cj^eSôv aTTàvxov oîç I<J>r) SiacpépEiv xà toO âpcovroç f\

Si 8 àXXà (et Oxy.): àXXà xaî Hermi. D b a s;:s0ûpst (et Oxy.) ||


:

iTïOauiJLâxsi ci. Badham 3 xaO^psvos (et Oxy.) secl. Hirschig (\ êy^ ||


:
||

oïpai : om.
sycopai Oxy. Jtavu ti Oxy.
Oxy. ||
5 tôv
n. xiç : W ||
:

codd. Thompson 68'


Oxy. 8s tw Stephan. os tcp codd. Schanz
: 8s :

W
j| ||

Burnct 7 î8wv psv T 2 (et Oxy.) î8. p. îSoiv BT(î8. exp.)


|| Thomp- :

son Burnet î8. p. îoiv Ven. 54 (G) îovxa uulg. sic <Xv Winckelmann
s'Ôt'a olim Schanz Èvvowv Vahlen stSw; Kramm aùxo'v Richards
2
auyxo- ||

pu6avxtwvca :
Çu-pc. Oxy. |j
C i
rcpoayetv (et Oxy.) rcpoaày. : W ||
Ixê*-

Xsus : fort. 8tj uel ys èx.


Oxy. ||
xou ...
spa<rrou secl : Hartman
|| 3 spsXXs ïXsysv Oxy. 6 spot (et Oxy.)
:
1p. oùv uel pàv oùv ||
:

Heindorf Etsv âpol Klopfer 7 8ûvapat (fort, a ex eu T) s]av Suvto- ||


:

aat Oxy. d 1 oGtwai ouxw Oxy.


||
xot'vuv (et Oxy. 2 toi s. u.) : vuv ||
:

Oxy. 3 ârcâvTwv navetuv Oxy. (ut uid.)


Il Èptovto; r] xà to3 p»{
:
||
:

pT] èp. ci. Vollgr., qui reliqua damnât Oxy.) xat Hirschig :
t] (et ||

Vollgr.
228 d PHÈDRE 4

Lysias sur la différence de l'homme qui aime comparé à


l'homme sans amour, chacun des points, je l'exposerai som-
mairement dans l'ordre, à commencer par le premier.
Socrate. — Bon, quand premièrement,
II a sur lui
amour, tu m auras lait voir ce
i .
f, ..

le discours
qu'en ta main gauche tu peux bien tenir
là, sous ton manteau... Je gage en effet que c'est le discours
lui-même Mais, si c'est bien cela, mets-toi sur mon compte
!

ceci dans l'esprit, que moi je t'aime beaucoup, mais que,


e avec Lysias ainsi présent lui aussi, je ne suis pas du tout
décidé à me laisser utiliser pour te permettre de répéter ta
leçon Eh bien allons, fais voir...
! !

Phèdre. — En voilà assez Tu as de ce coup, Socrate,


!

culbuté mon espoir de te prendre pour champ de mon


entraînement 1
! Mais dis-moi, où veux-tu que nous nous
asseyions pour faire notre lecture ?
229 Socrate. —
Quittons ici la route et suivons le cours de
l'Ilissus. Après, en un endroit que tu jugeras paisible, nous
nous asseoirons.
Phèdre. —
C'est à propos, je le vois, que je me
suis trouvé
à être sans chaussure !
Quant à toi, c'est ton habitude, on le
sait De la sorte il nous sera tout à fait facile, en y trempant
2
.

nos pieds, de suivre ce filet d'eau; et ce ne sera pas désa-


gréable, en cette saison surtout et à ce moment de la journée
3
.

Socrate. Avance donc et, tout en —


A la recherche marchant, examine où nous pourrons
d'une retraite
7 ; nous asseoir.
en suivant
l'Ilissus. Phèdre. —
_. .
Vois-tu la-bas ce très-
haut platane ?
Socrate. — Eh bien ?

i. Si l'on a sous la main le discours même de Lysias, pourquoi


Socrate se prêterait-il à servir à Phèdre de terrain d'expérience,
afin qu'il s'assure si son exercice de mémoire est au point ? Cf.

Notice, p. xxvn et n. i.
a. C'est un trait bien connu (Banquet 174 a, 220 b) et que note
aussi Aristophane dans les Nuées (io3, 363). Quanta Phèdre, s'il est

nu-pieds, peut-être n'est-ce pas par hasard, mais pour se conformer,


c'est son faible, à quelque prescription médicale (cf. Banquet, Notice
p. xxxvn).
3. C'est le plein été, la rivière est presque entièrement à sec, et il

va bientôt être midi (cf. 23oc, 2^2 a, 258 e sq., 25g d, 279 b).
4 *AIAPOS 228 d

xà toO uf),
ev KEcpaXaloiç EKaarov ètyzÇfîq SIeiul, àp£,À^evoç
àTTè ToO TtpdùTOU.
ZO. AeU^xç yc Txpâxov, & <j)iA6Tr|c;,
*tt
apa âv xfj api-

OTEpfi! E)(ELÇ ÛTTO yap TÛ


2x £lV T0V ^Y 0V luaT'lO* T0Ttà£<3 (JE

aôx6v. Et 8è to0t6 egtlv, oûtcdcI SuxvooO TtEpl È^ioO, &ç

iycb cte Ttàvu jjlèv oJuXco, Ttap6vxoç 8è Kal Aualou, ÊuauT<Jv e


1
aoi I^eXetSv napé)(ELV oô nâvu SÉSoKxai. 'AXX Ï8i,
SeIkvue.
4>AI. riaOE" ÊKKÉKpouKtiç \xz eXtiISoç, o ZaKpaTEç, f)v

eT)(ov ev aol coç EyyuuvaaôuEvoc;. 'AXXà noO 8r| ISoûXei

KaBi£ô^£voi àvayvS^iEV ;

HC1. AsOp' EKTpaTtduEvoi, <axà tc-v MXiaov ïgîuev sîxa 229


8-rtou av 86^r| ev ^au^la Ka8i£r|06ti£8a.
<t> A
Etç <aip6v, &ç eoikev, àvuTt68r|Toç 8>v etu^ov où
I .

fcièv yàp 8r| &eI.


PfiaTov ouv ^îv KOtTà tô û8<xtiov |ipÉ)(ouai

toùç TuSSaç levai, Kal oôk àrjSÉc;, aXXcoç te Kal t^vSe xf|v
ôSpav toO Itouç te Kal Tfjç ^Épaq.
IO. l~lp6ayE Sua ottou Ka8EOoù^£8a.
8r), Kal atcôrczi
<t>AI. 'Opfiç oSv EKElvrjv Tf|v ôi|;r|XoTaTr|v TtXàTavov ;

ZO. Tl \xi]v :

d 4 xssaXatoiç : x. ouv Oxy. ||


Êxasxov (et Oxy.) : om. B et, exe.

Burnet, edd. omnes. ||


6 xl apa èv : xî à. o èv TW o Oxy. 7 tô} ev ||

î[Link]»o : xô ifiàxtov Hermi. ||


e 1 8è xat Auatou : 8k A. TW Oxy. Schanz

Vollgr. 8' èxst'vou Badham 3 Sa/.vus (et Oxy.) -vu Hirschig et, :

W W
||

exe. Burnet, omnes || 4 èxxéxpouxâç 2 rec. i. m.


(et Oxy ) èyx. :

Il
èX7CÎ8o; : xcov (exp.) £À^i8o; Oxy. -8wv fort, prius scripserat ||
5 rcou :

2
j:otOxy. probat Wilamowitz Platon II 363 6 xaOtÇopevot xocOeÇ. ||
:

Vindob. 89 Hermi. Stallb. Vollgr. 229 a 1 Ssup' -po Oxy. Hermi. :


1

W
||

Il
'IXiaôv Oxy. -aaôv codd. 2 orcou (et Oxy.): ony
: sed ô'rcou 7
|| ||

av eav Oxy. èv
fjauyt'a: xa0 Tjauyiav Oxy. xa0tÇyioo'ji.£8a (et Oxy.,
:
|| ||

Anecd. gr. I 101): -£^oi;j.£Ôa Stephan. -s8oûu.£8a Vollgr. ex Oxy. in u.


7 4 8»)
II
om. Oxy. Ven. 184
: àet (et Oxy.) ai. paaxov ||
: TW ||
:

Gaacov ouv Oxy. àpiaxov ouv ci. Naber 5 xoùç xoù sic B 6 exouç :
||
:

W
||

È'xou B U 7 Tzpoiyz 8t) xat axo'^Et (et Oxy.) :


rcpo'ç ye 8r) ax. || âpa :

om. Oxy. Vollgr. ||


xaÔ£8oûu;£6a Oxy. :
-t^r)ao'p£0a codd. et, exe.

Vollgr., omnes.
229 b PHÈDRE 5

b Phèdre. —
C'est là qu'il y a de l'ombre, une brise mo-
dérée, du gazon pour nous asseoir et, si nous le voulons, pour
nous étendre.
Socrate. — Si tu avançais ?

Phèdre. — Dis-moi, n'est-ce pas en vérité de


Socrate,
quelque part ici, de
que Borée selon la légende en-
l'Ilissus,
d leva Orithye 1 ? Ou bien est-ce de la colline d'Ares? La légende
en effet admet aussi cette autre version, que c'est de là et non
2
point d'ici, qu'elle a été enlevée .

b Socrate. —
Elle l'admet en effet.
Phèdre. — Enfin voyons ! est-ce d'ici ? Quel charme,
conviens-en, quelle pureté, quelle transparence offrent aux
yeux ces filets d'eau, et comme leurs bords se prêtent bien à
des amusements de jeunes filles !

c Socrate. — plutôt en contre-bas, à quelque


Non, c'est
deux ou trois stades, à l'endroit où nous passons la rivière
dans la direction du sanctuaire d'Agra 3 il y a là justement :

un autel de Borée.
Phèdre. —
Tiens je ne m'en suis pas du tout aperçu.
!

Mais, par Zeus explique-toi, Socrate, sur cette fable Crois-


! !

tu, toi, qu'elle soit vraie ?


„ , , . Socrate. —
Si i'étais, comme les Doctes,
Mythologie. ,
.' . .,
incrédule, je ne serais pas un extra-
un
v
vagant ; ensuite, doctement, je déclarerais qu'elle a été poussée
par un vent boréal en bas des rochers voisins, tandis qu'elle
Pharmacée, et que des circonstances mêmes de sa
jouait avec
mort née la légende de son enlèvement par Borée. Quant
est
d à moi, j'estime d'ailleurs que des explications de ce genre,
Phèdre, ont leur agrément mais il y faut trop de génie,
;

i. Cette
Nymphe, selon la légende, était fille d'Érechthée, le vieux
héros de l'Àttique. Pharmacée, sa compagne (cf. c) est la Nymphe à
qui était consacrée une fontaine, peut-être curative, près de l'Ilissus.
2. Cette dernière phrase me paraît être, non l'interpolation d'une

glose (Alline, Hist. du texte de Platon 267, 3), mais une omission,
d'abord rétablie en marge, puis mal replacée dans le texte. Avec la
transposition, la suite des idées semble plus naturelle la réplique de :

Socrate répond exactement à la remarque de Phèdre, lequel se


préoccupe de n'oublirr aucune des versions de la légende.
3. Agra était un deme de l'Attique ;
Artémis Agrotéra ou Agraïa
n'a sans doute rien à faire ici. Cf. Notice, p. xu.

4. Au sens propre celui qui ne suit pas les sentiers battus et


: dont
5 *AIAPOS 229 b

<ÊAI. 'EkeÎ aKid x' taxlv Kal TtvEOua uÉxpiov, Kal néa b
KaSt^EoBai fj,
âv (SouXcÔueBoc. KaxaKXi8f]vai.
ZO.. npoàyoLc; av.
<t>AI. EItté uoi, S>
Z&Kpaxeç* oôk evBevSe u.évxoi ttoSèv

àno xoO MXlctoO Xéyexai ô


BopÉaç xr)v 'QpElBuiav apTtàaai ;

*H èE,'ApELou Ttàyou XéyExai yàp aS Kal oSxoç ô Xoyoç, ; d


&ç IkeîSev, aXX' oôk IvBévSe, r)pTTàa8rj.
ZO. AÉyExai yàp. b
0AI. *Ap' o8v IvBévSe XaptEvxa yoOv Kal KaBapà Kal ;

Siacpavfj xà ôSàxia cpalvExat, Kal ÈTtix^SEia Kàpaiç tkxi^eiv

Ttap' aôxà.
3
ZO. Oôk, àXXà kcxtcùBev. 8aov Sô f\ xpla axàSia, ?| c

Ttpèç xô xf]ç "Aypaç [Link] Kal ttoô xlç âaxu ftcouèq

auxôBi BopÉou.
3
<I>AI. Où Ttàvu vsvérjKa. 'AXX eIttè Ttpàç Ai6q, o Zdb-

KpaxEÇ, aô xoOxo x6 u.u8oXéyr)u.a heIGei àXr|8Éç EÎvai ;

ZO. 'AXX 3 eI àmaxoirjv, «SoTtEp ot ao(|>ol, oôk av axonoq


EÏrjv, EÎxa aocf>i.£6uEvoq cpalrjv aôxrjv ttveuucx fropÉou Kaxa
xôv TtX^alov TtExpôv, aùv <f>apuaKEia TTal£ouaav, Serai Kal

oOxcù 8r) XEXEuxf|aaaav XE^Bf^vai ôtt8 xoO BopÉou àvap-


•naaxov yEyovévai. 'Eyd> 8é, S <t>atSpE, aXXoq uèv xà d
xoiaOxa ^apiévxa f)yo0^iai, Xlav 8è SelvoO Kal etutt6vou Kal

b i èaxtv -xt : W Oxy. ||


a xaOï^eaôat (et Oxy.) :
âyx. auct. Her-
werden Vollgr. || rj, av :
rj èàv W Oxy. tj
av B îj
èàv T || PouX<op.E6a
(et Oxy.) :
flouXd. B || xaxaxX'.0r;vat (et Oxy.) :
-xXtvrjvai Schanz Bur-
net àyxaxaxXivTJvai Herwerden Vollgr. 5 ir.à xou 'IXiaou (et Oxy.):
||

del. Vollgr. ||
'IXiaou sic B (sed cf. a i) -aaou B 2 (c s. u )
: TW j|

d i rj ...
Oxy.) auct. Heindorf hue transposai
a rjp^âdOri (et non :

interpretatur Hermi. Auct. Bast secl. Schanz del. Vollgr. b 7 IvOevoe ||


:

xai evO. Oxy. xat xaôapà xat Siaçavrj x. 8. x. xaO. Oxy.


|| c 1 rj (et :
||

Oxy.): 5} ut uid. B 2 xo xtjç "Aypaç (et Oxy. Hermi. ): xô xrfc 1

||

'Aypaîaî B2 u.) Eustath. Schol. xô (uel xx Bratuschek) âv "Ayp.


(aï s.

Burnet 2
|| Ôiaêatvojiev : oteS. ci. Thomps. rcoù xîç (et
Oxy. as. u.): ||

rcoû xi B
xouxi fort. Oxy. 4 vevÔYjxa ewcv. Oxy. 5 au ce Oxy. ||
||
: :

W
|j

[Link]ïz:
(et Oxy.): -67) exe. Thomps. omnes 7 çaiV v (et Oxy.): 3. av || (

Ast Schanz 8 aùv : ou T) Oxy.


|| 4>apfAax£ta (et -xta tou || Oxy.): W || 9 :

om. Oxy. |j
d 3 à'XXtoç ;[Link]
:
post xà. xoiauxa Galon. ||
4 Xîav : Xetav Oxy.
229 d PHÈDRE 6

trop d'application laborieuse


1
,
et l'on n'y trouve pas du tout
le bonheur ne serait-ce que parce qu'après cela, on sera bien
:

forcé de remettre d'aplomb l'image des Hippocentaures, puis

plus tard celle de la Chimère et nous voilà submergés par ;

une foule pressée de semblables Gorgones ou Pégases, par la


e multitude, autant que par la bizarrerie, d'autres créatures in-
imaginables et de monstres légendaires Si, par incrédulité, on !

ramène chacun de ces êtres à la mesure de la vraisemblance,


et cela en usant de
je ne sais quelle grossière sagesse, on n'aura
pas le temps de beaucoup flâner Or ma flânerie à moi, ce !

n'est point du tout vers des explications de ce


genre qu'elle
est tournée; et en voici, mon cher, la raison
je ne suis pas :

jusqu'à présent capable, suivant l'inscription delphique, de


me connaître moi-même je vois donc clairement le ridicule
;

230 qu'il y aurait, pour moi à qui cette connaissance fait encore
défaut, d'examiner les choses qui y sont étrangères. En foi de
quoi, je donne à ces fables leur congé et, à leur sujet, je m'en
rapporte à la tradition ; je le disais à l'instant, ce n'est point
elles que j'examine, c'est moi-même peut-être suis-je une
:

bête plus étrangement diverse et plus fumante d'orgueil que


2
n'est Typhon ?
peut-être suis-je un animal plus paisible et
moins compliqué, dont la nature participe à
je ne sais quelle
destinée divine et qui n'est
point enfumée d'orgueil?... Eh
mais à propos, est-ce que ne voici pas, camarade, l'arbre
!

vers lequel précisément tu nous menais ?


b Phèdrk. — Eh oui ! c'est lui-même.
Socrate. Ah par Héra, — ! le bel endroit
pour y faire halte ! Ce platane vraiment
3
couvre autant d'espace qu'il est élevé. Et ce gattilier , qu'il
est grand et magnifiquement ombreux ! Dans le plein de sa
floraison comme il est, l'endroit n'en peut être davantage
embaumé ! Et encore, le charme sans pareil de cette source

ingénue (atopia) déconcerte {Banquet, Notice en sq.).


l'originalité
iCes interprétations rationalistes de la mythologie étaient en
.

faveur auprès des Sophistes. En celle-ci


l'étvmologie semble avoir
sa place ainsi, Orithye serait la coureuse de montagne.
:

2. y a là un intraduisible jeu de mots. La racine typh exprime


Il

une idée de fumée, de souffle typhon est le nom d'un vent qui fume
:

et celui d'un orgueilleux Géant. Or se connaître soi-même, voir le peu


qu'on vaut, rend modeste a-typhos, diront plus tard les Sceptiques.
:

3. Ou petit poivre, ou encore poivre de moine arbrisseau à fleurs :


6 $AIAP02 229 e
3
ou nàvu eutuxoOç àv8p6ç, koit' aXXo u.èv ouSev, 8ti 8 aÔT<3
c

àvàyKr|, [Link] toOto, t8 tôv lTrnoK£VTaupcùv eÎSoç enavop-


SoOaBai Kal aSBu; t6 Tf]ç Xipalpaç- Kai emppEÎ 8è ëxXoç
toioutqv ropyévcov Kal nr)yâaQv <o.ï aXXav àur|)(âv(»v

TtXr|8r| te Kal àxonlai TEpaToXéyov tivSv cpûaEOV. Aîç eÏ e

tiç àmcrrûv Ttpoa6L6a KaTa t6 eîkôç EKaaTov ccte àypolKca


Tivl aocpla xp<*>uevoç, TtoXXf]c; auxco a^oXfjç Se^gel. 'Epol

Se Ttpoç ta Toiaûxa ouSauâç ecttl a^oXif)" tô 8è aïxiov, S

(piXs, toutou t68e" ou Sù[Link] Ttco KaTà tô AsXcpiKÔv


ypàuua yvSvai Èti auT6v yEXoîov Bi] y.01 (patvETai, toOto
etl àyvooOvTa, Ta àXX6Tpia aKOTtEÎv. "OBev 87), ^alpEiv 230
sàcraç TaOTa, [Link] 8è tô
vo^l^o^iévcù TtEpl auTÔv, 8
vOv Sf) IXEyov, aKonô ou TaOTa àXX' IpauTÔv, eïte ti
Srjplov Tuy^àvco Tucpoàvoç TtoXuTcXoic(ibT,£pov Kal uaXXov
ettlteBu^juiévov, eïte T^[Link]>T£p6v te Kal ànXouaTEpov £&ov,
Be'uxç tivôç Kal dVrûcpou [Link]ç cpùasi [Link])(ov. 'ATap, <S
s
ÉTatpE, [Link]^ù Tcàv Xéycov, Sp ou t6Se t)v t8 SévSpov
1

icp oTtsp rjyEç n,p.a<; ;

<PAI. ToOto \x.àv


ouv aÔT6. b
Zfi. Nf) Trjv "Hpav, KaXr] yE f) KaTayoyi') "H te yàp .

5
TtXaTavoç aÛTr) u.àX àpcpi.Xacp1 |ç te Kal uv(jr|Xf)' toO te ayvou
£

to uipoç Kal tô auaKLov TtàyKaXov, Kal oç à<[if]v EX EL "^Ç

avBnç, oç av EÙcùSécrTaTov napÉ^OL tôv t6ttov. "H te aC

d 5 5': 8c Oxy. || 7 aùôtç :


auTt; Oxy. || Xtpai'paç (et Galen.):
Xeifiaipr;? Oxy. ||
xaî ait. (et Galen.) : om. Oxy.ô*È
(et Oxy. ||

Galen. ) :
6*7) Vollgr. ||
e 1 xkrfii\ ... <XTo::tai (et Galen.): -si... -t'a
Oxy. (•.
mutum s.
u.) Par. 181 1 Athen. exe. Burnet omnes. Post àx.

scrips. Oxy. 6spfxr,v exp. 4 xà ToiaÛTa Oxy.


||
aùxà B edd. TauTa : TW
reuera ||
5 toutou : tou toutou Oxy. || tum (et Oxy.) îcou 6 8r{ (et : W ||

Oxy. Procl. (Alcib. I 289, 5): Se Vindob. 80 Heindorf Schanz Vollgr.


Il
230 a 3 vuv 3rj vuv&7] Schanz Burnet àXX' -à T Oxy.
:
l\ Gripi'ov ||
:
||

(et Oxy.): 6. ov TW
Burnet 0. div uulg. Vollgr. 5 ÉTUTeOuppÉ'vov ||

(et Oxy.): pr. p. eras. B sic Plut" (adu. Col. ai, 1119 b) Teôuup.
2

ci. Naber cf. Photi. Itc ts6. ci. Buhnken b 3 Syvou <£yv. ||
: W ||

4 xal to; (et Oxy.) x. oÛTtoç ci. Heindorf /.. [Link]âSç Winckelm. xa:
:

^w; Madvig xat Schanz Vollgr. xaXfTj; t' uel xat xaXw; ci. Richards.
230 b PHÈDRE 7

qui coule sous le platane, la fraîcheur de son eau il suffit de :

mon pied pour me l'attester C'est à des Nymphes, c'est à


!

Achéloûs, si j'en juge par ces figurines, par ces statues de


c dieux 1 qu'elle est sans doute consacrée. Et encore, s'il te
,

plaît, le bon air qu'on a ici n'est-il pas enviable et prodi-


gieusement plaisant ? Glaire mélodie d'été, qui fait écho au
2
chœur des cigales Mais le raffinement le plus exquis, c'est
!

ce gazon, avec la douceur naturelle de sa pente qui permet,


en s'y étendant, d'avoir la tète parfaitement à l'aise. Je le
vois, un étranger ne peut avoir de meilleur guide que toi,
mon cher Phèdre !

Phèdre. — Et toi,mirifique ami, tu es bien le plus extra-


ordinaire quidam qui C'est réellement ce que tu dis
se voie ! :

tu fais d'un étranger qu'on guide, et non pas d'un


l'effet

d indigène. Le fait est que tu ne quittes la ville, ni pour voyager


au delà de la frontière, ni tout compte fait, si je m'en crois,
pour sortir hors les Murs 3
!

Socrate. —
Sois indulgent pour moi, mon bon ami :

j'aime à apprendre, vois-tu. Cela étant, la campagne et les


arbres ne consentent pas à rien m'apprendre, mais bien les
4
hommes de la ville Toi, pourtant, tu m'as l'air d'avoir
.

découvert la drogue pour me faire sortir N'est-ce pas en !

agitant devant elles, quand elles ont faim, un rameau ou un


fruit, qu'on mène les bètes ? Ainsi fais-tu pour moi avec :

des discours qu'en avant de moi tu tendras ainsi en feuillets,

en grappes, violettes ou parfois blanches, très abondant chez nous sur


le littoral méditerranéen (vitex agnus castus).

i. Statuettes votives de terre cuite, figures en marbre d'Achéloûs,

le
patron des eaux potables et des rivières.
3. Voir plus bas, a58 e-a5g d, le mythe des Cigales.
3. L'hyperbole est certaine. Qu'on laisse même de côté les expé-
ditions militaires (Potidée, Délion, Amphipolis), puisque c'était alors
le devoir civique qui appelait Socrate hors d'Athènes. On ne doit

pourtant pas oublier que le Lycée, où il fréquentait le plus volontiers


(Banquet p. 92, n. 2), était au delà des Murs, et de même l'Académie
où, dit-il au début du Lysis, il se rendait parfois et le Criton nous ;

apprend (52 b) qu'il était une fois allé aux jeux Isthmiques. Sûre-
ment les voyages, en tout cas, ne lui (lisaient rien autre preuve de :

son atopia (p. 5, n. £)• Cf. aussi Ménon 80 b.


l\. Socrate, dit Diogène Laërce (II ai), aimait à définir l'objet de
sa recherche en citant un vers d'Homère « C'est ce qui dans les
:

demeures des hommes se fait en mal tout comme en bien. »


7 <I>AIAPO£ 230 b

•nrjyr) x a P LEaTaTr û 710 |


T *ÏÇ TiXaxàvou pel pàXa ipu^poO
ûSaxoç, x$ &q ye Nu^(pôv té xivcùv Kal ttoSI XEKur)paa8ai-

'A^eXcûou ispàv ànô xSv Kopûv te Kal àyaXuàxcov eoikev


5
EÎvai. Et S aS IJoûXei, xè- eutcvouv toO x6ttou oç àyaTtr|xèv c

Kal acpoSpa n.Sû


-

8Epiv6v te Kal Xiyupèv ÛTtr)^EL xo) xûv

TETxlyov X°P$- riàvxcov Se Kopip6xaxov xè xf]ç néaç,

oxi lv f|pÉua TtpoaàvxEi ÎKavf| TtÉcpuKe KaxaKÀuvévxi xf]v

KEcpaXf|v TTayKàXcùç EX Elv "Claie. apiaxa aoi E^Evàyr|xai, S


-

<|>IXe ^aîSpE.
<t>AI. Zù Se yE, S BaupàaiE, àxoTt&xaxdç xiç <palvEi.
'Axe)(vSç yâp, 8 XÉyEiç, E,EvayouuÉvop xivl Kal oôk etu-
^cùp'icp EOLKaç oSxcoç
Ik xoO aaxEcaç oflx' eÎç xf]v ÛTtEpoplav d
-

àTtoSrnJtEÎç, oÔx e£,q xe(x ou Ç EpoiyE Sokeîç x6 Ttapànav


Enlevai.
Zfï. ZuyytyvcùaKÉ pot, S> apiaxE. «^iXopaB^ç yàp eIuc
5
xà pèv oSv X Q P^ a Ka ^ Ta SévSpa oôSév p eBéXei SiSàaKEiv,
oî S' iv xô SaxEt avBpamoi. Zù pévxoi Sokeîç poi xfjç
èpf]ç e£68ou x8 cpappaKov EÔprjKÉvai ôonEp yàp ol xà -

TtEivcûvxa Bpéppaxa, BaXXSv f\ xiva Kapnôv TtpoaEiovxEÇ,

ayoucuv, au èpol X6youç oSxco Ttpoxsfvcov lv (ÎlBXIolç, xi\v xe

b 6 U7îô tîjç 7tXaT<xvou : vko Trj -via Aristaenet. || 7 wç ye Oxy.


Aristaenet. Hcrmi. B non omnino pri. manu
: uiaTE ye codd. sed in
Schanz Burnet Ci "cô om. Oxy. uacuum spatium rclinquens
||
:
||

r\br\ B Oxy. un^eï t<5 B


2
2 r,8ù : te (et Oxy.) te" ti
Stephan. ||
:
||

rec. :
uçt;xei xto Oxy. Ororp/eîto B 4 *jpe'p<* (et Oxy. ?) -pa T izpo- ||
:
||

aâvTEi B reuera xotxatxXtvÉvxi (et Oxy.)


||
-xXivavti B 2 rec. 7 au :
||

Oxy. : où codd. reuera) (W


çaîvet (et Oxy.) -V7] d 1 èx |j
: W ||

xou à'aiew; Oxy. èxx. -xsoç codd. del. Vollgr. ci. dubit. où'x' èÇ a.
:
||

ojV eî? ouxe eç Oxy.


: 2 àrco^pEtç (et Oxy.) -psïv Hirschig ||
:
|j

oiV -te Oxy. D 5 p' êOsXst (et Hermogen.) [ae SIXei B (utrum
: :

Oxy. incertum) Hermogen. in alio loco 6 au fors. T (em. paru m ||


2

distincta) Oxy.: où codd. psvxot pEvxot yE Oxy. Soxeï; (et Oxy.): ||


:
||

-Et B 7 Êpri; (et Oxy.) om. B


II sGpqxivat (et Oxy.) ï)6p. exe. :
||
:

Thomps. omnes oî oî noipÉve; Vollgr. ||


8 7iEtvwvca iziv. Oxy.:
||
:
||

-poaE''ov:E; T (Et s. u.) Oxy.


2
7tpoatdvxeç codd. 9 âyouatv -ovteç ci. :
||
:

Richards au Èpo't Xo'you; oùtw


||
outto au pot Xoy. Oxy. 7cpoxeîv(ov :
||
:

7z?OTtv. Oxy. y lv (îtSXtotç (et Oxy.) auct. Hartman del. Vollgr. :


230 e PHÈDRE 8

e visiblement tu me feras circuler à travers l'Attique entière,


et ailleurs encore, où ceserait ton bon plaisir Quoi qu'il en !

soit,puisque me voici pour l'instant parvenu jusqu'ici, je


trouve bon, pour ma part, de m'étendre tout de mon long !

A toi de prendre la position que tu jugeras la plus commode


pour pouvoir lire, et, quand tu l'auras trouvée, fais ta
lecture.
Phèdre. — J'y suis! écoute.

« Quel est mon cas, tu en es instruit;

ifteScowTMte""
(< et mono P inion sur l'intérêt que nous
a avons à la réalisation de ceci tu l'as1

Lysias. ,

ne crois pas que ma


« entendue. Or, je

231 «
requête doive valablement échouer pour ce motif que,
«
justement, je ne suis point ton amoureux. La preuve en
« est que les gens dont je parle, le jour où leur désir aura
« pris fin, en viennent à regretter le bien qu'ils ont pu faire,
« tandis que pour les autres il n'y a pas de saison où les
«
repentirs soient à propos. Ce n'est pas en effet sous la
«
pression d'une nécessité, mais librement, en s'appliquant
« à consulter au mieux leur situation personnelle, que ces
« derniers mesurent à ce qu'elle leur permet le bien qu'ils
2
« font. Autre chose ceux qui aiment considèrent, et celles
:

« de leurs propres affaires qu'ils ont mal réglées du fait de


« leur amour, et tout le bien qu'ils ont fait y ajoutant enfin ;

b « ce qu'ils se sont donné de peine, ils estiment avoir depuis


« longtemps déjà acquitté à son prix leur gratitude à l'égard
a de leurs aimés. Ceux qui n'aiment pas n'ont lieu, au
« contraire, ni d'alléguer cette mauvaise raison pour avoir
«
négligé leurs affaires personnelles, ni pour mettre en compte
« toute leur peine passée, ni pour incriminer les dissentiments
« avec la famille. D'où il suit que, une fois tous ces inconvé-
« nients écartés d'autour d'eux, il ne reste plus qu'à s'empres-
« ser de leur accorder l'acte dont on pense
qu'il leur fera
c «
plaisir.
Autre chose : admettons qu'il faille faire grand cas

i. G.-à-d. la réalisation de la fin poursuivie; ailleurs l'acte ou


l'affaire. Mais le mobile n'en sera pas la passion amoureuse : à l'ori-

gine il doit y avoir un calcul réfléchi, où le poursuivant


mettra en
balance les intérêts, matériels ou moraux, aussi bien de celui qui est
l'objet de la poursuite,que les siens propres.
a. C'est une façon purement verbale de lier les parties du déve-
8 *AIAP0S 230 •

'Attuc^v cpalvsi Tteptà^Eiv airaaav, Kal 8ttoi av aXXoae e


BoûXr). NOv S' oSv Iv tô TcapSvti SsOp' à<[Link]ç êyob u.Év

p.01
8ok£> KaTaKELoeaSaf au Se, èv ônotcp a^^iati oïei

jSfiaTa àvayv&aEaSai, toOG' eX6^evoç àvaylyvcoaKE.


<t>AI. "Akoue S/).

« riEpl ^lèv tcùv E^iôv Tipay^àxcùv ETilaTaaai, <al obç


« vou'i£co auu.<pÉp£iv ^U.ÎV TOÙTQV yEVo^Évov àK^Koaç.
« °A£lcù Se u.f)
Sià xoOxo àxu^aai £v Séopai Stu oôk 231
c
«
IpaaT^jç £v aou xuy)(avci>. i"îç ekeIvoiç u.èv t6te u.£T:a-
« u.éXei &v av eu TtoLf)aoaLV, ETtEiSàv tt\ç £[Link]ç
« TtauacùVTaf xoîç 8è oôk eotl xp ov °Ç Iv S [Link]ôvat
« Ttpoa/jKEL. Ou yàp utj' àvâyKr)ç, àXX' Ik<5vtec;, â>q av
« apiaTa TtEpl tûv oIkeCcûv fiouXEÛaaLVTo, Ttpèç *rf|v
[Link]
«
Tf^V aUTÔV EU TTOloOaiV. "EtI 8è Ot U.ÈV EpQVTEÇ 0KO-
« TxoOatv a te KaKÛq 8lé9evto tôv auxéov Sià xèv Ipcoxa
« Kal fi
TTETtOirjKaaLV ES Kal, OV EÎ)(OV TT<5vOV TTpoaTl8ÉVTEÇ,
a fiyoOvxai TtàXai tt^v à£,'iav àTtoSeScoKÉvai x^P LV T °ÎÇ b
« IpcopÉvoiç' u.f| Ipûaiv toîç Se
*rf|V
oûte tqv olkelcov
« apÉXEiav Sià toOto laxi npocpaa^EoBau, oOte toùç napE-
«
Xr)Xu96Taç Tt6vouç ûnoXoyl^EaGau, oOte xàç npôç toùç
a npoar)Kovxac; Siacpopàç atTiâaaaBai. "Oqte, TTEpir)pr|-
« U.ÉVC0V TOaOÙTCÙV KCCKCOV. OuSèv ÛTToXElTTETai àXÀ' f|
TTOIEÎV

a Ttpo8ûu.©ç b" ti av aÙToîç oïcùvrat Tipâ£avT£Ç xapiEÎaSai.


a "Etl Se, eI Sià toOto a£,iov toùç Ipûvxaç TTEpl ttoXXoO c

6 i
çat'vs; (et Oxy.) :
-vr) W ||
onot :
otzi\ Oxy. ||
2 vuv 8' oùv
(et
Oxy.) : vjy ouv BW jj Seûp' :
-po Oxy. ||
3 xaxa/.sîaeaOai (et Oxy.):
-xsîaOat BW Oxy.) 8'
||
8s (et bitoUp (et Oxy. ot s. u.)
: fors, TW ||
2 :

ex oxw Oxy. -xo codd. Schanz


4 xoOG' àvay^Yvcocxs (et Oxy.):
:

W
|| jj

àvayt'v. 6 ;aèv (et Hermi. ): ;jl. oùv ci. Herwerden


|| 7 xoùxiov
1
||

yevojjLÉvwv (cf. a6a e 2, a63 e 7): y. :. B edd. addub. Herwerden ||

231 a 2 oxu om. : W


3 xtjç EîziOufAtaç raùawvxat jr. t. s. Hermi.
||
:
||

8 aitwv T reuera au. : BW


b 3 xouxo k'at; -xo' iaxt codd. (T in ||
:

compendio) x. laxiv Schanz Burnet 5 at'xtaaaaOat obelo not. ||


:

Thomps. Cobeti probans aîxtâdOat quod scrib. Vollgr. del. Badham


ci. ÈTcai-ctî. y 7:£ptT)pr,(X£va>v :
^epir,p. B ||
c 1 xoù; B2 (em.): xoû B.
IV. 3. — 2
231 c PHÈDRE 9

« de ceux qui aiment, parce qu'ils prétendent avoir pour


« ceux dont ils peuvent être épris une amitié particulière-
ce vive et qu'ils sont prêts, par leurs paroles comme
ment
«
par leurs actes, à se faire détester d'autrui pour se rendre
a agréables à leurs aimés. Il est aisé de se rendre compte
« s'ils disent la vérité, par le fait que tous ceux dont ils se
a seront
plus tard amourachés, d'eux ils feront un plus
«
grand cas que des premiers et que, selon le caprice de ceux-
« là, ils iront évidemment jusqu'à faire du tort aux autres.
« Mais vraiment, quel bon sens y a-t-il de consentir pareil
d « abandon à un homme qui éprouve pareille disgrâce, dis-
«
grâce que nul ne voudrait, sachant ce qui en est, entre-
ce
prendre seulement de conjurer? Et le fait est qu'ils
« conviennent eux-mêmes d'avoir la tète plus folle que bien
«
pensante, d'être aussi conscients du désordre de leur
ce
pensée qu'ils le sont aussi de leur incapacité à se dominer :

ce
comment, par suite, une fois leur pensée rentrée dans
« l'ordre, estimeraient-ils qu'il y a quelque chose de bon
ce dans les projets qu'ils forment quand ils sont dans cet
état? Il y a plus s'agit-il pour toi, entre ceux qui aiment
ce :

ce d'élire celui qui aime le mieux ? c'est sur un petit


ce nombre que tu auras à faire ce choix est-ce, parmi tout ;

ce le reste, l'homme qui te sera le plus utile? ton choix porte


« sur un grand nombre. J'en conclus que tu as beaucoup
ce
plus d'espoir, au milieu de cette multitude, de mettre la
ce main sur l'homme qui mérite ta
propre amitié.
« Il
y a plus la règle établie, supposons-le, te fait
:

ce craindre que, connue du public, ta conduite ne te vaille


ce des reproches. Dans ce cas il
y a vraisemblablement,
232 « chez ceux qui aiment, l'idée qu'aux yeux des autres
ce ils sont aussi enviables qu'ils le sont à leurs propres yeux ;
« ils brûlent de parler et, dans leur désir de se faire valoir,
« ils montrent complaisamment à tout le monde que ce
ce n'est pas pour rien qu'ils se sont donné de la peine Au !

« contraire, ceux
qui n'aiment pas, étant capables de se
ce
dominer, c'est à ce qui a le plus de valeur qu'ils donnent
ce
préférence sur la réputation auprès du public. Autre
la
« chose avec ceux qui aiment, une foule de gens sont for-
:

loppement celle-ci revient quatre fois dans


: le discours, et cinq fois,
dont la première a3i d, une autre formule : Il y a plus. ..
9 <1>AIAP0X 231 c

« Tt<HEÎa8ai 8xi xoûxouç ^làXiaxà <paoi (piÀEÎv Sv av ëpôoiv,


k koù etoi(jloI Elai Kal ek xôv Xôycov ical ek xôv epycov,
« xoîç aÀXoiç aTiE)^8av6^EVOL, xoîç êpco^Évoiç ^apl££o8ai,
« pàSiov yvôvat. eI àXr)8f] XÉyouaiv, oxi octqv av OaxEpov
a IpaaSôaiv, eke(vouç auxôv TtEpl ttXeIovoç Ttoiijcjovxai,
« <al SfjXov bxt, èàv ekeIvolç SoKrj, Kal xoùxouç kcxkôç
!
« Ttou |aouai.v. Kalxoi *nôç eIk6ç eoxi xoioOxov Ttpfiy^a
a TipoÉaSai xoiaûxrjv e)(ovtl au^icpopav, f)v oô8' Sv etu^ei- d
«
pr]aELEv ouôeîç I^iTTEipoq wv àTtoxpÉTtEiv ;
Kal yàp aôxol
«
ôjioXoyoOat vocjelv ^SXXov f\ aco<ppov£Îv, Kal slSévai bxi
« kokôç (ppovoOaiv àXX' oô SûvaoBai aôxôv KpaxEÎv ôoxe
« ttôç av. e8 (ppovr^aavxEÇ, xaOxa KaXôç e^eiv fjy^aaivTO,
«
TtEpl ôv 08x0 SiaKEl^iEvoi liouXExiovxai ;
Kal jièv Sn,, et

« ^èv ek xôv êpôvxov x&v (ÎéXxlctxov alpoîo, kE, oXlyav av


el 8' ek xôv aXXov xôv aauxô Emxrj-
-
a aoi ^ ekXe^iç
EÏr)
a 8Et6xaxov, ek ttoXAôv ôo~te tcoXù tiXeIov eXttIç ev xoîç e

« ttoXXoîç Svxa xu^eîv xov a£,iov xf]ç af]ç «piAtaç.


a Et xolvuv xôv v6^lov xèv Ka8Eaxr)K6xa SéSoïKaç jir),
«
TtuSojiÉvcov xôv àvSpcoTTcov. oveiSoç aot yévr|xai, eIk6ç
a àaxi xoùç u.èv Ipôvxaç, oOxoç av oto^évouç Kal ûtto xôv 232
« aXXav £r]Xo0a8ai ôcrrtEp aûxoùç ô<p' aûxôv, £Ttap8f)vai
« xô XÉyEuv Kal, <[Link].Évouç, ETii8EtKvua8ai Ttp&ç

OTtavxaç oxl oôk aXXcoç aôxoîç TTETrovrjxai xoùç 8è jir)


-
«

« èpôvxaç, KpElxxouç aûxôv Svxaç, x6 (Jé[Link] àvxlxfjç


«
86£rjç xfjç Ttapà xôv avSpÔTteov atpEÎo~8ai. "Ext 8è xoùç jièv

C 2 çaai : -atv B ||
3 sxoip.oî v.t. xal B2 rec. (i. m.): om. B et,
exe. Burnet, omnes ||
5 oxi oatuv : ô^daov B ot
y' oatov Hermann
Vollgr. 6 7:otTJ(iovtat
Il
: -atovxai T 8 notrjaouaiv
||
: -ai W saxe : -xtv
W
||

T d 4 auxûv au.
II
:
||
6 oiixto T 2 rec. (add. ace. et w s. u.) (e, notam
scrips.i. m. B )
2
argument] diuisionis, non w, ouxot codd.
:
|| pouXsu-
ovxat Stephan. floûXovxat codd. : obelo not. Thomps. pEÊoôXeuvxat
Heindorf Schanz Yollgr. addub. Badham || 7 aîpoîo : -oîxo B ||

232 a 3 xoi Xéyetv xw X. T 2


:
(~ eras.) xeîi ivkiv Badham Schanz efç
xô X. Vollgr. xojxo X. Bôckh alia alii || l\ oùx àXXwç : où xaXàiî ||
B
5 auxwv : au. codd. |j
àvxî : av B.
232 a PHÈDRE 10

« cément au courant; on les a vus faire cortège à leurs


« aimés et s'en assigner l'obligation aussi, quand on les
;

«
aperçoit en train de s'entretenir ensemble, on est alors
b «
persuadé que leur commerce suppose qu'ils ont donné déjà
« ou qu'ils vont donner satisfaction à leur désir. A l'égard
« de ceux qui n'aiment pas, au contraire, on ne cherche
« même pas à les incriminer à cause de leur commerce on ;

« sait en effet que s'enlretenir avec quelqu'un est un effet


« normal de l'amitié ou de quelque autre agrément Il
y
'
.

« a
plus une crainte est-elle venue à ton esprit au sujet
:

« de la difficulté pour l'amitié de durer ? te dis-tu que, de


«
quelque façon que naisse le dissentiment, elle nous sera
« commune à tous les deux la disgrâce qui en résulte, tan-
c « dis que, si tu as fait abandon de ce que tu mets au plus
« haut prix, c'est pour toi que grand sera le dommage? Alors
« ce sont naturellement ceux qui aiment, qui davantage te
« feront peur tant de choses en effet sont motifs à les cha-
:

«
griner toutes
! sont interprétées par eux comme tournant à
« leur
propre dommage ! Voilà justement aussi pourquoi
« tout commerce de leur aimé avec d'autres, ils cherchent à
«
conjurer, de peur que ceux qui possèdent de la fortune
le
« se servent de leur argent pour surenchérir sur eux, ou
ne
«
que ceux qui ont de l'instruction ne se servent de leur
«
intelligence pour avoir sur eux le dessus ; quant à ceux qui
«
possèdent quelque autre bien, c'est chaque fois contre son
d « ascendant
qu'ils se mettent en garde le ; résultat, c'est
«
qu'en te persuadant de te faire détester de ceux-ci, ils en
« viennent à faire autour de toi le vide des amitiés Mais si, !

« en considérant ton intérêt personnel, tu montres plus de


«
jugement que n'en ont les gens dont je parle, c'est avec eux
« alors que tu en viendras à rompre. Quiconque justement
« est, au contraire, sans amour et doit plutôt à son mérite
« d'avoir réalisé l'objet de sa requête, celui-là ne sera pas
«
jaloux de ceux qui ont commerce avec toi ce sont plutôt :

« ceux qui s'y refusent qu'il prendra en haine, dans l'idée

i. Ici, à cet amour soi-disant sans amour commence à se substituer

subrepticement l'idée d'une amitié sophistiquée, idée qui sera plus


ouvertement mise en lumière un peu plus loin, a3a e-a33d voir ;

aussi 23 1 sur cette équivoque que reposent la plupart


e, a3Zj a. C'est
des apologies de l'amour masculin (cf. note suiv.).
io <ï>AIAPOS 232 a

« êpôvxaç, TtoXXoùç àvayKr) *nu8éo8oi Kal tSeîv ockoXou-

«•
SoOvxaç xoîç èpo^Évoiç Kal Ipyov toOto ttoioujiévovç,
« &oxe, 8xav ocf>8coai SiaAsyo^Evoi àXX^|Xoiç, x6xe aôxoùç b
« oïovxau f) yEYEvr)^évr)Ç f) ^eXXoùar|ç EO~Ea8ai xf]ç èm-
« Bu^taç auvEivat/ xoùç Se \it\ èpovxaç oôS' alxifiaSai Sià
« xfjv auvoualov ETU)(EipoOaiv, stSéxEç 8xi àvayKaîdv eoxiv

« f\
Sià <}[Link] tu caaXÉyeaBoa f|
Si* aXXrjv xivà f]8ovf)V.
« Kal p:èv Sn,, eï aoi Séoç TtapÉaxr|KEv riyou^Évcp ^aXETtbv

« ElvaicpiXlav au^ÉVEiv Kat, SXXca jièv xpdTUpSiacpopaçYEVo-


« p.Évr|c;, Koivrjv av &(i<poxÉpoi.ç Kaxaaxfjvai xf|v au^Mpopav,
«
TtpoE^iÉvou Se aou fi
TtEpl TtXElaxou TioiEÎ (j.£ycxXr|v
av aoi c
« |5Xà6r)v yEVÉaSat, EÎKéxcûç av xoùç ëpâvxaç ^.SXXov av
<c
cj)o6oîo- TtoXXà yàp auxoûç iaxi
xà XxmoOvxa Kal Ttàvx'
« ETtl xfj aôxSv ftXâBr) vo^il£ouai y^yvEaBai* 8i6TC£p Kal xàç
« Ttpèç xoùç aXXouç xwv
êpo^évcov cruvoualaç àTtoxpÉ-
« Ttouaiv, cpo6oû^LEvoL xoùç ^ièv oôalav
KEKXTJ^ÉVOUÇ Jir|
«
^p^aai-v aùxoùç ÔTtEp6àXcovxai, xoùç Se TtETtai8Eup.Évou<;
« \ii]
auvÉCTEi KpElxxouç yÉvovxai" xôv Se aXXo xi kekxt)-
« (iévov ayaSSv xf|V Sùva^iv EKaoxou (puXaxxovxai. Hel- d
« cavxEç oSv àTtE)(8Éo8al as. xoûxolç eIç èpr^i'iav
\ikv
<c
cplXov Ka8iax3aiv èàv Se, xè aEauxoO gkottôv, apsivov
« ekeIvqv (ppovfjç, fj^Eiç aûxoîç eIç Siacpopav. "Oaoi Se
1
a jif| àpsxfjv ETtpa^av Sv ëSéovxo,
èpûvxEÇ Ixu)(ov àXXà Si

a oôk av xoîç auvoOai cpBovoÎEV, aXXà xoùç t*f| ISÉXovxaç

b 3 t% èrciôupiaç :
Tfjî Tzkr\<3[L0v7)i (uel àjioîtXT)pc>i<j£ti>; ci.
'
Her-
werden) ttJç et:. Vollgr. || l\ àvayxato'v Èaxiv : -atov l<r:iv cit
Vollgr.
||
5 tw T 2 (ace. offudit) : xwTW 8 av Hirschig om. codd. :

W
||

Thomps. |j
C 1 [Link]ï :
-r; ||
av aot :
8rj ao\ Schanz rso<. Vollgr.

||
2 pXd6r,v :
p. Sv B et, exe. Thomps., omnes av pri.(et Hermi.): 8tj j|

Schanz Vollgr. ||
av ait. : om. TW Hermi. 3 aùtouç Èaxt -tv au. Hermi.
||
:

|| (\
a&xàiv : au. BW |j xàç :
ttîç corr. Ven. i84 (E)|| 5 tôSv ipio^vwv :

TÔv £po')^.£vov Heindorf ]| à^otp£7:ou<itv : -ai TW jj


6 x€xtt)[jl^vou;
:
èxttj.
Herwerden Vollgr. d a àjrs/OloOat <je toutoi; ci. Stallb. :
kniyjlea-
W àjt^eaOaî
||

8ai d£ x.T Thomps. àr.é-/Q. aot t. a£ t. B à^^E. ci


-couTtov auct. Blass Vollgr. 3 làv : av TW O£auxou : aautou T
Caaù.) W Vollgr. ||
6 àS^Xovxaç
||

: 19. auv£ïvai dubit. ci.


|J

Herwerden.
232 d PHÈDRE n
«
que les seconds font fi de lui, alors que dans ton commerce
il trouve son
avec les autres profit. J'en conclus que celui-
e «
« là te donne bien plus d'espoir de voir l'amitié naître de la
« réalisation de ses vœux, à la place de l'inimitié.
a II
y a plus parmi ceux qui aiment, beaucoup commen-
:

ce cent par faire du corps l'objet de leur désir sans connaître


« le naturel de l'aimé, sans s'être mis au courant de ce
«
qu'est d'autre part sa situation personnelle par suite ils ;

a ne peuvent être certains qu'ils tiendront encore à cette


233 « amitié le
jour où leur désir aura pris fin. Mais chez ceux
«
qui n'aiment pas il y a eu, pour commencer, une mutuelle
« amitié, avant même qu'ils aient réalisé leur dessein; ainsi
« il n'est
pas vraisemblable que la satisfaction qu'ils en
« auront ressentie fasse diminuer cette amitié que, bien ;

«
plutôt, elle subsistera comme un gage de ce que promet
« l'avenir. Il y a plus il
t'appartient d'acquérir, en me
:

« cédant, une valeur plus haute qu'en cédant à un amou-


« reux. Ces gens-là en effet vont jusqu'à louer chez l'aimé
«
paroles et actions, même à l'encontre de ce qui est le meil-
« leur, en partie dans la crainte de se faire détester, en par-
b « tie aussi parce que le désir a pour effet de corrompre en
« eux le jugement car voici de quelle sorte sont les effets
;

«
que manifeste l'amour une malchance qui pour le reste
:

« des hommes n'est pas motif à se chagriner, il la leur fait


« tenir pour une affliction une bonne chance qui ne mérite
;

« même
pas qu'on se réjouisse, il les contraint d'y trouver
« matière à
louange de leur part. J'en conclus que c'est la
«
pitié,beaucoup plus que l'envie, qui convient à l'égard de
« ceux qui sont aimés! Si en revanche tu me cèdes, d'abord
« ce n'est
pas à servir la jouissance présente que tendra mon
« commerce avec toi, mais encore intérêt dans
à servir ton

C « l'avenir ;
sans me laisser subjuguer par l'amour, mais en
« me dominant moi-même l
;
sans me laisser non plus empor-

i. L'amant sans amour se domine, tandis qu'un authentique


amoureux en est incapable (cf. a3i d, 23a a) c'est en effet son amour ;

qui le domine. Il y a là une sorte de doublet du mot qu'on prête au


vieil Arislippe, le protagoniste de la morale du plaisir : « Je possède

Laïs, je n'en suis pas possédé » Ainsi, ce !


que le discours entreprend
de prouver par cette fiction d'un désir sans émotion, c'est que
celui-ci, loin d'abolir l'exercice de l'intelligence, le favorise au
h 4>AIAP0£ 232*
«
tuooÎEv, f|yoù[Link] un' ekeIvqv uèv ÛTtEpopâoSai, une
a xâv auv6vxoav Se ocpEXEioSai. "Claie TtoXù ttXeIcûv eXtiIç e

«
cpiXlav aôxoîç Ik toO Ttpàyuaxoc; fj I^Spav yEvrjaEaGai.
« Kal jièv 8f)
xûv u.èv èpdbvTov tioXXoI Ttp6x£pov xoO
a aôu-axoç ETT£8\Jur|aav f|
xèv xporrov lyvcoaav ical tqv
« aXXcov oikeIqv lu/TTEipoi lyÉvovxo, ôote a8r|Xov aôxoîç El
a eti x6xe fiouXrjaovxai <plXoi EÎvai etieiSùv xf]ç etti-

«
Su^laç Ttaûacûvxaf xoîç Se [Link] npéxEpov 233 Ipûaiv. ot Kal
«
àXXrjXoïc; (plXoi 8vteç xaOxa ETtpa^av, oôk e£ Sv Sv eÇ
a TtaBcooi xaOxa eIkôç èXàxxoa xr|V cpiXlav auxoîç noiî^aai,
« àXXà xaOxa Livr^Ela KaTaXEL^B^vai xûv jieXX6vtov
« laeoSai. Kal \xkv Sn, (JeXxIovi <joi Ttpoaf|KEi yEVÉaSai,
« Êpol TTEi6ou.Évcp î] Ipaoxfj. 'Ekeîvoi uèv yàp Kal napà tô
« BéXxuxxov xà xe XsyéuEva Kal xà Ttpaxx6u£va ETtai-
« voOaiv, xà uèv 8e8u5xe<; uf| ànÉ^Bovxai, xà Se Kal aôxol
«
^EÎpov 8ià xf|V êmSuuiav YLYVûbaKovxEÇ• xoiaOxa yàp b
« 6 ipcoç ImSElKvuxaf 8uaxu)(o0vxaç uév, fi
uf| XÛTtr|v
« xoîç aXXoiç Ttapé^Ei àviapà ttoieî voui^eiv EÔxu)(oOvxaç
« 8é, Kal xà (jl^| r|8ovf|ç a£,ia Ttap* ekeIvov ETtalvou àvay-
« Kà^Ei xuy^àvEiv. "Ooxe TtoXù uSXXov eXeeîv xoîç èpo-
« uévoiç f| £r|XoOv aôxoùç TtpoarjKEi. 'Eàv 8é uoi TiEl8r|,
a
Tipôxov uàv ou xr|v TtapoOaav r|8ovf|V SepaTtEÛcùv auvé-
«
aoûtat aoi àXXà Kal tr]v uéXXouaav âxpéXEiav laeaOai, c

«
oôx ûtt* Ipcoxoç f\xxô[Link]<; àXX' èuauxoO Kpaxûv, oô8è

d 7 On' : a' urc' Heindorf Schanz Vollgr. ||


6 a yevTJasaOai :

yïvéaflai
TW Burnet |j
5 aùxoïç e'. ïaxt : et I. au. TW Iicrmi. eî Ixi

(om. au.) Hermann Schanz Vollgr. 6 xo'xe om. B Schanz Vollgr. ||


:
||

233 a 3 ^àOwat -aiv T xaoxa om. Vollgr.: 4 p.vï)[ma <TY)usïa : :

W
|| jj

Heindorf 7 èraivouatv -ai


|j
Stob. b 2 èrioEi'xvuxat (et Stob.)
:
j|
:

àjcoosîxvuaiv Badham Vollgr. 3 rcottï (et Stob.) -eïv


||
5 xoîç : W ||

âcfo[iévoiç (et Stob.) : xoùç -vou; Ven. 184 (E) uulg. Schanz Vollgr.
xoû -vou Badham del. Ast 6 aùxoùî (et Stob.) -otç
||
8i ixot : TW ||
:

8' è[[Link]
Ven. 184 et, exe. Burnet, omnes jcsiOï) J«. Herwerden Vollgr.
||
:

|1 7 où : où [xovov iidem 6£pa7CEÙwv


||
:
ÔTipcùcov auct. Naber Vollgr. |j

C 1
wçsXsiav :
wpsXi'av exe. Thomps. omnes.
233 e PHÈDRE îa

« ter par de faibles motifs à une forte inimitié, mais sur des
« raisons
graves lent à concevoir une légère irritation, pour
« les fautes involontaires
ayant de l'indulgence et, celles qui
« sont volontaires, m'efforçant de les conjurer ne sont-ce :

«
pas là des indices d'une amitié qui vivra longtemps? Si
« cette idée
pourtant a bien pu te venir, qu'il n'est pas pos-
te une amitié forte de se former s'il ne
sible à se trouve pas
d «
quelqu'un qui aime d'amour, il te faut alors réfléchir que,
« ni nos fils ne nous
importeraient guère ni, sans doute, nos
«
pères et nos mères, ni nous n'aurions d'amis fidèles, puisque
« ce n'est pas dans une passion de cette sorte que ces attache-
ce ments ont leur principe, mais dans des convenances d'un
« ordre différent.
si c'est à ceux dont la
« Autre chose :
requête est la plus
qu'on doit accorder ses faveurs, alors ce n'est
« pressante

pas« non
plus, par ailleurs, à ceux qui valent le plus
«
qu'il convient de faire du bien, mais à ceux qui sont le
«
plus dénués puisqu'en effet ils auront été débarrassés des
:

« maux les plus grands, infinie sera leur gratitude envers vous !

e « Il y a plus encore aux festins privés ce ne sont pas les


:

« amis qui mériteront d'être invités, mais les mendiants et


« ceux
qui aspirent à se gorger ne sont-ils pas, eux aussi,
:

« gens tout prêts à marquer de la tendresse, à faire cortège,


« à se rendre à votre
porte, à ressentir une joie sans bornes,
« à avoir envers vous la gratitude la plus vive, à vous sou-
« haiter abondance de biens Mais non ce qui probablement
! :

« convient, ce n'est pas d'accorder ses faveurs à ceux dont la


«
requête est véhémente, mais à ceux qui sont le plus à même
a
d'acquitter une dette de gratitude ce n'est pas non plus ;

« à ceux
qui se contentent d'aimer, mais à ceux qui méritent
234 « l'affaire ce ne sont pas davantage tous ceux pour qui la
;

« fleur de ta
jeunesse doit être objet de jouissanee, maisqui-
«
conque te donnera, quand tu seras devenu vieux, part à
« ses biens pas davantage ceux qui, l'affaire faite, aimeront
;

« à se faire valoir auprès des autres, mais quiconque par


« pudeur s'en taira à tout le monde pas davantage à ceux
;

« dont le zèle est de courte durée, mais à ceux dont l'amitié

contraire et que, supposant le mérite moral chez le poursuivant, il est

pour l'autre, si ce dernier cède par raison, un instrument de culture


morale (a3i d a3a a, d
;
a33 ab, d a34 b). A cet égard, quelles
; ;
iî «MIAPOS 233 6

a Sux a^iKpà ta^upàv I)(8pav avaipoâfiEVOÇ àXXà Sià (jieyâÀa


a (JpaSécoç 6Xlyr|v ôpyf|V TtoiotjiiEvoç, xSv iaèv aKouaîcov
«
ai>YYv<*>fcir|v ex tov T ^ ^ e EKoûaia TtEipciiiEvoç àTtoxpÉTtEiv
)

« xaOxa yap èaxi cpiXlaç tcoXùv )(p6vov èaoiaévr|Ç TEK^pia.


« Et S* apa aoi toOto TtapÉaxr|KEV cbç ov\ otàv te ta)(upàv
a
cpiXlav yEvÉaSat èàv iar| xtç Ipôv xx>yxàvr|, Ev8u^EÎa8ai.
1
«
)(pf)
Bxi OvJt &V XOÙÇ uIeÎÇ TtEpl TtoXXoO ETTOLOÛ^sBa, d
« oûx' av xoùç TtaxÉpaç Kal xàç jir|XÉpaç, oflx' av maxoùç
« cplXouç EKEKTf)^£6a, oî oôk e£ ETu8uy.'iaç xouxùxr|ç Y E Y^~
s
« vaaiv àXX èB, ixÉpcov ETUxr|8£uiiàxc3v.
« "Exi Se, eI yj>t\ xoîç Seo^évolç pdXiaxa ^api^EaBai,
«
Tipoaf|KEi Kal, xoîç aXXoiç, iaf| xoùç |}eXxIo-xouç àXXà
a xoùç oVrtopQxàxouç e8 ttoleîv ^lEyiaTOV yàp ànaXXa-
«
yÉvxEÇ kcxkcov, TtX£laxr|V X^P lv «ûxoîç EÏaovxai. Kal ^èv
a
8r| Kal êv xaîç tàlaiç Sanàvaiç, oô xoùç cplXouç a^iov e
« TxapaKaXEÎv àXXà xoùç TtpoaaLXoOvxaç Kal xoùç Seoijlévouç
-
«
TcXr|aiiovf|Ç ekeîvoi yàp Kal àyaTt^aouaiv, Kal AkoXoxj-
«
8/|aouatv, Kal IttI xàç Qùpaç fj^ouai, Kal jmXiaxa r|a8/|-
« oovxau Kal oôk èXaxlaxTjv X^P^ sfoovxai Kal TtoXXà
1
« àya8à auxoîç £ô£ovxai. 'AXX ïaoç npoof|KSi, oô xoîç
«
ocp68pa Seo^lévoiç y^[Link],zaQct.\. àXkà xoîç paXiaxa àno-
« SoOvai X^P IV Suva^iévotç ouSè xoîç êp&oi ji6vov, àXXà -

a xoîç xoO oôSè 8aoi xfjç af]ç âpaç 234 -

Ttpàyjjiaxoç à^ioiç
1
et
àTtoXaùaovxai, àXX otxivEç TtpEaBuxÉpca yEvoiaéva xôv
«
acpEXÉpcov àyaGcàv ^ExaScbaouaiv oôSè oï, SiompccEjà^Evoi.
« Ttpôç xoùç SXXouç cpiXoxmr|aovxaL, àXX' oIxiveç, ataxu-
« vo^evol, npoç Snavxaç aitoTtr|aovxai" oùSe xoîç ôXtyov

d i uîsî; :
Oeïç iid. ||
6 xai toîç aXXot; : tûv aXXwv Aid.
x.

Schanz xàv xoï? 5. Badham xotv xoîç à. Vollgr. 8 jxèv addub.


||
:

Bekker del. Vollgr. ;|


e i
JtpoaaiTOÛvTa; :
Jîpocraip. Yen. 54 3
W W
||

àya^rj^ouatv : -<jt
àxoXouôijaouatv -at || l\ -îjÇouatv -<n : W ||
:
l|

/jaOrîaovrat... 5 âiaovxat deest in ubi c. VII lit. in rasura


: 8 W ||

èpwcji \l6vov 7zpo7ep. p.. B rpoaatTouut p.. Ast Schanz Burnet


:

npoan'.z. (om. p..) auct. Herwerden Vollgr. 234 a 2 àTCoXauaovrat : ||

ycvop-svto B rec. (ex oc fec. w)


<j.6vov hx. 2
Vollgr. || yevo'p-evoi
B. :
234 a PHÈDRE r3

vivra sans changer d'un bout à l'autre de l'existence ; pas


davantage quiconque, quand sa passion aura pris fin,
cherchera à l'inimitié de mauvaises raisons, mais ceux
pour qui, quand il en sera pour toi fini de ta fleur, ce sera
le moment de faire montre de ce
qu'est leur propre mérite.
Toi, donc, garde le souvenir de mes paroles; réfléchis à
ce point, que ceux qui aiment reçoivent de leurs amis des

représentations sur le mal qu'il y a dans une telle pratique


et que, au contraire, ceux qui n'aiment pas ne s'entendent

jamais reprocher par personne de leur famille d'être ainsi


conduits à mal consulter leur intérêt personnel.
« Probablement me demanderas-tu enfin si c'est indi-
stinctement à quiconque n'aime pas que je te conseille d'ac-
corder tes faveurs. Pour ma part, je pense que l'homme
qui aime ne t'engagerait pas davantage à avoir cette pen-
sée à l'égard, indistinctement, de ceux qui aiment pour :

qui fait bien son compte, cela ne mériterait pas gratitude


égale et, pour toi qui souhaites que les autres n'en sachent
rien, cène serait pas pareillement possible. Or il ne faut

pas que de cela rien provienne qui soit dommage, mais,


au contraire, de l'utilité pour tous les deux. Quant à moi,
j'estime qu'il suffit de ce que je t'ai dit. Si tu as pourtant
regret de quelque omission qu'à ton jugement j'aurais
commise, interroge » !

Gomment trouves-tu ce discours, Socrate? N'est-ce pas, à


tous les égards, une merveille d'éloquence, et spécialement
l

pour le vocabulaire ?

que soient les différences de forme et de fond,


il
y a quelque ana-
logie entre ce réquisitoire purement contre la passion et la
fictif

franche apologie de l'amour dorien par le Pausanias du Banquet.


i. Il suffit de lire le discours de Lysias pour en sentir la monotone

sécheresse. C'est justement ce que Socrate observera un peu plus


loin (a35 a) et, avec plus d'insistance encore, a63 c-a64 e. Ce que
Phèdre, lui, y juge spécialement admirable, c'est ce qu'on a appelé
de notre temps une « écriture artiste », une sorte de ciselure ver-
bale, s'accommodant de la plus pauvre matière. Voilà ce que lui
concède en effet Socrate (a34 e)la langue de Lysias est claire et
:

précise, chaque mot y soigneusement travaillé sur le tour clarté


est :

sans force, sèche précision, virtuosité toute mécanique.


i3 d>AIAPOS <
234 à

« xpdvov <mouSà£oucnv, àXXà xoîç [Link] Stà Ttavxoç toO


-
« (itou cplXoiç EaopÉvoiç ouSè oïxiveç, Tiau6p£Voi xf^ç
« àXX' oï, Tcau-
ETuBupuxc;, l^8paq irpécpaaiv £r)xf]aouaiv ,

«
aa^évou xf]ç capotç, x6xe xf]V ocûxcùv àpExfjv ETtiSe^ovTaL. b
« Zù o3v xôv te EiprjpÉvcov péuvrjao <a\ ekeIvo âvBupoO,
« 8tl xoùç pèv Ipcovxaç ol cplXoi vouBexoOctivcùç Svxoç
« KOCKOG XoO EmXr)SEÙ[Link]Ç, XOÎÇ 8È pf} IpÛGlV OÔSeIç
a TtamoTE xâv oIkeIcov Ipéja^aTo ôbç Suk xoOxo kcxkûc;
«
ftouXEUopÉvoiç TTEpl iauxâv.
« "'lacoç Sv ouv Ipoi.6 p£ eI aTictal aoi Ttapcavco xoîç pf|
3
« ipcoai xapt^EaSai. 'Eyco u.èv oîpcu ouS Sv x&v Ipcovxa .

« Trpèç ôtTtavxctç aE keXeùeiv


xoùç Epôvxaç xaùxr|v e^elv
« xfjv Siàvoiav oOxe yàp xô XSyeo XapBàvovxi ^àpixoç c
«
ïar|ç a£iov, oOxe aol ftouXopévcp xoùç aXXouç XavBctvEiv
a
Spolcoç Suvax6v 8eî 8è (iXà6r|v pèv &-n auxoO pr)§£plav,
cocpÉXEiav Se àpcpoîv
«
ytyvEaBcu. 'Eyà pèv o8v iicavà poi
«
vopt£cû xà EÎpr)^Éva* eI Se xi où tcoBeîç, f^yoùpevoç Ttctpa-
« »
XeXeîc|)3cu, Epôxa.

Tl aoi cjhxIvexcu, S ZcoicpaxEÇ, ô X6yoç ; Oty ÔTTEpcpuôç


xà xe SXXa <al xoîç ôvôjaaaiv £Îpfja8ca ;

a 6 azou8à£ouaiv : ajtouoaa. ci. Stephan. soient Ficin. -ao'psvotç


[Link] Vollgr. -Saîotatv dubit. ci. Schanz 8 7cauaapÉvou ||

G. Hermann -aapivotç Winckelm. Schanz Vollgr. -aapévw et postea


:

ànoXauadciuvoi Heindorf -aàuevot codd. Thomps. -aapeviriç Ast 1829


(cf. -OJJ.ÉVT1Ç Laur. a643) Stallb, 7îaaâpevoi Ast 1810 È7iaupau.. Bôckh
alia alii b autwv au. T?
1 3 ovto; xaxou
: W
x. ov. Hermi.
||
:
||

7 ocv ouv :
jiiv ouv B Thomps. Vollgr. oir.a<j( : -aiv B 8 èpcoai :

W
|| ||

-atv T II {xèv
B reuera (et Hermi.) : 6â T reuera 9 npôç
W
j|

âravrâç ^poaa7iavi:à sic


:
c 1 tw Xdyw Xaufiâvovxt tdp Xap6. ||
:

T Schanz Burnet xùi y' oûtoj Xau6. Badham aùr<3 ou. Xauê. Her-
werden tw ou. Xap6. Vollgr. t^> j:oXXojtw Madvig a ïar î otor,; B || t
:

otost; W
(cf. Alline Hist. du texte de P. aflo) 3 8eï atec B àî;' ||
:
||
i

art' TW l|
4 tioê'Xeiav : -eXi'av T et, exe. Thomps., omnes |j
5 81 -t: 8'
ïtt Tt Heindorf Schanz Burnet 8' Ixi
Vollgr. || au 7:oO£Ïî Ven. 189 :

au unoOfiç BW
et -6a; T au rzoôctç t:
Vollgr. au kmK. Ast 6 êpoka ||
:

ïpwTa B sed ace. rec. manu.


234 d PHÈDRE i*

d Socrate. —
Disons mieux, cela tient
divin, du mon cama-
rade, au point que j'en suis tout étourdi Et cette impres-
!

sion, c'est à loi, Phèdre, que je la dois: j'avais les yeux sur
toi et, pendant ta lecture, tu me semblais tout illuminé par
ce discours et, vois-tu, dans la conviction qu'à ces sortes de
choses tu t'entends mieux que moi, je me mettais à ta suite,
1
et, m'y étant mis, je suis avec toi entré dans la bacchanale ,

oui avec toi, tête divine !

Phèdbe. — Allons bon ! C'est comme cela, alors, que tu


trouves bon de plaisanter ?
Socrate. —
Ainsi je te fais l'effet de plaisanter et de
n'être pas sérieux !

e Phèdre. —
Point du tout, Socrate. Mais la vérité vraie,
moi, au nom du Zeus de l'Amitié
2
dis-la penses-tu qu'il :

puisse y avoir en Grèce un autre homme capable de pronon-


cer sur le même sujet un second discours qui ait plus d'élé-
vation et d'abondance?
Socrate. —
Eh quoi est-ce aussi notre !

de Socrate devoir, à moi comme à toi, de louer le


discours, de ce que l'auteur y a dit les
choses qu'il fallait 3 ? et non pas plutôt, de ceci seulement que
sa langue est nette et précise et chaque mot exactement
fait au tour ? Si nous avons en effet ce devoir, c'est bien à

cause de toi qu'il faudra le reconnaître car, à moi du moins,


;

en raison de ma nullité l'idée ne m'en était point venue !

235 C'est que, seule, la rhétorique du morceau avait attiré mon


attention, et, pour ce qui est de l'autre point, non, pensais-
je, Lysias lui-même ne pense pas y avoir satisfait. En somme,
mon sentiment à moi, Phèdre, c'est, sauf objection de ta
part, qu'il dit les mêmes choses deux et trois fois, comme
si, pour rester dans le sujet, son éloquence était passable-
ment à court de matière, ou que, peut-être bien, une question
de ce genre fût pour lui sans aucun intérêt. Il me faisait
dès lors l'effet d'un jouvenceau qui s'évertue à faire montre
du talent qu'il a, en disant les mêmes choses comme ceci et
puis comme cela, de les exprimer en perfection d'une façon
comme de l'autre.

I. Le délire corybantique de tout à l'heure (cf. p. 3, n. 3).


a. Phèdre a besoin d'être confirmé dans la ferveur de sa foi.
3. C'est un point que Socrate développera a35 e sq.
i4 4>AIAP0E 234 d

ZQ. [Link]; pèv ouv, £ êxaîpE, Saxe jie iKTtXayfjvoa, d


Kal xoOxo !yô ETtaBov Sià aé, S <t>atSp£, npbq aè. àno-
6Xéttcov, 8xi euoI eSokeiç toO Xôyou jiETa^ù yâvuaSai utt6

àvayiyvGbaKav f^yoùuEvoç Y^P aÊ H&XXov f] èuè ènateiv


Ttspl xâv xoioùxcov, aol EtTt6p.r)v, Kal [Link]<; auvEBàK^Euaa
uExà aoO, xf}ç Sslaq KECpaXfjç.
<t>AI. EXev outq 8f] Sokeî nal^Eiv ;

ZO. Aokû y«p aoi nat^Eiv Kal oû^l lanouSaKÉvat ;

<t>AI. Mi]5a^2>ç, S ZcûKpaTEÇ• àXX' obç àXr)8co<; eItiè Ttpiç e

Aiàç <t>iXlou, olei &v Ttva exeiv eIttelv aXXov xSv 'EXXfpcov

IxEpa, xoùxov ps'i^co KalTtXelcù, TtEpl toO auxoO Ttpàyuaxoç ;

ZO. Tt Se Kal xaûxr) 8eî ûtt' euoû" te Kal aoO xov


;

X6yov E*naLVE8f)vau, ôbç xà Séovxa Etpr|K6xoç xoO Ttoir)xo0 ;

àXX' oôk £KEivr| p6vov. bxu aa<pf| Kal axpoyyûXa, Kal àKpt-

6coç EKaaxa xcov Ôvou.àxov àTtox£x6pvEuxai ;


Et yàp Seî,

auy^QpT]xÉov X^P IV a ^] v i
ètteI eue yE eXcxSev îm& xfjç Èuf^ç
ouSevlaq. T8> yàp j5r)xopi.Kc3 auxoO uévo x6v voOv npocx- 235

e1)(ov xoOxo 8è ouSè aôx6v &uï]v Aualav oïecjGou ucavôv

EÎvai. Kal ouv u.01 I8o£,ev, S 4>aîSpE, eI pf] xi au aXXo

XéyEiç, Sic Kal xplç xà aôxà Elpr)K£vai, obç ou nàvu EÔnopôv


xoO TtoXXà XÉyEiv TiEpl xoO auxoO, f) 'îacoç ouSèv aûxG
uéXov xoO xoioùxou* Kal IcpalvEXo 8f| p.01 veaviEÛEcrSat

etuSeikvuuevoç eàç oî6ç xe &v, xaôxà EXÉpCOÇ XE Kal EXÉpCÙÇ

XÉyov, àpcpoTÉpcoç; eItteÎv apiaxa.

d 3 èSo'xEtç B2 (e s. u. fors. pr. manu) :


8oxsïç B || yâvuaôat :

yâvv. W
(cf. Schanz Proleg. §3) 7 8oxst 87) B 8sï Schanz 6 1 ||
:
||

p.r)8atxw; p. y' auct. Naber Vollgr.


: 3 toutojv petÇco p..
t. T t. |[
:

apctvw Naber Bichards jiXet'u> ante xai p. Hermi.


||
6 aa<pî) xat
:
||

aTpoyyûXa :
-o>ç x. -o>ç Plut. ||
xat àxpt&oç : om. Plut, et fors. Hermi.
del. Vollgr. xai addubit. Badham || 7 éxaaxa râiv ôvopàxtov : t. ôv. ...

é'xaaTov Plut. Il àr:oxeTo'pvéuTai (et Plut.) : -vwxat -xopvEupéva TW


Badham ||
235 a 1 oùBeviaç -vetaç BT
2
:
2
(et s. u.) W
3 où8i aùtôv ||

âpTlv ... olsaGat : av add. ante aùrov Burnct, ante o">pr|v ci. Thomps.,

post ot'saôa'. Ast ||


3 xac ouv Hermann : x. 8r) ouv Stephan. Thomps.
x. 8t) xat ouv Heindorf 8txatouv B ot'xatouv B St'xatov ouv TW
|| 4 Xiyetç
:

"TT1? B U 7 xaùxà Heindorf txû. codd. :


235 b PHÈDRE i5

b Phèdre. —Ce que tu dis là, Socrate, ne signifie rien !

Voici en effet quelle est justement la qualité, et même la


qualité maîtresse, du discours entre les éléments du sujet
:

qui valaient la peine d'être exprimés, il n'en a laissé


aucun de côté ! J'en conclus qu'en comparaison du langage
de notre homme, il
n'y a personne qui soit capable d'en
tenir un autre, ayant plus d'abondance et de plus de valeur.

Autres idées
Socrate. —
Voilà quelque chose qu'il
•! j •

ne me sera P us P° 9slD le, a moi, de te


, i .

sur l'amour
concéder L'Antiquité, sache-le, compte
!

des Sages, hommes aussi bien que femmes, qui ont traité de
ces matières, oralement ou par écrit. Ils me confondront

si, pour l'amour de toi, je me range à ton avis !

c — Qui
Phèdre. où
sont-ils, dis ! donc as-tu entendu un
langage supérieur à celui-là ?

Socrate. — Pour l'instant, ma foi, je ne suis pas à même,


comme cela, de te
renseigner! Ce qui est clair, c'est que j'en
entendu la belle Sapho ? le sage Anacréon ? ou même
ai :

quelque prosateur? Sais-tu donc ce qui me le fait supposer?


Une mystérieuse plénitude de l'âme me donne, divin Phèdre,
le sentiment d'être en état, s'il le faut, de soutenir ici le

parallèle en termes différents, sans demeurer en-dessous Or !

ce n'est point, en tout cas, de mon propre fonds que me


viennent ces idées-là j'en ai la certitude, conscient que je
:

suis de mon incompétence. Reste donc, voilà mon avis, que


d c'est à des sources étrangères, ne sais d'où, que par l'oreille
je me suis empli, à la façon d'une cruche! Mais une fâcheuse
paresse d'esprit m'empêche de même me rappeler et dans
quelles conditions et par quelles personnes j'ai ouï dire ces
choses-là.
Phèdre. — Ah ! le hommes, tu ne pou-
plus généreux des
vais mieux t'exprimer de quelles personnes tu l'as ouï dire,
:

dans quelles conditions, tu n'as pas en effet à m'en parler


même si je t'en prie, pourvu que tu fasses ce que justement
tu dis. En parallèle à ce qu'il y a dans le cahier, lu t'es

engagé à parler différemment, à la fois mieux et avec non


moins d'abondance, sans t'en inspirer. De mon côté, envers
toi
je m'engage, pareil aux neuf Archontes, à faire offrande
à Delphes d'une image en or, grandeur naturelle, non pas de
e moi seulement, mais aussi de toi !
i5 *AIAPOS 235 b

<l> AI . OuSèv XÉyEiç, & Z&KpaTEÇ* auTè yàp toOto, Kal b


X6yoç ix ei T ^ v Y^P èvévxav à^'lqç £r|8f]vai
"

u.àXiaTa, S
ev tô Tcpày^iaTi. oûSèv TtapaXÉXoLTtev. "Qctte, Ttapà xà
ekeIvcù Etpr|^Éva, jit^Sév'
av tcote SûvaaBai eItieîv aXXa
tiXeIoî <al tiXeiovoç àE,ia.
5
ZQ. ToOto Eyâ) aot oukétl oÎ6ç t [Link] TTi6Éa.9ai.

riotXaiol yàp Kal aocpol avSpEÇ te Kal yuvaÎKEÇ, TtEpl auxâv


Etpr)K6xEÇ Kal ysypacpéTEÇ, è^EXéy^oual u.e èàv, aoi \[Link],6-
[Link]ç, auy)(a>pô.
<t>AI. TLveç oCtoi, Kal TtoO ai) ISeXtIcù toûtoûv aKf)Koaç :
c
ZO. NOv u.èv oûtoç oôk Ix<a eItielv. AfjXov 8è ori tivôv
à<i'-]Koa. f\
Ttou ZaTKpoOç Tf)ç KaXfJç f| 'AvaKpéovToç toO
aocpoO f|
Kal auyypacpÉoav tivqv. HoGev 8r) TEKu.aip6^£voc;
Xéyûî ; TtXf]pÉç ttcùç, S Saiu.6viE, x6 axfjBoç ëx cov »
a fo9à-
vo^iai Ttapà xaOxa àv e^eiv eItteîv EXEpa |lf| XElpca* bxi u.èv

o3v Ttapà yE luauToO oôSèv aôxûv èvvEv6r|Ka, eS oîSa,

auvEuScaç è[Link]Ô à^aBlav AElTtETai .


8rj, otpai, eE, àXXoTpieov
TtoBèv va^xàTcov 8ià xfjç à<of|Ç TtETtXrjpôaBat u.e, SIkt^v d
c

àyyslou. Yti6 8è vcoGs'iaç a8 Kal aÔTS xoOxo ETtiXÉX^a^at,

OTtcoç te Kal Svtivcùv rJKouaa.


^Al. 'AXX°, S yEvvaioTaTE, KaXXicrra EÏprjKaç* au yàp
èu,ol SvTivciv ^èv Kal ottcùç fJKouaaç, tn"|8'
av keXeûcd EÏTtrjç-
toOto Se aÛTè 8 XéyEu; Ttolr|aov. Tôv ev tô fitôXlcp |}eXtIcû

te Kal (xf| âXaTTCù ETEpa ÔTTÉaxTaaL eItteIv, toûtcov àTtE)(6-

[Link]Ç* Kal CFOl &OTt£p ol EVVÉa &p)(OVTEÇ, ÛTUO)(VOÛ^ai


Ey<£>,

Xpuafjv elicôva laojiÉTpr|Tov elç AsXcpoùc; àva8f|OELV, où


\x6vov [Link]Û àXXà Kal ai]\>. e

b 2 àijttoç
Madvig Schanz Vollgr.
:
àÇt'ov l\ (jltjB^v' av Aid. ||

pT)8' av é'va av T 2 (i. m.) [Link]'sva codd.


Hermi. ,aT|8' 6 t' yE T y' ||
:

W niOe'aOai
||
tce£0. : TW
Thomps. C 2 tttuîi fors, aot tir.. Hermi. ||
:

||
3 t] pr. ?)
B 4 Sri
: °° Heindorf ||Vollgr. 5 7tu>ç (et Hermi. )
: :
||
1
:

7c=p AJd. d 3 otiwç onou Herwerdon


|| 7 ëxepa uTciayTjaai sîrïïv
:
||

Burnet érépa [Link]/ £<jei et. codd. et. Gnôdytî Et. Wex
: om. et.
Badham Thomps. et. Gjî'XjyÉOrjtt Et. Stephan. Vollgr. et. OrôaOriTt et.
ci. Stallb. é't. Et. Schanz alia alii.
È^t-^EtpEt
235 e PHÈDRE 16

Socrate. — Comme c'est amical de ta part, Phèdre ! Et


quelle nature d'or tu es en vérité, si tu te figures qu'à mon
avis Lysias a totalement manqué son affaire et que par suite
ilest possible, point par point, de parler toujours autrement

qu'il n'a fait : voilà qui n'arriverait pas, je crois, aumême


plus médiocre des écrivains Tiens, prenons le sujet du dis-
!

cours avec celte thèse qu'il faut accorder ses faveurs à celui
:

qui n'aime pas plutôt qu'à celui qui aime, qui crois-tu
capable, s'il renonce à célébrer la prudence du premier, à
236 blâmer l'imprudence du second —
développements qui à tout
prendre s'imposent ,

de trouver après cela quelque chose
? De
encore à dire pareils thèmes, je crois au contraire qu'il
y a lieu de les
passer à l'orateur, de les lui pardonner, et
que, pour tout ce qui est du même genre, ce n'est pas
l'invention, c'est plutôt l'arrangement, qu'il y a lieu de louer ;

tandis que, pour ce qui ne s'impose pas et dont l'invention


est difficile, c'est, outre l'arrangement, l'invention qui est à
louer.
Phèdre. — Je me rends à ces considé-
Phèdre oblige
rations; y a en effet du bon, à mon
il
Socrate a traiter • 1 • „ • .

avis dans ce <I ue tu viens d e d,re Vo,cl


le thème de Lysias. >
. -.

que pour ma part je ferai que


donc ce :

b l'homme amoureux est plus malade que celui qui n'aime


pas, telle est la thèse que je te donnerai pour point de
départ quant au reste, différence du fond, abondance plus
;

grande et plus grande valeur de ton discours comparé à


celui-ci, c'est dit je te veux en pied, or martelé, à Olympie,
:

à côté de l'offrande des Cypsélides '


!

Socrate. — As-tu, Phèdre, pris la chose au sérieux parce


que, en te taquinant, m'attaquais à tes amours ? Et te
je
figures-tu par suite que, tout de bon, je vais entreprendre,
en parallèle avec un personnage de ce talent, de dire du
nouveau avec un surcroît de variété ?
Phèdre. —
Voilà en vérité, mon cher, où t'attend la

pareille et tu y es venu te faire prendre Tu n'as plus qu'à !

c parler et à t'en tirer comme tu pourras. Évitons d'en être


réduits à faire des comédiens le piètre métier, en échangeant

i. Les descendants de Gypsélus, père de Périandre, le fameux

tyran de Gorinthe et l'un des Sept Sages. Sur cette offrande, on ne


s'accorde pas mieux que sur celle des neuf Archontes (a35 de).
i6 4>AIAP0S 235 e

ZQ.4>lXxaxoç EÎ Kal cbç àXr)8Sç xpuaoOç, q <J>aiSpE,


eï ue otei Xéyeiv 6ç AualaçxoO navxoç f)tiàpxr)KEV Kal oXév
te Sr), napà Ttàvxa xaOxa, êcXXa eItie'îv toOto 8è oîuai ouS'
àv xàv cpauXôxaxov TtaSEÎv auyypacpÉa. AuxlKa, TtEpl oS
S Xéyoç, xiva oïei, XÉyovxa &q xpf| uf| âpSvxi u&XXov
^
IpôvxL [Link]££a8ou. Ttapévxa xoO uèv x6 <$>p6viuov EyK<a-
uià^Eiv, xoO 8è xo ëuppov ipéyEiv, àvayKaîa yoOv Svxa, 236
1 3 S
eTx &XX Sxxa e£,elv XéyELV ;
*AXX oîuai xà uèv xoiaOxa
êaxÉa Kal cruyyvcoaxÉa Xéyovxi Kal xSv uèv xoioùxav ou -

xf|v EupEcuv, àXXà xrjv SiàGecuv, [Link]éov, xôv Se uf)

àvayKaLcùv xs Kal x a^ eTt " v EÔpEÎv, Ttpèç xf) SiadéaEi Kal

xf)v EOpEaiv.
<t>AI. Zuyxopô 8 XÉyEiç- uExplcoç yap uoi Sokeîç Etprj-
KÉvai. nouf|aa> o3v Kal Eyo oîjxo
-
xo uèv xèv êpcàvxa xoO

uf| âpcovxoc; ^iSXXov voaeîv Scôaco aoi OTtoxiSEaSai, xûv Se b


Ixspa ttXeIo Kal ttXeIovoç oc^ia etnàv xôvSe, napà
Xolttûùv,
xè KuvpEXiSûv àvàSnua. acpupfjXaxoç, ev 'OXuurtla axà8r|Xi.
ZQ. 'EcmoùSaKaç, & <t>aî8pE, 8xt aou xSv -ncaSuccov

ETtEXa66ur)v, ipEO)(r)Xôv cxe, Kal oTei Bt\ ue cùç àXrjBSç lm-


X£ipr)aELV eItteîv, napà xr|V ekeIvou oo<plav, EXEp6v xi ttoi-

KiXdâxEpov ;

<I>AI. rispl uèv xoùxou, 8>


cplXe, EÎç xàç ouolaç; Xaôàç
c
IX^XuSaç. Pr)xéov uèv yàp aoi Ttavxôç uaXXov ouxoç 8tcoç c
oî6ç xe eÎ tva 8è ur| xô xôv kcoucûSSv cpopxiKàv irpfiyua
-

àvayKa£a>uE6a ttoielv, àvxaTtoStSévxEÇ àXX/|Xoiç, EÔXaBr)-

6 a «ptXxaxoç yXuxûx. Herwerden :3 r^àpxrîxev Strîpapxev Hcrmi. ||


:

||
^avTa xaiïxa : t. «. T om. Jïdtvxa Ven. 54
!\ où8' av \[Link] (om. ||
:

av) Hermi. 6 xtva xî uulg. ||


236 a 8 oûxto :
-ç et, exe. Schanz, :

W
||

omnes b e'tjzwv xwvSe


||
il. xûSvo'e Auctî'oj T (xûv 81 ut uid.)
:>. :

et'novxo; A. B et. xôîv tou A. T 2 rec. (-ou s. u. ad 8è) 6t. xôivSe tûv
A. Vahlen et. tûv A. exe. Burnet omnes 3 axotOïjTt ||
:
èaxa6r) Photi.
I<jTa6t auct. Gobet, exe. Burnet, omnes 5 £peayr)Xâ5v ||
: -eXôiv T2 rec.
ut uid. (cf. Schanz Proleg. § 4) ||
C i
èX7]'Xu6<xî : -0a B ||
a fva
8è : tva BW edd. || çopxtxôv 7:pày|j.a : auct. Hartman del. Vollgr.

||
3 àvavxa^wpieOa :
-op.£0a T || £ÙXa6r|6T)Xi : auct. Cobet secl. Schanz
Burnet del. Thomps. Vollgr. (cf. Notice p. xxxi n. a).

IV. 3.-3
236 c PHÈDRE 17

mutuellement nos rôles 1


;
donc gare à toi! et ne va pas, je
t'en prie, me
réduire à tenir un langage que tu connais :

« Socrate, si de moi Socrate est ignoré, cest que j'ai perdu


jusqu'à la conscience de ce que je suis ! » et encore « il grillait :

de parler et
faisait pourtant des manières ». Mets-toi bien
plutôt dans la tête que nous ne nous en irons pas d'ici
que tu
n'aies dit ce qu'à t'entendre tu as en l'âme Vois, nous !

d sommes seul à seul et l'endroit est désert or c'est moi qui


;

suis le plus fort et le plus jeune ! C'est tout conclus


;
« A :

bon entendeur, salut 2 » Non, non, 1 ne va pas choisir de par-


ler par force plutôt que de bon gré !

Socrate. —
Mais, bienheureux Phèdre, je vais être ridi-
cule, moi profane, de me mettre dans une improvisation
en parallèle, sur le même sujet, avec un auteur accompli !

Phèdre. —
Sais-tu ce qui en est? Finis de minauder avec
moi je ne suis pas loin en effet de tenir la formule qui te
:

contraindra à parler...
Socrate. —
Garde-toi bien alors de la prononcer !

Phèdre. —
Non pas, je la dis au contraire, et tout de suite !

Ce sera un serment : « Je te le
jure... »
mais, et par Ah !

e qui? quelle divinité choisir? Tiens, veux-tu? par le platane


que voici « Oui, je l'atteste si, face à l'arbre qui est là, tu ne
! :

prononces pas ton discours, jamais aucun autre discours, ni


d'aucun orateur, ne te sera par moi ni produit, ni signalé ! »
Socrate. Peste —
Comme tu as bien trouvé, gredin,
! le
secret pour contraindre un homme ami des discours à satis-
faire tes exigences !

Phèdre. —
Qu'as-tu donc à tergiverser ?
Socrate. —
Non, c'est fini, puisqu'aussi bien tu as fait ce
serment comment serais-je capable en effet de me priver
:

d'un régal pareil 3 ?


237 Phèdre. —
Alors, parle !

Socrate. — Ecoute, sais-tu comment je vais procéder ?

Phèdre. — Explique-toi...
Socrate. — Je vais m'encapuchonner pour parler, afin

1. Les rôles de 328 a-e sont intervertis :


que Socrate montre ce que
cache son âme (a35 comme
Phèdre, ce que cachait son manteau.
c)
a. Adaptation d'un vers de Pindare (fr. 71), passé en proverbe.
3. Cette passion maladive de Socrate pour les discours (228 b,
23o de) est pour le dialogue un motif fondamental, et Platon ne la
i
7 4»AIAP0S 236 c

8nxi Kal fcif)


|5o\iXou ue àvayKàaai XéyEiv ekeîvo xè « el

Ey<*>, ZcbKpaxEÇ, ZwKpàxr) v àyvoû, Kal luauxoO


8>

ÈTtiXÉXr|auai », Kal 8xi « ItteOù^el uèv Xéysiv,


èBpuTTXExo Sé ». 'AXXà 8iavotf|8r|xi 8xi evxeOSev oôk

ampEv Tiplv av ai) eïttt]c;


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'Ek Se a-nàvTQV xoùxov, « £,ûveç 8 toi Xéyco » Kal
pr)Sap2>ç TtpSç Blav (JouXr|8fjq pSXAov f\
ÊKcbv XÉysiv.
3
ZO. AXX', S>
pocKapis <t>ai8pE, yeXoÎoç laopai Ttap'
aya88v Ttoir|xr|v, I8ui>xr|c;, aÔToc^ESià^ov TtEpl xcov auxâv.
<t>AI. Oîa8' obç ^X eL «
riaOaai np6ç ue KaXXami^éuEvoç*

o)(e8ov yàp f)(« 8 eItc&v avayKaa© ae XÉyEiv.


ZQ. Mr]Sau&ç xolvuv EÏTtr|<;.

XÉyo. O Se uoi X<5yoç SpKoç


c
<t>AI. OOk, àXXà Kal 8^|

taxai. « "Ouvuui yàp aoi xlva uévxot, xlva Becov fj (Jou-


» ;

Xei x^v TtXàxavov xauxrjvl; « f\ u^|v, èàv uoi uf) EÏTtpç xèv e

XSyov évavxlov auxf^ç xaûxr|ç, utjSetcoxe aot IxEpov Xôyov


ur|SÉva ut^SevSç H^)xe etuSeI^eiv ntf)XE è[Link]Îv » .

IQ. Ba6aî, £ uiapé, uq eu àvEOpEç xf]V avàyKr|v àvSpl


<piXoX6ya> tioieîv 8 av keXeutjç.
<t»AI. Tl Sf^xa ex cov axp£<f>£t ;

ZQ. OuSèv ixi, ETtEiSf] où ys xaOxa èpcôpoKaç- ttcdç

yàp Sv oTSç x* EÏrjv xotauxr|<; Solvrjç àTtÉ^EaSai ;

<*>AÏ. AéyE 8/j. 237


ZQ. OTaB' ouv cbç Ttoifjao ;

<t>AI. ToO Ttépi;


IQ. 'EyKaXuipauEvoç Ipa, ïva 8xi xà^iaxa SiaSpauco

C4 £t :
interpos. pr. manu W || 7 SiavojjôriTt :
-0ï)xe B ||
d 1
pdvto :
p. pèv TW y a ÇiSveç : cuv. Schanz Burnet ||
toi Schanz : aot
codd. Thomps. tcv Gobet ||
3 (itav :
p(aç BW 2
(a s. u. pr. m. ?)

Il
6 ?yet I^e auct. Naber Vollgr.
:
||
10 xlva ... xt'va : xivà ... Ttvà
codd.'sed in ait. ttvà ace. add. T 2
1 W 2
||^:^Tv)B||ei^:«iB||
3 pTjBsvôç pTJxe ...
[ATJTE
: -voç t' ... p7JT£ B pT)8evôç ... pTjS' Hermann
Il èÇayyeXstv (reuera T) :
-y&Xeiv BW 4 âvsîîpeç
:
àvrjupeç exe.
W
j|
'

Thomps. omnes àv eupeç B ||


6 rtpéfU :
-çr) ||
237 a A îv« '• 'v edd.
237 a PHÈDRE 18

d'arriver au plus vite au terme de mon discours et d'éviter

qu'en regardant je n'aille, de honte, perdre contenance.


te
Phèdre. —
Pourvu que tu parles, libre à toi, quant au
reste, d'agir à ta guise.

. Socrate. —
vous que j'invoque,
« C'est
« Muses à voix légèrela
q«e vous
discoursteSoc'rate.
« deviez ce surnom à la
\
qualité de votre
« chant ou bien à la race musicienne des Ligures ! Prenez
« en main, avec moi, la fiction 2 dont me force à discourir le
« beau sire que voici, dans l'intention que l'homme dont il
b « est le fidèle, après lui avoir fait déjà apprécier son talent,
« le lui fasse
davantage encore
apprécier !

« Or donc, une fois un jeune garçon, un ado-


il
y avait
« lescent
plutôt, doué d'une grande beauté, et celui-ci
« avait des amoureux en grand nombre. Mais il y en avait
« un
qui était un malin sans avoir pour le garçon moins
:

« d'amour qu'aucun autre, il lui avait donné à croire qu'il


« ne l'aimait pas. Un jour même, comme il le sollicitait,
« voici
précisément ce qu'il lui fit accroire c'est qu'un :

« homme qui n'aime pas a plus de droit aux faveurs que


« celui qui aime. Et son langage était celui-ci :

« Quel que soit l'objet dont on délibère, un unique point


« de départ, mon petit gars, permet de s'en bien tirer c'est, :

c «
obligatoirement, de savoir ce qu'est l'objet sur lequel on
« délibère; autrement, c'est forcé, on manque complète-
« ment le but 3 . Or un fait
qui échappe à la
plupart des
« hommes, c'est qu'ils ne savent
pour cbaque chose, pas,
« quelle en ainsi, se figurant le savoir, ils ne
est l'essence ;

« se mettent point en peine d'un accord au point de départ


« de la recherche et, à mesure qu'ils y avancent, eomme de

lui prête pas ailleurs (cf. p. 3, n. i). A la vérité, Aristophane fait


de lui un maître d'éloquence (Nuées, 98-118, 260, 667, 874 sqq),
et de même Xénophon (Mém. I 2, 3i); mais, pour des raisons dif-
férentes, leurs témoignages sont pareillement suspects.
1. Exactement claire (cf. 23o c 2). J'ai tenté de garder
: l'allitération
avec le nom
des Ligures qui, selon la légende, étaient si musiciens

qu'à la bataille ils réservaient au chant la moitié de leur armée.


2. Imposée à Socrate (236 b), la thèse est en effet sans réalité

(cf. j'iic finctp. 11, 1).


3. Passage capital : si l'on ne s'est pas préalablement accordé sur
18 «ÊAIAPOE 237 a

xov X6yov «xl, prj |}Xéttqv Ttpoç aé, ôtt' alaxûvr|Ç Sicmo-
pcopcu.
5
<ÊAI. Aéys pévov xà S SXXa otioç |5oûXel tiolel.

1
ZO. « "AyexE Srj,
S MoOaca, elxe Si à8f]ç eÎSoç Xlyeiai,
« elte Sià yévoç pouaucèv xo Aiyùcov xauxr|V eg^et' etto-
« vuLilav, £ùp poi XcxBecjBe toO liuBou. 8v lie &vay<d^EL
a 8 ftÉXxLaxoç ouxoal XéyEiv, ïva 8 éxcûpoç auxoO, <al Ttp6-
« TEpov Sokûv xooxcp cotybç eÎvcu, vOv etl liSXXov 86£r). b
a *Hv oîSxco St ttolç, p&XXov Se pELpaiciatcoç, pciXa KaXéç
1 1

a xooxq 8è fjaav èpaaxai tnxvu TtoXXot. Eîç Se xiç aôxSv


«
atpûXoç t\v, 8ç ouSevoç fjxxov èpôv, ETtETtELKEL xov
ouk Èpcir). Kat tcoxe, auxèv atxâv, ettelBev
« TtaîSa â>q
1
« xoOx aôx6, à>q pf| IpoùvxL Ttpè xoO Epûvxoç 8éol X ^"
« £eo~6cu. "EXEyév te 58e'
a riEpt Ttavxoç, S Ttaî, pta àpx^l xoîç lléXXougl kcxXSç
« BouÀEÙEaBaL- eISévoci Sel TiEpl oO &v f| BouXi?), f) Ttavxèç C
fl

a oLLiapTcivEiv àvàyKr). Toùç Se TtoXXoùç XéXrjSEV 8xi oôic


a laaoi xfjv ouolav êkôujxoit ôç oîv e!86xeç, ou SiopoXo-

« yoOvTOCL EV
àpXVJ T f|Ç OKÉLpEÛÙÇ* TtpOEX86vTEÇ 8É, x8 eIk&Ç

a 8 w om. Stob. Xiyeiai (et Dionys. Hermogen. Stob.)


:
||
:

Xtytat B
9 poûatxôv xô Atyuwv
||
tô A. p.. Dionys. p. tô Xtyù ov :

Stob. p. tô Xiyupôv Gornari. ti pouatxôv Heraclit. prob. Gobet p. tt

Vollgr. j| s<r/€x' (et Stob.) : lyjt' I<r/6Te ttjv Dionys. Heraclit. W ||

io Çûp :
Çûv T ut uid. Xa6ea6e Xaêe^Oat Stob. n
||
i'va tV exe. :
||
n :

Schanz omnes ||
b 2 peipax-'oxoç :
p. àraXo'; W uulg. |
t\
aîpuXoç :

aï. BT ||
5 aÙTÔv at'xwv : au. epùiv Bau. rceipûv Winckelm. au. Xê'ytDV
Richards addub. ah. Vollgr. ejceiôev -6e 6 tout' -to B 8 ||
: W ||
:
||

toïî pe'XXoua'. xaXâiç (et Albin. Simplic.) xa> p. x. Philop. tou x. id. :

alibi David Elias c i fiouXeûeaOai (et Alb. Philop. Simpl. Dav. Eli.):
||

-a£o6at T Burnet £Î8évat 8eî (et Alb. Phil. Simpl.)


||
tt. S Set : TW
tô e?. Dav. ou (et Alb. Simpl.)
Eli. ||
otou Phil. Dav. Eli. Sv l :
||

rj |3ouXr[ (et Phil. Simpl,) av f] p\ 3 Alb. iarxtv rj axe^/iç Dav. Eli.


:

|| mxvTÔ; àpapTavetv (et Hermi. Simpl.) âjiavxoç à. rcapà : TW


touto à Alb. tou tz. Stap. (Phil.) uel à. (Dav. Eli.) tou jc. àpapT£tv
4 rcpoeXôo'vTeç T
3 eî8dT£? oùx et. Albin. Vollgr. a
Hirschig j|
:
||

(a eras.) (et Albin.) :


rcpoaeXO. BT.
237 c PHÈDRE 19

« juste ils le paient, puisqu'ils ne s'accordent, ni avec eux-


« mêmes, ni entre eux ! Ne nous mettons donc
pas, toi et
« moi, dans le cas d'encourir le reproche que nous adres-
« sons à d'autres. Au
contraire, dès lors que nous sommes,
« toi et moi, en face de la question de savoir si c'est avec un
« amoureux, ou avec un homme sans amour, qu'il vaut
« mieux lier amitié, le problème est celui de l'amour, de sa
« nature et de ses effets mettons-nous d'accord pour en
;

d «
poser une définition ayons là-dessus les yeux fixés et rap-
;

«
portons-nous y, tandis que nous examinons si c'est utilité,
« ou bien dommage, que l'amour apporte avec lui.
« Et maintenant, ceci dit, que l'amour soit un désir,
« c'est une évidence pour tout monde
que, d'autre part,
le
1
;

« même des gens qui n'aiment pas désirent ce qui est beau,
« on le sait: à
quel signe distinguons-nous donc entre celui
«
qui aime et celui qui n'aime point? Il faut par ailleurs
« réfléchir
qu'en chacun de nous il existe deux formes de
«
principes et de motifs d'action, que nous suivons où ils
« peuvent bien nous mener: l'un, qui est inné, est le désir
« des plaisirs l'autre, qui est une façon de voir acquise,
;

«
aspire au meilleur. Or ces deux tendances sont en nous
e a
parfois concordantes, mais il arrive aussi qu'elles soient en
« lutte, et c'est parfois celle-ci
qui domine, mais d'autres fois
« c'est celle-là. Gela
posé,c'est une façon de voir
quand qui,
« par la raison, conduit vers
meilleur et qu'elle domine,
le
« cette domination s'appelle tempérance quand c'est le désir ;

238 « qui, déraisonnablement, entraîne aux plaisirs et gouverne


« en nous, voilà le gouvernement auquel on a donné le nom
« de démesure. Or la démesure a justement de multiples
« dénominations; multiples sont en effet ses membres et
« multiples ses formes 2 et, parmi ces formes, celle qui vient
,

« à être mise en relief fait


que sa propre dénomination sert
de la recherche en définissant cet objet, il est impossible ensuite
l'objet
de dire rien qui vaille sur les effets ou la fonction (cf. a38 de).
C'est à quoi le Socrate du Banquet, après Agathon qui n'a fait que

poser le principe, affirme la nécessité de procéder au sujet de l'Amour

(ig4 e sq., 199 bc, aoi de, ao4 e et Notice, p. lxxii-lxxvi).


Tout ce morceau doit être rapproché du Banquet, surtout 199
I.

d 6 aoo a 3, e 3
a, e ;

aoi a 5,8 (cf. ao4 d 3-8, e 3);
;
ao5 a —
8-d 8 ao6 b-209 e.
;

a. Si le texte est ici controversé, la suite des idées (jusqu'à c) est,


i
9 «DAIAP02 237 c

« ànoSiSéaaiv oôte yàp ÉauToîç oûte àXX/|Xoiç SuoXo-


etuti-
« yoOaiv. "Eycû oSv koI au u.f| nàBo^ev 8 aXXoiç
« ^lÔHEV àXX', ÉTtElSf) Ool Kal É^iol S XéyOÇ TTpOKElTat
« TtOTEpa èpôvTi f) |tf|
[Link] eIç cpiXlav Itéov, TtEpl
3
« IpoToç oT6v t laxi Kal fjv e)(el Sûva^Liv, ÔuoXoyla
« 8É[i£voL 8pov, eIç toOto àTtoBXÉTTovtEÇ Kal àva<pÉ- d
« pOVTEÇ, Tf)V aKÉl^LV TtOUÛliEBa EtTE GXpÉXEUXV ElTE [5Xà6r)V
« *napÉ)(Ei..

a "Oti \xèv o8v Sf) Ém6i>p:ta tiç ô Epoç, &TtavTi SfjXov*


« 8ti S' au Kal jir| IpSvTEÇ ÉTtiBu^oOai. tcùv KaXôv, ïauEV
«
Tcp 8r) t6v IpôvTa
te Kal fcif) KpivoOuEv Aeî a8 vof]aai ;

« 8ti fj^ôv lv ÉKaaTcp Sùo tivé eotov ISÉa ap^ovTE Kal


« ayovTE, oîv ÉTï<5^£8a fj
av ayr|Tov, f\ pév, EfcicpuToç o3aa,
«
ImBu^la fjSovôv, aXXrj Se, etcIkti^toç S6E,a, IcpiE^iÉvr)
« xoO àp tatou. Tout» Se ev rijûv TOTè uèv Sjxovoeltov,
« eotl Se 8te aTaatà^ETov Kal toté ^iév fj ÉTÉpa, SîXXote e

« 8è f| ÉTÉpa KpaTEÎ. Ao£,r]ç ^iév oSv ÉTtl t6 apiaTOV X6yç>


«
àyoùarjc; Kal KpaTouar^c;, t§ KpàTEi acocppoaûvrj ovou.a*
« èmBu^lac; Se àX6y<»ç ÉXK0Ùar)<; étiI fjSovàç Kal àp£àar)(; 238
« lv n.pîv, àpyf\ uBpiç ÉTN3vo^àa8r|. "YBpiç Se Sf)
Tfj

ttoXu^eXèç yàp Kal ttoXuelSéç Kal toûtov


-
«
TToXucbvufciov,
« TCÙV ISeÛV ÉKTtpETTfjÇ f) &V TÙ^T] yEVO^lÉVT], Tr)V aÔTÎ^Ç
«
ÉTToavujilav ovo^a£6[iEvov tSv I)(ovTa Tiapé)(ETat, oûte

C 5 àXXïjXoiç :
à'XXoiç W et fors. T2 (Xr) exp. et eras.) Albin. |

8 roxEpa 2
(a W u.) roTepov W Thomps. om. B Schanz
s. :
Vollgr.
|| 9 oldv t' ïaxi oïov xi : TW olov Èaxi
Hirschig Vollgr. tt Eaxi || IrfV.
:

el^e B i
i|
d opov addub. Schanz : W (sed a u.) || eîç : sî s. ||
Toiixo :

-xov Stephan. a JjçsXstav -sXt'av Tet, exe. Thomps., omnes 5 \ù\ (et
||
:
||

Stob.): en [at]
auct. Madvig Vollgr. 6 au (et Stob.) Srj Schanz ôè ||
:

Vollgr. ||
8 oîv (et Stob.) aiv s. u. 2
pr. m. ut uid.
:
9 .fjo'ovtov B
2
W ||

(em.): SrjXovojv B ||
10 (et e i)xoxè ... xoxè Stob. : xc»xe ... xoxe codd.
|j
6 3 <Ko<ppoauvir] :
-vr) W
238 a 3 -oXuasXèç ... rcoXusiSs'ç (et Stob.)
||
:

-pepèç... -eioVç TW -stSèç. . .


-jj-eXe;
Vindob. 109 -pEXèç... -[Link]éç
Bur-
net -psXÉ; solum Hermi. l\ îoewv (et Stob.) : t8Éwv B f^SÉtov Stob."
W^W
||

i'|
îj (et Stob.) :
fj
2
(em.) i\ B aux7)ç
rec. ||
: au. W Stob. au.
B II
5 ôvojj.aÇdpEvov : knov. Stob. Heindorf Vollgr.
238 a PHÈDRE 20

« à nommer l'homme qui la


possède : une dénomination
« sans honneur et qui n'est guère précieuse ! Est-ce par
«
exemple à la mangeaille que se rapporte le désir par lequel
« sont dominés, et la raison du meilleur, et le reste des
b « désirs ? Voilà la gloutonnerie, dont le nom servira précisé-
« ment aussi à désigner celui chez qui elle existe. Est-ce
« d'autre part aux excès de boisson qu'a rapport ce désir tyran-
«
nique ? Puisque c'est de ce côté qu'il mène l'homme dont
il est devenu
«
l'apanage, il n'y a pas de doute sur l'épithète
dont celui-ci sera gratifié. Et ainsi du reste
« en ce qui :

« concerne les noms


apparentés à ceux-ci, et qui sont ceux
« de désirs eux-mêmes
apparentés, le nom qu'il convient
«
d'employer pour un désir dont le despotisme est sans
« relâche, ce nom est de toute évidence. Or,
quel est le
« but où tend tout ce
qui a été dit précédemment ? Peu s'en
qu'il ne soit manifeste il est, en tout cas,
« faut sans doute ;

«
plus sûr de le faire entendre que de le sous-entendre Le !

« désir,
dirai-je, qui, dépourvu de raison, prédomine
sur un
c « élan réfléchi vers la rectitude, quand il se porte au plaisir
«
que donne la beauté et quand, fortement renforcé à son
« tour
par les désirs de sa famille dont la beauté corporelle
« est
l'objet,
il
s'y porte victorieusement, alors, empruntant
« sa dénomination à sa rhômè, à sa force, il a reçu le nom
« d'Êros ou d'amour... »*

Eh mais ! ne te fais-je point, mon cher


Pause :
l'effet me fais à moi-
Phèdre, que je
même, d'être dans un état qui tient du
perce dé/â
2
divin ?

par contre, très claire : Socrate passe en revue les jormes de la


démesure, dont chacune est dénommée d'après l'espèce de plaisir
qui est l'objet du désir, plaisirs du manger, du boire, de l'amour
charnel. C'est une désarticulation des membres du genre (cf. a65 e

sqq.) et qui répond à peu près à l'analyse du Banquet, ao5 a-206 a.


1. Le ne peut rendre la cascade de jeux de mots à
français
laquelle s'amuse ici Platon la racine rhô, que sa fantaisie étymolo-
:

gique veut retrouver dans éros, amour, est authentiquement constitu-


tive des mots grecs qui ont été traduits par fortement, renforcé, force.
a. Cette pause, avec tout ce qui
la suit jusqu'à la reprise, prépare

de loin distinction (a65 ab, 266 a) de deux délires, auxquels


la
semblent respectivement se rapporter ce discours de Socrate et celui
ao <ï»AMP02 238 a

* Tivà KaXf|V oûV ETta^tav KEKXf)[Link] jièv yàp


«
ISoS^jv KpaxoOaa xoO Xôyou xe xoO àplaxou Kal xûv
« aXXcov Itu8ulucov ImBuLÛa yaaxpiuapyla te Kal xov b
«
I^ovxa xaôxàv toOto KEKXrjuÉvov TtapÉ^Exai. riEpl S' aS
« uÉ8aç xupavvEÛaaaa, xèv KEKxr]Li£Vov xauxr| ayouaa,
« 8f]Xov oG xsû^Exai Ttpoapl'inaxoç. Kal xSXXa Sf] xà
« toùtcov àSeXcpà Kal ocSeXc|3cov IttiBuluGv 5v6uaxa xfjq
« &eI 8uvaax£uo\JOT]ç, fj Ttpoar|K£i kolXeIoBoli Ttp68r|Xov. *Hç
a 8' IvEKa Ttàvxa xà Tip6a8£V EÏprjxai, o^e88v pèv f|8r|

«
cpavEpov Xej^Gèv 8è f) Lin, Xe)(6èv Ttàvxaç aacpÉaxEpov.
« 'H yàp avEU X6you 56£r|ç ettI xo opBèv opLicôar|q Kpaxn,-
a aaca ImBuLÛa, np&ç n.8ovr|V à^SEto-a KàXXouç Kal ûtc6 C
« a8 xôv éauxf|Ç auyyEvûv EmSuLiiéàv ettI aeùLiàxov KàXXoç
« âppcùLiévcoç pco<j8etaa, viK^aaaa àycoyf], an' auxf]ç xf)ç
« p<£>[ir\q ETtcavuLiiav Xa6o0aa, Ipcoç EKX^8r|. »

'Axàp, S <j)IXe <t>aX8pE, Sokcù xi aol GùortEp Ilioiutô Beîov

TtdtSoç TTETtovSévat ;

a 6XExXrjaSai (et Stob cf b 2,3): -xxîjaôat B Thomps. Burnet


.
;
.

ÈxxrjaGa'. Scbanz 7 Èô*ioÔ7)v (et Stob.) -8àç Hermi. xou Xd-j-ou xe xoîi
||
:
||

(et Stob.) xou X. xou B Hermi. (?) Schanz Vollgr. (hic etiam xou
:

X. addub.) toû te X. xo3 Buttmann Thomps. b 1


èîïtôupîa : del. ci.

Vollgr. "ce te xXï]6TJ<JÊxai (ci. xaXEÎxai) Vollgr. f| 2 xaùxôv


Il
: xauxov :

codd. 3 xExxTjpivov (et Stob.)


Il fox/jui. Schanz [\ ou (et Stob.): :
||

où B 5 tî)î : and xfjç Badham Vollgr.


jj
6 eux aî. codd. ^ B
2
||
:
j|

(rec. ut uid.) tj
B Stob. Schanz 7 xà
: om. Stob. 8 rcavxios ||
:
||

Ven. 189 Stob. :7iav j:coç TW Thomps. Vollgr. 7zàv Tcâi; BW 2


(ace.
rec. m. ut uid.) Hermi.): auct. Hart-
||
aà'vEu Xo^ou^et Dionys. Stob.
man del. Vollgr. knl ta ôpGôv (et Stob. Hermi.) ètc: xà^aGov B 2
|j
:

(i.
m. èv à'XXco) Dionys. (cf. Notice, p. clxxx sq.) C 1 àyjlsîaa ||

(et Stob. Hermi.): ayouaa i. m. B 2 Dionys. ||


xaî &Jïô au : xat au
Stob." xai i. m. B 2 Dionys. ||
2 Éxuxrj; B i. m.
2
(et Dionys. Stob.):
c'auX7JB aux?); Vollgr. 3 èppwpÉvwç... 8 vixTJaaaa secl. G. ||
:

Hermann Èppwu.£'vwç B
2
rec. (em. et i. m.) (et Dionys. Stob.)
||
:

ÈpoJpEvoç B ptudÔEiaa (et Dionys. Stob.) -aav i. m. B Dionys." addub


2 :
j|

Badham vixrjaaaa (et Dionys. Stob. Hermi.) xtvrjdaaa dubit. ci. G.


||
:

Hermann ày^yf] B 2 i. m. --p) Dionys. Stob. Schanz del. Vollgr.


||
:

Il4 è7îa)vuptav (et Stob. Hermi.) xf,v è^wv. Stob." È^t8u[xt'av B 2 i. :

m. Dionysii codd. 5 ç&e (et Hermi.) om. idem. ||


:
1
238 c ,
PHÈDRE ar

Phèdre. — C'est tout à fait mon avis, Socrate. On n'est

pas habitué à te voir ainsi emporté par le flux de l'éloquence



!

Socrate. Chut! alors, et écoute-moi. C'est que, tout de


bon, l'endroit a bien l'air d'être divin De sorte que, si des !

d fois,avec le progrès de mon discours, j'en viens à être un pos-


sédé des Nymphes, ne t'en étonne pas. De fait, les paroles
qu'à présent je profère ne sont plus bien loin d'être dithy-
rambiques !

Phèdre. — C'est très vrai, ce que tu dis là.


Socrate. —A toi la faute, sais-tu bien ! Mais écoute la
suite: pourrait se faire que se détourne de moi ce que je
il

sens venir; ceci, après tout, ce sera l'affaire du dieu; la


nôtre est de revenir au discours qui s'adresse au jeune
garçon.
bien donc, mon brave, quel est
« Eh
R . !

précisément l'objet sur quoi il s'agit


a
« de délibérer, voilà,' c'est chose dite et définie. Les yeux
e « donc là-dessus fixés, ce qu'il nous reste encore à faire,
« c'est de dire
quelle utilité ou quel dommage, pour qui
« accorde ses faveurs, doit probablement résulter aussi bien
« de l'homme qui aime que de l'homme sans amour. Eh
quand on
4
« bien! dis-je est le
, gouverné par désir, quand
« on se fait l'esclave jouissance, forcément on doit,
de la
« semble-t-il, s'arranger à obtenir de l'aimé la plus grande
« somme de
jouissance. Or une inclination malade s'en-
« chante de tout ce qui ne la contrarie pas, déteste ce qui est
239 «
supérieur ou égal. Donc, ni supériorité, ni égalité ne seront
«
par l'amoureux de bon gré supportées chez ses amours ;

« mais
toujours au contraire il travaille à leur abaissement
« et à leur infériorité. Or l'ignorant est au-dessous du
« savant le
poltron, au-dessous du brave le parleur inhabile,
; ;

« de celui
qui a appris la rhétorique celui qui a l'esprit ;

a lent, de celui qui l'a vif. Quand chez l'aimé l'intelligence


« a de
pareilles faiblesses et bien d'autres encore, forcément

qu'il prononcera ensuite. A


présent, son état de possession, son
enthousiasme, doivent venir (cf. a^i de, 262 d, a63d) des divinités de
ce lieu champêtre, et si, en traitant un sujet glacé, il en est venu au
ton du dithyrambe, c'est-à-dire d'un chant bachique, c'est qu'un
délire nympholeptique déjà le menace, et c'est pour y échapper qu'il
interrompra (a4i c) ce qu'il appelle ici le progrès de son discours.
1. Socrate, dans son discours,
reprend tous les éléments de celui
ai $AIAP02 238 c

<t>AI . nàvu uèv ouv, S ZcoKpaxEÇ -

Ttapà xè etcoBèç

Empota xlç ae EÏXrjcpEv.


ZO. Ziyfi xolvuv uou Skoue. Tû Svtl yàp Seîoç eoikev
8 x6ttoç etvai ôctxe, làv apa TtoXXaKic; vu^t<p6Xr|'nxoç d

TtpolévTOÇ xoO X6you yévcùuai, ^if) 8auji<4aT]c;* xà vOv yàp


oôkétl Tréppcù SiSupàuBcov cpSÉyyotiai.
<ÊAI. 'AXr)8Éaxaxa XÉyEic;.
ZQ. ToUXCOV UEVXOl CTÙ CUTIOÇ. 'AXXà X<X XoiTtà &KOUE'

ïaoç yàp k&v àTtoxpaTtoixo xô etu6v xaOxa uèv ouv


8eô uEXrjcxEi. r|UÎv Se Tfp6ç xôv TtaîSa TtaXiv xô X6yco
txéov .

« Eîev, cô
cpÉpiaxE, 8 uèv
Sf) xuyxàvEi
8v nEpl oG |5ou-
« Xeuxéov, EÏpr|xat xe Kal ôpiaxac (îXettovxec; Se Sf| Ttpèq
« aôx6, xà XoiTtà XÉyeùUEV xlç àcpÉXEia f) fiXdtBrj àné xe e
«
èpcovxoç Kal uf|
xô )(api£ouÉvcû !£ eIk6xoç [Link].
« Tô 8r| ûtt6 èmBuulaç àp^o^évco SouXeuovxI xe n,8ovf],
«
àvàyKr) ttou xSv ëpcSuEVOv cSç fjSurxov éauxô napa-
« a<Euâ^Eiv. NocroOvxi 8è tïSv r^Sù x6 ur| àvxixEÎvov,
«
KpEÎxxov 8è Kal ïaov E^8p6v. Oôxe 8r| KpElxxoo OÛXE 239
« Iooûuevov ÉKcbv Epaaxr|c; TtaiSiKà àvÉ^exai, fjxxcù 8è Kal
« ÔTtoSEÉaxEpov àsl àTTEpyâ^Exai- fjxxav 8è à^a8r]ç aocpoO,
« SeiXoç àvSpELou. àSûvaxoç EtTtEÎv |5pa8ùç
j5r|XopiKoO,
a
ày^lvou. Toaouxcov kcckGv Kal Ixi tiXeuSvcov Kaxà xf)v

d i wate (et Oxy.) tôax'


:
Dionys. àpa (et Oxy.) om. |j
:

Hermi. ||
a yé'vcûuai : ante npoïovxoç Dionys. 3 oùx^T'. (et Oxy.): ||

où Dionys. (Lysias II, i) ti postlac. in De Demoslh. \\ 8i6upàfi.6tov (et

Oxy.) 8. xivwv Dionys.


: 6 x&v || (et Hermi.) : av TW || 7 0eoj : Ga> VV
e 1 àxpAs'.a (et Stob.) -eVa T
Il
:
et, exe. Thomps. omnes , ||
3 Bouàeùovti
te (et Stob.) : r] Ô. te TW ||
l\ napaaxEua^Eiv : Jt.
xpEtTToai oÉ Stobaei
codd. y 5 8è (et Oxy. Stob.) : om. Hermi. ||
tô (et Oxy. ut uid.) :

om. Stobaei codd. u. (et Oxy. Stob. Hermi.): om. B || 239


|| \xi\
B2 s.

a 1
xpEÏTTOv (et Oxy. ut uid. Stob. Hermi.) : tô x. Hirschig Vollgr.
Il
ïaov (et Oxy. ut uid. Stob. Hermi. 1 ) : fooûu-Evov Hermi. (cf. 23g a
2
2) D 8t) .£.
(oe) Oxy. s. u.
: 3 àei Oxy. ||
: où. codd. || à^EpyaÇsTat
(et Oxy. Stob.): -aaETat Stephan. Vollgr. tjttcov (et Oxy. Stob.):
W
j|

r TTov
(
Vindob. 209 Stob."
239 a PHÈDRE aa

« l'amoureux s'attache à celles qui se forment comme à


« celles
qui sont congénitales, tant pour se féliciter de ces
« dernières
que pour faire naître les autres faute de quoi, :

« il
échapper la jouissance du moment Il va de soi
laisse !

qu'il est forcément jaloux


«
qu'il tient l'aimé à l'écart ;

b « d'une foule de relations, de celles surtout qui lui seraient


utiles en contribuant à faire de lui au
plus haut point un
«
« homme qu'il lui cause ainsi un grand dommage, et le
;

«
dommage le plus grand si c'est à l'écart de cette relation
« d'où résulterait pour lui la plus grande élévation de la pen-
sée. Or c'est un
justement le cas de la divine philosophie
1
ce :

« amoureux, forcément, loin d'elle écarte ses amours, par


«
peur extrême d'être ainsi dédaigné N'importe quel stra- !

cc
tagème lui est bon pour faire que son aimé soit ignorant
« de tout, et qu'en tout il ait les yeux tournés vers son
« amoureux : une mis en un
fois tel état, il charmera sans

« doute celui-ci, mais à lui-même il se sera causé le dom-


«
mage le plus grand ! En somme donc, pour ce qui est de
s'agisse de direction, qu'il s'agisse de
c «
l'intelligence, qu'il
« collaboration, il
n'y a rien absolument à gagner avec
ce l'homme qui a de l'amour.
2
ce Passons au corps ,
à sa complexion, à la façon d'en pren-
ee dre soin :
quelle est cette complexion ? quels soins donnera
ce à ce corps,quand il en sera devenu le seigneur, l'homme
«
qui, par la force des choses, poursuit le plaisir de préfé-
cc rence au bien? Voilà ce qu'il faut, après cela, considérer,
ce Or cet homme, on le verra à la poursuite de quelque mol-
ce non d'un garçon solide; pas davantage, de quel-
lasse et
c
qu'un qui ait été élevé au plein soleil, mais à couvert de
ce l'ombre d'un demi-jour à qui ne soient pas familières les
;

ce viriles fatigues et les sueurs de l'effort, mais à qui soient


ce familières les délicatesses d'un régime sans virilité; qui,
d ce faute d'en avoir à lui propres, se parera de couleurs et de

de Lysias, en évitant, non pas seulement d'omettre la détermination


de l'objet considéré, mais aussi de n'en pas classer les diverses mani-
festations : ce qu'il reprochera à Lysias de n'avoir pas su faire

(a64 Le premier morceau concerne l'âme.


a-e).
i. L'amour du savoir, la
philosophie, loin de favoriser d'autres
amours (Banquet i83 a; p. 18, i) les exclut au contraire. Peut-
être est-ce ici la rhétorique ;
cf. a3o. a (\ et Notice, p. clxx sq.
a. Maintenant c'est le point de vue du corps.
— L'ombre d'un
aa <I>AIAPOE 239 a

« Stâvoiav !paaTr]v Ipcouévcp. àvcxyKr] yiyvouévcov xe Kal


«
cpùaei ivàvxov xôv uèv fjSeaSai, xà Se TrapaaKEuà^eiv.
«
f\ axépeaSai
xoO TtapauxiKa fiSÉoç. <J>8ovEp8v Sfj àvàyKr)
« etvai, Kal TtoXXcov uèv aXXov ouvouctiôv àTtEipyovxa Kal b
1
« cbcpEX'iucDv. 88ev av uâXiax àvn,p ylyvoixo, uEyaXrjç aïxiov
« EÎvai [}Xâ6r|c;, usylaxrjç 8è xf^ç 88ev av (ppoviudbxaxoc;
«
elt).
ToOxo 8è ^)
8Eta cpiXoaocpla xuy^àvEt 8v, fjç èpaoxfjv
« TiaiSiKà
àvàyKr) Tr8ppoù8£v EÏpyEiv, Tt£pl(po6ov 8vxa xoO
«
Kaxacppovr|8^vai. Ta xe aXXa ur)x av àa8ai Sttqç av ?\

« Ttàvxa àyvoSv Kal Ttàvxa àTtoBXÉTtcov eIç xèv Epaaxrjv


« oîoç 8>v x$ uèv fjSLaxoç, lauxco 8è (5Xa6Ep<*>xaxoç av etrj.
a Ta uèv o3v Kaxà Siàvoiav, ETtlxpoTtéç xe Kal koivcovoç. c
a oùoaufj XuaixEXn.ç àvi^p 2x cûV Ep^t**-
«
Tfjv 8è xoO acbuaxoç e£iv xe Kal 8EpaTtElav, otav xe
« Kal a>ç SspaTTEÙaEi oC av yévr|xai KÙpioç, 8ç f^Sù Ttpo
« àyaSou f|vàyKaoxai Slqkeiv, 8eî UExà xaOxa ISeÎv.
«
'OcpSf^aExai 8è uaXSaicov xiva Kal ou axEpEàv Slwkcov.
a ou8' ev f)Xlç Ka8apô xeSpauuÉvov, àXXà ûtto auuuiyEÎ
« aKifi, Ttévcov uèv àvSpEicov Kal ISpdbxov £r|p5v aTtEipov,
«
EUTtEipov 8è àTtaXfjç Kal avàvSpou Siatxrjç, àXXoxploiç
« xpw^iaaL Kal Kéauoiç X^1 TEL °ÎkeIov KoauoûuEvov, 8aa xe d
a 6 àpaatriv àptopivco àvayxr] èpw. post èvôvxwv 7 et êpa. àv. post
:

ipw. transp. Vollgr. ytyvouivwv (et Oxy. Stob.): è[Link]. auct. Naber
||

7 àvo'vxwv B (em.) (et Oxy. Stob.): ev ovxwv B


2
Vollgr. Il
x<5v (et ||

2
Oxy. Stob.) auct. Nutzhorn secl. Burnet del. Schanz xoï; Oxy. (s.
:

u.) Heindorf Vollgr. fj8ca6ai (et Oxy. Stob.) xtjS. Hirschig


||
8 5t) :
|l
:

.e. (5s) Oxy.* s. u. IlàvàyxT) (et Stob.) -tj B :


||
b 1 xa? (içeXtaajv (et
: secl. ci. Hartman del. Vollgr.
3 «ppoviptiSxaxoç (et
Oxy. Stob.) |l

Oxy. Stob. [IV, 478, 6]) f. xiç Stob. [III, 209, i3] 5 ndppwOev i.:
||
:

nepi'spoÊov B (et Stob.) nept çd6ov B


2
m. Oxy. 7zoppoixaxa ||
6 rj :
jj

B 2 i\ B Oxy. 7 ^âvxa addub. G. Hermann 8 tiiv (et Oxy. Stob.)


:
||
:
||
:

p.T]
B 2 (tj s. u.) y âauxû (et [ut uid.] Oxy. Stob.) xw I. B Schanz :
jj

J3Xa6epwxaxoî -xepoç i. m. Oxy. Stob."


: av Vindob. 109 om. codd. ||
:

Oxy. (ut uid.) Stob. Oxy. C 4 SEparreÛGst -aetsv Oxy.


|| eI'tj
:
S'.rji ||
:

i. m. 5 [Asxà B 2 (xà s. u.) (et Oxy. Stob.)


Il
ue B Stob.» 6 81 (et :
||

7 où8' àv B (ace. exp.)


2
Oxy. Stob.) 8r) Hirschig Schanz Burnet
:
||

(et Stob.) oùBÈv B d 1 [Link]


: -sev Oxy.
II xôspot; (et Oxy. :
||

Stob.) :
ayrj[[Link]
Plut.
239 d PHÈDRE 23

«
parures d'emprunt, dont toute l'occupation sera ce qui par
s'y rattache. Toutes choses manifestes et ne valant
« ailleurs
«
pas la peine qu'on aille plus avant, mais plutôt, après avoir
« sur un point particulier défini le principal, que l'on
passe à un autre point un corps de cette sorte, à la guerre
« :

« comme dans toute autre nécessité


importante, inspire en
aux ennemis, tandis que les amis, et les amou-
« effet l'audace
reux justement, tremblent pour lui
« !

« Voilà, bien sûr, un point à laisser de côté comme mani-


« feste,
pour parler de celui qui vient ensuite quelle :

e « utilité ou quel dommage, concernant ce que nous avons à


« nous, devons-nous attendre de la société comme de la
« direction de l'homme qui aime 1 ? Eh bien oui, voici qui I

« ne fait doute l'amoureux surtout


pour personne, pour :

* «
toutce qu'à lui l'aimé a déplus cher, de plus bienveillant
« à son
égard, de plus divin, c'est de cela que pour celui-ci
« l'amoureux souhaiterait par-dessus tout la perte père, ;

« mère, parents, amis, il ne demanderait


pas mieux que de
240 * l'en voir privé autant d'empêcheurs, pense-t-il, autant de
:

« censeurs de l'extrême agrément de son commerce avec


« lui! Ce n'est
pas tout: ce qu'il jugera, c'est qu'un aimé
«
qui a du bien à soi, soit en argent, soit en propriété d'autre
« sorte n'est, ni de prise pareillement aisée, ni, une fois pris,
« aussi facile à manier ; il s'ensuit que, de toute nécessité,
« un amoureux est jaloux que ses amours aient du bien et,
« au contraire, ravi de leur ruine. Il y a plus encore point :

« de mariage pour ses amours, point d'enfants, point de


« voilà la condition
foyer et le plus longtemps possible que
!

« leur souhaiterait l'amoureux 2 puisque son désir est de se


,

« réserver le plus longtemps possible l'égoïste jouissance de


« ce doux fruit.

demi-jour, c'est en grec une ombre mêlée par opposition à ce qui est

appelé le soleil pur. — Plus loin il


qualifie de sèches les sueurs d'un
athlète, par opposition à celles qui suivent le bain c'est de même ;

à sec que l'athlète se frotte d'huile, à la différence de qui vient de se


baigner.
i. Le troisième point est relatif aux avantages extérieurs, soit de

naissance et de famille, soit de fortune.


a. C'est ce que l'Aristophane du Banquet (iQ3 b) dit des hommes

qui, provenant de la bissection d'un mâle primitif, cherchent en


aimant les garçons à retrouver la moitié d'eux-mêmes.
a3 $AIAPOS 239 d

« &XXa TOUTOU; ETtETaL TtàvTa ETtLTT]SEÛOVTa• fi


SfjXa <al
« oôk a£,Lov TTEpanÉpcD TtpoBalvEiv, àXXà, iv KECpaXaiOV
«
ôpLaauévouç, an' aXXo levai' t6 yàp touoOtov acoua ev tio-
«
Xé^icp
te Kal aXXatç ^pEtaiç ôaai uEyaXai, ot uèv l)(6pol
« BappoOaiv, ol Se cptXoi Kal auTol ot Ipaaxal cpoBoOvTai.
« ToOto uèv ouv coç SfjXov laxÉov tô S' l<pEE,f]<; p*r|T£ov,

« xtva xlva (iXà6rjv TtEpl x^v Kxfjaiv f\ e


f\\tîv cûcpÉXEiav f\

« xoO IpcovToç ôuiXla xe Kal ETnxpoTiEta Ttapé^Exai. Zacpèç

« S^) xoOxé y£ navxl uév, uàXiaTa 8è xô âpaaxfj, 8ti tcûv

k
cpiXTaTcov xe Kal EuvouaxAxeov Kal 8eiot<xtcûv KTrjuaTcov
1
« op<pav6v Ttp6 Ttavxôç EuÊ.aiT av EÎvai xèv IpcouEvov
« Tiaxp6ç yàp Ka ^
r
11 K<xl £uyyEvcSv Kal cplXcov axÉ- !^^
« peaBou av auxov oÉc^aixo, SiaKcoXuxàç Kal Emxi^rjxàc; 240

«
r)yoùuEvoç xf|ç ^8laxr|ç npoç auxèv ô^iiXlaç. 'AXXà uf|v
3
« ouatav y I^ovxa XP uo"°û ?j tivoç aXXr|Ç kx^oeoç, o#xe
« eôcxXcotov ôuolcoc; oÛte àXdvxa EÔuETa^EipiaTov ^yfjaExai.
« 'E£ Sv Ttaaa àvayKr) ipaax^v TtatSiKo'îç cpBovEiv uèv
« oualav KEKxrj^iÉvoiç, àTToXXuuÉvr|c; 5è x a ^P Elv ^xi xolvuv "

« ayauov, anaiSa, Soikov 8xi TtXEÎaxov ypàvov TtaiSiKà


«
èpaaxfjç EÔc^aux' av yEVÉaSai, xo aôxoO yXuKÙ côç TtXEÎaxov
«
^p6vov KapTtoOaOai etuBuuûv.

d 2 aXXa (et Oxy.) : xat 5. Stob. ||


a 8rjXa B2 rec. T2 reuera
(et Stob.) :
à<5T|Xa BT a 5-rj 8r)Xa Oxy. i. m. 3 || îtepatTi'pio
:
-peu BW
||
xEsâXatov (et Oxy. Stob.) èv xepaXaf'co Ast Schanz
ev l\
ôpiaapi- :
j|

vou; -aauEvov Oxy. i. m.


: tchoutov -xo Oxy. 7 8' (et Oxy. Stob.) ||
:
||
:

8î We 1 tôçsXetav (et Stob.) -cXt'av T Oxy. et, exe. Thomps., omnes


II
:

Il 7:spi tt)v xTÎjatv : secl. Hartman del. Vollgr. ||


a È7:ixpo7teîa (et Oxy.) :

--fa Stob. Il
3 Xdtvti (et Oxy. 2 xi add. s.
u.) 7:av Oxy.
: 8è (et Oxy.
||

Stob.) ys B D 4 te : om. Oxy. Stob. :


||
5 rcavxô; (et Oxy.) rcavxiov :

Stobaei codd. eù'Çatx'


2
(ai ex em.) (et Oxy. [ut e spatio uid.]
||
W
Stob.) eSÇex' : 6 xat BW
ait. (et Oxy. Stob.) om. B Çuyyevcov
||
:
||

(et Oxy. Stob.) :


ao-fy. Stob." Burnet ||
240 a 1 oé'Çatxo :
euÇ. dubit.
ci. Herwerden ||
a aùxôv : eau. Oxy. || ôtiiXt'aç : oittt.
Oxy. 5 «pGovEÎv ||

2 6 x=xxt|ue'voiî (et
(et Oxy. v s. u.) -si Oxy. :
|j Oxy. Stob) -vto :

Naber èxtt);j.év(o Vollgr. a7roXXua^vriç (et Oxy. [ut uid.] Stob.) -votç ||
:

uulg. y 7 à'oixov B rec. (em.) (et Oxy. Stob.): olxov B


2 8 auxou T2 ||

(em )(et Oxy. [spir. fecitj): au. Stob. au. B. TW


240a PHÈDRE ik

« Il existe assurément bien des maux divers A la plupart '


.

« d'entre eux néanmoins un dieu, sur le moment, mêla du


plaisir : ainsi le flatteur, c'est une terrible bête et grande-
ment nuisible, et pourtant la nature y a mêlé un certain
plaisir qui n'est pas sans saveur; d'une courtisane aussi,
comme d'une chose nuisible, on vous fera grief sans ;

parler d'une foule de créatures et de pratiques analogues,


qui ontlapropriétéd'être, au moins pour un jour, on ne peut
plus agréables. Il n'en est pas ainsi de l'amoureux par rap-
port à ses amours il n'est pas nuisible seulement, son assi-
:

duité journalière fait de lui tout ce qu'il y a de plus désa-

gréable. Chaque âge en effet, c'est un vieux proverbe


3
fait ,

ses délices de ce qui est de son âge être du même temps:

porte, j'imagine, aux mêmes plaisirs, et cette similitude a


l'amitié pour effet; ce qui n'empêche, il est vrai, la satiété
d'être inhérente, même à de telles relations. C'est la vérité
aussi que la contrainte est, à son tour, qualifiée de pesante,
pour tout le monde et en tout; ce qui évidemment, en outre
de la différence des âges, est au plus haut degré le cas de
l'amoureux envers ses amours dans ses relations avec
:

quelqu'un de plus jeune, l'homme plus âgé n'accepte en


effet pas volontiers d'être délaissé, ni jour ni nuit. Mais

alors, c'est par la contrainte et sous l'aiguillon qu'est mené


celui qui, pour l'homme dont je parle, est la source perpé-
tuelle des jouissances qu'il goûte à le voir, à l'entendre, à
le toucher, à sentir par tous les sens son aimé si bien
que ;

ce sont des jouissances qui accompagnent son ferme assu-

jettissement auservice de celui-ci. Quant à l'aimé, comment


l'encourager, ou quels plaisirs lui donnera-t-il à goûter
pour faire que, à égalité de temps, ce commerce ne l'amène
pas à l'extrême point du déplaisir ? oui, quand ce qui s'offre
« à sa vue, c'est la vision d'un être déjà âgé et qui n'est pas

i. Les sentiments qu'un amant amoureux inspirera à son aimé sont


l'objet de la quatrième section d'abord, tant que dure sa passion, il
:

est insupportable ; puis (a^o e-alii c), celle-ci éteinte, il devient un

ingrat. De
lui on ne peut donc espérer un plaisir qui compense vrai-
ment désagréments et les dommages dont il est la cause.
les
a. Flatteur grugeant les riches, courtisane plumant les jeunes gens,
sont des types traditionnels: celui-ci, surtout de la comédie moyenne,
3. Le proverbe complet dit: « A chaque âge plais-toi
avec qui a
ton âge ; mais, vieux, plais-toi avec un vieux. »
*!> *AIAPOS 240 a

a "Eaxi jièv 5fj KalctXXa kolk.6l, àXXà xiç Salucov euiE,exoî<;


<c
ttXeUjxoiç ev xû TtapauxlKa f|8ovn i
v otov k6X<xki, SeivÇ. b
« Briplcp ical fiXâ6r| ^EyàXr|, [Link]ç etté^i^ev f\ (puaiç f)8ovf|v
a Tiva ouk ajiouaov, Kal xiç ixalpav ôç frXaBcpov ij/é^eiev
a av, Kal aXXa TtoXXà xûv xoiouxoxpÔTuav BpEu^axcov te koI
«
etuttj8eu^<&tcùv oîç x6 yE KaB* f^Épav f^Slaxoiaiv Eivai
»
xmâp^si. riaiSiKouç Se Epaaxn,c; Ttpàç xS BXaÔEpâ Kal
« EÎç xo cnjvr|^£p£ÛELV Tïâvxcùv àrjSÉaxaxov. "HXiKa yàp Kal C

Xoyoç TÉpTtEtv t6v


-
« 6 TtaXaièç yap, oî^iai, xpévou
[Link] f\
1 1
« Si
taéxrjç, ett ïaaç f|5ovàç ayouaa, ô^oi6xr)xa cpiXlav
c
Ttapé^Etai, àXX' o^coç <6pov yE <al f\
xoùxqv auvouala
«
fL\£i. Kal ^fjv xd yE àvayKaîov aS (3apù Ttavxl TtEpl tt&v
a XéyETai* o 8f| Ttpôç ir\ àvonoioxrjxi uàXiaxa èpaaxf)ç
« Ttpoç [Link]
e^el* vEcoTÉpcp yàp TtpEaBÙTEpoç cuvàv,
1
« oûB n,uÉpaç oOte vuktôç êkùv ànoXElTTETaL" àXX* utt.'
« àvàyKr|ç te Kaloïarpou èXaùvExai, Se; eke'lvco uèv [Link]ç d
a aEl SiSoùç ay£i, ôpôvxi, àKoûovTi, ttTtTO^Év<}>, Kal TiSaav
« aïa8r)aiv aiaSavo^évcp xoO êpu^évou ôaxE ^ieB' rjSovcùv
« àpapôxoç aôxô uTtr)pETEÎv. TS
épco^Évo ttoîov Se Sf|

a Ttapa^ûBiov n, xtvaç f)8ovàç 8180ÙÇ, Ttoif|0"Ei x6v ïaov


a ^p6vov auv6vxa jif) ov-^ï en Io)(axov eXBeîv ànoiaç:
a ôpôvxL \ikv oipLV npEaBuxÉpav Kal oôk âv &pa, Êtto^iÉvuv

a 10 pàv 8t) (et Glem. Eus. Stob.) [Link]


oùv Theodoret.
:
lutÇs ||

(et Stob.) Ijxei. Oxy.


: Burnet àveu-iÇs Glem. Eus. Theodoret. èrc'p..
auct. Naber Vollgr. || b a èze'[Link]-ev (et Stob.) èrépuit. Oxy. Burnet :

Vollgr. 3 xa' ... £ àv : secl. ci. Hartman Itaipav (et Oxy. Stob.) :

W
|| ||

-pa ||
4 te : del. i. m. Oxy. ut uid. 5 rpfaxotatv eTvou
||
T reuera
n n
(et Oxy. i. m.): -toiç eïvai Oxy. Stob. -toiç auvsïvît Stob. ||
C i
yàp
(et Oxy. Hermi.) y. :
8ï] Aristaenet. Stob. Burnet ||
a Xo'yoç
(et Aris-
n
taenet.): om. Stob. ft\ii X. Stob. Xiyci X. Cob't Vollgr. || TÉpre'.v
T (v s. u. pr. m.) (et reuera Stob.): -i: Aristaenet. || f) ykp... 5
lytt : auct. Hartman del. Vollgr 3 in' (et Oxy. ut uid.)
||
ixt : TW
Aristaenet. || ô[Link],Ta : -oxatov Aristaenet. 5 au (et Stob.) eTvœi ||
:

Stob. n ||
8 éxwv a7:oX£t^£Ta'. : àj:. Éx. ÏW j|
d i àei [a!, coild.] 8i8oùç

àyet :
àï^t'ouç à'y. ci. Schneider àïct'ou; o. ày. Vollgr. 3 t^ovwv Oxy. ||
:

-vf,ç codd. edd. k àpapdxw; aùxoi


||
au. ap. Oxy. 5 [Link]ùç : œiïovç B
:

W
|j

8:ai8oùî àvTt8t8où; Vollgr. 7 oùx: oùxlxtci.v. HeusdeoùxÉT' Vollgr.


||

IV. 3. — 4
240 d . PHÈDRE a5

« dans sa fleur, avec tout ce qui encore suit d'autre part


e « cette vision, et dont il répugne d'entendre seulement parler,
«
pour ne rien dire du fait même d'une contrainte de se
« laisser manier, qui perpétuellement le harcèle? oui, quand
« il est, tout le temps et vis-à-vis de tout le monde, soumis
« à des espionnages malignement soupçonneux ? qu'il s'entend
« faire des
compliments hors de propos et qui passent les
« bornes ? mais des reproches aussi bien reproches qui, :

«
lorsque l'amoureux n'a pas encore bu, ne sont pas tolé-
« râbles, et qui, lorsque l'ivresse le gagne, ne sont pas into-
« lérables seulement, mais en plus outrageants, et desquels
« se saoule l'impudence débridée de son langage?
« Ce n'est
pas tout l'amoureux est nuisible et déplaisant
:

« tant qu'il aime mais, quand il a cessé d'aimer, il est sans


;

« foi pour le temps d'après ce temps en vue duquel il multi-


:

«
pliait ces promesses grâce auxquelles, à grand renfort
« de serments et de prières 1 , il avait péniblement réussi à
241 « maintenir, si accablant qu'en fût le fardeau, le commerce
« d'alors à cause des biens qu'il faisait espérer Voici donc !

« venue de sa dette. Mais en-dedans de lui-


l'obligation payer
« même s'est opéré un retournement 2 dans l'autorité et dans
« la direction: raison et
sagesse ont remplacé amour et folie;
« il est devenu un autre homme, et l'aimé ne s'en est
point
« douté! Celui-ci donc lui réclame la rémunération du passé,
«
ilévoque le souvenir dece qu'a fait l'amoureux, de ce qu'il
« a dit : comme si son langage s'adressait au même homme !

« Quant à l'autre, la honte l'empêche, et d'avoir le courage


« de dire qu'il est devenu un autre homme, et de trouver
«
moyen de donner corps aux serments, aux promesses du
«
régime antérieur, celui de la déraison à présent qu'il a ;

b «
acquis la raison et qu'il est devenu sage, il ne veut pas
«
qu'une conduite identique à celle de l'homme d'autrefois le
« fasse ressembler à celui-ci et redevenir le même. De ce
«
passé il est donc à présent le transfuge, et c'est désormais

Comparer Banquet (discours de Pausanias) i83 bc.


i.

Ici apparaît une des deux images qui se mêlent dans le mor-
a.

ceau, celle de la coquille qui se retourne allusion à un jeu où deux


:

camps s'opposent au milieu du terrain, un joueur lance en l'air une


;

coquille selon qu'elle tombe ou non sur la face nacrée, c'est à l'une des
;

équipes de fuir à l'autre de poursuivre. L'autre image est juridique:


a5 4>AIAP02 240 d

« Se tôv SXXav Tavixr) fi Kal X6ycp IgtIv ohcoûelv oôk Itu-


« TEp-néç, \it\
8ti 8f) epY9 àvàyKr|<; àcl TtpoaKEiu.Évr|<; e

«
uETa)(Eipl£Eo6ai &t\ Ka^uTtoTéTtouç <puXax-
; cpuXaKàç te
«
to^lévq Sià TtavTÔç Kal Ttpoç &TTavTaç aKaîpouç te ;

« ÊTtalvouç Kal ÔTTEpBaXXovTaç àKOÙovTi; cbç S' auTcoç


«
ip6youç vfjcpovToç uèv ouk
àvEKTOûç, eIç ué8t]v 8è
« 16vtoç, Ttpôç tô uf| àvEKTÔ, êna io^eic; Ttappr)ala KaTa- ,

« KOpEÎ Kal àvaTtETTTa^évT] xpauévou ;

« Kal êpov uèv (ÎXa6ep6ç te Kal àî^S^ç -

Xf)E,aç Se toO
«
IpCùTOÇ, Etç TÔV ETtElTa )(p6vOV aTTLGTOÇ EIÇ OV, TtoXXà Kal
« uetà ttoXXôv SpKav te Kal Serjaecov ûmaxvoûuEvoç, u.6y«;
a KaTEÎ)(E t/jv y' èv tô t6te £,ovoualav iTtlnovov oSaav 241
«
àyaBâv. T6te 5f| Séov ektIveiv ^lETa-
cpépEiv Si* âXTtlSa
« 6aXàv a^Xov apxovTa ev aùxco Kal TTpoaràTr|V, voOv Kal
3
«
aocppoaûvT]v àvT IpoToç Kal ^avLaç. aXXoç yEyovebç
«
XéXt]8e Ta TtaiSiKa. Kal S jièv aÔTov X^P LV àTtaiTEÎ tûv
« t6te, ÙTto^ii.^vr]OKcou Ta npayiQévia. Kal XE)(0ÉVTa, a>ç t$
a aÔTÔ SiaXEyéuEvoç.
c
O Se ûtï*
ata^\jvr|c; oûte eItteîv
« ToXuSt 8ti aXXoç yÉyovEV, ou8' oticùç Ta Tfjç TtpoTÉpaç
«
àvoi*|Tou àp^fjç ôpKco^LÔaLoc te Kal ÔTtoaxÉaEiç lpTTEScbar|
«
e^el, voOv fjSrj eo^t) Kcbç Kal aEao<j)povT]K(!bç, Xva. uf|, b
« TtpàTTCùv TaÔTa tû Ttp6a8EV, bjjioioç te ekelvco Kal Ô
« aÛTÔç TtàXiv yÉvr|Tai. <t>uyàç Sf) yfyvETai ek toùtcùv Kal,

6 i àeî : ai. codd. a xa/ux:oTdrcou; (post xa lit. eras. T)


||
:
xa^usô
-ronouç B xay^u^Ô7;xous 3 àxai'pouç te èrcaivouj xaî
uulg. Vollgr. ||
:

àx. t« xai ère. B Vollgr. àx. te xal èyxat'poo; etc. apogr. àx. te xaî
èna/ÔEÏç en. Winckelm. ||
5 vîfaovToç :
-te; B ||
6 èrcata^Etç, 7:ap-
pTjat'a xataxopeî Heindorf : ir.'
al'a^Et
t.. x. BT É7taîa/Ei jî. x. W
ïxwjïi r.. xaï x.
Vollgr. ||
241 a 3 y'
: om. B Thompg. Vollgr. |[

Çuvouat'av Burnet
: oùaav om. B Schanz Vollgr.
auv. a Ixtîveiv
||
:
||
:

èxtei. Coislin. i55 èxTEÉvê'. Ven. hl\ et fors. T 2


(ras. s. u. ante et v t

ait. exp.) [X£Ta6àXX(ov -Xâftov corr. Goislin. i55 Thomps. : 3 autw :

W
|| ||

au. BT au. 5 Xe^Oe -Oev BT || 7 Gre : une 8 ott oùv'gf


:
||
'
TW ||
:

B y 9 È[X7tE8ùiaT) -aEt uulg. et, exe. Burnet, omnes


:
b 1 vouv... ]|

3 yÉvTjxat secl. llartman del. Vollgr. a taùrà Taura B (sed B 2 rec. jj


:

fecit ace. in ait. a) 3 fuyà; ... toutwv (et


Hermogen.) del. Vollgr.
j|
:
241 b PHÈDRE 26

«
pour lui une nécessité de faire défaut, maintenant qu'en
« tombant la coquille s'est retournée et, retourné lui-même, ;

« il se hâte de
prendre la fuite L'autre, de son côté, est dans!

« la nécessité d'être le demandeur, non sans s'indigner et


«
prendre à témoin les dieux : c'est que, dès le
principe, il a
«
complètement méconnu cette vérité, que jamais il n'aurait
« dû accorder ses faveurs à un homme qui aime et qui forcé-
ce ment n'a pas sa tête à mais bien plutôt à celui qui
lui,
c « n'aime pas qui a toute sa tête [qu'autrement il ne pou-
et ;

ce vait manquer de se mettre aux mains d'un être sans foi,


« d'humeur difficile, jaloux, désagréable, nuisible pour ses
« biens, nuisible aussi pour la complexion de son corps,
« nuisible enfin, par dessus tout et de beaucoup, pour la
« culture de son âme un bienfait, au prix duquel il n'y a,
:

« aux yeux ni des hommes ni des dieux, rien en réalité qui


« vaille davantage, ni à présent ni jamais !

« Voilà en fin de compte, mon petit gars, ce qu'il faut se


« mettre dans l'esprit, et en même temps savoir que les bon-
ce nés intentions n'ont point de part à la genèse de l'amitié
« chez un amoureux, mais que, comme dans le cas de ce qui
ce semange, la réplétion en est l'objet la tendresse du loup :

d «
pour l'agneau, voilà l'image de l'amitié qu'ont des amoureux
'
ce
pour un jeune garçon ! »
C'est cela, je l'avais prévu, Phèdre ! Tu
Si on doit
r us £ en tendre de ma bouche
1 »
n as pi un
continuer, il faudra , . ,. . .
, , A.
seul mot et dls - to1 utot maintenant
changer de ton. .> P)
que le discours a le point final...
Phèdre. —
Pas possible Et moi qui me figurais que tu
!

n'en étais qu'à sa moitié et que tu allais l'équilibrer avec un


développement sur celui qui n'aime pas, sur l'obligation de
lui accorder par préférence ses faveurs, et dire tous les biens

qu'en retour cela comporte. Or voici que justement, Socrate,


tu veux en rester là pourquoi ?

;

e Socrate. Ne t'es-tu pas aperçu, bienheureux ami, que

l'amoureux a pris des engagements au temps où, en demandeur, il


voulait gagner sa cause près de l'aimé à présent, il les récuse, fait ;

défaut, et l'autre ainsi devient le demandeur.


1 C'est une fin d'hexamètre voilà Socrate au ton de l'épopée. Il
. :

l'observe tout de suite in petto et le fait ensuite remarquer à Phèdre.


a. Les membres d'une période doivent se balancer; de même,
a6 <ï>AIAP02 241b

àTT£OT£pr|K<i>ç (m* àvàyKr|ç & Ttplv êpaaxn.ç, ôoxpaKou


«

« ^eTaTtea6vxo<;, ÏExai <puyfj fciExaBaX&v.


c
O 8è àvayKa-
« £etcu Slcùkelv. àyavaKxSv Kal Itu8e<x£cov, ^yvoTjicàç xo
1
« aYtav èE, àp^ç oxl ouk &pa I8ei tcoxè Ipâvxi Kal ûtt
«
àvàyKrjç àvor^x© \apl£,[Link].i, àXXà TtoXù ^olXXov pn,
« èpôvTL <al voOv exovti' eI 8è ji/j, àvayKaîov EÏr) IvSoOvai- C
« lauxèv ànlaTQ, SuaKoÀcù, cpBovEpâ, àrjSEÎ, f3>Àa6epS pèv
« Tipèç oualav, ftXaBEpâ 8è Ttpoç xf|v xoO adbpaxoç e£,lv,
« ttoXù Se liXaBEpeùxàxa Tipoç xfjv xf}ç i^u^ç TtalSEuaiv,

« fjç oôte àvApémoiç oOte Beolç xî] àXr)8Ela xipidbxEpov


« OUXE laXt-V OUXE TTOXè EOXai.

« TaOxà te oîv XPA' ^ Ttaî, ouvvoeîv Kal EtSévai xf|v


« èpaaxoO cpiXlav oxi ou pEX* Euvolaç ylyvExai, àXXa aixlou
« xpénov \&piv TtXr|[Link]]ç, &>q Xukoi âpvaç àyaTtSaiv, 8>ç d
« TtaîSa (piXoOaiv ipacnal. »
3
ToOxo ekeîvo, TtÉpa aKoûaaiç
8>
<t>aî8pE. Oukex av xè
IpoO Xéyovxoç, àXX' fjSr) aoi xéXoç e^éto 6 X6yoç.
4>AI. Kalxoi &u.r)v <je pEaoOv auxoO Kal IpEÎv xà ïcra

TtEplxoO pf) Epûvxoç, &q Bel eke'lvcû xapl^EaBai p&XXov,

XÉyov 8aa au l^ei ayaBa. NOv Se 8f|, 8> ZcÔKpaxEÇ. xl


àTtoTtaÙEi ;

Zfi. Ouk fjaflou,


S paKàpiE, 8xi fjSr) Inr) (pBÉyyopai «

b 4 a7;£3T£pr xd>ç (et 1 Hermogen.) :


à;:eipr)xa>; corr. Goislin. i55
àzeatuyTixwi G. Hermann Hirschig ô (et Hermogen.) ||
: où Ast |j

6 8toJx£tv : -xwv B -xetv àvdïiToç tîiv Hermogen. £7;t0£â£tov || (et Her-


mogen.): èjtiOet.B 8 àvorfra) yaptfcaOat: xaTE'/opEvto y. àvorJTwç
||

Hermogen. C a iauxôv
||
au. Stob. et, exe. Thomps., omnes au.
:

B Stob. n
||
SuaxdXb) çGovEpôi auct. Spengel del. Schanz 3 (3Xa6Épu)
:
||

(et Stob.) :
-sptoTÉpco auct. Naber Vollgr. om. uulg.
||
tou (et Stob.) :

||
5 ojte pri. (et Hermi. 1
)
: oÙ8èv oùV Badham Vollgr. 7 ouvvoeîv ||
:

jjuv. T Stob." Çuvosïv sic W Stob. n d 1 à'pva; àyarcwaiv âpv'


||
:

àyarwa' Hermi. (alibi àpva «ptXouatv et Hermog. «ptXeu7')et, exe. Bur-


net, omnes ||
3 xouto : tout' exe. Schanz omnes 7:^pa (et Hermi.):
j|

zspa; B2 (fecit c s. 1) ^Épa edd. ||


4 àXX' t)8ï) : àXXà 8ï| TW ||
5 ae
Hermann :
y£ codd. edd. ||
aùxolî : -tov Vindob. 109 edd. || épeïv : as
à.
Vollgr. Il
6 w; 8eÎ. ..
7 Xiywv :
t>>i èpetç ...
XÉy. ci. Richards del.
Vollgr. Il 7 Xéywv : -ovta Stephan. Schanz (-ovô') ||
8 àno^aûet -rj W. :
241 e PHÈDRE 37

déjà ma voix devenait épique ?


que je n'en étais plus aux
dithyrambes ? Et cela dans le blâme! Mais, si c'est l'éloge de
l'autre que je dois commencer, juges-en qu'est-ce que je devrai :

faire? As-tu idée que, par la vertu de ces Nymphes, aux-


quelles avec préméditation tu m'as livré, je vais être pris d'un
enthousiasme indiscutable ? Je le dis donc d'un seul trait :

tout ce que nous avons vilipendé chez l'un, le contraire en


revient à l'autre à titre de biens à quoi bon allonger le dis-
;

cours, puisque sur tous deux il en a dit autant qu'il fallait?


Quel que soit donc le sort qui, en bonne justice, convienne à
242 ma fiction, ce sort sera le sien ; moi, je traverse cette rivière et
jeme sauve, avant que par toi pire violence ne me soit faite I

Phèdre. — Ah! pas encore, Socrate, pas avant que soit


passée la chaleur brûlante : ne vois-tu pas que c'est quasi-
ment déjà midi tapant, l'heure où justement, comme on dit,
ça tape dur ? Attendons plutôt ici, tout en nous entretenant
1

de ce qui s'est dit aussitôt la fraîcheur venue, nous partons !


;

Socrate. Pour les discours, Phèdre, tu es en vérité


divin et, tout bonnement, tu m'émerveilles ! C'est mon avis
en effet ton temps a vu se produire des discours, mais per-
:

b sonne n'en a fait se produire un plus grand nombre que toi,


soit que tu les aies toi-même prononcés, soit qu'à autrui tu
les aies de façon quelconque imposés. Je fais exception
pour Simmias de Thèbes mais les autres, tu les surpasses,
;

et de très haut. Et voici, je crois bien, qu'à présent encore


tu viens de prendre l'initiative d'un discours que j'ai, moi,
2
à prononcer !

Phèdre. —
Eh! ce n'est pas là déclaration de guerre 3 !

Mais dis-moi comment, et quel est ce discours?

dans un discours, la thèse et l'antithèse (Banquet, Notice p. xl-xlii).


1. Il
n'y a là, semble-t-il, aucune tautologie, mais une allitéra-
tion. J'ai essayé de la rendre, en changeant toutefois l'image qui, en

grec, est celle de station (du soleil), de stabilité (de sa chaleur).


2. Dans le Banquet Phèdre a été l'initiateur du sujet, son père

(177 a-e), donc le père aussi de tant de beaux discours Ici il est !

cause de celui que va prononcer Socrate, et l'épithète dont le gratifie


celui-ci 361 a père de beaux enfants n'est sans doute pas de pur
:

style (cf. Plutarque Quaest platon. II 1, 1000 f sq.). Avec l'autre


exception, l'allusion au Phédon n'est pas moins transparente (Phédon,
Notice p. xi v).
3. Phèdre est trop grand amateur de discours pour voir dans la
37 <J>AIAPOi: 241 e

àXX' oôkéxi Si6upau.6ouç, Kal xaOxa i^Eyeov ;


'Eàv S' êrrai-

veîv xov EXEpov ap£,cùLiai. xl lie *Ap' oîa6'


oIel TtoLfjoEiv ;

8ti ÛTtè xûv NuLicpSv. aîç lie crû


npoûBaXEc; ek npovotac;,
aacpôç IvBouaiâacD ;AÉyo o5v êvl X<Sycp 8xl 8aa xàv EXEpov

XeXoiSopi^icauEv, xÇ ÊxÉpo xàvavxla xooxav àyaSà Ttp8a-


Eaxiv ical xt 8eÎ LiaKpoG Xoyou ; TtEpl yàp àLicpoîv Ikcxvûc,

EÏpr)xaL. Kal ooxq 8r) b liOBoç 8 xi


nàa^Eiv TTpoaf|K£L aôxô,
xoOxo TiElaExai.' K&yà xèv TtoxaLièv xoOxov SiaBaç, èmkp- 242
X H aL Ttplv ÛTtà aoO xl llel£ov àvayKaaSfjvai.
<t>AI. M/jncù y£, S ZcbicpaxEÇ, Ttplv av xè icaOua TtapÉXBrj.

*H oi\ bp&q ôbç o^e86v f\Br\ LLEar|Li8pia taxaxai, f\ 8f)

KaXouLLÉvr) oTaBspà ; 'AXXà, TtEpiLLEivavxEÇ Kal éÎLia TtEpl


xcov EtprjLiÉvcùv SioXe^Sévxeç, xà)(a etteiSàv àTTOVpU)(^
ÏLLEV.

ZQ. 0eî6ç y' eÎ TtEpl xoùç Xôyouç, & <t>aîSp£, Kal

àxE)(v6ûç BauLiàciLoq. OÎLiai yàp èyd) xôv etiI xoO aoO (itou

yEyov6xoûv X6yosv LtrjSÉva ttXeIouç t\


aè TtETtoirjKÉvai yEyE- b

vfjaBau, fjxoi aôxov XÉyovxa r) aXXouç âvl yé xç> xpÔTtcp

TtpoaavayKdt^ovxa' ZiLiLitav Or|6aîov lÉjaipS X6you, xôv 8è


aXXav TtàLiTtoXu KpaxELÇ. Kal vOv aS Sokeîç aïxi6ç llol

yEyEv^oBai X6ycS> xlvI ôr)8f]vaL.

<t>AI. Où ti6Xell6v yE àyyéXXEic;. 'AXXà Ttôç 8/),


Kal xlvi

xovjxç ;

6 2 8' : Se W 3 ap' âp' B àp* T


:
l\ npoûSaXe; TtpouXaêêç:

W
||

W
||

2
(X et (3
s.
u.) Il
5 âvBouaiaaw èvôua. : B ||
6 Jipoaeariv -xi :
||

242 a 1
xàyù> : xat èytô TW || (\ i\ Srj ... 5 uTaOepâ : secl. Ru lin km
Schanz addub. Thomps. del. Vollgr. f, 8rj (ex em. fors. T) (et j|

Suidas) :
ffiy\ B
uulg. îaxaxai r$i\ ax. Ast 6 xdtya È7ceiSàv in. ||
:

xa^taxa ci. Herwerden uel aùxîx' hx. Vollgr. || àrco^uyfj ffttv : àmo-
B ànotf'uÇT) Ïwluv T et "p.£v
({.u^T)t[i.£V (sed -^ s. Ç fecit T ) in. antpey
2 W
Bekkeri anecd. Vollgr. ||b 1 Xdywv om. BWet, exe. Burnet,omnes :
||

jcetcov. T
yEvê'aôai Richards Vollgr. a
: :
zereoiTjxivai yEy£vîja6<xi ||

W uulg.
j|

xu>: xto B rcuera T (ace. eras. in yO om. ||


3 Stp-jAtav :
EtLu. Schanz Vollgr. || ©tj6<xïov : auct. Herwerden del. Vollgr. ||

àÇaipôî Heindorf :
âÇocîpco codd. -pcov Ven. i85 Xdyou : xou X. W
W
|| ||

8« : 8'
JJ
5 Y£y£vr)<j6at :
^cvifa. Badham Vollgr.
242 b PHÈDRE 28

— Socrate. — Au moment même, mon


Deuxième partie. ù j'étais sur
bon> le
point de traverser
^a rrv ière, ce signal divin, ce signal dont
démonique.
la manifestation est habituelle chez moi 1 ,
c s'est manifesté. Or c'est toujours pour m'arrêter quand je
vais faire une chose. Et j'ai cru entendre une voix qui en
venait et qui ne m'autorisait pas à m'en aller avant de m'être
acquitté d'une pénitence, en raison de quelque péché de ma
part envers la divinité: preuve certaine que je suis un devin,
pas très fort c'est vrai, mais, à la façon des gens qui savent
mal leurs lettres, juste assez rien que pour moi Donc j'ai !

déjà claire conscience d'avoir péché. Incontestablement une


chose, camarade, qui a ce pouvoir même de divination, c'est
aussi l'âme: il y avait en effet un je ne sais quoi qui me

troublait, et depuis un bon moment, tandis que je disais mon


discours; j'étais tout décontenancé, par peur, selon la parole
2
d'Ibycus , qu'ayant Jailli auprès des dieux, je ne fusse, en
d compensation, honoré des hommes. Mais maintenant je me suis
rendu compte de mon péché !

Phèdre. —
Quel est donc le péché dont tu parles?
Socrate. —
Épouvantable, Phèdre, épouvantable est le
discours dont tu t'es toi-même chargé, aussi bien que celui

que tu m'as forcé de prononcer...


Phèdre. —
Comment cela ?
Socrate. —
Une niaiserie, et, dans une certaine mesure,
une impiété Dans ces conditions peut-il y avoir plus épou-
!

vantable discours ?

Phèdre. — Impossible, pour peu que ce que tu dis soit


la vérité.
Socrate. — Quoi donc Amour !
pas à ton juge- n'est-il
ment le fils
d'Aphrodite, un dieu? et
Phèdre. — En tout assurément
cas c'est
tradition la
3
.

déclaration de Socrate une menace sa réponse est celle qu'on fait


:

par antiphrase au messager d'une bonne nouvelle (cf. a43 b fin).


1. Je garde, bien que contesté, le texte traditionnel la voix :

intérieure vient d'une source divine ;


aussi donne-t-elle à Vdme qui
l'entend une divination (cf. a£4 a-a&5 cla suite d'idées qui aboutit à étu-
dier la nature de l'àme; Notice p. cxxxi sq.), d'ailleurs toute person-

nelle; jamais elle ne fait que détourner Socrate d'agir (Apologie 3i d).
2. De Rhégium (milieu du iv
e
s.) ;
fr. 5i Bergk.
3. Il n'est pas impossible que la réplique (cf. aussi infra) soit une
a8 *AIAPOE 242 b
3
Zft. 'Hv'ik IueXXov, &ya8É, T0V Ttoxa^èv SiaBalvsiv, xè
SaïuôvLov te Kal xè elcdSoç ar)UEÎ6v uoi ylyvEaBai. lyÉVEXO'
à£l Se ue ETtla)(£L 8 av uéXXcd TtpàxxEiv, Kal xiva <|>a>vf|v C

ISo^a auxéSEV ÀKoOaai fj ^e ouk e& àmÉvai Ttplv av

oupooicbaouai, &ç xi f)uapxr|KÔxa eIç xè Beîov. Eiu.1 8f|

o3v uàvxiç uév, ou Ttàvu Se OTtouSaXoç, àXX', SortEp ot xà

ypàuLiaxa cpaOXoi, 8aov è^auxco [iôvov ÎKavèç. Zacpcoç oSv


fjSr|
uavBàvo x6 àuàpxrjua. 'Clq 8f) xoi, S éxaîpE, uavxi<6v
yé xi Kal rj ^ U XV ^k1 ^ Y^P ^8p a ^ e l*É
v ** l
i
Ka l TtàXai,

Xéyovxa x6v Xôyov, Kal ttoç E8uo-amoùu.r|V, Kax' *I6ukov,


uif|
xi Tiapà Beoîç

aiiBXaKcbv xiLjiàv Ttpèç àvBpcù-ncov aLiElipco. d

NOv 8*
fja8r)uai xè &uàpxr|Lia.
<t>AI. AÉyEiç Se 8f|
xt ;

ZQ. Aelvov. S <l>aî8p£, Selvôv Xoyov aôx<5ç xe EKOuiaaç


èué xe f^vàyKaaaç eItte^v.

<I>AI. nûç oi\;


ZO. Eôl'jSrj Kal ûtt6 xl àaEBfj' oG xlç av eut) 8eiv6xe-

poq;
<t> Al .
OôSeIç, eï y£ aii àXr|8fj XéyEiç.
3
ZO. Tl oîv xèv "Epoxa ouk Acppo8ixr)ç Kal 8e6v xiva
;

r^yet;
<t>AI. AéyExal yE 8f).

b 8 w Satfio'vio'v te xat (et Hermi. ut uid.) damn. Hartman :

Wilamowitz del. Vollgr. 9 ||


te xat ci. del. Schanz [Link] xcù Vindob.
:

109 (ii.0: om. ante yfyveiôai) ||


xô (et Proclus) : om. nonnulli libri ||

C 1 àd ...
7ipaTT£tv (et Proclus) : secl. Heindorf Schanz del. Vollgr.

[|
àet : aï. codd. || 8 : a Proclus ||
2 èa (et Proclus) eïa Richards :

Vollgr. j|
3 <î>ç (et Hermi. 1
) :
<uç 8î) Proclus Burnet 5 oaov oa. p.èv ||
:

B edd. Il
txavdç :
-vûç B ||
6 <5>ç 8rJ iot, ai :
wç 8s îioko BW 2
(e s. rj et
it s.
t) oïa0a 8é 7:01», ai Herwerden Vollgr. || 7 yé'
: del. idem. d 1

àp.6Xaxiov (àp.6Xà. W) :
àp.7:Xaxùjv TW 2 (i vet. man. s.
(3) || Tifxàv
:
-jj.5v
B d a vuv 8' T)'a8ri[xat auvTj'aG. Proclus
:
7 oS tfc ou tiç B outu Oxy. ||
:

'
ou tf et mox Seivôxepov Proclus || 9 A<ppo8ÎT7]$ -Seitt)? Oxy. 10 rjyeï :

W
||

(et Oxy.) :
-îj D
11 ye (et Oxy. 2 ) : 8c Oxy.
242 d PHÈDRE 39

Socrate. — Du moins ce n'est pas celle


Une palinodie ju di scours d e Lysias, ni non plus du tien
e
expiatoire est
nécessaire.
— " e cemi 1 ue W
, , . .
asprononce par ma
,

bouche, une fois celle-ci ensorcelée Mais !

Amour, s'il
que réellement il est) un dieu ou bien quel-
est (ce

que chose de divin, ne saurait être quelque chose de mauvais.


Or c'est ainsi qu'il a été caractérisé par les deux discours qui
viennent d'être prononcés à son sujet tous deux en cela ils ;

péchaient donc envers Amour. Et de plus ils sont, l'un et


l'autre, d'une niaiserie absolument exquise alors qu'ils ne :

243 disent rien de sain ni de vrai, ils se font gloire d'être quelque
chose, si d'aventure ils doivent faire illusion à je ne sais quels
bouts d'homme et s'être acquis auprès d'eux de la réputation !

C'est donc pour moi une nécessité de me purifier. Or il y a,


pour ceux qui pèchent en matière de mythologie, une anti-
que purification dont Homère, lui, ne s'est point avisé, mais
bien Stésichore 1 Privé de la vue pour avoir médit d'Hélène,
.

il ne
partagea pas l'incompréhension d'Homère il avait de la :

culture, il comprit la raison et il se hâta de composer les


vers que « // n'y a pas de vérité dans ce langage !
voici :

Non, montas
tu ne point sur les nefs bien pontées, non, tu ne —
b vins pas au château de Troie! » Et, quand il eut achevé de
composer la Palinodie (c'est le titre du poème), sur le champ il
recouvra la vue. En effet je montrerai, moi, plus d'habileté
que ces gens-là, sous ce rapport du moins je vais en effet,
:

sans attendre quelque disgrâce pour avoir médit d'Amour,


m'efforcer de lui payer ma « palinodie », avec la tête à décou-
vert et non pas en m'encapuchonnant, comme de honte je
le faisais tout à l'heure.

Diotime
allusion au discours de : Amour est démon et non dieu, fils

non d'Aphrodite, mais de Poros et de


Pcnia (Banquet aoa d-ao3 c).
1. Stésichore (première moitié du vi e s.) avait, au début de son

poème La destruction d'Ilion, durement parlé d'Hélène, « la femme


aux deux, aux trois maris, l'infidèle épouse ». Puisque c'était Aphro-
dite qui punissait Tyndare en donnant à la vertu de sa fille une telle

fragilité,
à son tour l'innocente héroïne était en droit de punir ceux

qui, comme Homère et Stésichore, lui reprochaient sa conduite (cf.


A. Diès Autour de Platon, p. 108 sq.J. Mais le second, étant un
lyrique, donc un musicien (et le philosophe n'est-il pas, pour Platon,
et en
le
parfait musicien [Phédon 61 a] ?), comprit qu'il avait péché
quoi. D'où sa rétractation ce n'est pas Hélène, c'est son fantôme qui a
:
a9 *AIAP02 242 d

ZQ. Ofl xi ôti6 ye Auatou, oô8è ôn6 toO aoO X6you, 8ç


5ià e^oO axà^axoç KaxacpaptiaKEuGÉvxoc; ÔTtè aoO
toO e

Et S' Iotlv, &crnep oSv laxi, 8e6ç xi 8eîov ô


êXÉ)(8r). fj

"Epcoç, oùSèv av KaKÔv Eiiy T<i> 8è


X<Syco xà> vOv Sf] TtEpl.

aôxoO elTtéxr|v ôbç xoioôxou 8vxoç" xaùxrj te oSv f^fciap-

xavéxrjv TtEpl x6v "Epcaxa. "Exi xe f\ eùt)Qeiol aôxoîv Ttàvu

àaxE'ia, xo (irjSèv ôyièç XéyovxE nrjSè àXrjBèç a£^vôvEa8ou 243


&ç xi 8vxe, eI &pa, àvSpamlaKouç Tivàç è^aTtaxj'|aavxE,
eô[Link] |o-£Xov
!
èv aôxoîç. 'E^iol ^ièv oSv, <S
cplÀE, Ka8/|-
paa8ai àvàyKr). "Eaxi Se xoîç àjiapxàvouai. TtEpl jiuSoXoyiav
KaSapjibc; àp^atoç, 8v "O^ripoç pèv oôk fjaGEXo, Zxtj-
c

oly^opoq Se* xôv yàp ô^cxtcûv oxEprjÔElç Sià x^v EXÉvr|ç


KaKrjyoptav, oôk f}yv6r|aEv ôortEp "O^rjpoc;, àXX' &xe tiouaucoç
8>v lyvo xi*)v
atxtav Kal tcoieî eôSôç*

Oôk [Link] exujjioç X6yoç oSxoç-


oôS' I6aç iv vr)ualv EÔaÉX^oiç
1
oôS Xkeo TtÉpyajia Tpolaç. b

Kal noL^aaç Ttâaav xr|v KaXou^iÉvrjv riaXivcpStav, Ttapa-


Sn,

Xpf]^a àvéBXEipEv. 'Eyà oSv acxpdbxEpoç ekeIvqv yEv^ao^at,


Kax' aôx6 y£ xoOxo Ttplv yàp xi tto:8elv Sià xi*|v xoO ^Epoxoç -

KaKTjyoplav, TtEipàao^ai oôxô aTtoSoOvai xf)v Tt aX i v a>8 la v,

yu^ivf| xf] KE<J>aXf] Kal oi>\, SortEp x6xe, ôtt' ata^ôvriç


lyKEKaXuji^Évoç.

d 12 oj tt B2 2
(ex o fecit ou et signa rescr.) (et Oxy. tl s. u.) oti :

B ouv Oxy. où'rot Heindorf Vollgr. où8è ou3 Oxy. 6 3 wazep ... ||
:
||

6etov : om. Oxy. 3 tw 81 Xdyn) iw (et Oxy. 2 ace. in pr. x«o) tôS 8è
||
:

Xdyœ t(p B toj 87]


Xo'y*d tco TW
vuv 8-J) vuv8tj exe. Thomps. omnes |j
:

||
d TjLiapTav^TTiv :
f|[/.ocpTavé xtjv
B sed ace. rec. m. || 5 ïxi te (et Oxy.) :

e"té B II
243 a i
[at)8è B2 (i. m.) :
[it{te
B ||
a àv0pw7tt'<jxouç (et Oxy. 2
o s. u.): -n'xDUî W Oxy. xafl^pa^Oat (et Oxy.) ||
3 ÊjaoS
:
E[as Oxy. ||
:

xaOr). T j|
6 'ËXivrjç t% 'E. Oxy. 2 (tïjî s.
4 IiTt(et Oxy.) : -tiv B ||
:

u.) 7 xaxrjyopiav xaTiriy. Oxy. (sed cf. b 5) Hermi.


||
:
tïxjKtp "Opipo; ||

(et Oxy.): del. Vollgr. 8 rotet (et Oxy.): izoiu Richards Vollgr. || ||

9 êtuijlo; : et. BWT 2


Itu. T ||
outoç : om. Oxy. u. Oxy. 2 post
xo; s.

où8' ||
io où8' ïoaç : ou8à pà; BW || eùaEÀjJioiç
: euaa. Oxy. b 5 xaxriYO- ||

2
ptav (et Oxy. x s.
u.) :
xatq. Oxy. ||
6 tîj (et Hermi.) : om. B Oxy.
243 b PHÈDRE 3o

Phèdre. —
Ah Socrate, c'est tout ce
!
que tu pouvais me
dire de plus agréable!
c Socrate. — Cela prouve, mon bon Phèdre, que tu conçois
ce qu'il y avait d'impudent dans les deux discours prononcés,
aussi bien celui-là que celui que tu as lu sur ton cahier.

Supposons en effet qu'il se soit trouvé, pour nous entendre,


un homme dont le caractère eût de la noblesse et de la
bienveillance, et qui en aimât un autre tout pareil ou bien
qui l'eût aimé auparavant; quand nous lui parlerions de ces
amoureux qui, pour de faibles motifs, s'emportent à une
vigoureuse inimitié, qui à l'égard de leurs amours se condui-
sent en jaloux et leur sont nuisibles, comment pourrais-tu ne

pas penser qu'à son jugement les propos entendus sont ceux
de gens nourris parmi des matelots et qui n'ont jamais eu
le spectacle d'un amour vraiment libre? Ne s'en faudrait-il
d pas de beaucoup qu'il fût d'accord avec nous dans ces repro-
ches dont nous chargeons Amour ?
Phèdre. — par Zeus, bien possible, Socrate
C'est, !

Socrate. — Eh bien devant ! cet


homme-là, vois-tu, je me
fais honte, et c'est d'Amour en personne que j'ai peur; alors,

j'aspire à un discours dont l'eau douce lave ce que j'appelle-


rais l'acre salure des propos entendus
*
Mais à Lysias égale-
!

ment je conseille d'écrire au plus


vite sur l'obligation, toutes
choses égales d'ailleurs, d'accorder ses faveurs à l'amoureux,

plutôt qu'à celui qui n'aime pas.


Phèdre. — Eh bien ! sois-en sûr, c'est ainsi que ça se

passera Du moment que tu auras prononcé l'éloge de l'amou-


!

reux, à toute force il faudra que Lysias soit par moi forcé
e d'écrire à son tour un discours sur le même sujet 2 .

Socrate. — Là -dessus je me fie à toi, ma parole ! aussi

longtemps que tu seras qui tu es.


Phèdre. —
Parle, alors, en toute assurance !

Socrate. —
Où donc est passé ce jeune garçon à qui je
suivi Paris à Troie (cf. Rép. IX 586 c). Pour offrir au dieu qu'il a
offensé sa palinodie, préventive celle-là, Socrate sera le pénitent qui

proclame ouvertement sa faute ; se serait-il, s'il ne l'avait déjà sentie,


voilé la tête avant sonpremier discours (287 a) ? Mais le vrai coupable
(si 257 ab) est Phèdre, l'ensorceleur qui l'entraînait
ce n'est Lysias,
dans la bacchanale (234 d cf. 344 a).
;

1. Se purifier en lavant la souillure (2^2 d sqq. cf.


267 a). ;

2. C'est l'idée sophistique de compétition (Banquet, p. lxx sq.).


3o ^AIAPOS 243 b

<t>AI .
Touxovl, S»
ZÔKpaxEÇ, oùk laxiv &xx' av è[Link]

eÎtteç f\hia.
ZO. Kal y<xp, coyaBè «PaîSpE, evvoeÎç ôç àvaiScoc; C

EipTjaBov X<5ycû, oux<5ç te Kal ô ek toO (5i6Xtou ^t]8eIç.


xo>>

Et yàp àicoûcov xiç xù)(oi r|(j.cùv. yEvvàSaç Kal TtpSioç x6

?}8oÇ, EXÉpOU 8È XOIOUXOU EpÔV f]


Kal Ttp<SxEp6v 7TOTE

EpaaÔElç, ÀEyévTcov coç Sià ajuKpà ijEyàXaç I^Spaç ol

âpaaxal àvaipoOvxai. Kal I^ouai. Ttpèç xà TiaiSiKà cpBovEpcoç


xe Kal frÀaBepGç. ouk av oÏei aôxov ^yEÎaSai ockouelv ticoç

ev vaûxaiç ttou XEBpa^L^Évcov Kal ouSéva IXsuSEpov Ipcùxa

ÉtùpaKéxcov, ttoXXoO 8' av SeÎv ^îv ouoXoyEÎv a i|>Éyou.£v


d
xèv "Epoxa ;

<J>AI. "laoç vi] Al',


& ZcÔKpaxEÇ.
ZO. To0x6v yE xolvuv ëycoyE ala)(uv6u.£voç Kal auxov
xèv "Epcoxa SeSicôç, etuBuucû Ttoxluco Xéycp oîov aXuupav

àko^v àTTOKXuaaoSai. Zuu.6ouXeùo 8è Kal Auala 8xi xâ^iaxa


ypaipai côç xpf) ipaaxfj ijiâXXov f) u.i*) Ipcovxi, ek xqv ôuotcov,

Xapl££a8ai.
5
<PAI. 'AXX e8 Ïa8i ôxl I^el xoOS' ouxar aoO yàp eIttôvxoç
1
xèv xoO IpaaxoO Itraivov, nSaa àvâyKr| Aualav ûtt èpoO

àvayKaa8f]vai ypàipai a3 TtEpl xoO auxoO X6yov. e

Zfi. ToOxo jiev maxEÙco, IcacmEp av ?]ç 8ç eÎ.

<t>AI. AéyE xolvuv Qappéov.


ZO. rioO Srj ijioi à Ttaîç Tipoç Sv IXEyov tva Kal xoOxo ;

b 8 toutoW : -vêt Oxy. ||


oùx £<jtcv : ante to ~Ei(Ax.p. posuit s. u.
Oxy.
2
||
c i iï>ç :
toç aXy)6tuç xai Oxy. j|
a tw Xdyio : tiù Xoyto B ||

outoç te ...
piqOetç
: del. Hirschig. Vollgr. j| prjÔei'ç
:
xXy]9eiç Oxy. j|

2
l\
ÈpùSv (et Oxy. ) :
ETEpcov Oxy. ||
6 eyoucre : -atv
Oxy. çôovepwç :

W
||

«pave. Oxy. 7 ||
o?£t :
-») (r)
ex e) ||
8 vaÛTaiç :
auTat; Oxy. ||

T£')[Link]£vwv
corr. Coislin. i55: -ijlÉvov codd. || ÈXeù'lEpov (et Oxy.):
-Qéptov Hirschig ||
d 5 Êjïi8u[aw :
-juBt sic
TW ||
6 a7toxXuaaaGai (et
Oxy. Hermogen. Plut.): xaxaxX. Plut. Quaest. conuiu. 1g, 4, 627 f et
Vil 8, a, 711 d 9 oôtw -wç codd. Oxy. II
ctoù T 2 (a interpos et :

signum mut.) (et Oxy.) où BT et yp. 10 tov interpos. e a


: W j|
j|

: W ||

&v (et Oxy.) 2 3 XéyE Totvuv (et Oxy. 2)


fftocntEp eojç av Stp Oxy. :
||
:

Xeyoi vuv Oxy. 4 touto toutou j| Oxy. : TW


243 e PHÈDRE 3i

m'adressais? Il faut que ceci, il l'entende aussi. S'il ne l'en-


tendait pas, peut-être bien prendrait-il les devants et don-
nerait-il ses faveurs à l'homme qui n'aime pas...
Phèdre. — Il est là contre toi, tout près, toujours à tes
côtés et tant que tu voudras !

Socrate. — « Eh bien !
voici, mon beau
Second discours me tt re en
((
g arg) ce q Ue lu (j js fc en te

l'esprit : c'est que le précédent discours


a
Éloae de l'amour
244 « était de Phèdre, fils de
Pythoclès et
a
bourgeois de Myrrhinonte, tandis que celui que je vais dire
« est de Stésichore, fils d'Euphème et natif d'Himère.
« Voici maintenant comment doit s'exprimer son discours :

« il
n'y a pas de vérité dans un présence langage qui, la
« d'un amoureux étant admise,
prétendra que c'est à celui
«
qui n'aime pas qu'on doit de préférence accorder ses
« faveurs, et cela
pour ce motif que le premier est en délire,
« et le second, de sens rassis ! Si en effet il était vrai, sans
« restriction,
que le délire est un mal, ce serait bien parler.
« Mais le fait est que, parmi nos biens, les plus grands sont
« ceux qui nous viennent par l'intermédiaire d'un délire,
« dont à coup sûr nous dote un don
Les , divin Qa le voit en cffet la prophé_
.

quatre^formes
tesse de Delphes, les prêtresses de
(<
inspiré des dieux
b « Dodone, c'est dans leur délire qu'elles
« ont été
pour la Grèce les ouvrières de nombre de bienfaits
« évidents, tant d'ordre
privé que d'ordre public, tandis que,
«
quand elles étaient dans leur bonsens,leur action serédui-
« sait à
peu de chose, ou même à rien. Après cela, parlerons-
« nous de la Sibylle ? de tous ceux qui, usant d'une divina-
« tion
qu'un dieu inspire, ont d'avance dicté à bien des gens,
« en bien des occasions, le droit chemin de leur avenir? Ce
« serait s'attarder à ce
qui est évident pour tout le monde.
jt, , . « Voici vraiment qui vaut lapeine
r d'être
Etymologies. . . r .
« produit en témoignage : cet autre tait
«
que les hommes qui, dans l'Antiquité, noms instituaient les
« ne tenaient pas le délire, mania, pour une chose honteuse,
« non plus que pour un opprobre. Autrement, ils n'auraient
c «
pas en effet, enlaçant ce nom- là au plu s beau des arts, à celui
«
qui permet de discerner l'avenir, appelé celui-ci manikê,
« l'art délirant Mais c'est
parce qu'ils regardaient le délire
!
3i «DAIAPOS 243 e

&KO\iar] Kal, \t.f] àvfjKooç <5v, cpSàar) x a P La(^bievoci T $ 11


r ^

êpûvxi.
<t>AI. OOxoc; Ttapà aoi, pàXa TiXr)alov, àcl TtàpEaxiv 8xav
au 3oiûXrj.

ZO. Ouxcoal Totvuv, S Ttaî KaXé, èvvàr\aov â>ç 8 u.èv


«

« TtpéxEpoç f^v X6yoç <t>atSpou xoO FIuSokXéouc;, Muppi- 244


« voualou àv8p6ç* 8v 8è u.ÉXXco XéyEiv, Zxr)aix<5pou toO
c
«
Eôcpf)[Link], l^iEpatou.
1
Aekxéoç Se oSe 8xi oôk fax
-
a Ixupoç X6yoç Sç av,
« Ttapévxoç èpaaxoO, xcp ^if) èpûvxi [Link] <J>rj
Seîv X a P*-~
« ^eaSai, Siéxi 8f)
ô ^èv [Link], 8 8è acocppovEÎ. Et u.èv

«
yàp f^v anXoOv x8 ^tavlav kcxkov eîvai, kocXûç av EXéyEXO"
« vOv Se xà jiÉyiaxa xôv àyaSGv t^tv ydyvExai 8ià ^laviaq.
« 8eUx jjlÉvxol ôoaei 8iSo^Évr)q. "H xe yàp 8f|
Iv AsXcpoîç
3
«
Ttpocpf]xi.ç aX x èv AcùScùvt] tépEiai, ^avEÎaai ^iév, TtoXXà b
«
8f\
Kal <aXà tSla xe Kal Sq^oaia xf|v 'EXXàSa Etpyàaavxo*
« acôcppovovaai Se, (ipa^Éa f\
oôSév. Kal, èàv 8r| XÉyco^iEV
« ZISuXXdv xe Kal aXXouç 8aoi, ^avxixfj xpcb^iEvoi evBéco,
« TtoXXà 8f) TtoXXoîç TtpoXÉyovxEÇ elç x8 u.ÉXXov wpBcoaav.
«
jirjKtivomEV av SfjXa iravxl XéyovxEÇ.
« T68e u.f|V a£iov ê[Link]ôpaa8ai, 8xt Kal x&v TtaXaiSv
a ot xà [Link] xi8é^ievol oôk ata^pSv f|yoOvxo oôSè
« SveiSoç ^avlav ou yàp av xfj KaXXlaxr) xé^vr), fj
x8 C
« U.ÉXX0V KplvEXaL, aux8 XOOXO XOtïVOU.a IfclTtXÉKOVXEÇ
« ^iaviKf]v EKàXeaav. 'AXX', 6c; KaXoO Svxoç Sxav 8ela

6 7 àe! (et rtapsativ (et Oxy.)


Oxy.) : auct. Gobe
al. codd. ||
:

2
del. Vollgr. Oxy.
||
244 a 1 rjv (et Oxy. 2)
9 oOtwaî :
ouxcoç || ;

om. Oxy. y [Link] (et Oxy.): Muptvv. B a àvSpo'ç secl. ||


:

Herwerden del. Vollgr. 4 Xexxéoç (et Oxy.) om. B ëxup.oç et. : :

W || ||

ex. B ex. T Xo>? (et Oxy.) : ô X. T 9 Srj (et Oxy.) eras. B


II ||
:

om. Aristid. b 2 etpyicfavco (et Oxy. Arislid.)


j| rjpy.
Burnet :

Vollgr. Il
4 ÈvOïw (et Aristid.) :
èvôeoîî B èvOéojç Winckelm. ||
5 el; :

secl. Hirschig del. Vollgr. top8<oaav Ven. 189 (et Aristid.) : ôpôwç
||

codd. 7 xoSe
Il
2 W (et Aristid) xô 8è T xô$e :
èj:t|[Link]ûpaa6at W :

W
||

add. cnzà xou ôvô[[Link]; T (rec. ?) 8 xiÔe<[Link]


yp. xeôeipivo:
||
:

Aristid. |j
C 2 ètAiïXÉxovxe; (et Aristid.): addub. Herwerden.
244 c PHÈDRE 3a

« comme une belle chose, toutes les fois qu'il provient d'une
«
dispensation divine, c'est pour cela qu'ils instituaient cette
« dénomination. Lesmodernes au contraire, n'ont le
qui, pas
« sens du beau, y ont introduit le t et l'ont appelé mantikê,
« l'art divinatoire. La preuve en est aussi que c'est justement
« l'artdes gens qui se possèdent, s'employant à la recberche
« de l'avenir
par le moyen des oiseaux et des autres signes ;
« un art qui en effet, à l'aide de la réflexion, procure à l'opi-
« nion des hommes, oïêsis, rationalité et information, nous et
« hisloria. C'est pour cela que cet art fut par ces Anciens
« dénommé Aujourd'hui les modernes l'appel-
oïo-no-histikê.
de l'augure, avec un o
« lent oïônistikê, l'art des oiseaux, l'art
d «
long, pour nom imposant Autant donc, cela va
en rendre le !

« de soi, sont
supérieurs en perfection et en dignité, et l'art
« du devin par
rapport à celui de l'augure, et le nom comme
« la fonction de l'un
par rapport au nom comme à la fonction
« de l'autre, autant le délire est
par sa beauté, les Anciens en
supérieur à la sagesse, le délire qui vient du
1
« témoignent ,

« dieu, à la sagesse dont les hommes sont les auteurs!


« Ce n'est
pas tout ces maladies même, ces épreuves,
:

« entre toutes rigoureuses, qui en conséquence d'antiques


« ressentiments, existent, venant on ne sait d'où, dans cer-
« tains individus d'une race, —
le délire prophétique, en
« se
produisant chez ceux qui y étaient destinés, a trouvé le
e «
moyen de les éloigner, et cela par un recours à des prières
« aux dieux, à des services en leur honneur;
grâce à quoi,
«
ayant abouti à des rites purificateurs et d'initiation, il a
« mis à l'abri celui qui y participe, par rapport au présent
« comme par rapport au temps qui suivra, en faisant trou-
ce ver à l'homme, en qui sont ce qu'il faut délire et posses-
« sion, un moyen de s'alïranchir des maux présents *.
245 « Il
y a encore un troisième genre de possession et de
« délire, celui dont les Muses sont le principe si l'âme qui :

« en est saisie est une âme délicate et immaculée, elle en


« reçoit l'éveil, il la plonge dans des transports qui s'ex-

i. Ce morceau
suppose la doctrine du Cratyle institution du lan-
:

gage par des législateurs philosophes, qui combinaient les sons de


façon à traduire des idées plus ou moins complexes.
2. Passage controversé il
s'agit sans doute
: de races maudites,
payant la rançon de quelque faute ancestrale, et dont pourtant cer-
tains membres inspires brisent cette solidarité dans la sanction.
3a «DAIAPOS 244 c

«
potpa ylyvr|xai., ouTCi vo^taavTeç IBevxo* oî Se vOv,
«
cVrtEipoKàXcoç xo xaO ETt£p6aXXovx£Ç, [iavTiKr]v EKâÀEaav.
« 'EtteI Kal
xrjv ys xSv £p<pp6vcùv, ^xrjaiv xoO ^éXXovtoç
« 8ià te opv'iBcov ttolou^iévcov <al xôv aXXov ar)^i£(ov,
5
« Sx Siavotaç TTopi£opÉvcûv àvBpoTtlvr) otrjaEi voOw te
lie

« icaltaToptav, otovotaxiKr) v
£Tt©v6p:aaav, fiv vOv oIcùvi-
« axiKfjv i(ù 5 aE^vûvovxEç ot véol KaXoOoxv. "Oaca 8r) d
« o3v xeXeôxepov ^lavxiKf] otoviaxiK^ç, Kal EvxipéxEpov
5
« x<5 xe ovo^a xoO 5v6p:axoç Ipyov x Ipyou, léocp k<xXXlov
« papxupoOaiv ot iraXaiol pavlav aocppocnivr)ç, xf)v ek GeoO
« xf)ç Ttap' àvBpamcùv yiyvo^Évrjç.
« 'AXXà fcif|V
véacov yE Kal tkSvcov xSv pEyiaxov, fi
8f|

« TtaXaiôv ek pr)vipàx<2V ttoBèv evl xial xôv yEvov, f\

« pavta èyyEvo^ÉvT] Kal Ttpocpr|XEÛaaaa oTç eSei, &TtaX-


« Xayrjv ESpExo, KaxacpuyoOaa npèç Beûv Eu^aç xe Kal e

S8ev 8f| KaSap^iôv xe Kal xeXexôv


« XaxpElaç* xu^oOaa
« âE,âvxr| ETtolr|aE xèv Éauxf]ç i^ovxa Ttpéç xe xèv napovxa
« Kal xèv iTtELxa xpévov, Xtiaiv xS ôpBSç ^avévxi xe Kal
« Kaxaa^o^Évcp xûv Ttapévxcav KaKÔv EÛpopévr).
«
Tptxr) 8è omè Mouaûv KaxoKcù^i xe Kal pavta, Xa6o0aa 245 8

« aTtaXfjv Kal a6axov i|»u)(f|V, iyEÎpouaa Kal èKBaKXEiiouaa


C 5 Èr:£u.6âXXovT£î :
-ÇaXdvTEç Aristid. Vollgr. j| 7 xrotouuÉviov

(et Aristid.) : secl. Schanz Vollgr. -vtjv Stephan. tzetoijleviov ci.

Richards 8 7ropiÇope'vwv (et Aristid.) -vï)v Stephan. -ojaevov Hein-


||
:

dorf y àv0pa)7::v7) oîrj'ast B 2 (et Oxy. Aristid.): -vtjv ol. B -vtj vorjaei
TW D 9 olovoï<TTtxT)v (et Aristid. Hermi.) : otwvotaT. et oÎovktt.
Aristid. n oTov voïatixrjv T wtoviat. Hermogen. vuv : ante véo: transp.
W
||

aut secl. ci. Naber |i


d 1 w : tli WT 2
||
a [a<xvtixt) :
-xîj 6 ys (et ||

Hermi. 1
)
: te Aristid. ||
7:dvojv (et Aristid. Hermi. 1
) : -otvwv ci.

Valckenaer ||
a (et Aristid.): axe Heindorf || 7 ëvt ci. dubitanter
Thomps. : ëv codd. îjv k'v Vollgr. yevwv rj y. |j
:
tjv (om. t;) Hermann
yEvofiéviov T)
Heindorf y. (om. f ) Vollgr. 6 1
eûpETO rfi. exe. :

W
(
|j

Thomps. omnes ||
Ôecov : ôeov |
a 8tj : om. B xaî Aristid. ||

3 Éa-JTfjç : secl. Burnet (fors, e glossem. è'Çw atT)s) del. Vollgr. aùx7)v
Aristid. eu lau. Richards2 || s/ovra : addub. Badham pETÉyovTa ci.

Herwerden (cf. a^g e 3) ||


245 a 1
/.atoxw/rj reuera T : xaxo-.x. B
xaTox. B2
(a s. u.) xaxo/T) Aristid. ||
a xat Èx6ax-/£Ûouaa : xàva6ax.
et xat àva6. Aristid.

IV. 3.-5
245 a PHÈDRE 33-

l
«
priment en odes, en poésies diverses , il pare de gloire mille
« et mille exploits des Anciens, et ainsi il fait l'éducation de

postérité. Mais qui se sera, sans le délire des Muses, pré-


« la
« sente aux de la Poésie avec la conviction l'ha-
portes que
« bileté doit en fin de compte suffire à faire de lui un poète,
« celui-là est lui-même un
poète manqué, comme est éclipsée
«•par la poésie de ceux qui délirent celle de l'homme qui se
« I
possède
b « Tu vois tous les et encore ne sont-ce pas
beaux effets —
« les seuls — que je suis à même
de rapporter à un délire
principe. Concluons donc que ce
« dont les dieux sont le
« n'est
pas là en vérité chose dont, en elle-même, nous ayons-
« à avoir
peur, et ne nous laissons pas déconcerter par cet
«
épouvantail d'une doctrine d'après laquelle il faut, à
« l'amitié de l'homme
passionné, préférer celle de l'homme
«
qui se possède. C'est le contraire quand, non contente de :

« dire cela, elle aura


prouvé la thèse que voici, qu'elle se flatte
d'emporter le prix la thèse d'après laquelle ce n'est
« alors !

«
pas dans l'intérêt de l'amant et de l'aimé que leur vient
« l'amour
envoyé par les dieux Et nous, ce qu'en revanche 1

« nous avons à démontrer, c'est, inversement,


que les dieux
« ont voulu le
suprême bonheur de ceux-ci quand ils leur
c « ont fait don d'un semblable délire 2 Sans doute cette .

« démonstration ne convaincra-t-elle
pas les esprits forts,
« mais
pour des sages elle sera convaincante. Dans ces
« conditions, ce qui est tout d'abord
Nécessité de savoir j •
1 i ? » • .

,,. ,
« requis, c est ou au suiet
.
J
de la nature
ce qu'est l'âme :
,
*
?.. .. ,.
'
.

« de 1 âme, aussi bien divine


qu humaine,
« on se fasse des idées vraies en observant ses états et ses
« actes.

,. .
« Or voici d'où part cette démonstration:
son immortalité ; . F. . ,, .-,
« toute âme est immortelle. Ce qui en
« effet se meut soi-même 3 est immortel, au lieu que, pour ce
i . La pureté de l'âme est inséparable d'une inspiration vraiment
divine. Il y a donc deux sortes de poètes que condamne Platon :

ceux qui ne sont que des techniciens sans inspiration, et ceux dont
l'inspiration est impure et immorale seul un poète philosophe
;

unira les deux conditions (cf. Lois IV 719 cd, VII 801 bc).
a. L'amour inspiré des dieux ne peut être qu'un amour philoso-

phique, celui qu'exalte Diotime (Banquet Notice, p. lxxvii sqq.).


3. La plupart des éditeurs lisent ici le texte qu'a traduit Cicéron
33 *AIAPOS 245 a

« kcxtcx xe cbSàq Kal Kaxà xfjv aXXrjv TtoLr|aLV, ^iupi.a xôov


« TtaXaiûv ipya KoanoOaa, xovç EmYi-YvouÉvouç TtaiSEUEi.
« °Oç 8' av, Sveu uavlaç Mouacov, ETtl
TtoirjXiKàç 8upaç
« àcplKrjxai tteioBeIc;cùç apa ek TÉ^vr|ç tKavoç Tioir|xr)c;
« èoô\i£voq. àx£Xf|c; auxcSç te <al f\ "notr|aiç utt8 xfjç xûv

« uaivouévcov f} toO acocppovoOvxoç f^<pavta8r|.

« ToaaOxa uév aoi Kal exi tcXeIcû ê\a uavlaç Y<-Y V0 HÉvi]<; b
« àno 9eûv Xéyeiv KaXà £pY<x. "ftaxE xo0x6 y e aôxà jir|

« cf>o6cû^E6a, ur)8É xiç f)u&ç X6yoç SopuÔElxco, SeSixxouevoc;


« èbç Tipè toO K£Ktvr|UÉvou xèv acôcppova Seî TrpoaipE'iadai
« cplXov àXXà x68e Ttpèç ekeIvcû OE(.E,aç cpEpÉaSco xà vikt|-
3
« x/|pia, cï>ç oûk ett cùcpeXeLcx o Ipcoç xco Ipôvxi Kal xép
«
EpCO^EVQ EK SeCÛV ETtlTtÉ^lTtEXaL. 'HuÎV 8È &TTo8eIKXÉOV aS
« xoôvavxtov cbç an' EÔxu^ta xfj UEYlaxrj Ttapà Secov f)

uavla SlSoxai. H 8è
e
« xoiauxr) S?) &Ti6&EiE,iq taxai Seivoîç c
« uèv amaxoç, aocpo'ic;
Se maxr). Aeî o8v Ttpcoxov i^u^ç
«
cpùaEcoç TtÉpi, SEtaç xe Kal àv9pcmlvr)<;, tS6vxa Ttà8r| xe
« Kal Epya, xàXr)8èç voterai.
«
'Ap^ 8è ànoSElc^Ecaç ^8e- ipu)(f|
nacra àSàvaxoç. T8
J
« Y^p auxoKlvrjxov àSavaxov xo S aXXo kivoCv Kal ûti'

a 5 tiavia; Mouawv : M. tx. Proclus || rotrjTty.àç (et Oxy. Seneca


[poeticas] Aristid. Stob.) :
-xrj; Proclus ||
6 neiaôet; (et Oxy. Aristid.
Stob.) : auct. Cobet del. Vollgr. u>; âpa (et Oxy. Aristid.): à'pa ||

wç Stob. txavôî -vwç Aristid."


||
:
7 aùxo'î xe xat xaî au. Proclus ||
:

Il
8 f] Stob. ï\ : TW
r) B H b I Jiîv acu (et Oxy. Aristid. Hermi. )
1
:

uévTot B Schanz Vollgr. JtXsîto xXzibii Oxy. 2/w [Link]'aç (et


||
:
||

Aristid.) y.,
e/w Oxy.: a touto ye ye t. Stob. 3 ôsSittôuévoî (et
||
:
||

Oxy.) 8ei8. Stob." a'.vtxx. auct. Naber Vollgr. 4 x£xcvr tiivou xexîiv.
:
|| (
:

Oxy. 6 wçeXe/a -Xc'a T Oxy. ut uid.


||
: ô (et Oxy. ut uid.) om. ||
:

Vindob. 109 Stob. 7 è7:i7:e'[i;:eTat (et Oxy.): toc, Stob."


||
8 Tfj ||

[Link](aTT] (et Oxy.)


om. Stob. 6eûv (et Oxy. i. m.) 8eou Oxy.
: c ||
:
||

3 çp'jaecu; post Oei'aç Oxy. i. m.


:
4 epya (et Hermi. ) epya xat ||
:

rjSe (et Oxy. -Hermi. ): auct. Naber del.


1
stSri Oxy. y 5 àp/rj ...

Vollgr. 6 aÙTOxt'vir)Tov Oxy. (et Hermi. [io4 7, 9, 28; n5 1]): àeix.


Il

codd. Oxy. 2 (i. m.)Cic. (quod semper mouetur) Hermogen. Stob. Hermi.
(108 17, 1098, n3 ia)et, exe. Vollgr., omnes ||
8* (et Oxy. ?):ÔèBW
Il
â/./.o : a. Tt Alex. Aphrod. ||
Gt:' (et Oxy.) : ùnà W Stob.
245 c PHÈDRE 34

«
qui, moteur d'autre chose, est mû aussi par autre chose,
la cessation de son mouvement est la cessation de son
existence. Il n'y a dès lors que ce qui se meut soi-même

qui, du fait qu'il ne se délaisse pas soi-même, ne finit


jamais d'être en mouvement mais en outre il est, pour
;

tout ce qui encore est mû, une source et un principe de


mouvement. Or un principe est chose inengendrée car ;

c'est à partir d'un principe que, nécessairement, vient à


l'existence tout ce qui commence d'exister, au lieu que lui-
même, nécessairement, il ne provient de rien si en effet ;

il commençait partir de quelque chose, il n'y


d'être à
aurait pas commencement d'existence à partir d'un prin-
1

cipe D'autre part, puisqu'il est chose inengendrée, l'in-


.

corruptibilité aussi lui appartient nécessairement il est ;

évident en effet que, une fois le principe anéanti, ni jamais


il ne commencera lui-même d'être à partir de quelque
chose, ni autre chose à partir de lui, s'il est vrai que c'est
à partir d'un principe que toutes choses doivent commencer
d'exister. Concluons donc: ce qui est principe de mouve-
ment, c'est ce qui se meut soi-même; or cela, il n'est pos-
sible, ni qu'il s'anéantisse, ni qu'il commence d'exister:
autrement, le ciel entier, la génération entière venant à
2
s'affaisser tout cela s'arrêterait et jamais ne trouverait à
,

nouveau, une fois mis en mouvement, un point de départ


pour son existence. Maintenant qu'a été rendue évidente
l'immortalité de ce qui est mû par soi-même, on ne se fera
3
pas scrupule d'affirmer que c'est là l'essence de l'àme, que

(Tusc. I a3, 52) et que donnent les Mss. médiévaux : il


s'agirait de
ce qui se meut toujours. La leçon du papyrus 1016 d'Oxyrhynchus
(début du m e
s.
ap. J.-C.) est bien préférable Platon veut en effet
:

établir que ce qui est automoteur est principe de mouvement pour


soi comme pour ce qu'il meut, et cela éternellement ; ce sont les
deux parties de la preuve résumée à la fin de d. Avec le texte usuel,
la démonstration semble boiteuse (Notice, p. lxxvii sq.).
i. Avec un autre texte, que suit Cicéron, le sens serait il n'y :

aurait plus de principe. Soit ; pourvu qu'ici on ne garde pas le mot

grec qui, trois fois déjà, a signifié venir à l'existence, car on ne peut,
sans absurdité, dire qu'il ne naîtrait plus de principe 1

2. Nouvelle variante le ciel, la terre se confondant... Mais l'idée


:

est que, le principe automoteur disparu, tout mouvement disparaît.


3. Cicéron n'a peut-être pas lu ce texte, car il traduit Qui :

niera... ? Autrement dit :


Qui se fera scrupule d'affirmer... ?
34 fcAIAPOS 245C
« aXXou klvoû^evov, TtaOXav Ix ov KLvr|cetoç, TtaOXav £X ei
« Môvov Sn, t6 aÛTo kivoOv, &te oôk àTtoXEÎTtov
£cof)<;.

« Iout6, oûttote X^|Y El kivoûuevov, àXXà Kal tolç &XX01.Ç


« 8aa KtvEÎxai toOto Ttriyr)
Kal àp\A Kivf^aEoç. 'Apx^l W
« àyÉvr)Tov !£ &PX^Ç yàp àvàyicr| Ttav t6 [Link] d
« yLyvEaSai, auTr v Se urjS' |
eE, âvéç* et yàp ek tou à.p\f\
« [Link], oùk av ê£ «PX^Ç ytyvoiTO. 'EtieiSt Se àyÉvr|T6v 1

« laxiv, <ai à8ià<p8opov aÙT& àvâyia] EÎvai* àpxf)ç Y"P


« Si*) àTtoXouÉvr|c;, oÛte auTi*) ttote ek tou, oSte aXXo è£
«
£KEtvr|c; yEvrjaETai, EÏTtEp !£, apxfjq ^eî Ta Ttàvxa
« ylyvEaSai.. Outcù Si )
1

Kivf)<j£QÇ fcièv apx^) t6 auTÔ <xôt&


« <lvoOv toOto 8è oûV aTtéXXuaSai ou'te ytyvEaôai Suvaxév,
« f)
nàvTa te oôpavôv Ttaaàv te yÉVEaiv aujrriEaoOcrav e

« arf^vai, Kal ^tcote auBiç £X eiv 88ev KLvr|8ÉvTa yEvf^-


s
« aETau. A8avàTou Se TtEôaa^évou toO û<p' lauToO kivou-
« uévou, i^ux^ç ouolav te Kal Xéyov toOtov aÔT6v tiç

C 7 xtvTÎGêwç ... 8 %<or ; (et Oxy.) Ç. ... xtv. Stob. 8 auto (et
t
:
||

Oxy. sauxo): aùxo BW


Stob." aùxôauxô (cf. d 7) Herwerden Vollgr. ||

10 xoîîxo t. yàp Stob.: d 2 ïx tou (et Stob. lamblich.) lx tou B


]j
:
||

3 oùx àv IÇ ipy_rjç (et Oxy. Stob.) oùx àv àp/T] Vindob. 8g Gic. [nec :

enim esset principium] Simplic. Ast oùx àv fa àpyr\ lamblich. Theo-


doret. (ad Tim. Locr. referens ?) Buttmann Burnet xouxo oùx av sÇ

àpy Schleierm. Schanz oùx àv 7xav è£ àpy^. Heindorf yt'fvotxo ait.


.
||

(et Oxy. Stob.) ysvotxo Buttmann Vollgr. eî'r) Simplic. Ast rjv Theo-
:

doret. (cf. supra) 4 èaxtv (et Oxy.) -T« àStâtpGopov (et Oxy.)
||
. W ||
:

-çopov B àcpôopov Stob. aùxô àvàyxr) dvat (et Oxy.) au. et. àv.
|[
:

Stob. y 5 txoxe (et Oxy.) om. Simplic. 6 xà (et Stob.): om. Oxy.
:
||

H 7 ôt) (et Oxy. Stob.) om. Simplic. aùxô (et Ar. Top. VI 3,
:
||

i4o exp. ut uid.


b 3) : W
a6xô (et Oxy. gajxo) aùxo B Stob. n 8 j|
:
||

8i (et Oxy.) 0" ouv Stob. e 1 ye'veatv (et Oxy. Gic. [omnisque natura]
:
||

Stob. Syrian. Hermi.): yf^v (T i. m.) eî; sv Philopon. Burnet ||

n
oufAHïaouaav :
Oxy.): auax. Stob. axT^agaGai
Çuu.;:. Oxy. 3 || axfjvat (et
Syrian. auGtç||
lïttv Oxy. Stob.
:
ly,. axîjvat codd.
aoxt; Oxy. ||
:

Hermi. uulg. xivr,0svxa yEVTJaExat (et Oxy. Stob.)


||
-6é"v xt
ysv. :

Bohde x'.vTjôrJjexaE Vollgr. 3 oè (et Oxy. Alex. Aphrod. Stob. Phi- ||

lopon.) om. B y uç' éauxou


: ut: auxou
Oxy. sed cp s. u. l\ oùatav :
||

(et Oxy. Ar. [I. c. a 34, 64] Alex. Stob. Philopon.) çùaiv ci. Naber|| :

xoiïxov aùxo'v xouxo' Alex. xt; oùx (et Oxy. Alex. Stob. Philopon.):
:
||

xt; (om. oùx) e Ciceronis quis est qui... neget Herwerden Vollgr.
245 e PHÈDRE 35

« sa notion est cette notion même. Tout corps en effet qui


« reçoit du dehors son mouvement est un corps inanimé ;

« est au contraire un
corps animé, celui pour qui c'est du
« dedans qui en tient de lui-même le principe, attendu
et
«
que c'est en
cela que consiste la nature de l'âme. Mais, si
c'est bien ainsi
qu'il en est, si ce qui se meut soi-même
«

246 « n'est
pas autre chose que l'âme, alors nécessairement l'âme
« devra être à la fois inengendrée 1 et immortelle.
« Aussi bien, voilà
qui suffit sur la
Sa nature: <(
q Ues ti on ae son immortalité. Quantx
le mythe ?
de Vattelage ailé. a ce <l
.
<c
,
m . .

.
,.,
est de sa n at"re, voici ce qu il
. .

« en faut dire la caractériser, c'est :

d'une exposition entièrement, absolument divine


« l'affaire
« et fort étendue mais en donner une; image, l'affaire d'un
«
exposé humain et de moindres proportions; en consé-
«
quence, c'est ainsi que nous devons parler. Cette image
« donc est 2 celle de
je ne sais quelle force active naturelle, qui
« unit un
attelage et un cocher, soutenus par des ailes. Cela
« étant, les Dieux ont des cbevaux, des cochers
qui, tous,
b « sont eux-mêmes bons, composés de bons éléments, tandis
« le reste des êtres, il y a du mélange. Pour nous,
que, pour
« c'est,
premièrement, d'un attelage apparié que le conducteur
« est cocher ensuite, des deux chevaux, l'attelage en a un
;

«
qui est beau, bon et formé de tels éléments, tandis que la
«
composition de l'autre est contraire, et contraire sa nature.
« Il s'ensuit
que, dans notre cas, c'est nécessairement un
« métier difficile et
ingrat que celui de cocher D'où vient !

« donc, ceci
posé, que mortel aussi bien qu'immortel soient
« des dénominations du vivant? Voilà ce
qu'on doit tâcher

i. Ou bien il faut admettre que ceci est en contradiction avec


l'histoire, dans
Timée, de la fabrication de l'âme-mère par le
le

Démiurge, ou bien y voir la confirmation de la thèse que ce serait le


symbole mythique d'une analyse de sa nature c'est le plus probable. :

Bien entendu, l'ingénérabilité est plus que la préexistence, dans le

Phédon, de nos âmes par rapport au corps.


2. Décrire réellement l'âme serait long et suppose un savoir qui dé-
passe l'homme en donner une image sera vite fait et est à notre por-
;

tée ; procédons par conséquent ainsi ;


voici donc cette image. Un autre
texte, généralement suivi, garde ici
l'impératif: que cette image soit...
Mais cette leçon est, je crois, moins autorisée et la répétition de l'im-

pératif me paraît peu naturelle.


35 *AIAP02 245 e

« Xéyav oôk alaxuveîxai. riâv yàp ccoua. § uèv I£,cù8ev


« tô KLVEÎaSai, êt^u^ov § Se IvSo8ev au-rû èE, aÛToO,
« Iui|ju)(ov, &q TaijTT^ç oôar|<; (pûaEG>ç i^u^ç- Et S' Ion
« toOto oôtcoç ex° v » r
11
^!
&^° Tl E^V « L t& ciiib Iaux6 KivoOv
« f) T»ux 1
'l
v > *^> àvâyKrjÇ àyÉvr|T6v te Kal à8<ivaTov *\>w%i) 246
« av £Ïr|.
-
« à8avaataç aux^ç tKavSç TtEpl 8è tî^ç
riepl u.èv oSv
« tSéaç oôxf]ç, S8e Xekteov oîov uév eoti, TtàvxT] TtàvTttç
« 6Etaç EÎvat Kal paKpfiç Sir)yf)aEco<;, (5 8è ëoikev, àv8pco-
« ttIvt}ç te koI IXAttovoç* TotÛTri oSv XéycouEV. "Eoiké T©
«
8f| E,uucpoT<» Suvcx^iel ÔTtoTtTÉpou ^EÙyouç te Kal f)vi6xou.
« OeQV uèv OÎV TE Kal fjvloXOl TtàVTEÇ aÔTol TE
tTTTTOl

«
àyaSol Kal èE, àyaSSv, t8 Se tûv &XXqv uéuiKTai. Kal b
pèv r|uSv ô &p\av auvoplSoç f)vioxEÎ EÎTa tôv
-
« TrpéûTov

« ïtittcùv S uèv aÔTÛ koX6ç te Kal àyaSoç Kal ek toioùtcùv,


1
« ô S kE, kvavitov te Kal IvavTloç' x a^ ETt1^ W| Ka ^
« SuokoXoç kE, àvàyKr|ç f) TtEpl r|uaç f^vi6xr)aiç. fj 8f|
n ouv
« BvtjtSv te Kal &8âvaTOv £Ç>ov k<Ki]dr\, TTEipaTéov eItceIv.

6 5 ata/uvtÏTai -ytfvTjTat Stob. n Philopon. 6 aÙTôS (et Alex):


:

aùxô Stob. auTOÙ: ÉauTou Simplic. outou B Oxy. au. Stob.


||
a W ||

||7 loti (et Oxy. Stob.) -iv BT 8 touto tout' Oxy. ey ov (et :
||
:
||

Oxy.) om. Stob.: tô aÙTÔ sauTÔ xtvouv (et Oxy. Ar. [Metaph. ||

A 6, 107a a a]) to auToxetvouv sic Oxy. i. m. tô au. au. x. Stob.


:

Il
246 a 4 Oxy. i. m.): exp.
aÛTris (et om. Oxy. 5 paxpà; W 2
||
:

paxapt'aç 3^7 a 4)
Oxy. 8tT)y7j'aeu>î (et Oxy.)
(cf. 8erj<j. Pro- ||
:

mus 6 oùv (et fors. Oxy. i. m.) 8r) Oxy. X^yeo(jLsv (et Oxy.)
Il
:
||
:

~).iyo.
Stob. n y îoiv.i toi OY] (et Hermi.) E. 8/j tw Vindob. 109 : W
èotxsTwSï) T Yp. et
2 2 i. m. Stob. Hermi." edd. W
(pro uerborum conti-
nuitate et muti solita omissione nihil ex Oxy. induci
t
potest) 7 ||

ÇupçuTw (et Oxy.) oupç. Burnet 8 7:avT£ç aÙTo( ts (et Oxy.)


:
||
:

xaî X. au. B 7t. om. Hermi. 7:. xaî au. Baiter b 1 tô Ta dubit. ci. :

Vollgr. aXXœv (et Hermi.): àvOpuijKov (errorem putans e compendio


Il

natum) Vollgr. pé'utXTai pipei. Burnet Vollgr.


||
a JïpoiTOv piv 7tp. :
||
:

p. rJTTtov Herwerden Vollgr.


eîiv
fjpwv om. Hermi. auvwpîooç ||
:
1
:

Çuvw. Oxy. Thomps. Vollgr. twv exp. ut uid. 3 auTû (et |j


: W ||

||

Oxy. ut uid.) -twv Vindob. 8g Heindorf -tôç Grumme


:
l\ 8' 8s ||
:

Oxy. 6 ts (et Oxy. Hermi. ) om. B Schanz Vollgr.


1
:
j|
246 b PHÈDRE 36

d'expliquer. C'est toujours une âme qui a charge de tout


'

ce qui est dépourvu d'âme; mais, en circulant dans la


totalité de l'univers, elle y revêt çà et là des formes diffé-
rentes. C'est ainsi que, lorsqu'elle est parfaite et ailée, elle
chemine dans les hauteurs et administre le monde entier ;
quand au contraire elle a perdu ses ailes, elle est entraînée
-
jusqu'à ce qu'elle se soit saisie de quelque chose de solide ;
elle y établit sa résidence, elle prend un corps de terre et

qui paraît être l'auteur de son propre mouvement à cause


de la force qui appartient à l'âme: ce qu'on a appelé un
vivant, c'est cet ensemble d'une âme et d'un corps solide-
ment ajusté, et il a reçu la dénomination de mortel. Quant
à celle d'immortel, il n'est rien qui permette d'en rendre
raison d'une façon raisonnée mais nous nous forgeons,
;

sans en avoir ni expérience ni suffisante intellection, une


idée du dieu 3 un vivant immortel qui possède une âme,
:

qui possède aussi un corps, mais tous deux naturellement


unis pour une éternelle durée. Là-dessus cependant, qu'il
en soit en somme et qu'on en parle ainsi qu'il plaît à la
Divinité ;
et maintenant passons à la raison qui fait tomber
les ailes, qui les fait se détacher de l'âme. Or, voici quelle
peut être cette raison.
« Il est de la nature de l'aile d'être apte
La procession « à mener vers le haut ce qui est pesant,
céleste des âmes.
« en l'élevant du côté où habite la race
« des Dieux, et ainsi c'est elle qui, entre les choses qui ont

i. G.-à-d. tout ce qui est âme. Mais la plupart des éditeurs lisent
un texte dont le sens est : toute l'âme, l'âme tout entière; considération

qui est hors de propos en cet endroit où Platon distingue les âmes
par rapport à la fonction qu'il a définie 2^5 e.

2. C'est la chute de l'âme, dont il sera encore parlé


a48 ab, c fin :

ne disons pas, sans plus, qu'elle la précipite dans un corps (car les
âmes divines, qui sont exemptes de cette chute, n'en ont pas moins
un corps [a46 d déb.]), mais dans un corps solide et fait de terre, non
de feu, comme celui des dieux-astres (cf. Notice, p. cxxxm sq.).
3. Le cas des dieux est donc, à un plus haut degré encore, le

même que celui de l'âme on n'en peut parler autrement que par
:

image ou par analogie et sous la forme d'un mythe, pourvu que ce


soit en des termes qui ne les déprécient pas (ainsi 2^6 e déb.) et qui
même leur agréent (Phédon, Notice, p. l, n. 3). Platon en donne ici
la raison et, à la fois, celle de plusieurs emplois du mythe c'est que :
36 <Ï>AIAP02 246 b

«
H'uxr] Traça Ttavxèç ETUUEXEÎxat xoO àvjjù^ou" Tïàvxa Se
«
oûpavèv TtEpiTtoXEl, aXXoxE lv ccXXoiç eïSecti yiyvo^Évr|.

« TeXéo uèv o8v o8aa ical ETTTEpCÛ^Évr|, JlEXECùpOTTOpEÎ


TE C
« Kod Ttàvxa xov KOa^av Sloikeî* f\
8è TtXEpoppur|oraaa
ce
(pépETtxi eoç av axEpsoO xivoç àvxiXà6r|xai, oS KaXOl-
« KiaSEÎaa, acopa yf|tvov XaBoGaa, auxô aûx8 SokoOv klveîv
« Sià xf|veke(.vt]<; Suvapiv, £c3ov
xo E,ûpTtav ekX^Bti, ipux^l
« <al acôua TtayÉv, 8vr|x6v te ect^ev ETtcavupiav. 'ASàvaxov
« 8è ouS' e£ ev8ç Xéyou XEXoyiapÉvou -
àXXà TtXàxxouEV,
« oûxe ISévTEÇ oûxe ÎKavôç vor|aavx£c;, Beôv à8âvax6v tl
« £Ç>ov. e^ov pèv vpu)(f)v, E)(ov Se aS^ia, xèv àsi Se xpévov
d
« xaOxa £,uuTt£cpuK6xa. 'AXXà xaOxoc uèv Sf), 0Ttr| xc^ Gec^
«
cplXov, xaûxrj e^éxcû xe ical XEyÉaBw xf|v 8è atxtav xf]ç
CC XÔV TtXEpÔV àTtoBoXfjC;, Si f)v IpU^Ç CXTTOppEL, Xà6(3U£V.
ce "Eoxi 8é xiç xolcxSe.

cc
riÉcpuKEV fj TtxEpoO Sûvauiç x8 Eu6pi6Èç ayEiv avo,
cc
(jETEcoplc^ouaa fj
xà xôv 8ecov yévoç oikei' KEKOtVCJVrjKE

33
b 7 <J,ux.r) rcîaa (et Oxy. Plotin. [III 4, a ; IV 3, i ] Euseb. 1

[ex Attico] Simplic.) 7C. r\


cp.
B exe. Burnet omnes rj c[». r.
:
||
TW
Se oùcavôv (et Oxy. Plotin. [III 4» a 2 ] Euseb. Simplic.) 8È à'vGpw^ov :

W Vindob. iog 8' oùv Herwerden Vollgr. oùp. secl. Badham 8 ||

âXXoTS Oxy. : -t' codd. ||


C i teXs'ci : -sia Oxy. ||
oùv : om. B Oxy.
(ut uid.) Hermi. Scbanz || psTStopo-opiî te xac (et Hermi.) -[Link] :

2 i. Hermi." -roXeiTat xat Oxy. a rzdvza. (et


(Oxy. m.) Te x. Syrian et ||

Oxy. Plotin. Hermi.): arcavra ototxeï (et Oxy. Plotin. Hermi.): TW ||

Naber Vollgr. jct. nu; Oxy. (prob. Wila- :


Stot^vEt 7tTepoppu7[cTacîa j|

mow.) ||
3 ciTEpsoù" (et Oxy. i. m.) :
axeppou Oxy. ||
ou : ou B || 4 aùxô
n
cxutq (et Oxy. a&. sic) auxo <zuto B <xùtô Hermi. au. id. : 5 Çùpxav j|

(et Oxy.) aûp.7;. Burnet


: 6 6v7)To'v (et Oxy.) -xt)v ?
Oxy. i. m. ||
:

||
te Oxy. t' codd. àôavaTov ôè (et Oxy. Hermi.)
:
||
tô àO. 8È :

'
Heindorf tô 3 à0. Vollgr. 7 où8' (et Oxy.) oùx Hermi. \z\oyia- ||
:
||

uivou (et Procl. Hermi.) -îapsôa Badham Vollgr. àXXà âXXo ci. :
||
:

Wilam. tiXottou-ev corr. Vindob. 109 Proclus


Il TiXaTTopÉvou codd. :

jtXaTt. 0? G. Hermann 8 ou'ts îoô'vts? oùV eiôo'teç B ti Çôjov tô


||
:
||
:

Ç. B xi tô X,. Procli codd. Tt X,. èxâXscav Heindorf d 1 h.v. aï. codd. ||


:

a S-upTiEçuxOTa crupr. Burnet Stj (et Hermi. ) rfir\ B 3 T£ om.


1
: : :

W
Il || ||

W d
8s S' :
D 4 XâêwuEv
àvaX. ci. Naber 6 8uvau.iç (et Her- :
||

mi. ):1
oûcit; Plut. Il 7 f t
:
ï] B D xsxotvoivrjxs (et Hermi. 1
) : -xsv BT.
246 d PHÈDRE 3?

rapport au corps, a eu,le plus largement qui se puisse, part


au divin. Or divin, c'est ce qui est beau, savant, bon,
le
avec tout ce qui est du même ordre ; rien certainement ne
contribue davantage à nourrir, à développer l'appareil ailé
de l'àme ;
au lieu que le laid, le mauvais, tout ce qui
contraste avec les précédentes qualités, le dégrade et le
ruine à fond. Or donc celui qui dans le ciel est le grand
cbefde file, Zeus, lançant son char ailé, s'avance le pre-
mier, ordonnant toutes choses en détail et y pourvoyant.
Il estsuivi par une armée de Dieux et de Démons, qui
est ordonnée en onze sections Hestia en effet reste à la
;

247 maison des Dieux, toute seule. Quant aux autres, tous ceux
qui, dans ce nombre de douze ont obtenu rang de dieu
1
,

conducteur sont chefs de file à leur rang, au rang qui a


été assigné à chacun. Dans ces conditions, ils sont nom-
breux et béatifiques, les spectacles qu'offrent les évolutions
dont le ciel est le domaine et qu'accomplit circulairement
l'heureuse race des Dieux: chacun d'eux fait la tâche qui
est la sienne; le suit qui, toutes les fois, en a et la
volonté et le pouvoir, car la place de l'Envie est en dehors
du chœur des Dieux Or, aussi souvent qu'ils se rendent
!

au repas et vont prendre part au banquet, ils montent les


escarpements qui mènent au sommet de la voûte qui sur-
plombe le ciel :
pour les attelages qui portent les Dieux,

le dieu n'est l'objet, ni d'une expérience sensible qui permettrait de


les décrire, ni d'une intellection qui permettrait d'en acquérir, dia-
lectiquement, une science réelle. On remarquera la parenté avec
celle-ci, de épicurienne du dieu (A Ménécée ia3).
la définition
1. Quoique Platon, plus bas (a5ac,e; a53 ab), puisse paraître

avoir ici songé aux dieux de l'Olympe, ce n'en est sans doute pas le
nombre qu'il envisage. Il s'agit plutôt d'un mythe cosmologique :

aux mouvements dans le ciel de onze dieux et démons s'oppose en


effet l'immobilité delà terre (Hestia, Vesla); ce rang où chacun fait
sa tâche signifie la distance au centre et l'étendue de l'orbite sur

laquelle se meut l'astre (cf. aussi 2^7 b, de 2^8 a). Par suite, celui ;

qui mène cette procession circulaire et règle tout ce qui en dépend,


Zeus, doit être la sphère des fixes. Mais une première difficulté
surgit dans les cinq planètes qui suivent, on retrouvera Zeus
:

{Jupiter). Une autre difficulté concerne les trois rangs après


le

septième et le huitième (soleil et lune) et qu'occupent peut-être des


démons ;
ni le Timée (38 ab), ni la République (X 616 d) ne nous
37 $AIAPOS 246 d

8é uàXiaxa xâv nepl x& aSua xoO Gelou. T6 8è Seîov


Ttr|

KaXév, aocpàv, àya86v Kal Tt&v 8 xi xoioOxov xoùxoiç Sf) e

xp£<p£xal xe ical aC£,exai ^làXiaxà y e T0 ^X^fc ^S


TtxÉpoua, ataxp^ 8è Kal KaK$ Kal xoîç Ivavxtoiç <b8LvEi
te Kal SuSXXuxai. O \ièv 8r| uéyaç f|y£uebv ev oôpav$
c

Zeùç, èXauvov TtTT]v8v appa, TtpSxoç TtopEÛExai, Sia-


Koaucov Ttàvxa Kal etuiieXouuevoç. T& 5° ETtExai axpaxià

8eôv te Kal 8aiu6va>v, Kaxà IvSEKa uÉpr| KEKoaur|uâvr|'

jjiévEi yàp
'Eaxla iv 8eûv oÎKcp, u6vr|. Tqv 8è aXXov 8aot 247
ev x$ xSv 8<*>8£Ka àpi8u£> xExayuÉvoi 8sol apxovxEç
fjyoOvxai, Kaxà xà£iv f\v EKaaxoç èxâx8r|. rioXXal uèv
o3v Kal uaKàpiai 8éai xe Kal 8lé£,o8ol evxoç oôpavoO, Stc,

8eôv yÉvoç EÔSai^iévov EmaxpÉcpExai., Ttpàxxcov EKaaxoç


aôxSv x& aûxoO* ETtExai Se ô àEl eSéXqv xe Kal Suvà-
^ievoc;. <£86voç yàp e£o 8eIou x°P°û ïaxaxai. "Oxav 8è
Sf] Ttpèç Saîxa Kal etcI 8o£vr)v laaiv, aKpav etiI xrjv
« uTtoupàviov aiJ/lSa TtopEÛovxai Ttpèç avavxEÇ* ?j 8r|
xà b

d 8 8et'ou Plut. : 0.
tyuyr) codd. (inter punctos <{/. W) tj/.
secl.

Burnet del. cett. [jeu auS-stat (et Hermi.) âpSsxat : alibi Hermi.
Proclus." || jjuxXiaxâ yE B2 (em.) :
p..
te B uaXiaTa TW ||
3 xal toîj
ÈvavTÎot; (et Hermi.) : secl. Schanz toiç 8' I.
(uel xaî à'XXoi; È.) ci.

Hirschig Vollgr. xaî toioutoiî k. Suckow lx fjièv (et Dionys. Plut.) ||

: om. Stob. (uerba referens Platonici cuiusd.) yàp alibi Plut. 8r) ||

{et Dionys. Plut. [c. yàp]) om. Plut. c. fjiv Tjy£[Link] (et Dionys. :
j|

Plut. Hermogen. Plotin. [III 5, 8 7 ] Stob. Hermi. 1 Procl.) om. :

alibi Hermogen. Plut. del. Vollgr. 247 a 4 SiéÇoSot ïÇo8o[ ||


:

Dionys. 5 EÙ8aifxova)v (et Dionys. Hermi. Syrian. Damasc.) -o'vcoç


||
:

Schanz xai 8ai[Ao'vwv Badham 6 aÛTûv xo a&Tou 8i' auxou Ta aÙTwv ||


:

Dionys. om. Hermi. ô asî ô aï. codd. Hermi. au ô Dionys. ||


:
||

ÈÔÉXwv te xaî È9. xaî Hermi. 6IX. t. x. Dionys. Hermi. al.


:
7 e'Çw ||

{et Dionys. Plut. Alex.) : -6ev Plut. al. ||


0£t'ou
70'pou (et Dionys.
Plut. Alex.) y 8. T laraTat (et Plut.)
: .
||
: om. Dionys. Plut, alibi
Alex. Il
8 xai (et Hermi. 1
) : te x. TW ||
kni om. Hermi. Procl.
:
1

del. Vollgr. âxpav (et Hermi.): à', te Heindorf êjsl tï]v


urcoupàviov
W
|| ||

Procl. : k. x. uîtoupavi'av è. t. ènoupavîav W 2


(e s. u) Exe. Palat.
i^3 Badham è. t. oùpâviov T Vollgr. urco ttjv urcoupàv. B Hermi. n
Thomps. Schanz 6. t.
6noupavfav Hermi. 6. t. &7tspoup. Winckelm.
b 1 îtopEuovTai:
Il
secl. Schanz del. Vollgr. -Exai Badham (sed [Link]îùe.-
xat del. b 2) || rj 87] Procl. :
rj8ï) codd. Thomps. Schanz Vollgr.
247 b PHÈDRE 38

« comme la façon dont


sont équilibrés les rend faciles à
ils

« conduire, la montée est aisée. Mais,


pour les autres, elle se
« fait à
grand peine celui des chevaux en effet chez qui il
:

«
y a de la rétiveté appuie pesamment il tire vers la terre ;

« son cocher, alourdissant la main de celui


qui n'aura pas
« eu l'art de le dresser. C'est là, sache-le,
que l'âme est en
« face de
l'épreuve et de la joute suprêmes Les âmes en !

« effet
qu'on nomme immortelles, une fois qu'elles sont au
« sommet, s'avancent au dehors, se dressant alors sur le dos
« de la voûte céleste, et, ainsi dressées, sa révolution cir-

c « culaire les
emporte tandis qu'elles contemplent les réalités
«
qui sont en dehors du ciel.
« A l'honneur de ce lieu supracéleste
' '
(< nul P oète P anni ceux d ic i- bas n a
suprlcéleste. .

« encore chanté d'hymne, et jamais ne


« chantera d'hymne, qui y soit proportionné. Or, voici ce qui
« en est car, si vraiment il est un cas où l'on doive avoir
;

« le
courage de dire la vérité, c'est surtout quand on parle
« sur la Vérité ! Eh bien !
donc, la réalité qui réellement est
figure, intangible celle qui ne peut être
« sans couleur, sans ;

contemplée que par le pilote de l'âme, par l'intellect ; celle


'
«
d «
qui est le patrimoine du vrai savoir, c'est elle qui occupe
2
« ce lieu . Il s'ensuit pensée d'un Dieu, en tant qu'elle
que la
« se nourrit d'intellection et de savoir sans mélange, et, de
« même, la pensée de toute âme qui se soucie de recevoir
« l'aliment
qui lui convient, lorsqu'avec le temps elle a fini
«
par apercevoir la réalité, elle en éprouve du bien-être, et
« la
contemplation des réalités véritables est pour elle une
« nourriture bienfaisante, jusqu'au moment où la révolution

renseignent ;
mais YÉpinom is (98/4 bc) assigne les trois places vacantes
à l'éther (d'autres disent le feu), l'air et l'eau. Il s'agirait donc des
zones intermédiaires entre le ciel et la terre (le domaine de la mé-
téorologie chez Aristote), influencées par le premier, agissant sur la
seconde, dont elles conditionnent l'existence.
1. C'est le sens du mot grec, mais l'image alors a changé, car il

est bien clair qu'il s'agit toujours du cocher qui mène l'attelage.
2. Ce lieu, la plaine de Vérité (a48 b), est celui des réalités intel-
ligibles ; Tempérance ou Sagesse, Science (ici,
Justice, d), Pensée,
Beauté (a5o b-d) sont seules nommées. Le rapport de cette région
des Idées au ciel des astres symbolise celui de la dialectique à l'astro-
nomie et au reste de la mathématique, soit dans la hiérarchie du
38 <ï>AIAPOE 247 b

« jièv 8eSv 8)(f|paTa, laoppÔTtQÇ eût) via 8vxa, paS'uoç


« TtopEi&ETai, xà Se aXXa ja.6yic;' (SpCBei yàp ' xr K k^k^Ç
« tTTTtOÇ
UET£)(COV, ETtl Tr|V yf]v pÉTICûV TE KOlt RapÛVCÛV $ UT|
« KaXâç ?\ TE8pau.u.Évoç tSv f)vi6)(QV. "Ev8a 8f| ttovoç te
« kgcL àyôv ECT)(aToç ^Xtl Ttp<5K E|-T«i. Al pèv yàp aSavaxoi
« KaXoûuEvai, ^vLk' av Ttpèç aicpcp yÉvovTai, I^o nopEU-
« Beîaca, EOTTjaav ènl t$ toO oupavoO vàtu, araaaç 8è
« aÔTaç TtEpiàyEt f\ TTEpKpopà' al Se BecopoOat Ta e£© toO c
« oupavoO.
« Tov 8è ÔTTEpoupàviov totcov, oute tlç ujivrjaÉ tcco tSv
« TfjSE TTOLr|Tl |Ç, OVÏTE TTOTE Ù[Link])CJ£l KOLl' à£,[Link]
£
.
"E^EL 8È
« SSe* ToXpnrÉov yàp ouv t6 yE àXr|8èç eItteîv, aXXcoç te
« Kal TtEpl àXrjGE'iaç XÉyovTa. 'H yàp a^pcibuaTéç Te lca '-

« àa^rniàTiaroç Kal àvacprjç ouata Svtcoç ouaa, ipu^fjç


« Ku6Epvf|Tr| u-ôvcp vS, TtEpl î|v t6 if\ç àXT]8o0ç
SEaT^)
« EmoTi )ur|Ç yévoç, toOtov e^ei t8v t6tcov. "At' oSv 8eo0 d
!

« Siàvoia, vu te Kal £marr|pr| <XKr|pàTcp Tp£<pouévr|, Kal


« aTtàar|ç ipu^fjç 8ar| av uÉXrj t8 TtpoafJKov 8ÉE,aa8at,
« ISoGaa 8ià xp6vou to 5v, àyaTtSl te Kal Becopouaa TàXr|8r]
« TpÉ(pETai Kal EÔTtaSEÎ, EQÇ &V KÛkXgî f| TTEpi(|>Opà eIç

b 2 pèv : p. ouv em, Goisl. i55 Hermi. 3 xàxYjç : xaxrjç B


W
|| ||

4 bel... 5 f^vidycov om. add. alia man. i. m.


: 5 îj (et Niceph.) : rjv ||

recc. Schanz Burnct av r Heindorf Vollgr. 6 ^"X.!) T TÎ <!*• Euseb. :

W
t ||

(Attici uerba referens) || 7 à'xpco : T (em.) (et


à'xpov ||
8 a-rocaaç
2

Procl.) : iax. codd. Il


c ôêcopouai Paris. i8i4 Ven. 189 em. (et
1

Hermi.): -aai codd. || 4 itoxï: om. Aristid. Origen. j| 7 ouaa, u X*i? <{'

{et Procl. Hermi. Simplic.)


1
:
<{/u^ ouaa, sic B ^u/.^ s ( om -
ou.) Stob.
Syrian. où. (om. (j*u^9)ç) Madvig Schanz Vollgr. [cf. Alline op. cit.
aa4 sq.] 8 po'vto ôeaiT) vu edd. v. p. ôeaxï) Origen. p. 6eto 6eaiT)
Il
:

Clem. p.. vài 0£aT7) Syrian, p.-îj v. B -rj v. ypf^xai uulg. p. TW


ÔEaTfj (om. vu) Hermiae codd. Procl." ||5^v ov Origen. d 1 xo'rcov :
||

(et Simplic.) Tpo'7:ov B


: àV (et Hermi. ) tj t' Heindorf Schanz
||
1
:

Vollgr. y Geou 8i(£vota :


post 2 Tpstpop^vr) ci. Richards 2 àxr,pâTa>
W
||

TpeçopévT) (et Damasc.) àxr{pxTO{ atpeç. : BT2 (to; i. m.)


2
(oç s.
vl. et ace. in i\, a s.
Tp.) -aTw aipeç. T ||
xat... 3 8^Çaa8at : auct.
Suckow del. Vollgr. ||
3 oor) :
oorj TW Hermi. Thomps. Schanz ||

pÉXT) Ven. 54 P&Xt) codd. Hermi. edd. iid. S^ÇaaOat (et Hermi.):
:
||

oiÇeaOat B Oxy. iid. 4 àyarca àya-at auct. Naber Vollgr.


||
:
247 d PHÈDRE 3cj

« circulaire la ramène au même point. Or, tandis qu'elle


«
accomplit ce tour, elle a sous les yeux la Justice en elle-
« même, sous les
yeux la Sagesse elle a sous les yeux un
;

« savoir
e qui n'est pas celui auquel est lié le devenir, qui
« n'est
pas non plus celui qui se diversifie avec la diversité
« des
objetsauxquels il s'applique et auxquels, dans notre pré-
cesente existence, nous donnons le nom d'êtres, mais le Savoir
«
qui s'applique à ce qui est réellement une réalité
'
Après .

« de la même façon, contemplé les autres choses


qu'elle a,
«
qui réellement sont des réalités, après qu'elle en a fait son
«
régal, de nouveau elle s'enfonce dans l'intérieur du ciel et
logis. Une fois qu'elle y est rendue,
« revient à son son
« cocher installe les chevaux devant la
mangeoire, il y jette
«
pour leur pâture l'ambroisie, et, après l'ambroisie, il leur
« donne à boire le nectar.
248 « Voilà
pour l'existence des dieux ;
Les âmes ((
p a830ns aux autres âmes. Celle-ci fait
autres que celles j . •
i t\»
des Dieux
<c °- e son mieux
pour suivre les Dieux ;
« elle élève vers le lieu
qui est en dehors
« du ciel la tête de son cocher entraînée dans la révolution
;

« circulaire, elle est à grand peine capable, dans l'embarras


«
que ses chevaux lui causent, de porter les yeux sur les
« réalités. Cette autre tantôt lève, tantôt enfonce sa tète et,
« ne maîtrisant pas ses chevaux, elle voit les unes et non le&
« autres. Quant au reste des âmes, comme elles aspirent
« toutes à monter, elles prennent bien la suite mais c'est
;

« elles sombrent dans le remous qui les


peine perdue :

« entraîne, se piétinant et se bousculant entre elles, chacune


b « s'efforçant de se placer en avant d'une autre. C'est donc
« le tumulte, la lutte, les sueurs, tout cela à son comble, et,
« comme de du fait
juste, l'occasion pour beaucoup d'âmes,
« de des cochers, d'être
l'impéritie estropiées; pour beaucoup
« d'entre elles, d'avoir
beaucoup de leur plumage froissé 1

savoir, soit dans l'éducation (Rip. VII 5a i c-534 e, Philkbe 55 c-5q c)r
l'ordre d'étude exprime le rapport réel des objets connus.
i. Opposition de l'être et de l'apparence, et, corrélativement, du

savoir dont les objets sont éternels, invariables dans leur constitution

intrinsèque comme dans leurs rapports mutuels, et de la connais-


sance sensible, dont les objets naissent, périssent, changent sans
cesse fondement ruineux de l'opinion (cf. note suivante).
;
39 $AIAPOS 247 d
a xauxèv TtEpiEVÉyKr). 'Ev Se xfi TtepidScp KaBopfi p.èv aôxr|v
• StKaioaûvr|v, KaBopa Se aco<ppoauvr)V, KaBopfi Se êtu-
«
orfm^v, oôx 7\ yéveaiç Ttp6aeaxiv, oôS' fj iaxtv itou e
« êxépa Iv ETÉpco oSaa Sv ^ucîç vOv 8vxav koXoOuev,
a àXXà xfjv Iv xû 8 iaxiv 8v Svxoç ETuax^)ur|v oSaav. Kal
« xSXXa cboaûxcoç xà 8vxa Svxoç Bsaaa^Évri Kal laxtaSeîaa,
a SQaa TtàXiv eIç x6 EÏaco xoO oupavou, chkocSe fjXBEV
a
IX8oùar|ç Se auxf]ç S i^vlo^oç, Ttpèç xf)v <pàxvr|v xoùç
« ÏTiTtouç
axfpaç, TtapÉBaXEV à^[Link] xe Kal ett' aôxfl
a vÉKxap ETt6xiaEV.
« Kal oCxoç At Se aXXai EV 248-
pkv Begjv (iloç. i|nj)(al, A H
a apiaxa 8eoîç ÉTtouÉvr) î)TtEpf]pEV eIç x6v l£,a xéïtov xrjv
« xoO r}vi6)(ou KEcpaXi^v, Kal au^TtEpi.r|vÉ)(6r| xfjv TtEpt-
«
(popàv, SopuBouuÉvrj ûno xôv ïttttqv Kal u<$yiç KaBop&aa
« xà 8vxa* fj
8è xoxè jièv f^pEv, xoxè S' ISu, ftia£ouÉvcov
« 8è xôv Ittttqv xà ^èv eTSev, xà S' oû\ Al 8è Sr| aXXai,
«
yXi^ô^Evai pkv &Ttaaai xoO ava>, ETtovxai, àSuvaxoOaai
« Se ÔTtoBpO^iai au^TTEpi(pÉpovxaL, Ttaxoûaai àXX^Xaç Kal
«
ETuBàXXouaai, âxépa Ttp6 xf]ç ixÉpaç TtEipo(xévr) yEvéaSai. b-

« OépuBoc; oSv Kal àuiXXa Kal tSpùç la^axoç ylyvExai, oS


«
Sf)
KaKia ^vl6)(qv TtoXXal uèv ^coXEiiovxai, TtoXXal 8è
« TtoXXà
TTXEpà Bpauovxai. nSaai Se, TtoXùv I^ouaai tt8vov,

d 6 xaôopa pèv B 2 (at s. u.) (et Oxy.) -ûixsv B aùx7jv (et :


||

2
Syrian. Hermi.): au xrjv Oxy. (i. m. au xt]v) Coislin. i55 Heindorf
||7 ôtxatoauvTjv 8. [o £rc]t SixatoauvT) Oxy.
: àï 8' Oxy. utuid. e ||
: i

où8 'rj (et Oxy. [oj8s f, sic] Simplic.) où8ï) T où8' fj uulg. Iaxtv -xt :
||
:

WOxy. 2 ouaa (i. m. Oxy. 2 seu prius omissum seu pro alio uerbo)
||

3 ov om. Oxy. Simplic. Vollgr.


: 8 èrcoxtdEv (et Oxy. ut uid.) :

W
|| j|

-ae 248 a i u-èv (et Hermi.) a. 8») Oxy.


||
a 0eoïç Oxy. (prob. :
||

Wilamow. II 363) 8ew codd. edd. ÉTCopé'vT) Oxy. In. xat £Îxa<jp;£VTi
:
||
:

codd. (quae uerba damn. id. ibid.) ||6repr)pev -fjpev T 3 raptçopàtv W* :

W
||

(rapts, u.) xoçiv :


Oxy. 5 xoxè ... xoxè xo'xe ...
||
4 u-ôy-î :
fioXtç ||
:

-cote codd. zoxè ...t.q-\ Hermi." îjpev (et Oxy.)


r T 7,ps r;paxo
|j
:
{
. W
fors, legit Hermi. 8' I8u fors. ISuse Hermi. 8'ou Oxy. (cf. 6 xà
||
:

8*ou) 8 aufinsptçlpovxat Çutx7:. Hermi.


i| b 2 ou (et Oxy. [spir. et
:
1
||

ace. fecit] Proclus) ou B 4 [Link] (et Oxy. [ut uid.] Proclus): secl.
:
|!

Stallb. || r/ouaat :
«r/ouaai Egelie.
248 b PHÈDRE 4o

« Toutes enfin, accablées de fatigue, s'éloignent sans avoir


« été initiées à la
contemplation de la réalité, et, une fois
1
«
éloignées, c'est l'Opinion qui fait leur nourriture. Oui,
« ce qui est le mobile d'un si grand effort pour apercevoir
« où est la Plaine de Vérité, c'est justement que la pâture
« convenant à ce qu'il y a dans l'âme de meilleur se tire du
c «
pré qui s'y trouve, et que c'est là ce dont se nourrit la
« nature de ce "plumage qui donne à l'âme sa légèreté.
« Et maintenant voici ce
.
qu'a décrété
« Adrastée 2 Toute âme
qui, en faisant
.

«
partie du cortège d'un Dieu, a eu quelque vision des
« réalités véritables, est
jusqu'à la révolution suivante exempte
«
d'épreuve, et, si toujours elle est capable de réaliser
« cette condition, à
toujours elle est exempte de dommage;
«
quand au contraire, faute d'avoir été capable de suivre doci-
« lement, ne voit point; quand, par l'effet de quelque
elle
«
disgrâce, comblée d'oubli et de perversion, elle s'est
« alourdie; que, s'étant ainsi alourdie, elle a enfin perdu
« son plumage et gît sur la terre, c'est alors une loi

d «
qu'elle n'aille s'implanter en aucune sorte de bête dès
« la première génération mais que celle qui aura eu la plus
;

«
copieuse vision aille s'implanter dans la semence d'un
« homme appelé à devenir ami du savoir ou ami de la beauté,
« ou bien d'un homme qui a de la culture et qui est instruit
« en matière d'amour; que, pour celle du second rang, ce
« soit dans la semence d'un roi qui obéit à la loi, ou bien
«
guerrier et habile à commander que celle du troisième
;

«
rang vienne animer un politique, à moins que ce ne soit un
« bon intendant ou un financier; celle du quatrième, un
« homme qui aime la fatigue des exercices physiques, ou bien
« encore qui s'emploiera à guérir le corps la cinquième aura ;

e « droit à une existence de devin ou consacrée à quelque forme


« d'initiation ;
à la sixième correspondra le faiseur de poésies
« ou tout autre parmi ceux qui s'occupent d'imiter ;
à la

i. Tandis que les âmes des dieux et celles qui leur sont appa-
rentées ont le savoir pour aliment (a^7 d déb.).
2. L'Inévitable, épitbète de Némésis, ou Justice distributive. Ici,

son décret concerne la destinée finale des âmes, par rapport à ce que
sera leur existence dans la vie terrestre et après. Que l'eschatologie
soitpour Platon une croyance sérieuse, on n'en peut douter; mais,
que le présent exposé comporte une part de fantaisie, c'est possible :
4o <ï>AIAPOS 248 b

« cxxeXeîç xfjç xoO ôvxoç 9éaç ÀTxép^ovTai, ical dmEXBoOoai


« xpocpfl 8oE,aaTT] xpcàvTai. O® ^n,
^ VE X* A ri0 ^-^\ cmou8r|

« xo àXr|8£taç tSeîv tieSIov oC êaxiv, fj te 8?j Ttpoaf)Kouaa


ce
vJjux^ç x$ cxpîaxcp vouf| i< xoO ekel Xei^covoç xuy)(<xv£i
« ouoa, fj
te toO TtTEpoO cpùcuç, cS
*\>oyj] Koucpl^Exai, C

« XOUXCÛ xpscpExcu.
a ©Eauàç te 'ASpaaxElaç 88e' fjxiç <xv
ipux^h ^ e$

« £,uvoTta8àç yEvouÉvr), KaxtSr) Ti xôv àXrjBôv, jié^pL xe


« xf]ç êxÉpaç TtEpicSSou eÎvcu cVnf|UOva, kSv &eI xoOxo
« 8ùvr|xai TtoiEtv, cxeI à6X<x6f) eÎvcu -
bxav 8è à8uvaxr|aaa<x
« ETUOTtÉaBou uf| ïSr) Kat xivi auvxu^la )(pr)aajiÉvr| Xn,8r|Ç
« xe <al icaiclaç TtXr|a8EÎaa fiapuvBf], (iopuvSEÎaa Se TtXEpop-
« pvf\or\ xe <al ETtl xf]v yfjv TtÉar), x6xe véuoç xaùxr)v
« cpuxEuaca eIç urjSEu'iav 8r)pEiov cpiiaiv ev *i;fj TTp&xr)
uf| d
« y ev éctel- àXXà xfjv ^lèv TtXELCTxa ISoOaav eIç yovr|v av8p8ç

« ysvriaouÉvou (piXoaûcpou f) cpiXoicàXou f\ uouaiicoO xivoç


« <al âpcûxiKoO, xf|v 8è SEUXÉpav eIç ftcxaiXÉcoç èvvô\±ov f}
« tioXeuikoO Kal àp^LKoO, xplxrjv eIç ttoXlxlkoO

fj xivoç
« oticovouiicoO
f) ^pr)^axLOXLKoO, x£xcxpxr)v eIç cpiXcmévou
«
yuuvaaxiicoO f) TtEpt acôuaxoç ïaatv xivoç èao\ikvov.
« TTÉ^Ttxr|v uavxiK&v |itov ¥\ xiva xeXectxik&v EÊ,ouaav 2<xr| e

« Ttoir|Xuc8<; f)
xâv TtEpl u'iur)alv xiç cxXXoç àpuéaei., lôSô^ir)

'
b 6 en» 8f, iv£y tj (et Hermi. 1
)
: où8sv ï-/ei
B ou 8* ïv. tj
corr.
Ven. i85 auct. Madvig edd. tou Ast tov 8' £v. t) Badham 8t) ev. tj ||

7 ou Èaxtv (et Oxy. [ut uid. sed ante raSîov] Hermi. ) Èctiîv (ouom.)
1
:

Madvig Schanz utrumcpie damn. Wilam. II 364 oZ eotiv Ast 8û' èoto'v
Badham Vollgr. C 3 tyu/ji -t} B 4 ÇuvoJ:a8ôç auv. Burnet : :
||

W
|| j|

5 x&V : xiv T xâv e.1 B ||


àel : aï. TW om. B ||
.6 isi : aï. TW xàv
aï. B || à&XaSrj (et Hermi.) $\&Zi\ B :
|| 7 ènia^iaGai -Oaio sic T || :

ypr,aaaÉvr (
:
-vr) B ||
d 1 Or^pstov ÛT;pE;av : BT 2rec. (a s. u.) Thomps.

Vollgr. y 3 v£vTiao{iEvo'j Êao. Plotin. I 3, I 8 ^ çtXoxâXou om. :


||
:

Plotin. ibid. et cf. 10 5 xaî rj x. (ci. rj) Badham Vollgr. r)


|| tsvo; :
||

oîxovojAtxou tivo; t] otx. Vollgr. fors, non leg. Hermi.


: 6 çiXo7to'vou ||

Y'javaoTixoj (et
Hermi. ut uid. [om ç.J) :
ç. rj y- Thomps. Burnet
| 7 t'.vo; Hermann : Ttva codd. Thomps. r\ ÔEparasav te xtva
Heindorf.

IV. 3.-6
248e PHÈDRE Ai

septième, l'artisan ou le cultivateur; à la huitième, le


professionnel de la sophistique ou de l'art de flatter le
peuple à la neuvième, l'homme tyrannique.
;

« Et maintenant, admettons
que, dans l'ensemble de ces
hommes, y il en ait un qui ait mené une vie juste il reçoit :

en partage un meilleur lot, et un pire si c'est une vie d'in-


justice. C'est que le même point d'où chaque âme est venue
n'est pour du retour qu'après dix mille ans ce
elle celui :

n'est pas avant tout ce temps que l'âme en effet reçoit des
ailes, exception faite pour celle de l'homme qui a été un

loyal ami du savoir ou qui a aimé les jeunes garçons d'un


amour philosophique. De fait, ces âmes-là, à la troisième
révolution millénaire et dans le cas où, trois fois de suite,

elles ont choisi ce genre de vie, s'étant de la sorte donné


des ailes, à la trois-millième année elles s'éloignent Quant !

aux autres, une fois qu'elles ont terminé leur première


existence, elles sont soumises à un jugement, et, après
qu'elles ont été jugées, les unes s'en vont aux maisons de
justice qui sont sous terre et y paient leur juste peine,
tandis que celles que l'arrêt de justice a fait monter,

légères, jusqu'à tel ou tel endroit du ciel, celles-là mènent


une vie qui récompense la vie qu'elles ont vécue sous une
forme humaine. Or, à la millième année, pour celles-ci
comme pour moment est venu de tirer au sort
celles-là, le
et, à la fois, de choisir leur deuxième existence, le choix
de cette existence dépendant de la volonté de chacune. C'est
à ce moment qu'en une existence de bête vient passer
une âme d'homme tout comme, d'une existence de bête,
1
,

revient à la condition humaine celui qui fut une fois

homme n'y aura pas en effet, pour l'âme qui jamais


: il

n'eut une vision de la Vérité, de passage à cette forme qui


est la nôtre.

ainsi sont vouées au sort qu'elles méritent de détestables sortes


d'hommes 1 On remarquera notamment et du
la place du sophiste
démagogue, au-dessous des travailleurs manuels, ordinairement si
méprisés. Sur les autres points, voir Notice, p. lxxxvii sqq.
i. Toute âme, à sa chute, commence par animer un homme

(a48 d déb.). Mais elle peut ensuite choisir, selon le rang que le sort
a fixé pour ce choix, d'animer un corps de bête. Comparer le mythe
d'Er l'Arménien, Rép. X 6i7d-6i8b, 6igb-6aod.
tu *AIAPOS 248 e

« Sri^ioupyLKèç f\ yecopyi-Kéc;, ôyS6rj oocpiaTiKSç f) Sr|uo-


« kotuk6ç, èvàTr) TupavvucSç.
« 'Ev Sf| toùtoiç Snaaiv 8ç uèv av SiKatoç SLayàyr)

« àuEivovoç (lolpaq UETaXau6âvEi- 8ç S' av àS'uccùç, x el


"

<c
povoç. Etç uèv yàp xo au*ro 88ev îJkei r) ipu^r)
^ KaaTTl
« oôk ÀcpiKVEÎTai etôv uvplov ou yàp TtTEpoOxai Ttpo
« too-oùtou xp<i vou TiXfjv f) toO cpiXoaocpfjaavToq àSôXwq f] 249
>

« Ttai8EpaaT/|aavToç uExà cpiXoaocplaq' aurai Se xpltr)


« TtEpioScp xfj xiÀieteî, êàv iXovxai xplç IcpE^fjc; t6v (ilov

« xoOxov, ouxco TiTEpeaSEÎaai, xpur^iXioaTÛ exei à-rtÉp-


«
x ov,taL - Al Se aXXai, 8xav xov Ttpâxov |itov xeXeux/|-
« aoaiv, KptaEcoç exu^ov, KpiSEÎaai Se, al uèv eIç xà uno
« yf]ç SiKaicoxf^pia èXBoOaai SlKrjv IkxIvouoiv, al 8' eIç
« xoupavoO xiva t6ttov, une xf]ç 8licr)ç KoutpiaSEÎaai,
« Siayouoiv à£,'icoç oS ev âvSpcÔTtou elSel èôlcoaav [itou. T$ b
« Se xiAioax^ aucpéxEpai, àcpiKvoûuEvai IttI KX/|pcoaiv te
« Kal atpEaiv xoO SsuxEpou |5lou, alpoOvxai 8v av 8ÉXr)

« ÉKaaTri* Iv8a Kal eIç 8r)plou lilov àvBpamtvr) ^u^f)


«
àcpiKVEÎxai, Kal Ik 8r)ptou 8ç txote SvSpcùTtoç f^v TtàXiv

« eIç avSpoTtov oô yàp f} yE ui)TC0XE ISoOaa xfjv àXrjGEiav


« eIç t85e fj^Ei xo o^ua.

6 3 Syiuoxorixo; (et Hermi.) Sïju/mxôî B Thomps. l\ èvàtï) évv. :


||
:

BT (èv»v) W* (v s. u.) 5 8n (et Hermi. ) 81 6 peTaXauSâvei :


||
1
: TW ||

Xayyjxvst Hermi. 7 aùtô om. Theodoret. ||r) om. Euseb. Theodoret.


||
: :

Il
249 a 1 àSo'Xwç t\ (et iid.) y\ ko. Vollgr. 3 y^Xtrcet -exta :
||
:

Euseb. Theodoret. èàv sXtovtai (et Euseb.)||


èôSvTar xplç 81 :

Theodoret. || Tpia/ iXtoaxw (et Euseb.)


4 tû tp. Theodoret. :
||

àrs'pyovxfl» (et Euseb. Theodoret.): àv^py. Vollgr. cf. Remp. VII


5a 1 c 3 II
5 TEXEOTrfawaiv -01 Euseb. Theodoret.
:
7 sxxî- W ||

vouatv : Tt'vouatv Euseb.


Theodoret. xxt'v. Eus." èxttî. Vollgr.
8 toùpavou
|
xoii
oùp. Euseb. Theodoret.
: vizô tr^ TW ||

5ÎXTJÇ (et Euseb. Theodoret.) auct. Herwerden del. Vollgr. :

W
|

b 1 ei8« W« rec. (s. u.) om. 3 ÔiIXt) (et Euseb.) M. :


||
:

Euseb. n Hermi. Thomps. Vollgr. 4 xai 8t) x. Euseb. pîov (et ||


:
||

Euseb. Hermi. 1) p\'ou B 6 tj ye (et Philopon.) 8ij y« id. alio loco


:
||
:
||

T7)v àXrJ8e;av : to ôv id.


249 b PHÈDRE 4a

« La cause en est
qu'une intelligence
L'Idée ({ d'homme doit s'exercer selon ce qu'on
*
et la réminiscence ; n TJ ,
n j» u .

«
délire
<c
appelle idée, en allant d une multi-
c d'amour (<
plicité de sensations vers une unité,
dont l'assemblage est acte de réflexion
« '
.

« Or cet acte consiste en un ressouvenir des objets que jadis


« notre âme a vus,
lorsqu'elle s'associait à la promenade d'un
lorqu'elle regardait de haut tout ce à quoi dans notre
« dieu,
«
présente existence nous attribuons la réalité et qu'elle levait
« la tête vers ce
qui est réellement réel. Aussi est-il juste
« assurément
que, seule, la pensée du philosophe soit ailée :

« c'est
grands objets, auxquels constamment par
que les
le souvenir elle
s'applique dans la mesure de ses forces,
«
« sont justement ceux auxquels, parce qu'il s'y applique, un
« dieu doit sa divinité 2 Eh bien c'est en usant droitement
! !

« de pareils moyens de souvenance qu'un homme, dont l'ini-


« tiation à de parfaits mystères est toujours parfaite, est seul
« à devenir réellement parfait. Mais, comme il s'écarte des
d objets où tend le zèle des hommes et qu'il s'attache à ce
«
«
qui est divin, la foule lui remontre qu'il a la tète à l'en-
qu'il est possédé d'un dieu mais la foule ne s'en
« vers, alors ;

« rend
pas compte !

« Or donc, voici où en arrive tout le développement


« concernant quatrième forme du délire
la oui, du

« délire
quand, à la
: vue de la beauté d'ici-bas, au ressou-
« venir de celle
qui est véritable, on prend des ailes, de
« nouveau ailé et 3 impatient aussi de s'envoler mais im-
«
puissant à le. faire, portant vers le haut son regard à la
« manière de l'oiseau 4 mais
négligeant les choses d'en-bas,
,

« on a ce
qu'il faut pour se faire taxer d'être atteint de
« délire... La conclusion, c'est
que, entre toutes les formes
e k de
possession divine, celle-là se révèle être la meilleure, en
i . Pour aller à l'Idée et obtenir la réminiscence de visions oubliées,
cette discipline logique d'un exercice normal de la pensée a un pen-
dant émotif, le don divin du délire d'amour (Notice p. xciv sq.).
a. Au-dessus du dieu il y a donc du divin la réalité intelligible :

dont le dieu fait sa substance (cf. a^7 d déb. et p. 38, n. a).


3 Le texte usuel place ce et avant de nouveau ailé. Mais, liés à
:

l'impatience de voler, ces mots ne sont plus une répétition superflue.


k. Avec ces jeunes ailes il est plutôt un oisillon, élevant en effet la
tête quand il s'essaie à voler. C'est en ce sens qu'interprète Hermias.
4a <ï>AIAPOS 249 b

« Aeî yàp &v8pamov E,uviÉvai k<xt' eîSoç XeydtiEvov, sk


« ttoXXcûv tov alaSi^aecùv eÎç ev Xoyiauû £,uvcupoùfciEVOV. C
« ToOto S' ècruv àv(xuvr|aic; ekeLvcov & ttot' eTSev r|uwv f\

« ^"XAj cnjfcmopEuSEÎaa ^eéû Kal ÔTtEpiSoOaa fi vOv EÎval


« cpauEV <al fivaKÛi^aaa EÎç tô 8v ovtcoç. Aie 8r| SiKotlcoq
«
uévï) TtTEpouTcu f|
toO cpiXoacicpou Si&voux* Tipèç yàp
« ekeîvoiç àeI ectti uv^ur) iccrrà Sûvauiv, Ttpèç oTartEp 8e8ç
« ûv 8eÎ6ç eotiv. Toîç 8è 8r| toioùtoiç àv^p ÙTrouvr)uaaiv
« op9Gç xpcb^iEvoç, teXeouç àElxEXETàçTEXoûuEvoç, téXeoç
« Svtcoç u<Svoç ylyvETaf è^icrràuEvoç Se xâv àvBpconivcov
« cmouSaauàTcov tcal Ttpèç tS Be'uû yiyvéusvoc;, vouBETEÎTai d
« uèv ûtc8 tûv ttoXXcov cûç TtapotKivôv, Ev8ouaià£cov 8è
« XéXt]8e toùç ttoXXoûç.
« "Eati 8r) 08 v Ssupo ô Ttâç fjiccov X6yoç TtEpl tf\q

a TETfipxr|ç ^avtaç' f|V,


bxav xè tfjSé xiç Spcov icàXXoç, toO
«
àXr|8o0ç àvauiuvr|aKéuEvoç, TtTEpôxai, àvaTïTEpoùnsvéc;
« te <al TrpoSuuoùuEvoc; àvcarrÉoSca ASuvaxcov 8é, opvi8oç

« 8licr)v liXÉTtov avo tôv tccVrco 8è <xueXcûv, aîxiav ï)(£i cûç


-
« (^aviiccoq SicuceIuevoç cûç ccpa autr) Ttaacov tcov ev8ou- e

b 8 Ç[Link] (et Hermi.) : auv. Burnet ||


x<xt' eISoç : to xoit' eï.

Heindorf Schanz sxaaTov eî. Badham ||


ex. [Link]ûv : tô èx tz.
Vollgr.
Il
C 1 îôv (et Hermi.): del. Vollgr. îo'vt' Badham Thomps. olov B2
rec (i. m.) || Çuvaipoû<[Link] : auv. Burnet ÇuvaipoutAÉvcov Heindorf
Schanz ||
a 8* : Se W ||
l\ àvaxyj/acrac : lit. eras. post x W ||
6 àei :

al. codd. d ectti : -tv B [xvtJlit)


Hermi. -iaï] codd. Proclus 9e6î ... :

W
|| ||

6cïos(et Hermi. 1
) : ô 8eoç ... Oeïôç Hermi. (ff.) 8sô; ... Oedç Hermi.
(yp.) 0£Ôç ô ... Oeo'î id. (fp.) Plut. Qu. conu. 718 f ||
8 àei : aï. codd. ||

d 3 Xê^Oe : kti
-Oev T H A (et Hermi. ): 1
-tiv BT ||
ô (et Stob.
Hermi. 1
) : om. Hermi. qq 29 ||
5 rv
( (et Stob. Hermi. 1 ) :
7)
Vin-
dob. 89 et al. iv'
uulg. TÔ ttj 8É (et Hermi. ) to tï|8c B tôÔ' rjSrj 1
:

W
||

uel to 8' t]8t] Stobaei codd. tou... 6 àva^TEpoupEvoç om. add. :

i. m. W 2
pr. m. ||
6 ^tepûtat
||

:
-pouTcu W 2
Stob. EJîTspcoTat Herm. 1
||

àva^TEpoOpevdç te xaî Spengel(prob. Wilamow. II a64) te xcu àvaJtT. :

codd. Stob. Hermi. Burnet te x. secl. Schanz àvarx. secl. Thomps.


1

Il -[Link]<xi Ven. 184


7 rcpoôujAOupEvoî (et Stob.): 8 ot'xrjv post StXTjv ||
:

distinxisse [Link]. 174 3a sq. àpEXàiv (et Stob. Hermi.) à. ||


:

SiaxEXfj Vahlen tyu 1/7) Ven. 184 -eiv Stobaei codd. || e 1 :


||

[Link]ç -xôç B aÛTrj (et Hermi. ) auTr, B auTr] Stob.


1
: :
||
249 e PHÈDRE 4S

« même temps que faite des meilleurs éléments, aussi


« bien
pour celui qui en est le sujet que pour celui qui y
« est associé et, en outre, que la présence de ce délire chez
;

«
qui aime les beaux garçons fait dire de lui qu'il est fou
« d'amour Toute âme d'homme en effet a par nature,
!

« ainsi
que je l'ai dit, contemplé les réalités: autrement,
elle ne serait
«
pas venue dans le vivant dont je parle. Mais
250 « trouver dans les choses de ce monde-ci le moyen de se
« ressouvenir de celles-là n'est pas aisé pour toute âme,
ni pour toutes celles qui alors n'ont eu
«
qu'une brève
« vision des choses de là-bas, ni
pour celles qui, une fois
« tombées en ce lieu-ci, ont été assez malchanceuses
pour se
l'injustice par on ne sait quelles fréquen-
« laisser tourner à
« tations et
pour y trouver l'oubli des augustes objets dont
« en ce temps-là elles ont eu la vision il n'en reste donc ;

«
qu'un petit nombre auxquelles appartienne en suffisance
<r le don du souvenir. Mais, quand il arrive à celles-ci
«
d'apercevoir une imitation des choses de là-bas, elles sont
« hors d'elles-mêmes et ne se possèdent plus !
Quant à la
« nature de ce
qu'elles éprouvent, elles ne s'en rendent pas
b «
compte, faute de pouvoir s'analyser comme il faut.
« Ce
qu'il y a de sûr, c'est que Justice»
Le P
deJa Beauté.
*
Sagesse, tout ce qu'il y a de précieux
« encore
pour des âmes, ne possèdent
« aucune luminosité dans les images de ce monde-ci à :

«
grand peine, au contraire, de troubles instruments per-
ce
mettent-ils, et même à un petit nombre de gens, de
« recourir aux représentations de ces objets pour contempler
« en elles les traits de famille que ces représentations ont
« gardés. La Beauté, elle, était resplendissante à voir,
« en ce temps où, unis à un chœur fortuné, ces gens-là
« avaienten spectacle la béatifique vision, nous à la suite de
« Zeus et dans son cortège, d'autres dans celui d'un autre
« dieu ;
ce temps où cela était sous leurs yeux ;
où ils s'ini-

« tiaient à celle des initiations dont il


y a justice à dire
« qu'elle atteint la suprême béatitude ; mystère que nous
c « célébrions dans l'intégrité de notre vraie nature et exempts
« de tous les maux qui nous attendaient dans le cours ulté-
« rieur du temps intégrité, simplicité, immobilité, félicité
;

appartenant à leur tour aux apparitions que


« l'initiation a

« fini par dévoiler à nos regards au sein d'une pure et écla-


43 «ÊAIAPOE 249 e

« auàaeov àplaxr) te koI è£ àplaxov, x$ te e^ovtl Kal x£>


« koivqvoOvti auxf)ç, ylyvExai, KOt ^ ^TL Tauxrjç uexéx<»v »

«
xfjç pavlaç, 8 Ipûv xSv kccÀôv Ipaoxfjç KaXEÎxai. Ka8
« àTtEp yàp eïpïlTai, Ttâaa pèv àv8p<imou *\>v\i\ «pûaEi
« TEBÉatai xà 8vxa' f)
ouk av rjXBEv eIç x68e x8 £coov.
« 'Avajmiv/|CKEa8ai 8è Ik xûvSe Ikelvoc ou ^ASlov aTtàcrr|, 250
« oûxe 8aai |ipa)(É<ac; eîSov x6xe xàKEÎ, 008* at, SsOpo
« TtEOoOaai,
èSuaxû^aav ôaxE, imé xivov ô^lXlGv ettI xo

Xf|8r|v Sv x6xe
« &5lkov xpa-néjiEvai, eTSov tEpûv e^eiv
a ÔXlyai 8r| XElTtovxai aîç x8 xf]ç jiv/|tirjc; tKavSç TtàpE-
« ctxiv. AOxai 8é, 8xav xi xôv èKEÎ ôuolœua ïScocnv,
« EKTtXf|Xxovxai Kal oôké8' aôxôv yIyvovtoil. 8' iaxt x8
a Ttà8oç àyvooOai. Sià x8 ur| Ikcxvgùc; SioacBàvsaGai. b
« AïKaioauvrjç uèv ouv <al o<a<ppoauvr|<; Kal oaa aXXa

a xtuia ipu)(atç oôk IvEaxt (pEyyoç oûSèv Iv xoîç t^Se


a ôuoiobuaaiv àXXà Si* à^iuSpGv Ôpyàvcov u8yi.c; aûxSv Kal
a ôXlyoi, ènl xàç EtKdvaç tévxEÇ, OEÛvxai x8 xoO EÎKa-

« aSÉvxoç yévoç. KaXXoçSèxéxE f]v


ISelv XauTtpév, 8xe, aùv

oi|uv te Kal Béav. ettouevoi


« EuSal(iovi \opQ>, uaKaplav
« uExà ^êv Al8ç f^uEÎç, aXXoi 8è jiex' aXXou 8eôv, eÎ86v xe
« Kal exeXoOvxo xôv xeXexûv f)v 8e(j.iç XÉyEiv uaKapuo-
« xàxr|V fjv â>pyià£ouEv, 8X6KXr)poi uèv auxol 8vxeç Kal c
a aTtaOeîç KaKcàv 8aa rjuaç Iv ûaxEpcp XP^ V 9 ûttIuevev,
« 8XéKXr|pa 8è Kal aTtXa Kal àxpEuf] Kal EÛSaluova (pàouaxa
« puou^iEvot xe Kal Ittottxeuovxeç Iv auyfl Ka6ap& KaSapol

6 3 xaî oxt : 8iOTt ci. Riese 4 xaXetTai (et Hermi.) :


yfyvsTai
Stob. 250 a a oSte W 2
(em.
||

s.
u.) où8è
: W
Taxe! : xa èx. W
W
|| || ||
'
où'8 : oùo' 3 cûtrte T2 yp. : outs T €Ïtoc Heindorf || 4 è'yetv :
W
||

Ed^ov Heindorf || 7 èx^X^Ttov-tat W 2


(em.) -r|Tovcai
: oùx^ô' |j

aÔTtov (éau. Hermi.): -it' au. codd. -h' iv au. Hirschig Burnet
Vollgr. y ïatt : -Ttv T Schanz b 1 àyvoouai -atv T 5 ôXt'yot T 2 (a
||
:
||

exp.) :
-ot; T ôX. aùxtov olim Hermann 6 -coxe i^v tôt' r)v B Oxy.
||
:

(ut e spatio uid.) t. t' rjv Bekker


{]
8 te (et Oxy. 2) om. Oxy.
|| 9 :

twv (et Oxy. ut e spatio uid.) om. || t^v


recc. (et Hermi.) rj B : TW :

7)
T t) W' C 1 (ôpyià^otAsv ôpy. BT Hermi. 2 u^spevtv (et Oxy
Il
.
||

ut uid.) nspts'fi. Hirschig Vollgr.


:
4 aùyf] (et Hermi.) aÙTr, B. ||
:
250 c PHÈDRE 44

parce que nous étions purs et que nous ne


1
« tante lumière ,

« portions pas la marque de ce sépulcre que, sous le nom de


2
«
corps, nous promenons actuellement avec nous attachés ,

« à lui de la même façon l'est l'huître à sa coquille !...


que
« Trêve au souvenir C'est assez de cet hommage
! en nous :

« donnant
regret de ce passé, voici qu'à présent il nous a
« fait
trop longuement parler Or c'est de la Beauté qu'il!

«
s'agissait. Dans sa réalité, disions-nous, elle resplendissait
d «
parmi les réalités dont il était question. Depuis notre
« venue en ces régions, c'est elle encore sur qui nous
« avons eu prise au moyen de celui qui est le plus clair des
« sens que nous possédons, elle-même brillante d'une supé-
« rieure clarté. De fait, la vision est la plus aiguë des percep-
« tions qui nous viennent par l'intermédiaire du corps mais ;

« la Pensée, elle ne la voit Quelles inimaginables


point !

« amours ne nous donnerait pas si


pareillement elle
celle-ci
3
,

donnait d'elle-même quelque claire image qui parvien-


a

« drait à la vue, et ainsi des autres réalités, toutes aimables,

qu'elles sont Mais non: seule la Beauté a obtenu


« autant !

« ce lot de
pouvoir être ce qui est le plus en évidence et ce
« dont le charme est le
plus aimable,
« A la vérité, celui
e
qui n'est pas fraîchement initié ou
« bien qui s'est laissé
corrompre n'est point vif, d'ici, à se
a
porter là-bas, vers la Beauté en soi, quand il contemple
« ce à
quoi, en ce monde-ci, est appliqué son nom*. Aussi
« n'est-ce point avec vénération
qu'il tourne
dans cette
* « direction ses
regards ;* mais au contraire, s'abandonnant
« au plaisir, il
agit en bête à quatre pattes, il se met en
ce devoir de d'engrosser, et, se familiarisant avec la
saillir et

pas, il n'a pas honte non plus, de


« démesure, il ne craint

251 «
poursuivre un plaisir contre nature. Quant à celui
au
« contraire qui vient d'être initié, celui pour qui l'abondant
« objet de ses contemplations, ce furent les réalités de jadis,
« celui-là,
quand il voit un visage d'un aspect divin, imi-
« tation réussie de la Beauté, ou quelque corps pareille-

i. C'est le terme du mystère, Vépoplie : l'initié contemple l'image


illuminée du dieu (Banquet, p. 67, n. 4).
a. Peut-être « le nom actuel de corps »
:
(cf. Crat. 4oo c).
Allu-
sion au sôma-sêma (corps-tombe) des Orphiques (Gorgias !\<$ a).
3. Sur la Pensée, valeur suprême, voir Phédon 69 a-c et al.
4. L'Idée est l'unité d'une multiplicité, qui lui doit sa dénomination
44 <Ï>AIAP02 250 c

« ÎSvteç iccil
à[Link] toutou 8 vOv Sf) aûpa TtEpicpÉpovTEc;
« èvopà£op.£v, ôarpÉou Tp6nov [Link]... TaOTa
« pèv o3v pv^ur) KE^aptaBco fjv, Tt68ç> Si* tûv tSte, vOv
«
paicpSTEpa EÏpr|Tai. rispl 8è K<iXXouç, ôanEp EÏnopEv,
«
p£T* ekeîvov te IXapnEv 8v, SsGpS t' eX86vteç kccteiXi'i-
d
« cj>ap£v ciutS Sià if\q EvapyEaT<xTr|c; ata8f|a£Q<; tôv
«
fjpETÉpov, otIXBov èvapYÉaTctTa. "OiJaç yàp f^ptv ô£ut<xtt|
« tôv Sià ToO acôpaToç Ep^ETCii ataSi^aEcov, fj (ppdvrjaiç

«
oux SpâTca
-

Seivoùç yàp àv TtapEÎ^Ev ipcoTaç, el ti

« toioOtov âauTfjç IvopyÈc; eïScùXov napEl)(ETo eIç 8ipiv


« iôv, kolI t&XXoc Boa IpaaTâ. NOv 8è KaXXoç pSvov TaÙTT^v
«
ÊiapavÉaTaTov EÎvca <al IpaapicùTaTov.
Ia)(E poîpav ûo"t'
«
pèv
c
oSv Opr) veoteX^ç f) SiEcpSappévoç
ouk ô£,écoq 6

« evBévSe ekeÎoe
(pépETai, Tipèç ciutô t6 KaXXoç, Becùpevcc;
« oiutoO Tf]v tî^Se ETtQvuplav cxrz' ou oeBetcu Ttpoaopôv,
« àXX', f^Sovrj TtapaSoùç, TETpdmoSoç vépov ftalvEiv èm-
«
X ELP E^ Ka ^ "naiSoanopE'îv ical, uBpsi TtpoaopiXôv, oô
« SéSoikev oùS' ata^ûvETai Ttapà cpûcuv f|8ovr)v Siôkcov. 251
« 'O 5è àpTiTEXr)ç, Ô tûv t6te -noXuSEàpcùv, 8toiv SeoelSéç

« TTpéccoTtov ïôrj , icàXXoç eu pEpiprjpÉvov, fj


Tiva oôponroç

C5 à(n{pavTOt (et Hermi.) : [Link] Herwerden Richards ||


toutou :

-w ci. Henverdcn || Srj : om. Bet, exe. Burnet, omnes 6 8£8£apEup£'vot : ||

-vov B £v8£<5e<j.Évir] (se. rj <!rj/r|)


Plut, sed 8£0£ia. Stob., einsd. Plut,
uerba referens 7 uvï-urj (et Hermi. )
'| pviîpY] 8 cô<j7:£p <wç
1
: BW ||
:

Hermi. 1
||
d 1 ov ov B ov Oxy. îo'v uulg. |j 3 èÇjTacTïi (et Plut.) -T^pa
: :

Hermi. ||
4 tp/j'01.1 (et Plut.): EÏatv uel iaT'.v id. alibi, auct. Baiter
del. Vollgr. || aî<j8r{a£wv (et Plut.): 7ia6r)paTa>v id. in al. loco || fj
:
rj

B y çpo'vr)<j:ç (et Oxy. [ut uid.] Hermi.) :


çp. pàv Vollgr. ||
6 Éau-rî);
èv. uel eV8. om. Oxy. et eau. post
âvapyèî £Ï8wXov : uel alterutr.
scrib. y 7 m : oîov x. Buttmann Vollgr. TaJTr,v ... poîpav || (et Pro-
clus) :
TOtaÛTriv ...
p..
Hermi. tocj. ttjv p. olim Ast ||
e 1
p*) veoteXt);

(et Hermi. 1

) :
ut] reuera non del. T 2 àpTiT. Geer (cf. a5i a a) ï)

SiEcpOacpivo; (et Hermi.): r^ôt) eçô.


W ||
3 <i<JT'... 7:poaopà»v (et
||

Hermi.) : del. Vollgr. (cf. a5i a 5) || 251 a i 0Ù8' : 0Ù8È TVV Hermi.

Oxy. Hermi. ) iù\ veot. Gcer 3


1

Il
2 àpTtTEXrlî (et :ô ||
:
rj Oxy. ||

npo'aw^ov V8tj : tô. r.p. Oxy. xàXXoç: r\ x. s. u. Oxy.


|| || acipaTo; (et
Oxy.): àaaipaTOv uulg.
251 a PHÈDRE 45
« ment éprouve d'abord un frisson, et quelque
bien fait, il

« chose l'envahit sourdement de ses effrois de


jadis. Puis
« le voici
qui tourne ses regards dans la direction du bel
«
objet ;
il le vénère à l'égal d'un dieu ;
s'il ne craignait
« même de passer pour être au comble du délire, il offrirait,
« comme à une sainte image et à un dieu, des sacrifices au
« bien-aimé !
Or, au moment où il voit, se fait en lui le
« changement qu'amène le frisson : une chaleur inaccou-
« tumée. C'est que, unefois reçue par la voie des yeux
b « l'émanation de la beauté, il s'échauffe, et l'émanation
« donne de la vitalité au
plumage; réchauffement, de son
1

« côté, fait fondre ce qui, concernant l'expansion de cette


« vitalité, s'était depuis longtemps fermé sous l'action d'un
« durcissement et
l'empêchait de germer. Mais l'afflux de
« l'aliment un produit gonflement, un élan de croissance
« dans la tige des plumes à partir de la racine, dans tout le
« dedans de la forme de l'âme. L'âme en effet, au temps
«
jadis, était tout entière emplumée ;
la voilà donc, en
c « celui-ci, dans une ébullition générale et toute palpitante ;

« ses
impressions sont exactement ce que sont, dans le cas de
« la dentition, les de ceux qui font leurs dents,
impressions
«
quand ils sont tout juste en train de les percer : une déman-
«
geaison, un agacement 2 ,
c'est identiquement ce qu'éprouve
« en vérité l'âme de celui chez qui commencent à pousser les
«
plumes ;
elle est à la fois en ébullition, agacée, chatouillée
« dans le
temps où elle fait ses ailes.
« Or donc, le voilà qui regarde dans la direction de la
« beauté du jeune garçon. De là provient un flot de parti-
« cules, et c'est précisément pour cette raison que ce flot est

collective et l'existence de chacun de ses termes. Cette opposition


s'exprime souvent par celle de deux mondes l'un au-dessus de nous, :

perdu dans le lointain, perdu aussi pour l'actualité du souvenir ;


l'autre, d'ici-bas et actuel. Cf. a4a c, a5o ab, 274 a ces grands, ces :

augustes objets sont la réalité réellement réelle de 2^7 c fin, e déb.


1. Cette physiologie de l'émotion amoureuse, qui est bien dans le

ton du mythe, se comprend mal si, au mot grec que j'ai rendu par
donner de la vitalité à (ranimer), on donne partout son sens propre :

arroser. On ne s'explique plus alors que, par l'effet de la chaleur, ce

qui était durci, puisse fondre et donner issue à la poussée du germe.


a. Les mots dans les gencives ont été éliminés ici comme étant une

glose :
je doute que cette précision ait semblé nécessaire à Platon.
45 ^AIAPOS 251 a

« tSéav, Ttpôxov uèv I<ppi.E,E


Kal xt xôv t6te ÛTrf)X8Ev
« aôxèv Seiucxxcûv etxa Ttpoaopôv â>q 8eov aéÔExai Kat, el
«
uf)
eSeS'iel xrjv xfjç acp68pa uav'iaç 5<J£av, 8uoi av qç
«
àyàXuaxi Kal 8eô xoîç TtatSiKotç. 'ISévxa Se, auxov oîov
« ek xfjç (pplKrjç uExa6oX/| xe Kal ISpàç Kal 6£pfci6xr|ç
« ài^Sr)*; XauSavEi' Ss^à^Evoc; yàp T °û KaXXouç xf)v b
«
aTtoppof|V 8ià xûv ôuuàxov l8Epuàv9r|, fj f\
xoO TtXEpoO
«
cpuaiç apSEXou* SEpuavSÉvxoç 8é, lxaKr| xà TtEpl x#|v
«
lK(puaiv fi TtàXai uTtfc OKXr)p<Sxr|Xoç auuuEUUKOTa EÎpyE
«
\ii\ (iXaaxàvEiv EmppuElar|ç Se xfjç xpotpfjç, $8r)aé xe
« Kal &p\i.r\OE (puEO"8ai àno xfjç fiLE,r\q 8 xoO TtxEpoO KauXèç
« ûttô ttSv x6 xfjç ipu)(fjç eTSoç. rifiaa yàp fjv xè TtàXai
£eÎ ouv iv T0ÙX9 8Xr) Kal àvaKT)KlEi Kal, bîTEp C
-
« TlXEpCOX/)

« x8 xôv 58ovxo<puoûvx<ûv TtàSoç TtEpl xoùç 888vxaç


«
ylyvExaL 8xav àpxi cpùcoaiv, Kvfjalç xe Kal àyavàKxr|0"iç,
« xaôxàv 8f| ttettovSev f) xoO TtxEpocpuEÎv àp^ouévou ipu^n/
« £eî xe Kal àyavaKXEi Kal yapyaXl^Exai cpùouaa xà TtxEpà.
« "Oxav uèv ouv, liXÉTtouaa Ttp8ç x6 xoO TtaiSiç KàXXoç,

« IkeîOev ^Éprj ETiiévxa Kal p'Éovx' (fi Sf]


8ià xaOxa ïuspoç

a 4 IçptÇe (et Hermi. 1 ) :


-Çsv T Oxy. || 6rï)ÀGsv : -6s Oxy. ||
5
aÙTÔv (et Oxy.) addub. : Heusde teste Geer 8sip.àTu>v (et Oxy. ||

Hermi.): Setyjx. Hermi." Heusde 6 \lv\ eSsSîet Oxy. (xr; oso. ||


: TW {jltj

'ÔeS. Schanz Vollgr. jat] osStetT) B (sed sit] utuid. exp. B 2) iat] ÔeStoty)

oodSpa (et Oxy.) -a; B (a s. u.)


Bultmann SeStoi Ast 2
\ir\ ||7 xai :
||

ôsij (et Oxy. Hermi.) addub. Schanz Herwerden del. Vollgr.


:
toi; ||

îiaiotxoïç (et Oxy. Hermi.) auct. Herw. del. Vollgr. 8s (et Oxy.):
||
:

5' B Hermi. b a fl... 3 apSsTai (et Oxy.) secl. Schanz del. Vollgr.
1
||
:

IlT) f) (et Oxy.) yj


B 3 os (et Oxy. Hermi.) yàp Schanz 7 ônô
:
||
:
||

(et Hermi.): s^î Gray to tAXol'. om. Hermi. i85 18 sed habet 126 7
||
:

Il
C 1 £sï T 2 W 2 (si s. u.) (et Hermi.) Çfj T £tj : BW ||
a Ôoovtosuouvtwv
T2 (cm.) (et Hermi. ): 1
ôSo'vctov ©udvxtuv T ||
3 «ûtoaiv : -ai TW ||

xvtjsîç :
xt'v7)crî{ BW || àyavâxtTiai; :
ày. Jispt xà. ouXa codd. edd. ego
del. ut glossema ||
5 Çsï W 2 :
Ç9j BW || Cet... 5 jrrspa : forsan non

legit Hermi. ou. ta jbt. auct. Herwerden del. Vollgr. || 7 pipy)... 8


xaXstTai : secl. Ast è-iôvra (et Hermi.) : xat jvsovxa 2
(to'v
et ps' W
W apogr.
||

s. u.): kizipè.
xai tdvxa (Éîîtpps'.) in. Br^nou x. ^».
Ficin. àrc.
x. p*
.
Vollgr. ai-' l. x. p. Herwerden t. x.
sjtipps.
Badham.
251 c PHÈDRE 46

«
appelé vague de désir
la Une fois que l'âme l'a reçu, sa
1
.

« vitalité est stimulée, elle s'échauffe alors elle se repose de


;

joie. Qu'elle vienne au


d « sa souffrance, elle est dans la
« contraire à en être isolée et qu'ainsi elle se flétrisse, alors
« les embouchures des pertuis par où la plume se fait sa
« route se sèchent toutes ensemble et, s'étant fermées, in-
«
terceptent le germe de la plume. Mais celui-ci, ayant été,
« en commun avec la
vague de désir, intercepté dans l'inté-
« rieur de l'âme, saute à la façon d'un
pouls qui bat fort ;
« vient gratter dans les pertuis, chaque germe à chaque
il

pertuis ; si bien que, tout entière encerclée de piqûres,


«
« l'âme bondit follement sous la douleur, tandis
que le sou-
« venir
qu'elle a du
bel objet la met en revanche dans la

joie. Le de ces deux sentiments fait qu'elle se


«
mélange
« tourmente de ce qu'il y a de déroutant dans son état, et
« aussi qu'elle enrage de ne pouvoir en sortir 2 dans le délire;

e « où elle est, elle ne peut, ni dormir la nuit, ni pendant le


«
jour demeurer en place mais elle court, pleine de convoi-
;

ce
tise, aux lieux où, pense-t-elle, elle pourra voir celui qui
« possède la beauté. Or, quand elle l'a vu, qu'elle a fait
« dériver vers elle la vague de désir, elle commence alors à
« dégager ce qui auparavant était obstrué elle a repris son
:

«
pour elle c'en est fini des piqûres ainsi que du
souffle,
« douloureux travail, et c'est en
quoi aussi elle cueille pour
plaisir le plus délicieux. Voilà certes une condi-
« l'instant le
252 « tion de
laquelle elle n'accepte pas volontiers d'être éloignée,
« et il
n'y a non plus personne dont elle fasse plus de ca3
«
que du bel objet : mères, frères, camarades, tout cela est
« au contraire oublié ; la perte des biens, fruit de son
« incurie, ne compte à ses yeux pour rien ; les bons usages
« et les belles manières, dont jusqu'alors elle faisait sa
«
parure, sont englobés par elle dans un même dédain ;
elle
« est prête à l'esclavage, elle est est prête à dormir où on
3
« lui donnera
permission, au plus près de ce qu'elle convoite !

« C'est que, non contente de vénérer l'être qui possède la

i. Le mot grec est himéros, dont respectivement les trois syllabes

traduiraient (cf. a5i bc) les idées de mouvoir en avant (hiénaï) les

particules (mère) d'un courant (rhoë). Cf. Crat. 4aoab


et p. 3a, i.
a. A l'atopia (p. 5, 4) se lie l'aporia, incapacité de trouver issue.
3. Avec a5i e déb. comparer Banquet i83 a (Pausanias), ao3 d
46 4>AIAP0S 251 c

«
KaXeîxai) Se^ouév^, apSrjxai xe Kal 8epualvr|xai., ÀcocfiS
ÔSùvrjc; Kal YÉyr)8£V. "Oxav 8è x°P^ Y^ VT TOa
« xe xf]ç KOt ^ ^
)

&
aô)(jjuf)crr|,
xà xcov Sie^éScav axipaxa fj
xo nxepèv ôpufi
« cuvauaivô^Eva, pûaavxa aTtOKXetEt xf|v liXàaxrjv xoQ
« TtxepoO' f\
S' èvx6ç, UExà xoO IpÉpou àTtoKEKXEitiEvr),
«
Ttr|8ôaa oîov xà a<pû£ovxa, xfj 8le£,6Scû ly^ptEi, ÉKàaxr|

«
xfj
Ka8' aûxfjv, aSaxE Ttâaa KEVxoupÉvrj kukXcù f\ y\>vyî\

« oîaxpS Kal ôSuvaxaf pvfjurjv S* aS I)(ouaa xoO KaXoO,


«
yÉyT]8Ev.'Ek 8è apcpoxépcov pEuiYpÉvov àSrjuovEÎ xe xfj
« àxonla xoO TtàSouç Kal àTtopoOaa XuxxS, Kal, e^^avi']ç
« ouaa, oûxe vukxoç Suvaxai Ka0EÛ8Eiv oÔxe ue8' fjuépav e
ce oS av ?j uévelv 8el 8è TtoBoOaa ottou av oïqxai 3ip£a6ai
« xèv I)(ovxa xè KàXXoç. 'ISoOaa 8è Kal ETtoxEXEuaapÉVTï

ïuEpov, eXuoe uev xà x6xe cruuTtEcppaYpÉva àvaTtvofjv Se


-
«

« Xa6o0aa, KÉvxpav xe Kal àSivcov eXtj^ev, n,8ovr|v 8' aS


«
xaùxr|v yXuKuxàxriv ev xS Ttap6vxi KapnoOxai. "OSev 8r|
« ÊKoOaa EÎvai oôk àTtoXElTCExai, ou8é xiva xoO kcxXoG TiEpl 252

« tcXeIovoç TtoLEÎxaf àXXà ur)XÉpcov xe Kal ocSeAc^Gv Kal


« Exalpov Ttàvxov XÉXr)axai, Kal oôalaç Si* àpéXeiav
3
«
àTtoXXuuÉvrjÇ Ttap ouSèv xtBExat, vo^l^icov 8è Kal £Ôa)(r|-
« pévov oîç Ttpà xoO EKaXXconl^EXo Ttàvxov Kaxa<ppovr|-
« oaaa, SouXeùeiv éxolpr) Kal KoipaaOoa ortou av è$ xiç
«
EyyuxàxG) xoO Tt68ou. ripèç yàp xÇ aÉ6£a8ai xèv xè

C 8 8e)(0[«v7) 8. xôv
rpspov codd. xôv
: t. secl. Thomps. Burnet
del. Schanz Vollgr. 8. x$ îjJ^pw Heindorf ||
d a aù-/jxT)<iT], :uirgulam
post axo'paxa transpos. Heindorf Vollgr. 7j r\
B ôppa (et Her- ||
:
||

mi. 1 ): opvà ci. Naber 3 auvauatvopeva pûaavxa: a. xai p. Stephan >


||

post. a. interpunx. Heindorf a7uoxXe(et -xXVjet edd. 4 àrcoxe-


||
:
||

xXeip^V7) :
-ï)u.£vt) BT -rjpé'vT) 5 Ixâaxr) Ruhnken.
edd. -xrj BT :

W
||

(muto -.
saepiss. in déficiente, huius cod. lectio dubia) 6 ttJ xaô' ||

a&T7)v :
T7) Hermi. quasi non legens 5 xfj SieÇ-
xaO' au. BteÇoSoj 8
1
||

pspiYp^vwv pe;xety. Burnet Vollgr.


:
e a î) fl
B h IXuue ||
:
||
:

âXuQï] Hermi. «juprespayiiiva (et Hermi. ) aop7te:ip. B


1
||
5 xs 1
:
j|
:

om. Hermi. ||ù>otvcov (et Hermi.): ôSuvûv Badham 252 a a xs xat ||


:

xi x. naxépwv xat Heindorf 3 XîÀT]axat È7:iX^X. ci. Vollgr. :


Vollgr.
W incertum,
||

||
6 av Cet Hermi.) : iàv B || 7 èyyu^â'w :
-Vf BT (in
cf. ad aôi d 5).
252 b PHÈDRE ,
47

b « beauté, en lui seul elle a trouvé un médecin des peines


« les
plus grandes '. Eh bien cet état-là, mon beau gars, toi
!

« à qui je m'adresse, les hommes, il est vrai, le nomment


« amour, mais si je te dis comment l'appellent les dieux, ta
«
jeunesse sans doute ne fera qu'en rire On cite (certains!

« Homérides, je crois bien, qui les tirent de leurs réserves)


« deux vers en l'honneur d'Amour, dont le second en prend
« tout à fait à son aise et n'est pas d'une prosodie très régu-
« Hère. Or voici ce qu'ils chantent à
—Amour-qui-vole est,
:

« vrai dire, sonnom pour les mortels ; mais, pour les immor-
« tek, c'est VEmplumè, à cause de son pouvoir de faire pous-
c « ser des plumes. Permis, bien entendu, de croire à cela,
2
«
permis aussi le contraire I Toujours est-il que, pour ce
«
qui concerne la cause et l'effet, c'est précisément ce qui en
« est dans le cas des amants.
« Poursuivons celui
qui s'est fait
:

Chaque âme «
prendre, de ceux qui ont fait
s'il est
cortè 8e à Zeus est capable de porter,
C(
>
dont^elle a suivi
2e cortège. * avec une P ms solide assiette, le far-
« deau du dieu
qui tire son nom de
« son
emplumage. Quant à ceux qui furent les servants
« d'Ares et ont accompagné sa révolution, quand Amour
«
s'empare d'eux et qu'ils pensent avoir été injustement
« traités par leur bien-aimé, ils sont portés au meurtre et
«
prêts à se sacrifier eux-mêmes en même temps que leurs
d « mignons. Et de même, en rapport avec chacun des Dieux
« dont chacun fut le choreute, c'est à honorer ce dieu-là, à
« l'imiter le pluscomplètement possible, que se passe la vie :

« tant
qu'il n'y a pas eu contamination et que l'exis-
« tence vécue est celle de la première génération ici-bas,
« c'est encore selon cette manière d'être qu'on se comporte
« dans les relations avec les bien-aimés comme à l'égard des
« hommes en général. Ainsi donc, pour ce qui est de
(Diotime) et 192 de (Aristophane). Bien entendu, tout ceci répond
au discours de Lysias et au premier de Socrate, passim.
1. C'est ce que dit Aristophane, Banquet 189 d cf. ig3 a. ;

a. Tout le passage est visiblement une moquerie, d'abord de l'an-

tique usage d'affecter à une même chose deux noms, l'un, sacré et
l'autre, profane (il y en a des exemples dans Homère) ; ensuite de
ces trésors de variantes qu'avaient constitués les exégètes d'Homère.
Le second vers pèche par démesure, au figuré comme au propre.
47 *AIAP02 252 b

« koXXoç exovtcc, taxpèv suprjKE pévov uEylaTov b tqv


« tt6vcdv. ToOto Se t8 TtàSoç, S naî kcxXé Ttpbq 8v 8r] jiot
« 8 Xôyoç, avOpcoTToi jièv ipoxa ô^o^ià^ouaiv. 8eol Se S

« KotXoGoiv aKoûoaç eIk<5tg3ç Sià veéxrjTa yeXàaEi.. AÉyoual


c
« tiveç 0^ir|pL5cov ek tSv ànoBÉTOV Sùo Inr) EÎç
8é, oî^a'i.
« t8v "Epcoxa, Sv t8 IrEpov [Link].K6v Ttàvu Kal ou
c
« a<f>éSpa xi êuuETpov. Y^voOai 8è 58e
-

« xèv 8'
fjxoi 6vr|Tol jxèv "Epcùta KaXoOca TtoTr)v6v,
« àSâva-roi 8è riTÉpcoxa, 8ià TtXEpocpÙTop' àvàyKrjv.

« Toùtoiç C
8f| I^Eaxi u.èv Ttel6Ea8ai, e^ectti 8è \i.-f]' o^oç 8è
« fj y£ atxta Kal t8 Ttà8oç xôv IpcbvTcov toOto ekeîvo
« xuy)(ovEi Sv.

« Tôv [Link] ouv Ai8ç ÔnaSôv 8 Xr)<p8Elç êu6pi8ÉaT£pov


SûvaTai cf)épEiv to toO TTTEpcavû^iou a^Goq. "Oaoi 8è
«

« "ApE&ç te SEpaTtEUTal Kal ^iet' ekeIvou TTEpiETlàXoUV,


« 8Tav ûtt' "EpoToç àXcoat Kal ti olr|8ôaiv àSiKEÎaSai utt8

« TOO êpCà^EVOU, (pOVIKol Kal [Link] KaSlEpEUElV auTouç


<c te Kal Ta TtaiSiKâ. Kal outco Ka8' fxaaTov 8e8v oC à

fjv ^OpEUT^Ç" EKEÎVOV TljiCÛV TE Kal ^IJIOÛ^EVOÇ


« EKaCTTOÇ
« eIç t8 SuvaTÔv £rj* ëoç
av ?\ à5iâcf)8opoc; Kal it\v t^Se
« Ttpdî>TT]v yévEaiv (iioTEur), Kal toùtc») t$ TpdTtcp Ttpàç te

« toùç IpajAÉvouç Kal toùç SXXouç SjiiXeî te Kal Ttpoo<f>£-

b i
ê'jpT)xs
:
tju. Schanz Burnet Vollgr. a npô? ... 3 Xoyoç (et ||

Stob.) : auct. Naber del. Vollgr. 8rj 8k Stob. 3 ôvop.a£o'j<jtv : :

W W
|| ||

-3t Stob. Il
4 etxottoî : il. 81 Stob. || yeXâaet :
-ar) -<j6iç Stob.
-cstaç Hermi. (av -aetaç ci. Couvreur) ||
5 oTpiat : o* [xiv B ||
àîtoQiTwv:
à?:, non legit Hermi. addub. Wachsmuth
èrcûv codd. Stob. edd. sed èi:c5v
ad Stob. 6 tô ËTEpov (et Stob.) Oaxepov auct. Herwerden Vollgr.
||
:

|| ûëptaitxôv :;àvu 7t. u. Stob. Hermi. xat x.


:
6àxepov TW ||
:

Herw. Vollgr. 8 8' rjtot 8»j toi ||


Stob. jcoTï|vdv : BW ||

{et Stob.) tct^vov T 9 JttepoçpÛTOp' Stob.


:
-pdçutov B Hermi. ||
:

-pdçoixov TW -poçttuv (uel -pôçtTC-v) auct. Herwerden Vollgr. ci


k'Çea-rc ait. : -xiv T Schanz Burnet 4 èjxSptO^axepov kv6. B || 6 :

W
||

T;epte7idXouv
2
(em.) :
rcept èrcd.
W || 7 àXwat : -atv ||
8 autou; : au. T
B H d 3 Ç^ recc. :
Çijv codd. i| rj
:
r\
B ||
4 Pioteût) W (ex em.) : -et

BT II
Te :
yt TW ||
5 xat toù? : x. Ttpôj t. TW Thomps. Vollgr.
252 d PHÈDRE 48

l'amour des beaux garçons, chacun fait son choix de la


manière voulue et, l'objet de ce choix représentant
pour lui la divinité même, c'est comme une sorte d'image
sainte qu'il se fabrique et qu'il orne, dans l'intention de
l'honorer et de lui rendre un culte secret Ceux-là donc, !

dis-je,qui dépendent de Zeus cherchent que de Zeus soit


l'âme de celui qui sera aimé par eux ils examinent en :

conséquence si, de sa nature, il est philosophe et apte à


conduire, et quand, l'ayant découvert, ils se mettent à
l'aimer, ils font tout pour qu'en réalité il soit tel 1
. Par
suite, si c'est là un genre d'occupation dans lequel aupa-
ravant ils ne se sont pas engagés, à
présent qu'ils y ont mis
la main, ils s'instruisent à la source où ils en auront
quelque possibilité ; par eux-mêmes aussi, ils poursuivent
cette recherche. Or, quand ils tiennent la piste, leur

pour découvrir, par leurs moyens personnels, la


effort
nature de leur propre Dieu est couronné de succès, parce
que c'est pour eux une intense nécessité de regarder dans
la direction de ce Dieu.
Lorsqu'enfin ils l'atteignent par le
souvenir et que le Dieu dont il s'agit les possède, c'est à
lui
qu'ils empruntent leurs façons habituelles et l'occupa-
tion de leur activité, pour autant qu'il est possible à
l'homme de participer à la divinité. Bien entendu, ce
résultat, c'est au bien-aimé qu'ils le rapportent, et ils l'en
chérissent encore même
davantage ; ont-ils puisé à la
source de Zeus, pareils aux Bacchantes ils reversent
ce qu'ils y ont pris sur l'âme du bien-aimé, le rendant
ainsi le plus complètement possible semblable au Dieu

qui est le leur Tous ceux qui, d'autre part, ont suivi
!

dans le cortège d'Hèra cherchent un aimé de type royal,


et, quand ils l'ont trouvé, en tout ils procèdent à son

égard de la même façon. Ceux qui relèvent d'Apollon


ainsi que de chacun des Dieux, réglant leur marche sur la

sienne, cherchent que leur propre mignon ait un naturel


assorti. Et, quand ils ont acquis ce résultat en imitant eux-
mêmes leur Dieu tout comme en conseillant leurs bien-
aimés et en les disciplinant, ils les amènent à rapporter à
ce Dieu l'emploi qu'ils font de leur activité ainsi que leur

aspect extérieur. Cela dépend de la capacité de chacun


de :

leur part il n'y a point d'envie, pas de mesquine malveillance

i . Il se peut que ceci vise Dion : le mot diios (de Zeus) serait un
48 *AIAPO£ 252 d

«
pETai T6v te o3v ëpcoTa tSv kocÀûv npbq TpoTiou
«
EKXÉyETai EKaaxoç Kal, qç 8e6v aÛTOv ekeîvov 8vto,
« lauxco oTov ayaX^a TEKTalvETal te Kal KaTaKoapEÎ, &ç
«
Tmr|acov te Kal ôpyiàacov. Ot jièv 8f| oSv Aiôç At6v Tiva e
'
« EÎvai £r)ToOai Tn,v i|n>x?)v t ^ v ^ t a ^ T " v EpdbjiEvov cko- < >

« TtoOaiv oSv eI (piXôaocpoç te Kal r)yEpoviKÔç Tf|V cptiorv


« Kat, 8Tav aÔTÔv EÛpévTEÇ êpaaSûoi, Ttav TtoioOauv bncoç
« toioOtoç EOTai. 'Eàv oSv p.r) npéTEpov k\i%s.&8>ai TÔ
« t6te ETtL^ELpi |aavTEÇ ([Link] 8 avouai te S8ev
ETTiTT]SEi5^aTi,
s

« av ti SiivovTat Kal aÔTol ^lETÉp^ovTai' tyvEÙovTEç Se,


«
Ttap' lauTÔv àvEuploKEiv toO aepETépou 8eoO <pûaivTfjv
«
EÔTtopoOai, 8ià t6 aoviévaç f|vayKàa8ai npoç t6v 8eov 253
« (ÎXÉTtEiv Kal êcpanTO^Evoi aÔToO Tfj pvfj(mj Ev8oucnûvT£ç
« !£ ekeIvou Xau.6àvouai Ta I8r) Kal xà ETtiTr|SEÛ^aTa,
« KaB' 8aov SuvaTov 8eoO àvSpcimco jjiETaa^EÎv. Kal tout© v
«
Sf)
t6v IpQjiEvov [Link] ETt te paXXov àyaTtûai, kSv
« Ik Aiàç àpuTcoaiv, SoTCEp at fiaK)(ai ènl Tf)v toO êpca-
« u.évou i^uj^v ETiavTXoOvTEc;, TtoioOaiv â>ç Suvcxtôv
1
« Ô[Link] tô acpETÉp© 6e^. "Oaoi S aS jaeS' "Hpaç
« eïttovto, ftaaiXiKov £rjToOai Kal, EOp6vT£ç, TtEpl toOtov b
« TtàvTa Spcoai Ta aÔTdc. Ol 8è 'Atx6XXov6<; te Kal EKàarou
« tôv 8eôv oîJto, KaTà tôv 8e6v USvteç, £r)ToOai t6v
«
acpÉTEpov TtaîSa TtEcpUKÉvai. Kal, &Tav KTf|acùVTai, jupoù-
« [Link] aÔTol te Kal Ta TtaiSiKa tte18ovtec; Kal jSuSjil-
« £ovteç, eIç t6 ekeIvou imTr|5£uu.a Kal ISéav ayouaiv
« 8ar| licàaTCû Sùvcxuac;, ou cp86vcp oùS' àv£À£u8Épcp Suct^svelol
«
)([Link] Tipèç Ta TtaiSixà, àXX', eIç ôp.oi6Tr)Ta aÛTOÎç

e i Aïdv (et
Hermi.) tmôv oV ov B :a èpwjxevov TW :

W
||

èpcopivtov 253 a 4 toÛtcdv Hermi. touxov codd. 5 xav 1


:

W
|| ||

Hermi. xàv BT xàv


:
y$.v ex Hermiae interpr. auct. Madvig
Schanz Vollgr. 6 Aiô; (et Hermi.) Atovûcou ci. Geer
|| àpuTfoctv :
||
:

exe. Schanz, non hic sed post (Soxyat interpung. omnes 8 "Hpaç ||

T (em.) (et Hermi. ) r^ipaç


2 1
: BW
b a 8pûat -atv BT l\ ;:aî8a :

W
|| ||

jtcipuxévai : del. Badham 2 jc. -xoia Badham 1


||
5 jbu6[xi'Çovx£s
:
u6p(Ç.
||
8 auTOÏç Heindorf : au. codd. Hermi.

IV. 3.-7
253 b PHÈDRE *9
« à l'égard de leurs mignons ; tout au contraire, c'est à leur
« ressembler à eux-mêmes et, totalement, de tout
point, à
« tel Dieu qu'ils honorent, c'est à cela qu'ils s'efforcent le
«
plus possible de les amener, c'est pour cela qu'ils se
« conduisent comme ils font. Concluons : les aspirations de
« tout amant véritable et son initiation, à condition du moins
«
qu'il prenne, pour réaliser ce à quoi il aspire, la voie
« dont je parle, voilà quelles en sont la beauté, la félicité
«
pour celui qu'un ami dont Amour cause le délire a pris
« en amitié, à condition
que celui-ci ait été conquis.
« Or voici maintenant de
quelle façon
Les alternatives
de l'amour.
« se fait prendre celui qui a été
«
conquis. Rappelons-nous qu'au com-
mencement de cette fable nous avons dans chaque âme
distingué trois sortes de choses il
y en a deux qui sont
:

du type cheval, tandis que la troisième a fonction de


cocher à présent encore tout cela devra demeurer. Et
;

maintenant, de ces chevaux l'un, disons-nous, est bon, non


pas l'autre mais en quoi consiste l'excellence du bon ou,
;

chez le vicieux, son vice, c'est ce que nous n'avons pas

expliqué et qu'à présent nous avons à dire. Eh bien le !

premier des deux, et qui est celui dont plus belle est la

condition, a le port droit; il est bien découplé, il a l'en-


colure haute, la ligne du chanfrein légèrement courbe ;
son pelage est blanc ; ses yeux, noirs ; il est amoureux
d'une gloire qu'accompagnent modération et réserve ;

comme il est compagnon de l'opinion vraie 1 pour être ,

conduit il n'a pas besoin qu'on le frappe c'est assez d'un :

encouragement ou d'une parole. Le second, par contre,


est de travers, massif il est bâti on ne sait comment ;
;
il

a l'encolure épaisse, la nuque courte, le masque camard ;

calembour sur son nom ; l'homme qui, ayant suivi Zeus, garde son
équilibre sous le poids de l'amour (a5a c), qui est philosophe et apte
à diriger, qui cherche à rendre tel l'aimé chez qui il en a deviné la

promesse, ce serait Platon lui-même.



Plus loin (a fin), peut-être
faut-il lire Dionvsou (de Bacchus) et non Dios (de Zeus). On voit mal
en effet pourquoi celui-ci serait de nouveau mentionné, et l'image
des Bacchantes convient mieux à l'autre. —
Après ce qui a été dit à
a46 e sq., on se sent ici en pleine astrologie notre caractère dépend
:

de l'astre d'où provient notre âme.


i . Il
possède en effet une nature moyenne docile aux ordres du
:
49 $AIAPOS 253 c

« icctl
x$ 8eô 8v &v Ti^ôai Ttfiaav nàvxaç 8xi ^làXiaxa C

« Tteip&tiEvoi ayEiv, oOt© TioioOat. llpoBu^la p.èv o8v xûv


« cbç àXrjBûç epcôvTcûv, Kal xeXextj èàv yE 8iaTfpà£<ovxai 8
« Ttpo8up.o0vxat
fl XÉyco, oôto KaXfj te Kal EuSai^oviKn, ôno
« xoO Si' "Epcoxa fciavévxoç <plXou x§ <piXrj8ÉvTi ylyvExai,
a làv atpeBrj.
c
« AXlaKExai Se 8f)
& alpESElç xoiûSe xpÔTKp. KaSaTtEp
a Iv
àpxfj toOSe xoO y.\j8ou tptxfi SieIXojiev vpu^v
« tTmo^ôpcJxa ^ièv Sùo xivè EÏSr), /)viox<-kov Se
éicacrTTjv,
« EÎSoç xptTov, Kal vOv Ixi i*)jiîv TaOxa ^evétcû. Tôv Se d

« Sfj ÏTrncov ô (aev, <pap.év, àya86ç, ô 8' oO. 'ApExf| Se xlç

a xoO àya8o0 f\ KaKoO KaKla, oô SieIttojiev vOv Se Xekxéov.


«
c
O jièv xolvuv aôxoîv ev xfl KaXXlovt. axàaEi &v, x6 xe
a EÎSoç Ôp8oç Kal Sir|p8pa>jiÉvoç, ûiyaûxTlv, ETtlypuTioç,
a XeukSç ISeîv, ^eXavé^axoc;, xifcif^ç Épaaxrjç [Link]à aaxppo-
«
oiivr|ç xe Kal alSoOç Kal àXrjBivfjç So^rjç éxaîpoç,
« aTtXr|KXO(; KEXeùapaxi povov Kal X6y9 fjvioxEtxai.
c
O S'

a aS, gkoXuSç, TtoXûç, EÎKfj au^TtE(popr)pévoç, KpaxEpaû- e


a
XT 1
V ) Pp MKMTpAyuXoç, amoTtp6a©Ttoç, ^EXàyxpoç, yXauK-

C 2 oûxto ||
îiotouat : -atv Vollgr.
:
-xto; TW
7tpo8ujjua (et ||

Hermi. 1
Vollgr. (cf. c 4)
) : -t'otv3 xeXexz{ em. Paris. 1808: -xt{v ||

14 20 xô
Vollgr. (cf. ibid.) xeXeuxr) codd. (cf. Hermi. 19a éâv -
xeXoç) ||

ye... TtpoOotxouvxai : del. Badham Vollgr. èàv ye 8ta7tpàÇu>vxati : ||

èav x' èvStctTtp. BT eâv y' èv8. W èàv 8iot7tp.


Hermi. èav y' eu 8.
G. Hermann làv [xèv 8. Graser lâv xt ev 8. Winckelm. ||
l\ îj Xé'yeD
Heindorf ?}v Xlyto : TW Thomps. yjv 8' âyto B ^ 8' èyto X. ci. Stallb.

Xe'yw, î) Vollgr. Il
5 Yt'Yv
etat :
**nw B II
6 aîpeôf) :
alpf;
auct. Badham
Vollgr. eupeOfi Heindorf 7 ô atpeOeîç (et Hermi.) secl. Schanz del.
:
||

Badham Vollgr. ô eupe. Heindorf 8 Stet'Xoaev Hermi. (Heindorf): ||

8ieiXo'fAT)V
codd. || 9 îjtTtojAÔpçco -çu> B 8ûo (et Hermi.") : 8tia> :
||

Hermi. |[
d a Imaaw : -moB || çajilv (et Hermi.): Içajxev Gornar.
Vollgr. j|
xaî xou Hirschig Vollgr. || 4 aùxotv (et Hermi. 1) :
3 ri
: <•

-xc3v B H
axàaei (et Hermi.) : eÇet dubit. ci. Herwerden 7 xe om. ||
:

Hermi. ||
xat ait. del. Badham Vollgr. || àXr)6tvrj$: om. Heraclit.
: 8 ||

xeXeucfxaxt T 2 (a interpos.) (et Hermi.) :


xeXeup.. BT Thomps. Vollgr. ||

rjvtoyeïxat: -y_oiipevoç ci. Herwerden [î


© 1
noXôç, ttxfj (et Hermi.): iz.

xai cL Ast 7:oXu£i8tjç, et. Winckelm. n. damn. Naber xpotxepaupjv :

W Vindob. 109.
||

xapxep. Hermi. ||
a ppayoxpâ^TjXoj (et Hermi.) :
|3apu.
253 e PHÈDRE 5o

« sa couleur est noire et ses yeux gris, sa complexion plutôt


«
sanguine
'
; compagnon de la démesure et de la gloriole, ses
« oreilles, pleines de poil, sont sourdes et c'est à peine si le
2
« fouet garni de pointes le fait obéir. Cela étant, quand à la
« vue de l'amoureuse apparition le cocher, qui par la sen-
« sation a
répandu de la chaleur dans la totalité de son âme,
« a presque son compte du chatouillement et des
piqûres
« causées par le regret, alors celui des chevaux qui obéit doci-
254 « lement au cocher; celui à qui, aussi bien toujours qu'à pré-
« sent, s'impose la contrainte de sa réserve, se retient de fondre
« sur l'aimé. Mais l'autre, qui ne se soucie plus ni des pointes
« du cocher ni de son fouet, d'un bond violent s'élance et,
« donnant à son compagnon et à son cocher toutes les peines
«
imaginables, il les contraint à se porter vers le mignon et
« à lui faire entendre combien sont délicieux les
plaisirs
« d'amour Au début, tous deux se raidissent avec indi-
!

b «
gnation devant une contrainte qui tend à ce qu'ils jugent
« abominable et contraire à la loi ;
ils finissent pourtant,
«
quand mal ne connaît plus de borne, par se laisser sans
le
« résistance mener de l'avant et ils consentent à faire ce à
«
quoi on les invite.
« Les voilà donc tout contre regardent l'apparition ; ;
ils
3
« elle flamboie : c'est le bien-aimé
Mais, à sa vue, les sou- !

« venirs du cocher se portent vers la réalité de la Beauté :

« il la revoit,
accompagnée de la Sagesse et dressée sur son
« socle sacré l'a vue dans son souvenir, et un mélange
! 11

« de vénération l'a fait se renverser en arrière ;


de crainte et

c « du coup, il a été forcé de tirer par devers lui les rênes


« avec une telle vigueur qu'il a fait s'abattre les chevaux sur
« la
croupe, l'un et l'autre: l'un, sans contrainte parce qu'il
« ne se raidit pas; l'autre, le révolté, en le contraignant
« rudement. Tandis qu'ils se retirent plus loin, l'un, sous

cocher, l'intellect qui connaît le vrai (2^7 c), mais attelé avec la
passion ; il se confond donc avec le thumos (Rèp. IV 43g e-44i c).
Aussi s'en tient-il à l'opinion droite, moyenne entre ignorer et savoir
(Banquet 20a a) comme
s'y tiennent les militaires de la République,
;

classe moyenne à qui les philosophes dictent ce qu'elle doit croire.


1. Peut-être ceci concerne-t-il les yeux : injectés de sang.
2. Ou le fouet avec le secours de la
pointe (l'aiguillon). Mais le

grec dit : les pointes (ici et infrai).


3. Réplique de l'apparition de l'idole au terme du mystère : le
5o *AIAPOS 253 e

« ép^axoq, u^ai^oq, û6pecoq Kal aXa£ovElaç éxaîpoç,


a Ttepl Sxa Xàaioç, Keocpoç, uàtrriyi UExà KÉvxpeov u6yu;
« ûtieIkqv. "Oxav 8* o8v 8 r^vlo^c-c;, tSàv x6 IptoxiKèv
«
Bjiua, Tcfiaav ata8f|a£i 8ia8Epu/)vaç xfjv *\>vyt\v, yapya-
« Xta^ioG xe Kal ti68ou KÉvxpov ÛTTOTtXr|a8fj, 8 uèv eôxiEiBfjc;
« xô ^vi6x» tôv timcov, àet xe Kal x6xe alSot fiia£6- 254
« UEVOÇ, laUXèv KaxÉ^EL uf| ÉTUTtr|8âv xÇ ÈpouÉv<{r 8 8è

« oflxE
KÉVXpOV f)VLO)(lKÔV oflxE uàaXiyOÇ EXL EVXpÉTTEXai,
« aKipxôv 8è (ila cpÉpExai Kal, Ttàvxa Ttpàyuaxa napé^cov
a
x$ o-u£uyl xe Kal f)vi8x<p, àvayKa^Ei levai xe Ttp8<; xà
« TtaiSiKa Kal uvslav TtoiEÎaBai xfjÇ xôv àcppoSialesv
«
xaptxoç. Td> 8è Kax'
àp^àç jièv àvxiXElvExov, àyava-
« kxoOvxe ébç Ssiva Kal Ttapavoua àvayKa£ouÉv(»' xeXeu- b

a xôvxe 8é, oxav urjSèv ?\ Ttépaç KaKoO, TtopEÛEaBai


« àyo^Évco. EÏ£,avxE Kal 8uoXoyf)oavxE Tfoif|aEi.v xè- keXeu6-
« UEVOV.
a Kal Ttpèç aôxô x' èyÉvovxo Kal eÎSov xfjv 8i|nv xr|v
a xôv TtaiSucâv àoxpànxouaav. 'ISovxoç 8è xoO fjvi6)(ou, f\

«
uvf)^ir| xoO koXXouç cpûaiv t^vÉ^Br), Kal naXiv
Ttp6ç xi*|v

a eTSev aôxr|V UExà acocf>pocnjvr)ç èv àyvéù fta8pa (ÎEBôaav


« ISoOaa 8é, ISeuté xe Kal aEcpflEÎoa àvETtEOEV ÛTtxla* Kal
a aua ^vayKaaSr) eIç xounlaQ iXKviaai xàç rjvlaç outco c

a
ocp68pa &ax* etiI xà la^la aucpco KaBloai xcb ïtittcû, x6v
a jièv EKévxa Sià xo uf| àvxiXElvEiv, xàv 8è ûBpiaxfjv
« uàX' &Kovxa. "AtceXBôvxe 8è à-ncùxépca, ô uév, ôtc'

6 3 ûçaijxoç xat uç. Ast


:
4 7rept wxa Xaato;, xu>«po'î (et Plut.
||

Hermi.) : n. Xaatdxwipoç B Synes. Photi. Xaatdxu>f>Oî (secl. K. <a.)


ai.

Winckelm. Xàaio; (secl. 7t. w. et xu>p.) Badham 6 a'.aOïJaet (et cf. ||

Hermi. 197 3 ): addub. Heindorf al'Qet G. Hermann tuipw Herwerden


Il7 xivxptov Ktepàiv auct. Herwerden (cf. a55 d 1) Vollgr.
: 254 a 1 ||

àet at. codd.


: 5 tjvio-/u> x<5 tj. auct. Herw. Vollgr.
||
8 xio xû B
:
||
:
||

b i xeXeuTôivxe :
-xeç B ||
8 êv àyvw paôpw (et Hermi.) : èv (5<x8potç

àytotç Plut. Ad princ. inerud. 5 781 f èv àyvoïç |3i6po:s lamblich. ap.


Stob. Il
Ci IXxuaat (et Hermi.) èxXûaat ||
oûxto
:
-xa»; W : W ||

a xà> tj:7:u» T2 (em.) : xw -7«o T ||


3 Stà... 3 àvxtxet'vetv : del.

Hirschig Vollgr. || l\ u4X' : -Xa TW j| àjtwxe'pu)


: à^o. W.
254 c PHÈDRE 5i

« la honte et l'effroi, mouille de sueur l'âme tout entière ;

« mais l'autre, une fois passée la souffrance que lui ont fait
« endurer et le mors et sa chute, n'a pas encore repris
« haleine que déjà sa colère se répand en invectives et qu'il
« abreuve de ses reproches le cocher ainsi que son compagnon
« d'attelage par lâcheté, par pusillanimité, ils ont déserté
:

« le rang et trahi leur engagement Et, comme de nouveau, !

d «
malgré leurs refus, il les met en demeure de revenir à la
« charge, c'est à grand peine qu'ils obtiennent de lui qu'on
ce remette à une autre fois. Puis, quand arrive l'époque
« convenue, comme ils font tous deux mine d'en avoir perdu
« souvenance, il les en fait de force se ressouvenir, il hennit,
« il tire une fois de plus il les a contraints d'approcher du
:

« bien -aimé,
pour lui tenir les mêmes propos Enfin, main-
!

ce tenant que les voilà à


proximité, il se penche en avant sur
« lui,
déploie sa queue, il mâchonne
il le mors, il tire sans
«
vergogne. Le cocher cependant a ressenti, plus vivement
e « encore, le même sentiment ; comme s'il avait devant lui la
1
ce barrière ,
il se renverse; avec plus de violence encore, il
« ramène le mors en arrière et, l'arrachant des dents du
« cheval révolté, il la bouche injurieuse et les
ensanglante
« mâchoires de celui-ci ;forçant à toucher terre ses jambes
2
« et sa
croupe, il le livre aux douleurs / Or, quand elle a été
«
plusieurs fois traitée de la même façon, la mauvaise bête
« enfin renonce à la démesure ;
elle suit désormais, l'échiné
ce
basse, la décision réfléchie du cocher et, lorsqu'elle aper-
ce
çoit le bel objet, elle se meurt d'effroi. Ce qui en résulte
« finalement, c'est
qu'alors l'âme de l'amoureux est désor-
ce mais pleine de réserve autant que de crainte, quand elle
ce se fait suivante du bien-aimé.
255 « Voilà donc que, par là même, à ce
Comment il se « dernier est vouée une dévotion sans

explication
<c Dornes comme à un égal des dieux
>
:

(< l'amant ne joue pas la comédie 3 c'est


physique. ;

« là au contraire sa disposition véri-


cc
table; et lui, de son côté, il a une amitié naturelle
pour
bien-aimé est l'idole qui éveille dans le souvenir la réalité resplen-

dissante, jadis entrevue, de la Beauté (a5o bc ;


cf.
p. 44> n. i).
i. La corde barre la piste; le cheval se cabre, impatient.
a. Formule assez fréquente, d'origine homérique (Od. XVII, 567).
3. Comme celui de Lysias, qui feignait n'être pas amoureux.
5i $AIAP02 254 c

«
ala\tivT]c; te kcù 8â^6ouq, ISpÛTi TT&aav IBps^E ttjv
«
ibvvfyr S Se, Xrj£aç Tr)ç ôS\ivr|Ç fjv ûtto
toO xaXivoO te
«
Ict^e Kal toO TiT<*>jiaTO<;, jxéytc; â£,avoenvE\Joaç IX01S6-
« prjaEV
Ôpyfl, TtoXXà koocî£cùv
t6v te fjvlo^ov Kal tov
« ô^6£uya, ôbç SeiXla te Kal àvavSpla Xlti6vte Trjv t<x£iv

« Kal o^oXoylav. Kal TïàXiv oôk êBÉXovTaç TtpoaiÉvai d

« avayKa£cov, auv£)(<i>pr)aE Seo^évcùv eIç auSic;


H<4yi.ç
«
ÔTtEpBaXÉaSai. 'EX86vtoç oè toO ctuvteSévtoc; xpovou
« àpvr|jiovELV npoa'noLouja.Évco ava^ii^iv^aKOV, [ka£[Link]ç.
«
%pE\i.£T\.C,<ùv , eXkov ^vàyKaaEV a8 tcpooeXBelv toîç nai-
« Sikoîç ettI toùç aÔTOùç X6youç. Kal IttelS^ âyyùç fjaav,
« iyKÛipaç Kal EKTElvaç Tr|v KÉpKov, evScxkcùv tov )(aXiv6v,
«
pet' àvaiSslaç IXkei.
c
O S
1

rjvloxoç, Iti tifiXXov TaÔT&v


« TtàBoç naScùv, SortEp àno OoTrXrjyoç àvaTiEcr&v, etl 6

fci&XXov toO ûôpurcoO ïtttïou ek tSv ÔS6vtov |5la ômaco


«

« OTtàaaç t6v ^aXiv6v, t/|V te KaKT]y6pov yXÔTTav Kal Taç


« yvàSouç KaBrj^[Link], Kal, Ta oKÉXr) te Kal Ta ta^la Ttpoç
« Tf|v yf]v èpElaaç, ôSûvaiç ISqkev. "ÛTav Se, TaÔTov
« TtoXXàKiç Ttàa^ov, S Ttovr)poç Tfjç 66pEG>ç M)£fl, tcitcei-

« vcùBeIç ÉTtETai fjSr) Tfi


toO r)vi6xou Ttpovola Kal, 8Tav
« Ï8r| t6v KaXûv. <pé6cp Si6XXuTai. "Claie £,u^6atvei tôt' fjÔrj

a Tr|v toO IpaaToO if


l>
X ^ v T °ÎÇ
1
TtaiSiKoîç, aiSou^Évr)v te
« Kal SeSiuîav, ETtEaBai.
o "Ate ouv Ttaaav SEpa-rtElav cbç loôBeoc; 8EpaTtEu6pEvoç, 255
«
oi\ unoa)(r|^aTL^o^Évou toO IpôvTOÇ àXX' àXr|8Sq toOto

C 6 Tiv :
rjv B || 7 la^e : -ev BT || 9 te : om. Hermi. ||
Xi7idvTE

(et Hermi.) : -Ta u.) BW


TdtÇtv xal
2
t. te xaî Badham
(a s.
Vollgr. ||
:

d ÈOÉXovTaç (et Hermi. ) : -ovte Hirschig || 1 auvê^oip7)<j£ -aev T


1
1 :
Il

Il
oeoaivwv: -votv Heindorf Schanz del. Vollgr. 3 ^pdvou Heindorf: ||

^. ou
codd. y 6 èjïeiBï] iizi\ 81 B rjaav e'.ctiv Buttmann :
Vollgr. ||
:
||

7 ÈxTEt'vaç : evt. B 8 eXxei : eÏXxev Bôckh 6 A za0^[iaÇev -Ce : W


W || ||

Il
te om. :
D
8 «pô6w (et Hermi.) -ov B :
|| Çup.Çaîv.1 <ju[a£. Burnet
:
||

tôt* : r.ô-z' TW l|
10 8£0*iuïav Bekker oe8u. : B (xut s. u. B 2) oeSoixu.
TW y 255 a a
u;:oay(T)[AaTi£[Link]
B (ayr,}iaTt^o i. m.) (et Hermi. ): 2 1

uTsoa/rijiivou B urcô
jyrjjxaT. exe. Vollgr. omnes || àXX' -a : TW.
255 a PHÈDRE 5a

Supposons que d'aventure, et même


'
« ce dévotieux servant !

« antérieurement, il ait été circonvenu par des camarades


« ou par d'autres personnes, lui disant qu'il est vilain d'ap-
2
«
procher quelqu'un qui vous aime et que, pour ce motif,
,

« il
repousse l'amoureux. Une fois pourtant que le temps a
« marché, l'âge aussi bien que la force des choses l'ont amené
b « à l'admettre dans sa société c'est, sans nul doute, qu'un
:

« méchant n'est pas prédestiné à avoir de l'amitié pour un


« méchant, et pas davantage un brave homme, à être sans
« amitié à l'égard d'un brave homme 3 Or, après qu'il l'a .

« admis, qu'il a accueilli et son entretien et sa société, c'est


« de
près que se manifeste la bienveillance de l'amoureux, et
« cela met l'aimé hors de lui-même : il se rend compte que,
« même réunis, tous les autres, amisou
parents, le lot d'ami-
« tié
qu'ils peuvent lui procurer n'est rien au prix de celui
«
que procure l'ami possédé d'un dieu Puis, quand il a per- !

ce sévéré dans cette conduite et qu'il approche cet ami, en y


4
«
ajoutant les contacts des gymnases et autres lieux de réu-
C « nion, à ce moment le flot du courant dont et
j'ai parlé,
«
auquel le nom de vague de désir fut donné par Zeus alors qu'il
« aimait Ganymède commence à se porter en abondance vers
5
,

« l'amoureux. Mais, tandis qu'il y en a une part qui se perd


« en lui, l'autre, une fois
qu'il a été rempli jusqu'au bord,
« s'écoule à l'extérieur. Pareil au souffle, ou bien au son
que
« des surfaces lisses et résistantes font rebondir et renvoient
« en sens inverse à son point de départ, ainsi le courant, qui
« est venu de la beauté, chemine en sens inverse
par la voie
« des
yeux vers le bel objet. Quand, par le chemin qui natu-
« Tellement le mène à l'âme, il y est parvenu et
qu'il l'a
« entièrement
emplie, les
passages de la plume en reçoivent

1. Dans la doctrine de Pausanias (Banquet, i8£ b-e), celui dont la

fonction est de servir, c'est au contraire l'aimé.


2. C'est ce que disaient les deux premiers discours (a3a b, a3£ b,

a^o c) et aussi Pausanias (Banquet, i83cd).


3. Mais non pas en vertu du principe que le semblable aime son

semblable, car alors le méchant aimerait le méchant voir la discus- ;

sion du Lysis ai3 c-ai5 c (cf. aussi Banquet, p. 4o, n. i).


Par ce moyen, dans le Banquet 217 c, Alcibiade espère amener
4.
Socrate à se déclarer comparer en outre a56 a avec Banq. 319 b-d.
;

5. Platon cette fois s'amuse à appuyer sur l'autorité du Maître des


dieux son interprétation de himéros (cf. a5i c fin); voir Lois I 636 cd.
5a <DAIAP02 255 a

« ttettov86xoç, kccI aôxoç Ôv cJjûctei cplXoç x$ SepoTieùovTi,


« làv apa «xl èv xû Ttp6o8ev ûno £up<poixr|XÔv fj xtvov
« aXXwv 5ia6e6Xr|uÉvoç ?j, XEydvxov <*>ç aiayj>bv èpâvxi
« toOto àneoS^ xèv àpûvxa, Tipolovxoç
TtXr|cuࣣiv, Kal Sià
« Se toO xpdvou fj te fjXiKla Kal xè \p£àv fjyayEv eIç
fjSrj

a xè npoaÉaSai auxèv sic ouiXlav où yàp 8f|TtoxE EÏuapxai. b


« k<xk6v kockÇi (ptXov, ouS' àya8èv pf] cpiXov àya8Ç> stvai.
«
npoaEpévou Se Kal Xéyov Kal ôpiXlav Ss^apÉvou, Eyyù8£v
«
fj
eôvoicx yLyvo^Évr| xoO êpôvxoç ekttX^xtei xèv IpcbpEvov,
«
SiaïaSavèpEvov 8xi oÔS' ol £ûpTtavxEÇ aXXoi, cpLXoi te Kal
« oIkeloi, poîpav cpiXtaç ouSsulav TtapÉ^ovTai Ttpèç xèv
« evGeov cpiXov. "Oxav 8È xpovl£fl toOto Spûv Kal TtXr|aià£r|
« psxà toO &TtTEa8at Iv te yupvaaloiç Kal iv xaîç SXXaiç
«
èpiXlaiç, xèx' fjSr) fj xoO jSEÙpaxoç èKElvou Ttriy^, 8v C
« tpEpo v Zeûç, ravupf)Souç IpSv, ûvô^ooev, TtoXXf) (pspo-
«
hévtj TtpSç xèv lpaaxf)v, fj pèv eIç auxèv ISu, f)
S' àno-
«
pEcrxoupÉvou I£co àTtoppEÎ* Kal, otov TtvEOpa fj xiç f)X«
« ànè XeIuv xe Kal axEpEÔv
àXXopÉvr] TtàXiv 88ev coppr]8r|
« tpépExai, 06x0 xè xoO koXXouç pEÛpa TtàXiv eIç xèv

a koXSv Sià xôv ôppaxov f\ TTÉcpuKEv


inl xf|V vj;u)(f|v Wv
« levai, àcpLKÔ^iEvov Kal àvaTtXr]pGoav, xàç SiéSouç xôv

a 3 fpt'Xo;
:
ç. eîj xaù-côv àyei t/,v <piX£av (-/.aï
tov spcoTa Hermi.)

uulg. secl. Thomps. del. ceteri 4 Çv>p<poiTYi"cwv


:
aupç. Burnet
W W
|| ||

2
6 xaî (interpos. fors. pr. manu) : om. || àntoOf, -6eï codd.
:
||

èpâivca lowxa: BW
7 8è 7J87) 8à Hermi. y* tj8t) Stephan. Vollgr.
||
:
1
||

b 1 izpoahQixi em. Goislin. i55: zpos'aôat BT rcopeûeaôai 2 pr. W


W
||

«piXov ex -tov fecit


: 0. sïvat Glem. çiXov àyaGû sïvat ày. p} ||
:
(

ç t'Xov Glem. 3 rpoospÉyou B 2 (signa eras.) îcpôç ép. B


||
xal ait. :
||
:

te xal TW
y 5 ÇôprcavTEç aupx:. Burnet 8 tou Euseb. touto codd.
:
||
:

Il
C 1 toV ^8») (et Hermi.) tote 8rj Euseb. 2 wvdpaaev -as B Euseb.:
||
:

j|
4 aT:oppEÏ (et Euseb.) àrcopeï B àjîeppÛT) Badham : 5 Xs^tov (et
Euseb. Hermi.) [Link] Herwerden :
àXXop^vn ||
W 2
||

(' add.) (et


Euseb.) : aXX. T àXX. BW || 7 t'dv
(et Euseb.) : auct. Hartman del.

Vollgr. Il 7) (et Euseb.) :


rj
B ||
8 àvanXrjptoaav Heindorf :
âva^xep.
codd. Euseb. et, exe. Vollgr., omnes, non vertit Ficin. àvaaiop. ci.

Schneider àvajiêxâc. ci. Suckow.


255 d PHÈDRE 53

d « de la vitalité ;
le branle a été donné à la
poussée du plu-
«
mage : à son tour, l'âme de l'aimé est maintenant pleine
« d'amour !

« Ainsi le voilà qui aime ;


mais quoi ? il en est bien en
«
peine : il ne même pas ce qu'il éprouve,
sait il n'est pas
« davantage à même d'en rendre raison. C'est bien plutôt
« comme s'il avait d'un autre attrapé une ophtalmie: il n'est
«
pas à même de rien alléguer qui l'explique il ne se ;
rend
«
pas compte que dans son amant, ainsi qu'en un
miroir,
« c'est lui-même
qu'il voit quand : celui-ci est présent, iden-
«
tiquement à ce qui a lieu pour ce dernier, sa souffrance
«
prend fin, et, lorsqu'il est absent, c'est encore identique-
ce ment qu'il regrette et qu'il est regretté, ayant ainsi un
e « contre-amour qui est une image réfléchie d'amour '
.

« Mais le nom qu'il y donne, et à son avis c'est bien cela,


« ce n'est point amour, mais amitié; son ambition, analogue
« à celle de l'autre quoiqu'avec moins de vigueur, est de
« voir, de toucher, de donner des baisers, de s'étendre
« contre. Dès lors, il y a bien des chances pour que, dans
« ces conditions, la chose ne tarde pas à se faire Tandis !

« donc qu'ils partagent la même couche, celui des chevaux


« de l'amoureux qui est indiscipliné a des choses à dire au
« cocher comme un juste retour de toutes ses peines, il
:

« demande à goûter de légères jouissances Quant à celui de !

256 « l'aimé, il n'est pas à même de rien dire mais, gonflé de ;

« désir et bien en peine de savoir de quoi, il jette ses bras


« autour de l'amoureux, il lui donne des baisers dans l'idée
«
qu'il témoigne ainsi son affection
à
quelqu'un qui lui veut
«
grand bien ; et, toutes les fois qu'ils sont étendus côte à
il en est au
« côte,
point de ne pas se refuser peut-être, pour
« sa part, à accorder ses faveurs, au cas où l'amant deman-
« derait à les obtenir. Mais, d'un autre côté, le compagnon de
«
joug se joint au cocher pour opposer à cette concession une

« résistance qu'inspirent la réserve et la réflexion.


«
Supposons pour l'instant que ce soit, en conséquence, à
« une l'amour de la sagesse que conduit le
vie d'ordre et à
de qu'il y a de meilleur dans l'esprit bien-
« ce
triomphe :

i . La contagion de l'ophtalmie passait pour mystérieuse, puisqu'il


suffisait d'un simple regard. De même le malaise que ressent l'aimé :
53 <ï>AIAPOS 255 d

« TTXEpCOV ap§EL TE Kal &p\jLT\OB TtXEpO<p\)£ÎV, Kal xf|V ToO d


« ÊpOUEVOU a8 «|»UX^)V IpQTOÇ EVÉTtX^aEV.
« 'Epfi uèv o8v, 8xou Se ànopEt* Kal oflô' 8 xi tcétcovBev
j
« oTSev ouS ftye.1 cppàaai, àXX', otov art' aXXou 8<p8aXulaç
« àTtoXEXauKcbc;Ttp6<paatv eItteiv ouk e)(ei, SonEp 8' èv
« Kax6Tixp<x> èvxû IpûvTL êauxàv 8pôv XéXt]8ev Kal, 8xav
a uèv ekeîvoç napfi, Xf^yEi Kaxà xauxà ekeIvû) xf)ç ôSùvrjç,
a 8xav 8è ànf], Kaxà xaôxà a8 tioSeî Kal Tio8eixai, eÏSqXov
« Ipcûxoç àvxÉpoxa Ix û>v ' KaXeî 8è aôxSv Kat oÎExai oôk e

«
Ipoxa, aXXà cpiXlav EÎvai* étuSuueÎ Se, Ike'ivco Ttapa-
« uèv àaSEveaxÉpcaç 8é, 8p8v, aTtxeaSai, cpiXetv,
TtXrçolcùç
a auyKaxaKEÎaSai. Kal 8f|, otov eIk6ç, tioieî xô UExà xoOxo
a
«
xa^ù xaOxa. Ev oSv xfl auyKoiuf|<j£i, xoO uèv IpaaxoO 8
« &K6Xaaxoç ïtittoç I^el 8 xl XÉyfl Ttpèç xSv fjvlo^ov, Kal
a£,iot àvxl TtoXXôv Tt6vosv auitcpà aTroXaOaai. O 8è xôv
c
«

« iraiSiKÔv e^ei uèv ouSèv eItteiv anapyôv Se Kal ànopôv, 256


« TTEpi8àXXEL xSv ipaaxfjv Kal <piX£Î cSç a<p68p° euvouv
« àcma^éuEvoç* 8xav xe auyKaxaKéovxai, oî6ç loxi uf| av
à"rtapvr|8^vai, xo aûxoO uépoç, )(aplaaa8ai xÉS èpûvxi
« eI

«
SEr|6£lr) xu^eiv. 'O Se 8u6£u£, a3 uex<x xoO fjvuSxou TtpSç
1
« xaOxa uex atSoOç Kal X6you ovxixeIvei..

a 'Eàv uèv 8f) oSv eIç xExayuévr|V xe Slaixav Kal <piXo-


« aocplav viKfjar) xà (îeXxlo if\q Siavolaç àyaydvxa, uaicà-

d i
(et Euseb.)
topjjLTiae
-aev T 7:xepo<pu£Îv eïv ex em. :
||
: W
||
xat Euseb. te xaî codd. Schanz Burnet Vollgr.
: 3 o58* ||
:

où/^
Euseb." où8' Buttman Schanz Vollgr. A ôsOaXpcaç xfj -t'a |]
:

Hermi. n -îav Ast ||


5 8' : oè Ilermi. 6 Iv .: [Link]. Thomps.
W
||

del. Vollgr. || 7 et 8 xaùxà : xauxà xauxa B


6 1 àvxiptoxa
||
:

àvxlp. sic BW D 5 xauxa (et Euseb.) : xà aùxà Hermi.' 6 Xé'ytj ||

Bekker :
Xe'yEt codd. Euseb. -01 Euseb." XiÇst auct. Herwerden
Vollgr. d 256 a 1
àîtopûv :
èKiOupÂSv Hermi. ôpyôv ci. Naber ||

a GfôSp' : 3 olôi oidç xe Euseb.


-a Euseb. àv : : om. B Euseb.
W
|| ||

Vollgr. l\ à^apvT)8î)vai : àrtaw.


Il
aGxoû (et Euseb.) au. ||
: BW ||

5 xu/eïv xuy^avEtv Euseb.


: 6 Xdyou em. Coislin. i55 Xdyouî |j
:

codd. y 7 Èàv (et Euseb. Hermi. ): a B xe om. Euseb. 8 vcxifor] 1

||
:
||

(et Euseb.) -aet B :


àya^d'/xa om. Euseb. ||
:
256 b PHÈDRE 54

heureuse et pleine d'harmonie est l'existence qu'ils passent


ici-bas, puisqu'ils ont la maîtrise d'eux-mêmes et le souci
de la mesure puisqu'ils ont réduit à l'esclavage ce qui
;

faisait naître le vice de l'âme et donné au contraire la


liberté à ce qui y produisait la vertu. Quand donc, parve-
nus au terme de la vie, les voilà portés par leurs ailes et

délestés, alors, des trois manches de cette joute qui est


véritablement olympique, c'est la première qu'ils ont
gagnée et il n'est pas de plus grand bien que puissent
*
,

procurer à un homme, ni l'humaine sagesse, ni le divin


délire! Supposons maintenant, au contraire, qu'ils aient

pratiqué une vie plutôt grossière et qu'en même temps à


l'amour de la sagesse ils aient substitué celui de l'honneur :

sans doute pourra-t-il arriver que, dans l'ivresse ou quel-

que autre moment d'abandon, les deux bêtes qui, dans


leurs deux attelages, sont indisciplinées, trouvant lésâmes
sans être sur leurs gardes, s'unissant pour les mener au
même but, choisissent le parti qui, aux yeux de la foule,
représente la félicité et qu'elles en viennent à l'affaire !

L'affaire faite, c'est un parti que par la suite on prend

encore, mais rarement, attendu que c'est un acte qui ne


suppose pas une décision de l'esprit tout entier. Amis,
oui certes, ces deux-là le sont aussi, moins toutefois que
lesprécédents c'est l'un pour l'autre qu'ils vivent, aussi
:

bien au beau temps de leur amour qu'après en être sortis,


convaincus d'avoir mutuellement donné et reçu les plus
hautes garanties, celles dont il est, à leurs yeux, impie de
se délier ennemis Au terme
pour en venir un jour à être !

pourtant de leur mais non sans avoir


vie, c'est sans ailes,
fait effort
pour être ailés, qu'ils s'en vont de leur corps.
Aussi n'est-il pas de mince valeur, le prix qui récompense
leur amoureux délire ce n'est plus en effet vers les ténè-
:

la cause en est ce contre-amour, antéros, qui, sans qu'il s'en doute,


est sa propre émotion réfléchie par son amant, miroir où il se voit
lui-même. Ainsi, ils ne font
qu'un. Ceci semble donc être la reprise,
sur une autre base, de ce que dit l'Aristophane du Banquet (193 b-e).
Pour les poètes et les artistes, l'Antéros symbolisait à la fois la réci-

procité et l'émulation dans la tendresse.


1. Ceci se rapporte à a48e
sq. A Olympie, pour la victoire
complète, il fallait trois succès de suite; [Link], Eumén. 58g.
54 *AIAPOS 256 b

« pLOV KOÙ Ô^OVOr|TLK6v TOV IvSâSE (VlOV 8iaYOUCTlV, b


^lÈV
« lyKpaxeîç auTÔv Kal Kéauioi Svteç, SouXcùaauevot. uèv S
« Kaicta vpu^fjç ëveYlY veT0 èXzvQep&aoLVieç Se S àpcxf). ,

«
TeXeuxl'iaavTsc; 8è Sf^, ÛTténTEpoi Kal IXacppol YeyovéxEt;
« tôv Tpiôv TtaXaia^àTov tôv ebç àXr|8ôç 'OXuji-
« maKÔv, ev V£VL<f]KaaLv oS ueî£ov àycx86v oÔte aocppo-
« a\ivr| àvSpGmlvr) oÛte BEla uavta Suvaxf) Ttoplaai
s
«
àvBpémcp. Eàv Se
8r| SialTr) cpopTiKQTEpa
te Kal acpiXo-
« aétya cpiXoTlucp Se xpf)acovTai, xà^' &v itou, Iv uÉGaiç fj c
« tivi aXXr| àuEXEla, td> à<oXà<rro auToîv ÔTto^uy^ Xa66vT£ )

« t<xç i|»u)(àç àcppoùpouç, auvaYaY<SvT£ E ^Ç t«ôt6v, xfjv ûtiS


« xôv ttoXXôv uaKapiaTrjv aïpEaiv ElXéa8r|v te Kal SiETtpa-
«
£àa8r|v. Kal 8iaTtpaE,ajiÉv<3, tS^XoittSv fjSr) XpôvTai uèv
«
aÔTrj, anavla 8ê, &te ou TTaarj SESoYUÉva if\
Siavota
« TtpàTTOVTEÇ. uèv OUV Kal TOUTCÙ, fJTTOV 8è EKELVCOV
<t>lXo

« àXXr|Xoiv Sia te toO IpcoToç Kal e£,o Y EVO tievo StàYouai, d


« ttIoteiç Tàç jiEYloTTaç ^youuévq àXXf^Xoiv SsSQKÉvai TE
« Kal 8ESÉ^8ai, fiç où Beuitov stvai XùaavTaç eIç E)(8pav
« TtoTè eX8eÎv. 'Ev 8è ir\ teXeut^, anTEpoi uév, cSpjir|K6TE<;

« 8è TiTEpoOaSai, EKÔalvouai toO aouaToç. °Claiz oô


« auLKpov ixBXov Tfjç IpQTiKfjç uavlaç (pépovTaL- eiç yàp

256 b 1 Stayouaiv :
8iàÇ. Euseb." ||
2 auxàiv : éau. Euseb. au. codd.
Hermi. o> B 2 (em.)
|| (et Hermi. 1
) : o>ç ? B ||
3 £V£yfyv£TO (et Hermi. 1 ) :

èvEycV. Heindorf <j> ||


a interpos.
: co B
8 8ï) ||
5 'OXujJUîtaxôv : W ||
:

om. Euseb. xal T 2 (interpos.) (et Euseb.) om. T


||
c 1 çiX<mp.w :
]|

(et Euseb.) «ptXotvw Vollgr. (cf. 2^0 e 5, 276 d 6 App. crit. i46)
:

Tofy' av (et Euseb. Hermi. ): tdfyi sic 2 to àxoXcéora) (et 1


W ||
||

Euseb.) tw -tu BT
: aùxotv (et Euseb.) aùxfjv (et cf. 265 d 1)
||
: W
Il u7toÇoY''w ( e * Euseb.): -îa> BT Xa6dvT£ Xà6wvxai Euseb. 3 ||
:
||

auvaYayovTS Çuv. B auvayaYOVTSç T Euseb."


: Taùxdv -td Euseb. ||
:
||

T/;v iter. T ante iwv 4


:
4 £ÎX£aOr,v Euseb. efXeoôat id. n £tXlTT,v
||
:

codd. Thomps. Vollgr. 8tEx:pai-àa6T)v Euseb. -oÉÇavto codd. et, exe.


||
:

Burnet, omnes 5 8t«î:paÇ[Link] (et Euseb ) -£[Link])


||
6 arcavîa : TW ||

(et Euseb.)
: arcâvta uulg. j| 7 çt'Xto piv :
cptX<3p.£v
B || rjrcov :
fjrru>
Euseb." Il
d 1 àXXirJXoiv : ex w W
Yevop.£vw (et Hermi.)
||
-vtov :

Euseb. Il
2 r)[Link] Euseb. : -vwv codd. 3 8£8é/6a: (et Euseb.) ||
:

8É^0at B [|
6 [Link]'a( (et Euseb.): om. Theodoret.
256 d PHÈDRE 55

« bres, ni pour le
voyage souterrain, qu'en vertu de la Loi
«
partent ceux qui déjà ont commencé le voyage qui se fait
« au-dessous du ciel ' Elle veut au contraire que, passant une
!

« existence lumineuse, ils soient heureux tandis que, en


«
compagnie l'un de l'autre, ils font ce voyage, et qu'ensem-
e « ble, à raison de leur amour, ils soient
pourvus d'ailes
«
quand ce sera pour eux le temps d'en être pourvus.
« Voilà
quelle est la grandeur, mon gars,
« et l'exceptionnelle divinité des biens
«
que te donnera une amitié qui est celle d'un amoureux !

« Quant à la liaison dont l'initiateur est un homme qui


« n'aime pas, celle-ci, trempée de sagesse mortelle, s'employant
« à des règlements d'une économie mortelle, enfantant dans
« l'âme amie une mesquinerie que la foule loue à l'égal d'un
« mérite, vaudra à cette âme de rouler pendant neuf mil-
257 « liers d'années, autour de la terre et sous la terre, dans un
« état de déraison.
« Et voilà comment toi, ô cher Amour, tu as reçu la plus
« belle, la
plus excellente palinodie dont nous soyons capable,
« offrande et à la fois !
expiation A tous égards, et spéciale-
2
« ment pour vocabulaire, l'éloquence en est d'un tour poé-
le

«
tique : c'est une nécessité dont Phèdre est responsable.
« Eh bienen accordant à mon premier discours ton pardon,
!

« au second, ta faveur, sois bienveillant, sois propice cette :

« science de l'amour
que tu m'as accordée, par colère ne me
« la retire
pas ne la rends pas infirme accorde-moi au
! !

« contraire d'être, plus encore qu'à présent, en crédit auprès


b « des beaux
garçons Si, dans le passé, nous avons tenu quelque
!

«
propos trop dur à ton égard, Phèdre aussi bien que moi,
Lysias, le père du sujet
3
« c'est
que tu dois incriminer: ,

1. A qu'au terme impartit


cette amitié, fondée sur l'amour, le sort
la Loi ce n'est pas la survie souterraine, réservée avec le
(cf. aiJ8 c),

vagabondage circumterrestre (infrà) au faux ami des deux premiers


discours c'est une survie infra-céleste
: Sans doute, tandis que
montent plus haut d'autres âmes (2^9 a fin), celles-ci restent-elles au
pied des escarpements qui mènent au faîte du ciel (2^7 a sq.). A ceux
au contraire dont l'amour a été philosophique, Socrate promet (b) la
même béatitude que Diotime à celui qui a gravi tous les échelons de
l'initiation amoureuse (Banquet 211 a-ana).
2. Socrate répète ce qu'a dit Phèdre (234 c) du discours de Lysias.
3. De lui sont nés en effet les trois discours (cf. p. 27, n. 2).
55 *AIAPOS 256 d

« <jkôxov Kal xfjv ÛTt& yfjç nopElav oô vô^ioc; êaxlv Ixi


« IXSelv xoîç KaxrjpyuÉvou; f[8r| xf]ç ÛTioupavlou Ttopctaç,

a aXXà, cfavôv (ilov Siàyovxaç, eùSaïuovEÎv uex' àXXf|Xov


« TtopEUouÉvouç, Kal ô^io-nxépouç Ipoxoç X^P lv ^xav > •

«
yEvovxai, yevÉaBai.
a TaOxa xoaaOTa, & Ttaî, Kal Bsîa oOxco aoi Sop^dExai
« rj Ttap' ÉpaaxoO cpiXla' f\
8è àrtè xoO ur| èpôvxoç
« otK£i6xr|<;, aaxppoaûvri 0vnxfj KEKpauÉVT], Bvnxà xe Kal
«
(pEiSoXà otKovojioOaa, àveXEuSeplav ôti6 nX^Souç ÊTcai-

«
voujiÉvnv â>q àpExrjv xfj cf>tXr| U/uxfi èvxEKoOaa, ivvéa
«
^iXiâSaç Ixûv TtEpl yr]v KuXivSou^iÉvTjv aûxf|V Kal ûtx8 257
«
yf)ç avouv TtapÉ^EL.

A8xr| aoL, 8> (plÀE "Epoç, eIç f)UEX£pav Sûvauiv 8xi


«

« KaXXlaxr) Kal àplaxr) SéSoxal xe Kal EKXÉxiaxai ttoXi-

«
vcpSla, xà xe SXXa Kal xotç [Link].v ^vayKaatiÉvr)
«
TToir|xiKOLÇ xiaiv Sià <t>aî8pov stpf]'a8ai, àXXà, xûv Ttpo-
« xépov xe auyyvd3UT|v Kal xûvSe X^P IV *-X°°
v 5 £ÛjiEvf|q Kal
« ïXeqç, xr|v lp<axLK^)v uoi xÉ^vrjv f\v ëSoKaç ui|XE àcpÉXr)
«
uf|XE ttt]p<*)ot|ç Si' Ôpy/|V S'lSou 8' exi u.8XXov f\
vOv Ttapà
J
« xoîç KaXoîç [Link] EÎvai. Ev xô TtpôaSEv 8' eï xi Xéyç> b
« aoi àTrrjvèc; eîttouev <t>aî8p6ç xe Kal àydb, Auolav, xov xoO

d 8 Gjcoupavt'ou (et Euseb. Theodoret.) Èrcoup. Ven. i84 Theodo- :

ret. n oùpavi'av (se. zope-'av) Hermi. unepoyp. Bultmann g Siayovxaç ||

(et Theodoret.) 8iayây. Euseb. e i otav ... yevéaôat om. Euseb.


:
||
:

Theodoret. a yévwvTat yi'yv.


auct. Richards Vollgr.
||
3 xaùTa :
||

xoaau-ca: haec uerba distinx. 8eîa oôrto ooi où. Ôeta d. (se. TW ||
:

stXt'a) TW Euseb. où. a. Ô£i'a Theodoret. ||


5 owçpoojvr) ôvtjt^ (t
mut.
om. W) :
-aiiviri -tt) B || xexpauivï) aliquid eras. post a
:
|| 7 -/iXid- T
8aç B H 257 a 1
:
-8eç y^v recc. ttjv codd. || xuXiv3o j<j.Év7]v
: xccX.
,
:

auct. Herwerden Vollgr. yrjî tt); B avouv izapé^si addub. ||


:
||
:

Badham 3 aûtr) (et Hermi. ) auT»] B 4 8É8oTat Se'o'ox. B 8s8six.


||
1
:
||
:

Winckelm. èx-csTiaxai feetfat. Burnet Vollgr.


||
5 T)vayxa<jp.ê'v7)
:
[|

(et Hermi. ) TjyXaia. Herwerden xexacr. Naber


1
ci. : 6 tkhv -ai j|
:

TW D îfp^oôat del. Herw. Naber 7 te om. Hermi.


: 8 ttjv :
1

W
|| ||

èpwtixrjv p.01
:
tïJv (x. âp. TW 28a)xaç : 8e'8. TW (atjte
:
|[Link]' ||

W
|| ||

9 jîripoSaTjç :
Ttap. Hermi. 8É v. B Hermi. n t' ett
||
8' Iti 1
: TW
Hermi. n Burnet bnv: om. B Hermi. et, exe. Burnet, omnes
||
1
||

2 à^Tivè? :
Ôwiyi^èç
Hermi. Burnet Auai'av (et Hermi.) damn. Naber. ||
:
267 b PHÈDRE 56

«
guéris-le de parler comme il fait ; tourne-le plutôt, ainsi
«
que l'a été déjà son frère Polémarque, vers la philosophie ,

« afin
que son amoureux, ici présent, ne soit plus comme
«
aujourd'hui entre deux selles mais que sans partage, avec
!

« l'amour pour objet, il


emploie son existence à des dis-
« cours qu'inspire la
philosophie ! »

Phèdre. —A ta prière, Socrate, je joins


Intermède. 1 * i* _>«i 1
mienne pour que cela se réalise,
la s il

soit un
c est vrai que ce avantage pour nous Quant à ton !

discours, y a il beau temps que je me sens à son égard plein


d'admiration, tellement tu as dépassé le premier dans la
beauté de l'exécution. Aussi ai-je peur que Lysias ne m'appa-
raisse bien terre-à-terre, —
au cas d'aventure où il consenti-
rait, avec un autre
discours, à faire assaut contre le tien :

sais-tu bien, merveilleux ami, que tout à l'heure c'est juste-


ment là ce que lui reprochait un de nos hommes politiques,
l'invective à la bouche? Tout au long de
La « logographie ».
gon invective) n le traitait de fabricant
de discours, de logographe 2 est donc bien possible que,
! Il dans
notre cas, par respect humain il s'abstienne d'écrire.

Socrate. —
La drôle d'idée que voilà, jeune homme Tu !

d te
trompes du tout au tout sur le compte de ton ami, en le
prenant ainsi pour quelqu'un qui se laisse intimider. Mais
sans doute penses-tu également que l'auteur de l'invective
mettait un blâme à son égard dans les propos qu'il tenait?
Phèdre. —
C'était de toute évidence, Socrate! El, même

toi, tu n'es pas sans savoir, je pense, que ceux qui dans les
Cités ont le plus de pouvoir et dont la respectabilité est le
mieux assise, rougissent d'écrire des discours tout comme de
laisser après eux des écrits de leur main, par crainte des

jugements de l'avenir et de peur d'être appelés Sophistes.


Socrate. —
Détour délicieux, tu ne t'en aperçois pas 3 ,

i. Voir p. i, n. i. Est-ce à dire que Polémarque fût un disciple de


Socrate ? Ou ceci vise-t-il son rôle au livre I de la République ? Membre
du parti démocrate, il périt victime
des Trente tyrans.
a. Au sens usuel, le logographe faisait métier, sorte d'avocat dans
la coulisse, d'écrire des discours que les plaideurs récitaient devant le
tribunal. La suite montre que Platon désigne par là, en un sens plus
large, quiconque écrit un discours.
3. Le texte des mss. signifierait : tu ne t'aperçois pas que cette
56 *AIAPOS 257 b

a X8you TtaTÉpa atxuibuEVoç, TtaOc xâv xoioùxov X6yav,


« etcI cpiXoao<|>'iav Se, âcmep âS£X<poç aûxoO rioXÉuap)(o<;
« xÉxpaTtxai,
xpéijjov,
ïva Kal b Ipaaxfiç 88e aôxoO jir)KEXi
«
êTTan<f>OTEpl£r| KaSàTiep vOv, àXX' ànXcûç Ttpoç ëpcoxa
« UExà (piXooécpcûv Xéycov xèv (Jlov Ttoif^xai. »

4>AI. ZuvEÛ)(o^aL aoi, S Z&KpaxEÇ, EÏTtEp cx^elvov xa08'

r^uÂv EÎvai, xaOxa ylyvEaSai. "^"^ v XSyov 8é aou TtàXai 8au^â- c

oaç ^X *! 8aç> KaXXlco xoO Ttpoxépou àTtEipyàacù


-
ôaxE ôkvô
jif|
uoi S Auataç xaîTEivèç <pavfj, — iàv apa Kal éSeX^oti
Ttpèç aôxov aXXov àvxmapaxEÎvaf
yàp xiç aôxov, Kal
S> SauuaaiE, Ivay^oç xcov tioXlxlkqv xoOx' aôxS XoiSopcov
<2>veISi£e Kal, 8ià Ttàar|ç xf)ç XoiSoplaç, ekoXei Xoyoypacpov
1

xà^ o8v av, ûtt6 cpiXoxtulaç, etiIoxoi ^fcûv Sv xoO ypà<p£iv.


ZO. TEXolév y£, S veavla, xô Soy^ia XÉyEiç. Kal xoO
èxalpou au^vèv SiauapxàvELÇ eI aôxov oSxcoç n,yEÎ xiva d

v|io<poSEa* ïacoç
Se Kal xov XoiSopoôuEvov auxS otsi SveiSI-

£ovxa XéyEiv fi
IXeyev.
'E<palvEXo yàp, <S ZoKpaxeç. Kal aôvotaSà ttou
<J>AI.

Kal aôxèç 8xi ol UEyiaxov Suvausvol xe Kal Œuvoxaxoi iv

xaîç alaxôvovxai Xoyouç xe ypacpELV Kal Kaxa-


ttSXeo-lv

axjyypà^maxa iauxûv, S6£,av cpoBoôuEvoi xoO ETtEixa


XeItteiv

XpSvou uf| aocptaxal KaXavxai.


ZO. rXuKÙç àyKdbv, S ^aîSpE, XéXr|8é ce* Kal, Ttpoç

b 4 àSeXçô; Bekker : à8. codd. ô àS. ut uid. Ven. i84 ||


rioXs-

uap/o; (et Hermi.) : damn. Naber ||


5 xerpa^Tai yéypa^xa^ te
:

xixp. B || C 2 in£ipfa<rw (et Aristid.) àrcYipy. : Burnet Vollgr. 3 ||

xai om. Aristid. || èOeX^arj


:
OeX^otj id. || 4 «ùtôv :
(et Aristid.):
'
-xwv uiilg. -tû Heindorf om. Vollgr. (typ. menda ?) || 7 xay : -a
codd. y 8 ye y*: TW
D d 1 oûxto; ^yet xtva: ou. C. ï
y. TW
W
( |

t)y" :
_
T1 II
3 ôvet5t£ovxa Postgate :
vou.tÇ. TW Hermi. Thomps. 1

Schanz ôvetS. voix. B ôvetSîÇetv vojx. Bichards 4 TJvotabà :


Çuv.
Hermi. 1
<j\>
y' oloOa Heindorf Vollgr. || 9 àyxfiSv
:
||

àyaiv W (sed àyx.


e 1, a) H \ik-r\Ql : -8év BT i|
<je : as oxi à.r.6 xoù paxpou àyxôivoç
xou xaxà NsîXov èxXrJOT]auct. Heindorf
codd. Thomps. Burnet
secl. Schanz del. Vollgr. (cf. Alline op. cit. 37a sq.) pro uaxpoù ci.
6
lîtxpou Schneider (et cf. Hermi. 21 1 ) àXpupoû ci. Naber.

IV. 3.-8
257 e PHÈDRE 57

e Phèdre! Et, en outre du détour, ce dont tu ne t'aperçois pas


non plusc'est que, parmi les politiques, ceux qui se croient
le plus, sont au plus haut point férus de logographie et avides
de laisser après eux des écrits de leur main la preuve, c'est :

que, chaque fois qu'ils écrivent quelque discours, ils ont pour
les approbateurs 1 une telle tendresse, qu'ils font mention

supplémentaire, en tète, de ceux dont, en chaque endroit,


l'approbation est par eux obtenue.
Phèdre. —
Que veux-tu dire par là? Je ne vois pas.
258 Socrate. —
Tu ne vois pas que, en commençant leurs
écrits, ce qu'inscrivent en tète messieurs les politiques, c'est

qui donne approbation ?


Phèdre. —
Comment cela ?

Socrate. —
« Il a
plu », ce sont quasiment les termes,
« au Sénat », ou bien « au
Peuple », ou bien à tous les deux
à la fois, « sur la proposition de Un tel »... Et voici que
l'écrivain se met à parler de lui-même avec beaucoup de
solennité et à chanter ses propres louanges après quoi, voici
;

qu'ensuite, faisant aux approbateurs la démonstration de sa


sagesse personnelle, il compose un écrit qui parfois est fort
long. Est-ce qu'il n'est pas évident à tes yeux qu'une sem-
blable composition n'est rien d'autre qu'un discours couché

par écrit?
b Phèdre. — Rien d'autre, à mes yeux du moins.
Socrate. — Or, dans le où l'œuvre
cas tient la scène,
l'auteur s'éloigne tout joyeux du théâtre; si, au contraire,
elle est rayée du
répertoire et qu'il soit, lui, privé du droit
de logographie et de la dignité d'écrivain, c'est un deuil pour
lui aussi bien que pour ses partisans.
Phèdre. —
Ah je crois bien
! !

Socrate. —
Il est clair alors
que, dans leur pensée, il n'y a
pas de dédain pour cette pratique, mais plutôt de l'admira-
tion.

expression vient du long détour dans la descente du Nil. En éliminant


cette explication suspecte, très probablement interpolée, la suite des
idées s'éclaire le
:
langage des politiques est, dirions-nous, « cousu
de blanc », tu ne le vois pas et tu ne vois pas non plus... Il n'y a
fil

pas lieu de discuter l'origine de la formule.


i. G.-à-d. les
gens dont le rôle est, éventuellement, d'approuver:
ainsi le Sénat (boulé, le Conseil des Cinq Cents) qui préparait les
lois et l'Assemblée du Peuple (ecclesia) qui les discutait. Ce que vise
57 $AIAPOS 257 e

xS àyicôvi, XavSdtvEi ae oxi ot uéyiaxov cppovouvxEÇ xûv e

•noXixiKÔv (îdÀLOTa èpQoi Xoyoypacplac; te Kal k<xtcxXeii|j£coc;

auyYpauuàxcav, oî ye Kal, ErtEiSàv xiva ypacpcoai X6yov,


oCxaç àya-nûai xoùç ETtaivÉxaç ôote TtpooTtapaypà<pouai
Ttpcoxouç oï av êKaaTa^oO ETtaivûcriv aûxoûç.
<I>AI. riôç XÉyEiç xoOxo Ou yàp uav8àva>. ;

ZO. Ou uav8àvEiç 8xi, èv àp^fj àvSpoç ttoXixikoO cruy- 258

Ypàuuaxoç, npÛToç ô Enauvéxi^c; yÉypaTtTai ;

<t>AI. I~lûç;
ZO. « "ESo^é », ttou <pr)auv, « xfj BouXfj », f)
a

Ar]^icp », f) apcpoxEpoiç, Kal « Sç eTttev »... x&v aûxov Sf|

XÉyov pàXa ae^vûç Kal eykcù[Link]£cûv 5 auyypa<|)EÛq, Itteito

XéyEi 8fj uExà toOto, ItuSeikvùuevoç tolç Inaivéxaiç


xf|v iauToO ao<plav, ev'iote Ttàvu paKpfcv Troir|aauEvoç auy-

ypauua. "H aoi aXXo xi (patvExai x6 xoioOxov f) Xéyoç auy-


YEypa^iÉvoc; ;

<PAI. luoiyE. Oôk b


ZO. OôkoOv,
èàv pèv oSxoç èuuÉvr|, yeyT]Bd)ç ànép^exai
Ik xoO SEaxpou 8 Tcoirix^ç" èàv 8è è£/xX£i(f>6fj Kal auoipoç

yÉvr|xai Xoyoypa<plaç xe Kal xoO a£ioç EÎvai auyypàcpEiv,


txevBeÎ aux6ç xe Kal ol éxaîpoi.

<t>AI. Kal uàXa.

ZQ. AfjX6v y£ 8xi oôx <*>ç ÛTtEpcppovoOvxEc; xoO Emxr|-


Ssu^iaxoç, àXX' &q TESaupaKOTEÇ.
6 3 ypâywdt :
-tpouat W -^watv Hermi.
1

||
258 a i
àpyfj :

damn. Madvig (uel à. Bergk et


èv) secl. Schanz || àvo'pôî
: auct.
Herwerden del. Vollgr. ffuyypâppaxoç Bergk -tt codd. Thomps. ||
:

Schanz secl. Burnet 4 I8oÇÎ -Çî'v T 7tou om. Hermi. addub.


||
:
||
:

Heindorf aùxô Winckelm. çïjaiv 9. aùxwv xô ouyYpappa ||


: TW |j

tJ
: xat Hermi. 5 xat 0; éÏ7t£v|(
x. os xat oç eI. Winckelm. Burnet :

0; xat oç êT. Vollgr. xôv auxôv 8ï] t. Éauxôv 8tj


||
Hermi. x. au. : TW 1

ô*7j
B au. Eauxôv or, Stephan. au. lau. àeî Winckelm. 7 o*t) pexà ||

xoûxo :
p. x. 8rj Winckelm. xô (x.
x. Krische Vollgr. || xoî; ènatvé'xaiç :

del. Vollgr. ||
8 paxpôv :
pu.
W || 9 tj pr. :
»)
T ||
b a èpp^vr) (et

Hermi.): ci. cum Herwerden Vollgr. 3 sx wç Vollgr. :


crupp. || |j

sÇaXEtçOfj B Vollgr. StaypaspTj Winckelm. xaî... 4 auyypaçEtv


:
-Xt«prj
:

W
||

damn. Winckelm. 7 wç oûxœj 8 àXX* a>ç àXX' wç xe sic W.


j|
:
||
:
258 b PHÈDRE 58

Phèdre. — Hé
absolument. !

Socrate. —
Et quoi? lorsqu'un orateur, ou bien un roi,
C s'est rendu capable, étant investi du pouvoir d'un Lycurgue,
d'un Solon, d'un Darius 1 d'être dans un État un immortel
,

logographe, ne juge-t-il pas qu'il est lui-même, tandis qu'il


est encore en vie, un égal des dieux? et n'est-ce pas celte
même opinion que se fait à son sujet la postérité, les yeux
attachés sur ses écrits ?

Phèdre. — Ah !
je crois bien !

Socrate. — Penses-tu, en conséquence, qu'un homme de


cette sorte,n'importe lequel et qui aurait contre Lysias une
animosité quelconque, lui fasse précisément le reproche 2 d'être
un écrivain?
Phèdre. —
Ce n'est guère probable en tout cas d'après ce
que tu dis à ce compte, semble-t-il bien, il se reprocherait
:

à lui-même sa propre passion !

d Socrate. —
C'est donc une chose claire pour tout le monde :

non, il n'y a rien, en soi, de vilain à écrire des discours 1

Phèdre. —
Et pourquoi, en effet?
Socrate. — Où la chose par contre commence, à mon
avis, d'être vilaine, c'est quand on ne parle ni n'écrit de la
mais d'une vilaine et d'une mauvaise.
belle façon,
Phèdre, —
Eh oui, c'est clair
! !

Socrate. —
Qu'est-ce donc qui caractérise le fait d'écrire,
ou non, de la belle façon? Avons-nous, Phèdre, quelque
besoin de nous enquérir là-dessus près de Lysias, ou de qui-
conque a jamais écrit et écrira ? que l'écrit concerne les
choses de la Cité ou bien quelque affaire privée, et qu'il use
du mètre, étant œuvre de poète, ou qu'il s'en passe, comme
dans la prose ?
e Phèdre. —
Tu demandes si nous en avons besoin Mais !

ensuite Platon, c'est un texte de proposition de loi, son intitulé

réglementaire, l'exposé des motifs où l'auteur fait valoir la sagacité


de ses vues. Enfin la proposition est comparée à une pièce de
théâtre si elle
:
passe en loi, c'est un succès pour lui et pour son
parti ;
l'inverse si elle est rejetée ou si sa loi est abrogée et que la
ruine de son crédit ou celle de son parti le
prive de la possibilité
de recommencer.
i. L'œuvre législative de Darius est louée Lois III 6q5 c et
Lettre VII 33a a. —
Sur la pensée, cf. Banquet 209 d.
a. Le reproche que, dit Phèdre, font à Lysias les politiques, 357 cd.
58 <î>AIAPOS 253 b

<t>AI. riàvu yèv oSv.


Zfï. Tl Se ;
"Oxav ticavôc; yÉvr|Tai jS^Top f) (iaaiXcùq

&at£, XaBcbv ZoXavoç AapEtou [Link], C


Tfjv AuKoùpyou f\ f)

àBcxvaxoc; yEVÉaSou Xoyoypcxcpoç ev ttôXei, ap' ouk laéBsov


r^yEÎTai aÔToç te aÛTOV Iti £Sv, Kal ot iTtsixa yiyvouEvoi
Tauxà taOxa TTEpl aôxoO voul£oucn, Becôuevoi aÔToO ta auy-
Ypâuuaxa ;

<PAI. Kal uaXa.

ZO. Otei xivà oSv tôv toioùtcûv, SdTiq Kal ÔTtoarioOv


Sùavouç Auala, oveiSI£eiv aÛTo toOto 8ti auyypàcpEi ;

<t>AI. OCkouv eIkSç yE è£ Sv au XéyEiç* Kal yàp &v t{|


êauToO etuGuu'icx. coq eoikev, oveiS'i£oi.

ZO. ToOto Lièv apa Travxl Sf^Xov, 8ti oûk alaxpov auxô d

yE to ypâcpEiv Xoyouç.
<*>AI. Tl yàp;
ZQ. 'AXX' ekeîvo,
oîuai, ataxp&v fjSrj, to uf) koXûç
s

XÉyEiv te Kal ypàcpEtv, àXX ataxpôç te Kal kcxkcoc;.

<t>AI. Af^Xov 5/j.

ZG. Tlç o3v S TpoTïoç toO KaXôç te Kal uf| ypâcpEiv ;


Ae6lie8cx tl, co
<t>atSp£, Auolav te TTEpl xoûxcov I^Exaaai Kal
aXXov Saxiç TtcbTtoTé ti yÉypacpEv f) ypàipEi, eite ttoXitikôv

oûyypauua eïte 18icûtik6v, èv uÉxpco &q Ttoir|Trjç t)


aveu

uÉTpou obç ISi&tt)ç ;

Al. 'EpcûTfiç Et S£6uE8a ; tIvoç uèv oCv êvEKa k&v tiç e

b 10 t( 8^ ;
otav : xl 8è oTav codd. Hermi. 1 || rj (3aciXeuç :

del. Vollgr. (et cf. c a) || c a Xoyôypaço; del. Vollgr. :


ap' à'p' : BT
W
||

||
3 auTÔç a&TOv au. au. B 'n taùxa xauta Tau. tau.
:
|j
: Tau. Tau.
B || 7 Tivà ouv ouv t. : TW ||
8 aÙTÔ :
-Tcp Ast || g ouxouv : ouxouv
TW Vollgr. ouxouv B ||
io lauToû : au. TW au. Vollgr. ||
d I

aîa/pôv :
afcr/pô'v ye
Hermi. ai8 9 4 oI[xat : oT. ae TW ot. y£ uulg.
W
||

5 te ait. : om. 8 Tt (et Stob.): toi


uulg. 9 izûtzoiI (et
W
|| || ||

Hermi.) : îioté
i|
10 105 7totï)TT)ç d 1 1 w; ïSttoTTjç : fors, non legit
Hermi. aucl. Badham (qui ab tv totam damn. sententiam) secl.
Thomps. del. Vollgr. ||
e 1 âptoTÔtî... 5 xixXïjvTat : addub. Heindorf
|j ti'vo;... 5 xéxXr^vTat Socrati tribuit Bernhardy (cf. 6)
:
||
Êvsxa x£v :

Ivex* âv TW ëvexâ Stob.


258 e PHÈDRE 59

quelle raison aurait-on, même de vivre, si ce n'était en


vue de semblables plaisirs ? De fait, ces plaisirs ne sont pas
en vérité de ceux que doit précéder une souffrance, sans
laquelle il n'y aurait même pas plaisir. Or c'est le caractère
de tous les plaisirs, ou peu s'en faut, qui intéressent le corps,
et c'est encore ce qui justifie l'épithète de « serviles » qui
leur est donnée ' .

Socrate. — En tout
cas nous avons le temps, à ce qu'il

paraîtEt tout ensemble, j'en ai l'idée, les cigales qui, selon


!

l'usage au fort de la chaleur, chantent et conversent entre


259 elles au-dessus de nos têtes, ont l'œil sur nous. Si donc
elles nous voyaient, même nous deux, à l'heure de midi imi-
ter les gens du commun et ne point converser, mais au
contraire laisser choir notre tète et céder à leurs enchante-
ments par inertie intellectuelle, à juste titre elles se riraient
de nous, dans la pensée que je ne sais quels esclaves leur
sont arrivés en cet asile pour y dormir, ainsi que des
moutons, leur méridienne à l'en tour de la source! Si, au
contraire, elles nous voient converser, et notre esquif les
côtoyer comme des Sirènes, sans céder à leurs enchantements,
b alors ce privilège dont les dieux leur ont accordé de faire
aux hommes le présent, peut-être nous en feraient-elles
présent dans leur satisfaction !

Phèdre. —
Et quel est ce privilège ? Dis-le moi, car c'est
une chose dont il se trouve que, vraisemblablement, je n'ai
point entendu parler.
Socrate. — En vérité, il n'est guère

des cigales. bienséant pour quelqu'un qui est ami


des Muses de n'avoir point entendu
2
parler de pareilles choses Or voici la légende. Jadis les
!

cigales étaient des hommes, de ceux qui existaient avant


la

naissance des Muses. Puis, quand les Muses furent nées et


qu'on eut la révélation du chant, il y en eut alors, parmi les
hommes de ce temps, qui furent à ce point mis par le plai-
C sirhors d'eux-mêmes, que de chanter leur fit omettre le
manger et le boire, et qu'ils trépassèrent sans eux-mêmes
s'en douter ! Ce sont eux qui, à la suite de cela, ont été la

i. Gomp. Rép. IX 584 bc et Philhbe 5i a sqq., surtout 53 ab; ce

plaisirs sont escla\es


du besoin (cf. Notice, p. xxxv n. a).
2. Double allusion aux goûts littéraires de Phèdre, à ses
: curiosités
59 $AIAP02 258.0

coq eItceîv £cî>r|


àXX' f[
tûv toloûtcov fjSovcov evekcx ;

yàp Ttou eke'lvcov y£ Sv TtpoXuTtrj8f}vai. Sel f) lirjSè fjaSfjvai,
8 Sf) ôXlyou Ti8aai al TtEpl t6 a£[Link] r|Sovai I^ouai* 816 Kal

SiicaLcùq àvSpoTto5ci>SEi.q KÉ«Xr|VTou.

ZO. Z^oX^j u.èv Sf]. côç Iolkev. Kal au.a uoi 8oko0<jiv,

<&Ç £V TÛ TtvtyEl, ÔTtèp KECpaXf)Ç f)U.ÛV ot TETTiyEÇ, SSoVTEÇ


ical àXXfjXoiç SiaXEySuEvoi, Ka6opav Kal t^Sç. Et ouv 259
tSoiEV Kal vcb, KaBaTtEp toùç TtoXXoùç Iv UEOT)u6pta, ^if)

SiaXEyouEvouç aXXa vuara£ovTa<; Kr)XouuÉvouç ùcp' Kal


auxûv Si' apytav Tfjç Siavolaç, SiKaloç av KaTaysXÇEV,
1
fjyoûuEvoi àvSpàTtoS ctrra crcplaiv !X86vTa eIç to Kaxa-
ycôyiov, coaTTEp TtpoBàxia, uEOT)u6pià£ovTa TtEpl x^v Kpfjvrjv
5

eîjSelv.Eàv Se êpûai SiaXEyouEvouç Kal TtapaTtXÉovTaç


acpaç âortEp ZEipfjvaç àKr|Xf)Touç, S yEpaç Ttapà 8e»v b
t^ouaiv àv6pcbTtoLç SiSévai Tety' Sv Soîev àyaaSévTEÇ.
<£AI. "E^ouai 8è Sf)
tI toOto ; 'Av/jkooç yàp, <&ç Ioike,
Tuy^avo cSv.

ZO. Ou u.Èv
Sf) TipÉTtEi yE cf>[Link] avSpa tûv toloûtcov
àvrjKoov EÎvai. AÉyETai 8' &q tcot' î^aavoCtoi av6p6moi,
tôv Ttplv Moûaaç yEyovévai" yEvouÉvcov Se Mouaôv Kal
<pavEtor)c; «f^Ç? oStqç Spa Tivèç tûv t<Ste è^ETxXayr|aav

ûcp' fjSovf^ç ûote, cïSovteç, f)^ÉXr)aav alxcov te Kal tiotôv,


C
Kal IXaBoV TEXEUTf)CTaVTEÇ aÛTOùç. 'EE, ov to TETTlyOV

6 a ÇaSr) (et Stob.)


(atj
Vindob. 109
:
£wt] B ||
3 (xtjSî
: W
Stob. Il
6 a/o\r\... lotxe
Bernhardy (cf. 1) Phaedro
ïcuxsv
: tribuit ||

et Stob.) -xe : BW
Ilermi. Tliomps. Burnet Soxouaiv wç wç
1

||
:

om. Stob." -ai vu Badbam Yollgr. 259 a a xaî r,ij.àç (et Stob.) : ||

om. B et, exe. Burnet, omnes vw (fors, ex vu T) (et Stob.) vco B ||


:
||

3 xtiXoujjl^vouî (et Stob.) xaxaxrjX. Hermi. &ç* aûxtov (et Stob.)


:
||
:

un' au. W II 4 xaxayeXcpev XàS»sv B -XôSev : W 5 àv8pa^o8* (et


||

Stob.) : -8a TW ||
àxxa Stob. ax. T <xt : BW ||
èXÔôVca -xa S Stob.»
:

Il 7 SiaXeyopivou; (et Stob. Hermi. )


1
: auct. Hartman del. Vollgr. ||

b 1 à[Link]î âxTjXt. Stob. n


: 3 W || 6tj xt (et Stob.) :
8r| xt B ||
5 y«
(et Stob.) : om. B ||
6 8* (et Stob. 3c Hermi. 1 ) :
8*) ci. Heindorf 7
W Stob.
||

nptv (et Stob.) :


jrptv ye Hermi. ||
C a aGxoùç : au. au. B
fors, non legit Hermi.
259 c PHÈDRE 60

souche de la gent cigale. Elle a des Muses reçu le privi-


lège de n'avoir, une fois née, aucun besoin de se nourrir,
et de se mettre cependant, estomac vide et
gosier sec,
tout de suite à chanter jusqu'à l'heure du trépas, et puis
après d'aller trouver les Muses pour leur rapporter qui
les honore ici-bas et à laquelle d'entre elles va cet hom-
mage. Ainsi, à Terpsichore, c'est sur les hommes qui l'ont
honorée dans les chœurs de danse que les cigales font leur
d rapport, lui inspirant pour eux de la prédilection à Érato, ;

sur ceux dont les matières d'amour sont l'occupation et aux ;

autres de même, selon la façon dont chacune est spéciale-


ment honorée. Or à l'aînée, Galliope, et à sa cadette,
Uranie, ceux qu'elles signalent ce sont les hommes qui pas-
sent leur vie à philosopher et qui honorent la musique propre
à ces deux Muses; car entre toutes, avec le ciel pour princi-

pal objet et les questions de l'ordre divin aussi bien


qu'humain, ce sont elles qui font entendre les plus beaux
accents Nous avons donc, tu vois, mille raisons de parler
1
!

et de ne pas nous endormir à l'heure de midi.


Phèdre. —
Entendu Parlons donc.!

6
Troisième partie. Socrate. — Alors,
la question que jus-
— Première tement nous proposions à l'examen tout
section : à l'heure, de savoir quels sont les carac-
les conditions
de l'œuvre d'art.
teres ^
un jj 0n dJ scours comme d'un
..
, , ., , . ,
bon écrit et quels sont les caractères
de ceux qui ne le sont pas, voilà ce qu'il faut examiner.
Phèdre. —
C'est clair !

Socrate. —
Eh bien est-ce que ce ne doit pas être une
!

qualité de ce qu'on voudra dire, au moins bien et de la


belle façon, qu'il y ait, dans la pensée de celui qui parle, une
connaissance de ce qui est la vérité du sujet sur lequel il

aura à parler ?
Phèdre. — Voici, cher Socrate, ce que j'ai
ouï-dire là-
260 dessus: c'est qu'il n'est point nécessaire, pour celui qui se
destine à être orateur, d'avoir appris ce qui en est de la réalité
de la justice, mais plutôt ce que peut bien en penser la mul-

mythologiqucs (239 b). Si cette fable est une invention, le reproche


d'ignorance est, à son tour, ironique (cf. p. 87, n. 1).
1. Sans doute suppose- t-il l'Harmonie des Sphères, la parenté de
6o <Ï>AIAP02 259 c

yâvoç liex' ekeîvo <p\iExai, yÉpaç toOto Tiapà MouaSv


Xa66v, ^ir)Sèv xpocpf^ç SeîaSai yEv6u£vov, àXX', aaixdv xe Kal

aTtoxov, euSùç &Seiv ecoç 8v xeXEuxf|aT] Kal, u£xà xaOxa


1X86 v Ttapà Mooaaç, àTTayyÉXXEiv xtç xtva aôxâv xip$ xôv
IvGàSe. TEp\\ii\6ptx uèv o8v xoùç ev xoîç xopoîç XEXiurj-

K<Jxaç aôxf)v àTTayyÉXXovxEÇ TtouoOat TtpoacpLXEaxÉpouç* xf]


8è 'Epaxoî, xoùç èv xotç êpaxiKoîç* Kal xaîç aXXauç ouxaç, d
Kaxà xè eÎSoç EKào-xrjÇ xiLif]ç. Tr\ Bk TtpEaBuxàxT] KaXXidTcr)
Kal xfj liex'
cpiXoaocpla Siàyovxàç
aôxfjv Oùpavla xoùç ev
xe Kal xiuôvxaç ekeIvqv pouaiK^v àyyéXXouaiv, aï 8r|
xrjv

paXioxa xSv Mouoâv, TtEpl xe oôpav&v Kal X<5youç ouaoa


Seiouç xe Kal àv8pcoTitvouç, tâoi KaXXlaxrjv cf>covr)v. rioXXâv
8f|
o8v IVEKEV XeKXÉOV XL Kal OÙ Ka8El)5r|XÊOV EV xfj

LiEaT]Li6pla.
<t>AI. Aekxéov yàp oSv.

ZO. OukoOv, oTisp vOv Ttpou8ÉLiE8a aKÉipacOai, xov e

Xéyov otit] KaXôç ^X EI-


XÉyEiv xe Kal ypacpEiv Kal OTtr| uf|,

aKETIXÉOV.
<t>AI. AfjXov.
J
ZO. *Ap oSv oty ÔTtàp^Eiv 8eî xoîç eS yE Kal koXôç

j5r|8r|0-oLiÊvoiç xfjv
xoO Xéyovxoç Siàvoiav siSutav xàXr|8èç
8>v av IpEÏv TiÉpi liéXXt] ;

Oùxcoal TtEpl xoùxou àK/|Koa, S <}>IXe Zd>Kpax£Ç"


<t>AI.

oùk EÎvai àvàyKT^v xÇ uéXXovxi jS^xopi lacaBai xà x$ 8vxi 260


SUaia uav8àvEiv, aXXà xà 8<S£avx' &v tiX^Sei, oÏTtEp
'
C 3 ;j.£x'
èxeïvo :
pet* èxec'vwv Stob. jx«t (etiam ;xct* èx.) auct. Her-
werden del. Vollgr. ||
4 Xa6dv 2 W
-6oiv Wut uid. :
|| yEvdpevov :
yEvvaSp.
Stob. n post £j6ûî moi transp. Badham Vollgr. || 7 Tep^t^opa (et
Stob. Hermi. 1 ) -pr\
B 2 rec. (ï) : 8. u.) uulg. ||
d a lxà<rcT)ç (et Stob.

Hermi.) :
-Trj ttJî ci. Egelie 3 pex' aÙT7)v (et Stob.) p. t<xutt)v T :

6 taai : -atv T taaiv B faat


||

"PB 2 Vaat îàat Stob.W 7 ouv i'vexev W


||

W
||

reuera : oûvexsv B oûvExa Hermi. 1

||
xi : Tt te auct. Jongh Vollgr.
Il
6 5 5p* :
<xp'
T (cum pers. dist. post 8f)Xov 4) *p' B (se. 8î)Xov £p')
H ye : te TW 6 TàXrjQèç : tô àX. B Burnet 260 a 2 SdÇavt' : -ta
W
|| ||

TW y oireep
2
(0? s.
u.) :
uitep sic W.
260 a PHÈDRE 61

titude, celle qui précisément doit décider; pas davantage


ce qui réellement est bon ou beau, mais ce qu'elle en pen-
sera. Voilà quel est en effet, dit-on, le principe de la per-

suasion, mais non pas la vérité.


Socrate. — La 1
parole impossible à rejeter ... impossible,
Phèdre, quand cette parole est celle de savantes gens mais ;

on examinera plutôt n'y a pas du vrai dans ce qu'ils


s'il

disent !
Et, en particulier, ce que tu viens de dire, il ne faut
pas en faire fi.

Phèdre. — Parfaitement !

Socrate. — Voici maintenant comment nous devons en


faire l'examen...
Phèdre. — De quelle façon ?

b Socrate. — Suppose que moi, je veuille, à toi, te persua-


der d'aller combattre l'ennemi après avoir fait acquisition
d'un cheval que tous les deux, nous ignorions le cheval ;
;

mais qu'il y ait pourtant une chose que, sur ton compte, je
me trouverais à connaître, c'est que, au jugement de Phèdre,
le cheval est de tous les animaux domestiques celui qui a les

plus longues oreilles...


Phèdre. — Ma ce serait ridicule!
Socrate. — Non, pasSocrate,
foi,
Mais que, maintenant, je
encore.
veuille persuader au moyen d'un dis-
pour tout de bon te
cours de ma composition un éloge dont l'âne serait le sujet,
:

où je donnerais le nom de cheval à cette créature, dont je


pour chez
déclarerais inappréciable l'acquisition aussi bien

qu'en campagne, et non moins utile pour combattre de


soi
haut que, bien entendu, avantageuse eu égard à la capacité de
porterie bagage et des tas d'autres choses...
c Phèdre. —
Ah maintenant ce serait, ma foi, ridicule
!

achevé !

Socrate. —
Dis-moi, est-ce qu'il ne vaut pas mieux le
ridicule chez un ami que la puissance' redoutable chez un
2
ennemi ?

Phèdre. — C'est évident !

Socrate. — Ainsi donc, lorsque l'orateur de talent, igno-

musique d'astronomie avec philosophie, peut-être enfin une tradi-


et
tion pythagorique où la philosophie est Calliope (p. 39,1 et 38, a).
1. Formule proverbiale qui vient de l'Iliade (II 36i).
a. Ce texte controversé s'éclaire, je crois, par la remarque iden-
61 <Î>AIAP02 260 a

SiKaaouoiv oô8è xà Svxeoç àyaGà f| KaXà, àXX' 8aa Sô£,ei.


'Ek yàp xoùxcov EÎvai xo tteLGeiv, àXX' oûk ek xf}ç àXr|-
SElaç.
ZO. Ofïxoi àTt66Xr|Xow etioç eîvat 8eî, S aîSpE,
8 av EÏTtosai aocpol, àXXà aKOTtEÎv p-f) xi XÉycùcu Kai 8f) Kal -

xè vOv XE^Sèv OUK à<pEX£OV.


Al. Op8ôç s

XéyEiç.
ZO. *fi8E 8f) OTXOTTÔJ1EV aÔx8 .

ai. naç;
ZO. ET as tteLSol^ll lyù ttoXe^iIouç «x^iùveiv Kxr|a<ipEvov b

tTtTtov, a^cpco 8è timov àyvooîjjiEV, xockSvSe pÉvxoi xuy)(a-

vol^ii eIScùç TtEpl aoO 8xi a'îSpoç tTtTtov f^yEÎxai xo xôv

jjpÉpcov £a>cov ^Éytaxa ix ov &t a >-'


Al. TeXoWv y' av, S ZÛKpaxsç, EÏr|.

ZO. OCtto yE. 'AXX' 8xe Sf| cmouSfi cte


tteIBoiiu, auv-
xlBeIç X6yov, ETtaivov <axà xoO Svou, lirovo^à^cov Itttiov

<al Xéyeov &ç Ttavxoç x6 Spé^ia oïkoi xe KEKxfjaSai


aE,iov
Kal ènl axpaxEtaç, âttottoXe^elv xe ^prjai^ov Kal Ttpéç
y' ivEyKEÎv Suvaxèv o~KEÙr) Kal aXXa TtoXXà <2>cpé[Link]... c
Al. nayyéXouSv y' &v fjSr) eït|.

Zfl. *Ap* oSv ou KpEÎxxov yeXoîov Kal (plXov f}


Selv6v xe
Kal i)(8p6v EÎvai ;

Al. alvExai.
Zfl. "Oxav oûv ô p^xopucàç, ayvoâv àyaSàv Kal kcxk6v .

a 6 ojToi oj ti Hermi. n
: w <I>a?8p£ 8 ô 4> o B 7 cdpot 0?
[|
:
|j
:

[Link]. Heindorf Vollgr. firf


ti Xiftoat
pu
t.
Xé^ouai Schaefer
||
:

Schanz Vollgr. eT 7:t) ti ).£youoi Winckelm. b 5 s?tj : om. B 6 || ||

oSzw y£ où'^oie B
:
8t) om. B Schanz Vollgr.
j|
:
<J7ïou&fî -Sri B ||
:
II

7 Xôyov : del. Vollgr. || 9 nTpaistaj Par. aoi 1


Spalding -Tiàj : T et, exe.
Thompson, omues -Tia; BW
:rpd; y' ÈvEyxEïv ci. Thomps. rcpoaev. :

W
||

codd. Schanz et etiam Thomps. sed cum obelo C 2 TîayysXo'.ov 2

W
||

(add. o-.): -Xov 3 «p' (et Hermi. ): ôép* B àp' T


1
||
xal o&ov ||

Hermi. : om. codd. Schanz Vollgr. ||


te : om. Hermi. ||
4 è^Opôv
cïveu: I. el. t] «pfXov codd. EÏvat çîXov Par. 181a Et. tôvCornar.<p.

uerba â/9pov sequentia non legisse uid. Hermi. secl. Burnet Etvatsecl.
Thomps.
260 c PHÈDRE 6a

rant le bien etle mal,


ayant affaire à une Cité pour laquelle
ilen va de même, se met à lui persuader, non pas à pro-
pos de l'ombre de l'âne que c'est d'un cheval qu'il compose
1

l'éloge, mais, à propos du mal, que c'est du bien ; lorsque,


après avoir fait des opinions de la multitude une particulière
2
étude ,
il lui aura
persuadé de faire le mal au lieu du bien,
quelle sorte de produit penses-tu que l'art oratoire doive,
d dans ces conditions, recueillir pour moisson de ce qu'il a
semé ?

Phèdre. —
Un produit qui sans doute n'est pas du tout
recommandable.
Socrate. —
Eh mais n'avons-nous pas, mon bon, outre-
!

passé les bornes de la rusticité en vilipendant ainsi l'art des dis-


cours ? Sans doute dirait-il a A quoi, extraordinaires bonnes
:

«
gens, peuvent bien rimer vos calembredaines ? Moi, c'est
« un fait, je n'oblige personne, à qui la vérité est inconnue,
« d'apprendre à
parler ; mais (supposé que mon avis vaille
«
quelque chose) c'est une acquisition à faire avant, moi, de
« me
prendre en main. Et voici donc ce que je déclare
a hautement
c'est que, sans moi, celui qui possédera la
:

« connaissance de l'être des choses


n'y gagnera rien abso-
« lument
pour l'art de persuader » !

e Phèdre. —
N'y aura-t-il pas, de sa part, justice à parler
ce langage ?

Socrate. — J'en conviens, — au cas du moins où les

arguments qui se présentent à la barre attesteraient, en sa

faveur, qu'il est un art Car j'ai ! comme


une idée que j'en
entends d'autres, qui se présentent à leur suite ; et ces argu-
ments protestent qu'il ment et qu'il n'est pas un art, mais
une routine dénuée d'art 3 « De la :
parole, dit le Laconien,

tique du Philïbe dans l'analyse du plaisir comique (4g d-5o a).


G.-à-d. « moins que rien »: expression familière amenée pai
i.

l'exemple allégué, à propos duquel en effel la méprise ne serait rien


au prix d'une illusion qui fait prendre aux gens le mal pour le bien.
a. Cf. a6o a déb. de même, dans la République (VI 4g3 ab), celui
;

qui s'exténue à étudier les caprices du monstre dont il fait l'élevage.


3. Ici et a^ob on retrouve les expressions mêmes dont le Socrate
du Gorgias stigmatisait la rhétorique (463 b). Il vient ici de supposer
(ce qui peut-être avait eu lieu) que celle-ci se défend contre cette
attaque sauvage ; il en rappelle donc les termes et ensuite, comme
devant le tribunal qui jugera la cause, il va reprendre son réquisi-
6a *AIAPOS 260 c

Xa6d>v TiéÀiv cSaaÙTcoç i)(ouaav, TtEi8r|, pr| -nepl Svou ckiSç

&ç ïttttou xov èrtaivov TtoioûuEvoç, àXXà nepl kcxkoC &>q

àyaBoO, So^aç 8è TtXf|8ouç u£UEXExr|K<»><;, nelar) icaicà

TtpôVrxEiv àvx' àyaBôv, Ttoî6v xiv° &v oïei, uexci xaOxa, xr)v

^XOpiKl^V K<XpTt6v Sv laTTELpE Ospl^ElV ; d


<J>AI. Ou TtàvU yE ETflElKfj.
ZO. *Ap' ouv, S ÂyaBé, àypoïKéxEpov xoO Séovxoç XeXoi-

[Link] xrjv xôv Xéyov xé)(vr)v ;


C
H S' ïaooç &v eïtiol*
« Tt tcox', & Baupàaioi, Xr|pEÎXE ; 'Eyà> yàp ouSév'
a àyvooOvxa xc\Xr|9èç àvayK<x£co u<xv6<xveiv XéyEiv, àXX', eï
a xl èur| £,uu6ouXr), Kxrjao'tuEvov ekeÎvo ofixwç EUE XaLl-
1
« 6âvELV. T68e S o8v Liéya Xéyco, &ç &veu IpoO xû xà Svxa
« e186xl oùSév xi uSXXov l'axai tieiSeiv xÉ)(vr|. »
<t>AI. OukoOv
S'iKaia èpEÎ, Xéyouaa xaOxa ; e

ZO.^ripl, âàv oï ys etuovxeç auxf] Xoyoi uapxupôaiv

eÎvcu xé)(vr|. "ftortEp yàp àkoûeiv Sokq xivcùv TtpoaiovxcûV


<al [Link]évQV Àéycov oxt iJjeûSetoci <al oûk laxi

xé^vi], àXX' &xe)(voç xpiBn,


-
« ToO 8è XéyEiv, <pr|alv ô

C 7 oxta? (et Hermi.) auct. Spalding del. Schanz Vollgr. :


9 ||

86Çatç... 10 àya6cov auct. Hirschig del. Vollgr.


: 10 Ttv' av Hirschig ||
:

ttva codd. Vollgr. yàp xtva Hermi. d 1 wv ov B ïanttpe -pev T ||


:
||
:

Il 6epiÇetv -Ç« : a ye (et W


Hermi.): om. ||
3 ap' (et TW ||

Hermi. àp' T
B wyaGi Hermi. Vollgr. w'ya.
1 1
): àp* 5> :
|| àyaOé
Thomps. fors, non leg. Hermi.
d tou Séovtoç 5 oùSév'
: -va ||
: TW
oùôèv B 7 Tt
II ttç : TW
Hermi. exe. Burnct omnes il ÈVctv ci. Ast 1

èpfj-Xf, TW(?) Hermi.


1

H ép)) ÇupSouX/; (ou(ji6. Burnet) rceiOsTat :


suppl.
Hermi. add. Badham /pr^xai Stephan. Schanz ypfjaOatt (soûXerat auct.
Ma tthiae Vollgr. xT7)<ja(i£vov Vahlen -voç codd. Hermi. et, exe. Bur-
||
:

net, omnes oûtwç -zot B


|| Xap6otvetv -v£t Hermi. Schanz -Sâvciw
:
||
:

auct. Naber Vollgr. 8td8e8'ouv(etHermi. ): TooeS'oùauct. Herwer-


||
1

den Vollgr. (App. i£8) 9 té/vt] del. Vollgr. (cf. ibid.)


crit. 6 1 ||
:
||

oùxouv ... xaoxa Phaedri, 3 çript... 7 yévr)xaî Socratis, 8 toÙTtov...


îOi a 2 Xeyouatv Phaedri (sic etiam personas distribuunt) TW :

oùxouv ... Taûrca Socratis, çYjpi' ... Xeyouatv Phaedri B et, ante Bek-
kerum, edd. tpir)pt Phaedro âàv ... Xe'youatv Socrati adscr. Heindorf
a ye (et Hermi. 1 ) y' B || papxupwatv
oùxouv : oùxouv Vollgr. : :

W
Il ||

-oùotv D 5 tou... 7 ysVjTat (et Hermi. 1 ) auct. Schleierm. secl. :

Schanz del. Vollgr. ||


ô Adtxiov (et Hermi. 1
) : ô Xoî/tov Nitzsch.
260 e PHÈDRE 63

« un art authentique, faute d'être attaché à la Vérité, ni


« n'existe, ni
jamais ne pourra naître dans l'avenir ».
261 Phèdre. — Ces arguments, Socrate, il nous les faut !

Allons !
produis-les ici ; questionne-les :
que disent ils et en
quels termes ?

Socrate. — Comparaissez
donc, nobles créatures, et per-
suadez à Phèdre, père de beaux enfants, que, s'il n'a pas
dignement philosophé, il ne sera pas digne non plus de par-
ler de rien ' Que Phèdre maintenant réponde...
!

Phèdre. — Interrogez-moi !

Socrate. — Eh bien ! est-ce que,


e
j 1„ .° I . . somme
ne serait pas toute, l'art oratoire
de art oratoire. „ , *, .

une psycnagogie, une façon de mener les


2
âmes par l'entremise de discours, non point uniquement
,

devant les tribunaux et dans tout autre endroit public de


réunion, mais aussi dans les réunions privées une façon ;

b qui ne change pas avec la petitesse ou la grandeur du sujet


traité et dont
; l'emploi, j'entends l'emploi correct, n'est en
rien plus honorable quand la matière est sérieuse, que lors-

qu'elle est sans importance ? Est-ce en ce sens que tu as


entendu parler de cela ?
Phèdre. —
Non, par Zeus pas du tout en ce sens. Bien !

au contraire c'est, dirait-on, principalement aux procès que


se rapporte l'art de parler et d'écrire, quoique parler ait
aussi sa place dans les délibérations de l'Assemblée du

Peuple. Mais qu'il s'étende au delà, on ne m'en a pas


instruit.
Socrate. — Eh bien !
alors, les a Arts oratoires » de Nes-
tor et d'Ulysse, n'y a qu'eux dont tu sois instruit? ceux
il

dis-je, qu'ils ont composés devant Troie


à leurs moments de
loisir. Quant à ceux de Palamède, ton instruction n'est pas
3
allée jusque-là ?

toire, avecmoins d'àpreté, mais avec plus de précision (cf. note suiv.).
i.L'objet de cette partie du dialogue est ainsi bien défini opposer :

à la rhétorique, telle que la conçoivent les Maîtres attitrés, une rhé-

torique philosophique ayant sa méthode propre (269 d-272 b).


2. Ces derniers mots paraphrasent le terme grec (cf. 271 c fin).
3. Socrate s'amuse ici, ce que semble indiquer la réplique de

Phèdre, à un jeu auquel fait allusion le Banquet (221 cd) faire :

deviner le nom d'un contemporain, qu'on désigne sous celui de


quelque personnage fameux. Plus loin reviendront Gorgias, Thrasy-
63 <ï>AIAP02 260 e

« AdtKov, etu^oç xâ)(vr| &VEU toO àXrj8Elaç f)c|>8ai,


ouV
« ecttiv, oÔte uf|
tiote ôaTEpov yÉvT|Tai. »
<t>AI. Toôtcùv 8eÎ tSv X6ya>v, S>
Z&KpaTEç- àXXà, SsOpo 261
aÔToùç Ttapàyov, E^éxa^s tI ical TtSç Xéyouaiv.
Zfï. ndtpiTE 8r), SpéuuaTa yEvvaîa, KaXXlTtat.8à te

<l>at8pov heISete ôç, làv ^f| ticavcoç <piXoao(p^|OT|, oôSè


3
iKavéq txote XéyEiv tarai TtEpl oô8ev6ç. ATtoKpiv£o~8co 8f)
8

«ÊaîSpoç.
<t>AI. 'EpOT&TE.
Zfï. *Ap* o8v oô, x6 pèv 8Xov, f) j5r)TopiKr) av eïtj té^vt]

ipu^aycayla tiç 8ià Xéycov, oô jiévov èv 8ucao-Tr|ploi<; Kal


8aoi aXXoi Sr)^6aioL aôXXoyoi, àXXà Kal lv tSloiç, fj oôxfj

a^LKpuv te Kal pEyaXov TtÉpu, Kal ouSèv EVTiu^TEpov, i6 yE b


8p86v, TtEpl onouSaîa f) TiEpl <J>aOXa yiyvéuEvov ;
*H ttûç
au TaOT' &K/|Koaç ;

*t>AI . Où uà tov Ala, oô TtavTaTtaatv oôtûjç- àXXà


uaXurra jiév tiqç TtEpl tAç SlKaç XéyETal te Kal ypà<f>ETai

tÉ)(vt]- XÉyETai 8è Kal TtEpl 8r|urjyoptaç- è-nl TtXéov 8è oôk


OKrjKoa.
ZQ. 'AXX' f\ Taç Néaropoç Kal 'OSuaaéoç TÉ^vaç u.6vov

TtEpl Xéycov àK#)Koaç, fiç èv MXlcp oxoXà£ovT£ç auvsypa-

^àTnv; tûv 8è riaXauf)8ouç àvr|KOO<; yÉyovaç ;

e 6 ETupoj xé^vt) (et Hermi.): sxoi. (om. x.) B sed locus in


macula rescriptus vrj xw <jic!> t. Plut. 7 GaxEpov om. Plut. 261 a ||
:
||

1 oïî: 8tj B Hermi. 6 1


(anacoluthon significat aa3 ) 8eî àxpoîaflat ci.
Richards Xûywv (et Hermi. ) X. iléf/ou (ci. Herwerden) uel àxpoaaOat
||
1
:

(scrib. Vollgr.)ci. Richards (interpos.) om. Xifouaiv


||
2 xal W 2 : W ||
:

-at 3 ôpE^fiaxa (et Hermi. ): toôp. Ast 4 ratîtexE (et cf. Hermi.
codd. j|
1
||

-ÔExat B
:
w; èàv wj av Hermi.' éui av T 7 ipwxàxE
:
7CE''<jaxe) || ||

28
(Phaedro adscrib. codd.) Socrati, ut uid., Hermi. (aa3 ) et,:

ante Bekkerum, edd. Socrati interroganli Ficin. àp Ast Èpaixa 8tJ


Krische ||
8 ap (et
'

Hermi. ) ap B o\ov 6X * ov1


:
'

b 4 A t'a (et ||
: W ||

Hermi. 1
): At' exe. Schanz omnes 6 kizl ttXsov É7ct7tX. 8 âXX'||
: BW ]|

?)
: àXX' rj
T Hermi. àXXï] B xat xex.
1
9 rapt secl. Thomps.
||
: TW ||
:

H Èv 'IXt'co: auct. Herwerden del. -xe em.


Vollgr. o/oXàÇovxEÇ ||
:

Goislin. i55 Thomps. Vollgr.


261c PHÈDRE 64

Phèdre. — Et, par Zeus, même pas, ma foi oui, jusqu'à


ceux de Nestor A moins que ce ne soit de Gorgias que tu
!

fais une manière de Nestor ou bien d'Ulysse, une manière


;

de Thrasymaque ou de Théodore !

Socrate. —
Il se
peut. Mais, après tout, ne nous occupons
plus de ces gens-là A toi la parole: dans les tribunaux, que
!

font les parties adverses ? n'est-ce pas en vérité une contro-

Appellerons-nous cela autrement ?


'
verse ?

Phèdre. — Précisément ainsi.


Socrate. — Sur le juste comme sur l'injuste ?

Phèdae. — Oui.
Socrate. — Et, n'est-ce pas ? celui qui s'acquitte de cela
en conformité avec l'Art, fera que la même chose apparaisse
aux mêmes gens, tantôt juste, puis injuste quand il- le
voudra... ?

Phèdre. — Et pourquoi pas ?

Socrate. — ...et, s'il


s'agit maintenant de harangues
politiques, que les mêmes choses semblent à la Cité tantôt
bonnes et tantôt tout le contraire... ?
Phèdre. —
C'est bien cela.
Socrate. — Passons au Palamède d'Élée : ne savons-nous
pas qu'il parlait avec tant d'art que cela lui permettait de
faire les mêmes choses apparaître à son auditoire semblables
et dissemblables, unes et multiples, et encore immobiles
aussi bien que mues ?
Phèdre. — Ah je ! crois bien !

Socrate. — Alors, donc que les tribunaux et l'élo-


c'est

quence politique ne sont pas le seul domaine de la contro-


verse mais que, à ce qu'il semble, toutes les formes de la
;

parole relèveraient d'un art unique (s'il est vrai qu'il existe !),
celui grâce auquel on sera en état de rendre toute chose
semblable à toute chose, de celles, bien entendu, qui le peu-

maque, Théodore (266 esq., 267 c). Quant à Palamède, le héros


inventif de Y Iliade, la suite (d) fait tomber son masque c'est un :

Éléate, et ses thèses sont celles de Zenon le double trajet sur le stade,
:

égal à la moitié la flèche qui vole, immobile, etc.


;

1. Ou antilogie (cf. Phêdon 91 a), un duel de thèses où la vérité de


celles-ci importe peu pourvu que triomphe thèse qu'on soutient, et la

c'est, au besoin, tour à tour l'une et l'autre. Voilà l'escrime immorale

qu'Aristophane, dans les Nuées (cf. p. 17, n. 3), accuse Socrate d'en-
seigner. Que le
grief n'atteigne pas celui-ci, il n'en est pas moins
U «fcAIAPOS 261 c

<t>AI. Kal val jià Al' lycoyc xûv NÉaxopoç, et jif|


c

Topytav Néaxopà xiva KaxaaK£\jà£eiç, fj


xiva 0paaû^a)(6v
te Kal OséScopov 'OSuaaéa.
ZO. "lacùç. 'AXXà yàp xoùxouç Igûuev. Zù S' eItte* Iv

8tKaaxr|pU>u; ot avxlSiKoi xl Spôaiv ;


oûk àvxiXÉyouai
jiévxoL ;
*H xl <j)/|aojiev ;

<t>AI. ToOx' aôxo\


ZQ. flcpl xoO SiKalou te Kal àS'iKou ;

<t>AI. Nal.
ZO. OôkoOv ô fé^vri toOto SpSv Ttoi^asi cpavf]vai x6
aôxo xoîç aôxoîç xoxè pkv SlKaiov, oxav Se |5otiXr|xai, d
aSiKov... ;

<t>AI. Tl ^v;
ZQ. ...Kal iv Si^ir)yopla Sf), xfi tï6Xei Sokeîv Ta aôxà
totè uèv àya8à, xoxè S* aS TàvavTta ;

<t>AI. Ofixaç.
ZO. T6v oûv
XÉyovxa oôk 'EXeotikôv naXauf|8r|v,
ïa^EV xâ^vrj &aie(palvEoBai. xoîç aKoûouai ta aôxà b^oia
Kal àvé^oia, Kal ev Kal TtoXXà, jievovxà te aS Kal
cpEpé-
jiEva ;

MàXa yE.
<t>AI.

ZO. Oôk apa j^ovov TtEpl 8LKaaxr)pià xi èaxiv f)


àvxi-
1
XoyiKf) Kal TtEpl SrjyriYoplav, àXX &ç eolke, TtEpl Ttàvxa xà , e

XEyéjiEva yta xiç xé)(vr) (eIttep laxiv) aOxr) av EÏr|, fl xiç


oXôq x' t'axai Ttfiv Ttavxl ouoioOv xôv Suvaxûv Kal oîç

C i Ai' : At'a BT Hermi. 1


Schanz :wv où8à t. malit Vollgr.
||
:

si mox e!
[itj
seruetur |j Néuxopoî : N.
xaî 'Oôucaewç
Vollgr. || ut) :

or, Vollgr. (cf. App. crit. i£8) ||


2 xataaze-ja^ti : -Çg( B 3 te xaf ||

@£o8œpov : fors, non legit Hermi. neque sclioliasta del.


Vollgr. ||
te :

5e B5 àvrtXiyouat
H -aiv codd. :
||
10 (et d 8) xe/vt] :
-vtj BW
(quanquam in altero -vtj d 8) d ||
i
(et 5) totè: xdxe codd. || (îoûXt)-
xai a8ixov T2 (transpon. notauit) : àô\ p. 8 çaiveaôatT 8oxeTv <p.
|j
:

uulg. Il 9 pevovxà B2 (signa em.) : ab ov:a B ||


e 1 àXX' wç B»
rec. : àXXcoç B ||
2 t;
Paris. 181 2 : fj
TW Hermi." f]
B et Hermi."
em. y 3 x* : te B H r.ïv zavxï : zàunav x: ut uid. B ||
xat otç Suvaxôv :

ci. del. Vollgr.

IV. 3. - 9
261 e PHÈDRE è&

vent et à l'égard de ceux pour qui c'est possible ou encore, ;

quand un autre fait en les dissimulant de telles assimilations,

d'amener celles-ci au grand jour.


Phèdre. —
Quelle est, dis-moi, ton idée en parlant de la
sorte ?

Socrate. — A chercher dans le sens que voici, m'est avis

qu'elle apparaîtra... L'illusion, est-ce dans les choses qui


diffèrent beaucoup qu'elle se produit, plutôt que dans celles
262 qui diffèrent peu ?

Phèdre. — Dans celles qui diffèrent peu.


Socrate. — Eh bien !
oui, c'est sûr si tu
: te
déplace*
petit à petit, ton mouvement dans la direction opposée aura
plus de chances de passer inaperçu, que si c'était à grands

pas.
Phèdre. —
Le moyen qu'il en soit autrement !

Socrate. —
Il faut donc, alors, si l'on doit faire illusion

à autrui, mais sans être soi-même dupe de l'illusion, que


l'on connaisse à fond bien exactement les similitudes de la
réalité et ses dissimilitudes.
Phèdre. — C'est une nécessité, disons-le !

Socrate. — En conséquence, sera-t-on à même, pour


chaque chose dont on ignore la vérité, de discerner chez les
autres la similitude de la chose ignorée, que cette similitude
b soit petite ou grande ?
Phèdre. — Impossible.
Socrate. —
Donc, quand on juge contrairement à la réa-
lité et
qu'ondupe d'une illusion, il est manifeste que,
est

si ce mal s'est insinué en nous, c'est l'effet de certaines


similitudes.
Phèdre. — Oui, c'est bien ainsi que la chose se passe.
Socrate. — Est-il donc possible qu'on ait l'art d'opérer
un changement, petit à petit, en usant des similitudes pour
faireen chaque cas passer de la réalité à son contraire, et
que d'ailleurs on échappe soi-même à cet accident si l'on n'a
pas acquis la connaissance de l'essence de chaque réalité ?
Phèdre. —
Non, jamais !

vrai que, sur le fond, la pensée de Platon est la même iantilogie des :

Sophistes ou, ce qui est tout un, des maîtres de rhétorique et des
logographes, est coupable de la malhonnêteté des plaideurs (cf. 37a de r
373 a) et de celle des orateurs politiques.
65 $AIAP02 261 e

Suvcitov Kotl, aXXou ô^oioOvtoç «xt oVnoicpuTTTo^Évou, etç

<pûç SyeLV.
<I>AI. riôç Sn, t6 toioOtov XÉyeiç ;

ZO. TfjSe Sokô £r|ToO<Ti cpavEÎadai. 'AnàTT) noTEpov Iv


TtoXù Siotcpépouai ylyvETai H&M.° V f| ÔXiyov ;

'Ev toîç ôXlyov.


<1>AI. 262
ZO. 'AXXà ye 8f|, iccrrà a^uicpèv ^etocBocIvcùv, uâXXov
[Link]ç IÀOcùv ItiI t6 âvavTtov f\ «axà uéya.
nûç S' oC
<Ï>AI. ;

ZO. Aeî Spa tov fciéXXovTa àTtaTfpEiv ^ièv aXXov, aÔT&v


8è \t.t\ àTtaTi*|CTEa8ai, Tf)v ô^oi.ÔTr|T<x tSv Svtcùv <al àvo-

(lOLéTrjTa &Kpi6&<; SiEiSÉvai.


<J>AI. 'AvàyKT] jièv oSv.
ZO. *H ouv oî6ç te Icrrou, [Link] àyvocàv ekootou,

Tf]v xoO àyvoou^Évou ôjioi6xr|Ta, ajuicpàv te k<xI jiEyàXr|v,


ev toîç &XXolç SiayiyvûaKEiv ;

<t>AI. 'ASûvcctov. b
ZO. OukoOv toîç Ttapà xà 8vTa 8o£,à£ouai «xl àna-
Tcojiévotç SfjXov &ç to tkxBoç toOto Si' Ôyoï[Link]ùv tivôv

EtaEppùr| .

«PAI.
riyvETat yoOv outo.
Zft. "EaTiv oCv 8ttqç texvik6ç Iotou ^ETaBiSà^Eiv KaTà

apiKpôv, Sià tcov 5^o loti tco v àno toO 8vtoç EKàcrroTE ItcI
1

touvocvtîov ànàycùv, f} ccut8ç toOto SuxcpEuyEiv ô ^in, iyvco-


ptKûiç 8 egtiv EKaaxov tûv Svtov.
<t>AI. OÙ |dj TtOTE.

6 5 TàXr 8È; ç. Vollgr. (^4pp. crii. i^g)


©âjç :
( 7 xîjSe ... çav- ||

eîaôat clausulam uersum esse cens. Heindorf || £T)Touai


: -jtv BT :

Il à^aTT] r\
à. Galen.
: 8 t] (et Galen.) i\ iv Hirschig Vollgr-
||
:

Il
262 a a ye Stj ôt] |at]v Galen.
: TW
tj.e-ca6acvcDv xata6. Galen. ||
:
||

5 à'pa a. rcpâiTov Galen.


:
7 8iet8évat : etàevac Galen. 9 r\ (et
W
|| l|

Galen.) r\ reuera B
: 1 1
Siaytyvoiaxetv Biaytv.
||
b 2 8oÇà£ou<Ji :
||
:

-mv BT 5 oGtw -twç Galen. edd.


II
:6 [x€Ta6tj3a^£iv (et Gai.) -et B :

W
||

aXXov jjl. Hirschig \x. ~:vz Badham 7 ajjuxpôv -ûv 8 àr-iywv :


||
:
||

napi. Hermi. (ut uid. [cf. d 2]) Badham Vollgr.


262 c PHÈDRE 66

c Socrate. — Alors, mon camarade, c'est donc qu'un art

oratoire, que manifestera celui qui ne connaît pas la vérité et


qui n'a été en chasse que d'opinions, est un art risible, à ce
qu'il semble, et même sans art !

Phèdre. — Peut-être bien.


Socrate. — Veux-tu, par suite, dans ce
Vérification discours de Lysias, que tu as sur toi, et
par l'exemple
* LyS7
:
dans ceux que
«Hi«
sans art
-*
ou plein d
j'ai

.
- <"
art ?
— «d.™»
prononcés, envisager

Phèdre. —
Voilà, ma foi oui, mon vœu le plus cher !

D'autant qu'en vérité nous parlons à présent quelque peu


en l'air, faute d'avoir des exemples 1 convenables.
Socrate. —
C'est d'ailleurs pour nous une vraie chance,
semble- t-il bien, qu'aient été prononcés deux discours où
d il y a un exemple de la façon dont celui qui connaît le vrai
2
peut, en se faisant de la parole un jeu, égarer ses auditeurs .

C'est une chose, Phèdre, que pour ma part je dois aux divi-
nités locales mais il se peut aussi que les interprètes des
;

Muses, ces cigales chanteuses qui sont au-dessus de nos têles,


nous aient insufflé ce privilège je ne pense pas être en effet,
:

quant à moi, loti d'aucun art de parole I

Phèdre. — Mettons que tu aies raison, pourvu seulement


que tu prouves ce que tu affirmes !

Socrate. — Allons lis-moi alors le début du discours de


!

Lysias.
e Phèdre. — « Quel est mon cas, tu en es instruit, et mon
«
opinion sur Vintérêt que nous avons à la réalisation de ceci,
« tu l'as entendue. Or, je ne crois pas que ma requête doive
« valablement échouer
pour ce motif que, justement, je ne suis
«
pas ton amoureux. La preuve en est que les gens dont je parle
« en viennent à regretter... »
Socrate. — Halte-là ! En quoi, maintenant, Lysias est-il
fautif et sa composition, dénuée d'art, il faut le dire: c'est
bien cela, n'est-ce pas?
263 Phèdre. — Oui.
Socrate. — Eh bien !
n'y a-t-il
pas une chose au moins

i. L'insistance de Platon sur cette idée (comparer infra a64 e,


a65 c) est significative de son intention : cf. Notice, p. xl sqq.
a. Seul peut sciemment dire faux celui qui sait le vrai (cf. Hip-
66 $AIAP02 262 c

ZO. Aéyov Spa xéxvt]v, S êxaîpE, ô x?|v àXt^Geiav pf] C


elScbç, 86£aç Se XE8r)p£UKGbç, yEXotav xiva, <&ç eoike, Kal
élTE^VOV TtapÉ£,ETCU.
<t>AI . KivSuveûei.
ZO. BoùXei oSv, ev xû Aualou X6y<a 8v cfiépsiç Kal Iv
OÎÇ ^lliEÎÇ [Link], ISeÎV XI Sv <£a^EV àxÉ^VOV TE Kal
evtÉ)(vcùv EÎvat ;

«ÊAI. flàvxcùv yé nou jiàXujxa, obç vOv yE ipiXûç tioîç


XéyojiEv, oùk e)(ovteç licavà [Link].
ZO. Kal \xf\v Kaxà xù)(r)v^yÉ xiva, ôbç eoikev, êppr|8f)xr|v
Tcb Xéyo, e^ovté xi TtapàSELy^ia èbç av ô eIS&ç xo àXr)8Éç, d
Ttpoanal^cov ev X6yoiç, Ttapàyoi xoùç àKouovxaç. Kal
lycoyE, 8>
«ÊaîSpE, atxi6à[Link] xoùç evxottIouç Sec-oç* ïacaç Se
Kal ol xSv MouaSv Ttpo<|>f)xai.,
ot ûnèp KE<paXfjç àSol,
èTtLTtETtvEUKdxEç av r^îv eÎev xoOxo xo yépaç* ou yap nou
lycoyE xé)(vr]ç xivèç xoO XÉyEiv ^iéxo^oç.
<PA\. "Eaxo ôbç XÉyEiç, \xôvov S^Xoaov 8 <p^ç.
Zfi. "I8l 5^1 [Link] avàyvoSi xf)v xoO Auatou X<Syou
àp X f]V.
«ÊAI. « riEpl u.èv xqv IfciSv Ttpayu.àxQV ETtlaxaaat, Kal e
« a>ç vou.l£co auy.<pÉpEiv f\\ûv xoûxav yEvo^Évcov, àK^Koaç.
d
« Aê,lô 8è jif|
Sià xoOxo àxu)(fjaai Sv Séo^lou, 8xi oùk
e
«
Epaoxrjç ôv aoO xuy)(àvco. Oç IkeIvouç jièv x6xe [Link]-
« u.éXei... »

ZO. riaGaat. Tl Bi]


oCv oSxoç à[Link]àv£i Kal axE^vov
TtoLEL Xekxéov fj yàp ;

<J>AI. Nat. 263


s
ZO. *Ap o8v oô rtavxl 8f]Xov x6 yE xoi<5vSe qç, TtEpl

C 6 àT£-/vwv ... evTc'-/va>v Heindorf îts/vov... evt. codd. 8 :


||

vuv ys y! rcou Hermi.


'
v.:
9 oùx... zapaBa'y^aTa totnm sent,
||
:

uel saltem îxavà damn. Herwerden del. d I xà> Xdyto Toi


Vollgr. ||
:

Xdyio B y 5 rou toi ci. Vollgr. : e 2 $][xïv 6;x.


B 7 ?j : tj B ||||
:
j|
'
263 a 2 ap' (et Galen. Hermi. ): 1
àép
B toiovos : toj. ci. Richards

Il w; çgp\ [jlsv
evia :
utinsp bî a. Iv. W ||
263 a PHÈDRE 67

qui pour tout le monde est claire, savoir que, dans des ques-
tions de ce genre, il y a des points sur lesquels nous sommes
d'accord, tandis que sur d'autres il y a dissentiment?
Phèdre. — Je comprendre ce que tu
crois dis ; parle tou-
tefoisplus clairement encore.
Socrate.— Quand, nommément, on nous parle de fer ou
d'argent, est-ce que nous ne pensons pas tous la même chose ?
Phèdre. — Rien de plus certain.
Socrate. — Mais, quand du juste il
s'agit et du bon, que
se passe-t-il ? Chacun ne dans une direction
se porte-t-il pas
différente? Est-ce qu'à nos contestations mutuelles ne
s'ajoutent pas celles que nous avons avec nous-mêmes?
Phèdre. —
Hé absolument, !

b Socrate. —
Alors, c'est donc qu'il y a des cas où nous
sommes en accord, et d'autres, non?
Phèdre. —
C'est cela.
Socrate. —
Or donc, dans lequel de ces deux cas som-
mes-nous le mieux dupes de l'illusion et dans lequel des
deux domaines la rhétorique a-t-elle plus de pouvoir ?
Phèdre. —
Dans celui, la chose est claire, où notre pensée
1
est flottante .

Socrate. — S'il en est ainsi, l'homme


pour qui l'art rhé-
torique va être l'objet de sa recherche doit avoir commencé
par instituer une division en règle de ces deux espèces, et par
se rendre compte de ce qui caractérise chacune d'elles aussi :

bien celle où la pensée de la foule doit forcément flotter, que


celle où il n'en est point ainsi.
c Phèdre. —
La bonne espèce, en tout cas, Socrate, il
en aura sans doute pris conscience, celui qui se rend compte
de cela !

Socrate. —
Et puis après, en toute question à laquelle on
s'attache, je pense qu'on ne doit pas laisser échapper, mais,
au contraire, percevoir finement auquel des deux genres se
trouve appartenir le sujet sur lequel on aura à parler.

pias II). Mais, pour qu'il se plaise à un tel jeu, il y faut quelque
influence étrangère, une influence à laquelle, averti par son Démon,
Socrate sait qu'il eut tort de céder. Ceci vise donc le premier discours
(cf. a63 d et p. ao, n. a).
1. Ici et injra le grec dit errante; ce qui en français suggère l'idée
d'erreur. Mais il
s'agit seulement de distinguer les problèmes dont
67 4>AIAP0S 263 a

jièv Ivia xôv xoioûxov, éuovor|[Link]ûç I)(o^ev, Tiepl S' Ivia

CTtaaiQTiKQÇ ;

<PM. Aokq pkv 8 XÉyEiç fciav8àvEiv Ixi S' ctnè aa<pé-


cxspov.
ZO. "Oxav xiç Svo^ia EÏTrr| aiSfjpou f) àpyupou, Sp' ou x&
auxo TtàvxEÇ Sievo^Bt^^ev ;

<t>AI. Kai uâXa.

Zfï. Tl S' St<xv SiKalou f) àya8o0 ;


Oôk SXXoç aXXr|

<pÉpExca, koI à^cpi.cr6r|xo0uEv àXXf^Xoiç te Kal f\\iîv aôxoîç ;

^Al. n<ivu u.èv ouv.


ZO. 'Ev uèv apa xoîç au ^cfovoOjiEV, Iv 8è xoîç oû\ b
<t>AI. OSXO.
ZO. rioTÉpoSi oCv EUcmaxr|x6xEpol eguev, <al f\ p*r|xo-

piicr)
ev TTOTÉpoiç ueî£ov Su v axai ;

<t>AI. AfjXov 8xi iv oîç TtXavc£>u.E8a.


ZO. OôkoOv xdv uÉXXovxa xÉ)(vr|V ^r|TopiK^v uexievcu
Ttpôxov u.èv Se? xaOxa ô8û Sirjpf^aSaL, Kal EÎXr)(j>Evai xivà
XapaKxf^pa ÊicaxÉpou xoO eïSouç, ev S xe àvàyia] xè TtXfj8oç
TtXavâaSai <al ev ^ un,.
<t>AI. KocXèv yoOv av, o ZdbicpaxEÇ, EÎSoç sir) Kaxa- c
VEVor)Kcaç ô xoOxo Xa6cov.
ZO. "ETtEixà yE, oîuca, Tipèç iicàaxcû yiyv6uEvov ur|
XavBavELV, àAÀ' ôÇécûç càa8âv£a8ai TtEpl oC av (j.éXXr] IpEÎv
TtoxÉpou 8v xuy^àvEt xoO yÉvouç.
a 3 twv totouTtov xtSv ovtwv em. Coislin. i55 :
Thomps. -rôv
ovouaTwv Richards Vollgr. quovotjtixù); B (post em. rescrips.
2
||
fors,

pr. m.) où uo'vov -otrjTtxôî; B (ut uid.)


:
l\ axaotwxtxûç (rraa'.aai. :
||

Galen. 5 o Xéyc.ç
|| ôXfyov Galen. 7 ovoua -jx' B
:
ap' (et Galen- ||
:
||

Hermi. ) ap' B 10 (et Galen.) touto Hermi. 1


1
:
||
11 àu.çt<j6ï]ToupLev : :

W
||

-TsÏTat Galen." Jjptîv (et Galen.):


èv »). b 3
|| || «OTepuOi (et
Hermi.): -0ev Galen. ouv (et Galen.) om. Hermi. l\ 8ûvaxat
||
8. :
||
:

vvaa Galen. 7 Set 8t) Galen."


||
:
8trjpT)aGat (et Hermi.): rjup. |j

Galen. 8 ^XtjGoç (et Galen.) etSo;


||
2
yp. c 1 xaXôv (et : BW ||

Galen. Hermi. ) uâXXov uel xotXXtov Badham xaXwç (uel xaXo'v


1
:
ti)
Vollgr. eT8o; (et Galen.)
Il
addub. Richards del. Vollgr. :
iXi\ 1T1] ||
:

fiv Galen. a toùto (et Galen.): -xov (se. xov b 7 sq.])


||
/apaxTTjpa [cf.
Badham Vollgr.
263 c PHÈDRE 68

Phèdre. — Pourquoi pas?


Socrate. — Eh bien!
et l'amour? Devrons-nous pré-
tendre qu'il appartient à la classe des choses qui sont sujettes
à contestation, ou de celles qui ne le sont pas 1 ?
Phèdre. —
De celles qui sont sujettes à contestation, c'est
évident: autrement, penses-tu qu'il eût été possible pour toi
d'en parler comme justement tu viens d'en parler, le donnant
aussi bien pour être dommageable à celui qui aime comme
à celui qui est aimé, que pour être, au rebours, le plus grand
des biens ?

d Socrate. — Tu parles d'or ! Mais dis-moi ceci encore (de


vrai, j'étais en effet dans un tel état de possession que je ne
m'en souviens pas trop !) est-ce qu'en commençant mon
:

discours donné de l'amour une définition?


j'ai
Phèdre. —
Oui, par Zeus, et avec une incroyable rigueur
2
!

Socrate. — Miséricorde
Quelle supériorité, à t'entendre,
!

l'art des Nymphes, filles d'Achéloûs, et de Pan, fils d'Hermès,


n'a-t-il donc pas, en matière d'éloquence, sur celui de Lysias,
de Géphale 3
fils Ou bien ne dis-je rien qui compte, et
!

tout au contraire Lysias, quand il a commencé son discours


sur l'amour, nous a-t-il forcés à concevoir l'amour comme la
e réalité particulière que lui-même il voulait nous faire conce-
voir? Est-ce en rapport à cette notion qu'il a, dès lors, tout
ordonné et mené au terme
la suite de son discours* ? Veux-tu

qu'une de
foisplus nous en lisions le commencement?
Phèdre. —
Bien sûr, si cela te plaît; mais, à dire vrai,
ce n'est pas là que se trouve ce que tu cherches !

Socrate. — Lis, que j'entende ses propres paroles.


Phèdre. — « Quel est mon cas, tu en es instruit, et mon
«
opinion sur l'intérêt que nous avons à la réalisation de ceci,
« tu l'as entendue. Or, je ne crois pas que ma requête doive

264 « valablement échouer pour ce motif que, justement, je ne suis

l'objet prête, ou non, au doute et à l'incertitude. Or, du caractère de

l'objet dépend la façon d'en parler (cf. Timée 29 bc).


f. Comparer Banquet 1988-199 a (Notice, p. lxxii).
a. Voir 237 b-d.
3. Sur Achélous,p. 7,n. 1 :
Pan, la divinité paysanne, les Nymphes,
divinités agrestes et fontainières, m'ont mieux guidé que Lysias ne
l'a été
par son art.
l\. C'est l'annonce du second point, sur lequel portera la critique

jusqu'à 264 e : le défaut de composition.


68 4>AIAP0S 263 c

<t>AI. Tl \ii]v ;

ZO. Tt oSv ;
xèv Epcoxoc TtÔTEpov cpcopEv eÎvcu tôv

àpcpLa6r)Tr|o-lp<3v, f)
tqv jif) ;

<t>AI. Tôv àpcpia6r|Tr|alpQV SfjTroir f)


oïei av aoi Êyx" -

pfjaca eIttelv fi vOv 8f| eÎtieç TTEpl ocùxoO, <5>ç fiXà6r|


té egtl
tû Ipcouévco <al Ipoàvxi icat, aSBiç, &ç pÉyiarov tôv
àyaBwv Tuy^àvEi ;

1
ZO. "ApiaTa XÉyEiç" àXX eItté Kal t6Se (âyà) yàp T0L d
8uk t6 Ev8ouaLaoTiKàv oô Ttàvu pÉpvrnicu), eI obpi.o-àpr|V

IpcùTa àp)(6p£voç toO Xéyou.


<t>AI. Nn, Ala, àpr))(àvQÇ y£ gùç acp68pa.
ZQ. <t>E0, 8crcp XÉyEiç TE^viKOTÉpaç Nûpcpaç, xàç
'A^eXc^ou, <al rifiva, aèv 'EppoO, Auctou, toO KEcpàXou, Ttpèç
Xéyouç eTvou. *H oùSèv XÉyco, àXXà Kal 5 Aualccç, ap)((SpEVOç
toO IpcùTiKoO, f^vàyicaaEV n,pfiç ÛTtoXaÔEiv t6v "Epcoxa Iv
Tt tôv Svtcov o aôxèç !6ouX^8r| ; Kat, npoç toOto fjSn,
e

auvraî^àpEvoç TTavxa, OaTEpov X6yov SiETtEpàvctTO t6v ;

BoùXei TtaÀiv àuayvG^Ev xfjv àpy^v aôtoO ;

<t>AI. Et aoi yE Sokeî* 8 ^iévtoi £r)TEÎç ouk fax' aôx68i.

ZO. AéyE, '(va cxkoûcjcù aùtoO ekeIvou.


<PAI. «
riEpl pèv tcov èpûv TtpaypaTOV ETtlcrraaai, Kal
« ôç vopi.£co crupcpépEiv ^)pîv toûtcov yEvopévcov, à[Link];.
3
« A^iô 8è pfj Suit toOto àxux^crcu av SÉopou, 8xi oûk 264.
c
«
èpaaTfjç fi»v ctoO tuy^àvo. Oç ekeLvoiç pèv t6te pExa-

C 7 rotspov (et Galen.) [Link]îpoyv Hirschig Vollgr. 9 y] ol'ei... :


||

ia vjfyiva ; Phaedro et apiaxa Xsye'Ç d 1 Socrali primus trib.


Heindorf priora Socratis, altéra Phaedri faciunt codd.
:
ïj (et ||

Galen.): tj
B tj
T jl Èy/o>pî)aa* Galeni cod. Marcian. : auyy. codd.
Hermi. 1
Thomps. ||
10 vuv 8t) : oy] Galen. vuv8tj exe. Thomps.
omnes || [Link], :
-aç Vollgr. ||
xè itszi :
xsptfffti Galeni Marcian. \\

11 pé[Link] (et Galen.): p..


ov Heindorf Burnet ||
12 tuy/àvst (et

Galen.): «Sv t. Hirschig Vollgr. d 2 v. il


||
:
4yJ> ci. Naber ||
4 Aîoc:
At* Thomps. Vollgr. w; : om. B Hermi. 5 X^yet; ziyyiyua-zépcti :
W
|| ||

t. X. Aristid. ||
6 Ilàva : ::av*a BT ex sâvra 7 Xrîyou; -ou ||
:

BW II
e 6 [Link]. :
-pat T [|
264 a 2 to'ts : tô te B.
:264 a PHÈDRE 69
«
pas ton amoureux. La preuve en est que les gens dont je
«
parle en viennent à regretter le bien qu'ils ont pu faire, le
«
jour où leur désir aura pris fin... »
'

Socrate. — Point de doute ! Il est bien loin, ce semble,


de faire ce que nous cherchons, cet homme qui ne prend
même pas le sujet par le commencement, mais plutôt par la
en faire la traversée en nageant sur le dos à
fin, s'essayant à
reculons qui commence par ce que l'amoureux, quand il
! et
en aurait déjà fini, dirait au bien-aimé Est-ce que je n'ai !

rien dit qui compte, Phèdre, mon cher cœur 2 ?


b Phèdre. —
C'est bien vrai, ma foi, que c'est une fin,
Socrate, ce dont il traite en s' exprimant ainsi !

Socrate. —
Mais que dire du reste? N'a-t-il pas l'air
d'avoir jeté pêle-mêle les éléments du sujet ? Ou bien existe-t-il

quelque évidente nécessité, qui obligeait celui qui vient le


second dans son discours à être mis à la seconde place, plutôt
que telle autre des choses qu'il a dites ? Quant à moi, comme
je n'y connais goutte, j'ai eu en effet l'impression que, bra-
vement, l'écrivain les disait comme ils lui arrivaient Connais- !

quelque nécessité logographique qui l'ait obligé, lui,


tu, toi,
de mettre ainsi ces éléments à la file les uns à côté des autres 3 ?
Phèdre. —
Tu es bien honnête de me juger capable de
a discerner ses intentions, à lui, avec une pareille précision !

Socrate. —
Voici pourtant une chose au moins que tu
affirmerais, je pense : c'est que tout discours doit être
constitué à la façon d'un être animé : avoir un corps qui
soit le sien, de façon à n'être ni sans tête ni sans pieds, mais
à avoir un milieu en même temps que deuxbouts, qui aient
été écrits de façon à convenir entre eux et au tout 4 .

Phèdre. —
Comment le nier en effet ?
Socrate. —
Eh bien examine donc si le discours de ton
!

Cette fois Phèdre a lu une phrase de plus, et c'est sur le der-


1.

nier mot que va repartir l'examen. Lysias est comparé à un



nageur qui, ayant un but, s'interdit de le voir puisqu'il « fait la
planche », et qui de plus s'en éloigne en nageant à reculons.
2. Le grec dit : tête chère ; expression homérique (II. VIII 281).
3. Peut-être l'Art a t-il des exigences secrètes Socrate feint naïve-
1

ment de lesignorer c'est le procédé de l'ironie.


:

l\. Voir plus bas 268 d et Notice, section III. Cette idée de l'unité
organique de toute construction de la pensée est profonde chez Pla-
ton, en relation avec sa conception finaliste du cosmos lui-même.
«9 $AIAP02 264 a

« uéXei qv &v eS noii^acoaiv, etteiSciv ir\ç ImSujitac;


« TTaùaajvxai... »

Zfî. *H ttoXXoO Seîv eolke ttoieîv 88e y£ 8 CrjToOnEV, 8ç


ouSè an' àpx^ç, àXX' cmè teXeut^ç e£ ÛTixtaç àvàTtaXiv
Sicxveîv ETtL^EipEÎ xov X6yov, Kal ap^Exai à<p' ûv TtETtau-

liévoç Sv fjSrj
8 Ipaaxfjç Xéyoi TtpSç xà TtcuSiicà. "H oôSèv

eTtxov, 4>aî8pE, <plXr) kecJhxXi'i ;

<t>AI. "Eaxi yé xol $/j,


S ZôicpaxEç, xeXeuxi*), TtEpl oS b
xov Xéyov TtoiEîxai.
ZO. Tl Se xSXXa ;
Ou xùSt)v Sokeî |te6Xr]o-6ai xà xoO
X6you ;
"H <patvEXca xè Seûxepov Etprjuévov Ik xivoç

àvàyicr|ç Seûxepov Seîv XE8f)vca f\


xi aXXo xâv p*r|8ÉvxcDv ;

'Euoi uèv yàp ISo^ev, àq ur|8Èv EÎSéxi, oôk àyEvvSç x6


ETtièv Etpf^aSai xô ypàcpovxi* crû 8°
e^eic; tivà àvàyicnv
Xoyoypa([Link]|V ?j
xaOxa ekeîvoç ouxcûç IcpEEflc; Ttccp' &XXr]Xa

£8r|KEv ;

<t>AI. Xprjoxèç eÎ, 8xi jie ^yrj Ikocvov eTvcci xà IkeIvou


ouxcoç àKpi6£>ç SuSeîv. C

ZO. 'AXXà x68e yE, oî^at, ge <pàvca Sv Seîv Ttàvxa

X6yov ôoTtEp £ûov auvEaxàvca, aôuà xi I)(ovxa auxov


aôxoO &oxe u.^xe àicÉ<paXov eÎvcxl u^)xe a-nouv, àXXà \xèaa '

xe ex^i-v Kal a<pa, TtpÉTtovxa aXXf^Xoiç koI x$ 8X© yEypaji-

pÉva.
<t>AI. riôç yàp oO ;

ZO. ZkéiJjcu xolvuv xèv xoO èxaipou aou Xéyov eîxe

a 5 Hermi. B -xoôjxevo; B
1
t) (et ) :
tj || Çt)-:oûu.£V oj :
|| 7
oiaveîv : -vûetv B2 rec. (exp. et u s. u.) ||
8 èpaaxrjî : -6e t; codd. || g
<t>aï8pe : w $. Vindob. 3a Hirschig ||
b 1 esxt : -xiv codd. || SrJ :
^8t)
Badham Vollgr. zept... a j:o:eîxai auct. Heindorf addub. Schanz :
||

W
j|

3 5J (et Hermi. 1 ): 8ai T xSXXa xaX. B xaX, Ta âX. Hermi. 1 ||


:
||

4 t] Tj
T II 5 8eïv xeôrjvat otj t. Schanz Vollgr. del. ci. 8eïv Mad-
: :

vig 6 àyevvwç : àxêvâiç ci. Naber ||


8 tJ
:
r\
B reuera 10 pe :
jxtj

W
II ||

B y rjyet
:
-fj ||
c 3 aùlpa xi T reuera :
awpaxi B ||
autou : au.
codd. y 4 pr. pr|xe B 2
(ex fecit e) :
pr|
xo B ||
eïvai :
post arcouv
Hermi. 5 xe x' ||
: TW || np^ovxa (et Dionys. Ars rhet. X 6 [H
1
,

364 17 ]) :
-percô'vxu); Vollgr. || 7 Ixaîpou : kté. W.
264 c PHÈDRE 70
ami est dans ce cas, ou bien si c'est autrement : tu ne le
trouveras pas du tout différent, alors, de l'épitaphe qui, dit-
on, fut faite pour Midas le Phrygien!
d Phèdre. —
Quelle est-elle et quelle en est l'histoire?
Socrate. —
En voici la teneur: « Vierge de bronze, au
«. tombeau de Midas y ai place ; —
tant que coulera teau, ver-
tu doieront les grands arbres, —
fixée au même lieu, sur le tertre
« où l'on pleure, —
aux passants je dirai: Là, sous terre est
« Midas 4 / » Or, il est
complètement indifférent que tel élément
e en soit dit le premier ou le dernier : tu le comprends assez,

je suppose !

Phèdre. — Tu raillesnotre discours, Socrate...

~ Socrate. —
Eh bien pour que, toi, !

6 UrS
tu n a * es P as de chagrin, laissons-le donc
<L Socrate°
en paix, ce discours Ce n'est pas pour- !

tant qu'à mon avis il n'abonde en exemples sur lesquels il y


aurait profit à fixer les yeux, en essayant de ne les guère
imiter Venons-en plutôt aux discours qui ont suivi ils
! :

contenaient en effet, voilà mon avis, quelque chose qu'il


convient d'envisager quand on veut examiner la question de
l'éloquence.
Phèdre. — De quelle nature, dis-moi, est la chose dont
265 tu parles?
Socrate. — tous deux
C'est qu'ils étaient contraires en
2
l'un, qu'il faut accorder
'
quelque sorte , puisqu'ils disaient :

ses faveurs à l'homme qui aime ; l'autre, à celui qui n'aime

pas.
Phèdre. —
Et quelle n'était pas leur ardeur !

Socrate. —
Je pensais que tu dirais le vrai mot leur :

délire! Et ce qu'en vérité j'avais en vue, c'était cela même.


Un délire voilà en effet ce que nous avons affirmé qu'est
:

l'amour. C'est bien cela ?

Phèdre. — Oui.
Socrate. — Mais le délire, sais-tu, comporte deux espèces,

1.
Épigrammeattribuée à Cléobule de Lindos, parfois nommé

parmi Sept Sages, et raillée par Simonide dans une de ses odes,
les

(fr.
6 Bergk). Dans Diogène Laërce qui la cite (I 6, 2), elle a deux
autres vers, pure amplification du second.
a. La contrariété met en évidence deux espèces d'un genre heu- :

reuse chance (fin de 262 c et de 2Ô5 c) pour qui voudra diviser I


7o d>AIAPOE 264 c

oOtqç eïte aÂXcùç êx ei Ka ^ eûp^aeiç xoO ETtiypà[Link]<; "

oôSèv Siac^ÉpovTa S M (8a xQ <J>puyl <paat tiveç imye-

ypà<p8ai.
<t>AI. riotov toOto, Kal tI TXETtovSéç ;
d
ZQ. "Eaii \ikv toOto t68e*

1
«
XaXicfj TtapBévoç Etui, MLSa 8 ettI ar^axi KEÎ^iai.
« "'Ocpp' av ôScop te vor| Kal SévSpea paicpà
xeSi^Xt),
« aàxoO xfjSE (lÉvouaa TtoXuicXaùxou etiI xûu.6ou,
«
àyyEXéo TtapioOai MlSaç bxi t^Se xéSaTixai. »

""Oxi S' oôSèv SiacpépEi aÔToO npôxov f\


8axax6v xi XéyEaBai, e

evvoeÎç ttou, &q èyS^ai.


<t>AI. Zkcùtttelc; tov Xéyov r^Gv, 8> ZôicpaxEÇ.

ZO. ToOxov u.èv xotvuv, ïva u.r| au a^Sii, èàao^EV*


«calxoL au)(và yE £X eLV H°i Sokeî TtapaSEly^axa Ttpoç a
xiç fiXÉTtQV ôvlvair' av, [Link].Eto6ai auxà ETtl)(El.pôV U.f)

Ttàvu ti. Eîç 8è toùç IxÉpouç X6youç [Link] ?\v yàp xi èv


«otoÎç, <5>ç Sokq, TtpoafJKOv 18eîv xoîç ftouXou.Évoiç TtEpl
X6yQv aKOTtEÎv.

<t>AI. Tè Ttotov Bt\ XèyEiç ; 265


ZO. 'Evavxio Ttou fjarrjv ô u.èv yàp ebç xû Ipûvxi, 6

>8' cbç xô u.f],


8eî x^pt^EaGai IXEyéxriv.

<t>AI. Kal ^àX* èvSpucÛç.


Zft. "Olu-t^v oe xàXrjSÈç IpElv, 8xi [Link]âç' 8 u.évtoi

«^touv laxlv aùx6 xoOxo. Mavtav yàp xiva Icp^[Link]


EÎvai xôv Ipwxa* f) yàp ;

<t>AI. Nal.
Zft. Mavlaç Se yE EÏ8r| 8ùo, tt)v \ikv ûtt6 voar|^àxcov

C io <pa<ri: -cri'v BT d 3 Mt'8a (î ex em. W) : -a B 6 r.a-


W
|| ||

ctojai : -atv ||
e i oti... a Êywjxat : del. ci. Naber ||
3 f [«3v
(
Ta rec.

{i. m.) (et Hermi. 1


) : ora. T || 4 èotuwjxîv: è<xc?o. W ||
5 y£... Soxet :

om, Hermi. 1
||
6 $\iizo*v (et Hermi.)... (itjx£îo6ai |3X. fxÈv...
:
p..
S'
Heindorf Vollgr. 7 xc : ti eÙçutj? tîiv uel àtpoTjç Winckelm. efç :

W
|| ||

ef bel Hermi. || ÈTê'pouî (et Hermi. ) Itou. B 1


:
||
265 a 7 ^ (et
Stob.) :
rj
T Tj B II 9 ye : om. Stob. Hermi.
265 a PHÈDRE 71

l'une qui est due à des maladies humaines, l'autre, à un état


divin qui nous fait sortir des règles coutumières.
b Phèdre. — Absolument, ma foi !

Socrate. — Quant au
délire divin, nous l'avons divisé en

quatre sections qui relèvent de quatre dieux, rapportant à


Apollon l'inspiration divinatoire, à Dionysos l'inspiration
mystique, aux Muses l'inspiration poétique, la quatrième
enfin à Aphrodite et à l'Amour nous avons alors proclamé
;

l'excellence supérieure de l'amoureux délire Et voici que, 1


.

je ne sais comment, tandis qu'en nous faisant une image de


l'émotion amoureuse nous mettons probablement la main sur
quelque vérité, mais peut-être bien aussi nous fourvoyons-
nous d'un autre côté 2 voici que, ayant ainsi composé un
,

mélange oratoire qui n'était pas tout à fait sans force persua-

sive, d'une sorte d'hymne mythologique que nous


c'est
C avons, en un badinage
plein de convenance et de piété
3
fait ,

honneur à celui qui est ton maître comme le mien, Phèdre,


à l'Amour sous la garde de qui sont les beaux garçons !

Phèdre. —
Un hymne, ma parole! qu'il ne m'a pas du
tout déplu d'entendre.
Socrate. — Voici donc la leçon que
La méthode ^ .• j .1 »
,. ,
.. nous avons a tirer de cet hymne
J même,
dialectique. .
, ., ... .
, ,.
de la manière, dis-je, dont le discours
fut à même
de passer du blâme à l'éloge.
Phèdre. —
Comment l'entends-tu donc?
Socrate. —
Pour moi c'est évident dans le reste nous :

n'avons réellement fait que jouer un jeu; mais, dans ces


choses qu'une heureuse fortune nous a fait dire, il y a deux
façons de procéder dont il ne serait pas sans intérêt, supposé
d qu'on le puisse, de comprendre techniquement la fonction 3 .

Phèdre. —
Et quelles sont-elles?
Socrate. —
La première vers une forme unique mener,
:

I. Socrate a dit en effet que l'amour est un délire; que le pro-


phétisme est une illumination exceptionnelle ; que la divination

inspirée n'a rien de commun avec l'art augurai ; que l'ouvrier


en
poésie n'est pas un poète ; qu'il n'y a pas d'amour sans un élan
désintéressé du cœur; il a distingué quatre espèces du délire (a^4 a

sqq., 3^9 d sqq.). Mais cette théologie du délire est nouvelle.


a. Dans le rappel lyrique des visions abolies? Dans les allusions au
dérèglement de l'amour? Plutôt parce qu'un mythe n'est pas la vérité.
3. Le contenu de l'hymne est un mythe et ce mythe est un jeu ;
7i $AIAPOS 265 a
àvSpoTtlvQV, xfjv 8è ûtt8 Sstaç è^aXXay^ç xûv Etco86x<av
VO^lî^lOV yiyvou£vr|V.
Al. I"làvu ye. b
ZO. Tf)Ç Se Qeiaq XEXxàpov 8eûv xéxxapa ^xépr| 5ieX6-
uevoi, uavxucr|V u.èv ETtlTtvoiav 'Atï6XXcùvoç 8âvx£Ç, Aïo-
vûaou 8è xeXeaxLKr)v, MouaSv 8* a8 Ttoir)xiKf|v, XExàpxr|v
5
8è A<ppoStxr]ç Kal *Epoxoç, èpQXiKrjv uavîav i<pr)aauÉv xe

àplaxr)v EÎvai -

Kat, ouk otS' OTtr|, xè ÊpcoxiKèv nâBoç


àiiELKii^ovxEÇ, ïaaq uèv àXr|8o0ç xivoç E<paTtx6uEvoi, xà)(a
8' &v <al &XXoaE
Ttapa<p£p6uEvoi, KspaaavxEç ou navxà-
Ttaaiv àntSavov Xoyov, jiuBlkov xiva uuvov TrpoaETTalaauEV, a
UExptcoç xe Kal £Û<pr]ucù(;, xèv luév xe Kal abv 8Eanéxr|v
"Epcùxa, S <t>aîSpE, koXôv nalSov Icpopov.
4>AI. Kal uaXa luoiys ouk àr)8û»ç aKoOaai.
ZG. T68e xotvuv aùx66Ev XàBcouEv, &>q ànb xoO vjjÉyeiv

Ttpoç x8 ETtaLVEÎv zoyzv 8 Xéyoç u£xa6f]vai..


Al. HS>q 8r| oCv aôxè XÉyEiç ;

Zû.'Euol uèv cpalvExai xà uèv &XXa xS 8vxi TtatSiSl

TtETtaîaSai, xouxov 8é xivov, ek xû)(r|Ç ^tjOévxov, Suoîv eISolv


eI auxoîv xrjv Sûvauiv xé^vr) Xa6EÎv Sùvarco xiç ouk a^api. d)

Al. Tlvov 8f) ;

ZO. Etç u'iav xe ISÉav, (juvopôvxa, &y£iv xà TtoXXa)(fl

a ioÈifaXXa-pj; (et Stob.) : èÇ àXX. ||


giwOdxiov vou/[acov (et W
Stob.): dm.
ci. del. Schneider voia. del.
Vollgr. || b 2 xexxâpwv 6swv
(et Stob.) : fors, non legit Hermi. secl. Schanz del. Vollgr. || 5 —£ :

om. Stob. || C i âKÎOctvov \6yov : an. Xoyou -Qâvo> Xô-po Schleierm. BT


|| Gjjlvov
:
postca interpung. Heindorf Ast l\ Iixotye èuoî jjlev T 8 ||
:
||

pr. tj.£v : 8è Galeni codd. xà uiv à'XXa (et Galen.) ta âXXa uel x£XX.
||
:

-8t'<x B fors, non


Hermi. legit Hermi.
1
||
narôia (et Galen.) :
9 ||

nenaïaôac (et Galen.): [Link].è. BnënaïyOai Galen." Hermi. uel [Link] n .

(sed referri uid. ad npoajnat'aaiAev c 1) X'.vc&v ...


^tjOevtwv (et ||

Galen. Stob.): xi v<£v ... prfiïv xô xotv Badham £7]Qévxa>v -xotv ||


:

Hermi. e'.Soïv
(et Stob.): eVooiv B eîoûv Galen. d 1 aùxoîv :
-xf)v
W
|| ||

a56 c a) Galen." Stob. uulg. -xo? Galeni Marcian.


(cf. xê'^vt] ||

(etGalen. Hermi. ) oûvatxd (et Stob.): Suvaxaî Galeni


1
-vrjv Stob. :
||

Marcian. 3 eï? (et Galen. Stob. Hermi. ) xô et; (sicut e 1) Vollgr. |(


||
1
:

ouvopûSvxa (et Galen. Stob.) ouveipovxa auct. Naber Vollgr. :


265 d PHÈDRE 72

grâce à une vision d'ensemble, ce qui est en mille endroits


disséminé, afin que, par la définition de chacune de ces
unités 1 , on fasse voir clairement quelle est celle sur laquelle
on veut, en chaque cas, faire porter l'instruction. C'est ce
que nous fîmes naguère à propos de l'amour voilà ce qu'il :

est d'après notre définition et, que la formule de celle-ci


;

fût bonne ou mauvaise, à tout le moins l'effet en a été de


mettre le discours en état de réaliser, en ce qu'il disait, la
clarté et l'accord avec soi-même.
Phèdre. — Et l'autre façon de procéder, qu'est-ce que tu
en dis, Socrate?
e Socrate. — C'est, en retour, d'être capable de détailler
2
par espèces en observant les articulations naturelles; c'est
,

de s'appliquer à n'en casser aucune partie et d'éviter les


façons d'un méchant dépeceur. Tout au contraire, c'est de
procéder comme tout à l'heure avec les deux discours qui,
dans l'unité d'une forme commune, comprenaient ce qui est
démence de l'esprit mais, tout ainsi que d'un corps unique
;

266 partent des membres qui, de nature étant doubles et de


même nom, sont désignés comme gauches ou droits, de
même aussi le fait du dérangement d'esprit, après avoir été,
en nous, considéré par les comme une espèce
deux discours
naturellement unique, du
côté gauche par l'un
a été taillé
des deux, et celui-ci, taillant à nouveau, n'a point eu de
relâche qu'il n'eût, de ce côté, découvert une sorte gauche
d'amour, qu'il a vilipendé et tout à fait légitimement ;
le

mais, ce jeu étant ce qu'il doit être, il s'ensuit que l'objet en est
vraisemblable. Or, dans ce délassement on va trouver les indices
d'une méthode sérieuse. On le comprend si l'on se rappelle que le

mythe est, comme dit le Timêe 5g cd, le « plaisir exempt de


remords » du dialecticien qui sait la vérité (cf. 262 d).
1 Le grec dit simplement chaque chose, au neutre. Or il ne peut
.

s'agir de chacun des éléments de la multiplicité, mais seulement de


chaque résultat de l'acte qui réduit la multiplicité à Puni té, c.-à-d.
en somme de chaque unité (cf. 2^9 bc). Quant à la vision d'ensemble,
ou synoptique, qui permet cette réduction, c'est ce qui s'appellera,
266b, le rassemblement. Par cette aptitude la République (Vil 53 7 c)
caractérise le dialecticien, et les Lois (XII 965 b), les membres du
Conseil nocturne, qui en sont la réplique.
3. Sur la division, Notice, p. cLvusq. La dualité du plan organique,
on le voit, est le principe du procédé dichotomique, dont l'application
au délire et à l'amour répond à chacun des deux discours.
7a $AIAP02 265 d

SiEcmap^Éva, tva, Ikoujtov àpi^éjievoç, Sf)Xov Ttoifj Ttepl


oO &v àel SiSàcncEiv !8éXr| -

oSoTtEp xà vOv Sr| nepl IpcoToc;,


3
8 laxiv ÔpiaSèv eït eS eïte koucûç x6 yoOv oaupkq
ÉXÉ)(8r|,
Kal xà ocùtô aôxô ô^oXoyoûjiEvov, 8ià TaOta
Io)(ev eÎtteîv
ô Xéyoç.
1
To S ETEpov
<t>AI. Si*) eîSoç tl XEyEiç, £ ZaxpaTEÇ ;

5
ZO. T6 TtaXiv kol-v' elSt] 8ûvaa8ca [Link] kcxt cxpSpa e

fj TTÉcpuKEV, <al p.f| ImxEipE'iv KctTayviivcu fciÉpoç nrjSsv,


tcaicoO ^ayELpou Tpéncp [Link]. 'AXX' cûcrrtEp apTL xà
XSyco to ^lèv acf>pov Tfjç Siavotaç Iv ti Koivf] eTSoç èXa-

6ÉTr)v, oanEp 8è acb^axoç èE, kvbq SmX& kccI ô^civu^a 266

TTÉcpuKE, a<aià xà Se Se^ls KXr)8ÉVTa, oStq icai t6 if\q


Ttapavolaç â>q iv èv r)p.îv TtEcpuicSç eÎSoç ^yr|aa(jiÉv<a xd>

XSyco, ô p:èv t6 ett' àpuxxEpà xe(iv6^evoç p.Époç, TtàXiv


TOOTO TEJIVCOV, OÔK ETtavf]KEV Ttplv EV dUTOÎÇ ECpEUpcbv
ovopa£6p:Evov aiccaév xiva Ipcoxa ÈXoi86pr|aEV, pôùC Iv

d A ~o'.f,
: -sî Galeni Marcian. |j
5 kil Galen. Stob. : al. codd. ||

oiSaaxsiv (et Stob.) : -zcov Galen. |[ èOéXrj : -£t Galeni Marcian. ||


Ta v3v
8r (et Galen. Stob.)
(
: xav3v or, Hermi. ta 1
vuvStj Burnetxô vuvSï] Schanz
Vollgr. ||
6 etV : eI'xe Galen. Stob. Hermi. || 7 auxc? (et Galen.):
<xà. Stob.
y 9 or\ (et Stob.):
om. Galen. pj B ||
e 1 xax' etdrj (et
Galen. Stob. Hermi. ): xaxEÎSï] xaî xà 1
W si'.
Madvig sxaax' e;'.

Badham del. Vollgr. (Append. crit.


iflg) || ô*iax£pv£iv (et Galen.
Stob.): xÉpv. B et fors. Hermi. ||
xax' âpGpa (et Galen. Stob.
Hermi.): olov xax' Stephan. del.
à'. ci. Zipperer ||
2 fj (et Galen.):
t)
B II zéçuxêv : -xe Galen. Stob.
Galen. Stob.) || Ijxty etpeiv (et :

-poiîvxa Vollgr. Xdyco Stob. : xw


||
3 aXX' : àXXà TW Stob. ||
xw
-ta codd. 266 a 1 awaaxoî (et Hermi. 1): -xt Stob.
Il
2 niçuxE ||

axaià : -xe; xaî à sic B k. xat âxxa uel à'x. Stob. n 7t. xà aÈv <s.
Vollgr. xà oè Stob. : xâ8« rj codd. (tj B) xô xà Stob. 3 . :
|| || || [Link].-
vo:a; (-.
s. u.
T) -otv:aç Stob. w; (et Stob.) del. Vollgr.
:
gv gv ||
:
||

fjpïv Heindorf èv rj. Stob. ev 0. B


: TW
Tjyriaapivw tu Xdyw -vu ||
:

n
(-vo) B) xw-io codd. Stob. (Xdyw Stob. ) l\ xo om. Stob. àptaxeoà ||
:
||

(et Hermi.) :
-pa T Stob. || xeu.vÔ([Link]; j/ipo; (et Stob.) :
x., (1$ [Link]
Badham rcaXtv... xejjlvwv (et Stob.): del.
Vollgr. 4 È^avrjxEv :

W
|| ||

-xe Stob. Vollgr. iv aùxoîî : âv aùx<5 ci.


àtvîj. || Vollgr. Éauxot;
Stob. n U 5 ovotxaîô'fj.ÉVo;
: -vov Stob. || âXot8dpT)(j£v -aE Stob. : W
Hermi.

IV. 3. - io
266 a PHÈDRE 73

second discours, nous menant à ce qui est le côté droit du


délire, lequel porte le même nom que l'autre, a découvert à
son tour une sorte divine d'amour, et, la présentant aux
b regards, il l'a louée comme la cause pour nous des biens les
plus grands.
Phèdre. — On ne peut dire plus vrai 1

Socrate. — C'est de Phèdre, que je cela, suis pour mon


compte, oui, fort amoureux: de ces divisions et de ces ras-
semblements, en vue d'être capable de parler et de penser.
En outre, si
je crois voir chez quelqu'un d'autre une aptitude
à porter ses regards dans la direction d'une unité et qui soit
l'unité naturelle 1 d'une multiplicité, cet homme-là, j'en suis
le poursuivant, sur la trace qu'il laisse derrière lui, comme
sur celle d'un Dieu 2 Ce qui est vrai aussi, c'est que les hommes
!

qui sont aptes à ce faire (ai-je raison, ou non, de les désigner


ainsi? Dieu le sait!), jusqu'à présent en tout cas, je les
c appelle des dialecticiens. Pour le moment, quel nom ceux
qui sont de ton bord et de celui de Lysias doivent-ils recevoir ?
Ce dont il s'agit, n'est-ce pas cet art oratoire dont l'emploi
a permis à Thrasymaque et aux autres, et de se rendre
habiles personnellement à parler, et de donner ce talent à
d'autres, à ceux qui consentent à leur apporter des présents,
comme à des rois ?

Phèdre. — Des personnages royaux, c'est vrai, mais non


pas, à connaissance de ce à quoi se rap-
coup sûr, par la

portait ta question Mais, si ce genre-ci (quant à moi il


!

me le semble) reçoit de toi son vrai nom quand tu l'appelles


dialectique, par contre il me semble que
le genre rhétorique

nous fuit encore 3 .

d r>
Deuxième section
j..
:
Socrate.

— Comment
, , ..
l'entends-tu
.
?
,

procédés Lst-ce, que par hasard, il y aurait quel-


rhétoriques que belle étude, que la privation de
et rhéteurs cette connaissance n'empêcherait pas
d'être techniquement acquise? Il faut
absolument que nous n'en fassions point fi, ni toi ni moi,
mais que nous disions en quoi aussi consiste vraiment ce qu'on
a laissé de la rhétorique.

i . Plus souvent on rapporte naturel à aptitude, cf. Notice, p. cliv n.


2. Fin d'hexamètre et pastiche probable d'Homère.
3. Phèdre n'a pas compris, ce que dès ses premiers mois (b)
73 <ï>AIAPOS 266 a
5

SIkt),
ô S ctç Ta Iv Se^ucî Tr]ç ^avtaç àyaycljv ^t1 "^
ô^covupov ^iev ekeivco, 8eîov 8' a3 Ttva Ipoxa l(pEupà>v Kal

npoTELvà^Evoç, ETnf|VEaEV &ç tiEytarcùv aÏTiov f\ (J.


îv àyaSûv. b
<t>AI.
'AXr|8éaxaTa XÉyEiç.
ZO.
Toûtcov Si*] iyayE aÔT6ç te Epaaxfjç, S <t>aîSpE,
tôv SiaipéaEQV <al cruvayoyGv, ïva oîéç te S XÉyEiv te Kal
cppovEÎv. 'Eàv té Tiva aXXov f^yf^aa^ai SuvaT&v eIç ev Kal
ETtl TtoXXà TT£<pUKOÇ Sp&V, ToOTOV SlCÙKOD KaT6Ttia8E fclET
ï)(viov ôote 8eoîo. Kal fciÉvToi Kal toùç 8uvap.£vouç
oLvib SpSv, Et fcièv Ôp8éàç f) fcif] TtpoaayopEi&o 8eôç oTSev,
koXcd Se oCv {1EXP toOSe SloÀeictikoijc;, Ta Se vOv Ttapà C 1-

aoO te Kal Aualou ^a86vTaç, eItté tI xpf) KaXEÎv f) toOto


EKEivé Iotiv f\ X6ycov tÉ)(vt], fj 0pa(n&^a)(6ç te Kal ot
aXXoi xpcô^EVOL aocpol ^ièv aÙTol XéyEiv yEyévaaiv, aXXouç te
ttoloOctlv 6î av ScopocpopEÎv aÛTotç, â>ç (JaaiXEOaiv, eSéXcùolv ;

PA\. BaaiXiKol ^èv avSpEç, oô ^ièv 8f) ETtiaTfj^ovÉç ye


<

Sv èpciTSç. 'AXXà toOto ^ièv t6 eÎSoç op8£>ç Ipoiys Sokeîç


KaXEÎv, SiaXsKTiKbv KaXûv t6 Se p'rjTopiKSv Sokeî ^ioi

SiacpEÙyEtv 18' r)^â<;.

ZQ. nûç cpflç ;


KaXév ttoù ti &v sXr\ 8, toùtqv àno- d
Xei<|)8év, b^ioç TÉ^vr] XapBàvETai ;
oôk àTi^a-
riàvTcoç S'

<jtéov a^T6 aol te Kal è[Link], Xektéov 8è tI ^évtoi Kal 2aTi


t6 Xeitto^evov Tfjç £r]TopiKf]ç.

a 7 xi: xô Stob. èv 8-Çta (et Stob.) èv -a B Iv -à


||
eî; : W
tx -à Hermi. xr^ç jxavtaj (et Stob.) auct. Egelie del. Vollgr.
||
:
||

àyaL'fMv (et Stob.) 8 ÈOEupwv (et Stob.) del. Vollgr.


:
à'yoov Egelie ||
:

||
-/.ai
(et Stob.) secl.
Thomps. del. Scbanz Vollgr.
: b i ^poTetvâ- ||

iaevo; -vôjjlevo; Stob.


:
l\ Sta-.péaewv Çuvaip. Pap. G. auvaYto^wv
||
:
||
:

Çuv. id. ïva îv||


Stob. :
'
TW
5 xtva (et Stob.): Ttv' exe. Schanz ||

omnes 6 re^uxô; (et Stob. n) -xdxa uulg. -xôO' exe. Vollgr. omnes
||
:

||
xaxo'TttaOE -6êv codd. Stob. ||8tjB 2 (s. u.) : Et B rj Stob.» || oïSev
: :

-ôe BW Stob. || c i toc 8s vuv : ta v. 8è tocvuv 81 Hermi. 1 toÙç v. TW


8è (se. u.a6dvtaç) Vollgr. 2 paOdvTaç :
-te; TW toù; p. Madvig -ta
W
||

ci. Richards ||
3 xiyyi\: -vtj 6 || otvSpE; Bekker à'vSpE; codd.
:

Hermi. av. Vollgr. || 7 tô : om. B || d 3


1
È'aTt
: -Ttv Hermi. 4 Tf,ç
1
||

prjToptxrjç del. Vollgr. (Append. crit. i5o).


:
266 d PHÈDRE 74

Phèdre. — Et même, Socrate, une masse de choses, je


pense rien qu'avec ce
:
que contiennent les livres qu'on a
écrits sur l'art oratoire !

Socrate. — Et même
tu as bien fait, oui, de me les rap-
peler Il y a d'abord, si je ne me trompe, le préambule qu'on
!

doit prononcer en commençant le discours. Voilà, n'est-il

pas vrai? ce que tu appelles «


l
les raffinements de l'art » .

Phèdre. —Oui.
e Socrate. — En second lieu vient maintenant une expo-
s'y rapportent; en
sition et, elle, les
après témoignages qui
troisième lieu, les indices', en quatrième lieu, les probabilités.
Et à la preuve s'ajoute, si
je ne me trompe, le supplément de
preuve, au dire du moins de cet homme de Byzance qui
excelle à ciseler des discours.
Phèdre. — C'est du magistral Théodore 2 que tu parles ?
267 Socrate. — Belle question! Pour lui, en outre, après la
réfutation il
y a lieu de procéder à un supplément de réfutation,
dans l'accusation aussi bien que dans la défense. Mais le
magnifique Événus de Paros, ne l'introduisons-nous pas dans
la lice, lui qui, le premier, a découvert l'insinuation et
i'éloge
indirect; lui qui a aussi, certains l'assurent, mis en vers
mnémotechniques le blâme indirect? Quel savant homme, en
effet! Et Tisias? Et Gorgias? Les laisserons-nous sommeiller,
eux qui ont vu que, par-dessus la vérité, c'est la probabilité
qu'il faut davantage honorer; qui encore, par la force de la
parole, donnent aux petites choses l'apparence d'être grandes
et aux grandes, d'être petites qui mettent de l'archaïsme
;

b dans ce qui est nouveau et, dans son contraire, de la nou-


veauté; qui, pour discourir sur tout sujet, ont inventé une
méthode, aussi bien de concision que d'allongement indé-
fini? Un jour pourtant Prodicus, m'entendant lui parler de
cette méthode, se mit à rire « Je suis le seul, me dit-il,
:

à avoir découvert quels discours réclame l'Art ceux qu'il :

réclame ne sont ni longs ni courts, mais d'une juste mesure » !

Socrate avait insinué, ce qu'il dira explicitement 269 b, que la dia-


lectique, art de penser, fonde la rhétorique, art de parler. Celle-ci
est vaine, on va le voir, si elle n'est pas philosophique (269 d).
f . Ainsi alors nommait-on sans doute toutes ces figures de style.
2. Quoique le Sophiste soit professeur de parole et de style, il
n'est pas sûr que tous les gens nommés ici aient écrit des traités sur
7* *AIAP0S 266 1

<t>AI. Kcd uàXa ttou au^và, 8>


ZcùKpaxEÇ, xà y' Iv xoîç

fk6Xloiç xoîç Ttepl Xéyov TÉ^vr|ç yeypa^jiévotç.


ZQ. Kal KaXoç yc UTtÉuvr|0-aç. ripoot^iov lièv oîuai
Ttpôxov, <aç 8eî toO X6you XÉysaBaL èv àp^fj* xaOxa XÉyeiç
(?\ yàp ;)
Ta KOLiL|»à xf]ç xÉ)(vr|ç.

<t>AI. Nat. e
T.C1. Aeûtepov Se 5r) 8ir)yr)atv xiva uapxupiaq x' ett*

aôxrj, xptxov XEKur)pta, xéxapxov etKéxa. KalTttaxoaiv


oîuai Kal ETtiTTlaxeùaiv XÉyEiv x6v yc fiÉXxioxov XoyoSal-
SaXov Bu^àvTiov avSpa.
Tèv xPl^xèv XÉyEiç 0e6Scopov
<£AI. ;

ZO. Tt\i-f\v
Kal IXey)(6v yc Kal ette£éXeyxov &ç 267
; ,

TtoiT]xéov Iv Kaxr|yopla xe Kal ànoXoyla. Tèv Se KàXXiaxov

riàpLov E0r|vov êç liéc/ov ouk ayoLiEv ; 8q ÛTt"oSr|Xa>o-tv


xe Ttpôxoç Eupsv Kal Tt ap etc a l v ou ç '
ol 8' aôxèv Kal

Ttapai^éyouç cpaoiv Iv Liéxpcp XéyEiv, Livn,ur|ç )(àpivt')fr~\

co<p6ç yàp àvr^p. Tialav 8è Topylav xe lào-ouEv euSeiv, oC *


Ttp6xSv àXrjScov xà stKÔxa eTSov â>q xtur|X£a uaXXov, xà xe
au aLUKpà usyàXa Kal xà UEyàXa aLUKpà cpalvEaSai ttoloucti
Sià pw^rjv XSyou, Kaivà xe àp^aicoç xà x' èvavxla Kaivâç, b
auvxoulav xe X6y<av Kal oarEipa ur)Kr) TtEpl Ttàvxov àvsOpov ;

TaOxa 8è aKoûcov ttoxé jiou, rip65iKoç lyÉXaaEV, Kal Ljiàvoç

aûxbç EÛpr|KÉvaL Icj>r|


Sv Sel Xéycov xé^vriv Seîv Se oûxe
LjiaKpSv o3xe (ipa^scov àXXà LiExplcov.

d 7 xa! (et Pap. G Hermi. ) : del. Vollgr. secl. ccteri || 1


xaXûç
(et id. [ut uid.] Hermi. ) ray/.aXôJ; Vollgr. || ye y' Hermi.
1 1
: :
||
8 Iv

àpXfl ht'
: à. 2 BW
(z s. u.) auct. Sclianz del. Vollgr. || 9 (et î)

Hermi. ): B 1
f; ||
6 l\ XoYOOaî8aXov (et Cicero Hermi.
1
)
:
Xdyov oa:8.
B D 267 a 3 è« :
ef« TW Thomps. Vollgr. Jyojuv :
gg. ci. Richards
W
||

èâaopsv 6) k fuptv »j5. exe. Thomps. omnes ot 8* :


(cf. -pt || ||

aùxôv del. ci. Vôgelin


: 5 çaatv del. ci. id. 6 àvïjp Bekker 6 à.
||
:
||
:

Heindorf àv. codd. T'.at'av (et Hermi. ) Te:, ubiq. Burnet Vollgr. ||
||
1
:

8k T reuera neque in ras. 8 zoiouji -atv b 1 àpyocûo; à. Xéystv : BW :

W
|| ||

(uel StsÇtÉva'.) Vollgr. a àvgypov av eu. àvr j. exe. :


Thomps.
W
]| (

omnes || 3 ÈyeXaaev -m || [\ 6upr,xsvai


r/jp. ut supra
: :
TÉ/vr;v :
||

-vt) Aid. -vf) Stephan. cum Ast del. Vollgr. ||


8av (et corr. Paris.
1808) : Seivi BT.
267 b PHÈDRE 75

Phèdre. — Le comble de la sagesse, Prodicus, en vérité !

Socrate. — Et Hippias ?ne parlons-nous pas de lui ? Je


le crois en effet : Prodicus obtiendrait aussi le suffrage de
l'étranger d'Élis.
Phèdre. — ?

Socrate. —Pourquoi pas


Et Polus, maintenant, comment nous y
prendrons -nous pour donner une idée de ses Sanctuaires
oratoires des Muses l ? des
chapitres, par exemple, du Redou-
c blement, du Style sententieux, du Style imagé? Et aussi bien,
son Vocabulaire de Licymnius, cadeau que lui fit ce dernier
pour la composition de La beauté de la langue?
Phèdre. —
Mais, Socrate, n'y avait-il pas en vérité chez
Protagoras quelque étude de ce genre ?
Socrate. —
Oui, mon garçon, une Propriété de la langue,
et quantité d'autres belles choses... A dire vrai, pour ce qui
est des discours qui font pleurer lorsque c'est sur les articles
« vieillesse » et «
pauvreté »
qu'on les traîne, celui qui en
cet art est, à mes yeux, passé maître, c'est le colosse de
Chalcédoine Homme qui s'est, en même temps, montré
!

supérieur pour mettre une foule en fureur et ensuite,


d ces furieux étant soumis à ses enchantements, pour l'apaiser :

ce sont ses expressions sans égal aussi, quel que soit le cas,
;

aussi bien pour calomnier que pour dissiper la calomnie!...


Mais passons à la terminaison des discours : la théorie en est

commune, semble-t-il, à tous; certains pourtant l'appellent


récapitulation, tandis que d'autres lui donnent un autre
nom.
Phèdre. —
Tu parles du résumé, dans lequel, en finissant,
on rappelle à l'auditoire chacun des points du sujet sur
lequel on a discouru ?

la matière. Peut-être aussi Platon pense-t-il plus à ses propres

contemporains qu'à ceux de Socrate.



Thrasymaque, au livre I de
la République, défend avec feu une conception de la justice voisine
de celle de Calticlès (Gorgias). Tisias (cf. 273 a-c), élève de Corax
et maître de Lysias quand celui-ci vivait à Thurii, peut-être aussi

Gorgias et Polus, représentent ici l'Ecole sicilienne. Protagoras (infra

267 d), Prodicus, Hippias sont figures familières de l'ancienne sophis-


tique. Pour Événus, cf. Phédon 60 d. Voir Notice, p.
clxi sqq.
1. Si ce sont des exemples, c'est, je crois, que les premiers mots

en italiques sont le titre du livre, dont ce seraient les parties. De


même, ensuite, pour cette étude qui en rappelle une semblable, de
75 <î>AIAP02 267 b

<t>AI.
Zo<pô>TaTà ye, S> [Link].
ZO. Se oô XÉyo^sv
'Inirtav OT^ai yàp ^ v ; <rô^ipr|(pov
aÔTÛ Kal t6v 'HXeÎov E,évov yevéaBai.
<t>AI. TIS' oô;
ZO. Ta 8è ricbXou Ttûç cppàacù^EV aï M ouosîa Xéyav ,

g>ç SiTtXaaioXoylav Kal yvo^oXoytav Kal eIkovo- C

Xoyiavj'OvouaTav te Aiku^v'lcùv,S ekeIvç ISopfjaaTo

Ttp6ç Ttolriaiv EôsTtEiaç ;

3>AI. npoaxay6pEia 8é, S Z&KpaTEÇ, oi< 7\v pÉVTOi


toloCt' axxa ;

ZO. 'OpSoÉTtEià yé tiç, S> Ttaî, <al aXXa TtoXXà Kal


KaXà... Tâv ys jifjv otKTpoyécov, ettI yfjpaç Kal TtEvlav

eXkojiévcov, X6ycùv KEKpaTr|KÉvai TÉ)(vr| jiol t^aivETou to toO


XaXKr)5ovlou aSÉvoç* Ôpytoai te aS ttoXXoùç &^a Seivoç
àvr|p yÉyovEv, Kal TtàXiv, opyia^Évoiç ènciSov, kï]Xeîv, &q d

IcpT]' 5ia6àXXEtv te Kal àTtoXOaaaBai SiaSoXaç ô8EvSf|


KpàTiaToç... Tè Se 8r| téXoç tôv X6ya>v Koivfl TtSaiv eoike
3

auvSsSoypÉvov EÎvai, c& tlveç \xkv ETtàvoSov, &XX01 S aXXo


TlGEVTai ovo^ia.
<t>AI. T6 lv KE(paXata> EKaaTa XÉyEiç ÛTto^vfjaai ènl
teXeut^ç toùç aKoûovTaç Tispl tôv Etpr)^Évcùv ;

b 7 'Imrfav : --Etav B || Xsyoïxêv :


Xe'Ç. ci. Richards (cf. a 3) ||

a-jptjrtriçov
B 2 (em.) :
aùpç. 10 (ppâaiopEV B ||
8 'HXeîov :
rjXtov B ||
:

-aopEv TW
où <ppdao. Schanz Vollgr. Èâaopev Winckelm. au: om.
W del. Winckelm. c i a>? 8; (cf. ad c 3 irpôç [Link]\<jiv) del.
||
: TW
||

Winckelm. xat (w; del.) ci. Richards || StrcXaatoXoYt'av (et Hermi.) :

Ppa/uXoyîav y.aî o. (cf. 269 a 7) Vollgr. a At'xupvftov -vtstcjv Ast ||


:

Schanz -VEicoy Vollgr. S... iiïoipi[<ja-:o secl. Ast Schanz del.


||
:

Vollgr. H 3 r.pôç Hermi. a3p, u) izpoa£Tzoi-r\aev Cornar.


[Link]]<jiv (et cf. :

-Etav (cum ;:po<j£7:oi7]a£v) Schanz Vollgr. -rjaato Ast EUEreîaç -t'aç ||


:

Hermi. Heindorf Schanz 5&TTa: 4t. ôt. T 6 [Link] -rôtv ci.


||
BW ||
:

Naber 8 xéy;vï) -vy) BT ||*jxot om.


||
:
\\'q [Link]îou KaXy Her- : W : .

werden, Vollgr. te(e interpos. ||


2
) t' fors. xoB d 1 àvf,p 6 à W : W ||
:

Heindorf av. Bekker et, exe. Thomps., omnes 3 ôGevStj Paris. 1808
W W
||
'

(o6ev Sf )(
oO. 8eï codd.
:
4 & 8 8 8s 5 TtÔEvrai (et Her-
||
:
||
:
||

mogen.) :
t:0e'vtêî B.
267 d PHÈDRE 76

Socrate.— C'est de que Mais peut-être


cela je parle...
as-tu, toi aussi,
quelque chose dire sur à l'art oratoire...
Phèdre. — Bah! des qui ne méritent pas qu'on
vétilles, et
les dise !

268 „
Examen .,. Socrate. — Eh bien ! les vétilles au
critique. .
, .
, , ,.,,-.
moins, laissons-les de cote. Quant aux
choses dont nous parlions, regardons-les davantage au grand
jour, pour voir quelle est et dans quels cas, du point de vue
de l'art, la vertu qu'elles possèdent...
Phèdre. —
Une vertu, Socrate, qui est tout à fait puis-
sante au moins, c'est évident, dans des réunions populaires
: !

Socrate. — Elles la Mais pourtant,


possèdent en effet.
mon divin ami, de ton côté aussi regarde bien si, par hasard,
il ne
t'apparaît pas, à toi comme à moi, que le tissu n'en
est guère serré.
Phèdre. —
Tu n'as qu'à me le faire voir !

Socrate. —
Eh bien dis-moi, si l'on venait trouver
!

Éryximaque, ton familier, ou bien son père Acoumène, en


« Moi
leur 'disant je sais administrer aux corps des choses,
:

b «
propres suivant mon
intention aussi bien à échauffer qu'à
« refroidir, et, mon bon plaisir, à faire vomir ou, si
si c'est
«
je change d'avis, à faire aller du bas 1 ; plus quantité d'au-
« très effets de même sorte Et, puisque j'ai ce savoir, j'es-
!

te time que je suis capable de guérir, et d'en rendre capable


« un autre quand je lui aurai transmis la science de ces
« choses. » En entendant cela, à ton sens que diraient-ils ?
Phèdre. — d'autre à faire que de lui
Qu'auraient-ils
demander en outre, et quels sont ceux qu'il faut
s'il sait
traiter ainsi, et dans quels cas on doit administrer chaque

traitement, et dans quelle mesure?


Socrate. —
Suppose maintenant qu'il leur réponde :

« Je n'en sais absolument rien. J'estime cependant que


« celui qui, auprès de moi, s'est instruit de ces choses est en
c « état, lui, de satisfaire à l'objet de ta question. »

Polus y aurait inséré une sorte de « Dites..., ne dites


Protagoras ;

pas... », œuvre d'un collaborateur bénévole.


I. L'idée, déjà énoncée 267 ab, cd, reparaît 268 c fin, d fin en :

tout art l'essentiel serait, sans avoir égard à la vérité, d'être égale-
ment apte à produire un contraire ou l'autre. Sur Éryximaque et —
Acoumène (227 a), cf. Banquet, Notice, p. xxxvn, li sq.
76 $AIAP02 267 d

ZO. TaOxa XÉyos. Kat, eï tl au aXXo ex 61 '' eItteiv My»¥


TÉ)(VT]Ç Ttépi...
<ÊAI. ZjiiKpà ys Kal oûk aE,ia XéyEiv.
ZQ. 'Eû^iev 8f| xà ye a^iKpà. TaOxa Se \>tt' aôyàç [Link] 268
lScù^iev xlva Kal tt6x' ix ei Tr v Tr TE X VT1 »> Suva^uv. ) l K (:

<t>AI. Kal ^làXa £ppa>uÉvr|v, S ZÔKpaxEÇ, Iv ye Sf)

xtXr|8ouc; auvéSoiç.
IQ. "Exei yâp. 'AXX', £ SaïudviE, tSè Kal au eî apa Kal
aol cpatvExai 8i£oxr|KOç aûxûv x8 fjxpiov, ôcmep [Link].
<t>AI. Ae'ikvue ^6vov.
Zft. Et-nè Sr) jioi* eï xiç, TtpoCTeXBcbv xû èxatpcp aou
'Epu£,L^àxcp f\
x£3 Ttarpl aûxoO 'AkouuevS, eïttoi 8xi* « 'Eyà
« Interracial xoiaOx' axxa o&^iaai TtpoacpÉpEiv ôgxe 8Ep-
« palvEiv i', làv froûXcopai. Kal ipûxEiv Kat, làv uèv b
86£r|
« uoi, e^ieîv TtoiEÎv, làv S' au, Kàxci SiaxcopEÎv Kal

« &XXa TTàjmoXXa xoiaOxa. Kat, ETtiaxàjiEvoç aôxà, à£,ico

« iaxpiKèç EÎvai Kal aXXov ttoieîv S av xf|V xouxcov Ini-


« axr|u.r|v TtapaSS », xC av oIei àKoùaavxaç eItteîv ;

<t>AI. Tt S' aXXo yE f) èpÉadai eî TtpoaETttaxaxai Kal


oôaxivaç 8eî, Kal 8tt6xe êKaaxa xouxav ttoieîv, Kal pÉxpi
en 6 aou ;

ZO. Et oCv eïttoi oxi- « [Link];. 'AXX* à£iû xèv


3
« xaOxa Ttap luoO u.a86vxa aux8v oî6v x' EÎvai ttoieîv fi C
« Ipoxfiq ;
»

d 8 £Ï ibei il Vollgr. et mox lîxtîv del. 268 a i û~' aùyà; (aSXXov


:
||

(et Hermi. )
1
•j^aùyâCT|i.a xoùov
B || a l'8o)[[Link] (et Hermi.) : <xxo;:ûiu£v
:

xat ÎS. ci. Vollgr. || r.6z' r.o-:'


uulg. Vollgr. || ttjv to Vollgr. (cf. : :

269 c 7) y 3 Èpptu[iév7)V : ait. p add. s. u. 5 I/ei yap Socratis : T


W
||

Phaedri incertum ap. B 6 tjtg'.ov : r Tpt.


(
codd. 8 dxl B2
W (sed recte
|| ||

(em.): Etrap B || «pooEÀStôv :


npoùS. c l\) || 9 'EpuÇt-
txa/ii)
: del. ci. Naber
-£vo> codd. 10 à'xta ]| 'AxO'jpEVw :
||
: Slx. codd.

(B reuera) ||
Vindob. 109 b 1 piv u.r) B ex em.
owjxaat : -Tt W et ||
:

ut uid. 3 [Link]; B 2 rec. (a supra 0) -Tajiivou; codd. aùxà : :

W
Il ||

-tô; Egelie 4 UrtptxA( -tpôç T -xpoùî


||
6 S* aXXo y£ (et Her- :
||

mi. 1

)
:
y£ àXXo B |j TtpoaErcîcrraTai
:
Tipôç ijiÎGxaaat W c 1 Jioteîv
||
:

auct. Buttmann secl. Burnet del. Vollgr. è-oueiv Schleiermacher.


268 c PHÈDRE 77
Phèdre. Ils diraient, —
je crois, que cet
homme est fou :

pour en avoir entendu parler quelque part dans un livre ou


pour avoir mis par hasard la main sur quelques remèdes,
il se
figure être passé médecin, alors qu'il n'entend goutte à
cet art !

Socrate. —
Eh bien suppose qu'à présent ce soit So-
!

phocle qu'on vienne trouver, et Euripide, et qu'on leur


dise « Je sais, sur de menues matières,
:
composer d'inter-
« minables tirades, et de toutes menues sur une
ample ma-
te tière ;
des discours apitoyants s'il me plaît, et, inversement,
« d'autres
qui soient, à leur tour, terribles et menaçants... »
d Et tout le reste à l'avenant, avec l'idée enseignant qu'en
cela on transmet la recette pour faire une tragédie.
Phèdre. —
Ceux-ci également, Socrate, se riraient, je
crois, d'un homme qui se figure la tragédie autrement que
comme l'organisation de ces éléments, et une organisation
qui convienne à leur rapport mutuel aussi bien qu'à l'en-
semble '
!

Socrate. —
Mais, au lieu, je pense, de l'invectiver avec
grossièreté, bien plutôt ils imiteraient un musicien qui, sur
sa route, rencontrerait un homme se figurant être un har-
moniste, parce qu'il se trouve savoir comment on s'y prend
pour faire rendre à la corde le son le
plus aigu ou le son le
« Malheu-
e plus grave il n'irait
pas lui dire brutalement
; :

« reux, tu as le cerveau malade 2 ». Au contraire, en musi-


!

cien qu'il est, il


parlerait plus doux : « S'il est indispen-
« sable, homme excellent, de savoir cela aussi quand on
« veut être un harmoniste, rien n'empêche pourtant qu'on
« n'entende rien, ou
presque, à l'harmonie quand on a la
capacité que tu as Tu sais ce que, préalablement à l'har-
« !

« monie, il est indispensable de connaître, mais la matière


« de l'harmonie, tu l'ignores. »
Phèdre. —
Rien de plus juste, assurément.
269 Socrate. —
Et ce serait aussi la réponse de Sophocle à

1. L'importance
capitale de l'arrangement, déjà indiquée 236 a,
symbolisée par la formule de a64 c que Phèdre répète en écho, sera
de nouveau soulignée 269 c. Gela suppose en tout art un acquis
préalable, mais qui n'est pas condition suffisante (ib. b fin).
2. En
grec tu as la bile noire, ce
:
qui pour nous est autre
chose.
77 $AIAPOS 268 c

<t>AI. EÏTtoiEV &v, oîuai, oti jaatvETai &v8p<»Ttoç Kat, ek

|5i6Xtou f)
no8èv àicoûaaç
TTEpiTux&v cpapuaKloiç, taxpèç
oiexai yEyovévai, oôSèv ETtauov ir\q TÉ^vrjç.
S
ZQ. Tl 8 ,
et Zo(po<Xet a8 TtpoaeX8<i>v <al EupiTtlSr] tu;

Xéyoi cbç iTtlaxaTat TtEpl o^iiKpoO Ttpày^aToç jS^oeiç Ttaji-


jif|K£iç TtoiELV Kal TtEpl ^EyàXou Ttàvu a^iKpâç. oTav TE
(5oOXr)Tat oÎKTpàç Kal TOÔvavTlov a3 <po6Epaç Kal àTtEi-
Xr|TLKàç
-

oaa t' aXXa ToiaÛTa Kal, SioaoKov aÛTa Tpa- d


ycpSlaç Ttolr|ai.v oÏETai TtapaSiSôvoa ;

«ÊAI. Kal oCtoi Sv, & ZcbKpaTEÇ, ot^ai, KaTayEXÛEV eI

tlç oÏETai TpaycpSlav aXXo tl Etvai f| Tf|V toutcdv crùaTaatv,

TxpÉTtouaav àXXr)Xoiç te Kal tcù oXcp cruviaTa^évr|v.


3
ZO. AXX* ouk av àypolKaç yE, oîuai, [Link]
J
àXX ÛOTtEp av (aouaiicôç evtuxàv avSpl olouévcp àp^ovucû
,

EÎvai, oti Sf| Tuy^àvEi ÊTtiaTà^Evoç â>q otàv te ô£,uTàTr)v


Kal (iapuTaTrjv xop8r|V ttoieîv, oôk àypkùç eTttoi av « *0 e
«
(io)(8T]pÉ, ^EXay^oXfilç », àXX' &te ^ouaLKèç £>v TtpaéTEpov,
oti* « *C1 apuoTE, àvàyKr| uèv Kal TauT* ETtlaTaaSai t6v
« uÉXXovTa àpjioviKov EOEaSai* ouSèv jir|v
kcdXùei fcirjSè

« auiKpèv âpuovlaç ETtaÎEiv t6v Tf|V afjv £E,iv I^ovTa. Ta


«
yàp Ttp6 àp^oviaç; àvayKaîa paBr^axa ETttaTaaai, àXX' oô
« Ta apuoviKa. »

<PA\.'Op86TaTà yE.
Zft. OùkoOv Kal ô ZocpoKXfjç t6v crcpicuv etilSeikvû^evov 269

C 2 tTffOUV à'v
Stephan. itxot avcodd. xi [Link] av; Socratis supra
:

et tX. àv ibi Phaedri esse censuit. Cornar. Socratis xi et', à'v Phaedri
otpai oxi Heindorf efceïv à'v Burnet âvOpcorcoî Bekker âvOp. codd. ||
:

Hermi. ô av. Heindorf 3 piSXÎou 0u. B 5 8' U B 2 (em.) (et Hermi. 1 :

W
|| ||

8È) 8st B
: 6 cpixpou pt. || (sed api. 7 et e 5) 8 au xai au BT:
||
:

Hermi. del. Heindorf d 1 oaa ||


t* àXXa xotayxaxaî 8i8âax<ov : oaa xàXXa
t. x. 8. TW xat oaa TaXXa x. 8. B ||
5 nplîtoudav (et Hermi.) :
xpi.
B D auviaTaaivrjv : auct. Madvig del. Vollgr. ||
6 ye : xs. W T|| e 1

àypiwç :
-c'xwç (cf. d 6) Osann ||
2 àXX' âxs : àXXà xi B || 4 oùBkv

prjv
:
où8£pr,v sic B ||
6 r.pô T2 (a eras.) :
r.pôi BT (sed recte 269 a
2,3).
269 a PHÈDRE 78
celui qui fait sa parade devant Euripide et devant lui il sait :

ce qui est préalable à la tragédie, mais non la tragédie ; la

réponse aussi d'Acoumène : il sait ce qui est préalable à la


médecine, mais non la médecine.
Phèdre. —
Hé absolument.
!

Socrate. —
Voyons nous imaginons-nous Adrasle aux
!

paroles de miel , ou bien encore Périclès, s'ils entendaient ces


1

merveilleux artifices qu'à l'instant nous passions en revue,


ces styles concis et ces styles imagés, tout ce dont encore nous
disions, après l'avoir parcouru, qu'il faudrait l'examiner au
grand jour,

les imaginons-nous,
dis-je, rudoyant en des
b propos impolis, comme toi et moi par rusticité nous l'avons
2
fait
quiconque aura, dans ses écrits ou dans son enseigne-
,

ment, donné cela pour être la rhétorique? Ou bien est-ce que,


plus sages en effet que nous, ils ne nous taperaient pas à
tous deux aussi sur les doigts en nous disant « Phèdre, et
:

toi, Socrate, au lieu de les rudoyer, il faut plutôt traiter avec

indulgence ceux qui, faute de connaître la dialectique, se


seront mis hors d'état de définir l'essence de la rhétorique ;

ceux qui, du fait de cette ignorance, se sont figuré, parce


qu'ils possédaient les connaissances indispensables préala-
blement à l'art, avoir découvert la rhétorique qui, ;

dis-je,enseignant à d'autres ces choses, estiment qu'ils


leur ont en perfection enseigné la rhétorique et, quant à
employer en parlant chacune d'elles de façon plausible aussi
bien qu'à en organiser l'ensemble —
une tâche qui ne compte
pas
3 —
, que
c'est à
leurs élèves, tout seuls et par leurs

propres ressources, de s'en procurer le moyen lorsqu'ils


auront à parler » ?
Phèdre. — Ma foi oui, Socrate, il
y a chance que tel soit
le caractère de l'art que ces personnages, dans leur enseigne-
ment et dans leurs écrits, donnent pour être l'art oratoire ;

et je suis d'avis, quant à moi, que tu as dit vrai. Mais alors,

1. Roi d'Argos, il avait su par sa douce parole apaiser la fureur

de Thésée. L'épithète paraît venir de Tyrtée (fr. 8, 7 sq. Bergk).


a. L'expression, et la suite semble y inviter, doit être jointe, je

crois, à toi et moi elle rappelle en effet le reproche que Socrate, en


;

même temps qu'à Phèdre, s'est fait à ce sujet, 260 d.


3. Bien que le texte soit incertain, le sens est clair puisque c'est
:

à leurs yeux chose indifférente d'user, ou non, des figures selon le


78 <i>AIAPOS 269 a

xà Ttpo xpaycpSlaç àv (pair) àXX' ou xà xpayiKà, Kal b 'Akou-

^levôc;, xà Ttp6 taxpiKfjç àXX' oô xà îaxpucà.


<ÊAI. navxàTtaai ^ièv ouv.

ZO. Tl 8è xov [Link])puv "ASpaaxov ot6uE8a f}


Kal

riepLKXÉa, Et àKouaEiav Sv vOv Bî\ ^ueîç SifluEV xqv


TtayicàXcov XE)(vr| pàxav , (Jpa^uXoyiûv xe Kal eIkovo-
XoyLSv, Kal oaa aXXa SieX86vxeç utt' auyàq IcpapEV EÎvai
OKETtxéa, TtéxEpov ^aXEnôç Sv auxouç, ftortEp èycb xe Kal b
ai) ûtt' àypoïKlaç, j5f]uà xi eItieîv àTtalSEUXov eIç xoùç
xaOxa yEypacpéxaç xe Kal SiSàaKovxaç <5>ç j5r|[Link]]V

xé)(vr|v &xe fju&v Bvxaç aocpoxÉpouç, k&v v$v etu-


; fj,

TtX^ai EtTT6vxac;• « *Cl <t>aîSpÉ xe Kal ZÂKpaxsç, oô ypf)


« ^aXEnalvEiv, &XXà auyYLyvobaK£t.v E ^ ^ LVe Ç» H^) Êmaxà-

« [i£voi SiaXÉyEaSai, à8\ivaxoi èyÉvovxo op'iaaaSai xl tiox


a laxtv &T\TopiKT]' ek 8è xouxou xoO TtàSouç, xà Ttpè xf]ç
« xé^vrjç àvayKaîa pa8f|paxa e^ovxeç, p*r|xopiKf|v <ir)8r|aav
a E\)pr)KÉvai' Kat, xaOxa SiSàaKovxEÇ aXXouç, ^yoOvxal c
8f|

« [Link].
v xeXéoç ÔTjxopiKn.v O£oi5â)(0ou, xo 8è fKaoxa
« xouxcùv TtuBavôç XéyEiv xe Kal x6 oXov cruvlaxaaoat.,
a ouSèv Ipyov 8v, aôxooç 8eîv Ttap' lauxôv xoùç ua8r|xàç
a ocpcov Ttopl^EaSai iv xoîç Xéyoïç » ;

<PA\. 'AXXà ^ S Z&KpaxEÇ, kivSuveuei yE xoio0x6v


v,

xi EÎvai xà xf)ç xé)(vr|<;, f]v oCxoi ol SvSpEÇ ûç ^TjxopiKfjv


SiSàaKoual xe Kal ypàcpouaiv, Kal ipoiys Sokeîç àXT]8fj
a a Ta Tpaytxà ta :
tp. è;:taTa<T0a; Vollgr. ||
5 t( Se xôv (et
Hermi. ) t£ 8al -côv T
1
: -ziài
Stephan., ;
-côv et, exe. Burnet, omnes ||

oîdpeBa: -;[Link]'
av Hirschig Vollgr. 6 vuv 8tj :
vuvS?) exe. Thomps.
omnes || 8t^[xev
W 2
(em.) :
8ÎT)p€v T
||

(t mutum superscr.) Strj. BW ||

8 aùyà; :
aùxàç B ||
b 2 pî)ua xi :
prjpaxt B [|
3 £T)Topixïjv : del.

Vollgr. 4 doçwcépou; :
aoço. W 6 CTuy^-yvcô^xeiv :
awffiv. W Hermi. 1

W
|| ||

8 ïa-tv : -xi pT,TopiXTÎ :


t) p\T C i e&pïjxévat :
Y)0p. «c. Thomps.
W
|| || ||

omnes ||
a açtaiv : -ai || 4 oùôèv é'pYov ôv Heindorf : wç où. è. ov
Hermi. uel wç où.ov I.
Stephan. où. codd. Thomps. Schanzoùcçétepov
I.

Badham ||
aù-coùj Beîv : au. 8î Badham 5 açoiv afwv T èçwv B ||
:
||

6 ye : om. B et fors. Hermi. delent, exe. Burnet, omnes ||


83t8âaxouat
... ypâçouatv -aiv : ... njtv BT -Jt ... -si W Aristid. Soxîîî (ex em.
W
||

?)
-xeï B.
:
269 c PHÈDRE 79
l'art de celui qui, en réalité, est à la fois éloquent et persua-
d sif, comment et où est-il possible de se le procurer ?

Socrate. — La possibilité, Phèdre, de


Troisième section :
devenir un parfait jouteur se présente
„l;Lo^uïfï!ïî .
vraisemblablement (et sans doute est-ce
philosophique; ••#% j
1° conditions. du res t e une nécessite) de la même
façon qu'ailleurs s'il est dans ta nature :

d'être éloquent, tu seras un orateur apprécié à condition d'y


1

joindre le savoir et aussi l'exercice ; mais, si l'une quel-


de ces conditions te fait défaut, par là même tu
conque
seras un orateur imparfait. Quant à ce qui est d'un art
répondant à cette possibilité, ce n'est pas sur la voie suivie
et par Lysias et par Thrasymaque qu'en apparaît, à mon
méthode.
avis, la
Phèdre. —
Mais dans quelle voie, alors ?
e Socrate. Il —
y a chance, mon bon, que Périclès se
soit, selon toute apparence, élevé entre tous à la plus haute

perfection dans l'art oratoire.


Phèdre. —
Et la raison ?
Socrate. —
Tous les arts, j'entends ceux qui ont de l'impor-
tance, exigent en surplus que, touchant la Nature, on
270 bavarde et qu'on ait la tète en l'air 2 c'est en effet de là que :

proviennent en eux, semble-t-il, cette sublimité de pensée


qu'on y trouve et la perfection de la mise en œuvre Voilà !

ce que Périclès notamment a possédé, en outre de ses dons


naturels c'est, je pense, parce que le hasard mit sur son
:

chemin Anaxagore, lequel était un homme de cette sorte ;

parce qu'il s'est empli de visions en l'air parce qu'il en est ;

venu à la nature de l'intelligence, aussi bien que de


l'absence d'intelligence : sujets sur lesquels Anaxagore éten-
dait abondamment ses propos 3 Et ainsi il a tiré de là, en vue
.

de l'art oratoire, ce qui s'y adaptait.


Phèdre. — Comment l'entends-tu?
bien et le vrai et de respecter l'unité organique du sujet qu'ils
traitent, ils se dispensent d'enseigner cela à leurs élèves.
i . Sans doute l'avait-on déjà dit. Du
moins chez Platon ce lieu
commun une valeur précise du sens qu'il y donne à science.
reçoit-il
2. C'est de quoi le Cratyle (4oi b) fait honneur à ceux qui ont

institué le langage et les Nuées (i£o5, 36o), un grief contre Socrate.


3. Sur ce passage, si riche de sens, voir Notice, p. cxlviii sq.
79 «&AIAPOS 269 c

€tpr)KÉvai. 'AXXà 5f| xf|v xoO xû Svti p^xopucoG xe Kal


mSavoO xé)(vr|v, Ttûç Kal Tt68ev Sv xiç Sùvaixo Ttopt- d

aaaOai ;

Zfl. Ta uèv SûvaaBai, o <l>aîSpe, cSaxe àycùvicx^jv


xéXeov yevéaSai, eIk6ç, ïaoç Se Kal àvayKaîov, £X EIV
ôcrnep xaXXa* el Liév aoi ÛTtapxEi <pùa£i. p^xopucép EÎvai, Ioei
p^xcop EXXéyiuoç, TtpoaXaBôv Emaxr]ur)v xe Kal ueXéxt|V
oxou av eXXeLttjiç xoùxûjv, xauxr) àx£Xf)ç eoel. "Oaov 8è
8'

aùxoO xé^vr), ov\ ?j Aualaç xe Kal ©pacniuaxoç TtopEUExai


Sokel uoi (palvEaBai r| lieBoSoç.
<Ï>AI. 'AXXà nfi 8^| ;

ZO. KlvSuveijei, o SpiaxE, eIk6xqç & flEpiKXfjç Ttàvxav e

XEXEÔxaxoç eIç xf]v ^r)XopiKf)v yEVÉaSai.


<1>AI. TlSf);
ZQ. riaaai baai UEyàXai xSv xe^voûv TtpoaSÉovxai
àSoXEaxlaç Kal UEXEeûpoXoyiaç (pûaEcoç Txâpi" xo yàp ûijjr)- 270
Xévouv xoOxo Kal Ttàvxr) XEXEaioupyèv eolkev evxeOBév ttoBev
n
EÎoiÉvai. O Kal riEpiKXf^ç Ttp6<; xô Eutpufjç EÎvai âRX^coxo*
TtpooTtECTQv yap, oTuai. xoioûxç) Svxi 'Ava^ayépa, uEXEopo-

Xoylaç ÊLiTiXr|a8Elç Kal ItiI (pùaiv voO xe Kal àvolaç àcpiKÔ-


uevoç, Sv Sf) Ttépt x6v ttoXùv Xéyov ettolelxo 'Ava£ay6paç,
IvxeOBev EtXKuaEv Inl xf)v xôv X6yov xê^vt^v x8 Ttp6a<popov

aûxfj.
<t>AI. nôç xoOxo XéyEiç ;

d 5 raXXa : taX. T TaX. B Ta à'X. W p^rjTopixcï)


B 2 (û s.
u.)
W
j|

{et Hermogen.) :
-xôç B ||
et 6 laet (et Aristid.) :
-arj || 7 otou
Aid. Vollgr. n
(et Aristid.) : 07:00 || IXXetZT)? (et Aristid. Hermog.
em.) : èXXi. B Thomps. Schanz || aTeXï){ (et Aristid.) :
-Xiç B ||
8 rj
:

7] B U Auat'aç (et Hermi.) Gorgias Ficin. Ttataj Schaefer || 9 tpaîvea-


:

9ai <pép. auct. Naber Vollgr. 270 a 1 xaù : x. tô TW|| a -reXtatoupyôv


:
||

(et Plut.) :
-yixôv TW TeXecUpYOv Badham 4 xotoûtw tuj B 5 ||
:
||

àvotaç (et Hermi.) : 8tav. Vindob. 109 Aristid. (teste Schanz) Bur-
net êvv. apogr. j|
6 wv B 2
(em.) : ov B (J r.èpi
B 2
rec. :
[Link]
B || 7
rpdcçopov :
^poaspé. B.
270 b PHÈDRE 80

b Socrate. — Sans doute en de même pour méde-


est-il la

cine,que précisément pour la


rhétorique.
Phèdre. — Comment, enfin?
Socrate. — Dans l'une dans on doit procéder
et l'autre à

l'analyse d'une nature: dans la première celle du corps, dans


l'autre celle de l'àme si l'on veut, au lieu de se contenter
de la routine et de l'expérience, recourir à l'art pour admi-
nistrer, à l'un remèdes et régime et ainsi produire en lui
santé et vigueur, à l'autre, propos et occupations en accord
avec la règle, et ainsi lui communiquer telle conviction et
telle excellence qu'on souhaite pour elle '
.

Phèdre. — Il
y a au moins vraisemblance qu'il en est

ainsi, Socrate.
c Socrate. —
Mais la nature de l'âme, penses-tu qu'il soit
possible de la concevoir d'une façon qui vaille d'être men-
tionnée, indépendamment de la nature du tout ?
2

Phèdre. —
Ma foi, si c'est Hippocrate qu'il en faut croire,
lui qui est un Asclépiade, on ne peut même pas traiter du
corps sans recourir à cette méthode !

Socrate. —
Il a raison, vois-tu, mon camarade, de dire

cela. Il faut pourtant, en sus d'Hippocrate, s'enquérir auprès


de la raison et examiner si la voix de cette dernière sonne
d'accord avec son dire.
Phèdre. — Oui, c'est cela.
Socrate. — Eh bien ! examine alors ce que sur la Nature
peuvent bien dire et Hippocrate et la raison. N'est-ce pas
de la façon que voici qu'il faut se faire une idée sur la
d nature de quoi que ce soit? D'abord, est-il simple ou bien
multiforme, l'objet touchant lequel nous voudrons être per-
sonnellement des techniciens, capables aussi de produire en
autrui le même résultat ? En second lieu, dans le cas où cet
objet sera simple, en examiner la propriété quelle est celle :

qu'il possède naturellement, et par rapport à quoi eu égard à


l'agir ? ou celle qui lui appartient eu égard au pâtir et sous
l'action de quoi ? Si au contraire l'objet comporte une plu-
ralité de formes, alors, après les avoir dénombrées, cela
même qui était envisagé dans le cas de l'unicité le sera pour
chacune de ces formes par laquelle est-il dans la nature de
:

1 . Elle est en effet une psychagogie (26 1 a ;


cf.
27 1 c fin et p. 6a , 3).
2. Pour le sens de ces lignes, cf. Notice, foc. cit.
p. 79 n. 3.
80 *AIAPOS 270 b

Zfî.
c
O aôx6ç Tiou Tpénoç xé)(vr|<; iaxpiKr]ç 8<mep Kal b
^T]TOpiKf^Ç.
<PA\. r\8>q Sn, ;

J
Zfï. Ev Â^icpoTÉpaiq Seî SieXéaSai cfûaiv, oôpToq u.èv

lv xf] ixépa, ^uxf]<; 8è


iv xfj âxépa, eÎ u.éXXeiç \xi] xpi6fj
u.6vov Kal iurtEipla, àXXà xé^vt], xô u.év, cpà[Link] Kal

xpo<pf)v TtpoacpÉpQv, uylEiav Kal j5<*>^r|v è^Troi^aELV, xf] Se,

Xéyouç xe Kal ETUTrjSEÙcrEic; [Link], TtEiBcb f\v av fioùXr)


Kal àpExf|V TtapaSobaELV.
4>AI . Ta yoOv eIk6ç, S ZÔKpaxEc;, oôxoç.
Zfï. M^u^Ç oSv <pûaiv àE,icùq XSyou Kaxavofjaai oïei c
Suvaxôv sîvai Sveu xf]ç xoO 8Xou <f>ûaEQÇ ;

<PA\. Et u.èv 'InTtoKpàxEi yE xô xôv 'Ao-KXrjmaSôv Seî


xi TtiSÉaBai, ouSè TtEpl aci^iaxoç Sveu xfjç ^leBôSou xaùxrjç.

Zft. KaXôç yàp, S IxaîpE, XÉyEi. Xpf| u.évxoi, np6ç xô


'l-mroKpaxEi x6v X6yov EE,Exà£ovxa, okotteîv eI aupcpovEÎ.
3>AI. <t>rj (xt.

ZO. Tè TOlvUV TtEpl CpÙCTECùq (XK6TIEI Xl TtOXE XéyEi 'Itttto-

Kpàxr)ç xe Kal S àXr)8r|<; X6yoç. *Ap' ot>\ ÔSe Seî Sia-


voEÎoBai TtEpl SxouoGv (pûaEOç ; ripôxov u.év, ànXoOv f\
d
ttoXueiSéç èaxiv oS nÉpi 3ouXr)oéu.E6a EÎvai aôxol xe^vikoI
Kal SXXov Suvaxol ttoleîv ;
*ETTEixa Se, av u.èv aTtXoOv fl,

GKOTtEÎV xf|V SÙVaUAV aUXoO, Xlva TtpOÇ Xl TtECpUKEV eIç xo

Spav Ê^ov, f)
xlva eIç x6 TtaBEÎv ûnè xoO ;
âàv Se ttXeIo

EÏ8r| ext], xaOxa [Link], SnEp lep' Ivèç xoOx' ÎSeîv

b k om. B
èv 5 8s: 3' BT
7 zr 6; x$ M B 8 PoôXt) :
||
: :

W
|| t ||

JÎouXtj B
9 rcapaSoiaciv -aei
D C a o'Xou Xdyou B 3 pùv (et
:
||
:
||

Henni.'): ;jl. ouv Laur. a643 y£ Heindorf xe codd. om. Galen. ||


:
||

xwv interpos. T pr. m. ut uid. t\ t.-M^olk rcet'ô.


Thomps. ||
: TW ||

où8s T.zçl 0Ù8; Gornar. où. ttjv xoû Stephan. Vollgr.


: 5 tw 'Izrco- ||

xpâxe; : xov -xt| Badham || 7 ïp' :


à'p'
B àp' T || d a ou jclpt... 3
tco'.eiv :
post 1
çùaew; transpon. Vollgr. ||
3 8^, av Si èàv : TW
Thomps. j| t\ îrpô; x: :
npo; xt B npo'î x*. TW ||
5 I^ov £*/_etv Stephan.:

Il
O^ô xou 6. xouSe B : u;to' xou TW ("cf. 8 et
371 a 10) 6 àptOtxrjaâ- ||

uievov Galen. xaxap. Hermi. :


àptÔpr^âjievoî codd. -aaplvouç Ste-
'

phan. Vollgr. y èç . È7ct Hermi.

IV. 3. — n
270 d PHÈDRE 81

l'objet de produire une action, et quelle action ? ou bien par


laquelle, d'être patient, en quoi et par l'action de quoi ?
Phèdre. —
C'est bien possible, Socrate.
Socrate. —
Ce qu'il y a au moins de sûr, c'est que, sans
cela, méthode aurait toute l'apparence d'une démarche
la

e d'aveugle On ne doit certainement pas se faire une image


!

de celui qui avec art poursuit l'étude de quoi que ce soit, en


le
comparant à un aveugle, non plus qu'à un sourd! Il est
manifeste au contraire que l'enseignement de l'éloquence, s'il
estdonné avec art, fera voir dans sa réalité, avec exactitude,
la nature de ce à quoi l'élève appliquera ses discours. Or
cet objet, ce sera sans doute l'âme.
Phèdre. Bien sûr — !

271 Socrate. — Voilà donc l'objet vers lequel son effort s'est

tendu tout entier persuasion est


: la en effet ce qu'il s'efforce

d'y produire. N'est-ce pas cela ?


Phèdre. — Oui.
Socrate. —
donc manifeste que Thrasymaque, ou
Il est

tout autre qui donnerait un enseignement sérieux de l'art


oratoire, commencera par dépeindre l'âme en toute exacti-
tude, par faire voir s'il est dans sa nature d'être une chose
une et homogène ou si, à la façon d'un corps, elle est mul-
tiforme car c'est cela, disons-nous, qui est montrer la nature
;

d'une chose.
Phèdre. — Hé ! absolument.
Socrate. — Voici par le moyen de quoi
le second
point :

de produire une action et laquelle ? ou bien


lui est-il naturel
de pâtir, et sous l'action de quoi ?
Phèdre. Bien sûr — !

b Socrate. —
Enfin (c'est le troisième point), après avoir
fait une classification des
genres de discours comme des
genres d'âme, ainsi que de leurs modalités respectives, il
fait la revue des relations causales, établissant ainsi la corres-

pondance de chaque genre à chaque genre, et il enseigne, de


quelle sorte étant l'âme et de quelle sorte les discours, quelle
est la cause en vertu de laquelle ceux-ci produisent nécessai-
rement en l'une la persuasion, l'incrédulité dans une autre !
.

Phèdre. —
En tout cas, qu'il en pût être ainsi ce serait
apparemment tout ce qu'il y a de magnifique !

i .
Psychologie et éthologie fondent la rhétorique, Not. p. cxlix sqq.
,
81 «MIAPOS 270 d

Icp' EKàaxou, x$ t'i tcoieîv aôx6 TtÉcpuKEV, f) x$ xl Tta8eîv


ûttS xoO ;

«ÊAI. KtvSuVEUEt, S ZÔKpCtTEÇ.


ZO. H C

yo0v oveu xouxcûv ué8o5oç eoIkoi av (SaTtEp

xixpXoO TXopEta. 'AXX' ou T ^X vr ô ufjv ôVnEiKaaxÉov x<5v ye l

UEXuJvxa ÔxioOv xucpXcS ouSè KocpÇ- àXXà SfjXov ebç, av

xé)(vr| X6youç SiSco, xf|V oualav 8eI£,ei. àKpiBûç xfjç


xco xiç

cpuaEcoç xoùxou TtpSç 8 xoùç Xàyouç TtpoaotaEi. "Eoxai Se


ttou vp^X^l t °ût°-
<t>AI. Ti ufjv ;

EU. OôkoOv f\
écuiXXa auxû xéxaxai npèç xoOxo Tracra* 271
Tt£i8à) yàp ev xoùxcp ttoieîv ETti)(ELpEÎ. *H yap ;

<*>AI. Nai.

Zft. AfjXov apa 8xi ô ©paauua)(6ç xe Kal 8c; av aXXoç


OTtouSfj xÉ^vriv p^nxopuc^v SiSô, Ttpôxov TtàaT] àKpiBfita
ypci^Et XE Kal TTOli|aEl IpU^fjV ISeÎV, TteSxEpOV EV Kal OJiOLOV
TtécpuKEv fj,
Kaxà a&uaxoç uop<pf)v, TtoXuEu8É<;• xoOxo yàp
cpausv cpûaiv sîvai Seikvûvcxi.
<t>AI. riavxdTtaaL uèv ouv.
ZO. AEÛXEpOV SE yE, 8x9 Xl TTOIEÎV f)
TtaBEÎV ûtïo xoO

TTÉCpUKEV.
<t>AI. Tl ^v;
ZO. Tplxov 8è 8f|, SiaxaE,(xuEvoç xà X6ycov xe Kal b
vpu^ç yÉvr| Kal xà xoùxgîv Tta8f|uaxa, StEiai xàç atxlaç,
TtpoaapuSxxcov Ikootov EKàaxco, Kal SiSàaKOV oïa ouaa
ôcp' oïcov X6ycov Si' fjv atxlav e£ àvàyKr|c; f\
u.èv TtEl6Exai,
f)

Se àTtEiBEÎ.
<ÊAI. KàXXiaxa yoOv &v, &q Ioik', 2x ol fl TW Ç-

d 7 tôS utrumquc : to Vollgr. (Append. crit. i5i) ||


aùro recc. :

-tw codd. oGtw Vindob. 109 ||



Suckow 8 une tou
ait.: del. ||
:

G:ro tou TW
y e 1 iXX' où ur,v àXXà p.. oûx auct. Herwerden Vollgr.
:

Il
om.
yg : TW
3 toi ||
Henni. tio T (fors, ex em.)
1
: om. B 4 W ||

8 om. B
: 271 a a âwxetpet :
-pT)
B* s.
u.) ^ :
^ B 10 TÉ :
II (tj || ||

om. B xi Suckow rcaOtïv ti ||


: jt. Suckow ||
6710 tou : urco tou B utwJ
tou TW H b a ti« :
nâaaî TW Burnet ||
3 oFa : oTa TW.
271 b PHÈDRE 8a

Socrate. — Disons mieux: il est sûr, mon cher, qu'il n'y


aura jamais d'aulre façon, morceau d'apparat ou discours, 1

de parler ou d'écrire, ni sur un autre sujet, ni sur celui-ci !

c Mais ceux
qui aujourd'hui écrivent des Arts oratoires, et que,
toi, tu as entendu parler, sont des rusés et font les cachottiers
bien qu'ils sachent à merveille ce qui concerne l'âme. Ainsi
donc, en attendant qu'ils manifestent cette façon de s'y
prendre, dans leurs discours comme dans leurs écrits, ne les
laissons pas nous persuader qu'ils ont l'art d'écrire !

ia° IX16ZI10CI&
Phèdre.
îi
> .

Cette façon de s'y prendre,
1 «\
1

quelle est-elle ?

Socrate. — Quant dire à les


phrases elles-mêmes, ce n'est
point commode ! Mais sur la manière dont il faut qu'on
2
écrive ,
pour que ce soit avec autant d'art qu'il se peut, là-
dessus je consens à parler.
Phèdre. Eh bien parle...— !

Socrate. —
Puisque justement la fonction propre du
une façon de mener les âmes, une psycha-
discours est d'être

gogie, celui qui


veut être un jour un orateur de talent
d doit nécessairement savoir de combien de formes l'âme est
susceptible. Or il y en a tel et tel nombre, de telle sorte et
de telle autre en conséquence de quoi les hommes pren-
;

nent, les uns, telle nature déterminée, les autres, une


nature différente. Et maintenant, une fois ces formes ainsi
distinguées, c'est le tour des discours il
y en a des formes, :

en tel ou tel nombre, et ayant chacune tels caractères déter-


minés. Or donc, les hommes de telle nature, sous l'action
de discours de tel caractère, en vertu de cette cause-ci, se
laisseront porter à telles convictions, tandis que ceux qui
ont telle autre nature ne se laisseront pas facilement per-
suader par les raisons que voici 3 Ce qu'il faut donc, quand .

on a suffisamment réfléchi sur ces déterminations, c'est


ensuite considérer ce qu'elles sont dans la pratique et prati-
e quement appliquées* et, ainsi, avoir le flair assez fin pour en
suivre la piste. Autrement, on n'en sait même encore pas

i . Ou discours épidictique : le maître y expose un modelé de l'Art,


a. C.-à-d., je crois, ce ne sera pas un modèle de ce qu'il faut dire,
mais une théorie de la façon d'y réussir (Notice, p. xlviii n. i).
3. C'est l'application des trois principes posés, 271 ab.

4. Sans la pratique, les cours théoriques de l'Ecole sont vains.


8j <J>AIAPO£ 271b
ZO. Oûxoi uev o8v, S cplXe, &XX»ç, evSeikvùuevov f)

Xey<Suevov, xÉ^vr) Ttoxè XE^SfiOEXai. fj ypa<pr|aExai oÛxe tl


àXXo ouxe xoOxo. 'AXX' ot vOv ypàcpovxEÇ, 8>v ai)
aKrjKoaç, c

xÉ)(vaç X6y<av TravoGpyol EÎaiv ical àTtoKpÛTixovxai, e186teç


i|/uxr]ç TTÉpL TtayKàXQÇ. FIplv av oSv xèv Tp6Ttov toOtov

XÉyoaC te Kal ypacpaai., jif|


TtEiBôuEBa auxotç xâ^vr] ypàcpEiv.
<t>AI. Ttva xoOxov ;

ZO. Aôxà uev xà jSrjuaxa eItieiv oôk euttexéç ôç Se SeÎ -

ypàcpEiv eI uéXXei xe)([Link]ç e)(eiv Ka8' 8aov IvSÉ^Exai,

XÉyEiv !8éXcû.
<t>AI .
AéyE Bf\.

ZO. Xéyou Sûva^uç xuy^àvEi i^u^aycdyla oîoa,


'EîTEiSf)
x6v uÉXXovxa pr|XoptKÔv lasaGoa àvàyKr) slSévai if^X ^ aa ^ 1

^)

EÏSr) e^ei" loxiv oCv xdaa Kal x6aa, Kal xoîa ical xoîa,
88ev ot uèv xoioISe, ot Se xoioISe ytyvovxai.. Toùxcov Se Sf|
ouxcù 8ir|pr|UÉV(av, X6ycov aS xéaa Kal x<5aa loxiv £Ï8r|,

xouSvSe EKaaxov ot uèv ouv xoloCSe utto xûv xoiSvSe


X6yov, Sià xf|v8E xf]v atxîav, eIç xà xoiàSE eôtteiSelç, ot
Se xoioISe, Sià xàSE, SuotteiGelç. AeÎ Srj,
xaOxa iKavcoç
vor|aavxa, usxà xaOxa Secôuevov aôxà ev xaîç Ttpà^Eaiv
Svxa xe Kal TtpaxxéuEva, S£,éa>ç xfj ala8f|a£i SûvaaSai e

ETtaKoXouSEÎv f\ urjSèv eîSévcxi tto ttXéov auxàv Sv x6xe

271 b 7 oi'to: (et Hermi. 1


[Monac. //]): oûtw B W
yp. Hermi.
1

(sed où8aij.wî moi) ouxot X [|


to : om. Hermi. 1
|| à'XXw; âvô'euvûpsvov
(et Hermi.) : àÀX' wç ëv o*etxv. B || té^vï] te/vt) codd.
8 : Hermiae
libri ||
C a cfotv- : -ai TW ||
5 Ttva... 7 ypâçEiv om. : W i. m.
scrib. (pr. man. ut uid.) d
<J*u-/_îj (et
;
Galen." Hermi.): -tjv Hirschig
1

Vollgr. d 3 to'.oi'Se ... Toiot'ôf


(et Galen. Hermi. )
1
xoîot ... -cotot'Ss B :

toioiBe ... Tototoe T Toioïôe ... totoïSê xoîoi ... Toïot Hermann W
Vollgr. y 8tj : om. TW Galen. ||
4 oûtw (et Galen.) : om. B ||
au
xoaa (et Galen. Hermi. 1
) :
aùtôç a B ||
5 TOto'vôe : t. 8è Galen. Vollgr.
Il
ouv (et Galen.): om.
totoîBe (et 6): totoîo'e W xwv ||
W ||
:

om. Galen." Galen. Hermi.) èç B Schanz Burnet


||
6 et; (et 7 5t] :
||

(et Galen.) fors. om. Hermi.


: 8 aùtà Galen. -tôv codd. -tô ||
:

Galen. e 1 ôÇéwî (et Hermi.): om. Galen.»


||
a r] jatiSèv EtSé'vat ||

Hermi. rj uï]8e eîô\


: et
jjlt]
eîo". TW
B tj }XT]8àv elvaf Galen. ((XT]8à
Cornar.) edd. aùxôv scripsi aù-cû codd. edd. -rtov uulg. Galen. n
||
:
271 e PHÈDRE 83

plus qu'il n'y a dans ces cours qu'on écoutait jadis, du temps
qu'on fréquentait l'école, Mais, lorsqu'on est suffisamment
en état de se prononcer sur la sorte d'homme que convaincra
telle sorte de discours, lorsque, l'ayant à côté de soi, on est

capable de voir clair en lui et de se faire à soi-même la leçon


voulue « Voici l'homme, et voici la nature dont
:
jadis il
272 « était question dans mes cours maintenant c'est en réalité:

« qu'elle est devant moi et que j'ai à lui appliquer le lan-


ce
gage que voici, de la manière que voici, en vue de faire
« naître la conviction
que voici » ;
— du moment, dis-je,
qu'on a réuni toutes ces conditions ; qu'on y a joint les
conjonctures dans lesquelles c'est le temps de parler et celui
de s'abstenir qu'à leur tour style concis, style apitoyant,
i
;

indignation véhémente, et toutes les formes de discours qu'on


aura appris à distinguer, on en sait discerner l'opportunité
aussi bien que l'inopportunité, c'est alors que l'Art a—
achèvement jusque-
atteint la beauté, la perfection de son :

non. Disons-le plutôt si une partie quelconque de cet


là, :

ensemble fait défaut à l'orateur, au professeur, à l'écrivain,


b il aura beau affirmer la conformité de son langage avec
l'Art, c'est à celui qui n'en croit rienque revient l'avantage.
« Eh bien! 2
conclure? » dira
que peut-être notre auteur ,
« est-ce là votre
opinion, Phèdre et Socrale? Ou bien faut-il
« admettre
quelque autre définition de l'art oratoire? »
Phèdke. — Il est,
je crois bien, impossible qu'il y en ait
une autre, Socrate : ce n'est pourtant pas une petite affaire !

Socrate. —Tu dis vrai c'est justement :

Vérité
et vraisemblance. r 0ur laquelle
a ra j son p j
*
il faut retourner
. .
, ,
en tout sens toutes les théories et, ainsi,
examiner si par hasard ne s'offre pas à nos yeux un chemin
C plus aisé et plus court qui mènerait à cet art, et qui nous évi-
terait de nous en aller en pure perte sur une route longue et

raboteuse, quand nous en avons une qui ne l'est pas et tout


unie. Mais si
par hasard quelque moyen de nous aider est
en ton pouvoir, toi qui as été l'auditeur de Lysias ou de tel
autre, essaie de nous en faire part en rappelant tes souve-
nirs

i. Ce que, pour le corps, fait le médecin (268 b et 270 b).


[Link] qui traite de la rhétorique en homme sérieux (271 a), et
dont ensuite Socrate se fait le porte-parole (i6jrf. c mil.).
83 «frAIAPOS 271 e

fJKOue Xéyov E,uv<!bv. "Oxav Se eItteIv te licavôç [Link]\ oîoç

8<p'
otcov TtelBsTai, •napaYiYvéjiEvév Te 5uvaT8c; îj,
SiaiaBa-

véuevoç. Icxutû IvSELKvuaBai 8ti, oCt6ç Ioti Kal auTrj f\

(pùaiç TtEpt îjc; t6te fjaav ol Xôyoi, vOv Epycp TtapoOaà ot, fj
272

irpoaoïaTÉov toûgSe SSe toùç X6youç ItiI Tf|V tôvSe TteiBoa,


— TaOxa 3
TtàvTa I^ovti, TtpooXa68vTi Kaipoùç toO
S fj8r|

tt6te Xektéov <al èmaxETÉov, |ipax,uXoyla<; t£ au Kal

âXEEivoXoyCaç Kal Seivôgecùç EKaoTQV te 8aa av EÏSrj

ua8r| Xoyov, toûtcov Trjv EÔKaiplav te Kal àKaiplav 8ia-

yvévTi, KaXSq te Kal teXéoûç eotIv f\ TÉ^vr) àTT£[Link]£VT)•


•npéTepov S' ou\ 'AXX' 8 ti Slv auTÔv tiç EXXElTtr) Xéycov f)

SiSàaKcov f) ypàcpcùv, <pfj


8è TÉ^vr] XÉyEiv, 8 jif) ttei86^evoç b
KpaTeî* a Tl 8r) o8v ; <pf|a£i ïaoç 8 axjyypacpEijç, o <t>aî8pÉ
« te Kal ZÔKpaTeç, Sokeî oStcoç, f) aXXcoc; ttqç àTtoSEKTéov
« »
Xeyo^Évriç X6yov TÉ)(vr](;;
3
<J>AI. AS\ivaT6v ttou, S>
ZÔKpaTEÇ, aXXcoç* Kal/roi ou

ouixp6v yE cpalvETai Ipyov.


ZO. "AXrjBfj XéyEtç. Toutou toi KvEKa ^prj, TtàvTaç
toùç Xéyouç avo Kal ^ETaaTpécpovTa, ETuaKOTtEÎv eï kôlicù

tIç Ttr| pàcov Kal (ipa^UTÉpa cpalvETai Itt' aÛTrjv 886c, tva C
ji^l uaTrjv TtoXXrjv ànlr) Kal Tpa^EÎav, IE,èv ôXlyr|v te Kal
3
Xe'iav. AXX' eï Tivà np |iof|8Eiav E)(£t.ç, ETtaKr|Koc!>ç Aualou

fj tlvoç aXXou, TTEipô XÉyEiv àvauiuvi-|OK6uEvoc;.

6 3 rjxoue (et Galen.) -ev Çuvuiv : TW ||


: auv. Burnet || Ï^tj :

-st Galen. n 4 Ttapaytyvdjievo'v (et Galen.)


||
:
7rapayiv. Hermi. 1
||
te

(et Galen. Hermi. ): 6è B r fj T r B 5 1


|| t
:
t ||
è<rct : -tiv B || aÛTï| (et

Galen.) aÙTT| : B ||
272 a i vuv :
f]
v. Galen." ||
oî Ven. i55 : om.
codd. dot Galen. || t) Galen.) tj
(et : B ||
2 toû<joe : touoSe TW ||
3
Tauxa '6' rjô"^ 7:àvTa : n. 8t) -c. Galen. || l\ ko'te : kotè B ||
te au xai : te
[Link] Galen." 5 ÈÀEEivoXo-p'a; (et Galen.): ÊXEEtXoy.
[|
T eXeivoX. exe.
Schanz omnes ooa (et Galen.) ou' sic etiam
||
: W T sed elisionis

signum om. 6 uâûV, Xôytov X. a. Galen.||


:
||
te /.ai
àxatpi'av (et
Galen.) om. B et fors, non logit Hermi.
: b |]
i
th'/.vt)
:
-vt]v Galen.
||
2 ÇTjdEi :
çû. B ||
3 »)
:
\ù)
Burnet || 7 toutou... c 4 àva(jLi[AvT)axo-
ulevoî : Phaedro trib. BT ||
ÊvExa ^pT) :
y. eCv. W || ndtVTaç B2 (a
add.) : -Ta B ||
c 2 àrJ.^
:
Xtpttn Badham àvtrj ci. Stallb. I't)
Schanz
it) tiç Vollgr. Il l\ fj
: e? T reuera (non B).
272 c PHÈDRE 84

Phèdre. —
S'il ne s'agissait
que d'essayer, ce serait en mon
pouvoir mais pas comme cela et tout de suite
'
!

Socrate.
;


Eh bien veux- tu alors que ce soit moi qui
!

te dise le langage que j'ai entendu tenir par quelques-uns


de ceux qui s'occupent de cela ?
Phèdre. Bien sûr — !

Socrate. — En tout cas, Phèdre, il


y a un proverbe d'après
lequel il est juste que le loup même ait son avocat *.
d Phèdre. — C'est même à toi, oui, d'en faire office !

Socrate. —
prétendent donc qu'il ne faut pas du tout
Ils

prendre ainsi de grands airs, non plus qu'imposer aux gens


une ascension qui allonge leur route par tant de lacets. De
la vérité, en effet (c'est même ce que nous avons dit en
3
commençant ce propos ), on doit n'avoir absolument que
faire quand il s'agit du juste ou du bon, ni dans les affaires

ni, bien sûr aussi, dans les hommes, qu'ils doivent à leur
nature ou à leur éducation d'être ce qu'ils sont il ne le faut ;

pas, si l'on veut être, dans la bonne mesure, un orateur de


talentVoyez dans
! tribunaux personne n'a, là-dessus, le
: les

moindre souci de la mais bien de ce qui est convain-


vérité,
e cant. Or cela, c'est le vraisemblable et c'est à quoi doit s'at- ;

tacher quiconque se propose de parler avec art. L'acte en lui-


même, il y a des cas où on ne doit même pas l'énoncer, quand
la façon dont il a été accompli n'est pas une façon vraisem-

blable, mais énoncer les vraisemblances, et cela dans l'accu-


sation comme dans la défense. C'est même, de toute façon,
vraisemblable qu'il faut poursuivre, tandis qu'au vrai on
le
donnera tous les bonsoirs du monde C'est le vraisemblable !

273 en effet qui, traversant d'un bout à l'autre le discours,


constitue la totalité de l'art.
Phèdre. —
Tu viens littéralement, ma parole de rappor- !

ter, Socrate, la thèse soutenue par ceux qui se donnent pour


des techniciens de l'art oratoire. Je me suis bien rappelé que

précédemment nous nous étions brièvement attaqués à cette


sorte de question. Or il y a là, semble-t-il, un très gros point

pour ceux qui s'occupent de cela.

i. Phèdre recule devant la confession qu'on lui demande. Sans


doute ce qui suit est-il une citation littérale, cf. 273, déb. de a et b.

2. Ce qui répond au français se faire l'avocat du diable.


:

3. Renvoi probable (de même 3^3 a déb.) à a5o, e sq. 260 cd. ,
84 *AIAPOS 272 c

<PAI . "Eveica ^èv Ttetpaç Ix 01 ^' ^v >


a^' °^ Tl v ^ v X*

oSxcoç %X a -

T.C1. BoûXei ouv âycb xiv' eïttcd X6yov, 8v tûv TTEpl TaOxà
tlvcùv à<r]Koa ;

<t>AI. Tl jifjv ;

ZO. AÉyExai yoOv, S <t>at8pe, Sixaiov EÎvai Kal tô toG


Xûkou eIttelv.

<t>AI. Kal crû


yE oîjtq ttoIei. d

ZO. <t>aal Totvuv oôSèv ouxco xaOxa Seîv oe^vûveiv.


ou8' àvàyEiv avec ^aicpàv Tt£pi6aXXojiÉvouc;. riavTàTTaai
5

yàp, S Kal Kax àp^àç eïtco^iev toOSe to0 Xôyou, 8ti ouSèv

àXr|9Etaç ^etéxeiv Séoi, SiKaluv f) <xya8ûv Ttépi irpayuaTcov


f)
Kal àvGpcoTtcûv yE, toioûtcûv cpûaEi Svtcov ¥\ xpocpfj, xôv
uéXXovxa iKavôç £r)TopiKÔv laEcrSai. Tô TtapaTtav yàp
oôSèv ev xotç SiKaaxriploiç toûtcov âXr|8Eiaç uéXeiv ouSevI,
àXXà toO mSavoO* toOto S' EÎvai tô eIkôç, Ç Seîv Ttpoa- e

é^Eiv tôv jjléXXovto TÉ^vr) èpEiv. Ou8è yàp au xà Ttpa)(8ÉVTa


Seîv XÉyELV IvIote, làv jif) eIkotcûç f\ TtETTpayuÉva, àXXà Ta

eIkoto Iv te KaxTyyopla Kal àTToXoyla. Kal TtàvTCoç


XÉyovxa tô 8r| eikôç Sioktéov EÎvai, TtoXXà ElTt6vxa ^atpEiv

tÇ àXr|8EÎ* toOto yàp, Sià TtavTÔç toO Xôyou yiyvôjiEvov, 273

xfjv &Ttaaav té^v^v Ttopl^Eiv.


4>AI. AÔTa yE, & ZwKpaxEç, SiEXrjXuBaç S Xâyouaiv ol
TTEpl TOÛÇ X6yOUÇ T£)(VlKol TtpOCmOlOÛUEVOl Elvai. 'AvEUVr)-

oBr\v yàp 8ti Iv t$ Ttp6o8£v [5pa)(Écûc; toO toioûtou IcpTjiJjd-

(iE9a- SokeÎ Se toOto TtàuuEya EÎvai toîç TTEpl xaÛTa.

C 5 ê/oifx' Xey. Schanz È6sX. Madvig Vollgr.


: àXX* oCrt :

aXXou xi B y' exp.


||
cf. mox :6 I/tu y' è'-/w W
7 Xdyov B
2
||
: W
||

||

ut uid. (et Hermi.): -a>v B 8 xtvwv Seivcôv em. Ven. 18/i Vollgr. ||
:

Il
d 5 nipi ittpl B 6 t) Tpoçfj
:
2
(signa em. mut. om.) f TpoçTj
II
W t :
(

TW Hermi." r, -:poft\ B ||
8 àXrjÔÊtaî (et Hermi.) : del. Vollgr.
(Append. crit. i5a) uiXeiv e Ficino Stephan. -et codd. Hermi."
||
:
||

6 a au ta (et Hermi. ): aùià B aùià Ta Heindorf Schanz Burnet


1

||

273 a lx -L'H'rn'^'h;/... 6 Tauia cum codd. Socrati trib. Badham :

5 £»Yit|/iu.c8a
:
tyrfliai. B.
273 a PHÈDRE 85

Socrate. — Mais pourtant Tisias, lui, tu l'as, point par


point, battu et rebattu Eh bien, il y a encore ceci qu'il faut
!

que Tisias nous dise : par le vraisemblable, entend-il autre


b chose que l'opinion de la masse ?
Phèdre. —
Et quoi d'autre, en effet?
Socrate. —
Ainsi, voilà apparemment sa profonde décou-
verte et qui, du même coup, est le secret de l'art S'il arrive, !

a-t-il écrit,
qu'un homme sans vigueur et hardi en ait rossé
un autre, vigoureux et lâche qu'il lui ait arraché son man-
;

teau ou autre chose et puis qu'il soit traduit devant les tri-
;

bunaux, ni l'un ni l'autre ils ne doivent dire la vérité. Bien


au contraire, le lâche prétendra que le hardi n'a pas été tout
seul pour le rosser, à quoi l'autre sans doute ripostera qu'ils
étaient seul à seul mais le grand argument auquel il recourra,
;

c c'est « comment meserais-je, moi, fait comme je suis,


à lui, fait comme il est? » Quant à l'autre, il ne
attaqué
dira pas, bien entendu, sa propre lâcheté mais tout nouveau ;

mensonge auquel il s'essaie fournira sans doute une riposte


quelconque à la partie adverse. Varions les circonstances :

c'est toujours en des procédés de ce genre que réside l'art

de parler. N'est-ce pas cela même, Phèdre?


Phèdre. —
Evidemment!
Socrate. — Miséricorde! On
a terriblement l'impression, 1

en vérité, qu'il avait été mis dans une cachette, l'art dont
Tisias a fait la trouvaille, lui ou un autre, qui que ce puisse
être et quel que soit le nom dont il lui plaise d'être appelé 2 !

Mais au fait, mon camarade, à cet homme-là devrons-nous


ou non, dire... ?

d Phèdre. —
Quoi donc?
Socrate. Ceci — « il
y a longtemps (c'était même,
:

« Tisias, avant ton


intervention) que justement nous le
« disons 3 cette vraisemblance vient, somme toute, à se pro-
:

« duire dans l'esprit de la masse en raison d'une similitude


« avec la vérité
quant aux similitudes, nous l'avons expli-
;

« à l'heure, celui qui partout sait le mieux les


que tout
« découvrir, c'est celui qui connaît la vérité. Par conséquent,

i. Ou habilement, tombant, soit sur été mis, soit sur a fait.


2. Est-ce Gorax ? et la formule rituelle a-t-elle ici un sens caché :

après loup de 27a c, une autre béte de proie, corax, le corbeau ?


le

3. Supra, b déb. Le renvoi, ici et ensuite, est à 263 a-c; cf. 260 a, c.
85 d>AIAP02 273 a

ZC1. 'AXXà\it\v
x6v ye Tialav aûxôv TtETtàxTjKac; &Kpi6ûç'
ElnÉToa xoivuv Kal xôSe r^îv S Tiataç, \x1) xi aXXo XÉyei x8

etKèç f)
xè xû ttXi )8ei
(
SokoOv. b
Tt yàp aXXo;
<t>AI.

ZO. ToOto Sf^, â>ç


eoike, ao<p8v Evpù>v &jia Kal xe^vikov,

lypcu^Ev qç, èav xiç àa8Evf|Ç Kal àvSpiKOç, ta^upèv Kal


SelXov auyKéipaç, l^àxtov fj ti aXXo acpEXopEvoç, eIç SiKa-

axf)piov ayr|xai, Seî Sf) xàXr|8è(; ^rjSéxEpov XéyEiv. 'AXXà x8v


^ièv SeiXôv ji^|
ûrr8 ^iovou cpàvai toO avSpiKC-0 ouyKEKé(p6ai,
xèv Se toOto jiev IXÉy^Eiv àq ^ovq f{axr|v, Ikelvco 8è Kaxa-

Xpf|aaa8ai xû « ttôç 8' &v èyàs xoiéaSE xoi&Se ette- c

\£ipi)aa. ;
»
8f| xfjv
e
O
K<xKr|V, 8' oôk Ipsî lauxoO àXXà ti
aXXo iyEÙ8Ea8ai èm)(Et.pôv xà^' av eXeyxov Tir) TtapaSolr)
xô àvTiS'iKcp. Kal TtEpl xSXXa 8f) xoiaOx' axxa èaxl xà
xÉ)(VT] XEy6^iEva. Ou yàp, S <l>aî8pE ;

<I>AI. Tl \ii\v ;

ZO. <£e0, Selvûç y' eoikev àTtoKEKpunu.Évrjv xÉ)(vr)v


1
àvEupEÎv 8 Tialaç, fj aXXoç oaxiç Si*|
ttox &v xuy^àvEL Kal
8ti68ev ^alpsi ovo^ia£,6(iEvcc;. 'Axàp, 8>
éxaipE, xoùxcp
f|HEÎÇ Tt6XEpOV XÉyQ^JLEV f) ^-" >

«ÊAI. T8 ttolov ;
d
ZO. "Oxi- t^eîç, « *0 Tiala, -nàXai -nplv Kal aè
«
napEXSEÎv, xuy^àvojxEV XéyovxEç ôbç apa xoOxo x8 elkôç
« xoîç ttoXXoîç Si* 8^oi6xr)xa xoO àXrjBc-Oç xuy)(àvEi âyyi-
«
yv6^iEvov xàç 8è 8^oi6xr)xaç apxi 8if)X8ojiEV oxi navxa^oO
« 8 xf|v oX/|6euxv e18<*>ç KàXXiaxa ETtiaxaxai sâplaKEiv.

a 7 àXXà àxpiScoç . . . : Phaedro Irib. BT Badham ||


Tiai'av B2
(et
a rec. s. u.) T:aiv : B ||
aùxôv : del. ci. Bichards 2 ||
8 dnéxta :

-cétw Hermiae nonnulli codd. Vollgr. 1


tbcfcco || Xéyet :
Xe"y£iv BW ||
b
i Soxoiïv: Phaedri B ||
3 tf... 3 touto 8t) xtX. : Socratis B ||
3 lotxe:
-x£VT II
5 ^ : el' B ||
8 ^axr.v :
ij.
B ||
àxet'vw : -voj TW C i x$ ||
:

tw T II
toiôjSe : -û8e
3 tay' av B II
:
"i'/^ct
8' av W ||
4 xaXXa xâX. :

TW xaX. B ||
totaut' «ta -Ta ». : W t.' aTTa BT ||
èoT* : -Ttv codd.

||7 y' ye : t' B W


8 àveupeîv eu. 9 tout?;) touto em. ||
: W ||
:

Goislin. i55 toCît' aÙT^i ci. Thomps. scr. Vollgr. d 3 to om. B. ||


:
273 d PHÈDRE 86

si tu as autre chose à dire sur l'art oratoire, sans doute


l'écouterons-nous ; mais, s'il n'en est pas ainsi, nous nous
en fierons à ce que nous avons expliqué tout à l'heure '.

Faute, dirons-nous, d'avoir dénombré les divers naturels


de ceux qui vont être les auditeurs faute d'être capable, ;

aussi bien de distinguer les choses selon leurs caractères

spécifiques que de les embrasser en une seule idée selon


chacune de on ne sera un technicien de
ces espèces, jamais

pour autant que c'est possible à un homme


l'art oratoire, !

Or c'est un résultat qu'on n'obtiendra pas sans beaucoup


d'application et ce n'est pas pour adapter son langage et
;

sa conduite à ses relations avec les hommes que le sage


doit s'en donner toute la peine, mais pour être capable, et
d'un langage qui soit agréable aux dieux et, en toute chose
autant qu'il le peut, d'une conduite qui leur agrée. Non
en effet, tu le vois désormais, Tisias, et ceux qui sont plus
savants que nous l'affirment, ce n'est pas à ses compagnons
d'esclavage que doit s'exercer à complaire, à moins que ce
274 « ne soit par surérogation, l'homme qui a du jugement,
mais c'est à des maîtres bons eux-mêmes et faits de bons
éléments 2 Voilà pourquoi la longueur de ce circuit, tu n'as
.

3
point à t'en étonner avec de grands objets pour but, les
:

circuits sont nécessaires ce n'est pas comme dans ta


;

conception Ce qui est sûr, et voilà ce que notre thèse


!

affirme, c'est que, pour peu qu'on accepte cette nécessité,


même ces objets inférieurs auront reçu des autres la beauté
la
plus grande » !

Phèdre. — Magnifique en paroles, Socrate, oui, si je m'en


crois,

à condition qu'on soit à la hauteur !

Socrate. — Eh bien ajoutons que, pour qui certes s'at-


!

taque à ce qui est beau, il est beau aussi de subir les consé-
quences qu'on peut avoir à Subir.
Phèdre. —
Rien de plus certain.

Socrate. — Ainsi donc, pour ce qui est,


Quatrième partie — j ans j es di scours de l'art comme de
Valeur et rôle du ,, , ,, ... ,

discours écrit.
1 absence dart, en voila largement
assez...

1. Cf. 271 b, d et, pour ce qui suit, 265 d-266 b.


2. C'est la pensée orphique, inspiratrice de Phédon, 62 b.
3. Les gens, dont Socrate a rapporté les paroles, se plaignaient
86 AIAPOS 273 d

« "Ocx', el Lièv otXXo tl nepl x£)(vr|Ç Xdycov Xéyeiç,


« aKoûoiuEv &v et 8è \xi\, oîç vOv 8r| Slt*)X9ollev TTELaduESa,
« &ç, èàv jif) xlç xôv te aKouaoLiÉvov xàç <piia£LÇ
«
8iapi8^f)crr)Tai, ical Kax' eïSt] te SioapEÎaBou xà 8vxa Kal e
«
luéjI
tSéa Suvaxoç fl
Ka8' lv iKaoxov TT£piXaLi6àv£iv, où"

« Ttox' taxai XE^viKèç X<5ya>v Ttépi Ka8° 8aov Suvaxèv


« àvSpcÔTtc». TaOxa 8è ou jifj
ttoxe Kxf|ar|xai &veu TtoXÀfjç
x
Tipay^axElaq' f)v oô^ ëvEKa xoO XÉyEtv Kal TtpàxxEiv Ttpoç
« àvBpamouç Sel StaTtovEÎaSai xov aaxppova, aXXà xoO
« Beolç KE^apiaLiéva lièv Xéyeiv SuvaaSai, KE^apLauÉvcùç
« 8è TtpàxxEiv xè Ttfiv elç Sûvocluv. Oô yàp 8r| apa, S

f|LiGv. ô^oSoûAolç 8eÎ X<xpl-


« Tiota, cpaalv ol aocpuxEpoi
« t^EcrGai lieXet&vxèv voOv Ix ovTOt ' TL t ^ TtàpEpyov, àXXà 274 )
1

« 8EOTt6xaic; àyaSoLÇ xe Kal èB, àyaSôv, "Oax', eI LiaKpà fi,

«
TtEploSoç, Lin, Sau^ào-riç* LtEyàXov yàp evekoc TtEpuxéov,
«
oà^ &q au Sokelç. "Eaxai \ii\v, â>ç 6 X8yoç (pr)alv, Iàv
« xiç eSéXt], Kal xaOxa KàXXiaxa èB, IkeIvqv yiyvéLiEva. »
[Link]; ELioiys Sokel XéyEaBai, S ZcbicpaxEc;,

ELTtEp OÎ6ç XÉ XLÇ E.ÏT).


ZO. 'AXXà Kal ImxEipoOvxl xoi xolç koAolç KaXov Kal

•nàcT^Eiv 8 xl av x<p £,uLi6rj Tta9eîv. b

Al. Kal LiaXa.

ZQ. OûkoOv xo Lièv xE^vr|<; xe Kal àxE^vlaç X6ycov TtÉpL


l<avôç è^éxco...

d 7 tûat' (et Galen.) wate XiyEiç Xeyoïç Galcni Aid. j| 8


: W ||
: st

8è :
etS-rjB || vÛv Stj vuv B Galen. Vollgr. vuvo*7) Schanz Burnet
:
||

9 iàv (et Galen.) av Henni. e i 8taipeïa8ai -pet Galen." -percat


1
: :
||

Galeni Aid. a Buvatèç àSûv. Galen. 3 tïot' kote B g f,Lu3v


: :

W
|| || ||

Heindorf :
7). r] TW up.ô5v Jj
2
(u s. u.) r\ (Î)lu3v om. sed s. u. aliquid

parum dist. B ||
274 a 3 wcrr' : wate W ||
3 r, (et Henni. 1

)
:
ïj
B ||

4 7t£pitTtov B2 u.) : ncpt teov B nipi itiov


(ait. i s. || oû^ <ûç TW :

où/^ wv ci. Heindorf et, exe. Burnet, omnes 8 il xtç Heindorf: yi ||

Ttç TW tiç B || g l7ti/^eipoûvxt (et Hermi. )


1
-ouvra Stob. || toi (et :

Henni. 1
) : om. Stob. addub. Heindorf del. Vollgr. ||
b i 8 tt

ôtw B ||
t«o ÇuLiSf] : tw Ç. B Ç. :ù Stob. <jupê. Burnet.
274 b PHÈDRE 87

Phèdbe. — Bien sûr !

Socrate. —
...
que, de savoir si justement c'est
tandis
bienséant ou malséant d'écrire, dans quelles conditions il est
bon que cela se fasse et dans lesquelles cela messiérait, voilà
une question qui nous reste, n'est-il pas vrai ?
Phèdre. — Oui.
Socrate. — Eh bienalors, est-ce que tu sais quelles sont
!

les meilleures conditions, concernant les discours, pour se


rendre agréable à la divinité, quand on s'en occupe ou qu'on
en parle ?
Phèdre. —
Pas du tout Et toi ? !

c Socrate. —
H y a du moins une tradition que je suis à
même de rapporter, une tradition de l'antiquité 1 Or le vrai, .

c'est elle qui le connaît si nous


pouvions, par nous-mêmes,
;

le découvrir, est-cequ'en vérité nous nous soucierions encore


de ce qu'a cru l'humanité ?
Phèdre. —
Quelle drôle de question Allons, ce que tu !

assures avoir entendu dire, raconte-le moi.


Socrate. Eh bien j'ai entendu— !

L'invention
conter que vécut du côté de Naucratis,
de récriture. & j . -mi j- •*' j •

en Lgypte, une des vieilles divinités de


là-bas, celle dont l'emblème sacré est l'oiseau qu'ils appellent,
tu le sais, l'ibis, et que le nom du dieu lui-même était Theuth.
C'est lui, donc, le premier qui découvrit la science du nom-
ci bre avec géométrie et l'astronomie, et aussi le
le calcul, la

trictrac et les dés, enfin, sache-le, les caractères de l'écriture.


Et d'autre part, en ce temps-là, régnait sur l'Egypte entière
Thamous, dont la résidence était cette grande cité du haut pays
que les Grecs nomment Thèbes d'Egypte, et dont le dieu est
appelé par eux Ammon. Theuth, étant venu le trouver, lui
fit montre de ses arts « Il faut, lui déclara-t-il, les commu-
:

niquer au reste des Égyptiens » Mais l'autre lui demanda


I

des lacets dont il allonge la route qui mène au sommet de l'art

(27a d), tandis qu'au contraire ils prétendent savoir (ibid. c) comment
on y arrive au plus vite. Mais, si ce sommet est la Vérité (cf. p. 44,4),
on peut accepter des circuits.
1. bien probable, comme le prouve la suite (275 b), que ce
11 est

mythe est une invention de Platon, aussi bien que celui des cigales.
Theuth, qu'on retrouve dans Philèbe (18 b), est le Thoth égyptien,
l'inventeur divinisé des arts, des sciences, des lois, de l'écriture.
87 <ϻAIAP02 274 b

AI. Tt uf|v;
ZO. ...xi> 8' EÔTtpenEtac; 8r) ypacpf]<; TtÉpu Kal àupeneiaq

nf] yiyvofciEvov KaXcoç av EX 01 Ka ^ ^ïl ATtpETtûç, Xom6v.


•h y*p ;

<t>AI. Nat.
Zn. Oîa8' oSv 8îrr] fciàXiaxa 8e$ ^apiEÎ, X8y<»v TtÉpi

•npàxxcùv f) Xéyov ;

4>AI. OùSauSç* au 8é ;

ZO. 'Ako^jv ye e)(o XÉyEiv xôv TtpoxÉpcov. T8 S'


àXr|8èç c
3
aôxol ïaaaiv eI 8è xoOxo supoi^Ev aôxot, Spà y'
av I8 f^jûv
uéXoi xl xôv àvSpoTttvov 8oE,ao^axoùv ;

<J>AI. rsXoîov fjpoir àXX° fi (pr^ç àKr)KoÉvai XéyE.


ZO. "HKOuaa xotvuv TtEpl NaÛKpaxiv xfjç AtyÙTtxou

yEVÉaSou xôv ekeî TtaXaiSv xiva 8eûv, oC Kal x8 opvEov xô


LEpôv 8 8r| KaXoOaiv Î6iv, aôxû 8è ovo^a xÇ Saluovi EÎvai
©eoS" xoOxov 8f) Tfpôxov àpiB^ôv xe Kal Xoyian&v EÛpEÎv
Kal yEQuexplav Kal àaxpovoulav, Ixi Se TtEXXElaç xe Kal d

KUÔElaç, Kal 8f|


Kal ypauuaxa. BaaiXécoç 8' a8 x6xe Bvxoç

AlyÛTtxou 8Xt]ç 0auoG TtEpl xfjv uE:yàXr|v tiôXlv xoO avco


xénou, fjv Atyxmxlaç ©r)6aç koAoOoi Kal xôv
ol "EXÀt^veç

8e8v "A^^ttva, napà xoOxov eXSôv ô Oeû8 xàç xé^vaç

ItiéSel^ev Kal lcpr| Seîv SiaSo8f}vai xotç aXXoiç AtyuTtxlou;.

b 6 8r] (et Hermi. 1


)... à^percec'a; : om. Stob. || 7 rcfj
:
o'jtt;

Schaefer Schanz Vollgr. ||


10 otit)
: [Link] Stob." |{
Ôïw Stob. :

Ôcôiv codd. toî; Geoïç Hermi. Geck; Vollgr. || /apteî (et Stob.):
-iTJ Burnet ia où ||
: oot Stob. || C a toùto (et Stob.) : touO'
Hermi. 1
|| aùtot, (et Stob.) : auôt; ci.
Vollgr. j| apa
âpa : TW
Stob." àpa B 3 p&ot (et Stob.): tiill.
II
TW uiXei Hermi. ||

5 NaûxpaTtv (et Stob. Hermi. ) Nauxpâxïiv B 1


:
||
6 xô ait. (et Her-
mi. 1): om. Stob. Hermi." et, exe. Vollgr., omnes || 7 8t] (reuera BT)
(et Stob.) Il d 1 nerceîa; ... xu6et'a; (et Stob.): -av...-av Hermi. ||
a 8 '(et Stob.) : 8è Hermi. 1 || 4 Tônoi» (et Stob.): vojaou ci. Naber ||

î}V Vindob. 109 ov codd. Stob. || xoù (et Stob.)


: x. aùxov Badham :

5 6eôv (et Stob.) : ©aaoûv auct. Postgate Vollgr. "Atxpwva :

W sed
Il |

àjxto. 375 c 9 aji|z. ||


touxov (et Stob.) : toôtwv B ||
6 inè-
BeiÇsv B reuera (et Hermi. 1

)
:
-Ce W
Stob.
274 d PHÈDRE 88

quelle pouvait être l'utilité de chacun d'eux, et, sur sesexpli-


e cations, selon qu'il les jugeait bien ou mal fondées il pro-
nonçait tantôt le blâme, tantôt l'éloge. Nombreuses furent
donc les réflexions dont, au sujet de chaque art, Thamous
fit, dit-on, part à Theuth dans l'un et l'autre sens on n'en :

finirait
plus d'en dire le détail !
Mais, le tour venu d'envi-
a Voici, ô Roi, dit Theuth,
sager les caractères de l'écriture :

une connaissance qui aura pour effet de rendre les égyptiens


plus instruits et plus capables de se remémorer : mémoire
aussi bien qu'instruction ont trouvé leur remède » Et le !

Roi de répliquer «
Incomparable
: maître es arts, ô Theuth,
autre est l'homme qui est capable de donner le jour à
l'institution d'un art autre, celui qui l'est d'apprécier
;

ce que cet art comporte de préjudice ou d'utilité pour


les hommes qui devront en faire usage. A cette heure,
voilà qu'en ta qualité de père des caractères de l'écriture,
575 « tu leur as, par complaisance pour eux, attribué tout le
contraire de leurs véritables effets Car cette connaissance !

aura pour résultat, chez ceux qui l'auront acquise, de


rendre leurs âmes oublieuses, parce qu'ils cesseront d'exer-
cer leur mémoire mettant en effet leur confiance dans
:

l'écrit, c'est du dehors, grâce à des empreintes étrangères,


non du dedans eux-mêmes qu'ils se remémore-
et grâce à
ront Ce n'est donc pas pour la mémoire, c'est
les choses.

pour la remémoration que tu as découvert un remède


'
.

Quant à l'instruction, c'en est la semblance que tu pro-


non point la réalité: lorsqu'en effet
cures à tes élèves, et
avec ton aide regorgeront de connaissances sans avoir
ils

reçu d'enseignement, ils sembleront être bons à juger


de mille choses, au lieu que la plupart du temps ils sont
dénués de tout jugement ;
et ils seront en outre insup-
portables, parce qu'ils seront des semblants d'hommes
instruits, au lieu d'être des hommes instruits
2
! »

Aussi Platon parle-t-il de la vie humaine de ce dieu, à Naucratis,


sur le Delta du Nil. De même, de Thamous, le roi qui réside à

Thcbes, le récit passe à Ammon, le dieu de Thèbes, sous son nom


est un équivalent de Thamous.
grec qui
i . L'écrit ne fait que soulager la mémoire défaillante ; cf. 375 d in.
2. Ce passage et celui de 275 bc évoquent certains mots de
Montaigne : « Plustôt la tète bien faite que bien pleine. » « Fascheuse
88 4»AIAP02 274 d
c
O Se fjpexo fjvTiva ÉKàaTr) ^X 01 A^éfctUW 5ie^l6vtoc; 8e,
8 ti koXqç r\ \it) KaXûc; SokoI XéyEiv x6 u.èv IipEyev, tô e

8'
iTTif|V£i.
rioXXà p.èv 8f| Ticpl £KàaTr|ç xf)ç TExvrjç étt'

à^cfxSxEpa Oa^ioOv tô Oeù8 XéyExai. àmocpr]vao8ai.. fi


Xéyoç
TfoXÙÇ fiv
EÏT] SieXGeÎV. 'ETtElSf) 8è ETtl TOÎÇ Yp<X^(iaaLV î^v
« ToOto 8é, S fiaaiXEO, t8 u.d8r)u.a, Icpt]
8 Oeû8, cocpw-
«
xÉpouç AtyvmTlouc; Kal pvr|[Link]<»TÉpou<; Ttapé^Ei* pvT)-
te yàp Kal aocplaç ([Link] EupéSn,. » O 8* eÎttev
c
« [ir\q

« *C1 TE^VlKÔTaTE 0EÛ9, aXXoÇ Jlèv TEKEÎV SuvaxÔÇ Ta


«
té^vt^ç, SXXoç 8è Kptvai tIv' ex £ i p.oîpav [}Xà6r|q te Kal
a
(AXpEXslaç toîç péXXouai XP^ ^ "- Kal vOv cni, TtaTf|p &v
« ypa^mTcov. Si' EÛvoiav TouvavTlov eÎtceç fj
Su v axai. 275
« ToOto yàp tôv ^aSôvxcov Xf^Brjv p.èv èv ipu^aîç napé^Ei
«
[Link]]^rjq apEXETrjola, &te 8ià tcIctiv ypacpfjç I£©8ev
« ûtc' aXXoTplcdv TÙTtov, oôk IvSoSev aÔToùç 8<p' aûxûv
fiva(ii(ivr|OKO(i£vouç' oÔkouv [Link])pr)ç, àXXà ô-[Link]|OECi>c;,
«

« tpà[Link] EupEq. Zo<plaç Se xolç u.a8r)xaîç Sô£,av. oôk


àXr)8Eiav Ttopl&Eiç' TtoXuf|KOOi y"? a0L Y ev °tiEV0L & VEU
'

«
SiSa^^ç, TtoXuYvcô^ovEc; eÎvou hôEyOVOiv, ayv<*>p.0VEÇ <£>ç b

« inl t8 ttX^Soç Svteç, Kal xc^ETtol auvEtvai, So£,6aocpoi


« yEyovorEç àvTl aocpôv. »

Tjvxiva (et Hermi. ): ? v 8r] Stob.


1
-et Stob. ||
d7 Ijçoi
:
ùfé-
( ||

Àstav (et Stob.): tôstXîav T et, exe. Thomps., omnes o'.eÇiovtoç :


W
[|

8eÇtovTO«î T || e i Soxoï 8oxo:t) Stob. || ïtj/eyev -ye : Stob. || a 8t] : :

où v Stob." j|
3 à^oçr|vaaflat (et Stob.): àrcoçrjg. Stallb. ||
S... 4 S'.eX-

Osïv : om. T ||l\ JtoXùç 7t.


|iiv
Stob.
: 5 aoçojt^pou; j|
:
soço. ||
W
6 jtape'ÇEc Stob. (et teste Schanz cod. quidam): -£ot B (et s. u. eod. teste
cod. id.) -Çetv TW 7 EypÉOr] (et Stob.)
|| Thomps. omnes :
tj-jo. exe.

Il
8 à'XXoç : ex âXXcoç T xexeîv 8uvatôî ||
8. t. Stob. Hermi. :
g
1
||

T ^X VTi» ( e * Stob.) :
ttjî t. B et, exe. Burnet, omnes 10 MftXeiai (et ||

Stob.) :
-Xtaç T et, exe. Thomps., omnes 275 a 1 *) ï) B a uèv (et
||
:
||

Stob.) : del. Schanz Vollgr. f ptv


( Madvig || l\ IvSoOev (et Stob.) :

IvSov B Thomps. 5 à[Link])axojiivouç (et Stob.)


||
aùtoùç ... : -rote ...

-votç auct. Bichards Vollgr. 5 où'xouv oùxoûv où Stob. j|


:
||
àXXà :

àXX' Stob. Hermi. 1 6 «opeç (et Stob.): -ps B i\\tp. exe.


|| Thomps.
omnes || 7 izopiÇaç :
;:opi£îç ci. Bichards 2 ||
b 1 Etva'. 8dÇouatv (et
Stob.): 8. £t. Hermi. ||
a tô (et Hermi.): om. Stob. ||
uuvsïvai :

Çuv. TW Stob. Thomps. Vollgr.


IV. 3. - 1a
275 b PHÈDRE 89

Phèdre. — Quelle facilité tu as, Socrate, à composer des


histoires égyptiennes, ou de toute autre contrée qu'il pourrait
te plaire !

Socrate. —
C'était, mon cher, une tradition dans le
sanctuaire de Zeus à Dodone, que d'un chêne étaient issues
les premières révélations divinatoires. Ainsi donc, pour les

gens de ce temps-là, pour eux qui n'étaient pas des savants à


votre manière, à vous autres les jeunes, c'était assez, vu leur
naïveté, d'écouter le langage d'un chêne ou d'une pierre
1
,

c pourvu seulement qu'il fût véridique. Mais pour toi, ce qui


sans doute importe surtout, c'est de savoir qui est celui qui
parle et quel est son pays cela ne te suffit pas, en effet,
:

d'examiner si c'est bien comme cela qu'il en est, ou d'une


autre façon !

Phèdre. — Tu as eu raison de me donner sur les


doigts,
et je suis d'avis que, sur la question de l'écriture, il en est
comme le dit l'homme de Thèbes.
Socrate. — Conclusion
celui qui se figure que, dans des
:

caractères d'écriture, il aura laissé après lui une connaissance

technique, et celui qui, à son tour, la recueille avec l'idée


que des caractères d'écriiure produiront du certain et du
doute ont-ils largement, ces gens-là, leur compte
solide, sans
de naïveté et méconnaissent-ils en réalité la prédiction
d d'Ammon eux qui se figurent qu'un traité écrit est plus
:

qu'un moyen, pour celui qui sait, de se remémorer les


matières que concerne l'écrit !

Phèdre. —
Tout à fait juste !

Socrate. —
Ce qu'il y a de terrible en effet, je pense,
dans l'écriture, c'est aussi, Phèdre, qu'elle ait véritablement
tant de ressemblance avec la peinture. Et de fait, les êtres
celle-ci font figure d'êtres vivants ; mais, qu'on leur
qu'enfante
pose quelque question, pleins de dignité ils se taisent Il en !

est de même aussi pour les écrits on croirait que de la pen-:

suffisance qu'une suffisance pure livresque » ; le second dénonce plus


spécialement la pure curiosité historique, qui se désintéresse de la
valeur, morale ou esthétique, de son objet.
1. Peut-être la pierre de Delphes, après le chêne de Dodone.

Adaptation d'un proverbe (Od. XIX i63) qui, sans allusion aux deux
sanctuaires, signifiait une origine exempte de mystère.
a. Pour Platon la peinture est par excellence l'art d'illusion.
89 *AIAPOS 275 b

Al. *C1 ZcûKpaxeç, paSlcoç au AtyuTtxlouç kcxI ôtto-


SaTtoùç av l8ÉÀr|Ç X6youç TtoiEÎç.
Zft. Ot 8é y', S <ptXs, Iv xû xoO Aièç xoO AcoSovalou

tepô Spuèç Xéyouç I(pr)aov uavxiKoùç Ttpdbxouç y£vÉa8ai.


Toîç ulv oSv x6xe, &xe oôk oScu aocpoîç «Sonep uueîç ot
1
véoi, àné^pr) Spuèç ical TtÉxpaç àKoÙEiv un EÔr)8e'iaç, et

u6vov &Xr|8fj XÉyoïEV. Zol S' ïacoç SiacpépEi xtç ô XÉyov Kal c

TtoSandç
-
ou yàp ekeÎvo \16vov aKOTteîç eïxe ouxcùç, eïxe

SXXqç e^ei.
Al. °Op8ûç ETtÉTtXT]£,aç, Kal uoi SokeÎ nEpl ypauuaxav
I)(Eiv fJTTEp ô ©r)6oûoç XéyEL.
Zft. OukoOv ô TÉ)(vr|v ot6usvoc; lv ypâp|iaai KaxaXmEÎv,
<al a8 ô TtapaS£x<5u£voç &q xi aacpèç Kal 3É6aiov è< ypau-
udxcov êoéuEvov, TtoXXfjç av EorjBEÎaq yÉuoi <al i£b Bvxi xrjv

"Auucùvoç uavxEtav àyvooî, TtXéov xi oÎ6uevoç EÎvai Xéyouç


yEypauuÉvouç xoO xèv EtSôxa ÛTTouvf]aai nEpl 5v av ft
xà d
yEypauuéva.
Al.
'Op86xaxa.
ZO.
Aelvôv y(ip Ttou, S aîSpE, xoOx' e)(ei Ypotcf>f] Kal

qç àXr|8c5ç Suolov £coypa(f>i.a. Kal yàp xà £keIvi"|ç EKyova


2axr]KE uèv ôbç £ûvxa èàv -
S'
àvépr) xi, aEpvûc; Ttàvu aiyÇ.
Taûxov 8è Kal ot X6yor 5ô£,aiq uèv av &ç xl (ppovoOvxaç

b 3 xat (et Slob.) te xat : TW


5 ot 8s y to (et Hermi. 1 fA/onac. //])
'
:

W
||
'
to B ut uid. et Hermiae Vindob.
oïS' Èy' pleriq. codd. où8* Èy ai
109 aot et au S' èyw Stob. 6 ÎEp$ (et Slob.): -pTJç Vollgr.
|| Ëçï]aav ||

(et Stob.) :
Êça. TW )|7 6ueî; (et Stob.) r,p£t; apogr. Heindorf :

Il
8 8puôî B2 (p s.
u.) :
8uô; B c i XsyotEv -eiev Stob." || 8' fato; (et
||
:

Stob.) om. : B || Staçipet (et Stob.): -pr)


W ||
a TzoZar.ôi (et Stob.) :

kot. Hermi. ||
3 I/Et. :
I/ê: ;
Schanz Burnet j|
5 rj^Ep :
r\r.. B eI'ïc.

Stob. D XÉyE! (et Stob.) :


IXEyEV ci. Herwerden ||
6 xaTaXtraîv :

-Xeijteiv Stob. ||
8 av (et Stob.): om. B 9 "Appwvoç àppo. Wut uid.
||
:

D àyvooî : -ozl uulg. Stob. n ||


Etvat Xo'youï yEypaupÉvov; (et Stob.)
:

I/stv (^0!EÎv Stallb.) X. y. (uel slvat Èv [Èvétvat Richards] toîç -ot; -otç)
Heindorf Vollgr. d 1 toS tov tojtov B xxt tootov Stob. ij xô tov
||
:

ci. Wachsmuth ad Stob. ||


4 ypaçT] B2 (v eras. ut uid.) (et Stob.)
:

-r,v codd. ||
5 Ta : -aÎTaStob. ||
6 ÊatrjXE : -xev Stob. || àvÉpr) B 2 (exp.):
8' av Ip/j B 8è IpT) Stob.

IV. 3. — ia.
275 d PHÈDRE 90

sée animece qu'ils disent mais, qu'on leur adresse la parole


;

avec l'intention de s'éclairer sur un de leurs dires, c'est une


chose unique qu'ils se contentent de signifier, la même tou-
jours Autre chose quand une fois pour toutes il a été écrit,
! :

e
chaque discours s'en va rouler de droite et de gauche, indif-
féremment auprès de ceux qui s'y connaissent et, pareille-
ment, auprès de ceux dont ce n'est point l'affaire, et il ne
sait pas quels sont ceux à qui justement il doit ou non s'adres-

Que d'autre part il s'élève à son sujet des voix discor-


1
ser .

dantes et qu'il soit injustement dédaigné, il a toujours besoin


de l'assistance de son père à lui seul, en effet, il n'est
:

capable, ni de se défendre, ni de s'assister lui-même.


Phèdre. — Ton langage est encore on ne peut plus
juste !

276 Socrate. — Qu'est-ce à dire? Devons-nous envisager, pour


un autre discours, frère du précédent et légitime celui-là,
dans quelles conditions il a lieu et de combien il surpasse
l'autre par la qualité et la puissance de sa sève ?
Phèdre. —
Quel est ce discours dont tu parles et dans
quelles conditions a-t-il lieu d'après toi ?
Socrate. —
C'est celui qui, accompagné de savoir, s'écrit
dans l'âme de l'homme qui apprend, celui qui est capable
de se défendre lui-même et qui, d'autre part, sait parler aussi
bien que se taire devant qui il faut.
Phèdre. —
Tu veux dire le discours de celui qui sait,
discours vivant et animé, duquel en toute justice on pourrait
dire que le discours écrit est un simulacre ?
b Socrate. —
Hé oui absolument. Et maintenant, dis-
!

moi le cultivateur intelligent, s'il a des semences dont il se


:

soucie et dont il souhaite qu'elles portent fruit, est-ce que


tout de bon il ira, en plein été, les ensemencer dans les jar-
dinets d'Adonis, pour la satisfaction de voir ces jardinets
devenus superbes au bout de huit jours 2 ? Ou bien ne serait-ce
point pour se divertir, aussi bien qu'à cause de la fête, qu'il
procéderait de la sorte, à supposer qu'il lui arrivât de le
faire ? Mais plutôt, s'il y en a qui réellement l'intéressent,

1. A l'opposé de cette analyse concrète, dont la nécessité a été


expliquée 371 8-272 b (cf. 269 bc, 373 de). Même idée 276 a-e fin.
2. Aux fêtes d'Adonis, on faisait pousser, hors saison, dans une

coquille, dans un panier, dans un vase, des plantes qui mouraient vite :
90 «frAIAPOS 275 d

auToùç XéyEiv làv Se ti Mprj tcov Xeyo^iévov &ouX<Sp:Evoç


p.a8EÎv, iv tl or|palvEi p.<Jvov TaÔTèv &eL "Oxav Se &Tta£
ypacpfj, KuXivSEÎTai p.èv navxaxoO irSç X6yoç, ô[Link]<; napà e
5
toîç ènaiouaiv â>ç aÔTcoç Tiap oîç oûSèv Ttpoaf|KEi, Kal S'

oûk E-nlaxaTai XÉyEiv oîç SeÎ yE Kal jifj. rTXr|p.p:EXoû[Link]ç


Se ical oôk èv SIkt) XoiSoprjSElç, xoO naxpSc; ixeI Sslxai

fto^BoO" aùxèç yàp oÔt' <xy.ùvaa8ai oOte (ior)8f^aai Suvotoç


oûtû.
Kal TaOxà aoi ÔpSdxaTa EÏpnrai.
<t>AI.

2EO. Tl Se "AXXov SpéopEv X6yov, toutou àSsXcpèv yv/|- 276


;

aïov, tô TpÔTtcp te ylyvETai Kal 8aa àpElvcùv Kal SuvaTdb-

TEpoq toôtou ^OErai


-

Al. Tlva toOtov Kal ttôç XÉyEiç yiyv<$[Link] ;

n
Zn. Oç p.£T° ETuar/|u.r|ç ypàcpETai êv -zr\
toO p.av8à-
vovtoç ^uxiï> SuvaTàç pèv activai ecxutû. Emar^ov Se

XÉyEiv te Kal aiySv Ttpèç oOç SeÎ.


<t>AI. Tov toO eIS6toç X6yov XéyEiç, £&VTa Kal
£p.^U)(Ov,
oC S yEypappEvoç EÏSoXov av ti XÉyoïTO SiKaloç ;

"Z.C1. riavTâTcaai pèv ouv. T6Se Sf| u.01 eIttÉ' 5 voOv b

l^uv yE<apy6ç, Sv anEpp.àT»v Kf)SoiTO Kal EyKapna (iooXoiTO

yEVÉaSai, ndTEpa cmouSfj av, BÉpouç elç 'ASâviSoç k^ttouç


ap&v, )(alpoL QeapQv KaXoùç èv f^Épaioiv ôkt<*> yiyvo-
^îÉvouq ; f)
TaOTa p.èv Sf) TtaiSuxç te Kal lopTf)ç X^P LV ^P^ 1
!

av, 8te Kal noioî ; 'E<p' oîç Se lortoûSaKEV, i?\ yEQpyiKfi

d 9 àet : af. codd. e i


ypasp^ (et Henni. 1
) :
ypâf»] B
W Vindob.
|| ||

[Link]'EtTat piv (et Hermi.) : xaX. p.. 109 Vollgr. JioXXâiv


Èv8«tta! ci. Herwerden 3 y£ : xe Hirschig Thomps. Vollgr. ||
W
||

::Àt)[j.u.£XoÛ[x6voî
B 2 rec. u. Xoujae) : rXï)[jipevoî B || 4 Se xaî : om.
(s.
2

2
rec. (locum iterans i. m.) || àet a!, codd. ||
6 aut<}> T':
(spir. em.) :
au. TW au. B 276 a ||
1 ri U ;
àXXov : ri S* 4XX. codd. Hermi. 1
W
||

2
ôpwu-Ev :
àpo9ijL£v (È et ou s. u. fors. pr. m.) èpû p.èv et èpCfiEV
Hermi. n |] yvr(aiov em. Goislin. i55 (et Hermi.): -tôt codd. ||
b 1

vouv : vuv B II
a wv : a) B «3v ex av)
(fors, av Vindob. 109 W
A àptôv j|

W 2
rec. (à s. :
u.)
ôp. W Vindob. 109 addub. Heindorf 07t£t'paî ci.
Herwerden xcopa arat. ci. Vollgr. ||
5 *]
:
^ B r\
T fors, non legit
Hermi. 1
Il 6 Eanoûo'axEv -xe : W.
276 b PHÈDRE 9»

il mettra à profit l'art de la culture pour les semer dans le


terrain approprié, et il se félicitera sans doute si, au bout de
huit mois, toutes celles qu'il a semées ont atteint leur terme.
Phèdre. —
C'est bien comme cela, Socrate, qu'il ferait,

je crois: dans un cas, pour de bon; dans l'autre, d'une


manière différente et de la façon que tu dis.
Socrate. —
Mais l'homme qui possède la science du juste,
celle du beau, celle du bien, devrons-nous affirmer qu'il a
moins d'intelligence que le cultivateur, par rapport aux
semences qui sont proprement les siennes?
Phèdre. —
Pas le moins du monde, c'est certain !

Socrate. —
Ainsi, tu vois, ce n'est pas pour de bon qu'il
ira écrire sur Veau
*
ces choses-là au moyen d'encre, usant
d'un roseau pour ensemencer avec des discours, qui ne sont
pas seulement impuissants à se porter assistance à eux-mêmes
par la parole, mais impuissants aussi à enseigner convena-
blement la vérité 2 !

Phèdre. —
Tout au moins ce n'est pas probable.
Socrate. — Non, en effet. Ces jardinets en caractères
d'écriture, ce sera au contraire, selon toute apparence,

pour se divertir, et qu'il les ensemencera, et qu'il écrira ;

mais quand il lui arrive d'écrire, c'est un trésor de remémo-


rations 3 qu'ainsi il se constitue, et à lui-même en cas qu'il
arrive à l'oublieuse vieillesse, et à quiconque suit la même

piste*.
Il
prendra son plaisir à voir pousser ces tendres cultu-
res; d'autres useront d'autres divertissements, se gorgeant
de beuveries et de tous les plaisirs encore qui sont frères de
ceux-là, pendant que lui, c'est bien probable, il leur préfé-
rera ceux dont je parle et qui sont le divertissement de son
existence !

Phèdre. — Quelle magnificence, Socrate, au regard de


la bassesse des autres, dans le divertissement que tu dis 5 :

offrandes qui symbolisaient la fin prématurée de l'aimé d'Aphrodite,


i. Locution équivalente à notre écrire sur le sable.

2. Ce sont les deux points qui seront distingués ibid. c sq., pas-

sage à rapprocher de Banquet 209 c (et la Notice, xci sq.).


3. Ainsi tout écrit de Platon remémorerait, soit son enseignement,
soit moment de sa réflexion. Cf. Notice, p. lu sq.
au moins un
Son plaisir contraste avec ceux des autres; je coupe donc ici.
4.
5. La réplique de Phèdre suppose un malentendu, que Socrate

s'empresse de dissiper (cf. Notice, p. cxv sq.).


eu *AIAP02 276 b

XP&uevoç Slv
iéyyr\, onelpac; eIç x6 Ttpoaf^icov, àyom<*>r| &v
èv oySéco ur|vl oaa lanEtpEv xÉXoç XaSévxot ;

<I>AI. Oux© Ttou, 8>


Z&KpaxEÇ- xà uèv cmouSfi, xà Se &ç c

EXÉpOÇ av fj XÉyElÇ TTOIOÎ.


EH. Tèv Se Succdov xe Kal KaXûv Kal àya8Sv £Tuaxn ua<; i

E^ovxa, xoO yEopyoO cpûuEV fjxxov voOv ëx eiv e ^ Ta éauxoO


anÉpuaxa ;

<t»AI. "HKiaxà yE.


ZO. Oùk apa anouSfj auxà Iv uSaxi ypâi|j£i, uéXavt
oTtElpov S là KaXà^ou usxà Xoycov, àSuvàxcov uèv aûxoîç
Xéyca (ior|8EÎv, àSuvdxov Se iKavcoç xàXr|8èç SiSâE,ou.
<PA\. Oôkouv 8f)
x6 y' eIk6ç.
ZQ. Ou yàp. 'AXXà xoùq uèv èv ypàuuacu Kf)Ttouç, &ç d
eolke, TtaiSiâç X^P LV CT Tt e pEi xe Kal ypài^Ei oxav Se -

ypàcprj,
éauxû xe ÛTtouvif|uaxa 6r|aaupi£6uevoc; eIç x6 Xr)8r|<;

yr]paç làv "Krjxai, Kal navxl xÇ xaôxèv Tx voc » uexiovxi.


,
Ha8n aExal xe auxoùç
i Secopûv cpuouèvouç aTTaXoùç* 8xav 8è
&XX01 TraiStaîç XP^ VT0U o-uuttooIoiç xe apSovxEÇ aXXaiç
aûxoùç ixÉpotç xe oaa xoùxqv àSsXcfjâ. x6x' Ikeîvoç, &q
eoikev, àvxl xoûxov otç Xéyoi nal^ov Sià£,Ei.
<t>AI. noyK(iXr|v XéyEiç Ttapà <paùXr|v TtaiSiàv, S Zdb- 6

b 7 ypwixsvoî av tê'/vt)
: av /p. t. av B |]
C 3 t;
:
ïj
T r;
B ]|

rrotoî :
-oit) Thomps. || 7 ps'Xavt : èv tx. Badham j|
8 pEtà Xdycov : dcl.
Heindorf d^Ép;jiaTa X. Badham Vollgr. ào"uvâ"Cu>v... g xouvdrojv :
||

-vatwv... -vaT«3v TW Heindorf auxoïî au. codd. Heindorf


|| g :
j|

TaXr,6àç :
-Orj B edd. ||
10 où'xouv eùxojv B reuera oùx ouv Vollgr.
:

jj
d 1 *où; jxàv TÔ p. Hermi. || : èv ypaapact (et Hermi.) xt)'^ouç :

k. yp. Vollgr. (Append. crit. 1 53) j|


1 a7:ep6t te: -eî-rai W j|
SI : del.

Thomps. seel. Burnet -s Heindorf ye Schanz Xo'youç Vollgr. (tbid. cf.


aj-coù; d 5) Il
3 tÔ XrJ6-rjç yrjpa; tô :
ttjç X. y. Damascius ttjv toj
y^pco; Xr[0T]v Kûster ||
4 èàv îxT)Tat : del. ci. Winckelm. Schanz ||

•/.aï :
«papijuxxa, [Link] ci. Winckelm. || \uxiâm. :
-Tt, edd. ||
5 ôrav 3è
add. Paris. 181 1 oxav codd. 07. te Stephan. 7 auToo; B reuera ||
:

au. TW II
8 olç XÉyto Paris. 181 2 yp. oîç Xèytov codd. ou X. Schanz :

(cf. Theael. 17a b a) èv oïç ÉXEyov Heindorf Vollgr. alia alii || JtatÇwv :

tyuc.
Richards || SidtÇet : hii. B èvSta. Bake StiÇetat Winckelm. ||
e 1

-ayxâXï)v ... natStâv : itérât W 2


rec. manu i. m.
276 e PHÈDRE 92

celui de l'homme capable de se divertir à la composition lit-

en imaginant de beaux discours sur la Justice, ainsi


téraire,

que sur les autres objets par toi nommés !

Socrate. —
En fait il en est bien ainsi, mon cher Phè-
der. Mais il y a beaucoup plus de beauté, je crois, dans une
certaine façon de s'appliquer pour de bon à cette fin c'est :

quand, par l'usage de l'art dialectique et une fois prise en


main l'âme qui y est appropriée, on y plante et sème des
discours que le savoir accompagne discours qui sont en
;

mesure de se donner assistance à eux-mêmes ainsi qu'à celui


277 qui les a
plantés, et qui, au lieu d'être stériles, ont en eux
une semence de laquelle, en d'autres naturels, pousseront
d'autres discours en mesure de procurer toujours, impé-
;

rissablement, ce même effet et de réaliser en celui qui le pos-


sède le plus haut degré de félicité qui soit possible pour un
homme !

Phèdre. —
Dans ce que tu dis il
y a en effet beaucoup
plus de beauté encore.

Socrate. — A présent bien sûr, Phèdre,


sume
nous voilà désormais capables,
r une
a ensemble. , , .
,, , .

fois 1 accord établi sur ces points, de


décider pour l'autre.
Phèdre. —
Socrate. — Lequel?
Eh mais!
celui sur lequel nous désirions voir
clair etqui nous a amenés où nous en sommes C'était de !

nous livrer à une enquête sur le grief qu'on faisait à Lysias


b d'écrire des discours, et aussi, à propos des discours mêmes,
sur l'art ou l'absence d'art dans la manière de les écrire.
Aussi bien suis-je d'avis que, pour ce qui caractérise la pré-
sence ou l'absence d'art, nous avons convenablement fait voir
ce qui en est.
Phèdre. — Nous en fûmes d'avis, je ne dis pas non !

Revenons-y pourtant et remémore-moi comment.


Socratb. —
Jusqu'à ce qu'on connaisse la vérité de cha-
cune des questions dont on parle ou dont on écrit jusqu'à ;

ce qu'on se soit rendu capable de définir toute la chose pour


elle-même et qu'on sache en outre, après l'avoir définie, la
subdiviser en retour selon ses espèces, en ne s'arrêtant qu'à

l'espèce indivisible ;
jusqu'à ce qu'ensuite, grâce à une ana-
lyse, fondée sur la même méthode, de la nature de l'âme, on
ga 4>AIAP0S 276 e

KpaxEÇ, xoO Iv X6yoiç Suva^iévou nat^eiv, 8ucaio<nivr|<; te


Kal aXXcov Sv XÉyEiç TtÉpi y.u8oXoyo0vxa.
ZO. "Eaxi yàp, S (plÀE <t>aî8p£, oSxo. lloXù S" otyai
koXXUùv cmou8f| nEpl aôxà ytyvExai 8xav xiç, xfi
SiaXEKXixft
T ^X V H XP"tlEVOCî' XaBàv ^"XV Tipoar) Kouaav xe
<puxEtir| ,

Kal OTtElpfl \k£T ETiiaxf)jir|ç X6youç, lauxoîç xô xe


61

(puxEÙaavxi. frorjBEÎv IkocvoI Kal oûj^l ctKapTtoi, àXXà i^ovxtç 277

onÉp^a 88ev aXXoi, ev aXXoiç rjSscu (pu6^Evoi, xoOx' 4eI


àSàvaxov TtapÉ^Eiv Uavoi., Kal xbv ixovxa euSai^ovEÎv
ttoioOvxeç eIç 8aov àvBpÛTTCù Suvaxèv paXiaxa.
*t>AI rioXù yàp xoOx' Ixi KàXXiov XéyEiç.
.

Zfi. NOv St| ÊKEÎva fj8r|,


S <t>aî8pE, 8uvà^E8a icplvEiv,
xoijxcov co^oXoyrj^Évcov.

A I . Ta nota ;

21Û. *£lv 8f) TtÉpi (iouXr|BÉvxEç ISeîv àcpucé^ESa elç x6Se.


Bttoç xè Auatou xe 8vei8oç E^ExàaaitiEV xfjç xûv Xéywv
ypacpfjç Ttépt, Kal auxoùç xoùç X<Syouç ot xé^vt] Kal Sveu b

xé)(vr|ç ypà<poivxo. T8 pkv oSv evxe)(vov Kal p.f)


8okeî ^ioi

8E8r]Xcoa8aL ^lExpluq.
<&AI. "ESo^é yE 8f|* TtaXtv 8è ÛTx8^vr)a8v ^e ttôç.

Zn. riplv av xtç x6 xe àXr)8è<; âKâcrrxav Et8f| Ttcpl Sv


XéyEi f} YpàcpEL- xe Ttav 8pl£EO~8ai Suvaxèç
Kax' aàx8

eTSr) ^É^pi T0
yévr|xai" Spiaa^Evéq xe, ttoXlv Kax' ^ ^x^tov

xéjivelv £maxr|8fj TtEpl xe ipu^fjç (pûaecaq SuSôv


-
Kaxa

e 3 ji.u0oXoyovvTa :
-Ta; Hermi. -toç Richards || 7 0? Éamoîî :

0? I. t' laovTat Wilamowitz (teste Vollgr.) cf. mox j|


277 a 1 i/avoî :

t.ïaovxai Vollgr. || xat te x. : TW || à'xaprcot : a. EaovTat Badham ||

3 £XXoi [Link] aXX.


:
Vollgr. ^Oesi ||
-oiv B
:
çuô'txEvoi Épçu. Vollgr.
||
:

378 b 3 rapéyetv îxavoî (et Hermi. ) xa\ tov 1


cf. a II
àeî : af. codd. ||
:

X. i. tov Schanz [Link]/oiev tov Badham Vollgr. b 1 xat ait. :


t]
xal
W
||

II
a ypàçoivTO : -ovtou W sed -. s. u. post || 4 tâXiv ... «w; primus
Phaedro tribuit Schleierm. sed iam Hermias 3Ô3 19 : Socrati sicut et

subsequentia codd. ||
5 te :
ys Hermi. etSfj tôr; ||
: T 1813
B || K*pl :

7rlpt
Burnet Vollgr. 6 xaT* aÙTo' te x. au. yE Bas. 2 xir* au. yî
||
:

Steplian. xaO' ay. Heindorf xai au. Richards 7 xaT' e"8tj xaTiSr, B. ||
:
277 c PHÈDRE 93

C découvre l'espèce qui correspond à chaque nature; que, de la


sorle, on établisse et qu'on organise le discours, en offrant à
une âme bigarrée des discours à la fois bigarrés et embras-
sant tous les modes, ou, au contraire, des discours sans diver-
sité àune âme sans diversité 1
,

non, jusqu'à ce moment il
n'y aura pas possibilité que le genre oratoire soit manié avec
art dans toute la mesure où il est dans sa nature de l'être,
ni en rien pour enseigner, ni en rien pour persuader; et c'est
ce que nous a révélé toute la précédente discussion.
Phèdre. —
Mais oui, absolument C'est bien à peu près !

comme cela que la chose nous est apparue.


d Socrate. — Et que dire, d'autre part, des conditions où
il beau ou vilain de prononcer comme d'écrire des discours?
est
et aussi des circonstances où, en bonne justice, on fera de
cela un sujet, ou non, de blâme? Est-ce qu'on n'a pas mis en
lumière dans ce qu'on a dit un peu auparavant... 2 ?
Phèdre. —
Et quoi ?
Socrate. — ...que, si Lysias ou un autre a jamais écrit
ou doive écrire, soit à titre privé, soit comme homme public
qui, instituant des lois, écrit ainsi un ouvrage politique, et
avec l'idée en outre qu'il y a là-dedans une grande solidité,
une grande certitude, —
voilà où certes il y a motif de blâme,
déclaré ou non 3 à l'égard de celui qui écrit. C'est que man-
,

4
quer, éveillé ou bien en songe de toute notion concernant le
,

e mal et le bien, est chose qui véritable-


juste et l'injuste, le
ment n'échappe pas au blâme qu'elle mérite, obtiendrait-elle
même l'unanime éloge de la tourbe !

Phèdre. —
Non, effectivement!
Socrate. —
Quant à cet autre, au jugement de qui un
discours écrit, quel qu'en soit le sujet, contient nécessaire-
ment une large part de divertissement pour qui jamais nul ;

discours, usant du vers ou se passant du vers, ne vaut la


peine de l'écrire, ou de le réciter à la façon dont les rhapso-
des récitent les leurs 5 s'il ne suppose ni examen préalable
,

Résumé: i° de 25qc-2Ô4 e ; 2° de 371 a-272 b, 273 de.


i.

Voir 257 c 258 d, 261 a-e, 274 b, 278 c.


2.

3. Les politiques de 257 c n'eussent-ils pas blâmé ouvertement

Lysias, cela ne changerait rien à son cas.


A. Locution le rêve même n'en donnerait pas l'illusion.
:

5. Les récitations des rhapsodes (cf. Ion) ont pour but le plaisir
93 $AIAP02 277 c

tocutoc, tô npoaap^éxxov eK<4axrj cpûasi EÎSoç àveupiatccûv, C

oOtco ti8rj Kal SiaKoa^rj t&v X6yov, TtoiKtXrj u,èv TtoudXouç

l u
P Xfl
Ka ^ Ttavapuovlouç SiSoùç Xdyouç, àTtXoOç 8è àTtXf],
— oô TtpéTEpov Suvaxèv TÉ^vr) loeadai icaS' 8aov TTÉcpUKE
ftETa)(ELpia8fjvai t6 Xôyov yÉvoç, oôte ti Ttp&c; x6 SiSa£ai,
oSte ti Ttpoç t6 TtEÎaai, êbç ô EunpoadEv ttSç UEufjvuKEV

n,^îv X6yoç.
«fcAI. navrànaai uèv oSv to0t6 yc oîJxo -ncoç ë<f>dvr|.
Zfï. Tl S' <x8 TtEpl xoO koXôv f) ataxpov EÎvai xè X6youç d
XÉyEiv te <al ypàcpEiv, Kal OTtr| yiyvéuEvov âv SIkt] XÉyoïx'
Sv 8veuSoç f\ ^ ; *Apa ou SeS^Xcokev Ta XE^SévTa ôXlyov
luTtpoaBEv . . .
;

<t>AI. Ta -nota ;

ZO. 'Clq, eïte Auaiaç fj t£ç SXXoç tk*>tcote iypaipEv fj

ypaijJEi ÎSla f) Srj^oala, [Link]ç tiBeIç, cùyypauua ttoXi-


tik6v ypàcpov, Kal ^LEyàXr)v Ttvà âv auTÛ |}E6auSTr)Ta
fjyoOuEvoc; Kal aacpfjVEiav, oCtq ^ièv SveiSoç tô ypàcpovTi,
eïte tIç <pr|CTiv eÎte un/ t6 yàp àyvoEÎv, O-rtap te Kal 8vap,

oiKatcov Kal àSliccov TTÉpi Kal kcxkSv Kal àyaSôv, ouk e

EK(J>EÙyEt Tfj àXrjBEla u,r|


ouk ETtovElSiaTov EÎvai, oôSè av ô

ttcxç 8)(Xoç auT0 ânaivÉOT|.


Ou yàp
4>AI. o8v.
ZO. O 5é yE c
âv ^lèv cÉp" yEypau^Évcp X6yo TtEpl ÉKaaTou
naiSiav te ^yoù^Evoç TtoXXf|V àvayKaîov EÎvaf Kal oûSéva
TxcÔTtoTE X6yov, èv ^ÉTpa> ou8' avEU uÉTpou, u£y<xXr|(; a£,iov

anou8f|Ç ypacpfjvai oôSè Xe)(8f]vaL, ôbç ol paiycaSoù^Evoi,

C 1 xaùxâ : xaîka TW xauxa B 5 et 6 ouxe ti utrumq. : où xe


W
||

xi
||
6 {ie[xrjvu-/.ev
:
[i.s[[Link]][Link]£u.
W ||
8 Jtco; :
7t<3ç BW ||
d 1 xou
(et Henni. 1
) : xô B ||
2 Xéyeiv xe xai auct. Suckow del. Vollgr.
:
||

Xsyotx' av :
XÉ-fêt xàv B ||
3 rj em. Paris. 1812 et codd. ||
àpa : :

xpa codd. 6 r\ pr. ||


: sî'xe auct. Herwerden Vollgr. || 7 ypà\J*Et
:

-fn B H vduou; xiOet'ç 8 ypctçwv del.


: del. Schleierm. secl. Schanz ||
:

Badham Vollgr. [Link] fors, non legit Hermi. auct. Heindorf del.
||
:
1

Vollgr. 6 1 xai pr.


Il
xe xal Thomps. Vollgr. 6 àvayxaîov
: TW ||
:

-at'wç auct. Herwerden Vollgr. 8 oj8è... 9 iXiy^(jocv secl. Schanz


||
:

del. Vollgr. (aut saltem &ç ... èX. Ast) || <wç o£ : oaot Schleierm.
277 e PHÈDRE 94

ni volonté d'instruire, et
que la persuasion en ait été le but ;

278 pour qui, au contraire, les meilleurs de cette espèce consti-


tuent en réalité chez l'homme qui sait un moyen de se ressou-
venir, tandis que les discours qui sont matière d'enseigne-
ment, ceux dont l'objet est d'instruire et qui, en réalité,
s'écrivent dans l'âme concernant le juste, le beau, le bien,
sont les seuls où il y ait évidence, perfection et qui vaillent
notre peine; pour qui, enfin, de semblables discours doivent
être appelés ses enfants à lui ses fils
légitimes en quelque
,

sorte en premier lieu, celui qu'il porte en lui-même quand


'
:

l'invention le lui a rendu présent ensuite, les rejetons du ;

b premier, et ses frères à la fois, s'il en est qui soient nés chez
d'autres hommes, en d'autres âmes à proportion de ce qu'elles
valent 2 qui au reste des discours dit adieu... cet homme,
;

dis-je, et qui y a chance, qu'il soit, Phèdre, ce que


est tel, il
toi comme moi nous voudrions être l'un et l'autre !

Phèdre. — Mais oui Ton langage répond absolument à


!

ce que, quant à moi, je désire souhaite. et


Sograte. — Ainsi donc, en voilà désormais bien suffisam-
ment du divertissement que nous a donné la question de

l'éloquence A toi, maintenant, d'aller expliquer à Lysias


!

qu'étant tous les deux descendus jusqu'au ruisseau des Nym-


phes et jusqu'à leur sanctuaire, nous nous sommes entendu
c charger de la commission que voici, pour Lysias et aussi bien
pour quiconque compose des discours; pour Homère égale-
ment, comme pour tout autre qui aura composé des poésies,
soit sans accompagnement musical 8 soit pour être chantées; ,

troisièmement enfin, pour Solon et pour quiconque, dans


l'ordre de l'éloquence politique, a écrit des ouvrages en leur
donnant le nom de lois « Si c'est avec la connaissance de
:

« ce
qui constitue le vrai, que tel de vous a composé ces écrits ;

« en mesure aussi de leur


porter assistance, au moment d'en
« venir aux
preuves relatives à la question que concerne son
« écrit
capable enfin par sa parole de mettre lui-même en
« évidence le
;

peu que sont ses écrits


4
non, ce n'est aucune —
du public, non son éducation aussi se dispensent-ils de cette enquête
:

qui, au préalable, déterminerait les éléments de la cause.


i. Par opposition à ces bâtards dont il était question 376 a.

2. Ceci correspond à l'âme appropriée de 276 e.


3. Cf. Lois 665 d, où cette séparation signifie décadence.
l\. Ainsi que l'a fait justement Platon, 276 d.
9-i <ï>AIAPOS 277 e

aveu àvoucplaecùç ical SiSa^fjç, TteiSoOç iveKa êXé)(8r|aav,


àXXà x$ Svxi aôxûv xoùç fieXxiaxouç etoéxcov ÛTtô[Link]|ai.v 278

yeyovévai.- Iv 8è xoîç SiSacrKOLiévoiç ical


u.a8r|aeQ<; X^P LV
Xeyopévoiç, Kal xû Svxi ypacpou.Évoiç èv if^X^Î TtEpl Sucalav
xe ical KaXâv Kal
àyaSâv, liovchç x6 xe èvapyèç eîvai Kal
xéXeov Kal &£,iov cmouSfjç* 8eîv 8è xoùç xoiouxouç X6youç
aôxoO XéyEaSai oîov uIeîç yvr)alouç EÎvai, Ttpûxov p.èv xôv
Iv aûxô làv e\5pe8eIç Ivfj, ETtEixa eï xiveç xoùxou Iicyovol
xe <al àSeXcpol ap,a Iv aXXaiaiv aXXov i|(U)(aLq
Kax' à£,iav b

lvÉ(puoav xoùç 8è aXXouç )(alp£iv lôv,


— oCxoç Srj
8

xcuoOxoç àvfjp klvSuveoei, S 4>at8pE, EÎvai oîov èycb xe Kal


au EÔ£alu.E8' av aé xe Kal lp.è yevéaBai.
<J>AI. navxaTtacu pèv o8v lyoyE [Link] Raleû^c-Liai
S Xéyeiç.
ZO. OôkoOv fjSn TtETtala8cù pexplcoç r|u,îv xà Ttepl Xoyov.
Kal cniye IXBàv cppd£e Auata ôxi v<Z>, KaxaBâvxe Iç xo
Nupcpôv vau.à xe Kal pouaeîov, f^KouaaLiev Xéycov oî ETté-
qxeXXov XÉyEtv Auola xe Kal eï xiç aXXoç cruvxlBncri Xôyouç, c

Kal 'Opi'ipcp Kal el xiç SXXoç a3 Ttoir)aiv i|uXr|v f)


Iv $Bf\

<juvxÉ6r|KE, xplxov 8è ZéXcovi Kal Saxiç èv tcoXlxlkoîc;

X6yoLÇ, vdpouç ovoLtà£cov. cnjyypàuLiaxa lypai^EV « Et pèv


a EÎScbç fl
xo àXnBèc, I^ei cruvÉ8r|K£ xaOxa, Kal ix cow
«
|Jot]8e'lv eIç eXe^ov làv TtEpl 5v lypaiJjEV, Kal Xéyov

aaûxwv -xâi B
i 4 fi-ovotç Heindorf
: èv çiovotî codd. Thomps.
j|
:

secl. èv Burnet Heindorfii èv tojtoiç prob. Thomps. xo $)yoû- ;a.. ||


:

lisvoî to Burnet TW 6 tdnoiï: au. codd. Vollgr. uteic


||
u'dtx; |)
:

Hermi. Geîç exe. Thomps. omnes 7 Èv a6T<£ Èv au. B iau. èv


||
: TW
lau. Thomps. ||
b 1 iXXcov : -ot auct. Suckow Vollgr. ||
2 Ivèsuuav :

e'ipo.
W H èûv : èav auct. Wilamow. (teste Vollgr.) et Naber Vollgr.
Il
8è8t| Heindorf Vollgr.
:
7 7tE7rai'a9u> || (et Hermi. [Monac. 11])1
:

-/Ou) Hermi. -<rcat Bergk 8 <ruye Hermi. ||


1
: ju te codd. edd. ||
vto :

vu T xaTa6avte -te; T è; eîç B to


II
:
||
:
||
: tov B || 9 vôtLià T 2 ut uid. :

va". B va. T || pouasîov : -ciov B -awv uulg. èke'oteXXov ||


T 2 (<r« i.
m. et a-c rec. s.
u.): è7:E'X).ov T ||
c 3 <jvvce6t|xe -6eixe B Thomps. :
||

!\ Xo'YOts auXXo. : Schleierm. Vollgr. ||


5 r t
:
tj
B || I/ei
:
alicpiid

postea eras. []
6 B lypa^Ev :
-|« exe. Schanz omnes.
278 c PHÈDRE g5
« des dénominations en usage ici-bas * qu'on emploiera pour
d « l'homme qui est de cette sorte, mais celle de l'objet supé-
« rieur
auquel il s'est appliqué »

!

Phèdre. Et quelles sont donc les dénominations dont


tu le lotis ?

Socrate. — L'appeler un sage, à mon avis personnel c'est

Phèdre,
excessif, et cela Mais l'ap-
ne sied qu'à la divinité.

peler un ami de la sagesse, un philosophe , ou bien de quelque


2

nom analogue, cela lui conviendrait davantage et, en même


temps, serait mieux dans le ton.
Phèdre. —
Et ce ne serait, ma foi, pas du tout déplacé !

Socrate. —
Mais en revanche, est-ce que celui qui ne pos-
sède rien de plus précieux que ce qu'il a composé ou écrit,

passant des heures à le retourner sens dessus dessous, à col-


e 1er des morceaux les uns aux autres ou à en retrancher, est-ce

que sans doute tu n'auras pas le droit de le saluer des noms


de poète, de faiseur de discours ou d'auteur de textes de loi?
Phèdre. —
Bien sûr !

Socrate. —
Eh bien! c'est cela que tu dois expliquer à
ton camarade!
Phèdre. — Et toi? comment t'y pren-
dras-tu ? Pas davantage, en effet, ton
camarade à toi, on ne doit non
plus négliger le !

— Qui
Socrate. est-ce ?
Phèdre. — Le bel Isocrate 3
Socrate, quel message : à lui,

porteras-tu Comment allons-nous


? caractériser le ?

Socrate. — Isocrate encore jeune, Phèdre: ce que


est
279 pourtant j'augure de veux bien
lui, je te le dire.
Phèdre. — Qu'est-ce donc ?

Socrate. — M'est que, en ce qui touche


avis dons de les

nature, a trop de supériorité pour qu'il y ait lieu à un


il

parallèle avec l'éloquence de Lysias, et, en outre, que son


tempérament moral a plus de noblesse. Aussi ne serait-ce
i. Celles qu'il dira un peu plus bas, déb. de e. Cf. p. l\t\, n. 4-

2 . Il résulterait de ce passage que l'usage spécifique du mot philosophe


est encore mal fixé, comme d'ailleurs celui du mot sophiste. Le discours
d'Isocrate Contre les sophistes vise ceux que nous appelons philosophes.
Ce nom, il se le réservait à lui-même, et, si Platon le définit, c'est
pour en revendiquer la
propriété (cf. Notice p. clxx sqq.).
3. Voilà donc, après tout ce qui précède, le prince des rhéteurs aussi
cher à Socrate que Lysias l'est à Phèdre ! Cf. Notice, p. clxxiii sqq.
95 $AIAPOS 278 c

« aÔToç SuvaTc-ç Ta yEypauuéva cpaOXa ànoSEÎÉjai, oO ti


« tûvSe ET[covuulav I)(ovTa Se! XéyeaOai t6v toioOtov,
a àXX' E<p' oîç IcmoùSaicEV ekeIvov. » d
<fcAI. Tlvaç ouv t<xç ETtovu^laç aÔTÛ véueiç ;

EH. T6 uèv ao(p6v, S <t>at8pE, KaXEÎv I^oiyE uÉya


EÎvai Sokel, ical 8e^ (iovco TipÉTTEiv. T6 Se f\ cpiX6ao<pov f|

tolo0t6v ti uaXXov te av auT^S <ai àpuéTTOi Kat euueXe-

aTÉpCOÇ E)(Ol.
<t>AI. Kal ouSév y£ àno Tpénou.
ZO. OôkoOv a8 tôv u^| E^ovxa TiuiÔTEpa Sv auvéBrjKEV
f) lypoupEv, avco k<xtcù axpÉcjjcov iv xp6vç>, Ttpèç aXXr|Xa
koXXôv te Kal àcpaipov, ev SIkt] ttou Ttoir|Tf|V f) Xéyov e

auyypacpÉa f] vouoypacpov TtpoaEpEÎq ;

<t>AI . Tt uf|v ;

Zft. TccOtcc to'ivuv TÔ ETatpçj (ppa^E.


<Î>AI. Tl Se où; TtGç Tioii|aEiç ;
OûSè yàp ouSè tov aèv
ÉTaîpov Se! TtapEXSELV .

ZO. Ttva toOtov ;

<t>AI. MaoKpàxT] t6v k<xX6v S xt àTrayyEXEÎc;, S Zeb-

KpaTEÇ ;
Ttva aÔTèv <pr]ao\izv EÎvai ;

ZO. Néoç etl, « «PaîSpE, Mao<paTr|(;' 8 uévtoi uav-

teûo^icu kot aûxoO, XéyEiv IBéXu. 279


<t>AI. T6 Ttoîov 8rj ;

Zfï. Aokel uoi à^etvcov f)


<axà toùç TTEpl Aualav EÎvai
Xoyouç Ta Tfjç <pùoE<»ç, eti te fjGEi yEvviicQTÉpci KEicpâa8ai.
"OaTE ouSèv av yÉvoiTO SauuaaTov, Ttpoïoùar|c; Tf]ç ^Xitclaç,

C 8 8eï : 8eîv Heindorf ||


d i
£?' :
Oç' T ||
5 toioutov tt : Tt

t. TW xai pr. : om. B Burnet omnes 7 à;tô tpô[Link] àrcoTpd.


exe. :

W
|| ||

à'noTpô. sic. T II
8 oùxouv (et Hermi. ) oùxouv B oùxouv Hermi. n 1
:

Vollgr. (fors. err. typogr. nam oùxouv app. cril. i54) ||


au tov T2
(~ add.) aùxôv codd.
:
9 rj ||
: xaî Vollgr. jj
e 1 âv 8:/.r)
:
Bue») B SîxV]

Vollgr. D zou : om. TW || [\ ÉTaîpw :


Ixépoj B 5 t; 8s au; zâç
W
||

Stephan Tt : 8s ;
au ntS; exe. Burnet omnes || 7 toutov : toioû. |j

279 a k té : 8È TW» (0 s.
u.) ||
5 ttjç fjXixt'aç :
lariXtxta; B.
279 a PHÈDRE 96

point du tout merveille qu'avec le


progrès de l'âge, et dans le

genre même d'éloquence auquel à présent il


s'emploie, il ne
surpassât, plus que si c'étaient des enfants,
quiconque s'est
jamais attaqué à l'éloquence, et en outre, si cela ne devait
pas lui suffire, qu'il ne fût d'autre part conduit à de plus
grandes choses par un plus divin élan: c'est que la nature,
b mon cher, a mis en la pensée de cet homme-là je ne sais

quelle philosophie! Voilà donc le message que moi, au nom


des divinités de ces lieux, je porte à Isocrate comme à mon
bien-aimé. Pour toi, ce sont nos propos passés que, comme
à ton bien-aimé, tu rapporteras à Lysias !

Phèdre. — Entendu ! Sur ce, en marche, puisqu'aussi


bien la
grosse chaleur s'est apaisée.

, .
Socrate. — Ne
sied-il pas qu'avant de
9 en route on adr esse une prière
se mettre
La prière du Sage.
aux divinités de ces lieux ?
Phèdre. Bien sûr — !

Socrate. « —
mon cher Pan et vous autres, toutes tant
«
que vous êtes, Divinités d'ici, accordez-moi d'acquérir la
« beauté intérieure, et, pour les choses extérieures, faites que

« toutes celles qui m'appartiennentaient de l'amitié pour celles
du dedans Puissé-je aussi me persuader de la richesse du
c « !

«
Sage
2
Et puisse être ma fortune juste de la grandeur qu'il
!

« faut, pour que le seul capable de l'emporter et de Yemme-


« ner 3 , ce soit
l'bomme tempérant! » Avons-nous, Phèdre,
quelque autre demande encore à faire? Quant à moi, c'est
vrai, j'ai fait à mes souhaits bonne mesure !

Phèdre. —
Associe-moi, moi aussi, à tes souhaits ! Entre
amis tout est commun*.
Socrate. En marche — !

1. Comme la
prière à Pan rappelle la prière au Soleil du Ban-
quet 220 d, ceci évoque la fameuse comparaison de Socrate avec ces
boites qui, sous les dehors d'un Silène, cachaient au dedans l'image
d'un dieu (210 ab, 216 c sqq., 219 e sq.).
2 . Thème
souvent repris, surtout par les Epicuriens.
[Link] deux temps du pillage ; ou, en supposant un double sens,
Dorter sur soi tout son bien, n'être point en peine de le gérer.
4. Formule pythagoricienne bien connue.
96 <ï>AIAPOS 279 a

Et -nepl auToûç te toùç Xéyouç otç vOv £TU)(EipEÎ TtXéov f)

nalSov SiEVÉyicoi tôv TrdoTtoTE &i|;auévcov X6ycov eti te, eI

aùxô \ii] àno)(p/)aau xaOxa, ànl ^e'l^co Se tiç aùx6v ayoi


àp^n, BsLOTÉpa" cpûaEi yàp, S cp&E, IvecjtI tiç cpiXoaocpia
xrj xoO àvSpèç Siavola. TaOxa Sf)
oSv èy<*> ^év, Ttapà b
tôvSe tôv 8eSv, &>ç Ijioîc; TtaiSiicoîç MaoïcpàxEi Ê£> aYYEXX(3•
3
au S EKEÎva, &ç aoîç, Auata.
<t>AI. TaOx' taxai. 'AXXà ta>|iEv, ETtEiSf) Kal to Tcvîyoç

fjTUdùTEpOV yÉyovEV.

ZQ. OukoCv Ev£,a\xkvcù TtpÉTtEL ToîaSE TtopEUEaSai ;

4>AI. Tt ^v;
ZO. « *0 (J>IXe
riâv te Kal &XX01 oaoi t^Se GeoI, SotrjTÉ
«
jioi
kcxXco yEVÉaBai tSvSoGev e^coBev Se baa e^co, toîç
« IvTèç EÎval jioi cplXia. nXoû[Link] 8è vo^i^oi^i xôv aocpov c
« t6 8è XP U<J °Û "nX^Soç EÎrj fciot
oaov ur|TE cpépEiv ur)T£
1
«
ayEiv SûvaiTO aXXoç f) ô acôcppcov. » "Et aXXou tou

OE6uE8a, S>
<J>aî8pE ;
'Euol jièv yàp jieTptcoç rj^KTai.
<t>AI. Kal E^iol TaOTa auvEO^ou* Koivà yàp Ta tôv
(ptXoov.
ZO. "IcùJIEV.

a 6 Toùç : om. B ||
rcXÉov rj
^ai'Swv : 7C. r]
7C. ôc7:âvTU)V tc5v aXXwv
Bergmann 7tX. ïj
vuv k. Vollgr. || 7 2tt te : e? te B Spengel Rohde |[

8 àrco/p^aat T2 (rec.) :
-9)<jat TW Hermi. 1
-iqaat B || [aeiÇco recc. :

-Çcov BT (aeïÇov T2 (0 s. u. et ~) W ||
8é : secl. Thomps. del. Schanz
Vollgr. 8rJ Ueberweg ||
aùiôv : -tw BW 2
(to s. u.) j| 9 ôpp.}) Oetot^pa :

-;jLrj -pa B -jjlt) -pa W ||


b
a 'IaoxpaTEt et 3 Auat'a : del. ci. Herwerden ||

ÈÇay-^XXco :
-^eXôS Stallb. Vollgr. || 4 Taux' : -Ta TW zvtyoç T
W 5
||

reuera : 7îvi.
|| Tj7:ioiTEpov
:
rjnt. T et ut uid. W ||
6 EÙÇapEvw :

-uivco Bekker Thomps. Schanz 8 âXXot oaot ||


: oa. SX. Clem. || ooi'tjte

(et Glem.) oo'te ci. Herwerden


: C 1 cpiXta ||
recc. :
çptXt'a
B çîXa B 2

(a s. u.) TW
Glem. Hermi. 3 IV eti ||
: TW ||
tou : tou BW.

CHARTRES. IMPRIMERIE DURAND, RUE FULRERT (4-1933).

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