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Année 2019 N° 43
Thèse
par
1
UNIVERSITE CLAUDE BERNARD – LYON 1
___________________
2018-2019
SECTEUR SANTE
2
I.U.T. LYON 1 Directeur :
Christophe VITON
3
U.F.R. FACULTE DE MEDECINE ET DE MAIEUTIQUE LYON SUD‐CHARLES MERIEUX
4
GIAMMARILE Francesco Biophysique et Médecine nucléaire
JOUANNEAU Emmanuel Neurochirurgie
KASSAI KOUPAI Behrouz Pharmacologie Fondamentale, Clinique
LANTELME Pierre Cardiologie
LEBECQUE Serge Biologie Cellulaire
LIFANTE Jean-Christophe Chirurgie Générale
LONG Anne Médecine vasculaire
LUAUTE Jacques Médecine physique et Réadaptation
PAPAREL Philippe Urologie
PEYRON François Parasitologie et Mycologie
PICAUD Jean-Charles Pédiatrie
POUTEIL-NOBLE Claire Néphrologie
PRACROS J. Pierre Radiologie et Imagerie médicale
RIOUFFOL Gilles Cardiologie
RUFFION Alain Urologie
SALLE Bruno Biologie et Médecine du développement et de la
reproduction
SANLAVILLE Damien Génétique
SAURIN Jean-Christophe Hépato gastroentérologie
SERVIEN Elvire Chirurgie Orthopédique
SEVE Pascal Médecine Interne, Gériatrique
THOBOIS Stéphane Neurologie
TRONC François Chirurgie thoracique et cardio
5
TAZAROURTE Karim Médecine Urgence
THAI-VAN Hung Physiologies - ORL
TRAVERSE-GLEHEN Alexandra Anatomie et cytologie pathologiques
TRINGALI Stéphane O.R.L.
VOLA Marco Chirurgie thoracique cardiologie vasculaire
WALLON Martine Parasitologie mycologie
WALTER Thomas Gastroentérologie – Hépatologie
YOU Benoît Cancérologie
BOUSSAGEON Rémy
ERPELDINGER Sylvie
DUPRAZ Christian
PERDRIX Corinne
6
RASIGADE Jean-Philippe Bactériologie – Virologie ; Hygiène hospitalière
NOSBAUM ép ROSSIGNOL Audrey Immunologie
SUJOBERT Pierre Hématologie - Transfusion
VALOUR Florent Mal infect.
VUILLEROT Carole Médecine Physique Réadaptation
SUPPER Irène
PROFESSEURS EMERITES
Les Professeurs émérites peuvent participer à des jurys de thèse ou d’habilitation. Ils ne peuvent pas être président du jury.
7
Le Serment d'Hippocrate
Je promets et je jure d'être fidèle aux lois de l’honneur et de la probité dans l'exercice de la
Médecine.
Je respecterai toutes les personnes, leur autonomie et leur volonté, sans discrimination.
J'interviendrai pour les protéger si elles sont vulnérables ou menacées dans leur intégrité ou
leur dignité. Même sous la contrainte, je ne ferai pas usage de mes connaissances contre les
lois de l'humanité.
J'informerai les patients des décisions envisagées, de leurs raisons et de leurs conséquences.
Je ne tromperai jamais leur confiance.
Je donnerai mes soins à l'indigent et je n'exigerai pas un salaire au dessus de mon travail.
Admis dans l'intimité des personnes, je tairai les secrets qui me seront confiés et ma conduite
ne servira pas à corrompre les mœurs.
Je ferai tout pour soulager les souffrances. Je ne prolongerai pas abusivement la vie ni ne
provoquerai délibérément la mort.
Que les hommes m'accordent leur estime si je suis fidèle à mes promesses. Que je sois
couvert d'opprobre et méprisé si j'y manque.
8
REMERCIEMENTS
Au Président du jury : Monsieur le Professeur Yves ZERBIB.
Merci de m’avoir fait l’honneur de présider ce jury de thèse, malgré le contexte récent. Votre
engagement pédagogique, votre volonté d’instaurer les sciences d’humaines au sein de la
formation, votre écoute bienveillante face à certaines difficultés rencontrées pendant
l’internat, ont été précieux pour moi et je vous en remercie grandement. Votre expérience
professionnelle en quartier populaire m’aidera pour l’éclairage de mon travail.
9
A toutes celles et ceux qui ont accepté de participer à cette étude
Merci d’avoir consacré un peu de votre temps si précieux. Merci pour votre engagement dans
ces magnifiques projets qui ont continué à m’inspirer tout au long de mon travail. Merci de
m’avoir fait confiance. J’espère porter au mieux votre parole, et que ce travail participera à
planter d’autres petites graines qui feront naître des projets qui apportent tant de satisfaction.
A tous les patients qui ont croisé mon chemin depuis le début de mes études
Vous vous êtes confiés, vous m’avez accordé votre confiance, vous m’avez permis
d’apprendre à écouter, à examiner. C’est à votre contact que j’ai grandi, que j’ai réfléchi, que
je me suis remise en question, que je me suis parfois révoltée par désaccord avec un système.
Merci de m’avoir permis tout cela. Je continue de grandir à vos côtés chaque jour.
Et bien sûr, sans aucune hiérarchie (ce n’est pas trop mon truc)
Aux ami.e.s de MEDSI puis de la TROUPE du RIRE
A toutes ces heures passées à rêver, partager, chercher, construire, dé-construire. A notre
passion commune pour l’esprit critique. Aux petits projets réalisés ensemble. Sans vous, ces
études auraient été bien différentes. Vous m’avez permis de tenir et d’arriver là où je suis
aujourd’hui. Pour tout ça merci les copains copines.
A l’équipe de santé commune
A ma rencontre avec l’équipe de création : merci de m’avoir accueillie dans le projet, merci
pour l’énorme travail réalisé avant mon arrivée, et pour le travail quotidien encore
aujourd’hui. Merci à toutes les autres arrivées ensuite : le projet est lancé et promet de très
belles choses. Il m’apporte grande satisfaction. Merci à tout.e.s les usager.e.s qui nous ont
déjà fait confiance. A toi Cécile pour ton éclairage bibliographique pour ce sujet. A toi
Sandrine qui part vers de nouveaux horizons bientôt : merci pour toute l’énergie que tu as
mise dans le projet. Merci pour tes éclairages, ton écoute toujours bienveillante. Je te souhaite
tout le bonheur que tu mérites. Tu vas nous manquer.
A Touria, la maman de Fatim qui nous régale régulièrement avec ses petits plats, et qui
participera à la confection de mon pot de thèse.
A mes co-internes
Des nuits, des journées à l’hôpital, mais heureusement de la solidarité, des goûters. Merci à
vous tout.e.s.
10
Aux équipes paramédicales de psychopathologie du développement, de pédiatrie de
Fleyriat, des urgences de Roanne, de gériatrie croix rousse
Vous m’avez accueillie dans vos équipes, m’avez fait confiance, et surtout m’avez beaucoup
appris. Et on a bien rit. Alors pour tout ça, merci.
A la bande de la fac de Paris (Gilou, Kissou, Barzouk, Val, Farah, Béné, Aude, Anais)
Merci pour tout ce temps passé ensemble, contre vents et marées, pour les soirées, les skis, les
bons repas, les séances de psychothérapie de soutien. Merci pour nos retrouvailles régulières
des quatre coins de France (et d’outre mer).
Et Blandine
Petite mention spéciale pour toi Duval qui nous accompagne à Lyon. Une amitié née sur le
pont d’un bateau. Puis des fous rires, des larmes, des projets toujours plus fous, où le
« matériel ne suit pas » toujours. Reste comme tu es. Et « A Taaaaaaablllle »
A Tiphaine et Delphine
Nos amies précieuses et courageuses. A cette belle année 2019 pour accueillir votre petite
princesse. On l’attend avec impatience pour la mettre sur les skis.
Aux copains, copines voileux (voileuse.s) : Elo (et Simon), Mouton, Bénichou, Marine,
Flo… Merci pour toutes ces saisons de folies. Et bon vent.
11
A mes parents
Merci de m’avoir laissé développer mon esprit critique ; merci de m’avoir laissé m’indigner,
de m’avoir laissé sortir du moule. Merci aussi bien sûre de m’avoir soutenue tout au long de
ces trèèèès longues études. Et Dad merci pour ces heures de relectures.
A Marie ma sœur et à Jo
Merci d’avoir supporté une petite sœur qui prenait pas mal de place. Merci de m’avoir
emmenée à mon premier festival, d’avoir essayé de m’apprendre à faire des fiches
synthétiques (mission impossible), bref de m’avoir appris la vie. Je te souhaite, toi et Jo, tout
le bonheur que vous méritez, au rythme des marées. Merci de quitter la Bretagne pour venir
trinquer.
A mes Oncles, Tantes (Sophie, François, Didier, Cath, Fred, Isa, ma Bribri, Véro,
Tristan, Nath, Mark, Bruno, Carole)
Merci pour toute l’affection que vous me portez. Merci pour tous ces bons moments passés.
Un petit mot de courage spécial pour toi Sophie, Tante Courage. A toi et François, merci du
gros effort que vous faîtes pour venir me soutenir.
A la famille Gras
Aurélie à Montrouge, Vic à Caluire, vous m’avez toujours accueillie. Merci pour tout.
12
A ma belle famille
Je me suis vite sentie comme dans la famille. Merci d’avoir su m’accueillir. Merci pour les
week-end et vacances passées ensemble.
13
ABREVIATIONS
14
TABLE DES MATIERES
CONTEXTE ........................................................................................................................................................ 17
INTRODUCTION ................................................................................................................................................ 35
MATERIEL ET METHODE ............................................................................................................................. 38
I‐ Type d’étude : .................................................................................................................................. 38
II‐ Méthodologie de la recherche documentaire ................................................................... 39
III‐ Elaboration du guide d’entretien ......................................................................................... 39
IV‐ Population étudiée (ou constitution de l’échantillon) ................................................ 41
V‐ Posture du chercheur et journal de bord ........................................................................... 42
VI‐ Réalisation des entretiens ....................................................................................................... 42
VII‐ Recueil et gestion des données ............................................................................................ 43
VIII‐ Analyse des données .............................................................................................................. 44
IX‐ Aspects éthiques et réglementaires .................................................................................... 44
RESULTATS ........................................................................................................................................................ 46
A. Description de la population ......................................................................................................... 46
B. Analyse des résultats ........................................................................................................................ 50
I‐ Création d’un collectif .................................................................................................................. 50
II‐ Création d’un projet de santé communautaire ................................................................ 58
III‐ Lien complexe avec l’institution ........................................................................................... 76
IV‐ Logistique ....................................................................................................................................... 85
DISCUSSION ..................................................................................................................................................... 105
A. ANALYSE DES DONNEES CONFRONTEES A LA LITTERATURE ................................. 105
I‐ Les centres de santé communautaire : une alternative à l’insatisfaction et à la
souffrance professionnelle de certains professionnels de santé ? ................................. 105
II‐ Les centres de santé communautaire et la promotion de santé pour réduire les
inégalités sociales en santé s’installent difficilement en France .................................... 107
III‐ La participation des usagers, élément central de la santé communautaire ... 113
V‐ Création du collectif et pérennité du collectif : freins et leviers ............................ 115
VI‐ Modèle de financement à l’acte : réponse incomplète pour la santé globale . 116
B. FORCE ET FAIBLESSE DE L’ETUDE ......................................................................................... 123
I‐ Choix de la méthode ................................................................................................................... 123
II‐ Constitution de l’échantillon ................................................................................................. 123
III‐ Recueil des données ............................................................................................................... 124
VII‐ Analyse des données ............................................................................................................. 125
C. PERSPECTIVES ................................................................................................................................. 126
BIBLIOGRAPHIE ............................................................................................................................................ 130
ANNEXES .......................................................................................................................................................... 136
15
Table des légendes
16
CONTEXTE
• Le pôle de santé est le regroupement constitué entre professionnels de santé libéraux et, le
cas échéant, des maisons de santé, des centres de santé, des réseaux de santé, des
établissements de santé, des établissements et de services médico-sociaux, des groupements
de coopération sanitaire, et de groupements de coopération sociale et médicosociale. (Art.
L.6323-4 du Code de la santé). (4)
• Le centre de santé est un lieu de soins de proximité avec des équipes salariées
pluriprofessionnelles ou monodisciplinaires (centre de soins infirmiers ou dentaires par
17
exemple). 1933 (contre 1220 en 2012) centres de santé étaient recensés selon la Direction
Générale de l’Offre de Soins en 2017, dont 350 sont pluri-professionnels. (5)
a. Définitions
Santé :
La définition de la santé est marquée par un tournant au cours du XXème siècle. Etre en
bonne santé signifiait ne pas avoir de maladie. Mais à partir du 20e siècle, et notamment à
travers la définition que l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) en donne dans sa
Constitution en 1946, « état de complet bien-être physique, mental et social » (6), la définition
de la santé devient positive. Cette évolution est le résultat d’un mouvement général en amont,
notamment d’une prise de conscience des dimensions psychosociales de la santé mais aussi
du développement de la prévention (7).
Cette définition implique donc que les acteurs de la santé ne soient pas limités au domaine
médical uniquement mais à l’ensemble des personnes pouvant agir sur les déterminants de la
santé (secteur éducation, culture, urbanisme, logement, loisirs…) (8).
Notons tout de même qu’une définition trop ouverte, c’est le risque d’une médicalisation
excessive, ce qui a été critiqué comme une « pathologisation de la vie ordinaire » (7).
Déterminants de la santé :
Ce sont les facteurs personnels, sociaux, économiques et environnementaux qui déterminent
l’état de santé des individus ou des populations. Les facteurs qui influent sur la santé sont
multiples et agissent les uns sur les autres.
Les canadiens, par exemple en ont retenu douze (9) :
18
8. le développement de la petite enfance;
9. le patrimoine biologique et génétique;
10. les services de santé;
11. le sexe;
12. la culture.
L'état de santé d’une personne se caractérise donc par des interactions complexes entre
plusieurs facteurs individuels, socio-environnementaux et économiques. Il existe divers
modèles explicatifs de ces déterminants de la santé. En voici deux exemples (10,11) :
19
« Si le poids respectif de chaque déterminant n’est pas connu, il a cependant été montré par
des travaux épidémiologiques et de socio-épidémiologie que les comportements individuels
défavorables à la santé (consommation de tabac, d’alcool, mauvaise alimentation,
sédentarité, etc.) dont on sait qu’ils exposent à des facteurs de risque responsables de
pathologies connues pour être les premières causes de décès dans de nombreux pays (cancers,
maladies cardiovasculaires, etc.) ne sont pas prépondérants pour expliquer les inégalités
de santé observées et ne peuvent à eux seuls les expliquer.
Les comportements préjudiciables à la santé apparaissent associés aux positions inégales que
les personnes occupent dans la hiérarchie sociale et l’état de santé résulte de l’action de
déterminants socio-environnementaux. Les travaux de recherche en épidémiologie sociale et
géographie de la santé apportent des éclairages nouveaux sur les déterminants sociaux qui
bousculent l'approche biomédicale de la santé qui prédomine encore en France. Ils
documentent, de façon convergente, la connaissance des inégalités sociales de santé et celle
des liens avec les déterminants sociaux. » (12)
La connaissance des déterminants de santé nous amène à nous interroger sur
l’approche à avoir pour améliorer la santé des personnes : agir sur le comportements des
individus (éducation à la santé) ou sur son environnement.
Ainsi, « dans les pays industrialisés ou les principales causes de mortalités sont les maladies
chroniques, on prend pour acquis que la solution passe par des gens qui se nourrissent mieux,
qui arrêtent de fumer et qui font de l’exercice physique. Ils deviennent donc les responsables
de leur état de santé et des maladies qui les affligent. C’est ce qu’on appelle « blâmer la
victime ». Or, depuis les années 1980, la connaissance des déterminants de la santé donne une
image beaucoup plus nuancée et réaliste de la responsabilité individuelle en matière de
santé. » (13)
Promotion santé :
La promotion de la santé est définie par l’OMS comme « un processus social et politique
global, qui comprend non seulement des actions visant à renforcer les aptitudes et les
capacités des individus mais également des mesures visant à changer la situation sociale,
environnementale et économique, de façon à réduire ses effets négatifs sur la santé publique
et sur la santé des personnes ».
20
La promotion de la santé ne se limite donc pas à chercher à modifier les comportements et
modes de vie individuels, mais s’étend à une action sur les déterminants de la santé. Elle vise
à accroître le pouvoir d’agir des personnes et des collectivités sur ces déterminants. La
participation de la population est un principe d’intervention essentiel de la promotion de la
santé. (14)
La Charte d’Ottawa (1986) (15) définit trois stratégies fondamentales pour la promotion de la
santé :
- le développement du pouvoir d’agir des personnes et des groupes par la mise en œuvre
de stratégies globales d’empowerment,
Santé communautaire :
Reflet d’un historique riche et mal connu, le terme même de « santé communautaire »
a fait l’objet de plusieurs publications (16). Terme souvent incompris (pour les pays en voie
de développement, pour les pauvres, réservé aux politiques d’extrême gauche…), parfois
discrédité par les pouvoirs publics (17), assimilé au communautarisme, la « santé
communautaire » exprime des réalités diverses.
21
L’OMS la définit comme un « processus par lequel les membres d’une collectivité,
géographique ou sociale, conscients de leur appartenance à un même groupe, réfléchissent, en
commun sur les problèmes de leur santé, expriment leurs besoins prioritaires et participent
activement à la mise en place, au déroulement et à l’évaluation des activités les plus aptes à
répondre à ces priorités ».
Dans la même lignée, la Charte de promotion des pratiques de santé communautaire élaborée
par l’Institut Théophraste Renaudot en 2000 (18) en donne les principales caractéristiques :
- une base collective (ensemble d’habitants, groupe, réuni(s) pour un problème, un objectif,
une situation communs) pour l’action ou les actions à construire ;
- un repérage collectif des problèmes, des besoins et des ressources (le diagnostic
communautaire) ;
- la participation ouverte à tous les acteurs concernés : spécialistes, professionnels,
administratifs, politiques, usagers, ce qui signifiera :
implication de la population (dans l’identification de ce qui fait problème, pour mobiliser
ses capacités, pour sa participation à l’ensemble du processus),
décloisonnement professionnel, transdisciplinarité, pluridisciplinarité,
décloisonnement institutionnel (intersectorialité),
partenariat,
partage de savoirs et de pouvoirs.
Si la santé communautaire n’est pas simple à définir, on peut citer plus facilement le terme
d’action communautaire en santé qui traduit la volonté d’identifier les besoins de santé à
l’échelle locale, puis générer une dynamique qui mobilise les membres d’une collectivité.
L’action communautaire s’actualise sur des pratiques multiples et diversifiées (création de
ressources et de services, transformations sociales, éducation populaire...) qui poursuivent des
objectifs de justice sociale, de solidarité, de démocratie, de répartition plus juste des richesses,
d’égalité entre les hommes et les femmes ainsi qu’entre les peuples. Ces actions sont menées
avec un souci d’éducation et de fonctionnement démocratique afin de favoriser l’autonomie
des personnes et des communautés (empowerment) (19).
Ainsi, dans cette pratique, S. Motamed (20) nous explique que la « santé est
améliorable dans un environnement transformé par ceux qui développent ensemble les
capacités d’agir avec un intérêt commun ». Ce regard éloigne, sans le rejeter, l’écoute des
22
plaintes et de leur traitement. On « privilégie la prévention comme paravent de la maladie, et
comme démonstration du pouvoir d’agir de chacun ».
L’exemple de la création du lieu de vie intergénérationnel de Meunier rappelle que la santé
communautaire implique une importante participation du public dans sa propre santé,
permettant à la fois de resserrer les liens sociaux, de développer les compétences pouvant
permettre de rassurer individus et communautés sur leur capacité à faire aux situations
difficiles.
La participation des individus différencie donc la santé communautaire de la santé
publique. Si la santé publique gère, administrativement, la situation sanitaire d’une
collectivité qui reste passive, la santé communautaire nécessite, elle, la participation des
membres de la communauté. La santé publique laisse la décision aux professionnels de santé
et aux politiques, alors que la santé communautaire laisse la décision aux membres de la
communauté ; les professionnels de santé ne sont que des personnes ressources (8).
23
Tableau 1 : Les repères du Secrétariat Européen des pratiques de santé communautaire (SEPSAC) quant à l’action
communautaire en santé
Empowerment :
La traduction littéraire de ce moment est « l’autonomisation ». Pour Marie-Hélène Bacqué, il
s'agit d'un processus par lequel un individu ou un groupe acquiert les moyens de renforcer sa
capacité d'action, de s'émanciper. (23)
Une longue histoire se cache derrière ce mot mais son utilisation a débuté aux Etats Unis au
début du XXème siècle (24). Dans le glossaire de la BSP (25), l’empowerment est défini
comme « processus dans lequel des individus et des groupes agissent pour gagner la maîtrise
de leurs vies et donc pour acquérir un plus grand contrôle sur les décisions et les actions
affectant leur santé dans le contexte de changement de leur environnement social et politique.
Leur estime de soi est renforcée, leur sens critique, leur capacité de prise de décision et leur
capacité d'action sont favorisées. Même des personnes avec peu de capacités ou en situation
de précarité sont considérées comme disposant de forces et de ressources. Les processus
d'empowerment ne peuvent pas être produits, seulement favorisés. »
L’institut Renaudot, association ayant pour but la promotion santé, par le développement et le
renforcement des démarches communautaires, représente la franche française du SePSaC. La
définition proposée par l’Institut de l’empowerment est la suivante (26): « processus de
mobilisation des ressources personnelles et collectives permettant aux individus et aux
groupes d’être davantage auteurs / acteurs de leur vie et dans la société, dans une perspective
d’émancipation et de changement individuel et sociétal. »
24
s’agit là d’un rôle d’assistance. Le professionnel se trouve dans une forme de toute puissance
(investie parfois comme cela par les patients et usagers). N’ayant pas toujours les réponses
attendues, ils se retrouvent régulièrement dans des situations d’impuissance, et adresse alors à
un autre professionnel, en étiquetant la problématique de « psy », « social »…. Dans les
démarches communautaires on cherche au contraire à s’appuyer sur les ressources de la
personne pour imaginer ensemble des solutions, en acceptant de ne pas tout savoir sur l’autre,
de ne pas avoir des réponses à tous les problèmes. C’est ce que [Link]èvre (ouvrage du « Je au
nous ») appelle « l’impuissance créatrice » (27). Cette dynamique de création peut s’exprimer
à l’échelle individuelle, mais aussi à l’échelle collective lors d’ateliers de groupe par exemple.
Education populaire :
Il n’existe pas de définition communément admise de la notion d’éducation populaire. Il s’agit
d’un courant de pensée qui vise essentiellement à l’amélioration du système social et
l’épanouissement individuel et collectif, en dehors des structures traditionnelles (famille) et
institutionnelles (enseignements). Elle vient s’inscrire dans une perspective d’émancipation
individuelle et collective. Elle ne se limite pas à la diffusion de la culture « académique », elle
reconnaît aussi la culture dite « populaire » (ouvrière, des paysans, de la banlieue…). Elle
accorde une égale dignité à toutes les classes de la société (28).
25
b. Contexte historique
« Dans les années 30, aux États-Unis, l’École de Chicago (composée essentiellement de
sociologues) développait, dans des quartiers populaires, des projets d’organisation
communautaire basés sur la participation des habitants : ils partaient d’une critique des
théories psychosociologiques en vogue à l’époque, qui avaient tendance à psychologiser les
comportements délinquants.
En Amérique latine, dans les années 60, le développement communautaire tente de favoriser
l’intégration des groupes marginaux aux processus de modernisation. Au même moment, le
pédagogue brésilien Paulo Freire développe le concept et les méthodes de l’éducation
populaire, fondés sur une articulation entre l’éducation, le développement de l’identité et
l’organisation de groupes populaires en acteurs sociaux. L’action collective vise ici à
transformer les structures sociales qui affectent la vie quotidienne de ces populations. Ces
idées sont portées par un fort courant d’opinions et de pratiques.
En Europe, le monde anglo-saxon est précurseur. Dès le XIXè siècle, de jeunes universitaires
s’installent dans les quartiers pauvres pour instruire les gens et, découvrant leurs conditions de
vie, en cherchent les causes pour les modifier. Ensuite, après la seconde guerre mondiale, des
projets communautaires canalisent les initiatives privées en vue de susciter des réponses
rapides aux problèmes économiques et sociaux de l’après- guerre, les pouvoirs publics ne sont
que plus tardivement impliqués dans ces dynamiques.
Plus tard encore, dans les années 60, des projets de développement communautaire voient le
jour dans plusieurs pays européens : ils se nourrissent des expériences menées par les
mouvements sociaux qui ont précédé et aussi des mouvements culturels autogestionnaires.
Ces expériences visent bien souvent à renverser les rapports de force et à restituer aux
habitants une part de pouvoir sur différents aspects de leur vie. »
26
ii. Promotion santé pour la santé globale et la réduction des inégalités
en Santé
Dans ce même guide, les auteurs ont résumé les repères historiques de la promotion de la
santé : « En 1946, dans le contexte de reconstruction de l’après-guerre, les Nations-Unies
organisent la première conférence internationale de santé travaux de cette conférence
aboutissent à définir la santé de manière positive, et à affirmer qu’elle constitue un droit
universel. Dans la déclaration qui suit, la santé est définie comme «un état complet de bien-
être physique, mental et social, qui ne consiste pas en l’absence de maladie ou d’infirmité» et
est reconnue «comme un droit fondamental pour tous».
Le rapport Lalonde (29), paru en 1974 met en évidence l’impact des environnements
sur la santé et le rôle que doivent jouer les secteurs, autres que le secteur sanitaire, en faveur
de la santé de tous. Influencer les comportements sans agir sur les déterminants de la santé
pour modifier les environnements, ne produit que des résultats limités et peu durables.
27
iii. Participation usagers en France
28
- 2009 : les outils de la démocratie sanitaire : la loi du 21 juillet, dite « loi HPST »
(hôpital, patients, santé, et territoires), renforce les outils de démocratie sanitaire,
notamment au travers des conférences régionales de la santé et de l’autonomie (CRSA).
Pour le ministère, chaque CRSA est un « organisme consultatif qui concourt par ses avis à
la politique régionale de la santé » au plan stratégique régional de santé » et aux « projets
de schémas régionaux de prévention, d’organisation des soins et de l’organisation médico-
sociale ».
29
« Evry Santé » regroupant habitants, élus, professionnels de santé. Puis un médecin, Philippe
LEFEVRE, choisi par les habitants (les candidats passaient des entretiens auprès de ces
derniers) s’est installé en libéral. L’équipe s’agrandie progressivement et le centre de santé
ouvre en 1981. Les habitants sont d’emblés impliqués dans les orientation du centre, les temps
de consultation, l’accueil.
Ateliers santé ville (ASV) : promotion de la santé dans les quartiers prioritaires
« La politique de la ville vise à réduire les inégalités territoriales et s’intéresse aux quartiers
prioritaires qui cumulent difficultés sociales, économiques et urbaines. Dans la suite de la
Charte d’Ottawa, elle s’est saisie de la santé, initialement considérée comme une question
strictement médicale et individuelle et devenue un enjeu social. La création des Ateliers Santé
Ville (ASV) en 1999 a permis de formaliser une démarche visant à réduire les inégalités
sociales et territoriales de santé (ISTS). » (33)
Les ASV s’articulent avec les Programmes Régionaux d’Accès à la Prévention et
aux Soins (PRAPS) (34). Dans la suite, les contrats de ville (2000-2006), puis les Contrats
Urbains de Cohésion Sociale (CUCS 2007-2014) ont inscrit la santé comme une forte priorité.
À l’interface entre l’intervention sociale urbaine et l’action de santé (35), la démarche ASV
met en œuvre des actions de promotion de la santé et de santé communautaire dans les
territoires urbains les plus défavorisés. Son cadre de référence a été pensé de façon très
flexible afin de pouvoir s’adapter aux réalités locales.
30
« L’atelier santé ville constitue une démarche d’ingénierie de projet, de coordination
d’acteurs, et de programmation d’actions de santé au service de la réduction des inégalités
sociale et territoriales de santé ; elle s’applique dans un cadre partenarial au profit des
habitants des quartiers prioritaires de la politique de la ville, selon les termes de la circulaire
DIV/DGS du 13 juin 2000 relative à la mise en œuvre des ASV dans le volet santé des
contrats de ville (2000-2006) »
Différentes études ont montré que la démarche ASV contribuait aux stratégies de
réduction des inégalités sociales de santé (37).
Le haut conseil en santé publique en a reconnu la validité et l’opérationnalité. (38)
CLS :
Le Contrat Local de Santé (CLS) est un outil de mise en œuvre de la politique régionale de
santé au sein des territoires, porté conjointement par les Agences de Santé et les collectivités
territoriales pour réduire les inégalités territoriales et sociales de santé. Il est l'expression des
dynamiques locales partagées entre acteurs et partenaires sur le terrain pour mettre en œuvre
des actions, au plus près des populations (38). Il a connu un important déploiement depuis
leur création par la loi du 21 juillet 2009 portant réforme de l’Hôpital et relative aux Patients,
à la Santé et aux Territoires (HPST). Son objectif est de :
- Réduire les inégalités sociales et territoriales de santé,
- Améliorer la santé de la population, en intervenant le plus tôt possible et tout au long de la
vie sur les facteurs de risque, ainsi que sur les déterminants socio-environnementaux,
- Mettre en œuvre des solutions pour une offre de santé de proximité répondant aux besoins
locaux de la population, notamment les personnes dites « vulnérables ».
Le contrat local de santé est défini comme un une approche participative (démarche de
démocratie sanitaire) et intersectorielle (c’est-à-dire mobilisant des acteurs du champs
sanitaire et social, et des autres politiques publiques)
31
AVANTAGES ET DIFFICULTES DES PROJETS de santé communautaire en France
La plupart des pathologies sont évitables : elles dérivent de facteurs qui se situent
largement en amont de leur émergence. Nombreuses sont les études qui montrent le lien entre
dégradation des conditions de vie et apparition de maladies (40–42).
La santé est liée, de manière très complexe, à un ensemble de facteurs qui ne touchent pas
les individus au hasard, il s’agit donc d’une problématique collective.
Dans un article présentant les difficultés traversées par La case santé (44) (centre de santé
communautaire à Toulouse), l’auteur Henri Santiagio SANZ en 2000, explique notamment :
32
avec ses pré- supposés d’ethnicisme et d’entre-soi. »
« Alors que « de nombreuses études montrent le lien entre l’apparition des maladies et
la dégradation des conditions de vie: cancers, diabète, obésité, stress », et alors même que le
président de la CPAM de la Haute-Garonne, la qualifie de « structure de santé remarquable
qui parvient à toucher des publics que d’autres établissements n’arrivent pas à prendre en
charge », alors même que le sérieux et l’efficacité de son travail en termes de prévention et
donc en économie de coûts sont reconnus, aucun financement pérenne ne stabilise ce centre
de santé. »
Pour comprendre les difficultés de création de ce type de projet, il semble aussi important de
comprendre les changements induits par les démarches communautaires, citées dans la
littérature :
Jean Luc Véret (47) aborde lui aussi la question des formations initiales sanitaires et
sociales inadaptées pour l’exercice de la santé communautaire. En effet, il décrit 3
déplacements majeurs à opérer pour exercer en santé communautaire :
33
termes de santé positive, de bien-être.
o Ils sont formés à la «prise en charge» des usagers, qui implique toujours une
part de déresponsabilisation, et ils ont à passer à un accompagnement de
personnes et de groupes considérés comme acteurs de leur santé, c’est-à-dire
leur propre projet de vie
[Link] (20) nous rappelle aussi que dans les années 70, apparaît une séparation
entre les différents pays autour des stratégies sanitaires : d’un côté les pays qui font le choix
d’une approche collective (prévention, accès aux soins médicaux de base pour tous) ; de
l’autre, les pays (dont la France) font le choix d’une médecine hautement technologique, en
laissant peu de place à la prévention, et peu de place à la compréhension et la résolution d’un
environnement générateur de maladie. Dans ces pays, le médecin est plutôt formé à la gestion
de la maladie qui n’est qu’une petite contribution à l’état de santé d’une population.
34
INTRODUCTION
35
associations) et ceux qui vivent sur ce territoire (les habitants), visant donc à agir directement
à la source des problèmes identifiés collectivement.
Depuis les années 1970 des « maisons médicales » se sont développées après les
contestations de 1968, pour tenter de lutter contre les inégalités sociales de santé (15). Les
professionnels de santé trouvaient la médecine trop technique, inégalitaire et soignant plus
que ne prévenant la maladie. Le modèle médical paternaliste dominait, laissant pas de place
ni à la collaboration médecin patient ou à la collaboration(54) interprofessionnelle. Ces
maisons médicales rassemblaient des équipes pluridisciplinaires (accueillant.e.s, médecins
généralistes, infirmier.e.s, kinésithérapeutes, travailleurs social, psychologues). Leurs
objectifs étaient répondre aux besoins par une offre de soins globaux (prenant en compte les
aspects médico-psycho-sociaux et environnementaux) et intégrés (englobant les aspects
curatifs, préventif, palliatif et la promotion santé), de participer, avec d’autres acteurs de la vie
sociale, à un processus d’évaluation des besoins de la communauté, rechercher de solutions et
promouvoir l’autonomie des personnes et la participation citoyenne. L’ancrage dans le
quartier, la participation à des dynamiques locales, une démarche qui valorise le savoir et les
compétences populaires et les articulent avec ceux des professionnels, l’interpellation des
pouvoirs publics au sujet de problématiques influençant l’état de santé des populations ont été
mis en place pour répondre aux objectifs de la charte des maisons de santé. Les maisons
médicales belges s’appuient sur une dynamique de participation communautaire : elles
identifient les besoins des usagers et mettent en place des actions collectives à partir des
besoins identifiés. En 2018, 175 maisons médicales belges prenaient en charge 370 000
usagers (54). Au Québec, au début des années 70, les premiers centres locaux de services
communautaires voyaient le jour (55) pour des territoires bien délimités. Leurs missions, par
approche globale, multidisciplinaire et communautaire, étaient d’améliorer l’état de santé et
de bien être des individus de la communauté. Parmi les valeurs sous tendues au sein des
CLSC on retrouvait le renforcement du partenariat avec les organisations issues de la
communauté, la reconnaissance et la valorisation des personnes et des communautés en
adaptant les approches et les services à leurs besoins et à leurs valeurs, et en travaillant à
réduire les inégalités socio-économiques (56). L’esprit des CLSC qui plaçait l’usager et la
santé globale au cœur de la démarche de soins, n’est plus aujourd’hui une réalité. En effet,
depuis le désengagement financier de l’Etat, la réalisation de partenariats public-privé, les
CLSC sont devenus de lourdes machines administratives, qui ont perdu l’ambition de
proximité qu’ils avaient à la création.
36
En France, des centres de santé communautaire, dont les projets de santé s’inspirent des
éléments figurant dans la Charte d’Ottawa se sont créés, à partir des années 2000. Notons
qu’un premier centre de santé municipal, avec un projet de santé communautaire, avait ouvert
à Evry dans les années 1980. Défendant aussi la promotion santé, et partageant des valeurs
communes aux maisons médicales belges et des centres locaux de services communautaires
au Québec tels que ces derniers avaient été pensés initialement, les centres de santé
communautaire sont encore minoritaires en France, contrairement à leurs « équivalents »
belges et québécois. Il semble que le développement de ce type de structures pourrait réduire
les inégalités sociales de santé. Cependant, ces dernières sont peu nombreuses sur le territoire
français (à notre connaissance il en existe cinq sur le territoire en 2019). . Alors que dans
d’autres pays, un développement important s’est opéré depuis un demi-siècle. Les éléments
de la littérature traitaient surtout des difficultés pour la promotion santé et la santé
communautaire à s’imposer en France, On retrouve par exemple que la santé communautaire
implique une répartition des savoirs et des pouvoirs entre les professionnels et les populations
(16), (15) la nécessité de passer à vision collective et non uniquement individuelle de la santé
(47), (18), et les difficultés de financements des projets de promotion santé (44). Cependant,
l’absence de données dans la littérature concernant cette disparité entre la France et d’autres
pays nous a conduit à mener cette recherche.
Notre hypothèse de travail était que les freins à la création et à la pérennisation sont
nombreux et limitent le développement de ces structures en France. Une identification des
difficultés rencontrées permettrait d’accompagner les porteurs de projets.
Question de recherche
Quels sont les freins et les leviers rencontrés lors de la création de centre de santé
communautaire en France ?
Objectifs de la thèse:
Primaire : Explorer les freins et les leviers lors de la création de centre de santé
communautaire en France, auprès de leurs créateurs.
Secondaires :
- Comprendre dans quels contextes sont nés ces projets
37
MATERIEL ET METHODE
I- Type d’étude :
Pour le recueil des données, des entretiens collectifs (focus group) ont été réalisés. Ce
choix a été fait afin de favoriser l'émergence de toutes les opinions (57). L’émulsion du
groupe permet l’élaboration d’un savoir riche, en suscitant une discussion ouverte répondant à
une logique de créativité. Cette méthode permettait aussi de favoriser l’implication du milieu
exploré, en lui donnant la parole et en le reconnaissant expert d’un vécu personnel. La
méthode semblait d’autant plus appropriée que la population concernée a une grande
expérience du travail collectif ; nous avons donc émis l’hypothèse qu’une telle méthode
n’inhiberait pas la parole de chacun mais serait plutôt stimulante. Les participants avaient en
commun la participation à la création d’un centre de santé communautaire.
Les critères COREQ (Consolidated Criteria for Reporting Qualitative) ont été utilisés pour
mener à bien ce travail selon recommandations de bonnes pratiques (58).
38
II- Méthodologie de la recherche documentaire
- Une phase exploratoire de décembre 2016 à septembre 2017 : Lors de cette phase, des
rencontres avec différents acteurs de la santé communautaire ont permis de réfléchir et
d’établir une problématique pertinente dans l’état actuel de la science.
Les références ont été confrontées par un étudiant en master de recherche en sciences
humaines réalisant son mémoire sur la participation des usagers en santé.
Le logiciel ZOTERO© a été une aide pour la gestion de l’ensemble de ces données.
39
directeur de thèse et co-président de l’institut Renaudot Philippe LEFEVRE, ainsi que
l’expérience méthodologique de la directrice de thèse Sofia PERROTION, ont permis
l’élaboration de la trame du premier guide d’entretien.
a. Description du guide
Le canevas comportait une trame de questions ouvertes et de relance afin d’explorer les
thèmes abordés :
- L’historique de la création (contexte …)
- Les freins et les difficultés rencontrés lors de la création
- Les leviers permettant de dépasser les freins
- La pérennité de ces structures
- La participation
o Des habitants
o Des professionnels
Il a également fait l’objet d’une triangulation des chercheurs lors d’un atelier méthodologique
sur la recherche qualitative organisée par des enseignants de médecine générale de la faculté
de Lyon. Cet atelier a permis de travailler sur la question brise glace, et sur l’articulation des
différentes grandes questions.
b. Evolution du guide
Un premier test sans enregistrement a été réalisé d’une part lors de l’atelier « méthodologie
recherche qualitative » pour m’assurer de la bonne compréhension, de la fluidité des
questions. Le canevas a été progressivement retravaillé au fur et à mesure des différents focus
group afin de le rendre de plus en plus performant.
40
IV- Population étudiée (ou constitution de l’échantillon)
- Critères d’inclusion :
o Avoir plus de 18 ans
o Avoir été acteur de la création d’un centre de santé communautaire.
- Critères d’exclusion :
o Créateurs de centre de santé avec une orientation non communautaire, et
notamment les centres de santé municipaux…
b. Procédure de recrutement
Les projets de centre de santé communautaire étant assez variés, il semblait important
que l’échantillon soit composé de différents centres.
Il en existe moins d’une dizaine en France, donc le recrutement est relativement limité. Nous
avions déjà des contacts établis lors de rencontres dans le passé dans les différents centres.
Nous avons donc contacté un membre dans chaque centre de santé communautaire par mail
ou par téléphone. Nous présentions la thématique de la thèse, les critères d’inclusion, et
demandions s’il était possible de réunir 5 à 8 personnes pour un focus group. La demande
était que le groupe soit le plus varié possible, incluant des acteurs de la création (tout corps
professionnels, habitants, politiques). Nous avons veillé à ce qu’aucun facteur ne vienne
entraver la prise de parole (notamment l’absence de supérieur hiérarchique direct). Après leur
accord et la constitution du groupe, nous convenions d’un rendez-vous dans leur centre de
santé.
L’organisation des groupes a eu lieu entre le 20 février 2018 et le 2 juillet 2018.
Les entretiens se sont déroulés dans l’ordre d’acceptation et de disponibilité, en veillant à
l’équilibre des groupes (répartition de différents professionnels en particuliers).
Pour le recrutement des entretiens semi-dirigés, ce sont les professionnels eux-mêmes qui ont
proposé à des habitants ou des acteurs de la création de participer. Leurs coordonnées étaient
alors transmises à la chercheuse afin de convenir d’un lieu et d’une date de rencontre.
41
Le recrutement s’est arrêté lorsque l’ensemble des centres à orientation santé
communautaire en France a été rencontré, à l’exception du projet dont faisait partie la
chercheuse. Nous nous sommes déplacés dans quatre villes de France que l’on ne pourra pas
citer afin de respecter l’anonymat. Il n’y a pas eu de recherche de saturation des données
puisque l’échantillon n’était pas extensible.
Pour des raisons logistiques (éloignement géographique entre les différents centres),
l’animation de ces focus group a été menée par différents modérateurs ayant tous une
expérience en animation de focus group.
Un contact par mail puis téléphonique avait lieu afin de présenter le projet, le guide
d’entretien, et le partage des temps de parole (entre observatrice et modérateur).
Pour le dernier focus group et pour les entretiens semi-dirigés, faute de modérateur
disponible, la modératrice était la chercheuse.
Le focus group a été réalisé dans les centres de santé. Cela nous a permis un temps
d’observation, d’imprégnation du lieu, des différents espaces (en particuliers celui des salles
d’attente), et un temps de visite et de présentation.
42
c. Déroulement des séances de focus group et des entretiens semi-dirigés
Les entretiens collectifs ont été menés par un animateur (différent pour chaque focus
group) qui s’appuyait sur le guide élaboré par le chercheur. L’animateur était une personne
ayant une expérience du focus group. Un contact par mail puis téléphonique avait eu lieu afin
de présenter le projet, le guide d’entretien, et le partage des temps de parole.
43
VIII- Analyse des données
Les entretiens ont été écoutés et analysés dans l’ordre du recueil des données.
Une analyse manuelle a été effectuée par l’investigatrice seule au fur et à mesure de chaque
retranscription des quatre focus groupes, de façon verticale et selon une méthode d’analyse
intuitive, en surlignant les données pertinentes. Les entretiens ont été relus à plusieurs reprises
afin d’avoir une analyse la plus exhaustive possible. Une deuxième analyse a été réalisée
lorsque les quatre entretiens ont été terminés. Chaque verbatim (unité d’analyse) pertinent ou
intéressant a été noté et ensuite regroupé par thème en assemblant les données des quatre
focus group et des entretiens semi-dirigés. Une analyse horizontale a permis de repérer les
occurrences des thèmes et sous-thèmes. La triangulation des résultats a été réalisée en
présence de la directrice de thèse et de la chercheuse, après que chacune ait analysé les
données de manière indépendante. Cette mise en commun consensuelle a ensuite permis de
créer différents thèmes et sous thèmes permettant d’assurer la crédibilité des résultats.
Les thèmes et sous -thèmes ont été retranscrits dans un tableau thématique.
44
Claude Bernard Lyon 1, agissant en tant que responsable dudit traitement, sous la référence
n°2019/004.
b. Confidentialité
Selon le code de santé publique toutes les personnes appelées à prendre connaissance de
l’étude sont tenues au secret professionnel.
Les internes ont été informés de l’étude, du temps de passation et de l’utilisation des
données dans un langage clair par une fiche descriptive.
c. Conflit d’intérêt
La chercheuse déclare comme lien d’intérêt de faire elle-même partie de création d’un
projet de centre de santé communautaire. La triangulation des données était donc
indispensable. Afin de limiter au maximum les biais induits par ce lien d’intérêt, un journal de
bord a été réalisé avant le premier entretien, afin de réaliser un travail sur les postures du
chercheur (et notamment les a priori sur le sujet).
Aucune donnée brute ou nominative informatisée ne sera conservée à l’issue du travail. Seul
le format papier et anonymisé sera conservé au bureau des thèses et référencé.
45
RESULTATS
A. Description de la population
La description de l’échantillon des focus group est présentée dans les tableaux ci-dessous
46
Age Sexe Profession Statut actuel dans le centre Expérience en lien avec création Habitant(e) du
de santé CSC quartier
47
Age Sexe Profession Statut dans le centre de Expérience en lien avec création Habitant(e)
santé CSC du quartier
48
Age Sexe Profession Statut dans le centre de santé Expérience en lien avec création CSC Habitant(e) du
quartier
PE18 45 H Gestionnaire salarié Non
coordonnateur
PE19 34 F IDE Salariée DU psychiatrie, DU santé communautaire, Non
Age Sexe Profession Statut dans Expérience en lien avec création CSC Habitante
le centre de du
santé quartier
A1 44 F Sans Usagère Membre du conseil citoyen, vie associative oui
E1 38 F Coordination régionale centre de santé Aucun NR
I1 33 F Agent de surface Salariée Oui oui
49
B. Analyse des résultats
‐ La création d’un collectif qui était la première étape nécessaire du processus ; elle
nécessitait des échanges permanents et des modifications en fonction des expériences
‐ La création d’un projet de santé communautaire sur un territoire défini, également
écrit de manière progressive, en interdisciplinarité, et en intégrant la population dès le
début du processus.
‐ Les relations laborieuses avec les institutions publiques, relations néanmoins
nécessaires pour la mise en place d’un centre de santé communautaire.
‐ Des étapes logistiques nécessaires à la mise en place du centre de santé
Les thèmes et les sous-thèmes sont regroupés dans le tableau 4 à la fin des résultats.
Les créateurs définissaient la création du collectif comme l’une, voire la première étape de
la création de ces centres de santé communautaire.
50
ii. Modification permanente du fonctionnement par l’expérimentation
PE5 : « Le travail de séminaire qu’on fait chaque année, je dirais plutôt que cela nous
permet de re-questionner nos façons de faire »
PE2 : « tout ça a été brassé, re-brassé, avec des fonctionnements qui ont été re-réfléchis.»
PE15 : « il y a eu des réunions où c’était le bordel où on sortait supers énervés, où personne
ne s’écoutait ; je pense qu’on a intégré presque inconsciemment des outils de l’ordre du tour
de parole, de l’ordre d’écoute bienveillante de l’autre »
PE4 : « il y en a qui sont partis du projet, il a fallu les remplacer (…) on le savait dès le
départ. C’est juste que cela fait drôle quand on est dans une phase de pré projet. »
PE2 : « Après du coup on s’était retrouvés à revoir chaque personne en individuel pour lui
dire un peu la réponse quoi. C’était ça les entretiens après. On ne l’avait pas du tout pensé au
départ mais c’était quand même très bizarre. »
Instance extérieure :
PE18 : « Il y a des membres qui intègrent le CA car on commence à toucher des choses qui ne
sont pas simples comme les ressources humaines et on se rend compte que d’avoir une
instance autre que les professionnels qui sont dans le jus, ça peut être bénéfique »
51
PE7 : « il y a une grande partie qui est importante : le personnel d’accueil qui reçoit les
usagers ; et il y a tout un travail qualitatif sur les postures d’accueil, la pluri professionnalité
(…); quelque part, cela l’a inclus dans la dynamique, dans une équipe vraiment pluri
professionnelle »
Liberté d’engagement
PE15 : « on s’est posés et on s’est dit, on parlait un peu de la souveraineté, c’est à dire qu’on
s’est dit « ceux qui sont là aux réunions sont là, ceux qui ne veulent plus, ou pas venir, bah ils
ont le droit de ne pas venir »
52
A1 : « Ce serait super qu’il y ait une petite formation pendant les études de médecine, sur
« c’est quoi l’exercice en équipe, c’est quoi la pluri-professionnalité, avec des pairs. C’est
quoi la gestion de l’égo ? La gestion du pouvoir. »
PE8 : « c’est comment faire de l’individuel qui a été bien culturellement enseigné, à un projet
collectif qui apporte plus de satisfaction que l’exercice individuel »
Cela impliquait aussi une hétérogénéité socio-culturelle pouvant être une force et une
difficulté pour le collectif.
PE15 : « ça ce n’est pas simple quand on vient tous de pleins de milieux et de formation et de
vie différentes »
PE13 : « je pense que c’est important d’avoir une mixité (...) Le fait qu’il y ait eu des
médiatrices qui parlent arabe, qui parlent le soninké ; à un moment on avait même eu une
nana à l’administration qui parlait le tamoul »
Cela nécessitait aussi un travail autour des enjeux de pouvoirs en lien avec les différents
métiers.
PE2 : « j’ai l’impression qu’on est assez conscients des enjeux, notamment des enjeux de
temps de travail, des enjeux de responsabilité, diverses, de pouvoir, de rapport de pouvoir, et
qu’on les travaille tout le temps. »
53
Argument pour les financeurs
A1 : « au niveau de l’ARS, le fait que cela soit une équipe de professionnels de santé qui
monte la structure c’est hyper bien reçu parce que justement ils ne veulent plus de coquille
vide »
Création de protocoles
PE13 : « On a besoin de protocole ; justement pour pouvoir garder cette unité de travail. »
54
Nécessité de confiance dans le groupe et d’un portage commun
PE15 : « le moment vraiment marquant de on se fait confiance quand les autres ne sont pas
là ; ce qui est important c’est le chemin qu’on est en train de faire ensemble, peut être plus
que le résultat »
PE14 : « cela suppose que tous les professionnels partagent le projet et le défendent. »
PE1 : « On n’a pas été loin d’exploser en plein vol pour des raisons qu’on ne pouvait pas
commencer.»
Ces créations de centres de santé communautaire étaient de longs parcours mettant parfois les
collectifs en difficulté. Les professionnels décrivaient les outils qu’ils avaient mobilisés afin
de tenir sur la longueur.
55
iv. Accompagnement extérieur par des associations d’éducation
populaire
PE1 : « il y a eu besoin de trouver comment fonctionner ensemble. Assez rapidement on a fait
appel aux coopératives d’éducation populaire »
PE21 : « on a travaillé avec une association, qui gère à la fois des thèmes qui nous
concernait mais aussi avec des outils d’éducation populaire que eux nous amenaient »
56
PE15 : « être vigilant de ne pas être dans un truc sacrificiel (…) cela a aussi fait émerger
d’autres mobilisations du reste du groupe. »
xi. Résilience
PE15 : « moi le jour où je me suis dit que j’allais vraiment rester dans ce projet, c’est le jour
où j’ai accepté le fait de me dire : peut être qu’il ne se fera pas. »
La création du collectif était une étape essentielle au projet, citée comme l’une des
premières, voire la première, dans la création des centres de santé communautaire. Il s’agissait
donc de partir de l’humain et non de partir du projet pour commencer.
La construction du collectif était progressive ; elle a été possible grâce à des temps
d’échange nombreux, une modification permanente du fonctionnement par l’expérimentation,
l’intégration réfléchie de nouveaux membres. Les difficultés décrites dans cette création du
collectif étaient, pour certains : l’intégration du personnel d’accueil dans le projet, la gestion
des ressources humaines.
Des professionnels d’horizons différents se retrouvaient pour créer un socle commun.
Cela nécessitait donc la construction d’une équipe pluri-professionnelle et la co-construction
d’un projet avec une équipe soudée.
Les facteurs ayant permis la pérennité du collectif étaient notamment l’organisation de
rituels annuels, un collectif à taille humaine, l’existence de temps conviviaux, le soutien au sein
de l’équipe, l’accompagnement extérieur…
57
II- Création d’un projet de santé communautaire
a. Historique de la création
L’historique de chaque projet était très dépendant du contexte local, et était influencé
par les personnalités des créateurs.
PE1 : « Quand on ouvre on essaye de n’avoir rien laissé au hasard. Et c’est plutôt un
fonctionnement qui nous est, enfin moi en tout cas, assez agréable »
PE1 : « On est perfectionniste sur des trucs et on a encore pleins de choses à régler et à
faire »
PE10 « On est quand même obligé de dire que sans ce tempérament de … je ne sais si on
aurait été au bout ou si on aurait eu ce toupet. »
PE10 : « Ce qui a facilité les trucs à la création c’était un peu ce côté fonceur, et
effectivement bricoleur, c’est à dire surmonter les obstacles, les épreuves les uns derrières les
autres, les surmonter avec parfois du bricolage c’est sûr. »
Les projets ont pu aboutir grâce aux rencontres régulières et nombreuses entre créateurs.
PE1 : « On est quand même un groupe qui pendant 4 ans on s’est vu, on a banalisé nos
mardis soirs pendant 4 ans quoi. »
PE15 : « C’était un très gros investissement qui n’a fait qu’augmenter avec le temps et sur la
dernière année c’était une ou deux réunions par semaine ; et on posait des RTT pour pouvoir
aller à des réunions en journée. »
58
Les centres ont pu être crée grâce à une phase exploratoire avec plusieurs outils mobilisés :
Recherche documentaire :
PE16 : « donc cela nécessite quand même de réfléchir à mort sur ces concepts, pour pouvoir
après le défendre auprès de soi même et des autres ; cela nécessité d’avoir beaucoup pensé,
lu. »
PE10 : « Il y avait quand même une grosse différence entre lui et nous parce que lui il avait
déjà un bagage théorique assez poussé au niveau de tout ça. »
59
Les créateurs décrivaient une phase d’utopie initiale, puis une nécessaire adaptation avec la
réalité du terrain.
PE1 : « on était plus juste des jeunes gens qui se réunissions dans des appart pour discuter
de la vie en rêvant d’un projet »
PE15 : « je trouve qu’il fallait être vachement vigilent et être aussi assez humble en disant :
ok nous on a des envies mais on va rencontrer des personnes qui ont des besoins »
PE21 : « c’est après avoir rêver à ce qu’on voulait qu’on est passé à l’aspect pratique »
PE20 : « il y a les choses qu’on a gardé, il y a les choses sur lequel on est revenu (notamment
l’égalité salarial) parce qu’il y a la réalité qui nous a fait lâché un peu »
L’historique des projets a aussi été marqué par des crises pouvant aller jusqu’à la menace
d’abandon du projet, mais ayant finalement permis de faire évoluer le projet
i. Choix du quartier
Le choix du quartier s’était fait selon plusieurs critères :
60
Taille du quartier en rapport avec taille de l’équipe
PE1 : « On ne veut pas, on ne sera jamais une équipe de 50 personnes. Et du coup pour
pouvoir répondre à la demande, il faut quand même avoir à peu près une taille qui répond à
la demande »
PE21 « On est tous un peu des bobos de la plaine blancs qui avons fait de longues études
mais comment on arrive sur un quartier plus racisé »
PE1 : « On se pose des questions de comment arriver sur le quartier parce qu’on se dit qu’on
est euh des petits blancs, des petites blanches, de milieu euh, en tout cas de la petite
bourgeoisie intellectuelle française qui arrivons avec nos gros sabots voilà. »
61
A1 : « passer 3 ans sur le terrain, à créer du lien avec les usagers, les habitants, les
partenaires, pour se faire connaître. Mais du coup je suis sûre que leur centre il marche pour
ça»
Une des caractéristiques du projet pour les créateurs était la vision globale de la santé.
Cette vision regroupait plusieurs valeurs s’exprimant dans le projet.
Pour réduire ces inégalités, les créateurs inscrivaient dans leur projet les objectifs suivant :
62
E1 : « C’est prendre en compte tout ce qui va agir dans la vie du patient. C’est prendre en
compte son cadre de vie, c’est prendre en compte l’endroit où il vit, la façon dont il vit, ses
revenus, prendre l’individu en entier et pas prendre en compte l’individu comme un malade »
Répondant à une vision collective de la santé, des ateliers de groupe étaient organisés. Les
créateurs y voyaient plusieurs bénéfices :
Créer du lien
PE13 : « lutter contre l’isolement, créer du lien, moi je le vois beaucoup comme ça : voir du
monde, se rendre compte qu’ils ont des qualités dans la reprise de confiance en soi. »
PE5 : « que tu as touché à quelques aspects de ce travail collectif pour dire ce qui est
isolement, créer du lien »
Démédicaliser : la santé n’étant pas que l’affaire des médecins et des professionnels de santé
PE2 : « Toi tu es médecin et tu ne sais pas trop quoi faire d’autre au final que de médicaliser.
Et du coup d’avoir d’autres choses possibles à faire, ça fait du bien. Tu as l’impression de
mieux travailler en fait.»
63
Partage des savoirs, valorisation des savoirs expérientiels
PE3 : « je me suis rendu compte que mettre les gens ensemble, causer de problèmes en
commun, ça fonctionnait beaucoup mieux que moi tout seul.»
PE3 : « Du coup pour moi ça a du sens de partir de l’expérience des gens et de la mettre en
commun, de reconnaître cette expertise collective, versus l’expertise des soins disant experts
de la santé formés aux sujets qui ne vivent pas forcément les situations et qui en ont donc une
vue très éloignée. »
PE3 : « un groupe sur les problèmes de…, je me suis rendu compte que le contenu que moi
j’amenais n’avait aucun sens et surtout n’avait pas d’intérêt parce que les gens qui vivent
leur … sont largement capable d’échanger entre eux sur leurs problèmes, avec leurs mots »
Les postures soignantes plus horizontales étaient aussi défendues dans le cadre de la relation
individuelle soignant soigné.
PE14 : « c’est aussi ce qu’on défend que le médecin il ne sait pas tout ; il n’est pas détenteur
de tout le savoir ; des fois on apprend ensemble »
La médiation santé était une autre valeur forte présente dans la plupart des projets. Elle
apportait plusieurs bénéfices mais était encore limitée par de nombreux freins. Sa
généralisation pourrait être possible grâce à certains leviers.
64
i. Forces
Amélioration de la qualité des soins et le relation de confiance soignant soigné
PE13 : « ça favorise la confiance. »
PE13 : « Je pense aussi qu’elles nous ont défendues parfois pour des personnes qui avaient
l’impression qu’on ne prenait pas en compte leur demande. »
ii. Freins
Mépris de certains professionnels hors du projet
PE5 : « je me suis présentée médiatrice, il y avait des professionnels qui disaient « non mais
c’est n’importe quoi ; il ne manquait plus que ça ; appelons un chat par un chat » ».
65
iii. Leviers
Professionnalisation et création référentiel métier
PE8 : « On continue parce qu’on a beaucoup participé au référentiel métier de la médiation
en santé, aux articles de lois. Les médiatrices ont été invitées au Sénat pour aller défendre
leur métier »
e. Participation habitante
La participation habitante était plutôt décrite comme une valeur que comme une fin en soi.
PE3 : « La participation ça fait aussi partie de notre philosophie et elle vient se loger à
chaque endroit. »
Par ailleurs, les créateurs s’accordaient sur l’existence d’espaces de participation non prévus
par les professionnels.
PE10 : « on est étonné à chaque fois de la façon : quand il y a urgence, menace, la structure
est attaquée, la façon dont les gens se sentent propriétaires de la structure, les usagers. »
PE2 : « voir la participation à tous les endroits où elle est vraiment, de voir qu’il y en a plein,
même si on ne s’en rend pas compte »
Certains créateurs rappelaient la nécessité de maintenir l’égalité entre tous les usagers malgré
la participation.
PE13 : « peut-être que les personnes du CHUC à un moment se sont senties patients
privilégiés ; pour nous c’était impensable de privilégier certains par rapport à d’autres
Enjeu majeur de la promotion de la santé, les créateurs décrivaient les freins et les leviers à
la participation.»
i. Freins à la participation
Ne correspond pas toujours à un besoin exprimé par les habitants
PE10 : « Il y a beaucoup de choses où on pense qu’il faudrait mais peut être qu’on est
totalement à côté de la plaque et que ce n’est pas comme ça qu’il faut envisager les choses »
66
Il y a eu plein de tentatives, peut être maladroites, qu’il faudrait reprendre aujourd’hui pour
analyser »
PE2 : « nous on attend vachement que les gens participent parce que c’est le cœur du truc.
Les gens n’ont pas que ça à foutre. »
67
E1 : « Je pense que si cela avait été porté par d’autres personnes, cela n’aurait pas
fonctionné de la même façon. Je m’y serai intéressée, peut être plus de loin, mais moins
investie quand même. »
68
f. Projet vu par les professionnels de santé
i. Forces du projet
Amélioration conditions de travail
PE3 : « le bien être en tout cas que, à titre personnel, que je trouve ici, pour moi ce centre
c’est une réponse positive à tous les questionnements sur nos contextes de travail qu’on
pouvait avoir avant »
69
PE1 : « on est un centre de santé, mais on accompagne des gens aux prudhommes, on va
animer des groupes dans des foyers de personnes âgées sur l’alimentation, on tourne dans
tous les sens, on fait plein de choses. »
Lieu d’expérimentation
PE5 : « pour moi ici c’est presque un laboratoire »
PE1 : « on apprend, on fait des erreurs, des fois on fait des choses bien »
70
PE5 : « je trouve que c’est quelque chose de formidable ce qu’on est en train de vivre là »
Projet « risqué »
A1 : « C’était un pari un peu fou. »
PE10 : « la plupart des prises de risque c’est obligatoire »
71
Expérience collective antérieure
PE1 : « cela faisait un moment qu’on travaillait ensemble sur des projets associatifs et tout
ça, sur l’animation de groupe »
PE10 : « La rencontre elle se fait par le réseau (…) militant associatif autour des questions
de discrimination, d’égalité des droits »
PE16 : « Bah disons que cela a commencé quand on se rencontrait déjà dans … qui
consistait à réfléchir sur la pratique de la médecine plutôt sur un niveau politico-social et qui
servait du coup aussi à échanger sur nos expériences professionnelles diverses et variées et
nos frustrations et nos difficultés. »
Atypie :
E1 : « Quand ils ont présenté le projet, on a tous trouvé ça un peu particulier, on n’avait pas
l’habitude (…) On était intéressés mais un peu étonnés quand même»
Incompréhension initiale
PE17 : « Ils m’ont parlé du projet mais à vrai dire je n’avais pas très bien compris mais j’ai
compris qu’il y allait avoir des médecins qui allaient s’installer dans le quartier. »
E1 : « On ne comprenait pas bien ce que cela représentait la santé communautaire. C’était
un peu flou. »
PE17 : « Quand ils ont fini, je leur ai dit que je n’avais rien compris. Tout le monde m’a pris
dans un côté pour m’expliquer. »
72
Irréaliste :
E1 : « c’est bien beau leur truc, c’est un peu utopique mais comment ça peut fonctionner pour
de vrai. »
PE17 : « coup ils ont parlé de l’égalité (ndrl : égalité salariale), je leur ai dit : mais ce n’est
pas possible ; j’ai dit que j’adhérais à ces idées mais que cela n’était pas faisable. »
E1 : « « mais qu’est ce que c’est que ces hippies sur le retour qui arrivent avec leurs idées
toutes belles ». On s’est dit malheureusement ils vont vite déchanter. »
Médecins accessibles
PE17 : « Je me sens bien au château, je me sens bien avec l’équipe. J’avais peur aussi de
travailler avec les médecins ensemble et tout ça ; et je me disais « qu’est ce que je vais dire »
mais bon c’est la réalité, j’y suis et je suis contente. »
E1 : « parce qu’ils ne sont pas différents de nous ; c’est des personnes entre guillemets
normales ; ils sont proches, humains et puis ils sont rigolos aussi »
73
Relation amicale
E1 : « Et puis à force de les revoir tout le temps, je sais que quand je viens ici, j’ai
l’impression de voir des amis »
E1 : « Déjà on avait l’habitude de se faire la bise. »
Les créateurs faisaient part de leurs échanges avec d’autres professionnels de santé au
sujet du projet.
74
Tentative de démotivation par les anciens
A1 : « je me souviens de vieux médecins qui disaient : « oh on a rencontré des bandes de
jeunes ils veulent créer un centre communautaire ; ils veulent se payer que dal. C’est très
bien ; c’est beau ; mais dans 15 ans ils seront comme nous. »
A1 : « ils en avaient marre d’entendre ce discours-là : « mais vous n’y arriverez pas, vous
arriverez pas à vous rémunérer »
75
III- Lien complexe avec l’institution
Le lien entre les créateurs du projet et les institutions était marqué par une forme de co-
dépendance.
PE15 : « on s’est rendu compte qu’il y avait toute une part où c’était eux qui avaient besoin
de nous. (…) Du coup on était aussi en posture de pouvoir négocier aussi sur ça. »
PE8 : « On a la fois donné du contenu à des dispositifs mais aussi on dépend de ces
dispositifs : ils ont besoin de nous (c’est eux qui le disent) et on a besoin d’eux. Donc on a
une relation qui est un peu ambivalente avec l’institution »
Les créateurs ont exprimé un ressenti difficile autour de leur relation avec les
institutions. Plusieurs sentiments ont ainsi été exprimés.
Combat :
PE15 : « on a quand même dû bagarrer »
PE7 : « l’attaque a été faite l’année dernière contre les associations par le gouvernement »
PE11 : « Les crises elles permettent ça : de poser des réalités via des rapports de force »
PE10 : « On était tous des militants associatifs ; on avait tous un passé de militant associatif.
Donc la bagarre cela ne nous faisait pas peur à se laisser effrayer par un discours
institutionnel »
PE10 : « d’une bagarre à l’autre on arrivait à obtenir plus de trucs »
Colère
PE1 : « on continue à être très énervés »
PE1 : «le conseil départemental qui a une mission de santé et de social, refuse toujours après
un an et demi de nous voir ! ça me rend beaucoup plus fou que d’autres choses »
PE10 : « ils n’ont jamais été foutus de prendre la mesure de ce qui était en train de se
monter »
76
PE18 : « si les quartiers étaient moins abandonnés ; il y a même pas d’eau quoi sur un
quartier comme ça avec un terrain de sport ! »
Méfiance initiale
PE11 : « il y avait une franche hostilité »
PE1 : « c’est qui ces jeunes là « sous ta capuche » qui se sont permis de penser qu’ils vont
ouvrir des centres de santé »
PE8 : « je me rappelle, les institutions regardaient ça de manière un peu suspecte ; ce n’est
pas des professionnels les habitants »
PE1 : « Le directeur du centre social nous a dit : « on est obligé de se dire quand il y a des
groupes comme ça, des recherches, qui arrivent sur un quartier, si les gens viennent voir le
zoo ou pas »
Atypie
PE2 : « la nana de l’ARS qui était faite pour accompagner les projets de maison de santé,
centre de santé dire : « ce n’est jamais comme ça que cela se passe »
77
PE1 : Il faut voir qu’on était une équipe vraiment très jeune, très atypique aussi »
« ça montrait déjà tout le décalage, déjà à l’époque (…) ça leur paraissait complètement
farfelu »
Nouveauté
PE7 : « on a un peu essuyé les plâtres »
PE12 : « on est plus que très minoritaire »
PE20 : « il y a eu une étape de pédagogie avec l’institution : ce que je trouvais dur c’est que
souvent c’était nous qui leur apprenions les dernières lois, le rapport de l’IGAS »
Sémantique communautaire
PE16 : « les difficultés c’était le mot communautaire »
78
PE3 : « rien que l’appellation « communautaire » (…) il a fallu que vous défendiez, que vous
expliquiez ce terme qui fait sens pour nous mais contre sens pour les institutions qui
entendent communautarisme »
Jeunesse
PE1 : « Je pense qu’il y a un jeunisme mais vraiment fort des institutions. Pas forcément un
jeunisme méchant mais justement un jeunisme bienveillant, justement encore plus perfide
c’est à dire « ah ces jeunes ils sont sympathiques ils ont des grandes idées »
Manque de crédibilité
PE2 : « au début passer un peu pour des charlots auprès des institutions ; enfin il y a des
gens qui nous regardent à l’ARS et qui nous disent « c’est qui c’est gens, qu’est ce qui veulent
faire ? ».
PE10 : « on ne nous prenant pas au sérieux »
PE9 : « Elle nous disait que c’était de la « médecine de foire » »
Vision utopiste
PE2 : « ils verront bien »
PE3: « ça ne durera pas »
79
iii. Rôle central de la communication entre l’institution et les
professionnels pour la réussite du projet
La communication a été limitée par plusieurs freins :
Manque d’expérience
PE16 : « il fallait qu’on réponde à des appels à projet qui étaient assez spécifiques, et en
même temps on se disait qu’on n’était pas légitimes ; mais il fallait y répondre pour avoir des
sous »
Absence de connaissance du langage institutionnel par les professionnels
PE18 : « il y a un langage à parler qui n’est peut-être pas celui que tu parles dans tes murs. Il
faut les bonnes personnes »
PE21 : « On avait l’impression qu’on était des professionnels de santé et qu’on n’arrivait pas
à parler aux techniciens des subventions. »
PE10 « nous on n’avait pas la pratique du dialogue avec les pouvoirs publics. »
Personne dépendante
PE8 : «On a toujours trouvé dans l’institution des gens qui ont un rapport à leur propre
institution beaucoup plus proche de nos valeurs à nous, et qu’ils aient des espèces d’alliance
thérapeutique »
PE9 : « il y avait une animosité d’une personne de la DRAS qui nous avait dans le nez »
80
Absence de fédération comme organisme de défense et de lobby
PE21 : « on n’a pas de fédération malheureusement encore »
Alternance entre le rapport de force pour obtenir financement et compromis pour maintenir
lien
PE16 : « avoir les capacités à faire des compromis qui vont être porteurs et qui vont faire
qu’on va trouver les sous »
Congrès :
PE1 : « Aujourd’hui il y a une fan attitude ; les gens sont fans de nous, ils nous invitent
partout, discuter de tout et de rien (…) ça a l’air presque bizarre, on est les têtes de gondoles
des collocs »
81
Participations aux débats politiques :
PE8 : « on a beaucoup participé au référentiel métier de la médiation en santé, aux articles
de lois. Les médiatrices ont été invitées au sénat pour aller défendre leur métier (…) On a
comme tradition de faire avancer les choses au niveau institutionnel, et on est reconnus là-
dessus. »
Médias :
PE8 : « tu vois aussi le documentaire « … » a joué un rôle important car il a été diffusé ; cela
a permis de faire passer cette idée là. »
Réseaux sociaux :
A1 : « ce que je trouve chouette aussi dans leur projet c’est qu’ils ont ce côté alternatif mais
ils utilisent quand même les outils modernes : Facebook, pub, on parle de nous, aller dans les
congrès, communiquer. »
82
v. La persévérance permettait finalement d’obtenir des réponses
PE1 : « petit à petit on montre qu’on n’est pas juste des idéalistes, et qu’en fait on est dans
une capacité de travail assez importante, et c’est ça qui petit à petit va dénouer des choses vis
à vis des institutions sur « ah ouais mais en fait ils vont aller au bout donc, il y a un moment
où, bon, il va peut être falloir discuter avec euh ; c’est pas juste des hurluberlus ».
PE21 : « on a quand même persisté »
PE1 : « Il a fallu leur montrer qu’on irait au bout comme on l’avait pensé, et que les portes
on va les ouvrir, même si on doit foutre des coups de pieds dedans »
83
ce qui faisait originalité dans ce modèle, mais dans le détail d’organisation, combien ça
coûte, comment il faut financer… »
La création des centres de santé communautaire a été marquée par un lien complexe
de co-dépendance avec les institutions.
Les créateurs ont exprimé des ressentis difficiles (violence, combat, injustice, abandon
des quartiers populaires, épuisement, non reconnaissance du travail fourni).
La relation initiale était chaotique, en lien avec plusieurs freins : l’incompréhension du
projet par les institutions, un mépris envers le collectif de professionnels, et des difficultés de
communication.
Des moyens ont finalement été mis en œuvre pour avancer : multiplication des
échanges et médiatisation, appui sur les réseaux, réflexion territoriale comme argument de
crédibilité et de professionnalisme, réalisation d’un diagnostic communautaire, menace de
fermeture ayant permis de remobiliser les financeurs.
84
IV- Logistique
a. Envahissante
b. Volet économique
PE21 : Il y a une autre personne qui nous a permis d’arriver au projet c’est X (qui gérait le
planning pendant 8 ans, qui n’est pas soignante mais qui du coup a l’habitude de gérer des
budgets, de parler sous avec les institutions). On avait l’impression qu’on était des
professionnels de santé et qu’on n’arrivait pas à parler aux techniciens des subventions.
85
PE2 : « les problèmes, enfin c’est classique dans une équipe de bénévoles, et en plus ce
n’était pas que des bénévoles vu que Benji était salarié, de décalage d’investissement, en
même temps dû à plein de facteurs, que en même temps les gens ayant des métiers différents
(…) que du coup des décalages de pouvoir potentiellement dans le projet. »
Chômage
PE2 : « à un moment, on n’avait plus de sous, donc ça a été le chômage qui a financé nos
temps de travail ».
PE9 : « On a bricolé beaucoup aussi ; il ne faut peut être pas le mettre mais moi j’étais aux
ASSEDIC, toi aussi. »
86
A1 : « au niveau des politiques, c’est tellement dépendant de la préoccupation du moment de
la préoccupation de la ville, du politique »
Capacité du collectif à faire des compromis sur le projet pour obtenir des financements
PE15 : « c’est un sujet que l’on n’a pas vraiment choisi ; on se l’est fait imposer ; au moment
où la ville a enfin décidé de nous louer le lieu, ils nous ont fait comprendre qu’il ne fallait pas
qu’on s’appelle centre de santé communautaire »
PE21 : « c’est un jeu d’équilibriste constant de mots clefs sur un dossier, et dans la pratique,
comment on garde notre cap de santé politique »
87
PE9 : « Cela ne nous a pas empêché de demander des subventions. On a déposé des dossiers
d’appels à projets ; et du coup il y avait différents thèmes autour de la prévention »
PE15 : « mais on stresse quand même. En fait ce n’est pas tant qu’ils vont nous en donner
que la manière d’avoir de l’argent sur du fonctionnement c’est de répondre à des appels à
projets extrêmement pointus. Et du coup qui nous permet d’avoir un financement tous les
ans ; mais c’est toujours extrêmement précaire. »
Actes
PE1 : « il y a une rentabilité directe de notre activité, avec les actes, avec le fait qu’il y a la
sécurité sociale »
PE20 : « Le plus gros de nos entrées c’est la carte vitale et le paiement à l’acte »
Emplois aidés :
PE7 : « Il y avait deux trois expériences à proximité, sur les femmes relais ; qui n’étaient pas
sur le champ de la santé, mais vraiment sur le champ social et culturel ; Ces trois
expériences, c’étaient les emplois aidés, dispositifs d’insertion subventionnés, ont amené le
ministère (Aubry à cette époque), a réfléchir à proposer le dispositif adulte relais (…)
Aujourd’hui on est toujours sur ce dispositif : ici on a encore deux postes de médiatrice
financés par ce dispositif. »
Financements privés :
PE11 : « SID action qui a voulu soutenir au moins sur une phase de démarrage. Cela
n’aurait pas tenu sans ces crédits là. Car c’était quand même beaucoup d’argent. »
La recherche de financement par les équipes était marquée par une volonté d’autonomie pour
différentes raisons.
Volonté d’indépendance
PE4 : « on a fait le choix d’être indépendants de la part de subvention, et du coup c’est quand
même la pierre angulaire »
PE1 : « un des piliers sur lequel on a construit notre équilibre budgétaire, c’est pas plus de
20% de notre budget doit dépendre de subventions, d’appel à projet. »
88
A1 : « Si c’est un truc géré par les Mairies ça fait très peur à l’ARS car ça va être très lié au
politique et donc ça peut fermer. »
A1 : « Au début je pense qu’ils avaient un peu le sentiment d’être récupérés par tout le
monde. »
Absence d’engagement pérenne des financeurs générant une angoisse important pour les
membres des centres de santé communautaire
PE10 : « 2006-2008 : on n’a quasiment aucun financement public »
PE9 : « à chaque fois c’est du rajout ; c’est vraiment parce qu’on a appelé à l’aide »
PE11 : « c’est du soutien, mais ce n’est pas du financement de fonctionnement »
89
faire des actions avec les patients leurs problématiques, ce n’est quand même pas ce qui est le
plus facilement finançable. »
i. Freins
Vision individuelle de la santé et médico-centrée transmise en formation initiale notamment
PE8 : « on est dans des professions de santé dans la démarche médicale mais aussi formés à
l’exercice individualiste et que la force de ce projet, c’est que tout en respectant la dimension
individuelle de la relation avec le patient, on est en capacité de dépasser ça pour construire
un projet collectif ; et c’est ce passage qui est difficile. »
PE12 : « Parmi les freins, il y a des facteurs liés dans la manière dont on nous apprend
l’exercice de la médecine en France (…) ; je pense qu’avant même l’internat, au sein même
des études médicales, il faudrait enseigner la santé globale. On nous apprend la médecine
comme la maladie, comme le corps malade, mais l’objet du corps malade n’est pas lié qu’à la
médecine. »
90
Craintes non spécifiques à l’installation
PE12 : « Il y a l’ambiance plus globale des médecins qui ne s’installent plus : les médecins
qui au lieu de mettre 3 ans, mettent 10 ans à s’installer, avec cette sensation et ce besoin de
liberté ; un rapport à l’installation et à l’enfermement que cela peut créer. »
ii. Leviers
Temps de travail permettant équilibre vie privée/vie pro
PE14 : « on est assez exigeant dans le soin que l’on veut apporter aux gens, à la qualité de
notre accueil ; et en même temps on veut pouvoir le soir, quand on a fini, on ferme la porte,
et profiter de notre vie à nous. »
PE13 : « médecin heureux, patients heureux »
Maîtrise de stage pour faire connaître le projet et lien avec les facultés
PE12 : «je suis arrivée comme bénévole via le groupe d’interne qui travaille sur la question
du droit de séjour pour raison médicale ; j’ai fait mon dernier stage de SASPAS ici ; ensuite
j’ai signé le contrat pour être salarié »
91
A1 : « Ce qui peut favoriser la pérennité, c’est de communiquer (…) dans les facs, montrer ce
qui se fait (…), et être maître de stage pour que des internes puissent expérimenter et que ça
leur donne goût, et donc pouvoir recruter. »
d. Volet juridique
PE1 : « il y a un moment, on est dans le système de santé, on est dans l’agglomération aussi.
On n’a pas décidé d’ouvrir un squat autogéré de santé (…) Et du coup vu qu’on n’a pas fait
ce choix, il y a un moment il faut être en lien avec tout le monde aussi, et il y a vraiment de
l’intérêt à y être, et pour nous, et pour les usagers. »
92
PE15 : « C’était extrêmement important à la fois de proposer autre chose que ce qui existe ;
mais en même temps de ne pas être sur un dispensaire ou si un truc comme ça existe à
médecins du monde : on voulait être sur du droit commun (…) d’être un lieu où on est des
médecins généralistes où on est du 1er recours comme dans n’importe quel autre quartier. »
93
Accessible pour les habitants
PE20 : « tous ces habitants qui ne connaissaient ce château que de l’extérieur, qui ne
savaient pas qu’il y avait des peintures à l’intérieur alors que cela fait 40 ans qu’ils côtoient
le château ; c’était un peu comme une réquis’ »
PE21 : « sur ce lieu il y a vraiment une histoire politique de partage des richesses »
Lieu d’accueil
E1 : « Il y a l’accueil déjà qui joue beaucoup ; le fait que quand y arrive, on y est bien. On est
bien accueilli »
Lieu de confiance
PE5 : « Comme ils disent les habitants, quand ils viennent ici, « on est chez nous », ce n’est
pas comme la Mairie. « on se sent bien, on est comme chez nous » ; il y a ce sentiment de
confiance qui est établi. »
E1 : « Et on est bien accueilli. C’est comme ça qu’arrive la confiance. »
Lieu vitrine
PE15 : « Il y a un impact énorme avec les partenaires, tout le monde veut voir le lieu »
Lieu de vie
PE21 : « c’est aussi de démédicaliser, ça c’est hyper important : ne pas être dans des lieux
aseptisés tout blanc, mais plutôt quelque chose de vivant »
94
f. Adaptation des patients à une nouvelle structure et nouveaux soignants
Comme dans toute création de structure, mais plus encore dans ces lieux inhabituels,
les patients ont dû s’adapter, avec des plaintes diverses.
95
Engagement politique revendiqué :
E1 : « C’est ce qui a été abordé à …. par des usagers : on veut bien parler de tout mais il ne
faut pas faire de politique ici, ce n’est pas le lieu. Parce qu’on doit pouvoir soigner tout le
monde. »
Les principaux leviers sont : les accompagnement extérieurs, les outils d’éducation
populaire, l’existence d’un collectif soudé grâce à des temps d’échange nombreux, une
modification permanente du fonctionnement par l’expérimentation, l’intégration réfléchie de
nouveaux membres, la co-construction d’un projet commun, le travail d’inter
professionnalité ; un projet de santé solide grâce à des rencontres nombreuses et régulières
entre créateurs, l’existence d’une phase exploratoire (recherche documentaire, rencontre avec
les pairs, participation des sciences humaines et sociales), le travail approfondi
96
d’identification des besoins et d’implantation dans le quartier, l’évolution du projet avec les
réalités du terrain, l’expérience collective antérieure des créateurs, l’accompagnement
extérieur, les postures des soignants se voulant horizontales favorables aux partages des
savoirs et à la participation des usagers, l’existence d’espaces dédiés à cette participation ; la
satisfaction apporté par le projet qui venait répondre à un besoin d’alternative professionnelle
pour les créateurs. Les leviers ayant permis l’amélioration des relations avec l’institution
étaient : multiplication des échanges et médiatisation, appui sur les réseaux, réflexion
territoriale comme argument de crédibilité et de professionnalisme, réalisation d’un diagnostic
communautaire, menace de fermeture ayant permis de remobiliser les financeurs.
97
Tableau 4 : Analyse thématique
CREATION DU
COLLECTIF Construction progressive du collectif
Temps d’échange nombreux dès la création
Modification permanente du fonctionnement par
l’expérimentation
Gestion difficile des ressources humaines
Inclusion du personnel d’accueil dans le projet
Intégration de nouveaux professionnels à différentes étapes
Gestion de degrés d’investissement
Professionnels d’horizon différents créant un socle commun
Construction de l’interprofessionnalité :
hétérogénéité socio-culturelle
partage compétences
enjeux de pouvoir
de l’individuel au collectif
Partir de l’humain
Collectif soudé pour porter projet commun
Facteurs ayant permis au collectif de tenir sur la longueur et pérennité de l’équipe
Organisation d’évènements positifs et valorisants
Célébrer les victoires
Maintenir des temps conviviaux
Accompagnement extérieur par des associations d’éducation
populaire
Garder un collectif à taille humaine
Fierté et bonheur apporté par le projet
Création d’un outil de travail satisfaisant
Soutien possible au sein de l’équipe
Construction personnelle en parallèle
Organisation de rituels annuels
Résilience
98
Historique de création
Influence de la personnalité des créateurs
Rencontres régulières et fréquentes
Phase exploratoire et outils mobilisés :
Recherche documentaire
CREATION D’UN Rencontre avec les pairs et compagnonnage en France et à
l’étranger
PROJET DE SANTE
Apport de la recherche et des sciences humaines et sociales
COMMUNAUTAIRE bonne connaissance et compréhension du territoire
réalisation d’un diagnostic communautaire
99
Projet vu par les professionnels
Amélioration conditions de travail
Implantation dans le quartier favorisant la pérennité
Possibilité d’un équilibre vie privée/vie professionnelle
Travail en accord avec ses valeurs
Amélioration de la qualité des soins
Possibilité de dépasser les limites institutionnelles
Lieu d’expérimentation
Socle solide, travaillé, réfléchi
Fierté et satisfaction du travail accompli
Le terme de militant risquant de discréditer le projet
Projet « risqué »
Création énergivore avec risque d’usure
Nécessite compétences autres que le métier
Projet venait répondre à un besoin d’alternative
Engagement personnel fort à la création
Participation habitante
Projet modulable selon les besoins
Espaces libres pour permettre l’appropriation
Posture des professionnels
Existence d’espaces dédiés
Définir clairement les niveaux de participation attendue selon
les espaces
Temps conviviaux pour créer lien entre professionnels et
usagers
Echange réciproque vie du quartier/vie du centre
Place de l’accompagnement et de l’éducation populaire pour
faciliter la participation
Habitants dans le projet
Accueil du projet par les habitants
Vision de la relation avec les médecins du centre
100
RELATION Ressenti difficile des professionnels
COMPLEXE AVEC Combat
Colère
L’INSTITUTION
Sentiment d’injustice et d’abandon des quartiers populaires
Méfiance initiale
Epuisement et sentiment de violence liés aux négociations
Relation chaotique initiale
Incompréhension du projet par institutions
Mépris envers le collectif de professionnels
Rôle central de la communication pour la réussite du projet
Moyens mis en œuvre pour avancer
Multiplication des échanges et médiatisation
Informer les partenaires et financeurs de l’avancée du projet
Appui sur les réseaux
Participations aux espaces préexistants pour favoriser les partenariats
persévérance
Réflexion territoriale comme argument de crédibilité et de
Professionnalisme
Diagnostic communautaire comme expertise et améliorant la
compréhension du projet
Recueillir des données pour prouver résultats
Co-construction du modèle de financement avec les institutions
Existence de crises avec menace de fermeture ayant permis de remobiliser
les financeurs
Envahissante
Volet économique
Financement de la création
Financement du fonctionnement
101
Volet juridique
LOGISTIQUE Centre de santé et non MSP
Statut associatif
Rester dans le droit commun
Gouvernance
Ci‐après :
Figure 3 : La modélisation des étapes de création de centres de santé communautaire
102
103
Partenariats
projet
modulable
Collectif de
Habitants
professionels
2 et 3. Pour identifier les besoins, et travailler l’implantation dans un quartier, puis susciter la
participation : scop la turbine à graines, scop le contrepied, Institut Renaudot, chercheurs en
sciences humaines (sociologues, anthropologues…)…
4. Pour l’écriture du budget prévisionnel : GRCS (groupement régional de centre de santé), FNCS
(fédération national des Centres de santé)…
Pour tous : les paires dans les autres centres de santé communautaire
104
DISCUSSION
105
enjeux politiques qui traversent le monde de la santé (et absents dans la formation médicale
initiale). (65)
On ne peut quantifier ces mouvements étudiants, mais d’autres encore s’expriment
régulièrement dans une revue « pratiques, cahiers de la médecine utopique » qui associe les
regards des professionnels de santé et des sciences humaines et sociales.
Ces mouvements ne sont pas récents : en 1974, des soignants posaient dans la Charte
du syndicat de médecine (66) générale des fondamentaux similaires. Leurs utopies
s’exprimaient sous la forme d’USB (Unité Sanitaire de Base) dont une seule a existé en
France entre 1983 et 1986 à Saint Nazaire. Ces lieux, à contre-courant du climat politique de
l’époque, n’ont pas pu perdurer (67).
La généralisation des centres de santé s’était, à cette époque, aussi heurtée à de nombreux
freins, en dépit des solutions qu’elle apportait à la crise de la médecine générale.(68)
Cécile Fournier a suivi les créateurs d’une MSP dans un quartier prioritaire et doute de
la collaboration des acteurs de soins primaires pour une approche de santé publique. Idéal non
atteint au Québec (69), l’hypothèse émise par l’auteure est celle « d’une utopie nécessaire aux
professionnels pour rester engagés dans des pratiques difficiles, notamment auprès de
populations en situation de précarité ? ».
106
d. Equilibre vie privée/vie professionnelle
Certains des créateurs citaient comme besoin la nécessité d’un équilibre vie privée/vie
professionnelle, alors que d’autres rappelaient les difficultés engendrées par ce type de projet,
notamment en termes d’engagement à la création, et au moins dans les premières années
d’installation. La thèse de médecine générale d’Elsa Lemaignant (74) comparait la qualité de
vie des médecins généralistes exerçant en ambulatoire (salariés vs libéraux) en Rhône-Alpes.
Il semblait que le statut de salarié, à conditions de travail équivalentes, pourrait améliorer le
niveau de satisfaction subjectif, le niveau de qualité de vie global, et celui lié à la santé.
Cependant, le mode d’exercice ne semblait pas modifier l’exposition aux situations aux
risques professionnels. Par ailleurs, les centres de santé communautaire étant, pour la plupart
en autogestion, d’autres paramètres sont à prendre en compte, en lien avec la vie du collectif
notamment ; la volonté d’indépendance de ces centres, ainsi que la part importante de postes
non reconnus par le financement à l’acte et insuffisamment reconnus par l’accord national.
Ces éléments ajoutent une contrainte financière et donc une source potentielle d’anxiété pour
les professionnels, par rapport aux centres de santé pris en compte dans cette étude dont les
modalités d’organisation ne peuvent être comparées à celles des centres de santé de notre
thèse.
107
a. Les freins à la promotion santé et changements de pratiques nécessaires
Modifier les comportements ou agir sur les environnements : vers quelles
responsabilités?
Historiquement, la déclaration d’Alma Ata, puis la Charte d’Ottawa, venaient
s’imposer comme une alternative au paradigme biomédical en cherchant à agir sur les
environnements plutôt que sur les comportements des individus (75).
Ce débat autour du choix pour les stratégies d’amélioration de la santé, entre les actions sur
les environnements ou sur les individus est largement traité par Réal Morin dans un article
comparant la promotion santé en France et au Québec (13). En France, pour améliorer la santé
de la population, l’accent est mis sur des mesures ciblant les individus. Le Québec insiste
d’avantage sur des mesures ciblant les environnements. Entre les années 1970 et 1980, un
important mouvement de recherche et d’expérimentations visant les changements de
comportements. Nombreuses théories psychologiques, s’appuyant sur des fondements
théoriques solides, visait la prédiction ou le changement planifié de comportements (76).
Avec l’étude des notions d’attitudes, de connaissances, de croyance, d’apprentissages
cognitifs, affectifs ou psychomoteurs, plusieurs auteurs ont proposé des modèles très élaborés
de planification d’interventions d’éducation visant la modification des comportements. Les
théories sont largement reprises par le monde du commerce et des affaires. (74)
Pourtant, on s’est rapidement rendu compte qu’influencer les comportements individuels était
une tâche difficile, qui donnait des résultats très limités, s’il n’y a pas d’action qui vise à agir
sur les environnements dans lesquels les gens vivent. (78)
D’autres professionnels issus des sciences humaines (79) s’insurgent contre les
messages de prévention visant les comportements néfastes des individus, et imputant à chacun
la responsabilité de sa santé. Ils rappellent qu’en parallèle, ces discours culpabilisants passent
aussi sous silence la responsabilité industrielle et politique dans la nocivité de notre
environnement quotidien. Il ne s’agit certes pas, pour l’auteure, de renoncer aux discours de
santé publique. Mais elle suggère qu’il faut faire la part entre une responsabilisation
nécessaire et une culpabilisation illégitime. « Mettre en place d’un côté une véritable
éducation à la santé, qui permette aux individus de prendre conscience de la dangerosité de
certaines habitudes ou pratiques. Mais il faut aussi assumer une certaine fermeté politique
face à des pressions industrielles et économiques qui épuisent les individus ou sacrifient des
populations lourdement exposées à des éléments toxiques ». Qu’il s’agisse de l’alimentation
industrielle, des toxiques présents dans les solvants, peintures, les plus précaires sont souvent
108
ceux qui y sont les plus exposés, majorant une fois de plus les inégalités de santé. D’autres
professionnels, (80) dans le champ de l’éducation à la santé, s’interrogent sur l’efficacité et le
caractère éthique de leurs interventions sur les individus se situant au bas de l’échelle sociale.
En effet, comme déjà explicité précédemment, s’intéresser uniquement aux facteurs intra-
individuels des comportements de santé (connaissances, attitudes, compétences), revient à
« attribuer implicitement la responsabilité exclusive de leurs choix, de leurs comportements,
et en conséquence de leurs échecs », à ceux qui sont déjà désavantagés en termes de ressource
et d’opportunité. Considérer que les personnes malades comme responsables de leur état de
santé (en raison de leur comportements vis-à-vis des soins, ou d’habitudes de vie) est
contraire aux principes affichés dans la charte d’Ottawa (81).
Géraldine Bloy souligne, elle aussi, « la normativité sociale et la violence symbolique
des messages relatifs aux styles de vie jugés malsains, presque toujours ceux des classes
populaires ».(82)
109
Des enjeux économiques comme frein à la promotion de la santé :
Une autre difficulté de la promotion santé serait qu’elle ne peut être défendue par des
groupes dont les intérêts économiques sont contraires(85) : son application serait donc limitée
par la pression des groupes industriels (alimentation, tabac…).
110
‐ L’articulation des différents professionnels (dont les patients-intervenants) : Cela
implique de travailler sur les enjeux de pouvoirs présents au sein des équipes, mais
aussi à intégrer les savoirs expérientiels des patients-intervenants (et même des
patients non intervenants et donc non formés), et donc à repenser le pouvoir médical et
son savoir théorique, pour s’éloigner d’une vision bio-médico-centrée, et vient
bousculer le modèle très hiérarchisé des professions de santé.
‐ Le pouvoir de la médecine sur les choix de santé et par là les conditions de
l’avènement d’une démocratie sanitaire.
‐ L’objectif fixé par ces pratiques qui peuvent être plus ou moins émancipatrices :
Favorisent‐elles plutôt l’adhésion aux prescriptions des soignants, ou bien la
capacité des personnes à faire leurs propres choix en matière de santé ?
L’éducation populaire, un levier pour la réalisation des projets de santé des centres de santé
communautaire
Les créateurs citaient le rôle de l’éducation populaire comme levier à la création, mais
aussi tout au long du projet. Brigitte Sandrin met en évidence une convergence de valeurs
entre la charte de promotion de la santé et celle de l’éducation populaire : équité sociale,
démocratie par la participation individuelle et communautaire, coopération, respect de la
personne et de son environnement(88). Les méthodes d’éducation populaire développées,
inspirées de la pédagogie de la libération, du brésilien Paulo Freire, visent à faire avec ceux
qui sont concernés et non pas à leur place, en se basant sur les besoins des personnes.. Pour P.
Freire, il ne s’agit pas d’apprendre ni de transmettre à l’interlocuteur, mais plutôt de
rechercher avec lui les moyens de transformer le monde dans lequel il vit. Les connaissances
se construisent dans le dialogue. Si on le transpose à la relation soignant-soigné, ou lors des
séances d’ETP, on en revient ainsi à la reconnaissance des savoirs des patients comme un
élément indispensable à la relation. Le médecin n’est plus l’expert, mais apprend lui-même au
contact du patient. Cela nécessite avant tout, pour l’éducation thérapeutique, d’avoir un
programme ancré sur la réalité des personnes. Plus tard, Ira Shor défendra une pédagogie
émancipatrice en laissant le programme se construire à partir des besoins des apprenants. De
nouveau, si l’on transpose à l’ETP, on se rend compte que les sessions sont souvent
organisées autour des connaissances à transmettre ou des compétences à acquérir : les
messages à délivrer, le déroulement sont prévus à l’avance ; il s’agit donc d’une démarche
contraire à une éducation émancipatrice : quelle que soit la méthode utilisée, même si les
111
outils permettent une participation et une expression des patients, il s’agit d’un modèle
vertical de transmission, et non d’une co-construction. Dans les théories de Freire et Shor, les
savoirs théoriques ne viennent pas clore le débat mais plutôt le nourrir. Finalement, il s’agit
avant tout de connaître l’objectif qui est fixé lorsqu’un soignant ou un éducateur s’engagent
dans une action de prévention, de promotion de la santé ou d’éducation thérapeutique :
cherche-t-on à lui donner plus d’autonomie pour être capable de répondre aux attendus du
soignant ? Ou cherche-t-on à lui redonner du pouvoir d’agir pour faire ses propres choix
relatifs à sa santé en lien avec sa réalité et ses besoins, même s’ils ne sont pas ceux attendus
dans les recommandations de bonnes pratiques?
112
managers, des financiers, et même des sciences sociales). Tout cela nécessite des
compétences que la plupart des créateurs n’avaient pas à l’origine. Les leviers proposés sont
de plusieurs ordres : par exemple celui de l’accompagnement extérieur, incluant dans leurs
équipes des personnes formées au langage institutionnel.
Les créateurs ont cité plusieurs éléments comme levier à la participation : postures favorables
des professionnels :
- la question des postures a été en grande partie traitée dans le paragraphe précédent,
- l’existence d’espaces dédiés : ces espaces sont présents dans les rapports d’activité des
différents centres qui ne pourront être cités pour le respect de l’anonymat. On y
retrouve des espaces d’échange, de décisions avec une volonté d’égalité usagers -
professionnels (1 voie = 1 vote), de débats, de co-construction (vie du centre, envies,
besoins, révoltes) regroupant des usagers, des professionnels. Les usagers peuvent
aussi faire partie des conseils d’administration et de comités spécifiques (souvent
appelé CHUC : comité habitant usager citoyen). On retrouve dans ces espaces
l’identification des besoins et donc l’adaptation possible du projet à ceux-ci. D’autres
espaces comme « l’accueil libre » peuvent aussi être un lieu de recueil.
113
La formulation claire du niveau de participation attendu était citée par les créateurs comme un
facteur de réussite de participation habitante. Plusieurs modèles existent pour différencier ces
niveaux de participation, dont l’échelle de Arnstein.
-
Tableau 5 : échelle de Arnstein (niveaux de participation)
Pour comprendre les niveaux de participation possibles des usagers et des patients en France,
il est nécessaire de reprendre l’historique de la participation (cf. partie « contexte »). Le
principal constat retrouvé dans la littérature (30) consacrée à la démocratie sanitaire, est que
la participation des usagers se retrouve principalement dans les instances de représentation.
La participation directe des citoyens à la santé n’est pas incitée, et peu développée. C’est aussi
ce que relève le rapport « l’An II de la démocratie sanitaire ». (31) Il propose neuf
recommandations dont la nécessité de développer une « politique de formation et de
recherche en faveur de la participation des usagers, à destination des professionnels », « la
participation aux projets des services et des pôles », « permettre aux plus vulnérables de
s’impliquer dans les mécanismes de participation » (avec notamment la formation de binôme
avec un médiateur). En effet, la participation des usagers doit notamment permettre de
répondre aux besoins des usagers, y compris ceux qui sont toujours absents des espaces
d’expression et de décisions.
114
V- Création du collectif et pérennité du collectif : freins et leviers
Dans l’ouvrage « micropolitique des groupes. Pour une écologie des pratiques
collectives » (92), les auteurs s’appuient sur les réussites et les échecs de collectifs militants,
pour proposer des formes d’organisation. Cet ouvrage aborde les mêmes éléments que ceux
apportés par les créateurs. Le chapitre « rôles » nous rappelle «de ne pas oublier l’aspect
nécessaire de la lenteur dans le processus collectif », comme le disaient certains créateurs.
Cécile Fournier rappelle, elle aussi que le fonctionnement pluri-professionnel est un
« processus lent de transformation des modalités d’interaction et des cultures
professionnelles » (89). En effet, de manière plus large que les collectifs de professionnels,
l’hétérogénéité au sein d’un groupe est une caractéristique commune à tous les collectifs
(associatifs, militants ou non, bénévole ou non, professionnels…). Cette hétérogénéité était
décrite par les créateurs comme une force et parfois comme un frein. Starhawk dresse ainsi
une série de portraits éthologiques de « rôles implicites » que l’on retrouve peu ou prou
dans la plupart des groupe (93). Il s’agit de rôle qu’une personne aura spontanément
tendance à prendre d’un groupe (timide, orateur…). L’identification de ces rôles permet
notamment, de ne pas considérer ces différences comme des fatalités, et favorise ainsi
une expression mieux répartie de la parole de chacun. Ces rôles peuvent aussi être vus
et reconnus comme des forces (le « corbeau » anticipe les problèmes, le « dragon »
permet de rester connecter aux aspects pratiques…).
D’autres créateurs abordaient le risque d’un investissement devenant sacrificiel. Cette
précaution était aussi relevée dans « micro politique des groupes ». Mais les auteurs ne
cherchaient pas à incriminer les individus si certains quittent le projet après un épuisement lié
à celui-ci, mais cherchaient plutôt à penser l’organisation du collectif pour éviter cela.
Cécile Fournier a montré que le travail collaboratif sur le projet de santé favorisait la
confiance, la connaissance mutuelle et l’émergence d’un travail collectif.
Les créateurs citaient la nécessité de la cohésion du collectif autour d’un projet
commun. Il est avéré que l’augmentation de la « proximité » entre professionnels constitue un
élément majeur pour favoriser le travail coopératif. Cette notion de « proximité » peut être
décomposée en cinq dimensions, comme le propose Boschma (94) : géographique,
organisationnelle, sociale, cognitive (rappelant ainsi les valeurs communes des créateurs dès
le départ), institutionnelle. La co-construction d’un socle commun était décrite comme un
élément central au projet, tout comme la nécessité d’adaptation permanente du projet et du
fonctionnement interne à partir de l’expérience et des retours des usagers, comparables
115
respectivement à la charpente (qui correspond au socle), et au mouvement interne. La
charpente définit un certain nombre de repères. Le mouvement interne permet au groupe
d’évoluer au sein de cette charpente.
Les créateurs abordaient la nécessité de connaître et de travailler sur les enjeux de
pouvoir qui existent dans chaque groupe. Il s’agissait d’abord de les identifier, de les nommer,
puis de les travailler en permanence. Foucault remarque ainsi que « dire qu’il ne peut pas y
avoir de société sans relation de pouvoir ne veut pas dire que celles qui sont données sont
nécessaires, ni que de toute façon le « Pouvoir » constitue au cœur des sociétés une fatalité
incontournable ; mais que l’analyse, l’élaboration, la remise en question des relations de
pouvoir, et de « l’agonisme » entre relation de pouvoir et intransivité de la liberté, est une
tâche politique incessante ». (95)
116
- le vieillissement de la population
- une volonté de la part de l’Etat de contrôler les dépenses de santé
Les papiers retrouvés dans la littérature pour aborder le financement de la santé en
France dans le cadre des soins primaires abordent souvent cela sous l’angle du revenu des
médecins généralistes. Bien que la médecine générale occupe une place centrale et reconnue
dans le système de santé, il s’agit là plutôt d’explorer le financement global des soins.
En France actuellement, la rémunération des médecins généralistes est répartie
majoritairement sur la part d’activité (tarification à l’acte) pour 87%, contre 13% de part
forfaitaire. Pour les paramédicaux en ville, l’écart est plus marqué encore : 98% d’actes pour
2% de forfait. Pourtant, de nombreuses critiques ont été faites sur le paiement à l’acte. Parmi
celles-ci on retrouve l’absence de dimension collective dans les prises en charge, une
nomenclature n’intégrant pas la prévention, la globalité, le psychosocial mais privilégiant les
interventions ponctuelles (56). La tarification à l’acte incite à privilégier les actes remboursés
sans qu’ils ne soient nécessairement rentables sur le plan sanitaire. Des études ont notamment
reconnu l’existence de comportement de demande induite (98).
Dans le chapitre du Handbook of Health Economics qu’il consacre au comportement du
médecine, McGuire (2000) propose la définition suivante : « la demande induite existe quand
le médecin influence la demande de soins de son patient dans un sens différent de l’intérêt
maximal du patient, tel qu’il est identifié par le médecin ». Cela a pu être montré en
médecine générale notamment lorsque la densité médicale est forte et que des médecins
augmentent le nombre d’actes pour maintenir leur revenu, puisqu’il existe un lien direct entre
le revenu des médecins généralistes et le nombre d’actes réalisés, qu’ils le soient ou non dans
l’intérêt premier du patient. Ces pratiques sont aussi retrouvées à l’hôpital. La tarification à
l’acte est aussi un frein à l’approche populationnelle (il n’est pas prévu de recueil des données
de santé local en soins de premiers recours, en vue d’une politique de santé publique adaptée).
(96) Il n’y a pas, avec cette tarification de valorisation de la qualité ni de la coordination de
soins pertinents. (97)
On lui reconnaît cependant son efficacité pour la médecine curative, notamment chez les
patients non atteints de pathologie chronique (97). Une comparaison internationale a bien
montré que le système de soins en France est efficace pour la médecine curative mais en
retard, voire défaillant, pour la médecine préventive (99). Un article portant sur les missions
de santé publique des médecins généralistes rappelle que « la pénétration des démarches de
santé en médecine générale doit s’accompagner des mesures permettant de la libération de
temps médecin. Sans cela, le médecin généraliste ne pourra s’investir dans le recueil de
117
données, leur analyse, les choix et décisions en matière d’organisation du travail de santé
publique de l’unité de santé à laquelle il appartient » (incluant ses confrères, et les autres
acteurs locaux : ville, quartier, communauté de commune). Cette vision multipartenaire
rejoint une vision de santé communautaire. Il reconnaît aussi « la nécessité d’une organisation
différente du travail et l’indemnisation des professionnels investis hors de la réalisation des
actes quotidiens face aux patients », sortant ainsi de l’unique colloque singulier médecin-
patient. (90)
Une base forfaitaire est versée aux médecins généralistes depuis 1997 (mise en place
du médecin référent). Depuis les années 2000, les médecins reçoivent une partie de leur
rémunération sous forme forfaitaire rémunérant la qualité des soins (suivi des patients en
affection longue durée…). A partir de mars 2009, sous la base du volontariat, les médecins
traitant peuvent aussi être rémunérés à la « performance » sur des objectifs (ROSP) de
dépistage (cancers…), de prévention (vaccination…), de suivi des pathologies chroniques,
d’efficience des prescriptions (utilisation systématique de génériques)… Cette ROSP a pu être
critiquée par un certain nombre de médecins refusant d’y adhérer, comme en témoigne la
thèse de Lanja ANDRIANTSEHENOHARINALA(100) portant, par une approche qualitative,
sur les raisons exprimées de ce refus. Le syndicat de la médecine générale, syndicat voulant
réinscrire la médecine dans le champ du politique et du social, (à ne pas confondre avec le
syndicat des médecins généraliste France), la décrit comme « un outil de rémunération qui
incite financièrement à pratiquer selon des critères discutables qui peuvent entrer en
contradiction avec les intérêts ou les souhaits du patient », « un objet comptable au service de
ses (CNAM) finances et un moyen d’amadouer les médecins ». En 2010 des mesures
d’incitation au renforcement d’exercice pluri professionnel (sous la forme de MSP, de pôle ou
de centre de santé) avec les Expérimentations de nouveaux mode de rémunération (ENMR).
Elles visent à financer des activités de coordination de nouveaux services aux patients
(éducation thérapeutique collective, coopération…). La FNCS (fédération nationale des
centres de santé) dénonçait cependant la répartition inéquitable des financements entre
maisons et centre de santé.
Voyons maintenant quelques exemples à l’étranger. Les avantages et les inconvénients
des différents modes de financement sont résumés dans le tableau 6, issu d’une synthèse
documentaire(101), et ayant pour force de ne pas se limiter à une question d’efficience, en
explorant aussi l’amélioration de la qualité des soins.
118
Maisons Médicales Belges : forfait par capitation
Ces maisons médicales pratiquent la « santé intégrée » incluant les approches curatives,
préventives, de réhabilitation. En plus de la prise en compte des déterminants de la santé, il y
aussi une approche communautaire où actions de prévention et démarches auprès de la
population font partie de la stratégie d’action. La population qui y est soignée est en majorité
défavorisée, cumulant des difficultés sociales, économiques. La capitation est un système ou
l’unité de soins est rétribuée en fonction du nombre d’abonnés auxquels elle assure les soins.
Le patient qui s’inscrit dans cette unité de soin s’engage à faire appel à celle-ci qui s’engage à
donner les soins. L’assurance (publique, en France la sécurité sociale) s’engage à payer les
forfaits. Cette approche permet de ne plus distinguer les actes rémunérés (remboursés selon la
nomenclature) et les actes non rémunérés (prévention…). Il n’y a plus non plus de hiérarchie
entre les différents professionnels qui participent tous à l’amélioration de la santé globale de
la population auprès de laquelle ils interviennent.(56)
119
Tableau 6 : les propriétés des systèmes de paiement
120
Devant la nécessité de transformer le financement du système de santé face aux enjeux
actuels, le rapport Aubert « Task Force » a été publié début 2019(97). Il s’inscrit dans le cadre
de la stratégie de transformation du système de santé, lancée en février 2018 par le premier
ministre et la Ministre des solidarités et de la santé. Ce rapport rappelle deux défis majeurs
- corriger les éléments « de sous qualités » du système de santé dont la réduction des
inégalités de santé
- « maîtriser l’évolution des dépenses de santé sans paupériser le système de santé »
Les constats qui sont fait reprennent certains reproches faits à la T2A : « le financement
favorise insuffisamment la qualité, la prévention et la coordination ; et peut inciter à la
réalisation de soins non pertinents ». Le rapport rappelle la nécessité d’une vision
populationnelle, d’un financement adapté à la diversité des besoins des patients, d’une
réorientation du système centré actuellement essentiellement sur le soin curatif, vers le
préventif (les modalités relatives à la prévention secondaire et tertiaire sont majoritairement
citées, contrairement à la prévention primaire). Les finalités de la réforme sont présentes sur
la figure 3. Il s’agit donc d’un financement combiné. Parmi les éléments en lien avec notre
travail de thèse, on peut relever : la reconnaissance des conditions de vie (et donc
probablement des déterminants de santé) nécessitant une prise en charge adaptée : « le
montant du forfait devra différer en fonction de l’état clinique du patient et de son histoire
personnelle », l’évaluation de la qualité des soins en partie par la qualité ressentie par les
patients, l’existence de besoins spécifiques à chaque territoire (mais ne sont cités dans les
cibles que la psychiatrie, la HAD, les SSR, les services d’urgences : aucune mention donc
pour les problématiques spécifiques aux quartiers populaires, ni sur les actions
communautaires), la reconnaissance de la nécessaire pluri professionnalité (et notamment du
secteur social). Le rapport reste tout de même assez médico-centré, avec toujours une volonté
marquée d’agir sur les changements de comportements, plus que sur les environnements, donc
plutôt au détriment des populations les plus précaires ; il ne figure nul part ni la promotion
santé, ni la participation des patients (hormis dans l’évaluation de la qualité). Cela rejoint la
même remarque que Cécile Fournier dans la création de certaines MSP « le projet reste très
médical, centré sur l’accès aux soins, et non à la santé ». Par ailleurs, le paiement à la
performance, qui a créé tant d’inquiétudes auprès de certains médecins à son instauration, est
retrouvé, et occupe une place importante. Reste à découvrir comment les indicateurs de
qualité seront fixés.
Pour les centres de santé, le projet EPIDAURE-CDS constitue un travail préparatoire de
rédaction d’un cahier des charges avant l’expérimentation d’un forfait unique dans les centres
121
sélectionnés. Le contenu du forfait est en discussion, les modalités pratiques sont en cours de
finalisation.
Pour ce qui est des centres de santé communautaire, le forfait pourrait permettre de
financer les missions non reconnues par la tarification à l’acte et aujourd’hui financées par des
subventions majoritairement publiques (qu’il s’agisse de la coordination pluri professionnelle,
de la promotion santé et des actions de prévention, de la médiation). Actuellement, les
subventions sont majoritairement publiques ; mais il existe déjà un risque « c’est la possibilité
qui est offerte aux intérêts privés de financer les MSP et les CDS : des cliniques à but lucratif,
des mutuelles, des laboratoires pharmaceutiques… veulent accompagner leur développement.
Cela déplace la lutte idéologique : ce n’est plus tant l’opposition entre la médecine libérale et
la médecine d’Etat qui est d’actualité, mais celle entre l’organisation de l’offre de santé au
service de toute la population et une médecine au service du marché économique. » (102) Par
ailleurs, d’autres subventions viennent des appels à projet passés par les fondations. Or, la
suppression de l’ISF et donc du don ISF, entraînent une baisse considérable des ressources
des plus grandes fondations, laissant imaginer un effondrement de ces financements (103).
122
B. FORCE ET FAIBLESSE DE L’ETUDE
I- Choix de la méthode
Le choix d’une étude qualitative a été fait pour explorer les freins et les leviers qui sont
rencontrés lors de la création des centres de santé communautaires. En effet, il ne s’agissait
pas de valider statistiquement une hypothèse mais plutôt d’étudier des phénomènes
complexes dans leur milieu naturel. Il n’y avait pas de volonté de quantifier mais plutôt
d’explorer, de comprendre et d’analyser une expérience vécue. (104)
.
II- Constitution de l’échantillon
Dans deux des focus group, des habitants devaient participer aux échanges mais ne se sont pas
présentés. Des entretiens semi-dirigés ont donc été proposés pour recueillir leur témoignage.
Malgré cela une habitante n’a pas souhaité participer.
Les raisons de la non participation pouvant être évoquées sont :
o des emplois du temps empêchant de se libérer pendant une longue plage
123
horaire
o l’anxiété induite par ce type d’échange pour des personnes qui n’en ont aucune
expérience
o l’absence de contact direct préalable entre la chercheuse et les interviewés
o Le sentiment de non appartenance au projet ou au collectif.
Forces :
Les modérateurs étaient des personnes extérieures au projet dans trois des focus group,
ce qui a permis une plus grande neutralité, évitant notamment d’induire des réponses. De plus,
on peut citer une certaine compétence de ceux-ci qui avaient déjà animé plusieurs focus
group. Cela a permis de créer un échange convivial, fluide, et productif.
L’existence d’entretiens semi-dirigés a finalement probablement favorisé une
expression plus libre des habitantes que lors des focus group initialement prévus.
Le canevas d’entretien a été testé lors d’un atelier de formation, et modifié au fur et à
mesure des entretiens pour devenir de plus en plus performant. Cette phase test peut être
assimilée à une étude pilote permettant notamment de tester la bonne compréhension des
questions.
La retranscription intégrale après enregistrement audio des données par l’observateur en
personne et rapidement après l’échange présent permet de garantir une bonne qualité de
retranscription. De plus, la présence de cet observateur permet la retranscription des données
de langage non verbal. Cela permet aussi de s’assurer de la réalisation complète du guide
d’entretien.
Limites :
La clarification des réponses ambiguës n’a pas toujours été possible car l’échange était
riche, fluide, et ne pouvait être interrompu. La clarification des réponses ambigües aurait
nécessité un temps bien plus long pour ces focus group. Cependant, en cas de réponses non
interprétables, les personnes interrogées ont laissé leurs coordonnées afin de pouvoir être
contactées pour donner des précisions.
De plus il n’a pas été toujours possible pour le modérateur d’approfondir certaines
thématiques abordées par manque de connaissance d’un sujet complexe.
124
Malgré l’expérience des modérateurs, il apparaît parfois des biais de suggestion dans
la formulation de certaines questions.
Les personnes interrogées avaient très probablement déjà longuement réfléchi lors des
temps de groupe dans le cadre professionnel. Il est possible que le discours ne soit donc pas
pleinement spontané alors que c’est ce qui est préférentiellement recherché pour les études
qualitatives.
De plus, nous avons pu constater que le temps de parole n’avait pas été correctement
réparti, laissant ressortir des postures de leaders.
125
C. PERSPECTIVES
Nous nous sommes interrogés sur les regards des créateurs de centre de santé
communautaire, c’est-à-dire auprès de personnes déjà sensibilisés à ces enjeux. Il pourrait
maintenant être pertinent de s’intéresser aux internes de médecine générale ou jeunes
médecins dans l’hypothèse d’un futur mode d’exercice.
Une grande partie, abordée largement par les créateurs, n’a pas été traitée dans cette
discussion : celle du lien avec les institutions. Les enjeux complexes de cette question
dépassent mes compétences de jeune médecin généraliste. Un éclairage par un étudiant en
politique de la santé serait indispensable. Cécile Fournier cite « les travaux portant sur les
instruments de gouvernement appliqués aux nouveaux instruments des politiques dans le
domaine de la santé qui supposent l’action conjointe, plus ou moins articulée, de
professionnels de santé, d’institutions de santé publique et d’élus locaux, qui permettraient
sans doute d’améliorer la compréhension de ces résistances professionnelles et des conditions
de leur dépassement. » (105), (106), (107)
Enfin, d’autres études avec regard sociologique, abordent la création d’une MSP en
ZUC(89). Des similitudes sont retrouvées avec notre étude. Cela nous amène à nous
interroger s’il ne faudrait pas imaginer un modèle d’exercice regroupé, répondant aux enjeux
actuels de la santé, propres aux quartiers populaires, tel que le formule Didier Ménard. Il
s’agit donc de dépasser le clivage exercice libéral/exercice en centre de santé, pour permettre
la construction d’un modèle de santé globale, centré sur les besoins des populations, en
premier lieu les plus précaires.
126
127
128
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135
ANNEXES
ANNEXES 1 charte d’Ottawa
Inspirée avant tout, par l'attente, de plus en plus manifeste, d'un nouveau mouvement en
faveur de la santé publique dans le monde, cette Conférence s'est concentrée sur les besoins
des pays industrialisés, sans négliger pour autant ceux des autres régions. Elle a pris comme
point de départ les progrès accomplis grâce à la Déclaration d'Alma-Ata sur les soins de santé
primaires, les buts fixés par l'OMS dans le cadre de la stratégie de la Santé pour tous et le
débat sur l'action intersectorielle pour la santé, à l'Assemblée mondiale de la Santé.
PROMOTION DE LA SANTE
La promotion de la santé a pour but de donner aux individus davantage de maîtrise de leur
propre santé et davantage de moyens de l'améliorer. Pour parvenir à un état de complet bien-
être physique, mental et social, l'individu, ou le groupe, doit pouvoir identifier et réaliser ses
ambitions, satisfaire ses besoins et évoluer avec son milieu ou s'y adapter. La santé est donc
perçue comme une ressource de la vie quotidienne, et non comme le but de la vie; c'est un
concept positif mettant l'accent sur les ressources sociales et personnelles, et sur les capacités
physiques. La promotion de la santé ne relève donc pas seulement du secteur de la santé : elle
ne se borne pas seulement à préconiser l'adoption de modes de vie qui favorisent la bonne
santé ; son ambition est le bien-être complet de l'individu.
· se nourrir convenablement,
136
· avoir droit à la justice sociale et à un traitement équitable.
Tels sont les préalables indispensables à toute amélioration de la santé. PLAIDOYER POUR
LA SANTE
La bonne santé est une ressource majeure pour le développement social, économique et
individuel et une importante dimension de la qualité de la vie. Divers facteurs - politiques,
économiques, sociaux, culturels, environnementaux, comportementaux et biologiques -
peuvent tous la favoriser ou, au contraire, lui porter atteinte. La promotion de la santé a
précisément pour but de créer, grâce à un effort de sensibilisation, les conditions favorables
indispensables à l'épanouissement de la santé.
L'effort de promotion de la santé vise à l'équité en matière de santé. Le but est de réduire les
écarts actuels dans l'état de santé et de donner à tous les individus les moyens et les occasions
voulus pour réaliser pleinement leur potentiel de santé. Cela suppose notamment que ceux-ci
puissent s'appuyer sur un environnement favorable, aient accès à l'information, possèdent
dans la vie les aptitudes nécessaires pour faire des choix judicieux en matière de santé et
sachent tirer profit des occasions qui leur sont offertes d'opter pour une vie saine. Sans prise
sur les divers paramètres qui déterminent la santé, les gens ne peuvent espérer parvenir à leur
état de santé optimal, et il en est de même pour les femmes que pour les hommes.
MÉDIATION
Le secteur de la santé ne peut, à lui seul, assurer le cadre préalable et futur le plus propice à la
santé. La promotion de la santé exige, en fait, l'action coordonnée de tous les intéressés :
gouvernements, secteur de la santé et autres secteurs sociaux et économiques, organisations
non gouvernementales et bénévoles, autorités locales, industries et médias. Quel que soit leur
milieu, les gens sont amenés à intervenir en tant qu'individus, ou à titre de membres d'une
famille ou d'une communauté. Les groupes professionnels et sociaux, tout comme les
personnels de santé sont, quant à eux, particulièrement responsables de la médiation entre les
intérêts divergents qui se manifestent dans la société à l'égard de la santé.
Les programmes et les stratégies de promotion de la santé doivent être adaptés aux
possibilités et aux besoins locaux des pays et des régions et prendre en compte les divers
systèmes sociaux, culturels et économiques.
137
La promotion de la santé va bien au-delà des simples soins de santé. Elle inscrit la santé à
l'ordre du jour des responsables politiques de tous les secteurs et à tous les niveaux, en les
incitant à prendre conscience des conséquences de leurs décisions sur la santé et en les
amenant à admettre leur responsabilité à cet égard.
plus agréables.
La politique de promotion de la santé suppose que l'on identifie les obstacles à l'adoption de
politiques pour la santé dans les secteurs non sanitaires, et les moyens de surmonter ces
obstacles. Le but doit être de faire en sorte que le choix le plus facile pour les responsables
des politiques soit aussi le choix le meilleur du point de vue de la santé.
Nos sociétés sont complexes et interconnectées et l'on ne peut séparer la santé des autres
objectifs. Les liens qui unissent de faon inextricable les individus à leur milieu constituent la
base d'une approche socio-écologique à l'égard de la santé. Le grand principe directeur, pour
le monde entier, comme pour les régions, les nations et les communautés, est la nécessité
d'une prise de conscience des tâches qui nous incombent tous, les uns envers les autres et vis-
à-vis de notre communauté et
de notre milieu naturel. Il faut appeler l'attention sur le fait que la conservation des ressources
naturelles, où qu'elles soient, doit être considérée comme une responsabilité mondiale.
L'évolution des modes de vie, de travail et de loisir doit être une source de santé pour la
population, et la façon dont la société organise le travail doit permettre de créer une société
plus saine. La promotion de la santé engendre des conditions de vie et de travail à la fois
sûres, stimulantes, gratifiantes et agréables.
L'évaluation systématique des effets sur la santé d'un environnement en évolution rapide
notamment dans les domaines de la technologie, du travail, de l'énergie et de l'urbanisation -
est indispensable et doit être suivie d'une action garantissant le caractère positif de ces effets
sur la santé du public. La protection des milieux naturels et des espaces construits, ainsi que la
conservation des ressources naturelles, doivent être prises en compte dans toute stratégie de
138
promotion de la santé.
Il est crucial de permettre aux gens d'apprendre à faire face à tous les stades de leur vie et à se
préparer à affronter les traumatismes et les maladies chroniques. Ce travail doit être facilité
dans le cadre scolaire, familial, professionnel et communautaire et une action doit être menée
par l'intermédiaires des organismes éducatifs, professionnels, commerciaux et bénévoles et
dans les institutions elles-mêmes.
Dans le cadre des services de santé, la tâche de promotion est partagée entre les particuliers,
les groupes communautaires, les professionnels de la santé, les établissements de services, et
les gouvernements. Tous doivent oeuvrer ensemble à la création d'un système de soins servant
au mieux les intérêts de la santé.
Par delà son mandat qui consiste à offrir des services cliniques et curatifs, le secteur de la
santé doit s'orienter de plus en plus dans le sens de la promotion de la santé. Les services de
santé doivent se doter d'un mandat plus vaste, moins rigide et plus respectueux des besoins
culturels, qui les amène à soutenir les individus et les groupes dans leur recherche d'une vie
plus saine et qui ouvre la voie à une conception élargie de la santé, en faisant intervenir, à côté
139
du secteur de la santé proprement dit, d'autres composantes de caractère social, politique,
économique et environnemental. La réorientation des services de santé exige également une
attention accrue l'égard de la recherche, ainsi que des changements dans l'enseignement et la
formation des professionnels. Il faut que cela fasse évaluer l'attitude et l'organisation des
services de santé, en les recentrant sur la totalité des besoins de l'individu considérés dans son
intégralité.
La santé est engendrée et vécue dans les divers contextes de la vie quotidienne, là où
l'individu s'instruit, travaille, se délasse ou se laisse aller à manifester ses sentiments. Elle
résulte du soin que l'on prend de soi-même et d'autrui et de la capacité à prendre des décisions
et à maîtriser ses conditions de vie; elle réclame, en outre, une société dans laquelle les
conditions voulues sont réunies pour permettre à tous d'arriver à vivre en bonne santé.
L'altruisme, la vision globale et l'écologie fondent les stratégies de promotion de la santé. Les
auteurs de ces stratégies doivent donc partir du principe qu'à tous les niveaux de la
planification, de la mise en oeuvre et de l'évaluation de la promotion de la santé, tous les
partenaires, hommes ou femmes, doivent être considérés comme égaux.
• se lancer dans le combat afin de promouvoir des politiques pour la santé et à plaider en
faveur d'un engagement politique clair en faveur de la santé et de l'équité dans tous les
secteurs; • lutter contre les pressions exercées en faveur de produits dangereux, de la
déplétion des ressources, de conditions et de cadres de vie malsains et d'une alimentation
déséquilibrée; à appeler également l'attention sur les questions de santé publique posées, par
exemple, par la pollution, les dangers d'ordre professionnel, l'habitat et les
peuplements; • combler les écarts de niveau de santé dans les sociétés et à lutter contre les
inégalités dues aux règles et aux pratiques de ces sociétés; • reconnaître que les individus
constituent la principale ressource de santé; à les soutenir et à leur donner les moyens de
demeurer en bonne santé, ainsi que leurs familles et leurs amis, par des moyens financiers et
autres, et à accepter la communauté comme principal porte-parole en matière de santé, de
conditions de vie et de bien-être; • réorienter les services de santé et leurs ressources au
profit de la promotion de la santé; à partager leur pouvoir avec d'autres secteurs, d'autres
disciplines et, plus important encore, avec la population elle-même; • reconnaître que la
santé et son maintien constituent un investissement social et un défi majeur; et à traiter le
problème général que posent les modes de vie sur le plan de l'écologie. Les participants à la
Conférence prient instamment toutes les personnes intéressées de se joindre à eux dans leur
140
engagement en faveur d'une puissante alliance pour la santé.
Les participants à la Conférence sont fermement convaincus que, si les gens de tous milieux,
les organisations non gouvernementales et bénévoles, les gouvernements, l'Organisation
mondiale de la Santé et tous les autres organismes concernés s'unissent pour lancer des
stratégies de promotion de la santé conformes aux valeurs morales et sociales dont s'inspire
cette CHARTE, la Santé pour tous d'ici l'an 2000 deviendra réalité.
141
Annexe 2 : Charte de promotion des pratiques de santé communautaire 1998- Institut
Renaudot
Nous poursuivons par notre démarche, le travail de ceux qui notamment au Québec, ou plus
récemment à travers le projet OMS-Ville-Santé ont initié ou développé le concept et les
applications de santé communautaire.
Nous partageons ensemble des valeurs qui fondent notre démarche actuelle autour de la
promotion de la santé communautaire :
- une conception globale de la santé qui implique différents secteurs d'activités et justifie de la
pluridisciplinarité, - l'exigence du droit à un accès aux soins de qualité égal pour tous, une
conception démocratique des pratiques qui vise à associer toute personne au maintien, à la
préservation ou à l'amélioration de la santé,
- la solidarité qui repose pour partie importante sur un système de protection sociale et de
distribution des soins accessibles à tous, - l'exigence de qualité des réponses curatives et
préventives et leur évaluation.
- une approche collective qui remette en cause une approche individuelle dominante en
France,
142
- le changement de la relation de domination soignant-soigné par une relation "d'échange-
négociation-information".
L'environnement économique
Les enjeux économiques actuels nous concernent tous, et ont des applications plus ou moins
rapides ou visibles sur nos pratiques quotidiennes.
Un certain nombre de questions sont posées à tous les acteurs du système de santé et
influencent les réponses qu'ils auront à y apporter :
quelle est la hauteur de dépenses de santé acceptable pour les familles ou pour le budget
national ?
quelles réponses pertinentes à l'appel permanent à une bonne gestion ("maîtrise") des
dépenses de santé ?
quelles priorités en matière de santé : quelle place pour le curatif, le préventif ? quelle place
pour le quantitatif, le qualitatif ?
quelle place pour les usagers ? comment éviter la logique du plus fort ? L'environnement
social
Il peut être caractérisé par une accentuation des inégalités d'accès aux soins , un chômage
important, une paupérisation préoccupante, avec les conséquences en terme de
marginalisation, d'exclusion ou de fragilisation d'une partie conséquente de la population
qu'ils amènent.
L'environnement culturel
La citoyenneté a beaucoup évolué. Les institutions et les valeurs protégeant moins les
143
individus qu'autrefois, les informations se développant très rapidement, le citoyen réclame de
plus en plus sa place, connaît de mieux en mieux ses droits, accepte de moins en moins de
subir et de n'avoir qu'à suivre des directives.
La tendance à ce que les personnes se considèrent plus comme sujets et davantage comme
acteurs se précise. La notion de participation rentre dans les mœurs.
Les besoins et les approches des questions de santé sont fort différentes selon les cultures, les
situations sociales, l'âge, le type des pathologies rencontrées.
Les progrès atteints dans le niveau des connaissances et de leur diffusion amène une plus
grande exigence de qualité et d'efficacité.
L'environnement sanitaire
Tant que la santé était considérée comme un bien-être dont on ne devait se préoccuper que
lorsqu'il y avait déficience, tout pouvoir était donné à la médecine pour "réparer" la santé.
Tant que la maladie était considérée comme la seule conséquence d'une agression extérieure,
tout pouvoir était donné au médecin pour lutter contre ces maladies.
La maladie était l'Objet en question, le malade l'Objet victime , et le médecin le Sujet, seul
acteur.
Dans le domaine des pathologies chroniques et psychosomatiques, qui s'est hypertrophié, les
seules réponses curatives ou individuelles ne suffisent plus et montrent ici comme ailleurs les
limites du "tout curatif". La parcellisation actuelle encore trop grande des réponses sanitaires
limite leur efficacité.
La conception globale de la santé élargit à d'autres champs que le sanitaire l'intervention sur
les déterminants de la santé.
Il faut souligner que la prise ne compte de façon globale de cette dimension environnementale
se pose avec une acuité toute particulière à propos des exclus.
La Santé Communautaire, une réponse novatrice pour influer sur notre environnement
144
Une réponse à l'environnement économique
en proposant de distinguer mieux ce qui relève du système de soins de ce qui relève d'autres
secteurs et intervenants. Nous pensons ainsi contribuer aux nécessaires critères d'efficacité et
d' efficience du système de santé.
La santé communautaire vise une pratique qui permette à chaque citoyen de trouver une
réponse en santé conforme à ses besoins. Elle propose que les dispositifs sanitaires, répondant
à des besoins diversifiés, ne soient pas ségrégatifs. Elle est également productrice de lien
social et de santé sociale, redonnant à chacun et à chaque groupe une place reconnue et
valorisée.
La santé communautaire est affaire de citoyenneté. Elle sera donc une réponse appropriée aux
évolutions culturelles constatées. L'exigence de participation des citoyens est salutaire. Elle
peut permettre de repousser les limites atteintes par notre système de santé actuel.
Nous proposons de nous appuyer sur la "Charte de l'usager" élaborée à Gand (disponible au
centre de documentation de l’Institut Théophraste Renaudot) et de donner toute sa place à la
notion de négociation. Le "faire avec" devrait être un élément central pour tous les acteurs et
tous les moments des pratiques de santé communautaire : approche des besoins, stratégie,
évaluation.
145
Mieux répondre aux besoins de santé c'est aujourd'hui, tout à la fois mieux les appréhender,
partager le diagnostic et les stratégies avec les autres acteurs concernés par la santé,
rencontrer et associer la population dans cette démarche.
Le travail d'équipe, le travail en réseau, au delà des mots et des intentions, doit se construire et
s'inscrire dans la pratique du long terme.
01 Définir la communauté concernée : une action de santé sera dite communautaire lorsqu'elle
concerne une communauté qui reprend à son compte la problématique engagée, que celle-ci
émane d'experts ou non internes ou non à la communauté (l'ensemble d'une population d'un
quartier, d'une ville, d'un village, des groupes réunis pour un intérêt commun, une situation
problématique commune).
07 S'engager dans une démarche concrète de pratique de santé communautaire c'est pour le
professionnel de santé renoncer à sa toute puissance, et accepter de rentrer dans des relations
contractuelles et négociées tant avec les usagers qu'avec les groupes avec lesquels il travaille
(autres professionnels ou institutions concernées, les collectivités locales...).
146
Annexe 3 : formulaire de consentement
Je soussigné (nom)
Autorise l’enregistrement audio de l’entretien pour la thèse de médecine de Camille DELEST
au sujet de la création des centres de santé communautaire. Cet enregistrement permet la
retranscription au mot prêt de l’échange. Les propos seront anonymisés. Les enregistrements
seront supprimés à la fin du travail de recherche.
Nom prénom :
Age :
Profession :
Expérience associative ou autre ayant pu avoir un lien avec cet engagement dans la création
du centre de santé :
Pouvez vous laissé vos coordonnées afin que je puisse vous contacter si besoin :
Souhaitez vous recevoir les résultats de l’étude ? être convié (e) à la soutenance de thèse ?
147
Annexe 4 : guide d’entretien focus group
Bonjour. Tout d’abord je vous remercie toutes et tous d’être présent aujourd’hui. Je
m’appelle Camille DELEST. Je réalise une thèse de recherche dans le cadre de mes études.
Le thème de cette thèse porte sur la création de centres de santé communautaire en France.
Vous participez donc à ce travail en tant que créateur de structure et je vous en remercie.
(Ce travail de recherche pourrait aboutir à la création d’un outil vivant et participatif visant
à mettre en lumière les freins, les leviers pour permettre aux structures déjà existantes de
rester pérennes, et aux nouveaux projets de s’inspirer du travail déjà effectué. )
Pour ce faire, j’ai besoin de votre expérience, dans le projet de centre de santé
communautaire. Tout ce que vous avez à dire sera utile pour moi ; ne vous limitez pas.
N’hésitez pas à défendre vos points de vue : Plus il y aura de débat et plus le travail sera
riche. Cet échange doit être fait dans le respect de tous, avec bienveillance.
L’entretien sera enregistré afin que je puisse retranscrire par informatique à l’identique
l’ensemble des débats qui auront lieu aujourd’hui. Tout sera anonymisé. Vos noms et
prénoms ne seront pas cités dans la retranscription finale. Puis j’analyserai l’ensemble des
échanges. Je vais faire passer une feuille que vous pourrez compléter par vos coordonnées
(mail, téléphone), votre âge, votre rôle dans la structure, qui me permettront de vous joindre
si j’ai besoin de précision à distance, ou encore si vous souhaitez recevoir les résultats de
l’étude. Je vous laisserai aussi mon mail à la fin si vous souhaitez m’envoyer des
compléments de réponse à distance.
Pendant cet entretien, je serai observatrice c’est à dire que je ne prendrai pas la parole.
Je vais maintenant laisser notre animateur présenter les règles concernant ce focus group
(bienveillance, prise de parole en s’annonçant, temps de parole…).
Avez vous des questions sur le déroulé ou sur ce que nous vous demandons ?
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‐ Quelles ont été les difficultés que vous avez rencontrées tout au long du
processus de création du Centre ?
o Quelles sont les contraintes liées à ce mode d’exercice ?
o On peut lire dans la littérature que la pratique de la santé communautaire est en
décalage avec la vision habituelle de la santé, et implique des changements
dans les pratiques, dans la manière d’aborder la santé, qu’en pensez vous ? En
bref, avez vous modifier votre manière de travailler/de voir la santé ?
o Comment le projet a t il été accepté ?
o Connaissez vous des freins qui peuvent limiter la création de centre de santé
communautaire en France ?
149
Annexe 5 : guide entretien semi-dirigé
Bonjour. Tout d’abord je vous remercie toutes et tous d’être présent aujourd’hui. Je
m’appelle Camille DELEST. Je réalise une thèse de recherche dans le cadre de mes études.
Le thème de cette thèse porte sur la création de centres de santé communautaire en France.
Vous participez donc à ce travail en tant que créateur de structure et je vous en remercie.
(Ce travail de recherche pourrait aboutir à la création d’un outil vivant et participatif visant
à mettre en lumière les freins, les leviers pour permettre aux structures déjà existantes de
rester pérennes, et aux nouveaux projets de s’inspirer du travail déjà effectué. )
Pour ce faire, j’ai besoin de votre expérience, dans le projet de centre de santé
communautaire. Tout ce que vous avez à dire sera utile pour moi ; ne vous limitez pas.
N’hésitez pas à défendre vos points de vue. Cet échange sera fait avec bienveillance.
L’entretien sera enregistré afin que je puisse retranscrire par informatique à l’identique
l’ensemble des débats qui auront lieu aujourd’hui. Tout sera anonymisé. Votre nom et
prénom ne seront pas cités dans la retranscription finale. Puis j’analyserai l’ensemble des
échanges. Je vais faire passer une feuille que vous pourrez compléter par vos coordonnées
(mail, téléphone), votre âge, votre rôle dans la structure, qui me permettront de vous joindre
si j’ai besoin de précision à distance, ou encore si vous souhaitez recevoir les résultats de
l’étude. Je vous laisserai aussi mon mail à la fin si vous souhaitez m’envoyer des
compléments de réponse à distance.
Avez vous des questions sur le déroulé ou sur ce que nous vous demandons ?
PARTIE 1 : Pourriez vous vous présenter, me parlez de vous et me raconter le rôle que
vous avez eu dans la création du centre de santé ?
PARTIE 2 : Participation
Il me semble qu’une des caractéristiques d’un centre de santé communautaire est la
participation de l’ensemble des acteurs. Pourriez vous me dire comment en êtes vous
arriver à participer à la création ou à la mise en route d’un centre de santé
communautaire?
o Comment avez vous connu la santé communautaire ?
o Quel a été votre motivation initiale ? pourquoi un centre de santé
communautaire et pas un autre lieu de soin ?
o Qu’est ce qui a favoriser votre participation lors de cette création ?
Expérience associative, professionnelle, militante ?
Désir d’un travail collectif ?
Formation antérieure
Volonté d’autonomie pour tous ?
o Avez vous eu des réticences ou il y a t il eu des choses qui ont pu limiter votre
participation ?
o Qu’est ce que votre participation vous apporte et apporte au centre ?
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o Connaissez vous des freins qui peuvent limiter la création de centre de santé
communautaire en France ?
PARTIE 3 : ET POUR FINIR, il me reste une petits question si vous êtes d’accord.
‐ Auriez vous des conseils à donner aux personnes qui voudraient créer un centre de
santé communautaire ?
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DELEST Camille
Création des centres de santé communautaire en France : Freins et leviers.
Etude Qualitative par focus group et entretiens semi dirigés auprès de créateurs en France
nbr 4f., 6 tabl.
Th. Méd. : Lyon 2019 ; n°43
RESUME
Contexte : Les centres de santé communautaire, dont les projets s’appuient sur la
promotion santé, pourraient être une solution pour la réduction des inégalités sociales de
santé. Pourtant ils sont peu nombreux en France, contrairement à d’autres lieux semblables
à l’étranger. L’objectif de cette étude était d’identifier les freins et les leviers à la création
des centres de santé communautaire en France.
Matériel et Méthode : Une étude qualitative a été réalisée. Le recueil de données s’est fait
par 5 focus group, 3 entretiens semi-dirigés de créateurs de centre de santé communautaire
dans quatre villes de France.
Résultats : Les freins et les leviers ont été regroupés en quatre grandes thématiques
correspondant aux principales étapes de création. La création du collectif a notamment été
facilitée par les échanges nombreux, une modification permanente du fonctionnement par
l’expérimentation et un accompagnement extérieur. La création du projet de santé
communautaire nécessitait une phase exploratoire, un travail d’implantation et
d’identification des besoins sur le quartier, une modification du projet confronté à la réalité
du terrain. La relation entre les créateurs et les institutions était chaotique, en lien avec
l’incompréhension du projet et les difficultés de communication. Les étapes logistiques
(recherche financements, obtention d’un lieu adapté, construction juridique) étaient vécues
comme envahissantes.
Discussion : Cette étude a montré que ces centres constituaient une alternative satisfaisante
pour certains professionnels en désaccord avec le modèle de soins primaires actuel encore
trop bio-médico-centré, au prix d’un investissement temporel fort. Ces projets nécessitaient
le partage des savoirs et des pouvoirs entre professionnels et usagers afin de rester au plus
prêt des besoins de ces derniers, et la reconnaissance d’un modèle de financement global
des soins adapté à la prise en charge des déterminants de la santé.
MOTS CLES : Santé communautaire, centre de santé, soins primaires,
système de soin, promotion santé, médiation santé, santé publique, médecine
générale, organisation des soins, financement des soins,
JURY Président : Monsieur le Professeur Yves ZERBIB
Membres : Monsieur le Professeur Philippe MICHEL
Monsieur le Professeur Alain MOREAU
Monsieur le Docteur Philippe LEFEVRE
Madame le Docteur Sofia PERROTIN
DATE DE SOUTENANCE : 21 mars 2019
ADRESSE DE L'AUTEUR :
C. DELEST, 51 rue Eugène PONS, 69004 LYON, [Link]@[Link]
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