Droit international public
Introduction
1. Les manifestations du droit international public
Premier exemple : La Crise syrienne marque un enjeu important des relations
internationales ! le 6 avril 2017 des attaques à l’arme chimique ont été menées en Syrie
donc le 7 avril, les EU réagissent par des frappes aériennes menées par des navires contre
la Syrie. Le droit international est avant tout un droit de la guerre, la manière dont on
s’engage dans les conflits et comment on les mène. Ici, la crise est un défi pour les deux
branches du droit international. Les opérations menées par le régime syrien constituent
une violation du droit humanitaire. En recourant aux armes chimiques, le régime syrien
viole ses engagements internationaux ce qui habilite les autres Etats à réagir. Réagir
comment ? Depuis 1945 le droit international interdit le recours à la force dans les
relations entre les Etats donc la réaction des EU pose question. Le recours à la force est
prohibé sous deux réserves :
- Le Conseil des nations unies peut autoriser le recours à la force
- Les Etats peuvent recourir à la force en cas de légitime défense
La réaction des EU n’entre dans aucune de ces deux réserves. Donc, on peut
s’interroger sur la légalité des opérations menées par les EU ce 7 avril. Ici, on est dans un
droit international classique qui vise à encadrer la violence internationale. Le droit
international est impuissant face aux premières violations internationales commises par la
Syrie et il n’existe aucune sanction pour la réaction américaine dont on peut pourtant
discuter la légalité.
Deuxième exemple : le 22 juin 2017 l’assemblée générale des nations unies demande
l’avis concernant la situation de l’archipel des Chagos. C’est un archipel qui relevait des
territoires britanniques d’outre-mer. Au moment de l’indépendance de Maurice en 1969,
le Royaume Uni a conservé son autorité sur l’archipel et a concédé son utilisation aux EU
pour y installer une base militaire. Pour cela, tous les habitants de l’archipel ont été
déplacé vers Maurice. Depuis 1969, Maurice revendique sa souveraineté sur cet archipel et
le RU refuse de lui restituer. En juin, Maurice demande à l’assemblée générale des nations
unies de demander à la Cour internationale de justice de statuer sur la situation juridique
de l’archipel. L’affaire va être traité par La Cour à La Haye qui va se prononcer sur le
titulaire légitime de l’archipel.
Troisième exemple : la décision du CC du 31 juillet 2017 qui a statué sur la
constitutionnalité du CETA (traité conclu le 30 octobre 2016). Ce traité comprend des
accords de commerce concernant le libre-échange entre le Canada et l’UE. Il suscite
beaucoup d’opposition d’une partie de la société civile qui y voit un risque d’atteinte ou
de remise en cause de certaines règles protectrices de la santé, de l’environnement. Le 31
juillet, le CC a estimé que le traité était compatible avec la constitution donc la
ratification par le Président de la République peut avoir lieu. La ratification doit
également avoir lieu dans tous les pays de l’UE.
Quatrième exemple : l’affaire des biens mal acquis qui concerne des dirigeants
africains suspectés de s’être enrichis sur le dos de leur population. Les organisations
gouvernementales se sont aperçues que ces fonds illégalement soustraits aux Etats ont été
utilisé en France. Une action a été introduite pour détournement de fonds publics, de
biens sociaux, devant les juridictions françaises. L’affaire est allée jusqu’à la Cour de
cassation notamment parce M. Obyeng a invoqué l’immunité qu’il détient par le droit
international. Or, la CCass déclare qu’il n’y a pas d’immunité, qu’il s’agit d’une
manipulation. M. Obyeng a été condamné à de la prison mais la Guinée estime qu’il y a un
problème international car la France a violé l’immunité que la Guinée bénéficie en vertu
du droit international. Donc, l’affaire a été envoyée devant la Cour internationale de
justice qui n’a pas encore statué.
Cinquième exemple : la loi Sapin 2 adoptée en décembre 2016 par le Parlement
français est une loi de lutte contre la corruption. L’un des objets de cette loi est de lutter
contre la corruption pratiquée par les groupes français à l’étranger càd renforcer la
répression des actes de corruptions commis par des entreprises françaises vis-à-vis de
gouvernements étrangers. Si cette loi a été adoptée c’est que la France a subi des
pressions internationales, notamment par l’OCDE. L’OCDE a adopté une convention, à
laquelle la France fait partie, qui prévoit un mécanisme de suivi qui a mis en avant la
défaillance française en matière de corruption. Donc, la loi Sapin oblige la France a
modifié son droit en respectant la convention internationale.
Ces exemples montrent l’actualité et la diversité du droit international. Ces affaires
mettent en avant des acteurs différents, aussi bien des Etats (EU, UE, Canada, Syrie,
Guinée, etc.) que des organisations internationales (OCDE, Cour internationale, etc.). Le
droit international est donc difficilement définissable et n’est pas seulement entre les
Etats car touche aussi les individus. Donc, qu’est-ce que le droit international s’il couvre
tous les domaines ? C’est un droit dont l’origine est interétatique. Il est produit
directement ou indirectement par les Etats.
2. Apparition et développement du droit international public
Pendant longtemps le droit international a été défini comme un droit fait par les Etats
et pour les Etats car il régit leur relation. Aujourd’hui, le DI n’a pas pour seule vocation de
régir la relation entre les Etats, il couvre d’autres matières même s’il reste produit par les
Etats. Si on définit le droit international comme un droit des Etats, l’apparition du droit
international est concomitante de celle des Etats.
Avant la constitution des Etats, on observe que des règles peuvent régir les relations
entre des groupes politiques organisés. Notamment, on le voit dans la Grèce antique dans
laquelle des règles émergent qui ressemble à ce qu’on appelle aujourd’hui le DI. Cela
s’explique par le fait que la première Grèce antique est organisée sur le même modèle que
le monde d’aujourd’hui : il existe des cités indépendantes et conscientes d’appartenir à un
monde commun qui leur permet de développer des relations entre elles. On appelle se
regroupement de cité : la Ligue de Délos. Finalement, une des cités va prendre le pas sur
les autres, Athènes ce qui va faire émerger un modèle impérial càd qu’Athènes domine le
reste des cités. Donc, ce modèle diffère du modèle international car il n’y a plus d’égalité
souveraine entre les cités.
Malgré ce modèle impérial, une forme de droit va se développer, y compris dans
l’empire romain. On appelle ce droit « un droit des gens » (ius gentium) qui a pour but de
gérer les relations entre les romains et non romains. Ce droit s’applique à tous et est perçu
comme un droit universel, indépendant des groupements politiques = droit global,
mondial. Les premiers auteurs qui s’intéressent au DI vont reprendre cette idée du droit
universel et pendant longtemps, le DI s’appelait droit des gens. Aujourd’hui on change de
terme car l’empire romain est opposé au DI, c’est un droit posé de manière unilatérale par
l’empire, imposé au tiers et qui n’est donc pas le fruit du consentement d’égaux.
Ce droit international que l’on connait aujourd’hui apparaît avec la construction des
Etat modernes au Moyen âge en Europe. L’Etat moderne apparaît au terme d’un triple
phénomène :
- de concentration du pouvoir avec un Etat qui assoit son pouvoir sur un
territoire délimité par des frontières
- de sécularisation du pouvoir
- D’institutionnalisation du pouvoir lorsque l’on dissocie la personne
physique du roi de l’idée d’Etat
On retient les traités de Westphalie de 1648 comme enregistrement cette architecture
du monde comme une société internationale. Ce traité vient à la fin de la guerre de 30 ans
opposant catholiques et protestants. Cette paix de Westphalie marque le démantèlement
sur St empire germanique dans lequel chaque Etat est libre d’adopter sa religion. On
s’aperçoit que l’Etat est souverain car il est libre de diriger la conduite de son pays. Le
système Westphalien désigne donc l’idée que les relations entre Etats sont dirigées par des
règles d’un commun accord et tous ce qui relève du domaine interne et la religion sont
dirigés librement par chaque Etat.
Même si l’Etat est souverain, on voit que sa souveraineté se heurte à celle des autres
Etats. Donc, des auteurs ont réfléchi sur des règles pouvant s’imposer aux Etats, pourtant
souverains. Au départ, les premiers penseurs du DI sont issus du droit naturel tel que
Victoria et Suarez. Ils pensent les limites à l’action des souverains notamment lors de la
colonisation espagnole en Amérique. Ces auteurs réfléchissent à des pratiques qui
justifieraient cette action espagnole et cherchent des limites à l’action de l’Espagne dans
la religion. Grotius prend ensuite le relai sans chercher dans la religion mais dans la raison
universelle. Il recherche les limites s’imposant aux Etats lorsqu’ils agissent. Il considère
qu’il y a des règles qui s’imposent à tous, où que l’on soit et qui s’imposent donc aux
souverains. Finalement, le point d’achèvement de cette période classique est trouvé par
Vattel. En effet, il trouve la véritable source des limites qui s’imposent aux souverains : le
consentement, l’accord mutuel entre ces souverains.
Jusqu’à la fin du 19e s. le droit international classique est marqué par trois limites :
- Limite géographique : le DI est un droit européen et s’applique seulement
entre les nations d’Europe. Ce droit international est marqué avec d’un côté les
nations civilisées qui participent au DI et les autres, qui ne font pas parties de la
famille des nations et ne bénéficient pas des droits qui en résulte. Le DI permet
l’imposition en dehors d’Europe, des puissances coloniales.
- Limite matérielle : c’est uniquement un DI des relations entre Etats, le DI
s’arrête dès lors que commence les affaires intérieures (qui avaient une dimension
beaucoup plus large à l’époque). Le DI est un droit de la guerre et gère les relations
commerciales entre Etats.
- Limite formelle : le DI est le produit de la volonté des Etats mais c’est
essentiellement un droit forgé par des accords contractuels càd conclus entre deux
Etats. A l’époque, il n’y a toujours pas d’institution internationale, ni de convention
multilatérale visant à régler de manière générale les relations internationales.
A partir du début du 19e s., le DI connaît 3 expansions :
• Expansion géographique : le DI à l’époque n’était pas un droit mondial et
s’appliquait entre les pays européens. A partir du 18e s. ce droit va s’universaliser
en plusieurs étapes :
o L’accession à l’indépendance des colonies d’Amérique
o D’autres Etats sont admis dans la collectivité des Etats, dans le club des
nations (Japon, Chine, etc)
o Le phénomène de la décolonisation qui débute après la 2nd guerre
mondiale. Cela conduit à une multiplication d’Etats qui se constituent sur le modèle
européen et revendiquent et obtiennent leur admission dans le jeu du DI
• Expansion matérielle : le DI était considéré comme un droit devant régir
uniquement les relations entre Etats lorsqu’elles existent, tout en respectant
strictement le domaine réservé des Etats càd qui relève de la compétence
nationale. La ligne de démarcation interne/externe s’est fortement déplacée au
profit des affaires internationales. L’idée selon laquelle il existe des enjeux
communs à tous les Etats s’est progressivement imposée au début du 20e s. si bien
que le DI ne se préoccupe plus d’assurer la coexistence entre Etats mais doit
également permettre leur coopération en vue de la poursuite de buts communs. Les
Etats vont adopter des accords internationaux destinés à protéger les individus quel
que soit leur nationalité. Ex : dans le domaine de l’environnement sur les GAS,
c’était d’abord un enjeu interne et c’est devenu mondial ! création de règle
commune. Aujourd’hui, le DI a une activité plus ou moins direct dans tous les
domaines et toutes les branches internes.
• Expansion formelle et institutionnelle : au fur et à mesure que les Etats prennent
conscience de ces enjeux communs, la technique de l’accord bilatéral (traité-
contrat) devient insuffisante. Il faut donc inventer d’autres méthodes permettant
au DI de se saisir de ces enjeux communs. A partir du 19e s., des organisations
internationales commencent à apparaître, des conventions multilatérales
commencent à être négocier et conclues et des juridictions internationales vont
être établies.
Les premières organisations internationales sont plutôt d’ordre technique.
Les juridictions internationales sont récentes car jusqu’au début du 20e s. les
différends entre Etats sont réglés par voie diplomatique, éventuellement sur la
base d’un arbitrage. Ces juridictions permettent d’éviter que les conflits
interétatiques dégénèrent. Donc, la première juridiction internationale à
compétence générale apparait après la 1GM, la Cour permanente de justice
internationale qui commence à fonctionner en 1922. Son principe est repris après
la 2GM avec la Cour internationale de justice. Ces juridictions traduisent l’idée que
le droit à un rôle très important dans les relations internationales.
C’est à peu près à la même période, fin 19e début 20e, que la multiplication des
Etats et des enjeux communs va conduire à développer la technique des grandes
conventions multilatérales permettant de développer un cadre juridique commun à
tous les Etats. Aujourd’hui il existe de nombreuses conventions internationales
auxquelles les Etats sont partis ex : Charte des nations unies.
3. Place du droit international public
La présence du DI se fait de plus en plus manifeste, il n’y a plus besoin de prouver son
existence et son importance. Les Etats éprouvent le besoin de conclurent des accords
internationaux, de mettre en place des juridictions et institutions internationales et le
besoin de DI pour assurer l’organisation de la société internationale. Evidemment, le DI est
le fruit d’un rapport de force, de politique, entre les Etats. Il fige parfois des rapports de
puissance entre les Etats. Les Etats ont conscience d’être tenus par leurs engagements
internationaux puisqu’ils réfléchissent longuement avant de conclure de tels engagements
ex : Trump qui refuse des signer les accords environnementaux car il sait qu’il sera tenu
pas des engagements. Les Etats cherchent toujours à justifier leur comportement au
regard des règles internationales. Mais, certaines violations du DI ne sont pas sanctionnées
car dans l’ordre international, il n’est pas forcément souhaitable d’imposer le respect de
la règle aux Etats récalcitrants. Il se pourrait que le remède soit parfois pire que le mal or
il ne faut pas perdre de vue que le but ultime du DI est de permettre des relations
pacifiques entre Etats.
Certains pensent que le DI n’est pas véritablement du droit. Cela repose sur l’idée que
le droit serait un système de normes assorties d’une sanction efficace. Donc, pour qu’il y
ait droit il faudrait un législateur, un juge, un gendarme pour faire respecter le droit, or
ces caractéristiques sont absentes dans l’ordre international. Ce sont les Etats qui
représentent ces trois acteurs dans les relations internationales. Ceci étant, cette
situation n’empêche pas qu’il existe des règles internationales, relatives à la formation du
DI ainsi qu’à son application. On voit se multiplier des traités lois, des juridictions
internationales et même des institutions internationales parfois dotées d’un pouvoir de
sanction. Sur le plan plus théorique, on peut soutenir que le droit existe, non pas en
fonction de la sanction, mais en considération du sentiment des destinataires des normes
qui les perçoivent comme obligatoires et nécessaires à leur coexistence.
I. Chapitre 1 : La société internationale
Si toute société sécrète du droit, le droit peut aussi s’adapter aux particularités de
chaque société. C’est le cas du droit international qui est d’abord un droit de la société
internationale. Il faut donc comprendre ce qu’est cette société internationale (SI). A
l’origine cette question se résolvait assez facilement, la SI était la société interétatique,
les Etats étaient les seuls sujets du DI. Ils étaient les seuls à même de pouvoir créer des
règles internationales Mais ils étaient également les seuls destinataires de ces règles
internationales. Seuls les Etats pouvaient bénéficier de droits ou être soumis à des
obligations en vertu du droit international. C’était aux Etats de relayer à l’égard de leur
nation. Cette conception classique de la SI est marquée par une césure très nette entre
d’un côté la sphère internationale et de l’autre les sphères internes.
Cette vision classique est aujourd’hui en partie dépassée, le rôle croissant d’acteurs
non étatiques dans les RI a conduit à un renouvellement de la question des sujets de DI.
L’apparition des organisations internationales, l’importance prise par les personnes privées
dans les RI, ont conduit à une évolution du DI qui cherche à saisir de manière immédiate,
les comportements de ces acteurs nouveaux, en leur conférant des droits, en les
soumettant à des obligations, en en faisant des sujets du DI.
A. Section 1 : L’État
Malgré une certaine remise en cause du rôle de l’Etat, que certains jugent dépassé, il
demeure un pivot de la SI. Et il reste par conséquent, le sujet premier du DI. Sujet
premier, il l’est triplement :
• Historiquement, l’État est le seul acteur de DI
• La qualité d’Etat n’est pas conférée par le DI mais s’impose au DI
• L’Etat reste à l’origine du DI, il bénéficie de droits et est soumis à des
obligations du seul fait qu’il est Etat tandis qu’il peut octroyer des droits ou
soumettre à des obligations d’autres sujets (pp, organisations internationales)
1. La qualité d’Etat
Qu’est ce qu’un Etat ? La question paraît simple, mais de nombreuses entités se
prétendent Etats sans que leur statut soit clairement identifié. Bien que l’on remette en
cause la pertinence de l’Etat comme forme d’organisation politique, on ne peut que
constater une aspiration forte à cette qualité qui s’exprime dans de nombreuses régions du
monde. Cette aspiration a eu pour effet une multiplication du nombre d’Etat au cours des
XIXe et XXe siècles. En 1945, 51 Etats créent l’ONU, ce qui représentait une vaste majorité
des Etats existants à l’époque, aujourd’hui on compte 193 Etats membres de Nations
Unies. Ces Etats sont crées par le phénomène de la décolonisation que ce soit en Asie ou
en Afrique. Cette création s’explique également, depuis les années 90, par les phénomènes
d’éclatement de l’URSS d’un côté et de la Yougoslavie de l’autre. Aujourd’hui l’ensemble
du monde est séparé en territoires étatiques et territoires non susceptibles d’appropriation
comme la haute mer. Pour qu’un Etat se crée il faut nécessairement qu’un Etat préexistant
disparaisse ou soit amputé d’une partie de sa population et de son territoire. Deux moyens
de le faire :
• La dissolution : c’est le cas de la Yougoslavie qui se sépare et laisse émerger le
Slovénie, la Croatie, la Bosnie, la Macédoine et la Serbie. Et le Monténégro s’est
ensuite détaché de la Serbie et ensuite le Kosovo.
• La sécession : le dernier exemple en la matière est la création du Soudan du Sud
qui s’est détaché du Soudan après un conflit violent et finalement un accord
entre les belligérants ce qui a permis l’indépendance du Soudan du Sud et son
accession aux Nations Unies.
Ces processus ne sont pas simples et sont rarement pacifiques, ce qui conduit à
s’interroger sur ce qu’est un Etat et le rôle que joue le droit dans sa création.
a) Conditions d’émergence de l’Etat
Dans la conception classique, l’Etat est un phénomène factuel. Autrement dit,
l’apparition d’un Etat dépend de certaines conditions factuelles et n’est pas tributaire
d’un acte juridique qui confèrerait la qualité d’Etat à une entité. Malgré cela, les Etats
pratiquent une reconnaissance et lorsqu’une entité se prévaut être un Etat, les Etats
préexistants se positionnent face à cette prétention. Quel rôle joue cette reconnaissance
dans la création d’un Etat ?
(1) Des conditions factuelles
L’Etat doit avoir :
• Territoire : Il faut simplement un accord global sur les limites de l’espace dans
lequel l’autorité exerce son pouvoir.
• Population : Le constat est à peu près le même, le droit international ne pose pas
de conditions ni quantitative, ni qualitative pour l’apparition d’un Etat.
• Une organisation politique effective et indépendante : c’est la condition
centrale, elle doit revêtir deux qualités :
o L’effectivité signifie que l’organisation politique doit être à même
d’exercer un véritable contrôle sur l’espace et la population considérée.
Cette condition permet de déterminer si cette organisation politique sera
ensuite à même de satisfaire aux obligations internationales qui sont celles
de l’Etat. L’effectivité est appréciée diversement selon que l’on est en
présence d’un Etat préexistant ou d’une entité qui déclare son
indépendance. D’un côté, un Etat dont l’organisation politique ne serait plus
effective, ne cesse t’il pas nécessairement d’être un Etat. Lorsqu’une entité
déclare son indépendance, il y a une forme de présomption contre son
effectivité. Càd que cette entité devra être capable d’imposer son pouvoir
sur une période suffisamment longue pour pouvoir être considéré comme un
Etat.
o L’indépendance : C’est la condition décisive. « L’indépendance c’est le
droit et la capacité d’exercer les fonctions étatiques sur une partie du globe
à l’exclusion de tout autre Etat ».
Il faut donc qu’une organisation politique parvienne à exercer un pouvoir effectif et
indépendant, sur une population globalement identifiée car située sur un espace identifié.
L’appréciation de la réunion de ces conditions factuelles peut être délicate. Si bien que
les autres Etats se positionnent vis à vis des prétentions d’une entité à l’indépendance, il
se positionne par la pratique de la reconnaissance.
(2) Rôle de la reconnaissance
La SI, les Etats, ont développé une pratique de la reconnaissance par laquelle ils
déclarent, ils constatent, l’existence d’un fait particulier. Cette institution de la
reconnaissance est particulièrement importante dans la création d’Etat car c’est l’acte par
lequel un Etat accepte l’existence d’un autre Etat. Le DI est un système décentralisé et
c’est donc à chaque Etat qu’il revient de prendre position sur la prétention exprimé d’un
groupe qui aspire à devenir un Etat. En pratique, un groupe déclare son indépendance et
les autres expriment leur position. Ex : le Kosovo faisait partie de la Serbie et d’un coup il
déclare son indépendance, et cela appelle une réaction de la part des autres Etats qui
doivent se positionner.
Cette pratique a pour conséquence que certaines entités ne sont pas reconnues alors
même qu’on pourrait considérer qu’elles réunissent les conditions factuelles d’existence
d’un Etat, tandis qu’à l’inverse, certaines entités sont reconnues alors même que les
conditions factuelles ne sont pas encore réunies. Il peut exister un décalage entre
l’analyse objective des conditions de reconnaissance de l’Etat et la reconnaissance
subjective par les autres Etats. Par exemple, Chypre du Nord n’est reconnu que par la
Turquie. La Palestine s’est déclarée indépendante en 1988 alors que les territoires
revendiqués échappaient au contrôle de la Palestine et était soumis au contrôle d’Israël.
Quelle place occupe cette reconnaissance ? Deux thèses se sont opposées :
• La thèse constitutive : une thèse ancienne selon laquelle la reconnaissance
confère à l’Etat sa qualité. Dans cette conception, la reconnaissance serait une
condition supplémentaire d’existence de l’Etat à côté des conditions factuelles.
Elle s’appuie sur deux arguments, d’un côté un argument historique en
remarquant que, initialement, c’était un club de nations, un club d’Etats
qualifié de nations civilisées qui admettaient ou n’admettaient pas de nouveaux
membres en son sein. Cette thèse s’appuie sur deux arguments
o Argument historique : Le droit international procède de la volonté des
Etats et cette volonté est à même de créer les sujets même du DI.
o Argument théorique : selon lequel le DI procède de la volonté des Etats
donc cette volonté est à même de créer les sujets même du DI.
Si l’on retient cette approche constitutive, il suffirait pour un Etat de refuser
cette qualité à un autre Etat pour s’affranchir des règles qui s’attachent au
statut d’Etat. Donc, on considère qu’un Etat pour s’affranchir des règles qui
s’attachent au statut d’Etat. Donc on considère qu’un Etat est ou non un Etat
selon qui le regarde. C’est la raison pour laquelle la thèse déclarative prévaut.
• Thèse déclarative : L’existence de l’Etat dépend uniquement des conditions
factuelles. La reconnaissance n’est qu’un moyen de faciliter les RI en
permettant de reconnaître la position des Etats sur une prétention.
Si on a une vision réaliste des RI, la reconnaissance conditionne la situation de l’entité
considérée dans les RI. Une entité qui réunirait et donc devrait (demander ML)
b) Encadrement par le droit des mutations étatiques
On observe que depuis quelques temps le DI vient encadrer l’apparition et la disparition
d’un Etat. Ce sont des règles stabilisatrices car le droit international sert essentiellement à
assurer la paix internationale et donc la stabilité des Etats. Il peut exister des règles
perturbatrices et ça a été le cas lors des décolonisations et c’est ce qu’on appelle le droit
des peuples à disposer d’eux mêmes. Elle intervient au soutien de la création d’un Etat
nouveau et remet en cause l’équilibre préexistant.
(1) Les règles stabilisatrices
Le DI vise d’abord à assurer la conservation des Etats et la stabilité de la SI de sorte que
certaines de ces règles vont être interprétées comme des obstacles à cette qualité :
• L’effectivité : cette seule condition joue en réalité en faveur de l’Etat
préexistant. Sans soutien extérieur il est très difficile pour un groupe politique
de s’imposer de manière durable à un pouvoir étatique. L’existence de l’Etat
dépend du fait qu’on renforce une position préétablie.
• La non intervention et intégrité territoriale : ces principes s’opposent à ce
qu’un Etat tiers intervienne dans les affaires intérieures d’un autre Etat ou
cherche à porter atteinte à son assise territoriale, à le démembrer. Ces principes
ne sont pas opposables aux entités sécessionnistes et ne jouent pas dans les
relations entre Etats. Elles sont donc libres de se déclarer et de faire sécession.
Par contre ces principes sont opposables aux autres Etats et leur interdisent
donc de soutenir un mouvement sécessionniste tant que cette sécession n’est
pas consommée. Càd que le mouvement qui lutte pour son indépendance, doit le
faire seul et sans le soutien d’autres Etats.
• Obligation de ne pas reconnaître les situations crées en violation des normes
fondamentales du DI : on considère généralement que la reconnaissance c’est
un acte discrétionnaire. Mais dans le droit international du XXe siècle. Le DI va
dans le sens de ne pas reconnaître les situations, les états de fait qui se créent
en violation de normes fondamentales tel que l’interdiction du recours à la force
dans les RI. C’est une idée avancée assez tôt
• Uti possidetis juris : Lorsqu’une entité se prétend indépendant, les limites
territoriales qui préexistaient lorsqu’elle faisait partie d’un autre Etat peuvent
lui être opposée. Ses limites deviendront donc les frontières de nouvel Etat crée
et aucune autre entité à l’intérieur de ce nouvel Etat ne pourra prétendre
accéder elle aussi à l’indépendance. C’est un principe qui a beaucoup été utilisé
dans le contexte de la décolonisation càd les limites des pays coloniaux
deviennent ensuite les frontières de ces Etats.
Le DI est en principe neutre vis à vis des mouvements sécessionnistes ou les groupes
revendiquant l’indépendance mais ces règles rendent difficile l’accession d’un mouvement
sécessionniste à l’indépendance car elles mette l’Etat préexistant dans une position de
force. Ce qui fait qu’en dehors d’un Etat préexistant, il est assez rare qu’une sécession
réussisse. Il existe cependant une règles en DI qui peut venir au soutien des prétention de
certains groupes, c’est le droit des peuples à disposer d’eux même.
(2) Le droit des peuples à disposer d’eux mêmes
Ce droit des peuples à disposer d’eux même, le droit à l’auto détermination des
peuples, est un principe mal identifié mais qui, dès les années 60, a été considéré comme
un droit à l’indépendance reconnu à certain peuple que sont les peuples coloniaux.
Les évolutions dans l’interprétation de ce texte :
Ce droit est mentionné dans la Charte des nations Unies article 1er §1 car les Nations
Unies doivent « développer les relations amicales entre les nations, fondée sur le principe
de l’égalité du droit des peuple et de leur droit à disposer d’eux même ». La portée de ce
droit est difficile à percevoir à la simple lecture de la Charte et pour la comprendre ainsi
que l’évolution de sa portée, il faut remonter au delà de 45 puis préciser l’évolution de la
position des Etats dans les années 50 et 60.
L’origine de cette idée de droit des peuples remonte à l’indépendance des EU et à la RF.
A l’occasion de l’indépendance des EU, le droit des peuples est affirmé comme un droit de
s’administrer librement en dehors de toute domination par un Etat tiers. C’est donc une
sorte de droit à l’indépendance (droit à l’autodétermination externe). Tandis que dans le
contexte de la RF, le droit des peuples apparaît davantage comme un droit de déterminer
librement son régime politique. Il y a deux sens assez différent de ce droit des peuples.
Ces deux sens vont continuer à coexister tout au long du XIXe siècle et se sont finalement
les EU et l’URSS qui vont obtenir l’inscription de ce droit des peuples dans la Charte des
Nations Unies. L’inscription dans la Charte des NU est acceptée par des Etats comme la
France ou le RU qui sont alors des empires coloniaux car ils y voient non pas un droit
d’indépendance reconnue aux peuples colonisés mais un droit à la participation des
peuples aux affaires politiques. D’ailleurs, la Charte des Nations Unies organise en partie
le phénomène colonial, puisqu’elle organise le régime de la tutelle ou celui des territoires
non autonomes. Dès 1945 il y a donc une ambiguïté sur ce droit.
Le sens de ces dispositions va être précisé par la pratique ultérieure et notamment par
la pratique de l’Assemblée générale des Nations Unies qui adopte dès les 60’s une série de
résolution signifiant que ce droit des peuples implique un droit à l’indépendance pour les
peuples coloniaux. On peut citer la résolution n°1514 de 1960 qui porte déclaration sur
l’octroi de l’indépendance aux peuples coloniaux. Les textes de l’AG ne sont pas
obligatoires mais ces dispositions vont modifier l’interprétation que l’on avait du droit des
peuples pour en faire un véritable droit à l’indépendance. Dès lors, le droit des peuples à
disposer d’eux mêmes est considéré comme un droit à se constituer en Etat reconnu aux
peuples bénéficiaires. Aujourd’hui il n’y a plus de doute sur la question et la Cour
internationale de Justice a affirmé cela à plusieurs reprises. Ex : avis consultatif de 2004
sur les conséquences juridiques de l’édification d’un mur sur les territoires palestiniens
occupés.
Ceci étant, la portée de ce droit doit encore être discutée à deux égards. Tout d’abord
parce que dire qu’il existe un droit à l’autodétermination externe au profit de certains
peuples ne signifie pas nécessairement que ce droit soit dans tous les cas réalisé. Ce droit
crée un contexte plus favorable aux revendications des peuples considérés mais l’existence
du droit ne suffit pas à créer l’Etat. Ensuite, la question essentielle aujourd’hui est
l’identification des peuples bénéficiaires de ce droit. Dans les années 60-70 ce droit a été
reconnu à une catégorie de peuples déterminés, les peuples coloniaux ainsi que pour les
peuples placés dans une situation assimilée de domination étrangère. Qu’est ce qu’un
peuple colonial ? L’AG des Nations unies donne quelques éléments d’identification en
indiquant que ce peuple doit être situé sur un territoire géographiquement séparé de
l’Etat qui l’administre, qu’il doit être ethniquement et culturellement distinct de l’Etat
qui l’administre et qu’il doit être placé arbitrairement dans une situation de subordination
! Résolution 1541. C’est en réalité un phénomène historique qui est ici identifie, le
phénomène colonial et les Nations Unies vont inscrire sur une liste les territoires non
autonomes qui peuvent prétendre bénéficier de ce droit. Cette liste s’est réduite
aujourd’hui car l’importance de ce droit des peuples a décru. Il reste aujourd’hui quelques
situations comme celle du Sahara occidentale, de Gibraltar ou de la Nouvelle Calédonie.
Cela signifie que du point de vue des Nations unies, ce ne sont pas nécessairement des
Etats mais qu’il y a un droit à décider librement d’une indépendance ou d’un maintien
avec l’Etat administré. C’est un droit positif en ce sens qu’il va modifier le contexte
juridique applicable à une déclaration d’indépendance mais il n’est pas en lui même
capable de créer un Etat. Il est reconnu dans quelques situations particulières
postcoloniales.
Aujourd’hui on s’interroge sur une éventuelle extension de ce droit des peuples en
dehors des situations coloniales. Une partie de la doctrine tente de lier les deux phases du
droit à l’autodétermination pour identifier un droit à la sécession remède. Elle part de
l’idée qu’il existe un droit à l’autodétermination interne càd un droit des peuples à
participer au fonctionnement politique de l’Etat sur le territoire duquel il se trouve. Ces
auteurs soutiennent que, dans l’hypothèse ou ce droit serait violé de manière manifeste,
les peuples considérés bénéficieraient d’un droit à l’autodétermination externe qui serait
le seul moyen de réparer la violation du droit à l’autodétermination interne. Les auteurs
qui défendent cette idée cherchent un soutien dans certaines décisions mais sans qu’ils
puissent véritablement le trouver. Si bien que cette théorie n’a jamais été validée par un
instrument de droit positif. La pratique ne semble pas davantage valider cette thèse
puisque les mouvements sécessionnistes sont pour l’essentiel traiter selon les règles
générales plutôt stabilisatrice présentées ci-avant (effectivité etc.). Les défenseurs de ce
droit vont souvent mentionné un arrêt de la Cour Suprême du Canada par rapport au
Québec ! La cour passe en revu le droit international et notamment sur le fait que le
droit à l’indépendance est limité à quelques cas. Débat aussi assez fort dans le débat sur
le Kosovo devant la Cour internationale de Justice (avis du 22 juillet 2010). La réflexion est
sur le fait de savoir si il a un droit à la sécession remède pour le Kosovo mais la Cour dit
juste que la question est de savoir si la déclaration d’indépendance est légale ou illégale,
est légale donc la Cour ne statue pas sur cette idée de sécession remède.
L’existence ou la disparition d’un Etat est donc une question de fait mais on peut
négliger le fait que le DI notamment dès la 2nd moitié du XXe siècle s’est intéressé au
situation de création ou disparition d’Etats et que des règles internationales jouent un rôle
non négligeable au soutien ou contre les prétentions d’un groupe à accéder à la qualité
d’Etat.
2. Le statut de l’Etat
Son statut se caractérise par un élément spécifique : la souveraineté.
a) L’égale de souveraineté
Seul l’Etat est souverain, les éventuels autres sujets reconnus par le DI ne bénéficient
pas de cette qualité particulière qu’est la souveraineté. Pour bien comprendre le DI il faut
savoir ce qu’est la souveraineté ? Au terme souveraineté peuvent être attachées plusieurs
significations.
Une signification interne : la puissance suprême de gouverner, de commander, de
décider, la capacité de s’imposer à tous les pouvoirs constitués au sein de l’Etat. On peut
déjà trouver une première nuance lorsqu’on utilise le terme souveraineté non plus pour
désigner une capacité de l’Etat mais pour identifier le titulaire du pouvoir légitime dans
l’Etat. On parlera alors de souveraineté nationale ou populaire pour tenter de légitimer le
pouvoir au sein de l’Etat.
Une signification externe : La souveraineté présente également une face externe et
dans cette face externe, la souveraineté prend un sens négatif puisqu’il s’agit du fait de
n’être soumis à personne. Et dans sa face externe, la souveraineté n’est pas autre chose
que la formalisation juridique de l’indépendance. La souveraineté en DI c’est une
puissance et non une liberté. Mais puisque les Etats ne sont soumis à personne, ils sont
nécessairement également souverains. Si bien qu’un Etat ne peut prétendre exercer son
autorité sur un autre Etat. Leurs relations ne peuvent donc être régies que par des règles
qui sont le produit de leur volonté commune. Ces règles forme ce type de droit particulier
qu’est le DI.
On peut tenter d’expliquer comment le droit international permet de penser une
protection de la souveraineté mais en même temps vient limiter le droit souverain des
Etats. Il y a deux visions de la souveraineté en DI :
• Conception matérielle : la souveraineté est analysée comme un ensemble de
compétence, un ensemble de droit. Càd que la souveraineté se constituerait
d’un ensemble de compétences ou de droits (battre monnaie, avoir une armée,
faire la guerre etc.) Dans cette conception l’Etat peut être plus ou moins
souverain selon ce qu’il abandonne cet exercice pour le confier à un tiers ou
qu’il l’exerce pleinement. Mais du point de vue du DI cette conception est
dangereuse car elle pourrait conduire à remettre en cause des engagements
internationaux au nom de la souveraineté.
• Conception formelle : C’est la raison pour laquelle la souveraineté
internationale est plutôt conçue comme une qualité que comme un ensemble de
pouvoirs et cette qualité c’est la capacité de se déterminer librement sans être
soumis à un tiers. Si bien que les engagements qui sont pris librement par l’Etat
dans l’exercice de sa souveraineté ne peuvent être remis en cause au nom de la
souveraineté. Finalement, le fait de prendre des engagements internationaux ce
n’est pas une limitation de la souveraineté, tout au contraire c’est un exercice
de la souveraineté.
L’affaire Vapeur Wimbledon qui avait été tranchée par la Cour de justice internationale
en 1923. L’Allemagne avait accepté, par le traité de Versailles, de laisser passer par le
canal de Kiel les navires étrangers en provenance d’Etats avec lesquels l’Allemagne n’est
pas en guerre. Une guerre éclate entre la Russie et la Pologne, l’Allemagne souhaite rester
neutre et ne pas y prendre part mais il se trouve qu’un navire britannique envoie des
armes pour soutenir la Pologne en passant par le canal de Kiel. L’Allemagne refuse de les
laisser passer car cela porterait atteinte à son droit souverain de rester neutre.
L’Allemagne défend donc une conception matérielle de la souveraineté en disant que dès
lors le traité est nul. La conclusion d’un accord international selon la Cour n’est pas un
abandon de la souveraineté, il est possible qu’il limite l’exercice de ses droits souverains
mais tout en restant dans l’exercice de sa souveraineté car le pays a souverainement signé
le traité.
b) Les corollaires de la souveraineté
Ces conséquences se sont des compétences car l’Etat en étant souverain il dispose de
capacités, il est ensuite protégé par certaines règles internationales. Mais aussi parce que
l’Etat est souverain il a des obligations, des responsabilités vis à vis des autres Etats mais
aussi vis à vis de sa propre population.
(1) Les capacités
Être un Etat souverain c’est d’abord avoir certaines capacités juridiques càd disposer de
pouvoirs juridiquement reconnus. Il y a le droit de légation actif et passif (envoyer ou
recevoir un ambassadeur), mais parce qu’il est souverain l’Etat dispose de compétences
càd de capacités légales lui permettant de régir certaines situations. Il est difficile de
déterminer si le DI habilité l’Etat à régir des situations déterminées ou si il vient
seulement restreindre en quelque sorte un pouvoir à l’origine illimité de l’Etat pour les
besoins du DI. La compétence de l’Etat est d’abord territoriale càd que l’Etat dispose sur
son territoire et sur ceux qui s’y trouvent une compétence pleine te exclusive. L’etat peut
donc exercer les fonctions étatiques sur son territoire et qu’il peut le faire librement tant
qu’il ne s’est pas engagé en vertu du droit international à exercer son pouvoir dans un sens
ou d’une manière déterminée. L’exclusivité signifie que l’Etat exerce son pouvoir sur son
territoire à l’exclusion des autres Etats ce qui se traduit par le principe de non
intervention.
Cette compétence plein et exclusive peut donc être limitée par les prétentions des
autres Etats. Les Etats peuvent également exercer ou prétendre exercer une compétence à
l’égard de personnes ou à l’égard de situations qui sont situées hors de son territoire. Càd
qu’un Etat peut prétendre de soumettre à son droit ou à ses juridictions des personnes qui
sont situés en dehors de son territoire. Dans ce cas les Etats invoquent des liens de
rattachement pour justifier cela. La principale justification résulte du lien de nationalité
qui s’établit entre l’Etat et sa population et au nom duquel l’Etat peut prétendre exercer
une « compétence personnelle ». Mais il se peut également que des Etats prétendent
exercer leur compétences soit parce qu’une situation produise des effets sur leur territoire
soit parce qu’ils considèrent que cette situation affecte la communauté internationale
dans son ensemble, justifiant que chaque Etat tente d’y remédier. On peut avoir des
extensions extraterritoriales de la souveraineté d’un Etat. La question est de savoir
jusqu’où peut aller cette extension. Ex : application de la loi pénale dans l’espace article
113-2 CP etc. La loi pénale française s’applique sur les navires, bacs et pavillons français,
également à tout crime commis par un français hors du territoire de la République
(compétence personnelle active) ou alors quand c’est une victime française à l’étranger
(compétence personne passive). Il y a même d’autres extension, avec l’application du CPP
! article 689-1 CPP c’est l’exercice d’une compétence universelle càd que le juge
national se retrouve compétent pour juger une infraction commise à l’étranger par des
étrangers contres des étrangers mais intérêt pour la communauté internationale d’agir
contre.
L’affaire du Lotus ! arrêt rendu par la Cour permanente de Justice internationale
(Turquie c/ France) du 7 septembre 1927. Un navire français avait abordé un navire Turc
causant la mort de ses turcs. S’arrêtant à un port turc, ils se disent compétent pour juger
l’affaire alors que la France disait que c’était une extension. La cour confirme que la
Turquie est compétente en la matière. Ce qui est certain c’est que le DI interdit aux Etats
d’intervenir matériellement sur le territoire d’autres Etats sans leur consentement. En
revanche, il ne leur interdit pas à priori d’exercer une compétence normative càd
d’appliquer leur droit à des situations qui trouvent leur origine hors du territoire étatique.
Il y a à cet égard une grande liberté limitée par quelques règles prohibitives. Une partie de
la doctrine prétend que l’Etat est très libre tant qu’il ne prétend pas agir en territoire
étranger, d’autres prétendent au contraire qu’une extension excessive de la compétence
d’un Etat pourrait perturber les RI si bien que l’Etat doit justifier d’un titre pour pouvoir
régir une situation.
Lorsqu’on n’a pas de règles on en reste donc à cette idée du Lotus et donc l’idée que
c’est la compétence de l’Etat d’appliquer son droit en dehors du territoire mais on ne peut
pas intervenir en dehors du territoire.
3. Des protections
a) Principe de non intervention
Le DI se décline en un ensemble de règles.
Non intervention et d’intégrité territoriale: ce principe protège les Etats contre les
interventions des Etats tiers ou des OI dans les affaires qui relèvent de leur compétence
nationale. La violation de ce principe est rarement sanctionnée en principe car il est assez
difficile à manier notamment en raison de deux variables :
• Le type d’intervention prohibée : au sens large les interventions peuvent revêtir
des formes très variées allant de la simple prise de position à l’intervention
militaire en passant par des pressions politiques, économiques ou encore par des
comportements assimilables à des sanctions. On peut juger que les interventions
matérielle càd qui impliquent la présence d’agents de l’Etat à l’étranger sont
prohibées (ça ressort de l’arrêt du Lotus) en revanche les intervention non
matérielles ou indirectes sont ou non prohibées selon le degré de contrainte
exercée et le domaine de l’intervention.
• Le domaine d’intervention prohibé : La licéité d’une intervention dépend aussi du
domaine de cette intervention. Ce qui est prohibé c’est l’intervention dans les
affaires qui relèvent de la compétence nationale de l’Etat. Ce qui fait apparaître
une sorte de domaine réservé à l’Etat, un ensemble de questions qui seraient
soustraites au regard des autres Etats. Mais cette compétence nationale et ce
domaine réservé n’est pas une donnée objective ou n’est pas fixé une fois pour
toute. Ils dépendent de l’étendue des engagements pris par l’Etat. Dès lors qu’un
Etat prend des engagements dans un domaine déterminé à l’égard des autres Etats,
ce domaine sort de son domaine réservé, de sa compétence nationale exclusive,
pour devenir une question d’intérêt international. L’exemple typique ce sont les
droits de l’Homme, au début du XXe siècle c’était une compétence nationale de
l’Etat mais au cours de la deuxième moitié du XXe siècle, les Etats ont conclu toutes
sorte de conventions internationales et c’était donc admettre que cette question
n’était pas seulement interne mais d’intérêt international. Aujourd’hui intervenir
dans la manière dont un Etat traite ses nationaux ce n’est plus vraiment intervenir
dans le domaine réservé car les Etats en ont presque tous fait un problème de DI
par la CUDH. Ceci dit, cela ne signifie pas qu’on peut intervenir par la force à
chaque fois qu’il y a un problème sur le sujet. Ex : Affaire CIJ activités militaires et
paramilitaires au Nicaragua et contre celui ci, 1986. Les EU finançait un
mouvement rebel pour qu’il renverse le pouvoir en place qui n’était pas favorable
aux EU (contexte de GF). Cette intervention n’est pas militaire mais le fait d’avoir
financé des groupes qui menaient des opérations en vue de renverser le pouvoir en
place, c’est une intervention prohibée ! on combine donc le degré de contrainte
et la matière de l’affaire qui porte sur le domaine réservé.
b) Immunités et exemptions
Parce que les Etats sont souverains, ils ne peuvent être soumis au droit et aux
juridictions des autres Etats. C’est ce qui justifie sur le plan théorique la reconnaissance
d’immunité ou d’exemptions au profit des Etats lorsqu’ils se trouvent agir en territoire
étranger. Sur un plan pratique, ces immunités sont également utiles à la conduite des RI
puisqu’elles permettent aux Etats d’entrer en relation les uns avec les autres sans risquer
d’être mis en cause à tout moment par les juridictions de l’un d’entre eux. C’est ce qui
explique que les Etats admettent au profit de leur pair des immunités et quelques
exemptions qui peuvent prendre plusieurs formes. On distingue :
• L’immunité de juridiction : permet à son bénéficiaire de ne pas être mis en
cause devant les juridictions d’un Etat tiers.
• L’immunité d’exécution : protège les biens ou les personnes qui en bénéficient
contre les mesures d’exécution forcée prévue par les différents droits internes.
Ces deux justifications ont conduit les Etats à développer une pratique par laquelle ils
reconnaissent une immunité aux autres Etats. Elle peut être juridictionnelle/
jurisprudentielle ou législative. Cette pratique a par la suite donnée naissance à des règles
coutumières dont certaines ont été codifiées dans des conventions internationales/traités.
Qui sont les bénéficiaires de ces immunités ? Le titulaire de l’immunité c’est toujours le
même c’est l’Etat. Mais plusieurs personnes ou entités peuvent bénéficier de ces
immunités reconnues à l’Etat. Les immunités bénéficient à l’Etat en tant que personne
morale tout d’abord, mais elles peuvent également bénéficier à certains agents ou
représentants de l’Etat. On distingue alors les agents ou représentants qui bénéficient :
• L’immunité rationae personae (personnelle) càd d’une protection large en
raison des fonctions particulières qu’ils exercent. La catégorie regroupe d’un
côté les agents diplomatiques et consulaires protégés par des conventions
particulières, et de l’autre les dirigeants politiques, chef d’Etat, chef de
gouvernement, ministre des affaires étrangères. Cette immunité protège ces
agents quelque soit le comportement en cause, qu’il ait été accompli en
fonction ou en dehors des fonctions. Elle ne joue toutefois que pendant la durée
des fonctions. Une fois que ces fonctions ont pris fin, ces individus ne sont plus
protégés que par les immunités matérielles qui sont celles dont bénéficie tout
agent de l’Etat.
• L’immunité rationae materiae (matérielle) peut être invoquée par tout agent
de l’Etat afin d’échapper à des poursuites pour des actes qu’il aurait accompli
en sa qualité officielle.
Ces immunités sont nécessaires aux RI et en même temps l’étendue de celles ci est
souvent questionnée notamment à mesure que le DI des droits de l’Homme s’est
développé. On oppose alors le droit à l’immunité dont bénéficie les Etats, au droit d’accès
à la justice auquel peut prétendre un justiciable. Il y a la volonté de protéger les Etats
souverains mais aussi de permettre aux individus d’obtenir un accès à la justice.
La première remise en cause de l’immunité à consister à passer d’une conception
absolue de l’immunité qui protégeait l’Etat ou ses démembrements quelque soit le type de
comportement adopté, vers une conception relative qui ne protège plus l’Etat que
lorsqu’il agit véritablement en tant que souverain. On distingue donc selon que le
comportement en cause est un comportement de puissance publique « de jure imperi » ou
un comportement de « jure gestionis » càd qui pourrait être adopté par une personne
privée. La deuxième grande contestation consiste à dire que finalement, de même que
l’immunité disparaît lorsque l’Etat n’agit pas en tant que souverain, elle devrait pouvoir
être remise en cause en raison de la gravité des comportements reprochés à l’Etat ou ses
agents. La nécessité de réprimer certains comportements devrait prévaloir sur l’intérêt qui
s’attache à la reconnaissance des immunités. Cette contestation est en gestation càd que
certains auteurs et certaines décisions de juges internes ont acceptés d’écarter l’immunité
de l’Etat ou de l’agent en raison de la gravité des faits qui lui étaient reprochés. Pour
autant, jusqu’à maintenant, aucune convention internationale ni aucune juridiction
internationale n’a admis cette limitation de l’immunité. C’est en particulier le cas de la
CIJ qui, à deux reprises, à rappeler le caractère absolu de l’immunité :
• En 2002 dans l’affaire du mandat d’arrêt Congo c/ Belgique : La Cour a estimé
qu’une règle coutumière octroie une immunité au chef d’Etat, chef de
gouvernement, ministre des affaires étrangères en exercice cette immunité est
personnelle en ce sens qu’elle protège l’individu pour tous les comportements
accomplis à titre officiel ou privé afin d’exercer ces fonctions. Cette immunité
ne saurait être remise en cause en raison de la gravité des comportements
reprochés à l’individu. ! Ce n’est pas à la Belgique de juger le ministre du
Congo.
• En 2012 dans l’affaire des immunités Allemagne c/ Italie : Les victimes n’ont
pas obtenues réparation après la 2GM et cherche à l’obtenir par la suite. Ils
entament des procédures devant les juridictions des Etats sur les territoires
desquels ils se trouvaient au moment des faits. Ils cherchent à mettre en cause
l’Allemagne en tant qu’Etat pour les crimes commis dans la 2GM. Des juridictions
italiennes ont acceptées d’écarter les immunités de l’Allemagne et accueillent
les actions en responsabilité dirigées # l’Etat allemand. L’idée serait que la
gravité des comportements en cause justifierait d’écarter l’immunité de l’Etat.
L’Allemagne porte l’affaire devant la CIJ en disant que les juridictions italiennes
avaient violées le DI. La Cour conclut que, en l’état actuel du droit international
coutumier, un Etat n’est pas privé de l’immunité pour la seule raison qu’il est
accusé de violations graves du droit international des droits de l’homme ou du
droit international des conflits armés. En formulant cette conclusion, la Cour
tient à souligner qu’elle ne se prononce que sur l’immunité de juridiction de
l’Etat lui même devant les tribunaux d’un autre Etat. ! Dans quelle mesure
l’immunité peut s’appliquer dans le cadre de procédures pénales engagées
devant un représentant de l’Etat.
Il y a une contestation des immunités mais jusqu’à présent cela ne les a pas remis en
cause et elles gardent leur importance pour la marche sereine des RI.
4. Des responsabilités
C’est un élément que l’on tend souvent à négliger mais être un Etat souveraine c’est
être tenu par certaines obligations, c’est aussi avoir des responsabilités, d’abord à l’égard
des tiers (autres Etats), ensuite et de manière plus récente à l’égard de sa propre
population. On dit que la souveraineté est aussi une fonction, elle joue un rôle dans la SI
et l’Etat parce qu’il est souverain doit assumer certaines obligations nécessaires au bon
fonctionnement de la SI.
a) Obligations vis à vis des tiers
L’État dispose d’une compétence exclusive sur son territoire, qui le protège contre les
interventions extérieures. Mais cette protection s’accompagne nécessairement
d’obligations destinées à faire en sorte que cette exclusivité ne porte pas atteinte aux
intérêts des autres Etats. On trouve déjà cette idée dans la Charte des nations Unies à
l’article 4 qui indique que « peuvent être membres de l’organisation, les Etats qui
acceptent les obligations de la Charte et sont capables de les remplir et disposés à le
faire ». L’idée d’effectivité de l’Etat permet que l’Etat soit capable d’assumer certaines
obligations.
Cette idée se décline dans plusieurs domaines particuliers :
• L’obligation de protection des étrangers : branche ancienne du DI selon
laquelle lorsqu’un Etat accepte la présence d’un étranger sur son territoire, doit
le traité conformément à « un standard minimum de civilisation » aujourd’hui
appelé « standard minimum de traitement ». Ce standard est du par chaque Etat
aux autres Etats. C’est une règle qui s’est développé notamment dans les
relations avec l’Europe, l’Amérique du Nord et l’Amérique latine.
• L’obligation d’utilisation non dommageable du territoire : c’est encore l’autre
face de l’exclusivité de la compétence de l’Etat sur son territoire. Cette
compétence exclusive oblige l’Etat à ne pas laisser son territoire être utilisé aux
fins d’actes contraires aux droits d’autres Etats. C’est un principe qui connaît
des déclinaisons notamment en droit de l’environnement.
• Obligation positive de faire en sorte que leur territoire ne soit pas utilisé
pour mener des opérations armés # d’autres Etats (ou commettre des actes de
piraterie)
b) Responsabilité de protéger
Ces obligations vis à vis des tiers pouvaient devenir des obligations de l’Etat vis à vis de
sa propre population. Le DI classique ne s’intéresse pas à la manière dont un Etat traite sa
propre population. C’est une question qu’on considérait comme relevant du domaine
réservé des Etats. Mais à partir de la 2GM, le DI relatif aux droits de l’homme va se
développer et l’idée selon laquelle le DI a également pour fonction de protéger les
individus y compris contre leur propre Etat s’est imposé tout au long de la seconde moitié
du XXe siècle. Les Etats en tant que souverains ont acceptés certaines obligations relatives
à la manière dont il traite les individus sur leur propre territoire. Cette évolution a conduit
à une relecture de la notion de souveraineté qui s’est cristallisé autour du concept de
responsabilité de protéger. Chaque Etat doit donc protéger sa propre population et le
manquement a un Etat à celle ci, justifierait d’écarter le principe de non intervention pour
se substituer à l’Etat défaillant. L’AG des NU le 20 janvier 2005 a admis que si un Etat
manque à son obligation de protéger ses populations « des crimes de guerre, du nettoyage
des crimes, du génocide et des crimes contre l’humanité » alors le Conseil des NU peut
autoriser d’autres Etats à intervenir pour se substituer à l’Etat défaillant.
Le concept a été utilisé une fois par le Conseil de sécurité pour autoriser une
intervention en Libye en 2011 ! résolution qui rappelle que la Libye a manqué à ses
obligations et autorise donc les forces françaises et britanniques à intervenir. Certains ont
considérés que ces deux puissances avaient été trop loin dans l’intervention, pas
seulement protéger les populations mais elles ont renversé le régime.
B. Section 2 : Autres acteurs et autres sujets
L’idée selon laquelle les Etats sont les principaux acteurs du DI a dominé jusqu’au début
du XXe siècle. Si on remonte jusqu’aux écoles de droit naturel, l’individu était également
un sujet de DI mais ce sont les auteurs de la fin du XIXe siècle qui ont cherché à isoler le DI
en tant que système de droit spécifique en l’identifiant comme un droit fait pour les Etats
et par les Etats. Et donc comme un droit dont les seuls sujets sont les Etats. Cette idée
selon laquelle les seuls sujets du DI seraient les Etats a dominé encore tout au long du XXe
siècle et continue aujourd’hui encore d’avoir des conséquences. La doctrine considère
majoritairement aujd qu’il peut exister d’autres sujets de DI parce que les Etats leur
reconnaitraient cette qualité. Cette qualité est reconnue par les Etats d’une part aux
institutions qu’ils créent pour gérer, en commun, certaines questions ! les OI. Cette
qualité est reconnue d’autre part aux pp auxquelles les Etats ont collectivement décidé de
conférer certains droits ou de les soumettre à certaines obligations immédiatement en
vertu du DI. Certains disent que ce sont des acteurs dérivés au sens où les Etats les ont
créés.
1. Les organisations internationales
Elles se sont multipliées et il en existe aujd plus de 300 et couvrent tous les domaines
des activités internationales (OMC, OMS, UE, Conseil de l’Europe etc.).
a) Le phénomène institutionnel international
(1) Développement des OI
Aujd les OI font véritablement partie du paysage institutionnel international mais c’est
un phénomène récent car jusqu’à la fin du XIXe siècle, la SI était composée uniquement
d’Etats et ceux ci réglaient leurs relations par des accords bilatéraux sans avoir éprouver
le besoin de mettre en place des institutions afin de gérer collectivement des problèmes
d’intérêt commun. C’est finalement le développement des interdépendances entre Etats
qui va justifier ou rendre nécessaires la mise en place des premières institutions
internationales. Ces premières institutions vont opérer dans des domaines très techniques
liés aux communications, aux transports ou au commerce (commission fluviale et union
administrative qui commencent à apparaître dans la 2e moitié du XXe siècle). En 1975,
création de l’Union télégraphique internationale. Jusqu’à la 1GM les OI restent cantonnées
à ces domaines techniques et n’ont pas l’importance des domaines couverts aujd par le DI.
Et c’est lors de la 1GM que l’idée d’une organisation capable de renforcer la paix
internationale ! SDN qui est la 1ere OI à vocation politique, dotée d’une compétence large
et ayant une ambition universelle.
Dès la fin de la 2GM, les Etats vainqueurs décident la mise en place de l’ONU instituée
avec l’adoption de la charte des nations unies le 26 juin 1945. Les OI vont se multiplier
dans des domaines diverses et variés traduisant notamment 2 logique :
• Le fonctionnalisme : idée que la mise en place d’OI dotées de compétences
spécialisées permet un rapprochement progressif entre les Etats susceptibles de
renforcer la coopération internationale et la paix sans pour autant se substituer
aux Etats.
• Le régionalisme : le modèle de l’OI incarne des solidarités partielles et
régionales avec la multiplication des OI à caractère régional et non universel !
UE est le + connu, Organisation des Etats américains, MERCOSUR, l’Union
africaine, ASEA.
Le modèle de l’OI va donc être perçu comme pertinent dès les années 60-70 pour
appréhender de nombreux enjeux qui dépassent le champ d’un Etat déterminé. Elles sont
aujourd’hui un acteur incontournable de la SI.
(2) Caractéristiques communes
Les OI sont « des associations d’Etats établies par voie conventionnelle pour la poursuite
d’objectifs communs au moyen d’organes permanents ». Elles sont donc des créations des
Etats, le + souvent par traité, les OI sont composées d’Etats ce qui permet de distinguer
l’organisation interétatique de ce qu’on appelle les association non gouvernementale
(ONG). Ces organisations internationales sont donc des institutions constituées d’organes
permanents censés leurs permettre d’exprimer une volonté distincte de celle des Etats et
ces organisations sont constituées pour la poursuite d’intérêt commun et dispose donc de
compétences délimitées par leur acte constitutif.
La question qui se pose est de savoir comment appréhender juridiquement ces OI ?
b) Le statut juridique des organisations internationales
(1) Personnalité juridique internationale
La mise en place des OI a répond a un besoin en RI. Mais l’émergence d’entité qui ne
sont pas des Etats et qui expriment une volonté propre dans le DI a bouleversé la
conception qu’on se faisait du DI. Après des débats relativement vifs, la personnalité
juridique des OI a été largement reconnue, ce qui n’empêche pas que le régime juridique
applicable aux OI continue de poser des difficultés et soit largement dépendant de la
situation de chaque organisation.
Assez rapidement la question de la personnalité juridique des ces institutions nouvelles
s’est posée afin de déterminer quelles sont les capacités juridiques de ces organisations.
Les Etats ont, dans l’acte constitutif de ces organisations, parfois réglé la question de leur
personnalité juridique interne. Par exemple la Charte des nations unies prévoit que
l’organisation jouit sur le territoire de chacun de ses membres, de la capacité juridique
qui lui est nécessaire pour exercer ses fonctions. Càd que l’ONU doit être considéré comme
chacun des membres de l’organisation comme un sujet de droit interne. Cela permet à
l’ONU d’acheter des biens, de recruter du personnel etc. La question se posait de savoir si
ces OI étaient également des sujets de DI. De manière sous-jacente il s’agissait de
déterminer quelles étaient les capacités juridiques internationales de ces OI. On ramène
systématiquement la notion d’OI de l’Etat pour lui conférer la personnalité juridique
internationale. Un avis de la CIJ du 11 avril 1949 dans l’affaire des dommages subis au
service des NU ! La Cour affirme clairement que l’ONU dispose d’une personnalité
juridique internationale qui est opposable non seulement aux membres de l’organisation
mais aussi aux Etats tiers et cette personnalité lui permet d’introduire une réclamation
internationale pour obtenir réparation par un Etat des dommages subis par ces agents.
L’ONU dispose d’une personnalité juridique objective qui s’impose à tous même à ceux qui
ne participeraient pas à l’organisation.
Aujd les Etats créant une OI précise si ils veulent la doter ou non de la personnalité
juridique internationale et c’est donc par leur volonté exprimer de manière expresse que
les Etats créent un nouveau sujet de droit. Des débats quant à l’opposabilité de cette
personnalité ont perdurés pendant toute la GF mais semblent aujd dépassés et l’on peut
considérer que la PJI des OI est une personnalité objective. Cela ne permet pas de préciser
le régime juridique qui s’attache à cette qualité et il varie finalement en fonction de
l’intention des Etats qui ont créés l’organisation.
(2) Eléments d’un droit des OI
Le statut juridique de chaque OI dépend de son acte institutif et des accords qu’elle
pourrait avoir conclu avec certains Etats notamment ceux sur lesquels elle a son siège. On
identifie des éléments communs :
• Compétences de l’OI : Les OI ont des compétences qui leurs sont attribuées par
des Etats au travers de leur acte institutif. Alors que les Etats ont la compétence
pleine et exclusive, les compétences des OI sont gouvernées par deux principes :
o La compétence d’attribution
o Le principe de spécialité
Ces règles limitent la capacité d’action des OI. Ex : licéité de l’utilisation de
l’arme nucléaire dans un conflit armé, avis de 1996. La théorie des pouvoirs
implicites permettrait à l’organisation d’exercer les compétences que les Etats leur
ont implicitement confiées pour leur permettre d’exercer leur fonction.
• Protections de l’OI : Elle se justifie par le principe d’égale souveraineté. Les OI ne
sont pas souveraines et pourtant elles bénéficient d’immunités. Ces immunités se
justifient ici par la volonté de préserver l’autonomie de l’OI notamment vis à vis de
ces membres. L’OI n’a pas de territoire, elle agit nécessairement sur le territoire
des Etats et les immunités viennent garantir l’autonomie de l’organisation
lorsqu’elle agit sur un territoire étatique. Ceci étant, parce que le fondement de
l’immunité n’est pas le même, la source diffère également et les OI ne peuvent se
prévaloir d’immunité que si un texte particulier leur octroie cette protection.
L’immunité peut bénéficier de l’organisation en tant que tel ou aux agents dans la
mesure où cela est nécessaire dans l’accomplissement de leur fonction.
Généralement les agents ne sont protégés que dans l’exercice de leur fonction. Ex :
immunité du directeur général du FMI ! protégés dans le cadre de ses fonctions
seulement. En 2013, la CEDH a jugé que l’immunité des NU était absolue et qu’elle
ne saurait céder quelque soit la gravité des comportements reprochés à
l’organisation ! Affaire association des mères du Srebrelica contre Pays-Bas, liée à
la guerre de Yougoslavie et le génocide de Srebrelica.
• Responsabilités des OI : Les OI ont en principe des obligations en tant que sujets
de droit. Les obligations sont celles qui résultent de leur acte constitutif mais aussi
celles qui résultent du DI général càd du droit coutumier ou des engagements
internationaux particuliers qu’une organisation pourrait prendre. La CIJ l’a reconnu
en 1980. La question d’une éventuelle responsabilité d’une OI en manquement à
ses obligations peut alors être posée. Toujours est-il que le principe de la
responsabilité des OI est aujourd’hui bien admis et la Commission du DI qui est un
organe chargé de codifier les règles coutumières ! Article 3 : « Tout fait
internationalement illicite d’un OI engage sa responsabilité internationale ». Il faut
prévoir les modalités de cette responsabilité internationale, hors jusqu’à présent
elles font largement défaut. Pendant longtemps on a considéré que ce n’était pas
un problème parce que l’OI répondait de son comportement à ses membres, mais le
développement et le pouvoir des OI conduit aujd à se demander de permettre à
ceux qui sont affectés par le comportement d’une OI de mettre en cause sa
responsabilité. Ici, les mécanismes envisagés restent assez défaillants. La voie du
juge interne est souvent barrée par les règles relatives aux immunités et les
juridictions internationales sont le plus souvent incompétentes pour connaître des
réclamations dirigées contre les OI puisqu’elles ne sont compétentes que vis à vis
des Etats. Deux solutions demeurent :
o Utiliser les voies diplomatiques pour tenter de faire reconnaître sa
responsabilité internationale par l’OI considérée
o Mettre en cause les EM de l’OI parce qu’ils auraient contribués aux faits
illicites de l’organisation.
Aucune solution n’est pleinement satisfaisante ni du point de vue des victimes,
des Etats ou de l’OI dont le fonctionnement pourrait se retrouver entraver par ce
type de procédure. Il apparaît aujd nécessaire que les OI se dotent de mécanismes
internes permettant aux tiers d’obtenir réparation des préjudices qu’ils auraient
subi du fait de l’organisation.
2. Les personnes privées
Pendant toute la phase de mise en place du DI et les premiers ayant réfléchi sur le DI
l’ont perçu comme un droit des Etats conçu par les Etats pour les Etats. Et donc un droit
dont les personnes privées étaient absentes. C’est la conception classique du DI portée par
les auteurs du dualisme qui séparent le DI, pour les Etats, du droit interne qui d’intéresse
aux individus. A cette époque, les personnes privées étaient perçues tout au plus comme
des objets du DI en ce sens que des règles pouvaient s’intéresser aux individus mais ne
créaient en tout état de cause de droits ou d’obligations qu’à l’égard des Etats.
La situation a évolué notamment suite à la 2GM en réaction aux excès qu’avaient pu
justifier cette hétérogénéité rigoureuse entre le monde du DI et celui du droit interne.
Pendant cette période, avant la 2GM, l’idée selon laquelle le DI ne régit pas les individus
va être utilisé pour justifié le fait que la communauté internationale n’a rien a dire sur la
situation en Allemagne (cf. discours de Goebbels devant SDN). La doctrine du droit
international va rappeler que l’individu peut fort bien être un sujet du DI et que ce DI peut
reconnaître des droits aux individus et même les soumettre à des obligations. A la suite de
cela, les individus sont donc considérés comme des sujets de DI même si cela n’en fait pas
l’égal des Etats.
a) Les personnes privées comme objets du DI
Initialement des règles internationales s’intéressaient aux individus mais ne créaient de
droits qu’au profit des Etats. La conséquence de cette idée était que seuls les Etats
étaient habilités à faire valoir dans l’ordre international ces droits par l’intermédiaire
d’une technique : la protection diplomatique.
(1) Les règles internationales ayant pour objet les pp
Dès l’origine du DI, certaines règles internationales et certains domaines du DI se sont
intéressés à la situation des pp et en particulier à celle des individus. On peut citer deux
branches classiques du DI :
• Le DI humanitaire : c’est la branche du droit qui s’applique en situation de
conflit armé et qui vise à limiter les effets de ces conflits notamment en
protégeant les individus en période de conflit armé. Ex : principe de distinction
entre les civils et les combattants, règles protégeant les prisonniers de guerre/
On rattache cela aujourd’hui à la Convention de Genève de 1949 sur les conflits
armés.
• Le DI relatif à la protection des nationaux à l’étranger : Il vise à assurer une
protection minimale aux individus lorsqu’ils se trouvent en territoire étranger.
Ce droit qui s’est forgé dans un contexte un peu particulier a consisté à dégager
un standard minimum de respect des nationaux à l’étranger que tous les Etats
doivent respecter.
Ces deux branches sont parmi les plus classique du DI et se sont beaucoup développé
notamment au 19e siècle. Elles s’intéressent aux individus. Les individus sont au cœur de
ces branches du DI. Les individus ne sont appréhendés par le DI qu’en tant qu’ils sont les
nationaux d’un Etat. Càd que seul les Etats sont titulaires de droit ou sont soumis à des
obligations même si ces droits ou obligations sont relatifs à la manière dont sont traitées
les personnes privées.
(2) La protection diplomatique
Cette technique de la protection diplomatique est une technique de mise en œuvre de
ces règles qui s’intéresse à la protection des personnes privées. La protection diplomatique
permet à un Etat de se plaindre de la violation du DI dans la personne de ses nationaux. La
technique revient à considérer que lorsque les intérêts d’un individu sont atteints se sont
en réalité les droits de son Etat de nationalité qui sont mis en cause si bien que cet Etat
est habilité à prendre fait et cause pour son national en introduisant une réclamation
internationale pour obtenir réparation du préjudice subi. Il y a l’exemple de l’affaire de la
Concession Mavrommatis en Palestine ! CPJI 30 aout 1924 : le requérant demande à
son Etat qui est la Grèce de faire un recours contre le RU qui s’est mal comporté à son
égard. La CPJI dit que c’est bien un différend interétatique car c’est un principe
élémentaire du DI que celui qui autorise l’Etat à protéger ses nationaux lésés par des actes
contraires au DI commis par un autre Etat, dont ils n’ont pu obtenir satisfaction… ! ce
n’est pas un différend entre personnes privées mais c’est devenu un conflit interétatique,
il y a une sorte de fiction qui dit que l’Etat a des droits qu’il peut faire valoir lorsque les
intérêts de ses nationaux sont mis en cause. La technique de la protection diplomatique
permet de transformer un différend interne en un différend international susceptible
d’être juger par une juridiction internationale.
Cela a des conséquences pratiques non négligeables. D’abord puisque c’est un droit de
l’Etat qui est en cause, il est libre d’exercer ou non sa protection diplomatique. Ensuite
l’individu disparaît complètement du contentieux international, seul l’Etat agit et si la
violation du droit est constaté, seul l’Etat bénéficie d’un droit à réparation qu’il sera libre
de répercuter ou non sur l’individu dont les intérêts ont été lésés. Cette technique ne
fonctionne que lorsque les intérêts d’un individu sont mis en cause par un Etat tiers. Elle a
conduit les Etats à reconnaître immédiatement des droits et à soumettre à des obligations
à partir de la seconde moitié du 20e siècle.
b) Les personnes privées comme sujets du DI
Elles continuent d’être les objets de certaines règles internationales. Ceci étant dans
certains domaines particuliers, les pp se sont vus reconnaître des droits ou ont été
soumises à des obligations immédiatement en vertu du DI càd sans passer par le filtre de
leur Etat de nationalité. Susceptible d’être titulaire de droits ou d’obligations en vertu du
DI, les pp peuvent être dites sujets de DI avec deux réserves toutefois :
• Cette qualité de sujet de DI n’emporte qu’une capacité limitée à faire valoir ses
droits dans l’ordre international.
• Ensuite, en tout état de cause, se sont les Etats qui, par des traités, confèrent
des droits ou soumettent à des obligations les personnes privées. Les Etats
collectivement décident de faire des personnes privées des sujets du DI. On dit
parfois que la personnalité est dérivée.
(1) La reconnaissance de droits aux personnes privées
L'idée selon laquelle un instrument international puisse crée des droits au profit de
particuliers est relativement ancienne puisqu’elle semble avoir été admise à titre
exceptionnelle par la CPJI dès 1928 dans un affaire « Compétence des tribunaux de
Dantzig ». On trouve ici trace de l’idée selon laquelle un traité peut avoir pour objet la
création de droit au profit de pp. La portée de cette décision est assez limitée à deux
égards. D’une part car la CPJI semble considérer que la création de droits au profit
d’individus est une situation particulière, exceptionnelle. Ensuite, si on lit bien cette
décision on s’aperçoit que la CPJI semble suggérer que les Etats conservent un rôle à jouer
dans la répercussions des droits issus du DI sur les individus. Autrement dit, le traité
impose aux Etats l’obligation de reconnaître des droits aux individus. Les auteurs dualistes
continuent donc à dire que ce sont les Etats qui restent soumis à des droits et obligations.
Cette conception n’est plus tenable depuis la fin de la 2GM notamment à cause du
développement du DI des droits de l’homme dès 1945. Ce développement du DI des droits
de l’homme constitue sans doute l’évolution principale du droit international non
seulement d’un point de vue matériel, mais aussi d’un point de vue théorique ce
développement des droits de l’homme change la perception du DI qui reste un droit crée
par les Etats mais qui ne s’intéresse plus seulement aux Etats mais régit également la
situation des personnes privées quelque soit leur nationalité. L’idée se concrétise
rapidement à la fin de la 2GM car la Charte des nations unies range parmi les objectifs de
l’ONU la promotion et le respect des droits de l’homme pour tous. Même si lorsqu’on lit la
charte le contenu précis de ces droits n’est pas précisé ni le contenu de leurs obligations
! c’est sur cette base que va être créée un régime protecteur des droits de l’homme qui
crée des droits directement au profit des individus. En 1945 on affirme que la protection
des droits de l’homme est l’un des buts des nations Unis. Les Etats vont rapidement
s’accorder sur une DUDH qui est un texte complet protégeant les droits de l’homme dans
plusieurs dimensions et qui est donc adopté par consensus par l’AG des NU en 1948. Mais
cette Ag n’a pas de pouvoir de décision obligatoire et la DUDH a la valeur qu’ont les
recommandations de l’AG càd une valeur politique. Cette déclaration va servir de base à
l’adoption de traités en bonne et due forme par les Etats dans les années qui suivront.
L’unanimité qui a présidé à l’adoption de la DUDH va rapidement se défaire notamment
dans le contexte de GF si bien que les première traduction juridiquement contraignante de
la DUDH vont se faire au niveau régional avec la CEDH adoptée en 1950 qui sera suivi d’une
convention interaméricaine des droits de l’homme et plus tard d’une charte africaine des
droits de l’homme et des peuples. À l’échelle universelle il faut attendre 1966 pour que les
Etats se mettent globalement d’accord sur des textes contraignants : le pacte
international sur les droits civils et politiques et de l’autre le pacte international sur les
droits économiques sociaux et culturels. Néanmoins les Etats admettent tous que le DI
puisse reconnaître des droits aux individus quelques soit leur nationalité et puisse
également servir à la protection des droits de ces individus. Dans tous ces textes ce sont
les individus qui sont titulaires des droits. Certains de ces textes vont prévoir également
des mécanismes de contrôle dont certains sont accessibles aux individus ! la CourEDH va
être chargé du contrôle du respect par les Etats de la CEDH et qui peut être saisi
directement par les individus après épuisement des voix de recours internes. Dans d’autres
systèmes régionaux il existe des cours accessibles aux individus : Cour américaine des
droits de l’homme, Cour africaine des droits de l’homme. À l’échelle universelle, les
pactes internationaux sont accompagnés de comités qui peuvent être saisi par les individus
et faire des recommandations aux Etats.
Les Etats vont s’accorder pour confier des droits aux personnes privées et dans certains
cas pour le conférer une personnalité juridique internationale. Cela permet de voir sous un
jour nouveau les techniques du droit international comme la protection diplomatique. Dans
certains cas, quand les droits de l’homme sont en jeu, l’Etat ne fait que représenter ses
nationaux dont les droits ont été affectés. ! CIJ Ahmadou Sadio Diallo (Guinée c/ RDC)
arrêt du 19 juin 2012 ! L’indeminté accordée à la Guinée dans l’exercice par celle ci de sa
protection diplomatique à l’égard de M. Diallo est destinée à réparer le préjudice subi par
celui-ci.
(2) La soumission des personnes privées à des obligations
Les pp peuvent être amenées à répondre dans l’ordre international, de la violation de
leurs obligations. Classiquement, ce sont les Etats qui sont soumis à des obligations en
vertu du DI et ce sont donc eux qui doivent répondre de la violation de leurs obligations
dans l’ordre international ! mécanisme de responsabilité. Ceci étant, n’est qu’un concept
juridique, une abstraction dont l’activité se manifeste par l’entremise de personnes
physiques/d’individus (agents de l’Etat). Classiquement en DI, on attribue à l’Etat le
comportement de certaines personnes physiques. Le DI ne doit pas seulement s’intéresser
à la responsabilité des Etats mais également à celle des individus qui commettent des
violations grave du DI. C’est une idée qui apparaît avec une décision prise après la 2GM de
juger les individus principalement responsables des crimes commis par les nazis : Procès de
Nuremberg, 1er octobre 1946 : le tribunal nous dit que la violation du droit international
fait naitre des responsabilités individuelles, ce sont des hommes non des entités abstraites
qui commettent des crimes dont la répression s’impose comme sanction du DI. C’est l’idée
que le DI ne fait pas seulement peser des obligations sur les Etats mais aussi sur les
individus voir même prévoir des mécanismes internationaux de responsabilité des individus
dans l’ordre international. C’est aux Etats d’assurer la répression des crimes de DI et il a
fallut la conjonction de deux phénomènes des années 90 pour que l’idée soit relancée. On
voit possibilité de trouver un accord à l’échelle multilatérale avec un Etat, mais aussi on
voit la survenance de conflits particulièrement violents qui vont remettre en évidence la
nécessité d’une répression internationale de certains crimes. C’est la conjonction de ces
deux phénomènes qui conduit à la réaction de la communauté internationale. On voit cela
par la création de deux juridictions internationales ad hoc :
• TPI pour l’ex-Yougoslavie
• TPI pour le Rwanda
Ils sont créés par le Conseil de sécurité des NU et chargés de juger les principaux
responsables des crimes commis sur ces territoires. Ce sont des crimes de guerre, crime
contre l’humanité ou des génocides (mêmes crimes que ceux qui entraient dans la
compétence de Nuremberg et de Tokyo). Ce nouvel élan va conduire à la création d’une
juridiction pénale internationale : la CPI dont les Etats ont signés à Rome 1998 et entré en
vigueur en 2002. Le droit international que ce soit les traités ou les règles coutumières
peuevnt aussi bien faire peser des obligations sur les Etats que sur les individus et la
violation de ces obligations peut être sanctionné directement dans l’ordre international
par des juridictions internationales pénales.
La CPI témoigne de l’affirmation du rôle des individus dans l’ordre international surtout
qu’elle a été crée sous l’influence d’organisation non gouvernementales qui ont milités
pour sa création. Elle a été mise en place par un traité càd un accord conclu entre Etats.
Elle est compétente pour commettre des crimes commis par des individus soit sur le
territoire des Etats parties soit par des nationaux des Etats parties. Ce sont les Etats qui
peuvent éventuellement arrêtés les individus qui sont mis en cause devant la CPI et
ensuite les peines qui seraient décidées par la CPI sont exécutées dans les prisons des
Etats. La CPI montre que l’individu peut être sujet de droit international mais sont
fonctionnement reste très tributaire de la coopération des Etats.
Les personnes privées sont soumises à des obligations en vertu du DI il existe
notamment des débats importants concernant la possibilité de soumettre des personnes
privées à des obligations dans le domaine des droits de l’homme. Certains soutiennent
notamment que les entreprises, les FTN sont ou devraient être soumises à des obligations
en matière de protection des droits de l’homme ou de protection de l’environnement. Les
modalités pratiques des soumissions de ces entreprises à un droit international des droits
de l’homme demeure relativement timide. Càd que des mécanismes sont mis en place mais
ils restent encore non contraignants de sorte que la responsabilité des personnes privées
pour violation des droits de l’homme restent encore largement à développer. Ce n’est donc
pas parce que les pp sont des sujets de droit international qu’ils sont l’égal des Etats.
II. Chapitre 2 : Les normes internationales
Le DI s’applique à la SI càd des Etats mais aussi les autres sujets que peuvent être les OI
et les pp. Mais ce DI forme un système juridique càd un ensemble de normes articulées
entre elles par des techniques communes qui règlent les conditions de la formation des
normes internationales et les modalités de leur application. On pourrait dire que le DI est
éclaté et n’est plus unitaire par son objet, il couvre aujourd’hui un grand nombre de
matières et de domaines qui vont de la guerre aux conditions de travail en passant par
l’environnement, les droits de l’homme et le droit économique. En revanche, il continue
de former un système cohérent par ses techniques de formation et d’application
particulière des normes. C’est à l’étude de ces techniques de formation et d’application
que va être consacré ce deuxième chapitre.
A. Section 1 : Formation des normes internationales
La création de ces normes obéit à des règles spécifiques même si elles sont
relativement peu formalistes. Elles doivent permettre d’identifier les normes
juridiquement obligatoires en DI. On les désigne généralement en utilisant la notion de
sources du DI. Càd que cela désigne tous les processus formels qui aboutissent à la création
de normes internationales. La question des sources est une question très débattue en droit
international et c’est encore une fois la question de la place des Etats qui est largement
posée.
Il faut faire un retour sur l’histoire du droit international pour bien comprendre le
débat. Lors de la formation du DI, certains auteurs se sont attachés à montrer que le DI
formait un véritable système de droit positif et non pas simplement une morale ou un droit
naturel. Ils y sont parvenus en ramenant la formation du DI à un acte de volonté imputable
à l’Etat. Autrement dit, le DI c’est le droit qui est produit par la volonté commune des
Etats. C’est l’approche volontariste du DI qui ramène l’ensemble des normes
internationales à cette volonté des Etats même si cette volonté peut être exprimée par
des moyens divers. Tout le Di procède de la volonté des Etats dans cette perspective. !
Décision de la CPJI « Lotus » où la Cour permanente nous dis que les règles de droit liant
les Etats procèdent de la volonté de ceux ci autrement dit tout le DI est crée par la
volonté des Etats.
Cette approche purement volontariste est discutée d’une part car d’un point de vue
pratique il existe parfois des domaines du DI dans lesquels les Etats ne sont pas encore
intervenus pour adopter des traités formels. Certains soutiennent qu’il doit exister des
limites à la volonté des Etats. L’accord des Etats ne peut pas tout faire et il doit
nécessairement exister un DI qui échappe en partie à la volonté des Etats. C’est une
conception objectiviste du DI selon laquelle le DI résulterait également des besoins/
nécessités de la SI.
Ces débats théoriques vont avoir une incidence sur les techniques du droit international
et sur ses modes de formation. Malgré ces oppositions théoriques, la doctrine s’accorde
aujourd’hui pour reconnaître quelques sources classiques du DI, dont on trouve une
formulation à l’article 38 du statut de la CIJ qui fixe le droit applicable par cette Cour. Il
nous dit que la Cour dont la mission est de régler conformément au DI les différends qui lui
sont soumis, applique :
• Les conventions internationales
• Les coutumes internationales
• Les PGD reconnus par les « nations civilisées » (conception ancienne)
• La jurisprudence et la doctrine
Il y a un accord global sur ces sources mêmes si les formulations de cet article sont un
peu datées. On peu distinguer les modes conventionnels et les autres modes de formation
du DI.
1. Mode conventionnel
Quand on pense DI, on pense « traité » et le traité constitue la source la plus connue du
DI. Il est vrai qu’à l’heure actuelle, une partie très importante des normes internationales
trouve sa source dans les traités qui se sont multipliés tout au long du 20e siècle. Ceci
étant, les première règles du Di se sont constitués plutôt suivant un mode de formation
coutumier ! la coutume continue de jouer un rôle majeur en DI.
Le traité s’est développé notamment parce qu’il constitue l’instrument le plus sur
d’expression de la volonté des Etats. A l’occasion d’un traité, les Etats expriment
clairement leur volonté, ce qui va limiter d’autant la marge d’appréciation de ceux qui
sont chargés de l’application des normes internationales. C’est ce qui explique le succès
des traités comme formation du DI. Ils ne sont plus seulement bilatéraux, permettant à
deux Etats de s’accorder sur la solution d’une difficulté particulière, il s’agit également de
grands accords multilatéraux qui posent des règles générales opposables à tous les Etats
parties et qui visent à structurer la société internationale.
Traité : accord de volonté entre deux ou plusieurs sujets de DI destinés à produire des
effets de droit et régi par le DI.
Les règles internationales qui encadrent la conclusion des traités sont essentiellement
coutumières et nées de la pratique des Etats en la matière/ Elles ont fait l’objet d’une
codification dans les années 60 qui a pris la forme d’une convention : convention de
Vienne sur la formation des traités en 1969 et mis en œuvre en 1980. Elle ne lie que les
Etats qui sont parties même si les règles qu’il contient peuvent être coutumières. Par
ailleurs, puisqu’elle n’est qu’un traité, les Etats peuvent bien s’entendre aux règles
qu’elle pose pour y déroger dans un accord particulier. Pour connaître le régime applicable
à un traité il faut d’abord regarder le traité et à titre supplétif on regarde la convention
de Vienne.
a) Conclusion des traités
(1) Aspects internationaux
Ces règles sont essentiellement destinées à protéger la volonté des Etats. Cela rend
assez complexe la procédure de conclusion des traités puisque le processus fait intervenir
des éléments relevant du DI et d’autres relevant du droit interne des Etats participants. La
procédure internationale qui va de la négociation à son entrée en vigueur varie selon un
choix des négociateurs.
La conclusion d’un traité s’ouvre par une phase de négociation qui n’est pas
véritablement encadré par le DI càd que les Etats sont libres de déterminer les modalités
de négociation. Dans certains cas, elle se fait de manière bilatérale par l’intermédiaire des
ministères des affaires étrangères. En revanche quand la négociation se fait dans un cadre
multilatéral elle peut être +/- organisée. Elles utilises parfois les moyens mis en place par
une OI parfois elles se déroulent dans le cadre d’une conférence diplomatique.
A la suite des négociations, les Etats qui ont participés à celle ci adopte le texte et le
signe. L’adoption se fait selon des modalités variables mais quoi qu’il en soit, l’adoption
du texte par un Etat et sa signature ne suffisent en principe pas à exprimer le
consentement de l’Etat à être lié. Par l’adoption d’un traité et sa signature les Etats
s’engagent simplement à poursuivre le processus et à ne rien faire qui puisse privé le traité
de son objet ou de son but. Pour qu’un Etat soit lié, il faut encore en principe qu’il
exprime son consentement à être lié, le plus souvent par un acte distinct que l’on appelle
la ratification ou l’approbation. Cette procédure de ratification était historiquement
destinée à permettre au chef de l’exécutif que ses représentants avaient bien négocié ce
qu’il était prêt à accepter. Aujourd’hui la ratification sert aussi surtout à permettre des
contrôles internes qui s’exercent sur l’autorité chargée du pouvoir de conclure les traités
dans l’ordre interne. En France, l’autorité chargée de cela est le chef de l’Etat (article 52
C). La ratification n’est pas automatique, un Etat peut avoir signé un traité et décidé de
ne pas le ratifier soit parce que des opposition internes sont apparues soit parce qu’il a
changé d’avis. Pour éviter ce type de difficultés, les Etats peuvent s’accorder au cours de
la négociation sur le fait que la ratification ne sera pas nécessaire. Dans ce cas la signature
emporte à la fois authentification du texte et consentement de l’Etat à être lié. On parle
alors d’accord en forme simplifiée par opposition d’accord en forme solennelle qui
implique la séparation des deux étapes. Cela ne change rien du point de vue du DI dans les
deux cas c’est un traité même si du point de vue du droit interne cela peut donner lieu à
des contestations de la valeur de l’accord conclu en forme simplifiée. Il ne suffit pas que
le traité soit ratifié pour qu’il soit en vigueur. Il faut examiner les conditions de son entrée
en vigueur posées par le traité lui même. Pour les accords bilatéraux l’entrée en vigueur
intervient quelques jours après l’échange des ratifications. Pour les traités multilatéraux
c’est plus compliqué et les parties cherchent souvent un équilibre entre le souci d’assurer
une entrée en vigueur relativement rapide du traité et celui d’obtenir une participation
suffisamment large pour que le traité produise un effet. Il fixe donc des conditions à
l’entrée en vigueur qui tiennent à un nombre minimum de ratification ou à la ratification
du traité par certains Etats particuliers.
En raison des difficultés du processus de ratification et entrée en vigueur, les Etats
prévoient parfois une entrée en vigueur des traités provisoire, pour attendre la réunion des
condition d'entrée en vigueur ou et le processus de ratification. Au sein de UE la procédure
est complexe, c'est pourquoi on met en place une entrée en vigueur provisoire qui est
intervenue le 21 septembre de cette année et qui concerne une partie du texte.
L'avantage est qu'on va plus vite, cela accentue les risques car le traité entre en vigueur
alors que les formalités internes n'ont pas été abouti et les contrôles politiques n'ont pas
été mis en œuvre. L'entrée en vigueur provisoire prend fin quand les conditions d'entrée en
vigueur sont réunies ou lorsque l'Etat notifie son intention de ne pas participer au traité.
(2) Aspects internes
Ces phases permettent contrôle interne sur l'exercice du pouvoir d'engager l'Etat dans
l'ordre interne. Les solutions variables peuvent être retenues. Les règles qui encadrent
dans l'ordre interne le processus d'engagement internationale de l'Etat visent
essentiellement à assurer la conclusion des traités n'affecte pas la répartition des pouvoirs
tel qu'elle existe en droit interne. Des mécanismes de contrôle sont mis en place afin de
s'assurer de l'accord des différents pouvoirs en amont de l'engagement de l'Etat. En France
comme partout, c'est toujours l'exécutif qui engage l'Etat. C'est le Psdt de la république
qui ratifie les traités selon l'art 52. Il existe deux types d'accords internationaux : les
traités qui sont ratifiés par le Psdt et les accords non soumis à ratification qui sont alors
approuvés par le gouvernement → toujours l'exécutif qui a le monopole de la conduite des
RI.
Avec l'évolution des domaines sur lesquels portent les engagement internationaux, ce
monopole de l'exécutif est susceptible d'entrainer un déplacement du pouvoir exécutif vers
le pouvoir législatif. C'set la raison pour laquelle, l'engagement par l'exécutif de l'Etat peut
être subordonné à une autorisation législative. L'art 53 fixe les hypothèses dans lesquels
l'autorisation par l loi de la rtifiction ou l'approbation d'un traité est obligatoire. Le chef de
l'Etat peut soit soumettre au parlement, soit soumettre au referendum une loi autorisant
la ratification ou l'approbation d'un traité.
Pendant longtemps, le respect de l'art 53 n'était pas contrôlé par le juge càd que
personnes ne sanctionnait le fait qu'un traité ratifié sans autorisation législative. Depuis
1998, le Conseil d'Etat a accepté de contrôlé la régularité de la procédure de ratification
dans un arrêt « Parc d'activité de la Commune Blotzheim » 1998. Ce contrôle peut poser de
difficultés du point de vue du DI car il peut aboutir à une situation dans laquelle un traité
n'aurait pas été ratifié en droit interne et donc plus applicable en droit interne alors qu'il
continuerait de lier l'Etat dans l'ordre international. Il est possible que le CC soit saisie de
la conformité a la constitution d'un engagement international que la France envisage de
ratifier. Cela est prévu à l'art 54 de la constitution qui prévoit que CC saisi par le
président, 60 députés ou 60 sénateurs etc. contrôle l'engagement. Ce contrôle peut porter
sur des notions substantielles de la Constitution et il permet de savoir si le traité ne porte
pas atteinte aux conditions essentielles de la souveraineté nationale. Tel est le cas si dans
un domaine considéré par le CC comme régalien, le traité comporte un abandon
irréversible de compétence. Le CC considéra alors que le traité est incompatible avec la
Constitution. Dans ce cas, deux solutions :
- modifier la constitution pour permettre la ratification du traité : souvent on ajoute
seulement une mention dans la constitution disant que la France peut ratifier ce
traité
- si les conditions ne sont pas réunies pour modifier la constitution, la ratification est
abandonnée
L'accord de Paris sur le climat a été conclu en 1994 dans le contexte de la convention
cadre des NU sur les changements climatiques. Des conférences des Etats parties peuvent
conduire à l'adoption de nouveau traité, c'est l'objet de la COP 21. → adoption par
consensus du texte le 12 décembre 2015. Cette adoption met un terme aux négociations. Il
a été ouvert à la signature à partir du 22 avril 2016 : 164 Etats + l'UE ont signé ce texte. La
signature vaut authentification du texte qui permet de poursuivre le processus de
ratification. L'accord prévoit qu'il est ouvert à la signature et ensuite sera soumis à
ratification, acceptation et approbation. C'est un accord solennel car il faut la ratification,
l'acceptation et l'approbation en plus de la signature. En France, il a été ratifiéé le 5
octobre 2016 a la suite de l'adoption d'une loi autorisant cet acord. Les conditionss
d'entrée en vigueur du traité sont à l'article 21 du traité → Au moins 55 Etats partis qui
représente un pourcentage minimum des émissions gaz a effet de serre. Le traité est entré
en vigueur le 5 octobre 2016, jour où la France l’a ratifié. Aujd il y a 168 Etats parties à ce
traité.
b) Effet des traités
Le traité se définit comme un accord de volonté destiné à produire des effets de droit.
Logiquement, le traité produit des effets de droit en ce sens qu’il va lier les Etats qui y
sont parties. En revanche on voit que le traité reste sans effet sur les Etats tiers. Nous
verrons aussi que le Traité ne lie les Etats que si il est applicable et en vigueur.
(1) Les effets rationae personae
Un peu comme le contrat en droit interne, le traité lie les parties mais reste en principe
sans effet sur les tiers.
(a) Effets pour les parties
Suivant l’article 26 de la Convention de Vienne, « tout traité en vigueur lie les parties
et doit être exécuté de bonne foi ». C’est PGD que l’on exprime souvent avec l’adage
« pacta sunt servanda ». Les Etats parties au traité en vigueur peuvent donc en tirer des
droits mais aussi être soumis à des obligations. Ils sont tenus de respecter ces traités de
bonne foi. Pour déterminer les droits et obligations résultant d’un traité particulier, il faut
se référer à ce traité. Càd qu’il peut exister des traités formellement obligatoires mais
dont le contenu laisse une marge de manœuvre assez importante aux Etats au stade de
leur application. C’est le cas de l’accord de Paris sur le climat. C’est un traité, texte
obligatoire pour les Etats parties mais les obligations qui résultent de ce texte pour les
Etats demeurent relativement souple comme l’indique la plupart des articles sont rédigés
au conditionnel.
Mise a part cette difficulté, cela peut être compliqué par le fait que des Etats peuvent,
au moment d’exprimer leur consentement, émettre des réserves ayant pour objet de
moduler leur consentement. Une réserve est définit dans la convention de Vienne comme
une déclaration unilatérale faite par un Etat au moment il exprime son consentement par
laquelle il vise à exclure ou modifier l’effet juridique de certaine dispositions dans leurs
applications à cet Etat. Autrement dit, c’est une technique qui permet à un Etat de
participer à un traité multilatéral tout en restreignant la portée de son engagement, en
excluant certaines dispositions du traité. L’avantage de cette technique est d’étendre le
champ des participants à des traités puisque cela permet d’éviter qu’un Etat renonce à
participer à un grand traité multilatéral simplement parce qu’une disposition spécifique
est problématique. L’inconvénient de la technique est double. D’un côté cette technique
peut conduire à vider le traité d’une partie de sa portée. D’un autre côté, cette technique
a pour effet que le lien conventionnel se fragmente car les Etats ne sont plus liés par les
même dispositions en fonction du jeu des réserves.
Le droit international encadre le fait de recourir aux réserves. Cette possibilité est en
principe réglé par le traité lui même. Autrement dit c’est au moment de la négociation
que les Etats s’accordent sur la possibilité ou non d’émettre des réserves. Lorsqu’ils
cherchent avant tout à protéger l’intégrité du traité, les Etats excluront purement et
simplement la possibilité de formuler des réserves. Ex : le statut du Rome créant la CPI qui
ne crée par la formulation de réserve. Dans d’autres cas les traités peuvent autoriser des
réserves. Ex : la CEDH interdit à son article 64 les réserves à caractère générale et elle
autorise les réserves qui n’auraient pas ce caractère. A défaut de précision dans le traité il
faut recourir au droit international général si il est possible ou non de recourir à des
réserves. Avant la seconde guerre mondiale, la pratique était que les réserves n’étaient
admises que si elles recueillaient l’accord de tous les Etats participants. Càd que pour une
convention multilatérale, il ne faut qu’aucun autre Etat ne s’y oppose. C’est un système
qui était tenable dans une SI relativement restreinte. Mais à mesure que le nombre d’Etats
a augmenté le système pouvait paraître rigoureux puisqu’il allait toujours trouver un Etat
qui s’opposerait à la réserve. Le problème est apparu clairement après la 2GM au moment
de la convention pour la prévention et la répression du crime de génocide de 1948. Ce
texte contient des dispositions substantielles visant à criminaliser le génocide, mais il
contient également des dispositions procédurales aux termes desquelles les Etats
reconnaissent la compétence de la CIJ pour tout différend relatif à l’interprétation ou
l’application de la convention. L’URSS veut devenir partie à la convention mais elle ne veut
pas accepter la compétence systématique de la CIJ. Le secrétaire général de l’ONU s’est
demandé si il pouvait accepter l’instrument de ratification de l’URSS assorti de cette
réserve alors que la convention ne disait rien sur ce point. Il a donc soumis la question à la
CIK qui a saisi cette occasion pour faire évoluer la pratique. La Cour, dans un avis
consultatif du 28 mai 1951 dans l’affaire « Réserves à la convention pour la prévention
et la répression du crime de génocide », a alors remarqué que la règle traditionnelle de
l’unanimité n’était plus tenable dans une SI élargie et elle a estimé qu’il fallait lui
substituer un critère objectif permettant de déclarer la validité d’une réserve. Elle a alors
considéré qu’un Etat réservataire pouvait devenir partie à la Convention dès lors que sa
réserve est compatible avec l’objet et le but du traité. Si la réserve est compatible avec
l’objet du traité elle est valide et l’Etat peut participer au traité mais si elle est
incompatible il ne peut pas participer au traité. Cela a été repris dans la Convention de
Vienne dans son article 19.
Ceci étant la SI reste pour l’essentiel une société décentralisée en ce sens qu’en
principe il n’y a pas d’organe centralisé qui soit en mesure de dire si une réserve
particulière est compatible avec l’objet et les buts du traité. Finalement, c’est à chaque
Etat participant à un traité qu’il revient de dire si il accepte la réserve qui a été émise ou
si il considère qu’elle est incompatible avec l’objet et les buts du traité. Autrement dit, le
critère objectif qui a été dégagé par la CIJ dans cette affaire fait le plus souvent l’objet
d’appréciation subjective pour les Etats qui estiment librement si une réserve est
acceptable ou pas. Ce n’est que de manière exceptionnelle qu’un mécanisme centralisé
peut se prononcer sur la compatibilité d’une réserve avec un traité déterminé, que ce soit
avec la disposition spécifique dont la réserve fait l’objet ou avec le traité.
Les effets des réserves peuvent varier :
• Mécanisme intersubjectif : dans une situation classique, l’effet d’une réserve
va dépendre des réactions des autres Etats. On distingue généralement 3
situations concernant l’Etat réservataires. Il va être lié par le traité tel que
modifié par sa réserve dans les relations avec les autres Etats qui ont accepté la
réserve. A l’opposé, l’Etat réservataire ne sera pas lié par le traité dans les
relations avec les Etats qui considèrent que cette réserve est incompatible avec
les buts des traités ! Objection renforcée. Une situation intermédiaire a été
ajouter par la pratique : un Etat peut rejeter une réserve sans pour autant la
considérer comme incompatible avec l’objet du traité. Dans ce cas le traité
entre en vigueur entre l’Etat réservataire et l’Etat objectant à l’exclusion de la
disposition sur laquelle porte la réserve ! objection simple. Ex : dans le cas de
l’URSS que fait-on si l’URSS demande la compétence d’un tribunal arbitral !
entre l’Etat qui accepte et l’Etat réservataire on modifie la disposition et on
autorise la compétence d’un tribunal arbitral mais lorsqu’il y a objection la
disposition ne joue pas entre les Etats.
• Mécanisme institutionnel : permet de contrôler la compatibilité de la réserve
avec le traité. C’est le cas dans des instruments protecteurs des droits de
l’Homme tels que la CESDH. La CourEDH s’est reconnu le pouvoir de contrôlé la
compatibilité des réserves à la convention avec les dispositions de la convention
et notamment l’article 64 qui interdit les réserves à caractère général. Saisi
d’une affaire mettant en cause une disposition ayant fait l’objet d’une réserve
par la Suisse, la CourEDH s’est estimé compétente pour apprécier la validité de
la réserve Suisse ! CEDH, 29 avril 1988, Belilos c/ Suisse. La Cour a conclut
que la réserve était incompatible car elle présentait un caractère exclusivement
général. On a un contrôle centralisé de la réserve ici. La CourEDH a estimé qu’il
lui revenait de se prononcer sur l’effet de l’invalidité de la réserve et elle a
considéré qu’en l’espèce la réserve suisse n’était pas vraiment une condition du
consentement de la Suisse si bien qu’elle demeurait liée par la CESDH en
écartant la réserve jugée invalide. C’est donc un cas particulier où un organe
centralisé accepte de contrôler la validité de la réserve. Ceci étant d’une part la
situation reste exceptionnelle et d’autre part la Suisse aurait très bien pu
considérer que compte tenu de cette décision elle aurait pu quitter la CESDH
même si elle ne l’a pas fait.
Ce mécanisme des réserves montre la dialectique entre les aspects intersubjectifs et les
aspects objectifs.
(b) Effets pour les tiers
Les traités n’ont en principe pas d’effet sur les Etats qui n’en sont pas parties ! article
34 de la Convention de Vienne. Il y a des limites et des exceptions à ce principe d’effet
relatif des traités :
• Consentement : Les Etats qui ne sont pas parties au traité peuvent en tirer des
droits ou être soumis à des obligations dans la mesure où ils y consentent. Dans
ce cas il n’y a pas de véritable entorse à l’effet relatif des traités mais il s’agit
plutôt d’un engagement parallèle de l’Etat tiers. Ex : Parfois la ratification des
traités est ouverte seulement aux Etats et les OI peuvent accepter ces traités
sans y prendre part.
• Clause de la nation la plus favorisée : La clause de la nation la plus favorisée
est une technique utilisée classiquement en droit international économique en
vertu de laquelle deux Etats s’engagent par traité à se reconnaître
mutuellement les avantages qu’ils pourraient être amenés à accorder par la
suite à un tiers. Dans cette situation, un traité conclu ultérieurement entre l’un
des Etats liés par la clause et un tiers, produira des effets sur un Etat qui n’en
est pas formellement partie. Ceci étant il n’y a pas réellement d’entorse au
principe d’effet relatif car ce qui crée des droits au bénéfice de l’Etat ce n’est
pas vraiment le traité auquel il n’est pas partie mais c’est la clause de la nation
la plus favorisée insérée dans le traité qu’il a accepté.
• Traités de codification : certains traités contiennent des disposition qui ont
valeur coutumière. Soit parce qu’ils codifient des règles coutumières soit parce
qu’ils donnent naissance à une telle règle (ex : interdiction du recours à la force
dans la charte des NU). Dans ce cas le traité ne lie formellement que les Etats
qui y sont parties. Néanmoins les Etats tiers peuvent fort bien être liés par des
règles coutumières qui ont le même contenu matériel que les dispositions du
traité. Autrement dit une même règle peut avoir une double valeur
conventionnelle et coutumière et liera les parties en tant que traité et les tiers
en tant que coutume.
• Traités créant des situations objectives : c’est en particulier le cas des traités
qui fixent des régimes territoriaux. Ex : déterminant le statut d’un ile. Ce sont
des traités qui créent des situations objectives. La question se pose alors de
savoir si ils sont opposables aux tiers. On considère généralement que tel est
bien le cas. Les auteurs volontaristes expliquent cette situation en considérant
que les Etats tiers acceotent de manière implicite la situation si bien que c’est
leur volonté qui est à l’origine de l’opposabilité de la situation. Les Etats tiers
n’ont pas d’autres choix que d’accepter la situation crée et des situations
internationales peuvent s’imposer aux Etats en dehors de leur volonté.
En dehors de cette exception, les traités sont en principe sans aucun effet sur les Etats
tiers à moins qu’ils y consentent de manière implicite ou explicite.
(2) Rationae temporis
(a) Effet des traités dans le temps
La question de l’application dans le temps des traités peut être complexe. Le processus
d’adoption d’un traité est relativement lourd si bien qu’il peut être délicat de modifier un
traité postérieurement à son adoption. Cette rigidité peut être source de blocage et peut
empêcher l’adaptation du DI aux besoins changeant de la SI. Mais de l’autre cette rigidité
peut permettre d’assurer une certaine stabilité des RI les règles du jeu étant posées une
fois pour toute et peu tributaire des vicissitudes des aléas des oppositions politiques des
Etats. Pour la durée d’application d’un traité il faut regarder les conditions du traité qui
vont fixer sa durée d’application et les conditions d’une éventuelle renonciation. Ce n’est
qu’à défaut d’un accord particulier il faut se tourner vers le DI général.
En cas de silence du traité :
Possibilité de dénonciation : elle doit faire l’objet d’une notification et prend effet un
après cette notification. Article 56 CVDT ! a permis notamment à la Corée du Nord de se
retirer en 2003 du traité de non prolifération nucléaire. Ce traité prévoit une durée
d’application de 25 ans et finalement ils ont prorogé sans limite de temps le traité. Autre
exemple : l’accord de Paris peut être dénoncé après un délai de 3 ans après son entrée en
vigueur et la notification prendra effet dans un délai d’un an. A défaut de prévision dans le
traité, on se tourne vers le DI général qui sur ce point est assez peu clair car l’article 56 de
la Convention de Vienne prévoit que dans le silence du traité il n’est pas possible de le
dénoncer ou de s’en retirer a moins qu’il est établi qu’entrait dans la volonté des parties
la volonté d’admettre une possibilité de dénonciation ou de retrait ou que le droit de
dénonciation puisse être déduit de la nature du traité. C’est pour remédier à l’incertitude
résultant de l’implication du DI général que les négociateurs du traité de Lisbonne ont
inséré un article 50 dans le TUE relatif à la dénonciation. On assiste à une remise en cause
de certains traité multilatéraux : Brexit dans les conditions prévues à l’article 50 + Afrique
du Sud veut se retirer du statut de Rome créant la CPI l’année dernière + les EU ont
indiqué leur intention de se retirer de l’accord de Paris sur le climat. La volonté des Etat
peut défaire le traité mais ce retrait doit respecter certaines conditions posées par le DI.
Certains soutiennent qu’en vertu d’un règle de parallélisme des procédures, les mêmes
règles devraient être suivi s’agissant de dénoncer un traité. Autrement dit, l’exécutif
devrait recueillir l’assentiment du pouvoir législatif avant de dénoncer un traité lorsque la
ratification initiale est autorisée par la loi.
Remise en cause de l’application du traité : le DI général prévoit que dans des
circonstances exceptionnelles, un Etat peut remettre en cause l’application d’un traité
auquel il est partie. Ces circonstances exceptionnelles sont mentionnées aux article 50 et
suivants de la Convention de Vienne sur le droit des traités qui envisage 4 circonstances
susceptibles de remettre en cause l’application des traités :
• Exception d’inexécution : remise en cause d’un traité par un Etat pour
répondre à sa violation par un autre Etat.
• La survenance d’une situation qui rendrait l’exécution impossible
• Le changement fondamental de circonstances
• La rupture des relations consulaires ou diplomatiques entre les Etats parties
Ces conditions ne jamais acquises en pratique. Notamment parce qu’elles sont souvent
formulées en termes négatif en ce sens que ce n’est qu’à titre exceptionnel qu’un Etat
peut invoquer l’une de ces situations pour remettre en cause son engagement. On peut
insister sur l’article 62 de la Convention de Vienne sur le changement fondamental de
circonstances : « un changement fondamental de circonstances (…) ne peut pas être
invoqué comme motif pour mettre fin au traité a moins que l’existence des circonstances
ait constitué une base essentielle au consentement des parties et si ce changement a pour
effet de transformer radicalement la portée des obligations du traitée ».
! Affaire Gabcikovo-Nagymaros, CIJ, 1997 : les circonstances n’étaient pas
imprévisibles. La Cour estime que les violations répétées du traité par les parties sont
restées sans effet sur la façon de l’appliquer et ne permettent pas de se fonder sur
l’exception d’inexécution. La Cour considère que les parties continuent d’être régies par
ce traité mais que les Etats doivent renégocier ce traité pour tenir compte des évolutions
dans le domaine environnemental.
Remise en cause de la validité du traité : càd de chercher à obtenir la nullité du traité
pour divers types de motifs. La plupart de ces motifs sont liés à la légalité externe du
traité càd la procédure de sa conclusion. Les articles 46 et suivants de la Convention de
Vienne sur le droit des traités mentionnent ainsi des vices du consentement susceptibles
de permettre de contester la validité même du traité. Il y a une interprétation stricte de
ces vices de consentement afin qu’un Etat tire prétexte de ses situations pour ne pas
qu’un Etat remette en cause les décisions qu’il a pris. L’article 46 porte sur la violation du
droit interne comme motif de remise en cause de la validité du traité. En principe on ne
peut donc pas invoqué les règles internes pour faire valoir l’invalidité du traité. Il faut
qu’il y ait une violation manifeste que la règle interne en question avait une importance
fondamentale.
La Convention de Vienne introduit une nouveauté puisqu’elle envisage que la validité
d’un traité soit remise en cause, non pas en raison des conditions de sa conclusion, mais
en raison de son contenu. Cette éventualité est prévue à l’article 53 de la Convention
de Vienne aux termes duquel, est nul tout traité, qui, au moment de sa conclusion, est en
conflit avec une norme importante du DI général. Il existerait, au delà de la volonté
commune des Etats, des normes supérieures que les traités devraient nécessairement
respectés. La disposition de l’article 53 est assez révolutionnaire d’une part parce que
d’un point de vue théorique elle remet en cause l’idée selon laquelle il n’existerait pas de
hiérarchie entre les normes internationales car elles proviennent toutes de la volonté des
Etats. On ne peut donc pas appliquer, comme en droit interne, une hiérarchie des normes.
Cela aurait pu conduire à remettre en cause des engagements conventionnels et donc la
stabilité des engagements internationaux. C’est la raison pour laquelle cette disposition a
été combattu par certains Etats et notamment la France qui ne fait pas partie de la
Convention de Vienne sur le droit des traités. Cette idée de norme impérative a fait
l’objet de nombreuses controverses doctrinales entre ceux qui soutiennent que le droit
international et ceux qui estiment que la volonté des Etats doit nécessairement connaître
des limites car il serait absurde que des Etats puissent s’entendre pour commettre un
génocide ou des actes de torture.
Ces controverses peuvent être relativisées. Tout d’abord parce que d’après l’article 53
de la Convention de vienne, les normes en questions ne sont pas de droit naturel mais de
droit positif qui sont « acceptées et reconnues par la communauté internationale des Etats
dans son ensemble en tant que norme à laquelle aucune dérogation n’est permise ». Ce
sont des normes dont la formulation obéit au processus coutumier mais elles ne sont pas
seulement obligatoires, mais impératives en ce sens qu’il est impossible d’y déroger même
par des traités particuliers. Cela montre bien le caractère essentiel de ces normes
internationales : interdiction de l’agression, du génocide, de la torture etc. Mais en même
temps le fait que ces normes impératives soient cantonnées aux normes essentielles du DI,
ces dispositions ont peu de conséquences pratiques car il est peu probable que dans notre
époque les Etats concluent des traités organisant un génocide ou prévoyant explicitement
le recours à la torture.
L’existence d’un traité est tout de même toujours perçu comme un mode de régulation
efficace.
2. Autres modes de formation
a) Modes spontanés
Ce sont la coutume et les PGD qui occupent une place dans le système international. Ils
peuvent être qualifiés de mode de formation spontanés en ce sens qu’ils ne résultent pas
d’un acte juridique formel mais d’un processus plus ou moins long au sein duquel la
pratique occupe une place centrale.
(1) La coutume
(a) Rôle de la coutume en DI
D’après l’article 38 du statut de la CIJ, celle ci doit appliquer la coutume entendue
comme la preuve d’une pratique générale acceptée comme étant de droit. la coutume a
joué un rôle absolument essentiel dans le développement du DI qui fut coutumier avant de
devenir conventionnel. Initialement, les traités avaient vocation à régir les relations
bilatérales entre deux Etats portant sur un objet déterminé, tandis que l’ensemble des
règles générales du DI étaient des règles coutumières. C’est un peu moins vrai aujourd’hui
car des traités multilatéraux ce sont multipliés faisant émerger un DI général
conventionnel. On peut citer la Charte des NU, les conventions de Genève de 1949, les
pactes des droits de l’homme de 1956 ou les accords de Paris sur le climat de 2015. Dans
ces domaines, les relations entre les Etats sont régis par les traités et non plus par la
coutume. Ceci étant, la coutume conserve une place fondamentale dans le DI et cela pour
plusieurs raisons. D’abord parce que les règles mêmes qui encadrent la production
conventionnelle du DI sont des règles essentiellement coutumières. Dans de nombreux
domaines du DI, il n’existe pas de traités universellement ratifiés si bien que la coutume
continue de jouer un rôle central dans ces matières. C’est le cas notamment du domaine
des immunités ! les conventions ne sont pas assez largement ratifiés ou pas en vigueur. La
coutume est bien souvent utilisée pour interpréter des dispositions conventionnelles
particulières. Ex : en droit des investissements étrangers, il est nécessaire de se tourner
vers la coutume pour comprendre ce qu’est une expropriation au sens du traité. La
coutume joue un rôle important car elle implique de remonter loin dans le temps à une
époque où les conventions internationales étaient moins développées.
(b) Eléments constitutifs de la coutume
La coutume reste un élément très important du DI surtout qu’elle est à l’origine de
nombreuses controverses théoriques où l’on retrouve cette opposition entre approche
volontariste et objectiviste du DI. Pour les objectivistes la coutumes est bien la preuve que
des normes internationales peuvent se former en dehors de la volonté de l’Etat lorsque la
nécessité des RI le commande. Pour les volontaristes au contraire, le processus coutumier
n’est qu’une autre manière d’exprimer la volonté des Etats, celle ci peut s’exprimer
explicitement à l’occasion de la conclusion d’un traité ou implicitement par l’acceptation
du processus coutumier.
Par éléments constitutifs de la coutume, on entend les conditions qui permettent
l’émergence d’une règle coutumière même si il faut avoir conscience que la coutume c’est
un processus qui se déroule sur un temps +/- long et qui est reconstruit à postériori par
celui chargé d’identifier la règle. Ces éléments constitutifs sont posés à l’article 38 de la
CIJ au terme duquel la coutume s’entend comme la preuve d’une pratique générale
acceptée comme étant de droit. Il y a donc deux éléments qui apparaissent :
• Une pratique générale : élément objectif, matériel de la coutume.
• L’acceptation de cette pratique comme traduisant l’existence d’une règle de
droit : élément subjectif ou psychologique de la coutume. On le désigne souvent
par une formule latin « l’opinio juris » càd la conviction que la pratique est
suivie parce qu’elle correspond à la règle.
Il faut rechercher dans le comportement des Etats des tendances, des usages, des
pratiques, des précédents. C’est donc une pratique générale. Il faut tenir compte des Etats
qui réagissent à la pratique.
A l’usage, il peut être assez difficile de dissocier la pratique et l’opinio juris. On va
donc utiliser les mêmes éléments pour identifier aussi bien la pratique que l’opino juris.
C’est le cas lorsqu’on cherche à identifier une règle d’abstention telle que l’interdiction
du recours à la force. Exemple tiré de l’affaire « Activité militaire et paramilitaires au
Nicaragua et contre celui-ci » CIJ, 1996 : La Cour n’avait pas pu appliquer les règles
conventionnelles dans cette affaire et notamment la Charte des NU si bien qu’elle a du se
retrancher sur l’application du droit international coutumier. Elle recherche une règle
coutumière qui interdit le recours à la force dans les RI. Pour identifier cette règle, la Cour
a tenté d’examiner la pratique et l’opinio juris. Elle a alors constaté que, dans la pratique,
il était relativement fréquent que les Etats recourent à la force dans les RI. Mais cette
pratique ne remet pas nécessairement en cause l’existence d’une règle interdisant le
recours à la force. Au contraire, cette pratique peut confirmer l’existence de la règle, dès
lors que ceux qui recourent à la force présentent la pratique comme une exception à la
règle ou encore qu’ils voient cela comme une violation à la règle.
Le processus coutumier a sans doute évoluer. On considérait classiquement que
l’évolution essentielle était la pratique car on considérait que les règles coutumières
étaient une accumulation longue qui finissait par donner naissance à l’idée que cette
pratique correspond bien à une règle. Toutefois les évolutions du DI et la densification des
RI a conduit à la reconnaissance de coutumes de manière beaucoup plus rapide pour
répondre à un besoin de la société internationale. Dans ces cas et notamment dans le droit
de la mer à partir de 1945, l’expression d’une opinio juris forte a pu être déterminante
dans le processus coutumier alors que la pratique était relativement récente. Cela a
conduit une partie de la doctrine a opposé coutume sage et coutume sauvage.
(c) Preuve de la coutume
Le rôle de l’interprète est important. C’est d’abord celui qui applique la règle
coutumière qui doit déterminer son contenu et c’est don d’abord aux Etats d’interpréter
l’existence et le contenu d’une règle coutumière. Ex : sur les immunités, lorsque la France
adopte une loi sur ce sujet, elle pense appliquer une règle coutumière relative aux
immunités. De la même manière lorsque la Cour de cassation écarte l’immunité elle pense
appliquer la règle coutumière. Ceci étant, lorsqu’un différend survient entre les Etats, il
est susceptible d’être tranché par un tiers et de plus en plus fréquemment par un juge tel
que la CIJ qui bien souvent doit se prononcer sur l’existence et le contenu d’une norme
coutumière. Cette approche implique deux temps afin d’identifier d’abord la pratique
ensuite l’opinio juris. Le juge sélectionne les éléments de la pratique et de l’opinio juris
qu’il trouve le plus pertinent et c’est à lui d’interpréter ces comportements étatiques
notamment lorsqu’il existe une ambiguité sur la façon dont les Etats ont perçu une
pratique déterminée.
Comme en droit interne, le juge national ne dispose pas du pouvoir de faire le droit, les
incertitudes qui entourent le processus coutumier lui confère néanmoins un pouvoir quasi
normatif. Et bien souvent, lorsque d’autres Etats sont appelés à se positionner par la suite
ou lorsque d’autres juges sont saisis plus tard ils identifient le contenu de la règle
coutumière en référence à la décision juridictionnelle. Le juge international se voit ainsi
reconnaître dans les faits sinon en droit, un rôle quasi normatif. Et c’est d’ailleurs le sens
qu’il faut attribuer au dernier paragraphe de l’article 38 du statut de la Cour selon
laquelle la doctrine et la jurisprudence constitue un moyen auxiliaire de la règle de droit.
Cela se voit nettement lorsqu’il est question de règle coutumière car ce sont les décisions
juridictionnelles qui vont permettre d’identifier le contenu des règles coutumières.
Les Etats peuvent se trouver dépossédé de leurs pouvoirs normatifs en la matière,
raison pour laquelle ils peuvent chercher à reprendre leurs pouvoirs en codifiant les règles
coutumières et a les insérer dans des instruments conventionnels. La codification consiste
le plus souvent à examiner l’existence et le contenu des règles coutumières et à les insérer
dans un texte qui pourra prendre ensuite la forme d’un traité ou d’une résolution d’une
OI. La Commission du droit international est composée d’experts et a pour but d’identifier
les règles coutumières en la matière. Ces travaux donnent lieu à des échanges entre les
Etats et aboutissent à un texte qui donne ensuite naissance à une convention
internationale ou est simplement adoptée par l’AG des NU.
Ce qui est intéressant, c’est que compte tenu de cette codification, certaines règles
peuvent avoir une double valeur conventionnelle et coutumière. Autrement dit, le fait
qu’une règle figure dans un traité ne lui retire pas sa valeur coutumière. Si bien que les
relations entre les parties à un traité en vigueur sont gouvernées par la règle
conventionnelle, tandis que les relations qui impliquent un Etat tiers sont régis par les
règles coutumières qui peuvent avoir le même contenu que la règle conventionnelle. Dans
certains cas, un traité va codifier le droit coutumier préexistant si bien que les dispositions
qui y figurent auront immédiatement une double valeur conventionnelle et coutumière.
Dans d’autres cas, l’adoption d’une convention internationale va cristalliser le processus
coutumier. Dans certains cas, l’adoption d’une règle conventionnelle nouvelle va être à
l’origine d’une pratique suivie non seulement par les Etats parties à la convention mais
aussi par des tiers ce qui pourra donner naissance par la suite à l’apparition d’une nouvelle
règle coutumière.
(d) Les effets de la coutume
Les traités ne lient que les Etats qui sont parties à partir de leur entrée en vigueur et
dans la mesure du consentement des Etats. Ils sont sans effets en principe sur les tiers. Par
opposition, la coutume a en principe une portée générale. Elle est opposable à tous càd
non seulement aux Etats qui, par leur pratique, ont contribué à sa formation, mais
également aux Etats qui, au cours de la formation de la coutume, ne s’y sont pas opposés.
! « qui ne dit mot consent ». On peut encore considérer que la volonté des Etats est
préservé d’une part en considérant que le silence de l’Etat vaut acceptation implicite de
la règle et d’autre part parce que certaines doctrines viennent assurer une protection à la
volonté des Etats. C’est en particulier le cas d’une doctrine souvent mise en avant par les
volontaristes : la doctrine de l’objecteur persistant selon laquelle un Etat peut se rendre
inopposable une règle coutumière en objectant de manière persistante et claire à cette
règle au moment de sa formulation/formation. Si cette opposition est isolée elle
n’empêche pas la formation de la règle qui liera tous les Etats et elle peut permettre à
l’Etat objecteur de se soustraire à l’application de la règle en question. Les Etats doivent
donc prendre position lorsqu’une prétention est exprimée par l’un d’entre eux pour
exprimer leur position et éviter de se voir par la suite opposer son silence. Il est toujours
possible pour un Etat de résister à l’application d’une règle qu’il rejetterait de manière
constante et explicite.
Ceci étant, ces règles coutumières et la pratique montre que les Etats peuvent se voir
opposer des règles à la formation desquelles ils n’ont pas consenti et c’est apparu
clairement au moment des décolonisations et l’apparition de nouveaux Etats. Ces Etats
nouvellement indépendants soutiennent que ces règles ne pouvaient pas leur être
opposées dans la mesure où ils n’avaient pas pu prendre part à la formation de celles ci.
Dès lors qu’il se sont constitués en Etats, ils sont liés par les règles du DI général qui
s’appliquent à tous les Etats. Si ils veulent contester ou remettre en cause les règles
coutumières, ils doivent respecter le processus coutumier et donc chercher à amorcer une
pratique nouvelle qui pourrait conduire à une évolution du contenu des règles
coutumières. La règle coutumière n’est donc pas nécessairement immuable, elle peut
changer à condition de respecter le processus coutumier càd à condition que la pratique
évolue et que l’opinio juris des Etats évoluent également. Mais cela peut être paradoxale
car la coutume est un processus qui s’étale dans le temps. Si bien que les premiers
comportements déviants peuvent être perçus soit comme une violation de la règle
coutumière ancienne, soit comme une pratique destinée à donner naissance à une règle
coutumière nouvelle. Il existe donc des moments où on ne sait plus très bien quelle est la
pratique coutumière… Ex : en matière d’immunité, la conception de l’immunité est au
départ absolue et petit à petit des juges nationaux ont considérés que compte tenu de la
diversification des actions des Etats, ils devaient être protégés que lorsqu’ils agissent en
tant qu’Etat souverain.
(2) Les PGD
L’article 38 du statut de la Cour ! la Cour applique les conventions internationales, la
coutume et les PGD reconnus par les nations civilisées. Ils sont donc mentionnés comme
une source spécifique du DI. Ils sont distincts de la source conventionnelle mais aussi de la
source coutumière. La notion de principes généraux est utilisé dans deux sens qu’on peut
distinguer :
• Sens large : les auteurs et les juges parfois mentionnent l’existence de PGD du
DI et il s’agit alors finalement d’une autre manière de désigner des règles
coutumières considérées comme essentielles au fonctionnement de l’ordre
juridique international (égalité souveraine des Etats, principe de non
intervention, intégrité territoriale). Mais qualifier ces principes de PGD ne dit
rien de leur mode de formation, il s’agit également de règles coutumières
dotées d’une particulière généralité et une particulière importance dans l’ordre
international. Cette notion peut être rapproché des normes impératives.
• Sens spécifique : Principes généraux de DI dont le sens est donné par l’article 38
du statut de la CIJ. Il s’agit alors d’une source particulière du DI qui désigne des
règles qui ne résultent pas de la pratique internationale des Etats, mais de
principes dégagés à partir de l’observation des systèmes juridiques internes. Les
principes généraux de droit reconnus par les nations civilisés se retrouvent dans
les divers systèmes juridiques des nations civilisées, internes. Autrement dit ces
principes sont des principes de droit interne qui sont transposés dans l’ordre
juridique international parce qu’ils peuvent être considérés comme généraux en
ce sens qu’ils se retrouvent dans les différents systèmes juridiques.
Ces principes résultent d’une pratique supplétive pour éviter que le juge se trouve dans
l’incapacité de trancher un différend en raison d’un vide juridique. Les premiers tribunaux
et les premières commission saisi de question de responsabilité de DI ne disposait pas de
règles coutumières en la matière et ont donc recherché en droit interne, ces principes
généraux de responsabilité, en matière de réparation ou de causalité par exemple. C’est
une technique qui a de nouveau été utilisé au moment du développement du DI pénal. Ils
se réfèrent aux systèmes de droit pénal internes et transposent les principes généraux
dans l’ordre international. La volonté des Etats n’est pas ici au cœur de la technique des
principes généraux puisque c’est un interprète qui dégage les principes généraux à partir
des droits internes. La technique des principes généraux apparaît donc comme une sorte
d’entorse au principe du consensualisme. Mais elle est toutefois limitée car cette
technique ne joue qu’un rôle supplétif et bien souvent transitoire. En effet, les PGD de DI
identifié auront ensuite vocation à être repris par voie conventionnelle dans des traités ou
par voie coutumières si ils donnent naissance à une principe étatique.
b) Modes unilatéraux
L’article 38 ne dit rien sur la possibilité de créer de manière unilatérale des normes
internationales. Pourtant, dans la pratique internationale, les actes unilatéraux jouent un
rôle important qui justifie de les considérer comme source à part entière du droit
international. Il faut distinguer les actes unilatéraux selon qu’ils émanent des Etats
(individuels) ou des OI (unilatéraux collectifs).
(1) Les actes unilatéraux des Etats
Les actes unilatéraux des Etats sont généralement définis comme des manifestations de
volonté imputables à un Etat et destiné à produire des effets de droit. Cette définition
masque une grande diversité d’actes unilatéraux. Mais l’opposition la plus nette est celle
entre les actes unilatéraux autonomes et non autonomes :
(a) Non autonomes
Non autonomes : on observe dans la pratique internationale un grand nombre d’actes
unilatéraux qui s’insèrent dans un processus concerté de formation du DI. Le DI est fait
d’actes unilatéraux des Etats. Mais le caractère unilatéral de ces actes est souvent marqué
par le fait qu’ils s’insèrent dans le processus conventionnel ou coutumier. Les actes
unilatéraux sont en effet essentiel à la formation des traités ou de la coutume. La
formation peut impliquer l’émission de réserves qui sont d’autres types d’actes
unilatéraux. De la même manière la coutume résulte d’une pratique étatique qui est formé
par la somme des actes unilatéraux des Etats. Au stade de l’application de la règle, il est
souvent requis des Etats qu’ils adoptent des actes unilatéraux. Par exemple lorsqu’ils
octroient la nationalité à un individu ou un pavillon à navire ou lorsqu’ils déterminent la
largeur des plateaux continental ou de leur mer. Ainsi, le DI peut réduire à un faisceau
d’actes unilatéraux puisque la mise en œuvre des traités et des coutumes implique une
multitude d’actes unilatéraux des Etats.
(b) Autonomes
Autonomes : ils sont des manifestations de volonté susceptibles de créer des effets de
droit sans le moindre lien avec un traité ou une coutume. Un acte de ce type est bien
connu : la reconnaissance. En effet, c’est une manifestation de volonté unilatérale par
laquelle un Etat constate l’existence de certains faits ou d’une situation et accepte de se
la rendre opposable. Par sa volonté, l’Etat peut produire des effets de droit. Dans des
affaires particulières la CIJ a autorisé l’Etat à s’engager unilatéralement en émettant ce
que la Cour appelle une promesse ! oblige l’Etat et le soumet à des obligations
internationales comme peut le faire un traité. (CIJ, Affaire des essais nucléaires Australie
et Nouvelle Zélande c/ France, 20 décembre 1974). La France menait des essais
nucléaires dans le Pacifique à l’époque ! dommages environnementaux. La Cour s’estime
compétente alors que la France considérait qu’elle ne l’était pas (elle a quitté la CIJ suite
à cette décision) et parallèlement à l’affaires les représentants français ont émis des
déclarations publiques disant que les essais nucléaires de 1974 étaient les derniers de la
région. Les demandeurs demandaient la fin des essais nucléaires et la France avait déclaré
qu’elle mettait un terme aux essais dans la zone. Mais ce qui est remarquable, c’est que
ces déclarations de la France sont considérées par la Cour comme faisant naitre de
véritables obligations juridiques internationales. La France s’était donc unilatéralement
contrainte à ne plus réaliser d’essais nucléaires à l’avenir. Ces déclarations ont donc fait
naitre une obligation dont les Etats tiers peuvent exiger le respect alors même qu’ils
n’auraient pas réagi aux déclarations françaises. La promesse peut donc lier l’Etat dans
l’ordre international. Il faut que la déclaration soit imputable à des autorités disposant de
la capacité d’engager l’Etat. Cette déclaration doit être publique et faite dans l’intention
de se lier.
(2) Les actes unilatéraux des OI
Les OI se sont multipliées, elles sont habilitées dans une certaine mesure à produire des
actes unilatéraux qui, dans certains cas peuvent produire des effets de droit. C’est l’UE
qui produit des effets de droit par ses actes unilatéraux. Ses règlements et directives
créent des droits et obligations aussi bien à la charge de l’Union, de ses EM et des
nationaux. Un règlement de l’UE c’est un acte unilatéral d’une OI. C’est un exemple connu
mais pas très caractéristique car l’UE dispose d’un pouvoir normatif très supérieur à celui
des autres OI. Cela permet de rappeler que le pouvoir des OI dépend toujours de la volonté
des Etats exprimée dans l’acte institutif.
L’ONU est plus représentatif d’une OI. Elle va produire plusieurs types d’actes
unilatéraux avec le Conseil de sécurité d’un côté et l’AG des NU de l’autre qui peuvent
adopter des résolutions qui sont des actes unilatéraux des NU. Cela étant complété par la
pratique subséquente.
Les résolutions du Conseil de sécurité sont des actes unilatéraux adoptés par le
Conseil de sécurité organe en charge de la sécurité et du maintien de la paix. Elles sont
proposées par les EM et adoptées à la majorité de 9 membres sur 15 y compris les 5
membres permanents qui composent le Conseil. Ces résolutions ont en principe un
caractère obligatoire pour l’ensemble des membres de l’ONU. C’est l’article 25 de la
Charte qui le prévoit. Cet article indique le Conseil de sécurité peut prendre des décisions
qui devront être acceptées et appliquées par l’ensemble des membres de l’organisation.
Cela appelle 3 précisions :
- Ces décisions sont obligatoires : elles peuvent donc créer des droits au profit
des EM ou mettre à leur charge des obligations au même titre que les traités
auxquels ils sont partis ou que la coutume. Dans ce cas un Etat peut être lié
par des obligations alors qu’il n’y a pas directement consenti. Là encore, le
principe du consensualisme est respecté en considérant que l’Etat a accepté à
priori les obligations à venir en participant à l’ONU. Ces décisions du Conseil
de sécurité peuvent même avoir une valeur supérieure aux engagements
internationaux des Etats en vertu de l’article 103 de la Charte qui fait primer
les obligations de la Charte aux autres obligations internationales.
- Le Conseil de sécurité peut prendre des décisions ou pas : Il faut
rechercher dans les résolutions du Conseil de sécurité, si ces résolutions
constituent des décisions ou si il s’agit de simples recommandations. On
regarde le texte même de chaque résolution pour savoir si le Conseil de
sécurité décide ou simplement recommande aux Etats de faire quelque chose.
Dans tous les cas c’est une résolution mais il faut regarder le texte même
pour connaître l’intention du Conseil.
- Le pouvoir du Conseil se limite en principe à la prise de décision : càd que
le Conseil de sécurité doit en principe adopter des décisions individuelles
adaptées à des situations particulières qui menaceraient la paix ou la sécurité
internationale. Il ne dispose pas en principe d’un pouvoir règlementaire ou
législatif qui l’habiliterait à prendre des mesures générales et impersonnelles
déconnectées d’une menace spécifique à la paix ou sécurité internationale.
Ce n’est donc pas un législateur mondial mais plutôt une autorité de police.
Le Conseil a parfois étendu son pouvoir en adoptant des résolutions à portée
générale par exemple dans le domaine de la lutte contre le terrorisme ou la
lutte contre la prolifération nucléaire avec les résolutions 1373 adoptée en
2001 (terrorisme) et 1540 adoptée en 2004 (prolifération nucléaire). Dans
ces deux résolutions, le Conseil impose aux EM des règles générales en
matière de lutte contre ces menaces structurelles à la paix et la sécurité
internationale. Cela est discuté en disant que le Conseil a ou pas excédé son
pouvoir.
Les actes unilatéraux des OI peuvent être une source du DI au même titre que les
traités ou que la coutume.
Les résolutions de l’AG des NU : à la différence du Conseil de sécurité, l’AG ne dispose
que d’un pouvoir de recommandation. Elle peut adopter des résolutions à la majorité des
deux tiers de ces membres. L’article 13 de la Charte prévoit que les résolutions de l’AG
ne peuvent contenir que des recommandations. Cela conduit à relativiser l’idée selon
laquelle l’AG serait une sorte de Parlement ou législateur international ce qui a parfois été
avancé dans les années 70 notamment à la faveur d’une doctrine qui y voyait le moyen de
modifier le DI après l’accès à l’indépendance de nombreux Etats. Deux éléments
conduisent à relativiser cette idée : Ce n’est pas vraiment démocratique et les résolutions
ne sont que des recommandations. Cela ne veut pas dire que ces résolutions ne valent
rien. Elles peuvent permettre de dégager un consensus politique autour d’une question
particulière permettant ensuite l’adoption de normes à caractère obligatoire que ce soit
par voie conventionnelle ou coutumière. Ex : La DUDH : adoptée par consensus par l’AG en
1948. Ce n’est donc formellement rien d’autre qu’une résolution de l’AG des NU. Elle est
donc en elle même dépourvue de caractère obligatoire. Un arrêt Rouganski de 1984 du CE
dit qu’on ne peut pas l’utiliser en droit interne car ce n’est pas un traité. Cette résolution
a tout de même produit des effets juridiques importants dans l’ordre international.
D’abord, elle constitue le point de départ de plusieurs processus conventionnelles qui
aboutiront à la formation de traités obligatoires pour les Etats parties. Les pactes des
NU sur les droits économiques et politique adopté en 1966 ont pout but d’appliquer la
DUDH. Ce développement des droits de l’homme obligatoire à partir de la DUDH conduit à
s’interroger sur la valeur de la déclaration elle même à l’heure actuelle. Certains estiment
que désormais, la DUDH pourrait être perçue comme obligatoire. Formellement, elle reste
non obligatoire mais d’un point de vue substantiel, les règles qui y figurent peuvent avoir
acquis un caractère obligatoire soit en considérant qu’elles permettent d’interpréter la
Charte des NU et en particulier l’objectif de protection des droits de l’homme qui y figure,
soit on considère qu’elle a donné naissance à un processus coutumier qui s’est poursuivi au
cours de la 2e moitié du XXe siècle pour permettre l’affirmation de règles coutumières
protectrices des droits de l’homme. Une résolution de l’AG ce n’est jamais qu’une
recommandation mais elles peuvent avoir des effets juridiques importants en exprimant la
position juridique des Etats relativement à une question déterminée. Cette position pourra
se poursuivre par l’adoption d’un traité ou être utilisé dans le cadre du processus
coutumier.
Ces sources du DI déterminent assez précisément les conditions d’identification des
règles internationales à caractère obligatoire. L’existence de ces sources permet de
distinguer le DI d’une sorte de droit naturel. Autrement dit, ce qui est obligatoire en DI ce
n’est pas ce que l’on pense juste mais ce qui résulte soit d’un traité, soit d’un principe
coutumier, soit d’un PGD soit d’un acte unilatéral. Ces sources mettent au cœur du DI la
volonté des Etats conformément à l’approche volontariste du DI. Les Etats ne sont donc
liés que par ce à quoi ils ont consentis, que par leurs engagements. Cela permet de
rappeler qu’il n’y a pas de contradiction entre souveraineté et droit international.
D’ailleurs ce droit des sources visent bien souvent à protéger la volonté des Etats que ce
soit en fixant des règles précises d’expression de l’Etat à être lié ou en indiquant que la
coutume nait d’un processus qui laisse une place importante à la pratique étatique.
En même temps, ce droit des sources révèlent que la volonté des Etats présentent
certaines limites ou que des règles internationales peuvent s’imposer aux Etats sans
expression directe de leur consentement. Plusieurs éléments traduisent cette idée. La
notion de normes impératives du DI face à laquelle la volonté commune des Etats exprimée
par un traité devrait céder. Le fait que la coutume est bien souvent identifiée davantage
par le juge qu’exprimée par les Etats, mais aussi le fait que la coutume s’impose aux Etats
nouveaux qui n’ont pas participé à sa formation ou encore le fait que les résolutions du
Conseil de sécurité crée parfois des obligations à la charge de tous les Etats y compris de
ceux qui n’y ont pas directement consentis. Ces phénomènes conduisent certains auteurs à
considérer qu’il existe tout de même un DI qui peut s’imposer aux Etats par delà leur
volonté alors que d’autres expliquent que cette volonté de l’Etat est toujours recherchée
même si elle peut prendre des voies discrètes ou détournées.
B. Section 2 : Application des normes internationales
Nous sommes dans un système intersubjectif en ce sens que ce sont les mêmes Etats qui
créent le DI, l’appliquent et le contrôlent. Il existe des nuances au développement du DI et
cela a conduit à dessaisir les Etats de leur capacité à appliquer et contrôler le DI. Malgré
cela ça reste aux Etats d’appliquer le droit international dans leurs ordres internes
notamment.
1. Application dans les ordres internes
Les traités, les règles coutumières doivent d’abord s’appliquer dans l’ordre
international càd que les Etats doivent adapter leurs comportements internationaux aux
obligations qui sont les leurs. Ceci étant, l’évolution du DI a pour conséquence que ce droit
n’est plus seulement destiné à régir les relations entre Etats. Les règles internationales on
également vocation à s’appliquer à des situations internes. Les Etats sont appelés à donner
effet à leurs engagements internationaux dans leurs ordres juridiques internes. La question
de l’application du droit international dans les ordre internes devient alors décisives aussi
bien pour l’effectivité du DI que pour la protection des droits individuels.
Cette question dépend du point de vue selon laquelle on l’aborde. Du point de vue du DI
les choses sont assez simples car le DI affirme nécessairement la primauté du droit
international sur le droit interne. Autrement dit les Etats ne peuvent se prévaloir des
dispositions de leur droit interne pour justifier la non application de leurs engagements
internationaux. Cette règle générale a été affirmée à de nombreuses reprises aussi bien
par des juridictions internationales que dans des traités particuliers sur la convention de
Vienne ou dans des articles sur la responsabilité de l’Etat adopté par des conventions
internationales :
- CPIJ, Certains intérêts allemands en Haute Silésie polonaise, 25 mai 1926 ! cf.
Power point
- CPIJ, Traitement des nationaux polonais dans le territoire de Dantzig, avis du 4
février 1932 ! du point de vue du DI les choses sont simples, le droit interne
n’est qu’un fait et ne saurait donc en aucun cas justifié une atteinte au droit
international. Une certaine primauté du DI sur tout le droit interne.
- CVDT article 27 : « une partie ne peut invoquer les dispositions de son droit
interne comme justifiant la non-exécution d’un traité »
Ceci étant le DI laisse les Etats en principe libre quant à la façon dont ils entendent
donner effet en droit interne à leurs engagements internationaux. Les Etats sont tenus de
respecter leurs engagements internationaux mais ils demeurent libres de le faire
comme ils l’entendent. Si bien que la position des Etats varie s’agissant de la manière
dont ils appliquent le DI en droit interne.
a) Approche générale
En pratique les Etats optent soit pour une option moniste soit pour une option dualiste
en partie sur la base de la représentation qu’ils se font des rapports généraux entre le DI
et le droit interne. Càd qu’il y a d’abord une construction théorique qui a ensuite une
incidence pratique sur les solutions prises par les Etats.
(1) Les oppositions théoriques
Cette opposition entre monisme et dualisme repose d’abord sur les manières de penser
le DI et le droit interne. C’est une opposition qu’on a déjà rencontré sans la verbaliser.
Dans une perspective dualiste, l’ordre juridique international est radicalement distinct des
ordres juridiques internes. Le monde du DI et celui du droit interne sont radicalement
hétérogènes. L’ordre juridique international vise à encadrer les relations entre Etats sur la
base de l’accord de volonté entre eux ; tandis que les ordres juridiques internes entendent
réglementer la situation des individus sur un mode unilatéral. Le droit interne ne peut pas
être pris en compte en DI autrement que pour un fait. Et du point de vu du droit interne, il
n’a pas à tenir compte du DI que comme un fait. Autrement dit le Di n’est pas applicable
en droit interne, cela n’empêche pas les Etats de tirer dans l’ordre interne des
conséquences de leurs engagements internationaux mais lorsqu’ils le font c’est sur la base
de dispositions de droit interne adoptés en considération du DI. La construction dualiste
s’explique assez bien.
D’autres auteurs contestent cette présentation dualiste des rapports entre DI et droit
interne. Ils soulignent que le droit international et le droit interne ont toujours in fine le
même objet càd la réglementation des relations entre individus. Dans cette perspective
moniste, l’Etat n’est qu’un moyen au service de la production de règles qui ne visent
finalement qu’à réglementer des comportements individuels. Autrement dit, DI et droit
interne forment un ensemble unique et peuvent tout au plus être considéré comme deux
sous branches de cet ensemble destiné à réguler les relations individuelles à l’échelle
internationale. Les auteurs monistes poussent loin l’idée. Keslen finit par conclure que ce
système moniste est un système à primauté du DI ce qui signifie, dans sa construction
théorique que le droit interne règlemente les relations entre individus dans un Etat sur
délégation du système juridique international. Autrement dit le DI habiliterait les Etats à
exercer certains pouvoirs mais le droit forme en tout état de cause un ensemble unique.
Cela a pour conséquence qu’il est possible de penser la coexistence dans un même
ensemble des règles internationales et des règles internes dont il faut articuler les
rapports. Ce sont des constructions théoriques mais elles sont importantes car elles se
reflètent sur les solutions pratiques retenues par les Etats.
(2) Les solutions pratiques
Suivant les rapports retenus, les Etats optent soit pour une approche moniste soit pour
une approche dualiste de l’application du DI en droit interne. Suivant l’approche moniste
par exemple retenue en France les sources du DI sont applicables en tant que telles en
droit interne. Les actes de DI s’insèrent donc dans l’ordre juridique interne sans acte de
réception et s’applique donc dans cet ordre en tant que source du droit interne. La France
retient ce système depuis 1946 et ce système est rappelé à l’article 55 C selon lequel els
traités sont applicables en droit interne. Cela signifie qu’en droit français les traités sont
applicables en tant que tels. Si les sources internationales sont applicables en tant que
telles dans l’ordre interne, se pose alors la question de leur articulation avec les sources
internes.
D’autres Etats en revanche, optent pour une solution dualiste. Suivant cette solution,
les sources de DI ne sont jamais applicables en tant que tel en droit interne. Seules les
sources internes s’appliquent dans cet ordre et les Etats donnent effet aux engagements
internationaux par des actes internes dans le but de respecter les engagements
internationaux. C’est le cas par exemple au RU, où les traités ne sont pas applicables en
tant que tel en droit interne puisqu’il revient aux autorités britanniques de leur donner
effet dans l’ordre interne par des actes internes. Pour illustrer la situation on regarde la
CESDH ! elle est applicable en tant que telle en France en revanche cette convention
n’est pas applicable au RU. Il est partie à la CESDH ce qui veut dire que comme la France,
il est lié aux obligations qui résultent de cette convention. Mais la convention n’est pas
applicable en tant que telle au RU. Pendant longtemps le RU n’a pas jugé utile de prendre
un acte pour donner effet à la convention en considérant que le droit britannique était
suffisant et conforme à la convention. Il y a une tension entre la CESDH et le
gouvernement britannique et en 1978 le RU adopte le Human Rights Act qui vise à donner
effet à la CESDH en droit britannique. Il s’agit en effet de recopier dans une loi
britannique, l’essentiel des dispositions de la CESDH. La convention n’est donc toujours
pas applicable en droit britannique même si ses dispositions ont été reprises dans une loi
! les ressortissants peuvent donc invoquer le Human Rights Act.
En réalité, l’opposition est moins nette qu’il y paraît et il faut relativiser ka distinction.
D’abord, d’un point de vue théorique, cette opposition ne dit en réalité pas grand chose
de la façon dont s’articule les ordres juridiques international et interne. Si un Etat opte
pour un système moniste, on peut toujours soutenir que l’application du DI dans l’ordre
juridique interne demeure conditionnée par un acte de droit interne qui se trouve être la
Constitution. L’article 55 de la Constitution peut être vue comme un acte de réception
interne qui permet de dire que c’est une construction dualiste d’un point de vue
théorique. D’un point de vue pratique, la distinction peut être relativisée à 3 égards :
- L’option constitutionnelle choisie vaut essentiellement pour les traités mais elle
peut varier suivant la source du DI en question. Ex : article 55 ne dit rien de la
coutume, des actes unilatéraux ou des PGD. Et à l’usage, les juges français sont
assez réticents à admettre l’application d’autres sources de DI que les traités
dans le droit interne. A l’inverse, au RU, la coutume internationale fait partie du
système juridique suivant un vieil adage anglais « international law is part of
the law of the land ».
- Même dans un système moniste tel que le système français, un acte interne peut
être nécessaire afin de donner une pleine application au DI et notamment aux
traités. L’article 55 précise que les traités ont, dès leur publication, plein effet
en droit français. La publication n’est pas un acte de réception elle ne
transforme pas le traité en acte de droit interne, elle a simplement pour effet
de le rendre opposable aux particuliers. Mais si le traité n’est pas publié il reste
possible d’entraver son application en droit interne.
- On pourrait penser que les Etats monistes se conforment plus largement au DI
que les Etats dualistes. En pratique, il n’en est sans doute rien. D’un côté parce
que les Etats monistes peuvent utiliser plusieurs moyens pour faire obstacle à
l’application effective du DI en droit interne et de l’autre parce que les Etats
dualistes peuvent très bien donner pleine application des engagements
internationaux dans l’ordre interne. Certains Etats dualistes peuvent transposer
des engagements internationaux au niveau constitutionnel.
L’opposition moniste et dualiste tient davantage à des considérations liées à la
séparation des pouvoirs dans l’ordre interne et au moment où l’on choisit de donner effet
à cette séparation des pouvoirs dans le domaine des engagements internationaux.
b) Exemple français
La France a opté plutôt depuis 1946 pour un système moniste qui se reflète aujourd’hui
à l’article 55 C. En France les traités sont donc en principe applicables en tant que tels
dans l’ordre interne dès lors qu’ils sont publiés. Le droit français depuis 1946 est
d’inspiration moniste en ce sens que les normes internationales et en particulier les traités
s’insèrent sans acte de transposition dans l’ordre interne. Ceci n’empêche pas quelques
difficultés concernant l’application de ces normes internationales notamment par le juge.
(1) L’insertion des normes internationales
Les normes internationales trouvent en principe immédiatement leurs places dans
l’ordre juridique français. C’est le cas pour les traités en vertu de l’article 55 C qui ne dit
en revanche rien des autres sources du DI. Il existe à cet égard une relative incertitude
mais on peut considérer que les normes non écrites font parties du droit français en vertu
du préambule de la constitution de 1946 aux termes duquel la République françaises se
conforme aux règles de DIP. Pour les actes de droit dérivé, on peut justifier leur insertion
par celle initiale des traités dont ils dérivent. Ces éléments font de la France un Etat
moniste même si certaines conditions doivent être réunies pour qu’un traité fasse partie
intégrante du droit interne. On trouve 3 de ces conditions à l’article 55 C :
• Publication : c’est la publication au JO décidée par décret et cette publication a
pour effet de rendre les traités internationaux opposables aux particuliers sans
pour autant changer la nature du texte.
• Régularité de la ratification ou de l’approbation : l’article 55C indique
clairement cette condition et pendant longtemps cet aspect de l’article n’a pas
été appliqué par les juridictions internes qui considéraient que la régularité de
ratification ou d’approbation relevait de la catégorie des actes de
gouvernement. Les choses ont changé à partir de CE, 1998, SARL Parce
d’activité de la commune de Blothzeim ! CE accepte de contrôler la
procédure de régularité de la procédure de ratification du traité alors qu’il était
saisi du décret de publication. Lorsqu’on demande au CE d’appliquer un traité, il
s’autorise à vérifier la régularité de la procédure de ratification (CE, 2003,
Aggoun). Le CE contrôle en particulier le respect de l’article 53 C càd qu’il
vérifie si le traité a été soumis à une autorisation législative pour les cas requis
par l’article 53. Si la procédure de ratification est irrégulière, le juge français
considère que le traité ne fait pas partie du droit interne, ce qui ne le fait pas
pour autant disparaitre de l’ordre juridique international.
• Condition de réciprocité : le traité doit être appliqué par l’autre partie. Cette
condition de réciprocité est le pendant dans l’ordre interne de l’exception
d’inexécution. L’exception d’inexécution est exclue pour certaines catégories de
traités notamment ceux visant à la protection des individus car on considère
alors que ces droits sont reconnus aux individus et non à leur Etat de nationalité.
Depuis 2010, CE, Chériet-Benseghir, le CE s’autorise à vérifier cette condition
avant d’appliquer le traité.
(2) L’application des normes internationales
A ce stade 3 problèmes se posent :
(a) Interprétation du texte
Pour mettre en œuvre correctement un traité il faut l’interpréter et la question s’est
longtemps posée de savoir qui du juge chargé de l’appliquer ou des autorités exécutives
qui l’ont négocié devait se livrer à cette interprétation. Pendant longtemps le juge
français s’en est remis au ministre des affaires étrangères mais il accepte désormais
d’interpréter lui même les dispositions des traités pour se prononcer sur tous les éléments
déterminants. Cela ressort notamment d’un arrêt CE, 1990, GISTI. Pour interpréter le
traité, ke juge français peut solliciter l’avis de ministres des affaires étrangères mais cette
opinion ne le lie pas. Pour le reste, il peut mobiliser des techniques d’interprétation du DI
car l’Etat français a un système moniste.
(b) Applicabilité
Dès lors qu’un traité est régulièrement ratifié ou approuvé il est applicable en droit
français mais cela ne signifie pas qu’il est directement applicable. La jurisprudence
interne a ajouté à ces conditions, celle de l’applicabilité directe du traité. D’un côté il
faut que le traité crée des droits au profit des particuliers et de l’autre il faut que le traité
soit suffisamment précis et inconditionné pour que le juge soit en mesure de lui donner
effet. Sur le plan théorique la construction est assez claire, et elle a été explicitée dans un
arrêt CE, GISTI et FAPIL, 2012 dans lequel il systématise cette approche et qui tend à
considérer qu’il y a une présomption d’applicabilité directe des traités. Le juge procède à
une analyse au cas par cas des dispositions des traités et il est très difficile de déterminer
à l’avance la solution retenue par le juge, c’est extrêmement casuistique.
(c) Place dans la hiérarchie des normes
Cette question se pose dans les Etats monistes uniquement. Le juge français a été
relativement réticent à donner plein effet aux dispositions constitutionnelles en la
matière, s’agissant de la relation entre les normes internationales et al loi. Et il reste
hésitant s’agissant des relations entre les normes internationales et la constitution.
Normes internationales/loi : l’article 55 C indique sans ambiguïté que les traités ont
une autorité supérieure à celle des lois. Le juge français a été réticent à écarter la loi au
profit d’un traité s’abritant derrière un problème de compétence. Le juge considère que
l’article 55 ne dit rien des rapports entre la coutume et la loi si bien que même si le juge
accepte de donner effet à la coutume internationale dans l’ordre interne il refuse de faire
primer des normes coutumières sur la loi. C’est la jurisprudence CE, Aquarone, 1997. Ce
qui est intéressant c’est que du point de vue du DI la coutume et les traités ont la même
valeur, de sorte que la position du juge français peut paraître surprenante. Cette position
s’explique par le fait que le juge français, et notamment le CE, considère qu’il doit donner
effet aux dispositions de la constitution. Or, aucune disposition constitutionnelle ne lui
commande d’écarter la loi au profit d’une norme coutumière.
Normes internationales/Constitution : Cette référence permanente à la Constitution
permet de régler les conflits entre les normes internationales et la constitution elle même.
Car le texte constitutionnel ne dit rien entre les rapports de ces normes avec lui même.
Cela a pour conséquence que le juge refuse de contrôler la conformité d’une disposition
constitutionnelle avec les engagements conventionnels de la France ! CE, Sarran, 1999.
Mais réciproquement, le juge français refuse de contrôler la constitutionnalité d’un
engagement international ! CE, 2002, Commune de Porta. Le juge français s’est autorisé
à interpréter certains engagements internationaux de manière à les rendre compatibles
avec les disposition constitutionnelles ! CE, 1996, Koné.
2. Application dans l’ordre international
Ce qui fait l’une des particularités du système juridique international c’est que les Etats
sont à la fois les auteurs des normes juridiques internationales et les destinataires de ces
normes. C’est également aux Etats qu’il revient en principe de se prononcer sur la façon
dont les autres Etats appliquent leurs engagements internationaux et de réagir à
d’éventuelles violations. On peut dire que le système juridique international est
décentralisé. Cela ne signifie pas qu’il n’y a pas de modalités de réaction prévues par le
DI.
a) Les réactions à l’illicite
Les Etats doivent appliquer leurs engagements internationaux qui sont obligatoires et ils
le font sous le regard de leurs pairs. Les interprétations divergentes des règles
internationales peuvent alors donner naissance à un fait illicite qui entrainera une série de
réactions. La commission d’un fait illicite engage d’abord la responsabilité internationale
de l’Etat. Elle pourra donner lieu à des réactions de la part des autres Etats notamment
sous la forme de contre-mesures, voire dans des cas exceptionnels, à des sanction
institutionnelles.
(1) Responsabilité internationale
L’idée d’une responsabilité internationale est solidement encrée dans le DI et a été
affirmée clairement par un précédent de la CJI, dans l’affaire Usine de Chozow, 13
septembre 1928 : « c’est un principe du DI voir une conception générale du droit que
toute violation d’un engagement comporte l’obligation de réparer ». Tout fait
internationalement illicite de l’Etat engage sa responsabilité internationale. Cela a été
repris par la Commission du DI dans un texte de 2001 visant à codifier les règles de la
responsabilité internationale. La responsabilité est la seule conséquence de la violation du
droit en DI. Il n’y a notamment aucun mécanisme de contrôle de la légalité. Le droit de la
responsabilité internationale s’est développée de manière relativement tardive car il a
fallut attendre la moitié du 20e siècle pour déclarer des règles générales en matière de
responsabilité. Auparavant les Etats prenaient des engagements internationaux mais ne
préoccupait pas beaucoup des conséquences de ces engagements. Ces particularités de la
responsabilité dans le système juridique international et notamment le fait qu’elle soit le
seul moyen de sanctionner la violation du DI a des conséquences sur le régime de
responsabilité.
Ce régime a été codifié par la Commission du DI en 2001 dans les articles sur la
responsabilité des Etats pour faits internationalement illicites. Il s’en dégage l’idée que la
responsabilité internationale correspond à un régime de responsabilité essentiellement de
type civile càd que l’auteur du fait illicite doit réparer le dommage causé à l’Etat lésé.
Néanmoins on trouve également certains éléments qui en font un instrument de garantie
de la légalité. Au point que l’on peut se demander si à certains égards, la responsabilité
internationale ne se rapproche pas d’un mécanisme de responsabilité de type pénale où il
s’agit avant tout de sanctionner l’auteur du fait illicite.
Cela se traduit dans les règles générales de la responsabilité. On le voit tout d’abord
dans le fait générateur, l’origine de la responsabilité car le fait générateur est le fait
illicite et non pas le dommage. Tout fait illicite de l’Etat engage sa responsabilité qu’il est
ou non provoqué un dommage ce qui conduit à insister plus sur le fait illicite que sur le
dommage. Ce fait illicite apparaît lorsqu’un comportement attribuable à l’Etat apparaît
contraire à ses obligations internationales. La violation de l’obligation internationale
dépend de son contenu mais il faut également que le comportement soit attribuable ! il
faut se livrer à une opération d’attribution ou d’imputation à l’Etat en question de la
violation du DI. Les obligations internationales lient les Etats de manière abstraite mais
concrètement les comportements apparaissant ne sont que des comportements de
personnes physiques. Et il faut donc déterminer ceux des comportements individuels
devant être rattachés à l’Etat en tant qu’acteur du DI. Ce qui s’impose c’est une règle
d’unité de l’Etat selon laquelle l’Etat est responsable du comportement de tous ses
organes peu importe la position qu’ils occupent ou les fonctions qu’ils assument dans
l’ordre juridique interne. Une fois que le fait illicite est constaté, il fait naitre la
responsabilité de l’Etat et va faire naitre un ensemble d’obligations secondaires. Certaines
sont prospectives et visent à éviter que le fait illicite perdure ou se reproduise. Certaines
sont prospectives, c’est le cas de la cessation et des garanties de non répétition et
d’autres sont rétrospectives c’est le cas notamment de l’obligation de réparer.
L’indemnisation n’est qu’une des formes de répparation envisageable, celle qui est
privilégiée est la restitution en nature càd la remise en l’état de ce qui existait avant que
le fait illicite soit commis. Par ailleurs en DI, les mesures e satisfaction jouent un rôle
majeur. Elles sont d’ordres symboliques et visent à réparer le préjudice moral ou
symbolique subi par l’Etat lésé. La réparation en DI prend souvent la forme du simple
constat judiciaire de la violation ou alors d’excuse de l’auteur de la violation auprès de
l’Etat lésé. Deux exemples :
• Cour interaméricaine des DH a été confronté à des violations graves des DH en
Colombie ou au Guatemala. La Cour estime qu’il y a un fait illicite de l’Etat,
comment le réparer ? En indemnisant les victimes ou leurs proches, mais aussi en
publiant le jugement de la Cour interaméricaine dans un journal colombien, en
insérant les informations sur ce massacre dans les manuels scolaires, en mettant
en place un monument aux morts ou encore en diffusant un documentaire.
• La Cour de justice a jugé en 2007, que la Serbie a manqué à son obligation de
prévenir le génocide à Srebrenica. La Cour estime que le jugement qu’elle rend
constitue une mesure de satisfaction à même d’offrir une réparation à la Bosnie
Herzégovine, Etat lésé. Ce qui importe pour celle ci, c’est de faire reconnaître
qu’il y a eu un fait illicite et la réparation passe donc essentiellement par un
mécanisme symbolique ce qui montre que la responsabilité internationale est
aussi garante de la légalité dans une certaine mesure.
Dans d’autres cas la conséquence de la responsabilité internationale est essentiellement
pécuniaire ! Entreprise Yukos c/ la Russie : les actionnaires de l’entreprise ont formé un
recours devant un tribunal arbitral en considérant que la Russie avait violé ses
engagements et qu’elle devait réparer le préjudice subi. Elle avait exproprié une
entreprise et elle a du rembourser la somme qu’aurait valu l’entreprise si il n’y avait pas
eu expropriation.
Lorsque la Commission du DI a codifié les règles relatives à la responsabilité,
l’hypothèse d’une gradation de la responsabilité internationale a été envisagée. C’est la
même idée que celle selon laquelle certaines normes seraient plus fondamentales que
d’autres dans l’ordre international. Ce n’est pas la même chose de verser une dette d’Etat
illégal que de commettre un crime contre l’humanité. Toutes les obligations ne se valent
pas et toutes les violations non plus. Ça correspond par exemple à la distinction en droit
interne entre les crimes et les délits. La transposition de ce raisonnement dans l’ordre
international pose des difficultés. Et d’ailleurs lorsque la commission du DI a envisagé de
dégager une catégorie particulière de faits illicites en l’appelant « crime international de
l’Etat », cela a suscité des réactions très vives aussi bien de la part des Etats que de la
doctrine du DI. Pourquoi cela pose des difficultés. Le texte disait que lorsqu’il y avait des
crimes internationaux de l’Etat, il devait y avoir des sanctions particulières. Les Etats ont
fait remarqué que la responsabilité internationale devait rester civile et ne pouvait en
aucun cas devenir pénale. La responsabilité internationale ne doit pas conduire à punir un
Etat car punir l’Etat c’est punir sa population. Pour la doctrine, l’idée de crime
international implique celle de communauté internationale or cette communauté reste
difficile à identifier. On ne voit pas bien qui pourrait agir au nom de cette communauté
internationale lorsque des crimes seraient commis.
Ces critiques ont conduit la Commission à abandonner l’idée de crime international de
l’Etat et à revenir à une conception plus classique de la responsabilité internationale.
Néanmoins il subsiste dans le droit de la responsabilité internationale certaines solutions
suggérant une forme de gradation des violations et donc une gradations des obligations. On
peut citer en particulier deux mécanismes allant dans ce sens.
Les obligations erga omnes signifie que ces obligations sont opposables à tous. C’est le
cas des règles coutumières mais ça signifie davantage car tous les Etats sont liés par ces
obligations et ils ont tous un intérêt que ces obligations soient respectées par les autres.
Comme le dommage n’est pas une condition d’engagement de la responsabilité, cela
signifie que tous les Etats ont un intérêt à agir lorsqu’une obligation erga omnes a été
violée. Càd que tout Etat peut agir au nom de la communauté internationale pour réclamer
le respect d’une obligation erga omnes. Cette idée a été évoquée dès 1970, CIJ,
Barcelona Traction, affaire dans la Cour distingue bien les obligations erga omnes des
autres obligations. En l’espèce ce n’était pas une obligation erga omnes. Il y a aussi
l’affaire CIJ, 2015, La chasse à la baleine : le Japon a pris des engagements en matière
de protection des baleines. Or, le Japon a une pratique forte de la chasse à la baleine.
Mais qui est lésé dans cette situation. C’est l’Australie qui va intenter une action contre le
Japon car les obligations de la convention ont un effet Erga omnes et donc tous les Etats
parties ont la possibilité d’agir pour engager la responsabilité d’un Etat qui aurait violé ses
obligations. La Commission a abandonnée la notion de crime international mais elle lui a
substitué la notion de violation grave d’obligation découlant de normes impératives du
DI. Cela signifie que tous les faits illicites ne se valent pas. Et parce que la notion de crime
a été rejeté, la commission s’est rabattue sur une notion connue du DI.
Ceci étant, opéré une distinction entre les faits illicites en fonction de leur gravité a un
intérêt si les conséquences sont distinctes. Or, les conséquences particulières attachée à la
violation grave d’obligations découlant de normes impératives. L’idée de DI punitifs a été
écartée et la seule conséquence particulière qui s’attache à la violation grave d’obligation
découlant d’une norme impérative c’est l’obligation pour tous les Etats de ne pas prêter
assistance à l’auteur d’une telle violation et de ne pas reconnaître la situation crée du fait
de cette violation grave. Il est difficile de tirer des conséquences car il n’existe pas
d’autorité centrale capable d’agir au nom de la communauté internationale.
(2) Contre-mesures
C’est une mesure qui serait illicite mais qui ne l’est pas parce qu’elle est prise pour
répondre à une première violation du DI commise par l’Etat visé par la contre-mesure.
Lorsqu’un fait illicite est commis par un Etat, c’est aux autres Etats qu’il incombe de
réagir. Ceux ci doivent d’abord qualifier la situation et sont ensuite habilités à répondre au
fait illicite par des mesures unilatérales. Ces mesures poursuivent plusieurs objectifs :
réparation, contraindre l’Etat responsable à cesser son comportement illicite, voire punir
l’auteur d’un fait illicite. Ces mesures peuvent prendre plusieurs formes. Dans certains cas
elles ne sont pas illicites en elles même on parle alors de mesures rétorsion, dans d’autres
cas elles sont illicites mais se justifient par le fait qu’elles constituent une réponse au fait
illicite. Dans le système international qui est essentiellement décentralisé, c’est aux Etats
qu’il revient de réagir à la commission d’un fait illicite.
Le système de contre-mesure est totalement décentralisé càd que chaque Etat
détermine pour lui même si un fait illicite a été commis et décide en conséquence de
réagir ou pas. D’une part cela signifie que le contrôle de la règle de droit dépend de la
volonté et la capacité des Etats lésés à la faire respecter. Les contre-mesures traduisent le
déséquilibre qui peut exister entre les [Link] Etats les plus puissantes sont donc les
mieux à même de contraindre les autres par l’intermédiaire d’une contre mesure.
Les mesures doivent :
• viser l’Etat auteur du fait illicite
• doivent être proportionnées au fait illicite
• doivent être prises par un Etat ayant un intérêt à agir
On retrouve la difficulté relative aux obligations erga omnes car pour celles ci est ce
que tous les Etats sont habilités à agir par l’intermédiaire de contre-mesure. Le droit
positif n’est pas clairement fixé sur la question de savoir su oui ou non on peut prendre des
contre-mesures d’IG
(3) Sanctions institutionnelles
Les sanctions se distinguent des cotre mesures par leur caractère institutionnalisé.
Autrement dit dans le système des contre-mesures le rapport reste horizontal, d’Etats à
Etats tandis que dans le système des sanctions au sens strict, le système est vertical en ce
sens que c’est l’organisation internationale qui va appliquer des sanctions à ses membres.
Ce mécanisme reste exceptionnel. Ces sanctions sont variables, le plus souvent d’ordre
interne à l’organisation avec la possibilité de priver l’EM défaillant de certains de ces
droits attachés à certaines qualités. La Charte des NU a confié à un organe centralisé, un
important pouvoir de sanction. Le Conseil de sécurité a la responsabilité principale du
maintien de la paix et de la sécurité internationale, si bien qu’en présence d’une menace
à la paix, une rupture de la paix ou une agression. Il peut aller jusqu’à assortir cette
décision de sanctions en cas de défaut de mise en œuvre. On voit ici que ce pouvoir de
sanction est prévu à l’article 41 de la Charte. Le conseil de sécurité n’hésite pas à
sanctionner les Etats qu’il considère comme responsable d’une menace à la paix ou à la
sécurité internationale. Il peut même aller plus loin en décidant que les sanctions visent
non plus des Etats mais des individus ou des entreprises dont il considère qu’ils participent
à une activité menaçant la paix et la sécurité internationale. On ne demande plus à
chaque Etat de réagir à une situation déterminée.. ! On sort d’un rapport horizontal pour
basculer vers un rapport vertical et c’est le Conseil de sécurité qui décide des réactions à
adopter mais les Etats sont toujours ceux qui appliquent.
Ces sanctions sont d’autant plus efficaces que la Charte des nations unies prévoit que
les obligations découlant pour les Etats de la Charte prévalent sur toutes autres obligations
internationales. C’est l’article 103 de la Charte qui fixe cette règle de conflit qui est
censée permettre d’assurer en toute hypothèse des obligations découlant de la Charte y
compris celles du Conseil de sécurité. Le système reste tout à fait exceptionnel càd que
dans la plupart des cas c’est encore aux Etats membres de réagir à la violation du DI, ce
n’est que par exception qu’un organe du DI est habilité à réagir. L’OI n’agit que dans la
mesure de ses capacités. En réalité ; le Conseil de sécurité ne réagit pas vraiment à la
violation d’une règle de droit. Il n’exerce une fonction que de type juridictionnel. Il arrive
qu’il réagisse mais le but du Conseil de sécurité n’est pas de garder la légalité
internationale mais d’assurer le maintien de la paix. Il est donc davantage un organe de
police, qu’un organe de type juridictionnel garant de la légalité. L’application du DI et les
réactions au violation du DI, en particulier les contre mesure restent entre les mains des
Etats. Or, les Etats sont également souverains et le DI peut faire l’objet d’interprétations
variées si bien qu’il est fréquent que les prétentions des Etats quant à l’interprétation de
la règle de DI se heurtent.
b) Le règlement des différends
Depuis 1945, les Etats sont tenus de régler leurs différends internationaux par des
moyens pacifiques. Les Etats ont abandonnés leur capacité de recourir légalement à la
force et ce sont donc engagés à régler leurs différends par des moyens pacifiques. La
Charte a également précisé quels pouvaient être les moyens pacifiques utilisés à l’article
33. Cet article indique qu’il existe une diversité des modes de règlement des différends
internationaux.
(1) La diversité des modes pacifiques de règlement des
différends
(a) Les modes diplomatiques
Les juristes ont tendances à se centrer sur les modes de types juridictionnels de
règlement des différends considérant que le droit n’est effectif qu’en présence d’un juge.
Dans l’ordre juridique international, la plupart des différends se règlent par voie
diplomatique. Historiquement, ce mode de règlement était le seul envisagé puisqu’il a
fallu la fin du 19e siècle et le début du 20e pour que des modes juridictionnels de
règlement apparaissent. Aujourd’hui encore le mode diplomatique occupe une place
importante dans le système juridique internationale.
La première technique est la discussion diplomatique : discussion directe entre l’Etat
auteur d’un fait diplomatique et l’Etat qui s’estime lésé. Ceci étant, le tête à tête peut ne
pas être suffisant pour régler les différends. L’intervention d’un tiers est régulièrement
requise, tiers qui se voit conférer des fonctions variées. Parfois le tiers va permettre de
rétablir un dialogue rompu entre les parties il fait seulement bon office. Dans ce cas la
solution doit toujours émaner des parties mais le tiers permet de rétablir le dialogue entre
les parties.
Parfois les pouvoirs confiés aux tiers sont plus important et celui-ci peut se voir confier
des missions d’enquête pour rétablir les faits. Il y a des missions de conciliation, des
missions de médiation. ! dt à la participation à l’identification de la solution permettant
de régler le litige. Le but de ce règlement diplomatique des différends n’est pas de faire
respecter la règle de droit mais de régler le différend que ce soit ou non en accord avec le
droit international. Les parties au différend doivent accepter la solution proposée.
(b) Les modes juridictionnels
Les Etats soit quand ils négocient les accords internationaux, soit quand ils sont
confrontés à des désaccords sur l’interprétation des accords, un tiers aura alors pour
mission de confier le différend par une solution fondée en droit. Les premiers arbitrage
n’apparaissent qu’à la fin du 19e siècle et il faut attendre 1920 pour que la Cour de justice
internationale soit établie. Depuis lors les juridictions internationales se sont multipliés au
point que l’on parle d’une juridictionnalisation du DI.
(i) Arbitrage
Historiquement c’est l’arbitrage qui a le premier fait son apparition pour régler le
premier les différends internationaux, les Etats parties au différends décident alors d’en
confier la résolution à un tiers indépendant et impartial chargé de trancher le différend en
application des règles de droit déterminées par les parties. La caractéristique de
l’arbitrage est d’être ponctuelle, ad hoc, càd que le tribunal arbitral est institué pour
régler un différend particulier. L’arbitrage offre une certaine souplesse aux parties à un
différend. D’abord parce que cela ne nécessite pas de financer de manière permanente
une juridiction et ensuite parce que les parties conservent une certaine liberté dans la
conduite de l’arbitrage. Cette liberté se traduit par la conclusion entre les parties au
différend d’un compromis d’arbitrage qui identifie la question posée aux arbitres, le droit
qu’ils devront appliquer et la procédure qui devra être suivie. Surtout cette liberté se
traduit par la possibilité pour les parties au différend de choisir leurs arbitres.
La Cour permanente arbitrale a été instaurée dès 1907 et ce n’est pas une juridiction
mais une structure qui facilite la mise en place de tribunaux arbitraux quand les Etats en
ressentent le besoin. Un tribunal constitué sous l’égide de la Cour permanente d’arbitrale
portant sur la mer de Chine méridionale le 12 juillet 2013. Cela porte sur les tentatives de
la Chine d’étendre son contrôle sur cette mer. L’arbitrage a été considéré comme un
système efficace pour régler des différends opposant des pp à des Etats notamment dans
le cadre des investissements. Cela permet à des investisseurs étrangers de se plaindre
devant des tribunaux arbitraux.. Les tribunaux arbitraux sont régulièrement constitués
pour trancher des différends de ce type par exemple sous l’égide du CIRDI. C’est un
domaine assez controversé essentiellement parce que les enjeux sont assez forts. Un
tribunal arbitral a condamné la Russie à verser 50 milliards de dollars aux actionnaires de
l’entreprise Ukos. Souvent les Etats choisissent de dépasser ce système arbitrale.
(ii) Modes juridictionnels
Les Etats ont donc optés pour la mise en place de juridictions internationales càd
d’organes permanents chargés de trancher les différends en application de la règle de
droit. On a observé au cours du 20e siècle une multiplication de ces juridictions
internationales, la première étant la CPJI crée en 1920 dans le cadre de la SDN et qui
correspondait à un idéal de paix par le droit. La CIJ lui a succédé dès 1946 dans le cadre
de l’ONU. Mais cet exemple de la CPJI a été suivi tout au long du 21e siècle et les Etats se
sont entendus pour créer des juridictions internationales dotées de compétences
spécialisées pour l’application d’un texte particulier. Il y a la CEDH a Strasbourg créée sur
la base de la Convention qui remonte à 1950 et qui présentait à l’époque un caractère
révolutionnaire. Ce sont des individus qui se plaignent de la violation par des Etats parties
à la convention de celle ci. C’est au cours des années 90 que les juridictions
internationales se sont multipliées notamment à la fin de la GF :
- Le Tribunal international du droit de la mer qui siège Hambourg et qui a été crée
par une Convention de 1982 mais entré en vigueur en 1994.
- L’organe des règlements des différends de l’OMC, crée par les accords de
Marrakech et entré en vigueur en 1995.
- La Cour pénale internationale crée par le statut de Rome en 1998 et entré en
vigueur en 2002. Elle juge des individus, pas des Etats ! crime de guerre,
génocide. Elle a été crée par un traité conclu entre Etats, l’étendue de sa
compétence dépend des Etats. Le DI peut donc aussi crée des obligations à la
charge des individus.
Une grande variété de juridiction dont la compétence varie pouvant régler des
différends mettant en cause différents acteurs ! individus, Etats et parfois seulement
entre individus (interétatique, mixte ou non étatique).
Il y a 3 remarques à faire à cet égard :
• L’existence de ces juridictions et leur compétence dépend toujours de la volonté
des Etats.
• Cette multiplication des juridictions internationales a pu faire craindre une
fragmentation du DI dans la mesure ou chacune d’entre elle dispose d’une
compétence spécialisée qui pourrait la conduire à agir sans tenir compte de la
situation des autres juges internationaux. Or, il n’existe pas de système
judiciaire international càd qu’il n’y a pas d’organisation, pas d’architecture du
système juridique internationale et la CIJ ne se situe pas au dessus des autres
juridictions de l’ordre international. Le plus souvent cela ne pose pas de
difficulté mais parfois il peut y en avoir dans deux situations essentiellement :
- Lorsqu’un même différend est soumis à plusieurs juridictions
internationales
- Lorsque plusieurs juridictions internationales saisies de différends
distincts soulèvent des interprétations différentes d’une même règle de
droit. Le TPI pour l’ex-Yougoslavie et la Cour de justice ont retenu
(MATHOU)
On pourrait penser que la jurdictionnalisation du DI est un phénomène inéluctable et
qui s’inscrit dans le cadre d’une évolution continue du DI. C’est donc un perfectionnement
permanent du DI jusqu’à le faire ressembler au droit interne. Cela n’est pas certain d’une
parte parce que certains domaines du DI se prêtent mal à un travail juridictionnel
mécanique (application par un juge de la règle de droit) car une marge d’appréciation doit
être laissée aux Etats mais aussi parce que les juridictions internationales sont
régulièrement touchées par une forme de défiance, qui a pu s’exprimer contre la CPI mais
aussi contre la CEDH (notamment au RU et en Russie). Une défiance existe aussi à l’égard
de l’arbitrage notamment en matière d’investissement. La juridictionnalisation du DI va
(2) La Cour internationale de justice
C’est l’organisation principale des Nations unies même si elle n’occupe pas de place
particulière parmi les juridictions internationales. La Cour internationale de justice a joué
un rôle particulier car elle dispose d’une compétence générale à la différence des autres
juridictions qui ne disposent que d’une compétence spécialisée.
(a) Fonctionnement et compétence
La Cour siège à la Haye, elle est composée de 15 juges élus par l’AG des NU et par le
Conseil de sécurité. Ils sont choisis en fonction de leur mérite afin de représenter la
diversité des systèmes juridiques. Ils ne représentent pas leur nationalité. Ceci étant, il ne
fait négliger le fait que les élections à la CIJ est un enjeu pour les Etats qui cherchent à
avoir un représentant au sein de la Cour. Il se trouve que depuis la création de la Cour, les
EM permanent du conseil de sécurité ont toujours réussi à faire élire un juge de leur
nationalité au sein de la Cour jusqu’à hier ! le candidat britannique a perdu. La CIJ prend
ses décisions à la majorité avec la possibilité pour les juges d’émettre des décisions
dissidentes.
La Cour dispose de deux types de compétences :
- Contentieuse : elle rend des arrêts revêtus de l’autorité relative de la chose
jugée. La compétence contentieuse de la Cour est restreinte aux différends
interétatiques. Elle peut connaître de tout type de différends juridiques mais
l’exercice par la Cour de cette compétence reste subordonnée au consentement
des Etats.
- Consultative : elle rend des avis qui n’ont pas cette autorité mais qui ont
néanmoins une importance car ils fournissent une interprétation objective des
règles de droit qui sont quant à elle obligatoire. La Cour peut être saisie par les
organes des NU et d’autres OI de toutes questions de DI y compris les questions
qui concernent les OI.
Il est possible d’insérer dans un traité une clause de règlement des différents qui donne
compétence à la CIJ. Ex : La convention pour la prévention et la répression du crime de
génocide qui prévoit la compétence de la Cour pour son interprétation.
La déclaration facultative de compétence obligatoire est une déclaration que peuvent
faire les EM des nations Unies par laquelle ils acceptent la compétence de la CIJ pour tout
différend à venir qui les opposerait à tout Etat partie qui aurait fait la même déclaration.
Le fonctionnement de la Cour et la possibilité même pour la Cour de fonctionner est
tributaire du consentement des Etats. Une fois que les Etats ont donné leur consentement
ils sont obligés de respecter les arrêts de la cour. La Cour pour pérenniser son
fonctionnement doit être acceptée par les Etats et donc acceptable. Càd qu’elle doit
convaincre les Etats qu’elle est le meilleur système de règlement des différends. Le fait
que la compétence de la Cour dépende de l’étendue du consentement des Etats a pour
effet que les différends qui lui sont soumis sont bien souvent déformés par rapport à la
réalité factuelle. Comme elle est compétente sur la base de certains instruments
particuliers comme la convention contre le génocide ou celle contre les discriminations
raciales, elle ne peut être saisie que de ces aspects particuliers alors que le différend est
parfois bien plus large. Dans une affaire du génocide Croatie/Serbie 3 février 2015, la Cour
a considéré que la responsabilité de l’Etat défendeur n’était pas engagée. Elle a alors
soulignée qu’aucun génocide n’avait été soumis en Croatie ce qui n’empêche pas de
considérer que des crimes d’une particulière gravité y ont été commis mais la Cour n’est
pas compétente pour en connaître. Autre exemple : l’Ukraine a saisi la CIJ en mars 2017
d’un différend l’opposant à la Russie qu’elle accuse de persécuter les Tatars de Crimée et
de participer au financement du terrorisme. Affaire activité armée sur le territoire du
Congo « Congo c/ Rwanda » ! 16 février 2006.
(b) Rôle
Quel rôle la Cour joue t’elle ? Elle se prononce relativement rarement sur des affaires
et depuis 70 ans elle a été saisie à 160 reprises (plus de 120 arrêt et 30 avis consultatifs).
Chaque année, ¾ affaires nouvelles sont soumises à la Cour et elle rend environ 3 ou 4
décisions par an. On observe que depuis une vingtaine d’année la Cour est saisie de
question nouvelle et notamment des questions qui ont trait à la protection de la personne
humaine, des droits de l’homme ou des questions qui relèvent du droit de
l’environnement. Le rôle de la Cour est alors de régler les différends en application du DI.
Cela peut paraître anodin comme situation mais c’est important car cela montre deux
fonctions de la CIJ :
- D’un côté la Cour doit faire application du DI elle ne statue pas sur la base de
considération politique ou sur la base de l’équité. Elle statue sur la base du DI et
sur les sources qui sont mentionnées à l’article 38 de son statut. Le fait que la
Cour applique le DI renforce l’effectivité des règles de DI car la violation d’une
règle de DI est désormais constaté non seulement par les Etats mais aussi par un
tiers indépendant et impartial dont la mission est de faire prévaloir la règle de
droit. La jurisprudence de la Cour a contribué fortement au développement du
DI qui résulte des traités et de la coutume mais au sein duquel les
interprétations données par la Cour occupent également une place centrale. Il
ne faut pas perdre de vue que la Cour a avant tout pour mission de régler les
différends. Elle doit donc rendre des jugements qui d’un côté n’enveniment pas
la situation et de l’autre, qui seront acceptés par les Etats.
- La fonction essentielle de la Cour est de contribuer au maintien de la paix et de
la sécurité internationale par le règlement juridictionnel des différends. Dans la
mesure ou elle intervient dans des contextes politiques parfois tendus, ce
contexte pèse souvent sur les raisonnements qu’elle est amenée à développer.
La Cour constate par exemple l’utilisation de l’arme nucléaire pour certains pays
et que cela risque de violer de nombreuses règles de DI mais dans la mesure ou
elle n’a pas voulu remettre en cause la politique de dissuasion nucléaire elle a
dit qu’elle n’a pas identifié une règle coutumière interdisant l’usage d’une arme
nucléaire alors même que la vie de l’Etat est en danger (Avis sur la licéité de
l’arme nucléaire 1996). Il y a aussi l’avis de 2010 sur la déclaration
d’indépendance du Kosovo ! elle avait conclu qu’il n’y avait pas de règles
interdisant les déclarations d’indépendance. Mais en réalité ce qui est demandé
à la Cour c’est de savoir si le Kosovo avait le droit d’être indépendant et la Cour
s’est servie d’une maladresse de formulation pour ne pas répondre à la question,
jugée trop tendue à l’époque.
Tout ceci conforme les tentions qui animent le système juridique international. Cela
résulte du fait que ce système lie les Etats les uns aux autre horizontalement. Mais ce
système permet que des tiers soient saisis afin de constater la mauvaise exécution du DI et
éventuellement de réagir à cette mauvaise exécution du DI. A une époque on a pu croire
que ce système institutionnel allait remplacer le système relationnel. Cependant on peut
douter que l’évolution soit en ce sens car le système reste essentiellement basé sur les
relations d’Etat à Etat même si ils peuvent convenir que dans certaines hypothèses ils
peuvent convenir qu’il est nécessaire de mettre en place des institutions internationales
pour renforcer la place de la règle de droit dans le DI.