Résumé
Notre travail s'intitule : « Plaidoyer pour le respect des Droits des
Détenus dans la Juridiction du Tribunal de Première Instance des
Cayes ». Il comporte deux (2) parties et quatre (4) chapitres. La
première partie traite : Des conditions générales de la détention.
Ainsi, le premier chapitre est libellé comme suit : L'ensemble de
modalités d'incarcération des détenus. Le deuxième chapitre nous
avons abordé : La Délinquance au regard du Droit Interne qu'Externe.
Dans ce chapitre nous avons mis l'emphase sur le développement de la
délinquance, la classification des délinquants tant au niveau de
naissance, d'occasion, qu'aliéné, bref... En tout dernier lieu la
Délinquance à la lumière des différents courants pensés. Au partir de la
deuxième partie nous avons abordé les Droits des Détenus au regard
de la législation nationale. Ceci dit, dans le troisième chapitre nous
avons abordé : La problématique de la détention au regard de la
législation haïtienne. Nous avons expliqué : comment établir la
problématique entre l'arrestation et la détention sous l'angle
constitutionnel. Nous avons mis en relief, l'ensemble des traités,
accords et conventions internationaux ratifiés par Haïti et qui ont un
caractère supra Constitutionnel.
Enfin, le quatrième et le dernier chapitre de notre travail est consacré à
la mise en place de bonnes conditions de détention sur le plan interne.
A cette phase, nous montrons ce qu'est l'Administration Pénitentiaire en
analysant les forces et les faiblesses de cette dernière. Aussi, nous
avons montré également comment il s'avère nécessaire d'avoir des
matériels adéquats pour les Agents Pénitentiaires, le personnel
Administratif et ses composantes et un budget équilibré pouvant faire
fonctionner normalement la Direction de l'Administration Pénitentiaire
des Cayes (DAP).
Respect : Considération que l'on a pour quelqu'un et que l'on manifeste
par une attitude déférente envers lui.
Droit : Capacité de jouir d'une chose.
Juridiction : Pouvoir d'un juge, d'un tribunal ; ressort, étendu de ce
pouvoir.
Délinquance : Ensemble de crime et délit considéré d'un point vue
statistique.
Rezime
Travay nou an gen pou tit : « Pledwaye pou respè Dwa Detni yo nan
Jiridiksyon Tribinal Premyè Enstans Okay la. » Li gen de pati ak chapit
ladan li.
Nan premye pati a, nou jwenn : Kondisyon jeneral detensyon an.
Kidonk, premye chapit la pale de kondisyon detni yo nan prizon. Nan
dezyèm chapit la, nou abòde kesyon sa a : Delenkans la pa rapò a Dwa
entèn ak Dwa ekstèn. Nan chapit sa a, nou mete aksan sou kijan
delenkans la devlope, ki kategori delenkan ki gejen, kisa gran otè nan
domèn nan panse sou fenomèn sa a.
Nan dezyèm pati a, nou etidye Dwa detni yo dapre lalwa peyi nou an.
Nou abòde kesyon detansyon an pa rapò a lalwa peyi Dayiti. Nan
twazyèm chapit la. Nou esplike kòman pou nou wè kesyon ki poze ant
arestasyon an ak detansyon an selon konstitisyon an. Nou ensiste sou
trete, akò ak konvansyon entenasyonal ke Ayiti ratifye e ki gen yon
karaktè konstitsyonèl.
Anfin, katriyèm ak senkyèm chapit la di kijan nou ka mete anplas bon
jan kondisyon pou Detni yo anndan prizon yo. Nan chapi sa yo, nou
montre kisa Administrasyon Penitansyè a ye etan nou ap analize fòs ak
feblès li yo. Nou montre tou kijan li enpòtan pou Ajan Penitansyè yo,
dirijan yo osinon manm nan administrasyon an gen bon jan materyèl ak
yon bidjè ki ka fè Direksyon Administrasyon Penitansyè okay la
fonksyone byen.
Respè : Konsiderasyon ki genyen nan fason yon moun abòde osnon
trete yon lòt.
Dwa : Sa lalwa garanti pou ou genyen.
Jiridiksyon : Tribinal kote yon tribinal gen otorite
Tribinal : Kote yo rann lajistis.
Delenkans : Konduit ki pa respekte règleman.
INTRODUCTION
Dans toute société moderne, le but de la justice, est de faire disparaître
la violence et c'est aussi l'objectif de la prison. En effet, personne ne
saurait prévaloir ignorer l'importance du pénitencier dans le monde.
Ainsi, la collectivité est comparée à un organisme humain que l'on se
doit de protéger contre les attaques de toutes sortes. La vie en
communauté fait naître certaines exigences d'ordre institutionnel. Aussi,
dit-on : « Pas de société sans organisation ». Ainsi, toute société est
appelée à être réglementée. Sinon la vie sociale serait une pure
hallucination.
D'après Roland Quillot1(*) dans son fameux ouvrage intitulé « La
Liberté » : « La société ne peut avoir à ses yeux de légitimité que si elle
est organisée de façon à satisfaire les aspirations de ses membres,
parmi lesquelles figure celle de conduire sa vie comme on l'entend, et si
tel n'est pas le cas, elle doit être transformée ».
Chantal Delsol2(*) pour sa part dans son ouvrage « L'autorité »
opine : « Il n'y a pas d'hommes seuls avant la société, il n'y a pas de
société avant le commandement ».
Alors, il est une nécessité biologique de protéger la société contre tout
ce qui pourrait altérer sa santé, définie comme un fonctionnement
productif. Encore faut-il au mieux agencer les éléments de la
machinerie sociale pour obtenir les rendements souhaités et maintenir
un équilibre viable.
La déclaration américaine des droits et devoirs de l'homme de 1948, en
son article premier stipule entre autre : « Tout être humain a droit à la
vie, à la liberté, à la sécurité et à l'intégrité de sa personne ». D'autre
part, le pacte relatif aux droits civils et politiques adopte et ouvert a la
signature, a la ratification et a l'adhésion par l'Assemblée générale des
nations Unis dans sa résolution 2200 A (XXI) du 16 décembre 1986
entrée en vigueur le 23 mars 1976 stipule au premier alinéa de l'article 5
et l'article 10 respectivement : « Le droit à la vie est inhérent à la
personne humaine, ce droit doit être protégé par la loi. Nul ne peut être
arbitrairement privé de la vie ».
L'article 10 : « Toute personne privée de sa liberté est traitée avec
humanité avec le respect de la dignité inhérent à la personne
humaine. »
La constitution haïtienne du 29 mars 1987, pour sa part, ne reste pas
insensible en cette matière. En son article 19, on lit : « L'Etat a
l'impérieuse obligation de garantir le droit à la vie, à la santé, au respect
de la personne humaine, à tous les citoyens sans distinction. »
Tenant compte des lois et des conventions qui sont établies pour
garantir la protection des droits de l'individu, il y a lieu de se demander
si les droits des détenus sont respectés par les autorités judiciaires du
tribunal de première instance des Cayes. La réalité du système carcéral
et la condition des détentions en Haïti n'est plus un secret, même pour
le commun des mortels. Cette situation est souvent critiquée dans les
médias par les organismes de défense des droits humains. Notre travail
va porter sur l'état actuel des conditions de détention. Il
s'intitule : « Plaidoyer pour le respect des droits des détenus dans la
Juridiction du Tribunal de Première Instance des Cayes ».
Après deux siècles d'indépendance, Haïti ne s'est pas encore dotée des
conditions de détention répondant aux normes internationales. La
situation des centres de détention en Haïti est encore à l'état
rudimentaire. Les prisonniers vivent dans des conditions infrahumaines.
Depuis la déclaration Universelle des droits de l'homme3(*) en 1948, les
nations se sont engagées dans une lutte sans merci pour la promotion
des droits. Malgré toutes les mesures protectrices que prônent les
autorités tant au niveau national qu'international, peu de progrès ont été
réalisés dans ce domaine et le problème de la détention reste inchangé.
Malgré tout, Haïti est au coeur du dispositif procédural qui régit le
fonctionnement de la justice pénale. Le mandat de dépôt indispensable
de la détention préventive occupe une place éminente. Il est rarissime
qu'une personne poursuivie n'ait fait l'objet d'un mandat de dépôt.
L'examen des éléments d'information et des données statistiques au
niveau national relève que 94% de la population4(*) carcérale sont en
détention préventive. Le pire, c'est que la grande majorité de ces
détenus subit l'abus de cette détention préventive. L'image paraît injuste
mais porteuse de sens. Elle reflète le sentiment de nos concitoyens,
tout particulièrement des victimes méfiantes et désespérées face à une
machine judiciaire incapable de juger et d'endiguer la montée du taux
d'impunité. La question qui nous préoccupe : le nombre de détenus doit-
il alors être considéré en fonction des infrastructures ? Une population
carcérale d'environ quatre mille individus5(*) sur près de 8 millions
d'habitants est inférieure à la moyenne hémisphérique d'environ 0,05%
de détenus. Les raisons de cette anomalie tiennent à des contraintes
structurelles et aux violations des droits des détenus.
En dépit de cette situation alarmante dans laquelle croupissent les
détenus, il semblerait qu'on est loin de voir une prise de décision
sérieuse par les autorités concernées. L'on constate également une
attitude insouciante, voire démissionnaire de la part des responsables. Il
y a aussi une certaine passivité accrue des forces vives de la société
qui rend légitime l'irresponsabilité des autorités. Le constat qui se fait
est loin d'être positif. Cela est dû à la faiblesse du système judiciaire
haïtien, en ce qui concerne l'application de la loi et la réalité que l'on
peut constater dans le milieu carcéral.
De nos jours cette situation devient la monnaie courante, mais elle est
aussi une violation massive de toutes sortes de droits des détenus. Car
il n'est pas un secret pour personne que le problème de la détention des
détenus en Haïti va de mal en pis.
Ainsi, cette situation doit interpeller la conscience de tout un chacun. De
ce fait, nous sommes tous tenus de travailler au changement de cette
condition combien alarmante. Notre travail ne consiste pas à donner
une leçon aux autorités judiciaires et à leur faire des injonctions. Notre
objectif à pour but de tirer la sonnette d'alarme en vue d'attirer la
bienveillance des responsables sur l'urgente nécessité de garantir le
respect de la dignité humaine des détenus.
Nous croyons que cela peut se faire, en analysant les différents
problèmes auxquels les détenus sont confrontés, dans le dessein de
trouver une issue par rapport aux difficultés qu'ils connaissent
actuellement.
Pour réaliser notre travail, nous avons mené une enquête auprès de la
grande prison civile des Cayes dans le souci d'interroger les
responsables des structures d'accueil telles : les lieux de détentions,
l'infirmerie, salle de loisir, etc, ainsi que dans les institutions impliquées
dans l'administration pénitentiaire. Nous avons également mené une
enquête dans les cellules ou nous avons interviewé un certain nombre
de détenus et fait des observations. De plus, nous avons rencontré
plusieurs spécialistes et consulté beaucoup d'ouvrages traitant de la
matière afin de mieux cerner la question.
Notre travail comporte deux parties : la première traite des conditions
générales de détention à la prison des Cayes et la deuxième des droits
de détenus au regard de la législation haïtienne.
PREMIERE PARTIE : LES
CONDITIONS DE DETENTION A
LA PRISON CIVILE DES CAYES
L'idée que le détenu soit une personne humaine constitue le fondement
même des législations pénitentiaires modernes. En effet,
l'accomplissement de la peine exige pour exercer son effet réformateur
que le traitement soit appliqué de la manière la plus individualisée
possible, c'est-à-dire en tenant compte des caractéristiques propres de
la détention. C'est pour cela qu'il convient non seulement de tenir
compte des conditions matérielles de détention mais aussi de mettre
l'accent sur l'environnement mental du détenu.
L'état des lieux de détention en Haïti, plus précisément dans la
juridiction du Tribunal de Première Instance des Cayes, ne permet pas
de séparer les détenus des prisonniers. Le séjour est très mauvais pour
les moins fervents qui subissent l'influence corruptrice des dangereux.
La contagion morale ne pouvant pas être évitée, certains juges
constatent qu'au fil des temps les mêmes individus sont jugés pour des
infractions progressivement graves. En tenant compte des conditions
générales de la détention, il y a deux aspects importants des conditions
qu'on devrait mettre en exergue : les conditions psychologiques et les
conditions matérielles.
Parlant des conditions psychologiques de la détention Montesquieu
déclare et nous citons : « On façonne les plantes par l'agriculture, les
hommes par l'éducation »6(*).
Il avait bien raison car une société peut suivre pendant longtemps
l'itinéraire des sentiers battus, mais ce n'est que la formation des
hommes qui la conduira vers les boulevards de l'innovation. La
formation revêt deux aspects intimement liés mais très différents par la
nature. Toujours l'auteur, l'instruction qui consiste dans l'acquisition d'un
savoir faire et l'éducation qui n'a pour finalité que l'adaptation au milieu
social et la libération de l'ignorance et la peur.
La formation du détenu est d'une importance capitale dans un système
qui se propose de réaliser sa réhabilitation. La méditation solitaire et le
repentir sont de vaines tentatives pour provoquer l'amendement du
délinquant, lequel n'a pas toujours les qualités requises pour se livrer à
un examen de conscience ou à une introspection. Des éducateurs, des
travailleurs sociaux doivent l'aider à se dépouiller de sa vieille défroque
pour le faire apparaître sous un nouveau visage. Le rôle de l'éducateur
est de travailler à inculquer au détenu le sens du devoir et à développer
chez lui une résistance aux impulsions nouvelles. Pour ce, nous
développons dans les pages qui suivent notre premier chapitre :
historique des modalités d'incarcération dans le monde et en Haïti et les
différentes sections. Tels que : le concept prison, la fonction de la prison
dans la société, la mission de la prison au sein de la société, l'origine de
la prison et en tout dernier lieu l'ensemble des différents régimes
d'emprisonnement.
CHAPITRE I
HISTORIQUE DES MODALITES
D'INCARCERATION DANS LE
MONDE ET EN HAITI.
L'incarcération apparaît, comme une rupture avec la vie hors mur.
Parallèlement, toute institution pénitentiaire à des normes qui régissent
la formalité d'incarcération afin d'inviter la surpopulation carcérale qui
constitue un obstacle majeur à la prévention du récidivisme. En effet,
toute personne avant son incarcération doit remplir des formalités
d'incarcération. Il s'agit tout d'abord d'un registre dans lequel on inscrit
les faits qu'on reproche à l'individu. D'autre part, il faut catégoriser les
détenus selon l'âge, le sexe, ceux ou celles qui ont déjà été
condamnés, tout en respectant les normes internes de l'établissement
pénitentiaire en vigueur. C'est pour cela qu'on doit tenir compte des
différents types de régimes d'emprisonnement, tels : le régime en
commun, cellulaire ou Pennsylvanien, mixte ou Auburnien, progressif,
ou Irlandais. Pour remédier aux inconvénients de l'incarcération (risque
de récidive et de désocialisation), différentes réformes ont été adoptées.
Ainsi, on a pris des mesures pour permettre aux détenus d'accéder à
des dispositifs de droit commun, ce qui passe notamment par la réforme
des conditions de détention.
La prison, dispositif organisationnel et institutionnel complexe
d'enfermement, est un environnement aussi bien humain que non
humain inscrit dans le temps. L'incarcération et l'enferment opèrent, en
effet, une saisie de l'individu dans sa corporéité en lui imposant un lieu
et un temps institutionnels. Celui-ci vit une perte d'autonomie sous
différents registres : se déplacer librement, manger à son goût, choisir
ou éviter certaines fréquentations, disposer d'une intimité et d'une
distance rationnelle protectrice suffisante, s'exprimer ou entreprendre,
organiser son temps. Cela s'accompagne fréquemment du sentiment
d'indignité et d'inutilité de certains détenus, pour qui, carence et
abandon, marginalité affective et sociale, font partie de la culture et de
la vie quotidienne à l'extérieur des murs. Ceux-ci vivent l'incarcération,
au contraire, comme une rupture apparemment restauratrice.
1. LE CONCEPT DE PRISON
Le caractère d'évidence de la prison, apparu depuis la fin du
XVIIIe siècle, est intimement lié au fonctionnement de la société. En
effet, la liberté semble être le plus grand de tous les biens. La perte
trouble le sentiment universel et constant auquel tous les hommes sont
solidement attachés. De plus, la prison donne une satisfaction
quantitative à la société qui, en prélevant le temps du délinquant semble
tirer un profit direct suivant un principe de droit général : « Quiconque
cause préjudice à autrui lui doit réparation ». Elle établit l'équivalence
des délits en jours, en mois, en années et rend évidente l'idée qu'on est
en prison pour `'payer sa dette''.
Ce concept se fonde aussi sur son rôle de lieu de réinsertion des
délinquants. Elle est une privatisation de la liberté associée à une
fonction technique de correction des comportements anti-sociaux. Elle
prend en charge tous les aspects de la vie du délinquant : sa conduite
morale, sa constitution physique, son aptitude au travail, etc. Elle
entend imposer une nouvelle forme à l'individu perverti, dispose de sa
personne et règle ses temps de repos et de travail, etc.
C'est précisément en vue de saisir le sens et la portée de la prison que,
dans les pages qui suivent, nous étudierons la mission de la prison,
l'origine et les différents régimes d'incarcération.
1.1. FONCTION DE LA PRISON DANS LA SOCIETE
La prison est d'abord, un lieu de réinsertion sociale pour l'individu
perverti. En effet, sa fonction au sein du tissu social, est de prévenir les
troubles sociaux et de réprimander les comportements anti-sociaux.
Aussi, compte tenu des variations des comportements anormaux, elle
inspire et développe une action de lutte efficace contre le crime. Marc
Ancel la présente comme l'une des institutions pour éradiquer la
violence dans la société. Pour Garraud, elle est l'art d'adapter les
institutions sociales à la diminution de la criminalité.
Sa fonction en définitive consiste à lutter contre un phénomène social :
la criminalité. Il suffit de se rappeler que la personne humaine, sujette
de droit, doit bénéficier du respect de sa dignité et jouir des garanties
inhérentes à sa liberté en tant que membre du corps social, même
lorsqu'elle est détenue en prison.
1.2- MISSION DE LA PRISON AU SEIN DE LA SOCIETE
Certains s'imaginent qu'il suffit de bien gérer la prison pour corriger les
individus, auteurs des actes délictueux. Si, dans le temps, ces pratiques
se sont révélées fructueuses, aujourd'hui les choses ont
considérablement changé. Dans la perspective de l'adaptation des
délinquants à la vie sociale, la privation de liberté à elle seule s'est
avérée. On s'orienta alors vers des procès plus doux tels le traitement
en internat. Sa mission n'est plus l'amélioration des rapports entre le
détenu et la société mais elle s'écarte de la pénologie pour embrasser
la criminologie.
En effet, l'action de la prison se base sur l'observation des délinquants à
l'aide des méthodes anthropologiques, psychologiques et sociales. Sa
mission est aussi de rechercher les méthodes de rééducation en
internat susceptibles de réhabiliter le délinquant en vue de sa
réinsertion dans la société. Elle est une criminologie appliquée et une
pédagogie sociale. « On passera de la peine à des mesures de sûreté,
dit Marc Ancel, non pour des critères juridiques ou pour des
commodités administratives mais en considération de la personnalité du
délinquant7(*) ».
A la faveur de la défense sociale qui gagne les frontières des Etats
modernes, le traitement pénal ne vise plus à intimider ni à imposer une
souffrance au délinquant. Il entend le réintégrer dans la société et à
évider la récidive.
Il s'attaque aux causes du comportement antisocial et y apporte les
remèdes appropriés. Il cherche à dépouiller les prisons du sens péjoratif
de répression et fonde son action sur une législation pénale axée sur la
formation morale physique et technique du délinquant. Il vise, selon le
mot de Marc ANCEL, à comprendre le délinquant en dégageant les
causes de son antisocialité.
1-.3 - ORIGINE DE LA PRISON
Dans les sociétés primitives les écarts que les tribunaux d'aujourd'hui
répriment par des peines d'emprisonnement était cruellement
sanctionnés. De prime abord il faut faire la différence entre la détention
et la prison. Il existe deux types de détentions : la détention criminelle,
la détention provisoire.
La détention criminelle : est une peine privative de liberté consistant
dans l'incarcération du condamné en principe dans un quartier spécial
des maisons centrales. La détention provisoire : est une mesure
d'incarcération d'un inculpé pendant l'information judiciaire, ou d'un
prévenu dans le cadre de la comparution immédiate. De caractère
exceptionnel, celle-ci ne peut être prise que dans des cas déterminés et
par un magistrat du siège après un débat contradictoire au cours duquel
il entend les réquisitions du ministère public, puis les observations de
l'inculpé et le cas échéant celles de son conseil.
L'emprisonnement n'était pas une peine mais une mesure provisoire.
Dans la législation romaine, des établissements appelés `'carcer''
étaient exclusivement réservés aux prévenus et aux individus attendant
l'exécution d'un châtiment. Plus tard, s'est développée une forme de
détention moins cruelle. C'est dans cet ordre d'idées que fut construit, à
Rome, un centre de détention dénommé « prison du prétoire et
d'accusation » où les détenus étaient à la charge inconditionnelle du
geôlier à qui il était fait obligation de les nourrir et de séparer les
hommes des femmes.
La prison prit progressivement la forme d'un appareillage visant à
rendre les individus réellement utiles par un travail précis sur leur
morale et sur leur personne. La fin du XVIIe siècle, le XVIIIe et
précisément le XIXe siècle marquèrent un tournant décisif dans
l'évolution de la prison.
1-.4 - REGIMES D'EMPRISONNEMENT
La prison relève essentiellement de la science pénitentiaire qui englobe
également les peines pécuniaires, les peines restrictives de droit et
toutes les mesures de rééducation. A la recherche de techniques
correctrices qui constituent d'ailleurs son armature, elle a connu
plusieurs formes d'organisations dont les ressemblances ont permis la
classification suivante :
- Régime en commun
- Régime cellulaire ou pennsylvanien
- Régime mixte ou auburnien
- Régime progressif ou irlandais
1.4.1 - REGIME EN COMMUN
C'est le plus ancien de tous les régimes. Il est simple et économique et
consiste à faire coucher les détenus dans des dortoirs et à les faire
manger dans des réfectoires. Il convient toutefois de séparer les
hommes des femmes, les mineurs des adultes. Ce régime présente des
inconvénients majeurs.
Tout d'abord, il ne facilite pas la réalisation des objectifs ultimes à savoir
la réadaptation et la resocialisation. Des délinquants qui désirent se
racheter sont pervertis et parfois même menacés par des délinquants
professionnels. Le relèvement moral du détenu est, dans ces
conditions, difficiles à atteindre car les risques de corruption sont trop
grands. De plus, il facilite la communication et crée la solidarité entre les
détenus qui, face aux conditions de détention, réagissent parfois de
manière violente. En outre, cette situation engendre la propagation des
maladies contagieuses et transmissibles.
Ce régime présente, par contre, l'avantage d'être peu coûteux et facile à
entretenir. Il présente l'aspect d'un corps organisé et donne aux
délinquants l'impression qu'ils ne sont exclus pas de la société.
1.4.2- REGIME CELLULAIRE OU PENNSYLVANIEN
Ce régime consiste dans un isolement total du délinquant aussi bien le
jour que pendant la nuit. Il s'oppose en tout à celui de l'emprisonnement
en commun mais ne s'écarte pas de l'objectif qui est le relèvement
moral du détenu et sa réinsertion dans le circuit social.
Le détenu est enfermé dans une cellule où il vit, mange et dort. Il n'en
sort que dans des cas extrêmes et est tenu de porter une cagoule qui
cache son identité. Il s'agit de porter le détenu à méditer, à prendre
conscience de son état et à s'améliorer. Parallèlement au régime
d'emprisonnement en commun, ce régime présente l'avantage d'éviter
la promiscuité et la corruption, difficultés majeures du traitement.
Il présente cependant, l'inconvénient d'être coûteux et rend difficile le
travail auquel le détenu peut se livrer à sa libération. Au point de vue
moral, il déprimant et débilitant pour la santé physique. Certains
détenus en sont sortis avec des troubles mentaux conduisant à la folie
et au suicide. On l'appelle également régime Pennsylvanien ou
Philadelphien parce qu'il fut pratiqué pour la première fois en 1820 par
Francklin Roosevelt en Philadelphie, dans l'état de Pennsylvanie et a
servi de modèle en Europe pendant des décennies.
1.4.3- REGIME MIXTE OU AUBURNIEN
En 1816, dans la prison d'Auburn (Etat de New York), les autorités ont
décidé, devant les obstacles rencontrés dans l'application des régimes
précédemment cités, de mettre au point un nouveau système
d'emprisonnement : un tel régime d'emprisonnement cellulaire a
l'isolement se fait seulement la nuit. Rappelant la vie en liberté où les
hommes sont en contact le jour et rentrent chez eux la nuit pour se
reposer, ce régime est beaucoup moins débilitant. Il n'admet pas la
communication entre les détenus, pour éviter la corruption.
1.4.4- REGIME PROGRESSIF OU IRLANDAIS
Ce système considère la privatisation de liberté non pas comme une fin
en soi mais comme un moyen de réadaptation progressive, un moyen
de préparation graduelle au retour à la vie libre. Imaginé en 1828 par un
français Hyde de Neuville, il a été utilisé pour la première fois vers 1840
par un capitaine anglais, puis appliqué avec succès en Irlande par
Walter Crofton. C'est ce qui lui vaut également le nom de régime
Irlandais.
Il consiste dans l'application de la peine privative de liberté en cinq (5)
étapes régulièrement organisées :
1-Période d'observation
Durant la période d'observation le régime cellulaire est appliqué de
manière à faire une introspection et à prendre conscience de son état. Il
s'agit de créer un choc psychologique conduisant à l'amendement du
délinquant.
2-Période de traitement
Pendant la deuxième phase le régime auburnien est appliqué. Tenant
compte des résultats obtenus dans la phase précédente, les
responsables des prisons classent les detenus en :
a) Groupe des amendables
b) Groupe des douteux
c) Groupe des inamendables
3-Période adoucie
Les amendables sont rapidement admis à la troisième phase qui
améliore leurs conditions d'existence. Les douteux qui font des efforts
considérables sont progressivement acheminés vers la troisième phase.
Quant aux inamendables ils reprennent tout le processus. Durant cette
période le délinquant peut bénéficier de la semi-liberté.
4-Période de confiance
Suite à la phase dite d'amélioration, le détenu entame la quatrième
phase dite de confiance. C'est la préparation à la vie en liberté. Les
conditions de travail sont telles que le détenu oublie qu'il est privé de sa
liberté.
5-Liberté conditionnelle
La dernière phase est celle où l'on estime que le détenu pour s'être si
bien comporté et ayant prouvé qu'il a atteint le relèvement espéré, droit
à la liberté. Il est alors autorisé à aller vivre chez lui comme tout citoyen
mais doit aviser l'administration pénitentiaire de tous ses déplacements
et ce, jusqu'à l'obtention de la liberté définitive.
1.5 - LE SYSTEME PENITENTIAIRE HAITIEN
En Haïti, pour la majeure partie de leur existence, les prisons haïtiennes
ont été administrées par les forces Armées d'Haïti. Sous le contrôle
militaire, les prisons haïtiennes, dont certaines datent de l'occupation
américaine, et même parfois de l'époque coloniale française, tombèrent
dans un état de délabrement extrême.
A l'avènement du gouvernement Duvalier en 1957, voire avant, la
détention illégale de prisonniers politiques sans aucune forme de
procès devint la règle. Ceux-ci étaient systématiquement écroués sans
que le moindre dossier ne soit instruit. Les prisonniers de droit commun
étaient, sur le plan procédural tout du moins, un peu mieux lotis.
Cependant, alors que les gouvernements et les coups d'Etat se
multipliaient dans le sillage de la chute des Duvalier en 1986, les
prisons se vidèrent à plusieurs reprises, compromettant sérieusement le
maintien des dossiers et les contrôles judiciaires prévus au titre du code
d'Instruction Criminelle.
En septembre 1994, durant l'intervention multinationale visant à rétablir
dans ses fonctions le président Aristide qui avait été renversé par
l'armée en 1991, les portes de certaines prisons furent forcées et les
détenus libérés. Profitant du chaos et des désordres causés, d'autres
détenus sont parvenus à s'échapper par leurs propres moyens. Les
forces armées multinationales ont procédées à quelques arrestations,
mais il n'y a pas eu beaucoup de prisonniers jugés.
De 1994 à février 1996 se sont succédées toute une série
d'interventions de courte durée visant à améliorer l'état des prisons
sous l'égide des forces armées américaines. Des experts de la
communauté internationale se sont rendus dans les prisons et ont
formulé des recommandations à l'attention de la jeune administration
pénitentiaire.
En 1995, le Président Aristide procédait à la dissolution de l'armée et
fondait l'Administration Pénitentiaire Nationale (APENA).
La reforme du système pénitentiaire fut entamée cette même année.
Toutefois, suite à un très bref débat, un décret présidentiel en date du
24 avril 1997 intégra la Police Nationale d'Haïti (PNH) à l'Administration
Pénitentiaire Nationale, qui fut alors renommée Direction de
l'Administration Pénitentiaire (DAP). Conforment à la constitution de
1987, la DAP fut placée dans une section spéciale des forces de police
qui dépend du Ministère de la Justice, au mépris des normes
internationales séparant institutions policières et pénitentiaire.
CHAPITRE II
LA DETENTION AU REGARD DU
DROIT INTERNE ET EXTERNE
La Détention au regard du Droit Interne
Dans toute société organisée et policée, les efforts des dirigeants
tendent à assurer à la jeunesse une éducation convenable et une
formation complète. En effet, plus que jamais la formation et la
rééducation des jeunes s'avèrent nécessaires. Ainsi, le délinquant au
sens propre du droit, est celui qui commet un délit. Le délit est une
infraction à la loi pénale, qu'il s'agisse d'un crime, d'un délit proprement
dit ou d'une contravention. Il faut souligner que la procédure n'est pas la
même suivant les délits : elle varie et suivant le délit, suivant l'âge du
délinquant. S'il s'agit d'un délit mineur, comme un vol commis pour la
première fois, le mineur ne doit pas être incarcéré : il peut être laissé
dans sa famille, ou bien placé dans un foyer spécialisé sur intervention
du juge des enfants.
S'il est laissé dans sa famille, le magistrat prononce une mesure
d'observation en milieu ouvert. Ces mesures sont exercées par des
éducateurs spécialisés. S'il s'agit d'un délit grave (agression) le jeune
peut être incarcéré. Il restera en prison tant que l'instruction ne sera pas
terminée. Tout dépend du juge d'instruction.
Le code pénal annoté par Menan Pierre-Louis stipule en son article
50 : « lorsque le prévenu ou l'accusé aura plus de treize ans et moins
de seize ans et sauf s'il est décidé à son égard une condamnation
pénale en conformité de l'article 51 du présent code, il sera, selon les
circonstances, ou simplement admonesté ou remis à ses parents, à son
tuteur ou à la personne qui en avait la garde ou à une personne digne
de confiance ou acheminé à un institut médico-pédagogique privé ou
public, ou bien placé au centre d'accueil... ».
La détention au regard du droit externe
A l'échelle internationale la délinquance juvénile est au coeur des
préoccupations humaines. Prenons à titre d'exemple la France. Vers la
période 1900-1914, la figure des jeunes délinquants sont celles des
« Apaches ».
A cette époque une panique s'organisa alors déjà autour de trois
éléments indissociables : une probable augmentation de la pression
délinquante liée à la situation économique et sociale du moment ; une
instrumentalisation de la peur de cette délinquance ; une
instrumentalisation de cette peur dans le débat politique. Au cours de
cette période, l'existence de bandes de jeunes délinquants réputés très
violents constitua le centre du débat politico médiatique.
Malgré toutes les dérives sociales, la loi a fait une injonctions dans le
décret-loi du 30 octobre 1935 : « le placement ». l'article 5 stipule
: « Après enquête sociale, examens médico-psychologiques, s'il y a lieu
examen d'orientation professionnelle, et le cas échéant, avec le
consentement des parents ou gardiens, placement provisoire dans un
centre d'accueil ou d'observation, le conseil peut proposer : soit la visite
régulière du mineur laissé à sa famille par une assistance sociale, soit
le traitement du mineur dans un centre de cure ne comportant pas
d'internat agréé conformément aux dispositions qui seront déterminés
par arrêté ministériel, soit la remise du mineur :1) à un parent ou à une
personne digne de confiance ; 2) à un établissement scolaire ou
professionnel ; 3) à l'assistance à l'enfance afin d'inviter toutes sortes de
récidives.
2.1- LE DEVELOPPEMENT DE LA DELINQUANCE
DES INDIVIDUS
Il arrive à bien des gens de penser que le plus grand obstacle au
bonheur de chacun est le comportement nuisible de certains membres
de la société. Cette façon de penser trouve une large satisfaction dans
les écarts décelés au fond des rapports humains et qui confirment la
maxime universelle : Homo homini lupus (l'homme est loup pour
l'homme). Ces écarts traduisent un mauvais fonctionnement de la
société dénommée « délinquance ».
La délinquance résulte donc d'un processus de réaction sociale et est
considérée comme une anomalie. Elle se manifeste par des actes
d'immoralité, des symptômes de marginalisation et d'inadaptation8(*).
Elle porte atteinte à l'intégrité physique, à la propriété, aux structures de
familles, etc. Elle est assez visible pour susciter la réaction sociale. Il
devient alors fondamental que les auteurs de ces actes soient
systématiquement identifiés et réprimés par la force publique agissant
au nom de l'Etat.
La délinquance, une vie choisie : entre plaisir et crime. Maurice
CUSSON nous raconte que le développement de la délinquance à
travers un entrelacement de verbatim, de résultats empiriques et de
concept théorique. Avec eu toile de fond la théorie du choix rationnel, le
criminologue CUSSON prend ici une nouvelle tangente en s'inscrivent
non plus seulement dans une criminologie des actes.
Le criminologue Maurice CUSSON, dans son ouvrage intitulé : « Entre
plaisir et Crime » a tenté d'expliquer plusieurs observations empiriques
émanant des études sur la carrière criminelle et criminologie
développementale9(*).
Il aborde quatre grandes termes : le style de vie délinquant, la notion de
gain criminel, le milieu criminel et les trajectoires délinquantes. Sur ses
thèmes, CUSSON fait cinq constats clés. Le premier constat : le crime
n'est pas l'élément central qui caractérise le délinquant mais bien son
mode de vie. CUSSON sonne la charge avec la notion de choix
rationnel. Ce choix ne se situe pas entre le crime et le non crime, mais
bien, entre une vie festive, intense et hédoniste et l'autre rangée,
modérée et fragile.
Le deuxième constat : les motivations sous-jacentes à la délinquance
ne sont pas apprises, mais bien innées. On parle ici de l'agressivité qui
se résorbe graduellement aux contacts d'un milieu familial encadrant et
éducatif. Dans le cas contraire, le manque de vigilance et de
surveillance en vient à être interprété par l'enfant comme des
autorisations lui laissant libre cours à ces impulsions du moment.
D'autre part, il ne développe pas des rapports de réciprocité avec autrui.
Le troisième constat : la délinquance peut être financièrement rentable.
Ainsi, le délinquant festif et calculateur de CUSSON reste peu
impressionné face aux mécanismes de contrôle sociaux, qui trop,
souvent restent muets ou aveugles à ses agissements en apparence
anodins. Cette délinquance facile, abondante, impunie fera peu pour le
dissuader de s'engager plus à fond dans la criminalité parce que selon
CUSSON, elle peut être financièrement rentable.
C'est en adoptant ce mode de vie que la criminalité a peine à financer
que s'établissent les prémices d'une criminalité fréquente, persistante et
polymorphe.
Le quatrième constat : la perpétration et la victimisation d'actes violents
sont toutes deux reliées à l'appartenance au milieu criminel. Il faut
souligner que les liens les unissant auront tôt fait de créer des
opportunités délinquantes. Le milieu criminel permet ainsi d'assurer la
continuité du style de vie et la protection de l'activité criminelle, ouvrant
toutefois la porte aux attaques et aux représailles. Un sentiment
d'injustice subie aura tôt fait de se développer et stimulera ainsi le
développement d'un système de croyance et de justification supportant
ce style de vie.
Le cinquième et le dernier constat : la prédiction de la continuité du
délinquant est imparfaite. Selon CUSSON, il subsiste une large part
d'imprévu dans le cours d'une vie qui rend difficile la persistance de la
délinquance à travers le temps. Plusieurs événements marquants à
l'âge d'adulte vont influencer le cours de la délinquance et du mode de
vie. Selon l'auteur : « l'accumulation des sanctions formelles et
informelles et le développement de rapport interpersonnels
mutuellement avantageux, enclenchent une prise décisionnelle
favorable au désistement de ce style de vie10(*) ».
Après cette classification, un modèle de socialisation nous est proposé,
ou le présentisme, concept vedette de Cusson, ainsi que la notion
d'impunité, jouent tour à tour un rôle central dans le développement de
la délinquance. L'auteur prend ici position : la différence entre les types
de délinquants en est une degré et non de nature. A cet égard, la
littérature scientifique est partagée et tend plutôt à suggérer une
position intégrant ces deux perspectives.
Cusson semble appuyer la thèse de Robert Sampson et John Laub
selon laquelle les différences individuelles n'auraient que peu d'impact
dans la persistance de la délinquance. En effet, l'accent est mis par ces
deux criminologues sur l'apport des mécanismes de contrôles sociaux
en présence, car la première condition d'existence de la délinquance est
la commission d'un fait contraire à l'ordre social.
A ce stade nous invoquons l'autorité du professeur Jean
Pinatel : « Nous constatons, dit-il, l'existence d'un certain nombre
d'actes qui, une fois accomplis, déterminent de la part de la société
cette réaction qu'on appelle peine11(*) ».
Nous en appelons également aux sociologues et aux criminologues qui
qualifient de déviance et de marginalité les comportements choquant
les normes sociales. Nous retiendrons toutefois que ces comportements
heurtent de manière différenciée suivant les époques et selon les
moeurs des sociétés.
La délinquance est également liée à une série de conditions posées par
des textes de loi. C'est pour cela que des pénalistes tels [Link] sont
enclin à poser en axiome que le crime, eu égard au délinquant est la
résultante de la loi pénale. Même quand un fait aurait provoqué un
trouble social, seuls les juges sont à même de déterminer s'il y a lieu
pour la société de réagir. Celle-ci éprouve alors le sentiment d'être
désarmée face aux individus qui sont assez habiles pour que leurs
actes ne coïncident jamais avec les provisions légales. La délinquance
est un facteur déterminant du comportement de certains individus. Elle
n'est qu'un signe extérieur, privilégié mais pas exclusif de la mentalité
sociale. C'est une manifestation pathologique de la nature humaine que
l'on peut combattre à l'aide des principes moraux, philosophiques et
religieux. Elle peut être réelle ou apparente et obéit à des facteurs
généraux ou des causes individuelles.
Plusieurs formes d'interventions sociales se dessinent à partir de
diverses conceptions de la délinquance. Le délinquant peut être un
coupable à punir, un marginal à assister, un irresponsable à rééduquer,
etc. L'action sociale oscille donc entre le traitement, la correction et la
promotion.
Afin de mieux appréhender l'ampleur du phénomène social de la
criminalité nous abordons, dans la seconde section, les différentes
classifications des délinquants à travers les différents courants de
pensée.
2.-2- CLASSIFICATION DES DELINQUANTS
Vers le milieu du XVIe siècle, le docteur Cesare Lombroso, médecin
militaire, à la recherche d'un critérium physique susceptible d'identifier
les délinquants, s'efforça avec ses disciples : Enrico Ferri et Rafaele
Garofalo, d'en établir une classification générale. Les résultats, dont le
mérite revient principalement à E. Ferri, fournirent un tableau des
délinquants répartis en cinq catégories :
a) Les criminels nés qui sont des prédisposés au crime et agissent sous
l'influence des causes externes résultant du milieu physique ou social.
b) Les criminels d'Habitude qui sont des criminels de coutume. Ce sont
des inadaptables sociaux qui ne savent pas résister aux offres
perverties, aux propositions et aux démarches antisociales.
c) Les criminels passionnels qui sont des individus très sensibles portés
au crime par une passion violente. Agissant sans préméditation, ils sont
profondément émus avant, pendant et après le crime.
d) Les criminels d'occasion qui sont des individus agissant dans des
circonstances fortuites, le plus souvent par légèreté. Ils commettent
généralement des délits involontaires et gratuits.
e) Les criminels aliénés qui agissent sous l'emprise d'une force à
laquelle ils n'ont pas pu résister ou d'une maladie mentale.
Parallèlement, les pénalistes s'inspirant des théories relatives aux
éléments constitutifs de l'infraction classent les délinquants en :
a) Délinquants primaires qui se caractérisent par le fait qu'ils sont à leur
coup d'essai où qu'ils tombent pour la première fois sous le coup de la
justice pénale.
b) Délinquants Récidivistes qui sont des hôtes tenaces de
l'Administration pénitentiaire par opposition aux délinquants primaires.
c) Délinquants Jeunes qui sont des mineurs susceptibles d'être
rééduqués dans des centres de réinsertion.
d) Délinquants Adultes qui sont définis par opposition aux jeunes
délinquants.
2.3-LA DELINQUANCE A LA LUMIERE DES
DIFFERENTS COURANTS DE PENSEE.
Le problème de la délinquance est aussi ancien que l'existence des
groupes sociaux structurés. « Là ou il n'y a ni morale, ni règle, il n'y a,
par conséquent, non plus de crime12(*) ».
Le crime est, depuis toujours, un problème qui ressort de la morale
d'une part, et du droit pénal d'autre part. Il s'ensuit que,
traditionnellement, seules les études philosophiques et juridiques
traitaient des problèmes liés aux crimes.
Jusqu'au XIXe siècle, le point de vue juridique a dominé très nettement
l'étude de la criminalité. Le dicton de Carrara, l'un des représentants de
l'école classique du droit pénal, caractérise cet état d'esprit : « Le crime
n'est pas une entité de fait, mais une entité de droit ; il n'est pas une
action mais une infraction13(*) ».
L'étude des crimes a donc été circonscrite par les dispositions du droit
pénal. Son champ d'action a été limité en ce qui heurtait et mettait en
action l'appareil répressif. Ni les mobiles profonds de l'action, ni la
personnalité du criminel, ni les conditions psychologiques et sociales
dans lesquelles baignaient sa personne et l'infraction n'ont retenu
l'attention.
Vers la fin du XIXe siècle, avec le développement des sciences
expérimentales et des sciences d'observation, surtout celles qui avaient
trait à la biologie et à la médecine, la personne du délinquant a retenu
l'attention des chercheurs. Comme on vivait dans le siècle du
scientisme déterminisme, ce furent les traits physiologiques et les
données héréditaires des criminels que l'on considéra comme les clefs
de voûte de la personnalité criminelle.
C'est au nom de César Lombroso que sont liées les recherches les plus
importantes qui, ayant pris de l'ampleur, ont constitué l'école positiviste
italienne. L'importance attribuée par Lombroso et ses disciples aux
aspects physiologiques héréditaires, donc « individuel » de la
criminalité, n'a pas tardé à déclencher des études axées sur le
conditionnement social de la criminalité. Il faut parler ici de l'oeuvre de
Enrico Ferri considérée à juste titre comme le fondateur de la sociologie
criminelle. Afin de systématiser les éléments qui enveloppent les faits
criminels, Ferri propose de distinguer trois catégories de facteurs :
Les facteurs anthropologiques
Leur étude s'étend sur la constitution organique du corps (anomalies du
cerveau, des organes vitaux etc.) Il s'agit en somme de toutes les
caractéristiques somatiques des criminels. Vient ensuite l'analyse de la
constitution mentale (anomalies de l'intelligence, de la sensibilité et du
sens moral). L'étude du langage (argot) du criminel appartient à cet
ordre, ainsi que celles des caractéristiques personnelles tant
biologiques que sociales, la race, l'âge, le sexe, l'état-civil, la profession,
le domicile, le statut social et le niveau d'instruction. En somme, sont
notés ici tous les traits individuels pouvant avoir une certaine
importance.
Les facteurs physiques
Parmi les facteurs physiques on relève : le climat, la nature du vol, la
longueur de la journée et celle des saisons.
Les facteurs sociaux
Ferri énumère enfin, la densité de la population, l'opinion publique, les
us et coutumes, les moeurs et la religion. Sous cette rubrique, il aborde
aussi la famille, le niveau de l'enseignement, le degré de
l'industrialisation et de l'alcoolisme. Mais tout cela n'épuise pas encore
le monde social : les conditions de vie économiques et sociales, le
fonctionnement des administrations publiques (judiciaire, politique,
pénitentiaire) doivent aussi être analysés. Il s'agit, en définitive, des
courants collectifs qui agissent sur l'individu.
Si Ferri prétend que l'effet des facteurs sociaux est prépondérant, il
affirme néanmoins que ces divers facteurs sont en interaction constante
et que c'est par leur ensemble qu'ils conditionnent le phénomène
criminel.
La tendance de la sociologie empirique lancée par Ferri et illustrée
jusqu'à nos jours par des études importantes a été suivie ou plutôt
dépassée par une conception de la sociologie criminelle centrée
d'avantage sur la théorie sociologique. En effet, l'explication la plus
importante de la méthode Durkheimienne fut faite sur un problème de
pathologie sociale, en marge de la criminalité : le suicide. De plus, une
des préoccupations constantes du grand maître a été la pathologie
sociale, le problème du normal et de l'anormal.
« Il n'y a pas de société connues, déclare-t-il, sous des formes
différentes, ou ne s'observe une criminalité plus ou moins développée. Il
n'est pas de peuple dont la morale ne soit pas quotidiennement
violée14(*) ».
Nous devons dire que le crime est nécessaire, continue-t-il, qu'il ne peut
pas ne pas être que les conditions fondamentales de l'organisation
sociale, telles qu'elles sont connues l'impliquent logiquement. Et il
conclut : « Par la suite, il est normal ». Le critère du caractère
« normal » d'un phénomène est pour Durkheim, sa généralité.
Dans la terminologie sociale actuelle, nous dirons qu'il s'agit du contrôle
social. Et c'est dans cette optique, que A.M. Rose développant l'idée de
Durkheim, indique d'une manière plus précise le mécanisme de
l'anomie dans une culture déterminée. Lorsque les membres des
groupes qui composent une société dans une culture donnée ne sont
pas bien intégrés, ils ne peuvent prévoir qu'imparfaitement le
comportement des autres.
Il s'ensuit une situation conflictuelle favorable à la délinquance. En effet,
si les membres de ces groupes ne partagent pas les mêmes valeurs,
n'obéissent pas aux mêmes normes de comportement, un état de
« désorganisation sociale » se crée, engendre des conflits sans
nombre. Nous avons vu comment, à travers des études empiriques sur
les facteurs de la criminalité s'est développée une théorie de la
sociologie criminelle chez Durkheim, dont l'apport principal consiste à
considérer la criminalité ou le phénomène pathologique comme
« normal » lié à un complexe socioculturel. Plus loin, la théorie de
Sutherland développe ces mêmes idées en intégrant l'étude du
comportement criminel dans la sociologie des autres comportements,
en associant l'étude de la culture criminelle à l'étude de la culture
globale.
C'est cette manière de voir qui a permis à Sutherland de découvrir
d'autres formes de la criminalité qui échappent la plupart du temps à la
répression du code pénal. Il s'agit donc d'une violation des normes en
vigueur dans une culture donnée.
DEUXIEME PARTIE : LA
LEGISLATION HAITIENNE SUR
LES DROITS DES DETENUS ET
LES REFORMES A APPORTER A
LA PRISON CIVILE DES CAYES.
CHAPITRE III
LA LEGISLATION HAITIENNE
SUR LES DROITS DES DETENUS.
En Haïti, les droits des détenus sont au coeur du dispositif procédural
qui régit le fonctionnement de la justice haïtienne. Le mandat de dépôt,
titre de la détention préventive y occupe une place éminente. En effet,
le législateur a pensé à la personne du délinquant. En dépit des fautes
graves qu'on lui reproché, il a des droits. Selon la constitution haïtienne
du 29 mars 1987, respectivement en ses article 26 et 26-1 : « Nul ne
peut être maintenu en détention s'il n'a comparu dans les quarante-huit
(48) heures qui suivent son arrestation par devant un juge appelé à
statuer sur la légalité de l'arrestation, et si ce juge n'a pas confirmé la
détention par décision motivée ».
26-1 : « En cas de contravention, l'inculpé est déféré par devant le juge
de paix qui statut définitivement. En cas de délit ou crime, le prévenu
peut sans permission préalable et sur simple mémoire, se pourvoir par
devant le doyen du tribunal de première instance du ressort qui, sur les
conclusions du ministère public, statue à l'extraordinaire, audience
tenante, sans remise ni tout de rôle, toutes affaires cessantes, sur la
légalité de l'arrestation et la détention ». Malgré tous ces prescrits
constitutionnels, les droits des détenus sont encore foulés aux pieds.
Tel le cas d'un accusé d'assassinat détenu aux Cayes. La police avait
procédé à son arrestation le 23 mai 2005. Il fut libéré seulement deux
ans plus tard suite à l'assise criminelle avec assistance de jury qui s'est
tenu du 23 au 30 juillet 2007. La cour a déclaré l'accusé non
coupable15(*). Or, la détention préventive prolongée paisse très lourde
sur le détenu et ses conséquences causes une sorte de violation des
prescrits légaux et des droits fondamentaux de la personne humaine.
A côté de la constitution du 29 mars 1987, le ministère de la Justice et
de la Sécurité publique a jugé bon d'établir des règlements internes
visant à promouvoir le respect des droits des détenus incarcérés. Pour
remplir sa mission de sécurité publique et de prise en charge de la
population carcérale, ce ministère doit s'appuyer sur une réglementation
clairement établie, servant de référence aux personnels pénitentiaires
pour bien gérer les détenus.
Pour ce, dans les règlements internes des Etablissements pénitentiaires
en ses articles 5 et 6 portant sur la situation pénale et administrative il
est écrit : « Pour chaque détenu, on trouve un dossier individuel où sont
classés les titres de détention, les réquisitions d'extraction, les ordres de
libération, les décisions de condamnation ainsi que tout document de
nature juridique et administrative le concernant. Ces dossiers ne sont
accessibles qu'aux personnes autorisées par circulaire du Directeur de
l'Administration pénitentiaire ».
De plus « dans les 24 heures de son arrestation, le détenu sera vu en
audience par le chef d'établissement ou son représentant désigné pour
que soit fait le point sur sa situation et que lui soient expliquées les
règles de fonctionnement de l'établissement ».
De plus, la loi du 26 mai 1927 fixe une procédure célère dans le cas de
flagrant délit relevant des tribunaux correctionnels. Son application
pourrait réduire, de façon significative la détention préventive prolongée.
Cependant, elle est utilisée de façon sporadique. Malgré tous ces
prescrits établis pour garantir les droit des détenus, ils sont toujours au
coeur des violations, portant sur les actes arbitraires des autorités
judiciaires particulièrement les arrestations arbitraires et illégales.
Autrement dit, il y a un principe selon laquelle : « La liberté individuelle
est la règle et la détention l'exception ». La détention préventive ne
saurait constituer une mesure punitive. Elle vise à s'assurer que le
prévenu répond à tous les actes de la procédure et à l'exécution du
jugement. Cette position est clairement exprimée à l'article 9 alinéas 3
et 4 de la convention des Nations Unies sur les droits civils et
politiques : « Tout individu arrêté ou détenu du chef d'une infraction
pénale sera traduit dans le plus court délai devant un juge ou une autre
autorité habilitée par la loi à exercer des fonctions judiciaires, et devra
être jugé dans un délai raisonnable ou libéré. La détention de
personnes qui attendent de passer en jugement ne doit pas être de
règle, mais la mise en liberté peut être subordonnée à des garanties
assurant la comparution de l'intéressé à l'audience, à tous les autres
actes de la procédure et, le cas échéant pour l'exécution du jugement.
3.1- LA DETENTION PREVENTIVE EN HAITI
Il est pratiquement impossible de quantifier avec précision les
détentions préventives en Haïti. Certains pensent qu'elles devraient non
seulement tenir compte du temps qu'un individu passe en prison, suite à
un mandat de dépôt émis par un juge, mais également du temps passé
en garde- à- vue dans l'un des 186 commissariats d'Haïti notamment
celui relevant de première Instance des Cayes, que l'on désigne parfois
par le terme de « détention avant la mise en accusation ». Il n'existe
aucune statistique fiable concernant les arrestations et les détentions
n'existantes. Il est donc difficile d'évaluer le nombre d'individus gardés
en détention dans les commissariats au-delà des 48 heures
règlementaires selon la constitution haïtienne du 29 mars 1987 en son
article 26 que nous venons citons plus haut.
Les établissements pénitentiaires qui dépendent de la Direction de
l'Administration Pénitentiaire (DAP) ne détiennent que les personnes
pour lesquelles une procédure a été entamée et qui leur a été déférée
par un Magistrat. Selon le code d'Instruction Criminelle (CIC), loi sur
l'appel pénal du 26 juillet 1979 en son article 7, ces Magistrats devraient
s'être acquittés de toutes les procédures pénales dans un délai de trois
mois, rendant toute détention prolongée au-delà de cette période
techniquement illégale. Pour les infractions les moins graves, les trois
mois alloués au juge d'Instruction devraient être plus que suffisants. En
effet, un meurtre peut requérir une enquête longue, mais pas un larcin.
Autrement dit, la nécessité de prolonger une détention préventive
devrait être fonction de la gravité et de la complexité de l'infraction.
Il faut dire que les conditions de détention font toujours l'objet de grand
débat tant sur le plan national que local par des organismes de droits
humains. Dans tout cas d'arrestation, le parquet devrait être informé
immédiatement pour que le délai de comparution de 48 heures prévus
par la constitution puisse être respecté ou pour permettre l'application
de la loi du 26 mai 1927 si le fait reproché n'emporte qu'une peine
correctionnelle.
La première pratique correspond à la comparution des prévenus devant
le juge de paix qui se livre à une instruction préliminaire. Le prévenu est
ensuite transféré aux officiers du parquet qui décident alors de décerner
ou non un mandat de dépôt. Cette procédure est appliquée même s'il
n'existe aucune flagrance. Cependant l'article 30 du code d'instruction
criminel (CIC), prévoit que seul en cas de flagrant délit, le commissaire
du gouvernement peut décerner un mandat de dépôt. Le juge visé par
la constitution n'est certainement pas le juge de paix.
La deuxième pratique réside dans les larges attributions administratives
de ce Magistrat ou par analogie du fait qu'il soit le juge de l'habeas
corpus. Cette solution n'est pas satisfaisante. La comparution du
prévenu devant ce Magistrat, serait préalable à tout acte de poursuite.
La troisième pratique interprète la constitution en soutenant que le
prévenu devrait comparaître devant son juge naturel. Ce terme n'est
pas employé par la constitution. Le juge naturel serait pour les
contraventions et le juge de paix pour les faits emportant une peine
correctionnelle.
La difficulté réside en fait dans la source d'emprunt effectué par la
constitution. Cette disposition s'inspire de la « common Law » qui
prévoit la comparution célère du détenu devant un juge pour
l'inculpation formelle et la discussion de la caution. Un tel Magistrat
n'existe pas en droit haïtien. Une autre méprise est la référence à la
« garde à vue16(*) », alors que cette notion n'existe pas dans notre
législation. La garde a vue est en principe, un délai qui joue
exclusivement au bénéfice de la police.
Fort de ces considérations, les arguments que nous venons d'établir
seront encore examinés. L'article premier de la loi du 6 mai 1927 prévoit
que le commissaire du gouvernement ait une véritable marge de
manoeuvre. L'article 2 est précis. Il prévoit que « dans le cas ou l'affaire
ne peut être jugée le même jour, un mandat de dépôt pourra être
décerné par le commissaire du gouvernement qui sera tenu, sous peine
de prise à partie, de faire comparaître l'inculpé à la plus prochaine
audience ». Pour bien insister sur le caractère célère de la procédure,
l'article 4 prévoit « dans tous les cas où le tribunal croit devoir renvoyer
l'affaire à l'une des plus prochaines audiences, il pourra, le ministère
public entendu, mettre l'inculpé provisoirement en liberté avec ou sans
caution ». Dans le cas de flagrant délit correctionnel, le prévenu
bénéficie d'un régime plus libéral que celui prévu par la constitution. Cet
acquis ne peut lui être enlevé. L'application effective de cette loi est de
nature à combattre la détention préventive prolongée et assurer la
tenue du procès dans un délai raisonnable.
Cependant, beaucoup de cas susceptibles de subir un tel traitement se
trouvent devant le juge d'instruction et entraînent une détention
prolongée. Hors mis le cas de flagrant délit, pour les faits emportant une
peine correctionnelle, le parquet devrait prioriser la voie de la citation
directe.
3.2 - L'ARRESTATION ET LA DETENTION SOUS
L'ANGLE CONSTITUTIONNEL
Dans tout les pays, au monde entier il existe une constitution qui traduit
la volonté commune de toute en chacun mais aussi garantit l'ensemble
des droits fondamentaux imprescriptibles et inaliénables. C'est
pourquoi, la constitution haïtienne a cette qualité de prendre en charge
la gestion rationnelle des droits fondamentaux, pour la protection des
droits individuels de la personne humaine. En effet, la constitution
haïtienne de 1987 dans les prescrits de son chapitre II, principalement
la section B, traîte de la liberté individuelle. Elle pose des balises en vue
de préserver les droits des individus et ceci pour le grand bien de la
nation. Ainsi l'arrestation, la détention et l'emprisonnement sont
clairement définies par la constitution17(*) en ses articles : 24-1,24-2,24-
3, 25,25-1, 26,26-1,26-2, 27,27-1. Étend donné leur importance pour
l'objet de notre étude, citons les intégralement :
article 24 : La liberté individuelle est garantie et protégée par l'Etat.
article 24-1 : Nul ne peut être poursuivi, arrêté ou détenu que dans les
cas déterminés par la loi et selon les formes qu'elle prescrit.
article 24-2 : L'arrestation et la détention, sauf en cas de flagrant délit,
n'auront lieu que sur mandat écrit d'un fonctionnaire légalement
compétent.
article 24-3 : Pour que ce mandat puisse être exécuté, il faut :
1) qu'il exprime formellement, en créole et en français, le ou les motifs
de l'arrestation ou de la détention, et la disposition de la loi qui le fait
impute ;
2) qu'il soit notifie et qu'il en soit laisse copie au moment de l'exécution
à la personne prévenue ;
3) qu'il soit notifie au prévenu de son droit de se faire assister d'un
avocat a toutes les phases de l'instruction de l'affaire jusqu'au jugement
définitif ;
4) sauf en cas de flagrant délit, aucune arrestation sur mandat, aucune
perquisition ne peut avoir lieu entre six (6) heures du soir et six (6) du
matin ;
5) la responsabilité est personnelle. Nul ne peut être arrêté à la place
d'un autre.
article 25 : Toute rigueur ou contrainte qui n'est pas nécessaire pour
appréhender une personne ou la maintenir en détention, toute pression
morale ou brutalité physique, notamment pendant l'interrogation, sont
interdites.
article 25-1 : Nul ne peut être interrogé en l'absence de son avocat ou
d'un témoins de son choix.
article 26 : Nul ne peut être maintenu en détention s'il n'a pas comparu
dans les quarante-huit (48) heures qui suivent son arrestation par
devant un juge appelé à statuer sur la légalité de l'arrestation, et si ce
juge n'a confirme la détention par décision motivée.
article 26-1 : En cas de contravention, l'inculpe est déféré par devant le
juge de paix qui statue définitivement.
En cas de délit ou de crime, le prévenu peut, sans permission préalable
et sur simple mémoire, se faire une requête par devant le Doyen du
tribunal de première instance du ressort qui, sur les conclusions du
ministère public, statue à l'extraordinaire, audience tenante, sans
remise ni tout de rôle, toutes affaire cessante, sur la légalité de
l'arrestation.
article 26-2 : Si l'arrestation est jugée illégale, le juge ordonne la
libération immédiate du prévenu et cette décision est exécutoire sur
minute nonobstant appel, pouvoir en cassation ou défense d'exécuter.
article 27 : Toutes violations des dispositions relatives à la liberté
individuelle sont des actes arbitraires. Les personnes lésées peuvent,
sans autorisation préalable, se référer aux tribunaux compétents pour
poursuivre les auteurs et les exécuteurs de ces actes arbitraires,
quelles que soient leurs qualités et quelque corps qu'ils appartiennent.
Cependant le respect des droits des prévenus par le Ministère public,
suppose un parquet performant, il devrait être saisi dès son arrestation
pour permettre la préparation du dossier dans le délai ne dépassant pas
quarante-huit (48) heures ou celui prévu par la loi du 6 mai 1927. Pour
ce faire, le parquet ne peut fonctionner aux heures normales de bureau,
il devrait au moins disposer d'une permanence, lui permettant d'être
disponible sept (7) jours par semaine et vingt quatre (24) heures par
jour.
L'envoi par routine de dossiers à l'instruction impose aux juges, un lourd
fardeau surtout que le mode de travail qui leur impose, est nettement
dépassé, ce qui explique en partie, l'impossibilité matérielle du respect
des délais.
Le développement a mis en relief les insuffisances de la loi, en ce qui
concerne, la présomption d'innocence et la lenteur des autorités
judiciaires due en grande partie aux choix sélectif qu'elles font des
textes à appliquer. Et, ce qui entraîne les comportements arbitraires et
même illégaux de certaines autorités judiciaires. Les mandats sont des
actes d'instruction. Généralement, leur émission compte exclusivement
au juge d'instruction. La loi prévoit limitativement et seulement en cas
de flagrance, la possibilité pour le commissaire du gouvernement
d'émettent le mandat dépôt, cependant tout le monde arrête tout le
monde.
Commissaires et juges de paix émettent des mandats qui ne sont pas
de leur compétence. Les abus les plus graves sont souvent l'oeuvre des
juges de paix. A l'exception des contraventions, ils ont pour obligation
de déférer le prévenu au commissaire du gouvernement. Combien de
détenus sont retenus dans les lieux de détention sur les mandats du
juge de paix. La situation est complexe. Le dossier n'ayant pas suivi
l'itinéraire requis, le détenu se trouve pratiquement oublié dans le centre
de détention. Ces cas, constituent une violation flagrante des droits des
détenus. La constitution de 1987, a introduit comme nous avons indiqué
au préalable, une véritable résolution dans la procédure pénale
haïtienne en faisant des emprunts à un autre système de droit. Les lois
d'application n'ont pas suivi.
La conséquence est que le code d'instruction criminelle daté de 1835,
contient des dispositions, qui sont en contradiction avec les nouvelles
garanties constitutionnelles. Les autorités judiciaires choisissent
d'appliquer de façon stricte les dispositions du code d'instruction
criminelle alors qu'en principe, suivant la hiérarchie des normes,
certaines ont été abrogées. La violation des droits des prévenus,
résultes aussi du fait de restreindre la jouissance des garanties
constitutionnelles qui leur sont destinées.
3.3- LES TRAITES ACCORDS ET CONVENTIONS
INTERNATIONAUX RELATIFS AUX DROITS DE
L'HOMME RATIFIES PAR HAITI.
Considérant que la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les
membres de la famille humaine, et de leurs droits égaux et inaliénable
constitue le fondement de la liberté, et la justice et de la paix dans le
monde. Ceci dit, tous les textes de lois internationaux garantissent le
respect et la protection de la dignité humaine, une fois que les lois sont
ratifiées par l'Etat et qui ont consenti la nécessité de faire respecter les
droits fondamentaux ont donne leur accord, plus tard donnera force de
lois aux conventions, traitées qu'ils ont ratifié sous la base de l'article
276-1et alinéa 2 de la constitution de 1987. Ces accords et conventions
et traités ont un caractère supra constitutionnel. Ainsi donc, la
Déclaration Universelle des Droits de l'homme18(*), adoptée par
l'assemblée générale des Nations Unies dans sa résolution 217A (III),
entrée en vigueur le 10 décembre 1948, dispose en ses articles 9,10,11
respectivement et nous élucidons.
article 9 : Nul ne peut être arbitrairement arrêté, détenu ni exilé.
article 10 : Toute personne a droit, en pleine égalité, à ce que sa cause
soit entendue équitablement et publiquement par un tribunal
indépendant et impartial, qui décidera, soit de ses droits et obligations,
soit du bien fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre
elle.
article 11
1) Toute personne accusée d'un acte délictueux, est présumée
innocente jusqu'à ce que sa culpabilité ait été légalement établie au
cours d'un procès public ou toutes les garanties nécessaires à sa
défense lui auront été assurées.
2) Nul ne sera condamné pour des actions ou omissions qui, au
moment ou elles ont été commises, ne constituaient pas un acte
délictueux d'après le droit national ou international. De même, il ne sera
inflige aucune peine plus forte que celui était applicable au moment ou
l'acte délictueux a été commis.
Du même coup, en vu d'une bonne harmonisation des conditions
juridiques avec la législation haïtienne, Haïti a ratifié le Pacte
international relatif aux droits civils et politiques pour garantir les
personnes qui sont en contravention avec la loi, et, qui renforce les
prescrits constitutionnels19(*), en ses articles 2, 9, 10 nous citons
respectivement.
article 2
alinéa 1 : Les Etats parties au présent pacte s'engagent à respecter et
à garantir à tous les individus se trouvant sur leur territoire et relevant
de leur compétence les droits reconnus dans le présent Pacte, sans
distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue
de religion, d'opinion politique ou toute autre opinion, d'origine nationale
ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation.
alinéa 2 : Les Etats parties au présent Pacte s'engagent à prendre, en
accord avec leurs procédures constitutionnelles et avec les dispositions
du présent Pacte, les arrangements devant permettre l'adoption de
telles mesures d'ordre législatif ou autre, propres à donner effet aux
droits reconnus dans le présent Pacte qui ne seraient pas déjà en
vigueur.
article 9
alinéa 1 : Tout individu a droit à la liberté et à la sécurité de sa
personne. Nul ne peut faire l'objet d'une arrestation ou d'une détention
arbitraires. Nul ne peut être prive de sa liberté, si ce n'est pour des
motifs et conformément à la procédure prévus par la loi.
alinéa 2 : Tout individu arrêté sera informé, au moment de son
arrestation, des raisons de cette arrestation, et recevra notification,
dans le plus court délai de toute accusation portée contre lui.
alinéa 3 : Tout individu arrêté ou détenu du chef d'une infraction pénale
sera traduit dans les plus court délai devant un juge ou une autre
autorité habilitée par la loi à exercer des fonctions judiciaires, et devra
être jugé dans un délai raisonnable ou libéré. La de personnes qui
attendent de passer en jugement ne doit pas être de règle, mais la mise
en liberté peut être subordonnée à des garanties assurant la
comparution de l'intéressé à l'audience, à tous les autres actes de la
procédure et le cas échéant, pour l'exécution du jugement.
alinéa 4 : Quiconque se trouve prive de sa liberté par arrestation ou
détention à le droit d'introduire un recours devant un tribunal afin que
celui-ci statue sans délai sur la légalité de sa détention et ordonne sa
libération si la détention est illégale.
alinéa 5 : Tout individu victime d'arrestation ou de détention illégale a
droit à réparation.
article10 :
alinéa 1 : Toute personne privée de sa liberté est traitée avec humanité
et avec le respect de la dignité inhérente à la personne humaine.
alinéa 2.a) : Les prévenus sont, sauf dans des circonstances
exceptionnelles, séparés des condamnes et sont soumis à un régime
distinct, approprie à leur condition de personnes non condamnées ;
alinéa 2.b) : Les jeunes prévenus sont séparés des adultes et il est
décidé de leur cas aussi rapidement que possible.
alinéa 3 : Le régime pénitentiaire comporte un traitement des
condamnes dont le but essentiel est leur amendement et leur
classement et leur reclassement social. Les jeunes délinquants sont
séparés des adultes et soumis à un régime approprié à leur âge et leur
statut légal.
Il faut dire, bien d'autres conventions régionales engagent l'Etat haïtien
à faire respecter le droit des détenus lors de son arrestation, et des
conditions de détention. Réaffirmant leur propos de concilier sur ce
continent, dans le cadre des institutions démocratiques, un régime de
liberté individuelle et de justice sociale, fondé sur le respect des droits
fondamentaux de l'homme. Ceci dit la convention américaine relative
aux droits de l'homme « Pacte de San José de Costa Rica », 22
novembre 1969, ne reste pas indifférent en ses articles 7,
920(*) respectivement.
Les alinéas 1, 2, 3, 4, 5, 6, de l'article 7 précise :
alinéa 1 : Tout un individu a droit à la liberté et à la sécurité de sa
personne.
alinéa 2 : Nul ne peut être privé de sa liberté, si ce n'est pour des motifs
et dans des conditions déterminées à l'avance par les constitutions des
Etats parties ou les lois promulguées conforment à celles-ci.
alinéa 3 : Nul ne peut faire l'objet d'une détention ou d'une arrestation
arbitraires.
alinéa 4 : Toute personne arrêtée ou détenue sera informée des
raisons de l'arrestation et recevra notification, dans le plus court délai,
de l'accusation ou des accusations portées contre elle.
alinéa 5 : Toute personne arrêtée ou détenu ne sera traduit dans le
court délai devant un juge ou un autre fonctionnaire habilité par la loi à
exercer des attributions judiciaires, et devra être jugée dans un délai
raisonnable ou libérée sans préjudice de la poursuite de l'instance. La
mise en liberté de l'accusé peut être conditionnée à des garanties
assurant sa comparution à l'audience.
alinéa 6 : Toute personne privée de sa liberté à le droit d'introduire un
recours devant un juge ou un tribunal compétent pour voir celui-ci
statuer sans délai sur la légalité de son arrestation ou de sa détention et
ordonner sa libération si l'arrestation ou de sa détention est illégale.
Dans les Etats parties à la présente convention ou toute personne qui
se trouve menacée d'être privée de sa liberté à le droit d'introduire un
recours devant un juge ou un tribunal compétent pour voir statuer sur la
légalité de la menace, un tel recours ne peut entre ni restreint ni aboli.
Le recours peut être exercé par l'intéressé lui-même ou par toute autre
personne.
Par compte, la déclaration américaine des droits et devoirs de l'homme,
est daté de 1948, avant même de la convention américaine relative aux
droits de l'homme de 1969, tenons compte des respects des droits
fondamentaux de la personne humaine21(*) en ses articles 25, 26
formulent :
article 25 : Nul ne peut être privé de sa liberté si ce n'est dans le cas et
selon les formes établies par lois existantes.
Nul ne peut être emprisonné pour n'avoir pas accomplir des obligations
de caractère exclusivement civile.
Tout individu qui a été privé de sa liberté a droit à ce que le juge vérifie
immédiatement la légalité de cette mesure et a été jugé sans retard ou
dans le cas contraire, à être mis en liberté. Il a également droit à un
traitement humain au cours de sa détention.
article 26 : Tout accusé est considéré innocent jusqu'au moment ou sa
culpabilité est prouvée. Toute personne accusée de délit à le droit de se
faire entendre en audience impartiale et publique d'être jugée par les
tribunaux antérieurement établis en vertu des lois déjà existantes et à
ne pas se voir condamnera à des peines dégradantes ou inusitées.
De tous ces prescrits qui garantissent les conditions dans lesquelles
l'arrestation et la détention doivent se faire, les autorités judiciaires ont
un certain laxisme à les appliquer en bonne et dû forme.
3.-4- TRAITEMENTS PROHIBES PAR LA LOI AUX
DETENUS ET L'ENSEMBLE DES REGLES MINIMA
POUR LE TRAITEMENT DES DETENUS.
Les conditions de la détention, tendant par principe vers la réhabilitation
du délinquant. Le traitement, si le mot convient, dans nos institutions
pénitentiaires est si aboutissant qu'il perd sa vocation rééducative. C'est
dans cet optique ensemble de règles minima pour le traitement des
détenus adopté par le premier Congres des Nations Unies, pour la
prévention du crime et le traitement des délinquants, tenu à Genève en
1955, et, approuvé par le conseil économique et social dans ses
résolutions 663C (XXIV) du 31 juillet 1957 et 2076 (LXII) du 13 mai
1977.
Dans l'observation préliminaire de ce document, on relate : les règles
suivantes n'ont pas pour objet de décrire en détail un système
pénitentiaire modèle. Elles ne visent qu'a établir, en s'inspirant des
conceptions généralement admises de nos jours et des éléments
essentiels des systèmes contemporains les plus adéquats, les principes
et les règles d'une bonne organisation pénitentiaire et de la pratique du
traitement des détenus.
Les articles 6, 9, 30, 33, 56, 57,58, 65,6622(*) de ce dit document ainsi
libellé respectivement :
article 6
alinéa 1 : Les règles qui suivent doivent être appliquées impartialement.
Il ne doit pas être fait de différence de traitement basé sur un préjugé,
notamment de race de couleur, de sexe, de langue, de religion,
d'opinion politique ou de toute autre opinion, d'origine nationale ou
sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation.
alinéa 2 : Par contre, il importe de respecter les croyances religieuses
et les préceptes moraux du groupe auquel le détenu appartient.
article 9 :
alinéa 1 : Les cellules ou chambres destinées à l'isolement nocturne ne
doivent être occupées que par un seul détenu. Si pour des raisons
spéciales, telles qu'un encombrement temporaire, il devient nécessaire
pour l'administration pénitentiaire centrale de faire des exceptions à
cette règle, on devra éviter de loger deux détenus par cellule ou
chambre individuelle.
alinéa 2 : Lorsqu'on recourt à des dortoirs, ceux-ci doivent être occupes
par des détenus soigneusement sélectionnes et reconnus aptes à être
loges dans ces contions. La nuit, ils seront soumis à une surveillance
régulière, adaptée au type d'établissement considéré.
article 30 :
alinéa 1 : Aucun détenu ne peut être puni que conformément aux
dispositions d'une telle loi ou d'un tel règlement, et jamais deux fois
pour la même infraction.
alinéa 2 : Aucun détenu ne peut être puni sans être informe de
l'infraction qu'on lui reproche et sans qu'il ait eue l'occasion de
présenter sa défense. L'autorité compétente doit procéder à un examen
complet du cas.
alinéa 3 : Dans la mesure ou cela est nécessaire et réalisable, il faut
permettre au détenu de présenter sa défense par l'intermédiaire d'un
interprète.
article 33 : Les instruments de contrainte tels que menottes, chaînes
fers et camisoles de force ne doivent pas être appliqués en tant que
sanctions. Les chaînes et les fers ne doivent pas non plus être utilisés
en tant que moyens de contrainte. Les autres instruments de contrainte
ne peuvent être utilises que dans les cas suivant :
a) Par mesure de précaution contre une évasion pendant un transfert,
pourvu qu'ils soient enlevés dès que le détenu comparait devant une
autorité judiciaire ou administrative ;
b) Pour des raisons médicales sur indication du médecin
c) Sur ordre du directeur, si les autres moyens de maîtriser un détenu
ont échoué, afin de l'empêcher de porter préjudice à lui-même ou à
autrui ou de causer des dégâts ; dans ce cas le directeur doit consulter
d'urgence le médecin et faire rapport à l'autorité administrative
supérieure.
articles 56 : Les principes directeurs qui suivent ont pour but de définir
l'esprit dans lequel les systèmes pénitentiaires doivent être administres
et les objectifs auxquels ils doivent tendre, conformément à la
déclaration faite dans l'observation préliminaire.
article 57 : L'emprisonnement et les autres mesures qui ont pour effet
de retrancher un délinquant du monde extérieur sont afflictifs par le fait
même qu'elles dépouillent l'individu du droit de disposer de sa personne
ne le privant de sa liberté. Sous réserve des mesures de ségrégation
justifiées ou du maintien de la discipline, le système pénitentiaire ne doit
donc pas aggraver les souffrances inhérentes à une telle situation.
article 58 : Le but et la justification des peines et mesures privatives de
liberté sont en définitive de protéger la société contre le crime. Un tel
but ne sera atteint que si la période de privatisation de liberté est mise
au profit pour obtenir, dans toute la mesure du possible, que le
délinquant, une fois libéré, soit non seulement désireux, mais aussi
capable de vivre en respectant la loi et de subvenir à ses besoins.
article 65 : Le traitement des individus condamnés à une peine ou
mesure privative de liberté doit avoir pour but, autant que la durée de la
condamnation le permet, de créer en eux la volonté et les aptitudes qui
les mettent à même, après leur libération, de vivre en respectant la loi et
de subvenir à leurs besoins. Ce traitement doit être de nature à
encourager le respect d'eux-mêmes et à développer leur sens de la
responsabilité.
article 66. 1) : A cet effet, il faut recourir notamment aux soins religieux
dans les pays ou cela est possible, à l'instruction, à l'orientation et la
formation professionnelles, aux méthodes de l'assistance sociale
individuelle, au conseil relatif à l'emploi, au développement physique et
à l'éducation du caractère moral, en conformité des besoins individuels
de chaque détenu.
Il convient de tenir compte du passe social et criminel du condamne, de
ses capacités et aptitudes physiques et mentales de ses dispositions
personnelles, de la condamnation et de ses perspectives de
reclassement.
En dépit, des conventions traitées et accords ratifiés par Haïti
garantissant l'ensemble des droits détenus incarcérés, leurs
applications restent encore voués à l'échec. Dans les pages qui suivent
nous montrons comment dans la pratique les droits des détenus sont
violés.
CHAPITRE IV
LES CONDITIONS DE DETENTION
A LA PRISON CIVILE DES CAYES.
4.1- SITUATION DES PERSONNES CONDAMNES
OU EN DETENTION PROVISOIRE
La plupart des centres de détention sont d'anciennes casernes des
Forces Armées d'Haïti (FADH) désaffectées. Elles ne disposent
d'aucune structure pouvant réellement héberger les détenus. Vers les
années 1961 cette prison avait cinq cellules : l'une pour les geôliers,
l'une considère comme dépôt pour mettre les nourritures pour les
personnes privées de liberté, l'une pour les mineurs, l'une pour les
femmes, et la dernière, pour les personnes qui ont commis toutes
sortes d'infractions23(*).
Il faut souligner que, toujours la même année, il existait un temple à
disposition des détenus pour aller à la messe. Vers 1963, le président
François Duvalier a pris la décision de ne pas faire la messe dans ce
temple à cause des prêtes qui se mêlaient de politique. Il existait un
tableau d'affichage pour mettre le nombre des détenus en détention
préventive et ceux qui ont déjà été condamnés.
Lors d'une enquête que nous avons menée le mercredi 28 novembre
2007, nous avons fait pas mal de constats relatifs à l'incarcération des
détenus. Apparemment, le bâtiment logeant la prison civile des Cayes
ne présente aucun danger majeur pour ses occupants. Cependant, sa
toiture est par endroit vétuste, usagée et trouée les murs sont délabrés.
Ont dispose pas assez d'espace pour accueillir les personnes en
détention préventive.
Néanmoins, d'autres détenus sont logés dans les locaux qui n'ont pas
été aménagés à cette fin. Par ailleurs, la population carcérale est de
21324(*) détenus incarcérés dans 14 cellules : 88 condamnés y compris
une femme 125 en détention préventive prolongée pour implications de
meurtre, suspects et autres. Ces chiffres varient chaque jour avec le
nombre d'arrestation et délibération qu'on fait à longueur de la journée.
Un fait parait préoccupant dans la cellule 14 il y a 26 détenus
incarcérés : ceux qui sont déjà condamnés et ceux qui attendent leurs
jugements. Pour expliquer les faits nous présentons un tableau afin de
mieux cerner la situation juridique des détenus.
Situation des détenus Condamnés, en détention Provisoire avec leur
pourcentage en date du 28 novembre 2007 dans la prison Civile des
Cayes.
Libellés Nombres Pourcentages %
Cellules 14 ?
Condamnés 88 41%
Détention Préventives 125 58%
Population carcérale 213 100%
Sources : Données recueillie par l'Administration Pénitentiaire des
Cayes.
Pour ainsi dire, selon le responsable de l'administration Pénitentiaire
des Cayes, les cellules ont été construites pour dix (10) personnes au
maximum. Or, ces chiffres que nous venons de citer montrent une
violation flagrante des droits des détenus. Cela parait contraire avec
l'ensemble des règles minima pour le traitement des détenus dans son
article 8 aux alinéas b et c.
alinéa b : Les détenus en prévention doivent être séparés des
condamnés.
alinéa c : Les jeunes détenus doivent être séparés des adultes.
Jusqu'à présent nous sommes loin de faire respecter ces prescrits
internationaux que nos autorités étatiques avaient signés et ratifiés.
Pour élucider ce que nous venons de dire sur la séparation des
détenus, signalons le cas d'individu, accusé de meurtre, que nous
avons rencontré lors de notre enquête. Le 1 août 2007, dans la localité
de Formont de la commune de Torberk l'accusé âgé de 42 ans, a passé
5 mois 26 jours, avant sa première comparution par devant le cabinet
d'instruction. Maintenant, il est condamné à travaux forcés à temps.
Mentionnons également le cas d'un mineur âgé de 12 ans25(*), il a été
mis derrière les barreaux sans mandat de dépôt le 16 avril 2007. Il était
en classe de 6e année fondamentale. On lui reproche un crime. Il s'agit
d'un litige entre lui et un autre mineur il aurait interdit à son petit ami de
ne pas le coiffer. Celui-ci a insiste en se battant pour lui ôter les ciseaux
entre les mains, il a grièvement blesse. Mais l'enfant se porte bien et
hors de danger. Suite à une requête faite au cabinet d'instruction, le
Réseau Sud de défense des droits Humains et de concert avec la
section des droits Humains de la MUNISTHA, le mineur a été libéré
neuf (9) jours après son arrestation le 25 avril 2007.
En effet, en raison de leur jeune âge, les mineurs bénéficient d'un
traitement particulier dans les instruments internationaux des droits de
l'homme. Ces normes sont à mettre en oeuvre en gardant à l'esprit leur
but de réinsertion. La convention relative aux droits de l'enfant,
l'ensemble des règles minima concernant l'administration de la justice
pour mineur. Et les règles des Nations Unis pour la protection des
mineurs privés de liberté, établissement des normes minimales pour la
protection des mineurs privés de leur liberté.
La convention relative aux droits de l'enfant en son article 37 alinéa 1
stipule : « Nul enfant ne soit soumis à la tortue ni à des peines ou
traitement cruels, inhumains ou dégradants. Ni la peine capitale ni
l'emprisonnement à vie sans possibilité de libération ne doivent être
prononcés pour les infractions commises par des personnes âgées de
moins de dix-huit ans ».Ces prescrits internationaux restent encore
inappliqués même s'ils ont une force supra constitutionnelle.
Ainsi, d'autres détenus sont incarcérés pour enquête judiciaire. Cela qui
revient à dire que les enquêtes policières et judiciaires devraient être
menées avec compétence et célérité. Pourtant des gens passent de
longues périodes en détention, sans qu'il n'y ait de progrès dans les
enquêtes. Hors la liberté individuelle est un bien inaliénable.
L'Etat à le devoir de s'organiser pour rendre justice dans des délais
raisonnables. La présomption d'innocence est un principe en justice.
Même si une personne est détenue pour enquête ou en attente de
jugement, ou parce qu'il est condamné, l'Etat est a le devoir de la
garder dans des conditions dignes de la personne humaine.
4.2- LE DYSFONCTIONNEMENT DE LA
DIRECTION PENITENTIAIRE DES CAYES
L'institution pénitentiaire, l'entreprise ou la justice pénale trouve les
moyens de ses fins, a aussi de profondes lacunes. Elle fonctionne
contrairement à ses finalités et ne joue pas son rôle d'agent correcteur
des comportements anti-sociaux. Son dysfonctionnement se trouve
surtout dans les comportements des geôliers, en raison de leurs
laxismes à appliquer en bonne et dû forme les principes de base des
règlements internes de l'administration. Il est évident qu'elle ne dispose
pas assez d'espace vital pour loger les agents de la Direction de
l'Administration Pénitentiaire (DAP), ces derniers ne sont pas pourvus
de moyens de placement. Ils disposent d'une seule voiture pour
emmener les détenus au tribunal de première instance des Cayes pour
les suites d'instruction.
L'administration pénitentiaire, est aujourd'hui au coeur des réformes
dans les prisons. Il n'existe pas d'autorité hiérarchique entre les agents.
Or, dans toute administration, pour bien fonctionner il faut respecter le
supérieur hiérarchique selon l'organigramme de l'institution. De plus, les
registres d'écrou ne sont pas signés pas les autorités judiciaires. Par
manque de diligence des agents. Il devient impérieux d'aborder la
question pénitentiaire avec toutes ses faiblesses sans naïveté et de
rappeler quelques vérités d'évidence. Mais à côté tous ses problèmes, il
faut à la base tenir compte des causes de ce fléau. Quand dans un
système qui se propose de relever moralement le déchu, le minimum de
bien-être matériel et d'encadrement fait défaut, il ne peut en sortir que
des désaxés. Dans de telles conditions, l'administration pénitentiaire ne
permet nullement de réhabiliter le délinquant en vue de sa réinsertion
dans le circuit social. Il convient d'admettre honnêtement, qu'il ne
constitue qu'un foyer de récidive, un haut lieu du crime organisé, un
bastion de déviants.
4.3 LES CONDITIONS DE LA RETENTION A LA
GARDE À VUE DES CAYES
Tout individu appréhendé, sera au même moment informé des raisons
de cette mesure ou de l'infraction qui lui est reprochée et recevra
notification de ses droits. Une mesure de rétention ne saurait se justifier
à partir de la simple réquisition d'un tiers. Un principe fondamental du
droit en vigueur stipule que la dénonciation seule ne constitue pas une
présomption suffisante pour émettre cette ordonnance contre un
individu ayant son domicile, selon le code d'instruction criminelle en son
article 30.
Les conditions de la rétention à la garde à vue sont simples. Tout
individu arrêté doit passer 48 heures selon la constitution de 26 mars
1987 en son article 26, et la personne doit se faire inscrire au registre
de la rétention avec les motifs de son arrestation. Toute personne à
l'encontre de laquelle il existerait des indices graves faisant présumer
qu'elle a commis une infraction flagrante, ne peut être retenue plus de
48 heures. A l'issue de ce délai, sur instruction de l'autorité judiciaire
compétente, cette personne est remise en liberté soit conduite dans les
meilleurs délais devant l'autorité judiciaire compétente, qui peut alors
décerner un mandat de dépôt contre elle.
Autres considérations : au dela de 48 heures, aucune forme particulière
n'est prescrite quant à la décision de l'autorité judiciaire compétente
(Instructions, écrites ou orales transmises par radio, téléphone ou par
tout moyen). Le dépassement du délai de 48 heures peut constituer un
cas typique capable d'entraîner la responsabilité pénale, civile, et
administrative des agents qui ordonnent où tolèrent ces pratiques, selon
le code de la déontologie policière en son article 18. De plus, les
règlements renvoient aux règles régissant la responsabilité disciplinaire
des agents de la police pour toute conduite au poste irrégulière.
Outre la responsabilité administrative au chef de poste, toute conduite
au poste irrégulière, où toute rétention irrégulière peut engager la
responsabilité pénale et civile de celui ou de ceux qui ont procédé à la
constitution en ses articles 27 et 27-1 et le règlement interne de la
police en son article 87 et 92.
Les mesures de rétention dans le cadre de l'enquête préparatoire de la
police dans un cas réputé flagrant délit ne peuvent être appliquées qu'à
l'encontre d'une personne contre laquelle il y a des indices graves
faisant présumer qu'elle a commis une infraction. Lorsque l'interpellation
a été effectuée dans le cadre d'une enquête de flagrance, il faudra
s'assurer qu'il s'agit bien d'un cas réputé flagrant délit article 31 du code
de d'instruction criminel (CIC). Il est vrai que l'ensemble des conditions
prévues par la loi pour garantir à la personne retenue en détention ces
prescrits restent encore inappliqués.
Suite à une enquête que nous avons menées auprès de la garde- à-
vue des Cayes, nous avons répertorié le registre de la détention. Nous
y avons relevé un cas typique de violation des délais de la rétention.
C'est le cas d'un mineur26(*), âgé de 17 ans. Écolier il fut arrêté le 12
juillet 2007 à 4 heures pm, le motif de la rétention c'est justement d'une
affaire d'enquête. L'affaire a eu lieu dans la commune de Torberck,
sous l'interpellation de l'Unités Départemental de maintient d'Ordre
(UDMO). Il a comparu le 14 juillet 2007, par devant le Cabinet
d'Instruction. Par la suite, il fut libéré sous les ordres de la section de
police judiciaire du Sud (SPDJ). En effet, selon les normes
internationales et nationales régissant la matière, sous aucun prétexte
le mineur ne peut être pas incarcéré.
4.4- LES CONDITIONS SANITAIRES
D'une manière générale, les conditions hygiéniques et sanitaires de la
prison civile des Cayes sont vraiment déplorables. Suite à une petite
enquête que nous avons menée, les cellules sont dans des conditions
lamentables et insalubres. Surchargées, elles sont mal aérées et mal
éclairées. Les toilettes sont insuffisantes et ne sont pas bien équipées.
Elles dégagent une odeur nauséabonde et sont maintenue dans un état
d'insalubrité critique, dégagea des odeurs de pissat et d'excrément.
Elles développent chez certains détenus des maladies telles que
grattelles et démangeaisons. Quand aux services d'infirmerie il existe
une insuffisance d'infirmière pouvant desservir et donner soins aux
détenus.
Nos enquêtes nous ont permis également d'interroger la responsable du
service d'infirmerie. Elle nous a dit que l'infirmerie est dépourvue de lits.
Les matelas sont en guenilles. L'infirmerie ne contient pas de trousse de
premiers soins voire de médicaments. De plus, il n'existe pas d'un mini
pharmacie à leur disposition des détenus, selon l'infirmière. Dans le
souci de faire l'équilibre des choses, nous avons interrogé certains
détenus. Nous avons retrouvé un cas de détenu ayant passé 15 jours
avec une fièvre et une colorine sans avoir consulté un médecin. Il s'agit
d'un détenu, âgé 55 ans, condamné à perpétuité. Or, l'Ensemble de
règles minima pour le traitement des détenus en son article 22 alinéas
1,2, stipule :
alinéa : 1 Chaque établissement pénitentiaire doit disposer au moins
des services d'un médecin qualifie, qui devrait avoir des connaissances
en psychiatrie. Les services médicaux devraient être organisés en
relation étroite avec l'administration générale du service de santé de la
communauté ou de la nation. Ils doivent comprendre un service
psychiatrique pour le diagnostique et, s'il y a lieu, le traitement des cas
d'anomalie mentale.
alinéa : 2 Pour les malades qui ont besoin de soins spéciaux, il faut
prévoir le transfert vers des établissements pénitentiaires spécialisés ou
vers des hôpitaux civils. Lorsque le traitement hospitalier est organisé
dans l'établissement, celui-ci doit être pourvu d'un matériel, d'un
outillage et des produits pharmaceutiques permettant de donner les
soins et le traitement convenables aux détenus malades, et le
personnel doit avoir une formation professionnelle suffisante.
CHAPITRE V
POUR LA MISE EN PLACE DE
BONNES CONDITIONS
DEDETENTION A LA PRISON
CIVILE DES CAYES
Les maisons d'arrêt d'Haïti, spécialement celle des Cayes sont loin
d'être des lieux propres à l'amélioration des gens qu'une déviance y a
conduits. L'état vétuste sur le plan interne dans lequel se trouve le
système nécessite des améliorations urgentes tant au point de vue des
structures qu'à celui des règlements à y introduire.
A la prison civile des Cayes, tout est défectueux. Son organisation est
incompatible avec à sa mission combien noble et distinguée. Son rôle
très mal compris, son budget inconsistant et inadapté à la réalité. Bref
elle se limite à garder aux ordres de la justice les délinquants sans
égard pour la dignité humaine.
C'est pour cette raison, qu'il s'avère nécessaire de reformer cette
institution pénitentiaire dans la perspective d'une réinsertion du
délinquant dans la vie active, sans que la société ne se sente menacée.
Il faut non seulement rénover les structures mais aussi améliorer les
conditions de la vie carcérale. Une réforme pénitentiaire, passe
inéluctablement par l'adaptation des moyens tant matériels qu'humains
à son rôle qui consiste à dépouiller le délinquant de sa vieille défroque,
pour faire de lui un homme sain, guéri de son antisocialité. Elle consiste
alors à aménager des locaux décents, répondant aux règles minima
édictées par les Nations Unies, à appliquer un régime juridique adapté
au respect de la personne humaine et enfin à améliorer les conditions
de la détention de manière à permettre au délinquant de sentir qu'en
dépit de sa déviance il est un membre de la société que celle-ci cherche
à faire renaître. C'est dans cette optique que dans les sections qui
suivent nous parlerons de l'Administration Pénitentiaire, des matériels
adéquats aux Agents Pénitentiaires du personnel Administratif et en
tout dernier lieu d'un budget de fonctionnement équilibrer. Comme
élément indispensable a la reforme des conditions de détention a la
prison civile des Cayes.
5.-1 REFORME DE L'ADMINISTRATION
PENITENTIAIRE
Le courant d'humanisme universel considère le délinquant comme un
malade social qu'il faut restituer à la société, une fois guéri de son
antisocialité. De même que les malades sont traités dans des hôpitaux,
les fous dans des centres psychiatriques, les délinquants ne peuvent
être que dans des institutions spécialisées telles les services
d'assistance sociale, les prisons, etc. On comprend alors, que les
prisons soient désormais dépouillées du sens péjoratif de châtiment,
pour faire place aux notions de resocialisation, de rééducation et de
réadaptation sociale. Cette mission hautement humanitaire, impose une
organisation pénitentiaire techniquement préparée.
Nous avons dit plus haut que l'Administration Pénitentiaire date de
l'occupation américaine27(*). L'organisation des prisons en Haïti a
toujours été militaire. Elle est organisée par la loi du 16 décembre 1918
publiée dans le moniteur du 24 février 1919 et les règlements
approuvés en 1922 par le président de la République. Cette
organisation fut d'abord modifiée par la loi du 31 mars 1978 puis par le
décret du 21 septembre 1987 publié dans le moniteur no 17 B portant
sur les règlements généraux des Forces Armées d'Haïti. Aux termes de
ces textes de loi, l'organisation de la prison est partagée entre les
Forces Armées d'Haïti et les autorités judiciaires qui l'administrent en
conformité avec l'article 3-56 des règlements généraux des Forces
Armées d'Haïti qui se lit ainsi : « Les Pénitenciers sont un service
militaire spécialisé cantonné à Port-au-Prince. Il est dirigé par un officier
supérieur qui prend le titre de commandant des pénitenciers... ».
Ces dispositions donnant au commandant des pénitenciers les mêmes
pouvoirs reconnus aux commandants de département, font du
personnel qui y est affecté des sujets de l'article 3-13 des dits
règlements qui organisent les départements militaires.
L'article 3.56 confie également aux autorités militaires la mission de
transformer les délinquants en honnêtes citoyens. L'Administration des
prisons repose sur des techniques particulières. Il arrive cependant que
les pénitenciers soient dotés d'un personnel ayant une formation
adéquate.
Parallèlement aux militaires qui administrent la prison, l'article 3.56 des
règlements généraux des Forces Armées d'Haïti donne aux autorités
Judiciaires le contrôle de ceux-ci : « Les pénitenciers ont pour mission
de garder aux ordres de la justice les prévenus et les condamnés... ».
Ce contrôle s'effectue dans les conditions prévues par les articles 442
et 447 du code d'instruction criminelle ainsi libellés :
Article 442
« ... Les commissaires du gouvernement veilleront à ce que les
différentes maisons d'arrêt soient non seulement sûres, mais propres et
telles que la santé des prisonniers ne puissent être aucunement
altérée ».
Article 447
« Le juge de paix est tenu de visiter, au moins une fois par mois, les
personnes retenues dans les maisons de détention de sa commune, le
Doyen du Tribunal Civil, le juge d'instruction, ainsi que le Commissaire
du Gouvernement ou son substitut, au moins une fois toutes les
maisons de détention contenant des accusés ou des condamnés, dans
la ville ou siège le Tribunal Civil ».
Sur le plan légal, il existe assez de provision pour une Administration
plus ou moins équilibrée des prisons en Haïti, surtout dans la juridiction
des Cayes. Pourtant la réalité est différente car, à côté du laxisme qui
caractérise la justice en Haïti, les autorités n'ont pas toujours un libre
accès aux lieux de détention. Cet état de fait handicape
considérablement la tâche de contrôle des détenus dévolue aux
autorités judiciaires.
Pour pallier à ces inconvénients et surtout harmoniser les dispositions
de la loi pénale haïtienne avec l'ensemble des règles minima pour le
traitement des détenus, de concert avec le gouvernement militaire à
l'époque présidé par le général Prosper Avril des Forces Armées d'Haïti
(FAD'H) ont promulgué, le 19 Septembre 1989, un décret créant sous la
tutelle du Ministère de la justice un organisme à caractère administratif
dénommé : Administration Pénitentiaire Nationale (APENA). Celle-ci est
chargée de l'exécution de toutes les décisions judiciaires prononçant
une peine privative de liberté.
L'APENA se trouve encore paralyser par le fait que la loi devant fixer
son fonctionnement et son organisation n'est pas publiée. Plus tard,
avec le décret présidentiel Jean Bertrand Aristide en date du 24 avril
1997 intégra à la Police Nationale d'Haïti (PNH) l'Administration
Pénitentiaire Nationale, qui fut alors renommée Direction de
l'Administration Pénitentiaire (DAP). Conformément à la Constitution du
29 mars 1987, la DAP fut alors placée dans une section spéciale des
Forces de Police qui dépendent du Ministère de la Justice au mépris
des normes internationales séparant institutions policières et
Pénitentiaires28(*).
Pour sa part, l'Administration pénitentiaire des Cayes semble avoir
fonctionné dans des conditions déplorables. Dans les sections que nous
aurons à développer nous montrerons comment le nombre et la qualité
de matériels adéquats au service des Agents Pénitentiaires nécessitent
d'être renforcés pour la bonne marche de cette Administration.
5.2 DES MATERIELS ADEQUATS A LA
DISPOSITION DES AGENTS PENITENTIAIRES
Pour atteindre l'objectif de l'Administration pénitentiaire en Haïti, en
particulier celle de la ville des Cayes, l'Administration doit mettre à la
disposition des agents des moyens adéquats pour atteindre leurs
objectifs, et leurs missions. Aujourd'hui, seulement de faibles moyens
sont à leurs dispositions : un seul véhicule, une seule ligne
téléphonique, pas de radio de communication pour permettre aux
agents de communiquer entre eux en cas d'urgence, pas d'ordinateur
pour enregistrer les faits reprochés aux individus seulement un registre,
pas de matériels accessoires. Cette Administration est encore au stade
rudimentaire. Il est impératif de remédier à cette situation.
L'Administration pénitentiaire doit choisir avec soin les matériels
pouvant desservir les agents. Car, avec une augmentation des
matériels, adéquats, nous espérons nous attendre à une bonne gestion
des établissements pénitentiaires. Mais aussi, il faut s'efforcer
constamment d'éveiller et de maintenir dans l'esprit du personnel et de
l'opinion publique la conviction que cette mission est un service social
de grande importance. A cet effet, il importe de prendre également tous
les moyens appropriés pour éclairer le public.
5.3 RECYCLAGE DU PERSONNEL ADMINISTRATIF
L'Administration pénitentiaire, des Cayes pour ainsi dire, elle est
dépourvue de service administratif. Elle comporte seulement 14 Agents
pénitentiaires qui travaillent en deux groupes et un service d'infirmerie
comportant une seule infirmière.
Il n'y a aucune catégorie de personnel administratif civil régissant
l'Administration pénitentiaire des Cayes. Il revient donc aux autorités
pénitentiaires de choisir avec soin le personnel de tout grade, car c'est
de son intégrité, de son humanité, de son aptitude personnelle et de ses
capacités professionnelles que dépend une bonne gestion des
établissements pénitentiaires. L'Administration pénitentiaire des Cayes,
ne comporte pas un service civil autre que des agents qui remplissent
toutes les fonctions. Pas une secrétaire, pas un Directeur Administratif,
pas un greffier au niveau du service de L'administration.
En effet, pour réaliser les objectifs de l'administration pénitentiaire les
membres du personnel doivent être employés à plein temps en qualité
de fonctionnaires de profession. Ils doivent posséder le statut d'agents
de l'Etat et être assurés en conséquence d'une sécurité d'emploi ne
dépendant que de leur bonne conduite, de l'efficacité de leur travail et
de leur aptitude physique. La rémunération doit être suffisante pour
qu'on puisse recruter et maintenir en service des hommes et des
femmes capables. Les avantages de la carrière et les conditions de
service doivent être déterminés en tenant compte de la nature pénible
du travail.
Il est évident que pour pallier à ce manque on doit recruter un personnel
d'un niveau intellectuel suffisant. A côté de ces dispositions qu'on doit
mettre en place, mais on doit adjoindre au personnel, dans toute la
mesure du possible, un nombre suffisant de spécialistes tels que
psychiatre, psychologues, travailleurs sociaux, instituteurs, instructeurs
techniques. Les services des travailleurs sociaux, des instituteurs et des
instructeurs techniques doivent être assurés d'une façon permanente,
sans exclure les services de l'auxiliaire à temps partiel ou des
bénévoles.
5.4 UN BUDGET DE FONCTIONNEMENT
EQUILIBRE
Le budget alloué au fonctionnement de l'Administration pénitentiaire des
Cayes atteint la modique somme c de quatre vingt neuf millions trois
cent quatre vingt-huit (89,340.388) gourdes29(*). Ce montant est divisé en
dépense pour le salaire du personnel d'une somme de soixante douze
millions cent treize milles cinq cent quatre sept (72,113.587) gourdes et
cent dix sept millions deux cent vingt-six milles huit cent un
(17,226.801) gourdes pour les achats de biens de consommation et de
petits matériels. Ce montant apparaît dans la loi de finance de l'exercice
2007-2008. Mais son utilisation n'est pas décentralisée. Cela facilite la
détention prolongée et permet un certains laxisme chez les agents dans
l'accomplissement de leur travail.
Conclusion
Au seuil du troisième millénaires chrétien, nous sommes unanimes a
reconnaître que les droits les plus élémentaires de nos concitoyens sont
violés et même bafoués. Commettre ainsi des bavures à un rythme
effarant dans les champs des droits humains est symptomatique d'un
dysfonctionnement social. Autrement dit, c'est mettre en quarantaine les
acquis de 178930(*). Donc nous pouvons dire, que nous sommes en l'Etat
de recul par rapport au progrès socio juridiques.
Notre société de jour en jour est en proie a une justice qui a failli à sa
mission. Notre système judiciaire haïtien est depuis quelques temps au
coeur des préoccupations. Nous sommes de plus en plus conscient
qu'un système Judiciaire performant est indispensable pour le
fonctionnement d'un Etat de Droit. La Justice esquisse le triste portrait
d'un corps agonisant qui connaît des jours sombres. Les verdicts amers
de l'erreur, de l'oppression, de l'injustice contrastent avec notre passé
glorieux comme première république noire. La Justice offre aujourd'hui
l'image d'une barque à la dérive. La loi n'est plus la boussole de
certains Magistrats assis et debout.
Une société qui connaît des crises en cascade, un pays qui se détériore
de jour en jour, peuvent éventuellement déboucher sur la voie de la
barbarie de l'anarchie de la tyrannie de la mutinerie. Plus que jamais,
aujourd'hui nous sommes tous d'accord que le pays est au bord de
l'abîme. le démantèlement des structures socio juridiques, les délais
accordés aux détenus pour comparaître par devant les tribunaux ont fait
défaut au mépris des détenus. Les désorganisations chroniques l'ordre
publiques appellent à une action pressante.
Devant les métamorphoses sociales auxquelles est confrontée la
société de nos jours, les esprits les plus réfractaires, s'aperçoivent qu'il
est grand temps de sortir de ces mauvaises pratiques et des voeux
pieux pour passer à l'action austère et fertile. Notre travail, ne vise pas a
passe des ordres mais à avoir une vision commune des choses pour
refaire l'image de l'appareil judiciaire. Aucune arme tranchante ne peut
bonifier les structures et leur adaptation aux réalités socio économiques
pour pallier aux conditions pitoyables de vie de l'homme incarcérer a la
prison civile des Cayes.
C'est dans cette optique que dans le corps du mémoire, nous avons
plaidée pour le respect des droits des détenus dans la Juridiction du
Tribunal de première Instance des Cayes. Notre objectif, est de
remédier au laxisme des autorités Judiciaires et à leurs mauvaises
pratiques. Il faut reconnaître concrètement que certains auteurs dans le
système ont franchement la volonté de refaire l'image de l'appareil.
Nous voulons mobiliser tous les acteurs afin d'obtenir l'amélioration que
nous évoquons dans notre mémoire. Nous avons décortiqué ses
laxismes, ses imperfections, ses lacunes. Bref, face à son
inadmissibilité nous sommes dans la nécessité de refaire l'image de ce
système au bénéfice du tissu social au milieu de la dérive sociale que
nous traversons aujourd'hui. Il est impératif de remettre en cause de ces
faiblesses. Un constat honnête réveille la conscience de tout en chacun
dans la vie nationale. A cette fin nous saisissons cette occasion pour
soumettre à l'attention des pouvoirs publics en particulier le pouvoir
judiciaire, les recommandations que voici :
1) Un système d'admission plus fiable en prison doit être introduit au
moment de l'arrestation et les renseignements de base mis à la
disposition du système élargi de justice criminelle.
2) L'Administration Pénitentiaire doit développer et publier les normes
de traitement des affaires, pour la conclusion en temps utile des affaires
criminelles et contrôler ensuite la performance du système judiciaire à
respecter ces normes.
3) Il faut instaurer un conseil de justice criminelle afin de développer des
procédures régularisées de contrôle de la situation juridique de tout
détenu, la durée de l'affaire ainsi que des alertes pour les affaires
dépassant les normes publiées.
4) Le dit conseil doit évaluer les résultats des initiatives d'audiences
spéciales, apprendre de son expérience, réviser les procédures ou les
continuer telles quelles, le cas échéant.
5) Il faut que le tribunal développe des alternatives simples de libération
provisoire qui pourraient s'avérer pratiques pour les prévenus et qui ne
posent pas de risque significatif à la sûreté publique.
6) En tout dernier lieu, Haïti doit développer un système informatique de
justice criminelle afin de lier le système d'exploitation interne du
Direction de l'Administration Pénitentiaire (DAP) aux systèmes de
dossiers auprès des tribunaux et des cabinets des procureurs
communément appelés commissaires du gouvernement.
Les commissaires doivent rédiger par écrit des procédures d'examens
de gestion d'affaires criminelles telles que le classement des affaires
selon leur nature et complexité afin de traiter les dossiers criminels et
leur affecter un numéro de piste pour un rendement améliorer.
Cependant, il est aussi important d'augmenter et de réviser les règles
minima pour le traitement des détenus en vue de les harmoniser avec la
réalité du moment, mais aussi avec les conquêtes sociales de l'heure
pour intensifier la formation des nouveaux cadres pouvant atteindre les
objectifs visés par l'Administration Pénitentiaire.
Somme toute, nous persistons à croire que le pays n'est pas parvenu
au stade du glissement fatal vers l'irréversible. Le respect du droit des
prisonniers est encore accessible, par une prise de conscience des
acteurs et leur volonté d'accéder a la justice pour tous.
Glossaire
Accusé : Personne soupçonnée d'un crime et traduit pour ce fait,
devant la cour d'assises, afin d'y être jugée.
Action en justice : Pouvoir reconnu aux sujets de droit de s'adresser à
la justice pour obtenir le respect de leurs droits ou de leurs intérêts
légitimes.
Droit objectif : Ensemble des règles régissant la vie en société et
sanctionnées par la puissance publique.
Droit subjectif : Prérogative attribuée a un individu dans son intérêt lui
permettant de jouir d'une chose, d'une valeur ou d'exiger d'autrui une
prestation.
Droits fondamentaux : Ensemble évolutif de droits considérés en
raison de leur importance comme s'imposant au législateur et au
pouvoir réglementaire, et englobe actuellement pour l'essentiel les
droits de l'homme
Droits de l'homme : Selon la conception de la démocratie libérale
Droits inhérents a la nature humaine, donc antérieurs et supérieurs a
l'Etat et que celu-ci doit respecter non seulement dans. L'ordre des buts
mais aussi dans l'ordre des moyens.
Détention : Peine privative de liberté consistant dans l'incarcération du
condamné en principe dans un quartier spécial des maisons centrales.
Détention Provisoire : Mesure d'incarcération d'un inculpé pendant
l'information judiciaire, ou d'un prévenu dans le cadre de la comparution
immédiate.
Détenu : Personne gardée en prison.
Diffusion : Mesure pouvant être prononcée par le tribunal et dont les
frais sont à la charge du condamné.
Instance : On entend par Instance suite d'acte de procédure allant de la
demande en justice jusqu'au jugement.
Incarcération : Mesure de détention de quatre jours au maximum
susceptible d'être prononcée par un juge d'instruction.
Juridiction : C'est le pouvoir de juger pour ce, on distingue l'ordre
Administratif (Tribunaux Administratif l'ordre judiciaire (Tribunaux
répressifs, civils). On classe également les juridictions d'après leur
nature en juridiction des droits communs et juridiction d'exception. Enfin
une juridiction doit toujours être située par degré qu'elle occupe dans la
hiérarchie judiciaire.
Prison : Terme générique qui, dans le langage courant désigne les
établissements dans lesquels sont subies les mesures privatives de
libertés. On distingue les maisons d'arrêt, les maisons centrales, les
centres de détention et les centres spécialisés.
Annexe I
Extrait des
Règlements internes
des Etablissements Pénitentiaires
Publie par le Ministère de la justice et la sécurité république
Direction de l'Administration Pénitentiaire
Service des études
Port-au-Prince, mai 1999
Préambule
L'Administration Pénitentiaire d'Haïti au sein de la Police Nationale est
une institution démocratique au service de la justice et de l'Etat. Elle a
pour mission spécifique d'exécuter les décisions judiciaire privatives de
liberté dans un environnement sécuritaire, humains et visant à aider le
délinquant à devenir un citoyen respectueux de la loi.
Pour remplir cette mission de sécurité publique et de prise en charge de
la population carcérale, elle doit s'appuyer sur une réglementation
clairement établie, servant de référence aux personnels pénitentiaire et
aux détenus, ainsi qu'à toute personne intervenant à un titre ou à un
autre au sein des établissements pénitentiaires.
Ces règlements internes, ont pour objet d'établir cette réglementation. A
terme, les autorités et institutions compétentes seront saisies pour qu'ils
puissent être intégrés dans le dispositif législatif et réglementaire
régissant la matière.
Les règles internes des établissements donnent aux fonctionnaires
attaches à cette institution toute l'autorité nécessaire à l'exercice de leur
mission.
Les règlements internes des établissements pénitentiaires donnent aux
détenus connaissance des droits et obligations auxquels ils peuvent se
refermer durant leur incarcération.
Il appartient à chaque fonctionnaire pénitentiaire en fonction du rang
hiérarchique qu'il occupe et des responsabilités qu'il assume de mettre
en oeuvre ces règlements internes et de veiller à ce que les droits et
obligations des détenus soient bien respecté.
Le Directeur de l'Administration Pénitentiaire, évaluera régulièrement
l'application de ces règlements internes au sein des établissements
pénitentiaires et m'en fera rapport. Il ne saisira également de toute
modification qui lui semblera utile d'apporter à ce texte, tenant compte
notamment des évolutions et développements se déroulant au sein de
l'institution pénitentiaire.
Titre I : La situation pénale et administrative du détenu
Chapitre I : Le greffe et la procédure d'admission
Article 1 : Aucune personne ne peut être incarcérée que sur
présentation d'un titre d'écrou émanant d'une autorité judiciaire
compétente et dont le chef de l'établissement pénitentiaire et le
responsable du greffe vérifient l'authenticité, la juridiction qui l'a émis, le
sceau et la signature de l'autorité judiciaire.
Article 2 : Le chef d'établissement est responsable du suivi de la
situation pénale de chaque détenu. Il doit s'assurer de la validité des
titres de détention justifiant l'incarcération des détenus présents dans
son établissement.
Il procède à la libération des prévenus bénéficiant d'un ordre de mise en
liberté émis par l'autorité judiciaire compétente et des condamnés à la
date ou ils ont fini de purger leurs peines.
Il saisit le Commissaire de Gouvernement de son ressort de toute
difficulté survenant dans la situation pénale des détenus.
Article 3 : Au moment de son administration dans un établissement
pénitentiaire, tout détenu doit être enregistre sous un numéro d'écrou. Il
sera fait obligatoirement mention de son identité (nom, nom martial,
prénom, date de naissance, signalement, signe particuliers), du motif de
sa détention et de l'autorité judiciaire compétente qui l'a décidé, du jour
et l'heure de l'admission.
Le motif, jour et heure de sa levée d'écrou seront également portes sur
ce registre.
Article 4 : Le Directeur de l'Administration Pénitentiaire établira par
circulaire la liste des effets personnel que le détenu est autorise a
conserver avec lui en détention.
Lors de son admission, les effets personnels du détenu qu'il n'est pas
autorise ou qu'il ne souhaite pas conserver en détention sont confiés à
un responsable du greffe préposé à cette tâche.
Ces effets personnels font l'objet d'un inventaire signé du préposé à ce
service et du détenu. Ils doivent être gardés en lieu sur de telle sorte
qu'ils puissent être remis sans défectuosité au détenu au moment de sa
libération.
A la demande du détenu, ses effets peuvent être remis à un membre de
sa famille ou à toute personne extérieure à la prison qu'il aura désignée.
Toute disparition ou toute dégradation des effets du détenu survenant
pendant cette garde relèvent de la responsabilité de l'Administration
Pénitentiaire.
Article 5 : Pour chaque détenu il est ouvert un dossier individuel ou son
classes les titres de détention, les réquisitions d'extraction, les ordres de
libération, les décisions de condamnation ainsi que tout document de
nature juridique et administrative le concernant. Ces dossiers ne sont
accessibles qu'aux personnes autorités par circulaire du Directeur de
l'Administration Pénitentiaire.
Ces dossiers individuels seront classes de façons à être facilement
exploitables.
Article 6: Dans les 24 heures de son admission, le détenu sera vu en
audience par le chef d'établissement ou son représentant désigné pour
que soit fait le point sur sa situation et que lui soient expliquées les
règles de fonctionnement de l'établissement.
Article 7 : si possible dans les 24 heures de son admission, au plus
tard dans les trois premiers jours, chaque arrivant bénéficiera d'une
visite médicale.
Cette visite médicale à pour objet les cas échéant la poursuite des
traitements médicaux en cours, le diagnostic d'une maladie physique ou
mentale. Elle doit également permettre de déterminer la capacité
physique ou mentale. Elle doit également permettre de déterminer la
capacité physique au travail de chaque détenu.
Si lors de la visite médicale, le détenu présente des signes de mauvais
traitement ou durant son arrestation et sa garde à vue, le médecin doit,
sauf opposition du détenu en faire rapport au chef d'établissement.
Celui-ci en fera rapport à la Direction de l'Administration Pénitentiaire et
au Commissaire du Gouvernement du ressort.
Il est souvent un dossier médical par détenu, conserve a l'infirmière de
l'établissement et à l'usage exclusif des personnels médicaux et
paramédicaux.
Chapitre II : L'Assistance légale
Article 8 : Les assistants légaux travaillent en étroite coordination avec
les responsables des greffes. Ils s'assurent du bon suivi judiciaire du
dossier des détenus et prennent les contacts nécessaires avec les
autorités judiciaires concernées.
Article 9 : Les assistants légaux veillent a ce que les détenus
comparaissent dans le délai légal par devant leur juge.
Article 10 : Il assistent les greffiers pénitentiaires et les chefs
établissements afin d'assurer une bonne exécution des ordres
d'extraction et que le détenu condamne purge exactement la durée de
sa peine.
Annexe II
Extrait de l'Ensemble de
Règles minima pour le traitement
Des détenus
Genève, 1995
Ensemble de règles minima pour le traitement des détenus
Adopté par le premier congrès de l'organisation des Nations Unies
pour le prévention du crime et le traitement des délinquants, tenu a
Genève en 1955 et approuvé par le conseil économique et social
dans ses résolutions 663 C (XXIV) du 31 juillet 1957 et 2076 (LXII)
du 31 mai 1977.
Observations préliminaires
1. Les règles suivantes n'ont pas pour objet de décrire en détail un
système pénitentiaire modèle. Elles ne visent qu'a établir, en s'inspirant
des conceptions généralement admises de nos jours et des éléments
essentiels des systèmes contemporains les plus adéquats, les principes
et les règles d'une bonne organisation pénitentiaire et de la pratique du
traitement des détenus.
2. Il est évident que toutes les règles ne peuvent être appliquées en tout
lieu et en tout temps, étant donne la grande variété de conditions
juridiques, sociales, économique et géographiques que l'on rencontre
dans le monde. Elles devraient cependant servir à stimuler l'effort
constant visant à leur application, en ayant à l'esprit le fait qu'elles
repentent, dans leur ensemble, les conditions minima qui sont admises
par les Nations Unies.
3. D'autre part, ces règles se rapportent à des domaines dans lesquels
la pensée est en évolution constante. Elle ne tendent pas à exclure la
possibilité d'expériences et de pratique, pourvu que celle-ci soient en
accord avec les principes et les objectifs qui se dégagent du texte de
l'ensemble de règles. Dans cet esprit, l'administration pénitentiaire
centrale sera toujours fondée à autoriser des exceptions aux règles.
4. 1) La premier partie de l'ensemble de règles traite des règles
concernant l'administration générale des établissements pénitentiaires
et est applicable à toute les catégories de détenus, criminels ou civils,
prévenus ou condamnés, y compris les détenus, faisant l'objet d'une
mesure de sûreté ou d'une mesure rééducative ordonnée par le juge.
2) La deuxième partie contient des règles qui ne sont applicables qu'aux
catégories de détenus vises par chaque section. Toutefois, les règles
de la section A, applicables aux détenus condamnes, seront également
applicables aux catégories de détenus vises dans les sections B, C et
D, pourvu qu'elle ne soient pas contradictoires avec les règles le
régissent et a condition qu'elle soient profitables a ces détenus.
5.1) Ces règles n'ont pas pour dessein de déterminer l'organisation des
établissements pour jeune délinquants (établissements Borstal, instituts
de rééducation, etc.). Cependant, d'une façon générale, la première
partie de l'ensemble de règles peut être considérée comme applicable
également à ces établissements.
2) La catégorie des jeunes détenus doit comprendre en tout cas les
mineurs qui relèvent des juridictions pour enfant. En règles générale,
ces jeunes délinquants ne devraient pas être condamnes a des peines
de prison.
Première partie
Règles d'application générale
Principe fondamental
6.1) Les règles qui suivent doivent être appliquées impartialement. Il ne
doit pas être fait de différence de traitement basée sur un préjugé,
notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion,
d'opinion politique ou de tout autre opinion, d'origine nationale ou
sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation.
2) Par contre, il importe de respecter les croyances religieuses et les
préceptes moraux du groupe auquel le détenu appartient.
Registre
7.1) Dans tout endroit ou des personnes sont détenues, il faut tenir a
jour un registre relie et cote indiquant pour chaque détenu :
a) Son identité ;
b) Les motifs de sa détention et l'autorité compétente qui l'a décidée ;
c) Le jour et l'heure de l'admission et de la sortie.
2) Aucune personne ne peut être admise dans un établissement sans
un titre de détention valable, dont les détails auront été consignes
auparavant dans le registre.
Séparation des catégories
8. Les différentes catégories de détenus doivent être placées dans des
établissement ou quartiers d'établissements distincts, en tenant compte
de leur sexe, de leur age, de leurs antécédents, des motifs de leur
détention et des exigences de leur traitement. C'est ainsi que :
a) Les hommes et le femmes doivent être détenus dans la mesure du
possible dans des établissements recevant à la fois des hommes et des
femmes, l'ensemble des locaux destines aux femmes doit être
entièrement séparé ;
b) Les détenus en détention doivent être séparés des condamnes ;
c) Les personnes emprisonnées pour dettes ou condamnées à une
autre forme d'emprisonnement civil doivent être séparée des détenus
pour infraction pénale ;
d) Les jeunes détenus doivent séparés des adultes.
Bibliographie
ANCEL, Marc ; La Prévention du Crime, ed. Cuyas, Paris 1960.
BRUN, Henry et LAFLEUR, Wilson ; « Charte des droits de la
personne ». 5e ed, coll. Alter Ego, Paris 1992. P 247
CHARLES, Louis de Secondat, L'esprit des lois, Paris, 1756. ed
Gallimard, Paris. P 234
CHENAIS, Jacques Léauté, Les prisons. Coll. Que sais-je ? PUF Paris,
1968. P 45
CHENAIS, Jacques Léauté, Le Régime Disciplinaire des Détenus, coll.
Que sais-je ? PUF Paris. P 40
CHERY, Venor ; Cours Anthropologie Criminologie, 2003. P 35
CLAVIER, Père, Droit Religieux des détenus, PUF, Paris, 1982. P 198
CUSSON, Maurice ; Entre Plaisir et Crime, ed. Cuyas, Paris 1960.P 267
DARBEDA, François ; Prison et Santé. Coll. Que sais-je ? PUF, 1982.
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DELSOL, Chantal ; L'autorité, ed. Gallimard, Paris, 1980. P 123
GOURGUE, Gérard ; Le problème de la délinquance et l'institution du
juge des enfants, l'institution de criminologie de Paris membre de la
société internationale de criminologie, 1955. 207
JEAN, Vincent et RAYMOND, Guillien ; Lexique des termes juridiques,
13e ed. DALLOZ, 2001. P 353
JEAN, Larguier ; Droit Pénal Général 17e ed. DALLOZ, 1999. P 345
LAURIER, Rosier ; Le Traitement de la mort, journal d'un prisonnier
politique haïtien, ed. Henry Deschamps, 2004. P 60
MICHEL, Foucault ; Surveiller et Punir (Naissance de la Prison), ed.
Gallimard, Paris, 1975. P 205
NERESTAN, M. Micial ; Cours d'histoire de Droit, 2003. P 40
NERESTAN, M. Micial ; Anthropologie et Sociologie à l'usage des
jeunes chercheurs, ed. KARTHALA, 22, 24, Boulvard Arago, 75013
Paris 2e ed. Revue et corrigée, 1997. p 248
19- NOEL, Ulrick Ls ; Haïti sa Politique de défense sociale, Imprimerie,
Henry Deschamps, 1987.
PARIZEAU, Michel, Popovici, Vous et Vos droits. Imprimerie Laval,
1974. P 347
PINITAL, Jean ; La Criminologie, S.P.E.S, 1960.
PIERRE-LOUIS, Menan ; Code pénal, promulgué, le 11 août 1835, ed.
Henry Deschamps, 1987. P136
PIERRE-LOUIS, Menan ; Code d'Instruction Criminelle, promulgué, le
31 juillet 1835, ed. Les presses du D.E.L a Port-au-Prince, 1995. P 143
VILSEN, Fekyè, ETELOU, Mod, Diksyonè Kreyòl, éd. Aryetos, Port-au-
Prince, 2005. P 49
STRATIS, Doucas ; Histoire d'un prisonnier ed. Du Griot. P 197
Documents consultés
-Déclaration Universelle des droits de l'homme, 10 décembre 1948.
-Détention préventive prolongée en Haïti Par Me. Lionel BOURGON.
-Détention préventive en Haïti, étude rédigée sous l'égide du
programme de renforcement du -système judiciaire USAID/ D'Haïti, mai
2006,
-Détention Préventive en Haïti, Anne Fuller, Philippe Texier, Michel
Brosseau, Dillia Lemaire et Patrick Pierre Louis, juillet 2002.
-Déclaration Américaine des droits et devoirs de l'homme de 1948.
-Ensemble de règles minima pour le traitement des détenus, Genève
1955.
-Rapport, sensibilisation sur les Droits fondamentaux des détenus, le
procès équitable, Me. Gervais CHARLES.
-Pacte International relatif aux droits civils et politique, 23 mars 1976.
-La convention Américaine relative aux droits de l'homme « Pacte San
José de Costa Rica » novembre 1969.
Sites web consulter
[Link] sur l'origine des Prisons, Régime d'Emprisonnement
[Link] , [Link] Sur la délinquance à l'échelle
internationale
TABLE DES MATIERES
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Remerciements Error! Bookmark not defined.
Résumé 2
Rezime 4
INTRODUCTION 5
PREMIERE PARTIE : LES CONDITIONS DE DETENTION A LA
PRION CIVILE DES CAYES 10
CHAPITRE I 12
HISTORIQUE DES MODALITES D'INCARCERATION DANS LE
MONDE ET EN HAITI. 12
1. LE CONCEPT DE PRISON 13
1.1- FONCTION DE LA PRISON DANS LA SOCIETE 14
1.2- MISSION DE LA PRISON AU SEIN DE LA SOCIETE 14
1-.3 - ORIGINE DE LA PRISON 16
1-.4 - REGIMES D'EMPRISONNEMENT 17
1.4.1 - REGIME EN COMMUN 17
1.4.2- REGIME CELLULAIRE OU PENNSYLVANIEN 18
1.4.3- REGIME MIXTE OU AUBURNIEN 19
1.4.4- REGIME PROGRESSIF OU IRLANDAIS 19
1.5 - LE SYSTEME PENITENTIAIRE HAITIEN 21
CHAPITRE II 23
LA DETENTION AU REGARD DU DROIT INTERNE ET EXTERNE 23
2.1- LE DEVELOPPEMENT DE LA DELINQUANCE DES
INDIVIDUS 25
2.-2- CLASSIFICATION DES DELINQUANTS 29
2.3-LA DELINQUANCE A LA LUMIERE DES DIFFERENTS
COURANTS DE PENSEE. 31
DEUXIEME PARTIE : LA LEGISLATION HAITIENNE SUR LES
DROITS DES DETENUS ET LES REFORMES A APPORTER A LA
PRISON CIVILE DES CAYES. 36
CHAPITRE III 36
LA LEGISLATION HAITIENNE SUR LES DROITS DES DETENUS. 36
3.1- LA DETENTION PREVENTIVE EN HAITI 39
3.2 - L'ARRESTATION ET LA DETENTION SOUS L'ANGLE
CONSTITUTIONNEL 42
3.3- LES TRAITES ACCORDS ET CONVENTIONS
INTERNATIONAUX RELATIFS AUX DROITS DE L'HOMME
RATIFIES PAR HAITI. 46
CHAPITRE IV 56
LES CONDITIONS DE DETENTION A LA PRISON CIVILE DES
CAYES. 56
4.1- SITUATION DES PERSONNES CONDAMNES OU EN
DETENTION PROVISOIRE 56
4.2- LE DYSFONCTIONNEMENT DE LA DIRECTION
PENITENTIAIRE DES CAYES 60
4.3 LES CONDITIONS DE LA RETENTION A LA GARDE À VUE DES
CAYES 61
4.4- LES CONDITIONS SANITAIRES 63
CHAPITRE V 65
POUR LA MISE EN PLACE DE BONNES CONDITIONS
DEDETENTION A LA PRISON CIVILE DES CAYES 65
5.-1 REFORME DE L'ADMINISTRATION PENITENTIAIRE 66
5.2 DES MATERIELS ADEQUATS A LA DISPOSITION DES AGENTS
PENITENTIAIRES 69
5.3 RECYCLAGE DU PERSONNEL ADMINISTRATIF 70
5.4 UN BUDGET DE FONCTIONNEMENT EQUILIBRE 72
Conclusion 73
Glossaire 77
Annexe I 80
Annexe II 84
Bibliographie 87