Hémogramme : Valeurs Seuils et Variations
Hémogramme : Valeurs Seuils et Variations
SOMMAIRE
II. Quelles sont les variations non pathologiques des valeurs de l’hémogramme
à connaître avant de demander des explorations complémentaires ?........................................ 13
BIBLIOGRAPHIES ......................................................................................................................................................
Lecture critique de l’hémogramme : valeurs seuils à reconnaître comme probablement pathologiques
et principales variations non pathologiques
RECOMMANDATIONS ET RÉFÉRENCES
• Le compte rendu d’un hémogramme doit com- - Il n’y a pas d’argument dans la littérat u re
prendre au minimum les valeurs : pour remettre en cause, chez le sujet âgé de
- de l’hémoglobine ; plus de 60 ans, les valeurs seuils établies pour
- de l’hématocrite ; des patients plus jeunes. Les anomalies de l’hé-
- de la numération des érythrocytes ; mogramme éventuellement présentes sont à
- des principales constantes éry t h ro cy t a i re s : rattacher aux états pathologiques ou aux prises
Volume Globu l a i re Moyen (VG M ) , de médicaments plus fréquents dans cette
C o n c e n t ration Corp u s c u l a i re Moyenne en tranche d’âge.
H é m oglobine (CCMH) et Te n e u r • Facteurs à l’origine de variations des globules
C o rp u s c u l a i re Moyenne en Hémog l o b i n e rouges
(TCMH) ; - Le sexe
- de la numération des leucocytes avec établisse- Les variations des paramètres érythrocytaires
ment d’une formule détaillant le nombre de en fonction du sexe sont bien établies et doi-
p o ly nu cl é a i res neutro p h i l e s , é o s i n o p h i l e s , vent être prises en compte sur le plan clinique.
basophiles, de monocytes et de lymphocytes (et - L’âge
d’éventuelles autres cellules circulantes) ; Le taux d’hémoglobine est initialement très
- de la numération des plaquettes. élevé chez le nouveau-né puis décroît rapide-
Les constantes érythrocytaires les plus utiles au ment. Les taux les plus fa i bles s’observe n t
p raticien sont le VGM et la CCMH. Ces entre 1 et 6 mois. Le taux augmente ensuite de
constantes sont utilisées en clinique pour classifier façon progressive jusqu’à la puberté où appa-
une anémie : anémie normocytaire, microcytaire raît une diff é rence signifi c at ive et d’impor-
ou macro cy t a i re en fonction du VG M , a n é m i e tance clinique entre les sexes.
normochrome ou hypochrome en fonction de la - La race
CCMH. Une baisse modérée du taux d’hémoglobine,
isolée cliniquement et hémat o l ogi q u e m e n t
Les réticulocytes ne font pas partie de l’hémo- (absence de modification des constantes éry-
gramme systématique. S’ils sont comptés, la com- t h ro cy t a i res ou du taux de réticulocytes et
munication du résultat en valeur absolue est à absence d’anomalie des autres lignées), existe
encourager. Cette valeur ne peut être appréciée chez les patients de race noire. Il est en effet
qu’en tenant compte du taux d’hémoglobine. bien établi que les taux moyens d’hémoglobine
Les valeurs de la numération des différents types sont inférieurs de 0,8 à 1 g/dL chez les patients
de leucocytes doivent être fournies sous forme de de race noire et l’adoption des mêmes seuils
valeurs absolues. Les pourcentages n’ont pas d’in- que ceux utilisés chez les patients de ra c e
térêt clinique et sont une source de confusion. Ils ne blanche, pour porter le diagnostic d’anémie,
devraient plus figurer parmi les résultats rendus. conduit à un diagnostic par excès.
C e rtains indices ou courbes de distri bu t i o n , - La grossesse
concernant les différentes cellules sanguines, four- La principale modification de l’hémogramme
nis par les automates actuels apportent des infor- est une baisse du taux d’hémoglobine qui s’ac-
mations complémentaires utiles au biologiste dans centue au cours de la grossesse. Ceci justifie
le cadre de l’analyse des résultats de l’hémo- l’adoption d’un seuil différent pour la défini-
gra m m e. Ils ne doivent pas, en dehors d’un tion de l’anémie lors de la grossesse.
contexte spécialisé, être systématiquement com- - La consommation d’alcool
muniqués au praticien mais peuvent venir préci- Chez les consommateurs d’alcool, les va ri a-
ser le commentaire et la conclusion du biologiste tions de l’hémogramme sont modérées et ne
qui doivent accompagner tout hémogramme. doivent pas faire modifier les seuils décision-
nels définis.
• Les va l e u rs « s e u i l s » de l’hémogra m m e, q u i - L’altitude
relèvent d’un « accord professionnel fort », ont La polyglobulie liée à l’altitude ne s’observe
été indiquées dans le tableau ci-après. que chez des patients vivant à des altitudes
- Les principaux facteurs susceptibles de modi- extrêmes (3 000 à 4 000 m), situation rare en
fier les valeurs de l’hémogramme sont le sexe, clinique pour la population française.
l’âge, la race, la grossesse, la consommation
d’alcool, le tabagisme, les rythmes nycthémé- • Facteurs à l’origine de variations des globules
raux, l’effort physique et l’altitude. blancs
- Pour les leucocytes et les plaquettes, les valeurs - L’âge
seuils définies sont applicables aux hommes Pour le petit enfant, la principale différence
comme aux femmes adultes. avec l’adulte concerne les valeurs de la numé-
Tableau. Valeurs seuils de l’hémogramme (éta blies selon un accord professionnel fort). Ne sont indiquées ici
que les valeurs ayant une signification clinique.
Anémie homme Hb < 13,5 g/dL
femme Hb < 12,5 g/dL
femme enceinte Hb < 11,5 g/dL
à la naissance Hb < 13,5 g/dL
de la naissance à 6 ans Hb < 11,5 g/dL
de 6 ans à 14 ans Hb < 12,5 g/dL
Microcytose adulte VGM < 82 µ3
avant 2 ans VGM < 70 µ3
de 2 à 6 ans VGM < 73 µ3
de 6 à 14 ans VGM < 80 µ3
Macrocytose VGM > 98 µ3
Hypochromie CCMH < 32 %
Polyglobulie homme Hb > 17 g/dL (+ Ht > 50 %)
femme Hb > 16 g/dL (+ Ht > 45 %)
Réticulocytopénie* Réticulocytes < 120 000 x 106/L
Hyperréticulocytose* Réticulocytes > 120 000 x 106/L
* Une numération des réticulocytes ne peut s’apprécier que de façon fonctionnelle, en tenant compte du taux d’hémoglobine.
Plaquettes
Thrombopénie < 150 000 x 106/L
Thrombocytose > 400 000 x 106/L
Les unités utilisées sont les unités internationales, même si les valeurs sont données, par souci de facilité de lecture, sous une forme qui
tient compte des habitudes médicales (6 500 x 106/L au lieu de 6,5 x 109/L leucocytes par exemple).
ration des lymphocytes. Les valeurs observées (polynucléaires neutrophiles > 500 x 106/L), soit
chez les enfants de moins de 4 ans sont plus éle- isolée cliniquement, hématologiquement et bien
vées que chez l’adulte et la valeur seuil choisie tolérée (pas de notion d’infections sévères ou à
peut être phy s i o l ogiquement dépassée. À un répétition).
moindre degré, la valeur seuil choisie pour défi- - La grossesse
nir une neutropénie chez l’adulte expose égale- Lors de la grossesse, il existe une hyperleucocy-
ment à un diagnostic par excès chez l’enfant de tose et une polynucléose neutrophile dont les
moins de 4 ans. maximums surviennent entre la 30e et la 34 e
- La race semaine. L’augmentation du nombre de poly-
La neutropénie ethnique est bien établie chez nu cl é a i res neutrophiles est le plus souve n t
les patients de race noire et ne dev rait pas modérée et le seuil choisi pour la polynucléose
conduire à des explorations inutiles à condition neutrophile (7000 x 106/L) reste valable chez la
que cette neutropénie, habituellement modérée femme enceinte.
adulte saine ; préciser les va ri ations éventuelles des d’une étude, et a constitué un critère prioritaire pour le
valeurs de l’hémogramme chez l’enfant, sur certains choix des articles. Pour certaines situations, les seuls
terrains ou dans des situations non pathologiques ou articles disponibles concernaient des échantillons plus
considérées comme non pathologiques, telles que la limités.
c o n s o m m ation modérée d’alcool ou de tab a c. Ces
variations de l’hémogramme, à l’origine de valeurs Les études datant de moins de 10 ans ont été retenues,
qui peuvent ne plus faire partie de l’intervalle de réfé - afin de s’assurer que les conclusions de l’article sont
re n c e, ne doivent pas conduire à des ex p l o rat i o n s applicables en 1997 et éviter des variations de l’hémo-
complémentaires. Ces variations, souvent considérées gramme liées :
comme classiques, ont été peu explicitées et justifiées • à des méthodes de détermination différentes (évolu-
dans les traités d’hématologie. tion de la technique de réalisation de
l’hémogramme : de l’examen fait manuellement aux
Pour ce travail, ont été analysées les études concer- automates les plus modernes) ;
nant, si possible, plus de 200 patients et datant de
moins de 10 ans. • à des conditions de santé différentes.
Les articles traitant des variations de l’hémogramme Néanmoins, beaucoup de notions concernant les varia-
lors de différents états pathologiques bien caractérisés tions de l’hémogramme reposent sur des études datant
ou associées à différents traitements n’ont pas été pris des années 70-80, et ces études n’ont pas toujours été
en compte. Seuls ceux concernant les variations des actualisées.
valeurs de l’hémogramme en fonction de différents En fonction du nombre de patients inclus, nous avons
paramètres ou situations non pathologiques, ou consi- distingué trois niveaux d’évidence apportée par les
dérées pour ce travail comme non pathologiques ont études de la littérature :
été analysés.
Niveau A : études portant sur un grand nombre de
Les études concernant plus de 200 patients ont été patients et dont les méthodes de détermi-
analysées, car il semble qu’il s’agisse de l’effectif n ation des va l e u rs de l’hémogra m m e
minimal nécessaire pour défi n i r, avec la précision étaient comparables à celles employées en
actuelle des méthodes de réalisation de l’hémo- 1997.
gramme, des valeurs de référence (2,5e au 97,5e cen-
tile) (1). Ce nombre, relativement limité, n’est pas tou- Niveau B : études portant sur un grand nombre de
jours atteint dans des études cherchant à définir des patients, mais de réalisation plus ancienne.
normes, au moins pour certains sous-groupes. Cette Niveau C : études portant sur un effectif limité, moins
notion d’effectif a été le principal critère de qualité de 200 patients.
I. Quelles sont les valeurs seuils de - de la numération des leucocytes avec établissement
l’hémogramme, significatives d’une d’une formule détaillant le nombre de polynucléaires
neutrophiles, éosinophiles, basophiles, de monocytes
anomalie, que l’on peut retenir pour et de lymphocytes (et d’éventuelles autres cellules
la population française adulte ? circulantes) ;
- de la numération des plaquettes.
Une définition scientifiquement établie des valeurs
usuelles de l’hémogramme pour la population fran- Les constantes érythrocytaires les plus utiles au
çaise est difficile. La définition de la norme est déli- p raticien sont le VGM et la CCMH. Ces
cate dans le domaine médical. Il n’y a que très peu constantes, par définition, sont utilisées en clinique
d’études dans la littérature incluant un nombre suffi- pour classifier une anémie : anémie normocytaire,
sant de patients explorés avec les méthodes actuelles microcytaire ou macrocytaire en fonction du VGM,
de réalisation de l’hémogramme. Cette situation n’est anémie normochrome ou hypochrome en fonction
pas propre à la France. Les valeurs de référence de de la CCMH. L’analyse de la TCMH n’apportera
l’hémogramme citées dans les traités d’hématologie qu’exceptionnellement des info rm ations supplé-
récents, tant français qu’étrangers, sont ou bien don- mentaires (2). La TCMH est une valeur utile pour
nées de manière arbitraire sans références, ou bien le biologiste et son analyse peut lui perm e t t re
issues d’études anciennes et rarement françaises. Ces d’orienter le clinicien dans l’analyse étiologique
études reposent parfois sur des effectifs limités. d’une anémie.
Ces valeurs de référence sont définies de façon arbi- Les réticulocytes ne font pas partie de l’hémo-
traire. Il s’agit, en général, des valeurs comprises dans gramme systématique. S’ils sont comptés, ce qui
un intervalle borné par les valeurs extrêmes ; ce sont les est souvent possible grâce aux automates actuels, la
valeurs situées à plus ou moins 2 écarts-types, par rap- communication du résultat, également sous forme
port à la valeur moyenne observée, ou celles comprises de valeur absolue, est à encourager. Cette valeur ne
entre le 2,5e et le 97,5e centile d’un ensemble de valeurs peut être appréciée qu’en tenant compte du taux
observées. Ceci ne permet pas d’affirmer qu’il s’agisse d’hémoglobine.
de va l e u rs réellement pat h o l ogiques pour un sujet
donné. À l’inverse, des valeurs comprises dans l’inter- Les valeurs de la numération des différents types
valle de référence ne sont pas, non plus, forcément nor- de leucocytes doivent être fournies sous forme de
males pour un sujet donné. L’établissement de normes a valeurs absolues. Les pourcentages, qui n’ont pas
souvent reposé sur l’hypothèse que la distribution des d’intérêt clinique, sont source de confusion. Ils ne
valeurs était Gaussienne, ce qui n’est pas toujours le cas. devraient plus figurer parmi les résultats.
C e rtains indices ou courbes de distri bu t i o n ,
Centile : chacune des cent valeurs de la variable concernant les différentes cellules sanguines, four-
au-dessous de laquelle se classent 1%, 2 %, 99 % nis par les automates actuels apportent des infor-
des éléments d’une distribution statistique. mations complémentaires utiles au biologiste dans
Ainsi, pour le taux d’hémoglobine par exemple, le cadre de sa propre analyse des résultats de l’hé-
97 % d’une population donnée a des valeurs de m ogra m m e. Ils ne doivent pas, en dehors d’un
l ’ h é m oglobine inféri e u res à la valeur défi n i e contexte spécialisé, être systématiquement commu-
comme le 97e centile pour cette population. niqués au praticien. Mais ils peuvent venir préciser
le commentaire et la conclusion du biologiste qui
Il est apparu important au groupe de définir : ce que doivent accompagner tout hémogramme.
doit comporter au minimum un compte rendu d’hémo-
gra m m e ; des va l e u rs seuils pour l’hémogra m m e, I.2. Valeurs seuils de l’hémogramme
c’est-à-dire des valeurs permettant d’identifier une
anomalie de l’hémogramme d’importance clinique et Ces valeurs seuils de l’hémogramme, qui ne relèvent
donc susceptible de conduire à des explorations com- que d’un accord professionnel fort, ont été indiquées
plémentaires. dans le tableau 1 (cf. page 317). Les unités utilisées
sont les unités internationales, même si les valeurs
sont données, par souci de facilité de lecture, sous
I.1. Les données d’un hémogramme forme de nombres qui tiennent compte des habitudes
Pour le groupe, le compte rendu d’un hémogramme médicales (6500 x 106/L au lieu de 6,5 x 109/L leuco-
doit comprendre au minimum les valeurs : cytes par exemple).
- de l’hémoglobine ;
Les articles identifiés par la recherche bibliographique
- de l’hématocrite ;
et concernant les va l e u rs de référence de l’hémo-
- de la numération des érythrocytes ; gramme ont été analysés afin de vérifier si ces valeurs
- des principales constantes érythrocytaires : Volume seuils étaient en accord avec les autres études dispo-
G l o bu l a i re Moyen (VG M ) , C o n c e n t rat i o n nibles dans la littérature.
Corpusculaire Moyenne en Hémoglobine (CCMH)
et Teneur Corpusculaire Moyenne en Hémoglobine Une seule étude en 1987 (3) a été consacrée à l’éta-
(TCMH) ; blissement de nouvelles normes pour l’hémogramme,
prenant en compte l’automatisation de cet examen et tion de l’Est de la France par un examen de santé
comparant ces normes avec celles proposées par des familial et de définir des valeurs de référence pour
t raités d’hémat o l ogi e. Cette étude (3) portait sur cette population. La population étudiée était des
57 311 patients, de tous âges et considérés comme patients de plus de 4 ans et constituait une population
sains. Les valeurs de référence établies par les auteurs « tout-venant» de patients bénéficiant du régime géné-
ont été indiquées dans le tableau 2A. ral de la Sécurité Sociale. À partir de cette population
globale a été sélectionné un sous-ensemble en
L’établissement de valeurs de référence pour les réti- excluant, selon des critères bien définis, les patients
culocytes a fait l’objet d’études spécifiques et ceci est malades ou s’écartant possiblement de l’état de santé
lié à l’apparition d’automates capables d’effectuer le « normal» (patients ayant une hypertension artérielle,
compte des réticulocytes. L’étude de Tarallo portait une surcharge pondérale, une consommation impor-
sur 936 patients âgés de plus de 4 ans, non anémiques tante de tabac ou d’alcool) et les patients de races non
et sans anomalies des autres paramètres de l’hémo- européennes (afin d’éviter un facteur de variation liée
gramme (4). Les patients non à jeun avaient été à l’origine ethnique) (7). Le nombre de patients étu-
exclus, ainsi que les femmes sous contraceptif oral, les diés et les valeurs de référence définies pour chacun
patients prenant des médicaments et ceux fumant plus des paramètres de l’hémogramme ont été indiqués
de 5 cigarettes par jour. Les résultats de cette étude, dans les tableaux 4A à 4 F (8-10).
prenant en compte le sexe et l’âge des patients, ont été
indiqués dans le tableau 2B. Si on compare les valeurs de référence définies par
Swaanenburg (3) (tableau 2A) et celles établies par
En ce qui concerne les va l e u rs observées dans la l’étude du Centre de Médecine Préve n t ive de
population française deux études issues respective- Vandœuvre-lès-Nancy (8) (tableaux 4), on observe
ment de l’Institut Régional pour la Santé (IRSA) (5) et une très bonne homogénéité pour les va l e u rs des
du Centre de Médecine Préventive de Vandœuvre-lès- numérations des globules rouges, de la leucocytose
Nancy (CMPV) (6) sont disponibles. totale et des plaquettes, bien que les populations étu-
diées et les techniques de mesure de ces deux études
L’étude réalisée par l’Institut Régional pour la Santé aient été différentes. Les résultats sont plus divergents
(5) concernait 77 381 patients (36 905 hommes et pour les paramètres de la formule leucocytaire avec,
4 0 476 femmes) âgés de 6 à 65 ans, v ivant dans pour les va l e u rs issues de l’étude du Centre de
4 départements du Centre-Ouest (Indre, I n d re - e t - Médecine Préventive de Vandœuvre-lès-Nancy (8) des
Loire, Maine-et-Loire, Sarthe), bénéficiant du régime intervalles de référence nettement plus larges. Ceci
général de la Sécurité Sociale, et ayant eu un examen peut être lié à la technique utilisée (comptage automa-
de santé entre octobre 1989 et juillet 1990. Les prélè- tique sur 100 cellules). À noter que les valeurs obser-
vements ont été réalisés à jeun entre 7 h e u res et vées dans l’étude de l’Institut Régional pour la Santé
11 heures, et les mesures réalisées dans la journée (5 à (5) (tableau 3) étaient également plus resserrées que
10 heures après le prélèvement) à l’aide de 4 auto- celles de l’étude du Centre de Médecine Préventive de
mates identiques. L’objectif de cette étude était de Vandœuvre-lès-Nancy (8).
c o n n a î t re la distri bution des résultats de l’hémo-
gra m m e, dans une population « t o u t - ve n a n t » de
patients en état de travailler ou d’enfants scolarisés. Il Le Centre de Médecine Préventive de Vandœuvre-lès-
s’agissait donc des valeurs observées dans une popula- Nancy a effectué plus récemment (année 1996) une
tion. nouvelle évaluation des paramètres de la formule leu-
cocytaire en utilisant un automate plus moderne. La
L’objectif de cette étude n’était pas de définir des population étudiée comportait des sujets de sexe mas-
valeurs de référence. L’état de santé d’une partie de culin et féminin, âgés de 3 ans à plus de 60 ans, ne
cette population (39156 patients), considérée comme prenant ni médicament, ni contraception, non-fumeurs
représentative de l’ensemble, était connu et bien pré- et ayant un prélèvement sanguin à jeun le matin. Les
cisé par une évaluation détaillée (5). L’évaluation de valeurs observées sont indiquées dans les tableaux 4 G
santé de ces patients n’avait pas pour objet d’exclure et 4 H, et sont effectivement plus resserrées (Données
ceux dont certains paramètres de santé ou de compor- non publiées communiquées par P. Tarallo, G. Siest, J.
tement pouvaient modifier les résultats de l’hémo- Henny).
gramme. Les résultats obtenus pour l’hémogramme
ont été détaillés dans le tableau 3. Les valeurs des 2,5e
et 97,5 e centiles permettant de s’approcher des valeurs En pratique, le groupe de travail a considéré qu’il
« normales», par exclusion des 5 % de la population fallait retenir les valeurs seuils définies (tableau 1),
dont les résultats figuraient aux deux extrêmes de la y compris pour les paramètres de la formule leuco-
distribution, ont été exprimées. cytaire.
L’étude du Centre de Médecine Préve n t ive de Par définition ne sont indiquées ici que les valeurs ayant
Vandœuvre-lès-Nancy (7) concernait les populations une signification clinique. Pour cette raison, on retient
de Lorraine, Champagne et Ardennes. L’objectif de par exemple le taux d’hémoglobine (définissant l’anémie)
cette étude était d’évaluer l’état de santé de la popula- et pas le résultat de la numération des globules rouges.
Plaquettes
Thrombopénie < 150 000 x 106/L
Thrombocytose > 400 000 x 106/L
1 : rappelons qu’il n’existe pas d’hyperchromie.
2 : cf. Conférence de consensus sur les polyglobulies (11).
3 : une numération de réticulocytes ne peut s’apprécier que de façon fonctionnelle en tenant compte du taux d’hémoglobine.
4 : La signification d’une leucopénie ou d’une hyperleucocytose globale n’est médicalement pas claire. En pratique, il faut analyser les varia-
tions des différents types de leucocytes et pas celle de la leucocytose totale.
5 : tenir compte de l’origine ethnique.
6 : tenir compte de l’âge.
Tableau 2A. Valeurs de référence définies par Swaanenburg pour une population de plus de 15 ans (3).
Âge (ans) Hommes Femmes
Tableau 2B. Valeurs de référence pour les réticulocytes (adultes et enfants) (4).
Réticulocytes totaux (106/L)
(intervalle de référence)
Âge (Ans) Sexe Effectif 2,5e centile 97,5e centile
4-19 Garçons et filles 369 25 800 189 300
20-49 Hommes 184 32 300 195 600
Femmes 207 23 500 188 000
50 et plus Hommes 103 32 400 104 200
Femmes 173 26 600 190 200
Valeurs de référence établies à partir d’un comptage par automate type Sysmex R-3000TM.
Tableau 3*. Valeurs usuelles du taux d’hémoglobine, de la numération des globules rouges, du VGM et de la
CCMH, des différents leucocytes, des plaquettes, pour une population de patients âgés de plus de
15 ans (5).
Centiles hommes Centiles femmes
2,5e 97,5e 2,5e 97,5e
Tableau 4A. Limites de référence de la numération des globules rouges (nombre de cellules x 1012/L) (8).
Âge N Centiles Hommes N Centiles Femmes
(ans) 2,5e 97,5e 2,5e 97,5e
14-10 1 877 4,2 5,3 1 752 4,1 5,3
10-14 1 167 4,3 5,5 1 068 4,2 5,3
14-18 1 627 4,5 5,7 1 548 4,2 5,2
18-25 1 562 4,6 5,8 1 576 4,1 5,2
25-45 2 209 4,5 5,7 2 032 4,1 5,2
45-65 1 509 4,4 5,6 1 086 4,1 5,4
Tableau 4 D. Limites de référence de la numération des leucocytes totaux (nombre de cellules x 106/L) (9).
Âge N Centiles Hommes N Centiles Femmes
(ans) 2,5e 97,5e 2,5e 97,5e
Hommes
14-10 1 880 1 300 8 700 0 1 200 0 400 1 900 7 100 20 1 300
10-18 1 801 1 400 8 100 0 1 900 0 300 1 800 6 100 30 1 300
18-65 3 317 1 700 8 000 0 1 700 0 300 1 700 5 200 40 1 300
Femmes
14-10 1 755 1 400 9 000 0 1 100 0 400 1 000 7 100 20 1 200
10-18 1 620 1 600 8 400 0 1 900 0 300 1 800 6 100 20 1 200
18-65 2 709 1 700 8 200 0 1 700 0 300 1 700 5 300 20 1 100
Tableau 4 G. Limites de référence de la numération des leucocytes totaux (nombre de cellules x 106/L) (Données
non publiées communiquées par P. Tarallo, G. Siest, J. Henny).
Âge N Centiles Hommes1 N Centiles Femmes2
(ans) 2,5e 97,5e 2,5e 97,5e
Tableau 4 H. Limites de référence de la numération des différents types de leucocytes (nombre de cellules x 106/L)
(Données non publiées communiquées par P. Tarallo, G. Siest, J. Henny).
Âge N PN PE PB L M
(ans) 2,5e 97,5e 2,5e 97,5e 2,5e 97,5e 2,5e 97,5e 2,5e 97,5e
Hommes1
13-10 1 085 1 500 7 400 150 1 290 0 240 1 600 4 800 330 1 240
10-14 1 842 1 500 6 400 100 1 160 0 210 1 460 3 970 320 1 090
14-18 1 681 1 600 6 500 100 1 900 0 220 1 430 3 880 320 1 070
18-60 1 815 1 800 6 300 130 1 630 0 190 1 040 3 390 310 1 020
≥ 60 1 167 1 900 6 000 110 1 540 0 200 1 920 3 200 300 1 050
Femmes2
3-10 1 982 1 500 7 400 140 1 280 0 240 1 160 1 490 320 1 110
10-14 1 866 1 600 6 900 180 1 160 0 230 1 150 1 400 320 1 060
14-18 1 636 1 700 7 900 190 1 900 0 230 1 140 1 390 330 1 160
18-60 1 854 1 800 7 300 130 1 580 0 230 1 100 1 340 300 1 010
≥ 60 1 189 1 700 6 300 110 1 730 0 150 1 100 1 330 220 1 880
1
Hommes (matin, à jeun, sans tabac, sans médicaments).
2
Femmes (matin, à jeun, sans tabac, sans médicaments, sans contraceptif oral).
Limites de référence établies par une étude récente (1996) du CMPV. Les hémogrammes ont été réalisés sur un automate plus récent Coulter
Maxm. Seules sont indiquées les valeurs correspondant au 2,5e et au 97,5e centile.
II. Quelles sont les variations (patients de plus de 15 ans). Cette différence est sur-
non pathologiques des valeurs tout nette pour la lignée rouge, et en particulier pour le
taux d’hémoglobine. Pour les autres paramètres, les
de l’hémogramme à connaître différences observées ne sont généralement pas prises
avant de demander des explorations en compte sur le plan clinique.
complémentaires ?
II.1.1. Globules rouges
Dans un certain nombre de situat i o n s , les va l e u rs
observées de l’hémogramme peuvent ne pas être com- La variation du taux normal d’hémoglobine en fonc-
prises dans les différents intervalles définissant les tion du sexe est bien établie et confirmée par l’étude
valeurs normales. Certaines de ces situations ne sont de l’Institut Régional pour la Santé (5) (tableau 3 et
pas pathologiques. Les anomalies constatées peuvent figure 1). Les valeurs de référence (définies dans cette
être considérées comme physiologiques et ne doivent étude comme les valeurs comprises entre le 2,5e et le
pas conduire à des explorations complémentaires. 97,5e centile) sont différentes pour les hommes et les
Ces variations physiologiques sont liées à de nombreux femmes (tableaux 2 et 4). Cette différence selon le
facteurs : âge, sexe, race, rythmes biologiques, cycle sexe apparaît à la puberté, et persiste ensuite quelle
menstruel, contraception et grossesse, stress, anxiété et que soit la tranche d’âge observée.
douleur, effort physique, jeûne, vie en altitude. En ce qui concerne les constantes érythrocytaires il
Les études de la littérature, ayant établi certaines de ex i s t e, selon les données de l’étude de l’Institut
ces notions souvent considérées comme classiques, Régional pour la Santé (5), une différence pour le VGM
sont anciennes (années 70-80). Des études plus et la CCMH. Le VGM est en moyenne supérieur chez la
récentes seraient utiles afin de pre n d re en compte femme jusqu’à l’âge de 30 ans, puis il devient supérieur
l’évolution éventuelle du statut de santé de la popula- chez l’homme. La CCMH est inférieure chez la femme
tion (exemple de la supplémentation en fer dans diffé- dès la puberté et le reste toute la vie durant (tableau 3).
rentes situations comme la première enfance ou la
grossesse), et l’amélioration des techniques de réalisa- Les variations des paramètres érythrocytaires en fonc-
tion de l’hémogramme. tion du sexe sont bien établies et doivent être prises en
compte sur le plan clinique.
É volution de la moye n n e
É volution de la moye n n e
É volution de la moye n n e
En ce qui concerne les réticulocytes, l’étude française cytose étaient comprises entre 5 600 et 17 000 x 106/L
de Tarallo a déterminé les valeurs de référence pour pour les enfants âgés de 1 à 3 ans, 4 900 et
une population de 369 patients âgés de 4 à 19 ans (4). 1 29 0 0 x 106/L pour ceux âgés de 3 à 6 ans, 4 400 et
Les résultats de cette étude ont été indiqués dans le 1 06 0 0 x 106/L pour ceux âgés de 6 à 8 ans et 3 900 et
tableau 2B. 9 900 x 106/L pour ceux âgés de 8 à 16 ans. L’étude de
Une étude autri ch i e n n e, sur 750 enfants en bonne Bao (15) a confirmé qu’il existait chez l’enfant une
santé et âgés d’une semaine à 16 ans, a évalué les taux diminution de la leucocytose totale avec l’âge.
de réticulocytes par un automate de type R-1000 Une étude (18) s’est intéressée aux valeurs absolues
Sysmex Toa Medical Electronics (16). Il n’y avait pas observées des lymphocytes. Elle ne concernait que
de différence significative en fonction de l’âge pour 84 enfants. En fonction de l’âge, les va l e u rs
les enfants âgés de plus d’une semaine. Les résultats m oyennes rap p o rtées des ly m p h o cytes étaient de
obtenus étaient voisins avec une valeur moyenne (plus 5 731 ± 159 x 106/L pour les enfants âgés de 1 à 2 ans,
ou moins deux déviations standards) qui était de de 4676 ± 146 x 106/L pour ceux âgés de 3 à 5 ans et
58 700 ± 24 600 x 106/L. de 3 226 ± 11 x 106/L pour ceux âgés de 6 à 10 ans.
Leucocytes Plaquettes
L’étude de Cranendonk (17) s’est intéressée à la leuco- L’étude de Bao (15) a confirmé qu’il existait chez
cytose. Elle portait sur 1 216 enfants en bonne santé, l ’ e n fant une diminution modérée des va l e u rs des
âgés de 0 à 16 ans. Les valeurs observées de la leuco- numérations plaquettaires avec l’âge.
Tableau 5A. Valeurs de référence définies par Swaanenburg pour une population d’enfants âgés de 1 à 15 ans (3).
1-4 ans 5-9 ans 10-14 ans
Hémoglobine (g/dL) 11,1-14,49 Garçons 11,43-15,13 Garçons 12,40-15,77
Filles 11,43-14,49 Filles 12,40-14,50
Érythrocytes (1012/L) 4,00-5,20 4,20-5,30 4,50-5,70
VGM (µ3) 80-90 82-92 85-95
Neutrophiles (106/L) 1 200-6 200 1 300-6 300
Éosinophiles (106/L) 40-700 40-550
40-600 40-480
Lymphocytes (106/L) 1 700-5 000 1 400-3 600 (valeurs adultes)
Monocytes (106/L) 180-600
Plaquettes (106/L) 175 000-500 000 175 000-420 000 175 000-375 000
Valeurs de référence établies à partir d’une étude faite chez 57311 patients de tous âges. Les mesures ont été faites avec un appareil de type
Technicon H6000. Ne sont indiquées ici que les tranches d’âge pour lesquelles les valeurs de référence de l’hémogramme chez l’enfant diffè-
rent statistiquement des valeurs établies chez l’adulte (tableau 2A).
NB : dans cette étude, 0,6 à 1% des leucocytes ont été classés comme large unstained cell ou LUC, et non pris en compte pour l’établisse-
ment de ces valeurs de référence.
—— Enfants de moins de 1 an que ces données sont en fait déduites d’une étude
publiée en 1952 qui reposait sur une compilation de
Pour les moins de 1 an (nouveau-nés ex cl u s ) , l e s données plus anciennes de la littérature. L’étude de
études disponibles sont plus anciennes et les effectifs Cranendonk (17) a confirmé des valeurs observées des
parfois très limités (études de niveaux B et C). L’étude numérations de leucocytes comprises entre 7 300 et
de Saarinen (19) portait sur 232 enfants sains, nés à 16600 x 106/L pour les enfants âgés de moins de 1 an.
t e rme et pesant plus de 3 kg à la naissance. Les L’étude de Panaro (18), qui portait sur 38 enfants de
enfants ayant une carence martiale avaient été exclus. moins de 1 an, ne s’intéressait qu’à la lymphocytose.
Tous les enfants, suivis de façon longitudinale, étaient Les valeurs moyennes des numérations des lympho-
supplémentés en fer. Ils ont eu un prélèvement à la cytes, pour les enfants âgés de moins de 6 mois et
naissance, à 15 jours, et à 1, 2, 4, 6, 9 et 12 mois. Les ceux âgés de 6 mois à 1 an, étaient respectivement de
valeurs usuelles fournies par cette étude pour le taux 7 315 ± 132 x 106/L et de 6 623 ± 110 x 106/L.
d’hémoglobine, la numération des érythrocytes et le
VGM sont indiquées dans le tableau 6. Il n’y a pas d’étude disponible concernant l’établisse-
ment de valeurs de référence pour les plaquettes, chez
En ce qui concerne les leucocytes, les données habi- des enfants de moins de 1 an. Des études complémen-
tuellement citées dans les manuels d’hémat o l ogi e taires sont nécessaires afin de préciser les valeurs de
pédiatrique sont celles de Dallman (20). Elles sont référence des numérations des différents types de leu-
indiquées dans le tableau 6. Cranendonk (17) rappelle cocytes et des plaquettes chez le nourrisson.
Tableau 7. Valeurs usuelles de l’hémogramme chez les patients de plus de 60 ans (5).
Hommes Femmes
2,5e centile 97,5e centile 2,5e centile 97,5e centile
Hémoglobine (g/dL)
61-65 ans 13,1 17,1 12,3 15,3
> 65 ans 12,5 17,1 11,3 15,8
Neutrophiles (106/L)
61-65 ans 1 850 6 450 1 500 6 210
> 65 ans 1 930 8 840 1 950 6 150
Éosinophiles (106/L)
61-65 ans 40 590 30 520
> 65 ans 50 690 40 450
Basophiles (106/L)
61-65 ans 0 110 0 100
> 65 ans 0 110 0 110
Lymphocytes (106/L)
61-65 ans 1 040 3 610 1 030 3 240
> 65 ans 1 130 4 230 980 3 470
Monocytes (106/L)
61-65 ans 200 760 130 610
> 65 ans 220 910 90 590
Plaquettes (109/L)
61-65 ans 172 381 186 420
> 65 ans 143 407 188 449
L’étude a été faite chez 710 patients de plus de 60 ans : 366 hommes (dont 260 âgés de 61 à 65 ans, et 106 âgés de plus de
65 ans) et 344 femmes (dont 169 âgées de 61 à 65 ans, et 175 de plus de 65 ans).
L’étude du Centre de Médecine Préve n t ive de était l’hématocrite. Les intervalles de référence pour
Vandœuvre-lès-Nancy (6) ne comportait également l’hématocrite chez les hommes étaient compris entre
qu’un effectif relativement limité de patients âgés de 41 et 50% chez les plus de 70 ans versus 42 et 52 %
plus de 60 ans. Des va l e u rs de référence pour les chez les patients plus jeunes. Chez les femmes, ces
p atients de plus de 60 ans ont été pro p o s é e s mêmes intervalles étaient respectivement de 37 à 46 %
(tableaux 4). Les va ri ations par rapport aux autres et de 37 à 47 %.
t ra n ches d’âge ap p a raissaient également comme
minimes. Une étude longitudinale (23), faite en Israël, a porté
sur un échantillon représentatif de la population israé-
Peu d’études méthodologiquement correctes concer- lienne de cette tranche d’âge, comportant 456 patients
nant les normes de l’hémogramme chez les patients âgés de plus de 70 ans (250 hommes et 206 femmes).
âgés sont disponibles dans la littérature. Les deux Les valeurs de l’hémogramme évaluées étaient le taux
principales critiques sont le nombre limité de patients d’hémoglobine, l’hématocrite, le VGM et le taux de
inclus et le caractère «en bonne santé» de la popula- plaquettes. Pour chaque type d’examen biologique, un
tion étudiée. Ce dernier caractère est difficile à affir- sous-groupe de référence était constitué en éliminant,
mer compte tenu de l’incidence élevée, dans cette selon une méthodologie exhaustive, tous les patients
tranche d’âge, des pathologies ou des prises de médi- ayant une pathologie ou une prise de médicament sus-
caments pouvant perturber la distribution des valeurs ceptible d’affecter les résultats de l’examen en ques-
usuelles de l’hémogramme. Selon les critères plus ou tion. En ce qui concerne l’étude des valeurs de l’hé-
moins sélectifs utilisés pour isoler une sous-popula- m ogra m m e, seulement 60 femmes et 59 h o m m e s
tion en bonne santé, la fraction de la population finale- (15 % de la population initiale) ont été retenus pour
ment étudiée pour l’établissement des valeurs de réfé- constituer ces sous-groupes de référence, c’est-à-dire
rence va riait. Ces études ne concernaient que très les patients à partir desquels étaient établies les
rarement l’ensemble des données de l’hémogramme. valeurs de référence. Les valeurs de référence obte-
nues (bornes inférieures et supérieures déterminées
Les données de la « Second National Health and par le 2,5e et le 97,5e centile) pour les hommes et les
Nutrition Examination Survey » (NHANES II) (14) femmes de plus de 70 ans ont été comparées à des
ont permis une étude de la variation du taux d’hémo- valeurs de référence publiées pour la population adulte
globine, du VGM et de la CCMH en fonction de l’âge dans son ensemble. La seule différence entre ces deux
chez 15 093 patients (enfants et adultes). Les inter- populations était une limite inférieure du taux d’hé-
valles de référence ont été définis par le 2,5e et le 97,5 e m oglobine plus basse chez les hommes âgés
centile. Les différences observées chez les patients de (12,2 g/dL), associée à une diminution du VGM et du
plus de 65 ans étaient peu importantes, la plus mar- fer sérique. Chez la femme âgée, il existait également
quée étant une diminution modérée de la limite infé- une baisse du VGM et du fer, mais sans baisse du taux
ri e u re du taux d’hémoglobine chez l’homme d’hémoglobine. Les auteurs ont conclu qu’il n’y avait
(12,6 g/dL). Le caractère « en bonne santé » de cette pas, en pratique, de normes différentes à utiliser dans
population n’était pas totalement affirmé malgré la cette population et que la baisse du taux d’hémoglo-
prise en compte de critères d’exclusion pour la déter- bine était a pri o ri la conséquence de saignements
mination des intervalles de référence. occultes méconnus.
L’étude dite de Gotenberg (21), réalisée en Suède en Dans la Cardiovascular Health Study Américaine (24),
1970-1971, a porté sur 973 patients âgés de plus de 5 201 patients âgés de plus de 65 ans ont été évalués
70 ans, échantillon défini comme représentatif de la pour la seule leucocytose. Etaient pris en compte dans
population âgée de cette ville. Seulement 29 % des cette étude le sexe, la tranche d’âge (tranches de 5 ans,
p atients étaient exempts de toute pat h o l ogi e. Les à partir de 65 ans), l’origine ethnique et la consomma-
valeurs de référence pour le taux d’hémoglobine, ici tion de cigarettes. Les conclusions de cette étude ont
définies comme celles comprises entre le 2,2e et le été les suivantes :
97,8e centile, étaient comprises entre 13,0 et 17,1 g/dL • dans la race blanche, le taux moyen de leucocytes
chez l’homme et entre 11,9 et 15,9 g/dL chez la était significativement supérieur chez les hommes
femme. âgés par rapport aux femmes âgées (P < 0,0001) ;
Une étude française (22), réalisée en région pari- • il existait, dans la race blanche, une augmentation
sienne, a porté sur 193 patients de plus de 70 ans et en s i g n i fi c at ive du taux moyen de leucocytes ave c
« bonne santé », selon des critères bien définis. Dans l ’ â ge, chez les femmes de plus de 65 ans
cette étude, 59 patients (30%) ne prenaient aucun trai- (P = 0,005), mais pas chez les hommes ;
tement, 47 (24 %) prenaient occasionnellement des • il n’y avait pas de différence significative, en fonc-
médicaments ou des médications mineures et 87 tion du sexe ou de la tranche d’âge, chez les patients
(45%) avaient un problème de santé équilibré par un de race noire ;
t raitement adéquat. Le seul para m è t re de l’hémo- • pour les deux sexes, le nombre de leucocytes était
gramme, pour lequel les valeurs de référence obtenues corrélé positivement au tabagisme, aux autres fac-
étaient comparées à celles de patients jeunes et en teurs de risque d’athérosclérose, à une athérosclé-
bonne santé (patients âgés de 20 à 50 ans recrutés rose connue.
parmi le personnel des hôpitaux participant à l’étude), Dans cette étude les auteurs ont conclu que l’augmen-
tation de la leucocytose observée chez les patients Un des rapports de ces études (14) a été consacré spé-
âgés était associée à une athérosclérose présente ou à cifiquement aux paramètres de la lignée rouge. Les
ses facteurs de risque. va l e u rs médianes des taux d’hémoglobine ont été
Une étude (25), portant sur 44 patients très âgés (84 à comparées, par groupe d’âge, entre des patients de
98 ans), tous de race blanche, soigneusement sélec- race noire et des patients de race blanche. La popula-
tionnés sur leur état de santé et comparés à une popu- tion initiale comprenait 27 801 patients, mais pour
lation témoin (patients âgés de 30 à 50 ans), a évalué cette étude le nombre de patients étudiés a été finale-
la numération d’érythrocytes, le taux d’hémoglobine, ment de 15 093. En effet devait être connu le taux
le VGM, la CCMH et la leucocytose avec détermina- d’hémoglobine (à partir d’un prélèvement veineux),
tion de la fo rmule (Étude de niveau C). Chez les ainsi que le résultat du VGM, celui du coefficient de
patients très âgés aucune de ces valeurs n’était statisti- saturation de la transferrine et celui du dosage des
quement différente des valeurs de référence établies protoporphyrines érythrocytaires. De plus, les patients
chez les patients plus jeunes. Les auteurs ont conclu ayant une électrophorèse de l’hémoglobine anormale
que les différences habituellement attribuées à l’âge avaient été exclus, ainsi que les enfants âgés de moins
sont en fait le re flet de pat h o l ogies sous-jacentes de 1 an et les femmes enceintes. Il existait une diffé-
méconnues. rence significative (P < 0,05) entre les deux sexes et
pour toutes les tranches d’âge. Pour la détermination
Les variations des valeurs de l’hémogramme chez le des valeurs médianes du taux d’hémoglobine étaient
sujet âgé, quand elles existent, sont modérées. Même exclus les patients ayant un VGM < 80 µ3, ceux ayant
si ces variations sont parfois significatives sur le plan un coefficient de saturation de la transferrine < 16 %
statistique, elles n’ont pas pour autant une significa- et ceux ayant des pro t o p o rp hy rines éry t h ro cy t a i re s
tion sur le plan clinique. Il n’y a pas d’argument dans > 75 µg/dL de globules rouges. Si on considère par
la littér ature pour remettre en cause, chez les patients exemple les patients âgés de 18 à 44 ans, les valeurs
les plus âgés, les va l e u rs seuils établies pour des médianes des taux d’hémoglobine chez les patients de
patients plus jeunes. race blanche et chez les patients de race noire étaient
respectivement de 15,3 g/dL et 14,5 g/dL chez les
h o m m e s , et de 13,6 g/dL et 12,8 g/dL chez les
II.3. Autres facteurs, liés au patient et à femmes. Il existait donc, dans les deux sexes, une dif-
l’origine de variations non pathologiques férence de 0,8 g/dL pour ces valeurs médianes. Il n’y
des valeurs de l’hémogramme avait pas de différence pour le VGM.
II.3.1. Variations des valeurs de l’hémogramme Un autre rapport de ces mêmes études (27) s’est atta-
en fonction de la race ché à établir des intervalles de référence pour les
patients de race noire, âgés de 18 à 44 ans. Les cri-
tères d’exclusion utilisés étaient les mêmes que ceux
—— Race noire utilisés pour le rapport précédent (14). Les intervalles
Globules rouges proposés pour les taux d’hémoglobine ont ainsi été
fixés à 12,3-16,7 g/dL pour les hommes, et à
Il existe une diminution du taux d’hémoglobine chez 10,7-15,3 g/dL pour les femmes. Ceux-ci sont à com-
les patients de race noire bien établie par plusieurs parer avec les intervalles fixés, dans la même étude,
études (Études de niveaux A et B). Cette différence pour les patients de race blanche soit 13,4-17,7 g/dL
n’est pas expliquée par l’incidence des hémoglobino- pour les hommes et 11,9-15,5 g/dL pour les femmes.
pathies plus élevée dans cette population et son étiolo-
gie reste largement débattue (26). L’étude de Castro, en 1987, a été consacrée à l’établis-
sement de valeurs de référence pour l’hémogramme
Ces études sont celles du National Health and des patients de race noire (28). Cette étude a porté sur
Nutrition Examination Survey. La première de ces 7 739 patients de race noire. Tous les patients étaient
é t u d e s , HANES I (1971-1974), p o rtait sur 28 0 4 3 considérés en bonne santé. Les patients ayant une
patients âgés de 1 à 75 ans. La deuxième, HANES II, hémoglobinopathie type drépanocytose ou delta-bêta-
(1976-1980) concernait 20322 patients âgés de 6 mois thalassémie ont été exclus par une électrophorèse de
à 74 ans. Ces études ont fait l’objet de plusieurs rap- l’hémoglobine. Les intervalles de référence proposés
ports. sont indiqués dans le tableau 8.
Tableau 8. Valeurs de référence pour des patients adultes de race noire (28).
Âge
(ans) Hommes Femmes
Hémoglobine (g/dL) 16-20 12,4-17,0 11,1-15,2
21-30 12,8-17,2 11,2-15,5
31-40 12,8-17,0 11,2-15,3
41-50 12,2-17,2 11,1-15,4
51-60 11,8-17,2 11,6-15,6
VGM (µ3) 16-20 75-102 74-103
21-30 76-103 74-103
31-40 76-105 76-105
41-50 74-104 77-104
51-60 80-104 73-103
CCMH (%) 16-20 30,3-37,0 30,0-37,5
21-30 30,4-38,1 29,9-38,0
31-40 30,0-38,0 29,9-38,0
41-50 30,4-38,3 29,8-38,3
51-60 29,7-38,4 30,1-37,6
Leucocytes totaux (106/L) 16-20 3 600-11 200 4 200-12 300
21-30 3 700-11 000 4 300-11 500
31-40 3 900-11 300 4 100-11 800
41-50 3 500-11 500 4 000-11 400
51-60 4 100-10 800 3 400-11 500
D’après Castro et al. (28) : Ces valeurs ont été déterminées à partir des données provenant des hémogrammes effectués chez 7739 patients de
race noir e, en bonne santé et vivant aux USA (cf. texte). Les mesures ont été faites avec un appareil de type JTB 700 (Baker Instrument
Division). L’intervalle de référence a été ici défini par les valeurs correspondant au 3 e et au 97 e centile. Ces valeurs sont à comparer avec les
valeurs usuelles définies dans une population européenne (tableau 2A).
Dans une étude américaine de 1991 (26) portant sur moyen ou des limites inférieures mais pas un « déficit »
166 patients de race noire et 296 patients de ra c e de patients ayant des taux élevés d’hémoglobine. Dans
blanche, tous en bonne santé, les taux moyens d’hémo- cette étude, il existait également une diminution signi-
globine étaient, dans la race noire, inférieurs chez les ficative du VGM chez les patients de race noire des
hommes (14,67 ± 1,01 ve rs u s 15,26 ± 1,03 g / d L : deux sexes. Cette diminution est liée à l’existence
P < 0,001) comme chez les femmes (12,54 ± 0,97 ver- d’une distribution bimodale du VGM avec, dans les 2
sus 13,53 ± 0,97 : P < 0,001). Dans cette étude 27 % sexes, un deuxième pic à 73 µ3 que les auteurs ont rat-
des femmes de race noire et 13 % des hommes de race taché à l’incidence plus élevée des hémoglobinopathies
noire avaient des critères d’anémie, si l’on utilise les dans la race noire. À noter que dans cette étude, les
normes habituelles (taux d’hémoglobine < à 13 g/dL patients anémiques de race noire avaient un VGM nor-
chez l’homme, et < à 12 g/dL chez la femme) ; parmi mal, dans plus de 80 % des cas.
les patients de race blanche, seuls 4 % des femmes et Les auteurs étaient en accord avec les valeurs infé-
2 % des hommes avaient ces critères. On peut regretter rieures définies précédemment, c’est-à-dire 12,3 g/dL
que les patients anémiques de race noire n’aient pas été et 10,7 g/dL pour les hommes et les femmes de race
explorés (électrophorèse de l’hémoglobine, bilan mar- n o i re, à comparer aux va l e u rs de 13,4 g/dL et
tial). Dans cette même étude, des taux d’hémoglobine 11,9 g/dL établies chez les hommes et les femmes de
élevés (ici définis comme > 16,5 g/dL chez l’homme et race blanche.
> 14 g/dL chez la femme) ne s’observaient que chez
Globules blancs
3 % des hommes noirs contre 8 % des hommes blancs,
et chez 5 % des femmes noires contre 28 % des Les patients de race noire ont une numération des leu-
femmes blanches. Ces données témoignent d’un déca- cocytes et des polynucléaires neutrophiles inférieure à
lage global de la courbe de distribution des taux d’hé- celle des patients de race blanche. Ce fait, qualifié de
moglobine chez les patients de race noire et posent le neutropénie ethnique, a été également bien établi par
problème des valeurs seuils à adopter pour la définition plusieurs études (Études de niveaux A et B).
d’une anémie. La différence des taux d’hémoglobine Cette notion classique a été confirmée, en particulier,
entre patients de race noire et patients de race blanche par les études américaines du National Health and
n’est pas liée uniquement à une différence d’incidence N u t rition Examination Survey. L’étude HANES I
des hémoglobinopathies ou de la carence martiale. (1971-1974) portait sur 28 043 patients âgés de 1 à
Celles-ci pourraient expliquer une diminution du taux 75 ans. L’ étude, HANES II (1976-1980) concernait
Dans l’étude de Giles (41), où les plaquettes ont été L’ensemble de ces études est en faveur d’une stabilité
é valuées par un automate de type Coulter S-P l u s , ou d’une diminution non cliniquement signifi c at ive
seules les femmes ayant une grossesse pathologique des taux moyens ou médians de plaquettes lors d’une
étaient thrombopéniques. En reva n ch e, l e s grossesse norm a l e. Néanmoins on peut concevo i r
1 087 femmes ayant une grossesse normale avaient, au qu’une femme ayant des plaquettes à la limite infé-
3e trimestre, un taux moyen normal de plaquettes, soit rieure de la normale puisse, lors d’une grossesse, avoir
2 8 6 0 0 0 x 1 0 6 /L à comparer avec le taux de une diminution des taux de plaquettes permettant de
2 9 00 0 0 x 106/L de la population adulte de référence porter le diagnostic de thrombopénie modérée.
(1 011 patients). Dans cette étude le pourcentage de Une étude canadienne monocentrique a évalué la
femmes ayant une thrombopénie (définie par un taux numération plaquettaire chez 2204 femmes enceintes,
de plaquettes < 150000 x 106/L) n’était que de 0,2 % dont 1 621 ont eu un prélèvement lors du travail ou
alors qu’il était de 0,4% dans la population adulte de dans les 24 heures après l’accouchement (44). Les
référence. femmes ayant des antécédents particuliers (infection
récente, toxémie, lupus, purpura thrombopénique idio-
Plusieurs études ont observé une diminution modérée pathique) ou des symptômes suggérant une de ces
des taux de plaquettes lors de l’évolution de gros- a ffections étaient ex cl u e s ; 686 donneurs de sang
sesses normales. L’étude anglaise de Sejeny, déjà citée constituaient le groupe témoin. Dans cette étude la
(37) a été réalisée sur 405 femmes enceintes (les cri- thrombopénie a été définie comme toute valeur de la
tères utilisés pour exclure les grossesses pathologiques nu m é ration des plaquettes inféri e u re à
n’ont pas été indiqués). Les numérations de plaquettes 1 3 60 0 0 x 106/L. Parmi les femmes en travail ou en
ont été effectuées avec un automate de type Coulter post-partum immédiat, 74 (4,6 %) étaient thrombopé-
Th ro m b o c o u n t e r. Une diminution des taux de pla- niques (21000 à 135000 x 109/L) à comparer avec une
quettes moyens a été observée avec des taux moyens incidence de 1,02% chez les témoins. Aucune mère et
respectifs de 214000 x 106/L, de 203000 x 106/L et de aucun enfant n’ont eu de problème hémorragique à la
183900 x 106/L aux 1er, 2e et 3 e trimestre. Cette dimi- naissance. Après une enquête clinique et biologique
nution était statistiquement significative si l’on com- aucun contexte étiologique n’a été mis en évidence
parait les taux moyens du 1 er et du 3e trimestre, et ceux chez ces 74 femmes. Chez les 39 femmes qui ont eu
du 2e et du 3e trimestre. un deuxième hémogramme, la numération plaquettaire
Trois autres études récentes et portant sur un très s’était corrigée chez 35 d’entre elles en moins d’une
grand nombre de femmes enceintes (études de niveau semaine. Quatre ont conservé une thrombopénie plus
A), ont objectivé également une diminution statisti- de 6 mois, avec présence d’anticorps antiplaquettaires
quement significative de la numération plaquettaire. s u gg é rant un purp u ra thrombopénique immu n o l o-
L’étude de Fay (42) a été réalisée sur 2 066 femmes gique. Enfin, 4 de ces femmes étaient de nouveau
chez qui 2813 prélèvements ont été analysés lors de la thrombopéniques lors d’une deuxième grossesse, alors
grossesse. Cinq périodes de la grossesse ont été éva- qu’elles avaient eu des numérations plaquettaires nor-
luées : moins de 20 semaines, 20-27 semaines, 28-31 males entre les deux grossesses.
semaines, 32-35 semaines et plus de 36 semaines de Une deuxième étude canadienne, prospective et mono-
gestation. Le nombre de prélèvements analysés par c e n t ri q u e, réalisée sur un an et portant sur
période variait de 161 à 749. Les valeurs moyennes 2 263 femmes enceintes, a évalué l’incidence des
des numérations de plaquettes étaient respectivement thrombopénies modérées lors de la grossesse (45).
de 276 0 0 0 x 1 0 6 /L à moins de 20 semaines, Après exclusion des femmes ayant des antécédents ou
275000 x 106/L à 20-27 semaines, 272000 x 106/L à une grossesse pathologique pouvant affecter le taux de
28-31 semaines, 265000 x 106/L à 32-35 semaines et plaquettes (femmes programmées pour une césa-
261000 x 106/L à plus de 36 semaines de gestation. La rienne, femmes dont l’accouchement est déclenché,
différence entre le début et la fin de la grossesse est femmes ayant une rupture prématurée des membranes,
très signifi c at ive (P < 0,001). Dans l’étude austra- femmes fébriles lors du travail ou de l’accouchement,
lienne (31) sur 11 120 femmes enceintes, les inter- femmes dont la ge s t ation est inféri e u re à
valles de référence étaient de 174-391000 x 106/L au 37 semaines, femmes a yant une grossesse gémellaire,
1er trimestre, 1 7 1 - 4 0 90 0 0 x 106/L au 2e trimestre et femmes ayant des antécédents de purpura thrombopé-
155-429000 x 106/L au 3 e trimestre, à comparer à l’in- nique idiopathique, femmes ayant un diabète gesta-
t e rvalle proposé pour les témoins fe m m e s : 1 6 8 - tionnel, femmes ayant une hypertension artérielle gra-
4 3 30 0 0 x 106/L. Une étude hollandaise (43), portant vidique ou une éclampsie), 1 357 femmes (59,4% de
sur 247 femmes non fumeuses et menant une gros- l’effectif initial) en bonne santé et enceintes (grossesse
sesse normale (ex clusion des femmes ayant une normale) ont été incluses dans l’étude. Cent douze
hypertension artérielle), a montré une diminution du (8,3 %) avaient une thrombopénie modérée (97 000 à
taux médian de plaquettes entre le début (10 premières 150 000 x 106/L). Environ la moitié de ces femmes
semaines de ge s t ation) et la fin de la gro s s e s s e avait eu une anesthésie péridurale et 11 avaient eu une
(10 dernières semaines de gestation). Cette diminu- césarienne (d’indication obstétricale) sans problème
tion, bien que statistiquement significative, était modé- hémorragique. Toutes ces femmes ont eu des enfants
rée avec des taux médians de plaquettes passant de en bonne santé, et aucun n’avait moins de
287 000 x 106/L à 257 000 x 106/L. 1 0 00 0 0 x 106/L plaquettes à la naissance. Chez ces
se majorait de façon linéaire avec la chronicité de la consommation de cigarettes sur la leucocytose est
consommation de cigarettes. Ceci explique la corréla- double :
tion de l’augmentation de la leucocytose globale avec • immédiat pour les monocytes, les poly nu cl é a i re s
la consommation cumu l é e. Cette corr é l ation était neutrophiles et les éosinophiles ;
moins nette sur l’augmentation des poly nu cl é a i re s
neutrophiles. • cumulatif, en cas de consommation chronique, pour
les lymphocytes et les polynucléaires neutrophiles.
L’étude de Parry (tableau 9) a confirmé les données et Ce dernier point explique que s’il y a une normalisa-
a précisé les valeurs de la leucocytose en fonction de tion à l’arrêt de l’intoxication, celle-ci n’est que lente-
la consommation de ciga rettes (52). L’ e ffet de la ment progressive.
Tableau 9. Valeur des numérations leucocytaires observées en fonction de la consommation de cigarettes (d’après
Parry et coll.) (52).
Non-fumeurs Ex-fumeurs Ex-fumeurs Fumeurs Fumeurs
(+ de 5 ans (- de 5 ans (< 15 cig.*/j) (> 15 cig./j)
d’arrêt) d’arrêt)
Leucocytes (106/L) 5 560 ± 1 340 5 740 ± 1 240 6 320 ± 1 870 6 460 ± 1 830 7 670 ± 2 190
Polynucléaires neutrophiles (106/L) 3 200 ± 1 050 3 320 ± 990 3 800 ± 1 570 3 720 ± 1 410 4 620 ± 1 810
Lymphocytes (106/L) 1 900 ± 530 1 940 ± 470 2 010 ± 620 2 200 ± 600 2 460 ± 730
Monocytes (106/L) 450 ± 150 480 ± 270 510 ± 190 540 ± 220 600 ± 220
* cig. : cigarette.
entre le pic et le nadir était de 1840 ± 1 028 x 106/L, augmentation de 57 ± 16 % après une course d’une
soit une variation moyenne de 66 ± 42%. Le pic était minute. Cette dernière variation étant plus liée à l’aug-
observé en fin d’après-midi (17 h 30-20 h 30). mentation des lymphocytes (114 ± 20 %) qu’à celle des
Les variations des taux d’éosinophiles, de basophiles polynucléaires neutrophiles (34 ± 7 %).
et de monocytes étaient très marquées. Les variations
moyennes étaient de 292 ± 190 % pour les éosino- Des variations significatives de la leucocytose (poly-
p h i l e s , 3 1 5 ± 1 7 5 % pour les basophiles, e t nucléose et lymphocytose) sont observées après des
277 ± 221 % pour les monocytes. efforts pouvant être très brefs. Le retour à des valeurs
La va ri ation des taux de ly m p h o cytes était aussi de base est néanmoins obtenu dans tous les cas après
importante et très régulière. La différence moyenne un repos de 20 minutes.
entre le pic et le nadir était de 1 616 ± 770 x 106/L,
soit une variation moyenne de 84 ± 41 %. Le pic était —— Altitude
observé entre 0 et 1 heure.
La vie en altitude est responsable d’une polyglobulie.
Les variations des numérations de plaquettes étaient Une numération de plaquettes plus élevée a également
plus modérées. La différence moyenne entre le pic et été signalée.
le nadir était de 54 000 ± 32 000 x 10 6/L, soit une
variation moyenne de 23 ± 15 %.
Polyglobulie d’altitude
Les variations nycthémérales peuvent expliquer cer-
taines différences constatées par exemple entre un Cette notion classique n’a fait l’objet que de peu
hémogramme réalisé le soir et un hémogramme réa- d’études récentes.
lisé le matin. Ces données sont en faveur d’un horaire
standardisé et a priori matinal pour les prélèvements. L’étude de Garruto (58) concernait 303 patients mas-
culins âgés de 6 à 57 ans, originaires des Andes et
vivant de façon traditionnelle à 4 200 m d’altitude.
—— Exercice physique Chez les patients adultes (plus de 21 ans), la valeur
La leucocytose induite par l’exercice physique est une moyenne du taux d’hémoglobine était de 17,3 g/dL.
notion classique. Des études récentes, réalisées chez des La numération des globules rouges et l’hématocrite
patients jeunes à qui on imposait un effort physique, ont étaient également augmentés. Par rapport aux popula-
confirmé cette notion. Dans l’étude de Camus (55), 8 tions vivant au niveau de la mer, l’augmentation de
patients sportifs ont été étudiés. Ils ont eu un prélève- ces différents paramètres était de 10 à 12 %.
ment avant le début d’un exe rcice sub-maximal, à Dans une étude indienne, consacrée à l’évaluation du
1 0 m i nutes du débu t , à la fin de l’exe rcice (soit à taux des plaquettes (59) (cf. infra), l’hématocrite était
20 minutes du début), et après 5, 10 et 20 minutes de également évalué. Il était significativement plus élevé
récupération. L’augmentation de la leucocytose était un chez des patients vivant à plus de 3 0 0 0 m :
phénomène précoce et les va l e u rs observées à 52,0 ± 3,5 % versus 46,2 ± 2,5 % pour les témoins
10 minutes du début de l’exercice étaient pratiquement (P < 0,01).
les valeurs maximales. Les valeurs maximales obser-
vées, par rapport aux valeurs de repos, étaient augmen-
tées de 175 % pour les polynucléaires neutrophiles, Thrombocytose et altitude
220 % pour les lymphocytes et 240 % pour les mono- Une étude indienne (59) a comparé 99 patients mascu-
cytes (l’écart-type de ces variations n’a pas été fourni). lins, en bonne santé, âgés de 19 à 41 ans, dont 48 rési-
Le retour aux valeurs de base était obtenu dans tous les daient en plaine et 51 résidaient en permanence à plus
cas au bout de 20 minutes de repos. Dans l’étude de de 3 000 m. Les taux moyens de plaquettes dans les
Severs (56), 11 patients masculins jeunes (âge moyen deux groupes étaient de 221000 x 106/L ± 28000 ver-
30 ans) et en bonne santé ont réalisé pendant sus 403 400 x 106/L ± 38 000 (P < 0,001). Chez les
30 minutes un effort physique moins intense (corres- p atients vivant en altitude les taux de plaquettes
pondant à 50 % de leur VO2 max, préalablement déter- étaient tous compris entre 340000 et 519000 x 106/L.
minée). Une augmentation des leucocytes totaux L’hématocrite était également plus élevé chez eux.
(150 % des valeurs de base), des neutrophiles (150 %
des va l e u rs de base), des ly m p h o cytes (175 % des La même équipe (60) a étudié la variation du taux de
valeurs de base) et des monocytes (150 % des valeurs plaquettes en cas de séjour tempora i re en altitude
de base) a été observée avec des valeurs maximales (plus de 3000 m). L’élévation du taux moyen de pla-
atteintes après 15 minutes d’exercice et un retour aux quettes était continue et devenait significative à partir
valeurs de base après 15 minutes de repos (ces varia- de 31 jours.
tions sont des estimations faites à partir des schémas de
l’article et sont donc données à titre indicatif ; l’écart- Les variations des valeurs de l’hémogramme liées à
type de ces variations n’est pas indiqué). Dans une l’altitude ne sont signifi c at ives que chez des
autre étude (57) sur 8 patients jeunes, (âge moyen 30 patients vivant en permanence à des altitudes éle-
ans), une élévation des leucocytes totaux de 35 ± 10 % vées (3 000 à 4 000 m), situation rare en clinique
a été constatée après une course de 30 secondes, et une pour la population française.
Tableau 10. Facteurs de variations préanalytiques de l’hémogramme (61, 62, 63, 64, 65, 66).
Liés au prélèvement
Garrot Risque d’hémoconcentration après 60 secondes de pose
Matériel de prélèvement Risque d’hémolyse en cas de prélèvement à partir de cathéters avec un système à dépression
Risque de constitution de micro-caillots et de sédimentation dans la seringue en cas de prélève-
ment avec un système classique
Nature du prélèvement En cas de prélèvement capillaire :
- Risque d’hémolyse si la ponction est peu franche
- Le taux d’hémoglobine par prélèvement capillaire est supérieur à celui par prélèvement veineux
Liés à l’échantillon
Conservation À température ambiante, elle doit être inférieure à 6 heures
À 4 °C, elle ne doit pas dépasser 24 heures, mais le nombre de plaquettes sera erroné par défaut
quelle que soit la température, la valeur du VGM est augmentée après 6 heures
Transport Éviter tout choc thermique ou choc mécanique qui peuvent entraîner une hémolyse
Anticoagulant Risque d’agrégation plaquettaire dans le tube EDTA provoquant une pseudo-thrombopénie
Hémolyse Le nombre de globules rouges est erroné par défaut et le nombre de plaquettes peut être erroné
par excès
Micro-caillots Sous-estimation du nombre de plaquettes et de globules rouges
Sur certains automates, risque de surestimation du nombre de leucocytes
Liés au patient
Hyperlipémie Risque de surestimation du taux d’hémoglobine
Risque d’augmentation de la CCMH calculée (la CCMH mesurée est normale)
Cryoglobulines Risque de pseudo-leucocytose, pseudo-thrombocytose
Agglutinines froides Risque d’erreur par défaut du nombre de globules rouges donc d’augmentation de la CCMH
et dysglobulinémie calculée (la CCMH mesurée est normale)
Risque de surestimation du VGM
Érythroblastes Risque d’erreur par excès du nombre de leucocytes et perturbation de la formule leucocytaire,
les érythroblastes étant comptés comme lymphocytes
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