Vulnérabilités urbaines à Tunis
Vulnérabilités urbaines à Tunis
1 Introduction
L’agglomération de Tunis abrite plus d’un cinquième de la population du pays et constitue
son « premier pôle démographique et économique » ainsi que son « premier centre de
6
production et de consommation » . Ces rôles, acquis dans la durée, vont perdurer; et la
poursuite de la croissance démographique et économique du Grand Tunis est à prévoir à
l’horizon de l’étude (2030). Néanmoins, les experts tunisiens qui ont élaboré le Schéma
Directeur d’Aménagement du Grand Tunis (SDA) expliquent que « les sites urbanisables les
plus favorables ont déjà été consommés et que toute croissance ultérieure est susceptible de
7
porter préjudice à des équilibres environnementaux établis » .
Le défi urbanistique, est donc de poursuivre la croissance, tout en préservant au mieux
les équilibres. Néanmoins, et le SDA le suggère, l’équilibre à maintenir n’est plus un équilibre
« ancien » mais une nouvelle synthèse ville-territoire, correspondant à une population
d’environ 3M d’habitants dans le bassin de vie de la capitale, tout en tenant compte des effets
du changement climatique.
On note dans nos visites de site et entretiens sur place, dans les analyses du schéma directeur
8
ainsi que dans les études des tendances d’urbanisation que, en l’absence d’un contrôle
strict de l’acte de construction, l’extension actuelle de la ville se fait d’ores et déjà au
détriment de l’environnement. La ville a tendance à s’étendre en « grignotant » les plaines
agricoles environnantes au Sud et au Sud-Ouest (parfois en zone inondable) ; on construit sur
les flancs des collines, auparavant cultivées et boisées, bordant le bassin de l’agglomération
(augmentant ainsi l’érosion du sol et le risque d’inondation); on construit sur les berges des lacs
et lagunes, et l’o occupe progressivement tout le littoral, au détriment des écosystèmes
marécageux et lagunaires de la côte.
L’extension actuelle est donc en train de modifier ou a déjà modifié certains équilibres, et l’effort
futur devra donc porter sur la limitation des retombées négatives, la préservation des équilibres
la où c’est encore possible et, à plus long terme le rééquilibrage.
Dans ce contexte, ce chapitre de l’étude se propose :
De caractériser la démographie, l’occupation des sols ainsi que l’extension urbaine actuelle, en
mettant en évidence les tendances lourdes, et les éléments structurels, sujets à la continuité ;
De mettre en évidence la sensibilité et d’évaluer la vulnérabilité aux changements
climatiques en situation existante ;
De formuler, sur la base des tendances d’extension urbaine constatées, des prévisions du
SDA et des PAU, une hypothèse d’occupation des sols à l’horizon 2030 ;
De caractériser la sensibilité et identifier les vulnérabilités à cet horizon temporel.
6 « Étude du schéma directeur du Grand Tunis », Rapport Final, URBACONSULT et al., avril 2009, p.3
7 Idem. p.5
8 Ex : « Bilan de l’urbanisation du Grand Tunis 1996-2002 », AUGT
2.1 Introduction
L’objectif de cette section est de caractériser les vulnérabilités urbaines face aux différents aléas
décrits au Chapitre 3 en situation actuelle (2.5). L’historique du développement urbain, ainsi que
l’organisation et le fonctionnement de l’aire d’étude décrits en annexe 15 permettent de
comprendre l’occupation des sols en situation présente (2.2), et les caractéristiques de l’habitat
(2.3) : typologie du bâti (2.3.1), densités urbaines (2.3.2), zones résidentielles homogènes (2.3.3).
Une attention particulière est portée sur la l’identification des composantes urbaines sensibles
(2.4), plus vulnérables à certains aléas, à partir des données d’occupation des sols et des
caractéristiques de l’habitat. Les vulnérabilités urbaines (2.5) sont alors caractérisées par le
croisement de la carte de sensibilité obtenue en 2.4 avec les cartes d’aléa obtenues au Chapitre 3.
Tableau 42 : Répartition des surfaces par commune et gouvernorat selon le type d’occupation, situation 2002
GOUVERNORAT/ Habitat Equipe- Zones Parcs et Total Part
Communes ments indus- espaces commu- relative
trielles verts ne
Tunis 4703 1761 589 396 7448 70%
Sidi Bou Said 76 18 0,6 95 1%
La Goulette 227 206 20 452 4%
La Marsa 879 347 47 15 1288 12%
Le Kram 342 18 8 368 4%
Carthage 201 105 19 325 3%
Le Bardo 571 80 5 656 6%
TOTAL Gouv. TUNIS 6999 2535 656 444 10632 100%
Part relative 66% 24% 6% 4% 100%
Ariana 1026 79 27 1132 27%
Soukra 1053 79 106 34 1272 30,4%
Raoued 862 155 7 1024 24,5%
Ettadhamen 722 23 8 6 760 18,1%
TOTAL Gouv. ARIANA 3663 336 114 74 4188 100%
Part relative 87% 8% 3% 2% 100%
Ben Arous 554 111 289 10 964 16,7%
El Mourouj 490 83 171 4 748 13%
Ezzahra 303 17 25 344 6%
Rades 437 427 83 13 960 16,6%
El Khelidia 76 76 1,3%
Hamman Lif 355 3 359 6,2%
Hammam Chatt 298 165 84 17 564 9,8%
Megrine 283 35 272 2 592 10,2%
Mohammedia-Fouchana 566 4 1 2 573 9,9%
Mornag 301 11 3 314 5,4%
Boumhel 245 7 33 285 4,9%
TOTAL Gouv. BEN AROUS 3908 863 961 48 5779 100%
Part relative 67,7% 15% 16,7% 0,7% 100%
La Manouba 239 81 31 6 356 20,8%
Oued Ellil 347 55 4 405 23,7%
Douar Hicher 330 15 64 8 418 24,5%
Mornaguia 185 12 197 11,5%
Denden 186 137 0,6 9 333 19,5%
TOTAL Gouv. MANOUBA 1287 288 111 23 1709 100%
Part relative 75,3% 16,9% 6,5% 1,3% 100%
TOTAL GRAND TUNIS 15857 4022 1842 589 22308 100%
de Tunis, Ben Arous et Manouba, (66%, 68%). La partie des équipements est concentrée dans
les gouvernorats de Tunis et Manouba (24% et 17%). La part de l’industrie est concentrée dans
les gouvernorats de Ben Arous et de Tunis (17% et 6%). Les espaces verts sont faiblement
représentés sur l’ensemble des gouvernorats.
Les études de l’AUGT, le SDA et les visites terrains effectuées, ainsi que les images
satellitaires et la représentation cartographique (voir ci après) indiquent également une grande
9
part de terrains non bâtis à l’intérieur de la tâche urbanisée, totalisant 3182,5 ha . En même
temps ces terrains « nus », dont beaucoup sont des réserves pour des équipements
structurants dans les PAU, sont déjà fortement mités par l’habitat (plus de 1000 ha étant déjà
ainsi occupées, de manière plus ou moins dense). La plupart de ces terrains nus sont
concentrés dans le gouvernorat de Tunis et dans celui de Ben Arouj.
On note également la prédominance du résidentiel dans l’ensemble, avec environ 70% de la
surface urbanisée suivie des moyens et grands équipements (9,2%) et de l’industrie (8,6%) ;
Cependant, Tunis reste une agglomération avec une très faible proportion et taux d’espaces
2
verts urbains (si le taux d’espaces verts urbains par habitant préconisé par l’OMS est de 10m ,
à Tunis on en retrouve environ 5 fois moins), ainsi qu’un taux relativement bas pour les grands
et moyens équipements publics.
9 SDA p.49
Cette répartition est en évolution. Les données pour le passé montrent une augmentation
rapide (en nombre et proportion) des logements en villas et appartements, de 38% en
1984, puis 58% en 1994, à 65,3% en 2004. Par contre, le logement en Dar, Bourj et Houch
passe de 58%, puis 40%, à 34%, pour les mêmes dates.
Cette classification du bâti, a été mise en relation avec les tissus résidentiels, sur la base d’une
analyse par échantillons de tissu bâti. Les catégories suivantes de tissus ont été identifiées, par
analyse sur image satellite (2009) :
R2 Tissu résidentiel logeant des familles à revenus moyens, bâtiments à typologie dominante
C2 (B1, B2, C1 etc. secondaires). Ce tissu correspond aux lotissements planifiés
(généralement lotissements privés et publics de l’AFH)
10 SDA, p.71
A. Bâtiment « rural traditionnel », avec planchers en bois et murs porteurs en terre battue ou en
brique crue.
B1. Bâtiment « pré-moderne » avec planchers « légers » (en bois) et murs porteurs en brique
cuite ou maçonnerie.
B2. Bâtiment « artisanal contemporain », avec murs porteurs en brique cuite ou en blocs de
béton, construit souvent sans permis, sans projet homologué et sans bénéficier d'une expertise
d'ingénierie civile.
C1. Bâtiment des années ‘20 – ‘40 avec structure en béton armé « traditionnelle »
11
(généralement structure monolithe du type « post and beam » ). Conçu avant l'application
systématique des normes antisismiques.
C2. Bâtiment contemporain avec structure en béton armé « traditionnelle » (généralement
structure monolithe du type « post and beam »). Conçu sans l'application systématique des
normes antisismiques.
D. Bâtiment avec des murs porteurs en maçonnerie chaînée, armée, etc. ou bâtiment avec
structure en béton armé ayant un comportement antisismique amélioré.
E. Bâtiment des années d'après-guerre avec structure en béton armé « moderne » (béton pré-
comprimé, post-comprimé, diaphragmes, etc.), et/ou bâtiment des années d'après-guerre avec
structure en acier; supposés conçus avec une compréhension du comportement antisismique
des bâtiments, et ayant un comportement antisismique amélioré.
F. Bâtiment contemporain avec une structure conçue selon des normes antisismiques.
Indifféremment de la qualité des constructions, on note des taux élevés de raccordement aux
réseaux publics d’électricité, d’eau potable et d’assainissement, le Gouvernorat de Tunis étant
le mieux desservi (Tableau 44).
Tableau 44 : Taux de raccordement des logements aux réseaux publics (électricité, gaz, eau potable et assainissement),
en pourcentages
Electrique Gaz naturel Eau potable Assainissement
Tunis 98.8 30.6 97.0 92.6
Ariana 97.7 32.0 95.1 81.8
Ben Arous 97.6 22.6 94.6 86.2
Manouba 96.7 8.6 90.2 68.9
Source : RGPH 2004, INS
Cependant, ces chiffres ne signifient pas que l’effort d’équipement du tissu urbain est
achevé. L’équipement dans le rural des gouvernorats est déficitaire. Sur l’ensemble de
l’agglomération, l’équipement en salle de bains représente seulement 49,1%, et 51,4% pour le
12
milieu urbanisé de Tunis .
11
coulée sur place – sans préfabrication
12 SDA, p.71
N.B. : il a semblé souhaitable de faire apparaître les surfaces en eau permanentes et saisonnières
(sebkhas) sur cette figure, qui sont bien évidemment inconstructibles, ce qui biaise fortement les valeurs
affichées pour les communes concernées.
Source : Données INS et consultant
La densité moyenne de l’espace urbanisé est basse, d’environ 85 hab/ha, comprise entre 37
13
hab/ha (dans la commune de Hammam Chot) et 137 hab/ha (dans la commune de Tunis) .
Cette densité moyenne équivaut à environ 126 hab/ha en excluant les occupations du sol non
résidentielles, soit environ 30 logements/ha, ce qui constitue une limite basse pour un
équipement technique économique.
nombre d’étages
TISSUS habitants/ha COS%
moyen
Notons que la typologie du tissu urbain et la densité résidentielle sont les principaux critères de
vulnérabilité considérés dans le cadre de l’analyse économique présentée ci-après au
Chapitre 6.
Elles sont subdivisées en deux catégories, permettant de différencier les zones précaires en
voie de résorption. Elles ont été représentées avec une trame, pour pouvoir visualiser
l’information sur la densité résidentielle.
Une grande proportion du tissu résidentiel du Grand Tunis a son origine dans un lotissement
informel ou au moins irrégulier. On classe en habitat précaire uniquement une partie de cet
habitat, à savoir celui ayant une construction de basse qualité, insuffisamment équipée, et
habité par une population à bas revenus (voir [Link]. ci après « habitat informel/précaire »).
Cet habitat apparaît à Tunis sous deux formes : dispersé (à l’échelle des quartiers
« populaires », notamment de l’ouest) ; et concentré, à l’échelle de la médina et de ses
faubourgs et surtout sur les berges de la sebkha Sejoumi, entre les voies principales et les
berges, partout là ou les tissus résidentiel et industriel se mêlent. On considère que l’habitat
précaire dispersée est déjà en transition, du aux efforts d’amélioration déjà initiés par les
habitants. On considère que la résorption de l’habitat précaire au niveau des berges de la
sebkha Sejoumi nécessitera un effort public au niveau de la viabilisation des infrastructures et
d’éventuelles aides à l’autopromotion et à la modernisation de l’habitat.
Équipements recevant du public
On a inclus la couche grands et moyens équipements du COS 2002 réalisé par l’AUGT,
sans avoir d’informations précises sur la localisation des équipements de proximité.
Statistiquement, toute école primaire ou secondaire à Tunis reçoit plus de 100 élèves, et est
donc à classer en zone sensible. Les équipements de proximité du réseau de santé n’ont pas
14
été cartographiés .
On note toutefois la concentration des grands et moyens équipements recevant du public au
nord-est d’Ezzouhour, et notamment derrière la côte, de Carthage à Ras Gammarth.
14 Une cartographie détaillée de l’existant est en cours d’élaboration à l’AUGT. On ne dispose pas encore de cette cartographie,
Sur la carte de synthèse de la page suivante, les zones sensibles sont définies comme suit :
• Naturelles : zones naturelles et de ressource des PAU (zonage ZN) + servitude d’utilité
publique patrimoine naturel
• La superposition des zones de fort aléa sismique et de sensibilité urbaine montre que
la quasi-totalité de l’agglomération – et donc de ses composantes sensibles – se
situent sur des terrains quaternaires aggravant le risque sismique. Parmi les quartiers
à fortes densités résidentielles, seul le secteur de l’Ariana semble bénéficier de
terrains réduisant le risque. A contrario, les terrains les plus exposés semblent
être ceux de la Basse Ville, où les niveaux de subsidence sont majoritairement
supérieurs à 2,5 mm/an.
• On constate que la crue de fréquence centennale, telle que celle de septembre 2003,
touche de nombreux quartiers à forte densité de population, répartis sur différents
bassins versants, notamment dans les bassins des Oueds Bardo et Gueriana, dans le
bassin de l’Ariana, dans la zone de Mégrine (Lac Sud) et dans la Basse Ville. Environ
4500 ha de terrains sont concernés.
Notons que les risques d’érosion marine, qui s’exercent uniquement sur le trait de côte ont
fait l’objet d’une analyse séparée présentée au Chapitre 3 (section 4.6).
Il est important de signaler que la situation future reflète l’impact des aménagements de
lutte contre les crues programmés d’ici 2030.
Les sept secteurs vulnérables décrits ci-après sont, d’Ouest en Est, et du Sud au Nord,
respectivement : Bardo - Mannouba, Ariana, Basse Ville de Tunis, Ben Arous - Ezzahra, Port
de Radès et Lac Sud, Sebkha Ariana Ouest, Sebkha Ariana Est.
Ce secteur s’étend du Sebkha Sejoumi au Sud au quartier d’El Moihla au Nord (voir Figure 81).
Étant en retrait par rapport au littoral, il n’est pas concerné par les problématiques de
submersion marine. Par contre, c’est un secteur soumis à des phénomènes de subsidence et
surtout d’inondations.
On se trouve ici dans le bassin versant des oueds Bardo et Gueriana qui s’écoulent vers la
Sebkha Sejoumi. La surface inondée en crue centennale est d’environ 900 ha. Elle concerne
principalement des zones d’habitation denses : ce secteur est le plus densément peuplé de
l’agglomération, et il concentre l’essentiel des zones d’habitat précaire. Des inondations
se produisent même pour des pluies relativement fréquentes, puisque le réseau pluvial actuel
ne peut écouler que 8% du débit décennal. Le principal équipement public est l’hippodrome,
bordé côté ouest par une zone industrielle, mais ni l’un ni l’autre ne sont concernés par le risque
d’inondation.
Les problématiques majeures d’inondation se localisent dans les zones suivantes :
Le long des oueds Bardo et Gueriana : quartier d’El Moihla, Cité En Nasr, Cité Bellabiadh,
quartier Bortal Hider, Cité Essaada, Mannouba.
Les zones basses urbanisées en bordure de la Sebkha, soumises à des inondations
fréquentes du fait de l’insuffisance des réseaux d’eaux pluviales, et/ou des niveaux hauts de
la Sebkha en période pluvieuse: cités Bou Mya, El Korbi, Ezzouhour, El Hrairia, Ettayarat,
Ennajah, Essijoumi.
Plusieurs mosquées, des bureaux de poste, un centre culturel, un poste de police et l’Office
National des Huiles, semblent se situer en zone inondable pour une crue centennale. Quelques
grands axes, comme le Boulevard du 20 Mars, l’Avenue du 2 Mars, l’Avenue de
l’Indépendance, ou la Rue du 13 Août (RL 539) peuvent également être inondés. Le niveau de
détail de la présente étude est cependant insuffisant pour être affirmatif.
Les phénomènes de subsidence sont, dans ce secteur, relativement modérés, puisqu’ils ne
concernaient que des vitesses inférieures à 2,5 mm/an entre 2003 et 2009. Ils n’en constituent
pas moins une menace pour la stabilité du bâti, et s’ajoutent aux problèmes d’inondation dans
les quartiers de Bortal Hider, Ezzouhour, El Hrairia, et Essijoumi.
Secteur Ariana
Ce secteur se situe entre la Sebkha Sejoumi et la Sebkha Ariana (voir Figure 82). Étant en
retrait par rapport au littoral, il n’est pas concerné par les problématiques de submersion
marine. Par contre, c’est un secteur soumis à des phénomènes de subsidence et surtout
d’inondations.
On se trouve ici dans les bassins versants des oueds Guereb et Roriche qui s’écoulent vers
le lac de Tunis, et sur une partie des bassins de l’Oued Ennkhilet et du Canal Choutrana
qui s’écoulent vers la Sebkha Ariana.
La surface inondée en crue centennale est d’environ 400 ha. Elle concerne principalement des
zones d’habitation moyennement denses. Des inondations se produisent même pour des
pluies relativement fréquentes, puisque le réseau pluvial actuel ne peut écouler que 4% du
débit décennal. Le principal équipement public est la Cité des Sports, cependant hors zone
inondable.
Les problématiques majeures d’inondation se localisent dans les zones suivantes :
Zone nord de l’agglomération d’Ariana : cités Ettaami, Al Baladia, El Mostakbel, Essaad.
Zone sud-ouest de l’agglomération d’Ariana : Ariana El Olya, Cité El Milak, Ariana Ejdida.
Le long de l’oued Roriche : El Manar III, Cité El Wifak, El Menzah III.
Entre Ariana et la Basse Ville : Cité El Khadra, Cité El Khadra Ejdida.
Sont a priori concernés les équipements et services publics suivants : mosquées, cimetière,
arboretum de Tunis, organismes publics (INM, INSAT, INRF, SNIT, …). Quelques grands axes
tels que la Rue du 1er Septembre et le Boulevard du 7 Novembre peuvent également être
inondés. Rappelons néanmoins que ces informations sont données à titre indicatif et que des
études plus détaillées sont nécessaires pour analyser l’inondabilité de ces points spécifiques.
Les phénomènes de subsidence sont relativement modérés, puisqu’ils ne concernaient que
des vitesses inférieures à 2,5 mm/an entre 2003 et 2009. Ils n’en constituent pas moins une
menace pour la stabilité du bâti, et s’ajoutent aux problèmes d’inondation.
Ce secteur s’étend entre l’axe formé par l’avenue de la Liberté / l’avenue de Paris / l’avenue de
Carthage, et le lac de Tunis. Étant en bordure du lac, il est exposé non seulement aux
phénomènes de subsidence et d’inondations, mais aussi de submersion marine.
Comme son nom l’indique, la Basse Ville constitue une dépression, dont les points de rejet
sont le Lac Nord et le Port. En raison des très faibles pentes du réseau, voire de contre-pentes,
et du fait de l‘insuffisance des collecteurs, ce secteur est soumis à des inondations
fréquentes. En cas de niveau haut dans le Lac (niveau maximum estimé à +1m NGT), les
exutoires ne fonctionnent plus à leur capacité d’évacuation nominale, et des entrées d’eau se
produisent du Lac ou du Port vers la Ville Basse, aggravant les inondations.
La surface inondée en crue centennale est d’environ 150 ha. Elle concerne à la fois des zones
résidentielles denses, des zones commerciales et de bureaux, et bien sûr le Port de
Tunis.
Les problèmes d’inondation concernent, du Sud vers le Nord les zones suivantes : l’ensemble
de la zone industrialo-portuaire et la gare marchandise attenante, les quartiers de la Petite
Sicile, de Bab Bahr, Lafayette, et Montplaisir. Se situent dans ce secteur de nombreux
équipements : le Palais des Congrès, Centres culturels (Maison R.C.D, Cité de la Culture), de
nombreux organismes publics (CNRS, ONH, SONEDE, STEG, API, INSEE, ONT, Douane…),
de grands hôtels, un lycée, deux complexes sportifs, un important espace vert (le Jardin de la
Méditerranée). Ce secteur est irrigué par des axes majeurs de transport : la ligne de métro,
l’Avenue du Grand Maghreb, l’Avenue Mohamed V, l’Avenue Habib Bourguiba.
Toutes ces zones sont également menacées de submersion marine lors d’importants
épisodes de tempête, plus toutes celles qui ont été gagnées sur le lac pour être aménagées.
Dans ce secteur, du fait de la très mauvaise portance des vases lacustres, les phénomènes de
subsidence sont intenses, dépassant 1 cm par an à certains endroits. Cela est nettement
visible, nombreux étant les bâtiments penchés ou dont le seuil s’est enfoncé. Seul le secteur
portuaire de Madacasquar est épargné par ce problème. Même en l’absence de séismes, ces
bâtiments peuvent présenter, et présentent déjà pour certains, des désordres structuraux
importants.
La surface inondée en crue centennale est d’environ 400 ha. Elle concerne principalement des
zones mixtes d’activités économiques (nombreuses zones industrielles) et résidentielles
(habitat moyennement dense) sur Ben Arous et des zones d’habitation moyennement
denses sur Ezzahra. Des inondations se produisent même pour des pluies relativement
fréquentes, puisque le réseau pluvial actuel ne peut écouler que 15% du débit décennal à Ben
Arous, 51% sur Ezzahra. Les principaux équipements publics de ce secteur sont la cité
olympique récemment construite et la station d’épuration se situant en rive gauche de l’oued
Méliane, mais tous deux situés hors zone inondable.
Les problématiques majeures d’inondation se localisent dans les zones suivantes :
Sur Ben Arous : nouveaux quartiers d’El Mourouj, d’habitat dense comportant de l’habitat
précaire ; zone industrielle et quartier d’habitation de Bir El Kassaa ; zone industrielle et
quartier d’habitation de Ben Arous Nord ; nouveaux quartiers d’habitation se trouvant dans le
prolongement de la Cité El Yasminette le long de la route MC 34 ; quartier St Jacques.
Sur Ezzahra : à l’aval, le lit des oueds est encore relativement préservé de l’urbanisation,
mais de nouveaux quartiers résidentiels moyennement denses se sont construits au Sud de
la ville, dans des zones d’épandage de crues jusque là occupées par l’agriculture.
Contrairement aux secteurs précédents, où les zones inondables correspondent
essentiellement à l’habitat « historique », on constate ici que les zones menacées
correspondent essentiellement une urbanisation récente (postérieure à la production des
cartes topographiques, mais visible sur les images satellitaires récentes). Les principales
infrastructures susceptibles d’être concernées par ces inondations sont les axes routiers (MC
34, GP 1).
En raison de la faible pente du littoral, la plus grande partie de la zone urbaine située au
Nord de la route côtière entre Ezzahra et Hammam Lif est submersible pour une forte
onde de tempête. Il s’agit de zones d’habitation moyennement dense. Notons que le risque
d’érosion côtière sur ce secteur est jugé moyen à fort, suivant le degré de protection conféré
par les aménagements existants (brises lames),
Les phénomènes de subsidence sont, dans ce secteur, relativement généralisés, mais sont
relativement modérés, sauf ponctuellement, et notamment dans le quartier d’urbanisation
nouvelle s’étendant entre Ezzahra et Bou M’Hel, où se superposent des problèmes d’inondation
et une subsidence supérieure à 2,5 mm/an ces dernières années.
Avenue Avenue
Mohammed V Mohammed V
Centre d'Affaires Centre d'Affaires
Complexe Complexe
et Banques et Banques
Sportif Sportif
Collines Collines
de Montfleury de Montfleury
Les principaux risques de submersion se localisent dans les zones suivantes, du Sud vers le
Nord :
À Radès : quartiers d’habitation moyennement dense, qui se sont fortement développés ces
dernières années entre le centre ville et le littoral (Cité Mohamed Ali, Cité El Kirci, Cité Ach-
Chitla), et zone industrielle s’étendant vers le Nord. Quelques vestiges de zones agricoles et
l’ensemble des zones remblayées sur le lac Sud sont également concernés.
Au niveau du Port de Radès (entre le canal de Radès et le canal de navigation) : une
partie des installations industrialo-portuaires, et notamment de la centrale thermique et du
dépôt d’hydrocarbures, est exposée au risque de submersion.
De La Goulette à El Kram : une partie des quartiers d’habitation de la Goulette, de
Khereddine et d’El Kram, ainsi qu’une petite zone industrielle à El Kram. Notons que le port
container semble au dessus de la côte de submersion. Notons que le risque d’érosion est
également jugé fort dans ce sous-secteur.
La principale infrastructure menacée par le risque de submersion est le Port de Rades. La route
du littoral (MC 33) peut ponctuellement être concernée. Quelques équipements publics sont
également à signaler : mosquées, bâtiments administratifs, cimetière chrétien d’El Kram …
Ici aussi, les phénomènes de subsidence semblent très généralisés, mais restent relativement
modérés, sauf sur le périmètre récemment remblayé du Lac Sud (le compactage des sols se
poursuit naturellement) et le Port de Radès, où les vitesses de subsidence étaient supérieures
à 2,5 mm/an entre 2003 et 2009.
[Link] Synthèse
L’analyse détaillée des secteurs les plus exposés aux risques naturels, fait ressortir les points
suivants :
La Basse Ville de Tunis est le secteur le plus exposé aux trois types de risques considérés.
Ce n’est sans doute pas un hasard si la Médina, noyau historique de l’agglomération, est
située juste en retrait par rapport aux zones exposées. La ville contemporaine s’est
développée côté lac, pour tirer profit de la façade maritime avec la création du port de Tunis.
Ce développement a nécessité d’assainir les zones basses et de créer un système de
drainage totalement artificialisé afin de permettre le rejet des eaux pluviales, même lorsque
le niveau marin est élevé. Ce dispositif a ses limites : Au-delà de certains seuils
d’écoulement ou de niveau marin, il devient inopérant et la Basse Ville se retrouve inondée.
Par ailleurs, la très mauvaise portance des sols crée des désordres structuraux sur la plupart
des immeubles d’un certain âge, dépourvus de fondations profondes. Or, ce secteur
concentre une grande partie de la vie économique, administrative, culturelle et touristique de
la ville, et présente donc des enjeux de protection majeurs.
Le secteur Bardo – Mannouba, au Nord de la sebkha Sejoumi, est sans doute celui qui
concentre la plus importante population exposée aux risques d’inondation. De plus, cette
population est d’autant plus vulnérable qu’elle est socialement défavorisée (habitat précaire).
Le secteur Ariana, au Nord de la Basse Ville, est sans doute moins exposé et moins
vulnérable que les secteurs précédents, mais d’importantes superficies de zones
résidentielles relativement denses sont néanmoins menacées par les inondations.
Le secteur du Port de Rades et du lac Sud, quoique non exposé aux inondations est
néanmoins directement concerné par les risques de submersion marine et par des
phénomènes de subsidence relativement élevés. Or ce secteur accueille des activités
industrielles (notamment centrale thermique) stratégiques pour la ville et le pays. Il est
également possible que les risques naturels génèrent des accidents technologiques. Les
secteurs récemment remblayés du Lac Sud présentent, comme ceux du Port de Tunis, des
phénomènes de subsidence élevés.
Sur les autres secteurs, Ben Arous - Ezzahra et Sebkha Ariana, les risques naturels
concernent essentiellement des secteurs nouveaux d’habitation (construits dans les 25
dernières années) qui, semble-t-il, n’ont pas été conçus en intégrant pleinement ces risques
et contribuent même à les augmenter. Notons que sur Ben Arous, les risques d’inondation
concernent également des zones industrielles.
Dans l’analyse démographique et économique, le SDA évoque une attraction continue de Tunis
sur toute la période post-indépendance. Même si les facteurs provoquant la migration ont
changé dans le temps, on estime que le rôle de Tunis comme centre culturel, administratif, et
d’emploi, restera inchangé et on considère que son attrait perdurera à l’horizon 2030. On
considère également que la tertiarisation se poursuivra, ainsi que la réduction numérique et
spécialisation des emplois industriels dans la région de Tunis. Dans le même scénario de
continuité, on estime que la région Nord-Ouest, qui est la zone agricole la plus productive du
pays gardera ce rôle (à condition de savoir maîtriser l’extension urbaine sur des terres irrigables
et de réussir à mobiliser les ressources hydriques indispensables).
15Si les trois premières hypothèses correspondent au hypothèses de croissance du SDA, la quatrième constitue une mise en
cohérence avec les projections des Nations Unies (Population Division of the Department of Economic and Social Affairs of the
United Nations Secretariat, World Population Prospects: The 2006 Revision and World Urbanization Prospects ; The 2007
Revision, [Link] ).
Tenant compte de ces éléments, nous avons considéré comme la plus plausible, l’hypothèse
« haute » (attractivité de l’agglomération, mais réduction relative du poids du grand Tunis sur
l’ensemble urbanisé) du schéma directeur d’aménagement, prolongé à l’horizon 2030, ce qui
équivaut à une population du Grand Tunis d’environ 3.050.000 habitants, et d’une
population additionnelle d’environ 570.000 par rapport à l’année 2010.
Notons que nous sommes loin du taux de croissance urbaine prévu dans le cadre des
projections des Nations Unies (version 2007), évaluée à 42,7 % entre 2005 et 2030, contre
environ 35 % pour le scénario retenu. Cependant, il est considéré ici que l’apport migratoire se
stabilise et que le taux de natalité diminue progressivement. Par ailleurs, les autorités
tunisiennes favorisent la création de centres urbains secondaires, qui devraient capter une
partie de la croissance de Tunis.
Il convient cependant d’admettre que Tunis pourrait exercer une attractivité plus forte sur les
populations rurales et celles des petites agglomérations que celle envisagée dans l’hypothèse
haute du SDA. De plus, le changement climatique, l’éventuelle désertification des terres
agricoles du Sud, ou tout autre problème économique affectant les zones rurales, pourrait
accroitre le flux de migrants vers la capitale. Certains changements socioculturels, affectant la
natalité, pourraient également retarder la stabilisation démographique.
Néanmoins, dans un futur proche, la stabilisation démographique semble se préciser, et la
croissance liée à l’immigration être conforme aux projections. Un scénario de croissance
démographique plus élevé ne nous semble donc pas devoir être envisagé.
16 Entre 1975 et 2004, la taille moyenne des ménages (au niveau national) a évolué de 5,5 à 4,53 (RGPH 2004, INS)
17
SDA, p.71
II. Une évolution des attentes et aspirations en ce qui concerne le logement, couplée à
une évolution socio-économique ascendante sont également à attendre et, pourront
conduire à une augmentation à la fois du nombre total des logements et des surfaces
habitables. De manière générale, le logement collectif est peu apprécié à Tunis, et les
aspirations vont vers le logement pavillonnaire. Le chapitre « logement » du SDA précise
que la taille moyenne des logements est de 3,3 pièces, pour une taille moyenne des
ménages de 4,9.
III. La réalisation, à l’horizon 2030, des projets résidentiels engagés et de ceux
envisagés, soit 74.424 logements engagés et 79.250 logements projetés.
IV. La poursuite de la tertiarisation de l’hypercentre, accompagnée d’une perte de
résidents en faveur des zones périphériques, donc dé-densification résidentielle du cœur
de ville18.
V. La poursuite de la densification à l’intérieur de la tâche urbaine.
A. Dans le SDA, on estime un rythme de densification des zones bâties très élevé. La
moitié des habitations actuelles du type villa et l’intégralité des habitations en
système traditionnel (Dar Arbi et Houch) sont supposées faire l’objet de
19
surélévation, à l’horizon 2021 . Ceci correspondra à une capacité additionnelle par
densification estimée dans le SDA à 101.422 logements. Néanmoins, on constate
dans l’étude sur la construction irrégulière à l’intérieur des périmètres approuvés
(densification spontanée) que le rythme de densification a été moins élevé par le
passé. L’on peut penser que, même si le résultat final sera sans doute celui prévu
par le SDA, cette évolution par densification sera néanmoins plus lente et ne sera
atteinte qu’à l’horizon 2030.
B. Dans le SDA, on considère également que l’interstitiel non occupé sera bâti, avec
une répartition des types d’habitat et des densités similaire à celle actuelle (en
hypothèse tendancielle). Ceci équivaut à une capacité 264.173 logements (en
tenant compte des opérations résidentielles engagées).
C. Selon le SDA, le périmètre urbanisé aura donc une capacité additionnelle à
saturation (en hypothèse conservatrice et tendancielle) d’environ 1.800.000
habitants potentiels (sans hypothèse de réduction progressive de la taille des
ménages), par rapport à 2004.
VI. Même avec les réserves ci-avant (une densification moins soutenue du tissu existant,
prolongée à 2030, une réduction de la taille moyenne des ménages), la capacité
additionnelle du site à saturation est estimée pour les besoins de l’étude
présente, à environ 1,3M d’habitants, par rapport à l’année 2009.
Ce calcul renforce et prolonge la conclusion du SDA. Même en hypothèse démographique
tendancielle, et à l’horizon 2030, le périmètre urbanisé actuel a la capacité d’accueillir une
population d’au moins 3, 6M d’habitants, soit bien au delà de la croissance démographique
envisageable. Les besoins résidentiels quantitatifs pourront donc entièrement être satisfaits
20
sans occuper d’avantage des terres agricoles .
18 Le SDA n’avance pas des chiffres pour cette dé-densification, faute de données, et parce que des phénomènes compensatoires ont été
identifiées. SDA p. 104
19 En hypothèse de ralentissement, donc tenant compte d’un effet de saturation, mais sans pouvoir tenir compte de la dé-densification de la
Légende :
L’image future est celle d’une agglomération polycentrique, plus compacte, mieux équipée, et
intégrant des espaces verts, naturels touristiques et de loisirs. On note que cette image est en
contraste relatif avec l’urbanisation extensive implicite dans certains PAU.
Significativement, du point de vue de l’approche « ville compacte », on note que le SDA :
• prévoit des surfaces importantes aux espaces verts urbains, y compris sur les berges
des sebkas, et en protégeant les espaces boisés des collines. On entrevoit la possible
construction d’une armature verte de l’agglomération ;
• structure très clairement la poly-centralité ;
• prévoit la concentration des zones d’industrie et logistique;
• prévoit des investissements très significatifs dans l’infrastructure routière (trame
majeure) ;
• se base sur une restructuration, modernisation et extension du transport en commun
multimodal.
Notons que le SDA s’impose aux Plans d’Aménagement et d’Urbanisme (PAU) élaborés à
l’échelle des 33 communes du Grand Tunis.
L’effet de ces opérations (en sachant qu’il s’agit de la mobilisation des réserves foncières à long
et moyen terme) comporte la création d’environ 173.000 emplois et la construction de 170.000
logements, qui pourraient accueillir entre 780 000 et 805 000 personnes (en fonction de la
taille moyenne des ménages prise en compte). On rappelle que la croissance démographique
projetée à 2030 est d’environ 570.000 personnes. Le cadre esquissé par ces opérations
programmées est donc suffisant pour accueillir la croissance démographique, du moins à
l’horizon 2030.
Outre les aspects quantitatifs, la réalisation des grands projets (notamment les aménagements
des berges Sud et Nord), des parcs, et des grands lotissements résidentiels marquera une
mutation significative dans le fonctionnement de l’agglomération :
La concentration d’emplois et de population sur les berges des lacs Nord et Sud, ainsi
que l’urbanisation des berges des deux Sebkas, ont des implications du point de vue des
risques naturels, car les berges du lac et des sebkas sont (potentiellement et à long terme)
les plus exposées aux risques;
La poly-centralité obligée. Ces projets marquent à la fois l’extension des fonctions de
l’hypercentre (avec le projet Sama Dubaï) et leur dispersion sur le territoire aggloméré (port
financier, sports city etc.). Une structure cohérente et hiérarchisée de centres locaux
s’impose, en accompagnement, ainsi que la prise en compte des développements induits,
dans les PAU des communes;
Des investissements en infrastructure routière et en transport en commun
indispensables. Le nombre d’emplois et logements concentrés par ces projets créeront
des dysfonctionnements au niveau des transports, en l’absence d’investissements routiers
importants à l échelle de l’agglomération et à celle du Grand Tunis. Dans le même temps,
le transport en commun aura besoin de renforcement, (a) à l’échelle du centre étendu, (b) à
l’échelle de la zone dense, à l’intérieure de la première boucle de contournement routier ;
(c) à l’échelle du périmètre urbanisé étendu et des quartiers d’habitation éloignées ; et (d) à
l’échelle régionale;
La maîtrise de l’empreinte environnementale et la sauvegarde des ressources
naturelles (voir ci après), n’est qu’incomplètement prise en compte. Si les grands projets
ont été élaborés en tenant compte de leur impact individuel sur l’environnement, une
21
appréciation de l’effet cumulatif de l’urbanisation étendue ne semble pas avoir été faite .
L’articulation paysage urbain-paysage naturel et ou agricole.
La plupart des projets d’urbanisme figurent sur la carte de synthèse du SDA (voir Figure 88)
21
Mis à part le sous-chapitre du SDA
La carte suivante localise les principaux quartiers d’habitat précaire, ainsi que ceux qui
semblent actuellement évoluer vers une certaine « normalisation ». Notons que la définition de
ces zones pourrait être améliorée, si des données géographiques concernant les revenus des
ménages étaient disponibles.
22
Voir. SDA p. 105 et PP. 70-77. On note que l’autopromotion plutôt que l’auto-construction est pratiquée à Tunis, et
que l’acte de construire est bien mieux réglementé qu’ailleurs dans la sous-région.
Les propositions dans le domaine des transports terrestres sont nombreuses, et leur
énumération en détail ne fait pas l’objet de ce chapitre (voir SDA, pp. 109-118). La stratégie du
SDA est claire, et échelonnée sur le court moyen et le long terme, et par couronne proche,
deuxième couronne, etc.
Les cartes pages suivantes présentent les principaux projets d’extension des réseaux
d’infrastructures de transport.
23 SDA, p.61
• « Une expansion par couloir vers le Nord, suivant un grande axe structurant de Tunis à
Bizerte, mais tout en respectant les terrains de la basse vallée de la Medjerda […]» ;
• « Une expansion vers l’ouest Sijoumi et le Sud, […] discontinue en raison de la vigueur
24
du relief atlasique » .
Cette analyse des contraintes du site naturel est suivie dans l’occupation des sols à l’horizon
2030. Le besoin de sauvegarder les terres agricoles fertiles et irrigables est généralement
souligné dans les chapitres traitant du potentiel agricole.
Une analyse de l’impact sur l’environnement du développement extensif de Tunis n’est pas
directement lisible. Cependant, une représentation comparative des surfaces urbanisées en
2002 et de la tâche urbaine possible en 2030 (selon les PAU, en incluant des espaces de
mitage pavillonnaire constaté, et en incluant les espaces verts aménagées) montre que
l’urbanisation a tendance à dépasser les limites naturelles du site.
Au niveau des « grands projets », il n’est pas sûr que les risques naturels soient
suffisamment pris en compte. Ainsi, la question des risques naturels n’est pas abordée dans
les rapports suivants : Étude d’impact de l’aménagement du Lac Sud et du Port de Tunis,
DGSAM, Société d’Études et de Promotion de Tunis Sud, FRISA-Tunisie S.A., FRISA-
Engineering S.A., Février 1995, 222 pages ; Évaluation environnementale préliminaire du Plan
d’Aménagement Détaillé du Projet de Développement de la Porte de la Méditerranée de Tunis,
Sama Dubaï, SOGREAH, Mars 2008. Cela ne signifie pas pour autant que les risques naturels
et notamment les inondations ne soient pas pris en compte dans ces projets, mais les rapports
techniques correspondants n’ont pas pu être collectés dans le cadre de la présente étude.
24
SDA pp. 9-10
Notons ainsi que le rapport du Plan d’Aménagement de Détail de Tunis Financial Harbour (The
HOK Planning Group, Novembre 2008) mentionne une protection des zones habitées du projet
pour une crue centennale des oueds El Hmadha et El Hissient. Cependant, aucune information
n’est apportée concernant les risques d’inondation pour une crue exceptionnelle de la
Medjerda.
Parmi les différents rapports examinés, seul le rapport SOGREAH 2008 relatif au projet Sama
Dubaï tient compte du changement climatique (au travers des projections d’élévation du niveau
marin).
25
Étude HHPAU, p.28
La concrétisation de cette occupation du sol future est très dépendante de la capacité des
autorités, autant au niveau central qu’au niveau local, de réaliser les investissements
programmés, tout en gardant la maîtrise de l’extension résidentielle périphérique. La
perte de cette maîtrise, ainsi que la réalisation partielle du nombre de logements programmés
conduiraient très probablement à l’intensification du rythme d’occupation de l’espace
périphérique par un logement à basse densité.
Les autorités urbaines de Tunis semblent être confrontées à une décision de « modèle
d’urbanisation » qui pourra s’avérer lourde de conséquences.
Soit la poursuite d’un modèle d’urbanisation en continuité historique : relativement compacte
(tel que décrite par le Schéma Directeur d’Aménagement) ; intégrant les espaces verts et
naturels ; se gardant de l’extension au-delà des limites naturelles du site, intégrant la multi-
modalité au niveau des transports (y compris les transports en commun), etc.
Soit une urbanisation extensive à basse densité, sur un site fragile du point de vue
environnemental (mitage de sites naturels et agricoles de première importance).
Cette deuxième possibilité a également été prise en compte dans le cadre de la présente étude.
Ainsi, suivant les tendances constatées, a été défini :
Un périmètre d’urbanisation dense probable, proche de la surface urbanisée résultant de
l’ensemble des PAU (carte d’occupation des sols à l’horizon 2030).
Outre ce périmètre, une urbanisation à basse densité, par mitage pavillonnaire de l’espace
agricole, envisageable en l’absence d’un contrôle fort.
Ce mitage est déjà en cours. Donc, une estimation réaliste de l’occupation du site à l’horizon
2030 inclura forcément l’aire la plus exposée au phénomène de mitage pavillonnaire, soit
26
une couronne périphérique étendue (voir. fig. 94), d’une surface de 40.000 ha .
Si on prend en compte l’aire à risque de mitage pavillonnaire, on arrive à une surface de plus
de 76 000 ha concernée par des phénomènes d’urbanisation, ce qui représente environ trois
fois la surface urbanisé en 2002.
26
Ce dernier phénomène, bien que prévisible, est difficile à quantifier en projection, car dépendant au plus haut degré
des mesures coercitives et/ou incitatives prises par l’administration, ainsi que des coûts futurs de construction, prix et
disponibilité des terrains, etc. Cependant, une estimation en extrapolant des taux d’occupation/ha actuels, et de taux
d’imperméabilisation sous 10%, laisse supposer une occupation plausible par environ 100.000 personnes à l’horizon de
l’étude.
La présente hypothèse d’étalement urbain s’inscrit en décalage avec le SDA, qui prévoit
une croissance urbaine contenue dans le tissu existant. Cependant, les signes de cet étalement
sont déjà visibles, et il nous a donc paru important d’en tenir compte. Afin de fournir une
estimation réaliste de l’occupation future des sols, nous avons tenus compte d’un renforcement
du contrôle de cette périurbanisation. Ainsi, nous considérons que les autorités réussiront à
contenir l’essentiel des besoins futurs en logements à l’intérieur des périmètres prévus à cet
effet dans les documents d’urbanismes, mais qu’un mitage des terres agricoles périphériques –
à très faible densité – est cependant probable. Nous estimons également que les autorités
réussiront à prévenir tout développement sur les aires naturelles protégées, les zones boisées
et les terres agricoles les plus fertiles.
On souligne que les tissus 2030 représentent une projection hypothétique basée sur des
tendances constatées et sur les PAU des 33 communes (voir également l’occupation des sols à
l’horizon 2030, ci-avant).
Les augmentations les plus importantes concernent le tissu résidentiel de standing qui,
suivant les tendances actuelles, occupera les berges de la sebkha Ariana, ainsi que le littoral
sud, et aura tendance à occuper une partie de l’interstitiel non occupé à présent. Le tissu
industriel, ainsi que celui résidentiel moyen sont supposés augmenter (ce qui est également, en
accord avec les prévisions du SDA et des PAU). D’autres surfaces sont réduites. Une
restructuration/ modernisation de certains zones du quartier européen est présumée ; ainsi que,
notamment, une réduction des surfaces occupées par l’habitat R2 (revenus moyens, haute
densité), suite à une modernisation progressive, et de celui occupé par l’habitat semi-rural, suite
à une modernisation et densification progressives.
Conformément à ces tendances, une corrélation entre les types de tissus et les densités
d’habitat est donnée ci après pour la situation présente et celle à 2030.
nombre nombre
d’étages d’étages
TISSUS hab/ha moyen COS% hab/ha moyen COS% Commentaires
200 à 75% 75%
M1 Tissu médina, 350 3 terrain 180 3 terrain
bâtiments à
typologie Dédensification, sans changement du tissu
dominante B1 bâti
M2 Tissu du centre
historique de 150 à 45% 45%
l'avant-guerre, 200 4 terrain 120 4 terrain
bâtiments à
typologie Dédensification, sans changement du tissu
dominante C2 bâti
M3 Tissu de 40% 40%
l’après-guerre, 100 5 terrain 100 5 terrain
bâtiments à
typologies Dédensification, sans changement du tissu
dominantes E, F bâti
R1 Tissu résidentiel
logeant des familles 55% à
à revenus 150 à 60% 50%
modestes, 350 1,5 terrain 150 2 terrain Surélévation des bâtiments, sans réduction
bâtiments à significative de la surface occupée au sol,
typologie mais avec dédensification, au fur et à mesure
dominante B2 qu'une partie des habitants ont la possibilité
(A,B1 secondaires) de se loger ailleurs.
R2 Tissu résidentiel
logeant des familles 40% 30-35%
à revenus moyens, 90 2 terrain 85 2,5 terrain Surélévation des bâtiments, avec réduction de
bâtiments à la surface occupée au sol, et avec
typologie dédensification, au fur et à mesure qu'une
dominante C2 (B1, partie des habitants ont la possibilité de se
B2, C1 etc. loger ailleurs et/ou de remplacer la maison
secondaires) des années 70-90 par une « villa ».
Ils sont constitués des principales routes et voies ferrées. Il n’a pas été jugé utile de représenter
le réseau d’assainissement, mais les stations d’épuration sont localisées.
Infrastructures majeures
Sont intégrés les projets de développement portés au SDA. Sont ainsi figurées les
infrastructures majeures routières et ferroviaires et les surfaces de services y afférentes, ainsi
que les zones portuaires. Une réduction de surface de la fonction portuaire est prévisible avec
la mise en œuvre des grands projets d’aménagement des berges du lac et la transformation du
port en port d’agrément.
Pôles d’activité économiques
Ils sont délimités à partir des PAU (pour l’essentiel : zones touristiques, zones
polyfonctionnelles, zones d’activités industrielles), et complétés en tenant compte des grands
projets. Sont représentées les zones de services tertiaires et les zones mixtes de services
commerciaux et de résidentiel caractérisant les nouveaux pôles de centralité et les grands
projets.
On constate un renforcement significatif de l’armature économique de la ville, accompagné par
une tertiarisation des surfaces occupées allant du centre européen au sud-est, ainsi que celles
des berges du lac.
Rappelons que la situation future reflète l’impact des aménagements de lutte contre les
crues programmés d’ici 2030. Comme cela est expliqué ci-après, cela permet d’éviter une
aggravation des conditions d’inondation, voire même de l’améliorer dans certains
secteurs, malgré l’augmentation attendue des volumes ruisselés lors des précipitations
exceptionnelles.
Les sept secteurs vulnérables décrits ci-après sont, d’Ouest en Est, et du Sud au Nord,
respectivement : Bardo - Mannouba, Ariana, Basse Ville de Tunis, Ben Arous - Ezzahra, Port
de Radès et Lac Sud, Sebkha Ariana Ouest, Sebkha Ariana Est.
En ce qui concerne les aléas, sachant que le secteur n’est pas exposé au risque de
submersion marine et que l’aléa sismique restera identique à la situation actuelle, ce sont les
conditions futures d’inondation qui détermineront le niveau de risque. A cet égard,
l’augmentation de l’imperméabilisation des sols liée au développement urbain dans les espaces
interstitiels et en périphérie de l’agglomération (+19%), et la violence accrue des précipitations
extrêmes dans le scénario de changement climatique retenu (+25%), conduisent à aggraver
les conditions d’inondation le long de l’oued Gueriana, et notamment à Sidi Amor et
Mannouba (voir Figure 81). La Cité Universitaire et l’hôpital semblent ne pas être touchés, mais
des études plus détaillées seraient nécessaires pour le confirmer. Ailleurs, c'est-à-dire le long
de l’oued Bardo et en bordure de la sebkha Sejoumi, la situation est par contre
significativement améliorée, grâce à la mise en place des aménagements de protection
contre les crues déjà programmés. Sur l’ensemble du secteur la surface de zone inondable est
réduite de 40%. Cependant, il convient de souligner qu’en l’absence de mise en œuvre
effective des aménagements de protection programmés, les surfaces inondées seraient
au contraire en augmentation de 36%, du seul fait de l’urbanisation future
(imperméabilisation). Les Figure 69 à Figure 72 de la section 4.6 – chapitre 4 montrent
l’influence respective du changement climatique, de l’imperméabilisation des sols, et des
aménagements projetés sur ce secteur (N.B. : simulations pour une fréquence cinquantennale).
Elles mettent en évidence l’impact du développement urbain, en termes d’imperméabilisation
des sols, et la nécessité de mettre en place les mesures de protection programmées,
quels que soient les scénarios de changement climatique envisagés.
Secteur Ariana
Rappelons que ce secteur est sans doute moins exposé et moins vulnérable que la Basse Ville
ou Bardo – Mannouba, mais d’importantes superficies de zones résidentielles relativement
denses sont néanmoins menacées par les inondations en situation actuelle.
A l’horizon 2030, comme on peut le voir en comparant les composantes urbaines sensibles du
Grand Tunis en situation actuelle (Figure 77) et à l’horizon 2030 (96), la densité résidentielle
devrait nettement diminuer avec, en corollaire, une diminution de la vulnérabilité de ce secteur.
Cette amélioration sera sensible sur l’ensemble des quartiers exposés aux risques.
En ce qui concerne les aléas, sachant que le secteur n’est pas exposé au risque de
submersion marine et que l’aléa sismique restera identique à la situation actuelle, ce sont les
conditions futures d’inondation qui détermineront le niveau de risque. A cet égard, malgré
l’augmentation de l’imperméabilisation des sols et la violence accrue des précipitations
extrêmes dans le scénario de changement climatique retenu, si les aménagements de
protection contre les crues programmés sont réalisés, près de la moitié des surfaces
actuellement inondables en crue centennale ne devraient plus l’être en 2030 (voir Figure
82). Subsisteraient seulement quelques zones inondées, dont les plus importantes seraient le
long de l’oued Roriche et au niveau de la Cité El Milak. Soulignons que ce résultat n’est
atteignable que si les aménagements de protection programmés sont effectivement
réalisés. Dans le cas contraire, l’augmentation des surfaces inondées serait de l’ordre de
60% par rapport à la situation actuelle, du seul fait de l’urbanisation future.
En ce qui concerne les aléas, l’imperméabilisation des sols ne devrait pas évoluer d’ici 2030,
sauf sur les secteurs remblayés sur le lac, dont le fonctionnement hydraulique est cependant
indépendant de la Basse Ville. L’aggravation des risques dépendra donc essentiellement de
l’augmentation d’intensité des pluies exceptionnelles et de l’élévation du niveau marin. Outre
l’aggravation des submersions marines en période de tempête, la surélévation du niveau marin
va réduire la capacité d’évacuation des réseaux pluviaux, déjà limitée en situation actuelle. De
plus, aucun aménagement visant à améliorer l’assainissement pluvial n’est programmé (une
étude est en cours). La situation obtenue à l’horizon 2030 est par conséquent aggravée
par rapport à la situation actuelle (23% de surfaces inondées supplémentaires). La Figure
83 montre une légère progression des zones inondables et submersibles vers le centre ville et
la disparition des quelques zones de la Basse Ville actuellement non inondées, du fait de
l’élévation des niveaux d’eau. Les zones gagnées sur le lac voient leurs conditions de
submersion aggravées. Signalons néanmoins une amélioration sur le quartier de Montplaisir,
qui se situe non pas sur le bassin de la Basse Ville, mais sur celui de Guereb – Roriche (cf.
secteur Ariana). Rappelons que, dans ce secteur, les phénomènes de subsidence continueront
à être intenses, notamment dans les zones récemment remblayées.
En ce qui concerne les aléas, l’incidence du seul changement climatique se manifeste par un
accroissement de 17% des surfaces inondées. L’urbanisation sur le bassin entraîne un
accroissement supplémentaire de 14% des surfaces totales inondées, malgré les
aménagements prévus (station de pompage entre la sebkha et la mer). De nouvelles zones
inondables apparaitront notamment du côté de Borj El Arbi Ben Ammar (voir Figure 86).
Notons toutefois une légère amélioration des conditions d’inondation sur la zone mixte
résidentielle et d’activités en bordure nord de l’aéroport. Les surfaces potentiellement
submergées par une tempête exceptionnelle n’évolueront pas de façon significative. Notons
que, a priori, les risques d’inondation ou de submersion ne devraient pas affecter le futur parc
résidentiel et de loisirs de la rive nord, sous réserve que ce dernier n’empiète pas sur la sebkha.
3.4.3 Synthèse
L’analyse détaillée à l’horizon 2030 des secteurs actuellement les plus exposés aux risques
naturels, fait ressortir les points suivants :
La vulnérabilité augmente sur la majorité des secteurs considérés, sauf sur Bardo-
Mannouba et Ariana, secteurs déjà très urbanisés (dont la vulnérabilité est donc déjà
élevée), et dont la densité urbaine devrait diminuer à l’horizon 2030, accompagnée d’une
résorption progressive de l’habitat précaire. Les secteurs sur lesquels cette vulnérabilité
augmentera le plus sont ceux sur lesquels sont prévus de vastes programmes immobiliers
(Lac Sud, Lac Nord, Nord de la sebkha Ariana).
Les aléas vont augmenter sur l’ensemble des secteurs considérés, du fait de
l’imperméabilisation liée à l’étalement urbain et au changement climatique. L’aléa
d’inondation reste le plus important. Avec les hypothèses de changement climatique
retenues, la fréquence des inondations devrait doubler et les débits de ruissellement
augmenter de 25% à 30%. L’incidence de l’urbanisation devrait être du même ordre de
grandeur que celle du changement climatique, parfois supérieure sur les bassins versants
pour lesquels le taux d’imperméabilisation croît de manière importante. Les secteurs sur
lesquels les surfaces inondables augmenteront le plus sont la Sebkha Ariana Ouest (+31%)
et la Basse Ville (+23%), en l’absence – ou malgré – les aménagements de protection
prévus d’ici 2030. Soulignons, qu’en l’absence de ces aménagements, les surfaces
inondées pourraient augmenter de 30% à 40% du seul fait de l’urbanisation (c'est-à-dire à
situation climatique constante). Sans surprise, les effets de la surélévation du niveau marin
se feront sentir le long du littoral et en périphérie du lac de Tunis et de la sebkha Ariana.
Notons que l’augmentation des surfaces submergées est difficile à évaluer, en l’absence de
modélisation, mais celle-ci est visible dans nos simulations. Soulignons également que,
même hors surcote liée aux tempêtes, l’élévation du niveau marin rendra encore plus difficile
le drainage des eaux pluviales, notamment sur la Basse Ville. Enfin, rappelons que les
phénomènes de subsidence sont localement importants, notamment sur la Basse Ville, ce
qui constitue à la fois un facteur aggravant en termes d’inondation/submersion, mais
également par rapport à l’aléa sismique.
Au vu des points précédents, la Basse Ville de Tunis restera le secteur le plus exposé
aux trois types de risques considérés. Les grandes opérations d’urbanisme prévues sur
des terrains gagnés sur le lac contribuent considérablement à cette augmentation des
risques. C’est également pour cette raison que le secteur Port de Radès – Lac Sud peut être
classé en deuxième position au regard de l’exposition aux risques, malgré un faible risque
d’inondation. Les bons résultats obtenus sur certains secteurs, et notamment Bardo-
Gueriana, en termes de réduction des zones inondables ne doivent pas nous faire oublier
que ceux-ci sont uniquement dus aux aménagement de protection programmés, et qu’ils ne
seront donc effectifs qu’une fois ces aménagements réalisés.
Enfin, il convient de mentionner l’existence de secteurs actuellement peu concernés par
les risques naturels et le changement climatique, mais qui pourraient le devenir. Ce
cas de figure peut être illustré avec les grands projets prévus en zone littorale au Nord de
Raoued (Port Financier de Tunis, Opération City Communication). Ces secteurs sont
actuellement peu vulnérables, en l’absence d’enjeux de protection, mais ils pourraient le
devenir si on laisse se développer des zones à fortes densités résidentielles et d’équipement
sur des terrains de faible élévation, exposés à l’érosion et à la submersion marine, ainsi
qu’aux inondations de petits oueds côtiers, voire de l’oued Méliane ou de la Medjerda.
1 Introduction
Les parties précédentes exposent la nature des aléas naturels ainsi que la vulnérabilité jusqu'à
l'horizon 2030, en tenant compte du changement climatique (CC). Dans la continuité, ce
chapitre couvre la partie 1.f des termes de références (TdR): "évaluation des coûts socio-
économiques dus à l'impact du changement climatique et des risques naturels". Les TdR
précisent que l'horizon de l'étude est 2030 et qu'en conséquence des hypothèses doivent être
formulées quant à l'évolution de la vulnérabilité à cet horizon.
Conformément aux TdR et à la méthodologie proposée, notre démarche sera la suivante:
identifier un scénario de référence, nommé également Business as usual ou BaU, sur
lequel seront évalués des coûts afférents aux catastrophes naturelles dont l'étude traite;
c'est l'objet du présent chapitre;
identifier des actions de mitigation de ces catastrophes, et évaluer leurs coûts ainsi que
la part des dommages qu'elles permettent d'éviter par rapport au scénario BaU, afin de
fournir des éléments d'appréciation quant à leur efficacité économique; c'est la partie
2.e des TdR et elle sera traitée en phase II de l'étude.
Cette méthodologie, dérivée de celle des Analyses Coûts Bénéfices (ACB), a pour but
d'apporter à des décideurs la composante économique des termes de choix d'aménagements
complexes. A ce titre le scénario de référence doit refléter de façon crédible l'urbanisation future
telle qu'envisagée actuellement. Si l'exercice est par nature prospectif et incertain, il n'en
demeure pas moins nécessaire; en effet la non prise en compte du BaU, sous jacent de
l'évolution de la vulnérabilité, est préjudiciable à la qualité de l'analyse mais surtout à son
opportunité, puisqu'elle n'apporterait alors pas l'information réellement utile aux décideurs. La
valeur ajoutée du conseil est de concourir à la bonne présentation des termes du choix suivant:
Du point de vue de la gestion des risques naturels, faut il s'en tenir à une politique
d'aménagement urbain calée sur le scénario de référence (BaU) ou bien est il préférable
d'envisager une (des) alternative(s) améliorant celui-ci, et le cas échéant laquelle (lesquelles)?
Afin de traiter cette question d'un point de vue économique, il convient dans un premier temps
d'offrir aux décideurs une vision des enjeux du choix de non modification de la trajectoire
effectivement engagée (BaU). C'est l'objet de ce chapitre.
D'un point de vue quantitatif, l'ACB se base généralement sur la valeur actuelle nette (VAN) ou
le ratio coût/bénéfices. En finance, il s'agit de comparer la différence des gains et pertes
associés à un investissement donné, en les actualisant. Le parallèle fait ici consiste à prendre
pour "gains" les dommages évités dans la situation de référence, et pour lesquels un surcoût
d'investissement est proposé- les "pertes", estimées alors en phase II.
Ainsi ce qui est considéré comme coût en phase I a vocation à devenir, tout ou partie, un
bénéfice en phase II. Si le concept est simple, son application demande de bien s'entendre sur
le scénario de référence, ainsi que le périmètre de chaque coût et bénéfice associé.
Le scénario de référence (BaU) est donc la ville de Tunis en 2030 en situation de
changement climatique; la vulnérabilité et les aléas associés sont ceux décrits dans les
chapitres précédents.
Les dommages considérés sont ceux des aléas pris en compte dans l'étude, qu'ils soient liés ou
non au CC: les aléas géologiques (séismes et tsunamis), les inondations, les tempêtes ainsi
que l'impact du CC sur la ressource en eau. Les dommages en matière de santé liés à
l'évolution de la température sont traités à part dans le chapitre suivant. La méthodologie de
calcul des coûts dans le scénario BaU est précisée pour partie en Annexe 16, et également en
section 2 ci-après pour les spécificités propres à chaque aléa.
Quelques autres points méthodologiques resteront à aborder en phase II mais la grande
majorité sont traités ici. En revanche, ici l'analyse ne peut être que partielle, alors qu'elle sera
de fait plus complète et intégrée en phase II.
Avant de présenter le calcul des coûts par type d'aléa, les nombreux choix méthodologiques
effectués doivent être présentés. La prise en compte de cette donne est importante, car les
options choisies ne conditionnent pas seulement les résultats (section 2) mais également la
portée que l’on peut leur donner. Les principes méthodologiques généraux sont présentés en
Annexe 16 ; s’en suit un exposé plus détaillé des différentes choix méthodologiques effectués
dans le calcul des coûts directs et indirects. La section est close par une réflexion sur les
incertitudes et quelques autres limites inhérentes à ce type d’exercice et à la manière dont il est
ici abordé.
2.1 Séismes
La méthodologie d'évaluation des dommages économiques directs des séismes consiste à
estimer les dommages pour une période de retour donnée, puis à calculer l'espérance globale
du risque en intégrant sur l'ensemble des fréquences afin d'obtenir les CMA correspondants.
Plusieurs échelles existent pour caractériser un séisme: de l'énergie libérée en profondeur
jusqu'à une mesure subjective des dommages en surface, en passant par la vélocité ou
27
l'accélération de pointe (PGA, exprimé en pourcentage de g ). L'expertise sismique nous
fournit sur Tunis d'une part une correspondance entre ces différentes échelles ainsi qu'une
correspondance entre les PGA et les périodes de retour, ce qui permet de caler nos fréquences
avec une échelle de dommages réels à même de nous permettre une évaluation économique:
Tableau 51 : Rappel de la table de correspondance PGA (PGV) et intensité sismique
Nous savons également que dans les formations quaternaires, il convient d'ajouter une unité
d'intensité. Pour un aléa sismique donné il faut donc mettre en relation l'échelle d'intensité avec
les dommages causés. Ceci repose sur la vulnérabilité. Nous utiliserons ici la typologie EMS98:
Figure 100 : Correspondance intensité/dommage - Typologie EMS98
27
accélération du champs de gravité terrestre ; approximativement 9,81 m/s²
Dans cette classification, les qualificatifs "quelques", "nombreux" et "la plupart" peuvent être
quantifiés à l'aide de l'échelle suivante:
Une première étape est donc d'établir une correspondance entre la typologie de vulnérabilité
sismique et la typologie urbaine telle que projetée en 2030. Si l'on fait le lien avec la
méthodologie proposée, cela revient à préciser le BaU dans le domaine sismique. Les
hypothèses en la matière se basent sur l'expertise de l'urbaniste.
Les classes de vulnérabilité et les tableaux de correspondance permettent de déterminer les
coefficients de dommage à appliquer aux bâtiments pour chaque période de retour:
Une fois finalisée la règle de quantification du dommage surfacique unitaire - à partir des
tableaux présentés ci-dessus - l'intégrale de surface fournit l'évaluation des dommages. Celle-ci
sera calculée avec le module de base d'ArcGIS une fois la partition du grand Tunis en fonction
du risque établie. A fréquence donnée, il s'agit simplement de croiser les couches SIG des
formations quaternaires et non quaternaires, caractérisant l'aléa sur la zone - puisqu'autrement
la PGA est homogène - avec la couche typologique de l'urbanisation - ci-dessus - caractérisant
la vulnérabilité.
Quelques points supplémentaires ont été nécessaires pour finaliser les calculs:
Entre le bas (T=50) et milieu (T=20 et T= 475) d'une classe d'intensité donnée, nous
avons différencié en jouant sur le pourcentage choisi pour quantifier les notions de
"quelques", "beaucoup" et "la plupart", respectivement (5%, 30%, 70%) et (10%, 40% et
80%);
L'exercice de correspondance entre l'échelle des dommages et le pourcentage de la
valeur immobilière perdue d'un bâti donné est réalisé en tenant compte de la nécessité
de rendre compte de la non linéarité du phénomène, et la forte convexité de la courbe
associant aux classes de dommage un ratio de destruction. En effet au-delà d'un
certain seuil de dommages sur les fondations d'un bâti, il n'est plus habitable, et sa
28
valeur marchande est nulle .
L'expression des dommages en termes monétaires est basée sur la valeur de
l'immobilier comme prévu en 2030. Pourtant, la valeur de l'immobilier (valeur de
marché) se décompose de la valeur du terrain lui-même et la valeur du bâtiment (sa
construction). Les coefficients de dommages ne sont appliqués qu’à la partie
correspondant à la valeur du bâtiment, car il correspond à la valeur qui est
effectivement affectée par ce type d'événement.
28
voire même négative s'il faut le détruire en principe; nous n'avons pas pris cela en compte.
La totalité des coûts annuels moyens des séismes s'élève à 37 MDT, soit 0,078% du PIB
annuel du grand Tunis, tel qu’estimé en 2030 (exprimé en DT constants de 2010). Il s'agit
également d'un coût significatif par rapport au total des CMA considérés, avec plus de 21% des
coûts totaux des risques évalués (voir plus loin). La part des coûts indirects représente un quart
des coûts totaux. L’analyse de ce résultat en terme de résilience n’est pas aisé, toutefois la
valeur semble crédible sur ce type d’aléas. Rappelons enfin que particulièrement dans le
domaine des séismes ou des temps de retour très long sont envisagés, l'approche déterministe
n'est pas forcément la plus parlante.
2.2 Tsunamis
L'évaluation de l'aléa tsunami étant assimilable à une probabilité négligeable (cf. Chapitre 3
section 3.3), le coût du risque tsunami sera aussi considéré comme négligeable.
2.3 Inondations
Le risque inondation est difficile à qualifier. Contrairement au risque sismique par exemple, qui
peut être estimé de façon relativement homogène sur la zone d'étude, il est très différencié
suivant la distance au réseau de drainage et la topographie locale. L'approche idéale de
modélisation urbaine systématique est exclue, étant donnée l'aire considérée et le format temps
/ budget de l'étude.
Notre BaU en matière de risque inondations sera le schéma directeur de drainage de Tunis,
actuellement en cours de mise en place. Nous prenons aussi en compte l'extension urbaine à
travers les nouvelles surfaces et valeurs unitaires, ainsi que la manière dont elles affectent
(augmentent) certains coefficients de ruissellement et donc des débits.
Dans ce cadre, il s'agit donc de développer une méthode fiable et simple de calcul des coûts
d'inondation. L'approche proposée est la suivante:
estimer précisément l'inondabilité dans certaines zones basses (Ariana, Bardo
Gueriana, basse ville, Marsa, Ez Zahra, Guereb Roriche, Soukra) à l'aide d'Infoworks,
lui-même alimenté par SWMM, SWMM étant lancé à partir des résultats de la
modélisation MET_A1B aboutissant au scénario de précipitations extrêmes le plus
alarmant (+28% environ);
simuler l'inondabilité dans les zones à fortes pentes - (Bardo Gueriana, Ez Zahra,
Guereb Roriche)- (forçage amont) en calculant des débits débordants à partir de
SWMM, et en appliquant les lois de débits de Maning Strickler sur des profils en
travers, en interpolant le MNT (Modèle Numérique de Terrain);
à partir des deux points précédents, transposer les résultats sur des zones urbaines
non modélisées (Ben Aurous, El Mourouj, El Ouardia, Hammam Chat, Hamam Lif,
Rades, Radouad, Sebkhat Ariana, Sididaoud, Sijoumi Ouest) ; à cet effet est fait usage
d'un modèle hyperbolique de la période de retour à deux paramètres α et λ. Le facteur
d'échelle de la fonction, symbolisant la valeur exposée ou les dommages théoriques
29
maximums, D∞ , est calé sur la surface urbanisée de l'entité géographique considérée
élevée à la puissance α; ce facteur d'échelle s'applique à une exponentielle inversée
d'exposant le quotient λ/T, où T est la période de retour de l'évènement considéré. Le
couple (α ; λ) capture ainsi une combinaison assez complexe entre le vecteur de
vulnérabilité, le terrain, les aménagements, et l'aléa (le débit à fréquence donnée); Le
choix du modèle, et de son niveau de complexité, répond aux contraintes suivantes, par
ordre décroissant de priorité:
un nombre de variables limité, afin de pouvoir effectuer un calage de
qualité;
un nombre de variables suffisant, afin de ne pas avoir un modèle trivial
/ simpliste et rendre compte des dynamiques multiples;
sans aboutir à une modélisation totalement descriptive, hors de portée
de l'étude (le modèle est empirique), parvenir à un modèle en
correspondance avec les sous jacents intuitifs de la vulnérabilité et de
l'aléa; l'écriture du facteur d'échelle répond de cet objectif;
obtenir une expression analytiquement intégrable pour faciliter le calcul
final et les tests de sensibilité.
une fois l'aléa qualifié pour chaque période de retour, croiser celui-ci avec la
vulnérabilité pour obtenir les dommages correspondants; l'espérance mathématique
des dommages fournissant les CMA.
29
Plusieurs façons existent pour déterminer ce paramètre, en plus de l'interpolation: il est courant de le prendre une
marge supplémentaire de 50% sur la centennale (D_100), ou encore 2D_100 - D_50.
Il s'agit donc d'aborder l'exercice avec divers degrés de précisions en fonction des données
disponibles. Il s'agit avant tout de répondre à la contrainte de temps et de budget fixée dans
l'étude. Il s'agit également de concentrer l'effort là où réside a priori le plus de biens, et de
comprendre et capitaliser sur ces zones clefs les sous jacents d'une fonction de dommage, afin
de la transposer ailleurs pour estimer plus finement les dégâts des zones moins étudiées ou où
moins d'informations sont disponibles.
Dans les zones modélisées la qualification du risque d'inondation proposée repose sur des
surfaces inondées associées à une classe de hauteur d'eau (de 0 à 2 m avec des classes de 50
cm). Comme dans la plupart des études nous ne représentons pas les aspects dynamiques de
l'aléa (vélocité de l'eau et durée d'inondation). A partir d'une courbe de vulnérabilité associant
un ratio de dommage à une hauteur de submersion donnée, nous croisons l'aléa pour chaque
période de retour supérieure à la crue de débordement.
Celle-ci est construite à partir de données locales et plus générales, soit disponibles dans la
littérature, soit propriété du Consultant. Les critères et données suivantes en sont un échantillon
représentatif, en plus du principe d'approche conservative (cf 2.2):
La forme théorique d'une courbe de vulnérabilité aux inondations est convexe au
voisinage de 0, afin de rendre compte de la notion de seuil d'habitation (surélévation),
en dessous duquel les dégâts sont très faibles; cette convexité est d'autant à nuancer
que le milieu fait un usage intensif de ses sous sols (garages et autres parties
vulnérables en dessous de ce niveau). Une fois le seuil initial passé la courbe est au
contraire plutôt de forme concave.
Les ratios de dégâts maximum s'échelonnent le plus souvent entre 10 et 40% (de la
valeur de l'actif). Dans l'Orb en France, (Erdlenbruch et Al. 2008), le ratio se situe
autour de 10%; sur Nîmes, centre urbain plus important, il est compris entre 20 et 25%
(Egis Eau, 2008). Sur la centennale de Tunis (BCEOM, 2005), la valeur est d'environ
20%, mais le périmètre pris en compte semble assez (très) conservatif. Des ratios du
même ordre figurent dans (Blin et Al, 2005)
Sur Tunis le projet d'infrastructure de drainage a la particularité d'être défini sans
revanche, c'est-à-dire à bord pleins. Ce fait légitime plutôt la prise de ratios plus
sévères, afin de tenir compte des effets de vagues, changements de direction, ou autre
contrainte induisant le débordement.
Notons que la littérature n'est que rarement exploitable utilement: les méthodes
proposées font souvent appel à des données assez précises, obtenues dans des
études d'un format tout autre (moins d'extension géographique et/ou plus de moyens),
soit le contexte permet un accès à des données précises de façon assez centralisée;
c'est par exemple le cas des méthodes standardisées de (USACE, 1995).
Notons également que les fonctions de vulnérabilité rendent compte de situations non
homogènes. En effet, sur certains bâtis, la destruction du gros œuvre demandera une
réhabilitation presque totale, ce qui conduirait à un effet de seuil dans la courbe de
vulnérabilité. Bien que ce taux soit en principe faible - 3% est un ordre de grandeur
30
raisonnable - son intégration dans la courbe de vulnérabilité à un impact sur cette
dernière. Nous avons fait le choix de l'intégrer directement dans la fonction de vulnérabilité.
30
BCEOM, 2005 et tests répétés de sensibilité.
Il a été mentionné que nous ne prenions pas en compte analytiquement les vitesses et
les débris, ce qui incite à "durcir" la fonction de vulnérabilité; ce point doit tout de même
être nuancé car la hauteur est souvent corrélée positivement à ces deux facteurs, donc
implicitement et partiellement comptabilisée.
La méthode proposée repose sur la valeur estimée du bâti et non la valeur immobilière
(cf. section précédente).
Quant à l'extension sur les zones modélisées, elle a consisté en la détermination de deux
couples permettant de caler le modèle (un pour les zones hautes, un pour les basses). Il est
notable que les points soient distribués de façon cohérente, c'est-à-dire groupés par familles
représentant leurs caractéristiques intrinsèques.
20 Basse ville_ZB
Distribution en Distribution en Ariana_ZB
10 zone haute zone basse Soukra_ZB
Marsa_ZB
0
0,15 0,20 0,25 0,30 0,35 0,40 0,45 0,50 0,55 0,60 0,65 0,70 0,75 0,80 0,85 Alpha
CMA_total= 83,0
% du PIB de la ville= 0,18%
Le total des CMA calculé est de 83 MDT (en termes constants de 2010), soit 0,18% du PIB
annuel (en 2030) de la zone considérée, le Grand Tunis. Il s'agit de la première contribution
aux coûts moyens annuels des aléas considérés dans l'étude, à 48% des coûts totaux. Ce
résultat appelle quatre commentaires:
le résultat est plutôt conforme à l'intuition;
le poids des inondations est sans doute exacerbé par l'hypothèse des intenses pluies
prise entre les différents résultats de la descente d'échelle;
quand bien même nous aurions pris des hypothèses moins pessimistes en la matière,
les inondations auraient quand même été des coûts importants dans l'ensemble des
aléas considérés;
le chiffre n'est pas non plus totalement disproportionné: c'est la matérialisation d'une
certaine planification de l'urbanisation en tenant compte du risque d'inondations
(schéma directeur de drainage); toutefois, beaucoup de zones ont des coûts encore
élevées, à cause des fréquences de débordement trop élevées. Indépendamment
d'autres considérations, il existe donc une marge d'amélioration dans ce domaine.
Sans surprise, on constate que les zones basses cumulent le plus de risque d'inondabilité.
En réalisant l'exercice sans les hypothèses de débit du à la descente d'échelle et par différence
entre intégrales des fonctions associant fréquence des aléas aux coûts, on peut évaluer la part
imputable au CC dans le coût des inondations entre 30% et 60%. Le calcul n’a pu
s’effectuer que sur des zones modélisées. Le résultat est supposé donc représentatif de
l’ensemble des zones. L’incertitude est sans réelle surprise élevée, il est clair qu’il s’agit là
d’une première approche d’un calcul en réalité complexe.
La gestion des risques se fait en général en croisant une évaluation du coût moyen annuel, qui
informe sur les montants que l'on est prêt à consacrer à la réduction du risque correspondant,
ainsi qu’à une évaluation du coût d'un événement rare (par exemple la décennale ou la
centennale). Si les conséquences d'un événement décennal ou centennal sont considérées
comme inacceptables (en raison de leur montant agrégé ou de conséquences sur certains
groupes, quartiers, ou catégories sociales), alors des investissements supplémentaires
peuvent être jugés acceptables (c'est par exemple l'approche choisie par les hollandais pour la
gestion des inondations pour des temps de retour allant jusqu'à 10.000 ans).
L'information sur les conséquences d'un événement rare est également utile pour un travail par
scénario, où l’on peut évaluer les investissements nécessaires dans les moyens de secours et
d'urgence, ainsi que les stratégies de mobilisation des ressources financières nécessaires (sur
ce dernier point on se référera avec intérêt à l’approche « Funding gap analysis » proposée
dans Ghesquière et Al, 2010).
Le tableau ci-dessous présente une ventilation des coûts totaux en MDT suivant des
évènements de fréquence donnée sur différentes zones modélisées:
Il est possible de proposer une valeur de coût de la centennale sur le grand Tunis à partir des
résultats sur les zones modélisées. On peut envisager deux hypothèses : la première consiste
à considérer que la structure de coûts des CMA en fonction des coûts des évènements est
globalement invariante ; c’est là une assertion assez forte, même si elle pourrait être
acceptable à défaut de mieux. Ici, nous considérerons simplement que la distribution des
variables de la fonction de dommages sur la zone modélisée est représentative de l’ensemble
de la zone ; l’hypothèse est considérée raisonnable, vu le nombre de zones modélisées et leur
variété, tant en terme de protection en matière de drainage, que de topographie (zone hautes
et basses) et de vulnérabilité socio-économique. Cette hypothèse se traduit par le fait que la
moyenne des coûts de la centennale sur la zone modélisée est la même que sur tout Tunis.
On obtient ainsi un coût d’environ 900 MDT pour la centennale sur Tunis en 2030, soit
environ 2% du PIB de 2030 ou encore 5% du PIB actuel.
2.4 Tempêtes
L'aléa de tempête induit deux types de risques: la submersion marine d'une partie de la ville
et l'érosion côtière. La submersion marine requiert une intensité importante de l'aléa,
dépendant de la houle, ainsi que du profil de côte et de la bathymétrie locale, de l'ENM, et bien
sûr des aménagements côtiers. L'érosion côtière est en revanche un phénomène plus continu,
ou l'effet de seuil est moins marqué que pour la submersion marine, mais qui est d'autant plus
marqué que l'intensité de la tempête est élevée.
Il s'agit là d'un domaine assez complexe: en premier lieu, la maîtrise du lien entre CC et
tempêtes en est encore à ses balbutiements. L'impact du CC est en revanche assez explicite
avec l'élévation du niveau marin, qui reste toutefois limité dans notre cas. Nonobstant le CC, les
modèles pour les tempêtes demandent beaucoup de données non disponibles ici. Le travail
statistique se base souvent une distribution de Pareto généralisée (voir par exemple Hallegate
et Al, 2008), mais il semble que beaucoup de discussions aient cours sur les lois les plus
pertinentes, comme d'ailleurs dans l'ensemble des domaines ayant recours à la théorie des lois
de valeurs extrêmes.
L'expertise côtière (cf. Chap. 3) fournit une évaluation des zones submergées par des tempêtes
de période de retour 50 et 100 ans. La méthodologie appliquée aux aléas de séismes et
d'inondations surtout aboutit à un CMA de 15 MDT pour la submersion marine. Le Chapitre 4
présente un certain nombre de réserves sur l'interprétation des résultats que nous avons
retranscrites ici, notamment sur le calage du MNT, notamment pour la Sebkha Ariana et le lac
de Tunis; en particulier la zone du delta de la Medjerda n’est pas prise en compte dans les
coûts.
Dans le cas de l'érosion, la difficulté majeure ici est que celle-ci dépend en fait de la fréquence
et de l'intensité des tempêtes, que celle-ci inondent ou non la ville. C'est ici que la difficulté de
caractérisation des tempêtes pose réellement problème. Si des hypothèses sont alors
formulées, il convient de rester à un niveau assez qualitatif. Difficulté supplémentaire, à aléa
égal, l'érosion effective est en réalité très sensible à des données très locales - le profil de côte
et la bathymétrie en particulier. Une évaluation quantitative tenant compte en détail de ces
facteurs n'a pas été possible. Nous avons donc travaillé à l'aide de valeurs crédibles, fournies
sur l'avis de l'expert concerné, après examen et croisement avec les données locales
disponibles.
Mais avant tout, il s'est agit de décliner le BaU sur l'environnement côtier. A l'instar de
l'approche utilisée pour les inondations, nous nous basons sur les schémas d'aménagements
tels qu'envisagés dans (APAL, 2004), ainsi que de l'urbanisation projetée 2030.
Dans notre méthodologie, notre problématique est de connaître les coûts afférents à l'érosion
côtière dans ce BaU. En effet, les infrastructures peuvent ne pas être en nombre suffisant ou
bien il peut toujours rester des coûts résiduels même si des ouvrages dédiés ont été prévus.
Dans cette optique, on peut envisager a priori deux sous variantes dans notre BaU: celle de la
passivité et celle de la réactivité. Dans la variante passive, aucune réaction n'est adoptée et le
trait de côte recule mécaniquement lorsque la côte, urbanisée et soumise à l'érosion, n'est pas
protégée. Le coût est alors celui de la perte de territoire urbain. La variante réactive consiste à
supposer que dans un tel cas, les dispositions seront prises pour au moins compenser les
pertes par simples opérations d'ensablement. Cette seconde option nous apparaît préférable. Il
est en effet peu crédible de considérer que des zones aménagées seront laissées à l'abandon
par les acteurs concernés.
Nous nous plaçons donc dans un BaU conforme aux orientations d'aménagement côtier telles
que définies aujourd'hui, et estimons les coûts d'ensablement supplémentaires qu'il sera alors
nécessaire de mobiliser pour conserver le trait de côte dans des zones déjà habitées ou qui le
seraient à l'horizon 2030.
Pour un phénomène relativement continu, il était possible d'espérer un coût négligeable associé
à l'érosion côtière. Ce n'est pas vraiment le cas, et le coût moyen annuel calculé est
finalement relativement conséquent en valeur absolue.
Toutefois, relativement aux inondations et séismes, l'érosion reste un phénomène très
secondaire. Pour autant, la complexité de prévision n'en est pas moindre et les enjeux
méthodologiques afférents significatifs.
On notera avec intérêt que le scénario engagé (BaU) permet des économies considérables, et
prend déjà bien en compte le phénomène - un indicateur pertinent est le ratio L'/(L+L'), ici égal à
51%. Il reste toutefois visiblement de la marge de manœuvre pour réduire davantage les coûts.
Ce sera le propos de la phase II, où l’une des questions sera d'évaluer la rentabilité
d'infrastructures supplémentaires. Le ratio x/y de 3,7 augure a priori d'une forte rentabilité.
Il convient malgré tout de ne pas dériver une vision simpliste de ces quelques chiffres, qui
masquent une importante variabilité spatiale, produit complexe de la nature des courants
marins locaux, des tempêtes et de la bathymétrie côtière. Ainsi, les deux plages les plus au
Nord de la zone d'étude - Raoued (non aménagées) et La Marsa (aménagements prévus)
présentent des risques d’érosion très élevés par rapport à la zone comprise entre Rades et
Soliman (le facteur varie de 1 à 10).
Les coûts moyens annuels totaux des tempêtes sont donc évalués à 20 MDT.
L’évaluation de la part imputable au CC dans le coût des tempêtes est ici particulièrement
délicate. La contribution du CC au risque d’érosion côtière est certaine, toutefois nous la
considérons nulle faute de pouvoir établir avec clarté l’amplitude de sa contribution. Ce n'est
pas très satisfaisant d'un point de vue méthodologique, mais la faible variation dont il est ici
question nous rassure quant à l'impact d'un tel choix. Dans le cas de la submersion marine
nous avons procédé à un calcul analogue à celui des inondations, par différence d'intégrales
sans et avec la surcote due à l’élévation du niveau marin, considérée ici comme tout à fait
imputable au CC. Nous obtenons ainsi une part imputable au CC de 30% de la submersion
marine due aux tempêtes. Finalement, par simple pondération, 22% des coûts de tempêtes
sont considérés comme imputables au CC.
31
[Link]
Figure 103 : Décomposition du coût des désastres naturels par type de risque
Les coûts indirects représentent 40% des coûts totaux et en peu moins de 70% des
coûts directs. Ce chiffre résulte des choix méthodologiques présentés et ne doit donc pas être
analysé hors de ce cadre. Par ailleurs, la part imputable au CC peut être estimée à environ
un cinquième du coût total (21%), la plupart étant due aux inondations.
Rappelons que ces valeurs sont à apprécier en fonction de tous les choix méthodologiques
effectués, et détaillés au cours du chapitre.
Les valeurs fournies ici correspondent à des valeurs annuelles pour un BaU que l’on estime à
l’horizon 2030. Il ne s’agit donc pas d’un calcul intégral sur une période. Un tel calcul est
théoriquement possible mais complexe, puisqu’il demanderait de multiplier le travail par autant
de BaU différents entre aujourd’hui et l’horizon le plus lointain considéré. Pour autant,
l’évaluation plus globale, et donc tenant compte du temps est importante pour les décideurs.
Nous en proposons une évaluation, résumée dans l’encadré ci-après.
32
L’analyse spécifique au secteur de la santé est présentée au chapitre suivant.
Les grands arbitrages d’une telle évaluation concernent l’horizon considéré (base de
l’intégrale), l’actualisation des flux (nous apprécions ceux-là en termes de 2010) et l’évolution
des flux.
Ces débats pourront être menés plus avant en phase 2. Pour l’heure, prenons quelques
hypothèses simples afin de dégager un premier ordre de grandeur sur la période d’aujourd’hui
à 2030 (horizon fixé à 20 ans). Nous proposons ci-dessous 5 scénarios d’actualisation
constante dans une gamme de taux usuelle pour ce type d’exercice (les taux les plus bas sont
en général recommandés dans la littérature). Concernant l’évolution des flux, nous les avons
supposés variant au même taux que le PIB de Tunis, en termes constants de 2010.
Les chiffres sont donnés en MDT actuels (2010) sur la période 2010-2030 :
Actualisation 1% 2% 3% 4% 5%
Pour simplifier, nous dirons que la valeur actuelle nette des désastres considérés sur la
période 2010-2030 est de l’ordre de 1,5 milliards de DT, en termes constants de 2010, ce
qui représente aussi environ 8% du PIB de Tunis (actuel).
On peut aussi évaluer le prix que l'on serait prêt à payer aujourd'hui pour annuler
définitivement l'ensemble des risques naturels dans la zone du Grand Tunis. Ce calcul
aboutit à des résultats entre 3.000 et 14.000 MDT, selon les valeurs des paramètres, soit entre
17% et 82% du PIB actuel de la région. Cette valeur est une estimation de la valeur nette
33
présente des pertes liées aux catastrophes naturelles dans la région , et de la somme que l'on
serait prêt à débourser pour annuler tous ces risques.
En phase 2, seront introduits les bénéfices associés à une possible inflexion par rapport au
BaU, qui eux aussi méritent d’être appréciés au cours du temps.
De tels montants s'apprécient également en fonction du système de financement à prévoir, et
notamment des mécanismes de solidarité, intra-Tunis ou de la Nation tunisienne à Tunis, et
bien sûr en fonction de l'état général des finances publiques, ici et là.
33
Pas besoin d’étudier spécifiquement les hypothèses de croissance des coûts, puisque cela est directement retranscrit
dans la sensibilité sur le taux d’actualisation. Il faut simplement accepter l’idée que les coûts croissent à partir d’un
certain horizon moins vite que le taux d’actualisation (sinon la série diverge). Ainsi, la prise en compte d’une croissance
des coûts va de pair avec l’idée d’une actualisation globale très faible (la croissance des coûts « ampute » d’autant
l’actualisation).
Le coût ramené à l'individu et sans présager d'une quelconque clef de financement semble
finalement raisonnable, aussi bien en valeur absolue que relativement aux coûts globaux des
assurances par exemple. En effet, le taux de pénétration du secteur assurantiel en Tunisie est
actuellement de 1,2%, et semble promis à une forte croissance (FTSA, 2009). Même à
supposer que la pénétration reste stable pour atteindre 2% en 2030, cela signifierait que la
provision totale des risques naturels sur le grand Tunis représenterait probablement moins d'un
tiers du marché global de l'assurance, alors que celui-ci ne concernerait qu'une partie faible des
biens. Cela semble encore une fois assez raisonnable...
Cela a certes trait à la nature des aléas, qui n'est pas des pires à Tunis. C'est surtout une
conséquence du niveau relativement réduit de vulnérabilité; dans ce domaine, c'est le BaU qui y
est pour beaucoup: nous sommes loin d'une courbe de "laisser aller" en matière de gestion de
risque, surtout pour les inondations qui sont les plus chères. En effet, le simple fait de mettre en
œuvre un drainage efficace fait considérablement chuter les coûts, puisqu'actuellement, le
temps de retour de la crue de débordement est estimé à 2 ans (BCEOM, 2005). Avec les
changements planifiés, l'on passe à 10, 20 ou 50 ans suivants les zones, et un peu moins en
prenant en compte des hypothèses pessimistes sur le CC en matière de pluies. Il convient donc
d'attribuer ce résultat à la prise en compte déjà intéressante des risques naturels, y compris du
CC explicitement parfois (dans le cas de la protection des tempêtes).
Il semblerait que les sous-jacents de la vulnérabilité constituent des facteurs très structurants
des coûts afférents au scénario d'urbanisation actuel (BaU), davantage que le changement
climatique en lui-même, au stade actuel de notre compréhension de ce phénomène.
L'analyse développée ne contredit pas les approches plus macro-économiques existantes: dans
(OCDE, 2008), il est mentionné que la Tunisie présente "une économie remise à niveau et
compétitive, des agrégats macro-économiques bien orientés et des politiques saines et
prudentes […] L’économie tunisienne s’est diversifiée et se révèle moins vulnérable qu’elle ne
l’était par le passé aux chocs extérieurs tels les aléas climatiques". Il semblerait que l'on touche
là à l'une des - nombreuses - subtilités du développement: la croissance engendre une
concentration de la valeur, soit une tendance à l'accroissement de la vulnérabilité, donc des
risques. Pour autant, lorsque cette croissance s'accompagne d'une prise de conscience de ce
phénomène, elle a tendance à contenir le risque, voire à le faire décroître, en provisionnant
opportunément à cet effet une part de la richesse crée. En dégageant des profits, la croissance
et le développement permettent de sortir de l'ornière du court-termisme critique en matière de
planification et ainsi compenser, à l'aide de mesures adaptatives, la croissance de la
vulnérabilité naturellement concomitante à la croissance de l'exposition aux aléas.
Toutefois, il subsiste probablement une marge d'optimisation supplémentaire par rapport au
scénario d'urbanisation envisagé actuellement (BaU), en jouant notamment sur des options
adaptatives, qu'elles soient structurelles ou non. L'opportunité de telles mesures sera
considérée en phase II. Le pendant du présent chapitre correspondra à la partie 2.g des TdR et
proposera des éléments d'appréciation économiques sur cette problématique complexe, où il
s'agit de trouver un optimum entre de nombreuses contraintes.
Nous conclurons par une digression qui a retenu notre attention: la comparaison du CMA total
ainsi agrégé aux résultats de méthodes top down évoquées en 2.2.1. Il s'agit simplement de
comparer des ordres de grandeur, presque uniquement par curiosité. En effet, l'on mesure des
choses différentes dans chaque cas, donc la comparaison n'a qu'un sens très limité. D'ailleurs,
ce qui est mesuré dans les approches top down n'est pas toujours très clair, pas plus que les
hypothèses sous-jacentes. Comme le dit bien Tol, les auteurs ”ne détaillent pas la myriade
34
d'hypothèses nécessaires pour aboutir à leur estimations à partir de la littérature des impacts ".
Les modèles d'évaluation intégrée (PAGE, ICAM, DICE, FUND, MERGE…) s'apparentent
parfois encore à des "boites noires", même s'il semblerait que la tendance soit à davantage de
transparence.
Dans le célèbre modèle DICE (Dynamic Integrated model of Climate and the Economy) de
Nordhaus (Nordhaus 1991, 1994a, 1994b), une des principales équations relie l'augmentation
de la température globale à la perte de richesse mondiale. Dans sa première version celle-ci
s'écrivait comme une simple forme quadratique:
L'application de cette formule au cas de Tunis donnerait une perte comprise entre 0,175% et
35
0,417% du PIB soit entre 82 MDT et 197 MDT . La valeur ici agrégée est bien comprise dans
cette fourchette, dans sa partie haute. Des travaux plus récents, entrepris dans le cadre de
l'étude AdaptCost (2009) financé par le PNUE, se concentrent sur des modèles d'évaluation
intégrée pour l'Afrique. Les coûts économiques du CC en Afrique y seraient estimés de 1,5 à
3% du PIB, soit de 3 à 6 fois plus que l'estimation de Nordhaus, a minima. L'estimation
proposée ici, inférieure à ce modèle global, est compatible avec la tendance identifiée par De
Perthuis à ce sujet (De Perthuis et al, 2010).
Une autre méthode d'estimation rapide, à mi-chemin entre la formule purement top down et le
bottom up consiste à dériver la valeur des biens d'une zone donnée à partir de son PIB. Le
coefficient à utiliser varie entre 3 et 5 selon les méthodes assurantielles. Si l'on appliquait cela à
notre zone, nous aurions eu une assiette de dommages directs comprise entre 142 et 237
milliards DT. Or notre construction plus analytique aboutit à 192 milliards DT, correspondant
exactement au point moyen de ces estimations. C'est plutôt rassurant; toutefois, et surtout dans
des économies en transition, des résultats différents s’expliquent également : le fait de
dépasser ce ratio peut par exemple traduire l'intensité capitalistique de la croissance urbaine,
ainsi que l’immobilisation des actifs, comme c’est le cas à Casablanca par exemple. Ces
comparaisons sont intéressantes en ce sens qu'elles permettent de mieux percevoir les
difficultés cachées dans les évaluations grossières, qui sont parfois les seules disponibles. Il est
donc important de bien comprendre leurs ressorts afin d'en faire bon usage ou d'être capable
de faire des pronostics crédibles en la matière. Référence y est d’ailleurs faite dans les cas du
Maroc et de l'Egypte.
34
(Tol, 2001), traduction du Consultant.
35
Les travaux de Nordhaus ont été largement commentés. Notons simplement la grande sensibilité - peu crédible - des
dégâts à quelques dixièmes de degrés Celcius…
1 Introduction
Le quatrième rapport du GIEC conclut que le "changement climatique a déjà commencé à
impacter négativement la santé humaine, et que les scénarios futurs vont augmenter les
risques liés aux maladies sensibles aux évolutions du climat. Les conséquences du
changement climatique sur certaines maladies comme la malnutrition, la malaria et les maladies
diarrhéiques constitueront des risques importants pour les populations futures, particulièrement
36
dans les pays à faible revenus dans les régions tropicales et subtropicales" .
La question du surcoût engendré par la nature et l'ampleur des impacts du CC sur la santé est
complexe. Il est toutefois souhaitable de disposer au moins d'un ordre de grandeur en la
matière.
L'Organisation Mondiale de Santé (OMS) a récemment développé une approche d'évaluation
comparative des risques (comparative risk assessment) utilisée pour estimer et comparer la
charge de morbidité (burden of disease) actuelle et future de 25 facteurs de risques, dont le CC
(cf. Ebi, 2008). La méthode est basée sur des estimations du nombre d'années de vie corrigée
du facteur d'invalidité (Disease Adjusted Life Year ou DALY), mesure synthétique la plus
couramment utilisée en matière de santé. La méthode attribue pour chaque type de risque un
coefficient d'ajustement des invalidités attendues "disease outcomes" en fonction d'un scénario
climatique déterminé, et par rapport à une année de base (la situation actuelle). Cet indicateur
est donc bien une tentative de métrique du risque relatif imputable au CC.
Notre approche consiste dans un premier temps en l'adaptation de la méthode de l'OMS sur
le périmètre du grand Tunis. Il s'agit ensuite d'en effectuer la quantification économique. Cette
approche détermine les coûts directs rattachés au secteur de la santé et supposés
proportionnels à l'accroissement des DALY imputables au CC. Un calcul de coûts indirects est
également proposé, quantifiant la non-production de richesse engendrée par ces mêmes DALY.
37
Le choix du périmètre des impacts imputables au CC en matière de santé n’a rien d’évident .
L’approche de l’OMS, sur laquelle nous nous calons ici, s’attache à rendre compte des
dépenses liées aux maladies corrélées au CC. Il est important de relever qu’il s’agit là d’une
approche conservative de l’estimation de la gamme complète d’impacts que le CC peut avoir
sur la santé (Campbell-Lendrum and Woodruff, 2007). En particulier, la méthode ici employée
e rend pas compte d’évènements ponctuels extrêmes telles les vagues de chaleur, qui
38
peuvent se révéler dévastatrices .
36
Traduction du Consultant de (Ebi, 2008) référant à (Confalonieri, 2007).
37
Relevons ici une importante variation méthodologique : les coûts calculés ici représentent uniquement la part
imputable au CC, alors que pour les autres aléas (chapitre précédent), les coûts présentés sont ceux des désastres
dans leur ensemble, où le CC n’est responsable que d’une partie seulement du coût. Il était nécessaire de séparer ces
résultats non homogènes.
38
Au cours de l’été 2003, une telle vague a frappé la France et fut responsable de 13000 victimes.
• les maladies diarrhéiques et autres maladies hydriques, liées à la mauvaise qualité des
eaux d’alimentation et au manque de soins de base, qui causent annuellement 2
millions de morts, essentiellement chez les enfants en bas âge (Kosek M. et al, 2003) ;
• et le paludisme, qui est la cause de plus d’un millions de décès annuels chez les
enfants (OMS, 2004).
Tableau 56 : Incidence annuelle des maladies diarrhéiques, de la malnutrition et du paludisme par grande région de
l’OMS, 2002
Afr-D 301 878 389 842 5 033 180 368 575 243
Afr-E 353 598 449 192 5 912 176 651 631 755
1 234
Wpr-B 1 546 770 1 225 188 7 035 1 838
061
4 968
Monde 6 122 211 4 513 981 46 352 408 227
560
Source: [Link]
La Tunisie est classée dans la sous-région Méditerranée Orientale (Emr-B), parmi d’autres pays
émergents à faible mortalité.
Le quatrième rapport du GIEC (2007) conclut que le changement climatique a commencé à
affecter négativement la santé humaine, et que les changements climatiques attendus vont
augmenter les risques à l’égard des maladies sensibles aux conditions climatiques. Il est
probable que les conséquences du changement climatique sur la malnutrition, les maladies
diarrhéiques et le paludisme vont poser des problèmes importants dans les décennies à venir,
notamment pour les pays de faible revenu en zone tropicale et subtropicale.
3 Éléments de calculs
39
Le BaU en matière de santé est très problématique à évaluer: quels seront les
investissements et l'amélioration relative des conditions de santé sur un horizon de 20 ans et
plus? La Tunisie semble avoir déjà fait de grands progrès en la matière (El-Saharty et Al, 2008),
mais il est ici délicat de retranscrire quantitativement des hypothèses. Nous considérons donc
un BaU similaire à la situation actuelle, faute d'être en mesure de proposer des alternatives
crédibles et justifiées. Cela revient peut être à sous-estimer les progrès relatifs potentiels dans
ce secteur donc à être trop pessimiste; toutefois, outre le CC à l'échelle régionale, nous
n'appliquons pas de facteur aggravant dû à l'îlot de chaleur urbain. Celui-ci peut être assez
important (de 1 à 9°C environ selon les circonstanc es et les sources) mais reste encore
complexe à évaluer (le Hadley Center dispose d’un prototype). Les conséquences sont
indiquées ci-après dans la note de calcul.
On s’intéresse ici à estimer l’augmentation dans les dépenses de santé totales de la ville de
CC
Tunis (public et privé) engendrée par le CC à l’horizon 2030 ( DTunis 2030 ) représentées comme
un pourcentage de la dépense totale en santé en 2030.
39
Nous procédons ici de façon similaire au chapitre de l’évaluation économique des désastres, par en considérant un
scénario « Business as Usual » ou BaU.
On prend l’hypothèse que les dépenses totales de santé sont proportionnelles au nombre total
40
de DALY d’une région donnée . Le DALY est une mesures synthétique de l'état de santé d'une
population, qui comptabilise non seulement les années de vie perdues pour cause de décès
prématuré, mais aussi les années équivalentes de vie en bonne santé perdues du fait d'une
mauvaise santé ou d'une invalidité (Mc Michael et Al, OMS, 2003). Le facteur β
CC
correspond
alors à l’augmentation en pourcentage des DALY engendrés par les risques liés au CC. Son
estimation repose sur l'identification de quatre enjeux sanitaires sensibles au CC: maladies
diarrhéiques, malaria, malnutrition, et maladies cardiovasculaires.
Enfin: β CC = ∑αiCC
i
Afin d’estimer β pour 2030, les risques relatifs (RR) pour le CC en 2030 estimés par le Global
Burden of Disease (GBD) de l’OMS ont été multipliés par le nombre de cas actuels (données de
2002 pour la Tunisie du GBD de 2004), en supposant que la répartition annuelle des maladies
41
dans le pays sera identique en 2030 dans un scenario sans CC . Ce qui est équivalent à:
β CC = β 2030
CC
.
40
Si l'on se réfère à la section 2.3 du présent chapitre, cette hypothèse serait classée au sein des "heroic assumptions".
41
Cette hypothèse est celle de K. L. Ebis (2008), l'étude la plus importante dans cette catégorie (A. Markandya, 2009).
L'objet de celle-ci est d'estimer les coûts des interventions spécifiques pour le traitement des cas de paludisme,
diarrhée et malnutrition devraient se produire entre 2000 et 2030, dus au CC.
Le calcul proposé prend en compte les maladies prises en compte par l’étude de McMichael
(2003a), à l’exception de la dengue, et les cas des blessures et morts dus à des désastres
naturels par manque d’information précise. La quantification de ces différentes maladies pour la
Tunisie est faite à partir des DALY de 2002 par le Global Burden of Disease (GBD) de l’OMS:
Malaria 0,002
Malnutrition 24,78
Afin d’estimer quel sera l’impact du CC à l’horizon 2030, le GBD a mené une étude qui a permis
la quantification des Risques Relatifs (RR) pour différentes maladies sensibles au CC pour
différents scénarios. Celui s’approchant le plus de nos hypothèses de travail est le "unmitigated"
du GBD. On obtient ainsi une fourchette de RR par région de l’OMS, valables sur notre zone
d'étude. Nous avons opté pour des valeurs moyennes, à l’exception des maladies
cardiovasculaires pour laquelle nous prenons la valeur la plus élevée (voir tableau).
Les maladies cardiovasculaires (CVD) sont celles qui présentent "l'assiette" de DALY la plus
importante en Tunisie. Le rapport du GIEC sur la santé humaine conclut également que la
fréquence et l'intensité des vagues de chaleur augmente le nombre de décès et de maladie grave.
Le poids des CVD se montrent spécialement important en Tunisie où l'on constate un taux
croissant de maladies chroniques dans la charge de morbidité, avec une prévalence des maladies
cardiovasculaires à 16% (El-Saharty, Sameh et al ; 2006). De plus, l'examen de la pyramide des
42
âges tunisienne indique une tendance à venir de vieillissement de la population , ce qui se
corrèle a priori positivement avec les CVD.
42
On estime en effet que le taux des plus de 60 ans sera passé de 6,7% en 1984 et 9,5% en 2004 à 12,5% en 2020.
43
Le RR pour les maladies cardiovasculaires a initialement été estimé pour le nombre de morts. Ici nous appliquons ce
RR au DALY afin d’obtenir un résultat plus lisible. Les mêmes estimations ont été faites avec le nombre de morts et
montrent que les résultats finaux varient très peu. La croissance des CVD et les risques associés sont identifiés comme
primordiales par la littérature tunisienne sur la santé. C'est pourquoi nous avons retenu la valeur haute de la fourchette
proposée, privilégiant une donne locale (nationale) sur des estimations plus globales (régionales).
TOTAL
Afin d'estimer DTunis 2030 , on pose alors que la distribution des dépenses en santé au sein du
44
pays est proportionnelle à la distribution de la population dans le territoire . La projection de la
dépense totale en santé en Tunisie en 2030 est réalisée à partir de la projection du PIB de la
45
Tunisie en 2030 , sur lequel la part des dépenses totales de santé est extraite. Ce rapport s’est
46
en effet montré constant autour de 5,6% depuis 1990 .
4 Résultats
Les résultats du calcul des coûts directs sont les suivants:
Tableau 57 : Évaluation économique du risque sanitaire (coûts directs)
Tunis
Tunisie Ratio= (Dépenses totales Total_ sansCC pop2030 Total_ sansCC
PIB 2030 (MDT)
de santé)/PIB
DTunisie2030 (DT) Tunisie
pop2030
DTunis2030 (DT)
149 342 5,60% 8 363 173 352 23,06% 1 928 227 558
Total _ sansCC
DTunis2030 (DT) β 2030
CC CC
DTunis 2030 (MDT)
1 928 227 558 0,328% 6,3
44
L'hypothèse est conservatrice, étant donné qu’on constate des écarts importants en matière de résultats cliniques
entre les milieux urbain et rural et entre les régions (El-Saharty, Sameh et al, 2006). Cette hypothèse a été validée pour
le cas marocain avec les Comptes Régionaux du Haut Commissariat au Plan qui montrent que la structure du PIB
nationale pour l’éducation, la santé et la sécurité sociale en 2007 est de 14,2% pour Casablanca, ce qui est cohérent
avec l'approche par population ici utilisée qui nous a fourni 13,4%.
45
La prévision du PIB d’un pays à cet horizon n’est pas un exercice facile. Nous avons utilisé les prévisions du FMI
jusqu’à l’année de 2014 en DT constant de 2010. Un taux d’augmentation réel du PIB par habitant de 4% a été appliqué
à la période 2015-2030. Ce taux est légèrement plus bas que l’estimation faite par le FMI sur la période précédente et
suis la tendance utilisé par l’OMS fournie dans le rapport Updated projections of global mortality and burden of disease,
2002-2030 de l’OMS de 2005. Le résultat obtenu semble cohérent avec le rapport sur la Tunisie de Perspectives
Economiques de l’Afrique de l’OCDE (2008).
46
Source : El-Saharty, Sameh et al (2006).
Le surcoût direct lié au CC dans le BaU envisagé à l'horizon 2030 est estimé à 6, 3 MDT
(en terme constants de 2010).
Dans le rapport de 2001, Macroeconomics and health: investing in health for economic
development, the Commission on Macroeconomics and Health de l’OMS, la commission a pris
note des coûts économiques élevés de maladies évitables et a souligné la diminution des
revenus annuels de la société et des individus, et du potentiel de croissance future, notamment
dans les pays les plus pauvres. En tenir compte dans notre approche revient à caractériser les
coûts indirects du CC sur la santé à Tunis.
La conversion des pertes de bien-être induites par des maladies en termes économiques est
47
réalisée en valorisant les années de vie perdues à cause de la maladie, comme le DALY , à
l'aide par exemple du PIB par personne annuel (OMS, 2001).
Cependant, le PIB par personne n’est pas homogène dans tout le territoire, notamment entre la
capitale Tunisienne et le reste du pays. En prenant l’hypothèse que l’indicateur de dépenses
par personne de chaque région reflète également la distribution régionale du PIB par personne
48
en Tunisie et que ce dernier restera inchangé à l’horizon de l’étude, le ratio de 1,38 entre le
PIB de Tunis et la moyenne nationale est appliqué au PIB par personne projeté.
Hypothèse est faite que le nombre de total de DALY de la Tunisie et de Tunis augmenteront au
49
prorata de la population entre la période 2002 et 2030 , et que rapport entre les différentes
50
maladies restera inchangé dans un scénario sans CC . Cela nous permet d’appliquer les RR
pour 2030 à chaque DALYi prévu pour 2030 afin d’obtenir l’augmentation de maladies sensibles
au CC en 2030.
Les résultats ci-dessous mettent en évidence le poids des maladies cardiovasculaires avec
2080 années additionnelles par année ainsi que les maladies diarrhéiques avec 24100
51
années . Le cas de la malaria est négligeable dans cette région.
Il y a donc une augmentation annuelle totale de 6350 DALYs en 2030 due au CC et 1460 à
l’échelle du grand Tunis. Les coûts indirects s’élèvent à 24,2 MDT par an.
47
Un DALY peut être vu comme une année en bonne santé perdue, et la charge de morbidité comme une mesure de
l'écart existant entre la situation sanitaire actuelle et une situation idéale où l'on atteindrait la vieillesse sans maladie ni
invalidité (El-Saharty, 2006).
48
Moyenne entre plusieurs sources comparant les dépenses par personnes de chaque région du pays : Rapport
National sur les Objectifs du Millénaire du Développement - Nations Unies - 2004 (données de 2000) et données de
l’INS-1999 dans BELHEDI, 1999.
49
Nous obtenons celle-ci, et donc les DALY, en nous basant sur l'Etude du Schéma directeur d’Aménagement du
Grand Tunis (2009).
50
Implicitement il s'agit d'une caractérisation partielle du BaU en matière de santé.
51
Le fait que ces dernières ont une forte incidence sur la mortalité infantile doit expliquer l'importance de ce chiffre.
Les coûts totaux moyens annuels sont donc d'environ 30,6 MDT, représentant entre 6 et
16 points de base du PIB du grand Tunis selon que l’on considère celui-ci en 2010 ou en
2030.
Les questions de santé ont un impact non négligeable dans le mix global des coûts des
différents risques considérés. Toutefois, la part de coûts directs - 6,3 M - est assez proche des
coûts de l'érosion où de la ressource en eau.
Les coûts indirects sont estimés à plus de 3,5 fois les coûts directs, ce qui est un ratio
très important comparativement aux autres risques envisagés dans l'étude. L'explication tient
sans doute pour partie dans la nature diffuse de la menace sanitaire. Toutefois, la difficulté
de tenir compte précisément du progrès en matière de santé sous évalue probablement la
capacité de la ville à faire décroître ce ratio, en augmentant ses coûts directs pour faire chuter
ses coûts indirects. La sensibilité entre les deux variables est très forte, surtout dans le cas de
maladies infantiles.
Plus que pour d'autres risques, l'évaluation du coût du CC sur la santé reste un exercice
réellement délicat.
1 Introduction
Cette évaluation porte sur trois volets:
a) l'établissement du périmètre d’action des acteurs institutionnels, et l'identification de
recouvrements ou de vide de responsabilités éventuels;
b) l'évaluation de leur capacité à intégrer les aspects liés à l’impact des Risques Majeurs
et au Changement Climatique ;
c) l'identification des rôles que ces entités seront amenées à jouer dans la conception et la
gestion de l'aménagement urbain d'ici à 2030.
Après la cartographie et l’évaluation institutionnelle, nous proposons une étude de cas
synthétisant l’impact-type qu’un événement désastreux peut présenter sur le système urbain et
périurbain complexe du Grand Tunis. Ce dernier, n’ayant fort heureusement pas subi de
catastrophes majeures après le séisme destructeur de 1758, nous avons pris en considération
l’événement des pluies diluviennes touchant sévèrement en septembre 2003 le réseau des
oueds urbains, avec des pertes humaines et matérielles importantes.
L'approche proposée pour répondre aux termes de références est basée sur la cartographie
institutionnelle. La cartographie institutionnelle, résultat d'un travail de synthèse
bibliographique (lois et documentation disponible) et de collecte et réorganisation d'informations
collectées au moyen d’entretiens, est commentée afin de mettre en lumière les recouvrements
et vides éventuels. La poursuite de l'analyse de cette cartographie revêt un caractère prospectif
à partir de la situation existante.
Fondamentalement, ces deux points sont intimement liés: le rôle qu'une Entité donnée sera
amenée à jouer dans la planification physique dépendra en effet de sa capacité à intégrer les
contraintes liées à une gamme de risques naturels et d’origine humaine, allant jusqu’aux
catastrophes, l’Histoire étant riche en exemples tels le tremblement de terre et le raz-de-marée
de Lisbonne en 1755.
Le recueil des informations et leur analyse ont été étayés par un ensemble de questions
clef émergeant du rapport d'établissement et reproduites ci-dessous. Ces questions ont été
conçues pour "désagréger" en ensembles plus élémentaires les points principaux de la tâche.
Cette nouvelle stratégie nationale est régie par le très appréciable critère directeur « passer
d’une gestion de crise à une gestion du risque ». Or, comme nous le verrons dans la suite
de cette analyse, le cadre institutionnel et législatif courant est par contre polarisé vers la
« réponse » aux événements, privilégiant donc la vision à court terme et la classique gestion de
crise.
Par conséquent, l’analyse institutionnelle a été menée en se focalisant sur les actions, les
interactions et les implications législatives et réglementaires liées aux risques naturels majeurs
(hydraulique, météorologique et géologique) à court, moyen et long terme, sachant qu’un
montage institutionnel efficace permettra aisément de gérer les opérations sur le long terme, tel
ème
que celui dessiné par le GIEC dans son 4 rapport. En ayant bien conscience qu’un
approfondissement de certains aspects est souhaitable, l’on a donc pris soin de maintenir un
juste équilibre entre la charge de travail afférente au recueil de l'information et à son analyse,
de même qu'entre les questions de prévention, préparation et gestion des situations extrêmes
et d’urgence.
Notons que certaines informations n'ont pas été trouvées, ou bien pas trouvées de manière
claire ou désagrégée - ce qui eut été souhaitable - pour faciliter le travail d’analyse. Toutefois, le
recueil de documents et les entretiens ont permis, moyennant un travail majeur d’analyse du
contexte, une compréhension des aspects institutionnels principaux conformes au caractère
relativement général de l’analyse attendue dans le cadre de cette étude.
Protection Civile
Système à base civile ou mixte assurant la protection des populations et du territoire
contre les risques naturels et technologiques. Il s’agit d’un système centré sur la
prévention, tenant compte des perspectives tactiques et stratégiques, apte à intégrer les
activités de prévision et protection contre les événements majeurs à courte, moyenne et
longue période de retour.
Aléa
Probabilité qu'un phénomène d’amplitude donnée survienne dans une zone donnée et
avec une fréquence de répétition donnée. L’aléa change en fonction du temps.
Vulnérabilité
Fragilité ou manque de résistance (capacité à résister face à un événement) des
éléments d’un système exposé à un aléa donné. En cas de cartographie ou d’évaluation
quantitative du risque (voir ci-dessous), il est préférable d’associer les indices de
vulnérabilité aux éléments individuels d’un système et non pas au système dans son
ensemble. La vulnérabilité change en fonction du temps.
Résilience
Mesure de la capacité d’un système à persister au-delà d’une perturbation, revenant dans
une position d’équilibre identique (si le processus est sans pertes) ou proche (si avec
pertes) de l’original. La vulnérabilité d’ensemble d’un système est d’autant plus faible que
sa résilience est grande.
Valeurs exposées
Le risque R est égal au produit de trois variables du temps : l’Aléa, la Vulnérabilité et les
valeurs Exposées, soit : R = A x V x E. Les trois facteurs A, V et E changeant avec le
temps, en découle que le risque R est aussi une fonction variant dans le temps.
Prévention
Ensemble des activités vouées à la réduction de l’intensité probable d’impact d’un futur
événement désastreux dans un lieu donné. Rentrent dans la prévention, entre autres :
l’édition et l’application de normes de sécurité, les activités de surveillance et de
monitoring des paramètres caractérisant une source connue d’un événement attendu, la
prévision routinière ou ponctuelle, la préparation des moyens et des procédures de
réponse.
Prévision
Résultat de l’ensemble des activités d’étude permettant d’établir lieu(x), temps,
amplitude/intensité et/ou durée et probabilité d’occurrence d’un événement. La
formulation d’une prévision requiert la connaissance quantitative des paramètres de la
source et de la dynamique du phénomène analysé.
Préparation
Capacité de réponse organisée à un ou plusieurs événements désastreux. Dans les cas
de l’étude, il s’agit d’événements spécifiques en typologie, temps et lieu.
Réponse
Ensemble des opérations d’urgence menées à la suite d’un événement désastreux.
C3
Dérivé de l’Anglais « Communication, Command, Control » ou C3I « Communication,
Command, Control, Intelligence », couvre l’ensemble idéal des opérations à mener pour
la gestion d’une situation de crise.
Nous remarquerons que dans la formalisation du Risque R ci-dessus, deux valeurs
adimensionnelles (la probabilité A et un indice V) sont multipliées par un paramètre économique
ou monétaire (la valeur intrinsèque E des biens exposés aux risques) donnant lieu à un produit
dont la valeur est variable dans le temps. Cette approche présente l’avantage de permettre
l’estimation des besoins financiers nécessaires à une réduction donnée du risque, à un endroit
et à un moment donné, agissant à la fois sur V et E. Par contre, ce modèle n’est pas associable
aux désastres à grand nombre de victimes, où l’évaluation de l’étendue des dégâts est
forcément biaisée par des paramètres non linéaires parmi lesquels l’o peut par exemple citer
les couts politiques associés aux émotions collectives et aux impacts médiatiques.
3 Cartographie institutionnelle
La cartographie présentée résulte d'une revue documentaire et de nombreux entretiens –
principalement au niveau ministériel – dont la liste est donnée à la fin du présent chapitre. Elle
vise à introduire et étayer l'analyse préliminaire proposée plus loin.
Il s'agit d'identifier les acteurs institutionnels et de les caractériser. Le cadre est synthétisé
dans le Tableau 60 dans lequel – vis-à-vis d’un scénario institutionnel simple en théorie, mais
impliquant en théorie plus de quarante acteurs – un premier filtrage a permis de ne retenir que
les Entités affichant une possibilité réelle de revêtir un rôle dans le cycle de gestion des risques
à court, moyen et long terme. Le contenu de la colonne « rôles et mandats » du tableau de
synthèse est ensuite renseignée pour les seuls acteurs institutionnels principaux, afin de révéler
les criticités découlant de chevauchements éventuels des missions.
Les Services sont donc le point de départ, ils figurent en colonne centrale. Le contenu des
autres colonnes a pour objet de fournir des informations sur ces acteurs.
La colonne "Entité Primaire ou de tutelle" donne le niveau de rattachement jugé le plus pertinent
de l'entité proposée: en général le niveau immédiatement supérieur, mais pas systématiquement.
Pour la colonne "Rôles et Mandats", il eut été possible de distinguer différents niveaux
d'informations, en particulier entre mandat et réalisation, mais là encore un compromis devait être
trouvé afin d'intégrer différentes contraintes: ne pas surcharger la présentation, et maintenir un
niveau de discernement nécessaire et suffisant pour une approche générale du contexte
institutionnel.
Pour cette raison, il a aussi été décidé de ne pas rapporter les réalisations des Entités, afin
d’éviter des déséquilibres possibles soit en nombre, soit en ampleur de ces réalisations,
puisque elles seraient liées au niveau d’autonomie budgétaire de l’Entité plutôt qu’à l’efficacité
de son action ou à leur pertinence vis-à-vis des thématiques de risques objet de ce rapport.
Une analyse plus approfondie de la cartographie institutionnelle est proposée en Annexe 17.
4 Analyse institutionnelle
4.1 Principes
La cartographie proposée ci-dessus est un outil indispensable à l'analyse institutionnelle. Pour
bien cerner le rôle des différents protagonistes et identifier leurs complémentarités, il convient
aussi de pouvoir les situer le long du cycle de la réduction des risques.
La Figure 104 en est une illustration.
Figure 104 : Étapes et contenu du cycle de réduction des risques
Dans le schéma du cycle des risques ci-dessus, nous nous intéresserons aux trois premières
colonnes de gauche, sachant qu’une gestion de crise (colonne centrale) ne peut pas avoir lieu
en l’absence d’une phase de préparation adéquate. Alors qu’une préparation adéquate peut
être montée en l’absence d’une phase de prévention - d’habitude très demandeuse en temps et
en moyens techniques et financiers (colonne de gauche) - au prix d’une efficacité réduite, bien
sûr. Nous essayerons donc de localiser, au niveau d’une étude préliminaire, le système
institutionnel tunisien dans le schéma en question.
Le Ministre de l’Intérieur
et du Dévéloppément Local
Commission Nationale
Permanente de G.C. Direction
Centrale
Commission Régionale Opérations
Permanente de G.C.
Poste de Commandement
Chef des Opérations
Dans la législation nationale, la gestion de l’urgence s’articule autour du Plan ORSEC, élaboré
par une Commission Nationale Permanente (définie à l’Art.3 de la Loi n° 91-39) présidée par le
Ministre de l’Intérieur et composée des représentants de dix Ministères. La Commission
Nationale peut créer des Sous-commissions en charge de l’assister dans l’élaboration de sous-
plans sectoriels. Le secrétariat de la Commission est assuré par le Directeur de l’Office National
de Protection Civile (ONPC).
Au printemps 2010, la Commission Nationale a défini quatre niveaux de Plan ORSEC :
- le Plan ROUGE, déclenché en cas de très grand nombre de victimes et de blessés.
L'intervention se base essentiellement sur cinq filières : les secours médicaux, le sauvetage,
l'évacuation sanitaire, l'hébergement et la sécurité ;
- le Plan BLEU, déclenché en cas d’inondations, d’événements intéressant les côtes et en cas
d’interventions maritimes. Ce plan est axé sur quatre filières seulement - hébergement,
secours médicaux, sauvetage et sécurité - l’évacuation sanitaire n’étant pas une priorité dans
ce type de désastre attendu ;
- le Plan JAUNE, activé en cas d’accidents technologiques et/ou chimiques ;
- enfin le Plan VERT, exécuté dans le cas des feux de forêt qui nécessitent un plan d'attaque
basé sur l'extinction des foyers, les secours médicaux et la sécurité.
Même schéma et même arborescence sont appliqués aux niveaux régionaux pour
l’application aux cas d’urgence ne dépassant pas les limites régionales, ou à plusieurs régions
à la fois en cas d’événement à caractère transfrontalier : dans ces cas, le Gouverneur (de
nomination présidentielle) prend localement le rôle de coordinateur. A son tour, une
Commission Régionale Permanente – avec ses sous-commissions – applique localement les
fonctions de planification de la réponse opérationnelle et les Offices Régionaux de Protection
Civile remplacent l’ONPC.
Les procédures de rédaction des Plans sont gérées par le Décret n° 93-942 du 26 Avril 1993.
Nous remarquerons que le système, tel qu’il a été conçu et établi par la loi n° 93-121 puis
précisé dans les décrets suivants, n’incorpore pas les fonctions de mitigation des risques
et reste principalement dévoué à la « réponse », vue comme ensemble des actions
d’urgence pour faire face à l’évènement. En effet, le concept « prévenir les calamités » énoncé
aux titres de la loi n° 93-121 et des décrets cités auparavant, doit être lu comme préparation
matérielle à l’impact d’un évènement, axée uniquement sur les « plan de secours » (Art.2), la
« coordination des secours » (Art.3) et l’« organisation des secours » (Art.6).
Comme il a été précisé auparavant, l’Office National de Protection Civile a connu en 2007
(Décret n° 247 du 15 août 2007) une réorganisation administrative comportant six directions
centrales (Financière et comptable, Risques majeurs et Planification, Ressources humaines et
Aide Sociale, Prestations préventives, Parc roulant et Équipements, Formation et Volontariat –
dont les deux dernières obtenues par scission de la précédente Direction de Services
Communs), et cinq cellules administratives rattachées au Directeur Général (Relations
publiques, Études juridiques et contentieux, Informatique, Audit interne et contrôle de gestion,
Commerciale). Les aspects opérationnels ont été touchés aussi, avec le renforcement et/ou la
création de deux cellules : la Salle Opérationnelle centrale et une Brigade Spécialisée.
Cette réorganisation n’apporte pas de recadrages de l’action qui reste orientée à la réponse
opérationnelle uniquement. Toutefois, pour que celle-ci fonctionne, il est impératif que les
scénarios de risque soient en même temps (a) nombreux, diversifiés et bien connus, (b)
quantitatifs, donc issus de simulations, et (c) à déroulement relativement lent, donc permettant
une sélection et une intervention sur le terrain non-instantanée mais certainement rapide.
Dans ce cadre, il reste à positionner le système de Protection Civile tunisien vis-à-vis de ses
homologues internationaux, afin d’en identifier la vocation. Nous avons déjà précisé qu’il s’agit
d’un système basé sur la « réponse », ne nécessitant donc pas de systèmes d’alerte précoce
sophistiqué (bien que cela soit utile), mais un grand nombre de plans de réaction réalistes et
assez détaillés pour pouvoir permettre un minimum de programmation.
Alors que la majorité des interlocuteurs européens s’est dotée de systèmes de Protection Civile
centrés sur le développement d’activités importantes de Prévision et Prévention, les systèmes de
Défense Civile sont assez courants en Afrique, au Moyen Orient et en Asie, la majorité de ces
pays étant par ailleurs regroupée au sein du réseau international INSARAG. L'occurrence de
conflits au Moyen Orient et au Machrek a généré un système de protection à caractère militaire,
orienté vers une « réponse » organisée à des scénarios de risque connus ou prévisibles et à des
aléas contrôlables, c'est-à-dire influençables par l’action humaine. Cette stratégie de « réponse »
n’est acceptable qu’aux conditions « a » à « c » dont on a fait état ci-dessus.
Ce système basé sur la « réponse », tire des avantages - comme toute organisation chargée
des secours, en termes d’efficacité et rapidité - de l’éventuelle présence de systèmes d’alerte
précoce, mais est opérant même en leur absence, bien qu’avec des fonctionnalités réduites. Le
choix opéré avec la loi 91-39 est donc un choix clair, quoique conservatif.
Les compétences dans ce domaine sont partagées (en amont) entre le Ministère de
l’Agriculture et des Ressources Hydrauliques et le Ministère de l’Équipement, de l’Habitat et de
l’Aménagement du Territoire. En aval, participent au système les Collectivités Locales, puis le
Ministère de l’Environnement et du Développement Durable et le Ministère de l’Intérieur et du
Développement Local. Ce dernier agit par l'intermédiaire des Collectivités et encore le Ministère
de l’Équipement, de l’Habitat et de l’Aménagement du Territoire.
Le concept directeur du système courant est que l’activité mixte de prévention et réponse
est échelonnée sur deux niveaux (protection « éloignée » et protection « rapprochée »), alors
que l’activité de prévention et de réparation se fonde sur un niveau unique « assainissement »,
comprenant la réalisation et l’entretien des réseaux d’assainissements des eaux pluviales qui
déversent dans les lits des oueds, les sebkhas ou dans la mer. La règle générale est donc que :
a. Protection éloignée : la source de protection distante est d’habitude mise en oeuvre par la
Direction Générale des Barrages et des Grands Travaux Hydrauliques (DGBGTH) et gérée
et surveillée par la Direction Générale des Ressources en Eau (DGRE) au moyen d’un
réseau de capteurs divers. Les deux Directions Générales relèvent du Ministère de
l’Agriculture.
b. Protection rapprochée : la réalisation d’ouvrages optimisant la gestion des eaux s’écoulant
vers la ville, dans les oueds et dans les zones d’accumulation en zones urbaines et
périurbaines (déviation des Oueds et des cours d’eau en dehors des zones urbaines,
construction des bassins d’écrêtement, recalibrage et aménagement des Oueds en ville),
relève typiquement de la DHU (Direction de l’Hydraulique Urbaine), donc d’un autre
Ministère, celui de l’Équipement.
c. Assainissement des eaux pluviales : ayant lieu à l’intérieur des agglomérations et des
zones urbaines, relève des attributions des Collectivités Locales, pouvant déléguer à
l’ONAS (Ministère de l’Équipement) la réalisation et la gestion d’ouvrages. Le montage
technique et institutionnel se termine donc avec des acteurs techniques et des bénéficiaires
institutionnels autres que ceux du premier niveau «a» et du deuxième niveau «b». Cette
dernière phase «c» ne rentre pas dans la préparation ni dans la gestion de crise, mais peut
être bien placée entre la réhabilitation/reconstruction et le nouveau début du cycle préventif.
Mise à part l’activité de la DGRE – en charge, par la loi, de la gestion des réseaux fixes de
mesures d'alerte et les systèmes d'annonce des crues où il sont établis – dans le schéma ci-
dessus on décèle le manque d’une liaison indiscutable et robuste entre ces trois volets
de la protection hydraulique. Surtout en ce qui concerne les deux protections éloignée «a» et
rapprochée «b» – agissant en temps différés et en lieux géographiquement séparés – le lien et
le transfert de responsabilité sont supposés se faire au moyen d’un relais institutionnel
enchaînant les responsabilités de part et d’autre, et non pas avec une simple procédure
automatisée d’échange d’information entre réseaux de surveillance en temps réel.
Ayant été arrêté très récemment, le CNCT n’a apparemment pas encore répondu à son
attribution de déterminer les référentiels nationaux en matière de Géomatique, comme il lui est
demandé par la loi n° 2009-24 du 11 mai 2009. Compt e tenu de la grande quantité des
Services et Offices développant ou essayant de développer des produits de cartographie
numérique, la définition de ces référentiels présente un caractère d’urgence absolue afin de
réduire les risques de multiplications de plateformes et fournisseurs extérieurs de données et
produits.
D’autre part nous considérerons que le besoin en cartographie et – surtout – en mise à jour de
la cartographie est désormais généralisé, et que maintes activités économiques à caractère
technique sont fondées sur la disponibilité d’une cartographie actualisée à quelques semaine
ou à quelques mois au maximum. Les besoins en cartographies spéciales – notamment les
Modèles Numériques de Terrain à très haute précision et très haute résolution verticale,
essentiels pour l’analyse et la lecture d’un territoire côtier caractérisé par des dénivelés
négligeables – se multiplient à une vitesse aussi grande que les services offerts à l’échelle
mondiale, sur une base commerciale.
Au regard du caractère confidentiel et contrôlé attribué au système venant d’être centralisé
sous les auspices du CNCT – et donc de sa faible dynamique – le risque existe qu’une réponse
trop lente du système ainsi conçu pourrait induire un recours individuel aux produits déjà
disponibles sur le marché mondial des produits spéciaux (levés aériens et satellitaires avec
capteur et techniques de pointe) pour satisfaire tout besoin urgent ou très urgent en matière de
cartographie.
Étant donné l’importance cruciale, surlignée auparavant, de la cartographie dans le gestion du
territoire et des risques naturels en particulier, ceci aurait un impact tout à fait négatif sur la
planification d’urgence (par cartographie obsolète) et sur la planification urbaine à longue
échéance (par cartographie incomplète).
En matière de gestion de l’ACC en milieu côtier, il reste à déterminer le rôle jouable par l’APAL
(Agence pour la Protection et l’Aménagement du Littoral, sous tutelle du MEDD) dont la mission
d’exécution de la politique de l'État dans le domaine de la protection du littoral et
d'aménagement des espaces littoraux apparait pour l’instant limitée par des taches plutôt
administratives, telles la régularisation des situations foncières. Aucun rôle majeur en matière
d’adaptation au changement climatique ne serait par contre à prévoir pour l’ANPE (Agence
Nationale pour la Protection du Littoral, également sous tutelle du MEDD) dans l’éventail
courant de ses taches institutionnelles.
Le Ministère de l'Équipement, de l’Habitat et de l’Aménagement du Territoire, en
particulier avec la Direction Générale de l’Hydraulique Urbain (DHU) et encore l’ONAS, gardera
sans doute un rôle majeur à jouer en tant que aménageur des interfaces critiques entre réseau
des oueds, réseaux d’écoulement des eaux et collectivités en zones urbanisées, ou à urbaniser
ultérieurement. Ne pas négliger la combinaison de ces rôles institutionnels avec ceux attribués
aux Directions Générales des Barrages et Grands Travaux Hydrauliques (DGBGTH) et des
Ressources en Eau (DGRE) du Ministère de l’Agriculture.
Un rôle stratégique majeur a été réservé – de l’avis de l’expert – à l’imagerie territoriale et aux
cartographies ordinaires et thématiques à haute et très haute fréquence de mise à jour,
concentrées dans le CNCT depuis 2009, et à l’analyse climatologique et géophysique sensu
lato entièrement confiée à l’INM depuis 2009 également. En principe, la localisation protégée
de ces compétences en assure l’exploitabilité et la durabilité vers l’horizon de projection 2030.
Enfin, en ce qui concerne l’organisme de liaison entre le Ministère de l’Intérieur et des
Collectivités Locales et l’Office National de Protection Civile (ONPC) dans son action de
réduction de l’impact des désastres – à savoir, la Commission Nationale Permanente – nous
remarquerons que ses pouvoirs et ses caractéristiques relèvent plutôt de l’exceptionnel que du
régulier et ne semblent pas porter sur la vision de longue haleine nécessaire à la gestion des
changements climatiques.
Ensuite, la Tunisie, consciente du facteur limitant du communal par rapport à des enjeux
techniques requérant des compétences assez spécifiques, à d'ores et déjà fait le choix de
tempérer la subsidiarité dans ce domaine, en misant d'avantage sur les Établissement Publics
Administratifs (tels l'ONAS, si l'on prend la question du drainage urbain) qu’on retrouve dans
la cartographie institutionnelle plus haut.
Ce modus operandi arrange plutôt les Communes, qui ne revendiquent pas cette gestion
complexe, mais demandent en revanche, fort légitimement, d'être associés à leur
programmation. Signalons également que les communes peuvent toutefois également créer
des régies, des EPA, ou même des sociétés commerciales.
5 Étude de cas
La Tunisie offre un exemple de structure institutionnelle de Protection Civile, définie et mue par
l'occurrence d’une famille spécifique de catastrophes naturelles, celle des inondations. Les
grandes inondations de 1969, 1973, 1982, 1984, 1990 et 1995 étant trop lointaines en temps,
mal connues en termes d’études et présentant des carences en termes de données d’archive, il
est apparu logique de se concentrer sur des événements récents plus intenses et mieux
renseignés, en analysant la qualité et l’articulation du système de réponse au niveau de détail
rendu possible par les informations collectables.
Pour cela, nous avons forcément choisi les pluies diluviennes du septembre 2003, sans
doute l’événement plus important frappant le Grand Tunis dans la dernière décennie. Ces
pluies ont donné lieu à une inondation urbaine mémorable avec une importante perte de biens
et malheureusement de quelques vies humaines (quatre, de source officielle), laissant jusqu’à
2500 sans abris pendant plusieurs semaines.
Cet événement est de très grand interêt puisque il est seul à présenter des caractéristiques
d’intensité et concentration spatio-temporelle liées à la physiographie du territoire et
parfaitement compatibles avec les scénarios associables aux Changement Climatiques à court
terme dans la Région.
En général, l’estimation des périodes de retour est très différente selon que l’on se place
du point de vue des pluies ou de celui des crues.
En particulier, la crue exceptionnellement dommageable du 24 Septembre visualisée dans les
photos ci-dessus, s’est produite surtout par cause de bassins pleins et sols saturés induisant
des coefficients de ruissellement proches de 100%. Bien qu’ayant dépassé la fréquence
centennale, l’imperméabilisation croissante des sols par les aménagements urbains et routiers
fait que ce cas de figure peut aisément se reproduire à l’avenir dans le même contexte.
Une étude de Protection Contre les Inondations (PCI) a été établie en 2004 et a permis après
l’analyse de la situation actuelle d’identifier de multiples aménagements à réaliser dans les
divers bassins versants. Toutefois, cette étude telle que conçue ne peut pas permettre la
réalisation des ouvrages nécessaires pour la protection contre les inondations (…) »
En Octobre 2003 le groupe tunisien Atlas Conseil International écrivit (en haut) dans la page de
garde de sa revue Atlas Magazine que «…..enfin en 2003, c'est au tour de la Tunisie de
connaitre des inondations dévastatrices avec deux evenements majeurs les 17-18 septembre et
le 24 septembre. Ces inondations, les plus importantes depuis des décennies, ont paralysé
Tunis et ses environs et causé d'importants dégats materiels aux infrastructures et aux
habitations…..».
Les opinions des Institutions et de l’Industrie se rallient donc à l’évidence fournie par les études
hydrologiques. En conclusion de cette analyse, nous examinerons brièvement cet événement
sous le profil de la gestion de crise et du retour d’expérience inhérent.
2) système d’alerte précoce : l’événement prouve sans aucun doute la nécessité d’un
système d’alerte permettant non seulement de réduire l’erreur en localisation, mais aussi
d’effectuer le suivi du de la perturbation, en alertant en temps quasi réel les destinataires de
l’information opérationnelle.
3) précision de la prévision météorologique. Les caractéristiques des pluies observées
étaient telles que la prévision ordinaire à maillage normal (10 à 20 km de coté) n’aurait pas
permis de prévoir, avec les moyens de l’époque, les secteurs des averses.
Nous remarquerons qu’en 2007 des pluies torrentielles avaient à nouveau causé des
pertes humaines (au nombre de seize dans le Grand Tunis, en particulier dans sa banlieue
nord-ouest, Sabalet Ben Ammar), mais apparemment moins de dégâts matériels, avec comme
en 2003 un système de protection civile apparaissant dépassé par les évènements. Les
dysfonctionnements du système mis en évidence par les événements de 2003 – en termes de
manque de prévention et manque de coordination entre prévision et réponse – ne semblaient
donc pas avoir été résolus quatre ans plus tard.
Pour tirer des conclusions opérationnelles pertinentes de cette étude de cas – qui reste la plus
significative de cette dernière décennie – il conviendrait donc de disposer d’une information
officielle et plus complète sur les retours d’expérience acquis par les Services directement
concernés par l’événement de 2003 (et éventuellement 2007, pour comparaison).
6 Conclusion
Nous avons vu que les activités de prévention et de gestion des désastres naturels en Tunisie
font appel à l’articulation des actions d’un grand nombre d’organismes (nous en avons
dénombré 25, directement ou indirectement étatiques), dont il a été fait état plus haut.
Nous avons aussi remarqué que la structure générale du système et la conception de
l’approche n’ont pas beaucoup évolué de 1991 (date d’entrée en vigueur de la première loi
établissant les bases d’un véritable dispositif de protection civile) à aujourd’hui, tendant à
démontrer que les catastrophes survenues ces 30 dernières années n’ont pas été d’étendue
suffisante pour inciter les pouvoirs publics à juger utile ou nécessaire d’apporter des
changements profonds à l’organisation actuelle.
Le dispositif national semble cependant s’acheminer vers une rationalisation des ressources
techniques et la définition d’un éventail de référents thématiques uniques nationaux. Par
exemple, si dans le cas analysé de 2003 il pouvait y avoir ambiguïté sur l’identité des
fournisseurs officiels de données hydrométéorologiques et de modèles prévisionnels de pluie,
ce doute est désormais levé après le choix de l’Institut National de la Météorologie (INM)
comme responsable de la gestion des risques dits « géophysiques » (météorologique et, depuis
peu, sismique).
Il en va de même pour la cartographie nationale et la cartographie thématique de l’urgence,
rassemblées depuis 2009 sous le patronage du Centre National de Cartographie et
Télédétection (CNCT). Le chemin était tracé dans les deux cas, mais la démarche apparaît
toutefois lente par rapport à l’évolution technologique que ces deux secteurs de pointe ont
connue ces dernières années.
Le dispositif d’ensemble, tel qu’il a été conçu et établi par la loi n° 93-121 et précisé dans les
décrets d’application, ne rattache que de manière marginale les fonctions de prévention
des risques et prévision à l’Office National de la Protection Civile. Par ses caractéristiques
intrinsèques (et son statut de simple « office »), ce dernier n’apparaît pas être doté de moyens
matériels et légaux suffisants, voire des pouvoirs et des compétences techniques et
décisionnelles internes nécessaires à une réponse opérationnelle anticipée par rapport aux
analyses et aux décisions de la Commission Nationale, conjuguant vitesse et efficacité. En
réalité, dans le système actuel, les informations techniques et scientifiques n’arrivent pas à
l’ONPC, ou ne lui parviennent qu’indirectement au travers de l’organe compétent, à savoir la
Commission Nationale. Le choix est logique du moment que la législateur a souhaité clairement
différencier le décideur (la Commission) du coordinateur des moyens déployés (ONPC), en
gardant ce dernier en position subordonnée.
Ce schéma – bien résumé par l’organigramme de la Figure 105, assez compatible avec la
notion même de Plan ORSEC (organisation des secours : donc préparation, recherche et
secours seuls) – relève notamment des systèmes unitaires de sécurité civile incorporant,
ou issus des systèmes de défense civile (militaires et sapeurs-pompiers) assez courants en
Afrique, au Moyen Orient et en Asie. Les réseaux INSARAG (International Search and Rescue
Advisory Group, des Nations Unies-OCHA) et Arab Office for Civil Protection and Rescue,
auxquels la Protection Civile Tunisienne adhère, forment un exemple plutôt différent des visions
de protection civile mis en place dans l’Union Européenne (articulées sur la base de la typologie
de risques existants dans chaque pays).