Introduction aux Protozoaires
Introduction aux Protozoaires
JEAN DRAGESCO
Méthodesderdcolte,d’étude et de préparation
des protozoaires
Les Protozoaires sont généralement cosmopolites et peuplent les milieux
les plusdivers. : eaux douces stagnantes ou courantes,eauxsaumâtres,
‘ salées et sursalées, tourbières,mousses et sphaignes(danslamince couche
d’eau qui entoure la plante) et même la terre humide, voire sèche.
Le procédé classique pour obtenir facilementles formes enkystées consiste
dans l’infusion devégétaux secs. E n plongeantdansde l’eau doucedes
débris végétaux, de la mousse sèche ou de la terre, on obtient immanqua-
blement, au bout de quelques jours, des amibes nues, des Thécamoebiens,
des petitsflagellés incolores, des Ciliés variés (desgenres Colpoda et Bresslaua
e t des Hypotriches).
Lorsqu’on prospecte plutôt les eaux libres (stagnantes : mares, lacs ou
courantes : rivières, fleuves) les Protozoairespeuventêtre récoltés de
plusieurs manières :
Lesformes sessiles ou vagiles (lesplusabondantes)s’obtiennenten
exprimant, dans un récipient en plastique, l’eau dans laquelle baignent les
algues et autres plantes aquatiques ; il faut aussi récolter le mucus gluant
qui entoure les tiges de papyrus et de roseaux.
Les espèces interstitielles peuvent être facilement obtenues en prélevant
la partie supérieure (sur quelques mm seulement) des sédiments meubles.
D’autres formes (et notamment les espèces du (( sulphuretum ))b sont obtenues
en exprimant l’eau qui entoure les feuilles mortes et les débris végétaux
en décomposition.
Lesespècesplanctoniques ou flottantesnepeuventêtre récoltées que
par l’emploi d’un filet à plancton à mailles assez fines (de l’ordre de 25 p.).
Pour trouver des Protozoaires intéressants ou nouveaux il est indispen-
sable de procéder A d’innombrables pêches, dansdesconditions diverses,
à des heures différentes du jour et de la nuit.
Les récoltes seront conservées dans des cristallisoirs fermés à l’aide de
plaquesdeverre(prévoiruneimportantequantitéd’airentre le niveau
liquide et le couvercle). II est bon d’étudier les récoltes aussitôt après le
prélèvement,certainesespèces fragiles mourant assez [Link]
contre,onaintérêt à conserverlongtemps certainséchantillonscarla
faunule se modifie sans cesse.
Les récoltes sont examinées sous le binoculaire stéréoscopique (dans des
boitesdePétri) e t les Protozoairesintéressantssontprélevésavecdes
micropipettes (étirées à la flamme). Avec un peu d’adresse on peut prélever,
individuellement, des Protistes de 20 p. de long (l’ouverture de la pipette
doit être calibrée en fonction de la taille de l’organisme ; c’est pourquoi
il faut posséder de nombreuses pipettes). L’aspiration se fait, suivant les
habitudes prises, soit par l’intermédiaire de tétines en caoutchouc, soit Q.
la bouche.
Pour l’observation au microscope on isole les individus prélevés sur une
lame propre et on prévoit des cales en vaseline, de manière à ne pas écraser
LES PROTOZOAIRES 155
11% gros échantillons. Pour les Ciliés, qui se déplacent sanscesse, une immobi-
lisation relative peut être obtenue par compression ménagée (en appuyant
délicatement sur les cales en vaseline).
Des préparations extemporanées peuvent être obtenues en ajoutant une
gouttelette de vert de méthyle acétique (glycériné) qui tue le Protozoaire
tout en colorant en vert-bleu le noyau (l’ADN).
Mais il ne faut pas se faire d’illusions : toute étude sérieuse (même en
vue d’une simple diagnose) exige des préparations complexes qui touchent
A la cytologie et qui sortent du cadre de cet ouvrage.
La technique de base est simple lorsqu’il s’agit de Rhizopodes.
Les amibes nues doivent être observées sur le vivant ; des préparations
nucléaires peuventêtreobtenuespar des procédés classiques : fixation
sur lame e t coloration par l’hématoxyline ferrique.
La systématique des Técamoebiens est basée sur l’étude morphologique
e t biometrique des Thèques. Leurpréparationest desplus simples : on
dispose lesédimentcontenant les Thécamoebiens sur une lame. Cette
dernière est desséchée complètement (A l’étuve ou au-dessus d’une flamme)
puis plongée dans le xylol pour y chasser l’air. On recouvre ensuite d’une
lamelle portant une goutte de Baume du Canada.
Dans le cas des Héliozoaires le travaildedéterminationne peut être
fait que sur le vivant. Des préparations cytologiques peuvent être réalisées
accessoirement.
Tout autre estle problème de l’identification précise des Ciliés. Autrefois
on se contentait d’observations sur le vivant, précisées par des dessins (c’est
ainsi quetravaillaientKAHL, PÉNARD, etc.).
Aujourd’hui, la systématique dece groupe étant basée sur l’infraciliature
somatique e t buccale e t la stomatogenèse, on ne peut rien faire de sérieux
sans l’aide des techniques difkiles et complexes (nécessitant un laboratoire
bienéquipé).Danscertainscas il faut même faire intervenir l’électrono-
graphie.
La description des techniquesutiliséescourammentsortducadrede
cet [Link] de les indiquer (le lecteur trouvera
la description des techniques adéquates dans la bibliographie).
Les méthodes fondamentales reposent sur les imprégnations A l’argent
(suivant CHATTON e t LWOFF,BODIAN,KLEIN ou FERNANDEZ-GALIANO).
Suivant les espèces c’est l’une ou l’autre de ces variantes qui se montrera
la plus appropriée. L’étude du noyau exige l’emploi des réactions nucléales
de Feulgen.
aussi bien des Flagellés A pseudopodes que des amibes flagellées. Toutefois
la majorité des Rhizopodes ont perdu le flagelle et même le centrosome.
Suivant les divers types de pseudopodes connus on distingue les Lobosa
qui sont digités,arrondis endo- ou ectoplasmatiques, les Filosa, toujours
effilés, divisés e t anastomosés(ectoplasmatiques) et les Granulo-reticulosa
fins e t anastomosés en réticulum mais parcourus de courants de granules
dans leurs parties extérieures.
La classification des Rhizopodes est difficile. E n 1953 (DEFLANDRE,
dans GRASSÉ) ondistinguaitla Super-Classe desRhizopodesavec l’ordre
des Amibiens nus puis celui des Thécamoebiens. Aujourd’hui (HONIGBERG
e t al., 1964) la classification adoptée est la suivante (nous citons uniquement
les Taxons d’eau douce) :
PLANCHE -
1. Fig. 1 : Structure del’Amibe g6ante Chaos diffluens (inspir6 de S. O. MAST).
2 :Thecamoebien Arcella uulgaris en vue laterale(d’aprbs DEFLANDRE). 3 : Thecamoebien
Arcella uulgaris en vue apicale (d’aprks DEFLANDRE). 4 : Thecamoebien Difflugia oblonga
en vue latbrale. 5 : Thecamoebien Chlarnydophrys rnino~en vue laterale (d’aprbs B ~ L A R ) .
6 : Thecamoebien Nebela Iageniformis : individu en voie d’enkystement (d’aprbs
DEFLANDRE). 7 : Thecamoebien Nebela collaris (d’aprbs DEFLANDRE). .8 : Thecamoebien
Nebela galeata (d’aprbs DEFLANDRE). :Bpseudostome (bouche) ; C : cristaux ; Co : coque
organique ; Col : collopode ; E : 6pipode ; Gpi : epiphragme ; G : grains d’excrktion ;
N : noyaux ; Ps : pseudopode ; Q : grains de quartz constituant la coque (test) ;V. A. :
vacuole alimentaire ; V. C. : vbsicule contractile.
LES PROTOZOAIRES 159
de (( cytostomes O). La phagocytose intéresse aussi bien des petites proies
d‘origine végétale(bactéries,levures)que des protistes (Ciliés, Flagellés),
des amibes (cannibalisme)ou même des petits métazoaires (préadation macro-
phage). Les déchets sontrassemblés dans unevacuole e t rejetés à l’extérieur.
La vacuole contractile (oupulselle) ,existe chez la phpartdes Protozoaires
d’eau douce. Son rôle est avant tout osmo-régulateur (auquel s’ajoute peub
être un faible rôle excréteur).
Les Amoebiens comme la plupart des Protozoaires forment des Kystes
dedivers types : kystesdedigestion(rares)maissurtout des kystesde
multiplication et de repos (ou latence).
LesAmoebidaenAfrique
Les amibes nues sont parmi les Protistes les plus communs e t les plus
cosmopolites. Difficiles h déterminer e t nécessitant une étude soignée sur
le vivant, peu d’entre eux ont été décrits en Afrique.
Nous devons donc admettre que la plupart des amibes connues dans les
pays tempérés seront trouvées t ô t ou tard en Afrique.
Lasystématiquede ces Protozoaires esttout A fait [Link]
ne pouvonsdonc que citer les formes les plusconnues :
LesMastigamoebida sont des amibesdetaillemoyenne portant un
flagelle (permanent ou transitoire).Lecorpsest déformable. Ce sont des
formes d’eau douce.
Les Vahlkampfia sont assez petites e t comportentaussi des stades
flagellés. Elles présentent le type limax et leurs kystes sont particulièrement
résistants (certains les classent parmi les Zooflagellés).
Les Amibes du genre Chaos (Ex. : Chaos diffluens (fig. 1, 9, l O ) , Arnoebo
proteus) sont de grande taille (uni ou plurinucléés), riches en cristaux.
Le genrePelomyxa (fig. 12)comprend de nombreuses amibesde très grande
taille (jusqu’h 3 mm de long) de forme souvent sphéroïdale (mais pouvant
aussiprendre des aspectsdendriformes).Les noyaux sont nombreux. La
polarité est fixe (unique pseudopode antérieur). Le cytoplasme est souvent
remplidedébrisvégétauxcapturés e t emprisonneaussi des bactéries
symbiotiques e t des sphérules glycogéniques (Glanzkorper). Urosphère
postérieur.
Les Thécamoeba sont des amibes subaériennes recouvertes d’une pellicule
à double contour imperméable.
La famille des Hartmannellidaecomprenddepetitesamibesdontles
genres se distinguent d’après la morphologie de la paroi du kyste : Acantha-
moeba (fig. ll),de type limax, uninucléé et présentant un kyste h paroi double
(et des ostioles) e t les Harimanella dont le kyste serait lisse e t sans ostioles
(mais ce dernier genre semble douteux).
Il existe aussi de nombreux genres parasites (Endamoebinae) qui sortent
évidemment de notre cadre.
160 J. DRAGESCO
.............
26
BiologiedesThécamoebiens
E n période de repos les cellules sont enkystées à l’intérieur de la thèque.
(le kyste est souvent protégé par un épiphragme obturant). Dans des condi-
tions favorables les kystes s’hydratent e t l’amibe reprend son activité.
Durant la phase trophique les pseudopodes sortent par le pseudostome
e t assurent le déplacement, le contact avec le milieu ambiant et la capture
164 J. DRAGESCO
des proies (les formesQ sole ventrale doivent extravaser leurcellule, formant
unelamecytoplasmique Q lapériphériedelaquellenaissent les pseudo-
podes).
Les Thécamoebiens sont polyphages et ingèrent souvent de très grosses
proies. On connaît aussi des cannibales et même des microphages. La grande
majoritédes espèces senourrissentdebactéries,despores et dedébris
végétaux.
LES PROTOZOAIRES 165
Quelquesrares espèces ontleurcytoplasmebourréde Zoochlorelles.
On a décrit des cas de conjugaison entre deux cellules.
Lorsque les conditions de
vie
deviennent
défavorables les cellules
s’enkystent (entrant ainsi en vie ralentie).
Grâce aux kystes ces Rhizopodes ont pu peupler tout le domaine conti-
nental : sol, mousses, sphaignes,tourbières,étangs, lacs. Laplupart des
espèces sont des catharobesstricts et montrent unepréférencemarquée
pour les milieux acides (pH : 4-6,5). Les Thécamoebiens sont des Protistes
particulièrement cosmopolites. Certaines espèces semblent toutefois présenter
une distribution géographique nettement limitée. Par suite de la résistance
deleurthèque siliceuse lesThécamoebiens sontrelativement faciles A
récolter e t on a donc pu décrire plus de 1800 espèces e t variétés (toutes ne
sont certainement pas valables).
ClassificationdesThécamoebiens(Arcellinida)
FAMILLEDES DIFFLUGIIDAE
Difflugia corona Wallich (fig. 28) prksente unethèque subsphérique
portant des cornes coniques. Le pseudostome présente de nombreux lobes.
Diamètre = 150 p.
Cucurbifelladenlata Gauthier-Lièvre e t Thomas (fig. 35) montreune
thèque ovoïde à pseudostome lobé. Chambre pseudo-stomienne (vestibule)
séparée de la panse par un étranglement peu net. D. = 125 p.
Prolocucurbitellacoroniformis Gauthier-Lièvre e t Thomas (frg.29). La
thèque ressemble à celle de Difflugia corona mais possède une ébauche de
vestibule séparée de la panse par un étranglement A peine marqué. D. =
250 p.
168 J. DRAGESCO
DES NEBELIDAE
FAMILLE
Nebelabatekensis Gauthier-Lièvre (fig. 32) présenteunethèque ovoïde
comprimée, munie de1 à 4 cornes creuses. L = 100 p. Quadrulella subcarinata
Gauthier-Lièvre (fig. 30) est une belle espèce de forme régulière, pourvue
d’une carène et recouverte de petites plaquettessiliceuses carrées L = 180 p.
Quadrulellatropica Wailer (fig. 31) largementrépanduedans les régions
intertropicalesprésenteunethèquecompriméeportant des plaques sili-
cieuses de forme généralement carrée L = 70 p.
Lesqueresia gibbosa Thomas e t Gauthier-Lièvre (fig. 34) est très caracté-
ristique par sa thèque munie d’un vestibule distinct de la panse e t replié
sur celle-ci L = 130 p.
FAMILLECENTROPYXIDAE
Hoogenraadia africana Gauthier-Lièvre e t Thomas (fig. 33) présente une
thèque B [Link]’une
visikre débordante. L = 100 p.
LesHéliosouires (Héliosou)
Ce sont des Rhizopodes ayant un corps sphérique soit nu soit pourvu
d’un squeletteexterne,entourépar des pseudopodes dressés comme des
rayons (les axopodes). Il s’agit, en fait, d’un groupe très hétérogène.
Structure
Les Héliozoaires G sensu stricto D sont constitués d’un corps plasmatique
(ectoplasme e t endoplasme)différenciant, à sapériphérie, une enveloppe
mucilagineuse ou gélatineuse non différenciée. Certaines espèces sont entou-
rées par un squelette hétérogène de nature exogène ou autogène (dans ce
dernier cas il s’agit de spiculesisolées de forme variable e t de nature siliceuse
ou chitinoïde) .
Les pseudopodes qui rayonnent autour du corps sont de deux sortes :
les filopodes de structure simple e t les axopodes qui sont pourvus d’un axe
ou filament central (plus rigide que son enveloppe ectoplasmique).
La cellule des Héliozoaires présentelesorganiteshabituels des Rhizo-
podes : vésicules pulsatiles, un ou plusieurs noyaux, des mitochondries e t
des vacuoles. Lorsque le noyau est excentrique, le centre du corps plasma-
tique est occupé par une structure propre auxHéliozoaires : le corps central
ou centroplaste.
Biologie
Les Héliozoaires sont généralement libres (vagiles) mais quelques formes
sont fixées (sessiles) sur divers substrats.
Les caractères essentiels des Héliozoaires vrais restent donc : la symétrie
rayonnante de leur corps, la présence des axopodes e t l’existence du centro-
plaste (quin’est toutefois pas constante).
LES PROTOZOAIRES 169
Les Héliozoaires sedéplacentgrâce à leursaxopodes (qui s‘allongent
e t se raccourcissent) e t leur nourriture est holozoïque. La capture des proies
se fait h l’aide de lobopodes adventifs. Pour l’absorption d’une proie trop
volumineuse plusieurs individus peuvent former une association (( de con-
sommation )) (sorte de plasmogamie superficielle).
Les Héliozoaires produisent trois sortes de kystes : des kystes de protec-
tion, des kystes digestifs e t des kystes de reproduction.
Lareproductionde ces Rhizopodesse faitsoitpar division binaire
(reproductionagame)soitparbourgeonnement(par l’intermédiaire de
zoospores flagellés chez Acanfhocystis).
La reproduction sexuée est plus rare e t se fait suivant le processus de
l’autogamie (pédogamie).
ClassificationdesHéliozoaires
(Héliozoia,Haeckel, 1879)*
Troisième sous-classe desActinopodea (CALKINS 1909),les Heliozoia
sont des formesdépourvuesdecapsulecentrale,généralementnues, au
squelette constitué surtout de petites écailles siliceuses, pourvus d’axopodes
e t filipodes, généralement d’eau douce.
Ordre des Actinophryida Hartmann, 1913.
Depourvus de squelette, centroplaste absent. E x : Acfinophrys sol (Ag. 13).
Ordre des Centrohelida Kühn, 1926.
GBneralement pourvus d’un squelette constitue de plaques ou Bpines (&cailles).
Centroplaste present : Ex : Raphidiophrys (fig. 15), Acanfhocysfis.
Ordre des Desrnothoracida Hertwig e t Lesser, 1874.
Squelette rBticul6, constitue de substance chitinoide impregnee de silice. Le centro-
plaste est absent. Ex : Clafhrulina (fig. 16).
Les Pseudo-HBliozoaires comprennent les Prof6omyxdes dont certains ont un doubIe
aspect : Flagelles de type Protomonadine etHeliozoaire h axopodes et centroplasme mais
aussi avec des flagelles (Dimorpha). On y rattache aussi Ies famaes des Zoosporidae
e t des Azoosporidae (Vampyrella).
Héliozoaires d’Afrique
Aucun travail systématique n’a encore été entrepris sur les Héliozoaires
du continentnoir. Dans des travaux d’ordre général desespèces cosmopolites
ont pu être citées occasionnellement. DRAGESCO (1966) a signalé Acanfho-
cystis festacea dans le fleuve Ivindo au Gabon. Il est vraisemblable que la
plupart des espèces communesen Europedevraientêtre retrouvées en
Afrique. Malheureusement ces Rhizopodes sont délicats et ne peuvent être
Structure
En rapport avec la double fonction ciliaire (locomotion et alimentation),
onpeutdistingueruneciliaturesomatique et une ciliature buccale. De
structure uniforme chez les Ciliés de la classe des Kinéfophragmophora les
cils peuvent fusionnerpourconstituer des membranelles (Olygohymeno-
phora) ou des cirres (Polyhyrnenophora).
Tous les cils sont issus des cinétosomes ou granules basaux ; ils ne sont
pas isolés maisréunis les uns aux autresparle cinétodesme, ensemble
fibrillaire A orientation antéro-postérieure
(infraciliature).
Souventles
cinétosomes sont disposés en files longitudinales ; chaquerangée portera
le nom de cinétie.
L’ultrastructuredu cil est désormais bien connue : chaqueélément
vibratile est constitué parneuf paires defibrilles périphériques emprisonnant
une paire de fibrilles centrales. Les cils sont ancrés dans lecytoplasme grâce
& des racines ciliaires ; diverses fibres protéiques annexes les relient entre
eux ou sont A l’origine deformationsvariées(némadesmes,rideauxde
tubules, etc.). L’argyrome est un réseau superficiel, colorable par impré-
gnationargentique,dontla signification exactereste controversée(mais
dont la disposition présente une valeur taxonomique).
Les ciIs peuvent se résorber e t disparaitre ?I certains stades de la vie
du Cilié. Les nouveaux cinétosomes proviennent toujours de la néoformation
(parinduction)de granules basauxpréexistants. Les cils quientourent
l’aire buccale sont presque toujours spécialisés e t constituent un ensemble
particulier : la ciliature orale qui présente une grande diversification structu-
rale e t joue donc un rôle très important entaxonomie.
L’ectoplasme des Ciliés comprenddiversorganites sous-cuticulaires :
. les trichocystes sont des navettes fusiformes denature protéique, pouvant
172 J. D U G E S C O
se divisent plusieurs fois de suite. Une des dernières mitoses est réduction-
nelle. Unseulmicronoyauhaploïdesubsiste. Une mitoseéquationnelle
donnera, dans chaque individu, deux noyaux sexuels, véritables gamètes :
un pronucleus 8 migrateur et un pronucleus $? sédentaire. Le pronucleus 6
dechaque cellule va fusionneraveclepronucleus $? desonpartenaire.
Après la copulation les conjugants seront en possession d’un noyau diploïde
(syncaryon) qui sediviseraplusieurs fois. Un des produits de la division
du syncaryon subit une hyperploïdisation et deviendra macronoyau.
Ciliés d’Afrique
Aussi étonnant quecela puisse paraître les Ciliés libres du grand continent
noir n’ont jamais fait l’objetd’études faunistiques poussées. Seul SONDHEIM
(1929) avait signalé quelques ciliés ubiquistes d’Afrique de l’Est. Les courtes
notes de NILSSON(1962 e t 1967) et de THURSTON (1964) ne concernent que
2 espèces e t celle de DIETZ(1965) deux autres.
DRAGESCO (1965, 1966, 1967, 1968, 1970, 1972 a et b) et DRAGESCO et
NJINE (1971) sont les seuls à avoir poursuivi une prospection systématique
de la faunule infusorienne d’Afrique Centrale (aussi bien au Gabon, qu’au
Cameroun, au Tchad et en Ouganda).
Généralement les pays équatoriaux présentent une richesse faunistique
exceptionnelle. Pourtant lafaunuleinfusoriennerestepeu diversifiée.
Une prospection portant sur 7 ans (et de nombreux mois de recherche
effective) nous a permis de rencontrer environ 150 espèces de Ciliés tandis
qu’une même prospection aurait pu définir en Europe plus de 300 espèces.
Il semble donc acquis que la diversification spécifique reste faible au niveau
des Ciliés (commeprobablement au niveaudetous lesProtistes).Cette
pauvreté relative devrait pouvoir s’expliquer par une barrière thermique
(la température moyenne est élevée, e t la température maxima dans denom-
breux points assez défavorables A une grande variétéd’espèces, de nombreux
protistes étantplutôt psychrophiles). E n dépitde l’ubiquismepotentiel
des Ciliés, il semblerait que nombred’espèces ont étéincapables de s’adapter
auxtempératures des eaux doucesafricaines.D’autresraisons,moins
importantes peuvent être encore invoquées : la rareté de vraies mares dans
les régions sèches, la trop faible quantité de matières organiques dans les
eaux douces des régions forestières, l’excès de tanins dans certaines eaux de
ruissellement, etc.
E n revanche sur les 130 espèces identifiées par nous, 38 étaient nouvelles,
soit une moyenne d’environ 26 yo!! Parmi ces espèces nouvelles u n certain
nombresont assez communes et se retrouventsouvent (Paramaecium
africanum, Stentor multimicronucleatum, Euplotes amieti, Loxodes rex).
Deux espèces, fortcaractbristiques,semblentprésenterunedistribution
australe (Neobursaridium gigas e t Frontonia vesiculosa).
Faitcurieuxnous n’avonsguère trouvéde genresnouveaux,cequi
laisserait à penser que cette spéciation soit d’origine assez récente (dans de
nombreux cas, on peut rattacher les espèces africaines à l’espèce cosmopolite
primordiale dont ils dérivent).
LES PROTOZOAIRES 175
De tout temps les Ciliés ont été considérés comme étant essentiellement
ubiquistes. Rejoignant AGAMALIEV (avec la mer Caspienne e t le lac Baikal)
nous pensons avoir prouvé l’existence d’un endémisme certain en Afrique.
QuelquesCiliéstypiquementafricains
On connaîtenviron 6 O00 espèces de Ciliés dans le monde. On peut
estimerenviron 1 O00 les espèces que l’on pourraitrencontrerdans les
eaux douces. Il est évidemment absurde donc de prétendre évoquer ici un
PLANCHE VI.- Quelques Infusoires CiliBs d’Afrique (d’apr8s DRAGESCO, 1966-1972).
Fig. 40 : Prorodon africanus, Dragesco. 41 : Prorodon nucleolatus, PBnard. 42 : Encheliodon
vermiformis, Dragesco. 43 : Dileptusmonilafus, Stokes. 44 : Lifonotusquadrinucleatus,
Dragesco e t Njine. 45 : Loxodesrex, Dragesco. 46 : Nassulaougandae, Dragesco. 41 :
Nassulageorgiana, Dragesco. 48 : Colpodasteini, Maupas. 49 : Parameciumougandae,
Dragesco. 50 : Paramecium jankomski, Dragesco. 51 : Paramecium africanum, Dragesco.,
58 : Neobursaridium gigas, Balech. 53 :Frontonia vesiculosa, da Cunha. 54 : Disematostoma
gyrans, Dragesco. 55 : Lembadionmagnum, Stokes.
LES PROTOZOAIRES 179
échantillonnagereprésentatif des Infusoiresque l’on pourraitrencontrer
dans les eaux continentales centrafricaines. II nous paraît toutaussi illusoire
de décrire ou représenter des espèces cosmopolites banales, que l’on trouve
partout (Paramecium caudatum,P. aurelia, Les Colpodes, Tetrahymena,etc.).
Il nous semble plus logique d’évoquer, dans les pages qui vont suivre,
les espèces plus ou moins endémiques que nous avons pu rencontrer :
KINÉTOPHRAGMOPHORA:
Gymnostomata:
Prorodon nucleolafus Pénard, 1930 (fig. 41).
Trouvéengrandequantitéau Gabon(DRAGESCO,1966), il s’agit très
probablement d’uneespèce nouvelle. De taille variable,ce Ciliépeut présenter
des formes fort diverses. Ciliature très dense (135 cinéties,enmoyenne).
Pseudo-masse de 80 à 90 némadesmes. Mucocystes. Macronoyau A corps
central (Feulgen positif). L = 100-180 p.
Vestibulifera:
Loxodes rex Dragesco, 1970 (fig. 45).
Ce magnifique Cilié esttrèstypique,tout à fait endémique e t assez
largementrépandu
en AfriqueCentrale
(Cameroun,Ouganda). Taille
gigantesque (500-1 200 p), forme élargie, couleur brune, grand nombre de
noyaux (150 macronoyaux e t 70 micronoyaux, en moyenne).
180 J. DRAGESCO
Hypostomata:
Nassula ougandae Dragesco, 1972 (fig. 46).
Il s’agit probablement d’un genre nouveau. Cette jolie espèce du Parc
Ruwenzori mesure 140 p de longueur, présente un ((bec O antérieur assez
net et se caractérise par une frange de différenciations ciliaires adorale (en
fait pré-orales à direction nettement apicale). Puissante nasse.
OLYGOHYMENOPHORA
Hymenosfomata:
Neobursaridium gigas Balech, 1941 (fig. 52).
Quoique découvert en Argentine, ce Cilié est l’un des plus caractéristique
de l’Afrique Centrale (R.C.A., Gabon,Cameroun, Tchad,Ouganda, etc.).
E n dépit deson nom e t de sonapparence N . gigas est bien un Cilié proche des
Paramécies. Sa forme caractéristique (fig. 13, pl. VIII) et sa grande taille
(L = 300-700 p) le rendent facile à identifier.
POLYHYMENOPHORA
Heterotrichida:
Stentormultimicronucleatus Dragesco,1970 (fig. 59).
Trouvéenquantitéénorme, dès1968, ce Stentor semblecommun en
Afrique centrale. A première vue il ressemble au banal S. polymorphus de
grande taille (L. max = 800 p). S. multimicronucleatus se caractérise avant
tout par son appareil nucléaire : énorme macronoyau unique et plus de 100
petits micronoyaux. Il n’y a pas de zoochlorelles.
Hypotrichida:
Uroletapsis mulfisela Dragesco, 1970 (fig. 61).
Trouvéeau Cameroun,lanouvelle espèce représenteunHypotriche
primitif typique,tous les cirres sontidentiques. D’assez petitetaille
(L = 80 p.).
7
PLANCHE VII. - Infusoires cilies d'Afrique (d'après DRAGESCO, 1966-1972).Fig. 56 :
Condylostomavorficella, Ehrenberg. 57 : Bursaria caudata, Dragesco. 58 : Blapharisma
japonicum, Suzuki. 59 : Stentor multimicronucleafus, Dragesco. 60 : Stenfor caudatus,
Dragesco. 61 : Uroletapsismulfisefa, Dragesco. 62 : Urostyla latissima, Dragesco. 63 :
Kahliella mulfiseta,Dragesco. 64 : Holosficha contractilis, Dragesco. 65 :Laurenfia monilafa,
Dragesco. 66 : Holosticha camerounensis, Dragesco. 67 : Urosomaacufa, Dragesco.
68 : Pleurotricha macrostoma, Dragesco. 69 : Pleurotricha lanceolata, Stein. 70 : Euplotes
amibti Dragesco.
LES PROTOZOAIRES 183
[Link] se caractérise par sept cinéties ventrales (au lieu de quatre
quicaractérisent les autres esphces du genre). Peut-êtregenrenouveau
(Plesiotricha?).
mus mais possède 14 cinéties dorsales (contre 8 h 10 chez les espèces les plus
proches). Le péristome montre une forte invagination. E. amieti serait une
forme géographique dérivée du groupe E. eurystomus-E. plumipes.
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