Société des Transports Automobiles du Souss
Société des Transports Automobiles du Souss
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Mensuelle Illustrée d'Informations Marocaines
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Fondateur: Rédacteur en Chef :
françois BERGER louis DElAU
(1882-1933)
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Revue Mensuelle Illustrée d'Informations Marocaines
Fondateur : François BERGER (1882-1933). Rédacteur en Chef: Louis DELAU.
SOMMAIRE
Job a parlé ... F. BERGER Le nouvel Agadir R. CAVOSI
La culture de la banane
Songe d'un Agadir, poème A. METERIE dans les Doukkalo A. AMELOT
JOB A PARLE
Lorsque Job, l'homme le plus riche d'Israël, eut été frappé par Dieu de divers fléaux pour éprouver sa foi, il se
trouva dépossédé de tous ses biens. Tout nu, assis sur un fqmier, il grattait ses ulcères et ses pustules d'un tesson. Et ses
omis venaient le voir, pour l'exhorter à 10 patience.
L'aimable Chef de la Municipalité lui disait : Comment voulez-vous que je vous donne du terrain pour vous éta-
blir ? il n'est pas à moi.
Et le Chef des Domaines disait fièrement: il est à rous, mois je ne puis vous le donner cor je n'en suis pas très sCir;
il risque d'y avoir procès.
Le Commandant des militaires faisait les gros yeux : Comment! ce terrain aux civils? Nous n'en avons pas assez
pour nous mêmes. Et on se demonde, oprès tout, ce que vous venez foire ici.
Le Ministre des Finances, en équilibre sur son budget, dit :. Qu'est-ce que vous voulez foire là-bas? Cela va coûter les
yeux de la tête et je n'ai pas le sou. - Pas le sou, entendons-nous, j'en ai, mois ce n'est pas le moment de me parler de CI?S
nouveautés-là.
Et le Ministre des Affaires Etrangères ajoute, en baissant le ton et en faisant une bouche en cul de poule : Mois
mon pouvre Job, vous n'y pensez pas. Et les Anglais?
Après tous ces discours officieux, on trouve, ou 1ivre de Job, cet admirable verset :
« Et Job, prenant la porole, dit à ses omis: « Quand aurez-vous fini de discourir? Toisez-vous, et je parlerai? »,
Job, le pauvre Job d'Agadir parla donc, à son tour.
« Qu'est-ce que vous voulez que ça me foute, dit··il en son jargon (il parle moins noblement que celui de l'écri-
ture) , vos histoires de Maghzen, de Habous, de Domaines, de Finances et, comme en 70, de Capitulations?
« Vous avez « ouvert » Agadir. Nous y sommes venus pour y travailler. Nous y sommes huit cents Européens, mes
bons omis prêcheurs des Services. Chacun a son métier beauc:oup ont leurs enfants. Moi, je suis menuisier, j'ai apporté des
machines modernes, mois, pourquoi foire? On ne construit pas. Et pourquoi ne construit-on pas sur les terrains, tout au
moins reconnus terrains urbains de la ville nouvelle. .
« Parce qu'on ne soit pas à qui ils sont ».
La bonne blaGue !
Ils appartiennent, ou bien ou Maghzen par le fait du prince, ou bien aux anciens propriétaires dépossédés et à
ceux à qui ils ont vendu leurs titres litigieux. En fait ils doivent appartenir à la Ville par rachat en ce qui con:::erne sa voirie
et son organisation.
Les Domaines disent : Je repasse tous mes droits à la Ville.
• La Ville dit: J'accepte joyeusement.
Les Anglais disent : Si c'est la Ville, nous lui donnons la moitié de nos propriétés, quart pour ses rues, quart pour
un début de mise en voleur.
Les outres propriétaires sur titres, les gens de Mogador entre outres, qui sont les plus nombreux, disent la même
chose.
Les industriels français du Maroc, les capitalistes du Maroc entier disent : S'il faut à la Ville de l'argent pour
partir, pour des canalisations, pour un quartier ouvrier, nous sommes prêts.
Et depuis deux ons, rien ne bouge. Des familles françaises avec enfants sont logées ici dons des taudis orobes in-
fâmes qu'elles paient neuf cents francs et mille francs par mois sons avoir le moyen de travailler. Nous sommes tous à
bout.
Comment cela [Link] se faire?
Tout le monde y met de la bonne volonté, chacun pousse à la roue, et la charrette ne démarre pas.
Il doit bien y avoir quelque chose qui accroche: est-ce ou Quoi d'Orsay, à Tamanar, ou à Robot?
- Ainsi parla Job d'Agadir, sur son fumier. Puis s'étant gratté le mollet gauche avec un débris de gargoulette,:
il ajouta :
- « Lorsque Lyautey voulut ouvrir le boulevard du 4e Zouaves qui relie, à Casablanca, la Place de Fronce ou
port, vous tous, mes bons amis les Services qui venez m'exhorter aujourd'hui à patience, lui racontiez les mêmes choses.
L'un disait : Lieux Saints, et l'outre : Biens de Mineurs; ceiui-ci : pas d'argent; celui-là -: Algésiras. Quand vous avez
eu tous parlé, Lyautey prit la parole:
« Dites donc, fit-il, les Chefs des Services, est-ce que vous n'avez pas fini de m'emmerder avec vos histoires? Dans
huit jours le Boulevard sera ouvert. C'est un ordre. Et si vous n'avez pas d'argent, vous viendrez me trouver: J'en ai ».
Ainsi fut ouvert le Boulevard. Ainsi pourrait être ouvert Agadir. Mois à Dieu ne plaise que je blasphème. Je m'incline
comme mon grand prédécesseur biblique, et je di~ humblement d'Agadir:
« Saint nous l'avait donné,
« Saint nous l'a retiré,
« Que son Saint nom soit béni ».
Numéro 10 NORD-SUD 7
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L'Histoire d'Agadir est, en quelque sorte, un recommencement de l'histoire du Maroc et c'est ce qui la rend
particul ièrement savoureuse.
Quand on arrive pour la première fois dans ce faubourg qui ne mène à aucune ville et qui s'est épanoui vaille'
que vaille le long d'une route poudreuse, on est saisi ô 1a fois par des souvenirs de Levallois-Perret d'il y a vingt-
cinq ans et par des visions du Casablanca de 1913. Après avoir connu, au Maroc même, le dernier cri de l'art muni-
chois, nous nous trouvons ramenés à l'âge de la barraque, à la suprématie de la tôle ondulée, aux vagues torchis qui
précèdent l'âge de la pierre.
Mais ce n'est là que la figure extérieure du nouvel Agadir. Aussi bien, à travers la simplicité de cette architec-
ture élémentaire, se sont glissées, déjà quelques notes d'élégance et de modernisme. En levant les yeux vers les colli-
nes, on aperçoit des villas desquelles se dégage une prometteuse impression de cossu. De même la rusticité de certai-
nes terrasses de cafés se rehausse parfois de toilettes claires et hardies qui n'ont rien de commun avec les débuts d'une
civilisation. Le costume « pionnier », qui eut tant de succès et tant d'influence sur la fondation de Casablanca et mê-
me de Rabat, n'apparaît ici que comme un accessoire de decor. Les meilleures modes s'étalent sans embarras, on salue
avec plaisir des femmes qui ne redoutent point d'être joli es et des passants parmi lesquels on reconnaît avec quel-
que surprise de beaux parleurs, des artistes et même des enfants des Beaux-Arts.
Néanmoins, un air de jeunesse se respire en Agadir On sent que l'on assiste vraiment au commencement d'un
monde, d'un petit monde consistant pour l'instant en une ville à faire, en une région à éveiller, petit monde dont l'ove·
nir, sur cette côte africaine féconde en mystères et en surprises, est aussi difficile à fixer que l'était celui d'une vieil-
le ville comme Tanger ou d'un simple douar comme Kénitra.'
On retrouve, sur cette plage étroite où tant d'énergies se déploient, les mêmes symptômes qui faisaient de Ca-
sabianca, en 1913, la ville la plus discutée du monde. Car il ne faut pas oublier qu'en 1913 les hommes de foi étaient
rares à Casablanca. En général, on ne croyait ni à la ville, ni à son port et quand on avait lancé le mot de spéculations
on était sûr d'avoir prononcé la condamnation d'une cité e't d'un pays où, sans doute, on était venu exercer le métier
de professeur de vertu.
La renaissance d'Agadir a suscité à nouveau de ces âmes sensibles et délicates qui ne peuvent souffrir qu'on
vende un terrain plus cher qu'on l'a acheté, mais qui entendent bien cependant que leurs propres scrupules leur soient
profitables, et à bon compte. .
Il est bien loin de notre pensée de faire ici l'éloge de la spéculation. Elle est un mensonge, comme d'ailleurs la
plupart des manœuvres dont usent nos grands hommes d'affaires. Ce qui l'excuse, c'est qu'elle comporte toujours un
risque : les perdants ou ceux qui veulent gagner à coup sûr sont ses ennemis-nés. La condamnent également ceux qui
entendent réaliser la conquête massive d'une région neuve à l'aide de moyens inégalables. L'esprit d'accaparement
s'oppose tout naturellement à l'esprit de jeu. Ces deux esprits ont leur mérite et leurs tares : ils doivent être l'un et
l'autre contenus et limités. La chance attire et révèle des énergies qui s'ignoraient; les capitaux massifs permettent
de s'attaquer à des entreprises devant lesquelles recule l'initiative individuelle. Ce sont deux manières différentes, mois
également précieuses, de rendre hommage à la valeur prése1ilte et à l'avenir d'un pays. Il appartient aux pionniers eux-
mêmes, aussi bien qu'aux pouvoirs publics de maintenir spé,culations et entreprises dans les limites où elles peuvent être
utiles et de leur défendre de stéril iser par leurs excès une œuvre en pleine croissance.
Il n'était peut-être pas inutile de faire ces distinctions à propos d'une ville qui a été et qui est encore retardée
dans son lancement. Certes, les lenteurs administratives ne sont, à chacun point de vue, dignes d'être admirées ni même
excusées. Mais qui donc a dit qu'il est des supplices très justes dont les exécuteurs sont très coupables?
Ainsi il est, comme disait St Augustin du péché originel, d'heureuses fautes. Si le péché originel d'Agadir, c'est
d'avoir pâti de l'aboulie administrative, écrions-nous: Heureuse faute! dans la mesure où l'aboulie a gêné l'essor d'une
stéril isante spéculation ou de regrettables accaparements. Au reste, et c'est peut-être par là que nous aurions
dû commencer, les qualités de la population d'Agadir suffisent à la mettre en garde contre des dangers qui sont loin
d'être imaginaires mais contre lesquels elle est prévenue. Nous disions, tout à l'heure, que l'on retrouvait quelque chose du
Casablanca de 1913 dans cette sorte de Via Sacra qui est tout l'Agadir d'aujourd'hui et qui remplit, comme à Rome, le
beau rôle d'unir le Capitole, qui sera si vous le voulez la Kasbah, au Palatin, si habilité à désigner la colline des villas mu-
nicipales. Mais la ressemblance est en faveur d'Agadir. Car les pionniers, si l'on me pardonne de répéter ce mot agaçant
mais unique en son genre, qui s'y sont portés instinctivement, mûs par cet incroyabe amour de créer qui nous torture,
ont l'expérience de vingt ans de Protectorat au Maroc. Il savent résister aux entraînements aveugles au bout desquels il
yoles déceptions qu'ils connaissent. Ce sont des sages dont l'esprit a mûri. Ils ne viennent pas de pays lointains, brumeux,
à civilisations compliquées. Ils sortent du Maroc lui-même et ils connaissent la « caïda ». Rien ne les étonne; en dépit
des figures de rhétorique dont ils bourrent leurs réclamations et qui les font si capiteuses. Et surtout rien ne les décou-
rage. Ils savent qu'au Maroc tout est de tenir. Ils ont un bon hôtel, des restaurants déjà fameux, un vivier toujours bien
garni, un ciel dont le sourire est tiède. Ils attendent sur leurs positions où, après tout, on est assez confortablement pour
braver même les plus inertes bureaucraties.
Ils sont patients, comme disait cet outre sage qui eût mérité d'être agadirien, avec le tempérament de la révolte.
Louis DELAU.
8 NORD-SUD Numéro 10
Agadir qui cannut une vie de praspérité économique sous la domination rope pourront un jour disposer, en se libérant pour certains d'entre eux,.
portugaise, au 14e et 15e siècle, sombra ensuite dans l'oubli pour réaD- de l'étreinte américaine : fer, charbon, manganèse, cuivre, plomb, molyb-
paraître avec fracas sur la scène mondiale en même temps que le cro:- 'ciène, cobalt, etc...
seur allemand « Panther » mouillait dans ses eaux, le 1er juillet 1911.
Fort de la richesse potentielle de son hinterland, Agcdir peut donc
Interdite aux Européens jusqu'en 1930, pour des raiscns encore au- aspirer à devenir une nouvelle métropole marocaine dotée d'une écono-
jourd'hui inconnues, Agadir, cependant, ne cessa d'être l'objet de convoi- mie propre dont la prospérité ne peut p~rter ombrage à ses aînées.
tises nombreuses, dont les difficultés qu'il fallut 5urmonter pour résou-
dre l'imbroglio immobilier des terrains, ne donnent qu'une bien pâle idée. Le premier devoir d'une métropole naissante est de prévoir l'avenir e!"
à cet égard, il convient de rendre hommage aux efforts d'urbanisme qui
Mais, ceci est du passé. ont été faits et dont il n'est peut-être pas inutile de donner un aperçu,.
ne fusse que pour prendre date.
Aujourd'hui, Agadir, ouverte à tous, n'atjend plus que des hommes
d'action et des copi taux pour regagner le temps perdu. Tout d'abord, s'inspirant des leçons du passé, et les circonstances per-
mettant de « tailler dans du neuf », on a divisé l'aire municipale en,
Assise confortablement au fand d'une baie sereine et tranquille qUi quartiers : un qUô'rtier indigène, un quartier européen, un quartier indu~,--'
contraste étrangement avec l'aspect dur et inhospitalier de la côte d'Afri- trie l, se développant l'un et l'autre sur trois plateaux dominant la mer.
que, Agadir 'se prépare à devenir un nouvel Alger.
Entre ces plateaux et la mer, un deuxième palier, très en contre-bas,
Cette baie, large, profonde, complètement abritée des vents domina.,ts constituera les terre-pleins du port, suivant le système adopté à Alger.
venant de l'Ouest et du Nord-Ouest, s'étale au pied des derniers contre-
forts du Haut Atlas qui la dominent à souhait pour en foire, au besoi:", Au bas des premiers plateaux, dominant de très haut les terre-pleins,
une place forte à la moderne. un large boulevard front de mer, épousant la forme de la baie, formera,
une des plus bell~s promenades du Maroc.
Et, en effet, le calme de sa baie immense en fait le grand port naturel
de la côte d'Afrique, entre Tanger et Pointe-Noire, propre à devenir, à Les autorités auront à tenir compte du développement certain du qum-
volonté, un grand port de guerre, un grand port aérien ou les deux à la tier indigène. Dans chaque ville marocaine en effet, on a toujours é'é
fais. surpris par le développement' rapide des quartiers arabes : on fera bifm-
à Agadir d'éviter cette surprise.
Le caractère abrupt du plus haut mamelon de la rive tombant presqu'~
à pic dans la mer, permettrait d'envisager, comme les Anglais l'ont fait Cela étant, la ville a été lotie suivant un plan fort judicieux et le ré-
à Gibraltar, et comme les Espagnols rêvent de le faire à la Isleta (Gran- seau des routes et rues appelé à la desservir a été amorcé.
de Canarie), une base puissante de défense côtière en même temps qu'u.,
abri en tunnel creusé à même le rocher pour une base invulnérable de En 1930, on a ouvert ..................... 0·0 854 mètres de rue'>
sous-marins et d'hydravions. En 1931, on a ouvert • o· • • • • • • • • • • • • • • • • 1.163 mètres de ruas
En 1932, on a ouvert o .................... 4.570 mètres de rues·
Mais, d'autre part, l'atmosphère enchanteresse d'Agadir, la douceur
exceptionnelle de son climat, la pureté de son ciel, la richesse étonnante ,Total 6.587 mètres de rues-,
de ses sites permettant de trouver dans un rayon de moins de 100 kilo-
mètres, la mer sous tous ses aspects, la montagne, la neige éternelle, le sur lesquels on a goudronné
désert, la flore tropicale et septentrionale, les nuages des hautes 'altitudes
où, au contraire, l'air le plus extraordinairement transparent, feront d'A- En 1930 460 mètre'>
gadir et du Souss le lieu de prédilection de tous ceux que l'apathie « n'at- En 1931 603 mètres
tache pas au rivage ». En 1932 3.580 mètres
Le dernier recensement effectué en 1931 donne les chiffres suivants On voit que l'avenir offre de belles perspectives aux el'1tre;xcneurs du
bâtiment, surtout lorsque, parallèlement, les constructions particulières
Français . 720 commenceront à s'édifier.
Etrangers . 123
1.967 Pour répondre aux besoins d'une telle viNe et d'un tel hinterland ovE'':
Marocains .
817 son million d'habitants, il fallait prévoir un port en eau profonde.
Militaires .
Israélites . 266 Un premier crédit de dix-huit millions a été ouvert. Faible, il suffire
cependant, avec une simple jetée de 200 mètres, pour établir un moui!-
Total . 3.893 .. loge abrité par des fonds de 10 à 12 mètres. Avec un crédit supplémen-
taire, d'ailleurs modeste, il sera possible d'envisager un accostage à qUC1i
En 1931, le nombre des Européens atteignait donc 843 unités. Or, en des cargos en attendant le développement des travaux propres à consti-
1933, on estime qu'il dépasse 1.300, dont 1.000 Français, alors qu'en tuer un grand port.
pleine crise le Maroc a dû fermer ses portes à l'immigration des trava:'-
leurs et de tous salariés. .. Le mouvement de ce port est déjà fort intéressant et les chiffres sui-
vants feront méditer les hommes avertis : (les chiffres donnés pour 1933
Dès une reprise d'affaires, on peut juger du nombre important des im- sont calculés pour douze mois sur les chiffres des quatre premiers moi~).
migrants qui viendront se fixer à Agadir, d'autant plus que cette ville est
le débouché naturel du Souss et du Tafilalet, région beaucoup plus peu-
plée qu'on ne le pensait et dont les habitants dépassent !e chiffre de lin MOUVEMENT DES NAVIRES
million.
Nombl'e de navires
Aussi, l'Administration s'est-elle préoccupée des travaux d'édilité.
T0ut en construisant le réseau de rues, on a attaqué un réseau d'8'~ 1930 1931 1932 1933
gouts d'après le rythme suivant:
164 121 105 159
EGOUTS COLLECTEURS
MOUVEMENT DES MARCHANDISES
En 1930, on a construit . 436 mètres
En 1931, on a construit . 390 mètres Import. 59.946 t. 29.449 24.038 40.998
En 1932, on a construit . 388 mètre~ Export 25.888 t. 15.484 7.021 15.782
réalisant un total de 1.214 mètres d'égouts collecteurs.
85.834 t. 44.933 31.059 56.780
EGOUTS SECONDAIRES Ces chiffres méritent une explication. Le gros de l'importation est
constitué par du blé et de l'orge destinés l'un et l'autre à l'alimentat;on
des populations, le pays n'étant pas propre à la culture des céréales. Si
En 1930 . 702 mètres l'on met à part cette denrée, d'ailleurs marocaine et importée par -:::000-
En 1931-1932 . 3.665 mètres toge, il est intéressant de s'attarder un instant sur les chiffres de produits
En 1933-1934 . 16.000 mètres
destinés aux indigènes et d'importation européenne. On constate les ré-
sultats sUivants:
de sorte que, fin 1934, il Y ouro à Agadir un réseau d'égouts secondJires
de 20.367 mètres.
IMPORTATIONS
Le problème de l'alimentation en eau revêtait une importance pœti-::u-
lière, cor les sources trouvées autour d'Agadir n'ont pas répondu aux 1930 1931 1932 1933
espérances. Plus tord, il conviendra sons doute d'en cap,er de nouvelles
dons la montagne. Sucre ...... . 7.183 t. 8.255 8.040 8.673
Bougies ..... . 42 t. 66 168 150
Pour répondre aux exigences immédiates, on a trouvé la solution sui- Aliments divers 250 t. 318 289 380
vante : aux abords de la plage, dons les dunes, se trouve une naDpe Chaux, Ciments 2.413 t. 2.252 3.903 2.580
d'eau très p~re d'une voleur considérable, à une profondeur d'environ
sept mètres. .. .. . .... à côté de certains chiffres d'exportation :
Un réseau de puits et de drains a été creusé recueillant l'eau sur une Bois de tizra 24.759 t. 14.199 6.120 13.540
superficie de dix hectares. Une station de pompage, munie de deux mo- Œufs 6 t. .85 114 63
teurs de 25 HP chacun, refoule l'eau dons des réservoirs à raison de 25
Ces chiffres marquent une tenc1ance très nette à l'augmentation.
litres-seconde. On pense que ce débit pourra suffire à une populotion de
15.000 habitants, il peut d'ailleurs, en forant de nouveaux puits et en Mais il est une remarque qu'il importe de livrer à la méditation de
montant de nouveaux moteurs, être considérablement augmenté. tous ceux qui connaissent le Maroc : Agadir, avec une faible population
de 4.000 âmes, connaît un mouvement de marchandises qui correspond
Pour la distribution, on a construit un réseau complet comprenant
à l'importance actuelle des ports de Mogador, Fédhala, Mazagan et mÊ-
2.200 mètres de canalisation de refoulement me Rabat, après vingt ons d'occupation.
2.600 mètres de canalisation principale;
Or, aujourd'hui encore, par suite du manque de transactions commer-
8.000 mètres de canalisation secondaire.
ciales faute de maisons établies, une grande l'ortie des morchondis€s au
Sur 1933, on envisage une nouvelle conduite de refoùlement de 2.160 Souss tombe dans la zone d'attraction de Marrakech si bien que, eft
mètres et les canalisation secondaires seront établies suivant les besoins. 1932, Marrakech a reçu du Souss
En attendant le transport à Agadir des forces hydrauliques de l'At!as 300 tonnes d'amandes douces.
projet à l'étude, on utilise une usine locale. En 1932, elle a fourni 187.733 205 tonnes d'amandes amères.
kilowatt-heure, transportés par 8.600 mètres de lignes Ù haute tension 605 tonnes d'huile.
et 4.400 mètres de ligne à bosse tension. 122 tonnes de peaux.
102 tonnes de cire d'abeilles.
On pense déjà à l'électrification de la banlieue d'Agadir et en particu- 34 tonnes de gomme sandaraque.
lier, à celle du centre important d' Inzgan. 1.200.000 œufs.
Ainsi que nous l'avons dit plus haut, la construction européenne a fait On peut voir, d'après l'ensemble des chiffres cités ci-dessus, ce que
peu de progrès puisque les autorisations de bâtir ne pouvaient être don·· cette région, dénuée de tout outillage commercial, pourra donner SOLIS
nées avant l'apurement complet des litiQ-.'=s immobiliers. Les premières l'action de capitaux frais et d'hommes d'énergie.
constructions particulières commenceront en septer. ,bre. Et ceci est d'autant plus vrai que les richesses minières, actuellement
en cours, ont mis à découvert des gisements importants, et pour certains
L'Administration a installé une partie de ses services dons des cons- considérables, de fer, de houille, de manganèse, de cuivre, de cobalt, de
tructions indigènes où ils ne pourront subsister très longtemps. Déjà, elle molybdène, susceptibles de donner à Agadir et à son port un mouvement
a dû édifier un hôpital et de nombreuses villas de fonctionnaires, tandis croissant dès la reprise des affaires.
qu'elle a permis à la Compagnie Poquet de bâtir un fort bel hôtel, spo-
cieux et confortable pour les touristes et les hommes d'affaires. En présence de telles perspectives, le Pouvoir Central se doit de pren-
dre toutes les dispositions utiles en prévoyant, en particulier sur les pro-
D'outre port, ell'1 s'est réservé, dons le quartier européen, de nombreux chaines tranches d'emprunt, les crédits nécessaires aux travaux d'édilité
emplacements iudic ieusement choisis, pour édifier les services municipaux d'une grande cité et aux travaux d'un port qui promet d'être, avec Tan-
la Région Civile, les Finances, la Justice de Paix, une église, un dispen- ger et Casablanca, le troisième grand port de la côte occidentale du Ma-
saire, une mosquée, la Conservation Foncière, le Cadastre, les Tribunaux roc.
indigènes, le Service de Santé, etc... E. L. GUERNIER.
10 NORD-SUD Numéro 10
On peut d;re qu'il n'existe presque plus de pays au m'Y1de ayant en- de cette branche (Haut-Atlas) que de l'autre (Anti-Atlas). C'est cette
core complètement le charme du mystère. C'est à peine s',, c:'\ est encore plaine et ce thalweg qui, avec leurs dépendances, constituent la région
quelques-uns qui possèdent l'attrait de quelques inconnueô et Agadir est du Souss et l'Oued Souss.
de ce nombre, (mais hélas, pas pour longtemps encore ainsi qu'on va le Agadir proprement dit, ancienne forteresse, ancienne bourgadeindi-
vair) . gène de Fonti (du portugais fuenta: Source), le port et la future vi Ile sont
Qu'est-ce donc qu'Agadir ? constitués par le versant Sud d'un éperon montagneux de 200 mètres
Voici ce que répondent l'histoire et la réalité : d'altitude qui appartient à la partie interne de la branche nord (Haut-
Atlas) de la fourchè ci-dessus décrite.
Agadir est un point géographique de la côte océanienne Atlantique de
J'Atlasie. Remarques diverses importantes :
Qu'est-ce que l'Atlasie ? Les parties montagneuses sont les plus accidentées que l'an puisse vair;
L'Atlasie est une région sillonnée par les monts Atlas situés dans la elles forment un enchevêtrement inextricable de montagnes, monticules,
partie Nord-Ouest du cantinent africain, que les Françaiô appellent tour coll ines, de toutes formes, de gorges profondes, de ravins, etc. Leur
à tour Afrique du Nord ou Algérie-Tunisie-Maroc. orientation, leur structure et leurs altitudes leur donnent l'aspect de gi-
gantesques remparts qu'an dirait édifiés pour protéger la partie Nord du
Qu'est-ce que l'Afrique du Nord?
Maroc contre les possibilités d'invasion des éléments (de toutes sortes)
L'Afrique du Nard est un pays souvent excessivement chaud, mais::>ù des grands déserts sahariens.
parfais aussi an gèle de froid (gelées, neiges, etc ... ) ;
Et, chase qu'il est très important de remarquer quand elle se produit
dans l'Afrique du Nord: le pays est boisé tant sur les parties montagneu-
ses qu'en plaine (non de forêts touffues d'arbres de haute futaie, mais
d'arbres mayens au petits et de brousse plus ou moins fournis ou clairse-
més) .
La côte océanienne comprise entre les deux branches de la fourche
est sablonneuse et constituée, par un immense bourrelet de dunes.
- 1~5 : Jean Lopez de Segueira fonde une pêcherie qu'il nomm8 d'Agadir, fit interdire cette zol'.e (déjà !... ) au commerce et démolir les
Santa-Cruz (Sainte-Croix) et, peu après, le roi de Portugal Emmanué'! fortifications de Sainte-Croix Founti ; il fit, en outre, installer à mi-côt'"
fait fortifier la position. Puis la conquête (?) du' Maroc par les Portug0is un petit fort armé de canons, probablement pour protéger le port contre
et les Espagnols ayant été faite « dans l'espoir qu'il en pourrait résulter les tentatives de débarquement des Européens. Ce fut la ruine d'Agadir.
de grands avantages pour le service de Dieu et la propagation de la saint'? Avec la population d'Agadir exportée, il fonda Mogador. Depuis cette
foi dans ces contrées » disent les auteurs de l'époque, la garnison faisai t époque, jusqu'à nos jours, la vie d'Agadir et du Souss n'a été qu'un long
des incursions fréquentes dans le pays, razziant les récoltes et brûlant martyre si l'on peut dire (Les renseignements ci-dessus sant extraits
les villages (tout comme en 1913-1914 ou 15 ... ) et les infidèles (!E~ d'une étude particulièrement intéressante de M. le Dr Hamet, médecin
dissidents de ces temps-là) répondaient aux envahisseurs €n réalisant le de la Marine, déjà cité plus haut).
blocus de la place ou harcelant ses défenseurs (échanges de bons procé- De ce qui précède, il résulte :
dés, comme toujours).
- que depuis longtemps, Agadir a été, tant pour les indigènes que
-1530 : Déclin de la puissance portugaise et espagnole. Les bons (?) pour les Européens un lieu stratégique,' économique et politique impor-
procédés des envahisseurs (de l'époque), fidèles chréfjens, provoquent tant.
des réactions chez les fidèles musulmans envahis parmi lesquels apparais-
sent des personnages qui s'instituent émirs (commandeurs ou duces) r:!a, - qu'Agadir et le Souss ont connu des périodes de prospérité;
la guerre sainte, et par surcroît se disent chérifs (descendants de Moham- - que depuis un siècle et demi, la barbarie des hommes (sans pouvoir
mEld). Ainsi se fonde la dynastie des Saadiens originaires du Tafilalet faire exception complètement en faveur des contemporains) s'est com-
à laquelle appartiennent les Sultans actuels. portée comme s'ils avaient pris à tâche unique de faire acquérir à celte·
extraordinaire contrée mauvais aspect et mauvaise réputation.
- 1541 : Prise de Santa-Cruz (Founti) par les indi~ènes, la garni-
son faite prisonnière y compris le Gouverneur, est envoyée à Taroudant. - De 1773 à 1900 : Agadir et la province du Souss ne sont que des
(Tragédie digne des plus poignantes tragédies coloniales des temps mo- pays d'anarchie dont l'histoire et les histoires ne présentent d'intérêt
dernes) • que sous les rapports politique et sociologique seulement, et seulernen.
marocains. .
- 1578 : Effondrement de l'influence portugaise et triomphe de la
domination chérifienne originaire du Tafilalet. « La fin de la domination - 1901-1910. - Anarchie, mais les populations chleuh du Sauss
portugaise, Iain de ruiner Sainte-Croix (Santa-Cruz, Founb), créa sa for- manifestent des sentiments francophiles chaque fois qu'une occasion se
tune... Le négoce avec les Européens était, pour les populations berbères présente ainsi qu'en témoignent les récits des explorateurs dont le plus
privées d'industrie, une trop grande nécessité et, pour les Sultans qui en précis est le suivant : (A. Brives. Voyage au Maroc: Avant-propos, pa·
retireraient de gros revenus douaniers, une source trop grande de bénéfi- ge 1 ). « Toujours vêtus à l'européenne et 3ans autre arme que mon man-
ces, pour que tous les efforts ne tendissent pas à le main1enir au-dessus « teau de géologue, nous' pûmes pénétrer dans les régions encore mal
des préventions religieuses. « connues de l'Atlas, dans celles réputées imprenables des Ida ou Ta-
« none et des Ida ou Mahmoud, nous pûmes traverser le Souss, ce jardin
La canne à sucre était alors très cultivée dans le Sauss où elle donnait « de l'Islam encore aujourd'hui inaccessible aux Européens.
'un sucre très prisé bien qu'un peu noir, qui demeura le oroduit le plus
recherché des Européens jusqu'au jour où le Brésil et les Antilles en 0(;- « Notre réussite tient à deux causes : l'absence de tout déguisement
caparèrent la fabrication... Aussi voyons-nous Mohammed Ech-Chikh « et la présence de ma femme. Le berbère de l'Atlas et du Souss est
(Chérif du Tafilalet devenu Vice-Sultan de Taroudant) multiplier daros « peut-être d'un abord farouche, mais il hait la dissimulution et le fait
!e Souss les plantations de canne à sucre, propriétés des chérifs, auxquel- « d'arriver dans ces régions sous notre costu~e et en proclamant bien
les il fait travailler les esclaves chrétiens. 1'1 utilise les captifs à construirE' « haut notre qualité de français et d'algériens, n'eut pour nous que
des pressoirs à cannes à sucre sous la direction d'un juif ,renégat et il « d'heureuses conséquences.
leur fait appliquer le raffinage que les Vénitiens venaien;- d'inventer. L,~ « Aussi, est-cè à cette population méconnue, à ces ::hleuhs fidèles à
sucre du Souss obtenu dès lors était tellement apprécié que la reine El'- « la parole donnée, qu'ils soient les caïds magnifiques et puissants ou
sabeth d'Angleterre n'en voulait point d'autre pour la consommation de « de modestes fellahs, que j'adresse tout d'abord le témoignage de notre
sa maison. » (Dr Hamet, médecin de première classe de :.j Marine, dans « vive et sincère sympathie ».
la Revue Maritime de juillet et août 1921).
- 191 1 : le coup du navire allemand « Panther » à Agadir. (page
- 1570 : En France, d'importantes maisons armèrent pour le Maroc d'histoire devenue très connue).
et y furent représentées... Mais c'était surtout les Hollandais « routiers
de l'Océan » qui accaparaient à ce moment la suprématie commercialE: - 1912 : 1. - M. et Mme de Lacharrière à Taroudant.
aux échelles de barbarie. I/s pouvaient ainsi trafiquer avec « l'empereur « M. et Mme de Lacharrière ont été jusqu'à Taroudanj' où ils sont en-
de Maroque » à qui ils se faisaient fort surtout de fournir armes et mu- « trés en costume européen. Ils ont reçu partout bon accueil, malgré les
nitions. I/s pouvaient assurer la sécurité de leurs vaisseaux revenant dEs « nouvelles pessimistes qui circulaient encore dans le Sauss... » (Docu ..
Indes et attaquer aussi les riches galions des Castillans, leurs ennemi~. « ments diplomatiques, 1912) ».
« Sainte-Croix 1Founti), écrit Marmol, est devenu de qrand préjudice II. - El Hiba fait au Consulat de France à Mogador des ouvertures
aux Portugais qui vont à la Guinée et aux Indes, car ils sont attaqués en vue d'obtenir la protection française.
en passant, par olusieurs vaisseaux francs et anglais qui se cachent da'1s
ce port et fournissent aux fidèles des armes, de l'artillerie et des muni- III. - Affaires de Mogador: les Harkas, l'échauffourée du Dar-EI-
tions au grand dommage de la chrétienté. » Kadi, la colonne Brulard.
-1612 : L'année 1612 fit beaucoup parler de Sainte-Croix, car il se - 1913 : occupation franco-marocaine d'Agadir. (Les affaires du
produisit alors une véritable première affaire d'Agadir. « Panther », de Mogador, de l'occupation d'Agadir. contribuèrent à faire
Le 16 juin 1616, le Sultan Moulay Zidane, ayant eu sa mahal!a bat- à Agadir une renommée comme futur port et vill~ et à y susciter une
tue par un Gouverneur de Marrakech, arrivait à Safi et s'embarquait ruée de spéculation immobilière. Plus loin, sous !e titre : « La question
à bord d'un navire hollandais pour se réfugier dans le Souss dont il avo't immobilière », j'expliquerai les péripéties de cette question.
été jadis Gouverneur. 1/ confia ses biens à un bateau marseillais le « l'Li. Agadir en 1913 : Coup d'œil descriptif : - La cqlline, la Forte-
tre-Dame de la Garde», commandé par !e Capitaine Castelane. resse, le Fort dit portugais ont à peu près le même aspect qu'aujourd'hui;
Parmi ces biens, se trouvaient les manuscrits présumés autagraph'ès mais, seu les des pistes et sentiers indigènes y donnent accès, aL;cune voie
de Saint-Augustin ornés de pierres précieuses. Les deux bateaux arrivè. qui puisse mériter le nom de route. Au port, aucun aménagement cie
rent en rade d'Agadir. Le hollandais débarquait le Sultan mais le Ca- main d'homme, seulement les rochers qui forment abri. Founti, village in-
pitaine Castelane ne voulant pas débarquer sa cargaison'avant d'avoir digène misérable et" en ruine. Au-delà de Founti, immédiatement après le
reçu le prix convenu du transport, Et le paiement se faisant trop atten- village indigène, à peine les traces d'un ancien cimetière, quelques mo-
dre, partit à destination de la France. Capturé près de Salé par des vais- rabouts en ruine, un ravin désert, puis la colline de Talborjt couverte de
seaux de guerre espagnols le « Notre-Dame-de-la-Garde » fut amel1u brousse, puis le plateau d'Idourane couverte de brousse, également, pui':
à Cadix où il fut déclaré de bonne prise. Castelane fut jeté au cachot le ravin de Tildi, d'aspect sauvage; çà et là quelques petites ruines indi-
l'équipage condamné aux galères et la cargaison confisquée. Moula; gènes plus ou moins anciennes, quelques citernes des temps anciens. Au-
[Link] rendit les Français responsables de cet incident et exerça des delà du ravin de Tildi, des champs divisés en parcelles plus ou moins gran-
represailles contre les marchands français du Maroc. 1/ adressa plainte à des entourées des haies vives ou de murettes en pierres sèches ; de 10
la Cour de France, au Grand Turc à Constantinople, aux Etats Généraux brousse arborescente. Au-delà, des dunes immenses.
de Hollande et l'incident d'Agadir défraya de longues années durant ICl Je recommande au lecteur de bien retenir dans sa mémeire les aspect,;
chronique des diplomates. de cette époque (1913) qui viennent d'être décrits, afin d'en faire la
comparaison avec ceux de l'époque actuelle (1933).
-:- 163,7 : Un [Link]· local du, nom de Sidi Ali s'empare d'Agadir,
apres plusieurs annees de lutte, et s y rend indépendant; il se montre tolé- - De 1913 à 1925 : Zone d'insécurité interdite. L'histoire économique
rant à l'éga;d des chrétie~s et Sainte-Croix est, pendant quelque temps, le du pays peut être résumée en ces quelques mats : zone d'insécurité inter-
seul mar~he. du Maroc ou on. peut trafiquer en sécurité ; d'où période dite aux honnêtes gens, guerrification surnommée pacification, dévasta··
de prospente. Français, AnglaiS, et Hollandais ont des repré[Link] à tian, pays mystérieux.
Sainte-Croix d'Agadir.
Cependant, derrière ce rideau, se sant produit des faits d'ordre poii-
- 1746 : En 1746, le Sultan Moulay Abdallah fait reconstruire la tique et administratif généralement ignorés du grand public, mais qu'il
Kasbah ; cette date est indiquée sur l'inscription en hollandais qui S8 y a aujourd'hui intérêt général à exposer au grand jour à cause des ren-
~rouve sur la porte. seignements et enseignements qu'ils peuvent apporter dans l'Inventaire
- 1751 : Les affaires des Français ont périclité et un Danois telte des ressources de toutes natures du pays et particulièrement des ressaur"
de s'emparer de la place. ces d'ordre humain jusqu'alors trop négligées et dont je soulignerai l'im-
portance un peu plus loin au chapitre des probabilités d'avenir. Pour cette
- 1767 : Nouvelle période de prospérité. « On peut regarder Sainte- raison je n'hésiterai pas à insister un peu sur ce qui à trait à la mentai,té
Croix comme l'entrepôt du Maroc ». Mais, située au Sud de la granje i,-,digène.
chaîne de l'Atlas, Sainte-Croix était trop éloignée des résidences des Sul-
tans du Nord, ses habitants trop enclins à l'insoumission et sa prospérit"§ - 1914 : (Bulletin Officiel N° 89, du 10 juillet 1914, p. 542, col. 2'.
même devint la cause de sa perte. « Région du Sauss. Le lieutenant-colonel de Lamothe est arrivé le 2 jui!.
« let à Agadir, après avoir achevé heureusement sa mission dans la va!-
- 1773 : Le Sultan Mohammed ben Abdellah descendant des fonda- « lée du Sous qu'il a visitée toute entière, depuis Aaulauz jusqu'à Aga-
teurs de la dynastie saadienne qui s'étaient servi du Souss comme trem- « dir; à Taraudant ou sur son parcours, il reçut de nombreuses déléga-
plin pour accaparer les trônes du Nard du Maroc, ayant pris ombrage « tians des tribus de la province du Sous et de l'Auti-Atlas.
12 NORD-SUD Numéro 10
« Il convient de signaler particulièrement parmi ces visites, celles du (c En août 1930, dirige une reconnaissance chargée de reconnaître l'iti-
« caïd des Ida au Zekkri, du Caïd des Ouled Djerrar et du Tazeroualt, (c néraire d'une piste autocyclable, conduisant à Bou Malen, dans le
« venus affirmer leur dévouement à la cause du Maghzen. Ces démar- « Haut-Dadès, point où les harkas dissidentes s'étaient groupées en
ii ches, notamment, celle du chérif de Tazeroualt, qui, jusqu'ici, avait i( 1929, et prépare ainsi habilement et sans coup férir, l'occupation cie
« toujours évité d'entrer en relations directes avec les Sultans ou Mehllas « ce poste à la fin de 1930 ».
i( chérifiens en expédition dans le Sous, produisent dans le pays une i( Nous prions le Capitaine Daumarie de bien vouloir agréer nos très
« grande impression. » sincères félicitations pour cette belle distinction si méritée par des an··
- 1915 : Les indigènes repoussent le'; agents ollemands de propa- Cc nées de laborieux et intelligent dévouement à la pacification sud-mo-
gande : « rocaine. (Journal « L'Atlas », 4 octobre 1931 ».
i( Menacé et dévalisé par les indigènes pillards, contraints, après sept On a lieu d'être grandement étonné de ne pas voir figurer les noms de
jours d'abandon, de reprendre 10 route d'Assaka, où des émissaires d'':! ces officiers à des places d'honneur sur les Tableaux d'Honneur de la
Hiba et deux rekkas du Consul de Larache le rejoignent, le Docteur pacification) .
Probster promet promet encore, rien ne vient)) (La Bataille du Maroc,
i
- 1927 : Entr'ouverture d'Agadir par le Résident Général Steeg. Les
par L. Barthou, p. 44 191 9) . commerçants patentés de Mogador sont autorisés, ô titre provisoire, à
Ainsi, ce sont les indigènes des zones dites d'insécurité eux-mêmes qui pratiquer certaines opérations commerciales à Agadir.
repoussèrent nos ennemis.
- 1927 à 1930 : sont des années décisives pour Agadir.
- 1916 : Occupation de Tiznit par les forces françaises: i( Or vinl
la guerre; dès la fin de 1914, c'est un assaut furieux (?) des dissidents - 1928 : Première visite. du premier Résident Général (partisan de
l'ouverture) et du Sultan.
surexcités par nos ennemis... En fin 1915, la situation se rétablit; elle
s'améliore nettement en 1916... vers le mOI~ de septembre, la propagande
allemande redouble d'intensité.
« Pour nous s'imposait dès lors la nécessi,té de surveiller cette propa-
gande, d'avoir sur place un représentant, pour donner de la cohésion à
tous les éléments maghzen, pour les galvaniser, pour réagir des deux côtés
de la barricade en opposant nettement à l'action germanophiliste un
symbole à la fois français et maghzen.
« Telle fut la mission qui fut confiée au Capitaine c. .. Il arrive à Tiz-
nit, seul avec un poste de T.S.F. et quatre télégraphistes )). (Bulletin
mensuel du Comité de l'Afrique du Nord et du Maroc. 19:::2. Les confinS
Sud de la région de Marrakech).
Ainsi donc, pour repousser un assaut furieux, pour galvaniser les éle-
ments maghzen, pour réagir des deux côtés de la barricade, à Tiznit, à
100 km. plus loin que le poste le plus éloigné pourvu d'une garnison, on
envoya... (écoutez bien, lecteur) ...on envoya en pleine guerre franco-
allemande... un Capitaine et quatre télégraphistes. Il est vrai que plus
loin le même auteur ajoute ingénument : « pour le moment, notons les
résultats : ils ont été réalisés sans bruits, sans heurt. Ils n'ont coûté ni
un homme, ni une charge de poudre et la cavalerie de Saint-Georges n'a
eu à donner .. si peu .. que pour traiter plus dignement les amis nou-
vellement ralliés. Que de choses suggestives se sont passées derrière
l'ancien rideau du Souss !
- 1919, 1920, 1921, 1922 : Il est fortement question d'ouvrir Aga-
dir à la liberté économique et d'amorcer le lancement de la ville. Des
missions et des commissions lèvent les plans et font des recensements et Vingt ans après ces derniers travaux, le port d'Agadir a amorcé sa
inventaires. Mais on ne s'accorde pas entre aristocratie fonctionnariste première jetée et des docks importants ont été construits, en vue d'un
et simples civils, ni entre civils et militaires. trafic qu'on prévoit comme très important.
La presse de l'époque contient des révélations extrêmement curieuseô
sur les états d'âmes de ce moment. Finalement, c'est le maintien du r:-
Délimitation de la zone qualifiée Maghzen (Domaniale) sous la déno-
deau baissé (sauf pour certaines personnalités agréées par la Résidence \
<:lui prévaut. mination de Terrain d'Agadir; mesure administrative ayant pour effet
de rendre désormais inéluctable la solution" de la question immobilière
- 1923 : Construction du quartier des Travaux Publics. d'Agadir et de la placer sous le régi~e juridique du droit commun en tG
1924 : Construction de l'amorce de la future grande jetée du soumettant à la procédure de l'immatriculation (V. un peu plus loir.
port. « La question immobilière))).
1925 et 1926 : Agadir et le Souss sont devenus la pire des bou- - 1929 : Stagnation.
tei Iles à encre. - 1930 : Ouverture intégrale d'Agadir par décision du Résident Gé-
- 1927 : Le colonel Hanote, Commandant du Territoire (aujourd'huI nérai L. Saint et report de la zone d'insécurité au delà de manière à ce
Général) inaugure une ère qu'on pourrait appeler i( ère des pionniers de qu'Agadir et sa banlieue se trouvent en zone de sécurité, c'est-à-dire en
l'esprit de paix )). Il obtient la soumission définitive de la grande tribu zone de drOit commun marocain.
des Ida-Ou- Tanane sans ooérations de guerre et répand dons le pays une - 1931 et 1932 : Organisation municipale et apuration de la ques-
réputation de Chef juste et clairvoyant telle que le souvenir en demeure tion immobilière.
vivace dans toutes les classes sociales: indigènes, civiles et militaires. (Le présent article étant une esquisse descriptive d'ordre général et
L'exemple est si bien donné que d'autres chefs se signalent par db la question immobilière étant d'ordre trés particulier, je la reporte à la
succès du même genre. Voici quelques faits et documents à retenir et suite, en annexe).
méditer: - 1933 : ainsi donc, en suivant les pistes du passé de tournant e"l
1. - 1929 : « La Soumission de Brahim ou Belaïd, Chef des Ait Mri- tournant ou d'étape en étape, nous voici arrivés à l'époque actuelle.
(i bet. Agadir, 11 ju~let.(De notre correspondant particulier). - . Le lieu- .6.,. [Link].
Numéro la NORD-SUD 13
En lnarge du Tourislne
TOUR D'HORIZON
DU HAUT DE LA VIEILLE
SANTA CRUZ
C'est là seulement notre humble but, puisse-t-il servir, tant soit peu à
cette enfant pauvre, à cette dernière née des villes soeL:rs d'un Empir~
Au loin la dentelure des cîmes s'en va crescendo vers les hauts Sum-
mets inviolés qui dans le soir tombant offrent à l'œil étonné une réerie
de lumière mauve.
De là-bos aussi des rives du Drâ, venaient paraît-il ces galions char-
gés du magique métol qui au large toute voile déployée, cinglaient vers
le pays de Galles, frémissant de la menace que les redoutables corsaires
'de Salé épiant leur venue du fond des criques sauvages faisaient courir è
leur aventureux destin.
Pays du Sous tout vibrant encore d'une histoire récente dont les dra-
matiques péripéties résonnent dans l'âme qui veut bien se pencher tant
soit peu, comme le galop d'une infernale chevauchée dont les légions bar-
bares n'ont pas encore complètement disparu, puisqu'un de leurs plus
grands chefs sanguinaires, le dernier, espérons-le, jouissant d'une protec-
tion mystérieuse, connaît aujourd'hui encore la vie de palais, au lieu ::le
pourir comme il se devrait au fond de quelque sombre ergastule. Et ceTte
magnifique région jadis si opulente, porte encore la trace profonde de La palmeraie d'Aït Knoun aux environs de Taroudant
l'immense détress~ que l'anarchie et le banditisme lui prodiguèrent (Photo Soureille).
de 1764 à nos jours inclus; mais elle ne demande qu'à renaître et si :6
gouvernement et l'Administration s'y prêtent tant soit peu en voulant
bien rompre avec leur formalisme désuet, elle redeviendra très vite ce
qu'elle fut jadis aux temps heureux de Moulay Ismaïl, le jardin le olus
précieux et la contrée la plus diverse, la plus riche et la plus belle du
Maroc.
Pierre PETERMANN.
L'Action Militaire
Le 15 juin 1913, nos troupes déborquaient à Agadir et entreprenaient Le Territoire d'Agadir est donc actuellement en conte':.t avec le, :i:-
à partir de ce moment, avec l'appui des harkas des Grands Caïds du S'..ld, bus insoumises berbères de l'Anti-Atlas Oriental et Centre l por son front
10 conquête du Sous, alors aux mains d'El Hiba. En 1917, notre pénétra- de Tiznit et avec les tribus arabes sahariennes qui nomc;diser:t dons la
tion vers le Sud se trouvait arrêtée au pied de l'Anti-Atlas par la résis- vallée du Draa par son front Sud de Taraudant. Sa zone d'action p<,l:ti-
tance sérieuse des tribus de montagne et pendant les années qui suivirent que s'étend donc d'une part sur des tribus sédentaires de mantagne ct
le Territoire d'Agadir limita son action à la pacification et à l'organisa·· d'autre part sur les grands nomades sahariens qui parcourent le désert en-
tion des tribus de la plaine du Sous, délaissant momentanément ce bloc tre la mer et le Sahara Algérien.
insoumis de l'Anti-Atlas que d:os moyens militaires puissants auraient La situation de la dissidence berbère de la montagne est extrêmemt'n 1
seuls permis de réduire à cette époque. particulière. Depuis de nambreuses années un modus vivendi s'est étobli
En 1928, grâce à une heureuse préparation politique menée par !e entre les tribus insoumises qui la composent et nous. Une frontière taci-
cercle de Taraudant, nous prenions pied avec des forces 5upplétives dans tement reconnue par les deux partis et qu'aucun poste militaire ne ja-
10 partie orientale de l'Anti-Atlas et établissions un poste à Irheron à lonne, sépare le bled Makhzen du Bled Siba et seuls deux bureaux d'af-
100 kms au Sud de Taroudant à la limite du versant saharien de cette faires Indigènes, Tiznit et Ait Baha, assurent le contrôle des tribus Sé'lI-
montagne. De là, notre pénétration s'étendit bientôt vers le Draa et nous mises de la bordure. Les insoumis pénètrent librement en zone sO'.Jm;<€,
occupions en mars 1931, la palmeraie de Taza, point important du Bani viennent commercer à Tiznit et envoient même leurs caravones à Mc-
en tribu Ida ou Blal, dont le Caïd avait fait sa soumission cu Maghzen en gador et jusqu'à Marrakech où elles s'approvisionnent pr'ncipalement e'1
1922. L'année suivante nous établissions un poste à Akka, dans une QL,- sucre et orge.
tre palmeraie du Bani à 50 kms. à l'Ouest de Tata dans le tribu sourni,e Trop pauvre pour nourrir toute sa population, cette région de l'Atlas,
des Ait ou Mribet. Cette organisation se trouvait complétée en iuillet comme tous le Sous en général, vit de l'émigration de la main-d'oeuvre
1933 par l'occupation de la palmeraie de Tissint à 80 kms, à l'Est d2 et nombreux sont les berbères insoumis de l'Anti-Atlas qui trovai!lent
Tata. Ainsi par la seule action politique et avec des forces réduit8s le dans le Nord du Maroc et en France, puis reviennent vivre dans leurt
Territoire d'Agadir avait réussi à porter une partie de son front en bor- montagne avec l'argent qu'ils ont amassé.
dure du Sahara. Cependant malgré ce courant d'émigration et ce courant commercial,
MARRAKECH
o
,
\._ .
.
.--_\~~. Taliouine
Carte de la pacification
18 NORD-SUD Numéro 10
CONVOI DE RAVITAILLEMENT. - Le ravitaillement des troupes L'OASIS DE TATTA. - On arrive enfin à Tatfa dont l'oasis jette une
présenfe des difficultés matérielles considérables auxqllelles viennent tache verte qui se distingue aisément dans cette vaste étel'due d'acre qui
s'ajouter des risques d'insécurité. On distingue d'ailleurs, en contre-bas d.:l aboutit aux chaînes tourmentées de l'Atlas.
la route, une auto-blindée qui assure le passage du convoi. (Photos Laurent).
Numéro la NORD-SUD 19
d action
J
Homnles
/
1 UN PIONNIER
ft D'AGADIR
Il est impossible de passer par Agadir sans rencontrer M. Fernand Barutel. A lui seui, il représente
admirablement le pionnier marocain, toujours en qu<';te de nouveaux territoires à prospecter, de nouvell,":;
entreprises à lancer, toujours prêt à donner de sa personne, brave, généreux, prodigue même, avide de
renommée et timide cependant devant la louange, rêvant toujours d'un repos bien gagné et incapable
de se tenir un instant tranquille.
C'est en 1921 que M. Barutel a commencé de tou rner ses regards et son volant vers le Sous. Les pre-
miers services de transports furent installés entre Marrakech et Taraudant, par Bigoudine. Taroudant
était alors à la limite extrême du territoire occupé par nos troupes. C'était l'époque héroïque des voitures
légères qui faisaient un service ou petit bonheur, qu'on louait aux Ca'ids, enfin c'était le paradis, ma:s
« un paradis, bien gagné)), des petits transporteurs.
Les premières camionnettes firent leur apparition en 1924 et se mirent aussitôt à desservir Agadir. ALl
début, on en comptait trois et chacune ne pouvait pas transporter plus de six voyageurs. Il fallait dl,
matériel à toute épreuve pour résister à la piste qui séparait bien plus qu'elle ne réunissait Taroudar.t
de Agadir.
Ces trois voitures que M. Sarutel avait lancées avec sa témérité ordinaire sur une route qu'elle:;
contribuèrent à tracer furent le point de départ de ''la S.A.T.A.S., dont on connaît aujourd'hui, la par-
faite organisation.
Deux ons après, en 1926, un service intensif EX istait entre Taraudant et Tiznit.
Ce que la pacification doit à la pénét-ration par l'auto, par la camionnette, puis par le cor, on le
soit assez. Mois on igr,ore trop à qu",lles difficulté:; matérielles et parfois à quelle opposition se heur-
tèrent les pionniers de cette pacification par le mo teur, M. Fernand Barutel et son frère M. André
Barutel. Il leur fallut un courage indémontable et une foi robuste dons l'avenir du Souss.
En 1925, lorsque les opérations reprirent dons la région, il fallut organiser des services du ravitail-
lement par les routes de la montagne, sur Irherm d'abord et les Ait Baho, puis, l'année suivante, sur
les Issafen. Ces routes de la montagne, quel que délicat qu'y soit le transport du ravitaillement en rai-
son de leur tracé héroïque et de la hardiesse de leu rs virages, représentent, de la port du Service des
Renseignements qui les ont dessinées et des mi litaires qui les ont exécutées, une science et un 1:1-
beur auxquels M. Borutel qui s'y connaît, ne cesse de rendre un émouvant hommage. Il aime à citer
les noms du Commandant Denis et du Capitaine Lepage à qui revient l'honneur de ces beaux ouvra-
ges. Aujourd'hui, le Capitaine Lepage qui commande, ou sommet d'un plateau rocheux, le post~
d'Irherm, tient sous son contrôle un vaste territoire qu'enserrent les deux routes, extraordinaires celk~
ci, qui vont à Tata et à Akko. C'est un de ces oTficiers merveilleux comme le bled marocain en a
formés quelques-uns, à l'esprit pénétrant et subtil. au caractère ardent, mais patients et réfléchis : un
sàge, un maître, à la main ouverte comme un co marade, et ou beau sourire, presque d'un enfant,
sur de blanches dents de louveteau.
A partir de 1930, c'est le ravitaillement journa lier, par Marrakech et Taraudant, des populatio""
de l'Anti-Atlas et des riverains du Craa. C'est le contact établi et maintenu sons accroc entre les pos-
tes militaires les plus avancés et l'arrière : bonheur des isolés, perdus dons des paysages lunaires, qui
voient arriver, avec les camions, un peu de bien-être, un peu de confort, un peu de joie! La S.A.T.A.S.
a une bonne presse depuis 1rherm jusqu'ou fond de l' 1maoun !
Rendons hommage à M. Fernand Sarutel qui a été l'ôme agissante de cette organisation ; rendons
hommage également ou personnel de ces chauffeurs pour lequel il éprouve lui-même une profonde
admiration et auquel il a voué une reconnaissance bien motivée : gronde famille de braves gens, igno- L.. Capitaine LEPAGE
rant la fatigue, méprisant le danger, toujours à la peine, sortant sans se laisser démanter des pires commandan~ le poste d'Igherm, est
embûches, y laissant parfois quelques-uns des le," rs, mais fiers du service accompli et de la confianc"l le type de l'officier colonial que ne
que leur témoignent les chefs militaires' qui estime nt leur valeur à son juste prix ! rebute aucune tâch~ '.:~ ;;;\Ji, dans
Mois le passé et même le présent préoccupent M. Barutel, bien moins que l'avenir. Au delà d'Irherm les moments les plu~ difficiles, gar-
et d'Akko, il voit déjà la liaison avec Tindouf et la Maurétanie par le Draa et le Naun, et partout de un bel optimisme et un iné-
les routes et les pistes, et partout les camions man tant et descendant, franchissant les oueds, appor- branlable courage
tant jusqu'au fond de ces pays inconnus la maÎtri se de l'âme française. (Photo Gillot).
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VILLE D'AGADIR ~
CARTE ÉDITÉE PAR ('NORD-SUD"
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Relevé de'& parc~lles conciliées et aménagées pal'
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la commission de conciliation p
LÉGENDE
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r- -1 Lots a.. ttribués à des paf'tiC'ulier.s
a,.ttf'ibués 1 Habous ~ ~
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partiC'ulier.s
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1 a
a l1 Lats réservés à l'Etat
Lots rùervés l'[Link] Constructions_
Constructions
1 D,.oits de portes
po,.tes 13 Commissai"e du gouvernement 25 Villa du MaIre 37 Gou tte de "lit
Gautte lait
. 2 Usine éledriql!e
éleetriql!e civile 14 Mosquée 26 Villas des Travaux publics 38 Dlspensai,.e
DIspensaire .}
3 Camp mititaire
mifitaif'e 15 Ecole
Eeole arilbe
ar{Jbe 27 Hotel de tourisme 39 Finances
...,e
t::Jf.,C
olt Bastian
It Bastion pof'tugais
portugais 16 _d~juive [Link]é 40 Enseignement
5 Douane et accona,ge 17, Réservoirs 29 Briquetterie 41 Eglise
6 Citadelle 18· Hôpital 30 Postes,télégf'8phe &.téléphone 42 Mutilés et familles nombreuses
Mutiles
7 Usine électrique militaif'C
militaire 19 Villas des médecins 31 Banque dëtatdu Maroc 43 Nouveau camp
8 Cercle des sous- Officiers 20 Sécurité 32 Station électrique 44 CiLéSJardins
Cités Jardins
9 Poudrière 21 Eaux et forêts 33 Marché 45 Gendarme,.ie
Gendarmerie teLJ.r'
muntc/paux et B.M. C. 22 Renseignements,
10 Dépots munte/paux 34 Justice de paix 46 Tabacs SeC
1/ Mahakma du Cadi
Il 23 Région civile 35 Douane et acconage 47 Gare eventuel!e
eventuel/e
9~
12 _ d~_ du Pacha 24 Conservation foncière 36 Police 48 Station de pompage
M. Petermann a bien voulu nous communiquer très obligeamment la ph,>tographie d'une composition à la gouache du célèbre Architecfe-urbaniste
Henri Denis. Cette anticipation a le mérite de tenir compte des réalités géographiques. C'est justement parce que le site et l'atmosphère s'y prêfent
que l'on doit arriver à un ensemble d'une harmonieuse élégance qui fera d'Agadir une des plus belles plages d'Afrique du Nord et, qui soit, peut-
être... cette fameuse « cité du Cinéma » à laquelle quelques-uns ont songz.
L ESQUISSE
D'AGADIR
Nous n'ajouterons aucune considération d'ordre général à celles qUI
sont publiées par ailleurs dans cette revue et qui complètent celles que
nous avions nous-mÊmes développées dans le numéro de « Nord-Sud »,
de septembre 1932.
Nous disions à ce moment-là que la ville partirait dans la mesure 0':'
les possesseurs da terrains seraient disposés à construire. Cette vérit~
est encore d'actualité. Si l'administration a des devoirs certains vis-à-vis
d'une fondation urbaine toute neuve comme l'est Agadir, il faut bien
avouer que ces devoirs ne trouvent à s'exercer qu'autant que les proprié-
taires extériorisent par des constructions la confiance ql:ils affirment,
L'hôpital d'Agadir prend, en façade, l'aspect d'une serIe de villas cos-
parfois bruyamment, dens l'avenir de leur ville. Nous ne demandons pas
~ues. Sa situation élevée en rend le séjour idéal ce qui n'est pas d.... "
mieux que d'avoir confiance, nous aussi, mais à condition que l'exem-
maigre réconfort pour les malades tenus de s'y faire traiter
ple nous en soit donné par ceux qui ont intérêt à l'essor de cette nou·
velle ville.
Le centre du développement du futur Agadir, est ce que l'on appelle
le fer à cheval, quartier ainsi dénommé par l'aspect qu'il a pris sur le
•
plan et qui, il faut le dire, ne se devine pas encore sur le terrain. C'~st
tout le quartier sitùé au Nord-Est de l'Hôtel Paquet, enTre l'oued Tildi
et l'oued Tanaout. Le comblement de l'oued Tildi permettra da relier ce
quartier à celui que nous appellerons le quartier des Villas, lorge et
admirable croupe sur laquelle s'étagent déjà de jolies constructions, le,
villas des Travaux Publics, des Eaux et F0rêts, des RensAignements, rie
la sécurité. Plus haut, sont construits l'hôpital et les villas desméde-
cins. A l'ouest de ce quartier, une large avenue est en construction, dec;-
tinée à former une sorte de boulevard circulaire où toute la ville 59
trouvera comprisa.
Aujourd'hui, toute l'activité d'Agadir est concentrée le long de l'ave-
nue Bourguignon que domine cette colline des villas. Meis dès que le'>
premières constructions en auront donné le signal, il n'est pas dou-·
teux que la ville montera à l'assaut des collines et des ploteaux qui l'in-
vitent dzjà à s'étendre dans leur voisinage.
Ainsi Agadir, bôtie légèrement en amphithéâtre, regordera tout en·.
tière sur la mer, exposée délibérément aux vivifiantes brises du larg'i.
CeHe exposition est heureuse, car l'humidité que l'on connaît et dont
en souffre dans la plupart des villes de la côte marocaine, ne se foit
cucuncment sentir sur notre plage.
On peut dire que, selon le plan qui lui est assigné, Ag'Jdir sera l'ur.·;
des plus belle et des plus saines parmi les villes de l'Afrique du Nord.
Mois il faut bâtir.
M. BERTHELEMY.
Chef des Services Municipaux.
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PETIT POÈM E INÉDIT
à Léon PHILOUZE
- 0 ville, ni ta Citadelle l
Alphonse METERIL
Numéro 10 NORD-SUD 23
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LE NOUVEL
AGADIR Agadir doit à sa situation bien particulière d'attirer non seulement' l'estiveur, mais aussi
l'hiverneur. La plage est une des plus belles di.! Littoral et son climat tempéré permet de 10
fréquenter toute l'année.
Les Services compétents ont oU choisir un pl an d'ensemble qui permettra aux habitants de
jouir du site admirable; des opérations sur le te rrain ont été mises aû point par les techniciers
pour en activer la réalisation.
Il faut arriver à créer une émulation entre le, constructeurs des différents quartiers qui doivent
s'unir en un panorama qui risquerait d'être obi mé par la moindre faute individuelle.
Il faut donc, d'ores et dé'jà, avoir un plan d'ensemble bien établi, afin de conserver à :0
Ville d'Agadir son plein équilibre esthétique.
Richard CAVOSI,
lngénieur-Architec~e D.P.L.G.!.
24 NORD-SUD Numéro 10
Agadir est certainement une base maritime d'avenir. Son port con- La voilée du Souss en laquelle on met tant d'espoirs, n'a pas seule-
naîtra un t'rafic intense dès que le Souss aura révélé toutes ses richesses. ment que des richesses de sous-sol ainsi qu'en témoigne cette vue d'uno
L'une des ressources de ce merveilleux pays peut être la pêche pour la- olivette dans le pays des Ouled Berhil. On se figurerait aisément' dons.
quelle il convient de prévoir une organisation satisfaisante . quelque pâturage de France. (Photo Boureille).
Numéro 10 NORD-SUD 25
La vision d'ensemble d'Agadir, en son état ocfuel, justifie pleinement les preVISIons optimistes auxquelles aboutit M. A. Martinot, auteur de l'inté-
ressante étude dont nous avons publié la première partie, dans nos pages de tête. Témoin perspicace de tous les évènements qui ant suivi l'établisse-
ment de notre Protectorat, M. Martinot, dans les poges ci-contre drcss e un bilan précis de la situation générale d'Agadir que na~ lecteurs sui-
vront avec le plus grand intérêt
Quant ô la procédure, ou aux procédés, ils convient de les diviser et - une liste de noms de zones notoirement connues comme situées
classer ainsi qu'il suit: dans les parages du port ;
- une liste des noms de Cadis et Adels (notaires et greffiers indigè-
- Achats de propriétés entières (maisons indigènes, lots de terrain."
nes) .
etc... ) à vue, c'est-ô-dire visitées sur. place par les acheteurs ou leurs
mandataires, et achetés directement des propriétaires indigènes dons un Puis, au moyen de l'ajustage que l'an comprend, rendu d'apparence
but de possession immobilière en vue de l'installation de l'acheteur dans aussi vraisemblable que possible avec des renseignernent~ ou collabora-
\le pays. teurs complémentaires et des contrefaçons d'écritures, le fabricant con-
fectionnait des titres ayant, d'une manière plus ou mains habile, les al-
- Achats de propriétés hors vue, sur description vérifiée par rensei- lures d'actes authentiques. La calligraphie arabe permet, d'ailleurs, à:
gnements, achetées directement aux anciens propriétaires indigènes oar tout arabisant expérimenté de démasquer assez facilement ces contrefa-
des intermédiaires. çons. Il y a même des particularités dont la matérialité de falsification
- Achats de droits de propriété indivis, c'est-ô-dire de parts d'héri- peut être constatée par des non arabisants; par exemple : les variations
tiers généralement. dans l'inclinaison de l'écriture; le manque d'assurance ,tremblottementi
dans le tracé de certains traits; la non-uniformité ou l'absence des para-
- Achats de popiers (présumés titres de propriété) achetés ô des phes des signatures, etc... Un autre indice, français celui-là, crie gare
acheteurs revendeurs. quand il y a fabrication en série: c'est l'abondance des domaines pour-
- Achats de droits pour spéculation parasitaire. vus d'un même nom affecté d'un chiffre (romain ordinairement) de sé-
rie pour individualiser chacun. Dès que dans la procédure française ten-
- Achats de papiers présumés comportant droits, pour spéculation dant ô légitimation des domaines adoptés, ce chiffre dépasse la demi-
au litige ou au chan toge .. et même ô l'escroquerie. douzaine il est prudent d'ouvrir l'œil sur la qualité [Link].
26 NORD-SUD Numéro 10
Au moment de l'occupation franco-marocaine d'Agadir, tout le pays rendre la procédure d'immatriculation opplicable à la questian immabilière
fut déclaré zone d'insécurité, interdite à la circulation des Européens et d'Agadir, M. le Résident Générol L. Saint, décida alors que tous les con-
<lUX transactions i!"l1mobilières. Mais ces interdictions n'empêchèrent au- flits de toutes sortes soit entre les particuliers, entre eux, soit entre les
cunement la spéculatian. Elles n'entravèrent que les affaires honnêtes. particuliers et l'Etat, pourraient être portés devant une Commission de
les fabricants de faux titres et spéculateurs louches en papiers n'eurent Conciliation ou d'Arbitrage (à la volonté des parties) permanente avant
qu'à antidater leurs œuvres et payer un peu plus de pourboires. Par cam- d'être renvoyés devant les Tribunaux. de manière à pouvoir être' réglés
ble de savante précaution, l'Ancien Service des Renseignements, auquel ~ar vOie de transactions amiobles dont cette Commission dresserait pro-
le Marac est redevable de tant de prouesses, fit dresser acte de témoigna- ces-verbaux ayant la valeur de contrats légaux définitifs.
ges d'indigènes affirmant avec une spantanéité toute involontaire et une Ni le cadre, ni le but du présent article ne permettent d'entrer dans
liberté toute militaire et makhxenienne, que toute la zone d'Agadir les détails de préparation du travail préalable d'établissement des docu-
était domaine du Makhzen, c'est-à-dire domaine ou propriété privé de ments et plans ou du fonctionnement de cette Commission. Les seules
l'Etat. choses qu'il convient d'en noter ici, c'est que:
Cet acte officiel ne gêna pas beaucaup les spéculateurs louches, car ils
1° La façon dont l'opération a été menée honore, non seulement ceux
purent se dire qu'en cette matière ils bénéficieraient de la même SO!tl-
tion que les honnêtes gens, mais il incita les gens de banne foi ignarants
de la situation à faire grief injustement de cette mesure au Service des
qui l'on conçue, organisée et exécutée, mais toute une époque; et cons-
titue un fait historique comportont des enseignements tellement utiles
retenir, qu'il est à souhaiter que quelque écrivain impartial prenne à
r
Damaines, alars qu'au contraire on a vu ce service, dans j'œuvre d'apura-
tâche d'en écrire la narration sans autre souci que celui de la pure vérité.
tian, devenir l'âme de la conciliation.
Et rien de tout cela n'empêcha la spéculation de continuer comme le 2° De cette œuvre si remarquable résulte un fait nouveau qui ne s'est
prouvent le nombre et la tournure des Réquisitions d'immatriculation vi- encore vu nulle part et qui est le suivant: malgré un nombre considérable
sant des terrains de la Vallée du Souss, jamais vus auparavant par les d'antagonistes, de diversités de questions et de dossiers, il y a eu con-
acheteurs de,~ papiers en vertu desquels ils les réclament. ciliation générale omiable sans aucun procès devant les Tribunaux et
)~< \.. tous les terrains nécessaires au développement de la ville sont devenus
Lesdeuxri:1~~r,es ci-dessus n'eurent donc pour résultat que de corn·
immatriculés sans délais extraordinaires, c'est-à-dire que chaque proprié-
pliquer la qLiestion immobilière, mais non d'empêcher la spéculation. té est pourvue d'un nom, d'un état civil officiel et d'un titre foncier inat-
En vieillissant pendant seize ans, sans apport d'éléments c1arificateurs, taquable ; les plans de la Ville et règlements urbains sont établis. Ce qui
cette question était devenue embrauillée au point que, d'une part l'Ad- signifie :
ministratian ne pauvait plus trouver le côté par lequel elle pourrait en at-
taquer la solution sans un acte d'autorité de nature à soulever contre Que dans un pays dOl")t la majeure partie est encore en pleine brousse
elle des récriminations redoutables et que, d'autre part, les revendiquants, et en pleine jungle les transactions immobilières et les industries du bâ-
_ tant honnêtes que malhonnêtes, et spéculateurs de bonne boi, voyaient timent peuvent être traitées, exécutées et réalisées en toute sécurité et
nettement que, si le règlement de leurs conflits étaient confié aux Tri- toute clairvoyance ;
bunaux et la procédure ordinaire, de longues années seraient nécessai- Que, même à distance, les bailleurs de fonds peuvent surveiller les
res pour obtenir des solutions qui ne pourraient être que partielles, de vicissitudes de leurs capitaux; qu'Agadir est pourvue d'une organisation
telle foçon que beaucoup devraient désespérer d'encaisser eux-mêmes <ldministrative complète qui met à la portée de ceux qui le désirent tous
les récompenses de leurs peines et œuvres. Des craintes régnant ainsi éléments de vie organique administrative et économique nécessaires aux
de part et d'autre firent naître de chaque côté le désir de concessions ré- gens prudents qui ne veulent marcher qu'à pas sûrs;
ciproques pour arriver ,à une solution satisfaisante pour tout le monde,
et rapide, par une prqt:édure d'exception. Que"tous les candidats acheteurs de terrains peuvent choisir les empla-
cements en toute connaissance de cause relativement à l'affectation pro-
Finalement,~ les Résidents civils ayant donné l'exemple de la bienveil-
lance, les revendiquants furent pris du désir de conciliation et le mani- fessionnelle des différents quartiers, zônes, rues foçades, etc...
festèrent par requêtes écrites. Qu'en résumé, le pays offre au travail et aux capitaux une sécurité
La délimitation domaniale opérée en 1928 ayant eu pour effet de qui ne s'est encore jamais vue dans aucun pays neuf de colonisation.
•
LE PRESENT
Le Présent - Etat actuel des choses i (Août 1933) : (Je recomman- rivage n'a pas changé d'aspect depuis des siècles, tou'ours les mêmE::i
de au lecteur de se reporter ,à la description d'Agadir en 1913 donnée bancs de rochers plantés dans le sable comme des vestiges de rangées pa-
dans la première partie ci-dessus, pour se rendre compte par comparaison rallèles de pans de mur.
-des progrès accomplis) . - Au deuxième plan, au-delà de ce ravin : la plage ornée de quel ..
_ La principale route d'accès d'Agadir passe par Mogador, elle est en ques bouches d'égouts, d'un wharf, puis une bonne rout" auto-cyclable
'général bonne et sur certains points très bonne; mais elle serpente beau- <lU bout de laquelle se voient des cabines de baigneurs, un établissement
'Coup, elle est d'un pittoresque remarquable en pays montagneux et en de plage (café-restaurant) et souvent beaucoup de baigneurs et d'en-
'Corniche sur l'Océan pendant 75 kilomètres. A quelques kilomètres avant fants prenant leurs ébats. Un peu [Link] de la plage (au Nord) une
l'arrivée à Agadir venant en direction Nord-Sud, un voste quadrilatère de sorte cl'épaulement de colline formant palier, surplombant la plage en
tronchées avec quelques maisonnettes en maçonnerie neuve, se fait re- falaise abrupte d'un dizaine de mètres de hauteur au-dessus de la plage
marquer à l'Est sur le flanc de la colline, puis infrastructure d'une voie et d'une cinquantaine de mètres de large, orienté Ouest-Est avec ur.
de communication allant vers le port, c'est l'emplacement des futures boulevard goudronné (Le Boulevard Bourguignon), longeant le pied des.
carrières et le tronçon de voie ferrée qui les relie au port. La forteresse monticules de Talborjt et du plateau administratif et bordé çà et là spo-
proprement dite d'Agadir n'a pas changé d'aspect; aux flancs de la col- radiquement d'étoblissements ou pâtés d'Etablissements en style bis-
line qui la porte, monte en pente régulière une voie d'accès touristique cuitville, le tout constituant un quortier plus ou moins mouvementé
goudronnée. selon les circonstances encore très intermittentes puis, dominant ce bou-
levard presque à pic sur son côté nord, les deux anciens monticules de-
Avant le passage de la pointe de Bougam surmontée de casernemenl's Talborgt et d'Idourone, jadis couverts de brousse mais aujourd'hui re-
militaires, qui surplombe le port, se trouve une coquette installation de couverts, le premier (toujours avec son ancien nom) d'un village nou-
baraquements entourés d'un peu de verdure soignée : c'est' le Centrale veau en cours de construction où grouillent pêle-mêle les races et les
Electrique provisoire. types d'individus les plus variés; le second (ancien monticule d'Idou-
rane devenu Plateau Administrafif), d'une série de constructions neuves
En contournant cette pointe dans une tranchée en courbe qui ramène à usage d'un quartier des hôpitaux et de villos de fonctionnaires, des-
la route dans la direction Ouest-Est on voit apparaître successivement : servis depuis peu par des boulevards goudronnés; puis à l'Est de ce qUI,
à droite (au Sud) en contrebas, le commencement de la jetée avec une vient d'être dit, mais en contre-bas, masqué en grande partie par les'
grue puissante et plusieurs petites ; différents corps de bâtiments neufs dits monticules (de Talborjt et Plateau Administratif) et comme en-
dont un constitue les locaux de la douane; un port à barcasses avec ter,· fouis dans le ravin de Tildi (limite de la pointe extrême Nord-Ouest
re-pleins bien tenus. de la vallée du Souss) deux quartiers de villas modernes constll'ites pa,'
En avant (à l'Est) : le village de Fonti, en bon état d'entretien; un le Service des Travaux Publics pour les fonctionnaires.
boulevard goudronné dont le côté Sud surplombe la mer à pic à une di- Au delà, et presque sur la berge Est du ravin de Tildi, s'élève 1'~lè
zaine de mètres de hauteur et dont le côté Nord est bordé par la façade gant immeuble de l'Hôtel Marhaba, que les Agaridiens appellent Hô-
Sud, uniqu~ d'ai lieurs, de Fonti sur une longueur de quatre à cinq cent::> tel Paquet, sur un emplacement si judicieusement choisi que, quoi qu'il
mètres, façade disparate comprenant des maisons et magasin5 d'aspect arrive, il sera toujours l'un des plus beaux quartiers cl' Agadir.
européen et des maisons et boutiques indigènes, en arrière desquels se
trouve le villoge comme plaqué contre le flanc de la montagne au som- Un peu au-delà, çà et là, une dizaine de constructions européennes
met de laquelle, en levant la tête, on voit la forteresse. marquant en quelque sorte l!emplacement de la future ville, puis la
plaine du Souss, et la grande route du Souss qui y serpente ; puis à '7
A l'Est de Fonti, le pays a, aujourd'hui, l'aspect suivant au premier kilomètres, le quartier des aviations civile et militaire. Puis à 11 kilo-
plan (en partant du bout ~st de Fonti). mètres Insgane, ancien centre et marché indigène important, siège du
Bureau des Affaires Indigènes d'Agadir-Banlieue, futur centre mara'·
_ le rivage compris entre l'ébauche du port et le rovin qui sépare
cher rempli de promesses autant que d'éléments facteurs de prospérité;
le pied de la colline d'Agadir et le monticule de Talborjt (ravin dit suc-
cessivement Ravin d'Egzezzaoua, Ravin N° 1, Ravin Ré). Cette partie du
à 15 kilomètres plus loin. le lit de l'Oued' Souss.
Numéro 10 NORD-SUD 27
•
Pour comprendre l'évolution d'Agadir et de la Contrée du Souss ct le concours d'autres pays (produits de terre et de mer pour l'alimenta-
supputer judicieusement les possibilités de l'ampleur de son avenir, il tion, mines pour l'industrie, climat, main-d'œuvre, etc.. ), mais pour
suffit d'en considérer attentivement les causes majeures, en distinguant qu'il puisse commander ô d'autres par terre et par mer, donc un pays
celles qui sont de nature ô commander les volontés humaines et celles privi légié, protégé sous tous rapports, surtout en l'état actuel des
qui sont de nature ô les aider seulement. En cela, comme en tout outillages humains.
quand les causes sont connues, il devient facile de supputer l'évolution
des effets. Causes d'ordre politique. - Par suite des avantages qUI viennent
d'être cités au paragraphe qui précède, de la position de la France en
A tout observateur évoluant dans le pays depuis une vingtaine d'an- Atlasie, de la facilité de rayonnement dans tous les pays musulmans
nées, comme c'est mon cas, en regardant les choses telles qu'elles sont qui peut en émaner, des caractères, aptitudes et tendances francophi-
et non pas seulement telles qu'on voudrait qu'elle fussent, il apparaît les de ses habitants indigènes (soulignées dans la première partie de
nettement que ces causes sont de quatre ordres, savoir : cet article) la contrée d'Agadir peut et doit devenir pour la France
Naturel, la colonie de propagande la plus féconde de toutes.
Politique, (On a déjô vu dans la première partie ci-dessus que c'est précisé-
Stratégique, ment ses avantages qui l'ont rendue redoutable aux anciens souverains
Economique. du Maroc, même ô ceux qui s'en étaient servis comme tremplin pour
monter sur les trône du Nord. C'est précisément pour ces différentes
(NOTA. - Pour donner de la simplification en même temps que de
raisons que plus haut j'ai un peu insisté sur certains foits historiques.
la précision ô mes explications, je me permettrai d'appeler Atlasie, la
de nature ô faire ressortir le fond du caractère des autochtones et ie
partie de l'Afrique du Nord ordinairement désignée par les expressiom.
parti qu'une bonne politique indigène pourrait en tirer. J'ai constitué,
plutôt complexes d'Afrique du Nord - qui est d'ailleurs impropre quand
relativement ô cette question, depuis une quarantaine d'années, une
il s'agit de désigner seulement nos possessions pui~que la Tripolitaine
documentation aussi variée que solide que je me prop0se de publier
et l'Egypte font également partie de l'Afrique du Nord - ou Algérie- aussitôt que je le pourrai). '
Tunisie-Maroc - expression lourde et peu commode - quand en
Causes d'ordre stratégique. - Je les ai résumées jadis dans U'1e·
veut préciser).
formule qui devient de plus en plus d'actualité, dont j'aime ô reven-
En effet, Atlasie implique aussi nettement qu'objectivement et ex- diquer la paternité, et qui est la suivante :
clusivement l'idée de la contrée sillonnée par les monts Atlas, qui est « Faire du Haut-At'ias le bastion de la civilisation fancaise dans
limitée au Nord par la Méditerranée, ô l'Est par la frontière tuniso- « l'Afrique du Nord et d'Agadir la clé du Haut-Atlas )) C'~st ô des-
tripolitaine, au Sud par le Sahara, ô l'Ouest par l'Océan Atlantique sein qu'ici je dis l'Afrique du Nard et non l'Atlasie).
et qui englobe exactement l'Algérie, la Tunisie et le Maroc, ni plus
Le Haut-Atlas divise le Maroc actuel en deux parties : le Maroc
ni moins.
du versant Nord, pays fertile et transformable ô la manière européen-
Causes d'ordre naturel (Géographique, topographique, ctc ... ). - Aga- ne et le Maroc du versant Sud, perfectible dans une certaine mesure,
dir est un lieu géographique que la nature a doté de tous les éléments mais d'une manière mixte obligé de composer avec certains éléments.
nécessaires pour qu'il puisse non seulement se suffire ô lui-même sars infusionnables mais seulement adaptables ô ceux des pays du Nord ;
28 NORD-SUD Numéro 10
par exemple : climat différent, qualités du sol différentes, reglme des ~u ~ond~. en .général ~t de celles du, Maroc en particulier, me suggère
eaux différent, règnes animal et végétal différents ; le versant Sud 1 Idee qu Il pourrait bien amver qu outre les innomb>rables matières
ayant pour prolongement le Sahara est profondément influencé par déjà connues de l'économie, ce qui contribuera le plus à asseoir la for-
les voisinages sahariens. tune d'Agadir, sera certaines choses qu'on découvrira en en cherchant
Comme conformation topographique, le Haut-Atlas n'est pas une d'autres. (Voir le préambule du présent article).
grande montagne n'ayant qu'une seule crête, c'est un enchevêtrement Les sources de possibilités économiques d'Agadir et de son hinter-
extrêmement confus de montagnes qu'on pourrait comparer à un'l land, à exploiter soit seules à seules, soit par leurs combinaisons. sont
tresse gigantesque dont .Ies nodosités sont séparées par des vallées' (énumérativement et non limitativement je le répète) : . ,
iI'rofondes aux berges plus ou moins abruptes qui s'entrecroisent CL'!
pays pi ttoresque,
et là pour déboucher les unes sur le versant nord, les autres sur le v~r
sant sud. Pour les humains voyageant à allure normal2, les convois climat excellent,
les caravanes et les routes carrossables, cette gigantesque barrière immensités océaniennes,
n'est franchissable qu'en certains points très peu nombreux. Les fonds
des vallées, surtout de celles du Nord, sont tantôt fertiles, tantôt sim- immensités continentales,
plement habitables ; ils sont habités par des populations laborieuses, sols de toutes compositions, de toutes expositions et de toutes
vigoureuses et susceptibles de progrès, très attachées eu sol. altitudes,
Sous le rapport climat, le Haut-Atlas est sein, mais sur son versant de la terre,
nord, il est souvent très froid et sur son versant sud souvent excessi- de l'eau et la possibilité d'en avoir davantage,
vement chaud. des minerais de toutes' sortes,
De tout cela, il résulte que le Haut-Atles peut être utilisé à deux des forêts,
fins : en temps de sécurité pour centres de traveil utilitaire et d'agré-
ment, en temps de danger pour centres de défense formidables, soit - une main-d'œuvre indigène excellente.
en défensive, soit en contre-offensive. Que faudrait-il donc de plus pour qu'un pays devienne prospère ?
Jusqu'alors, ce sont les gens des plaines et les nomades, c'est-à-dire Deux choses, évidemment : des capitaux et des animateurs actifs mais
les populations mçbiles qui ont fait la loi aux gens des montagnes raisonnables. (Ils commencent à arriver dit-on).
c'est-à-dire aux sédentaires. Dans l'état actuel non seulement des Remarques et renseignements particulièrement importants :
moyens de subsistance économique (alimentation), la France avec sa - Les fruits et produits potagers du Souss sont ordinairement
puissance d'assimilation peut renverser les rôles et le Haut-Atlas peut pour espèces semblables, plus gros et plus savoureux ~u'ailleurs '
faire sentir son influence bien loin vers l'Est. les indigènes obtiennent trois récoltes par an
Spécialement en ce qui concerne la contrée d'Agadir et du Souss les populations indigènes sont laborieuses et francophiles
an a vu, et il suffit d'avoir une carte géographique sous les yeux pour
le constater, qu'elle est entourée sur trois côtés (Nord, Est et Sud) le climat es! très favorable aux gens âgés
par de hauts massifs de montagnes atlasiennes disposées en fourche le travail intellectuel est possible pendant toute la durée de
dont les deux dents aboutissent à l'Océan qui forme le quatrième côté l'année sans qu'on se ressente des changements de saison. (Ce qui
(Ouest). Ces montagnes très élevées, enchevêtrées et accidentées au- signifie qu'Agadir est favorable aux intellectuels et aux savants qui
delà de ce qu'il est possible d'imaginer, tant qu'on ne les a pas vues s'adonnent à des travaux de longue haleine de toute nature).
de très près, constituent des murailles naturelles à peu près infran-
- Pour ce qui concerne le commerce, l'agriculture et l'habitation,
chissables sauf en de rares endroits ; elles forment une barrière telle-
la nature du pays conseille plutôt la dispersion des efforts en petits
ment formidable que quelques groupes de bons tireurs bien approvi-
paquets que leur concentration en gros blocs. (Ce n'est pas le pays
sionnés peuvent en interdire le passage à des armées puissantes. A Aga-
de « tous les œufs dans le même panier,» au contraire plus on a de
dir même, le pays étant montagneux et extrêmement accidenté, des'
paniers (dans une limite raisonnable, s'entend), plus on a de chances
défenses .inexpugnables peuvent être aménagées de maniere à en inter-
de réussir);
réussir};
dire l'approche soit par terre, soit par mer.
--:- les chercheurs qui ont besoins de connaitre l'étendl.<e de pays tri-
Du côté Ouest se trouvent les routes océaniennes, et du côté de la
butaire et le chiffre de la population, doivent ne pas perdre de vue que
terre peuvent être aménagées des routes faciles à protéger. Vers l'Est,
l'hinterland d'Agadir doit être considéré comme s'étendant à l'infini sur
notamment, va pouvoir être construite une import~mte voie mettant
deux côtés : sur le côté sud qui est le côté des immensités sahariennes
en commlinication Agadir avec le Sud et l'Extrême-Sud Oranais et
et sur le côté Ouest qui est l'Océan, et que sa population (qui est d'en~
Algéro-Tunisien. Il suffit d'un peu de connaissances historiques pour se
viron 600.000 à 800.000 âmes aujourd'hui), ne peut manquer de s'ac-
rendre compte de l'importance considérable que prendra cette voie qui
croitre très repidement.
deviendra fatalement triple parce qu'on y verra rivaliser d'activité la
voie ferrée stratégique, l'automobile touristique et le chameau écono- - Agadir n'a pas suffisamment de logements pour sa population ac-
1nlque. tuelle (près d'un millier d'Européens et plusieurs milliers d'Indigènes) .
La ligne de couverture stratégique mobile se trouvant maintenant comme sa population ne peut manquer d'augmenter rapidement, la cons~
sur l'Oued Drô va exiger des effectifs importants. Il faut bien que ces tructlon urb~lne ~eule, ~Ien adaptée aux conditions du milieu géographi-
effectifs aient une base, un centre de repos après un séjour dans l'ex-- que, peut remunerer tres avantageusement des capitaux considérables ;
trême-Sud de ravitaillement, de renforcement en effectifs en cas de -:- les générations actuelles contractent de plus en plus la déplorable
besoin. Or, en raison des multiples avantages (décrits dans la présente habitude de ne march~,r qu'~n bandes et de tout demander et quémander
étude) dont la nature a doté Agadir, ce centre ne peut ètre qu'à Aga- d~s services publics; J oserai me permettre de leur recommander un svs.
dir même. teme .dlffé;ent qu~ j'ai vu réussir, surtout dans les périodes de crise; il
Agadir et le Souss ont de tous temps été pour le Maroc considérés est resume dans 1 adage sUivant : « Aidons-nous, aidons nos Adminis-
tretlons et le Ciel t'aidera ».
comme une contrée de laquelle peuvent jaillir les choses les plus ex-
traordinaires (notamment des Sultans et des bandes d'envahisseurs J'entends dire et je lis souvent :
pillards) ; sous la domination française, c'est à toute l'Atlasie que cette . Agadir un Hollywood ; une Nice marocaine ; une cite gratte-ciels !
considération doit fatalement s'étendre, même au-delà avec cette dif- Je VOIS .parfols des braves gens nouveaux venus se scandaliser et se la-
férence toutefois, que la France saura n'en faire jaillir que des œuvres menter dire en haussant les épaules: à Rouen, à Marseille, à Fez, on ne
bienfaisantes des chefs organisateurs avec troupes régulières· et nen fait pas comme cela, on fait de telle façon.
des perturbateurs. Je souhaite qu'Agadir devienne un pays d'exploitations minières, une
Ainsi donc, ce qui vient d'être constaté, bien que n'étant qu'une Nice, un Hollywood ou une cité building, et méme tout ensemble, qu'on
partie infime de ce qui pourrait être dit, suffit, je crois, à démontrer
y fasse comme à Rouen, à Marseille et à Fez, mais je dis aussi que même
que de par sa destinée naturelle, Agadir doit devenir une place colc.-
sans tout cela et seulement avec une judicieuse restauratic'l et améliora-
niole stratégique de premier ordre.
~ion de ce qui .a déjà valu au pays une réputation de richesse; avec une
Causes d'ordre économique. - Les causes de prospérité sont telles JUdlCI~use utilisation de sa population autochtone et une clairvoyante
.qu'Agadir
'qu'Agadir pourrait se venger de ses anciens détracteurs en se bor- mise ~ ~a pa g:, de ses ressources, le pays deviendra un pays de richesses
nant à leur jeter à la face la boutade suivante : appele a un raie Important et rémunérateur pour des copi ~aux considéra-
Regardez donc braves gens qui n'avez pas su voir, si au lieu de VOL;S bles.
borner à réciter les bourrages de crâne de certaines chapelles obscu- Aussi, je concluerai de la manière suivante :
res, 'vaus aviez réfléchi et raisonné vous auriez pu. remarquer quel
dans tous les centres de nouvelle formation, ce sont les endroits les Si, ,sous le rapport des quantités aucun chiffre certain ne peut être
plus négligés au début qui deviennent, en fin de compte, les plus beaux. donne, on peut sans risquer de se tromper affirmer qu'Agadir sera un
0
pays de qualité et de productions rÎches.
Les raisons en sont d'ailleurs assez simples, c'est que : 1 - ils fi-
nissent par rester seuls libres ; et quand les acquéreurs se présentent Agadir, sera Agadir parce qu'il y aura à Agadir des choses qu'on ne
c'est parce que, n'ayant pu trouver ailleurs, ils en ont un besoin ab- [Link] trouver qu'à Agadir, ne serait-ce que l'excellence de son climat,
solu et alors ils y mettent le prix ; 2 0 - avec des capitaux on peut le pittoresque de ses paysages et la saveur des produits alimentaires que
son sol peut donner.
transformer en éden, le désert, le rocher le plus aride.
A. MARTINOT.
Or, si Agadir a été négligé c'est injustement, et comme Agadir et
le Souss ne sont ni rocher aride ni désert, les capitaux qui y seront in-
vestis n'auront pas à attendre longtemps leur rémunération, voire même
pour les plus clairvoyants leur multiplication.
Je ne peux, naturellement, dans un article comme le présent des-
tiné à être une simple esquisse générale, une sorte de tableau synop-
tique des possibilités, songer à chiffrer même approximativement, les
rendements et quantités, ni à entrer dans des renseignements de dé-
tail sur les différentes bronches, je suis obligé de me borner à une
simple énumération des sources de ces possibilités. La voici, énoncia-
tivement, mais non limitativement, car ma longue pratique des choses
Numéro 10 NORD-SUD 29
TAROUDANT
Capitale du Sous
Partant de Marrakech pour se rendre à Taroudant, en traversant la
:haute chaîne de l'Atlas, quelle n'est pas la surprise du voyogeur, du tou-
riste, que de trouver juchée aux flancs de cette imposante montagne 13
:sympathique autant qu'accueillante « Auberge Tournellec » offrant pres-
que en toute saisons - nous disent les passants - truites, fraises, etc.•,
·et tant d'outres mets délicieux que les gens de notre capitole ont peine
.-(] se procurer.
Après avoir quitté ce coin si charmont, nous nous acheminons vers le
·col de Tizi N'Test par une excellente piste qui zigzague parmi les rochers
et traverse une forêts d'arganiers, tapissant les pentes inclinées vers le
Sous, du Grond Atlas.
Des murailles crénelées ceinturent la ville. Les maisons se resserrent
Peu après avoir dépassé l'originale Casbah des Ouled Berhil l'on devine comme un sombre troupeau. Un minaret surgit qui rappellll l'attachement
.de loin Taroudant, ses remparts, et leur ceinture d'oliviers. à la foi islamique. Dans la monotonie de cette région sauvage, Taroudan!
A quelque quinze kilomètres de l'arrivée nous pénétrons d'ailleurs apparaît comme un mirage.
.dans leur magnificence centenaire, qu'agrémentent ça et là de multiples
figuiers et de toujours verts grenadiers.
Et voici les remparts hauts et fauves qui se développent sur sept kilo-
mètres, en grande partie intacts; ils abritent 7 à 8.000 indigènes et quel·.
·ques Européens.
Ces vieux murs patinés par le temps, comparables à ceux de la capitole
·de Moulay Idriss, avec leurs dentelures, leurs tours carrées et leurs meur-
trières, font l'émerveillement même des profanes.
Ils s'offriront à leurs admirateurs pendant la durée de la prochaine sai-
·son touristique, sous un aspect plus captivant, dévoilant dans tous les
détails leur harmonieuse esthétique grâce au chemin motocyclable et
..pittoresque dont nous devons la réfection à l'activité inlassable du Chef
.de Bureau des Affaires Indigènes de Taroudant.
F. P.
• •
De l'influence de la CUISine
sur le développement d'Agadir
La cuisine au Maroc Il ne saurait exister de bon tourisme ni de là-même, à l'encontre de ses propres intérêts.
tourisme durable sans bons hôtels ni bons res- Le client peut exiger d'être bien servi faute de
et ses précurseurs taurants. L'effort d'équipement se poursuit quoi il se gardera de reven ir. C'est sur des
au Maroc avec persévérance et il n'est que exemples de ce genre que les touristes feront
Ce n'est pas un mince sujet que me propose
juste de mentionner ceux qui en furent les une généralisation hâtive qui porte un tort con-
la revue « Nord-Sud » qui se consacre entiè-
pionniers. On peut rappeler l'existence de sidérable à l'industrie hôtelière toute entière.
rement à mieux faire connaître le Maroc et à
« l'Excelsior » de Casablanca dirigé, de 1918 A pays jeune, il faut des principes jeunes.
étudier les mille branches de son activité. Qu'il
à 1923, par M. Challet, à qui succéda M. Mi- Notre nouveau Résident Général peut être per-
me soit permis d'abord, de rendre hommage à
cola, dont je fus un collaborateur. La grande suadé qu'il trouvera une phalange d'hommes
celui qui en' fut le fondateur et l'animateur,
carte contenait de quoi satisfaire les plus insa- compétents prêts à seconder ses efforts pour la
le doux François Berger dont nous pleurons la
tiables appétits et les amateurs de bonne cui- bonne organisation de l'hôtellerie dans l'inté-
perte. Aussi fin poète que gourmet délicat,
sine formaient une clientèle assidue. Vers la rêt même du tourisme.
François Berger faisait les délices du gastrono-
même époque, existait également à Casabian-
me et il honorait la table accueillante qui le
ca, dans un local modeste de la rue Roget, le
comptait au nombre des convives. Sa conversa-
« Petit Poucet », créé par M. Jean Brun. On Les bons hôte liers
tion pétillante d'esprit réjouissait l'homme de
métier. Il gardait dans sa mémoire le souvenir
y dégustait de succulentes spécialités: les soles envahissent le Sud
au plat, les rougets meunière, un rôti de veau
des établissements où l'on pratiquait la religion
de France, dont la confection était assurée par Pour atteindre ce but, les questions d'équi-
de la bonne chère. Il fallait l'entendre parler,
Madame Brun elle-même, collaboratrice de son pement hôtelier devront s'inscrire dans le ca-
avec un attendrissement qui révélait sa bonté,
époux, cuisinière hors de pair. Le « Petit PoLÎ- dre régional. Le Sud, pour sa part, sous l'éner-
de la « Taverne Munich )j où le bon père
cet » mérite largement le succès qui s'est main- gique impulsion de M. Dorée qui préside de-
Justin, doyen des cuisiniers du Maroc, fit ses
tenu dans la belle installation qu'il occupe ac- puis tant d'années le Syndicat d'Initiative de
débuts en 191 3. Homme d'expérience, tenace
tuellement et où l'a suivi sa clientèle. Marrakech et du Grand Atlas, a progressé dans
avec opiniâtreté, Justin possédait en outre, la
Au cours du deuxième stade, M. Lucien cette voie. Petites et grandes maisons mai.,-
Gouin, comme directeur du premier hôtel de tiennent les bonnes traditions et les voyageurs
la Compagnie Transatlantique, prouva qu'il sont tous surpris d'y déguster, par exemple,
était un chef de grande classe. Bien des Ma- des truites de l'Atlas si finement préparées.
rocains gardent le souvenir de son passage par Dès san arrivée à Marrakech, le touriste
la révélation de ses fameux foies gras en brio- trouve déjà tout le confort désirable dans les
ches. Il serait injuste d'oublier Turel qui, tou- nombreux hôtels qui s'y sont installés. Le
jours fidèle à la vieille tradition, s'attachait à luxueux Palace de la Mamounia que dirige
servir dignement un plat du jour appétissant. M. Sainglas et de nombreux hôtels de premier
Ce palmarès n'est peut-être pas complet, mais ordre, jouissent d'une réputation qui se con-
il vise simplement à rappeler les tout premiers ~
bom ouvriers de la bonne cause.
La cuisine et le tour!sme
Nous arrivons aujourd'hui à la troisième éta-'
pe, étape décisive au moment où vient d'être
inauguré le « Tour du Maroc » qui est l'ex-
pression idéale de la vocation touristique de
ce pcys.
De nombreux hôtels se sont créés. Ont-ils
Lors de son voyage au Maroc, M. le l'attrait voulu? Incitent-ils le touriste à prolon-
Président de la République Gaston Dou- ger son séjour? Pour être juste, il faut recon-
mergue dégusta, au cours du dÎl~er qui lu; naître que leur conception ne répond pas tou-
fut offert à l'Hôtel Mamounia, de Mar- jours. aux besoins. Et s'il y a une cause à cet
rakech, une succulente « Poularde de état de chose, il faut la rechercher dans la
Bresse à la Vendôme », dont' voici le sé- mauvaise répartition du crédit hôtelier. Trop
duisant aspect.•• de profanes ignorant les difficultés de la pro-
fession, sollicitent l'appui du Protectorat qui
devrait se montrer plus parcimonieux et n'at- ...et voici également les deux auteurs de
plus haute conscience professionnelle. Il a été tribuer son encouragement qu'aux initiatives ce chef-d'œuvre culinaire : MM. Agnely
·un précurseur de la bonne cuisine et son in- réellement intéressantes introduites par des et Gautier. A deux heures du matin, nos
fluence est comparable à celle de Vatel, Ca- gens qualifiés. Nous n'attirerons et ne retien- deux chefs réputés travaillaient encore '1
..ème,. Escoffier, grands maîtres de notre pro- drons le touriste qu'à cette seule condition. De la préparation du festin.
fession. plus, il est urgent de prendre des décisions si
Le modeste signataire de ces lignes se plaît l'on ne veut pas ruiner la réputation du Ma-
à évoquer avec beaucoup d'émotion, sa colla- roc, pays jeune tard venu dans une humanité firme de plus en plus. Le voyageur qui emprun-
boration de plusieurs années avec le grand déjà blasée. Il appartient au Gouvernement qui te le circuit du Sud, s'arrêtera ensuite à Ta-
Chef Justin : tous deux, côte à côte, dans la a la possibilité de le faire, d'exiger des réfé- roudant, ville ouverte au commerce depuis
cuisine exigüe du « Roi de la Bière » de l'épo- rences professionnelles et d'imposer un cahier deux années et déjà dotée de deux hôtels.
que où l'exercice de la tâche quotidienne né- des charges avant même de prodiguer ses fa- Le Taraudant-Hôtel fut fondé par M. An-
-cessitait, en raison des difficultés matérielles, veurs au candidat-hôtelier. Il y a aussi de pe- dré Barutel, pionnier de la première heure,
'Une certaine dose de courage. Fondé par tites questions à revoir et plus spécialement qui l'a cédé depuis à M. Ivan Clergué, nouveau
M. Guinet, si tragiquement disparu avant que celle du pourboire. La loi reconnaît au per- venu au Maroc, disppsé à se mettre énerg:-
'ne se soient réalisées ses prévisions optimistes sonnel hôtelier non salarié, un toux de 10 0/0 quement à la tâche. C'est également à Ta-
et sa louable ambition, le « Roi de la Bière », sur le service. Ce pourcentage figure toujours raudant que la Compagnie Paquet a édifié son
'sanctuaire des gourmets, doit à Justin une sur les notes qui s'en trouvent majorées, mais premier hôtel dit « gîte d'étape ». Cette ap-
grande part de sa renommée. Et puis, l'exem- il change, sur la seule volonté de l'hôtelier, pellation modeste ne convient pourtant pas au
ple était donné et l'impulsion fut assez forte de destination puisque le personnel n'en béné- somptueux « Marhaba », que dirige M. Agne-
'pour que ses continuateurs n'aient qu'à pour- ficie pas. N'est-ce pas là le meilleur moyen de Iy, dans la famille duquel on s'honore d'être
:suivre un heureux destin. décourager ses collaborateurs et d'aller, pcr cuisinier de père en fils. Les chambres compor-
32 NORD-SUD Numéro 10
Agadir s'enorgueillit-
également de posséder un
Palace des plus confor-
tables. L'Hôtel Paquet ré-
cemment' inauguré jouit-
déjà de la meilleure répu-
tation grâce aux effor·t,;.
de sa direction avisée.
(Phota Panowitchl.
LA CULTURE DU BANANIER
DANS LE SOUSS
Depuis le début de la conquête Nord-Africaine, plus particulièrement en ce qui con- Une des premières opér~tions, dans la préparation de l'aire
cerne l'Algérie, l'éventuelle possibilité d'établir 'en Afrique du Nord certaines cultures de culture, est le dessouchement des jujubiers dont les ra-
des pays chauds a été désirée parce qu'elle répondait à un besoin économique et na- cines ont' pénétré profondément dans le sol. Des équipes
tional profond: différencier l'agriculture nord-africaine de celle de la Métropole. d'ouvriers indigènes sont prkl)osées à ce travail qui n'est pas
L'importance du problème posé et les complications que l'impossibilité d'y trouver sans difficultés.
une solution ne manquerait pas de créer au fur et à mesure que la production de ces
nouvell8~ régions deviendrait plus importante et les débouchés plus réduits. n'ont pas
échappées aux sommités du monde agricole de cette époque.
De cclèbres agronomes comme les Boussingault, Jussieu, Gasparin, et d'autres ont
préconisé, et encouragé l'acclimatation de certains végétaux des pays chauds dans le
Nord de l'Afrique.
Leur champs d'action était à cette époque limité à l'Algérie. Dépourvus d'autre port
de toùs Ics éléments techniques fournis par l'observation météorologique quotidienne :
ces agronomes n'ont pu atteindre un résultat positif du fait de la différence totale qu;
existait entre les deux climatologies considérées; d'une part celle du pays d'origine de"
végétaux intéressants; d'autre part celle des régions dans lesquelles on espérait réaliser
l'acclimatation.
Il est indéniable, qu'aujourd'hui surtout, cette obligation pour la plus grande partie
de l'Aflique du Nord de produire ce que produit la Métropole, complique et rend
plus âpre la question d'écoulement de la production et dresse en fait en implacables
concurrents les Français de France et ceux d'Afrique du Nord.
Nul n'ignore le différend qui oppose producteurs français et Nord-Africains, au sujet
du blé, du vin, du tabac, etc.
Ce qui avait été tenté en Algérie pouvait être considéré comme s'appliquant à l'en-
semble des régions nettement caractérisées par une climatologie méditerranéenne. Ce
qui était le cas jusqu'à l'ouverture du Souss pour l'ensemble du Maroc.
La vallée du Souss géographiquement, et par voie de conséquence c1imatologique-
ment, très favorisée pose à nouveau en ce qui concerne sa mise en valeur agricole, le
problème fondamental dont dépendra l'orientation de son activité.
Instruits par les essais antérieurs, favorisés également par la diffusion actuelle d:?s
produits àu sol colonial, les techniciens chargés de l'étude' de cette question Olôt
dès le début limité celle-ci à un essai d'acclimatation de végétaux qui par la grande
extension de leur aire de culture dénotent des aptitudes particulières à l'acclimata-
tion.
C'est dans' cet ordre d'idée que la culture du bananier a retenu l'attention tles
promoteurs de la mise en valeur du Souss.
Pendant plus d'un an et demi, les techni ciens ont poursuivi l'étude de la clima-
tologie et de la météorologie locale ; réunissant ainsi jour par jour les chiffres, les
observations, la documentation permettant de déterminer la technique culturale
s'adaptant à la région.
Il serait trop long d'aborder ici l'examen des conditions météorologiques locales,
la plus grande part de leur intérêt réside d'ai lieurs dans l'interprétation de ces élé- L'irrigotion du terrain est un des principaux fa~
ments, ce qui est le rôle du technicien for mé par une longue pratique aux cultures teurs de réussite. Nous assistons ici au forage du puit
tropicales. Ce qui importe, c'est de savoir que cette étude a conclu à la possibilité N° 4 dans la ferme de Tahouxint. L'eau commence déjà
d'acclimater le Bananier dans le Souss en dotant les cultures d'abris spéciaux dont la à s'écouler dans les canaux établis à cet effet', répon-
réalisation conserve toutefois à cetfe culture tout son intérêt économique. dant aux espairs qu'on a mis dans les possibilités hy-
Des plans et des projets précis ont été établis dans cet ordre d'idée et la réali-. drauliques de cette région.
sotion pratique de cette conception nouvelle a été confiée à un organisme qui dispose
du personnel et du matériel voulu et qui a créé récemment à Tahouzint au km. 64
de la route d'Agadir à Taroudant, une Station Expérimentale dont l'aménagement est
en cours.
Les terres alluvionnaires profondes de la région de Tohouzint fertilisées par les
ressources en eau que des forages méthodiques ont révélées permettent dès mainte-
nant à une entreprise qui tenacement pour suit son œuvre, d'entrevoir avec confiance
le développement de son effort et son ré sultat final : La valorisation rationnelle
du Souss.
C. X. FRIt--lGS.
(Cliché Moncho-Rabat).
MOGADOR
Mogador dissimule sa vieille ville derrière une ceinture de' remparts à il est impossible de ne pas s'arrêter, pour muser dans les ruelles étroites
l'aspect rébarbatif dont les créneaux laissent passer la gueule de ca- de Mogador et parcourir la longue étendue de sable de sa plage.
nons menaçants. Derrière tout cet attirail guerrier, il n'y a plus, aujour- Les souvenirs historiques abondent à Mogador, dont l'ingénieur fran-
d'hUI, que la
/a vie paisible des communautés israélites, Dans les ruelles çais Cornut dressa les plans. On y retrouvera l'ilât sur lequel, en 1844,
étroites bordées de haut6s maisons qui ne laissent entrevoir qu'un mince après la bataille d'Isly, le' Prince de, Joinville installa une garnison de
ruban de ciel, c'est un va-et-vient continuel de patriarches en lévites et 500 hommes,
de filettes potelées en robes voyantes. Le climat doux et égal de Mogador en fait une station climatérique
En allant à Agadir ou _ si l'on préfère -- sur le chemin du retour, il de choix.
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Numéro 10 NORD-SUD 35
LA PATTE
Mogador, le 16 décembre. Dans la suite des temps, Safi, ouverte au tes, c'est la Bruges israélite, le béguinage ~n
commerce de nouveau, a drainé la marchandI- lévites et calottes noires, où ni le vent ni le'
se de Marrakech ; Agadir, récemment ouvert bruit de la mer ne peuvent entrer. Mais allez
Vous avez connu, en forêt de Fontainebleol. a le monopole du souss et des extrêmes-Sud. dans le faubourg : c'est un incessant va eT"
où les peintres fumaient leur pipe, ou dans le, Des maisons de commerce de Mogador s'étaient vient. Les cars trépident et se remplissent.
bois de Verrières où le Quartier Latin montait égaillées, les unes sur le proche et vierge Aga- démarrent et s'enfoncent sous la vieille port<:-
à cheval le dimanche, ou en forêt de Rambouil- dir, d'autres, plus circonspectes, sur CasabIan- qui les avale pour les jeter dans la nuit.
let où l'équipage des Crussol d'Uzès allait ca la grand'ville, les audacieux vers les Ame-
courre le cerf, ces carrefours de layons et de riques. Il semblait que Mogadar, le cul entre
chemins de bois qu'on appelle des pattes d'oie. deux selles, ne reprendrait pas de poil de !a
tout comme les petites rides qui se marquent bête, et que ses survivants allaient vivre do-
en éventail, - c'est un privilège de l'âge - rénavant comme ceux de l'Ile des Pigeons qlli
au coin de mes yeux. Mogado. aussi est une forme sa rade, colombes et chats sauvages,
patte d'oie. elle est la clef des chemins. celles-là se nourrissant de poissons, et ceux-ci
mangeant celles-là lorsqu'elles sont grasses.
Sa destinée est curieuse, et son nom pro-·
non sons avoir attendu toutefois qu'elles aient
bablement hébreu, Mog'dor, que l'on retrou'~
Dondu. couvé et élevé une nouvelle génératia"
dans le
Je patron éponyme sidi Mogdoul, qui si-
pour le deuxième service..
gnifie rocher comme le Kader des Phéniciens
où nous retrouvons Cadix et Agadir. Mais Mogador n'a pas voulu se Icisser olle..
ainsi. Elle a voulu, en attendant des résultats
Mog'dor fut vite effacée par ses voisines, de mines et d'arboriculture qui. pour être ri-
Safi qui était la porte de Marrakech et le ches de promesses, n'en sont pas moins loin-
comptoir d'un riche pays et Agadir qui étai: tains de réalisation, elle a vouiu se défendre,
la clef du souss. Il fallut, au XVIII" siècle, vivre, agir, et elle a pris la meilleure méthode
l'intervention du Sultan pour la construire tei- paur démontrer le mouvement, qui est de mar-
Je que nous la voyons. En mouvais termes avec cher. .
les commerçants juifs et chrétiens de Safi, fa ..
tigué de ne jamais percevoir les droits de doua- Les nuits de Mogador sont une chose etran-
ne appliqués à Agadir, Moulav Abderrahman ge : allez sur les remparts garnis de con or.,
ou Moulay Abdallah, ou sidi Mohamed, je ne de bronze et battus des écumes sonores de ICl
me rappelle plus très bien lequel, ordonna II] mer que le vent nous fouette cu visage, va!,;,
fermeture au commerce des deux ports voi- trouverez, dans quelques bastion, une biblio ..
sins, et la construction du port et de la vi Ile de thèque rare, une conversation légère « et d'é-
Mogador que les indigènes, à cause qu'elle fut tranges fleurs sur des étagères ))... Allez à fa
construite d'un seul coup sur un plan dessiné, plage : sur la mer pâle, la lune dort d'un som-
ont apelée « sauiroh )), qui est « image des- seil doux comme la mort. En ville, derrière les
sinée )). forges remparts, dans les rues minces et hOll- François BERGER.
Le Sisal dans le
Sud de Maroc
Il est un devoir impérieux pour tous les
pays en voie ,de développement économique :
tôcher d'avoir plusieurs cordes à leur' arc. Les
pays mono-producteurs sont les plus exposés
en temps de crise. On en a la preuve en ce
moment au Sénégal avec la culture de l'ara-
chide.
Jusqu'ici le Maroc s'est principalement oc-
cupé des céréales. Il y a aussi la culture des
primeurs, et demain celle des Clgrumes et au-
tres fruits ; mais tout cela se rapportait tou-
jours à l'alimentation. Il était bon de chercher
à aborder un autre problème ; celui des 'ex-
tiles. C'est pour cela que l'on a essayé la cu!-
ture du sisal dans le Maroc du Sud.
Il ne fallait pas, en effet, songer à intro-
duire cette plante textile dons les contrées où
il gèle, et ou la trop grande distance des ports
d'embarquement fait que l'on irait sûreme:lt
au-devant d'un échec. Car le sisal craint le
froid, et comme il n'est en somme qu'une cul-
Ture pauvre, ori ne doit pas charger son prix A dix kilomètres à peine de Mogodor, sur la vaste étendue d'Arhozine, une Société
de revient de trop gros frais de transports. Les procède à la culture du Sisal dont les applications industrielles sont multiples. Les résultats
exploitations actuelles, celles notamment de obtenus sont très encourageants puisque le déchet ne déposse pas 4 a/oo.
l'A.O.F. en savent quelque chose.
Une' société a donc décidé 'ce tenter un :e5- venues les premières bulbilles, avec comme ap- La fibre obtenue est d'un beau blanc, fine,
C
sai portant· sur plusieurs centaines d'hectares. point, quelques pieds fournis par le jardin d'es- très résistante et brillante. Elle a été déclarée
dans le Moroc du Sud, et sa première planta- sai de Rabot, et celui de Maison-Carrée ':in par les techniciens qui l'ont examinée compa-
tion a été faite à moins de dix kilomètres de Algérie. rable aux plus belles variétés du Mexique.
Mogador. Ainsi se trouvent résolus deux des Ces plantes se sont admirablement compor- De tout cela, on peut conclure que, le sol
gros problèmes qui intéressent la culture de tées. C'est à peine s'il y a eu un déchet de se prétant à la culture de la plante ainsi que
cette plante : la température est douce, hiver 4 0/00 sur les pieds mis en terre définitive- le climat, la qualité de la fibre et son rende-
comme été, et les frais de transport sont réduits 'ment. Aujourd'hui, la plantation comporte six ment étant comparables aux "'-'E'illeurs connus,
au strict minimum. La fibre d'Arhazine (c'est cent mille pieds environ définitivement mis en les frais de transport se trouvant réduits pour
le nom de la première plantation) n'a pas à terre et dont un certain nombre donne cett~ ainsi dire à ceux de frais sur mer, cela pour une
parcourir des centaines ou même des milliers' année même sa première récolte, et dans une courte traversée, il est infiniment probable que
de kilomètres avant d'arriver au port d'embar- pépinière de douze hectares irriguée il y 1) le Maroc du Sud sera appelé à devenir d'!::i
quement. Elle est récoltée à dix kilomètres encore six cents mille autres petits sujets mis quelques années un grand producteur de fibre
du bateau. en végétation en attendant d'être plantés dé- de sisal.
Outre la chaleur, le sisal demande une foi· finitivement. Il y en ouro un bon nombre Actuellement, en effet, la Fronce qui est le
ble précipitation d'eau et des terrains calcaires. mis en place cet automne, et tous les ons, la second pays du monde pour l'emploi de (0 fi-
Ces deux conditions sont réunies à Arhazine. société peut fournir deux cents mille pieds bre de sisal, dépense bon an, mol on, 600 mil-
Sol très calcaire précipitation suffisante, avec ou moins; elle plante 1.500 pieds à "hectare. lions de francs pour l'achat des fibres durés
en plus quelques brouillards et des rosées qui La qualité des fibres obtenues est excel- nécessaires à son industrie, Elle fait venir de
assurent à la plantè un habitat parfait. lente. Le' rendement donné par la première dé- l'étranger 100.000 tonnes en chiffres ronds
Les promoteurs de l'opération ont acquis en fibreuse qui tourne actuellement varie de 3,60 de fibre dures dont 35.000 de sisal.
Algérie un champ de pieds mères de sujets tex- à 4,02, selon la grondeur des feuilles, cor pour Les colonies Françaises produisent environ
tiles, absolument purs-variétés Rigida et Sisal- une première récolte, il fout débarrasser les 4 % de la consommation de la Fronce cn
lana Miller, acclimatées depuis un certain plantes de toutes les feuilles oyant poussé sur sisal. Si toutes les plantations créées sur ter-
temps' déjà près de Mostaganem. C'est de ce le bas des tiges, et il en est dons le nombre ritoires français étaient en pleine production,
champ, et de pépinières en dépendant que sont qui sont moins belles forcément. elfes ne donneraient pas à elles toutes réunies,
Ja moitié de ce qu'il fout acheter pour satis-
faire les besoins de nos industriels.
Or, ces besoins vont sons cesse en augmen-
tant : ce ne sont plus seulement les câbles de
marine, les' liens de moissonneuses lieuses, les
Gordes et ficelles d'emballage ou autres, ni
les travaux de sparterie qui employent la fibre
de sisal. On la file et on la tissa. Grôce à cer-
taines préparations tout récemment découve r •
tes, mois déjà très employées, on en fait des
toiles à socs et même des toiles pour les ca-
potes d'automobiles ; demain, il y ouro des
toiles pouvant rivaliser, sinon avec celles d·.J
lin, tout ou moins avec celles de jute et de
chanvre.
Il faudra donc de plus en plus de sisal. Or,
le Maroc ~st très près de France, plus rappra-
ché que tous les autres centres producteurs du
monde. Il est possible d'éviter ou de réduire
ks transports sur route.
Nous avons vu quelle est l'excellente quali-
té de la fibre obtenue. Il faut donc être abso-
lument heureux des résultats obtenus par les
promoteurs de cette culture, nouvelle au Ma-
roc. Ils ont rendu un réel service ou Protectorat
ainsi qu'à la France.
Cette photo montre l'étonnante vigueur des pieds de sisal dont la culture doit se pou,~
M. BENEDETTI,
suivre au Maroc pour le plus grand bien de l'économie locale. Aucune surproduction n'est Q
craindre en l'occurence, puisque la production totale des Colonies Françaises atteint à peine Vice-Président de la Chambre Mixte
le 4 010 de la demande. de Mogador, Directeur de la Société
{Photos Larmier!. ,des Agaves d'Agadir.
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