Eléments de Génétique moléculaire
SV 5
Année 2015-2016
Réalisé par :
Prof. M . CHERKAOUI
Faculté des Sciences Semlalia Marrakech
Plan du cours
Chapitre I- Bases moléculaires des mutations géniques
Chapitre II- Les systèmes de réparation des mutations
Chapitre III- Les éléments génétiques mobiles : les
transposons (structure, mécanisme et intérêt)
Chapitre 1 : Bases Moléculaires de
la mutation génique
I- Définitions
II- Polymorphismes du génome.
III- Classification des lésions du génome.
IV- Conséquences des microlésions du génome.
I- DEFINITIONS
Le terme « mutation » désigne une modification rare et soudaine
du matériel génétique
Les mutations sont aussi classées en deux catégories suivant la
nature des tissus qui y sont exposés :
● Mutations acquises (non héréditaires) :
Une mutation apparue dans une cellule somatique d’un tissu est
appelée « mutation somatique » ou « mutation acquise ». Elles
peuvent être à l’origine d’un clone cellulaire porteur de cette
mutation. Les mutations somatiques pathogènes sont notamment
impliquées dans la formation de cellules tumorales.
● Mutations constitutionnelles (héréditaire) :
Lorsqu’une mutation est présente ou survient avant la fécondation,
ou survient lors de la première division du zygote (donc
nouvellement apparue), on parle de « mutation constitutionnelle».
Toute mutation nouvellement apparue est aussi appelée mutation «
de novo » ou «néomutation ».
Lignée somatique / Lignée germinale
Gamète mâle Gamète
femelle
Cellule œuf = zygote
Développement cellulaire
mitoses
Lignée germinale Lignée somatique
= =
gamètes Reins, peau, système nerveux …
Mutation germinale / mutation somatique
Mutation germinale Mutation somatique
• Affecte les cellules • Affecte les cellules
germinales somatiques
• Prézygotique • Postzygotique
• Héréditaire • Non héréditaire
Mutation somatique
Gamète mâle Gamète
femelle
Cellule œuf = zygote
mitoses
mutation
peau
Lignée germinale
=
gamètes Lignée somatique
Clone cellulaire
Ensemble des cellules mutées
ayant le même génotype
Individu mosaïque
Individu composé de 2 ou plusieurs
lignées cellulaires
Exemples de mutation somatique
Mutation somatique
Les mutations sont aussi classées en fonction de leur taille.
● Macrolésions du génome.
Les anomalies chromosomiques sont classées en anomalies
chromosomiques de nombre et anomalies chromosomiques de
structure. Elles font l’objet d’étude par la génétique chromosomique
(cytogénétique). macrolésions : constituent des anomalies à l'échelle du chromosome, ils sont
classées en anomalies chromosomiques de nombre et anomalies
chromosomiques de structure.
● Microlésions du génome
Les microlésions du génome constituent des anomalies à l’échelle du
gène
A l’échelle du gène, les anomalies sont recherchées par ce qu’on appelle
les approches de génétique moléculaire.
La conséquence de toute mutation dépend de son effet fonctionnel ;
elle peut conduire à :
- des mutations neutres : variations non pathogènes de l’ADN sont
appelées « polymorphismes) ou variants.
- des mutation pathogènes : l’altération d’une fonction (« mutation
délétère » ou « mutation pathogène ».
- l’amélioration d’une fonction (diversité, évolution).
I - POLYMORPHISMES DU GÉNOME
Les variations non pathogènes du génome sont la base de la
diversité entre les individus.
Ces variations non pathogènes du génome sont appelées «
polymorphismes ».
La notion de « polymorphisme » repose à la fois sur le caractère non
pathogène de la variation de séquence, et la fréquence dans la
population (>1% par définition).
Un polymorphisme est une mutation et peut se situer en région
codante ou non codante.
La détermination directe des séquences d'ADN provenant d'individus ou
de souches différentes permet de détecter de nombreux polymorphismes.
La génomique : sous-discipline de la génétique qui regroupe les
connaissances sur un organisme et tente de les synthétiser
Il existe maintenant des automates capables de générer plusieurs
dizaines de millions de séquences de cours fragments d’ADN à
partir d’ADN génomique fragmenté.
Il faut ensuite déposer la séquence dans les banques de données
comme GenBank ou EMBL.
Il existe maintenant de nombreux programmes qui permettent la
visualisation de ces séquences (bioinformatique).
Une caractéristique importante des génomes est leur redondance. Par
exemple, l'analyse du génome de levure montre qu'environ la moitié du
génome est dupliquée. Sur la carte, les différentes régions dupliquées sont
codées par la même couleur.
Différents types de polymorphismes ont été caractérisés, parmi
lesquels les plus importants à retenir dans le contexte actuel sont :
● Les SNPs (Single Nucleotide Polymorphisms):
Il s’agit de polymorphismes de substitution au niveau d’un
nucléotide (variation de séquence ponctuelle).
Les SNPs sont très nombreux (>107 par génome humain) et
répartis dans tout le génome (environ 1 SNP tous les 300 pb).
● Les polymorphismes de répétition:
Il s’agit de séquences répétées en tandem de nombreuses fois, à partir
de motifs de longueur variable (de quelques, à plusieurs centaines de
paires de bases définissant en fonction de la taille :
Les microsatellites :quelques nucléotides de long (par ex. le dinucléotide CA)
Les minisatellites qui ont de 10 à 30 nucléotides de long.
Satellites
Mégasatellites qui ont des tailles > 30 nucléotides
Les Micro et minisatellites sont le plus souvent présents en plusieurs
copies dans le génome, où ils sont insérés entre des séquences
uniques (le nombre de répétition de ces séquences est très variable
en fonction des individus (de 10 à 60 répétitions pour les micro et de
10 à 300 pour le mini)). Ils sont simples à révéler (par PCR pour les
microsatellites et par PCR ou Southern Blot pour les minisatellites).
Leur extraordinaire variabilité en fait d'excellents outils pour la
cartographie, les recherches judiciaires ou de paternité. Dans
certains cas cependant, ils sont trop variables et changent entre les
parents et les descendants ou même entre les cellules d'un même
individu. L'amplification du nombre de ces motifs est à l'origine de
certaines maladies chez l'homme.
●Les CNVs (Copy Number Variations)
Il s’agit de variation du nombre d’exemplaires contigus de grands
segments génomiques (perte ou gain de fragments de quelques kb à
plusieurs Mb). A ce jour, des CNVs ont été identifiés dans environ 15%
du génome humain, avec plus de 65000 CNVs différents rapportés à
ce jour.
II- PRINCIPAUX TYPES DE MICROLÉSIONS
DU GENOME
I- La substitution
Substitution = remplacement d’une paire de bases de l’ADN
par un autre paire de bases de l’ADN
I-1- Les changements moléculaires au
niveau de l’ADN
2 types
Transition Transversion
Purines : A G Transition :
Transversion :
Pyrimidines : T C
La transition = le remplacement d’une base purine par une base
purine ou d’une base pyrimidine par une base pyrimidine.
La transversion = le remplacement d’une base purine par une base
pyrimidine ou le remplacement d’une base pyrimidine par une base
pyrimidine
Remarque : pour chaque nucléotide il ya 1 possibilité de transition et 2
possibilités de transversion
Exemple
Site de la mutation
GAT Transition GGT
CTA
CCA
Transversion GCT
CGA
Transversion GTT
CAA
I-2- Mécanismes moléculaires à l’origine
des substitutions
I-2-1- Les erreurs de la réplication - Les
mésappariements
C’est quand une base qui ne satisfait pas à la règle de
complémentarité des bases est incorporée dans le brin d’ADN en
formation au cours de la réplication
Fidélité de la réplication de l’ADN
molécules filles
T – G – C – T – A brin parental
A – C – G – A - T brin néosynthétisé
Molécule mère
T–G–C–T–A
A– C – G –A–T
T – G – C – T – A brin néosynthétisé
A – C – G – A – T brin parental
Bien que les principales ADN polymérase qui interviennent dans la
réplication possèdent une activité de correction des épreuves,
certains mésappariements échappent à cette correction.
Des bases se trouvent donc incorrectement insérer dans le brin
d’ADN en formation conduisant à une mutation (substitution)
Exemple de mutation due à un
mésappariement
T-G-C-T-A-T-G-A Type
sauvage
A-C-G-A-T-A-C-T
T-G-C-T-A-T-G-A
A-C-G-A-C-A-C-T Type
T-G-C-T-G-T-G-A mutant
A-C-G-A-C-A-C-T
T-G-C-T-A-T-G-A erreur
A-C-G-A-T-A-C-T Type sauvage
T-G-C-T-A-T-G-A
A-C-G-A-T-A-C-T
Type sauvage
Première réplication Deuxième réplication
I-2-2- Les modifications chimiques des bases nucléiques
4 situations qui peuvent se produire spontanément ou sous l’action d’agents
mutagènes :
a- La tautomérisation
b- Les désaminations
c- Les alkylations
d- La dépurination
a- La tautomérisation
Toutes les bases qui composent la
molécule d’ADN peuvent se
présenter sous divers formes =
formes tautomères :
- La forme cétone qui est la forme
habituelle de l’ADN
- La forme imino (rare)
-La forme énol (rare)
La tautomérisation est le passage
d’une forme à une autre forme
La mutation par tautomérisation a pour
origine le fait que les forme imino et
énol n’établissent pas les mêmes
associations préférentielles que les
formes cétones (la règle de
complémentarité des bases n’est pas
respectée).
Ainsi la forme imino de la cytosine
s’apparie avec l’adénine et la forme
énol de la thymine s’apparie avec la
guanine. De même l’adénine sous
forme imino s’apparie avec la cytosine
et la guanine sous forme énol s’apparie
avec la thymine.
Ces mauvais appariements s’ils ne
sont pas corrigées mènent à des
mutations.
I-3- Conséquences de la substitution sur
la fonction d’un gène
Dépend de la localisation de la mutation :
-Promoteur (régions de régulation): suppression plus ou
moins complète de l’expression du gène
- Région codante
- Site d’épissage (mutation dans l’intron ou dans l’exon mais
qui se répercute sur l’épissage)
Site donneur Site accepteur
gène
transcription
Transcrit primaire
épissage
ARNm mature
traduction
Protéine
I-3-1- conséquences des substitutions dans la
région codante
TCT TCC
Mutation muette ADN
AGA AGG
ou silencieuse
ARN UCU UCC
sérine sérine
Le changement de la séquence nucléotidique n’entraine pas de changement
de la séquence peptidique, l’acide aminé codé reste le même.
Mutation faux sens (2)
AAA AGA
Mutation FS ADN TTT TCT
neutre
ARN AAA AGA
Lysine (basique) Arginine (basique)
Un acide aminé est remplacé par un autre acide aminé différent mais
fonctionnellement équivalent; la fonction de la protéine n’est pas altérée.
TTT TCT
Mutation FS non ADN
AAA AGA
neutre
ARN UUU UCU
phénylalanine serine
Un acide aminé est remplacé par un autre acide aminé différent, l’effet est
apparent et la fonction de la protéine peut être altérée.
GCC TCA CAA G GCC TGA CAA G
ADN
Mutation non sens CGG AGT GTT C CGG ACT GTT C
ARN GCC UCA CAA G GCC UGA CAA G
ala ser gln ala Codon stop
Arrêt de la synthèse
La mutation conduit à un codon stop, la synthèse protéique est arrêtée. La
protéine ne se forme pas et sa fonction n’est pas assurée.
I-3-2- conséquences des substitutions sur
l’épissage
A- Mutations dans les séquences introniques au niveau des sites donneurs ou
accepteurs
1- Rétention d’intron
2- Activation d’un site cryptique (site donneur ou accepteur alternatif
normalement inactif)
3- Saut d’exon
B- Mutations dans les séquences introniques en dehors des sites donneurs ou
accepteurs
C- Mutations dans les sites exoniques qui altèrent l’épissage
Résultat : modification du transcrit mature protéine absente ou non
fonctionnelle
A- Mutations dans les séquences introniques au
niveau des sites donneurs ou accepteurs
Rétention d’intron
Intron 1 excisé
Exon 1 Exon 2
Séquence normale :
épissage normal
Substitution au niveau du
site accepteur : Pas
d’épissage (intron 1 Intron 1 non excisé
retenu)
La mutation au niveau du site accepteur (AG AT) rend ce site non fonctionnel
est l’épissage ne se fait pas, l’intron est retenu au niveau de l’ARNm mature.
Remarque : on peut observer la même chose si la mutation a lieu au niveau du
site donneur
Activation d’un
site cryptique Intron 1 excisé
Exon 1 Exon 2
Séquence normale :
épissage normal
Mutation au niveau du 1
site accepteur (AG
AT) : 1- exon 2 plus
long; 2- exon 2 plus
court 2
Mutation au niveau du T 1
site donneur (GT GA)
: 1- exon 1 plus court ;
2- exon 1 plus long
2
La mutation au niveau du site donneur ou du site accepteur rend ce site non
fonctionnel. Un autre site dit cryptique prend le relais pour un épissage
anormal. Ce qui aboutit à un exon plus long ou plus court que la normale.
Saut d’exon
Int.1 excisé Int.2 excisé
Séquence normale :
épissage normal
Mutation au niveau du site
donneur de l’intron 2 (GT 1
AT)
Mutation au niveau du site
accepteur de l’intron 1 (AG 2
AC)
La mutation au niveau du site donneur ou du site accepteur les rend
inactifs.
Pour l’exemple 1 : le site donneur devient celui de l’intron 1 et le site
accepteur est celui de l’intron 2. L’exon 2 est excisé, il est perdu.
Pour l’exemple 2 : le site donneur est celui de l’intron 1 et le site accepteur
devient celui de l’intron 2. L’exon 2 est excisé, il est perdu.
B- Mutations dans les séquences introniques en
dehors des sites donneurs ou accepteurs
Site de la mutation
Séquence normale :
épissage normal
Mutation dans l’intron 1 : C
G et création d’un nouveau
site accepteur AG
épissage anormal :
exon 2 plus long
La mutation dans l’intron 1 a créé un nouveau site accepteur qui entre
en compétition avec le site accepteur normal; la partie excisée est plus
courte et l’exon 2 est plus long.
C- Mutations dans les séquences exoniques qui
altèrent l’épissage
Séquence normale :
épissage normal
Mutation au niveau exon 16 : C T et création d’un nouveau site
donneur GT
épissage anormal :
exon 16 plus court
La mutation dans l’exon 16 a créé un nouveau site donneur (GT) qui entre en
compétition avec le site donneur normal; la partie excisée est plus longue et
l’exon 16 est plus court.
Remarque : on observe un décalage du cadre de lecture (voir plus loin) car le
nombre de nucléotides perdue n’est pas multiple de 3.
I-4- Exemple de maladie génétique liée à une substitution chez
l’homme
• Drépanocytose ou anémie falciforme
due à une mutation qui concerne la
chaine β de l’hémoglobine. C’est une
maladie héréditaire à transmission
autosomique récessive, qui dans la
majorité des cas, entraine la mort
avant l’âge adulte.
• 2 formes alléliques : A (allèle normal)
et S (allèle muté) avec A > S (l’anémie
apparait à l’état homozygote SS)
• Mutation (allèle S) = changement d’un
acide aminé de la chaine β de
l’hémoglobine qui a pour effet une
modification de la structure et de la
solubilité de l’hémoglobine. Les
hématies qui contiennent cette
hémoglobine anormale prennent la
forme de faucille et ne fixe pas bien
l’oxygène
Drépanocytose ou anémie falciforme
II- L’insertion et la délétion
(1 ou quelques nucléotides)
L’insertion = Addition d’une paire ou plus de nucléotides dans la
molécule d’ADN
La délétion = Perte d’une paire ou plus de nucléotides dans la molécule
d’ADN
II-1- Les changements moléculaires au niveau
de l’ADN
• Les insertions et les délétions d’un nombre de bases non multiple
de 3 entrainent un déplacement du cadre de lecture et tous les
codons qui se trouvent après la mutation changent. Ce type de
mutation est appelé mutation par décalage du cadre de lecture
ou mutation Frame-shift.
• Une variation d’un nombre de bases multiple de 3 maintient le
cadre de lecture, mais entraine la perte ou l’addition d’acides
aminés.
Remarque :
Le décalage du cadre de lecture peut s’observer dans le cas des
substitutions qui affectent l’épissage et qui conduit à des exons plus longs
ou plus courts.
II-2- Mécanismes à l’origine des
insertions / délétions
Le dérapage réplicatif
Le dérapage réplicatif c’est le glissement pendant la réplication d’une
séquence répétée sur l’autre formant une boucle.
Séquence répétée d’une base
réalignement
Réplication suivante
le brin néosynthétisé devient brin le brin néosynthétisé devient brin
matrice et donne naissance à un matrice et donne naissance à un
brin portant une délétion brin portant une insertion
Séquence répétée de 3 bases
(CAG)6
réalignement I
Insertion CAG : (CAG)7
Délétion CAG : (CAG)5
La correction d’un tel dérapage se fait par un réalignement de la boucle
avant que la synthèse continue.
En absence de correction il y a délétion ou insertion :
- Si le brin matrice dérape et forme une boucle avec la séquence
répétitive il entraine une délétion.
- Si le brin complémentaire dérape et forme une boucle avec la
séquence répétitive il entraine une insertion.
II-3- Exemple de maladie génétique liée à une
insertion chez l’homme
Maladie de Tay-Sachs
Maladie héréditaire du métabolisme responsable d’une détérioration mentale et
neurologique progressive entrainant le décès dans la petite enfance.
Maladie à transmission autosomique récessive due à une mutation par insertion
de 4 nucléotides au niveau d’un gène situé sur le chromosome 5.
II-4- Exemple de maladie génétique liée à une délétion
chez l’homme
La mucoviscidose
Ou Fibrose kystique = Maladie héréditaire qui touche les organes respiratoires.
Maladie à transmission autosomique récessive, liée à une délétion de 3
nucléotides au niveau du gène CF (Cystic fibrosis) situé sur le chromosome 7.
III- L’insertion et la délétion
(10aines à 100aines de nucléotides)
Les microlésions de type insertion et/ou délétion de nucléotides
peuvent concerner dans certains cas un grand nombre de
nucléotides, de quelques dizaines à quelques centaines.
Ces évènements mutationnels peuvent impliquer des fragments,
voire la totalité, d’un ou de plusieurs exons et/ou introns. Le
mécanisme mutationnel est alors différent par rapport aux
insertions et/ou délétions de un à quelques nucléotides, et fait suite
à des réparations incomplètes de lésions de l’ADN, ou à des
anomalies de recombinaison ou de réplication.
IV- Les mutations instables
ou dynamiques
VI-1- Définition
Les mutations qu’on a vues jusqu’à présent sont des mutations qui une fois
apparues restent fixes et statiques et transmises inchangées au cours des
générations.
En revanche, les mutations dites dynamiques ou instables sont des mutations qui
varient au cours de la transmission à la génération suivante.
Ce sont des mutations liées à une expansion anormale de triplets de nucléotides.
Ces mutations sont à l’origine de nombreuses maladies héréditaires en particulier
neurodégénératives et neuromusculaires comme la chorée de Huntington, la
myopathie de steiner, le X fragile…
Dans certains gènes humains il existe des répétitions normales de motifs de
séquences d’ADN de 3 nucléotides.
Par exemple : (CGG)7-50 dans le gène FMR-1
(CAG)11-34 dans le gène de la chorée de Huntington….
Ces répétitions peuvent se trouver dans des séquences codantes ou dans les
régions non codantes du gène impliqué (intron ou régions 5’ ou 3’ non codante).
Ces répétitions sont instables car elle peuvent être amplifiées durant la
transmission des parents à leurs descendants. Cette amplification est dite
expansion de triplets.
Mode de transmission souvent complexe
En réalité, il existe un seuil :
Au dessous de ce seuil : la transmission de la répétition est stable au cours des
générations
Au dessus de ce seuil : il y a instabilité avec expansion de triplet lors de la
transmission à la descendance avec 2 situations :
- prémutation : expansion modérée, c’est une amplification insuffisante
pour conduire à une pathologie (phénotype habituellement normal, mais des
exceptions existent selon les pathologies)
- mutation complète : forte expansion conduisant à un phénotype
anormal.
Ce seuil diffère selon le type de protéine :
III-2- Mécanismes à l’origine des expansions de triplets
Les mécanismes proposés: le dérapage réplicatif et les crossing
over inégaux
Ceci survient surtout au cours de la réplication préméiotique (instabilité
méiotique), donc lors de la transmission a la descendance. Une instabilité
mitotique peut exister aussi.
III-3- Exemple : le syndrome de l’X fragile
Gène : FMR1 (fragil mental retardation 1)
• 17 exons
•Répétition (CGG)n dans exon 1 non codant
•Le transcrit principal code pour la protéine FMRP
III- Conséquences des microlésions
III-1- Conséquences des microlésions en
fonction de leur localisation et de leur type
La majorité des microlésions délétères est localisée en séquence
codante, avec un effet direct sur la séquence en acides-aminés de la
protéine correspondante. Plus rarement, des microlésions en région
codante ou non-codante peuvent avoir un effet délétère sur la régulation
de l’expression d’une protéine. Il peut s’agir par exemple d’effets
délétères sur la régulation de la transcription (mutations du promoteur,
d’Enhancers, de Silencers,…), de la maturation de l’ARN messager (et
surtout l’épissage) ou de la stabilité de l’ARN messager.
Les conséquences délétères des microlésions sont classées en
deux grandes catégories :
a- Perte de fonction :
Effet délétère du à la diminution ou l’abolition de production de la protéine active, sur le plan
quantitatif (niveau de synthèse de la protéine) et/ou qualitatif (fonctionnalité de la protéine).
la cause majoritaire des maladies récessives :
Lorsqu’une seule des deux copies d’un gène est mutée chez un individu, la synthèse d’une
protéine normale par l’allèle non muté suffit habituellement pour maintenir la fonction cellulaire
correspondante. Par contre, l’effet délétère se manifeste lorsque les deux copies du gène
sont mutées.
Dans certains cas, la perte de fonction peut toutefois conduire à un effet délétère dominant. :
La présence d’une seule copie mutée du gène, à l’état hétérozygote, est alors suffisante pour
franchir le seuil. Cette situation est appelée « haploinsuffisance », l’autre copie du gène
n’étant pas suffisante pour compenser le déficit.
La perte de fonction peut résulter d’un effet délétère au niveau de l’ARN messager : par effet
sur la régulation de la transcription, par altération de la maturation de l’ARNm (notamment
l’épissage), par altération de la stabilité de l’ARNm entraînant sa destruction.
La perte de fonction peut également résulter d’un effet délétère au niveau de la protéine, qui
peut être produite, mais instable et dégradée ; ou encore produite mais non fonctionnelle.
b- Gain de fonction :
Le « gain de fonction » est un effet délétère du à l’acquisition
d’une nouvelle fonction qui est délétère pour la cellule. Il s’agit de
la cause majoritaire des maladies dominantes.
Le gain de fonction résulte habituellement d’un effet délétère au
niveau de la protéine. Il peut s’agir tout d’abord d’un effet appelé
« dominant négatif » : le produit protéique de l’allèle muté
antagonise le produit de l’allèle normal (en particulier lorsque le
produit du gène agit sous la forme de dimère ou polymère). Une
autre possibilité est un effet « toxique », lorsque la mutation
conduit à l’acquisition d’une nouvelle fonction cellulaire délétère,
ou suite à un excès de fonctionnement.
L’effet délétère peut aussi se situer au niveau de l’ARN
messager, entraînant par exemple la séquestration d’ARNm
mutés, ou la séquestration de protéines par des ARNm mutés
III-3- Les conséquences des lésions de l’ADN
en fonction de l’agent mutagènes
Les lésions sont soit endogènes, provoquées d’une manière
spontanées à cause des facteurs internes soit exogènes
provoquées par des agents pathogènes (ou mutagènes) qui peuvent
être physiques ou chimiques.
a) Lésions endogènes sans agents exogènes
Ces lésions ne sont pas soumises à des agents exogènes et
sont ponctuelles. On observe :
•Des mauvaises incorporations de bases : association de
l’adénine avec la cytosine et de la thymine avec la guanine…
•Des dépurinations et dépyrimidations qui correspondent à
des pertes de bases par hydrolyse de la liaison β-N-
glycosidique. Ces pertes sont spontanées à pH acide par
rupture de la liaison N-glycosidique. Suite à ces pertes
d’informations la polymérase ne sait pas quelle base
incorporer, il y a ainsi formation d’un site AP (site
apurinique/apyrimidique)
•Des désaminations qui correspondent à des pertes de
groupement amine sur les bases C, A et G. Les désaminations
sont dues à des excès de chaleur. L’adénine est transformée
en hypoxanthine, la guanine en xanthine et la 5-
méthylcytosine en thymine.
•Des erreurs de méthylations donnent des alkylations sur le
carbone C6 au lieu du carbone C5 entraînant des absences de
formation de liaisons H entre bases.
b) Lésions provoquées par des agents mutagènes
b1) Les lésions dues à des mutagènes physiques :
•Ionisation de bases et coupures simple ou double brin
de l’ADN par rupture du D-ribose dus aux rayonnements
ionisants : rayons X et rayons γ.
•Désamination, en effet les excès de chaleur peuvent
également avoir une origine exogène.
•Formation de dimères de Thymine (TpT) qui
correspondent à la formation de liaisons covalentes entre
deux Thymines. Ces dimères de Thymine créent des
distorsions de l’hélice d’ADN et peuvent être fixés par
action de l’UV (UV, aux longueurs d’onde proches du max
d’absorption de l’ADN (260-280nm )).
b2) Les lésions dues à des mutagènes chimiques :
•Formation de lésions oxydatives par des ERO (espèces
réactives oxygénées) qui peuvent être exogène ou endogène.
Elles correspondent à des oxydations de bases provoquées
par des agents super-oxyde (°O2-, H2O2 et °OH).
•Addition de molécules exogènes qui créent également des
distorsions de l’ADN. On compte
•les agents alkylants directs ou après métabolisation par le
cytP450 comme l’acétyl amino fluorène, le benzopyrène ou
l’aflatoxine B1.
•Pontages entre brins par la mitomycine, le cis-platine ou le
psoralène.
•Agents intercalants comme la proflavine (3,6-
ACRIDINEDIAMINE) qui cause des décalages du cadre de
lecture…
Agent de lésion Nature du défaut
acétylaminofluorène Addition sur C8 et N2 de la guanine
DNA glycosylase Perte de base (site abasique)
époxyde de benzopyrène Addition sur N2 guanine et intercalation
cis platine Addition sur N7 guanine et pontages entre brins
nitroso urée et nitroso guanidine Méthylation des bases sur divers O et N
mitomycine Addition sur N7 guanine et pontages entre brins
Psoralène (activé) Intercalation et pontages entre thymines (C5-C6)
UV Dimère de pyrimidine
Chapitre II : SYSYEMES DE REPARATION
DE L’ADN
I - Réversion directe de l’altération
II - Excision Réparation simple brin
1- Réparation des mésappariements MMR
2- Réparation par excision de bases BER
3- Réparation par excision de nucléotides NER
III-Réparation des double- brins
1- La réparation par jonction des extrémités non-
homologues (JENH)
2- La réparation par recombinaison homologue
(RH).
I- Réparation par réversions des lésions
Ce type de réparation utilise très peu de protéines et restore
immédiatement les liaisons.
•Photo-réactivation : les photolyases sont des enzymes activées par
l’énergie lumineuse et qui participent à la réparation de l’ADN par
coupure des liaisons covalentes au niveau des dimères de thymine.
- Dimères de pyrimidine : Action de la photolyase
- Réversion de dépurination par une purine insertase : restore la
liaison osidique, enzyme spécifique d’une base.
-Méthylation des guanines : action d’une enzyme spécifique
- Réversion de coupure simple brin : par une ADN
ligase lorsqu’il n’y a pas de pertes de bases.
II- Excision / Réparation simple brin
Principe : ADN double brin – les 2 brins contiennent la même information
1 seul brin endommagé excisé remplacé en utilisant le brin
intact comme matrice
-Réparation des mésappariements MMR
-Réparation par excision de bases BER
-Réparation par excision de nucléotides NER
II-1- Réparation de mésappariements (système MMR)
Ce mécanisme est présent chez les procaryotes et les eucaryotes et est post-réplicatif.
Il permet la réparation des erreurs d’appariement entre les chaînes d’ADN après la
réplication ainsi que les petites délétions ou additions.
Le mécanisme Mut HLS nécessite la reconnaissance du brin néosynthétisé de l’ADN
grâce aux méthylations des adénines du brin anciennement synthétisé de l’ADN, ceci
permettant la distinction entre les deux brins.
Une endonucléase rompt ensuite le brin néosynthétisé et la partie portant la lésion est
éliminée.
CHEZ E - COLI
- Mut S reconnaît le mésappariement
- Fixation de Mut L qui stabilise
- Mut H repère un site méthylé
proche de la mutation
- Excision puis réparation
Réparation des mésappariements par le
système Mut HLS
E. coli S. cerevisiae Human Functions of eukaryotic proteins
MutS MSH1 ? DNA repair in mitochondria
Single mismatch and small loop repair (with MSH6 to
" MSH2 MSH2 form MutSalpha); loop repair (with MSH3 to form
MutSbeta)
" MSH3 MSH3 Loop repair (with MSH2 to form MutSbeta)
" MSH4 MSH4 Meiosis (with MLH1)
" MSH5 MSH5 Meiosis (with MLH1)
Single mismatch and small loop repair (with MSH2 to
" MSH6 MSH6
form MutSalpha)
MutL MLH1 MLH1 Mismatch repair
" PMS1 PMS2 Mismatch repair (with MLH1 to form MutLalpha)
Not involved in mismatch repair (yeast); evidence
" MLH2 PMS1 ambiguous (humans). Interacts with MLH1 to form
MutLbeta.
" MLH3 MLH3 Probably involved in loop repair (with MLH1)
MutH ? ? ?
uvrD ? ? ?
Exonuclease
? Exonuclease 1 Mismatch repair (5' to 3' polarity)
1
DNase IV
? RAD27 Mismatch repair (Flap endonuclease)
FEN-1
les équivalents des gènes MUT chez S cervisiae et chez l’Homme
II-2- Réparation par excision de base (système BER)
II-3- Réparation par excision de nucléotides
(système NER) :
Les étapes du processus.
On distingue cinq étapes :
* Repérage de la lésion,
* Coupure du brin d’ADN
lésé de part et d’autre de
la lésion à quelque
distance de celle-ci,
* Excision du fragment
erroné,
* Synthèse d’ADN correct
en utilisant le brin
complémentaire comme
matrice,
* Ligation
EXCISION DE NUCLEOTIDES
Les protéines impliquées chez [Link] : le système uvrABC
Trois gènes ont d’abord été identifiés : uvrA, uvrB et uvrC puis plus
tard deux autres uvrD et polA.
Propriétés des enzymes
uvrA : gène situé sur le chromosome à 92mn, Code un polypeptide, UvrA,
de 109kD qui possède une fonction d’ATPase, dimérise en présence d’ATP et
est affin de l’ADN . ll a une forte affinité pour les sites endommagés.
uvrB : situé à 17mn, monocistronique. Polypeptide de 76kD, affin de l’ADN.
La protéine UvrB forme avec le dimère UvrA un complexe en présence
d’ATP qui se stabilise sur la lésion.
La fixation du complexe UvrAB déroule la double hélice et provoque une
courbure de l’ADN visible au microscope électronique. Ensuite les deux
molécules d’UvrA sont dissociées du complexe et remplacées par UvrC.
uvrC : gène situé à 42mn. Protéine de 68kD, ayant une forte
affinité pour le complexe UvrB/ADN.
Le complexe UvrBC coupe le simple brin de part et d’autre de la
lésion à environ une douzaine de nucléotides de distance.
uvrD : situé à 84mn. Polypeptide de 75kD avec activité ATPase
ADN dépendante et hélicase (hélicaseII).
Etapes de la réparation (voir figures)
Après reconnaissance de la lésion et excision de l’oligonucléotide il y a
polymérisation par PolI à partir de l’extrémité 3’ en prenant l’autre brin
comme matrice, puis la ligase scelle le dernier lien phosphodiester.
Mécanismes de réparation eucaryote
Les mécanismes de réparation ont été hautement
conservés au cours de l’évolution : le mécanisme de
réparation eucaryote a des analogies avec E-Coli. Chez
l’Homme on identifie des gènes impliqués dans
différents types de la réparation : réversion directe du
dommage, le système BER, le système NER, la
réparation des mésappariements, la réparation par
recombinaison.
Chez la levure S. cerevisiae (le groupe RAD3).
Chez la levure plus de 30 locus ont été identifiés qui confèrent une
sensibilité aux UV ou radiations lorsqu’ils sont mutés, raison pour laquelle
on les a nommés gènes RAD.
Rad1-Rad10 : forment un complexe stable ayant une activité endonucléase
sur un brin. Joueraient le rôle d’UvrC ; cependant aucune homologie de
séquence n’est repérable.
Rad2 : activité endonucléasique sur un simple brin.
Rad3 : hélicase, déroule l’ADN double brin. Elle fait partie avec Ssl1 du
complexe de transcription normale de l’ARNpolII.
Rad14 : très affine de l’ADN lésé. Pourrait avec Rad3 repérer les lésions qui
déforment l’ADN. Rôle équivalent à UvrA .
En résumé on remarque une forte ressemblance dans le mécanisme
d’excision de nucléotide entre coli et la levure bien que les séquences des
protéines impliquées ne se ressemblent pas du tout.
Analogies de fonction entre les gènes de réparation de la levure (S. cerevisiae) et de l’homme
Gène de S. cerevisiae Gène humain Fonction
RAD1 XPF Endonucléase (RAD1/RAD10)
RAD2 XPG Endonucléase
RAD3 XPD ATPase ADN dépendante, hélicase, Complexe ARNpolII
RAD4 XPC
RAD7 Accessibilité de la chromatine
RAD10 Endonucléase (RAD1/RAD10)
RAD14 XPA Affine ADN lésé
SSL1 p44 Complexe ARNpolII
SSL2/RAD25 XPB Hélicase, complexe ARNpolII
TFB1 p62 complexe ARNpolII
TFB2 complexe ARNpolII
TFB3 complexe ARNpolII
RAD16 Accessibilité de la chromatine
RAD23 Accessibilité de la chromatine
RAD26 CSB
CDC8 thymidilate kinase
CDC9 ligase
Les maladies héréditaires causées par un défaut dans le processus
d’excision de nucléotides chez l’humain.
Xeroderma pigmentosum (XP) : Forte sensibilité aux UV. Maladie
récessive.
Exemple : trois allèles de XPA ont été identifiés chez des malades
japonais : une mutation dans un intron qui détruit un site d’épissage
et diminue la quantité de transcrit utile,
une mutation non sens au codon 228 qui supprime 45 acides
aminés , mutation non sens au codon 116 qui supprime 157 [Link].
sur 273 totaux.
La sévérité du phénotype va croissant pour ces trois allèles.
Autres maladies génétiques ;
La trichothiodystrophie (TTD), maladie autosomale et récessive très rare qui se
caractérise entre autres, en culture de cellules, par une diminution de la capacité à
réparer les photoproduits et dans certains cas par une absence de complémentation
avec XPD.
Le syndrome de Cockayne (CS) et l’anémie de Fanconi , se caractérisent par une
hypersensibilité à certains agents chimiques.
L’ataxie télangiectasie se caractérise en culture de cellules par une hypersensibilité aux
radiations ionisantes et le syndrome de Bloom par une diminution de l’activité
hélicase, de l'activité ligase et une augmentation des aberrations chromosomiques.
III- La réparation des lésions double brins
Les cassures double brin (CDB) sont des dommages à fort risque pour
la cellule, puisqu’elles peuvent entrainer la perte d’un fragment de
chromosome.
Deux mécanismes différents principaux peuvent
réparer ces cassures.
Le choix du mécanisme de réparation des cassures double brin (jonction
des extrémités non-homologues ou recombinaison homologue) est régulé à
ce niveau, par le contrôle de l’initiation de la résection. L’inhibition de la
résection favorise la jonction des extrémités non-homologues, alors qu’une
résection étendue permet la recombinaison homologue.
III-1- La réparation par jonction des extrémités non-
homologues (JENH) : la réparation par suture des
extrémités.
ligature directement les deux extrémités de la cassure
III-2- La réparation par recombinaison homologue
(RH).
molécules impliquées dans la réponse coordonnée aux cassures
double brin par la voie de la recombinaison homologue.
Chapitre 3 : LES ELEMENTS
TRANSPOSABLES
I - Définition
II – Classification des éléments mobiles
1- Les transposons à ADN
2- Les transposons à ARN
a- Rétro-transposons de classe I : les éléments à LTR
b- Rétro- transposons de classe II « sans LTR »,
III- Types de mutations causées par les transposons
I- DEFINITION
Les éléments mobiles, sont des fragments d’ADN qui sont insérés
dans le génome d’un organisme et qui ont la propriété remarquable
de se déplacer d’un point à un autre du génome, on dit «
de transposer», à l’intérieur de la même cellule.
Les ETs sont aussi, dans une moindre mesure, doués de mobilité
entre des génomes d’espèces différentes par transfert horizontal
(CAPY et al. 1994 ; BUSHMAN 2002).
• C’est Barbara Mc Clintock la pionnière: elle met
en évidence chez le maïs des phénomèmes
d’instabilité génétique qu’elle attribue à un
élément mobile Ds (pour dissociation ) et à son
compagnon l’élément Ac (pour activateur).
Pigmentation modifiée par
un élément transposable
Des transposons ont été mis en évidence chez toutes les espèces où
on les a cherché,
- les bactéries (séquences IS, transposons de la série Tn
- la levure (transposon Ty)
- les végétaux (Ac,Ds du maïs, série Tam chez la gueule-de-loup)
- les insectes (copia, éléments P chez la drosophile)
- les nématodes (Tc1), etc.
- les mammifères (rétroéléments, éléments LINE et SINE)
• Ils sont particulièrement abondants chez les eucaryotes,
chez lesquels ils peuvent constituer une part très
importante du génome :
•1,8 % chez C. elegans, 17% du génome de Arabidopsis
thaliana,
•18% du génome de Drosophila melanogaster
• 42% du génome de Homo sapiens
• plus de 50% du génome de Zea maïs
, Chez une espèce donnée il existe plusieurs
sortes de transposons différents. Par exemple,
chez la drosophile on connaît une centaine de
transposons différents.
II-Classification des éléments mobiles
Deux grands types de
transposons :
•
II-1- Les transposons à ADN
Les éléments à ADN sont les seuls éléments transposables connus chez
les bactéries ou les archées, où ils sont appelés Séquences d'insertion (SI
ou IS en anglais). Ils sont également nombreux chez les insectes mais se
retrouvent dans tous les organismes (20 % du génome du blé tendre ou du
riz sont formés de ces éléments).
• Certains sont autonomes (codent pour une enzyme,
la Transposase, permettant son propre transfert après
réplication)
• et d'autres sont non autonomes (transposent par
l'intermédiaire des transposases issues d‘autres éléments (Les
MITES « éléments transposables à répétitions inversées
miniatures », qui sont des courtes séquences d’environ 400
paires de bases bordées par des séquences inversées
répétées).
Transposons à ADN présentent un ou plusieurs gènes (coupure de
l’ADN hôte, insertion, excision du transposan) encadrées de RTI
(répétitions terminales inversées)
- transposent sur le mode du « couper-coller » (ex : Tn10, Tn5, Mos1,
élément P) soit "copier-coller" (ex : IS911).
Les éléments transposables les plus simples s'appellent « Insertions
sequences » ou séquences d'insertion (SI). Une SI est un simple gène
qui code la transposase (enzyme effectuant la transposition);
ce gène est encadré par des séquences de nucléotides inversement
répétées (« inverse repeats sequences ») qui marquent les extrémités
de la SI et qui permettent à la transposase de les reconnaître comme
telles.
Signature de la transposition
ATGCA Élément IS
TACGT
Coupure à bouts collants
ATGCA
TACGT Transposon
insertion
IR = Répétitions terminales inversées
ATGCA
TACGT
ATGCA ATGCA
TACGT TACGT
Création de répétitions directes de l’ADN cible
par synthèse de séquences manquantes
Une petite fraction d’ADN cible est dupliquée et l’IS est insérée entre
deux copies de portants le nom « direct repeats »
• Plus de 500 IS ont été identifiées dans 73 genres incluant 159
espèces d’eubactéries et d’archaebactéries [6]. Elles ont été
détectées sur tous les chromosomes procaryotes partiellement ou
complètement séquencés et sur de nombreux plasmides et
bactériophages.
• les IS qui appartenaient à la classe I ont récemment été cataloguées
en 17 familles
Exemples de séquences d’insertion IS :
Sequence cible
Séquence IS Occurence longueur bp
bp
Chromosome d’E. coli (5 à 8 copies)
IS1 deSalmonella (40 copies), nbx 768 9
plasmides, phage P1, Tn951
Chr d’[Link] (5 copies),
IS2 1327 5
nbx plasmides
IS50 constituant de Tn5 1534 9
IS101 plasmide pSC101 de E. coli 1209 5
Transposons composites (Tn)
• Deux IS suffisamment proches l’une de l’autre peuvent agir de
concert et mobiliser le segment d’ADN qu’elles encadrent. Ces
structures sont appelées transposons composites (Tn). .
• Le segment d’ADN encadré par les IS n’intervient pas dans la
transposition et peut coder pour n’importe quelle fonction. Le plus
souvent, il s’agit de gènes de résistance aux antibiotiques
(kanamycine chez Tn5, tétracycline chez Tn10 ou chloramphénicol
chez Tn9), ou de gènes cataboliques comme chez Tn3411
(catabolisme du citrate) ou Tn5280 (catabolisme du
trichlorobenzène).
• Notons aussi, qu’un même couple d’IS peut border des segments
d’ADN d’origine différente, formant différents transposons
composites. C’est le cas de IS1071 qui se retrouve sur diffé rents
transposons cataboliques ou de IS1 dont deux copies flanquent un
gène de résistance au chloramphénicol dans Tn9 et celui d’une
entérotoxine dans Tn1681.
Historique:
A partir des années 50 on découvre chez certaines bactéries pathogènes des
résistances, parfois multiples, à des antibiotiques, portées par des éléments
génétiques capables de réplication et de transfert d’une bactérie à une autre. On
les appelle facteurs R (pour résistance).
Ainsi, chez Pseudomonas il existe un plasmide, RP4, qui porte un gène (bla)
codant pour la b-lactamase, qui confère la résistance à l’ampicilline. On observe
que ce gène est capable de se transposer sur un autre plasmide non apparenté,
R64.
En 1972 Richmond et al. observent que le gène bla du plasmide peut s’intégrer
dans le chromosome de E. coli puis sur deux autres plasmides n’ayant aucune
homologie avec RP4. Ces auteurs nomment transposon ce nouveau type de gène
sauteur, et font le rapprochement avec les séquences d’insertion IS. Dans les
années suivantes les exemples se multiplient de transpositions affectant des
gènes de résistance aux antibiotiques chez un grand nombre de bactéries aussi
bien gram+ que gram-. On découvre aussi des transposons capables de conférer
la résistance aux sels de métaux lourds (Tn501) ou la capacité d’utiliser une
source de carbone (Tn951 lac).
Exemples de transposons de la série Tn :
Séquence cible
Transposon Marqueur* Origine longueur IR bp
bp
plasmide RP4 Pseudomonas
Tn1 ampicilline 5kb 38
aeroginosa
plasmide R1 de Salmonella
Tn3 ampicilline 4957bp 38 5
typhimurium
ampicilline,
plasmide R1 de Salmonella
Tn4 streptomycine, 20,5kb
typhimurium
sulfonamide
Tn5 kanamycine plasmide JR67 de Klebsiella 5,7kb 1450 (IS50) 9
Tn9 chloramphénicol plasmide pSM14 de Shigella 2638bp 23 (IS1) 9
Tn10 tétracyclines plasmide pR100 de Shigella 9,3kb 1400 (IS10) 9
Tn501 sels de mercure plasmide pVS1 Pseudomonas 5,2kb 38 5
p1258 de Staphylococcus aureus
Tn551 erythromycine 5,3kb 37/40 5
(gram+)
plasmide pGC1 de Yersinia
Tn951 opéron lac 16,6kb 41
enterolytica
gentamycine,
streptomycine
Tn1696 sulfamidés, plasmide R1033 de Pseudomonas 13,6kb
chloramphénicol, ions
mercuriques
Structure d’un plasmide multirésistant
II-2 - Les transposons à ARN
• Fonctionnent sur le principe du « copier-coller ».
• Ces éléments transposent via un intermédiaire ARN, obtenu
par une transcription classique de la séquence de l'élément
et rétro-transcrits avant leur réinsertion.
a- Rétro-transposons de classe I : les éléments à LTR
( Long Terminal Repeats), qui sont encadrées par de longues répétitions non
inversées (exemples: Ty, copia, IAP (intracisternal-A particle)). Ces éléments
codent la fabrication de différentes protéines dont
- une transcriptase inverse (participant à la réplication de l'ADN),
- une intégrase (permettant l'intégration du transposon répliqué à l'ADN du
chromosome) et
- une protéase (impliqué dans la maturation des protéines de l'élément).
Les éléments de classe I sont majoritaires chez de
nombreux végétaux (de 10 % chez Arabidopsis thaliana a 95 % du
génome de certaines Liliaceae et Triticeae), chez la levure et chez les
mammifères.
exemple : l’élément Ty de S. cerevisiae
Mise en évidence
•Mutation : adh2 constitutive. L'ADH2, qui code pour une alcool
déshydrogénase est normalement induite par l'éthanol, mais sa synthèse est
réprimée en présence de glucose. On a obtenu des mutants montrant une
insertion de l'élément Ty en amont du gène adh2 et en sens inverse par
rapport à la transcription de adh2. Ceci perturbe la régulation (par ex par
éloignement des séquences qui fixent le répresseur), et l'ARN d'adh2 est
exprimé constitutivement.
Il existe plusieurs familles apparentées de Ty. Ty1 est la plus fréquente
et se rencontre à 35 copies environ/génome haploïde.
Caractéristiques générales
Pas de LTRs. Côté 3' on trouve une portion finale riche en A ce qui suggère
que, comme pour les rétrotransposons de classe I (Ty de levure par exemple),
il y a eu intervention d'un ARNm.
Duplication de la séquence cible mais elle est de longueur variable pour un
même élément dans un génome.
Structure et expression
Comme les rétrovirus, Ty est borné en 5’ et en 3’ par une LTR. Les 2 LTR
sont semblables et placées en répétition directe. La LTR amont joue le rôle
de promoteur. La LTR aval, par son site de polyadénylation arrête la
transcription. La levure haploïde contient beaucoup de transcrits
spécifiques de Ty : environ 5 à 10% des ARNs polyadénylés.
Ty transpose par l'intermédiaire d'un ARN : un transcrit démarre dans la LTR
amont (U3) et se termine dans la LTR aval (U5) et code pour une protéine qui a
des fonctions de réverse transcriptase (RT), protéase et intégrase.
Mécanisme de réplication- transposition.
Une copie génomique de Ty1 est transcrite en ARNm, traduite en polyprotéines
gag et pol. L’ARNm est utilisé comme matrice par la RT pour sa réplication en
ADNc double brin. En effet c'est un double brin d'ADN qui s'intègre par
transposition.
Un tARN servira spécifiquement d'amorce pour la réverse transcription. Une
séquence de 10nt du tARNMet (position 67-76) est complémentaire d'une
région en aval de la région U5 de la LTR 5’. Le 3'OH du tARN est libre et sert
d'amorce pour la réverse transcriptase de Ty, qui synthétise l'ADNc U5-R.
b- Rétrotransposons de classe II « sans LTR », appelés LINES : longues
séquences disséminées « Long Interspersed elements », codent une protéine
unique permettant la séparation, la réplication et l'intégration du
transposon. Elles perdent au cours de leur transposition une partie de leur
extrémité 5’
(20 à 50 000 copies dans le génome des mammifères).
Il existe aussi des SINES : courtes séquences disséminées « Short
Interspersed elements » pseudogènes ne présentant pas de séquence
codante (séquence Alu 500 000 copies) qui ne possèdent pas la capacité à
"sauter dans le génome" d'eux-mêmes, et qui utilisent un autre matériel que
le leur (par exemple celui des LINEs) pour se multiplier et se déplacer.
III- Types de mutations causées par les transposons
Enfin ils sont la cause de nombreuses mutations : par exemple on
estime que chez la drosophile, 50% des mutations spontanées sont
dues à des transposons (Insertions, Inversions ou délétions, Délétions)
Exemples de mutations créées par des transposons:
• Chez la levure: insertion de Ty en amont du gène ADH2
(normalement induit par l’éthanol et réprimé par le glucose) rend la
synthèse de l’alcool déhydrogénase constitutive.
• Chez la drosophile: insertion de copia dans le 2ème intron du
gène white perturbe la transcription et provoque l’apparition d’yeux
orange au lieu de rouge brique (cf exercice TD);
• Chez la souris: l'insertion d'un rétroélément IAP (intracisternal-A
particle) dans un exon non codant, en 5' du gène Agouti dérégule
l'expression de la protéine ce qui conduit à des souris à poil jaune
(mutation dominante).
• Chez l'humain: insertion de LINE1 dans le gène codant pour
le facteur VIII (situé sur l’X), essentiel pour la coagulation du sang,
rend le fils hémophile alors que sa mère est homozygote sauvage
pour ce gène.