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Integration Report

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VERS LA RÉALISATION

DE LA ZONE DE
LIBRE-ÉCHANGE
CONTINENTALE

ÉTAT DE L’INTÉGRATION
RÉGIONALE EN AFRIQUE VIII

UNION AFRICAINE BANQUE AFRICAINE DE


DÉVELOPPEMENT
V E R S L A C R É AT I O N
D EBRINGING
L A Z O N ETHEDE
CONTINENTAL
LIBRE-ÉCHANGE FREE
TRADE
C O NAREA
T I N EABOUT
N TA L E

ASSESSING
ÉTAT REGIONAL
DE L’INTÉGRATION
AFRICA VIII
INTEGRATIONENINAFRIQUE
RÉGIONALE

UNION AFRICAINE African Union African


BANQUE AFRICAINE DE Development
DÉVELOPPEMENT Bank Group
Commandes
Pour commander des exemplaires du État de l’intégration régionale en Afrique: Vers la création de
la zone de libre-échange continentale, veuillez contacter :

Section des publications


Commission économique pour l’Afrique
Avenue Menelik II
B.P. 3001
Addis-Abeba (Éthiopie)

Tél. : +251-11- 544-9900


Télécopie : +251-11-551-4416
Adresse électronique : eca-info@[Link] 
Web : [Link] 

© 2017 Commission économique pour l’Afrique, Union africaine et Banque africaine de


développement
Addis-Abeba (Éthiopie)

Tous droits réservés


Premier tirage : octobre 2017

Numéro de vente.: [Link].K.4


ISBN: 978-92-1-225071-7
eISBN: 978-92-1-361560-7

La reproduction, en tout ou en partie, de la teneur de cette publication est autorisée. La Commission


demande qu’en pareil cas, il soit fait mention de la source et que lui soit transmis un exemplaire de
l’ouvrage où sera reproduit l’extrait cité.

Les appellations employées dans cette publication et la présentation des données qui y figurent
n’impliquent de la part de la Commission économique pour l’Afrique, de l’Union africaine, et de la
Banque africaine de développement, aucune prise de position quant au statut juridique des pays,
territoires, villes ou zones, ou de leurs autorités, ni quant au tracé de leurs frontières ou limites, ni
quant à leur système économique ou leur stade de développement. Les désignations « développé
», « industrialisé » et « en développement » n’ont qu’une fin statistique et ne constituent pas une
appréciation du stade de développement atteint par tel pays ou telle région.

Conception de la couverture, mise en page et infographies et impression : Groupe de la publication


et de l’impression de la CEA, Addis-Abeba, certifié ISO 14001:2004.

Imprimé sur du papier sans chlore


ii
Table des matières

Remerciements ix

Avant-propos xi

Structure du rapport, principaux messages et recommandations de politique générale 1

Chapitre 1 : Introduction 11

Chapitre 2 : L’État de l’intégration régionale en Afrique 15


Le contexte économique 15
Intégration globale 16
Autres domaines de coopération régionale : les mines, la santé publique, la paix et la sécurité 24
Intégration financière 26
Libre circulation des personnes et droit d’établissement 27
Intégration des infrastructures 28
Intégration du commerce 39
Références bibliographiques 51
Notes de fin de chapitre 54

Chapitre 3 : Questions conceptuelles relatives à l’économie politique de l’intégration et de la ZLEC 55


Une approche conceptuelle de l’économie politique de la ZLEC 55
L’Afrique face aux défis et aux possibilités de l’économie politique : l’État développementiste 64
Références bibliographiques 66
Notes de fin de chapitre 67

Chapitre 4 : Réexamen du bien-fondé de la Zone de libre-échange continentale 69


Justification théorique 69
Justification empirique 71
La ZLEC, les flux commerciaux et l’industrialisation de l’Afrique 72
Progrès réalisés dans les négociations et portée de la ZLEC 74
Références bibliographiques 77
Notes de fin de chapitre 78

Chapitre 5 : Approche doublement gagnante de la ZLEC : le partage des bienfaits 79


Répartition entre pays 79
Pertes de recettes tarifaires 83
Au sein des pays 87
Groupes vulnérables 88
Références bibliographiques 92
Notes de fin de chapitre 93

iii
Chapitre 6 : Une démarche doublement gagnante de la ZLEC: politiques critiques essentielles pour la ZLEC 95
Trouver la bonne formule en ce qui concerne les obstacles non tarifaires 95
Trouver la bonne formule en ce qui concerne les règles d’origine 96
Trouver la bonne formule en ce qui concerne l’investissement et la libre circulation transfrontalière des
personnes 98
Trouver la bonne formule en ce qui concerne la libéralisation et la réglementation des services 100
Trouver la bonne formule en ce qui concerne les recours commerciaux 103
Trouver la bonne formule dans le domaine du suivi et de l’évaluation 105
Au-delà de la libéralisation tarifaire à l’échelle continentale : le Plan d’action pour l’intensification
du commerce intra-africain 105
Gestion stratégique de la logistique : renforcer les investissements dans l’infrastructure physique 107
Références bibliographiques 109
Notes de fin de chapitre 110

Chapitre 7 : Financement de la ZLEC 111


Cadre pour l’évaluation du financement de la ZLEC 111
Financement de la ZLEC et du Plan d’action pour l’intensification du commerce intra-africain 113
Aide pour le commerce 118
Références bibliographiques 126
Notes de fin de chapitre 127

Chapitre 8 : Gouvernance de la ZLEC 129


L’architecture de la ZLEC dans le contexte de la restructuration de l’UA 129
Architecture institutionnelle prévue par le Traité d’Abuja 130
Les cinq principes directeurs de la structure institutionnelle de la ZLEC 131
Structure institutionnelle proposée pour la ZLEC 132
Rôle des CER dans la ZLEC 135
Dispositif de règlement des différends 137
Références bibliographiques 140
Notes de fin de chapitre 140

Chapitre 9 : La ZLEC dans un paysage commercial en mutation 141


Multiplication des accords mégarégionaux ou montée du protectionnisme ? 141
Nouvelles problématiques commerciales de l’OMC et de la ZLEC 144
Partenaires commerciaux traditionnels : Le Brexit et l’Union européenne 147
Les États-Unis et l’après-AGOA 149
Essor des économies de marché émergentes : Brésil, Chine, Inde et Turquie 151
Références bibliographiques 156
Notes de fin de chapitre 157

Chapitre 10 : La deuxième phase des négociations – concurrence, droits de propriété intellectuelle et


commerce électronique 159
Concurrence 159
Droits de propriété intellectuelle et innovation 162
Commerce électronique 167
Références bibliographiques 170
Notes de fin de chapitre 172

iv
Encadrés
Encadré 3.1 Leçons tirées de la zone de libre-échange des Amériques 57
Encadré 3.2 Enseignements tirés de la Zone de libre-échange tripartite (ZLET) 61
Encadré 4.1 Utiliser la ZLEC comme vecteur d’industrialisation 74
Encadré 5.1 Modélisation des pertes de recettes tarifaires grâce aux modèles d’équilibre partiel et
d’équilibre général calculable 85
Encadré 6.1 Que sont les recours commerciaux ? 95
Encadré 6.2 Surveiller et déclarer les obstacles non tarifaires au COMESA, à la CAE et à la SADC 96
Encadré 6.3 Que sont les recours commerciaux ? 103
Encadré 6.4 Récapitulatif des sept rubriques thématiques prioritaires du Plan d’action pour
l’intensification du commerce intra-africain 106
Encadré 8.1 Mise en place de la structure institutionnelle : l’expérience de la Communauté de l’Afrique
de l’Est 134
Encadré 8.2 Les zones de libre-échange des CER sont les pierres angulaires de la ZLEC. Elles préservent
les acquis. 136
Encadré 8.3 Approche de la COMESA pour la résolution des différends faisant l’objet d’une procédure
gracieuse 138
Encadré 9.1 Échelonner judicieusement les accords commerciaux 143
Encadré 9.2 Règles proposées pour le commerce électronique 145
Encadré 10.1 Innovation de Nollywood 165
Encadré 10.2 Nouveaux modèles d’activité de l’économie numérique 168

Figures
Figure 2.1 Déficit des balance courante de l’Afrique 16
Figure 2.2. Feuille de route vers une communauté économique africaine 17
Figure 2.3 Carte de l’Afrique et composition des CER 18
Figure 2.4 Degré d’ouverture du régime des visas au profit des autres pays africains 28
Figure 2.5 Qualité des chemins de fer et des ports, 2016 29
Figure 2.6 Qualité du transport aérien et de l’approvisionnement en électricité, 2016 30
Figure 2.7 Production d’énergie en Afrique, 2015 33
Figure 2.8 Réseaux des transports en Afrique, 2015 35
Figure 2.9 Construction prévue, en cours ou achevée de chemins de fer en Afrique de l’Est 36
Figure 2.10 Financements grâce à des partenariats public-privé, fin 2015 37
Figure 2.11 Part des importations intra-africaines des États membres de la CAE couverte par des
accords de libre-échange, 2015 40
Figure 2.12 Part des importations intra-africaines des États membres de la CEDEAO couverte par des
accords de libre-échange, 2015 40
Figure 2.13 Part des importations intra-africaines des États membres de la SADC couverte par des
accords de libre-échange, 2015 41
Figure 2.14 Part des importations intra-africaines des États membres du COMESA (qui ne sont pas
parties aux accords de libre-échange de la SADC ou de la CAE) couverte par des accords
de libre-échange, 2015 41
Figure 2.15 Part des importations intra-africaines d’autres pays africains couverte par des accords
de libre-échange, 2015 41
Figure 2.16 Croissance de la part des échanges intra-africains dans le PIB de l’Afrique, 1995-2015 43
Figure 2.17 Exportations intrarégionales à proportion du PIB de la région, par rapport au PIB, 2015
(milliards de dollars) 44
Figure 2.18 Exportations intérieures à la CER en proportion du PIB, 1996-2015 44
v
Figure 2.19 Temps et coût des opérations d’exportation pour les pays africains, 1er juin 2016 45
Figure 2.20 Temps et coût des opérations d’importation pour les pays africains, 1er juin 2016 46
Figure 2.21 Somme des échanges transfrontaliers formels et informels de maïs dans certains corridors
de commerce en Afrique orientale (tonnes 48
Figure 2.22 Somme des échanges transfrontaliers formels et informels de sorgho dans certains corridors
de commerce en Afrique orientale (tonnes) 49
Figure 2.23 Somme des échanges transfrontaliers formels et informels de riz dans certains corridors
de commerce en Afrique orientale (tonnes) 49
Figure 2.24 Somme des échanges transfrontaliers formels et informels de haricots secs dans certains
corridors de commerce en Afrique orientale (tonnes) 49
Figure 3.1 Les systèmes juridiques dans le monde 59
Figure 4.1 Les exportations de l’industrie extractive de l’Afrique et les cours mondiaux des produits
de base 73
Figure 4.2 Part des ressources extractives dans le commerce intra-africain 73
Figure 4.3 Cadre institutionnel des négociations de la ZLEC 75
Figure 5.1 Pertes de recettes tarifaires selon les différents scénarios de flexibilité 86
Figure 5.2 Chemins d’ajustement après la libéralisation du commerce 87
Figure 7.1 Flux de de ressources pour le financement du développement par membre du CAD/OCDE
et par institution financière internationale : part dans le RNB par habitant 118
Figure 7.2 Décaissements au titre de l’Aide pour le commerce, par région et par secteur (en milliards
de dollars, en prix constants de 2015) 119
Figure 7.3 Décaissements régionaux et sous-régionaux au titre de l’Aide pour le commerce,
par région et par secteur 120
Figure 7.4 Aide pour le commerce régionale à destination de l’Afrique, décaissements par secteur 120
Figure 8.1 Options envisageables pour les institutions de la ZLEC 130
Figure 8.2 Structure institutionnelle proposée pour la ZLEC 133
Figure 8.3 Structure proposée pour la résolution des différends dans le cadre de la ZLEC 138
Figure 9.1 États signataires d’accords commerciaux mégarégionaux 142
Figure 9.2 Exportations des pays remplissant les conditions de l’AGOA vers les États-Unis, par
catégorie 149
Figure 9.3 Classement des partenaires d’exportation de l’Afrique par valeur 151
Figure 9.4 Classement des partenaires d’importation de l’Afrique par valeur 152
Figure 9.5 Évolution des exportations et importations africaines 153
Figure 9.6 Exportations de produits industriels miniers africains et cours mondiaux des produits
de base 153
Figure 9.7 Composition des exportations de produits industriels miniers par marché de destination 154

Tableaux
Tableau 2.1 État de l’intégration économique régionale, par CER 17
Tableau 2.2 Intégration parmi les membres du Marché commun de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique
australe – classement par pays 21
Tableau 2.3 Intégration parmi les membres de la Communauté de développement de l’Afrique australe –
Classement par pays 21
Tableau 2.4 Intégration parmi les membres de la Communauté d’Afrique de l’Est – Classement par pays 22
Tableau 2.5 Intégration parmi les membres de la Communauté des États sahélo-sahariens –
Classement par pays 22
Tableau 2.6 Intégration parmi les membres de la Communauté économique des États d’Afrique
de l’Ouest – Classement par pays 23
vi
Tableau 2.7 Intégration parmi les membres de la Communauté économique des États de l’Afrique
centrale – Classement par pays 23
Tableau 2.8 Intégration parmi les membres de l’Union du Maghreb arabe – Classement par pays 24
Tableau 2.9 Intégration parmi les membres de l’Autorité intergouvernementale pour le développement –
Classement par pays 24
Tableau 2.10 Investissements directs intra-africains, 2015 (millions de dollars) 27
Tableau 2.11 Nouveaux engagements d’investissement dans la construction d’infrastructures en Afrique
à la fin de 2015, par secteur économique 38
Tableau 2.12 Nouveaux engagements d’investissement dans la construction d’infrastructures en Afrique
en 2015, par organisme de financement 38
Tableau 3.1 Approche conceptuelle de l’économie politique de la ZLEC-cinq angles et 10 conclusions 55
Tableau 4.1 Part de la croissance des exportations de l’Afrique dans les catégories autres que celles des
ressources extractives, commerce intra-africain par rapport au commerce avec le reste
du monde 73
Tableau 4.2 Progrès des négociations 76
Tableau 4.3 Portée envisagée de la ZLEC 76
Tableau 4.4 La ZLEC dans le contexte de l’intégration africaine 76
Tableau 5.1 Typologie des pays africains 80
Tableau 5.2 Volumes des exportations de l’Afrique par secteur agricole et alimentaire et croissance
estimée avec la ZLEC (%) 89
Tableau 5.3 Effets moyens sur le bien-être liés à la ZLEC selon que le ménage est dirigé par un homme
ou une femme (%) 90
Tableau 7.1 Cadre pour l’évaluation des coûts d’ajustement de la ZLEC 111
Tableau 7.2 Degré de dépendance à l’égard des donateurs par CER et pour l’UA (%) 114
Tableau 8.1 Dispositifs proposés pour la résolution des différends 139
Tableau 9.1 Part du Royaume-Uni dans les importations agricoles européennes en provenance
de l’Afrique en 2014 148
Tableau 9.2 Part de la croissance des exportations africaines dans les catégories non minières par
marché de destination 155

vii
Remerciements
La huitième édition de L’état de l’intégration régionale examiner les questions analysées dans le rapport et à
en Afrique (ARIA VIII) est une publication conjointe de ne pas se dérober devant les conclusions. Les collègues
la Commission économique pour l’Afrique (CEA), la de la Commission de l’Union africaine, notamment
Commission de l’Union africaine (CUA) et la Banque Babajide Sodipo et Giles Landry Dossan, ont apporté de
africaine de développement (BAD). précieuses contributions à la rédaction du rapport. Inye
Nathan Briggs de la Banque africaine de développement
Le rapport a été rédigé sous la direction générale a supervisé la contribution de la Banque à ces travaux.
d’Abdallah Hamdok, Secrétaire exécutif adjoint de
la CEA et économiste principal, et le contrôle de Les personnes suivantes ont apporté leur contribution
Stephen Karingi, Directeur par intérim de la Division de à la rédaction de la note conceptuelle et à l’examen par
l’intégration régionale et du commerce international. les pairs de la version préliminaire du rapport : Wafa
Aidi, Judith Ameso, Patient Atcho, Joseph Atta-Mensah,
L’équipe de rédaction du rapport était composée de Nassirou Ba, Beatrice Chaytor, Emmanuel Chinyama,
David Luke, Coordonnateur du Centre africain pour les Oswald Chinyamakobvu, Chiza Charles Chiumya,
politiques commerciales (CAPC) de la CEA, et Jamie Adama Ekberg Coulibaly, Festus Fajana, Caroline Gomes
MacLeod, chargé de recherche dans ce centre. William Nogueira, Soteri Gatera, Kebour Ghenna, Grace Gondwe,
Davis, économiste à la CEA, a contribué aux travaux de Kiranne Guddoy, Million Habte, Khaled Hussein, Faizel
cette équipe. Ismail, Phiri Israel, Susan Karungi, Aileen Kwa, Stephen
Lande, Myranda Lutempo, Zodwa Florence Mabuza,
Des documents de référence ont été produits par Khauhelo Mawana, Mehdi Mehamha, Maximiliano
Mia Mikic (CESAP), Elizabeth Gachuiri (CNUCED), Joy Mendez-Parra, Neijwa Mohammed, Viola Morgan,
Kategekwa (CNUCED), Sebastián Hereros (CEPALC), Gimbi Moroda, Sanusha Naidu, Jane Nalunga, Ndiitah
Jan Vanheukelom (CEGPD), David Primack (ILEAP), Ngipondoka-Robiati, Alou Niang, Halima Noor, Olawale
James Gathii (Loyola University Chicago School of Law), Ogunkola, Christopher Onyango, Nassim Oulmane,
Caroline Dommen (consultante), Kilara Suit (Banque Maharouf Oyolola, Laura Paez, Selsah Pasali, Guy
mondiale), Paul Brenton (Banque mondiale), Frans Ranaivomanana, Prudence Sebahizi, Willie Shumba,
Lammersen (OCDE), Raffaela Muoio (OCDE), Michael Nozipho Simelane, Komi Tsowou et Sean Woolfrey.
Roberts (OMC), Trudi Hartzenberg (TRALAC), Caroline
Ncube (Université du Cap), Jeremy de Beer (Université Une mention spéciale va enfin à la Section des
d’Ottawa) et Chidi Oguamanam (Université d’Ottawa); publications de la CEA qui a assuré la traduction, la
et Tama Lisinge, Anthony Mehlwana et John Sloan conception graphique, l’impression et la distribution de
(CEA). ARIA VIII.

L’équipe de rédaction tient à remercier ses collègues du Enfin, le CAPC tient à remercier Affaires mondiales
CAPC, en particulier Senait Afework, Haimanot Assefa, Canada, qui apporte son concours au programme de
Batanai Chikwene, Guillaume Gérout, Eden Lakew, travail depuis 2004.
Simon Mevel, Lily Sommer et Heini Suominen.

L’équipe de rédaction est également reconnaissante


au Commissaire de l’Union africaine pour le commerce
et l’industrie, Albert Muchanga, qui l’a encouragée à

ix
Avant-propos
La Zone de libre-échange continentale (ZLEC) est le premier projet phare inscrit à l’Agenda
2063 de l’Union africaine ; c’est une initiative importante dans l’optique de l’industrialisation
et du développement économique du continent africain. La ZLEC permettrait d’augmenter
considérablement le commerce intra-africain, de stimuler l’investissement et l’innovation,
d’encourager la transformation structurelle des économies africaines, d’améliorer la sécurité
alimentaire, de stimuler la croissance économique et la diversification des exportations et de
rationaliser les régimes commerciaux des communautés économiques régionales, qui parfois
se recoupent. Fondamentalement, la ZLEC cherche à apporter une impulsion et un dynamisme
nouveaux à l’intégration économique en Afrique.

L’Afrique exporte principalement des produits de base vers le reste du monde, tandis que le commerce
intra-africain porte surtout sur des produits et des services à forte valeur ajoutée. Le commerce est
donc d’un intérêt particulier pour le développement de l’Afrique. Ces dernières années, le commerce
intra-africain a représenté 57 % des exportations africaines de biens d’équipement, 51 % des produits
alimentaires transformés et des boissons, 46 % des articles de consommation, 45 % du matériel de
transport et 44 % des fournitures industrielles transformées. La ZLEC constitue un cadre légal qui
devrait permettre de concrétiser les promesses de solutions doublement gagnantes pour tous les
États membres de l’Union africaine qui y participent.

Dans ce contexte, L’état de l’intégration régionale en Afrique VIII est consacré à la création de la ZLEC.
Après avoir fait le point sur l’intégration régionale en Afrique, le rapport examine le potentiel de la
ZLEC et les moyens de la réaliser pleinement.

Il est établi de longue date que la principale difficulté, en Afrique, n’est pas le manque de bonnes
politiques ou stratégies mais l’insuffisance de la mise en œuvre. Il est indispensable, pour cette mise
en œuvre, de bien comprendre l’économie politique qui est à la base de l’intégration économique en
Afrique. Les questions conceptuelles dans ce domaine constituent la base théorique du rapport. Cette
perspective peut aider à définir les choix et les dispositifs institutionnels nécessaires à une application
effective. Le rapport démontre que la ZLEC peut ouvrir la voie d’une solution « doublement gagnante
» par un partage des avantages qui en découleraient, de façon que tous les pays africains en profitent
et que les intérêts de toutes les populations vulnérables soient bien pris en compte. À cette fin, la
ZLEC devra s’accompagner de politiques qui permettront aux gouvernements d’amortir l’impact de la
ZLEC et de mettre nettement l’accent sur les résultats tangibles du Plan d’action pour l’intensification
du commerce intra-africain aux niveaux national, régional et continental. Des recommandations sont
formulées pour garantir des gains communs pour tous les pays, quel que soit leur niveau actuel de
développement.

Ces recommandations ne pourront cependant être appliquées sans des investissements et un


financement à long terme. Le rapport examine les modes de financement à utiliser pour faire de
la ZLEC une réalité, notamment le rôle de la mobilisation des ressources intérieures, les moyens
non classiques de financement et l’Aide pour le commerce au niveau régional. Le financement doit
s’appuyer sur des institutions efficaces et sur des structures appropriées de gouvernance de la ZLEC.
Le rapport montre qu’il faut veiller à ce que les structures institutionnelles de la ZLEC reposent bien
sur des démarches pratiques, plutôt que théoriques, qui sont fonctionnelles en Afrique.

xi
Le contexte du présent rapport est un environnement commercial dans un monde en pleine mutation,
où l’on constate une montée du scepticisme à l’égard des accords commerciaux. Les Africains se
désolent aussi de l’absence de progrès des négociations commerciales multilatérales de Doha dans
le cadre de l’Organisation mondiale du commerce. Ces évolutions appellent un renouvellement de la
conception du rôle du commerce dans la trajectoire de développement de l’Afrique. La création de la
ZLEC entre dans cette idée maîtresse et devrait profiter à tous les pays africains sans laisser personne
à la traîne, conformément aux aspirations consignées dans l’Agenda 2063 et dans les objectifs de
développement durable. C’est également une idée d’ensemble propre à assurer la cohérence des
politiques commerciales en Afrique, dans un monde en plein changement.

Ce sont là les principaux messages qui devraient guider la conception et la mise en œuvre de la ZLEC.
Nous les recommandons aux décideurs africains, aux parties prenantes à tous les niveaux et à nos
partenaires de développement.

Moussa Faki Mahamat Vera Songwe Akinwumi Adesina


Président de la Commission Secrétaire exécutive de la Président de la Banque africaine
de l’Union africaine Commission économique de développement
pour l’Afrique

xii
Structure du rapport, principaux
messages et recommandations de
politique générale
qu’elle pourrait avoir sur les populations vulnérables
Structure du rapport dont les intérêts doivent être soigneusement pris
en compte. Il est essentiel en effet que la ZLEC soit
• Chapitre 1 – L’introduction porte sur les questions conçue de façon que les avantages attendus soient
thématiques et donne un aperçu général du rapport. partagés conformément au premier objectif de
développement durable, qui consiste à « ne pas
• Chapitre 2 – L’état de l’intégration régionale faire de laissés-pour-compte ».
en Afrique est la partie récurrente du rapport; on
y trouve un exposé des tendances de l’intégration • Chapitre 6 – Une démarche doublement
économique en Afrique, aux niveaux national, gagnante : politiques critiques pour la ZLEC.
régional et continental. On y trouve aussi des Ce chapitre prolonge le chapitre 5 et présente des
informations à jour sur l’indice de l’intégration recommandations de politique générale pour
régionale en Afrique. garantir la bonne prise en compte des intérêts des
différents acteurs et des populations vulnérables.
• Chapitre 3 – Questions conceptuelles de Le chapitre propose différentes démarches face au
l’économie politique de l’intégration et de la contenu de l’accord créant la ZLEC et aux politiques
ZLEC. Ce chapitre donne un aperçu de l’économie d’accompagnement.
politique qui favorise ou entrave l’intégration
régionale en Afrique et dans le cadre de la ZLEC. Ces • Chapitre 7 – Financement de la ZLEC. Ce chapitre
aspects d’économie politique sont analysés depuis présente un cadre d’analyse et d’évaluation des
cinq points de vue différents, qui aident à discerner coûts de la mise en œuvre de la ZLEC, notamment
et expliquer les complexités de l’intégration les coûts d’ajustement structurel qui sont à la
régionale. Cette prise en compte de l’économie charge du secteur privé, les pertes de recettes
politique est d’importance décisive pour faciliter la douanières, les coûts de mise en œuvre et les coûts
création de la ZLEC et les messages découlant de ce des politiques d’accompagnement qui pèsent sur
chapitre sont pleinement intégrés dans les chapitres le secteur public. La mobilisation des ressources
qui suivent. intérieures et de l’aide au développement serait un
moyen de financer ces coûts.
• Chapitre 4 – Réexamen de la justification de la
ZLEC. Ce chapitre expose les arguments théoriques • Chapitre 8 – Gouvernance de la ZLEC. Ce chapitre
et empiriques en faveur de la ZLEC et les différents examine les modalités de la gouvernance de la
moyens de mesurer les gains potentiels résultant ZLEC et comprend des recommandations sur les
du commerce. Comme point de référence pour les différents aspects institutionnels à prendre en
autres chapitres, ce chapitre fait également le point compte, notamment le rôle d’un secrétariat de la
sur le déroulement des négociations de la ZLEC et ZLEC, et les structures institutionnelles nationales,
sur sa portée prévue. régionales et continentales nécessaires à son
succès. Le chapitre examine aussi le rôle possible
• Chapitre 5 – Une démarche doublement des communautés économiques régionales (CER)
gagnante : le partage des avantages de la ZLEC. dans le régime découlant de la ZLEC.
Le chapitre traite des aspects distributifs de la
ZLEC dans un large ensemble de pays africains qui • Chapitre 9 – La ZLEC dans un paysage commercial
participent aux négociations, ainsi que les effets en mutation. Le chapitre examine l’évolution

1
de l’environnement commercial international, visas pour les autres Africains et cherchent à conclure un
notamment la montée du scepticisme à l’égard des protocole sur la libre circulation des personnes, même
accords commerciaux, les conséquences des méga- si, dans certains pays africains, les règles relatives aux
accords commerciaux régionaux potentiels, les visas sont encore très restrictives pour les ressortissants
liens commerciaux grandissants avec les économies des autres pays africains.
émergentes et ce qui se passera après la fin de
l’application de l’AGOA (Loi sur la croissance et les Un large ensemble de projets est en cours de réalisation
possibilités économiques en Afrique) et après le pour améliorer l’équipement du continent, mais
Brexit. Une des principales recommandations jusqu’à présent le déficit d’infrastructure retarde
est que la ZLEC puisse offrir, face à ces défis, un son développement et l’expansion du commerce
ensemble cohérent de politiques commerciales. intrarégional (question qui devrait être résolue pour
que la ZLEC atteigne son plein potentiel).
• Chapitre 10 – La deuxième phase des
négociations  : politique de la concurrence, Une grande partie du commerce intra-africain existant se
droits de propriété intellectuelle et commerce fait dans le cadre des zones de libre-échange des CER ou
électronique. Le chapitre présente les principaux dans le cadre d’unions douanières. L’intérêt de la ZLEC sera
problèmes que les négociateurs auront à résoudre d’emmener tous les pays africains à ce niveau d’intégration.
au cours de la deuxième phase des négociations.
L’Afrique a progressé dans l’élimination des barrières
Principaux messages et non tarifaires et dans la facilitation des échanges,
recommandations de politique mais il reste encore beaucoup à faire, notamment par
l’application de l’Accord sur la facilitation des échanges
générale
de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Chapitre 2 : L’État de l’intégration Chapitre 3 : Questions conceptuelles de


régionale en Afrique l’économie politique de l’intégration et de
la ZLEC
Principaux messages
L’achèvement rapide de la ZLEC est important si l’on Principaux messages
veut ne pas prendre de retard dans la réalisation de la Les bases structurelles et historiques de l’économie
Communauté économique africaine, comme le prévoit politique, en Afrique, doivent être comprises et
le Traité établissant celle-ci, connu sous le nom de appréciées, mais en dehors de tout déterminisme. Les
Traité d’Abuja. Alors que des progrès dans la réalisation choix délibérés peuvent en effet modifier le statu quo et
de cette Communauté économique africaine ont bien surmonter les barrières, notamment celles imposées par
été accomplis, certaines CER sont encore loin d’être les intérêts nationaux ou les structures économiques
devenues des unions douanières régionales et donc des pays. Cependant, il faut pour cela des équipes
de devenir les blocs constitutifs d’une intégration dirigeantes qui tirent parti des possibilités d’ouverture
continentale. La ZLEC peut aider à combler ce retard. offertes par l’économie politique.

Le niveau de l’intégration en Afrique varie beaucoup Les négociateurs qui préparent l’accord de la ZLEC
selon les différentes CER. Leurs membres sont ont leur propre expérience, leurs propres capacités,
également profondément différents dans leur degré et seront peut-être amenés à introduire une certaine
d’intégration à l’intérieur de leur propre CER, comme le prudence par rapport aux ambitions exprimées par les
montre l’Indice de l’intégration régionale en Afrique. chefs d’État.

Les pays africains coopèrent de façon appréciable à la Historiquement, les accords commerciaux, en Afrique,
coordination des politiques minières, de la paix et de la ont en effet été très ambitieux mais assez mal réalisés,
sécurité ou encore de la santé publique. Cependant, une principalement faute de soutien politique au regard des
coordination féconde offre encore de belles possibilités. avantages à moyen et à long terme, par opposition aux
Ces pays s’emploient aussi à libéraliser leur régime des résultats visibles à court terme.
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Recommandations Parmi les avantages supplémentaires, il faut mentionner
La difficulté est de concilier les intérêts complexes de la facilitation des échanges de denrées alimentaires,
55 pays africains, très différents, de sorte que la ZLEC conduisant à une meilleure sécurité alimentaire, une
devra intégrer une flexibilité et une géométrie variable, amélioration de la stabilité des pays fragiles, un meilleur
car des compromis seront nécessaires. La ZLEC devra accès des entreprises aux biens intermédiaires et aux
être conçue, et soutenue par les mesures voulues, de facteurs de production et la réduction des coûts de
façon à garantir que ses avantages iront dans le sens l’innovation.
des intérêts d’un vaste ensemble de parties prenantes.
Depuis 2000, le commerce intra-africain a contribué
Les institutions de la ZLEC devront être conçues de façon de façon importante à la croissance des exportations
à répondre aux fonctions prévues plutôt que d’imiter industrielles de l’Afrique, et il est donc particulièrement
des pratiques optimales irréalisables ou illusoires. précieux dans l’optique de l’industrialisation du
continent. En réduisant les barrières tarifaires et
La ZLEC devra être construite de façon à équilibrer non tarifaires qui entravent ce commerce, la ZLEC
les intérêts nationaux des États influents et ceux des contribuera à l’industrialisation et à la transformation
coalitions de petits États, car si les avantages sont structurelle du continent.
perçus comme étant captés uniquement par quelques
pays, les accords commerciaux risquent fort de Certes, le Traité d’Abuja prévoit que l’intégration
s’effondrer. La mise en œuvre effective sera facilitée si aboutisse à la création de la Communauté économique
les États influents utilisent au mieux leurs ressources africaine, mais l’attention doit être accordée en priorité
diplomatiques, financières et technocratiques pour à la ZLEC, notamment sa conception et sa mise en
faire la promotion de la ZLEC. œuvre. Les phases ultérieures de l’application du Traité
d’Abuja seront traitées successivement plus tard.
Les intérêts des acteurs du secteur privé et des
organisations de la société civile participant aux La ZLEC a rencontré une large adhésion des dirigeants
négociations de la ZLEC doivent également être pris africains. La conception des détails techniques et
en compte. Les mécanismes de consultation doivent l’application effective restent les tâches primordiales à
être adaptés aux petites entreprises et aux acteurs de la accomplir.
société civile, ainsi qu’aux populations vulnérables.
Recommandations
L’aide au développement sera utilisée au mieux pour La ZLEC devrait s’accompagner de politiques visant à
combler le déficit d’exécution en évitant de faire une place porter au maximum les avantages, mais aussi à s’assurer
trop large aux aspects institutionnels ou d’encourager que ces avantages sont répartis plus équitablement
l’émission de « signaux » sans véritable portée. de façon à dégager pour tous les pays des solutions
doublement gagnantes. Parmi ces politiques figurent les
L’économie politique de l’intégration en Afrique aide mesures tendant à améliorer la facilitation des échanges
à expliquer pourquoi les choses sont ce qu’elles sont, et à réduire les coûts de transaction, et le Plan d’action
mais pour aller de l’avant il faut des mesures résolues pour l’intensification du commerce intra-africain (BIAT)
des pays en développement, entraînées par des équipes – initiative jumelle de la ZLEC – qui devrait résoudre les
dirigeantes soucieuses de réaliser effectivement les problèmes des barrières commerciales auxquelles se
objectifs de développement national et aidées par une heurtent les pays africains.
fonction publique compétente et professionnelle.
La Commission de l’Union africaine devrait être chargée
Chapitre 4 : Réexamen de la justification d’entreprendre une étude détaillée du Traité d’Abuja en
de la ZLEC vue de le moderniser de façon à résoudre les problèmes
que pose l’intégration économique de l’Afrique au
Principaux messages début du XXIe siècle.
Les études réalisées tablent sur une augmentation de
50 % à 200 % à long terme du commerce intra-africain,
qui serait l’expression des gains à attendre de la ZLEC.
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Chapitre 5 : Une démarche doublement naturelles. Les droits de douane pesant sur les matières
gagnante : le partage des avantages de la premières sont déjà faibles, et la ZLEC ne contribuera
ZLEC qu’assez peu à stimuler ces exportations. Cependant,
en diminuant les droits de douane intra-africains sur
Principaux messages les produits intermédiaires et sur les biens finals, la
Le partage équitable des avantages découlant de ZLEC offrira de nouvelles possibilités de création de
la ZLEC est important non seulement pour des valeur ajoutée dans le secteur des ressources naturelles.
raisons d’équité, mais aussi pour garantir que l’accord Mais surtout, la ZLEC offrira sans doute à ces pays des
fonctionne bien pour des pays ayant atteint des niveaux possibilités de diversifier leurs exportations industrielles,
de développement différents. Les accords commerciaux mais il faudra pour cela des investissements dans la
qui ne sont pas doublement gagnants restent création de nouvelles capacités productives.
généralement inappliqués ou finissent par s’effondrer,
les partenaires commerciaux étant peu soucieux de les La ZLEC peut améliorer la connectivité des pays sans
voir mis en œuvre. littoral, mais il faudra des mesures d’accompagnement
supplémentaires pour améliorer le transit, les
Les pays africains présentent les configurations infrastructures liées au commerce et la facilitation des
économiques les plus diverses et ils seront donc échanges.
diversement affectés par les effets de la ZLEC. Il faut
donc prévoir des mesures répondant aux besoins À long terme, la ZLEC sera bénéfique aux groupes
particuliers de ces différents types de pays. vulnérables – notamment les petits agriculteurs, les
commerçants frontaliers informels, les femmes et les
La ZLEC comportera un ajustement structurel – c’est en fait jeunes – en développant les possibilités de commerce
l’un de ses objectifs que de contribuer à la transformation agricole, en améliorant la facilitation des échanges et
industrielle de l’Afrique. Cela comporte implicitement des en créant des emplois.
coûts d’ajustement structurel à court terme, car la main-
d’œuvre et le capital seront réaffectés pour répondre aux Recommandations
nouvelles possibilités commerciales ainsi qu’aux menaces Quel que soit leur niveau actuel de développement
possibles. Cependant, les coûts de l’ajustement structurel industriel, les pays africains devraient tous profiter
resteront sans doute modestes – car le commerce intra- de la ZLEC, mais certains auront besoin d’un soutien
africain est encore faible et une grande partie passe déjà complémentaire pour réaliser ce potentiel. Le Plan
par le canal des zones de libre-échange des communautés d’action BIAT est le cadre dans lequel les États membres
économiques régionales existantes. peuvent établir l’ordre de priorité des réformes à
entreprendre pour profiter pleinement de la ZLEC.
La libéralisation du marché prévue par la ZLEC devrait
augmenter la productivité agricole et encourager l’agro- Les pertes de recettes douanières dues à la ZLEC seront
industrie. Les pays ayant une forte production et un fort modestes et pourront être équitablement réparties
potentiel dans ce domaine seront particulièrement entre pays par la valorisation des flexibilités telles que
bien placés pour tirer parti des nouvelles possibilités les listes d’exclusions, mais ces flexibilités ne doivent
offertes par l’agro-industrie et la transformation des pas être massives car cela compromettrait les avantages
produits agricoles, aidant ainsi l’Afrique à assurer sa résultant de la ZLEC.
sécurité alimentaire et à réduire sa facture de denrées
alimentaires importées, de sorte que le contient Pour aider les entreprises – et surtout les petites et
s’oriente vers l’auto-suffisance alimentaire. Déjà, plus moyennes entreprises – à entrer dans les échanges
de 50 % de la croissance du marché depuis 2000 est due commerciaux intra-africains, il faudra réaliser des
aux exportations de boissons et de denrées alimentaires investissements dans l’information commerciale et
transformées. faciliter l’accès au crédit commercial. L’intégration des
marchés des facteurs, notamment par une meilleure
Cette libéralisation du marché devrait aussi augmenter la circulation des personnes et des investissements
valeur ajoutée aux ressources naturelles. La majorité des transfrontaliers, serait particulièrement précieuse pour
pays africains sont classés comme riches en ressources faciliter la mise en place de chaînes de valeur régionales.
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Des mesures spéciales seront nécessaires en faveur S’agissant de la jeunesse, la ZLEC facilitera la
des groupes vulnérables qui risquent d’être lésés par la transformation structurelle nécessaire à la création
libéralisation des échanges. La ZLEC et les mesures qui d’emplois et à l’absorption des cohortes de jeunes
l’accompagneront devraient garantir que ces groupes arrivant sur le marché du travail, ainsi que le passage des
tireront bien des avantages de la ZLEC et feront, au activités économiques à forte intensité de capital liées à
besoin, l’objet d’une protection. Cependant, comme l’exploitation des produits de base vers des secteurs à
option suboptimale, les listes d’exclusions et les mesures forte intensité de main-d’œuvre. Aider les jeunes à avoir
de sauvegarde peuvent également être utilisées pour un accès plus facile au crédit et aux initiatives telles que
protéger ces groupes. Il importe en effet de s’assurer que les incubateurs et accélérateurs technologiques devrait
le mécanisme d’adoption des mesures de sauvegarde s’accompagner d’une refonte des politiques éducatives
est suffisamment accessible aux pays les moins avancés et de formation professionnelle.
membres de la ZLEC. Ces groupes devront aussi faire
l’objet d’un suivi et d’une évaluation systématiques Chapitre 6 : Une démarche doublement
destinés à mesurer l’impact des mesures prises. gagnante : politiques critiques essentielles
pour la ZLEC
Les petits agriculteurs (qui représentent environ 53 % des
agriculteurs africains) peuvent être aidés par des mesures Principaux messages
facilitant leur intégration dans des chaînes de valeur plus Le Plan d’action BIAT est le cadre dans lequel seront
vastes, par une simplification des règles d’origine et définies les politiques d’accompagnement permettant
par un programme leur montrant comment respecter d’exploiter au mieux les possibilités offertes par la ZLEC,
les normes sanitaires et phytosanitaires imposées à notamment s’agissant des barrières commerciales dans
l’exportation. Ces agriculteurs auront peut-être besoin sept domaines prioritaires : la politique commerciale,
aussi de capital et d’une requalification pour mieux la facilitation des échanges, la capacité productive,
cadrer leur production sur les possibilités d’exporter. l’infrastructure liée au commerce, le financement du
commerce, l’information commerciale et l’intégration
Les tarifs douaniers seront abaissés, ce qui rendra des marchés de facteurs.
plus abordables les activités que les commerçants
transfrontaliers informels entreprendront dans des Si les améliorations apportées aux infrastructures
filières formelles. La ZLEC peut aider ce groupe par des physiques telles que les routes et les ports ont
mesures de facilitation des échanges et d’information leur importance, ces améliorations doivent être
commerciale dans l’esprit du régime commercial accompagnées de moyens d’éliminer les barrières
simplifié du Marché commun de l’Afrique orientale non physiques qui font obstacle au transport et au
et australe (COMESA), qui simplifie les formalités de commerce. Une gestion logistique stratégique et la
dédouanement et desserre les règles d’admission méthode des chaînes d’offre doivent être systématisées
au régime préférentiel du COMESA pour une liste non seulement dans les initiatives de création régionale
commune de produits. d’infrastructures, mais aussi dans la gestion des
corridors de commerce.
Il est possible aussi d’aider les femmes en les
faisant participer expressément à la conception Il est essentiel de faciliter l’investissement intra-
et aux procédures de la ZLEC, notamment par des africain pour permettre la circulation des ressources
consultations nationales, et en faisant figurer un indispensables à la transformation de l’agriculture et de
plus grand nombre de femmes dans les équipes de l’industrie africaines.
négociateurs. Les femmes représentent en effet environ
70 % des commerçants transfrontaliers informels, et il La libéralisation et la réglementation des services sont
est possible de les aider par des améliorations telles que de plus en plus importantes, aussi bien pour faciliter
des installations d’entreposage, un meilleur éclairage et les échanges de services qu’en raison de la place
des sanitaires aux postes frontière. Les femmes peuvent des services dans la fabrication des marchandises
également bénéficier d’initiatives dont le but est de échangées. Les services représentent en effet environ
mettre les agricultrices en rapport avec les responsables 70 % du produit intérieur brut mondial, 60 % de l’emploi
des marchés d’exportation des denrées alimentaires. et un quart des échanges mondiaux en 2014.
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Recommandations mécanisme le plus indiqué, formel ou informel, en
Il est important de trouver la bonne formule pour les fonction des barrières propres à chaque secteur. Il faudra
six éléments constitutifs de la ZLEC – les barrières non peut-être une harmonisation dans certains secteurs,
tarifaires, les règles d’origine, l’investissement et la des accords de reconnaissance mutuelle dans d’autres
libre circulation des personnes, la libéralisation et la secteurs, des traités ou une démarche plus souple.
réglementation des services, les mesures commerciales
correctives et le suivi et l’évaluation. Des mesures commerciales correctives sont une
protection très utile pour les pays qui craignent que la
S’agissant des barrières non tarifaires, la ZLEC devra concurrence excessive ne mette à mal certains de leurs
avoir son propre mécanisme. Plutôt que de multiplier secteurs industriels. Trouver la bonne formule, dans la
les mécanismes des communautés économiques ZLEC, exigera la mise en place de services régionaux
régionales, le mécanisme de la ZLEC devrait s’appuyer d’investigation, ce qui aidera à étendre les mesures
sur leur succès en élargissant leurs opérations à correctives aux petits États africains et aux États
l’ensemble de l’Afrique et à l’ensemble des échanges africains moins développés, et à créer un système qui
entre les CER et dans les CER. permette à ces pays de se protéger de la concurrence de
compétiteurs internationaux plus avancés.
Pour ce qui est des règles d’origine, il faut trouver un
bon équilibre entre, d’une part, le désir des pays plus Le suivi et l’évaluation sont nécessaires pour superviser
développés de disposer de règles spécifiques relatives la façon dont chaque pays s’acquitte de ses obligations
aux produits et, d’autre part, des règles d’origine plus au titre de la ZLEC, suivre le déroulement du Plan
accessibles qui ont la préférence des pays moins d’action BIAT et s’assurer que la ZLEC contribue bien
développés. Il est suggéré ici de limiter les règles aux objectifs de développement de l’Afrique. Il est
propres à chaque produit aux seuls produits les plus recommandé d’établir une « fiche récapitulative »
controversés ou les plus sensibles et d’appliquer des d’auto-évaluation, ainsi que de collecter des données
règles d’origine simples et libérales autant que possible; ventilées par sexe et par groupe vulnérable.
d’utiliser des règles d’origine simples pendant une
période de transition de cinq ans; et d’inclure un régime Dans l’ensemble, pour obtenir les avantages attendus du
préférentiel pour aider les pays moins développés à Plan d’action BIAT, il faut une structure institutionnelle
respecter les règles d’origine. d’exécution qui pourra être conjuguée à celle de la
ZLEC pour éviter les doubles emplois; un dispositif
S’agissant des investissements, il faudra prévoir un continental de suivi et d’évaluation, qui pourra aussi
chapitre distinct dans l’accord de la ZLEC (plutôt qu’un être combiné avec celui de la ZLEC; et des ressources
seul chapitre relatif à l’ensemble des services, dans les suffisantes pour les initiatives du Plan d’action BIAT.
négociations). Ainsi, tous les aspects de la fourniture des
services par l’établissement d’une présence commerciale Chapitre 7 : Financement de la ZLEC
seraient traités. Pour la libre circulation des personnes à Principaux messages
travers les frontières, les négociateurs devront suivre une Pour que la ZLEC devienne une réalité concrète, il
démarche qui ne prive pas les entrepreneurs africains de faut prévoir un financement pour couvrir les coûts de
ce qu’ils ont déjà acquis dans leur propre communauté la mise en œuvre. Le secteur privé sera sollicité pour
économique régionale, tout en créant de nouvelles financer les activités de recyclage professionnel de la
possibilités de mouvement entre ces CER. main-d’œuvre et pour réorienter le capital à mesure
qu’un ajustement structurel aura lieu en réponse aux
Pour ce qui est des services, il faudra une démarche possibilités et problèmes commerciaux nouveaux.
ambitieuse mais réaliste, souple, crédible et inclusive Dans le secteur public, il faudra aider à compenser
s’appuyant sur les réalisations des CER et sur les les pertes de recettes douanières (mais l’impact de la
problèmes de la libéralisation des services et de la ZLEC sera sans doute assez faible à cet égard), financer
coopération réglementaire. Pour la libéralisation, l’application des dispositions et réformes de la ZLEC et
la flexibilité consistera à ce que l’on s’en tienne à ce trouver des fonds pour l’exécution du Plan d’action BIAT.
que les États membres savent déjà. Pour ce qui est
de la coopération réglementaire, il faudra trouver le
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De plus en plus, le financement en Afrique doit reposer L’autofinancement peut être recherché, par le biais
sur les ressources intérieures – publiques et privées. Cela du droit de 0,2 % proposé par l’Union africaine sur
aidera à éviter les difficultés que suscite l’aide publique les importations de marchandises en Afrique. Le
au développement (APD), et notamment le risque de droit d’importation proposé est un important moyen
voir se perpétuer les initiatives des donateurs plutôt que d’autofinancement des opérations et des projets de
celles des pays africains, et d’encourager l’attitude des l’Union africaine dans l’optique de l’Agenda 2063, et
donateurs qui cherchent à se « signaler » à l’attention notamment de la ZLEC. La compatibilité de ce droit
par des décisions qui sont souvent superficielles et qui d’importation avec les règles de l’OMC peut être réglée
satisfont les obligations des donateurs plutôt qu’elles par la création de la ZLEC, qui permettra aux membres
ne contribuent au développement. L’autofinancement africains de l’OMC de contourner les exigences
aidera à améliorer l’appropriation nationale et la normales de l’OMC concernant la non-discrimination
responsabilisation à l’égard des projets et, de ce fait, entre membres de l’OMC.
facilitera la mise en œuvre.
Il faudra bien veiller au calendrier – si la ZLEC n’est
L’Aide pour le commerce, initiative lancée en 2006, pas déjà en place avant que l’on commence à lever le
aidera beaucoup à concrétiser la ZLEC, en particulier droit d’importation des marchandises africaines – car
pour les pays africains les plus pauvres qui n’ont il y aura une période durant laquelle les pays africains
guère accès aux capitaux privés et dont les ressources contreviendront aux règles. Ce droit d’importation
intérieures sont trop faibles. Cette aide pourra être pourrait se heurter à d’autres règles de l’OMC en matière
importante, à court terme, également pour les pays de compatibilité, poser des problèmes pour les listes de
africains à revenu intermédiaire de la tranche inférieure, droits consolidés, mais certaines mesures ponctuelles
alors qu’ils mobilisent par ailleurs leurs ressources pourraient être prises pour respecter ces listes. Les pays
intérieures propres. L’Aide pour le commerce, en africains pourraient demander à l’OMC d’accorder des
particulier au niveau régional, est le vecteur de choix dérogations.
de la mobilisation de l’APD dans l’optique de la ZLEC.
Les versements au titre de l’Aide pour le commerce Il faudra également veiller à la compatibilité entre le
en Afrique ont récemment fortement augmenté, pour droit d’importation de l’Union africaine et les autres
atteindre 14 milliards de dollars, soit plus du double du accords commerciaux régionaux de l’Afrique. Les futurs
montant constaté durant la période de référence 2002- accords pourront être conçus de façon à assurer la
2005. compatibilité avec le droit d’importation de l’Union
africaine.
Recommandations
Les gouvernements africains doivent s’engager à mieux Les programmes régionaux d’Aide pour le commerce
mobiliser leurs ressources intérieures. La collecte de devraient être améliorés de quatre façons : une
ces ressources peut être améliorée par une fiscalité meilleure rationalisation des initiatives régionales dans
plus équitable, plus transparente et plus efficace, par la planification nationale; une meilleure conformité
une lutte contre la corruption et en évitant les lacunes des projets régionaux d’Aide pour le commerce avec
institutionnelles, tout en cherchant à élargir l’assiette des politiques généralement appliquées par l’Afrique,
fiscale et à lutter contre la fraude et l’évasion fiscales, telles que le Plan BIAT; une participation plus étroite
qui sont omniprésentes. Des méthodes novatrices du secteur privé à la conception de projets; et un
d’autofinancement sont également nécessaires. Les renforcement des mécanismes institutionnels destinés
stratégies possibles comprennent une mobilisation des à faciliter la coordination nationale des programmes
caisses de pension, des caisses d’assurance, des capitaux régionaux et sous-régionaux.
privés, des ressources de la diaspora, des partenariats
public-privé et aussi une lutte contre les flux financiers Chapitre 8 : Gouvernance de la ZLEC
illicites. Des améliorations, même mineures, des modes Principaux messages
de mobilisation des ressources intérieures peuvent L’actuelle restructuration de l’Union africaine – dans le
aider à couvrir les coûts de la mise en œuvre de la ZLEC cadre de la réforme de celle-ci – est l’occasion de savoir
et des mesures d’accompagnement. comment cette réforme peut aider à institutionnaliser et
appliquer des projets phares tels que la ZLEC. Cependant,
7
il sera difficile de définir un cadre institutionnel de la ZLEC de la politique commerciale africaine par leur rôle dans
si les principaux aspects de la réforme de l’Union africaine l’architecture institutionnelle de la ZLEC.
ne sont pas encore mis au point.
Recommandations
Les liens entre la réforme de l’Union africaine et le cadre Cinq principes directeurs sont à suivre dans l’optique
institutionnel de la ZLEC pourraient amener certains de la formation des institutions de la ZLEC : utiliser le
États membres à envisager d’établir une institution Traité d’Abuja comme base ; exploiter les structures
entièrement indépendante qui appliquerait l’accord existantes de l’intégration régionale là où elles existent
de la ZLEC. Cet organisme pourrait prendre plusieurs ; garantir que les Africains auront bien accès à la ZLEC ;
formes différentes : une institution spécialisée de encourager l’application parallèle de la ZLEC et du BIAT ;
l’Union africaine ou, dans une démarche plus poussée et, enfin, élaborer des formes institutionnelles pratiques
encore, une « OMC africaine » – c’est-à-dire une nouvelle plutôt que théoriques.
organisation internationale et intergouvernementale.
Au contraire, les institutions de la ZLEC pourraient Mais il faut d’abord des mesures provisoires avant
être situées au sein de la Commission de l’Union de définir une structure idéale. La première étape
africaine, sous forme d’un département spécial, ou importante sera d’exiger de chaque État partenaire
même rattachées au Département du commerce et de qu’il crée un organisme de niveau ministériel qui sera
l’industrie de la Commission de l’Union africaine. responsable de toutes les questions relatives à la ZLEC,
et notamment la mise en œuvre et la communication.
C’est la structure du Traité d’Abuja qui devrait servir Cette démarche a été menée avec succès dans la CAE,
de plateforme de l’institutionnalisation de la ZLEC au dont les organismes directeurs, pour chaque pays, sont
niveau continental. On s’assurerait ainsi que la structure chargés de coordonner la mise en œuvre et l’application
proposée est bien compatible avec le Traité. Pourtant, des engagements pris au niveau national dans le cadre
les dirigeants africains ne doivent pas se cacher derrière de la CAE.
le Traité pour rouvrir un débat sur l’intégration et sur
les meilleurs moyens de réaliser, pour le monde actuel, L’architecture de la ZLEC devra s’appuyer sur les
les principes et les objectifs élaborés dans le Traité. La institutions nationales et régionales. Celles-ci peuvent
trajectoire d’intégration continentale envisagée dans être basées sur ce qui est envisagé dans le BIAT,
le Traité d’Abuja peut être infléchie pour tenir compte mais devraient exploiter les structures régionales
des réalisations de l’Afrique au cours des 26 dernières et nationales existantes, notamment les CER et les
années et réorientée de façon à surmonter les difficultés. ministères nationaux responsables du commerce ou de
Quelle que soit la démarche suivie, la vaste expérience l’intégration régionale.
accumulée en matière d’intégration commerciale par
les communautés économiques régionales, qui sont Enfin, la ZLEC devrait profiter des expériences positives
les blocs constitutifs de la ZLEC, doit s’intégrer dans la du COMESA et utiliser les mécanismes de règlement à
structure institutionnelle de celle-ci. l’amiable des différends pour aborder ceux qui auraient
rapport avec la ZLEC. Le mécanisme de règlement des
L’idée maîtresse exposée dans le Traité d’Abuja donne différends devrait être intergouvernemental. Et pour
à penser qu’à mesure que la ZLEC deviendra une union garantir la pleine application des droits de chaque
douanière continentale et adoptera des « politiques personne dans la ZLEC, les tribunaux nationaux des
communes », les communautés économiques États membres de la ZLEC auront leur rôle à jouer.
régionales seront progressivement dépouillées de
leur rôle principal dans la formation de la politique Chapitre 9 : La ZLEC dans un paysage
commerciale. La principale autorité, pour la définition commercial en mutation
de cette politique, passera alors au niveau continental,
et la ZLEC travaillera à rationaliser l’enchevêtrement Principaux messages
de zones de libre-échange existant en Afrique. Cela Le protectionnisme semble de nouveau être ascendant
permettra à l’Afrique d’économiser des ressources dans certains pays développés, tandis que les pays en
actuellement utilisées pour mener des activités dans développement appliquent de plus en plus des mesures
chacune des CER. Celles-ci contribueront à la définition
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de protection de leur commerce contre d’autres pays en les États-Unis au lendemain de la suppression de l’AGOA.
développement. Cela permettra de s’assurer que telle ou telle zone de
libre-échange avec des pays consentants, comme dans
Le commerce avec les pays à économie de marché le cadre de l’actuelle stratégie appliquée par les États-
émergents, notamment avec la Chine, l’Inde, le Brésil Unis, ne compromet pas l’intégration continentale.
et la Turquie, a diversifié le commerce de l’Afrique,
l’éloignant d’une excessive dépendance à l’égard Chapitre 10 : La deuxième phase des
des marchés habituels. Cependant, ce commerce négociations – concurrence, droits de
se concentre dans les exportations des produits de propriété intellectuelle et commerce
l’industrie extractive et il ne suffira pas à lui seul pour électronique
soutenir l’industrialisation africaine qui, au contraire,
doit valoriser les possibilités du commerce intra-africain. Principales constatations
Celui-ci contribue beaucoup plus à la croissance des La deuxième phase des négociations de la ZLEC devrait
exportations de produits à forte valeur ajoutée et aborder la concurrence et les droits de propriété
industriels de l’Afrique que ne le fait le commerce de intellectuelle, et il sera possible aussi de traiter les
l’Afrique dans tout autre marché. questions relatives au commerce électronique et à
l’économie numérique. Ces négociations devraient
Recommandations commencer uniquement après l’achèvement des
Les pays africains devraient exploiter le ralentissement négociations relatives aux biens et services.
apparent de la création des méga-accords commerciaux
régionaux et profiter de ce répit pour créer une ZLEC Les pays africains sont diversement affectés par les
forte et unifiée qui sera mieux placée pour résoudre à pratiques anti-concurrentielles, de sorte qu’une
l’avenir les problèmes commerciaux. démarche régionale est nécessaire pour faire face aux
problèmes soulevés par les cartels transfrontaliers,
La ZLEC devrait donc se présenter comme une fusions, acquisitions et abus. La législation nationale
plateforme permettant de solidifier la position de de la concurrence a une compétence « territoriale » et
l’Afrique sur les nouvelles questions commerciales ne peut donc pas résoudre les pratiques transfrontières
telles que le commerce électronique, les micro, petites contraires à la concurrence. La ZLEC peut être le cadre
et moyennes entreprises, la réglementation intérieure d’un examen de ces questions. À cet effet, elle pourra
des services et la facilitation des investissements. s’inspirer de la méthode suivie par le COMESA pour
le règlement de difficultés liées aux questions de
L’Afrique devrait agir pour que la politique commerciale concurrence transfrontalière..
du Royaume-Uni après le Brexit et son aide publique
au développement liée au commerce renforcent Sur le plan de la forme comme du fond, les échecs
vraiment l’intégration continentale, notamment essuyés concernant les questions de propriété
la ZLEC. Pareillement, l’Afrique devrait envisager intellectuelle expliquent la réticence manifestée à
d’utiliser l’occasion du Brexit pour rouvrir les débats l’égard des accords commerciaux, notamment l’Accord
sur les accords de partenariat économique pour mieux sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui
défendre les intérêts commerciaux du continent. touchent au commerce (ADPIC) de l’OMC et l’expérience
précoce de la CAE à ce sujet.
Les dirigeants africains devraient utiliser l’occasion du
Brexit pour s’assurer que les projets d’intégration en En Afrique, l’innovation est différente car elle est
Afrique, notamment la ZLEC, tiennent bien compte surtout le fait du secteur informel et a lieu en l’absence
des pièges potentiels de l’intégration et soient à même même d’institutions efficaces de défense des droits de
de remédier à leurs causes profondes, notamment la propriété intellectuelle : l’inclusion de cette question
crainte, dans la population, d’une perte de souveraineté. dans la ZLEC doit en tenir compte. Historiquement, les
formes de protection de la propriété intellectuelle ne
Les dirigeants africains devraient également conclure peuvent s’implanter en l’absence d’institutions robustes
l’accord de la ZLEC et pousser l’intégration continentale de défense de ces droits ; les institutions risquent
de façon que l’Afrique puisse aborder d’un front unique d’être mal adaptées au contexte africain où l’industrie
9
fonctionne avec succès sans législation de la propriété • Rationaliser les principales questions de droit public
intellectuelle. international, régional et national qui pourraient
retentir sur la légalité d’un régime de la concurrence
Le commerce électronique et la montée en puissance de de la ZLEC ;
l’économie numérique entraînent des bouleversements
dans les secteurs économiques habituels, avec • Prêter attention aux questions de protection
l’émergence de produits et services numériques du consommateur, les distinguer de celles de la
nouveaux. L’ampleur de ce processus est considérable concurrence et se demander comment faire face à la
et retentira sur le commerce et l’industrialisation de diversité des législations et dispositifs institutionnels
l’Afrique. dans ce contexte.

Recommandations Un protocole de coopération à l’application de la


Un cadre devrait être défini pour appliquer toute législation et de la politique de la concurrence dans
décision d’élaborer une législation et une politique de la le cadre de la ZLEC devrait être établi pour faciliter
concurrence dans le cadre des négociations de la ZLEC. l’application des dispositions relatives à la concurrence.
À cet égard, les politiques et les législations qui existent
aux niveaux national et régional doivent être prises en Un accord concernant la propriété intellectuelle dans
compte. le cadre de la ZLEC doit surmonter plusieurs obstacles,
liés notamment au chevauchement de plusieurs
La ZLEC est l’occasion de combler des lacunes et de organisations sous-régionales de défense des droits de
renforcer la législation existante aux niveaux intérieur propriété intellectuelle, à la multiplicité des questions
et régional. Elle devrait aider les pays qui n’ont pas de propriété intellectuelle dans les CER et à leur
de législation de la concurrence à en adopter une, en absence d’adéquation avec l’ensemble des objectifs de
conformité avec une méthode convenue dans le cadre développement du continent. L’accord à prévoir devrait
du continent. prendre en compte la réticence manifestée à l’égard
de l’inclusion des questions de propriété intellectuelle
Les États membres de la ZLEC doivent adopter des dans les accords de libre-échange. Pour cela, il faut
mesures relatives aux enjeux spécifiques et prioritaires examiner les exigences particulières de l’innovation en
suivants : Afrique en appliquant des principes de fond et de forme
appropriés.
• Se mettre d’accord sur un objectif commun de la
politique de la concurrence dans le cadre de la ZLEC; Sur les questions de forme, un accord de la ZLEC portant
sur la propriété intellectuelle devrait être négocié,
• Définir et interpréter les dispositions de la législation tandis que sur les questions de fond, un accord de cette
actuelle de la concurrence, repérer les lacunes dans nature devrait aborder les problèmes qui se posent
chacune des méthodes appliquées et trouver un expressément en Afrique à cet égard.
moyen de rationaliser les systèmes dans le cadre
d’une législation de la concurrence ; Une stratégie africaine du numérique industriel devrait
chercher à valoriser les possibilités qu’offrira l’économie
• Définir d’autres paramètres ou d’autres domaines numérique et à résoudre les difficultés qu’elle suscitera.
du droit qui seront nécessaires pour faciliter La ZLEC devrait être le cadre tout indiqué pour définir
l’application d’une législation de la concurrence une position commune sur les règles du commerce
à l’échelle de la ZLEC, formuler les principaux électronique et pour établir un marché intégré des
éléments de cette législation et les synchroniser entreprises numériques proprement africaines.
avec la démarche choisie pour permettre une
application sans heurt ;

• Obtenir la coopération des divers États membres et


de leurs organismes ;

10
Chapitre 1
Introduction
La création d’une zone de libre-échange continentale à présent de relever consiste à faire en sorte qu’ambition
(ZLEC) est une étape majeure dans la longue marche rime avec mise en œuvre. Pour emprunter une formule
vers l’intégration africaine. Comme prévu dans le Traité utilisée par Nkosazana Dlamini-Zuma, ancienne
portant création de la Communauté économique Présidente de la Commission de l’Union africaine, lors
africaine (communément appelé Traité d’Abuja), entré d’une réunion tenue le 6 octobre 2014, « je ne crois pas
en vigueur en 1994, le processus d’intégration a pour que l’Afrique manque de politiques. Ce qui nous reste
point culminant l’avènement de la Communauté à faire c’est de les appliquer et je pense que c’est là
économique africaine. Le chapitre 2 fait le point sur que le bât blesse ». Le réalisme commande que l’on ait
l’intégration économique de l’Afrique. une compréhension aiguë de l’économie politique de
l’intégration et des conséquences de la mise en œuvre
La ZLEC vise à libéraliser les échanges entre les pays sur de réformes commerciales. C’est pourquoi le chapitre 3
toute l’étendue du continent et à faire fond sur les succès porte sur l’économie politique de la ZLEC, offrant une
considérables déjà obtenus au sein des communautés approche conceptuelle permettant d’en saisir le sens.
économiques régionales (CER). Ce faisant, la ZLEC
devrait faciliter les échanges intra-africains, favoriser La ZLEC sera plus qu’un accord traditionnel de libre-
des chaînes de valeur régionales propices à l’intégration échange et comprendra plusieurs éléments d’un
dans l’économie mondiale, ainsi que dynamiser marché unique. Le champ de l’accord sur la ZLEC
l’industrialisation, la compétitivité et l’innovation, (évoqué au chapitre 4) englobe le commerce des
contribuant ainsi au progrès et au développement biens et services, l’investissement, les droits de
socio-économiques de l’Afrique. Ces questions ont propriété intellectuelle et la politique de concurrence
été évoquées dans plusieurs éditions précédentes de ; en revanche, un accord traditionnel de libre-échange
l’État de l’intégration régionale en Afrique, notamment n’exigerait que l’élimination des tarifs et des quotas
la cinquième (ARIA V), dans laquelle a été exposée la sur le commerce des marchandises. Les normes et les
raison d’être de la ZLEC. règlements concernant les services, par exemple, sont
généralement harmonisés lorsqu’est créé un marché
L’approche développementiste de la ZLEC est unique. L’inclusion des services dans les négociations,
solidement ancrée dans les réalités de l’économie en plus du commerce des marchandises, revient à
politique et les défis du développement de l’Afrique. reconnaître que pour les chaînes de valeur du XXIe
Tout accord commercial doit refléter une combinaison siècle les services jouent un rôle crucial dans la
de considérations générales en matière de d’économie production des marchandises échangées. Le secteur
politique, que sous-tendent des principes tels des services contribue déjà pour une part substantielle
que la géométrie variable, la flexibilité ainsi qu’un à la production de la plupart des économies africaines.
traitement spécial et différencié. Ces principes se
traduisent généralement par des modalités telles La ZLEC constitue également le premier projet phare
que les exceptions et les exclusions, le calendrier dans le cadre de l’Agenda 2063 de l’Union africaine et
d’exécution des engagements, les mesures correctives une initiative majeure qui peut permettre à l’Afrique de
commerciales, etc. faire fond sur les progrès déjà accomplis pour atteindre
plusieurs objectifs de développement durable,
Initiative ambitieuse concernant le deuxième continent notamment l’élimination de la pauvreté (objectif 1),
le plus important du monde, la ZLEC comprend les la sécurité alimentaire (objectif 2), l’égalité des sexes
55 États membres de l’Union africaine et les huit CER (objectif 5), l’énergie propre et bon marché (objectif
reconnues par celle-ci, qui disposent de nombreux 7), les emplois décents et la croissance économique
cadres juridiques de libéralisation des échanges, (objectif 8), l’industrie, l’innovation et l’infrastructure
auxquels s’ajoute une initiative tripartite d’intégration (objectif 9), la réduction des inégalités (objectif 10), une
régionale concernant trois des CER. Le défi qu’il convient attitude responsable en matière de consommation et de
11
production (objectif 12), l’action pour le climat (objectif La mobilisation des ressources intérieures et l’aide au
13), la paix, la justice et des institutions fortes (objectif développement sont également examinés en tant que
16) et des partenariats pour la réalisation des objectifs mécanismes de financement de cette initiative.
(objectif 17). La communauté internationale doit se
concentrer sur l’objectif 1 en honorant son engagement Au cœur de la ZLEC, se trouve une approche
selon lequel « nul ne sera laissé pour compte… en développementiste qui reconnaît la nécessité, d’une
commençant par ceux qui sont en queue de peloton ». part, de libéraliser le commerce et, d’autre part,
d’accroître les capacités de production et de promouvoir
Le chapitre 5 s’appesantit sur cet engagement et met en la transformation. Non seulement cette approche est
exergue le rôle de la ZLEC en tant que moyen d’éliminer peu conventionnelle, mais elle laisse délibérément de
la pauvreté. Il montre comment différents pays aux côté de nombreux aspects du calendrier soigneusement
configurations économiques variées peuvent bénéficier défini de la progression du Traité d’Abuja vers la
de la ZLEC et de ses effets redistributifs au niveau Communauté économique africaine. Pour poser le
infranational et au sein des groupes vulnérables. Il est cadre juridique de l’accord sur la ZLEC, une des solutions
essentiel que les avantages de la ZLEC soient partagés serait un amendement au Traité d’Abuja, qui aurait pour
de façon équitable sur tout le continent (une approche effet d’actualiser ce dernier et de réorienter sa mise en
doublement gagnante). œuvre vers l’enjeu du moment, à savoir l’avènement
de la ZLEC. Ces questions sont évoquées dans le
Le projet d’accord sur la ZLEC progresse parallèlement chapitre 8, qui passe en revue les questions relatives à
à l’application du Plan d’action pour l’intensification la gouvernance du commerce, notamment le rôle des
du commerce intra-africain, qui vise à desserrer CER au niveau régional et les partenariats stratégiques
les contraintes et à résoudre les problèmes du public-privé au niveau national.
commerce intra-africain dans le cadre de sept groupes
thématiques prioritaires : politique commerciale, Le chapitre 9 replace la ZLEC dans le contexte d’un monde
facilitation des échanges, capacités productives, en mutation. Alors que l’Afrique a placé le « régionalisme
infrastructure liée au commerce, financement du développementiste » au cœur de sa stratégie de
commerce, information commerciale et intégration croissance et de transformation structurelle, les
des marchés des facteurs. L’application effective du tendances mondiales actuelles illustrent un scepticisme
Plan d’action sera d’importance décisive pour réduire croissant à l’égard de l’intégration régionale et des
au minimum les difficultés et porter au maximum les accords commerciaux. Aussi est-il crucial que l’Afrique
gains de la libéralisation des droits de douane et faire ne renonce pas aux engagements qu’elle a pris de mettre
ainsi en sorte que toutes les entreprises africaines en œuvre, grâce à la ZLEC, la libéralisation du commerce
et tous les pays africains puissent bien profiter de la à l’échelle continentale et les réformes structurelles qui
ZLEC. Il est tout aussi important de se pencher sur le vont avec. Le commerce reste un moteur important de
contenu de l’accord, notamment les dispositions sur les la productivité, de la croissance et du progrès social.
barrières non tarifaires, les services, l’investissement, la C’est aussi un outil important pour mettre en œuvre et
libre circulation des personnes, les mesures correctives financer le programme de développement de l’Afrique.
commerciales, le suivi et l’évaluation. Tant les mesures Toutefois, les préoccupations que suscite actuellement
d’accompagnement du Plan d’action que le contenu la répartition inéquitable des avantages du commerce
de l’accord sur la ZLEC sont examinés au chapitre 6, qui exigent que l’on s’efforce de mettre en place une ZLEC
passe en revue les politiques jugées cruciales pour faire progressiste et favorable aux pauvres (comme on le verra
de la ZLEC une approche doublement gagnante. aux chapitres 5 et 6). Cet aspect est important dans un
monde marqué à la fois par les récents bouleversements
Le financement de la ZLEC fait l’objet du chapitre 7. tectoniques ayant secoué plusieurs grands partenaires
On y présente un cadre d’analyse des coûts de mise commerciaux internationaux et par une stagnation des
en œuvre, y compris les coûts d’ajustement structurel, négociations commerciales multilatérales.
tant pour le secteur privé que pour le secteur public.

12
Enfin, le chapitre 10 se projette déjà dans la deuxième au développement. Il expose également les raisons
phase des négociations sur la ZLEC et passe en revue justifiant l’inclusion du commerce électronique dans
les principaux enjeux en ce qui concerne l’élaboration la deuxième phase des négociations, au vu de la
d’une politique de concurrence et de régimes de numérisation rapide des économies modernes.
droits de propriété intellectuelle qui soient propices

13
Chapitre 2
L’État de l’intégration régionale en
Afrique
Le présent chapitre expose le contexte économique l’inflation était de 2,3 % en 2016 ; elle a été de 5,3 % en
de la zone de libre-échange continentale (ZLEC), Afrique de l’Est, de 8,7 % en Afrique du Nord, de 11,4 %
et notamment les principales modifications de en Afrique australe et de 13 % en Afrique occidentale.
l’intégration régionale en Afrique depuis ARIA  VII,
publié en avril 2016. Le chapitre résume l’intégration, Dans les sous-régions, c’est en Afrique du Nord que
par pays, et les faits nouveaux dans l’industrie extractive, le déficit budgétaire a été le plus lourd, mais il a
l’agriculture, la santé publique, la paix et la sécurité, légèrement diminué grâce à une légère amélioration
l’intégration financière, la liberté de circulation des en Égypte. Le déficit budgétaire de l’Afrique centrale a
personnes, l’intégration des infrastructures, l’intégration globalement augmenté de 5,1 % du PIB à 5,8 % entre
commerciale et les tendances des échanges. 2015 et 2016. Cela est dû surtout à des politiques
budgétaires expansionnistes dans le contexte d’une
Durant la période considérée, l’Afrique a continué baisse des revenus pétroliers dans ces pays : Cameroun
à prendre des mesures allant dans le sens d’une (les dépenses publiques consacrées au transport et
intégration plus poussée en définissant des politiques aux infrastructures énergétiques), Guinée équatoriale
nationales et régionales dans plusieurs domaines. (augmentation des investissements publics dans les
infrastructures) et République du Congo (dépenses
Le contexte économique1 consacrées aux traitements dans le secteur public).

Le produit intérieur brut (PIB) en Afrique a augmenté Le déficit budgétaire en Afrique de l’Est est passé de
de 1,7  % en 2016 (CEA, 2017a), mais la performance 4  % du PIB à 4,6  % en 2016 en raison de politiques
économique est très variable selon les pays  : la budgétaires expansionnistes, surtout en Éthiopie
croissance a été de 8  % en Côte d’Ivoire, de 7  % en (investissements dans l’infrastructure), au Kenya
République-Unie de Tanzanie, de 6  % au Kenya et au (investissements dans une nouvelle voie ferrée, forte
Sénégal, de 5,3 % au Cameroun, de 5,1 % en République augmentation des traitements des fonctionnaires
centrafricaine, de 4,2  % au Mozambique, de 3,8  % au et transferts aux comtés nouvellement créés) ainsi
Ghana, de 3,6 % à Maurice, de 3,2 % au Gabon, de 1,7 % qu’en Ouganda (investissements dans des ouvrages
au Maroc, de 1,1 % au Tchad et de 0,6 % en Afrique du hydroélectriques).
Sud. L’économie du Nigéria, fortement dépendante du
pétrole, a subi une contraction de 1,6  %  ; celle de la En Afrique de l’Ouest, le déficit budgétaire est passé de
Guinée équatoriale a essuyé une diminution de 4,5 %. 1,8 % à 2,8 % du PIB en 2016, en raison surtout d’une
augmentation des dépenses publiques au Nigéria
Au cours des deux dernières années, l’inflation a (consacrées surtout à la sécurité), d’une augmentation
généralement continué à diminuer en Afrique, à la du salaire minimum et d’une augmentation des
faveur de politiques monétaires prudentes, d’une dépenses consacrées à la sécurité et à l’équipement
baisse des cours mondiaux du pétrole et des autres en Côte d’Ivoire et, au Ghana, à des dépenses liées
produits de base ainsi que de bonnes récoltes, en même aux élections et à une augmentation des dépenses
temps que certains pays ont subi une flambée des prix consacrées aux traitements dans le secteur public.
en raison de la dépréciation de leur monnaie, et ils ont
répondu en donnant une orientation plus restrictive à Le déficit budgétaire en Afrique australe est demeuré
leur politique monétaire. inchangé, à 4,4 % du PIB. En Afrique du Sud, il a augmenté
en raison de la croissance lente des recettes au moment
En 2016, l’inflation était de 10 %, et elle devrait rester à où les dépenses s’alourdissaient, et cette augmentation
ce niveau en 2017. Dans la région de l’Afrique centrale, a été compensée au niveau régional par les diminutions
15
Figure 2.1
Déficit des balance courantes de l’Afrique
2

0,5
0
Solde de la balance courante (% du PIB)

-3,4 -5,5 -7,0 -7,0


-2

-4 -4,1

-5,9 -6,1
-6 -6,3
-6,6
-6,6 -6,6
-7,7
-8,2
-8
-8,3
-8,8
-10
2013 2014 2015 2106e

Afrique Exportateurs de pétrole Importateurs de pétrole Pays à richesses minérales


Note : « e » : estimations.
Source : CEA (2017a).

des déficits budgétaires du Mozambique (qui a appliqué trouvera au chapitre  9 un complément d’information
des réductions de dépenses d’équipement), en Namibie sur ces questions et sur leurs conséquences pour la
et en Zambie (avec une meilleure collecte de l’impôt ZLEC.)
et une remise à plus tard de la réalisation de grands
ouvrages d’équipement). Intégration globale

La figure 2.1 montre les tendances récentes des déficits Alors que l’Afrique a lancé plusieurs initiatives qui
des balances courantes en Afrique, par groupe de pays. témoignent de sa volonté d’intégration continentale, le
La diminution des cours des produits de base a réduit cadre qui fournit à la fois la légitimité et l’inspiration de
les recettes d’exportation des pays africains, ce qui s’est cette entreprise est le Traité établissant la Communauté
traduit par un alourdissement du déficit des balances économique africaine (Traité d’Abuja) entré en
courantes. vigueur en 1994. Dans les paragraphes qui suivent, on
examine les progrès enregistrés dans la réalisation des
Les monnaies africaines ont continué à se déprécier engagements pris dans ce traité. La figure 2.2 montre
en 2016. L’Angola, l’Éthiopie et le Nigéria ont dévalué les diverses étapes de l’intégration auxquelles les pays
leur monnaie. Le franc CFA devrait se déprécier africains se sont engagés dans le cadre du Traité.
progressivement. L’Égypte a mis sa monnaie en
fluctuation libre en 2016, année où le rand sud-africain Selon la Commission économique pour l’Afrique (CEA)
avait beaucoup fluctué. Au Ghana, le cedi est resté (2016) :
stable en 2016 après de fortes fluctuations ces dernières
années, mais on s’attend à une dépréciation progressive La première étape est désormais achevée, et
de cette monnaie. huit communautés économiques régionales
ont formellement été reconnues par l’Union
Un ralentissement plus prononcé que prévu en Chine africaine. Ce sont l’Union du Maghreb
pourrait poser des problèmes pour les pays africains, arabe (UMA), la Communauté économique
de même que les tensions géopolitiques, les politiques des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO),
de la nouvelle administration aux États-Unis et l’impact la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE),
de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, l’Autorité intergouvernementale pour le
en particulier parce que l’Union européenne est le développement (IGAD), la Communauté de
principal partenaire commercial de l’Afrique. (On développement de l’Afrique australe (SADC),
16
Figure 2.2.
Feuille de route vers une communauté économique africaine
Première étape : Renforcer les CER existantes et en établir de nouvelles dans
les régions où elles n’existent pas (en 1999)

2e étape : Veiller à consolider chaque CER (élimination progressive des obstacles tarifaires et non tarifaires)
et harmonisation entre les CER (en 2007)

3e étape : Établir des zones de libre-échange et une union douanière dans chaque CER (en 2017)

4e étape : Coordonner et harmoniser les systèmes tarifaires et non tarifaires parmi les CER
dans le but de créer une union douanière contientale (en 2019)

5e étape : Créer un marché commun africain (en 2023)

6e étape : Établir une communauté économique africaine, y compris une


union monétaire africaine et un parlement panafricain (en 2028)
Source : CEA (2016).

Tableau 2.1
État de l’intégration économique régionale, par CER
CER Zone de libre- Union doua nière Marché unique Pays ayant appliqué le protocole sur Union économique
échange la liberté de circulation et monétaire
CAE ✔ ✔ ✔ 3 pays sur 5 ✖
COMESA ✔ ✖ ✖ Seul le Burundi a ratifié le protocole ; le ✖
Rwanda serait sur le point de le faire
CEDEAO ✔ ✔ ✖ Les 15 pays ✖
SADC ✔ ✖ ✖ 7 pays sur 15 ✖
CEEAC ✔ ✖ ✖ 4 pays sur 11 ✔2
CEN-SAD ✖ ✖ ✖ Situation mal précisée ✖
IGAD ✖ ✖ ✖ Pas de protocole ✖
UMA ✖ ✖ ✖ 3 pays sur 5 ✖

Source : CEA (2016).

le Marché commun de l’Afrique de l’Est et de Alors que la ZLEC ne figure pas expressément
l’Afrique australe (COMESA), la Communauté dans la feuille de route de l’Union africaine,
économique des États d’Afrique centrale conformément à la succession des étapes de
(CEEAC) et la Communauté des États sahélo- l’intégration économique régionale, c’est une
sahariens (CEN-SAD). La deuxième étape n’a première étape vers la création d’une Union
pas encore été atteinte car les progrès obtenus douanière continentale.
par les communautés économiques régionales
(CER) et par leurs États membres ont été Le tableau 2.1 résume l’état de l’intégration économique
inégaux. La troisième phase est en cours régionale dans chacune des huit CER reconnues par
dans plusieurs des CER, mais pas toutes. Trois l’Union africaine (figure 2.3). Les CER avancent en
seulement des huit CER reconnues ont créé à effet à des vitesses différentes au regard de différents
la fois une zone de libre-échange et une union éléments du Traité d’Abuja. La CAE est celle qui a fait le
douanière (CEDEAO, CAE et COMESA), bien plus de progrès dans l’ensemble.
qu’à des degrés variables de mise en œuvre.
17
Figure 2.3
Carte de l’Afrique et composition des CER
Certains pays sont membres de plus
Indice en Afrique eac d’une CER :
l CEN-SAD l CEDEA
cen-sad l COMESA l IGAD
igad l CAE l SADC
l CEEAC l UMA

l Algérie
l CAE ll Angola
Burundi ll Bénin
Kenya l Botswana
Ouganda l IGAD ll Burkina Faso
l CEN-SAD Rép.-Unie de Tanzanie Djibouti lll Burundi
Bénin Mali Érythrée ll Cabo Verde
Rwanda
Burkina Faso Maroc Éthiopie l Cameroun
eccas
Cabo Verde Mauritanie Kenya ll Rép. centrafircaine
Comores Niger ll Tchad
Ouganda
Nigéria ll Comores
Côte d’Ivoire Somalie
Rép. centrafricaine l Congo
Djibouti Soudan
Sao Tomé-et- ll Côte d’Ivoire
Égypte Principe Soudan du Sud lll RDC
Érythrée sadc
Sénégal lll Djibouti
Gambie Sierra Leone l CEEAC ll Égypte
Ghana Somalie Angola l Guinée équatoriale
Guinée Soudan Burundi lll Érithrée
Guinée-Bissau Tchad Cameroun ll Éthiopie
Togo Congo l Gabon
Kenya
Tunisie Gabon ll Gambie
Libéria
l SADC ll Ghana
Libye comesa Guinée équatoriale
ll Guinée
Rép. centrafricaine Afrique du Sud
ll Guinée-Bissau
RDC Angola
llll Kenya
Rwanda Botswana l Lesotho
Sao Tomé-et-Principe Lesotho ll Libéria
Tchad Madagascar lll Libye
ecowas Malawi ll Madagascar
Maurice ll Malawi
l COMESA Mozambique ll Mali
Burundi ll Mauritanie
Namibie
Comores ll Maurice
RDC
Djibouti ll Maroc
Rép.-Unie de Tanzanie l Mozambique
Égypte
Seychelles l Namibie
Érythrée
Swaziland ll Niger
Éthiopie l ECOWAS ll Nigéria
Zambie
Kenya Bénin lll Rwanda
Zimbabwe
Libye Burkina Faso uma ll Sao Tomé-et-Principe
Madagascar Cabo Verde ll Sénégal
Malawi Côte d’Ivoire ll Seychelles
Maurice Gambie ll Sierra Leone
Ghana ll Somalie
Ouganda
l Afrique du Sud
RDC Guinée
l Soudan du Sud
Rwanda Guinée-Bissau lll Soudan
Seychelles Libéria l Swaziland
l UMA
Soudan Mali Algérie ll Togo
Swaziland Niger Lybie ll Tunisie
Zambie Nigéria Maroc lll Ouganda
Sénégal ll Rép.-Unie de Tanzanie
Zimbabwe Mauritanie
ll Zambie
Sierra Leone Tunisie
ll Zimbabwe
Togo

Source: [Link]

18
L’extrait suivant du document CEA (2016) montre moyens d’incitation aiderait à encourager
comment la ZLEC s’inscrit dans la réalisation progressive l’investissement dans les pays africains de
de la Communauté économique africaine : façon à accélérer le développement et aiderait
aussi à éviter une surenchère ruineuse.
La ZLEC couvre le commerce des marchandises, Un système de règlement des différends à
les services, les investissements, les droits l’échelle du continent pour les litiges relatifs
de propriété intellectuelle et la politique de aux investissements entre les États parties
la concurrence. Ce champ assez large va au- serait également essentiel.
delà de ce qui constituerait une zone de libre-
échange habituelle, qui nécessite uniquement La politique des droits de propriété
l’élimination des droits de douane et des intellectuelle et de la concurrence n’est
quotas sur le commerce des marchandises. nécessaire que dans l’union économique,
C’est pourquoi, comme d’autres blocs qui est la cinquième et dernière phase de
commerciaux, il est difficile de placer avec l’intégration économique régionale. Comme
précision la ZLEC dans l’une des cinq étapes de rares sont les pays africains qui se sont dotés des
l’intégration économique régionale. Le large capacités institutionnelles et des spécialistes
champ couvert par la ZLEC devrait faciliter le nécessaires pour utiliser les instruments des
processus ultérieur d’intégration économique mesures commerciales correctives telles que
régionale en Afrique. les mesures antidumping, les mesures de
sauvegarde et les mesures compensatoires, le
L’harmonisation des normes et des règles champ d’application de la ZLEC couvre aussi
relatives aux services a lieu ordinairement ces questions. La politique de la concurrence
lors de la création d’un marché unique. Mais est un instrument particulièrement important
il est important que le commerce des services pour réprimer les pratiques commerciales
fasse l’objet de négociations parallèles à celles inéquitables et aussi pour apporter des
relatives aux marchandises étant donné que informations précises aux chefs d’entreprise.
les services entrent dans la production des L’inclusion d’un mécanisme de régulation de
marchandises échangées et que le secteur la concurrence et de règlement des différends
contribue de façon appréciable à la production dès leur apparition aidera aussi à améliorer la
de la plupart des pays africains. L’accord relatif confiance dans la ZLEC.
à la ZLEC devra donc inclure des chapitres
portant sur le commerce des services, sur L’accord créant la ZLEC devrait également
la base d’une libéralisation progressive et inclure un appendice sur la liberté de
de la consolidation et de la poursuite des circulation des personnes physiques s’occupant
réalisations des CER. des services et des investissements, domaine
de coopération qui habituellement n’est
Certaines règles communes relatives aux pas couvert dans l’accord créant un marché
investissements, requis par un marché unique, unique. Cela est nécessaire pour concrétiser
sont ordinairement traitées dans le chapitre les possibilités offertes par la libéralisation des
sur la liberté de mouvement des capitaux, échanges des marchandises, des services et
tandis qu’une union économique contiendra des investissements.
habituellement une politique d’investissement
bien développée. Les questions relatives aux Enfin, le projet d’accord sur la ZLEC progresse
investissements sont rarement traitées dans parallèlement à l’application du Plan d’action
les zones de libre-échange. L’accord de la pour l’intensification du commerce intra-
ZLEC, cependant, devrait inclure des chapitres africain (plan BIAT) adopté par les chefs
sur les investissements, suffisamment d’État de l’Union africaine en janvier 2012.
ambitieux pour couvrir à la fois les biens et les Cette initiative va sensiblement au-delà
services. La définition de règles communes des exigences d’une zone de libre-échange
pour les États parties dans l’introduction de habituelle et vise à desserrer les contraintes
19
et résoudre les problèmes du commerce intra- en matière d’intégration régionale dans le cadre de
africain, qui sont examinés dans les différents leur communauté économique régionale. L’indice
groupes thématiques : politique commerciale, mesure l’intégration de chaque pays en fonction de
facilitation des échanges, capacités cinq dimensions, assorties au total de 16  indicateurs.
productives, infrastructure liée au commerce, Les tableaux suivants décrivent, pour chacune des huit
financement du commerce, information CER reconnues par l’Union africaine, l’intégration de
commerciale et intégration des marchés des leurs membres dans l’ensemble de la CER, sur la base du
facteurs de production. L’application effective score global obtenu et de chacune de ses dimensions.
de l’initiative BIAT sera d’importance décisive
pour réduire au minimum les difficultés et Des données récentes, dont ne disposent pas encore la
porter au maximum les gains de la libéralisation BAD, la CUA et la CEA (2016), ont permis d’établir, à la
des droits de douane et faire ainsi en sorte que BAD, l’Indice de développement des infrastructures en
toutes les entreprises africaines et tous les pays Afrique (publié en 2016). Ces données font apparaître
africains puissent bien profiter de la ZLEC. des scores moyens pour la période 2011-2013 (et
non pour la période 2010-2012). La préparation de la
En avril 2016, la Banque africaine de développement deuxième édition de l’Indice est en cours. Il inclura une
(BAD), la Commission de l’Union africaine (CUA) et la sixième dimension portant sur l’intégration sociale et sur
CEA ont lancé l’indice de l’intégration régionale en l’égalité des sexes ; il mesurera l’intégration à l’intérieur
Afrique. Cet indice suit les progrès accomplis par les de chaque CER et comparera le degré d’intégration de
pays africains au regard de leurs engagements mutuels tous les pays africains dans le reste du continent.

20
Tableau 2.2
Intégration parmi les membres du Marché commun de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique australe –
classement par pays
COMESA
Pays Classement Intégration Infrastructures Intégration Libre circulation Intégration financière et
général commerciale regionales productive des personnes macroéconomique
Zambie 1 1 8 3 4 12

Ouganda 2 5 15 2 2 6

Kenya 3 4 13 6 4 10

Égypte 4 2 7 1 18 11

Seychelles 5 17 2 10 1 1

Maurice 6 11 14 12 3 4

Madagascar 7 12 4 4 10 8

Zimbabwe 8 7 10 15 6 9

Rwanda 9 9 16 9 8 5

RDC 10 3 9 14 14 13

Swaziland 11 15 1 7 7 19

Comores 12 14 6 17 10 2

Burundi 13 13 12 8 13 14

Malawi 14 10 11 11 9 17

Libye 15 6 3 19 19 7

Djibouti 16 19 17 5 12 3

Soudan 17 8 5 18 17 16

Érythrée 18 16 19 13 15 15

Ethiopie 19 18 18 16 16 18

Tableau 2.3
Intégration parmi les membres de la Communauté de développement de l’Afrique australe –
Classement par pays
SADC
Pays Classement Intégration Infrastructures Intégration Libre circulation Intégration financière et
général commerciale régionales productive des personnes macro-économique
Afrique du Sud 1 1 4 2 6 1

Namibie 2 3 1 12 6 2

Botswana 3 4 2 14 8 3

Swaziland 4 5 5 5 1 8

Zambie 5 2 8 3 3 11

Zimbabwe 6 15 7 1 5 5

Seychelles 7 14 6 9 1 4

Mozam-bique 8 7 11 4 11 9

Lesotho 9 6 3 15 8 7

Maurice 10 8 14 11 4 6
Rép.-Unie de 11 13 15 6 12 13
Tanzanie
Madagascar 12 9 13 8 13 10

Malawi 13 10 12 13 8 15

RDC 14 11 9 7 14 12

Angola 15 12 10 10 15 14

21
Tableau 2.4
Intégration parmi les membres de la Communauté d’Afrique de l’Est – Classement par pays
EAC
Pays Classement Intégration Infrastructures Intégration Libre circulation Intégration financière et
général commerciale régionales productive des personnes macroéconomique
Rwanda 1 4 1 4 1 1
Kenya 2 1 3 3 1 2
Ouganda 3 2 5 1 3 3
Burundi 4 5 2 5 3 4
Rép.-Unie de 5 3 4 2 5 5
Tanzanie

Tableau 2.5
Intégration parmi les membres de la Communauté des États sahélo-sahariens – Classement par pays
CEN-SAD
Pays Classement Intégration Infrastructures Intégration Libre circulation Intégration financière et
général commerciale régionales productive des personnes macroéconomique
Côte d’Ivoire 1 1 12 14 1 8
Bénin 2 14 16 4 7 9
Togo 3 15 4 9 6 7
Sénégal 4 4 15 10 11 3
Niger 5 10 13 15 2 1
Mali 6 6 17 18 2 6
Burkina Faso 7 11 8 20 5 2
Tunisie 8 3 18 7 15 15
Ghana 9 12 3 8 13 20
Maroc 10 17 1 3 18 11
Gambie 11 19 6 5 7 16
Guinée-Bissau 12 26 9 25 9 5
Nigéria 13 8 11 22 10 23
Égypte 14 2 14 6 29 22
Kenya 15 21 19 1 17 21
République 16 20 27 22 10
centrafri-caine
Djibouti 17 22 23 2 21 14
Guinée 18 18 7 19 2 27
Libye 19 13 2 21 27 18
Mauritanie 20 16 21 23 16 17
Tchad 21 24 29 17 19 4
Libéria 22 28 20 11 13 19
Comores 23 9 28 23 13
Sierra Leone 24 23 24 13 12 26
Cabo Verde 25 27 5 28 12
Érythrée 26 7 26 16 26 25
Soudan 27 5 10 24 25 28
Sao Tomé-et- 28 29 25 12 24 24
Príncipe
Somalie   25 22 26 20  

22
Tableau 2.6
Intégration parmi les membres de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest –
Classement par pays
CEDEAO
Pays Classement Intégration Infrastructures Intégration Libre circulation Intégration financière et
général commerciale régionales productive des personnes macroéconomique
Côte d’Ivoire 1 2 12 7 1 7
Togo 2 7 3 2 1 6
Sénégal 3 3 13 4 1 3
Niger 4 8 8 9 1 1
Ghana 5 4 2 3 1 12
Burkina Faso 6 9 6 14 1 2
Bénin 7 11 14 8 1 8
Mali 8 6 15 12 1 5
Nigéria 9 1 7 10 1 13
Guinée-Bissau 10 10 9 15 1 4
Gambie 11 14 4 1 1 10
Cabo Verde 12 12 1 13 1 9
Sierra Leone 13 5 11 6 1 14
Libéria 14 15 10 5 1 11
Guinée 15 13 5 11 1 15

Tableau 2.7
Intégration parmi les membres de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale –
Classement par pays
CEEAC
Pays Classement Intégration Infrastructures Intégration Libre circulation Intégration financière et
général commerciale régionales productive des personnes macroéconomique
Cameroun 1 1 4 3 4 3
Gabon 2 3 3 4 7 1
Congo 3 8 2 5 3 5
République 4 6 5 9 2 4
centrafricaine
Tchad 5 4 11 6 4 2
Rwanda 6 5 8 2 6 7
Guinée équatoriale 7 7 7 10 7 6
Angola 8 2 1 11 11 11
Burundi 9 10 10 1 9 9
Sao Tomé-et- 10 11 9 7 1 10
Principe
RDC 11 9 6 8 9 8

23
Tableau 2.8
Intégration parmi les membres de l’Union du Maghreb arabe – Classement par pays
AMU
Pays Classement Intégration Infrastructures Intégration Libre circulation Intégration financière et
général commerciale régionales productive des personnes macro-économique
Maroc 1 2 2 2 4 1
Tunisie 2 1 5 1 3 2
Algérie 3 4 4 4 1 3
Libye 4 3 1 3 5 5
Mauritanie 5 5 3 5 2 4

Tableau 2.9
Intégration parmi les membres de l’Autorité intergouvernementale pour le développement –
Classement par pays
IGAD
Pays Classement Intégration Infrastructures Intégration Libre circulation Intégration financière et
général commerciale régionales productive des personnes macroéconomique
Kenya 1 2 2 1 2 2
Uganda 2 1 8 2 1 3
Djibouti 3 5 1 3 5 1
Ethiopia 4 6 5 4 4 5
Eritrea 5 4 7 5 3 4
Sudan 6 3 6 6 8 7
South Sudan     3 7 6
Somalia   7 4 7 5  

Le Centre africain de développement minier (CADM)


Autres domaines de coopération – centre d’excellence de la CUA et de la CEA – a été créé
régionale : les mines, la santé en 2013 pour guider l’application de la Vision africaine
des mines. Sa mission est d’aider les États membres
publique, la paix et la sécurité
africains à appliquer et rationaliser les visions nationales
des mines.
Industrie minière
Adoptée en 2009 par les chefs d’État africains, la Vision Pour réaliser les ambitieux objectifs de la Vision africaine
africaine des mines est une feuille de route pour la des mines, il faudra renforcer l’intégration régionale
diversification des économies africaines, leur inclusion en Afrique. Les chaînes de valeur régionales, dans le
et leur intégration autour d’une utilisation responsable secteur minier, sont indispensables aussi bien en amont
des ressources naturelles. Les sept piliers exposent qu’en aval, aux niveaux sous-régional et régional. Les
les changements institutionnels et fondamentaux recherches faites par le CADM repèrent les possibilités
nécessaires pour réaliser une industrialisation à partir de création de chaînes de valeur régionales minières en
du secteur minier et créer des emplois, ce qui devrait Afrique australe, où les industries minières bien établies,
réduire, pour le continent africain, l’acuité des cycles les nouveaux venus dans ce secteur et les pays dotés
conjoncturels alternant surchauffe et dépression des de vigoureux secteurs de l’agriculture, du transport et
cours des produits de base. En fait, les rentes minières d’autres industries ont tous un rôle à jouer dans une
élevées qui se sont accumulées durant les années 2000 conception régionale de l’industrialisation minière.
ont fait place à une chute brutale des cours et donc des
rendements, et cela montre assez qu’il est impératif de La demande nationale de contributions du secteur
développer des activités de création de valeur ajoutée le minier et la masse critique de producteurs de ces
long des chaînes de valeur régionales du secteur minier. contributions risquent d’être trop faibles pour atteindre
Il faut donc un arrangement institutionnel centré sur un seuil d’efficacité et réaliser des économies d’échelle ;
une transformation s’appuyant sur ce secteur. de ce fait, les marchés régionaux peuvent mettre
24
en commun leur production et la demande pour particulier par la rationalisation des mesures fiscales,
atteindre le seuil d’efficacité voulu. Les chaînes de permettrait aux pays de coordonner leur fiscalité tout
valeur régionales minières tirent parti des avantages en ménageant la possibilité d’adaptation spécifique
comparatifs dans la répartition des qualifications, des des régimes fiscaux nationaux qui risqueraient d’être
dotations de ressources minérales, de la connectivité et gommés par un système trop uniforme.
des liens interindustriels existants, qui s’étendent sur les
sous-régions. Au niveau régional, il y a un consensus sur la nécessité
de mettre en place un cadre africain de lutte contre
Le CADM fait aussi des recherches sur les marchés les flux financiers illicites dans le secteur minier par
potentiels pour une mise en commun des fournitures une coopération et une harmonisation plus grandes
minières et des produits nécessaires aux activités des régimes fiscaux; les directives mondiales à elles
minières dans la CEDEAO. Le développement seules risquent de ne pas suffire pour résoudre les
des infrastructures régionales –  en particulier problèmes très particuliers qui se posent dans la chaîne
pour l’exploitation des ressources énergétiques de valeur minière en Afrique tels que la falsification
transfrontières et des couloirs de transport  – est des prix de transfert et le fait que la fragmentation
d’importance cruciale pour ces chaînes de valeur régionale permet à une telle situation de se perpétuer.
régionales, car les activités qui sont au centre de Des programmes bien coordonnés de formation et de
l’activité minière et manufacturière sont gourmandes création de capacités sont actuellement appliqués pour
en énergie et risquent de mettre à mal les réseaux s’assurer que les autorités des divers pays ont bien la
nationaux d’approvisionnement énergétique déjà même conception des moyens de lutter contre ces flux
surchargés. La coopération régionale peut également illicites.
aider à mieux répartir les compétences et valoriser les
pratiques optimales dans les secteurs miniers. Un cadre minier complet a récemment été établi au
niveau sous-régional pour promouvoir et harmoniser
Un autre aspect de l’intégration est essentiel  : les politiques de transformation économique basée sur
la formation de liens impliquant une démarche le secteur minier. Par exemple, la CEDEAO a adopté une
régionale dans la lutte contre les flux financiers directive portant des principes et politiques harmonisés
illicites dans le secteur minier. Chaque année, ce sont pour le secteur minier, qui comporterait la création
plus de 50  milliards de dollars qui sortent d’Afrique3, d’un code minier commun aux pays de l’Afrique
pour moitié entraînés par les industries extractives. de l’Ouest  ; cette organisation est favorable à des
Plusieurs facteurs contribuent à ces sorties de capitaux, activités de création de valeur ajoutée par des liaisons
notamment le problème du manque de transparence interindustrielles et l’enrichissement des minerais,
et de l’insuffisance des capacités des administrations et à des mesures de protection de l’environnement,
fiscales. Cependant, les caractéristiques des régimes de meilleure gouvernance et de respect des droits de
fiscaux miniers et l’insuffisante harmonisation de ces l’homme5.
régimes entre les pays jouent aussi un rôle pernicieux.
Par exemple, beaucoup de pays africains continuent L’adoption d’une démarche régionale pour poursuivre
à avoir une conception contractuelle de la fiscalité la Vision africaine des mines –  en particulier sur les
minière, de sorte que les règles fiscales peuvent politiques de transformation économique basées sur le
varier d’un contrat à l’autre4. Il serait bien préférable secteur minier  – aidera les pays africains à surmonter
d’appliquer avec constance des systèmes d’octroi de les limites et les contraintes de la confection unilatérale
licences dans lesquels des règles méthodiques de d’une politique économique, des négociations
perception des redevances seraient appliquées. unilatérales des contrats, d’un développement des
infrastructures et d’autres mesures qui, isolément
Les régimes fiscaux des différents pays sont dépourvus et en l’absence de coopération, sont pesantes. Les
de cohérence, et cela permet à des acteurs extérieurs et producteurs miniers se font concurrence dans une
à des sociétés multinationales d’exploiter ces disparités. surenchère, au lieu de mettre en commun l’exploitation
Cette situation déclenche une surenchère onéreuse des marchés pour une création de valeur ajoutée
dans la rédaction des contrats et accords assortis de et l’obtention d’une meilleure position dans les
rémunérations excessives. L’harmonisation fiscale, en négociations sur les contrats.
25
La mise en œuvre demeure la partie la plus difficile de la militaires régionales ont apporté leur soutien au
politique et de la gouvernance minières ; des politiques nouveau président en sécurisant son entrée dans
bien conçues existent ou sont en cours d’élaboration, le pays et en lui offrant leur protection durant les
mais elles sont encore peu appliquées, en particulier premiers mois de ses fonctions en 2017.
pour les politiques régionales et transfrontières. Afin
d’y remédier, le CADM aide les États membres à rédiger • Les pays africains comptent 38 071 personnes dans
une version nationale, pratique, de la Vision africaine les neuf opérations de maintien de la paix des
des mines, et cela montre de plus en plus l’importance Nations Unies en Afrique (dont une, la MINUAD, est
des chaînes de valeur régionales, de l’harmonisation une opération hybride menée avec l’Union africaine)
et d’autres démarches à vocation régionale. Le CADM (calculs de la CEA reposant sur  : Nations Unies,
commence aussi à accepter l’idée que les visions 2017a, 2017b). Cet effectif est moins nombreux
régionales des mines puissent ouvrir de nouvelles qu’en juin 2016 (d’après les données figurant dans
possibilités de liaisons interindustrielles entre le la dernière édition d’ARIA), bien que le nombre des
secteur minier et le reste de l’économie, et de nouvelles missions de maintien de la paix n’ait pas diminué.
possibilités économiques en général.
• L’Union africaine a sa propre mission militaire en
En outre, la mise au point du Cadre de gouvernance Somalie, où elle est chargée de détruire les bastions
du secteur minier africain, le Manuel de la vision d’Al-Chabaab dans le centre de la Somalie et de
nationale des mines, la formation et d’autres mesures couper les routes d’approvisionnement. Dans le
de politique et de législation offrent des moyens de cadre de ces opérations, la mission a libéré la ville
résoudre un ensemble de questions de développement d’Adan Yabal, dans la région de Chabelle Dhexe et
qui se posent dans le secteur minier africain et de la ville de Galcad dans la région de Galguduud (CEA,
faire en sorte que ce secteur n’exacerbe pas encore les 2017f).
déséquilibres et les inégalités. S’agissant de l’avenir, il
faudra examiner les besoins des travailleurs du secteur • Une opération multinationale contre Boko Haram se
minier informel (souvent considéré comme illégal ; voir poursuit en Afrique de l’Ouest (CEA, 2017e).
la section relative au commerce informel) et les effets
ventilés par sexe de la politique minière. • Les femmes ont joué un rôle important dans la
consolidation de la paix en Afrique, notamment
Santé publique durant les négociations de paix au Burundi, en
Après l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest en 2014- République démocratique du Congo, dans le cadre
2015, les pays africains ont commencé à coopérer à la du Réseau des femmes pour la paix de l’Union du
prévention et à la gestion des crises de santé publique. fleuve Mano, ainsi qu’en Somalie.
Le Centre africain pour le contrôle et la prévention des
maladies a lancé un plan quinquennal en mars 2017. Intégration financière
Ce plan et la feuille de route qui l’accompagne fixent
les priorités pour la prévention, la lutte contre les Le tableau 2.10 indique les investissements directs
maladies et l’intervention en cas de menace pesant sur intra-africains. Un chiffre négatif indique que le pays a
la santé publique et en cas d’urgence survenant dans réduit la valeur de son investissement direct total, soit
le continent (Union africaine, 2017a  ; Union africaine, parce que les investissements ont baissé de valeur,
2017b). soit parce que les investisseurs de ce pays ont retiré
leur investissement. Le volume des investissements à
Paix et sécurité Maurice, malgré la relative petitesse de l’économie de ce
Dans ce domaine, les pays africains coopèrent pays, donne à penser que beaucoup d’investissements
activement : étrangers se dirigeant vers l’Afrique passent par ce pays
afin de tirer parti d’une fiscalité favorable et de son
• Les États membres de la CEDEAO ont réussi à statut de centre financier extraterritorial.
persuader le président sortant de la Gambie de
quitter ses fonctions après avoir perdu les élections,
mais il s’est refusé à le faire. Par la suite, les forces
26
Tableau 2.10
Investissements directs intra-africains, 2015
Libre circulation des personnes et
(millions de dollars) droit d’établissement
Bénin -5
En 2016, la Banque africaine de développement et
Botswana 1 386
McKinsey ont diffusé le rapport sur l’ouverture du
Burkina Faso 362
régime des visas en Afrique. Ce rapport montre que
Cabo Verde 87
les pays africains ont encore beaucoup à faire pour
Guinée-Bissau 70
libéraliser leur régime des visas. La figure 2.4 résume
Mali 502
cette ouverture, selon trois dimensions.
Maurice 21 380
Maroc 222
Les entités suivantes ont pris des mesures pour faciliter
Mozambique 5 856 la libre circulation des personnes :
Niger 490
Nigéria 5 284 • Le Rwanda a commencé le processus de ratification
Rwanda 877 du Protocole relatif à la libre circulation des
Seychelles 367 personnes du Marché commun de l’Afrique de l’Est
Afrique du Sud 3 341 et de l’Afrique australe (COMESA).
Togo 1 251
Ouganda 1 466 • Le Bénin, le Ghana, le Nigéria et le Zimbabwe ont
Zambie 1 988 pris des mesures pour libéraliser leur régime des
Source : Calculs de la CEA, d’après : FMI (2017). visas à l’intention des nationaux des autres pays
africains.
Certains groupements régionaux ont réalisé une
intégration partielle de leur système de paiement ; par • La Namibie et le Rwanda envisagent de supprimer
exemple, la CAE, la SADC (qui s’est dotée d’un système complètement les visas pour tous les Africains
intégré de paiement) et l’Afrique de l’Ouest et centrale (Geingob, cité dans The Citizen, 2016  ; The East
(Karingi et Davis, 2017). Le système de paiement et African, 2017).
de règlement de la COMESA est animé par neuf des
membres de cette organisation (COMESA, 2017). En • La ZLEC devrait comporter un accord sur la libre
outre, les États partenaires de la CAE ont récemment circulation des opérateurs économiques dans le
décidé de rendre leurs monnaies directement secteur du commerce et des investissements.
convertibles.
• L’Assemblée de l’Union africaine a demandé
En Afrique du Nord, la CEA travaille avec l’Union du qu’on établisse un projet de protocole sur la libre
Maghreb arabe pour augmenter le financement des circulation des personnes en Afrique, qu’elle
échanges. La CEDEAO s’efforce de faciliter l’avènement examinerait à sa réunion de janvier 2018.
d’une monnaie unique et elle a défini six critères de
convergence à l’intention des États membres (Agence
monétaire de l’Afrique de l’Ouest – AMAO – citée dans
CEA, 2017b).

27
Figure 2.4
Degré d’ouverture du régime des visas au profit des autres pays africains
Pas de visa Visa à l’arrivée Visa nécessaire*
0,0 0,2 0,4 0,6 0,8 1,0
Seychelles
Mali
Ouganda
Cabo Verde
Togo
Guinée-Bissau
Mauritanie
Mozambique
Maurice
Rwanda
Burundi
Comores
Madagascar
Somalie
Djibouti
Kenya
Rép.-Unie de Tanzanie
Gambie
Burkina Faso
Zambie
Côte d’Ivoire
Ghana
Guinée
Sénégal
Nigéria
Niger
Zimbabwe
Botswana
Malawi
Swaziland
Bénin
Lesotho
Libéria
Sierra Leone
Afrique du Sud
Tunisie
Congo
Rép. centrafricaine
Namibie
Tchad
Maroc
Algérie
RDC
Cameroun
Soudan du Sud
Érythrée
Éthiopie
Soudan
Angola
Gabon
Libye
Égypte
Guinée équatoriale
Sao Tomé-et-Principe
0,0 0,2 0,4 0,6 0,8 1,0
Les notes vont de 0 à 1 (la plus élevée)
* C’est-à-dire qu’un visa doit être obtenu avant le départ; il ne s’agit pas d’un visa éléctronique

Source : D’après la BAD (2016).

Intégration des infrastructures Si l’on considère que l’intégration d’une région varie avec
la facilité avec laquelle les personnes, les marchandises,
L’infrastructure est l’un des facteurs décisifs du les services et les capitaux peuvent circuler entre ses
développement durable et inclusif en Afrique. Elle est membres, il est manifeste qu’une infrastructure de
nécessaire pour faciliter le commerce intra-africain, qualité est la condition de l’intégration régionale.
en particulier le développement des chaînes de Une infrastructure de transport transfrontalier fiable
valeur régionales. L’amélioration de l’équipement est réduit le temps nécessaire et le coût du transport des
essentielle pour que les pays africains profitent au marchandises par-delà les frontières. Un bon système
mieux de la ZLEC (Conseil économique et social, 2017). de communication facilite les communications dans une
Le Programme de développement des infrastructures région, dans l’ensemble du continent et au-delà. Une
en Afrique de l’Union africaine envisage un vaste effort infrastructure énergétique bien gérée est indispensable
qui consiste en 51 grands ouvrages, dont 16 prioritaires6, pour assurer le fonctionnement des équipements de
pour améliorer l’équipement de l’Afrique. transport et de communication.
28
L’infrastructure transfrontière n’est pas le seul facteur mondial de la compétitivité du Forum économique
qui facilite l’intégration régionale  ; des réseaux mondial. Ces indicateurs révèlent que les pays africains
d’équipements internes permettent aux entreprises ont encore beaucoup à faire pour parvenir à la « frontière
et aux particuliers de pénétrer plus facilement sur le mondiale », même si certains pays semblent assez bien
territoire d’autres pays de la région. Ainsi, la qualité placés à cet égard (Forum économique mondial, 2016).
de l’infrastructure d’un pays (liaisons internationales
et réseaux internes) est la condition d’une meilleure La plupart des pays africains améliorent leur
intégration régionale. infrastructure.7 Les sections qui suivent donnent des
informations détaillées sur les réalisations obtenues
La figure 2.5 et la figure 2.6 montrent la performance depuis la dernière édition d’ARIA. La Banque mondiale
des pays africains s’agissant des indicateurs de qualité (2017c) a dressé une liste plus complète de projets
des infrastructures établis pour la confection de l’Indice comportant une participation du secteur privé à la

Figure 2.5
Qualité des chemins de fer et des ports, 2016
Infrastructure ferroviaire Infrastructure portuaire

Japon (meilleure performance) Pays-Bas (meilleure performance)


Namibie
Maroc
Côte d’Ivoire
Afrique du Sud
Afrique du Sud
Éthiopie Maroc
Namibie Sénégal
Égypte
Botswana
Maurice
Algérie
Kenya
Kenya Gambie
Tunisie Ghana
Bénin
Gabon
Éthiopie
Libéria
Mozambique
Côte d’Ivoire Libéria
Égypte Madagascar
Cabo Verde
Zambie
Rép.-Unie de Tanzanie
Rép.-Unie de Tanzanie
Tunisie
Mozambique Gabon
Cameroun Rwanda
Algérie
Zimbabwe
Zimbabwe
Mali Botswana
Sénégal Sierra Leone

Mauritanie Cameroun
Mauritanie
Malawi
Nigéria
Madagascar Ouganda
Ghana Burundi

Ouganda RDC
Mali
Bénin
Zambie
RDC Malawi
Nigéria Tchad

0 1 2 3 4 5 6 7 0 1 2 3 4 5 6 7

Note  : Les données ne sont disponibles que pour certains pays africains  ; le pays ayant la meilleure performance est donné à titre d’indication, pour montrer
l’éloignement de chaque pays de la « frontière mondiale ». Les classements dans les diverses catégories de qualité des infrastructures reposent sur les enquêtes
menées auprès des gens d’affaires.
Source : Forum économique mondial (2016).
29
Figure 2.6
Qualité du transport aérien et de l’approvisionnement en électricité, 2016
Transport aérien Approvisionnement en électricité

Singapour (meilleure performance) Suisse (meilleure performance)


Afrique du Sud Namibie
Côte d’Ivoire Maurice
Kenya Maroc
Égypte Tunisie
Maurice Rwanda
Maroc Algérie
Rwanda Kenya
Namibie Côte d’Ivoire
Gambie Gambie
Sénégal Égypte
Botswana Ouganda
Ghana Éthiopie
Tunisie Lesotho
Cabo Verde Cabo Verde
Éthiopie Botswana
Zimbabwe Sénégal
Gabon Afrique du Sud
Mali Rép.-Unie de Tanzanie
Mozambique Gabon
Libéria Mali
Algérie Libéria
Bénin Mozambique
Nigéria Zambie
Ouganda Mauritanie
Zambie Zimbabwe
Madagascar Malawi
Rép.-Unie de Tanzanie Ghana
Tchad Sierra Leone
RDC Cameroun
Sierra Leone Burundi
Cameroun Madagascar
Burundi Tchad
Mauritanie Bénin
Malawi RDC
Lesotho Nigéria

0 2 4 6 8 0 2 4 6 8

Source : Forum économique mondial (2016).

création d’infrastructures. (Cet ensemble de données hydroélectrique à Lauca, d’une puissance de 2  070
désigne de nombreux ouvrages qui ne figurent pas mégawatts (MW), sur un segment du fleuve Kwanza
ici, faute de mise à jour des données relatives à l’état entre les complexes de Cambambe et de Capanda, et
d’avancement durant la période considérée.) dans le barrage hydroélectrique de Caculo Cabaça.
L’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP),
Énergie par son fonds de développement international, a alloué
Beaucoup de pays africains continuent à avoir du mal des fonds à des mini-ouvrages reliés aux réseaux au
à entretenir leur infrastructure énergétique. Le Ghana, Bénin, au Cabo Verde, au Sénégal et en Sierra Leone ;
par exemple, a subi des pannes d’électricité dues aux plus de 4  250 personnes appartenant à 850 ménages
délestages, qui ont ralenti les progrès économiques du profiteront directement de ces ouvrages, sans compter
pays (CEA, 2017c). 123  clients commerciaux et petites entreprises, ainsi
que 57 bâtiments publics et services publics. Le Bénin a
Pourtant, plusieurs pays améliorent leur infrastructure levé des fonds pour une centrale thermique de 120 MW
énergétique. Par exemple, l’Angola a levé des à Maria Gleta. Le Burundi, la Côte d’Ivoire, le Ghana et
fonds pour un investissement dans un ouvrage la Guinée-Bissau ont levé des fonds pour des ouvrages
30
d’électrification rurale et la Côte d’Ivoire travaille à Connectivity). Le Lesotho a mis en marche l’usine
remettre en état son réseau de distribution d’électricité. hydroélectrique de Metolong qui, selon l’ICA, portera la
La République démocratique du Congo a mobilisé des puissance installée au niveau nécessaire pour répondre
fonds pour une installation de distribution d’électricité à la demande jusqu’en 2025, et électrifiera 75 villages
dans la province de Bandundu et pour un ouvrage de actuellement privés d’électricité tout en améliorant
transmission et de distribution dans la province de l’adduction d’eau. Le Maroc a mobilisé des capitaux
Kasaï (ICA, 2016). Djibouti a augmenté sa production pour la poursuite de l’électrification rurale et pour un
d’électricité de 10,3 % entre 2014 et 2015 (CEA, 2017g). investissement important dans le secteur de l’énergie
solaire et la remise en état des usines et barrages
L’Égypte a mobilisé des capitaux importants pour hydroélectriques et créer près de Tanger un parc éolien
la construction à Damanhour d’une centrale à cycle de 120  MW. Au Mozambique, le projet de barrage
combiné gaz-éoliennes de 1  800 MW, qui s’ajoute au hydroélectrique Moamba-Major est en cours et devrait
projet Cairo West Power de 650 MW. Le premier de ces produire 15 MW d’électricité pour compléter le réseau
ouvrages sera construit par la Compagnie égyptienne national d’ici à 2019. La construction de cette retenue
du gaz naturel et sera relié au réseau national de devrait nécessiter la restauration des voies ferrées et la
500 kV par deux nouvelles lignes de transmission : un construction de routes nouvelles (ICA, 2016).
segment de 14 km la reliant à la ligne de 500 kilovolt
(kV) d’Abu Qir-Kafr El-Zayat, et un segment à double Le Nigéria a créé en 2015 un marché provisoire
circuit de 60 km et de 500 kV qui reliera Damanhour et de l’électricité et clôturé le dossier financier de
la sous-station d’Abo El-Matamir en 500 kV/220 kV. Un l’investissement dans la construction d’une centrale
projet est également à l’étude pour relier les réseaux thermique au gaz de 450  MW à Azura (Banque
électriques égyptien et saoudien, ce qui permettrait mondiale, 2017a). Le Sénégal a mobilisé des fonds
l’échange d’électricité entre les deux pays durant les pour la construction d’une centrale à Tobene et pour la
périodes d’exploitation normale, mais aussi durant rénovation de friches industrielles à Rufisque, dans la
les périodes de pointe et les situations d’urgence. Le centrale thermique à pétrole de 135  MW. L’Afrique du
projet vise aussi à réduire les coûts d’exploitation et à Sud améliore son réseau de production et distribution
mieux stabiliser les deux réseaux (ICA, 2016). Toujours de l’électricité, notamment par une augmentation de
en Égypte, la construction d’un parc éolien à Gabal el 1,5 GW au moins de la puissance installée, grâce à des
Zeit est achevée ; sa puissance est de 200 MW (Banque ouvrages éoliens et solaires, notamment la centrale
mondiale, 2017a). photovoltaïque de Linde de 40 MW, une centrale solaire
à concentration de 100 MW dans la province Northern
L’Éthiopie a ouvert l’usine hydroélectrique de Gibe III qui, Cape, un ouvrage solaire de 100  MW à Karoshek et
potentiellement, doublera la production d’électricité un parc éolien de 138,9  MW à De Aar. La Tunisie a
du pays, pour atteindre une puissance de 15  000  MW levé des capitaux pour la construction d’une centrale
au cours des cinq prochaines années (The Economist, thermique au gaz de 600  MW à Mornaguia (ICA,
2016  ; Meseret, 2016). L’Éthiopie prévoit de porter de 2016  ; Banque mondiale, 2017a). L’Ouganda continue
2  200  MW actuellement à 17  436  MW la production à investir dans l’hydroélectricité, notamment par la
d’électricité d’origine hydroélectrique, éolienne et construction d’une centrale de 5,5 MW à Paidha, d’un
géothermique dans le cadre du plan de développement ouvrage hydroélectrique de petite dimension sur la
2015-2020 (Maasho, 2016). Au Ghana, le gaz naturel du Rwimi de 5,6 MW et la petite retenue de Siti de 5 MW.
gisement de Sankofa est en cours d’exploitation, ce qui L’Ouganda a également amorcé la construction d’une
devrait augmenter de 1 000 MW la puissance installée, centrale solaire de 10  MW à Soroti (CEA, 2017a  ; ICA,
actuellement de 3 215 MW (ICA, 2016). 2016 ; Banque mondiale, 2017a). Le Zimbabwe rénove
sa centrale thermique de Bulawayo et a mobilisé des
Le Kenya a mobilisé des capitaux pour un parc éolien capitaux pour une usine solaire à Gawanda et pour la
au lac Turkana. La Kenya Tea Development Agency centrale thermique à Hwange (ICA, 2016).
a levé des fonds pour la construction d’ouvrages
hydroélectriques pour plusieurs de ses usines de En dehors de l’importance du renforcement
thé et pour électrifier les villages dans le cadre du de l’infrastructure nationale, il faut encourager
projet de connectivité du dernier kilomètre (Last Mile l’interconnexion des réseaux nationaux. Cette
31
interconnexion à travers les frontières permet aux pays de Lubango, Cabinda, Huambo et Soyo devraient en
de profiter du potentiel hydroélectrique important des profiter. Le Bénin va convertir toutes ses stations de
pays voisins, tout en permettant aussi l’exportation de télévision de l’analogique au numérique et le pays a
formes plus coûteuses de production d’électricité pour levé les capitaux destinés au développement de son
équilibrer les coûts systémiques (ICA, 2016). réseau à large bande. Le Cameroun a réuni des capitaux
pour la deuxième phase du projet de création du réseau
Certains projets d’interconnexion se sont poursuivis national de télécommunications à large bande (dans
pendant la période considérée. Il y a d’abord le pays) et prévoit la mise en place d’une liaison entre
l’interconnexion du réseau de l’Afrique centrale  ; la Kribi (Cameroun) et Fortaleza (Brésil) au moyen d’un
deuxième interconnexion République démocratique câble sous-marin. Jusqu’à présent, les données, entre
du Congo-Zambie  ; l’interconnexion Kenya-Tanzanie  ; l’Afrique et l’Amérique, doivent passer par l’Europe
et, au Burundi et au Rwanda, le projet de centrale occidentale. Ce projet de câble sous-marin reliera le
hydroélectrique Ruzizi  III. Ces deux derniers projets Brésil, le Cameroun et les pays voisins, et s’ajoutera
ont levé des fonds supplémentaires en 2015. Le réseau aux autres câbles sous-marins du Cameroun qui relient
de transmission devrait être fonctionnel en 2019. La l’Afrique du Sud à l’Espagne, à la France, au Portugal et
Côte d’Ivoire et le Mali prévoient de raccorder leurs au Royaume-Uni (ICA, 2016).
réseaux ; de même, l’Afrique du Sud, le Mozambique et
le Zimbabwe ont levé des capitaux pour intégrer leurs Le Tchad, la République du Congo, la République
réseaux électriques. démocratique du Congo et la République-Unie de
Tanzanie ont amorcé l’amélioration de leur réseau
Le programme de transmission Côte d’Ivoire-Libéria- par la construction ou l’amélioration de tours de
Sierra Leone-Guinée (programme OMVG) (projet télécommunications. Le Gouvernement ougandais
prioritaire pour le pool hydroélectrique de l’Afrique de a signé avec une entreprise égyptienne, en 2015, un
l’Ouest), ainsi que d’autres projets en cours, devraient contrat de télécommunications qui devrait réduire les
améliorer la connexion des réseaux des pays de l’Afrique coûts et augmenter les investissements dans ce secteur.
de l’Ouest et assurer l’interconnexion Côte d’Ivoire-Bénin- Au Kenya, on prévoit la mise en place d’une liaison par
Togo-Nigéria, le réseau central de transmission côtier câble à fibre optique de 1 600 km (s’ajoutant à 500 km
du Système d’interconnexion électrique ouest-africain à usage militaire) qui complétera le réseau de 4 300 km
(WAPP), le réseau de transmission de l’Organisation existant. Le Niger a mobilisé des investissements pour
du bassin du fleuve Sénégal et le programme OMVG son secteur des télécommunications et la mise en place
mentionné plus haut. Le financement du projet sera d’un réseau de fibre optique. Au Nigéria, on construit
assuré par les gouvernements participants et par des des tours de télécommunications pour améliorer le
donateurs internationaux. Des études de faisabilité ont champ de diffusion des données, et le secteur des
été menées à bien, une assistance technique ayant été télécommunications dessert 80  millions de personnes
fournie pour des études préparatoires et des études qui ont maintenant accès à l’Internet, notamment à large
d’impact environnemental et social. Une liaison de bande, tandis qu’on compte, au Nigéria, 150 millions de
500  kV reliant l’Éthiopie et le Kenya est en cours de téléphones mobiles actifs. Le gouvernement de ce pays
réalisation, avec une sous-station d’importance critique prévoit de stimuler le secteur des télécommunications
qui devrait être ouverte en décembre 2017. Le projet de et de contribuer ainsi à l’activité économique par une
barrage d’Inga III, qui devrait avoir une puissance finale réforme de la fiscalité et de la réglementation de ce
de 50 GW, est en cours de réalisation (ICA, 2016). secteur (ICA, 2016).

La figure 2.7 montre la répartition des différentes centrales En Zambie, la construction de tours de


de production d’énergie en Afrique et certains nouveaux télécommunications améliorera l’accès et la fiabilité
projets dont le financement est achevé en 2015. de la couverture numérique. Le Gouvernement
togolais a accordé un contrat prévoyant le
Communications raccordement de 500  bâtiments publics au réseau
Au niveau national, l’Angola va développer la de fibres optiques. Au Zimbabwe, les investisseurs
transmission rapide des données, tant pour les financent la consolidation du marché, l’ouverture de
entreprises que pour les particuliers ; les villes angolaises
32
Figure 2.7.
Production d’énergie en Afrique, 2015
Tunisie : Développement d’un réseau de transport Égypte : Centrale électrique CCGT Damanhour
et d’approvisionnement de gaz naturel (BEI) prêt de 599 millions de dollars
(BAD-ONEC) prêt de 54 millions de dollars
Maroc : Croissance verte Égypte : CIB – Ligne verte (France) prêt de
inclusive DPL2 (Banque 67 millions de dollars
mondiale) 105 millions de dollars
Égypte : Projet d’énergie
Maroc : Énergie propre et éolienne KfW Suez 200 (France)
efficace (Banque mondiale) 66 prêt de 56 millions de dollars
millions et 59 millions de dollars
Égypte : Projet d’énergie
éolienne KfW Suez 200
(France) prêt de 56 millions
de dollars

Niger : Projet d’expansion du réseau


électrique (Banque mondiale) 56
millions de dollars

Niger : Projet d’énergie hydraulique Ouganda : Lignes de transmission de la


Kandadji (France) prêt de 56 millions retenue Karuma (China Exim Bank) prêt de
Afrique de l’Ouest : Projet d’interconnexion de dollars 1 400 milions de dollars
OMVG $200 millions (Banque mondiale), 136
millions de dollars de fonds mixtes provenant de
(O) (P) (BAD-ONEC) prêt de 72 millions de dollars Ouganda : Projet d’énergie
(O) (BEI) hydraulique Isimba (China Exim Bank)
prêt de 483 millions de dollars

Ouganda : L’énergie pour une


transformation rurale III (Banque
mondiale) 116 millions de dollars

Ouganda : Projet d’électrification des


zones rurales (BAD-ONEC) prêt de
100 millions de dollars

Sénégal : Centrale électrique au Cap des


Biches (US-Power Africa) 116 millions de Burundi : RDC-Rwanda : Centrale
dollars en garanties ou assurances hydraulique régionale Ruzizi III
(BAD-ONEC) 625 millions de
Côte d’Ivoire : Remise en état et dollars de fonds mixtes (O) (P) Kenya : Projet de modernisation du
développement d’un réseau électrique (China réseau électrique (Banque mondiale)
Exim Bank) prêt de 813 millions de dollars 100 millions de dollars en garanties
et 240 millions de dollars
Ghana : Deuxième financement
supplémentaire du GEDAP (Banque Kenya : Projet de connectivité Last Mile
mondiale) 60 millions de dollars (France) prêt de 100 millions de dollars
Angola : Projet de production
Togo : Projet public de lampes d’énergie hydraulique Calculo Cabaça Kenya : Énergie éolienne KenGen
solaires (China Exim Bank) prêt de (Chine) 4 500 millions de dollars (France) prêt de 67 millions de dollars
55 millions de dollars
Angola : Projet de gazéification Soyo Kenya-Tanzanie : Interconnexion du
Nigéria : Développement (ICBC) prêt de 840 millions de dollars réseau électrique (BAD-ONEC) prêt
d’entreprises de distribution de 309 millions de dollars (O) (P)
d’énergie (France) prêts de 103 Angola : Programme d’appui à la réforme
millions et 77 millions de dollars du secteur énergétique (JICA) prêt de 195 Tanzanie : Projet de métropolitain à
millions de dollars(O) (P) Dar-es-Salaam (Banque mondiale) 54
millions de dollars

Afrique du Sud : Eskom (CDB)


prêt de 500 millions de dollars

Afrique du Sud : Eskom


Holdings SOC Ltd (BAD-OPSD)
prêt de 383 millions de dollars

Afrique du Sud : Modernisation du Zambie : Maamba Collieries Ltd.


résau électrique Eskom (Allemagne (DBSA) prêt de 100 millions de dollars
Tracé des frontières KfW) prêt de 359 millions de dolalrs (O)
Zimbabwe : Centrale thermique
Tracé principal de transmission d’énergie Afrique du Sud : Distribution Hwange (China Eximbank) prêt
Eskom (France) prêt de 184 de 1 200 millions de dollars
Grandes centrales/grands projets de production millions de dollars (O)
d’énergie (plus de 1 200 MW, non compris les Zimbabwe : Projet d’énergie
projets à l’échelle du pays) Afrique du Sud : Infrastructure énergétique solaire Gwanda (China Eximbank)
Eskom (DBSA) prêts de 87 millions, 79 prêt de 202 millions de dollars
Énergie thermique (existante) millions et 71 millions de dollars

Énergie thermique (future) Afrique du Sud : Projet


éolien Khobab (DBSA) prêt
Énergie hydroélectrique (existante) de 87 millions de dollars

Énergie hydroélectrique (future) Afrique du Sud : Projet


éolien Loerisfontein (DBSA)
Autres formes d’énergie existantes (éolienne, prêt de 72 millions de dollars
solaire, géothermique, nucléaire)
Afrique du Sud : LC Sunref 2
Autres (futures) (France) prêt de 67 millions
de dollars
(Sources : Base de données Cbl de suivi des projets
énergétiques; Atlas africain de l’énergie 2016-17)

Quelques projets :
Engagements pris en 2015
Principal(e) pays ou institution parrainant le projet :
entre crochets ( )

APD
PIDA-PAP

Source: ICA (2016).

33
nouveaux services et la modernisation du réseau de et à Kano (Barrow, 2016 ; Jacobs, 2017 ; Rogers, 2016 ;
télécommunications (ICA, 2016). Railways Africa, 2016 ; Lu et Lau, 2016).

Au niveau sous-régional, l’infrastructure à large Le Malawi et la Zambie ont lancé un projet de


bande est en cours d’amélioration avec l’ouverture construction de voies ferrées qui relieraient les deux pays
du câble sous-marin régional Djibouti-Afrique, qui avec le réseau ferré existant entre eux et le Mozambique
apportera le haut débit à Djibouti, au Kenya, à la (Railway Gazette, cité dans Morylln-Yron et al., 2017).
Somalie et à la République-Unie de Tanzanie (Banque Le Sénégal a levé des capitaux pour la construction
mondiale, 2017a). La Communauté économique des d’une voie ferrée entre Dakar et Kidira. L’Afrique du Sud a
États d’Afrique centrale (CEEAC) mettra en œuvre un obtenu un financement pour l’acquisition de nouvelles
réseau unifié semblable à celui qui existe en Afrique locomotives pour sa compagnie de transport ferroviaire
de l’Est, et cela devrait réduire ou éliminer les frais public et la compagnie de logistique Transnet (ICA,
d’itinérance. Plusieurs États de la CEDEAO sont de 2016).
même prêts à lancer un réseau unique dans leur
région. En outre, le secteur privé et les donateurs La figure 2.9 indique les nouvelles voies ferrées prévues,
internationaux réunissent des fonds pour augmenter en construction ou déjà achevées dans certains pays de
les investissements dans les télécommunications sur l’Afrique de l’Est.
l’ensemble du continent (ICA, 2016).
Transport aérien
Transports Le Cabo Verde et le Sénégal ont signé un accord
La figure 2.8 est une carte des réseaux de transport en concernant des liaisons aériennes entre les deux
Afrique. pays (CEA, 2017d). Air Djibouti, qui est un partenariat
public-privé, a lancé une liaison de fret aérien pour
Réseau ferré capter une part du marché régional du transport
Les pays africains s’emploient à rénover leurs réseaux aérien de marchandises. Cette compagnie a également
ferrés, notamment ceux qui ont un intérêt régional. Par repris les liaisons de vols de passagers avec les
exemple, à Addis-Abeba, le métro léger et la nouvelle pays voisins (CEA, 2017g). L’expansion de l’aéroport
voie ferrée Djibouti-Éthiopie sont entrés en service, et international Bole à Addis-Abeba se poursuit ; au Kenya,
on prévoit de relier ce réseau au Burundi, à Djibouti, au l’aéroport international Jomo Kenyatta à Nairobi a été
Kenya, au Rwanda, au Soudan du Sud, au Soudan et à rénové durant la période considérée. Des capitaux
l’Ouganda (Appiah, 2015  ; Morylln-Yron, Scott, Kwok supplémentaires ont été alloués à des investissements
et Darvenzia, 2017). Le Gabon rénove le Transgabonais dans les aéroports ghanéens, notamment pour la
(Banque mondiale, 2017a). L’Égypte a mobilisé des construction d’un nouveau terminal à l’aéroport
capitaux pour l’achat de nouveau matériel roulant (ICA, international Kotoka, à Accra, et pour la remise en état
2016). d’autres aéroports. Avec une aide de la Chine, un nouvel
aéroport est en construction à Freetown, capitale de
Le Kenya prévoit de construire un métro souterrain à la Sierra Leone. Le Mozambique a à l’étude un projet
Nairobi ; la nouvelle voie ferrée Mombasa-Nairobi sera de remise en état de l’aéroport de Nacala. En Égypte,
prolongée jusqu’à Naivasha (Parke, 2016). l’aéroport international de Charm el-Cheikh a levé de
nouveaux capitaux d’équipement (ICA, 2016).
Le Mozambique projette d’investir dans la construction
de voies ferrées à Nacala, qui verra aussi une nette Transport maritime et fluvial
amélioration de son port et de son aéroport (ICA, Des fonds ont été mobilisés pour un investissement
2016). Le Nigéria a achevé la nouvelle voie ferrée entre dans le port d’Abidjan en Côte d’Ivoire. Le Kenya
Abuja et Kaduna ; il a signé un mémorandum d’accord continue à mobiliser des ressources pour la deuxième
en 2016 avec une entreprise pour la construction phase du développement du port de Mombasa, dans le
d’une voie ferrée côtière de 1  400  km entre Calabar cadre du plan d’action prioritaire du Programme pour
et Lagos, qui s’intégrera au système de transit urbain le développement des infrastructures en Afrique. Le
de l’agglomération de Lagos  ; le Nigéria a également Maroc a obtenu des capitaux pour son port de Nador
commencé la construction de métros légers à Abuja ouest, tandis que le Mozambique continue à développer
34
Figure 2.8
Réseaux des transports en Afrique, 2015
Tunisie : Projet de modernisation des routes (BAD- Égypte : Projet d’aéroport
OITC) 214 millions de dollars de fonds mixtes à Sharm-el-Sheikh (BAD-
OITC) 141 millions de
Tunisie : Développement d’un corridor de transport dollars de fonds mixtes
Maroc : Transport urbain (Banque routier (Banque mondiale) 200 millions de dollars
mondiale) 200 millions de dollars Égypte : Matériel roulant,
Tunisie : Projet de modernisation des ligne de métro 2 (BEI) prêt
Maroc : Développement routes (BEI) prêt de 167 millions de dollar de 84 millions de dollars
portuaire ouest-méditerranéen
à Nador (BAD-OITC) prêt de
126 millions de dollarsmillions
de dollars

Éthiopie : Aide à la mise en œuvre


d’une autoroute (Banque mondiale)
340 millions de dollars

Ouganda : Voie ferrée à écartement


normal (China Exim Bank) prêt de 3
200 millions de dollars

Ouganda : Projet de pont routier


et d’amélioration des routes à
Kampala (JICA) prêt de 165 millions
de dollars (O) (P)

Sénégal : Liaison ferroviaire Dakar-Kidira


(Chine) prêt de 1 281 millions de dollars

Sénégal : Liaison routière Ila-Touba (China Exim


Bank) prêt de 707 millions de dollars Kenya : Chemin de fer Mombasa-
Nairobi (China Exim Bank) prêt de 1
Sénégal : Liaison routière Blaise-Diagne (China 500 millions de dollars
Exim Bank) prêt de 340 millions de dollars
Kenya : Développement du port de
Sénégal : Remise en état de la RN2 et ouverture d’un accès Mombasa, phase 2 (JICA) prêt de
à l’île de Morphil (BAD-OITC) prêt de 131 millions de dollars 265 millions de dollars (O) (P)

Côte d’Ivoire : Expansion du port d’Abidjan Kenya : Projet d’élargissement


Cameroun : Pont de Sanaga de la route Mombasa-Mariakani
(China Exim Bank) prêt de 952 millions de dollars (France) 78 millions de dollars (O) (BAD-OITC) prêt de 112 millions
de dollars (O)
Côte d’Ivoire : Développement de l’infrastructure Gabon : Chemin de fer
de transport d’Abidjan (France) 213 millions de transgabonais (France) prêt
dollars C2D (O) Comores : Port de
de 104 millions de dollars Mohéli (China Exim
Bank) prêt de 127
Ghana : Airports Company Ptd (AIDS-
millions de dollars
OPSD) prêt de 120 millions de dollars
prêt de $1 500 millions

Zambie : Remise en état de la route Chinseli-


Nakonde (corridor nord-sud) (BAD-OITC) prêt
de 242 millions de dollars

Afrique du Sud : Transnet –


acquisition de locomotives (CDB)
prêt de 1 500 millions de dollars

Afrique de l’Ouest : Gestion et facilitation Tanzanie : Programme d’aide au secteur du


Afrique du Sud : Transnet – acquisition de transport (BAD-OITC) prêt de 348 millions de dollars
du transport dans le corridor Bamako- locomotives (Bank of China) prêt de 238
Zantiebougou-San Pedro (BAD-OITC) 197 millions de dollars
millions de dollars de fonds mixtes (O) Tanzanie : Projet de métropolitain à Dar-es-Salaam
(Banque mondiale) 147 millions de dollars
Tracé des frontières
Afrique de l’Ouest : Gestion et facilitation
Tanzanie : Autocar rapide à Dar-es-Salaam
du transport dans la région de l’Union
Route principale (BAD-OITC) prêt de 141 millions de dollars
du fleuve Mano (BAD-OITC) prêt de 92
millions de dollars (O)
Voie ferrée principale Tanzanie : Aéroport Dar-es-Salaam
(France) prêt de 72 millions de dollars
Afrique centrale : Développement
du tronçon Ketta-Djoum du corridor Quelques projets :
Mozambique : Projet de développement du port de
Yaoundé-Brazzaville (BAD-OITC) prêt de
206 millions de dollars Engagements pris en 2015 Nacala, phase 2 (JICA] prêt de 242 millions de dollars (O)
Principal(e) pays ou institution
parrainant le projet : entre crochets ( ) Mozambique : Projet rail-port de Nacala (BAD-OPSD) – prêt de
Afrique orientale : Projet de facilitation
114 millions de dollars d’aide au Corredor logistico integrado
du commerce et du développement du
de Nacala (CLN), prêt de 88 millions de dollars d’aide de Vale
transport régional est-africain, phase II APD Logistics Ltd., prêt de 86 millions de dollars d’aide au Corridor
(Banque mondiale) 465 millions de dollars
PIDA-PAP de développement du Nord

Source: ICA (2016).

le port de Nacala, en combinaison avec la construction capitaux pour la construction du terminal de conteneurs
d’un tronçon ferré dans cette ville  : le port de Nacala de Lomé (ICA, 2016).
est le meilleur mouillage naturel de toute l’Afrique du
Sud-Est, avec une profondeur d’eau de 14  mètres, de Parmi les projets transfrontaliers, le Cabo Verde et le
sorte que son potentiel est considérable. Le Sénégal a Sénégal ont signé un accord pour l’ouverture d’une
achevé la phase finale du deuxième projet de création liaison maritime directe entre Dakar et Praia (CEA,
d’une infrastructure maritime, ouvrant à cette occasion 2017d). Les pays riverains du Nil, de l’Égypte au lac
le port maritime de Ndakhonga. Ce port relie la région Victoria, travaillent à une étude de faisabilité pour un
centrale de Ndakhonga à la mer, par le fleuve, et c’est là projet d’amélioration de la navigation fluviale entre le
une amélioration indispensable. Le Togo a mobilisé des lac Victoria et la Méditerranée (projet VICMED). Les pays

35
Figure 2.9
Construction prévue, en cours ou achevée de chemins de fer en Afrique de l’Est

Lignes ferroviaires existantes


Phase initiale de planification
En cours de construction ou phase Soudan du sud
avancée de planification Éthiopie

Somalie
Ouganda Kenya

Rép. Dém. du Congo

Rwanda

Burundi

Rép.-Unie de Tanzanie

Zambie

Source : D’après CPCS, cité dans Morylln-Yron et al. (2017).

africains ont également adopté la Charte de Lomé sur la Tabora, Igunga et Nzega. Cette extension de l’oléoduc
sécurité maritime pendant la période considérée. profiterait à 89 villages situés à moins de 12 km de la
canalisation.
Transport multimodal
Un couloir multimodal Praia-Dakar-Abidjan est à l’étude Transport routier
dans le cadre du Programme pour le développement Les pays africains lèvent des fonds pour l’amélioration
des infrastructures en Afrique. Le couloir multimodal de leur réseau routier. Le Cameroun, par exemple, a
nord cherche un financement et l’Autorité de engagé des fonds pour la construction du tronçon Lena-
coordination du transport de transit du Corridor nord Tibati du couloir Batchenga-Lena-Tibati-N’Gaoundere
(ACTT-CN) travaille à la révision d’un plan stratégique (qui facilitera les échanges entre le Cameroun, la
avec le soutien du Centre africain pour les politiques République centrafricaine et le Tchad) et pour la
commerciales de la CEA. Au Kenya, le port de Lamu est construction du pont de Sanaga. La Côte d’Ivoire a
en rénovation (ICA, 2016). levé des fonds pour la construction d’un échangeur
à Abidjan sur le boulevard Valéry-Giscard-d’Estaing.
Conduites d’hydrocarbures La Gambie projette de développer son réseau routier
Un projet est en cours pour le prolongement de la pour desservir les régions reculées du pays et faciliter
conduite du lac Victoria jusqu’aux villes tanzaniennes de l’expansion du tourisme  ; on prévoit l’installation de
36
Figure 2.10
ponts-bascules. Le Ghana prévoit d’améliorer la route
Financements grâce à des partenariats public-
du couloir oriental N2. Le Maroc a levé des fonds pour la
privé, fin 2015
construction d’une autoroute entre El Jadida et Safi. Le Milliards de dollars
Niger a préparé un nouveau projet pour son port sec ; le
6
Sénégal prévoit d’investir dans la construction de deux
autoroutes (de l’Aéroport International Blaise Diagne à
Thiès et d’Ila à Touba) et a réuni des capitaux à cet effet.
Le Togo envisage la construction d’un tronçon de 60 km 4
entre Katchamba et Sadori. En Ouganda, la construction
d’un pont routier à Kampala et le projet d’amélioration
de la voirie routière ont obtenu des fonds ; la Zambie
2
a fait de même pour l’amélioration du réseau routier
entre Chirundu et Lusaka et pour la construction d’un
nouveau pont-bascule à Kafue (ICA, 2016).

0
Au niveau régional, les travaux se poursuivent en vue de
Afrique, Afrique du Nord
la construction de l’itinéraire Abidjan-Lagos, ce couloir non incluse
étant le plus fréquenté de toute l’Afrique de l’Ouest. Le
Gouvernement Fonds publics
tronçon de 1 028 km en construction relierait les plus
grandes villes de l’Afrique de l’Ouest  : Abidjan, Accra, Dette publique Fonds privés

Lomé, Cotonou et Lagos ; cet itinéraire supporte 75 % Dette privée Dette d’une institution
de financement
des échanges dans la région de la CEDEAO. Le nouveau Fonds d’une
corridor de commerce reliera les ports maritimes aux institution de financement

pays sans littoral, ce qui devrait faciliter le commerce Source : D’après la Banque mondiale (2015).
intra-africain. En 2014, les Présidents béninois, ivoirien,
ghanéen, nigérian et togolais ont approuvé le projet, de financement complètent les ressources publiques
chacun d’eux annonçant une contribution de 50 millions dans les pays africains (figure 2.10).
de dollars pour les activités préparatoires. Aux
frontières, des postes d’entrée unique ont également Les partenariats public-privé aident les pays africains
été introduits. En dehors de l’impact sur le commerce, à accélérer leur équipement, et c’est le cas en
et plus généralement sur l’économie, les couloirs de particulier des ouvrages de mise en valeur des énergies
transport contribuent aussi au développement des renouvelables. Par exemple, au cours des deux dernières
zones rurales et frontalières (ICA, 2016). années, jusqu’à avril 2016, un montage financier a été
obtenu pour 64  projets d’exploitation des énergies
Financement des infrastructures renouvelables, ce qui représente 13,8  milliards de
En Afrique, les grands ouvrages d’équipement sont dollars de financement privé pour la construction d’une
financés grâce à des partenariats public-privé, et puissance installée de 4 000 MW. C’est plus que toute
plus généralement à des capitaux d’origine privée. la capacité de production d’électricité de la plupart des
La Banque mondiale a établi une base de données pays africains (CEA, 2016).
de la participation du secteur privé à la création
d’infrastructures  ; la liste établie donne 528  projets Les capitaux privés interviennent aussi dans neuf
«  actifs  » (ou «  en difficulté  ») où les capitaux privés grands ouvrages plurinationaux : la voie ferrée Abidjan-
contribuent à la création de moyens de transport, Ouagadougou, le pont du poste frontalier de Beitbridge,
de distribution de l’énergie ou de structures de entre l’Afrique du Sud et le Zimbabwe, la rénovation de
télécommunications dans 52  pays africains (Banque la voie ferrée Dakar-Bamako, le câble sous-marin à large
mondiale, 2017a). Divers modèles sont appliqués, bande DARE (Djibouti, Kenya, Somalie et République-
depuis celui où une entreprise privée construit, possède Unie de Tanzanie), le gazoduc du Maghreb (Algérie et
et gère l’ouvrage jusqu’à celui où l’installation est la Maroc), Moov (Etisalat) (République centrafricaine et
propriété du gouvernement concerné. Divers moyens Togo), le gazoduc Mozambique-Afrique du Sud, la route
à péage N4 reliant le Mozambique et l’Afrique du Sud
37
Tableau 2.11
Nouveaux engagements d’investissement dans la construction d’infrastructures en Afrique à la fin de
2015, par secteur économique
Secteur économique Transport Eau Énergie Information et Investissements Investissements non
télécommunications plurisectoriels répartis
Montant (milliards de 34,7 8,1 34,7 2,5 2,2 1,2
dollars)
Part des engagements 41,6 9,7 41,6 3,0 2,7 1,4
totaux (en pourcentage)
Source : ICA (2016).

Tableau 2.12
Nouveaux engagements d’investissement dans la construction d’infrastructures en Afrique en 2015,
par organisme de financement
Organisme de financement Montant engagé en 2015 (en dollars)
44 gouvernements africains8 28,402 milliards
Chine 20,868 milliards
Secteur privé 7,442 milliards
Banque d’investissement et de développement de la CEDEAO 7 millions
Groupe de la Banque mondiale 6,039 milliards
Banque est-africaine de développement 5 millions
BAD 4,166 milliards
France 2,455 milliards
Banque islamique de développement 2,166 milliards
Japon 1,768 milliards
Banque européenne d’investissement 1,414 milliard
Allemagne 1,139 milliard
Fonds arabe de développement économique et social 984 millions
Development Bank of Southern Africa 929 millions
Organes de l’Union européenne 897 millions
Autres organismes de financement européens 876 millions
Inde 524 millions
Brésil 500 millions
Fonds saoudien pour le développement économique 392 millions
Banque ouest-africaine de développement 352 millions
Fonds koweïtien pour le développement économique des pays arabes 342 millions
Fonds de l’OPEP pour le développement international 312 millions
États-Unis 307 millions
Royaume-Uni 287 millions
Société financière internationale 246 millions
Canada 195 millions
Banque arabe pour le développement économique en Afrique 135 millions
République de Corée 88 millions
Fonds d’Abou Dhabi pour le développement 81 millions
Banque des États de l’Afrique centrale 55 millions

Source : ICA (2016).

38
et le gazoduc ouest-africain (Bénin, Ghana, Nigéria et zone de libre-échange, les importations qui seraient
Togo). De plus en plus, des modalités de financement couvertes par la zone de libre-échange tripartite et les
mixte et des fonds de développement sont utilisés pour importations venant d’autres pays africains qui seraient
financer la construction de grands ouvrages en Afrique aussi couvertes par la ZLEC. Alors que les importations
(ICA, 2016). sont couvertes par les accords de libre-échange des
communautés économiques régionales, certains
La répartition par secteur en Afrique en 2015 est donnée produits sont pourtant exclus. Les taux d’utilisation
au tableau 2.11. des zones de libre-échange sont inférieurs à 100  %  :
par exemple, le régime de libéralisation du commerce
En 2015, des engagements nouveaux ont été pris de la CEDEAO est pesant pour les négociants, de sorte
pour le financement de l’infrastructure en Afrique  ; que nombreux sont ceux qui paient encore des droits
la liste en est donnée par organisme de financement de douane (OCDE, 2010  ; Bossuyt, 2016). Les chiffres
au tableau  2.12, qui montre aussi que les ressources donnés ne permettent donc pas de se faire une idée
propres des gouvernements africains sont la principale complète de la libéralisation réalisée, mais reflètent
source de financement  ; suivent la Chine puis les surtout la couverture des zones de libre-échange des
banques multilatérales de développement. CER.

Intégration du commerce Les pays d’Afrique de l’Est sont déjà largement couverts
par leur marché unique et par la zone de libre-échange
La présente section traite des évolutions du commerce du COMESA. Si l’on inclut la zone de libre-échange
international formel ; on y trouve aussi un examen des tripartite, les pays de la CAE obtiennent 99 % de leurs
données sur le commerce intra-africain et des progrès importations des autres pays d’Afrique.
accomplis dans la libéralisation des droits de douane, la
facilitation du commerce et l’élimination des barrières La couverture de la CEDEAO est beaucoup plus
non tarifaires. restreinte, de sorte que la ZLEC aurait un intérêt
potentiel important. La ZLEC pourrait aussi solidifier la
Actuellement, il existe quatre zones de libre-échange liberté des échanges à l’intérieur de la CEDEAO, étant
fonctionnelles dans les communautés économiques donné les contraintes signalées par les négociants dans
régionales reconnues par l’Union africaine : le COMESA, l’application du régime de libéralisation du commerce
la CEDEAO, la CAE et la SADC. En dehors de ces CER de la CEDEAO.
reconnues par l’Union africaine, il existe des mécanismes
de libéralisation du commerce intra-africain : la zone de La zone de libre-échange tripartite aura une importance
libre-échange panarabe, la Communauté économique particulière pour les pays membres du COMESA qui
et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) et l’Union ne sont membres ni de la CAE ni de la zone de libre-
douanière de l’Afrique australe (SACU). La zone de libre- échange de la SADC, ainsi que pour plusieurs autres
échange tripartite augmentera encore la libéralisation pays qui n’appliquent pas encore le libre-échange prévu
du commerce intra-africain, et on attend la même chose par une autre communauté économique régionale  ;
de la création de la ZLEC. c’est le cas de l’Angola, de Djibouti, de l’Érythrée et
de l’Éthiopie. La zone de libre-échange tripartite sera
Les pays africains commercent surtout avec les autres également précieuse pour le Soudan car la zone de
membres de leur même groupement régional. Par libre-échange panarabe ne couvre qu’une petite
exemple, dans la Communauté de l’Afrique de l’Est, un fraction du commerce intra-africain de ce pays. Pour
membre obtient 86 % de ses importations africaines des les autres pays africains qui ne sont pas membres d’une
autres membres de la CAE. Pour la CEDEAO, le chiffre zone de libre-échange opérant dans le cadre de leur
comparable n’est que de 64 %, mais il est de 90 % pour communauté économique régionale, la ZLEC devrait
la SADC et de 78 % pour le COMESA. apporter une forte impulsion à la libéralisation de leurs
échanges intra-africains.
Les figures 2.11 à 2.15 montrent la composition des
importations africaines, par pays, avec une distribution Ces caractéristiques du commerce intra-africain sont
des importations qui sont déjà couvertes par une pertinentes, dans l’optique de la ZLEC, pour deux
39
raisons  : elles montrent que les pertes de recettes dans le cadre de leur communauté économique
douanières attendues de l’avènement de la ZLEC sont régionale.
faibles car la plupart des pays sont déjà couverts, dans
leur commerce intra-africain, par une zone de libre- Ces caractéristiques donnent à penser aussi que les
échange de leur propre communauté économique effets immédiats de la ZLEC – positifs et négatifs – seront
régionale; et en outre, la ZLEC aidera à couvrir le vraisemblablement peu spectaculaires dans beaucoup
commerce intra-africain des pays qui ne sont pas encore de pays. La ZLEC représente un pas, et non pas un bond
à l’intérieur d’une zone de libre-échange opérationnelle en avant dans le sens de l’intégration africaine, et elle
aidera tous les pays africains à progresser sur la voie

Figure 2.11
Part des importations intra-africaines des États membres de la CAE couverte par des accords de libre-
échange, 2015
Burundi
Kenya
Rwanda
Soudan du Sud
Ouganda
Tanzanie, Rép.-Unie de

0% 10% 20% 30% 40% 50% 60% 70% 80% 90% 100%

Accords de libre-échange CAE ou COMESA Accord tripartite Autres, Afrique

Source : Calculs de la CEA.

Figure 2.12
Part des importations intra-africaines des États membres de la CEDEAO couverte par des accords de
libre-échange, 2015
Bénin
Burkina Faso
Cabo Verde
Côte d’Ivoire
Gambie
Ghana
Guinée
Guinée-Bissau
Libéria
Mali
Niger
Nigéria
Sao Tomé-et-Principe
Sénégal
Sierra Leone
Togo

0% 10% 20% 30% 40% 50% 60% 70% 80% 90% 100%
Accords de libre-échange CEDEAO Accord tripartite Autres, Afrique

Source : Calculs de la CEA.

40
Figure 2.13
Part des importations intra-africaines des États membres de la SADC couverte par des accords de
libre-échange, 2015
Madagascar

Malawi

Maurice

Mozambique

SACU

Zambie

Zimbabwe

0% 10% 20% 30% 40% 50% 60% 70% 80% 90% 100%
COMESA ou Accord de libre-échange panarabe Accord tripartite Autres, Afrique

À noter : l’Angola, la République démocratique du Congo et les Seychelles n’ont pas encore mis en œuvre l’accord de libre-échange de la SADC.
Source : Calculs de la CEA.

Figure 2.14
Part des importations intra-africaines des États membres du COMESA (qui ne sont pas parties aux
accords de libre-échange de la SADC ou de la CAE) couverte par des accords de libre-échange, 2015
RDC

Seychelles

Lybie

Comores

Égypte

0% 10% 20% 30% 40% 50% 60% 70% 80% 90% 100%

Accords de libre-échange COMESA ou panarabe Accord tripartite Autres, Afrique

Source : Calculs de la CEA.

Figure 2.15
Part des importations intra-africaines d’autres pays africains couverte par des accords de libre-
échange, 2015
Algérie
Cameroun
Rép. centrafricaine
Tchad
Congo
Guinée équatoriale
Gabon
Mauritanie
Maroc
Somalie
Tunisie
Angola
Djibouti
Érythrée
Éthiopie
Soudan

0% 10% 20% 30% 40% 50% 60% 70% 80% 90% 100%
Accords de libre-échange panarabe ou de la CEMAC Accord tripartite Autres, Afrique

Note : À ce jour, Djibouti, l’Érythrée, le Soudan et le Swaziland n’ont pas appliqué l’ensemble des accords de libre-échange du COMESA.
Source : Calculs de la CEA.

41
d’une plus grande intégration commerciale. (Comme • 20  % sur les articles de consommation finale et
le montre le chapitre  5, cette démarche graduelle est les marchandises non spécifiées ailleurs, sur 2  200
un moyen de réduire les coûts d’ajustement structurel lignes tarifaires ;
associés à la libéralisation du commerce et elle permet
néanmoins des gains résultant du commerce, qui sont • 35  % sur certains biens entrant dans le
recensés au chapitre  4, notamment une amélioration développement économique, sur 130  lignes
des conditions de création des chaînes de valeur tarifaires (Commission de la CEDEAO, 2015a, cité
régionales, une meilleure valorisation des économies dans CEA, CUA et BAD, 2016).
d’échelle, une diversification des exportations et la
facilitation des échanges, autant d’avantages prévus La CEDEAO a créé les mécanismes suivants pour
par de nombreux modèles du commerce international.) s’assurer que ses membres appliquent bien le tarif
extérieur commun :
Accords commerciaux officiels
Depuis la publication d’ARIA  VII, les communautés • Un mécanisme d’évaluation douanière, pour
économiques régionales africaines ont encore progressé s’assurer que c’est bien le même système qui est
dans la libéralisation des échanges. appliqué par tous les États membres ;

COMESA • Une réglementation pour s’assurer que les


Après l’adoption d’une loi à cet effet, en 2016, la consommations intermédiaires qui entrent dans la
République démocratique du Congo est entrée dans fabrication de produits frappés d’un taux nul ne sont
la zone de libre-échange du COMESA, portant le pas elles-mêmes exposées à des droits nettement
nombre total de pays y participant à 16. La République plus élevés que ceux qui frappent le produit final ;
démocratique du Congo réduira les droits de douane
sur les importations en provenance des autres membres • Des mesures de sauvegarde, de défense du
du COMESA, sur une période de trois ans : d’abord une commerce et de protection, et des mesures
réduction de 40 % sur les droits en 2016, suivie d’une antidumping  : ces mesures sont des mesures
réduction de 30 % en 2017 et d’une autre réduction de supplémentaires de protection permettant aux
30 % en 2018 (COMESA, 2016). États membres de s’écarter du régime du tarif
extérieur commun, mais pour un maximum de 3 %
CAE seulement des lignes tarifaires figurant dans ce tarif.
Après y avoir été autorisé par les chefs d’État de la CAE
en mars 2016, le Soudan du Sud a achevé son adhésion Le tarif extérieur commun de la CEDEAO est entré en
à la CAE en signant le traité d’adhésion en avril 2016. vigueur le 1er  janvier 2015. Dix des 15  membres de la
CEDEAO l’appliquaient en 2016 (Obideyi, cité dans Daily
CEDEAO Post, 2016 ; Ghana Revenue Authority, 2016). En 2017,
L’Union douanière de la CEDEAO, entrée en vigueur en les membres de la CEDEAO ont autorisé la Commission
janvier 2015, applique un tarif extérieur commun selon de celle-ci à coordonner les positions de négociation
les taux suivants : des différents membres dans les discussions préalables
à la création de la ZLEC.
• 0  % sur les biens sociaux essentiels, couvrant
85 lignes tarifaires ; Zone de libre-échange tripartite
Depuis la publication d’ARIA VII, les faits nouveaux
• 5  % sur les articles de première nécessité, sur les suivants sont intervenus dans les négociations de la
matières premières, les biens d’équipement et zone de libre-échange tripartite :
certains biens intermédiaires spécifiques, sur un
total de 2 100 lignes tarifaires ; • 18 des 26  États membres de cette zone ont signé
l’accord ; la dix-neuvième signature est attendue le
• 10 % sur les biens intermédiaires, sur environ 1 400 10 juin 2017 ; un pays (Égypte) l’a ratifié ;
lignes tarifaires ;

42
• Les règles d’origine relatives aux types de produits Commerce intra-africain de marchandises
couvrant plus de 60 des 96  chapitres du système Ces avantages attendus sont bien nécessaires car les
harmonisé de classification douanière avaient déjà exportations intra-africaines ont fortement baissé
été décidées à la fin de mai 2017 ; en valeur absolue, passant de 85  milliards de dollars
en 2014 à 69  milliards de dollars en 2015 (CNUCED,
• Les annexes relatives aux mesures commerciales 2017b). Le commerce intra-africain rapporté au PIB
correctives, au règlement des différends et aux de l’ensemble du continent a également diminué, de
règles d’origine ont été finalisées ; 3,4  % à 2,9  % environ durant la période considérée
(figure 2.16).
• Le début de la deuxième phase des négociations a
été retardé ; En proportion des importations totales de l’Afrique,
les importations intra-africaines ont été de 14  % en
• Les États membres de la zone de libre-échange 2015 (CNUCED, 2017c). En proportion des exportations
tripartite examinent la question de savoir s’il faut totales de l’Afrique, les exportations intra-africaines ont
abandonner les négociations distinctes sur le représenté 18 % en 2015 (CNUCED, 2017c).
commerce des services dans le cadre de la zone
tripartite pour se concentrer sur les négociations de Commerce à l’intérieur des communautés
la ZLEC sur le commerce des services. économiques régionales

Zone de libre-échange continentale La figure 2.17 montre la part du commerce intrarégional


Les négociations relatives à la ZLEC se sont poursuivies dans le PIB, dans 25  accords commerciaux régionaux
en 2016 et 2017, notamment avec la première réunion en vigueur dans le monde et signalés à l’Organisation
des groupes de travail technique et des discussions sur mondiale du commerce (OMC) par rapport au PIB
les modalités. (On trouvera au chapitre 4 un examen plus total du bloc économique concerné (comme les blocs
détaillé de ces négociations.) Comme on l’a montré dans économiques ayant un PIB plus élevé présentent sans
ARIA V, et comme l’a vérifié une étude récente menée doute une plus grande diversité interne, ils créent des
par la CNUCED, la ZLEC aurait l’avantage d’entraîner des gains potentiels plus grands résultant du commerce, et
gains économiques appréciables en Afrique à la faveur donc une part plus grande du commerce intrarégional
d’une intégration régionale plus profonde et devrait dans le PIB). Sur la base de cette comparaison, les
apporter une augmentation des revenus et du PIB (CEA, communautés économiques régionales de l’Afrique
CUA et BAD, 2012 ; CNUCED, 2017a). qui ont conclu des accords commerciaux régionaux
(à savoir le COMESA, la CAE, la CEEAC, la CEDEAO et

Figure 2.16
Croissance de la part des échanges intra-africains dans le PIB de l’Afrique, 1995-2015
4,0

3,5

3,0

2,5

2,0
1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015
Exportations Importations

Source : Calculs de la CEA, d’après la CNUCED (2017b et 2017c).

43
Figure 2.17
Exportations intrarégionales à proportion du PIB de la région, par rapport au PIB, 2015 (milliards de
dollars)
25%

Union européenne 28
20%

15%

Association des Nations d’Asie du Sud-Est

10%

SADC Accord de libre-échange


nord-américains (ALENA)
5%
ECOWAS
Accord
- commercial Asie-Pacifique
CAE COMESA

0% 0 5 000 10 000 15 000 20 000 25 000


ECCAS
Ratio commerce/PIB Linéaire (Ratio commerce/PIB)

Source : Calculs de la CEA, d’après la CNUCED (2017c) et l’OMC (2017a).

Figure 2.18
Exportations intérieures à la CER en proportion du PIB, 1996-2015
6

0
1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015

UMA CEN-SAD COMESA CAE CEEAC CEDEAO IGAD SADC

Source : Calculs de la CEA, d’après la CNUCED (2017c).

la SADC) tendent à obtenir des résultats moins bons complémentarité des échanges, expliquent peut-être
s’agissant de la part du commerce intrarégional dans le les structures des échanges au sein de la SADC.
PIB total (l’exception est la SADC).
Barrières non tarifaires et facilitation des
Parmi les huit communautés économiques échanges
régionales reconnues par l’Union africaine, la SADC
a systématiquement obtenu le meilleur indicateur L’Afrique reste bien en retard, dans le monde, quant à
(figure  2.18), alors même qu’elle n’a pas le tarif l’efficacité du traitement des formalités aux frontières
douanier le plus faible appliqué aux articles du dans le commerce transfrontalier (CEA, CUA et BAD,
commerce intrarégional. D’autres facteurs, comme la 2016 ; Banque mondiale, 2017a), malgré d’appréciables
44
Figure 2.19
Temps et coût des opérations d’exportation pour les pays africains, 1er juin 2016
Algérie
Angola
Bénin
Botswana
Burkina Faso
Burundi
Cabo Verde
Cameroun
Rép. centrafricaine
Tchad
Comores
Congo
Côte d’Ivoire
RDC
Djibouti
Égypte
Guinée équatoriale
Éthiopie
Gabon
Ghana
Guinée
Guinée-Bissau
Kenya
Lesotho
Libéria
Lybie
Madagascar
Malawi
Mali
Mauritanie
Maurice
Maroc
Mozambique
Namibie
Niger
Nigéria
Rwanda
Sao Tomé-et-Principe
Sénégal
Seychelles
Sierra Leone
Somalie
Afrique du Sud
Soudan du Sud
Soudan
Swaziland
Gambie
Togo
Tunisie
Ouganda
Rép.-Unie de Tanzanie
Zambie
Zimbabwe
0 500 1000 1500 2000 2500 0 100 200 300 400 500 600 700 800

Opérations à l’exportation : formalités aux frontières (dollars) Formalités aux frontières : heures d’attente
Coût à l’exportation : documentation aux frontières (dollars) Documentation aux frontières : heures d’attente

Source : Banque mondiale (2017b).

45
Figure 2.20
Temps et coût des opérations d’importation pour les pays africains, 1er juin 2016
Algérie
Angola
Bénin
Botswana
Burkina Faso
Burundi
Cabo Verde
Cameroun
Rép. centrafricaine
Tchad
Comores
Congo
Côte d’Ivoire
RDC
Djibouti
Égypte
Guinée équatoriale
Éthiopie
Gabon
Ghana
Guinée
Guinée-Bissau
Kenya
Lesotho
Libéria
Lybie
Madagascar
Malawi
Mali
Mauritanie
Maurice
Maroc
Mozambique
Namibie
Niger
Nigéria
Rwanda
Sao Tomé-et-Principe
Sénégal
Seychelles
Sierra Leone
Somalie
Afrique du Sud
Soudan du Sud
Soudan
Swaziland
Gambie
Togo
Tunisie
Ouganda
Rép.-Unie de Tanzanie
Zambie
Zimbabwe
0 500 1000 1500 2000 2500 3000 3500 0 100 200 300 400 500 600

Coût à l’importation : formalités aux frontières (dollars) Formalités aux frontières : heures d’attente
Coût à l’importation : documentation aux frontières (dollars) Documentation aux frontières : heures d’attente

Source : Banque mondiale (2017b).

46
progrès récents. Les chiffres qui suivent montrent Les pays en développement et les PMA sont tenus de
le temps et le coût des opérations d’importation soumettre la catégorie des notifications des mesures
et d’exportation dans les différents pays africains. prévues dans l’Accord qu’ils s’engagent à appliquer
S’agissant des formalités à accomplir aux frontières, les (OMC, 2017b, 2017c, 2017d).
pays et territoires affichant la meilleure performance
dans l’ensemble de données mondiales sont parvenus Alors que les pays africains commencent à appliquer
à ramener en dessous de 1 dollar des États-Unis le coût l’accord de l’OMC sur la facilitation des échanges, ceux-ci
du passage en douane et à moins d’une heure le temps devraient effectivement être plus faciles et augmenter,
nécessaire (Banque mondiale, 2017b et 2017c).9 non seulement entre les membres africains de l’OMC
qui deviendront sans doute parties à l’accord, mais aussi
Dans le cadre de la zone de libre-échange tripartite, un entre les pays africains qui sont parties et les autres. En
effort important a été mené pour éliminer les barrières effet, les commerçants d’un pays africain (qu’il soit ou
non tarifaires (BNT). Un mécanisme permettant de les non partie à l’Accord) doivent pouvoir profiter, quand
signaler, de les surveiller et de les éliminer a été mis au ils commercent avec un pays qui est partie à l’Accord,
point pour traiter huit catégories de ce type de barrière : des mesures prises pour simplifier ou moderniser les
participation officielle au commerce et pratiques règles d’importation ou d’exportation et les formalités
restrictives tolérées par les gouvernements ; procédures correspondantes.
douanières et administratives à l’entrée dans le
pays  ; barrières techniques au commerce  ; mesures Au 20 avril 2017, sur les 44 pays africains membres de
sanitaires et phytosanitaires; restrictions spécifiques  ; l’OMC qui sont parties à l’Accord, 19  l’avaient ratifié
droits imposés aux importations  ; autres problèmes (OMC, 2017e). À la même date, 27 d’entre eux avaient
administratifs; transport, dédouanement et expédition. soumis au moins certaines des notifications des mesures
En juin 2017, on signalait 527 plaintes résolues, 57 étant prévues en les classant par catégorie. Cependant, cinq
encore en suspens.10 pays (le Malawi, Maurice, le Mozambique, le Tchad et la
Zambie) ont déjà notifié toutes les mesures prévues par
Le 22  février 2017, l’Accord sur la facilitation des l’Accord (OMC, 2017f).
échanges (AFE) de l’Organisation mondiale du
commerce est entré en vigueur. Il est fait obligation aux L’Alliance africaine pour la gestion des corridors de
membres de prendre des mesures pour réduire le coût commerce, qui encourage l’échange d’informations et
du commerce international en simplifiant, modernisant de données d’expérience et les projets communs entre
ou harmonisant les règles et procédures du pays à organismes de gestion des corridors de commerce, a
l’exportation et à l’importation. Les pays développés été inaugurée en février 2017. La réunion inaugurale a
se sont engagés à appliquer les dispositions de fond permis d’examiner le plan de travail de l’Alliance et les
de l’AFE dès sa date d’entrée en vigueur, mais les pays questions qui s’y rapportent. La CEA a fourni un soutien
en développement et les pays les moins avancés financier et organique pour ce démarrage.
(PMA) auront davantage de temps pour appliquer les
dispositions de fond de l’AFE qu’ils auront indiqué être Commerce des services
en mesure de mettre en œuvre à compter de la date Les données relatives au commerce des services sont
d’entrée en vigueur de l’Accord. Ces engagements sont notoirement fragiles : on sait très mal ce qui est échangé,
énoncés dans les notifications de la catégorie  A. Les par qui, et la fiabilité des rares données est douteuse. De
notifications de la catégorie B présentées par les pays en plus, comme elles s’appuient sur les données de balance
développement et les PMA énumèrent les dispositions des paiements, celles qui couvrent le commerce des
que le Membre de l’OMC mettra en œuvre après une services oublient complètement les investissements.
période de transition suivant l’entrée en vigueur de La collecte des données sur le commerce des services
l’AFE. Les notifications de la catégorie  C indiquent les s’est améliorée au cours des 15 dernières années, mais il
dispositions qu’un pays en développement ou un PMA n’existe tout simplement aucune donnée sur les services
désigne pour être mises en œuvre après une période de aux niveaux macro ou micro qui serait nécessaire
transition et qui exigent l’acquisition de la capacité de pour procéder à une analyse économique utile – et le
mise en œuvre grâce à la fourniture d’une assistance problème est plus grave encore en Afrique qu’ailleurs
et d’un soutien pour le renforcement des capacités. (Primack, 2016).
47
Une technique couramment utilisée pour combler en moyenne de 33 contre 19 pour ces derniers.12 Par
cette lacune consiste à utiliser des « données miroir », mode de notification, les scores de l’Afrique sont assez
c’est-à-dire d’examiner par exemple les statistiques des bons, 31 contre 21 dans le mode 1, 31 contre 18,6 dans
importations britanniques de services depuis l’Éthiopie le mode 3 et 60,7 contre 58,4 dans le mode 4 (Banque
pour se représenter les exportations éthiopiennes de mondiale, 2017d). Ces données agrégées masquent
services vers le Royaume-Uni. Cette technique, qui cependant une forte disparité au niveau des pays et
est utile pour combler certaines lacunes, privilégie les des secteurs, notamment quand les pays africains
rapports commerciaux Nord-Sud (puisqu’elle s’appuie appliquent des régimes assez restrictifs, s’agissant par
sur les meilleures statistiques, celles des pays du exemple des services professionnels, du commerce de
Nord). Mais il n’existe aucune donnée miroir bilatérale détail et des services de transport.
publique sur le commerce intra-africain des services,
de sorte que le chiffre fréquemment cité de la part du Cette performance en apparence assez bonne contraste
commerce intra-africain (14  % des importations ou avec ce qu’on dit généralement au sujet de la restrictivité
18  % des exportations totales de l’Afrique) ne tient des économies africaines, et avec certaines données
compte en aucune façon du commerce des services. anecdotiques qui donnent à penser que les barrières
Les travaux publiés (par exemple par la Commission et réglementations qui s’opposent au commerce
de l’Union africaine, 2015) et l’expérience acquise par des services dans les pays africains paralysent les
les entreprises africaines de services donnent fort à ambitions des entreprises qui chercheraient à pratiquer
penser que la majorité des transactions des micro, ce commerce. Les questions de qualité des données
petites et moyennes entreprises africaines concernent mises à part, cela illustre le fait que les barrières non
le commerce intra-africain. discriminatoires (qui ne sont pas captées par l’Indice
de restrictivité des échanges de services) sont sans
S’agissant des barrières au commerce des services – ce aucun doute importantes. Comme l’intégration du
qu’on trouve «  par-delà la frontière  » sous forme de commerce se poursuit en Afrique entre les marchés des
mesures réglementaires  – l’Indice de restrictivité des services, cela montre assez qu’il faut examiner le rôle
échanges de services établi par la Banque mondiale offre des barrières discriminatoires et des réglementations
un aperçu sans égal des restrictions discriminatoires qui non discriminatoires dans le commerce intra-africain
existent dans un sous-ensemble de 27 pays, secteurs et des services.
modes de notification africains.11 Il existe une certaine
diversité entre les pays mais, dans l’ensemble, les notes Commerce informel
obtenues par l’Afrique sont assez bonnes par rapport à Une grande partie des échanges entre pays africains
celles des pays de l’Organisation de coopération et de ne sont pas enregistrés dans les statistiques officielles,
développement économiques (OCDE), ces notes étant parce que ces échanges sont informels. Par exemple, on

Figure 2.21
Somme des échanges transfrontaliers formels et informels de maïs dans certains corridors de
commerce en Afrique orientale (tonnes
220 000
200 000
180 000
160 000
140 000
120 000
MT

100 000
80 000
60 000
40 000
20 000
0
Juin-13

Sep-13

Dec-13

Mars-14

Juin-14

Sep-14

Dec-14

Mars-15

Juin-15

Sep-15

Dec-15

Mars-16

Juin-16

Sep-16

Dec-16

Ouganda-Soudan du Sud Tanzanie-Kenya Ouganda-Kenya Ouganda-Rwanda

Source : FEWS NET et EAGC, cité dans FSNWG (2017).


48
Figure 2.22
Somme des échanges transfrontaliers formels et informels de sorgho dans certains corridors de
commerce en Afrique orientale (tonnes)
80 000

70 000

60 000

50 000

40 000
MT

30 000

20 000

10 000

0
Juin-13

Sep-13

Dec-13

Mars-14

Juin-14

Sep-14

Dec-14

Mars-15

Juin-15

Sep-15

Dec-15

Mars-16

Juin-16

Sep-16

Dec-16
Éthiopie-Somalie Ouganda-Rwanda Ouganda-Kenya Ouganda-Soudan du Sud Soudan-Soudan du Sud

Source : FEWS NET et EAGC, cité dans FSNWG (2017).

Figure 2.23
Somme des échanges transfrontaliers formels et informels de riz dans certains corridors de
commerce en Afrique orientale (tonnes)
30 000

25 000

20 000
MT

15 000

10 000

5 000

0
Juin-13

Sep-13

Dec-13

Mars-14

Juin-14

Sep-14

Dec-14

Mars-15

Juin-15

Sep-15

Dec-15

Mars-16

Juin-16

Sep-16

Dec-16
Tanzanie-Kenya Tanzanie-Ouganda Tanzanie-Rwanda
Ouganda-Soudan du Sud Somalie-Éthiopie Somalie-Kenya

Source : FEWS NET et EAGC, cité dans FSNWG (2017).

Figure 2.24
Somme des échanges transfrontaliers formels et informels de haricots secs dans certains corridors de
commerce en Afrique orientale (tonnes)
70 000

60 000

50 000

40 000
MT

30 000

20 000

10 000

0
Juin-13

Sep-13

Dec-13

Mars-14

Juin-14

Sep-14

Dec-14

Mars-15

Juin-15

Sep-15

Dec-15

Mars-16

Juin-16

Sep-16

Dec-16

Tanzanie-Kenya Ouganda-Kenya Ouganda-Soudan du Sud


Rwanda-Ouganda Éthiopie-Soudan Éthiopie-Kenya

Source : FEWS NET et EAGC, cité dans FSNWG (2017).


49
estime à 20 % du PIB du Bénin l’importance du commerce informels, elles risquent en outre d’accroître l’exclusion
informel avec le seul Nigéria (Banque mondiale, cité sexiste car 70  % des commerçants transfrontaliers
dans Banque de France, 2016). Cependant, les données informels sont des femmes. Tout cela montre combien
sur le commerce informel sont, par leur définition il importe de collecter et de produire une information
même, très limitées. de meilleure qualité sur le commerce transfrontalier
informel en Afrique et de comprendre quels produits et
Les graphiques qui suivent montrent l’importance quels services font l’objet de ce commerce informel et
relative des échanges informels et formels de certaines qui sont les acteurs (hommes ou femmes).
marchandises agricoles en Afrique orientale.
Accords de partenariat économique
Faute d’information sur le commerce informel en Après 12  ans de négociations, les pays africains ont
Afrique, il est difficile d’évaluer l’impact des politiques récemment progressé vers la signature des accords de
suivies sur les commerçants informels et leurs moyens partenariat économique avec l’Union européenne, mais
d’existence. Si certaines politiques ou difficultés quelques-uns d’entre eux seulement ont commencé à
économiques sont connues pour léser les commerçants les appliquer provisoirement. Les accords avec la Côte
informels (pesanteur des formalités douanières, par d’Ivoire, le Ghana et l’Union douanière d’Afrique australe
exemple), il est plus difficile d’estimer leur impact sont entrés dans la phase de l’application provisoire
économique et l’importance d’une modification de depuis la publication d’ARIA VII. Le Kenya et Rwanda ont
ces politiques, faute de données précises sur l’ampleur également signé ces accords avec l’Union européenne
des échanges informels. Si ces politiques ont pour effet depuis cette date, mais l’application provisoire n’a pas
d’aggraver les conditions de vie des commerçants encore commencé (Union européenne, 2017).

50
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7 À titre d’exemples, voir i) Djibouti (CEA, 2017f) et
ii) les investissements réalisés par la Côte d’Ivoire dans
le domaine des transports (ICA, 2016).
Notes de fin de chapitre
8 Les données sont disponibles pour 44
1 Cette section s’inspire du Rapport économique gouvernements seulement en 2015.
sur l’Afrique 2017 (CEA, 2017).
9 Ces pays et territoires comprennent un groupe
2 Seuls six membres (la Communauté économique d’États Membres de l’UE plus le Bélarus, la Région
et monétaire de l’Afrique centrale – CEMAC) des 11 administrative spéciale de Hong Kong, le Kazakhstan, la
membres de la Communauté économique des États Norvège, la République de Corée, Saint-Marin et l’État
d’Afrique centrale (CEEAC) sont membres de l’Union de Palestine.
économique et monétaire.
10 [Link]
3 Selon le Groupe de haut niveau Mbeki sur les flux
financiers illicites. 11 Les données sont surtout de 2009-2010  ;
elles couvrent cinq secteurs (finances, transport,
4 CADM (2017). Impact of Illicit Financial Flows on commerce de détail, télécommunications et services
Domestic Resource Mobilization: Optimizing Revenues professionnels) et les modes 1, 3 et 4 ; elles sont notées
from the Mineral Sector in Africa. sur un score de 100 (celui-ci étant le plus restrictif).
Les données sont très agrégées et, dans une certaine
5 CADM (2016). Optimizing Domestic Revenue mesure tendancieuses car elles mettent l’accent sur les
Mobilization and Value Addition of Africa’s Minerals – barrières les plus facilement identifiables (par exemple
Towards Harmonizing Fiscal Regimes in the Mineral liées à l’investissement).
Sector.
12 Dans le commerce des services, le Mode 1
6 Le projet hydraulique Ruzizi II; l’expansion représente le commerce transfrontalier, défini comme
portuaire de Dar-es-Salaam; la route Serenge-Nakonde la fourniture d’un service du territoire d’un pays au
(T2); le gazoduc Nigéria-Algérie; la modernisation de la territoire d’un autre pays; le Mode 2 représente la
ligne ferroviaire Dakar-Bamako; le projet hydraulique consommation à l’étranger et couvre la fourniture d’un
Sambagalou; le corridor côtier Abidjan-Lagos; le câble service d’un pays au consommateur du service d’un
à fibres optiques terrestre TIC Lusaka-Lilongwe; le pays quelconque; le Mode 3 représente la présence
projet de transmission Zambie-Tanzanie-Kenya; le commerciale et couvre des services fournis par un
corridor de transmission nord-africain; le lien routier- fournisseur de services d’un pays à un territoire d’un
ferroviaire Abidjan-Ouagadougou entre la Côte d’Ivoire pays quelconque; le Mode 4 représente la présence de
et le Burkina Faso; le lien routier-ferroviaire Douala- personnes physiques; il couvre les services fournis par
Bangui-Ndjamena entre le Cameroun, la République un fournisseur de services d’un pays, à des personnes
centrafricaine et le Tchad; l’amélioration de la route physiques se trouvant dans le territoire d’un autre pays.

54
Chapitre 3
Questions conceptuelles de l’économie
politique de l’intégration et de la ZLEC
Le présent chapitre passe en revue l’économie politique Cependant, la façon dont les choses sont, ne doit pas
de la Zone de libre-échange continentale (ZLEC). Il nécessairement être déterministe. Le chapitre conclut
cherche à comprendre pourquoi il existe un décalage en s’appuyant sur les travaux de recherche de la
entre les politiques et programmes continentaux et Commission économique pour l’Afrique (CEA) sur les
régionaux et leur mise en œuvre. Malgré les efforts capacités institutionnelles et la poursuite des réformes
passés et actuels visant à accélérer le dynamisme du dans le contexte de l’État développementiste et du
commerce intra-africain, l’exécution reste difficile. changement économique structurel (CEA, 2011, 2012
et 2014). Cela montre qu’un État développementiste,
L’examen s’appuie sur l’outil analytique «  sous cinq guidé par des dirigeants déterminés à réaliser les
angles » élaboré par le Centre européen pour la gestion objectifs nationaux de développement et doté d’une
des politiques de développement (ECDPM) (Byiers et bureaucratie compétente, est nécessaire pour piloter le
al., 2015). La valeur de cet outil est qu’il singularise et processus de la ZLEC et garantir la mise en place d’une
explique les complexités et les défis de l’intégration ZLEC propice au développement de l’Afrique.
régionale, en recensant les acteurs et les facteurs qui
ont eu une incidence significative sur les processus Une approche conceptuelle de
d’intégration régionale, ce qui aide à expliquer l’économie politique de la ZLEC
« pourquoi les choses sont telles qu’elles sont ».
Les 10 conclusions clés de l’évaluation sont présentées
sous les cinq angles (tableau 3.1).
Tableau 3.1
Approche conceptuelle de l’économie politique de la ZLEC-cinq angles et 10 conclusions
Angle Conclusion
FACTEURS FONDATEURS : 1. Les facteurs fondateurs sont notamment les fondements structurels et historiques de l’Afrique. Ils
institutions structurelles et donnent forme à l’environnement dans lequel la zone continentale de libre échange sera négociée
historiques et mise en œuvre, mais ne le déterminent pas.
INSTITUTIONS  2. Les formes institutionnelles de la ZLEC doivent être conçues de manière à remplir les fonctions
Forme et fonction indiquées plutôt que d’imiter les exemples de bonnes pratiques qui ne fonctionneront pas dans le
contexte de la ZLEC.
ACTEURS 3. Les États membres peuvent apporter un soutien à la ZLEC même si la mise en œuvre n’est pas une
intérêts et incitations priorité politique.
4. La mise en œuvre la ZLEC aura lieu dans le respect des intérêts nationaux clés tels que définis par
les décideurs nationaux.
5. Les États influents sont en bonne position pour diriger le programme de la ZLEC et sa mise en
œuvre, mais les petits pays peuvent adopter une variété de stratégies pour promouvoir leurs
intérêts.
6. Les personnalités individuelles, les dirigeants, les négociateurs et les choix qu’ils font auront
tendance à façonner la négociation et la mise en œuvre de la ZLEC - et peuvent être déterminants.
7. Associer les divers acteurs du secteur privé et organisations de la société civile à la ZLEC est
essentiel pour tenir compte du large éventail d’intérêts en jeu.
ASPECTS SPÉCIFIQUES 8. Les accords commerciaux sont généralement très ambitieux, mais souvent peu suivis d’effet.
AUX SECTEURS

FACTEURS EXTERNES 9. L’ampleur du soutien des donateurs à la ZLEC et la qualité de ce soutien offrent autant de
Donateurs et moments possibilités que de défis pour combler le déficit de mise en œuvre.
critiques 10. Des moments critiques comme l’augmentation des échanges commerciaux des marchés émergents
avec l’Afrique, l’après-AGOA, le Brexit et la stagnation des accords de partenariat économique
peuvent être à l’origine de progrès, mais aussi bloquer la dynamique favorable à la ZLEC.
Note : APE : Accord de partenariat économique ; AGOA : Loi des États-Unis sur la croissance et les possibilités en Afrique.
Source : Byiers et al. (2015).
55
Facteurs fondateurs prédécesseur de la CAE en 1977 résulte en grande partie
Les facteurs fondateurs - le premier angle–revêtent deux de la conviction que les avantages sont allés de façon
formes : structurelle et historique. La première se réfère disproportionnée au Kenya, pays plus industrialisé
à la structure géographique ou économique d’un pays, (Mathieson, 2016).
la seconde à son héritage historique. Ces facteurs ont
en commun le fait d’être impossibles, ou tout au moins Qu’est-ce que cela signifie pour la ZLEC ? La diversité
très difficiles à modifier à court et à moyen terme. Ces des formes économiques dans les pays africains a deux
fondements structurels et historiques donnent forme incidences. Tout d’abord, les puissances industrielles,
aux intérêts de l’économie politique d’un pays, mais ils comme l’Afrique du Sud, l’Égypte, le Kenya et le Nigéria,
ne doivent pas nécessairement être déterministes. pourraient avoir davantage à gagner de la ZLEC. Comme
on l’a vu dans le cas de la zone de libre-échange des
Fondements structurels : géographie et économie Amériques (ZLEA) qui a échoué (voir l’encadré 3.1) (ainsi
La configuration géographique et économique des pays que du prédécesseur de la CAE), pareilles perceptions
d’Afrique est extrêmement variée. Il existe 15 pays sans peuvent compliquer les négociations et faire échouer
littoral et six petits pays insulaires en développement les accords commerciaux. Il est essentiel que la ZLEC soit
sur le continent (CEA, 2017). Le PIB des économies conçue dans le cadre d’une approche mutuellement
africaines va de 337 millions de dollars É.-U. pour Sao avantageuse qui répartisse ses bénéfices à la fois entre
Tomé-et-Principe à 568 milliards pour le Nigéria. Le PIB tous les pays africains et à l’intérieur de ces pays (c’est le
par habitant va de 130 dollars É.-U. en Somalie à 20 381 sujet des chapitres 5 et 6).
dollars en Guinée équatoriale (DAES, 2017). Nombre de
ces pays sont tributaires de leur secteur extractif, les Deuxièmement, des pays très importants et très
ressources minières représentant 73 % des exportations influents sont indispensables pour faire de la ZLEC
africaines vers le reste du monde.1 une réalité. Les accords régionaux les plus réussis
dans le monde ont été soutenus par une ou plusieurs
L’intégration régionale est particulièrement attrayante puissances régionales qui s’en sont fait les défenseurs.
pour les pays sans littoral. Cela les aide à établir des L’attitude et le comportement de ces défenseurs de la
corridors de transit pour avoir accès à des ports et à ZLEC seront cruciaux. D’une part, les économies plus
consentir des investissements dans les infrastructures grandes peuvent être bien placées pour exploiter les
de transport au niveau régional, ce qui facilite leurs gains de la libéralisation du commerce. D’autre part,
échanges avec le monde extérieur. Quelques exemples : elles peuvent craindre d’ouvrir leurs « chasses gardées » -
l’intégration réussie dans la Communauté de l’Afrique les communautés économiques régionales immédiates
de l’Est (CAE) est facilitée par le désir fort de ses pays - à la concurrence des grandes économies dans d’autres
sans littoral d’avoir accès à des ports (Byiers, 2016). sous-régions. Par exemple, les entreprises nigérianes
En Afrique de l’Ouest, la Communauté économique pourraient craindre les concurrents sud-africains au sein
des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) contribue à de la CEDEAO (voir «  Acteurs  : intérêts et incitations  »
faciliter le transit des marchandises à partir des ports ci-dessous).
de ses pays côtiers vers les marchés de ses pays sans
littoral. Les avantages mutuels résultant des liens entre De nombreux pays africains ont eu du mal à se
les pays sans littoral et les États côtiers peuvent favoriser débarrasser du passé économique lié à l’extraction
l’intégration. La ZLEC peut être particulièrement des ressources naturelles et à l’exportation de produits
bénéfique pour les pays sans littoral si elle facilite le de base. Il existe à la fois une similitude et une
transit de leurs marchandises. (Ce point est détaillé au complémentarité limitée entre les profils commerciaux
chapitre 5). de la plupart des pays  : le Ghana n’a pas besoin
d’importer du cacao de la Côte d’Ivoire, ni le Kenya du
Les écarts de taille et la force relative des économies thé de l’Ouganda, sauf pour la réexportation. À l’inverse,
créent des tensions quant à la répartition perçue ce manque de complémentarité économique explique
des avantages résultant de l’intégration régionale. le soutien politique fort dont bénéficie la ZLEC  : les
La concurrence de voisins économiquement plus dirigeants africains souhaitent ardemment remettre en
sophistiqués et puissants peut intimider des États cause le statu quo économique et voient dans la ZLEC
économiquement plus faibles. L’effondrement du un moyen de promouvoir l’industrialisation (Sommer et
56
Encadré 3.1
Leçons tirées de la zone de libre-échange des Amériques

L’initiative de la ZLEA a été lancée en décembre 1994 lors du premier sommet des Amériques à Miami, aux États-
Unis. Ce projet impulsé par les États-Unis avait pour objectif de créer, d’ici à 2005, la plus grande zone de libre-
échange au monde comprenant 34 économies de l’hémisphère occidental (seul Cuba était exclu pour des raisons
politiques). La plupart des véritables négociations ont eu lieu entre 2000 et 2003, coïncidant avec les premières
années du Cycle de Doha à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Après des échecs répétés pour parvenir
à un accord, il a été mis fin au processus de la ZLEA en novembre 2005.

Dès le début, les négociations ont été compliquées par d’énormes disparités dans les perspectives de
développement, les capacités institutionnelles et la taille (économique, démographique et géographique) des 34
pays. À une extrémité, il y avait la plus grande économie du monde et le troisième pays le plus peuplé, les États-
Unis, tandis qu’à l’autre, les pays des Caraïbes anglophones, dont la quasi-totalité ont une population inférieure
à 1 million d’habitants. Comparé aux 18 000 milliards de dollars E.-U. de l’économie américaine, seuls le Brésil,
le Canada et le Mexique peuvent être considérés comme des grandes économies (avec un PIB supérieur à 1000
milliards de dollars en 2015). L’Argentine, le Chili, la Colombie, le Pérou et le Venezuela sont des économies de
taille moyenne, leur PIB se trouvant dans une fourchette comprise entre 200 et 700 milliards de dollars, tandis
que tous les autres pays de l’hémisphère occidental sont de petites économies. Le PIB par habitant des États-Unis
a dépassé 56 000 dollars en 2015, alors que celui d’Haïti (le pays le moins développé de l’hémisphère occidental)
était inférieur à 1 000 dollars.

Cependant, les négociations ont été conçues comme un engagement unique, avec les principes généraux
convenus en mars 1998, selon lesquels « les droits et obligations de la ZLEA seront partagés par tous les pays ». À
l’exception des différents calendriers d’élimination, il y avait peu de place pour la flexibilité, le traitement spécial
et différentiel et la géométrie variable.

La libéralisation proposée était d’une grande profondeur et a été perçue comme avantageant surtout les États-
Unis. Il s’agissait de l’élimination de la quasi-totalité des droits de douane sur les biens, de l’ouverture des marchés
publics, de la libéralisation du commerce des services et de l’investissement sur la base d’une liste négative2, du
règlement des différends entre États et investisseurs et de la protection des droits de propriété intellectuelle
dans le cadre des règles ADPIC3-Plus. En revanche, les engagements juridiques étaient faibles ou inexistants sur
des questions sensibles pour les États-Unis, comme les mesures antidumping et autres recours commerciaux,
le soutien interne à l’agriculture ayant pour effet de fausser les échanges ou l’allègement des restrictions aux
frontières pour les prestataires de services étrangers.

Vers la fin des négociations en 2004, d’autres régimes d’intégration ont commencé à gagner du terrain, avec
différents objectifs politiques ou d’intégration. On peut ainsi citer l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre
Amérique et la Communauté des nations sud-américaines (qui est devenue en 2007 l’Union des nations sud-
américaines, UNASUR). La ZLEA étant bloquée, les États-Unis ont réajusté leur approche, élargissant leur réseau
de zones de libre-échange bilatérales avec des pays «  consentants  », en commençant par une zone de libre-
échange avec le Chili en juin 2003.

Aujourd’hui, les États-Unis ont des accords de libre-échange en place avec 11 pays d’Amérique latine, divisant
en fait l’Amérique latine entre les pays qui sont le plus étroitement intégrés aux États-Unis, principalement du
côté occidental de l’Amérique latine, et ceux de la partie orientale, qui ne le sont pas. Il en résulte une Amérique
latine fragmentée en deux blocs principaux : l’Alliance du Pacifique favorable aux États-Unis et le Mercosur. Le
commerce intra-régional reste faible, avec seulement 16 % des exportations en 2015.

57
Encadré 3.1
Leçons tirées de la zone de libre-échange des Amériques (suite)

L’expérience de la ZLEA permet de tirer des enseignements utiles pour tout projet d’intégration régionale à
grande échelle, y compris pour la ZLEC :

• Le leadership est essentiel, mais il ne faut pas que le principal moteur des négociations soit perçu comme un
pays cherchant à accaparer la plupart des avantages.

• Les différences entre les participants en termes de taille, de niveau de développement et d’attentes font que
l’accord « taille unique » est politiquement impossible. Par conséquent, il est préférable de procéder par étapes,
en laissant suffisamment de marge d’action aux pays les plus pauvres pour qu’ils assument des engagements
plus exigeants à leur propre rythme. Cela serait particulièrement important pour la ZLEC, compte tenu du
grand nombre de pays africains moins avancés.

• Il serait avantageux que les pays africains adoptent des positions communes concernant la ZLEC au sein de
leur communauté économique régionale au lieu de négocier individuellement. Cela accélérerait le processus ;
sinon, ce sera une négociation avec 55 participants.

• Les négociations Nord-Sud sont particulièrement difficiles car les exigences des pays développés participants
dans des domaines comme la propriété intellectuelle et l’investissement ont tendance à rencontrer des
résistances de la part des pays en développement qui craignent de perdre toute marge d’action. À tel point
que conclure des accords dans le cadre de la ZLEC pourrait être plus facile que cela l’a été dans le cadre de la
zone de libre-échange des Amériques, car ce serait une négociation purement africaine.

Luke, 2017)4. Les circonstances économiques ne doivent des tensions géopolitiques dans la Corne de l’Afrique
pas être déterministes. peut être attribuée à l’héritage de l’occupation italienne
de la région (Plaut, 2016).
Fondements historiques : legs de la colonisation et
des luttes de libération L’héritage de ce passé est que les pays africains abordent
Les expériences communes acquises dans le cadre la ZLEC avec une variété de systèmes juridiques (figure
de la décolonisation et des luttes de libération sont à 3.1), de langues et de considérations géopolitiques.
l’origine de l’intégration en Afrique. Elles sous-tendent Dans la pratique, des négociations en quatre langues
une identité commune et un sentiment de solidarité sont difficiles5, et la traduction et l’interprétation
qui, à leur tour, forment l’idéologie panafricaine. Cela ajoutent aux coûts des négociations. Par ailleurs, ce
est résumé dans l’objectif déclaré de l’Organisation passé a contribué à regrouper les pays en un certain
de l’Union africaine (OUA), le précurseur de l’Union nombre de zones régionales de libre-échange et
africaine (UA), qui a regroupé les pays africains aux fins d’unions douanières qui constituent des éléments de
de l’unité, de la solidarité et de « [l’éradication de] toutes base utiles à la ZLEC. Ce passé a également favorisé
les formes de colonialisme d’Afrique » (OUA, 1963). cet esprit panafricain partagé qui sous-tend la grande
vision panafricaine, à laquelle la ZLEC contribue. (Les
D’autres legs de la colonisation ont cependant Communautés économiques régionales [CER] dans la
favorisé des traditions administratives, religieuses et ZLEC, les institutions de la ZLEC dans l’Union africaine et
bureaucratiques très différentes. Les pays francophones le Traité d’Abuja comme cadre de la ZLEC sont examinés
d’Afrique se sont consolidés grâce à une langue au chapitre 8.)
commune, à un régime de droit civil et, dans bien
des cas, à une union monétaire. De même, les pays Institutions : forme et fonction
arabophones d’Afrique du Nord partagent la même Les institutions formelles chargées de mettre en œuvre
langue et la loi islamique et sont membres de CER et la ZLEC sont en cours de création et des leçons peuvent
d’accords de libre-échange similaires. La persistance être tirées de l’économie politique des institutions
58
Figure 3.1
Les systèmes juridiques dans le monde

Common law
Mélange de Common law
et de droit civil
Code Napoléon
Autres systèmes
romano-germaniques
Droit islamique

Source : [Link]

régionales formelles et informelles existant en Afrique. connexes d’industrialisation et de développement des


(Ces idées sont reprises dans les options institutionnelles infrastructures régionales et continentales bénéficient
décrites au chapitre 8). d’un appui quasi unanime des organes directeurs
suprêmes. Plusieurs institutions et programmes formels
L’Afrique dispose d’une architecture d’institutions ont été mis en place pour réaliser ces aspirations par
formelles bien développée pour soutenir l’intégration le biais des CER, y compris des institutions d’arbitrage
régionale. Néanmoins, ces formes institutionnelles - ou de contrôle, comme les tribunaux. Pourtant, les
souvent des copies des modèles de bonnes pratiques politiques de libre-échange sont souvent contournées
- ne correspondent pas toujours à leurs fonctions ou contrecarrées par une combinaison de facteurs : la
déclarées. Les formes que revêtent les institutions transposition lente ou incomplète des engagements
publiques régionales - les règles et les processus régionaux dans les textes réglementaires et juridiques
budgétaires et de responsabilisation, les structures nationaux, l’application inégale ou incomplète des
organisationnelles, les organes décisionnels suprêmes, accords régionaux et d’autres pratiques comme des
les parlements et les tribunaux régionaux, etc. - mesures non tarifaires (légitimes et illégitimes) qui
peuvent facilement être confondues avec les fonctions créent des obstacles de facto à l’intégration.
institutionnelles déclarées comme la responsabilité et
la transparence de la gestion budgétaire, la médiation Par exemple, de nombreuses CER disposent de zones
et l’arbitrage des différends ou la fourniture de biens de libre-échange, mais dans la pratique, les échanges
ou de services publics régionaux. Autrement dit, les entre États membres sont limités par diverses barrières
apparences sont parfois trompeuses. Cet état de choses non tarifaires, des droits internes et des listes de biens
contribue à expliquer le décalage tant décrié entre « sensibles » (Bilal et al., 2015). Les normes en vigueur
décisions et exécution. qui interdisent l’utilisation de procédures formelles de
règlement des différends contre d’autres États africains
Les tensions entre la forme et la fonction s’appliquent signifient que les institutions qui ont été créées pour
aux politiques et aux accords commerciaux régionaux assurer le respect des accords régionaux, comme le
de l’Afrique. L’intégration des marchés et les politiques tribunal du Marché commun de l’Afrique de l’Est et de
59
l’Afrique australe (COMESA), celui de la Communauté de influence diplomatique, économique, militaire et
développement de l’Afrique australe (SADC) ou la Cour politique, et de leur capacité à compenser les perdants,
de justice de l’Afrique de l’Est sont sous-utilisés et ne à débloquer les impasses et à surmonter les échecs
remplissent pas effectivement leurs fonctions malgré de coordination dans l’action collective régionale. Le
les efforts déployés pour en renforcer certaines. poids et le leadership considérables que certains États
peuvent avoir seront déterminants pour faire naître la
La ZLEC sera un ensemble d’institutions formelles ZLEC.
créées pour surveiller, résoudre les différends, faciliter la
mise en œuvre, arbitrer et pousser les parties prenantes Dans les sous-régions d’Afrique, certains États ont
à l’action. Il est essentiel que les institutions de la plus ou moins d’influence que d’autres. Certains, par
ZLEC soient conçues de manière à pouvoir remplir les exemple, pourraient craindre que la ZLEC ouvre leur
fonctions qui leur auront été confiées. Selon les normes sphère d’influence économique aux échanges avec
et pratiques formelles et informelles en vigueur, les d’autres États influents d’autres sous-régions. D’autres
conceptions institutionnelles les plus efficaces seront peuvent voir dans la ZLEC un moyen de servir leurs
sans doute, non pas des imitations des bonnes pratiques intérêts commerciaux. Si ces intérêts ne sont pas
mondiales, mais, par exemple, des procédures de équilibrés, les États influents peuvent peser de tout
règlement des différends reposant sur l’adoption, dans leur poids sur la ZLEC et menacer sa mise en œuvre.
un premier temps, de méthodes non litigieuses avant le Cependant, il existe des raisons d’être optimiste. À
recours à des procédures formelles. l’approche de la conclusion des négociations, la Zone
de libre-échange tripartite (ZLET) est en passe d’établir
Acteurs : intérêts et incitations un précédent sur la manière dont les intérêts parfois
L’intégration régionale est impulsée par des groupes conflictuels d’États influents de telle ou telle sous-
et des coalitions d’acteurs. Les éléments importants région peuvent être équilibrés aux fins de l’obtention
sont les incitations qui motivent les principaux groupes d’un accord commercial mutuellement avantageux
et leur interaction avec des institutions formelles et (encadré 3.2).
informelles. La présente section recense cinq groupes
qui sont d’une importance cruciale pour la ZLEC. Les États influents peuvent favoriser une dynamique
régionale. Ils ont les moyens financiers de se faire
Décideurs nationaux et intérêts nationaux représenter aux négociations par d’importantes
La mise en œuvre d’initiatives régionales s’inscrit délégations ayant une expertise plus large que celle des
dans le respect des principaux intérêts nationaux tels États plus petits. Ces experts seraient mieux à même de
que perçus et définis par les décideurs nationaux et diriger les négociations, mais il peut y avoir des risques
conformément aux pressions politiques nationales. s’ils manipulent le processus à leur propre avantage.

Il est facile pour les dirigeants d’exprimer leur soutien En construisant la ZLEC, il est indispensable que tous les
à l’intégration, mais il est beaucoup plus difficile pays africains en partagent les fruits et soient gagnants
d’obtenir l’engagement des décideurs nationaux, qui sur tous les tableaux. Les accords commerciaux qui ne
sont guidés par les seuls intérêts nationaux. Ce serait sont pas de type gagnant-gagnant peuvent rester lettre
une erreur de sous-estimer la volonté des délégations morte, car les pays partenaires tirent peu de profit de
de négociateurs de promouvoir les intérêts de leur pays. leur application (Jones, 2013). S’ils sont perçus comme
Comme l’a déclaré Rob Davies, Ministre sud-africain n’avantageant que quelques pays seulement, les
du commerce et de l’industrie, «  les négociations accords commerciaux pourront se désagréger, comme
commerciales doivent être reconnues plus que jamais ce fut le cas de l’ancienne Communauté de l’Afrique
comme étant ce qu’elles ont toujours été, à savoir un de l’Est et de la Zone de libre-échange des Amériques.
processus consistant à donner et à recevoir, guidé par (Les politiques visant à assurer l’équité de la ZLEC sont
des intérêts concurrents » (Davies, 2017). examinées aux chapitres 5 et 6.)

États influents Bien qu’il y ait indéniablement des États influents dans
Les pays peuvent être influents dans différents la ZLEC, d’autres pays peuvent également exercer
domaines, en fonction de leur capacité à exercer une une influence, par le biais par exemple de coalitions.
60
Encadré 3.2
Enseignements tirés de la Zone de libre-échange tripartite (ZLET)

La ZLET comprend 26 pays de la CAE, de la SADC et du COMESA. La phase 1 des négociations (portant sur les
échanges de marchandises) a débuté en 2011 et touche presque à sa fin, avec la signature d’un texte accompagné
de plusieurs annexes. Les négociations sur les questions en suspens lors du lancement de la ZLET en 2015 - recours
commerciaux, règlement des différends et négociations tarifaires - ont été achevées ou sont bien avancées.

À l’instar de la ZLEC, la ZLET vise à adopter de meilleurs cadres juridiques pour promouvoir le commerce intra-
africain au XXIème siècle. Elle vise à relever des défis similaires, comme les difficultés causées par l’appartenance
à plusieurs CER, les goulets d’étranglement entravant le mouvement des biens et des services, les questions de
facilitation du commerce et, plus généralement, l’établissement d’un environnement commercial prévisible et
transparent. La ZLET concerne un large éventail de pays africains ayant des motivations et des facteurs fondateurs
différents ainsi que différents niveaux de développement économique et industriel. Les objectifs, les modalités et
les grands défis et succès de la ZLET offrent des enseignements pour la ZLEC.

Concilier la préservation des CER et la volonté de rationaliser l’appartenance à plusieurs d’entre elles
Lorsque les négociations ont débuté, la ZLET devait concilier «  les défis liés à l’appartenance à de multiples
CER et accélérer les processus d’intégration régionale et continentale  »6. Il avait été décidé que les trois CER
« commenceraient immédiatement à travailler à leur fusion en une seule communauté7 ». Cela ne s’est pas fait.
La ZLET a évolué pour constituer, au moins à court et moyen terme, une nouvelle zone de libre-échange qui
s’est superposée aux trois CER, et il n’y a pas eu de consolidation. Pourquoi en a–t-il été ainsi ? Les principes de
négociation de la ZLET prévoyaient « de bâtir sur les acquis des CER », ce qui n’a pas été rapproché de l’objectif de
consolidation des communautés économiques régionales8. Par conséquent, en ce qui concerne la ZLEC, il faut
veiller attentivement à concilier le désir de conserver les CER existantes et l’objectif de rationaliser les zones de
libre-échange des CER dans une zone d’échange consolidée. Si on s’y prend mal, la ZLEC pourrait simplement
constituer une nouvelle zone de libre-échange et manquer l’occasion de rationaliser et de simplifier le commerce
en Afrique.

Signature d’accords partiellement achevés ou d’« accords-cadres »


Le Traité portant création de la ZLET a été signé en juin 2015, assorti de dispositions transitoires pour les éléments
en suspens (règles d’origine, concessions tarifaires et recours commerciaux). Les États membres de la ZLET
devaient conclure les annexes en suspens au plus tard en juin 2016, mais ils ont manqué le délai. Dans le cas de la
ZLEC, il faudrait veiller à ce que des délais soient prévus et respectés à propos de toutes questions qui n’auraient
pas été résolues lors de la signature.

Concilier les idéaux panafricains et les intérêts nationaux


Bien que la ZLET ait été lancée sous la bannière du panafricanisme et de la solidarité africaine, les négociations
ont donné lieu à des échanges agressifs typiques. Lors de la conclusion d’accords commerciaux contraignants,
notamment la ZLEC, seuls prévaudront les intérêts nationaux comme la lutte contre le chômage, le développement
national et les plans d’industrialisation.

Financement de négociations à grande échelle en Afrique


Les négociations de la ZLET concernaient trois CER et 26 États membres/partenaires, et se déroulaient en quatre
langues. Des négociations à ce niveau nécessitent un soutien financier, logistique, administratif et technique.
Le financement provenait de donateurs, dont l’appui peut être imprévisible - à un moment donné, il semblait
que cela bloquerait les négociations. Aussi faudrait-il que le financement de la ZLEC soit moins dépendant de
donateurs.

61
En établissant des groupes ayant des points de vue Les technocrates commerciaux accordent plus
similaires, les pays plus petits peuvent promouvoir d’attention aux menus détails des accords commerciaux
efficacement leurs intérêts. Dans le cas de la ZLEC, une que ne peuvent le faire les chefs d’État, qui, eux, sont
telle coalition serait composée par exemple des États censés approuver de « grandes visions », étant entendu
non membres de l’OMC ayant un groupe diversifié que celles-ci seront tempérées par la prévention et
d’intérêts similaires. l’analyse des risques requises des technocrates. Dans le
communiqué final issu du Sommet tripartite COMESA-
Les dirigeants politiques CAE-SADC, les chefs d’État et de gouvernement ont
Des personnalités fortes et des dirigeants exceptionnels demandé que les trois CER «  travaillent à une fusion
peuvent définir des initiatives d’intégration régionale, en une seule communauté économique régionale  »
les dynamiser et leur impulser un élan. Par exemple, (COMESA, CAE et SADC, 2008). Or, à mesure que la
le rôle éminent joué par les présidents Thabo Mbeki et première phase des négociations approche de sa
Olusegun Obasanjo a contribué à créer l’Union africaine. conclusion, il est clair que les négociations ont accouché
d’une autre zone de libre-échange et non pas de la très
Leadership et vision sont nécessaires pour concevoir ambitieuse consolidation des CER envisagée à l’origine.
et appliquer des politiques visant à ce que l’Afrique ne
soit plus si fortement dépendante des exportations de Les négociateurs commerciaux africains sont influencés
produits primaires et d’un faible commerce intra-africain par leurs normes de négociation en vigueur. La plupart
(CEA, 2011). Un leadership puissant est une ressource des pays africains ont été associés au cours des 14
importante pour s’assurer que les forces de l’économie dernières années à des négociations très défensives avec
politique ne deviennent pas déterministes. Les l’Union européenne (UE) - les accords de partenariat
dirigeants peuvent conduire des scénarios qui rompent économique (APE) - où l’objectif de nombreux
avec le statu quo et qui donnent de meilleurs résultats. négociateurs africains était de minimiser et de retarder
Pour la ZLEC, un tel leadership sera nécessaire à la fois l’ouverture de leur marché, de limiter les restrictions à
pour relever nombre des défis de l’économie politique leur marge d’action et de traiter avec un partenaire de
exposés dans le présent chapitre et pour exploiter les négociation plus expérimenté et disposant de plus gros
possibilités offertes par l’économie politique. moyens. Sur le plan offensif, ces négociations ont offert
peu d’intérêt aux négociateurs africains, la plupart des
Négociateurs commerciaux pays bénéficiant déjà d’un accès en franchise sur le
Les acteurs qui jouent le rôle le plus direct dans marché de l’Union européenne. Par conséquent, les
le filtrage des intérêts nationaux, la direction des négociateurs africains peuvent être enclins à adopter
négociations et la rédaction des textes de négociation des accords commerciaux régionaux avec l’attitude
sont les négociateurs en chef des États membres, qui défensive développée au cours des négociations avec
mettent au service des négociations leur expérience, l’Union européenne et, par conséquent, rechercher
leur expertise et leur capacité particulières. des listes d’exclusions couvrant davantage de produits
sensibles et des délais de libéralisation plus longs.
Les négociateurs commerciaux ont en général plus
d’expérience dans les domaines du commerce des Le secteur privé et la société civile
biens et des recettes douanières que dans celui des Les acteurs du secteur privé et les groupes de la société
enjeux «  nouveaux  » des accords les plus complets. civile ont la possibilité d’influencer les accords et
L’expertise nécessaire pour faire avancer les discussions initiatives régionaux en mettant l’accent sur les intérêts
sur le commerce des services, l’investissement de ceux qu’ils représentent. Les institutions régionales
et la concurrence, par exemple, est plutôt le fait comportent souvent des mécanismes de consultation
d’organismes de réglementation et d’institutions qui formels avec les organismes importants du secteur privé
sont généralement indépendants des ministères du et les organisations de la société civile. Cependant, (Bilal
commerce traditionnels. Cet arrangement permet certes et al. 2016) ont trouvé peu de preuves de l’incidence de
aux négociations sur les marchandises de progresser, ces groupes sur les processus formels, la définition des
mais il constitue aussi une pierre d’achoppement pour orientations ou la mise en œuvre des politiques au sein
d’autres domaines des négociations, qui peuvent être des institutions régionales.
reportés à la « phase 2 ».
62
Le secteur privé privilégie souvent les négociations exposées à des conflits, alors que celles qui concernent
avec les gouvernements nationaux sur les questions les infrastructures peuvent être particulièrement
régionales, car il estime que cela est plus efficace que importantes pour les pays sans littoral.
des rapports directs avec les organisations régionales.
Par exemple, les opérateurs de transport kényans et Les domaines qui entraînent des coûts financiers ou
tanzaniens font du lobbying au niveau national pour humains immédiats, comme la paix et la sécurité,
défendre leurs intérêts et les faire valoir comme intérêts tendent aussi à avoir un caractère plus urgent, alors que
nationaux dans le cadre de la CAE (Bilal et al., 2016). En quand on fait du commerce, on aspire à des avantages
effet, les organisations régionales sont parfois perçues futurs, qui n’ont pas un caractère immédiat aussi
comme des «  salons de bavardage  » dysfonctionnels. évident.
En revanche, le Conseil des entreprises du COMESA a
apporté une contribution non négligeable à la lutte Cependant, les négociations sur la ZLEC surviennent
contre le commerce illicite au sein du COMESA, bien que dans un environnement commercial mondial en
cela soit à mettre sur le compte, semble-t-il, de la force évolution, et l’Union africaine est prompte à souligner
de frappe des riches entreprises du tabac. les risques et les coûts au cas où l’accord ne se
concrétiserait pas. Aussi faut-il dire ici combien la ZLEC
Il est également important de distinguer les différents est opportune et importante.
types d’acteurs du secteur privé et leurs capacités à
exercer des pressions. Ceux qui ont déjà commercé Le commerce recouvre un grand nombre de sous-
au-delà des frontières par le biais de canaux informels secteurs et de questions dont il importe d’établir l’ordre
sont peu enclins à modifier les régimes préexistants, de priorité grâce à l’adhésion des autorités politiques
de peur de perdre leurs avantages commerciaux  ; il ou à la constitution d’une coalition politique. Un facteur
faut dire que les acteurs du secteur privé peuvent tirer sectoriel important auquel la ZLEC est confrontée est
profit du statu quo. Par ailleurs, les petits commerçants l’enchevêtrement de zones de libre-échange régionales
transfrontaliers, les petites et moyennes entreprises et sur lesquelles elle devra s’appuyer, ainsi que les retards
les petites organisations de la société civile n’ont sans dans la mise en place de la zone de libre-échange
doute pas les moyens de faire pression et d’élever la voix tripartite. La ZLEC a pour objectif déclaré de rationaliser
aussi efficacement que les grands acteurs du secteur l’appartenance à plusieurs entités et non pas d’ajouter
privé. (Les considérations de ces groupes vulnérables une autre couche ou une autre complication. Pour ce
font l’objet du chapitre 5). faire, il faudra redéfinir de façon précise le rôle des CER
dans le commerce et faire en sorte que la ZLEC précise
En associant les acteurs du secteur privé et les les relations que les CER auront avec ses nouvelles
organisations de la société civile à la ZLEC, il convient institutions.
de tenir compte du large éventail d’intérêts en jeu, y
compris ceux des entreprises qui cherchent à bénéficier Facteurs externes : donateurs et moments
du statu quo. De même, les mécanismes de consultation critiques
doivent tenir compte des petits acteurs du secteur privé
et de la société civile et faire en sorte que leur voix soit Les facteurs externes qui peuvent façonner les
entendue. programmes continentaux et régionaux de l’Afrique,
y compris la ZLEC, sont notamment le soutien des
Dimensions sectorielles donateurs et l’évolution du contexte commercial
Des caractéristiques techniques et politiques international.
particulières s’appliquent aux différents secteurs ou
domaines d’action de l’intégration régionale. Les La qualité et le volume du soutien des donateurs
intérêts nationaux varient considérablement d’un sont synonymes de possibilités et de défis. Le soutien
secteur à l’autre et affectent le choix des politiques et des des donateurs peut aider à financer les négociations,
modalités de mise en œuvre. Par exemple, les activités des études et des analyses cruciales, ainsi que la
qui concernent la paix et la sécurité ont tendance à être participation de pays et de groupes moins bien dotés.
généreusement financées par les bailleurs de fonds et à Il existe cependant un risque que les donateurs ne se
susciter un intérêt particulier dans les pays des régions contentent pas d’appuyer les processus régionaux et
63
cherchent à influencer leur orientation. Par exemple, ils L’Afrique face aux défis et aux
pourraient être plus disposés à financer des initiatives possibilités de l’économie politique :
qui concernent leurs propres priorités en matière d’aide
l’État développementiste
et d’autres politiques, ce qui peut être préoccupant si ces
politiques ne sont pas conformes à celles de l’Afrique. La
plupart des organisations régionales, hormis la CEDEAO, Le fait de voir l’intégration en Afrique et la ZLEC sous
dépendent également fortement du financement de l’angle de la politique économique aide à expliquer
donateurs, ce qui permet à ceux-ci d’avoir leur mot à «  pourquoi les choses sont comme elles sont  ». Pour
dire dans leur gestion. (Cette question est étudiée plus sortir de cette situation, il faut des mesures ciblées
en détail au chapitre 8, qui passe en revue les modes de de la part d’États développementistes ayant à leur
financement de la ZLEC et le rôle particulier de l’Aide tête des dirigeants déterminés à réaliser les objectifs
pour le commerce). nationaux de développement et s’appuyant sur des
administrations compétentes et professionnelles (CEA,
L’évolution du contexte commercial international 2011).
représente une autre source de facteurs externes
qui peuvent entraver ou favoriser le processus de la Un État développementiste peut être défini comme
ZLEC. Il s’agit notamment des stratégies de politique étant un État qui a « la capacité de déployer son autorité,
commerciale des principaux partenaires commerciaux sa crédibilité et sa légitimité de manière contraignante
et de l’évolution du système commercial multilatéral pour concevoir et mettre en œuvre des politiques et
en général, ainsi que des changements dans la des programmes de développement permettant de
structure des échanges. Rob Davies, Ministre sud- promouvoir la transformation et la croissance, ainsi que
africain du commerce et de l’industrie, inquiet de la d’améliorer les capacités humaines » (CEA, 2011). L’un
montée du protectionnisme, a déclaré : « Ce à quoi on des défis les plus critiques pour le développement de
assiste aujourd’hui dans le monde développé est un l’Afrique est la formation d’états développementistes.
phénomène de rejet qui pourrait nous propulser (…) Pour ce faire, il faut un « environnement socio-politique
dans une nouvelle ère de mercantilisme pur » (Davies, démocratique qui confère à l’État légitimité et autorité »
2017). (CEA, 2011). Il faut également un leadership politique et
une administration capable.
Un autre changement viendra de la Loi sur la croissance
et les opportunités  économiques en  Afrique (AGOA) Les questions d’économie politique détaillées dans le
permettant l’importation en franchise de droits de présent chapitre constituent le fondement sur lequel
douane de nombreux produits africains aux États-Unis, l’État développementiste doit inévitablement asseoir
lorsqu’elle sera remplacée par des accords réciproques son approche de la ZLEC. Ces questions concernent des
à l’expiration en 2025 de la législation en vigueur. Les facteurs qui doivent être considérés comme acquis, du
turbulences au sein des partenaires commerciaux moins à court et à moyen terme. Ils doivent être pris en
traditionnels européens de l’Afrique, en particulier compte par l’État développementiste lorsqu’il assume la
le Brexit, ont bloqué la conclusion et le déploiement responsabilité de la conception et de la mise en œuvre
d’accords de partenariat économique avec les pays de la ZLEC.
africains. Pendant ce temps, les pays émergents,
en particulier la Chine et l’Inde, sont devenus des Par exemple, il faut prendre en compte les intérêts
partenaires commerciaux clés pour nombre de ces pays. et l’influence des différents acteurs, de sorte qu’ils
Cela peut aider les pays africains à renforcer leur marge n’accaparent pas les avantages de la ZLEC et ne réduisent
d’action et à donner la priorité à leurs propres objectifs pas son potentiel de développement. Les décideurs
de développement, mais cela a tendance également doivent être vigilants afin que les intérêts des groupes
à stimuler les exportations africaines de ressources vulnérables ne soient pas rendus inaudibles par la voix
naturelles au lieu de l’industrialisation du continent de lobbyistes aux moyens bien plus importants. De
(chapitre 9). même, les changements dans le paysage commercial
international peuvent compromettre les gains de
l’intégration, exigeant que des mesures soient prises de
manière plus urgente pour conclure la ZLEC.
64
Pourtant, certains éléments de l’économie politique visibles et à court terme. Ces dirigeants peuvent
peuvent offrir aux États développementistes des également utiliser les États influents pour promouvoir
possibilités d’action. Par exemple, un héritage la ZLEC.
historique partagé peut aider à regrouper les pays
africains en blocs pour négocier plus facilement la ZLEC. L’économie politique de l’intégration en Afrique n’a pas
Utilisée correctement, l’aide au développement peut besoin d’être déterministe. L’État développementiste
permettre de financer la zone. Les dirigeants de l’État donne l’occasion de saisir le gouvernail et de diriger le
développementiste doivent également être conscients développement de l’Afrique à travers les méandres de
que la ZLEC se rapporte à des aspirations à réaliser des l’économie politique de la ZLEC et de faire en sorte que
avantages futurs, ce qui pourrait entraîner un soutien le résultat soit propice au développement du continent.
moindre que celui accordé aux objectifs politiques

65
Références bibliographiques

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New York.
---. 2012. Rapport économique sur l’Afrique : Libérer le
potentiel de l’Afrique en tant que pôle de croissance
mondiale. Addis-Abeba.

66
Notes de fin de chapitre

1 Calculs de la CEA fondés sur les flux commerciaux 5 Anglais, arabe, français et portugais.
ajustés CEPII-BACI 2015.
6 Article 3 (3) du projet d’accord tripartite.
2 C’est à dire que tous les secteurs et activités sont
soumis aux engagements de libéralisation à moins 7 Communiqué final adopté par les chefs d’État et
qu’ils n’en soient explicitement exclus, ce qui est en de gouvernement du Sommet tripartite COMESA-CAE-
général plus favorable à une libéralisation substantielle. SADC d’octobre 2008.

3 Aspects des droits de propriété intellectuelle qui 8 Acquis signifie « ce qui a été convenu ». Dans le
touchent au commerce. contexte de la ZLEC, cela signifie que les négociations
devraient commencer au stade auquel étaient
4 Dans le chapitre 4, nous nous attardons sur la parvenues les négociations commerciales dans le cadre
ZLEC en tant qu’outil de diversification des exportations du COMESA, de la CAE et de la SADC. Les négociations
et d’industrialisation de l’Afrique. Cela souligne aussi tarifaires et l’échange de concessions tarifaires devraient
l’attention que la CEA a accordée ces dernières années avoir lieu entre États membres ou partenaires de la
à divers aspects de la transformation structurelle dans ZLEC n’ayant aucun arrangement préférentiel entre eux.
son rapport phare, le Rapport économique sur l’Afrique. Cela permettra à la fois de préserver les acquis et de les
Réfutant le déterminisme économique et structurel, exploiter.
cette série de rapports pose comme postulat de base
que des choix politiques et des actions délibérés
peuvent changer le statu quo (CEA, 2011, 2012, 2014)

67
68
Chapitre 4
Réexamen du bien-fondé de la Zone de
libre-échange continentale
Le présent chapitre examine de nouveau le bien-fondé avantage comparatif et en commerçant entre eux, les
de la Zone de libre-échange continentale (ZLEC). Il pays génèrent des résultats économiques plus efficaces
présente les perspectives théoriques et empiriques grâce à une meilleure allocation des ressources et des
qui en justifient la raison d’être et donne un résumé facteurs de production.
des gains statiques et dynamiques attendus de cette
zone de libre-échange. Ensuite, il montre brièvement Le détournement commercial se produit lorsque les
combien la promotion du commerce intra-africain échanges entre pays à l’intérieur d’une zone de libre-
est précieuse pour l’industrialisation de l’Afrique. Il se échange remplacent les échanges avec des pays tiers
termine par une analyse des progrès réalisés dans les qui ne font pas partie de cette zone de libre-échange.
négociations sur la ZLEC à la date de juillet 2017. Bien que ce résultat puisse bénéficier à certains
exportateurs dans la zone de libre-échange, il a, dans
Justification théorique l’ensemble, une incidence négative sur le bien-être. Le
commerce est détourné d’un pays tiers plus efficace
Comme cela est expliqué dans ARIA IV (CEA, UA et BAD, en faveur d’un producteur à coût élevé dans la zone de
2010), la libéralisation des échanges entre deux ou libre-échange, entraînant une plus grande inefficacité
plusieurs pays a généralement des effets positifs sur le et une perte de rente pour le consommateur.
bien-être des populations et conduit à une croissance
économique et à une réduction de la pauvreté. Mais En théorie, la création et le détournement commerciaux
ces gains ne sont pas automatiques. Des politiques induisent des effets opposés sur le bien-être
d’accompagnement facilitant le commerce et des économique. En pratique, l’effet net est généralement
mesures permettant de corriger les distorsions de la positif (voir « Justification empirique » ci-dessous).
répartition sont également nécessaires (chapitres 5 et
6). Deux séries d’effets sous-tendent la théorie de la Selon un postulat des théories commerciales modernes,
libéralisation du commerce  : les effets statiques et les les zones de libre-échange présentent des avantages
effets dynamiques. supérieurs aux gains commerciaux statiques théorisés
par Viner, qui découlent de plusieurs facteurs liés aux
Effets statiques : création d’échanges, entreprises productrices, aux consommateurs, aux
détournement d’échanges et théories changements climatiques, etc. Voici les hypothèses
commerciales modernes émises concernant la ZLEC :

Les effets statiques traditionnels des zones de libre- • Les producteurs engrangent des gains immédiats
échange ont d’abord été théorisés par Viner (1950) et grâce à l’accès à des intrants bon marché et à des
concernent deux concepts liés à l’allocation efficace produits intermédiaires provenant d’autres pays
des facteurs de production : création commerciale et le africains, à une variété plus large d’intrants et de
détournement commercial. produits intermédiaires et à des marchés plus
importants pour leurs produits (Amiti et Konings,
La création commerciale désigne le volume 2007 ; Estevadeordal et Taylor, 2013). Cela leur
supplémentaire d’échanges résultant de la suppression permet de produire plus efficacement, de manière
des barrières commerciales dans une zone de libre- plus compétitive et moyennant de plus grandes
échange. Les échanges sont créés lorsque la réduction économies d’échelle.
des barrières commerciales permet aux pays de mieux
faire valoir leurs avantages comparatifs respectifs. En • Les consommateurs engrangent des gains
concentrant leurs facteurs de production là où ils ont un immédiats grâce à un accès à des produits moins
69
chers venant d’autres pays africains et à une plus • Un meilleur accès aux intrants et aux biens
grande variété de produits (Broda et Weinstein, intermédiaires importés réduit le coût de
2004). Les deux améliorent le bien-être du l’innovation. Les entreprises peuvent innover avec
consommateur. de nouvelles combinaisons et variétés d’intrants
(Broda, Greenfield et Weinstein, 2006).
L’intégration commerciale continentale contribue
également à éliminer les problèmes liés au • La ZLEC peut provoquer un détournement des
chevauchement de multiples accords commerciaux en échanges commerciaux vers les pays africains aux
Afrique (Krueger et Bhagwati, 1995). Plus précisément, dépens de pays tiers. Bien que cela implique des
faciliter le commerce des produits de sécurité alimentaire effets statiques négatifs (examinés ci-dessus), cela
contribue à atténuer les chocs de productivité induits peut également augmenter le prix relatif des produits
par les changements climatiques (Ahmed et al., d’exportation en Afrique, stimulant l’investissement,
2012). En cas de pénurie de nourriture, des denrées la production et l’emploi dans ces secteurs.
alimentaires peuvent être importées plus facilement
et à moindre coût. Enfin, un meilleur accès aux intrants • Le développement du commerce intra-africain
agricoles et aux produits intermédiaires, notamment à devrait faire bénéficier les pays moins développés
des variétés et à des équipements améliorés, peut aider d’Afrique de la croissance économique et de la
les producteurs de produits alimentaires à s’adapter aux stabilité. L’intégration devrait stimuler les pôles
changements climatiques (Maur et Shepherd, 2015). de croissance régionaux capables de générer
des externalités pour les pays africains moins
Effets dynamiques développés. Par exemple, la formation de chaînes
Les gains dynamiques provenant des zones de libre- de valeur régionales autour du secteur automobile
échange sont réalisés sur le long terme et peuvent sud-africain entraîne l’importation de sièges en
être plus importants que les effets statiques. Comme cuir du Botswana et de tissus du Lesotho. De telles
indiqué dans ARIA V (CEA, UA et BAD, 2012), la ZLEC retombées dans le commerce régional peuvent être
est susceptible de réaliser des gains dynamiques dans particulièrement bénéfiques aux économies plus
plusieurs domaines, dont sept sont mentionnés ci- faibles  ; du reste, certains analystes estiment que
après : le commerce entre pays voisins peut réduire les
risques de conflit (Calì, 2014).
• Un marché régional élargi encourage les
investissements directs étrangers (IDE) et les • La diversification des échanges et le passage au
investissements transfrontaliers. La plupart des commerce des produits industrialisés amélioreraient
marchés africains sont petits  ; or, de nombreux la croissance à long terme de l’Afrique. Le commerce
investissements industriels nécessitent de grandes intra-africain représente une part beaucoup plus
économies d’échelle pour être rentables. Un marché importante de biens industriels et de biens à valeur
africain élargi crée l’échelle nécessaire pour investir ajoutée que le commerce de l’Afrique avec le reste
davantage. du monde. La promotion d’un tel commerce peut
générer une diversification industrielle en Afrique et
• Un marché africain intégré facilite la concurrence catalyser la transformation structurelle.
entre entreprises africaines, générant des gains
dynamiques grâce à cette concurrence. En • De manière plus générale, les accords régionaux
revanche, les monopoles et les oligopoles ne sont constituent une excellente plateforme de
que peu incités à être plus efficaces, à réduire les coopération et de dialogue, notamment en matière
coûts ou à innover. Cependant, comme les marchés de développement des infrastructures, de transfert
monopolistiques sont omniprésents en Afrique, de technologie, d’innovation, d’investissement,
permettre aux entreprises africaines de se faire de résolution de conflits, de paix et de sécurité.
la concurrence à l’intérieur de leur marché peut Les pays voisins sont plus susceptibles d’avoir un
générer les pressions concurrentielles nécessaires à intérêt direct à soutenir la stabilité dans les pays
la croissance de la productivité à long terme (Melitz, avec lesquels ils ont des liens commerciaux solides
2003, Melitz et Ottaviano, 2008). et précieux.
70
Justification empirique africain, il est possible de faire des estimations plus
adaptées grâce à des modèles économiques ex-ante.
Les zones de libre-échange sont habituellement
évaluées selon l’une des deux approches suivantes : les Mevel et Karingi (2013) établissent un modèle de
évaluations ex-post qui cherchent à estimer l’impact l’incidence de la ZLEC dans lequel ils suppriment
d’une zone de libre-échange observé en utilisant tous les droits de douane sur les échanges entre pays
l’économétrie ou les évaluations ex-ante qui prévoient africains. En utilisant une base de données sur les coûts
les incidences d’une future zone de libre-échange sur commerciaux, on complète ensuite cette analyse par les
la base de modèles économiques. Dans le cas présent, effets résultant d’une meilleure facilitation du commerce
nous évaluons les implications de la ZLEC en utilisant les entre pays africains. On constate alors que les effets de
deux approches, et nous présentons ensuite un tableau la création commerciale sont plus importants que les
des flux commerciaux intra-africains pour renforcer la effets du détournement commercial. Dans le cadre
logique sous-tendant la ZLEC. de la réforme induite par la ZLEC, le commerce intra-
africain devrait augmenter de 52,3% (34,6 milliards
Les évaluations empiriques ex-post des zones de libre- de dollars É.-U.) d’ici à 2022 par rapport à un scénario
échange ont abouti à des conclusions variées. C’est ainsi de référence sans zone de libre-échange continentale.
qu’Abrams (1980), puis Brada et Mendez (1985) ont Les exportations industrielles de l’Afrique devraient
estimé que la Communauté européenne (CE) avait un connaître les gains les plus élevés, en croissance de
effet négligeable sur le commerce entre les membres, 53,3% (27,9 milliards de dollars É.-U.). On estime que
alors que Bergstrand (1985) et Frankel et al. (1995) ont les salaires réels augmenteront pour les travailleurs
constaté des effets significatifs. Cependant, il existe un non qualifiés dans les secteurs agricole et non agricole,
gros problème d’endogénéité inhérent à cette analyse : la ainsi que pour les travailleurs qualifiés, et on table sur
présence ou l’absence d’une zone de libre-échange n’est un léger déplacement des emplois du secteur agricole
pas exogène, mais dépend plutôt de nombreux facteurs. vers le secteur non agricole. Doter la ZLEC de mesures
Le résultat a été de sous-estimer l’effet positif des zones de facilitation des échanges est jugé important pour
de libre-échange sur le commerce d’un pourcentage maximiser l’incidence de la Zone de libre-échange sur
allant de 75 à 85% (Baier et Bergstrand, 2007). l’industrialisation de l’Afrique et garantir que tous les
pays en bénéficient.
Plusieurs études ex-post estiment que les effets à long
terme de l’appartenance à une zone de libre-échange Chauvin et al. (2016) établissent un modèle de
sur le commerce bilatéral sont assez importants (Egger l’impact cumulatif de l’élimination des droits de
et al., 2011). Baier et Bergstrand (2007) constatent douane, d’une réduction de 50 % des mesures non
qu’en moyenne, une zone de libre-échange double le tarifaires et d’une diminution de 30 % des coûts de
commerce bilatéral entre deux membres en 10 ans. transaction. Ils constatent que les incidences à court
Un exemple particulier est l’Accord de libre-échange terme pendant les premières années suivant la mise
nord-américain (ALENA), pour lequel Caliendo et Parro en œuvre sont généralement faibles, mais que les
(2014) ont constaté que le commerce intra-bloc avait incidences à long terme sont plus importantes et
augmenté de 188 % pour le Mexique, de 11 % pour le plus positives. D’ici à 2027, on estime que la ZLEC
Canada et de 41 % pour les États-Unis. améliorera le bien-être de l’Afrique de 2,64 %. Fait
notable, la réduction des mesures non tarifaires
L’effet ultime d’une zone de libre-échange dépend et celle des coûts de transaction contribuent de
des caractéristiques spécifiques des pays membres, manière significative à cette amélioration. Chauvin et
notamment de la compatibilité de leurs profils al. (2016) font un lien également entre les résultats
commerciaux, de leurs structures tarifaires préexistantes modélisés et les données d’enquêtes auprès des
et de leur proximité géographique. ménages réalisées dans un groupe choisi de pays
africains afin d’évaluer l’effet de la ZLEC sur les
Bien qu’une analyse ex-post d’autres accords groupes économiques infranationaux, y compris
commerciaux puisse aider à donner une estimation les ménages dirigés par une femme ou un homme,
indicative de l’incidence de la ZLEC sur le commerce les groupes urbains ou ruraux et les différents
groupes de revenu. Ils constatent que la ZLEC a un
71
effet asymétrique mais positif sur tous les groupes La ZLEC, les flux commerciaux et
infranationaux, les groupes qui gagnent le plus l’industrialisation de l’Afrique
variant selon le pays.
Au sujet des exportations africaines, l’histoire qui revient
Trois messages importants découlent de ces études. Tout sans cesse depuis 2000 est celle de l’impact considérable
d’abord, l’importance des politiques complémentaires du super-cycle des produits de base. Comme le montre
qui vont au-delà des réductions tarifaires, qui, à elles la figure 4.1, le quasi-triplement spectaculaire des
seules, n’ont que des incidences faibles et asymétriques exportations africaines (de 194 milliards de dollars É.-U.
sur les pays africains. Des politiques complémentaires en 2000 à 544 milliards de dollars en 2014) s’explique
sont nécessaires pour maximiser les gains de la ZLEC, principalement par l’expansion des exportations de
mais aussi pour faire en sorte que ses bénéfices soient ressources extractives et la hausse fulgurante des cours
partagés de manière égale, pour produire un résultat des produits de base1. Cela a contribué aux chiffres de la
gagnant-gagnant pour tous les pays. De telles mesures croissance de l’Afrique qui ont fait les gros titres de la presse,
comprennent la réduction des mesures non tarifaires mais n’a pas favorisé la transformation économique dont
et des coûts de transaction, comme ceux qui sont le continent a besoin pour s’industrialiser et réaliser une
associés à une plus grande transparence réglementaire, croissance durable.
l’harmonisation des réglementations sanitaires et
phytosanitaires, les procédures d’accréditation et de La situation est tout autre en ce qui concerne la
reconnaissance mutuelle concernant les obstacles composition du commerce intra-africain. En effet,
techniques au commerce et l’amélioration des comme le montre la figure 4.2, le commerce intra-africain
conditions administratives dans les services de douane. comporte une part disproportionnée d’exportations
Avec l’inclusion de telles mesures, tous les pays africains de produits autres que les ressources extractives. En
pourront jouir d’un plus grand bien-être (chapitre 6). ce qui concerne la plus récente moyenne triennale, la
composition des échanges était la suivante : 17 milliards
Deuxièmement, les gains les plus importants résultant de dollars en fournitures industrielles transformées, 10
de la ZLEC seront réalisés à long terme, à mesure que milliards en biens d’équipement, 8 milliards en boissons
l’accord contribue à la restructuration économique et aliments transformés, 7 milliards en matériel de
de secteurs africains pour en faire des secteurs transport, encore 7 milliards en biens de consommation,
industriels et d’exportation plus productifs et améliorer 4 milliards en produits alimentaires bruts et boissons et
l’investissement (Comme cela est indiqué en détail 2 milliards en fournitures industrielles brutes.
au chapitre 6, plusieurs mesures peuvent faciliter cet
ajustement structurel). Depuis 2000, la croissance du commerce intra-africain
a contribué à promouvoir les secteurs des exportations
Troisièmement, la reconnaissance que de telles études industrielles en Afrique. Bien que représentant à
pourraient sous-estimer l’éventail des avantages peine 18 % du total des exportations de l’Afrique,
tirés de la ZLEC, car les exercices de modélisation les exportations intra-africaines ont contribué à 57
ont du mal à saisir et à quantifier l’ensemble de ces % de la croissance des exportations africaines de
avantages. Ils négligent souvent les gains tels que ceux biens d’équipement, 51 % des boissons et aliments
qui facilitent le commerce des produits de sécurité transformés, 46 % des biens de consommation, 45 %
alimentaire, renforcent la stabilité des pays fragiles, des équipements de transport et 44 % des fournitures
améliorent l’accès des entreprises aux intrants et aux industrielles transformées (tableau 4.1) (Le chapitre
biens intermédiaires, réduisent le coût de l’innovation, 9 fournit une évaluation plus détaillée des relations
améliorent la concurrence intra-africaine, permettent commerciales de l’Afrique avec le reste du monde en
de résoudre les problèmes liés au chevauchement présentant des données désagrégées.)
d’accords commerciaux en Afrique ainsi que de CER
et fournissent une plateforme de coopération et de La valeur exceptionnelle de ce commerce intra-africain
dialogue plus large. pour la transformation économique industrialisée de
l’Afrique constitue la logique fondamentale qui sous-
tend la ZLEC (encadré 4.1). La raison d’être fondamentale
de la ZLEC est de promouvoir ce commerce en
72 supprimant les obstacles tarifaires et non tarifaires.
Figure 4.1
Les exportations de l’industrie extractive de l’Afrique et les cours mondiaux des produits de base
a) Exportations de ressources extractives de l’Afrique (en $) b) Cours des produits de l’industrie extractive

700 150
600
500
100
milliards

400
300
50
200
100
0 0
2000
2001
2002
2003
2004
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2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
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2012
2013
2014
Exportations de produits autres Exportations de ressources Métaux précieux, 2010=100 Pétrole brut, $/baril
que les ressources extractives extractives Métaux et minerais, 2010=100

Source : Calculs de la CEA sur la base des données commerciales CEPII-BACI et des données sur le marché des produits de base de la Banque mondiale.

Figure 4.2
Part des ressources extractives dans le commerce intra-africain
a) Exportations intra-africaines de ressources extractives ($) b) Exportations de ressources extractives, reste du monde ($)
100bn 600bn

80bn 500bn
400bn
60bn
300bn
40bn
200bn
20bn 100bn
bn bn
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014

2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
Non-extractive exports Extractive exports Non-extractive exports Extractive exports
Source : Calculs de la CEA sur la base des données commerciales CEPII-BACI et des données sur le marché des produits de base de la Banque mondiale.

Tableau 4.1
Part de la croissance des exportations de l’Afrique dans les catégories autres que celles des ressources
extractives, commerce intra-africain par rapport au commerce avec le reste du monde
  Catégorie d’importation Part de la croissance des exportations attribuable à
chaque marché (%)
Commerce intra-africain Commerce avec le reste
du monde
Produits bruts 18 82
Nourriture et boissons 
Produits transformés 51 49
Brutes 15 85
Fournitures industrielles
Transformées 44 56
Biens d’équipement 57 43
Matériel de transport 45 55
Biens de consommation 46 54
Source : Ensemble de données BACI du CEPII. Les valeurs comparent la croissance des exportations entre les moyennes triennales de 1998-2000 et de 2012-2014, et
calculent la proportion de la croissance des exportations attribuable à chaque marché de telle sorte que Part attribuable i, j = (Exp i, j, t –Exp i, j, t-1)(Total i, t –
Total i, t-1), où i est la catégorie d’exportation, j est le marché d’achat, et t est la période de temps. Exp est la valeur des exportations de la catégorie i vers le marché
j tandis que Total est la valeur totale des exportations de produits j en provenance d’Afrique.

73
Encadré 4.1
Utiliser la ZLEC comme vecteur d’industrialisation

Il faudrait garder à l’esprit l’impératif de la promotion de l’industrialisation de l’Afrique tout au long du processus
de négociation de la ZLEC. En particulier, l’Accord final relatif à la ZLEC devrait :
• Engager les États membres à mener un programme ambitieux de libéralisation du commerce des
marchandises, compte tenu de la nécessité de garantir aux pays africains l’accès aux marchés d’autres pays
africains, ce qui est crucial pour stimuler le commerce intra-africain des biens intermédiaires, développer des
chaînes de valeur régionales dans le secteur manufacturier et réduire la facture des importations africaines
d’aliments transformés ;
• Inclure, dans le cadre du pilier industriel de la ZLEC, des dispositions conformes à l’impératif de développement
industriel. Le programme de développement industriel accéléré de l’Afrique devrait constituer le socle de
ce pilier industriel, en particulier ses six objectifs suivants  : intégrer l’industrialisation dans les politiques
nationales de développement  ; maximiser l’utilisation des capacités productives et des intrants locaux  ;
ajouter de la valeur aux abondantes ressources naturelles du continent ; développer des petites industries
rurales ; tirer le meilleur parti des partenariats africains pour permettre le transfert de technologie ; établir et
renforcer des marchés financiers et de capitaux ;
• Inclure un accord-cadre sur le commerce des services pour aider à stimuler le commerce intra-africain des
services, exploiter les capacités des prestataires de services africains et assurer la fourniture de services à
des prix compétitifs aux fabricants africains. Ces résultats peuvent être obtenus grâce à une libéralisation
progressive qui consolide les réalisations existantes des CER et les exploite ;
• Contenir un accord-cadre sur l’investissement qui prévoit des règles communes que les États parties
appliqueront pour attirer les investissements nécessaires à l’accélération de leur développement et de leur
industrialisation. Cela aidera à éviter toute surenchère néfaste et à faire de la passation des marchés publics
un outil de promotion du recours à des fournisseurs locaux ;
• Introduire des dispositions concernant la libre circulation des opérateurs économiques (commerçants,
entrepreneurs, investisseurs, etc.) impliqués dans le commerce des biens et des services et dans
l’investissement. Cet élément est nécessaire pour transformer les possibilités offertes par la libéralisation du
commerce des biens et des services ainsi que de l’investissement et pour maximiser l’utilisation des capacités
productives régionales dans la production industrielle ;
• Harmoniser les normes de produits, l’évaluation de la conformité et les pratiques d’accréditation pour obtenir
la reconnaissance mutuelle des produits et faciliter le commerce intra-africain des produits manufacturés, en
particulier les produits agro-alimentaires ;
• Introduire des règles d’origine souples assorties de prescriptions généreuses en matière de cumul pour
encourager la transformation locale et régionale et le développement des chaînes d’approvisionnement
industrielles africaines.
Source : Sommer et Luke (2017).

Progrès réalisés dans les lancement de la Zone de libre-échange continentale,


négociations et portée de la ZLEC les communautés économiques régionales et les États
membres ont été invités à tout mettre en œuvre, avec
Les négociations portant sur l’établissement de la ZLEC le soutien de la Commission de l’Union africaine (CUA),
ont été lancées en juin 2015 par les chefs d’État et de de la Commission économique pour l’Afrique (CEA),
gouvernement de l’Union africaine à l’occasion de la de la Banque africaine de développement (BAD),
26ème session ordinaire de l’Assemblée de l’Union de la Banque africaine d’import-export et d’autres
africaine à Johannesburg (Afrique du Sud). Dans la partenaires de développement, pour que la ZLEC soit
décision de l’Assemblée de l’Union africaine relative au opérationnelle d’ici à la fin de 2017.
74
Après le lancement, six réunions du Forum de et à prévoir des exceptions, des flexibilités et des
négociation sur la ZLEC avaient eu lieu à la date de garanties pour les groupes et les pays vulnérables se
juillet 2017, appuyées par huit réunions du groupe de trouvant dans des circonstances difficiles. Les accords
travail continentale, et deux réunions de chacun des sur les droits de propriété intellectuelle et la politique de
groupes de travail techniques, du Comité des hauts concurrence devraient être abordés dans la deuxième
fonctionnaires du commerce et des ministres africains phase des négociations (chapitre 10). Avant toute
du commerce (figure 4.3). chose, les pays concilient leurs intérêts dans le cadre
d’un accord global qui aboutit à beaucoup plus que
Le reste de l’année 2017 verra ces organes se réunir des réductions tarifaires et qui prévoit des garanties
fréquemment, deux autres réunions du Forum de et des flexibilités, ce qui est important si l’on veut que
négociation étant prévues. Le tableau 4.2 résume les les gains tirés de la ZLEC sont maximisés et partagés
progrès des négociations à la date de juillet 2017. équitablement (voir plus loin au chapitre 5).

Comme il est précisé dans le chapitre 9, les accords de Bien qu’il reste des sujets de fond à discuter, les
libre-échange peuvent prendre plusieurs formes  : des négociations se sont considérablement accélérées,
configurations potentielles pour la ZLEC ont été décrites faisant fond sur la longue histoire de l’intégration
dans ARIA VI (CEA, UA et BAD, 2015). Les négociations africaine (tableau 4.4). La ZLEC bénéficie du soutien
sur la ZLEC sont en cours et il serait prématuré de donner total des plus hauts dirigeants du continent. C’est ainsi
un aperçu détaillé de la forme et du contenu attendus. que, lors de leur sommet tenu à Kigali en 2017, les chefs
d’État et de gouvernement de l’Union africaine ont
Sur la base du projet de texte de négociation convenu, réaffirmé leur détermination à accélérer les procédures
des négociations déjà tenues et des travaux techniques de mise en œuvre de la ZLEC. Les tâches primordiales
entrepris, la portée envisagée pour la ZLEC couvre des qu’il reste à accomplir consistent à concevoir la ZLEC au
accords sur le commerce des biens et des services, sein des groupes de travail techniques et des réunions
l’investissement, ainsi que les règles et procédures du forum de négociation, puis à en assurer la mise en
relatives au règlement des différends (tableau 4.3). Les œuvre effective. Comme le prévoit le Traité d’Abuja, le
parties constitutives de ces accords et leurs annexes processus d’intégration doit aboutir à une communauté
devraient contenir une série de dispositions visant à économique africaine.
faciliter le commerce, à réduire les coûts de transaction

Figure 4.3
Cadre institutionnel des négociations de la ZLEC
Assemblée des chefs d’État et de gouvernement

Ministres du commerce de l’Union africaine

Comité des hauts fonctionnaires

Forum de négociation de
la ZLEC (CFTA-NF)
Participation Groupe
des parties de travail
prenantes continental
Groupes de travail techniques

75
Tableau 4.2
Progrès des négociations
Forum de négociation Date Progrès réalisés
février 2016 Adoption du Règlement intérieur

mai 2016 Adoption de 12 principes de négociation et du mandat du groupe de travail technique sur les
 services
octobre 2016 Adoption des mandats des autres groupes de travail techniques et ouverture des discussions
 sur les modalités des négociations
décembre 2016 Nouvelles discussions sur les modalités de négociation et attribution des études techniques sur
 les modalités relatives aux services et celles relatives aux marchandises.
février 2017 Examen des options de modalités pour les biens et services et accord sur une série de
 modalités.
Un projet de texte sur la ZLEC a été présenté et il a été convenu qu’il servirait de point de
départ aux négociations fondées sur un texte. Ce projet doit être affiné par des contributions
techniques lors des réunions des groupes de travail techniques.
juillet 2017 Modalités affinées pour les biens et les services, y compris un accord sur un niveau d’ambition
 de 90% pour les biens, un calendrier de libéralisation, les qualifications des produits sensibles,
une procédure permettant d’examiner les produits exclus et la portée du traitement spécial et
différencié pour soutenir les États parties moins développés ainsi qu’une approche commune
de la libéralisation progressive des services.

Tableau 4.3
Portée envisagée de la ZLEC*
Protocole portant • Annexe A : Accord sur le commerce des biens
création de la ZLEC • Annexe B : Accord sur le commerce des services
• Annexe C : Accord sur l’investissement
• Annexe D : Règles et procédures relatives au règlement des différends
Parties et annexes en • Libéralisation du commerce (droits d’importation et d’exportation, obstacles non tarifaires et règles d’origine)
cours de négociation • Mouvement des personnes et des opérateurs économiques
• Coopération douanière, facilitation du commerce et transit
• BNT
• Obstacles techniques au commerce
• Mesures sanitaires et phytosanitaires
• Mesures correctives commerciales et clauses de sauvegarde
• Exceptions (Exceptions générales et en matière de sécurité, balance des paiements)
• Agriculture, pêches et sécurité alimentaire
• Assistance technique, renforcement des capacités et coopération
• Politiques complémentaires (zones spéciales d’exportation, renforcement des capacités et coopération)
Négociations de la • Accord sur les droits de propriété intellectuelle
phase 2 • Accord sur la politique de concurrence
* A la date de juillet 2017

Tableau 4.4
La ZLEC dans le contexte de l’intégration africaine
1963 Intégration du continent africain en tant qu’aspiration lors de l’inauguration de l’OUA
1979 Le marché commun de l’Afrique est mentionné pour la première fois dans la Déclaration de Monrovia
1980 Marché commun détaillé dans le Plan d’action de Lagos
1991 Union douanière continentale proposée dans le Traité d’Abuja
2000 Création de l’Union africaine avec pour objectif l’intégration
2012 L’Assemblée de l’Union africaine adopte le Plan d’action pour l’intensification du commerce intra-africain et la feuille de
route permettant d’établir la ZLEC
2015 Signature de l’accord relatif à la Zone de libre-échange tripartite africaine
2015 Les négociations sur la ZLEC sont lancées à l’Assemblée de l’Union africaine
2016 Le Sommet de l’Union africaine réaffirme son engagement à accélérer les procédures concernant la ZLEC d’ici à 2017
2017 Les chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine donnent mandat au Président Mahamadou Issoufou de la
République du Niger de se faire l’avocat du processus de la ZLEC pour que soit tenu le délai de 2017

76
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78
Chapitre 5
Approche doublement gagnante de la
ZLEC : le partage des avantages
Le partage des avantages résultant de la Zone de variés et plus abordables, ce qui améliorera leur bien-
libre-échange continentale (ZLEC) est important non être.
seulement pour des raisons d’équité, mais aussi pour
s’assurer que l’accord fonctionne réellement pour des La ZLEC devrait également résoudre le problème du
pays ayant des niveaux de développement différents. chevauchement d’accords commerciaux multiples
Les accords commerciaux qui ne sont pas doublement sur le continent, faciliter le commerce des produits
gagnants peuvent ne jamais être mis en œuvre car favorisant la sécurité alimentaire, améliorer l’accès
les pays partenaires y ont peu d’intérêt (Jones, 2013). aux intrants nécessaires pour adapter les pratiques
Si les gains sont perçus comme profitant à seulement agricoles aux changements climatiques, stimuler les
quelques pays, les accords commerciaux risquent apports d’IDE et l’investissement intra-africain, favoriser
de se déliter (comme on a pu le voir aux débuts de la de meilleures pratiques de concurrence et réduire le
Communauté de l’Afrique de l’Est). coût de l’innovation (entre autres facteurs).

Le présent chapitre passe en revue ces défis en évaluant Cependant, les pays africains ont des configurations
les aspects de la ZLEC liés à la répartition et en recensant économiques très variées et seront probablement
les importantes mesures de soutien requises à différents touchés par la ZLEC de différentes façons (Les facteurs
niveaux. Il est étoffé par le chapitre 6, qui décrit les fondamentaux qui sous-tendent ces différences
politiques indispensables pour résoudre ces problèmes ont été soulignés au chapitre 3). Une typologie
et garantir des résultats doublement gagnants. des économies africaines détaille les facteurs
fondamentaux susceptibles d’affecter la répartition
Il s’agit d’un chapitre en deux parties. La première des avantages résultant de la ZLEC. Suit ensuite un
est une évaluation des problèmes de répartition résumé des avantages et des défis différenciés attendus
entre les pays, qui montre comment des pays ayant de la ZLEC, ainsi que des mesures d’accompagnement
des configurations économiques différentes sont nécessaires pour que ces gains soient partagés et que
susceptibles d’être affectés de différentes façons par la Zone de libre-échange continentale soit une solution
la ZLEC, y compris par divers canaux liés à l’économie doublement gagnante pour tous les pays africains.
et aux recettes douanières. La seconde évalue les
problèmes de répartition au sein des pays, notamment Le tableau 5.1 présente la typologie en fonction de
les coûts d’ajustement structurel et les défis spécifiques quatre dimensions clés pour déterminer comment
auxquels sont confrontés certains groupes vulnérables. chaque pays tirera profit de la ZLEC, en décrivant le
contexte économique et géographique dans lequel
Répartition entre pays s’inscrivent les activités économiques de chaque pays.

Opportunités et défis Niveau d’industrialisation


Beaucoup des avantages de la ZLEC soulignés dans le Les pays africains dans la moitié supérieure du tableau
chapitre 4 profitent à tous les pays. Par exemple, la ZLEC sont relativement plus industrialisés et seront mieux
aidera les producteurs à avoir accès à une plus grande placés pour tirer parti des possibilités qu’offre la ZLEC
variété d’intrants et de biens intermédiaires moins pour les produits manufacturés (voir le chapitre 4).
coûteux, et leur permettra d’avoir accès à des marchés L’envergure de leur secteur manufacturier leur donne
plus importants pour leurs produits et d’opérer à plus plus de moyens d’aller à la conquête de nouveaux
grande échelle. Les consommateurs africains, quant à marchés, ce qui en fera des destinations attrayantes
eux, pourront bénéficier d’un accès à des produits plus pour les investissements industriels au service des

79
Tableau 5.1
Typologie des pays africains1
Part du travail agricole> 50 % Part du travail agricole <50 %
Valeur ajoutée manufacturière> 10 % Pays côtiers Pays côtiers
du PIB ou> 1,85 milliard de $ Ghana (riche en ressources) Afrique du Sud (riche en ressources) Algérie
Guinée-Bissau (riche en ressources)
Kenya Bénin
Madagascar Cameroun (riche en ressources)
Mozambique (riche en ressources) Côte d’Ivoire (riche en ressources)
Sénégal (riche en ressources) Égypte (riche en ressources)
Tanzanie (riche en ressources) Guinée équatoriale (riche en ressources)
Maroc
Pays sans littoral Maurice
Éthiopie Nigéria (riche en ressources)
Malawi Rép. dém. du Congo (riche en ressources) *
Ouganda Tunisie

Pays sans littoral


Lesotho
Swaziland
Zimbabwe (riche en ressources) *
Valeur ajoutée manufacturière <10 % Pays côtiers Pays côtiers
du PIB et <1,85 milliard de $ Angola (riche en ressources) Cabo Verde
Comores Gabon (riche en ressources)
Djibouti Libye (riche en ressources)
Érythrée (riche en ressources) Namibie (riche en ressources)
Gambie RDC (riche en ressources)
Guinée (riche en ressources) Seychelles
Libéria Soudan (riche en ressources)*
Mauritanie (riche en ressources) Togo
Sao Tomé-et-Principe
Sierra Leone (riche en ressources) Pays sans littoral
Somalie * Botswana (riche en ressources)

Pays sans littoral


Burkina Faso (riche en ressources)
Burundi
Mali (riche en ressources)
Niger (riche en ressources)
République centrafricaine (riche en ressources) *
Rwanda
Soudan du Sud (riche en ressources) *
Tchad (riche en ressources) *
Zambie (riche en ressources)
* Pays économiquement très faibles classés dans les 10 premiers sur l’Indice des États fragiles de 2017 (Fonds pour la paix, 2017).
Note  : Les pays sont classés en fonction de la part du travail agricole et de la valeur ajoutée manufacturière, critères supplétifs pour déterminer leur niveau
d’industrialisation. Les pays sont ensuite subdivisés en groupes selon qu’ils sont côtiers, sans littoral et/ou riches en ressources.
Source : Classification fondée sur les Indicateurs du développement dans le monde de la Banque mondiale et la base de données UNCTADStat. Données les plus
récentes disponibles. Adaptée de Sommer et Luke (2017).

consommateurs africains, en particulier la classe les fusions transfrontalières des entreprises laitières
moyenne en pleine croissance. d’Afrique de l’Est.

Pourtant, les pays moins industrialisés dans la moitié La ZLEC peut créer des opportunités dans le secteur
inférieure du tableau peuvent également tirer avantage industriel pour aider les pays moins industrialisés à
de la ZLEC. En réduisant les coûts de transaction et accroître leur empreinte manufacturière. Toutefois,
en facilitant le commerce et l’investissement, la ZLEC ces pays auront sans doute besoin d’une aide
favorise la création de chaînes de valeur régionales. supplémentaire pour exploiter ces opportunités,
L’abaissement des coûts du commerce au sein de la notamment par l’amélioration de leurs capacités
CAE a, par exemple, permis que le lait cru soit vendu par de production grâce à l’augmentation des IDE et
l’Ouganda pour être transformé au Kenya, et que, de de l’investissement intra-africain, ainsi que par la
leur côté, les transformateurs de lait ougandais puissent mise en œuvre du Programme de développement
compter sur les emballages et les pièces détachées industriel accéléré de l’Afrique. Il faudra également
provenant du Kenya. L’intégration a également favorisé des investissements domestiques intérieurs dans
80
l’éducation et la formation pour créer les compétences comprennent la facilitation du commerce et les
nécessaires. Parmi les initiatives importantes à cet égard, infrastructures commerciales, comme prévu dans le Plan
figurent la Stratégie continentale pour l’enseignement d’action du renforcement du commerce intra-africain
et la formation techniques et professionnels et la (BIAT). La nature périssable de nombreux produits
Stratégie pour la science, la technologie et l’innovation alimentaires agricoles fait que tout raccourcissement
en Afrique (2014-24). des délais de dédouanement et toute amélioration de
la logistique leur sont particulièrement bénéfiques.
Pour aider les entreprises, principalement les petites En effet, les résultats obtenus par la Communauté
et les moyennes, à faire du commerce intra-africain, il économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO)
faudrait investir dans l’information commerciale et la montrent que l’intégration commerciale et la facilitation
facilitation de l’accès au financement du commerce. du commerce influent de manière significative sur
L’intégration des marchés des facteurs, notamment les exportations agricoles régionales (Olayiwola
de l’amélioration de la circulation des personnes et Ola-David, 2013). L’Afrique est actuellement un
et des investissements transfrontaliers, peut être importateur net de produits alimentaires. Aussi est-il
particulièrement utile pour favoriser les chaines de important d’investir dans des capacités productives
valeur régionales. Ces domaines de soutien figurent pour aider l’Afrique à nourrir l’Afrique, notamment
parmi les sept objectifs du Plan d’action pour en intégrant des mesures politiques dans l’Initiative
l’intensification du commerce intra-africain (BIAT), qui pour le développement du secteur agro-industriel en
est une politique d’accompagnement importante de la Afrique (3ADI) et la stratégie de la Banque africaine
ZLEC. de développement (BAD) intitulée «  Nourrir l’Afrique  :
une stratégie de transformation agricole en Afrique
Il faudra tout de même veiller à ce que des mesures de 2016-2025  ». En particulier, des investissements
sauvegarde adéquates demeurent en place pour les complémentaires dans la mécanisation, l’infrastructure
industries naissantes. Des outils de défense commerciale rurale et un meilleur accès au crédit agricole seront
accessibles devraient être inclus dans la ZLEC pour déterminants.
permettre aux pays de défendre leurs industries fragiles
si besoin est (ces aspects de la ZLEC sont examinés en Dotations en ressources
détail dans le chapitre 6). La majorité des pays africains sont classés comme
étant riches en ressources. Les droits de douane sur
Taille du secteur agricole les matières premières sont déjà faibles, de sorte que
L’agriculture représente 32  % du PIB de l’Afrique et la ZLEC ne peut pas faire grand-chose pour favoriser
emploie 65 % de la main-d’œuvre. C’est donc un secteur davantage ces exportations. Cependant, en réduisant
où des améliorations significatives de la productivité les droits de douane intra-africains sur les produits
et de gains élevés de développement peuvent être intermédiaires et finis, la ZLEC créera des opportunités
réalisés. Les pays du quart supérieur gauche du tableau supplémentaires pour ajouter de la valeur aux
5.1 seront particulièrement bien placés pour exploiter ressources naturelles. Peut-être le plus important pour
de nouvelles opportunités dans les secteurs de l’agro- ces pays, c’est que la ZLEC offrira des possibilités de
industrie et de l’agro-alimentaire, permettant à l’Afrique diversification des exportations vers d’autres secteurs
de répondre à ses besoins en matière de sécurité d’exportation industrialisés. Elle a en effet pour ambition
alimentaire et de réduire la facture de ses importations de réduire la dépendance à l’égard des exportations
de denrées alimentaires. Les pays africains pourront de ressources et de contribuer au développement
ainsi passer à une forme d’agriculture plus avancée industriel du continent. Le moment est opportun : les
que l’agriculture de subsistance, en faisant fond sur cours des produits de base sont en baisse depuis 2012,
leurs capacités productives et leurs connaissances dans ce qui constitue une incitation de plus.
le domaine agricole (Depuis 2000, le marché africain
représente plus de 50 % des exportations de boissons Pays sans littoral et pays côtiers
et de produits alimentaires transformés de l’Afrique). L’enclavement augmente le coût du fret et rend
les délais de transit imprévisibles, ce qui entrave
Les mesures d’accompagnement visant à accroître l’intégration dans les chaînes de valeur mondiales
les avantages résultant de la ZLEC pour ces pays et déconnecte l’économie des marchés mondiaux.
81
Les pays sans littoral, en conséquence, ont 30  % de États en conflit et États sortant de conflit
moins d’échanges commerciaux que les pays côtiers, Le commerce et la politique commerciale peuvent
enregistrent une croissance du PIB plus faible d’environ avoir une forte incidence sur les risques de conflit dans
1,5  % et, en moyenne, ont recours à l’aide du Fonds certains États, principalement de deux manières.
monétaire international plus longtemps (Arvis et al.,
2007). Environ 30 % des pays africains sont dépourvus Premièrement, les recettes tirées des exportations
de littoral. de produits de base comme le pétrole et, surtout, les
minéraux extraits dans le cadre de l’exploitation minière
L’industrialisation des pays sans littoral dépend en artisanale ou à petite échelle, notamment l’or alluvial
particulier de la facilité avec laquelle ils peuvent avoir et le tantale utilisés dans les téléphones mobiles, sont
accès aux installations portuaires des pays côtiers sources de conflits (Dube et Vargas 2013). En effet, des
voisins, car le secteur manufacturier moderne dépend groupes armés sont prêts à en découdre pour avoir
de l’importation et de l’exportation de composants le contrôle de ces ressources précieuses (Berman et
par l’intermédiaire de chaînes de valeur régionales al., 2014, Maystadt et al., 2014, Rustad et al., 2016),
et mondiales. La ZLEC devrait offrir des avantages ce qui leur permettra de financer des conflits ou de
spécifiques  : en plus de réduire les droits de douane, les perpétuer. En revanche, les recettes d’exportation
elle devrait prévoir des dispositions sur la facilitation associées à d’autres secteurs, en particulier aux secteurs
du commerce, le transit et la coopération douanière. à forte intensité de main-d’œuvre, comme l’agriculture
En effet, selon le Programme d’action d’Almaty, adopté de base ou le secteur manufacturier, augmentent les
par l’ONU en 2003, ces points sont des composantes coûts d’opportunité des conflits en fournissant des
essentielles de l’appui au développement des pays sans revenus et moyens de subsistance de remplacement
littoral. Les initiatives jugées utiles sont notamment (Calì, 2014).
des systèmes de dédouanement simples et efficaces,
des réformes douanières, des documents de transit Deuxièmement, il a été constaté que l’augmentation des
informatisés et des investissements dans l’infrastructure échanges entre pays voisins réduisait la durée ainsi que
routière (Arvis et al., 2007). l’intensité des conflits, surtout lorsque ce commerce se
produit dans le cadre d’accords commerciaux régionaux
L’Accord sur la facilitation des échanges (AFE) de (Calì, 2014). Le commerce entre pays adjacents les
l’Organisation mondiale du commerce (OMC) constitue incite à atténuer et à réduire les risques de conflit. Les
une autre source d’aide que les pays membres africains accords commerciaux constituent une plateforme
de l’OMC peuvent exploiter pour favoriser la mise en supplémentaire de coopération et d’assistance avec les
œuvre et l’opérationnalisation de la ZLEC et renforcer pays voisins.
le commerce intra-africain. Le dialogue sur l’Accord
de facilitation des échanges dans la perspective de Les accords commerciaux préférentiels et la facilitation
son entrée en vigueur en février 2017 a été axé sur les du commerce, y compris celle envisagée dans le cadre
engagements nationaux qui ont été pris. Parallèlement, de la ZLEC, peuvent aider à favoriser des relations
les dispositions de l’AFE soulignent combien il importe commerciales plus étroites entre voisins. Cela peut
de bien mettre en œuvre l’Accord et d’appuyer le aider à créer de nouvelles opportunités pour diversifier
développement des capacités de manière à favoriser les recettes d’exportation des produits de base et
l’intégration régionale et sous-régionale. Dans le des minéraux extractifs et générer d’autres revenus
contexte de la mise en œuvre de l’AFE, le Plan d’action et moyens de subsistance. Cependant, les États déjà
BIAT pourrait constituer un cadre idéal pour une fragiles ont généralement des capacités productives et
action coordonnée des pays africains en faveur du commerciales particulièrement limitées. À elle seule, la
commerce intra-africain. La mise en œuvre de l’Accord ZLEC ne suffira donc pas à stimuler le commerce de ces
de facilitation pourrait également promouvoir des pays. Il faut en plus des infrastructures de transit, des
avantages plus inclusifs pour les petites et moyennes moyens logistiques et une infrastructure commerciale,
entreprises, pour les commerçantes et pour d’autres ainsi que des mesures de soutien pour stimuler les
groupes qui sont généralement confrontés à de grands capacités de production.
obstacles au commerce.

82
Répondre à diverses configurations pertes de recettes tarifaires, de façon à obtenir un
économiques grâce aux mesures résultat équitable pour tous les pays.
d’accompagnement de la ZLEC
Pertes de recettes tarifaires sous forme
La ZLEC offrira diverses possibilités de répondre à la agrégée et répercussions sur le bien-être
diversité des pays africains, y compris ceux qui sont
riches en ressources, à forte orientation agricole ou Saygili et al. (2017) ont estimé les pertes de recettes
plus industrialisés. Cependant, certains pays peuvent tarifaires qu’entraînera la ZLEC. Pour ce faire, ils utilisent
nécessiter un soutien plus important. Si les pays les un modèle EGC qui estime les effets à long terme, puis
plus industrialisés sont mieux placés pour profiter des ils basent leurs calculs sur deux scénarios : d’une part,
nouvelles opportunités d’exportations industrielles l’élimination des droits de douane sur le commerce
associées à la création d’échanges et au détournement intra-africain, ce qui représente une «  libéralisation
des échanges avec le reste du monde, d’autres pays totale », et, d’autre part, la catégorisation spéciale des
peuvent avoir besoin d’une aide pour se connecter produits, c’est-à-dire le fait, pour chaque pays, d’exclure
à ces chaînes de valeur et développer leurs secteurs de la libéralisation le secteur où les recettes tarifaires
d’exportation. Les pays moins développés peuvent avoir tirées des importations africaines sont les plus élevées.
des difficultés à satisfaire des règles d’origine complexes Le second scénario vise à évaluer l’effet des réductions
et à répondre aux normes des produits. Leur capacité à tarifaires partielles et l’utilisation des listes d’exclusions.
utiliser les recours commerciaux est également souvent
faible. Dans les deux scénarios, les gains socioéconomiques
l’emportent sur les pertes de recettes tarifaires pour
Les politiques essentielles pour soutenir ces pays sont l’ensemble de l’Afrique, constatation qui est compatible
celles qui sont proposées dans le plan d’action BIAT, avec d’autres études selon lesquelles l’intégration peut
l’initiative «  sœur  » de la ZLEC. Bien comprendre les fortement contribuer au développement économique
importantes dispositions de la ZLEC, y compris celles et qui est confirmée par la théorie économique et les
relatives aux règles d’origine et aux normes, permettra données chiffrées figurant au chapitre 4. La libéralisation
de tenir compte des besoins spécifiques de ces pays. conduit à des gains de bien-être sous forme de rentes
Certes, la ZLEC est conçue pour inclure de telles pour le consommateur autant que pour le producteur,
dispositions sur la facilitation des échanges, mais le et de gains d’efficacité découlant d’un meilleur accès
Plan d’action BIAT va plus loin en ciblant des contraintes aux produits importés, ainsi que d’une spécialisation
supplémentaires qui entravent particulièrement plus poussée et d’économies d’échelle. Dans le second
la croissance du commerce intra-africain. Il s’agit scénario, les pertes de recettes tarifaires sont réduites à
notamment des questions prioritaires concernant les 3 milliards de dollars É.-U., contre 4 milliards de dollars
politiques commerciales, la facilitation du commerce, dans le premier scénario, mais les gains possibles en
les capacités de production, l’infrastructure liée au matière de bien-être sont également réduits, passant
commerce, le financement du commerce, l’information de 16 à 11 milliards de dollars.
commerciale et l’intégration des marchés de facteurs
(voir le chapitre 6). Répartition des pertes de recettes
tarifaires et incidence des flexibilités dans
Pertes de recettes tarifaires les différents pays
On s’attend que la ZLEC entraîne une réduction des Les pertes agrégées de recettes tarifaires sont modestes
recettes tarifaires générées par le commerce intra- par rapport aux gains de bien-être, mais cette
africain. On montre ci-après l’étendue de ce manque agrégation masque une hétérogénéité significative
à gagner, d’abord sous forme agrégée à l’aide d’un entre pays. Ici, nous évaluons l’incidence des pertes
modèle d’équilibre général calculable (EGC) et ensuite de recettes tarifaires au niveau des pays en utilisant
sous forme désagrégée à l’aide du modèle d’équilibre un modèle d’équilibre partiel simple et trois scénarios :
partiel (EP). Le recours à des listes d’exclusions est une libéralisation totale, dans laquelle les tarifs sont
proposé comme moyen de lisser les incidences des complètement éliminés sur toutes les importations

83
intra-africaines, une liste d’exclusions de 1 % et une liste pour chaque pays. Ils varient d’un pays à l’autre, selon
d’exclusions de 5 %. la composition des importations et le profil tarifaire
(figure 5.1). Les pays ayant des tarifs douaniers initiaux
Les listes d’exclusions sont modélisées afin que, élevés sur les échanges intra-africains et ayant de gros
pour chaque pays, les premiers 1 ou 5  % des lignes volumes d’importations intra-africaines essuient les
tarifaires entraînant les recettes douanières les plus pertes les plus lourdes, en particulier la République
élevées (équivalant à 52 ou 104 différents produits, démocratique du Congo, Sao Tomé-et-Principe et le
respectivement, du niveau de détail 6 du Système Zimbabwe, où le manque à gagner dû à la libéralisation
harmonisé (HS6)) soient exclus de la libéralisation. des importations africaines dépasse les 20  % du total
Cela permet une forme d’exclusion de produits plus des recettes tarifaires.
efficace que celle qui est modélisée dans le paragraphe
précédent, dans lequel c’est le secteur le plus protégé Les importations de la République démocratique du
qui a été exclu. Ce faisant, on obtient une approximation Congo viennent en grande partie d’Afrique du Sud et
de la répartition des listes d’exclusions, bien que dans la de Zambie, qui n’ont pas encore libéralisé le commerce
pratique leur application varie. dans le cadre de l’accord de libre-échange de la
Communauté de développement de l’Afrique australe
Le modèle offre une perspective d’équilibre partiel (SADC). Il en va de même pour le Zimbabwe, où 99 %
à court terme. Il se compose de trois parties  : une des recettes tarifaires sont perdues sur les importations
élimination «  choc  » des droits de douane sur le en provenance des pays de l’Union douanière d’Afrique
commerce intra-africain  ; un effet de substitution qui australe (SACU). Si l’Accord de libre-échange de la SADC
fait que les produits précédemment importés sont était appliqué dans ces pays, l’impact de la ZLEC serait
remplacés par de nouveaux produits africains exempts moindre. À Sao Tomé-et-Principe, 97  % des pertes de
de droits de douane  ; et un effet sur la demande, qui recettes tarifaires portent sur les combustibles minéraux
fait qu’un produit devenu moins cher est davantage en provenance d’Angola.
demandé2. L’avantage d’un tel modèle est de générer
des résultats qui démontrent l’incidence immédiate Le pouvoir des listes d’exclusions est également
sur les recettes tarifaires à court terme. Il nous permet démontré. Même avec une liste d’exclusions de 1  %,
également d’introduire les effets du détournement du ce qui équivaut à 52 produits, les pertes de recettes
commerce et de la création d’échanges, ce qui aide à tarifaires pour la République démocratique du Congo
analyser les changements très spécifiques apportés au passent de 36  % à 15  %. Le taux moyen des pertes
calendrier de libéralisation de chaque pays et à évaluer de recettes tarifaires pour tous les pays passerait de
de manière détaillée les listes d’exclusions. L’encadré 5.1 8  % à seulement 1  %, si chaque pays appliquait avec
résume les mérites et les défauts de cette approche de une efficacité totale une liste d’exclusions de 1  %
modélisation par rapport à ceux du modèle d’équilibre pour protéger les recettes tarifaires. Avec une liste
général calculable (EGC) présenté plus haut. d’exclusions de 5  %, les recettes tarifaires tombent à
0,3 % pour le pays moyen.
Le modèle EGC peut être considéré comme étant
approprié pour estimer les incidences à moyen ou long L’efficacité exceptionnelle des listes d’exclusions dans ce
terme et les conséquences de l’interaction de nombreux contexte est due à la nature particulièrement concentrée
secteurs ou celles des ajustements macroéconomiques. du commerce intra-africain  : 1  % des lignes tarifaires
Le modèle EP est précieux lorsque ces conséquences correspond à 74 % des importations africaines pour le
sont à court terme et très détaillées. Avec ce modèle, les pays africain moyen. Par exemple, Sao Tomé-et-Principe
résultats dépendent également de moins d’hypothèses importe un total de seulement 26 lignes de produits
et les données sont disponibles pour presque tous les provenant d’autres pays africains, sur un total possible
pays africains. L’approche EP s’avère utile pour comparer de 5 205 lignes. En excluant même un seul produit lié
entre pays africains les estimations de l’incidence aux carburants minéraux, ce pays peut protéger 97 %
immédiate sur les pertes de recettes tarifaires. de ses recettes tarifaires sur des importations africaines.

Les résultats montrent la part des pertes de recettes D’autres exemples sont éloquents. Au Cameroun, 50 %
tarifaires dans le montant total des recettes tarifaires des pertes de recettes tarifaires sont dues uniquement
84
Encadré 5.1
Modélisation des pertes de recettes tarifaires grâce aux modèles d’équilibre partiel et d’équilibre
général calculable
Deux grands types de modèles économiques sont utilisés pour évaluer les implications des accords commerciaux :
les modèles d’équilibre partiel (EP) et les modèles d’équilibre général calculable (EGC). Chaque approche offre
une perspective différente, avec ses propres avantages et limites. Une combinaison des deux permet d’obtenir
l’évaluation la plus complète des effets de la libéralisation du commerce.
Niveau de détail pour le modèle
EP  : peut fournir des résultats très détaillés, pour chaque produit et pour chaque pays dont les données sont
disponibles. Les exigences en matière de données sont moins strictes pour le modèle EP que pour le modèle EGC.
EGC : exige un degré d’agrégation, à la fois pour les produits regroupés dans des catégories plus larges et entre les
pays, en particulier lorsque l’analyse comprend des pays pour lesquels les données techniques requises, comme
les matrices de comptabilité sociale, ne sont pas disponibles. La modélisation EGC des pays africains comprend
généralement des agrégations telles que «  Reste de l’Afrique de l’Ouest  » et «  Reste de l’Afrique centrale  », par
exemple.
Interaction entre secteurs
PE : exclut les effets d’équilibre général tels que l’ajustement au sein des entreprises, des secteurs et des ménages, ainsi
qu’entre eux. Il représente donc une perspective à court terme de l’incidence immédiate des accords commerciaux.
EGC : représente mieux l’horizon à moyen ou long terme dans lequel s’inscrit l’action des entreprises et des ménages
visant à ajuster pleinement leurs modes de production et de consommation en réponse aux variations des prix
domestiques et internationaux. Le capital et le travail peuvent également passer d’un secteur à l’autre, et les ménages
peuvent ajuster leurs habitudes de consommation en réponse aux changements de prix et de revenus.
Ajustements macroéconomiques
EP : représente l’impact immédiat à court terme de la libéralisation du commerce et ne modélise pas les ajustements
macroéconomiques, tels que les variations du taux de change, ni ne rend compte de leur impact.
EGC  : peut inclure des macro-agrégats à long terme tels que la croissance économique, l’investissement et les
variations du taux de change.
Modèle s’appuyant sur des hypothèses ou des données 
EP  : repose sur relativement peu d’hypothèses, ses résultats étant en grande partie fonction des données sur
lesquelles il s’appuie.
EGC : un nombre relativement important d’hypothèses sont nécessaires pour produire des résultats avec le modèle
EGC (par exemple, les questions de savoir si les salaires ou le chômage s’adaptent au marché du travail ou si l’épargne
ou la dette s’adaptent au marché des capitaux) et diverses élasticités déterminant la réactivité des différentes valeurs
aux différents chocs.
Le modèle EGC peut être considéré comme étant approprié pour estimer les incidences à moyen ou long terme et les
conséquences de l’interaction de nombreux secteurs ou celles des ajustements macroéconomiques. Le modèle EP
est précieux lorsque ces conséquences sont à court terme et très détaillées. Avec ce modèle, les résultats dépendent
également de moins d’hypothèses et les données sont disponibles pour presque tous les pays africains. L’approche
EP s’avère utile pour comparer entre pays africains les estimations de l’incidence immédiate sur les pertes de recettes
tarifaires.

à la libéralisation des importations de pétrole africain, représentent 47 % de toutes les importations africaines.
principalement en provenance du Nigéria. Pour la Pour la Gambie, les deux premiers produits - le ciment
République centrafricaine, les 10 premiers produits
85
Figure 5.1
Pertes de recettes tarifaires selon les différents scénarios de flexibilité
République démocratique du Congo, 2015
Sao Tomé-et-Principe, 2015
Zimbabwe, 2015
République centrafricaine, 2015
Comores, 2015
Cameroun, 2014
Malawi, 2015
Gambie, 2012
Angola, 2015
Mali, 2015
Mauritanie, 2015
Ghana, 2013
Mozambique, 2014
Guinée, 2012
Sierra Leone, 2006
Burkina Faso, 2015
Seychelles, 2015
Gabon, 2015
Moyenne
République du Congo, 2014
Guinée-Bissau, 2014-
Tchad, 2015
Érythrée, 2006
Burundi, 2015
Côte d’ivoire, 2015
Sénégal, 2015
Guinée équatoriale, 2007
Ouganda, 2015
Éthiopie, 2015
Niger, 2015
Djibouti, 2014
Rwanda, 2015
République-Unie de Tanzanie, 2015
Togo, 2015
Algérie, 2015
Nigéria, 2015
Kenya, 2015
Cabo Verde, 2015
Maroc, 2015
Bénin, 2015
Zambie, 2013
Tunisie, 2015
Liberia, 2014
Soudan, 2013
SACU, 2015
Madagascar, 2014
Maurice, 2015
Égypte, 2015
Libye, 2006

0% 5% 10% 15% 20% 25% 30% 35% 40%

Pertes de recettes tarifaires (en % du montant total des recettes tarifaires)

Libéralisation totale Liste d’exclusions de 1 % Liste d’exclusions de 5 %

Note  : Les résultats découlent du modèle d’équilibre partiel décrit plus haut. Les données exigent que les pays de la SACU, qui forment une union douanière
pleinement efficace, soient présentés en tant qu’entité unique.
Source  : Calculs de la CEA sur la base l’ensemble de données CEPII-BACI pour les flux commerciaux 2015 et des données tarifaires du Centre du commerce
international concernant la date spécifiée pour chaque pays.

Portland et l’extrait de malt -représentent 28  % de les listes d’exclusions visent à atteindre des objectifs
l’ensemble de ses importations africaines. autres que la simple protection tarifaire, comme le
maintien de la protection des industries naissantes
La capacité des listes d’exclusions à limiter les pertes et la sécurité alimentaire, de sorte que les résultats
de recettes tarifaires est considérable. Dans la pratique, indiquent le plafond de l’efficacité de ces listes.
86
Néanmoins, les résultats sont puissants. Même avec une l’intérieur des secteurs, vers les entreprises davantage
liste d’exclusions de 1 %, le pays africain moyen pourrait orientées vers l’exportation.
faire passer les pertes de recettes tarifaires induites par
la ZLEC de 8 à 1 % des recettes totales. Cela s’explique Il est important de tenir compte des coûts d’ajustement
par la forte concentration des flux commerciaux intra- requis pour cette transition à long terme. Les coûts
africains et par le fait que, pour de nombreux pays, d’ajustement structurel peuvent être définis comme
les échanges intra-africains sont déjà pour l’essentiel étant la «  valeur de la production perdue lors de la
libéralisés par les accords de libre-échange des transition vers de nouveaux modèles de production à
communautés économiques régionales (CER). long terme en raison du temps nécessaire pour allouer
des facteurs d’avant la libéralisation à des activités
Les négociateurs doivent faire preuve de prudence d’après la libéralisation » (François et al. 2011). Dans
quant à la taille des listes d’exclusions négociées dans la pratique, cela peut signifier une obsolescence des
le cadre de la ZLEC afin que des listes d’exclusions compétences, une baisse des salaires et le chômage dans
excessivement libérales n’érodent pas la valeur et les les secteurs qui se contractent, alors que le recyclage et
avantages de la libéralisation du commerce dans le la formation deviennent nécessaires pour entrer dans
cadre de la zone de libre-échange. On pourrait, par des secteurs en expansion. De même, le capital peut
exemple, y parvenir en incluant une clause «  anti- devenir sous-utilisé ou obsolète dans un secteur en
concentration  », dans laquelle le nombre des lignes perte de vitesse et nécessiter un réinvestissement dans
tarifaires pouvant être exclues dans chaque chapitre un secteur en expansion.
du Système harmonisé (HS) serait limité ou prévoir des
listes d’exclusion « à double qualification », qui seraient Le lien entre les coûts d’ajustement à court terme
utilisées pour tenir compte, au plus, d’un pourcentage et les avantages à long terme de la libéralisation du
spécifié de la valeur du commerce intra-africain, plutôt commerce peuvent être démontré à l’aide d’un simple
que du nombre de lignes tarifaires. graphique stylisé tiré de François et al. (2011) (figure
5.2). Y0 et Y1 sont les niveaux de production initiaux et
Toutefois, là où les listes d’exclusions peuvent être d’une à long terme, respectivement. Après la libéralisation du
grande utilité, c’est en contribuant à égaliser les effets commerce, la production suit une courbe en forme de
de la ZLEC sur les recettes tarifaires. Cela est important j, diminuant d’abord au-dessous du niveau initial (Y0),
si l’on veut que la ZLEC soit une solution doublement mais convergeant ensuite progressivement avec un
gagnante permettant qu’aucun pays ne soit indûment nouvel équilibre à long terme plus élevé (Y1). La chute
menacé par des pertes de recettes tarifaires. Les pays qui du niveau de rendement en dessous de Y0 au cours de
pourraient essuyer les pertes les plus lourdes, comme la première phase d’ajustement est considérée comme
la République démocratique du Congo, pourraient étant le coût d’ajustement structurel.
se voir donner plus de latitude pour établir des listes
d’exclusions plus fournies et susceptibles de les aider à
supporter les coûts de ce manque à gagner.
Figure 5.2
Au sein des pays Chemins d’ajustement après la libéralisation du
commerce
Coûts d’ajustement structurel Production

Dans l’ensemble et à long terme, la ZLEC devrait Y1


conduire à un relèvement des niveaux de bien-être. Y(t)
Parallèlement, l’accord permettra d’élargir le secteur
industriel africain, de diversifier l’activité économique Y0
en mettant un terme à sa dépendance à l’égard des
produits de base et de lancer l’industrialisation et la
transformation structurelle de l’Afrique. On s’attend
à une réorientation des facteurs de production,
notamment le travail et le capital, vers les secteurs Temps

connaissant une forte croissance des exportations et, à Source : François et al. (2011)
87
Les coûts d’ajustement structurel concernent le • La plupart des échanges intra-africains se font entre
court terme à mesure que les économies subissent pays voisins ou pays rapprochés, et une grande
des changements structurels et que les facteurs de partie passe dans les cadre des accords de libre-
production se déplacent d’un secteur à l’autre pour échange existants des CER ;
s’aligner sur les nouvelles opportunités commerciales et
les menaces. Cependant, le processus de transition peut • La ZLEC contiendra des dispositions sur les
être lent si les marchés de capitaux et de facteurs ne sont listes d’exclusions et les mesures de sauvegarde,
pas suffisamment souples. Par exemple, les marchés permettant aux membres d’exclure de la
du travail peuvent être caractérisés par des frictions et libéralisation les secteurs les plus sensibles.
des entraves à la mobilité, et les secteurs d’exportation
soumis à des externalités d’encombrement (Davidson Cependant, la ZLEC continuera sans doute d’entraîner
et Matusz, 2004, Gaisford et Léger, 2000), ce qui peut des coûts d’ajustement structurel modestes. Une mise
entraîner des problèmes de sous-utilisation du capital en œuvre progressive pourrait atténuer - mais ne
et créer du chômage. pourrait éliminer complètement ces coûts, auxquels
deux autres mécanismes permettraient de faire face.
La sévérité de ces coûts d’ajustement peut être
atténuée par une approche mesurée et progressive de Premièrement, on peut exclure les flux commerciaux
la mise en œuvre  : au lieu d’une élimination brutale spécifiques qui provoquent les ajustements structurels en
des droits de douane, les réductions tarifaires peuvent appliquant les dispositions relatives aux listes d’exclusions
être progressivement introduites pendant plusieurs ou aux mesures de sauvegarde, qui doivent toutes
années (Cassing and Ochs, 1978, Gaisford et Léger, deux être intégrées à l’accord de la ZLEC. Les mesures
2000  ; Davidson et Matusz 2000). La raison est que, de sauvegarde et les listes d’exclusions ne constituent
au fur et à mesure que les travailleurs quittent les pas des solutions stratégiques idéales. Elles créent des
secteurs concurrents des importations et cherchent de distorsions à la consommation et présentent d’importants
nouveaux emplois dans les secteurs d’exportation en risques pour la maximisation de la rente (Gaisford et Leger,
expansion, des « externalités liées à l’encombrement » 2000). Cependant, elles peuvent constituer des solutions
apparaîtront et engendreront des coûts d’ajustement. de rechange acceptables, faute de mieux. Elles peuvent
Si le gouvernement élimine lentement les barrières également permettre aux négociateurs de contourner des
commerciales, il peut contrôler le flux de travailleurs, obstacles liés à l’économie politique qui pourraient ralentir
réduire l’encombrement et lisser le processus ou bloquer l’accord.
d’ajustement pour en minimiser les coûts sociaux
(Davidson et Matusz, 2004). Deuxièmement, une aide à l’ajustement peut être
apportée aux groupes particulièrement sensibles
L’ampleur des coûts d’ajustement structurel est ou vulnérables qui font face aux effets néfastes
également associée à l’ampleur de la réforme du de la libéralisation de la ZLEC. Une telle assistance
commerce. L’élimination complète de tous les droits de est considérée comme étant l’une des politiques
douane sur les importations en provenance de tous les d’accompagnement auxquelles les gouvernements
pays impliquerait un choc important pour une économie peuvent recourir pour limiter l’impact de la zone de libre-
et par conséquent des coûts d’ajustement élevés. Un échange (chapitre 6). Ici, l’idée est qu’un gouvernement
accord de libre-échange avec un seul autre pays serait, à peut utiliser les gains que d’autres groupes tirent de la
l’inverse, un choc moins brutal et entraînerait des coûts libéralisation, par le biais de recettes fiscales provenant
d’ajustement plus faibles. d’un secteur d’exportation en expansion par exemple,
pour résoudre les problèmes auxquels sont confrontés
Il y a trois raisons pour lesquelles la ZLEC est susceptible des groupes les plus défavorisés. Cela équivaut à
de provoquer un choc commercial relativement faible : compenser les perdants de la libéralisation en utilisant
certains des gains obtenus par les gagnants.
• Le commerce intra-africain ne représente que 14 %
du total des importations africaines et 18 % du total Dans les deux cas, il est important de souligner que
des exportations du continent ; l’aide ou les mesures de sauvegarde liées à l’ajustement
devraient être considérées comme strictement
88
temporaires pour répondre à la nature à court terme de dans plusieurs secteurs (tableau 5.2). Le salaire des
l’ajustement structurel et devraient être assorties d’un travailleurs agricoles non qualifiés devrait également
calendrier préétabli d’élimination progressive (Gaisford augmenter, bien que de très peu (OIT et CNUCED, 2013).
et Léger, 2000). Les coûts d’ajustement de la ZLEC
doivent également être replacés dans leur contexte. Néanmoins, les petits agriculteurs ont accès en général
Dans l’ensemble, ils sont susceptibles d’être modestes aux marchés d’exportation par le biais d’intermédiaires.
et temporaires, et doivent être mis en balance avec un Il sera important de prévoir dans le cadre de la Zone de
flux indéfini de revenus futurs plus élevés. libre-échange continentale des mesures de soutien qui
favorisent l’intégration des petits exploitants dans des
Groupes vulnérables chaînes de valeur plus larges pour qu’ils puissent tirer
parti des nouvelles opportunités. Le soutien pourrait
Bien que les coûts d’ajustement structurel puissent aussi se traduire par des critères simplifiés en matière
être faibles et ne concerner que le court terme, il de règles d’origine et des mesures de facilitation du
est particulièrement important de les identifier et commerce qui aident les petits exploitants à respecter
d’y remédier, notamment lorsqu’ils affectent des les normes sanitaires et phytosanitaires sur les marchés
groupes vulnérables ou sensibles dont quatre sont d’exportation.
évoqués dans les paragraphes qui suivent. Ces groupes
peuvent être moins résistants même aux petits chocs Il se peut aussi que les petits exploitants agricoles aient
ou n’ont peut-être pas les ressources nécessaires besoin de capital et d’une formation pour recentrer
pour une requalification et la recherche de nouvelles leur production sur les possibilités d’exportation, en
opportunités. Dans la mesure du possible, la ZLEC et renonçant à produire des denrées agricoles qui peuvent
ses mesures d’accompagnement devraient inclure des être produites plus efficacement ailleurs. Il se pourrait,
dispositions spécialement favorables à ces groupes, qui par exemple, que des variétés de semences ou des
pourront ainsi partager les gains résultant de la ZLEC et engrais nouveaux soient nécessaires pour tirer profit
être protégés si besoin est. des nouvelles exportations. À long terme, cette forme
d’ajustement structurel conduit à des résultats plus
Petits agriculteurs efficaces en termes de production, mais il faut veiller à
Les petits agriculteurs représentent environ 53% des ce que dans le court terme les agriculteurs concernés
producteurs agricoles d’Afrique. La ZLEC promet de soient capables de procéder à de tels ajustements. Les
grandes opportunités aux exportations agricoles mécanismes de suivi de la ZLEC devraient prêter une
attention particulière aux incidences pour les petits
Tableau 5.2
exploitants et des mesures de sauvegarde ou des
Volumes des exportations de l’Afrique par exclusions de produits pourraient se révéler nécessaires
secteur agricole et alimentaire et croissance s’il faut davantage de temps à ces derniers pour
estimée avec la ZLEC (%) effectuer les ajustements requis.
Taux de croissance
Paddy et riz transformé 3,2 Commerçants informels transfrontaliers
Blé 26 Par commerce informel transfrontalier, on entend
Céréales 13,9 les échanges de biens ou de services qui ne passent
Oléagineux 3,9 pas officiellement par les contrôles douaniers et qui
Canne à sucre et betteraves à sucre 38,6 échappent de ce fait au cadre réglementaire de la
Bovins, moutons, chèvres et chevaux 4,2 fiscalité et aux autres procédures mises en place par les
Produits d’origine animale et laine 0,5 pouvoirs publics.
Autres produits agricoles 1,7
Lait cru et produits laitiers 101,0 Bien que le commerce transfrontalier contribue de
Produits à base de viande 26,2 manière substantielle à l’économie nationale et à
Sucre 16,5 l’emploi en Afrique, les commerçants sont souvent
Autres produits alimentaires 17 poussés dans le secteur informel. Cela peut être dû au
Agriculture et alimentation 9,4 fait qu’ils ont du mal à lire les formulaires douaniers,
Source : OIT et CNUCED (2013) à accéder aux procédures frontalières opaques et à
89
Tableau 5.3
les comprendre, à déchiffrer des structures tarifaires
Effets moyens sur le bien-être liés à la ZLEC
complexes ou à acquitter des droits de douane élevés.
selon que le ménage est dirigé par un homme
Ce commerce est particulièrement important comme
ou une femme (%)
source d’emploi pour les femmes appartenant à des
Ménage dirigé par Ménage dirigé par
ménages à faible revenu, qui représentent environ un homme une femme
70 % des commerçants transfrontaliers informels (Ghils, Burkina Faso 8,70 13,47
2013). Cameroun 7,13 6,39
Côte d’Ivoire 10,44 3,77
Une fois dans le secteur informel, les commerçants Éthiopie 6,26 8,52
transfrontaliers sont confrontés à des problèmes. Par Madagascar 2,10 2,61
exemple, les fonctionnaires en poste aux frontières, Nigéria 6,47 5,44
profitant de leur ignorance de la législation et des
Source : Chauvin et al. (2016).
procédures douanières, leur demandent parfois de
payer des droits sur les produits qui ne devraient pas commerçants transfrontaliers informels, en particulier
être taxés (Mwanabiningo, 2015). Les commerçants les femmes.
informels peuvent être l’objet de harcèlement et de
violence, se voir confisquer leurs marchandises et même Femmes
être emprisonnés. Ils ont également un accès insuffisant L’Agenda 2063 de l’Union africaine (UA) et les
à l’information sur les marchés pour déterminer les prix, engagements relatifs au genre pris dans le cadre du
connaissent mal les politiques et procédures et n’ont Programme de développement durable à l’horizon
qu’un accès limité au crédit. 2030 de l’ONU sont parmi les plus récentes affirmations
continentales et internationales selon lesquelles l’égalité
La ZLEC donnera l’occasion d’aider ces groupes des sexes constitue une priorité de développement.
vulnérables, de leur faciliter l’accès au commerce Pourtant, à moins d’inverser la tendance à des disparités
officiel, ainsi que de leur faire bénéficier de la protection en matière de salaires et de remédier à l’absence des
et de la sécurité accrues offertes par ce dernier, en partie femmes du marché du travail, l’Afrique subsaharienne
parce qu’elle réduira les droits de douane et rendra pourrait perdre jusqu’à 60 milliards de dollars par an
plus abordables les opérations de ces commerçants (PNUD, 2016). En outre, en tant que groupe vulnérable,
dans les circuits formels. Toutefois, les mesures les femmes africaines ont un indice de développement
d’accompagnement devraient être plus ambitieuses si humain qui ne représente que 87% de celui des
l’on veut que ces groupes ne soient pas désavantagés hommes (PNUD, 2016).
par rapport aux commerçants formels déjà établis.
Chauvin et al. (2016) estiment l’impact différencié de la
Par exemple, la facilitation du commerce et l’information ZLEC sur les ménages dirigés par des femmes et ceux
commerciale en général font que les commerçants dirigés par des hommes en établissant un lien entre
peuvent plus facilement opérer dans les circuits formels une simulation de la ZLEC et les données recueillies
(Lesser et Moisé-Leeman, 2009). Le régime commercial dans le cadre d’une enquête auprès des ménages dans
simplifié du Marché commun de l’Afrique de l’Est et de six pays africains disposant de données. Ils constatent
l’Afrique australe (COMESA) en est une illustration  : il que les deux types de ménages tirent leur épingle du
allège les procédures de compensation et les conditions jeu, mais que les gains sont inégalement répartis selon
nécessaires pour pouvoir bénéficier des droits les structures commerciales et tarifaires particulières de
préférentiels du COMESA pour une liste commune de chaque pays et selon les caractéristiques des revenus et
produits. Prévoir des dispositions concernant la libre de la consommation des ménages (tableau 5.3).
circulation des opérateurs économiques, en faveur
non seulement des grandes entreprises, mais aussi des Dans l’agriculture, la participation des femmes est
petits commerçants, constituerait une autre importante souvent concentrée dans les cultures de subsistance
mesure d’accompagnement. Venant renforcer ces à faible valeur plutôt que dans les cultures de rente
mesures, le mécanisme de suivi et d’évaluation de la pour l’exportation, ce qui réduit leurs possibilités
ZLEC devrait permettre de suivre les progrès accomplis de bénéficier de la création de valeur ajoutée et des
dans l’élimination des contraintes que rencontrent les opportunités commerciales à l’exportation qu’offre
90
la ZLEC. Il reste à présent à rendre la participation des sur le développement dans le monde de 2007, sur le
femmes dans l’agriculture plus productive et à connecter thème « Développer la prochaine génération », énonce
les agricultrices aux marchés d’exportation de denrées un programme politique axé sur l’éducation, la mise
alimentaires, pour leur permettre d’engranger des à niveau des compétences, la santé et la citoyenneté.
revenus plus élevés (CNUCED, 2014). Un tel soutien se retrouve également dans la Feuille de
route de l’Union africaine sur l’exploitation du dividende
Les femmes représentent environ 70% des commerçants démographique par le biais d’investissements dans
transfrontaliers informels. Les difficultés pour ce groupe la jeunesse (2017), qui comprend des objectifs sur
vulnérable sont particulièrement graves pour les femmes, l’éducation et le développement des compétences, la
en particulier en ce qui concerne le harcèlement et la santé et le bien-être, ainsi que les droits, la gouvernance
discrimination de la part des fonctionnaires en poste aux et l’autonomisation des jeunes.
frontières, ainsi que l’accès au crédit, à la formation et à
l’information. Les mesures visant à aider les commerçants La transformation structurelle est nécessaire pour créer
transfrontaliers informels devraient cibler les femmes. de nouveaux emplois pour les jeunes et pour intégrer
Par exemple, les mesures de facilitation du commerce ces nouveaux entrants dans la population active. Les
devraient traiter des questions permettant d’améliorer pays qui ont réussi, comme la Chine et la République
leur sécurité, comme des installations de stockage, de Corée, ont vu une part élevée d’emplois passer du
des structures d’hébergement, des zones frontalières secteur agricole au secteur manufacturier d’abord, puis
illuminées, des installations sanitaires et des corridors de à celui des services. L’important pour l’Afrique sera la
transport. restructuration des économies qui ne seront plus axées
sur des produits à forte intensité de capital mais sur des
Il sera plus facile de tenir compte des intérêts des femmes secteurs à forte intensité de main-d’œuvre comme le
si elles sont associées plus étroitement à la conception secteur manufacturier, les technologies de l’information
et aux processus de la ZLEC, notamment dans le cadre et de la communication, l’agriculture et les agro-
de consultations nationales et grâce à l’augmentation industries, afin de créer des emplois en faveur des jeunes
du nombre de femmes au sein des délégations de africains. Comme l’indique la Feuille de route de l’Union
négociation. L’évaluation des incidences sur les femmes africaine sur l’exploitation du dividende démographique
exige également un cadre de suivi et d’évaluation assorti par le biais d’investissements dans la jeunesse, il faudra
de données ventilées par sexe. améliorer l’accès aux facilités de crédit pour soutenir
les entrepreneurs, appuyer des initiatives telles que les
Les jeunes incubateurs de technologies et les accélérateurs pour
Soixante pour cent de la population africaine ont 24 soutenir les entreprises dirigées par des jeunes, sans
ans ou moins et sont sur le point d’entrer sur le marché oublier la libéralisation du commerce.
du travail. Si ce nombre croissant de personnes en âge
de travailler peuvent être employées dans des activités Pour apporter un soutien à la jeunesse africaine, il faut
productives, cette abondance de jeunes en Afrique élaborer une stratégie de développement qui aille au-delà
peut devenir un dividende démographique. Sinon, cela de la politique commerciale. Des politiques en matière
pourrait devenir une catastrophe démographique, car d’éducation et de développement des compétences,
une grande masse de jeunes frustrés devient une source comme la Stratégie continentale pour l’enseignement et
potentielle d’instabilité sociale et politique. Pourtant, la formation techniques et professionnelles et la Stratégie
la pénurie d’opportunités pour les jeunes africains d’innovation pour l’Afrique (2014-24) sont importantes,
entraine une proportion élevée de jeunes chômeurs tout comme d’autres le sont dans les domaines de la
et de travailleurs pauvres, frôlant les 70  % (OIT, 2016). santé, du bien-être et de l’autonomisation des jeunes.
Conscients de cela, les chefs d’État et de gouvernement La ZLEC peut être une composante supplémentaire. Plus
de l’Union africaine ont choisi comme thème pour 2017 : important encore, la zone de libre-échange continentale
« Exploiter le dividende démographique en investissant peut contribuer aux modes de diversification des
dans la jeunesse ». exportations et de transformation structurelle qui
encouragent l’industrie à forte intensité de main-
L’approche traditionnelle pour soutenir les jeunes a été d’œuvre et aident à attirer les jeunes dans des activités
de s’intéresser à l’offre de main-d’œuvre. Le Rapport productives.
91
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européenne.
92
OIT (Organisation internationale du Travail). Notes de fin de chapitre
2016.  Perspectives pour l’emploi et le social dans le
monde – Tendances 2016. Genève. 1 La définition de «riche en ressources» est celle
du McKinsey Global Institute, qui l’applique aux pays
OIT et CNUCED (Conférence des Nations Unies sur le qui répondent à au moins un des trois critères suivants:
commerce et le développement). 2013. Assessment les exportations de ressources représentaient 20 % ou
Report  : Towards a Continental Free Trade Area in plus des exportations totales en 2011, les ressources
Africa—Modelling Assessment with a Focus on en moyenne représentaient plus de 20% des recettes
Agriculture. publiques de 2006 à 2010 et les rentes tirées des
ressources représentaient plus de 10 % du PIB en 2010
PNUD (Programme des Nations Unies pour le ou l’année la plus récente pour laquelle des données
développement). 2016. Rapport sur le développement sont disponibles (McKinsey & Company, 2013).
humain. New York.
2 Ce modèle est très voisin des modèles d’équilibre
Rustad, S. A., G. Østby et R. Nordås. 2016. “Artisanal partiel SMART et TRIST, et utilise en fait les élasticités de
mining, conflict, and sexual violence in Eastern DRC.” The la demande et de la substitution aux importations du
Extractive Industries and Society 3 (2): 475–484. modèle TRIST par défaut (0,5 et 1,5, respectivement).
L’analyse conclut à des réductions de droits de douanes
Saygili M., R. Peters et C. Knebel. 2017. “African dans le cadre des accords de libre-échange des CER
Continental Free Trade Area: Challenges and existantes, où ces accords ne constituent pas déjà une
Opportunities of Tariff Reductions.” Policy Issues in libéralisation complète de 100  %. Par conséquent,
International Trade and Commodities. Study Series. même les pays qui couvrent une grande partie de
New York et Genève: Nations Unies. leurs importations dans le cadre des accords de libre-
échange des CER existantes (chapitre 2) peuvent encore
Sommer, L., et D. Luke. 2017. «Smart Industrialization.» connaître un impact important sur les importations
A venir. Addis-Abeba : CES et les revenus. Les résultats de cette approche sont
intuitifs et transparents pour un public non spécialisé
dans les questions techniques et ne dépendent que
d’un nombre limité d’hypothèses.

93
Chapitre 6
Une démarche doublement gagnante :
politiques critiques essentielles pour la
ZLEC
Le présent chapitre fait fond sur le contenu du chapitre 5 Encadré 6.1
et développe les politiques et dispositions critiques qui Que sont les recours commerciaux ?
sont nécessaires pour faire en sorte que les avantages Obstacles non tarifaires typiques en Afrique
de la Zone de libre-échange continentale (ZLEC) soient Les obstacles non tarifaires gênent tout
pleinement exploités et partagés équitablement. particulièrement les petites et moyennes entreprises,
les commerçants transfrontaliers du secteur informel
Il fait valoir que les négociateurs doivent concevoir et les commerçantes. Au nombre des obstacles non
le contenu substantiel de la ZLEC afin de soutenir tarifaires courants déclarés en Afrique figurent les
les aspirations au développement industriel et au suivants :
changement économique structurel. Pour ce faire,
Les procédures douanières et commerciales,
ils doivent «  bien comprendre  » six éléments clefs de
notamment les systèmes non normalisés pour la
la ZLEC, à savoir les obstacles non tarifaires (BNT),
déclaration des importations et le paiement des
les règles d’origine, l’investissement et la circulation
droits de douane applicables; la non-acceptation
transfrontalière des personnes, la libéralisation et la
des certificats et de la documentation commerciale ;
réglementation des services, les recours commerciaux
une classification tarifaire incorrecte; des horaires de
ainsi que le suivi et l’évaluation. Le présent chapitre fait
travail limités et non coordonnés de la douane; des
ressortir les défis essentiels et des recommandations
interprétations différentes des règles d’origine et la
de principe pour chacun de ces éléments. Il décrit à
non-acceptation du certificat d’origine; l’application
grands traits le Plan d’action pour l’intensification du
de taxes et d’autres redevances discriminatoires;
commerce intra-africain, qui fournit un cadre pour des
et des procédures lourdes pour la vérification des
politiques d’accompagnement essentielles susceptibles
importations conteneurisées.
d’appuyer la ZLEC. Enfin, il examine la nécessité d’une
Les procédures d’immigration, par exemple
gestion stratégique de la logistique afin de faciliter
des frais de visa non normalisés et des procédures
le commerce en soutenant les investissements dans
d’immigration lourdes ou faisant double emploi.
l’infrastructure physique.
Les procédures d’inspection de la qualité,
Trouver la bonne formule en ce qui notamment les retards dans l’inspection des
concerne les obstacles non tarifaires véhicules utilitaires, des procédures d’inspection de
la qualité lourdes et coûteuses ; des inspections de
Les obstacles non tarifaires sont des entraves au la qualité inutiles  ; des procédures d’inspection et
commerce et ils sont particulièrement onéreux en d’essai non normalisées ; et des procédures variables
Afrique ; ce sont notamment les interdictions d’importer, pour la délivrance des marques de certification.
une documentation et des conditions non justifiées, les Les exigences liées au transport, telles que les
contrôles frontaliers abusifs et les barrages de police. Le politiques, lois, réglementations et normes non
taux moyen de protection tarifaire appliqué en Afrique harmonisées en matière de transport  ; les permis
est de 8,7  %, mais d’autres obstacles renchérissent routiers transfrontaliers et les frais de transit
le coût du commerce du continent de 283  %  environ prohibitifs.
(Sommer et Luke, 2017). L’encadré 6.1 décrit en détail
les obstacles tarifaires les plus courants déclarés. Les barrages routiers, par exemple de nombreux
barrages routiers non coordonnés dressés par des
Trouver la bonne formule en ce qui concerne les agents de l’État.
obstacles non tarifaires au sein de la ZLEC, ce sera Source : UA (2017)
95
aussi prévoir des dispositions tendant à réduire ces jusqu’aux gouvernements responsables et suit leur
obstacles. La ZLEC doit inclure des dispositions sur résolution.
les mesures non tarifaires, telles que les normes
sanitaires et phytosanitaires et les obstacles techniques En conséquence, il est recommandé que la ZLEC mette
au commerce qui peuvent constituer certains des à profit les mécanismes existants des CER plutôt que
obstacles non tarifaires au commerce transfrontalier en de réinventer un mécanisme complètement nouveau.
Afrique. Cependant, ce qui importera en particulier c’est À cet effet, elle devrait étendre les attributions des
de cibler les obstacles non tarifaires précis qui touchent mécanismes existants afin d’y inclure le commerce entre
les groupes vulnérables afin de faire en sorte que ceux- toutes les CER et en leur sein. Le secrétariat de la ZLEC
ci profitent de la ZLEC. peut ensuite assumer la responsabilité de coordonner
ces mécanismes dans toute l’Afrique.
On peut beaucoup apprendre du succès des mécanismes
s’occupant des obstacles non tarifaires employés par les Trouver la bonne formule en ce qui
communautés économiques régionales (CER) (encadré concerne les règles d’origine
6.2). Un mécanisme efficace de lutte contre les obstacles
non tarifaires permet à des commerçants agissant à titre Les règles d’origine sont un élément essentiel d’une
individuel de déclarer de tels obstacles et comporte une zone de libre-échange. Elles visent à s’assurer que les
structure administrative qui fait remonter les problèmes produits commercialisés dans la zone de libre-échange

Encadré 6.2
Surveiller et déclarer les obstacles non tarifaires au COMESA, à la CAE et à la SADC

La Zone de libre-échange tripartite (ZLET) n’est pas encore finalisée. Cependant, l’accord-cadre (conclu en 2015)
comporte un mécanisme de lutte contre les obstacles non tarifaires chargé de coordonner la surveillance et la
déclaration des obstacles dans ces trois CER.
En vertu du mécanisme, les obstacles non tarifaires sont déclarés soit en ligne soit par message SMS par des
individus lorsqu’ils estiment s’être heurtés à un obstacle en matière de commerce. La déclaration est ouverte à
tous, notamment les chauffeurs, les voyageurs, les hommes et femmes d’affaires ou les commerçants.
La déclaration est acheminée par un administrateur à des interlocuteurs désignés dans les pays déclarants et les
pays incriminés, ainsi qu’à la CER ou aux CER concernées. Bien que la responsabilité d’éliminer l’obstacle incombe
au pays d’envoi, les CER exécutent une fonction de facilitation en assurant des services de renforcement des
capacités ou en arrangeant des réunions entre les pays selon que de besoin. L’état d’avancement est suivi sur un
site ouvert au public ([Link] qui fait la mise à jour et détermine si une action en vue de
la résolution est en cours.
La procédure comporte des délais concrets pour l’élimination des obstacles non tarifaires. Les individus peuvent
suivre et recevoir une mise à jour sur les progrès accomplis dans le règlement de leur plainte. Le mécanisme tient
également un registre de toutes les plaintes et les ajoute à une base de données sur les obstacles non tarifaires.
Depuis qu’il a été mis sur pied en 2009, le mécanisme a enregistré 556 plaintes relatives à des obstacles non
tarifaires, dont 501 ont été résolues.*
Le mécanisme tripartite de lutte contre les obstacles non tarifaires renforce actuellement ce service grâce
à une archive sur les obstacles non tarifaires dans la région de la Zone de libre-échange tripartite. Censé être
disponible pour 12 pays de la Zone tripartite d’ici à la fin de 2017, le mécanisme fournira des informations sur les
obstacles non tarifaires par ligne tarifaire et par catégorie d’obstacle non tarifaire de la CNUCED. Cela améliorera la
transparence et l’information commerciale sur les obstacles non tarifaires pour les entreprises et les commerçants
de la région de la Zone tripartite.
* Plaintes enregistrées et résolues au 26 mai 2017 (pour les plus récentes voir [Link]
Source : UA (2017).

96
sont réellement originaires d’un pays membre de la distinction, une considération particulière devrait être
zone. Leur objectif est d’éviter le détournement et le faite aux règles d’origine préférentielles de la ZLEC. Elles
contournement du commerce. À titre d’exemple, elles pourraient contribuer à faire en sorte que les pays peu
tenteraient d’empêcher les pays tiers qui ne sont pas avancés de l’Afrique ne soient pas exclus des possibilités
parties à la ZLEC de réexporter via un État membre de la qu’offre la ZLEC en raison d’exigences encombrantes
Zone vers un autre et de bénéficier illégitimement des concernant les règles d’origine. Ces règles d’origine
préférences commerciales qui devraient être réservées seraient différenciées pour fournir aux pays africains peu
exclusivement à la Zone. avancés un ensemble de règles plus faciles à suivre. Cela
pourrait permettre de diffuser les avantages de la ZLEC
Cependant, cet objectif principal doit être mis en au niveau des petites entreprises peu perfectionnées
balance avec des règles d’origine trop obstructionnistes, des pays peu avancés de l’Afrique.
qui pourraient servir de mesure protectionniste contre
le commerce entre les États membres de la ZLEC Cette initiative ne serait pas sans précédent. Les pays
(Estevadeordal et al., 2014). De plus, des règles d’origine africains n’ont cessé de préconiser un tel traitement
trop lourdes peuvent se révéler problématiques pour spécial et différencié dans les discussions sur les règles
les micros, petites et moyennes entreprises (MPME), d’origine à l’Organisation mondiale du commerce (OMC),
notamment les commerçants transfrontaliers du discussions qui ont abouti à l’adoption des Décisions
secteur informel et les petits exploitants agricoles. Les ministérielles sur les règles d’origine préférentielles à
règles d’origine sont également difficiles à négocier, en Bali en 2013 et à Nairobi en 2015.
particulier pour des délégations insuffisamment dotées
en ressources. Tirer les enseignements des négociations
sur les règles d’origine dans la ZLET
Trouver la bonne formule en ce qui concerne
les règles d’origine dans la ZLEC exige d’harmoniser les Un accord sur les règles d’origine constituait l’une des
règles d’origine dans toutes les CER pour faciliter la mise pierres d’achoppement retardant la conclusion de la
en place de chaînes de valeur régionales, d’envisager ZLET. Au cœur de la situation, il y avait la décision de
des règles d’origine préférentielles en faveur des pays négocier des règles d’origine spécifiques aux produits,
africains peu développés et de tirer des enseignements entraînant le processus de détermination de règles
de la façon dont les règles d’origine ont été négociées particulières pour plus de 5 000 produits, processus
dans la Zone de libre-échange tripartite (ZLET). extrêmement onéreux, chronophage et exigeant sur le
plan technique. Une telle approche exige une relation
Chaînes de valeur régionales et très intense entre les négociateurs et les entreprises
harmonisation des règles d’origine en ainsi qu’une connaissance approfondie des capacités de
Afrique production des partenaires rivaux dans la négociation.

Nombre de documents ont mis en lumière la nécessité La décision de la ZLET de recourir aux règles d’origine
d’harmoniser, dans le cadre de la ZLEC, les règles d’origine spécifiques a été motivée par la demande de certains
utilisées dans toute l’Afrique (CEA, 2013a ; CNUCED 2016 ; pays pour que soit garantie une protection adéquate des
Draper et al. 2016). Leur harmonisation faciliterait le industries contre le détournement et le contournement
commerce intra-africain en réduisant la complexité liée du commerce. À titre d’exemple, certains pays
au respect de multiples ensembles de règles (Bhagwati, s’inquiètent que des règles non sophistiquées dans
1995). Ce faisant, on accroît l’inclusivité en facilitant le les textiles permettent aux pays tiers d’accéder à leurs
recours aux règles d’origine pour les commerçants plus marchés grâce à la fixation d’une valeur ajoutée très
petits et moins perfectionnés (Corneja et Harris, 2007). limitée dans leurs pays partenaires membres de la ZLET.
Une récente analyse indique toutefois que cette peur
Règles d’origine préférentielles en Afrique n’est pas justifiée et que des règles plus générales ne sont
Les pays africains sont à divers stades de développement pas nécessairement laxistes ou peu rigoureuses (Draper
économique. L’Organisation des Nations Unies fait la et al., 2016). Bien que des parties négociatrices plus
distinction entre les pays en développement et les pays sophistiquées puissent négocier des règles d’origine
les moins avancés (PMA). Pour prendre en compte cette spécifiques aux produits, cela est difficile pour des pays
97
peu avancés disposant d’équipes de négociation moins Une ZLEC qui rend difficile pour les Africains, notamment
dotées en ressources. De surcroît, une fois qu’elles sont les chefs d’entreprise africains, de se déplacer dans
négociées, ces règles peuvent également se révéler le continent sera une occasion manquée. Elle devrait
difficiles à administrer pour les pays peu avancés. être conçue pour soutenir les investisseurs africains et
Au mieux, les règles d’origine spécifiques peuvent améliorer la médiocre situation des entreprises.
permettre l’adaptation aux spécifications précises et
aux exigences exactes des entreprises commerçantes. Le fait de prévoir dans les accords commerciaux des
Au pire, elles se révèlent trop longues à négocier, avec dispositions relatives à l’investissement et à la circulation
la possibilité de prendre plusieurs années de plus que le transfrontalière des personnes a généralement été
temps mis pour négocier la ZLEC. Elles avantagent aussi considéré comme une action s’inscrivant dans le
de façon disproportionnée les équipes de négociation commerce des services. Une décision optimale à ce
plus sophistiquées. sujet passe par la prise en compte de ce que la ZLEC
s’efforce de réaliser et de ce qui a des chances de
Une solution s’inspire de l’approche de l’association de marcher en l’occurrence. Toute erreur technique à ce
libre-échange panarabe, qui a eu recours à des règles stade jette une lumière crue sur les lacunes et occulte
d’origine générales pendant une période transitoire de les aspects positifs comme les facilités d’accès, créant
cinq ans, lors de laquelle les règles spécifiques étaient ainsi des difficultés opérationnelles pour l’avenir et
négociées. Cette technique a permis à ces pays de compromettant l’utilité de la décision pour les chefs
s’en tenir sans délai à leur zone de libre-échange et, à d’entreprise africains. Ce qu’il faut c’est une approche
la longue, de passer à des règles d’origine spécifiques. prospective plus large qui relance l’investissement et
Un tel compromis pourrait accélérer la finalisation de la circulation des Africains de façon à leur permettre
la ZLEC. Ou alors, la ZLEC pourrait limiter le recours d’exploiter les possibilités offertes par la ZLEC dans
aux règles d’origine spécifiques aux biens les plus l’agriculture, l’industrie, les services et l’investissement.
controversés et les plus sensibles seulement, et
appliquer, dans la mesure du possible, des règles En s’attaquant dès le début à la question de savoir
d’origine simples et libérales aux autres biens (UA, comment ces deux enjeux majeurs - investissement et
2013 ; CEA, 2013a). circulation des personnes - peuvent être incorporés à
la ZLEC selon des modalités favorables à l’homme, on
Trouver la bonne formule en ce qui arrive à démocratiser l’accord et on permet aux chefs
concerne l’investissement et la libre d’entreprise africains de s’engager dans l’exploitation
des possibilités créées par la ZLEC (et non pas d’en être
circulation transfrontalière des
de simples spectateurs) ;
personnes
Investissement
Il est crucial de faciliter l’investissement intra-africain La question qui se pose aux négociateurs de la ZLEC
pour permettre la circulation des ressources cruciales est de savoir s’ils attendront la phase 2 pour traiter de
pour les interventions de grande ampleur qu’exige l’investissement, ou s’ils mettront à profit l’opportunité
la transformation de l’agriculture et de l’industrie offerte par une discussion sur la fourniture de services
de l’Afrique. L’investissement direct étranger (IDE), y grâce à l’établissement d’une présence commerciale afin
compris l’investissement intra-africain, sera la clef. En de déterminer une approche qui fonctionnera pour un
effet, il suffit d’analyser le montage actuel du secteur traitement exhaustif des questions clefs par le biais de
des télécommunications de l’Afrique pour conclure que la ZLEC. La première question qui se pose est de savoir
l’investissement intra-africain revêt de l’importance s’il est approprié et suffisant de limiter le traitement de
pour amener les chefs d’entreprise à innover. Même l’investissement dans la ZLEC à une approche du mode
situation dans les transports - routes, rail et air - qui sont 3 de l’Accord général sur le commerce des services
autant d’éléments représentant la vitrine d’un solide (AGCS).
investissement intra-africain. Les services financiers ne
font pas exception, les banques panafricaines ayant une Le mode 3 désigne la fourniture de services grâce à
présence continentale ou, à tout le moins, régionale de une présence1 commerciale établie. Les fournisseurs de
plus en plus marquée. services d’un État membre entrent dans le territoire d’un
98
autre État membre, mettent en place une antenne ou comme le stipule l’article XVI de l’AGCS et qui semble
une présence subsidiaire sur la base des engagements avoir une portée définie et être en grande partie centrée
pris et offrent leurs services aux consommateurs du sur des mesures de type quantitatif. Une telle portée
pays hôte. Ce type d’accès se retrouve souvent dans laisserait sans réponse la question de savoir comment
les listes OMC des pays et est souvent utilisé par de résoudre les problèmes concernant la nécessité pour
grandes compagnies. Dans la ZLEC, il laisserait entendre les investisseurs de contribuer à la bonne gouvernance
par exemple la mise en place par des géants des en tant que préalable à l’accès aux marchés. Ce serait
télécommunications mobiles de succursales pour gérer mieux pour l’Afrique de bénéficier d’un traitement plus
leurs activités dans d’autres pays africains. De telles vaste et plus approfondi des questions d’investissement
compagnies enverraient normalement leur personnel dans un chapitre, une annexe ou un accord spécial sur
essentiel diriger ces succursales, qui à leur tour l’investissement qui inclut les services. Cette méthode
offriraient leurs services par le biais de la présence de peut contribuer à donner suffisamment de latitude
personnes physiques - mode 4 - lors de ce qu’on appelle pour traiter les questions d’investissement dans la ZLEC.
transferts « intra-entreprises ». Ces personnes seraient
bénéficiaires de la liberté de circulation transfrontalière. Circulation transfrontalière des personnes
La question qui se pose ici aux négociateurs est
Un test clef de l’évolution de la ZLEC sera sa capacité comment concevoir une approche qui n’enlève pas aux
de produire des résultats pour tous, et non pas pour chefs d’entreprise africains ce qu’ils ont déjà dans leurs
les grandes entreprises seulement. Il faudra sur ce plan CER, tout en créant de nouvelles possibilités pour la
une approche dont puissent s’accommoder le gros des circulation entre CER.
entreprises africaines qui sont des MPME et il sera peut-
être nécessaire d’aller au-delà d’une approche fondée Les approches traditionnelles de la structuration de la
sur l’AGCS et d’envisager l’adoption d’un chapitre circulation des personnes dans un accord commercial
distinct et spécialisé, d’une annexe voire d’un accord de tendent à adopter une approche mode 4 de l’AGCS, où
la ZLEC sur l’investissement. pour une certaine catégorie de personnes physiques -
en général les transferts intra-entreprises - les
L’investissement en Afrique devrait également s’inspirer États membres offriraient l’accès pour des périodes
des enseignements tirés des réformes des accords déterminées et sous certaines conditions. Cela s’inscrit
internationaux sur l’investissement en vue d’assurer souvent dans le cadre des limitations au traitement
un équilibre entre la protection des investissements, national.
d’une part, et la promotion et la facilitation des
investissements (un objectif central), d’autre part. Sur le plan théorique, l’Afrique a besoin d’une approche
De même, la résolution des questions liées à la qui consiste avant tout à soutenir et à faciliter la
contribution des investissements à la réalisation des circulation des personnes. Sur le plan de la conception,
objectifs de développement nationaux est capitale il est important que les négociateurs privilégient l’idée
dans la conception de l’approche appropriée, ce qui d’admettre des personnes, en particulier celles qui
comporterait un examen attentif des dispositions sur travaillent dans des MPME.
le «  traitement juste et équitable  », les mécanismes
de règlement des différends entre l’investisseur et Plusieurs pays africains ont honoré leurs engagements
l’État, les flux financiers illicites, la corruption, la bonne au titre du mode 4 de l’AGCS, mais sont également allés
gouvernance, les espèces menacées d’extinction et plus loin et plus en profondeur auprès de leurs CER au-
l’environnement. delà de leurs listes OMC du mode 4. La CAE, par exemple,
a son protocole sur le Marché commun2 qui a déjà fait
On peut faire valoir que ces questions pourraient de grandes avancées non seulement dans la circulation
toujours servir de limitations à l’accès aux marchés ou des fournisseurs de services, mais aussi dans celle des
au traitement national dans le mode 3. Cependant, deux travailleurs3. La CEDEAO dispose de son protocole
séries de questions surgiraient : l’une liée à la portée - sur la libre circulation des personnes4, tout comme le
compte tenu de la nécessité d’inclure l’investissement COMESA5. Tous recherchent la coopération économique
dans les biens en tant que partie intégrante de l’accord et l’intégration et on aurait tort de supposer qu’il y a
- et l’autre qui conditionne l’accès autour des marchés, une différence de conception dans les intentions de
99
ces CER et la circulation des personnes dans un accord matière de réglementation dans la facilitation de la
commercial tel que la ZLEC. circulation, notamment la participation aux discussions
de toutes les parties prenantes (responsables de la
Où résident les solutions ? réglementation du secteur, agents de l’immigration,
La question clef est par conséquent la suivante : quelle négociateurs commerciaux, organisations de la société
sorte d’approche de la ZLEC apporte de la valeur ajoutée civile, réseaux s’occupant de la politique commerciale),
aux réalisations des CER ? Une approche qui prévoit des afin d’obtenir très tôt l’adhésion de tous au résultat
limitations à l’accès ne serait peut-être pas la bonne. Ce potentiel.
serait plutôt important de penser davantage à la façon
de faciliter la circulation transfrontalière des personnes. L’investissement et la circulation transfrontalière
Ici encore, la question de la portée est cruciale  : doivent être pesés mûrement, d’autant que les accords
faciliter l’accès aux investisseurs, aux commerçants sur les marchandises de même que sur les services sont
et aux fournisseurs de services, le tout dans un même actuellement en cours de négociation.
instrument.
Trouver la bonne formule en ce
S’agissant de l’investissement, il est nécessaire qui concerne la libéralisation et la
d’instaurer un bon équilibre entre les protections et la
réglementation des services
facilitation, et ce à travers le prisme du développement.
Il existe déjà une importante somme de travail, sur
laquelle baser le Code panafricain de l’investissement, À quelques exceptions près, les services en sont venus à
qui lui-même a bénéficié de bonnes pratiques mondiales dominer le paysage économique. À l’échelle mondiale,
et régionales en matière d’élaboration d’accords ils constituent environ 70 % du PIB et 60 % de l’emploi
internationaux d’une nouvelle génération favorables au (Banque mondiale, 2016), les services transfrontaliers
développement durable et portant sur l’investissement. (à l’exclusion de l’investissement pour les services)
Un chapitre à part entière sur l’investissement se justifie représentant un quart du commerce mondial en 2014
dans la ZLEC, chapitre qui fournirait un cadre pour en valeur brute (Loungani. et al., 2017).
toutes les catégories d’investisseurs, notamment ceux
travaillant dans les MPME. En raison de l’envergure Les services, en tant que processus de production aussi
de ce qui est recherché, il est proposé que ce ne soit bien que produits finaux, passent maintenant pour
pas une partie du volet services des négociations, donner aux pays en développement des possibilités
mais plutôt un chapitre autonome. Cela signifierait importantes d’accélérer la croissance, de réduire
nécessairement qu’il faudrait examiner - en procédant la pauvreté et de promouvoir la transformation
aux changements nécessaires - tous les aspects liés à économique structurelle7. Cette «  révolution des
la fourniture des services grâce à l’établissement d’une services  » a été imputée à «  2T  » et un «  É  »  : la
présence commerciale en tant que partie intégrante du technologie, qui permet aux services d’être stockables
vaste chapitre sur l’investissement. par des moyens numériques  ; la transportabilité, qui
réduit la nécessité pour les services d’être produits
Concernant la circulation transfrontalière des et consommés souvent en même temps et au même
personnes, les négociateurs pourraient envisager de endroit  ; et l’échangeabilité, qui montre combien il
concevoir un instrument - une annexe séparée, par est difficile de restreindre le commerce de tels services
exemple - qui serait centré sur la facilitation et tirerait par des barrières gouvernementales (Ghani et Kharas,
le meilleur de ce qu’offre chacune des CER pour ce qui 2010).
est des différentes étapes qu’une personne physique
franchit pour fournir ses services, commercialiser ses Les services et le commerce des services passent
produits ou investir dans un autre pays africain. De également de plus en plus pour être des éléments
telles mesures pourraient inclure les conditions d’accès fondamentaux du commerce des marchandises
aux opportunités, de candidature et d’installation (Conseil national suédois du commerce, 2012). Lorsque
dans d’autres territoires africains pour y exercer des l’on décompose la valeur ajoutée directe et indirecte
activités économiques, obtenir des prorogations, etc6. des importations entrant dans les exportations, les
Une nécessité liée serait une forme de coopération en estimations pour 2017 mettent le commerce des
100
services à près de 50  % du total mondial (François et quant à savoir jusqu’où les États membres sont prêts
al., 2013). Dans une large mesure sous l’effet de la à aller en ce qui concerne les réformes contraignantes
fragmentation de la production mondiale et de l’essor des services dans le cadre d’accords commerciaux et la
des chaînes de valeur mondiales, le commerce des coopération en matière de réglementation.
biens et services est profondément interconnecté.
Trouver la bonne formule dans le domaine des services C’est un mécanisme extrêmement flexible qui a le plus
dans la ZLEC exige une approche à trois volets, comme de chances de succès. La flexibilité est nécessaire pour
indiqué ci-dessous. la portée et l’intensité des engagements relatifs à l’accès
aux marchés et pour la gamme des mécanismes requis
Faire fond sur les réalisations existantes pour la coopération en matière de réglementation.
des CER Une telle flexibilité devrait également permettre des
niveaux différents d’engagement parmi les multiples
Comme point de départ des négociations sur les États membres de l’Union africaine (UA).
services, on doit choisir les réalisations existantes (et les
défis surmontés) dans les CER, c’est-à-dire s’appuyer sur Pour une libéralisation progressive, cette flexibilité
ce qui a marché et éviter ce qui n’a pas marché. Il sera impliquerait le fait de s’en tenir à ce que les États
essentiel de tirer les enseignements des problèmes de membres connaissent dans une certaine mesure (par
mise en œuvre rencontrés sur le terrain. exemple une liste positive basée sur l’AGCS) et d’innover
pour aider à produire des résultats significatifs. Partir
La CAE - la CER la plus avancée dans la libéralisation des de régimes appliqués et faire usage d’une certaine
services - s’est heurtée à plusieurs de ces problèmes, forme de mécanisme immobile en sont l’illustration
notamment la façon dont les États membres parfaite, bien que les États membres puissent avoir
interprètent leur liste d’engagements et les questions besoin d’envisager une approche non uniforme si une
techniques qui y figurent. En outre, les engagements application horizontale s’avère stimulante. Concernant
au titre du mode 4 (circulation des personnes) n’étaient la coopération en matière de réglementation, cela
pas clairs, étant donné qu’ils étaient liés à une liste suppose le déploiement du mécanisme le plus
séparée portant sur la circulation de la main-d’œuvre. approprié, formel ou informel, basé sur différentes
Cependant, les réalisations étaient garanties par des variables spécifiques aux secteurs, notamment les
accords de reconnaissance mutuelle à l’intention des cadres réglementaires sectoriels dans tous les États
organes professionnels, notamment les comptables, les membres, les approches adoptées au sein des CER/
architectes, les ingénieurs, les chirurgiens vétérinaires de l’UA (si nécessaire), les bonnes pratiques suivies
et les géomètres-experts. De tels accords sont en cours à l’échelle mondiale et la dynamique de l’économie
de négociation pour les juristes, les pharmaciens, les politique.
professionnels de santé, les évaluateurs de terrains et
les métreurs vérificateurs. La conséquence peut être l’harmonisation dans
certains secteurs (par exemple là où plusieurs CER
Atteindre les bons niveaux de flexibilité et ont déjà accompli des progrès dans le domaine de la
d’ambition coopération en matière de réglementation, comme
les télécommunications ou les transports), des accords
Aller au-delà de ce que les CER ont réalisé dans la de reconnaissance mutuelle dans d’autres secteurs,
libéralisation progressive des services et la coopération des traités (par exemple, dans le transport aérien,
en matière de réglementation exige un engagement l’investissement) ou des approches plus informelles
tendant à ce que la ZLEC réalise tout son potentiel. telles que des instruments non contraignants ou
Comme on l’a vu dans l’Accord sur la facilitation des des échanges d’informations informels (notamment
échanges de l’OMC, être capable de lier une assistance des principes directeurs et des normes volontaires).
technique ciblée, le renforcement des capacités et l’appui Même des exercices simples de transparence peuvent
aux réformes réglementaires à la prise d’engagements contribuer à réduire les coûts en matière d’information
(en matière de réglementation et d’accès aux marchés) pesant sur les entreprises qui font face à des différences
est susceptible de produire un effet amplificateur. En de réglementation, et cela pourrait ouvrir la voie à une
fin de compte cependant, l’approche doit être réaliste coopération plus approfondie dans l’avenir.
101
Surmonter les défis crédibilité du forum en tant que mécanisme efficace
Il existe cependant un risque que de tels efforts, s’ils ne pour la coopération en matière de réglementation,
sont pas bien ciblés et équilibrés dans leur ambition, tout en soutenant les efforts des États membres en
ne tournent rapidement à la «  routine  », avec un matière de réforme réglementaire. Le forum pourrait
perpétuel calendrier de réunions officielles, de rendez- fonctionner en partie en tant que plateforme de
vous manqués ainsi que des déficiences en matière connaissances pour une telle coopération. En y associant
de mise en œuvre (et de respect des obligations). ces importants partenaires de développement, ainsi
C’est pourquoi il faut infuser dans le processus un que la communauté des donateurs, on favorisera aussi
haut degré de crédibilité. En ce qui concerne la la mobilisation des ressources requises.
libéralisation progressive, faire en sorte qu’il y ait au
moins une certaine utilisation des innovations dans le Établir la crédibilité parmi les parties prenantes aura
domaine de l’accès aux marchés dont il a été question vraisemblablement un effet positif sur l’inclusivité (un
ci-dessus contribuera à obtenir une ouverture et une défi qu’à ce jour toutes les CER ont eu à relever dans le
transparence réelles des marchés, et à empêcher une domaine de l’intégration des services). Une approche
approche qui voit les États membres prendre sur le inclusive est nécessaire pour faire participer une large
papier des engagements qui sont dès le départ bien gamme d’acteurs, notamment les fonctionnaires
loin des conditions réelles des entreprises africaines responsables du commerce, les responsables des
prestataires de services. S’agissant du travail sur la secteurs, les agents chargés de la réglementation, les
coopération en matière de réglementation (domaine autorités chargées de la qualification et une gamme
moins connu des négociateurs commerciaux), faire d’acteurs non étatiques, notamment le secteur privé
en sorte que le processus soit soutenu par des et les défenseurs de la cause des consommateurs.
individus extrêmement compétents, notamment ceux Une telle inclusivité est nécessaire non seulement
possédant des connaissances locales solides, et qu’il pour faire en sorte que l’accord sur les services de la
soit suffisamment doté en ressources sera un facteur ZLEC soit élaboré de façon à produire des avantages
important pour instaurer d’entrée de jeu la crédibilité significatifs pour les populations et les travailleurs
parmi les parties prenantes. L’utilisation d’objectifs d’Afrique, mais aussi pour garantir l’acceptation
spécifiques sur une période déterminée (par exemple nécessaire à la mise en œuvre des plans.
sur le nombre de secteurs, l’élimination des restrictions
ou la négociation des mécanismes de coopération) peut Promouvoir l’utilisation de compétences techniques
également se révéler utile. Établir une telle crédibilité locales pour le travail de coopération en matière de
est un moyen efficace de tirer parti de l’Initiative Aide réglementation aidera également à gérer les différentes
pour le commerce et de mobiliser des ressources pour préférences des consommateurs, les racines culturelles
l’assistance technique et le renforcement des capacités, et historiques et les considérations d’économie
y compris pour l’exécution. politique justifiant les différences de réglementation.
Et s’il est important que toute approche reste liée aux
En ce qui concerne la coopération en matière de résultats négociés sur l’accès aux marchés, il existe
réglementation, une solution serait de mettre sur également des avantages à enlever ces résultats du
pied un forum africain de coopération en matière de processus de négociation commerciale, notamment en
réglementation en tant qu’organe intergouvernemental réduisant les sentiments mercantilistes mesquins et en
placé sous les auspices de la Commission de l’Union approfondissant les échanges de vues sur le commerce
africaine (CUA). Un tel forum ferait autorité et et la réglementation (tant officielles que non étatiques).
serait bien placé pour regrouper les compétences
nationales, régionales et internationales sur les La ZLEC représente pour les États membres de l’UA
cadres réglementaires du secteur des services dans une occasion exceptionnelle d’«  assurer les services
tout le continent ainsi que sur les bonnes pratiques différemment  ». Pour réussir, ils doivent poursuivre
en matière de réglementation à l’échelle mondiale un programme ambitieux et réaliste, combinant la
et ailleurs dans le monde en développement. Des libéralisation progressive et la coopération en matière
partenaires techniques supplémentaires, africains et de réglementation. Pour traduire cela en nouvelles
internationaux8, pourraient apporter des connaissances opportunités réelles pour les entreprises africaines
techniques importantes, contribuant à relever la
102
prestataires de services, ce travail et ses résultats Les recours commerciaux sont importants pour
doivent être crédibles et inclusifs. l’avènement de la ZLEC. Les pays sont davantage
disposés à mettre en œuvre les engagements pris
Trouver la bonne formule en ce qui en matière de libéralisation si ces engagements ont
concerne les recours commerciaux la flexibilité voulue pour protéger les industries si
nécessaire. Kucik et Reinhardt (2008) estiment que les
Les recours commerciaux (encadré 6.3) sont un pays disposant de mécanismes nationaux de recours
important dispositif de sécurité intégrée pour les commerciaux sont plus enclins à adhérer à l’OMC, ainsi
groupes vulnérables dans la ZLEC et pour les pays qu’à accepter des engagements plus contraignants en
inquiets que la concurrence ne puisse pénaliser matière de consolidation des tarifs et à des taux de
leurs industries nationales. Cependant, les recours droits de douane plus bas.
commerciaux peuvent aussi être un outil de
protectionnisme déguisé. Seuls les pays les plus avancés sur le plan économique en
Afrique disposent de régimes de recours commerciaux,

Encadré 6.3
Que sont les recours commerciaux ?

Les recours commerciaux sont des instruments de politique commerciale qui permettent aux gouvernements de
s’écarter des règles habituelles de l’OMC ou de la zone de libre-échange et de prendre des mesures correctives
contre des importations qui causent un préjudice important à une industrie nationale. Leur application est
assujettie à certaines conditions de fond et de procédure énoncées dans l’Accord général sur les tarifs douaniers
et le commerce (GATT) depuis 1974. Ils se divisent en gros en trois catégories.
Mesures antidumping. Elles peuvent s’appliquer lorsqu’un produit importé est «  bradé  » (c’est-à-dire vendu
à son prix « normal » ou en dessous de ce prix) et lorsque les importations bradées causent ou menacent de
causer un préjudice important à une industrie nationale fabriquant des produits semblables (ou retardent
considérablement la création d’une industrie nationale).
Mesures de compensation. Elles sont applicables lorsque des importations subventionnées causent ou
menacent de causer un préjudice à l’industrie nationale fabriquant des produits similaires.
Mesures de sauvegarde. Elles peuvent s’appliquer lorsqu’un produit est importé en des quantités si accrues et
dans des conditions telles qu’il cause ou menace de causer un préjudice grave à l’industrie nationale fabriquant
des produits semblables ou des produits compétitifs. Contrairement aux mesures antidumping et aux mesures
de compensation, l’application des mesures de sauvegarde n’exige pas une action en matière de « commerce
déloyal ». Au contraire, l’objectif des mesures de sauvegarde est de fournir un recours temporaire tout en facilitant
l’ajustement structurel de l’industrie nationale touchée par les importations.
L’application des recours commerciaux entre les États membres de l’OMC est régie par le droit de l’OMC.
Cependant, certains participants de la ZLEC ne sont pas membres de l’OMC : Algérie, Comores, Érythrée, Éthiopie,
Guinée équatoriale, Libye, Sahara occidental, Sao Tomé-et-Principe, Somalie, Soudan et Soudan du Sud. Aussi la
ZLEC doit-elle avoir ses propres dispositions en matière de recours commerciaux pour régir l’utilisation de recours
concernant ces pays.
Bien que tous les États membres de l’OMC puissent appliquer des recours commerciaux les uns contre les autres
conformément au droit de l’OMC, la ZLEC pourra inclure des dispositions commerciales de remplacement
pour régir leur utilisation entre ses membres. C’est ainsi que les pays africains utilisent rarement les recours
commerciaux conformes à l’OMC, car le faire coûte cher sur le plan technique et la plupart d’entre eux n’ont pas
la capacité technique ni l’expérience requises. La ZLEC peut par conséquent apporter de la valeur ajoutée soit en
incorporant de la flexibilité dans les dispositions relatives aux recours commerciaux afin de faciliter leur utilisation
par des pays peu avancés, soit en aidant de tels pays à élaborer les régimes de recours commerciaux nécessaires.
103
notamment l’Afrique du Sud (dont le régime s’étend Nécessité d’une nouvelle approche de la
aux pays de l’Union douanière d’Afrique australe, ZLEC concernant les recours commerciaux
SACU), l’Égypte, le Maroc et la Tunisie. La première
loi antidumping de l’Afrique du Sud remonte à 1914 Les institutions chargées des recours commerciaux
(Joubert, 2005). Des pays tels que le Ghana, le Kenya exigent un niveau élevé de compétence juridique
et Maurice sont à divers stades de rédaction de lois sur et économique spécialisée dont la formation et la
les recours commerciaux et de mise sur pied d’autorités conservation coûtent trop cher sauf pour les pays les
chargées des investigations. Onze autres pays de la plus avancés du continent. L’autorité de l’Afrique du Sud
ZLEC ne sont pas membres de l’OMC et ne sont pas régis chargée des recours commerciaux, qui emploie plus de
par les règles de l’OMC sur les recours commerciaux 20 agents permanents, a un budget de fonctionnement
(encadré 6.3). annuel de 25 millions de dollars environ (Illy, 2013).
L’équivalent égyptien, le Département central des
Pour trouver la bonne formule en matière de recours politiques commerciales internationales, emploie lui
commerciaux dans la ZLEC, il faudra prévoir des recours plus de 200 personnes (Illy, 2013).
qui soient convenablement réglementés et robustes afin
qu’ils ne puissent pas être exploités de façon illégitime à La plupart des pays africains, dont les maigres
des fins de protectionnisme, tout en étant suffisamment ressources sont souvent requises d’urgence dans des
accessibles aux pays peu avancés. Il faudra également secteurs tels que la santé, l’éducation et l’infrastructure,
aider les pays africains à élaborer des régimes de n’ont guère les moyens de financer des régimes de
recours commerciaux de sorte qu’ils soient préparés recours commerciaux. Et le renforcement des capacités
non seulement pour la défense commerciale au sein n’est pas non plus une réponse suffisante. Les agents
de la ZLEC, mais – et c’est sans doute plus important - formés seraient enclins à quitter pour aller dans des
pour la défense contre des rivaux internationaux plus organisations internationales ou le secteur privé (Illy,
avancés. En l’occurrence, la ZLEC pourra peut-être 2013). Une approche qui exigerait que tous les pays
s’inspirer de l’approche de la ZLET. africains aient un régime de recours commerciaux est
irréaliste.
Approche de la ZLET concernant les
recours commerciaux Si la ZLEC ne répond pas de façon adéquate aux
exigences de défense commerciale des pays peu nantis,
La ZLET s’est efforcée de trouver un compromis entre ces derniers pourront recourir à d’autres instruments.
la demande de dispositions de recours commerciaux L’expérience indique que les pays africains utilisent des
robustes et réglementés et la flexibilité pour les pays interdictions d’importer, des tarifs supplémentaires ou
peu avancés. Elle l’a fait en adoptant une annexe des limitations volontaires des exportations, bien que
contenant des principes directeurs à l’intention des États le respect du droit de l’OMC soit souvent sujet à caution
partenaires pour l’élaboration de régimes nationaux (Illy, 2013). De telles mesures peuvent également
de recours commerciaux (services d’investigation et provoquer l’inefficacité, ouvrir la voie à la maximisation
législation d’accompagnement) permettant de mener de la rente et nuire aux intérêts des pays exportateurs.
des investigations et d’imposer des mesures. Une solution appropriée serait dans l’intérêt de tous les
États membres.
Le choix de cette approche fait suite à un constat  :
élaborer des régimes de recours commerciaux est De surcroît, le caractère évolutif des structures sous-
souhaitable non seulement dans le cadre du commerce régionales de l’Afrique rend les approches nationales
intra-africain, mais aussi pour le commerce avec des des recours commerciaux de plus en plus inopérantes.
pays non africains où existe une concurrence beaucoup En effet, dans le cadre de leur programme d’intégration,
plus sophistiquée. L’annexe sur les principes directeurs les CER de l’Afrique adoptent des tarifs extérieurs
aiderait les États partenaires à mettre en place ces communs et des unions douanières, conformément
régimes. aux dispositions du Traité d’Abuja. Or, toute mesure
commerciale frontalière, comme les droits antidumping
et de compensation, doit être adoptée en même temps
par l’ensemble des membres des tarifs extérieurs
104
communs ou des unions douanières. Sinon, les propres à évaluer l’impact de la ZLEC sur les femmes,
marchandises pourraient facilement échapper à ainsi que des données sur les groupes vulnérables. Cela
la mesure de protection en transitant par d’autres contraste avec le Mécanisme d’examen de la politique
membres, ce qui rendrait inefficaces les mesures de commerciale de l’OMC, un dispositif de surveillance
réparation (Illy, 2013). conçu avant tout pour suivre le respect par chaque pays
des obligations imposées par l’Organisation.
Pour trouver la bonne formule en ce qui concerne les
recours commerciaux dans la ZLEC, il faudra disposer Une approche pratique du suivi et de l’évaluation pourrait
d’autorités régionales chargées de l’investigation. Une être utilement calquée sur celle de l’Association des
approche régionale permet de mettre en commun les nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), qui employait un
ressources pour alléger le fardeau que représente le système d’auto-évaluation du type « tableau de bord »,
financement d’un régime de recours et de tirer plus lequel évaluait les progrès accomplis par chaque pays
largement parti du regroupement des compétences au regard d’une liste convenue de mesures prioritaires.
requises. Ainsi, les recours commerciaux pourraient Le tableau de bord était examiné périodiquement et mis
être étendus aux petits pays et aux pays peu avancés à jour, et les résultats étaient publiés. La ZLEC pourrait
de l’Afrique. Les groupes vulnérables et les industries adopter ce système, en convenant périodiquement des
sensibles pourraient alors être mieux protégés dans mesures prioritaires afin de cibler les défis qui se posent
davantage de pays. L’approche contribuerait également et les possibilités qui s’offrent dans la mise en œuvre.
à faciliter l’accès de ces pays à des programmes de
libéralisation ambitieux auxquels ils seraient autrement Au-delà de la libéralisation tarifaire
incapables d’adhérer, sans compter qu’elle réduirait la à l’échelle continentale : le Plan
nécessité de formes de protection de remplacement
d’action pour l’intensification du
moins efficaces, en plus de la mise en place d’un
système permettant à ces pays de se protéger contre
commerce intra-africain
des rivaux internationaux plus avancés.
La libéralisation n’est pas une panacée pour le
Trouver la bonne formule dans le commerce intra-africain. Il existe en effet bon nombre
domaine du suivi et de l’évaluation de contraintes qui limitent le potentiel commercial
de l’Afrique. C’est ainsi que des études montrent que
Les accords commerciaux sont souvent critiqués pour si la réduction des tarifs de la ZLEC augmenterait
ne pas prévoir un examen systématique de leur impact le commerce intra-africain de 52  %, des mesures
sur les communautés vulnérables. Il est par conséquent supplémentaires de facilitation du commerce feraient
recommandé de prévoir dans le système de suivi et plus que le doubler (Karingi et Mevel, 2012). La ZLEC
d’évaluation des dispositions concernant des examens doit donc bénéficier de mesures de soutien pour
périodiques nationaux des impacts sur l’économie dans faire en sorte que les possibilités qu’elle offre soient
son ensemble et sur les différents secteurs, y compris les pleinement exploitées et que ces gains soient partagés
effets sur les groupes vulnérables. équitablement. Compte tenu de cela, les chefs d’État et
de gouvernement de l’UA ont adopté le Plan d’action
Un mécanisme de suivi et d’évaluation de la ZLEC doit pour l’intensification du commerce intra-africain à leur
de ce fait accomplir trois fonctions. Premièrement, il réunion de 2012, celle-là même où il a été décidé de
doit évaluer le respect par chaque pays des dispositions créer la ZLEC. Ce Plan d’action constitue le cadre dans
de la ZLEC et, notamment, des obligations qui en lequel vont s’inscrire les politiques d’accompagnement
découlent. Deuxièmement, il doit suivre les progrès dont aura tant besoin la ZLEC.
réalisés s’agissant du Plan d’action pour l’intensification
du commerce intra-africain afin de déterminer les succès Le Plan d’action regroupe les sujets de préoccupation
et les échecs. Troisièmement, il doit suivre et évaluer la prioritaires autour de sept rubriques thématiques
façon dont la ZLEC contribue à la poursuite des objectifs (encadré 6.3). S’inspirant des programmes et cadres
de développement de l’Afrique et en particulier son précédents, il permet de s’attaquer aux barrières
impact sur les groupes vulnérables. Il importera à cet commerciales bien connues que rencontrent les pays
égard de recueillir des données ventilées par sexe africains.
105
Les activités prévues dans le Plan d’action permettraient Mise en œuvre du Plan d’action pour
de relever les défis que rencontrent les pays et, au l’intensification du commerce intra-
niveau infranational, les groupes vulnérables, pour faire africain
en sorte que la ZLEC soit une entreprise «  gagnant-
gagnant  » et que ses avantages soient largement Trois facteurs font obstacle à la mise en œuvre du Plan
partagés. À titre d’exemple, les mesures de facilitation d’action pour l’intensification du commerce intra-
du commerce aident les commerçants transfrontaliers africain.
du secteur informel à entrer dans le secteur structuré
et elles revêtent une importance particulière pour les Absence d’une structure institutionnelle. Une
commerçantes. Une information commerciale améliorée structure de mise en œuvre a été envisagée en tant que
peut aider les MPME ainsi que les petits exploitants partie du projet de cadre stratégique pour la mise en
agricoles à reconnaître les nouvelles opportunités œuvre du Plan d’action et pour la création de la ZLEC
commerciales. L’infrastructure liée au commerce a une (UA, aucune date.). Cependant, aucun suivi concret
valeur particulière pour les pays sans littoral d’Afrique, n’a été assuré par un État membre de l’UA ou une CER.
qui ont du mal à surmonter des problèmes de transit Intégrer la structure institutionnelle du Plan d’action
commercial. L’intégration des marchés des facteurs à celle de la ZLEC devrait garantir une mise en œuvre
peut faciliter la circulation des hommes et femmes combinée du Plan d’action et de la ZLEC et permettre
d’affaires et l’établissement transfrontalier pour diffuser d’éviter des doublons institutionnels (proposition faite
les chaînes de valeur régionales dans les pays voisins au chapitre 9).
moins industrialisés.
Absence de suivi et d’évaluation. Le projet de cadre
stratégique pour le Plan d’action envisageait une
structure institutionnelle pour cela, mais ces institutions
n’ont pas été créées. Les succès déjà enregistrés au niveau

Encadré 6.4
Récapitulatif des sept rubriques thématiques prioritaires du Plan d’action pour l’intensification
du commerce intra-africain
Rubrique thématique Activités

Politique commerciale Incorporer le commerce intra-africain dans les stratégies nationales ; renforcer la participation du
 secteur privé, des femmes et du secteur informel ; stimuler le commerce intra-africain de produits
alimentaires ; prendre des engagements tendant à libéraliser les services liés au commerce ;
s’engager à libéraliser les règles d’origine et les régimes commerciaux ; promouvoir les formules
« Achetez en Afrique » et « Fabriqué en Afrique »
Facilitation du Réduire les barrages routiers ; harmoniser et simplifier les procédures douanières et de transit et
 commerce les documents à produire ; établir des postes-frontières à guichet unique ; adopter des processus
intégrés de gestion des frontières
Capacité de production Mettre en œuvre le Programme pour le développement industriel accéléré de l’Afrique, l’initiative
 pour le renforcement des capacités productives de l’Afrique et l’Initiative pour le développement
accéléré de l’agribusiness et des agro-industries en Afrique (connue sous le nom de ID3A) ; mettre
en place des systèmes intégrés d’information commerciale ; encourager l’investissement ; établir
des centres d’excellence régionaux
Infrastructure liée au Mettre en œuvre le Programme de développement des infrastructures en Afrique (PIDA) ; mobiliser
 commerce des ressources pour des projets multinationaux ; exécuter des projets multinationaux de grande
qualité ; garantir un environnement propice à la participation du secteur privé ; mettre au point des
mécanismes innovateurs (juridiques, financiers, etc.) pour les projets multinationaux
Financement du Améliorer les systèmes de paiement ; mettre en place l’environnement permettant aux services
 commerce financiers d’octroyer du crédit à l’exportation et des garanties ; accélérer la création et le
renforcement des institutions financières régionales et continentales (Afrexim Bank, Banque de
l’Afrique de l’Est et de l’Afrique australe pour le commerce et le développement et Agence pour
l’assurance du commerce en Afrique)
Information Créer des centres interconnectés d’échange de l’information commerciale
 commerciale
Intégration du marché Mettre en pratique les politiques et protocoles existants ; faciliter la circulation des hommes et
 des facteurs femmes d’affaires ; harmoniser les règles régissant l’établissement transfrontalier ; conclure des
accords de reconnaissance mutuelle des qualifications

106
national et au niveau des CER ne peuvent être liés au du continent comportent des volets qui traitent des
Plan d’action et l’information sur les diverses rubriques obstacles non physiques au transport et au commerce.
thématiques ne peut non plus être suivie. Cependant,
avec le concours de la CUA, la CEA, par l’intermédiaire de Il faut combiner une infrastructure transfrontalière
son Centre africain pour les politiques commerciales, a solide et des services de transport efficaces. Les
lancé une initiative tendant à suivre les progrès réalisés initiatives de facilitation du commerce de l’Afrique
sous les rubriques thématiques du Plan d’action au sont indispensables pour faire face aux augmentations
niveau des CER. L’indice africain d’intégration régionale, prévues du commerce. Ces initiatives sont conformes
qui a été lancé par la CEA avec le concours de la CUA aux dispositions de l’accord de l’OMC sur la facilitation
et de la BAD, suit également les progrès réalisés dans des échanges, qui porte sur des questions concernant le
plusieurs dimensions de l’intégration régionale (voir dédouanement des marchandises, la coopération entre
chapitre 2). Néanmoins, un cadre continental chargé les organismes frontaliers ainsi que les formalités liées à
de suivre les progrès réalisés assurerait une meilleure l’importation, à l’exportation et au transit, entre autres
compréhension de l’état d’avancement et contribuerait choses.
à recenser les lacunes. On pourrait combiner le suivi et
l’évaluation du Plan d’action et de la ZLEC pour réaliser Les organisations régionales et les pays du continent
des économies d’envergure. reconnaissent de plus en plus que les investissements
tendant à améliorer l’infrastructure des corridors de
Piètre dotation en ressources des initiatives du Plan transport ou à construire des routes menant à la mer
d’action. Le financement de propositions de politiques sont nécessaires mais pas suffisants pour assurer une
est un défi persistant dans les pays en développement. circulation fluide des marchandises. Ils reconnaissent
La mobilisation des ressources intérieures est, de aussi que les avantages en matière d’accès et de mobilité
toutes les sources de financement du développement, que procurent les investissements dans l’infrastructure
celle qui est la moins exploitée  ; pour y remédier, il physique le long des corridors de transport régionaux
faut renforcer l’administration fiscale, réduire l’évasion – gain de temps et réduction des coûts de transport,
fiscale et freiner les flux financiers illicites. Le recours notamment- corridors sont réduits à néant par les
au secteur privé pour certains types d’investissements obstacles non physiques.
tendant à faciliter le commerce et les partenariats
public-privé en faveur des initiatives du Plan d’action De récentes études réalisées au Burundi, au Rwanda et
constituent d’autres modalités de financement de ces en Tanzanie ont confirmé les conclusions de travaux de
initiatives. Pour compléter ces efforts, on pourra mieux recherche précédents sur la performance des corridors
cibler l’initiative Aide pour le commerce afin de financer de transit en Afrique: à savoir que les coûts de transport
la mise en œuvre de la ZLEC et du Plan d’action (chapitre sont élevés et les retards excessifs, en partie pour des
8). En effet, l’Aide pour le commerce n’a cessé de grossir raisons liées à la longueur des temps de séjour dans
en tant que ressource, ayant plus que doublé entre 2006 les ports, à la fréquence des arrêts (y  compris aux
et 2014, pour atteindre plus de 15 milliards de dollars. ponts-bascules et aux points de contrôle de la police)
et à la lourdeur des procédures de franchissement des
Gestion stratégique de frontières. Le temps de séjour au port de Dar es-Salaam
la logistique : renforcer dépassait le double du temps que les marchandises
passent sur la route, tandis que, pour les importations
les investissements dans
à destination du Burundi, il représentait 75 % du temps
l’infrastructure physique total entre le déchargement de la cargaison à Dar es-
Salaam et l’arrivée à la destination finale à Bujumbura
Un objectif majeur de l’infrastructure régionale de (Lisinge, 2017).
transport de l’Afrique consiste à accroître la compétitivité
de ses pays, en particulier de ceux d’entre eux qui sont Les études ont également montré qu’il y avait en
sans littoral. L’amélioration de l’infrastructure, tant Tanzanie plus de 10 ponts-bascules qui contribuaient
matérielle (physique) qu’immatérielle (politiques/ aux retards dans le transport en transit. Ces ponts-
services), relancerait le commerce intra-africain. La bascules avaient en général des horaires limités, certains
plupart des programmes régionaux d’infrastructure fermant à 18 heures. Il y avait également de nombreux
107
points de contrôle de la police, dont certains étaient S’agissant de la circulation des marchandises destinées
trop proches les uns des autres - question sensible et à l’importation sous contrôle, ainsi que des formalités
liée à des préoccupations de sécurité nationale (Lisinge liées à l’importation, à l’exportation et au transit, il y a
et Gatera, 2014 ; Lisinge, 2017). jusqu’à 11 pays qui ont réduit le nombre de documents
exigés pour l’importation et l’exportation entre 2007 et
Le désir de surmonter ces obstacles non physiques a 2012, et beaucoup d’entre eux passent à la présentation
contribué à intégrer l’approche de la gestion stratégique électronique des documents (CEA, 2013b). Plusieurs
de la logistique et de la chaîne d’approvisionnement pays, tels que le Cameroun, le Ghana, Maurice, le
non seulement dans les initiatives infrastructurelles Sénégal et la Tunisie, ont adopté le système du guichet
régionales du continent, mais aussi dans la gestion unique. La gestion électronique des marchandises,
des corridors existants. C’est ce qui explique pourquoi notamment l’utilisation des systèmes de suivi des
la facilitation du commerce et du transport est un marchandises et la gestion électronique des entrepôts
axe important du Programme de développement de douane, a également gagné du terrain.
des infrastructures en Afrique ainsi que du réseau
des routes transafricaines, et qu’elle figure parmi les En ce qui concerne le transit des marchandises, la
préoccupations majeures des CER. coopération douanière et l’échange d’informations ainsi
que les arrangements institutionnels, la plupart des CER
La facilitation du commerce est une priorité pour les disposent de cadres réglementaires. Ils ont introduit les
parties prenantes du commerce de l’Afrique, qui ont contrôles de poids et de dimensions des véhicules, des
compris que l’exploitation de tous les avantages de frais de transit routier, des licences de transport et des
la ZLEC passait par une mise en œuvre régulière de plaques de transit, des régimes d’assurance automobile
mesures de facilitation. À cet effet, les documents au tiers, des déclarations en transit douanier pour
commerciaux, les normes et les procédures douanières le transport routier et des systèmes régionaux de
doivent être simplifiés et harmonisés, et ils devraient garantie de cautionnement en douane. La plupart
être conformes aux réglementations internationales de ces mesures dépassent la portée de l’Accord sur la
et régionales. Il faut égalerment rendre plus efficaces facilitation des échanges de l’OMC, qui ne concerne
la logistique du transport des marchandises de port pas de façon explicite l’infrastructure des transports.
en port et la circulation de la documentation liée au Concernant les arrangements institutionnels, le Comité
commerce transfrontalier. En outre, l’environnement de coordination des transports des CER et l’Alliance pour
dans lequel les transactions ont lieu, notamment la la gestion des corridors en Afrique ont d’importants
transparence et le professionnalisme de la douane et rôles de coordination au niveau régional. Plusieurs pays
les cadres réglementaires, doit être amélioré. ont également des comités nationaux sur la facilitation
des échanges (CEA, 2013b ; Valensisi, Lisinge et Karingi,
Les CER ont fait de grandes avancées dans le traitement 2016).
de ces questions, généralement en conformité avec les
dispositions de l’Accord sur la facilitation des échanges
de l’OMC. C’est ainsi que la CAE a sur son site Web
des documents pertinents liés au commerce, tels que
son Traité, sa loi sur la gestion douanière et ses tarifs
douaniers. De même, le COMESA a introduit en 2012 le
Système régional de paiement et de règlement, qui a
permis un transfert plus rapide et plus économique des
fonds. Plusieurs postes-frontières à guichet unique sont
opérationnels en Afrique, y compris celui de Chirundu
entre la Zambie et le Zimbabwe et celui de Cinkase
entre le Burkina Faso et le Ghana. Il existe également
des postes de ce type au sein de la CAE à de nombreux
endroits entre le Kenya, l’Ouganda, le Rwanda et la
Tanzanie.

108
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5 Voir [Link]
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6 Voir Kategekwa, Opening Markets for Foreign


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com/gp/book/9783319035475. Site consulté le 1er juin
2017.

7 Voir par exemple Ghani et O’Connell (2014) et


Balchin et al. (2016).

8 Comme la CNUCED, l’OCDE, la Société financière


internationale, le Centre du commerce international,
l’OMC, l’Organisation internationale de normalisation et
l’ORAN.

110
Chapitre 7
Financement de la ZLEC
La mise en place de la Zone de libre-échange structurel de l’économie à mesure que celle-ci réagit
continentale (ZLEC) exigera des mecanismes de son aux nouvelles opportunités et aux pressions de la
financement. En tirer le maximum nécessitera le concurrence. Les gouvernements pourront investir
financement de ses politiques d’accompagnement, dans des politiques d’accompagnement afin d’aider
notamment le Plan d’action pour l’intensification du leurs économies à s’ajuster et à tirer parti de l’accord,
commerce intra-africain. Faire en sorte qu’elle soit une de même que venir en aide à tous les groupes
entreprise doublement avantageuse pour l’ensemble qui pourraient être vulnérables aux changements
des pays passe par une approche qui prend en compte intervenant dans le commerce. Les coûts à long terme
les différentes potentialités en ressources de ses États concernent l’entretien de l’infrastructure de la réforme
membres. du commerce, notamment les nouvelles institutions.

Le présent chapitre énonce les domaines dans lesquels Les coûts de mise en œuvre de la ZLEC peuvent être
un appui sera requis et évalue les différents moyens répartis en deux catégories  : ceux touchant le secteur
d’obtenir le financement. Après la présentation d’un privé et ceux à la charge du secteur public (tableau
cadre d’évaluation pour le financement, le chapitre 7.1). Le secteur privé subit des coûts liés à l’ajustement
propose trois options  : la mobilisation des ressources structurel tandis que le secteur public fait face à des
domestiques, le prélèvement de 0,2% préconisé pertes de recettes fiscales, à des coûts de mise en œuvre
par l’Union africaine (UA) et l’Initiative Aide pour le et aux coûts des politiques d’accompagnement.
commerce (notamment ce qui marche et ce qui ne
marche pas au titre de cette initiative). Ajustement structurel du secteur privé
Le secteur privé supporte l’essentiel des coûts de
Cadre pour l’évaluation du l’ajustement structurel - ceux qu’entraînent les
financement de la ZLEC changements d’affectation des facteurs de production
notamment la main-d’œuvre et le capital, en raison de
Dans le court terme, les gouvernements devront faire la libéralisation.
face aux coûts de mise en œuvre liés à l’introduction de
nouvelles réformes dictées par l’accord et à la diminution Les coûts de l’ajustement structurel attendus de la ZLEC
des recettes fiscales. Dans le moyen terme, le secteur seront surement réduits en raison de la taille limitée
privé sera confronté aux coûts liés au réajustement du commerce intra-africain, de la couverture assurée

Tableau 7.1
Cadre pour l’évaluation des coûts d’ajustement de la ZLEC
Coûts d’ajustement Secteur privé Main-d’œuvre Obsolescence des compétences
de la ZLEC (total) Coûts de formation
Dépenses de personnel
Capital Capital sous-utilisé
Machines ou bâtiments obsolètes
Coût de la réorientation du capital vers d’autres activités
Investissements en vue de devenir exportateur
Secteur public Recettes fiscales en baisse Baisse des recettes tirées des importations intra-africaines
Coûts de mise en œuvre Coûts institutionnels de la ZLEC
Coûts de mise en œuvre de la réforme du commerce
Coûts des politiques Dépenses liées aux filets de sécurité sociale
d’accompagnement Mécanismes de compensation
Politiques d’accompagenement de la ZLEC (Plan d’action pour
l’intensification du commerce intra-africain)
Source : Adaptation de François et al. (2011).
111
par les zones de libre-échange des communautés Un exemple réside dans les obligations figurant souvent
économiques régionales (CERs) et du recours à des dans les chapitres des accords de libre-échange sur la
mesures de sauvegarde et a des dispositions liées aux concurrence. Les dispositions concernant la concurrence
listes d’exclusions. Une approche progressive de la visent à garantir que la libéralisation ne sera pas minée
libéralisation et des politiques d’accompagnement par des pratiques commerciales anticoncurrentielles
devrait être utilisée pour alléger ces coûts surtout pour dans les pays. À cette fin, les accords peuvent préconiser
les groupes sensibles ou vulnérables. Toutefois, ces la création d’institutions judiciaires habilitées à prescrire
coûts seront ressentis par certaines entreprises privées des mesures contre les pratiques anticoncurrentielles,
et leur personnel. ainsi que l’élaboration d’une politique et d’une
réglementation nationale sur la concurrence (Dawar et
En pratique, les entreprises auront peut-être à réorienter Mathis, 2007). Les pays qui n’ont pas encore de telles
leur capital et leur mode d’organisation afin de tenir institutions peuvent être invités à mettre en place une
compte des changements dans les opportunités autorité chargée de jouer ce rôle et d’appliquer ces
commerciales et la concurrence. Les travailleurs dispositions.
pourront avoir besoin de recyclage et de formation afin
de s’adapter ces changements. Un autre exemple se voit dans les dispositions sur
les obstacles non tarifaires, en vertu desquelles les
Secteur public : Baisse des recettes fiscales pays sont tenus d’abolir les barrières techniques,
À la base de toute zone de libre-échange, il y a sanitaires, phytosanitaires et commerciales entre les
une réduction des tarifs et, par conséquence, des pays membres lorsqu’elles ne peuvent être justifiées
recettes fiscales. Il s’agit d’un coût supporté par les par des considérations de politique intérieure. Ainsi,
gouvernements, mais qui touche les ménages et les elles obligent souvent les pays à mettre en place des
entreprises bénéficiaires des dépenses publiques. mécanismes afin de faciliter la coordination entre pays
Cela dit, les pertes de recettes fiscales seront membres pour identifier, suivre et éliminer les obstacles
vraisemblablement faibles, s’élevant à 8% en moyenne non tarifaires (chapitre 6).
des recettes fiscales totales selon un scénario dans
lequel la ZLEC reviendrait à une libéralisation totale de La ZLEC aura besoin de sa propre structure
l’ensemble des produits (voir chapitre 5). Cela s’explique institutionnelle, notamment un secrétariat et des
également par la faible valeur du commerce intra- structures supplémentaires d’exécution. Les coûts
africain et le fait que ces coûts sont déjà couvert par peuvent être réduits au minimum si on s’appuie autant
les zones de libre-échange des CERs. Les dispositions que possible sur les structures nationales, régionales et
sur les listes d’exclusions limiteront aussi les pertes de continentales existantes (chapitre 8).
recettes. Une liste d’exclusions de 1% pourrait réduire
les pertes moyennes, les faisant passer de 8% à 1% La ZLEC est conçue comme une structure s’appuyant
des recettes fiscales totales, tandis qu’une liste de 5% sur les CERs établies de l’UA. Les dispositions envisagées
pourrait les ramener à 0,3%. Les pertes de recettes dans la ZLEC ne constituent pas des idées commerciales
auront des effets différents sur les pays et il faudrait une nouvelles, mais une extension des réalisations des
approche flexible des listes d’exclusions pour répartir CERs au niveau continental. Ainsi, l’architecture de la
leur impact plus équitablement. Néanmoins, en tant ZLEC peut reposer sur des institutions déjà requises
que zone de libre-échange, la ZLEC entraînera une par les CERs tout en les renforçant. À titre d’exemple,
baisse des recettes fiscales. les institutions chargées des obstacles non tarifaires
qui traitent actuellement des questions commerciales
Secteur public : Coûts de mise en œuvre au sein des CERs peuvent étendre leur mandat pour
Les accords commerciaux comportent des obligations y inclure le commerce entre CERs. Il y a forcement
qui peuvent exiger que les pays changent leurs pratiques des coûts liés à la mise en œuvre des dispositions et
intérieures, mettent en route des réformes ou créent de des réformes concernant la ZLEC, mais en recourant
nouvelles entités, notamment par le remaniement des à des structures existantes, celle-ci peut réaliser des
opérations douanières, la mise en place d’institutions économies d’envergure.
domestiques et la création de mécanismes pour la
facilitation du commerce.
112
Secteur public : Politiques Addis-Abeba en juillet 2015, il a été convenu que les
d’accompagnement ressources intérieures représentaient la plus grande
source inexploitée de fonds pour le financement des
La mise en œuvre des mesures du Plan d’action pour objectifs de développement.
l’intensification du commerce intra-africain entraînera
des coûts, bien que le montant exact n’est toutefois L’amélioration de l’autofinancement atténue aussi
pas connu. Cependant, il est possible d’évaluer le les problèmes d’économie politique examinés au
déficit de financement pour différents volets liés aux chapitre 3. Cependant, un recours excessif à l’aide au
rubriques thématiques du Plan d’action. Le Programme développement risque de perpétuer les initiatives
pour le développement des infrastructures en Afrique pilotées par les donateurs au détriment de celles
(PIDA) comprend des projets axés sur une Afrique plus dirigées par les Africains, ainsi que la « gesticulation »
interconnectée et mieux intégrée pour laquelle il faudra des donateurs, c’est-à-dire des mesures superficielles
des améliorations considérables dans la production destinées à satisfaire les obligations desdits donateurs
d’énergie, la logistique des transports, les technologies plutôt qu’à favoriser le développement. De telles
de l’information et de la communication, les pratiques altèrent l’appropriation et la responsabilité
infrastructures et les ressources en eau. Le coût estimatif des projets, ce qui à son tour freine la mise en œuvre,
total de la mise en œuvre de l’ensemble des projets du chose qui peut être délicate dans le commerce
PIDA destinés à satisfaire les besoins infrastructurels international où les pays donateurs peuvent avoir
projetés d’ici à 2040 s’élève à 360 milliards de dollars. Le d’autres priorités en matière de politique commerciale.
Plan d’action prioritaire du PIDA comprend 51 grands
projets et programmes d’infrastructure prioritaires L’imprévisibilité de l’aide est un autre défi pour la
nécessitant 68 milliards de dollars d’investissements planification budgétaire et la dotation en personnel,
d’ici à 2020. surtout qu’une bonne partie du programme
d’intégration de l’Afrique dépend du financement des
Le manque de capacité ne concerne pas seulement les donateurs (tableau 7.2). Un tel financement peut être
infrastructures. Dans cette perspective, la Fondation fragmenté lorsqu’il est apporté en tant qu’aide sur
africaine pour le renforcement des capacités estime que projets, non en tant qu’appui budgétaire, et lorsque
l’Afrique a un déficit de 4,3 millions d’ingénieurs et de les montants et le calendrier des décaissements sont
1,6 million de scientifiques et de chercheurs agronomes, imprévisibles. Différentes relations de responsabilité
soit le nombre nécessaire pour mettre en œuvre le peuvent également augmenter les coûts de transaction.
premier plan décennal de l’Agenda 2063 de l’UA. A ce
titre, il y a un manque d’institutions de développement Les gouvernements africains doivent consentir aux
efficaces. mesures suivantes : renforcer la collecte des recettes
intérieures ; rendre les systèmes d’imposition plus
Ces coûts ne sont pas une obligation au titre de la justes, plus transparents et plus efficaces ; et consolider
ZLEC, mais ils sont liés à des programmes et activités l’aide au développement afin de renforcer les capacités
qui revêtent de l’importance pour l’exploitation des de leurs administrations fiscales. Cela passera par la
possibilités qu’elle offre. lutte contre la corruption et par des mesures visant à
remédier à la faiblesse des capacités institutionnelles,
Financement de la ZLEC et du Plan à l’étroitesse de l’assiette de l’impôt, ainsi qu’à la
d’action pour l’intensification du généralisation de la fraude et de l’évasion fiscales par
des individus fortunes et des sociétés multinationales.
commerce intra-africain
De légères améliorations dans la mobilisation des
ressources intérieures peuvent également aider à faire
Le financement en Afrique doit être de plus en plus face aux coûts de mise en œuvre de la ZLEC et des
basé sur les ressources publiques et privées intérieures mesures qu’elle entraîne.
(CEA et UA, 2012, 2013). À la Conférence des Nations
Unies sur le financement du développement tenue à

113
Tableau 7.2
Degré de dépendance à l’égard des donateurs par CER et pour l’UA (%)
Entité Pourcentage du budget (pour les budgets disponibles)
IGAD 90
SADC 79
COMESA 78
CAE 65
CEDEAO N/D—mais en grande partie autofinancé par un prélèvement de 0,5% sur les importations à destination de la Communauté
UA 44

Source : Centre européen de gestion des politiques de développement (2016).

La taxe de 0,2% de l’Union africaine soulevée par les États-Unis, qui ont exprimé l’espoir que
Une importante proposition pour l’autofinancement son application serait conforme aux accords de l’OMC,
de l’Afrique est «  la taxe de 0,2% sur toutes les notamment la clause de la nation la plus favorisée
importations éligibles en Afrique pour financer le (NPF) (OMC, 2017). L’UE et le Japon se sont tous deux
budget de fonctionnement, le budge-programme et le félicités de l’initiative, mais ont expressément réaffirmé
budget des opérations de soutien à la paix » de l’Union la déclaration des États-Unis et la nécessité que la taxe
africaine (UA, 2016a). Cette proposition a été adoptée soit conforme aux dispositions de l’OMC. La question de
par la Conférence des chefs d’État et de gouvernement la compatibilité de la taxe de l’UA et du droit de l’OMC
de l’UA à son sommet de juillet 2016 à Kigali et vise comporte trois volets.
à faire en sorte que l’UA «  soit financée de façon
prévisible, durable, équitable et responsable, avec Premièrement, la proposition vise à appliquer la taxe
l’appropriation intégrale par ses États membres » (UA, sur les marchandises importées «  dans le continent  »,
2016b). L’intention est de voir ce moyen de financement ce qui implique une discrimination entre les membres
introduit avant la fin de 2017 (UA, 2016b). de l’OMC : les membres africains de l’OMC ne seraient
pas soumis au prélèvement, alors que les membres se
Le budget total de l’UA en 2016 se montait à 417 trouvant hors du continent le seraient. La proposition
millions de dollars, dont seulement 44% étaient fournis serait par conséquent incompatible avec l’article
par les États membres, le reliquat venant des donateurs premier de l’Accord général sur les tarifs douaniers et le
internationaux, notamment la Chine, les États-Unis, le commerce (GATT) concernant le traitement de la nation
Royaume-Uni, l’Union européenne (UE) et la Banque la plus favorisée, qui exige que tous les membres de
mondiale (UA, 2015). La proposition de prélever 0,2% l’OMC soient traités sur un pied d’égalité et qui constitue
vise à mobiliser 1,2 milliard de dollars pour financer le principe fondateur le plus important du GATT.
pleinement le budget de fonctionnement de l’UA, 75%
du budget-programme, 25% du budget des opérations Deuxièmement, les listes de consolidation tarifaire au
d’appui à la paix et à la sécurité, ainsi que le fonds de titre de l’article II du GATT pourraient être touchées.
la paix dont le montant est arrêté annuellement (UA, Il s’agit d’engagements de ne pas augmenter les taux
2016b). La ZLEC et d’autres projets phares figurent dans des droits au-delà de montants spécifiés et convenus.
le budget-programme. Certains pays africains pourraient soit avoir des taux
consolidés à zéro pour cent soit avoir des taux appliqués
Cependant, d’aucuns se sont demandé si la taxe serait déjà égaux à leurs taux consolidés, et ne pourraient donc
conforme aux obligations internationales actuelles de pas relever ces derniers sans rompre leurs engagements
l’Afrique. Il s’agit principalement de la compatibilité relatifs à la consolidation tarifaire à l’OMC.
avec le droit de l’Organisation mondiale du commerce
(OMC) et avec les accords commerciaux régionaux. Les produits couverts par les listes au titre de l’article II
sont également consolidés à partir de l’assujettissement
Compatibilité avec le droit de l’OMC : Problèmes et à de nouveaux « autres droits ou impositions ». La date
solutions à laquelle les «  autres droits ou impositions  » ont été
À la réunion du 7 décembre 2016 du Conseil général consolidés, aux fins de l’article II, est le 15 avril 1994.
de l’OMC, la question de la taxe de 0,2% de l’UA a été De ce fait, la taxe ne peut être appliquée en tant que
114
nouveau droit ou nouvelle imposition au-delà de ce qui une période intérimaire au cours de laquelle la ZLEC
constituerait un droit de douane normal. n’aura pas encore été constituée pour permettre cette
dérogation.
Troisièmement, l’article II du GATT permet l’imposition
de «  redevances ou autres droits correspondant Enfin, certains pays africains peuvent être membres de
au coût des services rendus  ». L’article VIII sur les l’OMC et de l’UA, sans être parties à la ZLEC. Dans ce
redevances et formalités se rapportant à l’importation cas, la ZLEC ne peut leur fournir la couverture juridique
et à l’exportation précise que toute redevance ou nécessaire pour établir une discrimination entre les
commission liée à l’importation de marchandises « doit pays membres de l’OMC.
être limitée au coût approximatif des services rendus
et ne doit pas constituer une protection indirecte des Le deuxième volet peut être plus difficile à traiter. En
produits nationaux ou des taxes à caractère fiscal à théorie, les engagements relatifs à la consolidation
l’importation ou à l’exportation ». La taxe de l’UA n’est tarifaire peuvent être dépassés avec l’accord des autres
appliquée pour aucun service d’importation connexe, membres de l’OMC. Cependant, les membres de l’OMC
qui, par exemple, inclurait des redevances pour qui sont « fournisseurs ayant un intérêt certain » d’un
l’inspection des importations ou le fonctionnement produit touché par une augmentation d’un tarif au-
de systèmes douaniers numériques. Par conséquent, dessus de son taux consollidé peuvent demander une
la taxe de l’UA ne serait pas permise, ne pouvant être compensation. La compensation est calculée sur la
considérée comme une redevance ou autre imposition base des différences constatées dans les tarifs et les flux
acceptable. commerciaux.

Le premier volet peut être logiquement traité par la Le troisième volet laisse entendre que la taxe de l’UA
ZLEC. En effet, l’article XXIV du GATT permet à un groupe ne peut contourner les problèmes découlant des volets
de pays de déroger à leur attachement au traitement précédents en se considérant comme «  redevance ou
de la NPF et d’établir une discrimination contre d’autres autre imposition » au sens de l’alinéa c) du paragraphe
membres de l’OMC s’ils concluent des accords de 2 de l’article II.
libre-échange régionaux ou des unions douanières
régionales. Etant une telle zone de libre-échange, Quatre solutions sont possibles.
la ZLEC peut contourner l’obligation d’accorder le
traitement de la NPF figurant à l’article premier. Option 1 – Demander une dérogation de l’OMC.
Les pays africains peuvent demander une dérogation
Cependant, il convient de noter l’alinéa b) du paragraphe de l’OMC conformément à l’article IX de l’Accord de
5 de l’article XXIV, qui stipule que la formation d’une Marrakech. Les dérogations autorisent les membres
zone de libre-échange ne doit pas entraîner à l’égard de l’OMC à ne pas se conformer à des engagements
des autres pays des droits plus élevés ou moins restrictifs normaux. En effet, la déclaration ci-dessus faite par les
que ceux qui existaient avant la formation de la zone de États-Unis à la réunion du 7 décembre 2016 concernant
libre-échange. La taxe de l’UA peut être permise en ce la taxe de l’UA fait allusion à la nécessité éventuelle
sens qu’elle constitue une initiative parallèle distincte, d’une dérogation de l’OMC.
plutôt qu’une taxe résultant de l’établissemeent de la
ZLEC. Cette taxe est une question différente et distincte Les clauses et conditions régissant l’application d’une
et ne doit pas être associée avec la ZLEC. dérogation, et la date à laquelle une dérogation prendrait
fin sont déterminées par la Conférence ministérielle
Il se peut qu’il y ait aussi un problème de chronologie. de l’OMC. Toute dérogation octroyée pour plus d’une
Il est envisagé que la taxe de l’UA soit appliquée avant année est examinée annuellement. À chaque examen,
la fin de 2017. S’il est également envisagé que les elle pourrait être prorogée ou modifiée ou on pourrait y
négociations de la ZLEC soient conclues à ce stade, il se mettre fin. Une dérogation ne peut donc pas permettre
peut que les États membres prennent plus longtemps d’échapper indéfiniment au droit de l’OMC, mais elle
à commencer à mettre en œuvre l’accord. Même si la peut permettre aux pays africains d’appliquer une telle
ZLEC permet une dérogation au traitement de la NPF taxe en tant que moyen raisonnable d’autofinancement
par l’intermédiaire de l’article XXIV, il se peut qu’il y ait
115
jusqu’à ce que son remplacement par la mobilisation la NPF, l’application de mesures spéciales permettrait
des ressources intérieures soit possible. d’éviter la violation des listes contraignantes de l’article
II du GATT. Dans ce cas, la taxe de l’UA serait conçue de
En outre, la dérogation à une obligation de l’OMC n’est manière que les pays africains soient autorisés à renoncer
expressément accordée que dans des «  circonstances à l’obligation de l’appliquer à des lignes tarifaires déjà
exceptionnelles ». Cela peut nécessiter une justification au taux consolidé. Dans de telles circonstances, les pays
juridique et éventuellement l’échange d’autres africains pourraient être tenus de verser, en lieu et place
concessions. Les pays africains devraient exploiter de ladite taxe, un montant équivalent à partir d’une
l’audience politique dont ils jouissent concernant cette autre source.
question et mettre celle-ci en balance avec d’autres
questions importantes à l’ordre du jour de la Conférence Option 4 – Considérer le droit de l’OMC. Dans toute
ministérielle de l’OMC. l’Afrique, des prélèvements sont en place depuis de
nombreuses années, notamment la taxe de 0,5% de
Toujours est-il que le statut de l’Afrique en tant que la Communauté économique des États de l’Afrique de
région la moins développée du monde et le fait que la l’Ouest (CEDEAO) et la taxe de 1,4% de la Communauté
taxe aille en partie au financement de la paix et de la d’Afrique de l’Est (CAE) pour l’infrastructure commune,
sécurité sont des raisons valables pour supposer que, de même que des taxes nationales telles que celle de
avec une diplomatie politique suffisante, une telle 0,5% du Ghana au titre du fonds pour le développement
dérogation puisse être obtenue. des exportations et l’investissement dans l’agriculture.
Le bien-fondé juridique de ces taxes n’est pas toujours
S’il est décidé que les membres africains de l’OMC évident.
doivent demander une dérogation de l’OMC, il y a un
problème de chronologie dont il faudrait tenir compte. La plupart des pays développés ont, tout au long de
En effet, la demande de dérogation doit être présentée l’histoire de l’OMC, hésité à intenter une action en justice
à la Conférence ministérielle de l’OMC pour examen. Or, contre les pays africains peu avancés. Néanmoins,
les Conférences ministérielles se tiennent tous les deux comme le font apparaître la déclaration des États-Unis
ans, la prochaine réunion étant prévue pour décembre sur la taxe et les observations de l’UE et du Japon, ces
2017. pays semblent de l’avis que toute taxe de l’UA devrait
être conforme au droit de l’OMC. Les autres pays en
Option 2 – Constitution d’un fonds de réserve à développement membres de l’OMC peuvent aussi être
partir des recettes fiscales existantes. La taxe de l’UA moins réticents qu’auparavant à engager un procès.
pourrait être conçue de façon à éviter de violer le droit
de l’OMC. Les questions de compatibilité évoquées plus Une aversion contre une telle contravention au droit de
haut concernent l’application d’une taxe de l’UA en tant l’OMC peut ne pas nécessairement concerner le volume
que redevance supplémentaire sur les importations à réel du commerce en jeu ni le fardeau de la taxe. Ce qui
destination du continent. Si la taxe était exprimée non peut être sujet de la plus grande préoccupation c’est
comme une redevance supplémentaire mais comme la perception de précédent créé par une violation de
une part des recettes fiscales existantes tirées de ces ces règles. De surcroît, c’est de ces règles que les pays
importations, elle ne contreviendrait pas au droit de africains profitent dans le gros du commerce pratiqué
l’OMC. Libellée de cette manière, la taxe ne signifierait en dehors du continent. Dans l’intérêt de l’Afrique, ce
pas la collecte de nouvelles recettes mais constituerait serait imprudent de contribuer à la violation de lois
un fonds de réserve prélevé sur les recettes fiscales importantes de l’OMC.
existantes aux fins de l’UA. Ce serait l’approche
qu’entend adopter le Kenya, qui doit tirer la taxe de Compatibilité avec les accords commerciaux
0,2% d’une redevance préexistante sur les importations. régionaux : Problèmes et solutions
La deuxième préoccupation d’importance est la
Option 3–Mesures spéciales pour faire face à compatibilité entre la taxe de l’UA et les accords
la consolidation tarifaire prévue à l’article II du commerciaux régionaux (ACR) de l’Afrique. Plusieurs
GATT. Si la ZLEC ou une dérogation devait fournir une pays africains sont en train de négocier ou envisagent
justification légale à la transgression du traitement de de négocier des accords commerciaux avec des pays
116
tiers. Il faut être certain que, dans le cadre de ces si les fonds équivalents au montant de la taxe sont
accords, il existe également la justification juridique fournis à partir d’une autre source.
pour l’imposition de la taxe de l’UA. Sans une exemption
explicite de ces accords, l’élimination de la taxe de l’UA Nouveaux modes de financement
serait requise sur les importations en provenance de Des moyens de financement novateurs sont nécessaires
pays parties à ces accords. (CEA et UA, 2013). Parmi les stratégies, on peut citer
le recours aux caisses des pensions, aux compagnies
Il existe un précédent pour cette approche. L’article 11 d’assurances, au capital-investissement, à la diaspora et
de l’annexe 1 de l’Accord de partenariat économique aux partenariats public-privé, ainsi que la lutte contre
(APE) entre la CEDEAO et l’UE fournit une niche pour la les flux financiers illicites.
taxe de 0,5% de la CEDEAO en permettant le maintien
de l’  «  arrangement de financement autonome des Les caisses des pensions ont un potentiel
organisations de l’Afrique de l’Ouest responsables de considérable. Le marché des pensions de l’Afrique
l’intégration régionale [...] jusqu’à ce qu’une méthode est sous-développé sauf dans quelques pays et il est
alternative de financement soit mise en place  ». dominé par des régimes de retraite étatiques (CEA,
Cependant, aucun accord commercial régional existant 2014). Tirer des enseignements de l’expérience réussie
auquel un pays africain est partie ne comporte de de pays tels que l’Afrique du Sud, le Botswana, le Kenya
disposition pour la taxe de l’UA. et Maurice pourrait ouvrir de nouvelles sources de
capitaux (CEA et APCN, 2013).
Trois solutions sont possibles ici.
Les compagnies d’assurances constituent une
Option 1 – Inclure des niches pour la taxe de l’UA source de financement à long terme qui est sous-
dans les ACRs futurs. Des dispositions permettant le développée. La plupart des compagnies d’assurances
maintien de la taxe de l’UA sur les importations peuvent de l’Afrique sont petites et proposent des produits
être incluses dans tous les ACRs. La négociation pour de d’assurance-dommages au lieu de produits d’assurance-
telles permissions peut toutefois exiger des concessions vie et de produits d’épargne. En raison de son caractère
compensatoires aux partenaires dans ces ACRs. embryonnaire, le marché des assurances de l’Afrique
n’est pas sans risques et des réformes seront nécessaires
Option 2 – Renégocier les ACRs préexistants afin pour améliorer les réglementations. Neaumoins, le
d’introduire des niches pour la taxe de l’UA. Outre marché est en pleine expansion et pourrait dépasser les
l’option 1, les pays africains peuvent renégocier les 15 milliards de dollars d’ici à 2022 (Kurt, 2012).
ACRs préexistants et, par le biais de ces négociations,
introduire des dispositions qui permettent le maintien Le capital-investissement s’est développé
de la taxe de l’UA sur les importations originaires des rapidement dans plusieurs pays africains, mais il
autres pays parties à ces accords. Dans ce cas, il faudra demeure concentré dans certains pays et certains
sans doute s’attendre à de difficiles renégociations secteurs. Il reste dominé par les industries extractives,
ainsi qu’à des concessions compensatoires à offrir aux qui représentent quelque 46% de l’ensemble des
partenaires dans ces ACRs. fusions et acquisitions transfrontalières des sociétés
privées en Afrique (CNUCED, 2013).
Option 3 – S’abstenir d’appliquer la taxe de l’UA
aux pays parties à des ACRs existants avec l’Afrique. La diaspora africaine est une autre source de fonds :
La taxe de l’UA peut être conçue de manière que les 120 millions d’Africains épargnent jusqu’à 53 milliards
pays africains parties à des ACRs soient autorisés à de dollars dans des pays de destination chaque
renoncer à l’exigence de l’appliquer au commerce avec année (BAD, 2010). Les pays africains peuvent capter
ces partenaires. Dans de telles circonstances, les pays une partie de cette épargne grâce à des obligations
africains pourraient être tenus de verser, en lieu et place garanties, telles que les euro-obligations. L’Éthiopie a
de ladite taxe, un montant équivalent provenant d’une été le premier pays africain à émettre une obligation-
autre source. S’ils le désirent, les pays africains peuvent diaspora en 2011, qui a contribué à financer son projet
également obtenir une dérogation dans les ACRs futurs de Barrage de la Renaissance. Des émissions solides
d’obligations garanties passent par l’existence de
117
structures de gestion de la dette qui soient prospectives Aide pour le commerce
et complètes (CEA et UA, 2014).
Pour les pays africains à revenu moyen inférieur, l’APD
Les partenariats-public-privé se sont révélés être reste importante. La répartition et les objectifs de
une importante source de fonds, en particulier pour cette aide diffèrent de ceux des autres flux financiers
financer le développement des infrastructures. Au-delà internationaux. Étant donné son objectif primordial
des infrastructures, les partenariats public-privé ont consistant à cibler le développement, à améliorer
été étendus à d’autres secteurs, tels que l’agriculture le bien-être et à réduire la pauvreté, l’APD reste
en Tanzanie. Cependant, des problèmes subsistent indispensable pour soutenir bon nombre de pays en
notamment les mises de fonds intiales élevées, les développement, en particulier les plus pauvres ayant
facteurs de redistribution dans la fixation des prix à la peu accès au financement privé et ayant de faibles
production, les longs délais de remboursement et les niveaux de ressources intérieures. En fait, elle demeure
risques liés au change. la plus grande source internationale de fonds pour les
pays ayant un revenu national brut (RNB) par habitant
Les flux financiers illicites compromettent de moins de 2 000 dollars environ (figure 7.1). Trente-
gravement la capacité de l’Afrique de s’autofinancer, sept pays africains ont un RNB par habitant inférieur à
mais - étant illicites par définition - ils sont difficiles à ce montant.
estimer. La Commission économique pour l’Afrique
(CEA) estime que ces flux font perdre à l’Afrique jusqu’à L’importance de l’APD par rapport aux investissements
50 milliards de dollars chaque année, soit en gros le privés, aux envois de fonds et aux autres flux publics
double de ce qu’elle reçoit au titre de l’aide publique décroît dans les pays à revenu moyen inférieur et dans
au développement (APD) (CEA et UA, 2015). Parmi les les pays à revenu moyen supérieur. Pourtant, cette aide
contre-mesures figurent les suivantes  : l’amélioration peut toujours contribuer à leur développement grâce à
de l’échange international de renseignements fiscaux, la mobilisation des flux privés, à la mise à contribution
la lutte contre la corruption et l’abus de pouvoir, des investissements privés et à la facilitation du
l’obligation pour les sociétés multinationales de commerce. Si les pays en développement veulent attirer
divulguer leurs opérations pays par pays, la lutte contre des ressources afin de renforcer les capacités en matière
les prix de transfert abusifs, la fausse facturation en de commerce, ils doivent penser de façon novatrice et
matière commerciale, l’évasion fiscale et la fraude considérer comment les dons au titre de l’APD peuvent
fiscale agressive (CEA et UA, 2015).

Figure 7.1
Flux de de ressources pour le financement du développement par membre du CAD/OCDE et par
institution financière internationale : part dans le RNB par habitant
RNB par habitant (échelle log.
(<= $1 045 =>) (<= $4 124 =>) (<= $12 754)A
80

70

60
IDE
Pourcentage

50

40

30
envois de fonds
20

autres apports publics


10
APD
0
pays à revenu intermédiaire pays à revenu moyen inférieur pays à revenu moyen supérieur

Note : Le CAD/OCDE est le Comité d’aide au développement de l’Organisation de coopération et de développement économiques.
Source : Statistiques du financement du développement de l’OCDE.
118
permettre de mobiliser d’autres ressources, telles que durant la période de référence 2002-2005. Bien
les prêts privés ou d’autres fonds. qu’une petite portion seulement cible directement les
programmes régionaux, tous les programmes nationaux
L’APD demeure une importante source de financement visent à renforcer les capacités commerciales. Au niveau
pour que les pays peu avancés d’Afrique puissent mettre sectoriel, il existe des différences substantielles dans les
en œuvre la ZLEC et ses politiques d’accompagnement. décaissements régionaux et sous-régionaux par rapport
Elle peut également demeurer importante pour les pays aux flux globaux.
à revenu moyen inférieur d’Afrique dans le court terme
à mesure qu’ils mobilisent leurs ressources intérieures. Depuis 2002, l’infrastructure économique a en
Initiative lancée en 2006, l’Aide pour le commerce est le moyenne représenté plus de 50% du volume total des
moyen privilégié de mobilisation de l’APD à l’intention décaissements au titre de l’Aide pour le commerce,
de la ZLEC. L’Aide pour le commerce régionale est tandis que le renforcement des capacités de production
particulièrement pertinente. a systématiquement été le volet le plus important
des décaissements pour les programmes régionaux
Volumes de l’Aide pour le commerce et sous-régionaux. La part des décaissements totaux
régionale pour le renforcement des capacités de production a
perdu 11 points de pourcentage depuis la moyenne
L’Aide pour le commerce convient tout à fait pour les de 53% enregistrée en 2006-2008, pour tomber à 42%
politiques d’accompagnement de la ZLEC, en particulier en 2015  ; par ailleurs, le renforcement des capacités
pour le Plan d’action pour l’intensification du commerce de production représentait 70% des volumes de l’Aide
intra-africain, qui comporte des projets ciblant l’APD. pour le commerce régionale (figures 7.2 et 7.3).
Les chefs d’État et de gouvernement de l’UA ont adopté
l’Aide pour le commerce comme priorité essentielle L’Aide pour le commerce régionale et sous-régionale,
du continent. Depuis 2011, l’Afrique est le principal telle que définie par le Système de notification des pays
bénéficiaire de l’Aide. créanciers (SNPC) de l’Organisation de coopération et
de développement économiques, constitue une petite
En 2015, le continent a reçu 35% du volume total des part des apports totaux de l’Aide pour le commerce,
fonds décaissés, s’établissant à plus de 14 milliards de mais augmente constamment depuis le démarrage de
dollars, soit plus du triple du montant moyen enregistré l’Initiative en 2006. En 2002-2005, les décaissements

Figure 7.2
Décaissements au titre de l’Aide pour le commerce, par région et par secteur (en milliards de dollars,
en prix constants de 2015)
16 000
Millions de dollars É.-U., en prix constants de 2015

14 000

12 000

10000

8000

6000

4000

2000

0
2006-08 moyenne

2002-05 moyenne
2002-05 moyenne
2006-08 moyenne
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2002-05 moyenne
2006-08 moyenne
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015

08 moyenne
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015

2006-08 moyenne
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2002-05 moyenne
2006-08 moyenne
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2002-05 moyenne

2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2006-08 moyenne

Afrique Amérique Asie Pays en développement, Europe Océanie


non précisés

Renforcement des capacités de production Infrastructure économique Politiques et réglementations commerciales Ajustement lié au commerce

Note : Données extraites le 17 août 2017.


Source : SNPC, CAD/OCDE.
119
totaux au titre de l’Aide pour le commerce se sont changements climatiques et réduire leurs émissions
établis en moyenne aux alentours de 1,2 milliard de gaz à effet de serre. Aux niveaux régional et sous-
de dollars. Ils ont atteint 6,2 milliards de dollars en régional, la part de l’Aide pour le commerce décaissée
2015. Les programmes multirégionaux constituent la à destination de l’Afrique est en moyenne le quadruple
plus grande catégorie, avec 58% des décaissements de celle décaissée à destination de l’Asie. Cela traduit
au niveau régional en 2015 (en moyenne). Les sans doute la haute priorité que les dirigeants africains
décaissements multirégionaux totaux depuis 2002 accordent à l’intégration régionale.
ont atteint 21 milliards de dollars. Une proportion de
près de 40% est liée au financement allemand pour le Entre la moyenne de la période de référence 2002-
Fonds d’investissement pour le climat, un programme 2005 et 2015, l’Aide pour le commerce régionale à
de 8,3 milliards de dollars apportant à 72 pays en destination de l’Afrique est passée de 357 millions de
développement et pays à revenu intermédiaire les dollars à 1,6 milliard de dollars, 60% de l’augmentation
ressources tant recherchées pour gérer les défis des étant due à une allocation de 700 millions de dollars au

Figure 7.3
Décaissements régionaux et sous-régionaux au titre de l’Aide pour le commerce, par région et par
secteur
3500
Millions de dollars É.-U., en prix constants de 2015

3000

2500

2000

1500

1000

500

0
2002-05 moyenne
2006-08 moyenne
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2002-05 moyenne
2006-08 moyenne
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2002-05 moyenne
2006-08 moyenne
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2002-05 moyenne
2006-08 moyenne
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2002-05 moyenne
2006-08 moyenne
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2002-05 moyenne
2006-08 moyenne
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
Afrique, niveau régional Amérique, niveau régional Asie, niveau régional Europe, niveau régional Niveau multirégional Océanie, niveau régional

Renforcement des capacités de production Infrastructure économique Politiques et réglementations commerciales Ajustement lié au commerce

Note : Données extraites le 17 août 2016.


Source : SNPC, CAD/OCDE.

Figure 7.4
Aide pour le commerce régionale à destination de l’Afrique, décaissements par secteur
100% 7000
90%
6000
Millions de dollars É.-U., en prix

80%
70% 5000
constants de 2015
% par secteur

60%
4000
50%
3000
40%
30% 2000
20%
1000
10%
0% 0
2002-05 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015
moyenne

Renforcement des capacités de production Infrastructure économique Politiques et réglementations commerciales Ajustement lié au commerce

Aide pour le commerce régionale à destination de l’Afrique Total de l’Aide pour le commerce régionale

Note : Données extraites le 17 août 2017.


Source : SNPC, CAD/OCDE.
120
Fonds africain de développement pour les États définis Royaume-Uni
par le Fonds comme États fragiles. Le renforcement des Une enquête de 2016 sur l’initiative de libre-échange
capacités de production est le secteur dominant avec Royaume-Uni-Afrique a montré que les différents
1,1 milliard de dollars, suivi par l’infrastructure liée au programmes financés par UKAID ont accompli des
commerce avec 300 millions de dollars (figure 7.4). progrès dans la réduction des tarifs, l’harmonisation
Bien que les parts aient fluctué, le renforcement des des accords commerciaux régionaux, l’amélioration de
capacités de production et l’infrastructure économique l’infrastructure commerciale matérielle et immatérielle,
ont systématiquement dominé dans les apports au titre et la réduction de la bureaucratie par la modernisation
de l’Aide pour le commerce régionale. Les travaux de des systèmes douaniers ainsi que des procédures et
recherche sur les contraintes au commerce montrent des installations douanières. L’initiative a également
que cette importance est bien méritée, et les études aidé à faciliter la coordination, à réduire les coûts liés à
de cas examinées ci-dessous font ressortir un certain l’investissement entre les gouvernements et les parties
nombre de projets réussis. prenantes de part et d’autre des frontières et à mobiliser
l’investissement privé auprès des institutions de
Bilan de l’Aide pour le commerce financement du développement. Néanmoins, l’enquête
régionale : ce qui marche et ce qui ne a révélé qu’il fallait en faire davantage pour réduire
marche pas les tarifs douaniers et les obstacles non tarifaires et
négocier une ZLEC crédible et de grande portée (APPG-
Les initiatives au titre de l’Aide pour le commerce TOP, 2016).
régionale ont remporté un franc succès dans certains
domaines. Parmi les principales réussites, on peut Allemagne
citer l’élimination des obstacles non tarifaires, L’Allemagne favorise la coopération et l’intégration
l’investissement dans l’infrastructure non matérielle et régionales par la fourniture d’un appui technique et
matérielle régionale, la promotion de la coopération, institutionnel aux différentes CERs. On constate que les
la réduction des coûts liés à l’investissement, résultats obtenus dans chaque CER viennent en appui
l’harmonisation des accords commerciaux régionaux, la à la stratégie globale tendant à créer une association
poursuite du développement institutionnel et humain de libre-échange multirégionale. L’approche allemande
et l’appui aux activités des CERs. Les défis qui restent à est centrée sur le secrétariat de la CAE et combine le
relever consistent à mobiliser les parties prenantes et à développement institutionnel et humain. Dans ce cadre,
élever au rang de priorité les besoins des pauvres et des ce secrétariat a reçu de l’aide pour élaborer un modèle
groupes vulnérables. pour la reconnaissance mutuelle des qualifications
professionnelles afin de faciliter la libre circulation de la
Groupe de la Banque mondiale main-d’œuvre et des services dans la CAE.
La stratégie de la Banque mondiale pour l’intégration
régionale en Afrique subsaharienne est mise Un domaine dans lequel la CAE a réussi est le soutien
en œuvre de concert avec les CERs et l’UA. Elle au commerce des services (chapitre 6). L’Allemagne
repose sur quatre piliers  : renforcer l’infrastructure a également soutenu en Afrique de l’Est un projet
matérielle et non matérielle régionale, promouvoir la tendant à créer un cadre juridique aux fins d’évaluations
coopération internationale au service de l’intégration régionales de la qualité compatible avec les règles de
économique, fournir des biens collectifs régionaux l’OMC. Cependant, la mobilisation des partenaires a
et harmoniser la planification régionale et la été jugée insuffisante pour donner aux opérateurs
planification nationale (Banque mondiale, 2011). Une du secteur privé le sentiment d’être parties prenantes
évaluation a permis de constater de bons résultats (OCDE et OMC, 2015a).
liés au développement de l’infrastructure régionale,
à la coopération institutionnelle au service de Suède
l’intégration économique et à la gestion des biens Le Gouvernement suédois s’est associé à TRALAC, un
collectifs régionaux (IEG, 2011). organisme s’occupant du renforcement des capacités
liées au commerce en Afrique, afin d’améliorer

121
l’intégration commerciale régionale. TRALAC appuie la L’USAID a estimé que la participation du secteur privé
négociation simultanée du commerce de biens et de contribue à renforcer la volonté politique de faire face
services par la production et la diffusion d’études et de aux droits acquis, mais qu’elle peut aussi créer des
travaux de recherche en vue d’enrichir l’élaboration de incitations asymétriques. De ce fait, une analyse et une
plusieurs messages clefs à l’intention des responsables compréhension ex-ante de la structure des incitations
du commerce, des négociateurs et d’autres parties sont fondamentales pour planifier des activités liées au
prenantes de la politique commerciale sur le continent. commerce et peuvent aider à éviter des complications
En particulier, TRALAC a été impliqué dans le processus dans la mise en œuvre.
de négociation de la ZLEC en s’associant à des parties
prenantes essentielles et en délivrant des messages Chine
opportuns et dénués de tout jargon technique. La Chine soutient l’intégration par l’intermédiaire du
Cet organisme a également contribué à la bonne Forum sur la coopération sino-africaine, en activité
formulation des dispositions de la ZLEC sur les services depuis 2000. Parmi les prestataires Sud-Sud, la
aux fins de la promotion des investissements, du Chine est sans doute le principal soutien notoire de
développement industriel et de l’intégration régionale. l’intégration régionale en Afrique. La participation des
autres prestataires Sud-Sud consiste à créer des liens
Étant donné que la ZLEC est à une phase préliminaire, entre leurs interventions en matière de commerce,
il est trop tôt pour évaluer l’influence des messages de d’investissement et d’aide au développement. A
TRALAC sur le programme de négociation. Cependant, l’exception de la Chine1, il n’existe pas d’approche
on peut dire que TRALAC a suscité le débat et stimulé la institutionnalisée de l’intégration régionale émanant
participation. d’une économie émergente (Dube, 2016).

États-Unis Programmes multidonateurs


L’Agence de développement international des Etats- L’un des programmes multidonateurs est TradMark East
Unis (USAID) finance des pôles commerciaux régionaux Africa (TMEA), soutenu par la Belgique, le Canada, le
depuis 2002 en Afrique de l’Ouest, en Afrique de l’Est Danemark, les États-Unis, la Finlande, les Pays-Bas, le
et en Afrique australe. Ces pôles sont des platesformes Royaume-Uni et la Suède. Depuis 2010, les investisseurs
régionales permettant la fourniture d’une assistance de TMEA ont apporté 560 millions de dollars pour
technique liée au commerce sur des questions qui se l’exécution de 150 projets environ au Burundi, en
prêtent à une approche multinationale. En particulier, Ouganda, au Rwanda, au Soudan du Sud et en Tanzanie.
l’appui est orienté vers la mise en œuvre des protocoles TMEA estime que pour chaque dollar dépensé il y aura
des CERs et l’amélioration des procédures douanières un rendement de 30 dollars au bout de 10 ans. Un autre
afin de faciliter le commerce et la poursuite de exemple est le Customs Business Systems Enhancement
l’intégration régionale. Une approche multipartite est Project tendant à accroître l’efficacité des autorités
utilisée dans la création de platesformes régionales fiscales ougandaises. En mars 2014, ce programme,
pour renforcer la légitimité des accords régionaux combiné aux réformes introduites dans le cadre du
aux niveaux national et local. Bon nombre d’activités territoire douanier unique, a donné de bons résultats :
tendent à associer le secteur privé. Alliance sans c’est ainsi que le temps qui s’écoule entre l’arrivée des
frontières est un bon exemple de cette approche  : il marchandises au port et leur dédouanement puis leur
s’agit d’une plateforme d’opérateurs du secteur privé transport est tombé de 18 jours à 4 jours, soit une
(commerçants, transporteurs, producteurs) œuvrant économie d’environ 373 millions de dollars par an.
avec les institutions publiques pour promouvoir
une plus grande intégration commerciale régionale Le Consortium pour les infrastructures en Afrique entend
en Afrique de l’Ouest. Elle identifie les barrières qui favoriser l’intégration des infrastructures régionales. Il
entravent le commerce régional et utilise des données sert de plateforme pour négocier le financement des
pour orienter la prise de décision. Le pôle commercial de projets d’infrastructure. De même, le PIDA promeut
l’Afrique de l’Ouest fournit des ressources financières et l’intégration économique régionale en comblant le
des compétences techniques afin de renforcer l’impact déficit infrastructurel de l’Afrique. Il tend à accélérer
du plaidoyer de l’Alliance. l’exécution des projets d’infrastructure régionaux et
continentaux dans les domaines des transports, de
122
l’énergie, des technologies de l’information et de la membres visant à réduire les obstacles au commerce
communication et des eaux transfrontières. en Afrique. Il tend à une meilleure prise en compte des
problèmes des femmes, notamment des femmes chefs
Le Cadre intégré renforcé, abrité par l’OMC, est un fonds d’entreprise, et de la jeunesse dans la conception de la
multidonateurs qui soutient les pays les moins avancés politique commerciale au niveau de l’UA et des CERs.
(PMA). Il fournit un appui financier et technique afin de En outre, il s’emploie à accroître la participation des
renforcer les capacités commerciales dans 48 PMA et opérateurs du secteur privé et des organisations de la
trois pays « sortis de la catégorie des PMA ». Il est conçu société civile aux dialogues régionaux et continental sur
pour répondre aux défis commerciaux rencontrés par le programme de l’UA relatif au commerce. Le CAPC a
les PMA, qu’il aide à surmonter les contraintes d’ordre soutenu étroitement les négociations de la ZLEC.
commercial et à s’intégrer aux marchés mondiaux. Au
cours de sa première phase, de 1997 à 2006, le Cadre L’appui du Japon à l’intégration régionale en Afrique
a fourni un appui à 134 projets grâce à une allocation consiste à renforcer la capacité CERs et des banques
totale de 200 millions de dollars. de développement régionales afin de mieux planifier,
financer et exécuter les programmes d’infrastructure.
Autres initiatives notables de l’Aide pour le L’Agence japonaise de coopération internationale a
commerce en Afrique également envoyé des experts techniques pour aider
les organes régionaux à harmoniser les politiques et
La BAD soutient l’intégration économique les réglementations, telles que celles concernant les
régionale par l’intermédiaire de ses programmes de procédures et les contrôles relatifs à la surcharge des
développement des infrastructures régionales et du véhicules (OCDE et OMC, 2015b).
commerce. Elle fournit aussi un appui aux mesures de
facilitation du commerce, notamment les questions L’appui de l’UE à la ZLEC est acheminé par
transfrontalières, les postes frontière à guichet unique, l’intermédiaire du troisième programme de soutien
la gestion coordonnée des frontières et la réforme et la à l’UA, qui couvre toutes les priorités de la Stratégie
modernisation de la douane. Conjointement avec ces commune Afrique-Union européenne, telles que le
programmes, elle s’attaque aux mesures non tarifaires développement et la croissance durables et inclusifs,
le long des corridors de transport et préconise des de même que l’investissement privé, l’infrastructure
reformes au sein des CERs et des pays membres (BAD, et l’intégration continentale. La coopération avec l’UA
2015). dans ces domaines prioritaires sert un double objectif :
renforcer le dialogue UE-Afrique sur les domaines
Créé grâce à un financement initial fourni par le Canada clefs d’intérêt mutuel et appuyer l’UA dans la mise en
et abrité par la BAD, le Fonds pour le commerce en œuvre des stratégies continentales. L’appui de l’UE
Afrique facilite les consultations afin d’éliminer les comprend notamment la fourniture de compétences
goulets d’étranglement aux frontières, de réduire les techniques à l’UA, ainsi que des études techniques
délais d’attente et d’améliorer la sécurité et la sûreté. sur les négociations de la ZLEC et la mise en place
Le Fonds collabore avec les organismes frontaliers pour d’un mécanisme de consultation du secteur privé.
rationaliser les procédures aux frontières, moderniser L’appui est également envisagé pour la mise en œuvre
les procédures douanières, mettre à niveau la logistique du Plan d’action pour l’intensification du commerce
et réduire les coûts pour les commerçants. intra-africain (l’accent étant mis sur la facilitation du
commerce et les capacités productives) et pour le
Les fonds versés par le Canada au titre de l’Aide pour renforcement du rôle de l’UA dans la mise en œuvre de
le commerce permettent aussi de financer le Centre l’Accord sur la facilitation des échanges de l’OMC.
africain pour les politiques commerciales (CAPC) de
la CEA. L’objectif principal du CAPC est de favoriser La France, à l’instar de la plupart des donateurs
l’augmentation des flux du commerce intra-africain bilatéraux, n’a pas formulé de stratégie spécifique pour
inclusifs. Ainsi, il donne la priorité à une formulation, promouvoir la coopération économique régionale
une mise en œuvre et un suivi renforcés des réformes en Afrique. Sur la base des stratégies sectorielles,
inclusives liées au commerce, ainsi que des plans l’intégration régionale est considérée comme un
d’action et des cadres participatifs des CERs et des pays moyen de réaliser les objectifs globaux de l’aide au
123
développement de la France. C’est en particulier le cas ce qui peut réduire leur capacité d’exécuter des
pour le renforcement des infrastructures et la création projets.
d’un secteur privé dynamique. L’accent est mis sur
l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale (BAD, 2012). • Problèmes de coordination. Il y a souvent un
manque de coordination entre les programmes
Pourquoi les projets régionaux sont-ils de développement nationaux et régionaux,
difficiles? même s’ils sont financés par le même donateur.
La coordination est également souvent faible
En dépit de l’impact positif indéniable d’une approche lorsque plusieurs donateurs sont associés au même
régionale du traitement des contraintes liées au programme régional. La coordination devient
commerce, la part des projets régionaux dans l’Aide encore plus compliquée lorsque le secteur privé et
pour le commerce à destination de l’Afrique semble la société civile sont impliqués en tant qu’acteurs de
trop faible. Des initiatives telles que le Cadre intégré développement dans les projets régionaux.
renforcé, qui vise à appuyer le développement des
capacités commerciales des PMA, n’ont pratiquement • Défis techniques. Pour que l’Aide pour le
aucune empreinte sur les initiatives régionales. Plusieurs commerce multinationale et régionale soit efficace,
défis peuvent rendre difficile l’Aide pour le commerce il faut souvent une équivalence en matière de
régionale : réglementation, c’est-à-dire que les normes de
réglementation doivent être « équivalentes » dans
• Participation des parties prenantes. L’Aide pour chaque pays. Cela est problématique pour l’Aide
le commerce régionale est toujours mal comprise et pour le commerce régionale et pour sa capacité de
mal appréciée dans les ministères de tutelle et parmi renforcer l’intégration régionale.
les parties prenantes. Cela rend difficile l’intégration
de l’Aide pour le commerce régionale dans les plans En général, il est difficile d’évaluer l’impact de l’Aide
de développement nationaux. pour le commerce régionale. De nombreux résultats
essentiels dépendent des politiques et du programme
• Appropriation et adhésion nationales. Peu d’intégration économique régionale poursuivis dans un
d’attention est accordée à la nécessité d’une cadre politique, économique et social imparfait.
appropriation et d’une adhésion nationales fortes
avant la création d’institutions régionales. Comment peut-on améliorer les
programmes au titre de l’Aide pour le
• Répartition inégale des coûts et des avantages commerce régionale afin de soutenir la
selon les pays. Les programmes régionaux peuvent ZLEC?
affecter les pays différemment. Ceci complique
la prioritisation des approches régionales des En dépit des difficultés, les programmes d’intégration
obstacles multinationaux liés au commerce. économique régionale ont été l’une des belles réussites
de l’Initiative Aide pour le commerce. Le financement
• Chevauchement des processus d’intégration de ces programmes a quadruplé depuis 2002 et les
régionale. Les pays sont impliqués dans différents pays en développement ainsi que leurs partenaires de
processus d’intégration, ce qui rend plus difficile développement consacrent le capital tant politique
l’harmonisation de la politique nationale avec les que financier aux questions liées aux biens collectifs
différents cadres régionaux. régionaux. Néanmoins, il est possible d’améliorer
les programmes au titre de l’Aide pour le commerce
• Appui des donateurs accordé pour les régionale de quatre façons afin de soutenir la ZLEC :
institutions régionales plutôt que les projets.
Les donateurs ont tendance à privilégier l’appui • Il faut qu’il y ait une meilleure intégration des
aux institutions régionales plutôt que de s’attaquer initiatives régionales dans la planification nationale.
directement aux contraintes régionales liées au Cet aspect demeure un défi, étant donné la priorité
commerce. Ces institutions ont des capacités accordée au niveau national à la programmation
humaines, juridiques et institutionnelles variables, de l’aide et compte tenu des divers obstacles à
124
l’harmonisation des priorités nationales avec les • Le secteur privé doit être associé plus étroitement
programmes régionaux. aux projets au titre de l’Aide pour le commerce
régionale qu’il ne l’a été auparavant.
• Les projets au titre de l’Aide pour le commerce
régionale doivent être mieux harmonisés avec les • Des mécanismes institutionnels doivent être mis en
cadres directifs de l’Afrique, tels que le Plan d’action place afin de garantir une coordination harmonieuse
pour l’intensification du commerce intra-africain. à l’échelle nationale pour les projets régionaux et
Ainsi, les projets pourront favoriser une meilleure sous-régionaux.
appropriation de la part des parties prenantes, ce
qui est à son tour nécessaire pour assurer le succès
des projets régionaux.

125
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l’emploi et de la transformation économique. Addis-
Abeba : CEA. ———. 2015a. Monitoring Exercise Case Story No. 67.
126
———.2015b. Monitoring Exercise Case Story No.7. Notes de fin de chapitre

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the-regional-integration-assistance-strategy-for-Sub-
Saharan-Africa.

OMC. 2017. Compte rendu de la reunion tenue au


Centre William Rappard, le 7 décembre 2016. Genève.

127
Chapitre 8
Gouvernance de la ZLEC
En matière de gouvernance, le bon fonctionnement est d’examiner et de déterminer la meilleure manière de la
plus nécessaire que la forme – ce point est argumenté réussir, de façon à ce que les projets phares, tels que la
au chapitre  3 qui souligne l’importance de mettre en ZLEC, soient mieux institutionnalisés et mis en œuvre.
place des structures institutionnelles pratiques, et non On constate, d’autre part, que le cadre institutionnel
idéalistes, dans le cadre de l’intégration régionale. de la ZLEC sera difficile à mettre au point tant que les
principaux aspects de la réforme de l’Union africaine
Le présent chapitre fixe la gouvernance de la zone de ne seront pas finalisés. Il est en effet possible que les
libre-échange continentale (ZLEC) dans le contexte de États membres définissent le cadre institutionnel de la
la réforme de l’Union africaine et des négociations qui ZLEC sans avoir une idée précise des futurs dispositifs
ont régulièrement cours sur la forme institutionnelle institutionnels de l’Union africaine. Certains d’entre
de la ZLEC. Il propose cinq « principes directeurs » pour eux pourraient même souhaiter l’établissement d’une
l’organisation des institutions de la ZLEC, étant entendu institution indépendante pour la ZLEC, par exemple sous
que la structure institutionnelle de la ZLEC respectera la forme d’une institution spécialisée de l’Union africaine
ces principes. Il souligne également la nécessité de qui serait dotée d’une personnalité juridique séparée
leur caractère pratique qui implique l’utilisation des mais serait administrée par les organes politiques de
institutions existantes lorsque cela est possible. l’Union africaine. Une autre forme plus audacieuse, celle
d’une « OMC africaine », pourrait être choisie, et donner
Le rôle évolutif des communautés économiques le jour, en vertu du droit international, à une nouvelle
régionales (CER) dans la ZLEC est également examiné organisation internationale intergouvernementale qui
à la lumière des principes directeurs fixés pour serait chargée de mettre en œuvre l’Accord sur la zone
les négociations sur la ZLEC, et du Traité d’Abuja. de libre-échange continentale.
Les recommandations au sujet des structures
institutionnelles, notamment celles relatives au Il est toutefois possible de concevoir les institutions
règlement des différends et au rôle des tribunaux de la ZLEC dans le respect des principes qui régissent
nationaux, sont fondées sur les initiatives qui produisent la réforme de l’Union africaine. Cette réforme a pour
de bons résultats dans les CER africaines. premier objectif de simplifier les principales initiatives
auxquelles l’Union africaine participe, et de transformer
L’architecture de la ZLEC dans le cette dernière en une organisation plus efficiente et
contexte de la restructuration de plus efficace. Il serait ainsi raisonnable de prévoir que
les structures de la ZLEC fonctionneront dans le cadre
l’UA
d’une Union africaine réformée. Les possibilités offertes
incluent l’accueil des institutions de la ZLEC au sein de
La réflexion sur le cadre institutionnel de la ZLEC doit la Commission de l’Union africaine (CUA), en tant que
tenir compte du fait que l’Union africaine (UA), qui département autonome ou section du Département
est une institution intergouvernementale, traverse du commerce et de l’industrie. Les institutions de la
une phase de réforme. Cette réforme a pour objet ZLEC pourraient, selon une autre formule, être situées
d’améliorer l’efficience de l’organisation ; de mettre au en dehors de la Commission de l’Union africaine,
point une approche pérenne en matière de financement mais continuer de relever de l’Union africaine en tant
(en réduisant la dépendance à l’égard des donateurs qu’institution spécialisée.
étrangers)  ; et de fixer le cadre de coordination des
initiatives qui répondent aux difficultés les plus La décision qui sera prise à ce sujet dépendra de plusieurs
urgentes de l’Afrique. éléments : le degré d’indépendance ou de proximité des
institutions de la ZLEC à l’égard des structures de l’Union
On constate, d’une part, que la réforme de l’Union africaine que les États membres souhaitent fixer  ; les
africaine offre aux États membres la possibilité coûts encourus  ; les interdépendances et économies
129
Figure 8.1
Options envisageables pour les institutions de la ZLEC
Une nouvelle organisation internationale
et intergouvernementale — une « OMC africaine »

Une institution spécialisée de l’UA Institutions


Institutions
intégrées au indépendantes
sein de l’UA des institutions
Un département de la CUA existantes

Une section du Département du commerce


et de l’industrie (CUA)

d’envergure envisageables pour l’Union africaine ; et la des avis consultatifs sur toute question juridique qu’il
répartition des pouvoirs (Figure 8.1). souhaite approfondir6.

Architecture institutionnelle prévue Le Parlement panafricain a pour mission de veiller à


par le Traité d’Abuja ce que «  les peuples d’Afrique participent pleinement
au développement économique et à l’intégration du
La réflexion sur l’architecture de la gouvernance continent »7.
de la ZLEC nécessite de présenter l’architecture
institutionnelle fixée par le Traité d’Abuja pour la La Commission économique et sociale, qui réunit
Communauté économique africaine (CEA). Cette les ministres de la planification du développement
présentation distinguera les «  piliers institutionnels  » économique et de l’intégration, participe aux
sur lesquels les structures de la ZLEC reposeront. Le réunions du Conseil des ministres. Ses principales
Traité d’Abuja a prévu que les principaux organes de la responsabilités incluent d’établir les politiques,
Communauté économique africaine seront l’Assemblée programmes et stratégies de la coopération au
des chefs d’État et de gouvernement, le Conseil des développement économique et social de l’Afrique, et
ministres, le Parlement panafricain, la Commission ceux de la coopération entre l’Afrique et la communauté
économique et sociale, la Cour de justice, le secrétariat internationale ; et de formuler des recommandations à
général et les comités techniques spécialisés1. l’intention du Conseil8.

L’Assemblée – rebaptisée « Sommet » après la création La Cour de justice et des droits de l’homme a pour
de l’Union africaine – a été choisie pour être l’organe mission de « faire respecter la loi dans l’interprétation
suprême de la Communauté économique africaine2. et l’application  » du Traité d’Abuja, et de connaître
Elle réunit les chefs d’État et de gouvernement des des différends dont elle est saisie en vertu du traité.
États signataires du Traité d’Abuja. Elle est secondée L’Assemblée pourrait toutefois étendre sa compétence9.
par le Conseil des ministres dans l’accomplissement de Les décisions rendues par la Cour sont « contraignantes
ses fonctions. Sur recommandation de ce dernier, elle pour les États membres et les organes de la Communauté
prend des décisions et fixe des directives sur les activités économique africaine  »10. Le Traité d’Abuja prévoit
économiques menées à l’échelle régionale  ; approuve que la Cour s’acquittera de ses fonctions «  en toute
le programme d’activité de la CEA, notamment son indépendance par rapport aux États membres et aux
budget ; et détermine le montant des contributions de autres organes de la CEA »11.
chacun des États membres3.
Les comités techniques spécialisés couvrent l’ensemble
Le Conseil des ministres de la CEA est celui de l’Union des aspects de la coopération économique, commerciale
africaine4. Il est chargé de diriger les activités qui et industrielle, et de celle qui a cours dans l’éducation,
sont conduites par les instances de la CEA5. Comme la santé, le travail et les ressources humaines. Chaque
l’Assemblée, le Conseil des ministres dispose de moyens comité compte un représentant de chacun des États
pour demander à la Cour africaine de justice (rebaptisée membres12.
Cour africaine de justice et des droits de l’homme)
130
En vertu de l’Acte constitutif de l’Union africaine, tous objectifs et les attentes de la ZLEC et, par là, ce qui
les organes établis par le Traité d’Abuja sont aujourd’hui est nécessaire à sa structure institutionnelle. Comme
considérés comme les organes de l’Union africaine. indiqué précédemment, il conviendra de repenser
le Traité d’Abuja afin d’améliorer la manière dont il
Repenser le Traité d’Abuja s’acquitte de sa fonction.
Le traité qui sous-tend la zone de libre-échange
continentale doit être bien conçu. Le cadre de la • Utiliser et renforcer les structures existantes
ZLEC est actuellement fixé par le Traité d’Abuja. Le de l’intégration africaine lorsque cela est
document est toutefois obsolète car il a été adopté possible. Ces structures existent à travers
en 1991 et ratifié en 1994. Il concerne une Afrique très l’Afrique ainsi qu’à l’échelle nationale, régionale et
différente de celle d’aujourd’hui. Il précède également continentale. Les exemples incluent les institutions
les enseignements tirés de l’intégration en Afrique des communautés économiques régionales et les
et ailleurs dans le monde. De nouvelles orientations organismes nationaux qui leur rendent compte.
sont par exemple nécessaires pour simplifier le lien Ces structures possèdent une large expérience en
complexe qui existe entre l’intégration continentale matière d’intégration, laquelle pourrait s’avérer
et l’intégration régionale, et, dans leur cadre, les liens précieuse dans le cadre de la mise en œuvre de
noués entre la ZLEC et les zones de libre-échange la ZLEC  ; contribuer à éviter toute répétition de
des communautés économiques régionales. Des nature institutionnelle  ; générer des économies
enseignements sont tirés de l’expérience acquise dans d’envergure ; et réduire les coûts induits.
le cadre des unions monétaires et politiques à travers le
monde. Les difficultés rencontrées justifient de mener • Veiller à ce que les institutions de la ZLEC
une réflexion sur la manière dont le Traité d’Abuja ouvre soient accessibles aux Africains. L’architecture
la voie à l’intégration continentale. institutionnelle de la ZLEC ne doit pas être hors
d’atteinte pour les Africains. Cet aspect est important
L’intégration africaine ne doit pas être supplantée par le car la ZLEC doit être mutuellement bénéfique – en
Traité d’Abuja mais susciter de nouveaux débats quant ne laissant personne de côté – et susciter, pour être
à la manière d’intégrer au mieux le continent. Il est pérenne à long terme, l’adhésion et l’appui des
possible que la voie envisagée par le Traité d’Abuja pour communautés locales.
réaliser l’intégration continentale soit modifiée, afin de
prendre acte des réalisations accomplies par l’Afrique • Appuyer la mise en œuvre conjointe du Plan
ces 26 dernières années, et des difficultés résolues. d’action pour le renforcement du commerce
intra-africain et de la ZLEC. Le Plan d’action
Les cinq principes directeurs de la pour le renforcement du commerce intra-africain
structure institutionnelle de la ZLEC est nécessaire pour s’assurer que les bénéfices
produits par la ZLEC seront optimaux et partagés
En raison de la réforme qui a cours à l’Union africaine, sa parmi, et dans, les pays africains. La mise en œuvre
structure institutionnelle instable ne peut servir de base conjointe du Plan d’action pour le renforcement du
à celle de la ZLEC. La structure institutionnelle de cette commerce intra-africain et la ZLEC, et les synergies
dernière fait toutefois l’objet de négociations qui offrent créées à cette occasion entre eux, seront facilitées
une certaine souplesse. L’occasion offerte doit susciter par les liens noués entre les institutions chargées
une approche centrée sur les principes qui façonneront de la diriger. L’amélioration de ces liens limitera le
la forme finale des institutions de la ZLEC. Cinq principes nombre des répétitions de nature institutionnelle
directeurs sont considérés comme importants pour ainsi que les coûts induits.
l’établissement des institutions de la ZLEC :
• Élaborer des structures institutionnelles
• Se fonder sur le Traité d’Abuja pour établir la pratiques et non idéalistes. Bien que toute
structure institutionnelle de la ZLEC. Le traité structure institutionnelle idéale suscite des attentes,
constitue un appui ferme pour le programme il importe d’examiner la meilleure manière de les
d’intégration de l’Afrique au plus haut niveau, sa concrétiser. Cela implique notamment de donner
vision et les orientations le concernant. Il fixe les
131
un degré de priorité élevé aux mesures initiales qui et nationales existantes, dans le cadre de la mise
sont économiques et faciles à mettre en œuvre. en œuvre de la ZLEC, et ne crée aucune institution
idéaliste.
Structure institutionnelle proposée
pour la ZLEC La Figure 8.2 présente la structure institutionnelle
proposée pour la ZLEC. Elle s’inspire de celle de
Nous avons pris acte des difficultés posées par la l’Union africaine, du Traité d’Abuja, du projet de cadre
souplesse de la structure institutionnelle envisagée stratégique pour la mise en œuvre du Plan d’action
pour la ZLEC dans le cadre des négociations en cours, pour le renforcement du commerce intra-africain et du
et de la réforme actuelle de l’Union africaine. Nous document constitutif de la ZLEC (Union africaine, sans
pouvons ainsi proposer une structure institutionnelle date). Ses éléments seront ensuite présentés.
pour la ZLEC et contribuer à fixer les cinq principes
directeurs la concernant. L’Assemblée de l’Union africaine est l’organe
décisionnel suprême de la ZLEC. Elle supervise les
• La structure adoptée par le Traité d’Abuja doit dispositifs administratifs et organisationnels.
constituer un fondement pour le cadre de
gouvernance de la mise en œuvre de la ZLEC, Le Conseil des ministres du commerce dirige la mise
et assurer ainsi la cohérence de la structure en œuvre de la ZLEC et réunit les ministres du commerce
institutionnelle avec ledit traité. de chacun des États membres. Il assure le contrôle
stratégique de la ZLEC et prend toutes les mesures
• La structure proposée pour la ZLEC peut utiliser qu’il estime nécessaires pour la mettre en œuvre, en
et intégrer les structures établies dans le cadre promouvant notamment des politiques, des stratégies
des communautés économiques régionales, et et des initiatives. Il établit les responsabilités des comités
appliquer ainsi le deuxième principe directeur à ad  hoc ou permanents, des groupes de travail ou des
l’échelle nationale. groupes d’experts, et leur délégue des responsabilités.
Il examine les rapports et activités du secrétariat de la
• L’application du troisième principe directeur ZLEC et prend des mesures en conséquence.
facilite l’extension de la structure proposée, afin
qu’elle atteigne l’échelon national et permette aux Le Comité des représentants appuie la mise en
personnes de faire respecter les obligations relatives œuvre de la ZLEC et réunit les représentants nommés
à la ZLEC dans le cadre des tribunaux nationaux. Des par les gouvernements des États membres. Il établit les
appels pourront toutefois être interjetés auprès des responsabilités des sous-comités ad hoc ou permanents,
tribunaux régionaux et de la Cour africaine de justice et des groupes de travail techniques, et leur délégue des
et des droits de l’homme, afin que les administrés responsabilités, et soumet des rapports périodiques,
bénéficient de la jurisprudence régionale et des propositions, des résolutions, des recommandations
continentale élaborée lors des dernières étapes de ou des avis au Conseil des ministres du commerce. Les
l’intégration. Les institutions nationales devront groupes de travail techniques continentaux figurent
également être secondées par des dispositifs de parmi les groupes de travail techniques qui rendent
règlement des différends qui seront accessibles aux compte au Comité des représentants, et intègrent les
particuliers (voir la prochaine sous-section). sept groupes thématiques chargés du renforcement du
commerce intra-africain.
• La structure de mise en œuvre du Plan d’action pour
le renforcement du commerce intra-africain doit Le secrétariat de la ZLEC fournit un appui administratif
être finalisée. L’intégration de cette structure dans à la mise en œuvre et à la consolidation des dispositifs
celle de la ZLEC pourra en particulier contribuer à la de la ZLEC  ; facilite l’établissement du mécanisme de
concrétisation du quatrième principe directeur. suivi-évaluation ; réceptionne les demandes adressées
par les États membres comme l’exige le règlement de
• Il est recommandé que la structure institutionnelle la ZLEC ; convoque les réunions des États membres qui
proposée privilégie le pragmatisme, et non sont nécessaires pour mettre en œuvre la ZLEC et fournit
l’idéalisme, en consolidant les institutions régionales des services à ces réunions  ; facilite les programmes
132
Figure 8.2
Structure institutionnelle proposée pour la ZLEC
Observatoire du Assemblée de l’Union Cour africaine de
commerce africaine justice et des droits de
Secrétariat de l’homme (juridiction
Niveau continental

la ZLEC Conseil des ministres du arbitrale de l’UA)


Conseil africain commerce
des entreprises
Comité des représentants

Forum africain
du commerce Groupes de travail techniques
créés à l’échelle continentale

Institutions des CER


régional
Niveau

Et groupes de travail techniques intégrant les groupes


thématiques chargés du renforcement du commerce intra-africain

Institutions nationales
national
Niveau

Et groupes de travail techniques intégrant les groupes


thématiques chargés du renforcement du commerce intra-africain

Remarque : Les encadrés bleus présentent la structure institutionnelle de la ZLEC, telle qu’elle a été définie dans le projet de document constitutif. L’encadré vert fait le
lien avec l’architecture actuelle de l’Union africaine. Les encadrés jaunes intègrent la proposition, en corrélant les structures du programme pour le renforcement du
commerce intra-africain, envisagées par son cadre stratégique, avec celles de la ZLEC. Les encadrés orange présentent les autres éléments qui opéreront en fonction
de la structure de la ZLEC.

de coopération technique et de renforcement des notamment les chambres de commerce et d’industrie,


capacités ; assure le secrétariat des juridictions arbitrales les petites et moyennes entreprises, les femmes chefs
de la ZLEC ; et assume toute autre responsabilité qui lui d’entreprise, les femmes assumant des responsabilités
est confiée par l’Assemblée, le Conseil des ministre du dans le commerce, les associations sectorielles
commerce ou le Comité des représentants. (bancaires ou financières) et les agriculteurs. Il est
parfois invité aux réunions des ministres du commerce
L’Observatoire du commerce est chargé de suivre en tant qu’observateur.
et évaluer la mise en œuvre du Plan d’action pour
le renforcement du commerce intra-africain et de la Le Forum africain du commerce est une plateforme
ZLEC. Il est chargé de rassembler les informations sur panafricaine de réflexion et d’échange qui examine les
le commerce et d’exercer la fonction essentielle de leur progrès et les difficultés de l’intégration des marchés
conservation aux fins du suivi-évaluation. Il participe africains. Il a lieu tous les ans. Il est conjointement
activement au mécanisme de suivi-évaluation. organisé par la Commission de l’Union africaine et
la Commission économique pour l’Afrique (CEA).
Le Conseil africain des entreprises est une plateforme Y participent tous les acteurs du développement
continentale nécessaire pour collecter et organiser du commerce intra-africain  : les États membres  ;
les avis émis par le secteur privé dans le cadre des les communautés économiques régionales  ; des
procédures de formulation des politiques africaines. Il représentants du secteur privé continental et régional,
est également habilité à fournir des services de conseil de la société civile et des organisations de femmes  ;
dans le cadre de cette formulation. Il communique ses les instituts de recherche  ; les directeurs des grandes
avis et ses positions par l’intermédiaire du secrétariat multinationales africaines  ; et les partenaires de
de la ZLEC. Il réunit les directeurs/des représentants développement.
des associations/des organismes professionnels-cadres
(régionaux) qui défendent les intérêts du secteur privé,
133
Les groupes de travail techniques continentaux : Il tirer parti des capacités des CER, et renforcer celles
est proposé que sept des groupes de travail techniques existantes.
relevant du Comité des représentants intègrent les
groupes thématiques chargés du renforcement du Institutions nationales  : La première mesure qu’il
commerce intra-africain. Ils appuieront la supervision conviendra de prendre pour l’établissement de
des aspects techniques et politiques de la ZLEC et du la structure institutionnelle de la ZLEC concerne
programme de renforcement du commerce intra- l’obligation faite aux États partenaires de désigner
africain. Les experts des secrétariats des communautés l’organisme ministériel, ou de créer un organisme
économiques régionales et des groupes de travail ministériel, chargé de la mise en œuvre de la ZLEC et
techniques régionaux pourront y siéger. de la communication des faits la concernant. Cette
importante mesure fera suite à l’approche utilisée avec
Institutions régionales  : Les initiatives menées satisfaction par la Communauté de l’Afrique de l’Est
à l’échelle régionale pourront être intégrées aux (CAE), consistant à confier la coordination de la mise
dispositifs institutionnels qui existent à l’échelle des en œuvre et de l’application de ses engagements à
communautés économiques régionales, afin d’éviter l’échelle nationale aux principaux organismes des pays
toute répétition de nature institutionnelle et de tirer
parti des ressources disponibles. Les CER sont habilitées Les institutions nationales peuvent en effet diriger
à élaborer des programmes spécifiques à une région, la mise en œuvre de la ZLEC et du programme de
afin de faciliter la mise en œuvre du programme de renforcement du commerce intra-africain à l’échelle
renforcement du commerce intra-africain et de la ZLEC, d’un pays. Elles doivent toutefois disposer des
et d’intégrer les groupes thématiques dans les groupes ressources nécessaires pour participer aux dispositifs
de travail techniques. Bien que le cadre stratégique régionaux et continentaux, notamment aux groupes de
du programme de renforcement du commerce intra- travail techniques intégrant les groupes thématiques
africain prévoit l’établissement de groupes de travail chargés du renforcement du commerce intra-africain.
techniques, de comités directeurs et de comités de Si le cadre stratégique du renforcement du commerce
contrôle ministériels à l’échelle régionale, il serait intra-africain prévoit l’établissement de groupes de
irréaliste de penser que ces institutions habituées des travail techniques, de comités directeurs et de comités
« meilleures pratiques » voient le jour à courte échéance. de contrôle ministériels à l’échelle nationale, leur mise
Il serait également inapproprié d’adopter une approche en place n’est envisageable qu’à longue échéance. Les
«  passe-partout  » pour utiliser les multiples capacités États membres devraient ainsi, à court terme, confier
des CER, ou rendre compte de leurs réalisations. Les la responsabilité de la mise en œuvre de la ZLEC aux
institutions régionales de la ZLEC devraient au contraire ministères ou organismes chargés de l’intégration

Encadré 8.1
Mise en place de la structure institutionnelle : l’expérience de la Communauté de l’Afrique de l’Est
Le Traité de la Communauté d’Afrique de l’Est a prévu la désignation des organismes ministériels chargés de mettre
en œuvre ses engagements à l’échelle nationale. Chacun des États partenaires a ainsi été invité à communiquer
au Secrétaire général de la CAE le ministère désigné pour les affaires régionales.*

Chacun des États l’a fait. La réussite de la mise en œuvre des règles commerciales de la CAE peut ainsi être
attribuée à la désignation du ministère chargé de coordonner la mise en œuvre des engagements de la CAE à
l’échelle nationale.

Les ministères nationaux chargés des affaires régionales ont des contacts quotidiens avec le secrétariat de la
CAE. Ces contacts réguliers fournissent aux objectifs de l’intégration la plateforme institutionnelle dont ils ont
besoin pour la mise en œuvre. Le Conseil des ministres de la zone de libre-échange tripartite (COMESA-CAE-
SADC) adopte une approche similaire : « les ministres sont désignés par les États membres/partenaires aux fins de
la zone de libre-échange tripartite »**.

1 Traité de la Communauté de l’Afrique de l’Est, article 8-3-a.


** Ibid., article 29-1-b.

134
régionale et de la coordination avec les communautés Les CER mettent en œuvre des aspects
économiques régionales. fondamentaux de la ZLEC

Rôle des CER dans la ZLEC En cohérence avec le rôle qu’elles assument dans
l’architecture institutionnelle de la ZLEC, les
La présente sous-section expose le rôle évolutif des CER communautés économiques régionales participeront
dans la ZLEC pour les quatre dimensions suivantes. activement à la mise en œuvre de plusieurs aspects
fondamentaux de la ZLEC. Elles seront en effet chargées
Les CER sont des institutions suffisamment de diriger, à leur niveau et entre elles, des mécanismes
expérimentées pour orienter la ZLEC tels que la gestion des barrières non tarifaires, l’arbitrage
des recours commerciaux ou la résolution des différends
Dans sa déclaration sur l’ouverture des négociations (voir les sections précédentes).
portant création de la ZLEC, l’Assemblée de l’Union
africaine a «  pri(é) les communautés économiques Les CER doivent hisser les politiques
régionales (…) à participer efficacement aux commerciales au niveau continental
négociations sur la ZLEC  ». Les CER possèdent une
expérience et une compétence sans équivalent Dans la mesure où l’objectif central de la ZLEC est de
dans l’intégration commerciale de l’Afrique. Les simplifier les nombreux régimes commerciaux qui
enseignements qu’elles ont tirés sont essentiels pour la existent en Afrique, et d’établir un espace économique
conceptualisation, la négociation et la mise en œuvre de à l’échelle du continent, les zones de libre-échange des
la ZLEC. En reconnaissance de cette expérience, les CER communautés économiques régionales ne pourront
comptent un nombre important d’experts dans l’équipe perdurer après la ZLEC. Il convient également de rappeler
spéciale sur la zone de libre-échange continentale. que la ZLEC ne sera pas seulement un accord commercial
Cette équipe a été établie en 2012 par la Conférence des ordinaire mais qu’elle intégrera plusieurs aspects
chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine d’un marché unique (par exemple la réduction des
en vue d’impulser et de mener à bien les négociations restrictions non tarifaires et la promotion du commerce
sur la ZLEC avant la fin de 2017. Les CER jouent un rôle des services) et d’une union économique (par exemple
central dans le développement de la ZLEC. l’harmonisation des politiques réglementaires). Cela
signifie que les CER qui ne sont pas encore des unions
Les CER sont les pierres angulaires de la douanières ni en voie de le devenir, cesseront d’avoir
structure informative de la ZLEC une influence sur les politiques commerciales.

Les communautés économiques régionales sont L’autorité suprême en matière de politiques


expressément reconnues comme les pierres angulaires commerciales sera élevée au niveau continental. La
de la ZLEC par les principes directeurs qui régissent ZLEC contribue en effet à consolider le tissu de zones
les négociations. Il est prévu qu’elles coordonnent de libre-échanges qui couvre l’Afrique. Il est prévu que
et administrent les groupes de travail techniques, les CER contribueront aux politiques commerciales
les comités directeurs et les comités de contrôle élaborées à l’échelle continentale, dans le cadre de
ministériels à l’échelle régionale, lors de la mise en l’architecture institutionnelle de la ZLEC ou en leur
œuvre de la ZLEC et du Plan d’action qui lui est associé qualité d’unions douanières le cas échéant. Leur
pour le renforcement du commerce intra-africain. Les contribution permettra à l’Afrique d’être une partie plus
CER administreront également le Comité régional puissante aux négociations menées avec les partenaires
de suivi-évaluation chargé de la ZLEC. Les structures commerciaux tels que l’Union européenne, les États-
institutionnelles des CER chargées de la ZLEC éclaireront Unis et les économies de marché émergentes (voir
celles qui opèrent à l’échelle du continent. chapitre  9). De même, le renforcement des politiques
à l’échelle continentale permettra d’économiser les
ressources actuellement nécessaires pour mener
ces activités dans chacune des communautés

135
Encadré 8.2
Les zones de libre-échange des CER sont les pierres angulaires de la ZLEC. Elles préservent les
acquis.

Le rôle fixé pour les communautés économiques régionales respecte les principes directeurs qui régissent les
négociations sur la ZLEC, tels qu’ils ont été adoptés par les ministres du commerce de l’Union africaine en mai
2016. Ces principes contribuent à éclairer la vision souhaitée pour la ZLEC. Les deux principes suivants sont
particulièrement pertinents pour les CER.

1. Les zones de libre-échange des CER sont les pierres angulaires de la ZLEC
«  La ZLEC s’inspirera et s’enrichira du processus établi par les programmes de libéralisation commerciale et
d’intégration des communautés économiques régionales : UMA, CEN-SAD, CEEAC, CEDEAO, IGAD, COMESA, SADC
et CAE ».

L’importance du rôle central des CER dans la ZLEC est également rappelée dans l’invitation faite par l’Assemblée
de consolider les initiatives conduites par les CER dans le domaine commercial, l’objectif étant que la ZLEC soit
mise en place à la date fixée de 2017. La Décision sur le renforcement du commerce intra-africain et l’accélération
de la création de la zone de libre-échange continentale (Assembly/AU/Dec.394(XVIII)) l’illustre bien. L’Assemblée
a, par elle, décidé que « la ZLEC devrait être opérationnelle à la date prévue de 2017, dans le respect du cadre, de
la feuille de route et de l’architecture fixés, selon les échéances suivantes :
i) Finalisation de l’initiative tripartite pour une zone de libre-échange entre la Communauté de l’Afrique de l’Est
(CAE), le Marché commun de l’Afrique de l’Est et australe (COMESA) et la Communauté de développement de
l’Afrique australe (SADC) avant la fin de 2014 ;
ii) Achèvement des zones de libre-échange relevant des CER non membres de l’initiative tripartite, dans le cadre
de dispositifs similaires à cette dernière ou adaptés aux préférences exprimées par les États membres, entre
2012 et 2014 ;
iii) Consolidation de l’initiative tripartite et des autres zones de libre-échanges régionales dans le cadre de la ZLEC
entre 2015 et 2016 ;
iv) Établissement de la ZLEC avant la fin de 2017 en incluant la possibilité d’ajourner cette date en fonction des
progrès accomplis ».

La décision définit ainsi la manière dont la ZLEC doit être mise en place  : en établissant des zones de libre-
échange à l’échelle des communautés économiques régionales, les États membres de l’Union africaine mettent
progressivement en place la ZLEC.

2. Préservation des acquis


« La ZLEC s’inspirera et s’enrichira des acquis obtenus par les zones de libre-échange des CER, et n’annulera, ni
ne négligera, les acquis obtenus par l’Union africaine qui incluent non exclusivement l’Acte constitutif de l’UA, le
Traité d’Abuja et les autres instruments juridiques de l’UA ».

L’invitation à « s’inspirer et (à) s’enrichir des programmes de libéralisation commerciale et d’intégration mis en
œuvre dans les communautés économiques régionales  » implique, de la part de la ZLEC, qu’elle ne doit pas
seulement marquer une nouvelle étape ou créer une nouvelle zone de libre-échange dans le tissu régional, mais
dépasser le cadre de la libéralisation et de l’intégration fixé par les CER. Il est implicite que, si ce principe était
satisfait, les zones de libre-échange régionales seraient remplacées par une zone de plus large libéralisation dans
le cadre de la ZLEC. Par souci de préserver les acquis, la ZLEC ne doit toutefois pas mettre à mal les zones de libre-
échange des CER.

Dans la pratique, les modalités de la réduction des tarifs/de la libéralisation fixées pour la ZLEC exigeront
probablement de la part des zones de libre-échange des CER qu’elles perdurent sous la forme d’« îlots » lorsque la
« vague » de libéralisation prévue par la ZLEC les atteindra à moyen ou long terme. Si tel n’était pas le cas, la ZLEC
n’aurait pas réalisé son objectif sur la simplification et la consolidation des CER en une unique zone panafricaine,

136
Encadré 8.2
Les zones de libre-échange des CER sont les pierres angulaires de la ZLEC. Elles préservent les
acquis (suite)

mais seulement marqué une nouvelle étape sur la voie de la libéralisation. À l’inverse, le remplacement rapide
des zones de libre-échange des CER empêcherait de préserver les acquis puisque la ZLEC n’appliquera pas une
libéralisation totale comme l’ont déjà fait, avec succès, les zones de libre-échange des CER. Il importe ainsi de
prévoir une transition. Le Traité d’Abuja envisage, aux fins du commerce africain, l’adoption de «  politiques
communes » d’ici à 2020, ce qui laisse entrevoir la possibilité d’une transition.

Les communautés économiques régionales ont également pour fonctions de former des unions douanières à leur
niveau. Ces unions pourront, elles aussi, être des « îlots » d’intégration dans le cadre de la ZLEC.

économiques régionales. L’Encadré  8.2 s’inspire des Sa décision sera juridiquement contraignante pour les
principes directeurs qui régissent les négociations sur parties au différend. Il est toutefois important d’assurer
la ZLEC pour exposer pratiquement la manière dont les la diligence de la procédure, de façon à ce que sa
politiques commerciales africaines vont être hissées au résolution soit opportune (voir Tableau 8.1).
niveau continental.
Dans l’attente de l’établissement de la Cour africaine
Dispositif de règlement des de justice et des droits de l’homme, qui remplacera la
différends Cour africaine des droits de l’homme et des peuples, et
de l’entrée en vigueur du Traité constitutif de la ZLEC,
Il importe d’établir un mécanisme de règlement des l’Assemblée de l’Union africaine peut, soit convoquer
différends, afin d’assurer la sécurité et la prévisibilité une juridiction commerciale relevant de la Cour
juridiques des obligations fixées pour la ZLEC. Ce africaine des droits de l’homme et des peuples, soit
mécanisme aura un caractère obligatoire et contraignant créer un comité spécialisé ad hoc, chargé de statuer sur
et sera diligent et efficient. En cas d’échec des dispositifs les recours interjetés contre des décisions rendues par le
diplomatiques et des autres mécanismes, ce système Comité de règlement des différends de la ZLEC. Ladite
permettra aux États membres de la ZLEC d’engager juridiction devra, pour être efficace, réunir d’éminents
des poursuites contre d’autres États membres au sujet juristes compétents en droit commercial international,
de l’application ou de l’interprétation des droits et en commerce et dans d’autres domaines connexes.
obligations prévus par le Traité constitutif de la ZLEC.
De même, les parties de la ZLEC non signataires du
Ce système, pour être efficace, devra s’inspirer de Protocole relatif aux amendements au Protocole relatif
l’expérience acquise par les communautés économiques aux statuts de la Cour africaine de justice et des droits
régionales, et en particulier encourager dès que possible de l’homme pourront saisir la Commission de l’Union
les États membres désireux d’engager des poursuites africaine qui est habilitée à référer les différends
à entamer des négociations directes (Encadré  8.3). concernant la ZLEC à la Cour africaine de justice et des
En cas d’échec des négociations, une médiation, une droits de l’homme, afin qu’elle statue sur le différend
conciliation et d’autres initiatives négociées seront de manière contraignante. La Figure  8.3 présente la
initiées, avant le dépôt d’un recours, pour résoudre le structure proposée pour le règlement des différends.
différend dans le cadre institutionnel de la ZLEC.
Il conviendrait d’examiner la possibilité d’habiliter
Dans le cadre de la ZLEC, en cas d’échec d’une négociation, la Commission de l’Union africaine à recevoir, en cas
d’une médiation ou d’une conciliation au terme de six d’atteinte alléguée aux droits et obligations de la ZLEC,
mois de procédure, il appartiendra au Comité chargé des pétitions de la part d’entreprises et de ressortissants
du règlement des différends, qui doit encore être créé, d’États membres de l’Union africaine non signataires de
de résoudre le litige opposant deux ou plusieurs États la déclaration visée à l’article 34-6 du Protocole relatif à
représentés par des fonctionnaires gouvernementaux. la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples
137
Encadré 8.3
Approche de la COMESA pour la résolution des différends faisant l’objet d’une procédure
gracieuse
Les procédures gracieuses permettant de résoudre des différends commerciaux sont une caractéristique
importante des CER africaines (Gathii, 2016). Le secrétariat du COMESA a par exemple obtenu, à la réunion du
Conseil des ministres du COMESA tenue en février 2014, des moyens pour enquêter sur la suppression contentieuse
de barrières non tarifaires imposée et argumentée par l’un des États membres. Il a été chargé de confirmer que
lesdites barrières étaient conformes aux objectifs politiques fixés en toute légitimité.

Le secrétariat du COMESA a facilité à trois reprises le recrutement de consultants du cabinet de conseil KPMG
pour évaluer le coût de trois décisions contentieuses en matière de barrières non tarifaires, à la lumière de ses
règles d’origine. L’engagement d’une tierce partie chargée de la facilitation est prévu par les règles du COMESA
relatives aux barrières non tarifaires. Les cas ont concerné le savon exporté de Maurice à Madagascar ; l’huile de
palme exportée du Kenya en Zambie ; et les réfrigérateurs et congélateurs exportés du Swaziland au Zimbabwe
(secrétariat du COMESA, 2016).

Le COMESA a également fait une innovation susceptible d’être reproduite dans le cadre de la ZLEC. Tout État
membre qui porte plainte contre un autre État membre est en effet tenu de lui demander préalablement des
éclaircissements. Sa communication doit être transmise en copie au secrétariat du COMESA. Ce dernier écrira à
tout État membre qui a demandé à recevoir des informations mais ne les a pas reçues de la part de l’autre État
membre. En cas de non-résolution du différend, c’est le Comité du COMESA chargé des questions commerciales
et douanières qui est saisi de l’affaire. Il a autorité pour recevoir les plaintes concernant des violations du Traité
du COMESA. Le comité peut ensuite présenter un rapport au Conseil des ministres ou au Secrétaire général du
COMESA, demandant l’ouverture d’une enquête. Le Traité du COMESA habilite le Conseil des ministres à rendre
des décisions contraignantes pour les États membres, aux fins de « promouvoir la réalisation des objectifs du
marché commun »2.

Le comité a été établi en vertu de l’article 13-k du Traité du COMESA.2 Article 9-2-g du Traité du COMESA. Voir

également l’article 9-2-d habilitant le Conseil à « (…) donner des directives, prendre des décisions, formuler des
recommandations et émettre des avis conformément aux dispositions du présent traité ». Une autre caractéristique
institutionnelle du COMESA concerne son comité intergouvernemental qui réunit les secrétaires permanents et
principaux désignés par les États membres parmi les ministères chargés de la coordination du COMESA.

Figure 8.3
Structure proposée pour la résolution des différends dans le cadre de la ZLEC

Juridiction commerciale
de la Cour africaine des
droits de l’homme et
des peuples1

Commission de l’Union africaine (CUA)2 Comité de résolution


Les États membres de la ZLEC non signataires des différends de
du Protocole relatif aux statuts de la Cour africaine la ZLEC
de justice peuvent saisir la CUA, afin qu’elle défère
le différend devant la juridiction commerciale de
la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples.

1 Elle sera remplacée par la Cour de justice et des droits de l’homme.


2 La Commission de l’Union africaine peut recevoir des pétitions de la part d’entreprises et de ressortissants d’États
membres de la ZLEC non signataires de la déclaration visée à l’article 34-6 de la Charte africaine des droits de
l’homme et des peuples. Elle réfère les différends à la juridiction commerciale prévue par la Charte.

138
Tableau 8.1
kényans ont, par exemple, pris, sur une période de plus
Dispositifs proposés pour la résolution des
de dix ans, une série de décisions faisant respecter les
différends
obligations fixées par le COMESA pour les importations
Procédures gracieuses
de sucre13.
Première étape Négociations diplomatiques directes
Deuxième étape Médiation et conciliation dans le cadre des
institutions de la ZLEC
Résolution des différends dans le cadre de la ZLEC
Troisième étape Comité de résolution des différends de la
ZLEC
Quatrième étape Recours à une juridiction commerciale de la
Cour africaine des droits de l’homme et des
peuples* ; ou
Création d’un comité ad hoc spécialisé
*  Les entreprises, les particuliers et les États membres non signataires du
Protocole relatif aux statuts de la Cour africaine des droits de l’homme et des
peuples sont également habilités à adresser une pétition par l’intermédiaire
de la Commission de l’Union africaine.

(autorisant les personnes à saisir la Cour, y compris les


acteurs privés)  ; et à juger de la nécessité, ou non, de
transmettre, au nom des particuliers ou entreprises
concernés, la demande à la Cour africaine des droits de
l’homme et des peuples.

Rôle des tribunaux nationaux


Les dispositifs de règlement des différends de la ZLEC
auront un caractère intergouvernemental. Le rôle joué
par les tribunaux nationaux des États membres de la
ZLEC sera important pour assurer que les droits des
personnes fixés par la ZLEC seront pleinement respectés.
Ces tribunaux autorisent en effet les particuliers à faire
respecter les obligations définies par la ZLEC à l’échelle
nationale. Les tribunaux nationaux peuvent contribuer
à décentraliser ces procédures. Ils le feront d’autant
mieux si les dispositions du Traité constitutif de la ZLEC
sont intégrées au droit national.

Il existe plusieurs exemples probants de tribunaux


nationaux ayant fait respecter des engagements pris par
une communauté économique régionale. Les tribunaux

139
Références bibliographiques Notes de fin de chapitre

Union africaine (sans date), Draft Strategic Framework 1 Article 7 du Traité constitutif de la Communauté
for the Implementation of the Action Plan for économique africaine (1994) (appelé également Traité
Boosting Intra-African Trade and for Establishing the d’Abuja).
Continental Free Trade Area, Addis-Abeba.
2 Ibid., article 8-1.
Secrétariat du Marché commun de l’Afrique de l’Est
et australe (COMESA) (2016), «All but Four Non-Tariff 3 Ibid., articles 8-3-h, 8-3-i) et 8-4.
Barriers resolved», [Link]
non-tariff-barriers-resolved/. 4 Le traité cite l’OUA mais cette dernière ayant
disparu, et ses activités ayant été reprises par l’Union
J.  Gathii (2016), “The Variation in the Use of Sub- africaine, je cite l’Union africaine. Voir l’article 11.1 du
Regional Integration Courts between Business and traité.
Human Rights Actors: The Case of the East African Court
of Justice”, Law and Contemporary Problems n° 78 (4), 5 Article 11-3-b. L’article 11-2 confie au conseil la
p. 37–62. responsabilité du fonctionnement et du développement
de la communauté.

6 Article 11-3-f. Pouvoirs similaires à l’Assemblée,


article 83-k.

7 Article 14.1.

8 Article 16-a.

9 Articles 18-2 et 18-4 respectivement.

10 Article 19.

11 Article 18-5.

12 Articles 25-1 et 25-2.

13 Voir par exemple, dans l’affaire Transouth


Conveyors Limited and Others c.  Kenya Revenue
Authority and Others, l’appel de la Cour n° 120 de 2007,
confirmé par l’appel en matière civile n°  136 de 2007
(jugement en date du 30 mai 2008, [Link]
caselaw/cases/view/44874/). Les juges ont notamment
estimé que les entreprises important du sucre au Kenya
avaient le droit de le faire en franchise de droits car elles
respectaient les conditions fixées pour l’importation par
l’accord conclu entre le Kenya et le COMESA.

140
Chapitre 9
La ZLEC dans un paysage commercial
en mutation
Les négociations sur la zone de libre-échange Multiplication des accords
continentale (ZLEC) ont cours dans un contexte mégarégionaux ou montée du
commercial changeant. Le système commercial
protectionnisme ?
multilatéral est en crise depuis l’échec du Cycle de Doha
et l’avancée des idées populistes anti-mondialisation
dans plusieurs grands pays commerciaux. L’essor rapide La multiplication des accords commerciaux régionaux
des économies de marché émergentes a profondément est due à un autre facteur externe : le fort ralentissement
modifié la structure des échanges de nombreux des négociations commerciales multilatérales conduites
pays africains. La contestation envers les accords de dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce
partenariat économique, ainsi que le Brexit, exigent de (OMC), et la « mort du Cycle de Doha » (Financial Times,
réfléchir à la restructuration des relations commerciales 2015). Cette évolution décisive a généré de multiples
de l’Afrique avec l’Europe. Celles qui ont cours avec les négociations concernant des accords commerciaux
États-Unis et se sont développées dans le cadre de la régionaux, notamment des accords mégarégionaux,
Loi sur la croissance et les possibilités économiques de considérés comme un moyen de sortir de l’impasse
l’Afrique (AGOA) mueront probablement d’ici à 2025 actuelle des négociations multilatérales et d’élaborer
en accords réciproques, dans le cadre du programme de nouvelles règles commerciales parmi les groupes de
pour l’après-AGOA. Les accords commerciaux  dits pays qui le souhaitent.
« mégarégionaux », qui ont parfois mis en danger des
accords préférentiels de commerce signés par des Les échanges commerciaux continuent d’avoir lieu
pays africains avec des partenaires traditionnels, ont entre les pays dans le contexte commercial mondial, et
aujourd’hui évolué vers un protectionnisme faisant non dans le vide. Les accords mégarégionaux menacent
peser d’autres menaces. Enfin, les nouveaux modes toutefois d’avoir des effets secondaires sur les pays
d’échanges tels que le commerce électronique font exclus (qui sont nombreux en Afrique). Le commerce
que de plus en plus de voix s’élèvent pour réclamer des entre les membres des accords mégarégionaux pourrait
règles commerciales renouvelées. ainsi s’accroître aux dépens des pays tiers exclus de ces
accords.
Le chapitre  4 a présenté le concept de «  facteurs
externes » considérés comme les éléments décisifs de Les accords mégarégionaux examinés dans le
l’économie politique de la ZLEC. Ces facteurs sont en présent document sont le Partenariat transatlantique
effet susceptibles d’offrir de nombreuses occasions de commerce et d’investissement, engagé entre
d’accélérer les processus existants, de modifier l’ordre l’Union européenne et les États-Unis  ; le Partenariat
de priorité des programmes politiques ou de remodeler transpacifique réunissant, à l’origine, les États-Unis
le système des incitations pour plusieurs acteurs de la et onze autres pays riverains du Pacifique  ; et le
ZLEC. Ces changements peuvent toutefois exiger de Partenariat économique global régional, qui inclut le
revoir les objectifs à la baisse, ou paralyser les efforts groupe des pays de l’Association des nations du Sud-
déployés en faveur de la ZLEC, en cas de limitation ou Est asiatique et d’autres pays, tels que la Chine et l’Inde,
d’abandon des occasions offertes. Le présent chapitre et vise principalement à concurrencer le Partenariat
expose dans le détail ces concepts en évaluant les transpacifique.
effets possibles des secousses qui ébranlent le contexte
commercial actuel. Les effets sur l’Afrique incluent l’intensification de la
concurrence, l’érosion des préférences sur les marchés
des accords mégarégionaux et le détournement des
échanges. Les estimations de Mevel et Mathieu (2016),
141
Figure 9.1
États signataires d’accords commerciaux mégarégionaux

Canada
Union
européenne

États-Unis* Chine Japon

Myanmar République démocratique


populaire lao
Inde
Mexique Viet Nam
Cambodge Philippines
Malaisie
Brunei
Singapour
In do n é s i e
Pérou

Australie
Chili

Partenariat transpacifique Nouvelle-Zélande


Partenariat transatlantique de commerce et d'investissement
Partenariat économique global régional
* Retirés du partenariat transpacifique

qui utilisent un modèle impliquant trois accords durables les plus récentes (Melendez-Ortiz, 2014  ;
mégarégionaux, fixent à 3  milliards de dollars (soit Draper et al., 2014). En abaissant le statut de l’OMC
0,3 %) la baisse des exportations nettes de l’Afrique en au rang d’un forum de création de nouvelles règles
2022 (par rapport au point de référence). Elles signalent commerciales, les accords mégarégionaux affaiblissent
également une nouvelle concentration des exportations la voix des pays non signataires, notamment africains,
africaines dans l’énergie et les mines, aux dépens des dans l’élaboration des nouvelles règles. L’OMC pourrait
exportations agricoles et industrielles en Chine et en également être marginalisée dans ses fonctions
Inde. Ces effets seront davantage ressentis par divers d’organisation internationale de réglementation
secteurs de plusieurs pays, tels les producteurs africains même si les pays non signataires devront continuer
de textile qui subiront la concurrence du Viet Nam et de respecter ses règles pour exporter vers les marchés
d’autres fabricants performants du Sud-Est asiatique. concernés (Baldwin, 2014b).
Les préférences commerciales accordées au textile
africain seront en effet réduites, par exemple dans le Plusieurs points des accords commerciaux régionaux
cadre de l’AGOA. profonds peuvent en revanche profiter à l’Afrique, étant
entendu que les accords mégarégionaux incluront des
Les effets possibles dépassent en outre le cadre dispositions sur les préférences non contraignantes
traditionnel des tarifs et du détournement des (Baldwin, 2014a). Les activités incluant certains
échanges. Les accords mégarégionaux ont été conçus services, ainsi que d’autres secteurs très nombreux, sont
pour inclure de nouvelles disciplines, telles que le par exemple privés de tout mécanisme discriminatoire,
commerce électronique, la politique de la concurrence juridiquement et administrativement reconnu, pour
et les normes de travail, ainsi que des engagements identifier et limiter les entreprises étrangères qui ont
plus marqués pour des disciplines existantes telles que recours à eux. Dans leur contexte, les accords servent
les marchés publics, les services et la facilitation des simplement à pérenniser les réformes intérieures qui
échanges. Ces disciplines dépassent le cadre traditionnel s’appliquent à l’échelle multilatérale. Il est en outre
des accords commerciaux «  superficiels  » pour relever admis que la convergence et l’harmonisation des
d’accords «  profonds  » (Lawrence, 1996  ; Baldwin, critères, des normes et des règlements réduisent le
2014a  ; Ueno, 2013). Les accords mégarégionaux coût des échanges commerciaux au bénéfice des
pourraient ainsi créer de nouvelles discriminations exportateurs non signataires (Baldwin, 2014a). Il existe
pour les pays non signataires, et fixer de nouvelles ainsi une analogie avec l’Union européenne, dans
normes pour la multilatéralisation des problématiques laquelle un pays non signataire peut exporter à un bloc
142
Encadré 9.1
Échelonner judicieusement les accords de pays doté de réglementations harmonisées et éviter
commerciaux la complexité d’aborder 28 marchés différents.

Il importera que l’Afrique «  échelonne


Le débat sur les accords commerciaux mégarégionaux
judicieusement  » la réforme de ses politiques
doit tenir compte de l’émergence récente du populisme
commerciales si elle veut assurer que l’intégration
politique dans plusieurs pays développés, et de
régionale soit effective avant l’ouverture graduelle et
l’attachement au protectionnisme qu’il exprime. Le
inévitable des marchés africains au reste du monde,
14  janvier 2017, The Economist annonçait en sous-
et la mise en œuvre des accords commerciaux
titre d’un article l’«  arrivée d’un protectionniste à la
mégarégionaux. Cet échelonnement permettra aux
Maison-Blanche  ». Neuf jours plus tard, le Président
pays africains de tirer parti des économies d’échelle
Donald Trump signait l’acte de retrait des États-Unis du
et d’accroître l’apprentissage dans le cadre des
Partenariat transpacifique. Sa décision a laissé penser
mesures nécessaires pour développer les chaînes
que le protectionnisme aurait un effet immédiat sur
de valeur régionales et les industries compétitives.
les chances de conclure des accords commerciaux
Ces dernières seront ainsi bien positionnées pour
mégarégionaux.
résister à la concurrence internationale et s’intégrer
aux chaînes de valeur mondiales.
Une deuxième secousse a eu lieu avec le Brexit et le
L’échelonnement implique : désengagement britannique de l’Union européenne.
Ce dernier a semblé exprimer un rejet pour l’intégration
• La mise en œuvre rapide de la ZLEC – afin d’éviter régionale de l’Europe, marquant un retrait du plus
toute perte commerciale due à l’accroissement ambitieux projet d’intégration régional au monde.
prévu de la réciprocité des accords commerciaux
conclus par l’Afrique avec le reste du monde, et Il est toutefois difficile de savoir si ces évènements
des accords commerciaux mégarégionaux1. marquent l’avènement du protectionnisme et la
limitation des accords commerciaux mégarégionaux.
• Une réduction des tarifs douaniers sur
Les États-Unis ont, certes, définitivement quitté le
les importations africaines – qui serait
Partenariat transpacifique mais risquent de créer un
judicieusement séquencée et gérée afin que
vide attractif qui pourrait être comblé par le Partenariat
les industries du continent puissent s’adapter à
économique global régional ou faciliter l’inclusion de la
la situation. Les pays africains doivent prendre
Chine dans ce qu’il reste du Partenariat transpacifique
de bonnes décisions lorsqu’ils négocient les
(Financial Times, 2017). À l’inverse, le Partenariat
aspects réciproques des accords de partenariat
transpacifique pourrait continuer sans les États-Unis
économique et de l’AGOA, ou de nouveaux
(Reuters, 2017). Une analyse politique récente de la
accords commerciaux, avec leurs partenaires
montée du populisme constate qu’elle est moins due à
non africains. Les tarifs appliqués aux biens
l’insécurité économique, qui stimule le protectionnisme,
intermédiaires et aux biens d’équipement
qu’à la résistance culturelle au libéralisme (Inglehart et
non produits localement devraient être
Norris, 2016). Comme l’affirme Paul Krugman dans une
supprimés en premier lieu2 , afin d’abaisser
tribune du New York Times, « Trump se dégonfle dans
le coût de l’industrialisation et d’améliorer la
le domaine du commerce » en adoucissant son discours
création de valeur ajoutée intérieure. Les tarifs
protectionniste (Krugman, 2017). S’il en est réellement
appliqués aux biens intermédiaires et aux biens
ainsi, les accords commerciaux mégarégionaux
d’équipement partiellement produits à l’échelle
connaîtront un nouvel élan.
nationale et régionale devraient être supprimés
dans un deuxième temps, préalablement aux
La montée du protectionnisme ne se limite toutefois pas
tarifs sur les produits finis. L’échelonnement
au Royaume-Uni et aux États-Unis. Elle ne s’applique pas
favoriserait l’industrialisation de l’Afrique, le
non plus exclusivement aux tarifs. Un rapport de l’OMC
développement des chaînes de valeur régionales
sur les mesures commerciales du G20 (2016) a constaté
et le rattrapage technologique, et protégerait
que de nouvelles mesures restreignant les échanges
temporairement les producteurs locaux contre
étaient appliquées par les pays du G20 à un rythme
toute désindustrialisation prématurée (Sommer
inégalé depuis le commencement de l’évaluation en
et al. 2017).
143
2009. La majeure partie de ces mesures sont correctives Nouvelles problématiques
et ciblent les importations de produits industriels. commerciales de l’OMC et de la ZLEC
Elles sont principalement appliquées par la Russie, la
Chine, l’Inde et l’Indonésie au sein du G20 (Parlement Le Cycle de Doha de l’OMC est la seule composante
européen, 2015). Les pays en développement ont inchangée du contexte commercial. La rareté des
également opté plus massivement pour des mesures progrès accomplis a conduit les pays développés à
commerciales correctives après la crise financière s’efforcer de clore ledit cycle et à ouvrir des négociations
mondiale. Ils les ont appliquées aux importations en sur les nouvelles problématiques. Ces négociations
provenance d’autres pays en développement (Bown et resteront probablement leur priorité à la prochaine
Kee, 2011). Si la « riposte chinoise » s’inscrit modérément Conférence ministérielle de l’OMC prévue à Buenos
dans l’augmentation des mesures correctives, les pays Aires en décembre 2017. Les pays en développement
en développement y prennent une part plus importante ont résisté à leur projet et exigé que le Cycle de Doha
en vue de se protéger contre les importations d’autres soit mené à son terme en incluant les problématiques
pays en développement. essentielles des pays en développement, notamment
les subventions agricoles.
Effets induits
La ZLEC a été tenue pour essentielle au commerce Leur exigence a fédéré l’énergie autour des « nouvelles »
africain dans le contexte des accords commerciaux problématiques commerciales à l’OMC. Si aucune
mégarégionaux. Mise en œuvre parallèlement à ces négociation ne peut s’ouvrir sur ces problématiques
accords, la ZLEC, d’après les travaux de modélisation sans l’accord des membres de l’OMC, des discussions
de Mevel et Mathieu (2016), améliore sensiblement les ont avancé en vue d’éclairer d’éventuelles négociations
résultats de l’Afrique, en accroissant les exportations dans ce domaine. Des tentatives sont menées pour que
intra-africaines de 27,5 milliards de dollars (soit de 3 %). ces discussions aboutissent à un mandat de négociation
Il est en outre estimé que ce gain bénéficiera aux pays pour de nouvelles règles. Les problématiques récentes
africains et nourrira plus précisément la croissance des incluent les règles proposées pour le commerce
produits industriels africains. électronique, les petites, moyennes et micro-
entreprises, la réglementation intérieure des services et
Le Partenariat transpacifique étant mis en attente, la la facilitation de l’investissement. Elles sont expliquées
ZLEC apparaît moins urgente. Les accords commerciaux ci-après.
mégarégionaux pourraient toutefois connaître un
nouvel élan et, au lieu de décourager les artisans de Commerce électronique
la ZLEC, ce semblant de pause relâche la pression sur Le commerce électronique couvre l’achat et la vente
l’Afrique. de biens et services en ligne (OCDE, 2011). Il est
couramment qualifié de « nouveau mode commercial à
Les sentiments et dynamiques protectionnistes ont de fort potentiel » du XXIeme siècle, et susceptible de réduire
toute évidence gagné du terrain ces dernières années. les frais commerciaux des PME reliées aux marchés
Le phénomène ne s’est pas limité aux pays développés internationaux. En Afrique toutefois, le commerce
puisqu’il a suscité de nombreuses mesures commerciales électronique est fortement limité par l’insuffisance
correctives dans les pays en développement, contre les des infrastructures, de l’enseignement informatique,
importations d’autres pays en développement. L’Afrique des réglementations numériques et de l’avancée de
n’apparaît pas encore comme une cible prioritaire de l’Internet (Budree, 2017). Ces insuffisances créent
l’application de mesures de défense commerciale mais une fracture numérique et un déficit en matière de
la dynamique met en évidence les risques externes qui connaissances, et laissent les économies africaines à la
sont posés au commerce de l’Afrique avec le reste du traîne du développement numérique des économies
monde. avancées. Les entreprises africaines sont moins
compétitives que leurs concurrentes.

Les nouvelles règles proposées pour le commerce


électronique visent à limiter la marge d’action
des pouvoirs publics et à assurer le libre accès des
144
Encadré 9.2 entreprises utilisant les canaux informatiques. Les règles
Règles proposées pour le commerce proposées incluent l’interdiction des droits de douane
électronique et la non-discrimination, l’interdiction de la localisation
des données, la préservation de la concurrence entre
Interdiction des droits de douane numériques
les réseaux, la libre circulation des données à travers les
– Elle concerne les produits envoyés en ligne tels
frontières, la promotion d’un Internet libre et ouvert, la
que les livres, la musique, les vidéos et les logiciels.
protection des codes sources sensibles et l’encadrement
Non-discrimination – Elle exige qu’un traitement des politiques relatives au transfert technologique3
national s’applique aux biens et services échangés (encadré 9.2).
électroniquement.
Règles sur la localisation des données – Elles Ce qui est préoccupant, c’est que ces règles sont
interdisent toute obligation de limiter le stockage, façonnées par les entreprises reconnues du commerce
l’acheminement, le traitement ou l’utilisation des électronique, qui veulent pérenniser leur domination
données au territoire national. du marché numérique. Azmeh et Foster (2016) affirment
que ces règles limitent la marge d’action des économies
Préservation de la concurrence entre arrivées tardivement sur le marché, qui sont moins à
les réseaux – Elle permet aux fournisseurs même de promouvoir leurs entreprises informatiques,
informatiques d’établir des réseaux sur les marchés d’encourager le transfert de technologies et d’appliquer
qu’ils desservent, ou d’accéder aux installations et une politique sur l’industrie numérique. Les lois sur la
services d’opérateurs reconnus. localisation des données peuvent par exemple exiger
Libre circulation des données à travers les d’une entreprise qu’elle crée un centre de données sur le
frontières – Elle permet aux entreprises et aux territoire du pays où elle mène ses activités, de la même
consommateurs de déplacer des données sans façon que pour l’exigence de contenus locaux. Bauer et
restriction. al. (2014) constatent toutefois que l’imposition de ces
lois nuit sensiblement à la croissance économique, en
Promotion d’un Internet libre et ouvert – Les
réduisant l’investissement intérieur et le bien-être des
règles cibleront les gouvernements qui bloquent
populations. Ils estiment qu’en Inde, la perte de bien-
certains sites Web pour des raisons commerciales
être causée par la loi équivaut à une baisse de 11  %
ou politiques, et toute initiative similaire
du salaire mensuel moyen. Ils soutiennent également
d’entreprises privées.
que les gains générés par la localisation des données
Protection des codes sources sensibles – Elle ne compensent pas les pertes subies par l’économie
interdit toute obligation faite à une entreprise de générale.
communiquer son code source ou son algorithme
propriétaire à un concurrent ou à une entreprise Il est estimé que les règles qui renforcent les droits de
publique. Les secrets commerciaux (incluant les propriété intellectuelle, notamment celles protégeant
codes sources) ne sont cependant pas couverts les codes sources sensibles, font que les entreprises
par l’Accord sur les aspects des droits de propriété nouvellement arrivées sur un marché ont du mal
intellectuelle touchant au commerce. à connaître la même réussite que les entreprises
Liberté du choix technologique – L’interdiction reconnues. Ces règles peuvent toutefois faciliter les
est faite aux gouvernements d’obliger une transactions en ligne et les activités connexes, et
entreprise étrangère à utiliser des technologies encourager le développement d’entreprises du même
locales lorsqu’elle investit dans l’économie. domaine.

Interdiction des transferts technologiques – Les autres propositions que les pays en développement
L’interdiction est faite aux gouvernements d’exiger encouragent dans le cadre du commerce électronique
d’une entreprise qu’elle transfère des technologies et qui défendent le mieux leurs intérêts incluent la
ou communique des processus ou d’autres facilitation des échanges commerciaux électroniques, la
informations confidentielles. mise à niveau des infrastructures propices au commerce
électronique, l’accès aux solutions de paiement et la
sécurité informatique.
145
Règles pour les petites, moyennes et de qualifications et aux normes techniques doivent
micro-entreprises être « objectives et transparentes ».

Les propositions formulées dans le cadre de l’OMC pour • Le régulateur «  s’acquittera de ses fonctions
les petites, moyennes et micro-entreprises (incluant les d’administrateur en toute indépendance ».
entrepreneurs, les jeunes entreprises, les entreprises
privées, les chercheurs et les investisseurs) portent • Les normes techniques seront élaborées dans le
principalement sur les droits de propriété intellectuelle. cadre de « processus ouverts et transparents ».
Elles limitent les droits tout en les diffusant, leur objectif
étant de mieux encadrer les activités des petites, • Le détail des exigences de transparence (tous les
moyennes et micro-entreprises. Si le recours à la loi est aspects des régimes et procédures de licences,
présenté comme un moyen d’accroître la transparence des conditions et procédures en matière de
et la prévisibilité des règles de propriété intellectuelle qualifications et des normes techniques) sera
s’appliquant à ces entreprises, il pourrait également publié en même temps que les délais fixés pour le
tenir celles des pays en développement à l’écart du traitement des demandes, ainsi que les frais et les
marché informatique. procédures de contrôle de conformité.

L’immense majorité des entreprises africaines sont des • Les frais seront raisonnables et transparents et ne
petites, moyennes et micro-entreprises. La réussite de limiteront pas la prestation de services.
la ZLEC dépend ainsi de l’appui qui leur est fourni. Les
politiques d’accompagnement examinées au chapitre 6 • Les règles autoriseront les remarques préalables, à
seront ainsi essentielles à cet égard. Cette question savoir, par exemple, l’autorisation faite aux acteurs
étant déjà inscrite au programme de la ZLEC, il n’est pas industriels étrangers de se prononcer sur les
certain que l’Afrique bénéficiera des règles adoptées règlements élaborés dans un pays.
dans le cadre de l’OMC car ces dernières créent des
risques pour leur marge d’action. Les pays en développement devront tenir compte de
ces exigences lors de la mise en œuvre des mesures
Règles pour la réglementation intérieure d’appui au développement des industries nationales.
des services
Facilitation de l’investissement
Plusieurs économies développées (notamment Plusieurs États membres de l’OMC souhaitent obtenir
l’Australie, l’Union européenne, le Japon et la Nouvelle- un mandat pour négocier des règles sur la facilitation
Zélande) ont proposé une série de règles sur la de l’investissement à la Conférence ministérielle prévue
réglementation intérieure des services à l’approche de en décembre 2017 à Buenos Aires. Des propositions ont
la Conférence ministérielle de l’OMC prévue à Buenos été présentées en ce sens en mars-avril 2017 par le Brésil,
Aires en décembre 2017. Ces règles « s’appliquent aux la Chine et la Russie, qui ont soumis des obligations de
mesures prises par les États membres dans le domaine transparence détaillées pour l’énumération des critères
des régimes et procédures de licences, des conditions et servant à établir les régimes de licence et à approuver
procédures en matière de qualifications, et des normes les investisseurs potentiels.
techniques régissant le commerce des services dans le
cadre d’engagements spécifiques »4. Ces règles doivent La proposition pose le problème de l’ouverture sans
s’appliquer à tous les niveaux de gouvernement – qu’il condition des marchés aux investisseurs tant que les
soit central, régional ou local. critères et les conditions appropriés n’ont pas été mis
en place. Cela signifie que les pays pourraient être
• Les propositions incluent les éléments essentiels contraints d’ouvrir des secteurs aux investisseurs contre
suivants : leur volonté.

• Les mesures relatives aux régimes et procédures de Effets induits


licences, aux conditions et procédures en matière La ZLEC peut contribuer à solidifier la position commune
de l’Afrique à l’OMC, et permettre aux Africains de parler
146
d’une seule et forte voix, notamment sur les nouvelles ceux de l’Association des producteurs d’agrumes de
problématiques de l’OMC. Il n’existe toutefois aucune l’Afrique australe, et proposé que la révision de la
obligation d’inclure les nouvelles problématiques réglementation phytosanitaire britannique appliquée
dans le champ de la ZLEC (même s’il est possible aux importations d’agrumes améliore leur accès
que les négociateurs souhaitent, comme expliqué au marché britannique (Luke et MacLeod, 2016). À
au chapitre  10, examiner les aspects du commerce l’inverse, les effets de la dévaluation de la livre sterling
électronique dans le cadre de la deuxième phase des britannique ont été immédiatement négatifs pour les
négociations sur la ZLEC). exportations de produits africains, le taux du dollar sur
les aides britanniques, l’investissement, les envois de
Dans tous les cas, les nouvelles problématiques fonds et le tourisme dans les pays africains (Mendez-
détournent l’attention de l’OMC des questions non Parra et al., 2016).
résolues du Cycle de Doha qui présentent un intérêt
certain pour les pays en développement. Les nouvelles Le Brexit permet au Royaume-Uni de restructurer
problématiques sont ainsi susceptibles d’apparaître sa politique commerciale avec l’Afrique et pourrait
comme un prétexte pour contourner les intérêts des tout au plus favoriser la ZLEC en privilégiant l’Afrique
pays en développement dans le cadre du Cycle de Doha, continentale (Luke et MacLeod, 2017). Il crée toutefois
et appuyer les économies plus avancées dans la défense des risques pour le commerce africain. Les régimes
de leurs intérêts. Les pays africains doivent être attentifs préférentiels que le Royaume-Uni applique à l’Afrique
à la manière dont les nouvelles règles limiteront leur dans le cadre des politiques commerciales actuelles
marge d’action ou renforceront les droits de propriété de l’Union européenne, notamment l’initiative «  Tout
intellectuelle. Il conviendra d’envisager la possibilité sauf les armes », le système généralisé de préférences
d’établir une plateforme susceptible de consolider et les accords de partenariat économique, risquent
l’approche commune de l’Afrique pour les nouvelles d’être déstructurés ou exclus de la nouvelle politique
problématiques dans le cadre de la ZLEC. commerciale britannique. Dans le cas où le Royaume-
Uni deviendrait plus protectionniste ou offrirait moins
Partenaires commerciaux de préférences que l’Union européenne, ses dispositions
traditionnels : Le Brexit et l’Union commerciales pourraient nuire à l’Afrique et à d’autres
pays en développement (te Velde, 2016).
européenne
Motivation des pays africains à se retirer
Dans le cadre de ce qui est couramment appelé des accords de partenariat économique
« Brexit », et comme l’avait proposé le référendum du
23 juin 2016 dans lequel 51,9 % des électeurs ont voté Le Brexit réduit le coût imposé aux pays africains pour
pour la sortie du Royaume-Uni, ce dernier prévoit de quitter les accords de partenariat économique, en
quitter l’Union européenne. Son retrait a trois effets ou retirant de ces derniers l’un des plus grands marchés
enseignements principaux pour l’intégration régionale européens d’exportation pour les produits africains de
de l’Afrique et la ZLEC. première importance. Le Royaume-Uni importe environ
11  % des exportations africaines destinées à l’Union
Effet direct sur le commerce de l’Afrique européenne, mais achète, en matière agricole, 67 % du
avec le Royaume-Uni bœuf africain, 41 % du thé et des épices africains, 31 %
du vin africain et 22 % des fruits africains exportés dans
Le Brexit exerce un effet direct sur les échanges l’Union européenne (tableau 9.1).
commerciaux de l’Afrique avec le Royaume-Uni. Les
travaux de Mold (2017) constatent une légère hausse Le Brexit a pour effet d’affaiblir l’attractivité des
des exportations africaines à destination du Royaume- accords de partenariat économique dans les pays pour
Uni, due à une réorientation des échanges, dans un lesquels ces produits offrent un intérêt important.
contexte marqué par le repliement du Royaume-Uni Stevens et Kennan (2016) constatent que le Royaume-
envers les dispositions de l’OMC pour son commerce Uni achète des «  exportations sensibles  » destinées à
avec l’Union européenne. Certains exportateurs l’Union européenne, à hauteur de 29,3 % au Ghana, de
africains ont pressenti cette possibilité, notamment 27,3  % au Kenya, de 15,5  % à la Namibie et de 9,6  %
147
Tableau 9.1
Part du Royaume-Uni dans les importations agricoles européennes en provenance de l’Afrique en
2014
N°. Produit Valeur (en millions de dollars) Part des importations européennes (en %)
1 Fruits 813 22
2 Légumes 394 17
3 Poisson 329 8
4 Cacao 289 5
5 Vin 167 31
6 Thé et épices 166 41
7 Fleurs fraîchement coupées 128 11
8 Sucre 126 10
9 Bœuf 66 67
10 Banane 61 10
11 Tabac 59 6
12 Café 46 5
13 Graines et noix 41 7
14 Huiles alimentaires 15 3
Autres produits agricoles 99 11
Total produits agricoles 2 802 11

Source : Flux commerciaux bilatéraux harmonisés d’après la série de données du CEPII-BACI.

au Swaziland. Le Ghana, qui a mûrement réfléchi à aspects les plus âpres. La souveraineté est en effet le
l’éventualité d’un accord de partenariat économique, principe premier de la Charte de 1963 de l’Organisation
a récemment signé un projet d’accord présentant de l’unité africaine. Le double enseignement que
une importance stratégique pour ses exportations l’Afrique peut tirer du Brexit est que la perception de la
prioritaires de poisson, de cacao transformé, et de fruits souveraineté est importante, et que la progression vers
et légumes, le Royaume-Uni achetant plus de 50 % de l’unité panafricaine doit être prudente.
ces importations au niveau de l’Union européenne.
Autres effets induits
Le Brexit a ainsi soulevé des inquiétudes autour des Une nouvelle politique commerciale britannique peut
accords de partenariat économique et réveillé celles qui tout au plus faciliter la ZLEC en suscitant un intérêt pour
étaient éteintes. Il a par exemple été cité par la Tanzanie l’intégration continentale de l’Afrique. Cet intérêt pourra
pour justifier sa décision d’ajourner la signature de être appuyé par l’importante aide au développement
l’accord de partenariat économique de la Communauté du Royaume-Uni, qui représente 16 milliards de dollars
de l’Afrique de l’Est. et, selon les informations disponibles, s’oriente de plus
en plus vers les projets commerciaux (Financial Times,
Enseignements pour le régionalisme 2016 ; Département britannique pour le développement
africain international, 2017).

Le Brexit est un avertissement salutaire pour Le Brexit a fondamentalement rabattu les cartes de
l’intégration de l’Afrique et un enseignement sur les l’Union européenne dans les négociations sur son
risques de l’intégration en général. La défense du accord de partenariat économique avec l’Afrique. Il
Brexit a essentiellement porté sur la double idée que a conduit plusieurs pays à tourner le dos à ce type
l’intégration européenne a affaibli la souveraineté d’accord mais pourrait contribuer de manière plus
britannique, et que les décisions touchant les constructive à relancer les discussions menées avec
ressortissants britanniques étaient prises par des l’Union européenne pour mieux assurer les intérêts
bureaucrates européens vivant à Bruxelles et ne rendant commerciaux de l’Afrique, notamment l’intégration
pas compte de leurs actes. L’Afrique est un continent continentale et la ZLEC.
rompu à la défense de la souveraineté, même dans ses
148
Le Brexit exprime, dans un contexte il est vrai très loi incluent les exportations de pétrole, de gaz et de
différent, un rejet de l’intégration régionale. Les produits pétroliers qui continuent de former la majorité
dirigeants africains doivent entendre la mise en garde des exportations effectuées au titre de l’AGOA (figure
et s’assurer que les projets d’intégration qui concernent 9.2). Sur la période de 2001–2015, la valeur de ces
l’Afrique, notamment la ZLEC, tiennent compte des exportations a été principalement déterminée par
obstacles susceptibles d’empêcher l’intégration, et l’effet du supercycle des matières premières sur les
résolvent leurs causes profondes, notamment la exportations de pétrole, de gaz et de produits pétroliers.
perception d’une perte de souveraineté. Si, en 2015, 55  % des importations américaines en
provenance de l’Afrique concernaient le pétrole et
Les États-Unis et l’après-AGOA les produits liés à l’énergie, les produits pétroliers
représentent en moyenne 80 % des exportations depuis
La Loi sur la croissance et les possibilités économiques la mise en œuvre de l’AGOA. Cette dernière a facilité
de l’Afrique (AGOA) est la pierre angulaire des relations la production et l’exportation de certains produits
commerciales entre les États-Unis et l’Afrique depuis transformés et manufacturés vers les États-Unis. Elle
2000. Elle est une composante importante de la politique n’a toutefois pas encore modifié fondamentalement
américaine de développement en Afrique. La loi prévoit la structure des exportations africaines vers le marché
en effet d’élargir sensiblement l’accès des États-Unis américain.
aux pays de l’Afrique subsaharienne qui remplissent les
conditions requises. Elle a été particulièrement efficace En 2015, l’AGOA a été renouvelée pour 10  années
pour promouvoir les exportations africaines de textile supplémentaires en incluant de nouvelles dispositions,
et de vêtements. Plusieurs pays bénéficiaires de l’AGOA, notamment les stratégies sur l’utilisation nationale qui
dont le Kenya, le Lesotho, Madagascar, le Swaziland, ont pour objet d’assurer que les pays africains sont
le Ghana, l’Éthiopie et Maurice, ont diversifié leurs mieux préparés à tirer parti des possibilités offertes par
exportations par le textile et les vêtements. la loi.

Malgré ces réussites notables, il est généralement Le rapport Beyond AGOA, publié par le Représentant
estimé que l’AGOA n’a pas déployé son plein potentiel pour le commerce des États-Unis en septembre 2016,
de transformation. Les préférences prévues par la expose les intentions américaines pour l’avenir de

Figure 9.2
Exportations des pays remplissant les conditions de l’AGOA vers les États-Unis, par catégorie
90

80

70

60
Milliards (En dollars)

50

40

30

20

10

0
2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015

SGP (hors pétrole, gaz AGOA (hors pétrole, gaz Pétrole, gaz et produits pétroliers Exportations hors AGOA/SGP
et produits pétroliers) et produits pétroliers)

Remarque : Le système généralisé de préférences (SGP) concerne les produits qui remplissent les conditions d’accès aux États-Unis fixées par les régimes de préférence
américains hors AGOA. L’AGOA concerne les produits qui bénéficient de préférences supplémentaires en vertu de son application. Les régimes hors AGOA/SGP
concernent les exportations à destination des États-Unis qui ne bénéficient d’aucun régime d’accès préférentiel au marché.
Source : [Link].
149
l’AGOA après les 10 années de renouvellement. Il affirme fragmentés  » comme des obstacles majeurs à la
que les dispositions sur les préférences unilatérales qui compétitivité de l’Afrique.
concernent l’Afrique sont intenables à l’heure où cette
dernière négocie des accords réciproques avec d’autres Le rapport tire immanquablement les enseignements
régions et d’autres pays, tandis que d’autres entités, des accords de partenariat économique, en laissant
telles que l’Union européenne, s’orientent vers des entendre que l’échec des négociations les concernant
accords réciproques après avoir accordé des préférences est dû aux approches régionales qui suscitent l’adhésion
non réciproques à l’Afrique. d’un trop grand nombre de pays aux caractéristiques et
intérêts divergents. L’ironie a voulu que le seul accord de
Le rapport fait également allusion à plusieurs reprises partenariat économique conclu (avec la SADC) engage
à la pression croissante qu’exercent les entreprises et les pays les plus divergents du continent, notamment
les dirigeants américains pour conclure des accords l’Afrique du Sud, son économie la plus avancée.
réciproques avec l’Afrique. Il souligne l’importance
économique grandissante de l’Afrique, marquée par Les États-Unis tirent probablement les enseignements
l’amélioration du développement et l’augmentation de l’expérience qu’ils ont connue avec l’Amérique latine
de son poids économique, et laisse entendre que les et l’échec de la Zone de libre-échange des Amériques
entreprises américaines pourraient être privées de ces (voir chapitre  3), dans laquelle un accord commercial
opportunités par la concurrence qui les oppose aux « passe-partout » ne prévoyant aucune flexibilité pour
partenaires commerciaux de l’Afrique avec lesquels les États membres les moins avancés a été finalement
cette dernière conclut des accords réciproques. La rejeté par les 34  pays des Amériques. L’Afrique doit
compétition en cours a pour protagonistes l’Union également faire preuve de prudence à la lumière de
européenne, qui propose des accords de partenariat cette expérience qui a fragmenté l’intégration régionale
économique, et la Chine, qui est souvent citée dans le de l’Amérique latine (voir encadré  3.1 et le texte
rapport. Cette dernière ne négocie encore aucun accord connexe).
réciproque avec l’Afrique. Elle a toutefois supplanté
les États-Unis au deuxième rang des fournisseurs des Dans sa réflexion sur les options envisageables pour
importations africaines (derrière l’Union européenne) l’après-AGOA, l’Afrique veillera à éviter cette forme
en 2004, et au deuxième rang des destinataires des de fragmentation et défendra l’idée d’un accord
exportations africaines (derrière l’Union européenne) continental complet avec les États-Unis. Cet accord
en 2012. devra appuyer la ZLEC.

Le rapport suggère avec insistance d’appliquer une Effets induits


approche à niveaux multiples pour s’accorder avec Les concepteurs des politiques commerciales africaines
différents pays africains, en tenant compte de leurs ne doivent pas oublier que les États-Unis souhaiteront
caractéristiques et attentes divergentes, notamment probablement approcher les pays susceptibles de
de leur niveau de développement, de leurs richesses signer un accord de libre-échange, et pourraient ainsi
et de leur empressement à étendre leurs engagements faire obstacle à l’intégration continentale de l’Afrique.
commerciaux. Il propose que cette approche Il se justifie d’autant plus d’assurer la conclusion et la
présélectionne les pays susceptibles de diriger les zones mise en œuvre de la ZLEC avant 2025, de façon que les
de libre-échange à l’échelle régionale, et d’engager les pays africains soient prêts à négocier avec les États-Unis
autres pays dans ces accords lorsqu’ils seront prêts considérés comme une entité unique, puissante et unie,
à le faire. Cette approche est problématique pour et que les accords de libre-échange binationaux ne
l’intégration régionale de l’Afrique qui pourrait être détricotent pas le programme d’intégration régionale
fragmentée et non consolidée – malgré sa présence de l’Afrique. Des perspectives sont aujourd’hui ouvertes
parmi les trois principes choisis pour le nouveau cadre pour la sécurisation de la ZLEC – elles ne le resteront pas
des échanges entre les États-Unis et l’Afrique, et la indéfiniment.
désignation, dans le rapport, des «  petits marchés

150
Essor des économies de marché la troisième à la quatrième place en raison de la Chine.
émergentes : Brésil, Chine, Inde et L’Inde, qui était la huitième source d’importation de
l’Afrique en 2000, a dépassé le Japon, la République de
Turquie
Corée et l’Arabie saoudite pour atteindre la cinquième
place en 2014, le Japon passant de la cinquième à la
L’essor du commerce des économies de marché neuvième place. L’importance croissante de la Turquie
émergentes avec l’Afrique – il s’agit ici du Brésil, de la et de la Russie est également notable, la première ayant
Chine, de l’Inde et de la Turquie – est très important. Les progressé de la quatorzième à la dixième place, et la
figure 9.3 et figure 9.4 montrent l’augmentation de la seconde, de la douzième à la huitième place, entre 2000
part de ces pays dans le commerce africain sur quinze et 2014. Le Brésil occupe le douzième rang et le Nigéria,
années (2000-2014). L’Union européenne, principal le onzième, depuis qu’ils ont été dépassés par la Russie
partenaire commercial de l’Afrique en termes de valeur, et la Turquie.
continue d’être son principal marché d’exportation,
tandis que les États-Unis, placés au deuxième rang des L’essor des économies de marché émergentes a eu
marchés, ont été dépassés par la Chine en 2012 et par pour effet d’augmenter les exportations africaines
l’Inde en 2014. Le Japon, qui se classait au troisième à destination de ces marchés. Elles sont passées de
rang des marchés d’exportation de l’Afrique en 2000, 18  milliards de dollars à 130  milliards de dollars sur
a été supplanté par la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Afrique la période 2000-2014. Leur part dans les exportations
du Sud et la Suisse (la valeur des exportations d’or vers africaines a ainsi progressé de 9 % à 15 % (figure 9.5).
cette dernière ayant sensiblement augmenté) (figure De même, les importations africaines en provenance
9.3). La Turquie, qui était au huitième rang des marchés de ces marchés ont augmenté de 13  milliards de
d’exportation de l’Afrique en 2000, s’est hissée à la dollars à 145 milliards de dollars sur la même période.
septième place en 2003-2005, avant de descendre à Leur part dans les importations africaines a ainsi bondi
la dixième place, derrière la Suisse et la République de de 8 % à 25 %.
Corée, en 2014.
Le changement spectaculaire survenu dans la
La situation des principaux partenaires d’importation de configuration des importations et exportations de
l’Afrique présente des similitudes (figure 9.4). Si l’Union l’Afrique réduit la dépendance du continent à l’égard
européenne reste la première source d’importation de des marchés commerciaux traditionnels tels que
l’Afrique, les États-Unis ont été évincés de la deuxième l’Union européenne. Les circonstances créées par
place par la Chine en 2005 et par l’Afrique du Sud en 2012. cette amélioration permettent aux pays africains de
Ils ont toutefois regagné la troisième place en 2013 en poursuivre d’autres objectifs qui seraient inévitablement
supplantant l’Afrique du Sud. Cette dernière a reculé de exigés en matière de politique commerciale. Les pays

Figure 9.3
Classement des partenaires d’exportation de l’Afrique par valeur
Union européenne 1 1
États-Unis 2 2
Japon 3 3
Chine 4 4
Afrique du Sud 5 5
Brésil 6 6
Inde 7 7
Turquie 8 8
Rép. de Corée 9 9
Canada 10 10
Suisse 11
12

2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014

Source : Calculs de la CEA basés sur la série de données commerciales du CEPII-BACI.


151
Figure 9.4
Classement des partenaires d’importation de l’Afrique par valeur
Union européenne 1 1
États-Unis 2 2
Afrique du Sud 3 3
Chine 4 4
Japon 5 5
Rép. de Corée 6 6
Arabie saoudite 7 7
Inde 8 8
Nigéria 9 9
Brésil 10 10
11
Russie 12 12

Turquie 14

2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014

Source : Calculs de la CEA basés sur la série de données commerciales du CEPII-BACI.

africains qui dépendent moins de l’Union européenne de l’industrie extractive. À l’inverse, la forte croissance
sont par exemple mieux placés pour retarder et décliner des exportations intra-africaines a reposé sur un
les accords de partenariat économique proposés. volume beaucoup plus important d’exportations non
minières. Le commerce intra-africain a assumé 32 % de
La composition du commerce africain avec les marchés la croissance totale des exportations non minières de
émergents est également intéressante. Comme le l’Afrique sur la période 2000-2014.
montre la figure 9.6, le quasi-triplement des exportations
africaines, passées de 194 milliards de dollars en 2000 à En analysant dans le détail les exportations non minières,
544 milliards de dollars en 2014, résulte principalement nous constatons que le commerce intra-africain a
de l’augmentation des exportations minières et de la nettement progressé dans la plupart des catégories
flambée des cours des produits de base5. d’exportation non traditionnelles, notamment par
rapport aux autres marchés des biens de consommation,
La tendance examinée a été principalement nourrie des biens d’équipement, des équipements de transport,
par la croissance des exportations minières destinées des fournitures industrielles transformées et des
aux économies de marché émergentes, qui ont aliments et boissons transformés (tableau 9.2). Cette
représenté 37  % du total sur la même période (figure progression souligne l’influence majeure du marché
9.7). En 2014, 88  % des produits africains exportés intra-africain sur l’essor des exportations africaines de
vers la Chine, l’Inde, le Brésil et la Turquie provenaient produits industriels à valeur ajoutée.

152
Figure 9.5
Évolution des exportations et importations africaines
a) Exportations africaines par destination (en dollars) b) Importations africaines par origine (en dollars)
700 700

600 600

500 500

milliards
400
milliards

400

300 300

200 200

100 100

2000

2001

2002

2003

2004
2005

2006

2007

2008

2009

2010

2011

2012

2013

2014
2000

2001

2002

2003

2004
2005

2006

2007

2008

2009

2010

2011

2012

2013

2014
Autres marchés en développement Marchés des économies développées Autres marchés en développement Marchés des économies développées

Marché intra-africain Économies de marché émergentes Marché intra-africain Économies de marché émergentes

c) Destination des exportations africaines (en %) d) Origine des importations africaines (en %)
100 100
9% 12%
16% 19%

80 80

49%
60 73% 60 42%
64%

40 40
15% 14%

20 20
9% 12% 25%
24%
9% 8%
0 0
2000 2014 2000 2014
Autres marchés en développement Marchés des économies développées Autres marchés en développement Marchés des économies développées

Marché intra-africain Économies de marché émergentes Marché intra-africain Économies de marché émergentes

Source : Calculs de la CEA basés sur la série de données commerciales du CEPII-BACI.

Figure 9.6
Exportations de produits industriels miniers africains et cours mondiaux des produits de base
a) Exportations de produits miniers africains (en dollars) b) Cours des produits de base industriels miniers
700 150 150
en dollars par baril

600
100 100
2010=100

500
400
milliards

50 50
300
200 0 0
2000

2002

2004

2006

2008

2010

2012

2014

100
0
Métaux précieux, 2010=100 Métaux et minéraux, 2010=100
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014

Pétrole brut, en dollars par baril

Exportations de produits Exportations de


non miniers produits miniers

Source : Calculs de la CEA basés sur la série de données commerciales du CEPII-BACI et les données de la Banque mondiale sur les marchés des produits de base.

153
Figure 9.7
Composition des exportations de produits industriels miniers par marché de destination
a) Exportations africaines vers les économies de marché b) Exportations africaines vers le marché intra-africain
émergentes (en dollars) (en dollars)
140 100
120 80
100 60
80
milliards

milliards
40
60
20
40
0
20

2000

2001

2002

2003

2004

2005

2006

2007

2008

2009

2010

2011

2012

2013

2014
0
2000

2001

2002

2003

2004

2005

2006

2007

2008

2009

2010

2011

2012

2013

2014
Exportations de produits Exportations de
non miniers produits miniers
Exportations de produits Exportations de
non miniers produits miniers

c) Croissance des exportations de produits miniers par d) Croissance des exportations non traditionnelles par
destination (en dollars) destination (en dollars)

187
milliards 81
milliards

115
milliards 49
Marché des économies milliards
Marché des économies développées 46 milliards
développées 95 milliards

25
milliards
38
milliards 17
32 Marché intra-africain milliards
milliards 12 milliards
Économies de marché
émergentes 14 milliards Autres marchés en
Autres marchés en développement 7 milliards
développement 10 milliards Économies de marché
émergentes 3 milliards
Marché intra-africain 6 milliards
2000 2014 2000 2014

Source : Calculs de la CEA basés sur la série de données commerciales du CEPII-BACI.

154
Tableau 9.2
Part de la croissance des exportations africaines dans les catégories non minières par marché de
destination
  Catégorie Économies de Marché intra- Marché des économies Autres marchés en
d’exportation marché émergentes africain développées développement
Produits de base 14 18 31 36
Aliments et boissons
Produits transformés 3 51 30 15

Fournitures Produits de base 43 15 6 36


industrielles Produits transformés 15 44 27 13
Biens d’équipement 3 57 28 12
Équipements de 5 45 45 6
transport
Biens de 5 46 30 19
consommation
Remarque : Les valeurs permettent de comparer les moyennes triennales de la croissance des exportations de 1998-2000 et de 2012-2014, et de calculer la part de
la croissance des exportations attribuable à chacun des marchés, de façon que ,
sachant que i désigne la catégorie d’exportation, j, le marché acheteur et t, la période. Exp désigne la valeur des exportations de la catégorie i vers le marché j, tandis
que le Total désigne la valeur totale des exportations africaines du produit j.
Source : Série de données du CEPII-BACI.

Effets induits Les exportations intra-africaines semblent, à l’inverse,


La croissance spectaculaire du commerce de l’Afrique inclure un volume particulièrement important de
avec les économies de marché émergentes réduit la produits industriels à valeur ajoutée susceptibles
dépendance du continent à l’égard des partenaires d’être optimisés en vue d’appuyer l’industrialisation du
commerciaux traditionnels de l’Union européenne, et continent. Il est en outre prévu que le marché africain
lui offre une plus grande souplesse dans la poursuite de se développe plus rapidement que toute autre région
ses objectifs commerciaux. Les exportations africaines au monde. La croissance de la population africaine
à destination des marchés émergents ont toutefois devrait représenter plus de la moitié du total mondial
concerné les produits industriels miniers, notamment d’ici à 2050 (Département des affaires économiques et
les huiles de pétrole, l’or, les métaux précieux, les autres sociales de l’ONU, 2015). La population de la plupart des
métaux et les minerais. Il est peu probable que les flux pays africains doublera sur cette période. Une personne
commerciaux actuels soient la meilleure solution pour sur quatre sera Africaine dans le monde en 2050.
l’industrialisation de l’Afrique.

155
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scoreboard-2011-64-en&containerItemId=/content/
serial/20725345&accessItemIds=/content/book/sti_
scoreboard-2011-en&mimeType=text/html, consulté le Notes de fin de chapitre
3 octobre 2016.
1 La modélisation effectuée par la CEA montre
Simon M. et M. Mathieu, 2016, « Emergence of Mega- qu’une mise en œuvre efficace et opportune de la ZLEC
Regional Trade Agreements and the Imperative for compenserait les résultats négatifs des trois accords
African Economies to Strategically Enhance Trade- commerciaux mégarégionaux sur l’Afrique. Au lieu d’être
Related South–South Cooperation  », document réduites, les exportations africaines augmenteraient
présenté à la dix-neuvième Conférence annuelle sur de 27,5  milliards de dollars. Le commerce intra-
l’analyse économique mondiale, Washington, 15- africain progresserait également de 40,6  milliards de
17 juin. dollars, principalement pour les produits industriels
tels que l’électronique, les machines, les équipements
Sommer  L., L.  Calabrese, M.  Mendez-Parra et D.  Luke, de transport, les produits chimiques, le textile, les
2017, Smart Industrialization through trade in the produits métalliques et les aliments transformés.
context of Africa’s transformation, Policy briefing, Cette progression appuierait l’industrialisation et la
Londres, Overseas Development Institute. transformation structurelle (Mevel et Mathieu, 2016).

Stevens  C. et J.  Kennan, 2016, «  Brexit: a catalyst for 2 On peut citer l’exemple des engrais, des machines,
EPA exit?  » dans M.  Mendez-Parra, D.  W.  te  Velde et des pièces détachées et des matériaux d’emballage.
L.  A.  Winters (rédacteurs en chef), The impact of
the UK’s post-Brexit trade policy on development: 3 Voir par exemple les règles proposées par l’OMC
An essay series, Londres, Overseas Development dans le document américain JOB/GC/94.
Institute, [Link]/publications/10480-brexit-
and-developmenthow-will-developing-countries-be- 4 JOB/SERV/239/Rev.1 (31 octobre 2016) (Australia
affected. et coll.), «  Domestic Regulation – Administration of
Measures. »
te  Velde  D.  W., 2016, «  Scenarios for UK trade policy
towards developing countries after the vote to leave the 5 Les exportations de produits miniers incluent
EU », dans M. Mendez-Parra, D. W. te Velde et L. A. Winters ici les huiles de pétrole (CTCI  33), le gaz (CTCI  34), les
(rédacteurs en chef), The impact of the UK’s post- métaux non ferreux (CTCI 68), les minerais métallifères
Brexit trade policy on development: An essay series, et les déchets de métaux (CTCI 28), les engrais bruts et
Londres, Overseas Development Institute, [Link]. les minerais (CTCI 27), les houilles, cokes et briquettes
org/publications/10480-brexit-and-developmenthow- (CTCI 32), les autres métaux précieux (SH 71), l’uranium
will-developing-countries-be-affected. (SH  2844) et les produits basiques en fer (SH  7201–
SH 7206).
Ueno  A., 2013, «  Multilateralising Regionalism on
Government Procurement  », OECD Trade Policy Paper
No. 151, Paris, OCDE.
157
Chapitre 10
La deuxième phase des
négociations – concurrence, droits de
propriété intellectuelle et commerce
électronique
Le champ de la zone de libre-échange continentale règles contre les pratiques commerciales trompeuses
(ZLEC) inclut les règles sur la politique de concurrence et déloyales ; de promouvoir la sécurité des produits ;
et les droits de propriété intellectuelle. Il est prévu et de tenir compte des intérêts du consommateur dans
que des négociations s’ouvrent à leur sujet après la tous les secteurs économiques. Elle vise également à
conclusion de celles portant sur les biens et services. corriger le déséquilibre existant entre les entreprises
S’il est inhabituel que des règles sur la politique de commerciales et les consommateurs.
concurrence et les droits de propriété intellectuelle
soient incluses dans un accord de libre-échange Mettre fin aux pratiques
classique, elles peuvent toutefois créer des conditions anticoncurrentielles en Afrique
équitables pour les opérateurs économiques et faciliter
la convergence des politiques dans le cadre de régimes Les pays en développement forment l’un des groupes
communs de libéralisation des biens et services. les plus affectés par les pratiques anticoncurrentielles.
Les données publiées en 2004 par l’Association du
Le présent chapitre expose les principales questions barreau américain ont par exemple signalé que la
examinées par les négociateurs lors de la deuxième valeur totale des importations destinées aux pays en
phase des négociations sur la ZLEC  : la politique de développement susceptibles de faire l’objet d’une
concurrence et les droits de propriété intellectuelle. entente sur les prix représentait 51,1  milliards de
Il recommande également que des négociations se dollars, et s’expliquait par l’importante proportion de
tiennent sur le commerce électronique et l’économie consommateurs de pays en développement achetant
numérique, afin que la ZLEC offre une plateforme des produits de cartels internationaux. Ces pratiques
d’harmonisation pour la stratégie d’industrialisation affectent également les producteurs, par exemple en
numérique de l’Afrique. limitant leur accès aux technologies, ce qui rend difficile
leur entrée sur les marchés.
Concurrence
Un exemple est fourni par le dommage causé à
Dans tout marché libre, les entreprises doivent jouer des consommateurs de vitamines de six pays en
le jeu de la concurrence et les consommateurs, en développement (Afrique du Sud, Inde, Kenya, Pakistan,
être les bénéficiaires ultimes. Les lois et politiques Tanzanie et Zambie), représentant 200  millions de
sur la concurrence et la protection du consommateur dollars. Ce dommage a été dénoncé par la société
doivent ainsi encourager la concurrence, défendre les Consumer Unity and Trust Society en 2003. Si le coût
droits du consommateur, améliorer le fonctionnement et la nuisance des pratiques anticoncurrentielles sont
des marchés (notamment par la participation de bien connus, la réaction des gouvernements et des
consommateurs informés), accroître l’efficience de consommateurs des pays en développement aux
différents marchés et renforcer la concurrence parmi cartels est étonnamment limitée.
les entreprises d’un même secteur. La concurrence
soumet les entreprises à une pression constante, afin Un autre exemple est fourni par une étude de l’Université
qu’elles offrent la meilleure gamme possible de biens et de Johannesburg conduite en 20121, qui signale qu’au
services aux meilleurs prix possibles. La protection du Kwazulu-Natal (Afrique du Sud), la marge due à l’entente
consommateur implique de lui fournir des informations sur les prix des matériaux de construction est estimée
et de l’éclairer sur ses droits  ; de faire respecter les à 51-57 %. Une autre étude effectuée au moyen de la
159
plateforme de recherche de la Conférence des Nations pratiques anticoncurrentielles conduit les entreprises
Unies sur le commerce et le développement (CNUCED)2 et les firmes en position dominante – qu’elles soient
a présenté des données de pays en développement, nationales ou (principalement) étrangères – à abuser
signalant que 249 grands cartels pratiquant une entente de leur position sur le marché. Cet abus prend
caractérisée avaient été poursuivis en justice dans plus différentes formes, notamment le bradage de prix (qui
de vingt de ces pays de 1995 à 2013. Une méthodologie élimine la concurrence locale), les ententes de fixation
originale et relativement simple a été élaborée en de prix et les autres accords de partage du marché.
vue d’estimer le dommage économique causé par les Ces pratiques anticoncurrentielles réduisent le choix
cartels (surfacturations et pertes de bien-être pour le du consommateur, augmentent les prix et privent
consommateur) (encadré 10.1). l’acheteur et le producteur et les exclus des bénéfices
générés par la libéralisation des échanges.
Beaucoup a été fait sur le continent pour résoudre
ces problèmes, notamment l’adoption de lois et de Au sein de la ZLEC, les territoires, les formes et les
règlements, ainsi que la création d’institutions. L’Afrique tailles des sociétés et les niveaux de développement
du Sud, la Côte d’Ivoire, l’Égypte, la Gambie, le Kenya, le varient fortement d’un État membre à l’autre. Les
Malawi, la Namibie, la Tanzanie, la Tunisie et la Zambie positions dominantes posent ainsi immanquablement
ont tous adopté des lois en ce sens. D’autres pays ne un problème au marché africain. La question se pose
l’ont toutefois pas fait (notamment le Ghana, le Nigéria en effet pour les règles nationales de concurrence qui
et la République démocratique du Congo). En outre, s’appliquent sur une base territoriale : elles combattent
toute insuffisance dans la mise en œuvre et le contrôle les pratiques anticoncurrentielles des acteurs étrangers
de l’application des lois constitue une entrave à la sur le marché intérieur mais n’agissent pas envers les
concurrence à l’échelle continentale. Des accords relatifs acteurs nationaux qui pratiquent des ententes sur
à la concurrence devraient être conçus dans le cadre d’autres territoires. Les secteurs soupçonnés d’appliquer
de la ZLEC, à l’intention des pays dont les capacités des pratiques anticoncurrentielles incluent l’agriculture
institutionnelles sont insuffisantes pour ces questions. (notamment les engrais), les communications
(l’entente est possible pour la fixation du prix des
Nécessité d’une approche régionale télécommunications), le transport aérien, l’énergie, le
pour encadrer les ententes, les fusions- commerce de détail et le fret routier.
acquisitions et les abus
La ZLEC peut s’inspirer de l’expérience de plusieurs
Les autorités africaines chargées de la concurrence communautés économiques régionales (CER)  : la
sont de plus en plus confrontées à des pratiques Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE), qui a adopté
anticoncurrentielles revêtant une dimension régionale, une loi communautaire sur la concurrence ; le Traité de
notamment à des cas d’entente et d’abus de position la Communauté de développement de l’Afrique australe
dominante. Une étude conduite par le Forum africain (SADC), qui préconise l’établissement d’un réseau de
sur la concurrence dans le secteur du ciment (incluant coopération pour le contrôle des mises en application ;
l’Afrique du Sud, le Botswana, le Kenya, la Namibie, la et le Traité de l’Union douanière d’Afrique australe,
Tanzanie et la Zambie) a relevé plusieurs pratiques qui encourage la coopération dans l’élaboration et
anticoncurrentielles. Le ciment est un produit pour l’application des règles de concurrence.
lequel une région peut faire l’objet d’une entente sur les
prix, et offrir une étude de cas instructive sur la manière Supprimer le chevauchement des cadres
dont la collusion sévit à l’échelle régionale. Le « cartel et harmoniser les systèmes juridiques
du pain »3, contre lequel des mesures ont été prises en
2005 en Afrique du Sud, a augmenté le prix du pain L’Autorité chargée de la concurrence, nouvellement
dans deux autres pays de l’Union douanière d’Afrique créée au sein de la Communauté de l’Afrique de l’Est,
australe (Lesotho et Swaziland). évaluera les mécanismes susceptibles de mettre en
œuvre la Loi sur la concurrence, adoptée à l’échelle
Ces exemples révèlent l’importance de l’intégration communautaire, étant entendu que seuls le Kenya et
régionale pour maîtriser les pratiques anticoncurrentielles la Tanzanie sont dotés d’autorités nationales dans ce
transfrontières. L’inexistence de protections contre les domaine. L’établissement de ces autorités est déjà très
160
avancé au Burundi et au Rwanda tandis que l’Ouganda ainsi que le projet d’accord prévu par l’Union douanière
s’apprête à adopter une nouvelle loi de la concurrence. d’Afrique australe). Elles peuvent constituer une amorce
Les États membres de la ZLEC décideront à l’échelle utile pour les approches adoptées dans chacune des
continentale de la manière de mettre en œuvre les régions et permettre une réflexion sur la pratique à
dispositifs en matière de concurrence dans le contexte suivre dans la ZLEC.
de la grande diversité d’organismes qui existe dans ce
domaine parmi les pays. Les systèmes juridiques sont Plusieurs secteurs ne sont pas pris en considération
également très variés en Afrique, notamment pour par les communautés économiques régionales
l’interprétation et l’harmonisation, ce qui justifie la mise existantes, notamment les règles encadrant les clauses
en place de systèmes de coopération reliés entre eux. de non-concurrence dans le secteur privé. La ZLEC
a l’opportunité de réduire les écarts existants et de
Un article paru dans l’African Law and Business renforcer les règles de la concurrence qui s’appliquent
Journal4 sur l’Autorité chargée de la concurrence pour à l’échelle nationale et régionale ; d’élaborer des règles
la Communauté de l’Afrique de l’Est a prié le Burundi, susceptibles d’exécution ou de parvenir à un consensus
le Rwanda et l’Ouganda d’adopter ou de mettre en parmi les États membres, au sujet des retards pris par
œuvre des règles de concurrence. L’article a expliqué les cadres législatifs et d’exécution ; et de permettre aux
l’interaction qui aura lieu entre la CAE et le Marché pays dépourvus de règles de concurrence d’adopter des
commun de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique australe lois respectueuses de l’approche convenue.
(COMESA) au sujet de l’appartenance de certains pays
à plusieurs communautés économiques régionales, Les priorités immédiates des États membres de la ZLEC
de l’inexistence de règles dans d’autres pays et de la sont les suivantes :
manière de combattre les pratiques anticoncurrentielles
transfrontières. • Convenir de l’objectif commun visé pour le cadre de
la concurrence de la ZLEC.
Le COMESA a été très actif dans l’encadrement des
fusions transfrontières5. L’existence d’une institution • Recenser et comprendre les dispositions des lois de
telle que le COMESA a notamment pour avantage de la concurrence existantes, identifier leurs lacunes et
réduire l’écart dû à l’inapplication des règles nationales simplifier les systèmes dans le cadre des règles de
de concurrence hors du territoire national, et de concurrence de la ZLEC.
répondre aux préoccupations de plusieurs territoires.
Un autre avantage concerne la réduction de la charge • Fixer les autres paramètres/aspects juridiques qui
réglementaire induite par la notification des fusions doivent consolider le cadre de la concurrence de
d’entreprises présentant une dimension régionale, ce la ZLEC, et définir les principales caractéristiques
qui permet un gain de temps et d’argent. Le COMESA des futures lois, en les synchronisant avec
encourage également la confiance en l’avenir et l’approche choisie pour assurer une mise en œuvre
la prévisibilité, en supprimant la possibilité d’une harmonieuse. Ces paramètres pourront inclure
différence de résultats et de délais. Un système similaire les règles sur la protection du consommateur, la
devrait être mis au point pour la ZLEC. normalisation, l’exécution des lois douanières,
les aides et subventions publiques, les lois sur la
Le cadre africain de la concurrence sera un passation de marchés publics ainsi que les systèmes
appui pour la ZLEC et règles de résolution des contentieux et des
différends.
Il sera nécessaire de concevoir un cadre efficace en
matière de concurrence, afin qu’il mette en œuvre les • Assurer la coopération des États membres, de
décisions prises par les négociateurs de la ZLEC pour leurs organismes d’application des lois, de leurs
fixer des règles et des politiques de concurrence. Les institutions juridictionnelles, ainsi que celle des
règles et politiques qui existent déjà à l’échelle nationale organismes régionaux analogues.
et régionale doivent être prises en compte (par exemple,
les accords de coopération du COMESA, de la CAE et • Simplifier les principaux aspects du droit
de la SADC sur l’application des règles de concurrence international public et des législations régionales
161
et nationales qui affaiblissent la légalité du cadre de Unies pour la protection du consommateur, effectuée
la concurrence de la ZLEC, afin que ce dernier soit en 20156 en vue d’inclure le commerce électronique et
ratifié ou intégré par chacun des États membres. Ces les services financiers, une attention doit être prêtée
aspects incluent les règles sur la concurrence et la aux aspects de cette protection. La protection du
protection du consommateur appliquées en vertu consommateur fera également l’objet d’une analyse
du droit de l’Organisation mondiale du commerce approfondie, en vue de la conception d’un instrument
(OMC), ainsi que les accords bilatéraux de libre- adapté à la ZLEC.
échange et d’investissement auxquels les États
membres sont déjà parties. Droits de propriété intellectuelle et
innovation7
• Tenir compte des réseaux existants, tels que le
Forum africain sur la concurrence, et examiner leur La ZLEC offre à l’Afrique l’occasion de prendre une
contribution récente à la coopération technique nouvelle direction dans la gestion des connaissances8.
ayant prévalu pour l’élaboration et l’application des Cette dernière inclut la propriété intellectuelle et
règles de concurrence, leur analyse, la sensibilisation s’étend aux structures juridiques, économiques,
et le renforcement des capacités. Le Forum africain sociales, culturelles, politiques et technologiques,
sur la concurrence compte 34  membres, soit qu’elles soient officielles ou informelles, qui encadrent
30 organismes chargés de la concurrence et quatre les possibilités et les moyens d’acquérir ou de consulter
organismes régionaux. Il peut constituer une bonne des connaissances (Open AIR, 2016). L’Afrique pourra,
base pour évaluer quel serait le système le plus dans cet élan, redéfinir le calendrier des négociations
approprié pour la ZLEC – réseau de coopération ou concernant les accords commerciaux Nord-Sud qui
organisme supranational. incluent les questions de propriété intellectuelle. Les
pays africains doivent à cette fin fixer en premier lieu
• Prêter attention aux aspects de la protection du leurs priorités fondamentales dans ce domaine, et tirer
consommateur, notamment à la manière de les parti de la grande dynamique de l’innovation qui a
distinguer des aspects de la concurrence et de cours en Afrique (de Beer et coll., 2014).
prendre en compte la diversité des arrangements
législatifs et institutionnels. Si la ZLEC peut fixer le cadre de gestion des droits de
propriété intellectuelle, leur inclusion dans les accords
Protocole de coopération proposé pour la de libre-échange suscite une forte résistance.
mise en œuvre des règles et politiques de
concurrence dans la ZLEC Mise en garde sur les clauses de la
propriété intellectuelle des accords
Un projet de protocole sera élaboré au terme d’une commerciaux
analyse approfondie de la situation de chacun des États
membres. Il est recommandé qu’il soit mis en œuvre par Les erreurs de forme et de fond commises au sujet des
l’intermédiaire d’un réseau de coopération (similaire questions de propriété intellectuelle ont contribué
au Réseau européen de la concurrence) et géré par à nourrir la résistance menée contre les accords
le secrétariat de la ZLEC. Selon une autre formule, commerciaux. L’inquiétude est née des négociations
les États membres pourraient établir une institution sur l’Accord de l’OMC relatif aux aspects des droits de
supranationale chargée de la concurrence  ; elle propriété intellectuelle qui touchent au commerce
superviserait les travaux effectués à l’échelle régionale (ADPIC). Cet accord a en effet fortement favorisé les
et nationale. Cette deuxième formule serait plus intérêts des pays les plus développés. Les questions
difficile à coordonner en raison des cadres existants, de propriété intellectuelle, notamment les politiques
notamment des nouveaux cadres. Elle serait également numériques et culturelles et les brevets sur les
plus onéreuse. médicaments, s’inscrivent parmi celles qui ont suscité
l’aversion envers le Partenariat transpacifique (Geist,
Un projet de protocole sur la protection du 2016 ; Balsilie, 2016 ; FMI, 2016 ; Mui, 2017).
consommateur est également nécessaire. En cohérence
avec la révision des Principes directeurs des Nations
162
Les accords exclusivement dédiés aux questions de la complexité des questions de propriété intellectuelle,
propriété intellectuelle ont connu le même sort. Le de faire indûment confiance aux discours des lobbyistes
faux pas le plus marquant est celui du groupe de pays et de consulter insuffisamment les experts locaux et la
ayant tenté de promouvoir une politique de propriété société civile.
intellectuelle inopportune dans le cadre d’une
procédure non démocratique – cette dernière a abouti Une intégration commerciale régionale qui inclut la
à l’Accord commercial anti-contrefaçon. Si le Maroc a propriété intellectuelle reste toutefois possible malgré
été le seul pays africain à rejoindre les alliés inattendus le retrait américain du Partenariat transpacifique et
de cet accord commercial9, sa participation doit inciter l’abandon de l’Accord commercial anti-contrefaçon
le reste du continent à agir. Les problèmes de forme et d’autres accords imparfaits. Le Canada et l’Union
et de fond posés par l’accord ont été détaillés dans de européenne ont surmonté des situations difficiles pour
multiples documents de travail10, l’édition spéciale d’une sauver l’Accord économique et commercial global
revue11 et même un ouvrage (Roffe et Seuba, 2015). (CETA)14. Les négociations sur le Partenariat économique
L’accord est considéré comme « un enseignement sur ce global régional, initié entre l’Australie, la Chine, l’Inde,
qu’il ne faut pas faire dans la négociation d’un accord de le Japon, la Nouvelle-Zélande, la République de
coopération internationale pour l’application des lois » Corée et 10 pays de l’Association des nations du Sud-
(Weatherall, 2011). Est asiatique, se poursuivent15. Les perspectives sont
également bonnes pour l’intégration économique
Des aspirations protectionnistes sont apparues panafricaine.
à chacune de ces occasions, afin de préserver
les souverainetés nationales dans la gestion des Des enseignements doivent toutefois être tirés de
connaissances, de limiter la marchandisation de l’expérience des initiatives défaillantes. De nouveaux
l’information et de sauvegarder le domaine public. efforts doivent être déployés pour assurer que les
Une réalité commune prévaut dans ce contexte : quel négociations seront consultatives, ouvertes à tous,
que soit leur niveau de développement, les pays ont soucieuses des effets induits pour la liberté d’expression
été aidés par des associations de la société civile et et la vie privée des personnes ; et respectées en raison
sont devenus plus astucieux, en matière de propriété de leur légitimité démocratique et de leur bénéfice
intellectuelle, depuis les négociations conduites dans pour le développement.
les années 90 sur l’Accord relatif aux ADPIC. Ils ont ainsi
refusé de rester inactifs lorsque des dispositions injustes Fragmentation des cadres africains de la
étaient intégrées au sujet de la propriété intellectuelle propriété intellectuelle
à des accords commerciaux internationaux. Les
négociateurs ont une idée claire de ce qui doit être évité Comme l’a détaillé le rapport ARIA  VII, le cadre
mais sont moins certains de la manière de mettre à jour réglementaire de la propriété intellectuelle est
les aspects dépassés de la propriété intellectuelle qui fragmenté. Les difficultés devront être surmontées
datent du siècle dernier. à trois niveaux par l’accord conclu dans le cadre de la
ZLEC : multiplication des organisations sous-régionales
Sur le continent, l’expérience de la Communauté de chargées de la propriété intellectuelle, foisonnement
l’Afrique de l’Est dans l’élaboration des politiques et des questions la concernant dans les communautés
des règlements anti-contrefaçon constitue également économiques régionales, et divergence avec le
un avertissement. La CAE a en effet élaboré un projet programme de développement de l’Afrique.
de politique contre la piraterie, la contrefaçon et la
violation des droits de propriété intellectuelle, ainsi Organisations sous-régionales chargées de la
qu’un projet de loi anti-contrefaçon, et aucun des propriété intellectuelle
deux textes n’a été adopté (Ncube, 2016). La principale La première difficulté est l’existence de deux
critique a été que ces projets reprennent les dispositions organisations sous-régionales : l’Organisation régionale
ADPIC-plus qui sont inadaptées aux pays les moins africaine de la propriété intellectuelle (ARIPO) et
avancés de la CAE12 (la Haute Cour kényane a invalidé l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle
les dispositions de même nature de la Loi kényane anti- (OAPI). Plusieurs États membres de l’Union africaine
contrefaçon)13. L’erreur de la CAE a été de sous-estimer n’appartiennent en outre à aucune des deux
163
organisations, notamment des puissances régionales communautés économiques régionales ont dans une
comme l’Afrique du Sud, l’Égypte et le Nigéria. certaine mesure entrepris d’encadrer les questions de la
propriété intellectuelle.
L’aspect linguistique est un facteur de division, l’ARIPO
opérant principalement dans les pays anglophones, Leurs initiatives sont rendues nécessaires par le
et l’OAPI dans les pays francophones. Des différences désengagement de l’ARIPO et de l’OAPI des efforts
structurelles existent également. Les États membres d’intégration régionaux. L’une de ces initiatives est le
de l’ARIPO obéissent à plusieurs cadres tandis que programme de la Zone de libre-échange tripartite pour
ceux de l’OAPI souscrivent à un système juridique la propriété intellectuelle. En 2016, l’ARIPO, souhaitant
unifié. Le rapport ARIA  VII a recensé les difficultés du approfondir son engagement, a signé un mémorandum
modèle existant. Ce dernier assure l’indépendance d’accord avec le COMESA, afin d’accroître leur
des deux organisations à l’égard des communautés coopération au niveau de l’Unité du COMESA chargée
économiques régionales ainsi que leur désengagement de la propriété intellectuelle20. Leur dispositif consolide
du programme d’intégration régional16. indirectement la zone de libre-échange tripartite et la
ZLEC.
• Les quatre difficultés posées par cette situation
bimodale sont les suivantes17 : Divergence avec le programme de développement
de l’Afrique
• Incohérence politique et institutionnelle. La troisième difficulté est posée par la divergence qui
existe entre la ZLEC, l’OPAPI et l’Agenda 2063. Ce dernier,
• Importance accordée à l’octroi des droits de brevets adopté par l’Union africaine, expose en effet l’aspiration
en excluant les directives sur l’exercice de ces suivante : « Un continent intégré, politiquement uni au
droits18. nom des idéaux du panafricanisme et conformément à
la perspective d’une renaissance africaine ».
• Réduction de la marge d’action des États membres
par certains efforts d’harmonisation. Le premier plan décennal d’exécution de l’Agenda
2063 pour 2014-202321 fixe les objectifs de la ZLEC et
• Inexistence de tout cadre de coopération pour la de l’OPAPI. La création de la Communauté économique
propriété intellectuelle dans les négociations sur les africaine et de l’OPAPI est considérée comme prioritaire
accords bilatéraux de commerce et d’investissement, dans le cadre et les institutions d’une Afrique unie22.
et affaiblissement consécutif de la marge d’action
des États membres signataires. La convergence des initiatives permettrait d’atteindre
le triple objectif de la protection de la marge d’action
Les négociations conduites sous les auspices de contre l’affaiblissement dû aux accords commerciaux ;
l’Union africaine pour l’Organisation panafricaine de l’établissement de cadres législatifs et politiques
de la propriété intellectuelle (OPAPI) résoudront de la propriété intellectuelle appropriés à l’échelle
possiblement certaines des difficultés existantes. Un nationale ; et de la gestion de la coopération régionale.
cadre directeur sera toutefois nécessaire en cas de
nouvelle organisation. L’OAPI et l’ARIPO ont récemment Avance inégale de l’innovation en
conclu un troisième accord de coopération en vue de Afrique : Une réalité dont le cadre de la
mieux harmoniser leurs travaux sur la période 2017– propriété intellectuelle doit tenir compte
202119. De précédents accords avaient été signés en
1996 et en 2005. Les exigences de l’Afrique en matière d’innovation
diffèrent fondamentalement de celles des autres
Communautés économiques régionales régions du monde. Des études ont montré que
La deuxième difficulté concerne la multiplication l’innovation en Afrique s’imposait principalement
des initiatives, menées ou programmées par des dans le secteur informel, et reposait rarement sur les
communautés économiques régionales aux fins moyens traditionnels de l’acquisition et de la gestion
de la propriété intellectuelle, qui n’incluent pas les des connaissances (Kraemer-Mbula et Wunsch-Vincent,
organisations régionales existantes ou proposées. Huit 2016 ; de Beer et coll., 2013).
164
Même si la protection officielle de la propriété ceux qui ne tiennent pas compte de leur réalité
intellectuelle était adaptée à ces contextes, ce qui n’est socioéconomique (Armstrong, 2010). Ces remarques
pas le cas, les recherches montrent que cette protection doivent guider l’élaboration des dispositions de forme
« ne saurait prévaloir en l’absence de toute institution et de fond du cadre de la propriété intellectuelle de la
solide qui inclura les organismes chargés de la propriété ZLEC.
intellectuelle – enregistrant les renseignements et
les divulguant, et menant une action éducative – et Cadre de la ZLEC pour la résolution des
s’appuiera sur une culture du respect et de l’application questions de la propriété intellectuelle
des droits de propriété intellectuelle  » (de  Beer et
coll., 2013). Ce respect est impossible à bâtir tant Tout accord de la ZLEC sur la protection de la propriété
que les dispositions de fond du droit de la propriété intellectuelle résultera d’une initiative intra-africaine, en
intellectuelle restent éloignées de la vie quotidienne ce sens qu’il constituera une déclaration juridiquement
des Africains. contraignante sur la position des pays signataires. Il
sera également un guide important à l’étranger, lorsque
Des chercheurs ont par exemple conduit une étude ces pays négocieront des accords de libre-échange
comparative des incidences du droit d’auteur sur l’accès avec des pays non africains. En d’autres termes, les
à l’éducation dans huit pays d’Afrique, et établi que questions nationales guideront les États membres dans
la difficulté constatée n’était pas due à l’insuffisance les négociations qu’ils conduiront avec d’autres pays ou
de la protection juridique, ni au non-respect des lois groupes régionaux en vue d’accords commerciaux.
des pays à l’égard des normes internationales, mais à
«  l’insuffisance de la sensibilisation au droit d’auteur, Sur le fond, l’accord de la ZLEC sur la propriété
de la mise en application du droit d’auteur et de son intellectuelle devrait favoriser la souplesse, souligner
exploitation  ». L’étude a en outre constaté que même l’importance d’une période de transition et préserver la
lorsque la sensibilisation aux principes du droit d’auteur marge d’action en créant des limites et des exceptions
est réelle, les populations sont réticentes à appliquer

Encadré 10.1
Innovation de Nollywood
L’industrie du cinéma nigériane, qui a pour nom Nollywood, offre un excellent exemple de croissance rapide
ayant lieu malgré la propriété intellectuelle et non grâce à elle. L’accommodant système de protection de la
propriété intellectuelle qui s’applique à Nollywood a suscité des formes d’engagement créatives avec les acteurs
des réseaux de distribution de films informels au Nigéria. Toute approche officielle de la propriété intellectuelle
isolerait, affaiblirait et pénaliserait les membres des réseaux informels.
L’industrie continue au contraire de trouver les moyens ingénieux d’exploiter les partenariats et les possibilités
contractuelles des distributeurs informels. Ces derniers sont ainsi devenus les acteurs essentiels de la chaîne
de valeur de Nollywood. Plusieurs membres de l’industrie reconnaissent que si la propriété intellectuelle est
souhaitable, tout déséquilibre opéré dans la mise en œuvre des politiques profiterait seulement à quelques
privilégiés, et nuirait aux contextes culturels qui encouragent la créativité collaborative et le désir de visibilité des
artistes et créateurs individuels. Les membres de l’industrie admettent que cette visibilité améliore le talent et les
possibilités des créateurs.
Nollywood continue d’évoluer progressivement, en attirant l’attention sur la nécessité d’élaborer une politique
de la propriété intellectuelle pragmatique et sensible. Les anciens systèmes de protection sont tous inadaptés au
contexte nigérian.
Des similitudes sont toutefois constatées avec l’industrie musicale égyptienne (Rizk, 2014). Les dynamiques
entreprises culturelles africaines offrent l’occasion d’examiner la meilleure manière d’adapter la propriété
intellectuelle au contexte de l’innovation et de la créativité en Afrique. Ces dernières présentent un caractère
authentique. La piraterie qui a cours dans les économies émergentes incluant l’Afrique est un dysfonctionnement
du marché et non un problème de propriété intellectuelle (Karaganis, 2011).
165
adaptées aux pays, quel que soit leur niveau de statuts de l’OPAPI résultait d’un processus opaque qui
développement. n’avait prévu aucune consultation ouverte aux acteurs
concernés incluant la société civile. Aucun projet de
L’accord devrait également prendre acte des difficultés statuts n’avait été précédemment édité ni même
et opportunités de la protection de la propriété examiné publiquement  »23. Cette approche (passée)
intellectuelle en Afrique. Toute approche élaborée par doit céder le pas à un processus global, transparent et
des Africains en vue d’un accord est acceptable, du fait ouvert aux acteurs concernés.
que les parties à la négociation partagent les mêmes
valeurs et priorités «  afrocentriques  » et affrontent les Face aux changements survenus dans la dynamique
mêmes difficultés en matière de propriété intellectuelle. en cours, aux attentes accrues des populations dans
Des propositions de principes sont formulées pour le domaine du droit international et de la formulation
l’accord-cadre de la ZLEC sur la propriété intellectuelle des politiques, et à la nécessité de réduire au minimum
dans les deux sous-sections suivantes. le risque d’un rejet des populations ou d’un échec,
les négociations sur la ZLEC doivent veiller à l’équité,
Principes de forme à l’équilibre et à la légitimité des politiques. Elles
Au regard des erreurs commises dans les accords organiseront ainsi une procédure démocratique,
commerciaux bilatéraux, plurilatéraux ou multilatéraux transparente, diligente et ouverte à tous. Cette procédure
au sujet des questions de propriété intellectuelle, inclura des consultations et des débats publics. Les
l’accord-cadre de la ZLEC devra être négocié dans le processus et méthodes des législateurs nationaux et des
souci d’assurer sa légitimité démocratique. Les causes organisations internationales telles que l’Organisation
profondes d’illégitimité incluent : mondiale de la propriété intellectuelle autorisent l’accès
des personnes aux projets de documents et la tenue
• La confidentialité et le manque de transparence des d’audiences publiques. Il convient de faire de même.
négociations ;
Principes de fond
• L’absence de consultations ouvertes aux principales Les questions de fond qui devront être traitées par
parties et l’organisation d’un processus consultatif le cadre africain de la propriété intellectuelle sont
sélectif pour les parties à la négociation excluant la notamment les suivantes.
société civile ;
Droit d’auteur. Des cadres nationaux seront établis en
• La tenue de négociations en dehors d’organismes vue d’encourager l’innovation et la créativité. Ils seront
internationaux tels que l’Organisation mondiale équilibrés, solides, cohérents, applicables pratiquement,
de la propriété intellectuelle et l’Organisation adaptés au contexte et ouverts aux technologies
mondiale du commerce qui sont dotés de règles numériques. Il convient ainsi d’adopter des dispositions
sur la mobilisation du public et le partage de sur le champ et les modalités de la protection du droit
l’information ; d’auteur en prévoyant des exceptions et des limites.
Au sujet des exceptions et des limites, l’inclusion
• La négligence, la dissimulation ou la minimisation de dispositions expresses est impérieuse (pour les
des incidences des textes sur les libertés des personnes handicapées, les reproductions temporaires,
personnes telles que la liberté d’expression et la vie les importations «  parallèles  », les textes et œuvres
privée ; orphelins et l’extraction de données).

• Le bâclage des processus, ces derniers semblant Brevets. L’accord ne devrait pas seulement chercher
proposer des solutions simplistes à des problèmes à sécuriser la délivrance de brevets à la seule fin
complexes. de l’amélioration du classement de l’Afrique. Il doit
améliorer les brevets délivrés selon le droit des
Les mêmes inquiétudes avaient été exprimées brevets, lequel encadre par exemple adéquatement
en Afrique en 2012, au sujet du projet de statuts l’accès aux médicaments. Cela nécessitera d’adopter
de l’OPAPI. Les experts africains de la propriété une approche plus rigoureuse pour l’utilisation des
intellectuelle avaient ainsi affirmé que «  [l]e projet de flexibilités et l’exploitation de la marge d’action (comme
166
indiqué précédemment, plusieurs communautés Les règles et principes de la concurrence doivent être
économiques régionales ont fourni des orientations à équilibrés pour être efficaces. Les dispositions de l’accord
ce sujet). L’accord sur la ZLEC devra consolider les efforts sur les ADPIC (recensées précédemment) sont ainsi
accomplis en les intégrant, et ne réinventer aucune incontournables. Elles devront être prises en compte
politique ou directive. Les lois nationales sur les brevets dans les négociations sur la ZLEC. La question complexe
nécessitent d’être examinées sur le fond et les capacités de l’intersection des droits de propriété intellectuelle et
et procédures des offices de brevets, renforcées, de des droits de l’homme, qui a posé des difficultés pour
façon que les examens soient crédibles et efficaces. certains accords commerciaux internationaux, ne doit
pas être négligée dans les négociations sur la ZLEC.
Marques commerciales. Les stratégies sur les D’importants traités internationaux sur les droits de
marques commerciales moins conventionnelles, l’homme incluent des dispositions sur des aspects des
notamment les marques communales, sont mieux à droits de propriété intellectuelle. Les négociations sur
même de transformer la vision du développement des la ZLEC devront se centrer sur la manière d’intégrer au
producteurs africains en inventions commercialisables. mieux les questions des droits de l’homme dans les lois
Elles combinent en effet des éléments de protection et politiques de la propriété intellectuelle, notamment
externe et des éléments d’ouverture interne, d’inclusion celles sur l’accès au matériels pédagogiques et aux soins
et de collaboration adaptés aux conditions locales. de santé en Afrique. Elles devront également reprendre
Ces stratégies sont toutefois peu utilisées en Afrique. les clauses conditionnelles des normes « maximales »,
Il n’existe aucun cadre national encourageant leur en les préférant à celles des normes « minimales », dans
utilisation et les mesures de protection sont inexistantes. le domaine des flexibilités centrées sur les utilisateurs
Les cadres juridiques sont adaptés à la protection (exceptions et limites).
des marques commerciales conventionnelles.
Les négociations sur la ZLEC offrent l’occasion de Commerce électronique
promouvoir les politiques de propriété intellectuelle
susceptibles de créer une forme de cadre sui  generis L’économie mondiale connaît une évolution rapide en
pour la protection des marques commerciales moins matière de numérisation. Cette dernière transforme les
conventionnelles à l’échelle nationale. secteurs économiques traditionnels et fait émerger de
nouveaux produits et services numériques. Il est prévu
Savoirs traditionnels. Les savoirs traditionnels qu’en Afrique, le commerce électronique progresse de
demeurent une force majeure de l’Afrique au niveau 40 % par an ces dix prochaines années (KPMG, 2013). De
de la propriété intellectuelle et des politiques nouveaux modèles d’activité continueront d’apparaître
commerciales. Ils s’expriment dans les principaux (encadré  10.3) et de modifier les dynamiques du
secteurs de l’innovation et des connaissances, commerce et de l’industrialisation en Afrique.
notamment dans la médecine, l’agriculture, la
biotechnologie et l’alimentation. L’Afrique a été Les données constituent la matière première de
influente à l’échelle mondiale pour mobiliser des appuis l’économie numérique. Elles suscitent de nouveaux
en faveur de la protection des savoirs traditionnels. modèles d’activité permettant de dominer un marché,
Des initiatives existent également pour harmoniser les en facilitant les publicités ciblées dans des secteurs tels
efforts à l’échelle régionale. Les négociateurs sont ainsi que la logistique, l’agriculture, la santé, l’éducation et la
priés de tenir compte des positions et des déclarations consommation d’énergie. La détention et l’utilisation
politiques présentées dans les protocoles et directives, de données ont, comme pour toutes ressources,
lors de l’élaboration de la politique de la ZLEC sur la d’importantes implications pour la gouvernance,
propriété intellectuelle. l’action politique et la sécurité.

Concurrence. Les politiques et lois de la concurrence La croissance de l’économie numérique et le contrôle


peuvent, si elles sont judicieusement utilisées, des données ont donné lieu à des propositions de
compléter les règles de la propriété intellectuelle règles internationales dans le cadre de l’OMC. Ces
et du commerce, dans le but d’élargir l’accès aux règles incluent des mesures pour libéraliser les
connaissances et aux technologies protégées par les flux de données transfrontières, ouvrir l’Internet et
droits de propriété intellectuelle, et réduire leur prix. interdire les droits de douane imposés aux supports
167
Encadré 10.2
Nouveaux modèles d’activité de l’économie numérique
Biens livrés par drone
Les biens matériels peuvent être livrés par drone facilement et à moindres frais, sous la forme de paquets, par
exemple à domicile (au Rwanda, Zipline livre par drone des articles médicaux aux patients isolés).
« Ubérisation » des prestations de services
Une application relie un fournisseur à un consommateur au moyen d’une plateforme. Elle peut être basée dans
un pays, le fournisseur pouvant opérer dans un deuxième pays, et le consommateur, habiter dans un troisième
pays. Il en est ainsi dans le transport, le logement et l’alimentation, et pourrait l’être pour la santé, les services
professionnels et les services financiers.
« Servicisation » des biens et services
General Electric ne vend plus d’équipements radiologiques aux hôpitaux depuis qu’il a doté ses équipements
de fonctions de surveillance à distance. Ces dernières lui permettent de contrôler et de faire fonctionner ses
équipements24.
Les entreprises qui vendent des climatiseurs domestiques fourniront de plus en plus de l’« air refroidi » sous la
forme de services. Les « climatiseurs intelligents » ajusteront ainsi les températures intérieures aux températures
extérieures ainsi qu’au calendrier Google du consommateur (allumage/extinction en temps voulu).
Les données constituent la matière première de l’économie numérique
L’économie numérique reposera sur l’analyse des données. Vu que la promotion et la fourniture des biens et
services atteindront le consommateur en temps réel, seuls ceux qui ont accès aux données resteront sur le marché.
La publicité est adaptée au client-cible25 et les prix sont ajustés à son profil (établi grâce à l’analyse des données).
Source : CEA et Centre Sud (2017).

numériques ainsi que les règles sur la localisation des et ses infrastructures de transport sont inadaptées aux
données, les exigences en matière de contenus locaux livraisons (CEA et Centre Sud, 2017).
et la divulgation des codes sources. Elles reprendront
également les protections des dispositions ADPIC-plus Les caractéristiques de l’économie numérique telles que
pour certains aspects de la propriété intellectuelle les effets de réseau encouragent la concentration des
numérique. Les règles pourraient toutefois limiter la grandes entreprises. Les pratiques anticoncurrentielles
marge d’action dont l’Afrique a besoin pour mettre en telles que le bradage des prix, qui sont susceptibles
œuvre ses plans d’industrialisation numérique et tirer de mettre en péril le développement des entreprises
parti de la croissance de l’économie numérique. numériques africaines sur les marchés africains,
gagnent du terrain.
Une fracture numérique sépare les pays africains des
pays développés. L’Afrique est en effet la seule région Une autre difficulté posée par la croissance de l’économie
du monde où la pénétration des réseaux mobiles à haut numérique concerne la progression de l’automatisation.
débit est inférieure à 20 %. Les abonnements aux lignes Elle crée le risque que les tâches précédemment
fixes à haut débit sont minimes, à moins de 1 %. Le prix effectuées par les fabricants des pays en développement
des connexions aux lignes fixes est également l’un des soient automatisées dans les pays développés. Un
plus élevés au monde (la vitesse de connexion étant exemple bien connu concerne l’entreprise Adidas qui
également minimale dans la majorité des cas) (CEA a relocalisé certains de ses procédés de fabrication en
et Centre Sud, 2017). L’Afrique rencontre en outre des Allemagne, afin que ses chaussures soient produites au
difficultés dans les transactions bancaires internationales moyen de robots et d’imprimantes 3D, et non plus par
pour plusieurs raisons : ses banques nationales ne sont la main-d’œuvre asiatique (The Economist, 2017). Ces
pas reliées aux banques internationales, ses petites et nouveaux modèles d’activité ont des effets évidents sur
moyennes entreprises peinent à figurer sur les sites ou les stratégies d’industrialisation traditionnelles qui sont
plateformes internationaux du commerce électronique centrées sur la fabrication et orientées vers l’exportation.
168
Leur évolution modifiera le niveau du seuil auquel les Il importera d’examiner le type de stratégie régionale
pays en développement pourront s’insérer dans les qui doit être mise en place pour traiter et valoriser les
chaînes de valeur mondiales. données africaines (CEA et Centre Sud, 2017), de façon à
s’assurer que le marché limité et fragmenté de l’Afrique
L’industrialisation de l’Afrique passe ainsi par la n’empêche pas les jeunes entreprises florissantes du
réorientation de l’économie numérique africaine continent de devenir hautement concurrentielles.
et la redéfinition du rôle des données africaines. Il La ZLEC peut à cet égard consolider les règles et
est recommandé d’élaborer une stratégie africaine règlements du commerce électronique et susciter
sur l’industrie numérique, afin qu’elle tire parti des un marché intégré pour les entreprises numériques
possibilités offertes par l’économie numérique et africaines. La croissance de l’économie numérique pose,
s’attaque aux difficultés qu’elle pose. Cette stratégie certes, de nombreuses difficultés aux pays africains
pourra, pour être efficace, inclure la création de freinés par la fracture numérique mais l’élaboration de
marchés à l’intention des entreprises nationales, des politiques judicieuses pourra leur donner l’occasion de
coentreprises public-privé, des acteurs des marchés brûler des étapes du développement.
du capital-investissement structurés par les pouvoirs
publics, et prévoir des appuis pour les incubateurs
technologiques ainsi que des programmes éducatifs
numériques.

169
Références bibliographiques

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171
Notes de fin de chapitre

1 Voir [Link] 13 Acte n°  13 de 2008 dans l’affaire Patricia Asero


Ochieng, Maurine Atieno et Joseph Munyi c. Le
2 [Link] Procureur général, pétition du HCCC n° 409 de 2009.
ditcclpmisc2014d2_en.pdf.
14 Le CETA a été signé le 30  octobre 2016. Voir
3 [Link] Commission européenne (2017), disponible à l’adresse :
html. [Link]
Pour s’informer sur les polémiques soulevées par les
4 [Link] négociations du CETA, voir les présentations générales
competition-law-developments-in-africa-i. de de Beer (2013), Drache et Trew (2010) et Miles (2016).

5 Il couvre des secteurs tels que l’agriculture, 15 Les négociations sur le Partenariat économique
l’électronique, les produits pharmaceutiques, global régional ont été initiées au Cambodge le
l’énergie, l’automobile, la construction, l’exploitation 20  novembre 2012. Voir le Ministère australien des
minière, l’assurance, la logistique, les technologies de affaires étrangères et du commerce (sans date).
l’information, l’aviation, l’hôtellerie et la restauration,
les télécommunications, l’emballage, les systèmes de 16 Note 2, 72.
paiement, le traitement de l’eau, le commerce de détail,
les boissons, le commerce de marchandises et le textile. 17 Ibid, note 73.

6 [Link] 18 Sur le droit d’auteur, l’ARIPO a fourni des directives


CompetitionLaw/UN-Guidelines-on-Consumer- dans son guide sur le Traité de Marrakech. Il s’étend à
[Link]. l’exercice des droits des utilisateurs. Voir ARIPO (2016).

7 La présente section s’inspire d’un document de 19 ARIPO (2017).


référence signé de Ncube et coll. (2017).
20 COMESA (2017).
8 Pour une conceptualisation de la «  gestion des
connaissances », voir Armstrong et Schonwetter (2016). 21 CUA (2015).

9 Les parties à l’Accord commercial anti-contrefaçon 22 Ibid, p. 65–66.


étaient l’Australie, les États-Unis, le Japon, les 27 pays
de l’Union européenne, la Suisse, le Canada, Singapour, 23 Voir Kawooya (2012).
la Corée du Sud, la Nouvelle-Zélande, le Maroc et le
Mexique. 24 Voir Atkinson (2016).

10 Ils sont disponibles à l’adresse http:// 25 Pour une explication plus détaillée, voir Adler
[Link]/research/. (2013).

11 «  Focus Issue: Intellectual Property Law


Enforcement and the Anti-Counterfeiting Trade
Agreement (ACTA) » (2011) 26 (13), American University
International Law Review, disponible à l’adresse : http://
[Link]/auilr/vol26/iss3/.

12 Ibid.

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