Géométrie algébrique et complexe
Géométrie algébrique et complexe
Claire Voisin
Institut de mathématiques de Jussieu, CNRS,UMR 7586
2 Faisceaux cohérents 23
2.1 Faisceaux quasi-cohérents sur les schémas affines . . . . . . . . . . . 23
2.2 Opérations sur les faisceaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
2.3 Faisceaux localement libres . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
2.3.1 Diviseurs de Cartier et fibrés en droites . . . . . . . . . . . . 28
2.3.2 O(1) sur un Proj . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
2.3.3 Grassmanniennes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33
2.4 Faisceaux cohérents sur un schéma projectif. . . . . . . . . . . . . . . 34
2.5 Cohomologie des faisceaux quasi-cohérents . . . . . . . . . . . . . . . 36
2.6 Cohomologie de l’espace projectif . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
2.7 Théorèmes d’annulation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
1
II Le point de vue complexe 55
7 Différentielles de Kähler 96
7.1 Module des différentielles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 96
7.2 Faisceau des différentielles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 98
7.3 Régularité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 100
7.4 Résolutions finies . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 102
7.5 Sous-variétés lisses et éclatements . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 104
7.5.1 Eclatements . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 107
2
7.5.2 Propriété universelle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 109
7.5.3 Cas localement intersection complète . . . . . . . . . . . . . . 109
12 Platitude 165
12.1 Modules plats sur un anneau . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 165
12.2 Modules gradués et polynôme de Hilbert . . . . . . . . . . . . . . . . 167
12.3 Faisceaux plats au-dessus d’une base . . . . . . . . . . . . . . . . . . 167
12.4 Polynôme de Hilbert et finitude . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 170
3
12.4.1 Degré . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 170
12.4.2 Lien avec le polynôme de Hilbert . . . . . . . . . . . . . . . . 170
12.4.3 Enoncés de finitude . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 171
12.5 Schéma de Hilbert et Grassmanniennes . . . . . . . . . . . . . . . . . 175
0 Introduction
La notion classique d’espace géométrique. Espace topologique = ensemble
X + topologie (données ensemblistes sur X). On a automatiquement le faisceau de
fonctions continues à valeurs dans R (faisceau d’anneaux).
(Rappel faisceaux....)
Variétés différentiables (resp. complexes) : espace topologique séparé + sous-
faisceau des fonctions différentiables (resp. holomorphes).
Dans ces définitions, les points sont importants : la variété est vue comme en-
semble de points.
Dans le cas différentiable, ( ou topologique, ou holomorphe affine), on retrouve
la variété comme le spectre maximal de l’algèbre des fonctions différentiables AX :
On a pour chaque x ∈ X une application d’évaluation
AX → R,
f 7→ f (x).
C’est un morphisme de R-algèbres. Le noyau est donc un idéal maximal Mx de AX .
Lemme 0.1 Si X est un espace topologique compact (ou une variété différentiable
compacte) séparé, X est de cette manière en bijection avec l’ensemble des idéaux
maximaux de AX .
Espaces annelés. La notion qui émerge est celle d’espace annelé (resp. locale-
ment annelé) : C’est un espace topologique muni d’un faisceau d’anneaux A. (resp.
De plus le germe Ax en x doit être un anneau local.)
Morphismes d’espaces annelés. (X, AX ), et (Y, AX ) étant deux espaces
annelés, les morphismes de (X, AX ) dans (Y, AX ) sont donnés par les applications
continues entre φ : X → Y entre les espaces topologiques sous-jacents, accompagnés
d’un morphisme de faisceau d’anneaux (“pull-back”)
φ∗ : φ−1 AY → AX .
φ∗ : AY,φ(x) → AX,x
4
soit un morphisme d’anneaux locaux.
Première partie
Schémas affines et projectifs, faisceaux
cohérents
1 Schémas affines et projectifs
Le corps k est donné. C’est le corps de base. L’anneau fondamental est l’anneau
k[X1 , . . . , Xn ]. Dans le cas de Pnk , on considérera k[X0 , . . . , Xn ], et on le verra comme
un anneau gradué par le degré. Ces anneaux sont des k-algèbres.
5
suivante, dite de Zariski : Les fermés de Spec k[X1 , . . . , Xn ] sont donnés par les
idéaux I ⊂ k[X1 , . . . , Xn ]. Si I est un idéal, le fermé associé est
FI = {µ ∈ Spec k[X1 , . . . , Xn ], I ⊂ µ}.
Exercice 1.1 Vérifier que c’est une topologie.
Noter que si UI := Spec k[X1 , . . . , Xn ] \ FI est le complémentaire de FI , on a
UI = ∪f ∈I Uf , où Uf := {µ ∈ Spec k[X1 , . . . , Xn ], f 6∈ µ}. Les ouverts Uf sont dits
affines. Par ce qui précède ils forment une base d’ouverts de Spec k[X1 , . . . , Xn ].
Remarque 1.2 Deux idéaux différents peuvent définir des fermés égaux. Le contenu
du “Nullstellensatz” précise la relation entre deux idéaux définissant le même fermé.
Par contre, si on s’intéresse aux sous-schémas, c’est-à-dire aux fermés munis
d’un faisceau structurel, (voir plus loin), ils sont exactement en bijection avec les
idéaux.
Faisceau structurel O. Soit 0 6= f ∈ k[X1 , . . . , Xn ], définissant un ouvert Uf =
Spec k[X1 , . . . , Xn ]f constitué des idéaux premiers ne contenant pas f . On pose alors
O(Uf ) = k[X1 , . . . , Xn ]f , le localisé en f de k[X1 , . . . , Xn ]. Le faisceau structurel est
le faisceau associé au préfaisceau Uf 7→ k[X1 , . . . , Xn ]f défini seulement sur les Uf .
On a le résultat suivant, qui montre le préfaisceau ci-dessus était déjà un faisceau :
Proposition 1.3 Si Uf = Uf1 ∪. . .∪Ufk , alors l’ensemble des (σi ) ∈ k[X1 , . . . , Xn ]fi , σi =
σj dans k[X1 , . . . , Xn ]fi fj est égal à O(Uf ) = k[X1 , . . . , Xn ]f . En d’autres termes
Γ(Uf , OUf ) = O(Uf ).
Démonstration. Dire que Ufi ⊂ Uf équivaut à dire que f divise fil pour un certain
l et il en résulte que k[X1 , . . . , Xn ]f,fi = k[X1 , . . . , Xn ]fi .
En effet, cela signifie que tout idéal premier contenant f contient fi , et donc que
tout idéal premier de k[X1 , . . . , Xn ]/ < f > contient l’image de f i dans k[X1 , . . . , Xn ]/ <
f >. Donc
f i ∈ ∩µ µ,
où l’intersection est prise sur tous les idéaux premiers de k[X1 , . . . , Xn ]/ < f >. Il
est facile de voir que f i est alors nilpotent.
Le fait que Uf = Uf1 ∪ . . . ∪ Ufk équivaut à dire que l’idéal engendré par les fi
contient 1 dans k[X1 , . . . , Xn ]f . En effet, dans le cas contraire, cet idéal est contenu
dans un idéal premier non trivial, ce qui donne un point de Uf dans l’intersection
des complémentaires des Ufi . P
On a donc une relation f m = i gi fi . De même, pour tout entiers li ≥ 0, on a
P
une relation f m = i gi fili , où m et les gi ∈ k[X1 , . . . , Xn ] dépendent des li .
Soit maintenant (σi ) ∈ k[X1 , . . . , Xn ]fi , σi = σj dans k[X1 , . . . , Xn ]f fi fj = k[X1 , . . . , Xn ]fi fj .
Alors il existe li tels que fili σi ∈ k[X1 , . . . , Xn ].
P
On a alors i gi fili σi ∈ k[X1 , . . . , Xn ].
Mais d’autre part, on a σi = σj dans k[X1 , . . . , Xn ]fi fj . Cela entraı̂ne que fili σj ∈
k[X1 , . . . , Xn ] et fili σi = fili σj dans k[X1 , . . . , Xn ]. On a donc pour chaque j :
X X
gi fili σi = (gi fili )σj = f m σj ,
i i
P li
i gi fi σi
ce qui montre que f m est un élément de k[X1 , . . . , Xn ]f qui se restreint à σj
sur Uj .
6
Les schémas affines sont déterminés par leur anneau de fonctions. Dans le cas
de l’espace affine, cela se résume dans l’énoncé suivant, qui n’est rien d’autre que la
proposition précédente appliquée à f = 1 :
Germe. Soit µ ∈ Spec k[X1 , . . . , Xn ]. Par définition, le germe OAnk ,x est le localisé
k[X1 , . . . , Xn ]µ relativement à la partie multiplicative Sµ := k[X1 , . . . , Xn ] \ µ (c’est
multiplicatif car µ est premier). En effet, rappelons que le germe Fx d’un faisceau
F sur un espace topologique X en un point x est défini comme
Fx = lim
−→U,x∈U F(U ).
Dans notre cas, on peut prendre comme base d’ouverts contenant le point du spectre
correspondant à µ les ouverts affines Uf := Spec k[X1 , . . . , Xn ]f , pour f 6∈ µ. Mais
la limite directe des k[X1 , . . . , Xn ]f pour f 6∈ µ est précisément k[X1 , . . . , Xn ]µ .
C’est bien un anneau local d’idéal maximal égal à µk[X1 , . . . , Xn ]µ , ce qui montre
que notre espace annelé (Spec k[X1 , . . . , Xn ], O) est localement annelé.
k[X1 , . . . , Xn ]µ /µk[X1 , . . . , Xn ]µ .
k[X1 , . . . , Xn ] → K.
C’est clairement en bijection avec K n . Ces K-points sont aussi les morphismes de
k-schémas Spec K → Spec k[X1 , . . . , Xn ].
(NB. On n’a pas encore dit ce qu’est un schéma ! ! !, voir plus loin.)
Les K-points d’un fermé X de Ank défini par un idéal I sont les morphismes de
k-algèbres
k[X1 , . . . , Xn ]/I → K.
Ils sont notés X(K).
Cette description des K-points résume assez bien la situation : algébriquement,
tout est dans l’anneau k[X1 , . . . , Xn ] ; k[X1 , . . . , Xn ] est l’anneau des fonctions poly-
nomiales sur k n . Géométriquement, on retrouve k n comme l’ensemble des k-points
de Ank . A ce stade, la situation est proche de la situation topologique, car les fonc-
tions (polynômes) sont bien des fonctions sur k n à valeurs dans k. Quand on passe
7
aux K-points, ce n’est plus le cas, et on constate de plus qu’on a affaire à un nouvel
ensemble de points.
Points fermés. Soit µ ∈ Spec k[X1 , . . . , Xn ]. C’est un point d’un espace topolo-
gique. Ce point est fermé s’il est égal à sa clôture de Zariski µ. Cette clôture est
l’intersection des fermés contenant µ. Or le plus petit fermé contenant µ est
Donc on a prouvé que le point µ est fermé dans le spectre si et seulement si l’idéal
µ est maximal.
Point générique. L’idéal 0 de Ank est premier car k[X1 , . . . , Xn ] est intègre. On
a donc un point particulier de Ank , appelé le point générique. Son corps résiduel
est le corps de fractions k(X1 , . . . , Xn ). Ce point est générique car aucune fonction
f ∈ k[X1 , . . . , Xn ] ne s’annule dessus, de sorte que sa clôture de Zariski est Ank .
Pour la structure d’espace annelé, on fait la chose suivante : Par définition, pour
tout µ ∈ P roj k[X0 , . . . , Xn ], il existe un i ∈ {0, . . . , n} tel que Xi 6∈ µ. Alors µ
appartient à l’ouvert de Zariski Ui défini par Xi :
(vérifier).
Pour construire une structure d’espace annelé globale, on utilise l’isomorphisme
k[X0 /Xi , . . . , Xn /Xi ] ∼
= k[X0 /Xj , . . . , Xn /Xj ] donné sur les coordonnées par la mul-
tiplication par Xi /Xj . La fonction Xi /Xj est “inversible” sur l’ouvert Ui ∩ Uj qui
est constitué des idéaux premiers ne contenant ni Xi ni Xj . Ici inversible veut dire
que Xi /Xj est inversible dans l’anneau Oµ en chaque point µ.
8
Cet isomorphisme correspond à l’identification naturelle
Point de vue schématique. On n’est pas forcé d’utiliser la notion de “Proj” pour
définir Pnk . Comme on le verra plus loin, cette notion est surtout utile pour voir Pnk
comme un schéma muni d’un faisceau inversible ample.
On définit Pnk comme la réunion de n + 1 espaces affines
bi , . . . , Xn ].
Ui = Spec k[X0 , . . . , X
bi , . . . , Xn ]X ∼
k[X0 , . . . , X b
j = k[X0 , . . . , Xj , . . . , Xn ]Xi
(Spec Ui )j ∼
= (Spec Uj )i ,
où le terme de gauche (resp. de droite) est l’ouvert de Ui défini par Xj (resp. l’ouvert
de Uj défini par Xi ). Ceci fournit les recollements souhaités en posant Ui ∩ Uj =
(Spec Ui )j ⊂ Ui = (Spec Uj )i ⊂ Uj .
La grande différence entre l’espace affine (plus généralement les schémas affines)
et l’espace projectif (plus généralement les schémas projectifs) réside dans le fait
que l’espace affine est déterminé par (et détermine) un anneau, qui est l’espace des
sections globales de O (cf Proposition 1.4). Ceci n’est pas du tout vrai pour l’espace
projectif. En fait on a :
Démonstration. On utilise la proposition 1.4, qui dit que les sections globales
bi , . . . , Xn ]. Sur Ui ∩ Uj , les sections globales
de OPnk sur Ui s’identifient à k[X0 , . . . , X
doivent être des couples constitués d’un polynôme Pi en Xl , l 6= i et d’un polynôme
Pj en Xl , l 6= j, satisfaisant la condition que Pj = Pi (Xi Xl /Xj ). Il faut vérifier que
ces polynômes sont constants.
k-Points de Pnk .
9
< X0 , . . . , Xn >) et est alors un k-point de Ui . Or Ui est isomorphe à Ank . Un k-point
de Ui est donc un élément de k n ; voyons k n comme l’hyperplan affine de k n+1 défini
par xi = 1. Alors cet ensemble paramètre aussi des droites de k n+1 , par u 7→< u >
(précisément, l’ensemble des droites qu’on obtient ainsi est l’ensemble des droites
non contenues dans l’hyperplan {xi = 0} et donc admettant un vecteur directeur
satisfaisant xi = 1). Ainsi les k-points de chaque Ui paramètrent des droites de k n+1 ;
il reste à vérifier que sur les k-points de Ui ∩ Uj , les identifications avec des droites
de k n+1 via Ui et via Uj coı̈ncident.
Les schémas affines sont en fait les sous-schémas fermés de Ank pour un n adéquat. Ici
les sous-schémas fermés sont les fermés Y ⊂ Ank (pour la topologie de Zariski) définis
par un idéal I ⊂ k[X1 , . . . , Xn ], avec faisceau structurel défini de la façon suivante :
Pour tout ouvert Uf de Ank , induisant Yf := Y ∩ Uf , on pose OYf = OUf /IOUf .
La raison pour laquelle on peut réaliser un k-schéma affine de type fini comme
sous-schéma d’un Ank est le fait que toute algèbre de type fini A est un quotient
A = k[X1 , . . . , Xn ]/I.
Le spectre de A s’identifie alors au fermé défini par I dans Ank car un idéal premier
de A est la même chose qu’un idéal premier de k[X1 , . . . , Xn ] contenant I. D’autre
part, on a l’isomorphisme
Af ∼
= k[X1 , . . . , Xn ]f /Ik[X1 , . . . , Xn ]f ,
qui montre que la structure d’espace annelé sur Spec A est bien la structure induite
de sous-schéma.
10
Par contre, si I est un idéal, et p est un entier, I p et I définissent le même fermé
de Ank . Plus généralement, si f est telle que f p ∈ I, pour un entier p > 0, il est clair
que f appartient à tout idéal premier µ contenant I.
A/(M ∩ A) ⊂ AS /M
Autre exemple non séparé : Prendre deux copies de A1k = Spec k[X] et les
recoller par l’isomorphisme Id de l’ouvert A1k \ {0} où X 6= 0. Grâce à la propriété
noethérienne des anneaux de polynômes, on a :
Lemme 1.11 Tout ouvert de Zariski dans un k-schéma de type fini est encore de
type fini.
11
Démonstration. Il suffit de considérer un ouvert de Zariski U ⊂ Spec A où A est
une k-algèbre de type fini. Soit J un idéal de A tel que
U = {µ ∈ Spec A, J 6⊂ µ}.
(f ∗ )−1 (Mx ) = My .
ψf : Bf → Aψ(f )
12
1.3.2 Schémas projectifs
On s’intéressera particulièrement aux schémas projectifs, c’est-à-dire aux k-schémas
de type fini qui peuvent se réaliser comme des sous-schémas fermés d’un Pnk , pour
un n adéquat. Noter que si Y ⊂ Pnk est un sous-schéma projectif, il existe d’autres
réalisations de Y comme sous-schéma d’un espace projectif.
Autre description : via les “Proj”. Les objets qu’on obtient sont alors spécifiquement
plongés. Un sous-schéma fermé Y de Pnk est caractérisé par son idéal gradué I ⊂
k[X0 , . . . , Xn ], I0 = 0. Alors Y = P roj k[X0 , . . . , Xn ]/I, c’est-à-dire que Y est l’en-
semble des idéaux premiers homogènes de k[X0 , . . . , Xn ]/I qui ne contiennent pas
< X0 , . . . , Xn >, muni de la topologie de Zariski. Le faisceau structurel est décrit
sur les ouverts Yi := Y ∩ Ui comme dans le cas affine. Noter que I induit un idéal
bi , . . . , Xn ],
Ii ⊂ k[X0 , . . . , X
bi , . . . , Xn ] comme un quotient de k[X0 , . . . , Xn ] obtenu en fai-
où l’on voit k[X0 , . . . , X
sant Xi = 1 (déshomogénéisation). Alors Yi = Spec k[X0 , . . . , X bi , . . . , Xn ]/Ii comme
espace annelé, et les règles de recollement pour le faisceau structurel le long de Yi ∩Yj
sont les mêmes que pour l’espace projectif.
On verra plus loin comment interpréter les morceaux gradués de l’algèbre
k[X0 , . . . , Xn ]/I
Exemple 1.15 (Un schéma qui est quasi-projectif mais n’est ni affine ni projectif ).
On peut considérer Pnk \ {x}, où x est un k-point de Pnk . Comme {x} est fermé, c’est
un ouvert de Pnk . Ce n’est pas un schéma affine dès que n > 1, car on a :
Exercice 1.17 Soient x, y deux k-points fermés de Pnk . Alors il existe un automor-
phisme (de schéma) de Pnk envoyant x sur y.
13
Produit. On veut définir des produits dans la catégorie des k-schémas. Dans le cas
affine, le produit Spec A ×k Spec B est défini comme Spec (A ⊗k B). En particulier
c’est encore un schéma affine.
Ce produit satisfait (justifiant a posteriori la terminologie)
Or on a des flèches évidentes dans les deux sens, l’une par restriction à A ⊗ 1 et
1 ⊗ B, l’autre qui à (φ, ψ) associe φ ⊗ ψ.
Remarque 1.19 Il est clair d’après la démonstration qu’on pourrait ici rempla-
cer les K-points par les morphismes de k-schémas de Z dans X, Y, X ×k Y pour
n’importe quel Z.
Une fois qu’on a les produits de schémas affines on peut faire des produits
de schémas par recollements des produits d’ouverts affines. Le produit de deux k-
schémas affines est affine. Le produit d’un schéma affine et d’un schéma projectif
n’est en général ni affine ni projectif, mais on a les résultats suivants.
envoyant Xij sur Xi Xj . Il faut aller au chapitre suivant pour voir comment cela
fournit un plongement fermé. Il en résulte que pour tous schémas projectifs X ⊂
(m+1)(n+1)−1
Pnk , Y ⊂ Pm
k , on a un plongement fermé de X ×k Y dans Pk .
14
Proposition 1.22 Le produit de deux k-schémas quasi-projectifs est quasi-projectif.
Exercice 1.23 Si X = Ank , alors Xk0 = Ank0 . Si X = Pnk , alors Xk0 = Pnk0 .
Remarque 1.24 (Finale sur cette section) On s’est restreint ici aux schémas de
type fini sur un corps. C’est une grande simplification technique du point de vue
de l’algèbre commutative, car cela va permettre de se restreindre aux k-algèbres de
type fini. C’est aussi raisonnable du point de vue géométrique.
Cependant, c’est aussi beaucoup trop limitatif à certains égards : La propriété de
type fini est trop restrictive : on a vu par exemple l’utilité de l’extension des scalaires
Xk 7→ XK qui fait intervenir le k-schéma Spec K → Spec k. Ce dernier n’est pas
de type fini sur k, sauf si K est algébrique sur k. Mais il est souvent utile de faire
intervenir des corps qui ne sont pas des extensions finies de k. Par exemple, le corps
de définition du point générique de X, qui est le corps de fonctions de X !
Un autre exemple où la propriété “de type fini” n’est pas satisfaite, est donné par
les complétés formels (cf section 3.3) qui sont très utiles pour différentes raisons (par
exemple, l’absence d’un théorème des fonctions implicites en géométrie algébrique).
De plus, beaucoup de constructions pourraient se faire aussi avec un anneau de
base arbitraire, et en particulier sur l’anneau Z. Même du point de vue géométrique,
les variétés définies sur un anneau de base qui est un anneau A de fonctions sur k
peuvent être vues comme des variétés munies d’un morphisme dans Spec A et donc
en quelque sorte comme des familles de variétés. Si on remplace A par son corps
de fonctions, on obtient la fibre générique, et si on remplace A par un de ses corps
résiduels, on trouve une fibre spéciale. Donc c’est encore plein de sens géométrique.
15
Définition 1.25 Un k-schéma quasi-projectif X est irréductible si X = X1 ∪ X2 ,
avec Xi fermés dans X, entraı̂ne X = X1 ou X = X2 .
Proposition 1.28 Tout k-schéma quasi-projectif X est une union finie de k-schémas
quasi-projectifs irréductibles.
Démonstration. X est couvert par une union finie d’ouverts affines Ui . En effet,
tout ouvert U dans un k-schéma affine de type fini Spec A est couvert par une union
finie d’ouverts affines, car si I est l’idéal de A tel que U est le complémentaire du
fermé défini par I, I admet un nombre fini des générateurs fj sur A par la propriété
de noetherianité satisfaite par les k-algèbres de type fini, et alors U = ∪j Spec Afj .
Chaque Ui est égal à Spec Ai , où Ai est une k-algèbre de type fini. Une telle
algèbre admet un nombre fini d’idéaux minimaux µij , et on a alors Spec Ai =
∪j Spec Aij , où Aij := Ai /µij . Aij étant intègre, Spec Aij est irréductible. En ef-
fet, si deux fermés F et G de Spec Aij satisfont F ∪ G = Spec Aij , on peut supposer
ces fermés définis par une seule équation f, g respectivement. Alors tout idéal pre-
mier de Aij contient soit f soit g et donc contient f g. On a vu (Théorème 1.9) que
cela entraı̂ne que f g est nilpotent. Donc f = 0 ou g = 0 car Aij est intègre. On a
donc écrit
X = ∪i,j Ui,j
avec Ui,j irréductible et fermé dans Spec Ai . Il en résulte que X = ∪i,j U i,j , où U i,j
est la clôture de Zariski de Ui,j dans X. Mais comme Ui,j est irréductible, U i,j est
aussi irréductible.
Schémas réduits.
Définition 1.29 Un k-schéma de type fini X est dit réduit si ses anneaux locaux
n’ont pas d’éléments nilpotents non nuls.
Tout k- schéma de type fini X admet un schéma réduit sous-jacent Xred , qui est un
k-schéma de type fini, uniquement déterminé par les conditions suivantes :
1. Xred ⊂ X est un sous-schéma fermé.
2. Xred = X comme espaces topologiques.
3. La structure d’espace annelé de Xred sur l’espace topologique X est déduite
de celle de X en considérant le faisceau d’anneaux U 7→ Γ(U, OU )/RU , où RU
est l’ensemble des éléments nilpotents de Γ(U, OU ) (c’est un idéal).
16
Il suffit de vérifier que ceci définit bien un faisceau pour conclure à l’existence de
Xred . Cela se voit en notant que si A est un anneau et µ est un idéal premier de A,
et R, resp. Rµ , est le radical nilpotent de A, resp. Aµ , on a R ⊂ µ, Rµ = RAµ et
(A/R)µ = Aµ /Rµ .
Il est immédiat que Xred est aussi un k-schéma de type fini.
Démonstration. Supposons que X est connexe et que ses anneaux locaux sont
intègres. En particulier X est réduit. Soit d’autre part U un ouvert affine non vide
de X. Soit A l’anneau des fonctions algébriques sur U . C’est un anneau intègre
puisque ses localisés sont intègres. Il en résulte que U est irréductible, comme on l’a
vu dans la démonstration de la proposition 1.28. On va montrer que U est Zariski
dense dans X. Cela entraı̂nera immédiatement que X est irréductible.
Pour cela, notons que par l’argument précédent, tout ouvert non vide de U est
dense dans U . Supposons que U n’est pas dense dans X. Alors il existe un ouvert
affine V non vide de X qui ne rencontre pas U . La clôture de Zariski V ne peut pas
rencontrer U . En effet si µ ∈ V ∩ U , il existe un ouvert affine W de X contenant µ.
Cet ouvert rencontre U et V et donc W ∩ U et W ∩ V sont denses dans W , et donc
d’intersection non vide, contradiction. Pour conclure, on note que X \ U est couvert
par une union finie d’ouverts affines Vi , et ce qui précède montre que X \ U contient
les V i . Donc X \ U est fermé, et donc vide car X est connexe.
Inversement, supposons X irréductible et réduit. La connexité est alors évidente.
Soit d’autre part U un ouvert affine non vide de X. Soit A l’anneau des fonctions
algébriques sur U . C’est un anneau intègre. En effet, si ce n’est pas le cas, on a
f g = 0, f 6= 0, g 6= 0 et l’ouvert U = Spec A est l’union de l’ensemble Ff des idéaux
premiers contenant f et de l’ensemble Fg des idéaux premiers contenant g. Leur
intersection est vide car en un point µ de l’intersection, l’anneau local Aµ ne serait
pas intègre. Alors X s’écrit comme l’union des fermés X \ Spec A, et des clôtures de
Zariski F f , F g , ce qui contredit l’irréductibilité.
Définition 1.31 Une variété (définie sur k) est un k-schéma quasi-projectif irréductible
et réduit.
Ce qui précède montre que pour X une k-variété, le corps de fractions F rac A ne
dépend pas du choix de l’ouvert dense U = Spec A. On le note k(X). C’est le corps
de fonctions de X. On note aussi que le point générique d’un ouvert affine U non
vide est un point de X qui ne dépend pas du choix de U , puisque deux ouverts
affines ont une intersection dense dans chacun des deux. C’est le point générique de
X. Son corps résiduel est par définition k(X).
La dimension d’un tel X est définie comme le degré de transcendance de k(X)
sur k. Plus généralement, la dimension d’un schéma de type fini sur k est défini
comme la dimension maximale de ses composantes irréductibles.
La notion de dimension (pour un schéma affine) est particulièrement illustrée
par le théorème de Normalisation d’Emmy Noether :
17
Théorème 1.32 Soit A une k-algèbre intègre de type fini sur k, et soit K = F rac A.
Alors si r = T rdeg(K : k), il existe θ1 , . . . , θr ∈ A tels que A est contenue dans la
clôture algébrique de l’algèbre de polynômes k[θ1 , . . . , θr ].
Q(θn0 ) = 0,
θi0 = θi − αi θn , θn = θn0 ,
Soit d le degré de P , c’est-à-dire le plus grand degré d’un monôme apparaissant dans
P . Alors le degré en θn0 de P 0 est au plus d. Montrons que pour un choix adéquat des
αi , le coefficient de degré en θn0 de P 0 est en fait d, avec nécessairement un coefficient
dominant dans k. Pour cela, notons que si Pd est le partie homogène de P de degré
d, le coefficient en (θn0 )d de P 0 est égal à
Pd (αi , 1).
Le polynôme Pd étant non nul et homogène de degré d, il ne peut pas s’annuler sur
k n \ {αn = 1}, car k est infini, ce qui montre le résultat.
Une fois qu’on a ceci, on applique l’hypothèse de récurrence à A0 , ce qui donne
le résultat car T rdeg(K 0 : k) = T rdeg(K : k), K 0 = F rac A0 .
18
(Pour faire marcher la récurrence, il faut utiliser ici le résultat classique disant
que si on a une suite d’inclusions
A00 ⊂ A0 ⊂ A
d’anneaux unitaires avec A entier sur A0 et A0 entier sur A00 , alors A est entier sur
A00 ).
Normalité.
Définition 1.34 Une k-variété X est normale si ses anneaux locaux sont normaux,
c’est-à-dire intégralement clos dans leur corps de fractions.
Notons en particulier que les corps de fonctions k(X) et k(X) e sont égaux (on dit
e
que X et X sont birationnellement équivalentes). La normalisation est construite
en considérant le préfaisceau associé à U 7→ Γ(U, OU )cl pour U ouvert affine dans
X. On note d’abord que c’est un faisceau, qui est bien sûr un faisceau de OX -
e est défini comme le “spectre relatif” de ce faisceau, obtenu en recollant
algèbres. X
les Spec Acl → Spec A, avec Spec A ouvert dans X, via les recollements naturels.
Complétude.
Définition 1.36 Un k-schéma de type fini X est complet s’il satisfait la propriété
suivante : Pour tout k-schéma de type fini Z, la seconde projection X ×k Z → Z est
fermée.
19
Pnkµ , contient la puissance m-ième de l’idéal < X0 , . . . , Xn > pour un certain m. Il
en résulte (par Nakayama) qu’il existe un ouvert non vide V ⊂ U contenant µ tel
que l’idéal I|U contient < X0 , . . . , Xn >m . Mais alors aucun point de U n’est dans
Im p2 , ce qui contredit le fait que Im p2 est Zariski dense dans Z.
On a inversement.
Remarque 1.40 On a utilisé ici le fait que le graphe d’un morphisme de k-schémas
quasi-projectifs est fermé. Cela résulte du fait que ce graphe est l’image inverse par
l’application (j, Id) : X ×k Y → Y ×k Y de la diagonale de Y . Or la diagonale de Y
est fermée, comme on l’a déjà vu.
Lemme 1.43 Si A est Noetherien local et B est un A-module plat sur A de type
fini, alors B est localement libre.
0 → R → As → B → 0,
20
qui par hypothèse induit un isomorphisme
As ⊗A kµ ∼
= B ⊗ A kµ .
Or comme B est plat, la suite exacte ci-dessus induit une suite exacte
0 → R ⊗A kµ → As ⊗A kµ → B ⊗A kµ → 0,
(symétrie des “Tor”).
Donc R ⊗A kµ = 0 ce qui équivaut par Nakayama à R = 0. Donc B est libre.
Propreté.
Définition 1.44 Un morphisme φ : X → Y de k-schémas de type fini séparés
est propre s’il est universellement fermé, c’est-à-dire que pour tout k-schéma Z, le
morphisme naturel φZ : X ×k Z → Y ×k Z est fermé.
Exemple 1.45 Un k-schéma de type fini X est complet si et seulement si le mor-
phisme canonique X → Spec k est propre. Plus généralement, les projections X ×k
Y → Y sont propres pour X complet.
Remarque 1.46 Cela équivaut à dire que X → Spec k est propre.
Exercice 1.47 Supposons que X est réduit et irréductible. Le morphisme de nor-
e → X est propre.
malisation n : X
Morphismes affines.
Définition 1.48 Un morphisme φ : X → Y de k-schémas de type fini est dit affine
si pour tout ouvert affine U de Y , φ−1 (U ) est affine.
Exemple 1.49 Par construction, le morphisme de normalisation est affine.
Soit φ : X → Y un morphisme affine de k-schémas de type fini. On a un faisceau
associé
φ∗ OX
sur Y , qui est un faisceau de OY -algèbres. En effet, on utilise la flèche naturelle
OY → φ∗ (φ−1 OY )
et le morphisme de pull-back :
φ∗ : φ−1 OY → OX
pour construire la flèche OY → φ∗ OX . Notons que comme φ est affine, ce faisceau
de OY -algèbres détermine X comme le spectre relatif de φ∗ OX , obtenu en recol-
lant les schémas affines Spec φ∗ OX (U ) au-dessus des ouvets affines U de Y via les
recollements naturels donnés par la propriété de faisceaux de φ∗ OX .
Finitude.
La notion de finitude est extrêmement restrictive :
21
Définition 1.50 Un morphisme φ comme ci-dessus est fini s’il est affine, et si via
la flèche OY → φ∗ OX , les anneaux (φ∗ OX )ν , ν ∈ Y sont des extensions algébriques
des anneaux locaux OY,ν .
Remarque 1.51 La notion d’extension algébrique est ici au sens fort des extensions
algébriques d’anneaux : tout élément de (φ∗ OX )ν , ν ∈ Y doit satisfaire une équation
polynomiale normalisée à coefficients dans OY,ν . On dit aussi que (φ∗ OX )ν est entier
sur OY,ν .
On verra plus loin comment construire des morphismes finis en considérant des
revêtements cycliques.
22
- Raison 1. Si on veut compactifier les familles de variétés, on doit en général
accepter les fibres non réduites. Ici la notion de famille de variétés est simplement
la donnée d’un morphisme plat et propre X → B entre deux variétés.
2 Faisceaux cohérents
2.1 Faisceaux quasi-cohérents sur les schémas affines
Soit X = Spec A un schéma affine, où A est une k-algèbre de type fini. Soit M
un A-module, non nécessairement de type fini. Pour chaque f ∈ A, on a le localisé
Mf qui est un Af -module. Ceci définit un préfaisceau Mf sur X, défini sur les ouverts
f f
affines Uf = Spec Af par M (Uf ) = Mf . Le germe Mµ de ce préfaisceau au point
µ ∈ spec A est le localisé Mµ de M relativement à A \ µ. Il est à distinguer de la
fibre en µ, qu’on notera Mf(µ) , qui est le kµ -espace vectoriel défini par
f(µ) = M
M fµ ⊗Aµ kµ .
f) = Mf = M
Γ(Uf , M f(Uf ).
23
Démonstration. La démonstration est identique à celle de la proposition 1.3. On
montre que si Uf = Uf1 ∪ . . . ∪ Ufk , alors l’ensemble des
pour tout choix de li ≥ 0, où les gi dépendent de li . Cela montre tout d’abord
l’injectivité de la flèche naturelle
Y
Mf → Mfi .
i
1 X
m= gi mi ∈ Mf .
fr
i
1 X s 1 X
m= gj fj σ j = ( gj fjs )σi = σi
fr fr
j j
dans Mf,fi .
Cela signifie qu’il existe un recouvrement affine de X par des ouverts Ui = Spec Ai ,
fi .
tels que la restriction de F à Ui soit isomorphe à M
24
Remarque 2.5 Notons que la flèche M 7→ M f admet alors pour inverse, d’après
la proposition 2.1, la flèche F 7→ Γ(X, F). Cette flèche est alors clairement une
équivalence de catégories entre A-modules et faisceaux quasi-cohérents sur Spec A.
M ,→ ⊕i Mi , (2)
où Mi = Γ(Ui , F|Ui ). Ici, les Ui sont des ouverts affines pour lesquels il existe des
Γ(Ui , OUi )-modules Ni tels que
ei .
F|Ui = N
fi = F|U . Si µ ∈ X est un idéal
Alors on a, par la proposition 2.1, Mi = Ni et M i
premier, on a une injection induite par (2) :
Mµ ,→ ⊕i,µ∈Ui Mi,µ
fµ , et le terme de droite est la somme directe d’un
Or le terme de gauche est le germe M
fµ → Fµ .
certain nombre de copies de Fµ , la flèche étant la somme directe de φµ : M
Donc φµ est injective, ainsi que φ.
Définition 2.6 Un faisceau quasi-cohérent F sur un k-schéma de type fini est dit
cohérent si F est un faisceau de OX -modules de rang fini.
Noter que les rangs des fibres F(µ) comme kµ -espace vectoriel dépendent de µ. On
a:
Lemme 2.7 L’application µ 7→ rangkµ F(µ) est semi-continue supérieurement sur
X.
Démonstration. Soient σ1 , . . . , σr des générateurs de F(µ) sur kµ . Soient τ1 , . . . , τr
des relèvements de σi dans Fµ . Alors par Nakayama, l’application naturelle
r
OX,µ → Fµ
25
donnée par les τi est surjective. Il existe un ouvert affine U de µ où les τi s’étendent
en sections globales τi0 de F. L’application
OUr → FU
OUr 0 → FU 0
qui est donnée par les τi0 . Il en résulte que pour tout point ν ∈ U 0 , on a
rang kν F(ν) ≤ r.
Iµ ⊗ k = Iµ /Iµ2 = I/I 2
sur k, c’est-à-dire n.
φ−1 (E)(U ) := −
lim
→V ⊃φ(U ) E(V ).
Le faisceau φ∗ E est défini par :
26
Sur les germes aux points x ∈ X, y = φ(x) ∈ Y , on a, en notant que par
définition, φ−1 (E)x = Ey canoniquement,
φ∗ Ex = Ey ⊗OY,y OX,x .
Démonstration. On suppose d’abord que φ est affine. Le résultat étant local sur
Y , on peut supposer Y affine, Y = Spec B. Alors comme φ est affine, X est affine,
f pour un A-module
X = Spec A, et F est donc par le théorème 2.4 de la forme M
M.
Si f ∈ B, on a alors
φ∗ F|Yf = Mφ∗ f ,
c’est-à-dire Mf , où l’on voit ici le A-module M comme un B-module via φ∗ .
Cela montre bien que π∗ F est quasi-cohérent lorsque φ est affine.
En général, on peut supposer que Y est affine et couvrir X par des ouverts affines
Xi dont les intersections sont aussi affines, et on a par la propriété de faisceaux une
suite exacte Y Y
0 → φ∗ F → φi∗ Fi → φij∗ Fij
i i6=j
Extension des scalaires. Si X est un schéma de type fini sur k et k ⊂ k 0 est une
extension de corps, on a défini Xk0 qui est un schéma sur k 0 . Si maintenant F est un
faisceau cohérent sur X, on peut définir le faisceau étendu Fk0 sur Xk0 . Rappelons
que si X est couvert par des ouverts affines Ui = Spec Ai , où les Ai sont des k-
algèbres de type fini, Xk0 est couvert par les ouverts affines Ui,k0 := Spec Ai ⊗k k 0 .
Le faisceau F est de la forme M fi pour des Ai -modules Mi sur chaque Ui (théorème
2.4) ; on définit alors Fk0 comme étant égal à M^ 0
i ⊗k k sur Ui,k0 avec les règles de
recollement évidentes. (Vérifier que c’est un faisceau).
27
2.3 Faisceaux localement libres
Définition 2.10 Un faisceau cohérent F sur un k-schéma de type fini X est dit
l , comme faisceau de O -modules.
localement libre s’il est localement isomorphe à OX X
Noter que l est localement constant sur X. Si X est connexe, l est donc constant, et
est appelé le rang de F. Lorsqu’on parle de faisceau localement libre de rang l sur
X, on sous-entend que le rang l ne dépend pas de la composante connexe.
Exercice 2.11 Opérations sur les faisceaux localement libres : construire les pro-
duits tensoriels, puissances symétriques, extérieures.
L00 ⊗ (L ⊗ L0 ) ∼
= (L00 ⊗ L) ⊗ L0 .
Ces faisceaux sont dits inversibles, car si on note L−1 le dual Hom (L, OX ) on
trouve que la flèche naturelle de OX -modules
L ⊗OX L−1 → OX
est un isomorphisme.
Si L est un faisceau inversible sur X, les automorphismes de L comme faisceau de
OX -modules sont clairement donnés par multiplication par les fonctions inversibles
φ sur X, φ ∈ Γ(X, OX ∗ ), puisque le faisceau des automorphismes de L est canoni-
faisceaux inversibles.
Par ce qui précède, le produit tensoriel munit P ic X d’une structure de groupe
commutatif.
Diviseurs de Cartier. On supposera ici pour simplifier que X est une variété.
Définition 2.13 Un diviseur de Cartier sur X est la donnée locale d’une fonction
rationnelle non nulle sur X, définie modulo multiplication par une fonction inver-
sible. Rappelons qu’une fonction rationnelle non nulle sur X s’écrit sur tout ouvert
affine non vide (et donc dense) Spec A de X comme un quotient f /g, où f ∈ A et
g ∈ A sont non nulles.
28
Le quotient M := Γ(X, k(X)∗ /OX ∗ ) est alors par définition en bijection avec les
Définition 2.14 Une section rationnelle d’un faisceau cohérent F sur une variété
X est une section du faisceau constant F ⊗OX k(X).
Exercice 2.15 Montrer que F ⊗OX k(X) est bien un faisceau constant (c’est-à-dire
que l’espace de ses sections sur un ouvert U ⊂ X non vide (et donc dense) ne dépend
pas de U ).
Si maintenant L est un faisceau inversible sur X, et σ est une section rationnelle non
nulle de L, le diviseur de Cartier associé est obtenu de la façon suivante : trivialisant
L sur des ouverts affines Ui , σ fournit une fonction rationnelle φi non nulle sur Ui .
Un changement de trivialisation modifie φi par la multiplication par une fonction
inversible, de sorte qu’on a bien défini de cette manière un diviseur de Cartier.
29
Le fibré inversible L associé à un diviseur de Cartier D est noté O(D). Il possède
la section rationnelle canonique 1 ∈ k(X).
Inversement, si σ est une section rationnelle non nulle d’un fibré inversible L
et D est le diviseur de Cartier correspondant, on a un isomorphisme canonique
L∼ = OX (D) qui envoie la section σ sur la section 1 de OX (D).
Remarque 2.16 On peut se demander quand cette section rationnelle est en fait
une section algébrique, c’est-à-dire 1 ∈ Γ(X, OX (D)). Examinons l’allure locale de
cette section : par définition, le faisceau inversible OX (D) est le sous-faisceau de OX -
modules du faisceau constant k(X) engendré par φ−1 i sur Ui . Dans la trivialisation
donnée par φ−1 i sur U i on a 1 = φ φ−1
i i et donc 1 est une section algébrique si et
seulement si φi ∈ Γ(Ui , O), au lieu d’être seulement une fonction rationnelle. Cela
entraı̂ne évidemment que le diviseur de Weil associé à D est effectif, c’est-à-dire
que toutes ses multiplicités sont ≥ 0 ; en fait la réciproque est également vraie sous
l’hypothèse de normalité qu’on a faite. En conclusion, les diviseurs de Cartier dont
la section canonique 1 est une section algébrique sont ceux dont le diviseur de Weil
associé est effectif.
Γ(X, F) → F|µ ,
Définition 2.17 Le faisceau F est engendré par ses sections globales si les appli-
cations de restriction, tensorisées par kµ , sont surjectives, pour tout point µ de X.
Morphisme dans Pnk associé à un faisceau inversible engendré par ses sections.
Soit Y un k-schéma de type fini, et soit L un faisceau inversible sur Y , engendré
par ses sections globales. Soit σ0 , . . . , σr , r + 1 sections globales de L engendrant L
en tout point. (L’existence de r résulte du fait suivant : si σ engendre L au point µ,
alors σ engendre L sur l’ouvert contenant µ et complémentaire du support de div σ.
Comme Y est compact, un nombre fini de sections suffisent donc pour engendrer L.)
Soit Yi l’ouvert de Y où σi ne s’annule pas. Sur Yi , les σj /σi sont des fonctions (ce
sont des fonctions rationnelles globalement sur Y ). D’après la proposition 1.14, on
a un morphisme φi de Yi dans l’ouvert standard Ui de Prk donné par le morphisme
de k-algèbres
k[Xj /Xi ] → Γ(Yi , OYi ),
Xj /Xi 7→ σj /σi .
30
On vérifie que les φi se recollent sur Yi ∩ Yj (où elles sont à valeurs dans Ui ∩ Uj )
pour donner un morphisme φ : X → Prk .
Le faisceau inversible O(1). Le fibré inversible O(1) sur Pnk (et plus généralement
sur un “Proj”) peut se construire de deux manières :
- 1. Il est isomorphe au faisceauP inversible O(H), où H est une section hyperplane
n
de Pk . Plus précisément, soit X = i αi Xi 6= 0 l’équation linéaire globale définissant
H. O(H) est le diviseur de Cartier donné par X/Xi sur Ui . Il a clairement pour
diviseur de Weil associé l’hypersurface H comptée avec multiplicité 1.
Notons que la classe d’isomorphisme de O(H) ne dépend pas du choix de H,
car si on a deux sections hyperplanes H et H 0 définies par des formes linéaires non
nulles X et X 0 sur k n+1 , le quotient X/X 0 est une fonction rationnelle sur Pnk qui
a pour diviseur H − H 0 . Alors la multiplication par X 0 /X (agissant sur le faisceau
constant de fibre k(Pnk )) identifie O(H) et O(H 0 ).
- 2. On définit directement un faisceau inversible OY (1) sur Y = P roj A, pour
toute k-algèbre graduée de type fini A engendrée en degré 1, de générateurs Xi , i =
0, . . . , Xn , de la manière suivante : D’après la définition de P roj A on peut définir
le faisceau structurel de Y = P roj A par OYi := {a ∈ AXi , deg a = 0}, où Yi est
l’ouvert de Y défini par Xi 6= 0.
En effet, si A = k[X0 , . . . , Xn ]/I, cet ensemble s’identifie bien à
qui envoie Xi sur 1 (ce sont les deux versions du processus de “déshomogénéisation”
des idéaux gradués).
Il est alors clair que via la multiplication par Xi−1 ,
{a ∈ AXi , deg a = 1}
est isomorphe à Γ(Yi , OYi ) et on a donc sur Yi un OYi -module libre Li de rang
1 isomorphe via la section Xi−1 à OYi . Les recollements sont évidents sur les in-
tersections : on a en effet une identification naturelle du localisé en Xj /Xi de
{a ∈ AXi , deg a = 1} avec le localisé en Xi /Xj de {a ∈ AXj , deg a = 1}, donnée
par la multiplication par Xi /Xj qui est inversible sur Yi ∩ Yj . Les deux s’identifient
à {a ∈ AXj Xi , deg a = 1}.
31
Théorème 2.19 Γ(Pnk , OPnk (1)) est le k-espace vectoriel < X0 , . . . , Xn >.
Plus généralement, pour l ≥ 0, Γ(Pnk , OPnk (l)) s’identifie à la partie graduée
k[X0 , . . . , Xn ]l de degré l de k[X0 , . . . , Xn ].
Pour l < 0, et n > 0, on a Γ(Pnk , OPnk (1)) = 0.
Démonstration. Tout d’abord, notons que par la définition de O(1), les formes
linéaires sur k n+1 , c’est-à-dire les combinaisons linéaires des Xi à coefficients dans
k sont naturellement des sections globales de OPnk (1).
En effet, si on regarde la définition 2, une telle forme linéaire a fournit bien un
élément ai de degré 1 de l’algèbre localisée k[X0 , . . . , Xn ]Xi sur chaque Ui , et comme
les recollements sont donnés par les recollements naturels, on a bien ai = aj sur
Ui ∩ Uj .
On dispose donc pour chaque l d’une application naturelle
k[X0 , . . . , Xn ]l ∼
= H 0 (Pnk , OPnk (l)).
Le dernier énoncé est clair du fait qu’on a déjà vu que
H 0 (Pnk , OPnk ) = k,
alors que H 0 (Pnk , OPnk (l)) admet des sections (par exemple X0l ) qui s’annulent en
au moins un point pour l > 0 (ici il faut n > 0 pour avoir des points satisfaisant
X0l = 0). Le second énoncé se montre par double récurrence sur l ≥ 0 et n. En effet,
via la multiplication par Xn , O(−1) s’identifie au faisceau d’idéaux (voir section 3)
IH ⊂ OPnk , où H ∼ = Pn−1
k est l’hyperplan défini par Xn = 0. On a donc la suite
exacte :
X
0 → OPnk (l) →n OPnk (l + 1) → OPn−1 (l + 1) → 0.
k
φ∗ O(1) ∼
=L
tel que φ∗ Xi = σi .
32
Démonstration. Le faisceau L est trivialisé sur {σi 6= 0} par la section σi et les
fonctions de transition sur {σi 6= 0} ∩ {σj 6= 0} sont données par la multiplication
par σj /σi . Or par définition du morphisme φ, on a φ∗ (Xi /Xj ) = σi /σj , où φ∗ est le
pull-back des fonctions rationnelles. Le résultat en découle immédiatement.
2.3.3 Grassmanniennes
La grassmannienne G(r, n)k est aux fibrés de rang n − r engendrés par n sections
ce que l’espace projectif Pn−1
k est aux fibrés inversibles engendrés par leurs sections.
Cela signifie qu’elle admet un fibré localement libre Q de rang n − r dit tautologique
engendré par n sections, et qu’elle satisfait la propriété universelle qu’à tout k-
schéma projectif X, et tout faisceau localement libre F de rang n − r muni de n
sections l’engendrant en tout point, on peut associer un unique morphisme
φ : X → G(r, n)k
tel que φ∗ Q = F, et inversement.
A cause de cette propriété, on voit que les k-points de G(r, n)k s’identifient aux
k-sous-espaces vectoriels de rang r de k n . On applique en effet la propriété universelle
aux morphismes de Spec k dans G(r, n)k . Un faisceau localement libre de rang n − r
sur Spec k est un k-espace vectoriel V de rang n − r. Se donner n sections qui
l’engendrent revient à se donner un morphisme surjectif
k n → V.
La donnée d’un tel morphisme est équivalente à la donnée du noyau
K ⊂ kn
qui est de rang r.
Expliquons brièvement comment l’ensemble des k-sous-espaces vectoriels de rang
r de k n s’identifie à l’ensemble des k-points d’une variété algébrique projective lisse
(et homogène, c’est-à-dire avec un groupe d’automorphismes transitif).
Soit F ⊂ k n de rang r. Soit f1 , . . . , fr une base de F . Considérons le multivecteur
r
^
f1 ∧ . . . ∧ fr ∈ kn .
Il détermine F , car on a
r+1
^
F := {f ∈ k n , f ∧ f1 ∧ . . . , ∧fr = 0 dans k n }.
Par ailleurs il est déterminé par F à un V coefficient multiplicatif près, de sorte que
F fournit un élément bien défini de P( r k n ). En conclusion, les k-sous-espaces
vectoriels n
Vr n de rang r de k sont en bijection avec les multivecteur réductibles de
P( k ). Il s’agit maintenant de voir que cette condition V de réductibilité peut être
décrite par des équations algébriques homogènes sur P( r k n ).
V
Lemme 2.21 Un élément 0 6= α ∈ r k n est réductible si et seulement si le noyau
du produit extérieur par α
r+1
^
∧α : k n → kn
est de dimension ≥ r (on a alors nécessairement l’égalité).
33
A montrer(exercice).
VCeci
r n
nous fournit les équations algébriques définissant la grassmannienne dans
P( k ). Chaque multivecteur α fournit une matrice de taille Vr+1(n, Cnr+1 ) décrivant le
produit extérieur par α dans les bases naturelles de k etn k n . La réductibilité
est caractérisée par le fait que cette matrice soit de rang ≤ n − r et donc par des
équations homogènes données par les mineurs d’ordre (n − r + 1) de cette matrice.
Proposition 2.26 Si M = ⊕Mm est un module gradué de type fini sur k[X0 , . . . , Xn ],
alors pour l >> 0, on a
Ml ∼
= H 0 (Pnk , M(l)). (3)
34
Inversement, si M et M 0 sont deux k[X0 , . . . , Xn ]-modules gradués tels qu’il existe
un morphisme de k[X0 , . . . , Xn ]-modules gradués f : M → M 0 satisfaisant fn :
Mn ∼= Mn0 pour n >> 0, alors f induit M ∼ = M0 .
Démonstration. L’isomorphisme 3 suffit à entraı̂ner le second énoncé.
Notons que la flèche Mn → Γ(Pnk , M(n)) est naturelle. Montrons d’abord l’in-
jectivité : notons d’abord que si α ∈ Ml s’annule dans Γ(Pnk , M(l)), alors α s’annule
dans chaque localisé MXi ,l (la partie de degré l du localisé de M en Xi ). Cela signifie
que pour un entier N suffisamment grand, XiN α = 0, ∀i, et finalement, pour un en-
0
tier N 0 suffisamment grand M0N α = 0, où M0 est l’idéal engendré par X0 , . . . , Xn . Or
l’ensemble des α ∈ M qui sont annulés par une puissance de M0 est un sous-module
de M qui est aussi de type fini (par la propriété noethérienne) sur k[X0 , . . . , Xn ], et
il en résulte qu’il est nul en degré l suffisamment grand. Donc α = 0 pour l >> 0.
Pour la surjectivité, on utilise le corollaire 2.42, qui sera montré plus loin.
En effet, le module M est gradué de type fini sur k[X0 , . . . , Xn ], et il existe
donc des éléments m1 , . . . , mr ∈ M de degré s engendrant M sur k[X0 , . . . , Xn ].
Ces éléments engendrent alors clairement le faisceau M en tout point. En d’autres
termes, les mi fournissent une application naturelle surjective :
Or → M(s).
D’après le corollaire 2.42, on a pour l suffisamment grand la surjectivité de
l’application induite au niveau des sections globales.
H 0 (Pnk , O(l))r ³ H 0 (Pnk , M(s + l)).
Mais d’après le théorème 2.19, on a H 0 (Pnk , O(l)) = k[X0 , . . . , Xn ]l , et donc la flèche
ci-dessus se factorise via
k[X0 , . . . , Xn ]rl → M (l + s),
X
(a1 , . . . , ar ) 7→ ai mi ,
i
35
est surjective pour m ≥ m0 . Par ailleurs, pour m ≤ m0 + l, le théorème 2.46 nous
dit que H 0 (Pnk , F(m)) est un k-espace vectoriel de rang fini.
On obtient donc un nombre fini de générateurs de M en prenant des générateurs
sur k de H 0 (Pnk , F(m)) pour 0 ≤ m ≤ m0 + l.
La preuve du fait que M ∼ = F se conclut à l’aide du lemme 2.45 et du théorème
2.4 appliqué à chaque ouvert standard Ui .
36
Le germe fx : Hx → Hx0 est un morphisme injectif de OX,x -modules et donc
φx : Hx → Gx s’étend par l’injectivité de Gx en fx0 : Hx0 → Gx . On définit f 0 comme
le composé de l’application naturelle H0 → Hx0 et de fx0 , Hx0 → Gx .
Théorème 2.29 (Serre) Soit X un k-schéma affine de type fini. Alors pour tout
faisceau quasi-cohérent F sur X, on a
H i (X, F) = 0, i > 0.
Gl ⊂ A
37
Il faut alors utiliser le fait que f k I := Ker f k : I → I est un A/f k module
injectif. Or on a f k (x − y) = 0 dans Ig , c’est-à-dire que le localisé (x − y)g ∈ Ig
appartient en fait à f k Ig . On applique alors le résultat précédent au A/f k -module
injectif f k I, pour déduire qu’il existe un z ∈ f k I tel que z = (x − y)g dans f k Ig .
Alors on remplace x par x0 = x − z. Le localisé de x0 dans If est égal à xf , et x0 − y
s’annule dans Ig . On applique le même raisonnement pour modifier y en y 0 , de façon
que x0 = y 0 et yg0 = yg .
On renvoie à [6] pour le cas d’un ouvert arbitraire. Comme le montre l’argument
donné ci-dessus, où l’on a fait intervenir l’injectivité de f k I comme A/f k A-module,
il faut faire un argument de récurrence sur la dimension.
Proposition 2.31 Pour tout k-schéma quasi-projectif de type fini Y , muni d’un
recouvrement (qu’on peut supposer fini) par des ouverts Yi , i = 1, . . . , N , tels que les
intersections d’un nombre arbitraire de Yi soient encore affines, on peut calculer la
cohomologie de n’importe quel faisceau quasi-cohérent F sur Y comme la cohomologie
de Čech de F associé au recouvrement Y· , c’est-à-dire la cohomologie du complexe
38
Exercice 2.33 Etendre ce résultat aux schémas quasi-projectifs, avec la même démonstration,
i.e. montrer qu’un schéma quasi-projectif de dimension n peut être couvert par n + 1
ouverts affines.
H i (XK , FK ) = H i (X, F) ⊗k K.
39
Ceci entraı̂ne en particulier que l’application de restriction
est injective pour 0 < i < n et pour tout l. La preuve de l’annulation de H i (OPnk (l))
se conclut alors par le lemme suivant 2.37.
Lemme 2.37 Pour toute classe α ∈ H i (OPnk (l)), i > 0, et pour r suffisamment
grand (dépendant de α) on a X r α = 0 dans H i (OPnk (l + r)).
δ β̃ = X r α.
vectoriel).
Elle est donc naturelle, mais dépend du choix de l’isomorphisme H n (Pnk , O(−n −
1)) ∼
= k.
40
Xi , Q étant en fait un monôme en les Xi . Une telle fraction s’écrit aussi comme une
somme de termes Pi /Qi où Pi et Qi sont des monômes en les variables X0 , . . . , Xn ,
premiers entre eux, et tels que deg Pi − deg Qi = l. Un quotient Pi /Qi où Pi et Qi
sont premiers entre eux s’étend sur un ouvert U0 ∩ . . . U bj . . . ∩ Un si et seulement si
Xj n’apparaı̂t pas dans Qi . Donc Pi /Qi est nul en cohomologie si X0 . . . Xn ne divise
pas Qi . Mais d’autre part, si X0 . . . Xn divise Qi , comme Pi et Qi sont premiers entre
eux, et Pi est un monôme, Pi doit être un scalaire.
En conclusion, la cohomologie H n (Pnk ,P O(l)) admet une base sur k constituée des
1
i0 in , avec i0 > 0, . . . , in > 0 et −l = s is . On en déduit qu’elle est nulle pour
X0 ...Xn
1
l > −n − 1, et qu’elle vaut k pour l = −n − 1. Ici on a un générateur X0 ...X n
de
n n
H (Pk , O(−n−1)), mais il n’est en fait pas canonique, car il dépend des coordonnées
homogènes choisies sur Pnk . On reviendra plus loin sur ce point dans la section 9.
L’énoncé de dualité résulte du théorème 2.19 et du calcul ci-dessus, qui donne une
base explicite de H n (Pnk , O(l)).
0 → H → F → G → 0.
La suite exacte longue de cohomologie associée et le fait que H 1 (X, H(l)) = 0 pour
l suffisamment grand permettent de conclure.
Le théorème sera obtenu comme une conséquence du résultat suivant :
Théorème 2.43 (Serre) Pour tout faisceau cohérent F sur X ⊂ Pnk , il existe l tel
que F(l) est engendré par ses sections globales.
où dans le terme de droite, on note encore F = j∗ F, où j est l’inclusion de X dans
Pnk .
Ceci est en effet une conséquence du corollaire 2.35, qui dit que les H i (X, .) sont
aussi les foncteurs dérivés du foncteur Γ(X, .) dans la catégorie des faisceaux de
k-espaces vectoriels.
41
Démonstration du théorème 2.43. On sait que F|Ui est engendré par ses
sections globales sur chaque ouvert affine Ui défini par Xi 6= 0 (théorème 2.4). On
va montrer tout d’abord le lemme suivant :
Lemme 2.45 Si σ est une section globale de F sur Ui , alors Xil σ s’étend en une
section globale de F(l) sur Pnk , pour l assez grand.
Démonstration. Pour cela on regarde σ|Uj ∩Ui . C’est une section de F sur Ui ∩ Uj .
Comme Ui ∩ Uj ⊂ Uj est l’ouvert affine défini par Xi /Xj 6= 0, on sait que Γ(Ui ∩
Uj , F|Ui ∩Uj ) est le localisé de Γ(Uj , F|Uj ) le long de Xi /Xj . Donc pour un certain l
qu’on peut supposer indépendant de j, (Xi /Xj )l σ|Ui ∩Uj s’étend en une section de F
sur Uj , ou encore Xil σ|Ui ∩Uj s’étend en une section de F(l) sur Uj . On a donc obtenu
des sections αj de F(l) sur Uj qui ont la propriété que leur restriction à Ui ∩ Uj vaut
Xil σ|Ui ∩Uj . Donc αj − αj 0 s’annule sur Ui ∩ Uj ∩ Uj 0 et on conclut par un argument
semblable au précédent que Xim (αj −αj 0 ) = 0 pour m assez grand, et pour tous j, j 0 .
Alors les Xim αj forment une section globale de F(l + m) sur Pnk , dont la restriction
à Ui vaut Xim σ.
Pour conclure la preuve du théorème 2.43, on note que par compacité, il existe
un nombre fini de sections σt engendrant F sur Ui . Les sections Xim σt s’étendent
pour m assez grand sur Pnk et engendrent F(m) sur Ui . Procédant de même pour
chaque i, on trouve finalement un nombre fini de sections de F(m) pour m assez
grand, engendrant F(m) sur Pnk .
. . . → Gi → Gi−1 → . . . → G0 → F → 0, (5)
0 → Zi → Gi (m) → Zi−1 → 0,
Mais par le corollaire 2.32, on a H s+n (Pnk , Zn−1 ) = 0 car s + n > n = dim Pnk .
42
Notons enfin le résultat de finitude suivant :
φ∗ : φ−1 OX → OY ,
IY := Ker (OX → φ∗ OY )
Démonstration. Par définition d’un morphisme de schémas, pour tout ouvert affine
U = Spec A de X, la restriction à U du faisceau IY , qui est le faisceau d’idéaux
de Y ∩ U est bien de la forme I, e où I := Ker A → B, B = Γ(Y ∩ U, OY ∩U ). Cela
montre que IY est quasi-cohérent. Mais comme X est de type fini, l’algèbre A est
une k-algèbre de type fini, donc noethérienne, et il en résulte que I est un A-module
de type fini, de sorte que IY est cohérent.
Inversement, si I est un sous-faisceau cohérent de OX , par le théorème 2.4, sur
tout ouvert affine U = Spec A de X, on a I = Ie pour un idéal I ⊂ A. On définit
alors Y ∩ U comme le sous-schéma de U défini par I et on vérifie les recollements.
43
minimaux de A sont des idéaux associés mais la réciproque n’est pas vraie. Tout
diviseur de 0 dans A appartient à au moins un idéal associé (cf [7], chapitre 3).
Les idéaux associés de A définissent des sous-schémas affines irréductibles réduits
de Spec A, dont les adhérences dans X sont par définition les composantes irréductibles
de X. Les idéaux associés non minimaux définissent les composantes dites immergées
(elles sont contenues dans des composantes irréductibles de plus grande dimension).
Exemple 3.3 Considérons l’idéal I de k[X, Y ] engendré par X 2 Y et XY 2 . Il définit
un sous-schéma Z = Spec k[X, Y ]/I de A2k . L’annulateur de XY dans k[X, Y ]/I est
l’idéal engendré par X et Y . Par ailleurs l’annulateur de X 2 est engendré par Y et
l’annulateur de Y 2 est engendré par X. Les idéaux < X >, < Y >, < X, Y > sont
les idéaux associés de Z, dont le troisième définit une composante immergée.
3.2 Multiplicités
Soit X un k-schéma, et soit Y ⊂ X une composante irréductible non immergée
de X. Étant irréductible, Y a un unique point générique µ ∈ X. Considérons un
voisinage affine ouvert U = Spec A de µ contenant µ. Alors, comme Y est une
composante non immergée, µ est un idéal premier minimal de A, et l’anneau local
Aµ est artinien local de corps résiduel kµ = Aµ /µAµ . En effet Aµ est noetherien
et tout idéal premier de Aµ est maximal. Un anneau artinien local Aµ possède une
longueur l(Aµ ) définie comme la longueur de toute filtration F · de Aµ par des Aµ -
sous-modules, dont les gradués GrF· sont tous isomorphes à kµ . Cette longueur est
la multiplicité de X le long de la composante Y .
Lorsque Z est un sous-schéma d’une variété fixée X, le cycle de Z est à voir comme un
élément du groupe des cycles Zd (X), défini comme le groupe abélien libre engendré
par les sous-schémas réduits irréductibles de dimension d de X.
44
b
qui est un A-module.
L’étude des complétés dans le cas où l’anneau A est noetherien est facilitée par
le lemme d’Artin-Rees :
Lemme 3.6 Soit A un anneau noetherien, I un idéal de A et M un A-module de
type fini sur A. Soit L ⊂ M un sous A-module. Alors il existe un entier s tel que
pour tout k ≥ 0 on ait :
I k M ∩ L ⊂ I k−s L. (6)
Corollaire 3.7 Si A est local noetherien, et I 6= A est contenu dans l’idéal maximal,
b
on a une inclusion A ⊂ A.
0→L→M →N →0
une suite exacte de A-modules, avec M de type fini. Alors on a la suite exacte des
complétés par rapport à I.
b→M
0→L c→N
b → 0.
Supposons que cet élément de Lb s’annule dans M c. Alors lk s’annule dans M/I k M .
D’après le lemme 3.6, on déduit qu’il existe s tel que lk ∈ I k−s L/I k L pour tout k.
Mais alors d’après (7), on a lk = 0, ∀k. L’exactitude au milieu se montre de
même.
45
b possèdent l’idéal I, respectivement
Les anneaux A, A
Ib = lim A/I l ,
←
GrFl A = I l /I l+1 ∼ b
= GrFl A.
Notons que l’anneau ⊕l≥0 I l /I l+1 est une A/I-algèbre graduée.
Ces définitions peuvent s’étendre par recollement aux sous-schémas. Si Y ⊂ X
est un sous-schéma fermé, on définira le complété formel de Y dans X, et on le
notera XbY , comme l’espace annelé d’espace topologique sous-jacent Y et de faisceau
d’anneaux
b
OXbY (Y ∩ U ) := A,
où U = Spec A, Y ∩ U = Spec A/I ⊂ Spec A et où la complétion est relative à I. La
compatibilité des complétions formelles avec les localisations entraı̂ne la cohérence
de cette définition. Les germes de OXbY sont les complétés formels des germes de OX
relativement aux germes du faisceau d’idéaux définissant Y .
Si enfin F est un faisceau cohérent sur X, on a un faisceau cohérent Fb induit
sur XbY : c’est le faisceau de O b -modules défini sur les ouverts affines de X par
XY
\),
b ∩ U ) = F(U
F(Y
Exemple 3.9 Soit f (X, Y ) une équation polynomiale à deux variables à coefficients
complexes telle que
f (x, y) = xy + g(x, y)
où g est un polynôme homogène générique de degré 3.
On peut montrer que f est irréductible, c’est-à-dire que l’anneau
C[x, y]/f
est intègre.
Cependant son complété en 0 n’est pas irréductible. Il est isomorphe à
C[[x, y]]/(xy),
46
3.4 Sous-schémas localement intersection complète
Définition 3.10 Soit A un anneau local d’idéal maximal M. Une suite g1 , . . . , gr
d’éléments de M est dite régulière si gi n’est pas un diviseur de 0 dans A/ <
g1 , . . . , gi−1 >.
On peut montrer que cette définition ne dépend pas de l’ordre des gi . Dans le cas où
A est une k-algèbre intègre de type fini, cela résulte de la caractérisation ci-dessous
(Proposition 3.12).
Rappelons qu’un k-schéma de type fini irréductible X non vide a une dimension,
qu’on peut définir comme la degré de transcendance de k(X) sur k. On dit qu’un k-
schéma de type fini X est de dimension pure n si toutes ses composantes irréductibles
non vides sont de dimension n (X ne peut pas alors avoir de composantes im-
mergées). Si X est vide, il n’a pas de dimension, ou plutôt, il a n’importe quelle
dimension.
On peut également parler de la dimension de X en chaque point fermé x ∈ X.
C’est la dimension maximale des composantes irréductibles de X passant par x.
Proposition 3.13 Soit A une k-algèbre de type fini, de dimension pure d. Soit
f ∈ A. Alors les anneaux locaux Ay /f, y ∈ V (f ) de A/f sont de dimension pure
d − 1 si et seulement si f ne divise pas 0 dans les anneaux locaux Ay , y ∈ V (f ).
47
Si µ est un idéal premier associé de A/f correspondant à un idéal premier µ de A
contenant f , µ ∩ k[x1 , . . . , xd ] est un idéal premier de k[x1 , . . . , xd ] contenant N m f .
De plus, par définition des idéaux associés, on a
µ = Ann g,
N m g = gP (g)
48
ne dépend des coefficients de P que modulo I). Cette application est évidemment
surjective.
La flèche est donc injective si et seulement si les deux anneaux ont la même
dimension. Celui de droite est de dimension pure n = dim X, en tant que gradué
d’un complété formel. Celui de gauche est de dimension pure n si et seulement si Y
est de dimension pure n − r et donc si et seulement si Y est localement intersection
complète d’après la proposition 3.12.
Inversement, si on a un isomorphisme A/I[x1 , . . . , xr ] ∼
= ⊕l I l /I l+1 , on prend
des g1 , . . . , gr ∈ I tels que leurs images modulo I 2 correspondent aux xi . Les gi
engendrent alors I au voisinage de tout point de Y , et par l’argument précédent,
forment une suite régulière au voisinage de tout point de Y . Donc Y est localement
intersection complète dans X.
tU : E U ∼
= OUr = V ⊗k OU ,
où V = k r , et en posant
Sym· E = Sym· V ⊗k OUr .
On construit alors le schéma Spec Sym· E, qui n’est pas un k-schéma affine, mais est
affine au-dessus de X. En d’autres termes, il est muni d’un morphisme dit structurel
φ : Spec Sym· E → X
qui est affine (cf section 1.5). Sur un ouvert affine trivialisant U = Spec A de X
au-dessus duquel E est trivial, on a Γ(Sym· E) = Sym· V ⊗k A, qui est une k-algèbre
de type fini, et on dispose donc du k-schéma affine Spec Symr V ⊗k A, qui admet un
morphisme naturel sur Spec A. En fait, par définition des produits (cf section 1.3.3),
on a
Spec Symr V ⊗k A ∼
= Ark ×k U. (10)
Le schéma Spec Sym· E est obtenu en recollant les schémas affines Ark ×k U via les
applications de recollement données par les fonctions de transition de E.
49
Remarque 3.16 Les fonctions de transition tV ◦t−1 U sur U ∩V vont fournir des mor-
phismes d’algèbres symétriques associées, qui vont fournir de façon contravariante
les morphismes de recollement entre schémas.
Sym· E = φ∗ O.
tV ◦ t−1 r ∼ r
U : OU ∩V = OU ∩V .
Fibrés projectifs. Les notations étant comme ci-dessus, on peut aussi construire le
k-schéma P roj Sym· E, muni d’un morphisme φ vers X. Il est obtenu en recollant les
schémas P roj Sym· V ⊗k A associées aux algèbres graduées en utilisant les fonctions
de transition de E pour recoller les algèbres graduées Sym· V ⊗k A et de façon
contravariante les schémas P roj Sym· V ⊗k A.
On utilise la notation p : P(E) → X pour ce schéma projectif au-dessus de
X. Il est muni d’un faisceau OP(E) (1) obtenu en recollant les faisceaux inversibles
O(1) définis au-dessus des P roj Symr V ⊗k A (cf section 2.3.2) via les recollements
naturels.
Ce faisceau a la propriété que p∗ O(1) ∼= E. Ceci est obtenu à l’aide du théorème
2.19.
Cette notation due à Grothendieck est controversée, dans la mesure où on aurait
envie que P(E) soit le fibré projectif paramétrant les droites contenues dans le fibré
vectoriel E sur X dont les sections algébriques sont le faisceau E. C’est le choix fait
par Fulton.
Il se trouve que ce fibré vectoriel est dual de Spec Sym· E, comme on l’a vu plus
haut.
On peut faire un compromis et adopter la notation P(E) pour le fibré projectif
des droites de E. On a alors P(E) = P(E ∗ ).
50
3.5.2 Lieux des zéros d’une section d’un faisceau localement libre
Soit E un faisceau localement libre de rang r sur un k-schéma de type fini X.
Soit σ une section de E. σ fournit un morphisme de faisceaux cohérents
σ : E ∗ → OX
dont l’image est un faisceau d’idéaux I définissant un sous-schéma Xσ de X. Notons
que E ∗ étant localement libre de rang r, le faisceau I admet localement r générateurs.
Lorsque le schéma est localement intersection complète de codimension r (ou
vide), on dit que la section σ est transverse.
On a la proposition suivante, qui est très utile :
Proposition 3.18 Si le faisceau E est engendré par ses sections, il existe un ouvert
de Zariski non vide U ⊂ AN
k , tel que pour tout point σ ∈ U (k), la section σ de E est
transverse.
Ici k N = AN
k (k) est le k-espace vectoriel Γ(X, E).
51
est par définition de Z le lieu d’annulation de σ, on en conclut le résultat dans ce
cas.
Dans le second cas, on en conclut d’après le lemme 3.20 suivant que dim pr2−1 (σ) =
dim X − r pour σ un k-point de k N pris dans un ouvert U non vide de AN k . Comme
pr2−1 (σ) ⊂ Xk est le lieu d’annulation de σ, la proposition est une conséquence de
la proposition 3.12.
Exemple 3.22 On peut prendre pour E une somme directe de fibrés inversibles
E = ⊕r1 Li . Une section σ de E est alors un r-uple σ1 , . . . , σr ), oùσi ∈ H 0 (X, Li ), qui
définit une hypersurface Yi de X (de codimension pure 1 si σi est transverse) et le
lieu des zéros Z de σ est alors l’intersection schématique des Yi . Lorsque la section
σ est transverse, on dit que Z est l’intersection complète des Yi .
52
On construit alors le revêtement cyclique de degré N de X associé à L et σ de la
façon suivante.
On part de Z = Spec Sym· L−1 . Soit φ : Z → X le morphisme naturel. On a vu
que φ∗ OZ = Sym· L−1 = ⊕n≤0 Ln , et il en résulte que
φ∗ φ∗ L = ⊕n≤1 Ln
où la première flèche est le produit tensoriel, et la seconde est composée du produit
tensoriel et de la multiplication par σ.
53
des coordonnées, dit que, si Yi = P roj A, A = k[X0 , . . . , Xn ]/I, quitte à effectuer
un changement de variables lineaire en les Xi , A est entière sur la sous-algèbre
k[X0 , . . . , Xr ]. En particulier, les sections Xj , 0 ≤ j ≤ r, de OYi (1) n’ont pas de zéro
commun sur Yi , ce qui entraı̂ne que le morphisme d’algèbres graduées
k[X0 , . . . , Xr ] → A
où U est un ouvert de Zariski non vide de Prk (k) sur lequel ce degré est constant. On
doit expliquer ce qu’est ce degré : Z ⊂ Yi est un sous schéma de dimension 0 par le
fait que
P A est finie sur k[X0 , . . . , Xr ]. Un tel sous-schéma possède un cycle associé
z = l ml xl , où les xl sont des sous-schémas irréductibles réduits de dimension 0
de Yi c’est-à-dire des points fermés de Yi . On pose alors :
X
deg Z := deg z := ml deg xl , (11)
l
Exercice 3.25 Soit Z est un k-schéma de type fini et de dimension 0. Montrer que
deg Z = dimk H 0 (Z, OZ ).
54
Remarque 3.28 La condition “générique” est nécessaire dans le théorème 3.27.
Par exemple, si H contient une composante immergée de X, le résultat est faux.
Deuxième partie
Le point de vue complexe
L’ensemble algébrique Pn (C) (ou encore le spectre maximal de PnC ) peut être vu
comme une variété complexe compacte : il est en effet recouvert par des ouverts
isomorphes à Cn , les fonctions de transition permettant de recoller les ouverts le
long de leurs intersections étant des fonctions rationnelles des coordonnées, et en
particulier des fonctions holomorphes. En tant que variété complexe, on notera cet
ensemble (muni de la topologie usuelle et du faisceau de fonctions holomorphes)
CPn .
De même, toute sous-variété algébrique lisse X de Pn (C) peut être vue comme
une sous-variété complexe fermée de CPn . En effet, cette variété est définie par des
équations homogènes qui dans les ouverts affines standards se déshomogénéisent pour
donner des équations polynomiales en les coordonnées, et en particulier holomorphes.
On notera X an la variété complexe correspondante, munie de la topologie usuelle et
du faisceau de fonctions holomorphes.
La lissité algébrique (voir section 7) est caractérisée par le critère jacobien de
rang des équations locales, et fournit donc aussi bien la lissité de la sous-variété
complexe correspondante.
Les questions auxquelles répondent cette partie sont :
1. Quelles sont les variétés complexes compactes qui peuvent être réalisées comme
sous-variétés complexes de l’espace projectif ?
2. Quelles sont les sous-variétés complexes de l’espace projectif qui sont définies
par des équations algébriques ?
La réponse à la question 1 est donnée par le théorème de plongement de Kodaira. La
réponse à la question 2 est donnée par le théorème de Chow, largement généralisé par
Serre sous le nom de principe GAGA (géométrie analytique et géométrie algébrique).
dfx : TU,x ∼
= Cn → TC,f (x) ∼
= C.
Définition 4.1 Une telle application f est dite holomorphe si les différentielles dfx
sont toutes C-linéaires.
Une conséquence remarquable des formules intégrales satisfaites par ces fonctions
est l’équivalence suivante (cf [12], 1.2.1) :
55
Théorème 4.2 Une fonction f sur U est holomorphe si et seulement si elle est
analytique complexe, c’est-à-dire qu’elle est la somme de sa série de Taylor qui a
un rayon de convergence non nul en tout point x ∈ U et dont chaque terme est
polynomial en les variables complexes zi − zi (x).
56
En fait on aura besoin d’une version “avec paramètre” :
Théorème 4.5 Soit f : W ×V ×U → C une application de classe C 1 , et holomorphe
en V , où V est un ouvert de Ct , W est un ouvert de Rm , et U est un ouvert de C.
Alors il existe localement sur W × V × U une fonction g de classe C 1 à valeurs dans
C, holomorphe en V et telle que
∂g
= f.
∂z
∂
Ici l’opérateur ∂z est relatif à la variable z sur U .
57
4.1.5 Fibrés vectoriels holomorphes
Sur une telle variété complexe, un fibré vectoriel holomorphe de rang r est un fibré
vectoriel différentiable complexe muni de trivialisations ψi : E|Ui ∼= Ui × Cr relatives
à un recouvrement ouvert adéquat de X, telles que les matrices de transition
Mij := ψj ◦ ψi−1 : Ui ∩ Uj × Cr ∼
= Ui ∩ Uj × Cr
d(ψV ◦ ψU−1 )
gij = gi /gj .
vrements ouverts U de X.
Lemme 4.8 De cette manière, les classes d’isomorphismes de fibrés en droites ho-
lomorphes sur X sont paramétrées par H 1 (X, OX
∗ ).
Démonstration. C’est une généralité, où l’on aurait pu remplacer le faisceau struc-
turel des fonctions holomorphes par le faisceau des fonctions différentiables à valeurs
complexes, où le faisceau des fonctions continues à valeurs complexes, pour obtenir
la classification des fibrés en droites complexes différentiables ou continus. On a déjà
associé ci-dessus à un fibré en droites un élément de H 1 (X, OX∗ ).
58
Inversement, tout élément de H 1 (X, OX ∗ ) est représenté par un cocycle de Čech
∗
de degré 1 à valeurs dans OX pour un recouvrement adéquat de X par des ouverts
Ui . Soit gij ∈ Γ(Uij , OU∗ ij ) un tel représentant, satisfaisant la condition de cocycles
La condition de cocycles, qui donne la compatibilité des conditions ci-dessus sur les
intersections triples, entraı̂ne que ceci est un faisceau de OX -modules localement
isomorphe à OX .
La suite exacte exponentielle. On a sur une variété complexe la suite exacte expo-
nentielle, qui dit qu’une fonction holomorphe inversible est localement l’exponentielle
d’une fonction holomorphe définie à une constante multiple de 2ιπ près :
2ιπ ∗exp
0 → Z → OX → OX → 0. (12)
La flèche
c1 : H 1 (X, OX
∗
) → H 2 (X, Z)
qui apparaı̂t ici est appelée la première classe de Chern. Elle est en fait topologique
au sens où c1 (L) ne dépend que du fibré vectoriel complexe de rang 1 topologique
sous-jacent. Cette classe peut s’interpréter comme la classe d’Euler du fibré réel de
rang 2 sous-jacent.
Remarque 4.9 Si X est compacte, toute fonction holomorphe sur X est constante
sur chaque composante connexe de X par le principe du maximum ([12], Théorème
1.21). Il en résulte que la suite exacte longue ci-dessus est injective sur le terme
H 1 (X, Z).
par le faisceau des fonctions continues inversibles à valeurs dans C montre que toute
classe α ∈ H 2 (X, Z) est la première classe de Chern d’un fibré en droites com-
plexes topologique, unique à isomorphisme près. En effet, les faisceaux de fonctions
continues étant fins, ils sont acycliques et donc on a
H 1 (X, CX
0
) = H 2 (X, CX
0
) = 0,
59
4.2 Théorème de Dolbeault
4.2.1 Opérateurs ∂, ∂ sur les formes
Si X est une variété complexe, on peut décomposer les formes diférentielles de
degré 1 à valeurs complexes sur X en formes de type (1, 0) et formes de type (0, 1).
Dans des cartes locales holomorphes X k U ∼ = Cn , le fibré tangent de X est identifié
à celui de C , c’est-à-dire au fibré constant de fibre Cn , qui admet une structure
n
qui induit une décomposition similaire des fibrés de formes différentielles complexes
de tout degré :
k
^
ΩX,C ∼ p,q
= ⊕p+q=k ΩX , (15)
Vp 1,0 Vq 0,1
où Ωp,q
X := ΩX ⊗ ΩX .
Ces décompositions sont de classe C ∞ . On notera Ap,q le faisceau des sections
de classe C ∞ de Ωp,q
X .
La décomposition (14) fournit une décomposition
dα = ∂α + ∂α, α ∈ C ∞ ,
Démonstration. Comme noté plus haut, on peut supposer que U est un ouvert de
Cn . Les formes différentielles de type (1, 0) et de classe C k sur U sont engendrées
sur C k (U, C) par les dzi , 1 ≤ i ≤ n et les formes différentielles de type (0, 1) et de
classe C k sur U sont engendrées sur C k (U, C) par les dz i , 1 ≤ i ≤ n.
Une forme α de type p, q et de classe C k , k ≥ 1 sur U s’écrit donc comme une
combinaison : X
α= αI,J dzI ∧ dz J ,
I,J
60
(ici on considère l’ordre naturel sur I pour définir les produits extérieurs), et les αI,J
sont des fonctions de classe C k à valeurs complexes.
On applique alors la règle de Leibniz et le fait que les dzI et dz J sont des formes
différentielles complexes fermées, ce qui donne
X
dα = dαI,J ∧ dzI ∧ dz J .
I,J
Comme dαI,J est la somme d’une forme de type (1, 0) et d’une forme de type (0, 1),
le résultat suit.
Les opérateurs ∂ et ∂ définis sur les formes satisfont la règle de Leibniz au sens
suivant : Si f est une fonction différentiable définie sur un ouvert U ⊂ X d’une
variété complexe, et α est une forme différentielle sur U , on a
∂ ◦ ∂ = −∂ ◦ ∂, ∂ ◦ ∂ = 0, ∂ ◦ ∂ = 0. (17)
En effet, il suffit de montrer (16) sur les formes de type donné, disons (p, q). Ceci
résulte alors de la formule de Leibniz pour l’opérateur d, et des décompositions en
types de d(f α) et de df et dα.
Les formules (17) se montrent de même sur les formes de type (p, q). Elles
résultent alors de la décomposition en types de dα et de d(dα), avec d = ∂ + ∂,
et de d ◦ d = 0.
forme α s’écrit dans cette trivialisation (α1 , . . . , αr ), où les αi sont des (0, q)-formes
définies sur le même ouvert. Posons
∂ E α = (∂α1 , . . . , ∂αr ).
On vérifie, du fait que les matrices de transition sont holomorphes et donc annulées
par ∂ et à l’aide de la règle de Leibniz (16) que la section ainsi obtenue de A0,q+1 (E)
sur l’ouvert considéré ne dépend pas du choix de la trivialisation. On a donc défini
l’opérateur de Dolbeault ∂ E de E, qui satisfait la règle de Leibniz par rapport à
l’opérateur ∂ agissant sur les fonctions. Le calcul local et le cas de l’opérateur ∂
agissant sur les formes (cf (17)) montrent qu’on a ∂ E ◦ ∂ E = 0.
61
4.2.3 La résolution de Dolbeault
Théorème 4.12 (Dolbeault) Le complexe de Dolbeault
∂
0 → C ∞ (E) →
E
A0,1 (E) → . . . → A0,n (E) → 0, (18)
α = ±∂(gdz 1 ∧ . . . ∧ dz q−1 ).
α = β + dz k ∧ β 0 ,
où seuls les indices j < k apparaissent effectivement dans β 00 . On en déduit que
α = ∂γ + α0 , où seuls les indices d’ordre < k apparaissent dans α0 .
62
Corollaire 4.13 Les groupes de cohomologie H i (X, E) peuvent se calculer comme
les groupes de cohomologie du complexe (A0,· 0,q
X (E), ∂ E ), où AX (E) est l’espace des
sections globales du faisceau A0,q (E).
En effet la résolution de Dolbeault (18) est une résolution par des faisceaux de
C ∞ -modules, qui sont fins donc acycliques.
φ =| s |2h .
On supposera désormais que h est de classe C ∞ , c’est-à-dire que dans des triviali-
sations holomorphes locales, les fonctions φ correspondantes sont de classe C ∞ .
Une autre section trivialisante s0 se déduit de s par la règle s0 = gs, où g est
holomorphe non nulle. On a donc
| s0 |2h = gg | s |2h .
63
Finalement on a gij gjk gki = 1 sur Uijk et donc fij + fjk + fki ∈ Z sur Uijk (on
suppose Uijk connexe).
En considérant maintenant la résolution du faisceau C par le complexe simple
(K• , D) associé au complexe double
Ȟ k (U, C) → H k (K • ) → H k (X, C)
soient les isomorphismes naturels. Or les égalités écrites plus haut se traduisent par
dans K • , la dernière égalité résultant du fait que aijk = δ(fij ) est un cocycle à
coefficients réels (en fait entiers). Donc ω = (ωi ) est cohomologue dans K • à (aijk ).
D’autre part l’élément de H 1 (X, OX ∗ ) correspondant à L est décrit par le cocycle
∗
de Čech gij ∈ OUij , et son image dans H 2 (X, Z) est précisément obtenue en relevant
1
gij dans OUij et en appliquant 2ιπ δ, où δ est la différentielle de Čech, à la cochaı̂ne
log gij ainsi obtenue. Donc cet élément est également représenté en cohomologie de
Čech par (aijk ).
h = g − iω,
où g est une forme bilinéaire symétrique et ω est une forme bilinéaire alternée. En
effet, on a
avec
64
et donc :
g(v, u) = g(u, v), ω(v, u) = −ω(u, v).
De plus ω est de type (1, 1) pour la structure complexe de V .
Ici la notion de forme multilinéaire alternée complexe de type (p, q) sur V est
la suivante (cf section précédente) : l’espace V ∗ ⊗ C des formes R-linéaires sur V à
valeurs dans C sur V se décompose comme la somme directe V ∗1,0 ⊕ V ∗0,1 , où V ∗1,0
est l’espace des formes C-linéaires sur V et V ∗0,1 est son conjugué complexe, l’espace
des formes C-antilinéaires sur V . Alors les formes de type (p, q) sont par définition
les combinaisons linéaires à coefficients complexes des α1 ∧ . . . ∧ αp ∧ β1 ∧ . . . ∧ βq ,
où αi ∈ V ∗1,0 et βj ∈ V ∗0,1 . On voit immédiatement que le fait que ω soit de type
(1, 1) équivaut au fait que ω(Iu, Iv) = ω(u, v).
On pose g(u, v) = ω(u, Iv). La propriété (21) et le fait que ω soit alternée montrent
que g est symétrique. Soit h = g − ιω. h est hermitienne bilinéaire car
h(u, Iv) = g(u, Iv) − iω(u, Iv) = ω(u, v) + ig(u, v) = ih(u, v),
Définition 4.16 On dira qu’une forme réelle de type (1, 1) sur V est positive si la
forme hermitienne correspondante l’est.
h = g − iω,
65
La classe de cohomologie de de Rham [ω] ∈ H 2 (X, R) de la 2-forme fermée ω est
appelée la classe de Kähler de la métrique de Kähler déterminée par ω.
Exemple 4.18 La métrique de Fubini-Study sur CPn . Cette métrique est construite
de la façon suivante. Rappelons l’existence du fibré en droites holomorphe OPn (1)
sur CPn . Ce fibré est dual du sous-fibré tautologique S ⊂ Cn+1 ⊗ OPn dont la fibre
en un point x de Pn est la droite L =< x > de Cn+1 . Considérons la métrique
hermitienne H standard sur Cn+1 ; on en déduit par restriction à S une métrique
h sur S, et par passage au dual, une métrique h∗ sur OPn (1). La forme de Kähler
de la métrique de Fubini-Study est la forme de Chern du fibré OPn (1) muni de
la métrique h∗ . C’est aussi l’opposé de la forme de Chern du fibré S muni de la
métrique h. Sur l’ouvert Ui où Xi est différent de 0, on a une section évidente si non
nulle de S ⊂ Cn+1 donnée au point x de coordonnées homogènes (x0 , . . . , xn ) par
si (x) = (x0 /xi , . . . , xn /xi ). Posant zi = x0 /xi , qui sont les
P coordonnées naturelles
sur l’ouvert affine Ui , on trouve que h(si ) = H(si ) = 1 + i | zi |2 et donc la forme
de Chern cherchée est donnée dans les coordonnées affines zi par
ι X
ωF S = ∂∂log (1 + | zi |2 ).
2π
i
Exercice 4.19 Montrer que c’est une forme positive. (Indication : Il suffit par un
argument d’homogénéité de montrer le résultat en un seul point).
où la matrice ²ij est une matrice hermitienne dont les coefficients sont des formes
linéaires en les zi , z i . Écrivons
66
(décomposition en parties C-linéaire et antilinéaire). Remarquons qu’on a évidemment
²antihol
ij = ²hol
ji (22)
est ∂-fermée au point x, et donc en fait partout puisque c’est une forme à coefficients
linéaires. On a donc
∂²hol
ij ∂²hol
kj
= .
∂zk ∂zi
Cela entraı̂ne qu’il existe des fonctions holomorphes φj (z1 , . . . , zn ), que l’on peut
supposer nulles en 0, telles que
∂φj
²hol
ij = .
∂zi
Posons zi0 = zi + φi (z). Comme φi est nulle à l’ordre 1 en 0, les zi0 fournissent, quitte
à restreindre le voisinage considéré, des coordonnées centrées en x. Il reste à voir
que la métrique h est constante au premier ordre dans ces coordonnées. Mais on a
X ∂φi X
dzi0 = dzi + dzk = dzi + ²hol
ki dzk .
∂zk
k k
Il vient donc
X X X¡ ¢
dzi0 ∧ dz 0i = dzi ∧ dz i + ²hol hol 2
ki dzk ∧ dz i + ²ki dzi ∧ dz k + O(|z| )
i i i,k
X X
= dzi ∧ dz i + ²hol antihol
ki dzk ∧ dz i + ²ik dzi ∧ dz k + O(|z|2 )
i i,k
X X
= dzi ∧ dz i + ²ki dzk ∧ dz i + O(|z|2 ).
i i,k
67
5 Théorie de Hodge et théorèmes d’annulation
5.1 Métrique L2
Soit X une variété différentiable compacte, munie d’une métrique g. On a alors
une métrique ( , ) sur chaque fibré vectoriel ΩkX,R : si e1 , . . . , en est une base ortho-
normée pour (TX,x , gx ) et e∗i est la base duale, les e∗i1 ∧ · · · ∧ e∗ik forment une base
orthonormée pour la métrique ( , )x sur ΩkX,x .
Supposons maintenant que X est orientée et compacte, et soit V ol la forme
volume de X relative à g. La métrique L2 sur l’espace Ak (X) des formes différentielles
sur X est définie par
Z
(α, β)L2 = (α, β)V ol, (23)
X
où (α, β) est la fonction (continue dès que α, β et g le sont) x 7→ (αx , βx )x sur X.
68
On peut faire la même construction avec l’opérateur ∂ E d’un fibré vectoriel E
holomorphe sur une variété complexe X. Supposons que E et X sont munis d’une
métrique hermitienne. Alors chaque fibré vectoriel Ωp,q
X ⊗ E est muni d’une métrique
hermitienne. Or Ωn,n
X = Ω 2n est trivialisé par la forme volume V ol. Donc Ω0,q ⊗ E
X,C X
et Ωn,n−q
X ⊗E ∗ sont naturellement duaux comme fibrés vectoriels complexes. D’autre
Ω0,q 0,q ∗
X ⊗ E 7→ (ΩX ⊗ E) .
∗E : Ω0,q n,n−q
X ⊗ E 7→ ΩX ⊗ E∗.
69
∗
Lemme 5.5 Les opérateurs ∂ ∗ = − ∗ ∂ ∗ et ∂ = − ∗ ∂ ∗ sont des adjoints formels
de ∂ et ∂ respectivement, pour la métrique hermitienne L2 sur les formes complexes.
(αx , βx )x V ol = αx ∧ ∗E βx ,
où dans le terme de droite, on fait le produit extérieur sur les formes et on utilise la
contraction entre E et KX ⊗ E ∗ , à valeurs dans KX . Il en résulte immédiatement
que, pour α, β ∈ A0,q (E), on a
Z
(α, β)L2 = α ∧ ∗E β.
X
∗
Lemme 5.6 L’opérateur ∂ E est l’adjoint formel de ∂ E .
c’est-à-dire
Z Z
d◦ β
∂ E α ∧ ∗E β = (−1) α ∧ ∗E ∗−1
E ∂ KX ⊗E ∗E β.
∗ (25)
X X
R
Mais on a X ∂(α ∧ ∗E β) = 0 et
◦
∂(α ∧ ∗E β) = ∂ E α ∧ ∗E β + (−1)d α α ∧ ∂ KX ⊗E ∗ ∗E β.
Il vient donc Z Z
◦
∂ E α ∧ ∗E β = − (−1)d α α ∧ ∂ KX ⊗E ∗ ∗E β.
X X
L’égalité (25) résulte donc du fait que d◦ α + 1 = d◦ β.
Remarque 5.7 On peut en particulier prendre pour fibré E l’un des fibrés holo-
∗
morphes ΩpX muni de sa métrique hermitienne induite. Les opérateurs ∂ E et ∂ E ne
∗
coı̈ncident alors avec les opérateurs ∂, ∂ , restreints aux formes de type (p, q), qu’à
un coefficient près. Par exemple, à cause de la règle de Leibniz, on a ∂ E = (−1)p ∂
∗ ∗
sur Ap,q (X) = A0,q (ΩpX ). D’autre part, on a ∂ = (−1)p 12 ∂ E , le coefficient 2 prove-
nant de la différence des métriques utilisées.
70
5.2.1 Laplaciens
Pour une variété riemannienne M , on note ∆ l’opérateur dd∗ + d∗ d qui agit pour
chaque k sur les formes différentielles de classe C ∞ et de degré k. Cet opérateur est
appelé le laplacien associé à d.
Pour une variété complexe X munie d’une métrique hermitienne, on notera ∆∂
et ∆∂ les laplaciens associés aux opérateurs ∂ et ∂ respectivement, c’est-à-dire
∗ ∗
∆∂ = ∂∂ ∗ + ∂ ∗ ∂, ∆∂ = ∂ ∂ + ∂ ∂.
En effet, on a
(α, ∆α)L2 = (α, dd∗ α)L2 + (α, d∗ dα)L2
et ceci est égal à (dα, dα)L2 + (d∗ α, d∗ α)L2 par la propriété d’adjonction (24).
Corollaire 5.9 Sur une variété compacte, on a Ker ∆ = Ker d ∩ Ker d∗ et les
égalités semblables pour les trois autres laplaciens.
Définition 5.10 Une forme harmonique (ou ∆-harmonique) est une forme annulée
par le laplacien ∆, (ou de façon équivalente dans le cas compact qui est annulée par
d et d∗ ). On peut définir de même les formes ∆∂ -harmoniques ou les (0, q)-formes
∆E -harmoniques à coefficients dans E.
E|U ∼
= U × Rp , F|U ∼
= U × Rq ,
71
on a P ((α1 , . . . , αp )) = (β1 , . . . , βq ) avec
X ∂αj
βi = PI,i,j ,
∂xI
I,j
où les coefficients PI,i,j sont de classe C ∞ , nuls pour | I |> k avec au moins un
coefficient PI,i,j non nul pour | I |= k.
Définition 5.12 La section σP de Hom (E, F ) ⊗ S k TX donnée par les Pk dans les
ouverts d’une trivialisation est appelée le symbole de l’opérateur P .
Définition 5.13 On dit qu’un opérateur différentiel est elliptique si pour tout m ∈
M et αm 6= 0 dans ΩM,m , l’homomorphisme σP,m (α) : Em 7→ Fm est injectif.
σ∆ (α)(ω) = − | α |2 ω. (26)
72
Ici, | α |2 est la fonction sur M qui vaut | αx |2 := (αx , αx )x au point x.
Démonstration. Il suffit de le montrer localement. D’autre part, si m ∈ M ,
l’opérateur différentiel d∗ = ± ∗ d∗ est la somme d’un opérateur différentiel d’ordre
0, qui fait intervenir les dérivées de la métrique, et d’un opérateur d’ordre 1, qui ne
fait intervenir la métrique qu’à l’ordre 0. Il en résulte immédiatement que les termes
d’ordre 2 dans l’expression du laplacien ne dépendent de la métrique qu’à l’ordre 0.
Donc il suffit de montrer (26) pour la métrique constante.
Pour la métrique à coefficients constants, lesPformes ∗dxI sont à coefficients
constants et donc annulées par d. Soit alors ω = I fi dxI une forme différentielle ;
on a ∆ω = (−1)q (d ∗−1 d ∗ − ∗−1 d ∗ d)ω, q = d◦ ω. Or
X ∂fI X ∂fI
dω = dxi ∧ dxI , ∗dω = ∗ (dxi ∧ dxI )
∂xi ∂xi
i,I i,I
et donc
X ∂ 2 fI
∗−1 d ∗ dω = ∗−1 (dxk ∧ ∗(dxi ∧ dxI )).
∂xi ∂xk
k,i,I
De même, on trouve
X ∂ 2 fI
d ∗−1 d ∗ ω = dxk ∧ ∗−1 (dxi ∧ ∗dxI ).
∂xi ∂xk
k,i,I
Il vient donc
X ∂ 2 fI
∆d ω = (−1)q ( (∗−1 (dxk ∧ ∗(dxi ∧ dxI )) − dxk ∧ ∗−1 (dxi ∧ ∗dxI ))).
∂xi ∂xk
I,i,k
P
Supposons que la métrique soit la métrique standard i dx2i . On vérifie immédiatement
∂
que ∗−1 (dxi ∧dxI ) est égal à (−1)q+1 Int( ∂x i
)(dxI ), où le produit intérieur Int(u)(α)
pour u un vecteur tangent et α une k-forme différentielle est la k − 1-forme définie
par
Int(u)(α)(v1 , . . . , vk−1 ) = α(u, v1 , . . . , vk−1 ).
∂
Or le produit intérieur par ∂x i
anticommute avec le produit extérieur par dxk lorsque
i 6= k, tandis que, pour k = i, on a
∂ ∂
Int( ) ◦ (dxi ∧) + (dxi ∧) ◦ Int( ) = Id.
∂xi ∂xi
On en déduit immédiatement que, pour la métrique standard,
X ∂ 2 fI
∆ω = − dxI ,
i
∂x2i
P ∂ 2
ce qui montre (26) puisque − i ( ∂x i
) ∈ S 2 TM,m est exactement l’application ho-
2
mogène de degré deux α 7→ − | α | sur ΩM,m .
On a des résultats semblables pour les laplaciens ∆∂ , ∆∂ , ∆E introduits ci-dessus.
Par exemple on a :
73
Lemme 5.15 Les symboles de ∆∂ et ∆∂ sont égaux à
−1
ξ 7→ | ξ |2 Id
2
agissant sur ΩkX . Le symbole de ∆E est égal à
ξ 7→ − | ξ |2 Id
agissant sur Ω0,q ⊗ E.
Corollaire 5.16 Les laplaciens ∆, ∆∂ , ∆∂ , ∆E sont des opérateurs elliptiques.
74
Démonstration. L’opérateur ∆ est autoadjoint et elliptique. Donc le théorème
5.17 fournit la décomposition
Ak (X) = Hk ⊕ ∆(Ak (X)).
Soit β ∈ Ak (X) une forme fermée et écrivons β = α + ∆γ avec α harmonique. On a
donc β = α + dd∗ γ + d∗ dγ. Comme β, α et dd∗ γ sont fermées, on en déduit que la
forme d∗ dγ est à la fois annulée par d et dans l’image de d∗ . Donc elle est nulle et
β = α modulo une forme exacte. La flèche (28) est donc surjective.
D’autre part soit β une forme harmonique, et supposons que β soit exacte. Alors
β est à la fois annulée par d∗ (d’après le corollaire 5.9) et dans l’image de d. Donc β
est nulle. La flèche (28) est donc injective.
En utilisant la cohomologie de Dolbeault d’un fibré vectoriel holomorphe E sur
une variété complexe X, on a le résultat analogue pour les groupes de cohomologie
H q (X, E) à valeurs dans le faisceau E des sections holomorphes de E, que l’on a
identifiés dans le corollaire 4.13 aux groupes
Ker (∂ : A0,q (E) → A0,q+1 (E))
.
Im (∂ : A0,q−1 (E) → A0,q (E))
Théorème 5.19 Soit E un fibré vectoriel holomorphe hermitien sur une variété
complexe compacte X munie d’une métrique hermitienne. Alors si H0,q (E) est l’es-
pace des formes harmoniques, c’est-à-dire annulées par ∆E , de type (0, q) à coeffi-
cients dans E, l’application naturelle
H0,q (E) 7→ H q (X, E)
qui à une forme harmonique α associe la classe de la forme ∂-fermée α, est un
isomorphisme.
où Λβ := ∗−1 ◦ L ◦ ∗.
Identités kählériennes.
75
Proposition 5.20 On a les identités :
∗
[Λ, ∂] = −i∂ ∗ , [Λ, ∂] = i∂ . (29)
En effet,
³X ´ X ∂f
I,J
∂ fI,J dzI ∧ dz J = dz i ∧ dzI ∧ dz J
∂z i
I,J i,I,J
P
de sorte que la section de TX ⊗Hom(Ωp,q p,q+1
X , ΩX ) correspondante est égale à i ( ∂z∂ i )⊗
(dz i ∧). La preuve de la première identité résulte donc du lemme 5.21 ci-dessous, et
la seconde s’en déduit par conjugaison.
Lemme 5.21 (cf [12], Lemme 6.6) Soit η une section du fibré Ω0,1
X . On a l’égalité
5.5.1 Applications
On déduit des identités kählériennes le résultat suivant :
Théorème 5.22 Sur une variété kählérienne (X, ω), les laplaciens ∆, ∆∂ , ∆∂ sa-
tisfont les relations :
∆ = 2∆∂ = 2∆∂ .
Démonstration. On a
∗ ∗
∆ = (∂ + ∂)(∂ ∗ + ∂ ) + (∂ ∗ + ∂ )(∂ + ∂).
76
= ∂∂ ∗ + ∂∂ ∗ + i∂∂Λ − i∂Λ∂ + ∂ ∗ ∂ + ∂ ∗ ∂ − iΛ∂∂ + i∂Λ∂.
En écrivant ∂ ∗ = i[Λ, ∂] on obtient d’autre part
∂ ∗ ∂ = −i∂Λ∂ = −∂∂ ∗ .
Donc
∆ = ∆∂ + i∂[Λ, ∂] + i[Λ, ∂]∂ = 2∆∂ .
L’autre égalité se montre de même.
Corollaire 5.23 Sur une variété kählérienne (X, ω), le laplacien ∆ est bihomogène,
c’est-à-dire préserve la décomposition des formes en type :
où αp,q est une classe de cohomologie de type (p, q), c’est-à-dire est représentable
par une forme fermée de type (p, q).
En effet, par le théorème 5.18, toute classe est représentable par une forme harmo-
nique, dont les composantes de type (p, q) sont aussi harmoniques, et en particulier
fermées.
Rappelons que si X est compacte, par le théorème 5.19, l’espace des formes de
type (p, q) ∆∂ -harmoniques s’identifie naturellement au groupe de cohomologie de
Dolbeault H q (X, ΩpX ).
On va maintenant montrer l’unicité de la décomposition d’une classe de cohomo-
logie en somme de classes de type (p, q). Montrons tout d’abord le résultat suivant :
Proposition 5.26 Soit α une forme fermée de type (p, q). Alors α est aussi ∂-
fermée et le représentant harmonique pour ∆ de sa classe de cohomologie est égal
au représentant harmonique pour ∆∂ de sa classe de cohomologie de Dolbeault, et
donc est de type (p, q).
Démonstration. Le premier énoncé est évident. D’autre part, soit β p,q le représentant
harmonique de la classe de cohomologie de Dolbeault de α dans H q (X, ΩpX ) :
α = β p,q + ∂φ,
où φ est de type (p, q−1). La forme α−β p,q est donc de type (p, q), d-fermée (puisque
β p,q l’est par l’égalité des laplaciens), et ∂-exacte. Pour conclure que β = β p,q il suffit
maintenant de savoir que la forme α − β p,q est d-exacte. C’est le contenu du “lemme
∂∂” (Proposition 5.29 ci-dessous).
77
Corollaire 5.27 La décomposition d’une classe de cohomologie en composantes de
type (p, q) est unique.
P p,q
Démonstration. Supposons que p+q=k P α est exacte, où chaque αp,q est fermée.
p,q
Alors le représentant harmonique de p+q=k α est nul. Or le représentant har-
monique γP p,q est de type (p, q) par la preuve de la proposition 5.26.
p,q de chaque α
L’égalité p+q=k γp,q = 0 entraı̂ne donc que chaque γp,q est nul, c’est-à-dire que
chaque forme αp,q est exacte.
En conclusion, on a montré le théorème de décomposition de Hodge.
Le lemme ∂∂.
Proposition 5.29 Si X est kählérienne compacte, une forme β de type (p, q) fermée
et ∂-exacte sur X s’écrit sous la forme ∂∂ψ, où ψ est de type (p − 1, q − 1). En
particulier, β est d-exacte. On peut échanger dans cet énoncé les rôles de d et ∂.
Démonstration. Ecrivons
β = ∂φ
avec φ ∈ Ap,q−1
X . La forme φ admet maintenant la décomposition relativement au
laplacien ∆∂ :
φ = η + ∂∂ ∗ µ + ∂ ∗ ∂µ,
où η est ∆∂ -harmonique. Comme ∆∂ = ∆∂ , on a ∂η = 0 et on obtient donc
β = ∂∂∂ ∗ µ + ∂∂ ∗ ∂µ.
[Λ, ∂] = Λ∂ − ∂Λ == −i∂ ∗ .
Il en résulte que
−i∂∂ ∗ = ∂Λ∂, −i∂ ∗ ∂ = −∂Λ∂.
En d’autres termes, ∂ ∗ et ∂ anticommutent, et on conclut que
β = ∂∂∂ ∗ µ − ∂ ∗ ∂∂µ.
Or β et ∂∂∂ ∗ µ sont ∂-fermées, tandis que ∂ ∗ ∂∂µ est dans l’image de ∂ ∗ . Il en résulte
que ∂ ∗ ∂∂µ = 0, et que
β = ∂∂∂ ∗ µ.
78
5.6 Théorèmes d’annulation
Connexion de Chern. On utilisera dans cette section un outil précieux, la connexion
de Chern, qui permet de définir deux laplaciens sur un fibré vectoriel holomorphe
muni d’une métrique hermitienne. Soit E un fibré vectoriel hermitien sur une variété
complexe X, et soit h une métrique hermitienne sur E. On a déjà défini l’opérateur
∂ E agissant sur les formes de type (0, q) à valeurs dans E. On peut plus généralement
définir l’opérateur ∂ E agissant sur les (p, q)-formes à coefficients dans E, c’est-à-dire
les sections de Ap,qX ⊗OX E, en observant qu’on peut les voir comme les (0, q)-formes
à valeurs dans le fibré vectoriel holomorphe ΩpX ⊗ E.
On va définir une connexion ∇ sur E, dite de Chern, c’est-à-dire un opérateur
différentiel
∇ : C ∞ (E) → A1X (E)
satisfaisant la règle de Leibniz
∇(f σ) = df ⊗ σ + f ∇σ
Proposition 5.30 Il existe une unique connexion ∇ sur E satisfaisant les deux
propriétés suivantes :
1. ∇00 = ∂ E .
2. Pour toutes sections locales σ, σ 0 de classe C ∞ de E, on a :
Dans l’égalité (30), ∇σ 0 est une 1-forme à coefficients dans E. On utilise la sesqui-
linéarité de h pour poser
ou encore :
79
Théorème 5.31 Supposons que X est compacte de dimension n et que L est positif
sur X. Alors
H q (X, KX ⊗ L) = 0, ∀q > 0.
V
Rappelons ici que le fibré canonique KX est le fibré en droites holomorphes n ΩX ,
où ΩX est considéré comme un fibré vectoriel holomorphe de rang n sur X.
Ce théorème admet la généralisation suivante, qui sera utilisé dans la preuve du
théorème de restriction de Lefschetz (cf section 8.3). Cette généralisation est due à
Akizuki et Nakano.
Théorème 5.33 On a ∆L = ∆0L + 2π[L, Λ], où les opérateurs L et Λ sont les
opérateurs de Lefschetz définis dans la section 5.5, qui sont des opérateurs d’ordre
0 agissant sur les formes, et donc aussi sur les formes à valeurs dans n’importe quel
fibré vectoriel.
Cette identité est obtenue en utilisant les identités kählériennes sur les formes et le
fait que la courbure de la connexion ∇, c’est-à-dire l’opérateur d’ordre 0
∇ ◦ ∇ = ∇0 ◦ ∇00 + ∇00 ◦ ∇0 ,
est égale à −2ιπL, ce qui est une conséquence du fait que la forme de Kähler choisie
est la forme de Chern de la connexion.
La preuve se termine maintenant de la façon suivante : Supposons qu’on ait une
forme harmonique α de type (p, q) à valeurs dans L, avec p + q > dim X. Alors
d’après le théorème 5.33, on a
On applique maintenant le lemme suivant, dont la preuve est donnée plus loin :
80
Lemme 5.34 On a la relation de commutation
[L, Λ] = (k − n)Id surAkX . (32)
Comme α est une forme de degré k = p + q à valeurs dans L, on obtient donc
∆0L α = 2π(n − k)α.
On obtient maintenant
0 ≤ (∆0L α, α)L2 = 2π(n − k)(α, α)L2 .
Comme n − k < 0, on conclut donc que (α, α)L2 ≤ 0, et donc α = 0. Ceci conclut la
preuve du théorème d’annulation.
Démonstration du lemme 5.34. Ceci est un lemme de géométrie hermitienne,
car les opérateurs considérés sont d’ordre 0. On supposera donc que la métrique
estPla métrique plate standard. Rappelons que L est le produit extérieur par ω =
ι ι
2 i dzi ∧ dz i . Soit Ai l’opérateur donné par le produit extérieur par 2 dzi ∧ dz i . On
a la formule facile
∂
∗−1 (dz i ∧)∗ = (−1)k+1 2int( ) sur AkX
∂zi
et de même
∂
∗−1 (dzi ∧)∗ = (−1)k+1 2int( ) sur AkX .
∂z i
Donc
∂ ∂
∗−1 Ai ∗ = −2ιint( ∧ ).
∂zi ∂z i
P P −1
Comme L = i Ai et Λ = i ∗ Ai ∗ , on a
X
[L, Λ] = [Ai , ∗−1 Aj ∗].
i,j
Posons pour M ⊂ {1, . . . , n}, wM = ∧m∈M dzm ∧dz m . Toute forme ω de degré k peut
s’écrire comme une combinaison linéaire des formes ωA,B,M = dzA ∧ dz B ∧ wM où les
sous-ensembles A, B et M de {1, . . . , n} sont disjoints, et |A| + |B| + 2|M | = k. Si A,
B et M sont fixés, soit J = {1, . . . , n}\(A∪B ∪M ). Alors on a dzi ∧dz i ∧ωA,B,M = 0
si i 6∈ J, et int( ∂z∂ i ∧ ∂z∂ i )(ωA,B,M ) = 0 si i 6∈ M . De plus si i ∈ M on a
∂ ∂
(dzi ∧ dz i ) ◦ int( ∧ )(ωA,B,M ) = ωA,B,M .
∂zi ∂z i
Enfin si i ∈ J, on a
∂ ∂
int( ∧ ) ◦ (dzi ∧ dz i )(ωA,B,M ) = ωA,B,M .
∂zi ∂z i
On en conclut que
[L, Λ](ωA,B,M ) = (|M | − |J|)ωA,B,M .
Or |J| = n − |A| − |B| − |M | et donc |M | − |J| = k − n et [L, Λ](ωA,B,M ) =
(k − n)ωA,B,M . L’égalité (32) est donc prouvée.
81
6 Géométrie algébrique et géométrie complexe
6.1 Théorème de plongement de Kodaira
Le théorème de plongement de Kodaira caractérise les variétés complexes com-
pactes admettant un plongement holomorphe dans un espace projectif CPN . Notons
que si X admet un tel plongement j, le pull-back ω de la forme de Fubini-Study
est une forme de Kähler sur X, dont la classe de cohomologie est une classe de
cohomologie rationnelle : [ω] ∈ H 2 (X, Q) ⊂ H 2 (X, R). En effet cette classe est la
classe de Chern c1 (j ∗ O(1)) par le théorème 4.14. La réciproque due à Kodaira est
la suivante :
Ce théorème se scinde en fait en deux énoncés, l’un étant une conséquence facile de
la théorie de Hodge, l’autre étant une caractérisation métrique des fibrés en droites
amples.
(Un fibré en droites holomorphes L (ou faisceau inversible de OX -modules) est
dit ample si une puissance L⊗k , k > 0 est très ample, c’est-à-dire que ses sections
globales fournissent un plongement de X dans un espace projectif.)
Soit X une variété complexe et ω une (1, 1)-forme fermée réelle de classe de
cohomologie rationnelle. Un multiple N [ω] provient alors d’une classe de cohomologie
entière :
N [ω] ∈ Im (H 2 (X, Z) → H 2 (X, R)).
Soit γ une classe entière telle que l’image de γ dans H 2 (X, R) soit égale à N [ω].
La classe γ s’annule dans H 2 (X, OX ). En effet la compatibilité des résolutions de
de Rham de C et de Dolbeault de OX montre que pour une classe de cohomologie
de de Rham [ω] ∈ H k (X, C) de degré k, représentée par une forme fermée ω, son
image dans H k (X, OX ) est représentée par la composante de type (0, k) de ω qui est
∂-fermée. Ici, comme N ω est de type (1, 1) sa composante de type (0, 2) est nulle.
La suite exacte exponentielle (13) montre alors que N [ω] = c1 (L) pour un fibré
en droites holomorphe L sur X.
82
La proposition 6.2 montre alors qu’il existe une métrique hermitienne h sur L
telle que ωh = N ω.
Le théorème 6.1 est donc une conséquence du théorème suivant :
Ici, on rappelle que pour voir x 7→ (σ0 (x), . . . , σK (x)) comme une application ho-
lomorphe à valeurs dans l’espace projectif, on choisit localement une trivialisation
holomorphe de L⊗m , ce qui permet de voir localement les sections σi comme des
fonctions holomorphes. Un changement de trivialisation multiplie ces fonctions par
une même fonction inversible, donnant lieu à la même application à valeurs dans
CPK .
Yi yj = Yj yi , ∀i, j. (33)
83
ex de X au point x est défini en recollant U
L’éclaté X ex et X \ {x} suivant l’ouvert
e ∼
Ux \ E = U \ {x}.
On note τ l’application naturelle de Xx dans X.
On a τ ∗ L⊗mx | E ∼
= OE , et un diagramme commutatif
où les flèches verticales sont des isomorphismes : celle de gauche par le théorème
de Hartogs dans le cas où n ≥ 2, qui dit qu’une section de L sur X \ {x} s’étend
sur x, l’autre à cause de la trivialité de τ ∗ L⊗mx | E. (Noter que si n = 1, il n’y a
pas besoin de pratiquer d’éclatement, on peut appliquer directement le théorème
d’annulation de Kodaira.)
Il revient donc au même de montrer la surjectivité de la flèche de restriction
ex , τ ∗ L⊗mx ) → H 0 (E, τ ∗ L⊗mx ).
H 0 (X |E
τ ∗ L⊗mx (−E) ⊗ K −1
e Xx
Démonstration. Un calcul local utilisant les équations (33) montre aisément que
le pull-back par τ d’une forme canonique non nulle en x, définie au voisinage de x,
est une forme canonique sur Xex qui s’annule à l’ordre exactement n − 1 le long de E.
L’application de pull-back des formes holomorphes de degré maximal fournit donc
un isomorphisme :
τ ∗ : KX ∼
= KXex ⊗ IE⊗n−1 = KXex (−(n − 1)E)).
84
On est donc ramené à montrer que pour mx assez grand, le fibré en droites
−1
τ ∗ (L⊗mx ⊗ KX )(−nE)
sur Xex est positif.
Prenons une métrique arbitraire hK sur KX de forme de Chern α. Soit h une
métrique sur L de forme de Chern ωh positive sur X. Alors la forme de Chern de la
−1
métrique h⊗m0 ⊗ hK sur L⊗mx ⊗ KX est égale à m0 ωh + α qui par positivité de ωh
et compacité de X est positive pour m0 assez grand.
Le pull-back τ ∗ (m0 ωh + α) n’est que semi-positif : le long de E, cette forme
s’annule sur l’espace tangent de E. Ceci est corrigé par le fait que O(−E)|E est
positif. En fait on a :
Lemme 6.5 Le fibré inversible O(−E) = IE satisfait :
E∼ = CPn−1 , O(−E)|E ∼
= OPn−1 (1).
Démonstration. Pour voir concrètement le second isomorphisme, on note que le
rang de τ le long de E est égal à 1, et que le noyau de la différentielle τ∗ : TXx → τ ∗ TX
le long de E est égal à TE . Donc τ∗ le long de E se factorise en une inclusion de
NE/Xex dans τ ∗ TX,x . Le fibré normal NE/Xx est isomorphe à O(E)|E (cf section 7)
et cette inclusion fournit les isomorphismes
O(E)|E = ∼ OPn−1 (−1), Pn−1 = ∼ P(TX,x ),
où l’on voit OPn−1 (−1) comme le sous-fibré tautologique de rang 1 du fibré trivial
sur Pn−1 .
Remarque 6.6 L’isomorphisme O(−E)|E ∼ = OPn−1 (1) peut aussi se voir en rappe-
ex .
lant que O(−E) = IE , et en examinant les équations naturelles définissant E ⊂ U
Il résulte de la positivité de O(−E)|E (voir l’exemple 4.18) qu’il existe une métrique
à forme de Chern positive sur O(−E)|E . La métrique s’étend en une métrique hE
sur O(−E), fournissant aussi hnE sur O(−nE). La forme de Chern ωhE de hE a
la propriété que sa restriction à E est positive. Un argument simple de géométrie
hermitienne ponctuelle combiné avec la compacité de E montre alors que τ ∗ (m0 ωh +
α) + nωhE est positive sur X ex pour m0 assez grand.
Remarque 6.7 Notons que lorsqu’on sait que L⊗m0 est engendré par ses sections,
le morphisme φL⊗m0 de X dans CPK0 fourni par les sections globales de L⊗m0 est
nécessairement fini. En effet, supposons qu’il existe une fibre de dimension positive
Z. Soit Z0 une composante irréductible de Z de dimension l > 0. On sait que L⊗m |Z0
0
85
6.2 Le principe GAGA
6.2.1 Le foncteur algébrique vers analytique
Géométrie analytique. On considère la variété complexe compacte CPn . Elle est
munie de sa topologie usuelle et de son faisceau O de fonctions holomorphes.
La définition est ici ensembliste. Il est plus utile de parler de sous-schéma analytique :
un tel sous-schéma est défini par un sous-faisceau I ⊂ OPn de OPn -modules. Le
faisceau d’idéaux d’un sous-ensemble analytique est cohérent par le théorème d’Oka,
c’est-à-dire admet localement une présentation
OPr n → OPs n ,
où la flèche est nécessairement donnée par une matrice de fonctions holomorphes.
Inversement, étant donné un tel faisceau d’idéaux I, on a le sous-ensemble analytique
défini par I :
Z : {z ∈ Pn , l0 application composee
I → OPn → Cz est nulle}.
Ici la dernière flèche est la flèche d’évaluation des fonctions au point z. Comme I
est localement engendré par un nombre fini de fonctions, Z est bien un ensemble
analytique. Z est aussi muni du faisceau de fonctions
OZ := i−1 OPn /I
OZr → OZs → F → 0.
On peut également voir CPn comme une variété algébrique. Plus précisément,
rappelons que Pn (C), l’ensemble des points fermés de PnC , est l’union de n+1 espaces
affines Ui ∼ = Cn . Chaque Cn est aussi le spectre maximal de l’algèbre k[X1 , . . . , Xn ]
qu’on peut munir de la topologie de Zariski (restreinte au spectre maximal). Ainsi
l’ensemble Pn (C) = CPn a deux topologies : la topologie usuelle (indice “us”) et
la topologie de Zariski (indice “Zar”). De plus il a de façon correspondante deux
faisceaux structurels : le faisceau OPann des fonctions holomorphes pour la topologie
usuelle et le faisceau OPalgn des fonctions algébriques dans la topologie de Zariski (cf
section 1). On utilise les notations CPn pour la variété complexe et Pn (C) pour la
variété algébrique, considérées comme des espaces annelés.
86
Démonstration. Le premier énoncé dit que si U est un ouvert pour la topologie
de Zariski, c’est aussi un ouvert pour la topologie usuelle, ce qui est clair vu que
le complémentaire, étant défini dans les ouverts d’un recouvrement par des ouverts
affines standard par des fonctions polynomiales, et donc en particulier continues,
est fermé. (Il faut noter ici que les ouverts affines standard sont ouverts pour la
topologie usuelle de CPn .)
Pour le second point, on note que I −1 OPalgn est le faisceau qui à un ouvert U de
n n
CP associe les fonctions rationnelles sur P (C) partout définies sur U . Clairement
une fonction rationnelle est holomorphe là où elle est définie, ce qui fournit l’inclusion
naturelle I −1 OPalg an
n ,→ OPn .
équivalente à celle donnée dans la section 1). On peut lui associer le faisceau analy-
tique cohérent F an sur CPn défini par
X an = I −1 XZar , OX an = OPann /I an
de CPn .
De plus si F est un faisceau algébrique cohérent sur XZar , qu’on peut voir
comme un faisceau algébrique cohérent sur Pn (C)Zar , F an est un faisceau analytique
cohérent sur X an .
Un résultat important qu’on ne montrera pas ici est le suivant :
les anneaux locaux OPn ,x sont plats sur les anneaux locaux correspondants OPalg
an
n ,x . Le
n
résultat reste vrai si P (C) est remplacé par n’importe quel sous-schéma algébrique
fermé X ⊂ Pn (C).
Théorème 6.12 (Chow) Soit X ⊂ CPn une sous-variété complexe fermée. Alors
X peut être définie ensemblistement par des équations algébriques.
87
L’intérêt de cet énoncé réside surtout dans la preuve, qui associe à une sous-
variété de l’espace projectif une hypersurface d’une grassmannienne adéquate. C’est
une manière de paramétrer les sous-variétés de l’espace projectif par leurs “formes
de Chow”.
Remarque 6.13 Ici on ne prend pas en compte les structures schématiques, ce qui
est le gros défaut des variétés de Chow par opposition aux schémas de Hilbert qu’on
verra plus loin. Les formes de Chow qu’on va introduire ne paramètrent au mieux
que des “cycles effectifs”, c’est-à-dire des schémas réduits de dimension pure donnée,
avec des multiplicités entières positives affectées aux composantes irréductibles (cf
définition 3.4).
Groupe de Picard et diviseurs des Grassmanniennes. On va commencer par
étudier le groupe de Picard holomorphe et les hypersurfaces complexes des grass-
manniennes. On a tout d’abord :
Lemme 6.14 Soit G = G(r, n)(C) la grassmannienne des sous-espaces vectoriels
complexes de Cn de rang r. Alors on a P ican (G) = ZLan , où L est le fibré en droites
de Plücker, et toute hypersurface complexe Z ⊂ G est algébrique : ceci équivaut à
dire que
H 0 (Gus , (Lan )⊗k ) = H 0 (GZar , L⊗k ), ∀k ∈ Z. (34)
Démonstration. Le second énoncé est un cas particulier du théorème de Serre qu’on
montrera plus loin. On peut aussi le montrer en utilisant les théorèmes d’annulation
analytique et algébrique et l’égalité facile des sections holomorphes et algébriques
des fibrés en droites dans le cas des courbes, ce qui permet de montrer l’égalité
d’abord pour k assez grand, puis pour tout k.
Pour le premier énoncé, on choisit deux sous-espaces vectoriels complexes W ⊂
Cn , V0 ⊂ Cn , de dimensions respectives n − r et r, et tels que
W ⊕ V0 = Cn .
W définit une hypersurface HW ⊂ G(r, n) constituée des sous-espaces V ⊂ Cn ren-
contrant non trivialement W . Un moment de réflexion montre que HW est une hy-
persurface de Plücker, c’est-à-dire est l’intersection d’un hyperplan avec la grassman-
nienne dans son plongement de Plücker, qui est donné par les sections algébriques
de L (cf section 2.3.2).
Le complémentaire de HW est isomorphe à HomC (V0 , W ). En effet, tout sous-
espace V de rang r qui ne rencontre pas W se projette isomorphiquement sur V0
depuis V et donc est le graphe (dans V0 ⊕ W ) d’une application linéaire de V0 dans
W.
Comme HW est une hypersurface irréductible (en ôtant de HW un sous-espace
analytique fermé de dimension plus petite, on obtient quelque chose de connexe,
à montrer en exercice...), on en déduit immédiatement les résultats topologiques
suivants :
On a H 1 (G, Z) = 0 et H 2 (G, Z) est engendré par la classe de cohomologie de
l’hypersurface HW , qui est égale à la classe de Chern de Lan (cf section 4.1.5).
La théorie de Hodge montre alors que H 1 (G, OG ) = 0 (un fait qu’on peut aussi
déduire du théorème d’annulation de Kodaira et du fait que le fibré canonique de
G est négatif). La suite exponentielle (13) montre alors que P ican (G) est engendré
par Lan .
88
Forme de Chow. Soit X ⊂ CPn un sous-espace analytique fermé réduit et
irréductible de dimension r. Cela signifie qu’il existe un sous-espace analytique fermé
Z ⊂ X d’intérieur vide dans X tel que X \ Z est une sous-variété complexe de di-
mension r de CPn .
Soit G = G(n − r, n + 1) la grassmannienne des sous-espaces vectoriels complexes
de dimension n − r de Cn+1 . On va s’intéresser à l’ensemble suivant :
W := {V ∈ G, V ∩ X 6= ∅},
Pour conclure que dim Z = dim q −1 (X) = dim G−1, il reste à montrer le résultat
suivant :
89
Lemme 6.18 Il existe un ouvert dense lisse U de q −1 (X) sur lequel p est un plon-
gement : p|U ⊂q−1 (X) est un isomorphisme sur son image.
(X0 , . . . , Xn ) 7→ (X1 , . . . , Xn ),
où les coordonnées homogènes sont choisies de façon que y est défini par les équations
Xi = 0, i > 0, est bien définie sur X, et en fait finie (à cause de l’argument donné
dans la remarque 6.7). L’image πy (X) est donc un sous-ensemble analytique fermé de
CPn−1 , de dimension r. Les sous-espaces vectoriels de Cn+1 de rang n−r s’identifient
via πy−1 aux sous-espaces vectoriels de Cn+1 / < y > de rang n−r−1, et si V contient
y, P(V ) rencontre X si et seulement si P(V / < y >) rencontre πy (X). On peut donc
appliquer le lemme 6.17 à πy (X) ce qui permet de conclure que les V contenant
< y > et rencontrant Z forment une hypersurface dans la Grassmannienne des V
contenant < y >.
90
Il est facile de voir, puisqu’on sait que PZ est algébrique, que l’ensemble défini
par la condition du lemme 6.19 est défini par des équations algébriques. En effet,
Z ⊂ P est défini par des équations globales (sections du faisceau d’idéaux de Z
tordu par un fibré inversible suffisamment ample), dont les restrictions aux fibres
de q sont des fonctions algébriques de x ∈ Pn . On doit écrire que ces restrictions
s’annulent, ce qui fournit les équations algébriques cherchées pour X. Les théorèmes
6.12 et 6.15 sont donc démontrés.
I ∗ : I −1 F → F an
fournit un isomorphisme
I ∗ : H i (X, F) ∼
= H i (X an , F an ).
91
et donc, en tant que faisceau analytique cohérent sur Pn , de la forme F an pour un
faisceau algébrique cohérent F sur Pn uniquement déterminé d’après la proposition
6.22 pour Pn , F est un faisceau de OX -modules et donc en fait un faisceau cohérent
sur X. Cela résulte du calcul suivant :
Les propositions 6.21 et 6.22 pour Pn seront obtenues comme des conséquences
des énoncés suivants (proposition 6.23 et proposition 6.24 :
Proposition 6.23 Soit F un faisceau analytique cohérent sur CPn . Alors pour l
suffisamment grand, F(l) est engendré par ses sections globales, et de plus
Démonstration. Par récurrence sur n. Soit x ∈ CPn et soit σ ∈ H 0 (OPn (1)) une
section définissant un hyperplan H ∼
= CPn−1 passant par x. La multiplication par σ
induit un morphisme
F → F(1)
dont le quotient est isomorphe à F(1)|CPn−1 . Le noyau G de cette fléche est un
faisceau cohérent de OH an -modules, et donc on peut lui appliquer les hypothèses
de récurrence, ainsi qu’à F(1)|CPn−1 . Notons d’autre part que si pour un certain l,
F(l)|CPn−1 est engendré par ses sections, et l’application de restriction
est surjective, alors F(l) est engendré par ses sections en x, donc au voisinage de x,
et par compacité, pour un l assez grand indépendant de x, F(l) est engendré par ses
sections.
Soit H := Im σ. Considérons les deux suites exactes :
0 → G → F → H → 0,
0 → H → F(1) → F(1)|CPn−1 → 0.
Elles induisent après tensorisation par O(l) des suites exactes longues de cohomo-
logie. Comme G(l) et F(l + 1)|CPn−1 n’ont pas de cohomologie en degré > 0 pour l
assez grand, ces suites exactes longues se réduisent à
H i (CPn , F(l)) ∼
= H i (CPn , H(l)), ∀i > 0,
H i (CPn , H(l)) ∼
= H i (CPn , F(l + 1)), ∀i > 1,
et de plus l’application
92
est surjective pour l >> 0. Il résulte de ces faits que l’application
est surjective pour tout i > 0, est un isomorphisme pour tout i ≥ 2, et de plus est
un isomorphisme pour i = 1 si et seulement si l’application de restriction
est surjective.
Soit l0 assez grand pour que ces conclusions soient satisfaites pour l ≥ l0 . On
utilisera le fait que les groupes de cohomologie des faisceaux analytiques cohérents
sur CPn (et en fait sur toute variété complexe compacte) sont des espaces vectoriels
de dimension finie. Alors les dimensions de H 1 (CPn , F(l)) sont décroissantes avec
l ≥ l0 et donc stationnaires à partir d’un certain l ≥ l1 . Alors comme
est surjective pour l ≥ l1 elle doit aussi être un isomorphisme, et on conclut que la
flêche(36) est surjective pour l ≥ l1 .
Appliquant l’hypothèse de récurrence à F|CPn−1 , on a donc montré que F(l) est
engendré par ses sections pour l assez grand, et pour montrer que H i (CPn , F(l)) =
0, i > 0 pour l suffisamment grand, on raisonne par récurrence décroissante sur i.
Du fait que F(l0 ) est engendré par ses sections, on a une suite exacte
où W = H 0 (CPn , F(l0 ). On sait que le résultat est vrai pour les fibrés en droites
OPann (k), par le théorème d’annulation de Kodaira. Donc on a pour l >> 0, en
tensorisant (37) par OPann (l) et en prenant la suite exacte longue de cohomologie,
H i (CPn , F(l)) ∼
= H i+1 (CPn , G(l)).
Pour conclure la récurrence descendante, il suffit de prouver que pour tout faisceau
analytique cohérent G sur CPn , on a
H i (CPn , G) = 0, i > n.
H i (PnC , O(l)) ∼
= H i (CPn , O(l)an ).
93
De plus, on montre par les mêmes arguments que dans la preuve du théorème 2.19
que pour tous n, l ≥ 0
H 0 (CPn , OPn (l)an ) = H 0 (PnC , OPn (l)) = Syml V, V = H 0 (PnC , OPn (1)).
est surjective. Ici CPn−1 est l’hyperplan défini par une équation homogène σ = 0.
Du fait de cette surjectivité, et de (38), la suite exacte longue de cohomologie
associée à la suite exacte courte
σ
0 → OPn (l)an → OPn (l + 1)an → OPn−1 (l)an → 0 (39)
0 → H 0 (Pn (C), OPn (l)an ) → H 0 (Pn (C), OPn (l + 1)an ) → H 0 (CPn−1 , OPn−1 (l)an ) → 0,(40)
H n−1 (Pn (C), OPn (l)an )) → H n−1 (Pn (C), OPn (l + 1)an )
est injective pour tout l. Or on sait par le théorème d’annulation de Kodaira que
H i (Pn (C), OPn (l)an ) est nul pour i > 0 et l assez grand. Il en résulte que
est un isomorphisme pour tous n et l. (Pour l = 0 on utilise le fait que les fonctions
holomorphes sur PnC sont constantes.)
Il reste à voir ce qui se passe pour i = n. On a d’après ce qui précède des suites
exactes de cohomologie analytique et algébrique associées à la suite exacte (39) et à
son analogue algébrique :
0 → H n−1 (CPn−1 , OPn−1 (l)an ) → H n (CPn , OPn (l−1)an ) → H n (CPn , OPn (l)an ) → 0,
0 → H n−1 (Pn−1 n n n n
C , OPn−1 (l)) → H (PC , OP (l − 1)) → H (PC , OP (l)) → 0.
n n
Ces suites exactes sont compatibles avec I ∗ . Par récurrence sur n on peut supposer
que I ∗ est un isomorphisme sur les termes de gauche. Par récurrence descendante
sur l, on peut supposer que I ∗ est un isomorphisme sur les termes de droite, et alors
c’est un isomorphisme sur les termes du milieu. Pour conclure il suffit de savoir que
I ∗ est un isomorphisme H n (PnC , OPn (l)) sur H n (Pn (C), OPn (l)an ) pour l assez grand.
Dans le cas analytique, c’est vrai par le théorème d’annulation de Kodaira, et dans
le cas algébrique c’est vrai par le théorème 2.36.
94
Preuve de la proposition 6.21 pour Pn . D’après la proposition 6.23, tout
faisceau analytique cohérent F0 sur Pn admet une présentation
Φ
(OPann )r (−n1 ) → (OPann )s (−n0 ) → F0 → 0.
La flèche Φ est donnée par une matrice de taille (s, r) dont les coefficients sont
des sections holomorphes de OPann (−n0 + n1 ). On a déjà noté que ces sections sont
algébriques, et on a donc un faisceau algébrique cohérent défini par la suite exacte :
Φ
(OPn )r (−n1 ) → (OPn )s (−n0 ) → F → 0.
Φ Φ
0 → Kan → (OPann )rn (−ln ) →n . . . →0 (OPann )r0 (−l0 ) → 0
Le terme de droite dans (42) se calcule comme l’aboutissement d’une suite spectrale
E1p,q,alg = H q (PnC , Kp ), p + q = i.
De même, le terme de droite dans (43) se calcule comme l’aboutissement d’une suite
spectrale
E1p,q,an = H q (CPn , Kan
p
), p + q = i.
Il y a un morphisme naturel de la première suite spectrale vers la seconde, induit
par le morphisme I ∗ . Il suffit donc de montrer que I ∗ induit un isomorphisme sur
les termes E1 . Considérons les termes E1p,q pour q ≤ n. Alors p + q = i donne
95
p = i − q ≥ −n. Or dans ce cas Kp est une somme de copies de O(l) et on peut donc
appliquer la proposition 6.24 qui donne
H q (PnC , Kp ) ∼
= H q (CPn , Kan
p
)
pour q ≤ n. Si maintenant q ≥ n+1, les seuls termes E1p,q,alg et E1p,q,an qui pourraient
différer sont les termes H n+1 (PnC , K) et H n+1 (CPn , Kan ). Or on sait que le premier
terme est nul par le corollaire 2.32 et d’autre part, comme Kan est localement libre,
on peut appliquer la résolution de Dolbeault qui s’arrête en degré n pour conclure
qu’on a aussi H n+1 (CPn , Kan ) = 0.
Troisième partie
Variétés lisses et cohomologie de de
Rham
7 Différentielles de Kähler
7.1 Module des différentielles
Les définitions qui suivent permettent de faire du calcul différentiel de façon axio-
matique, et même sur des espaces singuliers. On considère des anneaux commutatifs
A ⊂ B.
Définition 7.1 Le module des différentielles de B relativement à A, noté ΩB/A , est
le B-module engendré par les db, b ∈ B, avec les relations suivantes :
1. da = 0, a ∈ A.
2. (Règle de Leibniz) d(bb0 ) = bdb0 + b0 db, b, b0 ∈ B.
A cause de ces propriétés, la différentielle
d : B → ΩB/A
est A-linéaire.
Le B-module ΩB/A satisfait la propriété universelle suivante :
D : B → M,
f : ΩB/A → M,
tel que D = f ◦ d.
Démonstration. Comme ΩB/A est engendré sur B par les db, b ∈ B, la formule
X X
f( bi db0i ) = bi Db0i (44)
i i
96
montre l’unicité. Par ailleurs, il faut voir que (44) détermine bien un morphisme de
B-modules de ΩB/A dans M . Or cela résulte du fait que les relations
X
bi db0i = 0 in ΩB/A
i
Remarque 7.4 On a supposé ici que A était un sous-anneau de B, ce qui n’est pas
nécessaire. Il suffit d’avoir un morphisme d’anneaux de A dans B.
Démonstration. Montrons d’abord que ΩK/k est engendré sur K par dX1 , . . . , dXn ,
où K est de degré de transcendance nul sur L ⊂ K, L ∼ = k(X1 , . . . , Xn ). Comme
K s’écrit comme une succession d’extensions purement transcendantes de degré
de transcendance 1 suivies d’une extension algébrique, les deux lemmes précédents
montrent qu’il suffit de se ramener au cas où K = k(X). Tout élément de K s’écrit
donc m = P (X)/Q(X), où P, Q sont des polynômes en X à coefficients dans k. On
a alors
Q(X)m = P (X),
97
et la règle de Leibniz montre que
Q0 (X)mdX + Q(X)dm = P 0 (X)dX.
Il en résulte que Ωk(X)/k admet le générateur dX. Ce générateur n’est d’ailleurs pas
nul car l’application
f (X) 7→ f 0 (X),
P (X) 0 0
où pour f (X) = Q(X) ∈ k(X), on pose f 0 (X) = P (X)Q(X)−P
Q2
(X)Q (X)
, avec P 0 (X) =
P i−1 pour P (X) =
P i
i iai X i ai X ∈ k[X], qui envoie X sur 1, est une dérivation
non triviale de k(X).
Ce qui précède montre que ΩK/k est engendré sur K par les dXi . Il reste à voir
que les dXi sont indépendants sur K. D’après la propriété universelle de ΩK/k , il
∂
suffit de construire des k-dérivations ∂X i
sur K ayant la propriété que
∂
(Xj ) = δij .
∂Xi
Une telle dérivation existe naturellement sur k(X1 , . . . , Xn ). D’autre part elle s’étend
uniquement à K, car si θ ∈ K satisfait une équation
X
P (θ) := θn + aj θj = 0, aj ∈ L,
j<n
98
Soit X = Spec A un schéma affine, où A est une k-algèbre de type fini. Soit
M = ΩA/k , qui est un A-module (de type fini, voir plus loin). Pour tout f ∈ A, on
a ΩA/k,f = ΩAf /k par le lemme 7.8. De même, pour tout µ idéal premier de A, on a
ΩA/k,µ = ΩAµ /k (rappelons que Aµ est le localisé relativement à S = A \ µ).
Le faisceau cohérent Mf associé à M sur Spec A est donc le faisceau des différentielles
de Kähler, qui à tout ouvert affine Spec Af associe le module des différentielles de
Kähler de Af relativement à k. Il en résulte que si X est un k-schéma de type fini
arbitraire, on a un faisceau cohérent ΩX/k sur k, obtenu en recollant les faisceaux
cohérents décrits plus haut sur les ouverts affines. Le germe de ce faisceau au point
x ∈ X est ΩOX,x /k .
Le fait que si A est une k-algèbre de type fini, ΩA/k est un A-module de type
fini résulte du fait suivant :
I/I 2 → ΩB/A ⊗B B 0 → ΩB 0 /A → 0.
d : I → ΩB/A → ΩB/A ⊗B B 0 .
Or ΩB/A ⊗B B 0 est engendré sur B 0 par les db, b ∈ B, avec les relations
où b0 , b00 sont les images respectives de b0 et b00 dans B 0 . Les relations (46) s’envoient
donc surjectivement sur les relations (45), de sorte que le noyau de la flèche
ΩB/A ⊗B B 0 → ΩB 0 /A
En effet, Ωk[X1 ,...,Xn ]/k est le k[X1 , . . . , Xn ]-module libre de base dX1 , . . . , dXn . (Mon-
trer...)
99
Fonctorialité. Soit φ : X → Y un morphisme de k-schémas. On dispose alors
d’un morphisme de “pull-back”
φ∗ : φ∗ ΩY /k → ΩX/k .
φ∗ : φ−1 ΩY /k → ΩX/k ,
7.3 Régularité
Soit A une k-algèbre de type fini, et M un idéal premier de A. Considérons
l’anneau local O := AM . C’est un anneau local d’idéal maximal M. Le corps résiduel
k0 = O/M est une extension finie de k si et seulement si M est maximal. La
dimension n de O est alors égale à la dimension en M de Spec A, où encore à la
dimension maximale d’un quotient A/µi où µi est un idéal premier minimal de A
contenu dans M. La dimension d’un tel quotient intègre est définie comme le degré
de transcendance sur k du corps F rac(A/µi ) (cf section 1.4).
k[x1 , . . . , xl ] → O,
P (x1 , . . . , xl ) 7→ P (g1 , . . . , gl ).
Le terme de droite de (47) est de même dimension que O et le terme de gauche est
de dimension égale à l. D’où l ≥ dim O.
Le cas général s’en déduit par un changement de scalaires.
100
Définition 7.12 L’anneau local O est dit régulier si on a l’égalité n = rangk0 M/M2 .
Dans ce cas, les mi utilisés plus haut sont appelés des paramètres locaux pour O.
Définition 7.13 Un k-schéma X de type fini est dit lisse si ses anneaux locaux aux
points fermés de X sont réguliers.
M/M2 ∼
= ΩX/k,x ⊗OX,x k(x).
OX,x → k(x),
101
Démonstration de la proposition 7.14. Comme X est irréductible, on a
ΩX/k,gen = Ωk(X)/k qui est un k-espace vectoriel de rang n = dim X par le lemme
7.7. Dire que ΩX/k est localement libre équivaut par le lemme 7.16 suivant à dire
que pour tout point fermé x de X, on a
Dans notre cas, le terme de droite est égal à dim X et le terme de gauche est égal
à rangk(x) Mx /M2x par le lemme 7.15. Donc l’égalité des rangs équivaut au fait que
les anneaux locaux de X aux points fermés sont réguliers.
On a utilisé le fait suivant.
102
dont l’image est M par Nakayama. Il faut montrer que ce complexe est exact. Or la
suite gi est une suite régulière dans O. En effet, O est intègre de dimension n et M
est engendré par les gi . Donc
est exact.
Une preuve de ce résultat consiste à utiliser les théorèmes d’annulation pour la
cohomologie de l’espace projectif Pn−1 n−1
k0 = P roj k0 [X1 , . . . , Xn ]. Sur Pk0 , on voit V
comme une base de H 0 (Pn−1
k0 , O(1)), et on a la flèche d’évaluation
τ : V ⊗ OPn−1 → O(1) → 0.
k0
De façon évidente, cette flèche surjective fournit pour tout l un complexe exact de
faisceaux localement libres sur Pn−1k0 :
i+1
^ i
^ i−1
^
V ⊗ O(l − 1) → V ⊗ O(l) → V ⊗ O(l + 1) → . . . (49)
Clairement le complexe de Koszul (48) est la somme directe sur l ∈ Z des sections
globales des complexes (49). Le fait que ces complexes restent exacts au niveau des
sections globales est en fait une conséquence de l’annulation des H i (Pkn−1
0
, O(l)), 0 <
n−1 n−1
i < n − 1 (théorème 2.36) et de l’annulation de H (Pk0 , O(l)) pour l ≥ −n + 1
(théorème 2.38), comme le montre le scindage du complexe ci-dessus en suites exactes
courtes.
103
Corollaire 7.18 Soit O un anneau local noetherien régulier qui est le localisé d’une
k-algèbre de type fini. Alors tout O-module de type fini M admet une résolution finie
à gauche par des O-modules libres de type fini.
0 → Mi+1 → Ori → Mi → 0,
0 → I/I 2 → ΩY |X → ΩX → 0 (50)
104
Le faisceau I/I 2 est appelé le faisceau conormal de X dans Y . Son dual, le faisceau
normal de X dans Y est noté NX/Y .
et H est localement libre sur X comme noyau d’une application surjective entre
faisceaux de OX -modules libres. De plus H est de rang égal à rang ΩY |X −rang ΩX =
dim Y − dim X := e.
Soit x ∈ X ; dans un voisinage ouvert suffisamment petit U de x dans Y , soient
g1 , . . . , ge ∈ Γ(U ∩ X, I/I 2 ) tels que leurs images dans H forment une base de H sur
OX , et soient g1 , . . . , ge ∈ Γ(U, IX ) des relèvements de g1 , . . . , ge dans IX .
Soit X 0 ⊂ U le sous-schéma défini par g1 , . . . , ge . On va montrer que X = X 0 au
voisinage de x. Notons que comme IX 0 (U ) est engendré par g1 , . . . , ge ∈ IX (U ), on
a l’inclusion schématique
X ∩ U ⊂ X 0 ∩ U.
Mais d’autre part, le critère jacobien (lemme 7.21 suivant) dit que X 0 est localement
intersection complète et lisse de codimension e au voisinage de x. En particulier X 0
est irréductible et réduit au voisinage de x. Comme X et X 0 sont irréductibles de
la même dimension au voisinage de x, on en déduit qu’il existe un ouvert V ⊂ Y
contenant x tel que X ∩ V = X 0 ∩ V schématiquement. Donc X est aussi localement
intersection complète.
De plus, on a en fait IX = IX 0 dans V , et en particulier on en déduit que IX est
engendré par g1 , . . . , ge . Il en résulte qu’on a en fait
2 ∼
IX /IX =H
2 = H est localement libre sur X de rang dim Y − dim X.
et donc que IX /IX
2 ∼ H, la suite (50) est exacte par définition de H.
De plus, comme IX /IX =
Le critère suivant pour la lissité d’un sous-schéma est appelé le critère jacobien.
105
est injective de rang e. De façon équivalente, la flèche
I 0 /I 02 ⊗OX 0 ,x k(x) → ΩY |x ∼
= Mx /M2x
est injective de rang e. Soit Nx l’idéal de x dans X 0 . Alors Nx /Nx2 est le quotient de
Mx /M2x par l’image de Ix0 ⊂ Mx dans Mx /M2x . Comme cette image est de rang
e, et que Y est lisse de dimension n, on conclut que
dim k0 Nx /Nx2 = n − e.
Mais d’autre part, X 0 étant défini par e équations dans un schéma lisse de dimension
n, son anneau local OX 0 ,x est de dimension ≥ n − e.
Il en résulte par le lemme 7.11 qu’on a en fait
est exacte, et que la flèche de gauche est injective sur les fibres en tout point x de
X 0 (c’est-à-dire après tensorisation par k(x)). Il en résulte d’après le lemme 7.22
0
suivant que I 0 /I 2 est localement libre sur X 0 de rang e et que ΩX 0 est localement
libre. Comme on sait que X 0 est irréductible et réduit, on peut alors appliquer la
caractérisation 7.14 pour conclure que X 0 est lisse.
f : M → On
106
Remarque 7.23 Pour un sous-schéma localement intersection complète de faisceau
d’idéaux I, il est toujours vrai qu’on a la suite exacte
0 → I/I 2 → ΩY |X → ΩX → 0,
où le faisceau I/I 2 est localement libre de rang dim Y − dim X sur X. On a donc
un faisceau conormal localement libres. Néanmoins, si X n’est pas lisse, la suite ci-
dessus n’est pas une suite exacte de faisceaux localement libres, et elle ne reste pas
exacte en tout point, c’est-à-dire après localisation en x et tensorisation par k(x).
Fibré canonique. Le fibré canonique d’un k-schéma lisse de type fini Y de dimension
n est le faisceau inversible défini comme la puissance extérieure maximale
n
^
KY := ΩY
KX ∼
= KY |X ⊗ det NX/Y , (52)
où le déterminant d’un faisceau localement libre est le fibré en droites donné par sa
puissance extérieure maximale.
Il se trouve qu’on peut définir un fibré canonique pour certaines variétés sin-
gulières, dites Gorenstein. Cette catégorie inclut les sous-variétés X ⊂ Y localement
intersections complètes, avec Y lisse, et on a aussi dans ce cas la formule d’adjonction
KX ∼
= KY |X ⊗ det NX/Y .
7.5.1 Eclatements
Soit X un k-schéma de type fini irréductible et soit I ⊂ OX un faisceau d’idéaux
eI de X le long de I est défini comme
non nul sur X. L’éclatement X
eI = P roj ⊕k≥0 I n .
X
Cela signifie que X eI est obtenu en recollant les schémas P roj ⊕k≥0 I n définis au-
dessus des ouverts affines U = Spec A de X, où I = Γ(U, I), au-dessus des intersec-
tions Ui ∩ Uj , via les isomorphismes naturels.
Comme tout schéma “P roj”, X eI possède un faisceau inversible O(1) (cf section
2.3.2). Par définition, les sections de ce faisceau O(1) sont obtenues sur un ouvert V
de XeI où f 6= 0 pour un élément homogène f ∈ ⊕k≥0 I n , en prenant les éléments de
eI → X le morphisme
degré 1 de l’algèbre ⊕k≥0 I n localisée le long de f . Soit π : X
canonique.
107
Démonstration. Par définition de O(1), et du fait que l’algèbre ⊕k≥0 I n est en-
gendrée en degré 1, on a une application surjective π ∗ I → O(1). Par ailleurs on a
une application naturelle π ∗ I → OXeI induite par l’inclusion I ⊂ OX , induisant
π ∗ I → π ∗ OX = OXeI .
e : ⊕Syml W ⊗ OX → ⊕I l
envoyant Ai sur ai , qui est un morphisme surjectif d’OX -algèbres graduées. Cette
surjection fournit un plongement
eI ⊂ X ×k P(W ∗ ).
X
f : W ⊗ OXeI → π ∗ I → O(1),
et
g : W ⊗ OXeI → π ∗ I → π ∗ I · OXeI .
On va vérifier que leurs noyaux coı̈ncident. Par définition de O(1), le noyau Wx ⊂ W
A
de f au point x est engendré par Aj − Ajl (x)Al . Pour ce qui est de g, comme on a
les relations
Ai ∗
π ∗ ai = π al ,
Al
Aj
on trouve que le noyau de g au point x contient aussi les Aj − Al (x)Al qui sont
Aj
envoyées par g sur ai − Al (x)al . On en conclut qu’on a une application surjective
O(1) → π ∗ I · OXeI ,
et comme les deux faisceaux considérés sont inversibles, cette application est nécessairement
un isomorphisme.
108
eI ∼
Exemple 7.25 Supposons que I est un faisceau inversible. Alors on a X = X et
O(1) = I.
⊕I l = O[X],
Lemme 7.26 Le diviseur exceptionel est isomorphe à P roj ⊕l≥0 I l /I l+1 , où l’on
voit ⊕l≥0 I l /I l+1 comme un faisceau d’algèbres graduées sur Z.
A montrer en exercice.
⊕I n → ⊕Γ(L⊗n )
109
Lemme 7.28 On peut alors décrire l’éclatement de X le long de Z (c’est-à-dire de
I) localement de la façon suivante : Soit U un ouvert de X où Z est défini par r
eI est réalisé comme le sous-schéma de U × Pr−1 décrit
équations. Alors π −1 (U ) ⊂ X
par les équations Xi gj = Xj gi .
Démonstration. On a en effet déjà noté que ces relations ont lieu automatiquement
sur l’éclaté. Il reste à comprendre pourquoi l’éclaté est exactement décrit par ces
équations. Revenant à la preuve du lemme 7.24, et introduisant de même le k-
espace vectoriel W de base Xi , on voit que les équations définissant localement
π −1 (U ) ⊂ X eI dans U × Pr−1 sont données par le noyau de l’application
e : ⊕Syml W ⊗ OX → ⊕I l
envoyant Xi sur gi .
Mais comme les gi forment une suite régulière, le noyau de e est engendré par les
relations Xi gj = Xj gi . En effet, en dehors de Z, l’une des fonctions gi est inversible,
et les relations Xi gj = Xj gi fournissent Xj /Xi = gj /gi de sorte que le quotient de
⊕Syml W ⊗ OX par ces relations est isomorphe à ⊕OX .
Le long de Z, on utilise le fait que
I l /I l+1 ∼
= Syml (I/I 2 ) ∼
= W ⊗k OZ
pour conclure.
Notons qu’on peut aussi voir l’éclaté comme le graphe de l’application rationnelle
U 7→ Pr−1
donnée par les gi (cette application est indéfinie là où les gi s’annulent, c’est-à-dire
le long de Z).
D’après le lemme 7.26, on voit que dans ce cas, le diviseur exceptionnel n’est
autre que le fibré projectif P(NZ/X ).
110
8 Cohomologie de de Rham algébrique
8.1 Complexe de de Rham
Soit X un k-schéma de type fini. On a le faisceau ΩX/k défini précédemment, de
germe ΩOXµ /k au point µ. Ce faisceau est cohérent et l’espace de ses sections globales
sur un ouvert affine U = Spec A est le A-module ΩA/k . On a la flèche naturelle
d : A → ΩA/k ,
d : OX → ΩX/k
d(f g) = f dg + gdf,
pour f et g deux fonctions localement définies sur X. Notons que cette applica-
tion d (qu’on appelle la différentielle) est cependant k-linéaire, c’est-à-dire est un
morphisme de faisceaux de k-espaces vectoriels.
i
^
ΩiX/k := ΩX/k ,
d : ΩiX/k → Ωi+1
X/k ,
d(f α) = df ∧ α + f dα
pour f ∈ OX .
iii) De plus on a d ◦ d = 0.
Démonstration. On sait que ΩX/k est localement libre. La formule (53) définit
bien d dans une base locale dg1 , . . . , dgn , n = dim X, de ΩX/k comme faisceau de
OX -modules, où les gi ∈ OX,x sont des paramètres locaux au voisinage de x ∈ X.
Pour voir que cela fournit bien une définition cohérente, il faut voir que la
définition est indépendante du choix de la base. Faisons la démonstration pour i = 1.
111
Soit x ∈ X et soit dg10 , . . . , dgn0 une nouvelle base de ΩX/k au voisinage de x, où les
gi0 sont des paramètres locaux au voisinage de x : alors on a
X
dgi = aij dgj0
j
Cela résulte du fait que la matrice de fonctions aij est donnée par
∂gi
aij = ,
∂gj0
∂φ
où les dérivées partielles ∂gj0
d’une fonction φ ∈ OX sont définies par la relation
X ∂φ
dφ = dg 0 .
∂gi i
i
Il en résulte que
X ∂ 2 gi
daij = dg 0 ,
∂gk0 ∂gj0 k
k
∂ 2 gi
où ∂gk0 ∂gj0
est symétrique en j et k (lemme de Schwarz), comme on le voit en passant
aux complétés formels en x.
Le point ii) est une conséquence immédiate de la règle de Leibniz (cf 2 de la
définition 7.1) pour les fonctions.
Pour le point iii), il suffit d’après la définition de montrer que d(df ) = 0. Ecrivons
dans une base locale dgi de ΩX au voisinage de x ∈ X fournie par un système de
paramètres locaux gi ∈ OX,x ,
X ∂f
df = dgi .
∂gi
i
112
Définition 8.2 Le complexe de de Rham (algébrique) Ω·X/k de X est le complexe
d d d d
0 → OX → ΩX/k → Ω2X/k → . . . → ΩnX/k → 0,
où n = dim X et le terme OX (qu’on peut voir comme Ω0X ) est mis en degré 0.
C’est bien un complexe par le iii) du théorème 8.1. Les termes sont des faisceaux
cohérents localement libres sur X mais la différentielle n’est pas OX -linéaire. Les
différentielles sont k-linéaires et donc les faisceaux de cohomologie de ce complexe
sont des faisceaux de k-espaces vectoriels, et son hypercohomologie a naturellement
une structure de k-espace vectoriel.
telles que pour j fixé, chaque (I ·,j , d·,j ) est un complexe, et que l’on ait
et on définit
Hp (X, F · )
comme la cohomologie du complexe Γ(X, I · ).
Une propriété cruciale de l’hypercohomologie est le résultat suivant :
113
remplacer les résolutions injectives ΩiX/k → I · par la résolution de Čech relative à
un recouvrement affine de X.
Comme ces résolutions sont fonctorielles, elles commutent aux différentielles de
de Rham, et on obtient automatiquement la condition (54).
On calculera donc
k
HdR (X/k) = Hk (X, Ω·X/k )
comme la cohomologie du complexe simple associé au complexe double
8.1.1 Produit
Le complexe de de Rham algébrique Ω·X/k est muni d’une structure de produit
k-bilinéaire compatible avec les différentielles, c’est-à-dire d’un morphisme naturel
de complexes
Ω·X/k ⊗k Ω·X/k → Ω·X/k .
Ce morphisme est donné par le produit extérieur. C’est un morphisme de complexes
grâce à la règle de Leibniz
On en déduit un produit ∪ :
r s r+s
HdR (X/k) ⊗ HdR (X/k) → HdR (X/k).
α ∪ β = (−1)deg αdeg β β ∪ α,
est un quasi-isomorphisme.
114
En effet, comme l’application p est affine, on peut calculer Hp (X×k A1k , Ω·X× A1 /k )
k k
comme la cohomologie du complexe simple associé au complexe double de Rham-
Čech de Ω·X× A1 /k associé au recouvrement affine p−1 (U) de X ×k A1k , où U est un
k k
recouvrement affine de X.
Or ce complexe simple n’est rien d’autre que le complexe simple associé au com-
plexe double de Rham-Čech de p∗ Ω·X× A1 /k associé au recouvrement affine U de
k k
X, et donc c’est aussi l’hypercohomologie du complexe p∗ Ω·X× A1 /k sur X. Si on a
k k
montré que ce complexe est quasi-isomorphe via p∗ à Ω·X/k , on applique le théorème
8.4 qui montre que p∗ induit un isomorphisme en hypercohomologie.
Il reste donc à montrer que l’inclusion naturelle de complexes
est un quasi-isomorphisme.
Soit α ∈ R0 p∗ ΩlX× A1 /k . Alors α s’écrit
k k
α = α0 + dt ∧ β,
1 i+1 1 i+1
ti dt ∧ βi = d( t βi ) − t dβi .
i+1 i+1
Il en résulte que toute forme α ∈ R0 p∗ ΩlX× 1 est, modulo une forme exacte, dans
k Ak /k
R0 p∗ (p∗ ΩlX/k ). Soit maintenant
X
α= ti αi ∈ R0 p∗ (p∗ ΩlX/k ),
i
Comme k est de caractéristique nulle, ceci entraı̂ne αi = 0 pour i > 0, de sorte que
α est dans ΩlX/k ⊂ R0 p∗ p∗ ΩlX/k .
Ceci prouve la surjectivité de (56) en cohomologie. L’injectivité se montre de
même : Si α ∈ ΩlX/k , α = dβ, β ∈ R0 p∗ Ωl−1
X×k A1k /k
, on a vu qu’on peut supposer que
P
β ne comporte pas de dt, c’est-à-dire est dans R0 p∗ p∗ Ωl−1X/k . Alors β =
i
i≤m t βi
comme ci-dessus et dβ = α entraı̂ne que βi = 0 pour i > 0. Donc β ∈ Ωl−1
X/k .
115
8.1.3 Suite spectrale de Frölicher
Rappelons d’abord la notion de suite spectrale : on considère un complexe filtré
(K · , d, F · ) dans une catégorie abélienne, c’est-à-dire que chaque objet K i admet une
filtration décroissante F j K i , avec F j K i = K i , j << 0, et qu’on a
d(F i K j ) ⊂ F i K j+1 .
Erp,q ⇒ H p+q (K · ),
où chaque E p,q est muni d’une différentielle dr : Erp,q → Erp+r,q−r+1 satisfaisant la
propriété que
p,q
Er+1 = Ker dr /Im dr .
De plus, faisant l’hypothèse que pour i fixé, la filtration F j K · est finie, c’est-à-dire
satisfait F N K i = 0 pour N suffisamment grand, on a
où
Zrp,q = {α ∈ F p K p+q , dα ∈ F p+r K p+q+1 },
p−r+1,q+r−2
Brp,q = F p+1 K p+q ∩ Zrp,q + d(Zr−1 ).
La différentielle dr : Erp,q → Erp+r,q−r+1 est induite par d : Zrp,q → F p+r K p+q+1 .
On s’intéressera au cas de l’hypercohomologie d’un complexe de faisceaux borné
à gauche F · sur un espace topologique X (supposons pour simplifier F j = 0, j < 0).
Le complexe admet la filtration dite naı̈ve, qui consiste à poser
F i F j = 0, j < i, F i F j = F j , j ≥ i,
ce qu’on note
F i (F · ) = F ·≥i .
On a, sous notre hypothèse que le complexe est supporté en degré positif,
F 0F · = F ·.
116
Comme on l’a vu plus haut, l’hypercohomologie
Hl (X, F · )
est définie comme la cohomologie du complexe
Γ(X, S · )
où S · est le complexe simple associé au complexe double
I ·,• , d = d1 + (−1)· d2 .
Or ce complexe est filtré par les
F i Γ(X, S · ) = Γ(X, F i S · ),
où chaque F i S · est le complexe simple associé au complexe double
F i I ·,• = 0, i > ·, F i I ·,• = I ·,• , · ≥ i,
ou encore,
F i I ·,• = I ·≥i,• .
La suite spectrale induite converge vers l’hypercohomologie de F · , et on a
Erp,q = E∞
p,q
= GrFp Hp+q (X, F · ),
pour r suffisamment grand (r > q + 1 suffit), où la filtration F est induite par la
filtration naı̈ve sur F · par la formule (57).
Comme d’habitude, on peut remplacer ici les filtrations injectives par les filtra-
tions acycliques, par exemple de type Čech relativement à un recouvrement ouvert
affine, dans le cas où le complexe est un complexe de faisceaux quasi-cohérents sur
un k-schéma quasi-projectif.
Considérons le cas où X est une variété projective lisse définie sur k, et F · est
le complexe de de Rham Ω·X/k . La filtration naı̈ve induit sur la cohomologie de de
Rham de X la filtration de Hodge. La suite spectrale associée décrite ci-dessus est
appelée suite spectrale de Frölicher ou suite spectrale de Hodge vers de Rham.
Cette suite spectrale nous dit tout d’abord que HdR l (X/k) est un k-espace vec-
117
8.2 Version holomorphe et théorème de comparaison
Soit X une variété complexe compacte. Le fibré cotangent holomorphe ΩX est le
fibré vectoriel holomorphe de rang n = dim X, obtenu en recollant les fibrés triviaux
engendrés par dzi , 1 ≤ i ≤ n dans des cartes holomorphes via les transposées des
matrices jacobiennes des morphismes de changement de cartes. On note de la même
façon le faisceau des sections holomorphes de ΩX . ΩX est donc un faisceau localement
libre de OX -modules.
ΩX = Ωan
Y /C .
données par la règle de Leibniz pour les fonctions holomorphes et le fait que d doit
être C-linéaire. Il suffit de vérifier qu’on a la même présentation pour ΩX , ce qui est
bien connu : (penser à ΩX comme au dual de TX , le fibré des dérivations, cf [12],
2.1.2).
En particulier, si Y est projective, on a d’après le théorème 6.22, des isomor-
phismes canoniques, pour tous p, q :
H q (Y, ΩpY /C ) ∼ p
= H q (X, ΩX ).
Corollaire 8.7 Y étant une variété projective lisse sur C, et X = Y an étant son
“analytisée”, on a des isomorphismes canoniques :
i
HdR (Y /C) = Hi (Y, Ω·Y /C ) ∼
= Hi (X, Ω·X ).
où les deux suites spectrales sont les suites spectrales de Frölicher, associées à la
filtration naı̈ve sur les complexes Ω·Y /C et Ω·X . En effet, φ∗ est compatible à ces
filtrations.
Comme on l’a déjà vu, les termes E1p,q sont égaux respectivement à H q (Y, ΩpY /C )
et à H q (X, ΩpX ). Le théorème de Serre montre donc que les suites spectrales sont
isomorphes via φ∗ en E1 , et il en va donc de même pour tout Er , et en particulier
pour E∞ . Dès lors, le morphisme filtré φ∗ : Hi (Y, Ω·Y /C ) → Hi (X, Ω·X ) induit un
p,q
isomorphisme sur les gradués pour la filtration naı̈ve, c’est-à-dire les E∞ , p + q = i,
et donc est un isomorphisme.
118
Revenons maintenant vers la cohomologie Hi (X, Ω·X ). On a :
où les fonctions αI sont holomorphes. On utilise alors le fait qu’une fonction holo-
∂g
morphe f (z1 , . . . , zk ) s’écrit localement ∂z k
où g est aussi holomorphe.
On utilise ce fait comme dans la preuve du théorème 4.12 pour montrer le résultat
par récurrence sur le plus grand indice k apparaissant effectivement dans l’écriture
de α. Pour k = q, on a α = f dz1 ∧ . . . ∧ dzq et dα = 0 équivaut au fait que f ne
∂g
dépend pas des variables zi , i > q. Alors si f = ∂z 1
, on a
α = d(gdz2 ∧ . . . ∧ dzq ).
α = α0 + dzk ∧ β,
avec α0 , β telles que P seuls les indices < k apparaissent effectivement dans leur
écriture. Soit β = I βI dzI , où seuls les I ⊂ {1, . . . , k − 1} apparaissent. La condi-
tion dα = 0 entraı̂ne que les βI ne dépendent pas des variables zi , i > k. Écrivons
∂gI
βi = ∂z k
, où les gI ne dépendent pas de zi , i > k. Alors
X
dzk ∧ β − d( gI dzI )
I
P
ne contient pas de dzi pour i ≥ k, et donc α − d( I gI dzI ) ne contient Ppas de dzi
pour i ≥ k. On peut alors appliquer l’hypothèse de récurrence à α − d( I gI dzI ).
En effet, dire que le complexe Ω·X est une résolution du faisceau constant C équivaut
à dire qu’il est quasi-isomorphe au faisceau C placé en degré 0. On applique alors le
théorème 8.4.
119
En combinant ce corollaire avec le principe GAGA, on arrive ici à une conclusion
remarquable, due à Grothendieck : supposons que la variété complexe X est l’ana-
lytisée d’une variété projective Y définie sur C, X = Y an . Les C-espaces vectoriels
H i (X, C) sont des invariants topologiques (relatifs à la topologie usuelle) de X, et
ne dépendent aucunement de la structure complexe. Les théorèmes ci-dessus, qui
fournissent les identifications
H i (X, C) ∼
= Hi (X, Ω·X ) ∼
= Hi (Y, Ω·Y /C )
Hi (Y, Ω·Y /C ) ∼
= Hi (Yk , Ω·Yk /k ) ⊗k C.
Ainsi, les groupes de cohomologie H i (X, C) sont munis d’une k-structure dès que X
est l’analytisée d’une variété algébrique Y définie sur un sous-corps k de C.
Supposons que k = Q. La cohomologie de Betti H l (X, C) est alors munie de deux
structures rationnelles : l’une est celle décrite ci-dessus, et provient de l’isomorphisme
H l (X, C) = HdR
l l
(YC/C ) = HdR (YQ/Q ) ⊗ C.
8.2.1 Dégénérescence en E1
La théorie de Hodge (cf section 5) montre que la suite spectrale de Frölicher
d’une variété compacte kählérienne dégénère en E1 . En effet, la décomposition de
Hodge (théorème 5.28), où les H p,q sont identifiés à H q (X, ΩpX ), montre qu’on a
X
bi (X) := dimC H i (X, C) = hp,q (X),
p+q=i
avec hp,q (X) := dimC H q (X, ΩpX ). Donc on a hp,q = dimC E1p,q .
120
Par ailleurs, on a aussi
X
p,q
bi (X) = dimC E∞ ,
p+q=i
p,q
où E∞ := Erp,q pour r suffisamment grand dépendant de p et q, puisque E∞
p,q
est le
i
p-ième gradué de H (X, C), i = p + q pour la filtration de Hodge.
p,q 0 0
On a vu que chaque Er+1 se déduit des Erp ,q par la formule
p,q
avec dimC E∞ ≤ dimC E1p,q entraı̂ne donc
p,q
dimC E∞ = dimC E1p,q , ∀ p, q
p,q
ce qui implique dimC Er+1 = dimC Erp,q pour tous r ≥ 1, p, q ≥ 0, et donc que
dr = 0, r ≥ 1.
Vu l’égalité notée plus haut (et conséquence du principe GAGA) des suites spec-
trales de Frölicher algébrique et analytique à partir de E1 , on en déduit que la suite
spectrale du complexe de de Rham algébrique d’une variété projective lisse définie
sur C dégénère en E1 .
Ce résultat est en fait valable pour une variété définie sur un corps de ca-
ractéristique 0 par le corollaire 2.34.
Deligne et Illusie [4] ont une preuve algébrique de cette dégénérescence en E1 ,
qui recourt à la réduction à la caractéristique p.
j ∗ : HdR
l l
(X/k) → HdR (Y /k)
Lemme 8.11 Le théorème 8.10 est une conséquence du théorème 8.12 suivant.
121
Théorème 8.12 Soit X ⊂ PN k une variété projective lisse de dimension n définie
sur un corps k de caractéristique zéro, et soit Y = PN −1 ∩ X une section hyperplane
lisse. Alors le morphisme de restriction
ΦN L : X → Pr .
Théorème 8.13 Soit L un fibré en droites positif sur X, où X est une variété
complexe compacte. Alors pour p + q < n := dim X on a
Remarque 8.14 On a montré dans la section 5.6 la version duale du théorème 8.13
(théorème 5.32). La théorie de Hodge fournit à l’aide de l’opérateur ∗ un isomor-
phisme
H q (X, ΩpX (−L)) ∼ n−p
= H n−q (X, ΩX (L))∗ ,
qu’on retrouvera plus loin algébriquement sous le nom de dualité de serre.
122
Corollaire 8.15 Soit k de caractéristique 0 et X une variété projective lisse définie
sur k, L un fibré ample sur X. Alors pour p + q < n := dim X on a
(les termes de droite sont des faisceaux sur Y , qu’on voit via j∗ , qui induit un
isomorphisme en cohomologie et que l’on omet généralement, comme des faisceaux
sur X).
Il suffit donc de montrer que chacun des morphismes (59) et (60) induit un
isomorphisme sur la cohomologie de degré q pour p + q < n − 1 = dim Y et une
injection pour p + q = n − 1.
Pour cela, on applique le corollaire 8.15 à X et à Y . Considérons d’abord le cas
de (59). On a la suite exacte :
La suite exacte longue associée et l’annulation H q (X, ΩpX (−Y )) = 0, p + q < dim X,
entraı̂nent immédiatement que la flèche induite par (59)
0 → OY (−L) → ΩX |Y → ΩY → 0,
OY (−L) = IY ⊗ OY = IY /IY2
123
et la proposition 7.20.
Une telle suite exacte fournit aussi en passant aux puissances extérieures p-ièmes :
0 → Ωp−1 p p
Y (−L) → ΩX|Y → ΩY → 0,
Remarque 8.16 Il existe une version plus forte du théorème 8.10, mais qui nécessite
k = C et des arguments topologiques. On peut alors supprimer l’hypothèse que X
et Y soient lisses, pour ne garder que l’hypothèse que X \ Y est lisse, et d’autre part
remplacer la cohomologie de de Rham (c’est-à-dire de Betti à coefficients complexes,
d’après Serre) par la cohomologie de Betti à coefficients entiers.
Cette version nécessite des arguments de topologie (cf [12], chap. 13).
9 Dualité de Serre
9.1 Fibré canonique
Supposons que X soit une variété lisse sur k de dimension Vn n. Le fibré cano-
nique KX de X est alors défini comme le fibré en droites ΩX/k . On définira plus
loin le faisceau dualisant, qui a pour certaines variétés la vertu d’être inversible, et
généralise le fibré canonique à certaines variétés singulières (localement intersection
complètes par exemple).
dσ|x ∈ ΩX ⊗ E|x
124
est bien définie, en prenant une trivialisation locale de E au voisinage de x, et en
différentiant les coordonnées de σ dans cette trivialisation. Cette différentielle en x
ne dépend pas de la trivialisation grâce à la règle de Leibniz. En effet, un changement
de trivialisation modifie les coordonnées (σ1 , . . . , σr ) de σ par l’action d’une matrice
de transition : X
σi0 = Mij σj , Mij ∈ OX,x .
j
Différentiant, on obtient
X X
dσi0 = Mij dσj + dMij σj .
j j
Ceci montre bien que le r-uple ((dσi )|x ) se transforme comme un élément de E ⊗ΩX|x .
Ceci fournit un morphisme du noyau de la flèche d’évaluation ci-dessus dans
ΩPnk (1). Il reste à montrer que ce morphisme est un isomorphisme. Soit x ∈ Ui ∼ =
n n
Ak ⊂ Pk , où Ui est un ouvert standard, disons i = 0 et Ui est défini par X0 6= 0.
X0 , . . . , Xn fournissent une base de V , et sur U0 , O(1) est trivialisé grâce à la section
non nulle X0 . Le noyau de la flèche d’évaluation est alors engendré sur U0 par les
sections de V ⊗ OU0
zi X0 − Xi ,
où U0 = Ank = Spec k[z1 , . . . , zn ], zi = Xi /X0 . Les différentielles de ces sections,
dans la trivialisation donnée par X0 , sont données par les dzi , qui forment bien une
base de ΩAnk /k.
H n (Pnk , KPn ) ∼
= k.
Démonstration. On sait que KPn ∼ = OPn (−n − 1), et d’autre part, le théorème 2.38
nous dit que H n (Pnk , OPn (−n−1)) ∼ = k. Il en résulte un isomorphisme H n (Pnk , KPn ) ∼
=
k, et il reste seulement à comprendre pourquoi cet isomorphisme est canonique.
L’isomorphisme KPn ∼ =VOPn (−n−1) ci-dessus est fourni par la suite exacte d’Eu-
ler, et une trivialisation de n+1 H 0 (Pnk , OPnk (1)). Rappelons que la base X0 , . . . , Xn
de H 0 (Pnk , OPnk (1)) étant choisie, on a trouvé dans la preuve du théorème 2.38 un
générateur
1
X0 . . . Xn
125
de H n (Pnk , OPn (−n − 1)) calculé comme la cohomologie de Čech de OPn (−n − 1))
relativement au recouvrement de Pnk par les ouverts standards. Par ailleurs, le choix
de
Vn+1coordonnées homogènes X0 , . . . , Xn fournit un générateur X0 ∧ . . . ∧ Xn de
H 0 (Pnk , OPn (1)). Si on a un nouveau système de coordonnées X00 , . . . , Xn0 , on a
n+1
^
X00 ∧ . . . ∧ Xn0 = det M · X0 ∧ . . . ∧ Xn dans H 0 (Pnk , OPn (1)),
α0 : KPnk ∼
= O(−n − 1)
det M −1 · α,
où α est l’isomorphisme KPnk ∼ = O(−n − 1) déduit de la base Xi . Pour voir que
l’isomorphisme β 0 : H n (Pnk , KPn ) ∼
= k contruit à l’aide de la base Xi0 coı̈ncide avec
l’isomorphisme β : H (Pk , KPn ) ∼
n n
= k contruit à l’aide de la base Xi , il suffit donc de
1
voir que le générateur u := X 0 ...X 0 de H n (Pnk , OPn (−n − 1)) est égal à det M −1 · u,
0
0 n
1
où u := X0 ...Xn
(les deux étant compris comme des cochaı̂nes de Čech relativement
aux recouvrements ouverts considérés).
Ceci est évident si la base Xi0 se déduit de la base Xi par une transformation
diagonale. C’est aussi évident si la transformation est donnée par une permutation.
En général, on note qu’on a un caractère
χ : Gln+1 (k) → k ∗
qui à une matrice de transformation M dont les vecteurs colonnes sont les Xi0 dans
la base Xi associe l’élément α de k ∗ tel que
Si X ⊂ Pnk est une sous-variété lisse, on a vu la formule d’adjonction (52), qui dit
la chose suivante : I étant le faisceau d’idéaux de X dans Y , on a la suite exacte
conormale (cf Proposition 7.20)
0 → I/I 2 → ΩPn |X → ΩX → 0,
126
où I/I 2 =: NX/P
∗
n est localement libre sur X, et on a :
KX ∼
= KPn |X ⊗ det NX/Pn .
l’autre qu’on notera HomOX (F, ·) à valeurs dans la catégorie des k-espaces vectoriels
0 → G → G0 → . . .
127
Pour la même raison, les Ext et les Ext sont des δ-foncteurs à droite relativement à
G et à gauche relativement à F : une suite exacte courte :
0→E →H→G→0
induit une suite exacte longue :
128
Démonstration du théorème 9.5 dans le cas où X = Pnk . La preuve se
fait par récurrence descendante sur i. Soit F un faisceau cohérent sur Pnk . Il existe
d’après le théorème 2.43 une surjection
OPr n (−l) → F
→ Extn−i−1 ∗
OPn (G, KPn ) → ...
On a des flèches verticales données par l’accouplement de Serre entre ces deux
suites exactes.
Ici il faut distinguer trois cas :
- Si i + 1 < n : alors on a d’après le théorème 2.36
Extn−i−1 r ∗
OPn (OPn (−l), KPn ) = H
n−i−1 n
(Pk , OPr n (l − n − 1))∗ = 0.
H i (Pnk , F) ∼
= H i+1 (Pnk , G),
∗ ∼
Extn−i n−i−1 ∗
OPn (F, KPn ) = ExtOPn (G, KPn ) .
0 → Ext1OPn (F, KPn )∗ → Ext0OPn (G, KPn )∗ → Ext0OPn (OPr n (−l), KPn )∗ .
Or on a vu dans le théorème 2.38 que la flèche de dualité donne un isomorphisme
129
- Si i = n. Dans ce cas on a
H i+1 (Pnk , G) = 0,
Extn−i−1 ∗
OPn (G, KPn ) .
Ext0OPn (G, KPn )∗ → Ext0OPn (OPr n (−l), KPn )∗ → Ext0OPn (F, KPn )∗ → 0.
La flèche de dualité est de plus un isomorphisme entre H n (Pnk , OPr n (−l)) et
Ext0OPn (OPr n (−l), KPn )∗ par le théorème 2.38 et l’isomorphisme KPnk ∼
= OPnk (−n − 1).
Pour conclure, on recommence avec G, c’est-à-dire qu’on écrit G comme un quo-
0
tient de OPr n (−l0 ). En appliquant ce qu’on a fait précédemment à G, on trouve main-
tenant un diagramme commutatif où les lignes sont exactes et les deux premières
flèches verticales sont des isomorphismes :
0
H n (Pnk , OPr n (−l0 )) → H n (Pnk , OPr n (−l)) → H n (Pnk , F) → 0
↓ ↓ ↓ .
0
Ext0OPn (OPr n (−l0 ), KPn )∗ → Ext0OPn (OPr n (−l), KPn )∗ → Ext0OPn (F, KPn )∗ → 0
Par le lemme des cinq, on conclut que la flèche de dualité pour H n (Pn , F) est aussi
un isomorphisme.
KX = ExteOY (OX , KY ).
130
Clairement l’image de K1 = V ⊗k OY dans K0 = OY est l’idéal IX et on a un
complexe exact
0 → Ke → . . . → K0 → OX → 0
de OY -modules libres.
On obtient donc
ExtiOY (OX , OY ) = H i (K ∗ ),
où K ∗ est le complexe dual défini par K i = HomOY (Ki , OY ), la différentielle étant
adjointe de δ.
Mais il est facile de voir comme dans la preuve du théorème 7.17 que ce complexe
est exact en degré 6= e, et que d’autre part sa cohomologie en degré e est isomorphe
à
e−1
^ ^e
∗
Coker ( V ⊗ OY → V ∗ ⊗ OY ),
131
XK est aussi connexe, et donc H 0 (XK , OXK ) = H 0 (X, OX ) ⊗k K est encore intègre.
Donc K = k.
Pour obtenir la dualité annoncée, on va utiliser la dualité de Serre sur Pnk : on
sait que
H i (X, F) = H i (Pnk , F).
La dualité de Serre sur Pnk montre que cet espace est dual de Extn−i
OPn (F, KPk ). Or
n
k
on a la suite spectrale des ext, qui consiste à regarder le foncteur
F : A → B, G : B → C
Ri (G ◦ F )(M ),
HomOX (G, F)
pour p 6= e, et
ExteOPn (OX , KPnk ) = KX .
k
132
La suite spectrale des ext est donc dégénérée. En effet, elle satisfait E2p,q = 0
pour q 6= e. Cela entraı̂ne que Erp,q = 0 pour q 6= e, et que les différentielles dr , r ≥ 2
sont toutes nulles, car dr envoie Erp,q sur Erp+r,q−r+1 . Donc on a en fait E∞ p,q
= E2p,q ,
et la filtration est triviale, de sorte que l’on obtient par ce qui précède :
n−i−e,e
Extn−i
OPn (F, KPk )) = E2
n = H n−i−e (Pnk , F ∗ ⊗OX ExteOPn (OX , KPnk ))
k k
H i (X, F) ⊗ Extd−i d ∼
OX (F, KX ) → H (X, KX ) = k
pour tout faisceau cohérent F sur X. Il existe donc une flèche naturelle
H i (X, G) → Extd−i
OX (G, KX )
∗
(64)
dont on veut montrer qu’elle est un isomorphisme. D’après le théorème 2.43, pour
tout faisceau cohérent F sur X, on a une suite exacte de la forme
0 → H → OX (−l)N → F → 0,
où l peut être pris arbitrairement grand, et en particulier peut être supposé satisfaire
les conclusions de la proposition 9.8. Cette suite exacte courte fournit d’une part la
suite exacte longue de cohomologie
. . . Extd−q+1
OX (OX (−l)N , KX )∗ → Extd−q+1
OX (F, KX )∗ → Extd−q
OX (H, KX )
∗
(66)
→ Extd−q N ∗
OX (OX (−l) , KX ) . . .
et on peut montrer que les flèches de dualité de Serre (64) sont compatibles avec les
suites exactes longues ci-dessous.
En fait, comme on a supposé que H j (X, OX (−l)) = 0 pour d > j > 0, la suite
exacte longue (65) se résume à des isomorphismes
Extd−q−1
OX (F, KX )∗ → Extd−q
OX (H, KX )
∗
(68)
133
pour q < dim X. Les isomorphismes (67) et (68) permettent par une récurrence
descendante sur i de se ramener à étudier les cas i = d − 1 et i = d.
Pour i = d − 1, le raisonnement précédent fournit une suite exacte :
Ces deux suites exactes sont compatibles avec les flèches de dualité (64), et si on sait
que ces flèches sont des isomorphismes pour i = d, on conclut par le lemme des cinq
et (69) et (70) que la première flèche de dualité H d−1 (X, F) → Ext1OX (F, KX )∗ est
aussi un isomorphisme.
Il reste donc à traiter le cas i = d. Or on a H q (X, G) = 0 et également
Extd−q ∗
OX (G, KX ) = 0 , pour q > dim X et tout faisceau cohérent G sur X.
On obtient donc en degré i = d une suite exacte
Définition 9.10 Le degré dePL est défini comme le degré de div σ, défini dans la
section 3.6 : Posant div σ = i ni pi , on définit
X
deg (div σ) = ni deg (k(xi ) : k).
i
134
Cette définition est indépendante du choix de σ. Cela résulte du fait que deux sec-
tions rationnelles non nulles de L sont déduites l’une de l’autre par la multiplication
par une fonction rationnelle non nulle sur C et du fait suivant :
Proposition 9.11 Si φ est une fonction rationnelle non nulle sur une courbe pro-
jective C, on a deg div φ = 0.
Une autre façon de voir l’indépendance par rapport au choix de σ consiste à voir
div σ comme la différence Z1 − Z2 de deux diviseurs de Weil effectifs sur C, de
support disjoint. Ces diviseurs de Weil fournissent des diviseurs de Cartier du fait
que les anneaux locaux de C sont des anneaux de valuation : se donner la multiplicité
d’une fonction en un point revient à déterminer cette fonction modulo une fonction
inversible.
Comme σ a pour diviseur des pôles Z2 et pour diviseurs des zéros Z1 , on a
naturellement une inclusion induite par σ :
OC (−Z2 ) → L
Considérons les suites exactes longues associées aux suites exactes (71) et (72).
Compte tenu du fait qu’on a H i (Zi , F) = 0 pour i > 0, et F cohérent supporté sur
Zi , on obtient, avec la notation
X
χ(X, F) := (−1)i dimk H i (X, F),
i
Ceci montre que le degré de L défini comme deg Z1 − deg Z2 est indépendant du
choix de σ et satisfait la formule
135
Soit g := dimk H 1 (C, OC ). g est appelé le genre de C. Par la dualité de Serre,
H 1 (C, OC ) est dual de H 0 (C, KC ) et H 1 (C, KC ) est dual de H 0 (C, OC ) qui est égal
à k car C est projective et géométriquement connexe.
On a donc
χ(C, KC ) = g − 1, χ(C, OC ) = 1 − g.
Par ailleurs, d’après (73), on a aussi
ou encore
1
χ(C, OC ) = − deg KC .
2
Théorème 9.12 On a Z
deg L = ωLan ,h .
C an
136
Ici les bords des disques sont munis de l’orientation naturelle, qui est l’opposé de
leur orientation en temps que bord de C an \ ∪i Di,² , ce qui explique la disparition du
signe −. Au voisinage de pi , la section σi s’écrit
zini σi ,
où hi = h(σi ) est une fonction strictement positive de classe C ∞ . Il vient donc au
voisinage de pi :
ι ι dzi ι dhi
∂log h(σ) = ni + .
2π 2π zi 2π hi
Clairement, on a Z
dhi
lim = 0,
²→0 ∂D
i,²
hi
dhi
car la forme hi est de classe C ∞ au voisinage de pi . Il vient donc :
Z XZ ι
lim ωLan ,h = lim ∂log h(σ)
²→0 C an \∪ D
i i,²
²→0 ∂Di,² 2π
i
XZ ι dzi X
= lim ni = ni = deg L.
²→0 ∂Di,² 2π zi
i i
137
9.5.1 Cohomologie locale
Soient X ⊂ Y deux variétés définies sur k. On va supposer que Y est lisse et que
X est localement intersection complète de codimension e.
On veut construire une classe de cycle
satisfaisant la propriété que son image dans H e (Y, ΩeY ) par le morphisme naturel de
complexes
Ω·≥e e
Y /k → ΩY ,
où ΩeY est mis en degré e, est égale à la classe [X]e,e ∈ H e (Y, ΩeY ) construite
précédemment, pour X et Y lisses et projectives.
Dans la pratique on s’intéresse plutôt à l’image de cette classe dans
F e HdR
2e
(Y /k) := Im(H2e (Y, Ω·≥e 2e · 2e
Y /k ) → H (Y, ΩY /k )HdR (Y /k)).
est injective.
Pour construire cette classe, on utilise comme dans [2] la notion de cohomologie
locale le long de X.
Soit X ⊂ Y un fermé, où Y est un k-schéma de type fini. Soit F un faisceau sur
Y . Soit U := Y \ X. Soit j l’inclusion de U dans Y . le faisceau j∗ F|U est donné par
V 7→ F(V ∩ U ).
F → j∗ F|U .
F 7→ FX , F 7→ ΓX (Y, F) (76)
138
induit une suite exacte longue
1
0 → FX → F → j∗ F|U → HX (F) → 0 (77)
Ri−1 j∗ (F|U ) ∼ i
= HX (F). (78)
Ul = {fl 6= 0}.
On sait alors (cf proposition 2.31) que Ri j∗ OU peut être calculé comme la cohomo-
logie du complexe de Čech de faisceaux sur Y :
où F 0 := F/ge−l+1 F.
On a une suite exacte induite
i−1
→ HZ (F 0 ) → HZ
i i
(F) → HZ (F).
139
On utilise maintenant le fait que F 0 admet la suite régulière ge−l+2 , . . . , ge , et la
récurrence sur l pour conclure que
i−1
HZ (F 0 ) = 0, ∀i < l.
i (F) → Hi (F) est injective. Or il
Il en résulte que la multiplication par ge−l+1 : HZ Z
est facile de voir que cette multiplication est nilpotente, en utilisant la description
de HZi (F) à l’aide des cocycles de Čech de U = Y \ Z relativement au recouvrement
On a
i (Ω·≥e ) = 0 pour i < 2e.
Lemme 9.14 HX Y /k
Démonstration. En effet, on a la suite spectrale de Frölicher associée à la filtration
p,q q p
naı̈ve sur le complexe Ω·≥e
Y /k et dont le terme E1 est égal à HX (ΩY /k ), p ≥ e. Pour
p ≥ e, p + q = i < 2e, on trouve q < e, et donc d’après le théorème 9.13, on a
E1p,q = 0, p + q = i < 2e. Donc
p,q
E∞ = 0, p + q = i < 2e,
i (Ω·≥e ) pour la filtration de Hodge, on conclut
et comme ce sont les gradués de HX Y /k
i (Ω·≥e ) = 0.
que HX Y /k
Corollaire 9.15 On a un isomorphisme naturel
·≥e ·≥e
H2e 0 2e
X (Y, ΩY /k ) → H (Y, HX (ΩY /k )).
140
Soit (g1 , . . . , ge ) une suite régulière définissant X∩V dans un ouvert affine V ⊂ Y .
Calculant l’hypercohomologie locale
2e
HX∩V (Ω·≥e
V /k ) = R
e−1
j∗ (Ω·≥e
V /k ),
dg1 dge
ωg· = ∧ ... ∧
g1 ge
sur l’ouvert V1 ∩ . . . ∩ Ve définit un e − 1-cocycle de e-formes fermées, et donc un
élément à la fois d-fermé et δ-fermé du complexe de Čech permettant de calculer
H2e−1 (Ω·≥e
V /k ). On conclut avec le lemme suivant :
·≥e
Lemme 9.16 La classe de ωg· dans H2e
X∩V (ΩV /k ) ne dépend pas du choix des gi .
La matrice inversible gij ∈ Gle (OV ) peut se factoriser à l’aide de matrices diagonales
et de matrices de transvections. Il est évident que pour une transformation diagonale
inversible
gi0 = ai gi , ai ∈ OV∗ , gj0 = gj , j 6= i,
on a
dg10 dge0 dg1 dge dg1 dai dge
0 ∧ . . . ∧ 0
= ∧ ... ∧ + ∧ ... ∧ ∧ ... ∧ .
g1 ge g1 ge g1 ai ge
Or la classe du second terme est nul dans H e−1 (V \V ∩X, ΩeY ) car c’est une forme sur
V1 ∩ . . . ∩ Ve qui s’étend à V1 ∩ . . . Vbi . . . ∩ Ve , où Vi est l’ouvert défini par gi 6 0. Cette
·≥e
classe est donc aussi nulle dans HV2e∩X (V, ΩeV /k ) et donc aussi dans H2e V ∩X (V, ΩV /k )
puisque
·≥e
H2e 2e
V ∩X (V, ΩV /k ) = HV ∩X (V, ΩV /k ),
e
141
Notons que le sous-schéma défini par Gi , i = 1, . . . , e est égal à (X ∩ V ) ×k A1k . La
forme
dG1 dGe
Ω= ∧ ... ∧
G1 Ge
sur l’ouvert ∩i {Gi 6= 0} définit donc une classe dans
·≥e
H2e
(X∩V )×k A1 (ΩY × 1 ).
k k Ak
10 Classes de Chern
On se propose de construire les classes de Chern des faisceaux cohérents loca-
lement libres (fibrés vectoriels algébriques) sur les variétés algébriques lisses sur k.
Ces classes de Chern sont à valeurs dans la cohomologie de de Rham algébrique
· (X/k). On verra ensuite comment étendre la définition aux faisceaux cohérents.
HdR
Enfin on comparera les classes de Chern obtenues aux classes de Chern des fibrés
vectoriels complexes sous-jacents aux faisceaux analytiques associés.
c1 (L) ∈ F 1 HdR
2
(X/k) = H2 (X, Ω·≥1
X/k ),
σi = gij σj ,
142
où gij est une fonction inversible. Soit
dgij
ωij := − ∈ Γ(Ui , ΩX/k ).
gij
Ceci nous donne une cochaı̂ne ω de degré 1 à valeurs dans ΩX/k . On observe que
dωij = 0 et δ(ωij ) = 0, où δ est la différentielle de Čech du complexe double
qui est tel que la cohomologie du complexe simple K · associé est égale à H· (X, Ω·≥1
X/k ),
par le corollaire 2.31.
En effet on a sur Ui ,
dgij dgij ∧ dgij
dωij = −d( )= 2 = 0,
gij gij
dg
g 7→
g
est un morphisme de faisceaux de groupes sur X.
d(f g) f dg + gdf dg df
d(log f g) = = = + .
fg fg g f
Exercice 10.2 Montrer que cette classe est indépendante du choix de trivialisations
locales.
143
C0∗ est le faisceau des fonctions continues inversibles, c’est-à-dire partout non nulle.
On utilise alors la suite exacte exponentielle :
exp 2iπ
0 → Z → C0 → C0∗ → 0,
c1 : H 1 (X, C0∗ ) ∼
= H 2 (X, Z).
Supposons maintenant que X est une variété complexe, et que L est un fibré en
droites holomorphe. On a vu que
H 2 (X, C) ∼
= H2 (X, Ω·X ),
ce qui est dû au fait que le complexe de de Rham holomorphe est une résolution du
faisceau constant C sur X.
Calculons l’image de c1 (L) ∈ H 2 (X, Z) dans H 2 (X, C) = H2 (X, Ω·X ).
Il faut tout d’abord utiliser la suite exacte exponentielle qui donne explicitement
la flèche c1 . Si L est un fibré en droites holomorphes, choisissons un recouvrement
de X par des ouverts Ui sur lesquels L est trivial, et soit σi une section non nulle de
L sur Ui . On a comme plus haut des fonctions de transition gij ∈ Γ(Uij OX ∗ ) données
suite exacte exponentielle, pour obtenir la classe c1 (L), il faut supposer que les Ui
sont assez petits pour que
gij = exp 2iπfij ,
et la classe c1 (L) admet alors pour représentant de Čech le cocycle
qui est bien à valeurs dans Z puisque exp 2iπaijk = gij gjk gki = 1.
Si l’on utilise maintenant, pour calculer H 2 (X, C), comme dans la preuve du
théorème 4.14, le complexe simple associé au complexe double Čech-de Rham holo-
morphe pour le recouvrement ouvert U = (Ui ) donné par
K l = ⊕p+q=l K p,q , D = D1 + D2 ,
on trouve que dans ce complexe, on a
144
10.1.3 Comparaison
On va supposer maintenant que X est une variété projective définie sur C. Si
L est un faisceau inversible sur X, on dispose donc du faisceau inversible (fibré en
droites holomorphe) Lan sur X an et donc des deux classes de Chern
2
c1 (L) ∈ HdR (X/C), c1 (Lan ) ∈ H 2 (X an , C).
Montrons maintenant :
Proposition 10.3 Via la flèche naturelle F 1 HdR
2 (X/C) → H 2 (X/C) et l’isomor-
dR
phisme de comparaison
HdR2
(X/C) ∼= H 2 (X an , C),
la classe algébrique c1 (L) est envoyé sur 2iπc1 (Lan ).
Démonstration. Utilisons un recouvrement affine U = (Ui ) de X trivialisant pour
L, avec des fonctions de transition gij sur Uij . Ce recouvrement fournit également
un recouvrement ouvert de X an trivialisant pour Lan .
Avec les notations de la section 10.1.1, on a vu plus haut que c1 (L) ∈ H2 (X, Ω·X/C )
dg
est représentée par le 1-cocycle de Čech de 1-formes fermées donné par ωij = − gijij ∈
ΩUij , qui est à la fois d et δ-fermé.
Par ailleurs, quitte à raffiner le recouvrement pour la topologie usuelle, de façon
à garantir que les gij sont des exponentielles globales :
gij = exp(2ιπfij ),
on a vu aussi que
c1 (Lan ) ∈ H 2 (X an , C) ∼
= H2 (X an , Ω·X an )
est représenté par le 1-cocycle −dfij de 1-formes holomorphes fermées. Or −dfij =
1 dgij
− 2iπ gij .
Remarque 10.5 Ici, on considère le c1 algébrique faible à valeurs dans H 1 (Pnk , ΩPnk /k ).
C’est l’image du c1 à valeurs dans H 1 (Pnk , ΩP•≥1
n /k ) défini dans la section précédente,
k
dans H 1 (Pnk , ΩPnk /k ) par l’application naturelle de complexes :
Ω•≥1
Pn /k → ΩPk /k ,
n
k
où le terme de droite est le complexe constitué du faisceau ΩPnk /k placé en degré 1.
145
Démonstration du théorème 10.4. On utilise la suite exacte d’Euler (cf Propo-
sition 9.2) :
0 → ΩPnk /k → V ⊗k O(−1) → OPnk → 0. (79)
La suite exacte (79) nous donne une suite exacte :
p
^
0 → ΩpPn /k → V ⊗k O(−p) → Ωp−1
Pn /k → 0.
k k
Remarque 10.6 Le fait que la classe e soit égale à c1 (O(1)) est un cas particulier
d’un énoncé plus général, concernant les fibrés de 1-jets. Il se trouve que le fibré des
1-jets de O(1) sur Pnk est le fibré trivial V ⊗ O(1), ce qui dit qu’une section globale
de O(1) sur Pnk est déterminée par sa valeur en un point et sa différentielle en ce
point.
En général, étant données une variété lisse X et un faisceau inversible L sur X,
on peut introduire le fibré P 1 (L) des 1-jets de L, qui s’inscrit dans une suite exacte
généralisant la suite exacte d’Euler
0 → ΩX/k (L) → P 1 (L) → L → 0.
La classe d’extension de cette suite exacte est égale à c1 (L).
146
10.2.2 Calcul de la cohomologie de de Rham d’un fibré projectif
Soit E un fibré vectoriel algébrique de rang r sur une variété algébrique lisse X
définie sur k et E le faisceau cohérent localement libre correspondant, c’est-à-dire
que E est le faisceau des sections de E. Soit P(E) = P(E ∗ ) le fibré projectif associé
(cf section 3.5.1).
Théorème 10.9 L’algèbre de cohomologie de de Rham
·
HdR (P(E)/k)
· (X/k)-module par
est librement engendrée comme HdR
1, c1 (O(1)), . . . , c1 (O(1))r−1 .
Le même résultat est vrai pour ⊕l F l HdR
2l (P(E)/k).
X p−i
c1 (O(1))i : ⊕0≤i≤inf (p,q,r−1) H q−i (X, ΩX/k ) → H q (P(E), ΩpP(E)/k ) (80)
0≤i≤inf (p,q,r−1)
est un isomorphisme.
Démonstration. L’isomorphisme (80) va résulter du théorème 10.7 qu’on utilise
de la façon suivante : Le faisceau ΩP(E)/k s’inscrit dans la suite exacte définissant le
faisceau cotangent relatif :
0 → π ∗ ΩX/k → ΩP(E)/k → ΩP(E)/X → 0.
Cela entraı̂ne que ΩpP(E)/k admet une filtration
147
Lemme 10.11 On a pour tous j, p, et tout i tel que p − i ≤ r − 1 un isomorphisme
E2p,q = H p (X, Rq π∗ F)
qui converge vers le gradué de H p+q (P(E), F) pour une certaine filtration, appelée
filtration de Leray.
Appliquons ceci à
R q π∗ F ∼
= ΩiX / k ⊗ c1 (O(1))p−i .
La suite spectrale de Leray de ce faisceau est donc dégénérée car elle satisfait E2p,q = 0
pour q 6= p − i. On a donc E2p,q = E∞ p,q
et de plus la filtration de Leray induite sur
p+q ∗ i p−i
H (P(E), π ΩX ⊗ ΩP(E)/X ) est triviale, car seul le gradué de type (p, q) avec
q = p − i est non nul. On a donc bien montré que pour tout j, et tout i tel que
p − i ≤ r − 1,
148
On a donc un morphisme de suites spectrales convergeant vers le morphisme induit
en cohomologie, à savoir le morphisme (80)
P i
i c1 (O(1))
⊕0≤i≤inf (q,p,r−1) H q−i
(X, Ωp−i
X/k ) → H q (P(E), ΩpP(E)/k ).
Or le lemme 10.11 dit précisément que les morphismes induits sur les termes E1p,q
sont des isomorphismes. Il en résulte que (80) est un isomorphisme. Ceci conclut la
preuve de la proposition 10.10.
Démonstration du théorème 10.9. Maintenant qu’on a montré le résultat au
niveau des groupes de cohomologie de Dolbeault, on conclut en regardant la suite
spectrale de Frölicher du complexe de de Rham de P(E), dont le terme E1p,q est
précisément H q (P(E), ΩpP(E)/k ).
Plus précisément, considérons un recouvrement affine V de P(E), subordonné à
un recouvrement affine U de X. On dispose alors des complexes
KV· , KU·
2 (P(E)/k) satisfait
de E. D’après le théorème 10.9, la classe ξ := c1 (O(1)) ∈ HdR
·
dans l’algèbre HdR (P(E)/k) une unique équation polynomiale à coefficients dans
· (X/k) :
HdR X
ξr + π ∗ αi ξ r−i = 0,
i<r
149
où π est la projection de P(E) sur X, et où on sait que
π ∗ : HdR
· ·
(X/k) → HdR (P(E)/k)
φ̃ : P(φ∗ E) → P(E)
tel que
φ̃∗ (OP(E) (1)) = OP(φ̃∗ E) (1).
cl (E) = (2iπ)l cl (E an ), ∀l ≥ 0.
150
Remarque 10.15 La formule de Whitney analogue pour les classes de Chern topo-
logiques est montrée dans [12], 11.2. Elle est parfois utilisée comme axiome déterminant
les classes de Chern. C’est ce qu’on fera plus loin pour les faisceaux cohérents.
F = E ⊕ G.
PF = PE PG ,
où ξ := c1 (OP(F ) (1)). Or P(F ) contient le sous-fibré vectoriel P(E) qui est de codi-
mension s, et on a une projection linéaire
Sym G ∗ → Sym F ∗ ),
dans l’ouvert P(F ) \ P(E). Par la définition de PG , on trouve donc que la classe
PG (ξ) ∈ F s HdR
2s (P(G)) s’annule sur cet ouvert.
dans l’ouvert P(F ) \ P(G). Par la définition de PF , on trouve donc que la classe
PE (ξ) ∈ F s HdR2s (P(G)) s’annule sur cet ouvert.
Or la réunion des deux ouverts P(F ) \ P(E) et P(F ) \ P(G) est égale à P(F ).
On est donc ramené à montrer que si on a deux ouverts de Zariski U et V couvrant
une k-variété lisse X, et deux classes de cohomologie de de Rham α, β ∈ HdR (X/k)
telles que α|U = 0, β| V = 0, alors
151
que α provient d’une classe dans HZU (Ω·X/k ), et que β provient d’une classe dans
HZV (Ω·X/k ). Alors le cup-produit α · β provient d’une classe dans HZU ∩ZV (Ω·X/k ) qui
est nul car ZU ∩ ZV = ∅.
Il reste à expliquer comment se ramener au cas où F = E ⊕ G. On va utiliser
pour cela le théorème 8.5 et la proposition 10.16 :
Proposition 10.16 Soit F un faisceau localement libre sur X donné par une suite
exacte (81). Alors il existe un faisceau localement libre F̃ sur X ×k A1k qui s’inscrit
dans une suite exacte
0 → pr1∗ E → F̃ → pr1∗ G → 0
et qui a la propriété que
F̃(U ) = {(ei , g) ∈ ⊕i pr1∗ E(U ∩ pr1−1 (Ui ) ⊕ pr1∗ G(U ), ej − ei = tσij (g) sur U ∩ Ui ∩ Uj }.
0 → pr1∗ E → F̃ → pr1∗ G → 0,
152
10.2.4 Principe de scindage
En combinant les théorèmes 10.9 et 10.14, on peut obtenir de nombreux résultats
formels sur les classes de Chern d’un faisceau localement libre E sur une variété lisse
X définie sur un corps k.
φ∗ : HdR
· ·
(X/k) → HdR (Y /k)
est injectif.
Les −c1 (Li ) sont appelées les racines formelles du polynôme de Chern. Les “pull-
back” à Y des classes de Chern de E sont les fonctions symétriques des −c1 (Li ) et
inversement, tout polynôme symétrique en les −c1 (Li ), à coefficients dans k, est un
polynôme en les φ∗ cj (E)). En particulier il provient d’une classe sur X.
153
10.2.5 Cas des faisceaux cohérents
Supposons que X est lisse et projective. Alors les faisceaux cohérents F sur X
admettent des résolutions à gauche finies localement libres :
0 → Fn → . . . → F0 → F → 0, (83)
où n = dim X.
On définit alors les classes de Chern ci (F) comme étant les termes de degré 2i
de la classe de Chern totale c(F) de F, soit
où ²i = (−1)i , et l’inverse c(Fi ) est défini formellement, sachant que c(Fi ) = 1 + α,
où α est un élément nilpotent de l’anneau commutatif HdR ∗ (X/k). (Notons en effet
q
que comme dim X = n, on a H (X, G) = 0 pour tout faisceau cohérent G sur X
et tout q > n = dim X. La suite spectrale associée à la filtration de Hodge sur le
complexe de de Rham montre alors que HdR l (X/k) = 0, l > 2n.)
est valide lorsque F est localement libre, ce qui est une conséquence immédiate de
la formule de Whitney appliquée aux suites exactes courtes
0 → Zi → Fi → Zi−1 → 0
déduites de la résolution (83), (qui sont des suites exactes courtes de faisceaux
cohérents localement libres).
Pour voir comment cela s’applique, soit F un faisceau cohérent, et soit E· une
résolution finie à gauche localement libre de F. Donc E0 → F est surjective, et le
complexe E· est exact en degré i > 0. Soit maintenant E·0 une autre résolution finie
localement libre de F. On montrera plus loin le lemme 10.19 suivant :
0 → G· → H· → E· → 0, (84)
154
En admettant le lemme, on conclut de la manière suivante : On veut montrer que si
on a une résolution à gauche finie localement libre E· de F, la classe
Y
c(Ei )²i , ²i = (−1)i ,
i
On utilise alors l’observation faite plus haut, que pour les complexes exacts bornés
de faisceaux de OX -modules libres G· et G·0 , on a
Y Y
1= c(Gi )²i , 1 = c(Gi0 )²i .
i i
E0 ⊕ E00 → F,
α ◦ p1 ◦ β = α0 ◦ p2 ◦ β.
155
On construit ensuite Hi de la façon suivante : on veut que pour i ≥ 1, Hi s’envoie
surjectivement d’une part sur Ei et Ei0 par des morphismes qu’on note βi et βi0 ,
et d’autre part sur Ker (di−1 : Hi−1 → Hi−2 ) par un morphisme qui fournira la
différentielle di : Hi → Hi−1 . On veut aussi que les morphismes
βi : Hi → Ei , βi0 : Hi → Ei0
On définit
Ki ⊂ Ei ⊕ Ei0 ⊕ Ker di−1
comme le noyau de l’application
Hi → Ki
Quatrième partie
Platitude et déformations
11 Eléments de théorie des déformations
11.1 Foncteurs de déformations
Soit X une variété projective définie sur k. Il existe différents foncteurs de
déformations de X. Le principal problème consiste à décider si on veut déformer X
comme variété projective ou si on veut aussi étudier des déformations plus générales
(par exemple k = C et on veut étudier toutes les petites déformations de la structure
complexe).
Dans ce cadre de déformations plus générales, on arrive vite à des problèmes
majeurs, qui sont les suivants :
Supposons k = C. Alors certaines variétés algébriques complexes admettent des
déformations qui ne sont plus du tout algébriques, c’est-à-dire que la déformation
de la structure complexe fait disparaı̂tre le fibré en droites holomorphe dont les
156
sections permettaient de plonger X dans un espace projectif. L’exemple-type est
donné par les déformations des tores complexes ou des surfaces K3 : les surfaces
K3 projectives sont paramétrées par une union dénombrable d’hypersurfaces dans
l’espace des déformations des surfaces K3 comme variétés complexes. De même, les
déformations d’un tore complexe projectif (une “variété abélienne”) de dimension g
forment localement une sous-variété de dimension g(g+1) 2 de l’espace des déformations
du tore, qui est de dimension g 2 .
Cependant, il n’y a pas de bon espace de déformations pour les variétés com-
plexes, même kählériennes, même si, comme dans les exemples mentionnés ci-dessus,
il existe une bonne famille universelle locale de déformations. L’un des paradoxes
rencontrés ici est qu’à un ordre fini, on peut étudier dans un cadre algébrique les
déformations non algébriques d’une variété algébrique.
Le problème qu’on rencontre est le suivant : le foncteur de déformations est un
foncteur FX qui va de la catégorie des k-schémas pointés (B, 0) vers la catégorie
des ensembles, et qui à (B, 0) associe les classes d’isomorphisme (au-dessus de B)
de k-schémas π : X → B plats et propres au-dessus de B, munis d’un isomorphisme
X0 := π −1 (0) ∼= X.
On aimerait pouvoir “représenter” ce foncteur, c’est-à-dire trouver un objet uni-
versel (M, 0) tel que l’ensemble FX (B, 0) s’identifie aux morphismes d’objets pointés
(B, 0) → (M, 0).
Malheureusement, la question est de savoir dans quelle catégorie il faut choisir
M. L’exemple ci-dessus des surfaces K3 montre qu’on peut avoir une très bonne
théorie formelle (c’est-à-dire limite des ordres finis) sans disposer d’objet global, la
raison étant qu’à l’ordre fini ou formel, on peut rester dans la théorie des k-schémas,
tandis que si on veut vraiment étudier des déformations, on doit passer par exemple
dans la catégorie des variétés complexes.
Le plus prudent compte tenu de ces pathologies consiste à étudier les déformations
formelles ou même à l’ordre fini, sur des bases artiniennes. On peut dans ce cas sous
certaines réserves construire des schémas formels qui représentent le foncteur de
déformations.
Les problèmes que l’on rencontre ne sont pas par ailleurs spécifiques du fait
qu’il existe des déformations non algébriques. Ils apparaissent déjà lorsqu’on veut
étudier les déformations des variétés sans spécifier une “polarisation” (un faisceau
inversible ample). Ces problèmes sont principalement liés à l’absence de contrôle sur
les groupes d’automorphismes des variétés non polarisées.
L’alternative consiste donc à n’étudier que les déformations projectives. On dis-
pose alors de la théorie du schéma de Hilbert, où les problèmes de représentabilité
sont tous résolus, et qui permet de paramétrer les déformations par une base pro-
jective. Cependant on regarde ici un foncteur différent, qui étudie les déformations
de variétés plongées dans l’espace projectif. En quotientant ensuite par l’action du
groupe des automorphismes de PN , on peut obtenir des “espaces de modules” qui
paramètrent le choix d’une variété X et d’un fibré en droites très ample sur X. On
renvoie à [8], [11] pour une telle étude.
Dans un premier temps, on va se contenter d’étudier le foncteur de déformations
formelles, qui est un foncteur défini sur la catégorie des schémas artiniens locaux
(un point muni d’un anneau structurel artinien local) et qui à B associe l’ensemble
des classes d’isomorphisme au-dessus de B de k-schémas X → B plats et propres
au-dessus de B, munis d’un isomorphisme X0 ∼ = X.
157
Le cadre des schémas artiniens locaux est vraiment la cadre naturel pour faire
de la théorie des déformations. Moralement, on est en train d’étudier les voisinages
infinitésimaux de 0 dans un espace de déformations M qui n’existe pas en général
comme k-schéma.
On va faire ci-dessous une étude plus grossière qui consiste à étudier les arcs
à l’ordre fini dans cet espace M, ce qui veut dire qu’au lieu de décrire tous les k-
schémas X → B plats et propres au-dessus de B, avec B = Spec A, A = anneau
artinien local de corps résiduel k, on va se contenter de regarder les déformations
d’ordre n
Xn → ∆n ,
∆n = Spec k[t]/tn+1 . On va donc décrire les déformations du premier ordre (n = 1),
ce qui est moralement l’espace tangent de Zariski de M en 0, puis les obstructions
à étendre les arcs à un ordre supérieur, ce qui revient à étudier grossièrement la
singularité de M en 0. On traitera le cas où X est lisse, puis on dira un mot sur le
cas général.
π : X1 → ∆1
Etant donné un tel morphisme, on note tout d’abord que ΩX1 |X0 est localement
libre sur la fibre centrale X0 . Ici les faisceaux de différentielles sont les faisceaux de
différentielles de Kähler par rapport à k. En effet, on utilise la suite exacte (87) et
le lemme 7.15 décrivant la fibre de ΩX1 /k en un point x ∈ X1 = X0 :
ΩX1 /k|x ∼
= Mx /M2x .
Cela entraı̂ne immédiatement qu’on a une injection de OX0 dans ΩX1 |X0 , donnée par
la multiplication par dt, et la suite exacte de différentielles de Kähler (c’est la suite
exacte conormale de X0 dans X1 ) :
r
0 → π ∗ Ω∆1 |0 → ΩX1 |X0 → ΩX0 → 0. (88)
X0 étant lisse, le faisceau ΩX0 /k est localement libre sur X0 , et la suite exacte 88
montre que ΩX1 |X0 est localement libre sur X0 .
De même Ω∆1 |0 est localement libre engendré par dt. En effet, Ω∆1 est engendré
par dt, avec la relation 2tdt = 0. Son pull-back π ∗ Ω∆1 |0 est donc le fibré trivial sur
X0 , de générateur dt.
158
La suite exacte (88) fournit donc une extension de ΩX par le fibré trivial OX dt.
Comme X est lisse ces extensions sont paramétrées par
Ext1 (ΩX , OX ) ∼
= H 1 (X, TX ).
En effet, la classe d’extension e associée à (88) est obtenue en dualisant (88), ce qui
donne
∂
0 → TX → (π ∗ Ω∆1 |0 )∗ → OX → 0,
∂t
et la suite exacte longue de cohomologie fournit alors
∂
δ : H 0 (X, OX ) = k → H 1 (X, TX ).
∂t
Inversement, soit e ∈ H 1 (X, TX ). On construit un faisceau localement libre F ∗
sur X et une suite exacte :
0 → TX → F ∗ → OX → 0
Démonstration. Il est standard que la classe e détermine l’extension (88) (cf [12]).
Montrons comment l’extension (88) qui détermine un fibré F sur X s’inscrivant dans
une suite exacte :
r
0 → OX → F → ΩX → 0, (89)
159
Pour conclure, il suffit de décrire la structure de k-algèbre sur OX1 . Cette struc-
ture est dictée par la règle de Leibniz. On veut en effet que la flèche
OX1 → F ∼
= ΩX1 |X
(α, f ) 7→ α
soit la différentielle de OX1 composée avec la restriction à X. On doit donc avoir
Ker (r : F → ΩX ),
qui est aussi isomorphe à OX d’après (89). De plus ce noyau est un idéal de carré
nul d’après la formule (91).
H → ΩX/k
où i est l’injection de G dans H, de sorte que (f, i) est une injection de G dans
OX ⊕ H. On vérifie immédiatement que le faisceau F ainsi défini est un faisceau
cohérent sur X, qui est une extension de ΩX par OX , dont la classe d’extension est
e.
160
11.3 Obstructions : Le “principe de relèvement T 1 ”
Soit π : Xn → ∆n un morphisme plat et propre. On supposera pour simplifier
que la fibre centrale X0 est lisse. Comme précédemment, ∆n := Spec k[t]/tn+1 mais
on supposera que le corps k est de caractéristique 0.
On montre tout d’abord :
Lemme 11.4 Le faisceau ΩXn |Xn−1 est localement libre sur Xn−1 , le faisceau des
différentielles relatives ΩXn /∆n est localement libre sur Xn , et on a la suite exacte
des différentielles relatives
Démonstration. Dans le cas où Xn = ∆n , cela résulte du fait que, par définition,
le faisceau Ω∆n est engendré sur O∆n par dt avec la relation tn dt = 0. Donc par res-
triction à ∆n−1 il devient libre de générateur dt. Dans le cas général, considérons un
point fermé x ∈ X0 qu’on supposera pour simplifier défini sur k. Comme X est lisse,
l’anneau local OX,x admet un système de paramètres locaux g1 , . . . , gd , d = dim X,
qui satisfont
gi ∈ Mx , O bX,x ∼= k[[g1 , . . . , gd ]],
bX,x est le complété formel de OX,x le long de son idéal maximal Mx .
où l’anneau O
On a une surjection d’anneaux locaux
OXn ,x → OX,x ,
161
et qui est définie comme la classe d’extension de la suite exacte (92). Ici, le faisceau
tangent relatif est le faisceau localement libre défini comme le dual de ΩXn−1 /∆n−1 ,
et on utilise l’identité
due au fait que ΩXn−1 /∆n−1 est localement libre sur Xn−1 (cf preuve du corollaire
9.6).
Notons que (ΩXn /∆n )|Xn−1 est naturellement isomorphe à ΩXn−1 /∆n−1 ; en par-
ticulier, la restriction de ΩXn /∆n à la fibre centrale X0 ∼
= X est isomorphe à
ΩX/k = ΩX .
On désire étendre la déformation Xn → ∆n d’ordre n de X0 à l’ordre n + 1,
c’est-à-dire construire un schéma
π 0 : Xn+1 → ∆n+1
Xn ,→ Xn+1
π↓ π0 ↓ .
∆n ,→ ∆n+1
On rencontre en général des obstructions non triviales (qui sont dans H 2 (X, TX ),
voir ci-dessous), et qui moralement reflètent le fait que la base de la déformation
universelle peut être singulière. (On peut penser à la déformation Xn → ∆n comme à
un morphisme défini sur ∆n et à valeurs dans un schéma de déformations (inexistant
en général) et la possibilité ou non d’étendre ce jet à l’ordre n + 1 traduit la présence
de singularités de ce schéma.)
Le principe de relèvement T 1 est une sorte de linéarisation du problème qui peut
s’énoncer de la façon suivante :
π 0 : Xn+1 → ∆n+1
en une classe
αn ∈ H 1 (Xn , TXn /∆n ),
(où comme précédemment TXn /∆n est le faisceau localement libre sur Xn défini
comme le dual de ΩXn /∆n ).
162
Démonstration. Le faisceau TXn /∆n étant localement libre sur Xn , on a la suite
exacte :
tn
0 → TX → TXn /∆n → TXn−1 /∆n−1 → 0.
La suite exacte longue de cohomologie associée fournit
δ
H 1 (Xn , TXn /∆n ) → H 1 (Xn−1 , TXn−1 /∆n−1 ) → H 2 (X, TX ),
ce qui montre, combiné avec le théorème 11.5, que l’obstruction cherchée est égale
à δ(κ) ∈ H 2 (X, TX ).
La principale étape de la preuve du théorème 11.5 est le lemme suivant, qui
généralise la construction faite dans la preuve du théorème 11.1 :
Lemme 11.7 Le schéma Xn est déterminé par Xn−1 , et par la donnée du faisceau
de OXn−1 -modules libres ΩXn |Xn−1 et de l’application de restriction qu’on notera r :
définie par
µ(f ) = (f|Xn−1 , df|Xn−1 ).
(Ici on note un peu abusivement df|Xn−1 l’image de df ∈ ΩXn dans ΩXn |Xn−1 .)
dg = nhtn−1 dt mod. tn ,
et comme on est en caractéristique 0, ceci ne peut s’annuler dans ΩXn |Xn−1 que si
h = 0, d’après le lemme 11.4.
Surjectivité : Clairement l’image de µ est contenue dans A, et pour voir qu’on a
l’égalité, on prend (g, α) ∈ A, et on cherche f avec
163
pour une fonction h ∈ OX . On veut f telle que df|Xn−1 = α, et on sait que r(α) = dg.
Comme f˜|Xn−1 = g et r(α) = dg, on a
r(df˜|Xn−1 − α) = 0.
(g, α) · (g 0 , α0 ) = (f g, f α0 + g 0 α).
On vérifie que c’est bien un anneau plat sur O∆n , et en utilisant (93), qu’on a une
suite exacte
tn
0 → OX → A → OXn−1 → 0.
Le lemme 11.7 nous donne donc une recette pour reconstruire Xn à partir de la
donnée de Xn−1 et de ΩXn |Xn−1 , muni de r : ΩXn |Xn−1 → ΩXn−1 , qu’on va en fait
appliquer pour construire l’extension Xn+1 .
Preuve du théorème 11.5. Supposons donné Xn → ∆n . On a le faisceau
cotangent relatif ΩXn /∆n qui est localement libre par le lemme 11.4, et de plus on
a ΩXn qui n’est pas localement libre, mais le devient après restriction à Xn−1 , (cf
lemme 11.4). On a l’application de Kodaira-Spencer de Xn , qui donne une classe
Supposons qu’on arrive à étendre cette classe en αn ∈ H 1 (Xn , TXn /∆n ). Alors αn
fournit un faisceau localement libre E sur Xn , qui est une extension
f1 : E → ΩXn /∆n ,
164
donnée par la suite exacte (95), l’autre qu’on notera
f2 : E → ΩXn |Xn−1 ,
où
g1 : ΩXn /∆n → ΩXn−1 /∆n−1
et
g2 : ΩXn |Xn−1 → ΩXn−1 /∆n−1
sont les flèches naturelles.
Pour conclure il suffit donc de montrer :
Lemme 11.9 On a une identification naturelle
ΩXn ∼
= B ⊂ ΩXn /∆n ⊕ ΩXn |Xn−1 ,
g2 (γ 0 ) = g1 (α) = g2 (β)
g2 (γ 0 − β) = 0,
ce qui équivaut à γ 0 − β = hdt, où h est une fonction sur Xn−1 . En corrigeant γ par
hdt, on trouve donc un γ̃ ∈ ΩXn qui s’envoie sur (α, β).
12 Platitude
12.1 Modules plats sur un anneau
Rappelons qu’un module M sur un anneau commutatif unitaire A est dit plat si
le foncteur N 7→ M ⊗A N est exact sur la catégorie des A-modules. (Ce foncteur est
toujours exact à droite, et donc c’est l’exactitude à gauche qui est demandée ici.)
Une caractérisation équivalente fait intervenir les T or (cf [7]) :
165
Lemme 12.1 M est plat sur A si et seulement si pour tout A-module N , et pour
tout i > 0, on a :
T oriA (M, N ) = 0.
Rappelons que les T oriA (N, R) sont calculés comme les groupes d’homologie du
complexe
Ni+1 ⊗ R → Ni ⊗ R → Ni−1 ⊗ R → ...,
avec
Ni+1 → Ni → . . . N0 → N → 0
une résolution projective à gauche de N . On a le lemme suivant :
Lemme 12.2 Si A est local Noetherien d’idéal maximal M et M est de type fini,
alors M est plat sur A si et seulement si M est libre sur A.
0 → R → Ar → M → 0.
Comme M est plat, cette suite reste exacte après tensorisation par k, comme le
montrent la suite exacte longue des T or et le fait que T or1A (M, k) = 0. Mais par
définition des mi , la flèche induite Ar ⊗k → M ⊗k est un isomorphisme. Il en résulte
que R ⊗ k = 0 et donc R = 0 par Nakayama, vu que R est de type fini.
Une propriété essentielle des modules plats est la suivante :
0 → M0 → M1 → . . . → Mn → 0
un complexe exact de A-modules, avec Mi plat pour i > 0. Alors M0 est plat.
166
12.2 Modules gradués et polynôme de Hilbert
Soit k un corps, et soit M · = ⊕M l un module gradué de type fini sur l’anneau
gradué k[X1 , . . . , Xn ]. En particulier, chaque M i est de rang fini sur k.
Xn : M · → M ·+1 .
Soit K · son noyau et Q·+1 son conoyau. Ce sont des k[X1 , . . . , Xn−1 ]-modules gradués
de type fini. Il existe donc PK et PQ tels que
On a alors :
π : X → B.
X → B ×k PN → B,
où la première flèche est un plongement et la seconde est la première projection. Soit
F un faisceau cohérent sur X.
167
La structure de π −1 OB -modules provient de la structure de OX -modules via l’ap-
plication π ∗ : π −1 OB → OX . Cependant F peut très bien être plat sur B sans être
plat sur X.
En général, F ne sera pas de type fini sur B, car cela impliquerait que le sup-
port de F est à fibre finie au-dessus de B. L’hypothèse de projectivité va per-
mettre néanmoins de donner une caractérisation des faisceaux plats faisant recours
au lemme 12.2.
On a le résultat suivant (c’est la version relative des théorèmes 2.46 et 2.40, qui
se montre avec des arguments identiques) :
Théorème 12.6 Soit π : X → B un morphisme projectif et soit F un faisceau
cohérent sur X. Soit OX (1) un faisceau relativement très ample sur X, c’est-à-dire
la restriction à X ⊂ B ×k PN de pr2∗ (OPN (1)) pour un plongement relatif adéquat
de X.
Alors les faisceaux Ri π∗ F(l), l ∈ Z sont cohérents sur B. De plus ils sont nuls
pour l >> 0.
On va utiliser maintenant ces résultats pour donner la caractérisation suivante
des faisceaux plats à support projectif sur une base B.
Théorème 12.7 Soient X et B des k-schémas quasi-projectifs et soient π : X → B
un morphisme projectif et F un faisceau cohérent sur X. Alors F est plat sur B si
et seulement si, pour l >> 0, R0 π∗ F(l) est localement libre sur B.
Démonstration. Le résultat est local sur B, qu’on peut donc supposer affine, soit
B = Spec A. Soit alors U = (Ui ) un recouvrement affine fini de X et soit Č · (U, F(l))
le complexe de Čech de F(l) relativement à U, qu’on voit comme un complexe de
A-modules. Soit µ ∈ Spec A un idéal premier. Par platitude de F sur B, les localisés
Č r (U, F(l))µ en µ des termes du complexe de Čech
Č r (U, F(l)) = ⊕|I|=r+1 Γ(UI , F(l)) (98)
sont plats sur Aµ . Par ailleurs, pour l >> 0, le complexe Č · (U, F(l))µ est exact en
degré s > 0 d’après le théorème 12.6, puisque sa cohomologie est égale à (Rs π∗ F(l))µ
par la proposition 2.31. De plus, sa cohomologie en degré 0 est égale pour la même
raison à (R0 π∗ F(l))µ .
En conclusion, pour l >> 0, le Aµ -module (R0 π∗ F(l))µ admet une résolution
à droite par le complexe Č · (U, F(l))µ qui est constitué de Aµ -modules plats. Il est
donc plat sur Aµ par la proposition 12.3, et comme il est de type fini par le théorème
12.6, il est libre par le lemme 12.2. Ceci montre le “seulement si”.
Il reste à voir que la condition est aussi suffisante. L’énoncé étant local sur
B, on peut supposer que B est affine, B = Spec A. Soit l0 tel que pour l ≥ l0 ,
R0 π∗ F(l) := Ml soit plat sur A.
On a X ⊂ B ×k PN N ∼
k , avec Pk = P roj k[X0 , . . . , XN ], et le A[X0 , . . . , XN ]-module
gradué
M := ⊕l≥l0 Ml
est plat sur A.
Or le faisceau F (vu comme un faisceau de OPN -modules) est déduit de M par
k
la contruction décrite dans la section 2.4 : l’ensemble de ses sections sur un ouvert
affine standard, c’est-à-dire de la forme
Spec A[X0 /Xi , . . . , XN /Xi ] ⊂ B ×k PN
k
168
est égal à MXi ,0 , c’est-à-dire la partie de degré 0 du localisé de M le long de Xi . Cet
ensemble est clairement plat comme A-module, étant un facteur direct du localisé
de M le long de Xi .
Lorsque la base B est irréductible et réduite, nous pouvons finalement reformuler
la condition de platitude ci-dessus en termes de polynôme de Hilbert de la manière
suivante :
Théorème 12.8 Soit B = Spec A, où A est une k-algèbre locale intègre d’idéal
maximal µ, et soient K = F rac A, kµ = A/µ le corps de fractions et le corps
résiduel de A. On note 0 ∈ Spec A le point fermé d’idéal µ. Soit π : X → B un
morphisme projectif et soit F un faisceau cohérent sur X. Alors F est plat sur B
si et seulement si les polynômes de Hilbert de FK sur XK et de F|X0 sur X0 sont
égaux.
Ici X0 ⊂ X est la fibre centrale de π, définie par l’idéal π ∗ µ · OX .
Démonstration. On montre en utilisant le théorème d’annulation 12.6 appliqué
à IX0 F que pour l >> 0, on a un isomorphisme canonique donné par la restriction :
(R0 π∗ F(l))|0 ∼
= H 0 (X0 , F|X0 (l)). (99)
avec l’annulation R1 π∗ (IX0 F(l)) = 0 pour l >> 0, qui fournit la suite exacte :
0 → K → F n → IX0 F → 0.
Tensorisant cette suite exacte par O(l) et utilisant le fait que pour l >> 0, R1 π∗ K(l) =
0, on conclut que la flèche naturelle
est surjective pour l suffisamment grand, d’où l’on déduit que (99) est un isomor-
phisme pour l >> 0.
On trouve donc que le polynôme de Hilbert P0 de F|X0 satisfait pour l >> 0 :
169
et donc le polynôme de Hilbert PK de FK satisfait :
L’égalité des deux polynômes de Hilbert se traduit donc par le fait que R0 π∗ F(l) a
son rang générique égal au rang de sa restriction au point fermé 0, ce qui équivaut
au fait qu’il est libre sur A (cf lemme 7.16). Il suffit alors d’appliquer le théorème
12.7.
0 → OX → OX (1) → OH (1) → 0.
170
qui montre que
PH (l) = PX (l) − PX (l − 1).
L’hypothèse de récurrence dit que PH est un polynôme de degré r − 1 de coefficient
deg H deg X
dominant (r−1)! = (r−1)! , ce qui donne immédiatement le résultat.
sont surjectives pour l assez grand. On sait aussi (théorème 2.40) que pour l suffisam-
ment grand, les groupes de cohomologie H i (X, OX (l)) et H i (Pnk , IX (l)) s’annulent,
pour i > 0. De plus on a dim H 0 (X, OX (l) = PX (l), par définition de PX . Enfin le
faisceau IX (l) est engendré par ses sections pour l >> 0.
A priori, le l minimum pour lesquels ces énoncés sont satisfaits dépend de X,
même à degré fixé. On peut considérer par exemple le cas deFX de dimension 1 :
si on ajoute des points à X, obtenant un schéma X 0 := X {p1 , . . . , pK }, on ne
change pas son degré. Cependant, il est manifeste que la surjectivité de l’application
de restriction
H 0 (Pnk , O(l)) → H 0 (X 0 , OX 0 (l))
n’est pas possible pour un l indépendant de K, car la dimension du terme de droite
tend vers l’infini avec K.
Il est remarquable que lorsqu’on fixe le polynôme de Hilbert P , on peut obtenir
une estimation uniforme (indépendante de X à polynôme de Hilbert fixé PX = P )
pour les l satisfaisant ces énoncés.
171
Démonstration. On montre plus généralement que pour tout l ∈ Z, on a
X
PX (l) = χ(OX (l)) := (−1)i dimk H i (X, OX (l)). (103)
i
où Y = X ∩ H, H ∼ = Pn−1
k .
La suite exacte longue de cohomologie associée nous dit que
Il en résulte que χ(OX (l)) est un polynôme en l. Comme on sait que PX est un
polynôme qui satisfait
pour l assez grand, on conclut que ces deux polynômes sont égaux.
Définition 12.12 Un faisceau cohérent F sur Pnk est dit régulier au sens de Mum-
ford si
H i (Pnk , F(−i)) = 0, ∀i > 0.
Théorème 12.13 i) Si F est régulier au sens de Mumford, il est engendré par ses
sections globales.
ii) Si F est régulier au sens de Mumford, F(l) est régulier au sens de Mumford
pour l ≥ 0.
iii ) De plus, sous la même hypothèse, pour tout t ≥ 0 , la flèche de multiplication
est surjective.
172
Démonstration. En effet, la section hyperplane H définie par une équation σ ∈
H 0 (X, OX (1)) étant générique, on a la suite exacte
σ
0 → F(−l) → F(−l + 1) → G(−l + 1) → 0,
et l’annulation de H l−1 (Pnk , F(−l + 1)) pour l − 1 > 0 et de H l (Pnk , F(−l) entraı̂ne
donc celle de H l−1 (Pn−1
k , G(−l + 1)) pour l − 1 > 0.
Démonstration du théorème 12.13. Pour obtenir i), on note la surjectivité
de l’application de restriction
Le complexe de Koszul K· est le complexe dont on montre très facilement qu’il est
exact :
n+1
^
0→ W ⊗ O(−n − 1) → . . . → W ⊗ O(−1) → O → 0,
où i
V−ila dernière flèche est ev tordue par O(−1). Ici le degré est donné par K =
W ⊗ O(i), i ≤ 0.
Partant de F, on veut savoir si la multiplication
est surjective.
173
Pour voir cela, on tensorise le complexe de Koszul K· par F(1), ce qui nous donne
un complexe exact L· , de terme L0 = F(1) et L−1 = W ⊗ F. On veut montrer que
l’application
est surjective.
Il suffit pour cela de montrer que le complexe L·≤−2 satisfait H2 (L·≤−2 ) = 0. En
effet, soit K le noyau de l’application surjective L−1 → L0 . La suite exacte longue
de cohomologie associée à la suite exacte courte
0 → K → L−1 → L0 → 0
montre que la surjectivité de la flèche (105) est impliquée par l’annulation H 1 (Pnk , K) =
0.
Comme le complexe L· est exact, K (placé en degré −2) est quasi-isomorphe au
complexe L·≤−2 qui est une résolution à gauche de K. On a donc
E1p,q = H q (Pnk , Lp ),
c’est-à-dire
−p
^
E1p,q =H q
(Pnk , W ⊗ F(p + 1)).
H 0 (Pn−1
k , OPn−1 (l)) → H 0 (H, OH (l))
k
0 → OX (l − 1) → OX (l) → OY (l) → 0,
174
on trouve (en utilisant la remarque précédente) que l’application
est surjective. Or d’après le dernier énoncé dans le théorème 12.13 et (101) pour H,
ceci entraı̂ne que la flèche
est surjective pour tout s ≥ 1, ce qui est à son tour équivalent à l’injectivité de
H 1 (Pnk , IX (l+s−1)) → H 1 (Pnk , IX (l+s)) pour tout s ≥ 1. Mais pour s suffisamment
grand, on sait que le terme de droite est nul. En conclusion, dès que la multiplication
par σ : H 1 (Pnk , IX (l)) → H 1 (Pnk , IX (l + 1)) (qui est surjective) est injective, on sait
en fait que H 1 (Pnk , IX (l0 )) est nul, pour l0 ≥ l.
Or on a dim H 1 (Pnk , IX (m0 )) ≤ dim H 0 (X, OX (m0 )) = PX (m0 ) par (100) pour
X et par la proposition 12.11. Il existe donc au plus PX (m0 ) entiers l successifs ≥ m0
pour lesquels la flèche (surjective) σ : H 1 (Pnk , IX (l)) → H 1 (Pnk , IX (l + 1)) n’est pas
injective.
Posant l0 = m0 + PX (m0 ), on a donc montré le résultat pour X.
175
Soit P un polynôme de degré r, prenant des valeurs entières sur les entiers. On
va considérer les sous-schémas X de Pnk avec PX = P . La dimension d’un tel X est
donc r, et son degré est déterminé par le coefficient dominant de P (Théorème 12.9).
(Mais clairement, le degré est un invariant trop faible puisqu’il ne tient pas compte
par exemple des composantes de X de dimension < r.)
Les résultats de la section 12.4.3 montrent qu’il existe un entier l0 , satisfaisant
les propriétés suivantes :
1. On a H 0 (X, OX (l)) = PX (l) = P (l), l ≥ l0 .
2. L’application de restriction
est de codimension égale à dimk H 0 (X, OX (l)), qui vaut P (l) d’après 1.
On peut donc associer à X un point Φl (X) de la grassmannienne G des sous-
espaces vectoriels de codimension P (l) de H 0 (Pnk , OPnk (l)), donné par Φl (X) =:
H 0 (Pnk , IX (l)).
Le point 3 montre maintenant que Φl est injective. En effet, on sait que IX (l)
est engendré par ses sections. Cela signifie que
π : XP → HP , XP ⊂ HP × Pnk
projectif et plat sur HP , qui a la propriété que tout sous-schéma de PnK défini sur
une extension de k et à polynôme de Hilbert égal à P est une fibre de π au-dessus
d’un K-point de HP .
Une conséquence remarquable du fait que les schémas de Hilbert HP sont définis
sur Q est le fait suivant : tout sous-schéma analytique complexe X de l’espace
projectif PnC admet une (petite) déformation plate sur un sous-schéma défini sur Q.
176
En effet, on sait que X est algébrique, d’après le théorème 6.20 (principe GAGA).
Soit P son polynôme de Hilbert. Soit HPX la composante irréductible du schéma de
Hilbert de polynôme de Hilbert P de PnC contenant le point correspondant à X.
Comme HP est défini sur Q, HPX est défini sur Q.
On utilise alors maintenant le fait suivant :
Lemme 12.15 Soit Z une variété projective complexe définie sur Q. Alors les points
de Z qui sont définis sur Q sont denses dans Z pour la topologie usuelle.
Remarque 13.2 La platitude est nécessaire dans cet énoncé. En effet, la semi-
continuité pour la topologie de Zariski entraı̂ne en particulier, dans le cas où la base
est irréductible réduite, que si K = k(B) est le corps résiduel du point générique,
et si b ∈ B est n’importe quel point (nécessairement une spécialisation du point
générique, on doit avoir :
X ⊂ B ×k P1k , π = pr1
est défini par l’équation tX2 (homogène en la seconde variable). Soit F le faisceau
pr2∗ (OP2 (−2)). La fibre générique de π est clairement isomorphe à P1K , et on a
Par contre la fibre spéciale au-dessus de du point 0 d’idéal tk[t] est isomorphe à P2k
et on a
H 1 (P2k , OP2 (−2)) = 0.
k
177
Le théorème ci-dessus est une conséquence du théorème fondamental suivant
concernant les images directes supérieures des faisceaux plats sur une base.
Théorème 13.3 Sous les hypothèses faites ci-dessus, il existe un complexe de fais-
ceaux cohérents localement libres sur B :
. . . E i−1 → E i → E i+1 → . . .
Ici la matrice M|bq est la matrice à coefficients dans k(b) qui est l’image de M par le
morphisme A → k(b). Le théorème résulte donc du lemme 13.4 suivant.
Lemme 13.4 Si M est une matrice à coefficients dans A, la fonction b 7→ rang M|b
est semi-continue inférieurement sur Spec B.
Démonstration. Le rang r(b) de M|b , où b ∈ Spec A est correspond à l’idéal premier
µ ∈ A, est le plus grand entier r tel qu’un mineur d’ordre r de M ne soit pas dans
µ. Si a ∈ A est un tel mineur, a définit un ouvert Ua de Spec A, tel que µ ∈ Ua . Sur
Ua , a est inversible, et donc pour tout b0 ∈ Ua , on a rang M|b0 ≥ r.
Démonstration du théorème 13.3. Plongeons X dans B × PN k au-dessus de
B. (Cela veut dire que le plongement j satisfait π = pr1 ◦ j.) F devient alors un
faisceau cohérent sur B × PkN , et comme j∗ est exact, on a Ri pr1∗ (F) = Ri π∗ (j∗ F).
En conclusion, on peut supposer X = B × PN k et π = pr1 .
On utilise maintenant la caractérisation des faisceaux plats à support projectif
donnée dans le théorème 12.7. On sait que pour un l suffisamment grand
R0 π∗ F(l)
178
est surjective (c’est la version relative du théorème 2.43).
On a donc une flèche surjective
où G i est localement libre sur B. Ici les i sont négatifs, le terme de degré 0 étant le
terme
π ∗ (R0 π∗ F(l)) ⊗ pr2∗ OPN (−l)
k
H j (PN
k(b) , OPN (−l)) = 0, pour j 6= N, (108)
k(b)
H j (PN 0
k(b) , M ) = 0, j > N,
RN π∗ Dp−1 → RN π∗ Dp → RN π∗ Dp+1 → . . . ,
G p ⊗k H N (PN
k , O(−lp )),
E i := G p ⊗k H N (PN
k , O(−lp ), i = N + p.
179
(c’est une des raisons du passage de X à B × PN
k , car OX n’était pas nécessairement
plat sur B).
On calcule alors la cohomologie de F|PN grâce à cette résolution, par le même
k(b)
argument d’annulation que précédemment, (en utilisant (108) à la place de (106),
(107)), et on trouve bien que
H j (PN j ·
k(b) , F|PN ) = H (E|b ).
k(b)
c : B0 → B
on a la famille
cX =pr2 π 0 =pr1
X 0 := B 0 ×B X → X, X0 → B0,
et un faisceau F 0 := c∗X F sur X 0 .
On a une flèche de pull-back
c∗X : H i (X , F) → H i (X 0 , F 0 ).
On peut faire cette opération pour tous les ouverts U 0 ⊂ B 0 et U ⊂ B tels que
c(U 0 ) ⊂ U . Rappelant que
Ri π∗0 F 0 , Ri π∗ F
sont les faisceaux cohérents sur B 0 (resp. B) associés aux préfaisceaux
Dans la suite on considérera surtout le cas où c est l’inclusion d’un point.
180
Théorème 13.6 Supposons que
Alors il existe un voisinage B 0 de b dans B tel que Rq π∗ F est localement libre sur
B 0 , et tel que pour tout b0 ∈ B 0 , le morphisme de changement de base
est un isomorphisme.
Démonstration. Tout d’abord on observe qu’avec les notations du théorème 13.3,
l’application de changement de base (109) est simplement donnée par l’application
naturelle
Hq (E · )|b0 → H q (E|b· 0 ).
(c’est précisément la compatibilité à laquelle on fait allusion après l’énoncé du
théorème 13.3). On peut supposer quitte à restreindre B que les E i sont triviaux de
rang ei . Les différentielles di sont donc données par des matrices Mi à coefficients
dans A. D’après le théorème 13.3, on trouve que
Ici les rangs sont les rangs des matrices Mi vues comme des matrices à coefficients
dans K. (Le rang d’une matrice à coefficients dans un anneau n’a pas de sens.) De
même on a :
où Mq|b est la matrice à coefficients dans k(b) qui est l’image de Mq via l’application
A → Aµ /µAµ . L’égalité
entraı̂ne alors par semi-continuité inférieure du rang que les rangs de Mq,K et Mq|b
sont égaux, et que les rangs de Mq−1,K et Mq−1|b sont égaux. De plus, ceci est vrai
pour b0 dans un voisinage de b.
En conclusion, quitte à remplacer B par B 0 , on trouve que les matrices Mq et
Mq−1 sont de rang constant sur B 0 . On montre alors en utilisant le lemme suivant,
et surtout son corollaire 13.8 que Ker Mq et Im Mq−1 sont des sous-faisceaux loca-
lement libres de E q , et que
Hq (E · )|b0 → H q (E|b· 0 )
est un isomorphisme pour b0 ∈ B 0 .
181
Le corollaire suivant est immédiat.
Corollaire 13.8 Pour tout b ∈ Spec Af , on a sous les mêmes hypothèses :
Ker M|b ∼
= (Ker M )|b .
Im M|b ∼
= (Im M )|b
A2 = Aef ⊂ Arf ,
Arf = A1 ⊕ A2 .
où les ai sont obtenus à l’aide de la matrice Me−1 , à coefficients dans Af . Comme
les mineurs de taille (e + 1, e + 1) de M sont nuls, et en particulier ceux extraits des
e premiers vecteurs colonnes mi , i ≤ e de M et de m, on trouve qu’on a en fait la
relation X
m= ai mi .
i≤e
En conclusion, on a construit une projection p de Arf sur A2 , donnée par Me−1 ◦pe ◦M ,
où pe est la projection de Asf sur Aef engendré par les e premiers vecteurs, satisfaisant
la propriété :
M = M ◦ p. (110)
182
La formule (110) ci-dessus montre que Id − p est une projection sur Ker M ⊂ Arf .
Soit par ailleurs
π = M ◦ Me−1 ◦ pe : Asf → Asf ,
Alors
π ◦ M = M ◦ Me−1 ◦ pe ◦ M = M ◦ p = M,
et de plus
π 2 = π ◦ M ◦ Me−1 ◦ pe = M ◦ Me−1 ◦ pe = π.
Donc π est une projection sur Im M , et on sait aussi que Im M = Im M ◦ p ∼
= A2
puisque M|A2 est injective.
t : XU ∼
= X0 × U
R i π∗ C
est localement constant sur B (c’est-à-dire qu’il est localement isomorphe à un fais-
ceau constant : ce qu’on a vu plus haut montre qu’au voisinage de 0 il est isomorphe
au faisceau constant de fibre H i (X0 , C)).
Soit
Hi := Ri π∗ C ⊗C OB .
Les sections de Hi s’écrivent localement au voisinage de 0 sous la forme :
X
α= αs σs ,
s
183
sur U ∩ U 0 par l’action d’une matrice à coefficients constants, (donc annulés par d),
on trouve que ∇α est défini indépendamment de la trivialisation.
La forme locale de ∇ rend évidente que ∇ est une connexion, et aussi qu’elle est
plate, c’est-à-dire qu’elle satisfait
∇ ◦ ∇ = 0 : Hi → Hi ⊗ Ω2B ,
puisque dans une trivialisation adéquate, elle agit comme la différentielle extérieure
sur les coordonnées. (On rappelle ici que ∇ a été étendue par la règle de Leibniz en
un opérateur différentiel du premier ordre
Hi ⊗ ΩB → Hi ⊗ Ω2B ,
Hi = Ri π∗ (π −1 OB ).
Ω·X /B ,
où
l
^
ΩlX /B := ΩX /B , ΩX /B := ΩX /π ∗ ΩB .
La différentielle relative d est induite par la différentielle absolue (on note que ΩlX /B
est le quotient de ΩlX par π ∗ ΩB ∧ Ωl−1
X ).
La résolution de Poincaré holomorphe relative nous donne la description suivante
de Hi :
Hi = Ri π∗ (Ω·X /B ),
où les Ri π∗ sont ici les foncteurs “hyperdérivés” du foncteur π∗ . Rappelant la formule
définissant les faisceaux de formes différentielles holomorphes relatives :
G l → G l+1
0 → Ω·−1 ∗ · ·
X /B ⊗ π ΩB → G → ΩX /B → 0,
184
où la différentielle sur Ω·−1 ∗
X /B ⊗ π ΩB est induite par la différentielle relative (qui est
π −1 OB -linéaire). On en déduit une suite exacte longue des foncteurs dérivés de π∗
qui fournit
Ri π∗ (Ω·X /B ) → Ri+1 π∗ (Ω·−1
X /B ) ⊗ ΩB ,
c’est-à-dire :
H i → H i ⊗ ΩB .
On peut montrer que cette flèche n’est autre que la connexion de Gauss-Manin.
L’intérêt de cette construction due à Katz est qu’elle est “algébrique” au sens
suivant : supposons que π : X → B soit la version analytique d’un morphisme
projectif submersif φ entre variétés quasi-projectives complexes Y et C, c’est-à-dire
X = Y an , B = C an , π = φan .
et de même définissant
Ml = ΩlY/C /π ∗ Ω2C ∧ Ωl−1
Y ,
on trouve que
G · = (M· )an .
Le théorème GAGA de Serre (ou plutôt sa version relative) nous fournit des isomor-
phismes
Hi = Ri φ∗ (Ω·Y/C )an ,
et la construction de Katz nous fournit la version algébrique de la connexion de
Gauss-Manin :
∇ : Ri φ∗ (Ω·Y/C ) → Ri φ∗ (Ω·Y/C ) ⊗OC ΩC/C .
Théorème 13.10 Si X est kählérienne, les faisceaux Rq π∗ ΩpX /S sont libres sur S.
185
Lemme 13.11 M est localement libre sur A si et seulement si
H := Rk π∗ Ω•X /S .
∇ : H → H ⊗ ΩS .
Lemme 13.12 Soit H un faisceau cohérent sur Spec A, admettant une connexion
∇ : H → H ⊗A ΩA/C .
Soit s le plus petit ordre d’annulation d’un coefficient ai associé comme ci-dessus à
un élément h ∈ K. Alors on a s 6= 0 car l’application (111) induit un isomorphisme
après tensorisation par C, et donc dai 6= 0. Or dai = bi dt, où bi s’annule à un ordre
< s. On obtient donc une contradiction, et on conclut donc que K = 0.
Or on a par ailleurs la suite spectrale associée à la filtration de Hodge sur le
complexe de de Rham relatif. Le terme E1p,q est Rq π∗ ΩpX /S . Comme H admet une
p,q
filtration dont les gradués sont les E∞ qui sont eux-mêmes des quotients de sous-
objets de E1p,q , on trouve donc que
X
l(H) = rang(H|0 )l(A) ≤ l(E1p,q ). (112)
p+q=k
186
Par ailleurs, on a aussi
avec égalité si et seulement si E1p,q est localement libre, comme le montre le théorème
13.3.
Comme X est kählérienne, on a aussi, par dégénérescence en E1 pour X,
X
rang(H|0 ) = rangH q (X, ΩpX ), (114)
p+q=k
et en combinant ceci avec (112) et (114), on obtient que l’égalité a lieu dans (113)
et donc que Rq π∗ ΩpX /S est localement libre.
Références
[1] Yves André. Une introduction aux motifs, SMF, Panoramas et Synthèses 17
(2004).
[2] S. Bloch. Semi-regularity and de Rham cohomology, Inventiones Math. 17, 51-
66 (1972).
[3] A. Borel, J.-P. [Link] théorème de Riemann-Roch (d’après Grothendieck),
Bull. Soc. Math. France 86 (1959), 97-136.
[4] P. Deligne, L. Illusie. Relèvements modulo p2 et décomposition du complexe de
de Rham, Invent. Math. 89 (1987), no. 2, 247–270.
[5] W. Fulton. Intersection Theory, Ergebnisse der Mathematik und ihrer Grenz-
gebiete 3. Folge, Band 2, Berlin-Heidelberg, Springer Verlag, 1984
[6] R. Hartshorne. Algebraic Geometry, Graduate texts in Mathematics 52, Sprin-
ger (1977).
[7] H. Matsumura, Commutative Algebra, 2nd ed, Benjamin/Cummings, Reading,
MA (1980).
[8] D. Mumford, F. Kirwan, J. Forgarty. Geometric invariant theory, 3ème édition
modifiée, Ergebnisse der Mathematik und ihrer Grenzgebiete 34, Springer
[9] J.-P. Serre. Géométrie algébrique et géométrie analytique, Ann. Inst. Fourier 6,
(1956) 1-42.
[10] J.-P. Serre. Faisceaux algébriques cohérents, Ann. Math. 61, 197-278.
[11] E. Viehweg. Quasi-Projective Moduli for Polarized Manifolds , Springer.
[12] C. Voisin. Hodge theory and complex algebraic geometry I et II, Cambridge Uni-
versity Press 2002, 2003, en français Théorie de Hodge et géométrie algébrique
complexe, Cours spécialisés, SMF 2003.
187