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Définition et Propriétés de la Convexité

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Yasser Lamyasser
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c Christophe Bertault - MPSI

Convexité
Dans tout ce chapitre, I est un intervalle de R.

Définition (Fonction convexe/concave) Soit f : I −→ R une application.



• On dit que f est convexe sur I si : ∀x, y ∈ I, ∀λ ∈ [0, 1], f λx + (1 − λ)y 6 λf (x) + (1 − λ)f (y).
• On dit que f est concave sur I si −f est convexe sur I, i.e. si :

∀x, y ∈ I, ∀λ ∈ [0, 1], f λx + (1 − λ)y > λf (x) + (1 − λ)f (y).

Fonction convexe Fonction concave

   Explication
• Tâchons d’interpréter géométriquement la notion de convexité
 — même raisonnement pour la concavité. Fixons x, y ∈ I

tels que x < y et notons Fλ le point de coordonnées λx + (1 − λ)y , f λx + (1 − λ)y et Cλ le point de coordonnées
 
λx + (1 − λy) , λf (x) + (1 − λ)f (y) .

L’inégalité qui définit la convexité de f signifie que Fλ est situé sous Cλ pour tout
λ ∈ [0, 1]. Or quand λ décrit [0, 1], λx + (1 − λ)y décrit le segment [x, y], et donc Fλ
décrit la portion du graphe de f associée à cet intervalle.
 F1 b Cλ
b
Que fait Cλ pendant ce temps ? Remarquons tout d’abord que C0 = F0 = y, f (y) ,
b F0
que C1 = F1 = x, f (x) , et que Cλ = λF1 + (1 − λ)F0 , i.e. que Cλ est le barycentre des
b
pointspondérés (F1 , λ) et (F0 , 1 − λ). Cette remarque montre que Cλ décrit le segment Fλ
F0 F1 quand λ décrit [0, 1].
Conclusion : à x, y fixés, la convexité de f signifie x ↑ y
 que le sous-arc du graphe de f associé
au segment [x, y] est situé sous sa corde F0 F1 . Sur I, la convexité de f signifie donc λx + (1 − λ)y
que tout sous-arc du graphe de f est situé sous sa corde.

• Quel rapport y a-t-il entre la présente notion de « fonction convexe » et la notion de « partie convexe » présentée à la fin
de notre premier chapitre d’algèbre linéaire ? Souvenez-vous : une partie d’un R-espace vectoriel est convexe si elle contient
les segments qu’on peut former à partir de ses points.
n o
Soit f : I −→ R une application. L’ensemble (x, y) ∈ I × R/ f (x) 6 y est appelé
l’épigraphe de f ; l’épigraphe de f est donc l’ensemble des points du plan situés au-dessus Epigraphe
du graphe de f . On dispose alors du résultat suivant : f est convexe si et seulement si son de f
épigraphe l’est. Nous laissons la démonstration de ce résultat de côté, car il ne figure pas
à notre programme.

$ $ $ Attention ! « Concave » n’est pas le contraire de « convexe ». Par exemple, la fonction sinus n’est ni convexe ni
concave sur R.

Dans ce qui suit, on se contentera d’énoncer les propriétés des fonctions convexes pour alléger le contenu du cours. Le cas des
fonctions concaves s’en déduit aussitôt, puisqu’une fonction concave est l’opposé d’une fonction convexe : il suffit de remplacer,
par exemple, le positif par le négatif, la croissance par la décroissance, le dessus par le dessous, etc.

Nous venons de prouver le résultat suivant après la définition de la convexité.

Théorème (Convexité et position par rapport aux cordes) Soit f : I −→ R une application.
(i) f est convexe sur I.
(ii) Tout sous-arc du graphe de f est situé sous sa corde.

1
c Christophe Bertault - MPSI

Théorème (Monotonie des pentes des cordes) Soit f : I −→ R une application. Les assertions suivantes sont équivalentes :
(i) f est convexe sur I. 8 
< Ir a −→ R
(ii) Pour tout a ∈ I, l’application f (x) − f (a) est croissante.
: x 7−→
x−a

En particulier, si f est convexe sur I, on a les inégalités suivantes :


f (b) − f (a) f (c) − f (a) f (c) − f (b)
∀a, b, c ∈ I, a<b<c =⇒ 6 6 .
b−a c−a c−b

   Explication
On a représenté ci-contre les cordes associées aux points de la courbe de paramètres a, b
b
et c, où a < b < c. Les pentes de ces trois cordes sont rangées dans un ordre dont la série
f (b) − f (a) f (c) − f (a) f (c) − f (b)
d’inégalités « 6 6 » est la traduction rigoureuse. b
b−a c−a c−b b

a b c
Démonstration
f (x) − f (a)
(i) =⇒ (ii) Supposons f convexe sur I. Soit alors a ∈ I. Montrons que l’application x 7−→ est
  x−a
croissante sur I r a . Soient donc x, y ∈ I r a tels que x < y. Distinguons trois cas.
1) Supposons qu’on ait x < y < a. Alors il existe λ ∈ ]0, 1[ tel que y = λx + (1 − λ)a. La convexité de
 y−a
f montre alors que f (y) 6 λf (x) + (1 − λ)f (a), i.e. que : f (y) − f (a) 6 λ f (x) − f (a) . Or λ = .
x−a
f (x) − f (a) f (y) − f (a)
Comme voulu, puisque y − a < 0, on a bien : 6 .
x−a y−a
2) Supposons qu’on ait x < a < y. Alors il existe λ ∈ ]0, 1[ tel que a = λx + (1 − λ)y. La convexité
de f montre alors que f (a) 6 λf (x) + (1 − λ)f (y). Or f (a) = λf (a) + (1 − λ)f (a). On peut donc affirmer
  y−a a−x
ceci : λ f (a) − f (x) 6 (1 − λ) f (y) − f (a) . Mais comme λ = et 1 − λ = , on obtient
y−x y−x
f (x) − f (a) f (y) − f (a)
comme voulu : 6 .
x−a y−a
3) Supposons qu’on ait a < x < y. Imiter les deux cas précédents.

f (x) − f (a) 
(ii) =⇒ (i) Supposons l’application x 7−→ est croissante sur I r a pour tout a ∈ I. Montrons
x−a
que f est convexe. Soient donc x, y ∈ I et λ ∈ [0, 1]. Nous devons montrer que :

f λx + (1 − λ)y 6 λf (x) + (1 − λ)f (y).

On peut supposer que λ ∈ ]0, 1[ et que x 6= y ; également que x < y, quitte à remplacer λ par (1 − λ).
f (t) − f (a)
Posons alors a = λx+(1−λ)y, de sorte que x < a < y. Comme par hypothèse l’application t 7−→
t−a
f (a) − f (x) f (x) − f (a) f (y) − f (a)
est croissante, alors : = 6 , i.e. :
a−x x−a y−a
  y−a  a−x 
(y − a) f (a) − f (x) 6 (a − x) f (y) − f (a) , puis : f (a) − f (x) 6 f (y) − f (a) .
y−x y−x
y−a a−x
Or λ = et 1 − λ = . Le résultat en découle. 
y−x y−x

x2 − a2 
Exemple La fonction x 7−→ x2 est convexe sur R, car pour tout a ∈ R, x 7−→ = x + a est croissante sur R r a .
x−a

Théorème (Fonctions convexes dérivables) Soit f ∈ D(I, R). Les assertions suivantes sont équivalentes :
(i) f est convexe sur I.
(ii) f 0 est croissante sur I. b

b
b
(iii) Le graphe de f est situé au-dessus de toutes ses tangentes.

2
c Christophe Bertault - MPSI

Démonstration
(i) =⇒ (ii) Supposons f convexe sur I et montrons que f 0 est croissante sur I. Soient donc x, y ∈ I tels
que x < y. Pour tout t ∈ ]x, y[, la propriété de monotonie des pentes des cordes nous donne l’inégalité :
f (t) − f (x) f (y) − f (x) f (y) − f (t)
6 6 . Faisant tendre t vers x à droite et vers y à gauche, nous obtenons
t−x y−x y−t
f (y) − f (x)
le résultat voulu : f 0 (x) 6 6 f 0 (y).
y−x
(ii) =⇒ (iii) Supposons f 0 croissante sur I et montrons que h le graphe de f est
i situé au-dessus de toutes ses
0
tangentes. Soit a ∈ I. Notons ϕ l’application x 7−→ f (x)− f (a)(x−a)+f (a) définie sur I. Cette application
est dérivable sur I et : ∀x ∈ I, ϕ0 (x) = f 0 (x) − f 0 (a).
Or f 0 est croissante, donc ϕ0 est négative à gauche de a et positive à droite de a. Par conséquent ϕ est
décroissante à gauche de a et croissante à droite. Comme ϕ(a) = 0, on en déduit que ϕ est positive ou nulle
sur tout I, i.e. que le graphe de f est situé au-dessus de sa tangente en a.
(iii) =⇒ (i) Supposons le graphe de f situé au-dessus de toutes ses tangentes et montrons que f est convexe
sur I. Soient donc x, y ∈ I et λ ∈ [0, 1]. Posons a = λx + (1 − λ)y.
Par hypothèse : ∀t ∈ I, f (t) > f 0 (a)(t − a) + f (a). Du coup :
   
λf (x) + (1 − λ)f (y) > λ f 0 (a)(x − a) + f (a) + (1 − λ) f 0 (a)(y − a) + f (a)
  
= f 0 (a) λx + (1 − λ)y − a + f (a) = f λx + (1 − λ)y . Et voilà. 

Exemple
(i) La fonction exponentielle est convexe sur R. En particulier : ∀x ∈ R, ex > x + 1.
(ii) La fonction logarithme est concave sur R×
+ . En particulier : ∀x ∈ R×
+, ln x 6 x − 1.
h πi 2
(iii) La fonction sinus est concave sur [0, π]. En particulier : ∀x ∈ 0, , x 6 sin x 6 x.
2 π
En effet
(i) La dérivée de la fonction exp est croissante sur R. Le graphe de exp est situé au-dessus de sa tangente en 0.
(ii) La dérivée de la fonction ln est décroissante sur R×
+ . Le graphe de ln est situé sous sa tangente en 1.

(iii) La dérivée de la fonction sinus est décroissante sur [0, π]. Le graphe de sin est situé sous sa tangente en 0
π 2
d’équation y = x, et au-dessus de la corde joignant les points de paramètres 0 et , d’équation y = x.
2 π

Théorème (Inégalité de convexité généralisée) Soient


! f : I −→ R convexe, (xk )16k6n ∈ I n et (λk )16k6n ∈ [0, 1]n tels
X
n X
n X
n
que λk = 1. Alors : f λk x k 6 λk f (xk ).
k=1 k=1 k=1

Démonstration Par récurrence sur n ∈ N× .

• Initialisation : Pour n = 1 il n’y a rien à démontrer, et pour n = 2 c’est la définition de la convexité.

• Hérédité : Soit n ∈ N× . Faisons l’hypothèse que :


!
n n
X
n X
n X
n
∀(xk )16k6n ∈ I , ∀(λk )16k6n ∈ [0, 1] , λk = 1 =⇒ f λk x k 6 λk f (xk ).
k=1 k=1 k=1

X
n+1
Soient alors (xk )16k6n+1 ∈ I n+1 et (λk )16k6n+1 ∈ [0, 1]n+1 tels que λk = 1. Si λn+1 = 0, nous n’avons
k=1
λn λn+1
rien à démontrer. Supposons donc λn+1 6= 0 et posons x0n = xn + xn+1 ainsi que
λn + λn+1 λn + λn+1
0 0
λn = λn + λn+1 . On a alors λ1 + λ2 + . . . + λn−1 + λn = 1 ; nous pouvons donc appliquer l’hypothèse de
récurrence aux familles (x1 , x2 , . . . , xn−1 , x0n ) et (λ1 , λ2 , . . . , λn−1 , λ0n ) :
!
X
n+1

f λk x k = f λ1 x1 +λ2 x2 +. . .+λn−1 xn−1 +λ0n x0n 6 λ1 f (x1 )+λ2 f (x2 )+. . .+λn−1 f (xn−1 )+λ0n f (x0n ).
k=1
 
λn λn+1 λn λn+1
Or f est convexe sur I, donc : f (x0n ) = f xn + 0 xn+1 6 f (xn ) + 0 f (xn+1 ).
λ 0
! n+1
n λn λ0n λn
X
n+1 X
Conclusion, comme voulu : f λk x k 6 λk f (xk ). 
k=1 k=1

3
c Christophe Bertault - MPSI

Exemple Pour toute famille (xk )16k6n de réels strictement positifs :


!1
n Y
n n
1X
n
6 xk 6 xk .
X
n
1 n k=1
k=1
xk | {z } | {z }
k=1
| {z } Moyenne géométrique Moyenne arithmétique
Moyenne harmonique

En effet Tout repose étrangement sur la concavité de la fonction logarithme, déjà démontrée plus haut. Comme
n fois
z }| { ! " !1 #
1 1 1 X
n
1 X
n
1 Y
n n

+ + . . . + = 1, on a : ln xk > ln xk = ln xk .
n n n k=1
n k=1
n k=1
!1
1X Y
n n n

Et un petit coup d’exponentielle : xk > xk .


n
k=1 k=1

1
Pour l’autre inégalité, remplacez ci-dessus xk par pour tout k ∈ J1, nK.
xk

Finissons ce chapitre avec la notion de point d’inflexion d’une fonction de R dans R. Nous avons étudié cette notion dans le
cas des courbes paramétrées de classe C k dans notre chapitre sur les développements limités. Nous en donnons ici une nouvelle
définition, intuitivement identique, mais nous ne chercherons pas à justifier proprement cette intuition.

Définition (Point d’inflexion)


b
Soient f ∈ D(I, R) et a ∈ I. On dit que f possède un point d’inflexion en a si f est convexe sur un
voisinage de a à gauche, et concave sur un voisinage de a à droite, ou le contraire.


Théorème (Points d’inflexion d’une fonction de classe C 2 ) Soient f ∈ C 2 (I, R) et a ∈ I. Les assertions suivantes sont
équivalentes :
(i) f possède un point d’inflexion en a. (ii) f 00 s’annule et change de signe en a.

Démonstration
(i) =⇒ (ii) Faisons l’hypothèse que f possède un point d’inflexion en a et que, par exemple, f est convexe sur
un voisinage de a à gauche et concave sur un voisinage de a à droite — raisonnement analogue dans l’autre
cas. Alors f 0 est croissante sur un voisinage de a à gauche et décroissante sur un voisinage de a à droite.
Donc f 00 est positive sur un voisinage de a à gauche et négative sur un voisinage de a à droite. Or f 00 est
continue par hypothèse en a, donc f 00 (a) est à la fois positif et négatif, i.e. nul. Bref, f 00 s’annule et change
de signe en a.
(ii) =⇒ (i) Faisons l’hypothèse que f 00 s’annule et change de signe en a, par exemple que f 00 est positive sur
un voisinage de a à gauche et négative sur un voisinage de a à droite — raisonnement analogue dans l’autre
cas. Alors f 0 est croissante sur un voisinage de a à gauche et décroissante sur un voisnage de a à droite.
Donc f est convexe sur un voisinage de a à gauche et concave sur un voisinage de a à droite. 

Exemple Soient a, b, c ∈ R, a 6= 0. La fonction polynomiale x 7−→ ax3 + bx2 + cx + d possède un unique point d’inflexion sur
b
R, en − .
3a
En effet La dérivée seconde de la fonction x 7−→ ax3 + bx2 + cx + d est la fonction x 7−→ 6ax + 2b, qui s’annule
b
en changeant de signe en − .
3a

Exemple La fonction sinus hyperbolique possède un point d’inflexion en 0.

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