LES SEISMES
DEFINITION
Un séisme, ou tremblement de terre, est un mouvement sur une faille qui engendre des
secousses plus ou moins violentes et destructrices à la surface du sol.
ORIGINE
Il est provoqué en général par la rupture brutale des roches en profondeur en un point
appelé foyer le plus souvent, se situant dans les 60 premiers kilomètres de la couche
externe de la Terre. C'est le cas des séismes superficiels qui, excepté les quelques
petites secousses d'origine volcanique, qui se produisent dans la partie cassante de la
croûte terrestre.
Devant la contrainte imposée par le mouvement des plaques, mouvements de
rapprochement ou d'écartement ou bien encore de coulissage des plaques rigides, les
roches superficielles se déforment de façon élastique jusqu'à un certain point de
rupture à partir duquel elles cassent brutalement le long d'une ou plusieurs failles. Les
parois de la faille mises en mouvement, frottent l'une contre l'autre de telle sorte qu'il
y a dissipation de l'énergie d'une part sous forme de chaleur obtenue par frottement, et
d'autre part sous forme de vibrations, les ondes sismiques, qui se propagent dans
toutes les directions à partir du foyer et que l'on peut enregistrer sur un sismomètre.
Les ondes sismiques se propagent à partir du foyer d'un tremblement de terre vers les
sites lointains causant ainsi des influences sur les structures existantes.
LOCALISATION D’UN TREMBLEMENT DE TERRE
L'endroit où, sur une faille démarre la rupture est appelé foyer du tremblement de
terre ou hypocentre. L'épicentre est la verticale de ce point à la surface du sol.
L'épicentre macrosismique est le lieu de plus forte intensité ressentie dans une
localité, il peut être différent de l'épicentre réel.
distance épicentrale
épicentre
site
distance hypocentrale
(focale)
foyer
ou
hypocentre
LA FAILLE
La faille est le résultat de la rupture d'un ensemble rocheux sous l'effet des contraintes
auxquelles il est soumis.
On appelle mécanisme au foyer, le mécanisme permettant de définir quel type de
faille intervient dans le tremblement de terre, ainsi que l'orientation de la faille et la
direction de glissement des blocs sur cette faille. On peut ainsi définir la nature
convergente ou divergente des mouvements à l'origine des séismes.
Il existe trois sortes de failles et trois sortes de mécanismes au foyer. On représente le
type de mécanisme au foyer par une sphère centrée autour du foyer du séisme. Cette
sphère est découpée en quatre cadrans en lien avec le sens du mouvement des ondes
P. A chaque type de faille, correspond ainsi un diagramme de mécanisme au foyer.
a) les failles normales
Elles sont appelées ainsi parce que la déformation entraîne un étirement des roches
initiales. Elles résultent de mouvements d'écartement (divergence).
Les flèches indiquent les blocs qui montent et qui descendent
b) les failles inverses
Elles sont appelées ainsi parce que la déformation entraîne un raccourcissement des
terrains initiaux. Elles résultent de mouvements de rapprochement (convergence).
Les flèches indiquent les blocs qui montent et qui descendent
c) les failles en décrochement
Les failles en décrochement provoquent un déplacement des blocs uniquement dans le
sens horizontal.
LES CATEGORIES DE SEISMES
Un séisme est une secousse ou une série de secousses plus ou moins violentes du sol.
Les séismes peuvent être naturels ou artificiels. Il est commode de les classer selon
leur mode de génération :
Mécanisme au
Séismes naturels Séismes artificiels
foyer
séismes induits par l'activité
humaine :
Séismes tectoniques :
Jeu d'une faille mise en eau d'un grand
rupture soudaine des roches
barrage
exploitation de gaz, etc.
séismes volcaniques :
tirs d'exploration sismique
fracturation des roches due à
tirs de mines et carrières
Explosion l'intrusion de magma
essais nucléaires
dégazage, oscillation propre du
souterrains
réservoir
séismes d'effondrement :
effondrement de cavités dans le
effondrements d'anciennes
Implosion gypse ou le calcaire
mines
effondrement lié à un grand
glissement de terrain
Remarques :
Les séismes tectoniques sont de loin les plus courants. Ils sont bien expliqués
par la tectonique des plaques.
Les séismes volcaniques accompagnent les éruptions volcaniques. Ils servent à
la prévision des éruptions.
Excepté les tirs nucléaires, les séismes artificiels sont généralement de petits
séismes.
LES ONDES SISMIQUES
Les ondes sismiques sont des ondes élastiques. L'onde peut traverser un milieu sans
modifier durablement ce milieu.
Les vibrations engendrées par un séisme se propagent dans toutes les directions. On
distingue les ondes de volume qui traversent la Terre et les ondes de surface qui se
propagent parallèlement à sa surface. Elles se succèdent et se superposent sur les
enregistrements des sismomètres. Leur vitesse de propagation et leur amplitude sont
modifiées par les structures géologiques traversées, c'est pourquoi, les signaux
enregistrés sont la combinaison d'effets liés aux milieux traversés et aux instruments
de mesure.
Ces ébranlements, qui se déplacent sous forme d'ondes, traversent le Globe et donnent
des indications irremplaçables sur sa constitution. On distingue :
Les ondes de volume
Elles se propagent à l'intérieur du globe. Leur vitesse de propagation dépend du
matériau traversé et d'une manière générale elle augmente avec la profondeur.
On distingue :
Les ondes P ou ondes primaires appelées aussi ondes de compression ou ondes
longitudinales. Le déplacement du sol qui accompagne leur passage se fait par
dilatation et compression successives, parallèlement à la direction de propagation de
l'onde. Ce sont les plus rapides (6 km.s-1 près de la surface) et sont enregistrées en
premier sur un sismogramme. Elles sont responsables du grondement sourd que l'on
peut entendre au début d'un tremblement de terre.
Les ondes S ou ondes secondaires appelées aussi ondes de cisaillement ou ondes
transversales. A leur passage, les mouvements du sol s'effectuent perpendiculairement
au sens de propagation de l'onde. Ces ondes ne se propagent pas dans les milieux
liquides, elles sont en particulier arrêtées par le noyau de la Terre. Leur vitesse est
plus lente que celle des ondes P, elles apparaissent en second sur les sismogrammes.
La différence des temps d'arrivée des ondes P et S suffit, connaissant leur vitesse, à
donner une indication sur l'éloignement du séisme.
Les ondes de volume se propagent un peu comme les rayons lumineux : elles peuvent
être réfléchies ou réfractées, c'est-à-dire déviées à chaque changement de milieu, au
passage manteau-noyau par exemple. Elles peuvent ainsi suivre des trajets très
complexes à l'intérieur de la Terre. Leur temps de parcours dépend de ce trajet, elles
n'arrivent pas toutes en même temps au même endroit.
Les ondes de surface
Ce sont des ondes guidées par la surface de la Terre. Leur effet est comparable aux
rides formées à la surface d'un lac.
Elles sont moins rapides que les ondes de volume mais leur amplitude est
généralement plus forte.
On peut distinguer :
L'onde de Love : le déplacement est essentiellement le même que celui des ondes
S sans mouvement vertical. Les ondes de Love provoquent un ébranlement horizontal
qui est la cause de nombreux dégâts aux fondations des édifices.
L'onde de Rayleigh : le déplacement est complexe, c’est un mouvement à la fois
horizontal et vertical, elliptique.
Les ondes de Love se propagent à environ 4 km/s, elles sont plus rapides que les
ondes de Rayleigh.
On peut les assimiler à :
Les ondes de volume :
L'onde P comprime et étire alternativement les roches. On l'enregistre bien sur
la composante verticale du sismomètre.
L'onde S se propage en cisaillant les roches latéralement à angle droit par
rapport à sa direction de propagation. On l'enregistre bien sur les composantes
horizontales du sismomètre.
Les ondes de surface :
L'onde de Love L: elle déplace le sol d'un côté à l'autre dans un plan
horizontal perpendiculairement à sa direction de propagation. On l'enregistre
uniquement sur les composantes horizontales du sismomètre.
L'onde de Rayleigh R: le déplacement des particules est à la fois horizontal et
vertical. Cette onde est enregistrée sur les trois composantes du sismomètre.
Les vibrations engendrées par cette onde durent plusieurs minutes.
INTENSITE D'UN SEISME
L'intensité d'un séisme est définie en un lieu par rapport aux effets produits par ce
séisme, qu'ils soient seulement observés ou ressentis par l'homme (réveil, chute
d'objets, fissures ...) ou qu'ils aient causés des dégâts plus ou moins importants aux
constructions. On parle alors d'effets macro sismiques.
L'intensité d'un séisme dépend du lieu d'observation des effets causés par le séisme.
Elle décroît généralement lorsqu'on s'éloigne de l'épicentre du séisme mais varie aussi
selon la structure géologique. Une forte intensité est souvent associée à des zones de
roches molles (sable, vase, argile et remblais), alors qu'on note une faible intensité
dans des zones de roches plus solides (grès).
Pour un séisme donné, on donne souvent uniquement l'intensité à l'épicentre, la plus
forte généralement : c'est l'intensité épi centrale.
Plusieurs échelles d'intensité ont été définies. Les plus utilisées sont l'échelle de
Mercalli qui date de 1902 et qui a été modifiée en 1956 et l'échelle MSK créée en
1964, du nom des trois sismologues européens Medvedev, Sponheuer et Karnik. Ces
deux échelles comportent douze degrés notés généralement en chiffres romains de I à
XII. Le degré I correspond aux secousses les plus faibles, à peine ressenties, le degré
XII aux secousses les plus fortes, celles ayant entraînées une destruction totale des
bâtiments. Le nombre de victimes n'est jamais pris en compte dans ces évaluations car
il dépend non seulement de l'intensité, mais du type local de construction, de la
densité de population et de l'heure du séisme.
Depuis peu, une nouvelle échelle a été adoptée par les pays européens : EMS 98
(European Macroseismic Scale 1998). La France l'utilise depuis janvier 2000.
La méthode utilisée pour estimer l'intensité varie d'un pays à l'autre; par exemple,
pour la France, la valeur du degré d'intensité en chaque lieu est établie à partir de
questionnaires distribués par le Bureau Central Sismologique Français aux habitants
de la région touchée par le séisme.
On établit généralement après les séismes importants une carte d'intensités. On
reporte sur ces cartes d'intensité, les courbes d'égale intensité qu'on appelle isoséistes.
Le centre de la zone de plus forte intensité est appelé l'épicentre macro sismique. Il
peut être différent de l'épicentre réel, dit micro sismique.
LA MAGNITUDE D'UN SEISME
La magnitude d'un séisme est une valeur intrinsèque du séisme, indépendante du lieu
d'observation, des témoignages de la population. La notion de magnitude a été
introduite en 1935 par l'Américain Charles Francis Richter pour les séismes locaux
Californiens afin d'estimer l'énergie libérée au foyer d'un tremblement de terre et
pouvoir ainsi comparer les séismes entre eux. On parle depuis de l'échelle de Richter.
Le terme magnitude a été emprunté aux astronomes par comparaison avec la brillance
relative d'une étoile vue par télescope.
Elle n'est pas une échelle en degré mais une fonction continue, qui peut être négative
ou positive et, en principe n'a pas de limites. En réalité, sa valeur minimale est liée à
la sensibilité du sismographe. Un sismographe très sensible peut enregistrer une
magnitude de l'ordre de -2, équivalente à l'énergie dégagée par la chute d'une brique
sur le sol d'une hauteur de 1 mètre. Sa valeur maximale est liée à la résistance de la
lithosphère aux forces tectoniques et à la longueur maximum de la faille susceptible
de se fracturer d'un seul coup. Le séisme de plus grande magnitude connu au cours de
ce siècle est celui du Chili en 1960, de magnitude 9.5; la zone de rupture de la faille a
atteint plus de 1000 km de long. C'est à cause de cette limite qu'on entend parfois
parler des 9 degrés de l'échelle de Richter. Les séismes de magnitude supérieure à 9
sont très rares et la magnitude 10 semble être une limite raisonnable compte tenu de la
solidité des roches et de la fragmentation des failles.
La magnitude n'est pas une échelle, c'est une fonction logarithmique; c'est à dire que
lorsque l'amplitude du mouvement varie d'un facteur 10, la magnitude change d'une
unité. Par exemple, un séisme de magnitude 6 est dix fois plus fort qu'un séisme de
magnitude 5 et cent fois plus fort qu'un séisme de magnitude 4.
Lors de la rupture qui se produit au foyer d'un tremblement de terre, la plus grande
partie de l'énergie se dissipe sous forme de chaleur. Une partie seulement se propage
au loin sous forme d'ondes élastiques. Le rapport entre l'énergie des ondes et l'énergie
totale, appelé rendement sismique, est estimé entre 20 et 30 %.
La magnitude de Richter mesure l'énergie émise sous forme d'ondes élastiques. Un
séisme de magnitude 5.0 correspond à peu près à l'énergie dégagée par la bombe
nucléaire qui détruisit Hiroshima. La relation qui existe entre la magnitude et l'énergie
sismique libérée montre qu'un séisme de magnitude 7 libère à lui seul autant d'énergie
qu'une trentaine de séisme de magnitude 6.
On ne doit pas confondre magnitude et intensité :
A l'inverse de la magnitude qui se calcule, l'intensité d'un séisme ne peut donner
lieu qu'à une estimation.
La magnitude est une valeur associée uniquement au séisme. L'intensité est
associée au lieu d'observation.
Il n'existe pas de véritable relation entre magnitude et intensité. Ainsi deux séismes
de même magnitude peuvent donner en surface des intensités différentes. Inversement
deux séismes de même intensité en un lieu peuvent avoir des magnitudes différentes.
Comment calculer la magnitude ?
La magnitude est calculée soit à partir de l'amplitude du signal enregistré par un
sismomètre, soit à partir de la durée du signal lue sur le sismogramme. Son calcul
nécessite plusieurs corrections tenant compte du type de sismographe utilisé, de la
distance entre le séisme et la station d'enregistrement, de la profondeur du séisme, de
la nature du sous-sol où se trouve la station d'enregistrement. Les corrections
permettent de calculer partout dans le monde la même magnitude pour un même
séisme.
Il existe plusieurs échelles de magnitude :
Magnitude locale ML :
On l'utilise pour des séismes proches dits séismes locaux. Elle est définie à partir de
l'amplitude maximale des ondes P. Elle est toujours moyennée sur plusieurs stations
en tenant compte des corrections locales.
Magnitude de durée MD :
On l'utilise également pour des séismes proches mais elle est définie à partir de la
durée du signal.
Magnitude des ondes de surface MS :
Elle est utilisée pour les séismes lointains, dits téléséismes, dont la profondeur est
inférieure à 80 km. Elle se calcule à partir de l'amplitude des ondes de surface.
Magnitude des ondes de volume MB :
Cette magnitude est définie pour tous les téléséismes et en particulier pour les séismes
profonds, car ceux-ci génèrent difficilement des ondes de surface. Elle est calculée à
partir de l'amplitude de l'onde P qui arrive au début du sismogramme.
Magnitude d'énergie ou de Kanamori MW :
Elle est définie pour les très gros séismes. Elle est calculée à partir d'un modèle
physique de source sismique et est reliée au moment sismique m0 :
En principe, un séisme se caractérise par une seule magnitude, mais en pratique on
obtient des résultats légèrement différents suivant l'appareil utilisé et suivant le type
d'ondes enregistrées. Les résultats diffèrent beaucoup plus pour les très gros séismes,
en particulier ceux dont la magnitude est supérieure à 7, le calcul des magnitudes MS
et MW est alors mieux adapté.
Remarques :
Une magnitude ne peut pas être précise à plus de 0.25 degré près.
Les médias annoncent généralement MS qui décrit mieux les gros séismes. Les
scientifiques utilisent toutes les données disponibles.
CLASSIFICATION DES SEISMES
D’une manière générale, les séismes ne se produisent jamais seuls. On parle ainsi
d'essaims de tremblements. Certains, petits, précèdent parfois le séisme principal, ce
sont des précurseurs. D'autres, plus nombreux, le suivent pendant des jours ou des
mois : ce sont les répliques qui peuvent être parfois importantes.
La répartition des séismes sur le globe, le long de courbes fermées, divise le globe en
de grandes "plaques". Il existe une sismicité diffuse en dehors de ces limites (sismicité
intraplaque). Presque tous les séismes ont lieu aux frontières de ces plaques, ainsi
d'ailleurs que la plus grande partie de l'activité volcanique. Ces séismes sont appelés
séismes tectoniques.
Ce sont des témoins permanents de l'activité du globe terrestre.
Leur origine se trouve en profondeur à l'hypocentre ou foyer. Selon la profondeur de
ce dernier, les sismologues distinguent :
Les séismes superficiels à moins de 60 km
Les séismes intermédiaires de 60 à 300 km
Les séismes profonds de 300 à 700 km (il n'y en a plus au-delà). Il est à noter que :
95% des tremblements de terre dans le monde ont lieu à une profondeur inférieure à
60 km
5% seulement ont une profondeur supérieure à 60 km
Tectonique des plaques
La tectonique des plaques est une théorie qui date des années 1960-1970. Elle permet
d'expliquer de façon satisfaisante l'activité sismique observée dans les différentes
zones.
Les alignements des séismes indiquent les limites de ces plaques. On dénombre ainsi
12 plaques dont 7 principales. Certaines sont purement océaniques (plaque pacifique),
d'autres océaniques et continentales (plaques africaines, eurasiatique, nord-
américaine...).
Toutes ces plaques se déplacent les unes par rapport aux autres et présentent entre
elles trois types de frontières qui sont le siège d'une plus ou moins intense activité
sismique :
Les zones d'écartement (naissance des plaques)
Elles correspondent à l'axe des dorsales océaniques. Ces dorsales océaniques sont le
siège de tremblements de terre nombreux mais relativement modérés.
Ces tremblements de terre se produisent à 1000 ou 2000 m sous la terre au milieu des
océans et dérangent assez peu l'homme.
Les zones d'affrontement (destruction des plaques océaniques).
Elles correspondent aux zones de subduction caractérisées par la présence de fosses
océaniques profondes.
Ces fosses sont le siège de séismes superficiels, intermédiaires et profonds. On y
trouve les tremblements de terre les plus violents et aussi les plus meurtriers à cause
de leur situation géographique souvent près des zones à forte densité de population
(Chili, Japon, Mexique). C'est aussi le seul endroit où on a des tremblements de terre
profonds jusqu'à 700 km.
Les zones de coulissage (glissement horizontal)
Elles se caractérisent par des failles transformantes qui sont des cassures de plaques et
qui permettent le glissement entre deux portions de plaques. Elles sont le siège de
séismes superficiels.
Un exemple célèbre de faille transformante est la faille de San Andreas aux Etats-
Unis, avec notamment le séisme de San Francisco de 1906.
Une dernière catégorie de séismes existe, qui ne sont pas complètement expliqués par
la tectonique des plaques : ceux de Chine par exemple ou ceux du centre des USA.
En fait les continents ne participent pas complètement à la tectonique des plaques.
Quand deux continents se rencontrent, aucun ne "coule". Il y a collision.
Les collisions de continents laissent des cicatrices qui rejouent parfois encore. Par
exemple, la collision de l'Inde avec l'Asie a laissé de grandes failles dans le continent
asiatique. La poussée actuelle quoique très faible est responsable des séismes
meurtriers de Chine.
Nombre moyen de séismes dans le monde chaque année
Magnitude Ms 8 7 6 5 4 3
Nombre au-dessus de la magnitude Ms 1 à 2 20 100 1500 7500 plus de 100 000
LA SISMICITE EN ALGERIE
L’Algérie est un pays dont le nord est à sismicité moyenne avec quelque zone très
sismique et une partie du sud le Sahara dont la sismicité est considérée jusqu'à
présent comme nulle.
L’Algérie est divisée en deux unités tectoniques majeures séparées par la faille sud
atlasique : le Nord du pays porte l’empreinte de la tectonique alpine tandis que le Sud
formé par la plate-forme saharienne est relativement stable et la tectonique y est
moins prononcée.
L’Algérie est située sur une limite majeure entre deux plaques tectoniques : la plaque
Eurasienne et la plaque Africaine. Le séisme du 21 mai 2003 est lié à un contexte
tectonique compressif créé par la remontée nord-ouest de la plaque Africaine contre la
plaque Eurasienne. D’après le modèle global « Nuvel 1 » (Argus et al., 1991), la
vitesse de raccourcissement entre les deux plaques est estimée entre 5 et 6 mm/an
dans la région d’Alger (Fig. 2.1).
L’affrontement entre les deux plaques a donné naissance notamment à la chaîne de
l'Atlas Tellien. Ce massif forme une zone complexe constituée de nappes mises en
place au Miocène inférieur (Fig. 2.2).
Fig.2.2 – Géographie et Géologie de l'Algérie. L'étoile indique l'épicentre du séisme
du 21 Mai 2003. (Ministère de l'énergie et des mines algérien : [Link]-
[Link])
2.2. SISMOTECTONIQUE
2.2.1. Tectonique régionale et failles actives
La tectonique est celle de la collision Afrique Europe et l’Algérie du Nord a été
victime de nombreux séismes qui sont majoritairement des séismes en faille inverse
en accord avec le mouvement général de compression à la frontière des plaques
tectoniques Eurasie et Afrique.
Fig.2.3 –Carte sismotectonique de l’Algérie du Nord (NEIC)
Les cartes sismo-tectoniques disponibles pour l’Algérie du Nord font état de deux
types de failles. D’une part des failles décrochantes dont la faille de Thénia (Fig. 2.4)
et d’autre part des failles en compression avec des prolongements marins probables.
Ainsi les failles bordant la Mitidja et le Sahel se continueraient en mer au large de la
côte entre Boumerdès et Dellys.
Fig.2.4 – Faille de Thénia et localisation du séisme du 21 mai 2003
2.2.2. Activité sismique historique et instrumentale
Le dernier tremblement de terre majeur en Algérie date du 10 octobre 1980.
De magnitude 7,1, celui-ci avait frappé la région d'El Asnam (anciennement
Orléansville et désormais appelée Ech-Cheliff). La ville avait été sévèrement touchée
et comptait près de 5000 morts. En 1954 la même ville avait été meurtrie par un
séisme de magnitude 6,4 qui avait fait plus de 1000 morts.
D'autre part, la région Ouest d’Alger jusqu’à Cherchell a connu de nombreux
séismes destructeurs par le passé : en 1365 (importants dégâts à Alger, une partie de la
ville inondée), en 1716 d’intensité épicentrale X MMI (destructions de la plupart des
maisons traditionnelles d’Alger – 20 000 morts), en 1722. Aux alentours immédiats,
on peut citer les séismes de Cherchell (1735 et 1847), Hadjout (1756), Koléa (1802) et
Mitidja (1867). A 80 km au sud-est d’Alger, le séisme de 1910, a atteint une
magnitude Ms de 6,4.
Fig.2.6 – Sismicité au XXème siécle en Algérie (NEIC)
Enfin, plus récemment, plusieurs séismes de magnitude comprise entre 5 et 6
se sont produits à l’Ouest d’Alger dans les régions de Cherchell, Tipaza et Medea en
1988, 1989 (70 morts-150 000 sans abris), 1990 et 1996. Tous ces séismes ont été
largement ressentis à Alger.
A l'Est d'Alger, les cartes de sismicité historique et instrumentale montrent une
zone de faible sismicité s'étendant au delà de Tizi Ouzou, à toute la Kabylie (Boudiaf
et Philip, 1996; Ayadi et al., 2002) (Fig. 2.7)).
C'est dans cette région qu'est localisé le séisme du 21 Mai.
Fig.2.7 – Intensités maximales observées en Algérie du Nord (Bezzeghoud et
al., 1996)
2.3. CONTEXTE GEOLOGIQUE DE L'ALGEROIS
L’histoire géologique des bassins sédimentaires algériens s’inscrit dans le
processus de géodynamique globale de la tectonique des plaques qui a structuré
l’Algérie en deux domaines :
au Nord, l’Algérie alpine ;
au Sud, la plate-forme saharienne.
L’algérois est intégré dans l’Algérie alpine et est essentiellement structuré par
la plaine de la Mitidja qui est un bassin de type intramontagneux, bordé au sud par le
domaine des nappes formant l’Atlas Tellien. La série sédimentaire du bassin de la
Mitidja s’étend du Jurassique au Miocène. Au pliocène, la mer y dépose des marnes
bleues à intercalations gréseuses d’une épaisseur pouvant atteindre 1000 m (Askri et
al.). A l'est la Mitidja est bordée par des affleurements de socle de type granitoïde
apparaissant à Boumerdès et le long de la faille de Thénia.
Fig.2.9 – Extrait de l’esquisse tectonique de l’Algérie de M. Kieken (1962).
Le remplissage sédimentaire quaternaire de la Mitidja représente localement
une épaisseur de 120 m.
Proche des côtes se sont des sables rouges du Pliocène supérieur très
compactes qui affleurent et recouvrent les marnes plais anciennes. C'est sur ce type de
terrain que s'est construit notamment la ville de Boumerdès.
Les séismes y sont essentiellement superficiels, leur foyer se situe dans la croûte
terrestre. Ils résultent du rapprochement lent entre la plaque africaine et la plaque
eurasienne et sont répartis le long des zones de failles et de plissements souvent
anciennes.
On dénombre en moyenne chaque année une vingtaine de séismes de magnitude
supérieure à 3.5 alors que plusieurs milliers sont ressentis dans l'ensemble du bassin
méditerranéen. Néanmoins, l’Algérie a subi dans le passé des séismes destructeurs qui
se sont produits sur le territoire national.
EXEMPLE DE CALCUL DE MAGNITUDE
Exemple de calcul de magnitude locale pour un petit séisme au nord de
Strasbourg
Les signaux ont été enregistrés par le réseau Vosgien du RéNaSS (Réseau National de
Surveillance Sismique). On mesure les temps d'arrivée des ondes P (marquées par un
carré). Les arrivées des ondes S (repérées par un losange) ne sont pas toujours
identifiables.
L'amplitude des ondes P est mesurée et corrigée par les caractéristiques du
sismomètre et par la distance épicentrale. Elle n'est pas directement mesurable sur le
sismogramme.
On obtient pour chaque station des valeurs de magnitude locale comprises entre 1.32
et 2.62. La moyenne est proche de 2. On prendra donc Ml=2.
STATION distance (km) magnitude Ml
ABH 128.9 1.66
MOF 107.8 2.10
FELD 97.8 2.93
LOMF 167.8 2.62
HOFF 28.9 1.67
WLS 45.6 2.17
KTD 70.0 1.66
ECH 71.1 2.08
RUP 118.9 2.28
LANF 27.8 1.32
SISMOMETRES
Un sismomètre est un détecteur de mouvements du sol qui comporte un capteur
mécanique, un transducteur, un amplificateur et un enregistreur.
Les premiers sismomètres étaient des capteurs à inertie ou des pendules. La masse
d'inertie pouvait être très élevée : à la station historique de Strasbourg, devenue
Musée de Sismologie et Magnétisme terrestre, l'un des sismomètres a une masse de
19 tonnes.
Actuellement on utilise surtout des sismomètres électromagnétiques. Ils ne mesurent
pas le mouvement du sol mais la vitesse de mouvement du sol.
Le signal, issu du capteur, est amplifié électroniquement. Il est enregistré sous forme
numérique et parfois en même temps sur papier pour contrôle.
Un tracé de séisme s'appelle un "sismogramme".
Le domaine observable des périodes des ondes sismiques est très large (de 0.1
seconde à plus de 1000 secondes), trop large pour qu'un seul sismomètre puisse les
enregistrer correctement. Pour couvrir toute cette bande de périodes, on utilisera deux
types de capteurs :
le sismomètre courte période "CP" dont la période propre est centrée sur une
seconde approximativement.
le sismomètre longue période ou large bande, "LP" ou "LB", dont la période
propre est centrée sur 20 ou 30 secondes, voire beaucoup plus en utilisant des
techniques d'asservissement.
FONCTIONNEMENT D'UN SISMOMETRE
Un sismomètre est un appareil capable de détecter de très petits mouvements du sol et
de les enregistrer, analogiquement ou numériquement, en suivant une base de temps
très précise. Il fonctionne sur le même principe qu'un oscillateur à masse d'inertie
amorti.
Il se compose généralement d'un capteur, d'un amplificateur, d'un transducteur et d'un
enregistreur.
Le mouvement du sol zsol est lié au mouvement de la masse z par l'équation suivante,
caractéristique des oscillateurs:
est la constante d'amortissement du système, est la pulsation propre de
l'oscillateur et M.
Il est constitué le plus souvent d'une masse et d'un bâti lié au sol. L'appareil doit être
autant que possible isolé de l'extérieur, afin que les variations de température ou de
pression n'affectent pas la stabilité du système.
Un mouvement du sol va entraîner un mouvement du bâti, puis un mouvement relatif
entre la masse et le bâti qui porte également le système d'enregistrement. C'est donc
ce mouvement relatif qui est amplifié par un système mécanique, mécanique-optique
ou électronique, puis enregistré.
Un sismomètre moderne comporte en plus un système d'amortissement, nécessaire
pour obtenir une bonne restitution du mouvement du sol. En effet, sans
amortissement, la masse pourrait théoriquement osciller à l'infini. Dans la pratique, ce
n'est pas le cas mais la masse peut continuer à osciller même si le champ excitateur a
disparu. De là peuvent naître des oscillations qui ne sont plus dues au mouvement du
sol. L'amortissement du système permet de remédier à cela.
Pour obtenir une bonne restitution de l'amplitude et du contenu spectral du signal
d'origine, un sismomètre doit avoir une réponse quasi-linéaire.
L'enregistrement des données fonctionne avec une base de temps absolue et très
précise afin de pouvoir étudier les mouvements du sol en fonction du temps, c'est
indispensable notamment si l'on veut localiser l'origine d'un séisme. Cet
enregistrement du mouvement de la masse en fonction du temps s'appelle
sismogramme.
Mesure d'un mouvement du sol.
Les ondes sismiques qui génèrent les oscillations du sol peuvent avoir des
polarisations, c'est-à-dire des directions de vibrations • diverses qu'on peut
décomposer suivant 3 directions: une verticale et deux horizontales, par exemple. Il
existe donc des sismomètres sensibles aux mouvements • horizontaux• et d'autres
aux mouvements verticaux. Pour mesurer complètement les mouvements du sol, une
station sismologique doit contenir trois sismomètres, un vertical et deux horizontaux,
orientés Nord-Sud et Est-Ouest par exemple, afin d'obtenir une bonne restitution des
vibrations du sol suivant trois composantes. Il existe également des sismomètres
capables d'enregistrer plusieurs composantes à la fois, par exemple trois composantes
orthogonales.
Trois
sismomètres
Wielandt-
Streckeisen
STS-1
en position de
fonctionnement
sur une station
sismologique
Chaque
sismomètre
mesure environ
40 cm de
diamètre.
(photo: Daniel Rouland)
Un
sismomètre
L-4-3D
construit
par
Mark
Products,
Inc.
Ce
sismomètre
peut
enregistrer
le
mouvement
du sol selon
trois
composantes
(photo: Mark Products, Inc.) orthogonales.
Il est par ailleurs possible de mesurer les vibrations du sol de trois manières
différentes. Selon le type de sismomètre utilisé, on peut enregistrer le déplacement, la
vitesse de déplacement ou l'accélération. Un sismomètre mécanique sera sensible au
déplacement, tandis qu'un sismomètre électromagnétique mesurera plutôt une vitesse,
en vertu des lois régissant l'électromagnétisme. Il existe également des sismomètres
asservis: une force électromagnétique permet de ramener la masse à sa position
d'équilibre lorsqu'elle se déplace. La mesure de cette force , permet d'obtenir
l'accélération de la masse par la loi de Newton .
Enfin, il existe différentes classes de sismomètres en fonction du contenu
fréquentiel auquel ils peuvent être sensibles: un signal sismique peut comporter des
périodes allant de quelques centièmes de seconde à plusieurs minutes. En effet, tout
oscillateur a une bande passante limitée, liée à sa pulsation propre: il ne peut donc pas
réagir à toutes les fréquences que peut contenir un signal. C'est pourquoi on trouve
des sismomètres dits " courtes périodes " (de 0.1 à 2 s), qui sont les plus couramment
utilisés ou "moyennes et longues périodes " (de 2 s à plusieurs minutes). Dans les
années 60, chaque station du réseau américain WWSSN (World Wide Standard
Seismic Network) était équipée de 6 appareils, trois " courtes périodes " et trois "
longues périodes ", afin de couvrir une plus grande gamme de fréquences. Depuis, les
progrès de l'électronique et l'asservissement de la masse ont donné naissance à de
nouveaux sismomètres dits " large bande ", qui permettent une étude sur une grande
gamme de fréquences (de quelques centièmes de seconde à quelques minutes). Le
réseau français GEOSCOPE utilise de tels appareils: les Wielandt-Streckeisen STS-1
et STS-2.
Un
sismomètre
Press-
Ewing
vertical
construit
en 1953
Sa période
est réglable
jusqu'à 30
s.
La boule de
verre sur la
composante
verticale
sert à
éliminer
les
variations
de
pression.
Des
appareils de
ce type ont
(photo: Michel Dufloux) équipé le
réseau
américain
WWSSN.
PREDICTION SISMIQUE
Depuis l'antiquité, après chaque séisme destructeur et meurtrier, les hommes essayent
de connaître les causes du désordre afin que cela ne se reproduise plus jamais. On a
ainsi successivement attribué ces phénomènes aux passages des comètes, à la
disposition des astres ou encore aux conditions atmosphériques, bien sûr sans
résultats.
Mais en 1950, les soviétiques décident de lancer un grand programme de recherche
sur ce sujet après deux séismes particulièrement meurtriers. Ils seront bientôt suivis
par les américains et les japonais dans les années 60, les chinois dans les années 70 et
enfin les européens plus récemment.
Qu'est ce qu'une prédiction sismique?
C'est la recherche d'un ensemble de méthodes permettant de prévoir précisément la
date, le lieu et la magnitude d'un séisme à venir. En effet, ce n'est pas du tout la même
chose de prévoir un séisme de faible magnitude et un séisme de forte magnitude.
Quelles sont les différentes approches de la prédiction sismique?
On peut dans un premier temps en un lieu identifier les zones à risques en tenant
compte de la nature des sols et de la tectonique générale mais aussi en recensant les
catastrophes historiques. C'est une approche probabiliste du problème. Mais on peut
aussi identifier des signes précurseurs susceptibles d'être liés à un séisme: c'est une
approche déterministe du problème. En pratique on utilise les deux approches: on
instrumente les régions classées "à risques" par une étude probabiliste afin d'y
élaborer des méthodes déterministes.
Différentes équipes de chercheurs ont développé des méthodes de prédictions
déterministes. Pour valider une telle méthode, une équipe doit:
identifier des éléments précurseurs en définissant précisément les anomalies
observées comme une variation des vitesses des ondes, des observations de
surélévations du sol ou encore des phénomènes électromagnétiques.
établir une corrélation entre ces anomalies et des séismes observés par la suite.
interpréter les anomalies par des processus physiques réalistes.
élaborer un modèle physique prédictif.
De nombreuses anomalies ont été associées à l'occurrence des séismes mais en fait
aucune méthode ne vérifie vraiment les deux dernières conditions. En effet, tant
qu'une théorie physique ne vient pas appuyer les observations, on ne peut exclure le
facteur chance dans les prédictions faites. En plus, ces prédictions sont en général
faites dans des zones où le risque sismique est fort, pour avoir de nombreuses
observations. Ainsi la probabilité qu'une prédiction aléatoire, c'est à dire faite
complètement au hasard, corresponde à un séisme est forte indépendamment de toute
justification physique...
Pourquoi est-il si difficile de prévoir un séisme?
Nous pouvons aujourd'hui prévoir assez efficacement le temps qu'il fera mais nous
ne savons toujours pas prévoir un séisme. Depuis que l'on sait comment se forme un
orage et que l'on mesure les paramètres atmosphériques, on peut prédire avec
précision le lieu, l'heure et la force d'un orage. Il n'en est pourtant pas de même en
sismologie pour 3 raisons:
-on ne sait pas précisément quels facteurs provoquent un séisme.
-les paramètres en jeu sont très nombreux.
-alors qu'il est relativement aisé de mesurer la température ou la pression en un lieu, il
est beaucoup plus délicat de déterminer les paramètres physiques des roches qui se
situent parfois à plusieurs kilomètres sous nos pieds.
Quels sont les enjeux de la prédiction sismique?
Il y a plus de 150 séismes de magnitude supérieure ou égale à 6 -c'est à dire de
séismes potentiellement destructeurs- à la surface du globe chaque année, les séismes
ont causés plus de 150000 morts dans le bassin méditerranéen en un siècle et plus de
10% des terres émergées sont sérieusement menacées. On voit bien ici l'intérêt de
prévoir les séismes à court terme afin d'organiser des évacuations.
Il reste malheureusement d'énormes difficultés à surmonter: depuis 30 ans des efforts
considérables d'équipements instrumentaux ont été faits. Il y a eu pendant cette
période de nombreux séismes destructeurs. Seulement quelques dizaines furent
précédées de phénomènes précurseurs reconnus comme tels. Les séismes prédits ont
été rares, les fausses alertes nombreuses, comme en Août 76 près de Canton où de
nombreuses personnes couchèrent sous des tentes pendant deux mois en attendant
avec inquiétude un séisme qui n'eut jamais lieu...
Ce manque de prédictions précises nous rappelle qu'il faut faire un effort particulier
de prévention auprès des populations concernées, et établir des règles strictes en
matière de constructions.
LES METHODES DE PREDICTION
Il existe de nombreuses méthodes pour tenter de prévoir les tremblements de terre.
Quelques unes seulement ont fait l'objet d'études sérieuses et critiques. Par exemple,
en 1991, une commission a étudié 20 publications qui traitaient de méthodes de
prédictions utilisant des événements précurseurs. La conclusion est que seuls trois
articles présentaient des précurseurs indiscutables.
Les prédictions à long terme - Le risque sismique.
Des méthodes permettent d'établir des prédictions à long terme. Dans ce cas, les
scientifiques ne font pas une prédiction précise mais déterminent plutôt un risque
sismique. Le plus simple consiste à étudier la récurrence des séismes en un lieu précis
ainsi que leur périodicité dans le temps. Cette périodicité est expliquée par la théorie
générale de la tectonique des plaques. Les plaques se déplacent à la surface de la
Terre. Elles s'éloignent ou se rapprochent les une des autres de quelques centimètres
par an. Ces mouvements engendrent des contraintes qui fracturent la roche de la
croûte terrestre quand elles deviennent trop fortes: c'est un séisme. Ainsi, comme le
déplacement des plaques se déroulent à vitesse constante à notre échelle ou à l'échelle
historique, le temps séparant deux séismes et leur magnitude sont grossièrement
constants, si on suppose que la roche se comporte toujours de la même façon. On
définit une lacune sismique comme une zone de faille n'ayant pas connu de séisme
depuis plus longtemps que la période observée sur cette faille. Par exemple, si en un
lieu il y a habituellement un séisme de magnitude 5 tous les 20 ans et qu'il n'y en a pas
eu depuis 30 ans, le risque est grand et on parle de lacune sismique. Les scientifiques
recensent donc les séismes affectant une région où l'ayant affecté par le passé afin
d'établir cette période de récurrence. C'est une méthode assez efficace mais pas assez
précise pour permettre une évacuation: elle permet surtout de définir les zones à
risques.
On peut aussi essayer d'évaluer directement les contraintes qui s'appliquent sur une
faille du fait des mouvements tectoniques. Il existe différentes techniques en
géophysique. On repère les failles de la région étudiée grâce à des images satellites
puis on mesure la position de ces failles très précisément grâce au système de
positionnement satellitaire, le GPS, qui permet de mesurer le mouvement relatif des
bords de la faille au centimètre près. On détermine ainsi les contraintes subies par la
roche à cause de ce mouvement et on peut en déduire le lieu et la magnitude d'un
séisme à venir sur cette faille ainsi que le moment approximatif où se produira le
séisme. C'est une méthode intéressante car elle permet d'évaluer précisément le risque
en un endroit donné, ce qui permet de prendre des précautions en matière
d'implantation d'usine ou de constructions. Cependant elle ne permet pas non plus de
déterminer précisément la date du séisme à venir, c'est donc plutôt une méthode de
prédiction à long terme comme la méthode des lacunes sismiques.
Les prédictions à moyen et à court terme - Les précurseurs.
Les scientifiques ont aussi élaboré des méthodes de prédictions à plus court terme
utilisant des éléments précurseurs à un séisme. Dès les années 60, par exemple, des
scientifiques soviétiques ont remarqué que la vitesse des ondes P diminuait de 10%
environ avant un séisme alors que celle des ondes S était constante. Ils remarquèrent
ensuite que la vitesse des ondes P redevenait "normale" juste avant le séisme. Lorsque
des roches sont soumises à des contraintes suffisamment fortes, elles se fissurent.
Comme les ondes P ne se propagent pas bien dans l'air, leur vitesse diminue à cause
de ces fissures. Lorsque la fracturation atteint une valeur limite et s'y maintient
quelque temps avant la rupture finale, l'eau souterraine inonde ces fractures,
rétablissant la pression initiale, ce qui permet aux ondes P de retrouver leur valeur
initiale. Cette méthode, appelé méthode de la dilatance, a suscité beaucoup d'espoir
mais le phénomène n'est pas observé systématiquement. Enfin, si ce phénomène dure
quelques jours pour un séisme de magnitude 3, il peut durer jusqu'à 40 ans pour un
séisme de magnitude 8!
On a également étudié la concentration en radon des eaux souterraines proches
d'une faille active. Le radon est un gaz radioactif naturel (donc dû à une réaction
nucléaire naturelle) dont la concentration varie en fonction de la nature du sol ou
encore des variations météorologiques. On a observé que la teneur en radon
augmentait dans les eaux à l'approche d'un séisme. Ceci serait dû aux frictions dans la
roche à cause des contraintes à l'approche de la rupture provoquant le séisme. Ces
frictions provoqueraient la fracturation de la roche, entraînant une remontée vers la
surface, grâce à ces fractures, du radon piégé dans les roches profondes. Il a été établi
de façon formelle qu'il existait une relation entre la teneur en radon et l'activité
sismique. Il est cependant délicat d'utiliser cette technique seule car on ne sait pas
précisément déterminer les fluctuations de la teneur en radon dues à d'autres activités
naturelles comme les variations climatiques. Il est donc difficile de donner une alerte
fiable avec ce seul élément. Mais on utilise fréquemment cette technique couplée à
d'autres éléments de prédiction.
On a détecté d'autres phénomènes à l'approche d'un séisme. Des scientifiques
japonais ont remarqué que dans certaines régions, le sol (ou le niveau marin) se
"soulevait" de plusieurs dizaines de centimètres à l'approche d'un séisme, comme s'il
"gonflait" avant le choc. Ce phénomène peut en particulier être observé en relevant le
niveau d'eau dans les puits ou en mesurant l'inclinaison du sol. En étudiant la surface
de la zone surélevée, on peut estimer la magnitude du séisme à venir. Cependant, là
aussi, cette surélévation du sol n'est pas systématique. De plus, ce phénomène a été
observé dans des régions où aucun séisme n'a eu lieu, ce qui rend ce phénomène
difficilement utilisable, en tous cas s'il est utilisé seul, pour prévoir des séismes.
Dans de nombreux cas, un séisme violent est aussi précédé d'une multitude de
petits séismes. Ainsi dans une zone de lacune sismique particulièrement calme, une
soudaine activité, même de faible magnitude, peut indiquer l'imminence d'un séisme
plus important. Cette méthode a permis de prévoir plusieurs séismes mais est assez
imprécise et aléatoire car on ne connaît pas a priori la durée de cette phase de faible
activité qui peut être entrecoupée de longues phases de calme. De plus, de nombreux
séismes ne sont pas précédés de ces séismes précurseurs et il existe des périodes
d'activité faible qui ne sont pas suivies de séismes importants.
Plus récemment, une méthode a été élaborée par trois scientifiques grecs. Cette
méthode, appelée méthode VAN du nom de ses inventeurs, Varotsos, Alexopoulos et
Nomicos date des années 80. Elle consiste à enregistrer les courants électriques
naturels circulant dans le sous-sol. Ces scientifiques ont remarqué que quelques jours
à quelques heures avant un séisme, il existait des anomalies dans ces enregistrements
qu'ils ont appelés SES (Signaux Electro-Sismique). Comme la Grèce est
sismiquement très active, ils ont pu construire empiriquement une méthode de
prédictions grâce à un réseau de stations qu'ils ont constitué. Ils pouvaient ainsi
déterminer le lieu (en utilisant les enregistrements des stations réparties sur le
territoire), l'heure (quelques heures après l'enregistrement de la SES) et la magnitude
du séisme à venir (qui est proportionnelle à l'amplitude de la SES).
Des dizaines de prédictions ont été faites mais il est très difficile de connaître
l'efficacité véritable de cette méthode qui a été très critiquée et au centre d'une vive
polémique entre spécialistes. Le principal problème est qu'on explique mal l'origine
de ces signaux et qu'on connaît mal leur propagation dans la croûte où il existe
beaucoup de signaux parasites naturels et artificiels. Les "inventeurs" de la méthode
expliquent ces courants en faisant appel à la propriété bien connue de piézoélectricité
du quartz: une contrainte appliquée sur du quartz crée un courant électrique. Ainsi,
lorsqu'il existe des contraintes dans la roche à l'approche d'un séisme, il y a création
d'un courant électrique car les roches de la croûte contiennent beaucoup de quartz. De
nombreuses études ont été faites sur ce sujet et les résultats ne sont pas concluants. A
ces questions de validité de la méthode en Grèce s'ajoute le problème d'utiliser cette
méthode ailleurs. On ne sait pas expliquer le phénomène physique qui entre en jeu, on
ne peut donc pas prévoir l'importance du phénomène dans une région donnée. De
plus, il faut attendre que de nombreux séismes aient lieu dans une région pour
étalonner le système et prédire les séismes touchant ensuite la région, ce qui est plutôt
gênant pour une méthode de prédiction.
On a fait mention de beaucoup d'autres précurseurs, notamment la présence
d'éléments radioactifs aux alentours d'une faille. De nombreuses victimes ont aussi
rapporté avoir observé des flashs lumineux dans le ciel juste avant un séisme, ce qui
pourrait être dû à des phénomènes électromagnétiques à déterminer. Il existe des
études sérieuses essayant de montrer l'importance du comportement des animaux
avant un séisme ou étudiant les attractions gravitationnelles des planètes
importantes...
Terminons par un exemple que beaucoup ont appelé la "méthode chinoise". La
Chine est régulièrement frappée par des séismes très violents. Il est très important de
trouver des techniques de prédictions fiables en Chine car c'est un pays très peuplé où
les habitations sont constituées de petites maisons individuelles peu solides: on ne
peut pas utiliser de coûteuses constructions parasismiques pour protéger la population
mais on peut en revanche organiser une évacuation en regroupant les gens sans trop
paralyser l'activité économique. Le gouvernement chinois lança à la fin des années 60
un programme de prédiction des séismes destructeurs affectant le pays. Pour cela on
décida d'impliquer la population en enseignant à plus de 100 000 chinois des
rudiments de sismologie. Les physiciens chinois se mirent à chercher tous les signes
précurseurs "scientifiques" identifiés jusqu'alors mais aussi à surveiller d'autres signes
comme le comportement des animaux ou la formation de bulles dans les puits, tous
ces signes étant relevés par cette population formée. Ce n'est pas une méthode
spécifique mais plutôt une utilisation d'un ensemble de méthodes. Cette méthode
connut un succès retentissant avec la prédiction du séisme du 4 février 75 à Haicheng
de magnitude 7.3, la seule prédiction réussie d'un séisme très destructeur, il est vrai
précédé d'un grand nombre de signes précurseurs. Mais elle connut un échec non
moins retentissant avec la prédiction raté du séisme suivant à Tangshan en 76 de
magnitude 7.8, le plus meurtrier depuis 400 ans, qui a fait environ 600 000 victimes.
EVALUER LE RISQUE SISMIQUE
La prédiction des séismes à court terme n'étant pas possible actuellement, il faut
évaluer le risque qu'un séisme destructeur se produise pour protéger efficacement une
région par des constructions adaptées et pour préparer la population: c'est le domaine
de la prévention sismique.
Qu'est-ce que le risque sismique?
Ce qui intéresse les spécialistes en matière de prévention sismique ce sont les dégâts
dans les bâtiments que peuvent causer les séismes. Il faut donc évaluer dans chaque
région les dégâts les plus importants qui peuvent être causés par un séisme. Ceci
revient donc à déterminer l'intensité macrosismique maximale que l'on peut ressentir
dans la région en question. Les sismologues préfèrent en fait étudier l'accélération du
sol qui est liée à l'intensité mais qui est une grandeur physique alors que l'intensité est
une grandeur plus subjective. Déterminer le risque sismique en un endroit c'est donc
déterminer l'accélération maximale que le sol est susceptible de subir lors d'un
tremblement de terre. Cette accélération est en générale exprimée en fonction de
l'accélération de la pesanteur qui vaut environ 9.8 m/s².
Cependant, on ne peut pas savoir avec précision les mouvements du sol dus à de
possibles futurs séismes tant que les méthodes de prédictions ne sont pas efficaces.
Les seuls éléments dont les sismologues disposent sont des statistiques sur
l'occurrence et la magnitude des séismes dans une région. Ils sont donc obligés de
raisonner en terme de probabilité: une évaluation de risque sismique revient à donner
une accélération maximale que le sol peut subir et un pourcentage de "chance" pour
que cette valeur soit atteinte au cours d'une période de référence. Par exemple, "il y a
5% de "chance" que le sol subisse une accélération de 0.5 g (soit 5 m/s² ou une
intensité IX) dans les 50 prochaines années mais il y a 40% de "chance" pour qu'il
subisse une accélération de 0.1 g (soit 1 m/s² ou une intensité VI) avant 50 ans".
Ensuite, en fonction de ces valeurs, on classe la zone comme étant plus ou moins "à
risques" et on trace des cartes plus globales de zonage sismique recensant le risque
déterminé pour chaque zone.
Comment évaluer un risque sismique?
Pour savoir si un séisme important peut se produire dans une région, une première
étape possible est d'installer un réseau de sismomètres autour de cette région et
d'enregistrer la sismicité -c'est à dire tous les séismes même minimes qui se
produisent dans cette zone- afin de connaître au mieux cette sismicité mais aussi
d'estimer la magnitude maximale possible, la récurrence des séismes... Pour cela, le
mieux est de faire des observations sur de très longues périodes qui doivent être
d'autant plus longues que la sismicité de la zone est modérée. Cependant, enregistrer
l'activité sismique pendant dix ans sans que rien ne se produise ne signifie pas
qu'aucun séisme important ne se produira à plus long terme dans 50 ou 100 ans.
Pour évaluer ce risque, les scientifiques essayent de retrouver la trace de séismes
anciens en travaillant en collaboration étroite avec des historiens. Ce travail permet
d'évaluer la sismologie historique. Parfois, l'aide d'un archéologue peut s'avérer utile.
On parle alors d'archéosismologie.
Ceci n'est malheureusement possible que dans des régions de peuplement ancien.
Ainsi on dispose en Chine de 2700 années d'archives et en France on peut retrouver la
trace de séismes jusqu'au XIème siècle. Mais en Californie par exemple, on n'a pas
trace de séisme plus ancien que 1800 environ, date du peuplement de la région.
Lorsqu'on connaît l'histoire sismologique d'une région depuis longtemps, on peut se
faire une idée de la taille des séismes susceptibles de toucher la région mais aussi de
la fréquence de ceux-ci. Ceci permet, couplé avec les observations actuelles, de
déterminer l'occurrence des séismes à un endroit donné. On détermine ainsi ce qu'on
appelle l'aléa sismique.
Pour évaluer cet aléa, les scientifiques sont donc parfois obligés d'utiliser les marques
laissées dans la nature par les séismes anciens. C'est une discipline appelée paléo
sismologie et qui consiste à reconstituer l'histoire sismologique d'une région sur la
plus grande période possible, souvent de l'ordre du millier ou de la dizaine de milliers
d'années.
Cela ne permet cependant pas d'évaluer directement les dégâts possibles. En effet, les
ondes émises par un séisme peuvent être amplifiées par la structure des bâtiments.
Des structures géologiques particulières peuvent également modifier localement
l'amplitude des ondes. On parle alors d' "effets de site". Ainsi pour établir une carte de
risque définitive il faut connaître la nature du sous-sol sur lequel est construite une
ville afin de déterminer s'il peut amplifier ou non les ondes provenant d'un
tremblement de terre lointain. L'étude du risque sismique global prend en compte
l'instabilité des versants ou la liquéfaction des sols susceptibles de créer des
mouvements de terrains à la suite d'un séisme. Mais ce risque tient aussi compte de
tous les autres événements destructeurs liés aux séismes tels les tsunamis qui sont les
raz-de-marée engendrés par les séismes sous-marins. Ainsi le risque sismique prend
en considération l'aléa sismique déterminé par la sismologie instrumentale et
historique, archéo sismologie ou autre paléo sismologie mais aussi tous les éléments
pouvant entraîner des dégâts tels les éléments liés au sous-sol, aux bâtiments, à la
topographie, etc...
A partir de toutes les informations déterminées par les scientifiques,
l'administration peut "classer" une région administrative (en général un canton) dans
une zone "à risques" ou non. Ceci a ensuite une importance pour les règles de sécurité
face aux risques naturels comme pour les permis de construire par exemple.