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Analyse du Roman Graphique Watchmen

Ce résumé décrit le document comme une analyse détaillée du générique du film Watchmen de 2009, explorant les nombreuses références intertextuelles et historiques à travers ses 22 vignettes, notamment à la bande dessinée Watchmen, à d'autres œuvres de fiction, et à des événements réels.

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Analyse du Roman Graphique Watchmen

Ce résumé décrit le document comme une analyse détaillée du générique du film Watchmen de 2009, explorant les nombreuses références intertextuelles et historiques à travers ses 22 vignettes, notamment à la bande dessinée Watchmen, à d'autres œuvres de fiction, et à des événements réels.

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Watchmen c’est d’abord un monument dans le monde de la BD, primé du prix Hugo et du prix Eisner.

Cette œuvre souvent décrite comme un roman graphique, est à la base une série mensuelle de comics
comptant 12 chapitres, parue entre Septembre 1986 et Octobre 1987. Watchmen est publié sous l’éditeur
DC Comics.

*Au scénario se trouve l’auteur anglais Alan Moore, un habitué de chez DC Comics puisqu’il a travaillé
notamment sur Swamp Thing et Batman et a écrit V pour Vendetta quelques années auparavant. Alan
Moore, au-delà d’être un auteur prolifique à la manière d’Alejandro Jodorowsky en France, c’est aussi
comme cette même figure française, un occultiste avec un profond goût pour la satire. Une de ces œuvres,
Promethea est fortement inspiré par ces thèmes mystiques. Il se définit comme magicien et se fascine
pour le sacré et le divin : la figure du super héros l’intéresse donc naturellement.

A ses côtés, il y a au dessin Dave Gibbons, un habitué de l’industrie de la BD à la chaîne, ce qui signifie
qu’il maîtrise parfaitement les codes et les formules de la BD traditionnelle, proche du Golden Age.

L’action de Watchmen se situe en 1985 dans une réalité alternative. Le Président américain Richard Nixon
est sous son 3ème mandat et le Vietnâm est devenu le 51ème état des Etats-Unis. Les tensions de la
Guerre Froide sont à leur paroxysme et les Etats Unis et l’Union Soviétique sont au bord de l’apocalypse
nucléaire. Dans cette réalité uchronique, les super-héros existent et ont combattu le crime depuis les
années 50s. Mais à cause des dérives, le gouvernement passe une loi en 1977, et leur interdit toute activité
super-héroïque.

*L’histoire débute donc avec Rorschach, un vigilante, un justicier autoproclamé qui continue à officier. Il
traque donc les criminels au mépris de la loi. Le récit s’ouvre sur le meurtre d’un autre justicier qui lui
était longuement au service du gouvernement, à savoir Le Comédien. Rorschach apprend qu’il s’agit là
d’un assassinat et il décide de mener l’enquête. Il informe par la suite ses anciens collègues de la
découverte. Avec l’aide du Hibou, du Spectre Soyeux et du Docteur Manhattan, il découvre finalement
que le meurtrier du Comédien n’est autre que Ozymandias, un autre collègue à la retraite. Ozymandias a
un plan brillant qui est destiné à changer la face du monde, à rétablir dit-il «la paix dans le monde». Ce
plan c’est de faire advenir une menace encore plus grande et tragique que la Guerre Nucléaire*, à savoir
une menace extra-dimensionelle. Face à cette nouvelle menace, les pays n’auront pas d’autre choix que de
s’unir et ainsi arrêter leur conflit.

S’interposer contre Ozymandias qui se compare à Alexandre Le Grand, c’est au final empêcher la paix
mondiale. Une paix qui est en vérité basée sur des mensonges. La fin justifie-t-elle alors les moyens ?
Quelle est la place de la moralité dans cette histoire ? * C’est autant à ce lecteur intradiégétique sur lequel
se clôt le récit que le lecteur extradiégétique, à savoir nous, d’en décider.

Watchmen ne propose pas de protagoniste unique même si celui que le lecteur suit le plus c’est Rorschach
puisque l’enquête est la trame principale du récit, son journal sert de fil conducteur entre les chapitres.
Rorschach est par ailleurs loin du canon des protagonistes de BD : c’est avant tout un exclu de la société
avec un caractère antipathique et réactionnaire et il a une vision monomanique de la justice, et va jusqu’à
se comparer à un martyr nazi. Le tour de force de Watchmen est que tous les personnages ont à la fois tort
ou raison. Il n’y a pas de solution toute faite. Chacun a sa vision du monde, découlant de son passé
comme super héros. Les personnages sont loin d’être irréprochables et ce n’est pas un trait de faiblesse
mais un standard. Ils sont en proie aux doutes, à la colère et à la frustration et le fait de porter un masque
ne leur fait pas oublier qu’ils ne sont que des hommes. C’est une approche clairement à l’opposé de ce qui
se faisait à l’époque dans le monde de la BD américaine. Watchmen n’est pas une histoire de super héros,
c’est une histoire sur des super héros.

Watchmen interroge et fait participer le lecteur, c’est un fait. En fonction du personnage qui retiendra le
plus l’attention du lecteur, ou que celui-ci considérera comme le plus important, ou auquel celui-ci
s’identifiera, le lecteur en apprendra plus sur lui-même, il saura justement s’il est un optimiste, un réaliste
ou un fataliste.*Un test de personnalité donc qui renvoie directement au test d’Hermann Rorschach.
Le succès de Watchmen * mais aussi de The Dark Knight Returns de Frank Miller, va orienter le monde
des comics vers une nouvelle direction, plus adulte avec des héros torturés qui se remettent souvent en
question. Ces œuvres inaugurent donc le Dark Age des comics. Il faut dire aussi qu’en changeant le cours
de l’histoire dans son récit, Moore donne naissance non seulement à son monde imaginaire mais aussi à
un tout autre monde pour la BD américaine, en général.

Ainsi on voit que Watchmen est profondément citationnelle et intertextuelle. * Les personnages originaux
de Watchmen sont d’ailleurs des réécritures de personnages déjà existants. Alan Moore s’est vu refusé les
droits d’exploitation de super héros du Golden Age de chez l’éditeur Charlton Comics. En réponse, il a
crée les Watchmen qui sont des pâles copies de super héros.

Umberto Eco justement parle de cette intertextualité décisive dans l’analyse sémiotique : il souligne la
pertinence d’une connaissance encyclopédique pour déchiffrer les réseaux de signes. Le Lecteur Modèle,
comme il le nomme, c’est celui qui est initié au système signifiant, « celui qui actualise les sens de tout
ce que le texte veut dire en tant que stratégie ». Eco le dit lui-même, « le texte est un tissu de signes, une
machine paresseuse qui exige du lecteur un travail coopératif acharné pour remplir les espaces de non-
dit ou de déjà-dit restés en blanc ». Cette participation active du lecteur passe par le déchiffrage des
connotations, des symbolismes et de la matière intertextuel : un exercice auquel nous allons nous
confronter avec la séquence filmique qui suit.

* Watchmen, le film de 2009 est réalisé par Zack Snyder et est distribué par Warner Bros. Il reprend plus
ou moins l’histoire de l’hypotexte ; ce qui différencie les deux œuvres c’est surtout le ton, le propos et le
climax.

Analyse du générique composé de 22 vignettes :

• Le premier Hibou, Hollis Mason, qui défend un couple contre un aggresseur. Il se trouve à
Gotham et on peut en déduire grâce aux signes indiciels qui parcèment le plan (Die Fledermaus,
Batman #1*), qu’il s’agit du couple Wayne, les parents de Bruce Wayne. D’emblée donc, le film
nous place dans une réalité alternative, voire un univers parallèle à celui où se trouve Batman.
Dans cette réalité, Thomas et Martha Wayne sont sauvés et par conséquent Bruce ne deviendra pas
le Batman qu’on connaît. Ce clin d’oeil n’est pas anodin puisque le film sort tout juste après The
Dark Knight de Christopher Nolan qui instaure la vision sombre du super héros au cinéma, le
Dark Age des super héros au cinéma.

• La chanson en elle-même ensuite est très significative *. The Times They Are A-Changing de Bob
Dylan nous dit clairement qu’il y a un changement de temporalité. On bascule dans un autre temps
et la chanson annonce l’euchronie qu’on ne remarque pas encore à l’écran. Elle est utilisée comme
un prolepse. Dylan avec ce texte parle aussi des poètes et écrivains qui se doivent d’anticiper une
nouvelle société au travers de l’activisme social qu’ils témoignent : «Come writers and critics
who prophetize with your pen». Le temps change aussi plus généralement dans le contexte de
sortie du film : les films de super héros deviennent plus matures dans les propos abordés, ce qui
résonne avec la transition du Bronze Age au Dark Age des comics.
*Les références à Dylan dans Watchmen sont nombreuses : ses textes sont cités à quelques
reprises.

• On a là une référence historique détournée : Sally Jupiter, le premier Spectre Soyeux en bombshell
sur un Enola Gay*, avec Hiroshima dans le fond.

• On a ensuite un autre détournement qui joue justement sur le changement de réalité : la photo
d’Alfred Eisenstaedt, *V-J Day in Times Square qui célèbre la victoire américaine au lendemain
de la Seconde Guerre Mondiale.
• Ici, bien évidemment*, il y a à La Cène de Léonard de Vinci. Le Comédien représente à juste titre
Judas puisque c’est lui qui cherche à mettre en péril le plan d’Ozymandias, et par extension, il
s’oppose contre une nouvelle version du monde en paix. Comme Judas, il est aussi intimement lié
à celle qui représente Jesus, à savoir le Spectre Soyeux. Il s’attaque en effet au sacré puisqu’il la
viole. Le film instaure donc une connotation évidente du super héros avec le royaume des Dieux,
ce qui l’oppose complètement à l’hypotexte.

• La Guerre Froide introduit les Watchmen, ici les personnages eux-même tout comme le roman
graphique à l’époque. Sans cette guerre, il n’y aurait pas de roman graphique Watchmen. Par cette
vignette, on passe des Minutemen aux Watchmen, la réalité sombrant de plus en plus dans
l’obscurité : les plans accueillent moins de lumière et le contexte historique se dégrade.

• C’est une reconstitution à partir de témoignages : Le Comédien prend ici la place de Lee Harvey
Oswald*. Les témoignages à l’époque ont évoqué une odeur de fumée qui venait de cet endroit.
En réalité, c’était probablement de l’arme du crime mais ici c’est détournée pour provenir du
cigare du Comédien.

• * L’immolation en public d’un moine en 1963 au Vietnâm. Ici, il y a un désordre qui se crée mais
qui au final renvoie à l’intention de faire basculer le récit dans une uchronie. En effet, jusque-là,
les vignettes se sont succédées chronologiquement. Hors ici, il y a un léger hic car cet événement
s’est passé six mois avant l’assassinat du Président Kennedy. Si on prend ce segment comme étant
cohérent avec l’ensemble, on se retrouve donc complètement dans une autre temporalité, déjà
amorcée depuis la première vignette.

• Cette alliance improbable entre Fidel Castro et Leonid Brezhnev à Kremlin, confirme donc la
thèse d’euchronie.

• * La reprise détournée de l’Ultime Confrontation de Marc Riboud donne le ton à l’histoire.

• * Ici, autre preuve de réalité alternative avec le Diptych d’Andy Warhol : les super héros sont
représentés comme des célébrités dans cet univers parallèle. Ils entrent dans le panthéon culturel
par le biais de l’art, du moins par le pop-art. Le segment montre ainsi une reconnaissance de cette
figure. Cette figure est dans les années 80s, toujours propre à une sous-culture, une subculture. *
Ici, les artistes du panthéon artistique comme Warhol et Truman Capote lui rendent hommage. *
Warhol est d’ailleurs très proche de l’univers super héroïque puisqu’il est un des tous premiers à
démocratiser le cosplay : il avait pour habitude de s’habiller en Robin.

• Autre instance de cette reconnaissance, c’est bien là devant le Studio 54. Le super héros fréquente
des artistes, il s’élève justement de la classe populaire qui l’a crée. On remarque David Bowie et
Mick Jagger dans le fond. C’est un clin d’œil aux fans du roman car David Bowie devait jadis
interprété Rorschach dans l’adaptation de Terry Gilliam mais le projet fut avorté par Warner Bros.
Tout comme avec Warhol, il y a une résonance avec la scène LGBTQ dans ce plan, représentée
par la présence des Village People mais pas que. Les plus attentifs remarqueront que le costume
d’Ozymandias est directement * inspiré du travail de Joel Schumacher sur Batman Forever et
Batman et Robin. Schumacher, lui-même homosexuel, a exploité le symbolisme homo-érotique
qui s’émanait des comics de Batman au Golden Age et l’a insufflé dans ses films. Le costume
d’Ozymandias en reprenant ce détail, recoud ce lien historique et symbolique entre super héros et
représentation des minorités qu’elles soient ethniques ou sexuelles.

• Who watches the Watchmen ? Qui surveille les Gardiens ? : c’est une question que se posait déjà
le poète romain Juvenal dans ces Satires, Quis custodiet ipsos custodies ? C’est un
questionnement qui anime dès le préambule, tout le récit de Moore et Gibbons et le fait que la
vitre explose mais aussi que les citoyens brûlent, c’est une nouvelle fois un prolepse. Un signe de
mauvais présage qui fait écho au climax du film et du roman.

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