Résistance des éléments en béton armé
Résistance des éléments en béton armé
Thèse N° 5574
Stefano Campana
Dans cette thèse, différentes problématiques associées à ces éléments sont traitées, notam-
ment les pièces courbes sans armature transversale et les angles de cadre. Les éléments
courbes sont un thème de grande importance pratique, notamment par leur application
aux tranchées couvertes et autres structures voûtées. Ce thème avait déjà été étudié
dans le Laboratoire de Construction en Béton pour ce qui concerne les poussées au vide
d’éléments courbes soumis à des moments de flexion (thèse de doctorat de M. S. Plu-
mey). Dans la thèse de M. Campana, le thème est approfondi, avec l’étude d’éléments
courbes soumis à des moments de flexion et à des efforts tranchants. Il est à noter que
le comportement des éléments courbes sous de telles sollicitations n’a presque pas été
traité dans la littérature scientifique (malgré sa potentiellement large répercussion pra-
tique), en sorte que cette étude constitue une amélioration significative de l’état actuel
des connaissances. Cette étude montre que l’influence de la courbure des pièces est un
paramètre important influençant de façon positive ou négative la résistance de l’élément
(selon les forces de déviation agissantes). Une méthode de dimensionnement fondée sur
la théorie de la fissure critique, base de l’actuelle norme Suisse pour la construction en
béton, est présentée.
L’étude de M. Campana contribue ainsi à améliorer l’état des connaissances actuel dans
une série d’aspects fondamentaux pour les structures en béton armé et prépare les bases
pour de futures recherches dans ces domaines.
i
Remerciements
Cette thèse n’aurait pu aboutir eu n’aurait sans doute pas été la même sans les nom-
breuses contributions apportées tout au long de ces quatre années. Je tiens donc parti-
culièrement à remercier :
Le professeur Aurelio Muttoni, mon directeur de thèse, pour m’avoir offert la possibilité
d’effectuer ce travail de recherche et pour les conseils qu’il a su me donner, lesquels ont
sans aucun doute laissés une empreinte importante à ce travail.
Le Dr Miguel Fernández Ruiz, mon co-directeur de thèse, pour le suivi constant qu’il
a apporté à mon travail pendant ces années de recherche. Ta disponibilité et ton enga-
gement pendant les nombreuses heures d’échange et de discussions autour des thèmes
faisant le sujet de cette thèse ont contribués d’une façon déterminante à sa qualité.
Mon jury de thèse, composé par le professeur Alain Nussbaumer, président du jury, le
professeur Eugen Brühwiler, le professeur Antonio Ricardo Marı́ Bernat, le professeur
Juan Sagaseta Albajar ainsi que mes directeurs de thèse. Vos intérêts respectifs au sujet
de ma thèse m’ont donné énormément de fierté et de satisfaction.
Andrea Anastasi et Giotto Messi, qui ont participé activement, dans le cadre de leurs
travaux de Master, à deux des campagnes expérimentales faisant partie de ma thèse.
Votre sérieux, votre engagement ainsi que vos capacités nous ont permis un échange
fructueux et tout autant nécessaire pour le développement de cette recherche, pour le-
quel vous recevez toute ma reconnaissance.
Diego Carnero et Lionel Chevalley, deux récents diplômés que j’ai eu le plaisir d’assister.
J’ai appris beaucoup de choses lors du suivi de vos travaux de Master. Merci également
à tous les autres étudiants qui j’ai pu côtoyer dans le cadre des projets de semestre et des
autres cours. Vos interrogations m’ont permis d’enrichir mes connaissances théoriques.
Le fait que mon engagement était apprécié me rend très fier et traduit à mon sens la
qualité des échanges que l’on a pu avoir pendant ces années.
iii
Fabio Brantschen, pour son travail de relecture et pour ses remarques pertinentes. J’ai
profondément apprécié le sérieux que tu a accordé à ce travail.
Tous mes actuels et anciens collègues. En particulier, merci à Damien, Dario, Fabio,
Francisco, Luca, Marie-Rose, Michael, Neven, Roberto et Thibault pour avoir permis
des échanges dont je garde un souvenir très positif. Vous m’avez donné la possibilité et
l’envie d’aller au-delà de la relation professionnelle, en devenant des amis appréciés.
Tous mes amis. Grâce aux moments de détente que nous avons partagé, vous avez rendu
cette période inoubliable d’un point de vue personnel.
Mais les plus grands remerciements vont avant tout à mes parents, à mes soeurs et à Da-
niela. Votre soutien inconditionné a été mon moteur pendant toutes ces années d’études.
Il aurait été impossible de vous en demander plus. Je vous dédie donc cette thèse de
tout mon coeur.
Stefano
iv
Résumé
Les structures en béton armé peuvent être concernées par des zones de géométrie parti-
culière dues à des changements de la direction de leur ligne moyenne. Ces changements
peuvent être abrupts, comme par exemple dans le cas des angles de cadre, ou progres-
sifs, comme par exemple dans les éléments courbes. Dans ces zones particulières, les
efforts tranchants et les efforts normaux agissant nécessitent d’être déviés. De plus, la
géométrie de ces zones soumises aux efforts de flexion peut générer des forces de dévia-
tion qui doivent être prises en compte dans leur dimensionnement. Pour ces raisons, ces
zones sont fréquemment caractérisées par le développement de ruptures prématurées,
qui peuvent influencer de manière sensible le comportement global des structures. Dans
le cas des éléments courbes, des ruptures d’effort tranchant ou par éclatement du béton
d’enrobage peuvent être observées. Dans le cas des angles de cadre, la nécessité de dé-
vier les forces internes peut également conduire à des ruptures prématurées. Des détails
d’armature adaptés permettent toutefois des comportements satisfaisants en termes de
résistance et de capacité de déformation.
Le travail de recherche a donc débuté par l’étude des modes de rupture qui s’observent
dans les éléments droits (éléments sans changement de direction de la ligne moyenne)
en fonction de leur élancement, défini par leur géométrie, mais qui peut également être
influencé par la présence d’efforts normaux (introduits par exemple par la présence d’une
précontrainte). Cette étude initiale a été complétée par une première campagne expéri-
mentale qui a permis d’analyser, sur la base de la cinématique des fissures mesurée de
façon raffinée, l’importance relative des différents modes de transmission qui peuvent
contribuer au transfert de l’effort tranchant aux appuis.
Une troisième campagne expérimentale a enfin permis d’identifier des détails d’armature
performants pour les angles de cadre obtus soumis à des sollicitations d’ouverture, pour
lesquels une sensibilité conséquente aux ruptures prématurées a été mise en évidence
par les recherches existantes dans la littérature. Ceci passe par la mise en place d’une
v
armature transversale dans la zone nodale, pour laquelle il a été démontré que le di-
mensionnement peut se faire en se basant sur des modèles bielles-et-tirants ou sur la
méthode des champs de contraintes continus. Des indications pour le dimensionnement
de cette armature transversale ont également été établies.
Mots-clefs : béton armé, éléments courbes, angles de cadre, efforts tranchants, efforts
normaux, forces de déviation, modes de transmission de l’effort tranchant, armature
transversale, théorie de la fissure critique, champs de contraintes, modèles bielles-et-
tirants.
vi
Riassunto
Nella progettazione e nell’analisi di costruzioni in calcestruzzo armato si è spesso confron-
tati con elementi che presentano delle geometrie particolari, dovute ad esempio a dei
cambi di direzione dell’asse della struttura. Questi cambi di direzione possono prodursi
in modo brusco, come succede negli angoli di telaio, od in modo progressivo, come suc-
cede negli elementi curvi. Per il dimensionamento di questi elementi, occorre quindi
considerare la deviazione degli sforzi interni, come pure la presenza di eventuali forze di
deviazione generate dalla loro particolare geometria.
Tali elementi possono essere soggetti a delle rotture premature, che influenzano poi
sensibilmente il comportamento globale della struttura. Gli elementi curvi sono partico-
larmente sensibili alle rotture a taglio ed alle rotture dovute all’espulsione del copriferro,
le quali si manifestano in modo particolarmente fragile. Nel caso degli angoli di telaio
sottoposti a delle sollecitazioni di apertura, la necessità di deviare gli sforzi interni può
ugualmente condurre a delle rotture premature. L’utilizzo di dettagli d’armatura speci-
ficamente concepiti può tuttavia assicurare dei comportamenti adeguati, sia in termini
di resistenza che di capacità di deformazione.
Per preparare al meglio lo studio degli elementi curvi, la ricerca è iniziata con l’ana-
lisi delle caratteristiche delle rotture a taglio che si verificano negli elementi rettilinei
(elementi senza cambi di direzione dell’asse della struttura), in funzione della loro snel-
lezza. Quest’ultima è definita dalla geometria degli elementi, ma può ugualmente essere
influenzata dall’azione di uno sforzo normale, dovuto per esempio alla presenza della pre-
compressione. Quest’analisi preliminare è stata completata da una campagna di prove
di laboratorio, la quale ha permesso di quantificare l’importanza relativa di ogni modo
di trasmissione dello sforzo di taglio nella resistenza degli elementi. Il lavoro di quantifi-
cazione è stato effettuato basandosi interamente sulla cinematica delle fessure, la quale
è stata misurata in modo accurato nel corso delle prove di laboratorio.
vii
Una terza campagna di prove di laboratorio ha infine permesso di identificare dei dettagli
d’armatura ottimizzati per gli angoli di telaio sottoposti a delle sollecitazioni di apertura,
per i quali una grande sensibilità alle rotture premature è stata evidenziata da nume-
rose ricerche esistenti nella letteratura scientifica. Dei comportamenti performanti degli
angoli esaminati possono infatti essere ottenuti con la disposizione di armature trasver-
sali. Nell’ambito di questa ricerca è stato dimostrato che il dimensionamento di questi
elementi può essere effettuato basandosi su dei modelli bielle-e-tiranti o sul metodo dei
campi di tensione. Delle indicazioni per il dimensionamento delle armature trasversali
sono dunque state stabilite.
viii
Zusammenfassung
Stabförmige Stahlbetonstrukturen weisen oftmals Bereiche mit wechselnder Geometrie
auf, welche sich aus einem Richtungswechsel oder Sprung der Trägerachse ergeben. Diese
Änderungen können wie bei Rahmenecken abrupt sein oder kontinuierlich wie bei ge-
krümmten Elementen. In diesen Regionen müssen sowohl die Querkräfte, als auch die
Normalkräfte umgelenkt werden. Zudem können sich aus den einwirkenden Biegemo-
menten zusätzliche Umlenkkräfte bilden, welche beim Nachweis der Tragsicherheit zu
berücksichtigen sind. Aus den genannten Gründen weisen diese Regionen oftmals einen
geringeren Tragwiderstand auf als die restlichen Bereiche, womit sie das Tragwerksver-
halten massgeblich beeinflussen. In gekrümmten Elementen kann häufig ein Schubversa-
gen oder das Abplatzen des Überdeckungsbetons beobachtet werden. Die in Rahmen-
ecken auftretenden Umlenkkräfte führen oft zu einem vorzeitigen Versagen in diesem
Bereich. Durch eine gute Bewehrungsführung kann dennoch ein zufriedenstellendes Ver-
halten bezüglich Tragwiderstand und Verformungsvermögen herbeigeführt werden.
Der Einfluss der Trägerkrümmung auf den Schubtragwiderstand wurde durch eine zweite
Versuchsserie bestimmt. Es konnte gezeigt werden, dass die durch die Krümmung ent-
stehenden Umlenkkräfte einen positiven oder negativen Einfluss auf den Tragwiderstand
haben können, je nachdem ob das Element eine konvexe oder konkave Krümmung auf-
weist. Auf der Basis der Theorie des kritischen Schubrisses wurde ein Modell entwickelt,
welches eine Berücksichtigung der Umlenkkräfte zulässt. Das Modell wurde anhand der
ausgeführten Versuche validiert.
ix
Die Schubbewehrung kann anhand der erarbeiteten Bemessungshinweise und unter Ver-
wendung von Streben-Zugband-Modellen oder Spannungsfeldern dimensioniert werden.
x
Abstract
Concrete structures usually present regions characterized by changes in the geometry
which may be concentrated (such as corners of framed structures) or distributed over
a given length (such as arch-shaped members). In these regions, the inner tension and
compression chords need to be deviated, originating a state of strains and stresses whose
performance (strength and behaviour) depends much on the detailing of the reinforce-
ment. For incorrect detailing, premature brittle failures are observed. This is for instance
the case of shear failures or failures due to cover spalling of arch-shaped members and
of failures due to deviation forces in corner frames. Suitable detailing leads however to
satisfactory behaviour with sufficient strength and deformation capacity.
The present work investigates on the behaviour of these regions and on their suitable de-
tailing. The physical parameters governing their behaviour are identified and consistent
rules for their design and assessment are provided. The investigation presents first an
overview on the shear transfer mechanisms for straight, prismatic members (members
without changes in the geometry). This allows understanding the role of the various phy-
sical parameters on the shear strength and in particular of the slenderness and normal
forces. This study is completed with a specific testing programme where refined measu-
rements where performed in order to quantify the amount of shear carried by each shear
transfer action.
A second test series is later described investigating the behaviour of arch-shaped mem-
bers failing in shear. The influence of curvature is shown to be beneficial or detrimental
depending on the arrangement of the curvature (convex or concave) with respect to
the acting shear force. These results have been investigated on the basis of the Critical
Shear Crack Theory, which is shown to be suitable for the design of such members if the
deviation forces are accounted.
Keywords : structural concrete, arch-shaped member, corner frame, shear force, normal
force, deviation force, shear transfer mechanism, transverse reinforcement, Critical Shear
Crack Theory, stress fields, strut-and-tie models.
xi
Table des matières
Préface i
Remerciements iii
Résumé v
Riassunto vii
Zusammenfassung ix
Abstract xi
Notations xvii
1 Introduction 1
1.1 Problématique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1
1.2 Objectifs, contenus de la thèse et contributions personnelles apportées . . 5
xiii
TABLE DES MATIÈRES
xiv
TABLE DES MATIÈRES
Bibliographie 149
Annexes 159
xv
Notations
xvii
Notations
xviii
Notations
xix
Notations
xx
Notations
xxi
Notations
xxii
Notations
xxiii
Notations
Lettres grecques
xxiv
Notations
xxv
Notations
Autres symboles
Ø diamètre de l’armature
Acronymes
CCC Compression-Compression-Compression
CCT Compression-Compression-Traction
CSCT Critical Shear Crack Théorie (théorie de la fissure critique)
CTT Compression-Traction-Traction
xxvi
Notations
xxvii
Chapitre 1
Introduction
1.1 Problématique
Les structures en béton armé sont fréquemment caractérisées par la présence de régions
particulières à travers lesquelles les efforts nécessitent d’être déviés. Comme mis en avant
par la figure 1.1, la nécessité de dévier les efforts peut être due à des changements
abrupts ou progressifs de la géométrie de la structure, notamment de la direction de sa
ligne moyenne (voir respectivement les figures 1.1(a) et 1.1(b)) ou de la géométrie de sa
section (figures 1.1(c) et 1.1(d)).
Fig. 1.1: Régions particulières dans les structures en béton armé, où les efforts
nécessitent d’être déviés : (a) changement abrupt de la direction de la ligne moyenne
de la structure ; (b) changement progressif de la direction de la ligne moyenne de
la structure ; (c) changement abrupt de la géométrie de la section de la structure ;
et (d) changement progressif de la géométrie de la section de la structure
La nécessité de dévier les efforts dans ces régions particulières se trouve souvent à la
base des ruptures intervenant avant que l’écoulement des armatures puisse être atteint
dans la structure. Dans ces cas, les théories classiques des poutres ne sont généralement
1
1. Introduction
pas applicables (à cause des forces de déviation qui seraient négligées), et des méthodes
particulières sont à utiliser pour le dimensionnement. Selon les cas, ces ruptures préma-
turées possèdent un caractère plus ou moins fragile, influençant de façon plus ou moins
marquée le comportement global de la structure.
Afin de mettre en avant les différents modes de rupture pouvant intervenir dans ces
régions, un exemple basé sur le comportement d’une tranchée couverte est illustré dans
la figure 1.2. Toutefois, il sera mis en avant dans la suite que des conditions similaires
peuvent se retrouver dans un nombre important de structures en béton armé. Les figures
1.2(a) et 1.2(b) présentent une structure à section transversale respectivement en forme
de voûte et polygonale. Il peut être remarqué que les deux solutions constructives sont
concernées par la présence de régions similaires à celles mises en avant à la figure 1.1.
Les deux structures sont soumises à un cas de chargement asymétrique, qui a pour effet
de décaler sensiblement la ligne de pression par rapport à la ligne moyenne de la section
de la structure. La position de la ligne de pression est définie par le rapport M/N entre le
moment de flexion (M ) et l’effort normal (N ) agissant en chaque point de la structure.
Par conséquent, l’excentricité de la ligne de pression par rapport à la ligne moyenne
de la structure indique l’importance des moments de flexion qui la sollicitent. De plus,
l’intensité des efforts tranchants (V ) peut également être appréciée en considérant la
pente de la ligne de pression relative à celle de la ligne moyenne de la structure. Les
figures 1.2(a) et 1.2(b) montrent également l’allure amplifiée de la déformation de la
structure. Les considérations suivantes peuvent être faites sur la base de ces figures :
2
Problématique
peuvent conduire à des ruptures par éclatement du béton d’enrobage (figure 1.3(a)),
se produisant également avant la plastification des armatures.
– Dans les mêmes régions, il peut être observé une présence d’efforts tranchants particu-
lièrement importants pouvant éventuellement provoquer une rupture prématurée des
éléments courbes, également en combinaison avec l’éclatement du béton d’enrobage
(figure 1.3(b)) [Int04].
– Dans le cas de la structure à forme polygonale, les forces de déviation se développent
de façon concentrée au droit des régions nodales (figure 1.3(c)). Selon le type d’excen-
tricité de la ligne de pression, ces régions nodales peuvent donc être soumises à une
sollicitation d’ouverture ou de fermeture [Cam10], en combinaison à des efforts internes
pouvant être conséquent. Comme il a été mis en avant dans les années ’70 par plusieurs
auteurs [Swa69, Kor70, May71, Bal72, Nil73, Van76, Noo77], le comportement des ré-
gions nodales soumises à une sollicitation d’ouverture peut se révéler particulièrement
problématique, notamment avec le développement des fissures diagonales qui limitent
leur capacité de déviation des efforts.
– Il peut aussi être remarqué que les régions rectilignes de la structure polygonale sont
généralement soumises à une combinaison d’efforts internes (M , V et N ) d’une inten-
sité conséquente. L’interaction de l’effort normal (N ) avec le moment de flexion (M ) et
l’effort tranchant (V ) doit donc être considérée pour le calcul du comportement flexion-
nel des éléments ainsi que pour leur comportement face à l’effort tranchant [Fer09a].
Fig. 1.3: Ruptures prématurées qui peuvent se déclencher dans les structures en
béton : (a) éclatement du béton d’enrobage dans les éléments courbes ; (b) effort
tranchant dans les éléments courbes ; (c) fissuration diagonale dans les angles de
cadre ; et (d) effort tranchant dans les éléments rectilignes
Comme mis en avant par la figure 1.4, de nombreuses structures en béton armé peuvent
être concernées par les problématiques propres aux éléments courbes (éclatement du
3
1. Introduction
Fig. 1.4: Structures en béton armé comprenant des éléments courbes soumis à une
combinaison de moments de flexion et d’effort tranchants : (a) ponts en arc ; (b)
silos et structures submergées ; (c) conduites et tunnels ; et (d) voûtes et coques
4
Objectifs, contenus de la thèse et contributions personnelles apportées
Fig. 1.5: Structures en béton armé avec régions nodales soumises à des sollicitations
de fermeture et/ou d’ouverture : (a) cadres ; (b) cages d’escaliers ; (c) cadres de
bâtiments multi-étage ; (d) murs de soutènement et de rétention ; (e) silos ; et (f )
structures plissées
1. Une étude initiale a été effectuée pour la compréhension des modes de rupture à
l’effort tranchant qui s’observent dans les éléments en béton armé, sans ou avec peu
d’armature transversale (figure 1.6(a)). Une attention particulière a été accordée
à la compréhension de l’effet de l’élancement des éléments sur les caractéristiques
de leur mode de rupture ainsi qu’à l’effet d’un effort normal sur leur élancement
effectif et par conséquent sur leur mode de rupture. Les résultats de cette recherche
initiale sont présentés dans le chapitre 2, dans lequel sont également introduites
les bases des théories utilisées dans la suite du travail, à savoir : la théorie de
la fissure critique [Mut08a], pour l’étude du comportement des éléments courbes
soumis à l’effort tranchant, et la méthode des champs de contraintes élastiques-
plastiques [Fer07a], pour l’analyse des angles de cadre soumis à une sollicitation
d’ouverture. Les contributions personnelles suivantes ont donc été apportées dans
le cadre de cette étude :
– validation de la théorie de la fissure critique [Mut08a] et de la méthode des
5
1. Introduction
– mise en évidence de la cinématique des fissures dans des poutres en béton armé
sollicitées à l’effort tranchant, sans ou avec peu d’armature transversale.
– Exploitation des mesures de la cinématique de la fissure critique pour la quan-
tification détaillée des contributions de chaque mode de transmission de l’effort
tranchant, dans le cas d’éléments avec peu d’armature transversale.
– Utilisation d’un modèle d’engrènement des granulats [Wal80, Gui10] pour la
quantification de l’effort transmis au travers de la fissure critique, et adaptation
de ce modèle pour la prise en compte de la granulométrie réelle du béton.
– Quantification de l’effort transmis au travers de la fissure critique par l’armature
transversale, effectuée sur la base du comportement adhérent entre l’acier et le
béton.
– Développement d’un modèle cohésif de fissuration pour la quantification de l’ef-
fort transmis au travers de la fissure critique par effet goujon de l’armature
flexionnelle.
– Quantification de l’effort transmis au travers de la fissure critique par activation
de la résistance résiduelle à la traction du béton [Hil83, Hor92].
– Quantification et mise en évidence d’une variabilité importante (influencée par
la forme et la cinématique de la fissure critique) dans la réponse des éléments en
béton armé au sujet des modes de transmission de l’effort tranchant au travers
de la fissure critique.
6
Objectifs, contenus de la thèse et contributions personnelles apportées
d’effort tranchant [Cam12] (figure 1.6(c)). Le but principal de cette série d’essais,
qui est présentée dans le chapitre 4, était de comprendre les effets de la courbure
des éléments et de leur taux d’armature flexionnelle sur la résistance à l’effort
tranchant, afin de les considérer dans leur analyse basée sur la théorie de la fissure
critique. Les contributions personnelles suivantes ont donc été apportées dans le
cadre de cette étude :
– mise en évidence de l’effet de la courbure des éléments (positif ou négatif en
fonction du type de courbure) sur leur résistance à l’effort tranchant.
– Développement d’un modèle pour la prise en compte des forces de déviation
dans le cadre de l’analyse des éléments courbes avec la théorie de la fissure
critique [Mut08a].
– Proposition pour la prise en compte des variations dans la position de la bielle
théorique d’appui direct dans le cadre de l’analyse des éléments courbes avec la
théorie de la fissure critique [Mut08a].
4. Une analyse des nombreux essais existants dans la littérature concernant des
angles de cadre soumis à des sollicitations d’ouverture et de fermeture a permis
de mettre en avant les problématiques principales reliées à ce type d’éléments.
Sur la base de cette analyse, une campagne expérimentale a été effectuée sur des
angles de cadre soumis à une sollicitation d’ouverture, dans le but d’identifier des
solutions constructives adaptées afin d’obtenir un comportement idéal de ces élé-
ments [Cam10, Cam11a, Cam11b] (figure 1.6(d)). Les résultats de ces essais, qui
sont présentés dans le chapitre 5, ont été utilisés afin de valider la pertinence de la
méthode des champs de contraintes pour l’analyse de ces éléments. Les contribu-
tions personnelles suivantes ont été apportées dans le cadre de cette étude :
– mise en route d’un système de photogrammétrie pour le suivi du comportement
des éléments en cours d’essai.
– Identification des détails d’armature adaptés pour les cas d’angles de cadre sou-
mis à une sollicitation d’ouverture.
– Validation de la méthode des champs de contraintes élastiques-plastiques [Fer07a]
pour l’analyse du comportement des angles de cadre soumis à une sollicitation
d’ouverture.
– Proposition d’un modèle bielles-et-tirants pour le dimensionnement de l’arma-
ture transversale nécessaire à garantir un comportement ductile des éléments.
– Étude paramétrique effectuée avec la méthode des champs de contraintes [Fer07a]
afin de comprendre le comportement de zones nodales en fonction de l’amplitude
de leur angle et de leur taux d’armature flexionnelle.
– Proposition d’une formulation analytique pour le dimensionnement de l’arma-
ture transversale.
7
1. Introduction
Fig. 1.6: Thèmes traités dans les chapitres de cette thèse : (a) influence de l’élan-
cement des éléments sur les modes de rupture à l’effort tranchant et influence de
l’effort normal sur l’élancement ; (b) quantification de la contribution des modes
de transmission de l’effort tranchant basée sur la cinématique de la fissure critique ;
(c) comportement d’éléments courbes soumis à l’effort tranchant ; et (d) compor-
tement d’angles de cadre soumis à une sollicitation d’ouverture et dimensionnement
de l’armature transversale nécessaire
8
Chapitre 2
Dans les éléments en béton armé non fissurés, la transmission des charges peut être
analysée par la théorie de l’élasticité (figure 2.1(a)). Ceci n’est plus le cas dès que des
fissures apparaissent dans les éléments, aux endroits où la résistance à la traction du
béton est atteinte. Dans le cas d’une poutre en béton armé fléchie, ceci survient à cause
de l’action des moments de flexion quand la charge Q atteint la charge de fissuration
Qr . Des fissures verticales se forment initialement à partir de la face tendue des éléments
(figure 2.1(b)), dans les régions où les moments de flexion sont plus importants. Ensuite,
au fur et à mesure que la charge augmente (Q > Qr ), d’autres fissures apparaissent à
proximité des appuis (figure 2.1(b)).
– l’engrènement des granulats (figure 2.2(a)) : le frottement entre les deux lèvres d’une
fissure permet la transmission d’efforts de part et d’autre de celle-ci (se référer aux
bielles inclinées de la figure 2.2(a)). L’intensité du frottement est influencée par la
rugosité des lèvres de la fissure, par sa forme et par son ouverture. En particulier, une
capacité inférieure de transmission des efforts sera observée avec l’augmentation de
l’ouverture de la fissure ou avec la diminution de sa rugosité. Les principes physiques
de ce mode de transmission de l’effort tranchant ont été étudiés par de nombreux
auteurs [Tay70, Pau74a, Wal80, Mil84, Mil85, Dei87, Zar97, Ula03, Sag11].
– l’effet goujon de l’armature flexionnelle (figure 2.2(b)) : l’armature flexionnelle entou-
rée par le béton dispose d’une certaine rigidité au cisaillement. Cette dernière permet
9
2. Ruptures à l’effort tranchant dans les éléments en béton armé
Fig. 2.1: Fissuration dans les poutres en béton armé fléchies : (a) comportement
élastique avant fissuration ; et (b) développement des fissures de flexion
la transmission d’un effort de part et d’autre de chaque fissure (se référer aux couples
de bielles et de tirants qui s’appuient sur l’armature flexionnelle à l’endroit de chaque
fissure, voir figure 2.2(b)). L’intensité de l’effort qui peut être transmis par ce mode
de transmission dépend évidemment de la rigidité au cisaillement de l’armature, qui
est à son tour influencée par son diamètre, mais également par la rigidité (épaisseur)
du béton d’enrobage ainsi que par sa résistance à la traction. Les principes physiques
de ce mode de transmission de l’effort tranchant ont été étudiées par de nombreux
auteurs [Kre66a, Kre66b, Tay69, Pau74b, Mil84, Mil85, Cha87, Dei92, Dei93, Jel99,
Zar03].
– l’effet porte-à-faux (figure 2.2(c)) : les dents de béton (concrete teeth, comme nommés
par Kani [Kan64]) qui sont définies par deux fissures successives, sont sollicitées par
un effort horizontal au niveau de l’armature flexionnelle. Cet effort horizontal, qui
est dû à la variation de l’effort de traction agissant dans l’armature (lequel augmente
en direction du centre de la poutre en raison de la valeur croissante du moment de
flexion), est en équilibre avec une bielle et un tirant inclinés (figure 2.2(c)). Ces derniers
permettent la transmission d’un effort tranchant d’un dent à l’autre. Chaque dent peut
être alors considéré comme étant une console encastrée dans la zone comprimée, d’où
la dénomination d’effet porte-à-faux.
– l’inclinaison de la bielle comprimée (figure 2.2(d)) : un effort tranchant peut être
transmis vers les appuis par le développement d’une bielle inclinée au delà de la zone
fissurée. Dans ces cas, l’intensité de l’effort tranchant transféré correspond à celle de
la composante verticale de l’effort de compression agissant dans la bielle. Des travaux
pour investiguer le phénomène ont été récemment conduits en particulier par Tureyen
et Frosch [Tur03].
10
Modes de transmission de l’effort tranchant dans les éléments fissurés en béton armé
Fig. 2.2: Modes de transmission de l’effort tranchant dans les éléments en bé-
ton armé fissurés : (a) engrènement des granulats ; (b) effet goujon de l’armature
flexionnelle ; (c) effet porte-à-faux ; et (d) inclinaison de la bielle comprimée
Le comportement réel d’un élément fissuré résultera de l’action combinée de tous ces
modes de transmission de l’effort tranchant (figure 2.3(a)). Comme mis en avant par
les figures 2.2(a-c), les modes de transmission précédemment décrits sont concernés par
la formation de tirants inclinés qui sollicitent la partie à mi-hauteur des éléments à la
traction. Un incrément de charge peut augmenter les efforts dans ces tirants jusqu’à
l’atteinte de la résistance à la traction du béton (fct ), faisant par conséquent évoluer
la fissuration des éléments. La figure 2.3(b) (inspirée de [Mut08a]) montre que, à cause
de l’inclinaison des tirants, les fissures verticales de flexion peuvent évoluer avec une
certaine inclinaison en direction du point d’application de la charge. De plus, des fissures
de délamination se forment le long de l’armature flexionnelle. Ces fissures sont aussi dues
aux contraintes de traction générées par les tirants inclinés.
Fig. 2.3: Modes de transmission de l’effort tranchant dans les éléments en béton
armé fissurés : (a) action combinée des différents modes de transmission ; et (b)
évolution inclinée des fissures et développement des fissures de délamination
11
2. Ruptures à l’effort tranchant dans les éléments en béton armé
L’évolution des fissures inclinées a pour effet de limiter, voir d’empêcher complètement,
l’action des tirants inclinés dans la partie à mi-hauteur de l’élément (figure 2.4). Par
conséquent, la capacité des modes de transmission de l’effort tranchant précédemment
décrits diminue au fur et à mesure que la charge augmente. Ceci est mis en avant, pour
chacun des modes de transmission de l’effort tranchant précédemment décrits, aux figures
2.4(a) à 2.4(d) qui montrent les nouveaux modèles bielles-et-tirants en comparaison
avec ceux des figures 2.2(a) à 2.2(d). Toutefois, si l’ouverture des fissures inclinées reste
limitée, une certaine capacité de transmission des efforts de traction à travers les fissures
est assurée par la résistance résiduelle à la traction du béton (σres , voir figure 2.4) [Hil83,
Hor92]. Ce phénomène, qui sera décrit avec plus de détails dans le chapitre 3, représente
donc un mode supplémentaire de transmission de l’effort tranchant, dans le sens qu’il
permet de limiter l’affaiblissement des modes de transmission précédemment décrits. Il
convient de souligner que, comme mis en avant par ces figures, au fur et à mesure que les
tirants inclinés se désactivent, la membrure inclinée a tendance à développer un appui
direct. Comme montré par la figure 2.4(d), la transmission d’un effort tranchant par
une bielle inclinée reste potentiellement possible, grâce à la formation d’un mécanisme
permettant la déviation de cette bielle pour le contournement des fissures [Mut08a]. Si
cette déviation ne se met pas en place, la transmission de l’effort tranchant peut se
faire par engrènement des granulats (figure 2.2(a)). Si la charge augmente d’avantage,
l’action combinée des différents modes de transmission de l’effort tranchant ne sera plus
suffisante pour permettre la transmission de la totalité de l’effort aux appuis, ce qui peut
conduire à des ruptures par effort tranchant. Les caractéristiques de ces ruptures seront
analysées en détail dans la section 2.2, en prenant en compte l’élancement des éléments.
12
Influence de l’élancement sur la résistance à l’effort tranchant d’éléments en béton armé
Fig. 2.5: Vallée de Kani : définition de la zone de sensibilité aux ruptures d’effort
tranchant en fonction de l’élancement des éléments
L’élancement des éléments peut être quantifié par le rapport a/d entre la longueur de
la portée d’effort tranchant (a) et la hauteur statique de l’armature flexionnelle (d). Le
comportement des éléments peut être apprécié par le rapport VR /Vf lex entre la résistance
effective des éléments (VR ) et leur résistance plastique théorique (Vf lex ) qui peut être
calculée par :
µ ¶
ρ fy
ρb d2 fy 1 −
2 fcp
Vf lex = (2.1)
a
où ρ est le taux d’armature flexionnelle, b l’épaisseur de l’élément, fy la limite d’écoule-
13
2. Ruptures à l’effort tranchant dans les éléments en béton armé
Un rapport VR /Vf lex = 1 indique que la résistance plastique est atteinte. Au contraire,
un rapport VR /Vf lex < 1 indique une rupture prématurée. Comme il peut être remarqué
dans la figure 2.5, la région concernée par les ruptures prématurées rappelle la forme
d’une vallée : d’où la définition de vallée de Kani [Kan79]. Cette figure montre que les
ruptures particulièrement prématurées s’observent généralement pour des élancements
a/d compris entre 2 et 3. Cependant, l’étendue (qui défini la plage d’élancements à
l’intérieur de laquelle les éléments sont sensibles aux ruptures d’effort tranchant) et la
profondeur (qui définie l’importance de leur sensibilité aux ruptures d’effort tranchant)
de la vallée de Kani sont influencées par de nombreux paramètres, à savoir :
Les recherches effectuées par Kani [Kan79] ainsi que par Leonhardt et Walther [Leo62]
ont également permis de mettre en évidence différents modes de rupture. En particulier,
des différences sont observées en comparant les ruptures des éléments dont l’élancement
modéré les placent sur le flanc gauche de la vallée de Kani (branche descendante de la
vallée, se référer au point A de la figure 2.5) à celles des éléments avec un élancement
supérieur, qui se trouvent donc sur le flanc droit de la vallée (branche ascendante de la
vallée, se référer au point B de la figure 2.5).
14
Influence de l’élancement sur la résistance à l’effort tranchant d’éléments en béton armé
Fig. 2.6: Rupture à l’effort tranchant typiquement observée pour les éléments dont
l’élancement les placent sur le flanc gauche de la vallée de Kani (a) position de la
bielle d’appui direct et des fissures inclinées ; et (b) effet de la fissuration sur la
résistance à la compression du béton en fonction de la déformation latérale
Pour les éléments avec un faible élancement, les ruptures se produisent donc par écrase-
ment du béton dans la région de la bielle d’appui direct, à cause de son affaiblissement
dû à la pénétration des fissures inclinées et à la déformation transversale. Généralement,
les résistances de ces éléments sont caractérisées par une dispersion importante, ce qui
explique la pente plus prononcée du flanc gauche de la vallée de Kani (figure 2.5). Ceci
est dû au fait que les résistances sont fortement influencées par la position de la bielle
d’appui directe relative à celle des fissures inclinées, qui peut varier sensiblement d’un
élément à l’autre. Compte tenu du type de rupture qui les caractérisent, le compor-
15
2. Ruptures à l’effort tranchant dans les éléments en béton armé
tement de ces éléments peut être analysé avec la méthode des champs de contraintes
élastiques-plastiques [Fer07a], dont les bases sont expliquées dans la section 2.2.3.
Les éléments se trouvant sur le flanc droit de la vallée de Kani présentent des élance-
ment plutôt marqués. Dans ces cas, les ruptures sont dues au développement de fissures
inclinées qui présentent une propagation instable. Généralement, une localisation im-
portante des déformations à l’endroit d’une seule fissure est observée avant la rupture.
Cette fissure, dite fissure critique, se développe rapidement en affectant sensiblement le
fonctionnement des modes de transmission de l’effort tranchant décrits dans la section
2.1. La figure 2.7(a) montre qu’au fur et à mesure que la fissure critique se développe,
l’importance de l’engrènement des granulats pour la transmission des charges aux appuis
augmente (figure 2.7(b)). Ceci peut d’une part être expliqué par le fait que les autres
modes de transmission de l’effort tranchant se voient fortement affaiblis par la présence
des fissures inclinées (figure 2.4) et d’autre part par le fait que l’engrènement des granu-
lats se voit fortement activé en raison des caractéristiques de la cinématique de la fissure
critique, dont les deux lèvres montrent un glissement relatif important (en particulier
dans sa partie plus raide, voir figure 2.7(a)).
Fig. 2.7: Rupture à l’effort tranchant typiquement observée pour les éléments dont
l’élancement les placent sur le flanc droit de la vallée de Kani : (a) position, forme
et cinématique qualitatives de la fissure critique ; et (b) engrènement des granulats
entre les lèvres de la fissure critique
Pour les éléments situés sur le flanc droit de la vallée de Kani, les ruptures se produisent
ainsi quand la capacité de transmission de l’effort tranchant à travers la fissure critique
n’est plus suffisante pour transmettre la totalité de la charge, en raison de l’ouverture
trop importante de la fissure critique. Pour ces raisons, un effet de taille plutôt marqué
s’observe pour ce type d’éléments. Compte tenu du type de rupture qui les caractérisent,
le comportement de ces éléments peut être analysé, par exemple, avec la théorie de la
fissure critique [Mut08a], dont les bases sont expliquées dans la section 2.2.4.
16
Influence de l’élancement sur la résistance à l’effort tranchant d’éléments en béton armé
Pour autant que l’effet négatif de la fissuration dans la résistance des bielles de compres-
sion soit considéré (figure 2.6(b)) [Vec86], la méthode des champs de contraintes [Mut97,
Mar99, Fer07a], qui se base sur la borne inférieure de la théorie de la plasticité, peut
être utilisée pour l’analyse des éléments sans armature transversale dont l’élancement
les placent sur le flanc gauche de la vallée de Kani (figure 2.5). Pour rappel, les ruptures
de ces éléments sont dues à l’écrasement de la bielle d’appui direct qui est pénétrée par
des fissures inclinées (figure 2.6(a)).
La méthode des champs de contraintes élastiques-plastiques (en anglais : Elastic Plastic
Stress Fields method, indiquée par la suite avec le terme EPSF) [Fer07a], a un intérêt
particulier dans le cadre de cette thèse. Cette méthode, qui implémente toutes les hy-
pothèses de base de la théorie des champs de contraintes, permet en effet la génération
automatique de champs de contraintes licites et en équilibre statique avec les forces exté-
rieures, tenant compte des propriétés plastiques des matériaux et de l’influence négative
de la fissuration sur la résistance à la compression du béton, par exemple à l’aide de la
loi de Vecchio et Collins [Vec86]. L’intérêt de cette méthode est donnée par la simplicité
de ces hypothèses de base et par le nombre limité de paramètres requis pour la modé-
lisation des éléments ainsi que leur claire signification physique (résistances et modules
élastiques des matériaux, comme il sera montré dans la suite).
La figure 2.8 met en avant les principes de la modélisation utilisée pour le comportement
du béton et de l’acier [Fer07a]. Sur la base d’un champ de déplacement défini dans le
milieu continu, les déformations principales (εc1 et εc2 ) ainsi que leur orientation (α)
peuvent être calculées (figure 2.8(a)). Les contraintes principales (σc1 et σc2 ) en sont
ensuite déduites en admettant que leur direction est identique à celle des déformations
principales (angle α, voir figure 2.8(a)) [Wag29]. Le comportement non-linéaire du béton
est pris en compte en admettant une loi élastique-parfaitement plastique pour sa réponse
à la compression et en négligeant sa résistance à la traction (figure 2.8(b)). Le fait de
négliger la résistance à la traction du béton, implique que les modes de transmission de
l’effort tranchant montrés aux figures 2.2(a-c) (engrènement des granulats, effet goujon
et effet porte-à-faux) ne peuvent pas se développer dans le cadre d’une analyse avec la
méthode des EPSF. La résistance à la compression du béton fissuré (fcp 0 ) est déduite à
0
fcpi = ηεj fcp ≤ fcp i = 1, . . . , 2 (j = 2, . . . , 1) (2.3)
1
ηεj = (2.4)
0.8 + 170 εj
La modélisation utilisée pour le comportement du béton correspond à la surface de plas-
17
2. Ruptures à l’effort tranchant dans les éléments en béton armé
Fig. 2.8: Modélisation utilisée pour le calcul des champs de contraintes élastiques-
plastiques : (a) direction des déformations et des contraintes principales ; (b) sur-
face de plasticité du béton et considération de plasticité associée ; (c) comportement
élastique-parfaitement plastique du béton ; et (d) comportement élastique-plastique
de l’acier
18
Influence de l’élancement sur la résistance à l’effort tranchant d’éléments en béton armé
élancement limité (flanc gauche de la vallée de Kani, voir figure 2.5), plusieurs fissures,
avec une ouverture limitée, se développent dans la zone de la bielle. Une localisation des
déformations n’est pas observée dans ces cas, ce qui rend la méthode des EPSF appli-
cable malgré l’absence d’une armature transversale minimale. Une validation de cette
méthode pour l’étude du flanc gauche de la vallée de Kani est faite dans la section 2.2.5.
La théorie de la fissure critique (en anglais : Critical Shear Crack Theory, indiquée par la
suite avec le terme CSCT), initialement introduite par Muttoni et Schwartz [Mut91], peut
être utilisée pour l’analyse des éléments sans armature transversale dont l’élancement les
placent sur le flanc droit de la vallée de Kani (figure 2.5). Pour rappel, les ruptures de
ces éléments sont dues à la localisation des déformations à l’endroit de la fissure critique,
ce qui active de manière particulièrement prononcée l’engrènement des granulats (figure
2.7).
Selon cette théorie, et comme exprimé par l’équation 2.5, la résistance d’un élément à
l’effort tranchant dépend de sa géométrie (définie par l’épaisseur b de l’élément et par
la hauteur statique d de l’armature flexionnelle), de la racine carrée de la résistance à la
√
compression du béton ( fc ) [Mod54] ainsi que de l’ouverture (w) et de la rugosité (κ)
de la fissure critique. Ces deux derniers paramètres permettent d’apprécier l’intensité de
l’effort tranchant qui peut être transmis à travers la fissure critique (Vcc ) par activation
de l’engrènement des granulats (figure 2.7) :
p
Vcc = b d fc f (w, κ) (2.5)
Selon les propositions de Muttoni [Mut03], la rugosité de la fissure critique (κ) peut être
appréciée par la taille maximale des granulats (dg ). Ceci est vrai pour des bétons de
résistance normale (fcp < 60 MPa) et avec des granulats suffisamment résistants, ce qui
évite le développement des fissures à travers les granulats. Dans le cas contraire, d’autres
paramètres deviennent déterminants [Sag11]. De plus, l’ouverture de la fissure critique
(w) peut être considérée comme étant proportionnelle au produit entre une déformation
longitudinale de référence (ε) et la hauteur statique de l’armature flexionnelle (d) :
w ∝εd (2.6)
Comme montrée à la figure 2.9, la déformation longitudinale de référence (ε) peut être
calculée dans une fibre de référence (figure 2.9(b)) à l’endroit d’une section de contrôle
(figure 2.9(a)). Selon les propositions de Muttoni [Mut03], la section de contrôle se situe
à une distance d/2 du point d’application de la charge et la fibre de référence à une
distance yref d de la fibre comprimée de l’élément, où yref = 0.6 pour les éléments droits
(une discussion sur la valeur de yref pour les éléments courbes est faite au chapitre 4).
Il en résulte que :
19
2. Ruptures à l’effort tranchant dans les éléments en béton armé
µ ¶
d
V a− (yref d − x)
2
ε= ³ x´ (2.7)
b d Es d − (d − x)
3
où V est la valeur de l’effort tranchant agissant dans l’élément, a la longueur de la
portée d’effort tranchant, b l’épaisseur et d la hauteur statique de l’élément, Es le module
élastique de l’armature flexionnelle et x la hauteur de la zone comprimée. Cette dernière
peut être calculée en considérant un comportement élastique fissuré de la section :
Ãs !
Es 2 Ec
x=dρ 1+ −1 (2.8)
Ec ρ Es
où ρ est le taux d’armature flexionnelle et Ec le module élastique du béton. Avec ces
hypothèses, le critère de rupture de la théorie de la fissure critique, qui défini la résistance
¡ √ ¢
normalisée (VR,csct / b d fc ) des éléments à l’effort tranchant, peut être exprimé par
la relation suivante [Mut08a] :
VR,csct 1 1
√ = (2.9)
b d fc 3 εd
1 + 120
dg,0 + dg
où dg,0 = 16 mm est la taille de référence des granulats. Ce critère de rupture, qui a été
dérivé sur la base d’un nombre de données expérimentales avec lesquelles il montre une
très bonne corrélation (figure 2.10) [Mut08a], permet de tenir compte de l’effet de taille
qui est observé dans la résistance des éléments. En effet, le rapport ε d accroı̂t avec l’aug-
mentation de la hauteur statique des éléments, ce qui diminue leur résistance normalisée.
Ceci est logique car l’augmentation de la hauteur statique fait accroı̂tre l’ouverture des
fissures, conduisant à une diminution de la capacité de transmission de l’effort tran-
chant par engrènement des granulats. De plus, il convient de remarquer qu’une rugosité
importante de la fissure critique (représentée par une valeur élevée de dg ) conduit à
des résistances supérieures, ce qui est logique car la capacité de transmission de l’effort
tranchant par engrènement des granulats augmente avec l’accroissement de la rugosité.
20
Influence de l’élancement sur la résistance à l’effort tranchant d’éléments en béton armé
0.4
0.3
√ [ MPa]
VR √
0.2
bd fc
0.1
0.0
0.00 0.01 0.02 0.03 0.04 0.05
εd
[-]
16 + dg
Fig. 2.10: Critère de rupture de la théorie de la fissure critique et comparaison
avec les résultats d’essais sur poutres sans armature transversale et soumises à une
charge ponctuelle
Une validation de cette théorie pour l’étude du flanc droit de la vallée de Kani est
faite dans la section 2.2.5 et son application pour le cas d’éléments soumis à des efforts
normaux est discutée dans la section 2.2.6. De plus, le chapitre 4 présente les résultats
d’une étude effectuée afin d’étendre cette théorie pour la prise en compte des forces
de déviation qui se développent dans les éléments courbes en béton armé sans armature
transversale. D’avantages d’informations au sujet de cette théorie peuvent être consultées
ailleurs pour ce qui concerne les poutres [Mut08a, Vaz10] et les dalles [Mut08b, Fer09b].
21
2. Ruptures à l’effort tranchant dans les éléments en béton armé
Une comparaison entre les résistances des spécimens et les résistances prédites est présen-
tée aux figures 2.11(a) et 2.11(b) respectivement pour la série d’essais de Kani [Kan79] et
pour celle de Leonhardt et Walther [Leo62]. L’élancement des spécimens (rapport a/d) a
été calculé en considérant la distance entre les axes de la charge et des réactions. Dans le
cas de la série d’essais de Kani [Kan79], les prédictions de résistance sont montrées par
des fuseaux afin de tenir compte de la dispersion non négligeable des propriétés effectives
des spécimens (ρ, fy et fc , voir tableau 2.1). Les résultats obtenus montrent une bonne
corrélation entre les résistances des spécimens et celles prédites par la théorie de la fissure
critique ainsi que par la méthode des EPSF. Cette dernière montre des résultats plutôt
conservatifs, ce qui peut s’expliquer par le fait que la résistance à la traction du béton
est négligée par cette méthode (voir section 2.2.3). L’utilisation de ces deux méthodes
s’avère donc justifiée.
22
Influence de l’élancement sur la résistance à l’effort tranchant d’éléments en béton armé
Tab. 2.2: Caractéristiques des spécimens de la série d’essais effectuée par Leon-
hardt et Walther [Leo62] pour l’étude de l’effet de l’élancement des spécimens sur
leur résistance à l’effort tranchant
a VR
a b d ρ fy fc a Vf lex VR
spécimen d Vf lex
[mm] [mm] [mm] [-] [%] [Mpa] [Mpa] [kN] [kN] [-]
1 270 190 270 1.00 2.07 474 29.1 418.5 396.0 0.95
2 400 190 270 1.48 2.07 474 29.1 282.5 265.0 0.94
3 540 190 270 2.00 2.07 474 29.1 209.3 150.0 0.72
4 670 190 270 2.48 2.07 474 29.1 168.7 84.8 0.50
5 810 190 270 3.00 2.07 474 29.1 139.5 68.3 0.49
6 1100 190 270 4.07 2.07 474 29.1 102.7 63.8 0.62
7-1 1350 190 278 4.86 2.01 474 30.5 87.4 61.0 0.70
7-2 1350 190 278 4.86 2.01 474 30.5 87.4 67.0 0.77
8-1 1620 190 278 5.83 2.01 474 30.6 72.8 64.0 0.88
8-2 1620 190 274 5.91 2.04 474 30.6 71.6 64.0 0.89
9-1 1890 190 273 6.92 2.04 474 31.3 61.1 55.5 0.91
9-2 1890 190 273 6.92 2.04 474 32.3 61.3 55.5 0.90
10-1 2160 190 272 7.94 2.05 474 29.6 52.9 48.0 0.91
10-2 2160 190 272 7.94 2.05 474 29.6 52.9 52.5 0.99
a : mesurée sur cube (conversion utilisée : fc = fc,cube /0.8)
(a) (b)
1.25 1.25
1.00 1.00
EPSF CSCT EPSF CSCT
0.75 0.75
[-]
[-]
Vf lex
Vf lex
VR
VR
0.50 0.50
0.25 0.25
0.00 0.00
0 2 4 6 8 10 0 2 4 6 8 10
a a
[-] [-]
d d
Fig. 2.11: Comparaison entre les résultats d’essais effectués sur spécimens avec
un élancement variable et les prédictions de résistance obtenues avec la méthode
des EPSF et la théorie de la fissure critique : (a) série d’essais effectuée par
Kani [Kan79] ; et (b) série d’essais effectuée par Leonhardt et Walther [Leo62]
23
2. Ruptures à l’effort tranchant dans les éléments en béton armé
Pour mieux saisir l’effet de l’effort normal sur le comportement des éléments en béton
armé face aux ruptures d’effort tranchant, l’étude d’une série d’essais effectuée par Sa-
qan et Frosch [Saq09] sur des éléments précontraints (avec des torons de précontrainte
horizontaux) peut être faite [Fer09a]. La série d’essais est composée de neuf spécimens
(figure 2.13(a)) avec une géométrie identique qui ont été soumis à une flexion trois points
24
Influence de l’élancement sur la résistance à l’effort tranchant d’éléments en béton armé
(figure 2.13(b), avec une longueur de la portée d’effort tranchant a = 2032 mm) et qui
ont développés des ruptures à l’effort tranchant (avec un début de plateau plastique pour
certains spécimens).
Les paramètres étudiés dans cette campagne d’essais étaient le niveau de précontrainte
(force de compression Np ) ainsi que les taux d’armature passive (ρs ) et de précontrainte
(ρp ). Le tableau 2.3 résume les valeurs de ces paramètres ainsi que celles des princi-
pales caractéristiques des spécimens : l’épaisseur effective (b), les hauteurs statiques de
l’armature passive et de la précontrainte (respectivement ds et dp ), la hauteur statique
moyenne pondérée (dm , calculée selon l’équation 2.11), le rapport a/dm , la contrainte
initiale de précontrainte (σp0 ) ainsi que la résistance à la compression du béton (fc ). Des
valeurs moyennes de la limite d’écoulement des armatures passives fsy = 496 MPa et
de l’acier de précontrainte fpy = 1690 MPa peuvent être admises selon les indications
de Mirza et MacGregor [Mir79]. Tous les spécimens ont été fabriqués avec un diamètre
maximal des granulats dg = 20 mm et avaient une hauteur de la section h = 711 mm.
Comme montré par le tableau 2.3, le rapport a/dm vaut environ 3.3 pour tous les spéci-
mens. Même si étant proche du fond de la vallée de Kani (où un changement des modes
25
2. Ruptures à l’effort tranchant dans les éléments en béton armé
de rupture est observé, voir figure 2.5), un élancement de ce type place généralement
les spécimens sur le flanc droit de la vallée, où les ruptures des éléments se caractérisent
par le développement instable des fissures inclinées (voir section 2.2). Cependant, les
résultats des essais indiquent que le développement des fissures inclinées ne s’est pas
produit de manière instable. Ceci est mis en avant par le tableau 2.4 qui résume les
charges de formation des fissures inclinées (Vcr ) et les charges de rupture des éléments
(VR ) et qui montre également leur rapport VR /Vcr . Comme il peut être observé, un in-
crément important (incrément moyen de 38%) de la charge a été nécessaire pour obtenir
la rupture des éléments après la formation des fissures inclinées. L’effort normal dû à la
précontrainte (Np ) a donc provoqué un changement du mode de rupture, amenant à un
développement stable des fissures inclinées [Fer09a]. Pour confirmer cette affirmation,
les éléments ont été analysés par la méthode des EPSF (voir section 2.2.3) ainsi que par
la théorie de la fissure critique (voir section 2.2.4).
Dans le cadre des calculs selon la théorie de la fissure critique, la présence de l’effort nor-
mal de précontrainte (Np , avec une valeur négative, voir tableau 2.3) a due être considérée
dans la détermination de la déformation longitudinale de la fibre de contrôle (ε). Comme
dans le cas des éléments sans effort normal (voir section 2.2.4, figure 2.9(b)), le calcul de
cette déformation peut être effectué en admettant un comportement élastique fissuré de
la section de l’élément (figure 2.14(b)). Ainsi, en considérant l’effet de la précontrainte
par des forces de remplacement (Np et Mp ), l’équilibre des forces horizontales peut être
exprimé par :
26
Influence de l’élancement sur la résistance à l’effort tranchant d’éléments en béton armé
Ec b 2
Cc,el = −χ x valable si : χ Ec x ≤ fcp
2
Ts,el = χ Es (ds − x) ρs b ds ≤ ρs b ds fyp (2.14)
Fig. 2.14: Calcul de la résistance à l’effort tranchant selon les bases de la théorie de
la fissure critique et en considérant la présence d’un effort normal de précontrainte :
(a) position de la section de contrôle et de l’effort de précontrainte ; et (b) calcul
élastique-fissuré de la déformation longitudinale de référence à l’endroit de la section
de contrôle
ε = χ (yref dm − x) (2.17)
où yref = 0.6, et l’équation 2.9 peut être appliquée pour le calcul de la résistance à l’effort
tranchant de l’élément (VR,csct ). Il faut souligner que la valeur de cette force (VR,csct )
peut être bornée par celle de la résistance à la flexion des éléments (Vf lex ). Cette dernière
peut être obtenue par un calcul plastique, en considérant l’effet de la précontrainte par
des forces de remplacement (Np et Mp , voir équation 2.16). Ces différents calculs ont
été effectués pour tous les spécimens sur la base des équations 2.1 à 2.21 (en admettant
Es = 205 GPa, Ep = 196 GPa et en calculant Ec selon l’équation 2.18 [Mut08a]). Les
27
2. Ruptures à l’effort tranchant dans les éléments en béton armé
µ ¶ µ ¶ µ ¶
xpl h h h
Cc,pl − + Ts,pl ds − + ∆Tp,pl dp − − Mp
2 2 2 2
Vf lex = (2.19)
a
∆Tp,pl + Ts,pl − Np
xpl = (2.21)
fcp b
Un exemple (spécimen V-7-2.73) de la modélisation des éléments pour leur analyse avec
la méthode des EPSF est présenté à la figure 2.15, qui met également en avant les
résultats du calcul des champs de contraintes obtenus (tractions dans les armatures et
compressions dans le béton), le champ des valeurs du coefficient ηε , qui traduit la fissura-
tion de l’élément, ainsi que le champ des niveaux de compression du béton (σc / (ηε fcp )),
représentant le degré de sollicitation du béton. Les résistances prédites avec la méthode
des EPSF (VR,epsf ) sont également résumées dans le tableau 2.4.
28
Influence de l’élancement sur la résistance à l’effort tranchant d’éléments en béton armé
29
2. Ruptures à l’effort tranchant dans les éléments en béton armé
– les résistances prédites par la théorie de la fissure critique (VR,csct ) sont en très bonne
corrélation avec les efforts correspondant à la formation de la fissuration inclinée (Vcr ),
avec une valeur moyenne des rapports Vcr /VR,csct égale à 1.05 et un coefficient de
variation de 7%. Les calculs selon cette théorie sont par contre très conservatifs par
rapport aux résistances des spécimens (VR ), avec une valeur moyenne des rapports
VR /VR,csct égale à 1.44 et un coefficient de variation de 12%. Ceci s’explique par le
fait que selon la théorie de la fissure critique les ruptures des éléments interviennent
au moment de la formation des fisssures inclinées, ce qui n’a pas été observé dans le
cadre de ces essais (tableau 2.4).
– Les prédictions faites avec la théorie de la fissure critique pour les essais sans ou avec
peu d’armature passive sont plutôt conservatives, ce qui peut sans doutes s’expliquer
par les conditions particulières d’adhérence. Des résultats similaires, montrant des
résistances particulièrement élevées en cas de réduction de l’adhérence acier-béton,
ont également été obtenus par Leonhardt et Walther dans le cadre d’essais effectués
sur des spécimens avec des armatures non-nervurées [Leo62, Mut08a].
– Un incrément significatif (incrément moyen de 17%) peut être observé entre les résis-
tances prédites avec la méthode des EPSF (VR,epsf ) et celles prédites par la théorie de
la fissure critique (VR,csct ). Les résistances des spécimens (VR ) sont donc en meilleur
corrélation avec celles prédites par la méthode des EPSF (VR,epsf ), avec une valeur
moyenne des rapports VR /VR,epsf égale à 1.23 et un coefficient de variation de 10%.
Toutefois, ces prédictions sont également plutôt conservatives, ce qui est logique car
la méthode des EPSF néglige la résistance à la traction du béton (voir section 2.2.3).
– Malgré la valeur moyenne des rapports a/dm égale à 3.3, les éléments se comportent
plutôt comme ceux qui se trouvent sur le flanc gauche de la vallée de Kani, qui sont
caractérisés par un développement stable des fissures inclinées. Ceci est mis en avant
par la figure 2.16 qui montre la vallée de Kani calculée (pour le spécimen V-7-2.37) en
tenant compte de l’effort normal de précontrainte (Np , courbes continues). Comme ap-
paraissant dans cette figure, ce spécimen se place effectivement sur le flanc gauche de la
vallée. Cette figure montre également la vallée de Kani calculée sans la prise en compte
de l’effort normal de précontrainte (N = 0, courbes trait-tillées). Une comparaison des
deux vallées permet de comprendre l’effet de l’effort normal de précontrainte, qui peut
être interpreté comme étant un décalage horizontal de la vallée (équation 2.10).
En conclusion, ces analyses ont montré que la résistance à l’effort tranchant des éléments
doit être évaluée en tenant compte attentivement de la présence d’un effort normal. En
particulier, l’effort normal peut induire à un changement du mode de rupture, car la
longueur de la portée d’effort tranchant peut varier sensiblement (équation 2.10). Ceci
est d’autant plus accentué pour les éléments précontraints, dans lesquels la valeur de
l’effort normal peut être particulièrement importante.
30
Influence de l’armature transversale
1.25
spécimen V-7-2.37
1.00
EPSF CSCT
0.75 VR
[-]
Vf lex
VR
Vcr Np
0.50 z
V
0.25 N = Np
N =0
0.00
0 3 6 9 12 15
a
[-]
dm
Fig. 2.16: Série d’essais effectuée par Saqan et Frosch [Saq09] : comparaison entre
les résultats de l’essai V-7-2.37 et les prédictions de résistance obtenues avec la
méthode des EPSF et la théorie de la fissure critique
31
2. Ruptures à l’effort tranchant dans les éléments en béton armé
2.4 Conclusions
Dans ce chapitre, les caractéristiques des modes de transmission de l’effort de l’effort
tranchant ont été analysées. Ensuite, différents modes de rupture ont été identifiés en
relation à l’élancement des éléments. Suite à ce travail, les conclusions suivantes peuvent
être faites :
2. L’élancement des éléments a un rôle déterminant sur le type de rupture les affec-
tant. En particulier, une plage d’élancements à l’intérieur de laquelle des ruptures
d’effort tranchant peuvent se produire a été mise en évidence.
4. La présence d’un effort normal sollicitant la section des éléments doit être consi-
dérée avec soin, car elle peut influencer sensiblement leur comportement ainsi que
leur mode de rupture.
32
Chapitre 3
33
3. Modes de transmission de l’effort tranchant dans les éléments en
béton armé
spécimens pré-fissurés par la mise en place de feuilles d’acier au droit des pré-fissures
(pour annuler l’engrènement des granulats) et par la mise en place d’une mousse au-
tour des armatures flexionnelles (pour minimiser l’effet goujon) [Fen68]. La contribution
de l’effet goujon a pu être étudiée avec des stratégies similaires par Krefeld et Thurs-
ton [Kre66a, Kre66b] et par Taylor [Tay69]. Ce dernier a également effectué des essais
sur des spécimens où uniquement la contribution de l’engrènement des granulats était
possible [Tay70].
Toutes les recherches énoncées précédemment ont permis d’améliorer les connaissances
dans le domaine des ruptures à l’effort tranchant. Cependant, avec les stratégies adoptées
pour isoler chaque MTET (pré-fissures, réduction de la rugosité des fissures, réduction
de l’adhérence entre l’acier et le béton,. . .), le fonctionnement des spécimens d’essais
risquait d’être sensiblement différent du comportement réel des éléments en béton armé.
Pour ces raisons, une campagne d’essais (voir section 3.2) a été effectuée sur des éléments
à grande échelle (h = 400 mm) sollicités à l’effort tranchant, avec l’objectif principal de
quantifier l’importance relative de chaque MTET dans la réponse globale de l’élément.
Pour permettre ce travail de quantification, des mesures raffinées ont été effectuées au
cour des essais à la surface des spécimens (voir section 3.3). Ces mesures ont permis le
suivi de la cinématique des fissures sur l’élément en béton armé avec une grande pré-
cision. La cinématique mesurée a ensuite été utilisée pour le calcul des efforts transmis
de part et d’autre de la fissure critique d’effort tranchant, en se basant sur les principes
des modèles physiques existants au sujet de chaque MTET (voir section 3.4). Ce travail
a été fait pour trois essais, effectués sur des spécimens avec un faible taux d’armature
transversale (ρw = 0.063%). Cette valeur, inférieure à celle préscrite par les principales
normes de construction en béton [Aci08, Eur04, Fib11, Sia03], a été principalement choi-
sie pour garantir un processus de formation des fissures suffisamment stable et contrôlé
pour effectuer des mesures raffinées de la cinématique des fissures (notamment de la
fissure critique) à des niveaux de charge proches de la rupture. En effet, les spécimens
sans armature transversale sont généralement caractérisés par le développement rapide
et instable de la fissure critique d’effort tranchant [Mut08a, Fer09a], ne permettant géné-
ralement pas d’obtenir les mesures souhaitées. De plus, les spécimens avec un taux limité
d’armature transversale montrent généralement la variabilité plus importante au niveau
de la résistance, de la capacité de déformation et des caractéristiques de la fissure critique
d’effort tranchant (forme, position, cinématique). La contribution des différents MTET
peut donc varier sensiblement d’un essai à l’autre de telle sorte que la quantification de
l’importance relative de chaque MTET est particulièrement intéressante.
La série d’essais se composait de quatre spécimens avec une section rectangulaire d’une
hauteur h = 400 mm et une épaisseur b = 300 mm. Une description détaillée des proprié-
34
Campagne d’essais
tés des spécimens et des résultats obtenus dans cette série d’essais peut être consultée
dans le rapport d’essai [Ana09]. Les caractéristiques d’un spécimen type sont résumées
à la figure 3.1. Deux spécimens, nommés SC12 et SC13, ont été fabriqués avec un béton
de résistance normale (désigné par le terme NSC : normal strength concrete). Pour ces
spécimens, la résistance moyenne à la compression du béton (fcm , mesurée sur cylindre
le jour de l’essai) était comprise entre 41.2 et 43.1 MPa. Deux autres spécimens, nommés
SC16 et SC17, ont par contre été fabriqués avec un béton autoplaçant (désigné par le
terme SCC : self compacting concrete). Ce béton présentait une résistance moyenne à
la compression (fcm ) comprise entre 55.7 et 57.2 MPa. Pour les deux types de béton, le
diamètre maximal des granulats était identique (dg = 16 mm). Le tableau 3.1 montre
également que la granulométrie des deux bétons était très similaire avec cependant un
plus grand contenu de ciment dans le cas du béton autoplaçant. Le tableau 3.2 résume les
caractéristiques principales des spécimens : l’épaisseur (b) et la hauteur (h) effectives de
la section, la hauteur statique de l’armature flexionnelle (d), la valeur effective du taux
d’armature flexionnelle (ρ) ainsi que le taux d’armature transversale (ρw ). Le tableau
3.3 résume les propriétés principales des matériaux : le type de béton, le diamètre maxi-
mal des granulats (dg ), la résistances moyennes à la compression (fcm ) et à la traction
(fctm ) du béton ainsi que les limites d’écoulement de l’armature flexionnelle (fy ) et de
l’armature transversale (fyw ). Deux différents taux d’armature flexionnelle (ρ) ont été
utilisés dont la valeur nominale était ρ = 1.53% (obtenu avec trois barres de diamètre
26 mm) pour les spécimens SC12 et SC16 et ρ = 1.09% (obtenu avec trois barres de
diamètre 22 mm) pour les spécimens SC13 et SC17. Par simplicité, dans la suite du
chapitre, les références aux spécimens seront faites en utilisant la valeur nominale de
leur taux d’armature flexionnelle (ρ = 1.53% et 1.09%).
Tab. 3.1: Composition d’un mètre cube des bétons utilisés pour la série d’essais
béton normal (NSC) béton autoplaçant (SCC)
densité
composant poids volume poids volume
[kg/m3 ] [kg] [m3 ] [kg] [m3 ]
eau 1000 123 0.123 196 0.196
ciment 2800 326 0.116 450 0.161
sable (0-4 mm) 2600 894 0.344 877 0.337
gravier fin (4-8 mm) 2600 430 0.165 351 0.135
gravier (8-16 mm) 2600 627 0.241 526 0.202
pk =0.76a pk =0.65a
a : pk est le rapport entre le volume des granulats et le volume total de béton (voir
section 3.4.2)
Deux essais ont été effectués sur chaque spécimen : la première rupture (indiquée par l’in-
dice a) a été obtenue sur le côté du spécimen sans armature transversale et la deuxième
(indiquée par l’indice b) sur le côté avec un taux d’armature transversale ρw = 0.063%
(figure 3.1). Après la première rupture, le côté endommagé du spécimen a été réparé pour
permettre l’éxécution du deuxième essai. Ceci a été réalisé avec un système de plaques
métalliques et de tiges précontraintes, permettant de refermer quasi complétement les
fissures apparues lors du premier essai [Ana09]. L’armature transversale était composée
35
3. Modes de transmission de l’effort tranchant dans les éléments en
béton armé
d’épingles de diamètre 6 mm placées tous les 150 mm (chaque épingle donnant lieu à une
section d’armature transversale au centre de la section du spécimen, voir figure 3.1). Les
épingles, en forme de C, étaient ancrées aux armatures longitudinales supérieures (arma-
ture comprimée) et inférieures (armature flexionnelle). La direction des zones d’ancrage
horizontales de deux épingles succéssives était alternée afin de garantir une géométrie
symétrique des spécimens.
Comme montré à la figure 3.1, les spécimens étaient soumis à une flexion trois points,
avec une longueur de la travée L = 2440 mm. La charge ponctuelle Q = 2 V (V étant
l’effort tranchant à transmettre à chaque appui) était appliquée au centre de la travée,
qui était le point fixe horizontal du banc d’essai. Les dimensions de la plaque métal-
lique de chargement placée sous le vérin hydraulique étaient de 300 x 80 x 25 mm. Les
plaques d’appuis, permettant les rotations et les déplacements horizontaux des spéci-
mens, avaient des dimensions de 300 x 200 x 40 mm. Le rapport entre la longueur de
la portée d’effort tranchant (a = L/2 = 1220 mm) et la hauteur statique nominale de
l’armature flexionnelle (dnom ≈ 348 mm) était égal à 3.51 pour tous les spécimens.
36
Campagne d’essais
Fig. 3.1: Caractéristiques d’un spécimen type investigué : géométrie, détail d’ar-
mature, principes du banc d’essai et réseau pour les mesures au déformètre
37
3. Modes de transmission de l’effort tranchant dans les éléments en
béton armé
(a) (b)
SC12 (béton normal, ρ = 1.53%) SC13 (béton normal, ρ = 1.09%)
0.3
[ MPa]
SC12b
0.2 SC13b
√
SC12a
bd fcm
V
√
0.1 SC13a
ρw = 0 ρw = 0
ρw = 0.063% ρw = 0.063%
0.0
(c) (d)
SC16 (béton autoplaçant, ρ = 1.53%) SC17 (béton autoplaçant, ρ = 1.09%)
0.3
[ MPa]
SC17b
0.2
√
SC16b
bd fcm
V
√
ρw = 0 ρw = 0
ρw = 0.063% ρw = 0.063%
0.0
(e) (f)
Essais sans armature transversale Essais avec armature transversale
0.3
SC12b SC16b
SC12a
[ MPa]
SC13b
0.2 SC13a SC17b
√
bd fcm
SC17a
V
√
0.1
SC16a
ρw = 0 ρw = 0.063%
0.0
0 5 10 15 0 5 10 15
δv [mm] δv [mm]
Fig. 3.2: Résultats de la série d’essais. Relations entre l’effort tranchant appliqué
et la déformation verticale mesurée à mi-travée pour : (a) le spécimen SC12 ; (b)
le spécimen SC13 ; (c) le spécimen SC16 ; (d) le spécimen SC17 ; (e) les essais sans
armature transversale ; et (f ) les essais avec armature transversale
38
Campagne d’essais
∗ Vmax
a : Vmax = √
b d fcm
Fig. 3.3: Résultats de la série d’essais. Cinématique des fissures mesurée pour les
essais sans armature transversale : (a) essai SC12a ; (b) essai SC13a ; (c) essai
SC16a ; et (d) essai SC17a
39
3. Modes de transmission de l’effort tranchant dans les éléments en
béton armé
Fig. 3.4: Résultats de la série d’essais. Cinématique des fissures mesurée pour les
essais avec armature transversale : (a) essai SC12b ; (b) essai SC13b ; (c) essai
SC16b ; et (d) essai SC17b
Fig. 3.5: Résultats de la série d’essais. Allure des fissures critiques observées pour :
(a) les essais sans armature transversale ; et (b) les essais avec armature transver-
sale
40
Campagne d’essais
41
3. Modes de transmission de l’effort tranchant dans les éléments en
béton armé
Sur la base des résultats obtenus, les considérations suivantes peuvent être faites :
– dans le cas des essais sans armature transversale (figure 3.2(e)), les résistances nor-
∗
malisées obtenues par les spécimens fabriqués avec un béton normal (Vmax,NSC , essais
SC12a et SC13a) sont plus importantes que celles obtenues par les spécimens fabriqués
∗
avec un béton autoplaçant (Vmax,SCC , essais SC16a et SC17a). Ceci a été observée pour
toutes les deux valeurs du taux d’armature flexionnelle (avec un incrément de 49%
pour le taux d’armature ρ = 1.53% et de 25% pour le taux d’armature ρ = 1.09%,
voir tableau 3.4). Cette tendance est par contre beaucoup moins marquée (2% pour
ρ = 1.53% et 13% pour ρ = 1.09%, voir tableau 3.4) dans le cas des essais avec une
armature transversale (figure 3.2(f)). Dans ce cas, les résultats semblent d’avantage in-
fluencés par le taux d’armature flexionnelle que par le type de béton. En effet, la figure
3.2(f) montre une résistance plus élevée pour les essais SC12b et SC16b (ρ = 1.53%)
en comparaison respectivement aux essais SC13b et SC17b (ρ = 1.09%).
– En ce qui concerne l’augmentation de résistance offerte par la présence de l’armature
transversale, une variabilité importante des résultats a été observée (figures 3.2(a-d)
et tableau 3.4). Des incréments de résistance de 18%, 9% et 20% ont été observés
respectivement pour les spécimens SC12, SC13 et SC17. Les bénéfices les plus im-
portants ont été mesurés pour le spécimen SC16, pour lequel l’essai avec armature
transversale (SC16b) a montré un incrément de résistance de 72% par rapport à celui
sans ces armatures (SC16a). Il faut toutefois souligner que l’essai SC16a a montré
une résistance particulièrement réduite, en comparaison à l’essai SC12a (avec le même
taux d’armature) mais également par rapport à l’essai SC17a (avec un taux d’arma-
ture inférieur). Ceci a probablement contribué à cette augmentation spectaculaire de
résistance observée par l’ajout d’armature transversale.
– La présence des armatures transversales a aussi été bénéfique en ce qui concerne la
capacité de déformation des spécimens (pouvant être appréciée par l’amplitude de la
déformation verticale δv avant la rupture, voir figures 3.2(a-d) et tableau 3.4). Une
grande variabilité a toutefois été observée concernant l’importance de ces bénéfices.
En effet, une augmentation réduite de la capacité de déformation a été observée pour
les spécimens fabriqués avec un béton normal (27% pour le spécimen SC12 et 12%
pour le spécimen SC13). La présence d’une armature transversale a par contre été
très bénéfique pour les spécimens fabriqués avec un béton autoplaçant (135% pour
le spécimen SC16 et de 58% pour le spécimen SC17), pour lesquels l’incrément de
résistance a également été marqué.
– La figure 3.3 montre que les tendances attendues au sujet du taux d’armature flexion-
nelle (ρ) ont été observées. En effet, il apparaı̂t logiquement que l’ouverture des fis-
sures est globalement plus importante pour les essais avec un taux d’armature inférieur
(SC13a et SC17a, en comparaison aux essais SC12a et SC16a).
– Dans le cas des essais avec armature transversale (figure 3.2(f)), un changement de
rigidité a généralement été observé pour un niveau de charge supérieur à la charge de
42
Campagne d’essais
La figure 3.6 montre que la totalité des fissures critiques s’est développée sur l’entier
de la longueur de la portée d’effort tranchant (distance entre la mi-travée et l’appui).
Toutes les fissures sont caractérisées par trois branches distinctes : deux branches de
délamination plutôt horizontales (l’une au niveau de l’armature flexionnelle et l’autre
au niveau de la zone comprimée) et une branche inclinée au niveau de la partie à mi-
hauteur du spécimen. Par la suite, le terme ”allure” sera utilisé pour définir la forme
de la fissure critique sur toute sa longueur de développement (comprenant les deux
branches de délamination et la branche inclinée). La figure 3.5 permet une comparaison
de l’allure des fissures critiques. Dans les cas des essais sans armature transversale (figure
3.5(a)), l’allure des fissures est très similaire. Au contraire, deux différentes allures des
fissures ont pu être observées dans les essais avec armature transversale (figure 3.5(b)).
La première a été observée pour les essais SC13b (béton normal, ρ = 1.09%) et SC16b
(béton autoplaçant, ρ = 1.53%), qui montrent une fissure critique dont la longueur de la
branche de délamination au niveau de l’armature flexionnelle est très courte. Dans ces
cas, la branche inclinée centrale se développe assez proche de l’appui et sur une longueur
plus importante (branche inclineé plus allongée). La deuxième allure a été observée pour
les essais SC12b (béton normal, ρ = 1.53%) et SC17b (béton autoplaçant, ρ = 1.09%).
Ces essais montrent une fissure critique dont la longueur de la branche horizontale de
délamination au niveau de l’armature flexionnelle est plus importante et dont la branche
inclinée centrale se développe plus loin de l’appui et sur une longueur plus courte. Des
changements de pente plus abrupts entre la branche inclinée (qui est legèrement plus
raide que celle observée dans la première allure) et les branches horizontales sont ainsi
observés.
En général, la position des branches inclinées centrales semble être influencée par la
position de l’armature transversale (deuxième ou trosième épingle à partir du bord de
l’appui respectivement pour la première et la deuxième allure, voir figure 3.5(b)). De
plus, la partie plus raide de chaque fissure critique se concentre entre deux épingles
successives.
Concernant ces deux allures possibles pour la fissure critique (figure 3.5(b)), elles ne
43
3. Modes de transmission de l’effort tranchant dans les éléments en
béton armé
semblent ni être influencées par le type de béton ni par le taux d’armature flexionnelle,
mais semblent plutôt se produire de manière aléatoire. La contribution de chaque MTET
est donc probablement très variable d’un essai à l’autre. En raison de cette variabilité,
le travail de quantification de l’importance relative de chaque MTET (voir section 3.4)
prend donc tout son sens pour les spécimens SC12b, SC13b, SC16b et SC17b.
Des mesures discontinues permettant le suivi de la cinématique des fissures ont été ef-
fectuées sur la surface de chaque spécimen au cour de chaque essai. Ces mesures, pour
lesquelles d’avantage d’informations sont à disposition ailleurs [Cam11c], ont été effec-
tuées manuellement en utilisant un déformètre de haute précision permettant de définir
la distance entre deux cibles. Un réseau de cibles formant une maille de triangles équila-
téraux (longueur nominale des côtés de 100 mm) a été disposé sur les spécimens de façon
a couvrir toute la surface possible de développement des fissures (figure 3.1). Au cour
de chaque essai, des mesures ont été effectuées à des paliers de charge sélectionnés. Le
chargement a dû être provisoirement interrompu afin d’en permettre l’exécution en état
de déformation stable. Entre trois et six paliers de charge ont donc été effectués dans le
cadre des essais sans armature transversale tandis qu’un nombre généralement inférieur
a été entrepris pour les essais avec armature transversale. En effet, dans le cas de ces
essais, le premier palier a été directement effectué à un niveau de charge correspondant
à la charge de rupture (Vmax,a ) du côte du spécimen sans armature transversale.
Les mesures effectuées avec le déformètre sont essentielles pour le travail de quantifi-
cation de la contribution de chaque MTET (voir section 3.4) et permettent de calculer
l’ouverture (w, mesurée le long de l’axe y 0 perpendiculaire à la fissure) et le glissement
(∆, mesuré le long de l’axe x0 parallèle à la fissure) de la fissure en un point donné (voir
annexe A). Les valeurs obtenues seront ensuite utilisées pour le calcul de la contribution
de chaque MTET.
Afin d’augmenter la qualité des mesures, une série de dix lectures était faite pour chaque
tronçon de mesure (en un laps de temps d’environ 1 seconde) et leur écart type était
calculé. La mesure était acceptée pour un écart type inférieur à 0.002 mm (base de
mesure de 100 mm). Un système de correction basé sur la redondance des mesures a
été également mis en place [Cam11c] et prévoyait le contrôle de l’équilibre d’un treillis
en reproduisant le réseau triangulaire de cibles collées sur le spécimen. Les mesures ef-
fectuées étaient alors introduites comme des déformations imposées dans chaque barre
du treillis d’un modèle d’éléments finis. Ce système de contrôle permettait d’une part
d’identifier les erreurs grossières de mesure au cour de l’essai (permettant ainsi de refaire
instantanément les mesures erronées) et d’autre part d’obtenir un ensemble de mesures
parfaitement consistantes entre-elles.
44
Analyse des modes de transmission de l’effort tranchant
Dans la suite, les essais effectués du côté des spécimens avec armature transversale seront
analysés en détail afin de quantifier la contribution de chaque MTET. Cette étude sera
faite en considérant un corps rigide défini par la fissure critique d’effort tranchant (figure
3.9), pour lequel la pertinence sera discutée plus loin. Un corps rigide idéalisé est montré
à la figure 3.7, qui montre également toutes les forces horizontales et verticales qui
peuvent potentiellement agir sur celui-ci. L’intensité et la position de chacune de ces
forces dépendra de la forme réelle de la fissure critique, qui défini le corps rigide, ainsi
que de sa cinématique. Comme montré à la figure 3.7, plusieurs modes de transmission
peuvent participer au transfert de l’effort tranchant d’une part et d’autre de la fissure
critique :
Une série de forces horizontales doit aussi être considérée dans l’équilibre du corps rigide
(figure 3.7) :
Du fait de leur rigidité négligeable, les efforts verticaux générés par effet goujon des ar-
matures comprimées et ceux horizontaux générés par effet goujon des armatures trans-
versales ne sont pas considérés dans la suite. La force de compression dans les armatures
45
3. Modes de transmission de l’effort tranchant dans les éléments en
béton armé
Fig. 3.7: Définition des forces agissant sur le corps rigide défini par la fissure
critique
La quantification des efforts agissant sur le corps rigide de la figure 3.7 est possible par
le calcul des forces d’engrènement (Nagg et Vagg ), des forces dans les épingles (Vsw,n ),
des forces de la résistance résiduelle à la traction (Nres et Vres ) et de la force d’effet
goujon (Vdow ). La quantification de ces différentes forces se base entièrement sur les
mesures de la cinématique de la fissure critique ainsi que sur l’utilisation des modèles
physiques existants pour l’étude de chaque MTET. Dés la détermination de ces premières
contributions, les forces horizontales Nch et Ns nécessaires pour garantir l’équilibre du
corps rigide peuvent ensuite être calculées. Les relations d’équilibre sont décrites aux
équations 3.2 à 3.4.
X
↑= 0: Vtot + Vagg + Vsw + Vres + Vdow + Vch = 0 (3.2)
X
→= 0: Ns + Nagg + Nres + Nch = 0 (3.3)
46
Analyse des modes de transmission de l’effort tranchant
X 9
X
y (O) = 0: Vagg (a − xagg ) + Vsw,n (a − xsw,n ) + Vres (a − xres )
n=1
(3.4)
+Vdow (a − xdow ) + Vch (a − xch ) + Nagg (yagg − ys )
L’équilibre des moments (équation 3.4), calculé autour du point O (figure 3.7), permet la
détermination de la force Nch . L’équilibre des forces horizontales (équation 3.3) permet
ensuite d’obtenir l’intensité de la force Ns . Connaissant l’intensité de la force horizontale
agissante dans la bielle de compression inclinée (Nch ) ainsi que l’inclinaison de cette bielle
(αch ), il est possible de quantifier l’intensité de la dernière force verticale (Vch ) selon
l’équation 3.5. Si une inclinaison αch 6= 0◦ de la bielle de compression est considérée, un
calcul itératif est alors nécessaire afin de satisfaire l’équilibre. Ceci est dû au fait que la
force Vch rentre en compte dans l’équilibre des forces verticales (équation 3.2) ainsi que
dans l’équilibre des moments (équation 3.4). De plus, d’autres itérations supplémentaires
(voir section 3.4.5) peuvent être nécessaires pour le calcul de la force d’effet goujon (Vdow ),
notamment si l’action combinée de la force verticale Vdow et de la force horizontale Ns
provoque la plastification des armatures flexionnelles.
Les figures 3.8 et 3.9 permettent une comparaison entre l’état de fissuration correspon-
dant au dernier palier de charge à celui observé à la rupture des spécimens du côté sans
armature transversale (voir figure 3.8) et du côté avec armature transversale (voir figure
3.9). Il peut être observée que le dernier palier de mesures a généralement été effectué à
un niveau de charge (Vp ) très proche de la rupture (Vmax ). Toutefois, la fissure critique
n’était pas suffisamment développée à ce moment pour les essais sans armature transver-
sale (figure 3.8). Pour cette raison, des informations précises quant à sa cinématique ne
sont pas disponibles et le travail de quantification de l’effort transmis par chaque MTET
ne peut donc pas être effectué précisément. Pour les essais avec armature transversale,
la situation était différente car dans le cas des essais SC12b, SC13b et SC16b, la fissure
critique était bien développée au dernier palier de charge (figures 3.9(a-c)). Ceci permet
donc de justifier l’hypothèse de la présence d’un corps rigide à ce moment. De plus, pour
tous ces essais, le dernier palier de charge a été effectué pour des niveaux de charge
proches de la rupture (rapport Vp /Vmax,b = 99% pour l’essai SC12b, à 100% pour l’essai
SC13b, à 88% pour l’essai SC16b et à 93% pour l’essai SC17b). Toutefois, l’hyphothèse
de corps rigide, fondamentale pour la suite du travail de quantification des MTET, ne
47
3. Modes de transmission de l’effort tranchant dans les éléments en
béton armé
peut pas être justifiée dans le cas de l’essai SC17b. En effet, la figure 3.9(d) montre
clairement que deux fissures inclinées très rapprochées se sont développées au moment
de la rupture, ce qui empêche de connaı̂tre de façon détaillée et certaine la cinématique
de la fissure critique. Pour cette raison, le travail de quantification des MTET ne peut
pas être effectué de manière correcte pour ce spécimen et n’est donc réalisé que pour les
essais SC12b, SC13b et SC16b. Les sections 3.4.2 à 3.4.6 décrivent en détail les modèles
utilisés ainsi que les calculs effectués pour la quantification de chaque MTET.
Fig. 3.8: Comparaison entre les états de fissuration correspondant au dernier palier
de charge et à la rupture pour les essais sans armature transversale : (a) essai
SC12a ; (b) essai SC13a ; (c) essai SC16a ; et (d) essai SC17a
48
Analyse des modes de transmission de l’effort tranchant
Fig. 3.9: Comparaison entre les états de fissuration correspondant au dernier palier
de charge et à la rupture pour les essais avec armature transversale : (a) essai
SC12b ; (b) essai SC13b ; (c) essai SC16b ; et (d) essai SC17b
Plusieurs approches peuvent être identifiées dans la littérature existante pour le calcul des
contraintes d’engrènement basé sur les déplacements relatifs entre les deux lèvres d’une
fissure [Tay70, Pau74a, Wal80, Dei87, Zar97, Ula03, Sag11]. Pour l’analyse effectuée sur
les essais SC12b, SC13b et SC16b, le modèle proposé par Walraven [Wal80] a été retenu,
en particulier pour ces bases physiques pouvant être facilement adaptées aux besoins de
cette étude. Ce modèle, dont les principes sont montrés à la figure 3.10, permet en effet de
lier de manière directe les déplacements relatifs des deux lèvres d’une fissure (ouverture
w et glissement ∆, voir annexe A) aux contraintes normales (σagg ) et tangentielles (τagg )
transmises à travers cette dernière. Les contraintes d’engrènement peuvent être calculées
selon le modèle de Walraven [Wal80] par :
" # " # " ¡ ¢ #
σagg σagg(w,∆) σpu A∆ − µ Aw ≥ 0
= = ¡ ¢ (3.6)
τagg τagg(w,∆) −σpu Aw + µ A∆
49
3. Modes de transmission de l’effort tranchant dans les éléments en
béton armé
Fig. 3.10: Bases du modèle d’engrènement des granulats proposé par Walra-
ven [Wal80] : définition de la cinématique de la fissure, des surfaces de contact
entre les granulats et la matrice cimentaire, des contraintes d’engrènement et de la
direction de forces d’engrènement résultantes
La cinématique prise en compte dans le modèle de Walraven [Wal80] considère que l’ou-
verture w de la fissure se produit entièrement avant le glissement ∆ (figure 3.11(a)).
Une généralisation du mode de développement de la cinématique a été récemment pro-
posée par Guidotti [Gui10]. Comme présenté à la figure 3.11(a), ce modèle considère que
seulement une partie w0 de l’ouverture totale w de la fissure se fait avant tout glisse-
ment. Ensuite, la cinématique de la fissure se développe par un incrément de l’ouverture
50
Analyse des modes de transmission de l’effort tranchant
w − w0
γ = atan (3.7)
∆
D’autres propositions peuvent être trouvées dans la littérature concernant le mode de
développement de la cinématique des fissures, en relation directe avec le phénomène de
l’effort tranchant. Par exemple, celui proposé par Ulaga [Ula03] considère que le glis-
sement se produit dés le début, de façon combinée avec l’ouverture (figure 3.11(a)).
Toutefois, les propositions de Ulaga [Ula03] et de Walraven [Wal80] peuvent être consi-
dérées comme des cas particuliers du mode de développement de la cinématique proposé
par Guidotti [Gui10] (où w0 = 0 et γ = atan (w/∆) pour le cas de Ulaga et où w0 = w
et γ = 0 pour le cas de Walraven).
La figure 3.12 montre une comparaison entre des contraintes d’engrènement (σagg et
τagg ) calculées en fonction de l’amplitude du glissement ∆ pour différentes valeurs de
l’ouverture w en considérant les trois modes de développement de la cinématique préa-
lablement énoncés. L’analyse des cette figure permet de noter que le mode de dévelop-
pement proposé par Walraven [Wal80] (courbes trait-tillées) représente une borne supé-
rieure des contraintes d’engrènement, alors que celui proposé par Ulaga [Ula03] (courbes
point-tillées) représente une borne inférieure. Les courbes continues de la figure 3.12,
qui montrent des valeurs intermédiaires des contraintes d’engrènement, ont été calculées
selon le mode de développement proposé par Guidotti [Gui10], en considérant une valeur
51
3. Modes de transmission de l’effort tranchant dans les éléments en
béton armé
de l’ouverture initiale w0 = w/5. La figure 3.12 montre que les contraintes d’engrènement
augmentent avec l’accroissement du glissement ∆. Pour des valeurs modérées d’ouver-
ture w, cette augmentation est très sensible à celle du glissement, ce qui n’est plus le
cas pour des ouvertures plus importantes. Le rapport entre les amplitudes de l’ouverture
w et du glissement ∆ traduit l’influence sur l’intensité des contraintes d’engrènement
générées. Les détails des formules utilisées pour la détermination de ces courbes sortent
du contexte du travail de quantification des MTET qui est fait dans ce chapitre et ne
seront donc pas présentés. Toutefois, ils peuvent être consultés ailleurs [Gui10, Wal80].
(a) (b)
8 8
mm
mm
m
Walraven Walraven
0.2 m
w = 0.2
0.4
Guidotti Guidotti
6 6 mm
w=
w=
Ulaga Ulaga
mm 0.4
σagg [MPa]
τagg [MPa]
0.8 =
w
w=
4 4
m
0 .8 m
w=
2 2
m
2.0 m mm
w= w = 2.0
0 0
0.0 0.5 1.0 1.5 2.0 0.0 0.5 1.0 1.5 2.0
∆ [mm] ∆ [mm]
Le calcul des contraintes peut être effectué en tout point le long du tracé de la fissure (ξ,
voir figure 3.7). Les forces d’engrènement (Vagg et Nagg ) peuvent ensuite être calculées
par intégration de ces contraintes (σagg(ξ) et τagg(ξ) ) et par leur projection sur les axes
vertical et horizontal. La projection des contraintes est faite sur la base de l’inclinaison
α(ξ) de la fissure qui évolue le long de son tracé :
Z
¡ ¢
Vagg = − b τagg(ξ) sinα(ξ) − σagg(ξ) cosα(ξ) dξ (3.8)
ξ
Z
¡ ¢
Nagg = b τagg(ξ) cosα(ξ) + σagg(ξ) sinα(ξ) dξ (3.9)
ξ
La quantification des forces d’engrènement (Vagg et Nagg ) a été faite pour les essais
SC12b, SC13b et SC16b. Les fissures critiques observées dans ces essais ont dues être
retranscrites dans un programme de dessin afin de disposer des éléments nécessaires aux
calculs (inclinaison et cinématique de la fissure pour chaque point de calcul). Ainsi, le
tracé de chaque fissure a été dessiné en reliant une série de points-clés dont la distance
maximale ne dépassait pas la taille maximale des granulats (dg = 16 mm). Des points-clé
52
Analyse des modes de transmission de l’effort tranchant
supplémentaires ont également été ajoutés à chaque endroit où la distance entre le tracé
dessiné et le tracé réel de la fissure dépassait une limite égale à la moitié de la taille
maximale des granulats (dg /2), qui peut être reliée à la perte de contact entre deux gra-
nulats [Wal80]. Cette stratégie de dessin a été adoptée car le modèle de Walraven [Wal80]
prend déjà en compte la micro-rugosité de la fissure.
Pour se rapprocher le plus possible du vrai mode de développement de la cinématique
(celui qui a été mesuré en chaque point), la proposition de Guidotti [Gui10] a finalement
été retenue. En ce sens, la valeur de l’ouverture initiale (w0 ) a été calculée individuelle-
ment, pour chaque point de la fissure, de façon à représenter au mieux la cinématique
réelle (figure 3.11(b)) par une approche basée sur la méthode des moindres carrés. La
cinématique des fissures critiques mesurée et utilisée pour les calculs est montrée à la
figure 3.13(a). La distribution des contraintes d’engrènement (résultantes de σagg et τagg )
et les forces résultantes obtenues (Vagg et Nagg , calculées selon les équations 3.8 et 3.9)
sont présentées à la figure 3.13(b). Les valeurs de ces forces sont également résumées
dans le tableau 3.5. Dans la figure 3.13(b) il convient de remarquer que les contraintes
d’engrènement plus importantes se développent dans les régions plus raides des fissures
critiques. Ceci est dû au fait que, comme visible dans la figure 3.13(a), les glissements
entre les deux lèvres de la fissure sont plus marqués à ces endroits.
Il peut aussi être noté que la contribution de l’engrènement des granulats à la trans-
mission de l’effort tranchant (intensité de la force Vagg ), varie sensiblement selon l’allure
et la cinématique de la fissure critique. La contribution de ce mode de transmission est
53
3. Modes de transmission de l’effort tranchant dans les éléments en
béton armé
en effet très importante pour l’essai SC12b (qui montre une fissure critique avec une
branche inclinée légèrement plus raide et dont l’ouverture est plus petite) et devient
moindre pour les autres essais (qui montrent des fissures critiques avec des branches
inclinées plus allongées et dont l’ouverture est plus importante).
54
Analyse des modes de transmission de l’effort tranchant
des déformations de la barre d’armature (εs , voir figure 3.14(a)) le long de la longueur
contributive `tot,i , laquelle dépend de la position et de l’ouverture des autres fissures :
Z
wi = εs dx (3.10)
`tot,i
Fig. 3.14: Comportement d’un tirant en béton armé avec adhérence à l’interface
entre l’armature et le béton : (a) relation entre l’ouverture des fissures et les dé-
formations ainsi que les contraintes dans l’armature ; et (b) loi ridige-plastique
considérée pour la contrainte d’adhérence
d2bw π
Vsw,n = −σsw,n (3.11)
4
où σsw,n est la contrainte de traction agissant dans l’épingle n, à l’endroit de son croi-
sement avec la fissure critique. La figure 3.15 montre la relation entre la contrainte de
traction dans une épingle (σsw ) et l’ouverture verticale de la fissure qui la traverse (vsw ,
mesurée le long de l’axe de l’épingle). Cette relation a été calculée avec les propriétés
55
3. Modes de transmission de l’effort tranchant dans les éléments en
béton armé
réelles des épingles disposées dans les spécimens SC12, SC13 et SC16, à savoir ; diamètre
dbw = 6 mm, limite d’écoulement fyw = 497 MPa, résistance à la traction ftw = 595 MPa,
module élastique Esw = 205 GPa et module d’écrouissage Eshw = 1560 MPa (défini
comme étant la pente du diagramme contrainte-déformation de l’acier des épingles, me-
surée entre le point de début de l’écoulement et le point du rupture). Cette relation
montre qu’une faible ouverture de la fissure (vswy = 0.3 mm) peut être suffisante pour
provoquer l’écoulement d’une épingle. Ceci est dû au diamètre des épingles qui est par-
ticulièrement réduit (dbw = 6 mm) augmentant le gradient m et donc la contrainte σsw
relative à une ouverture donnée de la fissure (vsw ). Toutefois, une ouverture de la fis-
sure plus conséquente (vswt = 3.4 mm) est théoriquement nécessaire pour conduire à la
rupture d’une épingle. Ces considérations sont importantes dans le cas des essais SC12b,
SC13b et SC16b, car elle permettent de supposer que chaque épingle traversée par une
fissure critique se trouve alors proche de l’écoulement.
750
600
σsw [MPa]
450
300
150
0
0 vswy 1 2 3 vswt 4
vsw [mm]
Fig. 3.15: Contraintes de traction agissant dans une épingle en fonction de l’ou-
verture verticale de la fissure qui la traverse
Pour ces trois essais, le calcul des forces Vsw,n a été effectué en se basant sur l’ouverture
verticale de la fissure critique (vsw1 ) dans son point de rencontre avec l’épingle. Dans
le cas des essais SC13b et SC16b, certaines épingles étaient traversées par une fissure
inclinée supplémentaire, autre que par la fissure critique. L’ouverture verticale de cette
fissure supplémentaire (vsw2 ) et sa position relative à la fissure critique (distance s1,2
entre les deux fissures) ont donc également dues être considérées. La figure 3.16 montre
l’allure du profil des contraintes pour le cas le plus général possible : une épingle traver-
sée par deux fissures espacées d’une distance s1,2 et dont les ouvertures verticales vsw1 et
vsw2 conduisent à l’écoulement de l’épingle en deux points différents (avec σsw1 > fyw et
σsw2 > fyw ). En se référant à cette figure, le calcul des contraintes agissant en correspon-
dance des deux fissures inclinées (σsw1 pour la fissure critique et σsw2 pour la deuxième
fissure) peut être effectué par la résolution des équations 3.12 et 3.13.
56
Analyse des modes de transmission de l’effort tranchant
Fig. 3.16: Calcul des contraintes de traction agissant dans une épingle : allure du
profil des contraintes pour un cas général avec deux fissures traversant l’épingle et
provoquant son écoulement en deux points
où :
– k2 = 1
– si une fissure traverse l’épingle : σsw2 = 0 ; k1 = 2 ; xm1 = 0 ; xm2 = 0 et xy2 = 0
– si deux fissures traversent l’épingle : k1 = 1 et xy1 + xm1 + xm2 + xy2 = s1,2
σsw1
– si σsw1 ≤ fyw : x1 = ; xy1 = 0 et a1 = 1
m
fyw (σsw1 − fyw ) fyw
– si σsw1 > fyw : x1 = ; xy1 = et a1 =
m my σsw1
σsw2
– si σsw2 ≤ fyw : x2 = ; xy2 = 0 et a2 = 1
m
fyw (σsw2 − fyw ) fyw
– si σsw2 > fyw : x2 = ; xy2 = et a2 =
m my σsw2
Les équations 3.12 et 3.13 sont valables pour tous les six cas possibles concernant une
épingle traversée au maximum par deux fissures : une seule fissure avec ou sans écou-
lement de l’armature et deux fissures respectivement sans écoulement, avec écoulement
en correspondance de l’une des deux fissures et avec écoulement en correspondance des
deux fissures. Pour le développement de ces équations, les épingles ont été considérées
parfaitement ancrées, ce qui se justifie en tenant compte de leur ancrage horizontal aux
niveau des armatures longitudinales (figure 3.1).
57
3. Modes de transmission de l’effort tranchant dans les éléments en
béton armé
La figure 3.17 résume les ouvertures verticales des fissures traversant chaque épingle
ainsi que les profils de contraintes obtenus en appliquant les équations 3.12 et 3.13.
Chaque force résultante (Vsw,n ), calculée avec l’équation 3.11 sur la base des contraintes
de traction (σsw1,n ) agissant dans l’épingle n à l’endroit de son croisement avec la fissure
critique, est aussi représentée dans cette figure. La valeur de la somme de toutes les
forces agissant dans les épingles (Vsw ) est aussi résumée dans le tableau 3.5. L’analyse
de ces résultats montre que l’intensité de la force totale (Vsw ) transmise par l’action des
épingles d’une part et d’autre de la fissure critique est sensiblement influencée par l’allure
de cette dernière et par sa cinématique. En effet, l’allure de la fissure critique de l’essai
SC12b (figures 3.9 et 3.17), avec des longues branches de délamination et une branche
inclinée plus courte, permet en effet d’activer uniquement trois épingles. Ceci n’est pas le
cas pour les essais SC13b et SC16b, avec une branche inclinée de la fissure critique plus
allongée permettant l’activation d’un nombre plus important d’épingles (quatre épingles
au lieu de trois, voir figure 3.17). Il doit être souligné que ces résultats sont contraires à
ceux obtenus dans l’étude de la contribution de l’engrènement des granulats (voir section
3.4.2). En effet, sa contribution était particulièrement importante dans le cas de l’essai
SC12b (fissure critique moins ouverte, branche inclinée plus courte et légèrement plus
raide) et moins importante pour les deux autres essais (fissures critiques plus ouvertes,
branches inclinées plus allongées). Il faut également remarquer que, dans le cas de l’essai
SC16b, l’épingle la plus proche du bord de la plaque d’appui n’a pas été considérée dans
les calculs (figure 3.17). Cette épingle se trouve à l’intérieur de la branche horizontale
de délamination, et a donc été considérée pour la quantification de l’effet goujon de
l’armature flexionnelle (voir section 3.4.5).
58
Analyse des modes de transmission de l’effort tranchant
sur un élément en béton non armé dans la phase qui suit à la formation de la fissure.
La réponse de l’élément montre une relation adoucissante entre la résistance résiduelle à
la traction (σres ) et l’ouverture de la fissure (w). Au-delà d’une certaine ouverture (wc ),
aucune résistance à la traction n’est plus offerte par le béton. À ce moment, les deux
parties du tirant en béton non armé sont alors complètement désolidarisées.
Le comportement adoucissant peut être modélisé selon plusieurs approches [Hor92,
Fib11]. Dans le cadre de ce travail, la proposition de Hordijk [Hor92] est prise en compte,
notamment pour sa bonne corrélation avec le comportement réel des bétons à résistance
normale. Selon les propositions de cet auteur, la relation σres − w peut être calculée avec
l’équation 3.14 dont l’allure est présentée à la figure 3.18.
Fig. 3.18: Comportement adoucissant d’un tirant en béton dans la phase successive
à la fissuration : relation entre la résistance résiduelle à la traction et l’ouverture
de la fissure
Ã
µ ¶3 ! −b w
w 2 w ¡ ¢
σres = fctm 1 + b1 e wc − 1 + b31 e−b2 (3.14)
wc wc
GF
wc = 5.14 (3.15)
fctm
Pour le calcul de l’énergie de fissuration (GF ), la proposition du Model Code 2010 [Fib11]
peut être utilisée :
0.18
GF = 73 fcm (3.16)
où fcm est la résistance à la compression du béton mesurée sur cylindre (exprimée en
MPa).
59
3. Modes de transmission de l’effort tranchant dans les éléments en
béton armé
En se référant aux trois essais étudiés (SC12b, SC13b et SC16b), ce phénomène peut ga-
rantir la transmission d’une certaine partie de l’effort tranchant (Vres ) de part et d’autre
de la fissure critique, notamment au sommet des fissures critiques, où leur ouverture reste
limitée (figure 3.19(a)). Du fait de l’inclinaison des fissures critiques dans ces zones, une
force horizontale (Nres ) peut également être transmise à travers les fissures et doit donc
être considérée dans l’équilibre des corps rigides précédemment définis (figure 3.7). Les
propriétés mesurées des matériaux (fcm et fctm , voir tableau 3.3)) ont été utilisées pour
l’application des équations 3.15 et 3.16. Des valeurs de l’ouverture limite wc = 0.252 mm,
wc = 0.250 mm et wc = 0.244 mm ont été calculées respectivement pour les essais SC12b,
SC13b et SC16b. Il faut noter que l’effet négatif des contraintes de compression exis-
tantes dans les régions d’étude (sommets des fissures critiques, à l’intérieur de la zone
comprimée) sur la résistance à la traction du béton [Kup69] a été négligé. Les consé-
quences de cette hypothèse seront discutées ultérieurement. L’équation 3.14 a ensuite été
utilisée pour déterminer le profil des résistances résiduelles σres(ξ) actives le long du tracé
des fissures critiques (ξ, voir figure 3.7). Ceci a été fait en considérant la cinématique
mesurée (ouvertures w) des fissures critiques qui est présentée à la figure 3.19(a). Des
mesures suffisamment précises n’étaient toutefois pas disponibles pour l’essai SC16b au
sommet de la fissure critique où l’ouverture de la fissure (w) devrait être inférieure à wc .
Dans ce cas, la quantification de l’effet de la résistance résiduelle à la traction n’a donc
malheureusement pas pu être effectuée.
60
Analyse des modes de transmission de l’effort tranchant
Les équations 3.17 et 3.18 montrent que l’intégration sur l’épaisseur des spécimens (b) et
long du tracé de la fissure critique (ξ) des projections sur les axes vertical et horizontal
des contraintes σres(ξ) permet le calcul des forces transmises par la résistance résiduelle
du béton à la traction (Vres et Nres ). La projection des contraintes est faite sur la base
de l’inclinaison de la fissure (α(ξ) ) qui évolue le long de son tracé.
Z
Vres = b σres(ξ) cos α(ξ) dξ (3.17)
ξ
Z
Nres = − b σres(ξ) sin α(ξ) dξ (3.18)
ξ
Les résultats obtenus sont synthétisés dans le tableau 3.5 et la figure 3.19(b) montre le
profil des contraintes résiduelles (σres(ξ) ) ainsi que les forces résultantes (Vres et Nres ).
Comme il peut être remarqué dans le tableau 3.5, ce mode de transmission a une influence
très limitée sur la transmission de l’effort tranchant total notamment en raison de la
taille des spécimens et à l’ouverture importante des fissures. De plus, si l’effet négatif
des contraintes de compression sur la résistance à la traction du béton [Kup69] avait été
considéré, la contribution de ce MTET aurait été ultérieurement réduite. Toutefois, dans
le cas de spécimens avec une hauteur de la section d’avantage limitée (qui développent
donc des fissures moins ouvertes), sa contribution pourrait s’accroı̂tre.
61
3. Modes de transmission de l’effort tranchant dans les éléments en
béton armé
bef = b − 3 db (3.19)
Le comportement adoucissant du béton [Hil83] a été considéré selon les principes déjà
présentés à la section 3.4.4 (voir figure 3.18 et équation 3.14). La présence des armatures
transversales et leur adhérence avec le béton ont également été considérées. Comme
montré à la figure 3.20, les épingles ont aussi été modélisées par des ressorts non-linéaires
espacés d’une distance `w = 150 mm (correspondante à l’espacement des épingles placées
dans les spécimens analysés). Le comportement de ces ressorts est élastique jusqu’à
l’écoulement des épingles puis écrouissant jusqu’à leur rupture (les principes décrivant le
comportement de ce tirant en béton armé ont déjà été présentés à la section 3.4.3, voir
figure 3.15). Les contraintes de compression dans les ressorts non-linéaires étant du même
ordre de grandeur que celles de traction (ce qui sera montré plus loin, voir figure 3.23),
le comportement de ces derniers a été admis élastique-linéaire. Cette hypothèse a été
faite à la fois pour les ressorts modélisant le béton d’enrobage et pour ceux modélisant
les épingles.
Comme mis en avant dans la figure 3.20, la distance entre l’appui des spécimens (bord
interne de la plaque d’appui) et le croisement de la branche inclinée de la fissure critique
avec l’armature flexionnelle peut être considérée en variant la longueur de la console
modélisée (Ldow ). La définition de cette longueur est très importante car elle définit la
rigidité du modèle ainsi que le nombre d’épingles à modéliser et leur position relative à
la fissure critique.
L’utilisation de ce modèle numérique permet de mettre en relation la cinématique de la
fissure critique avec l’effort tranchant transmis par effet goujon (Vdow ). La cinématique
considérée concerne un déplacement vertical (vdow ) qui est imposé à l’extrémité de la
console, comme montré à la figure 3.20.
Il est à noter qu’il a été admis que l’intensité de la force Vdow ne peut pas dépasser
celle qui provoque le début de la plastification de l’armature flexionnelle. Pour cette
raison, la contrainte maximale présente dans l’armature flexionnelle (σs ) ne peut pas
62
Analyse des modes de transmission de l’effort tranchant
Ce modèle numérique a donc été appliqué pour étudier l’effet des principaux paramètres
(Ldow , db , armature transversale) en considérant une console ayant des caractéristiques
similaires à celles des spécimens faisant le sujet du travail de quantification des MTET.
Trois diamètres différents de l’armature flexionnelle (qui est composée par trois barres)
ont été considérés : db = 26 mm, db = 20 mm et db = 14 mm. Les relations obtenues
entre la force d’effet goujon (Vdow ) et la longueur de la console (Ldow ) sont montrées
pour les trois diamètres respectivement dans les figures 3.22(a) à 3.22(c). Chacun de ces
trois graphiques montre les résultats d’un calcul effectué sans les armatures transver-
63
3. Modes de transmission de l’effort tranchant dans les éléments en
béton armé
sales (courbes continues) et d’un autre effectué avec les armatures transversales (courbes
trait-tillées). Tous les calculs ont été effectués pour une déformation imposée constante
vdow = 0.5 mm et pour une contrainte σs(Ns ) = 188 MPa (contrainte due à l’action de
la force Ns , qui peut varier entre 300 kN pour le diamètre db = 26 mm et 87 kN pour le
diamètre db = 14 mm).
4ème épingle
4ème épingle
4ème épingle
1ère
2ème
3ème
1ère
2ème
3ème
1ère
2ème
3ème
Vdow [kN]
60
30
0
0 70 220 370 520 670 0 70 220 370 520 670 0 70 220 370 520 670
Ldow [mm] Ldow [mm] Ldow [mm]
Fig. 3.22: Relation entre la force d’effet goujon et la distance entre l’appui et le
point de croisement de la branche inclinée de la fissure critique avec l’armature
flexionnelle, calculée pour un diamètre de l’armature flexionnelle de : (a) 26 mm ;
(b) 20 mm ; et (c) 14 mm. Tous les calculs ont été effectués avec b = 300 mm,
fctm = 3 MPa, fcm = 40 MPa, fy = 580 MPa, Es = 205 GPa, dbw = 6 mm,
fyw = 500 MPa ftw = 600 MPa, Esw = 205 GPa, Eswh = 1560 MPa, position
”
de la première épingle à 70 mm du bord de la plaque d’appui, `w = 150 mm,
vdow = 0.5 mm et σs(Ns ) = 188 MPa
64
Analyse des modes de transmission de l’effort tranchant
de la longueur Ldow , jusqu’à ce que seulement une force minimale peut encore être
transmise par effet goujon.
– L’effet de la contrainte σs(Ns ) = 188 MPa se traduit par un point d’inflexion dans
les courbes obtenues. Ce point d’inflexion se trouve à une position correspondante à
la longueur Ldow au-dessous de laquelle l’armature flexionnelle se plastifie à cause de
l’action combinée des forces Ns et Vdow . Au-dessous de cette longueur, l’intensité de la
force Vdow doit être bornée, ce qui donne lieu au point d’inflexion dont la position est
très claire pour les diamètres les plus grands (entre la première et la deuxième épingle,
voir figures 3.22(a-b)).
En se référant aux trois essais étudiés (SC12b, SC13b et SC16b), l’effet goujon des arma-
tures flexionnelles peut garantir la transmission d’une certaine partie de l’effort tranchant
(Vdow ) de part à d’autre de la fissure critique. L’analyse de l’allure des fissures critiques
montre des différences assez remarquables au niveau de la longueur Ldow (des longueurs
Ldow = 360 mm, Ldow = 170 mm et Ldow = 70 mm sont à considérer respectivement
pour les essais SC12b, SC13b et SC16b, voir figure 3.23). Les valeurs mesurées des dé-
placements verticaux qui ont été utilisées pour les calculs sont résumées à la figure 3.23.
Cette figure présente également les profils des contraintes dans le béton, les forces dans
les épingles et les forces d’effet goujon (Vdow ) obtenues. Les valeurs de ces dernières sont
également résumées dans le tableau 3.5.
Ces résultats montrent que pour l’essai SC12b, où le croisement de la branche inclinée
de la fissure critique avec l’armature flexionnelle se fait loin de l’appui et de la première
épingle intersectée par la fissure de délamination, la contribution de l’effet goujon est
presque négligeable. Au contraire, la longueur Ldow est beaucoup plus réduite pour l’es-
sai SC13b et en particulier pour l’essai SC16b, rendant conséquente la contribution de
l’effet goujon.
Dans le cas de l’essai SC16b, avec une longueur Ldow très réduite et une valeur particu-
lièrement importante de la déformation verticale imposée (vdow = 1.23 mm), un calcul
itératif a du être entrepris pour trouver la valeur de la force Vdow . En effet, sous l’ac-
tion combinée des contraintes σs(Ns ) (dues à la force de traction Ns ) et des contraintes
σs(Vdow ) (due à la force Vdow ), l’armature flexionnelle se plastifie limitant ainsi l’intensité
de la force Vdow . Comme expliqué dans la section 3.4.1, la nécessité d’un calcul itératif
est due au fait que la valeur de la force de traction Ns (et donc celle des contraintes
σs(Ns ) ) dépend de la valeur de la force Vdow (équations 3.2 à 3.4).
65
3. Modes de transmission de l’effort tranchant dans les éléments en
béton armé
de l’élément. Par conséquent, les forces dans les membrures horizontales diminuent en
s’éloignant du point d’introduction de la charge. Une autre solution d’équilibre est tou-
tefois possible (figure 3.24(b)) avec une inclinaison de la membrure comprimée (angle
αch ). Dans ce cas, une partie de l’effort tranchant (Vch , voir équation 3.5) est directement
transférée par la membrure comprimée. Les bielles inclinées et les étriers dans la partie
centrale de l’élément doivent alors équilibrer uniquement la partie restante de l’effort
tranchant. Il convient également de remarquer que le bras de levier entre la membrure
tendue et celle comprimée diminue en s’éloignant du point d’introduction de la charge,
ce qui signifie que les membrures y sont plus sollicitées que dans le premier modèle.
L’analyse des corps rigides des essais SC12b, SC13b et SC16b (figures 3.9(a-c)) montre
que l’épaisseur de la zone comprimée est très limitée. Cette épaisseur mesure 37 mm
dans le corps rigide de l’essai SC13b (figure 3.9(b)) et 28 mm dans celui de l’essai SC16b
(figure 3.9(c)). De plus, la branche de délamination de la fissure critique dans la zone
comprimée est quasi horizontale (se référer à la définition des branches de la fissure cri-
tique qui a été faite dans la section 3.2), et se trouve proche du niveau des armatures
comprimées. Ces faits impliquent qu’uniquement une inclinaison (αch ) très limitée de la
bielle comprimée permettrait la transmission directe d’une partie de l’effort tranchant à
l’endroit de la zone comprimée. La contribution de la bielle inclinée à la transmission de
66
Analyse des modes de transmission de l’effort tranchant
l’effort tranchant peut donc être négligée car, en considérant l’équation 3.5, l’intensité de
la force Vch tend à s’annuler si l’amplitude de l’angle αch tend à 0. Bien évidemment, une
inclinaison plus importante de la bielle comprime est possible, mais celle-ci n’amènerait
pas à la transmission directe d’un effort tranchant à l’endroit de la zone comprimée.
La composante verticale de cette bielle inclinée devrait donc être transmise plus loin
à travers la fissure critique par l’activation d’autres MTET qui ont déjà été considérés
précédemment (résistance résiduelle du béton à la traction, engrènement des granulats
ou armatures transversales).
Pour l’essai SC12b, l’épaisseur de la zone comprimé au sommet de la fissure critique est
plus importante (72 mm, voir figure 3.9(a)). La contribution de la bielle inclinée à la
transmission d’une partie de l’effort tranchant pourrait donc ne plus être négligeable.
Toutefois, l’épaisseur limitée de cette zone, en comparaison avec la taille du réseau pour
les mesures au déformètre (triangles équilatéraux avec un longueur des côtés de 100 mm,
voir figure 3.1), ne permet pas de disposer de mesures suffisamment détaillées pour l’esti-
mation de l’inclinaison de la bielle et donc de son éventuelle contribution à la transmission
de l’effort tranchant. Par conséquent, la valeur de la force Vch pour l’essai SC12b ne peut
pas être calculée.
Dans la zone comprimée des spécimens, la transmission d’un effort tranchant par effet
goujon des armatures comprimées semble également être difficile. En considérant le mo-
dèle présenté à la section 3.4.5, la distance relativement importante entre le sommet de
la fissure critique et le point d’introduction de la charge (figure 3.9(a-c)) ainsi que le
faible diamètre des armatures comprimées (trois barres de diamètre 10 mm) justifient
cette affirmation et donc le fait de négliger cet effet.
67
3. Modes de transmission de l’effort tranchant dans les éléments en
béton armé
est le cas pour l’essai SC12b, voir figure 3.5(b)) peut donner lieu à des forces verticales
résultantes assez conséquentes.
Fig. 3.25: Résumé des résultats de la quantification des forces agissant sur les
corps rigides
68
Analyse des modes de transmission de l’effort tranchant
(longueur Ldow = 70 mm, voir section 3.4.5) ainsi qu’au fait qu’une épingle se trouve
très proche de ce point (première épingle en direction de la plaque d’appui, voir section
3.4.5). Par contre, pour les essais dans lesquels l’engrènement des granulats a été plus
important (à cause d’une branche inclinée de la fissure critique plus courte, plus raide
et se développant plus loin de l’appui ainsi qu’une ouverture réduite de cette fissure),
la contribution de l’effet goujon devient presque négligéable (5% pour l’essai SC12b
et 10% pour l’essai SC13b).
– L’armature transversale permet la transmission d’une partie non négligeable de l’effort
tranchant (même si dans les spécimens étudiés le taux d’armature transversale est
faible : ρw = 0.063%). La contribution de ce MTET dépend principalement de l’allure
de la fissure critique, et est particulièrement importante pour des fissures critiques
dont la branche inclinée plus allongée intercepte un nombre maximum d’étriers (38%
pour l’essai SC13b et 35% pour l’essai SC16b). Logiquement, sa contribution est réduit
pour des fissures critiques présentant des branches inclinées moins allongées et plus
raides (18% pour l’essai SC12b).
– La résistance résiduelle du béton à la traction a une contribution limitée dans les
essais analysés (5% pour l’essai SC12b, 8% pour l’essai SC13b, inconnue pour l’essai
SC16b). Ceci est principalement dû à l’ouverture conséquente des fissures, liée à la
taille importante des éléments analysés.
– L’inclinaison de la bielle comprimée semble avoir un rôle négligeable dans le cas de ces
essais, notamment pour les essais SC13b et SC16b. Cependant, pour l’essai SC12b sa
contribution pourrait ne pas être négligeable, mais les mesures disponibles n’ont pas
permis sa quantification.
– Ces essais ont permis de mettre en avant des différences importantes concernant la
forme de la fissure critique (figure 3.5(b)) et sa cinématique (figure 3.4(b)). Ceci
conduit à une activation très variée des différents MTET (figure 3.26). Toutefois,
cette variabilité dans l’importance relative de chaque MTET ne semble pas avoir in-
troduit des différences notables au niveau de la résistance des éléments (figure 3.2(f)).
En effet, quand la participation de l’engrènement des granulats est limitée (à cause
d’une fissure critique très ouverte et présentant une branche inclinée plus allongée),
les contributions de l’effet goujon et de l’armature transversale augmentent. Dans le
cas d’éléments sans armature transversale, la contribution directe de l’engrènement
des granulats doit donc être prépondérante, car la contribution des étriers n’est plus
possible, ce qui diminue également la rigidité de l’effet goujon (figure 3.22).
69
3. Modes de transmission de l’effort tranchant dans les éléments en
béton armé
Vp /Vtot Vp /Vtot
1.0
Vp /Vtot
0.8
[-]
0.6
ΣVi
Vtot
Vres
0.4 Vdow
0.2 Vsw
Vagg
0.0
SC12b SC13b SC16b
Fig. 3.26: Importance relative de chaque mode de transmission par rapport à
l’effort tranchant total qui a été quantifié
70
Analyse des modes de transmission de l’effort tranchant
3.4.8 Conclusions
Des essais d’effort tranchant ont été effectués sur des poutres en béton armé avec un faible
taux d’armature transversale. Un travail de quantification des modes de transmission de
l’effort tranchant (MTET) a été réalisé sur la base de la cinématique mesurée de la fissure
critique ainsi qu’en utilisant les modèles physiques existants pour l’étude de chacun de
ces MTET (engrènement des granulats, armature transversale, effet goujon, résistance
résiduelle du béton à la traction, inclinaison de la bielle comprimée). Les conclusions
principales concernant ce travail sont les suivantes :
1. La quantité d’effort tranchant transmise par chaque mode de transmission est for-
tement influencée par l’allure de la fissure critique et par sa cinématique, lesquelles
peuvent varier sensiblement dans les éléments avec un faible contenu d’armature
transversale. L’allure des fissures critiques obtenues dans les éléments analysés ne
semble être influencée ni par le type de béton ni par la valeur du taux d’armature
flexionnelle. La position des armatures transversales semble par contre pouvoir in-
fluencer la position de la branche inclinée centrale de la fissure critique. Dans ce
sens, l’espacement entre les armatures transversales est également un paramètre
important, qui mériterait d’être étudié par des essais supplémentaires.
3. Dans le cas des essais analysés, la quasi totalité de l’effort tranchant est transmise
à l’appui par la contribution combinée de l’engrènement des granulats, de l’effet
goujon et de l’armature transversale. La contribution des MTET restantes est
pratiquement négligeable. Pour des éléments ayant d’autres géométries, certains
autres MTET peuvent cependant devenir plus importants (comme par exemple la
résistance résiduelle du béton à la traction pour d’éléments de petites dimensions
ou la participation de la bielle de compression inclinée).
71
3. Modes de transmission de l’effort tranchant dans les éléments en
béton armé
5. Pour des éléments sans armature transversale, bien que cela n’a pas pu être vérifié,
la contribution de l’engrènement des granulats devrait devenir prépondérante. En
effet, l’absence de l’armature transversale a le double effet d’annuler sa contribution
directe et de diminuer la rigidité du système de transmission de l’effort tranchant
par effet goujon de l’armature flexionnelle.
72
Chapitre 4
Comportement d’éléments
courbes sans armature
transversale soumis à l’effort
tranchant
En juillet 2004, la tranchée couverte de Mitholz (Suisse) a dû être fermée au trafic suite
à un éclatement étendu du béton d’enrobage (figure 4.1). La section de cette tranchée
couverte ne disposait d’aucune armature transversale dans la partie supérieure de la
voûte. Après la fermeture, des inspections ultérieures de l’ouvrage ont permis de détecter
une fissure d’effort tranchant très étendue (figure 4.1(b)) qui s’était développée à partir
de la zone d’éclatement du béton d’enrobage.
Fig. 4.1: Exemple de défaillance dans les éléments courbes. Tranchée couverte
de Mitholz (Suisse) : (a) étayage provisoire de la tranchée couverte suite à un
éclatement étendu du béton d’enrobage dû à un chargement asymétrique de la
structure ; et (b) allure et ouverture de la fissure critique d’effort tranchant observée
73
4. Comportement d’éléments courbes sans armature transversale soumis
à l’effort tranchant
Fig. 4.2: Position de la ligne de pression dans une tranchée couverte en forme de
voûte à faible profondeur, pour le cas : (a) d’un chargement symétrique ; et (b)
d’un chargement asymétrique
Comme montré par la figure 1.4, des situations similaires d’éléments courbes en béton
armé soumis à une combinaison de moments de flexion, d’effort tranchants et d’efforts
normaux peuvent être trouvées dans plusieurs sortes de structures, comme par exemple :
les ponts en arc, les silos et les structures submergées, les conduites et les tunnels ainsi
que les voûtes et les coques.
Des recherches visant à étudier le comportement d’éléments courbes sans armature trans-
versale soumis à la flexion pure (V = 0) et développant des forces de déviation (figure
4.3) ont été effectuées par différents auteurs [Fei74, Neu81, Int04, Fer10]. Ces travaux
ont permis de mieux comprendre les mécanismes reliés aux ruptures par éclatement
du béton d’enrobage (se produisant sur des éléments ayant des rayons de courbure po-
sitifs, Rs > 0). Ce type de rupture n’est pas étudié dans le cadre de cette thèse, et
les méthodes de calcul proposées par les auteurs des recherche existantes, qui préco-
nisent que l’éclatement intervient quand les contraintes de traction radiales agissant
74
État de l’art et justification de l’étude
3 V 3 M
τxy = ; σx = 0 ; et σy = (4.2)
2 bh 2bhR
où τxy est la contrainte de cisaillement, σx la contrainte tangentielle, σy la contrainte
radiale, V l’effort tranchant, M le moment de flexion, b l’épaisseur et h la hauteur de
l’élément et R le rayon de courbure de l’élément mesuré au centre de la section (h ¿ R).
En regroupant les équations 4.1 et 4.2, on parvient à mettre en évidence la relation entre
l’effort tranchant (V ) et le moment de flexion (M ) dans les éléments courbes (où la
courbure est définie par 1/R) :
sµ ¶2 µ ¶2
2 M M
V =bh fctm − − (4.3)
3 2bhR 2bhR
L’allure de la courbe définie par l’équation 4.3 est présentée à la figure 4.4(b). Elle
met en avant le fait que la résistance à l’effort tranchant est fortement influencée par
la présence des forces de déviation (décrites au travers du rapport M/R) découlant
de l’action du moment de flexion sur les différents éléments courbes. Il faut cependant
souligner que les résultats de cette analyse élastique doivent être interprétés uniquement
75
4. Comportement d’éléments courbes sans armature transversale soumis
à l’effort tranchant
de manière qualitative et que cette approche n’est pas applicable pour le calcul d’éléments
en béton armé fissurés. En effet, dans les éléments fissurés, différents modes de rupture
peuvent intervenir réduisant sensiblement la résistance des éléments en comparaison à
celle prédite par l’analyse élastique (équation 4.3). Ceci est mis en avant par les courbes
trait-tillées de la figure 4.4(b), qui permettent de présenter les considérations suivantes :
76
État de l’art et justification de l’étude
Fig. 4.4: Étude de l’interaction moment de flexion / effort tranchant dans les élé-
ments courbes en béton armé : (a) contraintes élastiques agissant à la fibre centrale
de la section ; (b) analyse élastique et comportement réel fissuré des éléments ; (c)
rupture d’effort tranchant d’éléments avec une courbure négative ; (d) rupture d’ef-
fort tranchant d’éléments avec une courbure positive ; et (e) rupture par éclatement
du béton d’enrobage d’éléments avec une courbure positive
Fig. 4.5: Contraintes radiales aggissant dans l’âme des éléments : (a) avec une
courbure négative (contraintes de compression) ; (b) sans courbure (contraintes
nulles) ; et (c) avec une courbure positive (contraintes de traction)
L’effet de l’action combinée d’un moment de flexion (et donc des forces de déviation) et
d’un effort tranchant sur les éléments courbes n’a pas encore été étudié de façon étendue.
Toutefois, des travaux dans ce sens ont été effectuées par :
77
4. Comportement d’éléments courbes sans armature transversale soumis
à l’effort tranchant
Fig. 4.6: Essais existants dans la littérature avec une interaction moment de flexion
/ effort tranchant. Géométrie, type de rupture observé et état de contraintes dans
l’âme des spécimens : (a,b) non-prismatiques analysés par Kani [Kan79] ; (c,d)
analysés par Intichar et al. [Int04]
78
Campagne d’essais
campagne d’essais, qui est présentée dans la section 4.2, a permis d’étudier l’effet des
contraintes radiales introduites par la courbure des éléments (figures 4.5(a) et 4.5(c)) en
comparaison au comportement des éléments sans courbure (figure 4.5(b)).
h
Rs = Ravg + −d (4.4)
2
Une première série de cinq spécimens a permis d’étudier l’effet du rayon de courbure avec
un taux d’armature flexionnelle constant (ρ = 1.53%, obtenu avec trois barres d’arma-
ture d’un diamètre db = 26 mm). La valeur du rayon de courbure était respectivement
de Ravg = 3700 mm pour les spécimen SC7, 5350 mm pour le spécimen SC11, -3700 mm
pour le spécimen SC14 et -5350 mm pour le spécimen SC15. Un spécimen droit (spéci-
men SC12, ρ = 1.53%, Ravg = ∞) a été utilisé comme référence afin d’apprécier l’effet
79
4. Comportement d’éléments courbes sans armature transversale soumis
à l’effort tranchant
du rayon de courbure sur le comportement des éléments. L’effet d’un rayon de courbure
positif (Ravg = 3700 mm) a aussi été étudié avec le spécimen SC8 ayant un taux d’arma-
ture flexionnelle inférieur (ρ = 1.09%, db = 22 mm), en comparaison à un spécimen droit
de référence (spécimen SC13, ρ = 1.09%, Ravg = ∞). Il faut souligner que les spécimens
SC12 et SC13 sont les mêmes qui ont déjà été présentés dans le chapitre 3. Les essais pris
en compte dans ce cas sont bien évidemment ceux effectués du côté des spécimens sans
armature transversale (essais SC12a et SC13a). Une deuxième série de quatre spécimens
a permis d’étudier l’effet du taux d’armature flexionnelle (ρ) pour un rayon de cour-
bure constant (Ravg = 3700 mm). Le taux d’armature valait respectivement ρ = 1.53%
(db = 26 mm) pour le spécimen SC7, 1.09% (db = 22 mm) pour le spécimen SC8, 0.90%
(db = 20 mm) pour le spécimen SC9 et 0.72% (db = 18 mm) pour le spécimen SC10. Il
faut souligner que ces valeurs du taux d’armature, ainsi que la géométrie des spécimens
SC7 à SC10, sont identiques à celles des spécimens ECP1 à ECP4 composant la série
d’essais effectuée par Fernández et al. [Fer10] pour l’étude du phénomène d’éclatement
du béton d’enrobage dans les éléments courbes soumis à la flexion pure (flexion quatre
points). Pour tous les spécimens, l’épaisseur du béton d’enrobage a été fixée à 40 mm, ce
qui signifie que la hauteur statique nominale (dnom ) était comprise entre 347 mm (pour
les spécimens avec ρ = 1.53%) et 351 mm (pour le spécimen SC10 avec ρ = 0.72%).
La figure 4.8(a) met en avant la géométrie des spécimens ainsi que de leur armature
(exemple fait sur la base d’un spécimen avec une courbure positive, d’avantages d’in-
formations sont disponibles ailleurs [Cam12]). Des étriers ont été placés dans les zones
d’ancrage de l’armature flexionnelle afin d’éviter toute rupture non désirée à l’exté-
rieur de la zone étudiée. L’armature comprimée, identique pour tous les spécimens, était
composée de deux barres de diamètre 12 mm. Dans la zone centrale des spécimens,
des armatures transversales (perpendicularaires à l’armature flexionnelle) d’un diamètre
de 16 mm ont aussi été placées au niveau de l’armature flexionnelle à un intervalle
de 150 mm. Ces dernières, representent les armatures longitudinales typiquement exis-
tantes dans des structures en béton armé au comportement bi-directionnel (telles que,
par exemple, des tranchées couvertes, voir figure 4.2).
Le tableau 4.1 résume les caractéristiques principales des spécimens : les rayons de cour-
bure Ravg et Rs , l’épaisseur (b) et la hauteur (h) effectives de la section, la hauteur
statique de l’armature flexionnelle (d), le diamètre de l’armature flexionnelle (db ) ainsi
que la valeur effective du taux d’armature flexionnelle (ρ). Le tableau 4.2 résume les
propriétés principales des matériaux : le diamètre maximal des granulats (dg ), les ré-
sistances moyennes à la compression (fcm ) et à la traction (fctm ) du béton ainsi que
la limite d’écoulement de l’armature flexionnelle (fy ). Par simplicité, dans la suite du
chapitre, les références aux spécimens seront faites en utilisant la valeur nominale de leur
taux d’armature flexionnelle (ρ = 1.53%, 1.09%, 0.90% et 0.72%).
80
Campagne d’essais
Le bâti de charge est présenté à la figure 4.8(b). Les spécimens étaient soumis à une
flexion trois points, avec une longueur de la travée L = 2440 mm. Le rapport entre la
longueur de la portée d’effort tranchant (a = L/2 = 1220 mm) et la hauteur statique
nominale de l’armature (dnom ≈ 348 mm) était égal à 3.51 pour tous les spécimens. Une
charge ponctuelle Q = 2 V (V étant l’effort tranchant à transmettre à chaque appui)
était appliquée au centre du spécimen qui était le point fixe horizontal du banc d’essai.
Les dimensions de la plaque métallique d’introduction de la charge placée directement
sous le vérin hydraulique étaient de 300 x 80 x 25 mm. Dans la plupart des essais, les
plaques d’appuis permettant les rotations et les déplacements horizontaux des spécimens,
avaient des dimensions de 300 x 160 x 20 mm (figure 4.8(b)). Par contre, leur dimension
était de 300 x 200 x 40 mm dans le cas des essais SC12a et SC13a.
Lors des essais, plusieurs mesures ont été effectuées pour suivre le comportement des
spécimens [Cam12]. Des capteurs inductifs ont permis de mesurer les déplacements ver-
ticaux (figure 4.8(b)) et des jauges oméga ont permis de mesurer les déformations le
long de l’armature flexionnelle. Des mesures discontinues ont également été effectuées
manuellement avec un déformètre [Cam11c] sur la surface des spécimens (voir section
3.3 et annexe A). Des paliers de mesure ont été effectués à des niveaux de charge sélec-
tionnés lors du chargement. Ces mesures ont ainsi permis le suivi de la cinématique des
81
4. Comportement d’éléments courbes sans armature transversale soumis
à l’effort tranchant
fissures, pour laquelle d’avantage de détail sont donnés dans le rapport d’essai [Cam12].
82
Campagne d’essais
droit avec le même taux d’armature flexionnelle (Vmax(R=∞)∗ ). De plus, le tableau ré-
∗
sume les rapports entre la résistance normalisée (Vmax ) des spécimens avec un rayon de
courbure Ravg = 3700 mm et un taux d’armature flexionnelle variable et celle de l’essai
∗
de référence avec un taux d’armature flexionnelle ρ = 1.53% (Vmax(ρ=1.53) ).
Les figures 4.11 et 4.12 montrent l’état de la fissuration observé pour chaque spéci-
men respectivement au dernier palier de mesures au déformètre avant la rupture et à
la rupture des spécimens. Pour simplifier la comparaison des résultats d’essais, toutes le
ruptures ont été représentées du même côté par symétrie axiale.
Tab. 4.3: Résultats de la série d’essais
∗ ∗
∗ a
Vmax Vmax
Ravg ρ δv,max Vmax Vmax ∗ ∗
spécimen Vmax(R=∞) Vmax(ρ=1.53)
√
[mm] [%] [mm] [kN] [ Mpa] [-] [-]
SC7 3700 1.54 5.4 130.0 0.186 0.86 1.00
SC8 3700 1.08 7.1 131.0 0.184 0.94 0.99
SC9 3700 0.90 7.4 116.5 0.169 0.78 0.91
SC10 3700 0.73 15.1 116.5 0.170 0.79 0.91
SC11 5350 1.54 1.5 120.0 0.171 0.79 -
SC12a ∞ 1.49 6.2 148.5 0.216 - -
SC13a ∞ 1.06 6.5 137.0 0.195 - -
SC14 -5350 1.53 2.8 154.0 0.220 1.02 -
SC15 -3700 1.54 12.6 166.5 0.239 1.11 -
∗ Vmax
a : Vmax = √
b d fcm
83
4. Comportement d’éléments courbes sans armature transversale soumis
à l’effort tranchant
SC15
SC14 SC12
[ MPa]
0.2 SC13
SC7 SC7 SC8
SC11 SC8 SC10
√
SC9
bd fcm
V
√
0.1
0.0
0 4 8 12 16 0 4 8 12 16 0 4 8 12 16
δv [mm] δv [mm] δv [mm]
Fig. 4.9: Résultats de la série d’essais. Relations entre l’effort tranchant appliqué et
la déformation verticale mesurée à mi-travée pour : (a) les spécimens avec un taux
d’armature constant (ρ = 1.53%) et un rayon de courbure variable ; (b) les spéci-
mens avec un taux d’armature constant (ρ = 1.09%) et un rayon de courbure va-
riable ; et (c) les spécimens avec un rayon de courbure constant (Ravg = 3700 mm)
et un taux d’armature variable
SC15
SC12
[ MPa]
SC14 SC13
0.2 SC7 SC8 SC8 SC7
SC11
Vmax √
SC9 SC10
bd fcm
√
0.1
0.0
-0.6 -0.3 0.0 0.3 0.6 -0.6 -0.3 0.0 0.3 0.6 -0.6 -0.3 0.0 0.3 0.6
a a a
[-] [-] [-]
Rs Rs Rs
84
Campagne d’essais
Fig. 4.11: Résultats de la série d’essais : fissuration observée au dernier palier des
mesures au déformètre avant la rupture des spécimens (toutes les ruptures ont été
représentées du même côté par symétrie axiale)
85
4. Comportement d’éléments courbes sans armature transversale soumis
à l’effort tranchant
86
Campagne d’essais
Sur la base des résultats obtenus, les considérations suivantes peuvent être faites :
– toutes les ruptures se sont produites de manière fragile avec la formation d’une fissure
typique d’effort tranchant (figures 4.9(a-c) et 4.12). Toutefois, pour le spécimen SC10
(avec le taux d’armature le plus faible ρ = 0.72%), un début de plateau plastique a
pu être obsérvé.
– Après la rupture, l’allure de la fissure critique montre, dans plusieurs spécimens, une
branche de délamination longeant l’armature flexionnelle. La longueur de cette branche
de délamination est particulièrement prononcée pour les spécimens ayant une courbure
positive (SC7 à SC11). Dans le cas de ces essais, de nombreuses fissures longeant
l’armature flexionnelle peuvent être observées (figure 4.12). Pour les spécimens SC7 à
SC10, elles étaient déjà bien développées avant la rupture (figure 4.11), contrairement
au spécimens SC11 (ayant une courbure inférieure) dans lequel elles étaient moins
prononcées. Pour les spécimens SC12 à SC15, la présence de ces fissures est moins
évidente, même au moment de la rupture. Les fissures longeant l’armature flexionnelle
peuvent être ainsi mises en relation avec la courbure des éléments : si elle donne lieu
à la formation de contraintes de traction dans l’âme des spécimens (ce qui est le cas
pour des rayons de courbure positifs, voir figure 4.5(c)) la propagation de ces fissures
est plus prononcée.
– Concernant l’allure de la fissure critique, une influence claire de la courbure des élé-
ments ne peut pas être observée directement. En particulier, la position de la branche
inclinée dans l’âme des spécimens est très variable (se référer en particulier aux spéci-
mens SC7 à SC11, voir figure 4.12). Cependant, il semble que cette branche inclinée
ait tendance à se développer plus à proximité des appuis dans le cas d’une courbure
négative (spécimens SC14 et SC15, voir figure 4.12), donnant donc lieu à une branche
de délamination le long de l’armature flexionnelle plus courte. Ceci peut éventuelle-
ment s’expliquer par le fait que, dans le cas d’une courbure négative, les contraintes
de compression qui se développent dans l’âme (figure 4.5(a)) ont comme effet de li-
miter l’ouverture des fissures, permettant ainsi la formation d’un nombre de fissures
plus important avant que les déformations se localisent dans la fissure critique. Au
contraire, les contraintes de traction qui se développent dans le cas d’une courbure
positive (figure 4.5(c)) et qui accentuent l’ouverture des fissures, ont comme effet d’ac-
célérer la localisation des déformations et donc le développement de la fissure critique.
Ceci est mis en avant par la figure 4.11, dans laquelle il est assez évident que la largeur
de la zone dans laquelle les spécimens sont fissurés augmente avec la diminution de la
courbure (ce qui est bien visible en comparant les spécimens SC7 et SC15).
– L’effet de la courbure des éléments sur leur résistance à l’effort tranchant est mis en
avant très clairement à la figure 4.10(a) ainsi que par les rapports Vmax ∗ /V ∗
max(R=∞)
résumés dans le tableau 4.3. Ainsi, une augmentation de la résistance apparaı̂t pour
les spécimens avec une courbure négative (augmentation de 2% pour l’essai SC14 et
de 11% pour l’essai SC15) et une diminution de la résistance pour ceux avec une
87
4. Comportement d’éléments courbes sans armature transversale soumis
à l’effort tranchant
courbure positive (14% pour l’essai SC7 et 21% pour l’essai SC11) en comparaison
avec le spécimen droit de référence avec le même taux d’armature flexionnelle (SC12a,
R = ∞ et ρ = 1.53%). La même tendence, toutefois plus nuancée, peut être observée
pour les spécimens avec un taux d’armature flexionnelle ρ = 1.09% (SC8 et SC13a,
voir figure 4.10(b) et tableau 4.3).
– La figure 4.9(c) montre que, pour les spécimens avec un rayon de courbure constant
(Ravg = 3700 mm), le déplacement vertical maximal au moment de la rupture (et par
conséquent l’ouverture des fissures) est fortement influencé par la valeur du taux d’ar-
mature flexionnelle. Toutefois, la résistance des spécimens est plutôt constante, avec
une réduction modérée pour les deux spécimens avec les taux d’armature flexionnelle
inférieurs (SC9 et SC10, voir figure 4.10(c) et tableau 4.3).
VR,cc 1 1
√ = (4.5)
b d fcm 3 εd
1 + 120
16 + dg
Pour un élément droit (sans courbure, Rs = ∞), l’intensité de la force qui doit être
transmise à travers la fissure critique (Vcc ) correspond à celle de l’effort tranchant agis-
sant dans l’élément (V ). Par conséquent, la résistance d’un tel élément (VR,csct ) peut
être calculée par l’équation 4.5, en admettant VR,csct = VR,cc .
88
Analyse des éléments courbes avec la théorie de la fissure critique
Les principes de la théorie de la fissure critique [Mut08a] peuvent être retenus pour le
calcul de la résistance d’éléments courbes. Toutefois, l’influence des forces de déviation
générées par la courbure doit être considérée. La figure 4.5 permet de comprendre que
les contraintes radiales agissant dans l’âme des éléments courbes ont pour effet de faire
varier l’intensité de la force qui doit être transmise à travers la fissure critique (Vcc ).
Fig. 4.13: Corps rigides considérés pour le calcul de la force de déviation modifiant
la force totale qui doit être transmise à travers la fissure critique : (a) éléments avec
une courbure positive ; et (b) éléments avec une courbure négative. Diagrammes
d’équilibre des forces : (c) éléments avec une courbure positive ; et (d) éléments
avec une courbure négative
89
4. Comportement d’éléments courbes sans armature transversale soumis
à l’effort tranchant
Pour mieux comprendre cela, deux corps rigides respectivement avec une courbure po-
sitive et négative, sont montrés aux figures 4.13(a) et 4.13(b)). La forme de ces corps
rigides est définie par une fissure inclinée d’effort tranchant et par une fissure de déla-
mination le long de l’armature flexionnelle (laquelle se forme plus facilement dans le cas
d’une courbure positive, en raison des contraintes de traction qui agissent sur le béton
d’enrobage, voir figure 4.13(a)). Comme montré aux figures 4.13(c-d), due à l’inclinaison
(α) de la force de traction agissante dans l’armature flexionnelle (Fs ), une force verticale
supplémentaire (∆V ) doit être transmise à travers la fissure critique :
Vcc = V + ∆V (4.6)
Pour cette raison, il peut être considéré que la rupture des éléments se produit quand
l’intensité de cette force (Vcc ) est égale à la force maximale qui peut être transmise à
travers la fissure critique (VR,cc , définie par l’équation 4.5). Par conséquent, la résistance
théorique à l’effort tranchant d’éléments courbes (VR,csct ) peut être définie par :
√
bd
fcm
VR,csct = µ ¶ − ∆V (4.7)
εd
3 1 + 120
16 + dg
La valeur de la force de déviation supplémentaire à transmettre à travers la fissure
critique (∆V ) peut être calculée en considérant l’équilibre des corps rigides présentés à
la figure 4.13 et en faisant l’hypothèse des petits angles :
V a V a
∆V = Fs sin (α) = sin (α) ≈ α (4.8)
z1 z1
où Fs est la force de traction agissante dans l’armature flexionnelle dans un point défini
par la distance λ d (dont la valeur sera discutée plus loin), α est l’inclinaison de la force
de traction Fs qui peut être calculée selon :
µ ¶
λd λd
α = asin ≈ (4.9)
Rs Rs
et z1 est la distance verticale (mesuré dans la section centrale de l’élément, voir figures
4.13(a-b)) entre la force de traction agissante dans l’armature flexionnelle (Fs ) et la force
de compression (Fc ). Sa valeur peut être calculée selon :
(λ d)2 (λ d)2
z1 = z + − (4.10)
2 Rs Rs
où z = d − x/3 (où x est la hauteur de la zone comprimée, voir équation 2.8) est le bras
de levier mesuré au centre de l’élément (figure 2.9). En introduisant les équations 4.9 et
4.10 dans l’équation 4.8, il résulte que la valeur de la force de déviation supplémentaire
à transmettre à travers la fissure critique ∆V se calcul par :
2λda
∆V = V (4.11)
2 z Rs − (λ d)2
90
Analyse des éléments courbes avec la théorie de la fissure critique
– pour des éléments droits (sans courbure, Rs = ∞), la valeur de de la force de déviation
∆V est évidemment nulle. Ceci signifie que la résistance donnée par l’équation 4.7 est
identique à celle donnée par la théorie de la fissure critique (voir équation 2.9).
– Des valeurs positives du rayon de courbure de l’armature flexionnelle (Rs > 0),
donnent lieu à des valeurs positives de la force de déviation ∆V . Pour cette raison, la
force totale à transmettre à travers la fissure critique est augmentée (Vcc , voir équation
4.6).
– Des valeurs négatives du rayon de courbure de l’armature flexionnelle (Rs < 0),
donnent lieu à des valeurs négatives de la force de déviation ∆V . Pour cette rai-
son, la force totale à transmettre à travers la fissure critique est diminuée (Vcc , voir
équation 4.6).
– Pour des valeurs positives du rayon de courbure de l’armature flexionnelle (Rs > 0,
donc ∆V > 0) la résistance des éléments diminue si comparée à celle des éléments
droits (∆V = 0, voir équation 4.7)
– Pour des valeurs négatives du rayon de courbure de l’armature flexionnelle (Rs < 0,
donc ∆V < 0) la résistance des éléments augmente si comparée à celle des éléments
droits (∆V = 0, voir équation 4.7)
91
4. Comportement d’éléments courbes sans armature transversale soumis
à l’effort tranchant
comparaisons entre les résistances des spécimens d’essai et les résistances calculées avec
la théorie de la fissure critique sont montrées aux figures 4.14(a-d) respectivement pour
les quatre groupes de spécimens présentant le même taux d’armature flexionnelle. Ces
¡ √ ¢
figures mettent en avant les résistances normalisées des spécimens (Vmax / b d fcm )
¡ √ ¢
ainsi que les résistance normalisées calculées (VR,csct / b d fcm ) en fonction du rapport
a/Rs entre la longueur de la portée d’effort tranchant (a) et le rayon de courbure de
l’armature flexionnelle (Rs ). Les calculs ont été effectués selon le modèle de base de la
théorie de la fissure critique (courbes point-tillées) qui ne tient pas compte de la courbure
des éléments (voir équation 4.7 avec ∆V = 0) et selon le modèle modifié pour considérer
cet effet (courbes continues, voir équation 4.7 avec ∆V = f (Rs )). L’analyse de ces fi-
gures confirme que la résistance à l’effort tranchant est augmentée pour les éléments avec
une courbure négative et diminuée pour ceux avec une courbure positive, en accord avec
les observations expérimentales. Une comparaison entre les résistances calculées (VR,csct )
et celles obtenues dans les essais (Vmax ) est faite dans le tableau 4.4. Ce tableau montre
que pour tous les spécimens, les résistances déterminées sont en bon accord avec celles
obtenues lors des essais et ce autant pour les calculs effectués avec le modèle de base de la
théorie de la fissure critique (avec ∆V = 0) ainsi que pour ceux effectués avec le modèle
modifié pour considérer l’effet de la courbure des éléments (∆V = f (Rs )). Le modèle
de base présente une moyenne du rapport Vmax /VR,csct légèrement meilleure (1.09 au
lieu de 1.13) en comparaison au modèle modifié. Toutefois, le coefficient de variation
(CoV), et en particulier le coefficient de corrélation (CoC, de 0.63 à 0.91), s’améliorent
sensiblement par la prise en compte de la courbure des éléments.
Tab. 4.4: Comparaison entre les résistances prédites avec la théorie de la fissure
critique (modèle de base et modèle modifié) ainsi que les résistances des spécimens
essai ∆V = 0 ∆V = f (Rs )
a Vmax Vmax
Vmax VR,csct VR,csct
spécimen Rs VR,csct VR,csct
[-] [kN] [kN] [-] [kN] [-]
SC7 0.34 130.0 135.3 0.96 119.1 1.09
SC8 0.34 131.0 120.6 1.09 107.0 1.22
SC9 0.34 116.5 109.5 1.06 97.4 1.20
SC10 0.34 116.5 100.5 1.16 89.8 1.30
SC11 0.23 120.0 135.7 0.88 124.1 0.97
SC12a 0.00 148.5 133.8 1.11 133.8 1.11
SC13a 0.00 137.0 119.7 1.14 119.7 1.14
SC14 -0.22 154.0 135.5 1.14 148.6 1.04
SC15 -0.32 166.5 134.9 1.23 154.5 1.08
moy 1.09 moy 1.13
CoV 0.10 CoV 0.09
CoC 0.63 CoC 0.91
92
Analyse des éléments courbes avec la théorie de la fissure critique
(a) (b)
ρnom = 1.53% ρnom = 1.09%
0.4
éléments
courbes
0.3
√ [ MPa]
SC15
SC14 SC12
√
SC11
V
éléments
0.1 droits
∆V = 0 ∆V = 0
∆V = f (Rs ) ∆V = f (Rs )
0.0
(c) (d)
ρnom = 0.90% ρnom = 0.72%
0.4
0.3
√ [ MPa]
√
0.1
∆V = 0 ∆V = 0
∆V = f (Rs ) ∆V = f (Rs )
0.0
-0.8 -0.4 0.0 0.4 0.8 -0.8 -0.4 0.0 0.4 0.8
a a
[-] [-]
Rs Rs
Fig. 4.14: Comparaison entre les résistances prédites avec la théorie de la fissure
critique (courbes point-tillées pour le modèle de base et courbes continues pour le
modèle modifié tenant compte de la courbure des éléments) et les résistance des
spécimens avec un taux d’armature flexionnelle : (a) ρ = 1.53% ; (b) ρ = 1.09% ;
(c) ρ = 0.90% ; et (d) ρ = 0.72%
93
4. Comportement d’éléments courbes sans armature transversale soumis
à l’effort tranchant
de cette distance est en effet particulièrement importante car elle permet d’apprécier
la facilité avec laquelle les fissures peuvent pénétrer dans la bielle en affaiblissant sa
résistance [Vec86]. Dans le cas d’une distance zv plus importante, les fissures inter-
ceptent moins facilement la bielle, conduisant à une résistance supérieure de l’élément.
Au contraire, pour une distance zv inférieure, la résistance des éléments peut diminuer
à cause de l’endommagement précoce de la bielle pénétrée par les fissures. La prise en
compte de cette variation de distance peut se faire en considérant une position différente
de la fibre de référence (yref 6= 0.6). En effet, si la distance zv dans les éléments courbes
augmente par rapport à celle des éléments droits, une valeur yref < 0.6 doit alors être
définie. Ceci donne lieu à des résistance plus importantes car la valeur de la déformation
de référence diminue (ε, voir équation 2.7). Au contraire, si cette distance diminue, une
valeur yref > 0.6 devra être considérée.
La position et la forme théoriques de la bielle (appui direct) sont montrées aux figures
4.15(a) à 4.15(c) respectivement pour les éléments avec une courbure négative, nulle
(éléments droits) et positive. La figure 4.15(b) montre que pour des éléments droits, la
positon et la forme de la bielle théorique sont déterminées par une droite reliant le point
d’application de la charge à l’appui. Par contre, les bielles qui se développent dans les élé-
ments avec une courbure négative et positive présentent une allure légèrement courbe due
à l’action des contraintes radiales qui se développent dans l’âme des éléments (figure 4.5).
Il peut être observé que l’orientation de la courbure des bielles théoriques correspond à
celle de l’armature flexionnelle (figures 4.15(a,c)). La position théorique de la bielle peut
être définie avec un modèle bielles-et-tirants. Les principes de ce modèle sont présentés
à la figure 4.16. Autre que les éléments représentant l’armature flexionnelle (tirants)
et la zone comprimée (bielles), des éléments radiaux composent également les modèles
bielles-et-tirants. Dans le cas d’éléments avec une courbure positive (qui développe des
contraintes radiales de traction, voir figure 4.5(c)), les éléments radiaux sont des tirants
qui augmentent progressivement l’inclinaison de la bielle (angle β qui augmente en di-
rection de l’appui, voir figures 4.15(c) et 4.16). Au contraire, dans le cas d’éléments avec
une courbure négative (qui développe des contraintes radiales de compression, voir figure
4.5(a)), les éléments radiaux sont des bielles qui réduisent progressivement l’inclinaison
de la bielle (angle β, voir figures 4.15(a) et 4.16). La résolution de l’équilibre du modèle
bielles-et-tirants peut être effectuée par un calcul numérique (figure 4.16), dont les for-
mules principales sont données aux équations 4.12 à 4.17. Il convient de souligner que ce
modèle prévoit des valeurs constantes de la force de traction agissante dans l’armature
flexionnelle (Fs ) et des valeurs variables de la force de compression agissante dans la
bielle (Fc ).
V a
Fs = (4.12)
z
µ ¶
xi
θi = asin i = 1, . . . , n (4.13)
Rs
94
Analyse des éléments courbes avec la théorie de la fissure critique
Fig. 4.15: Position et forme théoriques de la bielle (appui direct) : (a) éléments
avec une courbure négative ; (b) éléments sans courbure ; et (c) éléments avec une
courbure positive
Rs
`i = (θi+1 − θi−1 ) i = 1, . . . , n − 1
2
(4.14)
Rs
`n = (θn − θn−1 )
2
Fs
ft,i = `i i = 1, . . . , n (4.15)
Rs
q
Fc,1 = (V + ft,1 )2 + Fs2
v 2 2
u
u j=i
X j=i
X
u (4.16)
Fc,i = tFc,1 cos β1 − ft,j sin θj + −Fc,1 sin β1 − ft,j cos θj
j=2 j=2
i = 2, . . . , n − 1
V + ft,1
β1 = atan
Fs
j=i
à ! (4.17)
Rs X 2 − F2
ft,j 2
c,j−1 − Fc,j
βi = β1 + acos i = 2, . . . , n − 1
|Rs | −2 Fc,j−1 Fc,j
j=2
95
4. Comportement d’éléments courbes sans armature transversale soumis
à l’effort tranchant
base des spécimens similaires à celles des spécimens de la série d’essai (voir section 4.2,
a = 1220 mm, d = 360 mm, ρ = 1.53%, Ec = 35 GPa et Es = 205 GPa) et en faisant
varier la valeur du rayon de courbure de l’armature flexionnelle (avec une borne de sa
valeur fixée à |Rs | ≥ a, donc une plage du rapport a/Rs comprise entre -1 et 1). Les résul-
tats de cette étude sont montrés à la figure 4.17(a) (courbes continues) qui met en avant
la variation de la distance zv en fonction du rapport a/Rs . La variation de la distance zv
est représentée par le rapport ∆zv = zv,Rs /zv,ref entre la distance calculée pour un élé-
ment courbe (zv,Rs ) et celle de l’élément de référence sans courbure (zv,ref ). Ce rapport
à été calculé à différentes distances (s, voir figure 4.15(b)) du point d’application de la
charge. Les résultats obtenus montrent que la distance zv augmente légèrement dans le
cas des éléments courbes. Comme montré par la figure 4.17(a) (courbes point-tillées),
cette variation peut être fidèlement approximée par une fonction parabolique du type :
µ ¶2
a
∆zv = cneg si Rs < 0
Rs
µ ¶2 (4.18)
a
∆zv = cpos si Rs > 0
Rs
96
Analyse des éléments courbes avec la théorie de la fissure critique
où cneg est la valeur de ∆zv calculée pour Rs = −a et cpos celle calculée pour Rs = a
(dans la figure 4.17(a), cneg = 0.036 et cpos = 0.024 pour la courbe qui se réfère à
s = 1.0 d). La figure 4.17(b) montre l’effet du rapport a/d entre la longueur de la portée
d’effort tranchant (a) et de la hauteur statique de l’armature flexionnelle (d) sur la valeur
∆zv . Des tendances similaire à celle montrée à la figure 4.17(a) sont observées. De plus,
il peut être observé que la réduction du rapport a/d conduit à l’augmentation de la
valeur de ∆zv . Ceci signifie qu’en considérant une portée d’effort tranchant et un rayon
de courbure donnés (rapport a/Rs fixe), l’effet de la courbure des éléments est accentué
pour des éléments avec une hauteur statique plus importante, ce qui est raisonnable.
(a) (b)
0.08
calcul numérique
parabole
0.06
a/d = 2
∆zv [-]
0.04 s = 1.5 d 3
1.0 d 4
0.5 d 5
0.02
0.00
-1.0 -0.5 0.0 0.5 1.0 -1.0 -0.5 0.0 0.5 1.0
a a
[-] [-]
Rs Rs
Fig. 4.17: Variation de la distance entre la bielle théorique (appui direct) et l’ar-
mature flexionnelle en fonction du rapport entre la longueur de la portée d’effort
tranchant et le rayon de courbure de l’armature flexionnelle (calculs effectués avec
ρ = 1.53%, Ec = 35 GPa et Es = 205 GPa) : (a) spécimens avec des caractéris-
tiques similaires à ceux de la série d’essais (a = 1220 mm, d = 360 mm) ; et (b) effet
du rapport entre la longueur de la portée d’effort tranchant et la hauteur statique
des éléments (calculs effectués à la position s = 1.0 d)
97
4. Comportement d’éléments courbes sans armature transversale soumis
à l’effort tranchant
Tab. 4.5: Comparaison entre les résistances prédites avec la théorie de la fissure
critique (modèle de base et modèles modifiés) et les résistances des spécimens
∆V = 0 ∆V = f (Rs ) ∆V = f (Rs )
essai
yref = 0.6 yref = 0.6 yref = f (Rs )
a Vmax Vmax Vmax
Vmax VR,csct VR,csct yref VR,csct
spécimen Rs VR,csct VR,csct VR,csct
[-] [kN] [kN] [-] [kN] [-] [-] [kN] [-]
SC7 0.34 130.0 135.3 0.96 119.1 1.09 0.53 129.6 1.00
SC8 0.34 131.0 120.6 1.09 107.0 1.22 0.53 116.0 1.13
SC9 0.34 116.5 109.5 1.06 97.4 1.20 0.53 105.5 1.10
SC10 0.34 116.5 100.5 1.16 89.8 1.30 0.53 97.1 1.20
SC11 0.23 120.0 135.7 0.88 124.1 0.97 0.57 128.9 0.93
SC12a 0.00 148.5 133.8 1.11 133.8 1.11 0.60 133.8 1.11
SC13a 0.00 137.0 119.7 1.14 119.7 1.14 0.60 119.7 1.14
SC14 -0.22 154.0 135.5 1.14 148.6 1.04 0.57 154.2 1.00
SC15 -0.32 166.5 134.9 1.23 154.5 1.08 0.54 167.4 0.99
moy 1.09 moy 1.13 moy 1.07
CoV 0.10 CoV 0.09 CoV 0.08
CoC 0.63 CoC 0.91 CoC 0.90
98
Analyse des éléments courbes avec la théorie de la fissure critique
0.8
éléments éléments
droits courbes
0.6
yref [-]
0.4
SC12a-SC13a
SC7-SC10
0.2
SC15
SC14
SC11
0.0
-0.50 -0.25 0.00 0.25 0.50
a
[-]
Rs
Fig. 4.18: Proposition pour le calcul de la position de la fibre de référence selon
le rapport entre la longueur de la portée d’effort tranchant et le rayon de courbure
de l’armature flexionnelle (paramètres de calcul utilisés : cmoy = 0.03 et kref = 20)
(a) (b)
ρnom = 1.53% ρnom = 1.09%
0.4
0.3
√ [ MPa]
√
0.2
bd fc
V
0.3
√ [ MPa]
√
0.2
bd fc
V
99
4. Comportement d’éléments courbes sans armature transversale soumis
à l’effort tranchant
100
Analyse des éléments courbes avec la théorie de la fissure critique
malgré la sollicitation des spécimens à la flexion pure, ces derniers ont été concernés par
le développement de fissures inclinées. Ces dernières ont conduit dans quelques cas à une
rupture d’effort tranchant.
Les résultats de ces essais peuvent être analysés sur la base des principes de la théo-
rie de la fissure critique modifiée pour la prise en compte de la courbure des éléments
(voir section 4.3.2). Un travail similaire pour la considération de l’inclinaison de la mem-
brure comprimée d’éléments en béton armé avec une section à inertie variable, dans le
cadre d’une analyse basée sur la théorie de la fissure critique, a été effectué par Pé-
rez et al. [Per12]. Comme mis en avant par la figure 4.20, la force de déviation (∆V ) à
prendre en compte pour ces spécimens correspond à la composante verticale de l’effort de
compression Fc agissant dans la bielle courbe. Par conséquent, l’intensité de la force de
déviation (∆V (s)) agissante à la position s (figure 4.20) peut être exprimée en fonction
du moment de flexion (M ) agissant dans les spécimens :
M M 2 (d1 − d0 )
∆V (s) = tan γsv = s (4.20)
zsv zsv c2
où zsv = dsv − xsv /3 est le bras de levier entre les forces Fc et Fs mesuré à la position
101
4. Comportement d’éléments courbes sans armature transversale soumis
à l’effort tranchant
(d1 − d0 ) 2
dsv = s + d0
c2
µ ¶
(d1 − d0 ) dsv 2 dsv
dsf = s+ + d0 si s + ≤c (4.23)
c2 2 2
dsv
dsf = d1 si s + >c
2
Les hauteurs comprimées xsv et xsf peuvent être calculées selon :
Ãs !
Es 2 Ec
xsv = dsv ρsv 1+ −1
Ec ρsv Es
Ãs ! (4.24)
Es 2 Ec
xsf = dsf ρsf 1+ −1
Ec ρsf Es
102
Analyse des éléments courbes avec la théorie de la fissure critique
où ρsv et ρsf sont les taux d’armature flexionnelle calculés respectivement à la position
s et s + dsv /2 :
d0
ρsv = ρ
dsv
(4.25)
d0
ρsf =ρ
dsf
Les résultats de ces calculs (effectués avec des modules élastiques du béton Ec = 35 GPa
et de l’acier Es = 205 GPa) sont montrés à la figure 4.21. Cette figure montre, pour
chacun des neuf spécimens considérés, une courbe indiquant la relation entre la résistance
(MR,csct (s)) et la position (s) de la section de calcul relative à la demi-longueur du
spécimen c (figure 4.20). De plus, un point indique la position de la valeur minimale de
MR,csct (s), qui correspond à la résistance du spécimen à l’effort tranchant (MR,csct ). Il
convient de remarquer que la section déterminante se trouve, pour tous les spécimens, à
une position s ≈ 0.65 c.
300
240 K396
MR,csct (s) [kNm]
180 K393
K397
120 K394
K390
K392a
60 K392
K395
K389
0
0.0 0.2 0.4 0.6 0.8 1.0
s
[-]
c
Fig. 4.21: Calcul de la résistance à l’effort tranchant des spécimens non-
prismatiques analysés par Kani [Kan79] : résistance maximale en fonction de la
position de calcul
En plus du mode de rupture par effort tranchant, il faut également considérer les ruptures
par flexion. La résistance à la flexion peut être calculée, selon un calcul plastique, par :
µ · ¶¸
ρsv dsv fy
Mf lex = min ρsv b dsv fy dsv − s = 0, . . . , c (4.26)
2 fcm
où fy est la limite d’écoulement de l’armature flexionnelle. Par conséquent, la résistance
théorique de chaque spécimens (MR,calc ) sera donnée par la valeur minimale entre les
résistances calculées selon les deux modes de rupture (effort tranchant et flexion) :
Les résultats des calculs sont résumés dans le tableau 4.7. Une très bonne correspondance
103
4. Comportement d’éléments courbes sans armature transversale soumis
à l’effort tranchant
entre les résistances des spécimens (Mmax ) et celles prédites par le modèle (MR,calc ) peut
être remarquée (avec une moyenne du rapport Mmax /MR,calc égale à 0.98 et un coefficient
de variation de 7%). De plus, les modes de rupture sont également correctement identifiés.
Tab. 4.7: Résultats du calcul de la résistance des spécimens non-prismatiques
analysés par Kani [Kan79]
c mode de Mmax
rupture Mmax MR,csct Mf lex MR,calc
spécimen d0 MR,calc
observé
[-] [kNm] [kNm] [kNm] [kNm] [-]
K389 1.78 effort tranchant 81.3 78.2 104.1 78.2 1.04
K390 2.66 effort tranchant a 95.0 112.0 104.8 104.8 0.91
K392 2.51 effort tranchant a 92.4 96.1 94.1 b
94.1 0.98
K392a 2.51 effort tranchant a 88.6 99.3 94.9 b
94.9 0.93
K393 4.85 flexion a 107.3 199.1 100.1 100.1 1.07
K394 3.00 effort tranchant a 97.1 118.9 98.1 98.1 0.99
K395 2.00 effort tranchant 72.4 84.2 100.9 84.2 0.86
K396 5.98 flexion a 103.6 224.9 98.5 98.5 1.05
K397 3.50 effort tranchant a 91.3 130.1 96.6 96.6 0.95
moy 0.98
CoV 0.07
a : valeur du rapport Mmax /Mf lex,Kani (entre la résistance du spécimen et la résistance
à la flexion calculée par Kani [Kan79]) supérieure à 1
b : différence entre MR,csct et Mf lex inférieure à 5%
4.4 Conclusions
Des essais d’effort tranchant ont été effectués sur des éléments en béton armé, sans ar-
mature transversale et avec des rayons de courbure variables, soumis à l’action combinée
d’un moment de flexion et d’un effort tranchant. Des modèles de calcul ont été élaborés
dans le but d’étudier leur comportement. Suite à ce travail, les conclusions suivantes
peuvent être faites :
2. Dans le cas d’éléments avec une courbure positive, donnant lieu à des contraintes
de traction dans l’âme des éléments, la résistance à l’effort tranchant est poten-
tiellement réduite si comparée à celle des éléments droits. Vice-versa, la résistance
à l’effort tranchant des éléments avec une courbure négative, donnant lieu à des
contraintes de compression dans l’âme des éléments, est potentiellement supérieure
à celle des éléments droits.
104
Conclusions
3. Les tendances observées dans la série d’essais ont été expliquées avec succès par
l’utilisation de la théorie de la fissure critique et en tenant compte de l’effet des
forces de déviation générées par la courbure des éléments. Ces dernières influencent
directement l’intensité de la force qui doit être transmise à travers la fissure critique.
5. Des différences quant à la position relative entre la bielle théorique (appui direct)
et l’armature flexionnelle ont été mises en évidence en comparant les éléments
courbes aux éléments droits. Cette observation justifie la prise en compte d’une
position différente de la fibre de référence pour le calcul des résistances selon la
théorie de la fissure critique. La prise en compte d’une position variable de la fibre
de référence, en fonction de la courbure des éléments, conduit à des estimations
des résistances d’avantage précises.
105
Chapitre 5
fy As fy
ω=ρ = (5.1)
fcp b d fcp
où ρ est le taux d’armature flexionnelle, As la surface d’armature flexionnelle, b l’épais-
seur du spécimen, d la hauteur statique de l’armature flexionnelle, fy la contrainte
d’écoulement des armatures flexionnelles et fcp la résistance plastique du béton à la
107
5. Comportement d’angles de cadre soumis à une sollicitation
d’ouverture
Tab. 5.1: Campagnes d’essais effectuées sur des angles de cadre soumis à une
sollicitation statique d’ouverture ou de fermeture
α < 90◦ α = 90◦ α > 90◦
auteur(s)
ouverture fermeture ouverture ouverture
Abdul-Wahab et al. [Abd89, Abd98, Abd99] 5 4 15
Akkermann [Akk00] 2
Balint et al. [Bal72] 4 9
Cranston [Cra65] 8
Jackson [Jac95] 5
Johansson [Joh01] 8 3
Kordina et al. [Kor70, Kor76, Kor78, Kor84] 2 13 6
Lundgren [Lun99] 3
Luo [Luo94] 27
Mayfield et al. [May71, May72] 15 87
Morrow [Mor57] 6a
Nilsson [Nil73] 3 31 14
Noor [Noo77] 19
Östlund [Ost63] 12
Skettrup et al. [Ske84] 4
Stucki et al. [?] 2
Swann [Swa69] 5 12
Van Dijk et al. [Van76] 27b 24
Wästlund [Was35] 19
nombre
8 121 230 35
d’essais
a : dans cette série, 27 autres essais ont montré des ruptures prématurées à l’extérieur de
l’angle
b : essais effectués sur cadres en béton armé
108
État de l’art et justification de l’étude
(e) (f)
1.6
1.0
[-]
Mmax
Mf lex
0.5
0.0
0.0 0.2 0.4 0.6 0.8 0.0 0.2 0.4 0.6 0.8
ω [-] ω [-]
la figure 5.1(e) (angles soumis à une sollicitation de fermeture) et la figure 5.1(f) (angles
soumis à une sollicitation d’ouverture) permet donc de faire les considérations suivantes :
– une dispersion importante des performances des spécimens est observée pour les deux
cas de chargement. Cependant, cette dispersion est beaucoup plus importante pour le
cas des angles soumis à une sollicitation d’ouverture (figure 5.1(f)). Certains spécimens
montrent aussi des rapports Mmax /Mf lex amplement supérieurs à 1. Ceci s’explique
principalement par le fait que les augmentations de la valeur de Mf lex , résultant de
la présence d’armatures secondaires ou de la capacité d’écrouissage des armatures
flexionnelles, n’ont pas été considérées dans les calculs. Par conséquent, la valeur du
109
5. Comportement d’angles de cadre soumis à une sollicitation
d’ouverture
rapport Mmax /Mf lex est sur-estimée. De plus, d’éventuelles redistributions des efforts
étaient possibles dans le cas des essais effectués sur des cadres en béton armé (se référer
aux essais de Van Dijk et al. [Van76]), mais elles n’ont pas été considérées.
– L’efficacité des zones nodales (Mmax /Mf lex ) a une tendance à diminuer avec l’augmen-
tation du taux mécanique d’armature (ω = ρ fy /fcp ). Cette dernière peut être obtenue
par l’augmentation du taux d’armature flexionnelle (ρ) ou de sa limite d’écoulement
(fy ) qui peuvent conduire à l’augmentation des forces internes à dévier empêchant
l’élément d’atteindre un comportement ductile, mais aussi par une diminution de la
résistance plastique à la compression du béton (fcp ), qui affaibli la résistance des
bielles.
– Les angles soumis à une sollicitation de fermeture montrent un comportement géné-
ralement satisfaisant, notamment pour des taux d’armature mécanique modérés. En
effet, comme le montre la figure 5.1(c), les forces internes peuvent être déviées ef-
ficacement par le biais d’un noeud CTT (où les armatures de la zone tendue sont
en équilibre avec une bielle de compression inclinée) et par un noeud CCC (formé
uniquement par des bielles de compression) [Mut97].
– Les angles soumis à une sollicitation d’ouverture montrent par contre une efficacité
largement réduite (figure 5.1(f)) et ceci pour toutes valeurs du taux mécanique d’ar-
mature flexionnelle (ω). La figure 5.1(d) met en avant que leur comportement est
fortement influencé par la présence d’un noeud CCT [Mut97] (où la bielle de la zone
comprimée doit être déviée par l’armature flexionnelle à l’endroit de son ancrage). La
sensibilité de ce noeud justifie donc la dispersion observée dans l’efficacité des élé-
ments (Mmax /Mf lex ) où les conditions problématiques d’ancrage peuvent donner lieu
à la formation d’une fissure diagonale dans la zone nodale (figures 5.1(b,d)). Cette
dernière affaibli sensiblement la résistance à la compression de la bielle inclinée, me-
nant ainsi à la rupture de l’angle de cadre. Pour ces raisons, la performance des angles
soumis à une sollicitation d’ouverture montre une sensibilité importante au type d’ar-
mature flexionnelle (géométrie et conditions d’ancrage) ainsi qu’a la présence et aux
caractéristiques de l’armature secondaire contrôlant la fissuration dans la zone nodale.
Les essais disponibles dans la littérature peuvent être analysés de façon plus détaillée,
en particulier en étudiant l’influence du détail d’armature sur les performances des spé-
cimens. Ceci a été fait pour les éléments soumis à une sollicitation d’ouverture. Les
spécimens ont été séparés en cinq groupes définis par le type de détail de l’armature
principale (armature flexionnelle, désignée par les indices A à E, voir figure 5.2(a)). Les
spécimens de chacun de ces groupes ont ensuite été divisés en quatre sous-groupes définis
selon le type d’armature secondaire (armature diagonale et/ou armatures transversales,
désignés par les indices a à d, voir figure 5.2(b)). Des graphiques similaires à ceux des fi-
gures 5.1(e-f) sont montrés dans les figures 5.3(a-t) pour chacune des vingt combinaisons
possibles. Les remarques suivantes peuvent être faites sur la base de ces graphiques :
– la dispersion observée dans les performances des spécimens se réduit avec la subdivision
110
État de l’art et justification de l’étude
Fig. 5.2: Désignation des détails types pour : (a) l’armature flexionnelle ; et (b)
l’armature secondaire
111
5. Comportement d’angles de cadre soumis à une sollicitation
d’ouverture
1.0
Mmax
Mf lex
0.5
0.0
(e) (f) (g) (h)
1.6
[-]
1.0
Mmax
Mf lex
aucun essai
0.5
disponible
0.0
(i) (j) (k) (l)
1.6
[-]
1.0
Mmax
Mf lex
0.5
0.0
(m) (n) (o) (p)
1.6
[-]
1.0
Mmax
Mf lex
0.5
0.0
(q) (r) (s) (t)
1.6
[-]
1.0
Mmax
Mf lex
aucun essai
0.5
disponible
0.0
0.0 0.2 0.4 0.6 0.8 0.0 0.2 0.4 0.6 0.8 0.0 0.2 0.4 0.6 0.8 0.0 0.2 0.4 0.6 0.8
ω [-] ω [-] ω [-] ω [-]
Fig. 5.3: Résultats des essais existants sur angles orthogonaux soumis à une sol-
licitation d’ouverture. Performance des spécimens en fonction du taux mécanique
d’armature flexionnelle pour les détails types : (a-d) A (68 essais) ; (e-h) B (27
essais) ; (i-l) C (37 essais) ; (m-p) D (67 essais) ; et (q-t) E (31 essais)
112
État de l’art et justification de l’étude
113
5. Comportement d’angles de cadre soumis à une sollicitation
d’ouverture
(a) (b)
1.6
1.0
[-]
Mmax
Mf lex
0.5
0.0
0.0 0.2 0.4 0.6 0.8 0.0 0.2 0.4 0.6 0.8
ω [-] ω [-]
Fig. 5.4: Résultats des essais existants sur angles obtus soumis à des sollicitations
d’ouverture. Performance des spécimens en fonction du taux mécanique d’armature
flexionnelle pour les détails types : (a) C (12 essais) ; et (b) D (23 essais)
1.6
1.0
[-]
Mmax
Mf lex
0.5
0.0
60 90 120 150 60 90 120 150 60 90 120 150
α [degrés] α [degrés] α [degrés]
Fig. 5.5: Résultats des essais existants sur angles soumis à une sollicitation d’ou-
verture. Performance des spécimens en fonction de l’amplitude de l’angle α pour
des détails de type : (a) C (50 essais) ; (b) D (97 essais) ; et (c) D (séries d’essais
conduites par Abdul-Wahab et al. [Abd89, Abd98, Abd99])
114
Campagnes d’essais
Fig. 5.6: Influence de l’amplitude de l’angle α sur les conditions de la zone nodale
pour d’angles soumis à une sollicitation d’ouverture : (a) effets géométriques sur
l’armature et la zone d’ancrage ; et (b) effets sur les caractéristiques du modèle
bielles-et-tirants
Une série préliminaire d’essais a été effectuée pour étudier le comportement des angles
en fonction du type de sollicitation. Les propriétés des spécimens et les résultats ob-
tenus dans cette série d’essais sont décrits de manière détaillée dans le rapport d’es-
sai [Cam11a].
La série d’essai comprenait quatre spécimens obtus (α = 125◦ ) à grande échelle (avec
une hauteur de la section h = 400 mm et une épaisseur b = 300 mm) fabriqués avec un
béton de résistance normale (fcm compris entre 32.5 et 36.4 MPa, diamètre maximal des
granulats dg = 16 mm). La géométrie des quatre spécimens, leur condition de charge et
leur détail d’armature sont montrés à la figure 5.7. La forme des spécimens, avec deux
parties en porte-à-faux (parties supérieure et inférieure des spécimens), a été imposée
par la nécessité d’appliquer des chargements excentrés par rapport à la zone nodale (par-
tie centrale des spécimens). Le tableau 5.2 résume les caractéristiques géométriques des
spécimens, les conditions de mise en charge ainsi que les caractéristiques de l’armature :
l’amplitude de l’angle (α), l’épaisseur (b) et la hauteur (h) de la section, la hauteur sta-
115
5. Comportement d’angles de cadre soumis à une sollicitation
d’ouverture
tique de l’armature flexionnelle (d), l’excentricité de la charge (e), le type d’action sur
la zone nodale, le taux d’armature flexionnelle (ρ), le taux d’armature transversale dans
la région à l’extérieur de la zone nodale (ρw ) ainsi que la quantité de goujons d’angle.
Le tableau 5.3 résume les caractéristiques des matériaux : les résistances moyennes à la
compression (fcm ) et à la traction (fctm ) du béton ainsi que les limites d’écoulement de
l’armature flexionnelle (fy ), de l’armature transversale disposée à l’extérieur de la zone
nodale (fyw ) et des goujons d’angle (fywn ).
Les paramètres étudiés par cette série d’essais sont les suivants :
– importance de l’excentricité du chargement (e) : comme le montre la figure 5.7, l’ex-
centricité de la charge (Q) par rapport à l’axe de la zone nodale a été variée afin
d’étudier le comportement de la zone nodale sous différentes configurations de charge.
Les spécimens SC18 et SC19 ont été soumis à une flexion provoquant l’ouverture de
l’angle, le spécimen SC20 a été chargé sans excentricité (e = 0, M = 0) et le spéci-
men SC21 a été soumis à une flexion provoquant la fermeture de l’angle. Il faut noter
que tous les spécimens étaient soumis à des efforts de flexion (M ) mais également à
des efforts tranchants (V ) et à des efforts normaux de compression (N ) dans la zone
nodale [Cam11a].
116
Campagnes d’essais
– Efficacité d’un faible taux d’armature transversale (ρw ) : un faible taux d’armature
ρw = 0.063% a été placé dans la zone rectiligne à l’extérieur de la zone nodale de trois
spécimens (SC18, SC20 et SC21, voir figure 5.7). Ce taux d’armature est sensiblement
inférieur à celui préscrit par la norme suisse SIA 262 [Sia03] et également à ceux
préscrit par d’autres normes [Aci08, Eur04, Fib11]. Le spécimen SC19 ne disposait
d’aucune armature transversale.
– Pertinence du détail d’armature : une armature flexionnelle de type C (figure 5.2(a))
a été utilisée pour tous les spécimens. L’armature flexionnelle était composée de
deux barres de diamètre 22 mm. Ceci donne un taux nominal d’armature flexion-
nelle ρ = 0.73% (calculé sans considérer les recouvrements d’armature [Cam11a]). Ce
détail d’armature se caractérise par sa praticité d’utilisation mais ses performances
doivent encore être vérifiées, en particulier pour les angles soumis à une sollicitation
d’ouverture (voir section 5.1). Sa pertinence vis-à-vis du type de sollicitation de la
zone nodale est donc étudiée par cette série d’essais.
La figure 5.8(a) montre la relation entre la charge appliquée (Q) et la valeur absolue
de la rotation relative de l’angle (|ψrel |) mesurée pour chaque spécimen. La rotation
relative de l’angle a été calculée à partir des mesures effectuées avec des inclinomètres
placés dans les parties en porte-à-faux des spécimens (figure 5.8(a)) [Cam11a]. La figure
5.8(b) montre l’état de fissuration observé à la rupture des spécimens. Aussi, le tableau
5.4 résume les résultats des essais en indiquant la charge (Qmax ) et le moment (Mmax )
maximales introduites dans les spécimens ainsi que les rapports Mmax /Mf lex et les types
de ruptures obtenus. Sur la base de ces résultats, les considérations suivantes peuvent
être faites :
– l’essai effectué sur le spécimen SC21 a confirmé que le détail d’armature proposé (type
Cc) est bien adapté pour garantir un comportement ductile sous l’action d’une flexion
provoquant la fermeture de l’angle.
117
5. Comportement d’angles de cadre soumis à une sollicitation
d’ouverture
– L’essai sans excentricité de la charge, effectué sur le spécimen SC20, a montré qu’une
rupture prématurée d’effort tranchant à caractère fragile à l’extérieur de la zone nodale
est possible. Une rupture de ce type ne peut donc pas être exclue par la mise en place
d’un faible taux d’armature transversale (ρw = 0.063%) dans cette zone.
– Une comparaison entre les spécimens SC20 et SC21 montre qu’une excentricité qui
provoque la fermeture de l’angle est bénéfique car elle permet d’augmenter la ductilité
de l’élément.
– Le comportement observé pour les spécimens SC18 et SC19, soumis à une flexion
provoquant l’ouverture de l’angle, n’est pas satisfaisant. Ces résultats montrent clai-
rement la nécessité d’un contrôle plus efficace de l’ouverture de la fissure diagonale
dans la zone d’angle (figures 5.1(b,d) et 5.8(b)). La mise en place de trois goujons
dans l’angle n’a pas permis d’obtenir un comportement efficace des spécimens car
ces derniers ont été affectés par un défaut d’ancrage. En effet, le croisement de ces
goujons avec l’armature flexionnelle donne lieu à un noeud TTT (formé uniquement
par des tirants qui se transmettent les efforts) à l’endroit où une fissure de flexion se
forme. A cause de cette fissure, l’ancrage des goujons n’est pas efficace et ne peut pas
être totalement garanti. Ce type de noeud, comme il a été confirmé par le mauvais
comportement de l’essai SC18, doit donc absolument être évité [Mut97].
– La série préliminaire d’essais a clairement démontré que la résistance et la capacité de
déformation des angles dépendent directement du type de chargement appliqué.
118
Campagnes d’essais
(a)
400
SC20 angle
300 SC21
fermé
Q [kN]
200
angles
ouverts SC18
100
SC19
0
0 5 10 15 20 25 30 35 40
|ψrel | [mrad]
Fig. 5.8: Résultats de la série préliminaire d’essais : (a) relations mesurées entre la
charge appliquée (Q) et la valeur absolue de la rotation relative de l’angle (|ψrel |) ;
et (b) fissuration observée à la rupture des spécimens
Les résultats de la série préliminaire d’essais ont montré qu’une étude approfondie
était nécessaire afin de trouver des détails d’armature plus adaptés à une sollicitation
d’ouverture des angles. Une nouvelle série d’essais, composée de seize spécimens obtus
(α = 125◦ ) à grande échelle (avec une hauteur de la section h = 400 mm et une épaisseur
b = 300 mm) a donc été réalisée. Les propriétés des spécimens fabriqués avec un béton à
résistance normale, avec une résistance moyenne à la compression (fcm ) comprise entre
30.8 et 42.1 MPa et un diamètre maximal des granulats dg = 16 mm, et les résultats
obtenus dans cette série d’essais sont décrits de manière détaillée dans le rapport d’es-
sai [Cam11b]. Le bâti de charge (flexion quatre points) est montré à la figure 5.9(a).
Tous les spécimens ont été soumis à une flexion (M ) provoquant l’ouverture de l’angle.
Avec ce système de mise en charge, et contrairement à la série préliminaire (voir section
119
5. Comportement d’angles de cadre soumis à une sollicitation
d’ouverture
Fig. 5.9: Série principale d’essais : (a) bâti de charge et mesures effectuées ; (b) ca-
ractéristiques de l’armature constructive ; (c) détails types pour l’armature flexion-
nelle ; (d) détails types pour l’armature secondaire ; et (c) détails types pour l’ar-
mature transversale
Le seul paramètre qui a été varié entre les spécimens est le détail d’armature dans
la zone étudiée (zone nodale). Les autres caractéristiques étaient identiques pour tous
les spécimens. Les caractéristiques géométriques sont résumées dans le tableau 5.5 :
amplitude de l’angle (α), épaisseur (b) et hauteur (h) de la section et hauteur statique
de l’armature flexionnelle (d). Ce tableau résume également les surfaces d’armature
flexionnelle (As ) et d’armature transversale dans la région nodale (Aswn ) de chaque
spécimen. La quantification de la surface totale d’armature transversale est faite en
tenant compte de toutes les barres qui sont coupées par la ligne diagonale de la zone
nodale (swn ), qui est montré à la figure 5.9(c). Ce choix est fait parce que, comme il sera
120
Campagnes d’essais
démontré plus loin, c’est premièrement l’armature disposée dans cette zone qui contribue
à l’amélioration des performances des éléments testés. La longueur de la diagonale (swn ),
qui dépend de la hauteur statique du spécimen (d) et de l’amplitude de l’angle α, peut
être calculée selon :
d
swn = ³α´ (5.3)
cos
2
Sur la base de la quantité d’armature disposée dans la zone nodale, un taux d’armature
transversale peut être défini selon :
Aswn
ρwn = (5.4)
b swn
Aussi, il est utile de définir le taux mécanique d’armature transversale dans la zone nodale
(ωwn ), car la limite d’écoulement des armatures transversales (fywn ) et la résistance à
la compression du béton (fcp ) jouent également un rôle important sur le comportement
des éléments :
121
5. Comportement d’angles de cadre soumis à une sollicitation
d’ouverture
122
Campagnes d’essais
123
5. Comportement d’angles de cadre soumis à une sollicitation
d’ouverture
Les figures 5.10 et 5.11 montrent l’état de fissuration observé à la rupture des spéci-
mens. Les résistances obtenues (Mmax ) sont résumées dans le tableau 5.7. Les courbes
montrant la relation entre le moment de flexion introduit (M ) et la rotation relative
de l’angle (ψrel ) sont données pour chaque spécimen aux figures 5.12(a-p). Dans ces
figures, la rotation relative mesurée dans la zone nodale (ψrel,n ) peut être comparée à
la rotation relative mesurée aux extrémités (ψrel,e ). Cette dernière est logiquement plus
grande car elle est influencée par toutes les fissures (comprenant également les fissures
dans les deux parties en porte-à-faux du spécimen). La comparaison de ces deux courbes
(M − ψrel,n et M − ψrel,e ) permet d’identifier l’endroit où les fissures plus importantes
se sont développées. En effet, deux courbes présentant la même allure mettent en avant
que les fissures se sont développées principalement dans la zone nodale (zone étudiée des
124
Campagnes d’essais
spécimens). Au contraire, un changement d’allure entre les deux courbes (observé pour
les spécimens SC35, SC41, SC42, SC43 et SC45, voir figures 5.12(h,l-n,p)) indique que
des fissures conséquentes se sont développées à l’extérieur de la zone étudiée. Dans ces
cas, il est fort probable que la zone nodale était affectée par un faible endommagement,
ce qui indique un bon comportement du spécimen.
L’appréciation des performances de chaque détail d’armature peut ce faire par un en-
semble d’indicateurs attestant à la fois la résistance, la capacité de déformation et les
caractéristiques de la fissuration dans la zone nodale du spécimen :
– les performances des spécimens en termes de résistance peuvent être quantifiées par
le rapport Mmax /Mf lex entre le moment maximal introduit dans le spécimen avant la
rupture (Mmax ) et la résistance théorique de flexion (Mf lex ) calculée selon l’équation
5.2. Un rapport Mmax /Mf lex ≥ 1 indique que l’écoulement des armatures flexion-
125
5. Comportement d’angles de cadre soumis à une sollicitation
d’ouverture
nelles a été atteint, tandis qu’une valeur sensiblement inférieure à 1 indique une faible
résistance du spécimen. Les valeurs obtenues sont résumées dans le tableau 5.7.
– Les performances des spécimens en termes de capacité de déformation peuvent être
quantifiées par le rapport entre le moment M∆20 et le moment M∆0 . Le moment M∆0
indique le point à partir duquel un changement considérable de la rigidité du spéci-
men est observé (à cause de l’écoulement des armatures ou d’un fort endommagement
dû à la localisation des déformations dans la zone nodale). En ce point, la rotation
relative ψrel,e présente une augmentation plus rapide. Sa position est montrée dans
les graphiques de la figure 5.12 par une ligne verticale trait-tillée. Il faut noter que, en
cas de rupture à caractère fragile, ce point peut ne pas être observé. Dans ces cas, la
valeur du moment M∆0 est considérée égale à Mmax .
Le moment M∆20 est par contre le moment résidu dans le spécimen suite à un incré-
ment de la rotation relative (ψrel,e ) de 20 mRad à partir du point décrit précédemment.
Un rapport M∆20 /M∆0 ≈ 1 indique donc une grande capacité de déformation, tandis
q’une valeur sensiblement inférieure à 1 indique une faible capacité de déformation et
une valeur égale à 0 indique une rupture très fragile. Les valeurs obtenues pour chaque
spécimen sont résumées dans le tableau 5.7.
– Les performances des spécimens peuvent également être appréciées en analysant les
caractéristiques de la fissuration dans la zone nodale. En effet, une fissuration étendue
de la zone nodale indique un comportement insatisfaisant du spécimen. Les mesures
photogrammétriques effectuées lors des essais [Cam11b] (figure 5.9(a)) peuvent être
utilisées pour décrire la fissuration de la zone nodale. En particulier, il est intéressant
de connaı̂tre et de comparer l’ouverture maximale (wmax , donnant l’image de la loca-
lisation des fissures) et l’ouverture moyenne (wavg , donnant l’image de l’étendue des
fissures dans la zone nodale) des fissures de chaque spécimen. Les valeurs mesurées
sont indiquées aux figures 5.10 et 5.11 et dans le tableau 5.7. Ces valeurs ont été enre-
gistrées à un niveau de charge correspondant à M∆0 . La valeur moyenne de l’ouverture
des fissures (wavg ) a été calculée en considérant uniquement les triangles du réseaux
de photogrammétrie où une fissure a été enregistrée.
126
Campagnes d’essais
90
SC22 (Cai) SC23 (Cbi) SC26 (D1 ai) SC27 (D1 bi)
60
90
SC30 (D2 ai) SC31 (D2 bi) SC34 (Bai) SC35 (Bbi)
60
90
SC38 Cc1 ii SC39 (Cc1 iii) SC40 (Cc2 ii) SC41 (Cc2 iii)
60
90
SC42 (Cc3 iii) SC43 (Cc4 iii) SC44 (Cc5 ii) SC45 (Cc5 iii)
60
Fig. 5.12: Résultats de la série principale d’essais : (a-p) relations mesurées entre
le moment de flexion introduit (M ) et la rotation relative de l’angle (ψrel )
127
5. Comportement d’angles de cadre soumis à une sollicitation
d’ouverture
En analysant les courbes M -ψrel (figures 5.12(a-p)) et en tenant compte de tous les
indicateurs de la performance des spécimens (Mmax /Mf lex , M∆20 /M∆0 , wmax et wavg ,
voir tableau 5.7) les considérations suivantes peuvent être faites :
128
Campagnes d’essais
contre été limité et la rupture observée demeure à caractère fragile (Mmax /Mf lex ¿ 1
et M∆20 /M∆0 = 0). Il est intéressant de souligner l’importante augmentation de ré-
sistance observée avec le détail D2 bi (spécimen SC31, avec armature diagonale) en
comparaison au détail D2 ai (spécimen SC30 sans armature diagonale). Ce dernier est
en effet très sensible à la position effective des armatures de flexion. En effet, à cause
de la géométrie de la boucle de pliage, un petit défaut de mise en place peut amener à
un très mauvais contrôle de la fissure de flexion qui se développe au centre du spécimen
(figure 5.10). Par contre, si une armature diagonale est mise en place (D2 bi, SC31),
le comportement de ce détail est moins sensible et ce rapproche de celui observé pour
le détail type D1 (spécimens SC26-27, avec des boucles plus amples) et B (SC34-35,
avec des armatures bien ancrées).
– En général, l’ajout d’une armature secondaire à l’armature flexionnelle de type C (spé-
cimens SC38-45 en comparaison au spécimen SC22) a permis une grande augmentation
des performances du détail. Ceci est montré à la figure 5.13(c) et peut également se
voir dans le tableau 5.7. Ces résultats montrent que l’efficacité du détail type C peut
être améliorée sensiblement si une armature supplémentaire est disposée dans la zone
nodale pour le contrôle de la fissuration et pour permettre une déviation plus efficace
des bielles de la zone comprimée.
– Plusieurs solutions ont été investiguées pour la composition de l’armature secon-
daire [Cam11b] : avec des épingles de nombre et de diamètre variable (type c1 à c4 ,
voir figure 5.9(d)), avec des armatures munies de tête d’ancrage (type c5 , voir figure
5.9(d)) et avec un nombre variable de goujons transversaux (type ii à iii, voir figure
5.9(e)). Malgré ce fait, un seul paramètre semble montrer une influence importante sur
les performances des spécimens. Il s’agit de la quantité d’armature transversale dispo-
sée dans la zone nodale (qui peut être représentée par le taux mécanique d’armature
transversale ωwn , voir équation 5.5). En effet, si toutes les armatures secondaires sont
suffisamment ancrées (ce qui a été le cas pour les spécimens SC38-45, en particulier
car les noeuds TTT [Mut97] on été évités), la quantité totale d’armature transversale
se montre plus importante que ses caractéristiques (géométrie et position). Ceci peut
être démontré par l’analyse de trois couples de spécimens. Ces trois comparaisons
sont mises en avant à la figure 5.14. La première concerne deux spécimens avec un
taux d’armature transversale identique (ωwn = 0.048). Il s’agit des spécimens SC39
(détail type Cc1 iii, avec un goujon supplémentaire dans la zone d’ancrage de l’arma-
ture flexionnelle) et SC40 (détail type Cc2 ii, sans goujons disposés dans cette position
particulière). Comme montré par la figure 5.14(a), les performances des deux spéci-
mens ne montrent pas de différences significatives. Par contre, la comparaison de la
figure 5.14(b) entre les spécimens SC40 (Cc2 ii, sans goujon, ωwn = 0.048) et SC41
(Cc2 iii, avec goujon, ωwn = 0.06) montre des différences importantes. En effet, une
amélioration conséquente des performances se remarque grâce à l’augmentation du
taux d’armature transversale (ωwn de 0.048 à 0.06). Aussi, la comparaison de la figure
5.14(c) entre les spécimens SC44 (Cc5 ii, sans goujon, ωwn = 0.048) et SC45 (Cc5 iii,
129
5. Comportement d’angles de cadre soumis à une sollicitation
d’ouverture
avec goujon, ωwn = 0.061) montre la même tendance, en particulier car le spécimen
SC45 montre une capacité de déformation supérieure. Ces observations permettent
de conclure que les goujons disposés à l’endroit de la zone d’ancrage de l’armature
flexionnelle sont plus importants dans le fait qu’ils augmentent le taux d’armature
transversale (∆ωwn ≈ 0.012) que pour le fait de leur position particulière.
La figure 5.15 confirme que la valeur de ωwn est fondamentale pour les performances
de la zone nodale en termes de résistance et de capacité de déformation. En effet, la
figure 5.15(a) montre un comportement non optimal des spécimens avec un faible taux
mécanique d’armature transversale (ωwn ≤ 0.048, spécimens SC38-40 et SC44), tandis
que la figure 5.15(b) montre un comportement satisfaisant des spécimens avec un taux
d’armature plus élevé (ωwn ≥ 0.06, spécimens SC41-43 et SC45). Il faut aussi noter
que l’augmentation du taux mécanique d’armature transversale au delà de ωwn = 0.06
(SC43, ωwn = 0.082), n’a pas amélioré la réponse de l’élément. Cette augmentation
n’est donc pas nécessaire, au moins pour des spécimens similaires a ceux investigués
(avec un taux mécanique d’armature flexionnelle ω ≈ 0.115).
0
0 25 50 75 100 0 25 50 75 100 0 25 50 75 100
ψrel,e [mrad] ψrel,e [mrad] ψrel,e [mrad]
Fig. 5.13: Comparaison des résultats de la série principale d’essais : (a) effet
du type de détail d’armature flexionnelle (types B, C, D1 et D2 ) ; (b) effet de
l’armature diagonale (type b) ; et (c) effet d’une armature secondaire (types c1 à
c5 , ii et iii) superposée au détail type C
130
Analyse et dimensionnement des angles basés sur la borne inférieure de la théorie de la
plasticité
30
0
0 25 50 75 100 0 25 50 75 100 0 25 50 75 100
ψrel,e [mrad] ψrel,e [mrad] ψrel,e [mrad]
(a) (b)
ωwn ≤ 0.048 ωwn ≥ 0.06
150
Mf lex Mf lex
SC44 (Cc5 ii) SC42 (Cc3 iii)
120
M [kNm]
30
SC22 (Cai) SC22 (Cai)
0
0 25 50 75 100 0 25 50 75 100
ψrel,e [mrad] ψrel,e [mrad]
Fig. 5.15: Effet du taux mécanique d’armature transversale : (a) spécimens avec
ωwn ≤ 0.048 ; et (b) spécimens avec ωwn ≥ 0.06
131
5. Comportement d’angles de cadre soumis à une sollicitation
d’ouverture
licite, en équilibre statique avec les forces extérieures, tenant compte des propriétés plas-
tiques des matériaux et de l’influence négative de la fissuration sur la résistance à la
compression du béton [Vec86, Fer07a, Mut97]. Si les conditions de base pour le déve-
loppement d’un champ de contrainte sont respectées, en particulier la disposition d’une
armature minimale pour le contrôle de la fissuration [Fer07a, Mut97], la méthode des
EPSF est généralement un outil pratique et fiable pour l’analyse du comportement d’élé-
ments en béton armé. Sa pertinence pour l’étude du comportement des zones d’angle,
soumis à des sollicitations d’ouverture, nécessite toutefois d’être encore validée. Un rap-
pel des principes de la méthode, qui implémente toutes les hypothèses de base de la
théorie des champs de contraintes [Sch87, Leo74, Mut97, Fer07a, Kos09], est donné dans
la suite (d’avantage de détails peuvent être trouvés dans le chapitre 2) :
– le comportement du béton est modélisé par une loi rigide-parfaitement plastique en
compression en négligeant sa résistance à la traction. La résistance plastique à la
compression de chaque élément de béton dépend de sa résistance uni-axiale à la com-
pression (fcm ) et de la déformation latérale associée (considérée par le coefficient ηε ,
voir équation 2.4).
– Le comportement de l’acier en traction et en compression est modélisé par une loi
élastique-plastique (avec éventuellement un comportement écrouissant après l’écoule-
ment).
– Une adhérence parfaite est considérée entre l’acier et le béton.
– La direction des contraintes principales est considérée identique à celle des déforma-
tions principales. L’engrènement des granulats est donc négligé.
Ce programme de calcul se distingue par le nombre très limité de paramètres requis et
pour leur claire signification physique. En effet, les seuls paramètres nécessaires sont la
résistance plastique à la compression (fcp ) et le module élastique (Ec ) du béton ainsi
que la limite d’écoulement (fy ) et les modules élastique (Es ) et d’écrouissage (Esh ) de
l’acier.
Validation de la méthode
Les spécimens testés dans la série préliminaire d’essais (section 5.2.1) ainsi que dans
la série principale d’essais (section 5.2.2) ont été analysés avec la méthode des EPSF.
Les résultats obtenus sont synthétisés dans le tableau 5.8. La figure 5.16 montre une
comparaison entre les modes de rupture observés dans les quatre spécimens de la série
préliminaire d’essais et ceux prédits par la méthode des EPSF. Le même type de com-
paraison est présenté à la figure 5.17 pour une sélection de quatre spécimens de la série
principale d’essais.
132
Analyse et dimensionnement des angles basés sur la borne inférieure de la théorie de la
plasticité
Fig. 5.16: Analyse des spécimens de la série préliminaire d’essais : (a) fissuration
observée à la rupture des spécimens ; et (b) résultats du calcul avec la méthode des
EPSF
133
5. Comportement d’angles de cadre soumis à une sollicitation
d’ouverture
Fig. 5.17: Analyse des spécimens de la série principale d’essais. Comparaison entre
la fissuration observée à la rupture des spécimens et les résultats du calcul avec la
méthode des EPSF : (a) spécimen SC22 ; (b) SC27 ; (c) SC38 ; et (d) SC42
134
Analyse et dimensionnement des angles basés sur la borne inférieure de la théorie de la
plasticité
En général, tous les modes de rupture ont été correctement identifiés avec la méthode
des EPSF. Les figures 5.16 et 5.17 mettent en avant une parfaite correspondance entre
les modes de rupture observés et ceux prédits par cette analyse. Cette similitude est
d’autant plus évidente si l’on compare la fissuration observée dans les essais avec les
champs de la valeur du coefficient ηε [Fer07a] (coefficient de réduction de la résistance à
la compression du béton en fonction de la fissuration transversale, voir section 2.2.3), qui
traduit l’endommagement des éléments à la rupture. Pour ce qui concerne les prévisions
des résistances, l’analyse des résultats doit se faire en classant les spécimens en groupes
présentant des caractéristiques similaires (tableau 5.8) :
– le spécimen SC18 ne peut en principe pas être analysé avec la méthode des EPSF. En
effet, cet essai a été caractérisé par un défaut d’ancrage des goujons disposés dans la
zone nodale [Cam11a] (noeud TTT [Mut97]), mais la méthode des EPSF considère
une adhérence parfaite entre acier et béton. Ce mode de rupture ne peut donc pas être
correctement identifié. Le défaut d’ancrage peut cependant être modélisé à posteriori,
suivant les propositions de Fernández et al. [Fer11]. Ceci se fait par l’utilisation d’une
limite d’écoulement réduite pour les goujons d’angle, qui considère la géométrie et
la position de la fissure critique (fissure diagonale, voir figure 5.16(a)) par rapport à
celles des têtes d’ancrage des goujons concernés par le défaut d’ancrage.
– Le résultat de l’analyse faite pour le spécimen SC30 n’a pas beaucoup d’intérêt. En ef-
fet, la faible résistance observée pour ce spécimen était tout probablement (l’existence
d’un défaut dans l’emplacement de l’armature n’a pas été prouvée après la rupture)
due à la sensibilité du détail principal à la position réelle de l’armature (armature de
flexion type D1 ). La méthode des EPSF ne tient pas compte de cette problématique.
– Pour les spécimens SC19 et SC22-23, avec un détail principal de type C et sans
armature transversale dans la zone nodale, la méthode des EPSF n’est en principe
pas applicable à cause de l’absence d’une armature minimale pour le contrôle de
la fissuration. Dans ces cas, les résultats peuvent donc être sensibles à la taille des
éléments finis utilisés pour le calcul. Les résultats de l’analyse de ces spécimens (qui
ont montré des mauvaises performances en termes de résistance, moyenne du rapport
Mmax /Mf lex = 0.36) sont conservatifs car leur comportement est fortement influencé
par la résistance à la traction du béton, qui est négligée par la méthode des EPSF.
– L’analyse avec la méthode des EPSF devient applicable pour les spécimens SC38-40 et
SC44, même qu’ils disposent d’un taux limité d’armature transversale (ωwn ≤ 0.048).
Ceci est également vrai pour les spécimens SC26-27, SC31 et SC34-35, sans aucune
armature transversale mais qui disposent d’une armature de flexion en forme de boucle
(offrant un bon confinement de la zone nodale) ou suffisamment ancrée. Tous ces
spécimens ont présenté des performances similaires, avec une moyenne du rapport
Mmax /Mf lex = 0.89. L’applicabilité de la méthode des EPSF est aussi garantie pour
les spécimen SC20, car une armature minimale était disposée dans la partie externe
à sa zone nodale, où une rupture à l’effort tranchant a été observée. Les résultats
135
5. Comportement d’angles de cadre soumis à une sollicitation
d’ouverture
de l’analyse de ces six éléments avec la méthode des EPSF sont plutôt satisfaisants,
avec une moyenne du rapport Mmax /Mepsf entre la résistance mesurée (Mmax ) et
la résistance prédite (Mepsf ) égale à 0.95 et avec une faible dispersion des résultats
(coefficient de variation de 7%).
– Pour les spécimens restant (SC41-43 et SC45), qui disposent d’un taux d’armature
transversale suffisant (ωwn ≥ 0.06), la méthode des EPSF est applicable sans res-
trictions. Pour ces éléments qui ont présenté un comportement ductile (moyenne du
rapport Mmax /Mf lex = 0.99), les prédictions de résistance sont très satisfaisantes
(moyenne du rapport Mmax /Mepsf = 1.01 et coefficient de variation de 2%). Un ré-
sultats similaire a été obtenu pour le spécimen soumis à un sollicitation de fermeture
de l’angle (SC21).
Tab. 5.8: Résultats de l’analyse des spécimens avec la méthode des EPSF
Mmax Mmax
ωwn Mf lex Mmax Mepsf moy CoV
spécimen détail Mf lex Mepsf
[-] [kNm] [kNm] [kNm] [-] [-] [-] [-]
SC18a (Cciii) 0.036 144.6 60.6 66.9 0.42 0.91
SC30b D2 ai - 131.8 57.8 107.5 0.44 0.54
SC19 (Cai) - 145.8 36.9 29.4 0.25 1.26
SC22 Cai - 130.5 47.3 30.0 0.36 1.58 1.50 0.14
SC23 Cbi - 130.5 62.2 37.5 0.48 1.66
SC20c (Cciii) 0.035 145.5 350.0c 389.0c -c 0.90c
SC38 Cc1 ii 0.035 129.0 110.3 112.5 0.86 0.98
SC39 Cc1 iii 0.047 127.9 108.7 122.5 0.85 0.89
SC40 Cc2 ii 0.048 129.4 105.9 125.0 0.82 0.85
SC44 Cc5 ii 0.048 130.1 118.4 122.5 0.91 0.97
0.95 0.07
SC26 D1 ai - 133.7 107.6 117.5 0.80 0.92
SC27 D1 bi - 132.1 123.6 127.5 0.94 0.97
SC31 D2 bi - 133.7 118.6 127.5 0.89 0.93
SC34 Bai - 130.6 113.5 107.5 0.87 1.06
SC35 Bbi - 130.6 134.0 127.5 1.03 1.05
SC21 (Cciii) 0.033 209.8 216.9 215.0 1.03 1.01
SC41 Cc2 iii 0.060 130.1 131.8 127.5 1.01 1.03
SC42 Cc3 iii 0.063 128.2 127.3 127.5 0.99 1.00 1.01 0.01
SC43 Cc4 iii 0.082 129.0 128.7 127.5 1.00 1.01
SC45 Cc5 iii 0.061 129.0 123.3 125.0 0.96 0.99
a : défaut d’ancrage des goujons d’angles [Cam11a] (méthode des EPSF pas applicable)
b : sensibilité aux défauts de mise en place de l’armature (méthode des EPSF pas appli-
cable)
c : pas d’excentricité de la charge (M = 0), Qmax et Qepsf [kN] au lieu de Mmax et Mepsf
[kNm], calcul du rapport Mmax /Mf lex pas possible
L’analyse effectuée pour les vingt spécimens a confirmé la qualité et la pertinence des
résultats obtenus par la méthode des EPSF pour l’étude systématique du comportement
des zones nodales soumises à une sollicitation d’ouverture de l’angle. Pour cette raison, en
se référant à un détail d’armature principale de type C, il est envisageable d’utiliser cette
méthode pour le calcul du taux mécanique minimal d’armature transversale (ωwn,min )
136
Analyse et dimensionnement des angles basés sur la borne inférieure de la théorie de la
plasticité
(a) (b)
0.20
Efficacité des
essais de Campana essais de Kordina
α = 125◦ α = 140◦ spécimens:
0.15 h = 400 mm h = 125 mm
Mmax
≥ 0.95
ωwn,min [-]
Mf lex
EPSF
0.10 Mmax
0.85 ≤ < 0.95
SC43 Mf lex
SC41,42,45 Mmax
0.05 SC39,40,44 T4
Mf lex
< 0.85
SC38
T3
0.00
0.00 0.10 0.20 0.30 0.00 0.10 0.20 0.30
(c) (d)
ω [-] ω [-]
0.20
Efficacité des
essais de Mayfield essais de Mayfield
α = 90◦ α = 90◦ spécimens:
0.15 h = 200 mm h = 200 mm
Mmax
≥ 0.95
ωwn,min [-]
Mf lex
0.10 Mmax
0.85 ≤ < 0.95
13B Mf lex
12 13A
Mmax
0.05 11 Mf lex
< 0.85
10
0.00
0.00 0.10 0.20 0.30 0.00 0.10 0.20 0.30
ω [-] ω [-]
Fig. 5.18: Résultats du calcul du taux mécanique minimal d’armature transversale
(ωwn,min ) et comparaison avec des essais existants : (a) essais de Campana et Mut-
toni [Cam11b] ; (b) essais de Kordina [Kor76] ; et (c-d) essais de Mayfield [May72] ;
(d)
137
5. Comportement d’angles de cadre soumis à une sollicitation
d’ouverture
La méthode des ESPF est un outil adapté pour l’étude raffinée du comportement des
zone nodales. Cependant, son utilisation n’est pas toujours aisée et ne se justifie pas
dans des phases préliminaires de conception d’ouvrages. Dans ces cas, il est préférable
d’utiliser des modèles des champs de contraintes rigides-plastiques [Mut97, Kos09] ou
des modèles bielles-et-tirants [Sch87, Leo74, Mut97]. Ces derniers s’adaptent mieux au
degré de détail requis dans ces phases de la conception.
Dans la suite, le comportement réel d’un élément ayant un détail d’armature de type Cc
(figure 5.19(a)) est décrit en combinant deux modèles bielles-et-tirants isostatiques :
– le premier modèle, présenté à la figure 5.19(b), ne dispose d’aucune armature transver-
sale. La déviation de la bielle comprimée se fait donc entièrement au niveau des zones
d’ancrage de l’armature flexionnelle par le biais de noeuds CCT. Comme démontré
par la campagne expérimentale (section 5.2) ainsi que par les essais existants dans la
littérature (section 5.1), ce système de déviation des efforts intérieurs conduit à des
performances limitées et à des ruptures prématurées à caractère fragile. En particulier,
la formation d’une fissure diagonale où les déformations se localisent est observée dans
la zone nodale.
– Le deuxième modèle, présenté à la figure 5.19(c), prévoit que toute la déviation de
la bielle comprimée se fait à l’intérieur de la zone nodale par le biais d’une armature
transversale (noeuds CCT). Ainsi, le tirant transversal de la figure 5.19(c), avec une
inclinaison égale à α/2, représente la résistance à la traction garantie par la moitié
de l’armature transversale (figure 5.19(a)). Si l’ancrage de l’armature transversale est
garantit, ce mode de fonctionnement se révèle très efficace, permettant une déviation
progressive des bielles de la zone comprimée. De plus, il permet de réaliser cette
déviation à l’extérieur de la zone majeurement fissurée, ce qui est préférable.
Les forces internes de la zone tendue (Fs ) et de la zone comprimée (Fc ≡ Fs ) peuvent
donc être déviées avec une contribution simultanée du premier (ξ Fs ) et du deuxième
((1 − ξ) Fs ) modèle (voir respectivement les figures 5.19(b) et 5.19(c)). Le comportement
réel de l’élément est donc représenté par le modèle bielles-et-tirants hyperstatique de la
figure 5.19(d). Basée sur un modèle bielles-et-tirants, le but de l’étude est, tout comme
celle effectuée dans la section 5.3.1 pour le calcul du taux mécanique minimal d’armature
transversale (ωwn,min ), d’éviter des ruptures prématurées au niveau de la zone nodale se
produisant avant l’écoulement de l’armature flexionnelle. Pour cette raison, l’intensité
maximale de la force de compression à dévier peut être décrite par :
Fc ≡ Fs = As fy = ω fcp b d (5.7)
Si l’on considère les conditions d’équilibre exprimées aux équations 5.8 et 5.9 et établies
sur la base du modèle bielles-et-tirants de la figure 5.19(c), la force sollicitant chaque
tirant transversal de la zone nodale (Fwn ) peut être calculée selon l’équation 5.10.
138
Analyse et dimensionnement des angles basés sur la borne inférieure de la théorie de la
plasticité
3z
z (1 − ξ) Fc = ³ α ´ Fc2 (5.8)
4 sin
2
Fc2
Fwn = ³α´ (5.9)
tan
2
4 ³α´
Fwn = (1 − ξ) ω fcp b d cos (5.10)
3 2
La force maximale qui peut être introduite dans chaque tirant transversal de la zone
nodale peut également être exprimée en fonction de sa surface d’armature minimale
(Aswn,min /2) et donc du taux mécanique minimal d’armature transversale (ωwn,min ) :
139
5. Comportement d’angles de cadre soumis à une sollicitation
d’ouverture
l’angle α :
8 ³α´
ωwn,min = (1 − ξ) ω cos2 (5.12)
3 2
Dans cette équation, le coefficient ξ définit la part de force qui est déviée par l’action
du premier modèle bielles-et-tirants (ξ Fc , voir figure 5.19(b)). La part de force déviée
par le deuxième modèle (figure 5.19(c)) est donc logiquement définie par (1 − ξ). La
valeur de ce coefficient (0 ≤ ξ ≤ 1) dépend de plusieurs paramètres. En particulier,
elle sera influencée par les conditions d’ancrage de l’armature flexionnelle et de l’arma-
ture transversale ainsi que par l’état de fissuration de la zone nodale. Pour des petites
valeurs des forces d’ancrage (taux d’armature flexionnelle modérés) ainsi que pour des
faibles fissurations de la zone nodale, le premier modèle bielles-et-tirants (figure 5.19(b))
risque d’être prépondérant et l’armature transversale nécessaire sera donc très faible. Au
contraire, pour des forces d’ancrage plus importantes ou en cas de plus grands endom-
magements de la zone nodale, la déviation sera faite en grande partie par l’action de
l’armature transversale du deuxième modèle (figure 5.19(c)). En accord avec les résul-
tats des analyses effectuées avec la méthode des EPSF, le degré de fissuration de la zone
nodale est principalement influencé par :
– l’amplitude de l’angle α, influençant la distance entre la bielle de compression inclinée
et le noeud interne de l’angle (lieu de développement de la première fissure de flexion),
l’amplitude des angles relatifs entre bielles et tirants et l’amplitude de la déviation
exigée par les bielles de la zone comprimée (figure 5.6(b)).
– La valeur du taux mécanique d’armature flexionnelle (ω) qui influence l’intensité de la
force totale à dévier dans la zone nodale pour l’atteinte de l’écoulement des armatures
(équation 5.7).
En accord avec la philosophie [Mut12a, Mut12b] décrite par le Model Code 2010 [Fib11]
pour la conception des ouvrages, une approche basée sur différents niveaux d’approxi-
mation doit être mise en place pour l’appréciation de la valeur du coefficient ξ. Pour des
vérifications préliminaires (dimensionnements simples et sécuritaires, niveau d’approxi-
mation I), une valeur ξ = 0 peut être utilisée. Ce choix conduit à un dimensionnement
prudent de l’armature transversale car toute la déviation des efforts doit se faire par
l’activation de cette dernière. Pour des niveaux d’approximation supérieurs, le calcul de
la valeur du coefficient ξ peut être effectué par une analyse avec la méthode des EPSF.
Dans le but de permettre des analyses avec un degré d’approximation supérieur, une
étude paramétrique portant sur l’amplitude α de l’angle ainsi que sur le taux méca-
nique d’armature flexionnelle (ω) a été effectuée avec la méthode des EPSF. Une plage
d’amplitudes de l’angle α comprises entre 90◦ et 140◦ et des valeurs du taux mécanique
d’armature flexionnelle (ω) jusqu’à 0.3 ont été considérées. Dans le même sens que ce
qui a été fait pour la détermination des courbes ωwn,min − ω de la figure 5.18, l’étude
140
Analyse et dimensionnement des angles basés sur la borne inférieure de la théorie de la
plasticité
Fig. 5.20: Etude paramétrique effectuée avec la méthode des EPSF : caractéris-
tiques de l’élément étudié
Pour chaque couple α − ω, le taux d’armature transversale dans la zone nodale (ωwn ) a
été augmenté au fur et à mesure jusqu’à la quantité permettant d’atteindre l’écoulement
de l’armature flexionnelle. Ceci a été fait en variant la surface d’armature Aswn . Il faut
souligner que l’armature transversale a été disposée de façon repartie dans la zone nodale
(figure 5.20). Cette condition est importante pour éviter que la taille des éléments finis
puisse affecter les résultats du calcul. De cette façon, une bonne stabilité a pu être
observée lors du calcul numérique. Les résultats obtenus avec cette analyse sont résumés
aux figures 5.21(a-b) (courbes trait-tillées) qui montrent respectivement les relations
ωwn,min − ω (pour différentes valeurs de α) et ωwn,min − α (pour différentes valeurs de
ω). Sur la base de l’équation 5.12, la valeur du coefficient ξ obtenue pour les différents
141
5. Comportement d’angles de cadre soumis à une sollicitation
d’ouverture
3 ωwn,min
ξ =1− ³ ´ (5.13)
8 ω cos2 α
2
L’allure des courbes ξ − ω obtenues pour chaque amplitude de l’angle α est montrée à la
figure 5.21(c) (courbes trait-tillées). Dans cette figure, l’effet des deux paramètres étudiés
(α et ω) peut ce voir facilement. Le taux mécanique d’armature flexionnelle (ω) influence
assez sensiblement la valeur du coefficient ξ. Comme il était attendu, pour des valeurs
modérées de ω, la valeur de ξ est proche de 1. Ceci signifie que la plus grande partie de
déviation des efforts intérieurs peut se faire, au niveau de la zone d’ancrage de l’arma-
ture flexionnelle, selon le modèle bielles-et-tirants de la figure 5.19(b) et que la quantité
d’armature transversale nécessaire est très faible, voir nulle (si ξ = 1). Il faut souligner
que des valeurs modérées de ω ne s’obtiennent pas uniquement en réduisant la surface
d’armature flexionnelle, mais également en variant les propriétés mécaniques des maté-
riaux. En particulier, l’utilisation d’un béton de meilleure qualité (augmentation de fcp
et donc diminution de ω, voir équation 5.1) permettrait l’amélioration des performances
du modèle bielles-et-tirants de la figure 5.19(b). Par contre, en cas d’augmentation de
la valeur de ω, la disposition d’une armature transversale devient indispensable (ξ ¿ 1,
voir figure 5.21(c)) et le fonctionnement selon le modèle bielles-et-tirants de la figure
5.19(c) est donc déterminant.
Une influence non négligeable de l’amplitude de l’angle α peut également être observée
aux figures 5.21(a-c), en particulier pour des taux mécaniques d’armature flexionnelle
importants. En effet, la valeur du coefficient ξ est plus élevée pour des petites amplitudes
de α, ce qui signifie que le modèle bielles-et-tirants de la figure 5.19(b) est plus efficace
dans ces cas. Comme déjà discuté précédemment (voir section 5.1.2, figure 5.6(b)), pour
des petites amplitudes de α, la bielle inclinée de la zone nodale se développe à un endroit
moins propice à la présence des fissures et l’amplitude des angles relatifs entre bielles et
tirants augmente, rendant moins problématique le fonctionnement des noeuds.
Pour achever l’étude paramétrique, une formule analytique pour le calcul de la valeur
du coefficient ξ est proposée :
³α´ λ2
ξ = λ1 cos + ≤ 1.0 (5.14)
2 ω
où λ1 = 0.4 et λ2 = 0.02 sont les constantes qui permettent la meilleure correspondance
avec les résultats obtenus par la méthode des EPSF. Les courbes ξ − ω, obtenues sur
la base de l’équation 5.14 (courbes continues), sont comparées à celles obtenues avec la
méthode des EPSF (courbes trait-tillées) à la figure 5.21(c). La même comparaison est
faite, aux figures 5.21(a-b), respectivement pour les courbes ωwn,min − ω et ωwn,min − α,
obtenues en injectant l’équation 5.14 dans l’équation 5.12. Comme mis en avant dans ces
figures, les résultats de l’étude paramétrique sont fidèlement représentés par l’utilisation
de l’équation 5.14. Cette équation permet le dimensionnement des armatures sur la base
d’un modèle bielle et tirants (figures 5.19(b-d)). Dés lors les efforts dans les éléments
142
Conclusions
ξ [-]
0.10 130◦
0.05 140◦
0.4
0.1
0.2
0.0 0.0
0.0 0.1 0.2 0.3 90 100 110 120 130 140 0.0 0.1 0.2 0.3
ω [-] α [degrés] ω [-]
Fig. 5.21: Comparaison entre les résultats de l’étude paramétrique effectué avec
la méthode des EPSF (courbes trait-tillées) et le modèle d’approximation pro-
posé (courbes continues) : (a) taux mécanique minimal d’armature transversale
en fonction du taux mécanique d’armature flexionnelle ; (b) taux mécanique mini-
mal d’armature transversale en fonction de l’amplitude de l’angle α ; et (c) valeur
du coefficient ξ en fonction du taux mécanique d’armature flexionnelle
calculés, toutes les vérifications finales, comme par exemple le contrôle de l’épaisseur des
bielles et des détails d’ancrage, peuvent être effectuées avec un champ de contraintes
rigide-plastique, comme montré à la figure 5.19(e). Il faut toutefois souligner que cette
équation a été déterminée pour des valeurs de α comprises entre 90◦ et 140◦ et ne
peut donc pas être utilisée pour des valeurs en dehors de cette plage. L’utilisation de
l’équation 5.14 pour des valeurs de ω > 0.3 (à l’extérieur de la plage de valeurs étudiées)
perd également son intérêt car la quantité d’armature transversale nécessaire deviennent
beaucoup trop importante et n’est plus raisonnable.
5.4 Conclusions
Dans ce chapitre, le comportement d’angles de cadre soumis à une sollicitations statique
de fermeture ou d’ouverture a été étudié. Suite à ce travail, les conclusions suivantes
peuvent être faites :
1. Le comportement des zones nodales est fortement influencé par le type de sollicita-
tion. L’efficacité d’angles soumis à une sollicitation de fermeture est généralement
satisfaisante. Par contre, le comportement d’angles soumis à une sollicitation d’ou-
verture peut se révéler problématique, avec un risque élevé de ruptures prématurées
à caractère fragile.
143
5. Comportement d’angles de cadre soumis à une sollicitation
d’ouverture
5. Une campagne expérimentale a été effectuée sur d’éléments obtus soumis à une
sollicitation d’ouverture. Une attention particulière a été dédiée au cas d’éléments
munis d’une armature flexionnelle avec ancrage dans la zone comprimée et d’une
armature transversale dans la zone nodale. Des solutions performantes, permettant
l’atteinte d’un comportement ductile, ont été identifiées. La nécessité d’un taux
minimal d’armature transversale dans la zone nodale a été mise en évidence.
6. L’étude du comportement des régions nodales peut être effectuée avec des méthodes
basées sur la borne inférieure de la théorie de la plasticité. La méthode des champs
de contraintes élastiques-plastiques (EPSF) s’est montrée un outil pratique et fiable
pour l’analyse du comportement de ces éléments, également en cas de sollicitations
d’ouverture des angles. En effet, les modes de rupture sont capturés avec une
précision très satisfaisante et, si les conditions de base pour l’utilisation de cette
méthode sont respectées (mise en place d’une armature minimale de contrôle de la
fissuration), d’excellentes prédictions de la résistance des éléments sont également
possibles.
7. Le dimensionnement des armatures dans la zone nodale peut être effectué avec des
modèles bielles-et-tirants, permettant une étude rapide et prudente du comporte-
ment des éléments. Pour faciliter l’étude des zones nodales avec de tels modèles,
une étude paramétrique a été effectuée avec la méthode des EPSF. Des lignes di-
rectrices pour l’établissement d’un modèle bielles-et-tirants ont été mises en avant
lors de cette étude.
144
Chapitre 6
6.1 Conclusions
Des conclusions détaillées ont déjà été mises en avant dans chaque chapitre de cette
thèse. De manière plus générale, et sur la base des différentes études présentées dans
cette thèse, les conclusions suivantes peuvent être tirées :
2. Pour le cas de la géométrie des poutres droites investiguées dans le cadre de cette
thèse, l’engrènement des granulats, l’armature transversale ainsi que l’effet goujon
de l’armature flexionnelle se révèlent être les principaux modes de transmissions de
l’effort tranchant. Le travail de quantification effectué a toutefois mis en avant une
grande variabilité de leur importance relative, qui est principalement influencée
par les caractéristiques de la fissure critique, notamment sa forme et sa cinéma-
145
6. Conclusions et propositions pour des travaux futurs
tique. Comme il a été mis en avant dans la campagne expérimentale, ces dernières
peuvent varier de manière conséquente d’un élément à l’autre. Cette variabilité ne
se remarque cependant pas sur la résistance finale des éléments, car les contribu-
tions des différents modes de transmission de l’effort tranchant se compensent. Les
mesures effectuées pour le suivi de la cinématique des fissures se sont révélées très
adaptées pour l’étude du comportement des éléments. Il en est de même pour les
modèles physiques utilisés pour la quantification de la contribution de chaque mode
de transmission de l’effort tranchant, lesquels ont permis d’obtenir des résultats
pertinants.
146
Travaux futurs
1. Comme il a été démontré, l’étude des éléments dont l’élancement réduit les placent
sur le flanc gauche de la vallée de Kani (ruptures à l’effort tranchant déclenchées
par le défaut de résistance de la bielle d’appui direct qui est pénétrée par les fis-
sures), peut se faire par la méthode des EPSF. Ce travail se montre toutefois
laborieux et donne lieu à des résultats plutôt conservatifs, en raison du fait que
l’engrènement des granulats est négligé par cette méthode. L’incorporation de nou-
veaux paramètres pour sa prise en compte dans la méthode des EPSF pourrait se
révéler intéressante. Toutefois, ceci risquerait de compliquer de manière démesurée
les hypothèses de bases de la méthode, dont la simplicité représente l’un de ses
points clefs jusqu’à présent, mais permettrait d’élargir le domaine d’application de
cette approche.
3. Pour ce qui concerne les éléments courbes, il faudra investiguer de manière détaillée
la zone d’interaction entre les ruptures par effort tranchant et celles par éclatement
du béton d’enrobage. Des nouvelles campagnes expérimentales sont indispensables
pour la compréhension des modes de rupture dans cette zone d’interaction. Ce
travail devra être effectué en relation avec la campagne d’essais présentée dans le
cadre de cette thèse [Cam12] ainsi qu’à celle effectuée par Fernández et al. [Fer10]
sur des arcs similaires soumis à la flexion pure. Pour ce faire, il faudra varier
soit la courbure des éléments soit le rapport entre le moment de flexion et l’effort
tranchant (en changeant les conditions d’appui des éléments), de façon à accentuer
l’intensité des forces de déviation vis-à-vis de celle de l’effort tranchant. L’effet
147
6. Conclusions et propositions pour des travaux futurs
4. La recherche effectuée sur le comportement des angles de cadre soumis à des sol-
licitations d’ouverture, pourrait être suivie par l’analyse de leur performance pour
des chargements cycliques d’ouverture et de fermeture (sollicitations sismiques).
L’introduction d’une sollicitation d’effort tranchant supplémentaire, qui modifie
l’intensité et les caractéristiques de la force à dévier dans la zone nodale, peut
également être un thème méritant un intérêt futur.
148
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156
BIBLIOGRAPHIE
157
Annexes
159
Annexe A
Les mesures effectuées au déformètre (voir section 3.3) [Cam11c] permettent le calcul
de la cinématique des fissures. En particulier, il est intéressant de connaı̂tre le déplace-
ment relatif entre les deux lèvres d’une fissure en un point donné (point f (xf , yf ) de
la figure A.1(a)). Ces déplacements peuvent être calculés en se référant à un système
d’axes global (~u = [u v]T , u étant le déplacement horizontal et v le déplacement vertical,
voir figure A.1(b)) ou à un système d’axes local dont l’orientation change en fonction de
l’inclinaison de la fissure (α) dans le point de calcul (w ~ = [w ∆]T , w étant l’ouverture
mesurée le long de l’axe y 0 perpendiculaire à la fissure et ∆ le glissement mesuré le long
de l’axe x0 parallèle à la fissure, voir figure A.1(b)).
Le modèle de calcul qui a été utilisé, qui considère que toutes les déformations se pro-
duisent à l’endroit de la fissure, est applicable uniquement si la zone délimitée par les
quatre cibles considérées pour le calcul (cibles P1, P2, P3 et P4, voir figure A.1(a)) est
traversée par une seule fissure.
160
Si cette condition est respectée, un champ de déplacement peut être déterminé de chaque
côté de la fissure analysée (champ w1 (x, y) pour le premier côté et champs w2 (x, y) pour
le deuxième). Le calcul des champs de déplacement se base sur les mouvements des deux
cibles (P1-P2 ou P3-P4, voir figure A.1(a)) se trouvant du même côté par rapport à la
fissure analysée. Les mouvements des cibles sont décrits par leur position initiale (P10 ,
P20 , P30 et P40 , voir figure A.1(b)) et celle déformée correspondante au palier de charge
analysé (P1def , P2def , P3def et P4def , voir figure A.1(b)). Les champs de déplacement
sont calculés selon :
( (
a1 − e1 x a 2 − e2 x
w1 (x, y) = et w2 (x, y) = (A.1)
b1 + e1 y b2 + e2 y
avec :
a1 a2
¡ ¢−1 ¡ T ¢ ¡ ¢−1 ¡ T ¢
s1 = b1 = AT1 A1 A1 c1 et s2 = b2 = AT2 A2 A2 c2 (A.2)
e1 e2
où :
1 0 −P10y 1 0 −P30y
0 1 P10x 0 1 P30x
A1 = et A2 = (A.3)
1 0 −P20y 1 0 −P40y
0 1 P20x 0 1 P40x
et :
P1def
x − P10x P3def
x − P30x
P1def − P10y P3def − P30y
y y
c1 = et c2 = (A.4)
P2def
x − P20x P4def
x − P40x
P2def
y − P20y P4def
y − P40y
Le déplacement entre les deux lèvres de la fissure en un point donné se réfère à la
distance entre le point f1 (situé sur la première lèvre de la fissure, voir figure A.1(b)) et
le point f2 (situé sur la deuxième lèvre de la fissure, voir figure A.1(b)). En configuration
non déformée, quand la fissure n’existe pas, les points f1 et f2 se trouvent dans la
même position (point f (xf , yf ), voir figure A.1(a)). Le vecteur déplacement, se référant
au système d’axes global (~u) et définissant le mouvement du point f2 par rapport au
point f1 , peut donc être calculé comme étant la différence entre les deux champs de
déplacement calculés précédemment :
" #
u
~u = = w2 (xf , yf ) − w1 (xf , yf ) (A.5)
v
161
A. Calcul de la cinématique des fissures
162