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Résistance des éléments en béton armé

ÉLÉMENTS EN BÉTON ARMÉ SOUMIS À UNE COMBINAISON DE FLEXION, EFFORT TRANCHANT ET FORCES DE DÉVIATION

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Résistance des éléments en béton armé

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page de titre provisoire

ÉLÉMENTS EN BÉTON ARMÉ SOUMIS À UNE COMBINAISON DE

FLEXION, EFFORT TRANCHANT ET FORCES DE DÉVIATION

Thèse N° 5574

Stefano Campana

Directeur de thèse : Prof. Dr Aurelio Muttoni

Co-directeur de thèse : Dr Miguel Fernández Ruiz

École Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL)

Faculté de l’Environnement Naturel, Architectural et Construit (ENAC)

Laboratoire de construction en béton (IBETON)


Préface
Les structures en béton présentent souvent des régions où la géométrie varie de façon
concentrée (donnant lieu à des régions nodales) ou distribuée (donnant lieu à des éléments
courbes). Dans ces éléments, la résistance est souvent contrôlée par le détail d’armature,
pour lequel l’ingénieur doit appliquer des modèles de dimensionnement adaptés afin de
considérer la transmission des forces internes et de gérer de potentielles poussées au vide.

Dans cette thèse, différentes problématiques associées à ces éléments sont traitées, notam-
ment les pièces courbes sans armature transversale et les angles de cadre. Les éléments
courbes sont un thème de grande importance pratique, notamment par leur application
aux tranchées couvertes et autres structures voûtées. Ce thème avait déjà été étudié
dans le Laboratoire de Construction en Béton pour ce qui concerne les poussées au vide
d’éléments courbes soumis à des moments de flexion (thèse de doctorat de M. S. Plu-
mey). Dans la thèse de M. Campana, le thème est approfondi, avec l’étude d’éléments
courbes soumis à des moments de flexion et à des efforts tranchants. Il est à noter que
le comportement des éléments courbes sous de telles sollicitations n’a presque pas été
traité dans la littérature scientifique (malgré sa potentiellement large répercussion pra-
tique), en sorte que cette étude constitue une amélioration significative de l’état actuel
des connaissances. Cette étude montre que l’influence de la courbure des pièces est un
paramètre important influençant de façon positive ou négative la résistance de l’élément
(selon les forces de déviation agissantes). Une méthode de dimensionnement fondée sur
la théorie de la fissure critique, base de l’actuelle norme Suisse pour la construction en
béton, est présentée.

En ce qui concerne les angles de cadre, la thèse de M. Campana explore l’efficacité de


certaines dispositions d’armature (classiques et innovantes) et la quantité minimale d’ar-
mature transversale à disposer afin d’assurer un comportement présentant une résistance
et une capacité de déformation satisfaisantes. L’étude montre des résultats prometteurs
pour certaines dispositions développées spécifiquement pour cette recherche et établit
des méthodes de dimensionnement simples basés sur des méthodes d’équilibre comme
les champs de contraintes et les modèles bielles-et-tirants.

L’étude de M. Campana contribue ainsi à améliorer l’état des connaissances actuel dans
une série d’aspects fondamentaux pour les structures en béton armé et prépare les bases
pour de futures recherches dans ces domaines.

Le directeur et le co-directeur de thèse remercient le Service des Routes de l’Etat du


Valais pour son soutien qui a rendu possible cette recherche.

Ecublens, novembre 2012


Prof. Dr Aurelio Muttoni
Dr Miguel Fernández Ruiz

i
Remerciements
Cette thèse n’aurait pu aboutir eu n’aurait sans doute pas été la même sans les nom-
breuses contributions apportées tout au long de ces quatre années. Je tiens donc parti-
culièrement à remercier :

Le professeur Aurelio Muttoni, mon directeur de thèse, pour m’avoir offert la possibilité
d’effectuer ce travail de recherche et pour les conseils qu’il a su me donner, lesquels ont
sans aucun doute laissés une empreinte importante à ce travail.

Le Dr Miguel Fernández Ruiz, mon co-directeur de thèse, pour le suivi constant qu’il
a apporté à mon travail pendant ces années de recherche. Ta disponibilité et ton enga-
gement pendant les nombreuses heures d’échange et de discussions autour des thèmes
faisant le sujet de cette thèse ont contribués d’une façon déterminante à sa qualité.

Le professeur de structures en béton armé Joost Walraven de la Delft University of Tech-


nology, qui m’a accueilli dans son laboratoire pendant une période de quatre mois. Je
garde un souvenir positif de cette expérience et des relations professionnelles et person-
nelles que j’ai pu établir avec toi ainsi que les autres personnes de ton équipe.

Mon jury de thèse, composé par le professeur Alain Nussbaumer, président du jury, le
professeur Eugen Brühwiler, le professeur Antonio Ricardo Marı́ Bernat, le professeur
Juan Sagaseta Albajar ainsi que mes directeurs de thèse. Vos intérêts respectifs au sujet
de ma thèse m’ont donné énormément de fierté et de satisfaction.

Tout le personnel du groupe d’ingénierie des structures, pour la précieuse contribution


à mon travail expérimental, et en particulier Gilles Guignet, pour son soutien constant
et nécessaire dans le cadre des nombreux essais effectués. Ton engagement a été total
et les résultats obtenus n’aurait pas été les mêmes sans ton support. Merci également
à Daniele, Giotto, Eric, Marie et Rita pour votre précieux aide au laboratoire en tant
qu’assistants-étudiants.

Andrea Anastasi et Giotto Messi, qui ont participé activement, dans le cadre de leurs
travaux de Master, à deux des campagnes expérimentales faisant partie de ma thèse.
Votre sérieux, votre engagement ainsi que vos capacités nous ont permis un échange
fructueux et tout autant nécessaire pour le développement de cette recherche, pour le-
quel vous recevez toute ma reconnaissance.

Diego Carnero et Lionel Chevalley, deux récents diplômés que j’ai eu le plaisir d’assister.
J’ai appris beaucoup de choses lors du suivi de vos travaux de Master. Merci également
à tous les autres étudiants qui j’ai pu côtoyer dans le cadre des projets de semestre et des
autres cours. Vos interrogations m’ont permis d’enrichir mes connaissances théoriques.
Le fait que mon engagement était apprécié me rend très fier et traduit à mon sens la
qualité des échanges que l’on a pu avoir pendant ces années.

iii
Fabio Brantschen, pour son travail de relecture et pour ses remarques pertinentes. J’ai
profondément apprécié le sérieux que tu a accordé à ce travail.

Tous mes actuels et anciens collègues. En particulier, merci à Damien, Dario, Fabio,
Francisco, Luca, Marie-Rose, Michael, Neven, Roberto et Thibault pour avoir permis
des échanges dont je garde un souvenir très positif. Vous m’avez donné la possibilité et
l’envie d’aller au-delà de la relation professionnelle, en devenant des amis appréciés.

Tous mes amis. Grâce aux moments de détente que nous avons partagé, vous avez rendu
cette période inoubliable d’un point de vue personnel.

Mais les plus grands remerciements vont avant tout à mes parents, à mes soeurs et à Da-
niela. Votre soutien inconditionné a été mon moteur pendant toutes ces années d’études.
Il aurait été impossible de vous en demander plus. Je vous dédie donc cette thèse de
tout mon coeur.

Stefano

iv
Résumé
Les structures en béton armé peuvent être concernées par des zones de géométrie parti-
culière dues à des changements de la direction de leur ligne moyenne. Ces changements
peuvent être abrupts, comme par exemple dans le cas des angles de cadre, ou progres-
sifs, comme par exemple dans les éléments courbes. Dans ces zones particulières, les
efforts tranchants et les efforts normaux agissant nécessitent d’être déviés. De plus, la
géométrie de ces zones soumises aux efforts de flexion peut générer des forces de dévia-
tion qui doivent être prises en compte dans leur dimensionnement. Pour ces raisons, ces
zones sont fréquemment caractérisées par le développement de ruptures prématurées,
qui peuvent influencer de manière sensible le comportement global des structures. Dans
le cas des éléments courbes, des ruptures d’effort tranchant ou par éclatement du béton
d’enrobage peuvent être observées. Dans le cas des angles de cadre, la nécessité de dé-
vier les forces internes peut également conduire à des ruptures prématurées. Des détails
d’armature adaptés permettent toutefois des comportements satisfaisants en termes de
résistance et de capacité de déformation.

Ce travail de recherche a permis d’investiguer le comportement d’éléments courbes sou-


mis à des sollicitations d’effort tranchant ainsi que celui d’angles de cadre soumis à des
sollicitations d’ouverture. Les paramètres principaux influençant la réponse de ces élé-
ments ont été identifiés, permettant le développement de méthodes pour leur vérification
ainsi que pour leur dimensionnement.

Le travail de recherche a donc débuté par l’étude des modes de rupture qui s’observent
dans les éléments droits (éléments sans changement de direction de la ligne moyenne)
en fonction de leur élancement, défini par leur géométrie, mais qui peut également être
influencé par la présence d’efforts normaux (introduits par exemple par la présence d’une
précontrainte). Cette étude initiale a été complétée par une première campagne expéri-
mentale qui a permis d’analyser, sur la base de la cinématique des fissures mesurée de
façon raffinée, l’importance relative des différents modes de transmission qui peuvent
contribuer au transfert de l’effort tranchant aux appuis.

Une deuxième campagne expérimentale a permis de saisir l’effet de la courbure des


éléments (introduisant des forces de déviation réparties) sur leur résistance à l’effort
tranchant. Il a été mis en avant que les forces de déviation ont un effet positif ou né-
gatif selon le type de courbure des éléments (convexe ou concave). Leur effet a par la
suite été considéré pour l’établissement d’un modèle de calcul basé sur les principes de
la théorie de la fissure critique, qui s’est montrée pertinente pour l’étude de ces éléments.

Une troisième campagne expérimentale a enfin permis d’identifier des détails d’armature
performants pour les angles de cadre obtus soumis à des sollicitations d’ouverture, pour
lesquels une sensibilité conséquente aux ruptures prématurées a été mise en évidence
par les recherches existantes dans la littérature. Ceci passe par la mise en place d’une

v
armature transversale dans la zone nodale, pour laquelle il a été démontré que le di-
mensionnement peut se faire en se basant sur des modèles bielles-et-tirants ou sur la
méthode des champs de contraintes continus. Des indications pour le dimensionnement
de cette armature transversale ont également été établies.

Mots-clefs : béton armé, éléments courbes, angles de cadre, efforts tranchants, efforts
normaux, forces de déviation, modes de transmission de l’effort tranchant, armature
transversale, théorie de la fissure critique, champs de contraintes, modèles bielles-et-
tirants.

vi
Riassunto
Nella progettazione e nell’analisi di costruzioni in calcestruzzo armato si è spesso confron-
tati con elementi che presentano delle geometrie particolari, dovute ad esempio a dei
cambi di direzione dell’asse della struttura. Questi cambi di direzione possono prodursi
in modo brusco, come succede negli angoli di telaio, od in modo progressivo, come suc-
cede negli elementi curvi. Per il dimensionamento di questi elementi, occorre quindi
considerare la deviazione degli sforzi interni, come pure la presenza di eventuali forze di
deviazione generate dalla loro particolare geometria.

Tali elementi possono essere soggetti a delle rotture premature, che influenzano poi
sensibilmente il comportamento globale della struttura. Gli elementi curvi sono partico-
larmente sensibili alle rotture a taglio ed alle rotture dovute all’espulsione del copriferro,
le quali si manifestano in modo particolarmente fragile. Nel caso degli angoli di telaio
sottoposti a delle sollecitazioni di apertura, la necessità di deviare gli sforzi interni può
ugualmente condurre a delle rotture premature. L’utilizzo di dettagli d’armatura speci-
ficamente concepiti può tuttavia assicurare dei comportamenti adeguati, sia in termini
di resistenza che di capacità di deformazione.

Questa ricerca ha permesso di identificare i parametri principali influenzanti il compor-


tamento degli elementi curvi sollecitati a taglio e degli angoli di telaio soggetti a delle
sollecitazioni di apertura. Sulla base di tali studi, sono stati sviluppati dei metodi par-
ticolari per la verifica ed il dimensionamento di questi elementi.

Per preparare al meglio lo studio degli elementi curvi, la ricerca è iniziata con l’ana-
lisi delle caratteristiche delle rotture a taglio che si verificano negli elementi rettilinei
(elementi senza cambi di direzione dell’asse della struttura), in funzione della loro snel-
lezza. Quest’ultima è definita dalla geometria degli elementi, ma può ugualmente essere
influenzata dall’azione di uno sforzo normale, dovuto per esempio alla presenza della pre-
compressione. Quest’analisi preliminare è stata completata da una campagna di prove
di laboratorio, la quale ha permesso di quantificare l’importanza relativa di ogni modo
di trasmissione dello sforzo di taglio nella resistenza degli elementi. Il lavoro di quantifi-
cazione è stato effettuato basandosi interamente sulla cinematica delle fessure, la quale
è stata misurata in modo accurato nel corso delle prove di laboratorio.

Una seconda campagna di prove di laboratorio ha poi permesso di investigare l’effetto


della curvatura degli elementi sulla loro resistenza a taglio. Le prove effettuate hanno
dimostrato che le forze di deviazione ripartite, introdotte dalla curvatura degli elementi,
producono un effetto positivo o negativo in funzione del tipo di curvatura degli elementi
(convessi o concavi). Tale effetto è quindi stato considerato per stabilire un modello di
calcolo basato sui principi della teoria della fessura critica, la quale si è dimostrata adatta
per l’analisi degli elementi curvi.

vii
Una terza campagna di prove di laboratorio ha infine permesso di identificare dei dettagli
d’armatura ottimizzati per gli angoli di telaio sottoposti a delle sollecitazioni di apertura,
per i quali una grande sensibilità alle rotture premature è stata evidenziata da nume-
rose ricerche esistenti nella letteratura scientifica. Dei comportamenti performanti degli
angoli esaminati possono infatti essere ottenuti con la disposizione di armature trasver-
sali. Nell’ambito di questa ricerca è stato dimostrato che il dimensionamento di questi
elementi può essere effettuato basandosi su dei modelli bielle-e-tiranti o sul metodo dei
campi di tensione. Delle indicazioni per il dimensionamento delle armature trasversali
sono dunque state stabilite.

Parole-chiave : calcestruzzo armato, elementi curvi, angoli di telaio, sforzo di taglio,


sforzo normale, forze di deviazione, modi di trasmissione dello sforzo di taglio, armatura
trasversale, teoria della fessura critica, campi di tensione, modelli bielle-e-tiranti.

viii
Zusammenfassung
Stabförmige Stahlbetonstrukturen weisen oftmals Bereiche mit wechselnder Geometrie
auf, welche sich aus einem Richtungswechsel oder Sprung der Trägerachse ergeben. Diese
Änderungen können wie bei Rahmenecken abrupt sein oder kontinuierlich wie bei ge-
krümmten Elementen. In diesen Regionen müssen sowohl die Querkräfte, als auch die
Normalkräfte umgelenkt werden. Zudem können sich aus den einwirkenden Biegemo-
menten zusätzliche Umlenkkräfte bilden, welche beim Nachweis der Tragsicherheit zu
berücksichtigen sind. Aus den genannten Gründen weisen diese Regionen oftmals einen
geringeren Tragwiderstand auf als die restlichen Bereiche, womit sie das Tragwerksver-
halten massgeblich beeinflussen. In gekrümmten Elementen kann häufig ein Schubversa-
gen oder das Abplatzen des Überdeckungsbetons beobachtet werden. Die in Rahmen-
ecken auftretenden Umlenkkräfte führen oft zu einem vorzeitigen Versagen in diesem
Bereich. Durch eine gute Bewehrungsführung kann dennoch ein zufriedenstellendes Ver-
halten bezüglich Tragwiderstand und Verformungsvermögen herbeigeführt werden.

In der vorliegenden Forschungsarbeit wurde das Verhalten von gekrümmten Elementen


unter Schubbelastung und von sich öffnenden Rahmenecken unter Momentenbeanspru-
chung untersucht. Die Identifizierung der Hauptparameter, welche das Verhalten derar-
tiger Elemente beeinflussen, ermöglichte die Herleitung von Dimensionierungs- und Nach-
weismethoden sowohl für gekrümmte Elemente als auch für Rahmenecken. In einem ers-
ten Schritt wurde das Bruchverhalten von nicht gekrümmten Trägern (Elemente ohne
geomtrische Veränderungen) untersucht. Als veränderliche Parameter wurden die Träger-
schlankheit, variiert durch eine veränderte Geometrie, und die aufgebrachte Normalkraft
(z.B. durch eine Vorspannung) berücksichtigt. Diese erste Studie wurde komplettiert
durch eine Versuchsserie in welcher, durch die exakte Bestimmung der Risskinematik,
der Einfluss der diversen Schubtragmechanismen bestimmt werden konnte.

Der Einfluss der Trägerkrümmung auf den Schubtragwiderstand wurde durch eine zweite
Versuchsserie bestimmt. Es konnte gezeigt werden, dass die durch die Krümmung ent-
stehenden Umlenkkräfte einen positiven oder negativen Einfluss auf den Tragwiderstand
haben können, je nachdem ob das Element eine konvexe oder konkave Krümmung auf-
weist. Auf der Basis der Theorie des kritischen Schubrisses wurde ein Modell entwickelt,
welches eine Berücksichtigung der Umlenkkräfte zulässt. Das Modell wurde anhand der
ausgeführten Versuche validiert.

Eine dritte Versuchsserie an sich öffnenden, stumpfwinkligen Rahmenecken ermöglichte


die Bestimmung zweckmässiger Bewehrungsdetails, um diesen bis anhin als spröd gel-
tenden Zonen eine höhere Duktilität zu verleihen. Durch die Verwendung einer Schub-
bewehrung in der Rahmenecke lässt sich das Tragverhalten erheblich verbessern.

ix
Die Schubbewehrung kann anhand der erarbeiteten Bemessungshinweise und unter Ver-
wendung von Streben-Zugband-Modellen oder Spannungsfeldern dimensioniert werden.

Stichworte : Stahlbeton, gekrümmte Elemente, Rahmenecke, Querkraft, Normalkraft,


Umlenkkraft, Schubtragmechanismus, Schubbewehrung, Theorie des kritischen Schub-
risses, Spannungsfeld, Streben-Zugband-Modell.

x
Abstract
Concrete structures usually present regions characterized by changes in the geometry
which may be concentrated (such as corners of framed structures) or distributed over
a given length (such as arch-shaped members). In these regions, the inner tension and
compression chords need to be deviated, originating a state of strains and stresses whose
performance (strength and behaviour) depends much on the detailing of the reinforce-
ment. For incorrect detailing, premature brittle failures are observed. This is for instance
the case of shear failures or failures due to cover spalling of arch-shaped members and
of failures due to deviation forces in corner frames. Suitable detailing leads however to
satisfactory behaviour with sufficient strength and deformation capacity.

The present work investigates on the behaviour of these regions and on their suitable de-
tailing. The physical parameters governing their behaviour are identified and consistent
rules for their design and assessment are provided. The investigation presents first an
overview on the shear transfer mechanisms for straight, prismatic members (members
without changes in the geometry). This allows understanding the role of the various phy-
sical parameters on the shear strength and in particular of the slenderness and normal
forces. This study is completed with a specific testing programme where refined measu-
rements where performed in order to quantify the amount of shear carried by each shear
transfer action.

A second test series is later described investigating the behaviour of arch-shaped mem-
bers failing in shear. The influence of curvature is shown to be beneficial or detrimental
depending on the arrangement of the curvature (convex or concave) with respect to
the acting shear force. These results have been investigated on the basis of the Critical
Shear Crack Theory, which is shown to be suitable for the design of such members if the
deviation forces are accounted.

The investigation is completed by a third testing campaign and a series of finite-element


analyses on corner frame regions. The aim of this study is to investigate on the suitability
of various reinforcement details and to enhance their performance by providing innova-
tive reinforcement arrangements. Considerations for their design based on equilibrium
models (strut-and-tie models, stress fields) are finally provided.

Keywords : structural concrete, arch-shaped member, corner frame, shear force, normal
force, deviation force, shear transfer mechanism, transverse reinforcement, Critical Shear
Crack Theory, stress fields, strut-and-tie models.

xi
Table des matières

Préface i

Remerciements iii

Résumé v

Riassunto vii

Zusammenfassung ix

Abstract xi

Notations xvii

1 Introduction 1
1.1 Problématique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1
1.2 Objectifs, contenus de la thèse et contributions personnelles apportées . . 5

2 Ruptures à l’effort tranchant dans les éléments en béton armé 9


2.1 Modes de transmission de l’effort tranchant dans les éléments fissurés en
béton armé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
2.2 Influence de l’élancement sur la résistance à l’effort tranchant d’éléments
en béton armé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
2.2.1 Région de propagation stable des fissures inclinées . . . . . . . . . 15
2.2.2 Région de propagation instable des fissures inclinées . . . . . . . . 16
2.2.3 La méthode des champs de contraintes . . . . . . . . . . . . . . . . 17
2.2.4 La théorie de la fissure critique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
2.2.5 Calcul de la vallée de Kani avec la théorie de la fissure critique et
la méthode des champs de contraintes . . . . . . . . . . . . . . . . 21
2.2.6 Influence d’un effort normal . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
2.3 Influence de l’armature transversale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
2.4 Conclusions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32

xiii
TABLE DES MATIÈRES

3 Modes de transmission de l’effort tranchant dans les éléments en béton


armé 33
3.1 État de l’art et justification de l’étude . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33
3.2 Campagne d’essais . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
3.2.1 Spécimens de la série d’essais . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
3.2.2 Discussion des résultats . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
3.3 Mesures de la cinématique des fissures . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44
3.4 Analyse des modes de transmission de l’effort tranchant . . . . . . . . . . 45
3.4.1 Description du corps rigide étudié . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
3.4.2 Contribution de l’engrènement des granulats . . . . . . . . . . . . 49
3.4.3 Contribution de l’armature transversale . . . . . . . . . . . . . . . 54
3.4.4 Contribution de la résistance résiduelle du béton à la traction . . . 58
3.4.5 Contribution de l’armature flexionnelle (effet goujon) . . . . . . . . 61
3.4.6 Contribution de la bielle de compression inclinée . . . . . . . . . . 65
3.4.7 Discussion des résultats . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67
3.4.8 Conclusions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 71

4 Comportement d’éléments courbes sans armature transversale soumis


à l’effort tranchant 73
4.1 État de l’art et justification de l’étude . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73
4.1.1 Interaction moment de flexion / effort tranchant . . . . . . . . . . 75
4.1.2 Etat de l’art . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 77
4.2 Campagne d’essais . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 79
4.2.1 Spécimens de la série d’essais . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 79
4.2.2 Discussion des résultats . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 82
4.3 Analyse des éléments courbes avec la théorie de la fissure critique . . . . . 88
4.3.1 Rappel des bases de la théorie de la fissure critique . . . . . . . . . 88
4.3.2 Extension de la théorie pour le calcul d’éléments courbes . . . . . 89
4.3.3 Application du modèle proposé pour l’étude des essais de Kani . . 100
4.4 Conclusions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 104

5 Comportement d’angles de cadre soumis à une sollicitation d’ouver-


ture 107
5.1 État de l’art et justification de l’étude . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 107
5.1.1 Comportement d’angles orthogonaux . . . . . . . . . . . . . . . . . 107
5.1.2 Comportement d’angles non orthogonaux . . . . . . . . . . . . . . 113
5.2 Campagnes d’essais . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 115
5.2.1 Série préliminaire d’essais . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 115
5.2.2 Série principale d’essais . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 119
5.3 Analyse et dimensionnement des angles basés sur la borne inférieure de
la théorie de la plasticité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 131
5.3.1 Analyse des angles avec la méthode des champs de contraintes
élastiques-plastiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 131

xiv
TABLE DES MATIÈRES

5.3.2 Dimensionnement des angles avec des modèles bielles-et-tirants . . 138


5.4 Conclusions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 143

6 Conclusions et propositions pour des travaux futurs 145


6.1 Conclusions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 145
6.2 Travaux futurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 147

Bibliographie 149

Annexes 159

A Calcul de la cinématique des fissures 160

xv
Notations

Les notations suivantes ont été utilisées dans cette thèse :

A désignation du type de détail d’armature flexionnelle (armature ten-


due continue)
Ac surface de béton
Ac,ef surface efficace du béton d’enrobage
As surface de l’armature flexionnelle
Asw surface de l’armature transversale disposée à l’extérieur de la zone
nodale
Aswn surface de l’armature transversale disposée dans la zone nodale
Aswn,min surface minimale de l’armature transversale nécessaire dans la zone
nodale (pour atteindre l’écoulement de l’armature flexionnelle)
Aw somme des surfaces aw
A∆ somme des surfaces a∆
a longueur de la portée d’effort tranchant ;
désignation du type de détail d’armature secondaire (aucune arma-
ture secondaire)
aef f longueur effective de la portée d’effort tranchant
a1 et a2 coefficients pour le calcul du profil des contraintes dans une épingle
aw projection de la surface de contact entre un granulat et la matrice
cimentaire sur un axe normal à la fissure
a∆ projection de la surface de contact entre un granulat et la matrice
cimentaire sur un axe tangentiel à la fissure
B désignation du type de détail d’armature flexionnelle (armature ten-
due ancrée avec épingles)
b épaisseur du spécimen ;
désignation du type de détail d’armature secondaire (armature
diagonale)
bef épaisseur effective du spécimen
b1 et b2 constantes pour le calcul de la résistance résiduelle du béton à la
traction

xvii
Notations

C désignation du type de détail d’armature flexionnelle (armature ten-


due pliée et ancrée dans la zone comprimée)
Cc force de compression dans le béton
Cc,el et Cc,pl force de compression dans le béton calculée respectivement selon une
approche élastique et plastique
c demi-longueur à section variable (spécimens analysés par Kani)
désignation du type de détail d’armature secondaire (armature
transversale)
cmoy valeur moyenne de cpos et cneg
cneg valeur du ∆zv calculée pour Rs = −a
cpos valeur du ∆zv calculée pour Rs = a
c1 à c5 désignations du type de détail d’armature secondaire (variantes du
type c)
D désignation du type de détail d’armature flexionnelle (armature ten-
due en forme de boucle)
D1 et D2 désignation du type de détail d’armature flexionnelle (variantes du
type D)
d hauteur statique de l’armature flexionnelle ;
désignation du type de détail d’armature secondaire (armature trans-
versale et diagonale)
db diamètre de l’armature flexionnelle
dbw diamètre de l’armature transversale (épingles)
dg diamètre maximal des granulats
dg,0 taille de référence des granulats
dm hauteur statique moyenne de l’armature (moyenne pondérée de dp et
ds )
dnom valeur nominale de la hauteur statique de l’armature flexionnelle
dp hauteur statique de l’armature de précontrainte
ds hauteur statique de l’armature passive
dsf hauteur statique de l’armature flexionnelle (calculée à une distance
s + dsv /2 du centre des spécimens analysés par Kani)
dsv hauteur statique de l’armature flexionnelle (calculée à une distance s
du centre des spécimens analysés par Kani)
d0 hauteur statique de l’armature flexionnelle (au centre des spécimens
analysés par Kani)
d1 hauteur statique de l’armature flexionnelle (au au bord des spécimens
analysés par Kani)
E désignation du type de détail d’armature flexionnelle (armature ten-
due continue en forme de boucle)
Ec module élastique du béton

xviii
Notations

Ep module élastique de l’acier de précontrainte


Es module élastique de l’acier d’armature
Esh module d’écrouissage de l’acier d’armature
Eshw module d’écrouissage de l’acier de l’armature transversale
Esw module élastique de l’acier de l’armature transversale
e excentricité du chargement
F force de traction
Fc force de compression ;
chapitre 3 : force de traction dans un tirant en béton non armé
Fct charge de fissuration d’un tirant en béton non armé
Fc1 à Fc4 forces agissant dans les bielles inclinées (voir modèle bielles-et-tirants)
Fc,i−1 à Fc,i+1 forces de compression dans les bielles i − 1 à i + 1
Fc,n−2 et Fc,n−1 forces de compression dans les bielles n − 2 et n − 1
Fc,1 et Fc,2 forces de compression dans les bielles 1 et 2
Fc,60 , Fc,90 et Fc,120 forces agissant dans les bielles inclinées de la zone nodale pour des
angles α respectivement de 60◦ , 90◦ et 120◦
Fres résistance résiduelle d’un tirant en béton non armé
Fs force de traction
Fwn force agissant dans le tirant transversal de la zone nodale
fc résistance à la compression du béton
fcm résistance moyenne à la compression du béton (mesurée sur cylindre)
fcp résistance plastique à la compression du béton
0
fcp résistance à la compression du béton fissuré
0
fcpi résistance à la compression (selon la direction i) du béton fissuré
0 0
fcp1 et fcp2 résistances à la compression (respectivement selon la direction 1 et
2) du béton fissuré
fct résistance à la traction du béton
fctm résistance moyenne à la traction du béton (mesurée sur cylindre)
fc,cube résistance à la compression du béton (mesurée sur cube)
fi−1 à fi+1 forces de déviation agissant dans les positions xi−1 à xi+1
fn−1 et fn forces de déviation agissant dans les positions xn−1 et xn
fpy limite d’écoulement de l’acier de précontrainte
fsy limite d’écoulement de l’acier d’armature passive
ft force de déviation
ftw résistance à la traction de l’acier de l’armature transversale
fy limite d’écoulement de l’acier (armature flexionnelle)
fyw limite d’écoulement de l’acier d’armature transversale (chapitre 5 : à
l’extérieur de la zone nodale)

xix
Notations

fywn limite d’écoulement de l’acier d’armature transversale dans la zone


nodale
f1 et f2 forces de déviation agissant dans les positions x1 et x2
GF énergie de fissuration
h hauteur du spécimen
i indice ;
chapitre 4 : indice désignant un élément du modèle bielles et tirants ;
chapitre 5 : désignation du type de détail d’armature transversale
(aucune armature secondaire)
ii à iii désignation du type de détail d’armature transversale (aucune arma-
ture secondaire)
j indice
kref coefficient d’amplification
k1 et k2 coefficients pour le calcul du profil des contraintes dans une épingle
L longueur de la travée
Ldow distance entre l’appui du spécimen et le point de croisement de la
branche inclinée de la fissure critique avec l’armature flexionnelle
`c distance entre deux ressorts non-linéaires pour la modélisation de la
résistance à la traction du béton d’enrobage
`i−1 à `i+1 longueurs d’influence des forces ft,i−1 à ft,i+1
`n−1 et `n longueurs d’influence des forces ft,n−1 et ft,n
`tot,i longueur contributive pour le calcul de l’ouverture de la fissure i
`w distance entre deux épingles
`1 et `2 longueurs d’influence des forces ft,1 et ft,2
M moment de flexion
Mepsf résistance calculée selon la méthode des champs de contraintes
élastique-plastiques (EPSF)
Mf lex résistance théorique à la flexion (calculée par un calcul plastique)
Mf lex,Kani résistance à la flexion (calculée par Kani)
Mmax résistance du spécimen (moment de flexion maximal introduit avant
la rupture)
Mp moment de précontrainte
MR,calc résistance théorique des spécimens (spécimens analysés par Kani)
MR,csct moment de flexion maximal qui peut être repris par la fissure critique
(spécimens analysés par Kani)
M∆0 moment de flexion à partir duquel un changement considérable de la
rigidité du spécimen est observé
M∆20 moment de flexion résidu dans le spécimen suite à un incrément de
la rotation relative (ψrel,e ) de 20 mRad à partir de celle due à M∆0

xx
Notations

m gradient de redistribution des efforts entre armature et béton (avant


l’écoulement)
my gradient de redistribution des efforts entre armature et béton (après
l’écoulement)
N effort normal
Nagg composante horizontale de la force transmise par engrènement des
granulats
Nch composante horizontale de la force dans la bielle de compression
inclinée
Np effort normal de précontrainte
Nres composante horizontale de la force transmise par la résistance rési-
duelle du béton à la traction
Ns force de traction agissante dans l’armature flexionnelle
n chapitre 3 : indice pour la désignation d’une épingle
chapitre 4 : indice désignant un élément du modèle bielles-et-tirants
pk coefficient exprimant la probabilité d’un point donné dans le volume
de béton de se trouver à l’intérieur d’un granulat
Q charge introduite dans le spécimen
Qepsf résistance calculée selon la méthode des champs de contraintes
élastique-plastiques (EPSF)
Qmax résistance du spécimen (charge maximale introduite avant la rupture)
Qr charge de fissuration
R rayon de courbure
Ravg rayon de courbure du spécimen (mesuré à l’axe moyen de la section)
Rs rayon de courbure de l’armature flexionnelle
r1 à r5 rayons de pliage des armatures
s distance horizontale entre le point de calcul et le centre du spécimen
(point de calcul de ∆zv ou de MR,csct (s))
swn longueur de la diagonale de la zone nodale
si−1,i et si,i+1 distance entre les fissures i − 1 et i (ou i et i + 1)
s1,2 distance entre deux fissures traversant une épingle
Ts force de traction dans l’armature passive
Ts,el et Ts,pl force de traction dans l’armature passive calculée respectivement se-
lon une approche élastique et plastique
u ouverture de la fissure mesurée sur un axe horizontal
V effort tranchant
Vagg composante verticale de la force transmise par engrènement des
granulats
Vcc effort tranchant à transmettre au travers de la fissure critique

xxi
Notations

Vch composante verticale de la force dans la bielle de compression inclinée


Vcr effort tranchant correspondant à la formation des fissures inclinées
Vdow force transmise par effet goujon de l’armature flexionnelle
Vi effort tranchant transmis par le mode de transmission i
Vf lex effort tranchant correspondant à l’écoulement de l’armature
flexionnelle
Vmax résistance à l’effort tranchant des spécimens
Vmax,a et Vmax,b résistance à l’effort tranchant respectivement du côté du spécimen
sans et avec armature transversale
Vp effort tranchant agissant dans le spécimen au moment où le dernier
palier de mesures de la cinématique de la fissure critique a été effectué
VR résistance à l’effort tranchant
VR,cc effort tranchant maximal qui peut être transmis à travers la fissure
critique
VR,csct résistance à l’effort tranchant prédite par la théorie de la fissure
critique
VR,epsf résistance à l’effort tranchant prédite par la méthode des EPSF
Vres composante verticale de la force transmise par la résistance résiduelle
du béton à la traction
Vsw force totale transmise par l’armature transversale
Vsw,n force transmise par l’épingle n
Vtot effort tranchant total transmis à travers la fissure critique

Vmax résistance à l’effort tranchant normalisée des spécimens
∗ ∗
Vmax,a et Vmax,b résistance normalisée à l’effort tranchant respectivement du côté du
spécimen sans et avec armature transversale
∗ ∗
Vmax,NSC et Vmax,SCC résistance normalisée à l’effort tranchant des spécimens fabriqués res-
pectivement avec un béton normal et autoplaçant

Vmax(R=∞) résistance à l’effort tranchant normalisée du spécimen de référence
sans courbure

Vmax(ρ=1.53) résistance à l’effort tranchant normalisée du spécimen de référence
avec un taux d’armatuer flexionnelle ρ = 1.53%
v ouverture de la fissure mesurée sur un axe vertical
vdow déformation verticale imposée (ouverture verticale de la fissure cri-
tique dans son point de croisement avec l’armature flexionnelle)
vsw ouverture verticale de la fissure dans son point de croisement avec
une épingle
vswt ouverture verticale de la fissure provoquant la rupture de l’épingle
(considérant son comportement adhérent avec le béton)
vswy ouverture verticale de la fissure provoquant l’écoulement de l’épingle
(considérant son comportement adhérent avec le béton)

xxii
Notations

vsw1 ouverture verticale de la fissure critique dans son point de croisement


avec une épingle
vsw2 ouverture verticale d’une fissure inclinée supplémentaire (autre que
la fissure critique) dans son point de croisement avec une épingle
w ouverture de la fissure mesurée le long de l’axe y 0 perpendiculaire à
la fissure ;
ouverture de la fissure critique
wavg valeur moyenne de l’ouverture des fissures dans la zone nodale
wc ouverture de la fissure à partir de laquelle la résistance résiduelle du
béton à la traction est nulle
wi−1 à wi+1 ouverture des fissures i − 1 à 1 + 1
wmax valeur maximale de l’ouverture des fissures dans la zone nodale
w0 partie de l’ouverture de la fissure se produisant avant tout glissement
z bras de levier (entre les forces internes Fc et Fs )
z60 , z90 et z120 distances entre la bielle inclinée de la zone nodale et le noeud interne
de l’élément pour des angles α respectivement de 60◦ , 90◦ et 120◦
zv distance verticale entre la bielle théorique (appui direct) et l’armature
flexionnelle
zsv bras de levier (calculée à une distance s du centre des spécimens
analysés par Kani)
zv,Rs distance zv mesurée sur un élément avec courbure
zv,ref distance zv mesurée sur un élément sans courbure
z1 distance verticale entre les forces Fs et Fc
x hauteur de la zone comprimée (calculée selon une approche élas-
tique) ;
axe horizontal
xagg , xch , xdow , xres position des forces Vagg , Vch , Vdow , Vres et Vsw,n sur l’axe horizontal
et xsw,n
xm1 , xm2 et x1 , x2 zones où la contrainte de traction σsw est inférieure à la limite d’écou-
lement fyw
xi−1 à xi+1 positions des points i − 1 à i + 1 sur l’axe x
xn−1 et xn positions des points n − 1 et n sur l’axe x
xsf hauteur de la zone comprimée (calculée à une distance s + dsv /2 du
centre des spécimens analysés par Kani)
xsv hauteur de la zone comprimée (calculée à une distance s du centre
des spécimens analysés par Kani)
xy1 et xy2 zones où la contrainte de traction σsw est supérieure à la limite d’écou-
lement fyw
x1 et x2 positions des points 1 et 2 sur l’axe x
0
x axe tangentiel à la fissure
yagg , ych , yres , ys position des forces Nagg , Nch , Nres et Ns sur l’axe vertical

xxiii
Notations

yref coefficient définissant la position de la fibre de référence


y0 axe normal à la fissure

Lettres grecques

α chapitre 2 : orientation des déformations principales ;


chapitre 3 : inclinaison de la fissure ;
chapitre 4 : inclinaison de la force de traction Fs ;
chapitre 5 : amplitude de l’angle du spécimen
αch inclinaison de la bielle comprimée
β inclinaison de la bielle
βi−1 à βi+1 inclinaisons des bielles i − 1 à i + 1
βn−1 et βn inclinaisons des bielles n − 2 et n − 1
β1 et β2 inclinaisons des bielles 1 et 2
β60 , β90 et β120 amplitude de la déviation exigée par les bielles de la zone comprimée
pour des angles α respectivement de 60◦ , 90◦ et 120◦
γ inclinaison du déplacement δ par rapport à celle de la fissure
γsv inclinaison de la force de compression F c (calculée à une distance s
du centre des spécimens analysés par Kani)
∆ glissement entre les deux lèvres d’une fissure mesuré le long de l’axe
x0 parallèle à la fissure
∆Tp incrément de force de traction dans l’armature de précontrainte
∆Tp,el et ∆Tp,pl incrément de force de traction dans l’armature de précontrainte cal-
culée respectivement selon une approche élastique et plastique
∆V force de déviation à transmettre à travers la fissure critique
∆zv rapport entre les distances zv,Rs et zv,ref
∆ωwn incrément du taux mécanique d’armature transversale de la zone no-
dale donné par un goujon supplémentaire placé dans la zone d’ancrage
de l’armature flexionnelle
δ déplacement entre les deux lèvres d’une fissure (comprenant un in-
crément de l’ouverture w et du glissement ∆)
δb glissement relatif entre armature et béton
δby glissement relatif entre armature et béton (à l’écoulement de
l’armature)
δv déformation verticale à mi-travée
δv,max déformation verticale à mi-travée mesurée avant la rupture du
spécimen
δv,max,a et δv,max,b déformation verticale maximale à mi-travée mesurée avant la rup-
ture du spécimen respectivement du côté sans et avec armature
transversale
ε déformation longitudinale de la fibre de référence
εc déformation du béton

xxiv
Notations

εct déformation du béton au moment de la fissuration


εc1 et εc2 déformation principales du béton
εs déformation de l’acier d’armature
εsf déformation longitudinale de la fibre de référence (calculée à une dis-
tance s + dsv /2 du centre des spécimens analysés par Kani)
εsy déformation de l’armature au début de l’écoulement
εs,i−1 à εs,i+1 déformation de l’armature à l’endroit des fissures i − 1 à 1 + 1
ε̇ vecteur d’incrément de déformation
ηfc coefficient tenant compte de la fragilité des bétons à haute résistance
ηε coefficient tenant compte de la déformation latérale du béton pour la
réduction de la résistance du béton fissuré
ηεj coefficient tenant compte de la déformation du béton dans la direction
j
θi−1 à θi+1 angles définissant la position des points i − 1 à i + 1
θn−1 et θn angles définissant la position des points n − 1 et n
θ1 et θ2 angles définissant la position des points 1 et 2
κ rugosité de la fissure critique
λ coefficient définissant le point de calcul de l’angle α
λ1 , λ2 constantes
µ coefficient de frottement
ξ chapitre 3 : tracé de la fissure critique ;
chapitre 5 : coefficient définissant la partie des forces internes déviées
par l’armature flexionnelle et par l’armature transversale
ρ taux d’armature flexionnelle
ρp taux d’armature flexionnelle (précontrainte)
ρs taux d’armature flexionnelle (armature passive)
ρsv taux d’armature flexionnelle (calculé à une distance s du centre des
spécimens analysés par Kani)
ρw taux d’armature transversale (chapitre 5 : à l’extérieur de la zone
nodale)
ρwn taux d’armature transversale dans la zone nodale
ρwn,min taux minimal d’armature transversale nécessaire dans la zone nodale
(pour atteindre l’écoulement de l’armature flexionnelle)
σagg contrainte normale d’engrènement
σc contrainte du béton
σc1 et σc2 contraintes principales du béton
σpu résistance plastique à la compression de la pâte de ciment
σp0 contrainte initiale dans l’acier de précontrainte
σres résistance résiduelle du béton à la traction

xxv
Notations

σs contrainte dans l’acier d’armature


σsw contrainte de traction dans l’armature transversale
σsw,n contrainte de traction dans l’épingle n
σsw1 contrainte de traction dans une épingle dans son point de croisement
avec la fissure critique
σsw1,n contrainte de traction de l’épingle n dans son point de croisement
avec la fissure critique
σsw2 contrainte de traction dans une épingle dans son point de croisement
avec une fissure inclinée supplémentaire (autre que la fissure critique)
σs,i−1 à σs,i+1 contrainte de traction dans l’armature à l’endroit des fissures i − 1 à
1+1
σs(Ns ) contrainte de traction dans l’armature flexionnelle due à Ns
σs(Vdow ) contrainte de traction dans l’armature flexionnelle due à Vdow
σx contrainte tangentielle
σy contrainte radiale
σ1 contrainte principale
τagg contrainte tangentielle d’engrènement
τb contrainte d’adhérence
τb0 contrainte d’adhérence avant l’écoulement de l’armature
τb1 contrainte d’adhérence après l’écoulement de l’armature
τxy contrainte de cisaillement
χ courbure
ψrel rotation relative de l’angle du spécimen
ψrel,e rotation relative mesurée aux extrémités du spécimen
ψrel,n rotation relative mesurée dans la zone nodale du spécimen
ω taux mécanique d’armature flexionnelle
ωwn taux mécanique d’armature transversale dans la zone nodale
ωwn,min taux mécanique minimal d’armature transversale nécessaire dans la
zone nodale (pour atteindre l’écoulement de l’armature flexionnelle)

Autres symboles

Ø diamètre de l’armature

Acronymes

CCC Compression-Compression-Compression
CCT Compression-Compression-Traction
CSCT Critical Shear Crack Théorie (théorie de la fissure critique)
CTT Compression-Traction-Traction

xxvi
Notations

EPSF Elastic Plastic Stress Fields (méthode des champs de contraintes


élastiques-plastiques)
MTET Modes de Transmission de l’Effort Tranchant
TTT Traction-Traction-Traction

xxvii
Chapitre 1

Introduction

1.1 Problématique
Les structures en béton armé sont fréquemment caractérisées par la présence de régions
particulières à travers lesquelles les efforts nécessitent d’être déviés. Comme mis en avant
par la figure 1.1, la nécessité de dévier les efforts peut être due à des changements
abrupts ou progressifs de la géométrie de la structure, notamment de la direction de sa
ligne moyenne (voir respectivement les figures 1.1(a) et 1.1(b)) ou de la géométrie de sa
section (figures 1.1(c) et 1.1(d)).

Fig. 1.1: Régions particulières dans les structures en béton armé, où les efforts
nécessitent d’être déviés : (a) changement abrupt de la direction de la ligne moyenne
de la structure ; (b) changement progressif de la direction de la ligne moyenne de
la structure ; (c) changement abrupt de la géométrie de la section de la structure ;
et (d) changement progressif de la géométrie de la section de la structure

La nécessité de dévier les efforts dans ces régions particulières se trouve souvent à la
base des ruptures intervenant avant que l’écoulement des armatures puisse être atteint
dans la structure. Dans ces cas, les théories classiques des poutres ne sont généralement

1
1. Introduction

pas applicables (à cause des forces de déviation qui seraient négligées), et des méthodes
particulières sont à utiliser pour le dimensionnement. Selon les cas, ces ruptures préma-
turées possèdent un caractère plus ou moins fragile, influençant de façon plus ou moins
marquée le comportement global de la structure.
Afin de mettre en avant les différents modes de rupture pouvant intervenir dans ces
régions, un exemple basé sur le comportement d’une tranchée couverte est illustré dans
la figure 1.2. Toutefois, il sera mis en avant dans la suite que des conditions similaires
peuvent se retrouver dans un nombre important de structures en béton armé. Les figures
1.2(a) et 1.2(b) présentent une structure à section transversale respectivement en forme
de voûte et polygonale. Il peut être remarqué que les deux solutions constructives sont
concernées par la présence de régions similaires à celles mises en avant à la figure 1.1.

Fig. 1.2: Analyse du comportement d’une tranchée couverte soumise à un char-


gement asymétrique et ayant une section transversale en forme : (a) de voûte ; et
(b) polygonale

Les deux structures sont soumises à un cas de chargement asymétrique, qui a pour effet
de décaler sensiblement la ligne de pression par rapport à la ligne moyenne de la section
de la structure. La position de la ligne de pression est définie par le rapport M/N entre le
moment de flexion (M ) et l’effort normal (N ) agissant en chaque point de la structure.
Par conséquent, l’excentricité de la ligne de pression par rapport à la ligne moyenne
de la structure indique l’importance des moments de flexion qui la sollicitent. De plus,
l’intensité des efforts tranchants (V ) peut également être appréciée en considérant la
pente de la ligne de pression relative à celle de la ligne moyenne de la structure. Les
figures 1.2(a) et 1.2(b) montrent également l’allure amplifiée de la déformation de la
structure. Les considérations suivantes peuvent être faites sur la base de ces figures :

– dans la structure en forme de voûte, l’excentricité du chargement donne lieu à des


zones dans lesquelles les moments de flexion sont particulièrement importants. L’action
des moments de flexion conduit au développement de forces de déviation dues à la
courbure de l’armature flexionnelle ainsi qu’à celle de la membrure comprimée. Comme
il a été montré par plusieurs recherches [Fei74, Int04, Fer10], ces forces de déviation

2
Problématique

peuvent conduire à des ruptures par éclatement du béton d’enrobage (figure 1.3(a)),
se produisant également avant la plastification des armatures.
– Dans les mêmes régions, il peut être observé une présence d’efforts tranchants particu-
lièrement importants pouvant éventuellement provoquer une rupture prématurée des
éléments courbes, également en combinaison avec l’éclatement du béton d’enrobage
(figure 1.3(b)) [Int04].
– Dans le cas de la structure à forme polygonale, les forces de déviation se développent
de façon concentrée au droit des régions nodales (figure 1.3(c)). Selon le type d’excen-
tricité de la ligne de pression, ces régions nodales peuvent donc être soumises à une
sollicitation d’ouverture ou de fermeture [Cam10], en combinaison à des efforts internes
pouvant être conséquent. Comme il a été mis en avant dans les années ’70 par plusieurs
auteurs [Swa69, Kor70, May71, Bal72, Nil73, Van76, Noo77], le comportement des ré-
gions nodales soumises à une sollicitation d’ouverture peut se révéler particulièrement
problématique, notamment avec le développement des fissures diagonales qui limitent
leur capacité de déviation des efforts.
– Il peut aussi être remarqué que les régions rectilignes de la structure polygonale sont
généralement soumises à une combinaison d’efforts internes (M , V et N ) d’une inten-
sité conséquente. L’interaction de l’effort normal (N ) avec le moment de flexion (M ) et
l’effort tranchant (V ) doit donc être considérée pour le calcul du comportement flexion-
nel des éléments ainsi que pour leur comportement face à l’effort tranchant [Fer09a].

Fig. 1.3: Ruptures prématurées qui peuvent se déclencher dans les structures en
béton : (a) éclatement du béton d’enrobage dans les éléments courbes ; (b) effort
tranchant dans les éléments courbes ; (c) fissuration diagonale dans les angles de
cadre ; et (d) effort tranchant dans les éléments rectilignes

Comme mis en avant par la figure 1.4, de nombreuses structures en béton armé peuvent
être concernées par les problématiques propres aux éléments courbes (éclatement du

3
1. Introduction

béton d’enrobage et ruptures d’effort tranchant). En effet, des situations similaires se


retrouvent par exemple : dans les ponts en arc (figure 1.4(a)), dans les silos et dans
les structures submergées (figure 1.4(b)), dans les conduites et dans les tunnels (figure
1.4(c)) ainsi que dans les voûtes et dans les coques (figure 1.4(d)). La figure 1.5 montre
qu’également la problématique des régions nodales soumises à des sollicitations d’ouver-
ture ou de fermeture se retrouve dans plusieurs typologies de structures en béton armé,
à savoir : les cadres (figure 1.5(a)), les cages d’escaliers (figure 1.5(b)), les cadres des
bâtiments multi-étage (figure 1.5(c)), les murs de soutènement et de rétention (figure
1.5(d)), les silos (figure 1.5(e)) ainsi que les structures plissées (figure 1.5(f)).

Fig. 1.4: Structures en béton armé comprenant des éléments courbes soumis à une
combinaison de moments de flexion et d’effort tranchants : (a) ponts en arc ; (b)
silos et structures submergées ; (c) conduites et tunnels ; et (d) voûtes et coques

4
Objectifs, contenus de la thèse et contributions personnelles apportées

Fig. 1.5: Structures en béton armé avec régions nodales soumises à des sollicitations
de fermeture et/ou d’ouverture : (a) cadres ; (b) cages d’escaliers ; (c) cadres de
bâtiments multi-étage ; (d) murs de soutènement et de rétention ; (e) silos ; et (f )
structures plissées

1.2 Objectifs, contenus de la thèse et contributions per-


sonnelles apportées
L’objectif de cette thèse est de participer aux réflexions sur les thématiques du compor-
tement d’éléments courbes soumis à des sollicitations d’effort tranchant ainsi que celui
d’angles de cadre soumis à des sollicitations d’ouverture, pour pouvoir identifier les pa-
ramètres principaux influençant leur réponse afin de développer des techniques pour leur
vérification et leur dimensionnement. La démarche utilisée pour cette recherche est la
suivante :

1. Une étude initiale a été effectuée pour la compréhension des modes de rupture à
l’effort tranchant qui s’observent dans les éléments en béton armé, sans ou avec peu
d’armature transversale (figure 1.6(a)). Une attention particulière a été accordée
à la compréhension de l’effet de l’élancement des éléments sur les caractéristiques
de leur mode de rupture ainsi qu’à l’effet d’un effort normal sur leur élancement
effectif et par conséquent sur leur mode de rupture. Les résultats de cette recherche
initiale sont présentés dans le chapitre 2, dans lequel sont également introduites
les bases des théories utilisées dans la suite du travail, à savoir : la théorie de
la fissure critique [Mut08a], pour l’étude du comportement des éléments courbes
soumis à l’effort tranchant, et la méthode des champs de contraintes élastiques-
plastiques [Fer07a], pour l’analyse des angles de cadre soumis à une sollicitation
d’ouverture. Les contributions personnelles suivantes ont donc été apportées dans
le cadre de cette étude :
– validation de la théorie de la fissure critique [Mut08a] et de la méthode des

5
1. Introduction

champs de contraintes élastiques-plastiques [Fer07a] pour le calcul de la vallée


de Kani.
– Mise en évidence de l’effet d’un effort normal de compression sur l’élancement
effectif des éléments. Validation du modèle proposé [Mut08a] basée sur une série
d’essais effectuée sur des spécimens précontraints [Saq09, Fer09a].

2. Une étude détaillée visant à la compréhension des modes de transmission de l’ef-


fort tranchant a été effectuée sur la base d’essais d’effort tranchant sur des poutres
droites en béton armé, sans ou avec peu d’armature transversale [Ana09] (figure
1.6(b)). Cette campagne expérimentale, qui est présentée dans le chapitre 3 s’est
avérée nécessaire car l’importance relative de chaque mode de transmission de l’ef-
fort tranchant dans la réponse globale des éléments n’est aujourd’hui pas encore
connue de manière exhaustive dans la littérature. De plus, les résultats de cette
étude ont permis de préparer au mieux l’étude et la compréhension des ruptures à
l’effort tranchant dans les éléments courbes qui a suivi. Les contributions person-
nelles suivantes ont été apportées dans le cadre de cette étude :

– mise en évidence de la cinématique des fissures dans des poutres en béton armé
sollicitées à l’effort tranchant, sans ou avec peu d’armature transversale.
– Exploitation des mesures de la cinématique de la fissure critique pour la quan-
tification détaillée des contributions de chaque mode de transmission de l’effort
tranchant, dans le cas d’éléments avec peu d’armature transversale.
– Utilisation d’un modèle d’engrènement des granulats [Wal80, Gui10] pour la
quantification de l’effort transmis au travers de la fissure critique, et adaptation
de ce modèle pour la prise en compte de la granulométrie réelle du béton.
– Quantification de l’effort transmis au travers de la fissure critique par l’armature
transversale, effectuée sur la base du comportement adhérent entre l’acier et le
béton.
– Développement d’un modèle cohésif de fissuration pour la quantification de l’ef-
fort transmis au travers de la fissure critique par effet goujon de l’armature
flexionnelle.
– Quantification de l’effort transmis au travers de la fissure critique par activation
de la résistance résiduelle à la traction du béton [Hil83, Hor92].
– Quantification et mise en évidence d’une variabilité importante (influencée par
la forme et la cinématique de la fissure critique) dans la réponse des éléments en
béton armé au sujet des modes de transmission de l’effort tranchant au travers
de la fissure critique.

3. Une campagne expérimentale a été effectuée pour l’analyse du comportement d’élé-


ments courbes en béton armé sans armature transversale face aux sollicitations

6
Objectifs, contenus de la thèse et contributions personnelles apportées

d’effort tranchant [Cam12] (figure 1.6(c)). Le but principal de cette série d’essais,
qui est présentée dans le chapitre 4, était de comprendre les effets de la courbure
des éléments et de leur taux d’armature flexionnelle sur la résistance à l’effort
tranchant, afin de les considérer dans leur analyse basée sur la théorie de la fissure
critique. Les contributions personnelles suivantes ont donc été apportées dans le
cadre de cette étude :
– mise en évidence de l’effet de la courbure des éléments (positif ou négatif en
fonction du type de courbure) sur leur résistance à l’effort tranchant.
– Développement d’un modèle pour la prise en compte des forces de déviation
dans le cadre de l’analyse des éléments courbes avec la théorie de la fissure
critique [Mut08a].
– Proposition pour la prise en compte des variations dans la position de la bielle
théorique d’appui direct dans le cadre de l’analyse des éléments courbes avec la
théorie de la fissure critique [Mut08a].

4. Une analyse des nombreux essais existants dans la littérature concernant des
angles de cadre soumis à des sollicitations d’ouverture et de fermeture a permis
de mettre en avant les problématiques principales reliées à ce type d’éléments.
Sur la base de cette analyse, une campagne expérimentale a été effectuée sur des
angles de cadre soumis à une sollicitation d’ouverture, dans le but d’identifier des
solutions constructives adaptées afin d’obtenir un comportement idéal de ces élé-
ments [Cam10, Cam11a, Cam11b] (figure 1.6(d)). Les résultats de ces essais, qui
sont présentés dans le chapitre 5, ont été utilisés afin de valider la pertinence de la
méthode des champs de contraintes pour l’analyse de ces éléments. Les contribu-
tions personnelles suivantes ont été apportées dans le cadre de cette étude :
– mise en route d’un système de photogrammétrie pour le suivi du comportement
des éléments en cours d’essai.
– Identification des détails d’armature adaptés pour les cas d’angles de cadre sou-
mis à une sollicitation d’ouverture.
– Validation de la méthode des champs de contraintes élastiques-plastiques [Fer07a]
pour l’analyse du comportement des angles de cadre soumis à une sollicitation
d’ouverture.
– Proposition d’un modèle bielles-et-tirants pour le dimensionnement de l’arma-
ture transversale nécessaire à garantir un comportement ductile des éléments.
– Étude paramétrique effectuée avec la méthode des champs de contraintes [Fer07a]
afin de comprendre le comportement de zones nodales en fonction de l’amplitude
de leur angle et de leur taux d’armature flexionnelle.
– Proposition d’une formulation analytique pour le dimensionnement de l’arma-
ture transversale.

7
1. Introduction

Fig. 1.6: Thèmes traités dans les chapitres de cette thèse : (a) influence de l’élan-
cement des éléments sur les modes de rupture à l’effort tranchant et influence de
l’effort normal sur l’élancement ; (b) quantification de la contribution des modes
de transmission de l’effort tranchant basée sur la cinématique de la fissure critique ;
(c) comportement d’éléments courbes soumis à l’effort tranchant ; et (d) compor-
tement d’angles de cadre soumis à une sollicitation d’ouverture et dimensionnement
de l’armature transversale nécessaire

8
Chapitre 2

Ruptures à l’effort tranchant dans


les éléments en béton armé

2.1 Modes de transmission de l’effort tranchant dans les


éléments fissurés en béton armé

Dans les éléments en béton armé non fissurés, la transmission des charges peut être
analysée par la théorie de l’élasticité (figure 2.1(a)). Ceci n’est plus le cas dès que des
fissures apparaissent dans les éléments, aux endroits où la résistance à la traction du
béton est atteinte. Dans le cas d’une poutre en béton armé fléchie, ceci survient à cause
de l’action des moments de flexion quand la charge Q atteint la charge de fissuration
Qr . Des fissures verticales se forment initialement à partir de la face tendue des éléments
(figure 2.1(b)), dans les régions où les moments de flexion sont plus importants. Ensuite,
au fur et à mesure que la charge augmente (Q > Qr ), d’autres fissures apparaissent à
proximité des appuis (figure 2.1(b)).

Suite à la fissuration des éléments, plusieurs modes de transmission de l’effort tranchant


doivent s’activer afin de garantir la transmission des charges aux appuis. Les modes de
transmission principaux sont les suivants :

– l’engrènement des granulats (figure 2.2(a)) : le frottement entre les deux lèvres d’une
fissure permet la transmission d’efforts de part et d’autre de celle-ci (se référer aux
bielles inclinées de la figure 2.2(a)). L’intensité du frottement est influencée par la
rugosité des lèvres de la fissure, par sa forme et par son ouverture. En particulier, une
capacité inférieure de transmission des efforts sera observée avec l’augmentation de
l’ouverture de la fissure ou avec la diminution de sa rugosité. Les principes physiques
de ce mode de transmission de l’effort tranchant ont été étudiés par de nombreux
auteurs [Tay70, Pau74a, Wal80, Mil84, Mil85, Dei87, Zar97, Ula03, Sag11].
– l’effet goujon de l’armature flexionnelle (figure 2.2(b)) : l’armature flexionnelle entou-
rée par le béton dispose d’une certaine rigidité au cisaillement. Cette dernière permet

9
2. Ruptures à l’effort tranchant dans les éléments en béton armé

Fig. 2.1: Fissuration dans les poutres en béton armé fléchies : (a) comportement
élastique avant fissuration ; et (b) développement des fissures de flexion

la transmission d’un effort de part et d’autre de chaque fissure (se référer aux couples
de bielles et de tirants qui s’appuient sur l’armature flexionnelle à l’endroit de chaque
fissure, voir figure 2.2(b)). L’intensité de l’effort qui peut être transmis par ce mode
de transmission dépend évidemment de la rigidité au cisaillement de l’armature, qui
est à son tour influencée par son diamètre, mais également par la rigidité (épaisseur)
du béton d’enrobage ainsi que par sa résistance à la traction. Les principes physiques
de ce mode de transmission de l’effort tranchant ont été étudiées par de nombreux
auteurs [Kre66a, Kre66b, Tay69, Pau74b, Mil84, Mil85, Cha87, Dei92, Dei93, Jel99,
Zar03].
– l’effet porte-à-faux (figure 2.2(c)) : les dents de béton (concrete teeth, comme nommés
par Kani [Kan64]) qui sont définies par deux fissures successives, sont sollicitées par
un effort horizontal au niveau de l’armature flexionnelle. Cet effort horizontal, qui
est dû à la variation de l’effort de traction agissant dans l’armature (lequel augmente
en direction du centre de la poutre en raison de la valeur croissante du moment de
flexion), est en équilibre avec une bielle et un tirant inclinés (figure 2.2(c)). Ces derniers
permettent la transmission d’un effort tranchant d’un dent à l’autre. Chaque dent peut
être alors considéré comme étant une console encastrée dans la zone comprimée, d’où
la dénomination d’effet porte-à-faux.
– l’inclinaison de la bielle comprimée (figure 2.2(d)) : un effort tranchant peut être
transmis vers les appuis par le développement d’une bielle inclinée au delà de la zone
fissurée. Dans ces cas, l’intensité de l’effort tranchant transféré correspond à celle de
la composante verticale de l’effort de compression agissant dans la bielle. Des travaux
pour investiguer le phénomène ont été récemment conduits en particulier par Tureyen
et Frosch [Tur03].

10
Modes de transmission de l’effort tranchant dans les éléments fissurés en béton armé

Fig. 2.2: Modes de transmission de l’effort tranchant dans les éléments en bé-
ton armé fissurés : (a) engrènement des granulats ; (b) effet goujon de l’armature
flexionnelle ; (c) effet porte-à-faux ; et (d) inclinaison de la bielle comprimée

Le comportement réel d’un élément fissuré résultera de l’action combinée de tous ces
modes de transmission de l’effort tranchant (figure 2.3(a)). Comme mis en avant par
les figures 2.2(a-c), les modes de transmission précédemment décrits sont concernés par
la formation de tirants inclinés qui sollicitent la partie à mi-hauteur des éléments à la
traction. Un incrément de charge peut augmenter les efforts dans ces tirants jusqu’à
l’atteinte de la résistance à la traction du béton (fct ), faisant par conséquent évoluer
la fissuration des éléments. La figure 2.3(b) (inspirée de [Mut08a]) montre que, à cause
de l’inclinaison des tirants, les fissures verticales de flexion peuvent évoluer avec une
certaine inclinaison en direction du point d’application de la charge. De plus, des fissures
de délamination se forment le long de l’armature flexionnelle. Ces fissures sont aussi dues
aux contraintes de traction générées par les tirants inclinés.

Fig. 2.3: Modes de transmission de l’effort tranchant dans les éléments en béton
armé fissurés : (a) action combinée des différents modes de transmission ; et (b)
évolution inclinée des fissures et développement des fissures de délamination

11
2. Ruptures à l’effort tranchant dans les éléments en béton armé

L’évolution des fissures inclinées a pour effet de limiter, voir d’empêcher complètement,
l’action des tirants inclinés dans la partie à mi-hauteur de l’élément (figure 2.4). Par
conséquent, la capacité des modes de transmission de l’effort tranchant précédemment
décrits diminue au fur et à mesure que la charge augmente. Ceci est mis en avant, pour
chacun des modes de transmission de l’effort tranchant précédemment décrits, aux figures
2.4(a) à 2.4(d) qui montrent les nouveaux modèles bielles-et-tirants en comparaison
avec ceux des figures 2.2(a) à 2.2(d). Toutefois, si l’ouverture des fissures inclinées reste
limitée, une certaine capacité de transmission des efforts de traction à travers les fissures
est assurée par la résistance résiduelle à la traction du béton (σres , voir figure 2.4) [Hil83,
Hor92]. Ce phénomène, qui sera décrit avec plus de détails dans le chapitre 3, représente
donc un mode supplémentaire de transmission de l’effort tranchant, dans le sens qu’il
permet de limiter l’affaiblissement des modes de transmission précédemment décrits. Il
convient de souligner que, comme mis en avant par ces figures, au fur et à mesure que les
tirants inclinés se désactivent, la membrure inclinée a tendance à développer un appui
direct. Comme montré par la figure 2.4(d), la transmission d’un effort tranchant par
une bielle inclinée reste potentiellement possible, grâce à la formation d’un mécanisme
permettant la déviation de cette bielle pour le contournement des fissures [Mut08a]. Si
cette déviation ne se met pas en place, la transmission de l’effort tranchant peut se
faire par engrènement des granulats (figure 2.2(a)). Si la charge augmente d’avantage,
l’action combinée des différents modes de transmission de l’effort tranchant ne sera plus
suffisante pour permettre la transmission de la totalité de l’effort aux appuis, ce qui peut
conduire à des ruptures par effort tranchant. Les caractéristiques de ces ruptures seront
analysées en détail dans la section 2.2, en prenant en compte l’élancement des éléments.

Fig. 2.4: Processus d’affaiblissement de la capacité de transmission de l’effort tran-


chant dû au développement des fissures inclinées : (a) engrènement des granulats ;
(b) effet goujon de l’armature flexionnelle ; (c) effet porte-à-faux ; et (d) inclinaison
de la bielle comprimée

12
Influence de l’élancement sur la résistance à l’effort tranchant d’éléments en béton armé

2.2 Influence de l’élancement sur la résistance à l’effort


tranchant d’éléments en béton armé
Le développement des fissures inclinées dans les éléments en béton armé et le consé-
quent affaiblissement des modes de transmission de l’effort tranchant peut éventuelle-
ment conduire à des ruptures prématurées par effort tranchant. Cette problématique
a été étudiée de façon étendue par Kani [Kan64, Kan66, Kan67, Kan79] ainsi que par
Leonhardt et Walther [Leo62] qui ont montré que la réponse des éléments varie en fonc-
tion de leur élancement et que dans certains cas la résistance plastique ne peut pas être
atteinte. Ces recherches ont permis de mettre en évidence une plage d’élancements dans
laquelle des ruptures prématurées par effort tranchant sont observées. Ceci est mis en
avant par la figure 2.5 qui montre de manière qualitative la relation entre l’élancement
des éléments et leur comportement.

Fig. 2.5: Vallée de Kani : définition de la zone de sensibilité aux ruptures d’effort
tranchant en fonction de l’élancement des éléments

L’élancement des éléments peut être quantifié par le rapport a/d entre la longueur de
la portée d’effort tranchant (a) et la hauteur statique de l’armature flexionnelle (d). Le
comportement des éléments peut être apprécié par le rapport VR /Vf lex entre la résistance
effective des éléments (VR ) et leur résistance plastique théorique (Vf lex ) qui peut être
calculée par :
µ ¶
ρ fy
ρb d2 fy 1 −
2 fcp
Vf lex = (2.1)
a
où ρ est le taux d’armature flexionnelle, b l’épaisseur de l’élément, fy la limite d’écoule-

13
2. Ruptures à l’effort tranchant dans les éléments en béton armé

ment de l’armature flexionnelle et fcp la résistance plastique à la compression du béton.


Cette dernière peut être calculée à partir de la résistance à la compression mesurée sur
cylindre (fc ) en tenant compte de la fragilité des bétons à haute résistance (coefficient
ηfc ) [Mut97] :
r
3
30
fcp = ηfc fc = fc ≤ fc [MPa] (2.2)
fc

Un rapport VR /Vf lex = 1 indique que la résistance plastique est atteinte. Au contraire,
un rapport VR /Vf lex < 1 indique une rupture prématurée. Comme il peut être remarqué
dans la figure 2.5, la région concernée par les ruptures prématurées rappelle la forme
d’une vallée : d’où la définition de vallée de Kani [Kan79]. Cette figure montre que les
ruptures particulièrement prématurées s’observent généralement pour des élancements
a/d compris entre 2 et 3. Cependant, l’étendue (qui défini la plage d’élancements à
l’intérieur de laquelle les éléments sont sensibles aux ruptures d’effort tranchant) et la
profondeur (qui définie l’importance de leur sensibilité aux ruptures d’effort tranchant)
de la vallée de Kani sont influencées par de nombreux paramètres, à savoir :

– le taux d’armature flexionnelle (ρ) et la limite d’écoulement de l’armature flexion-


nelle (fy ) : pour des valeurs modérés du taux d’armature flexionnelle ou de la limite
d’écoulement, la résistance plastique des éléments peut être atteinte plus facilement.
Pour cette raison, le risque de ruptures avant l’écoulement de l’armature flexionnelle
diminue. Au contraire, des taux d’armature flexionnelle ou des limites d’écoulement
élevés augmentent fortement le risque de ruptures avant l’écoulement, ce qui donne
lieu à une vallée de Kani plus profonde et plus étendue [Kan64].
– la hauteur statique (d) : pour des élancements a/d constants, les éléments avec des
hauteurs statiques importantes sont plus sensibles aux ruptures se produisant avant
l’écoulement de l’armature flexionnelle. Ceci a été démontré par Kani [Kan67], et
s’explique par le fait que des hauteurs statiques élevées impliquent une ouverture
plus importante des fissures, ce qui affecte fortement le fonctionnement des modes
de transmission de l’effort tranchant, conduisant à une réduction de la résistance des
éléments. Cet effet de taille s’observe en particulier pour les éléments les plus élancés.
– les propriétés du béton : les résistances du béton à la compression (fc ) et à la traction
(fct ) ainsi que le diamètre maximal des granulats (dg ) peuvent aussi influencer la forme
de la vallée de Kani. Leur rôle sera discuté ultérieurement (voir sections 2.2.3 et 2.2.4).

Les recherches effectuées par Kani [Kan79] ainsi que par Leonhardt et Walther [Leo62]
ont également permis de mettre en évidence différents modes de rupture. En particulier,
des différences sont observées en comparant les ruptures des éléments dont l’élancement
modéré les placent sur le flanc gauche de la vallée de Kani (branche descendante de la
vallée, se référer au point A de la figure 2.5) à celles des éléments avec un élancement
supérieur, qui se trouvent donc sur le flanc droit de la vallée (branche ascendante de la
vallée, se référer au point B de la figure 2.5).

14
Influence de l’élancement sur la résistance à l’effort tranchant d’éléments en béton armé

2.2.1 Région de propagation stable des fissures inclinées


Les éléments se trouvant sur le flanc gauche de la vallée de Kani présentent des élance-
ments plutôt modérés. Dans ces cas, la petite distance entre le point d’introduction
de la charge et les appuis permet le développement d’une bielle d’appui direct (fi-
gure 2.6(a)). Ces éléments sont caractérisés par le développement d’une ou plusieurs
fissures inclinées qui peuvent pénétrer dans la région de la bielle et influencer sa résis-
tance [Zha07a, Zha07b, Sag08].
Comme il a été démontré par Vecchio et Collins [Vec86], la résistance à la compression
0 ) peut être inférieure à celle du béton non fissuré (f ). En parti-
du béton fissuré (fcp cp
culier, des fissures dont l’orientation est différente de celle de la bielle de compression,
qui provoquent donc une déformation latérale, peuvent diminuer sensiblement la résis-
tance du béton (fcp 0 < f , voir figure 2.6(b)). Pour cette raison, la capacité de la bielle
cp
d’appui direct (figure 2.6(a)) se réduit au fur et à mesure que la charge augmente, car
la pénétration des fissures inclinées dans la bielle évolue. Contrairement aux éléments
se situant sur le flanc droit de la vallée de Kani (dont le mode de rupture sera discuté
ultérieurement) [Fer09a], le développement des fissures inclinées se fait de façon stable.
En effet, après la formation des fissures inclinées, leur ouverture et leur pénétration dans
la région de la bielle progressent doucement avec l’augmentation de la charge jusqu’à
que la résistance de la bielle ne suffit plus à transmettre la charge aux appuis, conduisant
ainsi à la rupture. Pour ces raisons, l’effet de taille est plutôt nuancé dans le cas de ces
éléments [Zha07b].

Fig. 2.6: Rupture à l’effort tranchant typiquement observée pour les éléments dont
l’élancement les placent sur le flanc gauche de la vallée de Kani (a) position de la
bielle d’appui direct et des fissures inclinées ; et (b) effet de la fissuration sur la
résistance à la compression du béton en fonction de la déformation latérale

Pour les éléments avec un faible élancement, les ruptures se produisent donc par écrase-
ment du béton dans la région de la bielle d’appui direct, à cause de son affaiblissement
dû à la pénétration des fissures inclinées et à la déformation transversale. Généralement,
les résistances de ces éléments sont caractérisées par une dispersion importante, ce qui
explique la pente plus prononcée du flanc gauche de la vallée de Kani (figure 2.5). Ceci
est dû au fait que les résistances sont fortement influencées par la position de la bielle
d’appui directe relative à celle des fissures inclinées, qui peut varier sensiblement d’un
élément à l’autre. Compte tenu du type de rupture qui les caractérisent, le compor-

15
2. Ruptures à l’effort tranchant dans les éléments en béton armé

tement de ces éléments peut être analysé avec la méthode des champs de contraintes
élastiques-plastiques [Fer07a], dont les bases sont expliquées dans la section 2.2.3.

2.2.2 Région de propagation instable des fissures inclinées

Les éléments se trouvant sur le flanc droit de la vallée de Kani présentent des élance-
ment plutôt marqués. Dans ces cas, les ruptures sont dues au développement de fissures
inclinées qui présentent une propagation instable. Généralement, une localisation im-
portante des déformations à l’endroit d’une seule fissure est observée avant la rupture.
Cette fissure, dite fissure critique, se développe rapidement en affectant sensiblement le
fonctionnement des modes de transmission de l’effort tranchant décrits dans la section
2.1. La figure 2.7(a) montre qu’au fur et à mesure que la fissure critique se développe,
l’importance de l’engrènement des granulats pour la transmission des charges aux appuis
augmente (figure 2.7(b)). Ceci peut d’une part être expliqué par le fait que les autres
modes de transmission de l’effort tranchant se voient fortement affaiblis par la présence
des fissures inclinées (figure 2.4) et d’autre part par le fait que l’engrènement des granu-
lats se voit fortement activé en raison des caractéristiques de la cinématique de la fissure
critique, dont les deux lèvres montrent un glissement relatif important (en particulier
dans sa partie plus raide, voir figure 2.7(a)).

Fig. 2.7: Rupture à l’effort tranchant typiquement observée pour les éléments dont
l’élancement les placent sur le flanc droit de la vallée de Kani : (a) position, forme
et cinématique qualitatives de la fissure critique ; et (b) engrènement des granulats
entre les lèvres de la fissure critique

Pour les éléments situés sur le flanc droit de la vallée de Kani, les ruptures se produisent
ainsi quand la capacité de transmission de l’effort tranchant à travers la fissure critique
n’est plus suffisante pour transmettre la totalité de la charge, en raison de l’ouverture
trop importante de la fissure critique. Pour ces raisons, un effet de taille plutôt marqué
s’observe pour ce type d’éléments. Compte tenu du type de rupture qui les caractérisent,
le comportement de ces éléments peut être analysé, par exemple, avec la théorie de la
fissure critique [Mut08a], dont les bases sont expliquées dans la section 2.2.4.

16
Influence de l’élancement sur la résistance à l’effort tranchant d’éléments en béton armé

2.2.3 La méthode des champs de contraintes

Pour autant que l’effet négatif de la fissuration dans la résistance des bielles de compres-
sion soit considéré (figure 2.6(b)) [Vec86], la méthode des champs de contraintes [Mut97,
Mar99, Fer07a], qui se base sur la borne inférieure de la théorie de la plasticité, peut
être utilisée pour l’analyse des éléments sans armature transversale dont l’élancement
les placent sur le flanc gauche de la vallée de Kani (figure 2.5). Pour rappel, les ruptures
de ces éléments sont dues à l’écrasement de la bielle d’appui direct qui est pénétrée par
des fissures inclinées (figure 2.6(a)).
La méthode des champs de contraintes élastiques-plastiques (en anglais : Elastic Plastic
Stress Fields method, indiquée par la suite avec le terme EPSF) [Fer07a], a un intérêt
particulier dans le cadre de cette thèse. Cette méthode, qui implémente toutes les hy-
pothèses de base de la théorie des champs de contraintes, permet en effet la génération
automatique de champs de contraintes licites et en équilibre statique avec les forces exté-
rieures, tenant compte des propriétés plastiques des matériaux et de l’influence négative
de la fissuration sur la résistance à la compression du béton, par exemple à l’aide de la
loi de Vecchio et Collins [Vec86]. L’intérêt de cette méthode est donnée par la simplicité
de ces hypothèses de base et par le nombre limité de paramètres requis pour la modé-
lisation des éléments ainsi que leur claire signification physique (résistances et modules
élastiques des matériaux, comme il sera montré dans la suite).
La figure 2.8 met en avant les principes de la modélisation utilisée pour le comportement
du béton et de l’acier [Fer07a]. Sur la base d’un champ de déplacement défini dans le
milieu continu, les déformations principales (εc1 et εc2 ) ainsi que leur orientation (α)
peuvent être calculées (figure 2.8(a)). Les contraintes principales (σc1 et σc2 ) en sont
ensuite déduites en admettant que leur direction est identique à celle des déformations
principales (angle α, voir figure 2.8(a)) [Wag29]. Le comportement non-linéaire du béton
est pris en compte en admettant une loi élastique-parfaitement plastique pour sa réponse
à la compression et en négligeant sa résistance à la traction (figure 2.8(b)). Le fait de
négliger la résistance à la traction du béton, implique que les modes de transmission de
l’effort tranchant montrés aux figures 2.2(a-c) (engrènement des granulats, effet goujon
et effet porte-à-faux) ne peuvent pas se développer dans le cadre d’une analyse avec la
méthode des EPSF. La résistance à la compression du béton fissuré (fcp 0 ) est déduite à

partir de sa résistance plastique à la compression (fcp , voir équation 2.2), et en tenant


compte de sa déformation latérale (facteur ηε ) :

0
fcpi = ηεj fcp ≤ fcp i = 1, . . . , 2 (j = 2, . . . , 1) (2.3)

Le calcul du coefficient ηεj , dont la valeur dépend de la déformation latérale du béton


(εj ), peut être effectué selon les propositions de Collins et al. [Col96] :

1
ηεj = (2.4)
0.8 + 170 εj
La modélisation utilisée pour le comportement du béton correspond à la surface de plas-

17
2. Ruptures à l’effort tranchant dans les éléments en béton armé

Fig. 2.8: Modélisation utilisée pour le calcul des champs de contraintes élastiques-
plastiques : (a) direction des déformations et des contraintes principales ; (b) sur-
face de plasticité du béton et considération de plasticité associée ; (c) comportement
élastique-parfaitement plastique du béton ; et (d) comportement élastique-plastique
de l’acier

ticité de Mohr-Coulomb modifiée (avec tension cut-off ) [Nie99], avec considération de


plasticité associée (vecteur d’incrément de déformation ε̇ normal à la surface de plasticité,
voir figure 2.8(c)), où l’effet d’une déformation latérale de traction est pris en compte
par un rétrécissement de la surface de plasticité (effet de Vecchio et Collins [Vec86], voir
figure 2.8(c)). Le comportement non-linéaire de l’acier à la traction et à la compression
est pris en compte en admettant une loi bi-linaire d’abord élastique, jusqu’à l’écoulement
(fy ), et ensuite plastique (avec éventuellement un comportement écrouissant, voir figure
2.8(d)). Le comportement de l’acier est considéré uni-axial. Par conséquent, l’effet gou-
jon des armatures (figure 2.2(b)) est négligé. Une adhérence parfaite est considérée entre
l’acier et le béton. Compte tenu de ses hypothèses, les éléments peuvent être analysés en
utilisant un nombre réduit de paramètres : la résistance plastique à la compression (fcp )
et le module élastique (Ec ) du béton ainsi que la limite d’écoulement (fy ) et les modules
élastique (Es ) et d’écrouissage (Esh ) de l’acier.
La méthodes des EPSF est un outil pratique et fiable pour l’analyse du comportement
des éléments en béton armé [Fer07a, Kos09, Cam10]. Ceci est particulièrement vrai si les
conditions de base pour le développement d’un champ de contrainte sont respectées. La
condition plus importante est la disposition d’une armature minimale pour le contrôle de
la fissuration [Mut97, Fer07a], permettant aux éléments d’atteindre des comportements
plastiques. Dans le cas des éléments en béton armé sans armature transversale et avec un

18
Influence de l’élancement sur la résistance à l’effort tranchant d’éléments en béton armé

élancement limité (flanc gauche de la vallée de Kani, voir figure 2.5), plusieurs fissures,
avec une ouverture limitée, se développent dans la zone de la bielle. Une localisation des
déformations n’est pas observée dans ces cas, ce qui rend la méthode des EPSF appli-
cable malgré l’absence d’une armature transversale minimale. Une validation de cette
méthode pour l’étude du flanc gauche de la vallée de Kani est faite dans la section 2.2.5.

2.2.4 La théorie de la fissure critique

La théorie de la fissure critique (en anglais : Critical Shear Crack Theory, indiquée par la
suite avec le terme CSCT), initialement introduite par Muttoni et Schwartz [Mut91], peut
être utilisée pour l’analyse des éléments sans armature transversale dont l’élancement les
placent sur le flanc droit de la vallée de Kani (figure 2.5). Pour rappel, les ruptures de
ces éléments sont dues à la localisation des déformations à l’endroit de la fissure critique,
ce qui active de manière particulièrement prononcée l’engrènement des granulats (figure
2.7).
Selon cette théorie, et comme exprimé par l’équation 2.5, la résistance d’un élément à
l’effort tranchant dépend de sa géométrie (définie par l’épaisseur b de l’élément et par
la hauteur statique d de l’armature flexionnelle), de la racine carrée de la résistance à la

compression du béton ( fc ) [Mod54] ainsi que de l’ouverture (w) et de la rugosité (κ)
de la fissure critique. Ces deux derniers paramètres permettent d’apprécier l’intensité de
l’effort tranchant qui peut être transmis à travers la fissure critique (Vcc ) par activation
de l’engrènement des granulats (figure 2.7) :

p
Vcc = b d fc f (w, κ) (2.5)

Selon les propositions de Muttoni [Mut03], la rugosité de la fissure critique (κ) peut être
appréciée par la taille maximale des granulats (dg ). Ceci est vrai pour des bétons de
résistance normale (fcp < 60 MPa) et avec des granulats suffisamment résistants, ce qui
évite le développement des fissures à travers les granulats. Dans le cas contraire, d’autres
paramètres deviennent déterminants [Sag11]. De plus, l’ouverture de la fissure critique
(w) peut être considérée comme étant proportionnelle au produit entre une déformation
longitudinale de référence (ε) et la hauteur statique de l’armature flexionnelle (d) :

w ∝εd (2.6)

Comme montrée à la figure 2.9, la déformation longitudinale de référence (ε) peut être
calculée dans une fibre de référence (figure 2.9(b)) à l’endroit d’une section de contrôle
(figure 2.9(a)). Selon les propositions de Muttoni [Mut03], la section de contrôle se situe
à une distance d/2 du point d’application de la charge et la fibre de référence à une
distance yref d de la fibre comprimée de l’élément, où yref = 0.6 pour les éléments droits
(une discussion sur la valeur de yref pour les éléments courbes est faite au chapitre 4).
Il en résulte que :

19
2. Ruptures à l’effort tranchant dans les éléments en béton armé

Fig. 2.9: Bases de la théorie de la fissure critique : (a) position de la section de


contrôle ; et (b) définition de la fibre de référence et calcul élastique-fissuré de la
déformation longitudinale de référence

µ ¶
d
V a− (yref d − x)
2
ε= ³ x´ (2.7)
b d Es d − (d − x)
3
où V est la valeur de l’effort tranchant agissant dans l’élément, a la longueur de la
portée d’effort tranchant, b l’épaisseur et d la hauteur statique de l’élément, Es le module
élastique de l’armature flexionnelle et x la hauteur de la zone comprimée. Cette dernière
peut être calculée en considérant un comportement élastique fissuré de la section :
Ãs !
Es 2 Ec
x=dρ 1+ −1 (2.8)
Ec ρ Es

où ρ est le taux d’armature flexionnelle et Ec le module élastique du béton. Avec ces
hypothèses, le critère de rupture de la théorie de la fissure critique, qui défini la résistance
¡ √ ¢
normalisée (VR,csct / b d fc ) des éléments à l’effort tranchant, peut être exprimé par
la relation suivante [Mut08a] :

VR,csct 1 1
√ = (2.9)
b d fc 3 εd
1 + 120
dg,0 + dg
où dg,0 = 16 mm est la taille de référence des granulats. Ce critère de rupture, qui a été
dérivé sur la base d’un nombre de données expérimentales avec lesquelles il montre une
très bonne corrélation (figure 2.10) [Mut08a], permet de tenir compte de l’effet de taille
qui est observé dans la résistance des éléments. En effet, le rapport ε d accroı̂t avec l’aug-
mentation de la hauteur statique des éléments, ce qui diminue leur résistance normalisée.
Ceci est logique car l’augmentation de la hauteur statique fait accroı̂tre l’ouverture des
fissures, conduisant à une diminution de la capacité de transmission de l’effort tran-
chant par engrènement des granulats. De plus, il convient de remarquer qu’une rugosité
importante de la fissure critique (représentée par une valeur élevée de dg ) conduit à
des résistances supérieures, ce qui est logique car la capacité de transmission de l’effort
tranchant par engrènement des granulats augmente avec l’accroissement de la rugosité.

20
Influence de l’élancement sur la résistance à l’effort tranchant d’éléments en béton armé

0.4

0.3

√ [ MPa]
VR √
0.2

bd fc
0.1

0.0
0.00 0.01 0.02 0.03 0.04 0.05
εd
[-]
16 + dg
Fig. 2.10: Critère de rupture de la théorie de la fissure critique et comparaison
avec les résultats d’essais sur poutres sans armature transversale et soumises à une
charge ponctuelle

Une validation de cette théorie pour l’étude du flanc droit de la vallée de Kani est
faite dans la section 2.2.5 et son application pour le cas d’éléments soumis à des efforts
normaux est discutée dans la section 2.2.6. De plus, le chapitre 4 présente les résultats
d’une étude effectuée afin d’étendre cette théorie pour la prise en compte des forces
de déviation qui se développent dans les éléments courbes en béton armé sans armature
transversale. D’avantages d’informations au sujet de cette théorie peuvent être consultées
ailleurs pour ce qui concerne les poutres [Mut08a, Vaz10] et les dalles [Mut08b, Fer09b].

2.2.5 Calcul de la vallée de Kani avec la théorie de la fissure critique


et la méthode des champs de contraintes
Comme il l’a été expliqué dans les sections 2.2.3 et 2.2.4, la méthode des EPSF [Fer07a]
ainsi que la théorie de la fissure critique [Mut08a] peuvent être utilisées pour l’étude des
éléments se trouvant respectivement sur le flanc gauche et droit de la vallée de Kani
(figure 2.5). Les séries d’essais de Kani [Kan79] et de Leonhardt et Walther [Leo62],
effectuées pour l’étude de l’effet de l’élancement des éléments (a/d) sur leur résistance à
l’effort tranchant, peuvent être utilisées pour une validation de ces deux méthodes. Ce
travail a été effectué pour :
– une série d’essais conduite par Kani [Kan79] et comprenant 15 spécimens (spécimens
81 à 84, 88 et 91 à 100, voir tableau 2.1) avec une géométrie de la section et un taux
d’armature flexionnelle nominaux constants (b = 153 mm, d = 272 mm et ρ = 2.80%).
Les propriétés nominales des matériaux étant également constantes (dg = 19 mm,
fc = 26 MPa et fy = 345 MPa), le seul paramètre étudié par cette série d’essai est le
rapport a/d qui est compris entre 1.0 et 8.0.
– Une série d’essais conduite par Leonhardt et Walther [Leo62] et comprenant 14 spé-
cimens (spécimens 1 à 6, 7-1 à 10-1 et 7-2 à 10-2, voir tableau 2.2) avec un géométrie
de la section et un taux d’armature flexionnelle nominaux constants (b = 190 mm,
d = 270 mm et ρ = 2.05%). Les propriétés nominales des matériaux étant également

21
2. Ruptures à l’effort tranchant dans les éléments en béton armé

constantes (dg = 16 mm, fc = 30 MPa et fy = 474 MPa), le seul paramètre étudié


par cette série d’essai est le rapport a/d qui est compris entre 1.0 et 8.0.

Tab. 2.1: Caractéristiques des spécimens de la série d’essais effectuée par


Kani [Kan79] pour l’étude de l’effet de l’élancement des spécimens sur leur ré-
sistance à l’effort tranchant
a VR
a b d ρ fy fc a Vf lex VR
spécimen d Vf lex
[mm] [mm] [mm] [-] [%] [Mpa] [Mpa] [kN] [kN] [-]
81 1629 153 274 5.94 2.76 343 27.5 55.6 51.2 0.92
82 2170 155 271 8.00 2.77 343 27.5 41.2 40.3 0.98
83 814 156 271 3.00 2.73 343 27.4 109.4 64.9 0.59
84 1087 151 271 4.01 2.83 342 27.4 81.4 55.4 0.68
88 271 153 266 1.02 2.81 401 31.4 368.3 359.6 0.98
91 1626 154 269 6.05 2.71 364 27.4 55.5 51.0 0.92
92 1898 152 270 7.03 2.72 369 27.4 48.0 45.8 0.96
93 1762 155 273 6.46 2.66 372 30.3 54.2 53.8 0.99
94 544 153 273 1.99 2.78 352 25.3 165.9 110.5 0.67
95 677 153 275 2.46 2.75 338 25.3 130.1 72.7 0.56
96 1084 153 275 3.94 2.76 335 25.3 80.8 56.3 0.70
97 815 152 276 2.95 2.68 366 27.2 114.8 62.5 0.54
98 678 153 275 2.47 2.69 366 26.2 136.2 76.3 0.56
99 679 152 272 2.50 2.73 366 26.2 134.0 77.2 0.58
100 545 153 270 2.02 2.74 366 27.2 167.4 111.9 0.67
a : mesurée sur cylindre

Une comparaison entre les résistances des spécimens et les résistances prédites est présen-
tée aux figures 2.11(a) et 2.11(b) respectivement pour la série d’essais de Kani [Kan79] et
pour celle de Leonhardt et Walther [Leo62]. L’élancement des spécimens (rapport a/d) a
été calculé en considérant la distance entre les axes de la charge et des réactions. Dans le
cas de la série d’essais de Kani [Kan79], les prédictions de résistance sont montrées par
des fuseaux afin de tenir compte de la dispersion non négligeable des propriétés effectives
des spécimens (ρ, fy et fc , voir tableau 2.1). Les résultats obtenus montrent une bonne
corrélation entre les résistances des spécimens et celles prédites par la théorie de la fissure
critique ainsi que par la méthode des EPSF. Cette dernière montre des résultats plutôt
conservatifs, ce qui peut s’expliquer par le fait que la résistance à la traction du béton
est négligée par cette méthode (voir section 2.2.3). L’utilisation de ces deux méthodes
s’avère donc justifiée.

22
Influence de l’élancement sur la résistance à l’effort tranchant d’éléments en béton armé

Tab. 2.2: Caractéristiques des spécimens de la série d’essais effectuée par Leon-
hardt et Walther [Leo62] pour l’étude de l’effet de l’élancement des spécimens sur
leur résistance à l’effort tranchant
a VR
a b d ρ fy fc a Vf lex VR
spécimen d Vf lex
[mm] [mm] [mm] [-] [%] [Mpa] [Mpa] [kN] [kN] [-]
1 270 190 270 1.00 2.07 474 29.1 418.5 396.0 0.95
2 400 190 270 1.48 2.07 474 29.1 282.5 265.0 0.94
3 540 190 270 2.00 2.07 474 29.1 209.3 150.0 0.72
4 670 190 270 2.48 2.07 474 29.1 168.7 84.8 0.50
5 810 190 270 3.00 2.07 474 29.1 139.5 68.3 0.49
6 1100 190 270 4.07 2.07 474 29.1 102.7 63.8 0.62
7-1 1350 190 278 4.86 2.01 474 30.5 87.4 61.0 0.70
7-2 1350 190 278 4.86 2.01 474 30.5 87.4 67.0 0.77
8-1 1620 190 278 5.83 2.01 474 30.6 72.8 64.0 0.88
8-2 1620 190 274 5.91 2.04 474 30.6 71.6 64.0 0.89
9-1 1890 190 273 6.92 2.04 474 31.3 61.1 55.5 0.91
9-2 1890 190 273 6.92 2.04 474 32.3 61.3 55.5 0.90
10-1 2160 190 272 7.94 2.05 474 29.6 52.9 48.0 0.91
10-2 2160 190 272 7.94 2.05 474 29.6 52.9 52.5 0.99
a : mesurée sur cube (conversion utilisée : fc = fc,cube /0.8)

(a) (b)

1.25 1.25

1.00 1.00
EPSF CSCT EPSF CSCT
0.75 0.75
[-]
[-]

Vf lex
Vf lex

VR
VR

0.50 0.50

0.25 0.25

0.00 0.00
0 2 4 6 8 10 0 2 4 6 8 10
a a
[-] [-]
d d
Fig. 2.11: Comparaison entre les résultats d’essais effectués sur spécimens avec
un élancement variable et les prédictions de résistance obtenues avec la méthode
des EPSF et la théorie de la fissure critique : (a) série d’essais effectuée par
Kani [Kan79] ; et (b) série d’essais effectuée par Leonhardt et Walther [Leo62]

23
2. Ruptures à l’effort tranchant dans les éléments en béton armé

2.2.6 Influence d’un effort normal


Parmi les éléments en béton armé sollicités à la flexion (M ) et à l’effort tranchant (V ),
il n’est pas rare d’en trouver qui sont également soumis à des efforts normaux (N ). Ces
derniers peuvent être dus à la forme de la structure, à la configuration de la charge
ainsi qu’à la présence de la précontrainte. L’action d’un effort normal peut entraı̂ner
des différences dans la réponse des éléments face à l’effort tranchant. En effet, un effort
normal de compression peut contribuer à la limitation de l’ouverture des fissures, ce qui
se traduit par une résistance supérieure à l’effort tranchant (se référer aux équations
2.6 et 2.9). Au contraire, un effort normal de traction peut augmenter d’avantage la
sensibilité des éléments face aux ruptures d’effort tranchant.
En se référant aux principes de la vallée de Kani (figure 2.5), l’effet d’un effort normal
de compression peut être interprété comme étant une réduction de l’élancement des
éléments. Ceci est mis en avant par les figures 2.12(a) et 2.12(b), qui comparent la forme
et la position de la bielle théorique d’appui direct respectivement pour les éléments sans
et avec effort normal. La figure 2.12(b) montre qu’en présence de l’effort normal de
compression (N ), le développement des fissures dans la région de l’appui est empêché,
ce qui peut retarder les ruptures par effort tranchant. Selon le modèle bielles-et-tirants
de la figure 2.12(b), la valeur effective de la portée d’effort tranchant (aef f ) peut être
calculée selon :
³ x´
N z N d −
aef f ≈a− =a− 3 (2.10)
V 2 V 2
où N et V sont respectivement l’effort normal et l’effort tranchant agissant dans l’élément
et z est le bras de levier flexionnel, qui peut être calculé en admettant un comportement
élastique fissuré de la section de l’élément.

Fig. 2.12: Détermination de la longueur de la portée d’effort tranchant pour les


éléments : (a) sans effort normal ; et (b) avec effort normal

Pour mieux saisir l’effet de l’effort normal sur le comportement des éléments en béton
armé face aux ruptures d’effort tranchant, l’étude d’une série d’essais effectuée par Sa-
qan et Frosch [Saq09] sur des éléments précontraints (avec des torons de précontrainte
horizontaux) peut être faite [Fer09a]. La série d’essais est composée de neuf spécimens
(figure 2.13(a)) avec une géométrie identique qui ont été soumis à une flexion trois points

24
Influence de l’élancement sur la résistance à l’effort tranchant d’éléments en béton armé

(figure 2.13(b), avec une longueur de la portée d’effort tranchant a = 2032 mm) et qui
ont développés des ruptures à l’effort tranchant (avec un début de plateau plastique pour
certains spécimens).
Les paramètres étudiés dans cette campagne d’essais étaient le niveau de précontrainte
(force de compression Np ) ainsi que les taux d’armature passive (ρs ) et de précontrainte
(ρp ). Le tableau 2.3 résume les valeurs de ces paramètres ainsi que celles des princi-
pales caractéristiques des spécimens : l’épaisseur effective (b), les hauteurs statiques de
l’armature passive et de la précontrainte (respectivement ds et dp ), la hauteur statique
moyenne pondérée (dm , calculée selon l’équation 2.11), le rapport a/dm , la contrainte
initiale de précontrainte (σp0 ) ainsi que la résistance à la compression du béton (fc ). Des
valeurs moyennes de la limite d’écoulement des armatures passives fsy = 496 MPa et
de l’acier de précontrainte fpy = 1690 MPa peuvent être admises selon les indications
de Mirza et MacGregor [Mir79]. Tous les spécimens ont été fabriqués avec un diamètre
maximal des granulats dg = 20 mm et avaient une hauteur de la section h = 711 mm.

ρs b ds fsy + ρp b dp (fpy − σp0 )


dm = (2.11)
ρs b fsy + ρp b (fpy − σp0 )

Fig. 2.13: Spécimens précontraints de la série d’essais effectuée par Saqan et


Frosch [Saq09] : (a) caractéristiques de la section des spécimens ; et (b) bâti de
charge utilisé

Comme montré par le tableau 2.3, le rapport a/dm vaut environ 3.3 pour tous les spéci-
mens. Même si étant proche du fond de la vallée de Kani (où un changement des modes

25
2. Ruptures à l’effort tranchant dans les éléments en béton armé

Tab. 2.3: Caractéristiques des spécimens précontraints de la série d’essais effectuée


par Saqan et Frosch [Saq09]
b ds dp dm a/dm ρs ρp Np σp0 fc
spécimen
[mm] [mm] [mm] [mm] [-] [%] [%] [kN] [Mpa] [Mpa]
V-4-0 362 - 610 610.0 3.33 0 0.181 -480 1200 52.1
V-4-0.93 368 671 610 646.8 3.14 0.243 0.178 -480 1200 52.7
V-4-2.37 373 660 610 649.7 3.13 0.620 0.176 -480 1200 53.4
V-7-0 359 - 610 610.0 3.33 0 0.320 -491 701 54.5
V-7-1.84 362 664 610 634.8 3.20 0.494 0.317 -491 701 53.1
V-7-2.37 356 660 610 636.1 3.19 0.650 0.322 -491 701 53.1
V-10-0 362 - 610 610.0 3.33 0 0.453 -494 494 51.7
V-10–1.51 362 663 610 625.2 3.25 0.406 0.453 -494 494 51.7
V-10-2.37 362 660 610 629.4 3.23 0.639 0.453 -494 494 51.7
a : mesurée sur cylindre

de rupture est observé, voir figure 2.5), un élancement de ce type place généralement
les spécimens sur le flanc droit de la vallée, où les ruptures des éléments se caractérisent
par le développement instable des fissures inclinées (voir section 2.2). Cependant, les
résultats des essais indiquent que le développement des fissures inclinées ne s’est pas
produit de manière instable. Ceci est mis en avant par le tableau 2.4 qui résume les
charges de formation des fissures inclinées (Vcr ) et les charges de rupture des éléments
(VR ) et qui montre également leur rapport VR /Vcr . Comme il peut être observé, un in-
crément important (incrément moyen de 38%) de la charge a été nécessaire pour obtenir
la rupture des éléments après la formation des fissures inclinées. L’effort normal dû à la
précontrainte (Np ) a donc provoqué un changement du mode de rupture, amenant à un
développement stable des fissures inclinées [Fer09a]. Pour confirmer cette affirmation,
les éléments ont été analysés par la méthode des EPSF (voir section 2.2.3) ainsi que par
la théorie de la fissure critique (voir section 2.2.4).
Dans le cadre des calculs selon la théorie de la fissure critique, la présence de l’effort nor-
mal de précontrainte (Np , avec une valeur négative, voir tableau 2.3) a due être considérée
dans la détermination de la déformation longitudinale de la fibre de contrôle (ε). Comme
dans le cas des éléments sans effort normal (voir section 2.2.4, figure 2.9(b)), le calcul de
cette déformation peut être effectué en admettant un comportement élastique fissuré de
la section de l’élément (figure 2.14(b)). Ainsi, en considérant l’effet de la précontrainte
par des forces de remplacement (Np et Mp ), l’équilibre des forces horizontales peut être
exprimé par :

Np = Cc,el + ∆Tp,el + Ts,el (2.12)

et l’équilibre des moments par :


µ ¶ µ ¶ µ ¶
x h h h
M + Mp = Cc,el − + ∆Tp,el dp − + Ts,el ds − (2.13)
3 2 2 2
où M est le moment de flexion agissant à l’endroit de la section de contrôle dû à l’action
de l’effort tranchant V (figure 2.14, équation 2.15), Mp et le moment de flexion dû à

26
Influence de l’élancement sur la résistance à l’effort tranchant d’éléments en béton armé

l’excentricité de la précontrainte par rapport à l’axe de la section de l’élément (figure


2.14, équation 2.16), Cc,el est la force horizontale de compression agissante dans la zone
comprimée, Ts,el est la force de traction dans l’armature passive et ∆Tp,el est l’incrément
de la force de traction dans l’armature de précontrainte. L’intensité de ces forces peut
être calculée, en fonction de la courbure (χ), par :

Ec b 2
Cc,el = −χ x valable si : χ Ec x ≤ fcp
2
Ts,el = χ Es (ds − x) ρs b ds ≤ ρs b ds fyp (2.14)

∆Tp,el = χ Ep (dp − x) ρp b dp ≤ ρp b dp (fyp − σp0 )


µ ¶
dm
M =V a− (2.15)
2
µ ¶
h
Mp = Np dp − (2.16)
2

Fig. 2.14: Calcul de la résistance à l’effort tranchant selon les bases de la théorie de
la fissure critique et en considérant la présence d’un effort normal de précontrainte :
(a) position de la section de contrôle et de l’effort de précontrainte ; et (b) calcul
élastique-fissuré de la déformation longitudinale de référence à l’endroit de la section
de contrôle

Du fait de la présence de l’effort normal de précontrainte (Np ), le calcul de la section selon


un comportement élastique fissuré est non-linéaire. Une fois la courbure (χ) déterminée,
la déformation longitudinale de la fibre de référence (ε) peut être calculée par :

ε = χ (yref dm − x) (2.17)

où yref = 0.6, et l’équation 2.9 peut être appliquée pour le calcul de la résistance à l’effort
tranchant de l’élément (VR,csct ). Il faut souligner que la valeur de cette force (VR,csct )
peut être bornée par celle de la résistance à la flexion des éléments (Vf lex ). Cette dernière
peut être obtenue par un calcul plastique, en considérant l’effet de la précontrainte par
des forces de remplacement (Np et Mp , voir équation 2.16). Ces différents calculs ont
été effectués pour tous les spécimens sur la base des équations 2.1 à 2.21 (en admettant
Es = 205 GPa, Ep = 196 GPa et en calculant Ec selon l’équation 2.18 [Mut08a]). Les

27
2. Ruptures à l’effort tranchant dans les éléments en béton armé

résultats obtenus sont résumés dans le tableau 2.4.


p
3
Ec = 10000 fc (2.18)

µ ¶ µ ¶ µ ¶
xpl h h h
Cc,pl − + Ts,pl ds − + ∆Tp,pl dp − − Mp
2 2 2 2
Vf lex = (2.19)
a

Cc,pl = −xpl fcp b ; Ts,pl = fsy ρs b ds ; ∆Tp,pl = (fpy − σp0 ) ρp b dp (2.20)

∆Tp,pl + Ts,pl − Np
xpl = (2.21)
fcp b
Un exemple (spécimen V-7-2.73) de la modélisation des éléments pour leur analyse avec
la méthode des EPSF est présenté à la figure 2.15, qui met également en avant les
résultats du calcul des champs de contraintes obtenus (tractions dans les armatures et
compressions dans le béton), le champ des valeurs du coefficient ηε , qui traduit la fissura-
tion de l’élément, ainsi que le champ des niveaux de compression du béton (σc / (ηε fcp )),
représentant le degré de sollicitation du béton. Les résistances prédites avec la méthode
des EPSF (VR,epsf ) sont également résumées dans le tableau 2.4.

Tab. 2.4: Comparaison entre les résistances de spécimens précontraints de la série


d’essais effectuée par Saqan et Frosch [Saq09] et les résistances prédites avec la
théorie de la fissure critique et avec la méthode des EPSF
VR VR,epsf Vcr VR VR
Vcr VR VR,csct VR,epsf
spécimen Vcr VR,csct VR,csct VR,csct VR,epsf
[kN] [kN] [kN] [kN] [-] [-] [-] [-] [-]
V-4-0 205 244a 196b 204b 1.19 1.04 1.05 1.24 1.20
V-4-0.93 265 334a 251 300b 1.26 1.20 1.06 1.33 1.11
V-4-2.37 296 367 302 367 1.24 1.22 0.98 1.22 1.00
V-7-0 256 370 226 276 1.45 1.22 1.13 1.64 1.34
V-7-1.84 298 484 297 354 1.62 1.19 1.00 1.63 1.37
V-7-2.37 305 428 309 363 1.40 1.17 0.99 1.39 1.18
V-10-0 287 406 243 292 1.41 1.20 1.18 1.67 1.39
V-10–1.51 300 440 297 351 1.47 1.18 1.01 1.48 1.25
V-10-2.37 322 440 320 369 1.37 1.15 1.01 1.38 1.19
moy 1.38 1.17 1.05 1.44 1.23
CoV 0.10 0.05 0.07 0.12 0.10
a : rupture en présence d’un plateau plastique
b : prédiction de rupture plastique

28
Influence de l’élancement sur la résistance à l’effort tranchant d’éléments en béton armé

Fig. 2.15: Spécimens précontraints de la série d’essais effectuée par Saqan et


Frosch [Saq09]. Exemple du calcul avec la méthode des EPSF (spécimen V-7-2.37) :
(a) modélisation de l’élément ; (b) contraintes dans le béton et dans les armatures ;
(c) champ des valeurs du coefficient ηε (image de la fissuration du béton) ; et (d)
niveau de compression du béton

29
2. Ruptures à l’effort tranchant dans les éléments en béton armé

L’analyse de résultats obtenus permet les considérations suivantes :

– les résistances prédites par la théorie de la fissure critique (VR,csct ) sont en très bonne
corrélation avec les efforts correspondant à la formation de la fissuration inclinée (Vcr ),
avec une valeur moyenne des rapports Vcr /VR,csct égale à 1.05 et un coefficient de
variation de 7%. Les calculs selon cette théorie sont par contre très conservatifs par
rapport aux résistances des spécimens (VR ), avec une valeur moyenne des rapports
VR /VR,csct égale à 1.44 et un coefficient de variation de 12%. Ceci s’explique par le
fait que selon la théorie de la fissure critique les ruptures des éléments interviennent
au moment de la formation des fisssures inclinées, ce qui n’a pas été observé dans le
cadre de ces essais (tableau 2.4).
– Les prédictions faites avec la théorie de la fissure critique pour les essais sans ou avec
peu d’armature passive sont plutôt conservatives, ce qui peut sans doutes s’expliquer
par les conditions particulières d’adhérence. Des résultats similaires, montrant des
résistances particulièrement élevées en cas de réduction de l’adhérence acier-béton,
ont également été obtenus par Leonhardt et Walther dans le cadre d’essais effectués
sur des spécimens avec des armatures non-nervurées [Leo62, Mut08a].
– Un incrément significatif (incrément moyen de 17%) peut être observé entre les résis-
tances prédites avec la méthode des EPSF (VR,epsf ) et celles prédites par la théorie de
la fissure critique (VR,csct ). Les résistances des spécimens (VR ) sont donc en meilleur
corrélation avec celles prédites par la méthode des EPSF (VR,epsf ), avec une valeur
moyenne des rapports VR /VR,epsf égale à 1.23 et un coefficient de variation de 10%.
Toutefois, ces prédictions sont également plutôt conservatives, ce qui est logique car
la méthode des EPSF néglige la résistance à la traction du béton (voir section 2.2.3).
– Malgré la valeur moyenne des rapports a/dm égale à 3.3, les éléments se comportent
plutôt comme ceux qui se trouvent sur le flanc gauche de la vallée de Kani, qui sont
caractérisés par un développement stable des fissures inclinées. Ceci est mis en avant
par la figure 2.16 qui montre la vallée de Kani calculée (pour le spécimen V-7-2.37) en
tenant compte de l’effort normal de précontrainte (Np , courbes continues). Comme ap-
paraissant dans cette figure, ce spécimen se place effectivement sur le flanc gauche de la
vallée. Cette figure montre également la vallée de Kani calculée sans la prise en compte
de l’effort normal de précontrainte (N = 0, courbes trait-tillées). Une comparaison des
deux vallées permet de comprendre l’effet de l’effort normal de précontrainte, qui peut
être interpreté comme étant un décalage horizontal de la vallée (équation 2.10).

En conclusion, ces analyses ont montré que la résistance à l’effort tranchant des éléments
doit être évaluée en tenant compte attentivement de la présence d’un effort normal. En
particulier, l’effort normal peut induire à un changement du mode de rupture, car la
longueur de la portée d’effort tranchant peut varier sensiblement (équation 2.10). Ceci
est d’autant plus accentué pour les éléments précontraints, dans lesquels la valeur de
l’effort normal peut être particulièrement importante.

30
Influence de l’armature transversale

1.25
spécimen V-7-2.37
1.00
EPSF CSCT

0.75 VR

[-]
Vf lex
VR
Vcr Np
0.50 z
V

0.25 N = Np
N =0
0.00
0 3 6 9 12 15
a
[-]
dm

Fig. 2.16: Série d’essais effectuée par Saqan et Frosch [Saq09] : comparaison entre
les résultats de l’essai V-7-2.37 et les prédictions de résistance obtenues avec la
méthode des EPSF et la théorie de la fissure critique

2.3 Influence de l’armature transversale


Dans les éléments en béton armé soumis à des sollicitations d’effort tranchant, l’action
de tous les modes de transmission de l’effort tranchant discutés dans la section 2.1 peut
être renforcée par la présence d’une armature transversale. En effet, comme montré à
la figure 2.17, les tirants inclinés sollicitant la partie à mi-hauteur des éléments à la
traction et provoquant la fissuration inclinée (figure 2.3(b)) peuvent être remplacés par
des étriers, qui offrent une résistance supérieure et permettent un meilleur contrôle de la
fissuration. Par conséquent, la résistance des éléments peut augmenter sensiblement. De
plus, leur capacité de déformation peut aussi être améliorée car l’armature transversale
permet d’accepter une ouverture des fissures plus importante. En effet, dans le cas d’une
ouverture importante de la fissure critique, la diminution de la capacité de transmission
de l’effort tranchant par engrènement des granulats peut être compensée par l’action
directe des étriers, qui évitent ainsi une perte soudaine de la résistance des éléments.

Fig. 2.17: Renforcement des modes de transmission de l’effort tranchant donné


par la présence de l’armature transversale

En se référant à la vallée de Kani (figure 2.5), l’effet de l’armature transversale se traduit


par une diminution de son étendue et de sa profondeur. L’amplitude des augmentations
de résistance et de capacité de déformation des éléments dépend bien évidemment de la
quantité d’armature transversale disposée. Pour un taux d’armature transversale impor-

31
2. Ruptures à l’effort tranchant dans les éléments en béton armé

tant, sa contribution devient déterminante vis-à-vis des autres modes de transmission de


l’effort tranchant. Leur contribution ne peut par contre pas être négligée quand les élé-
ments disposent d’une quantité modérée d’armature transversale. Une étude spécifique
pour comprendre la contribution relative de chaque mode de transmission de l’effort
tranchant dans la réponse des éléments avec un contenu modéré d’armature transversale
constitue le chapitre 3.
La présence d’une armature transversale minimale dans les éléments en béton armé per-
met d’ailleurs de satisfaire pleinement aux conditions de base pour le développement des
champs de contraintes (voir section 2.2.3). Dans ces cas, la méthode des EPSF se révèle
alors pertinente. Cette méthode a été utilisée pour l’étude du comportement des zones
nodales de cadres en béton armé soumises à une sollicitation d’ouverture. Le contenu de
ce travail est présenté dans le chapitre 5 de cette thèse.

2.4 Conclusions
Dans ce chapitre, les caractéristiques des modes de transmission de l’effort de l’effort
tranchant ont été analysées. Ensuite, différents modes de rupture ont été identifiés en
relation à l’élancement des éléments. Suite à ce travail, les conclusions suivantes peuvent
être faites :

1. Plusieurs modes de transmission de l’effort tranchant peuvent participer dans la ré-


ponse globale des éléments, à savoir : l’engrènement des granulats, l’effet goujon de
l’armature flexionnelle, l’effet porte-à-faux, l’inclinaison de la bielle comprimée, la
résistance résiduelle à la traction du béton et l’armature transversale (l’importance
relative de chaque mode de transmission sera discutée dans le chapitre chapitre 3).

2. L’élancement des éléments a un rôle déterminant sur le type de rupture les affec-
tant. En particulier, une plage d’élancements à l’intérieur de laquelle des ruptures
d’effort tranchant peuvent se produire a été mise en évidence.

3. Les caractéristiques des modes de rupture peuvent se différencier en fonction de


l’élancement, conduisant à un développement stable ou instable des fissures incli-
nées d’effort tranchant. Un élancement réduit des éléments donne lieu au dévelop-
pement stable d’un nombre de fissures inclinées pénétrant dans la bielle d’appui
directe. Ce type de comportement peut être analysé, avec des résultats pertinents,
par la méthode des EPSF [Fer07a]. Un élancement plus marqué des éléments donne
par contre lieu au développement instable de l’ouverture d’une fissure critique,
pouvant conduire à une rupture ayant un caractère particulièrement fragile. Ce
type de comportement peut être analysé selon les bases de la théorie de la fissure
critique [Mut08a].

4. La présence d’un effort normal sollicitant la section des éléments doit être consi-
dérée avec soin, car elle peut influencer sensiblement leur comportement ainsi que
leur mode de rupture.

32
Chapitre 3

Modes de transmission de l’effort


tranchant dans les éléments en
béton armé

3.1 État de l’art et justification de l’étude

Les caractéristiques des différents modes de transmission de l’effort tranchant agissant


dans le béton fissuré (désignés par la suite avec le terme MTET) ont été discutées
dans le chapitre 2. Leur compréhension est un élément clé pour l’étude des ruptures
à l’effort tranchant d’éléments en béton armé. Des recherches conduites par différents
auteurs ont permis le développement de modèles physiques pour l’étude spécifique de
chaque MTET. Ces modèles permettent généralement de mettre en relation l’intensité
de la force transmise (localement ou dans un élément de structure) avec une cinéma-
tique supposée de la fissure. Un intéressant résumé des recherches et théories existantes
jusqu’à la fin des années ’70 a été édité par Walraven [Wal78]. Des travaux ont été effec-
tués pour étudier l’engrènement des granulats [Tay70, Pau74a, Wal80, Mil84, Mil85,
Dei87, Zar97, Ula03, Sag11], l’effet goujon [Kre66a, Kre66b, Tay69, Pau74b, Mil84,
Mil85, Cha87, Dei92, Dei93, Jel99, Zar03], la résistance résiduelle du béton à la trac-
tion [Hil83, Kot83, Kot84, Kot86, Baz91, Hor92, Baz05a, Baz05b, Baz09] et la contri-
bution de la zone comprimée au transfert de l’effort tranchant [Tur03].
Ces études ont pour la plupart été dédiées à la compréhension des principes physiques
ainsi qu’à la définition des paramètres déterminants pour l’activation de chaque MTET.
Seulement un nombre limité de recherches a été effectué afin de quantifier l’importance
relative de chaque MTET dans la réponse globale des éléments en béton armé. Parmi les
premières études dans ce sens, il faut souligner les travaux effectués dans les années ’60
par Fenwick et Paulay [Fen68] qui ont investigués la contribution de différents MTET
(engrènement des granulats, effet goujon, effet porte-à-faux [Kan64]). L’approche adop-
tée a été d’annuler les contributions de certains MTET afin d’isoler celle du mode de
transmission étudié. En effet, la contribution de l’effet porte-à-faux a été étudiée sur des

33
3. Modes de transmission de l’effort tranchant dans les éléments en
béton armé

spécimens pré-fissurés par la mise en place de feuilles d’acier au droit des pré-fissures
(pour annuler l’engrènement des granulats) et par la mise en place d’une mousse au-
tour des armatures flexionnelles (pour minimiser l’effet goujon) [Fen68]. La contribution
de l’effet goujon a pu être étudiée avec des stratégies similaires par Krefeld et Thurs-
ton [Kre66a, Kre66b] et par Taylor [Tay69]. Ce dernier a également effectué des essais
sur des spécimens où uniquement la contribution de l’engrènement des granulats était
possible [Tay70].
Toutes les recherches énoncées précédemment ont permis d’améliorer les connaissances
dans le domaine des ruptures à l’effort tranchant. Cependant, avec les stratégies adoptées
pour isoler chaque MTET (pré-fissures, réduction de la rugosité des fissures, réduction
de l’adhérence entre l’acier et le béton,. . .), le fonctionnement des spécimens d’essais
risquait d’être sensiblement différent du comportement réel des éléments en béton armé.
Pour ces raisons, une campagne d’essais (voir section 3.2) a été effectuée sur des éléments
à grande échelle (h = 400 mm) sollicités à l’effort tranchant, avec l’objectif principal de
quantifier l’importance relative de chaque MTET dans la réponse globale de l’élément.
Pour permettre ce travail de quantification, des mesures raffinées ont été effectuées au
cour des essais à la surface des spécimens (voir section 3.3). Ces mesures ont permis le
suivi de la cinématique des fissures sur l’élément en béton armé avec une grande pré-
cision. La cinématique mesurée a ensuite été utilisée pour le calcul des efforts transmis
de part et d’autre de la fissure critique d’effort tranchant, en se basant sur les principes
des modèles physiques existants au sujet de chaque MTET (voir section 3.4). Ce travail
a été fait pour trois essais, effectués sur des spécimens avec un faible taux d’armature
transversale (ρw = 0.063%). Cette valeur, inférieure à celle préscrite par les principales
normes de construction en béton [Aci08, Eur04, Fib11, Sia03], a été principalement choi-
sie pour garantir un processus de formation des fissures suffisamment stable et contrôlé
pour effectuer des mesures raffinées de la cinématique des fissures (notamment de la
fissure critique) à des niveaux de charge proches de la rupture. En effet, les spécimens
sans armature transversale sont généralement caractérisés par le développement rapide
et instable de la fissure critique d’effort tranchant [Mut08a, Fer09a], ne permettant géné-
ralement pas d’obtenir les mesures souhaitées. De plus, les spécimens avec un taux limité
d’armature transversale montrent généralement la variabilité plus importante au niveau
de la résistance, de la capacité de déformation et des caractéristiques de la fissure critique
d’effort tranchant (forme, position, cinématique). La contribution des différents MTET
peut donc varier sensiblement d’un essai à l’autre de telle sorte que la quantification de
l’importance relative de chaque MTET est particulièrement intéressante.

3.2 Campagne d’essais


3.2.1 Spécimens de la série d’essais

La série d’essais se composait de quatre spécimens avec une section rectangulaire d’une
hauteur h = 400 mm et une épaisseur b = 300 mm. Une description détaillée des proprié-

34
Campagne d’essais

tés des spécimens et des résultats obtenus dans cette série d’essais peut être consultée
dans le rapport d’essai [Ana09]. Les caractéristiques d’un spécimen type sont résumées
à la figure 3.1. Deux spécimens, nommés SC12 et SC13, ont été fabriqués avec un béton
de résistance normale (désigné par le terme NSC : normal strength concrete). Pour ces
spécimens, la résistance moyenne à la compression du béton (fcm , mesurée sur cylindre
le jour de l’essai) était comprise entre 41.2 et 43.1 MPa. Deux autres spécimens, nommés
SC16 et SC17, ont par contre été fabriqués avec un béton autoplaçant (désigné par le
terme SCC : self compacting concrete). Ce béton présentait une résistance moyenne à
la compression (fcm ) comprise entre 55.7 et 57.2 MPa. Pour les deux types de béton, le
diamètre maximal des granulats était identique (dg = 16 mm). Le tableau 3.1 montre
également que la granulométrie des deux bétons était très similaire avec cependant un
plus grand contenu de ciment dans le cas du béton autoplaçant. Le tableau 3.2 résume les
caractéristiques principales des spécimens : l’épaisseur (b) et la hauteur (h) effectives de
la section, la hauteur statique de l’armature flexionnelle (d), la valeur effective du taux
d’armature flexionnelle (ρ) ainsi que le taux d’armature transversale (ρw ). Le tableau
3.3 résume les propriétés principales des matériaux : le type de béton, le diamètre maxi-
mal des granulats (dg ), la résistances moyennes à la compression (fcm ) et à la traction
(fctm ) du béton ainsi que les limites d’écoulement de l’armature flexionnelle (fy ) et de
l’armature transversale (fyw ). Deux différents taux d’armature flexionnelle (ρ) ont été
utilisés dont la valeur nominale était ρ = 1.53% (obtenu avec trois barres de diamètre
26 mm) pour les spécimens SC12 et SC16 et ρ = 1.09% (obtenu avec trois barres de
diamètre 22 mm) pour les spécimens SC13 et SC17. Par simplicité, dans la suite du
chapitre, les références aux spécimens seront faites en utilisant la valeur nominale de
leur taux d’armature flexionnelle (ρ = 1.53% et 1.09%).

Tab. 3.1: Composition d’un mètre cube des bétons utilisés pour la série d’essais
béton normal (NSC) béton autoplaçant (SCC)
densité
composant poids volume poids volume
[kg/m3 ] [kg] [m3 ] [kg] [m3 ]
eau 1000 123 0.123 196 0.196
ciment 2800 326 0.116 450 0.161
sable (0-4 mm) 2600 894 0.344 877 0.337
gravier fin (4-8 mm) 2600 430 0.165 351 0.135
gravier (8-16 mm) 2600 627 0.241 526 0.202
pk =0.76a pk =0.65a
a : pk est le rapport entre le volume des granulats et le volume total de béton (voir
section 3.4.2)

Deux essais ont été effectués sur chaque spécimen : la première rupture (indiquée par l’in-
dice a) a été obtenue sur le côté du spécimen sans armature transversale et la deuxième
(indiquée par l’indice b) sur le côté avec un taux d’armature transversale ρw = 0.063%
(figure 3.1). Après la première rupture, le côté endommagé du spécimen a été réparé pour
permettre l’éxécution du deuxième essai. Ceci a été réalisé avec un système de plaques
métalliques et de tiges précontraintes, permettant de refermer quasi complétement les
fissures apparues lors du premier essai [Ana09]. L’armature transversale était composée

35
3. Modes de transmission de l’effort tranchant dans les éléments en
béton armé

Tab. 3.2: Caractéristiques des spécimens de la série d’essais


b h d ρa ρw
spécimen béton essai
[mm] [mm] [mm] [%] [%]
SC12a -
SC12 NSC 302 405 354 1.51
SC12b 0.063
SC13a -
SC13 NSC 303 403 354 1.07
SC13b 0.063
SC16a -
SC16 SCC 302 402 346 1.53
SC16b 0.063
SC17a -
SC17 SCC 304 404 350 1.09
SC17b 0.063
a : valeur effective

Tab. 3.3: Caractéristiques des matériaux de la série d’essais


dg fctm a fy fcm b fyw c
spécimen béton essai
[mm] [Mpa] [Mpa] [Mpa] [Mpa]
SC12a 41.2 -
SC12 NSC 16 2.93 580
SC12b 41.5 497
SC13a 43.0 -
SC13 NSC 16 2.93 580
SC13b 43.1 497
SC16a 55.7 -
SC16 SCC 16 3.17 580
SC16b 56.0 497
SC17a 56.7 -
SC17 SCC 16 3.17 580
SC17b 57.2 497
a : mesurée sur cylindre à l’âge de 28 jours
b : mesurée sur cylindre le jour de l’essai
c : acier écrouis à froid (limite d’écoulement définie comme celle pour
laquelle la déformation plastique résiduelle, suite à une décharge élas-
tique, est égale à 0.2%).

d’épingles de diamètre 6 mm placées tous les 150 mm (chaque épingle donnant lieu à une
section d’armature transversale au centre de la section du spécimen, voir figure 3.1). Les
épingles, en forme de C, étaient ancrées aux armatures longitudinales supérieures (arma-
ture comprimée) et inférieures (armature flexionnelle). La direction des zones d’ancrage
horizontales de deux épingles succéssives était alternée afin de garantir une géométrie
symétrique des spécimens.
Comme montré à la figure 3.1, les spécimens étaient soumis à une flexion trois points,
avec une longueur de la travée L = 2440 mm. La charge ponctuelle Q = 2 V (V étant
l’effort tranchant à transmettre à chaque appui) était appliquée au centre de la travée,
qui était le point fixe horizontal du banc d’essai. Les dimensions de la plaque métal-
lique de chargement placée sous le vérin hydraulique étaient de 300 x 80 x 25 mm. Les
plaques d’appuis, permettant les rotations et les déplacements horizontaux des spéci-
mens, avaient des dimensions de 300 x 200 x 40 mm. Le rapport entre la longueur de
la portée d’effort tranchant (a = L/2 = 1220 mm) et la hauteur statique nominale de
l’armature flexionnelle (dnom ≈ 348 mm) était égal à 3.51 pour tous les spécimens.

36
Campagne d’essais

Fig. 3.1: Caractéristiques d’un spécimen type investigué : géométrie, détail d’ar-
mature, principes du banc d’essai et réseau pour les mesures au déformètre

3.2.2 Discussion des résultats


Les figures 3.2(a-d) montrent les résultats des huit essais effectués sur les quatre spé-
cimens. Pour chaque spécimen, deux courbes montrant la relation entre l’effort tran-
chant appliqué (V ) et la déformation verticale mesurée à mi-travée (δv ) sont présentées :
la courbe trait-tillée concerne l’essai effectué sur le côté sans armature transversale et
la courbe continue celui effectué du côté renforcé avec un taux d’armature transver-
sale ρw = 0.063%. Les figures 3.2(e-f) résument respectivement les résultats des essais
sans et avec armature tranversale. Les résistances (Vmax ) et le résistance normalisées

¡ √ ¢
(Vmax = Vmax / b d fcm ) obtenues sont résumées dans le tableau 3.4. Ce tableau in-
dique également, pour chaque spécimen, le rapport Vmax,b ∗ ∗
/Vmax,a entre la résistance
∗ ∗
obtenue du côté avec (Vmax,b ) et du côté sans (Vmax,a ) armature transversale, ainsi

que le rapport Vmax,NSC ∗
/Vmax,SCC entre les résistances des spécimens fabriqués avec un

béton normal (Vmax,NSC ) et celles des spécimens fabriqués avec un béton autoplaçant

(Vmax,SCC ) ayant les mêmes taux d’armature flexionnelle et transversale. Les déforma-
tions verticales maximales (δv,max ) mesurées avant les ruptures ainsi que les rapports
δv,max,b /δv,max,a entre les déformations verticales mesurées du côté avec (δv,max,b ) et du
côté sans (δv,max,a ) armature transversale sont aussi résumés dans le tableau 3.4. De
plus, les figures 3.3 et 3.4 montrent la cinématique mesurée de toutes les fissures respec-
tivement lors du premier essai (sans armature transversale) et lors du deuxième essai
(avec armature transversale). Enfin la figure 3.6 montre les états de fissuration observés
à la rupture des spécimens.

37
3. Modes de transmission de l’effort tranchant dans les éléments en
béton armé

(a) (b)
SC12 (béton normal, ρ = 1.53%) SC13 (béton normal, ρ = 1.09%)
0.3
[ MPa]

SC12b
0.2 SC13b

SC12a
bd fcm
V

0.1 SC13a

ρw = 0 ρw = 0
ρw = 0.063% ρw = 0.063%
0.0

(c) (d)
SC16 (béton autoplaçant, ρ = 1.53%) SC17 (béton autoplaçant, ρ = 1.09%)
0.3
[ MPa]

SC17b
0.2

SC16b
bd fcm
V

0.1 SC16a SC17a

ρw = 0 ρw = 0
ρw = 0.063% ρw = 0.063%
0.0

(e) (f)
Essais sans armature transversale Essais avec armature transversale
0.3
SC12b SC16b
SC12a
[ MPa]

SC13b
0.2 SC13a SC17b

bd fcm

SC17a
V

0.1

SC16a
ρw = 0 ρw = 0.063%
0.0
0 5 10 15 0 5 10 15
δv [mm] δv [mm]

Fig. 3.2: Résultats de la série d’essais. Relations entre l’effort tranchant appliqué
et la déformation verticale mesurée à mi-travée pour : (a) le spécimen SC12 ; (b)
le spécimen SC13 ; (c) le spécimen SC16 ; (d) le spécimen SC17 ; (e) les essais sans
armature transversale ; et (f ) les essais avec armature transversale

38
Campagne d’essais

Tab. 3.4: Résultats de la série d’essais


∗ ∗
∗ a
Vmax,NSC Vmax,b δv,max,b
ρ ρw Vmax Vmax ∗ δv,max
béton essai Vmax,SCC ∗
Vmax,a δv,max,a

[%] [%] [kN] [ Mpa] [-] [-] [mm] [-]
SC12a - 148 0.189 1.49 - 6.2 -
NSC 1.53
SC12b 0.063 176 0.223 1.02 1.18 7.9 1.27
SC13a - 137 0.171 1.25 - 6.5 -
NSC 1.09
SC13b 0.063 150 0.187 1.13 1.09 7.3 1.12
SC16a - 115 0.127 - - 5.1 -
SCC 1.53
SC16b 0.063 199 0.219 - 1.72 12 2.35
SC17a - 127 0.137 - - 6.4 -
SCC 1.09
SC17b 0.063 153 0.165 - 1.20 10.1 1.58

∗ Vmax
a : Vmax = √
b d fcm

Fig. 3.3: Résultats de la série d’essais. Cinématique des fissures mesurée pour les
essais sans armature transversale : (a) essai SC12a ; (b) essai SC13a ; (c) essai
SC16a ; et (d) essai SC17a

39
3. Modes de transmission de l’effort tranchant dans les éléments en
béton armé

Fig. 3.4: Résultats de la série d’essais. Cinématique des fissures mesurée pour les
essais avec armature transversale : (a) essai SC12b ; (b) essai SC13b ; (c) essai
SC16b ; et (d) essai SC17b

Fig. 3.5: Résultats de la série d’essais. Allure des fissures critiques observées pour :
(a) les essais sans armature transversale ; et (b) les essais avec armature transver-
sale

40
Campagne d’essais

Fig. 3.6: Résultats de la série d’essais. États de fissuration observés à la rupture


des spécimens : (a) SC12 ; (b) SC13 ; (c) SC16 ; et (d) SC17

41
3. Modes de transmission de l’effort tranchant dans les éléments en
béton armé

Sur la base des résultats obtenus, les considérations suivantes peuvent être faites :

– dans le cas des essais sans armature transversale (figure 3.2(e)), les résistances nor-

malisées obtenues par les spécimens fabriqués avec un béton normal (Vmax,NSC , essais
SC12a et SC13a) sont plus importantes que celles obtenues par les spécimens fabriqués

avec un béton autoplaçant (Vmax,SCC , essais SC16a et SC17a). Ceci a été observée pour
toutes les deux valeurs du taux d’armature flexionnelle (avec un incrément de 49%
pour le taux d’armature ρ = 1.53% et de 25% pour le taux d’armature ρ = 1.09%,
voir tableau 3.4). Cette tendance est par contre beaucoup moins marquée (2% pour
ρ = 1.53% et 13% pour ρ = 1.09%, voir tableau 3.4) dans le cas des essais avec une
armature transversale (figure 3.2(f)). Dans ce cas, les résultats semblent d’avantage in-
fluencés par le taux d’armature flexionnelle que par le type de béton. En effet, la figure
3.2(f) montre une résistance plus élevée pour les essais SC12b et SC16b (ρ = 1.53%)
en comparaison respectivement aux essais SC13b et SC17b (ρ = 1.09%).
– En ce qui concerne l’augmentation de résistance offerte par la présence de l’armature
transversale, une variabilité importante des résultats a été observée (figures 3.2(a-d)
et tableau 3.4). Des incréments de résistance de 18%, 9% et 20% ont été observés
respectivement pour les spécimens SC12, SC13 et SC17. Les bénéfices les plus im-
portants ont été mesurés pour le spécimen SC16, pour lequel l’essai avec armature
transversale (SC16b) a montré un incrément de résistance de 72% par rapport à celui
sans ces armatures (SC16a). Il faut toutefois souligner que l’essai SC16a a montré
une résistance particulièrement réduite, en comparaison à l’essai SC12a (avec le même
taux d’armature) mais également par rapport à l’essai SC17a (avec un taux d’arma-
ture inférieur). Ceci a probablement contribué à cette augmentation spectaculaire de
résistance observée par l’ajout d’armature transversale.
– La présence des armatures transversales a aussi été bénéfique en ce qui concerne la
capacité de déformation des spécimens (pouvant être appréciée par l’amplitude de la
déformation verticale δv avant la rupture, voir figures 3.2(a-d) et tableau 3.4). Une
grande variabilité a toutefois été observée concernant l’importance de ces bénéfices.
En effet, une augmentation réduite de la capacité de déformation a été observée pour
les spécimens fabriqués avec un béton normal (27% pour le spécimen SC12 et 12%
pour le spécimen SC13). La présence d’une armature transversale a par contre été
très bénéfique pour les spécimens fabriqués avec un béton autoplaçant (135% pour
le spécimen SC16 et de 58% pour le spécimen SC17), pour lesquels l’incrément de
résistance a également été marqué.
– La figure 3.3 montre que les tendances attendues au sujet du taux d’armature flexion-
nelle (ρ) ont été observées. En effet, il apparaı̂t logiquement que l’ouverture des fis-
sures est globalement plus importante pour les essais avec un taux d’armature inférieur
(SC13a et SC17a, en comparaison aux essais SC12a et SC16a).
– Dans le cas des essais avec armature transversale (figure 3.2(f)), un changement de
rigidité a généralement été observé pour un niveau de charge supérieur à la charge de

42
Campagne d’essais

rupture (Vmax,a ) de l’essai correspondant sans armature transversale (figure 3.2(e)). Ce


point, à partir duquel la réponse de l’élément est moins rigide, traduit une forte aug-
mentation des déformations localisées au droit de la fissure critique d’effort tranchant,
dont la cinématique est présentée aux figures 3.4(a-d) pour l’ensemble des spécimens.
Cette augmentation de l’ouverture des fissures critiques, a influencé de manière consé-
quente les rotations et les déformations verticales des spécimens. Le changement de
rigidité est particulièrement évident dans le cas des essais SC13b (avec une perte de
charge conséquente) et SC16b. Les fissures critiques observées dans ces deux essais
présentent une forme plutôt allongée (traversant plusieurs armatures transversales),
associée à des ouvertures particulièrement importantes (figures 3.4(b-c)), en compa-
raison à celles observées dans les essais SC12b et SC17b (figures 3.4(a,d)). La présence
de l’armature transversale dans ces deux spécimens a probablement joué un rôle par-
ticulièrement important pour éviter une perte soudaine et totale de leur résistance.

La figure 3.6 montre que la totalité des fissures critiques s’est développée sur l’entier
de la longueur de la portée d’effort tranchant (distance entre la mi-travée et l’appui).
Toutes les fissures sont caractérisées par trois branches distinctes : deux branches de
délamination plutôt horizontales (l’une au niveau de l’armature flexionnelle et l’autre
au niveau de la zone comprimée) et une branche inclinée au niveau de la partie à mi-
hauteur du spécimen. Par la suite, le terme ”allure” sera utilisé pour définir la forme
de la fissure critique sur toute sa longueur de développement (comprenant les deux
branches de délamination et la branche inclinée). La figure 3.5 permet une comparaison
de l’allure des fissures critiques. Dans les cas des essais sans armature transversale (figure
3.5(a)), l’allure des fissures est très similaire. Au contraire, deux différentes allures des
fissures ont pu être observées dans les essais avec armature transversale (figure 3.5(b)).
La première a été observée pour les essais SC13b (béton normal, ρ = 1.09%) et SC16b
(béton autoplaçant, ρ = 1.53%), qui montrent une fissure critique dont la longueur de la
branche de délamination au niveau de l’armature flexionnelle est très courte. Dans ces
cas, la branche inclinée centrale se développe assez proche de l’appui et sur une longueur
plus importante (branche inclineé plus allongée). La deuxième allure a été observée pour
les essais SC12b (béton normal, ρ = 1.53%) et SC17b (béton autoplaçant, ρ = 1.09%).
Ces essais montrent une fissure critique dont la longueur de la branche horizontale de
délamination au niveau de l’armature flexionnelle est plus importante et dont la branche
inclinée centrale se développe plus loin de l’appui et sur une longueur plus courte. Des
changements de pente plus abrupts entre la branche inclinée (qui est legèrement plus
raide que celle observée dans la première allure) et les branches horizontales sont ainsi
observés.
En général, la position des branches inclinées centrales semble être influencée par la
position de l’armature transversale (deuxième ou trosième épingle à partir du bord de
l’appui respectivement pour la première et la deuxième allure, voir figure 3.5(b)). De
plus, la partie plus raide de chaque fissure critique se concentre entre deux épingles
successives.
Concernant ces deux allures possibles pour la fissure critique (figure 3.5(b)), elles ne

43
3. Modes de transmission de l’effort tranchant dans les éléments en
béton armé

semblent ni être influencées par le type de béton ni par le taux d’armature flexionnelle,
mais semblent plutôt se produire de manière aléatoire. La contribution de chaque MTET
est donc probablement très variable d’un essai à l’autre. En raison de cette variabilité,
le travail de quantification de l’importance relative de chaque MTET (voir section 3.4)
prend donc tout son sens pour les spécimens SC12b, SC13b, SC16b et SC17b.

3.3 Mesures de la cinématique des fissures

Des mesures discontinues permettant le suivi de la cinématique des fissures ont été ef-
fectuées sur la surface de chaque spécimen au cour de chaque essai. Ces mesures, pour
lesquelles d’avantage d’informations sont à disposition ailleurs [Cam11c], ont été effec-
tuées manuellement en utilisant un déformètre de haute précision permettant de définir
la distance entre deux cibles. Un réseau de cibles formant une maille de triangles équila-
téraux (longueur nominale des côtés de 100 mm) a été disposé sur les spécimens de façon
a couvrir toute la surface possible de développement des fissures (figure 3.1). Au cour
de chaque essai, des mesures ont été effectuées à des paliers de charge sélectionnés. Le
chargement a dû être provisoirement interrompu afin d’en permettre l’exécution en état
de déformation stable. Entre trois et six paliers de charge ont donc été effectués dans le
cadre des essais sans armature transversale tandis qu’un nombre généralement inférieur
a été entrepris pour les essais avec armature transversale. En effet, dans le cas de ces
essais, le premier palier a été directement effectué à un niveau de charge correspondant
à la charge de rupture (Vmax,a ) du côte du spécimen sans armature transversale.
Les mesures effectuées avec le déformètre sont essentielles pour le travail de quantifi-
cation de la contribution de chaque MTET (voir section 3.4) et permettent de calculer
l’ouverture (w, mesurée le long de l’axe y 0 perpendiculaire à la fissure) et le glissement
(∆, mesuré le long de l’axe x0 parallèle à la fissure) de la fissure en un point donné (voir
annexe A). Les valeurs obtenues seront ensuite utilisées pour le calcul de la contribution
de chaque MTET.
Afin d’augmenter la qualité des mesures, une série de dix lectures était faite pour chaque
tronçon de mesure (en un laps de temps d’environ 1 seconde) et leur écart type était
calculé. La mesure était acceptée pour un écart type inférieur à 0.002 mm (base de
mesure de 100 mm). Un système de correction basé sur la redondance des mesures a
été également mis en place [Cam11c] et prévoyait le contrôle de l’équilibre d’un treillis
en reproduisant le réseau triangulaire de cibles collées sur le spécimen. Les mesures ef-
fectuées étaient alors introduites comme des déformations imposées dans chaque barre
du treillis d’un modèle d’éléments finis. Ce système de contrôle permettait d’une part
d’identifier les erreurs grossières de mesure au cour de l’essai (permettant ainsi de refaire
instantanément les mesures erronées) et d’autre part d’obtenir un ensemble de mesures
parfaitement consistantes entre-elles.

44
Analyse des modes de transmission de l’effort tranchant

3.4 Analyse des modes de transmission de l’effort tran-


chant

3.4.1 Description du corps rigide étudié

Dans la suite, les essais effectués du côté des spécimens avec armature transversale seront
analysés en détail afin de quantifier la contribution de chaque MTET. Cette étude sera
faite en considérant un corps rigide défini par la fissure critique d’effort tranchant (figure
3.9), pour lequel la pertinence sera discutée plus loin. Un corps rigide idéalisé est montré
à la figure 3.7, qui montre également toutes les forces horizontales et verticales qui
peuvent potentiellement agir sur celui-ci. L’intensité et la position de chacune de ces
forces dépendra de la forme réelle de la fissure critique, qui défini le corps rigide, ainsi
que de sa cinématique. Comme montré à la figure 3.7, plusieurs modes de transmission
peuvent participer au transfert de l’effort tranchant d’une part et d’autre de la fissure
critique :

– la composante verticale (Vagg ) de l’engrènement des granulats le long de la fissure


critique (voir section 3.4.2)
– la somme (Vsw ) des forces (Vsw,n ) transmises par chaque épingle qui est traversée par
la fissure critique (voir section 3.4.3)
– la composante verticale (Vres ) de la force transmise par la résistance résiduelle du
béton à la traction où l’ouverture de la fissure critique est limitée (voir section 3.4.4)
– la force (Vdow ) transmise par effet goujon des armatures flexionnelles (voir section
3.4.5)
– la composante verticale (Vch ) de l’effort agissant dans la bielle de compression inclinée
(voir section 3.4.6)

Une série de forces horizontales doit aussi être considérée dans l’équilibre du corps rigide
(figure 3.7) :

– la force de traction (Ns ) agissante au niveau de l’armature flexionnelle (voir équation


3.3)
– la composante horizontale (Nagg ) de l’engrènement des granulats le long de la fissure
critique (voir section 3.4.2)
– la composante horizontale (Nres ) de la force transmise par la résistance résiduelle du
béton à la traction où l’ouverture de la fissure critique est limitée (voir section 3.4.4)
– la composante horizontale (Nch ) de l’effort agissant dans la bielle de compression
inclinée (voir section 3.4.6 et équation 3.4)

Du fait de leur rigidité négligeable, les efforts verticaux générés par effet goujon des ar-
matures comprimées et ceux horizontaux générés par effet goujon des armatures trans-
versales ne sont pas considérés dans la suite. La force de compression dans les armatures

45
3. Modes de transmission de l’effort tranchant dans les éléments en
béton armé

comprimées est également négligée.


L’effort tranchant total (Vtot ) qui est transmis à travers la fissure critique est donc cal-
culé selon l’équation 3.1. Sa valeur doit en principe correspondre à l’effort tranchant (Vp )
agissant dans le spécimen au moment où le dernier palier de mesures de la cinématique
de la fissure critique a été effectué. La qualité des résultats du travail de quantification
des contributions des MTET peut donc être appréciée par le rapport Vtot /Vp .

Vtot = − (Vagg + Vsw + Vres + Vdow + Vch ) (3.1)

Fig. 3.7: Définition des forces agissant sur le corps rigide défini par la fissure
critique

La quantification des efforts agissant sur le corps rigide de la figure 3.7 est possible par
le calcul des forces d’engrènement (Nagg et Vagg ), des forces dans les épingles (Vsw,n ),
des forces de la résistance résiduelle à la traction (Nres et Vres ) et de la force d’effet
goujon (Vdow ). La quantification de ces différentes forces se base entièrement sur les
mesures de la cinématique de la fissure critique ainsi que sur l’utilisation des modèles
physiques existants pour l’étude de chaque MTET. Dés la détermination de ces premières
contributions, les forces horizontales Nch et Ns nécessaires pour garantir l’équilibre du
corps rigide peuvent ensuite être calculées. Les relations d’équilibre sont décrites aux
équations 3.2 à 3.4.

X
↑= 0: Vtot + Vagg + Vsw + Vres + Vdow + Vch = 0 (3.2)

X
→= 0: Ns + Nagg + Nres + Nch = 0 (3.3)

46
Analyse des modes de transmission de l’effort tranchant

X 9
X
y (O) = 0: Vagg (a − xagg ) + Vsw,n (a − xsw,n ) + Vres (a − xres )
n=1

(3.4)
+Vdow (a − xdow ) + Vch (a − xch ) + Nagg (yagg − ys )

+Nres (yres − ys ) + Nch (ych − ys ) = 0

L’équilibre des moments (équation 3.4), calculé autour du point O (figure 3.7), permet la
détermination de la force Nch . L’équilibre des forces horizontales (équation 3.3) permet
ensuite d’obtenir l’intensité de la force Ns . Connaissant l’intensité de la force horizontale
agissante dans la bielle de compression inclinée (Nch ) ainsi que l’inclinaison de cette bielle
(αch ), il est possible de quantifier l’intensité de la dernière force verticale (Vch ) selon
l’équation 3.5. Si une inclinaison αch 6= 0◦ de la bielle de compression est considérée, un
calcul itératif est alors nécessaire afin de satisfaire l’équilibre. Ceci est dû au fait que la
force Vch rentre en compte dans l’équilibre des forces verticales (équation 3.2) ainsi que
dans l’équilibre des moments (équation 3.4). De plus, d’autres itérations supplémentaires
(voir section 3.4.5) peuvent être nécessaires pour le calcul de la force d’effet goujon (Vdow ),
notamment si l’action combinée de la force verticale Vdow et de la force horizontale Ns
provoque la plastification des armatures flexionnelles.

Vch = −Nch tan (αch ) (3.5)

Validation de l’hypothèse de corps rigide

Les figures 3.8 et 3.9 permettent une comparaison entre l’état de fissuration correspon-
dant au dernier palier de charge à celui observé à la rupture des spécimens du côté sans
armature transversale (voir figure 3.8) et du côté avec armature transversale (voir figure
3.9). Il peut être observée que le dernier palier de mesures a généralement été effectué à
un niveau de charge (Vp ) très proche de la rupture (Vmax ). Toutefois, la fissure critique
n’était pas suffisamment développée à ce moment pour les essais sans armature transver-
sale (figure 3.8). Pour cette raison, des informations précises quant à sa cinématique ne
sont pas disponibles et le travail de quantification de l’effort transmis par chaque MTET
ne peut donc pas être effectué précisément. Pour les essais avec armature transversale,
la situation était différente car dans le cas des essais SC12b, SC13b et SC16b, la fissure
critique était bien développée au dernier palier de charge (figures 3.9(a-c)). Ceci permet
donc de justifier l’hypothèse de la présence d’un corps rigide à ce moment. De plus, pour
tous ces essais, le dernier palier de charge a été effectué pour des niveaux de charge
proches de la rupture (rapport Vp /Vmax,b = 99% pour l’essai SC12b, à 100% pour l’essai
SC13b, à 88% pour l’essai SC16b et à 93% pour l’essai SC17b). Toutefois, l’hyphothèse
de corps rigide, fondamentale pour la suite du travail de quantification des MTET, ne

47
3. Modes de transmission de l’effort tranchant dans les éléments en
béton armé

peut pas être justifiée dans le cas de l’essai SC17b. En effet, la figure 3.9(d) montre
clairement que deux fissures inclinées très rapprochées se sont développées au moment
de la rupture, ce qui empêche de connaı̂tre de façon détaillée et certaine la cinématique
de la fissure critique. Pour cette raison, le travail de quantification des MTET ne peut
pas être effectué de manière correcte pour ce spécimen et n’est donc réalisé que pour les
essais SC12b, SC13b et SC16b. Les sections 3.4.2 à 3.4.6 décrivent en détail les modèles
utilisés ainsi que les calculs effectués pour la quantification de chaque MTET.

Fig. 3.8: Comparaison entre les états de fissuration correspondant au dernier palier
de charge et à la rupture pour les essais sans armature transversale : (a) essai
SC12a ; (b) essai SC13a ; (c) essai SC16a ; et (d) essai SC17a

48
Analyse des modes de transmission de l’effort tranchant

Fig. 3.9: Comparaison entre les états de fissuration correspondant au dernier palier
de charge et à la rupture pour les essais avec armature transversale : (a) essai
SC12b ; (b) essai SC13b ; (c) essai SC16b ; et (d) essai SC17b

3.4.2 Contribution de l’engrènement des granulats

Plusieurs approches peuvent être identifiées dans la littérature existante pour le calcul des
contraintes d’engrènement basé sur les déplacements relatifs entre les deux lèvres d’une
fissure [Tay70, Pau74a, Wal80, Dei87, Zar97, Ula03, Sag11]. Pour l’analyse effectuée sur
les essais SC12b, SC13b et SC16b, le modèle proposé par Walraven [Wal80] a été retenu,
en particulier pour ces bases physiques pouvant être facilement adaptées aux besoins de
cette étude. Ce modèle, dont les principes sont montrés à la figure 3.10, permet en effet de
lier de manière directe les déplacements relatifs des deux lèvres d’une fissure (ouverture
w et glissement ∆, voir annexe A) aux contraintes normales (σagg ) et tangentielles (τagg )
transmises à travers cette dernière. Les contraintes d’engrènement peuvent être calculées
selon le modèle de Walraven [Wal80] par :
" # " # " ¡ ¢ #
σagg σagg(w,∆) σpu A∆ − µ Aw ≥ 0
= = ¡ ¢ (3.6)
τagg τagg(w,∆) −σpu Aw + µ A∆

49
3. Modes de transmission de l’effort tranchant dans les éléments en
béton armé

0.56 est la résistance plastique à la compression de la pâte de ciment


où σpu = 6.39 fc,cube
(fc,cube est la résistance à la compression du béton mesurée sur cube, exprimée en MPa),
µ = 0.4 est le coefficient de frottement et Aw et A∆ représentent la somme des projections
de toutes les surfaces de contact entre les granulats et la matrice cimentaire (aw et a∆ )
respectivement sur les axes normal (axe y 0 qui se réfère à l’ouverture w) et tangentiel
(axe x0 qui se réfère au glissement ∆) à la fissure (figure 3.10). Les valeurs de Aw et A∆
sont influencées par la cinématique de la fissure, par la taille maximale des granulats
(dg ) et par le coefficient pk . Ce dernier exprime la probabilité qu’un point donné dans le
volume de béton se trouve à l’intérieur d’un granulat. En d’autres termes, la valeur du
coefficient pk correspond au rapport entre le volume total des granulats et le volume total
du béton (granulats et matrice cimentaire). Pour ce coefficient, une valeur pk = 0.75 est
proposée par Walraven [Wal80]. Cependant, sur la base de la composition des bétons
utilisés (tableau 3.1) une valeur plus réaliste du coefficient pk peut être calculée pour
chaque type de béton. Ceci a été fait en considérant une densité moyenne de 2600 kg/m3
pour les granulats et une densité de 2800 kg/m3 pour le ciment. Avec ces hypothèses,
une valeur pk = 0.76 a été obtenue pour le béton normal (spécimens SC12 et SC13) et
une valeur pk = 0.65 a été obtenue pour le béton autoplaçant (spécimens SC16 et SC17).

Fig. 3.10: Bases du modèle d’engrènement des granulats proposé par Walra-
ven [Wal80] : définition de la cinématique de la fissure, des surfaces de contact
entre les granulats et la matrice cimentaire, des contraintes d’engrènement et de la
direction de forces d’engrènement résultantes

La cinématique prise en compte dans le modèle de Walraven [Wal80] considère que l’ou-
verture w de la fissure se produit entièrement avant le glissement ∆ (figure 3.11(a)).
Une généralisation du mode de développement de la cinématique a été récemment pro-
posée par Guidotti [Gui10]. Comme présenté à la figure 3.11(a), ce modèle considère que
seulement une partie w0 de l’ouverture totale w de la fissure se fait avant tout glisse-
ment. Ensuite, la cinématique de la fissure se développe par un incrément de l’ouverture

50
Analyse des modes de transmission de l’effort tranchant

combiné à un glissement (jusqu’à atteindre les valeurs maximales de l’ouverture w et du


glissement ∆). Ceci se fait par un déplacement δ qui se produit avec une inclinaison γ
par rapport au plan de la fissure (figure 3.11(a)), où :

w − w0
γ = atan (3.7)

D’autres propositions peuvent être trouvées dans la littérature concernant le mode de
développement de la cinématique des fissures, en relation directe avec le phénomène de
l’effort tranchant. Par exemple, celui proposé par Ulaga [Ula03] considère que le glis-
sement se produit dés le début, de façon combinée avec l’ouverture (figure 3.11(a)).
Toutefois, les propositions de Ulaga [Ula03] et de Walraven [Wal80] peuvent être consi-
dérées comme des cas particuliers du mode de développement de la cinématique proposé
par Guidotti [Gui10] (où w0 = 0 et γ = atan (w/∆) pour le cas de Ulaga et où w0 = w
et γ = 0 pour le cas de Walraven).

Fig. 3.11: Modes de développement de la cinématique : (a) modèles proposés par


Walraven [Wal80], Ulaga [Ula03] et Guidotti [Gui10] ; et (b) comparaison entre la
cinématique réelle et celle considérée (calculée avec la méthode des moindres carrés)

La figure 3.12 montre une comparaison entre des contraintes d’engrènement (σagg et
τagg ) calculées en fonction de l’amplitude du glissement ∆ pour différentes valeurs de
l’ouverture w en considérant les trois modes de développement de la cinématique préa-
lablement énoncés. L’analyse des cette figure permet de noter que le mode de dévelop-
pement proposé par Walraven [Wal80] (courbes trait-tillées) représente une borne supé-
rieure des contraintes d’engrènement, alors que celui proposé par Ulaga [Ula03] (courbes
point-tillées) représente une borne inférieure. Les courbes continues de la figure 3.12,
qui montrent des valeurs intermédiaires des contraintes d’engrènement, ont été calculées
selon le mode de développement proposé par Guidotti [Gui10], en considérant une valeur

51
3. Modes de transmission de l’effort tranchant dans les éléments en
béton armé

de l’ouverture initiale w0 = w/5. La figure 3.12 montre que les contraintes d’engrènement
augmentent avec l’accroissement du glissement ∆. Pour des valeurs modérées d’ouver-
ture w, cette augmentation est très sensible à celle du glissement, ce qui n’est plus le
cas pour des ouvertures plus importantes. Le rapport entre les amplitudes de l’ouverture
w et du glissement ∆ traduit l’influence sur l’intensité des contraintes d’engrènement
générées. Les détails des formules utilisées pour la détermination de ces courbes sortent
du contexte du travail de quantification des MTET qui est fait dans ce chapitre et ne
seront donc pas présentés. Toutefois, ils peuvent être consultés ailleurs [Gui10, Wal80].

(a) (b)
8 8
mm

mm

m
Walraven Walraven

0.2 m
w = 0.2

0.4

Guidotti Guidotti
6 6 mm
w=

w=
Ulaga Ulaga
mm 0.4
σagg [MPa]
τagg [MPa]

0.8 =
w
w=
4 4
m
0 .8 m
w=
2 2
m
2.0 m mm
w= w = 2.0
0 0
0.0 0.5 1.0 1.5 2.0 0.0 0.5 1.0 1.5 2.0
∆ [mm] ∆ [mm]

Fig. 3.12: Contraintes d’engrènement en fonction de l’ouverture et du glissement


entre les lèvres de la fissure, calculés selon les modes de développement de la ciné-
matique proposés par Walraven [Wal80], Ulaga [Ula03] et Guidotti [Gui10] (avec
w0 = w/5) : (a) contrainte tangengielle ; et (b) contrainte normale

Le calcul des contraintes peut être effectué en tout point le long du tracé de la fissure (ξ,
voir figure 3.7). Les forces d’engrènement (Vagg et Nagg ) peuvent ensuite être calculées
par intégration de ces contraintes (σagg(ξ) et τagg(ξ) ) et par leur projection sur les axes
vertical et horizontal. La projection des contraintes est faite sur la base de l’inclinaison
α(ξ) de la fissure qui évolue le long de son tracé :
Z
¡ ¢
Vagg = − b τagg(ξ) sinα(ξ) − σagg(ξ) cosα(ξ) dξ (3.8)
ξ
Z
¡ ¢
Nagg = b τagg(ξ) cosα(ξ) + σagg(ξ) sinα(ξ) dξ (3.9)
ξ

La quantification des forces d’engrènement (Vagg et Nagg ) a été faite pour les essais
SC12b, SC13b et SC16b. Les fissures critiques observées dans ces essais ont dues être
retranscrites dans un programme de dessin afin de disposer des éléments nécessaires aux
calculs (inclinaison et cinématique de la fissure pour chaque point de calcul). Ainsi, le
tracé de chaque fissure a été dessiné en reliant une série de points-clés dont la distance
maximale ne dépassait pas la taille maximale des granulats (dg = 16 mm). Des points-clé

52
Analyse des modes de transmission de l’effort tranchant

supplémentaires ont également été ajoutés à chaque endroit où la distance entre le tracé
dessiné et le tracé réel de la fissure dépassait une limite égale à la moitié de la taille
maximale des granulats (dg /2), qui peut être reliée à la perte de contact entre deux gra-
nulats [Wal80]. Cette stratégie de dessin a été adoptée car le modèle de Walraven [Wal80]
prend déjà en compte la micro-rugosité de la fissure.
Pour se rapprocher le plus possible du vrai mode de développement de la cinématique
(celui qui a été mesuré en chaque point), la proposition de Guidotti [Gui10] a finalement
été retenue. En ce sens, la valeur de l’ouverture initiale (w0 ) a été calculée individuelle-
ment, pour chaque point de la fissure, de façon à représenter au mieux la cinématique
réelle (figure 3.11(b)) par une approche basée sur la méthode des moindres carrés. La
cinématique des fissures critiques mesurée et utilisée pour les calculs est montrée à la
figure 3.13(a). La distribution des contraintes d’engrènement (résultantes de σagg et τagg )
et les forces résultantes obtenues (Vagg et Nagg , calculées selon les équations 3.8 et 3.9)
sont présentées à la figure 3.13(b). Les valeurs de ces forces sont également résumées
dans le tableau 3.5. Dans la figure 3.13(b) il convient de remarquer que les contraintes
d’engrènement plus importantes se développent dans les régions plus raides des fissures
critiques. Ceci est dû au fait que, comme visible dans la figure 3.13(a), les glissements
entre les deux lèvres de la fissure sont plus marqués à ces endroits.

Fig. 3.13: Étude de la contribution de l’engrènement des granulats à la transmis-


sion de l’effort tranchant : (a) cinématique des fissures critiques ; et (b) profils des
résultantes des contraintes d’engrènement et forces résultantes

Il peut aussi être noté que la contribution de l’engrènement des granulats à la trans-
mission de l’effort tranchant (intensité de la force Vagg ), varie sensiblement selon l’allure
et la cinématique de la fissure critique. La contribution de ce mode de transmission est

53
3. Modes de transmission de l’effort tranchant dans les éléments en
béton armé

en effet très importante pour l’essai SC12b (qui montre une fissure critique avec une
branche inclinée légèrement plus raide et dont l’ouverture est plus petite) et devient
moindre pour les autres essais (qui montrent des fissures critiques avec des branches
inclinées plus allongées et dont l’ouverture est plus importante).

3.4.3 Contribution de l’armature transversale


Dans les éléments en béton armé, l’activation des armatures transversales est essentiel-
lement due à la formation de fissures inclinées qui les traversent. En effet, au droit de
chaque fissure inclinée, uniquement l’armature transversale peut participer à la reprise
d’un effort de traction vertical. Ceci est particulièrement vrai si l’ouverture de la fissure
inclinée est supérieure à celle pour laquelle la résistance résiduelle du béton à la traction
est nulle (wc ), ce qui sera d’avantage détaillé à la section 3.4.4.
La valeur des contraintes de traction agissant dans une barre d’armature entourée de
béton en fonction de l’ouverture de la fissure est fortement influencée par son adhé-
rence avec le béton et par ses conditions d’ancrage [Fer07b]. Le calcul du profil des
contraintes peut être effectué par l’étude du comportement d’un tirant en béton armé
(figure 3.14(a)) [Sig95]. Selon cette approche, toutes les forces de traction au droit d’une
fissure sont reprises par l’armature. Entre deux fissures successives, l’adhérence de l’ar-
mature avec le béton permet par contre diminution de la déformation. En effet, il est
considéré que le béton peut participer à la reprise des efforts de traction dans les régions
non fissurées (cet effet est connu sous le nom de tension stiffening).
Les contraintes d’adhérence (τb ), qui influencent l’intensité des déformations, dépendent
du glissement relatif entre l’armature et le béton (δb , voir figure 3.14(b)) et sont donc
reliées à la résistance à la traction du béton (fctm ) [Sig95]. Une manière simple mais
cohérente pour quantifier ces contraintes consiste à utiliser une loi d’adhérence rigide-
plastique, comme présenté à la figure 3.14(b). Cette loi simplifiée prévoit une contrainte
d’adhérence constante τb0 = 2 fctm jusqu’à l’écoulement de l’armature. Dés l’atteinte de
l’écoulement de l’armature (quand δb ≥ δby ), les déformations se localisent à l’endroit
de la fissure et les contraintes d’adhérence diminuent ; il convient donc de considérer
une valeur constante τb1 = fctm pour la contrainte d’adhérence en régime plastique de
l’armature (figure 3.14(b)). La pertinence de ces hypothèses pour des sollicitations de
traction, avec ou sans atteinte de l’écoulement de l’armature, a été démontrée par Si-
grist [Sig95] mais d’autres cas ont également été analysés par Fernández et al. [Fer07b].
La considération de valeurs constantes pour les contraintes d’adhérence (τb0 et τb1 ) im-
pliquent que la transmission des efforts entre l’acier et le béton se fassent de manière
linéaire en s’éloignant des fissures. Comme montré à la figure 3.14(a), la transmission
des efforts se fait avec deux gradients distincts (m = 4 τb0 /Ø et my = 4 τb1 /Ø) dont
les valeurs sont influencées d’une part par le diamètre de l’armature (Ø, qui influence
l’étendue de l’interface sur laquelle les contraintes d’adhérence agissent) et d’autre part
par la valeur des contraintes d’adhérence (τb0 avant l’écoulement de l’armature et τb1
après l’écoulement). En négligeant les déformations du béton (par rapport à de celles de
l’armature), l’ouverture (wi ) d’une fissure i peut être calculée par intégration du profil

54
Analyse des modes de transmission de l’effort tranchant

des déformations de la barre d’armature (εs , voir figure 3.14(a)) le long de la longueur
contributive `tot,i , laquelle dépend de la position et de l’ouverture des autres fissures :
Z
wi = εs dx (3.10)
`tot,i

Fig. 3.14: Comportement d’un tirant en béton armé avec adhérence à l’interface
entre l’armature et le béton : (a) relation entre l’ouverture des fissures et les dé-
formations ainsi que les contraintes dans l’armature ; et (b) loi ridige-plastique
considérée pour la contrainte d’adhérence

En considérant l’équation 3.10, le profil de contraintes dans la barre d’armature peut


être calculé à partir des ouvertures et des espacements d’une série de fissures donnée ou
vice-versa. Il est donc évident que la valeur des contraintes de traction au droit d’une
fissure donnée est influencée par l’ouverture de celle-ci mais également par l’ouverture
et la position des fissures avoisinantes (figure 3.14(a)).
Le calcul de ces contraintes est utile dans le cadre de cette étude car il permet de
quantifier la force totale (Vsw,n ) qui est transmise d’une part et d’autre de la fissure
critique par chaque épingle (n étant le numéro de l’épingle considérée) :

d2bw π
Vsw,n = −σsw,n (3.11)
4
où σsw,n est la contrainte de traction agissant dans l’épingle n, à l’endroit de son croi-
sement avec la fissure critique. La figure 3.15 montre la relation entre la contrainte de
traction dans une épingle (σsw ) et l’ouverture verticale de la fissure qui la traverse (vsw ,
mesurée le long de l’axe de l’épingle). Cette relation a été calculée avec les propriétés

55
3. Modes de transmission de l’effort tranchant dans les éléments en
béton armé

réelles des épingles disposées dans les spécimens SC12, SC13 et SC16, à savoir ; diamètre
dbw = 6 mm, limite d’écoulement fyw = 497 MPa, résistance à la traction ftw = 595 MPa,
module élastique Esw = 205 GPa et module d’écrouissage Eshw = 1560 MPa (défini
comme étant la pente du diagramme contrainte-déformation de l’acier des épingles, me-
surée entre le point de début de l’écoulement et le point du rupture). Cette relation
montre qu’une faible ouverture de la fissure (vswy = 0.3 mm) peut être suffisante pour
provoquer l’écoulement d’une épingle. Ceci est dû au diamètre des épingles qui est par-
ticulièrement réduit (dbw = 6 mm) augmentant le gradient m et donc la contrainte σsw
relative à une ouverture donnée de la fissure (vsw ). Toutefois, une ouverture de la fis-
sure plus conséquente (vswt = 3.4 mm) est théoriquement nécessaire pour conduire à la
rupture d’une épingle. Ces considérations sont importantes dans le cas des essais SC12b,
SC13b et SC16b, car elle permettent de supposer que chaque épingle traversée par une
fissure critique se trouve alors proche de l’écoulement.
750

600
σsw [MPa]

450

300

150

0
0 vswy 1 2 3 vswt 4
vsw [mm]

Fig. 3.15: Contraintes de traction agissant dans une épingle en fonction de l’ou-
verture verticale de la fissure qui la traverse

Pour ces trois essais, le calcul des forces Vsw,n a été effectué en se basant sur l’ouverture
verticale de la fissure critique (vsw1 ) dans son point de rencontre avec l’épingle. Dans
le cas des essais SC13b et SC16b, certaines épingles étaient traversées par une fissure
inclinée supplémentaire, autre que par la fissure critique. L’ouverture verticale de cette
fissure supplémentaire (vsw2 ) et sa position relative à la fissure critique (distance s1,2
entre les deux fissures) ont donc également dues être considérées. La figure 3.16 montre
l’allure du profil des contraintes pour le cas le plus général possible : une épingle traver-
sée par deux fissures espacées d’une distance s1,2 et dont les ouvertures verticales vsw1 et
vsw2 conduisent à l’écoulement de l’épingle en deux points différents (avec σsw1 > fyw et
σsw2 > fyw ). En se référant à cette figure, le calcul des contraintes agissant en correspon-
dance des deux fissures inclinées (σsw1 pour la fissure critique et σsw2 pour la deuxième
fissure) peut être effectué par la résolution des équations 3.12 et 3.13.

56
Analyse des modes de transmission de l’effort tranchant

Fig. 3.16: Calcul des contraintes de traction agissant dans une épingle : allure du
profil des contraintes pour un cas général avec deux fissures traversant l’épingle et
provoquant son écoulement en deux points

(σsw1 − fyw ) xy1 2 fyw xy1 a1 σsw1 x1 (2 a1 σsw1 − xm1 m) xm1


+ + k1 + = vsw1 (3.12)
Eshw Esw 2 Esw 2 Esw

(σsw2 − fyw ) xy2 2 fyw xy2 a2 σsw2 x2 (2 a2 σsw2 − xm2 m) xm2


+ + k2 + = vsw2 (3.13)
Eshw Esw 2 Esw 2 Esw

où :
– k2 = 1
– si une fissure traverse l’épingle : σsw2 = 0 ; k1 = 2 ; xm1 = 0 ; xm2 = 0 et xy2 = 0
– si deux fissures traversent l’épingle : k1 = 1 et xy1 + xm1 + xm2 + xy2 = s1,2
σsw1
– si σsw1 ≤ fyw : x1 = ; xy1 = 0 et a1 = 1
m
fyw (σsw1 − fyw ) fyw
– si σsw1 > fyw : x1 = ; xy1 = et a1 =
m my σsw1
σsw2
– si σsw2 ≤ fyw : x2 = ; xy2 = 0 et a2 = 1
m
fyw (σsw2 − fyw ) fyw
– si σsw2 > fyw : x2 = ; xy2 = et a2 =
m my σsw2
Les équations 3.12 et 3.13 sont valables pour tous les six cas possibles concernant une
épingle traversée au maximum par deux fissures : une seule fissure avec ou sans écou-
lement de l’armature et deux fissures respectivement sans écoulement, avec écoulement
en correspondance de l’une des deux fissures et avec écoulement en correspondance des
deux fissures. Pour le développement de ces équations, les épingles ont été considérées
parfaitement ancrées, ce qui se justifie en tenant compte de leur ancrage horizontal aux
niveau des armatures longitudinales (figure 3.1).

57
3. Modes de transmission de l’effort tranchant dans les éléments en
béton armé

La figure 3.17 résume les ouvertures verticales des fissures traversant chaque épingle
ainsi que les profils de contraintes obtenus en appliquant les équations 3.12 et 3.13.
Chaque force résultante (Vsw,n ), calculée avec l’équation 3.11 sur la base des contraintes
de traction (σsw1,n ) agissant dans l’épingle n à l’endroit de son croisement avec la fissure
critique, est aussi représentée dans cette figure. La valeur de la somme de toutes les
forces agissant dans les épingles (Vsw ) est aussi résumée dans le tableau 3.5. L’analyse
de ces résultats montre que l’intensité de la force totale (Vsw ) transmise par l’action des
épingles d’une part et d’autre de la fissure critique est sensiblement influencée par l’allure
de cette dernière et par sa cinématique. En effet, l’allure de la fissure critique de l’essai
SC12b (figures 3.9 et 3.17), avec des longues branches de délamination et une branche
inclinée plus courte, permet en effet d’activer uniquement trois épingles. Ceci n’est pas le
cas pour les essais SC13b et SC16b, avec une branche inclinée de la fissure critique plus
allongée permettant l’activation d’un nombre plus important d’épingles (quatre épingles
au lieu de trois, voir figure 3.17). Il doit être souligné que ces résultats sont contraires à
ceux obtenus dans l’étude de la contribution de l’engrènement des granulats (voir section
3.4.2). En effet, sa contribution était particulièrement importante dans le cas de l’essai
SC12b (fissure critique moins ouverte, branche inclinée plus courte et légèrement plus
raide) et moins importante pour les deux autres essais (fissures critiques plus ouvertes,
branches inclinées plus allongées). Il faut également remarquer que, dans le cas de l’essai
SC16b, l’épingle la plus proche du bord de la plaque d’appui n’a pas été considérée dans
les calculs (figure 3.17). Cette épingle se trouve à l’intérieur de la branche horizontale
de délamination, et a donc été considérée pour la quantification de l’effet goujon de
l’armature flexionnelle (voir section 3.4.5).

Fig. 3.17: Étude de la contribution de l’armature transversale à la transmission


de l’effort tranchant : cinématique des fissures, profils des contraintes et forces
résultantes

3.4.4 Contribution de la résistance résiduelle du béton à la traction


Comme il a été montré par Hillerborg [Hil83], dans la zone de propagation d’une fissure
(connue sous le nom de Fracture Process Zone, FPZ) le béton montre une résistance rési-
duelle à la traction (σres ). La figure 3.18 montre le résultat typique d’un essai de traction

58
Analyse des modes de transmission de l’effort tranchant

sur un élément en béton non armé dans la phase qui suit à la formation de la fissure.
La réponse de l’élément montre une relation adoucissante entre la résistance résiduelle à
la traction (σres ) et l’ouverture de la fissure (w). Au-delà d’une certaine ouverture (wc ),
aucune résistance à la traction n’est plus offerte par le béton. À ce moment, les deux
parties du tirant en béton non armé sont alors complètement désolidarisées.
Le comportement adoucissant peut être modélisé selon plusieurs approches [Hor92,
Fib11]. Dans le cadre de ce travail, la proposition de Hordijk [Hor92] est prise en compte,
notamment pour sa bonne corrélation avec le comportement réel des bétons à résistance
normale. Selon les propositions de cet auteur, la relation σres − w peut être calculée avec
l’équation 3.14 dont l’allure est présentée à la figure 3.18.

Fig. 3.18: Comportement adoucissant d’un tirant en béton dans la phase successive
à la fissuration : relation entre la résistance résiduelle à la traction et l’ouverture
de la fissure

Ã 
µ ¶3 ! −b w
w 2 w ¡ ¢
σres = fctm  1 + b1 e wc − 1 + b31 e−b2  (3.14)
wc wc

où fctm est la résistance moyenne à la traction du béton et b1 = 3.0 et b2 = 6.93


sont les constantes du modèle [Hor92]. La valeur de l’ouverture wc , à partir de laquelle
aucune résistance résiduelle à la traction n’est plus possible, peut être reliée à l’énergie
de fissuration (GF ) par :

GF
wc = 5.14 (3.15)
fctm
Pour le calcul de l’énergie de fissuration (GF ), la proposition du Model Code 2010 [Fib11]
peut être utilisée :

0.18
GF = 73 fcm (3.16)

où fcm est la résistance à la compression du béton mesurée sur cylindre (exprimée en
MPa).

59
3. Modes de transmission de l’effort tranchant dans les éléments en
béton armé

En se référant aux trois essais étudiés (SC12b, SC13b et SC16b), ce phénomène peut ga-
rantir la transmission d’une certaine partie de l’effort tranchant (Vres ) de part et d’autre
de la fissure critique, notamment au sommet des fissures critiques, où leur ouverture reste
limitée (figure 3.19(a)). Du fait de l’inclinaison des fissures critiques dans ces zones, une
force horizontale (Nres ) peut également être transmise à travers les fissures et doit donc
être considérée dans l’équilibre des corps rigides précédemment définis (figure 3.7). Les
propriétés mesurées des matériaux (fcm et fctm , voir tableau 3.3)) ont été utilisées pour
l’application des équations 3.15 et 3.16. Des valeurs de l’ouverture limite wc = 0.252 mm,
wc = 0.250 mm et wc = 0.244 mm ont été calculées respectivement pour les essais SC12b,
SC13b et SC16b. Il faut noter que l’effet négatif des contraintes de compression exis-
tantes dans les régions d’étude (sommets des fissures critiques, à l’intérieur de la zone
comprimée) sur la résistance à la traction du béton [Kup69] a été négligé. Les consé-
quences de cette hypothèse seront discutées ultérieurement. L’équation 3.14 a ensuite été
utilisée pour déterminer le profil des résistances résiduelles σres(ξ) actives le long du tracé
des fissures critiques (ξ, voir figure 3.7). Ceci a été fait en considérant la cinématique
mesurée (ouvertures w) des fissures critiques qui est présentée à la figure 3.19(a). Des
mesures suffisamment précises n’étaient toutefois pas disponibles pour l’essai SC16b au
sommet de la fissure critique où l’ouverture de la fissure (w) devrait être inférieure à wc .
Dans ce cas, la quantification de l’effet de la résistance résiduelle à la traction n’a donc
malheureusement pas pu être effectuée.

Fig. 3.19: Étude de la contribution de la résistance résiduelle du béton à la traction


à la transmission de l’effort tranchant : (a) cinématique de la zone de propagation
des fissures critique (FPZ) ; et (b) profils des contraintes résiduelles et forces résul-
tantes

60
Analyse des modes de transmission de l’effort tranchant

Les équations 3.17 et 3.18 montrent que l’intégration sur l’épaisseur des spécimens (b) et
long du tracé de la fissure critique (ξ) des projections sur les axes vertical et horizontal
des contraintes σres(ξ) permet le calcul des forces transmises par la résistance résiduelle
du béton à la traction (Vres et Nres ). La projection des contraintes est faite sur la base
de l’inclinaison de la fissure (α(ξ) ) qui évolue le long de son tracé.
Z
Vres = b σres(ξ) cos α(ξ) dξ (3.17)
ξ
Z
Nres = − b σres(ξ) sin α(ξ) dξ (3.18)
ξ

Les résultats obtenus sont synthétisés dans le tableau 3.5 et la figure 3.19(b) montre le
profil des contraintes résiduelles (σres(ξ) ) ainsi que les forces résultantes (Vres et Nres ).
Comme il peut être remarqué dans le tableau 3.5, ce mode de transmission a une influence
très limitée sur la transmission de l’effort tranchant total notamment en raison de la
taille des spécimens et à l’ouverture importante des fissures. De plus, si l’effet négatif
des contraintes de compression sur la résistance à la traction du béton [Kup69] avait été
considéré, la contribution de ce MTET aurait été ultérieurement réduite. Toutefois, dans
le cas de spécimens avec une hauteur de la section d’avantage limitée (qui développent
donc des fissures moins ouvertes), sa contribution pourrait s’accroı̂tre.

3.4.5 Contribution de l’armature flexionnelle (effet goujon)


L’effet goujon est l’un des MTET qui a été le plus largement étudié dans la littéra-
ture [Kre66a, Kre66b, Tay69, Pau74b, Cha87, Dei92, Dei93, Jel99, Zar03]. Dans le cadre
de cette recherche, il est intéressant d’étudier la force verticale transmise par les arma-
tures flexionnelles (Vdow , voir figure 3.7). La rigidité non négligeable de ces dernières
dans les spécimens étudiés (trois barres de diamètre db = 22 mm ou db = 26 mm) est
ultérieurement augmentée par la présence de l’armature transversale (épingles de dia-
mètre dbw = 6 mm espacées de 150 mm). En effet, l’intensité de l’effet goujon dépend
essentiellement du diamètre des armatures, de la présence ou non d’armatures transver-
sales, des propriétés géométriques et de la résistance à la traction du béton d’enrobage
ainsi que de la position de la branche inclinée de la fissure critique (qui indique le point
où les armatures flexionnelles sont sollicitées à l’effort tranchant) par rapport à l’appui.
Malgré la grande quantité d’études existantes à ce sujet, un modèle numérique a été
spécialement conçu pour la prise en compte de l’effet goujon dans le cadre de l’étude des
essais SC12b, SC13b et SC16b. Ce modèle, dont les principes sont présentés à la figure
3.20, s’est révélé indispensable pour prendre en compte le plus fidèlement possible les
caractéristiques des éléments étudiés, à savoir : la cinématique de la fissure critique (dé-
placement vertical mesuré à l’endroit de son croisement avec l’armature flexionnelle), la
position de la branche inclinée de la fissure critique et les caractéristiques de l’armature
transversale (sa position, sa résistance et son comportement adhérent avec le béton).

61
3. Modes de transmission de l’effort tranchant dans les éléments en
béton armé

Le modèle numérique utilisé correspond à un modèle cohésif de fissuration tenant compte


de la résistance à la traction du béton d’enrobage. Comme montré à la figure 3.20, cette
dernière a été introduite dans la modélisation par une série de ressorts non linéaires espa-
cées d’une distance `c . Le comportement de ces ressorts est élastique jusqu’à fissuration
(admettant une longueur active pour ce ressort égale à la taille maximale du granulat)
puis adoucissant au delà (figure 3.21). Chaque ressort tient compte de la surface efficace
de béton (Ac,ef = bef `c ), définie par le produit entre l’épaisseur effective du spécimen
(bef ) et la distance entre deux ressorts successifs (`c ). L’épaisseur effective du spécimen
est calculée en soustrayant l’épaisseur totale des armatures flexionnelle (trois barres de
diamètre db ) à l’épaisseur du spécimen (b) :

bef = b − 3 db (3.19)

Ainsi, la charge de fissuration (Fct ) relative à chaque ressort vaut :

Fct = Ac,ef fctm = bef `c fctm (3.20)

Le comportement adoucissant du béton [Hil83] a été considéré selon les principes déjà
présentés à la section 3.4.4 (voir figure 3.18 et équation 3.14). La présence des armatures
transversales et leur adhérence avec le béton ont également été considérées. Comme
montré à la figure 3.20, les épingles ont aussi été modélisées par des ressorts non-linéaires
espacés d’une distance `w = 150 mm (correspondante à l’espacement des épingles placées
dans les spécimens analysés). Le comportement de ces ressorts est élastique jusqu’à
l’écoulement des épingles puis écrouissant jusqu’à leur rupture (les principes décrivant le
comportement de ce tirant en béton armé ont déjà été présentés à la section 3.4.3, voir
figure 3.15). Les contraintes de compression dans les ressorts non-linéaires étant du même
ordre de grandeur que celles de traction (ce qui sera montré plus loin, voir figure 3.23),
le comportement de ces derniers a été admis élastique-linéaire. Cette hypothèse a été
faite à la fois pour les ressorts modélisant le béton d’enrobage et pour ceux modélisant
les épingles.
Comme mis en avant dans la figure 3.20, la distance entre l’appui des spécimens (bord
interne de la plaque d’appui) et le croisement de la branche inclinée de la fissure critique
avec l’armature flexionnelle peut être considérée en variant la longueur de la console
modélisée (Ldow ). La définition de cette longueur est très importante car elle définit la
rigidité du modèle ainsi que le nombre d’épingles à modéliser et leur position relative à
la fissure critique.
L’utilisation de ce modèle numérique permet de mettre en relation la cinématique de la
fissure critique avec l’effort tranchant transmis par effet goujon (Vdow ). La cinématique
considérée concerne un déplacement vertical (vdow ) qui est imposé à l’extrémité de la
console, comme montré à la figure 3.20.
Il est à noter qu’il a été admis que l’intensité de la force Vdow ne peut pas dépasser
celle qui provoque le début de la plastification de l’armature flexionnelle. Pour cette
raison, la contrainte maximale présente dans l’armature flexionnelle (σs ) ne peut pas

62
Analyse des modes de transmission de l’effort tranchant

dépasser la contrainte d’écoulement (fy ). La contrainte σs résulte de la somme entre les


contraintes σs(Ns ) , dues à la force de traction dans les armatures (Ns , voir figure 3.7),
et les contraintes σs(Vdow ) , dues à la force d’effet goujon (Vdow ).

Fig. 3.20: Caractéristiques du modèle cohésif de fissuration utilisé pour le calcul


de la contribution de l’effet goujon.

Fig. 3.21: Caractéristiques des ressorts non-linéaires du modèle cohésif de fissura-


tion : comportement du béton d’enrobage avant et après la fissuration

Ce modèle numérique a donc été appliqué pour étudier l’effet des principaux paramètres
(Ldow , db , armature transversale) en considérant une console ayant des caractéristiques
similaires à celles des spécimens faisant le sujet du travail de quantification des MTET.
Trois diamètres différents de l’armature flexionnelle (qui est composée par trois barres)
ont été considérés : db = 26 mm, db = 20 mm et db = 14 mm. Les relations obtenues
entre la force d’effet goujon (Vdow ) et la longueur de la console (Ldow ) sont montrées
pour les trois diamètres respectivement dans les figures 3.22(a) à 3.22(c). Chacun de ces
trois graphiques montre les résultats d’un calcul effectué sans les armatures transver-

63
3. Modes de transmission de l’effort tranchant dans les éléments en
béton armé

sales (courbes continues) et d’un autre effectué avec les armatures transversales (courbes
trait-tillées). Tous les calculs ont été effectués pour une déformation imposée constante
vdow = 0.5 mm et pour une contrainte σs(Ns ) = 188 MPa (contrainte due à l’action de
la force Ns , qui peut varier entre 300 kN pour le diamètre db = 26 mm et 87 kN pour le
diamètre db = 14 mm).

(a) (b) (c)


db = 26 mm db = 20 mm db = 14 mm
120
sans épingles sans épingles sans épingles
avec épingles avec épingles avec épingles
90

4ème épingle
4ème épingle
4ème épingle

1ère

2ème

3ème
1ère

2ème

3ème
1ère

2ème

3ème
Vdow [kN]

60

30

0
0 70 220 370 520 670 0 70 220 370 520 670 0 70 220 370 520 670
Ldow [mm] Ldow [mm] Ldow [mm]

Fig. 3.22: Relation entre la force d’effet goujon et la distance entre l’appui et le
point de croisement de la branche inclinée de la fissure critique avec l’armature
flexionnelle, calculée pour un diamètre de l’armature flexionnelle de : (a) 26 mm ;
(b) 20 mm ; et (c) 14 mm. Tous les calculs ont été effectués avec b = 300 mm,
fctm = 3 MPa, fcm = 40 MPa, fy = 580 MPa, Es = 205 GPa, dbw = 6 mm,
fyw = 500 MPa ftw = 600 MPa, Esw = 205 GPa, Eswh = 1560 MPa, position

de la première épingle à 70 mm du bord de la plaque d’appui, `w = 150 mm,
vdow = 0.5 mm et σs(Ns ) = 188 MPa

L’analyse de ces résultats permet de faire les considérations suivantes :


– le paramètre qui influence le plus l’intensité de la force Vdow est la distance entre
l’appui et le point de croisement de la branche inclinée de la fissure critique avec
l’armature flexionnelle (Ldow ). Au delà d’une certaine longueur Ldow , seulement une
force relativement petite peut être transmise par effet goujon.
– L’armature transversale joue aussi un rôle relativement important. En particulier,
quand la longueur Ldow est telle qu’une épingle se trouve à proximité de l’extrémité
de la console (point où la déformation verticale vdow est imposée). Dans ces cas, en
considérant les propriétés des épingles modélisées (diamètre dbw = 6 mm et limite
d’écoulement fyw = 500 MPa), une augmentation de la force Vdow d’environ 14 kN
est mise en avant par rapport au calcul sans les armatures transversales. Il faut aussi
noter que l’intensité de cet effet est indépendante de la longueur Ldow , pour autant
que cette dernière ne soit pas trop courte.
– Pour des longueurs Ldow réduites, le diamètre des armatures flexionnelles db montre
aussi une nette influence, avec le développement de forces Vdow plus élevées pour les
diamètres plus grands. Par contre, cet effet se réduit rapidement avec l’augmentation

64
Analyse des modes de transmission de l’effort tranchant

de la longueur Ldow , jusqu’à ce que seulement une force minimale peut encore être
transmise par effet goujon.
– L’effet de la contrainte σs(Ns ) = 188 MPa se traduit par un point d’inflexion dans
les courbes obtenues. Ce point d’inflexion se trouve à une position correspondante à
la longueur Ldow au-dessous de laquelle l’armature flexionnelle se plastifie à cause de
l’action combinée des forces Ns et Vdow . Au-dessous de cette longueur, l’intensité de la
force Vdow doit être bornée, ce qui donne lieu au point d’inflexion dont la position est
très claire pour les diamètres les plus grands (entre la première et la deuxième épingle,
voir figures 3.22(a-b)).
En se référant aux trois essais étudiés (SC12b, SC13b et SC16b), l’effet goujon des arma-
tures flexionnelles peut garantir la transmission d’une certaine partie de l’effort tranchant
(Vdow ) de part à d’autre de la fissure critique. L’analyse de l’allure des fissures critiques
montre des différences assez remarquables au niveau de la longueur Ldow (des longueurs
Ldow = 360 mm, Ldow = 170 mm et Ldow = 70 mm sont à considérer respectivement
pour les essais SC12b, SC13b et SC16b, voir figure 3.23). Les valeurs mesurées des dé-
placements verticaux qui ont été utilisées pour les calculs sont résumées à la figure 3.23.
Cette figure présente également les profils des contraintes dans le béton, les forces dans
les épingles et les forces d’effet goujon (Vdow ) obtenues. Les valeurs de ces dernières sont
également résumées dans le tableau 3.5.
Ces résultats montrent que pour l’essai SC12b, où le croisement de la branche inclinée
de la fissure critique avec l’armature flexionnelle se fait loin de l’appui et de la première
épingle intersectée par la fissure de délamination, la contribution de l’effet goujon est
presque négligeable. Au contraire, la longueur Ldow est beaucoup plus réduite pour l’es-
sai SC13b et en particulier pour l’essai SC16b, rendant conséquente la contribution de
l’effet goujon.
Dans le cas de l’essai SC16b, avec une longueur Ldow très réduite et une valeur particu-
lièrement importante de la déformation verticale imposée (vdow = 1.23 mm), un calcul
itératif a du être entrepris pour trouver la valeur de la force Vdow . En effet, sous l’ac-
tion combinée des contraintes σs(Ns ) (dues à la force de traction Ns ) et des contraintes
σs(Vdow ) (due à la force Vdow ), l’armature flexionnelle se plastifie limitant ainsi l’intensité
de la force Vdow . Comme expliqué dans la section 3.4.1, la nécessité d’un calcul itératif
est due au fait que la valeur de la force de traction Ns (et donc celle des contraintes
σs(Ns ) ) dépend de la valeur de la force Vdow (équations 3.2 à 3.4).

3.4.6 Contribution de la bielle de compression inclinée


Le dernier MTET possible dans les poutres en béton armé avec une armature trans-
versale est celui dû à l’inclinaison de la bielle de la membrure comprimée. La figure
3.24 présente deux différents modèles bielles-et-tirants possibles pour la reprise de l’ef-
fort tranchant [Leo74]. Dans le premier modèle (figure 3.24(a)), la membrure tendue
et celle comprimée sont parallèles (et horizontales). Ainsi, la totalité de l’effort tran-
chant est transférée par une série de bielles inclinées et d’étriers dans la partie centrale

65
3. Modes de transmission de l’effort tranchant dans les éléments en
béton armé

Fig. 3.23: Étude de la contribution de l’effet goujon à la transmission de l’ef-


fort tranchant : longueurs des consoles et valeurs cinématiques utilisées, profils des
contraintes dans le béton d’enrobage et forces résultantes

de l’élément. Par conséquent, les forces dans les membrures horizontales diminuent en
s’éloignant du point d’introduction de la charge. Une autre solution d’équilibre est tou-
tefois possible (figure 3.24(b)) avec une inclinaison de la membrure comprimée (angle
αch ). Dans ce cas, une partie de l’effort tranchant (Vch , voir équation 3.5) est directement
transférée par la membrure comprimée. Les bielles inclinées et les étriers dans la partie
centrale de l’élément doivent alors équilibrer uniquement la partie restante de l’effort
tranchant. Il convient également de remarquer que le bras de levier entre la membrure
tendue et celle comprimée diminue en s’éloignant du point d’introduction de la charge,
ce qui signifie que les membrures y sont plus sollicitées que dans le premier modèle.

Fig. 3.24: Étude de la contribution de l’inclinaison de la bielle inclinée à la trans-


mission de l’effort tranchant. Modèles bielles-et-tirants avec : (a) une membrure
comprimée horizontale ; et (b) une membrure comprimée inclinée

L’analyse des corps rigides des essais SC12b, SC13b et SC16b (figures 3.9(a-c)) montre
que l’épaisseur de la zone comprimée est très limitée. Cette épaisseur mesure 37 mm
dans le corps rigide de l’essai SC13b (figure 3.9(b)) et 28 mm dans celui de l’essai SC16b
(figure 3.9(c)). De plus, la branche de délamination de la fissure critique dans la zone
comprimée est quasi horizontale (se référer à la définition des branches de la fissure cri-
tique qui a été faite dans la section 3.2), et se trouve proche du niveau des armatures
comprimées. Ces faits impliquent qu’uniquement une inclinaison (αch ) très limitée de la
bielle comprimée permettrait la transmission directe d’une partie de l’effort tranchant à
l’endroit de la zone comprimée. La contribution de la bielle inclinée à la transmission de

66
Analyse des modes de transmission de l’effort tranchant

l’effort tranchant peut donc être négligée car, en considérant l’équation 3.5, l’intensité de
la force Vch tend à s’annuler si l’amplitude de l’angle αch tend à 0. Bien évidemment, une
inclinaison plus importante de la bielle comprime est possible, mais celle-ci n’amènerait
pas à la transmission directe d’un effort tranchant à l’endroit de la zone comprimée.
La composante verticale de cette bielle inclinée devrait donc être transmise plus loin
à travers la fissure critique par l’activation d’autres MTET qui ont déjà été considérés
précédemment (résistance résiduelle du béton à la traction, engrènement des granulats
ou armatures transversales).
Pour l’essai SC12b, l’épaisseur de la zone comprimé au sommet de la fissure critique est
plus importante (72 mm, voir figure 3.9(a)). La contribution de la bielle inclinée à la
transmission d’une partie de l’effort tranchant pourrait donc ne plus être négligeable.
Toutefois, l’épaisseur limitée de cette zone, en comparaison avec la taille du réseau pour
les mesures au déformètre (triangles équilatéraux avec un longueur des côtés de 100 mm,
voir figure 3.1), ne permet pas de disposer de mesures suffisamment détaillées pour l’esti-
mation de l’inclinaison de la bielle et donc de son éventuelle contribution à la transmission
de l’effort tranchant. Par conséquent, la valeur de la force Vch pour l’essai SC12b ne peut
pas être calculée.
Dans la zone comprimée des spécimens, la transmission d’un effort tranchant par effet
goujon des armatures comprimées semble également être difficile. En considérant le mo-
dèle présenté à la section 3.4.5, la distance relativement importante entre le sommet de
la fissure critique et le point d’introduction de la charge (figure 3.9(a-c)) ainsi que le
faible diamètre des armatures comprimées (trois barres de diamètre 10 mm) justifient
cette affirmation et donc le fait de négliger cet effet.

3.4.7 Discussion des résultats


Les MTET énoncés dans la section 3.4.1 (figure 3.7) ont été discutés en détail dans les
sections 3.4.2 à 3.4.6. Le calcul de leur contribution à la transmission de l’effort tranchant
a été réalisé en se basant entièrement sur la cinématique mesurée des fissures critiques.
Les résultats obtenus sont résumés dans le tableau 3.5 et sont aussi présentés à la figure
3.25. Cette figure met en avant toutes les forces qui ont été quantifiées sur la base de
cette cinématique ainsi que celles qui ont été calculées pour satisfaire aux conditions
d’équilibre du corps rigide (équations 3.2 à 3.4).
Ces résultats montrent une très bonne correspondance entre l’effort tranchant total quan-
tifié (Vtot , voir équation 3.1) et l’effort tranchant agissant dans les spécimens au moment
où les mesures de la cinématique ont été effectuées (Vp ). Les valeurs du rapport Vtot /Vp
(1.29 pour l’essai SC12b, 1.03 pour l’essai SC13b et 1.02 pour l’essai SC16b) montrent
uniquement une surestimation des effort transmis dans le cas de l’essai SC12b. Cette
surestimation est probablement introduite par la quantification de l’effort transmis par
engrènement de granulats (Vagg ) avec le modèle proposé par Walraven [Wal80]. En effet,
l’application de ce modèle pour la quantification des contraintes d’engrènement le long
de la fissure critique, montre une sensibilité importante à son inclinaison. Il a pu être
observé que la présence d’une zone particulièrement raide dans la fissure critique (ce qui

67
3. Modes de transmission de l’effort tranchant dans les éléments en
béton armé

est le cas pour l’essai SC12b, voir figure 3.5(b)) peut donner lieu à des forces verticales
résultantes assez conséquentes.

Fig. 3.25: Résumé des résultats de la quantification des forces agissant sur les
corps rigides

L’intérêt principal de ce travail de quantification réside dans la possibilité de comparer le


fonctionnement de chaque spécimen et de le mettre directement en relation à l’allure de
sa fissure critique. La figure 3.26 montre ainsi l’importance relative de chaque MTET par
rapport à l’effort tranchant total qui a été quantifié (Vtot ). Les considérations suivantes
peuvent donc être faites :

– l’importance relative de chaque MTET varie sensiblement d’un essai à l’autre et


peut s’expliquer par les différences observées dans l’allure des fissures critiques (fi-
gure 3.5(b)) ainsi que dans leur cinématique (figure 3.4(b)).
– L’engrènement des granulats est clairement dominant pour l’essai SC12b (72%) et
également important pour l’essai SC13b (44%). Par contre, en raison de la grande
ouverture de la fissure critique et de la forme de sa branche inclinée plus allongée,
cette contribution est limitée pour l’essai SC16b (20%).
– L’effet goujon est particulièrement important pour l’essai SC16b (45%). Ceci est dû
à la distance relativement faible observée entre l’appui du spécimen et le point de
croisement de la branche inclinée de la fissure critique avec l’armature flexionnelle

68
Analyse des modes de transmission de l’effort tranchant

(longueur Ldow = 70 mm, voir section 3.4.5) ainsi qu’au fait qu’une épingle se trouve
très proche de ce point (première épingle en direction de la plaque d’appui, voir section
3.4.5). Par contre, pour les essais dans lesquels l’engrènement des granulats a été plus
important (à cause d’une branche inclinée de la fissure critique plus courte, plus raide
et se développant plus loin de l’appui ainsi qu’une ouverture réduite de cette fissure),
la contribution de l’effet goujon devient presque négligéable (5% pour l’essai SC12b
et 10% pour l’essai SC13b).
– L’armature transversale permet la transmission d’une partie non négligeable de l’effort
tranchant (même si dans les spécimens étudiés le taux d’armature transversale est
faible : ρw = 0.063%). La contribution de ce MTET dépend principalement de l’allure
de la fissure critique, et est particulièrement importante pour des fissures critiques
dont la branche inclinée plus allongée intercepte un nombre maximum d’étriers (38%
pour l’essai SC13b et 35% pour l’essai SC16b). Logiquement, sa contribution est réduit
pour des fissures critiques présentant des branches inclinées moins allongées et plus
raides (18% pour l’essai SC12b).
– La résistance résiduelle du béton à la traction a une contribution limitée dans les
essais analysés (5% pour l’essai SC12b, 8% pour l’essai SC13b, inconnue pour l’essai
SC16b). Ceci est principalement dû à l’ouverture conséquente des fissures, liée à la
taille importante des éléments analysés.
– L’inclinaison de la bielle comprimée semble avoir un rôle négligeable dans le cas de ces
essais, notamment pour les essais SC13b et SC16b. Cependant, pour l’essai SC12b sa
contribution pourrait ne pas être négligeable, mais les mesures disponibles n’ont pas
permis sa quantification.
– Ces essais ont permis de mettre en avant des différences importantes concernant la
forme de la fissure critique (figure 3.5(b)) et sa cinématique (figure 3.4(b)). Ceci
conduit à une activation très variée des différents MTET (figure 3.26). Toutefois,
cette variabilité dans l’importance relative de chaque MTET ne semble pas avoir in-
troduit des différences notables au niveau de la résistance des éléments (figure 3.2(f)).
En effet, quand la participation de l’engrènement des granulats est limitée (à cause
d’une fissure critique très ouverte et présentant une branche inclinée plus allongée),
les contributions de l’effet goujon et de l’armature transversale augmentent. Dans le
cas d’éléments sans armature transversale, la contribution directe de l’engrènement
des granulats doit donc être prépondérante, car la contribution des étriers n’est plus
possible, ce qui diminue également la rigidité de l’effet goujon (figure 3.22).

69
3. Modes de transmission de l’effort tranchant dans les éléments en
béton armé

Tab. 3.5: Résultats de la quantification des contributions des différents modes de


transmission de l’effort tranchant : valeurs et positions des forces calculées
Forces verticales
SC12b SC13b SC16b
valeur x valeur x valeur x
[kN] [mm] [kN] [mm] [kN] [mm]
Vagg -163 698 -68 850 -36 909
Vsw -40 608 -59 679 -63 676
Vres -11 363 -12 303 NAa NAa
Vdow -12 760 -16 950 -80 1050
Vch NAa 333 0b 247 0b 244
Vtot 226 1220 155 1220 179 1220
Vp 174.5 150.5 176
Vtot /Vp =1.29 Vtot /Vp =1.03 Vtot /Vp =1.02
Forces horizontales
SC12b SC13b SC16b
valeur y valeur y valeur y
[kN] [mm] [kN] [mm] [kN] [mm]
Nagg 160 160 68 167 45 152
Nres -4 324 -1 359 NAa NAa
Ns -497 51 -260 49 -210 56
Nch 341 369 193 384 165 387
a : pas de mesures disponibles pour permettre le calcul
b : négligé

Vp /Vtot Vp /Vtot
1.0
Vp /Vtot
0.8
[-]

0.6
ΣVi
Vtot

Vres
0.4 Vdow
0.2 Vsw
Vagg
0.0
SC12b SC13b SC16b
Fig. 3.26: Importance relative de chaque mode de transmission par rapport à
l’effort tranchant total qui a été quantifié

70
Analyse des modes de transmission de l’effort tranchant

3.4.8 Conclusions
Des essais d’effort tranchant ont été effectués sur des poutres en béton armé avec un faible
taux d’armature transversale. Un travail de quantification des modes de transmission de
l’effort tranchant (MTET) a été réalisé sur la base de la cinématique mesurée de la fissure
critique ainsi qu’en utilisant les modèles physiques existants pour l’étude de chacun de
ces MTET (engrènement des granulats, armature transversale, effet goujon, résistance
résiduelle du béton à la traction, inclinaison de la bielle comprimée). Les conclusions
principales concernant ce travail sont les suivantes :

1. La quantité d’effort tranchant transmise par chaque mode de transmission est for-
tement influencée par l’allure de la fissure critique et par sa cinématique, lesquelles
peuvent varier sensiblement dans les éléments avec un faible contenu d’armature
transversale. L’allure des fissures critiques obtenues dans les éléments analysés ne
semble être influencée ni par le type de béton ni par la valeur du taux d’armature
flexionnelle. La position des armatures transversales semble par contre pouvoir in-
fluencer la position de la branche inclinée centrale de la fissure critique. Dans ce
sens, l’espacement entre les armatures transversales est également un paramètre
important, qui mériterait d’être étudié par des essais supplémentaires.

2. La présence de la fissure critique, dans laquelle toutes les déformations se localisent


juste avant la rupture, donne lieu à deux corps rigides distincts. Avant la rupture,
la totalité de l’effort tranchant doit être transmise d’un corps rigide à l’autre, ce qui
est possible uniquement à travers la fissure critique. L’intensité de l’effort transmis
par chaque MTET peut être estimée avec précision sur la base de la cinématique de
la fissure critique et en utilisant des modèles mécaniques décrivant la transmission
locale des efforts.

3. Dans le cas des essais analysés, la quasi totalité de l’effort tranchant est transmise
à l’appui par la contribution combinée de l’engrènement des granulats, de l’effet
goujon et de l’armature transversale. La contribution des MTET restantes est
pratiquement négligeable. Pour des éléments ayant d’autres géométries, certains
autres MTET peuvent cependant devenir plus importants (comme par exemple la
résistance résiduelle du béton à la traction pour d’éléments de petites dimensions
ou la participation de la bielle de compression inclinée).

4. L’engrènement des granulats joue un rôle primordial dans la transmission de l’ef-


fort tranchant au travers des fissures critiques formées par une branche inclinée
particulièrement raide et qui se développe sur une longueur réduite. Par contre,
l’action de l’armature transversale et de l’effet goujon de l’armature flexionnelle
devient déterminante pour des fissures critiques dont la branche inclinée est plus
allongée. Malgré les deux différentes allures possibles pour la fissure critique, la
somme des trois contributions principales (engrènement des granulats, armature
transversale, effet goujon) reste relativement constante (pour les éléments ayant

71
3. Modes de transmission de l’effort tranchant dans les éléments en
béton armé

les mêmes caractéristiques), donnant lieu à des résistances très similaires.

5. Pour des éléments sans armature transversale, bien que cela n’a pas pu être vérifié,
la contribution de l’engrènement des granulats devrait devenir prépondérante. En
effet, l’absence de l’armature transversale a le double effet d’annuler sa contribution
directe et de diminuer la rigidité du système de transmission de l’effort tranchant
par effet goujon de l’armature flexionnelle.

72
Chapitre 4

Comportement d’éléments
courbes sans armature
transversale soumis à l’effort
tranchant

4.1 État de l’art et justification de l’étude

En juillet 2004, la tranchée couverte de Mitholz (Suisse) a dû être fermée au trafic suite
à un éclatement étendu du béton d’enrobage (figure 4.1). La section de cette tranchée
couverte ne disposait d’aucune armature transversale dans la partie supérieure de la
voûte. Après la fermeture, des inspections ultérieures de l’ouvrage ont permis de détecter
une fissure d’effort tranchant très étendue (figure 4.1(b)) qui s’était développée à partir
de la zone d’éclatement du béton d’enrobage.

Fig. 4.1: Exemple de défaillance dans les éléments courbes. Tranchée couverte
de Mitholz (Suisse) : (a) étayage provisoire de la tranchée couverte suite à un
éclatement étendu du béton d’enrobage dû à un chargement asymétrique de la
structure ; et (b) allure et ouverture de la fissure critique d’effort tranchant observée

73
4. Comportement d’éléments courbes sans armature transversale soumis
à l’effort tranchant

L’endommagement de la structure a été déclenché par la mise en place d’un remblayage


sur la voûte fortement asymétrique. La figure 4.2(a) montre que, dans le cas d’un char-
gement symétrique, la ligne de pression (dont la définition à été donnée dans le chapitre
1) correspond quasi parfaitement à l’axe moyen de la voûte (excentricités nulles) et donc
la structure n’est principalement soumise qu’à des efforts normaux. La forme en voûte
se révèle donc très adaptée pour ce cas de chargement. Au contraire, la figure 4.2(b)
montre que des excentricités importantes de la ligne de pression existent dans le cas
d’un chargement asymétrique, et que la structure est donc soumise à des moments de
flexion et à des efforts tranchants importants (se référer à l’excentricité et à la pente
de la ligne de pression par rapport à celle de l’axe moyen de la structure, voir chapitre
1). Dans le cas de la tranchée couverte de Mitholz (figure 4.1), l’éclatement du béton
d’enrobage et la fissure d’effort tranchant ont été observés dans les zones où la valeur
du moment de flexion et celle de l’effort tranchant étaient particulièrement importantes
(figure 4.2(b)).

Fig. 4.2: Position de la ligne de pression dans une tranchée couverte en forme de
voûte à faible profondeur, pour le cas : (a) d’un chargement symétrique ; et (b)
d’un chargement asymétrique

Comme montré par la figure 1.4, des situations similaires d’éléments courbes en béton
armé soumis à une combinaison de moments de flexion, d’effort tranchants et d’efforts
normaux peuvent être trouvées dans plusieurs sortes de structures, comme par exemple :
les ponts en arc, les silos et les structures submergées, les conduites et les tunnels ainsi
que les voûtes et les coques.
Des recherches visant à étudier le comportement d’éléments courbes sans armature trans-
versale soumis à la flexion pure (V = 0) et développant des forces de déviation (figure
4.3) ont été effectuées par différents auteurs [Fei74, Neu81, Int04, Fer10]. Ces travaux
ont permis de mieux comprendre les mécanismes reliés aux ruptures par éclatement
du béton d’enrobage (se produisant sur des éléments ayant des rayons de courbure po-
sitifs, Rs > 0). Ce type de rupture n’est pas étudié dans le cadre de cette thèse, et
les méthodes de calcul proposées par les auteurs des recherche existantes, qui préco-
nisent que l’éclatement intervient quand les contraintes de traction radiales agissant

74
État de l’art et justification de l’étude

sur le béton d’enrobage atteignent la résistance à la traction, peuvent être consultées


ailleurs [Fei74, Neu81, Int04, Fer10].

Fig. 4.3: Sollicitation d’éléments courbes à la flexion pure : développement des


forces de déviation au niveau de la membrure comprimée et de celle tendue

4.1.1 Interaction moment de flexion / effort tranchant


Malgré les limitations de cette approche pour l’étude de structures en béton armé, les-
quelles seront discutées plus loin, l’interaction moment de flexion / effort tranchant dans
un élément courbe peut être mise en avant par un calcul de l’état élastique des contraintes
à la fibre centrale de la section de l’élément (figure 4.4(a)). Il peut être ainsi considéré
que la rupture de l’élément se produise quand la contrainte principale (σ1 ) atteint la
résistance à la traction du béton (fctm ) :
sµ ¶2
σx + σy σx − σy 2
σ1 = fctm = + + τxy (4.1)
2 2
où il peut être considéré que, à la mi-hauteur de la section non fissurée (où la contrainte
principale σ1 est maximale) et en absence d’un effort normal :

3 V 3 M
τxy = ; σx = 0 ; et σy = (4.2)
2 bh 2bhR
où τxy est la contrainte de cisaillement, σx la contrainte tangentielle, σy la contrainte
radiale, V l’effort tranchant, M le moment de flexion, b l’épaisseur et h la hauteur de
l’élément et R le rayon de courbure de l’élément mesuré au centre de la section (h ¿ R).
En regroupant les équations 4.1 et 4.2, on parvient à mettre en évidence la relation entre
l’effort tranchant (V ) et le moment de flexion (M ) dans les éléments courbes (où la
courbure est définie par 1/R) :
sµ ¶2 µ ¶2
2 M M
V =bh fctm − − (4.3)
3 2bhR 2bhR
L’allure de la courbe définie par l’équation 4.3 est présentée à la figure 4.4(b). Elle
met en avant le fait que la résistance à l’effort tranchant est fortement influencée par
la présence des forces de déviation (décrites au travers du rapport M/R) découlant
de l’action du moment de flexion sur les différents éléments courbes. Il faut cependant
souligner que les résultats de cette analyse élastique doivent être interprétés uniquement

75
4. Comportement d’éléments courbes sans armature transversale soumis
à l’effort tranchant

de manière qualitative et que cette approche n’est pas applicable pour le calcul d’éléments
en béton armé fissurés. En effet, dans les éléments fissurés, différents modes de rupture
peuvent intervenir réduisant sensiblement la résistance des éléments en comparaison à
celle prédite par l’analyse élastique (équation 4.3). Ceci est mis en avant par les courbes
trait-tillées de la figure 4.4(b), qui permettent de présenter les considérations suivantes :

– la résistance d’éléments droits (sans courbure, R = ∞) soumis à la flexion pure (V = 0)


est déterminée par la résistance à la flexion (Mf lex ). Par contre, dans le cas d’éléments
courbes soumis à la flexion pure (V = 0), des contraintes supplémentaires se déve-
loppent dans l’âme des éléments en raison de la courbure de l’armature flexionnelle
et de la membrure comprimée. Les figures 4.5(a) à 4.5(c) montrent respectivement les
contraintes de compression qui se développent dans les éléments avec une courbure
négative (R < 0), les contraintes nulles dans les éléments droits (R = ∞) et celles
de traction qui se développent dans les éléments avec une courbure positive (R > 0).
Dans ce dernier cas particulier, et à cause des contraintes de traction agissant dans
l’âme, une rupture par éclatement du béton d’enrobage peut se produire (se référer
au demainee (e) de la figure 4.4(b) et au mode de rupture correspondant de la figure
4.4(e)) avant que la résistance à la flexion ne soit atteinte. Cette problématique n’est
toutefois pas observée dans le cas d’éléments avec une courbure négative, pour lesquels
la résistance à la flexion peut généralement être atteinte.
– La présence d’un effort tranchant et la conséquente activation de l’effet goujon de l’ar-
mature flexionnelle (voir chapitres 2 et 3), peut anticiper ultérieurement les ruptures
par éclatement du béton d’enrobage. En effet, il peut augmenter les contraintes de
traction transversales agissant sur le béton d’enrobage, et conduire à son éclatement
prématuré.
– La résistance à l’effort tranchant d’éléments courbes (pour lesquels M/R 6= 0) peut
varier de façon conséquente par rapport à celle d’éléments droits (M/R = 0). En
effet, pour des éléments avec une courbure négative, la résistance à l’effort tranchant
a tendance à augmenter (se référer au domaine (c) de la figure 4.4(b) et au mode de
rupture correspondant montré à la figure 4.4(c)). Au contraire, pour des éléments avec
un rayon de courbure positif, la résistance à l’effort tranchant a tendance à diminuer
(se référer au domaine (d) de la figure 4.4(b) et au mode de rupture correspondant
de la figure 4.4(d)). Ces variations de la résistance s’expliquent par le fait que les
contraintes radiales dans l’âme des éléments (figure 4.5) s’additionnent, de manière
favorable ou pas selon le type de courbure, aux contraintes de traction dues à l’action
des modes de transmission de l’effort tranchant (effet porte-à-faux, engrènement des
granulats et effet goujon, voir chapitres 2 et 3).
– L’existence d’une zone de transition entre des ruptures à l’effort tranchant (figure
4.4(d)) et des ruptures par éclatement du béton d’enrobage (figure 4.4(e)) est aussi
mise en avant par la figure 4.4(b).

76
État de l’art et justification de l’étude

Fig. 4.4: Étude de l’interaction moment de flexion / effort tranchant dans les élé-
ments courbes en béton armé : (a) contraintes élastiques agissant à la fibre centrale
de la section ; (b) analyse élastique et comportement réel fissuré des éléments ; (c)
rupture d’effort tranchant d’éléments avec une courbure négative ; (d) rupture d’ef-
fort tranchant d’éléments avec une courbure positive ; et (e) rupture par éclatement
du béton d’enrobage d’éléments avec une courbure positive

Fig. 4.5: Contraintes radiales aggissant dans l’âme des éléments : (a) avec une
courbure négative (contraintes de compression) ; (b) sans courbure (contraintes
nulles) ; et (c) avec une courbure positive (contraintes de traction)

4.1.2 Etat de l’art

L’effet de l’action combinée d’un moment de flexion (et donc des forces de déviation) et
d’un effort tranchant sur les éléments courbes n’a pas encore été étudié de façon étendue.
Toutefois, des travaux dans ce sens ont été effectuées par :

77
4. Comportement d’éléments courbes sans armature transversale soumis
à l’effort tranchant

– Kani [Kan79], qui a étudié l’influence de la déviation de la membrure comprimée sur


la résistance d’éléments en béton armé non-prismatiques soumis à la flexion pure. La
forme des spécimens analysés par cet auteur ainsi que le type de rupture obtenue sont
montrés à la figure 4.6(a). Le modèle bielles-et-tirants de la figure 4.6(b) montre que la
déviation de la membrure comprimée introduit, dans l’âme des spécimens, un état de
contraintes similaire à celui des spécimens prismatiques soumis à l’effort tranchant. Par
conséquent, malgré la sollicitation des spécimens à la flexion pure, ces derniers ont été
concernés par le développement de fissures inclinées pouvant éventuellement conduire
à une rupture par effort tranchant. Une analyse de ces spécimens est présentée à la
section 4.3.3.
– Intichar et al. [Int04], qui ont récemment conduit une campagne d’essais se concen-
trant particulièrement sur l’étude du comportement d’éléments courbes soumis à la
flexion pure (flexion quatre points) afin d’étudier le phénomène d’éclatement du béton
d’enrobage. Cependant, un spécimen supplémentaire a été utilisé pour un essai de
flexion trois points, introduisant donc une interaction moment de flexion / effort tran-
chant. La géométrie du spécimen, qui est montrée à la figure 4.6(c), met en avant la
présence d’une armature transversale dans la zone comprimée et à proximité du point
d’application de la charge. Malgré la présence d’un effort tranchant et la formation de
fissures inclinées conséquentes associées (figures 4.6(c-d)), une rupture par éclatement
du béton d’enrobage a également été observée lors de cet essai (figure 4.6(c)).

Fig. 4.6: Essais existants dans la littérature avec une interaction moment de flexion
/ effort tranchant. Géométrie, type de rupture observé et état de contraintes dans
l’âme des spécimens : (a,b) non-prismatiques analysés par Kani [Kan79] ; (c,d)
analysés par Intichar et al. [Int04]

Malgré l’intérêt de la problématique de l’interaction entre un moment de flexion (M )


et un effort tranchant (V ) sur des éléments courbes (figure 1.4), les données expéri-
mentales actuellement disponibles dans la littérature demeurent clairement insuffisantes
pour l’établissement de modèles de calcul appropriés. Afin de disposer de ces données
expérimentales, une campagne d’essais a été entreprise sur des éléments courbes à grande
échelle avec des taux d’armature flexionnelle et des rayons de courbure variables. Cette

78
Campagne d’essais

campagne d’essais, qui est présentée dans la section 4.2, a permis d’étudier l’effet des
contraintes radiales introduites par la courbure des éléments (figures 4.5(a) et 4.5(c)) en
comparaison au comportement des éléments sans courbure (figure 4.5(b)).

4.2 Campagne d’essais


4.2.1 Spécimens de la série d’essais
La série d’essai comprenait neuf spécimens à grande échelle (avec une hauteur de la
section h = 400 mm et une épaisseur b = 300 mm) sans armature transversale. Les pro-
priétés des spécimens, fabriqués avec un béton à résistance normale (avec une résistance
moyenne à la compression du béton fcm comprise entre 41.2 et 45.9 MPa et un diamètre
maximal des granulats dg = 16 mm) et les résultats obtenus dans cette série d’essais
sont décrits de manière détaillée dans le rapport d’essai [Cam12]. Un résumé des carac-
téristiques principales des spécimens est présenté à la figure 4.7. Les deux paramètres
étudiés au travers de cette série d’essais étaient le rayon de courbure (Ravg , mesuré à
l’axe moyen de la section) et le taux d’armature flexionnelle (ρ). La variation du rayon
de courbure Ravg implique également une variation du rayon de courbure de l’armature
flexionnelle (Rs ). Ce dernier peut être calculé selon l’équation 4.4 où d est la hauteur
statique de l’armature flexionnelle.

h
Rs = Ravg + −d (4.4)
2

Fig. 4.7: Spécimens de la série d’essais : valeurs du rayon de courbure et du taux


d’armature flexionnelle

Une première série de cinq spécimens a permis d’étudier l’effet du rayon de courbure avec
un taux d’armature flexionnelle constant (ρ = 1.53%, obtenu avec trois barres d’arma-
ture d’un diamètre db = 26 mm). La valeur du rayon de courbure était respectivement
de Ravg = 3700 mm pour les spécimen SC7, 5350 mm pour le spécimen SC11, -3700 mm
pour le spécimen SC14 et -5350 mm pour le spécimen SC15. Un spécimen droit (spéci-
men SC12, ρ = 1.53%, Ravg = ∞) a été utilisé comme référence afin d’apprécier l’effet

79
4. Comportement d’éléments courbes sans armature transversale soumis
à l’effort tranchant

du rayon de courbure sur le comportement des éléments. L’effet d’un rayon de courbure
positif (Ravg = 3700 mm) a aussi été étudié avec le spécimen SC8 ayant un taux d’arma-
ture flexionnelle inférieur (ρ = 1.09%, db = 22 mm), en comparaison à un spécimen droit
de référence (spécimen SC13, ρ = 1.09%, Ravg = ∞). Il faut souligner que les spécimens
SC12 et SC13 sont les mêmes qui ont déjà été présentés dans le chapitre 3. Les essais pris
en compte dans ce cas sont bien évidemment ceux effectués du côté des spécimens sans
armature transversale (essais SC12a et SC13a). Une deuxième série de quatre spécimens
a permis d’étudier l’effet du taux d’armature flexionnelle (ρ) pour un rayon de cour-
bure constant (Ravg = 3700 mm). Le taux d’armature valait respectivement ρ = 1.53%
(db = 26 mm) pour le spécimen SC7, 1.09% (db = 22 mm) pour le spécimen SC8, 0.90%
(db = 20 mm) pour le spécimen SC9 et 0.72% (db = 18 mm) pour le spécimen SC10. Il
faut souligner que ces valeurs du taux d’armature, ainsi que la géométrie des spécimens
SC7 à SC10, sont identiques à celles des spécimens ECP1 à ECP4 composant la série
d’essais effectuée par Fernández et al. [Fer10] pour l’étude du phénomène d’éclatement
du béton d’enrobage dans les éléments courbes soumis à la flexion pure (flexion quatre
points). Pour tous les spécimens, l’épaisseur du béton d’enrobage a été fixée à 40 mm, ce
qui signifie que la hauteur statique nominale (dnom ) était comprise entre 347 mm (pour
les spécimens avec ρ = 1.53%) et 351 mm (pour le spécimen SC10 avec ρ = 0.72%).
La figure 4.8(a) met en avant la géométrie des spécimens ainsi que de leur armature
(exemple fait sur la base d’un spécimen avec une courbure positive, d’avantages d’in-
formations sont disponibles ailleurs [Cam12]). Des étriers ont été placés dans les zones
d’ancrage de l’armature flexionnelle afin d’éviter toute rupture non désirée à l’exté-
rieur de la zone étudiée. L’armature comprimée, identique pour tous les spécimens, était
composée de deux barres de diamètre 12 mm. Dans la zone centrale des spécimens,
des armatures transversales (perpendicularaires à l’armature flexionnelle) d’un diamètre
de 16 mm ont aussi été placées au niveau de l’armature flexionnelle à un intervalle
de 150 mm. Ces dernières, representent les armatures longitudinales typiquement exis-
tantes dans des structures en béton armé au comportement bi-directionnel (telles que,
par exemple, des tranchées couvertes, voir figure 4.2).
Le tableau 4.1 résume les caractéristiques principales des spécimens : les rayons de cour-
bure Ravg et Rs , l’épaisseur (b) et la hauteur (h) effectives de la section, la hauteur
statique de l’armature flexionnelle (d), le diamètre de l’armature flexionnelle (db ) ainsi
que la valeur effective du taux d’armature flexionnelle (ρ). Le tableau 4.2 résume les
propriétés principales des matériaux : le diamètre maximal des granulats (dg ), les ré-
sistances moyennes à la compression (fcm ) et à la traction (fctm ) du béton ainsi que
la limite d’écoulement de l’armature flexionnelle (fy ). Par simplicité, dans la suite du
chapitre, les références aux spécimens seront faites en utilisant la valeur nominale de leur
taux d’armature flexionnelle (ρ = 1.53%, 1.09%, 0.90% et 0.72%).

80
Campagne d’essais

Tab. 4.1: Caractéristiques des spécimens de la série d’essais


Ravg Rs b h d db ρa
spécimen
[mm] [mm] [mm] [mm] [mm] [mm] [%]
SC7 3700 3555 301 398 344 26 1.54
SC8 3700 3552 303 400 348 22 1.08
SC9 3700 3550 300 400 350 20 0.90
SC10 3700 3550 300 400 350 18 0.73
SC11 5350 5208 303 400 342 26 1.54
SC12a ∞ ∞ 302 405 354 26 1.49
SC13a ∞ ∞ 303 403 354 22 1.06
SC14 -5350 -5496 302 398 345 26 1.53
SC15 -3700 -3846 300 398 345 26 1.54
a : valeur effective

Tab. 4.2: Caractéristiques des matériaux de la série d’essais


dg fcm a fctm b fy
spécimen
[mm] [Mpa] [Mpa] [Mpa]
SC7 16 45.6 2.93 580
SC8 16 45.7 2.93 580
SC9 16 42.9 3.23 533
SC10 16 42.8 3.23 559
SC11 16 45.9 2.93 580
SC12a 16 41.2 2.93 580
SC13a 16 43.0 2.93 580
SC14 16 45.2 2.73 580
SC15 16 45.2 2.73 580
a : mesurée sur cylindre le jour de l’essai
b : mesurée sur cylindre à l’âge de 28 jours

Le bâti de charge est présenté à la figure 4.8(b). Les spécimens étaient soumis à une
flexion trois points, avec une longueur de la travée L = 2440 mm. Le rapport entre la
longueur de la portée d’effort tranchant (a = L/2 = 1220 mm) et la hauteur statique
nominale de l’armature (dnom ≈ 348 mm) était égal à 3.51 pour tous les spécimens. Une
charge ponctuelle Q = 2 V (V étant l’effort tranchant à transmettre à chaque appui)
était appliquée au centre du spécimen qui était le point fixe horizontal du banc d’essai.
Les dimensions de la plaque métallique d’introduction de la charge placée directement
sous le vérin hydraulique étaient de 300 x 80 x 25 mm. Dans la plupart des essais, les
plaques d’appuis permettant les rotations et les déplacements horizontaux des spécimens,
avaient des dimensions de 300 x 160 x 20 mm (figure 4.8(b)). Par contre, leur dimension
était de 300 x 200 x 40 mm dans le cas des essais SC12a et SC13a.
Lors des essais, plusieurs mesures ont été effectuées pour suivre le comportement des
spécimens [Cam12]. Des capteurs inductifs ont permis de mesurer les déplacements ver-
ticaux (figure 4.8(b)) et des jauges oméga ont permis de mesurer les déformations le
long de l’armature flexionnelle. Des mesures discontinues ont également été effectuées
manuellement avec un déformètre [Cam11c] sur la surface des spécimens (voir section
3.3 et annexe A). Des paliers de mesure ont été effectués à des niveaux de charge sélec-
tionnés lors du chargement. Ces mesures ont ainsi permis le suivi de la cinématique des

81
4. Comportement d’éléments courbes sans armature transversale soumis
à l’effort tranchant

fissures, pour laquelle d’avantage de détail sont donnés dans le rapport d’essai [Cam12].

Fig. 4.8: Caractéristiques de la série d’essais : (a) géométrie des spécimens


(exemple d’un spécimen avec une courbure positive) et détail de leur armature ;
et (b) banc d’essai

4.2.2 Discussion des résultats


Les figures 4.9(a-c) montrent le comportement des neuf spécimens par la relation entre
¡ √ ¢
l’effort tranchant appliqué (valeur normalisée V / b d fcm ) et le déplacement vertical
mesuré à mi-travée (δv ). Les spécimens ont été regroupés selon leurs caractéristiques :
la figure 4.9(a) montre le comportement des cinq spécimens avec un taux d’armature
ρ = 1.53% et un rayon de courbure variable, la figure 4.9(b) celui des spécimens avec un
taux d’armature ρ = 1.09% et un rayon de courbure variable et la figure 4.9(c) celui des

82
Campagne d’essais

spécimens avec un rayon de courbure constant Ravg = 3700 mm et un taux d’armature


variable.

¡ √ ¢
Les résistances maximales normalisées des spécimens (Vmax = Vmax / b d fcm ) ont
aussi été représentées en fonction du rapport a/Rs entre la longueur de la portée d’effort
tranchant (a) et le rayon de courbure de l’armature flexionnelle (Rs ). Ceci a été fait dans
les figures 4.10(a-c) respectivement pour les spécimens avec un taux d’armature constant
ρ = 1.53% et ρ = 1.09% et un rayon de courbure variable ainsi que pour les spécimens
avec un rayon de courbure constant Ravg = 3700 mm et un taux d’armature variable.
Les résistances obtenues (Vmax ) sont résumées dans le tableau 4.3, avec les résistances
normalisées (Vmax ∗ ) et les déformations verticales maximales (δ
v,max ) mesurées avant la
rupture. Ce tableau indique également les rapports entre la résistance normalisée de
chaque spécimen courbe (Vmax ∗ ) et celle de l’essai de référence effectué sur le spécimen

droit avec le même taux d’armature flexionnelle (Vmax(R=∞)∗ ). De plus, le tableau ré-

sume les rapports entre la résistance normalisée (Vmax ) des spécimens avec un rayon de
courbure Ravg = 3700 mm et un taux d’armature flexionnelle variable et celle de l’essai

de référence avec un taux d’armature flexionnelle ρ = 1.53% (Vmax(ρ=1.53) ).
Les figures 4.11 et 4.12 montrent l’état de la fissuration observé pour chaque spéci-
men respectivement au dernier palier de mesures au déformètre avant la rupture et à
la rupture des spécimens. Pour simplifier la comparaison des résultats d’essais, toutes le
ruptures ont été représentées du même côté par symétrie axiale.
Tab. 4.3: Résultats de la série d’essais
∗ ∗
∗ a
Vmax Vmax
Ravg ρ δv,max Vmax Vmax ∗ ∗
spécimen Vmax(R=∞) Vmax(ρ=1.53)

[mm] [%] [mm] [kN] [ Mpa] [-] [-]
SC7 3700 1.54 5.4 130.0 0.186 0.86 1.00
SC8 3700 1.08 7.1 131.0 0.184 0.94 0.99
SC9 3700 0.90 7.4 116.5 0.169 0.78 0.91
SC10 3700 0.73 15.1 116.5 0.170 0.79 0.91
SC11 5350 1.54 1.5 120.0 0.171 0.79 -
SC12a ∞ 1.49 6.2 148.5 0.216 - -
SC13a ∞ 1.06 6.5 137.0 0.195 - -
SC14 -5350 1.53 2.8 154.0 0.220 1.02 -
SC15 -3700 1.54 12.6 166.5 0.239 1.11 -

∗ Vmax
a : Vmax = √
b d fcm

83
4. Comportement d’éléments courbes sans armature transversale soumis
à l’effort tranchant

(a) (b) (c)


ρ = 1.53% ρ = 1.09% Ravg = 3700 mm
0.3

SC15
SC14 SC12
[ MPa]

0.2 SC13
SC7 SC7 SC8
SC11 SC8 SC10

SC9
bd fcm
V

0.1

0.0
0 4 8 12 16 0 4 8 12 16 0 4 8 12 16
δv [mm] δv [mm] δv [mm]

Fig. 4.9: Résultats de la série d’essais. Relations entre l’effort tranchant appliqué et
la déformation verticale mesurée à mi-travée pour : (a) les spécimens avec un taux
d’armature constant (ρ = 1.53%) et un rayon de courbure variable ; (b) les spéci-
mens avec un taux d’armature constant (ρ = 1.09%) et un rayon de courbure va-
riable ; et (c) les spécimens avec un rayon de courbure constant (Ravg = 3700 mm)
et un taux d’armature variable

(a) (b) (c)


ρ = 1.53% ρ = 1.09% Ravg = 3700 mm
0.3

SC15
SC12
[ MPa]

SC14 SC13
0.2 SC7 SC8 SC8 SC7
SC11
Vmax √

SC9 SC10
bd fcm

0.1

0.0
-0.6 -0.3 0.0 0.3 0.6 -0.6 -0.3 0.0 0.3 0.6 -0.6 -0.3 0.0 0.3 0.6
a a a
[-] [-] [-]
Rs Rs Rs

Fig. 4.10: Résultats de la série d’essais. Résistances à l’effort tranchant normalisées


des spécimens en fonction du rapport entre la portée d’effort tranchant et le rayon de
courbure de l’armature flexionnelle pour : (a) les spécimens avec un taux d’armature
constant (ρ = 1.53%) et un rayon de courbure variable ; (b) les spécimens avec un
taux d’armature constant (ρ = 1.09%) et un rayon de courbure variable ; et (c)
les spécimens avec un rayon de courbure constant (Ravg = 3700 mm) et un taux
d’armature variable

84
Campagne d’essais

Fig. 4.11: Résultats de la série d’essais : fissuration observée au dernier palier des
mesures au déformètre avant la rupture des spécimens (toutes les ruptures ont été
représentées du même côté par symétrie axiale)

85
4. Comportement d’éléments courbes sans armature transversale soumis
à l’effort tranchant

Fig. 4.12: Résultats de la série d’essais : fissuration observée à la rupture des


spécimens (toutes les ruptures ont été représentées du même côté par symétrie
axiale)

86
Campagne d’essais

Sur la base des résultats obtenus, les considérations suivantes peuvent être faites :

– toutes les ruptures se sont produites de manière fragile avec la formation d’une fissure
typique d’effort tranchant (figures 4.9(a-c) et 4.12). Toutefois, pour le spécimen SC10
(avec le taux d’armature le plus faible ρ = 0.72%), un début de plateau plastique a
pu être obsérvé.
– Après la rupture, l’allure de la fissure critique montre, dans plusieurs spécimens, une
branche de délamination longeant l’armature flexionnelle. La longueur de cette branche
de délamination est particulièrement prononcée pour les spécimens ayant une courbure
positive (SC7 à SC11). Dans le cas de ces essais, de nombreuses fissures longeant
l’armature flexionnelle peuvent être observées (figure 4.12). Pour les spécimens SC7 à
SC10, elles étaient déjà bien développées avant la rupture (figure 4.11), contrairement
au spécimens SC11 (ayant une courbure inférieure) dans lequel elles étaient moins
prononcées. Pour les spécimens SC12 à SC15, la présence de ces fissures est moins
évidente, même au moment de la rupture. Les fissures longeant l’armature flexionnelle
peuvent être ainsi mises en relation avec la courbure des éléments : si elle donne lieu
à la formation de contraintes de traction dans l’âme des spécimens (ce qui est le cas
pour des rayons de courbure positifs, voir figure 4.5(c)) la propagation de ces fissures
est plus prononcée.
– Concernant l’allure de la fissure critique, une influence claire de la courbure des élé-
ments ne peut pas être observée directement. En particulier, la position de la branche
inclinée dans l’âme des spécimens est très variable (se référer en particulier aux spéci-
mens SC7 à SC11, voir figure 4.12). Cependant, il semble que cette branche inclinée
ait tendance à se développer plus à proximité des appuis dans le cas d’une courbure
négative (spécimens SC14 et SC15, voir figure 4.12), donnant donc lieu à une branche
de délamination le long de l’armature flexionnelle plus courte. Ceci peut éventuelle-
ment s’expliquer par le fait que, dans le cas d’une courbure négative, les contraintes
de compression qui se développent dans l’âme (figure 4.5(a)) ont comme effet de li-
miter l’ouverture des fissures, permettant ainsi la formation d’un nombre de fissures
plus important avant que les déformations se localisent dans la fissure critique. Au
contraire, les contraintes de traction qui se développent dans le cas d’une courbure
positive (figure 4.5(c)) et qui accentuent l’ouverture des fissures, ont comme effet d’ac-
célérer la localisation des déformations et donc le développement de la fissure critique.
Ceci est mis en avant par la figure 4.11, dans laquelle il est assez évident que la largeur
de la zone dans laquelle les spécimens sont fissurés augmente avec la diminution de la
courbure (ce qui est bien visible en comparant les spécimens SC7 et SC15).
– L’effet de la courbure des éléments sur leur résistance à l’effort tranchant est mis en
avant très clairement à la figure 4.10(a) ainsi que par les rapports Vmax ∗ /V ∗
max(R=∞)
résumés dans le tableau 4.3. Ainsi, une augmentation de la résistance apparaı̂t pour
les spécimens avec une courbure négative (augmentation de 2% pour l’essai SC14 et
de 11% pour l’essai SC15) et une diminution de la résistance pour ceux avec une

87
4. Comportement d’éléments courbes sans armature transversale soumis
à l’effort tranchant

courbure positive (14% pour l’essai SC7 et 21% pour l’essai SC11) en comparaison
avec le spécimen droit de référence avec le même taux d’armature flexionnelle (SC12a,
R = ∞ et ρ = 1.53%). La même tendence, toutefois plus nuancée, peut être observée
pour les spécimens avec un taux d’armature flexionnelle ρ = 1.09% (SC8 et SC13a,
voir figure 4.10(b) et tableau 4.3).
– La figure 4.9(c) montre que, pour les spécimens avec un rayon de courbure constant
(Ravg = 3700 mm), le déplacement vertical maximal au moment de la rupture (et par
conséquent l’ouverture des fissures) est fortement influencé par la valeur du taux d’ar-
mature flexionnelle. Toutefois, la résistance des spécimens est plutôt constante, avec
une réduction modérée pour les deux spécimens avec les taux d’armature flexionnelle
inférieurs (SC9 et SC10, voir figure 4.10(c) et tableau 4.3).

4.3 Analyse des éléments courbes avec la théorie de la fis-


sure critique
4.3.1 Rappel des bases de la théorie de la fissure critique

Comme expliqué de façon détaillée dans le chapitre 2, la résistance à l’effort tranchant


d’éléments sans armature transversale peut être calculée selon la théorie de la fissure
critique (CSCT). Ceci est vrai pour les éléments présentant un rapport a/d entre la
portée d’effort tranchant (a) et la hauteur statique (d) qui les place sur le côté droit
de la vallée de Kani [Kan79] (voir chapitre 2). Les spécimens étudiés (voir section 4.2)
possèdent un rapport a/d = 3.51 et satisfont donc cette condition.
Cette théorie considère que la rupture à l’effort tranchant se produit à cause du dé-
veloppement d’une fissure critique dans laquelle les déformations se localisent. L’effort
tranchant maximal qui peut être transmis à travers la fissure critique (Vcc , voir équation
2.5) peut alors être estimé en prenant en compte son ouverture (w, proportionnelle à
une déformation longitudinale de référence, voir équation 2.6) et sa rugosité (κ, qui peut
être mise en relation avec le diamètre maximal des granulats dg ) ainsi que les propriétés
de l’élément (dimensions b et d de sa section et résistance à la compression du béton fc ).
La valeur normalisée maximale de l’effort tranchant qui peut être transmis à travers la
¡ √ ¢
fissure critique (VR,cc / b d fcm ) peut alors être déterminée par :

VR,cc 1 1
√ = (4.5)
b d fcm 3 εd
1 + 120
16 + dg
Pour un élément droit (sans courbure, Rs = ∞), l’intensité de la force qui doit être
transmise à travers la fissure critique (Vcc ) correspond à celle de l’effort tranchant agis-
sant dans l’élément (V ). Par conséquent, la résistance d’un tel élément (VR,csct ) peut
être calculée par l’équation 4.5, en admettant VR,csct = VR,cc .

88
Analyse des éléments courbes avec la théorie de la fissure critique

4.3.2 Extension de la théorie pour le calcul d’éléments courbes

Variation de l’effort tranchant due aux forces de déviation

Les principes de la théorie de la fissure critique [Mut08a] peuvent être retenus pour le
calcul de la résistance d’éléments courbes. Toutefois, l’influence des forces de déviation
générées par la courbure doit être considérée. La figure 4.5 permet de comprendre que
les contraintes radiales agissant dans l’âme des éléments courbes ont pour effet de faire
varier l’intensité de la force qui doit être transmise à travers la fissure critique (Vcc ).

Fig. 4.13: Corps rigides considérés pour le calcul de la force de déviation modifiant
la force totale qui doit être transmise à travers la fissure critique : (a) éléments avec
une courbure positive ; et (b) éléments avec une courbure négative. Diagrammes
d’équilibre des forces : (c) éléments avec une courbure positive ; et (d) éléments
avec une courbure négative

89
4. Comportement d’éléments courbes sans armature transversale soumis
à l’effort tranchant

Pour mieux comprendre cela, deux corps rigides respectivement avec une courbure po-
sitive et négative, sont montrés aux figures 4.13(a) et 4.13(b)). La forme de ces corps
rigides est définie par une fissure inclinée d’effort tranchant et par une fissure de déla-
mination le long de l’armature flexionnelle (laquelle se forme plus facilement dans le cas
d’une courbure positive, en raison des contraintes de traction qui agissent sur le béton
d’enrobage, voir figure 4.13(a)). Comme montré aux figures 4.13(c-d), due à l’inclinaison
(α) de la force de traction agissante dans l’armature flexionnelle (Fs ), une force verticale
supplémentaire (∆V ) doit être transmise à travers la fissure critique :

Vcc = V + ∆V (4.6)

Pour cette raison, il peut être considéré que la rupture des éléments se produit quand
l’intensité de cette force (Vcc ) est égale à la force maximale qui peut être transmise à
travers la fissure critique (VR,cc , définie par l’équation 4.5). Par conséquent, la résistance
théorique à l’effort tranchant d’éléments courbes (VR,csct ) peut être définie par :

bd
fcm
VR,csct = µ ¶ − ∆V (4.7)
εd
3 1 + 120
16 + dg
La valeur de la force de déviation supplémentaire à transmettre à travers la fissure
critique (∆V ) peut être calculée en considérant l’équilibre des corps rigides présentés à
la figure 4.13 et en faisant l’hypothèse des petits angles :

V a V a
∆V = Fs sin (α) = sin (α) ≈ α (4.8)
z1 z1
où Fs est la force de traction agissante dans l’armature flexionnelle dans un point défini
par la distance λ d (dont la valeur sera discutée plus loin), α est l’inclinaison de la force
de traction Fs qui peut être calculée selon :
µ ¶
λd λd
α = asin ≈ (4.9)
Rs Rs
et z1 est la distance verticale (mesuré dans la section centrale de l’élément, voir figures
4.13(a-b)) entre la force de traction agissante dans l’armature flexionnelle (Fs ) et la force
de compression (Fc ). Sa valeur peut être calculée selon :

(λ d)2 (λ d)2
z1 = z + − (4.10)
2 Rs Rs
où z = d − x/3 (où x est la hauteur de la zone comprimée, voir équation 2.8) est le bras
de levier mesuré au centre de l’élément (figure 2.9). En introduisant les équations 4.9 et
4.10 dans l’équation 4.8, il résulte que la valeur de la force de déviation supplémentaire
à transmettre à travers la fissure critique ∆V se calcul par :

2λda
∆V = V (4.11)
2 z Rs − (λ d)2

90
Analyse des éléments courbes avec la théorie de la fissure critique

L’équation 4.11 montre que la valeur de ∆V est directement proportionnelle à la valeur


de l’effort tranchant agissant dans l’élément (V ) et dépend du rayon de courbure de
l’armature flexionnelle (Rs ), de la hauteur statique de l’élément (d), du bras de levier
(z) qui est à sont tour influencé (équation 2.8) par le taux d’armature flexionnelle (ρ) et
par les propriétés des matériaux (modules élastique Ec et Es respectivement du béton
et de l’acier), de la longueur de la portée d’effort tranchant (a) ainsi que de la valeur du
coefficient λ. La valeur de ce coefficient, qui permet de définir la longueur sur laquelle
les forces de déviation sont quantifiées, sera discutée par la suite. En accord avec les
équations 4.7 et 4.11, il peut être noté que :

– pour des éléments droits (sans courbure, Rs = ∞), la valeur de de la force de déviation
∆V est évidemment nulle. Ceci signifie que la résistance donnée par l’équation 4.7 est
identique à celle donnée par la théorie de la fissure critique (voir équation 2.9).
– Des valeurs positives du rayon de courbure de l’armature flexionnelle (Rs > 0),
donnent lieu à des valeurs positives de la force de déviation ∆V . Pour cette raison, la
force totale à transmettre à travers la fissure critique est augmentée (Vcc , voir équation
4.6).
– Des valeurs négatives du rayon de courbure de l’armature flexionnelle (Rs < 0),
donnent lieu à des valeurs négatives de la force de déviation ∆V . Pour cette rai-
son, la force totale à transmettre à travers la fissure critique est diminuée (Vcc , voir
équation 4.6).
– Pour des valeurs positives du rayon de courbure de l’armature flexionnelle (Rs > 0,
donc ∆V > 0) la résistance des éléments diminue si comparée à celle des éléments
droits (∆V = 0, voir équation 4.7)
– Pour des valeurs négatives du rayon de courbure de l’armature flexionnelle (Rs < 0,
donc ∆V < 0) la résistance des éléments augmente si comparée à celle des éléments
droits (∆V = 0, voir équation 4.7)

La valeur du coefficient λ permet le calcul de l’inclinaison (α, voir équation 4.9) de la


force de traction agissante dans l’armature flexionnelle (Fs ) et permet ainsi de quantifier
la force de déviation (∆V , voir équation 4.11). Sa valeur est potentiellement influencée
par un nombre important de paramètres, à savoir : la géométrie des éléments, les carac-
téristiques de l’armature flexionnelle, la position réelle de la fissure critique, le rapport
entre la longueur de la portée d’effort tranchant et la hauteur statique de l’armature
flexionnelle ainsi que par les conditions de chargement de l’élément (ponctuelle ou ré-
partie). Tous ces paramètres rendent difficile l’établissement d’une formulation théorique
pour le calcul du coefficient λ. Toutefois, en se référant au spécimens de la campagne
d’essais (ayant une géométrie et des taux d’armature flexionnelle usuels, voir section
4.2), il s’avère que la prise en compte d’une valeur constante λ = 0.5 (ce qui signifie que
la force de déviation ∆V est déterminée au droit de la section de contrôle située à une
distance d/2 du point d’application de la charge [Mut08a], voir figure 2.9) est suffisante
pour reproduire fidèlement les tendances observées lors des essais (figures 4.10(a-b)). Des

91
4. Comportement d’éléments courbes sans armature transversale soumis
à l’effort tranchant

comparaisons entre les résistances des spécimens d’essai et les résistances calculées avec
la théorie de la fissure critique sont montrées aux figures 4.14(a-d) respectivement pour
les quatre groupes de spécimens présentant le même taux d’armature flexionnelle. Ces
¡ √ ¢
figures mettent en avant les résistances normalisées des spécimens (Vmax / b d fcm )
¡ √ ¢
ainsi que les résistance normalisées calculées (VR,csct / b d fcm ) en fonction du rapport
a/Rs entre la longueur de la portée d’effort tranchant (a) et le rayon de courbure de
l’armature flexionnelle (Rs ). Les calculs ont été effectués selon le modèle de base de la
théorie de la fissure critique (courbes point-tillées) qui ne tient pas compte de la courbure
des éléments (voir équation 4.7 avec ∆V = 0) et selon le modèle modifié pour considérer
cet effet (courbes continues, voir équation 4.7 avec ∆V = f (Rs )). L’analyse de ces fi-
gures confirme que la résistance à l’effort tranchant est augmentée pour les éléments avec
une courbure négative et diminuée pour ceux avec une courbure positive, en accord avec
les observations expérimentales. Une comparaison entre les résistances calculées (VR,csct )
et celles obtenues dans les essais (Vmax ) est faite dans le tableau 4.4. Ce tableau montre
que pour tous les spécimens, les résistances déterminées sont en bon accord avec celles
obtenues lors des essais et ce autant pour les calculs effectués avec le modèle de base de la
théorie de la fissure critique (avec ∆V = 0) ainsi que pour ceux effectués avec le modèle
modifié pour considérer l’effet de la courbure des éléments (∆V = f (Rs )). Le modèle
de base présente une moyenne du rapport Vmax /VR,csct légèrement meilleure (1.09 au
lieu de 1.13) en comparaison au modèle modifié. Toutefois, le coefficient de variation
(CoV), et en particulier le coefficient de corrélation (CoC, de 0.63 à 0.91), s’améliorent
sensiblement par la prise en compte de la courbure des éléments.
Tab. 4.4: Comparaison entre les résistances prédites avec la théorie de la fissure
critique (modèle de base et modèle modifié) ainsi que les résistances des spécimens
essai ∆V = 0 ∆V = f (Rs )
a Vmax Vmax
Vmax VR,csct VR,csct
spécimen Rs VR,csct VR,csct
[-] [kN] [kN] [-] [kN] [-]
SC7 0.34 130.0 135.3 0.96 119.1 1.09
SC8 0.34 131.0 120.6 1.09 107.0 1.22
SC9 0.34 116.5 109.5 1.06 97.4 1.20
SC10 0.34 116.5 100.5 1.16 89.8 1.30
SC11 0.23 120.0 135.7 0.88 124.1 0.97
SC12a 0.00 148.5 133.8 1.11 133.8 1.11
SC13a 0.00 137.0 119.7 1.14 119.7 1.14
SC14 -0.22 154.0 135.5 1.14 148.6 1.04
SC15 -0.32 166.5 134.9 1.23 154.5 1.08
moy 1.09 moy 1.13
CoV 0.10 CoV 0.09
CoC 0.63 CoC 0.91

92
Analyse des éléments courbes avec la théorie de la fissure critique

(a) (b)
ρnom = 1.53% ρnom = 1.09%
0.4
éléments
courbes
0.3
√ [ MPa]

SC15
SC14 SC12

SC7 SC13 SC8


0.2
bd fc

SC11
V

éléments
0.1 droits
∆V = 0 ∆V = 0
∆V = f (Rs ) ∆V = f (Rs )
0.0

(c) (d)
ρnom = 0.90% ρnom = 0.72%
0.4

0.3
√ [ MPa]

0.2 SC9 SC10


bd fc
V

0.1
∆V = 0 ∆V = 0
∆V = f (Rs ) ∆V = f (Rs )
0.0
-0.8 -0.4 0.0 0.4 0.8 -0.8 -0.4 0.0 0.4 0.8
a a
[-] [-]
Rs Rs

Fig. 4.14: Comparaison entre les résistances prédites avec la théorie de la fissure
critique (courbes point-tillées pour le modèle de base et courbes continues pour le
modèle modifié tenant compte de la courbure des éléments) et les résistance des
spécimens avec un taux d’armature flexionnelle : (a) ρ = 1.53% ; (b) ρ = 1.09% ;
(c) ρ = 0.90% ; et (d) ρ = 0.72%

Considération sur la position de la fibre de référence

La théorie de la fissure critique [Mut08a] prévoit le calcul de la déformation longitu-


dinale de référence (ε) au droit d’une fibre se situant à une distance yref d de la fibre
comprimée (figure 2.9). Pour rappel, cette déformation sert à estimer l’ouverture de la
fissure critique (w, voir équation 2.6). Pour les poutres droites, la position de la fibre
de référence (yref = 0.6) a été définie en se basant sur les résultats d’un panel d’essais
d’effort tranchant existants (figure 2.10) [Mut08a]. Pour les éléments courbes, il convient
de s’interroger si cette valeur est toujours adaptée. Une analyse a donc été effectuée afin
de calculer la distance relative (zv , voir figure 4.15(b)) entre la bielle théorique (appui di-
rect) et l’armature flexionnelle (endroit où les fissures se développent). La connaissance

93
4. Comportement d’éléments courbes sans armature transversale soumis
à l’effort tranchant

de cette distance est en effet particulièrement importante car elle permet d’apprécier
la facilité avec laquelle les fissures peuvent pénétrer dans la bielle en affaiblissant sa
résistance [Vec86]. Dans le cas d’une distance zv plus importante, les fissures inter-
ceptent moins facilement la bielle, conduisant à une résistance supérieure de l’élément.
Au contraire, pour une distance zv inférieure, la résistance des éléments peut diminuer
à cause de l’endommagement précoce de la bielle pénétrée par les fissures. La prise en
compte de cette variation de distance peut se faire en considérant une position différente
de la fibre de référence (yref 6= 0.6). En effet, si la distance zv dans les éléments courbes
augmente par rapport à celle des éléments droits, une valeur yref < 0.6 doit alors être
définie. Ceci donne lieu à des résistance plus importantes car la valeur de la déformation
de référence diminue (ε, voir équation 2.7). Au contraire, si cette distance diminue, une
valeur yref > 0.6 devra être considérée.
La position et la forme théoriques de la bielle (appui direct) sont montrées aux figures
4.15(a) à 4.15(c) respectivement pour les éléments avec une courbure négative, nulle
(éléments droits) et positive. La figure 4.15(b) montre que pour des éléments droits, la
positon et la forme de la bielle théorique sont déterminées par une droite reliant le point
d’application de la charge à l’appui. Par contre, les bielles qui se développent dans les élé-
ments avec une courbure négative et positive présentent une allure légèrement courbe due
à l’action des contraintes radiales qui se développent dans l’âme des éléments (figure 4.5).
Il peut être observé que l’orientation de la courbure des bielles théoriques correspond à
celle de l’armature flexionnelle (figures 4.15(a,c)). La position théorique de la bielle peut
être définie avec un modèle bielles-et-tirants. Les principes de ce modèle sont présentés
à la figure 4.16. Autre que les éléments représentant l’armature flexionnelle (tirants)
et la zone comprimée (bielles), des éléments radiaux composent également les modèles
bielles-et-tirants. Dans le cas d’éléments avec une courbure positive (qui développe des
contraintes radiales de traction, voir figure 4.5(c)), les éléments radiaux sont des tirants
qui augmentent progressivement l’inclinaison de la bielle (angle β qui augmente en di-
rection de l’appui, voir figures 4.15(c) et 4.16). Au contraire, dans le cas d’éléments avec
une courbure négative (qui développe des contraintes radiales de compression, voir figure
4.5(a)), les éléments radiaux sont des bielles qui réduisent progressivement l’inclinaison
de la bielle (angle β, voir figures 4.15(a) et 4.16). La résolution de l’équilibre du modèle
bielles-et-tirants peut être effectuée par un calcul numérique (figure 4.16), dont les for-
mules principales sont données aux équations 4.12 à 4.17. Il convient de souligner que ce
modèle prévoit des valeurs constantes de la force de traction agissante dans l’armature
flexionnelle (Fs ) et des valeurs variables de la force de compression agissante dans la
bielle (Fc ).

V a
Fs = (4.12)
z

µ ¶
xi
θi = asin i = 1, . . . , n (4.13)
Rs

94
Analyse des éléments courbes avec la théorie de la fissure critique

Fig. 4.15: Position et forme théoriques de la bielle (appui direct) : (a) éléments
avec une courbure négative ; (b) éléments sans courbure ; et (c) éléments avec une
courbure positive

Rs
`i = (θi+1 − θi−1 ) i = 1, . . . , n − 1
2
(4.14)
Rs
`n = (θn − θn−1 )
2
Fs
ft,i = `i i = 1, . . . , n (4.15)
Rs

q
Fc,1 = (V + ft,1 )2 + Fs2
v 2  2
u
u j=i
X j=i
X
u (4.16)
Fc,i = tFc,1 cos β1 − ft,j sin θj  + −Fc,1 sin β1 − ft,j cos θj 
j=2 j=2

i = 2, . . . , n − 1

V + ft,1
β1 = atan
Fs
j=i
à ! (4.17)
Rs X 2 − F2
ft,j 2
c,j−1 − Fc,j
βi = β1 + acos i = 2, . . . , n − 1
|Rs | −2 Fc,j−1 Fc,j
j=2

Le calcul de l’équilibre du modèle bielles-et-tirants de la figure 4.16 peut être effectué


pour toutes géométries des éléments. Dans le cadre de cette étude, il est surtout inté-
ressant de connaı̂tre les distances entre la bielle théorique et l’armature flexionnelle (zv ,
voir figure 4.16) en fonction du rayon de courbure de l’armature flexionnelle (Rs ). Ces
distances peuvent ensuite être comparées à celles calculées pour un élément de référence,
avec les mêmes caractéristiques mais sans courbure (qui développe une bielle théorique
d’appui direct droite, voir figure 4.15(b)). Ceci a été fait pour des caractéristiques de

95
4. Comportement d’éléments courbes sans armature transversale soumis
à l’effort tranchant

Fig. 4.16: Modèle bielles-et-tirants pour le calcul numérique de la position théo-


rique de la bielle (appui direct)

base des spécimens similaires à celles des spécimens de la série d’essai (voir section 4.2,
a = 1220 mm, d = 360 mm, ρ = 1.53%, Ec = 35 GPa et Es = 205 GPa) et en faisant
varier la valeur du rayon de courbure de l’armature flexionnelle (avec une borne de sa
valeur fixée à |Rs | ≥ a, donc une plage du rapport a/Rs comprise entre -1 et 1). Les résul-
tats de cette étude sont montrés à la figure 4.17(a) (courbes continues) qui met en avant
la variation de la distance zv en fonction du rapport a/Rs . La variation de la distance zv
est représentée par le rapport ∆zv = zv,Rs /zv,ref entre la distance calculée pour un élé-
ment courbe (zv,Rs ) et celle de l’élément de référence sans courbure (zv,ref ). Ce rapport
à été calculé à différentes distances (s, voir figure 4.15(b)) du point d’application de la
charge. Les résultats obtenus montrent que la distance zv augmente légèrement dans le
cas des éléments courbes. Comme montré par la figure 4.17(a) (courbes point-tillées),
cette variation peut être fidèlement approximée par une fonction parabolique du type :

µ ¶2
a
∆zv = cneg si Rs < 0
Rs
µ ¶2 (4.18)
a
∆zv = cpos si Rs > 0
Rs

96
Analyse des éléments courbes avec la théorie de la fissure critique

où cneg est la valeur de ∆zv calculée pour Rs = −a et cpos celle calculée pour Rs = a
(dans la figure 4.17(a), cneg = 0.036 et cpos = 0.024 pour la courbe qui se réfère à
s = 1.0 d). La figure 4.17(b) montre l’effet du rapport a/d entre la longueur de la portée
d’effort tranchant (a) et de la hauteur statique de l’armature flexionnelle (d) sur la valeur
∆zv . Des tendances similaire à celle montrée à la figure 4.17(a) sont observées. De plus,
il peut être observé que la réduction du rapport a/d conduit à l’augmentation de la
valeur de ∆zv . Ceci signifie qu’en considérant une portée d’effort tranchant et un rayon
de courbure donnés (rapport a/Rs fixe), l’effet de la courbure des éléments est accentué
pour des éléments avec une hauteur statique plus importante, ce qui est raisonnable.
(a) (b)
0.08
calcul numérique
parabole
0.06

a/d = 2
∆zv [-]

0.04 s = 1.5 d 3
1.0 d 4
0.5 d 5

0.02

0.00
-1.0 -0.5 0.0 0.5 1.0 -1.0 -0.5 0.0 0.5 1.0
a a
[-] [-]
Rs Rs

Fig. 4.17: Variation de la distance entre la bielle théorique (appui direct) et l’ar-
mature flexionnelle en fonction du rapport entre la longueur de la portée d’effort
tranchant et le rayon de courbure de l’armature flexionnelle (calculs effectués avec
ρ = 1.53%, Ec = 35 GPa et Es = 205 GPa) : (a) spécimens avec des caractéris-
tiques similaires à ceux de la série d’essais (a = 1220 mm, d = 360 mm) ; et (b) effet
du rapport entre la longueur de la portée d’effort tranchant et la hauteur statique
des éléments (calculs effectués à la position s = 1.0 d)

Ces observations permettent d’affirmer que la position de la fibre de référence (yref d =


0.6 d) peut être modifiée pour le cas des éléments courbes. Une valeur de yref infé-
rieure à 0.6 peut être utilisée parce que, dans le cas des éléments courbes, les fissures
pénètrent moins facilement dans la zone comprimée (laquelle est plus éloignée de l’ar-
mature flexionnelle). Une équation parabolique du même genre de celle qui définie la
variation de la distance zv pour les éléments courbes (équation 4.18) est proposée pour
le calcul de la nouvelle valeur de yref en fonction du rayon de courbure de l’armature
flexionnelle (Rs ) :
µ ¶2
a
∆zv = 0.6 − kref cmoy (4.19)
Rs
où le coefficient cmoy représente la moyenne des valeurs de cneg et cpos et le coefficient
kref permet d’amplifier la forme de la parabole. L’allure de cette parabole est présentée
à la figure 4.18 et montre également la position (a/Rs ) des spécimens de la série d’essais.
Les résistances théoriques des spécimens d’essais ont été calculées avec l’équation 4.7 en

97
4. Comportement d’éléments courbes sans armature transversale soumis
à l’effort tranchant

prenant en compte la nouvelle position de la fibre de référence (calculée en fonction de


leur rayon de courbure (Rs ) avec l’équation 4.19 et avec cmoy = 0.03 et kref = 20). La
valeur cmoy = 0.03 à été calculée sur la base des résultats du calcul numérique montrés
à la figure 4.17(a) (pour s = 1.0 d). La valeur kref = 20 est celle qui permet d’obtenir la
meilleure correspondance avec les résultats des essais.
Les courbes définissant la résistance des éléments calculée en tenant compte de leur
courbure et du déplacement de la fibre de référence, sont mises en avant aux figures
4.19(a) à 4.19(d) (courbes trait-tillées) respectivement pour les quatre valeurs du taux
d’armature flexionnelle (ρ). Une comparaison est possible avec les résultats des essais
et avec les courbes calculées selon le modèle de base de la théorie de la fissure critique
(courbes point-tillées, voir équation 4.7 avec ∆V = 0) et selon le premier modèle modifiée
(courbes continues, voir équation 4.7 avec ∆V = f (Rs ), mais avec une valeur constante
de yref = 0.6). Les résultats obtenus sont résumés dans le tableau 4.5 et montrent que
la qualité du modèle modifié augmente en considérant le déplacement de la fibre de
contrôle. En effet, une meilleure moyenne des rapports Vmax /VR,csct (moy = 1.07) et un
meilleur coefficient de variation (CoV = 8%) sont obtenus avec ce modèle. De plus, le
coefficient de correlation (CoC = 90%) est du même ordre de grandeur que celui obtenu
avec le modèle tenant compte d’une valeur constante yref = 0.6.
Il faut toutefois souligner que la valeur kref = 20 (se référer à l’équation 4.19) a été
établie uniquement sur la base des résultats de la série d’essais présentée dans dans
cette thèse. Pour la prise en compte généralisée d’une valeur variable de yref pour les
éléments courbes, une validation expérimentale ultérieure sera probablement nécessaire.
L’équation 4.19 est donc valable uniquement pour des éléments similaires aux spécimens
d’essais, à savoir : des valeurs du rapport a/Rs comprises entre -0.4 et 0.4 et des hauteurs
statiques d’environ 350 mm.

Tab. 4.5: Comparaison entre les résistances prédites avec la théorie de la fissure
critique (modèle de base et modèles modifiés) et les résistances des spécimens
∆V = 0 ∆V = f (Rs ) ∆V = f (Rs )
essai
yref = 0.6 yref = 0.6 yref = f (Rs )
a Vmax Vmax Vmax
Vmax VR,csct VR,csct yref VR,csct
spécimen Rs VR,csct VR,csct VR,csct
[-] [kN] [kN] [-] [kN] [-] [-] [kN] [-]
SC7 0.34 130.0 135.3 0.96 119.1 1.09 0.53 129.6 1.00
SC8 0.34 131.0 120.6 1.09 107.0 1.22 0.53 116.0 1.13
SC9 0.34 116.5 109.5 1.06 97.4 1.20 0.53 105.5 1.10
SC10 0.34 116.5 100.5 1.16 89.8 1.30 0.53 97.1 1.20
SC11 0.23 120.0 135.7 0.88 124.1 0.97 0.57 128.9 0.93
SC12a 0.00 148.5 133.8 1.11 133.8 1.11 0.60 133.8 1.11
SC13a 0.00 137.0 119.7 1.14 119.7 1.14 0.60 119.7 1.14
SC14 -0.22 154.0 135.5 1.14 148.6 1.04 0.57 154.2 1.00
SC15 -0.32 166.5 134.9 1.23 154.5 1.08 0.54 167.4 0.99
moy 1.09 moy 1.13 moy 1.07
CoV 0.10 CoV 0.09 CoV 0.08
CoC 0.63 CoC 0.91 CoC 0.90

98
Analyse des éléments courbes avec la théorie de la fissure critique

0.8
éléments éléments
droits courbes
0.6

yref [-]
0.4

SC12a-SC13a

SC7-SC10
0.2

SC15

SC14

SC11
0.0
-0.50 -0.25 0.00 0.25 0.50
a
[-]
Rs
Fig. 4.18: Proposition pour le calcul de la position de la fibre de référence selon
le rapport entre la longueur de la portée d’effort tranchant et le rayon de courbure
de l’armature flexionnelle (paramètres de calcul utilisés : cmoy = 0.03 et kref = 20)

(a) (b)
ρnom = 1.53% ρnom = 1.09%
0.4

0.3
√ [ MPa]

0.2
bd fc
V

0.1 ∆V = 0, yref = 0.6 ∆V = 0, yref = 0.6


∆V = f (Rs ), yref = 0.6 ∆V = f (Rs ), yref = 0.6
∆V = f (Rs ), yref = f (Rs ) ∆V = f (Rs ), yref = f (Rs )
0.0
(c) (d)
ρnom = 0.90% ρnom = 0.72%
0.4

0.3
√ [ MPa]

0.2
bd fc
V

0.1 ∆V = 0, yref = 0.6 ∆V = 0, yref = 0.6


∆V = f (Rs ), yref = 0.6 ∆V = f (Rs ), yref = 0.6
∆V = f (Rs ), yref = f (Rs ) ∆V = f (Rs ), yref = f (Rs )
0.0
-0.8 -0.4 0.0 0.4 0.8 -0.8 -0.4 0.0 0.4 0.8
a a
[-] [-]
Rs Rs
Fig. 4.19: Comparaison entre les résistances prédites avec la théorie de la fissure
critique (courbes point-tillées pour le modèle de base, courbes continues pour le
modèle tenant compte de la courbure des éléments, courbes trait-tillées pour le
modèle tenant compte de la courbure des éléments et du déplacement de la fibre
de référence) et les résistance des spécimens avec un taux d’armature flexionnelle :
(a) ρ = 1.53% ; (b) ρ = 1.09% ; (c) ρ = 0.90% ; et (d) ρ = 0.72%

99
4. Comportement d’éléments courbes sans armature transversale soumis
à l’effort tranchant

Utilisation des modèles selon la philosophie des niveaux d’approximation

Trois modèles de calcul ont été discutés précédemment :


– modèle de base de la théorie de la fissure critique : ce modèle ne considère pas les
forces de déviation (∆V = 0). De cette façon, l’effet favorable donné par une courbure
négative et celui défavorable donné par une courbure positive sont négligés.
– Premier modèle modifié : ce modèle considère les forces de déviation, mais ne consi-
dère pas le déplacement de la fibre de référence (∆V = f (Rs ), yref = 0.6). L’effet
défavorable donné par une courbure positive est en général surestimé par ce modèle.
– Deuxième modèle modifié : ce modèle considère les forces de déviation et le dépla-
cement de la fibre de référence (∆V = f (Rs ), yref = f (Rs )), donnant lieu aux
estimations les plus précises des résistances des éléments.
En accord avec la philosophie [Mut12b] décrite par le Model Code 2010 [Fib11] pour
la conception des ouvrages et la vérification des structures existantes, ces trois modèles
peuvent être introduits dans un contexte de niveaux d’approximation :
– dans le cadre d’une vérification préliminaire (dimensionnements simples et sécuritaires,
niveau d’approximation I), le modèle de base de la théorie de la fissure critique peut
être utilisé dans le cas d’éléments avec une courbure négative. Par contre, dans le cas
d’éléments avec une courbure positive, le modèle modifié tenant compte de la courbure
doit être utilisé, de façon à considérer son effet défavorable.
– Dans une phase de vérification plus raffinée (niveau d’approximation II), le premier
modèle modifié peut être utilisé pour considérer l’augmentation de résistance donnée
par une courbure négative des éléments.
– Pour des niveaux d’approximation supérieurs (niveau III), un calcul considérant le
déplacement de la fibre de référence peut éventuellement être envisagé.

4.3.3 Application du modèle proposé pour l’étude des essais de Kani


Comme expliqué dans la section 4.1.2, une série d’essais sur des éléments non-prismatiques
soumis à la flexion pure a été effectuée par Kani [Kan79]. Les caractéristiques géomé-
triques des spécimens et celles des matériaux sont résumées dans le tableau 4.6 : épaisseur
du spécimen (b), hauteur statique de l’armature flexionnelle mesurée aux bords (d) et
au centre (d0 ) du spécimen, demi-longueur de la zone à section variable (c) (figure 4.20),
limite d’écoulement des armatures flexionnelles (fy ) et résistance à la compression du
béton fcm . Pour la taille maximale des granulats, une valeur dg = 20 mm peut être
considérée [Kan79]. Quatre spécimens de la série d’essai (K391, K398 à K400) n’ont pas
été considérés du fait de leur géométrie particulière (c ≤ d0 , spécimens trapus).
Avec le modèle bielles-et-tirants de la figure 4.6(b), il a été montré que la déviation
de la membrure comprimée introduit, dans l’âme des spécimens, un état de contraintes
similaire à celui des spécimens prismatiques soumis à l’effort tranchant. Par conséquent,

100
Analyse des éléments courbes avec la théorie de la fissure critique

Tab. 4.6: Spécimens non-prismatiques analysés par Kani [Kan79] : caractéristiques


géométriques et des matériaux
c
b d1 d0 c ρa fy fcm
spécimen d0
[mm] [mm] [mm] [mm] [-] [%] [Mpa] [Mpa]
K389 157 544 305 544 1.78 2.10 383 34.7
K390 152 544 305 810 2.66 2.16 390 34.5
K392 154 544 305 767 2.51 2.09 365 27.6
K392a 157 544 306 767 2.51 2.04 365 27.8
K393 152 544 313 1519 4.85 2.10 371 28.3
K394 152 544 308 925 3.00 2.12 371 28.5
K395 155 544 305 610 2.00 2.10 379 32.8
K396 153 544 306 1829 5.98 2.13 379 27.4
K397 154 544 306 1072 3.50 2.09 379 25.8
a : calculé au centre du spécimen : ρ = As / (b d0 ), où As est la surface
d’armature flexionnelle

Fig. 4.20: Spécimens non-prismatiques analysés par Kani [Kan79] : définition de


la géométrie

malgré la sollicitation des spécimens à la flexion pure, ces derniers ont été concernés par
le développement de fissures inclinées. Ces dernières ont conduit dans quelques cas à une
rupture d’effort tranchant.
Les résultats de ces essais peuvent être analysés sur la base des principes de la théo-
rie de la fissure critique modifiée pour la prise en compte de la courbure des éléments
(voir section 4.3.2). Un travail similaire pour la considération de l’inclinaison de la mem-
brure comprimée d’éléments en béton armé avec une section à inertie variable, dans le
cadre d’une analyse basée sur la théorie de la fissure critique, a été effectué par Pé-
rez et al. [Per12]. Comme mis en avant par la figure 4.20, la force de déviation (∆V ) à
prendre en compte pour ces spécimens correspond à la composante verticale de l’effort de
compression Fc agissant dans la bielle courbe. Par conséquent, l’intensité de la force de
déviation (∆V (s)) agissante à la position s (figure 4.20) peut être exprimée en fonction
du moment de flexion (M ) agissant dans les spécimens :

M M 2 (d1 − d0 )
∆V (s) = tan γsv = s (4.20)
zsv zsv c2
où zsv = dsv − xsv /3 est le bras de levier entre les forces Fc et Fs mesuré à la position

101
4. Comportement d’éléments courbes sans armature transversale soumis
à l’effort tranchant

s, et dsv , xsv et γsv sont respectivement la hauteur statique de l’armature flexionnelle


(équation 4.23), la hauteur de la zone comprimée (équation 4.24) et l’inclinaison de la
force de compression Fc calculées à la même position s en considérant une forme para-
bolique du spécimen. Dans le cas des spécimens de Kani, dans lesquels l’effort tranchant
est nul, l’effort qui peut être transmis à travers la fissure critique (Vcc ) correspond à la
force de déviation (Vcc = ∆V ). Par conséquent, l’introduction de l’équation 4.20 dans
l’équation 4.5 permet le calcul de la résistance des spécimens à la positon s (MR,csct (s)).
En considérant la variation de la géométrie des spécimens non-prismatiques, ce calcul
doit être fait pour toutes positions s, de façon a identifier la section déterminante. Cette
procédure est similaire à celle nécessaire pour le calcul de la résistance d’éléments sollici-
tés par une charge repartie [Mut08a]. La section déterminante corresponde à celle dans
laquelle la résistance calculée (MR,csct (s)) est minimale :
 

 b dsv fcm zsv 
MR,csct = min  µ ¶  s = 0, . . . , c (4.21)
εsf dsf 2 (d1 − d0 ) 
3 1 + 120 s
16 + dg c2
où εsf et dsf sont respectivement la hauteur statique de l’armature flexionnelle (équation
4.23) et la déformation de la fibre de référence calculées à la position s + dsv /2. En se
référant à l’équation 2.7, la déformation de la fibre de référence (εsf ) peut être calculée
par :

M (0.6 dsf − xsf )


εsf = ³ xsf ´ (4.22)
b dsf Es dsf − (dsf − xsf )
3
où xsf est la hauteur de la zone comprimée calculée à la position s + dsv /2 (équation
4.24). Les hauteurs statiques dsv et dsf peuvent être calculées selon :

(d1 − d0 ) 2
dsv = s + d0
c2
µ ¶
(d1 − d0 ) dsv 2 dsv
dsf = s+ + d0 si s + ≤c (4.23)
c2 2 2
dsv
dsf = d1 si s + >c
2
Les hauteurs comprimées xsv et xsf peuvent être calculées selon :

Ãs !
Es 2 Ec
xsv = dsv ρsv 1+ −1
Ec ρsv Es
Ãs ! (4.24)
Es 2 Ec
xsf = dsf ρsf 1+ −1
Ec ρsf Es

102
Analyse des éléments courbes avec la théorie de la fissure critique

où ρsv et ρsf sont les taux d’armature flexionnelle calculés respectivement à la position
s et s + dsv /2 :

d0
ρsv = ρ
dsv
(4.25)
d0
ρsf =ρ
dsf

Les résultats de ces calculs (effectués avec des modules élastiques du béton Ec = 35 GPa
et de l’acier Es = 205 GPa) sont montrés à la figure 4.21. Cette figure montre, pour
chacun des neuf spécimens considérés, une courbe indiquant la relation entre la résistance
(MR,csct (s)) et la position (s) de la section de calcul relative à la demi-longueur du
spécimen c (figure 4.20). De plus, un point indique la position de la valeur minimale de
MR,csct (s), qui correspond à la résistance du spécimen à l’effort tranchant (MR,csct ). Il
convient de remarquer que la section déterminante se trouve, pour tous les spécimens, à
une position s ≈ 0.65 c.

300

240 K396
MR,csct (s) [kNm]

180 K393

K397
120 K394
K390
K392a
60 K392
K395
K389
0
0.0 0.2 0.4 0.6 0.8 1.0
s
[-]
c
Fig. 4.21: Calcul de la résistance à l’effort tranchant des spécimens non-
prismatiques analysés par Kani [Kan79] : résistance maximale en fonction de la
position de calcul

En plus du mode de rupture par effort tranchant, il faut également considérer les ruptures
par flexion. La résistance à la flexion peut être calculée, selon un calcul plastique, par :
µ · ¶¸
ρsv dsv fy
Mf lex = min ρsv b dsv fy dsv − s = 0, . . . , c (4.26)
2 fcm
où fy est la limite d’écoulement de l’armature flexionnelle. Par conséquent, la résistance
théorique de chaque spécimens (MR,calc ) sera donnée par la valeur minimale entre les
résistances calculées selon les deux modes de rupture (effort tranchant et flexion) :

MR,calc = min (MR,csct ; Mf lex ) (4.27)

Les résultats des calculs sont résumés dans le tableau 4.7. Une très bonne correspondance

103
4. Comportement d’éléments courbes sans armature transversale soumis
à l’effort tranchant

entre les résistances des spécimens (Mmax ) et celles prédites par le modèle (MR,calc ) peut
être remarquée (avec une moyenne du rapport Mmax /MR,calc égale à 0.98 et un coefficient
de variation de 7%). De plus, les modes de rupture sont également correctement identifiés.
Tab. 4.7: Résultats du calcul de la résistance des spécimens non-prismatiques
analysés par Kani [Kan79]
c mode de Mmax
rupture Mmax MR,csct Mf lex MR,calc
spécimen d0 MR,calc
observé
[-] [kNm] [kNm] [kNm] [kNm] [-]
K389 1.78 effort tranchant 81.3 78.2 104.1 78.2 1.04
K390 2.66 effort tranchant a 95.0 112.0 104.8 104.8 0.91
K392 2.51 effort tranchant a 92.4 96.1 94.1 b
94.1 0.98
K392a 2.51 effort tranchant a 88.6 99.3 94.9 b
94.9 0.93
K393 4.85 flexion a 107.3 199.1 100.1 100.1 1.07
K394 3.00 effort tranchant a 97.1 118.9 98.1 98.1 0.99
K395 2.00 effort tranchant 72.4 84.2 100.9 84.2 0.86
K396 5.98 flexion a 103.6 224.9 98.5 98.5 1.05
K397 3.50 effort tranchant a 91.3 130.1 96.6 96.6 0.95
moy 0.98
CoV 0.07
a : valeur du rapport Mmax /Mf lex,Kani (entre la résistance du spécimen et la résistance
à la flexion calculée par Kani [Kan79]) supérieure à 1
b : différence entre MR,csct et Mf lex inférieure à 5%

4.4 Conclusions
Des essais d’effort tranchant ont été effectués sur des éléments en béton armé, sans ar-
mature transversale et avec des rayons de courbure variables, soumis à l’action combinée
d’un moment de flexion et d’un effort tranchant. Des modèles de calcul ont été élaborés
dans le but d’étudier leur comportement. Suite à ce travail, les conclusions suivantes
peuvent être faites :

1. Un effet important de l’interaction entre l’effort tranchant et le moment de flexion


a été mis en évidence. Le moment de flexion a pour effet de provoquer de forces
de déviation qui sollicitent l’âme des éléments courbes à la compression ou à la
traction, influençant fortement leur comportement et leur résistance. Les éléments
courbes sollicités par des forces de déviation peuvent être concernés par des rup-
tures à l’effort tranchant.

2. Dans le cas d’éléments avec une courbure positive, donnant lieu à des contraintes
de traction dans l’âme des éléments, la résistance à l’effort tranchant est poten-
tiellement réduite si comparée à celle des éléments droits. Vice-versa, la résistance
à l’effort tranchant des éléments avec une courbure négative, donnant lieu à des
contraintes de compression dans l’âme des éléments, est potentiellement supérieure
à celle des éléments droits.

104
Conclusions

3. Les tendances observées dans la série d’essais ont été expliquées avec succès par
l’utilisation de la théorie de la fissure critique et en tenant compte de l’effet des
forces de déviation générées par la courbure des éléments. Ces dernières influencent
directement l’intensité de la force qui doit être transmise à travers la fissure critique.

4. La théorie de la fissure critique peut être adoptée pour la vérification à l’effort


tranchant des éléments courbes. Pour ce faire, il faudra tenir compte de l’intensité
et du sens (signe) de la force de déviation supplémentaire qui doit être transmise
à travers la fissure critique.

5. Des différences quant à la position relative entre la bielle théorique (appui direct)
et l’armature flexionnelle ont été mises en évidence en comparant les éléments
courbes aux éléments droits. Cette observation justifie la prise en compte d’une
position différente de la fibre de référence pour le calcul des résistances selon la
théorie de la fissure critique. La prise en compte d’une position variable de la fibre
de référence, en fonction de la courbure des éléments, conduit à des estimations
des résistances d’avantage précises.

6. Les mêmes principes du modèle de la théorie de la fissure critique modifié pour


la prise en compte des forces de déviation, ont été considérés pour l’analyse du
comportement d’une série de spécimens non-prismatiques soumis à une sollicitation
de flexion pure. Les résultats obtenus par cette analyse sont très satisfaisants,
avec une prédiction généralement correcte des résistances et des modes de rupture
observés.

105
Chapitre 5

Comportement d’angles de cadre


soumis à une sollicitation
d’ouverture

5.1 État de l’art et justification de l’étude


En particulier pendant les années ’60 et ’70, plusieurs auteurs ont étudié le comporte-
ment d’angles de cadre soumis à la fois à des sollicitations de fermeture (figures 5.1(a,c))
et d’ouverture (figures 5.1(b,d)). La plus grande partie des essais concerne des spéci-
mens soumis à des chargements statiques (tableau 5.1), mais des recherches plus ré-
centes ont permis d’investiguer également leur comportement en cas de sollicitations
cycliques [Ang99, Cot94, Mcc95]. Cette section donne un aperçu des résultats obtenus
dans les essais statiques pour des angles orthogonaux (amplitude de l’angle α = 90◦ , qui
constitue la quasi totalité des essais existants) ainsi que pour des angles non-orthogonaux
(α 6= 90◦ , pour lesquels peu d’essais sont disponibles à ce jour). Ces derniers présentent
un intérêt particulier dans le cas de cette recherche car de nombreuses structures peuvent
être concernées par des telles géométries (figure 1.5).

5.1.1 Comportement d’angles orthogonaux


De nombreux essais ont été effectués sur des spécimens orthogonaux (α = 90◦ ). Les
figures 5.1(e-f) montrent un résumé des performances mécaniques obtenues en fonction
du type de sollicitation (figure 5.1(e) pour les angles fermés et figure 5.1(f) pour les angles
ouverts) et du taux d’armature mécanique des spécimens (ω). Ce dernier est défini par :

fy As fy
ω=ρ = (5.1)
fcp b d fcp
où ρ est le taux d’armature flexionnelle, As la surface d’armature flexionnelle, b l’épais-
seur du spécimen, d la hauteur statique de l’armature flexionnelle, fy la contrainte
d’écoulement des armatures flexionnelles et fcp la résistance plastique du béton à la

107
5. Comportement d’angles de cadre soumis à une sollicitation
d’ouverture

Tab. 5.1: Campagnes d’essais effectuées sur des angles de cadre soumis à une
sollicitation statique d’ouverture ou de fermeture
α < 90◦ α = 90◦ α > 90◦
auteur(s)
ouverture fermeture ouverture ouverture
Abdul-Wahab et al. [Abd89, Abd98, Abd99] 5 4 15
Akkermann [Akk00] 2
Balint et al. [Bal72] 4 9
Cranston [Cra65] 8
Jackson [Jac95] 5
Johansson [Joh01] 8 3
Kordina et al. [Kor70, Kor76, Kor78, Kor84] 2 13 6
Lundgren [Lun99] 3
Luo [Luo94] 27
Mayfield et al. [May71, May72] 15 87
Morrow [Mor57] 6a
Nilsson [Nil73] 3 31 14
Noor [Noo77] 19
Östlund [Ost63] 12
Skettrup et al. [Ske84] 4
Stucki et al. [?] 2
Swann [Swa69] 5 12
Van Dijk et al. [Van76] 27b 24
Wästlund [Was35] 19
nombre
8 121 230 35
d’essais
a : dans cette série, 27 autres essais ont montré des ruptures prématurées à l’extérieur de
l’angle
b : essais effectués sur cadres en béton armé

compression. Cette dernière peut être calculée à partir de la résistance moyenne à la


compression du béton mesurée sur cylindre (fcm , qui peut être dérivée de celle obtenue
sur cube : fcm ≈ 0.8 fc,cube ) et en considérant la fragilité des bétons à haute résistance
(équation 2.2) [Mut97, Fib11].
L’appréciation des performances mécaniques peut se faire par le calcul du rapport entre
le moment de flexion maximal introduit dans le spécimen avant la rupture (Mmax , mesuré
à l’intrados de la zone nodale en se référant à l’axe 1-1 de la figure 5.1(e)) et la résistance
théorique à la flexion calculée par un calcul plastique (Mf lex ) :
³ ω´
Mf lex = ω fcp b d2 1 − (5.2)
2
Il faut souligner que les systèmes statiques utilisés pour les différentes séries d’essais
ont des caractéristiques variables, en particulier en ce qui concerne le rapport entre le
moment de flexion (M ) et l’effort tranchant (V ) introduits dans les spécimens ainsi que
l’éventuelle présence d’un effort normal (N , de traction ou de compression) agissant
dans la zone nodale. Une variabilité similaire peut également être observée au niveau
de la taille des spécimens, des détails d’armature investigués ainsi que des propriétés
des matériaux. Malgré ces différences, tous les essais ont été rassemblés dans les figures
5.1(e-f) afin d’effectuer une observation qualitative des résultats. La comparaison entre

108
État de l’art et justification de l’étude

(e) (f)
1.6

1.0
[-]
Mmax
Mf lex

0.5

0.0
0.0 0.2 0.4 0.6 0.8 0.0 0.2 0.4 0.6 0.8
ω [-] ω [-]

Fig. 5.1: Fissuration typiquement observée et idéalisation du comportement par


un modèle bielles-et-tirants et un champ de contraintes rigide-plastique pour des
angles orthogonaux soumis à une sollicitation : (a,c) de fermeture ; et (b,d) d’ou-
verture. Résultats des essais existants. Performance des spécimens en fonction du
taux mécanique d’armature flexionnelle pour une sollicitation : (e) de fermeture
(121 essais) ; et (f ) d’ouverture (230 essais)

la figure 5.1(e) (angles soumis à une sollicitation de fermeture) et la figure 5.1(f) (angles
soumis à une sollicitation d’ouverture) permet donc de faire les considérations suivantes :

– une dispersion importante des performances des spécimens est observée pour les deux
cas de chargement. Cependant, cette dispersion est beaucoup plus importante pour le
cas des angles soumis à une sollicitation d’ouverture (figure 5.1(f)). Certains spécimens
montrent aussi des rapports Mmax /Mf lex amplement supérieurs à 1. Ceci s’explique
principalement par le fait que les augmentations de la valeur de Mf lex , résultant de
la présence d’armatures secondaires ou de la capacité d’écrouissage des armatures
flexionnelles, n’ont pas été considérées dans les calculs. Par conséquent, la valeur du

109
5. Comportement d’angles de cadre soumis à une sollicitation
d’ouverture

rapport Mmax /Mf lex est sur-estimée. De plus, d’éventuelles redistributions des efforts
étaient possibles dans le cas des essais effectués sur des cadres en béton armé (se référer
aux essais de Van Dijk et al. [Van76]), mais elles n’ont pas été considérées.
– L’efficacité des zones nodales (Mmax /Mf lex ) a une tendance à diminuer avec l’augmen-
tation du taux mécanique d’armature (ω = ρ fy /fcp ). Cette dernière peut être obtenue
par l’augmentation du taux d’armature flexionnelle (ρ) ou de sa limite d’écoulement
(fy ) qui peuvent conduire à l’augmentation des forces internes à dévier empêchant
l’élément d’atteindre un comportement ductile, mais aussi par une diminution de la
résistance plastique à la compression du béton (fcp ), qui affaibli la résistance des
bielles.
– Les angles soumis à une sollicitation de fermeture montrent un comportement géné-
ralement satisfaisant, notamment pour des taux d’armature mécanique modérés. En
effet, comme le montre la figure 5.1(c), les forces internes peuvent être déviées ef-
ficacement par le biais d’un noeud CTT (où les armatures de la zone tendue sont
en équilibre avec une bielle de compression inclinée) et par un noeud CCC (formé
uniquement par des bielles de compression) [Mut97].
– Les angles soumis à une sollicitation d’ouverture montrent par contre une efficacité
largement réduite (figure 5.1(f)) et ceci pour toutes valeurs du taux mécanique d’ar-
mature flexionnelle (ω). La figure 5.1(d) met en avant que leur comportement est
fortement influencé par la présence d’un noeud CCT [Mut97] (où la bielle de la zone
comprimée doit être déviée par l’armature flexionnelle à l’endroit de son ancrage). La
sensibilité de ce noeud justifie donc la dispersion observée dans l’efficacité des élé-
ments (Mmax /Mf lex ) où les conditions problématiques d’ancrage peuvent donner lieu
à la formation d’une fissure diagonale dans la zone nodale (figures 5.1(b,d)). Cette
dernière affaibli sensiblement la résistance à la compression de la bielle inclinée, me-
nant ainsi à la rupture de l’angle de cadre. Pour ces raisons, la performance des angles
soumis à une sollicitation d’ouverture montre une sensibilité importante au type d’ar-
mature flexionnelle (géométrie et conditions d’ancrage) ainsi qu’a la présence et aux
caractéristiques de l’armature secondaire contrôlant la fissuration dans la zone nodale.

Les essais disponibles dans la littérature peuvent être analysés de façon plus détaillée,
en particulier en étudiant l’influence du détail d’armature sur les performances des spé-
cimens. Ceci a été fait pour les éléments soumis à une sollicitation d’ouverture. Les
spécimens ont été séparés en cinq groupes définis par le type de détail de l’armature
principale (armature flexionnelle, désignée par les indices A à E, voir figure 5.2(a)). Les
spécimens de chacun de ces groupes ont ensuite été divisés en quatre sous-groupes définis
selon le type d’armature secondaire (armature diagonale et/ou armatures transversales,
désignés par les indices a à d, voir figure 5.2(b)). Des graphiques similaires à ceux des fi-
gures 5.1(e-f) sont montrés dans les figures 5.3(a-t) pour chacune des vingt combinaisons
possibles. Les remarques suivantes peuvent être faites sur la base de ces graphiques :

– la dispersion observée dans les performances des spécimens se réduit avec la subdivision

110
État de l’art et justification de l’étude

selon le type de détail d’armature. Celle-ci reste toutefois assez conséquente.


– Les performances (Mmax /Mf lex ) des angles sont améliorées par la mise en place d’une
armature secondaire (détails types b à d). Cette armature permet en principe un
meilleur contrôle de la fissuration ainsi qu’une efficacité accrue pour la déviation de
la bielle dans la zone comprimée.
– Les détails types D et E (armatures flexionnelles en forme de boucle, voir figure
5.2(a)) montrent généralement les meilleures performances (figure 5.3(m-t)). Ces dé-
tails peuvent cependant se révéler problématiques en vue d’une application pratique.
– Comme montré aux figures 5.3(i-l), le détail type C, caractérisé par l’ancrage des
armatures flexionnelles dans la zone comprimée (figure 5.2(a)), montre généralement
des mauvaises performances. Ce détail reste tout de même intéressant pour sa praticité
de mise en place
– Des performances insatisfaisantes sont aussi observées pour les détails types A et B
(figure 5.2(a)). Le premier type montre cependant des grandes améliorations en cas
d’ajout d’une armature secondaire (figures 5.3(b-d)).

Fig. 5.2: Désignation des détails types pour : (a) l’armature flexionnelle ; et (b)
l’armature secondaire

111
5. Comportement d’angles de cadre soumis à une sollicitation
d’ouverture

(a) (b) (c) (d)


1.6
[-]

1.0
Mmax
Mf lex

0.5

0.0
(e) (f) (g) (h)
1.6
[-]

1.0
Mmax
Mf lex

aucun essai
0.5
disponible

0.0
(i) (j) (k) (l)
1.6
[-]

1.0
Mmax
Mf lex

0.5

0.0
(m) (n) (o) (p)
1.6
[-]

1.0
Mmax
Mf lex

0.5

0.0
(q) (r) (s) (t)
1.6
[-]

1.0
Mmax
Mf lex

aucun essai
0.5
disponible

0.0
0.0 0.2 0.4 0.6 0.8 0.0 0.2 0.4 0.6 0.8 0.0 0.2 0.4 0.6 0.8 0.0 0.2 0.4 0.6 0.8
ω [-] ω [-] ω [-] ω [-]

Fig. 5.3: Résultats des essais existants sur angles orthogonaux soumis à une sol-
licitation d’ouverture. Performance des spécimens en fonction du taux mécanique
d’armature flexionnelle pour les détails types : (a-d) A (68 essais) ; (e-h) B (27
essais) ; (i-l) C (37 essais) ; (m-p) D (67 essais) ; et (q-t) E (31 essais)

112
État de l’art et justification de l’étude

5.1.2 Comportement d’angles non orthogonaux


Comme illustré aux figures 5.1(e-f), le nombre d’essais effectués sur des angles ortho-
gonaux est très important. Ceci n’est pas le cas pour des géométries différentes, avec
des angles obtus ou aigus. Cependant, ces géométries s’avèrent souvent utilisées dans la
pratique, en particulier pour le cas des angles obtus (α > 90◦ , voir figure 1.5).
Des essais sur des spécimens avec une amplitude de l’angle α 6= 90◦ et soumis à une solli-
citation d’ouverture ont été effectuées par Abdul-Wahab et al. [Abd89, Abd98, Abd99],
Kordina et al. [Kor76] et Nilsson [Nil73]. Les résultats obtenus dans ces essais sont illus-
trés à la figure 5.4. Ces résultats montrent que les conclusions principales faites pour les
angles orthogonaux, notamment au sujet de l’influence du taux d’armature mécanique
(ω) et des armatures secondaires, restent applicables. Cependant, certains différences
peuvent être mises en évidence. Ceci est montré à la figure 5.5 dans laquelle l’influence
de l’amplitude de l’angle α est étudiée pour les détails d’armature de type C (figures
5.5(a)) et D (figures 5.5(b)). Ces figures montrent que les deux types de détail atteignent
des performances moindres pour des amplitudes de l’angle α comprises entre 90◦ et
120◦ . Par contre, l’efficacité des spécimens s’améliore pour d’autres types d’amplitudes
de l’angle (inférieures à 90◦ ou supérieures à 120◦ ). Cette tendance a été mise en évi-
dence en particulier par les travaux de Abdul-Wahab et al. [Abd89, Abd98, Abd99] qui
ont testé des spécimens avec des détails d’armature identiques (de type Da et Db) mais
avec des amplitudes de l’angle α variables (figure 5.5(c)). Les phénomènes qui peuvent
expliquer cette tendance sont multiples et complexes. A ce sujet, la figure 5.6 montre
que des différences dans l’amplitude de l’angle α impliquent des variations considérables
au niveau :
– de la géométrie et des conditions d’ancrage des armatures flexionnelles (figure 5.6(a))
– de l’effet des armatures secondaires (figure 5.6(a))
– de l’amplitude de la déviation exigée par les bielles de la zone comprimée (angles β60 ,
β90 et β120 , voir figure 5.6(b))
– de l’inclinaison relative entre bielles et tirants (figure 5.6(b))
– de la distance entre la bielle inclinée et le noeud interne de l’élément (zone tendue où
la première fissure de flexion se forme, distances z60 , z90 et z120 , voir figure 5.6(b))
– de l’intensité des efforts agissant dans les bielles inclinées (forces Fc,60 , Fc,90 et Fc,120 ,
voir figure 5.6(b))
L’efficacité du détail type C, particulièrement intéressant du point de vue pratique,
sera étudiée dans le cadre de cette recherche. Ce détail se montre très problématique
dans le cas des angles orthogonaux (figures 5.3(i-l)), mais montre également un potentiel
important d’amélioration en cas de mise en place d’armatures secondaires (figures 5.3(k-
l) et 5.4(a)) et surtout pour des amplitudes de l’angle α > 90◦ (figure 5.5(a)). Son
utilisation pourrait donc se justifier pour cette géométrie particulière. Pourtant, malgré
l’intérêt de cette problématique pour la conception de nombreuses structures (figure

113
5. Comportement d’angles de cadre soumis à une sollicitation
d’ouverture

(a) (b)
1.6

1.0
[-]
Mmax
Mf lex

0.5

0.0
0.0 0.2 0.4 0.6 0.8 0.0 0.2 0.4 0.6 0.8
ω [-] ω [-]

Fig. 5.4: Résultats des essais existants sur angles obtus soumis à des sollicitations
d’ouverture. Performance des spécimens en fonction du taux mécanique d’armature
flexionnelle pour les détails types : (a) C (12 essais) ; et (b) D (23 essais)

(a) (b) (c)

1.6

1.0
[-]
Mmax
Mf lex

0.5

0.0
60 90 120 150 60 90 120 150 60 90 120 150
α [degrés] α [degrés] α [degrés]

Fig. 5.5: Résultats des essais existants sur angles soumis à une sollicitation d’ou-
verture. Performance des spécimens en fonction de l’amplitude de l’angle α pour
des détails de type : (a) C (50 essais) ; (b) D (97 essais) ; et (c) D (séries d’essais
conduites par Abdul-Wahab et al. [Abd89, Abd98, Abd99])

1.5), les données expérimentales actuellement à disposition restent limitées. De plus,


la totalité des essais existants a été effectuée sur des spécimens avec des hauteurs de
section réduites (h ≤ 200 mm). Pour les spécimens dont le comportement est influencé de
manière significative par la résistance à la traction du béton, ceci pourrait conduire à des
sur-estimations de leur capacité. Pour toutes ces raisons, une campagne expérimentale
a été effectuée afin d’identifier des détails d’armature efficaces pour des spécimens obtus
(α = 125◦ ) à grande échelle (h = 400 mm) et soumis à des sollicitations d’ouverture.
Une attention particulière à été accordée à l’étude des performances d’un détail type C
en combinaison avec une armature secondaire de type c.

114
Campagnes d’essais

Fig. 5.6: Influence de l’amplitude de l’angle α sur les conditions de la zone nodale
pour d’angles soumis à une sollicitation d’ouverture : (a) effets géométriques sur
l’armature et la zone d’ancrage ; et (b) effets sur les caractéristiques du modèle
bielles-et-tirants

5.2 Campagnes d’essais


5.2.1 Série préliminaire d’essais
Objectifs et spécimens de la série d’essais

Une série préliminaire d’essais a été effectuée pour étudier le comportement des angles
en fonction du type de sollicitation. Les propriétés des spécimens et les résultats ob-
tenus dans cette série d’essais sont décrits de manière détaillée dans le rapport d’es-
sai [Cam11a].
La série d’essai comprenait quatre spécimens obtus (α = 125◦ ) à grande échelle (avec
une hauteur de la section h = 400 mm et une épaisseur b = 300 mm) fabriqués avec un
béton de résistance normale (fcm compris entre 32.5 et 36.4 MPa, diamètre maximal des
granulats dg = 16 mm). La géométrie des quatre spécimens, leur condition de charge et
leur détail d’armature sont montrés à la figure 5.7. La forme des spécimens, avec deux
parties en porte-à-faux (parties supérieure et inférieure des spécimens), a été imposée
par la nécessité d’appliquer des chargements excentrés par rapport à la zone nodale (par-
tie centrale des spécimens). Le tableau 5.2 résume les caractéristiques géométriques des
spécimens, les conditions de mise en charge ainsi que les caractéristiques de l’armature :
l’amplitude de l’angle (α), l’épaisseur (b) et la hauteur (h) de la section, la hauteur sta-

115
5. Comportement d’angles de cadre soumis à une sollicitation
d’ouverture

tique de l’armature flexionnelle (d), l’excentricité de la charge (e), le type d’action sur
la zone nodale, le taux d’armature flexionnelle (ρ), le taux d’armature transversale dans
la région à l’extérieur de la zone nodale (ρw ) ainsi que la quantité de goujons d’angle.
Le tableau 5.3 résume les caractéristiques des matériaux : les résistances moyennes à la
compression (fcm ) et à la traction (fctm ) du béton ainsi que les limites d’écoulement de
l’armature flexionnelle (fy ), de l’armature transversale disposée à l’extérieur de la zone
nodale (fyw ) et des goujons d’angle (fywn ).

Fig. 5.7: Spécimens de la série préliminaire d’essais : géométrie, caractéristiques


de l’armature et conditions de charge

Tab. 5.2: Caractéristiques des spécimens de la série préliminaire d’essais : géomé-


trie, armature et conditions de charge
α b h d e action ρ ρw goujons
spécimen
[mm] [mm] [mm] [mm] sur l’angle [%] [%] d’angle
SC18 125◦ 302 401 349 -625 ouverture 0.73a 0.063 3 Ø 12 mm
SC19 125◦ 303 401 349 -625 ouverture 0.73a - -
SC20 125◦ 303 401 349 0 compression 0.73a 0.063 3 Ø 12 mm
SC21 125◦ 301 400 349 +625 fermeture 0.73a 0.063 3 Ø 12 mm
a : ρ peut être localement plus élevé (à cause des recouvrements des armatures [Cam11a])

Les paramètres étudiés par cette série d’essais sont les suivants :
– importance de l’excentricité du chargement (e) : comme le montre la figure 5.7, l’ex-
centricité de la charge (Q) par rapport à l’axe de la zone nodale a été variée afin
d’étudier le comportement de la zone nodale sous différentes configurations de charge.
Les spécimens SC18 et SC19 ont été soumis à une flexion provoquant l’ouverture de
l’angle, le spécimen SC20 a été chargé sans excentricité (e = 0, M = 0) et le spéci-
men SC21 a été soumis à une flexion provoquant la fermeture de l’angle. Il faut noter
que tous les spécimens étaient soumis à des efforts de flexion (M ) mais également à
des efforts tranchants (V ) et à des efforts normaux de compression (N ) dans la zone
nodale [Cam11a].

116
Campagnes d’essais

– Efficacité d’un faible taux d’armature transversale (ρw ) : un faible taux d’armature
ρw = 0.063% a été placé dans la zone rectiligne à l’extérieur de la zone nodale de trois
spécimens (SC18, SC20 et SC21, voir figure 5.7). Ce taux d’armature est sensiblement
inférieur à celui préscrit par la norme suisse SIA 262 [Sia03] et également à ceux
préscrit par d’autres normes [Aci08, Eur04, Fib11]. Le spécimen SC19 ne disposait
d’aucune armature transversale.
– Pertinence du détail d’armature : une armature flexionnelle de type C (figure 5.2(a))
a été utilisée pour tous les spécimens. L’armature flexionnelle était composée de
deux barres de diamètre 22 mm. Ceci donne un taux nominal d’armature flexion-
nelle ρ = 0.73% (calculé sans considérer les recouvrements d’armature [Cam11a]). Ce
détail d’armature se caractérise par sa praticité d’utilisation mais ses performances
doivent encore être vérifiées, en particulier pour les angles soumis à une sollicitation
d’ouverture (voir section 5.1). Sa pertinence vis-à-vis du type de sollicitation de la
zone nodale est donc étudiée par cette série d’essais.

Tab. 5.3: Caractéristiques des matériaux de la série préli-


minaire d’essais
fcm a fctm b fy fyw fywn
spécimen
[mm] [MPa] [MPa] [MPa] [MPa]
SC18 32.5 2.47 577 646c 538
SC19 36.3 2.77 577 - -
SC20 32.9 2.47 577 646c 538
SC21 36.4 2.77 577 646c 538
a : mesurée sur cylindre le jour de l’essai
b : mesurée sur cylindre à l’âge de 28 jours
c : acier écrouis à froid (limite d’écoulement définie
comme celle pour laquelle la déformation plastique
résiduelle, suite à une décharge élastique, est égale
à 0.2%).

Discussion des résultats

La figure 5.8(a) montre la relation entre la charge appliquée (Q) et la valeur absolue
de la rotation relative de l’angle (|ψrel |) mesurée pour chaque spécimen. La rotation
relative de l’angle a été calculée à partir des mesures effectuées avec des inclinomètres
placés dans les parties en porte-à-faux des spécimens (figure 5.8(a)) [Cam11a]. La figure
5.8(b) montre l’état de fissuration observé à la rupture des spécimens. Aussi, le tableau
5.4 résume les résultats des essais en indiquant la charge (Qmax ) et le moment (Mmax )
maximales introduites dans les spécimens ainsi que les rapports Mmax /Mf lex et les types
de ruptures obtenus. Sur la base de ces résultats, les considérations suivantes peuvent
être faites :
– l’essai effectué sur le spécimen SC21 a confirmé que le détail d’armature proposé (type
Cc) est bien adapté pour garantir un comportement ductile sous l’action d’une flexion
provoquant la fermeture de l’angle.

117
5. Comportement d’angles de cadre soumis à une sollicitation
d’ouverture

– L’essai sans excentricité de la charge, effectué sur le spécimen SC20, a montré qu’une
rupture prématurée d’effort tranchant à caractère fragile à l’extérieur de la zone nodale
est possible. Une rupture de ce type ne peut donc pas être exclue par la mise en place
d’un faible taux d’armature transversale (ρw = 0.063%) dans cette zone.
– Une comparaison entre les spécimens SC20 et SC21 montre qu’une excentricité qui
provoque la fermeture de l’angle est bénéfique car elle permet d’augmenter la ductilité
de l’élément.
– Le comportement observé pour les spécimens SC18 et SC19, soumis à une flexion
provoquant l’ouverture de l’angle, n’est pas satisfaisant. Ces résultats montrent clai-
rement la nécessité d’un contrôle plus efficace de l’ouverture de la fissure diagonale
dans la zone d’angle (figures 5.1(b,d) et 5.8(b)). La mise en place de trois goujons
dans l’angle n’a pas permis d’obtenir un comportement efficace des spécimens car
ces derniers ont été affectés par un défaut d’ancrage. En effet, le croisement de ces
goujons avec l’armature flexionnelle donne lieu à un noeud TTT (formé uniquement
par des tirants qui se transmettent les efforts) à l’endroit où une fissure de flexion se
forme. A cause de cette fissure, l’ancrage des goujons n’est pas efficace et ne peut pas
être totalement garanti. Ce type de noeud, comme il a été confirmé par le mauvais
comportement de l’essai SC18, doit donc absolument être évité [Mut97].
– La série préliminaire d’essais a clairement démontré que la résistance et la capacité de
déformation des angles dépendent directement du type de chargement appliqué.

Tab. 5.4: Résultats de la série préliminaire d’essais : résistances mesurées et types


de rupture observés
Mmax
Qmax Mmax Mf lex
spécimen Mf lex type de rupture observé
[kN] [kN] [-] [-]
fissure diagonale dans la zone nodale
SC18 97 60.6 144.6a 0.42
(défaut d’ancrage des goujons d’angles)
fissure diagonale dans la zone nodale
SC19 59 36.9 145.8a 0.25
(absence d’armature transversale)
effort tranchant
SC20b 350 -b 145.5a -b
(à l’extérieur de la zone nodale)
flexion
SC21 347 216.9 209.8c 1.03
(écrasement de la zone comprimée)
a : Mf lex calculé avec ρ = 0.73%
b : pas d’excentricité de la charge (M = 0), calcul du rapport Mmax /Mf lex pas possible
c : Mf lex calculé avec ρ = 1.09% (pour considérér le recouvrement des armatures dans la
zone tendue [Cam11a])

118
Campagnes d’essais

(a)

400

SC20 angle
300 SC21
fermé
Q [kN]

200
angles
ouverts SC18
100
SC19
0
0 5 10 15 20 25 30 35 40
|ψrel | [mrad]

Fig. 5.8: Résultats de la série préliminaire d’essais : (a) relations mesurées entre la
charge appliquée (Q) et la valeur absolue de la rotation relative de l’angle (|ψrel |) ;
et (b) fissuration observée à la rupture des spécimens

5.2.2 Série principale d’essais

Objectifs et spécimens de la série d’essais

Les résultats de la série préliminaire d’essais ont montré qu’une étude approfondie
était nécessaire afin de trouver des détails d’armature plus adaptés à une sollicitation
d’ouverture des angles. Une nouvelle série d’essais, composée de seize spécimens obtus
(α = 125◦ ) à grande échelle (avec une hauteur de la section h = 400 mm et une épaisseur
b = 300 mm) a donc été réalisée. Les propriétés des spécimens fabriqués avec un béton à
résistance normale, avec une résistance moyenne à la compression (fcm ) comprise entre
30.8 et 42.1 MPa et un diamètre maximal des granulats dg = 16 mm, et les résultats
obtenus dans cette série d’essais sont décrits de manière détaillée dans le rapport d’es-
sai [Cam11b]. Le bâti de charge (flexion quatre points) est montré à la figure 5.9(a).
Tous les spécimens ont été soumis à une flexion (M ) provoquant l’ouverture de l’angle.
Avec ce système de mise en charge, et contrairement à la série préliminaire (voir section

119
5. Comportement d’angles de cadre soumis à une sollicitation
d’ouverture

5.2.1), aucun autre effort (V ou N ) n’agissait dans la zone nodale.

Fig. 5.9: Série principale d’essais : (a) bâti de charge et mesures effectuées ; (b) ca-
ractéristiques de l’armature constructive ; (c) détails types pour l’armature flexion-
nelle ; (d) détails types pour l’armature secondaire ; et (c) détails types pour l’ar-
mature transversale

Le seul paramètre qui a été varié entre les spécimens est le détail d’armature dans
la zone étudiée (zone nodale). Les autres caractéristiques étaient identiques pour tous
les spécimens. Les caractéristiques géométriques sont résumées dans le tableau 5.5 :
amplitude de l’angle (α), épaisseur (b) et hauteur (h) de la section et hauteur statique
de l’armature flexionnelle (d). Ce tableau résume également les surfaces d’armature
flexionnelle (As ) et d’armature transversale dans la région nodale (Aswn ) de chaque
spécimen. La quantification de la surface totale d’armature transversale est faite en
tenant compte de toutes les barres qui sont coupées par la ligne diagonale de la zone
nodale (swn ), qui est montré à la figure 5.9(c). Ce choix est fait parce que, comme il sera

120
Campagnes d’essais

démontré plus loin, c’est premièrement l’armature disposée dans cette zone qui contribue
à l’amélioration des performances des éléments testés. La longueur de la diagonale (swn ),
qui dépend de la hauteur statique du spécimen (d) et de l’amplitude de l’angle α, peut
être calculée selon :

d
swn = ³α´ (5.3)
cos
2
Sur la base de la quantité d’armature disposée dans la zone nodale, un taux d’armature
transversale peut être défini selon :

Aswn
ρwn = (5.4)
b swn
Aussi, il est utile de définir le taux mécanique d’armature transversale dans la zone nodale
(ωwn ), car la limite d’écoulement des armatures transversales (fywn ) et la résistance à
la compression du béton (fcp ) jouent également un rôle important sur le comportement
des éléments :

fywn Aswn fywn ³α´


ωwn = ρwn = cos (5.5)
fcp b d fcp 2
Les valeurs des taux d’armature flexionnelle (ω) et transversale (ωwn ) sont également
résumées dans le tableau 5.5.
L’armature flexionnelle de tous les spécimens était formée par deux barres de diamètre
22 mm, donnant un taux nominal d’armature flexionnelle ρ = 0.7% (calculé avec la
valeur nominale de la hauteur statique de l’armature d = 360 mm et sans considérer
d’éventuelles augmentations apportées par une armature secondaire). Comme montré à
la figure 5.9(b), l’armature constructive était aussi composée de deux barres continues
de diamètre 22 mm disposées dans la zone comprimée et d’une sérié d’étriers disposée
dans les zones en porte-à-faux.
Les figures 5.9(c-e) montrent les différentes types d’armature (flexionnelle, secondaire et
transversale) utilisés pour la composition du détail d’armature de chaque spécimen :
– quatre variantes ont été utilisées pour l’armature flexionnelle. Ces variantes, montrées
à la figure 5.9(c), sont nommées avec les indices B, C et D1 à D2 (ces indices sont en
relation avec ceux déjà utilisés dans la section 5.1, voir figure 5.2(a))
– Sept variantes ont été utilisées pour l’armature secondaire (le terme d’armature secon-
daire se réfère à une armature transversale ou diagonale placée dans la zone nodale).
Ces variantes, désignées avec les indices a, b et c1 à c5 (en relation aux indices de la
figure 5.2(b)), sont montrées à la figure 5.9(d).
– Trois variantes ont été utilisées pour l’armature transversale. Ces trois variantes, in-
diquées avec les indices i à iii sont montrées à la figure 5.9(e). Il faut noter que la
différence entre les variantes ii et iii (utilisées uniquement en superposition au détail
principal de type C) consiste dans la mise en place d’un goujons supplémentaire dans

121
5. Comportement d’angles de cadre soumis à une sollicitation
d’ouverture

la zone d’ancrage de chaque armature flexionnelle. L’effet de ce goujon supplémentaire


est analysé par cette série d’essais et sera discuté plus loin.

Tab. 5.5: Caractéristiques des spécimens de la série principale d’essais : type de


détail d’armature, géométrie et taux d’armature
α b h d As Aswn ω ωwn
spécimen détail
[degrés] [mm] [mm] [mm] [mm2 ] [mm2 ] [-] [-]
SC22 Cai 125 300 400 351 760 - 0.101 -
SC23 Cbi 125 300 400 351 760 - 0.100 -
SC26 D1 ai 125 300 400 359 760 - 0.097 -
SC27 D1 bi 125 300 400 355 760 - 0.099 -
SC30 D2 ai 125 300 400 354 760 - 0.098 -
SC31 D2 bi 125 300 400 359 760 - 0.097 -
SC34 Bai 125 300 400 351 760 - 0.100 -
SC35 Bbi 125 300 400 351 760 - 0.099 -
SC38 Cc1 ii 125 300 400 360 760 452 0.114 0.035
SC39 Cc1 iii 125 300 400 357 760 609 0.116 0.047
SC40 Cc2 ii 125 300 400 361 760 616 0.115 0.048
SC41 Cc2 iii 125 300 400 363 760 773 0.114 0.060
SC42 Cc3 iii 125 300 400 358 760 785 0.115 0.063
SC43 Cc4 iii 125 300 400 360 760 1062 0.115 0.082
SC44 Cc5 ii 125 300 400 363 760 616 0.114 0.048
SC45 Cc5 iii 125 300 400 360 760 773 0.115 0.061

Tab. 5.6: Caractéristiques des matériaux de la série principale d’essais


fcm a fctm b fy fyw fywn
spécimen détail
[Mpa] [Mpa] [Mpa] [Mpa] [Mpa]
SC22 Cai 40.5 3.63 515 - -
SC23 Cbi 41.1 3.63 515 - -
SC26 D1 ai 41.9 3.63 515 - -
SC27 D1 bi 41.6 3.63 515 - -
SC30 D2 ai 42.0 3.63 515 - -
SC31 D2 bi 41.7 3.63 515 - -
SC34 Bai 41.4 3.63 515 - -
SC35 Bbi 42.1 3.63 515 - -
SC38 Cc1 ii 31.3 2.53 500 568 555c
SC39 Cc1 iii 31.1 2.53 500 568 555c
SC40 Cc2 ii 30.9 2.53 500 568 560c
SC41 Cc2 iii 30.9 2.53 500 568 560c
SC42 Cc3 iii 31.0 2.53 500 568 575c
SC43 Cc4 iii 31.1 2.53 500 568 555c
SC44 Cc5 ii 30.9 2.53 500 568 560
SC45 Cc5 iii 30.8 2.53 500 568 560
a : mesurée sur cylindre le jour de l’essai
b : mesurée sur cylindre à l’âge de 28 jours
c : acier écrouis à froid (limite d’écoulement définie comme celle
pour laquelle la déformation plastique résiduelle, suite à une
décharge élastique, est égale à 0.2%.

122
Campagnes d’essais

D’avantage d’informations concernant les propriétés des détails d’armature (position,


diamètre et rayons de pliage des barres) sont données aux figures 5.10 et 5.11. Le tableau
5.6 résume les caractéristiques des matériaux : les résistances moyennes à la compression
(fcm ) et à la traction (fctm ) du béton ainsi que les limites d’écoulement de l’armature
flexionnelle (fy ), de l’armature transversale (fyw ) et de l’armature transversale de la
zone nodale (fywn ).
Avec les seize spécimens composant cette série d’essais, différents paramètres ont été
analysés. Une description détaillée de tous ces paramètres et de toutes les comparaisons
effectuées peut être consultée dans le rapport d’essais [Cam11b]. Les seize spécimens
étaient partagés en deux groupes de huit visant à des objectifs distincts :
– l’objectif du premier groupe (composé par les spécimens SC22-23, SC26-27, SC30-
31 et SC34-35, voir figure 5.10) était d’étudier l’effet de la géométrie de l’armature
flexionnelle et d’identifier une disposition d’armature permettant des performances
satisfaisantes. La recherche de ces performances a été faite sans l’ajout d’armatures
supplémentaires dans la zone nodale. Le comportement de quatre géométries diffé-
rentes de l’armature flexionnelle a été analysé (types B, C et D1 à D2 respectivement
dans les spécimens SC34, SC22, SC26 et SC30, voir figures 5.9(c) et 5.10). De plus,
l’effet d’une armature diagonale placée dans la zone nodale (armature secondaire de
type b, voir figure 5.9(d)) a été étudié pour chacune de ces quatre géométries (avec les
spécimens SC35, SC23, SC27 et SC31, voir figure 5.10).
– L’objectif du deuxième groupe (composé par les spécimens SC38-45, voir figure 5.11)
était d’étudier l’effet d’une armature secondaire (transversale, type c) placée dans la
zone nodale. Cet effet a été étudié uniquement pour le détail d’armature flexionnelle
de type C, déjà utilisé pour les spécimens SC22 et SC23 qui représentent donc des
essais de référence. Cette solution d’armature (type Cc) c’est déjà montrée appro-
priée dans le cas d’une sollicitation de fermeture de l’angle [Cam10, Cam11a] (voir
section 5.2.1). Comme déjà mis en avant précédemment, ce détail montre un potentiel
d’amélioration intéressant pour des angles d’amplitude α > 90◦ munis d’une armature
secondaire dans la zone nodale et soumis à une sollicitation d’ouverture. Le but de ce
deuxième groupe de spécimens était donc d’identifier des solutions d’armature pour
améliorer le comportement du détail type C face à une sollicitation d’ouverture de
l’angle. L’atteinte de cet objectif permettrait l’utilisation du même détail d’armature
indépendamment du type de chargement, ce qui pourrait s’avérer très utile en cas de
sollicitations cycliques de la structure [Ang99, Cot94, Mcc95]. Différents types d’arma-
ture secondaire ont été analysés avec ces huit spécimens (armature secondaire de type
c1 à c5 couplée avec une armature transversale de type ii à iii, voir figures 5.9(d-e) et
5.11). Il faut souligner que avec les variantes proposées, la formation problématique
de noeuds TTT [Mut97] a été évitée.

123
5. Comportement d’angles de cadre soumis à une sollicitation
d’ouverture

Fig. 5.10: Spécimens du premier groupe de la série principale d’essais : caracté-


ristiques du détail d’armature dans la zone nodale (position, diamètre et rayon de
pliage des barres) et fissuration observée à la rupture

Discussion des résultats

Les figures 5.10 et 5.11 montrent l’état de fissuration observé à la rupture des spéci-
mens. Les résistances obtenues (Mmax ) sont résumées dans le tableau 5.7. Les courbes
montrant la relation entre le moment de flexion introduit (M ) et la rotation relative
de l’angle (ψrel ) sont données pour chaque spécimen aux figures 5.12(a-p). Dans ces
figures, la rotation relative mesurée dans la zone nodale (ψrel,n ) peut être comparée à
la rotation relative mesurée aux extrémités (ψrel,e ). Cette dernière est logiquement plus
grande car elle est influencée par toutes les fissures (comprenant également les fissures
dans les deux parties en porte-à-faux du spécimen). La comparaison de ces deux courbes
(M − ψrel,n et M − ψrel,e ) permet d’identifier l’endroit où les fissures plus importantes
se sont développées. En effet, deux courbes présentant la même allure mettent en avant
que les fissures se sont développées principalement dans la zone nodale (zone étudiée des

124
Campagnes d’essais

Fig. 5.11: Spécimens du deuxième groupe de la série principale d’essais : caracté-


ristiques du détail d’armature dans la zone nodale (position, diamètre et rayons de
pliage des barres) et fissuration observée à la rupture

spécimens). Au contraire, un changement d’allure entre les deux courbes (observé pour
les spécimens SC35, SC41, SC42, SC43 et SC45, voir figures 5.12(h,l-n,p)) indique que
des fissures conséquentes se sont développées à l’extérieur de la zone étudiée. Dans ces
cas, il est fort probable que la zone nodale était affectée par un faible endommagement,
ce qui indique un bon comportement du spécimen.
L’appréciation des performances de chaque détail d’armature peut ce faire par un en-
semble d’indicateurs attestant à la fois la résistance, la capacité de déformation et les
caractéristiques de la fissuration dans la zone nodale du spécimen :

– les performances des spécimens en termes de résistance peuvent être quantifiées par
le rapport Mmax /Mf lex entre le moment maximal introduit dans le spécimen avant la
rupture (Mmax ) et la résistance théorique de flexion (Mf lex ) calculée selon l’équation
5.2. Un rapport Mmax /Mf lex ≥ 1 indique que l’écoulement des armatures flexion-

125
5. Comportement d’angles de cadre soumis à une sollicitation
d’ouverture

nelles a été atteint, tandis qu’une valeur sensiblement inférieure à 1 indique une faible
résistance du spécimen. Les valeurs obtenues sont résumées dans le tableau 5.7.
– Les performances des spécimens en termes de capacité de déformation peuvent être
quantifiées par le rapport entre le moment M∆20 et le moment M∆0 . Le moment M∆0
indique le point à partir duquel un changement considérable de la rigidité du spéci-
men est observé (à cause de l’écoulement des armatures ou d’un fort endommagement
dû à la localisation des déformations dans la zone nodale). En ce point, la rotation
relative ψrel,e présente une augmentation plus rapide. Sa position est montrée dans
les graphiques de la figure 5.12 par une ligne verticale trait-tillée. Il faut noter que, en
cas de rupture à caractère fragile, ce point peut ne pas être observé. Dans ces cas, la
valeur du moment M∆0 est considérée égale à Mmax .
Le moment M∆20 est par contre le moment résidu dans le spécimen suite à un incré-
ment de la rotation relative (ψrel,e ) de 20 mRad à partir du point décrit précédemment.
Un rapport M∆20 /M∆0 ≈ 1 indique donc une grande capacité de déformation, tandis
q’une valeur sensiblement inférieure à 1 indique une faible capacité de déformation et
une valeur égale à 0 indique une rupture très fragile. Les valeurs obtenues pour chaque
spécimen sont résumées dans le tableau 5.7.
– Les performances des spécimens peuvent également être appréciées en analysant les
caractéristiques de la fissuration dans la zone nodale. En effet, une fissuration étendue
de la zone nodale indique un comportement insatisfaisant du spécimen. Les mesures
photogrammétriques effectuées lors des essais [Cam11b] (figure 5.9(a)) peuvent être
utilisées pour décrire la fissuration de la zone nodale. En particulier, il est intéressant
de connaı̂tre et de comparer l’ouverture maximale (wmax , donnant l’image de la loca-
lisation des fissures) et l’ouverture moyenne (wavg , donnant l’image de l’étendue des
fissures dans la zone nodale) des fissures de chaque spécimen. Les valeurs mesurées
sont indiquées aux figures 5.10 et 5.11 et dans le tableau 5.7. Ces valeurs ont été enre-
gistrées à un niveau de charge correspondant à M∆0 . La valeur moyenne de l’ouverture
des fissures (wavg ) a été calculée en considérant uniquement les triangles du réseaux
de photogrammétrie où une fissure a été enregistrée.

126
Campagnes d’essais

(a) (b) (c) (d)


150

120 Mf lex Mf lex Mf lex Mf lex


M [kNm]

90
SC22 (Cai) SC23 (Cbi) SC26 (D1 ai) SC27 (D1 bi)
60

30 ψrel,n ψrel,n ψrel,n ψrel,n


ψrel,e ψrel,e ψrel,e ψrel,e
0
(e) (f) (g) (h)
150

120 Mf lex Mf lex Mf lex Mf lex


M [kNm]

90
SC30 (D2 ai) SC31 (D2 bi) SC34 (Bai) SC35 (Bbi)
60

30 ψrel,n ψrel,n ψrel,n ψrel,n


ψrel,e ψrel,e ψrel,e ψrel,e
0
(i) (j) (k) (l)
150

120 Mf lex Mf lex Mf lex Mf lex


M [kNm]

90
SC38 Cc1 ii SC39 (Cc1 iii) SC40 (Cc2 ii) SC41 (Cc2 iii)
60

30 ψrel,n ψrel,n ψrel,n ψrel,n


ψrel,e ψrel,e ψrel,e ψrel,e
0
(m) (n) (o) (p)
150

120 Mf lex Mf lex Mf lex Mf lex


M [kNm]

90
SC42 (Cc3 iii) SC43 (Cc4 iii) SC44 (Cc5 ii) SC45 (Cc5 iii)
60

30 ψrel,n ψrel,n ψrel,n ψrel,n


ψrel,e ψrel,e ψrel,e ψrel,e
0
0 25 50 75 100 0 25 50 75 100 0 25 50 75 100 0 25 50 75 100
ψrel [mrad] ψrel [mrad] ψrel [mrad] ψrel [mrad]

Fig. 5.12: Résultats de la série principale d’essais : (a-p) relations mesurées entre
le moment de flexion introduit (M ) et la rotation relative de l’angle (ψrel )

127
5. Comportement d’angles de cadre soumis à une sollicitation
d’ouverture

Tab. 5.7: Résultats de la série principale d’essais : résistances mesurées et valeurs


des indicateurs pour l’appréciation des performances
Mmax M∆20
ωwn Mf lex Mmax wmax wavg
spécimen détail Mf lex M∆0
[-] [kNm] [kNm] [-] [-] [mm] [mm]
SC22 Cai - 130.5 47.3 0.36 0.00 0.8 0.1
SC23 Cbi - 130.5 62.2 0.48 0.00 0.7 0.1
SC26 D1 ai - 133.7 107.6 0.80 0.00 2.9 0.3
SC27 D1 bi - 132.1 123.6 0.94 0.00 2.5 0.4
SC30 D2 ai - 131.8 57.8 0.44 0.78 4.3 0.3
SC31 D2 bi - 133.7 118.6 0.89 0.91 5.0 0.5
SC34 Bai - 130.6 113.5 0.87 1.01 5.6 0.3
SC35 Bbi - 130.6 134.0 1.03 1.04 1.5 0.3
SC38 Cc1 ii 0.035 129.0 110.3 0.85 0.00 3.2 0.2
SC39 Cc1 iii 0.047 127.9 108.7 0.85 0.00 3.4 0.4
SC40 Cc2 ii 0.048 129.4 105.9 0.82 0.00 2.8 0.3
SC41 Cc2 iii 0.060 130.1 131.8 1.01 1.03 1.9 0.2
SC42 Cc3 iii 0.063 128.2 127.3 0.99 1.05 2.3 0.2
SC43 Cc4 iii 0.082 129.0 128.7 1.00 1.03 1.8 0.2
SC44 Cc5 ii 0.048 130.1 118.4 0.91 0.86 3.0 0.5
SC45 Cc5 iii 0.061 129.0 123.3 0.96 1.05 1.3 0.2

En analysant les courbes M -ψrel (figures 5.12(a-p)) et en tenant compte de tous les
indicateurs de la performance des spécimens (Mmax /Mf lex , M∆20 /M∆0 , wmax et wavg ,
voir tableau 5.7) les considérations suivantes peuvent être faites :

– les géométries alternatives proposées pour l’armature flexionnelle (types B, D1 et D2 )


ont permis d’améliorer les performances des éléments par rapport à la géométrie de
référence de type C. Ceci se remarque par la comparaison des spécimens SC22, SC26,
SC30 et SC34 montrée à la figure 5.13(a). Cependant, les comportements observés
restent insatisfaisants car toutes les ruptures se sont produites avant l’écoulement de
l’armature flexionnelle (Mmax /Mf lex < 1) et avec un grand endommagement de la zone
étudiée (se référer aux valeurs de wmax et wavg ). Les détails types Bai (spécimen SC34)
et D1 ai (SC26) ont garanti les meilleures performances, tandis que les détails types
Cai (SC22) et D2 ai (SC30) ont montré des performances largement insatisfaisantes
(Mmax /Mf lex ¿ 1).
– L’effet d’une armature diagonale dans la zone nodale a été bénéfique en termes de ré-
sistance et de capacité de déformation pour toutes les quatre géométries de l’armature
flexionnelle (figure 5.13(b)). Ceci a été particulièrement vrai pour les détails types
D1 bi (SC27), D2 bi (SC31) et Bbi (SC35). En effet, ces trois spécimens ont montré
des résistances très proches (SC27 et SC31) ou égales (SC35) à la résistance plastique
(Mf lex ). Cependant, les comportements observés restent insatisfaisants, en particulier
car la capacité de déformation observée reste faible (M∆20 /M∆0 < 1, excepté par le
spécimen SC35) et car la fissuration observée dans la zone nodale est relativement
conséquente. L’incrément d’efficacité observé pour le détail Cbi (spécimen SC23, avec
armature diagonale), comparé au détail Cai (SC22, sans armature diagonale), a par

128
Campagnes d’essais

contre été limité et la rupture observée demeure à caractère fragile (Mmax /Mf lex ¿ 1
et M∆20 /M∆0 = 0). Il est intéressant de souligner l’importante augmentation de ré-
sistance observée avec le détail D2 bi (spécimen SC31, avec armature diagonale) en
comparaison au détail D2 ai (spécimen SC30 sans armature diagonale). Ce dernier est
en effet très sensible à la position effective des armatures de flexion. En effet, à cause
de la géométrie de la boucle de pliage, un petit défaut de mise en place peut amener à
un très mauvais contrôle de la fissure de flexion qui se développe au centre du spécimen
(figure 5.10). Par contre, si une armature diagonale est mise en place (D2 bi, SC31),
le comportement de ce détail est moins sensible et ce rapproche de celui observé pour
le détail type D1 (spécimens SC26-27, avec des boucles plus amples) et B (SC34-35,
avec des armatures bien ancrées).
– En général, l’ajout d’une armature secondaire à l’armature flexionnelle de type C (spé-
cimens SC38-45 en comparaison au spécimen SC22) a permis une grande augmentation
des performances du détail. Ceci est montré à la figure 5.13(c) et peut également se
voir dans le tableau 5.7. Ces résultats montrent que l’efficacité du détail type C peut
être améliorée sensiblement si une armature supplémentaire est disposée dans la zone
nodale pour le contrôle de la fissuration et pour permettre une déviation plus efficace
des bielles de la zone comprimée.
– Plusieurs solutions ont été investiguées pour la composition de l’armature secon-
daire [Cam11b] : avec des épingles de nombre et de diamètre variable (type c1 à c4 ,
voir figure 5.9(d)), avec des armatures munies de tête d’ancrage (type c5 , voir figure
5.9(d)) et avec un nombre variable de goujons transversaux (type ii à iii, voir figure
5.9(e)). Malgré ce fait, un seul paramètre semble montrer une influence importante sur
les performances des spécimens. Il s’agit de la quantité d’armature transversale dispo-
sée dans la zone nodale (qui peut être représentée par le taux mécanique d’armature
transversale ωwn , voir équation 5.5). En effet, si toutes les armatures secondaires sont
suffisamment ancrées (ce qui a été le cas pour les spécimens SC38-45, en particulier
car les noeuds TTT [Mut97] on été évités), la quantité totale d’armature transversale
se montre plus importante que ses caractéristiques (géométrie et position). Ceci peut
être démontré par l’analyse de trois couples de spécimens. Ces trois comparaisons
sont mises en avant à la figure 5.14. La première concerne deux spécimens avec un
taux d’armature transversale identique (ωwn = 0.048). Il s’agit des spécimens SC39
(détail type Cc1 iii, avec un goujon supplémentaire dans la zone d’ancrage de l’arma-
ture flexionnelle) et SC40 (détail type Cc2 ii, sans goujons disposés dans cette position
particulière). Comme montré par la figure 5.14(a), les performances des deux spéci-
mens ne montrent pas de différences significatives. Par contre, la comparaison de la
figure 5.14(b) entre les spécimens SC40 (Cc2 ii, sans goujon, ωwn = 0.048) et SC41
(Cc2 iii, avec goujon, ωwn = 0.06) montre des différences importantes. En effet, une
amélioration conséquente des performances se remarque grâce à l’augmentation du
taux d’armature transversale (ωwn de 0.048 à 0.06). Aussi, la comparaison de la figure
5.14(c) entre les spécimens SC44 (Cc5 ii, sans goujon, ωwn = 0.048) et SC45 (Cc5 iii,

129
5. Comportement d’angles de cadre soumis à une sollicitation
d’ouverture

avec goujon, ωwn = 0.061) montre la même tendance, en particulier car le spécimen
SC45 montre une capacité de déformation supérieure. Ces observations permettent
de conclure que les goujons disposés à l’endroit de la zone d’ancrage de l’armature
flexionnelle sont plus importants dans le fait qu’ils augmentent le taux d’armature
transversale (∆ωwn ≈ 0.012) que pour le fait de leur position particulière.
La figure 5.15 confirme que la valeur de ωwn est fondamentale pour les performances
de la zone nodale en termes de résistance et de capacité de déformation. En effet, la
figure 5.15(a) montre un comportement non optimal des spécimens avec un faible taux
mécanique d’armature transversale (ωwn ≤ 0.048, spécimens SC38-40 et SC44), tandis
que la figure 5.15(b) montre un comportement satisfaisant des spécimens avec un taux
d’armature plus élevé (ωwn ≥ 0.06, spécimens SC41-43 et SC45). Il faut aussi noter
que l’augmentation du taux mécanique d’armature transversale au delà de ωwn = 0.06
(SC43, ωwn = 0.082), n’a pas amélioré la réponse de l’élément. Cette augmentation
n’est donc pas nécessaire, au moins pour des spécimens similaires a ceux investigués
(avec un taux mécanique d’armature flexionnelle ω ≈ 0.115).

(a) (b) (c)


150
Mf lex Mf lex Mf lex

120 SC34 (Bai)


SC35 (Bbi)
M [kNm]

90 SC26 (D1 ai)


SC38 à SC45

60 SC30 (D2 ai)


SC27 (D1 bi) SC31 (D2 bi)

30 SC22 (Cai) SC23 (Cbi) SC22 (Cai)

0
0 25 50 75 100 0 25 50 75 100 0 25 50 75 100
ψrel,e [mrad] ψrel,e [mrad] ψrel,e [mrad]

Fig. 5.13: Comparaison des résultats de la série principale d’essais : (a) effet
du type de détail d’armature flexionnelle (types B, C, D1 et D2 ) ; (b) effet de
l’armature diagonale (type b) ; et (c) effet d’une armature secondaire (types c1 à
c5 , ii et iii) superposée au détail type C

130
Analyse et dimensionnement des angles basés sur la borne inférieure de la théorie de la
plasticité

(a) (b) (c)


150
Mf lex Mf lex Mf lex
SC45 (Cc5 iii)
120
SC41 (Cc2 iii)
SC39 (Cc1 iii)
M [kNm]

90 SC44 (Cc5 ii)

60 SC40 (Cc2 ii) SC40 (Cc2 ii)

30

0
0 25 50 75 100 0 25 50 75 100 0 25 50 75 100
ψrel,e [mrad] ψrel,e [mrad] ψrel,e [mrad]

Fig. 5.14: Effet du goujon supplémentaire dans la zone d’ancrage de l’armature


flexionnelle : (a) spécimens avec un taux mécanique d’armature transversale iden-
tique (ωwn = 0.048) ; et (b-c) spécimens avec des taux mécaniques d’armature
transversale différents (ωwn = 0.048 et ωwn = 0.06)

(a) (b)
ωwn ≤ 0.048 ωwn ≥ 0.06
150
Mf lex Mf lex
SC44 (Cc5 ii) SC42 (Cc3 iii)
120
M [kNm]

90 SC39 (Cc1 iii) SC43 (Cc4 iii)

SC41 (Cc2 iii)


60 SC40 (Cc2 ii)
SC38 (Cc1 ii) SC45 (Cc5 iii)

30
SC22 (Cai) SC22 (Cai)
0
0 25 50 75 100 0 25 50 75 100
ψrel,e [mrad] ψrel,e [mrad]
Fig. 5.15: Effet du taux mécanique d’armature transversale : (a) spécimens avec
ωwn ≤ 0.048 ; et (b) spécimens avec ωwn ≥ 0.06

5.3 Analyse et dimensionnement des angles basés sur la


borne inférieure de la théorie de la plasticité
5.3.1 Analyse des angles avec la méthode des champs de contraintes
élastiques-plastiques
L’analyse des régions de discontinuité [Sch87] peut généralement être abordée par la
méthode des champs de contraintes ou par la méthode des bielles-et-tirants. Ces deux
méthodes se basent sur la borne inférieure de la théorie de la plasticité [Sch87, Leo74,
Mut97, Fer07a, Kos09]. En particulier, la méthode des champs de contraintes élastiques-
plastiques [Fer07a] (EPSF, voir chapitre 2) permet de déterminer un champ de contraintes

131
5. Comportement d’angles de cadre soumis à une sollicitation
d’ouverture

licite, en équilibre statique avec les forces extérieures, tenant compte des propriétés plas-
tiques des matériaux et de l’influence négative de la fissuration sur la résistance à la
compression du béton [Vec86, Fer07a, Mut97]. Si les conditions de base pour le déve-
loppement d’un champ de contrainte sont respectées, en particulier la disposition d’une
armature minimale pour le contrôle de la fissuration [Fer07a, Mut97], la méthode des
EPSF est généralement un outil pratique et fiable pour l’analyse du comportement d’élé-
ments en béton armé. Sa pertinence pour l’étude du comportement des zones d’angle,
soumis à des sollicitations d’ouverture, nécessite toutefois d’être encore validée. Un rap-
pel des principes de la méthode, qui implémente toutes les hypothèses de base de la
théorie des champs de contraintes [Sch87, Leo74, Mut97, Fer07a, Kos09], est donné dans
la suite (d’avantage de détails peuvent être trouvés dans le chapitre 2) :
– le comportement du béton est modélisé par une loi rigide-parfaitement plastique en
compression en négligeant sa résistance à la traction. La résistance plastique à la
compression de chaque élément de béton dépend de sa résistance uni-axiale à la com-
pression (fcm ) et de la déformation latérale associée (considérée par le coefficient ηε ,
voir équation 2.4).
– Le comportement de l’acier en traction et en compression est modélisé par une loi
élastique-plastique (avec éventuellement un comportement écrouissant après l’écoule-
ment).
– Une adhérence parfaite est considérée entre l’acier et le béton.
– La direction des contraintes principales est considérée identique à celle des déforma-
tions principales. L’engrènement des granulats est donc négligé.
Ce programme de calcul se distingue par le nombre très limité de paramètres requis et
pour leur claire signification physique. En effet, les seuls paramètres nécessaires sont la
résistance plastique à la compression (fcp ) et le module élastique (Ec ) du béton ainsi
que la limite d’écoulement (fy ) et les modules élastique (Es ) et d’écrouissage (Esh ) de
l’acier.

Validation de la méthode

Les spécimens testés dans la série préliminaire d’essais (section 5.2.1) ainsi que dans
la série principale d’essais (section 5.2.2) ont été analysés avec la méthode des EPSF.
Les résultats obtenus sont synthétisés dans le tableau 5.8. La figure 5.16 montre une
comparaison entre les modes de rupture observés dans les quatre spécimens de la série
préliminaire d’essais et ceux prédits par la méthode des EPSF. Le même type de com-
paraison est présenté à la figure 5.17 pour une sélection de quatre spécimens de la série
principale d’essais.

132
Analyse et dimensionnement des angles basés sur la borne inférieure de la théorie de la
plasticité

Fig. 5.16: Analyse des spécimens de la série préliminaire d’essais : (a) fissuration
observée à la rupture des spécimens ; et (b) résultats du calcul avec la méthode des
EPSF

133
5. Comportement d’angles de cadre soumis à une sollicitation
d’ouverture

Fig. 5.17: Analyse des spécimens de la série principale d’essais. Comparaison entre
la fissuration observée à la rupture des spécimens et les résultats du calcul avec la
méthode des EPSF : (a) spécimen SC22 ; (b) SC27 ; (c) SC38 ; et (d) SC42

134
Analyse et dimensionnement des angles basés sur la borne inférieure de la théorie de la
plasticité

En général, tous les modes de rupture ont été correctement identifiés avec la méthode
des EPSF. Les figures 5.16 et 5.17 mettent en avant une parfaite correspondance entre
les modes de rupture observés et ceux prédits par cette analyse. Cette similitude est
d’autant plus évidente si l’on compare la fissuration observée dans les essais avec les
champs de la valeur du coefficient ηε [Fer07a] (coefficient de réduction de la résistance à
la compression du béton en fonction de la fissuration transversale, voir section 2.2.3), qui
traduit l’endommagement des éléments à la rupture. Pour ce qui concerne les prévisions
des résistances, l’analyse des résultats doit se faire en classant les spécimens en groupes
présentant des caractéristiques similaires (tableau 5.8) :

– le spécimen SC18 ne peut en principe pas être analysé avec la méthode des EPSF. En
effet, cet essai a été caractérisé par un défaut d’ancrage des goujons disposés dans la
zone nodale [Cam11a] (noeud TTT [Mut97]), mais la méthode des EPSF considère
une adhérence parfaite entre acier et béton. Ce mode de rupture ne peut donc pas être
correctement identifié. Le défaut d’ancrage peut cependant être modélisé à posteriori,
suivant les propositions de Fernández et al. [Fer11]. Ceci se fait par l’utilisation d’une
limite d’écoulement réduite pour les goujons d’angle, qui considère la géométrie et
la position de la fissure critique (fissure diagonale, voir figure 5.16(a)) par rapport à
celles des têtes d’ancrage des goujons concernés par le défaut d’ancrage.
– Le résultat de l’analyse faite pour le spécimen SC30 n’a pas beaucoup d’intérêt. En ef-
fet, la faible résistance observée pour ce spécimen était tout probablement (l’existence
d’un défaut dans l’emplacement de l’armature n’a pas été prouvée après la rupture)
due à la sensibilité du détail principal à la position réelle de l’armature (armature de
flexion type D1 ). La méthode des EPSF ne tient pas compte de cette problématique.
– Pour les spécimens SC19 et SC22-23, avec un détail principal de type C et sans
armature transversale dans la zone nodale, la méthode des EPSF n’est en principe
pas applicable à cause de l’absence d’une armature minimale pour le contrôle de
la fissuration. Dans ces cas, les résultats peuvent donc être sensibles à la taille des
éléments finis utilisés pour le calcul. Les résultats de l’analyse de ces spécimens (qui
ont montré des mauvaises performances en termes de résistance, moyenne du rapport
Mmax /Mf lex = 0.36) sont conservatifs car leur comportement est fortement influencé
par la résistance à la traction du béton, qui est négligée par la méthode des EPSF.
– L’analyse avec la méthode des EPSF devient applicable pour les spécimens SC38-40 et
SC44, même qu’ils disposent d’un taux limité d’armature transversale (ωwn ≤ 0.048).
Ceci est également vrai pour les spécimens SC26-27, SC31 et SC34-35, sans aucune
armature transversale mais qui disposent d’une armature de flexion en forme de boucle
(offrant un bon confinement de la zone nodale) ou suffisamment ancrée. Tous ces
spécimens ont présenté des performances similaires, avec une moyenne du rapport
Mmax /Mf lex = 0.89. L’applicabilité de la méthode des EPSF est aussi garantie pour
les spécimen SC20, car une armature minimale était disposée dans la partie externe
à sa zone nodale, où une rupture à l’effort tranchant a été observée. Les résultats

135
5. Comportement d’angles de cadre soumis à une sollicitation
d’ouverture

de l’analyse de ces six éléments avec la méthode des EPSF sont plutôt satisfaisants,
avec une moyenne du rapport Mmax /Mepsf entre la résistance mesurée (Mmax ) et
la résistance prédite (Mepsf ) égale à 0.95 et avec une faible dispersion des résultats
(coefficient de variation de 7%).
– Pour les spécimens restant (SC41-43 et SC45), qui disposent d’un taux d’armature
transversale suffisant (ωwn ≥ 0.06), la méthode des EPSF est applicable sans res-
trictions. Pour ces éléments qui ont présenté un comportement ductile (moyenne du
rapport Mmax /Mf lex = 0.99), les prédictions de résistance sont très satisfaisantes
(moyenne du rapport Mmax /Mepsf = 1.01 et coefficient de variation de 2%). Un ré-
sultats similaire a été obtenu pour le spécimen soumis à un sollicitation de fermeture
de l’angle (SC21).

Tab. 5.8: Résultats de l’analyse des spécimens avec la méthode des EPSF
Mmax Mmax
ωwn Mf lex Mmax Mepsf moy CoV
spécimen détail Mf lex Mepsf
[-] [kNm] [kNm] [kNm] [-] [-] [-] [-]
SC18a (Cciii) 0.036 144.6 60.6 66.9 0.42 0.91
SC30b D2 ai - 131.8 57.8 107.5 0.44 0.54
SC19 (Cai) - 145.8 36.9 29.4 0.25 1.26
SC22 Cai - 130.5 47.3 30.0 0.36 1.58 1.50 0.14
SC23 Cbi - 130.5 62.2 37.5 0.48 1.66
SC20c (Cciii) 0.035 145.5 350.0c 389.0c -c 0.90c
SC38 Cc1 ii 0.035 129.0 110.3 112.5 0.86 0.98
SC39 Cc1 iii 0.047 127.9 108.7 122.5 0.85 0.89
SC40 Cc2 ii 0.048 129.4 105.9 125.0 0.82 0.85
SC44 Cc5 ii 0.048 130.1 118.4 122.5 0.91 0.97
0.95 0.07
SC26 D1 ai - 133.7 107.6 117.5 0.80 0.92
SC27 D1 bi - 132.1 123.6 127.5 0.94 0.97
SC31 D2 bi - 133.7 118.6 127.5 0.89 0.93
SC34 Bai - 130.6 113.5 107.5 0.87 1.06
SC35 Bbi - 130.6 134.0 127.5 1.03 1.05
SC21 (Cciii) 0.033 209.8 216.9 215.0 1.03 1.01
SC41 Cc2 iii 0.060 130.1 131.8 127.5 1.01 1.03
SC42 Cc3 iii 0.063 128.2 127.3 127.5 0.99 1.00 1.01 0.01
SC43 Cc4 iii 0.082 129.0 128.7 127.5 1.00 1.01
SC45 Cc5 iii 0.061 129.0 123.3 125.0 0.96 0.99
a : défaut d’ancrage des goujons d’angles [Cam11a] (méthode des EPSF pas applicable)
b : sensibilité aux défauts de mise en place de l’armature (méthode des EPSF pas appli-
cable)
c : pas d’excentricité de la charge (M = 0), Qmax et Qepsf [kN] au lieu de Mmax et Mepsf
[kNm], calcul du rapport Mmax /Mf lex pas possible

L’analyse effectuée pour les vingt spécimens a confirmé la qualité et la pertinence des
résultats obtenus par la méthode des EPSF pour l’étude systématique du comportement
des zones nodales soumises à une sollicitation d’ouverture de l’angle. Pour cette raison, en
se référant à un détail d’armature principale de type C, il est envisageable d’utiliser cette
méthode pour le calcul du taux mécanique minimal d’armature transversale (ωwn,min )

136
Analyse et dimensionnement des angles basés sur la borne inférieure de la théorie de la
plasticité

à mettre en place dans la zone nodale :

fywn Aswn,min fywn Aswn,min fywn ³α´


ωwn,min = ρwn,min = = cos (5.6)
fcp b swn fcp bd fcp 2
Ce taux minimal est défini comme celui nécessaire à garantir l’écoulement de l’armature
flexionnelle avant que toutes autres ruptures interviennent dans la zone nodale. Sa va-
leur en fonction du taux mécanique d’armature flexionnelle (ω) a été calculé pour les
spécimens du deuxième groupe de la série principale d’essais (SC38-45, détail type Cc)
et pour d’autres essais disponibles dans la littérature (détail type Cc [Kor76, May72] ou
Cd [May72]). La démarche utilisée pour cette étude sera décrite plus loin. Les résultats de
cette étude sont montrés aux figures 5.18(a-d). Les courbes de ces graphiques définissent
le taux minimal ωwn,min calculé tandis que les points représentent les résultats des essais.
Comme il est visible, tous les essais se trouvant au-dessus des courbes ont montré des
ruptures ductiles (Mmax /Mf lex ≥ 0.95) alors que les essais se trouvant au-dessous ont
présenté des ruptures prématurées, à caractère plutôt fragile. Ces résultats confirment
ultérieurement la pertinence de la méthode des EPSF pour l’analyse systématique de ce
type d’éléments.

(a) (b)
0.20
Efficacité des
essais de Campana essais de Kordina
α = 125◦ α = 140◦ spécimens:
0.15 h = 400 mm h = 125 mm
Mmax
≥ 0.95
ωwn,min [-]

Mf lex
EPSF
0.10 Mmax
0.85 ≤ < 0.95
SC43 Mf lex
SC41,42,45 Mmax
0.05 SC39,40,44 T4
Mf lex
< 0.85
SC38
T3
0.00
0.00 0.10 0.20 0.30 0.00 0.10 0.20 0.30
(c) (d)
ω [-] ω [-]
0.20
Efficacité des
essais de Mayfield essais de Mayfield
α = 90◦ α = 90◦ spécimens:
0.15 h = 200 mm h = 200 mm
Mmax
≥ 0.95
ωwn,min [-]

Mf lex
0.10 Mmax
0.85 ≤ < 0.95
13B Mf lex
12 13A
Mmax
0.05 11 Mf lex
< 0.85

10

0.00
0.00 0.10 0.20 0.30 0.00 0.10 0.20 0.30
ω [-] ω [-]
Fig. 5.18: Résultats du calcul du taux mécanique minimal d’armature transversale
(ωwn,min ) et comparaison avec des essais existants : (a) essais de Campana et Mut-
toni [Cam11b] ; (b) essais de Kordina [Kor76] ; et (c-d) essais de Mayfield [May72] ;
(d)

137
5. Comportement d’angles de cadre soumis à une sollicitation
d’ouverture

5.3.2 Dimensionnement des angles avec des modèles bielles-et-tirants

La méthode des ESPF est un outil adapté pour l’étude raffinée du comportement des
zone nodales. Cependant, son utilisation n’est pas toujours aisée et ne se justifie pas
dans des phases préliminaires de conception d’ouvrages. Dans ces cas, il est préférable
d’utiliser des modèles des champs de contraintes rigides-plastiques [Mut97, Kos09] ou
des modèles bielles-et-tirants [Sch87, Leo74, Mut97]. Ces derniers s’adaptent mieux au
degré de détail requis dans ces phases de la conception.
Dans la suite, le comportement réel d’un élément ayant un détail d’armature de type Cc
(figure 5.19(a)) est décrit en combinant deux modèles bielles-et-tirants isostatiques :
– le premier modèle, présenté à la figure 5.19(b), ne dispose d’aucune armature transver-
sale. La déviation de la bielle comprimée se fait donc entièrement au niveau des zones
d’ancrage de l’armature flexionnelle par le biais de noeuds CCT. Comme démontré
par la campagne expérimentale (section 5.2) ainsi que par les essais existants dans la
littérature (section 5.1), ce système de déviation des efforts intérieurs conduit à des
performances limitées et à des ruptures prématurées à caractère fragile. En particulier,
la formation d’une fissure diagonale où les déformations se localisent est observée dans
la zone nodale.
– Le deuxième modèle, présenté à la figure 5.19(c), prévoit que toute la déviation de
la bielle comprimée se fait à l’intérieur de la zone nodale par le biais d’une armature
transversale (noeuds CCT). Ainsi, le tirant transversal de la figure 5.19(c), avec une
inclinaison égale à α/2, représente la résistance à la traction garantie par la moitié
de l’armature transversale (figure 5.19(a)). Si l’ancrage de l’armature transversale est
garantit, ce mode de fonctionnement se révèle très efficace, permettant une déviation
progressive des bielles de la zone comprimée. De plus, il permet de réaliser cette
déviation à l’extérieur de la zone majeurement fissurée, ce qui est préférable.

Les forces internes de la zone tendue (Fs ) et de la zone comprimée (Fc ≡ Fs ) peuvent
donc être déviées avec une contribution simultanée du premier (ξ Fs ) et du deuxième
((1 − ξ) Fs ) modèle (voir respectivement les figures 5.19(b) et 5.19(c)). Le comportement
réel de l’élément est donc représenté par le modèle bielles-et-tirants hyperstatique de la
figure 5.19(d). Basée sur un modèle bielles-et-tirants, le but de l’étude est, tout comme
celle effectuée dans la section 5.3.1 pour le calcul du taux mécanique minimal d’armature
transversale (ωwn,min ), d’éviter des ruptures prématurées au niveau de la zone nodale se
produisant avant l’écoulement de l’armature flexionnelle. Pour cette raison, l’intensité
maximale de la force de compression à dévier peut être décrite par :

Fc ≡ Fs = As fy = ω fcp b d (5.7)

Si l’on considère les conditions d’équilibre exprimées aux équations 5.8 et 5.9 et établies
sur la base du modèle bielles-et-tirants de la figure 5.19(c), la force sollicitant chaque
tirant transversal de la zone nodale (Fwn ) peut être calculée selon l’équation 5.10.

138
Analyse et dimensionnement des angles basés sur la borne inférieure de la théorie de la
plasticité

Fig. 5.19: Modèle bielles-et-tirants pour le dimensionnement d’angles soumis à


une sollicitation d’ouverture et avec un détail d’armature de type Cc : (a) caracté-
ristiques du détail d’armature étudié ; (b) modèle bielles-et-tirants sans armatures
transversales ; (c) modèle bielles-et-tirants avec armatures transversales ; (d) su-
perposition des deux modèles considérés (modèle hyperstatique) ; et (e) champ de
contraintes rigide-plastique correspondant

3z
z (1 − ξ) Fc = ³ α ´ Fc2 (5.8)
4 sin
2
Fc2
Fwn = ³α´ (5.9)
tan
2
4 ³α´
Fwn = (1 − ξ) ω fcp b d cos (5.10)
3 2
La force maximale qui peut être introduite dans chaque tirant transversal de la zone
nodale peut également être exprimée en fonction de sa surface d’armature minimale
(Aswn,min /2) et donc du taux mécanique minimal d’armature transversale (ωwn,min ) :

Aswn,min ωwn,min b swn fcp ωwn,min b d fcp


Fwn = fywn = fywn = ³α´ (5.11)
2 2 fywn 2 cos
2
En regroupant les équations 5.10 et 5.11, on parvient à mettre en évidence que le taux
mécanique minimal d’armature transversale de la zone nodale (ωwn,min ) peut être ex-
primé en fonction du taux mécanique d’armature flexionnelle (ω) et de l’amplitude de

139
5. Comportement d’angles de cadre soumis à une sollicitation
d’ouverture

l’angle α :

8 ³α´
ωwn,min = (1 − ξ) ω cos2 (5.12)
3 2
Dans cette équation, le coefficient ξ définit la part de force qui est déviée par l’action
du premier modèle bielles-et-tirants (ξ Fc , voir figure 5.19(b)). La part de force déviée
par le deuxième modèle (figure 5.19(c)) est donc logiquement définie par (1 − ξ). La
valeur de ce coefficient (0 ≤ ξ ≤ 1) dépend de plusieurs paramètres. En particulier,
elle sera influencée par les conditions d’ancrage de l’armature flexionnelle et de l’arma-
ture transversale ainsi que par l’état de fissuration de la zone nodale. Pour des petites
valeurs des forces d’ancrage (taux d’armature flexionnelle modérés) ainsi que pour des
faibles fissurations de la zone nodale, le premier modèle bielles-et-tirants (figure 5.19(b))
risque d’être prépondérant et l’armature transversale nécessaire sera donc très faible. Au
contraire, pour des forces d’ancrage plus importantes ou en cas de plus grands endom-
magements de la zone nodale, la déviation sera faite en grande partie par l’action de
l’armature transversale du deuxième modèle (figure 5.19(c)). En accord avec les résul-
tats des analyses effectuées avec la méthode des EPSF, le degré de fissuration de la zone
nodale est principalement influencé par :
– l’amplitude de l’angle α, influençant la distance entre la bielle de compression inclinée
et le noeud interne de l’angle (lieu de développement de la première fissure de flexion),
l’amplitude des angles relatifs entre bielles et tirants et l’amplitude de la déviation
exigée par les bielles de la zone comprimée (figure 5.6(b)).
– La valeur du taux mécanique d’armature flexionnelle (ω) qui influence l’intensité de la
force totale à dévier dans la zone nodale pour l’atteinte de l’écoulement des armatures
(équation 5.7).
En accord avec la philosophie [Mut12a, Mut12b] décrite par le Model Code 2010 [Fib11]
pour la conception des ouvrages, une approche basée sur différents niveaux d’approxi-
mation doit être mise en place pour l’appréciation de la valeur du coefficient ξ. Pour des
vérifications préliminaires (dimensionnements simples et sécuritaires, niveau d’approxi-
mation I), une valeur ξ = 0 peut être utilisée. Ce choix conduit à un dimensionnement
prudent de l’armature transversale car toute la déviation des efforts doit se faire par
l’activation de cette dernière. Pour des niveaux d’approximation supérieurs, le calcul de
la valeur du coefficient ξ peut être effectué par une analyse avec la méthode des EPSF.

Etude paramétrique avec la méthode des EPSF

Dans le but de permettre des analyses avec un degré d’approximation supérieur, une
étude paramétrique portant sur l’amplitude α de l’angle ainsi que sur le taux méca-
nique d’armature flexionnelle (ω) a été effectuée avec la méthode des EPSF. Une plage
d’amplitudes de l’angle α comprises entre 90◦ et 140◦ et des valeurs du taux mécanique
d’armature flexionnelle (ω) jusqu’à 0.3 ont été considérées. Dans le même sens que ce
qui a été fait pour la détermination des courbes ωwn,min − ω de la figure 5.18, l’étude

140
Analyse et dimensionnement des angles basés sur la borne inférieure de la théorie de la
plasticité

a été effectuée pour l’identification du taux mécanique minimal d’armature transver-


sale (ωwn,min ) nécessaire à garantir l’écoulement de l’armature flexionnelle avant toutes
autres ruptures dans la zone nodale. Cette situation correspond à un type de rupture
pour lequel la valeur du rapport Mmax /Mf lex (voir section 5.2.2), indiquant l’efficacité
des éléments en termes de résistance, est égale ou supérieure à 1. Pour ce type de rup-
ture, la pertinence de la méthode des EPSF a déjà été démontrée (voir section 5.3.1,
tableau 5.8) et les résultats de cette étude paramétrique pourrons donc être utilisés sans
restrictions.
Les caractéristiques de l’élément utilisé pour ce travail sont présentées à la figure 5.20.
L’étude a été effectuée en variant l’amplitude de l’angle α et la surface d’armature flexion-
nelle As (et donc la valeur du taux mécanique d’armature flexionnelle ω). Par contre, la
valeur de tous les autres paramètres a été gardée constante. Il s’agit des limites d’écou-
lement des armatures (fy , fyw et fywn ), de la résistance à la compression du béton (fcp ),
des propriétés géométriques de la section (b et d) et du taux d’armature transversale
dans les régions à l’extérieure de la zone nodale (ρw ). En principe, les valeurs utilisées
pour ces paramètres n’ont pas beaucoup d’importance. En effet, tous ces paramètres
interviennent dans le calcul des taux mécaniques d’armature (ω et ωwn , adimensiona-
lisation). Il faut aussi souligner que la valeur du taux d’armature transversale dans les
régions à l’extérieure de la zone nodale (ρw ) n’a pratiquement eu aucune influence sur
les résultats obtenus dans cette étude paramétrique. Ceci à également été observé dans
les résultats de la série principale d’essais (voir section 5.2.2).

Fig. 5.20: Etude paramétrique effectuée avec la méthode des EPSF : caractéris-
tiques de l’élément étudié

Pour chaque couple α − ω, le taux d’armature transversale dans la zone nodale (ωwn ) a
été augmenté au fur et à mesure jusqu’à la quantité permettant d’atteindre l’écoulement
de l’armature flexionnelle. Ceci a été fait en variant la surface d’armature Aswn . Il faut
souligner que l’armature transversale a été disposée de façon repartie dans la zone nodale
(figure 5.20). Cette condition est importante pour éviter que la taille des éléments finis
puisse affecter les résultats du calcul. De cette façon, une bonne stabilité a pu être
observée lors du calcul numérique. Les résultats obtenus avec cette analyse sont résumés
aux figures 5.21(a-b) (courbes trait-tillées) qui montrent respectivement les relations
ωwn,min − ω (pour différentes valeurs de α) et ωwn,min − α (pour différentes valeurs de
ω). Sur la base de l’équation 5.12, la valeur du coefficient ξ obtenue pour les différents

141
5. Comportement d’angles de cadre soumis à une sollicitation
d’ouverture

couples α − ω peut ainsi être dérivée :

3 ωwn,min
ξ =1− ³ ´ (5.13)
8 ω cos2 α
2
L’allure des courbes ξ − ω obtenues pour chaque amplitude de l’angle α est montrée à la
figure 5.21(c) (courbes trait-tillées). Dans cette figure, l’effet des deux paramètres étudiés
(α et ω) peut ce voir facilement. Le taux mécanique d’armature flexionnelle (ω) influence
assez sensiblement la valeur du coefficient ξ. Comme il était attendu, pour des valeurs
modérées de ω, la valeur de ξ est proche de 1. Ceci signifie que la plus grande partie de
déviation des efforts intérieurs peut se faire, au niveau de la zone d’ancrage de l’arma-
ture flexionnelle, selon le modèle bielles-et-tirants de la figure 5.19(b) et que la quantité
d’armature transversale nécessaire est très faible, voir nulle (si ξ = 1). Il faut souligner
que des valeurs modérées de ω ne s’obtiennent pas uniquement en réduisant la surface
d’armature flexionnelle, mais également en variant les propriétés mécaniques des maté-
riaux. En particulier, l’utilisation d’un béton de meilleure qualité (augmentation de fcp
et donc diminution de ω, voir équation 5.1) permettrait l’amélioration des performances
du modèle bielles-et-tirants de la figure 5.19(b). Par contre, en cas d’augmentation de
la valeur de ω, la disposition d’une armature transversale devient indispensable (ξ ¿ 1,
voir figure 5.21(c)) et le fonctionnement selon le modèle bielles-et-tirants de la figure
5.19(c) est donc déterminant.
Une influence non négligeable de l’amplitude de l’angle α peut également être observée
aux figures 5.21(a-c), en particulier pour des taux mécaniques d’armature flexionnelle
importants. En effet, la valeur du coefficient ξ est plus élevée pour des petites amplitudes
de α, ce qui signifie que le modèle bielles-et-tirants de la figure 5.19(b) est plus efficace
dans ces cas. Comme déjà discuté précédemment (voir section 5.1.2, figure 5.6(b)), pour
des petites amplitudes de α, la bielle inclinée de la zone nodale se développe à un endroit
moins propice à la présence des fissures et l’amplitude des angles relatifs entre bielles et
tirants augmente, rendant moins problématique le fonctionnement des noeuds.
Pour achever l’étude paramétrique, une formule analytique pour le calcul de la valeur
du coefficient ξ est proposée :
³α´ λ2
ξ = λ1 cos + ≤ 1.0 (5.14)
2 ω
où λ1 = 0.4 et λ2 = 0.02 sont les constantes qui permettent la meilleure correspondance
avec les résultats obtenus par la méthode des EPSF. Les courbes ξ − ω, obtenues sur
la base de l’équation 5.14 (courbes continues), sont comparées à celles obtenues avec la
méthode des EPSF (courbes trait-tillées) à la figure 5.21(c). La même comparaison est
faite, aux figures 5.21(a-b), respectivement pour les courbes ωwn,min − ω et ωwn,min − α,
obtenues en injectant l’équation 5.14 dans l’équation 5.12. Comme mis en avant dans ces
figures, les résultats de l’étude paramétrique sont fidèlement représentés par l’utilisation
de l’équation 5.14. Cette équation permet le dimensionnement des armatures sur la base
d’un modèle bielle et tirants (figures 5.19(b-d)). Dés lors les efforts dans les éléments

142
Conclusions

(a) (b) (c)


0.3 1.0
EPSF α = 90◦◦ EPSF EPSF
modèle 100◦ modèle 0.8 modèle
110
α = 90◦
120◦ ω = 0.30
0.2 130◦ 100◦
0.20
ωwn,min [-]

140◦ 0.6 110◦


0.15 120◦

ξ [-]
0.10 130◦
0.05 140◦
0.4
0.1
0.2

0.0 0.0
0.0 0.1 0.2 0.3 90 100 110 120 130 140 0.0 0.1 0.2 0.3
ω [-] α [degrés] ω [-]

Fig. 5.21: Comparaison entre les résultats de l’étude paramétrique effectué avec
la méthode des EPSF (courbes trait-tillées) et le modèle d’approximation pro-
posé (courbes continues) : (a) taux mécanique minimal d’armature transversale
en fonction du taux mécanique d’armature flexionnelle ; (b) taux mécanique mini-
mal d’armature transversale en fonction de l’amplitude de l’angle α ; et (c) valeur
du coefficient ξ en fonction du taux mécanique d’armature flexionnelle

calculés, toutes les vérifications finales, comme par exemple le contrôle de l’épaisseur des
bielles et des détails d’ancrage, peuvent être effectuées avec un champ de contraintes
rigide-plastique, comme montré à la figure 5.19(e). Il faut toutefois souligner que cette
équation a été déterminée pour des valeurs de α comprises entre 90◦ et 140◦ et ne
peut donc pas être utilisée pour des valeurs en dehors de cette plage. L’utilisation de
l’équation 5.14 pour des valeurs de ω > 0.3 (à l’extérieur de la plage de valeurs étudiées)
perd également son intérêt car la quantité d’armature transversale nécessaire deviennent
beaucoup trop importante et n’est plus raisonnable.

5.4 Conclusions
Dans ce chapitre, le comportement d’angles de cadre soumis à une sollicitations statique
de fermeture ou d’ouverture a été étudié. Suite à ce travail, les conclusions suivantes
peuvent être faites :

1. Le comportement des zones nodales est fortement influencé par le type de sollicita-
tion. L’efficacité d’angles soumis à une sollicitation de fermeture est généralement
satisfaisante. Par contre, le comportement d’angles soumis à une sollicitation d’ou-
verture peut se révéler problématique, avec un risque élevé de ruptures prématurées
à caractère fragile.

2. Le comportement des angles soumis à une sollicitation d’ouverture est fortement


influencé par le type de détail d’armature (armature flexionnelle et armature se-
condaire) disposé dans la zone nodale.

143
5. Comportement d’angles de cadre soumis à une sollicitation
d’ouverture

3. La géométrie de l’armature flexionnelle joue un rôle particulièrement important.


Les meilleurs résultats sont généralement obtenus avec des armatures en forme de
boucle permettant un bon confinement du béton dans la zone nodale. Au contraire,
le comportement d’un détail prévoyant des armatures pliées avec ancrage dans la
zone comprimée est généralement très insatisfaisant.

4. L’efficacité des éléments, en termes de résistance et de capacité de déformations,


peut être sensiblement améliorée en disposant une armature transversale dans la
zone nodale. Cette dernière permet d’obtenir un meilleur contrôle de la fissuration
et une déviation plus efficace des bielles de la zone comprimée.

5. Une campagne expérimentale a été effectuée sur d’éléments obtus soumis à une
sollicitation d’ouverture. Une attention particulière a été dédiée au cas d’éléments
munis d’une armature flexionnelle avec ancrage dans la zone comprimée et d’une
armature transversale dans la zone nodale. Des solutions performantes, permettant
l’atteinte d’un comportement ductile, ont été identifiées. La nécessité d’un taux
minimal d’armature transversale dans la zone nodale a été mise en évidence.

6. L’étude du comportement des régions nodales peut être effectuée avec des méthodes
basées sur la borne inférieure de la théorie de la plasticité. La méthode des champs
de contraintes élastiques-plastiques (EPSF) s’est montrée un outil pratique et fiable
pour l’analyse du comportement de ces éléments, également en cas de sollicitations
d’ouverture des angles. En effet, les modes de rupture sont capturés avec une
précision très satisfaisante et, si les conditions de base pour l’utilisation de cette
méthode sont respectées (mise en place d’une armature minimale de contrôle de la
fissuration), d’excellentes prédictions de la résistance des éléments sont également
possibles.

7. Le dimensionnement des armatures dans la zone nodale peut être effectué avec des
modèles bielles-et-tirants, permettant une étude rapide et prudente du comporte-
ment des éléments. Pour faciliter l’étude des zones nodales avec de tels modèles,
une étude paramétrique a été effectuée avec la méthode des EPSF. Des lignes di-
rectrices pour l’établissement d’un modèle bielles-et-tirants ont été mises en avant
lors de cette étude.

144
Chapitre 6

Conclusions et propositions pour


des travaux futurs

6.1 Conclusions
Des conclusions détaillées ont déjà été mises en avant dans chaque chapitre de cette
thèse. De manière plus générale, et sur la base des différentes études présentées dans
cette thèse, les conclusions suivantes peuvent être tirées :

1. La théorie de la fissure critique et la méthode des champs de contraintes se ré-


vèlent des outils adaptés pour l’étude du comportement d’éléments en béton armé
sans armature transversale face aux sollicitations d’effort tranchant. En particulier,
l’utilisation de ces méthodes doit être faite en tenant compte de l’élancement des
éléments analysés. Pour des poutres droites avec un élancement réduit, la méthode
des champs de contraintes élastiques-plastiques (EPSF) permet d’obtenir des résul-
tats pertinents (conservatives en règle générale en raison du fait que l’engrènement
des granulats est négligé par cette méthode). Pour des éléments avec un élancement
plus conséquent, la théorie de la fissure critique permet d’identifier correctement
le comportement des éléments, en prenant en compte correctement l’effet des dif-
férents paramètres qui influencent leur résistance, à savoir : la taille des éléments,
le taux d’armature flexionnelle, la taille des granulats, la résistance du béton. La
présence d’un effort normal sollicitant la section des éléments analysés doit égale-
ment être considérée car elle peut influencer sensiblement leur comportement, en
faisant notamment varier leur élancement.

2. Pour le cas de la géométrie des poutres droites investiguées dans le cadre de cette
thèse, l’engrènement des granulats, l’armature transversale ainsi que l’effet goujon
de l’armature flexionnelle se révèlent être les principaux modes de transmissions de
l’effort tranchant. Le travail de quantification effectué a toutefois mis en avant une
grande variabilité de leur importance relative, qui est principalement influencée
par les caractéristiques de la fissure critique, notamment sa forme et sa cinéma-

145
6. Conclusions et propositions pour des travaux futurs

tique. Comme il a été mis en avant dans la campagne expérimentale, ces dernières
peuvent varier de manière conséquente d’un élément à l’autre. Cette variabilité ne
se remarque cependant pas sur la résistance finale des éléments, car les contribu-
tions des différents modes de transmission de l’effort tranchant se compensent. Les
mesures effectuées pour le suivi de la cinématique des fissures se sont révélées très
adaptées pour l’étude du comportement des éléments. Il en est de même pour les
modèles physiques utilisés pour la quantification de la contribution de chaque mode
de transmission de l’effort tranchant, lesquels ont permis d’obtenir des résultats
pertinants.

3. Le comportement d’éléments courbes en béton armé sans armature transversale


est influencé de manière non-négligeable par les forces de déviation distribuées qui
se développent à cause de la courbure de leurs armatures flexionnelles et de leurs
membrures comprimées. Les résistances des éléments peuvent être augmentées ou
diminuées selon le type de courbure des éléments, car des contraintes radiales de
compression et de traction peuvent apparaı̂tre en raison de cette dernière. Pour
autant que la présence des forces de déviation distribuées soit considérée, la théorie
de la fissure critique se révèle un outil adapté pour l’étude du comportement des
éléments courbes, sans armature transversale et ayant un élancement permettant
de provoquer des ruptures caractérisées par le développement instable de la fis-
sure critique. Dans certaines conditions (courbure des éléments, taux d’armature
flexionnelle, rapport moment / effort tranchant), une interaction semble pouvoir
avoir lieu entre les ruptures d’effort tranchant et celles par éclatement du béton
d’enrobage. Cette zone d’interaction nécessite cependant d’être ultérieurement in-
vestiguée.

4. Le comportement d’angles de cadre soumis à des sollicitations d’ouverture, dans les-


quels les forces de déviation se concentrent dans la zone nodale, peut être amélioré
de façon consistante par la mise en place d’une armature transversale. Pour autant
qu’un taux d’armature transversale suffisant soit mis en place, le comportement de
ces éléments peut se caractériser par l’atteinte de la résistance plastique, avec une
capacité de déformation conséquente. Dans ces conditions, le comportement des
angles de cadre devient adapté pour le cas de sollicitations cycliques d’ouverture
et de fermeture, ce qui représente un intérêt particulier en termes de comporte-
ment des structures face aux séismes. Ces types d’éléments, qui développent des
forces de déviation concentrées, se prêtent particulièrement pour être étudiés avec
des modèles bielles-et-tirants ou avec la méthode des champs de contraintes. Si
une armature minimale pour le contrôle de la fissuration est mise en place, leur
comportement peut être analysé de façon consistante par la méthode des champs
de contraintes élastiques-plastiques (EPSF).

146
Travaux futurs

6.2 Travaux futurs


Les sujets suivants nécessitent des efforts de recherche supplémentaires à l’avenir :

1. Comme il a été démontré, l’étude des éléments dont l’élancement réduit les placent
sur le flanc gauche de la vallée de Kani (ruptures à l’effort tranchant déclenchées
par le défaut de résistance de la bielle d’appui direct qui est pénétrée par les fis-
sures), peut se faire par la méthode des EPSF. Ce travail se montre toutefois
laborieux et donne lieu à des résultats plutôt conservatifs, en raison du fait que
l’engrènement des granulats est négligé par cette méthode. L’incorporation de nou-
veaux paramètres pour sa prise en compte dans la méthode des EPSF pourrait se
révéler intéressante. Toutefois, ceci risquerait de compliquer de manière démesurée
les hypothèses de bases de la méthode, dont la simplicité représente l’un de ses
points clefs jusqu’à présent, mais permettrait d’élargir le domaine d’application de
cette approche.

2. Sur la base des résultats du travail de quantification de la contribution des modes


de transmission de l’effort tranchant (MTET), il pourrait être intéressant de dé-
velopper un modèle permettant de calculer la résistance des éléments en tenant
compte de la contribution des principaux MTET, en fonction de la forme et de
la cinématique d’une fissure critique idéalisée. Un travail de ce type ferait sens
autant pour le cas d’éléments avec peu d’armature transversale que pour celui
d’éléments sans une telle armature. Pour cette raison, il faudra principalement se
concentrer sur le développement d’un système de mesure adapté pour le suivi de
la cinématique des fissures dans les éléments sans armature transversale. En effet,
le développement des fissures dans ces éléments se fait de façon trop instable en
relation au système de mesures manuelles qui a été utilisé dans le cadre de cette
thèse. L’utilisation d’un système de photogrammétrie est prometteuse, comme il a
été mis en évidence dans le cas des essais effectués sur les angles de cadre [Cam11b].
De plus, un travail de quantification des MTET sera également intéressant éga-
lement pour des éléments soumis à d’autres conditions de charge, notamment à
des charges réparties, afin de mettre en évidence d’éventuelles différences dans la
réponse des éléments.

3. Pour ce qui concerne les éléments courbes, il faudra investiguer de manière détaillée
la zone d’interaction entre les ruptures par effort tranchant et celles par éclatement
du béton d’enrobage. Des nouvelles campagnes expérimentales sont indispensables
pour la compréhension des modes de rupture dans cette zone d’interaction. Ce
travail devra être effectué en relation avec la campagne d’essais présentée dans le
cadre de cette thèse [Cam12] ainsi qu’à celle effectuée par Fernández et al. [Fer10]
sur des arcs similaires soumis à la flexion pure. Pour ce faire, il faudra varier
soit la courbure des éléments soit le rapport entre le moment de flexion et l’effort
tranchant (en changeant les conditions d’appui des éléments), de façon à accentuer
l’intensité des forces de déviation vis-à-vis de celle de l’effort tranchant. L’effet

147
6. Conclusions et propositions pour des travaux futurs

d’efforts de compression ou de traction dans les éléments courbes mérite également


d’être étudié dans la suite. En effet, les éléments courbes qui se concernent plusieurs
types d’ouvrage, sont généralement soumis à des sollicitations combinées de flexion,
effort tranchant et efforts normaux.

4. La recherche effectuée sur le comportement des angles de cadre soumis à des sol-
licitations d’ouverture, pourrait être suivie par l’analyse de leur performance pour
des chargements cycliques d’ouverture et de fermeture (sollicitations sismiques).
L’introduction d’une sollicitation d’effort tranchant supplémentaire, qui modifie
l’intensité et les caractéristiques de la force à dévier dans la zone nodale, peut
également être un thème méritant un intérêt futur.

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157
Annexes

159
Annexe A

Calcul de la cinématique des


fissures

Les mesures effectuées au déformètre (voir section 3.3) [Cam11c] permettent le calcul
de la cinématique des fissures. En particulier, il est intéressant de connaı̂tre le déplace-
ment relatif entre les deux lèvres d’une fissure en un point donné (point f (xf , yf ) de
la figure A.1(a)). Ces déplacements peuvent être calculés en se référant à un système
d’axes global (~u = [u v]T , u étant le déplacement horizontal et v le déplacement vertical,
voir figure A.1(b)) ou à un système d’axes local dont l’orientation change en fonction de
l’inclinaison de la fissure (α) dans le point de calcul (w ~ = [w ∆]T , w étant l’ouverture
mesurée le long de l’axe y 0 perpendiculaire à la fissure et ∆ le glissement mesuré le long
de l’axe x0 parallèle à la fissure, voir figure A.1(b)).

Le modèle de calcul qui a été utilisé, qui considère que toutes les déformations se pro-
duisent à l’endroit de la fissure, est applicable uniquement si la zone délimitée par les
quatre cibles considérées pour le calcul (cibles P1, P2, P3 et P4, voir figure A.1(a)) est
traversée par une seule fissure.

Fig. A.1: Principes du calcul de la cinématique des fissures : (a) configuration


initiale non déformée (sans fissure) ; et (b) configuration déformée

160
Si cette condition est respectée, un champ de déplacement peut être déterminé de chaque
côté de la fissure analysée (champ w1 (x, y) pour le premier côté et champs w2 (x, y) pour
le deuxième). Le calcul des champs de déplacement se base sur les mouvements des deux
cibles (P1-P2 ou P3-P4, voir figure A.1(a)) se trouvant du même côté par rapport à la
fissure analysée. Les mouvements des cibles sont décrits par leur position initiale (P10 ,
P20 , P30 et P40 , voir figure A.1(b)) et celle déformée correspondante au palier de charge
analysé (P1def , P2def , P3def et P4def , voir figure A.1(b)). Les champs de déplacement
sont calculés selon :
( (
a1 − e1 x a 2 − e2 x
w1 (x, y) = et w2 (x, y) = (A.1)
b1 + e1 y b2 + e2 y
avec :

   
a1 a2
  ¡ ¢−1 ¡ T ¢   ¡ ¢−1 ¡ T ¢
s1 =  b1  = AT1 A1 A1 c1 et s2 =  b2  = AT2 A2 A2 c2 (A.2)
e1 e2

où :
   
1 0 −P10y 1 0 −P30y
 0 1 P10x   0 1 P30x 
   
A1 =   et A2 =   (A.3)
 1 0 −P20y   1 0 −P40y 
0 1 P20x 0 1 P40x
et :
   
P1def
x − P10x P3def
x − P30x
 P1def − P10y   P3def − P30y 
 y   y 
c1 =   et c2 =   (A.4)
 P2def
x − P20x   P4def
x − P40x 
P2def
y − P20y P4def
y − P40y
Le déplacement entre les deux lèvres de la fissure en un point donné se réfère à la
distance entre le point f1 (situé sur la première lèvre de la fissure, voir figure A.1(b)) et
le point f2 (situé sur la deuxième lèvre de la fissure, voir figure A.1(b)). En configuration
non déformée, quand la fissure n’existe pas, les points f1 et f2 se trouvent dans la
même position (point f (xf , yf ), voir figure A.1(a)). Le vecteur déplacement, se référant
au système d’axes global (~u) et définissant le mouvement du point f2 par rapport au
point f1 , peut donc être calculé comme étant la différence entre les deux champs de
déplacement calculés précédemment :
" #
u
~u = = w2 (xf , yf ) − w1 (xf , yf ) (A.5)
v

Une fois le vecteur déplacement ~u connu, le vecteur w


~ définissant l’ouverture w et le

161
A. Calcul de la cinématique des fissures

glissement ∆ de la fissure peut être déterminé, en fonction de l’inclinaison de la fissure


(α) dans le point de calcul :
" # " #
∆ cos α sin α
w
~= = ~u (A.6)
w −sin α cos α

162

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