Algèbres de Lie et Groupes de Lie
Algèbres de Lie et Groupes de Lie
Cours introductif de M2
Algèbres de Lie semi-simples et leurs
représentations
Jean-François Dat
2013-2014
Résumé
Dans ce cours, on étudie la structure des algèbres de Lie et de leurs représentations
linéaires, principalement sur un corps algébriquement clos de caractéristique nulle.
On sera amené à la jolie combinatoire des systèmes de racines.
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Dans ce chapitre, nous commençons par les dénitions de base des algèbres de Lie,
puis nous justions ces dénitions en expliquant comment elles proviennent de la notion
naturelle de groupe de Lie.
1.1.1 Définition. Une K -algèbre de Lie est un K -ev L muni d'une application K-
bilinéaire
[, ]: L×L → L
(X, Y ) 7→ [X, Y ]
appelée crochet de Lie et satisfaisant les deux axiomes :
i) [X, X] = 0 pour tout X ∈L (ce qui équivaut à [X, Y ] = −[Y, X] pour tous X, Y si
car(K) 6= 2).
ii) [X, [Y, Z]] + [Y, [Z, X]] + [Z, [X, Y ]] = 0 pour tous X, Y, Z ∈ L. (identité de Jacobi)
Remarque. Le rôle du second axiome est le même que celui de l'axiome d'associativité
dans la dénition des algèbres associatives.
1.1.2 Algèbre de Lie sous-jacente à une algèbre associative. Si A est une K -algèbre
associative, alors [x, y] := xy − yx dénit un crochet de Lie sur A (exercice). L'exemple
le plus important ici est l'algèbre A = EndK (V ) des endomorphismes K -linéaires d'un
K -espace V . Lorsque V est de dimension nie, tout choix de base fournit un
vectoriel
isomorphisme avec Mn (K). Pour une raison qui apparaitra plus tard, on note l'algèbre de
Lie ainsi obtenue gln (K), resp. gl(V ).
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donnée pour tout x∈M d'un vecteur ξ(x) tangent à M x et dépendant de manière C ∞
en
∞
de x). Un tel champ de vecteurs dénit une dérivation de l'algèbre C (M, R) des fonctions
lisses sur M qui envoie une fonction f sur la fonction x 7→ dx f (ξ(x)). On montre par
∞
un calcul local que l'application V(M ) −→ Der(C (M, R)) ainsi obtenue est bijective.
Il s'ensuit que le R-espace vectoriel (de dimension innie) V(M ) de tous les champs de
vecteurs sur M est muni d'une structure de R-algèbre de Lie.
1.1.5 Représentation adjointe d'une algèbre de Lie. L'identité de Jacobi montre que
l'application
ad : L → gl(L)
Z 7→ adZ
est un morphisme d'algèbres de Lie. On l'appelle représentation adjointe de L. Comme on
l'a vu plus haut, son image est contenue dans la sous-algèbre de Lie des dérivations de L;
on a donc ad(L) ⊂ Der(L) ⊂ EndK (L).
1.2.1 Définition. Un groupe de Lie est une variété lisse G munie d'une loi de
groupe lissem : G × G −→ G, (x, y) 7→ xy dont l'application passage à l'inverse i :
G −→ G, x 7→ x−1 est aussi lisse.
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Exemples : tout groupe discret (disons dénombrable), le groupe additif (R, +), le groupe
× × 1
multiplicatif (R , ·), son analogue complexe (C , ·), et le cercle unité (S , ·).
1.2.2 Groupes généraux linéaires. Ce sont en quelque sorte les exemples fondamentaux
de groupes de Lie. Nous les rencontrerons sous deux formes.
2
Forme matricielle. G = GLn (R), muni de la structure C ∞ d'ouvert de Mn (R) ' Rn .
∞
La multiplication (A, B) 7→ AB est polynômiale en les entrées de A et B , donc C .
−1
L'application inverse A 7→ A = det A com(A) est analytique, donc en particulier C ∞ .
1
1.2.4 Variante holomorphe. Un groupe de Lie complexe est une variété complexe mu-
nie d'une structure de groupe telle que la multiplication et l'inverse sont holomorphes. Un
morphisme de groupe de Lie complexe est un morphisme de groupe holomorphe. Par ex-
×
emple, GLn (C) est un groupe de Lie complexe et l'exponentielle (C, +) −→ (C , .). est un
morphisme holomorphe.
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1.2.6 Définition. Un sous-groupe de Lie H d'un groupe de Lie G est une sous-
variété qui est aussi un sous-groupe. De manière équivalente, l'injection H ,→ G est un
plongement de groupes de Lie.
Exemples.
H = Z dans G = R.
H = S 1 dans G = C× .
Puisqu'il est sous-variété, un sous-groupe de Lie est localement fermé. En utilisant
l'action de translation, il est facile de prouver qu'il est en fait fermé. Le théorème suivant
donne une réciproque assez spectaculaire, qui est source de nombreux exemples.
Nous renvoyons aux notes [GALM2] pour une preuve. L'intérêt pratique de ce théorème
est qu'il devient facile de produire plein de nouveaux exemples de groupes de Lie. La
situation suivante est notamment féconde : supposons que G agisse de manière lisse sur
une variété lisse M (i.e. que l'action G × M −→ M soit lisse). Alors le xateur Gm d'un
point m∈M est fermé, donc est un groupe de Lie.
En particulier, tous les groupes classiques sont des groupes de Lie. Comme ce sont les
exemples les plus intéressants, nous en rappelons la liste ci-dessous. La lettre K désigne
indiéremment les corps R et C, et V désigne un K -espace vectoriel de dimension nie n.
1.2.8 Groupes spéciaux linéaires. Le déterminant GL(V ) −→ GL1 (K) étant un ho-
momorphisme continu de groupes topologiques, son noyau SL(V ) est fermé donc un sous-
groupe de Lie. On l'appelle groupe spécial linéaire de V. Un choix de base de V l'identie
à SLn (K).
Exercice. Le centre de SLn (K) est formé des homothéties de déterminant 1, donc il
∗
est isomorphe au groupe µn (K) des racines n-ièmes de l'unité dans K (d'ordre n si K = C,
d'ordre 1 ou 2 si K = R).
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quadratiques sont équivalentes, de sorte que O(Φ) est isomorphe au groupe orthogonal
complexe usuel
O(n, C) = {M ∈ Mn (C), t M M = In }.
Lorsque K = R, le théorème de Sylvester arme l'existence d'un entier p6n et d'une
base e1 , · · · , en dans laquelle
p
n n
! n
X X X X
Φ xi e i , yi ei = xi y i − xi y i .
i=1 i=1 i=1 i=p+1
où Dp,q = D(1, · · · , 1, −1, · · · , −1) est la matrice diagonale où 1 est répété p fois et −1 l'est
q fois. Pour p = n et p = 0, on retrouve le groupe orthogonal euclidien O(n, 0) = O(n) qui,
comme on le sait bien, est compact. Les autres groupes orthogonaux ne sont pas compacts.
On a O(p, q) = O(q, p) et on montre que les O(p, q) pour q 6 p sont deux à deux non
isomorphes.
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Pour pq = 0, on retrouve le groupe unitaire habituel U(n, 0) = U(n) qui, comme on le sait,
est compact. Les autres groupes unitaires ne sont pas compacts. On a U(p, q) = U(q, p) et
on montre que les U(p, q) pour q 6 p sont deux à deux non isomorphes.
Remarque. Les groupes U(1, n − 1) jouent un rôle prépondérant dans des problèmes
actuels de théorie des nombres.
Si ψ est non-dégénérée (on parle alors de forme symplectique ), on l'appelle groupe symplec-
tique de ψ . La dimension de V est alors nécessairement paire, et on change la notation en
dimK (V ) = 2n. Comme plus haut, ce groupe ne dépend, à isomorphisme près, que de la
classe d'équivalence de ψ . Or, on sait que toutes les formes symplectiques sont équivalentes.
En particulier, il existe une base e1 , · · · , e2n de V dans laquelle on a
n n
! n
X X X
ψ xi ei , yi ei = (xi yn+i − xn+i yi ).
i=1 i=1 i=1
En d'autres
termes,
la matrice de ψ dans cette base est la matrice antisymétrique J =
0n In
J2n = . On voit alors que Sp(ψ) est isomorphe au groupe symplectique
−In 0n
Ainsi,Sp2 (K) = SL2 (K). Plus généralement, on démontre que le déterminant d'une matrice
symplectique vaut toujours 1, de sorte que pour tout n, Sp2n (K) est un sous-groupe fermé,
non compact, de SL2n (K).
Exercice. Montrer que la partie réelle (resp. imaginaire) d'une forme hermitienne sur
un espace vectoriel V /C est une forme R-bilinéaire
symétrique (resp. alternée) sur le R-
−1
espace vectoriel sous-jacent Ṽ . En déduire que dans GLn (C) ' {P ∈ GL2n (R), P J2n P =
J2n } ⊂ GL2n (R), on a U(n) = O(2n) ∩ Sp2n (R).
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1.2.12 Importance des groupes classiques. Ils interviennent dans des domaines assez
variés.
Géométrie. C'est leur domaine de prédilection. Ces groupes sont souvent des groupes
de symétries d'espaces remarquables (sphères, hyperboloïdes...), et en tant que tels sont
des modèles pour des géométries non-euclidiennes.
Théorie des Nombres. Voilà une application un peu plus surprenante, mais depuis une
centaine d'années, on étudie des espaces de fonctions, formes diérentielles etc sur des
espaces de la forme G(Z)\G(R)/K où G est un groupe classique réel et K un sous-
groupe compact maximal de G. Par exemple pour G = GL1 , on obtient les fonctions
trigonométriques, pour G = GL2 les formes modulaires, pour G général on parle de formes
automorphes. Ces objets interviennent de manière cruciale dans la preuve du théorème de
Fermat, par exemple.
Physique.
Le groupe de Lorentz de la relativité générale est O(1, 3). C'est le groupe associé à
la géométrie de l'espace-temps.
Certaines particules élémentaires sont classiées par des représentations irréductibles
de SU(3).
Les niveaux d'énergie d'un atome d'hydrogène sont donnés par les valeurs propres
2
du Laplacien sphérique sur la sphère S , que l'on calculera plus tard en utilisant la
∞ 2
décomposition spectrale de C (S ) sous l'action de SO3 (R).
Remarque. Les groupes SLn (C), Sp2n (C) et On (C) sont des groupes de Lie complexes,
et même algébriques. Le groupe U(n) n'est pas un groupe de Lie complexe (mais il est déni
par des applications polynomiales sur R).
1.3.1 Via les champs de vecteurs invariants à gauche. C'est probablement la plus
rapide. L'idée est que tout vecteur tangent en e dénit, grâce à l'action de translation à
gauche, un champ de vecteurs invariant à gauche, et que cette construction est bijective.
Formellement, faisons agir G sur lui-même par translations à gauche, en notant Lg (x) = gx.
Ceci induit une action sur le bré tangent T G, compatible à la projection π , et que nous
t
noterons (g, θ) 7→ Lg (θ). L'application
T G → G × Te G
θ 7→ (π(θ), Ltπ−1 (θ) (θ))
est un diéomorphisme compatible aux projections sur G, dont l'inverse est donné par
G × Te G → T G
.
(g, X) 7→ (g, de Lg (X))
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∀g ∈ G, ξX (g) := de Lg (X).
Soit V(G) le R-espace vectoriel des champs de vecteurs sur V(G)L le sous-espace
G et
des champs invariants à gauche. On voit clairement que l'application X 7→ ξX est un
∼
isomorphisme R-linéaire Te G −→ V(G)L dont l'inverse est ξ 7→ ξ(e). Maintenant, la
dérivation associée à un champ de vecteurs invariant à gauche est aussi invariante à gauche,
et un calcul montre que le crochet de deux dérivations invariantes à gauche est encore
invariante à gauche. Cela dénit un crochet de Lie sur Te G.
ad := de Ad : Te G → EndR (Te G)
.
X 7→ adX
Propriétés.
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iii) Lie(GLn (R)) = gln (R) (cf notation plus haut) et la représentation adjointe est donnée
par la conjugaison. En eet, l'espace tangent en In s'identie à Mn (R). Soient x, y ∈
−1
GLn (R) et supposons y = In + Y avec ||Y || < 1. L'égalité xyx = In + xY x−1
montre que Adx est la conjugaison par x sur Mn (R). Supposons x = In + X avec
||X|| < 1. On a alors Adx (Y ) = (In + X)Y (In − X) + o(X) = Y + [X, Y ] + o(X), ce
qui montre que adX (Y ) = [X, Y ].
iv) Plus intrinsèquement, Lie(GL(V )) = gl(V ).
Exercice. Montrer que la diérentielle du déterminant det : GLn (R) −→ R× est la
trace tr : gln (R) −→ R.
1.3.3 L'exponentielle. La théorie des équations diérentielles sur une variété lisse
montre qu'il existe une unique application
expG : Lie(G) −→ G
telle que pour toutX , l'application t ∈ R 7→ expG (tX) soit un sous-groupe à un paramètre
de G dont la diérentielle en 0 est X . Concrètement, ce sous-groupe à un paramètre est la
courbe intégrale au champ de vecteurs ξX passant par e, ou autrement dit, expG (X) est la
valeur au temps t = 1 et au point e ∈ G du ot du champs de vecteurs ξX , cf [GALM2],
1.7.
Exemple. Pour G = GLn (R), expG est tout simplement l'exponentielle usuelle dénie
Xn
P
par exp(X) = n∈N n! pour X ∈ gln (R).
L'unicité de l'exponentielle implique que si ϕ : G −→ G0 est un morphisme lisse, on a
expG0 ◦ dϕ = ϕ ◦ expG .
l'application expG est lisse et réalise un diéomorphisme d'un voisinage de 0 dans Lie(G)
sur un voisinage de e dans G. De plus, l'image de expG engendre la composante connexe
G0 de G qui contient e.
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1.3.4 Algèbres de Lie classiques. Le théorème de Cartan-Von Neumann nous dit qu'un
sous-groupe fermé H d'un groupe de Lie G est une sous-variété. C'est donc un groupe de
Lie et son algèbre de Lie Lie(H) est une sous-algèbre de Lie de Lie(G), i.e. son crochet
est induit par celui de Lie(G). Par ailleurs, l'exponentielle nous fournit la caractérisation
suivante de Lie(H) en tant que sous-ensemble de Lie(G) :
En appliquant cela à G = GLn (R) ou GL(V ), on peut calculer les algèbres de Lie des
groupes classiques.
Par exemple, l'égalité exp(tr(u)) = det(exp(u)) montre que
Remarquons que c'est toujours un K -sev (pas seulement un R-sev). En termes matriciels,
cela donne
i) sln (R) = {X ∈ gln (R), tr(X) = 0} (matrices de trace nulle). Sa dimension est n2 − 1.
ii) sln (C) = {X ∈ gln (C), tr(X) = 0}. Sa dimension réelle est 2n2 − 2.
Par ailleurs, supposons G = {g ∈ GL(V ), Ψ(gv, gw), ∀v, w ∈ V } déni par une forme
bilinéaire non dégénérée Ψ (qu'elle soit symétrique, alternée ou hermitienne). En d'autres
∗ ∗
termes, si g désigne l'adjoint de g pour Ψ, on a G = {g ∈ GL(V ), gg = idV }. Comme
exp(u)∗ = exp(u∗ ) (par passage à la limite), on constate que
g = {u ∈ gl(V ), u + u∗ = 0}.
Notons d'ailleurs que c'est toujours un K -espace vectoriel, sauf dans le cas unitaire, où
K=C mais g n'est qu'un R-espace vectoriel. En termes matriciels, cela donne :
iii) son (R) = Lie(O(n)) = Lie(SO(n)) = {X ∈ gln (R), X + t X = 0} est l'ensemble des
matrices antisymétriques. Sa dimension est n(n − 1)/2.
iv) son (C) = Lie(O(n, C)) = {X ∈ gln (C), X + t X = 0}. Sa dimension réelle est n(n−1).
v) un = Lie(U(n)) = {X ∈ gln (C), X + t X = 0}. Par exemple, u1 = iR ⊂ gl1 (C) = C.
2
Sa dimension est n .
Remarque. Les équations dénissant sln , son et sp2n font sens sur n'importe quel corps
K, nous fournissant ainsi des exemples d'algèbres de Lie sur un corps général.
0
De plus, si l'on se donne une extension quadratique K de K , on peut aussi dénir une
0 0
sous-K -algèbre de Lie un (K /K) de gln (K ) analogue à un dans gln (C).
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1.3.5 Interaction entre un groupe de Lie et son algèbre. Voici quelques propriétés
d'un groupe ou d'un morphisme de groupes de Lie qui se lisent sur son algèbre ou sur le
morphisme d'algèbres de Lie induit.
Un sous-groupe de Lie connexe H de G connexe est distingué si et seulement si
Lie(H) est un idéal de Lie(G) (i.e. [Lie(H), Lie(G)] ⊂ Lie(G)).
Un sous-groupe de Lie connexe H de G connexe est central si et seulement si
[Lie(H), Lie(G)] = 0.
Si G est connexe, le noyau de la représentation adjointe est le centre de G.
Comme le montrent ces propriétés, le passage du groupe à son algèbre est plus intéres-
sant lorsque le groupe est connexe (penser que l'algèbre de Lie d'un groupe ni est nulle...)
et encore plus intéressant lorsqu'il est simplement connexe. Par exemple le théorème 1.9.2
de [GALM2] dit :
Par ailleurs on peut montrer que toute R-algèbre de Lie de dimension nie provient d'un
groupe de Lie. On a alors le corollaire impressionnant suivant : le foncteur G 7→ Lie(G) est
une équivalence de catégories
∼
{Gpes de Lie simplement connexes} −→ {R-algs de Lie de dim nie}.
1.3.6 Variantes complexes. Si G est un groupe de Lie complexe, Lie(G) est naturelle-
ment une C-algèbre de Lie. De plus, la diérentielle dϕ d'un morphisme holomorphe
ϕ : G −→ G0 est C-linéaire.
Soit K un corps commutatif. En copiant la dénition d'un module sur une K -algèbre
associative, on obtient la notion suivante
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2.1.1 Définition. Un module sur une K -algèbre de Lie g (ou g-module) est un K-
espace vectoriel V muni d'une application K -bilinéaire
g×V → V
(X, v) 7→ X · v
telle que [X, Y ] · v = X · (Y · v) − Y · (X · v) pour tous X, Y ∈ g et v ∈V.
En d'autres termes, en notant r(X) ∈ EndK (V ) l'endomorphisme v 7→ X.v , le cou-
ple (V, r) est une représentation de g au sens donné plus haut. Il faut donc penser aux
représentations comme aux analogues des modules sur une algèbre associative. Cela nous
conduira souvent à simplier la notation en écrivant X ·v (ou même Xv ) au lieu de r(X)(v)
et à parler indiéremment de g-module ou de représentation de g.
Exemple. La représentation adjointe n'est autre que le g-module g obtenu en faisant
agir g sur elle-même à gauche, par le crochet : X.Y := [X, Y ].
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Repdf df
K (G) → RepK (Lie(G))
,
(V, ρ) 7→ (V, dρ)
ii) essentiellement surjectif (et donc une équivalence de catégories) si G est simplement
connexe.
Remarque. Si (V, ρ) est une représentation d'un groupe de Lie G connexe, on montre
Lie(G) G
facilement que V =V .
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Remarque. Il n'y pas de notion de produit tensoriel de A-modules, pour une algèbre
associative A quelconque.
Exercice. Vérier que ces formules dénissent bien des représentations, et que la
dérivée du Hom interne pour un groupe de Lie G est le Hom interne pour Lie(G).
Remarque. On a HomG (V, V 0 ) = HomK (V, V 0 )G et Homg (V, V 0 ) = HomK (V, V 0 )g .
0
iii) Un cas particulier important du ii) est lorsque V = K est la représentation unité.
∨
Dans ce cas on note simplement V := HomK (V, K) et on l'appelle contragrédiente (ou
aussi duale ) de V.
Le produit tensoriel et le Hom interne sont liés de la manière suivante :
Démonstration. Exercice.
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Remarque. Si (V, ρ) est une représentation de dimension nie d'un groupe de Lie con-
nexe G, (V, ρ) est irréductible,
alors resp. indécomposable, resp. complètement réductible,
si et seulement si (V, dρ) l'est.
On voit facilement par récurrence descendante sur la dimension que toute représenta-
tion de dimension nie est somme directe de sous-représentations indécomposables. Ainsi,
df df
comprendre la catégorie Rep (G) ou Rep (g) nécessite a priori de classier les représen-
tations indécomposables. Dans l'exemple ci-dessus, elles sont classiées par la dimension et
l'unique valeur propre de X . Mais en général, ce problème peut devenir trop dicile, voire
3
sans espoir, par exemple pour l'algèbre de Lie abélienne (i.e. avec crochet nul) g = K
(pour laquelle une représentation revient à se donner 3 endomorphismes commutant 2 à 2
d'un espace V ).
Les choses se simplient beaucoup si l'on sait que les représentations de G ou de g sont
toutes complètement réductibles. Dans ce cas, l'application du lemme de Schur ci-dessous
montre qu'il sut de classier les irréductibles, et cela s'avère souvent plus facile.
2.1.8 Nous verrons plus tard que cette propriété de complète réductibilité est satisfaite
pour les algèbres de Lie semi-simples sur un corps de caractéristique nulle. En attendant,
familiarisons-nous avec cette notion.
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Démonstration. Nous traitons le cas des algèbres de Lie. Celui des groupes est totalement ana-
Vλ := Ker(r(H) − λ idV ).
Si Vλ 6= 0, c'est l'espace propre de la valeur propre λ de r(H). On dit alors que λ est un
poids de H dans V .
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m+1
X m
X m
X
Hm := (m − 2i + 2)Ei,i , Em := (m − i + 1)Ei,i+1 , et Fm := iEi+1,i
i=1 i=1 i=1
satisfont les relations [Hm , Em ] = 2Em , [Hm , Fm ] = −2Fm et [Em , Fm ] = Hm . Après quoi
il ne reste qu'à poser rm (H) := Hm , rm (E) := Em et rm (F ) := Fm .
Remarque. En petite dimension, on reconnait des représentations familières :
(V0 , r0 ) est la représentation unité de g.
(V1 , r1 ) est la représentation standard donnée par l'inclusion g ⊂ gl2 (K).
(V2 , r2 ) est la représentation adjointe g −→ gl(gK ) ' gl3 (K).
En général, on peut montrer que (Vm , rm ) ' Symm (V1 , r1 ), la puissance symétrique
m S
m-ème (V1 , r1 ) dont l'espace sous-jacent est Sym (V1 ) = (V1 ⊗ V1 ⊗ · · · ⊗ V1 ) m et l'action
de g est quotient de la représentation produit tensoriel.
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(E 0 , H 0 , F 0 ) vériant ces propriétés est conjuguée à (E, H, F ) sous l'action de GL2 (K). En
eet, les formules du ii) de la preuve ci-dessus appliquées à la représentation standard nous
2 0 0 0
fournissent une base v0 , v1 de K dans laquelle les matrices de (E , H , F ) sont justement
E, H, F .
r
Exercice. i) Montrer que l'application K -linéaire sl2 (K) −→ EndK(K[x, y]) dénie
∂ ∂ ∂ ∂
par r(H) = x ∂x − y ∂y , r(E) = x
∂y
et r(F ) = y
∂x
est une représentation de sl2 (K).
ii) Soit Pm := {f (x, y) ∈ K[x, y], homogènes de degré m}. Montrer que Pm est stable
par sl2 (K) et que la représentation (Pm , r) ainsi obtenue est isomorphe à la représen-
tation (Vm , rm ), irréductible de plus haut poids m.
Ici (comme ailleurs), toutes les K -algèbres associatives sont supposées unitaires. Rap-
pelons qu'une telle algèbre associative peut être vue comme une K -algèbre de Lie avec
pour crochet [a, b] = ab − ba.
La propriété universelle assure l'unicité, à isomorphisme unique près, de la paire (Ug, ι).
Pour ceux qui aiment les catégories, on peut paraphraser le théorème en disant, au choix, que
pour toute g, le foncteur A 7→ HomK−ALie (g, A) est représentable.
le foncteur qui à une algèbre associative associe son algèbre de Lie sous-jacente possède
un adjoint à gauche. Cette formulation parait plus forte car elle inclut la fonctorialité de
g 7→ Ug, mais elle est en fait équivalente.
n n ⊗n
L
Démonstration. Considérons n∈N T g où T g = g
Tg = = g ⊗K g ⊗K · · · ⊗K g. On
n
munit ce K -espace vectoriel du produit de concaténation, qui envoie T G × T m G dans
T n+m G et qui est donné sur les tenseurs élémentaires par
(x1 ⊗ · · · ⊗ xn )(y1 ⊗ · · · ⊗ ym ) = x1 ⊗ · · · ⊗ xn ⊗ y1 ⊗ · · · ⊗ ym .
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x ⊗ y − y ⊗ x − [x, y] ∈ T 62 g.
Noter que ce n'est pas un idéal homogène. Posons enn Ug := T g/I . C'est une algèbre
associative, non graduée, mais tout de même ltrée : si Ug6n est l'image de T 6n g, alors
Ug6n Ug6m ⊂ Ug6n+m . Par construction, on a
HomK−alg (Ug, A) = {f ∈ HomK−alg (T g, A), ∀x, y ∈ g, f (x)f (y) − f (y)f (x) = f ([x, y])}.
∼
Rep(g) = g−Mod −→ Ug−Mod
entre la catégorie des g-modules à gauche et celle des Ug-modules à gauche. Notamment
les représentations irréductibles de g correspondent aux modules simples de Ug.
Exemples. Remarquons d'abord que Ugln (K) 6= Mn (K) ! ! ! Par exemple pour n = 2,
l'élément E = E12 est nilpotent d'ordre 2 dans M2 (K). Mais dans la représentation Vm
qu'on a construite plus haut, son image est nilpotente d'ordre m + 1, ce qui implique,
puisque m est arbitraire, que dans Ugl2 , son image n'est pas nilpotente du tout ! En fait,
Ug est de dimension innie en général.
∼
i) g = K . On vérie que Ug = K[T ] avec g = K −→ K.T convient.
ii) g abélienne. Dans ce cas, l'idéal par lequel on quotiente T g estLengendré par les
n
x ⊗ y − y ⊗ x. L'algèbre obtenue est l'algèbre symétrique Sg = n∈N S g, qui est
commutative et graduée, et dont la construction s'applique à tout K -ev. Le foncteur
V 7→ SV est adjoint à gauche du foncteur qui à une algèbre commutative associe son e.v.
sous-jacent. On a S n g = (T n g)Sn (coinvariants sous le groupe symétrique). Tout choix
∼
de base de g induit un isomorphisme Sg −→ K[T1 , · · · , Tdimg ].
iii) g = sl2 (K). On peut donner la présentation suivante : Usl2 est l'algèbre associative de
générateurs e, f, h soumis aux relations he − eh = 2e, hf − f h = −2f et ef − f e = h.
Lorsque K est de caractéristique diérente de 2, elle contient un élément remarquable,
l'opérateur de Casimir donné par
1
C := ef + f e + h2 .
2
Exercice. g désigne encore sl2 et car(K) 6= 2.
(a) Montrer que C commute à e, f, h, et donc appartient au centre de Ug.
21
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(b) Si K est algébriquement clos, en déduire que C agit par un scalaire sur chaque
représentation irréductible.
2.2.2 Algèbre enveloppante et opérateurs diérentiels. Pour une variété lisse M , notons
∞
Diff(C (M )) l'algèbre (associative) des opérateurs diérentiels de M , ie la sous-R-algèbre
∞
de EndR (C (M )) engendrée par les dérivations. Un opérateur diérentiel est donc locale-
∂r ∞
ment combinaison linéaire d'opérateurs de la forme f · r avec f fonction C .
∂x11 ···∂xrnn
Supposons maintenant que g = Lie(G) est l'algèbre de Lie d'un groupe de Lie G (et donc
K = R), et considérons la sous-algèbre Diff(C ∞ (G))L des opérateurs diérentiels invariants
à gauche. La propriété universelle de ULie(G) nous permet d'étendre l'application X ∈
Lie(G) 7→ ξX ∈ Vec(G)L en un morphisme d'algèbres
2.2.3 Algèbres de Lie libres. Soit I un ensemble. Une K -algèbre de Lie L munie
d'éléments (Xi )i∈I est appelée algèbre de Lie libre sur I si pour toute K -algèbre de Lie g,
l'application
est bijective. Il revient au même de dire que (L, (Xi )i∈I ) est un objet initial dans la catégorie des
paires formées d'une K -algèbre de Lie et d'une famille d'éléments indexée par I . Vu l'universal-
ité de la condition, une algèbre de Lie libre sur
L I est unique à isomorphisme unique près.
Montrons son existence. Notons V := i∈I KXi un espace vectoriel de base (Xi )i∈I . L'al-
gèbre tensorielle TV est visiblement une algèbre associative libre sur I (avec une dénition
semblable à ci-dessus). En particulier, pour toute K -algèbre de Lie g, l'application
est bijective. Dénissons L comme la sous-algèbre de Lie de T V engendrée par les éléments
(de degré 1) Xi , i ∈ I . L'application (∗) est alors clairement injective (puisque les Xi
engendrent L). Pour voir la surjectivité, on admet temporairement que g −→ Ug est
injective (voir prochain paragraphe), et on identie g à une sous algèbre de Lie de Ug.
Partons d'éléments (Yi )i∈I dans g ⊂ Ug et considérons le morphisme d'algèbres associé par
la bijection précédente f : T V −→ Ug. Alors f (V ) ⊂ g donc f (L) ⊂ g et f (Xi ) = Yi
comme voulu.
Exercice. Montrer que l'algèbre enveloppante de l'algèbre de Lie libre sur I est l'al-
gèbre associative libre sur I.
22
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∼ M M
gr π : T g −→ gr(T g) := T g6k /T g6k−1 −→ gr(Ug) := Ug6k /Ug6k−1 .
k∈N k∈N
Nous ne démontrons pas ce théorème ici, faute de temps (voir par exemple le livre de
Carter ou celui de Humphreys). Voici un exemple de conséquence intéressante.
Noter que, lorsque g est de dimension nie, le i) découle aussi du théorème d'Ado qui
dit que g se plonge dans un gl(V ) et donc dans EndK (V ).
Voici maintenant une formulation plus concrète, mais moins précise, du théorème précé-
dent, dans le cas où g est de dimension nie.
2.2.5 Structure de bigèbre. Terminons par la remarque suivante, qui montre qu'une
algèbre enveloppante possède plus de structure que celle d'algèbre associative. Considérons
l'application g −→ Ug ⊗K Ug qui envoie x sur ι(x) ⊗ 1 + 1 ⊗ ι(x). On peut montrer que
c'est un morphisme d'algèbres de Lie (exercice). Il induit donc un morphisme d'algèbres
∆ : Ug −→ Ug ⊗K Ug. On peut alors montrer l'identité (∆ ⊗ id) ◦ ∆ = (id ⊗∆) ◦ ∆ (axiome
de coassociativité). On dit que ∆ est un coproduit, et que Ug est une bigèbre (et même une
algèbre de Hopf ). Nous n'en ferons rien de plus ici, mais ce point de vue est fondamental
dans la théorie des groupes quantiques. Ces derniers ne sont pas vraiment des groupes, mais
plutôt des déformations d'une algèbre enveloppante classique.
23
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2.3.1 Définition. Soit g une K -algèbre de Lie. Une forme K -bilinéaire B sur g est
dite invariante si B(adZ (X), Y ) + B(X, adZ (Y )) = 0 pour tous X, Y, Z ∈ g.
Exemple. Le paradigme de forme bilinéaire invariante est la forme
Forme de Killing. La forme de Killing Bad sur g est la forme bilinéaire invariante
associée à la représentation r = ad comme ci-dessus. On a donc Bad (X, Y ) = tr(adX adY ).
2.3.3 Formes bilinéaires invariantes non dégénérées. Supposons maintenant donnée une
forme bilinéaire B non dégénérée sur g. On lui associe un élément de l'algèbre enveloppante
CB ∈ Ug, appelé opérateur de Casimir, et déni par
n
X
CB = Xi Xi∗
i=1
où X1 , · · · , Xn désigne une base de g et X1∗ , · · · , Xn∗ désigne la base duale pour la forme
non dégénérée B.
Lemme. Cette dénition ne dépend pas du choix de la base.
24
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Exemple. Soit g = sl2 (K), et B = Bstd la forme bilinéaire standard dénie par
(X, Y ) 7→ tr(XY ). Lorsque car(K) 6= 2, on vérie aisément qu'elle est non dégénérée
1
et que la base duale de la base (E, H, F ) est (F, H, E). On retrouve l'opérateur C =
2
EF + 12 H 2 + F E introduit plus haut.
Exercice. i) Vérier que (X, Y ) 7→ tr(XY ) est non dégénérée sur gln (K) et sur les
algèbres de Lie classiques (so, sl, sp).
ii) (K = R ou C). Montrer que pour toute sous-algèbre de Lie g de gln (R) stable par
transposition, la forme bilinéaire (X, Y ) 7→ tr(XY ) est non dégénérée.
X X
XCB − CB X = (XXi Xi∗ − Xi Xi∗ X) = ([X, Xi ]Xi∗ − Xi [Xi∗ , X])
i i
XX
= (B([X, Xi ], Xk∗ )Xk Xi∗ − B(Xk , [Xi∗ , X])Xi Xk∗ )
i k
X
= (B([X, Xk ], Xi∗ ) + B(Xk , [X, Xi∗ ]))Xi Xk∗ = 0
i,k
Exemple. (idéal dérivé) L'idéal [g, g] est appelé idéal dérivé de g. Il est nul si et
seulement si g est abélienne. En général, il est contenu dans tout morphisme de g vers une
algèbre de Lie abélienne, si bien que gab := g/[g, g] est le plus grand quotient abélien de g.
Plus généralement, on dénit deux suites décroissantes (pour l'inclusion) d'idéaux :
25
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i) (a) Montrer que g est nilpotente si et seulement s'il existe une suite d'idéaux g=
h0 ⊃ h2 ⊃ .... ⊃ hn = 0 de g tels que [g, hi ] ⊂ hi+1 pour tout i.
(b) En déduire que toute sous-algèbre de Lie et toute algèbre quotient d'une algèbre
de Lie nilpotente est nilpotente.
ii) (a) Montrer que g est résoluble si et seulement s'il existe une suite d'idéaux g =
h0 ⊃ h2 ⊃ .... ⊃ hn = 0 de g tels que hi /hi+1 est abélienne pour tout i.
2
(b) En déduire que si h est un idéal de g, alors g est résoluble si et seulement si h
et g/h le sont.
2.4.2 Définition. V
K -ev de dimension nie n. Un drapeau complet de V
Soit un
est une suite croissante de s.e.v V = (0 = V0 ⊂ V1 ⊂ · · · ⊂ Vn = V ) avec dim(Vi ) = i. On
lui associe deux sous-algèbres de Lie de gl(V ) :
Exercice. Vérier que b(V) est bien une sous-algèbre de Lie de gl(V ), puis montrer :
26
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i) g est résoluble.
Vλ := {v ∈ V, ∀X ∈ h, X.v = λ(X)v},
le sous-espace λ-propre de V sous l'action de h, qui est donc non nul. Admettons un
instant que Vλ est stable par g. Soit Y un générateur d'une droite supplémentaire de h
0 0
dans g. Comme K est algébriquement clos, Y admet un vecteur propre v ∈ Vλ . Alors, v ,
qui est propre pour h, l'est pour g toute entière, et le théorème est démontré.
Il reste à prouver que Vλ est stable par g. Par l'égalité
Wk := vect{w, Y w, · · · , Y k w}
27
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Considérons alors la réunion W des Wk . C'est un sous-espace stable par h et (∗) montre
que ∀X ∈ h on a tr(X|W ) = dim(W ).λ(X). En particulier on a dim(W ).λ([X, Y ]) =
tr([X, Y ]|W ). Or, par construction, W est aussi stable par Y , si bien que tr([X, Y ]|W ) =
tr([X|W , Y|W ] = 0. On a donc λ([X, Y ]) = 0 comme voulu (car dim(W ) est non nul dans
K supposé de caractéristique nulle).
Remarque. Ce théorème généralise le résultat classique d'algèbre linéaire qui dit
qu'une famille d'endomorphismes commutant 2 à 2 est simultanément trigonalisable.
An de donner une caractérisation des algèbres nilpotentes par leurs représentations,
introduisons quelques dénitions et notations. Si λ : g −→ K est une application et (V, r)
une représentation, on note
Vλ := {v ∈ V, ∀X ∈ g, r(X)v = λ(X)v}
V λ := {v ∈ V, ∃n ∈ N, ∀X ∈ g, (r(X) − λ(X))n v = 0}
28
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n
n
X k
f ◦g = (adf )k (g) ◦ f n−k .
k=0
n
i) g est nilpotente,
Vλ
L
ii) toute représentation (V, r) se décompose V = λ où λ parcours les poids de g
λ
dans V et V est stable par g.
29
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Démonstration.
L⇒ λi). Appliquons ii) à la représentation adjointe.λ On en tire une dé-
ii)
composition g = λ g en somme directe d'idéaux. Montrons que g 6= 0 ⇒ λ = 0. En
λ
eet soit Y ∈ g . L'endomorphisme (adY − λ(Y ))|gλ est nilpotent et (adY )|gλ n'est pas
inversible puisque adY (Y ) = 0. Il s'ensuit que λ(Y ) = 0 et donc λ|gλ = 0. Mais puisque
0 0
[gλ , gλ ] ⊂ gλ ∩ gλ , on a aussi λ|gλ0 = 0 pour les autres poids, et donc nalement, λ = 0.
D'après le corollaire ci-dessus, g est donc nilpotente.
i) ⇒ ii). Par récurrence sur dim(V ). Si tous les r(X) n'ont qu'une valeur propre, alors
V = V λ pour une fonction λ, et on a vu que λ est un poids (proposition ci-dessus). Sinon,
il existe X ayant au moins deux valeurs propres distinctes (K algébriquement clos). D'où
λ1 λk
une décomposition non triviale V = VX ⊕ · · · VX en sous-espaces propres généralisés de
λi
r(X). D'après le lemme précédent, chaque VX est stable par g et on peut lui appliquer
l'hypothése de récurrence.
Remarque. Ce théorème donne une forme de Jordan simultanée pour les éléments
de r(g).
il sut de montrer que adf (Xs ) (g) ⊂ g, pour pouvoir appliquer l'hypothèse. Or, l'endo-
morphisme adf (Xs ) de gln (K) est diagonalisable dans une même base que l'endomorphisme
adXs . Plus précisément, si (e1 , · · · , en ) est une base de K n qui diagonalise Xs (avec valeurs
propres λ1 , · · · λn ) et si (Eij )16i,j6n est la base de gln (K) correspondante, alors Eij est
vecteur propre de adXs , resp. de adf (Xs ) pour la valeur λi −λj , resp. f (λi )−f (λj ) = λi − λj .
Il s'ensuit que pour tout polynôme g ∈ K[T ] tel que g(λi − λj ) = λi − λj (et il en existe,
par exemple un polynôme interpolateur), on a adf (Xs ) = g(adXs ). Il nous sut donc de
30
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Exercice.
Nous allons voir que toutes les algèbres de Lie classiques sont réductives, et même
simples dès que leur centre est trivial.
31
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Démonstration. Par le théorème de Lie, il existe dansV un vecteur propre pour rad(g).
Notons λ : rad(g) −→ K la valeur propre associée et Vλ l'espace propre. Il nous sut
de prouver que Vλ est stable par g. Or pour tous Y ∈ g, X ∈ rad(g) et v ∈ Vλ , on a
XY v = [X, Y ]v + Y Xv = λ([X, Y ])v + λ(X)Y v . Comme dans la preuve du théorème de
Lie, on prouve que λ([X, Y ]) = 0 et on conclut.
Démonstration. D'après le lemme, l'idéal [g, rad(g)] agit trivialement sur toute représen-
tation irréductible de g. Soit alors 0 ⊂ V1 ⊂ V2 ⊂ · · · ⊂ Vl = V une suite croissante de
sous-représentations de V dont les quotients successifs Vi /Vi−1 sont irréductibles. On a donc
r(Y )(Vi ) ⊂ Vi pour tout Y ∈ g et r(X)(Vi ) ⊂ Vi−1 pour X ∈ [g, rad(g)]. Par conséquent
r(X)r(Y ) est nilpotent, donc de trace nulle, et il s'ensuit que [g, rad(g)] est inclus dans
le noyau de Br . Comme celle-ci est supposée non-dégénérée, on a [g, rad(g)] = 0, ce qui
équivaut à rad(g) ⊂ z(g). L'inclusion réciproque est tautologique.
32
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La preuve originale de ce théorème par Weyl (pour K = C) utilisait son astuce unitaire
(unitary trick) qui consiste à trouver une forme réelle de g qui s'intègre en un groupe de
Lie compact pour utiliser le fait connu que les représentations continues de dimension nie
d'un groupe compact sont complètement réductibles (grâce à l'existence de mesures de
Haar). Voir les notes [GALM2], notamment le corollaire 1.12.7 et son application. Voici
une preuve plus directe dûe à Casimir (un physicien !).
33
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Démonstration. Que la condition soit susante est clair. Montrons qu'elle est nécessaire.
Soit g réductive. Alors la représentation adjointe ad : g −→ gl(g) se factorise par ad(g) =
g/z(g) qui est semi-simple. Elle est donc complètement réductible. Comme z(g) ⊂ g est
stable par ad(g), il existe une décomposition g = z(g)⊕g1 ⊕· · ·⊕gk avec les gi irréductibles
donc simples. Il s'ensuit que [g, g] = [g1 , g1 ] ⊕ · · · ⊕ [gk , gk ] = g1 ⊕ · · · ⊕ gk .
Démonstration. Première étape : Pour toute représentation (V, r), on a r(X)s ∈ r(g) et
r(X)n ∈ r(g).
Remarquons d'abord que, puisque r(X)s et r(X)n sont des polynômes en r(X), toute
sous-représentation W de V est stable sous r(X)s et r(X)n . De plus, on a tr(r(X)n |W ) = 0
puisque r(X)n est nilpotent, et on a donc aussi tr(r(X)s |W ) = tr(r(X)|W ) = 0 puisque
g = [g, g].
Par ailleurs, puisque adr(X)s et adr(X)n sont des polynômes en adr(X) (se rappeler que
adr(X)s + adr(X)n est la décomposition de Jordan de adr(X) ) et comme [r(X), r(g)] =
adr(X) (g) ⊂ g, on a aussi [r(X)s , r(g)] = adr(X)s (g) ⊂ g et [r(X)n , r(g)] = adr(X)n (g) ⊂ g .
Introduisons alors le normalisateur n := {u ∈ gl(V ), [u, r(g)] ⊂ r(g)}, une sous-algèbre
de Lie de gl(V ) qui contient r(g) comme idéal, et sa sous-algèbre de Lie
qui contient toujours r(g) comme idéal et contient aussi r(X)s et r(X)n . Il nous sura
donc de prouver que r(g) = n0 .
34
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Faisant agirr(g) sur n0 par l'action adjointe, le théorème de Weyl dit qu'on peut trouver
0 0
un supplémentaire stable m de r(g) dans n . Soit alors u ∈ m. Puisque [r(g), n ] ⊂ r(g),
on a [r(g), m] ⊂ m ∩ r(g) = {0} donc en particulier [r(g), u] = 0. Il s'ensuit que pour
toute sous-g-représentation irréducible W de V , l'action de u|W commute à celle de g donc
(lemme de Schur) est une homothétie de rapport λW,u ∈ K . Mais puisque tr(u|W ) = 0, on
a aussi λW,u = 0, donc W ⊂ Ker(u). Or (encore le théorème de Weyl), V est somme de ses
0
sous-représentations irréductibles. Donc V ⊂ Ker(u) et u = 0, m = 0, et n = r(g).
Deuxième étape. Appliquons la première étape à la représentation adjointe (g, adg ).
adg
Le morphisme g −→ gl(g) étant injectif, l'élément X possède une unique décomposition
X = Xs + Xn telle que adg (Xs ) = adg (X)s et adg (Xn ) = adg (X)n . On a évidemment
[Xs , Xn ] = 0.
Montrons que pour toute représentation (V, r) on a r(Xs ) = r(X)s et r(Xn ) = r(X)n .
Comme l'endomorphisme adg (X) de g induit, après passage au quotient, l'endomorphisme
adr(g) (r(X)) de r(g), on a adr(g) (r(Xs )) = adr(g) (r(X))s et adr(g) (r(Xn )) = adr(g) (r(X))n .
Par ailleurs, on sait que adgl(V ) (r(X)s ) = adgl(V ) (r(X))s et adgl(V ) (r(X)n ) = adgl(V ) (r(X))n ,
ce qui par restriction de ces endomorphismes à r(g) donne adr(g) (r(X)s ) = adr(g) (r(X))s
et adr(g) (r(X)n ) = adr(g) (r(X))n . Il s'ensuit que
Exercice. Soit h une sous-algèbre de Lie d'une algèbre de Lie semi-simple g égale à
son normalisateur : h = {X ∈ g, [X, h] ⊂ h}. Montrer que h est stable par décomposition
de Jordan.
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vérier).
Démonstration. i) Notons que gX,0 est toujours une sous-algèbre de Lie. Cela découle en
eet de la formule (à prouver par récurrence)
n
n
X n
(adX ) ([Y, Z]) = [(adX )k (Y ), (adX )n−k (Z)].
k=0
k
De plus, X ∈ gX,0 , donc adX (N (gX,0 )) ⊂ gX,0 . Il s'ensuit que (adX )dim(gX,0 )+1 (N (gX,0 )) = 0,
donc N (gX,0 ) ⊂ gX,0 et nalement N (gX,0 ) = gX,0 .
ii) Supposons maintenant X quasi-régulier et montrons que gX,0 est nilpotente. Il suf-
t de montrer que pour tout Y ∈ gX,0 , l'endomorphisme (adY )|gX,0 est nilpotent. Posons
h := gX,0 et r := dim(gX,0 ) pour simplier les notations. Nous noterons ΦgadY ∈ K[T ] le
polynôme caractéristique de adY dans EndK (g). Comme adY stabilise h, on a une fac-
g g/h
torisation Φad
Y
= ΦhadY ΦadY et nous h
P voulons prouver que ΦadY = T . Fixons une base
r
plique alors que gZ,0 ⊂ h = gX,0 . Mais puisque X est régulier, il s'ensuit que gZ,0 = h = gX,0
g h
et donc ordT (Φad ) = r et nalement ordT (Φ ) = r comme voulu.
Z
iii) Soit maintenant h une sous-algèbre de Cartan de g. Fixons une base X1 , · · · , Xr de h
g h g/h
et considérons la factorisation Φ = Φ Φ dans K[Y1 , · · · , Yr , T ] comme ci-dessus. Comme
r
h est nilpotente, on sait que Φ = T . De plus, si T divisait Φg/h , alors 0 serait un poids de
h
h dans g/h, et par le théorème de Engel, g/h aurait un élément non nul Z̄ annulé par h.
36
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Définition. On appelle rang de g l'entier rk(g) := minX∈g (dimK (gX,0 )). Un élément
X∈g est dit régulier si dim(gX,0 ) = rk(g).
iii) Montrer que X ∈ gln (K) est régulier si et seulement si toutes ses valeurs propres
sont distinctes.
Lemme. L'ensemble greg des éléments réguliers de g est un ouvert de Zariski non
vide de g. En particulier, si K = C, c'est un ouvert dense et connexe de g pour la topologie
analytique (i.e. de C-espace vectoriel de dimension nie).
Φ ≡ ar T r modulo (T r+1 ).
37
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Remarque. Le théorème implique aussi que tout élément quasi-régulier est régulier.
Démonstration. Le point crucial est le suivant. Soit h une sous-algèbre de Cartan, et hqreg
l'ensemble de ses éléments quasi-réguliers, qui est un ouvert de Zariski (et donc un ouvert
analytique) d'après la n de la preuve de la proposition précédente (c'est le lieu des points
g/h
où T ne divise pas Φad ). Notons simplement G := Int(g), qui est un sous-groupe de Lie
X
de GL(g), puisque fermé. Alors
Admettons-le pour l'instant. Une première conséquence est que l'image de cette application
reg reg
est ouverte, et intersecte donc non trivialement l'ouvert dense g . Il s'ensuit que h :=
reg
h ∩ g est non vide, et donc, puisque ouvert de Zariski, est un ouvert dense de h. On
reg
considère alors la relation d'équivalence sur g dénie par
Exemple. Dans gln (C), toute sous-algèbre de Cartan est conjuguée, sous GLn (C), à
la sous-algèbre des matrices diagonalisables.
Exercice. Montrer un énoncé analogue pour sln et sp2n . En déduire que rk(sp2n ) =
n. Pour son , la sous-algèbre des matrices diagonales est nulle ! Mais on peut changer la
forme bilinéaire symétrique non dégénérée. Au lieu de la forme standard, on considère,
Pn
en dimension paire, la forme ψ2n (v, w) = 2 i=1 vi wi+n , et en dimension impaire la forme
Pn
ψ2n+1 (v, w) = 2 i=1 vi wi+n + v2n+1 w2n+1 . Alors so(ψm ) est isomorphe à som et on montre
que la sous-algèbre des matrices diagonales est une sous-algèbre de Cartan. On constate
alors que rk(so2n ) = rk(so2n+1 ) = n.
38
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n
X
n n
(adX − λ(X) − µ(X)) ([Y, Z]) = [(adX − λ(X))k (Y ), (adX − µ(X))n−k (Z)],
k=0
k
laissée au lecteur.
Définition. Une racine de h dans g est un poids non nul de h dans (g, ad). Nous
noterons Φ l'ensemble des racines.
Le théorème sur les représentations d'algèbres nilpotentes nous fournit une décomposi-
tion M
g= gα ,
α∈Φ∪{0}
et la proposition précédente nous dit que pour α, β ∈ Φ, le crochet [gα , gβ ] est nul si
α+β ∈
/ Φ ∪ {0}, est contenu dans h si α + β = 0, et dans gα+β si α + β ∈ Φ.
Exemple. Regardons le cas de
P Pg = sln (K) et Ph la sous-algèbre de Cartan des matrices
diagonales. La formule [ xii Eii , i,j aij Eij ] = i,j (xii − xjj )ai,j Eij montre que
!
X
∗
Φ = {αij ∈ h , 1 6 i 6= j 6 n}, où αij xii Eii = xii − xjj
i
et que gαij = gαij = KEij . Ainsi les espaces de poids généralisés de h sont des espaces de
poids tout court, et de dimension 1. Nous allons voir que c'est un fait général pour les
algèbres semi-simples.
39
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Exercice. Montrer que ce corollaire est encore vrai pour g réductive, excepté le fait
∗
que Φ engendre h .
40
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X X
tr((adHα
0 )|W ) = tr((adHα
0 )|g
β+nα
) = (β + nα)(Hα0 ) dim(gβ+nα ).
n∈Z n∈Z
Par construction, V est stable par adF , et on vient de voir qu'il est stable aussi par adEα .
Comme ci-dessus, on en déduit qu'il est stable par adHα 0 et que tr((adHα
0 )|V ) = 0. Or,
0 0
P
0 )|V ) = α(H )(1+
tr((adHα α n<0 n dim (g nα )). Comme α(Hα ) 6= 0, on en déduit le théorème.
3.1.4 Corollaire. K -espace vectoriel slα := g−α ⊕ [gα , g−α ] ⊕ gα est une
Le sous-
algèbre de Lie de g isomorphe àsl2 (K). Plus précisément :
Il existe un unique Hα ∈ [gα , g−α ] tel que α(Hα ) = 2,
Si l'on xe Eα ∈ gα \ {0}, il existe un unique Fα ∈ g−α tel que [Eα , Fα ] = Hα .
Le triplet (Eα , Hα , Fα ) est alors un sl2 -triplet.
0
Démonstration. Avec les notations de la preuve précédente, on a adEα (g−α ) = K.Hα , donc
[gα , g−α ] = K.Hα0 est de dimension 1. Il existe donc un unique Hα ∈ [gα , g−α ] tel que
2Hα0 0
α(Hα ) = 2. Explicitement, on a Hα = α(H 0 = hH2H
0
α
0 . Il existe maintenant un unique
α) α ,Hα i
2
Fα ∈ g−α tel que hEα , Fα i = hH 0 ,H 0 i . On a alors [Eα , Fα ] = Hα et le triplet (Eα , Hα , Fα )
α α
est donc un sl2 -triplet.
41
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L
Démonstration. Considérons gβ+Zα :=
n∈Z gβ+nα . C'est un sous-espace de g stable par
adEα et adFα donc une représentation de slα . Les poids de Hα dans gβ+Zα sont
La théorie des représentations de sl2 (K) nous dit que ces poids sont entiers, donc β(Hα ) ∈
Z. Elle nous dit aussi que, puisque ces poids ont multiplicité 1 et sont de même parité, gβ+Zα
est une représentation irréductible de slα , et ses poids sont aussi de la forme {−m, −m +
2, · · · , m − 2, m}. On en déduit la propriété d'intervalle du i) et aussi que −β(Hα ) est un
poids, puisque β(Hα ) en est un. Donc gβ−β(Hα )α 6= 0 et β − β(Hα )α ∈ Φ.
ii) Supposons gβ+α 6= 0. C'est donc l'espace de poids β(Hα ) + 2 pour Hα . D'après la
structure connue d'une représentation irréductible de sl2 , on a [gα , gβ ] = adEα (gβ ) = gα+β
car gβ est l'espace de poids β(Hα ) pour Hα .
42
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X
hHα , Hβ i = γ(Hα )γ(Hβ ) ∈ Z,
γ∈Φ
(V := R ⊗Q h∗Q , Φ, Φ∨ , α 7→ α∨ := Hα )
( n n
) ( n )
X X X X
V = xi ei ∈ Rn , xi = 0 ⊂ Rn et V∗ = xi e∗i ∈ (Rn )∗ , xi = 0 ⊂ (Rn )∗
i=1 i=1 i=1 i
43
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avec bijection évidente. Dans cette description, e∗i correspond à la matrice diagonale
P Eii
(qui est dans gln ) et ei correspond à la forme linéaire sur h donnée par λ E
k k kk →
7 λ ii .
Le cas symplectique : g = sp2n (K) Pet h = {matrices diagonales}. Les matrices diago-
n
nales de sp2n sont de la forme X = i=1 xi (Eii − Ei+n,i+n ). Notons alors ei la forme
bilinéaire X 7→ xi sur h, et V l'espace vectoriel de base e1 , · · · , en . On peut vérier que le
système de racines de (g, h) est de la forme suivante :
avec bijection évidente. Dans cette description, les e∗i sont la base duale des ei et corres-
pondent donc aux matrices diagonales Eii − Ei+n,i+n .
Le cas orthogonal impair : g = so(ψ2n+1 )
h =P {matrices diagonales}. Les matrices
et
n
diagonales de so(ψ2n+1 ) sont aussi de la forme X = i=1 xi (Eii − Ei+n,i+n ). Notons alors
ei la forme bilinéaire X 7→ xi sur h, et V l'espace vectoriel de base e1 , · · · , en . On peut
vérier que le système de racines de (g, h) est de la forme suivante :
avec bijection évidente. Dans cette description, les e∗i sont la base duale des ei et corre-
spondent donc aux matrices diagonales Eii − Ei+n,i+n .
Le cas orthogonal pair :
P{matrices diagonales}. Les matrices
g = so(ψ2n ), (n > 1) et h =
diagonales de so(ψ2n ) sont toujours de la forme X = ni=1 xi (Eii −Ei+n,i+n ). Notons encore
ei la forme bilinéaire X 7→ xi sur h, et V l'espace vectoriel de base e1 , · · · , en . On peut
vérier que le système de racines de (g, h) est de la forme suivante :
avec bijection évidente. Dans cette description, les e∗i sont la base duale des ei et corre-
spondent donc aux matrices diagonales Eii − Ei+n,i+n .
44
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Par l'axiome iii) des systèmes de racines, W.Φ ⊂ Φ. En fait, puisque Φ engendre V ,
le morphisme W −→ SΦ donnant l'action de W sur Φ est injectif. En particulier, W est
ni. On sait alors construire des produits scalaires euclidiens sur V invariants sous W (cf
exercice du paragraphe 2.1.8). Pour un tel produit scalaire h., .i, le groupe de Weyl W est
donc un groupe d'isométries de l'espace euclidien (V, h., .i). En particulier, la réexion sα
⊥
est alors simplement la réexion orthogonale d'axe α , donc de la forme
hv, αi
sα (v) = v − 2 α.
hα, αi
4hHα , Hβ i
hα, βi := .
hHα , Hα ihHβ , Hβ i
On a alors
hHα , Hα i hα, βi
sα (β) = β − β(Hα )α = β − hα, βiα = β − 2 α,
2 hα, αi
ce qui montre que sα est la réection orthogonale d'axe α⊥ et donc que h., .i est W -invariant.
Le cas linéaire : dans l'exemple de sln (K) le produit scalaire obtenu est 2n fois celui
n
induit par le produit euclidien canonique sur R . La réection sαij est donc la restriction à V
n
de la réection orthogonale sij de R d'axe Hij = {(xk )k , xi = xj }. On a donc sij (ei ) = ej
et sij (ek ) = ek pour k 6= i, j . Cela identie W au groupe symétrique Sn agissant par
permutation de la base canonique.
Les autres cas classiques : dans chacun des cas sp2n , so2n ' so(ψ2n ) et so2n+1 '
so(ψ2n+1 ), la forme de Killing induit un multiple (respectivement 4n + 4, 4n − 4 et 4n − 2)
du produit scalaire canonique qui fait de e1 , · · · , en une base orthonormée. Pour i 6= j ,
la réexion sij associée à ei − ej échange ei et ej et laisse xe les autres ek , tandis que la
0
réexion sij associée à ei + ej échange ei et −ej et laisse xe les autres ek .
Dans les cas symplectique et orthogonal impair, la réexion si associée à ei ou 2ei
envoie ei sur −ei et préserve les autres ek . Cela permet d'identier W au produit semi-
n
direct Sn o {±1} , le groupe des matrices dont chaque ligne et colonne possède un unique
élément non nul, qui est un signe.
Dans le cas orthogonal pair, on peut vérier que W est le sous-groupe de Sn o {±1}n
formé des matrices dont le nombre de −1 est pair.
45
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∼
Un isomorphisme entre Φ et Φ0 est un isomorphisme R-linéaire f : V −→ V 0 qui
0
induit une bijection entre Φ et Φ et tel que la bijection duale soit compatible avec les
∨
applications α 7→ α .
0 0 0
La somme directe Φ ⊕ Φ est le système de racines Φ t Φ dans V ⊕ V avec pour
∨ 0 ∨ ∗
coracines Φ t Φ ⊂ V ∗ ⊕ V 0 = (V ⊕ V 0 )∗ et la bijection évidente. On voit en particulier
0 0
que W (Φ ⊕ Φ ) = W (Φ) × W (Φ ).
On dit qu'un système de racines est irréductible s'il n'est pas somme directe de deux
systèmes de racines.
ii) Φ(g1 ⊕ g2 ) = Φ(g1 ) ⊕ Φ(g2 ). De plus, Φ(g) est irréductible si et seulement si g est
simple.
Démonstration. i) On a vu que si h0 g ∈
est une autre sous-algèbre de Cartan, il existe
0 ∼ 0
Int(G) tel que h = g·h. Ainsi g induit un isomorphisme K -linéaire h −→ h . L'isomorphisme
0 ∨
dual envoie clairement Φ(g, h ) sur Φ(g, h) et l'unicité des Hα montre que g envoie Φ(g, h)
0 ∨ 0 ∼
sur Φ(g, h ) en préservant les bijections. Bref, g induit un isomorphisme Φ(g, h ) −→
Φ(g, h).
ii) La première assertion est claire et implique que si g n'est pas simple alors Φ(g)
n'est pas irréductible. Réciproquement, supposons Φ(g, h) réductible. Alors en particulier
∨ ∨ ∨
l'ensemble Φ(g, h) des Hα , α ∈ Φ est union disjonte Φ1 t Φ2 de deux sous-ensembles
orthogonaux pour la forme de Killing restreinte à h. On en déduit une décomposition
∨
L
orthogonale h = h1 ⊕ h2 où hi = VectK (Φi ), Posons alors g1 := h1 ⊕ α∈Φ1 gα et g2 :=
L
h1 ⊕ α∈Φ2 gα . On a donc g = g1 ⊕ g2 . De plus, pour α1 ∈ Φ1 et α2 ∈ Φ2 , on a α1 + α2 ∈ /Φ
donc [gα1 , gα2 ] = 0. On constate donc que [g1 , g2 ] = 0 et donc que g1 et g2 sont des idéaux,
montrant que g n'est pas simple.
hv, αi
sα (v) = v − 2 α = v − α∨ (v)α
hα, αi
que α∨ = hα,αi
2
α (et symétriquement que α= 2
hα∨ ,α∨ i
α∨ ). On constate donc que sα∨ = sα
∨
préserve Φ . On en déduit que
46
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3.2.5 Contraintes sur deux racines. Donnons-nous deux racines α, β ∈ Φ non propor-
tionnelles et non orthogonales. Quittes à remplacer α par −α et à échanger α et β, nous
pouvons supposer que
hα, βi < 0 et hα, αi 6 hβ, βi.
On a alors les contraintes suivantes :
i) α∨ (β) = β ∨ (α) = −1, auquel cas hα, αi = hβ, βi. et l'angle (α, β) = 2π
3
.
ii) α∨ (β) = −2, β ∨ (α) = −1, auquel cas 2hα, αi = hβ, βi. et l'angle (α, β) = 3π
4
.
iii) α∨ (β) = −3, β ∨ (α) = −1, auquel cas 3hα, αi = hβ, βi. et l'angle (α, β) = 5π
6
.
Exemple. Soient α = αij , β = αkl dans le système de racines de sln . On voit que
{i, j} ∩ {k, l} = ∅ ⇒ α et β orthogonales.
|{i, j} ∩ {k, l}| = 1 ⇒ situation i) (même longueur, et angle 2π3
).
Exercice. Vérier que dans le cas orthogonal pair, on est toujours dans la situation
i) dès que hα, βi < 0. Par contre dans le cas orthogonal impair, la situation ii) peut se
produire.
Remarque. Dès que hα, βi < 0 on a α + β ∈ Φ. En eet, on peut supposer kαk 6 kβk
et dans tous les cas ci-dessus, on a α + β = sβ (α).
47
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5π
polaires ( 3, ). Grâce aux réexions sα
6 β β+α β + 2α β + 3α
et sβ , on obtient que Φ ⊃ {±α, ±β, ±(β +
α) ± (β + 2α), ±(β + 3α), ±(2β + 3α)}, et α
comme ci-dessus, on vérie qu'on a toutes
les racines. Le système de racines obtenu
n'est pas celui d'une algèbre de Lie clas-
sique.
3.2.6 Racines simples. Fixons une forme linéaire f ∈ V∗ ne s'annulant sur aucune
racine. On dit alors que α est f -positive (ou positive si pas d'ambiguïté) si f (α) > 0.
On note Φ+ l'ensemble des racines f -positives et Φ− := −Φ+ . On obtient une partition
Φ = Φ+ tΦ− (pas orthogonale ! !). On dit que α est f -simple (ou simple si pas d'ambiguïté),
si α est positive et n'est pas somme de deux racines positives. On note ∆ = ∆f l'ensemble
des racines simples.
48
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Rn
P
Exemple. Pour g = sln (K). Prenons la forme linéaire f : (xi )i 7→ − i ixi sur et
restreignons-là à V . Alors Φ+ = {αij , i < j}, et ∆ = {αi,i+1 , i = 1, · · · , n − 1}.
Théorème. Avec les notations ci-dessus, on a
P
i) Φ+ ⊂ α∈∆ Nα
ii) ∆ est une base de V.
β ∈ Φ+ \ ( α∈∆ Nα) tel que f (β) soit minimal.
P
Démonstration. i) par l'absurde : soit
Alors
P β∈
/ ∆ donc β = β1P + β2 avec βi ∈ Φ+ . Mais alors f (βi ) < f (β) donc par minimalité
βi ∈ α∈∆ Nα, puis β ∈ α∈∆ Nα : contradiction.
ii) Par le i), ∆ est génératrice. Il faut montrer qu'elle est libre. Choisissons un produit
scalaire W -invariant et remarquons d'abord que hα, βi 6 0 pour toutes α, β ∈ ∆ distinctes.
En eet si hα, βi > 0, on a remarqué dans le paragraphe précédent que α − β est une
racine. Si elle est positive alors α = β + (α − β) contredisant la simplicité de α, sinon c'est
la simplicité de β qui est contredite.
P
Maintenant, soit α∈∆ λα α = 0 une relation de dépendance linéaire. Soit
∆+ = {α ∈ ∆, λα > 0} et ∆− = ∆ \ ∆+ .
Ecrivons la relation sous la forme
X X
λα α = − λβ β =: v.
α∈∆+ β∈∆−
P P
Alors hv, vi = −λα λβ hα, βi 6 0, donc v = 0. Il s'ensuit que α∈∆+ λα α = 0 et
α∈∆+ ,β∈∆−
P
donc α∈∆+ λα f (α) = 0 si bien que λα = 0, ∀α ∈ ∆+ et de même λβ = 0, ∀β ∈ ∆− .
Définition. Une base de Φ est un ensemble ∆ = ∆f de racines f -simples pour
f ∈V∗ comme ci-dessus.
0
On peut se demander à quelle condition sur f et f on a ∆f = ∆f 0 . Pour cela, rappelons
∗ ∗
S
que f est un élément de X = V \ α Ker(α), le complémentaire dans V d'une réunion
d'hyperplans (appelés murs ). Les composantes connexes de X sont donc des cônes ouverts
0
convexes appelés chambres de Weyl et les éléments f, f sont dans la même chambre de
0
Weyl si et seulement si f (α) et f (α) sont du même signe pour toute racine α ∈ Φ. On en
0
conclut que ∆f = ∆f 0 si et seulement si f et f sont dans la même chambre de Weyl.
49
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3.2.7 Proposition. Soit ∆ une base de Φ. Appelons réexion simple une réexion
sα avec α ∈ ∆.
i) Toute racine est l'image d'une racine simple par un produit de réexions simples.
50
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d(∆0 ) = 0 on a ∆ = ∆0 donc l'assertion est alors claire. Supposons donc d(∆0 ) > 0, i.e.
Φ+ (∆) ∩ Φ− (∆0 ) 6= ∅. Alors on a aussi Φ− (∆) ∩ ∆0 6= ∅ (car sinon on aurait ∆0 ⊂ Φ+ (∆)
0 0 0 0
donc Φ+ (∆ ) = Φ+ (∆) et nalement ∆ = ∆) Choisissons donc α ∈ Φ− (∆) ∩ ∆ . D'après
0 0 0 0
le dernier lemme ci-dessus, on a sα0 (Φ− (∆ )) = Φ− (∆ ) \ {−α } ∪ {α }. Or on a aussi
sα0 (Φ− (∆0 )) = Φ− (sα0 (∆0 )), donc Φ+ (∆) ∩ Φ− (sα0 (∆0 )) = Φ+ (∆) ∩ Φ− (∆0 ) \ {−α0 } et
0 0
nalement d(sα0 (∆ )) = d(∆ ) − 1. Par l'hypothèse de récurrence, il existe w ∈ W tel que
sα0 (∆0 ) = w(∆), ce qui nous donne ∆0 = sα0 w(∆) comme voulu.
ii) Soit maintenant w ∈ W , w 6= 1. Écrivons-le comme un produit s1 s2 · · · sl de réexions
simples avec l minimal. Notons αi ∈ ∆ la racine simple telle que si = sαi . Nous allons
montrer que w(αl ) ∈ Φ− , ce qui implique que w(∆) 6= ∆.
Raisonnons par l'absurde et supposons que w(αl ) ∈ Φ+ . Notons alors j le plus grand
entier i tel que βi := si si+1 · · · sl (αl ) ∈ Φ+ . Puisque sl (αl ) ∈ Φ− , on a j < l donc βj+1
est bien dénie et négative. Puisque βj+1 = sj (βj ) et βj ∈ Φ+ le dernier lemme ci-dessus
−1
assure que βj = αj . Il s'ensuit que sβj = (sj · · · sl )sαl (sj · · · sl ) , ce que l'on peut réécrire :
sj+1 · · · sl = sj · · · sl−1 . Mais alors on obtient w = s1 · · · sj−1 sj+1 · · · sl−1 , une expression de
longueur l − 2 qui contredit la minimalité de l .
Exercice. Vérier que {(ei − ei+1 ), i = 1, · · · , n − 1} ∪ {en } est une base du système
de racines de so2n+1 , tandis que {(ei − ei+1 ), i = 1, · · · , n − 1} ∪ {2en } est une base de celui
de sp2n . Trouver une base de celui de so2n .
51
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que β est l'unique élément maximal de Φ (on l'appelle la plus grande racine). [Si
β0 est une autre racine maximale, utiliser i) et ii) pour prouver
0
hβ , βi > 0, puis iii) pour
conclure que β= β 0 .]
Démonstration. Si un tel isomorphisme existe il doit aussi envoyer les Fα sur les Ff0 (α)
(puisque F est déterminé par l'égalité [E, F ] = H ). Par la proposition précédente, ceci
assure l'unicité de cet isomorphisme.
0
Pour prouver l'existence, on peut supposer que Φ
est irréductible, i.e. que g et g sont
00 0
simples (exercice : s'en convaincre). Considérons alors la sous-algèbre g de g⊕g engendrée
00 0 00 0
par les Eα := (Eα , Ef (α) ) et les Fα := (Fα , Ff (α) ). Nous allons montrer que les projections
π π
g00 −→
1
g g00 −→
2
et g0 sont des isomorphismes de K -algèbres de Lie. Si c'est bien le cas,
−1
l'isomorphisme π2 ◦ π satisfera les requêtes de l'énoncé.
Notons que π1 et π2 sont évidemment des morphismes de K -algèbres de Lie et qu'ils
sont surjectifs par la proposition précédente. Reste à voir qu'ils sont injectifs. Le noyau
00 0 0 0
Ker(π1 ) = g ∩ (0 ⊕ g ) est un idéal de 0 ⊕ g (le vérier), donc puisque g est simple, il
00 0 0 00
est non nul si et seulement si g contient g = 0 ⊕ g , ce qui équivaut aussi à ce que g
00 00 0
contienne g ⊕ 0, vu la dénition de g , et qui est donc encore équivalent à g = g ⊕ g . Bref,
00 0
il nous sut de montrer que g 6= g ⊕ g .
0
Soit γ la plus grande racine de Φ (cf exercice ci-dessus). Alors γ = f (γ) est la plus
0 0 0 00 0
grande racine de Φ . Choisissons X ∈ gγ \ {0} et X ∈ gγ 0 \ {0}, posons X := (X, X ) ∈
52
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3.3.3 Vers une classication. Ce corollaire donne une stratégie possible pour classier
toutes les K -algèbres de Lie simples.
ii) Déterminer lesquels apparaissent bien comme systèmes de racines d'une algèbre de
Lie simple.
Nous allons traiter i) plus loin. Le point ii) a une réponse agréable : tous les systèmes de
racines abstraits apparaissent dans les algèbres de Lie simples (on voit d'ailleurs ainsi que
la classication ne dépend pas du corps K supposé algébriquement clos de caractéristique
nulle.) En fait, on a de la chance : la classication des systèmes de racines fait apparaitre
4 familles innies qui correspondent à des algèbres déjà connues (sln , so2n+1 , sp2n et so2n )
et un nombre ni d'autres possibilités pour lesquelles il est donc envisageable de construire
à la main les algèbres de Lie correspondantes.
53
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g0 (Φ) est somme de ses sous-espaces de poids pour h. Mais en général, l'ensemble des poids
est inni, et g0 (Φ) n'est donc pas l'algèbre cherchée. Il nous manque donc des relations
imposant que l'ensemble des poids non nuls dans le quotient soit bien Φ.
Pour en trouver, rappelons que pour α, β ∈ ∆ on β − α ∈ / Φ. Par conséquent on a aussi
∨
sα (β − α) = β + (−α (β) + 1)α ∈ / Φ. Il s'ensuit que dans une éventuelle algèbre de Lie g
de système de racines Φ, on doit avoir les relations (dites relations de Serre) :
−α∨ (β)+1 ∨
(S) (adEα ) (gβ ) = 0 et (adFα )−α (β)+1 (g−β ) = 0.
Serre a alors montré que ces nouvelles relations susent à construire l'algèbre de Lie
g(Φ) désirée. Plus précisément :
On pourra consulter les livres de Serre, Carter ou Humphreys pour une preuve de ce
résultat.
3.3.5 Automorphismes. Soit (g, h, Φ, ∆, (Eα )α∈∆ ) comme plus haut. Une autre con-
séquence du corollaire 3.3.2 (ou du théorème ci-dessus), est que tout automorphisme de Φ
induit un automorphisme de g
Exemple. Considérons l'automorphisme θ : α 7→ −α de Φ. On a donc θ(∆) = −∆.
0 0 0 0 0
Posons g = g, h = h, Φ = Φ, ∆ = −∆ et E−α := −Fα . Le corollaire 3.3.2 nous assure
alors l'existence d'un unique automorphisme θ de g tel que Eα 7→ −Fα et Hα 7→ −Hα . Cet
automorphisme envoie donc aussi Fα sur Eα , et par conséquent est une involution de g.
t
Par exemple dans le cas g = sln , on a θ(X) = − X (transposée). Cet automorphisme
n'est pas intérieur sauf si n = 2.
Que l'on utilise le théorème de Serre ci-dessus, ou que l'on se contente du corollaire
3.3.2, il nous faut maintenant classier les systèmes de racines irréductibles. Cela passe par
54
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i) Si ∆ est une base de Φ, les cα,β := α∨ (β) forment une matrice de Cartan C(Φ, ∆).
0 0
ii) Si ∆ est une autre base, C(Φ, ∆) et C(Φ, ∆ ) sont équivalentes.
55
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2 −1
.. ..
−1 . .
.. .. ..
. . .
.. ..
. . −1
−1 2
Exercice. Trouver une base de Φ(so2n ) dans laquelle la matrice de Cartan est de la
forme
−1
2
.. ..
−1 . .
.. ..
. . −1 −1
−1 2
−1 2
Exercice. Trouver une base du système de racines de rang 2 non-classique du para-
graphe 3.2.5, et écrire sa matrice de Cartan.
La propriété iii) de ce lemme nous suggère de classier les matrices de Cartan. Pour
cela nous aurons besoin du lemme suivant et d'un invariant de la matrice appelé graphe
(ou diagramme) de Dynkin.
3.4.2 Lemme. Soit C = (cα,β )α,β∈∆ une matrice de Cartan sur un ensemble ∆.
0
i) Si ∆ ⊂ ∆, la matrice C 0 = (cα,β )α,β∈∆0 extraite de C est une matrice de Cartan sur
∆0 .
ii) Si cα,β < 0, alors cα,β = −1 ou cβ,α = −1.
iii) Soit C 0 = (c0α,β )α,β∈∆ une matrice telle que c0α,β > cα,β pour tout α, β . Si C0 satisfait
les propriétés (C1) et (C2), c'est une matrice de Cartan.
Démonstration. i) est clair. Appliquons le à ∆0 = {α, β} avec α, β telles que cα,β < 0. Le
0 0
discriminant de la forme bilinéaire Q sur Rα ⊕ Rβ est cα,β cβ,α − 4. Pour que Q soit dénie,
56
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il faut que ce discriminant soit < 0. On en déduit que 0 < cα,β cβ,α < 4, ce qui, vu les
contraintes sur les cα,β , impose que cα,β = −1 ou cβ,α = −1.
0 ∆ 0 ∆
P
Pour iii), notons Q la forme quadratique sur R associée à C . Pour x = α xα α ∈ R ,
0 0 0
P
notons |x| := α |xα |α. Alors Q (x) > Q (|x|) > Q(|x|). On en conclut que Q est dénie
positive.
Remarquer que le fait que Γ est de Dynkin ou pas ne dépend pas des éventuelles
orientations. Voici le lien entre matrices et diagrammes.
C = (cα,β )α,β une matrice de Cartan sur ∆. On lui associe un diagramme Γ(C)
Soit
sur ∆ nα,β = cα,β cβ,α . Si nαβ > 1 et |cα,β | = 1, on oriente les arêtes de α vers β .
en posant
(Noter que par le lemme précédent, on sait que |cα,β | = 1 ou |cβ,α | = 1).
Réciproquement, on associe à un diagramme Γ la matrice C(Γ) dénie par cα,α = 2 et
cα,β = −nαβ si nα,β < 2 ou β → α
cα,β = −1 si nα,β > 2 et α → β .
Si Γ est un diagramme de Dynkin, alors C(Γ) est une matrice de Cartan (noter que le
caractère déni de Q implique que nαβ < 4 comme dans le lemme ci-dessus).
57
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3.4.4 Théorème. Tout diagramme de Dynkin connexe est de l'un des types clas-
siques An , Bn , Cn , Dn (n > 2), ou de l'un des types exceptionnels suivants :
G2 > F4 >
E6
E7 E8
Démonstration. Elle repose sur le fait que tout diagramme extrait d'un diagramme de
Dynkin doit être de Dynkin (cf les deux derniers lemmes). La stratégie consiste donc en
deux étapes :
(a) Exhiber une liste de diagrammes interdits dont la forme bilinéaire associée est
dégénérée.
(b) Montrer que si un diagramme ne contient pas un diagramme interdit, alors il est
du type décrit dans le i) du théorème.
(a) Voici la liste des diagrammes interdits utilisés (l'indice dans la notation est le
nombre de sommets - 1).
A
en C
en Fe5
B
en D
en G
e3
E
e6 E
e7 E
e8
Pour voir qu'ils sont bien interdits, il sut d'exhiber un vecteur isotrope pour la forme
quadratique associée. On laisse au lecteur le soin de vérier que les vecteurs suivants
conviennent :
√ √ √ √
en : (1, 1, · · · , 1)
A en : (1, 2, · · · 2, 1)
C Fe5 : (1, 2, 3, 2 2, 2)
√ √ √
en : ( √1 , √1 , 2, · · · 2, 1)
B e n : (1, 1, 2, · · · 2, 1, 1)
D Ge3 : ( 3, 2, 1)
2 2
1 1 1
3
2 2 2
E
e6 1
3
2
3
3
1 2
3
1
3
E
e7 1
4
2
4
3
4 1 3
4
2
4
1
4
E
e8 1
3
2
3 1 5
6
4
6
3
6
2
6
1
6
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(b) Reste à voir que si un diagramme Γ ne contient aucun diagramme interdit, alors
il est d'un des types décrits dans le théorème. C'est une vérication élémentaire. Traitons
par exemple le cas où Γ n'a que des arêtes simples.
Si Γ n'a pas de bifurcation (sommet ayant au moins 3 voisins), alors le diagramme
interdit A
en nous dit que Γ est de type An .
Soit α un sommet ayant au moins 3 voisins. Le diagramme interdit D
e 4 nous dit que
α a exactement 3 voisins, et le diagramme interdit D e n nous dit que α est l'unique
point de bifurcation. On a donc 3 branches b1 , b2 , b3 qui partent de α et le diagramme
interdit A
en nous dit que ces branches sont bien distinctes.
Le diagramme interdit E e6 nous dit que l'une de ces branches, disons b1 , ne possède
qu'un seul sommet (en plus de α).
Le diagramme interdit E e7 nous dit que l'une des deux autres branches, disons b2 pos-
sède au plus deux sommets (en plus de α). Nous supposerons sans perte de généralité
que b3 est au moins aussi longue que b2 .
Si b2 possède 2 sommets, le diagramme interdit E e8 nous dit que Γ est E6 , E7 ou E8 .
Si b2 ne possède qu'1 sommet, alors Γ est de type Dn .
Les cas où Γ possède des arêtes doubles ou triples sont laissés au lecteur.
Réciproquement, il n'est pas encore clair que tous les diagrammes de Dynkin (ou de
manière équivalente, toutes les matrices de Cartan) proviennent de systèmes de racines.
C'est l'objet du complément ci-dessous.
1
Φ := {(±ei ± ej ), i 6= j} ∪ {±ei } ∪ (±e1 ± e2 ± e3 ± e4 )
2
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+
1
Φ := {(±ei ± ej ), i 6= j} ∪ (±e1 ± e2 ± e3 ± e4 ± e5 ± e6 ± e7 ± e8 )
2
où dans l'ensemble de droite on n'autorise qu'un nombre pair de signes −1, est un système
de racines de type E8 , dont une base est donnée par α1 = (e1 −e2 −e3 −e4 −e5 −e6 −e7 +e8 ),
α2 = e1 + e2 , αi = ei−1 − ei−2 , i = 3, · · · , 8.
Puisque les diagrammes E7 et E6 sont contenus dans celui de E8 , cela assure l'existence
des systèmes de racines correspondants : il sut de prendre le sous-système de racines
engendré par les racines simples correspondant. En l'occurence, avec les notations ci-dessus,
il s'agit des racines simples α1 , · · · , αi , Ei , i = 6 ou 7.
et pour
Enn, on a déjà vu que le procédé Φ 7→ C →
7 Γ est injectif (sur les classes d'isomor-
phismes de systèmes de racines), donc le dernier point de l'énoncé est clair.
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Vλ := {v ∈ V, ∀H ∈ h, H.v = λ(H)v},
et on dit que λ est un poids de V si Vλ 6= 0. On rappelle que pour toute racine α ∈ Φ, on
a gα .Vλ ⊂ Vλ+α . On notera P (V ) l'ensemble des poids de V .
P On dit que V est somme de
ses sous-espaces de poids si V = λ∈P (V ) Vλ .
Exercice. Montrer que si V est somme de ses sous-espaces de poids, alors toute sous-
représentation de V et tout quotient de V a la même propriété. (On ne suppose pas V de
dimension nie).
On note aussi P := {λ ∈ h∗ , λ(Φ∨ ) ⊂ Z}. C'est un groupe abélien libre de rang dim h
appelé réseau des poids entiers de Φ.
4.1.1 Proposition. Supposons (V, r) de dimension nie. Alors V est somme de ses
sous-espaces de poids, et P (V ) ⊂ P .
Démonstration. On a vu que h est formée d'éléments semi-simples de g, donc r(h) est for-
mée d'éléments diagonalisables de gl(V ). Comme r(h) est une sous-algèbre commutative,
ces éléments sont simultanément diagonalisables, d'où la première assertion. Pour la sec-
∼
onde, soitα ∈ Φ et slα = gα ⊕ K.Hα ⊕ gα . On sait qu'il existe un isomorphisme sl2 −→ slα
qui envoie H sur Hα . Les poids de H dans V vue comme représentation de sl2 via cet iso-
∨
morphismes sont les λ(Hα ) = α (λ), pour λ ∈ P (V ). Mais la théorie des représentations
de sl2 nous dit que ces poids sont entiers.
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P
i) P (V ) ⊂ λ − α∈∆ Nα. En d'autres termes, λ est le plus
P grand élément de P (V ) pour
∗ 0 0
l'ordre (partiel) sur h déni par λ 4 λ ⇔ λ − λ ∈ α∈∆ Nα.
P
ii) V = µ∈P (V ) Vµ , i.e. V est somme de ses sous-espaces de poids.
On en conclut que V , en tant que K -espace vectoriel, estPengendré par les vecteurs de la
forme Fαs Fα2 · · · Fα1 .v . Or un tel vecteur est de poids λ − si=1 αi . On en déduit le i) et le
ii), ainsi que dim(Vλ ) = 1. Pour voir la nitude de dim Vµ il sut de remarquer qu'il y a
Ps
un nombre ni de suites α1 , α2 , · · · , αs telles que µ = λ − i=1 αi .
M (λ) := Ug ⊗U b Kλ .
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Puisque toutes les représentations irréductibles de dimension nie sont des représenta-
tions de plus haut poids, elles sont de la forme V (λ) pour un unique λ ∈ h∗ . Il nous reste
donc à déterminer quand V (λ) est de dimension nie. On a vu qu'une condition nécessaire
est que λ ∈ P. Mais ce n'est pas une condition susante :
4.2.1 Théorème. Soit λ ∈ h∗ et V (λ) l'unique g-module simple de plus haut poids
λ. Alors V (λ) est de dimension nie si et seulement si λ(Hα ) ∈ N, ∀α ∈ ∆.
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0
P
dimension nie, alors X∈g XV est aussi un sous slα -module de dimension nie (noter que
α
la somme peut n'être prise que sur une base de g). On voudrait montrer que V (λ) = V (λ).
α
Par irréductibilité de V (λ), il sut maintenant de prouver que V (λ) 6= 0, donc d'exhiber
un sous slα -module de dimension nie.
Nous allons prouver que V (λ, α) (déni au début de la preuve) est de dimension nie.
Comme v est propre pour bα = KHα ⊕ gα , on a V (λ, α) = VectK {Fαi v, i ∈ N}. Rappelons
la formule
Eα .Fαi v = i(λ(Hα ) − i + 1)Fαi−1 v
déjà utilisée dans l'étude des représentations irréductibles de sl2 (et facile à prouver par
λ(Hα )+1
récurrence). Elle montre en particulier que Eα .Fα (v) = 0. Par ailleurs, pour β ∈
λ(H )+1 λ(H )+1
∆ \ {α}, on sait que Eβ commute avec Fα donc Eβ .Fα α (v) = Fα α .Eβ v = 0
λ(Hα )+1
(car v est primitif ). Il s'ensuit que le vecteur Fα (v) est primitif. Or il est de poids
λ = λ − (λ(Hα ) + 1)α 6= λ. D'après le ii) du théorème précédent, λ0 n'est pas un plus haut
0
λ(Hα )+1
poids de V (λ), donc Fα (v) = 0. Il s'ensuit que V (λ, α) est de dimension nie.
Lemme.
P
Soit C := α∈∆ R+ α ∈ V le cône positif engendré par une base ∆ d'un
système de racines Φ. Alors pour tout x ∈ V , ∩w∈W w(x − C) est compact.
Démonstration. Soit w0 l'unique élément (d'ordre 2) de W tel que w0 (∆) = −∆. Il nous
sura de prouver que (x − C) ∩ w0 (x − C) est compact. Soit (ωα )α la base duale de ∆ dans
V ∗ . On a alors w0 (ωα ) = −ω−w0 (α) . Par dénition,
et
donc
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