Isis Devoilee
Isis Devoilee
est de partager ses admirations avec les lecteurs, son admiration pour les
grands textes nourrissants du passé et celle aussi pour l’œuvre de contem-
porains majeurs qui seront probablement davantage appréciés demain
qu’aujourd’hui.
Trop d’ouvrages essentiels à la culture de l’âme ou de l’identité de chacun
sont aujourd’hui indisponibles dans un marché du livre transformé en
industrie lourde. Et quand par chance ils sont disponibles, c’est financiè-
rement que trop souvent ils deviennent inaccessibles.
La belle littérature, les outils de développement personnel, d’identité et
de progrès, on les trouvera donc au catalogue de l’Arbre d’Or à des prix
résolument bas pour la qualité offerte.
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confiance en vous.
Ernest Bosc
Isis Dévoilée
ou
L’Égyptologie sacrée
Hiéroglyphes
Papyrus, Livre d’Hermès, R eligion
Mythes, Symboles,
Psychologie, Philosophie
Morale, Art Sacré, Occultisme
Mystères, Initiation
Musique
Le sujet que nous traitons dans ce volume est très étendu ; par certains
côtés, il touche à une question des plus attachantes, à la psychologie et n’a
pas encore été abordé par aucun auteur français. Il n’existe pas, en effet,
de livre sur « l’Égyptologie sacrée », cependant on se met aujourd’hui à
étudier l’Égypte, comme on ne l’avait jamais fait jusqu’ici, surtout en ce
qui concerne sa philosophie.
Autrefois, au commencement du siècle, on ne s’occupait que des arts et
de la civilisation de l’antique Égypte ; quant à sa Mythologie, à sa Mystique,
à son Art sacré, à sa Religion, on ne s’en préoccupait guère, on n’y atta-
chait aucune importance, parce qu’on supposait, bien à tort, comme nous
allons voir, que la religion Égyptienne consistait uniquement à adorer des
chats, des chiens, des ibis, des éperviers, des bœufs et même des oignons ;
de pareils dieux ne méritaient certes pas de fixer l’attention !
Les prêtres de diverses religions, de même que les Pères de l’Église qui
ne voulaient pas que les mythes de leur propre religion fussent, en grande
partie du moins, dérivés des mythes égyptiens, ne sont pas tout à fait
étrangers aux fables et aux absurdités débitées sur la religion égyptienne.
Ainsi, Clément d’Alexandrie, peut servir d’exemple, de témoin à ce que
nous venons de rapporter.
Après avoir dit que les temples égyptiens étaient de superbes édifices,
tout resplendissants d’or, d’argent et de pierreries, il ajoute : « Les sanctuai-
res sont ombragés de voiles, tissus d’or ; mais si vous allez au fond du tem-
ple et que vous cherchiez la statue, un fonctionnaire du Temple s’avance
vers vous en chantant d’un air grave, un hymne en langue égyptienne ; il
soulève ensuite un peu le voile comme pour vous montrer le Dieu : que
voyez-vous alors ? Un chat, un crocodile, un serpent indigène, ou quel-
4
AVANT-PROPOS
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AVANT-PROPOS
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PREMIÈRE PARTIE :
Les Égyptologues,
Les Hiéroglyphes, Les Écritures,
Les Papyrus, Les Livres d’Hermès
Chapitre premier :
Champollion et les égyptologues
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Mémoire sur l’inscription du tombeau d’Akmès, chef des nautoniers, Paris, 1851 in-4, 3 fig.
color, et 1 tableau.
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12
Chapitre II :
Écriture égyptienne
Les caractères égyptiens ont ceci de particulier, qu’ils imitent avec plus
ou moins d’exactitude des objets existant dans la nature ; c’est ce gen-
re de caractères qui compose l’écriture hiératique ou sacrée des anciens
Égyptiens, écriture dénommée par les anciens Grecs grammata hiera, et
mieux encore grammata hieroglyphica, d’où le terme de caractères hiéroglyphiques,
sous lesquels, nous les désignons aujourd’hui.
A la grande rigueur, le nom de hiéroglyphiques ne doit être appliqué
qu’aux seuls caractères sacrés peints, sculptés ou gravés, lesquels représentent
des objets naturels, caractères dessinés avec le plus grand soin et qu’on
distingue des hiéroglyphes linéaires et des signes abréviatifs.
écriture hiéroglyphique
Cette écriture était ordinairement employée pour les inscriptions mo-
numentales, soit dans les édifices publics, soit dans les belles demeures
privées ; ces signes étaient, nous venons de le voir, de vrais dessins par-
fois assez complexes ; aussi dans les manuscrits, pour faciliter la rapidité
de l’écriture, on substitua aux hiéroglyphes dessinés un abrégé de l’objet
représenté ; ce n’était plus pour ainsi dire que la structure, la carcasse de
cet objet, ce qui permettait d’effectuer très rapidement, mais de façon très
reconnaissable cependant, l’objet que le scribe voulait représenter. C’est ce
genre d’écriture qu’on nomme, hiéroglyphes linéaires.
Les hiéroglyphes sont l’écriture primitive égyptienne. Tous les monu-
ments égyptiens, depuis le colosse jusqu’à la plus petite amulette, tous à
peu d’exception près, portent des hiéroglyphes ; il est donc facile d’y étu-
dier les caractères, l’écriture, et par suite les arts et la civilisation de l’an-
tique Égypte, car ces inscriptions sont pour ainsi dire l’histoire même du
peuple égyptien gravée, tant sont variées les représentations figurées.
Les hiéroglyphes linéaires des manuscrits étaient écrits à l’encre noire
ou rouge sur des feuilles de papyrus lissées et collées bout à bout ; nous en
parlerons plus loin, dans un chapitre spécial (chap. V).
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image plus ou moins fidèle, ainsi le soleil est figuré par une circonférence
avec un point central ; la lune par un croissant ; l’homme, la femme, les
animaux par leur représentation respective.
Cette méthode de peinture des idées, la plus ancienne de toutes a été
désignée par les auteurs grecs sous le nom de curuola giché cata mimesin ou
méthode mimique méthode s’exprimant au propre par imitation6.
Les caractères symboliques, dit aussi tropiques (de tropé, forme), se formaient
suivant des méthodes diverses, par lesquelles le signe se trouvait plus ou
moins ressemblant à l’objet servant à noter l’idée.
On procède à la formation des signes tropiques par synedoche, c’est-à-
dire en peignant la partie pour le tout : ainsi deux bras tenant l’un un
trait l’autre un bouclier signifiaient une armée ou le combat7 ; une tête de
cheval, un cheval ; une tête de chacal, cet animal ; les prunelles de l’œil
signifiaient les yeux ou même la tête entière.
Ou bien encore l’écrivain procédait par métonymie, c’est-à-dire qu’on
représentait l’effet pour la cause, l’instrument du travail pour le travail
produit, la cause pour l’effet ; par exemple, le feu était représenté par un
réchaud ou par une colonne de fumée ; le jour par le Soleil, la nuit par la
Lune et les Étoiles ; l’écriture par le roseau à écrire (calamus) ou par un pin-
ceau réunis à la palette du scribe ou à une écritoire.
On procédait encore par énigmes en utilisant pour exprimer une idée,
la représentation d’un objet n’ayant que des rapports éloignés avec l’idée
à exprimer, ainsi une feuille de palmier représentait l’année, parce qu’on
supposait que cet arbre ne donnait que douze feuilles par an ; une plume
d’aile d’autruche représentait la justice, parce que toutes les plumes de l’aile
de cet animal sont, dit-on, égales ; une tige de lis ou de glaïeul signifiait la
région haute ou la Haute Ég ypte, tandis que la tige ou la houpette du souchet
( papyrus) désignait la région basse ou Basse Ég ypte, parce que le souchet ou
papyrus croissait surtout, dans les bas-fonds, dans les marécages du delta
de l’embouchure du Nil.
Enfin, on procédait par métaphores ; on peignait un objet qui avait quel-
que similitude plus ou moins réelle avec l’objet qu’il s’agissait de désigner :
ainsi, on indiquait les airs, l’élévation par un épervier ; la priorité, la supé-
riorité, la prééminence par la partie antérieure du lion ; la pureté, la vertu,
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ISIS DÉVOILÉE
la tendresse, par une tête de coucoupha, parce qu’on croyait que cet ani-
mal nourrissait ses parents devenus vieux ou infirmes ; le scribe sacré, le
hiérogrammate était figuré par un chacal sur ses pieds ou posé sur un socle,
parce que ce fonctionnaire devait garder comme un chien fidèle les choses
sacrées et les écrits qu’on lui confiait8.
Les caractères phonétiques procédaient par la notation de la voix ( phôné) ou
des articulations isolément exprimées, au moyen de caractères particuliers
et non par l’annotation des syllabes, de sorte que la série des signes pho-
nétiques constituait non un syllabaire, mais un véritable alphabet. — Les
caractères phonétiques, considérés dans leur forme matérielle, furent des
représentations, des images d’objets matériels, plus ou moins développés ;
le principe fondamental de la méthode phonétique consiste à représenter une
voix ou une articulation par la représentation d’un objet physique dont le
nom en langue égyptienne avait pour initiale la voix, le son, ou l’articula-
tion qu’il s’agissait de noter.
Que les caractères fussent idéographiques ou phonétiques, on lisait un
texte égyptien, comme nous lisons une page d’algèbre.
Disons en terminant ce chapitre qu’il y avait également des noms com-
muns exprimés symboliquement ; dans ce cas, des signes symboliques ou
tropiques remplaçaient souvent dans l’écriture un grand nombre de noms
communs ; les caractères phonétiques ne notaient donc pas ici les sons de
ces mots : ainsi, le miel était noté par une abeille et un vase ; la soif par un
veau courant, au-dessus duquel se trouvait le signe eau ; le mois par le crois-
sant de la lune renversé, au-dessous duquel se trouvait une étoile, etc.
17
Chapitre III :
Signification de diverses figures ;
groupements hiéroglyphiques
Liv. I hiérogl. I.
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toujours à tête rasée, tenant dans sa main droite un vase à libations, duquel
s’écoule de l’eau.
Le scribe sacré Grammate ou Hiérogrammate est représenté par un hom-
me accroupi à tête rasée qui tient dans sa main droite ramenée sur sa poi-
trine une palette d’écrivain, dénommée canon chez les Grecs, parce qu’elle
servait aussi de règle10.
Le Soldat, Guerrier, un membre de la caste militaire sont figurés par un
homme accroupi portant en bandoulière, un carquois rempli de flèches,
tenant dans sa main gauche une lance.
Nous ne mentionnerons pas d’autres exemples, car on le conçoit, cela
nous entraînerait fort loin, et nous passerons au groupement des objets fi-
gurés par les hiéroglyphes ; ces objets ont été groupés par les Égyptologues
en seize genres principaux.
1. — Corps célestes : soleil, lune, étoiles, ciel.
2. — Hommes ou femmes de tout âge, dans des positions et des attitudes
diverses ;
3. — Divers membres ou parties du corps humain : tête, yeux, oreilles, bouche,
bras, mains, cuisses, jambes, pieds, etc. ;
4. — Animaux domestiques ou sauvages : bœuf, taureau, vache, veau, cheval,
cynocéphale, chacal, gazelle, lion, etc. ;
5. — Oiseaux : aigle, épervier, chouette, hirondelle, ibis, geai, pluvier, etc.
6. — Reptiles : céraste, couleuvre, serpent, vipère, crocodile, grenouille,
lézard, etc. ;
7. — Certains insectes : scarabée, scorpion, mente ou religieuse, libellule,
abeille, etc. ;
8. — Poissons : Latus, lépidote, oxyrynchus, etc. ;
9. — Végétaux : lotus et sa fleur, palmier et sa fronde, perséa et son fruit,
papyrus, (souchet), etc. ;
10. — Objets du costume ou vêtements : diverses coiffures ; pschent, couronne,
mitre, bracelet, collier, pagne, sandales, etc. ;
11. — Armes, insignes divers : arc, flèches, traits, pedum, sceptre, fouet ; lit
funèbre, trône, coffre, sièges, etc. ;
12. — Vases et ustensiles divers : vase à brûler l’encens (amschir) vase à par-
fums, vase à libations, bassin, corbeille, natte, van, etc. ;
13. — Instruments et ustensiles divers : théorbe, palette d’écrivain, écritoire,
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ISIS DÉVOILÉE
Ajoutons que dans chacun des groupes que nous venons de mention-
ner, il y avait des subdivisions, de sorte qu’on peut dire que les signes figu-
rés étaient au nombre de près de deux milles.
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Chapitre IV :
Les hiéroglyphes, motifs de décoration
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Les objets de bronze sont peints en vert, ceux de fer en minium, brun
Van-Dyck11 ou rouge brun ; les objets en bois, les charpentes sont peintes
en jaune ; quant au bleu, cette couleur paraît avoir été surtout réservée aux
formes géométriques et aux plans des édifices.
Nous n’insisterons pas davantage ici sur la coloration des hiéroglyphes
et leur emploi décoratif ; nous aurons occasion d’en parler incidemment en
traitant des boîtes à momies, ainsi que des hypogées qui les renferment, et
nous terminerons ce court chapitre en disant que rien n’égalait la richesse
décorative des monuments égyptiens, temples, pylônes, hypogées, palais
décorés de toute part de ces peintures hiéroglyphiques, qui non seulement
charmaient la vue, mais qui souvent encore présentait à l’esprit du penseur
et du philosophe de grandes et nobles pensées.
11
Ce terme est bien moderne appliqué à l’Égypte, mais il a le mérite de bien définir
le ton employé par les Égyptiens, c’est pourquoi nous n’avons pas hésité à nous en
servir.
22
Chapitre V :
Le papyrus et les papyrus
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les caractères à l’encre sur le papyrus, qui était de trois qualités : le royal,
l’hiératique, le démotique, sous Auguste, on nomma le premier, papyrus
Augustus pour flatter l’empereur.
Le plus beau papyrus, le plus fin, le papyrus dit royal, servait naturel-
lement aux rois et aux prêtres pour tous les actes relevant de leur minis-
tère ; le papyrus hiératique servait pour les livres et les écritures religieu-
ses, enfin le dernier, le papyrus démotique, était employé pour rédiger
les contrats, les actes concernant la vie civile et militaire. — Avant de les
écrire, on enduisait les papyrus avec une huile tirée du cèdre, afin de les
préserver de la pourriture, du piquage des vers et de la corruption. Du
reste, on prenait les plus grands soins pour assurer leur conservation, on
les plaçait dans des étuis ou cylindres de bois durcis au feu, qu’on revêtait
de bitume de tous les côtés, afin d’empêcher l’humidité de les pénétrer ; on
les enfermait ensuite dans des jarres en terre cuite, dont le couvercle était
soigneusement luté.
Les momies ont souvent auprès d’elles des papyrus ; ils sont placés sous
les bandelettes, soit le long du corps entre les cuisses, le long des jambes,
sous leurs bras, sur leur poitrine. Ce sont ces manuscrits qui nous sont
parvenus les premiers, les seuls dont la conservation soit parfaite ; leur
longueur est variable ; un des plus long que nous connaissions est celui du
Musée de Turin qui ne mesure pas moins de 21 m 75 de longueur.
Généralement, le haut de la page est occupé par une ligne de figures de
divinités que l’âme visite successivement ; le reste du manuscrit est rempli
par des colonnes perpendiculaires d’hiéroglyphes linéaires ou hiératiques ;
ce sont les prières que l’âme du défunt adresse aux Dieux. Vers la fin du
papyrus, on voit souvent la scène du jugement de l’âme, dont voici une
description : Un grand Dieu est assis sur son trône, à ses pieds se voit un
énorme crocodile femelle la gueule ouverte ; derrière le Dieu se trouvent
suspendues des balances divines surmontées du cynocéphale, emblème
de la justice universelle. On pèse les bonnes et les mauvaises actions du
défunt : Thoth écrit les résultats des pesées.
En général, les papyrus sont des copies du Livre des morts improprement
appelé Rituel funéraire ; ce livre est plus ou moins développé, c’est-à-dire
complet, suivant que la qualité ou la position du défunt permettait à ses
héritiers de dépenser plus ou moins pour son achat.
Aussi, suivant l’extrait plus ou moins long du Livre des morts que contient
le papyrus placé auprès de la momie, on peut préjuger presque de l’impor-
24
ISIS DÉVOILÉE
tance du personnage. Les momies royales contenaient dans tout son entier
le Livre des morts.
Beaucoup de manuscrits en question sont écrits non en hiéroglyphes
linéaires, mais en hiératiques, c’est-à-dire nous l’avons déjà vu au moyen de
la tachygraphie hiéroglyphique. Le haut de la page qui contient comme
nous venons de le voir, une ligne de figures, fait toujours distinguer des
autres genres de manuscrits, le Livre des morts. Ces papyrus donnent un
grand intérêt aux Momies ; malheureusement, rien ne peut faire distinguer
extérieurement les boîtes de momie qui renferme des papyrus de celles qui
n’en ont pas. Il faut donc les ouvrit ; pour cela, on attaque le cartonnage à
l’envers, de cette façon, on ne le détériore pas, ou du moins fort peu.
Voici les signes distinctifs auxquels on peut reconnaître l’âge des papy-
rus : les plus anciens connus sont d’une écriture large, ferme, solide, mas-
sive, si l’on peut dire ; ils décèlent la lourdeur de la main qui les a écrits. Bien
qu’il soit difficile d’assigner une date précise à certains manuscrits, on peut
dire que ceux qui ont été composés sous la XVIe dynastie ont des vignettes
finement dessinées, les groupes de lettres très rapprochées, très ramassées,
parce que les caractères sont d’une grande finesse — Les exemplaires hiéro-
glyphiques du Livre des morts d’une écriture rétrograde, d’un fort beau style
sont originaires de la XVIIIe dynastie ; ceux de la XIXe et XXe dynastie sont
très facilement reconnaissables par la belle et grosse carrure de leurs lettres
hautes et hardiment tracées ; enfin dans les papyrus de la XXIIe dynastie,
les lettres sont moins hautes bien que fortes et larges, aussi les groupes
de lettres sont moins ramenés, moins rapprochés, moins ramassés à côté
les uns des autres ; ils différent donc du tout au tout des manuscrits de la
XVIe dynastie. Les manuscrits de l’époque Romaine sont d’un style des plus
médiocres, l’écriture hiératique y est haute, maigre, anguleuse même et un
peu penchée ; enfin sous les dominations persane et grecque, l’écriture est
tout à fait lourde, épaisse, compacte, empâtée même.
Nous possédons de nombreux papyrus égyptiens qui forment un vé-
ritable recueil de recettes pharmaceutiques, parmi eux mentionnons un
papyrus de Leyde12 un autre du Musée Britannique13 et un troisième du
musée de Berlin14.
12
Pleyte, Études, I, 348 verso.
13
Birch, Zeitsckrift, 1871, p. 61.
14
Baugsch, Monuments, L, 101 ; Chabas, Mélanges Eg yptologiques, 1ere série.
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ISIS DÉVOILÉE
15
Cf. à ce sujet, M aspero, Histoire ancienne des peuples de l’Orient, page 81 et suiv.
26
Chapitre VI :
Les livres d’hermès
Stromates, I, VI.
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De mysteriis Eg ypt.
18
Stromat.
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ISIS DÉVOILÉE
des lieux qui en dépendent. Le stoliste vient ensuite portant la coudée (ma)
emblème de la justice et le vase des purifications. Le stoliste sait tout ce
qui concerne l’art d’enseigner et l’art de marquer du sceau sacré les jeunes
victimes. Dix livres sacerdotaux sont relatifs au culte des Dieux (nous
l’avons vu plus haut) et aux préceptes de la religion ; c’est le Prophète, mar-
chant après tous les prêtres et portant le sceau qui apprend ces dix livres
(sacerdotaux). Il y a en tout, quarante-deux livres principaux d’Hermès (re-
marquez principaux) dont trente-six, où est exposée toute la philosophie
des Égyptiens, sont appris par des prêtres des classes qui viennent être
désignées, les six autres livres sont étudiés par les Pastophores, comme ap-
partenant à l’art de guérir et ces livres parlent en effet, de la construction
du corps humain, de ses maladies, des instruments et médicaments, des
yeux, enfin des maladies des femmes. »
Par ce qui précède, on voit combien devaient être intéressants les livres
d’Hermès, les livres véritables, devrions-nous dire, car à l’époque où l’on a
sophistiqué ces livres, c’est-à-dire au commencement du christianisme, il a
paru des traductions d’une authenticité des plus douteuses, aussi il est in-
contestable que le nom d’Hermès étant entouré d’une grande vénération,
les sophistiqueurs furent certainement tentés de soumettre ses œuvres à
des interpolations et des travestissements nombreux ; on a même été à
une certaine époque jusqu’à contester l’authenticité de leur existence ; et
cependant nous lisons dans Augustin20 : « Véritablement Trismégiste dit
beaucoup de choses du vrai Dieu créateur de l’Univers qui sont conformes
à la vérité… »
Cette courte citation d’un auteur peu suspect, prouve bien l’existence
sinon d’Hermès, du moins des livres parus sous son nom.
Le plus ancien peut-être des livres d’Hermès, que nous possédions est
le Logos téleios, dont l’original grec cité par Lactance21 est perdu ; nous n’en
possédons qu’une traduction latine qui porte ce titre : Asclepius ou Hermetis
Trimegisti Asclepius, sive de natura deorum dialogus ; cette traduction est attri-
buée à Apulée de Madaure ; c’est un dialogue entre Hermès et Asclépios,
son disciple, dialogue qui traite de Dieu de l’Univers, de la nature, etc. En
voici un fragment : « Aucune de nos pensées, dit Thoth à son disciple, ne
saurait concevoir Dieu, ni aucune langue le définir. Ce qui est incorporel,
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ISIS DÉVOILÉE
invisible, sans forme, ne peut être saisi par nos sens ; ce qui est éternel ne
peut pas être mesuré par la courte règle du temps : Dieu est donc ineffable.
Il est la vérité absolue, le pouvoir absolu ; et l’immuable absolu ne peut être
compris sur la terre.
« Dieu peut, il est vrai, communiquer à quelques élus la faculté de s’éle-
ver au-dessus des choses naturelles, pour percevoir quelques rayonnements
de sa perfection suprême ; mais ces élus ne trouvent point de paroles pour
traduire en langue vulgaire l’immatérielle vision qui les a fait tressaillir. Ils
peuvent expliquer devant l’humanité les causes secondaires des créations
qui passent sous nos yeux comme des images de la vie universelle : mais la
cause première demeure voilée et nous ne parviendrons à la comprendre
qu’en traversant la mort.
« Cette mort est pour beaucoup d’hommes, un épouvantable fantôme ;
et cependant, ce n’est pas autre chose que notre délivrance des liens de
la matière. Le corps n’est qu’un vêtement d’infériorité qui nous empêche
de monter dans les mondes du progrès ; c’est une chrysalide qui s’ouvre
quand nous sommes mûrs à une vie plus large et plus haute. Voyez la fleur
qui charme nos yeux en nous enivrant de ses parfums : elle est née d’une
graine tombée dans la terre. De même, notre corps quand il retourne à
cette terre, d’où il a été tiré, l’esprit qu’il retenait captif s’exhale comme un
parfum vers les cieux, car l’esprit était contenu dans le corps, comme le
parfum dans le germe de la fleur. »
« La mort est pour certains hommes un mal qui les frappe d’une terreur
profonde, c’est bien là le résultat de l’ignorance, de l’agnoscence. La mort ar-
rive par la débilité et la dissolution des membres du corps ; le corps meurt
parce qu’il ne peut plus porter l’être : ce qu’on appelle mort, c’est seule-
ment la destruction des organes corporels (l’esprit et l’âme ne meurent
point)… »
Voici comment Hermès définit la vérité et en parle : « La vérité, c’est ce
qui est éternel et immuable, la vérité est le premier des biens, la vérité n’est
pas et ne peut être sur la terre ; il se peut que Dieu ait donné à quelques
hommes, avec la faculté de penser aux choses divines, celle de penser
aussi à la vérité ; mais rien n’est la vérité sur la terre, parce que toute chose
est une matière revêtue d’une forme corporelle, sujette au changement,
à l’altération, à la corruption, à la transformation. L’homme n’est pas la
vérité, parce qu’il n’y a de vrai que ce qui a tiré son essence de soi-même,
30
ISIS DÉVOILÉE
et qui reste ce qu’il est. Ce qui change au point de n’être pas reconnu,
comment cela pourrait-il être la vérité ? — La vérité est donc ce qui est
immatériel, qui n’est point enfermé dans une enveloppe matérielle, qui est
sans couleur, et sans forme, exempt de changement et d’altération, en un
mot, ce qui est éternel. Toute chose qui périt est mensonge et fausseté ; la
terre n’est que corruption et génération, et toute génération procède d’une
corruption ; les choses matérielles ne sont que des apparences et des imi-
tations de la vérité, ce que la reproduction est à la réalité ; aussi les choses
de la terre ne sont pas la vérité. »
La méthode d’enseignement dite socratique, c’est-à-dire par dialogues
vient de l’Égypte. Nous venons de voir ce qu’Hermès dit à Asclépios, nous
allons donner un autre morceau des livres hermétiques, c’est un dialogue
qui renferme encore des traces évidentes des doctrines cosmologiques et
psychologiques égyptiennes. Cet ouvrage grec, souvent publié, mais trop
peu connu, passe, pour avoir été traduit de l’égyptien.
Le dialogue en question a lieu entre Poimandrès, l’intelligence suprême et
Thoth, le Seigneur des divines paroles, le seigneur des écrits sacrés, c’est-à-dire le seul
juge digne parmi les hommes, de recevoir les conseils de la divinité ; en
un mot Thoth représente l’intelligence humaine. Le dialogue a donc lieu
entre l’Intelligence divine et l’intelligence humaine ; la première révélant à
la seconde l’origine de son âme, sa destinée, sa mission, sa récompense.
Voici quelques courts extraits de ce livre intéressant à tant de titres.
Hermès nous dit que réfléchissant un jour sur la nature des choses, il
s’efforçait d’élever son entendement vers les hauteurs de l’espace et que ses
sens matériels complètement assoupis, comme il arrive dans un profond
sommeil, il lui sembla voir un être d’une stature très élevée, qui l’inter-
pella en ces termes :
« Tu souffres, ô fils de la terre et je viens te fortifier, car tu aimes la jus-
tice et tu cherches la vérité. Je suis Poimandrès, la Pensée du tout puissant ;
forme un vœu et tu seras exaucé.
— Seigneur, dit Hermès, donnez-moi un rayon de science divine.
— Tu as bien choisi, répond Poimandrès, que ton vœu soit exaucé. »
Tout à coup, Hermès est ravi, il est dans une sorte d’extase, dans un émer-
veillement ; environné ou plutôt enserré au milieu de formes et de magni-
ficences d’une richesse inouïe et tout cela éclairé d’une éclatante lumière.
— Puis celle-ci pâlit insensiblement, tandis qu’Hermès est tout entier
absorbé par le charme du spectacle qui s’offre à sa vue. Toutes les images
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ISIS DÉVOILÉE
du brillant Kaléidoscope, qui viennent de défiler devant ses yeux tout cela
s’efface insensiblement par degrés et finit par disparaître dans une nuit ca-
hotique ; Hermès est rempli d’effroi. De cette nuit s’échappe un bruit dis-
cordant rappelant les plus violents éclats de la foudre et du milieu de cette
tempête, une voix sonore, tonitruante, dominant tout le fracas du milieu
duquel elle paraît sortir, parle à Hermès qui, traduisant l’impression qu’il
a ressentie, nous dit : « Il me sembla que cette grande voix était celle de la
Lumière disparue et le Verbe en sortit. — Ce Verbe était comme porté
sur l’eau dont je sentais la fraîcheur et il en jaillit un feu pur et léger qui se
dispersa dans l’air. Cet air (feu) subtil, semblable à l’Esprit flotte entre l’eau
et le feu ; et dans les ondes de cet air ambiant, notre monde se balançait
en équilibre comme une masse de substance encore informe qui attend
l’œuvre créatrice. — Et le Verbe qui planait au-dessus de ces eaux céles-
tes agita ce monde22 et à mesure qu’il s’agitait, la lumière se refaisait et les
innombrables manifestations de la forme apparaissaient de nouveau l’une
après l’autre et Hermès nous dit : « Il me sembla que je voyais toutes ces
choses dans le miroir de ma pensée et alors la voix divine de Poimandrès
se fit encore entendre avec douceur, et dit :
— As-tu bien compris ce que signifie ce spectacle ?
— Je le connaîtrai, dis-je.
— La Pensée est Dieu le père ; la Parole est son fils ; ils sont indissolu-
blement unis dans l’Éternité et leur union, c’est la Vie.
— Médite d’abord sur la Lumière et arrive à la connaître.
Quand ces choses furent dites, Hermès pria longtemps Poimandrès,
afin qu’il tournât sa face vers lui. Dès qu’il l’eût fait, Hermès aperçut dans
sa pensée une lumière environnée de puissances innombrables, brillant
sans limites, le feu contenu dans un espace par une force invincible se
maintenait au-dessus de sa propre base. — Hermès vit toutes ces choses
par l’effet du Verbe de Poimandrès, qui le trouvant plongé dans la stupeur
lui parla ainsi :
« La Pensée et la Parole créent les Actes de la Toute-Puissance.
« De cette Toute-Puissance émanent sept esprits qui agissent dans les
sept cercles ; et dans ces cercles sont contenus tous les êtres dont se com-
pose l’Univers ; et l’action des sept esprits dans les cercles se nomme le
On sait depuis fort longtemps que certains magnétiseurs ont le pouvoir de faire
22
bouillonner l’eau placée dans un bassin en imposant les mains au-dessus de l’eau.
32
ISIS DÉVOILÉE
Destin, et ces cercles eux-mêmes sont enfermés dans la Pensée divine qui
les pénètre éternellement.
« Dieu a commis aux sept esprits l’empire des éléments et la création de
leurs composés ; mais il a procréé l’homme à son image et s’étant complu
dans cette image, il lui a concédé le pouvoir d’agir sur la nature terrestre.
« Or l’homme ayant vu dans son père le créateur de toute chose, con-
çut une fois l’ambition de s’égaler à sa Toute-Puissance et voulut pénétrer
dans les cercles, dont l’empire ne lui était pas accordé. En troublant ainsi
l’harmonie divine il se rendit coupable et son châtiment fut de devenir
l’esclave de son corps. Immortel par son âme qui est l’image de Dieu, il
s’est fait mortel par l’amour des choses changeantes et périssables.
« Toutefois, la liberté lui a été laissée, afin qu’il pût par un courageux
effort, se relever à sa hauteur originelle, en s’affranchissant de la servitude
du corps et reconquérir son immortalité.
« Dieu veut donc que tout homme apprenne à se connaître lui-même
et à distinguer son être supérieur invisible, de la forme visible qui n’est
que l’écorce. Lorsqu’il s’est reconnu dans la dualité de sa création, il ne
se laisse plus séduire par l’attrait des formes changeantes ; sa pensée n’a
plus de regards pour chercher et poursuivre, à travers l’infini, la beauté
absolue dont la contemplation est le souverain bien promis à l’intelligence
réhabilitée.
« L’homme qui triomphe des tentations sensuelles agrandit ses facultés
mentales ; Dieu lui mesure la lumière en proportion de ses mérites, et l’ad-
met progressivement à pénétrer, dès cette vie, les plus profonds mystères
de la nature.
« Celui au contraire qui succombe aux séductions de la chair tombe
peu à peu sous l’empire des lois fatales qui régissent les éléments, et, en
devenant leur proie, il se voue à l’ignorance perpétuelle qui est la mort de
l’esprit.
« Bienheureux le fils de la Terre qui a conservé pure l’image de Dieu, et
qui ne l’a point assombrie sous le voile d’infâmes concupiscences. Lorsque
vient pour lui l’heure de quitter ce bas monde, son corps est rendu au do-
maine de la matière ; mais l’esprit dégagé de cette écorce usée par le temps,
s’élève dans les sept cercles concentriques qui enveloppent le système ter-
restre.
« Dans le cercle de la Lune, il se reconnaît immortel ; dans celui de
Mercure, il se sent impassible ; dans celui de Vénus, il se revêt d’innocence ;
33
ISIS DÉVOILÉE
dans celui du Soleil, il reçoit la force de supporter sans défaillir l’éclat des
divines splendeurs ; dans celui de Jupiter, il prend possession des trésors de
l’intelligence divinisée et dans celui de Saturne, il voit la vérité de toutes
choses dans son immuable beauté.
« Au-delà de ces cercles, règne l’infini des mondes, concourant à son
pèlerinage de cieux en cieux vers le Dieu suprême dont il approchera sans
cesse, éternelle asymptote, sans l’atteindre jamais.23 »
Après avoir ainsi parlé, Poimandrès (la Pensée du Tout-Puissant) s’ar-
rêta et la vision divine se prolongea dans l’Aither, mais l’âme d’Hermès
était illuminée et dès lors, elle pouvait faire le plus grand bien au milieu
des hommes en leur révélant le mystère de la vocation des âmes.
Remarquons en passant, que ce passage de Poimandrès confirme la
croyance égyptienne en un Dieu-Unique invisible, ineffable, tout-puissant,
infini et au-dessous de cette Divinité ou plutôt, de cette M ajesté Suprême
se trouvent sept esprits messagers de cette providence, agents de cette
haute Volonté.
Ces sept esprits de la théogonie égyptienne sont les sept Dévas de l’In-
de antique, les sept Amschaspands de la Perse, les sept grands anges de
la Chaldée, les sept Sephirath de la Kabbalah hébraïque, enfin les sept
archanges de l’Apocalypse de Saint-Jean, au pied du trône de l’Ancien des
jours.
Nous aurions bien voulu pousser plus loin encore notre étude sur les
livres d’Hermès, mais il faut savoir se borner ; nous pensons du reste que
l’exposé très sommaire que nous venons de faire suffira pour donner un
aperçu au lecteur des dogmes psychologiques égyptiens dont nous aurons
l’occasion de parler du reste plus longuement dans d’autres chapitres.
Hermou tou trismegistou Poimandrès seu Mercurii Trimegistii, liber de potestate et sapientià Dei,
23
34
Chapitre VII :
Art sacré — Occultisme
Avec le présent chapitre, nous abordons un des sujets les plus obscurs
de la science égyptienne, sujet qui n’a jamais été traité par aucun auteur
d’une façon un peu développée.
Disons en commençant, qu’indépendamment de la religion, du culte
et des cérémonies religieuses que nous allons bientôt étudier, il existait en
Égypte une science hermétique occulte qu’à tort ou à raison, on a nommé
Art sacré.
L’origine de cet art se perd dans la nuit des temps, on ne pourrait donc
nommer son promoteur, son inventeur, mais dès l’époque historique, cet
art eut pour premiers adeptes les prêtres de l’Égypte, les initiés de Thèbes
et de Memphis. C’est dans les dépendances du temple, qu’ils avaient leurs
laboratoires, car l’art sacré de l’Égypte, n’est que l’Alchimie du moyen-
âge, notre chimie moderne. A cette époque lointaine la philosophie et la
science marchaient ensemble la main dans la main, le laboratoire fournis-
sait le fait, la science du prêtre créait la théorie. L’initié à l’art sacré avait
des pouvoirs très étendus sur les forces de la nature, c’était une sorte de
Démiurge ou Dieu créateur.
Dans l’antiquité, de même qu’au moyen-âge toutes les connaissances
humaines étaient englobées sous le terme générique de Philosophie, d’où,
les alchimistes, astrologues, hermétistes, occultistes sont désignés sous
le nom de philosophes. Ils l’étaient en réalité, puisque nous voyons par
exemple, l’initié égyptien reconnaître dans toutes les opérations qu’il
pratiquait, la transmutation des corps. Ainsi, l’eau chauffée dans un vase
ouvert quelconque, se transformait pour l’artiste sacré, en air (vapeur) et en
terre blanchâtre ( fin de l’opération) en une matière pulvérulente ; donc, l’eau
se changeait en air et en terre.
L’Initié brûlait-il à l’air libre (calcination) du plomb ou tout autre métal
(or et argent exceptés), ce métal perdait ses qualités premières, il se trans-
formait en cendres ou en une espèce de substance terreuse pulvérulente
désignée au moyen-âge sous le nom de métal mort, et, si l’Initié chauffait
à nouveau ce métal soi-disant mort dans un creuset avec des grains de
35
ISIS DÉVOILÉE
36
ISIS DÉVOILÉE
Or une simple opération telle que nous venons de la décrire, faite dans
le laboratoire d’un temple, cette opération devait aux yeux de l’initié, pas-
ser pour une transmutation véritable.
Du reste dans les résultats de leur distillation et de tous leurs travaux
du laboratoire, les Égyptiens ne voyaient que la réalisation de cette théo-
rie, à savoir que la terre, l’eau, l’air et le feu formaient les quatre éléments du
monde, tous susceptibles de transformations. Le résidu de la distillation,
résidu solide (charbon) représentait la terre, les liquides, l’eau et les esprits
(gaz), l’air.
Quant au feu, ils le considéraient soit comme action ou moteur de l’opéra-
tion, soit comme purificateur, soit enfin comme l’âme ou lien invisible de tous
les corps en général.
L’Art sacré était entouré d’un grand respect ; ce qui contribuait à aug-
menter, à exagérer même ce profond respect, c’est que les prêtres d’Isis
et les initiés en général entouraient de mystères les expériences ; de plus,
le langage symbolique en usage pour les travaux rendait obscures, pour le
profane, les opérations à l’aide desquelles on les accomplissait. Aussi ces
travaux n’étaient-ils compris que des seuls initiés et il était défendu sous
peine de mort de révéler ces mystères aux profanes.
Nous sommes intimement convaincu que les Pharaons et les grands
Prêtres égyptiens connaissaient la pierre philosophale, cela seul peut expli-
quer l’énorme profusion d’or que possédaient ces souverains orientaux.
A l’appui de notre conviction, nous mentionnerons les écrits d’un
homme le P. Kircher qui a toujours combattu l’opinion accréditée que les
hermétistes du moyen-âge possédaient la pierre philosophale. En ce qui
concerne la question, ce même auteur prétend26 qu’ils faisaient de l’or sans
le secours de cette pierre, mais par une quintessence cachée dans tous les mixtes,
imprégnée de l’Esprit universel.
Comme ce passage a une grande importance, nous allons le consigner
ici. « Les Égyptiens n’avaient pas en vue la pratique de cette pierre (phi-
losophale) ; et s’ils touchaient quelque chose de la pratique des métaux et
qu’ils dévoilaient les trésors les plus secrets des minéraux, ils n’entendaient
pas pour cela ce que les alchimistes anciens et modernes entendent ; mais
ils indiquaient une certaine substance du monde inférieur analogue au
soleil ; douée d’excellentes vertus et de propriétés si surprenantes, qu’elles
26
Œdipus Æg ypt., tome II, p. z de alchym. c. I.
37
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40
DEUXIÈME PARTIE :
De toutes les religions, l’une des plus commentées, des plus discutées et
cependant des moins connues, c’est la religion de l’antique Égypte.
Aujourd’hui même, où les mœurs et la civilisation de ce grand pays sont
pourtant si étudiées, il n’existe pas en France un travail, nous ne dirons pas
complet, mais de quelque étendue sur la religion, les mythes et les symbo-
les égyptiens, en ce qui concerne l’interprétation de leur ésotérisme.
On a cru trop longtemps, et bien à tort, que cette religion n’était qu’une
réunion, un ramassis de cultes locaux ; c’est là une grave erreur dans la-
quelle sont tombés beaucoup d’archéologues éminents, des hommes même
de la valeur de M. le vicomte de Rougé.
Il faut bien plutôt admettre que cette multitude de divinités adorées en
Égypte ne représente que des types divers d’un seul et même Dieu ; nous
le verrons bientôt, désigné suivant les localités, sous des noms divers.
Ce qu’on a débité de fables, de sottises, de niaiseries au sujet du culte
égyptien est incalculable. Et, fait digne de remarque, le fondateur de la
religion égyptienne, en profond Voyant qu’il était, avait parfaitement prévu
la chose.
Nous lisons, en effet, dans un des livres de Thoth (Hermès-Trismégiste) :
« O Égypte ! ô Égypte ! Un temps sera où, au lieu d’une religion pure et
d’un culte pur, tu n’auras plus que des fables ridicules, incroyables à la
postérité et qu’il ne te restera plus que des mots gravés sur la pierre, seuls
monuments pouvant attester ta réelle piété. »
Ces paroles sont non seulement prophétiques, mais elles résument en-
core fort bien ce que le gros public, la foule pense de nos jours de la reli-
gion égyptienne, la plus belle, la plus pure, la plus avancée des religions ou
plutôt des philosophies, celle à laquelle seront obligées de se rallier un jour
les civilisations avancées. Il n’est donc pas étonnant que l’Écriture sainte ait
vanté la Sagesse des anciens Ég yptiens.
Mais Hermès, ne l’oublions pas, nous dit aussi : « Il ne te restera plus que
des mots gravés sur la pierre, seuls monuments pouvant attester ta réelle
piété ».
42
ISIS DÉVOILÉE
C’est à l’aide de ces mots gravés sur la pierre et grâce aussi aux manus-
crits, que nous allons essayer de restituer en partie, cette belle religion.
Le travail que nous allons soumettre au lecteur est neuf et plein d’aper-
çus nouveaux ; comme on va voir, mais ils sont très exacts.
On a dit et répété à satiété que la religion égyptienne était panthéistique.
C’est là une grosse, très grosse erreur, malheureusement trop accréditée ;
voilà pourquoi il importe de la réfuter avant tout.
Il existe un Panthéon Égyptien, c’est là un fait incontestable, mais ce
Panthéon ne contient des Dieux que dans l’imagination de ceux qui ne
l’ont pas compris, ou de ceux qui ont voulu détruire la religion Égyptienne
et la ruiner sous le ridicule.
Les mythes et les symboles que nous allons bientôt analyser, tous les
habitants de ce qu’on nomme à tort Panthéon, ne sont que des rôles ( personœ
divinœ) de l’Un Unique qui est sans second28, seul Dieu adoré en Égypte.
Dans une remarquable étude sur l’Hymne d’Ammon-Ra des papyrus du
Musée de Boulaq, M. Eugène Grébaut29 a parfaitement démontré que
« l’ensemble des dieux forme la collection des personnes ( personnœ rôles,
ne l’oublions pas), dans laquelle réside le Dieu Un qui est sans second.
— Ces mots sont la traduction littérale du texte même de l’hymne.
Dans cette étude sur Ammon, M. Grébaut nous donne la véritable con-
ception égyptienne de la Divinité :
« L’Égypte monothéiste a considéré les dieux dans son panthéon com-
me les noms qu’un être unique recevait dans ses divers rôles, en conser-
vant dans chacun, avec son identité, la plénitude de ses attributs. Dans son
rôle d’Éternel, antérieur à tous les êtres sortis de lui, puis dans son rôle de
Providence qui, chaque jour, conserve son œuvre, c’est toujours le même
être réunissant dans son essence les attributs divins. Cet être qui en soi,
un et immuable, mais aussi mystérieux et inaccessible aux intelligences,
n’a ni formes ni nom, se révèle par ses actes, se manifeste dans ses rôles,
dont chacun donne naissance à une forme divine qui reçoit un nom et est
un dieu. »
28
C’est l’hymne à Ammon-Ra, qui emploie cette expression : qui est sans second. p. 7, li-
gnes 21 et 22. Voir ci-après la note bibliographique sur cet hymne.
29
Hymne à Ammon-Ra, par Eug. Grébaut, Paris 1873 in-8o br., 2e édition. Hymne à
Ammon-Ra des papyrus égyptiens du musée de Boulaq traduit et commenté. Paris
1875, in-8 br., la première citation est de la première édition, les suivantes de la deuxiè-
me, sauf indication contraire.
43
ISIS DÉVOILÉE
Et le même auteur ajoute plus loin avec raison, après nous avoir dit que
les diverses formules égyptiennes nous présentent les dieux soient comme
engendrés par le Dieu unique, soit comme étant ses propres membres,
M. Eugène Grébaut, nous dit : « Il faut remarquer que, loin d’être une ex-
pression de polythéisme, ces formules avaient précisément pour but d’en
écarter l’idée. Ce ne sont pas les dieux qu’on adore, au contraire, on leur
dénie l’existence personnelle ; on adore sous le nom d’un dieu quelconque,
le dieu caché qui, en se transformant lui-même, en s’enfantant pour de
nouveaux rôles, engendre les dieux, ses formes et ses manifestations… Le
Dieu qui n’a pas de formes et dont le nom est un mystère, est une âme agissante,
qui remplit de nombreux rôles personnifiés par les dieux ; ceux-ci sont
des formes procréées, c’est-à-dire animées par l’âme qui les revêt ou pour
nous servir de l’expression de l’hymne même, qui les habite. Elle circule
de rôle en rôle, sans perdre jamais une seule des qualités qui sont de son
essence divine. De quelque nom qu’il l’appelle, sous quelque forme qu’il
la cherche, quelle que soit la manifestation sous laquelle il la reconnaît, le
croyant la proclame toujours l’âme de tous les dieux, le Dieu unique qui n’a
pas de second, et lui attribue toutes les perfections divines. »
On voit donc par ce qui précède que, loin d’adorer plusieurs dieux, les
Égyptiens n’en reconnaissaient qu’un seul, qui, suivant les temps a pu
changer de nom ou être identifié à une divinité secondaire quelconque.
A l’appui de notre thèse, nous mentionnerons des textes et même des
expressions de légendes sacrées ; nous lisons par exemple à propos de ce
dieu Un : « Il est le seul être vivant en vérité !
« Il a donné naissance à tous les êtres et à tous les dieux inférieurs.
« Il a tout fait et n’a pas été fait ; il s’engendre lui-même.
« Forme unique qui produit toutes choses.
« Hommage à toi, auteur de toutes les formes ! Être Un, qui est seul… »
Il y a lieu de remarquer cette expression : il s’engendre lui-même ; cette as-
sertion est peut-être le fait le plus curieux de la doctrine égyptienne. —
Ainsi : le dieu R a (Soleil) s’engendre lui-même ; à Saïs, par exemple, où il
était considéré comme le fils de la déesse Neith30, on disait qu’il était enfanté,
30
Neith ou Neit personnifiait l’espace céleste ; elle était appelée la Vache génératrice
ou mère génératrice du Soleil. — Diodore nous apprend que dans la haute antiquité,
l’air (aither) était appelé Minerve ; c’est sans doute pour cela qu’on la considérait aussi
comme la déesse de la Sagesse, déesse qui a joué un grand rôle dans toutes les religions.
Chez les Hébreux, nous voyons dans le Livre de la Sagesse (VII, 21.) que c’est une per-
44
ISIS DÉVOILÉE
mais n’avait pas été engendré, parce qu’il descendait lui-même dans le sein de
sa mère par sa propre vertu.
Voilà donc l’opération du Saint-Esprit, bien mieux expliquée que dans
la religion chrétienne ; il est bien évident que Jésus a été aussi enfanté par
sa mère, mais il n’a été également engendré que par sa propre vertu.
Revenant à la doctrine religieuse des Égyptiens, nous donnerons com-
me nouvelle preuve de leur croyance en un seul Dieu le fait suivant : c’est
qu’Aménophis IV, roi très religieux (quoique certains prétendent) ne vou-
lut en montant sur le trône (et ceci à l’instigation de sa mère Taïa) admet-
tre dans son pays que le culte de R a (Soleil) représenté par un disque lumi-
neux dont les rayons se terminent par des mains. Ce grand réformateur fit
même marteler sur les monuments antérieurs à son avènement, les noms
des divinités, autres que Ra. Il n’hésita pas à transporter sa résidence de
Thèbes à Tell-el-Amarna, afin de pouvoir donner un libre développement
à la Réforme religieuse qu’il avait entreprise.
L’histoire nous apprend qu’Aménophis IV : fut un puissant roi ; les tri-
buts que lui apportaient les Asiatiques et les Éthiopiens, de même que les
vastes constructions qu’il fit ériger à Thèbes, à Saleb et à Tell-el-Amarna,
peuvent témoigner de la grande puissance de ce Pharaon. Mais, comme
tous les réformateurs, il s’aliéna la caste sacerdotale ; aussi après sa mort, les
prêtres voulurent effacer son nom de la liste des souverains nationaux31.
Aux précédents témoignages en faveur d’un Dieu Unique chez
les Égyptiens, nous ajouterons ceux d’Hérodote, de Porphyre et de
Jamblique.
Hérodote dit que les Thébains avaient l’idée d’un Dieu Unique, qui n’avait
jamais eu de commencement et qui était immortel.
Porphyre affirme également que les Égyptiens ne connaissaient autre-
fois qu’un Dieu Unique.
Jamblique, grand scrutateur des philosophies anciennes, savait, d’après
sonnalité distincte de Dieu, mais que c’est elle qui a tout créé et tout enseigné. C’est le
souffle de la force divine, c’est une émanation du Tout-Puissant, émanation si pure que
sa pureté lui permet de tout savoir, de tout pénétrer. Elle est souvent représentée assise
auprès de Dieu sur son trône même. IX, 4. Le chapitre XXIV : de l’Ecclésiaste nous
présente la sagesse divine comme toujours présente dans les conseils du Seigneur, et le
verset 14 de ce même chapitre nous dit : « J’ai été créée dès le commencement et avant
les siècles ; je ne cesserai point d’être dans la suite de tous les âges, et j’ai exercé devant
Lui (Dieu) mon ministère dans la maison sainte. »
31
Sur le règne d’Aménophis IV, Cf. Les Monuments de Lepsius T. III, 91 et 107.
45
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32
Abbé de Montfaucon de Villars, Le comte de Gabalis ou Entretiens sur les sciences secrètes ;
rééd. [Link], 2002.
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ISIS DÉVOILÉE
des Hébreux, lesquels avaient par devers eux l’Art particulier d’entretenir
cette nation aérienne et de converser avec tous ses habitants de l’air.
« Le Théraphim des Juifs n’estoit que la cérémonie qu’il falloit observer
pour ce commerce ; et ce juif Michas qui se plaint, dans le Livre des juges,
qu’on lui a enlevé les dieux, ne pleure que la perte de sa petite statue dans
laquelle les sylphes l’entretenoient. Le dieu que Rachel déroba à son père
étoit un Théraphim. Michas ni Laban ne sont repris d’idolâtrie ; et Jacob
n’eût garde de vivre quatorze ans avec une idolâtre, ni d’en épouser la fille ;
ce n’estoit qu’un commerce de sylphes et nous scavons par tradition que la
cynagogue tenoit ce commerce permis et que l’idole de la femme de David
n’estoit que le Théraphim à la faveur duquel, elle entretenoit les peuples
élémentaires : car vous jugez bien que le prophète du cœur de Dieu n’eût
pas souffert l’idolâtrie dans sa maison. »
Dans la citation que nous venons de donner, nous ne trouvons qu’un
fait erroné : c’est que le comte de Gabalis croit que les Égyptiens tenaient
leur philosophie des Hébreux, ce qui est tout le contraire ; mais ceci n’in-
firme en rien les idées exprimées dans notre citation.
Après cette digression, disons que de tout temps, l’homme a employé
pour communiquer avec Dieu de saints personnages. Cette coutume est
constante chez un très grand nombre de peuples et se retrouve encore de
nos jours, par exemple en Algérie, à Alger même, où l’on voit quantité de
femmes dans les Zaouia33 autour de la koubba (tombeau) d’un marabout.
Les femmes lui racontent leurs petites affaires : soucis, disputes, griefs en-
vers le mari ; enfin, elles lui exposent tous leurs sentiments intimes, afin
qu’il leur suggère de bons conseils.
Là, autour de la koubba, dans la demeure de leur saint, ces femmes sont
bien chez elles. Aussi il faut voir comme est parée la demeure du person-
nage, de l’intermédiaire avec Dieu, qui est trop loin d’elles pour leur esprit
étroit et borné et qui est surtout dans ce même esprit, trop grand pour
s’occuper de leur humble personne.
Revenant aux Égyptiens, disons qu’ils n’adoraient qu’un seul Dieu ; c’est
là un fait certain, incontestable.
On nomme Zaouia une petite mosquée réunie à une koubba ou tombeau d’un
33
47
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48
Chapitre IX :
Divinités ; leurs formes – Le soleil
49
ISIS DÉVOILÉE
pu le faire avec profit et utilité pour la science, et cela pour plusieurs mo-
tifs. D’abord parce que le fond de cette religion se cache sous des symbo-
les et des mythes profonds que les manuscrits et tout ce qui nous reste de
l’Égypte ne permettent pas d’interpréter d’une manière certaine, positive.
Ensuite, parce que tous ceux qui se sont occupés de cette importante
question n’ont pas assez confronté les rites, les coutumes et cérémonies
religieuses de l’Égypte avec les mêmes rites, coutumes et cérémonies de
l’ancienne religion des Védas ; or, nous estimons que ce n’est que lorsque
celle-ci sera suffisamment connue, que nous pourrons mieux comprendre
et interpréter l’ésotérisme de la religion de l’antique Égypte. Et de même
que certains passages de la kabbalah, rapprochés de certains textes de la
haute Égypte, nous permettent d’heureuses interprétations, nous suppo-
sons aussi que la religion des anciens Védas, mieux connue, nous donnera
la clef de certains points très obscurs de l’égyptologie sacrée.
Le culte du Soleil chez les anciens Parsis, sectateurs de la religion de
Zoroastre pourrait aussi fournir d’utiles renseignements ; car le Soleil chez
les Égyptiens n’était pas seulement une planète34, c’était encore une éma-
nation directe de la Divinité unique ; aussi après Dieu, il était la première
divinité, de même que, dans la religion juive, Dieu n’était que le premier
des Ælohim, qui sont les divinités personnifiant les forces créatrices de
l’Univers35.
Les Égyptiens croyaient, du reste, que cet astre est formé par l’agglomé-
ration d’une quantité innombrable de purs esprits, de ceux qui approchent
le plus près de la Divinité unique. Ils croyaient que toutes ces émanations,
corps très brillants, formaient par leur agglomération, la lumière solaire
qui a tout créé, tout vivifié et a partout répandu la vie.
Tout existant par cet astre, rien ne pouvant vivre sans lui, il était logique
d’en faire la représentation directe du Dieu Un.
Quand nous parlerons de l’âme, nous espérons démontrer que la con-
34
Dans L’astronomie ancienne, on nommait planètes, les astres errants, par opposi-
tion aux étoiles fixes : le Soleil, la Lune, Mercure, Vénus, Mars, Jupiter, Saturne. Dans
l’astronomie moderne, la planète est un astre qui se meut autour du soleil et emprunte
de lui sa lumière, Mercure, Vénus, la Terre, Mars, Jupiter, Saturne,Uranus, Neptune.
35
Ra aurait été chez les Hébreux la manifestation : En-Soph, laquelle manifestation
s’appelle : la Blanche lumière. Si Ra était considéré comme émanation du Dieu Unique,
Thoth avait un rôle de conciliateur ; on le nomme souvent Hotep-Nuturu, c’est-à-dire
« celui qui unit harmonieusement les divinités ».
50
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51
Chapitre X :
Les mythes et les symboles
1. Le Soleil. — L’un des grands mythes égyptiens, le plus grand même
pourrions-nous dire, après Isis : c’est le soleil Ra ou Phré, qui se lève à
l’Est sous le nom d’Horus ; et se couche à l’Ouest sous les noms de Toum,
Atoum et de Aw. Ce dernier considéré comme le soleil nocturne, signifie
en égyptien, chair, matière animale, parce qu’il est le prototype des évolutions
mystérieuses de la matière organique entre la mort et le retour à la vie. Aw
est représenté avec une tête de bélier.
L’espace du ciel compris entre l’Est et l’Ouest représente, l’hémisphère
inférieur, que traverse le soleil nocturne pendant les douze heures de la
nuit.
2. Ammon-Ra. — Ammon signifie en égyptien caché, invisible, mystérieux,
et Ra soleil, nous venons de le voir ; donc Ammon-Ra, personnage divin,
représente le Dieu invisible, mais qui se rend visible aux hommes, sous la
forme du Soleil. C’est à Thèbes, à partir de la XIe dynastie qu’a été adopté
pour la première fois le mythe d’Ammon-Ra.
3. Ptah. — Ammon descend de Ptah, c’est-à-dire que dans la généalo-
gie divine, le rôle d’Ammon a succédé à celui de Ptah comme l’indique
M. Eugène Grébaut dans la traduction de son Hymne d’Ammon-Ra.
« En comparant, dit cet auteur36, les titres de Ptah et ceux qui sont don-
nés à Ammon, on ne tarde pas à s’apercevoir que, si ces deux dieux pos-
sèdent chacun les mêmes attributs, ils se distinguent cependant par leurs
actes. Ptah agit avant, et Ammon depuis, la création. Ptah représente Dieu
dans son rôle d’Être, qui a précédé tous les êtres ; il crée bien les étoiles
et l’œuf du Soleil et de la Lune, il semble préparer la matière, mais là s’ar-
rête son action, là aussi commence celle d’Ammon. Ammon organise toute
chose, il soulève le ciel et refoule la terre ; il donne le mouvement aux choses qui
existent (ar-ta, choses faites) dans les espaces célestes37 ; il produit, tous les
êtres hommes et animaux, et le mot qui marque cette production (keman)
52
ISIS DÉVOILÉE
est le même qui sert à désigner les productions de la terre. Enfin après
avoir organisé tout l’Univers, Ammon le maintient chaque jour par sa pro-
vidence38 ; chaque jour il donne au monde la lumière qui vivifie la nature,
il conserve les espèces animales et végétales et maintient toutes choses. »
« On ne s’étonnera plus qu’Ammon soit le fils de Ptah, puisqu’il en
est le continuateur. Conclure de là que Ptah et Ammon ne sont que des
noms différents donnés au même dieu, selon le rôle particulier dans lequel
on voulait l’honorer, et chose d’autant plus naturelle, qu’Ammon étant,
« l’auteur de l’éternité », n’a pu commencer après Ptah, ni, étant le « Un
unique » coexister avec lui. Loin d’être un obstacle au monothéisme, la
plénitude des qualités divines et l’indépendance attribuée à chaque dieu
en deviennent au contraire la conséquence naturelle. C’est le même dieu
toujours identique à lui-même dans le développement de son action éter-
nelle et infinie. »
Ptah est le dieu suprême de Memphis, ses représentations figurées sont
fort diverses ; dans son rôle de Ptah-Patèque ou Embryon, il est coiffé du sca-
rabée, symbole de la transformation ; il foule aux pieds, le crocodile qui est
l’emblème des ténèbres ; dans son rôle de Ptah-Sokar-Osiris, il est représenté
sous la forme de momie, parce qu’il symbolise la force inerte d’Osiris qui
va se transformer en soleil levant.
4. Les Triades. — Quel est le point de départ de la mythologie égyptien-
ne ? C’est la triade formée de trois parties d’Ammon Ra, savoir : Ammon
(le mâle ou le père). Maut (la femelle ou la mère) et Khons (le fils en-
fant). La manifestation de cette triade sur la terre se résout en Osiris, Isis,
Horus ; mais dans cette triade la parité n’est pas complète, puisque Osiris
et Isis sont frères. A Calapsché, au contraire, comme nous allons le voir
bientôt, nous avons la triade finale c’est-à-dire celle dont trois membres se
fondent exactement dans trois membres de la triade initiale.
Horus, en effet, y porte le titre de mari de sa mère et le fils qu’il eut de
celle-ci se nomme Malouli. C’est, nous dit Champollion39, le dieu principal
de Calapsché, et cinquante bas-reliefs nous donnent sa généalogie. Ainsi,
la triade finale se formait d’Horus, de sa mère Isis et de leur fils Malouli,
personnages qui entrent exactement dans la triade initiale Ammon, sa
mère Maut et leur fils Khons.
38
« Il exauce la prière de l’opprimé, doux de cœur, quand on l’invoque. »
39
Lettres d’Ég ypte.
53
ISIS DÉVOILÉE
54
ISIS DÉVOILÉE
Chapitre XVII.
41
Chapitre XVIII.
42
55
ISIS DÉVOILÉE
un chapitre43 le défunt dit : « Je me suis purifié dans l’eau où s’est purifié
Astés, lorsqu’il est entré pour rendre hommage à Set, dans l’intérieur de la
demeure cachée. » Dans la fin du même chapitre, le défunt dit : « Je pénètre
dans la demeure d’Astès. »
14. Athor, Hathor. — Nom de la déesse qui personnifie l’espace céleste
que parcourt le Soleil et dont Horus (Soleil levant) symbolise le départ à
l’Orient. Ce nom signifie littéralement demeure du Soleil ; d’où son rôle de
mère du Soleil (d’Horus) symbolisée par la vache Isis, sous les traits de la-
quelle on la représente allaitant son enfant. On nomme également Athor,
Noub qui veut dire Or, et déesse de l’or, à cause des reflets du ciel à l’Occident,
au coucher du Soleil (Atoum).
15. Bast. — Déesse à tête de chatte, une des formes de Sekhet ; on la
nomme aussi Beset.
16. Bouto, Ouadj. — Une des formes de Sekhet, qui symbolise le Nord,
comme la déesse Nekheb symbolise le Midi.
17. Harpocrate. — Horus désigné sous ce nom, est considéré comme le
fils d’Isis et d’Osiris et successeur de son père, c’est la traduction grecque
du terme égyptien Har-pa-krat, qui veut dire, Horus enfant (Soleil levant).
18. Har-Shewi. — Ce terme signifie littéralement le Supérieur de l’ardeur
guerrière et très-valeureux ; c’est Horus guerrier. Dans son Traité d’Isis et d’Osi-
ris44, Plutarque nomme ce dieu, Arsaphès, c’est-à-dire, dont le nom signifie
valeur.
19. Horammon. — Forme d’Harpocrate ou d’Horus enfant (Ammon)
qui symbolise la faculté qu’avait ce dieu de s’engendrer lui-même et de
devenir son propre fils.
20. Horus. — La mythologie égyptienne comporte plusieurs Horus :
Horus enfant ou Harpocrate, nous venons de le voir ; Horus l’aîné ou
Haroëris, celui-ci né de Seb et de Nout45 et frère d’Osiris ; il se nomme
Ounnowré, c’est-à-dire être bon ; il est alors considéré comme fils et vengeur
de son père Osiris.
Mentionnons également : Hor-sam-to-ui ou Hermakhis qui signifie Horus
des deux horizons. (Voy. ci-après § 24, Khem.).
21. Imhotep. — Dieu de la médecine, fils de Ptah. On le représente assis
43
Chapitre CXLV
44
Plutarque, Isis et Osiris, rééd. [Link], 2001.
45
Cf. Plutarque, Isis et Osiris, XII.
56
ISIS DÉVOILÉE
et tenant sur ses genoux un papyrus déroulé (volumen) ; il est coiffé du serre-
tête, vêtu de la robe longue et chaussé de sandales.
22. Isis est peut-être le plus grand mythe de l’Égypte, aussi lui consa-
crons-nous un chapitre spécial. (Voir le chapitre suivant).
23. Jou-S-aas. — Déesse fille de Ra et dont le nom signifie littéralement
la Grande qui arrive ; le rôle de cette déesse est comme son nom même des
plus mystérieux ; on ne voit que très rarement des représentations de cette
déesse, qui porte la coiffure d’Isis et d’Athor. Nous pensons même que
c’est une forme d’Isis.
24. Khem. — Dieu Ithyphallique, qui représente la Divinité dans son
double rôle de père et de fils : comme père, il est appelé Mari de sa mère, les
textes égyptiens emploient même un mot plus réaliste ; comme fils, il est
assimilé à Horus. Ce dieu symbolise la force génératrice, principe des nais-
sances et des renaissances, survivant à la mort, mais stationnant un cer-
tain temps dans un état d’engourdissement, qu’elle ne parvient à vaincre
que quand le dieu a recouvré l’usage de son bras gauche ; car nous devons
ajouter qu’on représente Khem ou Ammon générateur debout, le bras droit
élevé dans l’attitude du semeur, tandis que le bras gauche est enveloppé
comme tout son corps dans des bandelettes, comme une momie ; seul le
bras droit est dégagé, tandis que le gauche est censé serré sur le corps par
des bandelettes, ce qui explique très bien le passage du chapitre CLVIII,
du Livre des morts, dans lequel chapitre, le défunt s’écrie :
« O mon père, ma sœur, ma mère Isis ! Je suis dégagé de mes bandelettes, je vois et il
m’est accordé d’étendre le bras, (le bras gauche). Je vois Seb… »
D’après quelques archéologues, Khein symboliserait aussi la végéta-
tion ; nous ne saurions rien affirmer à ce sujet. Son rôle de générateur, au
contraire, est incontestable, car les représentations figurées ne permettent
pas de le mettre en doute ; les statuettes le prouvent surabondamment.
25. Khepra. — Ce mythe symbolise l’existence, le devenir, c’est-à-dire
l’apparition à la vie et même la réincarnation.
26. Khons. — C’est l’Harpocrate thébain, le troisième membre de la
triade thébaine : Ammon, Maut, Khons, nous l’avons vu ci-dessus.
Khons-Thoth joue un rôle lunaire. Il est vénéré sous les noms suivants :
Khons en thébaïde, bon protecteur ; Khons conseiller de la thébaïde, qui chasse les mau-
vais esprits, etc.
27. Ma. — Déesse, fille du Soleil, qui personnifie le vrai et le juste ;
aussi son nom en égyptien s’écrit avec le terme coudée.
57
ISIS DÉVOILÉE
C’est Ma qui introduit le mort dans la salle, où Osiris rend son juge-
ment. On représente cette déesse accroupie, le corps enveloppé dans une
robe collante et la tête surmontée du disque solaire ou de l’hiéroglyphe
formé par la fronde du palmier qui est homophone de Ma (coudée).
28. Maut. — Épouse du dieu Ammôn ; Maut signifie mère. — Maut,
dit M. de Rougé46, est ordinairement coiffée du pschent ou double diadème ;
quelquefois un vautour symbole de la maternité, montre sa tête sur le front
de la déesse ; les ailes forment sa coiffure. Elle est vêtue d’une longue robe
étroite et tient dans sa main le signe vie. Les principaux titres de Maut sont
ceux de « Dame du ciel, régente de tous les dieux. »
29. Mentou ou Mout. — Dieu solaire adoré à Hermonthis ; c’est le dieu
de la guerre, aussi le représente-t-on tenant en main le glaive royal, nommé
Khopesh.
30. Mer-Ster. — Déesse, forme d’Athor, dont le nom signifie : celle qui
aime le silence.
31. Nebou-out. — Déesse qui ne paraît qu’une des formes d’Isis ; elle
était adorée principalement à Esneh.
32. Néphthys. — Sœur d’Isis, épouse de Set, qui aida sa sœur dans ses
Incantations pour ressusciter Osiris ; aussi a-t-elle un rôle funéraire et la
surnomme-t-on comme Isis, la pleureuse, la couveuse.
33. Noun, knoun. — Une des formes d’Ammon.
34. Mout. — Déesse qui personnifie l’espace céleste, plus particuliè-
rement la voûte céleste ; aussi la représente-t-on le corps replié sur les reins
touchant la terre de ses pieds et de ses mains.
35. Osiris. — Dieu du bien, le frère et l’époux d’Isis, le divin symbole
de toute mort (tout défunt était assimilé à Osiris) ; il est roi de la divine
région inférieure.
36. Pacht ou Sekhet. — Déesse qui paraît symboliser l’ardeur dévorante
du soleil et chargée comme telle, du châtiment des âmes dans l’Amenti.
Bast, Menhit, Ouadj sont des formes de Sekhet.
37. Quebou-Qeb. — Ce dieu paraît avoir les mêmes attributions que le
Chronos des Grecs, le Saturne des Latins.
38. Seb. — Personnification de la terre : on la représente souvent cou-
Notice sommaire des monuments ég yptiens exposés dans les galeries du Musée du Louvre ; Br.
46
58
ISIS DÉVOILÉE
59
ISIS DÉVOILÉE
la croix ansée
Parmi les signes symboliques égyptiens, il en est un dénommé par les
archéologues Croix ansée, qui a fourni matière à de longues discussions,
malheureusement les écrivains n’ont pu donner des conclusions certaines,
c’est pourquoi nous avons cru devoir en dire quelques mots à la fin de ce
chapitre pour bien démontrer ce que représente effectivement ce sym-
bole.
La Croix ansée symbolise la vie, l’homme ; la barre verticale de la croix
représente les forces actives où créatrices, tandis que la barre horizontale (les
bras de la croix) représente les forces passionnelles ou destructives chez l’homme.
On voit donc que la croix par sa barre verticale reproduit la valeur du
triangle ascendant dans la nature et la barre horizontale, la valeur du trian-
gle descendant.
Voilà ce qu’on sait et ce qu’on dit en général sur ce symbole :
En ce qui concerne l’anneau, cercle ou anse, dont est surmonté la croix,
qui lui a fait donner le qualificatif de ansée, l’explication est moins aisée.
Faut-il y voir un simple anneau de suspension, une sorte de bélière ou bien
un symbole ? L’hésitation n’est pas possible c’est évidemment un symbole ;
mais lequel ?
Et quelle est sa signification ?
M. Papus nous dit47 que le cercle placé au-dessus de cette croix « répond
à la tête de l’homme et il indique la création par lui-même de son immor-
talité, secret très insigne dévoilé par Wronski48. »
Nous pensons que Wronski et par suite, ceux qui adoptent son expli-
cation se trompent, non sur la signification véritable du symbole, mais sur
l’objet symbolisant. Ce n’est pas un emblème de la tête de l’homme en effet,
qu’il faut voir dans la courbe qui figure au sommet de la barre verticale,
mais une des parties du Lingham, ce n’est jamais un cercle parfait qu’on
voit dans les croix construites, d’après la véritable tradition, dans la croix
représentée sur les monuments égyptiens quels qu’ils soient (édifices ou ma-
nuscrits). Ce qui nous confirme dans notre supposition, c’est qu’il existe un
signe hiéroglyphique le Ménat ou contre poids du collier, qui symbolise
lui aussi la vie, la génération et qui affecte la forme du lingham ou phallus
Revue théosophique, no I, p. 26, année 1889.
47
Introduction.
60
ISIS DÉVOILÉE
horizontal, lequel Ménat porte ce même signe que la Croix ansée. Ce qui
nous permet de dire que, si l’objet représenté n’est pas l’emblème de la
tête, le symbolisme a la même signification, c’est toujours la puissance
génératrice, la création, la reproduction et par suite la vie et l’immortalité
par la liqueur génératrice sans cesse renouvelée ; ce n’est donc que le dé-
placement d’un des réservoirs de la matière génératrice ; mais enfin, il y a
lieu de bien établir le fait.
Ainsi la croix ansée est un terme impropre ; il faudrait dire la croix lin-
gham, la croix ovoïdée, ou même la croix phallus, puisque nous venons de voir
que l’organe placé au-dessus de la croix n’est pas une anse, mais le même
organe qui comme dans le Ménat symbolise la vie, les forces génératrices
et reproductrices.
Il ne faut pas oublier non plus que le Ménat est un des emblèmes parti-
culiers de la déesse Hathor, mère du Soleil levant de Horus, le créateur par
excellence, et nous savons que le nom hiéroglyphique d’Hathor, signifie
littéralement Habitation d’Horus. On voit donc encore par là que l’idée de
création ne peut pas être plus fortement exprimée.
Ce qui prouverait encore en faveur de l’interprétation que nous venons
de donner, s’il nous fallait d’autres preuves, c’est que MM. les abbés qui
ont beaucoup écrit sur la croix, ont évité de parler de la Croix ansée ; ce-
pendant parmi eux se trouvent des érudits ; or, en parlant de la croix en
T (tau) qu’on désigne aussi sous le nom de Crux commissa, Crux patibulata49,
ces érudits se contentent la plupart de nous dire, que cette croix sert sou-
vent d’attribut dans l’Iconographie, à l’apôtre Philippe ; ils ajoutent qu’à cette
forme se rattache une idée mystique, mais sans la définir. — Ils disent
aussi, que suivant Tertullien, les chrétiens crurent reconnaître le Thau des
Hébreux dans le signe qu’Ezéchiel50 dit de mettre sur le front des hommes
qui gémissent, et quand ils observèrent aux mains des dieux de l’Égypte
une sorte de clef à anse51, « laquelle était dans cette contrée le symbole de la
vie, ils supposèrent que c’était là un signe prophétique de la Rédemption,
conservée par les Égyptiens. »
On voit que les archéologues catholiques, dont nous venons de résumer
les opinions en quelques lignes, tournent autour du problème et n’osent
49
Paulin, Epist., : XXIV, 23 ; Lips. et Gretzer, De cruce ; Gallonius, De martyr. Cruciat,
etc.
50
IX, 4.
51
C’est la Croix ansée
61
ISIS DÉVOILÉE
52
L’Initiation, n° 10, juillet 1889, p. 54 et suiv., 4e année, 2e volume.
53
Voir Initiation ; 5e vol., 2e année, n° I, oct. 1889, p.57 et suiv.
et notre réponse, 5e vol., 2e année, no 2, nov. 1889, p. 147 et suiv.
54
Par J. Henry, Tome Ier, p. 233. Paris, Didot, 1846.
62
Chapitre XI :
Isis, la nature primordiale
Isis est un des plus grands mythes de l’Égypte, plus grand que R a peut-
être, mais en tout cas, antérieur à lui. — D’après Diodore de Sicile55, Isis
signifie ancienne ; Zyaus (l’Isis-hindoue) qui veut dire, l’ancien des jours est
symbolisé dans le monosyllabe AUM ; c’est l’esprit type, le germe immor-
tel, comme Isis est la Nature primordiale, la Matrice universelle.
Dès les temps préhistoriques, l’Égypte est monothéiste, mais dans cette
très haute antiquité, le monothéisme de la Bonne Déesse, comme on dési-
gne Isis, ce monothéisme est mitigé par l’accession d’Apophis (en égyp-
tien Apap) le hideux serpent, dont Isis dompte la mauvaise influence qu’il
s’efforce d’exercer sur les humains pour balancer le pouvoir de la déesse
bienfaisante. Cette mauvaise influence est vaincue, mais non sans une vi-
goureuse résistance, qui témoigne d’un certain pouvoir de l’esprit du mal,
cette lutte introduit dans la théodicée égyptienne, un élément dithéiste,
qu’on retrouve toujours plus ou moins voilé dans toutes les religions qui
ont paru sur la terre depuis le commencement du monde.
Mais Isis finit toujours par écraser la tête du serpent !
La religion brahmanique hindoue qui est trithéiste (Brahma, Vishnou,
Çiva) finit par devenir dithéiste, puisque Brahma et Vishnou unissant leur
force créatrice et conservatrice finissent par avoir raison de Çiva qui frappe
tout de destruction ; puis leur tâche accomplie, Brahma et Vishnou ne font
plus qu’une seule et même personne ; celui-là retournant dans Vishnou qui
lui avait donné l’être par l’intermédiaire de la fleur du Lotus sortie de son
nombril.
Isis femme et sœur d’Osiris, après la lutte de celui-ci et de Set, parvint
à retrouver et réunir les membres de son époux-frère ; par ses incanta-
tions, elle rappela Osiris dans son corps, il put donc ressusciter et devenir
Horus, c’est-à-dire fils d’Isis.
Dans ce rôle, on la confond avec Hathor et on la représente assise allai-
tant son enfant. C’est de ce rôle de résurrectrice que dérivent ses fonctions
55
Liv. I. § II.
63
ISIS DÉVOILÉE
64
ISIS DÉVOILÉE
légende : « Je viens à toi, dit Isis, je suis près de toi pour donner l’haleine à
tes narines, pour que tu respires les souffles sortis du dieu Ammon, pour
réjouir ta poitrine, pour que tu sois déifié ; que tes ennemis soient sous tes
sandales et que tu sois justifié dans la demeure céleste. »
Les représentations d’Isis sont très fréquentes ; elles sont peintes ou
sculptées sur les monuments, ou bien ce sont des statuettes et des figu-
rines faites en matières très diverses. Isis est souvent représentée debout,
mais plus souvent assise sur un trône allaitant le jeune Horus ; elle est coif-
fée d’un petit trône qui est le signe hiéroglyphique de son nom et qui sert
à écrire aussi le mot demeure, ce qui explique qu’Isis dans son rôle de mère
se confond avec Hathor, qui signifie habitation d’Horus.
La coiffure symbolique de la déesse est un disque avec deux cornes de
vache, ce qui a fait supposer à tort à quelques auteurs, qu’Isis était une déi-
fication de Diane, de la Lune, parce qu’ils ont pris le disque solaire pour
le disque lunaire.
Quand la déesse est représentée seule, elle est souvent debout, les bras
pendants ou ailés ; elle étend parfois ses ailes pour couvrir la momie d’Osi-
ris, au moment de l’opération mystique qui doit lui donner la vie. D’autres
représentations nous montrent Isis portant les mains à son front, en signe
de deuil, au moment où elle prononce les formules d’incantations qui doi-
vent rendre la vie à Osiris.
Le culte d’Isis avait un caractère de pureté et de chasteté qui exerça
toujours une grande influence sur la moralité des femmes égyptiennes, in-
fluence bienfaisante qui s’étendit même, bien au-delà de l’Égypte. Les fê-
tes ou Mystères d’Isis étaient célébrés au solstice d’hiver et avaient un carac-
tère funèbre pour rappeler la mort d’Osiris ; ils étaient célébrés dans toute
l’Égypte60, mais c’est principalement à Busiris que ces mystères avaient le
plus d’éclat et de solennité.
Nous venons de dire que le culte d’Isis étendit son influence bien au-
delà de l’Égypte ; en effet, il se répandit en Grèce, à Rome et jusque dans
la Gaule, mais une fois hors de l’Égypte, il ne tarda pas à dégénérer et à
perdre son caractère de grandeur et de simplicité originelles.
Le culte primitif considérait Isis, nous l’avons vu, comme la grande
Nature primordiale, emblème de l’esprit actif ayant écrasé le serpent Apap ou
Apophis, emblème de la matière passive. Dans les pays étrangers, Isis fut
65
ISIS DÉVOILÉE
66
ISIS DÉVOILÉE
63
Cf. D. Ricard, note A, 12 de sa traduction d’Isis et d’Osiris.
64
Mœurs des Germains, § IX. « Nisi signum ipsum in modum liburniœ figuratum docet
advectam religionem. »
65
Icelui Clovis, monarque des Gaules et Clotilde sa femme (que nous nommons sainte
Clote) à la requeste de sainte Geneviève alors vivante, édifièrent hors les murs (de
Paris) au mont de Paris, une église à l’honneur des apôtres saint Pierre et sain Paul en
l’an quatre cent quatre-vingt-dix-neuf, laquelle église est aujourd’hui nommée Sainte-
Geneviève, au mont de Paris, parce que ladite Sainte y fut enterrée l’an cinq cent qua-
torze, (aujourd’hui Saint-Etienne du Mont). Les antiquités de Paris, par Gilles Corrozet ;
p. II verso, ch. III. I vol. in-12, 1586.
67
ISIS DÉVOILÉE
66
Cf. Dubreul, Antiquités de Paris.
68
Chapitre XII :
Les animaux sacrés
69
ISIS DÉVOILÉE
jamais parvenus, parce qu’il leur manquait une clef, celle de l’Initiation, de
la Grande Initiation.
Quelques Grecs croyaient la posséder, en partie du moins ; ils se trom-
paient, ils avaient tout au plus reçu la gnose de la petite Initiation ; c’est-
à-dire qu’ils connaissaient fort peu la science occulte des Égyptiens. —
Platon était un de ces petits Initiés, et malgré ce peu de connaissance qu’il
possédait au sujet des mystères, il avait une si haute opinion de la sagesse
Égyptienne et de son antique origine que dans son Timée, il prête ces pa-
roles au vieux prêtre de Saïs :
« O Solon, Solon, vous autres Grecs, estes tousiours enfans : il n’y a
aucun en Grèce qui soit viel. »
« Comment l’entendez-vous, dit-il ?
« D’autant respondit le vieux prestre, que vous êtes tous jeunes d’enten-
dement, sans avoir aucune vieille opinion prinse de l’antiquité ; ni science
chenue. »67
Que faut-il entendre par ce terme de science chenue, c’est-à-dire de
science blanche, de vieillesse, si ce n’est l’ancienne science, la science oc-
culte ?
Un archéologue moderne, très versé dans les choses de l’antiquité, ex-
prime dans un fort beau livre68 une pensée qui mérite de fixer l’attention :
« On connaît, dit M. Bunsen, l’attrait que l’étude de la sagesse et des anti-
quités des Égyptiens exerçait sur les plus grands esprits des anciens Grecs,
et comment, depuis Hérodote, ils cherchèrent toujours à pénétrer sous les
formes bizarres des Dieux et le culte des animaux jusqu’à ces fêtes et ces
cérémonies dans lesquelles un sens plus profond et plus intime se révélait
à leur esprit. De l’Égypte leur venait déjà le sphinx, dont la figure humaine
expressive et méditative les poussait à analyser le mystère de la vie. »
Ces deux citations, l’une ancienne, l’autre toute moderne, contempo-
raine même, montrent bien l’estime que les Grecs professaient pour la
sagesse antique égyptienne et peuvent également témoigner que jamais,
au grand jamais, l’Égypte n’a pu adorer des animaux ou des fétiches quel-
conques.
Nous pensons que, si les artistes égyptiens ont affublé leurs divinités
67
Platon, Le Timée, page 14. Ed. de Michel Vascosan M. D. LI. — C’est la 1re édition
de cette traduction, la 2e est de 1581.
68
La place de l’Ég ypte dans l’histoire, vol. I. pag. 92.
70
ISIS DÉVOILÉE
71
ISIS DÉVOILÉE
crée. Voici ce que nous dit Hérodote69 au sujet de cet oiseau merveilleux :
« Il existe un autre oiseau sacré, mais dont je n’ai vu que la peinture ; on le
nomme Phénix.
Il ne paraît que fort rarement en Égypte : tous les cent cinq ans, suivant
le dire des habitants d’Héliopolis, et on ne le voit que lorsque son père
vient à mourir. Si la peinture que j’ai vue est fidèle, voilà comment il serait :
ses plumes seraient rouge et or, sa taille et sa forme approchent de celles de
l’aigle. Du reste, on raconte de lui des choses qui me paraissent tout à fait
incroyables. On dit que cet oiseau partant de l’Arabie, transporte le corps
de son père enduit de myrrhe dans le temple du Soleil pour l’enterrer,
etc. » Car Hérodote poursuivant son récit nous raconte en effet, des choses
incroyables pour nous servir de son expression. Il n’est pas hors de propos
de dire ici, une fois pour toutes, que ce que rapporte Hérodote sur les
Égyptiens est empreint d’une grande exagération. Nous supposons même
que les prêtres de l’Égypte se sont moqués de l’historien et lui ont fourni
à dessein de nombreux renseignements tout à fait erronés. Nous allons en
donner une preuve en mentionnant ce que nous apprend l’écrivain grec
sur les serpents ailés 70 : « Du côté de l’Arabie, en face de la ville de Buto est
un lieu, où je me suis rendu moi-même pour prendre des renseignements
sur les serpents ailés. Lorsque j’y suis arrivé, on me fit voir une quantité
d’os et d’arêtes de serpents si considérable qu’il est impossible d’en donner
une idée ; elle formait des amas, les uns plus ou moins grands, les autres
très petits, mais le nombre en était immense. Le lieu où ces débris étaient
répandus se trouve au débouché d’un défilé étroit des montagnes, dans
une vaste plaine contiguë aux champs de l’Égypte. On assure qu’au com-
mencement du printemps un grand nombre de ces serpents ailés volent de
l’Arabie sur l’Égypte, mais que les Ibis, allant au-devant d’eux à la sortie
du défilé, ne les laissent pas passer et les détruisent complètement. Les ara-
bes prétendent que c’est en reconnaissance de ce service que les Égyptiens
ont l’Ibis en si grand honneur, et les Égyptiens conviennent avec eux, que
c’est là réellement le motif de leur grande vénération pour cet oiseau. »
Il est probable que c’était des dépôts de restes de serpents employés
comme engrais pour l’agriculture ; dans tous les cas, il est fâcheux que
69
I, ii, 73.
70
I, ii, 74.
72
ISIS DÉVOILÉE
Hérodote ne nous apprenne rien au sujet des ailes de ces fameux serpents ;
par exemple, comment la structure des ailes était attachée au corps.
En dehors des animaux sacrés, les Égyptiens utilisaient les figures d’ani-
maux pour symboliser les vices : ainsi le bouc était l’emblème de la luxure,
le crocodile de la voracité, la tortue de la paresse, etc.
De ce symbolisme animal naquit la vénération que les Égyptiens avaient
pour les animaux en général ; et quand ceux-ci avaient longtemps figuré
dans les temples ou sur l’autel même, où ils avaient reçu l’adoration au lieu
et place de la divinité qu’ils représentaient, quand ces animaux venaient à
mourir, on les embaumait et leurs momies étaient placées par reconnais-
sance dans les sanctuaires vénérés, dans des chambres sépulcrales cons-
truites exprès pour les recevoir.
Ainsi les Apis, qui symbolisaient Osiris étaient l’objet de la plus grande
vénération ; à leur mort ils étaient enterrés en grande pompe ; le Sérapéum
de Memphis renfermait dans ses souterrains soixante-quatre Apis.
73
Chapitre XIII :
Les végétaux sacrés
Cf. Caillaud, Voy. Méroè, Tome III, p. 22 et 28 ; cet arbre porte le nom de Baobab
71
d’après quelques-uns ?
74
ISIS DÉVOILÉE
ainsi un autre motif pour lequel ils prenaient tant de soins du corps du
défunt, autour duquel, le périsprit du défunt se tient constamment, car, le
corps une fois entièrement dissous, le périsprit peut s’éloigner et l’âme se
réincarner.
Le persea est aussi désigné dans les manuscrits sous le nom de Sahu, de
l’arbre Aschat et de vert sycomore. — On croit que le persea est le Laurus
persea de Linnée ou Persea gratissima, l’avocatier, le laurier des avocats de la
famille des Laurinées. Cet arbre a douze ou quinze mètres de hauteur ; sa
forme est pyramidale, ses feuilles persistantes, oblongues, glauques au-
dessous ; ses fleurs sont jaunâtres en groupes axilliaires ; le fruit vert ou
violet affecte la forme d’une poire. Cet arbre pousse en Provence en pleine
terre, ainsi qu’en Algérie.
Quelques botanistes, Delille entre autres, l’assimilent au Banalites
Æg yptiaca. Pline72 nous parle du Persea : « L’Égypte, dit-il, a encore un ar-
bre particulier, le Persea semblable au poirier et conservant ses feuilles…
Le fruit plus long qu’une poire est dans une coquille et une peau verte le
recouvre comme le fruit de l’amandier ; mais l’intérieur au lieu d’être une
amande est une prune, seulement petite et molle. Ce fruit quoiqu’excellent
par son exquise douceur, n’incommode pas. »
Dans un autre passage du même auteur73 il a l’air de le confondre avec
le prunier, voici son récit : « C’est du persea que les auteurs ont dit cela,
arbre absolument différent, dont le fruit est semblable aux sébestes qui
rougissent et qui ne croît pas en dehors de l’Orient… Le persea a toujours
des feuilles et des fruits qui naissent au fur et à mesure. Quoi qu’il en soit,
il est manifeste que les prunes n’ont commencé à se répandre qu’après
Caton. »
Les chapitres XVII et CXXV : du Livre des morts, mentionnent une loca-
lité mystique dénommée : Bassin du Persea. — On voit assez souvent Thoth,
Sawekh et autres dieux promettre l’immortalité aux rois en inscrivant leur
nom sur l’écorce du persea ou sur le fruit de cet arbre.
Sawekh, dénommée aussi Safek est la déesse de l’architecture et des
livres, c’est-à-dire la protectrice des bibliothèques ; elle était adorée à
Memphis dès la IVe dynastie. C’était également la déesse du Septénaire,
comme nous l’apprend le Livre des morts 74 ; c’est elle qui construit à l’homme
72
Hist. naturelle, Livre XIII, ch. xvii.
73
Hist. naturelle, Chap. XIII, liv. xv.
74
Ch. lvii.
75
ISIS DÉVOILÉE
76
ISIS DÉVOILÉE
ni du lin ni de la laine, mais une sorte de coton jaune dont l’étoffe de nos
jours appelée Nankin des Indes peut donner une idée fort juste, c’est celui-ci
qui servait à confectionner les bandes employées pour empaqueter les mo-
mies ; mais il y avait aussi un byssus blanc qui servait à fabriquer les beaux
vêtements et qui ressemblait à notre batiste de fil.
« La partie arabique de l’Égypte, dit Pline, engendre des arbres qui por-
tent une laine que les uns appellent gossypium et les autres Xylon. » Ce n’était
pas un arbre, mais une plante bisanuelle, une sorte de cotonnier (gossypium).
De son côté Hérodote, nous apprend que dans l’Inde il y avait un arbre
sauvage qui avait pour fruit une sorte de laine supérieure par sa beauté et
ses qualités à celle que fournit la toison du mouton, et c’est avec cette laine
que les Hindous fabriquent leurs vêtements.
Cette fabrication du byssus remonte à une haute antiquité, puisque nous
voyons que le Pharaon, très satisfait des sages avis de Joseph, lui donna
en témoignage de sa gratitude, le gouvernement de l’Égypte, un anneau
royal, et le fit revêtir d’une tunique de fin byssus. Mais certainement la
fabrication de cette toile a une origine beaucoup plus ancienne, elle re-
monterait à l’époque où par l’intermédiaire des Phéniciens, les Égyptiens
firent du commerce avec l’Asie.
Il y a lieu d’ajouter qu’il ne faut pas confondre ce byssus avec celui pro-
venant d’une sorte de mousse, de duvet qui recouvre la pinne marine et
quelques espèces de moules, avec lequel on fabrique encore aujourd’hui à
Tarente, par exemple, des étoffes très fines et très recherchées.
En dehors des végétaux sacrés, dont nous venons de parler, les Égyptiens
cultivaient des palmiers, des mimosas, des grenadiers, le tamarin, le syco-
more. Les lits des prêtres étaient faits avec du bois de palmier.
On désigne dans bien des manuscrits, l’Égypte, sous le nom de pays des
sycomores.
C’est placé dans les branches d’un de ces arbres que Mout verse à l’âme
du défunt le breuvage de l’immortalité (l’Amrita de la Mythologie hin-
doue).
Dans des inscriptions de Deïr-el-bahari, on nomme le sycomore, arbre
à encens.
77
Chapitre XIV :
La caste sacerdotale – Les prêtres
78
ISIS DÉVOILÉE
79
ISIS DÉVOILÉE
75
Nous disons à peu près, en effet, il n’est pas possible dans l’état actuel de la scien-
ce égyptotogique de déterminer d’une manière positive la hiérarchie sacerdotale, car
aucun monument jusqu’ici n’a permis de pouvoir contrôler les détails que Diodore (I,
73) nous a fournis sur les prérogatives sacerdotales et la présence des prêtres dans les
cérémonies.
76
N. L’hôte (Lettres, p. 176) a trouvé des Pharaons-prêtres.
80
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81
ISIS DÉVOILÉE
Cet auteur dit que l’horoscope est un homme qui mange les heures : anthropon tas
horas esthionta ; or, d’après Th. Déveria77 il aurait fallu traduire le groupe de
lettres formant le mot Horoscope par celui qui est dans les heures.
Clément d’Alexandrie place dans l’ordre des prêtres et avant le scribe
sacré (l’hiérogrammate), le prêtre qui remplit la fonction d’horoscope. Il te-
nait dans sa main, d’après cet auteur, une clepsydre et un phénix, lequel
phénix, symbole de l’Astrologie, portait toujours, suspendus à son bec, les
livres astrologiques de Thoth, qui sont au nombre de quatre : le premier trai-
tant de l’ordre des étoiles errantes et visibles ; le second des conjonctions
et de l’illumination du Soleil et de la Lune ; et les deux autres du lever des
astres.
Toutes les traditions de l’antiquité placent l’origine de l’astrologie dans
la Chaldée et en Égypte ; ce dernier pays avait étudié cette science depuis
une époque fort reculée.
Cicéron nous dit en effet que : « les Égyptiens passent comme connais-
sant depuis un grand nombre de siècles cette science des Chaldéens, qui,
fondée sur l’observation journalière des astres, permet de prédire l’avenir
et la destinée des hommes. »
Du reste, bien avant le prince des orateurs, Hérodote avait dit : « Les
Égyptiens sont les auteurs de plusieurs inventions, telles que celles de dé-
terminer d’après le jour où un homme est né, quels événements, il rencon-
trera dans sa vie, comment il mourra et quels seront son caractère et son
esprit. »
Après les horoscopes, venaient les purificateurs, les divins pères, enfin
les simples prêtres.
12. Les Pastophores étaient les membres de la classe sacerdotale qui, dans
les cérémonies ou les processions, portaient sur leurs épaules les édicu-
les (naos) qui renfermaient souvent une divinité recouverte parfois d’un
voile, quand l’édicule ou sanctuaire, n’était pas fermé par une porte. Or,
le terme grec pastos signifie également édicule et voile, d’où le nom de pasta-
phore, donné à celui qui portait l’édicule (naos) ou le voile ( pallium). Écrit
en hiéroglyphe, ce même terme signifie gardien de la maison, parce que les
pastophores étaient aussi gardiens du temple.
13. Les Chlochytes étaient les prêtres embaumeurs chargés de terminer le
travail accompli sur la momie.
82
ISIS DÉVOILÉE
14. Les Paraschites étaient les inciseurs du corps du défunt : ils lui
ouvraient le flanc. Nous verrons plus loin, quand nous parlerons du traite-
ment de la momie, leur manière de procéder pour en extraire les intestins
et les viscères.
15. Les Taricheutes préparaient le cadavre avec le natron et l’envelop-
paient des premières, bandelettes.
16. Les Stolistes étaient chargés de soigner les statues des dieux, de figu-
rer aux sacrifices et aux leçons.
17. Les Spondites étaient chargés des libations. C’étaient des fonction-
naires inférieurs attachés au service des prêtres.
18. Les Flabellifères ou porteurs de Flabella ou éventails pour les dieux.
Enfin, il y avait les Néochores ou domestiques, serviteurs du temple et des
prêtres, mais qui n’étaient pas prêtres ; nous l’avons dit au commencement
de ce chapitre.
Les prêtres se mariaient et leurs enfants mâles leur succédaient très sou-
vent dans leurs fonctions, de sorte que la classe sacerdotale était comme
une vaste famille, possédant un héritage transmissible suivant certaines
conditions déterminées et connues à l’avance. C’est même ce droit d’hé-
ritage qui rendait obligatoire l’hérédité des fonctions, parce que celles-ci
déterminaient la part afférente à chaque membre de la famille ; c’est ce
principe fondamental qui donnait une si grande puissance, une si haute
influence à la classe sacerdotale et la faisait pour ainsi dire maîtresse du
Pharaon, qui devait toujours compter avec elle.
83
Chapitre XV :
Des prêtresses et des prophétesses
84
ISIS DÉVOILÉE
des jeunes vierges remarquables par leur beauté, qui assistaient aux céré-
monies religieuses, comme musiciennes et danseuses, qu’elles résidaient
dans les temples et le même auteur donne à entendre que leur vertu n’était
pas très sévère, mais rien ne peut justifier ce reproche, dont Strabon a
voulu salir leur mémoire.78 Le même auteur nous apprend aussi, que les
chambres du Labyrinthe qui recevaient chaque année les députations des
différents nomes, recevaient également les prêtres et les prêtresses qui ac-
compagnaient ordinairement ces députations.
Ainsi donc, rien ne peut faire supposer, sauf le récit d’Hérodote que
nous allons donner, que les femmes fussent exclues de la prêtrise ; au con-
traire, tout démontre que les femmes parcouraient une hiérarchie de fonc-
tions, qui les élevait au rang des prêtresses pour les déesses, comme pour
les reines divinisées. Et ceci est si vrai que, lors de l’introduction dans le
monde romain du culte d’Isis et des cérémonies isiaques, les femmes y
figuraient comme prêtresses.
Voici maintenant le passage d’Hérodote79 : « les femmes n’exercent de
sacerdoce, ni près d’un dieu, ni près d’une déesse : ce sont toujours les
hommes qui remplissent ces fonctions pour toutes les divinités. »
Cette citation est une nouvelle preuve de l’inexactitude du récit d’Hé-
rodote, en ce qui concerne les Égyptiens ; du reste, nous n’ignorons pas
aujourd’hui que les femmes étaient initiées aux Mystères et que celles qui
avaient reçu l’Initiation avaient la tête rasée comme les prêtres ; ceci pour-
rait donc fournir un nouvel argument en faveur de l’existence de prêtres-
ses chez les Égyptiens, car pourquoi aurait-on initié des femmes, si ce n’est
pour leur apprendre l’ésotérisme de la religion, et leur permettre de l’en-
seigner à leur tour à celles de leurs compagnes qui se montraient dignes
d’acquérir la science cachée.
78
Du temps de Strabon, l’Égypte était romaine et le culte national était complètement
dégénéré : le culte grec y avait pénétré et s’était mêlé au culte primitif égyptien. C’est
alors, et alors seulement que les fonctions religieuses remplies par des femmes dégéné-
rèrent en libertinage, qui nous rappellent les Ménades en fureur. Nous voyons en effet,
sur des monuments, des femmes uniquement vêtues d’un simple lumbaré, d’autres avec
un jupon partant sous le sein et descendant jusqu’à la cheville, mais fait d’une étoffe de
byssus tellement fine, qu’elles paraissent entièrement nues. Ces mêmes prêtresses dans
certaines cérémonies découvraient les plus secrètes parties de leur corps ; elles avaient
des robes disposées dans ce but ; ces vêtements étaient fendus sur le devant et un ta-
blier voilait la fente, de sorte, que lorsqu’elles le relevaient en dansant, elles montraient
ce que ce tablier devait cacher.
79
Hérodote, II, 35.
85
Chapitre XVI :
Les juges, fêtes et cérémonies
Intronisation royale
Grâce à leur haute influence, les prêtres pouvaient occuper toutes les
fonctions civiles et même militaires. C’était dans la classe sacerdotale, que
se recrutaient les Conseillers du Roi, les principaux officiers de l’État et par-
mi eux les Juges.
Les juges secondaires étaient tirés des nomes, mais les magistrats revê-
tus des plus hautes fonctions étaient recrutés parmi les prêtres de Thèbes,
de Memphis et d’Héliopolis, ce qui s’explique facilement, puisque c’est
dans ces trois villes que se trouvaient les trois principaux collèges sacer-
dotaux, de chacun desquels on tirait dix juges.
Voici comment était organisé le pouvoir judiciaire : il y avait à Thèbes
un Tribunal suprême composé de trente magistrats qui choisissaient par-
mi eux un président, celui-ci portait au cou, comme insigne de sa haute
fonction, une chaîne en or à l’extrémité de laquelle était fixée une pierre
précieuse représentant la déesse Saté (la Vérité).
Le président élu désignait pour le suppléer en cas de nécessité, un autre
prêtre tiré du même collège que lui ; le tribunal se composait donc de 31
magistrats, tous instruits et capables, car les hiérogrammates, nous l’avons
déjà vu, devaient connaître l’écriture sacrée, la cosmographie, l’astrologie,
la géographie, la chorographie de l’Égypte et la topographie du Nil.
Les magistrats siégeaient en robe blanche de lin ; devant le président se
trouvait une table sur laquelle était placé le Livre de Thoth, contenant les dix
livres de la Loi.
Bien que les juges fussent rémunérés par la cassette royale, ils juraient,
en acceptant leurs fonctions de désobéir au Roi, s’il leur commandait ja-
mais une action injuste.
Ces magistrats jouissaient auprès du peuple d’une très grande considé-
ration « parce qu’il leur était permis de voir le roi nu » c’est-à-dire de le voir
à n’importe quelle heure du jour et de la nuit.
Étudions maintenant la procédure suivie dans une affaire portée devant
le Tribunal : la demande faisait l’objet d’une requête écrite ; le défendeur
86
ISIS DÉVOILÉE
87
ISIS DÉVOILÉE
une sorte de Jubilé, auquel participait le pays tout entier et qui avait pour
but de célébrer le trentième anniversaire de l’avènement du Souverain en
exercice.
Des panégyries moins solennelles avaient lieu dans les temples, aussi
les dénommait-on Panég yries des temples ; le décret de Rosette, nous parle de
celles-ci, ainsi que de deux autres genres de fêtes :
1e Les fêtes à exode, à l’occasion desquelles, on promenait en procession
des chapelles (naos) de dieux, ce que les textes dénomment : sortie du dieu
un tel ;
2e Les Jours éponymes du Roi ; ces fêtes avaient lieu le 1er, le 6 et le 15 de
chaque mois.
Mentionnons parmi d’autres nombreuses fêtes, celle du lever de Sothis,
point de départ de l’année ; la fête des ancêtres (Uga) la fête de Ptah-Sokari,
de Haker, etc. ; car, à part les fêtes générales, il y avait les fêtes locales très
nombreuses, ainsi, rien que pour Ammon à Thèbes, il y avait plus de qua-
rante fêtes annuelles ou décennales.
intronisation royale
On instruisait les jeunes princes dans les principes et les préceptes de
la religion, dans les arts et les sciences qui relevaient du reste tous de la
religion ; enfin, des exercices gymnastiques complétaient leur éducation
morale et leur permettait de posséder le Mens sana in corpore sano : ce qui leur
était du reste non seulement nécessaire, mais indispensable, car le poste de
roi n’était pas, tant s’en faut, une sinécure80.
Les princes occupaient dans l’État des fonctions diverses, une loi leur
réservait ces fonctions. Ils portaient un costume particulier, le pedum et
un éventail formé d’une longue plume d’autruche emmanchée dans une
élégante poignée. Généralement le fils aîné a les titres de porte-éventail à la
gauche du roi, secrétaire du roi, commandant en chef de l’armée ; le second fils
80
La Loi, dont le roi était le premier serviteur, réglait toutes les heures de la journée
royale. La première heure après le lever était consacrée à l’ouverture des dépêches re-
latives aux affaires publiques ; le roi revêtu de ses insignes et d’habits magnifiques se
rendait ensuite au temple ; après diverses cérémonies, le grand prêtre tirait, du Rituel,
un précepte religieux dont il développait le sens et l’application devant le roi et l’audi-
toire. Le reste de la journée était également réglé par la Loi qui prescrivait l’heure du
bain, celle des repas, la qualité et la quantité des mets, la ration de vin, la durée du
repas, enfin le temps du repos royal.
88
ISIS DÉVOILÉE
89
TROISIÈME PARTIE :
91
ISIS DÉVOILÉE
server le corps du mort sera bientôt exposée ; pour l’instant, nous dirons
qu’il semblerait, d’après ce qui précède, que les Égyptiens croyaient à la
métempsycose ; nous pensons que c’est là une erreur, surtout accréditée
par ce passage d’Hérodote82 : « Ils (les Égyptiens) ont aussi, les premiers,
avancé que l’âme des hommes est immortelle et qu’après la destruction du
corps, elle entre dans un autre animal toujours prêt à naître ; qu’elle par-
court ainsi tous les animaux qui vivent sur la terre et dans les eaux ou qui
volent dans les airs, et qu’enfin elle retourne de nouveau dans le corps d’un
homme naissant. Ce retour a lieu après une période de trois mille ans.
Quelques Grecs ont adopté cette doctrine, les uns dans les temps reculés,
les autres plus récemment, et l’ont donnée comme étant la leur. Je connais
bien leurs noms, mais je ne les écrirai pas. »
Nous pouvons nommer ceux qu’Hérodote ne veut pas désigner : c’est
Phérécyde, Pythagore et Anaxagore, ce dernier contemporain d’Hérodo-
te ; après Anaxagore, nous mentionnerons Archelaüs son disciple, Socrate
et Platon, postérieurs à Hérodote.
Dans le passage que nous venons de mentionner, il y a lieu de remar-
quer cette expression de corps d’un homme naissant, expression qui prouverait
que les Égyptiens n’admettaient pas que l’âme dût reprendre son ancien
corps. Ainsi donc, le motif que l’on attribuait à l’embaumement n’était pas
comme on l’a prétendu jusqu’ici, afin de permettre au mort de retrouver son
corps dans une résurrection quelconque ; en effet, les Égyptiens se faisaient
embaumer, parce qu’ils supposaient que la transmigration de leur âme ne
commençait que quand celle-ci était absolument privée de la présence de
son corps, c’est-à-dire, quand il était entièrement détruit, oxydé, réduit en
poussière ; or, tant qu’il restait, même des parcelles de ce corps, l’âme avait
la faculté de rester près de lui, et par conséquent de ne point se réincarner.
Voilà pourquoi les Égyptiens s’efforçaient avec tant de soins et de re-
cherche de retarder le plus possible le moment de l’entière destruction du
corps et utilisaient tous les moyens en leur pouvoir dans ce but, et tout
particulièrement l’embaumement qui garantissait le corps de la pourriture,
principe de la destruction finale et irréparable.
Servius83 nous dit formellement ce qui précède, et faute de documents
82
T. II. Liv. ii. § 123.
83
Æg yptii periti sapientià condita diutius reservant cadavero, scillicet ut anima multo tempore per-
duret et corpori sit obnoxia nec cito alio transeat. Romani contra faciebant, comburentes cadavero, ut
statim anima generalitatem, id est, in suam naturam rediret. Servius, In Virgil., III, v. 68.
92
ISIS DÉVOILÉE
plus anciens, nous sommes bien obligé d’étayer notre affirmation sur cet
auteur : « Les sages Égyptiens, dit-il, cachent leurs cadavres pour les con-
server le plus longtemps possible, afin que l’âme attachée au corps un
long espace de temps ne puisse de sitôt passer dans d’autres corps. Les
Romains, au contraire, brûlaient les cadavres, afin que l’âme pût retourner
dans le grand tout, c’est-à-dire dans la nature. »
Pour aller au-devant d’une objection que pourrait faire le lecteur, nous
devons ajouter que de nombreux Égyptologues, ne comprenant nullement
l’ésotérisme contenu dans le Livre des Morts, en ont faussement interprété
un grand nombre de passages, notamment celui qui concerne l’arrivée
de l’âme dans les champs d’Aarou, dans le chapitre lxxx, on peut lire
ce qui suit : « Dans le cours de ses pérégrinations l’âme ne revêtait que
l’image de son corps », c’est-à-dire le périsprit, le corps astral, « mais quand
l’âme s’approche des champs d’Aarou, elle devait se réunir à son corps. »
S’étayant sur ce passage, certains égyptologues ont affirmé que l’embau-
mement n’avait pour but que de conserver le corps pour cette sorte de
résurrection. Or, rien n’est plus faux. Ce passage signifie tout simplement
que le mort devait matérialiser son corps astral pour se présenter corps et
âme à l’état d’agénère dans les champs d’Aarou. On ne saurait donner une
autre explication, ou plutôt une autre interprétation à ce passage sans le
fausser. C’est de la dernière évidence, puisque beaucoup de corps d’hom-
mes justes, n’ayant pas été embaumés ou ayant été détruits pour un motif
quelconque, n’auraient jamais pu arriver à la béatitude finale, ce qui serait
d’autant plus injuste qu’ils ne pouvaient être rendus responsables de la
destruction de leur cadavre.
Du reste, le même Livre des Morts va nous fournir encore une preuve
de la justesse de notre interprétation. Nous y lisons, en effet, que le mort
ayant franchi la porte (la première porte du ciel), s’avance illuminé par
la lumière divine qui l’instruit. « Le mort entre alors dans une série de
transformations ; il se change successivement en épervier84, en lotus85, en
héron86, en grue87, en oiseau à tête humaine88, image de l’homme, en hiron-
84
Ch. 78.
85
Ch. 85.
86
Ch. 83.
87
Ch. 84.
88
Ch. 85.
93
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94
ISIS DÉVOILÉE
94
V. Justin, martyr, Apolog. pour la chrét. Collect. des œuvres polémiques des Pères,
Wurtzbourg, 1777, tome I, p. 127.
95
Athéné, Deinosoph., XI, ch. xv
96
XVIe Liv. de l’Iliade : v. 856, 857.
95
Chapitre XVIII :
Le livre des morts
De tous les livres religieux de l’antique Égypte, le Livre des Morts est le
plus important, il contient en effet, l’exposé de la doctrine des Égyptiens
sur la destinée de l’âme après la mort. Il existe de ce livre des variantes en
grande quantité, parce que presque toutes les momies en possèdent auprès
d’elles un exemplaire, qui était plus ou moins complet, disons même plus
ou moins abrégé, suivant la fortune de celui dans le cercueil duquel, on le
trouve ; car il ne faut pas oublier que les manuscrits sur papyrus revenaient
à un prix très élevé et proportionnel, naturellement, à leur longueur.
De tous les Livres des Morts trouvés jusqu’ici dans les momies ou dans
leur boîte, le plus complet est celui du Musée de Turin, qui a été publié par
Lepsius et dont nous donnons ci-dessous une analyse fort courte.
Le livre débute par un important dialogue97 de l’âme, au moment où elle
vient de quitter le corps du défunt ; celui-ci s’adresse à la divinité infernale,
il énumère tous les titres qu’il croit avoir à produire, afin d’être admis dans
l’Amenti. Le chœur des âmes glorifiées, qui assiste au débat, intervient en
faveur du défunt et appuie sa prière. En ce moment, le prêtre, qui est sur
la terre, joint sa voix au chœur des âmes et implore la clémence céleste.
Osiris se laisse fléchir et dit au mort : « Ne crains rien en m’adressant ta
prière pour la pérennité de ton âme, afin que j’ordonne que tu franchisses
le seuil. »
Ainsi rassurée par la divine parole, l’âme du défunt autorisée pour ainsi
dire, pénètre alors dans l’Amenti, mais elle poursuit ses invocations. Les
chapitres de ii à xiV : nous fournissent brièvement des détails relatifs à la
mort et aux premières cérémonies des funérailles. Après avoir franchi les
portes de l’Amenti, l’âme à son entrée dans la région infernale se trouve
éblouie par l’éclatante lumière du soleil, qu’elle aperçoit pour la première
fois dans l’hémisphère inférieur ; aussi entonne-t-elle un hymne de louan-
ges au Soleil, sous forme d’invocation à laquelle se mêle parfois une sorte
de litanie (Ch. xv).
97
Ch. i.
96
ISIS DÉVOILÉE
Du chapitre Ier au chap. xvi, règne au-dessus du texte une vignette qui
nous montre une procession funèbre : lamentation des parents et des as-
sistants, transport de coffrets funéraires et de la momie dans une Bari,
prêtres offrant des libations et des offrandes, revêtus de leurs insignes
sacerdotaux, etc. Le chapitre xvi n’est qu’une vignette en quatre registres
qui montrent successivement un prêtre faisant une libation, Shou98 qui
soulève le disque solaire, au milieu de cynocéphales ; soleil qui plane dans
l’espace ; enfin le défunt adorant le Soleil.
Ici se termine la première partie du Livre ; dans la seconde nous allons
assister aux diverses pérégrinations de l’âme dans l’hémisphère inférieur.
Pour voyager sur notre terre, il faut de l’argent ; pour parcourir les ré-
gions de l’Amenti, il faut de la nourriture, c’est-à-dire de la science ; or ces
deux termes égyptiens sont synonymes, nous allons le voir, et fréquemment
employés, identifiés même dans le Livre des Morts. Ceci justifie bien ce que
dit Horapollon dans ses Hiéroglyphes : « Les Égyptiens appellent la science
Sho, qui signifie plénitude de nourriture. Or la science sacrée des choses re-
ligieuses est bien la seule nourriture mystique que l’âme puisse emporter
pour la soutenir dans ses longues pérégrinations après la mort. L’âme qui
ne posséderait pas une quantité de cette science sacrée ne pourrait parve-
nir au but final de son voyage et par conséquent obtenir grâce auprès du
tribunal d’Osiris ; il lui faut donc, avant d’entreprendre son voyage, faire
une ample provision de nourriture ou de science sacrée. C’est à cela qu’est
consacré en grande partie le chapitre xvii qui inaugure la seconde partie
du livre. Mais combien peu de lecteurs qui parcourent ce livre xvii en
comprennent la signification ! Ainsi, l’exégèse de ce chapitre nous apprend
que le mot Aanrou, aarou est le champ des moissons divines « celui qui pro-
duit l’alimentation des dieux qui sont derrière le sarcophage. » Ce champ
est cultivé par les mânes, qui y séjournent et s’y promènent ; aussi les che-
mins, qui conduisent à ce grand champ entouré de murs en fer, étaient-ils
mystérieux et aboutissaient à des portes percées dans ce mur.
Les chapitres de xviii jusqu’à xx inclusivement nous fournissent une
série de prières qu’on récitait pendant l’embaumement du défunt, tandis
qu’on enroulait le corps dans ses bandelettes. Ces prières sont adressées au
dieu Thoth, qui remplit le rôle de psychopompe, c’est-à-dire de Conducteur
des âmes. Ces invocations présentent un grand intérêt, car elles font allu-
97
ISIS DÉVOILÉE
99
Ce dieu Astès est plusieurs fois mentionné, notamment au chapitre cxlv.
100
Le typhon des Grecs.
98
ISIS DÉVOILÉE
des lions et autres fauves ; s’il se montrait timide et craintif, il serait bien
vite perdu, dévoré.
Mais la fixité du regard n’empêche pas toujours les combats, dans les-
quels, ajoute le Livre des Morts, le désincarné et les monstres s’injurient.
Enfin, le défunt, qui après sa victoire va se nommer l’Osiris, parvient
à renverser tous ses ennemis et à forcer le passage ; il entonne alors des
chants de victoire, dans lesquels il s’assimile à tous les dieux, dont les
membres sont devenus siens. (Ch. xlii).
« Mes cheveux, dit-il, sont ceux de l’abîme céleste, ma face celle du so-
leil, mes yeux ceux d’Athor », et ainsi de suite de toutes les parties du
corps. (Ch. xlii).
Après ces luttes, et ces travaux de toute sorte, l’Osiris a besoin de re-
pos ; aussi s’arrête-t-il quelque temps pour reprendre des forces et repaître
sa fin mystique.
Après ses combats, il lui a fallu éviter de grands dangers : il a échappé au
billot, sur lequel on décapite les damnés ; il ne s’est pas égaré dans le désert
sans limites, dans lequel on meurt de faim et de soif. Du haut de l’arbre
de vie, la déesse Nout lui verse une eau salutaire et réconfortante, qui le
rafraîchit et lui permet ainsi de reprendre sa route, afin d’arriver à la pre-
mière porte du ciel. Là, un dialogue s’engage entre le défunt et la lumière
divine, qui l’instruit ; ce dialogue, que nous regrettons de ne pouvoir re-
produire est un des beaux morceaux du livre ; il présente des analogies avec
le dialogue engagé entre Poimandrès et la lumière divine. Enfin, le mort
a franchi la Porte, il continue ses pérégrinations, il avance, mais cette fois
illuminé par cette nouvelle lumière, à laquelle il a adressé ses invocations.
Il passe alors ( lxv-lxx) par une série de transformations et revêt la forme
de symboles divins de plus en plus élevés et s’identifie avec eux ; plus haut
nous avons déjà dit quelques mots sur ces transformations. Le mort arrive
bientôt à la demeure de Thoth ; il la traverse et celui-ci lui remet un livre,
qui contient des instructions pour poursuivre sa route, ainsi que de nou-
velles leçons de science, qui lui seront indispensables (xc).
Il arrive en effet sur les bords du fleuve infernal, qui le sépare des
champs Élysées ; ici, un nouveau piège l’attend. Un nautonier, envoyé par
Set, est embusqué sur son passage, et il essaie par des paroles insidieuses,
de l’attirer dans sa barque, afin de l’égarer et de l’emporter à l’Orient, c’est-
à-dire l’opposé de sa course, où il doit rejoindre le Soleil Infernal (xciii).
Le défunt sort vainqueur de cette épreuve, il démasque la perfidie du nau-
99
ISIS DÉVOILÉE
100
ISIS DÉVOILÉE
par moi ; aucune veuve n’a été violentée par moi ; aucun mendiant n’a été bâtonné par
mes ordres ; aucun pâtre n’a été frappé par moi ; aucun chef de famille n’a été opprimé
par moi ; je n’ai pas enlevé des gens à des travaux. »
101
ISIS DÉVOILÉE
fait obscur pour les archéologues qui ne connaissent pas un mot de l’éso-
térisme égyptien. — Nous voyons en effet l’osiris identifié au Soleil ; avec
lui il parcourt les diverses demeures du ciel et le lac de feu, source de toute
lumière. — Nous nous arrêterons là, nous réservant de faire un jour une
étude toute spéciale de cette partie du livre, car nous trouvons qu’elle mé-
rite une étude très approfondie, qui serait certainement ici hors de propos
par son développement, et nous insistons sur ce fait que l’osiris s’identifie
avec le Soleil, c’est-à-dire devient un corps lumineux une âme-lumière.
102
Chapitre XIX :
L’âme lumière
103
ISIS DÉVOILÉE
104
ISIS DÉVOILÉE
humaine, en effet, serait un intermédiaire entre les âmes des esprits des
eaux et des âmes des esprits du feu. Ceux-ci seraient même les créatures
les plus élevées dans l’échelle des êtres.
« Le feu a été la cause première du Cosmos. Dieu, a dit l’initié Moïse,
Dieu est un feu consumant. Ce feu, bien différent du feu élémentaire, qui
n’est que son symbole, a une nature visible et une nature mystérieuse. Cette
nature occulte, secrète, se dérobe sous l’apparence visible, sous la manifes-
tation matérielle. L’apparence visible, à son tour, se dérobe sous la nature
occulte. Autrement l’Invisible est visible aux Voyants. Le Visible est invi-
sible aux profanes. C’est-à-dire que les profanes ne savent pas distinguer
l’Esprit sous la forme. Les Védas enseignaient déjà ce dogme originaire,
quand ils parlaient d’Agni, le feu suprême. Ce feu de Simon (le Mage), c’est
le feu d’Empédocle ; c’est celui de l’antique Iran. C’est le buisson ardent
de la Genèse. C’est encore l’Intelligible et le sensible du divin Platon, la
Puissance et l’acte du profond Aristote. C’est enfin l’Étoile flamboyante
des Loges maçonniques.
« Dans les manifestations extérieures du Feu primordial sont renfer-
mées toutes les semences de la matière. Dans sa manifestation intérieure
évolue le monde de l’Esprit. Donc, ce feu contenant l’Absolu et le Relatif,
la Matière et l’Esprit, est à la fois l’Un et le Multiple, Dieu et ce qui émane
de Dieu. Ce Feu, cause éternelle, se développe par émanation. Il devient
éternellement. Mais se développant, il demeure, il est stable, il est per-
manent. Il est celui qui est, qui a été et qui sera, l’Immuable, l’Infini, la
Substance107 !
Cette idée que Dieu et le Feu revient trop souvent dans toutes les théo-
gonies pour ne pas mériter de fixer notre attention, disons mieux pour ne
pas être prise en sérieuse considération.
Mais nous n’insisterons pas en ce moment sur cette grave question qui
mériterait de très longs développements pour être élucidée, et nous nous
occuperons de pérégrinations de l’âme et de la doctrine de la réincarna-
tion chez les Égyptiens.
Le Livre des Morts nous a donné déjà des renseignements fort utiles au
sujet des pérégrinations de l’âme ; le Livre des respirations nous en fournira
sur la Réincarnation.
107
Jules Doinel dans la Revue théosophique, t. II, p. 245.
105
Chapitre XX :
R éincarnation
Le Sin-sin a été écrit par un prêtre d’Ammon du nom de Hor-sa-Aset (Horus, fils
108
d’Isis) ; il a été réédité et traduit par Brugsch sous le titre de Sai an Sin-sin et publié à
Berlin en 1851. J. de Horrack a traduit le même texte et l’a analysé en un volume in-
4o, avec 7 pl. (Paris, 1877). Ajoutons que cet auteur a fait son étude d’après le papyrus
même du Musée du Louvre. La rédaction de cet écrit est attribuée à Thoth même.
106
ISIS DÉVOILÉE
« Les déesses Uati et Necheb l’ont purifié dans la huitième heure du jour
et la huitième heure de la nuit. Ainsi arrive, Osiris Hor-sa-Aset, entre dans
la salle de la double vérité ; tu es purifié de tout péché et de toute mauvaise
action : Pierre de Vérité est ton nom109.
« Allons, Osiris Hor-sa-Aset, entre au Duaut, entre dans ta grande pu-
reté. Les deux déesses de Vérité t’ont purifié dans la salle du Dieu de la
terre, tes membres l’ont été dans la salle du Dieu de l’air. Tu as la faculté
de contempler comment Ra, en tant que Toum, se livre au repos. Ammon
te donne le souffle, Ptah la forme, et avec Ra, tu t’avances vers l’horizon
(vers l’Occident). Ton âme est divinisée dans la demeure de Qeb (le dieu
Temps, le Chronos des Grecs), tu es bien heureux.
« Allons, Osiris Hor-Sa-Aset, ton nom et ton corps restent et ton Sahu
divin germe !… Tu es ressuscité… Les parties de ton corps se matériali-
sent dans ta forme corporelle ; tu manges avec ta bouche, tu vois avec tes
yeux, tu entends avec tes oreilles, tu parles avec ta bouche, tu marches
avec tes jambes. Ton âme est divinisée dans le ciel pour accomplir toutes
les existences (les transformations) qui te plairont. Tu peux respirer sous
l’arbre sacré, sous le Perséa, etc. »
Ce livre avec la prière des morts, qui le termine, témoigne d’une façon
évidente de la croyance des Égyptiens dans la réincarnation ; les passages
suivant le prouveront à nos lecteurs :
« Dans tous les lieux qui te plairont, ton âme de nouveau respirera…
Ton âme vit, tu accompagnes Osiris. De nouveau tu respires dans Rosta
(?)… Ton âme vit tous les jours dans Tatton et dans Sensaour, ton âme vit
tout le jour dans la région supérieure…
« Allons, Osiris Hor-sa-Aset, ton âme vit par le livre de la résurrec-
tion… Ton cœur t’appartient ; tes yeux t’appartiennent, et chaque jour ils
s’ouvrent ! Qu’Osiris Hor-sa-Aset soit reçu dans l’autre monde, que son
âme puisse y vivre encore et toujours ; que le Ka110 soit récompensé dans
son lieu de repos ; qu’enfin, il reçoive le Livre de résurrection, afin qu’il
puisse se ranimer. »
109
Dans la morale égyptienne, la Vérité joue un très grand rôle. « La lumière, dit
Eugène Grébault (Hymne à Ammon-Ra), est l’instrument dont le dieu se sert pour com-
muniquer à la matière inerte ce vrai, dont il est la source unique. Comme en venant
dans son soleil pour vivifier le monde et lui apporter la vérité (Ma), il le divise en deux
régions, la vérité est double : il y a la Ma du Midi et la Ma du Nord. La double vérité est
identifiée quelquefois avec les deux yeux du soleil, desquels jaillit la lumière du Midi et
la lumière du Nord. » Ceci explique donc parfaitement cette expression : « Entre dans la
salle de la double vérité, » ainsi que ce qui suit de notre analyse du Livre des respirations.
110
Ce terme égyptien Ka signifie périsprit, corps astral.
107
Chapitre XXI :
Deuils, funérailles, embaumement
Liv. II, lxxv.
111
Cet usage est tellement enraciné qu’encore aujourd’hui, les femmes coptes ont l’ha-
112
108
ISIS DÉVOILÉE
du cadavre desséché, qui était alors déposé dans les catacombes publiques.
Cet embaumement rudimentaire ne représentait guère que la fosse com-
mune de nos jours. Parfois, on étendait le même cadavre sur une planche
de sycomore enveloppée également d’une toile.
Pour un embaumement supérieur, on employait l’huile de cèdre pour
vider et nettoyer l’intérieur du cadavre ; c’était avec du natron qu’on le des-
séchait, puis on enveloppait chaque membre de bandelettes imprégnées
d’huile de cèdre et le corps était ensuite enfermé dans une caisse à momie
ou cercueil plus ou moins historié suivant le prix que les parents voulaient
y mettre.
Lorsque le mort est remis aux prêtres nous dit Hérodote113 : « Ils présen-
tent à ceux qui l’apportent des modèles en bois peints de corps arrangés
de diverses façons, ils leur montrent d’abord la façon la plus parfaite em-
ployée pour celui dont il n’est pas permis de prononcer le nom114 ; ensuite
ils font voir la seconde manière plus simple, puis la troisième plus simple
encore, et demandent qu’elle est celle que l’on veut qu’on emploie pour
préparer le mort ». Quand les parents sont convenus du prix, ils se retirent.
Les embaumeurs procèdent alors à la préparation ; je vais décrire la plus
parfaite : « Ils commencent par se servir d’un fer recourbé pour retirer par
les narines la cervelle, qu’ils font sortir entièrement soit par ce moyen,
soit en versant quelques drogues pour la faire écouler. Puis les inciseurs
(Paraschites) fendent, avec une pierre d’Éthiopie très aiguë, le ventre vers
la partie des flancs et retirent par cette ouverture la totalité des intestins.
Ils nettoient avec un grand soin la cavité abdominale, la lavent avec du vin
de palme et l’essuient avec des aromates pilées ; ils la remplissent ensuite
le plus complètement possible avec de la myrrhe très pure et broyée de
cassie115 et de toute sorte de parfums, excepté de l’encens, puis ils cousent
la peau pour fermer l’ouverture pratiquée par l’incision. Ce travail accom-
pli, ils placent le corps pour le dessécher dans une saumure de natron ; le
corps y séjourne soixante-dix jours116 il n’est pas permis de l’y laisser plus
113
Liv. II, lxxxvi.
114
N’étant pas tenu à la même réserve, nous le dirons ce nom, c’est celui d’Osiris.
115
Le cassie est la fleur d’un mimosa très odorant (acacia farnesiana) qu’on dénomme en-
core aujourd’hui en Provence cassie ; il fleurit d’octobre en janvier.
116
Hérodote commet ici une erreur évidente. — Nous savons en effet, qu’un mode
d’embaumement consistait à laisser le corps dans un bain de natron pendant soixante-
dix jours. Or, ce laps de temps suffisait pour détruire complètement les chairs et la
graisse et ne laissait subsister que la peau sur les os. Les opérations de l’embaumement
109
ISIS DÉVOILÉE
du corps du patriarche Jacob ne durèrent d’après la Genèse (ch. I, 3) que quarante jours
et les Égyptiens en firent le deuil 70 jours. Évidemment, ce chiffre de soixante-dix jours
d’Hérodote, doit se rapporter à la durée du deuil.
117
Cette sorte de gomme était le Bitume de Judée.
110
ISIS DÉVOILÉE
118
Hérodote, II, lxxxvx : cette pierre d’Éthiopie était l’Obsidienne.
119
De abstinentia.
111
ISIS DÉVOILÉE
enfermés dans de véritables étuis d’or. Ils posaient ensuite les bandelettes
aux pieds, aux mains, aux bras, aux jambes, aux cuisses, sur tout le corps
enfin ; de ces bandelettes, quelques-unes mesuraient plusieurs mètres de
longueur, elles enveloppaient de leurs circonvolutions, le corps tout entier
et par leur épaisseur distribuée avec art, elles rétablissaient les formes du
corps détruites par la dessiccation. Les momies thébaïnes se distinguent
des autres par un entrelacs de bandelettes fort bien agencé.
Généralement les embaumeurs paraissent avoir attaché une grande im-
portance aux bandelettes ; c’étaient elles, en effet, qui devaient préserver
le plus efficacement les momies contre la destruction par suite de leur
immersion dans des liquides insecticides. — Aussi voit-on des momies et
des plus riches, enveloppées d’une si grande quantité de bandelettes que la
forme du corps disparaît entièrement ; ce n’est plus qu’une sorte de pyra-
mide quadrangulaire tronquée.
Dans certaines momies, l’étoffe employée pour ces bandelettes ne me-
surait pas moins pour une seule momie de 250 à 300 mètres carrés et la
longueur des bandes de 7 à 8 centimètres de largeur, atteignait 380 mètres,
le poids total de la momie, ainsi empaquetée pesait jusqu’à 105 ou 106
kilogrammes.
Dans les sépultures de la xxie et de la xxiie dynastie, on trouve placées
sur la poitrine des momies, au-dessus des bandelettes, des étoles ou bretelles
en cuir gauffré.
Ces bretelles de momie sont en relation évidente avec Khem, ce dieu de
la génération, puisque les dessins estampés sur leur cuir montrent cons-
tamment des scènes d’adoration et d’offrande à cette divinité ithyphal-
lique, dénommée également Ammon-Générateur, comme nous l’avons
déjà vu souvent.
Souvent les couvercles des cartonnages et des caisses à momies portent
des figures ou reproductions de ces bretelles ; on les voit soit croisées sur la
poitrine, soit formant sous l’aspect d’un ruban flottant une sorte d’appen-
dice au pectoral, qui encadre quelque représentation religieuse, au centre
desquelles se trouve souvent un scarabée ; celui-ci est en terre cuite ou en
pierre émaillée120.
Les momies renferment des scarabées en grand nombre, soit comme châton de
120
bagues, soit comme colliers ; souvent à la place du cœur, on retrouve de gros scara-
bées en pierre dure, sur lequel est gravé le chapitre xxx du Livre des Morts, ainsi conçu :
« Mon cœur qui me vient de ma mère, mon cœur nécessaire à mon existence sur terre,
112
ISIS DÉVOILÉE
Parfois, les yeux d’émail, cerclés de bronze étaient placés dans l’orbite
des yeux de la momie, la figure était entièrement dorée, ou portait un
léger masque d’or. Ajoutons qu’on retrouve souvent sur les momies des
masques en cartonnages (toiles agglutinées) en cire, en verroteries, en bois
peint, en bois noirci, avec des yeux de verre, on cherchait même à donner
à ces masques, si nous nous en reportons à de Rougé, la ressemblance du
défunt, cet auteur ajoute121 : « les cercueils du roi Anthem montrent que dès
la plus haute antiquité, quelques-uns de ces masques furent dorés, ornés
d’yeux incrustés en émail. L’usage des masques composés d’une feuille
d’or, remonte au moins à la xviiie dynastie. Les masques, en cartonnage
doré furent usités dans tous les temps. Les masques, auxquels on a donné
à la peau une couleur rose, sont beaucoup plus récents ; plusieurs masques
de femmes de cette couleur sont coiffés d’ornements étrangers à l’Égypte ;
ce sont des monuments gréco égyptiens, ainsi que les masques en carton-
nage doré du même style. Des portraits peints remplacèrent les masques
de l’époque romaine. »
Les masques de momies étaient parfois recouverts de plusieurs doubles
d’une fine toile de lin ; le premier morceau de toile était agglutiné sur la
peau même de la face à l’aide du bitume, les autres étaient collés au-des-
sus les uns des autres ; cette superposition avait pour but de renforcer les
traits de la momie amoindris par la dessiccation. Du reste au-dessus de
ces toiles superposées, on modelait souvent au plâtre, la figure du défunt.
Quand la momie est celle d’un homme, on voit une barbe tressée attachée
au menton, quand la momie au contraire, est celle d’une femme ou d’un
adolescent, naturellement elle ne porte pas de barbe.
Beaucoup de momies ont des colliers, des bagues aux mains et des bra-
celets aux bras ; elles sont entourées de scarabées en terre cuite vernissée
ou émaillée, en porcelaine, en améthyste, en jade ou autres pierres précieu-
ne te dresse pas contre moi, ne témoigne pas en adversaire contre moi parmi les divins
chefs, au sujet de ce que je fais devant les Dieux, ne te sépare pas de moi devant le
dieu grand Seigneur de l’Amenti. Salut à toi, ô cœur d’Osiris, résidant de l’Ouest ; salut à
vous entrailles, salut à vous Dieux à la barbe tressée, augustes par vôtre sceptre, etc. Ce
qui explique la fréquence des scarabées parmi les momies, c’est que ce coléoptère est
considéré comme le symbole de la transformation, du reste en écriture hiéroglyphique,
le scarabée représente le mot kheper (devenir, prendre forme). Les anciens Égyptiens
voyaient dans cet emblème la négation de la mort. C’est ce qui explique les énormes
quantités de scarabées trouvés au milieu des momies.
121
Notice des monuments du Louvre.
113
ISIS DÉVOILÉE
114
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115
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116
ISIS DÉVOILÉE
d’or étaient à son cou. La tête était recouverte d’or par dessus et la momie
auguste du roi était entièrement garnie d’or. Les cercueils étaient revêtus
d’or et d’argent en dedans et en dehors et couverts de toute espèce de
pierreries. »
Cette sorte d’inventaire d’époque pharaonique peut témoigner que les
violateurs de sépultures égyptiennes datent de fort loin et que celles que
nous avons violées dans ces derniers temps ne sont pas, tant s’en faut,
d’une richesse approchante.
Sur les caisses et sur les cercueils peints, le défunt est très souvent repré-
senté portant sur ses épaules, une houe, un sarcloir ; parfois une couffe ou
sac en sparterie lui pendait derrière le dos. Ce récipient servait à recueillir
le grain ; c’était avec ces instruments agricoles que l’Osiris devait cultiver,
dans les champs d’Aarou, le blé mystique de la science divine, que tout
Osiris doit recueillir avant d’arriver à la perfection que nous montrent les
chapitres cxli et cxlii du Livre des Morts, dont voici les titres :
« Livre donnant la perfection aux mânes par la connaissance des noms
des dieux du ciel du Midi et du ciel du Nord, des dieux de la double re-
traite, des dieux qui traversent le Tiaou124, à l’usage du défunt, en l’honneur
de son père ou de sa mère pour les fêtes de l’Amenti ; il lui donne la perfec-
tion dans l’esprit de Ra et des dieux, avec lesquels il doit se trouver. »
« Livre donnant la perfection aux mânes leur accordant de marcher dans
la grande salle, de sortir le jour dans toutes les formes qui leur plairont,
donnant la connaissance des noms d’Osiris, dans toutes les demeures où
il lui plaît d’être. »
Arrivons aux Canopes. Nous avons dit précédemment que les intestins
étaient souvent placés après leur immersion dans une préparation bitu-
mineuse liquide, dans des Canopes. Ces vases au nombre de quatre et faits
de diverses matières étaient placés aux quatre angles du cercueil. Il y avait
des canopes en albâtre, en pierre calcaire, en onyx oriental, en granit, en
porphyre et en terre cuite. Ces vases affectaient la forme de cônes ren-
versés ; ils étaient surmontés d’un couvercle formé d’une tête de femme,
d’épervier, de chacal, de cynocéphale. Leur panse comporte souvent un
cartouche carré avec plusieurs colonnes perpendiculaires d’hiéroglyphes ;
ce sont des prières que le mort (l’Osiris) adresse aux quatre divinités,
124
C’est-à-dire le champ de la course nocturne du soleil, ou hémisphère inférieur,
c’est-à-dire l’espace compris entre l’horizon occidental et l’horizon oriental du ciel.
117
ISIS DÉVOILÉE
sous la protection desquelles sont placés les vases — canopes et qui sont :
Isis, Nephthys, Neith et Selk ; quatre génies étaient également considé-
rés comme protecteurs des mêmes vases, on les nomme : Amset, Hapi,
Duamantew et Kebshennow ; Amset à tête d’homme était le gardien de
l’estomac et des gros intestins ; Hapi à tête de cynocéphale était le gardien
des petits intestins, Duamantew ou Tiammantef qui avait une tête d’éper-
vier gardait le cœur et les poumons, tandis que Kebshennow à tête de
chacal gardait le foie.
Indépendamment de l’idée religieuse qui s’attachait à la conservation
du cadavre, nous devons dire ici, que la momification présentait encore
cet avantage qu’elle empêchait les épidémies et les pestes de naître et de se
propager sous ce climat brûlant.
La peste, en effet, comme le fait observer le docteur Pariset, n’a été
connue en Égypte qu’à partir du VIe siècle de l’ère vulgaire jusqu’à la fin
du XVIIIe siècle ; or c’est depuis le VIe siècle que les Égyptiens ont cessé
de momifier leurs morts par suite des prédications chrétiennes des Pères
du Désert dans la vallée du Nil. Antoine dit le saint, qui mourut en l’an
356, défendit aux chrétiens, et cela sous peine de damnation éternelle,
d’embaumer les corps de leurs parents comme le faisaient leurs ancêtres ;
on ne momifie plus, aussi la peste à bubon fit son apparition en Égypte,
en l’an 543, et ravagea toute l’Europe ; et chaque année elle sévissait avec
une grande intensité, après la retraite des eaux de l’inondation. — On
voit donc que la religion égyptienne secondait l’hygiène et la salubrité en
ordonnant la momification des cadavres.
Aujourd’hui, si l’Égypte ne donne plus la peste à l’Europe, c’est que le
pays a été très assaini par de nombreux travaux notamment par le canal de
Suez, cependant quand le choléra éclate en Europe, son point de départ
est souvent l’Égypte. Incinérons donc les morts, c’est encore le plus sûr
moyen à employer contre les pestilences cadavériques.
Après cette digression, revenons aux funérailles égyptiennes.
Après l’embaumement, le défunt était livré à sa famille, qui accomplis-
sait alors les cérémonies funèbres. La première opération consistait dans
l’ouverture de la bouche et des yeux de la momie ; cet acte s’accomplis-
sait sous la direction du ker-heb, sorte de maître des cérémonies du culte ;
c’était lui qui dans les cérémonies religieuses prenait la parole ; dans celle
des funérailles, il lisait des extraits du Livre des Morts.
Quand le corps était embaumé selon les prescriptions liturgiques et
118
ISIS DÉVOILÉE
125
Ch. CLIV, du Livre des Morts, trad. Pierret. — A partir d’ici nous suivrons dans ce
qui suit la traduction du même auteur.
126
Chap. XX, du même livre.
119
ISIS DÉVOILÉE
127
Sur les tombes de l’ancien empire que l’on trouve à Saqqarah, in-8, Paris, 1868.
120
Chapitre XXII :
Hypogées, pyramides, nécropoles, Sphinx
121
ISIS DÉVOILÉE
d’argent qu’elle le pourrait. On ne m’a pas dit quelle somme, elle amassa
par ce moyen d’après les ordres de son père, mais on m’a assuré qu’ayant
formé le projet de laisser après elle, un monument sous son propre nom,
elle avait exigé que chacun de ceux avec qui elle avait eu commerce lui fit
don d’une pierre, propre à être employée dans les ouvrages, qui s’exécu-
taient alors, et qu’elle avait fait élever avec ces pierres, la pyramide qui se
trouve au milieu des trois, en face de la grande. »
Nous ne poursuivrons pas ce récit d’Hérodote, qui nous paraît un
peu bien fantaisiste. Il nous paraît difficile d’admettre qu’un Pharaon ait
pu exiger la prostitution de sa fille pour se procurer des ressources, sur-
tout quand il s’agit de trouver des vingtaines de millions, car si les radis,
les oignons et les aulx consommés par les ouvriers s’élevaient à près de
neuf millions de francs, combien faut-il compter de millions pour payer
l’outillage, la machinerie, les vêtements et autres dépenses nécessitées par
ces travaux130.
Et quel contingent aurait pu fournir la pauvre fille du Pharaon dans
tout cela ?
On doit donc ranger parmi les fables ce petit conte d’Hérodote, de même
que la haine que s’était attirée d’après cet auteur, Chéops, Chephrem et
Mycérinus, en imposant aux Égyptiens de ces corvées considérables pour
la construction de leur pyramide, nous savons au contraire que ces trois
pharaons furent honorés après leur mort d’un culte tout spécial ; probable-
ment à cause des travaux qu’ils avaient exécutés.
Mais n’insistons pas plus longtemps sur ce récit et parlons des pyrami-
des, qui font partie de la vaste Nécropole de Memphis131 qui s’étend des
pyramides de Gizeh aux tombeaux de Saqqarah, village arabe, dont les
principaux monuments sont la pyramide à degrés, les tombeaux de Ti 132
de Ptah-Hotep133 enfin le Sérapéum, c’est-à-dire le lieu de sépulture des Apis
morts pendant une longue suite de siècles.
La Pyramide de Saqqarah daterait de la seconde dynastie, de la première
130
Un papyrus de la fin de la XXe dynastie, nous informe qu’on payait les ouvriers en
nature, mais il nous apprend aussi qu’indépendamment des raiforts et des oignons, on
leur distribuait également du blé, de la viande, des poissons, des légumes et certaine-
ment des vêtements, quoique le papyrus n’en fasse pas mention.
131
D’après de Rougé, le nom populaire de Memphis était Menefer, c’est-à-dire le bon Port
mais ce terme ne figure pas dans les textes antiques.
132
Haut fonctionnaire de la Ve dynastie.
133
Rédacteur du Papyrus Prisse d’Avesne, qui était fils d’un roi de la Ve dynastie.
122
ISIS DÉVOILÉE
mide occupe le centre s’appelle kokomé et si le roi Ounnéphès fit bâtir cette pyramide
en ce lieu, il s’ensuivrait que la pyramide à degrés remonte à la première dynastie et
qu’elle est par conséquent le plus ancien monument de l’Égypte et du monde. »
123
ISIS DÉVOILÉE
135
Ce livre est divisé en douze sections correspondantes aux douze heures de la nuit,
durant lesquelles le Soleil qualifié par le texte de Dieu grand, parcourt dans sa barque
divine, un certain espace des eaux de l’Ouer‑nès. A cet espace céleste correspond le
champ dénommé de l’Aanrou (Elysées-Égyptiens) cultivé par les mânes ou Esprits,
lequel champ mesure 309 atrou de long sur 120 de large.
136
Sahou était aussi le nom de la constellation Orion, à laquelle devait être identifié,
l’Osiris ou défunt, d’ou le nom de Sahou donné à la momie.
124
ISIS DÉVOILÉE
représente une femme égyptienne se lamentant ainsi sur le sarcophage de son époux.
125
ISIS DÉVOILÉE
126
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127
Chapitre XXIII :
Les mystères, l’initiation
128
ISIS DÉVOILÉE
Platon prétend que c’est bien à tort que la foule du peuple adore les
grands dieux ; que ces dieux sont des substances animées, distincts de la
matière par leur propre essence, et dont le créateur de tout n’a nul souci à
prendre144.
D’après ce même philosophe, il n’est pas d’expression qui puisse don-
ner une idée de la grandeur immense et de l’ineffable majesté de ce dieu
créateur que les sages peuvent à peine comprendre en y appliquant toute
leur intelligence.
Les philosophes dont nous venons de mentionner les opinions passent
tous pour avoir reçu l’Initiation ; Platon avait été initié aux Mystères par
les prêtres de Memphis, on pourrait donc conclure de ce qui précède que
l’Initiation Ég yptienne enseignait tout simplement le dogme de l’Unité de
Dieu, on y faisait aussi connaître le dogme de l’immortalité de l’âme et les
divins principes de la Cosmogonie universelle, ainsi que des notions de
saine morale et de Philosophie occulte.
Cicéron qui parle de l’Initiation en d’excellents termes, dit que c’est à
bon droit qu’on désignait ces mystères, sous le nom d’Initia, puisqu’on y
montrait les vrais principes de l’existence, qu’on y apprenait à vivre dans
une douce joie et à mourir avec des espérances meilleures145.
Mais il est permis de se demander quel genre d’initiation avaient reçu
ces étrangers, car l’Initiation comprenait les grands et les petits Mystères ; nous
pensons que Moïse, Platon, Pythagore et autres personnages de l’antiquité,
étrangers à l’Égypte n’ont jamais été initiés qu’aux petits mystères.
On a bien dit que les Vers dorés de Pythagore146 contenaient d’une manière
succincte, l’initiation aux Grands Mystères, mais nous ne le pensons pas.
Ces vers, comme le lecteur va pouvoir lui-même s’en convaincre, exposent
tout simplement une partie de la doctrine religieuse et de la morale des
Égyptiens, sous la double forme exotérique et ésotérique ; mais ils ne font
rien connaître de la grande initiation ; nous en faisons juge le lecteur ; les
voici en effet, d’après la traduction de Fabre d’Olivet, qui a eu soin de nous
dire : « J’ai suivi dans ma traduction, le texte grec, tel qu’il est rapporté en
tête du Commentaire d’Hiéroclès, commenté par le fils Casaubon et interprété
en latin par J. Curterius, édition de Londres, 1673 :
144
Apulée, Du démon de Socrate.
145
Cicéron, de Legibus, III
146
Pythagore, Les Vers dorés, traduits et commentés par Fabre d’Olivet ; rééd. arbredor.
com, 2002.
129
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130
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131
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Voici ce que dit au sujet de ces vers, Fabre d’Olivet, au début de ses
explications : « Les anciens avaient l’habitude de comparer à l’or tout ce
qu’ils jugeaient sans défauts et beau par excellence : ainsi, par l’Age d’or, ils
entendaient l’âge des vertus et du bonheur ; et par les Vers dorés, les vers où
la doctrine la plus pure était renfermée147. Ils attribuaient constamment
ces vers à Pythagore, non qu’ils crussent que ce philosophe les eût compo-
sés lui-même, mais parce qu’ils savaient que celui de ses disciples dont ils
étaient l’ouvrage y avait exposé l’exacte doctrine de son maître, et les avait
tous fondés sur des maximes sorties de sa bouche148. Ce disciple recom-
mandable par ses lumières, et surtout par son attachement aux préceptes
de Pythagore, se nommait Lysis149. Après la mort de ce philosophe, et lors-
que ses ennemis, momentanément triomphants, eurent élevé à Crotone et
à Mésapont cette terrible persécution qui coûta la vie à un si grand nombre
de pythagoriciens, écrasés sous les débris de leur école incendiée, ou con-
traints de mourir de faim dans le temple des Muses150. Lysis heureusement
échappé à ces désastres, se retira en Grèce, où voulant répandre la secte de
Pythagore, dont on s’attachait à calomnier les principes, il crut nécessaire
de dresser une sorte de formulaire qui contient les bases de la morale, et
les principales règles de conduite données par cet homme célèbre. »
Pourquoi ces vers dont Lysis est le véritable auteur, sont-ils connus et
dénommés Vers dorés de Pythagore, c’est qu’à l’époque où ils ont été écrits
par le disciple de Pythagore, l’ancien usage subsistait encore de considérer
l’œuvre en elle-même et non l’individu. En effet, en ce temps-là, les dis-
ciples des grands hommes ne portaient d’autres noms que celui de leurs
147
Hierocl., Comment. in Aur. Carmin. Prœm.
148
Fabric., Bibl. Grœc., p. 460. Dacier, Remarq. sur les comment. d’Hiéroclès.
149
Jamblique, De Vita Pythag., c. 30 et 33. Plutarch., de Gen. Socr., Plutarch., De Republ.
Stoïc., Diog. Laërt., I, viii, § 39.
150
Polyb. I, ii, Justin, I, xx, C. 4. Vossius, De Phil. sect., c. 6.
132
ISIS DÉVOILÉE
maîtres ; dès lors par suite de cet usage, tous les ouvrages étaient attribués
à celui-ci ; c’est ce qui explique comment Vyasa dans l’Inde, Thoth en
Égypte, Orphée et Homère en Grèce, ont été supposes les auteurs de
quantité d’ouvrages, que la plus longue vie humaine n’aurait pas permis
de composer.
Revenant à l’Initiation, nous dirons que même beaucoup d’Égyptiens
ne pouvaient la recevoir.
Est-ce à dire que quelques privilégiés (rois et principaux prêtres) avaient
seuls droit à être initiés aux grands Mystères ?
Non, tout le monde en Égypte, comme nous allons le voir, pouvait être
admis à la connaissance des grands Mystères, mais non pas les étrangers,
nous le supposons du moins.
Du reste, comme le fait observer Fabre d’Olivet151 : « On ne prodiguait
pas les mystères, parce que ces mystères étaient quelque chose de sacré ;
on ne profanait pas la connaissance de la divinité, parce que cette connais-
sance existait ; et pour conserver la vérité à plusieurs, on ne la donnait pas
vainement à tous. »
Ce qui veut dire qu’on ne l’accordait qu’à ceux qui la méritaient et qui
pouvaient la conquérir par leur valeur personnelle. Mais tout homme, quel
que fût son rang dans cette société si fortement hiérarchisée, pouvait se
présenter à l’Initiation ; tous les sanctuaires lui étaient ouverts, il devait
d’abord se faire instruire sur les petits mystères puis, d’étape en étape,
c’est-à-dire de révélation en révélation, il parvenait jusqu’aux grands mys-
tères et les plus grands secrets physiques et psychiques lui étaient révélés.
« Il pouvait, nous dit Fabre d’Olivet152, descendre chez les morts, s’éle-
ver jusqu’aux Dieux et tout pénétrer dans la nature élémentaire, car la re-
ligion embrassait toutes ces choses, et rien de ce qui composait la religion
ne restait inconnu au souverain pontife. »
Bien que l’Initiation fut accordée tous les Égyptiens qui la demandaient,
on ne la communiquait pas indifféremment à tout le monde, pas même à
tous les prêtres Égyptiens. Il existait, en effet, au sein du collège sacré, une
sorte de hiérarchie, hiérarchie d’aptitude (échelle de grades) à chacun desquels
était attachée une épreuve. Chaque épreuve donnait la mesure, la quantité
d’intelligence et de force morale que possédait le postulant ou néophyte qui
151
Fabre d’Olivet, Langue hébraïque restituée, V. II. p.7.
152
Ibidem.
133
ISIS DÉVOILÉE
134
ISIS DÉVOILÉE
ces affirmations sont loin d’être démontrées, et jusqu’ici aucun auteur n’a
pu appuyer sur des preuves certaines, sur des textes authentiques, les resti-
tutions plus ou moins heureuses de l’Initiation antique ég yptienne.
Tout ce qui a été fait ou dit sur ce sujet est du domaine de la fantaisie
pure.
Ainsi, dans un livre bien écrit, très intéressant, mais faux d’un bout à
l’autre : Histoire de la magie, par P. Christian, il existe, d’après Jamblique, une
restitution de l’Initiation fort bien imaginée, si bien composée pourrions-
nous dire, qu’on pourrait croire qu’elle est exacte, véritable et cependant
tout cela n’est que rêveries d’un auteur. Du reste, P. Christian fausse non
seulement l’histoire dans la première partie de son livre, mais encore dans
tout ce qui suit, il induit complètement en erreur son lecteur. Rien que ce
qu’il a écrit sur l’astrologie prouve surabondamment notre affirmation.
Donc, voilà un livre très intéressant, bien fait en tant que livre, mais
faux d’un bout à l’autre, par conséquent une œuvre très dangereuse pour
ceux qui ne connaissent point les matières traitées dans ce volume.
Ceci bien entendu, nous allons dire sommairement comment on pro-
cédait aux initiations. Nous nous servirons des renseignements fournis
par Jamblique dans son Traité des Mystères ég yptiens, après avoir observé ce-
pendant que le philosophe de Chalcis vivait dans la première moitié du
quatrième siècle de l’ère vulgaire, c’est-à-dire qu’il est presque un de nos
contemporains pour ce qui concerne la Science occulte des Égyptiens.
Le néophyte admis aux épreuves était conduit la nuit par deux
Thesmothètes153 devant le sphinx de la grande pyramide, mais il ignorait
où il était, car dès sa sortie de Memphis, on lui avait couvert les yeux d’un
épais bandeau, afin qu’il ne pût se rendre compte, ni de la distance qu’il
parcourait, ni du lieu dans lequel on le conduisait. Il devait du reste s’en
remettre à la discrétion pleine et entière de ses deux guides ou conduc-
teurs. Il était amené aux pieds du Sphinx colossal et l’un des guides ouvrait
la porte placée entre les pattes de l’animal154 et creusée dans son poitrail
même. Une fois entrés nos trois personnages se trouvaient dans un vesti-
153
C’étaient les premiers initiés par rang d’âge qui portaient ce nom, qui signifie : gar-
diens de Rites.
154
P. Christian nous dit que cette porte poussée par un ressort secret par un des thes-
mothètes pivotait sur ses gonds ! Comment peut-on le savoir ! simple hypothèse ; en
tout cas, cette manière d’ouvrir une porte n’est pas aussi banale que d’user d’une simple
clef.
135
ISIS DÉVOILÉE
bule creusé dans le corps de l’animal ; de là ils parvenaient dans une vaste
salle où commençaient les épreuves qui toutes étaient de plus en plus ter-
ribles, au fur et à mesure que le néophyte s’engageait dans le monument,
nous ne raconterons point toutes ces épreuves, c’étaient celles qu’on fait
subir aujourd’hui en partie aux francs-maçons à quelques variantes près.
Les francs-maçons par exemple, ne font point subir l’épreuve dernière qui
consistait chez les Égyptiens à entourer, à enlacer le néophyte de superbes
jeunes filles qui dansaient les danses les plus lascives avec des costumes
de la plus grande transparence et légèreté. Ces épreuves duraient plusieurs
jours, une fois le néophyte initié, l’Hiérophante lui disait : « Sache voir avec
justesse et vouloir avec justice, sache oser ensuite, mais sache surtout taire tes
desseins jusqu’au moment de leur exécution. »
« Si devant ta persévérance le lendemain n’est que la continuation des
efforts de la veille, marche droit à ton but. Alors, les sept génies155 gardiens
de la clef sacrée qui ferme le passé et ouvre l’avenir, placeront sur ton front
la couronne des maîtres. »
136
Chapitre XXIV :
R éception ou sacre d’une Pallacide156
137
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138
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139
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176
Ces cuillers en bois, en ivoire, en serpentine, en terre émaillée ou en pâte d’émail
affectaient des formes diverses ; c’étaient des bouquets, des boutons de fleurs, des
fleurs, des feuilles ou corolles de lotus, une femme cueillant cette fleur ; d’autres enfin
affectaient la forme d’animaux divers ; tels que chiens, oies, gazelles, oryx, etc.
177
Ou Scribes qui marquaient d’un sceau les victimes.
178
Ils servaient surtout à répandre l’eau sacrée dans un grand nombre de cérémonies.
179
Ce mois qu’on décrit aussi Tyby, Toby, etc. faisait partie de la tétraménie de l’hiver.
140
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141
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Pour compléter les idées sur les influences je dirai donc qu’en général
les corps des hommes de races distinguées sont soumis aux influences
suivantes :
Leur chevelure appartient au Nil céleste, leur tête au dieu Ra (soleil)183,
leurs yeux à Nout184 ou bien à Hathòr 185, leurs oreilles au Dieu Aphérou, gar-
dien des tropiques, adoré à Lycopolis ; leur tempe gauche à l’esprit vivant
dans le soleil ; leur tempe droite à l’esprit d’Ammon ; leur nez à Anépou fils
de Néphtys, guide des chemins ; leurs lèvres au même Anépou ; leurs dents
à la déesse Selk186, leur barbe au Dieu Ap‑hérou ; leur cou à Isis, leurs bras à
Osiris, leurs genoux à Neith, dame de Saïs ; leurs coudes au dieu seigneur de
Ghel ; leur dos à Sischoi, leurs parties génitales à Osiris ou à la déesse Koht ;
leurs cuisses au dieu Bulhòr (l’œil d’Horus) ; leurs jambes à Netphé ; leurs
pieds à Ptah ; enfin leurs doigts aux Bonnes déesses.
Ceci dit, je dépeindrai le Houd (disque ailé) qui, dans l’ordre général,
symbolise Ra (le soleil) soit quand il est Horus (soleil levant), soit quand il
est Toum (soleil couchant) ; il est aussi le dieu Shou (lumière) ; c’est le soleil
qui apparut au commencement et qui gouverne ce qu’il fait, de sorte qu’en
somme le Houd est la marche du soleil de l’Orient à l’Occident, c’est-à-dire
d’un bout du monde à l’autre bout.
Dans l’ordre astral et dans l’ordre planétaire, le disque est l’âme même
de l’homme ; que de fois l’ai-je vu quand éveillée, mes compagnes dor-
ne analogie avec la table des influences gravées sur le fameux cercle doré du célèbre
Monument dénommé à tort : Monument d’Osymandias, qui suivant ce que nous apprend
Diodore de Sicile, donnait les heures de levers des constellations avec les influences de
chacune d’elles. — On voit par ce qui précède que l’astronomie antique ég yptienne était liée à
l’astrologie ; il n’y a rien de surprenant dans ce fait, puisque dans ce pays la religion était
la base immuable de toute organisation sociale.
183
R a signifie faire, préparer, disposer ; c’est Ra en effet qui a organisé le monde avec la
matière que lui a donné Ptah le dieu primordial, aussi le confond-on, très souvent avec
la création. — Dans son rôle de Ptah-Sokar-Osiri, il symbolise la force inerte d’Osiris
qui va se transformer en soleil levant.
184
Nout déesse qui personnifie l’espace céleste, mais plus particulièrement la voûte étoi-
lée ; il ne faut pas confondre Nout avec Noubt ou Noubti qui est un des noms de Set,
seigneur de la région inférieure.
185
Mère du Soleil, on la représente nourrissant de son lait Horus et dans ce rôle, on
la confond avec Isis ; mais quand elle personnifie le beau et le bien, on l’assimile avec la
Vénus Aphrodite des Grecs.
186
Une des formes d’Isis ; la tête de cette déesse est surmontée d’un scorpion, c’est une
des quatre déesses protectrices des entrailles contenues dans les vases Canopes ; les trois
autres déesses protectrices de ces mêmes entrailles, sont : Isis, Nepthys et Neith.
142
ISIS DÉVOILÉE
maient auprès de moi. Sa couleur est comme l’eau du Hapi moyen187 ; sui-
vant que cette âme appartient à telle ou telle autre personnalité, à un corps
oudja (en pleine santé), ou à un corps débile, ses dimensions sont diverses ;
mais il n’est jamais rond comme une boule ; sa forme est lenticulaire, du
reste il croît et décroît sans cesse, suivant le milieu dans lequel il vole et
s’agite ; il est de dimension plus ou moins considérable suivant l’état de
force et de vigueur du corps terrien qu’il anime ; mais son diamètre ne
dépasse jamais un demi-doigt de la petite coudée188. Il est lumineux et il
éclaire, sa lumière est semblable à la phosphorescence de la mer.
La première fois que j’ai vu une âme se dégager de son enveloppe ter-
rienne, c’était le premier jour de la deuxième décade de Paôni ; ma sœur
Bira dormait auprès de moi, fatiguée qu’elle était par la chaleur du jour ;
son disque (âme) vint près de moi et me dit :
« Bonjour sœur, pourquoi rester ainsi dans le plan planétaire, tandis
que je te cherche dans le plan sidéral. Viens donc voir les merveilles des
espaces, tes amies de tes anciennes existences, tes parents, tous ceux enfin,
qui, t’ayant aimé et n’habitant pas les sphères au-delà du septième cercle,
peuvent vivre dans le cercle sidéral de notre monde terrien.
J’avoue que je fus très surprise de voir cette sorte de disque lumineux,
me parler sans voix et cependant je comprenais parfaitement ce que me
disait Bira, car son essence fluidique pénétrait pour ainsi dire mon corps,
devinait mes pensées, enfin je comprenais et j’entendais sa voix, bien
qu’aucun bruit ne fut perceptible pour aucune oreille ; mais, fait pour moi
fort curieux, je l’entendais tantôt par le front, tantôt par le creux entre
mes deux seins, tantôt par l’oreille, mais dans ce dernier cas, cette voix me
troublait le cerveau.
J’étais fort étonnée et je vivrai l’espace de nombreux Henti189, que je
n’oublierai mon admiratif étonnement.
187
Le nom sacré du Nil est Hapi, son nom profane est aour, atour c’est-à-dire fleuve, le
fleuve par excellence. On le peignait sur les monuments de trois couleurs : rouge dans
son débordement, vert pâle (aigue-marine) dans son inondation moyenne et bleu au re-
pos, dans son état normal.
188
Voir la note I, p. 241.
189
Les Égyptiens avaient des cycles très variés pour compter des espaces de temps ;
nous ne connaissons pas la valeur numérique du cycle Henti, mais il devait être sans
doute fort considérable, il devait embrasser une période de plusieurs milliers d’années,
si nous en jugeons par le célèbre Papyrus de Turin, ou ce terme henti est employé pour
résumer de longs règnes mythologiques (Cf. E. Rougé, Chrestomathie ii, 129).
143
ISIS DÉVOILÉE
144
ISIS DÉVOILÉE
était décoré avec un luxe inouï, les édifices étaient entourés de splendides
jardins dans lesquels la végétation avait un caractère tout particulier ; les
fleurs des arbres et des arbustes attiraient vivement mon attention par
leurs formes élégantes, leurs énormes proportions et les fines et suaves
odeurs qu’elles dégageaient.
— Ne te rappelles-tu rien de particulier lui dis-je ?
— N’es-tu pas venue me chercher !
— Que t’ai-je dit ? Réponds si tu sais ?
— Ah ! oui ! dit-elle. En rentrant dans mon corps j’avais oublié, mais tu
me remets en mémoire ceci : Je t’ai engagée à venir avec moi dans l’espace
sidéral, mais tu ne m’as pas écoutée et tu m’as forcée, pour ainsi dire, à
rentrer dans mon corps. Pourquoi m’avoir attirée ici, j’étais si heureuse là-
bas, » et des larmes s’échappèrent de ses yeux.
Elle me dit ensuite : « Mais toi ne te rappelles-tu pas certaines pérégri-
nations que tu as accomplies pendant ton sommeil ?
Non, dis-je, seulement quelquefois après mon premier sommeil, il me
semble que descendant l’escalier du temple, mon pied vient à heurter bien
fort contre une marche, alors je m’éveille en sursaut, tout apeurée et tout
mon corps est comme la chair de la pintade.
— C’est le moment précis, dit Bira, où ton âme rentre en ton corps,
après avoir voyagé plus ou moins longtemps à travers l’espace sidéral.
Aujourd’hui que tu sais, tu te rendras dorénavant fort bien compte de ce
que je viens de t’apprendre.
— C’est ce que j’ai pu vérifier les jours suivants et depuis j’ai toujours eu
souvenance de mes communes pérégrinations avec Bira.
Un coup de sistre, se fit entendre, c’était la dixième heure ; la suite de
mon examen fut renvoyée au lendemain à la huitième heure.
Avant de sortir du temple, le Grand-Prêtre adressa à la déesse une fer-
vente prière ; tandis que de jeunes enfants répandaient dans les amschirs
(brûle-parfums) le kyphi de Pount 190, l’atmosphère était embaumée pendant
que toute l’assemblée quittait le saint lieu.
Le lendemain, un peu avant la huitième heure, deux prêtres vinrent me
190
Le kyphi était un parfum composé de 16 ingrédients, on le brûlait devant la statue
des Dieux. La recette de cette sorte d’encens est consignée dans le chapitre LXXX
du Traité d’Isis et d’Osiris attribué à Plutarque. On tirait kyphi du pays de Pount ; ce nom
hiéroglyphique embrasse la contrée qui comprend la partie du continent africain qui
s’étend du détroit de Bab-el-Mandeb au cap Gardaful.
145
ISIS DÉVOILÉE
191
A côté de chaque temple, mais communiquant avec lui, il y avait un édifice nommé
Mammisium ; Champollion le nomme Mammisu. Il en existe partout en Égypte, on en
a retrouvé à Hermonthis, à Philæ, à Ombos ; celui d’Hermonthis a été construit sous
le règne de la dernière Cléopâtre, la fille de Ptolémée XIII Aulète, la maîtresse d’An-
toine et de Jules César. Cléopâtre VI, née 67 ans av. J.-C., épousa son frère Ptolémée
Dionysos et régna avec lui en 52. Quand son mari eut péri dans la guerre d’Alexan-
drie, elle gouverna seule, mais elle fut bientôt obligée d’épouser son plus jeune frère
Ptolémée Néoteros, qu’elle empoisonna bientôt. En 42, après la bataille de Philippe,
Antoine la manda à Tarse pour qu’elle eût à se justifier d’avoir prêté du secours à
Brutus et à Cassius ; au lieu de se justifier, elle subjugua le général romain par sa beauté
et ses charmes.
146
ISIS DÉVOILÉE
192
Quelle que fut la variété de l’oiseau qui volait à la droite d’une personne, c’était là un
signe heureux ; ce présage était considéré comme très favorable, surtout quand c’était
un Bennou, c’est-à-dire l’oiseau consacré à Osiris et l’emblème de la résurrection. Le
Bennou était notre vanneau moderne, ce morceau si fin et si recherché des gourmets
qui a donné naissance à ce dicton populaire.
Qui n’a pas mangé de vanneau
N’a pas mangé de bon morceau.
L’antiquité Greco-Égyptienne a transformé le Bennou en Phénix qui renaissait comme
on sait de ses cendres ; c’était donc une véritable résurrection. Enfin, le Bennou était
un des noms de la Planète Vénus parce que cet astre par ses apparitions successives
donnait une idée véritable des périodes de renouvellement (Cf. E. de Rougé, Études sur
le Rit. funér. p. 46).
147
ISIS DÉVOILÉE
ple) a cligné de l’œil droit ; enfin, avant mon réveil planétaire, j’ai entendu
mon amie et compagne Bira me dire dans les sphères sidérales des cercles
terriens : « Je t’adjure au nom de ton père en Osiris de ne point craindre
d’aborder ce vaste sujet, car ayant parcouru en grande partie les princi-
paux papyrus hiératiques de notre première bibliothèque, celle que nous
désignons par ce titre expressif Médecine de l’âme 193, tu peux donc traiter ce
sujet avec confiance.
Tels sont les motifs qui m’ont encouragée à traiter aujourd’hui de l’Aither
primordial ou fluide Universel.
Je commencerai donc par dire qu’il n’existe dans les mondes qu’une
seule puissance ou force, c’est l’Aither ; c’est lui qui éclaire, c’est lui qui agit,
c’est lui qui transporte, c’est lui qui engendre, c’est lui qui fait végéter, c’est
lui qui agglomère, réunit et synthétise les molécules, quelles qu’elles soient,
enfin, en un mot, c’est ce fluide qui a fait tout ce qui est, qui fait tout ; sans
lui rien n’existerait et avec lui tout peut être produit.
Et, fait remarquable, lui qui est tout et partout, qui est le grand moteur,
le disque (l’âme) des mondes, il est invisible pour la plus grande partie de
l’animalité ; ce fluide impondérable est doué d’une force incalculable ; si les
hommes savaient l’emmagasiner, le conduire et le diriger, il pourrait mou-
dre son grain, malaxer sa farine, cuire son pain et donner la vie planétaire
(à tous les degrés ?)
Ce fluide éclaire les mondes, car les soleils ne sont que des émanations
de ce fluide ; enfin en médecine il est le remède universel (panacée). C’est
la seule partie du sujet que je vais esquisser aujourd’hui. (Toute la partie
technique de mon sujet ne pouvant être livrée à l’écriture, je ne puis la
transcrire ici). — Voici l’analyse succincte de la partie purement philo-
sophique : « Les castes populaires ont absolument besoin, pour guérir les
maux du corps qui les affligent d’user de simples (d’herbes diverses) mi-
égyptiennes, la palette des scribes. Il existait à Denderah une vaste chambre du temple
dénommée Bibliothèque. — Voici les titres des quelques ouvrages qui existaient dans
les Bibliothèques qui, toutes, étaient placées sous la protection de la Déesse Sawekh :
Instructions pour détourner les funestes effets du mauvais œil ; protection du roi dans sa
demeure ; l’art de guérir par l’influx du fluide universel : aither. Formulaire des prières
pour bénir (ou protéger) un tombeau, une maison, une ville, une contrée, un empire ;
Instructions pour le culte d’Horus ; Inventaire des objets qui se trouvent dans le tem-
ple de la Grande Déesse, etc.
148
ISIS DÉVOILÉE
La Magie, dit Déveria (Pap. judic. de Turin) était considérée comme une science
194
divine ou un art sacré inséparable de la religion, bien qu’elle se confondit avec des
pratiques que nous nommons sorcellerie, cette dernière observation de Déveria est
complètement fausse ; les Égyptiens distinguaient la M agie de la Goëtie.
149
Chapitre XXV :
De la musique
Le terme Musique avait chez les Égyptiens une très large acception ; cet
art en effet, comprenait non seulement les connaissances nécessaires aux
musiciens de profession, mais encore aux poètes, aux historiens et aux
géomètres ; du reste dans l’antiquité, la musique faisait partie de l’ensei-
gnement médical même195.
La musique égyptienne, justifiait bien la définition donnée par Quintilien,
c’est-à-dire, la connaissance de tout ce qui est beau et décent dans les corps et dans les
mouvements196 ; définition bien plus générale encore, que celle que donne J.-
J. Rousseau dans son Dictionnaire de Musique197.
Le cercle des sciences que les Égyptiens rattachaient à la musique était
très étendu ; aussi, enseigner la musique dans son intégralité, c’était don-
ner à l’étudiant une instruction tout-à-fait encyclopédique.
Pour se faire une idée de la vaste envergure de cette science, nous dirons
que la théorie de la science des Nombres harmoniques était basée sur la musi-
que et que les mêmes formules musicales exprimaient à la fois, le système
des sons et celui de l’Univers. L’intervalle des intonations était rapporté à
la distance des astres entre eux, de même que les mouvements de ceux-ci
étaient rapportés aux lois de la Musique. Les Égyptiens avaient reconnu
que la loi fondamentale des sons était en rapport avec les lois immuables
de la nature, dès lors, ils en avaient déduit que la nature, toujours cons-
tante dans sa marche, avait dû être soumise aux mêmes lois d’organisation
du système du monde, et c’est sur ce principe qu’était fondé le système des
proportions harmoniques, astronomiques et musicales.
195
Cf. Fournier, Dictionn. des Sciences médicales, Vo musique.
196
Gnosis tou prepontosen er Sômasi kai kinesesin ; (lib. I., p. 6)
197
Vo Musique.
150
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De republica, VII.
198
151
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152
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153
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154
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virer de bord, le Chant des puiseurs d’eau, la Chanson des bœufs, etc. A propos de
cette dernière, Champollion dans sa douzième lettre écrite d’Égypte, nous
dit qu’elle accompagnait le dépiquage du blé, et il ajoute : « Toute manœu-
vre ou tout travail pénible était soutenu par un chant particulier. — Il ne
faudrait du reste, avoir jamais mis les pieds en Orient pour ignorer que
cette coutume de chanter en travaillant, s’est conservée jusqu’à nos jours
dans les pays Orientaux.
Il résulte donc clairement de ce qui précède, que les Égyptiens connais-
saient et pratiquaient la musique, c’est là un fait incontestable ; maintenant
si le lecteur demande pourquoi aucun motif musical n’est parvenu jusqu’à
nous ? Nous leur répondrons avec Platon que les motifs musicaux se con-
servaient par tradition. Voici en effet, ce qu’a dit le philosophe grec : « Les
Égyptiens avaient certaines mélodies206 qu’il était expressément défendu
d’altérer en quoi que ce soit, et qui se conservaient par tradition seulement,
car il était défendu de les écrire. »
On voit par là, quelle profonde vénération les Égyptiens professaient
pour la musique, puisqu’elle faisait partie de l’Art sacré, qu’il n’était pas per-
mis d’écrire ; aussi nous n’insisterons pas davantage sur ce sujet.
206
Des Chants sacrés probablement !
155
Conclusion
Cette Chronique donne une chronologie de l’Égypte, qui remonte à environ 6,892
207
156
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De Rougé, Étude sur le rituel funéraire des Ég yptiens, in R evue Archéologique, année
208
1860, p. 357.
157
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servaient pieusement, soit par la tradition soit par les livres. La perte de
ceux-ci est à jamais regrettable, car elle est irréparable ; de combien de
découvertes aurait profité l’humanité et cela depuis de longs siècles peut-
être, sans cette perte !
Pour n’en citer qu’un exemple, il suffira de se représenter à l’esprit,
quelle énorme somme de travail a dû accomplir l’alchimie du moyen-âge
pour découvrir la pierre philosophale et certainement les Égyptiens pos-
sédaient l’art de transmuer les métaux ; la quantité d’or que possédaient les
Pharaons, à défaut d’autres preuves, pourrait en témoigner.
L’alchimie était bien connue des Égyptiens, nous en avons de nom-
breux témoignages et le passage suivant de Senèque, nous paraît tout-à-fait
concluant209 ; il nous dit, en effet, que « les Égyptiens jugeaient l’air mâle,
parce qu’il produit et le vent et femelle, parce qu’il est nébuleux et inerte ;
ils appellent la mer, Eau mâle et toute autre espèce d’eau, Eau femelle. Le
Feu mâle est celui qui brûle par la flamme, le Feu femelle, celui qui luit sans
nuire ; ils donnent à la terre la plus forte, le nom de Terre mâle et celui de
Terre femelle, à celle qui est propre à la culture ».
Ne dirait-on pas que ces lignes sont écrites par un alchimiste du xve siè-
cle. A cette époque, l’eau et le feu étaient aussi les deux éléments les plus
étudiés ; les alchimistes leur ont donné des noms si divers, qu’ils empli-
raient des pages entières ; voici une courte nomenclature en ce qui con-
cerne le feu, que Riplée distinguait en feu naturel, innaturel, feu contre nature et
feu élémentaire
Il y avait un feu de cendres, un feu de sable, un feu de limailles, un feu ouvert ou
libre, un feu de fusion, de charbon, de flamme, un feu métallique, un feu des sages,
externe, inné, excitant, un feu philosophique, puis suivant le degré du feu, ils le
nommaient feu de Perse, d’Ég ypte, des Indes, etc.
Du reste, ce mot de feu, était appliqué à des substances diverses et
même à des liquides, à des acides, ainsi il y avait le feu végétal ou tartre, le feu
corrodant ou mercure, le feu de la terre ou soufre, le feu de lion ou aither, etc.
Dans la première partie de notre livre, nous avons parlé de cet Art sacré,
de cet Hermétisme ou Occultisme, ainsi que des écritures, des papyrus et
des Livres d’Hermès, qui ne seraient que les livres de Thoth, traduits en
grec. L’origine de ces livres a été fort discutée, il est possible et même pro-
bable que tous les livres d’Hermès Trismégiste ne soient pas la traduction
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littérale des Livres de Thoth, mais il est un fragment de ceux-ci qui a bien le
caractère égyptien, c’est celui qui a pour titre : La Vierge du Monde (Choré
cosmou), qu’on pourrait également traduire : l’Œil du monde, car le terme grec
choré signifie à la fois vierge ou prunelle, et par extension œil.
La Vierge du monde, c’est à peine besoin de le dire, est Isis, la Bonne
Déesse.
Dans le fragment du Livre sacré en question, après avoir versé, à son
merveilleux fils Horus, le breuvage d’immortalité que les âmes reçoivent
des dieux (l’amrita des hindous), Isis parle au divin Horus en ces termes :
« Le ciel parsemé d’étoiles est une pluie au-dessus de la nature universelle,
il ne lui manque rien, ô mon fils, de ce qui compose l’ensemble du monde.
La nature est complète par ce qui est au-dessus d’elle. La suprématie des
Grands Mystères sur les petits est nécessaire et l’ordre céleste l’emporte
sur l’ordre terrestre, comme étant fixe et inaccessible à toute idée de mort ;
c’est pour cela que les choses terriennes, saisies de crainte, gémirent de-
vant la beauté merveilleuse et l’éternité du monde supérieur. Car c’était un
spectacle digne de contemplation que ces magnificences célestes, révéla-
tion du dieu inconnu. »
Nous n’insisterons pas plus longuement sur ce fragment, si intéressant,
mais nous engagerons nos lecteurs à le lire, soit dans l’original, soit dans
la bonne traduction qu’en a donnée M. Louis Ménard, et nous nous occu-
perons de la Cosmogonie.
Voici ce qu’en dit Senèque210 :
« En ce qui concerne la Cosmogonie Égyptienne, le monde était com-
posé d’après celle-ci de quatre éléments : l’air, le feu, l’eau et la terre qui
répondaient au quaternaire sacré ; mais ensuite ces quatre éléments se dé-
doublaient à leur tour pour former un nouveau quaternaire et les deux
réunis ou huit, étaient l’expression de la loi naturelle et primitive de l’uni-
vers.
« Pour obtenir ce dédoublement, on attribuait aux quatre premiers
membres, la faculté d’hermaphrodisme et on les considérait comme mâle
et femelle à la fois. »
Ne croirait-on pas, nous le répétons, lire dans ces nouvelles lignes de
Senèque, un écrit alchimique du xve siècle, bien que le philosophe romain
soit encore fort incomplet en ce qui concerne la question.
210
Ut supra.
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volatil si connu. Il serait à désirer que les écrivains occulistes et spiritualistes, adoptas-
sent cette même forme, bien que les dictionnaires écrivent éther et définissent ce mot
air le plus pur, fluide hypothétique (?), etc.
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Avant-propos. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
PREMIÈRE PARTIE :
Les Égyptologues, Les Hiéroglyphes,
Les Écritures, Les Papyrus, Les Livres d’Hermès
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TROISIÈME PARTIE :
Psychologie, Philosophie, Morale,
Deuils, Funérailles, Momies, Monuments funéraires
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