0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
19 vues149 pages

Indicateurs PDF

Transféré par

Emilia Dunca
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
19 vues149 pages

Indicateurs PDF

Transféré par

Emilia Dunca
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

Synthse des rflexions issues du programme de recherche Biodiversit, gestion forestire et politiques publiques

C Les indicateurs
et ouvrage sur les indicateurs cologiques et socio-conomiques de biodiversit forestire est le fruit
dune dmarche collective mene pour et avec les acteurs de la gestion durable des forts que sont les
reprsentants des mondes scientifique, institutionnel, professionnel et associatif. Anime par le Gip Ecofor

de biodiversit forestire
avec le soutien des ministres en charge du dveloppement durable et de lagriculture, cette rflexion rassemble des
considrations varies, tantt analytiques, tantt synthtiques, sur les indicateurs de biodiversit des forts et au-del,
sur la biodiversit elle-mme. Elle donne un aperu de la varit des approches existantes qui adoptent des points de

LeS INdICateurS de BIodIverSIt foreStIre


vue allant de la recherche au dveloppement et jusqu la gestion tout en invitant lamlioration continue des jeux
dindicateurs. Elle illustre galement la ncessit dlaborer des indicateurs supplmentaires, diffrents niveaux et dans
Synthse des rflexions issues du programme de recherche
plusieurs domaines, qui rpondent des objectifs clairs. De ce travail, il ressort la ncessit de continuer progresser sur
cette thmatique forts enjeux, tout en raisonnant en la matire avec un certain recul. Puisse cet ouvrage constituer le Biodiversit, gestion forestire et politiques publiques
point de dpart pour de futures investigations et mises en pratique. Coordonn par Ccile Nivet, Ingrid Bonhme et Jean-Luc Peyron

ISBN 978-2-914770-07-7
Les indicateurs
de biodiversit forestire
Synthse des rflexions issues du programme de recherche
Biodiversit, gestion forestire et politiques publiques
Coordonn par Ccile Nivet*, Ingrid Bonhme* et Jean-Luc Peyron**

*Charge de mission, Gip Ecofor


**Directeur, Gip Ecofor
Gip Ecofor, MEDDE, 2012, 1re dition.
Citation recommande (pour louvrage complet) :
Coordonn par Ccile Nivet, Ingrid Bonhme et Jean-Luc Peyron, 2012.
Les indicateurs de biodiversit forestire.
Synthse des rflexions issues du programme de recherche
Biodiversit, gestion forestire et politiques publiques.
Paris, Gip Ecofor-MEDDE, 144 p.
ISBN 978-2-914770-05-7
Ministre de lcologie, du Dveloppement durable et de lnergie.
92055 La Dfense Cedex.
Tl : 01 40 81 21 22.
Gip Ecofor
42 rue Scheffer, 75116 Paris.
Tl : 01 53 70 21 70.
Conception graphique : Nathalie Boutt
Tl : 01 48 58 19 86.
Couverture : Nathalie Boutt.

Crdits photographiques (couverture) : Franois Lebourgeois et Jean-Luc Peyron


6
Les indicateurs de biodiversit offrent
lopportunit de crer des passerelles
entre le monde des experts et celui des profanes,
entre celui de la science et celui de la politique,
en facilitant lmergence dun langage commun
propos de cet objet quest la biodiversit

Harold levrel, 2007

Au sein du Gip Ecofor, Harold Levrel a assur pendant deux ans du ministre en charge de lagriculture et dun autofinancement
lanimation de la rflexion sur les indicateurs de biodiversit en du Gip Ecofor.
fort, qui a finalement permis la concrtisation de cet ouvrage. Que soient aussi remercis tous les participants aux ateliers de
Quil soit ici remerci pour son dynamisme et lensemble de ses rflexion, tous les auteurs et les membres du Conseil scientifique
apports. du programme de recherche Biodiversit, gestion forestire
Ont galement contribu la dmarche, au sein du Gip Ecofor et politiques publiques , en particulier Frdric Gosselin, Herv
et outre les coordonnateurs Ccile Nivet, Ingrid Bonhme et Jactel et ses deux prsidents successifs Claude Millier et Meriem
Jean-Luc Peyron : Awa Ba, Viviane Appora, Marjolaine Billaud, Fournier.
Marie Cipire, Patrizia Foti-Dlu, Wilfried Heintz, Marie-Hlne Louvrage doit enfin beaucoup sa mise en forme : merci
Lagarrigue, Guy Landmann, Natacha Massu et Bernard Rira. Nathalie Boutt pour la ralisation de cette maquette colore
Cet ouvrage naurait videmment pas pu voir le jour sans les fi- et Franois Lebourgeois pour ses talents de photographe
nancements du ministre en charge du dveloppement durable, (couverture).
7
Sommaire
10 Prface
Claire Hubert (MEDDE)6

12 Avant-propos
Mriem Fournier (AgroParisTech)6

14 Introduction
Ccile Nivet (GIP ECOFOR) 6
1
19 Partie I - les indicateurs cologiques
de biodiversit forestire 1
21 les indicateurs cologiques de biodiversit forestire :
questions introductives
Ingrid Bonhme (GIP ECOFOR)
1
41 valuation des indicateurs nationaux de biodiversit forestire
Ccile Nivet (GIP ECOFOR), Marion Gosselin (IRSTEA) et Hlne Chevalier (IGN)

57 Pourquoi et comment construire un indicateur composite de la biodiversit


en fort ?
Jean-Luc Peyron (GIP ECOFOR) 1
59 Utilit des indicateurs taxonomiques de biodiversit forestire
Ccile Nivet (GIP ECOFOR), Frdric Gosselin (IRSTEA) et Marion Gosselin (IRSTEA)
1
73 lIndice de biodiversit potentielle (IBP) : un indicateur composite pour
intgrer la diversit taxonomique ordinaire dans la gestion forestire
Laurent Larrieu (INRA) et Pierre Gonin (CNPF-IDF)
1
79 Indicateurs de la diversit intra-spcifique chez les arbres forestiers
ric Collin (IRSTEA), Franois Lefvre et Sylvie Oddou-Muratorio (INRA)
1
83 Partie II - les indicateurs socio-conomiques
de biodiversit forestire
85 Quelle contribution socio-conomique la production dindicateurs
1
de biodiversit ?
Jean-Luc Peyron (GIP ECOFOR)

8
Sommaire

91 les services cosystmiques offerts par la biodiversit forestire


Harold Levrel (IFREMER, GIP ECOFOR lpoque o larticle a t rdig)

97 les fonctions cologiques offertes par la biodiversit


Mathilde Bouvron (MNHN)

103 lidentification ordinaire de la biodiversit. en dehors du Codex,


des indicateurs ordinaires de biodiversit
Richard Raymond (CNRS)

109 Indicateurs de perception sociale de la biodiversit en milieu


forestier
Daniel Terrasson et Sophie Le Floch (IRSTEA)

115 la biodiversit comme enjeu stratgique pour lentreprise.


lindicateur dinterdpendance de lentreprise la biodiversit
Jol Houdet (Ore/Synergiz), Batrice Bellini (Universit de Versailles
Saint-Quentin-en-Yvelines) et Marc Barra (Natureparif , Universit dOrsay lpoque
o larticle a t rdig)

123 Quelques caractristiques de la fort prive sous langle de la biodiversit


Pierre Beaudesson (CNPF)

127 valuer lempreinte cologique des socits humaines sur les forts
Daniel Vallauri (WWF)

133 Suivi des aires protges en afrique centrale : vers une analyse objective
des liens entre biodiversit et dveloppement
Guillaume Lescuyer (CIRAD)

139 dvelopper des outils oprationnels pour atteindre nos objectifs


cologiques
Brice Quenouille et Philippe Thivent (CDC Biodiversit)

141 Conclusion
Jean-Luc Peyron, Ccile Nivet et Ingrid Bonhme (GIP ECOFOR)

9
Prface

l
a biodiversit est une notion dune exception- la volont constante du Medde est de faire le lien
nelle ampleur. elle englobe la varit de la vie entre les rsultats de recherche et la mise en uvre
toutes les chelles (du local au global, du de ses politiques.
court au long terme) tous les niveaux (gntique,
spcifique, cosystmique), sous tous les angles (du dans une culture dsormais acquise de contrle des
structurel au fonctionnel, de lartificiel au naturel). performances des politiques et des projets publics,
elle se trouve ainsi la base denjeux essentiels, non les indicateurs sont devenus un outil indispensable.
seulement pour les espces vgtales, fongiques et Constatant un manque flagrant dans ce domaine
animales, mais surtout pour les socits humaines. pour la biodiversit forestire, le comit dorienta-
tion du programme BGF a souhait que le GIP ecofor,
ainsi, faire progresser les politiques en faveur de la en lien avec le Conseil scientifique, anime des dbats
biodiversit par la connaissance de ses diffrentes et un travail sur les indicateurs de biodiversit fo-
facettes est un vritable dfi. le ministre en charge restire.
du dveloppement durable (Medde) semploie le
relever aux cts de nombreux partenaires franais Cet ouvrage, rsultat de ce travail de rflexion et
et trangers. le programme de recherche Biodiver- danimation, est propos votre lecture. Il tablit
sit, gestion forestire et politiques publiques (BGF) une rfrence et tmoigne de la rflexion collective
est lun des outils de progrs que le Ministre sest sur ce sujet. Il permettra de dvelopper les recher-
donn en association avec le ministre en charge de ches et dorienter laction au cours des annes qui
lagriculture. Une communaut scientifique a ainsi viennent.
t constitue dans le cadre dune animation qui a
t confie depuis lorigine au groupement dintrt Il met notamment en vidence la difficult de
public ecofor (GIP ecofor). de nombreux projets de construire des indicateurs de biodiversit forestire
recherche ont t conduits et des dbats se sont te- simples et pourtant fiables. Pour illustrer ce pro-
nus autour de leurs rsultats. blme, il suffit de regarder de faon comparative
10
les approches des deux grandes conventions inter- une somme de connaissances, en prsentant des
nationales relatives au climat, dune part, la di- synthses et en produisant une analyse, il suggre
versit biologique, dautre part. elles sont extrme- des pistes de progrs et se situe donc dans cette
ment diffrentes mais ont au moins en commun de boucle damlioration.
sappliquer toutes les deux la fort. dans le cas
du climat, la tonne dquivalent dioxyde de carbone Je remercie tout particulirement les experts, ges-
constitue une unit de mesure assez simple et g- tionnaires et oNG qui ont particip cette aven-
nrale pour faciliter lmergence dindicateurs perti- ture, le GIP ecofor qui les a accompagns, les mem-
nents, dfaut de rgler lensemble des problmes. bres du Conseil scientifique du programme BGF qui
dans le cas de la biodiversit, labsence dune telle sy sont investis sous lautorit des deux prsidents
unit commune complique lanalyse et encore plus successifs Claude Millier et Meriem Fournier. Ils ont
la synthse de linformation par quelques indicateurs ainsi significativement contribu dvelopper le
seulement. service rendu par la recherche et le dveloppement
llaboration et la mise en uvre des politiques
Ma recommandation avant damorcer la lecture de publiques. n
cet ouvrage est de ne pas oublier que les indica-
teurs sont avant tout des outils au service dobjectifs La prsidente du comit dorientation du programme
pralablement dfinis. la fixation de ces objectifs Biodiversit, gestion forestire et politiques
suppose une bonne connaissance des mcanismes publiques ,
biologiques en jeu. de fait, politiques, indicateurs et Claire Hubert
connaissances doivent progresser de concert, dans Chef du service de la recherche,
une boucle damlioration progressive. Direction de la recherche et de linnovation
Commissariat gnral au dveloppement durable
louvrage qui vous est ici propos naplanit videm- Ministre de lcologie, du dveloppement durable
ment pas tous les obstacles. Mais en rassemblant et de lnergie
11
Avant-propos

l
intgration des enjeux relatifs la conservation humaines des services essentiels (rgulation du cli-
de la biodiversit dans les politiques de gestion mat, photosynthse, production de biomasse, etc.).
de lespace et damnagement du territoire est les scientifiques ( lorigine du concept de biodi-
dsormais acquise. ltat franais sest notamment versit) ainsi que lensemble des reprsentants de la
engag, dans le cadre de la publication de la Stra- socit sont conscients que la complexit de cette
tgie nationale pour la biodiversit 2011-2020, notion et les incertitudes qui la caractrise sont a
lancer de nouvelles actions en faveur de la biodiver- priori peu compatibles avec le temps de laction et
sit. les programmes et projets de recherche sont de la prise de dcision. Mais ces derniers savent aussi
nombreux1 qui cherchent formaliser ce concept de que ces incertitudes, bien que relles, ne permettent
biodiversit en tudiant (i) les interactions entre ses pas dattendre, que des dcisions doivent tre prises
diffrentes composantes (gnes, espces, paysages), mme si elles se basent sur des outils dobservation
(ii) les relations entre les diversits observes, leurs et dvaluation encore bien mal formaliss.
dynamiques et les services rendus via les mthodes
de lcologie fonctionnelle, volutive et des commu- la biodiversit offre aujourdhui un grand poten-
nauts ainsi que (iii) les interactions entre enjeux de tiel pour le dveloppement dune recherche-ac-
la biodiversit et actions de conservation dune part, tion base sur des synergies entre les acteurs de
entre enjeux de la biodiversit et fonctionnement la recherche, de la dcision et de la gestion des-
des systmes politiques, conomiques, sociologiques paces et de ressources. Prcurseur en la matire,
ou juridiques dautre part. le programme de recherche Biodiversit, Gestion
forestire et Politiques publiques (BGF) a t
la biodiversit peut se concevoir comme lensemble lanc en 1996 linitiative du ministre en charge
des processus et des fonctions qui contribuent au du dveloppement durable et du Gip ecofor, avec
maintien de la vie, offrant en retour aux socits le soutien du ministre en charge de lagriculture

1
Issus de lAgence nationale de la recherche (exemple : le programme Era-net BiodivERsA) et du ministre en charge du dve-
loppement durable au niveau national ou du septime programme cadre au niveau europen.
12
pour aborder la biodiversit sous langle de la ges- ltat et de lvolution de la biodiversit, elle-mme
tion du territoire et plus prcisment des forts. trs multiforme selon le point de vue adopt (co-
tales sur le tiers du territoire mtropolitain et nomique, naturaliste, politique, citoyen), le milieu
sur des millions dhectares dans les territoires tudi (rserve, fort ordinaire multifonction-
doutre-mer (tant insulaires que continentaux), nelle, fort tropicale, fort de production, etc.) ou
ces forts sont soumises une variabilit excep- encore lchelle considre (du territoire plus ou
tionnelle de conditions climatiques et de modes moins grand la proprit individuelle, du suivi sur
de gestion et apparaissent ainsi comme un milieu quelques annes la construction de scnarios sur
et un patrimoine emblmatique du point de vue cinquante ans et plus).
de la biodiversit.
le programme BGF a donc initi et soutenu la rali-
les questions rcurrentes que soulve la gestion de sation de cette rflexion douverture sur les indica-
la biodiversit en fort relatives aux impacts de teurs de la biodiversit forestire. Certains auteurs
la sylviculture et du changement global, la dfi- des articles qui suivent ont t impliqus dans lani-
nition de ltat de rfrence, au choix de lchelle mation ou la ralisation des projets de recherche du
spatiale et temporelle (incluant les interactions programme, dautres ont t invits spcifiquement
forts/autres milieux), au passage de lexistence en raison de leurs comptences. lobjectif tait de
la valeur, la perception et lappropriation du rendre compte de faon large sinon consensuelle
concept par les acteurs partent dune caractrisa- des indicateurs utiliss ou en dveloppement et
tion a priori de la biodiversit, qui se traduit en g- dinitier le dbat entre diffrents points de vue en
nral par llaboration de mthodes oprationnelles couplant rflexions et retour dexpriences. n
dobservations et de mesures. lune delle consiste
laborer et cela na rien dimplicite ni dimm- Mriem Fournier (AgroParisTech)
diat , des indicateurs de biodiversit pour donner Prsidente du Conseil scientifique du programme
en particulier un aperu, sous la forme dune in- Biodiversit, gestion forestire et politiques
formation simple, quantifiable et reproductible, de publiques
13
Introduction

les indicateurs cologiques et socio-conomiques


de biodiversit forestire

C
est au sein de la communaut des natu- Quils soient ici remercis pour leur implication
ralistes que le terme de biodiversit a nos cts, qui sest exprime fois par le partage de
fait son apparition dans les annes quatre- leurs savoirs et de leurs questionnements.
vingt. Complexe et subtile dans son fonctionne-
ment dune part, menace dans son intgrit et
I. Les indicateurs cologiques
fondamentale pour les socits humaines dautre
part, la biodiversit sest rapidement mancipe de biodiversit forestire
du cadre strict des sciences biologiques, acqurant
bientt une dimension conomique, sociale mais la prise de conscience politique de la fragilit des
aussi morale et thique (cf. Peyron, page 85). la cosystmes forestiers date du dbut des annes
Convention sur la diversit biologique, adopte quatre-vingt-dix. des rendez-vous marquants, pris
en 1992 lors du Sommet de la Terre rio de Ja- lchelle internationale et europenne, ont abouti
neiro, a accompagn cette prise de conscience, en progressivement la reconnaissance des besoins de
reconnaissant notamment limportance des servi- suivis de la biodiversit forestire et la construc-
ces offerts lhomme par la biodiversit (utilisa- tion de sries dindicateurs conues diffrentes
tion durable de la biodiversit) et la responsabilit chelles. la rflexion initie en 2006 au sein du
de ce dernier dans sa conservation. deux visions programme de recherche Biodiversit, gestion
interdpendantes de la biodiversit ont progres- forestire et politiques publiques sest construite
sivement merg : centre sur la comprhension autour de quelques questions structurantes lies
des processus naturels qui dterminent le fonc- la production et lutilisation des indicateurs de
tionnement des cosystmes, la premire repose biodiversit :
essentiellement sur la description de la structure
et de la composition de la biodiversit ses diver- Des indicateurs pour caractriser quelle biodiver-
ses chelles. la seconde est linverse davantage sit ?
centre sur la socit qui peroit ces processus, en Des indicateurs pour quoi faire ? Pour qui ?
recueille les fruits et les perturbe par ses usages ou Des indicateurs quelle chelle spatiale et tem-
pour dautres motifs. porelle ?
Quelles conditions de russite ?
le prsent ouvrage concrtise une rflexion mene
entre 2006 et 2011 sur les indicateurs cologiques Construit autour de ces questions, larticle intro-
et socio-conomiques de biodiversit en milieu fo- ductif (Bonhme, page 21) permet de clarifier les
restier. anime par le Gip ecofor avec le soutien des concepts, dapporter des lments de cadrage sur
ministres en charge du dveloppement durable et le champ de biodiversit suivre, sur les liens entre
de lagriculture, elle sest concrtise par lorganisa- la nature des donnes rcoltes et les indicateurs
tion de runions, par la ralisation dtudes cibles associs et sur les diffrents acteurs concerns.
et par la coordination de cette synthse. Ce travail Une grille descriptive des indicateurs de biodiver-
est ainsi le fruit dune expertise collective mene sit forestire est ensuite propose afin de prciser
pour et avec les acteurs de la gestion durable des la signification, la validit et lusage de chaque
forts que sont les reprsentants des mondes scien- indicateur ainsi que pour caractriser les donnes
tifique, institutionnel, professionnel et associatif. utilises.
14
n deux approches pour apprhender la dincertitudes au niveau des liens prsums entre
biodiversit ce type dindicateurs et ltat rel de la biodiversit
forestire.
les donnes dont nous disposons actuellement
pour suivre ltat et lvolution de la biodiversit Cest une caractristique du milieu forestier que
forestire sont actuellement peu nombreuses. aprs davoir mobilis les donnes fournies par les inven-
avoir analys lexistant et point ses lacunes, le pa- taires forestiers nationaux pour renseigner les indi-
nel dexperts jug pertinent de raliser plusieurs cateurs de biodiversit. Centre sur ces derniers, la
tudes-test, pour (i) valuer la pertinence du jeu synthse de Nivet et al. (page 41) se base essentielle-
dindicateurs nationaux de biodiversit forestire1 ment sur une tude coordonne en 2007 par lInven-
(Nivet et al., page 41), (ii) analyser lutilit des in- taire forestier national (Hamza et al., 2007)2. lanaly-
dicateurs taxonomiques de biodiversit forestire se, qui porte sur des thmatiques varies allant de la
(Nivet et al., page 59) et (iii) caractriser la force des diversit des essences la fragmentation du paysage
relations qui existent entre la structure du paysage en passant par le suivi des espces menaces, des
(ou de lhabitat local) et la richesse spcifique de forts protges ou encore du degr de naturalit
plusieurs groupes taxonomiques (cf. encadr, page des forts (cf. critre 4 des indicateurs de gestion
45). durable des forts franaises mtropolitaines, relatif
la biodiversit), est structure partir du modle
Ces tudes reposent essentiellement sur deux conceptuel de rfrence Pression-tat-rponse, qui
grands types dindicateurs. semble adapt lvaluation de la durabilit dun
systme de gestion3. lanalyse permet de dgager
Indicateurs de biodiversit construits partir de les principales amliorations possibles et prcise les
donnes structurelles besoins prioritaires de recherche plus ou moins
Cette premire approche, qualifie de structurel- long terme pour consolider le systme dindicateurs
le , est actuellement la plus rpandue dans le cadre existant.
de la gestion durable des forts. elle consiste pri-
vilgier lusage dindicateurs de biodiversit fonds les indicateurs nationaux de biodiversit actuel-
sur la rcolte de donnes relatives la structure des lement disponibles ne permettent de fournir que
peuplements, des massifs forestiers et des paysa- des vues partielles de la diversit biologique. Pour
ges. Il sagit donc de donnes lies, cest du moins acqurir une vision plus synthtique, des auteurs
le prsuppos, la prsence ou labondance de plaident actuellement pour le dveloppement din-
certaines espces. Cette approche, qui offre gn- dicateurs de biodiversit bass sur lintgration de
ralement aux gestionnaires une information par- plusieurs jeux de donnes ou indicateurs. lchelle
lante et moindre cot, saccompagne nanmoins nationale, Peyron (page 57) propose ainsi llabo-

1
MAP-IFN, 2006. les indicateurs de gestion durable de forts franaises, dition 2005. Paris : Ministre de lAgriculture et de
la Pche-Inventaire forestier national, 148p.
2
Hamza N., Boureau J.G., Cluzeau C., Dupouey J.L., Gosselin F., Gosselin M., Julliard R. et Vallauri D., 2007. valuation des indi-
cateurs nationaux de biodiversit forestire. Nogent-sur-Vernisson : Gip-Ecofor-Inventaire Forestier National, 133 p.
3
Ce systme de classement des indicateurs, qui met la socit en position dacteur vis--vis de lenvironnement, dpasse la
vision strictement cologique de la biodiversit.
15
ration dun indicateur de biodiversit bas sur les lajout de ce type dindicateurs dans les systmes
critres et indicateurs de gestion durable tablis au existants permettrait sans doute de mieux valuer
niveau europen (dans le cadre de Forest Europe4). les pratiques de gestion. la possibilit de complter
Il sappuie principalement sur les indicateurs du cri- les indicateurs de gestion forestire durable par des
tre 4 dHelsinki (relatif la biodiversit) et effleure indicateurs taxonomiques de biodiversit est ainsi
ceux du critre 1 (relatif aux ressources forestires). tudie dans la synthse de Nivet et al. (page 59),
lchelle du peuplement, des initiatives existent qui se base sur les propositions de Gosselin et dallari
galement. lexemple le plus connu est sans doute (2007)5. larticle analyse en amont la place que tien-
celui de lIndice de biodiversit potentielle (IBP), un nent les suivis taxonomiques de biodiversit en France
outil dvelopp en 2008 qui permet tout propri- et ltranger, sinterroge sur les taxons suivre en
taire forestier dintgrer la biodiversit taxonomi- priorit en lien avec la dfinition dobjectifs clairs
que ordinaire dans le cadre de sa gestion courante. (veut-on valuer ltat de la biodiversit ? limpact
Cet indicateur structurel composite, qui agrge dix dune politique sur la biodiversit ? etc.) et propose
facteurs cls pour lesquels des relations avec les des pistes de rflexion concernant les deux tapes
taxons forestiers sont documentes, cristallise un cls pour la mise en place oprationnelle de ces sui-
certain nombre de critiques, relatives notamment vis que sont le type de donnes rcolter et le plan
la finesse du diagnostic, la pertinence cologi- dchantillonnage.
que de lindice, la pondration de ses critres, etc.
Cependant, il est inscrit depuis peu dans la Stra- n valuer la diversit gntique
tgie nationale pour la biodiversit (engagements
des essences forestires
de ltat 2011-2013). les concepteurs de cet outil
ont donc t sollicits a posteriori pour prciser son les tudes-tests menes dans le cadre de cette
domaine dutilisation, ses limites et envisager ses rflexion traitent essentiellement de la compo-
perspectives damlioration (larrieu et Gonin, page sante spcifique et paysagre de la biodiversit
73). forestire. or la biodiversit englobe aussi la va-
riabilit gntique des populations, la diversit
Indicateurs de biodiversit construits partir de fonctionnelle des communauts ou bien encore
donnes taxonomiques la diversit des cosystmes. le fait de disposer,
la seconde approche, qualifie de taxonomique , lchelle (supra-)nationale, dindicateurs de la di-
consiste au contraire introduire au sein des jeux versit gntique des espces - en particulier pour
dindicateurs existants des indicateurs tablis par- les essences forestires - est aujourdhui considr
tir de donnes de richesse ou dabondance de diff- comme primordial. la diversit intra-spcifique
rentes espces (ou de tout autre niveau de classifi- des arbres tient en particulier une place majeure
cation, depuis les allles jusquau groupe despces). dans lventail des processus qui dterminent le
Force est de constater quil existe aujourdhui trs potentiel adaptatif des espces et des cosyst-
peu dindicateurs bass sur ce type de donnes : mes forestiers. Pourtant, la palette des indicateurs
lchelle europenne, aucun systme de suivi global de biodiversit actuels ne repose sur le suivi di-
autre que celui sur les espces en danger (liste rouge rect daucune donne cette chelle. lampleur de
UICN) nexiste. dans les pays forestiers tels que la ce projet na pas permis de faire le point sur ce
France, o les suivis de biodiversit forestire sap- type dindicateurs. Nanmoins, des membres de la
puient essentiellement sur les donnes des inventai- Commission des ressources gntiques forestires
res forestiers nationaux, les indicateurs taxonomi- ont t sollicits a posteriori pour brosser les pers-
ques sont rares et concernent le plus souvent des pectives quils nourrissent en la matire. on ap-
espces qui ne sont pas forcment les plus foresti- prend notamment que la technique du marquage
res, ni les plus menaces (flore vasculaire, oiseaux). molculaire est de plus en plus largement utilise

4
Processus pan-europen qui sappuie sur les Confrences ministrielles pour la protection des forts en Europe (CMPFE).
5
Gosselin F. et Dallari R., 2007. des suivis taxonomiques de biodiversit en fort. Pourquoi ? Quoi ? Comment ? Nogent-
sur-Vernisson : Gip Ecofor-Cemagref, 119 p.
16
mesure que son potentiel danalyse augmente et ser (lescuyer, page 133 ; Quenouille et al., page 139)
que son cot dcrot (Collin et al., page 79). selon limportance quils tiennent des points de vue
des reprsentations sociales (raymond, page 103 ;
Terrasson et al., page 109) comme du fonctionne-
II. Les indicateurs socio-
ment cologique (Bouvron, page 97). Ces articles ne
conomiques de biodiversit constituent en aucun cas un recueil dindicateurs
forestire que chacun pourrait mobiliser pour ses besoins. Ils
proposent nanmoins des pistes dans cette direction,
depuis la publication du rapport dvaluation des qui permettent de prendre conscience de lensemble
cosystmes pour le millnaire (Mea, 2005)6, diver- du domaine dcrire et dviter certains cueils.
ses initiatives ont remis en exergue limportance de
la biodiversit et des implications que reprsente Pour conclure, comme lont crit Chevassus-au-louis
son rosion dun point de vue conomique et so- et al. (2009), notre connaissance de la biodiversit,
cial. Citons notamment, lchelle internationale, de sa relation avec les fonctions et services que les
la publication en 2010 dune tude coordonne par socits humaines sy procurent, de sa magnitude
Pavan Sukhdev qui montre, travers une analyse et des processus qui rgissent son volution reste
cots-avantages, lintrt dagir contre lrosion de [] largement lacunaire . Si ce recueil darticles ne
la biodiversit et la dgradation des cosystmes traite pas de la biodiversit forestire dans toutes
(de lconomie des cosystmes et de la biodiver- ses composantes (et ses interactions), ni toute ses
sit, 2010). lchelle nationale, la publication, par chelles (spatiale et temporelle), il offre nanmoins
le Conseil danalyse stratgique, de travaux relatifs des pistes de rponse et ouvre des perspectives : il
la prise en compte de la valeur socio-conomique donne un aperu de la varit des approches exis-
de la biodiversit et des services cosystmiques tantes, du point de vue de la recherche et du d-
(Chevassus-au-louis et al., 2009)7 et de limpact veloppement, voire de la gestion et des moyens
des subventions publiques et des dpenses fiscales mettre en uvre pour une amlioration continue des
sur la biodiversit (Guillaume Sainteny et al., 2011)8 jeux dindicateurs. Il illustre galement la ncessit
concrtisent galement lintgration de la dimen- dlaborer des jeux dindicateurs supplmentaires
sion socio-conomique de la biodiversit dans les qui rpondent des objectifs clairs, en particulier
politiques publiques. pour valuer ltat de la biodiversit et limpact des
la biodiversit se trouve ainsi en troite relation avec politiques publiques sur cette dernire. Ce travail
les activits humaines quelle alimente ou favorise et souligne aussi lintrt de crer des passerelles entre
qui, paralllement, laffectent ou contribuent sa les sciences conomiques et sociales et les sciences
sauvegarde, voire son dveloppement. Pour carac- cologiques pour affiner lefficacit oprationnelle
triser ces relations, des reprsentants du monde de des jeux dindicateurs de biodiversit forestire, tout
la recherche et des milieux professionnel et associatif comme celle des indicateurs de gestion durable des
ont t sollicits sous la forme de contributions cri- forts franaises. dans lesprit du Grenelle de lenvi-
tes, introduites par larticle de Peyron (page 85). Ils ronnement, cette publication sinscrit enfin dans un
abordent les indicateurs de biodiversit sous langle processus douverture de la communaut des spcia-
des services cosystmiques offerts par la fort (le- listes lensemble de la socit et la diversit des
vrel, page 91), des impacts que celle-ci subit (Houdet utilisateurs de ce type dindicateurs. n
et al., page 115 ; Beaudesson, page 123 ; vallauri,
page 127) et des rponses qui peuvent tre apportes Ccile Nivet
pour viter ces derniers, les rduire ou les compen- Charge de mission pour le Gip Ecofor

6
Millenium Ecosystem Assessment (MEA), 2005. ecosystem and Human Well-Being: synthesis. Island Press,137p.
7
Chevassus-au-Louis B., Salles et J-M, Pujol J-L, 2009. rapport du Centre danalyse stratgique : approche conomique de la
biodiversit et des services lis aux cosystmes. La Documentation franaise, 376p.
8
Sainteny G., Salles J-M., Duboucher P., Ducos G., Marcus V., Paul E., Auverlot D. et Pujol J-L., 2011. rapport du Centre danalyse
stratgique : les aides publiques dommageables la biodiversit. Centre danalyse stratgique, 333p.
17
18
PArtIe I

Les indicateurs
cologiques
de biodiversit
forestire

19
20
les indicateurs cologiques de biodiversit forestire :
questions introductives
Ingrid Bonhme*
*Gip Ecofor

Introduction et communiquer autour de celle-ci dans les diff-


rentes sphres concernes.
au lancement en 2006, par le programme Bio- Cette partie introductive concerne les indicateurs
diversit gestion forestire et politique publiques cologiques de biodiversit forestire ; elle sat-
(BGF), dune animation scientifique sur les indi- tache reprendre en les commentant les grandes
cateurs de biodiversit forestire, taient la fois questions qui ont t poses par les experts du
prsentes une grande perplexit et une forte at- panel assembl par le Gip ecofor cette occasion
tente. dans le but de dlimiter le cadre dun systme de
suivi de la biodiversit forestire.
Une grande perplexit dabord, dans la mesure o
la disponibilit en indicateurs de biodiversit fores-
tire tait mince et o les potentialits dtudes du I. Dfinitions
domaine pour en dvelopper de nouveaux tait au
contraire extrmement tendues : par o commen- Selon la Convention sur la diversit biologique, la
cer, quelles sont les priorits ? le panel dexperts diversit biologique, ou biodiversit, est la variabi-
runis au cours de ce travail a permis de srier les lit des organismes vivants de toute origine y com-
questions principales auxquelles il faut dabord r- pris, entre autres, les cosystmes terrestres, marins
pondre et les points primordiaux quil ne faut pas et autres cosystmes aquatiques et les complexes
oublier lorsque lon souhaite dvelopper des indi- cologiques dont ils font partie ; cela comprend la
cateurs de biodiversit forestire. Certains de ces diversit des espces et entre les espces ainsi que
questionnements ont donn lieu des tudes dont celle des cosystmes .
les apports sont repris dans cette partie introduc-
tive mais aussi dans les parties suivantes. Chevassus-au-louis et al. (2009) prcisent que la
varit des espces nest quune partie de la diver-
Une forte attente aussi, puisque les engagements sit biologique ; la diversit au sein des espces
franais en termes de biodiversit commenaient (diversits gntique et comportementale) est un
se concrtiser sur le territoire national : Convention autre facteur important de la biodiversit, de mme
sur la diversit biologique, Confrences ministriel- que la diversit des cosystmes, la rpartition des
les sur la protection des forts en europe (devenu tres vivants sur la plante, les interactions fonc-
Forest Europe par la suite) et leurs dclinaisons tionnelles entre les espces et la place des diff-
nationales. enfin, de manire gnrale, la prise rents groupes fonctionnels dans le fonctionnement
de conscience des problmatiques de biodiversit de lcosystme sont des lments primordiaux
dpassait la communaut scientifique pour tou- pour caractriser la biodiversit.
cher de plus en plus le grand public, les acteurs de
terrain et les dcideurs et il devenait donc urgent levrel (2007a) dfinit un indicateur comme un
de se rattacher quelques lments simples mais outil dvaluation indirecte dun phnomne quil est
pertinents pour suivre lvolution de la biodiversit trop coteux de (vouloir) mesurer directement .
21
les indicateurs de biodiversit sont des outils dva- frences comme, par exemple, leur raret ou au
luation de la biodiversit construits partir de don- contraire leur banalit ou leur rle dans lcosys-
nes descriptives (qualitatives, quantitatives) mesu- tme ou bien leur caractre emblmatique pour la
res priodiquement et qui permettent de faciliter le socit humaine. Cest ainsi que certains auteurs
suivi des volutions relatives la biodiversit. distinguent la biodiversit ordinaire, la biodi-
versit remarquable et la biodiversit fonction-
les indicateurs de biodiversit forestire sont la nelle. Gosselin et al. (2009) les dcrivent comme
restriction des indicateurs de biodiversit appliqus suit.
au domaine forestier. on distinguera les indicateurs
cologiques de biodiversit forestire qui satta- La biodiversit remarquable concerne espaces
chent dcrire la biodiversit forestire du point de et espces rares et/ou menacs, parfois objet de
vue de lcologie forestire et les indicateurs socio- protections spcifiques (parcs nationaux, rser-
conomiques qui traitent de la dimension sociale et ves, espces protges, etc.). En fort, les espaces
conomique de la biodiversit. protgs correspondent le plus souvent aux fo-
rts subnaturelles et certains milieux intra-
forestiers limits, notamment les zones humides.
II. Des indicateurs pour
Utile pour la faune directement lie ces forma-
caractriser quelle biodiversit ? tions (insectes saproxyliques et chauve-souris,
batraciens), cette politique de rserves ncessai-
la biodiversit est impossible caractriser dans rement limites et rparties sur le territoire a peu
son intgralit et cest pourquoi il est intressant dimpact sur les autres espces remarquables plus
de dtenir les indicateurs les plus reprsentatifs mobiles, spcifiques de la fort, telles que grands
du champ de biodiversit que lon dcide de sui- mammifres ou oiseaux. Ces espces font lobjet
vre. dans cette optique, les connaissances cologi- des plans nationaux de restauration des espces
ques sur les diffrents niveaux dorganisation de la menaces .
biodiversit ou les diffrents types de biodiversit
permettent, en fonction des objectifs assigns au La biodiversit ordinaire est la biodiversit non
suivi, de srier le champ de biodiversit suivre remarquable. Cest pour les citoyens une biodiversit
dune part et les indicateurs les plus reprsentatifs de proximit. Ses enjeux commencent par lchelle
de celui-ci dautre part. locale des cosystmes, socialement vcue, passent
par lchelle du paysage et du territoire, socialement
n Niveau dorganisation et types perue, pour arriver aux niveaux rgional, national et
europen, auxquels les analyses des tendances sont
de biodiversit
souvent les plus pertinentes simplement parce que
la biodiversit est classiquement dcrite selon ses cest ces niveaux quon peut esprer produire des
diffrents niveaux dorganisation, gntique, taxo- informations fiables avec un cot raisonnable pour
nomique et cosystmique. Par ailleurs, la descrip- la socit .
tion de la biodiversit se fait toujours une chelle
prcise. dans lanalyse de la diversit taxonomi- La biodiversit fonctionnelle est [] la partie de la
que, par exemple, on parle de diversit alpha pour biodiversit qui joue un rle important dans le fonc-
lchelle locale (parcelle dobservation), de diver- tionnement durable des cosystmes, au sens des
sit bta pour mesurer la ressemblance entre deux grands flux dlments (eau, carbone, minraux) et
communauts, du point de vue de leur composition dnergie ; et au sens des interactions biotiques faon-
et de diversit gamma lchelle dun ensemble de nant lcosystme (prdation, parasitisme, symbioses,
communauts (Gosselin et laroussinie, 2004). etc.). Le lien entre biodiversit inter-spcifique ou in-
fra-spcifique et fonctionnement de lcosystme est
Quels que soient lchelle et le niveau dorgani- un champ de recherches trs actif. cette biodiver-
sation de la biodiversit considrs, on peut aussi sit fonctionnelle sont attachs lessentiel des ser-
rpartir ses composantes en fonction dautres r- vices environnementaux promus rcemment par le
22
Millennium ecosystem assessment (20051). La fort les prconisations scientifiques permettant de faire
y est identifie pour ses fonctions environnementales, un choix dindicateurs reprsentatifs de biodiversit
conomiques et sociales (eau, CO2, etc.). Les niveaux ont t synthtises par Chevassus-au-louis et al.
de biodiversit forestire les plus souvent cits dans (2009) ; il sagit, travers la batterie dindicateurs
ce volet fonctionnel sont la diversit gntique des choisie, de :
arbres, la diversit des organismes du sol et les grands
prdateurs . rendre compte, partir dun nombre ncessai-
rement limit dentits facilement observables, dun
Cette dernire prsentation de la biodiversit (ordi- ensemble beaucoup plus vaste et encore en grande
naire, remarquable, fonctionnelle) offre lavantage partie inconnu ;
de proposer aux dcideurs et aux gestionnaires une
vision simplifie des enjeux cologiques de la pr- dcrire les diffrents niveaux dorganisation de la
servation. biodiversit (gntique, spcifique, cologique) en
sappuyant, au moins aujourdhui, sur des mtriques
Cependant, dautres typologies de biodiversit spcifiques chaque niveau et incommensurables ;
existent videmment, on peut par exemple vouloir
analyser la biodiversit en la scindant en biodiver- dpasser linventaire des entits pour prendre en
sit animale, vgtale, microbienne ou en diffrents compte limportance des interactions entre elles,
groupes dorganismes ayant des fonctions diffren- que ce soit court terme comme fondement des
tes dans lcosystme. Ces diffrentes typologies, services des cosystmes ou long terme comme
loin de sopposer, sont complmentaires et ren- moteur de ladaptation du vivant ;
voient en ralit des questionnements distincts,
adapts des centres dintrt bien dfinis de la percevoir et mesurer, lchelle humaine, des va-
part de ceux qui les utilisent. riations ventuelles de cette biodiversit et lvolu-
tion des facteurs responsables de ces variations, en
n Choix du champ de la biodiversit particulier les activits humaines .
suivre
Malgr les progrs scientifiques, on mesure encore
le choix du champ de la biodiversit suivre, que la difficult de la mise en place dun panel dindica-
lon appellera biodiversit cible par la suite de- teurs rpondant toutes ces conditions.
vrait se faire sur la base dun compromis entre :
n Interprtation cologique de
les enjeux et les objectifs des utilisateurs (qui r-
la biodiversit suivie
sultent aussi parfois darbitrage entre besoins),
la part de biodiversit que lon choisit de suivre, la
les prconisations des scientifiques, en termes de biodiversit cible , tant videmment partielle
validit cologique, de choix des variables et proto- par rapport la globalit de la biodiversit, il est
cole de mesure des donnes, utile de la resituer dans un cadre plus gnral sur
la biodiversit du milieu concern pour en affiner
les possibilits techniques et financires de ceux sa signification cologique. le niveau dorganisa-
qui vont assurer la collecte des donnes et la fabri- tion, lchelle danalyse et le type de biodiversit
cation des indicateurs. cible apportent des lments pour caractriser la
signification cologique de la biodiversit cible.
Comme le suggre levrel (2007b), lexplication du Pour prciser encore la signification cologique des
compromis ralis devrait tre conserve en m- variations de lindicateur ainsi construit, il est ga-
moire dans la perspective dune amlioration conti- lement primordial de connatre le lien qui le relie
nue des indicateurs. aux autres composantes de lcosystme.

1
Cf. le site [Link]
23
ainsi, pour rpondre la question initiale des in- frenciant soit en les faisant converger. lchelle
dicateurs pour caractriser quelle biodiversit ? , il nationale, les ministres en charge de lagricul-
faut avant tout clarifier : ture et du dveloppement durable expriment de
nombreuses attentes en matire de suivi de la
les enjeux et les objectifs du suivi, biodiversit, cependant les besoins ne semblent
le champ de biodiversit concern par ces enjeux, pas clairement identifis. Il apparat maintenant
au regard des connaissances scientifiques. crucial davancer en ce sens afin de dterminer
si une convergence des objectifs des systmes de
Une fois le champ identifi, les indicateurs les plus suivi est possible ou sil faut envisager de diff-
pertinents pour le reprsenter peuvent tre identi- rencier les systmes.
fis au vu des connaissances scientifiques en colo-
gie forestire et des possibilits techniques. Fonctions des indicateurs de biodiversit
forestire
III. Des indicateurs cologiques au-del des objectifs assigns au systme de suivi
de biodiversit forestire, pour par les utilisateurs, les indicateurs peuvent avoir
diffrentes fonctions.
quoi, par qui, pour qui ?
Pour levrel (2007b), un indicateur a toujours trois
depuis les engagements internationaux sur le d- fonctions : reprsenter un phnomne, agir ou
veloppement durable (rio, 1992) et ceux qui en ont communiquer sur celui-ci . Cependant, en gn-
dcouls (Forest Europe, Convention sur la diversit ral, une fonction prime sur les autres. de son ct,
biologique), les indicateurs sont lobjet de toutes les Gosselin (2006) distingue des indicateurs sim-
attentions. Ce sont en effet pour linstant les outils ples ayant comme mthode sous-jacente la com-
les mieux adapts au suivi de ltat des cosystmes munication et les indicateurs danalyse ayant
grande chelle. au-del des engagements inter- un intrt dordre scientifique.
nationaux, le suivi des volutions relatives la bio-
diversit forestire peut tre fait avec des objectifs les indicateurs permettant de communiquer auprs
divers et concerne des publics varis. du grand public ou entre acteurs aux intrts di-
vergents sont focaliss sur les objets dintrts (par
exemple, une espce emblmatique pour le grand
n des indicateurs, dans quels buts ? public ou une espce chasse pour un conflit chas-
seur-forestier) alors mme que ces objets ne suf-
les objectifs des utilisateurs fisent pas caractriser la biodiversit forestire
les objectifs assigns aux systmes de suivi des dun point de vue scientifique.
indicateurs peuvent tre multiples : suivi de ltat
de la biodiversit de lchelle nationale lchelle les indicateurs pour agir de levrel ou les indica-
locale, suivi de la mise en uvre de politiques pu- teurs danalyse de Gosselin sont centrs sur des
bliques ou de gestion de limitation de la perte en enjeux de gestion, de politique publique ou scien-
biodiversit, suivi des pressions qui sexercent sur la tifiques. Ils doivent reprsenter au mieux la bio-
biodiversit, apport de connaissances scientifiques diversit concerne par ces enjeux. Ils servent
sur le fonctionnement des cosystmes, etc. comprendre le fonctionnement de lcosystme
dune part et orienter la gestion et la politique
Cependant, la mise en place dun suivi doit rpon- dautre part. Ces indicateurs sont ceux auxquels
dre des besoins. ds lors, il est indispensable de nous nous intressons majoritairement dans cette
les identifier le plus clairement possible. Chaque partie introductive. dans un classement de type
utilisateur doit dabord dfinir ses propres besoins Pression-tat-rponse (oCde, 1994), ils se-
et ensuite les confronter ceux des autres utilisa- raient des indicateurs de pression ou dtat selon
teurs potentiels afin de les affiner soit en les dif- le cas.
24
Pressions tat rponses

Information

activits tat de acteurs


humaines lenvironnement du monde
et des ressources conomique et
naturelles environnemental
nergie
Pressions Information administrations
Transport air
Industrie eau Mnages
Sol rponses socitales entreprises
agriculture (dcisions actions)
Ressources ressources naturelles
autre International

rponses socitales
(dcisions actions)

Figure 1 : modle Pressions-tat-Rponses de reprsentation des indicateurs environnementaux, daprs


lOCDE (OCDE, 1994).

Modle Pressions-tat-rponses : de gestion durable des forts franaises (MaP-IFN,


une classification qui favorise laction 2006), facilitant ainsi la possibilit pour les dci-
deurs de semparer de ces rsultats pour orienter
a travers le systme de rfrence Pressions-tat- leurs dcisions. Sur les quinze indicateurs nationaux
rponses , loCde propose une rpartition des concerns, cinq ont t classs comme des indica-
indicateurs environnementaux, selon quils carac- teurs de pression, huit comme des indicateurs dtat
trisent les pressions des activits humaines sur et enfin deux comme des indicateurs de rponse de
lenvironnement, ltat de celui-ci ou les rponses la socit pour limiter ses pressions sur la biodi-
sociales permettant de compenser les effets n- versit forestire. dans cette tude, de nouveaux
gatifs des pressions (figure 1) (oCde, 1994). Cette indicateurs ont en outre t proposs pour parvenir
mthode de classement des indicateurs (ou sa va- un meilleur quilibre entre ces diffrentes catgo-
riante dPSIr, pour Force motrice-Pressions-tat- ries dindicateurs (cf. Nivet et al., page 41).
Impact-rponses ) bien que perfectible (levrel,
2007b) a cependant un intrt vident : elle met la Si cette classification a un intrt pour des utilisa-
socit en position dacteur vis--vis de lenvi- teurs-dcideurs, son usage pour un jeu dindicateurs
ronnement. et, selon les dcisions prises, la socit donn nest pas toujours aussi vident quil y parat
se met en position de rduire ou daugmenter sa et des discussions contradictoires apparaissent au
pression sur lcosystme. en cela, cette classifica- sein de la communaut scientifique lorsquil sagit
tion permet de soutenir laction des dcideurs. de placer un indicateur dans telle ou telle catgorie,
des indicateurs pouvant la fois tre perus comme
Ce modle peut parfaitement tre appliqu aux in- des indicateurs dtat et comme des indicateurs de
dicateurs de biodiversit et cest dailleurs ce qua pression selon le point de vue duquel on se place,
fait Hamza (2007) dans son travail danalyse des sagissant par exemple dune diversit taxonomique
indicateurs du critre biodiversit des indicateurs des essences totalement ou partiellement contrle
25
par le gestionnaire (cf. Nivet et al., page 41). Sofie suivi sintressant, au-del de ltat de la biodiver-
Blanchart (2010) reproche galement ce type de sit, la mise en uvre des politiques publiques et
modle dtre trop simpliste dans sa reprsentation aux pratiques de gestion.
des liens de cause effet entre les indicateurs de
gestion durable, ce modle ntant pas satisfai-
sant si lon cherche expliquer les phnomnes n de la conception lutilisation,
cologiques. Comme alternative, elle propose une les diffrents acteurs concerns
carte mentale reprsentant les relations entre in-
dicateurs de gestion durable, la reprsentation per- les diffrents acteurs qui sintressent aux indi-
met de dterminer les indicateurs qui ont le plus cateurs de biodiversit forestire constituent un
dinteractions avec les autres indicateurs. lorsque public vari : les scientifiques, les instituts de don-
lon se place du point de vue de la biodiversit, les nes statistiques, les dcideurs, les gestionnaires
indicateurs relatifs aux conditions du sol (2.2), la et le grand public. Ils peuvent tre regroups en
composition en essences (4.1) et au bois mort (4.5) trois catgories fonctionnelles ayant des espa-
se trouvent tre au centre des interactions, alors ces dintersection entre-elles : les concepteurs, les
mme quils ne sont pas renseigns de manire sys- fabricants et les utilisateurs (figure 2).
tmatique au sein des diffrents pays europens.
Pour conclure, on retiendra que lutilisation de ce les concepteurs dfinissent les indicateurs, cest-
type de modle nest pas systmatiquement perti- -dire les lments qui prcisent sa dfinition, son
nente et quelle est plutt adapte un systme de sens, la manire dont il est construit, sa qualit,

Utilisateurs
Ex : grand public, dcideurs, associations rgionales
de certification forestire3, etc.

Ex : certains
gestionnaires
et propritaires
forestiers

Concepteurs Fabricants
Ex : scientifiques Ex : Amateurs - MNHN2, IFN

Figure 2 : reprsentation schmatique du rle des diffrents acteurs sintressant aux indicateurs de
biodiversit
2
Musum national dHistoire naturelle
3
Le nouveau schma PEFC supprime cependant la ncessit dindicateurs au niveau rgional
26
etc. Ce sont eux aussi qui dlimitent les conditions aient dfinis les objectifs, que les concepteurs aient
dutilisation dun indicateur. Ce sont en gnral proposs des indicateurs permettant dy rpondre
des scientifiques. aprs les avoir construits, ils avant quils mettent en perspective les limitations
peuvent devenir des fabricants et des utilisateurs techniques qui les concernent.
dans le cadre de leurs projets de recherche, on les
retrouve alors lintersection des trois disques de des objectifs initiaux aux indicateurs finalement
la figure 2. choisis, bon nombre dinteractions entre acteurs
sont ncessaires, il sagit ds lors de favoriser un es-
la fabrication, qui va de la collecte de donnes la prit de collaboration entre acteurs tout en sachant
construction et la reprsentation de lindicateur que chacun a un rle particulier jouer.
sous sa forme finale (chiffre ou visuelle), intgre
en gnral plusieurs catgories de personnes (col-
lecte dinformation sur le terrain, saisie, traitement IV. Quels liens entre la
statistique, etc.). Parmi les fabricants dindicateurs, biodiversit cible, les indicateurs
on distingue des fabricants amateurs (cas des vo-
lontaires pour le suivi des papillons par le MNHN2)
et la nature des donnes ?
ou bien des fabricants professionnels . Ces sp-
cialistes collectent des donnes et produisent des le schma de la figure 3 tente de rsumer les diff-
indicateurs partir de celles-ci, selon le protocole rentes tapes de la construction dun indicateur,
dfini par les concepteurs. on pense ici notamment cest--dire le passage dune biodiversit cible
lInstitut national de linformation gographique au choix et la caractrisation dun indicateur pour
et forestire (IGN). Ils peuvent aussi participer la reprsenter puis la dfinition des donnes
leur conception et les utiliser. mesurer et enfin la rcolte de celles-ci puis la
valeur prise par lindicateur.
les utilisateurs simples sont les usagers qui
se contentent dutiliser les indicateurs sans parti- Il devient alors vident dune part que lindicateur
ciper leur dfinition ou leur renseignement. Ils se distingue de la biodiversit cible et des donnes
appartiennent des sphres trs diverses. Ce sont rcoltes et dautre part que la caractrisation de
par exemple les dcideurs, les associations de certi- chacun dentre eux et de leurs liens est ncessaire.
fication forestire, les enseignants, le grand public.
Ils peuvent devenir des utilisateurs-fabricants les donnes utilises pour construire les indica-
lorsquils vont la fois rcolter les donnes nces- teurs cologiques de biodiversit peuvent tre de
saires au renseignement de lindicateur et utiliser le diffrentes natures. Sont utilises, par exemple,
rsultat pour orienter leur action. les gestionnai- des donnes taxonomiques, gntiques, sylvico-
res ou les propritaires forestiers peuvent tre dans les, paysagres, chimiques, etc. Ces donnes sont
cette catgorie o les deux disques utilisateurs et collectes (selon un protocole prcis) puis traites
fabricants sinterceptent. (agrges, transformes par le calcul, etc.) afin de
construire un indicateur. Celui-ci reflte la biodi-
videmment, chaque acteur concern par les indi- versit directement affrente aux donnes collec-
cateurs peut se retrouver dans les trois catgories tes mais il pourra aussi ventuellement donner des
fonctionnelles selon les moments, cependant il reste informations sur dautres composantes ou niveaux
souvent majoritairement rattach lune de ces trois dorganisation de la biodiversit, si des liens entre
catgories. lors du processus de construction dun les deux ont t pralablement tablis scientifique-
systme de suivi, il peut tre utile que chacun des ment, cest le postulat des indicateurs indirects .
acteurs sidentifie lun de ces groupes fonctionnels
afin que son rle y soit plus clairement reconnu. Il on parle souvent, dans le milieu forestier, d indi-
sagit dviter, par exemple, que les fabricants ne cateurs directs pour des indicateurs construits
dcident seuls des indicateurs produire oubliant partir de donnes taxonomiques et d indica-
alors quil est dabord ncessaire que les utilisateurs teurs indirects pour des indicateurs construits
27
Choix de la biodiversit cibler

Biodiversit cible

Choix dun indicateur pour reprsenter la biodiversit cible

Caractristiques de lindicateur
- description : nom, variable et unit, dfinition, source, priodicit actuelle,
calculs, compromis effectus lors du choix, etc.
- signification cologique et validit scientifique : chelle dutilisation
pertinente, niveau dorganisation de la biodiversit caractrise, type de
biodiversit caractrise, groupes taxonomiques ou cologiques reprsents
par lindicateur, conditions cologiques de validit, niveau de prcision, force
et significativit des rsultats, forme de la relation entre lindicateur et la
biodiversit cible, publications, rserves et avantages actuels
- usage : place dans la classification dPSIr, utilisateurs potentiels
valuation de la prcision de lindicateur

Donnes sur la biodiversit cible


faciles caractriser : mesures de Indicateur direct
celles-ci

Dfinition des donnes mesurer

Donnes sur la biodiversit cible


difficiles acqurir : mesures de Indicateur indirect
donnes plus faciles acqurir
ayant un lien caractris avec la
biodiversit cible

Caractristiques des donnes


- nature
- variable(s) et unit(s)
- dfinition
- protocole et chelle de mesure
- source de donnes
- priodicit de mise jour souhaitable
- rserves et avantages actuels sur les donnes

Rcolte des donnes et construction de lindicateur : agrgation de donnes, calculs, composition

Valeur prise par lindicateur


forme chiffre, graphique, commentaires sur son volution, etc.

Biodiversit value par lindicateur

Figure 3 : schmatisation des liens entre biodiversit cible, donnes, indicateurs et biodiversit value
par lindicateur et attributs de chacune de ces composantes, la prcision tant entendue comme le degr
de proximit entre la valeur mesure et la valeur relle de la biodiversit
28
partir de donnes caractrisant le peuplement V. Quelles chelles pour les
forestier (de nature dendromtrique, taxonomique,
etc.). Cette approche suppose, de faon abusive, donnes et les indicateurs ?
que la composante principale de la biodiversit soit
la biodiversit taxonomique qui peut donc tre me- la question des chelles spatiale et temporelle aux-
sure soit directement, soit indirectement en pr- quelles devaient tre dvelopps les indicateurs de
sumant que le peuplement forestier a une influence biodiversit a t pose ds le dbut de la mission
connue sur le reste de la biodiversit forestire. confie au Gip ecofor. Il ne semble pas quil y ait une
solution unique, au contraire, les chelles prconi-
En ralit, la notion dindicateur direct ou in- ses sont en gnral lies aux besoins des acteurs
direct doit pouvoir sappliquer aux diffrentes concerns. on remarque dailleurs que les chelles
composantes de la biodiversit et pas unique- temporelles sont autant sujettes discussion que
ment la composante spcifique. en effet, cette les chelles spatiales.
notion indique le fait que les donnes mesures
donnent directement ou non des informations n chelle spatiale
sur celles que lon veut caractriser, cest- dire
la biodiversit cible. on pourrait prendre lexemple des indicateurs de biodiversit forestire peuvent
bien connu des donnes taxonomiques de la flore tre dvelopps pour donner des indications dif-
qui apportent une indication sur la richesse min- frentes chelles :
rale et organique des sols, ce sont des espces
indicatrices de la richesse du sol. on utilise dans nationale, rgionale,
ce cas des donnes taxonomiques pour caractriser du paysage,
chimiquement un substrat. des espces indicatrices de la parcelle.
de la prsence dautres espces (donc des donnes
taxonomiques servant construire des indicateurs Il existe une demande en indicateurs de biodiversit
indirects) sont dailleurs recherches par les scien- forestire au niveau national manant des minist-
tifiques, il sagit alors dindicateurs taxonomiques res (en charge de lagriculture et du dveloppement
indirects. Il existe videmment des liens privilgis durable) mais aussi au niveau rgional (associa-
entre certains types de donnes et certains niveaux tions rgionales de certification forestire) et enfin
dorganisation de la biodiversit : les donnes taxo- au plus prs du terrain de la part des gestionnaires
nomiques caractriseront la biodiversit taxonomi- ou des collectivits locales. Une sorte de consensus
que mme si ensuite ces donnes peuvent aussi tre semble merger pour que soient dabord consolids
utilises pour caractriser la biodiversit fonction- les indicateurs nationaux (les indicateurs rgionaux
nelle par exemple. tant pour une bonne part des dclinaisons des in-
dicateurs nationaux) avant de travailler sur les in-
Ainsi, la nature des donnes qui sont chan- dicateurs locaux.
tillonnes pour fabriquer un indicateur ne pr-
juge pas forcment du niveau dorganisation ou Il est important de distinguer lchelle de collecte
du type de biodiversit qui sera indiqu par lin- des donnes et celle de la prsentation des indica-
dicateur. Il est donc primordial de prciser, pour teurs qui sont en gnral diffrentes. Par ailleurs, il
un indicateur donn, la composante (taxonomi- est parfois possible que des donnes servent la fois
que, gntique, cosystmique, etc.) de la biodi- pour construire des indicateurs au niveau national,
versit qui est dcrite et la nature des donnes rgional voire local (si lchantillonnage statistique
utilises. partir de ces informations capitales, a t conu cet effet et sur certains indicateurs
on pourra, si on le souhaite, qualifier lindicateur ayant une signification toutes ces chelles). Ce-
de direct ou d indirect , cette qualifica- pendant, en gnral des adaptations ou le recours
tion tant secondaire par rapport linformation dautres indicateurs sont ncessaires lorsque lon
prcdente. change dchelle spatiale.

29
Gosselin et dallari (2007) estiment que compte tages montagnards et subalpins. Son ajustement
tenu des contraintes logistiques (lies la collecte est en cours de validation scientifique (cf. larrieu
des donnes), il serait prfrable de privilgier le et Gonin, page 73). Cela en fait un outil trs op-
dveloppement dindicateurs taxonomiques di- rationnel de pilotage de la gestion lchelle de la
rects lis des suivis de biodiversit de larges parcelle, son utilisation ntant pas valide pour
chelles (biogographique, nationale ou euro- dautres usages que celui-l.
penne) plutt que rgionalement ou plus loca-
lement (cf. Nivet et al., page 59). Sil est certain en plus des questions dchelle spatiale, les ques-
que les informations nationales et rgionales sont tions relatives lchelle temporelle sont aussi trs
plbiscites par les ministres, les associations r- importantes pour dfinir une mthode de suivi de
gionales de certification de gestion forestire du- la biodiversit.
rable, etc., le point de vue de ces auteurs convient
moins bien ceux qui, localement, souhaiteraient
n chelle temporelle
pouvoir bnficier dinformations sur la biodiver-
sit de leur fort. les indicateurs tant conus pour permettre de
suivre lvolution dans le temps de la biodiversit,
en outre, sil semble possible que des experts se il faut donc prvoir avec quelle priodicit sont re-
mettent daccord sur une liste dindicateurs de bio- nouveles les mesures permettant la construction
diversit amliore au niveau national, ltablisse- des indicateurs. la priodicit souhaite du renou-
ment dune liste dindicateurs pertinents au niveau vellement peut tre diffrente selon les acteurs et
local semble plus complexe tablir car elle devra est tudier au cas par cas (levrel, 2007b). Par
tre adapte et discute pour chaque zone. Il nest exemple, les gestionnaires peuvent vouloir valuer
donc pas vident de pouvoir rassembler des sp- limpact de leur gestion sur la biodiversit une
cialistes pour construire un ventail dindicateurs chelle de pas de temps de dix ans, les politiques
adapts chaque fois que cela serait ncessaire. une chelle annuelle et les scientifiques une
chelle saisonnire. au-del des chances aux-
lide de larrieu et Gonin (2008) de dvelopper quelles chacun des acteurs veut rendre compte
un indicateur synthtique4, lindice de biodiversit ou grer, il semble important que les scientifi-
potentielle (IBP), lchelle du peuplement fores- ques puissent dfinir lchelle temporelle adapte
tier est sduisante. en effet, selon ces auteurs, cet chaque indicateur de biodiversit pour un suivi
indicateur ne prjuge pas de la biodiversit relle en routine , cest--dire une fois que la bonne
mais il indique que le peuplement se trouve dans frquence pour le phnomne tudi (Jactel et al.,
une situation o, selon les donnes bibliographi- 2006) ait pu tre tablie par des suivis exprimen-
ques, la biodiversit devrait tre de trs forte trs taux assez frquents. Par ailleurs, si les besoins
faible en fonction de la valeur que prend lIBP. Il dinformation des utilisateurs sont diffrents de
permet aussi par son rendu visuel en graphique ra- ceux prconiss par les scientifiques pour un suivi
dar de diagnostiquer les facteurs amliorables par en routine, il devrait tre possible de leur fournir
la gestion en vue dun bnfice pour la biodiversit. des estimations approches pour les chances qui
lutilisation de cet indice ne requiert pas de com- les intressent.
ptences naturalistes particulires, ainsi tout ges-
tionnaire forestier devrait tre en mesure de sen
VI. Conditions de russite
servir. Moyennant des adaptations en fonction de
la zone biogographique, il a en outre lintrt de au-del de la clarification des points discuts dans
couvrir un domaine dapplication large allant des les prcdents paragraphes, un certain nombre de
domaines atlantiques et continentaux, jusquaux conditions supplmentaires doivent tre remplies

4
Un indicateur synthtique permet, lui seul, de rendre compte de diffrents aspects de la biodiversit (cf. galement Peyron,
page 57).
30
pour le dveloppement et lutilisation dun jeu din- il soit envisag dans un processus damlioration
dicateurs de biodiversit forestire. continue.

ainsi, pour quun systme de suivi de la biodiversit la question du cadre du suivi a t discute aux
rponde aux besoins, il est ncessaire de veiller paragraphes prcdents, les trois autres conditions
ce que : de russite sont discutes ci-aprs.

le cadre du suivi (objectifs, biodiversit cible, n Qualit des indicateurs et


utilisateurs et chelle) soit clairement dfini ;
du systme de suivi
sa qualit soit reconnue par les diffrents acteurs ;
il puisse perdurer sur le long terme grce des Il existe diffrents critres pour apprcier la qualit
moyens permettant dassurer la quantit et la qua- dun indicateur ; le tableau 1 prsente, en les mettant
lit idoine des donnes ; en correspondance, quand cela est possible, des crit-

OCDE Desrosires (2003) et Levrel (2007b) Bubb et al., 2010

Pertinence : adquation entre Correspondant aux


loutil et les besoins de lutilisateur besoins des utilisateurs
Pertinence politique
actualit et ponctualit par rapport
aux chances dcisionnelles

validit scientifique :
a) lien valid entre lindicateur et
Prcision : proximit entre lobjet quil reprsente ainsi que sur
la valeur estime et la vraie valeur leurs volutions respectives
b) donnes utilises fiables et vrifiables
Solidit analytique
Cohrence relative la mthode de Sensibilit de lindicateur aux
standardisation des donnes issues de changements susceptibles
sources diffrentes et aux interprtations daffecter lobjet quil reprsente
que les donnes entranent

Comparabilit des donnes

existence (pralable) et persistance


Caractre quantifiable accessibilit des donnes statistiques
des donnes dans le temps

Facilement comprhensible
Clart de la prsentation des donnes a) conceptuellement
pour les instances dcisionnaires b) dans sa reprsentation
c) dans linterprtation

Utilis pour : mesurer des progrs,


alerter prcocement sur des problmes,
comprendre un phnomne, faire du
suivi, etc.

Tableau 1 : paralllismes entre critres de qualit ou critres de succs dun indicateur, selon diffrents
auteurs.
31
res de qualit des indicateurs, prsents par diffrents tiques, la qualit des donnes au sens large tant
auteurs. Sils se recoupent en grande partie, on peut incluse ou non dans la notion de validit scientifi-
cependant noter que Bubb et al. (2010) ajoutent un que (cf. tableau 1).
critre facilit de comprhension par rapport aux
propositions des autres auteurs. le type dutilisation, Gosselin (2006) et Gosselin et al. (2008) ne font
apparat galement parmi les critres de qualits d- pas rfrence la validit scientifique mais au
finis par ces auteurs ; cependant sauf si on lentend caractre indicateur des indicateurs, cest--
comme la ncessit de la clarification des objectifs, il dire la capacit de lindicateur reprsenter ce
ne constitue pas en soi un critre de qualit. quil est cens reprsenter. Il indique quil est n-
cessaire, pour caractriser ce caractre indicateur,
Si les critres prsents dans le tableau 1 concer- de connatre pour chaque indicateur cologique de
nent la qualit dun indicateur, ils sont galement biodiversit :
valables pour caractriser la qualit dun systme
de suivi. Pour levrel (2007b), la qualit des indi- les groupes taxonomiques et cologiques repr-
cateurs (entendu alors dans le sens du systme de sents par lindicateur ;
suivi) rsulte de la qualit des arbitrages pris entre les conditions cologiques de validit de lindi-
les diffrents critres de qualit. le consensus ta- cateur ;
bli quivaut bien alors la validation par les ac- la force et la significativit des rsultats ;
teurs de la qualit du systme. la forme de la relation entre lindicateur et la bio-
diversit : indicateur en moyenne, en variance voire
Certains de ces critres de qualit vont maintenant en quitabilit ;
tre interrogs. Il sagit de les affiner et de dtermi- les publications qui justifient ces rsultats.
ner les contraintes qui sappliquent eux.
la force et la significativit des rsultats dont
n validit scientifique parlent Gosselin et al. (2008) sont rapprocher de
la notion de prcision voque par desrosires
des indicateurs de biodiversit
(2003) pour exprimer le degr de proximit de la
valeur mesure et de la valeur relle de la biodi-
dfinition versit. Ce degr de proximit pourrait tre exprim
Selon les auteurs, la validit scientifique (le terme comme un pourcentage de la biodiversit mesura-
de Bubb et al., 2010 est choisi ici), recouvre des ca- ble quil parvient reprsenter puisque le niveau
ractristiques similaires mais pas exactement iden- rel de la biodiversit ne peut pas tre mesur. Plus

Indicateur de Mesure exhaustive Niveau rel


biodiversit envisag de la biodiversit de la biodiversit Taux de
biodiversit
reprsente par
lindicateur
100 % pratique 100 % thorique (ou prcision)

cart mesurable
servant valuer
cart non-mesurable,
la prcision
suppos faible
de lindicateur
envisag

Figure 4 : schma illustrant le taux de biodiversit reprsent par un indicateur


32
lindicateur est prcis et plus lcart entre la valeur Contraintes des acteurs
donne par lindicateur et la valeur donne par la
mesure exhaustive est faible (figure 4). les acteurs qui participent la construction dun
indicateur subissent des contraintes qui limitent
on estime a priori que la mesure donne par lindica- lexpression de la validit scientifique des indica-
teur est moins prcise que la mesure exhaustive teurs, que ce soit au niveau de leur dfinition ou
de la biodiversit, la mesure exhaustive de la biodi- bien de la collecte de donnes. Ces contraintes sont
versit est dans ce cas dfinie comme la biodiversit prsentes ici pour les diffrents types dacteurs
mesure de faon la plus exhaustive possible dans dcrits dans la partie III.
les conditions exprimentales. lcart entre la valeur
donne par lindicateur et celle donne par la me- les concepteurs, lorigine de nouveaux indicateurs,
sure exhaustive est mesurable en condition expri- ont des contraintes fortes car ils doivent dfinir les in-
mentale et la valeur de la mesure exhaustive peut dicateurs les plus pertinents et les plus valides scien-
alors servir de rfrence pour valuer la prcision de tifiquement alors que les connaissances concernant
lindicateur envisag. en effet, on choisira le niveau le fonctionnement de lcosystme (relations entre
de biodiversit mesurable comme rfrence (100 % les espces, les liens entre espces et habitats, entre
pratique) plutt que celui de la biodiversit relle espce et traits fonctionnels, etc.) sont limites. Ils
(100 % thorique) car il nest videmment pas possi- sont donc amens arbitrer entre diffrents indica-
ble de connatre le niveau rel de la biodiversit. teurs imparfaits leurs yeux. dans un souci pragma-
tique, ils sont aussi fortement influencs dans leurs
Ces considrations suggrent que la description choix par la disponibilit des donnes qui pourraient
dun indicateur devrait toujours tre associe la servir construire ces indicateurs.
caractrisation de sa validit scientifique afin que
les acteurs qui lutilisent en connaissent les poten- les utilisateurs, quant eux, recherchent les indi-
tialits et les limites ventuelles. cateurs pertinents pour rpondre leurs questions.
Pour cela, ils ont ventuellement le choix entre plu-
Pour Bubb et al. (2010), la validit scientifique re- sieurs indicateurs dfinis par les concepteurs mais
pose a) sur lexistence dun lien valid entre lin- souvent, ils ne disposent daucun indicateur valid
dicateur et lobjet quil reprsente, mais aussi sur par leurs concepteurs, aussi utilisent-ils souvent
b) lutilisation de donnes fiables et vrifiables (ta- des indicateurs existants peu adapts leur besoin
bleau 1). Sur la base des travaux de Gosselin (2006) initial. leur contrainte principale est donc la dispo-
et Gosselin et al. (2008) et de Bubb et al. (2010), nibilit dindicateurs valids et renseigns pour la
la validit scientifique des indicateurs repose donc composante de la biodiversit qui les intresse.
sur :
les fabricants ont galement des contraintes qui li-
la dfinition des groupes taxonomiques et colo- mitent les choix envisageables dindicateurs valids
giques reprsents par lindicateur ; scientifiquement : par exemple et au premier chef,
lutilisation de donnes fiables et vrifiables ; le cot des mesures en elles-mmes, mais aussi, le
la description des conditions cologiques de vali- niveau de connaissances (taxonomique par exem-
dit de lindicateur ; ple), le temps disponible pour faire des mesures, etc.
le niveau de prcision de lindicateur, la prcision Cela explique quils peuvent parfois se tourner vers
tant entendue comme le degr de proximit de la des indicateurs peu pertinents, non valids scienti-
valeur donne par lindicateur et la valeur relle de fiquement mais moins contraignants pour eux.
la biodiversit ;
la forme de la relation entre lindicateur et la bio- n Qualit et quantit des donnes
diversit : indicateur en moyenne, en variance voire
en quitabilit ; Si lon veut mieux pouvoir suivre la biodiversit fo-
la citation des publications qui justifient ces restire franaise, il sera ncessaire que des indi-
rsultats. cateurs supplmentaires soient construits, que les
33
indicateurs existants soient amliors et enfin que respect dun protocole et la comptence technique
des donnes puissent les alimenter. le dispositif des observateurs dans un programme de bnvoles
franais semble actuellement amendable. Un des que dans un organisme professionnel. Cependant, il
points contraignant actuellement lamlioration des se peut galement que le rseau de bnvoles soit
indicateurs de biodiversit est celui de la collecte justement constitu par des naturalistes amateurs
de donnes de biodiversit une chelle nationale, trs comptents. ainsi, le recours un institut sp-
comme cela est fait pour les donnes sylvicoles par cialis ou un rseau amateur doit tre tudi au
lIGN. la rcolte de donnes doit tre pense pour cas par cas, la collecte de donnes devant, quoi quil
permette, grce lchantillonnage et le protocole en soit, sappuyer sur des personnes comptentes
adquats, dalimenter des indicateurs prdfinis. qui sengagent respecter le protocole appropri.

Des donnes bien choisies et bien interprtes lamlioration des systmes de suivi de la biodiver-
le choix des indicateurs, et donc des donnes qui sit repose avant tout sur des choix politiques. les
lui donneront naissance est primordial pour linter- engagements franais en termes de limitation de
prtation qui dcoulera des mesures (figure 3). Cest lrosion de la biodiversit dans le cadre le Conven-
aux scientifiques, principaux concepteurs, que re- tion sur la diversit biologique devraient cependant
viennent ces choix afin de garantir la bonne validit peser en faveur dune amlioration de ces suivis
scientifique des indicateurs. au mme titre que les de biodiversit. la mise en place de lobservatoire
informations concernant lindicateur stricto sensu, la national de la biodiversit (lancement officiel en
description des donnes ncessaires sa construction 2011) et la Stratgie nationale pour la biodiversit
doivent tre consignes et il est important que les (publie pour la premire fois en 2004) en sont des
scientifiques puissent partager leur expertise en ce illustrations positives.
domaine.
n Processus damlioration continue
Des donnes bien mesures et reprsentatives
les donnes doivent tre collectes selon un proto- au gr des avances scientifiques ou des possibili-
cole et un chantillonnage prcis permettant dop- ts de collecte dinformation sur le terrain, les in-
timiser la qualit des donnes et la reprsentativit dicateurs et les donnes doivent pouvoir voluer. Il
de lindicateur construire lchelle voulue, sur sagit damliorer en continu la qualit des proto-
ce point galement lexpertise scientifique est im- coles, des mesures des donnes et des indicateurs.
portante. la fiabilit des donnes repose galement
sur la comptence des personnes qui, sur le terrain, Pour cela, une veille ou une dmarche qualit du
les relve. type de celles dveloppes dans les certifications
Pour construire des indicateurs au niveau national, ISo pourrait tre envisage pour le suivi des indica-
la reprsentativit des donnes est une question teurs cologiques de biodiversit au niveau natio-
importante, il est en effet ncessaire de sappuyer nal (Jactel et al., 2006).
sur des donnes suffisamment abondantes pour
quelles soient effectivement reprsentatives. la de mme, Bubb et al. (2010) proposent un schma
qualit et la quantit des donnes sont en effet (figure 5) reprsentant le processus de dvelop-
indissociables en termes dinventaire. les outils pement itratif des indicateurs o les tapes de
disposition des pouvoirs publics pour dvelopper la construction alimentent la rflexion au niveau des
collecte de donnes de biodiversit sont les insti- autres tapes. Par exemple, les valeurs prises par
tutions spcialises (comme lIGN, les Conservatoi- les indicateurs alimentent le choix des objectifs de
res botaniques, etc.) ou les rseaux de volontaires gestion et dterminent les questions cls et lusa-
(exemple du programme vigie Nature du Musum ge de lindicateur. on se trouve bien dans le cadre
national dHistoire naturelle). Si le recours des dun processus damlioration continue, processus
rseaux de bnvoles permet une collecte peu on- faisant dailleurs partie intgrante de la gestion
reuse de donnes, la fiabilit de celles-ci devrait tre adaptative qui cherche galement se doter dindi-
value. Il est en effet plus difficile de matriser le cateurs (Chauvin et al., 2011).
34
Identifier et consulter Identifier les objectifs de
les dcideurs/les utilisateurs gestion et les valeurs cibles

dterminer les questions cls dvelopper un


et lusage de lindicateur modle thorique

Identifier les indicateurs


possibles

rassembler et analyser
les donnes

Calculer la valeur
des indicateurs

Communiquer et
Dvelopper des interprter
systmes de suivis les rsultats

Tester et affiner
les indicateurs en lien
avec les dcideurs et
les utilisateurs

Figure 5 : schma du cadre de dveloppement des indicateurs de biodiversit, daprs Bubb et al. (2010)

VII. Proposition dune grille proposons ci-dessous une grille descriptive des in-
dicateurs de biodiversit forestire. elle a pour objet
descriptive des indicateurs de de mettre noir sur blanc les caractristiques ren-
biodiversit forestire seigner pour chaque indicateur et pour les donnes
associes, ceci indpendamment de la prsentation
les runions dexperts et les tudes finances dans de la valeur chiffre ou graphique de lindicateur.
le cadre de ce travail sur les indicateurs ont mis Pour valider cette grille, il faudrait la complter
en exergue certaines questions et ont permis de pour chacun des indicateurs actuellement notre
proposer quelques rponses prsentes dans les disposition et en discuter collectivement.
paragraphes prcdents. les questions gnrale-
ment poses taient des questions de clarification.
Il semblait en effet ncessaire pour avancer dans
la dmarche que tous les acteurs soient daccord
sur les mots. aussi, sur la base des clarifications
proposes dans cette synthse et en prenant appui
sur la grille quutilise lIGN (Hamza et al., 2007), sur
la trame propose par la Stratgie nationale pour
la biodiversit (2011-2020) et sur la figure 3, nous
35
NOm DE LINDICATEuR
chelle laquelle utiliser lindicateur
1) Description de lindicateur

Identit de lindicateur
Nom dtaill (ventuellement) :
Dfinition :
Variable et unit :
Source (organisme qui renseigne cet indicateur) :
Priodicit actuelle de disponibilit de lindicateur :
Repres vis--vis de documents de rfrence :
o indicateurs franais de gestion durable des forts, n indicateur (MAAPRAT-IFN, 2011) :
Thme Forest europe ventuel :
o Indicateur international de la CDB5 o Indicateur de lONB8
o Indicateur europen SEBI (EEA, 2007)
6

o Indicateur de dveloppement durable INSEE7 (INSEE, 2008)


Calculs ncessaires la construction de lindicateur :
o Indicateur composite (fabriqu partir de plusieurs types de donnes)
o Agrgation de donnes
o Autres calculs
Dtails de la mthode de construction :
Contrainte actuelle concernant la pertinence :
Compromis effectu pour le choix de cet indicateur :

2) Signification et validit scientifique de lindicateur

a) Signification cologique
Type de biodiversit caractrise par lindicateur :
o biodiversit ordinaire
o biodiversit remarquable
o biodiversit fonctionnelle
Niveau dorganisation concerne et groupes taxonomiques ou cologiques reprsents par
lindicateur :
o gntique, groupe concern : ____________________________________
o taxonomique , groupe concern : _________________________________
o cosystmique, groupe concern : ________________________________
o fonctionnelle, groupe concern : _________________________________
o comportementale, groupe concern : ______________________________
Echelle(s) dutilisation pertinente(s) :
o nationale/internationale
o rgionale
o locale, chelle prcise :
Commentaires sur les chelles dutilisation :
Lien entre la biodiversit cible par lindicateur et les autres composantes de la biodiversit
(avec rfrences bibliographiques) :
5
Convention sur la diversit biologique - [Link]/2010-target/framework/[Link]
6
Streamlining European Biodiversity Indicators
7
Institut national de la statistique et des tudes conomiques
8
Observatoire national de la biodiversit - [Link]/indicateurs/tous
36
b) Validit scientifique :
- populations, groupes taxonomiques et cologiques reprsents par lindicateur
- fiabilit et vrifiabilit des donnes
- conditions cologiques de validit de lindicateur, domaine dapplication
- prcision (degr de proximit de la valeur donne par lindicateur et la valeur relle de la
biodiversit)
- forme de la relation entre lindicateur et la biodiversit cible
- publications scientifiques qui justifient ces rsultats
Rserves et avantages scientifiques actuels concernant lindicateur :

3) Usage de lindicateur

Interprtation de lindicateur en lien avec la gestion (plusieurs rponses sont possibles) :


o indicateur dtat, explication :
o indicateur dimpact, explication :
o indicateur de pression, explication :
o indicateur de rponse, explication :
o indicateur de force motrice, explication :
utilisateurs potentiels principaux :
o gestionnaires
o dcideurs
o grand public
o autre : __________________

4) Donnes cologiques utilises

Nature des donnes :


o gntiques
o taxonomiques
o de structure forestire
o autre, prcisez :
Nom de la ou des variables utilises :
unit des donnes :
Dfinition des donnes :
chelle de mesure des donnes :
Donnes existantes :
o OUI, source actuelle de donnes :
o NON
Protocole respecter pour le relev des donnes :
Biodiversit caractrise par les donnes brutes :
o Identique celle de lindicateur => indicateur direct
o Diffrente celles de lindicateur => indicateur indirect
Priodicit de mise jour souhaitable, en suivi de routine :
Rserves et avantages actuels concernant la fourniture des donnes : lacunes, rcupration,
format, fiabilit, prcision, priodicit possible/souhaitable, problme technique, etc.

37
Conclusion rfrences bibliographiques

aprs avoir pass en revue les questions de clarifi- Blanchart S., 2010. Mapping the complex interac-
cation sur le champ de la biodiversit suivre, les tions of sustainable forest management: an indica-
liens entre donnes et indicateurs et les diffrents tor based network approach. Master thesis. Nancy:
acteurs concerns, les conditions de russite dcri- agroParisTech-eFI-oeF, 90 p.
tes permettent de se rendre compte que le dve-
loppement dun panel dindicateurs de biodiversit Bubb P., almond r., Kapos v., Stanwell-Smith d. and
forestire nen est qu ses balbutiements. Jenkins M., 2010. Guidance for national biodiversity
indicator developpement and use. Cambridge (UK) :
des efforts dans le domaine de la dfinition din- UNeP-WCMC, 27 p.
dicateurs pertinents seront particulirement n-
cessaires dans les annes venir. le temps de la Chauvin C., Fuhr M. et Cordonnier T., 2011. Indi-
construction dindicateurs partir des donnes cateurs de gestion durable et gestion adaptative.
existantes semble rvolu puisque cela ne permet Communication orale, Colloque Indicateurs fores-
que dapporter des informations peu en phase avec tiers, sur la voie dune gestion durable . Montargis,
les proccupations des utilisateurs. lheure du Irstea-IFN-Gip ecofor, 6-7 dcembre 2011.
Grenelle et de la gestion participative, il devient
ncessaire de passer une tape damlioration Chevassus-au-louis B., Salles J.-M. et Pujol J.-l.,
continue et de co-construction entre acteurs du jeu (coord.), 2009. Approche conomique de la biodi-
dindicateurs de biodiversit forestire. versit et des services lis aux cosystmes. Contri-
bution la dcision publique. Paris : Centre dana-
Par ailleurs, leur dploiement lchelle nationale lyse stratgique, 376 p. + annexes.
sera indispensable si lon veut rpondre aux enga-
gements pris par la France dans ce domaine (Fo- desrosires, 2003. la qualit des quantits, Courrier
rest Europe, Convention sur la diversit biologique). des statistiques, n105-106, p.51-63.
Il semble donc pour linstant plus important de se
focaliser sur cette chelle mme si des travaux in- eea, 2007. Halting the loss of biodiversity by 2010:
tressants se dveloppent lchelle de la parcelle proposal for a first set of indicators to monitor pro-
(cf. larrieu et Gonin, p.73). n gress in Europe. luxembourg : european environ-
ment agency, 186 p.
Remerciements :
Je tiens remercier Marion Gosselin, Ccile Nivet et Gosselin M. et laroussinie o., coordonnateurs,
Frdric Gosselin pour leur relecture attentive. 2004. Biodiversit et gestion forestire. Connatre
pour prserver. Synthse bibliographique. Nogent-
sur-vernisson : co-dition Gip ecofor-Cemagref,
320 p. + Cd-rom.

Gosselin F., 2006. Pour une valuation du caractre


indicateur des indicateurs de biodiversit. Commu-
nication orale, Runion de lancement de lanima-
tion scientifique sur les indicateurs de biodiversit
forestire du programme de recherche biodiversit
et gestion forestire . Paris : Gip-ecofor, 23 mai
2006.

Gosselin F., archaux F. et Gosselin M., 2008. Suivre la


biodiversit en fort : pourquoi ? Quoi ? Comment ?
Actes du colloque de lobservation des cosystmes
38
forestiers linformation sur la fort . Paris : Sym- MaaPraT-IFN, 2011. les indicateurs de gestion
posciences-Quae, 2-3 fvrier 2005, p.26-32. durable des forts franaises, dition 2010. Paris :
MaaPraT-IFN, 200 p.
Gosselin F. et dallari r., 2007. Des suivis taxonomi-
ques de biodiversit en fort ? Pourquoi ? Sur quels MaP-IFN, 2006. Les indicateurs de gestion durable
groupes despces et comment ? Rapport de recher- de forts franaises, dition 2005. Paris : Ministre
che. Nogent-sur-vernisson : Cemagref-Gip ecofor, de lagriculture et de la Pche-Inventaire forestier
38 p. + annexe 4. national, 148 p.

Gosselin F., Bouget C., Gosselin M., Chauvin C. et organisation de Coopration et de dveloppement
landmann G., 2009. Ltat et les enjeux de biodiver- economique (oCde), 1994. Indicateurs denvironne-
sit forestire en France dans landmann G., Gosse- ment : Corps central de lOCDE. Paris : oCde.
lin F. et Bonhme I., coordonnateurs, 2009. Bio 2,
Biomasse et biodiversit forestires. Augmentation
de lutilisation de la biomasse forestire : implica-
tions pour la biodiversit et les ressources naturel-
les. Paris : MeeddM-Gip ecofor, p.63-69. disponible
sur le site Biomadi, onglet le projet Biomadi .

INSee, [Link] indicateurs de dveloppement du-


rable. lconomie franaise, dossier, p.51-71.

Hamza N., Boureau J.G., Cluzeau C., dupouey J.l.,


Gosselin F., Gosselin M., Julliard r. et vallauri d.,
2007. valuation des indicateurs nationaux de bio-
diversit forestire. Nogent-sur-vernisson : Gip-
ecofor-Inventaire Forestier National, 133 p.

Jactel H., Barbaro l. et van Halder I., 2006. vers des


indicateurs dhabitat pour la biodiversit des fo-
rts ? Communication orale, Runion de lancement
de lanimation scientifique sur les indicateurs de
biodiversit forestire du programme de recherche
biodiversit et gestion forestire . Paris : Gip eco-
for, 23 mai 2006.

larrieu l. et Gonin P., 2008. lindice de biodiversit


potentielle (IBP) : une mthode simple et rapide
pour valuer la biodiversit potentielle des peuple-
ments forestiers, Revue forestire franaise, vol. 60
(6), p.727-748.

levrel H., 2007a. Indicateurs de biodiversit fores-


tire pour les forts franaises. etat des lieux et
perspectives, Revue forestire franaise, vol. 59(1),
p.45-56.

levrel H., 2007b. Quels indicateurs pour la gestion


de la biodiversit ? Paris : IFB, 94 p.
39
40
valuation des indicateurs nationaux
de biodiversit forestire
Ccile Nivet*, Marion Gosselin**, Hlne Chevalier***
*Gip Ecofor
**Institut de recherche pour lingnierie de lagriculture et de lenvironnement (IRSTEA)
***Institut national de linformation gographique et forestire (IGN)

Contexte fort franaise4. Centrs sur la biodiversit, les indi-


cateurs du critre 4 (critre relatif la biodiversit)
organise rio de Janeiro en juin 1992, la Conf- abordent des thmatiques allant de la diversit des
rence des Nations unies sur lenvironnement et essences la fragmentation du paysage en passant
le dveloppement permet, pour la premire fois, par les espces forestires menaces, les forts pro-
daborder conjointement les proccupations relati- tges, la naturalit, etc. Cest ces derniers que
ves la conservation et lexploitation forestire. cette synthse sintresse suite la publication des
elle aboutit notamment ladoption dune dclara- rflexions dun groupe de travail pilot par lInven-
tion non contraignante sur les principes forestiers taire forestier national (Hamza et al., 2007)5, qui a
qui promeut un nouveau concept, celui de gestion valu la pertinence du jeu dindicateurs de biodi-
forestire durable . le relais de cette confrence versit de ldition 2005 des IGd. ldition 2010 de
lchelle pan-europenne se fait un an plus tard, ces indicateurs marque une rupture avec les di-
dans le cadre du processus dHelsinki initi en juin tions prcdentes, principalement en raison :
1993 lors de la deuxime Confrence ministrielle
pour la protection des forts en europe1. les pays de ladoption par lIFN de la dfinition internatio-
sengagent produire priodiquement un rapport nale de la fort (Fao, 2010) : la fort est un ter-
national sur la situation en matire de gestion fo- ritoire occupant une superficie dau moins 50 ares
restire durable. en France, ce rapport est produit [soit un demi hectare] avec des arbres capables
tous les cinq ans depuis 1995. Il sintitule les in- datteindre une hauteur suprieure cinq mtres
dicateurs de gestion durable [IGd] des forts fran- maturit in situ, un couvert arbor de plus de 10 %
aises mtropolitaines (MaaPraT-IFN2, 2011) et et une largeur dau moins 20 mtres 6 ;
regroupe, pour chacun des six critres de gestion du changement de mthode dinventaire de lIFN
durable dHelsinki (cf. encadr 1), des indicateurs fin 2004, qui permet dsormais la publication an-
quantitatifs3 labors dans le cadre des confrences nuelle de statistiques nationales, interrgionales et
ministrielles et des indicateurs complmentaires rgionales, bases sur une fentre glissante de cinq
destins prendre en compte la spcificit de la campagnes nationales annuelles7,8.

1
Ce processus pan-europen t rebaptis Forest europe.
2
Depuis le 1er janvier 2012, lInstitut forestier national a fusionn avec lInstitut gographique national, qui sappelle
dornavant lInstitut national de linformation gographique et forestire (IGN). Dans la suite de cet article, lancienne
appellation est conserve.
3
35 indicateurs europens fonds sur ceux de la confrence de Vienne (2003).
4
19 indicateurs franais ce jour.
5
Cest principalement partir de ce rapport dexpertise qua t rdig cet article.
6
La nouvelle et lancienne dfinition sont disponibles sur le site de lIFN ([Link] sous longlet Dfinitions .
7
Auparavant lchantillon devait tre bas sur cinq campagnes pour fournir des rsultats, aussi bien nationaux que rgionaux.
8
Cf. MAAPRAT-IFN, 2011 : les avertissements (page 4).
41
du fait de ces changements, les donnes 2005 et est concern). le modle Pression tat rponse
2010 savrent difficilement comparables. dans (Per), plus simple, semble plus adapt. dans ce mo-
ldition 2010, le lecteur est mme invit consid- dle, des pressions dues aux activits humaines ou
rer les rsultats comme un tat zro des indicateurs aux conditions biogographiques influencent ltat
construits partir des nouvelles donnes de lIFN. de la biodiversit (composition, richesse ou abon-
la prsente synthse porte essentiellement sur les dance des diffrents niveaux taxonomiques). ltat
indicateurs de biodiversit de ldition 2005 mme constat de la biodiversit entrane des rponses,
si les principales volutions mthodologiques ap- cest--dire des dcisions et actions en termes de
portes par lIFN en 2010 sont mentionnes. elle politique forestire ou pratiques de gestion. Ces r-
analyse la cohrence densemble des indicateurs ponses modifient en retour le niveau et la nature
du critre biodiversit travers le systme de des pressions. le groupe de travail a rparti les
rfrence Pression-tat-rponse, ainsi que la per- quinze indicateurs de biodiversit de la faon sui-
tinence de chaque indicateur de biodiversit et les vante (tableau 1):
besoins de recherche exprims. tant donne lam-
pleur des volutions survenues entre les ditions Cinq indicateurs de pression dont trois sont di-
2005 et 2010, les pistes damlioration proposes rectement lis lactivit de gestion forestire cou-
en 2007 par le groupe de travail nont t prises rante : surfaces en rgnration (4.2), en essences
en compte qu la marge en 2010. elles seront ce- introduites (4.4) et en coupes fortes et rases (4.7.3).
pendant reprises dans le cadre de lamlioration des lindicateur synthtique 4.3, qui cherche quanti-
ditions futures. fier le caractre naturel des forts franaises par le
biais de lempreinte anthropique (exploitation, syl-
viculture), rsulte de lensemble de ces pressions de
I. valuation de la cohrence
gestion. Un cinquime indicateur relatif la densit
densemble des indicateurs de de cervids aux cent hectares a t supprim du
biodiversit dans le modle critre 4 dans la mesure o il ne permettait pas de
conclure quant lvolution de la biodiversit.
Pression-tat-Rponse (PER)
Huit indicateurs dtat de la biodiversit parmi
les indicateurs de gestion durable sont gnrale- lesquels Hamza et al. distinguent trois indicateurs
ment structurs selon un modle conceptuel de taxonomiques et cinq indicateurs structurels de
rfrence qui vise faciliter lanalyse. le modle le biodiversit (cf. encadr 1) :
plus couramment utilis par lagence europenne - les indicateurs taxonomiques sont labors
de lenvironnement et le ministre en charge du partir de donnes de prsence-absence ou dabon-
dveloppement durable pour structurer les jeux dance de populations de diffrentes espces (ou de
dindicateurs environnementaux est actuellement tout autre niveau de classification, depuis les allles
le modle dPSIr9 (forces motrices pression tat jusquau groupe despces). Construits partir de
impact rponse). or, selon Hamza et al. (2007), donnes de lIFN, les deux indicateurs 4.1 et 4.1.1
ce modle complexe sadapte mal lanalyse des sintressent au suivi de la diversit des essences,
indicateurs nationaux de biodiversit - le classe- par le biais de la diversit intra-peuplement et du
ment des indicateurs dans ce modle montre en degr de puret des peuplements par essence prin-
particulier labsence totale dindicateurs de force cipale. la proportion despces forestires consid-
motrice et un trs faible nombre dindicateurs dim- res comme menaces (4.8) est value par le biais
pact (seul lindicateur relatif aux espces menaces dun indicateur labor partir des listes rouges de

9
Le modle DPSIR (forces motrices pression tat impact rponse) sarticule en cinq lments, tous relis par des liens de
causalit : une force motrice, cest--dire une activit ou un dveloppement humain, provoque une pression sur
lenvironnement, caractrise de faon quantitative et qualitative. Celle-ci se traduit par une modification de ltat gnral de
lenvironnement pouvant avoir un impact sur lhomme, lenvironnement, lconomie, etc. Cet impact entrane une rponse de la
socit qui se traduit son tour par la mise en uvre dinstruments qui vont agir sur les quatre lments prcdents.
42
Thme n Libell dtaill de lindicateur Libell dtaill de lindicateur
dition 2005 dition 2010
les indicateurs de pression
Surface en rgnration dans les Surface en rgnration dans les
peuplements forestiers quiennes et peuplements forestiers, classs
rgnration 4.2 inquiennes, classs par type de par type de rgnration (naturelle,
rgnration (naturelle, artificielle, artificielle) et essence principale
recpage de taillis) du peuplement
Caractre 4.3 Surface de forts et autres terres boises, classes en non perturbes
naturel par lhomme , semi-naturelles ou plantations , par type de forts
essences 4.4 Surface de forts et autres terres boises composes principalement
introduites dessences introduites
organisation 4.7.3
Coupes fortes et rases Supprim
du paysage
Forts 4.9.1 densit de cervids aux 100 hectares Supprim suite aux rflexions du
protges du groupe de travail groupe de travail (Hamza et al., 2007)
les indicateurs dtat
Indicateurs taxonomiques (Cf. encadr 1)
4.1 Surface de forts et autres terres boises, classes par nombre
Composition dessences prsentes et par type de forts
en essences 4.1.1 Puret en surface terrire des Part de lessence principale
peuplements par essence principale dans les peuplements
espces
Proportion despces forestires menaces, classes conformment
forestires 4.8
aux catgories de la liste rouge de lUICN
menaces
Indicateurs structurels (Cf. encadr 1)
Caractre
4.3.1 Surface de futaies rgulires trs ges constituant des habitats spcifiques
naturel
volume de bois mort sur pied et de bois
volume de bois mort sur pied et de bois
Bois mort mort au sol dans les forts et autres
4.5 mort au sol dans les forts et autres
terres boises class par type de forts,
terres boises class par type de forts
dimension ou tat de dcomposition
organisation spatiale du couvert
Fragmentation du territoire forestier
4.7 forestier du point de vue paysager
en ensembles lmentaires
organisation (surface par classe de taille de massif)
du paysage 4.7.1 longueur de lisire lha Temporairement indisponible
longueur de lisire lha par Supprim
4.7.2
type de peuplement national IFN
les indicateurs de rponse
Surface gre pour la conservation et Surface et nombre dentits gntiques
lutilisation des ressources gntiques grs pour la conservation et
ressources lutilisation des ressources gntiques
gntiques 4.6 forestires (conservation gntique in
situ et ex situ) et surface gre pour la forestires (conservation gntique
production de semences forestires in situ et ex situ) pour la production de
semences forestires et plants forestiers
Forts Surface de forts et autres terres boises protges pour conserver la biodi-
protges 4.9 versit, le paysage et des lments naturels spcifiques, conformment aux
recommandations dinventaire de Forest Europe
Tableau 1 : regroupement des indicateurs de gestion forestire durable du critre biodiversit dans le
modle Pression-tat-Rponse, daprs Hamza et al. (2007) .
43
lUnion internationale pour la conservation de la donn : lindicateur peut servir se faire une ide
nature (UICN) ; prcise de ltat (et de lvolution) de ce groupe ou
- les indicateurs structurels sont tablis partir de de ltat dun autre groupe sur lequel le premier
quantits autres (dendromtriques, par exemple) qui exerce une pression (positive ou ngative). dans
dcrivent la structure du peuplement ou du paysage le premier cas, on aura plutt tendance classer
et sont censes tre lies la prsence ou labon- lindicateur parmi les indicateurs dtat, dans le
dance de certaines espces (ou de tout autre niveau second, parmi les indicateurs de pression. Globale-
de classification, depuis les allles jusquau groupe ment, la pertinence de ce type de modle repose en
despces). a lchelle du paysage, trois indicateurs grande partie sur des lments pour lesquels nous
abordent le thme de la fragmentation du territoire manquons dinformation ou de recul, en particulier
forestier via lorganisation spatiale des massifs (4.7) (i) sur les liens (interactions) qui existent relle-
et la longueur de lisire lhectare (4.7.1 et 4.7.2). ment entre les diffrents lments de lcosystme
lchelle intra-peuplement, deux indicateurs va- forestier, (ii) sur la nature des questions qui sous-
luent les peuplements gs par le biais des surfaces tendent llaboration de lindicateur (que veut-on
en futaies rgulires trs ges (4.3.1) et les volu- savoir ?) et (iii) sur la signification des rsultats
mes associs au bois morts (4.5). fournis par lindicateur du point de vue de la bio-
diversit (interprtation). Malgr tout, ce systme
Deux indicateurs de rponse : ces indicateurs simplifi permet une premire valuation de la co-
ont pour objectif dvaluer ltat davancement de hrence densemble des indicateurs du critre 4. on
mesures spcifiques prises en faveur de la restau- observe notamment :
ration, de la protection et/ou de la gestion des co-
systmes et de la biodiversit. on peut diviser lin- une nette dominance dindicateurs structurels
dicateur 4.6 en deux parties distinctes : la premire bass sur des donnes de structure du peuplement
concerne lutilisation des ressources gntiques ou du paysage ; ces indicateurs sont tous directe-
pour la production de semences et de plants fores- ment lis des pratiques de gestion, ce qui semble
tiers, une activit relative la gestion courante il cohrent pour un systme cens valuer la durabi-
ne sagit donc pas dun indicateur de rponse pour lit de la gestion forestire ;
le critre biodiversit ; la seconde, au contraire, un petit nombre dindicateurs taxonomiques de
relve bien de la conservation des ressources g- biodiversit bass sur des donnes de composition,
ntiques (rseau de peuplements conservatoires). de richesse ou dabondance des diffrents niveaux
lindicateur 4.9 relve aussi de la gestion conser- taxonomiques pour valuer ltat de la biodiversit.
vatoire : il permet dvaluer les surfaces foresti- Ce point reflte la difficult actuelle de suivre di-
res protges au titre de la biodiversit (rserves rectement lvolution de tous les taxons prsents
biologiques, Parcs nationaux, etc.), des paysages et dans lcosystme forestier ;
dautres lments naturels spcifiques (Parcs na- un petit nombre galement dindicateurs de r-
turels rgionaux, forts de protection alluviales et ponse, ce qui aboutit un certain dsquilibre du
priurbaines, etc.)10. systme dindicateurs. Ce constat gnralisable
lensemble des indicateurs de gestion forestire du-
Nanmoins, lexercice qui consiste classer ces in- rable pourrait tre d au fait que les rponses de la
dicateurs dans lune de ces trois catgories savre socit aux menaces qui psent sur la biodiversit
difficile et tout relatif, notamment du fait des in- sont davantage apprhendes par les indicateurs
teractions multiples qui existent entre les compo- qualitatifs de Forest Europe (Forest Europe et al.,
santes dun mme cosystme et de ce fait entre 2011), qui prsentent les progrs accomplis entre
les indicateurs du critre 4 (ainsi quavec les in- deux confrences en matire de gestion forestire
dicateurs des autres critres). Prenons le cas dun durable, dans les domaines institutionnel, juridique,
suivi dabondance ralis sur un groupe despces conomique, financier et informationnel.

10
Dans ldition 2010, les surfaces classes au titre de Natura 2000 (les zones de protection spciales et les zones spciales de
conservation) sont prsentes selon les types de formation boise (futaie de feuillus, futaie de rsineux, taillis, peupleraie, etc.).
44
ENCADR 1
Critre : dfinit les lments essentiels, lensemble des conditions ou les processus par lesquels la
gestion durable peut tre juge. la Confrence dHelsinki a donn lieu la constitution dune liste
de six critres de gestion forestire durable, habituellement dnomms critres dHelsinki , qui re-
prsentent chacun une facette de la multifonctionnalit des forts : ressource forestire et carbone,
sant des forts, fonctions de production des forts, biodiversit, fonctions de protection et aspects
socio-conomiques lis la fort (daprs IFN, 2011).
Indicateur : mesure quantitative, qualitative ou descriptive qui, mesure et surveille priodiquement,
montre la direction du changement (Ministry of agriculture and Forestry, 1996). Il sagit dune statis-
tique qui permet de vrifier objectivement si ltat ou la dynamique observe pour un systme donn
refltent une avance vers lobjectif poursuivi (lequel est dfini partir des diffrents critres). les
indicateurs doivent transposer un tat gnralement complexe en faits faciles observer ; ils doivent
tre suffisamment simples, politiquement et scientifiquement pertinents, utiles, mesurables et com-
parables (daprs Montagne-Huck et Niedzwiedz, 2011).
Les indicateurs taxonomiques de biodiversit : les indicateurs se focalisent sur le suivi de certains
taxons plantes, oiseaux, insectes, mammifres, etc. Ils sont utiliss en tant quindicateurs de ltat
de leur propre diversit (on peut alors parler dindicateur direct de biodiversit) ou en tant quindica-
teurs de ltat dautres taxons (bio-indicateurs, indirects). lutilit de recourir ce type dindicateurs
pour valuer ltat de la biodiversit inter-spcifique est dveloppe dans larticle Nivet et al., (cf.
page 59).
Les indicateurs structurels de biodiversit : les indicateurs structurels de biodiversit sont mettre
en relation avec lide quil existe des structures paysagres - biologiques, physiques et sociales - qui
ont un effet important sur la biodiversit et qui permettent donc de renseigner sur ltat de cette
dernire de manire indirecte.

Liens entre structure de lhabitat et diversit taxonomique


dans le cadre de lanimation par le Gip ecofor de la rflexion sur les indicateurs de biodi-
versit forestire (cf. introduction page 14), rossi et al. (2007) ont recherch lexistence
de relations entre la structure du paysage ou de lhabitat local et la richesse spcifique de
diffrents groupes taxonomiques (oiseaux, coloptres carabiques, papillons rhophalocres
et plantes). les rsultats obtenus dans la fort de plantation de pins maritimes des landes
montrent effectivement lexistence dun lien statistique significatif entre la richesse sp-
cifique et les donnes descriptives du paysage dans un rayon de cent deux cents mtres
et parfois dans un rayon suprieur. les rsultats montrent que la diversit des papillons est
lie en premier lieu aux caractristiques de lhabitat local (notamment recouvrement des-
pces vgtales et humidit du sol) et en second lieu aux caractristiques du paysage (se-
lon les sites, cela peut tre la prsence de pare-feux11, de certaines plantes herbaces utiles
la larve et au papillon, la densit de lisires, de routes forestires et de haies). Concernant
les oiseaux et les carabes12, les variables explicatives sont diffrentes pour chacun des deux
groupes mais le degr de fermeture apparat comme un facteur globalement ngatif.
afin de percevoir le maximum deffet du paysage sur la diversit, rossi et al. (2007) ont plaid
en faveur dune approche taxonomique multi-scalaire et lutilisation dun nombre de varia-
bles restreint pour amliorer les modles de prdiction de la richesse spcifique.

11
Espace linaire de largeur variable, amnag par dbroussaillement du tapis vgtal, restreignant la quantit de matire
combustible dans le but de limiter ou darrter la propagation dun incendie et de favoriser la circulation des vhicules anti-
incendie.
12
Seul leffet du paysage a pu tre test car les chercheurs ne disposaient pas de donnes locales.
45
Globalement, la structuration selon le modle Pres- ci ne fonctionne pas toujours (cf. indicateur 4.9.1
sion-tat-rponse, pourtant bien adapte pour va- sur la densit de cervids associ au thme forts
luer la durabilit dun systme de gestion, est sous- protges , cest--dire faisant lobjet dun statut
exploite (trs lacunaire) dans le systme actuel. en de protection officiel). lusage de dfinitions insa-
particulier, les triplets Pression-tat-rponse sont tisfaisantes, le manque de clart ou de consensus
incomplets, cest--dire que pour un indicateur sur les concepts utiliss limite de surcrot la per-
class dans une catgorie donne, les indicateurs tinence globale dindicateurs comme celui relatif
correspondants aux deux autres catgories ne sont la naturalit des forts franaises (cf. indica-
pas toujours prsents. Par consquent, il savre teur synthtique 4.3). Un dernier problme majeur
aujourdhui relativement difficile dvaluer, travers est relatif au jeu de donnes utilis pour laborer
ce systme, lefficacit des rponses mises en uvres lindicateur : il est parfois incomplet labsence
en faveur de la biodiversit ainsi que la durabilit de dlments sur les formations boises non dispo-
la gestion forestire au regard de ce critre. nibles pour la production limite particulirement la
pertinence de lindicateur de naturalit (4.3) et de
celui relatif aux essences introduites (4.4) voire
carrment non pertinent, lorsque les mcanismes
II. Analyse de la pertinence
reliant un facteur de pression donn aux lments
des indicateurs de biodiversit de biodiversit sont mal compris. Cest le cas pour
les indicateurs de coupes fortes et rases (4.7.3) et
la plupart des indicateurs sont construits partir de rgnration (4.2).
des donnes de lIFN et ne concernent donc que les Nous reprenons ci-dessous les principaux points
forts de production, soit environ 95 % des forts de lanalyse de pertinence ralise par Hamza et
franaises mtropolitaines. divers cas de figure al. (2007) concernant les indicateurs de pression.
ont t relevs lors de la phase danalyse mene
par Hamza et al. (2007). Gnralement, ces indica- 4.2 Surface forestire en rgnration naturelle
teurs souffrent dun manque (i) de donnes (parfois et artificielle (thme rgnration ) :
difficiles rcuprer comme celles associes aux les surfaces en rgnration sont propices de
espces menaces), (ii) de mthodologie (protocole nombreuses espces priforestires (carabes, pa-
de rcolte des donnes non pertinent, calcul de lin- pillons de jour, etc.) et inversement dfavorables
dicateur inadapt, etc.), (iii) de clart ou de consen- des espces typiquement forestires et peu mobi-
sus sur les concepts utiliss (dfinitions revoir, les associes aux stades gs (certaines bryophytes
classification amliorer, etc.), (iv) dinformation par exemple) et aux stades intermdiaires comme
historique (par exemple sur lorigine des peuple- les papillons de nuit (Gosselin, 2004). Selon Hamza
ments) et scientifique, etc. de plus, linterprtation et al. (2007), une augmentation durable des sur-
en termes dcisionnels des rsultats obtenus nest faces ddies la rgnration artificielle serait
pas toujours vidente. Tous ces lments condui- pnalisante au regard de la diversit biologique.
sent limiter la pertinence des indicateurs et les Cet indicateur donne donc a priori une information
possibilits de les interprter au mieux. intressante mais il ne reflte pas la complexit
des mcanismes en jeu. Par exemple, une coupe de
n Pertinence des indicateurs de rgnration naura certainement pas le mme im-
pact sur la biodiversit selon que les autres stades
pression
de maturit seront ou non simultanment prsents
la pertinence thmatique de ce groupe dindica- dans le paysage. des donnes supplmentaires m-
teurs (rgnration, essences introduites, orga- riteraient donc dtre prises en compte comme :
nisation du paysage, caractre naturel et forts la distance entre la zone de rgnration et les
protges) est globalement forte au regard de la peuplements gs ;
biodiversit en gnral et des catgories dfinies la proportion des surfaces en rgnration par
par Forest Europe. Par contre, ladquation entre rapport la surface forestire totale ;
lindicateur et la thmatique laquelle il est asso- lge dexploitabilit des peuplements.
46
Dans ldition 2010 : la nouvelle mthode dinven- une catgorie fourre-tout, les forts semi-
taire de lIFN, avec lacquisition de donnes sur le naturelles, qui regroupe la quasi-totalit des forts
terrain supplmentaires, permet de combler en par- (87 % en 2010).
tie le jeu de donnes, en fournissant notamment
des informations sur la nature de la coupe (coupe cela sajoute un autre biais li aux surfaces in-
rase avec ou sans travaux, coupe totale ou forte ventories de lIFN (regroupes sous lappellation
de ltage dominant, etc.) et lessence principale fort de production ), qui excluent 5 % de la sur-
du peuplement13. Le manque de recul actuel sur les face des forts franaises, probablement parmi les
interactions entre rgnration et biodiversit moins perturbes.
demeure cependant, notamment quant lappr-
ciation des rgnrations par petites troues. 4.4 Surface forestire compose principalement
dessences introduites (thme essences intro-
4.3 Degr de naturalit des forts franai- duites ) :
ses (thme caractre naturel ) : lintroduction dessences exotiques influence en
cet indicateur permet de classer les forts en fonc- effet la biodiversit des cosystmes forestiers,
tion de leur degr de naturalit (forts non pertur- souvent dans le sens dun appauvrissement (Hamza
bes par lhomme, forts semi-naturelles et planta- et al., 2007). Cependant, la dfinition utilise pour
tions). lapproche est pertinente mais le concept de juger du caractre autochtone ou non dune es-
naturalit reste particulirement difficile appr- sence est inadapte car base sur les seules limites
cier et les dfinitions de la Fao14 pour dcrire les administratives de la France mtropolitaine. Cela
classes de perturbation associes aux plantations et signifie quune essence prsente naturellement en
aux forts semi-naturelles sont imprcises. au final, un point quelconque du territoire est considre
cet indicateur ne permet pas de se faire une ide du comme autochtone sur lensemble de ce territoire.
degr de naturalit des forts franaises. avec cette dfinition, des essences telles que le pin
laricio de Corse et lpica commun sont classes
les rsultats montrent en effet : parmi les essences autochtones partout en France.
Cette reprsentation entrane une sous-estimation
la quasi-inexistence de forts non perturbes en des surfaces composes principalement dessences
France mtropolitaine (environ 30 000 hectares exotiques. Une solution serait de rgionaliser ces
en 2005 et 2010). le manque de donnes sur ces listes dessences, aujourdhui uniquement natio-
forts non perturbes explique ce rsultat : lIFN nales. Il faudrait pour cela disposer de cartes de
ne dispose en effet pas dinformation sur lancien- la distribution naturelle de chaque essence, qui
net de la gestion. Cest ainsi partir des donnes nexistent malheureusement pas lheure actuelle
de loffice national des forts (oNF) extrapoles pour toutes les essences.
aux forts prives que ce chiffre de 30 000 hec-
tares a t estim en 1994. Il a t repris tel quel 4.7.3 Coupes fortes et rases (thme organisa-
dans les ditions successives, faute de nouvelles tion du paysage ) :
connaissances ; les coupes de rgnration fortes, frquentes et
une proportion de plantations vraisemblablement sur de grandes surfaces dfavorisent les espces
sous-value (12 % en 2010) dans la mesure o forestires faible capacit de dispersion et les
lorigine des boisements nest note par lIFN que espces infodes aux phases terminales du cycle
pour les peuplements de moins de 40 ans et que les sylvigntique (Bergs, 2004). du point de vue de
plantations qui ne font pas lobjet dune exploita- la biodiversit, il parat pertinent de lier le thme
tion intensive sont classes en forts semi-naturel- organisation du paysage lactivit de coupe.
les, conformment aux dfinitions de la Fao ; Par contre, lindicateur ne traite que de lintensit

13
Lindicateur 4.7.3, spcifique des coupes fortes et rases, a disparu concomitamment.
14
Organisation des Nations unies pour lalimentation et lagriculture.
47
des coupes qui entranent les perturbations les raient llaboration dindicateurs complmentai-
plus fortes (fortes et rases). de plus, il ne prend pas res ou le renforcement des indicateurs existants.
en compte des facteurs susceptibles daccentuer dans le cas de lindicateur synthtique 4.3, des
ou de rduire limpact dune coupe sur la biodi- travaux de lINra montrent en particulier lintrt
versit, en particulier la taille de la coupe15 ou la du concept de fort ancienne pour apprcier le
prsence de peuplements-refuge proximit. des degr de naturalit dun cosystme forestier. des
donnes relatives la topographie et localisa- donnes relatives la taille des coupes, la na-
tion des coupes au sein du massif permettraient ture des travaux prparatoires du sol ou encore la
probablement aussi de renforcer la pertinence de diversit gntique des matriels forestiers de re-
cet indicateur. production (cf. indicateur 4.6), permettraient sans
doute galement de mieux apprhender limpact
Dans ldition 2010 : cet indicateur a t supprim de la rgnration des surfaces forestires sur la
mais les donnes sont partiellement exploites par biodiversit.
lindicateur de rgnration (4.2)16.
n Pertinence des indicateurs dtat
4.9.1 Densit de cervids aux cent hecta-
res (thme forts protges ) : Parmi ce groupe, les indicateurs structurels domi-
le libell de cet indicateur est ambigu. Sagit-il de nent. Ce sont donc des descripteurs de structure
suivre lvolution de la capacit daccueil des mas- du peuplement, du paysage, censs tre lis une
sifs forestiers vis--vis des cervids ? ou de suivre partie de la biodiversit. or, la relation entre ces
lvolution de la pression exerce par les cervids indicateurs structurels et la biodiversit nest pas
sur la biodiversit de ces massifs ? toujours bien connue : avec quel compartiment de
biodiversit lindicateur est-il reli ? la relation est-
Dans ldition 2010 : class tort dans la catgorie elle positive ou ngative ? Forte ou faible ? taye
forts protges , cet indicateur a t supprim du par la bibliographie ou seulement hypothtique ?
critre biodiversit . Les donnes cyngtiques de de plus, lorsque cette relation est connue, rien ne
lOffice national de la chasse et de la faune sauvage permet gnralement de dire si elle est stable dans
(ONCFS) et des fdrations de chasseurs sont dsor- le temps. de leur ct, les rares indicateurs taxo-
mais exploites dans le critre 2, relatif la sant nomiques de biodiversit sont labors partir de
des cosystmes (prsence simultane de plusieurs donnes existantes et mobilisables qui ne permet-
espces donguls et progression des onguls sau- tent pas forcment de suivre les espces enjeu
vages sur le milieu forestier). fort (par exemple des espces particulirement
sensibles la gestion forestire). lchelle natio-
Conclusion nale, les suivis dabondance actuels concernent les
Ces indicateurs traitent uniquement des pressions oiseaux communs et les papillons17 ; aucun indica-
lies lactivit de gestion courante (exploitation, teur nexiste par exemple concernant la faune et
sylviculture). dautres pressions influencent pour- la flore des dcomposeurs. Globalement, ce groupe
tant lvolution de la biodiversit forestire : la dindicateurs aborde, diffrentes chelles, des
frquentation des espaces forestiers (dans le cadre thmes importants, dont la pertinence est nan-
de lexploitation forestire et du tourisme), lim- moins parfois limite par :
plantation dinfrastructures extra-forestires (pour
les transports et dans le cadre de lurbanisation), lusage de formulations inadaptes - les indica-
le changement climatique. Ces pressions mrite- teurs de composition en essences (4.1 et 4.1.1) sont

15
Cette variable na pas t exploite lchelle nationale du fait de lindisponibilit dans certains dpartements de donnes
sur les coupes rases.
16
En ralit, il ne sagit pas vraiment des mmes donnes car la mthode de calcul a chang entre ldition 2005 et 2010 (m-
thode du report sur photo arienne pour lancien indicateur, donnes terrains pour le nouveau).
17
Cf. programme Vigie-Nature du Musum national dHistoire naturelle.
48
en ralit des indicateurs de la diversit locale en tion sur la relation entre richesse en essences et
essences ; biodiversit. la collecte de donnes supplmentai-
lutilisation de certains concepts qui manquent de res, relatives aux caractristiques cologiques des
clart : que faut-il exactement inclure sous le voca- placettes inventories (type de station ou type de
ble d espce forestire ou de massif ?; fort, stade successionnel, classe de gestion, etc.) et
des difficults lies la collecte des donnes aux essences considres (classes de taille des es-
(cf. indicateur 4.8 sur les espces forestires me- sences, classes dabondance et classes dindignat)
naces), qui refltent souvent des problmes dor- permettrait probablement daccrotre la pertinence
dre mthodologique et le besoin de connaissances de ces indicateurs.
supplmentaires (cf. indicateur 4.5 sur le volume de
bois mort). 4.3.1 Surface de futaies rgulires trs ges
constituant des habitats spcifiques (thme ca-
4.1 et 4.1.1 Nombre dessences par peuplement ractre naturel ) :
(feuillus, rsineux et mixtes) et surface terrire cet indicateur est class parmi les indicateurs de la
par essence principale (thme composition en naturalit des forts franaises, tout comme lindi-
essences ) : Hamza et al. (2007) ont regroup ces cateur de pression 4.3 sur le degr de naturalit des
deux indicateurs. forts franaises. les arbres et peuplements trs
gs sont en effet la niche potentielle de nombreu-
4.1 les tudes montrant une corrlation positive ses espces ncessitant des cavits, du bois mort
et significative entre la richesse locale en essences et et autres microhabitats. Mais cet indicateur est
les diffrents compartiments de la biodiversit sont associ au caractre naturel des forts alors quil
peu nombreuses. lchelle optimale laquelle me- est bas sur des donnes prleves en futaie rgu-
surer cette richesse en essences nest pas claire non lire, une structure relativement artificielle et qui
plus dans la bibliographie. Toutefois, lindicateur 4.1 ne reprsente que 49 % des forts franaises en
nest pas contredit (Gosselin et Paillet, 2011) et per- 2004 (vallauri et al., 2010). Son libell est ambigu
met de renseigner directement sur ltat dune partie car lindicateur sintresse toutes les surfaces de
de la biodiversit, savoir les essences ligneuses. futaies ges, quelles incluent ou non la prsence
dhabitats spcifiques. en consquence, Hamza et
4.1.1 lessence principale est un facteur ma- al. (2007) proposent de sintresser labondance
jeur de diffrenciation de biodiversit (Gosselin et des arbres snescents et ce, quelle que soit la struc-
Paillet, 2011). la bibliographie incite promouvoir ture du peuplement (donc pas uniquement en fu-
laccroissement du degr de mlange et de richesse taie rgulire) et lutilisation du bois associe (ac-
en essences dans les peuplements domins par des tuellement, seuls les peuplements disponibles pour
exotiques ou des rsineux. elle incite linverse au la production rentrent en compte dans le calcul de
maintien ou au dveloppement de peuplements purs lindicateur). Ils proposent galement de rviser les
(ce qui nexclut pas la prsence dessences secon- seuils de snescence en les adaptant au type de
daires en faible proportion) dans les peuplements station (ou dfaut la sylvocorgion).
dessences autochtones. Il est dommage que cet in-
dicateur ne tienne pas compte de labondance et de Dans ldition 2010 : cet indicateur a une faible si-
la rpartition spatiale de chaque essence considre gnificativit (au sens statistique) dans la mesure o
isolment. Ces variables seraient pourtant corrles il continue ne sintresser quaux vieilles futaies
la diversit gntique des peuplements forestiers rgulires et que les seuils (ou ges limites) par es-
futurs et une partie de la diversit spcifique (cer- sence sont trop restrictifs (ils reviennent filtrer trop
taines espces tant infodes des peuplements drastiquement les peuplements). Llargissement de
purs). Il serait donc utile de vrifier que labondance lindicateur dautres types de structures (mlanges
des essences de faible intrt conomique ne r- futaies-taillis, etc.), voire sa rvision complte (une
gresse pas trop fortement. approche diffrente pourrait tre envisage, centre
Concernant ces deux indicateurs, des incertitudes par exemple sur les gros et vieux arbres) permettrait
subsistent galement quant linfluence de la sta- sans doute de rsoudre ce problme.
49
4.5 Volume de bois mort en fort feuillue, rsi- les processus cologiques et par l-mme la biodi-
neuse et mixte (thme bois mort ) : versit, ce qui confre une certaine pertinence au
20 25 % des espces forestires seraient asso- thme organisation du paysage . Nanmoins, la
cies au bois mort et une relation positive existe dfinition utilise pour dfinir un massif, qui revient
vraisemblablement entre la prsence de bois mort et considrer que des fragments distants de moins
la richesse ou labondance de nombreuses espces, de deux cents mtres constituent une seule tche
saproxyliques notamment. lindicateur de ldition forestire, est discutable. la matrice peut en effet
2005 est cependant pratiquement inutilisable car savrer impermable sur cette distance, tre cou-
labor au dpart pour valuer la production nette pe par exemple par des obstacles infranchissables
de bois (volume vif - mortalit) et non pour valuer pour certains animaux (autoroutes sans passages
la biodiversit (protocole inadapt). Il nintgre en spciaux, fleuves, etc.).
particulier que les volumes de bois mort sur pied
depuis moins de cinq ans. Parmi les recommanda- Dans ldition 2010 : le seuil de continuit de les-
tions, Hamza et al. (2007) insistent sur la ncessit pace bois t maintenu. Bien que les seuils de
de rcolter des variables supplmentaires relatives reprsentation aient t abaisss (onze classes de
lessence du bois mort, la taille et la position surface en 2010 allant de 2,5 plus de 100 000
(dress, suspendu ou couch) des pices de bois ou hectares), la pertinence de cet indicateur se limite
au degr de dcomposition et densoleillement. toujours aux gros animaux qui requirent de larges
territoires (mobilit) et aux espces dintrieur qui
Dans ldition 2010 : la nouvelle mthode dinven- fuient les lisires. Lindicateur 4.7.2 (longueur de
taire permet dsormais de comptabiliser les arbres lisire par type de peuplement) a t supprim car
morts sur pied depuis plus de cinq ans et les chablis il ne permettait pas vraiment de conclure quant
ordinaires de moins de cinq ans (par type de peu- lvolution du phnomne quil tait cens appr-
plement feuillu, rsineux et mixte) ainsi que le bois hender, savoir la fragmentation. De plus, il ne
mort au sol (incluant les chablis de plus de cinq ans). permettait pas de cibler correctement les espces
Les volumes de bois mort au sol (m3/ha) sont dsor- les plus sensibles la fragmentation, savoir les
mais classs en fonction de leur diamtre et leur espces forestires dintrieur et les espces fores-
degr de dcomposition. Cette volution rpond tires peu mobiles (habitats mal choisis). Lindica-
en partie la ncessit de sintresser dautres teur 4.7.1 (longueur de lisire lhectare) aurait d
variables que le volume de bois mort sur pied pour tre reconduit mais na pas pu tre calcul dans la
juger de la richesse spcifique. Le lien entre ces in- mesure o tous les dpartements ne sont pas en-
dicateurs (prsence et abondance de pices de bois core passs la nouvelle version de cartographie de
mort de nature varie) et la biodiversit de nos fo- lIFN. Outre sa formulation peu satisfaisante, cet in-
rts tempres doit en outre tre encore tudi. Des dicateur voluait par ailleurs intrinsquement avec
travaux mens rcemment montrent en effet que les laugmentation des surfaces forestires.
niveaux de corrlation observs en milieu boral en-
tre la richesse saproxylique (coloptres et myctes) 4.8 Proportion despces forestires menaces
et le volume de bois mort ne sont pas transposables (thme espces menaces ) :
aux forts tempres (Lassauce et al., 2011). cest lun des rares indicateurs taxonomiques par-
mi les indicateurs de gestion forestire durable.
4.7 Fragmentation du territoire forestier en en- au niveau international, il est important car trs
sembles lmentaires (thme organisation du souvent discut, compar entre les pays et compil
paysage ) : en mta-index. des imprcisions mthodologiques
lvolution du nombre de massifs forestiers par pnalisent toutefois sa fiabilit : le regroupement
classe de surface (huit classes en 2005, allant de 4 et la dclinaison des catgories UICN soulvent des
plus de 100 000 hectares) permet de se faire une questions (les espces en dclin ne sont pas prises
ide du degr de fragmentation de la fort lchelle en compte) et la dfinition des espces considres
nationale. Selon Hamza et al. (2007), lagencement comme forestires reste imprcise.
spatial des cosystmes influence a priori fortement
50
Dans ldition 2010 : labsence de donnes sur la diversit gntique des espces, en particulier pour
flore mditerranenne a t comble (Rameau et al., les essences forestires, qui sont les objets directs
2008). Les donnes disponibles ont de plus t am- de la gestion forestire (Collin et al., page 79).
liores puisque lon dispose maintenant des premi-
res listes rouges nationales tablies avec la mtho- Globalement, le classement de ces indicateurs parmi
dologie UICN pour les mammifres, les amphibiens, les indicateurs dtat est discutable. Selon Gosselin
les reptiles et les oiseaux (en 2005, seules des don- et Gosselin (2008), un indicateur dtat est un in-
nes dire dexpert taient disponibles). Lextension dicateur qui permet, dans une situation donne, de
des listes rouges des groupes cls de la biodiversit se faire une ide objective de ltat de la biodiver-
des forts (les champignons, les mousses, les lichens sit (ou dune partie de la biodiversit), par exem-
et les invertbrs) savre nanmoins toujours n- ple de la richesse et de labondance de la flore, des
cessaire afin damliorer sa reprsentativit. oiseaux, des champignons, etc. Sen tenir cette
dfinition reviendrait exclure la plupart des indi-
Conclusion cateurs classs par Hamza et al. dans la catgorie
la prise de donnes directes (les relevs despces par des indicateurs dtat. Prenons le cas de lindicateur
exemple) pour fournir des indicateurs dabondance du volume de bois mort, class parmi les indica-
de population est rare (cf. Nivet et al., page 59). en teurs structurels dtat de la biodiversit : il serait
France mtropolitaine, on ne connat pas le nombre logique, si lon souhaite calculer un volume de bois
despces forestires de plusieurs groupes trs pr- mort pour en dduire une richesse potentielle en
sents en fort comme les insectes, les champignons, espces saproxyliques (usage actuel) de classer cet
les lichens et les bryophytes. Ils sont pourtant proba- indicateur parmi les indicateurs de pression (plus
blement bien plus nombreux que des groupes mieux on exploite de bois mort et plus la pression sur les
surveills tels que les mammifres, les oiseaux ou les espces saproxyliques augmente). Par contre, si lon
plantes vasculaires. le nombre limit dindicateurs veut valuer lefficacit des mesures mises en place
dtat bass sur le suivi de taxons nuit ainsi la per- pour augmenter le volume de bois mort, il faudrait
tinence de ce systme dindicateurs. Selon Gosselin plutt classer cet indicateur dans la catgorie des
et Gosselin (2008), il serait trs utile de renforcer indicateurs de rponse. Cet exemple illustre nou-
ces suivis taxonomiques en se concentrant sur des veau la difficult qui consiste, de manire gn-
taxons enjeux, par exemple ceux qui savrent par- rale, rpartir ces indicateurs au sein du systme
ticulirement sensibles aux volutions des pratiques Pression-tat-rponse.
sylvicoles (cf. Nivet et al., page 59).
enfin, les indicateurs dtat issus dautres critres de
une chelle infrieure, la variabilit gntique gestion durable pourraient aussi faire lobjet dune
constitue aussi un indicateur majeur du potentiel analyse sous langle de la biodiversit, notamment
de rgnration et dadaptation des diffrents com- ceux des critres 1 3, qui traitent des ressources
partiments de la biodiversit (et donc de sa survie). forestires et des stocks de carbone dans la biomas-
Maintenir la diversit gntique des essences, cest se et dans le sol, de la sant des cosystmes et no-
garantir le capital dadaptation de ces dernires aux tamment de lvaluation des proprits chimiques
changements environnementaux. or la palette des du sol (niveau dacidit et de disponibilit en azote)
indicateurs de gestion durable ne repose sur aucun ou encore du maintien et de lencouragement des
suivi direct de biodiversit lchelle intra-spcifi- fonctions de production de la fort (quilibre pro-
que. Seul lindicateur 4.6 traite de la conservation duction-rcolte).
des ressources gntiques forestires mais sous un
angle trs indirect qui ne permet pas de se faire n Pertinence des indicateurs de rponse
une ide relle du niveau de diversit gntique
des populations darbres forestiers. Cela sexpli- le premier indicateur de ce groupe (lindicateur 4.6)
que notamment par la complexit et le cot lev est subdivis en deux parties dont la premire, qui
des analyses de laboratoires ncessaires. Il semble concerne les peuplements porte-graines grs pour
pourtant primordial de disposer dindicateurs de la la production de semences forestires, est assez peu
51
lie la diversit gntique (cf. cependant lencadr lindicateur sintresse, en mme temps, la pro-
2 sur les rgions de provenance). la seconde, qui duction de semences et de plants forestiers pour la
concerne le rseau de conservation des ressources rgnration artificielle. Selon Hamza et al. (2007),
gntiques forestires, reprsente bien en revanche dans son tat actuel et cette chelle (nationa-
un indicateur de rponse pour la partie gntique le), il est inadapt au critre biodiversit . les
du critre biodiversit. peuplements dintrt relvent en effet dune r-
glementation dont lobjectif nest pas la conserva-
le deuxime indicateur class dans cette catgorie tion de la biodiversit mais plutt la facilitation du
concerne ltendue des surfaces forestires places commerce des graines par lUnion europenne. Ils
sous statut de protection pour conserver la biodi- sont slectionns et grs avant tout pour rpondre
versit. Ces deux indicateurs abordent lun comme aux besoins actuels des reboiseurs et non pour leur
lautre des thmes importants du point de vue des reprsentativit quant la diversit gntique de
politiques publiques et de la gestion forestire. lessence considre. Ces peuplements slectionns
ou tests ne prjugent pas, en outre, de la rcolte
4.6 Production de matriel de reproduction (se- et de lutilisation effective du matriel forestier de
mences et plants) pour la rgnration artificielle reproduction. la pertinence du phnomne ainsi
et surfaces forestires ddies la conservation reprsent vis--vis de la biodiversit savre en
des ressources gntiques forestires (thme consquence assez mdiocre (cf. encadr 2).
ressources gntiques ) :
la composante intra-spcifique de la diversit est 4.9 surfaces forestires protges (thme : fo-
aborde de manire indirecte par une partie de rts protges) :
cet indicateur. lindicateur 4.6 sintresse en effet les diffrents statuts de protection attribus aux
lvolution des surfaces destines assurer la espaces naturels constituent actuellement lune
disponibilit et lexistence continue des ressources des rponses politiques les plus concrtes pour li-
forestires sur le territoire19. Cet indicateur ne per- miter, voire rduire lintensit des pressions dorigi-
met pas de visualiser la distribution gographique ne anthropique sur la biodiversit. lindicateur 4.9,
des surfaces ddies lactivit de conservation des qui sintresse lvolution des surfaces foresti-
ressources gntiques. des donnes complmentai- res protges en fonction du degr dintervention
res permettraient de se faire une ide plus prcise humaine autoris (aucune intervention humaine
du degr dexhaustivit de ce rseau national de dans les rserves biologiques et naturelles intgra-
gestion et de conservation des ressources gnti- les, intervention minimale dans les zones centrales
ques lchelle nationale. des parcs nationaux, etc.), reprsente ce titre une

ENCADR 2

en collaboration avec des chercheurs gnticiens dautres instituts scientifiques, Irstea a dfini les
rgions de provenance les plus reprsentatives de la diversit des peuplements prsents sur le territoire
franais. Ce dcoupage territorial traduit les adaptations de chaque espce au climat et au sol. Il serait
plus pertinent, lavenir, de recentrer la partie peuplements porte-graines de lindicateur 4.6 sur ces
rgions de provenance, tablies dans une optique vritable de prservation de la diversit gntique
(protection de lautochtonie, garantie de diversit gntique des essences lchelle de leur aire de
rpartition). des donnes concernant les efforts raliss pour augmenter la diversit gntique des lots
de semences pourraient galement venir complter terme cet indicateur (elles ne sont actuellement
pas disponibles).

19
dans le cadre de la mise en uvre de la politique nationale de conservation des ressources gntiques forestires
52
Thme Indicateurs complmentaires

Gestion forestire Formation / sensibilisation des propritaires et gestionnaires


courante la biodiversit
Intgration des pratiques en faveur de la biodiversit dans les processus
de certification forestire et damnagement
Gestion conservatoire Plans de restauration despces forestires menaces
Observatoires nationaux de la biodiversit

Tableau 2 : propositions dindicateurs de rponse complmentaires, Hamza et al. (2007).

base solide, synthtique et internationalement li- n Pour prciser les liens entre
sible des diffrents statuts de protection en place lindicateur et ce quil indique
sur le territoire mtropolitain. la rgionalisation de
linformation permettrait nanmoins damliorer le manque de connaissances sur les liens entre un
la visibilit de ce rseau despaces forestiers pro- indicateur et ce quil indique vraiment constitue
tgs (carte dpartementale ou rgionale du taux/ lune des principales faiblesses des systmes din-
statut de protection). dicateurs actuels (cf. Bonhme, page 21). en effet,
pour la plupart des indicateurs de biodiversit fo-
restire, les commentaires ne prcisent pas (parfois
parce quon ne le sait pas) ce quils valuent rel-
III. Besoins prioritaires de lement. Un moyen de progresser dans ce domaine
recherche pourrait consister :

n Pour prciser lindicateur lui-mme prciser les groupes taxonomiques, les groupes
cologiques voire les espces associes positive-
lanalyse a mis en vidence le besoin de prci- ment ou ngativement lindicateur ;
ser certains indicateurs, notamment en ce qui quantifier cette relation, par grand type station-
concerne : la cartographie des boisements anciens nel, grande essence dominante et grand stade suc-
(4.3), la caractrisation de la zone dindignat des cessionnel (ou alors uniquement en peuplements
essences prsentes en France (4.4) ou encore le adultes ) ;
dveloppement dindicateurs relatifs la produc- prciser les chelles de pertinence et de validit
tion et lutilisation des matriels forestiers de de lindicateur.
reproduction (4.6). la recherche de valeurs de r-
frence, par exemple dans les forts non exploites les groupes taxonomiques qui pourraient tre tu-
ou semi-naturelles (4.3), se rattache aussi cette dis sont (i) des groupes large amplitude et pr-
catgorie. Ces questions ne relvent pas toujours sents sur tout types de milieux terrestres, tels que
de lactivit de recherche mais parfois plutt dun les oiseaux, la flore vasculaire (donnes existantes
processus de dveloppement ou dexpertise. dans et publications) ; (ii) des groupes typiquement fo-
ce cas, des rponses relativement simples, bien restiers (insectes de la litire, lichens, etc.) et parmi
que relativement onreuses pour certaines (cas eux des groupes forestiers sensibles aux pratiques
de la cartographie des forts anciennes lchelle sylvicoles tels que les taxons saproxyliques et/ou
de la France), pourraient tre mises en uvre. au cavicoles20 (au moins pour les indicateurs associs
contraire, elles ncessitent parfois dimportants aux peuplements gs et au bois mort). Ce travail
programmes de recherche. Cest le cas par exem- pourrait tre fait travers une mta-analyse pour
ple de la connaissance des zones dindignat des des indicateurs dj bien tudis (4.2 : rgnra-
essences franaises, qui requiert encore un gros tion). de nouvelles donnes seront probablement
travail de palocologie et de gntique. ncessaires pour les autres.
53
la relation entre lindicateur et la partie de la bio- Conclusion
diversit quil indique rsulte pour la plupart du
temps de causes multiples, qui volueront trs pro- lapprciation de la cohrence densemble des in-
bablement en lien avec de nombreux facteurs tels dicateurs de biodiversit montre la ncessit de
que le changement climatique. lidal serait donc repenser lensemble des indicateurs de gestion fo-
de prvoir de vrifier la permanence de ces rela- restire durable, tous critres confondus, en dfi-
tions dans le futur, en particulier en dveloppant un nissant un cadre conceptuel rigoureux. Concernant
suivi de biodiversit fond sur la rcolte de donnes les seuls indicateurs de biodiversit, lapplication
taxonomiques permettant de renseigner de manire du modle Pression tat rponse permet de
directe sur ltat de sant de la biodiversit. complter lanalyse par indicateur mais un travail
dapprofondissement savre ncessaire. Pour avoir
n Pour tudier les mcanismes valeur de modle, des relations causales devront
en particulier tre tablies entre les indicateurs de
sous-jacents qui lient ces indicateurs
chaque triplet. lanalyse dtaille des quinze indi-
la biodiversit cateurs de biodiversit a ensuite permis de dga-
ger les principales amliorations possibles et les
on peut notamment lenvisager pour des indica- besoins de recherche plus ou moins long terme.
teurs en lien assez direct avec la biodiversit (cf. Concernant les amliorations, il reste dfinir pr-
indicateurs 4.2 : rgnration, 4.4 : indignat, 4.5 : cisment la faisabilit de certaines propositions,
bois mort, 4.9 : surfaces protges). des travaux notamment en faisant tester certaines mesures ou/
de recherche traitent en particulier des liens entre et observations par lIFN, le principal fournisseur
snescence, bois mort et biodiversit (lassauce et de donnes (concernant par exemple linventaire
al., 2011). Ces approfondissements ncessitent de des arbres snescents ou porteurs de microhabi-
tester les indicateurs existants et dapprofondir nos tats). dautres actions plus spcifiques pourraient
connaissances sur les mcanismes en jeu : quels tre dveloppes (recherche des zones dindignat,
sont par exemple les mcanismes qui expliquent le cartographie des forts anciennes, etc.). enfin, ces
lien entre un ge avanc des arbres et la prsence propositions ont montr lintrt de constituer des
de certaines espces ? Quels sont les effets respec- groupes dexperts sur certains sujets (dfinition de
tifs du diamtre des troncs, de la prsence des bles- niveaux de naturalit, liste darbres forestiers, zones
sures, de la composition chimique du bois et des dindignat, etc.). les besoins de recherche plus
corces, etc. sur la prfrence de certaines espces long terme sont importants, notamment pour pr-
pour ces arbres gs ? Dans le cas des bois morts, ciser certaines valeurs de rfrence, le caractre in-
quels sont les mcanismes physiologiques et co- dicateur de biodiversit de lindicateur choisi et les
logiques lorigine du lien entre la taille des bois mcanismes sous-jacents au lien entre indicateur
morts, ltat de dcomposition, la nature de les- et biodiversit. Il semble important de disposer la
sence et la prsence des espces ? des programmes fois dun suivi despces et dun suivi de variables
centrs sur ce type dapproche pourraient notam- dendromtriques ou cologiques mais surtout de
ment tre dvelopps en lien par exemple avec la relier, par des analyses statistiques, ces deux types
mise en place dun suivi despces saproxyliques au dinformation (rossi et al., 2007). n
niveau franais ou europen.

20
Cf. Nivet et al., page 59.
54
Cette synthse se base en priorit sur les Trends in Sustainable Forest Management in Europe.
rfrences suivantes oslo (Norvge). Part II, p.143-195.

IFN, 2011. les indicateurs de gestion durable des fo-


Hamza N., Boureau J.G., Cluzeau C., dupouey J.l., rts franaises mtropolitaines - dition 2010. LIF,
Gosselin F., Gosselin M., Julliard r. et vallauri d., numro spcial, 8 p.
2007. Evaluation des indicateurs nationaux de
biodiversit forestire. Nogent-sur-vernisson : In- IFN, 2006. les indicateurs de gestion durable des
ventaire Forestier National, 133 p. forts franaises : un outil de suivi indispensable.
LIF, 13, 8 p.
Gosselin M., Paillet Y., 2011. Suivis oprationnels
de biodiversit forestire : quelles expriences lassauce a., Paillet Y., Jactel H. et Bouget C., 2011.
ltranger ? Nogent-sur-vernisson, 50 p. deadwood as a surrogate for forest biodiversity:
meta-analysis of correlations between deadwood
MaaPraT-IFN, 2011. Les indicateurs de gestion du- volume and species richness of saproxylic orga-
rable des forts franaises mtropolitaines, dition nisms. Ecological Indicators, 11, 5, p.1027-1039.

2010. Paris : MaaPraT-IFN., 200 p. Ministry of agriculture and Forestry, Finland. 1996.
Intergovernmental Seminar on Criteria and Indica-
tors for Sustainable Forest Management (ISCI Semi-
nar). Helsinki, Finland, 19-22 august 1996.
autres rfrences bibliographiques
Montagne-Huck C. et Niedzwiedz a., 2011. les in-
dicateurs socio-conomiques de gestion durable
Bergs l., 2004. Rle des coupes, de la stratification des forts de France mtropolitaine. Communica-
verticale et du mode de traitement dans la conserva- tion orale au colloque Les indicateurs forestiers
tion de la biodiversit, in Gosselin M., laroussinie, o. sur la voie dune gestion durable ? . Montargis, 6-7
(eds). Gestion Forestire et Biodiversit : connatre dcembre 2011.
pour prserver - synthse bibliographique. antony :
Cemagref-ditions., p.149 215. rameau J.-C., Mansion d., dum G. et Gauberville
C., 2008. Flore forestire franaise - Tome 3, Rgion
Gosselin F. et Gosselin M., 2008. Pour une amliora- mditerranenne. IdF, 2432 p.
tion des indicateurs et suivis de biodiversit fores-
tire. Ingnieries-EAT, 55-56, p.113-120. rossiJ.P., Jactel H., van Halder I., Barbaro l., Corcket
e. et alard d., 2007. Indicateurs indirects de biodi-
Gosselin F., 2004. Imiter la nature, hter son uvre ? versit en fort de plantation. rapport final. Paris :
Quelques rflexions sur les lments et stades tron- Gip ecofor, 19 p.
qus par la sylviculture, in Gosselin M. et laroussinie
o. (eds). Gestion Forestire et Biodiversit: connatre vallauri d., andr J., Gnot J.C., de Palma J.P., ey-
pour prserver - synthse bibliographique. antony : nard-Machet r. (coordonnateurs), 2010. Biodiver-
Co-dition GIP ecofor Cemagref-ditions., p.217- sit, naturalit, humanit - pour inspirer la gestion
256. des forts. Paris : ditions Tec&doc, 474 p.

Fao, 2010. valuation des ressources forestires


mondiales 2010 Termes et dfinitions. rome :
Fao., 30 p.

Forest europe, UNeCe et Fao, 2011. Pan-European


Qualitative Indicators for Sustainable Forest Mana-
gement in State of Europes Forests 2011. Status and
55
56
Pourquoi et comment construire un indicateur
composite de la biodiversit en fort ?
Jean-Luc Peyron
*Gip Ecofor

Comprise comme la varit des formes de la vie, globale sans rien perdre du dtail et des lments
la biodiversit apparat tendue, complexe et en- dinterprtation.
core largement mconnue. elle incite en premier
lanalyse de ses multiples formes selon les objectifs de fait, le besoin dun indicateur composite pour la
que lon poursuit et les objets ou phnomnes aux- biodiversit en fort sest fait sentir en plusieurs oc-
quels on sintresse. daussi nombreux indicateurs casions, notamment lorsquil sest agi dvaluer une
permettent den donner une ide plus prcise et politique de multiples points de vue parmi lesquels
approfondie quune simple observation, et de d- celui de la biodiversit. Par ailleurs, son laboration
battre ou changer, notamment entre scientifiques peut donner loccasion daborder des problmes de
et utilisateurs. fond qui auraient tendance tre rapidement va-
cus sinon, concernant par exemple la prfrence
du point de vue des politiques publiques voire de la accorder lvolution dun indicateur par rapport
communication, une vision diffrencie reste utile un autre.
mais, dans certains cas, il apparat souhaitable de
raisonner sur une base synthtique pour permettre Pour tablir un indicateur composite de la biodiver-
un arbitrage entre des dcisions aux effets contra- sit en fort, quelles proprits doivent tre recher-
dictoires sur les diffrentes composantes de la bio- ches ? dans la mesure o existent des indicateurs
diversit. lorsque lon a accs des valuations de gestion durable publis et reconnus, il apparat
montaires, une approche conomique classique de cohrent de prendre ceux-ci comme base dun in-
type cots avantages est possible et on adopte la dicateur composite. partir de l, on peut recom-
valeur comme indicateur synthtique. Mais lorsque mander lapproche consistant :
lon ne dispose pas dune telle rfrence montaire,
il peut tre intressant den laborer une sous la slectionner parmi les indicateurs existants ceux
forme dun indicateur synthtique ou composite. qui caractrisent le mieux la biodiversit et se pr-
tent le mieux un talonnage et une composition
on reproche souvent de tels indicateurs de pr- avec dautres indicateurs ; ces indicateurs existants
tendre rsumer en une seule dimension une mul- appartiendront prfrentiellement au critre dHel-
tiplicit de facettes et, partant, dtre rducteurs. sinki relatif la biodiversit mais pourront aussi
Mais, dune part, apprhender la complexit passe maner dautres critres ; en particulier, la surface
par des simplifications qui sattachent conser- forestire est une variable importante pour la bio-
ver le maximum dinformation mais peuvent aussi diversit qui pourrait constituer lun des indicateurs
tre radicales : cest ce que font couramment les retenus ;
chercheurs qui laborent des modles, les experts
qui construisent des typologies, les statisticiens srier, pour chaque indicateur, la plage de valeurs
qui rsument en un, deux ou trois plans factoriels efficaces, dune faon qui soit cohrente et homo-
lensemble des donnes dont ils disposent. dautre gne entre les diffrents indicateurs ;
part, lindicateur composite ne substitue pas une
dimension toutes les autres : bien conu et uti- transformer la plage de valeurs efficaces de lindi-
lis, il ajoute une synthse toutes les analyses qui, cateur pour la faire varier entre 0 et 1, cette dernire
quant elles, subsistent. Il apporte donc une vision valeur tant prfrable 0 ; ce faisant, il convient
57
de dcider du mode de transformation (linaire,
concave, convexe) selon la nature des phnomnes
valus et des prfrences qui sexpriment ;

combiner en un seul les diffrents indicateurs re-


tenus, par multiplication ou addition ;

analyser les variations temporelles de lindicateur


composite et de ses composantes en rfrence la
valeur dune anne donne prise pour base 100 ;

reprsenter les rsultats sur un graphique en bar-


res reprenant les valeurs de chaque composante et
de lindicateur composite.

Une telle procdure est de nature favoriser le


dialogue entre les acteurs, notamment pour ce qui
concerne la slection des indicateurs, le choix de la
plage de valeurs, la fonction de variation des va-
leurs sur la plage [0, 1]. n

58
Utilit des indicateurs taxonomiques
de biodiversit forestire
Ccile Nivet*, Frdric Gosselin**, Marion Gosselin**
* GIP ECOFOR
** Institut de recherche pour lingnierie de lagriculture et de lenvironnement (IRSTEA)

Introduction de gestion durable [IGd] des forts franaises m-


tropolitaines (MaaPraT - IFN, 2011). la possibilit
la biodiversit est un concept complexe, englobant de les complter par des indicateurs taxonomiques
la fois la variabilit gntique des populations, la de biodiversit est tudie ici. Quel est lintrt de
diversit spcifique et fonctionnelle des communau- raliser des suivis taxonomiques de la biodiversit,
ts, la diversit des cosystmes et les interactions quelle place tiennent actuellement ces suivis en
entre ces diffrents niveaux organisationnels. Nul France et ltranger, quels taxons est-il judicieux
indicateur ne saurait prendre en compte lensem- de suivre, sur la base de quelles variables, selon
ble de ces composantes : les indicateurs valuent quels protocoles dchantillonnage ? les pages qui
des compartiments partiels de la biodiversit. dans suivent apportent certains lments de rponse,
cette synthse, nous nous limitons la composante sur la base des rflexions et travaux mens sur ce
interspcifique de la biodiversit forestire, savoir thme entre 2006 et 2011 au sein du programme de
la diversit des communauts despces forestires, recherche Biodiversit, gestion forestire et politi-
pour laquelle deux grands types dindicateurs sont ques publiques 1.
envisageables. les indicateurs structurels de biodi-
versit sont fonds sur des donnes cologiques (des
donnes spatiales, des donnes issues de la dendro- I. Pourquoi raliser des suivis
mtrie et de la typologie des peuplements, etc.), en taxonomiques de la biodiversit
lien avec la gestion et les politiques de conservation
de la biodiversit. Ils sont censs tre corrls la
forestire ?
diversit spcifique des communauts forestires.
Cependant, le lien entre ces indicateurs et ltat actuellement, les indicateurs de biodiversit as-
rel de la biodiversit nest pas toujours bien connu. socis la gestion durable des forts sont pour
les indicateurs taxonomiques de biodiversit sont, lessentiel des indicateurs fonds sur les caract-
au contraire, des indicateurs directement issus de ristiques structurelles des peuplements et des pay-
donnes dabondance et de prsence-absence des- sages (MaaPraT - IFN, 2011). Ils valuent ltat
pces, permettant dapprhender la diversit des des diffrents compartiments de la biodiversit de
communauts. Il sagit donc dindicateurs centrs manire indirecte : on suit par exemple lvolution
sur le suivi de certains taxons plantes, oiseaux, des volumes en bois mort pour se faire une ide de
insectes, mammifres, etc. pour renseigner sur la diversit des espces saproxyliques qui dpen-
ltat de la biodiversit. dent de ce micro-habitat. Ce type dindicateur a le
actuellement, les indicateurs structurels sont les mrite doffrir aux gestionnaires une information
plus couramment utiliss dans le jeu des indicateurs parlante, qui peut tre collecte moindre cot.

1
Programme anim par le Gip Ecofor avec le soutien des ministres en charge du dveloppement durable et de lagriculture.
Plus dinformation sur le site BGF : [Link]
59
on sait de plus que la strate arbore conditionne gographique et forestire (IGN)3 publie la liste des
effectivement la prsence de nombreuses com- indicateurs de gestion durable des forts franaises
posantes de la biodiversit et il ne fait ainsi nul mtropolitaines (cf. Nivet et al., page 41). Mis en
doute que les jeux dindicateurs doivent inclure place lorigine pour valuer la durabilit des pra-
des indicateurs structurels, en particulier ceux qui tiques sylvicoles et non pour assurer le suivi de la
font consensus et que lon sait interprter du point biodiversit, ce document propose des indicateurs
de vue de la biodiversit (levrel, 2007). Cepen- majoritairement structurels pour valuer le critre
dant, mme pour les indicateurs structurels assez biodiversit (critre 4 dHelsinki). Ces indicateurs
consensuels, il existe aujourdhui des incertitudes donnent une image plutt positive de lvolution de
sur les liens prsums entre ces derniers et ltat la biodiversit en fort4 :
rel de la biodiversit forestire. des informations
manquent, en particulier sur : les peuplements monospcifiques ont tendance
rgresser au profit des peuplements mlangs de-
les groupes taxonomiques et cologiques effecti- puis une vingtaine dannes ;
vement reprsents par les indicateurs structurels : les forts semi-naturelles sont celles qui profi-
par exemple, quels sont les groupes taxonomiques tent le plus de lexpansion forestire (plus que les
favoriss par le mlange dessences (indicateur de plantations) ;
composition en essences 4.1 de Forest Europe 2) ? on observe une relative stabilit des futaies rgu-
les conditions cologiques de validit de ces indi- lires trs ges5 ;
cateurs : par exemple, leffet du mlange dessences les surfaces occupes par les espces acclimates
(indicateur 4.1) sur la flore est-il le mme sur tous les (douglas, pin noir, etc.) augmentent plus vite que
types de stations et pour tous les types de mlange ? celles occupes par les espces indignes mais ces
la force, la significativit et la constance du lien dernires dominent largement les forts franaises
entre lindicateur et le(s) compartiment(s) de bio- (92 % des peuplements en 2010);
diversit au(x)quel(s) il est reli ; les mcanismes les espces exotiques ne couvrent que 2 % des
sous-jacents. forts et ce taux reste relativement stable ;
la forme de la relation entre lindicateur et la bio- la quantit de bois mort est en progression, tout
diversit. est-il interprter en moyenne, en va- comme les surfaces despaces protgs.
riance (Bergs et al., 2002), en quitabilit ? dans
le cas de lindicateur 4.1, cela reviendrait savoir Il est surprenant de constater que dans un systme
sil faut privilgier partout les peuplements les plus conu pour valuer la durabilit de la gestion fo-
mlangs ou sil faut promouvoir pour partie des restire, le seul indicateur qui renvoie une image
peuplements mlangs et pour partie des peuple- vraiment ngative concerne la fragmentation du
ments plus purs. territoire forestier (cf. synthse prcdente, indica-
Ces lacunes, ainsi que labsence de suivis taxonomi- teur 4.7), un phnomne influenc par des facteurs
ques directs en complment des indicateurs struc- extrieurs la gestion forestire tels que les chan-
turels, peuvent conduire des interprtations er- gements daffectation des terres, les pollutions dif-
rones concernant les tendances de la biodiversit. fuses ou le changement climatique. Ces pressions
Tous les cinq ans, lInstitut national de linformation mriteraient dtre values dans une optique de

2
Le processus Forest europe sappuie sur les Confrences ministrielles pour la protection des Forts en Europe : Strasbourg
(1990), Helsinki (1993), Lisbonne (1998), Vienne (2003), Varsovie (2007), Oslo (2011).
3
Cet organisme rsulte de la fusion, au 1er janvier 2012, de lInstitut gographique national (IGN) et de lInventaire forestier
national (IFN)
4
Ldition 2010 des indicateurs de gestion durable des forts franaises mtropolitaines (MAAPRAT - IFN, 2011) marque
une rupture avec les ditions prcdentes, principalement en raison de ladoption dune nouvelle dfinition de la fort et du
changement de mthode dinventaire de lIGN. Il convient ainsi plutt de considrer les rsultats de la nouvelle dition comme
un tat zro des indicateurs (Nivet et al., page 41). Les tendances mentionnes ci-dessous se basent ainsi plutt sur les sries
prcdentes (1995, 2000 et 2005) mme si les chiffres sont actualiss.
5
Nanmoins trs variable selon les essences concernes (MAAPRAT - IFN, 2011)
60
suivi de la biodiversit forestire, dans un cadre plus listes dindicateurs dont une partie est en rapport
large que celui de lvaluation de la gestion fores- avec la biodiversit forestire, limage du proces-
tire. les indicateurs taxonomiques sont quasiment sus europen SEBI 20108 (EEA9, 2009). Concernant
absents des indicateurs de gestion forestire dura- la biodiversit forestire, les suivis taxonomiques
ble. lindicateur 4.8 sur les espces forestires me- peuvent exister :
naces dextinction montre pourtant que ltat de soit au sein du volet forestier des suivis nationaux
la biodiversit forestire nest pas aussi bon que la ou internationaux de biodiversit, qui concernent
plupart des indicateurs structurels le laissent pen- plusieurs types de milieux ;
ser. dautres indicateurs taxonomiques traduisent soit au sein du volet biodiversit des suivis tels
une baisse de la diversit des espces forestires. que ceux raliss dans le cadre des inventaires fo-
ainsi, labondance des populations doiseaux com- restiers nationaux.
muns infodes aux milieux forestiers a recul de
12 % entre 1989 et 2009 (Jiguet F., 2010). Cette n volet forestier des suivis de
observation montre quil existe des incertitudes
biodiversit
sur les liens qui existent rellement entre les in-
dicateurs taxonomiques (ici, labondance doiseaux Globalement, au niveau international et tous ty-
communs) et structurels (par exemple, prsence pes de milieux confondus, les suivis de biodiver-
de futaies rgulires ges, richesse en essences sit concernent trs peu de taxons en dehors des
dans les peuplements, supposes tre favorable aux vertbrs (oiseaux, mammifres), des plantes vas-
oiseaux), une incertitude dailleurs confirme par la culaires et de certains champignons ou insectes
littrature6. facilement identifiables (lpidoptres, libellules,
gros coloptres). lchelle europenne et aux
de plus, ce systme dindicateurs fond essentielle- chelles nationales, Gosselin et Paillet (2011) no-
ment sur le suivi de donnes dendromtriques lies tent que les taxons actuellement les plus surveills
(cest le prsuppos) une composante de biodiver- sont les oiseaux, les mammifres ainsi que les pa-
sit pourrait participer une forme de normalisa- pillons de jour, pour partie en raison de lessor r-
tion des pratiques de gestion forestire alors quil cent de programmes fonds sur la participation du
existe des incertitudes de taille sur leffet rel de public (naturalistes ou amateurs) la rcolte de
ces dernires sur la biodiversit. Ces considrations donnes10. Cest le cas, en France mtropolitaine,
portent finalement croire que linformation ob- du Suivi temporel des oiseaux communs (SToC),
tenue par le biais des suivis despces permettrait un programme qui sappuie sur des ornitholo-
de mieux caractriser ltat de la biodiversit et de gues volontaires pour suivre lvolution annuelle
rquilibrer le systme dindicateurs Pression-tat- de labondance de diffrentes espces doiseaux
rponse (cf. Nivet et al., page 41). communs, en particulier celle doiseaux spcialis-
tes des milieux forestiers.
les stratgies de collecte des donnes ncessaires
II. Quels suivis taxonomiques
ces suivis de biodiversit varient selon les pays.
ltranger7? dans la majorit des cas, ce sont les ministres en
charge de lenvironnement qui rassemblent les don-
la plupart des pays europens ayant sign la nes des suivis existants et coordonnent les diff-
Convention sur la diversit biologique (CdB) sor- rents oprateurs en charge de la ralisation de ces
ganisent actuellement pour lappliquer dans le do- derniers. Ce systme se heurte de nombreuses
maine forestier et plusieurs organismes publient des questions, notamment dordre mthodologique, du

6
Cf. Redford, 1992 ; Gosselin et Laroussinie, 2004 ; Balmford et al., 2005 ; Dudley et al., 2005
7
Cf. Gosselin et Paillet, 2011
8
Le processus Streamlining European Biodiversity Indicators (SEBI) sinscrit dans la Stratgie europenne pour la biodiversit.
9
LAgence europenne pour lenvironnement
10
Cf. les rsultats du projet europen BIOMAT : [Link]
61
type comment agrger des donnes rcoltes (variables dendromtriques corrles telle ou telle
diffrents niveaux et pour diffrents objectifs ? , composante de la biodiversit ou supposes ltre) ;
comment valoriser des donnes dans un objec- la dclinaison franaise de ce processus donne lieu
tif autre que celui pour lequel lorganisation de la publication, tous les cinq ans, des indicateurs
leur collecte a t conue ? (types de relevs, di- de gestion durable des forts franaises mtropo-
mensionnement de lchantillonnage), etc. dans litaines (MaaPraT - IFN, 2011), qui reprennent et
quelques cas plus rares, des pays ou provinces se compltent ceux de Forest Europe (Forest Europe et
lancent dans la mise en place de programmes rel- al., 2011).
lement ddis au suivi de la biodiversit. Ils sont
fonds sur un chantillonnage statistique rigoureux Il nexiste pas encore proprement parler de sys-
afin de permettre une interprtation des rsultats tme global de suivi de la biodiversit forestire
sur lensemble du territoire cibl : cest le cas des lchelle europenne autre que celui sur les esp-
suivis de la biodiversit conduits en Suisse11 ou en ces en danger13. les pays forestiers qui sont dots
alberta (Canada)12. Mens sur lensemble du terri- dinventaires forestiers nationaux ajoutent nan-
toire, ils ont assez de points dchantillonnage en moins progressivement leurs relevs des donnes
milieu forestier pour contribuer significativement dabondance despces ou de groupes despces
un suivi de biodiversit forestire. dans le cas de la particuliers, notamment les plantes vasculaires,
Suisse, lexploitation des donnes recueillies dans le les bryophytes, les lichens et les champignons sa-
cadre de ce suivi a dj donn des rsultats intres- proxyliques. les suivis de biodiversit sappuient
sants pour la biodiversit forestire (cf. Gosselin et donc le plus souvent sur les donnes des inventai-
Paillet, 2011). res forestiers nationaux pour organiser le reporting
sur la biodiversit forestire. Mais les indicateurs
n volet biodiversit des suivis forestiers taxonomiques y sont encore rares ou concernent
des taxons qui ne sont pas les plus forestiers ni les
limportance de mesurer et de surveiller lvolution plus menacs. Un rcent ouvrage de Tomppo et al.
des forts est largement reconnue dans les proces- (2010) explore les possibilits dutiliser ces inven-
sus politiques internationaux, qui portent un intrt taires pour rpondre aux demandes internationa-
la disponibilit de la ressource en bois mais ga- les en matire de suivi et notamment en matire
lement la conservation de la biodiversit des fo- de suivi de la biodiversit. ltude porte sur tren-
rts et la gestion durable ; des systmes de suivis te-sept pays14 dont vingt-trois sont membres de
ont t mis en place pour valuer la durabilit de la lUnion europenne. vingt-sept pays (soit les deux
gestion forestire o la biodiversit est un critre tiers) utilisent des donnes de leur inventaire fo-
dvaluation parmi dautres. au niveau europen, restier national pour les suivis de biodiversit15 et
la stratgie en faveur du dveloppement durable et parmi eux :
plus prcisment le processus Forest Europe iden-
tifient la biodiversit comme lun des six critres presque tous (except le Portugal) recourent des
de gestion durable. la biodiversit est value par indicateurs de biodiversit bass sur des donnes
un systme essentiellement compos dindicateurs structurelles comme le volume de bois mort ou la
structurels de pression lis la gestion forestire structure verticale du peuplement ;

11
Cf. site du monitoring de la biodiversit en Suisse
12
Cf. le site internet Alberta Biodiversity Monitoring Institute
13
Cf. listes et livres rouges de la flore et de la faune menaces sur le site de lInventaire national du patrimoine naturel (INPN)
14
Allemagne, Autriche, Belgique (Wallonie), Brsil, Canada, Chine, Chypre, Core, Croatie, Danemark, Espagne, Estonie, USA,
Finlande, France, Grande-Bretagne, Grce, Hongrie, Irlande, Islande, Italie, Japon, Lettonie, Lituanie, Luxembourg, Norvge,
Nouvelle-Zlande, Pays-Bas, Pologne, Portugal, Rpublique slovaque, Rpublique tchque, Roumanie, Russie, Slovnie, Sude,
Suisse
15
Suivis nationaux ou internationaux requis par les engagements internationaux issus du processus Forest europe, de la
Convention sur la diversit biologique (CDB), des rapports de lOrganisation des Nations unies pour lalimentation et lagricul-
ture (FAO).
62
les deux tiers, dont la France, recourent des in- nomiques sont donc des complments ncessaires
dicateurs taxonomiques directs, de type prsence- aux indicateurs structurels. Mais il existe aussi des
absence ou abondance despces. dans cette incertitudes quant la capacit des suivis actuels
catgorie : rpondre aux questions que la socit se pose en
- les groupes taxonomiques les plus surveills en termes dvolution de la biodiversit forestire. ac-
dehors des ligneux concernent le plus souvent tuellement, les objectifs des suivis de biodiversit
la vgtation du sous-bois. dans la moiti des forestire ne sont pas assez clairs : sur quels com-
cas, les donnes collectes au niveau de lespce partiments de la biodiversit met-on laccent ? ;
concernent le groupe des plantes vasculaires ; quelle chelle le suivi doit-il tre men ? ; etc.
- les donnes concernant dautres groupes sont des auteurs (exemple : levrel et al., 2007) plaident
rares : six pays relvent des donnes sur les li- par consquent pour lintroduction de suivis de bio-
chens piphytes, deux pays sintressent aux diversit supplmentaires dont la mise en place soit
bryophytes (France et Slovaquie) et aux cham- conditionne par la dfinition prliminaire dob-
pignons (Slovaquie et Suisse). jectifs clairs : on ne sintressera en effet pas aux
mmes espces selon que lon veut valuer l'tat de
Cependant, ces suivis taxonomiques restent limi- populations d'espces rares ou l'efficacit de mesu-
ts, (i) soit parce quils portent sur une liste limi- res conservatoire du bois mort pour la biodiversit
te despces ; par exemple, lallemagne relve les saproxylique.
abondances de seulement huit espces de plantes
vasculaires frquentes et la Norvge une espce n Quelles espces suivre ?
seulement ; la Suisse surveille lvolution de onze
espces de champignons saproxyliques ; (ii) soit Parmi les multiples objectifs de suivis possibles
parce que les donnes sont prleves des niveaux concernant la biodiversit forestire, deux objectifs
moins fins que lespce : principaux sont identifis ici :

lchelle du groupe despces : pour les lichens valuer l'tat et l'volution de la biodiversit fo-
piphytes, les donnes consistent frquemment restire pour les reporting requis par les conven-
estimer le couvert de trois groupes morphologiques, tions internationales (espces communes et bien
savoir les lichens fruticuleux, foliacs ou crusta- connues, espces forestires menaces, espces
cs (espagne, Irlande) ; patrimoniales, etc.) ;
lchelle du genre : cest le cas par exemple des valuer l'impact des politiques publiques (poli-
champignons saproxyliques du genre polypore en tique forestire, politique de conservation) sur les
estonie ou des lichens Usnea Bryoria et Alectoria espces sensibles aux changements globaux (dont
en Sude ; les pratiques sylvicoles)16.
des chelles taxonomiques suprieures : relev
du couvert vgtal (toutes espces confondues) par dans cette optique, on recommandera alors par
exemple. exemple le suivi des trois catgories despces ou
groupe despces suivantes :

III. Quelles espces suivre en les espces menaces, tous milieux confondus
fort et comment ? (listes rouge UICN) ;
les espces communes large amplitude de mi-
on a vu prcdemment quil existait de nombreuses lieux ;
incertitudes sur les liens entre les variables utilises et les espces spcialistes des milieux fores-
comme indicateurs de biodiversit et ltat rel de tiers17, telles que :
celle-ci en milieu forestier ; les indicateurs taxo-

16
On ne sintresse ici qu la composante spcifique de la biodiversit forestire. La composante gntique nest pas traite,
sinon de faon marginale.
63
- des espces ou groupes despces choisis en fonc- n Pour les suivis de taxons
tion des enjeux de biodiversit en fort, des menaces saproxyliques en fort
qui psent sur eux, des politiques mises en uvre
et de la capacit suivre ces groupes (par exem- Gosselin et dallari (2007) plaident pour coupler les
ple les espces de lannexe II de la directive Habi- suivis de biodiversit existants (flore vasculaire,
tats-Faune-Flore (1992), pour lesquelles le rseau oiseaux) avec le suivi dau moins un groupe desp-
conservatoire Natura 2000 est mis en uvre) ; ces saproxyliques. dpendantes du bois mort pour
tout ou partie de leur cycle, ces dernires repr-
- des espces ou groupes despces les plus sensi- senteraient prs du quart des espces forestires,
bles aux choix de gestion, notamment lexploita- faune, flore et champignons confondus. en France,
tion (ex : bryophytes, les insectes saproxyliques et prs de dix mille espces seraient concernes, en
les champignons), dont : particulier des champignons, des insectes (colop-
tres) mais aussi de nombreuses espces dinvert-
(i) les espces ou groupes limits par les ressources brs, de bryophytes (mousses et hpatiques) et de
(espces infodes au bois mort, aux forts non ex- vertbrs (oiseaux, rongeurs, etc.). actuellement,
ploites, aux vieux arbres, etc.) ; on estime 11 % la proportion de coloptres sa-
(ii) des espces ou groupes limits par leurs capa- proxyliques menacs lchelle pan-europenne et
cits de dispersion et potentiellement sensibles soit 14 % dans les pays de lUnion (Geburek et al.,
la fragmentation par des linaires de transport, 2010). Cette valuation est faite dire dexpert.
soit au rythme et lintensit des coupes, soit au Plus gnralement, dans les pays europens dots
changement climatique ; dobservatoires environnementaux, cest environ 20
(iii) des espces ou groupes particulirement sensi- 50 % des espces saproxyliques qui figurent sur
bles au climat. les livres rouges des taxons menacs dextinction
(notamment lallemagne)18.
le choix des groupes despces suivre repose en
grande partie sur la connaissance des menaces qui Pourtant, durant les dernires dcennies, le volume
psent sur elles, notamment en termes dvolution de bois mort a eu plutt tendance augmenter en
des pratiques de gestion. Pour cela, on peut sins- europe. Ce constat fait douter certains de limpor-
pirer de la littrature scientifique : par exemple, si tance de ce micro-habitat pour la conservation
les forestiers apprhendent souvent la biodiversit de la biodiversit. Mais selon Gosselin et dallari
travers la diversit des essences darbres et de la (2007), cest mconnatre limportance de leffet de
flore vasculaire, celle-ci savre moins sensible trane associ au phnomne dextinction despces
lexploitation du bois que dautres groupes taxo- (Pimm, 2002). de plus, les volutions prvisibles de
nomiques (Gosselin, 2004 ; Paillet et al. 2010). de la gestion forestire, notamment avec la monte du
mme, les analyses ci-dessus mettent peu laccent bois nergie, pourraient conduire (i) au maintien
sur les groupes indicateurs de parties plus grandes ou une baisse du volume moyen de bois mort,
de la biodiversit car les arguments scientifiques (ii) une plus grande variance spatiale du volume
en faveur de cette approche sont discuts (dallari de bois mort (juxtaposition dlots de vieux bois ou
2007; Gosselin et dallari, 2007). de snescences et de parcelles gres de manire
intensive) et (iii) une plus grande variance tempo-
Par ailleurs, le choix des espces est aussi large- relle du volume de bois mort, l o le bois nergie
ment subordonn dautres considrations, telles sera rcolt. Ces tendances, notamment la premi-
que le cot du suivi, la quantit de donnes dj re, pourraient tre relativises, par exemple dans le
disponibles, la capacit technique suivre les grou- cas de laugmentation du phnomne de dprisse-
pes taxonomiques, etc. ment. Ce qui est certain aujourdhui, cest quon ne

17
Cf. exemple des carabiques forestiers qui rpondent plus fortement et plus nettement la surface terrire que la flore fores-
tire (o ?) voir les travaux des Equipes en Bretagne ( ?) Emmanuelle Richard, 2004 ?
18
On manque nanmoins de donnes sur les espces saproxyliques menaces autres que les insectes.
64
ENCADR 1
sait pas bien prdire limpact de ce type de scnario
la qualit dun suivi taxonomique repose sur
sur les cortges saproxyliques et cest pourquoi la
plusieurs critres essentiels identifis par Gos-
mise en place dun suivi de taxons saproxyliques
selin (2011) comme suit :
lchelle europenne ou franaise serait utile. Gos-
selin et dallari (2007) proposent deux groupes des- Critre 1 dfinir des objectifs du suivi (inclut
pces saproxyliques faciles suivre : les coloptres le choix des groupes suivre)
saproxyliques et les polypores.
Critre 2 construire un plan dchantillon-
nage adapt aux objectifs du suivi
n Comment suivre ces espces ?
Critre 3 conduire ventuellement une
Nous proposons ici quelques pistes de rflexion tude pilote pour amliorer la prcision du
concernant deux tapes cls lies la mise en place suivi. Il pourra sagir par exemple damliorer
oprationnelle dun suivi taxonomique de biodiver- les connaissances sur les seuils de dtectabilit
sit : la premire concerne le type de donnes des individus ou des espces dans le cadre du
rcolter, la seconde concerne le plan dchantillon- protocole de suivi ou des analyses de donnes.
nage. dautres aspects mthodologiques, lis par Critre 4 choisir les mthodes standard de
exemple au choix des variables cologiques ou aux relevs
analyses statistiques, ne sont pas abords ici (cf.
encadr 1). Il est nanmoins important de garder Critre 5 choisir les variables cologiques
lesprit que toutes ces tapes doivent tre penses explicatives collecter (spatiale, stationnelle
en fonction des objectifs du suivi. ou dendromtrique) en parallle aux donnes
taxonomiques, pour amliorer par exemple la
Quelles donnes rcolter ? prcision statistique du suivi ou pour rpondre
aux questions dfinies initialement.
la richesse spcifique (cf. encadr 2) est la mesure

ENCADR 2
Richesse spcifique : nombre total despces de la communaut. Plus la richesse est grande, plus la
diversit est leve. Cette quantit na de sens que prcise par rapport lchelle laquelle elle se
rapporte (Gosselin et laroussinie, 2004).

Abondance despce : elle peut tre mesure et quantifie de diffrentes faons (non quivalentes)
par :
le nombre dindividus de lespce (abondance numrique)
la biomasse de lespce
le recouvrement, en pourcentage de la surface recouverte par lespce (pour les plantes
notamment)
la frquence, ou le pourcentage de prsences de lespce dans des fractions du relev
labondance relative dune espce se prsente bien souvent comme labondance dune espce dans
un relev par rapport labondance totale du relev (toutes espces confondues) (daprs Gosselin et
laroussinie, 2004).

Rpartition ou distribution spatiale : elle peut se dfinir comme laire de rpartition ou comme la
fluctuation spatiale de labondance des organismes dans leur aire de rpartition. Une communaut
est dite quirpartie lorsque tous les taxons (familles, genres, espces) qui la composent ont la mme
abondance. Par construction, plus une communaut tend vers lquirpartition, plus sa diversit aug-
mente. de mme, quitabilit donne, plus la richesse taxonomique est grande, plus la diversit
augmente (Gosselin et laroussinie, 2004).

65
de biodiversit actuellement la plus utilise. or, il phique serait la plus rigoureuse car elle permettrait
existe aujourdhui un consensus parmi les cologues destimer trs prcisment les probabilits dextinc-
pour dire que les indicateurs bass sur des donnes tion dune espce diffrents horizons de temps.
de richesse sont peu informatifs en ce qui concerne Mais la rcolte des donnes ncessaires cette ap-
les dynamiques des cosystmes et de la biosphre proche requiert un travail de terrain trs important
de manire gnrale. les indicateurs bass sur ce et cest pourquoi Gosselin et dallari (2007) plaident
type de donnes seraient en particulier trs dpen- plutt en faveur des suivis dabondance, en tout cas
dants des chelles auxquelles ils sont mesurs et dans le cas des suivis de groupes despces. Ces der-
peu sensibles aux variations de court terme (no- niers permettent selon eux de suivre un plus grand
tamment lorsque lon raisonne large chelle) dans nombre despces et daboutir sur un large territoire
la mesure o lextinction dune espce est un pro- et sur le moyen terme aux mmes tendances que
cessus lent (Chevassus-au-louis et al., 2009). les suivis dmographiques. en croisant les catgo-
ries despces suivre avec le type de donnes
depuis quelques annes, la communaut des co- rcolter, ils aboutissent finalement au tableau1.
logues favorise plutt llaboration dindicateurs
bass sur les variations dabondance (cf. encadr 2) Ces analyses rejoignent globalement celles de levrel
ou sur des suivis considrant lidentit des esp- et al. (2007), qui proposent de faire des regroupe-
ces et non seulement leur nombre. Ces indicateurs ments taxonomiques et dlaborer des indicateurs
seraient non seulement plus sensibles aux dynami- composites de biodiversit fonds sur des donnes
ques de court terme mais aussi plus comprhensi- recueillies au niveau de lespce. Ces regroupe-
bles pour les parties prenantes. Ils sont dj utiliss ments peuvent prendre en compte des caractris-
dans les mthodologies proposes par lUnion inter- tiques varies despces, quelles concernent les
nationale pour la conservation de la nature (UICN) fonctions des espces dans les cosystmes, leurs
et dans certains cas par lagence europenne pour rponses des gradients cologiques, leur sensibi-
lenvironnement, par la Convention sur la diversit lit des types dhabitats ou de gestion ou, plus g-
biologique (CdB) ou encore dans le cadre du Suivi nralement, leurs caractristiques cologiques. les
temporel des oiseaux communs (programme SToC). donnes dabondance de communauts permettent
la mthodologie de lUICN pour valuer le degr de ainsi une diversit de modes danalyse qui en font
menace pesant sur les espces peut aussi utiliser des donnes riches, pouvant dailleurs tre utilises
des donnes dmographiques (taux de survie, re- pour valuer dautres critres de la gestion dura-
production, dispersion, etc.). Selon certains auteurs ble forestire que le critre biodiversit (Gosselin et
comme Thompson (2006), cette approche dmogra- Gosselin, 2008).

Espces ou groupe despces Critre de choix Dmographie Abondance Rpartition

menaces Tous milieux x (x) (x)


large amplitude
x x
de milieux
communes spcialistes forestiers x x
dont sensibles
la gestion forestire (x) x x

Tableau 1 : taxons slectionns par Gosselin (2011) pour llaboration dindicateurs de biodiversit en
fonction du type de donnes rcolter. Une croix x signifie que le croisement est envisageable, une croix
entre parenthses met certaines rserves et labsence de croix signifie qua priori, le croisement nest pas
envisageable.
66
Quel plan dchantillonnage associ ? lchantillonnage recommand sera alors probable-
Comme il est rare de pouvoir suivre lensemble des ment un chantillonnage stratifi, qui consistera
populations dun taxon, on procde gnralement par exemple suivre des populations despces ci-
un chantillonnage cibl qui consiste rcolter bles en et hors zone concerne (cf. encadr 3).
des donnes de populations reprsentatives de
lensemble des populations. Pour y arriver, il est
important de veiller ce que la slection des sites IV. Quelles perspectives pour le
dchantillonnage ne soit pas biaise ; veiller par dveloppement dindicateurs
exemple ce quils ne se situent pas exclusivement
dans des zones problme , en bord de route ou
taxonomiques ?
dans des zones qui tronquent une partie du terri-
toire comme cest lgrement le cas du rseau de Comme nous lavons vu prcdemment, nous dis-
lIGN, qui relve des donnes exclusivement dans posons aujourdhui de trs peu dindicateurs dtat
les forts de production (95 % des forts franaises de la biodiversit spcifique. Plusieurs auteurs tels
mtropolitaines). que Pereira et Cooper (2006) plaident pour la mise
en place supplmentaire de ce type de suivis. Ils
la mthode dchantillonnage mettre en uvre plaident aussi pour linsertion, au sein des indica-
dpend directement des questions que lon se pose teurs de gestion durable des forts, dindicateurs
et des populations ou espces suivre. Si lon sou- pour valuer limpact des politiques publiques sur
haite avoir une bonne reprsentation des tendances la biodiversit.
spatiale ou temporelle des espces communes, on
procdera par exemple plutt un chantillonnage
systmatique, alatoire ou stratifi. Si lon cible n Pour le dveloppement dindicateurs
linverse des espces rares, on sera alors plutt ame- pour valuer limpact des politiques
n mettre en place un chantillonnage adaptatif
publiques sur la biodiversit
(densit plus forte autour des sites de prsence). Si
lon cherche encore valuer une politique de pr- les indicateurs de biodiversit actuellement pro-
servation ou de gestion par exemple dans le ca- poss en fort ne permettent pas, pour la plupart,
dre dune tude dimpact dune nouvelle pratique , dvaluer limpact des politiques (exemple : la direc-

ENCADR 3

chantillonnage systmatique : la population tudie est chantillonne sur une grille rgulire de
points dont lorigine est choisie au hasard.

chantillonnage alatoire : chaque unit statistique de la population tudie a la mme probabilit


dtre choisie dans lchantillon (Bastien et Gauberville, 2011).

chantillonnage stratifi : la population tudie est dcoupe pralablement en sous-ensembles ap-


pels strates et o les units statistiques font, dans chacune dentre elles, lobjet dun chantillonnage
alatoire indpendant des autres strates (Bastien et Gauberville, 2011).

chantillonnage adaptatif : le nombre de placettes chantillonnes dpend de loccurrence et du


nombre dindividus rencontrs durant lchantillonnage. Particulirement adapte pour le suivi desp-
ces rares, en bouquet ou distribues de faon non homogne, cette mthode ne permet cependant pas
de prvoir lavance le cot de lchantillonnage et ncessite des calculs supplmentaires (moyenne,
variance).

67
tive Habitats-Faune-Flore, 1992) sur la biodiversit rponse (actions ou politiques mises en uvre pour
inter-spcifique ou de fournir aux futurs dcideurs remdier ces impacts). titre dexemple, Hagan
des lments de diagnostic utiles pour la concep- et Whitman (2006) proposent de slectionner cinq
tion de nouvelles politiques. Il sagit pourtant dun quinze composantes de biodiversit dimpor-
objectif important19. les politiques mises en u- tance (pas de choix prtabli). Pour chacune delles,
vre sont souvent bases sur des hypothses dont il les auteurs proposent de dvelopper des indicateurs
faudrait en effet vrifier lefficacit, une remarque dtat, de pression et de rponse.
qui plaide pour une intgration plus forte des suivis
dans les processus de dcision et de rgulation et en somme, une meilleure intgration des systmes
qui va de pair avec la ncessit de mieux dfinir les de suivis dans la politique permettrait damliorer
objectifs du suivi. les liens du suivi et des indica- la clart et la pertinence des objectifs du suivi, de
teurs retenus avec une politique peuvent se faire de mieux adapter les plans dchantillonnage et, par
diffrentes faons : ricochet, les indicateurs associs. Cela permettrait
le suivi peut avoir pour seul but de donner un notamment, selon Gosselin et al. (2009), de mieux
tat de la situation ; nous sommes aujourdhui trs prendre en compte les enjeux de biodiversit (co-
souvent dans ce cas ; il sagit alors de cerner ltat logique, politique) actuels. la politique actuelle en
du systme ; faveur de lutilisation du bois nergie ncessiterait
le suivi peut avoir pour but dvaluer les politiques par exemple la mise en place dun suivi robuste
de conservation ou de gestion, sans hypothse a despces saproxyliques.
priori sur les mcanismes biologiques sous-jacents :
on cherche simplement voir si lvolution de la bio- n Propositions pour le dveloppement
diversit est diffrente selon quon est en zone bn-
dindicateurs taxonomiques
ficiant dactions de prservation ou non ; on pourrait
ainsi envisager dvaluer lefficacit de la gestion Nous avons ci-dessus expliqu de quels points de
pratique au sein du rseau Natura 2000 forestier vue linsertion dindicateurs taxonomiques de bio-
en comparant lvolution de sa biodiversit via des diversit supplmentaires parmi les indicateurs de
indicateurs biotiques par rapport celle de forts gestion forestire durable apparat souhaitable.
situes en dehors du rseau ; dans ce cas, la rpar- dans cette perspective, quelques propositions peu-
tition du plan dchantillonnage doit tre quilibre vent tre formules sur la base du travail de Gosse-
entre zones protges et zones non protges20 ; lin et dallari (2007) :
le suivi peut enfin avoir pour but dvaluer les
politiques de conservation, en faisant des hypoth- (i) privilgier le dveloppement dindicateurs taxo-
ses a priori sur les mcanismes biologiques sous- nomiques large chelle (biogographique, natio-
jacents que lon suppose dominants. nale ou europenne) plutt qu lchelle rgionale
ou locale, compte tenu des contraintes logistiques ;
dans les niveaux dintgration les plus pousss, il parat en effet difficile de viser des indicateurs
le systme de suivi de lefficacit dune politique taxonomiques statistiquement interprtables aux
publique devrait comporter, de faon quilibre, chelles locales, en tout cas avec des moyens rai-
des indicateurs dtat, de pression et de rponse : sonnables ;
chaque indicateur dtat de la biodiversit (ou
dun compartiment donn de biodiversit) devrait (ii) amliorer, si cest possible, le principal indica-
ainsi correspondre un ou plusieurs indicateurs de teur dtat de la biodiversit forestire (Gosselin et
pression (pression anthropique influenant cette Gosselin, 2008), savoir lindicateur 4.8 de gestion
part de biodiversit, via des impacts sur son habi- forestire durable qui prsente la proportion desp-
tat par exemple) et un ou plusieurs indicateurs de ces forestires menaces conformment aux cat-

19
Cf. Underwood, 1995 ; Bawa et Menon, 1997; Lindenmayer, 1999 ; Vos et al., 2000 ; Thompson, 2006
20
Cf. sur ce point lexemple du projet GNB Gestion, Naturalit et Biodiversit qui compare la biodiversit en rserve fores-
tire nonexploite et en fort exploite ([Link]
68
gories de lUICN ; cet indicateur prsente lavantage (2009) insistent sur lintrt de suivre labondance
dtre la version forestire dun indicateur utilis de groupes taxonomiques davantage lis aux en-
plus globalement ou dans dautres milieux ; les pis- jeux forestiers que les groupes dj suivis. Parmi
tes damlioration formules par exemple dans le les enjeux, la pression pesant sur certains habitats
cadre de lobservatoire national de la Biodiversit ou micro-habitats (les vieux peuplements et le bois
(oNB) pourraient tre appliques au niveau fores- mort) plaide selon eux pour le suivi de labondance
tier (par exemple : incorporation dans le primtre ou de la rpartition de groupes taxonomiques sa-
de lindicateur dune partie des espces teintes ; proxyliques comme les coloptres et les polypores
considration dune version dynamique de cet in- sparoxyliques. Pour tester la faisabilit dun tel suivi
dicateur Red List Index21, etc.). on pourrait aussi et identifier le type de donnes quil serait le plus
complter ou illustrer lindicateur 4.8 par des zooms pertinent de rcolter, ils proposent de tester son op-
sur des espces qui seraient lobjet dune attention portunit travers un projet pilote, en se servant
ou dun suivi par exemple dmographique par- par exemple du rseau de placettes du dSF.
ticuliers (cf. Hamza et al., 2007) ;
(v) Pour valuer le critre de gestion forestire du-
(iii) suivre labondance despces ou de groupes rable relatif la biodiversit (critre 4), il est im-
taxonomiques large amplitude de milieux in- portant de pouvoir relier les volutions de la bio-
cluant des gnralistes, des spcialistes foresti- diversit :
res et dautres milieux, notamment terrestres. Ces
donnes pourraient tre utilises en France, voire des pressions issues de la gestion forestire ainsi,
lchelle europenne ou mondiale22 afin de com- ventuellement, qu dautres pressions extrieures
parer lvolution de la biodiversit dans diffrents la fort (artificialisation, etc.) ;
milieux, comme le fait dj par exemple le pro- des rponses ou politiques publiques visant pour
gramme SToC. Il serait intressant de restreindre partie prserver la biodiversit, notamment
ces analyses celle despces trs spcialistes de forestire.
ces diffrents milieux. Il existe dj des donnes
dabondance de populations relatives aux suivis de Gosselin et dallari (2007) insistent dans ce cadre
certains groupes taxonomiques en fort : au niveau sur la dfinition des questions auxquelles aura
franais, cela concerne en particulier les oiseaux - rpondre le suivi de biodiversit : devra-t-il tre re-
via le programme SToC coordonn par le Musum prsentatif de la situation franaise moyenne? de-
national dHistoire naturelle (MNHN) - et la flore vra-t-il valuer des politiques gnrales (comme le
vasculaire - via les rseaux de placettes grs par rseau Natura 2000) ou plus particulires (comme
lIGN et par le dpartement de la sant des forts la mise en place par loNF dune politique en faveur
(dSF) du ministre en charge de lagriculture. luti- des lots de vieux bois et de snescence23)? devra-
lisation des donnes taxonomiques existantes ne t-il valuer limpact des units de cognration
doit cependant pas se faire nimporte quel prix issues de biomasse forestire sur la biodiversit
et il faudra bien rflchir la pertinence de faire saproxylique ? etc.
voluer le plan dchantillonnage et les protocoles
associs (cf. Gosselin et dallari, 2007) ; Une fois ces questions poses et les groupes taxo-
nomiques slectionns, il faut construire le plan
(iv) complter les suivis taxonomiques existants dchantillonnage et collecter les variables (colo-
par le suivi national ou supra-rgional (europens giques, de gestion) qui permettront dapporter des
dans notre cas) de groupes lis des objectifs par- rponses aux questions retenues. en parallle ces
ticuliers. Gosselin et dallari (2007) et Gosselin et al. suivis, landmann et Gosselin (2009) plaident pour

21
Cf. Gosselin et Dallari (2007) ainsi que le site internet Birdlife International : [Link]
22
Cf. Pereira et Cooper (2006) et Lughadha et al. (2005)
23
Cf. ONF, 2009. Instruction biodiversit conservation de la biodiversit dans la gestion courante des forts publiques . 11
pages.
69
la mise en place de projets pilotes en France et/ou Cette synthse se base essentiellement
en europe pour (i) mieux jauger des liens qui exis- sur les rfrences suivantes
tent rellement entre la biodiversit et les groupes
cologiques/taxonomiques et (ii) identifier les fac- Gosselin M. et Paillet Y., 2011. Suivis oprationnels
teurs de changement et les volutions les plus pro- de biodiversit forestire : quelles expriences
bables (par exemple, lvolution du bois mort, des ltranger ? Paris : Cemagref, 50 p.
vieux arbres, de la non exploitation, du climat ou
de la fragmentation). Certains de ces projets pour- Gosselin, 2011. Suivis dtat de la biodiversit in-
raient impliquer une approche exprimentale ou de terspcifique en fort Pourquoi ? Quoi ? Comment ?
gestion adaptative (Cordonnier et Gosselin, 2009 ; Colloque les indicateurs forestiers sur la voie dune
Cordonnier et al., 2009). gestion durable ? Communication orale, Montargis,
6 et 7 dcembre.

Conclusion Gosselin F. et dallari r., 2007. Des suivis taxono-


miques de biodiversit en fort. Pourquoi ? Quoi ?
Il reste beaucoup faire pour amliorer les systmes Comment ?, Nogent-sur-vernisson : Gip ecofor-
de suivis actuels de la biodiversit forestire. Cet Cemagref, 119 p.
article plaide pour lintgration de nouveaux suivis
dtat de la biodiversit dans un systme danalyse levrel H., los G. et Couvet d., 2007. Indicateurs de
quilibr (systme Pression - tat - rponse, cf. Ni- biodiversit pour les forts franaises. tat des lieux
vet et al., page 41), construit en lien avec des ob- et perspectives, Revue forestire franaise, vol. 59
jectifs clairement dfinis. aux cts des indicateurs (1), p.45-56.
structurels existants, ces indicateurs taxonomiques
limiteraient vraisemblablement les controverses et autres rfrences bibliographiques
amlioreraient les dbats sur la biodiversit, sa ges-
tion et son valuation aux diffrentes chelles. Balmford a., Bennun l., ten Brink B., Cooper d., Cote
I.M., Crane P., dobson a., dudley N., dutton I., Green
la concrtisation des pistes voques ci-dessus d- r.e., Gregory r.d., Harrison J., Kennedy e.T., Kremen
pendra pour partie des crdits publics disponibles. C., leader-Williams N., lovejoy T.e., Mace G., May
on peut nanmoins dj supposer que la recon- r. and Mayaux P., 2005. The convention on biologi-
naissance rcente de ces problmatiques au sein cal diversitys 2010 target, Science, vol. 307 (5707),
de la Convention sur la diversit biologique et de p.212-213.
lagence europenne pour lenvironnement jouera
probablement en faveur de lintgration dindica- Bastien Y. et Gauberville C., coordinateurs, 2011.
teurs supplmentaires aux cts des indicateurs de Vocabulaire forestier : cologie, gestion et conser-
gestion forestire durable actuels. n vation des espaces boiss. Paris : Institut pour le
dveloppement Forestier (IdF), 608p.

Bawa K.S. and Menon S., 1997. Biodiversity moni-


toring: the missing ingredients, Trends in Ecology &
Evolution, 12 (1), p.42-42.

Bergs l., Gosselin M., Gosselin F., dumas Y. et la-


roussinie o., 2002. Prise en compte de la biodiversi-
t dans la gestion forestire : lments de mthode,
Ingnieries - EAT, n spcial, p.45-55.

Chevassus-au-louis B., Salles J.M., et Pujol J.l., 2009.


Rapport du Centre danalyse stratgique : approche
70
conomique de la biodiversit et des services lis aux Gosselin F. et Gosselin M., 2008. Pour une amliora-
cosystmes. la documentation franaise, 376p. tion des indicateurs et suivis de biodiversit fores-
tire. Ingnieries-EAT, vol. 55-56, p.113-120.
Cordonnier T. et Gosselin F., 2009. la gestion fores-
tire adaptative: intgrer lacquisition de connais- Gosselin F., archaux F. et Gosselin M., 2005. Sui-
sances parmi les objectifs de gestion, Revue fores- vre la biodiversit en fort : pourquoi ? Quoi ? Com-
tire franaise, vol.61, p.131-144. ment ? Symposcience, 7p.

Cordonnier T., Gosselin F., Bouget C., Brzard J.-M. Gosselin F., 2004. Imiter la nature, hter son uvre ?
et allain r., 2009. Gestion adaptative ou gestion Quelques rflexions sur les lments et stades tron-
exprimentale du bois mort, des vieux arbres et des qus par la sylviculture dans : Gosselin M., larous-
arbres cavits: exercice de prospective, Rendez- sinie o., coordonnateurs, 2004. Gestion Forestire
vous techniques, vol. 25-26, p. 34-37. et Biodiversit : connatre pour prserver - synthse
bibliographique. antony : co-dition Gip ecofor -
dallari r., 2007. Synthse bibliographique sur les in- Cemagref, p.217-256.
dicateurs directs de biodiversit et leur application
dans un suivi forestier. Rapport de Master 2. No- Gosselin M. et laroussinie o., coordonnateurs,
gent-sur-vernisson : Cemagref, 66p. 2004. Biodiversit et gestion forestire : conna-
tre pour prserver. Synthse bibliographique. an-
dudley N., Baldock d., Nasi r. and Stolton S, 2005. tony : co-dition Gip ecofor - Cemagref, 320p. +
Measuring biodiversity and sustainable manage- Cd rom.
ment in forests and agricultural landscapes, Phi-
losophical Transactions of the Royal Society B., vol. Hagan J.M. and Whitman a., 2006. Biodiversity in-
360, p.457-70. dicators for sustainable forestry: simplifying com-
plexity, Journal of Forestry, vol. 104, p.203-210.
eea, 2009. Progress towards the European 2010
biodiversity target - indicator fact sheets. Techni- Hamza N., Boureau J.G., Cluzeau C., dupouey J.l.,
cal report n4. Copenhagen: european environment Gosselin F., Gosselin M. Julliard r. et vallauri d.,
agency. 2007. Evaluation des indicateurs nationaux de
biodiversit forestire. Nogent-sur-vernisson : Gip
Forest europe, UNeCe and Fao, 2011. State of Euro- ecofor-IFN, 108p.
pes Forests 2011: Status and Trends in Sustainable
Forest Management in Europe. Ministerial Confer- Jiguet F., 2010. Les rsultats nationaux du program-
ence on the Protection of Forest in europe. oslo : me STOC de 1989 2009. disponible sur : www2.
Forest europe, 337p. [Link]/vigie-nature.

Geburek T., Milasowszky N., Frank G., Konrad H. and landmann G. et Gosselin F., 2009. Utilisation de la
Schadauer K., 2010. The austrian Forest Biodiversity biomasse forestire, biodiversit et ressources na-
Index: all in one, Ecological indicators, vol. 10 (3), turelles: synthse et pistes dapprofondissement,
p.753-761. p.177-191 dans : landmann G. et al., coordonna-
teurs, 2009. Bio2 - Biomasse et Biodiversit Fores-
Gosselin F., Bouget C., Gosselin M., Chauvin C. et tire - Augmentation de lutilisation de la biomasse
landmann G., 2009. Ltat et les enjeux de biodiver- forestire: implications pour la biodiversit et les
sit forestire en France, p.63-69 dans landmann ressources naturelles. Paris : MeddTl - Gip ecofor,
G. et al., 2009. Biomasse et Biodiversit Forestire 211p.
- Augmentation de lutilisation de la biomasse fo-
restire : implications pour la biodiversit et les lindenmayer d.B., 1999. Future directions for biodi-
ressources naturelles (BIO2). Paris : MeddTl - Gip versity conservation in managed forests: indicator
ecofor, 211p. species, impact studies and monitoring programs,
71
Forest Ecology and Management, vol. 115 (2-3), Underwood a.J., 1995. ecological research and (and
p.277-278. research into) environmental management. Ecolo-
gical Applications, vol. 5 (1), p.232-247.
lughadha e.N., Baillie J., Barthlott W., Brummitt
N.a., Cheek M.r., Farjon a., Govaerts r., Hardwick vos P., Meelis e. and Ter Keurs W.J., 2000. a fra-
K.a., Hilton-Taylor C., Meagher T.r., Moat J., Mutke mework for the design of ecological monitoring
J., Paton a.J., Pleasants l.J., Savolainen v., Schatz programs as a tool for environmental and nature
G.e., Smith P., Turner I., Wyse-Jackson P. and Crane management, Environmental Monitoring and As-
P.r., 2005. Measuring the fate of plant diversity: sessment, vol. 61 (3), p.317-344.
towards a foundation for future monitoring and
opportunities for urgent action, Philosophical Tran-
sactions of the Royal Society B-biological Sciences,
n 360 (1454), p.359-372.

Ministre de lagriculture, de lalimentation, de la


Pche, de la ruralit et de lamnagement du ter-
ritoire (MaaPraT), 2011. Les Indicateurs de gestion
durable des forts franaises mtropolitaines. Paris :
MaaPraT-IFN, 200p.

Paillet Y., Berges l., Hjalten J., odor P., avon C., Ber-
nhardt-romermann M., Bijlsma r. J., de Bruyn l.,
Fuhr M., Grandin U., Kanka r., lundin l., luque S.,
Magura T., Matesanz S., Meszaros I., Sebastia M.
T., Schmidt W. and Standovar T., 2010. Biodiversity
differences between Managed and Unmanaged Fo-
rests: Meta-analysis of Species richness in europe,
Conservation Biology, vol. 24, p.101-112.

Pereira H. M and Cooper H. d., 2006. Towards the


global monitoring of biodiversity change, Trends in
Ecology & Evolution, vol. 21, p.123-129.

Pimm S.l., 2002. The dodo went extinct (and other


ecological myths), Annals of the Missouri Botanical
Garden, vol. 89 (2), p.190-198.

redford K.H., 1992. The empty forest, BioScience,


vol. 42, p.1-12.

Thompson I.d., 2006. Monitoring of biodiversity


indicators in boreal forests: a need for improved
focus, Environmental Monitoring And Assessment,
vol.121, p.263-273.

Tomppo e., Gschwantner T., lawrence M. and Mcro-


berts r. (eds.), 2010. National Forest Inventories :
pathways for common reporting. Springer, 612p.

72
lIndice de biodiversit potentielle (IBP) :
un indicateur composite pour intgrer la diversit
taxonomique ordinaire dans la gestion forestire
Laurent Larrieu* et Pierre Gonin**
*Institut national de la recherche agronomique (INRA)
**Centre national de la proprit forestire (CNPF) - Institut pour le dveloppement forestier (IDF)

n a lorigine de lIBP : le besoin dun pour la gestion de la biodiversit taxonomique. Pour


outil oprationnel guider la conservation de la biodiversit en fort,
lindenmayer et al. (2006) ont publi une liste de
en fort, la diversit des espces est trs forte (plu- stratgies comprenant le maintien dlments cls
sieurs milliers despces, mme sur des faibles sur- de la complexit structurale des peuplements.
faces, rameau et al., 2000) et il est illusoire desp-
rer la recenser de manire exhaustive. lapproche n lIndice de biodiversit potentielle
qui consiste miser sur des taxons intgrateurs
de la diversit taxonomique globale1 est promet- lIndice de biodiversit potentielle (IBP) sappuie sur
teuse, mais lheure actuelle, les relations entre ces cette dmarche. Il se prsente comme un indicateur
taxons indicateurs et la biodiversit taxonomique indirect composite qui agrge dix facteurs cls (ta-
gnrale ne sont pas encore bien tablies (linden- bleau 1) pour lesquels des relations avec des taxons
mayer et al., 2000 ; Mcelhinny et al., 2005). de plus, forestiers sont documentes (larrieu et Gonin,
lutilisation de ce type doutil (les bio-indicateurs) 2009). lobjectif de lIBP est de mettre la disposi-
prsente un cot lev car elle exige de longues tion des gestionnaires forestiers un outil pertinent
priodes dobservation (souvent plusieurs annes) et pratique qui leur permette dintgrer la biodi-
et le concours de spcialistes taxonomistes (Puu- versit taxonomique ordinaire dans la gestion cou-
malainen et al., 2003). des efforts sont actuelle- rante. Chacun des dix facteurs reoit le mme poids
ment entrepris pour simplifier leur utilisation, mais dans le diagnostic car lIBP sintresse lensemble
aucun outil nest encore utilisable par les gestion- des espces et nous ne disposons pas dlments
naires eux-mmes. Une approche alternative, plus scientifiques suffisants pour attribuer plus de poids
indirecte consiste centrer le diagnostic sur des tel facteur plutt qu tel autre. Nanmoins, qua-
attributs cls des cosystmes forestiers. linden- tre facteurs concernent plus particulirement les
mayer et al. (2000) ont ainsi suggr dutiliser des cortges despces saproxyliques2 pour tenir comp-
variables de structure des peuplements forestiers. te du fait que ces cortges constituent au moins le
depuis, les indicateurs bass sur des facteurs struc- quart des espces forestires dans les forts bora-
turaux cls ont montr leur caractre pratique et les ou tempres (Stockland et al., 2004 ; Bobiec
leur efficacit pour la prise en compte la biodiver- et al., 2005), quils jouent un rle fonctionnel trs
sit dans la gestion courante (larsson, 2001). Tews important et que les substrats saproxyliques pr-
et al. (2004) ont ainsi propos dutiliser le bois mort sentent une grande diversit (Speight, 1989).

1
les taxons sont choisis pour leur capacit fournir des informations sur ltat du milieu et sur dautres espces (espces
indicatrices).
2
Il sagit despces lies, pendant au moins une partie de leur cycle de vie, au bois mort ou mourant, ou aux microhabitats des
arbres, ou encore dautres organismes saproxyliques (Speight, 1989).
73
Sept facteurs lis au peuplement et la gestion forestire

vgtation essences forestires autochtones


Structure verticale de la vgtation
Bois mort sur pied de grosse circonfrence
Bois mort et microhabitats lis aux arbres Bois mort au sol de grosse circonfrence
(quelle que soit lessence autochtone ou non) Trs gros bois vivants
arbres vivants porteurs de microhabitats
Habitats associs Milieux ouverts
Trois facteurs lis plutt au contexte,
rsultant de lhistoire ou des conditions stationnelles, mais pouvant tre modifis par lactivit forestire

Continuit temporelle de ltat bois


Continuit temporelle de ltat bois
(fort ancienne)

Habitats associs Habitats aquatiques


Milieux rocheux

Tableau 1 : les dix facteurs dcrire de lIBP

n les utilisateurs de lIBP sont varis confronts la ncessit de prendre en compte la


biodiversit dans des contextes trs varis.
depuis sa cration, lIBP a suscit de lintrt car il
rejoint la dmarche habituelle du gestionnaire, qui outre les gestionnaires forestiers, lIBP a recueilli un
analyse son peuplement sous diffrents angles (co- accueil favorable auprs des gestionnaires despa-
nomique, technique, environnemental, etc.) pour ces protgs (Parcs nationaux, Parcs naturels rgio-
prendre ensuite des mesures de gestion compati- naux, rserves, etc.) qui souhaitaient tenir compte
bles avec des objectifs de gestion forestire durable. de la biodiversit ordinaire et plus seulement la bio-
Il sagit dun outil simple, bien dfini, dont les liens diversit remarquable ou statut de protection.
avec la diversit taxonomique sont aiss identifier
et qui met en vidence les facteurs actuellement n le domaine dutilisation et les limites
favorables ou, au contraire, amliorables par la
de lIBP sont bien identifis
gestion. lIBP rpond ainsi une demande dva-
luation de la biodiversit qui tait jusqu prsent lIBP concerne seulement la diversit des espces. Il
trop complexe pour tre intgre dans le cadre de ne tient pas compte de la diversit gntique dans
la gestion courante : le diagnostic est simplifi par la mesure o un tel diagnostic ncessiterait des
rduction du niveau de prcision, mais sans trop manipulations et des techniques trs spcifiques,
altrer la pertinence de lanalyse. accessibles uniquement un public trs spcialis
(Collin et al., page 79). de mme, la prise en compte
Cr en 2009 au sein du Centre national de la pro- de la biodiversit lchelle du paysage (biodiver-
prit forestire (CNPF) aprs plusieurs annes de sit des cosystmes) requiert des comptences
rflexion, lIBP constitue un outil dont le dvelop- (reconnaissance des habitats naturels, etc.) et des
pement est actuellement soutenu par la fort pri- outils de cartographie encore difficiles mobiliser
ve. Il sagit dun outil potentiellement accessible lors des actes courants de gestion.
une grande diversit dacteurs (propritaires, ges- le diagnostic IBP se fait donc lchelle locale, celle
tionnaires, conseillers forestiers, entreprises, etc.) du peuplement homogne (quelques dizaines dhec-
74
tares au maximum). Cet outil a t conu volontai- Une tude mene lInra Toulouse (UMr dynafor)
rement une chelle oprationnelle pour la gestion sur les relations entre lIBP et les principaux indi-
courante, savoir celle de la parcelle ou de la sous- cateurs directs utiliss en France (coloptres sa-
parcelle (unit de gestion forestire). Cette chelle proxyliques, carabes, champignons saproxyliques,
permet galement de saffranchir partiellement des plantes, etc.) vise dici 2013 prciser les corrla-
aspects lis la complexit dun paysage, niveau tions entre ces taxons et les diffrentes composan-
dorganisation pour lequel la complmentarit des tes de lIBP (score global, score partiel, facteurs pris
diffrents lments (prsence dhabitats diffrents, individuellement, etc.). lIBP est un outil de routine
connectivit, etc.) est encore insuffisamment docu- ergonomique et gnrique qui complte les
mente. Cest aussi lchelle qui demande le moins mthodes dinvestigation plus prcises.
de comptences naturalistes (reconnaissance des
habitats naturels pour juger de leur complmenta- 2- LIBP nest pas un indicateur du bon
rit par exemple). Nanmoins, des synthses gra- fonctionnement de lcosystme forestier
phiques et cartographiques permettent dagrger Un diagnostic complet de ltat de fonctionnement
des diagnostics IBP contigus pour en tirer des en- de lcosystme forestier ncessiterait au moins la
seignements, en les utilisant par exemple pour la vrification de (i) lintgrit de lensemble des grou-
mise en place dun rseau de conservation (arbres pes fonctionnels (saproxyliques, pollinisateurs, pa-
intrt biologique, etc.) dans le cadre de la rdac- rasitodes, mycorhiziques, saprotrophes des litires,
tion dun document de gestion. etc.), (ii) labsence dun dsquilibre persistant (par
le cahier des charges trs contraignant fix pour exemple, la pullulation permanente dun patho-
llaboration de lIBP restreint de fait son champ gne ou dun parasite), (iii) le maintien des dyna-
dapplication. voici rsumes ci-dessous les princi- miques naturelles qui rgissent cet cosystme et
pales contraintes : (iv) labsence daltration forte des sols. Mme si
faire reposer le diagnostic sur la seule observation lIBP permet de diagnostiquer la capacit daccueil
des arbres, du peuplement et du milieu, de faon de la parcelle pour les espces saproxyliques (avec
pouvoir se dispenser dautres comptences taxo- les quatre facteurs concernant le bois mort et les
nomiques que celles demandes a minima par la microhabitats des arbres vivants) et les pollinisa-
sylviculture ; teurs (avec le facteur milieu ouvert ) et que lon
pouvoir raliser le diagnostic rapidement (quinze sait quune forte diversit en espces contribue au
vingt min/ha, moins si le relev est coupl avec bon fonctionnement de lcosystme, ce diagnostic
dautres observations), directement sur le terrain, reste partiel. en dautres termes, les cosystmes
sans mesures complexes, pour minimiser le cot du qui fonctionnent de faon optimale obtiennent un
diagnostic et les difficults pour les gestionnaires score IBP lev, mais un score maximum ne suffit
intgrer un outil quils jugeraient trop complexe ; pas pour affirmer que lcosystme fonctionne de
pouvoir conclure le diagnostic sur le terrain, afin faon optimale.
dintgrer immdiatement les rsultats dans litin-
raire sylvicole. 3- LIBP nest pas un indicateur de naturalit
Si lIBP permet le diagnostic partiel de la continuit
le respect de ces exigences a des consquences sur de ltat bois, de la diversit biologique et de la
les limites dutilisation de loutil. maturit du peuplement, il nintgre pas toutes les
dimensions relatives au concept de naturalit. Pr-
1- une perte de finesse pour une meilleure cisment, la vrification du maintien dun rgime
ergonomie naturel des perturbations (par exemple, inonda-
lIBP nest pas un modle prdictif de la biodiver- tions rgulires pour une fort riveraine), la prise
sit : le diagnostic permet de se faire une ide de la en compte du degr danthropisation ou encore de
capacit daccueil, mais le taux de remplissage la prsence de groupes fonctionnels cls requiert
nest pas connu. la seule approche indirecte ne beaucoup de finesse au niveau de la phase dob-
pourra bien entendu jamais se substituer totale- servation ainsi que des recherches historiques qui
ment lapproche directe de la biodiversit relle. dpassent largement le cadre dun outil de terrain.
75
Par contre, lanalyse du gradient de naturalit peut constituer un ensemble cohrent pour valuer la
intgrer lensemble des facteurs de lIBP : il est ainsi biodiversit ordinaire, qui devrait tre complt par
possible, partir des mmes donnes, dobtenir si- lanalyse des atteintes videntes la biocnose.
multanment lindicateur de naturalit et le score
IBP (voir la mthode dveloppe actuellement par lIBP peut ainsi enrichir un autre outil plus glo-
le World Wildlife Fund (WWF) pour les forts an- bal, mais ne peut pas le remplacer ou se substituer
ciennes de Mditerrane). compltement des approches plus directes.

4- LIBP nest pas une norme de gestion n lIBP contribue faire voluer le
Un peuplement forestier qui obtient un score IBP
diagnostic et les pratiques sylvicoles
maximum possde une capacit daccueil pour la
biodiversit taxonomique suprieure un peuple- Par sa dfinition, lIBP attire lattention des gestion-
ment qui obtient un score faible. Il est donc prfra- naires sur les facteurs importants pour la diversit
ble que les peuplements obtiennent des scores le- ordinaire, parfois mconnus ou sous-estims.
vs. Nanmoins, les seuils fixs par lIBP ne doivent
pas tre considrs comme des normes atteindre Cest le cas du facteur continuit de ltat bois
mais plutt comme des tendances favorables la qui joue un rle important sur les assemblages des-
biodiversit, celles-ci ne se rduisant pas aux dix pces (dupouey et al., 2002 ; diedhiou et al., 2009)
facteurs de lIBP, mme si ceux-ci ont un poids et qui est encore peu connu des gestionnaires fo-
scientifiquement reconnu. Par ailleurs, lIBP peut restiers. lIBP contribue ainsi lintgration du
varier au cours dun cycle sylvicole (interventions concept de forts anciennes dans le raisonnement
sur le peuplement). Une baisse importante et rapide sylvicole et met en vidence lintrt de conserver
du score traduit cependant une instabilit qui peut ces forts.
nuire fortement un grand nombre despces.
dans le cas de certaines sylvicultures qualifies Cest galement le cas des facteurs associs la
dintensives (peupleraies de culture, taillis courte diversit saproxylique, qui sont centrs sur lintrt
rotation, etc.), les itinraires envisags ne pourront de conserver du bois mort. Cet intrt a jusquici
jamais permettre de maximiser lIBP. Par contre, le t mis en avant surtout pour les stations trs aci-
gestionnaire pourra limiter la fragilit de ce type de des et trs pauvres sur un plan nutritionnel, o le
peuplement en favorisant le dveloppement de la maintien dun volume important de bois mort est
biodiversit dans les compartiments les plus facile- indispensable pour permettre lexploitation raison-
ment amliorables. ne du bois duvre. Cette recommandation est
bien comprise par les gestionnaires car la menace
5- LIBP nest pas un outil de mesure de ltat sur la station peut tre quantifie (cf. larrieu et al.,
de conservation des habitats naturels forestiers 2007) et peut se traduire par une baisse de produc-
la mesure de ltat de conservation dun habitat tivit. en complment de cette approche centre
naturel ncessite un diagnostic plus global com- sur les cycles biogochimiques, lIBP permet dlar-
prenant au moins lobservation : gir le cadre dapplication de cette recommandation
des facteurs de prennit de lhabitat : prsence en introduisant la notion de diversit des substrats
des lments stationnels dterminants pour lhabi- saproxyliques, une notion qui concerne alors tous
tat, persistance de la dynamique naturelle, absence les types de station.
de perturbations anthropiques modifiant les l-
ments prcdents ; n lIBP nest pas un outil fig
du groupement vgtal : typicit du cortge
dendrologique, prsence de la vgtation carac- Bien que la structure de lIBP nait pas change de-
tristique de lhabitat, absence despces invasives puis 2009 (elle est toujours base sur les dix mmes
concurrentielles ; facteurs), les dfinitions ont volu sur des points
de la complexit de la biocnose et de la conti- de dtail afin damliorer la qualit du diagnostic
nuit temporelle de ltat bois : lIBP peut ici et de rduire l effet observateur . la version la
76
plus rcente de cet outil est disponible en ligne sur liers (par exemple le volume et la diversit du bois
le site de la Fort Prive Franaise3. des recherches mort) est enfin galement intressante.
sur le bois mort et les microhabitats se poursuivent
en parallle, notamment au sein du laboratoire Inra lIBP est inscrit depuis peu dans la Stratgie natio-
dynafor, sur : nale pour la biodiversit (engagements de letat
2011-2013) afin dlargir son utilisation. Pour at-
la distribution du bois mort et des microhabitats teindre cet objectif, le CNPF, avec laide financire
dans les forts subnaturelles ; du ministre en charge du dveloppement durable,
limpact de la gestion forestire sur labondance conduit actuellement un programme national de
et la diversit du bois mort et des microhabitats ; formation lIBP lattention des gestionnaires,
les effets de la densit et de la diversit des mi- des conseillers et partenaires de la Fort prive.
crohabitats sur les assemblages de coloptres sa- Ce programme comporte galement un volet com-
proxyliques. munication. n

Il est prvu dintgrer les rsultats de ces tudes


dans la dfinition de lIBP en 2013. elles permettront
daffiner les dfinitions et les seuils des facteurs qui
sont actuellement insuffisamment documents.
Paralllement, le CNPF pilote un programme pour
amliorer les mthodes dvaluation de lIBP, en
particulier sur de grandes surfaces, et tendre son
domaine dutilisation la rgion mditerranenne,
actuellement non couverte bien quil existe une
version de pr-dveloppement.

n Quelles sont les perspectives


dutilisation de lIBP ?
lIBP est actuellement utilis pour valuer la biodi-
versit ordinaire dans le cadre de la gestion, mais
ne constitue pas une norme. Il peut tre utilis lors
dun diagnostic avant toute intervention sylvicole,
en particulier avant lexploitation de bois ou lors
de llaboration des documents de gestion. lIBP
est aussi un outil pdagogique car il constitue une
grille danalyse de la biodiversit taxonomique fa-
cile apprhender et utiliser pour tout gestion-
naire forestier. on peut aussi lenvisager comme un
module intgr un diagnostic plus global de la
biodiversit (par exemple dans le cas de lanalyse
du gradient de naturalit dun peuplement). lIBP
peut aussi savrer utile comme un complment
large chelle dapproches plus directes menes sur
des surfaces restreintes en raison de la lourdeur de
leur mise en uvre (en contrepartie, lanalyse est
plus fine). Son utilisation en complment dautres
indicateurs indirects centrs sur des taxons particu-

3
[Link]
77
rfrences bibliographiques 2000. Indicators of biodiversity for ecologically sus-
tainable forest management, Conservation Biology,
Bobiec a. (ed.), Gutowski J.M., Zub K., Pawlaczyk vol.14 (4), p.941-950.
[Link] laudenlayer W.F., 2005, The afterlife of a tree.
Warszawa-Hajnowka : WWF Poland. Mcelhinny C., Gibbons P., Brack C. and Bauhus J.,
2005. Forest and woodland stand structural com-
dajoz r., 2007. les insectes des forts : Rle et di- plexity: Its definition and measurement, Forest Eco-
versit des insectes dans le milieu forestier. 2me di- logy and Management, vol. 218 (1-3), p.1-24.
tion. Paris : Tec et doc lavoisier.
Puumalainen J., Kennedy P. and Folving S., 2003.
diedhiou a. G., dupouey J.l., Bue M., dambrine e., Monitoring forest biodiversity: a european perspec-
lat l. and Garbaye J., 2009. response of ectomy- tive with reference to temperate and boreal forest
corrhizal communities to past roman occupation zone, Journal of Environment Management, vol. 67
in an oak forest, Soil Biology & Biochemistry, vol. 41 (1), p.5-14.
(10), p.2206-2213.
rameau J.C., Gauberville C. et drapier N., 2000.
dupouey J.-l., Sciama d., Koerner W., dambrine Gestion forestire et diversit biologique : identifi-
e. et rameau J.-C., 2002. la vgtation des forts cation et gestion intgre des habitats et espces
anciennes, Revue forestire franaise, vol. 54 (6), dintrt communautaire. Paris : IdF.
p.521-532.
Speight M.C.d., 1989. Saproxylic invertrebrates and
Gosselin M. et laroussinie o., coordonnateurs, their conservation. Council of Europe Nature & En-
2004. Biodiversit et Gestion forestire: connatre vironment, vol. 42, p.1-79.
pour prserver. Synthse bibliographique. Nogent-
sur-vernisson : co-dition Gip ecofor - Cemagref, Stokland J.N., Tomter S.M. and Sderberg U., 2004.
320 p. development of dead wood indicators for biodiver-
sity monitoring: experiences from Scandinavia. In:
larrieu l. et Gonin P., 2009. lindice de Biodiversit Marchetti M. (eds.), Monitoring and indicators of
Potentielle (IBP) : une mthode simple et rapide forest biodiversity in Europe-from ideas to opera-
pour valuer la biodiversit potentielle des peuple- tionality. Florence, p.207-226.
ments forestiers. Revue forestire franaise, vol. 06,
p.727-748. Tews J., Brose U., Grimm v., Tielborger K., Wichmann
M.C., Schwager M. and Jeltsch F., 2004. animal spe-
larrieu l., Nys C. et Jabiol B., 2007. Prise en compte cies diversity driven by habitat heterogeneity/diver-
de la fragilit chimique des sols forestiers dans les sity: the importance of keystone structures. Journal
conseils de gestion. Illustration pour une sapinire- of Biogeography, vol. 31 (1), p.79-92.
htraie montagnarde sur roche acide (valle daure,
Hautes-Pyrnes). Revue forestire franaise, vol.
59, p.531-548.

larsson T.B., 2001. Biodiversity evaluation tools for


european forests, Ecol. Bull, vol. 50, p.75-81.

lindenmayer d.B., Franklin J.F. and Fischer J., 2006.


General management principles and a checklist of
strategies to guide forest biodiversity conservation,
Biological Conservation, vol. 131 (3), p.433-445.

lindenmayer d.B., Margules C.r. and Botkin d.B.,


78
Indicateurs de la diversit intra-spcifique
chez les arbres forestiers
ric Collin*, Franois Lefvre et Sylvie Oddou-Muratorio**,
*Institut national de recherche en sciences et technologies pour lenvironnement (IRSTEA)
**Institut national de la recherche agronomique (INRA)
Les trois auteurs sont membres de la Commission des ressources gntiques forestires (CRGF)

la diversit intra-spcifique des arbres tient une versit gntique des caractres morphologiques ou
place majeure dans lventail des processus qui physiologiques des individus rsulte en premier lieu
dterminent le potentiel adaptatif des espces et de la diversit des combinaisons dallles dun grand
des cosystmes forestiers. en effet, la diversit nombre de gnes faible effet plutt que de lexis-
biologique repose notamment sur les mcanismes tence dallles ayant un effet individuel majeur sur la
de lhrdit (reproduction sexue), qui confrent diversit des caractres. en dautres termes, la va-
aux populations leur capacit voluer au fil des leur dun allle (son effet sur un caractre donn)
gnrations, sadapter localement, rpondre dpend du fonds gntique dans lequel il se trouve,
aux changements environnementaux. Une popu- cest--dire des formes allliques des autres gnes
lation qui ne prsente aucune diversit gntique de lindividu. enfin, la diversit gntique dune po-
au niveau dun caractre morpho-physiologique pulation volue sous leffet de diffrents processus
donn (exemple : lefficience dutilisation de leau) qui modifient les frquences allliques1 des gnes et
ne prsentera en effet aucune dynamique volutive lassemblage des gnes au sein des individus au fil
pour ce caractre (dans le sens, par exemple, dune des gnrations. Parmi ces processus, la slection na-
meilleure rsistance la scheresse). turelle qui sexerce tout au long de la vie du peuple-
ment conserve certains allles, certains assemblages,
larbre auquel on sintresse ici constitue une espce parce quils confrent une meilleure valeur adapta-
clef de vote pour lcosystme forestier. Il offre un tive aux individus qui les portent. dautres processus
support au dveloppement de nombreux autres or- alatoires lors de la reproduction ainsi que les flux de
ganismes et la gestion forestire est gnralement gnes par pollen et graines issus dautres populations
dfinie et oriente son profit. Ces lments plai- contribuent galement lvolution des frquences
dent en faveur de la mise disposition, auprs des allliques. au-del de la conservation dallles par-
gestionnaires des espaces forestiers et des dcideurs, ticuliers, il importe surtout de conserver la diversit
dindicateurs permettant de suivre limpact des pra- gntique globale et de ne pas bloquer les processus
tiques sylvicoles et des changements globaux sur la qui permettent ladaptation des populations.
diversit adaptative des arbres forestiers.

lvaluation et le suivi de la diversit intra-spcifique n valuer la diversit intra-spcifique


dune population darbres forestiers - et a fortiori de laide des marqueurs molculaires :
forts ou despces entires - ne peut pas se limi- intrts et limites
ter au recensement et la conservation de formes
de gnes particulires (on parle de formes allliques le marquage molculaire consiste dnombrer les
des gnes ou allles). en effet, lessentiel de la di- diffrentes formes (ou allles) de petites portions

1
Frquence laquelle se trouve lallle dun gne dans une population.
79
dadN (gnes exprims ou non2) par des technolo- mtres gntiques qui rsument la diversit et sa
gies issues de la biologie molculaire. Cette techni- trajectoire (taille efficace de la population, richesse
que est de plus en plus largement utilise mesure alllique, taux dallo/autofcondation, etc.).
que son potentiel danalyse (nombre dindividus et
de marqueurs) augmente et que son cot dcrot. n les indicateurs nationaux de
Cette approche ne constitue gnralement pas une gestion durable des ressources
mesure directe de la variabilit gntique relle des
gntiques forestires
caractres adaptatifs (vigueur, date de dbourre-
ment, rsistance une maladie, etc.) prsents dans la premire tentative dintgration de la diversit
la population tudie. en revanche, cette approche intra-spcifique parmi les indicateurs de gestion
est trs utile pour valuer la diversit gntique de durable des forts date de la quatrime Confrence
faon globale sur lensemble du gnome et donner ministrielle pour la protection des forts en europe
des informations indirectes sur les processus qui (vienne, 2003). lindicateur 4.6 de gestion foresti-
ont faonn cette diversit dans un pass plus ou re durable (Nivet et al., page 41) est centr sur la
moins rcent, ainsi que sur les forces volutives en conservation des ressources gntiques. Il ne refl-
cours. on peut notamment dtecter les risques de te pas ltat rel de ces ressources mais seulement
changement de fonctionnement (drive gntique, leffort et les progrs consentis au niveau national
consanguinit) qui peuvent affecter des popula- en termes de surfaces ddies la conservation de
tions dont la taille a brusquement diminu (frag- ressources gntiques (in situ et ex situ) ainsi qu
mentation, etc.). la production de semences et de plants forestiers. a
un tel niveau dagrgation, les chiffres ne rendent
n Combinaisons dindicateurs de suivi que trs imparfaitement compte des diffrences en-
tre deux pays ou entre deux priodes dinventaire.
de la diversit intra-spcifique
Pour remdier ce dfaut, les donnes relatives la
lchelle locale France assembles par Irstea sont assorties de com-
les diffrentes combinaisons dindicateurs gnti- mentaires et de tableaux plus dtaills. rcemment,
ques proposes ce jour pour la gestion durable des le programme EUFORGEN (European Forest Genetic
forts (exemple : Namkoong et al., 1996 ; Brown Resources Programme)3 a mis en place un sys-
et al., 1997 ; Koski et al., 1997 ; Palmberg-lerche, tme dinformation sur le rseau pan-europen de
1998 ; lefvre et Kajba, 2001 ; aravanopoulos, conservation dynamique des ressources gntiques
2011) visent caractriser certains mcanismes forestires (accessible sur le portail EUFGIS4, plus de
contribuant ladaptation (par exemple proportion trente pays et quatre-vingts espces concerns). de
dautofcondation, distance de dispersion des g- nouveaux indicateurs globaux bass sur des critres
nes par pollen ou par graine, niveau de drive). Ces et dfinitions standards clairs combinant informa-
indicateurs portent sur (i) des informations gn- tions cologiques, dmographiques et gntiques
rales acquises lchelle de lcosystme (rgime sont en cours de dveloppement.
des perturbations, fragmentation, etc.), (ii) des
informations dmographiques sur la population n Quelles perspectives ?
cible (nombre darbres adultes, classes de diam-
tre, facult germinative des graines, abondance Il nexiste actuellement pas dindicateur opration-
de la rgnration, etc.) et, lorsque lutilisation de nel et communment admis de ltat de la diversit
marqueurs molculaires est possible, (iii) des para- intra-spcifique de populations darbres forestiers.

2
Un gne est constitu dune alternance de squences exprimes (ou codantes) qui contiennent linformation ncessaire la
synthse des protines et de squences non exprimes (non codantes).
3
eUForGeN, tabli en 1994, constitue le mcanisme de mise en uvre de la Rsolution S2 (Conservation des ressources
gnrales) de la premire Confrence ministrielle sur la protection des forts en Europe (Strasbourg, 1990). Ce programme
collaboratif vise la promotion de la conservation et lutilisation durable des ressources gntiques forestires : [Link]
[Link]/[Link]
4
Portail european Information System on Forest Genetic resources (eUFGIS) : [Link]

80
Plusieurs facteurs fournissent cenpendant des in- rfrences bibliographiques
formations susceptibles den faire merger : (i) les
progrs de la recherche en termes de connaissance aravanopoulos F.a., 2011. Genetic monitoring in na-
et de modlisation des processus cologiques et tural perennial plant populations, Botany, vol. 89,
gntiques au sein des populations darbres fores- p.7581.
tiers ; (ii) le dveloppement de techniques de carac-
trisation molculaire de ladN extrmement puis- Brown a., Young a., Burdon J., Christidis l., Clarke
santes et faible cot ; (iii) la volont de dvelopper G., Coates d. and W. Sherwin, 1997. Genetic indica-
lchelle pan-europenne (programme EUFORGEN tors for state of the environment reporting, Austra-
et rseau conservatoire EUFGIS) un suivi de lvolu- lia: State of the Environment Technical Paper Series
tion des ressources gntiques conserves de ma- (Environmental indicators). Canberra: department
nire coordonne par plus de trente pays deurope. of the environment, Sport and Territories.

en plus dindicateurs ncessitant lacquisition de Koski v., Skrppa T., Paule l., Wolf H. and Turok J.,
telles donnes gntiques et dmographiques com- 1997. Technical guidelines for genetic conservation
plexes, il serait utile de mettre disposition des of Norway spruce (Picea abies (L.) Karst.). rome : In-
gestionnaires des indicateurs simplifis fonds sur ternational Plant Genetic resources Institute.
lvaluation des impacts de la diversit de pratiques
en matire de rgnration naturelle (nombre de lefvre F. and Kajba. d., 2001. Indicators for moni-
semenciers, dure de la rgnration, densit de se- toring genetic diversity. In: lefvre F., Barsoum N.,
mis, etc.) ou artificielle (utilisation de lots de plants Heinze B., Kajba d., rotach P., de vries S. and Turok
rpondant une charte de diversit gntique, den- J. (eds) In situ conservation of Populus nigra. rome :
sit de plantation, etc.). le dveloppement de tels International Plant Genetic resources Institute,
indicateurs devra sappuyer sur la connaissance im- p.36-46.
portante des mcanismes volutifs chez les arbres
forestiers (valadon, 2009). Namkoong G., Boyle T., Gregorius H.-r., Joly H., Sa-
volainen o., ratnam W. and Young a., 1996. Testing
enfin, pour les espces soumises la rglementa- criteria and indicators for assessing the sustainabi-
tion des graines et plants forestiers, on utilise ac- lity of forest management: genetic criteria and indi-
tuellement des statistiques sur les volumes com- cators. CIFor Working Paper n10.
mercialiss pour chaque varit, ce qui constitue
une approche trs indirecte de la diversit gnti- Palmberg-lerche C., 1998. Management of forest
que plante. Il serait en effet utile de combiner les genetic resources: some thoughts on options and
informations sur la diversit des matriels forestiers opportunities. Fao Forest Genetic resources, vol.
de reproduction avec celles sur leurs aires effectives 26, p.43-44.
dutilisation. n
valadon a., 2009. effets des interventions sylvico-
les sur la diversit gntique des arbres forestiers :
analyse bibliographique, Les Dossiers Forestiers de
lONF, vol. 21.

81
82
PArtIe II

Les indicateurs
socio-conomiques
de biodiversit
forestire

83
84
Quelle contribution socio-conomique la production
dindicateurs de biodiversit ?
Jean-Luc Peyron*
*Gip Ecofor

n la biodiversit : de lobjet au sujet posent au moins en partie sur une longue histoire
culturelle, des apprciations subjectives individuel-
la biodiversit sest dabord prsente aux natura- les ou collectives, et une application du principe de
listes sous un jour cologique : elle tait un objet prcaution.
dtude quil fallait sattacher dcrire de manire
ordonne et systmatique. Son examen a progressi- on voit ainsi se dessiner deux mondes interdpen-
vement rvl son ampleur, sa complexit, les sub- dants (figure 1). Pour lun, la biodiversit est un
tilits de son fonctionnement. on a pris conscience objet dont il faut mieux dcrire la composition et
la fois de son importance pour les socits hu- la structure, mieux comprendre le fonctionnement.
maines et de sa fragilit face aux perturbations, no- Pour lautre, elle est un sujet dintrt, de dsir, de
tamment anthropiques, quelle subissait. elle a ainsi proccupation. entre les deux, entre lobjectif et le
acquis une valeur, non seulement cologique, mais subjectif, apparaissent un ensemble de relations qui
encore thique et morale, dune part, utilitariste, peuvent tre classes en deux types :
conomique et sociale, dautre part.
des services que la biodiversit rend la socit
de fait, la biodiversit se trouve en troite rela- et qui ont bien t dcrits par lvaluation des co-
tion avec les activits humaines quelle alimente systmes pour le millnaire (Millenium Ecosystem
ou favorise et qui, paralllement, laffectent ou Assessment, 2005) ;
contribuent sa sauvegarde, voire son dvelop-
pement. en outre, ltat actuel des connaissances des impacts, en thorie favorables ou nfastes,
nexplique quune fraction du fonctionnement des plus souvent considrs en pratique comme des
cosystmes si bien que les arbitrages concernant perturbations, que la socit occasionne la bio-
la biodiversit ou certaines de ses composantes re- diversit en recueillant les services que celle-ci lui

BIODIVERSIT
Composition Structure Fonctionnement

ImPACTS SERVICES

Autres intervenants Usagers


SOCIT

Figure 1 : interactions entre biodiversit et socit.


85
rend ou en intervenant par ailleurs dans le cadre de considrer la gestion durable des forts dans son
ses autres activits. ensemble. Si lon se rfre aux critres de ges-
tion durable issus du processus dHelsinki et des
ainsi, le besoin dindicateurs se fait sentir non seule- confrences ministrielles pour la protection des
ment du point de vue de la biodiversit, pour dcrire forts en europe, elle ne porte pas seulement sur
sa composition, sa structure, son fonctionnement le quatrime critre relatif la conservation de la
et ses volutions sous leffet de perturbations natu- biodiversit mais tend concerner lensemble des
relles et anthropiques, mais encore du point de vue six critres dont les deux premiers caractrisent
de la socit, des bnfices quelle en retire et des effectivement les ressources, en quantit et en
consquences que ses activits produisent. qualit, tandis que les quatre suivants sadressent
aux services rendus en matire de production de
Il sagit l de deux visions qui peuvent regarder le produits forestiers, de conservation de la diversit
mme objet, par exemple un processus cologique, biologique, de protection des sols et des eaux, en-
mais sous deux angles diffrents. dans un cas, on fin de dveloppement socioculturel. dailleurs, la
cherche tudier ce processus en dtail pour en Convention sur la diversit biologique envisage trs
comprendre le mieux possible les mcanismes et in- explicitement aussi bien lutilisation durable de la
teractions. dans lautre cas, on apprhende le pro- biodiversit que sa conservation.
cessus essentiellement travers les services qui en
dcoulent ou les perturbations qui laffectent ; lob- Pour mieux apprhender cette vision socio-cono-
jectif est alors den tirer les plus grands bnfices en mique de la biodiversit forestire, une srie darti-
vitant ou limitant les impacts correspondants. cles courts a t rdige par quelques auteurs. elle
porte sur les services produits par la biodiversit,
Cependant, la vision de la socit est plus large sur les reprsentations sociales, sur les impacts des
que celle du naturaliste et englobe aussi bien les activits humaines sur la biodiversit, enfin sur les
ressources en gnral que lensemble des services mesures susceptibles de rduire ces impacts.
rendus par celles-ci. elle nest donc pas loin de

Sols
Climat
Maladies
Eau (qualit)
Eau (quantit)
Services de rgulation

Services de base
Production primaire
Formation des sols
Eau vaporation Emploi
Bois Transpiration Paysage
nergie Nutrition ducation
Alimentation Rcration
Mdicaments Spiritualit
Services dapprovisionnement Services socioculturels

Figure 2 : principaux services cologiques (daprs Millenium Ecosystem Assessment, 2005).


86
n Services produits par la biodiversit diversit trs visible du paysage, espces emblmati-
forestire ques ou plus simplement remarquables parce quel-
les sont susceptibles dtre reconnues, notamment
Par sa composition et sa structure, mais surtout lorsquil sagit de les cueillir ou au contraire de les
sous laction de son fonctionnement, la biodiversit viter. dans ces conditions, la production dindica-
engendre des services de base (on les qualifie aussi teurs doit esquiver un certain nombre de piges que
de services de support, de soutien ou encore dauto- soulignent Terrasson et le Floch (page 109).
entretien) qui dterminent les autres services classs
en trois catgories : services dapprovisionnement, n Impacts des activits humaines sur la
de rgulation et socioculturels (figure 2). Cette clas-
biodiversit
sification est essentielle pour la production dindi-
cateurs, comme le note levrel (page 91). les activits humaines bnficient des services ren-
dus par la biodiversit et, en retour, viennent sou-
Cette structure permet en particulier danalyser les vent perturber les cosystmes. Il est ainsi utile de
interdpendances entre services, un niveau agrg se demander comment analyser les consquences
ou plus fin, qui peuvent se traduire par des tensions pour la fort des diverses interventions qui sy d-
mais se trouvent aussi la base des compromis roulent, parmi lesquelles les activits dexploitation
trouver. la production dindicateurs pour reprsen- des bois et de gestion sylvicole.
ter ces services est alors fondamentale pour rgler
les tensions et ajuster des compromis. dans leur article, Houdet et al. (page 115) proposent
danalyser lactivit de chaque entreprise sous lan-
Ces services sont placs sous la dpendance de gle des liens que celle-ci entretient avec le monde
fonctions cologiques dont une description quan- vivant, des marchs quelle alimente, des impacts
titative, sous forme dindicateurs, peut permettre quelle induit sur la biodiversit, de la faon dont
danalyser la relation entre fonctions et services. ces impacts sont compenss, des stratgies selon
Cest cet objectif ambitieux qui est dcrit par Bou- lesquelles elle sorganise. Chacun de ces critres fait
vron (page 97). lobjet dindicateurs qui permettent de juger ensuite
de lintensit de la pression exerce sur les forts.
n reprsentations sociales de la
Quen est-il de la pression exerce sur les forts
biodiversit
par les industries du bois notamment ? Beaudes-
la biodiversit a pour le grand public une dfinition son fait remarquer (page 123) que la fort prive
moins prcise et plus floue que pour les scientifi- franaise ne cesse de saccrotre, quelle fait lobjet
ques. dans la mesure o le public est amen juger de gestions trs diffrencies du fait mme de son
les actions entreprises en faveur de la biodiversit, il morcellement entre de nombreux petits propri-
est important davoir conscience de la signification taires, quelle est en grande majorit feuillue, en
de ce concept pour les acteurs sociaux et donc de phase de forte capitalisation, quelle comprend des
ltudier, ce qui a t fait par raymond (page 103), rserves intgrales de fait en raison de labsence
dune part, Terrasson et le Floch (page 109), dautre de gestion par certains propritaires : ces caract-
part. ristiques font que, globalement, les forts prives
contribuent largement au maintien dune certaine
le grand public est caractris par trois types de com- biodiversit.
portements vis--vis de la biodiversit : ou bien il en
parle sans savoir de quoi il sagit mais pour donner lempreinte cologique est un indicateur qui a t
limpression quil le sait, soit il se rfre un expert dvelopp pour quantifier le prlvement sur la
reconnu qui il fait confiance, soit il accepte effec- nature effectu par lhomme. Il montre que la so-
tivement de se prononcer lui-mme. dans ce dernier cit franaise consomme chaque anne trois fois
cas, il va accorder de limportance quelques aspects ce quelle devrait consommer. Selon vallauri (page
particuliers de la biodiversit plutt qu dautres : 127), cet indicateur tient compte de la fort et du
87
bois et permet dindiquer que, en France, les prl- et indicateurs. lexemple est issu des rgions tropi-
vements sont infrieurs aux possibilits. cales auxquelles ses enseignements ne se limitent
cependant pas.
n Mesures de rduction des impacts
des activits humaines sur la Si limpact des activits humaines sur la biodiversit
ne peut tre totalement vit, alors des actions de
biodiversit
restauration mritent dtre envisages, ou encore
Face aux impacts des activits humaines (et parfois la mise en place dune compensation dont le d-
de phnomnes naturels), il sagit dabord bien sr veloppement donne lieu aujourdhui lmergence
dessayer dviter, de juguler, de rduire les cons- de nouveaux mtiers, comme le mentionnent Que-
quences nfastes attendues ou subies jusqu un nouille et Thivent (page 139). la mise en uvre
niveau qui les rende supportables. Cet objectif peut dune telle compensation nest pas chose facile et
tre atteint travers une gestion durable de la fo- requiert des indicateurs de manire comparer la
rt, un dveloppement durable des socits (cf. par contrepartie demande ou promise avec la perte
exemple larticle de Beaudesson). dans certains cas, subie partir dun tat initial. les propositions de
il apparat opportun de crer des aires protges. quantification des fonctions cologiques, prsentes
partir de lexemple de lafrique centrale, Guillaume par Bouvron (page 97), trouvent une utilit non seu-
lescuyer (page 133) interroge le lien entre conser- lement pour passer des fonctions cologiques aux
vation et dveloppement productif dans le cadre services quelles engendrent mais aussi pour prpa-
dun suivi environnemental fond sur des critres rer linstauration de mesures de compensation.

BIODIVERSIT
Composition Structure Fonctionnement

Compensation, restauration

ImPACTS
SERVICES
vitement, rduction

Activits Gestion
Conservation
diverses forestire

Autres intervenants Usagers


SOCIT

Figure 3 : schma dtaill des relations entre biodiversit et socit.


88
Conclusion rfrence bibliographique
des indicateurs sont utiles aux multiples tapes des Millenium ecosystem assessment, 2005. Ecosys-
relations entre biodiversit et socit (figure 3). Ils tem and Human Well-Being: synthesis, Island Press,
ne sintressent pas seulement aux impacts qui ont Millenium ecosystem assessment, 137 p.
suggr les approches de type pressions-tat-r-
ponses ou encore dterminants-pressions-tat-
impacts-rponses et prennent aussi en compte les
services fournis la socit par les cosystmes,
en particulier forestiers. de manire globale, ils vi-
sent :

traduire les relations entre fonctions cologiques


et services rendus par les cosystmes ;

reprsenter les divers services cosystmiques


ainsi que leurs interdpendances dont lanalyse
permet de rduire les tensions ou dimaginer des
compromis ;

apprhender les consquences sur la biodiversit


des activits humaines sylvicoles ou industrielles, du
secteur forestier ou dautres secteurs ;

prvenir les consquences nfastes (vitement),


voire renforcer les bnfices sil y en a ;

pallier les consquences nfastes, notamment


par la mise en uvre de mesures compensatoires en
rapport avec les atteintes lenvironnement.

les textes prsents dans cette partie socio-


conomique lancent des pistes dans cette direction.
Ils donnent la conscience de lensemble du domaine
dcrire. Ils mettent en garde aussi contre certains
cueils viter. Ils ne constituent pas un recueil
dindicateurs que chacun pourrait mobiliser pour
ses besoins. Mais ils sont utiles pour organiser le
travail futur et progresser dans la description de la
biodiversit et llaboration de stratgies dutilisa-
tion durable et de prservation. n

89
90
les services cosystmiques offerts par
la biodiversit forestire
Harold Levrel*
*Institut franais de recherche pour lexploitation de la mer (IFREMER, GIP ECOFOR lpoque o larticle a t rdig)

Introduction tien), pour aller vers la fourniture de produits de


premire consommation (services de prlvement),
la question de la conservation des forts suscite lassurance des grands quilibres environnementaux
un fort intrt dans lopinion publique. Ceci est (services de rgulation) et le support dactivits de
d au fait que des pans entiers de la biodiversit loisir (services culturels). adopter cette approche a
semblent pouvoir disparatre lorsquune fort est pour avantage de pouvoir porter un discours moins
dtruite, notamment dans les zones tropicales. Pour manichen sur la question de la conservation de la
faire face aux menaces que les forts subissent, une biodiversit. en effet, il est plus constructif de sou-
stratgie rcemment adopte consiste mettre en ligner les efforts qui ont t accomplis sur le long
avant les nombreux services cosystmiques que terme par les gestionnaires forestiers dans le do-
les forts fournissent. maine des services de prlvement et dinsister sur
les besoins dun rquilibrage des modes de gestion
depuis la fin des annes quatre-vingt-dix, le en faveur des services culturels que de simplement
concept de biodiversit est en effet de plus en voquer leffet ngatif de la gestion forestire sur
plus articul avec celui de service cosystmique la biodiversit au cours des cinquante dernires
(daily, 1997). Une liste relativement standardise annes1.
de ces services a t produite par le programme
sur lvaluation des cosystmes pour le millnaire
(Millenium Ecosystem Assessment, 2005a). I. Les services cosystmiques
offerts par la fort
lapproche par les services cosystmiques a pour
origine une volont de porter les dbats autour de robert Costanza (1997) a propos une valuation
la conservation de la biodiversit au mme niveau de lensemble des services cosystmiques offerts
que la question du changement climatique. ainsi, par la biosphre. Son calcul conduit attribuer une
en soulignant le lien entre conservation de la bio- valeur chacun des grands types dcosystmes.
diversit et maintien des services cosystmiques Mme si les montants voqus nont pas trop de
pour lhomme, cette approche permet de mettre sens, ils ont pour intrt de pouvoir offrir une va-
laccent sur les interdpendances qui existent en- luation de limportance relative de ces diffrents
tre les questions de conservation et de bien-tre types dcosystmes dans la production de services
humain (figure 1). cosystmiques. les milieux forestiers seraient ainsi
lorigine de 15 % des services cosystmiques pro-
Ces services commencent par le fonctionnement duits par la plante. Mme si ce pourcentage peut
lui-mme des cosystmes forestiers (auto-entre- paratre faible, la fort constitue lhabitat qui offre

1
Il ne sagit pas ici de dfendre telle ou telle position sur les effets de la gestion des forts sur la biodiversit partir de cet
exemple mais simplement de souligner lintrt de pouvoir mobiliser un nouveau champ argumentaire pour travailler sur la
conservation de la biodiversit.
91
Service des cosystmes
vie sur terre et biodiversit
Autoentretien
Cycle nutritionnel
Constitution des sols
Production primaire...

Prlvement rgulation Culturel


Nourriture Rgulation du climat Esthtique
Eau douce Rgulation de leau Spirituel
Bois et fibres Rgulation des maladies ducatif
Combustibles... puration des eaux... Agrment...

Scurit lments dune vie agrable Sant Bonnes relations


Personnelle Moyens dexistence adquats Vigueur sociales
Daccs aux ressources Alimentation suffisante Bien tre Cohsion sociale
Vis--vis Logement accs leau et lair pur Respect mutuel
des catastrophes accs aux biens Capacit aider
les autres

Liberts et possibilit de choisir


Capacit pour les individus de se raliser avec des valeurs dans le faire et ltre

lments du bien-tre
Couleur des flches : potentiel dinfluence sur les Largeur des flches : intensit du lien entre les
facteurs sociconomiques. services cologiques et le bien tre.

Faible Moyen Haut Faible Moyen Haut

Figure1 : liens entre les services cosystmiques et les lments du bien-tre, daprs Millenium
ecosystem assessment (2005a)

la plus grande diversit de services cosystmiques et orient les modes de gestion des forts, ils sont
(Millenium Ecosystem Assessment, 2005). des ser- aujourdhui devenus moins prpondrants par rap-
vices qui sont eux-mmes lorigine dune grande port aux services culturels (activits rcratives) et
diversit dopportunits pour lhomme (tableau 1). aux services de rgulation (squestration de car-
bone notamment).
lvolution de la production de ces services est
pour une part importante lie aux usages que les Il existe ainsi des tensions entre les partisans des
socits en font. ainsi, dans les pays du Nord, aprs diffrentes catgories de services, lies en grande
que les services de prlvement eurent longtemps partie la diversit des objectifs fixs dans le ca-
domin les stratgies damnagement du territoire dre de lamnagement forestier. Ces diffrends ap-
92
Services de support Production de biomasse
Photosynthse
Production de sols
Services de rgulation rgulation du climat global
attnuation des effets du rchauffement climatique des chelles locales
rgulation de lrosion des sols
Filtration de leau
Purification de lair
Services de prlvement Bois de feu
Bois dindustrie (dont de trituration)
Bois duvre
Produits non ligneux
Captation deau douce
Gibier
Services culturels Chasse
loisirs et dtente (observation des oiseaux, ballades)
ecotourisme
dimension spirituelle (forts sacres)

Tableau 1 : exemples de services cosystmiques fournis par les forts

paraissent de faon assez vidente entre certaines denvisager une gestion des forts base unique-
catgories de services, comme entre les services de ment sur la production de lun ou lautre service
prlvement et les services culturels. les premiers cosystmique.
impliquent des choix guids par des critres de pro-
ductivit tandis que les seconds conduisent plutt
des choix bass sur des critres esthtiques.
II. Indicateurs de lvolution
on retrouve galement des oppositions au sein de la production des services
dune mme catgorie de services cosystmiques.
ainsi, pour ce qui concerne les services culturels,
cosystmiques
un accroissement de la population de cervids peut
tre peru comme une volution positive pour la Comme le montre un certain nombre dindicateurs,
chasse mais comme ngatif pour les promeneurs les services cosystmiques rendus par les forts su-
car ces populations peuvent avoir de forts impacts bissent actuellement une phase importante dro-
sur la flore si leur densit est trop importante. Un sion (Millenium Ecosystem Assessment, 2005b).
autre exemple est celui des puits de carbone ; les
forts offriraient en effet le meilleur moyen de lut- Un premier indicateur bien connu est celui de la
ter contre le rchauffement climatique en stockant surface forestire. de nombreux articles sont rgu-
le Co2 mis par les activits humaines. au-del des lirement publis sur les surfaces de forts qui dis-
controverses sur limportance relle des forts dans paraissent chaque jour, chaque heure, chaque mi-
le cycle du carbone lchelle de la biosphre, il nute, en quivalent de terrain de football ou autre
est important de souligner quil existe aussi des unit dquivalence parlante . en effet, si les fo-
phnomnes non dsirs (Krner, 2004). ainsi, avec rts (formations naturelles et plantations) gagnent
laugmentation de Co2 dans latmosphre, les ryth- du terrain dans les pays occidentaux, ce nest pas le
mes cologiques devraient sacclrer et les cycles cas dans les pays tropicaux (tableau 2).
sylvicoles se raccourcir, pnalisant ainsi probable- au-del de lvolution des surfaces forestires qui
ment la biodiversit. Cest pourquoi il est difficile traduisent une volution quantitative des services
93
Domaine Tropical Non tropical Global
Forts naturelles
dforestation -14,2 -0,4 -14,6
Conversion en fort
Pertes
de plantation -1,0 -0,5 -1,5
Perte totale -15,2 -0,9 -16,1
Gains expansion naturelle +1 +2,6 +3,6
Variation nette -14,2 +1,7 -12,5

Forts de plantations
reboisement +1 +0,5 +1,5
Gains
Boisement +0,9 +0,7 +1,6
Variation nette +1,9 +1,2 +3,1

Variation nette totale -12,3 +2,9 -9,4

Tableau 2 : volution des surfaces forestires sur la priode 19902000 pour les zones tropicales et non
tropicales (en millions dhectares par an), daprs Millenium Ecosystem Assessment (2005b).

cosystmiques associs ces milieux, dautres in- vices de rgulation au sein de ces milieux (levrel
dicateurs permettent de porter un regard plus pr- et al., 2007).
cis sur la dimension qualitative de lvolution des
services cosystmiques forestiers. Prenons lexem- Pour ce qui concerne les services de prlve-
ple de la France. Plusieurs catgories dindicateurs ment, il est possible dutiliser des indicateurs qui
peuvent tre utilises pour dcrire plus prcisment renvoient lexploitation des forts mais aussi
lvolution des quatre catgories de services co- la cueillette ou la chasse, cest--dire un
systmiques forestiers. usage direct : bois sur pied dcrit par essences,
abondance de champignons dcrite par espces,
Pour ce qui concerne les services de support ou fruits sauvages consommables, abondance de
auto-entretien, on peut penser des indicateurs gibier, etc.
fonds sur des relevs satellitaires, comme les in- Pour les services culturels, nous pouvons rutiliser
dicateurs de concentration de chlorophylle qui per- les indicateurs de cueillette et de chasse qui re-
mettent davoir une approximation des niveaux de prsentent tout autant, voire plus, des activits de
production de biomasse. loisir. Cependant les activits culturelles en fort ne
se limitent pas cela. lobservation des oiseaux, les
Pour ce qui concerne les services de rgulation, il promenades, le lieu de dtente que peut reprsenter
est ncessaire davoir recours des indicateurs co- un bois. sont autant dlments quil serait nces-
logiques qui permettent de bien qualifier les pro- saire de prendre en compte. Il nexiste cependant pas
cessus qui rgulent les cosystmes et leur offrent encore vraiment dinformation sur la manire dont
une bonne rsilience. Il est possible dutiliser lindi- il est possible de comptabiliser ces services cosys-
cateur des oiseaux spcialistes des milieux fores- tmiques. ainsi, si les enqutes ralises auprs des
tiers. Cet indicateur, qui dcrot fortement depuis usagers permettent de souligner lexistence dune
une quinzaine dannes, permet de souligner que forte demande pour des services cosystmiques
laccroissement de la taille des forts ne se traduit culturels (office National des Forts, 2004), il est
pas ncessairement par une augmentation des ser- dlicat de proposer des indicateurs des services
94
proprement parler. Il est en revanche possible duti- en dfaveur de la biodiversit quen faveur de cette
liser des indicateurs indirects tels que la surface de dernire, en particulier lorsque cet argument pourra
fort accessible aux usagers, les linaires de che- tre avanc pour contrer les modes de justification
mins ou de berges au sein des forts, etc. Il est aussi conventionnels (fonds sur des indicateurs co-
possible dvoquer des indicateurs qui renvoient logiques ) des associations environnementales et
labondance despces animales forestires non de couper ainsi cours aux ngociations qui sins-
chasses telles que les oiseaux forestiers, les insec- taurent gnralement lchelle locale. Par ailleurs,
tes communs, les petits mammifres (notamment les les arbitrages raliss partir de ces considrations
chauves souris), etc. Une autre piste est didentifier montaires contribueront mieux protger la bio-
des indicateurs traduisant lexistence dhabitats pour diversit uniquement l o la valeur des projets est
des espces menaces comme labondance darbres faible et pas du tout l o les pressions sexercent
morts qui forment un habitat favorable beaucoup de manire importante (qui sont situes dans des
dinsectes et doiseaux. dautres indicateurs permet- zones o la valeur ajoute des projets est justement
tent de souligner une diversit paysagre qui sera leve). les projets seront certes grs de manire
apprcie des promeneurs : diversit des essences, plus optimale du point de vue de la rationalit
pourcentage despces autochtones / espces al- conomique mais si cela se fait systmatiquement
lochtones, pourcentage de plantation / forts non en dfaveur de la biodiversit et aux dpens dune
exploites, etc. certaine dmocratie locale, la porte oprationnelle
de cet outil daide la dcision risque pour le moins
Une piste envisage pour lutter contre lrosion des de perdre de sa pertinence.
services cosystmiques associs aux milieux fores-
tiers est dattribuer une valeur montaire lensem- Conclusion
ble des services dont la valeur nest pas renseigne
par les prix de march, comme cest le cas notam- la notion de service cosystmique nous offre une
ment pour les services de rgulation et les servi- nouvelle unit de rfrence partir de laquelle il est
ces culturels. dans le cadre dun rapport du Centre possible de repenser la question de la production
danalyse stratgique (Chevassus-au-louis et al., de richesse ou de la conservation de la biodiversit.
2009), la valeur moyenne accorder aux cosys- Cest particulirement le cas pour les forts dont
tmes forestiers mtropolitains est estime 970 la fonction premire est actuellement fortement
euros par hectare et par an (bnfices annuels) et la dbattue : simple puits de carbone, espace de loi-
valeur totale actualise 35 000 euros par hectare2. sir pour une population de plus en plus urbaine ou
evidemment, cela offre une valeur beaucoup plus lieu dexploitation avant tout ? Il est probable que
importante lhectare que la simple valeur foncire la rponse se trouve justement dans une meilleure
et, de ce point de vue, cest une bonne chose. Pour- prise en compte des interdpendances qui existent
tant, on peut penser que les projets damnagement entre les quatre catgories de services qui sont as-
qui induisent les impacts les plus importants sur les socies ces fonctions socio-conomiques. adopter
cosystmes naturels la fragmentation et lartifi- un tel point de vue implique de repenser les units
cialisation (devictor et al., 2007) sont des projets spatiales, les units de temps mais aussi les units
qui vont gnrer des bnfices actualiss bien plus organisationnelles partir desquelles la gestion des
levs lchelle dun hectare, comme par exem- interactions Socit-Nature en milieu forestier a
ple un programme immobilier ou le dveloppement jusqu prsent t envisage. en revanche, il peut
dun rseau routier. effectivement la biodiversit ne sembler risqu de vouloir envisager ces services
vaudra plus zro euro dans les calculs de rentabilit cosystmiques partir dune seule unit dvalua-
des projets. Mais le fait de pouvoir avancer largu- tion que pourrait tre la valeur montaire de ces
ment selon lequel la valeur montaire de la biodi- derniers, du fait de luniformisation des systmes de
versit aura t prise en compte dans le calcul de valeur et de linstrumentalisation que cela pourrait
lvaluation de projet a plus de chance dtre utilis engendrer. n

2
Selon un taux dactualisation compris entre 2 et 4 %, conformment aux recommandations officielles franaises.
95
rfrences bibliographiques

Chevassus-au-louis B., Salles J.-M. et Pujol J.-l.


(Coord.), 2009. Approche conomique de la biodi-
versit et des services lis aux cosystmes. Paris :
la documentation franaise et le Centre danalyse
Stratgique, 400 p.

Costanza r., darge r., de Groot r., Farber S., Grasso


M., Hannon B., limburg K., Naeem S., oNeill r. v.,
Paruelo J., raskin r. G., Sutton [Link] van den Belt M.,
1997. The value of the worlds ecosystem services
and natural capital, Nature, n387, p.253-260.

daily G.C., (ed.), 1997. Natures Services. Societal


Dependence on Natural Ecosystems. Washington
d.C., Island Press, 392 p.

Inventaire Forestier National, 2005. Les indicateurs


de gestion durable des forts franaises 2005. IFN,
202 p.

Krner Ch., 2004. Through enhanced tree dynamics


carbon dioxide enrichment may cause tropical fo-
rests to lose carbon. Phil Trans R Soc Lond, n359,
p.493-498.

levrel H., Couvet d. et los G., 2007. Indicateurs de


biodiversit pour les forts franaises. etat des lieux
et perspectives. Revue Forestire Franaise, tome
59, p.45-56.

Millenium ecosystem assessment, 2005a. Ecosys-


tem and Human Well-Being: synthesis. Island Press,
137 p.

Millenium ecosystem assessment, 2005b. Global


and Multiscale assessment reports, vol. 1(current
state and trends), chapter 21 (Forest and Woodland
Systems), p.585-621.

office National des Forts, 2004. Fort et socit :


une union durable, 1960 2003 : volution de la
demande sociale face la fort. RDV techniques
n 5, 5 p.

96
les fonctions cologiques offertes par la biodiversit
Mathilde Bouvron*
*Musum national dHistoire naturelle (MNHN)

n de la considration des espces rares Assessment, 2005), projet de rfrence sur le thme
celle des fonctions cologiques des services cologiques, soulve notamment lim-
portance des services rendus aux socits humaines
afin dintgrer lamnagement du territoire une par les cosystmes et entre autres leur biodiversit.
stratgie de dveloppement durable, le ministre en lenjeu nest alors plus uniquement de conserver la
charge du dveloppement durable a souhait d- diversit biologique des cosystmes mais de savoir
velopper une politique de mesures compensatoires comment les grer de faon durable pour maintenir
et la cration dune banque dactifs cologiques. les services cologiques quils fournissent.
la mise en uvre des mesures compensatoires,
en prvision des dommages causs la biodiver- dans ce contexte, une compensation base sur la
sit, ncessite des mthodes de quantification de prsence despces rares reste importante mais non
ces dommages dune part, mais aussi des bnfices suffisante. lenjeu est donc de pouvoir dvelopper
attendus de la compensation dautre part. Ces m- de nouvelles mthodes dvaluation du fonctionne-
thodes de quantification font appel des indica- ment des cosystmes. Celles-ci seront complmen-
teurs de biodiversit, ou plus gnralement des taires des approches centres sur la biodiversit, car
indicateurs de qualit des milieux. Ces indicateurs bien que la relation entre biodiversit et fonctions
sont aujourdhui bass uniquement sur les espces cologiques dun cosystme ne soit pas toujours
dintrt patrimonial, espces rares, menaces ou clairement tablie (Schwartz et al., 2000 ; Srivas-
protges. Mais peut-on considrer que la conser- tava et vellend, 2005), la biodiversit est ncessai-
vation de la biodiversit est assure uniquement rement troitement associe aux fonctions cologi-
par la conservation des espces rares ? ques. Par exemple, plusieurs tudes montrent le rle
de la biodiversit dans le fonctionnement des co-
le projet dvaluation des fonctions cologiques systmes, par la modification de certaines fonctions
dvelopp par le ministre en charge du dvelop- clefs telles que la productivit (Tilman et al., 1997a ;
pement durable et le Musum national dHistoire Tilman et al., 1997b), le recyclage des nutriments
naturelle, propose une approche complmentaire ou la biomasse totale (Hooper et vitousek, 1997 ;
de conservation de la biodiversit par lvaluation loreau, 2000 ; Coleman et Whitman, 2005 ; Hooper
de la qualit des milieux, au-del de la prsence et al., 2005 ; danovaro et Pusceddu, 2007), en lien
despces rares ou patrimoniales. en effet, comme avec la modification de la diversit biologique.
le montrent Montoya et ses collaborateurs (2003),
la richesse spcifique elle seule ne contribue que ainsi, la biodiversit reste une notion clef pour le
partiellement aux services cologiques rendus. les fonctionnement des cosystmes dont elle aug-
modifications de la complexit du rseau trophi- mente la capacit assurer diffrentes fonctions
que doivent galement tre prises en compte lors cologiques ; lorsquelle est leve, une compen-
de prdictions de perturbation des communauts sation entre espces ayant les mmes fonctions est
naturelles engendres par lHomme. Cette proposi- possible.
tion sinscrit dans un contexte actuel dintrt gran-
dissant pour les services cologiques que la nature les fonctions cologiques mritent particulirement
fournit aux socits humaines. lvaluation des co- dtre tudies car elles sont au cur de la relation
systmes pour le millnaire (Millenium Ecosystem entre la diversit biologique des cosystmes et la
97
production de services pour les socits humaines. (services cologiques de rgulation et de support
les services cologiques sont dfinis comme les recenss dans Millenium Ecosystem Assessment,
bnfices que les humains peuvent tirer des co- 2005). Chaque fonction a t dfinie prcisment
systmes (Millenium Ecosystem assessment, 2005) pour lidentification dindicateurs pertinents. Suite
ou encore les composants de la nature, directe- des runions de concertations entre experts, une
ment apprcis, consomms ou utiliss pour assurer quinzaine de fonctions clefs ont t identifies
le bien tre humain (Boyd et Banzhaf, 2007) ainsi (tableau 1).
que les conditions et les processus selon lesquels
les cosystmes et les espces qui les composent la mise en place de mesures compensatoires n-
maintiennent et assurent la vie humaine (Tallis et cessite de quantifier ces fonctions par rapport un
Kareiva, 2005). les fonctions cologiques sont les tat de rfrence optimal. Cependant, il est impor-
mcanismes qui permettent la production de ces tant de tenir compte de lhtrognit des habi-
services. elles font donc plutt rfrence aux pro- tats naturels franais pour intgrer lensemble des
cessus de maintien et de fonctionnement de lco- fonctions cologiques identifies. en effet, chaque
systme, alors que les services cologiques sont habitat nest le lieu de ralisation que de certaines
directement lis lhomme et aux bnfices dont fonctions et inversement. Une typologie en neuf
il peut tirer profit, assurant ainsi le maintien des types principaux dhabitats et en une trentaine de
activits humaines (figure 1). sous-types a t dgage par comparaison entre les
bases Corine land Cover, eUNIS (European nature
information system) et Corine Biotope (tableau 2).
n Quelles fonctions cologiques valuer
et o ?
n vers des indicateurs
Un intrt majeur est donc dintgrer lvaluation du fonctionnement cologique
des fonctions cologiques dans les programmes de
conservation et damnagement. Pour atteindre cet en sappuyant sur cette typologie ainsi que sur la
objectif, il est ncessaire de dvelopper un systme liste des fonctions cologiques cite prcdem-
de quantification des fonctions cologiques, partir ment, il faut dsormais laborer des indicateurs
dindicateurs pertinents dun point de vue des pro- pour quantifier les diffrentes fonctions. Ces indi-
cessus biologiques lis ces fonctions, mais aussi cateurs doivent permettre une valuation synthti-
relativement simple mettre en uvre (protocoles, que et quantifie des fonctions recenses pour un
faisabilit des mesures, disponibilit des donnes, habitat. Cette quantification doit galement tre
etc.). Il sagit didentifier un ou plusieurs indicateurs value dans des milieux dits de rfrence pour
pertinents qui refltent la capacit dun cosystme permettre de comparer la valeur des indicateurs ob-
raliser une ou plusieurs fonction(s) cologique(s). tenus sur les zones susceptibles de mettre en place
Ces indicateurs se diffrencient ainsi des indicateurs des mesures compensatoires ces valeurs de rf-
de biodiversit dj dvelopps, qui ne tiennent pas rence. ainsi, un cart important la valeur de rf-
compte de cette dimension fonctionnelle. rence traduira un tat dgrad de la fonction, alors
la liste des fonctions cologiques retenir pour une quune valeur proche de celle de rfrence traduira
valuation a ainsi t ralise par la dtermination une trs bonne ralisation de cette fonction dans
de lensemble des fonctions cologiques ncessaires lhabitat concern. Par ailleurs, il est important de
pour assurer les services cologiques pour lhomme prendre en compte les divergences pouvant exister

cosystme Fonctions cologiques Services cologiques Bnfices

Figure 1 : liens et distinctions entre cosystmes, fonctions cologiques, services cologiques et bnfices
98
echanges gazeux vgtation - atmosphre
autopuration de leau
Pigeage des particules
Transports des solides
rsistance de la vgtation aux perturbations (feux, temptes)
rtention de leau dans les sols et les sdiments
ecoulements deau (des cours deau, de surface et de sub-surface, de profondeur)
effet albdo (rflexion)
approvisionnement des sols et des sdiments en matire organique
dcomposition de la matire organique dans les sols
recyclage des lments nutritifs dans les sols
Formation de la structure des sols (sdimentation)
Transferts de pollen
Interactions biotiques (prdation, parasitisme, comptition)
existence dun habitat/biotope particulier

Tableau 1 : liste des fonctions cologiques clefs retenues.

entre certaines fonctions : un mme habitat pourra Index, Pauly et al., 1998), etc. dautres indicateurs
tre la fois le lieu de fonctions trs dgrades et se fondent sur la spcialisation des communauts
de fonctions proches de la valeur de rfrence. pour un cosystme ou une rgion comme lindica-
teur de spcialisation des communauts doiseaux
Grce ce systme dvaluation, il serait ainsi pos- (Julliard et al., 2006). Ces indicateurs de spcialisa-
sible de disposer dun bilan de ltat des fonctions tion des communauts peuvent galement tre cal-
cologiques dun milieu donn et dobserver lvo- culs pour dautres groupes taxonomiques tels que
lution ainsi que les modifications des capacits de les papillons, les chauves-souris, les odonates, etc.
ce milieu assurer les fonctions cologiques lors
de la construction dinfrastructures. Cette valua- Certaines fonctions cologiques, comme la pollini-
tion serait alors un outil dans la mise en place de sation, peuvent tre abordes plus directement par
mcanismes de compensation, qui tiennent compte ltude des communauts qui assurent cette fonc-
de la fonctionnalit des cosystmes. Cependant, tion : les pollinisateurs. en effet, la pollinisation de
la rflexion doit tre renforce et dveloppe, pour trs nombreuses plantes dpend des insectes et,
aboutir un ensemble dindicateurs pertinents et rciproquement, des dizaines de milliers despces
fonctionnels pour la quantification des fonctions dinsectes dpendent des plantes fleurs pour leur
cologiques et pour dfinir les modalits de leur survie. les pollinisateurs sont donc la source dun
utilisation. Il convient, ds lors, dadapter les indi- vritable service cologique. des tudes rcentes
cateurs existants et de dvelopper des indicateurs ont montr que ce service est dautant mieux rendu
pour valuer les fonctions non prises en compte que la diversit des pollinisateurs est importante
dans ces derniers. Ces indicateurs devront intgrer la diversit engendre une meilleure fructification
le lien entre la complexit des cosystmes et leur et garantit le maintien dune activit pollinisatrice
stabilit cologique, comme le soulignent Montoya en cas dpidmie ou de prsence de parasites sur
et ses collaborateurs (2006). une espce particulire. Pourtant, ce service est
aujourdhui menac. Si le symbole de cette menace
les indicateurs existants ont diffrents cadres tho- est le dclin de labeille domestique, des dizaines
riques : certains indicateurs se fondent sur le rseau despces rares et localises ont dj disparu. Quen
trophique de lcosystme considr, la complexit est-il des espces sauvages les plus communes ?
de ce rseau, la diversit des espces chaque ni- Quelles sont celles qui assurent lessentiel du ser-
veau trophique (cf. par exemple le Marine Trophic vice ? Un suivi de la diversit des pollinisateurs
99
lchelle de la France est dores et dj en train de - les coloptres (longicornes, ctoines),
se mettre en place au Musum national dHistoire - les diptres (syrphes et autres mouches).
naturelle. les pollinisateurs comptent plusieurs
milliers despces appartenant des ordres trs va- Ces indicateurs biotiques doivent galement tre
ris, en particulier : associs des indicateurs plus physiques ou bio-
- les lpidoptres (papillons), physiques pour lvaluation de fonctions telles que
- les hymnoptres (bourdons, abeilles), lcoulement des eaux, le transport de solides, la

Habitats marins
1.1. Zones intertidales, roches sdiments, sable vase, gnralement sans vgtation
1.2. Mers et ocans, zones au-del de la limite des plus basses mares, fonds marins
Habitats ctiers, surfaces en eaux maritimes, zones soumises aux mares, dunes continentales
2.1. Plages de sable et de galets, dunes littorales et continentales
2.2. lagunes littorales
2.3. estuaires
2.4. Marais maritimes
Surfaces en eau douce continentales
3.1. Surfaces deau stagnante
3.2. Surfaces en eau courante, rivires, fleuves sources, canaux
Zones humides
4.1. Marais intrieurs, tourbires de transition
4.2. Tourbires
Prairies et milieux vgtation arbustive ou herbace
5.1. Prairies, surfaces enherbes denses
5.2. Pelouses et pturages naturels, prairies humides, pelouses alpines et subalpines
5.3. Fort et milieux vgtation arbustive en mutation
5.4. landes et broussailles tempres, broussailles alpines et subalpines
5.5. Maquis, garrigue, landes pineuses mditerranennes, milieux vgtation sclrophylle.
Bois et forts
6.1. Fort de feuillues caduques et feuilles persistantes
6.2. Fort de conifres
6.3. Fort mixtes
espaces ouverts sans vgtation ou avec peu de vgtation
7.1. eboulis, rochers, falaises, affleurements, grottes
7.2. Glaciers et neiges ternelles
7.3. Milieux vgtation clairseme
Territoires agricoles cultivs
8.1. Terres arables irrigues et hors primtre dirrigation
8.2. rizires
8.3. Cultures permanentes : vignes, vergers et petits fruits, oliveraies, plantations
8.4. Zones agricoles htrognes
Habitats artificialiss
9.1. espaces verts, parcs, jardins
9.2. equipements sportifs et de loisirs
9.3. Sites dextraction industrielle, mines, dcharges, chantiers
9.4. Marais salants exploits

Tableau 2 : typologie des habitats naturels franais en neuf types et vingt-neuf sous-types.
100
sdimentation, etc. Certains indicateurs biophysi- rfrences bibliographiques
ques sont dj utiliss dans certaines tudes com-
me des indicateurs de qualit des sols (Braunisch et Boyd J. and Banzhaf S., 2007. What are ecosystem
Suchant, 2008). leur utilisation doit cependant tre services? The need for standardized environmen-
simplifie et redfinie en fonction du milieu naturel tal accounting units. Ecological Economics, vol.63,
considr. p.616-626.

Braunisch v. and Suchant r., 2008. Using ecological


n Intrts et limites des indicateurs de forest site mapping for long-term habitat suitability
fonctionnement cologique assessments in wildlife conservation - demonstra-
ted for capercaillie (Tetrao urogallus). Forest Eco-
le systme de quantification ne constitue cepen- logy and Management, vol. 256, p.1209-1221.
dant quun point de dpart. en effet, les indicateurs
mesurs sur les zones o peuvent sappliquer les Coleman d.C. and Whitman W.B., 2005. linking spe-
mesures de compensation doivent non seulement coes richness, biodiversity and ecosystem function
tre compars une valeur de rfrence de bon in soil systems. Pedobiologia, vol. 49, p.479-497.
fonctionnement mais galement une valeur
seuil de rsilience de cette fonction. en effet, la r- danovaro r. and Pusceddu a., 2007. Biodiversity
silience des cosystmes est le reflet de la capacit and ecosystem functioning in coastal lagoons: does
dun cosystme conserver un fonctionnement microbial diversity play any role? Estuarine Coastal
producteur de services pendant et/ou aprs des and Shelf Science, vol. 75, p.4-12.
perturbations. evaluer la rsilience des cosystmes
ncessite donc de dterminer des seuils en-de Hooper d.U., Chapin F.S.I., ewel J.J., Hector a., In-
desquels les fonctions ne sont pas maintenues et chausti P., lavorel S., lawton J.H., lodge d.M., lo-
ne peuvent tre acquises de nouveau au sein de reau M., Naeem S., Schmid B., Setala H., Symstad
lcosystme considr. a.J., vandermeer J. and Wardle d.a., 2005. effects of
biodiversity on ecosystem functioning: a consensus
enfin, la quantification des fonctions cologiques of current knowledge. Ecological monographs, vol.
ne semble pas suffisante car il est galement indis- 75, p.3-35.
pensable de tenir compte du contexte socio-cono-
mique dont dpendent les services cologiques. en Hooper d.U. and vitousek P.M., 1997. The effects of
effet, pour un milieu donn dans un contexte qui lui plant composition and diversity on ecosystem pro-
est propre, une fonction cologique peut avoir une cesses. Science, vol. 277, p.1302-1305.
valeur forte, mais en termes de service pour lhom-
me, avoir une importance mineure (par exemple, un Julliard r., Clavel J., devictor v., Jiguet F. and Cou-
milieu riche en pollinisateurs, mais sans parcelles vet d., 2006. Spatial segregation of specialists and
agricoles). generalists in bird communities. Ecology letters,
vol. 9, p.1237-1244.
Pour finir, cette approche par indicateurs du fonc-
tionnement des cosystmes permet une prserva- loreau M., 2000. Biodiversity and ecosystem func-
tion des milieux et donc des habitats des espces tioning : recent theoretical advances. oikos, vol. 91,
patrimoniales ou menaces, ainsi que des espces p.3-17.
communes, souvent ngliges dans les stratgies de
conservation. n Millenium ecosystem assessment, 2005a. Ecosys-
tem and Human Well-Being: synthesis. Island Press,
137 p.

Montoya J.M., Pimm S.l. and Sol r.v., 2006. ecolo-


gical networks and their fragility. Nature, vol. 442,
101
p.259-264.

Montoya J.M., rodriguez M.a. and Hawkins B.a.,


2003. Food wed complexity and higher-level eco-
system services. Ecology letters, vol. 6, p.587-593.

Pauly d., Christensen v., dalsgaard J., Froese, r. and


Torres F.J., 1998. Fishing down marine fodd webs.
Science, vol. 279, p.860-863.

Schwartz M.W., Brigham C.a., Hoeksema J.d., lyons


K.G., Mills M.H. and van Mantgem P.J., 2000. lin-
king biodiversity to ecosystem function: implica-
tions for conservation ecology. Oecologia, vol. 122,
p.297-305.

Srivastava d.S. and vellend M., 2005. Biodiversi-


ty-ecosystem Funcrion research: Is it relevant to
Conservation? Annual Review of Ecology, Evolution,
and Systematics, vol. 36, p.267-294.

Tallis H.M. and Kareiva P., 2005. ecosystem services.


Current Biology, vol. 15, r746-r748.

Tilman d., Knops J.M.H., Wedin d., reich P.B.,


ritchie M. and Siemann e., 1997a. The influence of
functional diversity and composition on ecosystem
processes. Science, vol. 277.

Tilman d., lehman C.l., Thomson K.T., 1997b. Plant


diversity and ecosystem productivity: Theorerical
considerations. PNAS, vol. 94, p.1857-1861.

102
lidentification ordinaire de la biodiversit.
en dehors du Codex1, des indicateurs ordinaires de biodiversit
Richard Raymond*
*Centre national de la recherche scientifique (CNRS)

n la biodiversit, entendu ce terme (European Commission, 2007)3.


un mot du vocabulaire ordinaire enfin, (4) la protection de la biodiversit apparat
comme un impratif social, cest--dire une injonc-
Ce texte a pour origine une srie de constats sim- tion qui ne peut pas tre carte ou ignore. Selon
ples. (1) les acteurs sociaux agissent en fonction cette mme tude, 94 % des europens reconnais-
de ce quils savent ou croient savoir. Cest donc en sent que lrosion de la biodiversit globale est un
fonction de ces savoirs2 que les acteurs sociaux problme et 97 % des franais considrent que
valuent les consquences de leurs pratiques sur la cest un problme lchelle nationale.
biodiversit. Cest aussi en fonction de ces savoirs
que les acteurs sociaux valuent les pratiques des Pourtant, dans le registre ordinaire, la signification
autres (les gestionnaires des forts, par exemple) ; du mot biodiversit est incertaine. Plusieurs tu-
ces savoirs constituent le fondement de leurs re- des rapportent que de nombreuses personnes sont
vendications concernant dventuels changements rticentes le dfinir. Seulement 35 % des person-
de ces pratiques. (2) le mot biodiversit ap- nes interroges affirment savoir ce que ce terme
partient au vocabulaire scientifique. Il a, dans ce signifie (34 % des franais) sans quil leur ait t
domaine, une signification stabilise. Il dsigne la demand de le dfinir effectivement. la conclusion
diversit de toutes les formes du vivant. Cette si- selon laquelle ces difficults seraient lexpression
gnification, aussi gnrique soit-elle, semble peu dune mconnaissance ou dune incomprhension
approprie par le grand public. Cependant, (3) les de ce que ce vocable dsigne semble fragile. en ef-
discours sur la biodiversit sont lgion et sortent fet, il existe de nombreux mots que nous ne savons
frquemment du domaine scientifique pour aborder pas dfinir prcisment, mais dont nous connais-
celui de laction, de lengagement, de la politique sons le sens ou dont nous savons reconnatre ce
ou de lopinion. ainsi, le terme biodiversit nest quil dsigne, au moins de manire approximative.
plus lapanage de spcialistes, il appartient au vo- Cest le cas de termes tels que libert , amour ,
cabulaire ordinaire. Une tude rcente ralise pour justice ou bonheur . ainsi, dfaut de pouvoir
le compte de la Commission europenne rvle que tre dfini avec prcision, le mot biodiversit
65 % des europens et 75 % des franais ont dj est utilis et vraisemblablement compris. Plus en-

1
Un Codex est un manuscrit crit sur un assemblage de feuilles de parchemin, de forme semblable nos livres actuels, par
opposition au rouleau de papyrus. Le Codex dsigne le recueil officiel de formules de drogues et mdicaments autoriss en
France. Par extension, ce mot dsigne les listes officielles. Il dsigne ici lensemble des indicateurs de biodiversit construits par
des spcialistes ou des agents administratifs et officiellement reconnus.
2
Dans ce texte, savoir et croyance seront considrs comme quivalents. Cette position est motive par le fait que la
proposition je crois quil y a un gnie dans cette fort est quivalente je sais quil y a un gnie dans cette fort pour la
personne qui croit quil y a un gnie dans cette fort, et cest bien cette personne-l qui nous intresse ici, lorsquelle agit ou
revendique diffrentes modalits de gestion des forts.
3
25 080 personnes ont t interroges dont 1 000 franais.
103
core, ce mot, mal dfini, flou, incertain, fait lobjet par la biodiversit dpend avant tout de ce que ces
dchanges collectifs, dintercomprhensions, de acteurs sociaux identifient comme tant de la bio-
consensus et dactions. ainsi, selon ltude prc- diversit. Cette valuation par soi-mme est impor-
demment cite, 88 % des europens se disent prts tante pour la simple raison quil ny a pas de sp-
faire des efforts pour prserver la biodiversit et cialiste derrire chaque acteur et que lvaluation
67 % dentre eux affirment en faire effectivement par soi-mme est souvent la seule possible. Saisir
(79 % des franais). les acteurs sociaux suivent ce ce que les acteurs sociaux identifient comme de
que donald davidson a nomm le principe de cha- la biodiversit permet aux gestionnaires des forts
rit (davidson, 1984)4. ou de la biodiversit de comprendre le langage du
grand public . Cela aiderait lever les incompr-
hensions qui maillent parfois les tentatives dex-
n Identification et pratiques ordinaires plications ou de justifications de pratiques sylvico-
les au grand public . lide est alors de rechercher
Il est fort probable que la signification ordinaire du les indicateurs reconnus et utiliss par les acteurs
mot biodiversit et ce quil dsigne diffrent de sociaux ordinaires5 pour identifier ce que dsigne,
sa porte conceptuelle. Si cette hypothse est vraie, pour eux, le mot biodiversit . Cela permettrait
alors lidentification ordinaire de la biodiversit ne de se rfrer ces indicateurs pour construire un
recouvre pas ncessairement ce que dsignent les discours qui fasse sens pour eux.
naturalistes. Cette identification est nanmoins
possible, voire courante. Constater que les acteurs
sociaux ne reconnaissent que trs rarement les in-
n des indicateurs ordinaires de
dicateurs de biodiversit dfinis par les spcialistes biodiversit, cinq cas de figure
ne saurait conduire conclure que ces acteurs ne
croient pas savoir ce quest la biodiversit ou quils Un travail sur lvaluation de la biodiversit en Seine
ne sintressent pas la biodiversit. et Marne fut loccasion de rflchir ce que pour-
raient tre les formes didentification ordinaire de la
les acteurs sociaux ne sont pas tous des spcialis- biodiversit et les indicateurs qui pourraient y tre
tes de la biodiversit. Soit. Ils ne reconnaissent donc associs. Ces indicateurs ont pour fonction de per-
que rarement un habitat, une espce indicatrice mettre de cerner ce qui est identifi comme des si-
dune structure fonctionnelle ou limportance des gnes de biodiversit importante par des acteurs so-
arbres morts dans une fort. Mais qui, outre quel- ciaux non-spcialistes. Ils permettent de suivre des
ques spcialistes, sait reconnatre les populations indices qui sont identifis, tort ou raison, par le
doiseaux nicheurs ou les diffrentes espces de grand public comme des signes de biodiversit. les
carabes ? Si ces acteurs ne disposent pas dun sa- cinq cas de figure prsents ici (tableau 1) ne pr-
voir de spcialistes, ils disposent dun autre savoir. tendent nullement lexhaustivit. Nanmoins, ils
Celui-ci guide leurs pratiques et les relations quils tmoignent de la diversit des modes didentifica-
entretiennent avec ce quils identifient, eux, comme tion de la biodiversit. les deux premiers cas tmoi-
de la biodiversit. Ce savoir ordinaire structure les gnent dune grande mconnaissance de ce quest la
intentions vers la biodiversit et, par consquent, biodiversit. Ils se rfrent, pour lun, au discours
les attentions la biodiversit. courant, pour lautre, au discours du spcialiste :

ainsi, lvaluation par les acteurs sociaux eux-m- 1- Lvocation rhtorique. le locuteur ne reconnat
mes de limpact de pratiques ou des services offerts aucune extension6 au mot biodiversit . Il ne sait

4
Une traduction franaise de ce texte est disponible (Davidson, 1993). Donald Davidson donne de ce principe le sens suivant :
quand nous abordons une conversation, nous attribuons notre interlocuteur les mmes croyances, le mme monde que
nous-mmes .
5
Les non-spcialistes, cest--dire la part la plus importante des acteurs sociaux.
6
Lextension dun mot est ce que ce mot dsigne ou permet de dsigner.
104
pas dsigner ce quest de la biodiversit et par voie les discours mdiatiques, empreints de sensation-
de consquence, ne sait pas reconnatre un espace nel. Ce peut tre le tigre du Bengale, llphant
riche en biodiversit ou une atteinte la biodiversit. dafrique, le pingouin, la baleine bleue mais aussi le
en voquant la biodiversit, le locuteur ne fait que loup ou lours. autant despces peu prsentes dans
rpter un discours convenu quil espre crdible, s- la majeure partie des forts franaises (bien que
duisant ou impressionnant. Cest le rcepteur de ce lon puisse y observer quelques ours ou quelques
discours qui linterprte et lui donne sens. Il suit en loups). la biodiversit ainsi identifie est alors, le
cela ce quHillary Putnam (1981) appelle la thorie plus souvent, lointaine, hors du territoire du locu-
magique de la rfrence. dans ce cas, lutilisation de teur. Sa prise en compte pour valuer les services ou
ce mot est relle mais elle nest que rhtorique. les impacts environnementaux est difficile.

2- La dlgation un expert. lidentification de 4- Lidentification remarquable. Ces espces sont


lextension du mot biodiversit peut tre indirec- moins exceptionnelles que prcdemment. elles
te. elle est alors dlgue un expert dont la com- sont, ou peuvent tre, prsentes dans le territoire
ptence est reconnue par le locuteur. la biodiversit du locuteur et sont, ou peuvent tre, reconnues par
ou les espaces riches en biodiversit sont alors ceux lui. la prsence constate ou regrette dOrchida-
qui sont dsigns par cette autorit. les indicateurs ces, de cervids, de loutres, de castors, etc., sont
de biodiversit sont alors de deux ordres : autant dindicateurs utiliss par lhomme ordinaire
pour reconnatre de la biodiversit et se situer par
ceux qui sont utiliss par lexpert lui-mme (iden- rapport elle.
tification directe) pour reconnatre de la biodiver-
sit : habitat, espces, varits, structure paysag- 5- Lidentification dune diversit perue. le lo-
res, etc. Ces indicateurs sont gnralement ceux qui cuteur peut identifier lextension du mot biodiver-
sont reconnus comme pertinents par les sciences de sit partir dun ensemble dlments diffrents
la nature ou les acteurs administratifs en charge de et prsents simultanment en un lieu dlimit. Ces
la gestion de la biodiversit. lments peuvent tre des espces ou des motifs
ceux qui sont reconnus par le locuteur et qui t- paysagers (habitats). les espaces de biodiversit
moignent quun expert a identifi de la biodiversit sont alors les endroits riches en espces ou en mo-
(identification indirecte). Ces indicateurs reposent tifs paysagers dont il sait reconnatre la diversit.
sur des conventions : espaces dlimits rputs ri- dans ce cas de figure, pour tre un indicateur de
ches en biodiversit (exemples : ZNIeFF, eNS, rN7, biodiversit, il nest alors pas ncessaire que ces es-
etc.), taxons rputs rares ou menacs (listes rouges, pces ou ces motifs paysagers soient rares ou me-
espces emblmatiques, etc.), etc. Ce qui caractrise nacs. Il nest pas non plus ncessaire que ces es-
ces indicateurs, cest quils procdent par mtony- pces ou ces motifs paysagers soient identifis par
mie : ils dsignent le contenu par le contenant, la les naturalistes comme des indicateurs fiables de
biodiversit par les labels attribus aux espaces qui biodiversit. Ces espces ou motifs paysagers peu-
la contiennent. vent tre parfaitement ordinaires et banals. Ce peut
mme tre des marques datteintes la biodiversit
Mais lidentification de lextension du mot biodi- comme le sont les plantes envahissantes. Ce qui est
versit peut aussi tre faite directement par un important, cest leur juxtaposition rvlant ainsi
homme ordinaire. elle peut alors se faire de trois une diversit valorise en tant que telle. Cest ainsi
manires diffrentes : que les futaies irrgulires sont identifies comme
des espaces de biodiversit non pas parce quelles
3- Lidentification sensationnelle. les espces offrent une diversit dhabitats mais parce quelles
emblmatiques sont celles qui sont prsentes dans offrent une diversit dapparences.

7
les Zones naturelles dintrt cologique faunistique et floristique (ZNIEFF), les Espaces naturels sensibles (ENS) et les Rser-
ves naturelles (RN).
105
Formes didentification
Types dindicateurs mobiliss pour dsigner
de la biodiversit

Identification Espces (Community Specialisation Index, etc.), habitats, organisations


scientifique spatiales dhabitats, populations ou varits tmoignant de formes de vie
originales ou varies.
(1) vocation rhtorique aucun indicateur. la biodiversit ne peut tre reconnue par le locuteur.
(2) dlgation labels et marques interprts comme des tmoins de la prsence de
un expert biodiversit reconnue par une autorit (rN, ZNIeFF, etc.).
les marques de biodiversit sont des espces ou des paysages
(3) Identification
sensationnels prsents dans les mdias (forts tropicales humides,
sensationnelle
baleines bleues, tigre du Bengale, etc.).
(4) Identification les marques de biodiversit sont des espces ou des espaces remarquables
remarquable prsents dans le territoire de rfrence.
(5) Perception la biodiversit est reconnue partir de la prsence simultane despces
dune diversit ou de motifs paysagers varis dans un mme lieu.

Tableau 1 : les formes didentification de la biodiversit et les types dindicateurs associs.

les indicateurs associs ces diffrentes formes sont des sources dinformation sur le monde (et la
didentifications varient. Ce sont ces indicateurs biodiversit quil contient) pour les naturalistes. Il
qui fondent lapprciation par les acteurs sociaux revient ces derniers de vrifier ces informations
eux-mmes des consquences de leurs pratiques et den dterminer le domaine de fiabilit (Carol
sur la biodiversit quils pensent reconnatre. Ce Brewer, 2006) ;
sont aussi ces indicateurs qui fondent lvaluation, ce sont des informations qui permettent de com-
par ces acteurs, des services que leur offre cette prendre les attitudes des acteurs sociaux face au
biodiversit. Cest donc partir de ces indicateurs monde qui les entoure ;
que les acteurs sociaux se situent par rapport ce connatre ces formes ordinaires didentification de
quils pensent tre de la biodiversit. Cest enfin ces la biodiversit permet aux naturalistes engags dans
indicateurs qui guident leurs pratiques. laction de concevoir des indicateurs de biodiversit
qui soient conformes aux prconceptions du public
auquel ils sadressent. Ces indicateurs feraient alors
n Un ncessaire retour aux savoirs sens pour les personnes qui agissent (dunn et al.,
naturalistes 2006 ; Schwartz, 2006). Ils rpondent en cela une
des difficults importantes des raisonnements ordi-
Mais ne nous leurrons pas. Si ces diffrentes formes naires qui suivent un schma inductif : le biais de
didentification de la biodiversit et les indicateurs confirmation dhypothse mis en vidence par les
associs font sens pour les acteurs sociaux non- sciences cognitives (Wason, 1960). Cet aspect prend
spcialistes, elles ne dsignent pas ce quest la bio- tout son intrt dans les processus de construction
diversit dans le cadre des sciences de la nature. les de stratgie de communication et dapprentissage.
formes didentification ordinaire de la biodiversit
sapparentent des savoirs profanes au regard de enfin, il importe de noter que ces trois aspects
savoirs experts ou de savoirs scientifiques. Cepen- intressent la fois la connaissance et laction.
dant, la prise en compte de ces formes didentifi- les explorer ncessite une collaboration entre les
cation de la biodiversit nest pas sans intrt. elle sciences humaines et les sciences de la nature qui
claire trois aspects importants de la connaissance dpasse la simple juxtaposition de recherches mais
de la gestion de la biodiversit : demande une relle mise en perspective de regards
ces identifications ordinaires de la biodiversit diffrents. n
106
rfrences bibliographiques

Brewer C., 2006. Translating data into meaning


education in conservation biology, Conservation
Biology, vol. 20 (3), p. 689-691.

davidson d., 1984. Inquiries into Truth and Inter-


pretation. oxford : Clarendon Press, 292 p. Une
traduction franaise de ce texte est disponible :
davidson d., 1993. Enqutes sur la vrit et linter-
prtation. Nmes : d. Jacqueline Chambon, traduit
en franais par Pascal engel, 420 p.

dunn r.r., Gavin M. C., Sanchez M.C. et Solomon


J.N., 2006. The Pigeon Paradox : dependence of
Global Conservation on Urban Nature, Conservation
Biology, vol. 20(6), p.1814-1816

european Commission, 2007. Attitudes of Europeans


towards the issue of biodiversity. Analytical Report.
Flash eurobarometer 219, 71 p.

Hillary Putnam,1981. Reason, Truth and History,


New York : Cambridge University Press. Une traduc-
tion franaise de ce texte est disponible : Putnam
H., 1984. Raison, vrit et histoire. Paris : les edi-
tions de Minuit, traduit en franais par abel Gers-
chenfeld, 242 p.

Schwartz M.W., 2006. How conservation scien-


tists can help develop social capital for biodiversity,
Conservation Biology, vol. 20(5), p.1150-1552.

Wason, 1960. on the failure to eliminate hypothe-


ses in a conceptual task. Quarterly Journal of Expe-
rimental Psychology, vol. 12, p.129-140.

107
108
Indicateurs de perception sociale
de la biodiversit en milieu forestier
Daniel Terrasson et Sophie Le Floch*
*Institut de recherche pour lingnierie de lagriculture et de lenvironnement (IRSTEA)

Introduction proposons donc de croiser deux rflexions : la pre-


mire concerne la conception dindicateurs adapts
les tentatives pour laborer des indicateurs sur au suivi de politiques publiques, la seconde ltat
les rapports entre la socit et la fort sont nom- des connaissances sur la perception de la biodiver-
breuses. Il faut par exemple citer les critres et sit et ceci quel que soit le milieu considr. Nous
indicateurs dune fonction sociale mis au point verrons alors que la conception des indicateurs
dans le cadre du processus intergouvernemental nest pas indpendante de lobjectif politique im-
sur la gestion durable des forts ou du bilan patri- plicitement vis travers le souci de disposer dun
monial de loffice national des forts (oNF). Plus indicateur de perception sociale de la biodiversit
rcemment, le World Wildlife Fund (WWF) a pu- en milieu forestier. aprs avoir propos un objec-
bli une brochure (vallauri, 2007) qui consacre un tif possible, nous dduirons de ltat prcdent des
chapitre aux critres et indicateurs du sentiment connaissances une suggestion pour un jeu din-
de Nature dans les forts . Mais, si la biodiversit dicateurs adapt au cas thorique de la fort de
intervient souvent un titre ou un autre dans plaine.
ces dmarches1, aucune ne traite de la perception
de la seule biodiversit en milieu forestier. Tout au en ce qui concerne la conception dindicateurs de
plus permettent-elles de tirer quelques enseigne- biodiversit pour les politiques forestires, Failing
ments sur les difficults surmonter pour traiter et Gregory (2003) ont identifi dix piges viter. Si
de la dimension sociale. la premire dentre elles nous suivons leurs conclusions, parler dindicateur
est le risque denglobement, qui peut se traduire de perception sociale de la biodiversit suppose au
par un certain nombre de confusions, par exemple moins :
entre (i) la gestion de la biodiversit et la gestion
de la fort, (ii) la gestion de la biodiversit et la davoir une connaissance fine des perceptions de
mise en uvre du dveloppement durable, (iii) la la biodiversit et des objectifs que lon va viser
biodiversit et les autres ressources naturelles, travers sa gestion (erreur 1 : chouer dfinir des
etc. points atteindre) ;
dtre en mesure de mettre en relation des pra-
Par ailleurs, il faut remarquer que si nous cherchons tiques de gestion avec les volutions de cette per-
laborer cet indicateur de perception, ce nest pas ception (erreur 3 : ignorer le contexte de gestion ;
pour suivre lvolution de la perception de la so- erreur 7 : chouer relier les indicateurs aux d-
cit sur un phnomne dot de sa propre dyna- cisions) ;
mique, cest avant tout parce que cette dynamique de trouver des indicateurs de ces relations rpon-
est conditionne par une politique et des pratiques dant aux critres habituels (pertinence, sensibilit,
concrtes de gestion. dans ce contexte, nous nous stabilit, etc.), sans tomber dans le syndrome du

1
Soit, indirectement, comme support/dcor certaines pratiques rcratives (qui peuvent dailleurs avoir un impact en retour
sur cette mme biodiversit) ; soit, plus directement, comme source dinspiration un sentiment de nature par exemple.
109
lampadaire 2 (erreur 9 : substituer la collecte de si ce que le mot recouvre pour ceux qui sen font les
donnes lanalyse critique). porteurs privilgis (scientifiques, politiques, etc.)
est aussi prsent au niveau du public : quels
voyons maintenant comment nous pouvons rpon- objets sont dsigns ? avec quelles significations ?
dre la premire de ces conditions et quel est ltat dans quels contextes gographiques ? Faute de
actuel des connaissances sur la perception de la cette connaissance, nous avons balay un ensemble
biodiversit. de travaux abordant, dune part, les reprsentations
de la biodiversit dans diffrents contextes (Mi-
coud, 1997, 2005 ; Mauz et rmy, 2004), dautre
n Quelle perception de la biodiversit ? part, les pratiques et reprsentations associes la
fort (Petit, 1999 ; le Floch, 2002 ; dobr, 2005).
Il est possible de mettre en vidence des reprsenta- Cette mthode permet de reprer, de faon parse,
tions sociales de la nature (larrre et larrre, 1997) des informations sur quelques compartiments de la
ou de la fort, mais que veut-dire une perception biodiversit qui participent plus particulirement
sociale de la biodiversit en fort ? Hormis quel- la construction des reprsentations sociales. Cela
ques tudes ponctuelles (cf. par exemple Hritier, ne veut pas dire que ces lments sont forcment
1996 et Petit, 1999), il nexiste pratiquement pas de perus comme contribuant quelque chose de plus
rfrences bibliographiques abordant ce sujet de fa- vaste qui ressemblerait une ide de la biodiver-
on centrale. Si, pour Nicole eizner (1995), la fort sit , mais donne simplement une ide des prises
est larchtype de la nature , il est frappant de possibles. Nous avons identifi :
constater que dans lensemble de textes rassembls
dans louvrage La fort, les savoirs et les citoyens quelques espces emblmatiques qui ont trois
(eizner, 1995 ; Harrison, 1992 ; larrre et larrre, caractristiques principales : ce sont des espces
1997) et traitant des reprsentations sociales, du animales (charismatic megafauna selon Failing et
statut philosophique, de limaginaire, on ne trouve Gregory, 2003) ; elles sont rares et en effectif trs
pratiquement aucune rflexion renvoyant un com- faible ; la connaissance de leur existence est plus
partiment quelconque de la biodiversit (le vert, la importante que la manifestation visible de leur pr-
promenade facile, lanti-ville, la prennit, le silence, sence. le grand ttras ou lours en constituent de
le sauvage balis , la peur et lenfermement, les- bons exemples. Ces espces sont naturellement trs
pace du retranchement, etc.) sinon quelques rf- peu nombreuses, surtout lorsque le champ est limi-
rences larbre (objet mais tre vivant) et aux ani- t au domaine forestier ; elles sont cantonnes dans
maux de prfrence gros et dots de plumes ou de des milieux trs spcifiques et ne se confondent pas
dents. dans une enqute consacre la faon dont avec la multitude despces recenses dans les di-
les propritaires forestiers abordent la biodiversit, vers inventaires (liste rouge, etc.) ;
Bailly et Brdif (2009) soulignent que lutilisation de
ce terme pouvait dans un premier temps tre source des animaux ordinaires que lon peut identifier au
de blocage lors des entretiens (ce qui avait dj t moins par leurs traces (Petit, 1999) et, pour le do-
mentionn par Mauz et rmy, 2004, pour les agri- maine forestier, ce sont plus particulirement les
culteurs des alpes du Nord), puisque la biodiversit grands onguls (chevreuils, cerfs) mais aussi les
tait principalement vue comme un problme plan- lapins, dans certaines conditions les sangliers, etc.
taire (la fort tropicale, les zones polaires, etc.) mais les oiseaux et les papillons ont une importance so-
trouvant peu dchos localement. ciale particulire, mais en dehors de quelques es-
en fait, on ne sait pas ce que recouvre la notion de pces (dont le coucou), ils sont plutt associs au
biodiversit pour ceux qui, dans le public , sen fe- domaine champtre et, pour certains, aux troues
raient effectivement lcho. on ne sait pas non plus dans les peuplements ;

2
le syndrome du lampadaire dsigne la propension ne regarder que l o cest clair . Dit autrement, cela revient for-
muler les problmes non pas pour ce quils sont mais en fonction des solutions dont on dispose. Cela revient investir dans des
solutions connues mme si elles ne sont pas forcment adaptes.
110
des espces mobilises pour des usages de tes les limites de ces catgorisations sociales trop
cueillette : muguet, jonquille, champignons (moins schmatiques dont la pertinence dpend largement
dune dizaine despces pour la quasi totalit des du contexte local (Ginelli et le Floch, 2006).
cueilleurs), baies et fleurs, mme si ces dernires
sont plus associes aux champs et aux alpages Trois remarques peuvent tre faites, ce stade :
quaux forts ;
il y a un risque vouloir valuer la relation de
tout ce qui fait peur ou plus simplement gn- la socit la biodiversit de faon gnrale. Ces
re des rpulsions : ce nest pas tellement le loup (au reprsentations sont toujours celles de groupes so-
moins dans les forts ordinaires) mais la vermi- ciaux donns en relation avec des espaces gogra-
ne , les pines , les araignes, serpents et autres phiques dtermins. valeurs et pratiques sont in-
petites btes , infodes la broussaille et au dissociables et ne peuvent tre dcontextualises,
fouillis (le Floch, 2002). Notons au passage que ni dans lespace, ni dans le temps ;
cette catgorie nest pas associe une perception
positive de la biodiversit et que lexistence doppo- les lments qui jouent un rle significatif sont
sitions dans les reprsentations peut probablement en nombre trs limits, rattachs un niveau pr-
tre gnralise. Mauz et rmy (2004) soulignent frentiel, la diversit spcifique, et, sauf exception,
ce titre que pour les agriculteurs tout ne leur plus corrls labondance dun tout petit nombre
parat pas bon prendre , quil ny a pas UNe mais despces trs communes, qu des critres comme
deS biodiversits, que ces oppositions ne recou- la richesse spcifique, la raret, la vulnrabilit,
vrent pas les catgories dutile et de nuisible etc. la figure de la biodiversit fonctionne dabord
et que les animaux diffrent fortement de certains comme une apprhension holistique propice aux
vgtaux ; mobilisations affectives (Micoud, 2005), comme
une tautologie du type la vie, cest la diversit de
de faon moins prgnante, des lments de di- la vie (Micoud, 1997) et la vie cest la prsence
versit lchelle des paysages : clairires, mares, dtres anims, do limportance des animaux ;
plans deau, etc. la question que lon peut se poser
est alors de savoir en quoi ces diffrents milieux nous ne faisons ici qubaucher des pistes de r-
sont perus comme des cosystmes ou gnrent flexion sur la faon dont il est possible daborder la
seulement une apprciation sur le plan de lesthti- perception sociale de la biodiversit. Mais le sujet
que (Mauz et rmy, 2004 ; Petit, 1999). est complexe et il est clair quune rflexion plus
approfondie ne peut se soustraire la question de
Cette tentative de catgorisation a probablement lesthtique. en matire dapprciation esthtique
un sens pour ce quon peut dsigner sous le terme de la nature, le modle de pense dominant a long-
de grand public alors quil existe une diversit et temps repos (repose toujours ?) sur une concep-
une ambivalence des reprsentations. Cette diver- tion de lesthtique comme catgorie autonome du
sit sapplique notamment aux espces emblma- jugement : le paysage, qui relverait exclusivement
tiques et lours des Pyrnes en est certainement de lesthtique, ne pourrait tre confondu avec
un bon exemple. Par ailleurs, il faudrait ajouter lenvironnement, qui relverait exclusivement de la
des composantes de la biodiversit influant sur les connaissance scientifique (roger, 1995). or, ce mo-
perceptions, attitudes, usages de groupes sociaux dle est de plus en plus remis en cause aujourdhui.
particuliers : les chasseurs, les chasseurs photogra- le cognitivisme esthtique dallen Carlson (dumas,
phes, les naturalistes, les professionnels (sylvicul- 2001), par exemple, souligne la ncessit dadjoin-
teurs, bucherons, techniciens), etc. Ces groupes ont dre aux qualits formelles des objets, des connais-
chacun leurs centres propres dintrt, avec, de fa- sances sur ce quils sont et sur la faon dont ils ont
on gnrale, une perception plus fine qui stend t produits. Pour le sujet qui nous intresse ici, la
une varit plus large despces et couvre au moins question de lesthtique doit tre pose, dans ses
deux niveaux dorganisation : niveau spcifique et liens avec la connaissance scientifique : quelle est
cosystmique. Mais nous connaissons aussi tou- la part des dimensions esthtique et savante dans
111
les reprsentations sociales dune espce (Javelle et en compte mais il semble assez facile dimaginer un
al., 2006) ou dun paysage, que celles-ci manent indicateur spatial de la forme : nombre de troues de
de personnes ordinaires ou de scientifiques ? dimensions dfinir par surface de cent hectares.

Passer de cet tat des connaissances llabora- Intervenir sur le troisime paramtre est plus com-
tion dune batterie dindicateurs suppose alors que plexe, notamment pour les champignons. Si nous
soient prciss les objectifs de la politique (end- suivons Failing et Gregory (2003), nous navons pas
points) et leurs bnficiaires (pour qui ?). de nom- le prendre en considration tant que nous ne som-
breuses options sont possibles. a titre dexemple, mes pas en mesure de mettre en relation des prati-
nous tenterons de faire lexercice sur un cas thori- ques de gestion avec un effet. de plus, il fait appel
que et pour un objectif formul comme suit : gn- des phnomnes difficiles cerner, sur lesquels il
rer une reprsentation positive de la richesse de y a peu de donnes et, en tout cas, pas de donnes
la biodiversit auprs dun public non averti . renseignes en routine pour toutes les forts. enfin,
Nous pouvons maintenant tenter de rpondre aux construire un indicateur pertinent demanderait un
deux dernires conditions cites en introduction. peu dimagination pour sabstraire des variations
multiples qui affectent ce paramtre dans le temps
(variations interannuelles et saisonnires, diversit
n Quels indicateurs des perceptions de des publics).
la biodiversit ?
Pour atteindre lobjectif choisi, nous avons recher-
Pour atteindre lobjectif que nous avons propos ch les mesures techniques adaptes ce que nous
dans une fort de plaine ordinaire frquentation supposons des reprsentations du public mais il
majoritairement urbaine, les moyens qui semblent est galement possible de jouer directement sur
les plus pertinents consisteraient alors interve- les valeurs associes ces reprsentations. Cest
nir sur trois paramtres prioritaires : loccurrence dailleurs la solution privilgie par les institutions
danimaux visibles (le chevreuil ayant une place charges de la gestion de biens publics, en gnral
prpondrante), la frquence des clairires (non convaincues de la justesse de leur propre concep-
embroussailles), la richesse en produits de collecte tion de lintrt gnral : sont alors mises en avant
(champignons, baies et fleurs). Se pose alors la ques- la ncessaire ducation du public , son infor-
tion de lexistence de pratiques de gestion ayant un mation . les pratiques de gestion considrer ne
effet sur ces paramtres (erreur 7 de Failing et Gre- se limitent donc pas au seul registre des techniques
gory, 2003). mais cela pose des vrais problmes politiques et
thiques : quelles reprsentations sont lgitimes ?
Il existe un arsenal de pratiques, dont leffet est Qui est dtenteur de lintrt gnral ? en particu-
connu, pour intervenir sur le premier critre. elles lier, les objectifs de prservation de la biodiversit
font appel des mthodes de gestion de la popu- ont souvent t dfinis en excluant la socit :
lation animale mais aussi damnagement forestier rserves intgrales interdites au public, accs r-
(rpartition des aires de gagnage, de repos, etc.). elles glement, etc. lobjectif, qui viserait gnrer une
doivent tre compltes de mesures damnagement reprsentation positive de la biodiversit, ne passe
et dentretien permettant la visibilit des animaux probablement pas seulement par une ducation du
(sous-bois clairs, layons, etc.). de plus, il existe un in- public par des gens avertis mais sans doute aussi
dicateur bien matris, lIndice kilomtrique dabon- par une rvolution culturelle de ceux qui sont en
dance (Cemagref, 1984) dont il suffirait dadapter le charge de cette protection. Cest imaginer que la
protocole destimation ce nouvel objectif. construction de limage de la biodiversit peut tre
une co-construction ; quil faut dabord comprendre
la frquence des clairires relve, quant elle, du ce qui, dans les pratiques et reprsentations de tel
simple amnagement de la fort. elle est corrle groupe social, renvoie une certaine ide de la bio-
avec la prsence de certaines baies et fleurs. la di- diversit, dans le but de construire une image et un
mension, le niveau de fermeture devraient tre pris objectif daction communs.
112
Conclusion quipements) ou les moyens rglementaires (inven-
taires et dispositions administratives dcides pour
la biodiversit des uns nest pas la biodiversit des lessentiel hors de la sphre forestire) que sur la na-
autres et les naturalistes seront vraisemblable- ture mme des relations des groupes sociaux len-
ment heurts par de telles propositions qui nint- vironnement (erreur 9 de Failing et Gregory, 2003).
grent aucun des aspects qui reprsentent leurs or, il faudra bien considrer, un jour, que chaque
yeux la richesse de la biodiversit : espces rares, dimension a galement besoin dun suivi appropri,
mlange des essences, prsence de bois morts, etc. que les aspects sociaux, comme les aspects colo-
Il y a deux rponses cela. dune part, les natura- giques, ne peuvent pas tre isols de leur contexte
listes ne constituent quune fraction trs minime local et quil est urgent de commencer recueillir
de la population : dans une enqute de Peyron et al. les donnes correspondantes en faisant appel aux
(2002), il apparat que moins de 2,5 % des visites mthodes et aux comptences qui sont celles des
sont consacres aux activits dites faune-flore . sciences sociales. n
dautre part, les reprsentations de ces groupes sont
trs lies ltat rel de la biodiversit et celui-ci
est dj renseign par des indicateurs appropris.

les propositions contenues dans ce texte ont pour


seul mrite de suggrer une manire daborder ce
type de questions. les moyens proposs seraient
adapter au contexte gographique et social de cha-
que fort. le public de la Chartreuse nest pas celui
de la fort de Snart, etc. Par ailleurs, le public
nest pas homogne et lobjectif nest pas correc-
tement dfini si la tranche de public vis nest pas
prcise (erreur 1 de Failing et Gregory, 2003), ce
qui est gnralement le cas.

enfin, lexprience des dbats antrieurs sur llabo-


ration dindicateurs relatifs la fonction sociale
de la fort montre que, ds quil sagit dobjets so-
ciaux, le constat dune absence de donnes est tou-
jours mis en avant pour brider limagination. Si la
lgitimit de la collecte de donnes cologiques ou
conomiques est rarement mise en cause, il nen est
pas de mme pour cette troisime dimension. titre
dexemple, dans les Indicateurs de gestion durable
des forts franaises (MaP-IFN, 2006), seulement
deux indicateurs sur un total de cinquante-six ne
relvent pas du couple conomie-cologie : lindi-
cateur 6.10 surface de forts et autres terres boi-
ses accessibles au public des fins de rcration
et indication du degr dutilisation et lindicateur
6.11 nombre de sites en forts et dans les autres
terres boises dsigns comme ayant une valeur
culturelle ou spirituelle . et encore faut-il observer
que, dans la majorit des dispositifs existants, ces
indicateurs portent plus sur le contexte (la densit
de population et sa rpartition spatiale), loffre (les
113
rfrences bibliographiques larrre C. et larrre r., 1997. Du bon usage de la
nature. Pour une philosophie de lenvironnement.
Bailly a. et Brdif H. 2009. les propritaires et ges- aubier ditions, 355 p.
tionnaires forestiers face aux enjeux de la biodiver-
sit. Fort Wallonne, n102, p.45-54. le Floch S., 2002. les ramiers : un espace riverain
inaccessible de la Garonne. Ethnologie Franaise,
Cemagref, 1984. Fort et gibier : mthodes de re- vol. 32(4), p.719-726.
censement des populations de chevreuil - Note
technique. Nogent-sur-vernisson : Cemagref, n51, MaP-IFN, 2006. Les indicateurs de gestion durable
64 p. de forts franaises, dition 2005. Paris : Ministre
de lagriculture et de la Pche-Inventaire forestier
dobr M., 2005. Les Franais et la fort en 2004 - national, 148 p.
Enqute ONF. Paris : oNF.
Mauz I. et rmy J., 2004. Biodiversit et agriculteurs
dumas d., 2001. lesthtique environnementale des alpes du Nord. Fourrages, n179, p.295-306.
dallen Carlson. Cognitivisme et apprciation es-
thtique de la nature. Revue canadienne desth- Meiller d et vannier P, 1992. La fort, les savoirs et
tique, vol. 6. le citoyen. aNCr ditions, 280 p.

eizner N., 1995. la fort, archtype de la nature, Micoud a., 1997. en somme, cultiver le vivant : ou
dans La fort, les savoirs et le citoyen. Chalon-sur- comment la protection de la biodiversit peut-elle
Sane : ditions aNCr, p.17-19. aussi tre un moyen pour reconnatre la diversit
des cultures humaines ? dans Parizeau M.H., 1997.
Failing l. and Gregory r., 2003. Ten common mis- La biodiversit : tout conserver ou tout exploiter ? de
takes in designing biodiversity indicators for forest Boeck Universit dition, 214 p.
policy. Journal of environmental management, vol.
68, p.121-132. Micoud a., 2005. la biodiversit est-elle encore na-
turelle ? Ecologie et politique, n 30, p.17-25.
Ginelli l. et le Floch S., 2006. Chasss-croiss dans
lespace montagnard. Chasse et renouvellement des Petit J., 1999. reprsentations sociales de la biodi-
liens lenvironnement dans les Hautes-Pyrnes. versit. Les clairires de Saint Pierre de Chartreuse.
Terrain, n47, p.123-140. Mmoire de DEA. Grenoble : Institut de Gographie
alpine, universit de Grenoble.
Harrison robert, 1992. Forts : essai sur limaginaire
occidental. Paris : Flammarion, 398 p. Peyron J.l., Harou P., Niedzwiedz a. et Stenger a.,
2002. National survey on demand for recreation in
Hritier K., 1996. Approche cologique et percep- French Forests. laboratoire dconomie forestire-
tive de la biodiversit dans un paysage de monta- engref, Institut national de la recherch agronomi-
gne en mutation, lexemple de la commune dAus- que : eurostat, 85 p.
sois. Mmoire de DEA IGA. Grenoble : universit de
Grenoble. roger a., 1995 - La thorie du paysage en France
(1974-1994). Seyssel : ditions Champ vallon,
Javelle a., Kalaora B. et decocq G., 2006. les as- 463 p.
pects sociaux dune invasion biologique en fort
domaniale. Natures, Sciences, Socits, vol. 14(3), vallauri d., 2007. Biodiversit, Naturalit, Humani-
p.278-286. t : application lvaluation des forts et la qualit
de la gestion. WWF, 84 p.

114
la biodiversit comme enjeu stratgique
pour lentreprise
lindicateur dinterdpendance de lentreprise la biodiversit
Jol Houdet*, Batrice Bellini**, Marc Barra***
*Ore/Synergiz
**Universit de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines
***Natureparif (Universit dOrsay lpoque o larticle a t rdig)

Introduction I. LIIEB, un outil de formalisation


des perceptions
lvolution actuelle de la plante est en grande
partie la consquence des activits humaines, Selon levrel (2006), les indicateurs offrent un
dans lesquelles les entreprises tiennent une place moyen dtourn pour approximer un phnomne
majeure. or, comme la durabilit de ces activits quil est trop coteux de mesurer directement : leur
repose essentiellement sur le maintien de la bios- proprit essentielle par rapport aux autres instru-
phre, ces entreprises souhaitent comprendre leur ments de mesure est de disjoindre le signifiant
place au sein de celle-ci, afin de pouvoir lassumer. (la mesure) et le signifi (lobjet mesurer), en les
dans ce contexte, le groupe de travail1 ore - Ins- reliant par des termes de correspondance varis
titut franais de la biodiversit (IFB)2 et le Master (desrosires, 2003). Un indicateur peut tre pa-
Sciences et Gnie de lenvironnement de luni- ramtre unique ou regrouper plusieurs critres. Si
versit de Paris diderot3 ont dvelopp lIndicateur lIIeB appartient la seconde catgorie, il ne per-
dInterdpendance de lEntreprise la Biodiversit met nanmoins pas dapprhender la diversit du
(IIeB). outil dauto-valuation, lIIeB invite les monde vivant dans toute sa complexit.
entreprises mettre en exergue les interactions
directes et indirectes quelles entretiennent avec le champ dapplication de lindicateur peut concer-
le monde vivant. Cette dmarche avait pour ob- ner le produit semi-fini ou fini, le service, lactivit
jectif de permettre aux entreprises (i) de sappro- ou lensemble des activits de lentreprise. Suivant
prier le concept de biodiversit, (ii) de se situer par les situations, des adaptations aux spcificits de
rapport certains critres choisis comme les plus lobjet dtude peuvent savrer ncessaires. Suite
rvlateurs et (iii) de poser les premires bases une revue bibliographique (alloin et al., 2006),
pour la mise en place dactions stratgiques. le des entretiens avec des experts et des entrepri-
prsent article vise prsenter lIIeB, ses compo- ses, vingt-trois critres ont t retenus dans le
santes et perspectives. cadre de llaboration dune grille dvaluation
(tableau 1).

1
Groupe de travail initi fin 2005 sur la thmatique comment intgrer la biodiversit dans les stratgies des entreprises .
2
LIFB a fusionn, en 2008, avec le Bureau des ressources gntiques (BRG), pour donner naissance la Fondation pour la
recherche sur la biodiversit (FRB) : [Link]
3
Dans le cadre dun projet pdagogique de loption MECE (Management de lEnvironnement dans les Collectivits et les Entre-
prises), encadr par Batrice Bellini.
115
lIIeB vise tre simple et facile apprhender II. Reprsentation graphique
par lentreprise. durant lentretien, linterlocuteur
fixe lui-mme une note pour chaque critre, cel- des auto-valuations
le-ci pouvant varier de 1 (critre ne concernant
pas lentreprise) 4 (critre trs important pour Une trentaine dentretiens auprs dentreprises ont
lorganisation). Ses choix sont conditionns par son t raliss depuis 2007. Pour chaque entretien, un
poste4 au sein de la firme, ses valeurs ou encore les pentagramme des rsultats est labor. Il reprsente
conventions intra-organisationnelles auxquelles il limage que linterlocuteur se fait de linterdpen-
adhre. en consquence, lobjectif nest pas dob- dance de son entreprise la biodiversit (figure 1).
tenir une reprsentation exacte de la ralit mais Certaines entreprises ont accept de publier la syn-
bien limage que linterlocuteur sen fait. en justi- thse de leur entretien comme retours dexprien-
fiant par crit ses choix, il formalise sa rflexion sur ces (Houdet, 2008) : lIIeB devient alors un indica-
les liens directs et indirects que son entreprise noue teur pour communiquer avec les parties prenantes.
avec la diversit du vivant.
lanalyse a port essentiellement sur lactivit glo-
bale, en fonction des connaissances de linterlocu-

Critres en lien direct


Secteur du bois avec le monde vivant
extraction de minerais 4
3,5
3
2,5
2
1,5 Critres lis aux marchs
Critres lis aux stratgies 1
de lorganisation actuels
0,5
0

Critres lis la Critres lis aux impacts


compensation des impacts sur la biodiversit

Figure 1 : pentagrammes dauto-valuation partir de lIIEB pour deux entreprises hypothtiques appar-
tenant diffrents secteurs dactivit, lindustrie du bois et celle de lextraction de minerais. La note sur
chaque axe reprsente la moyenne des critres pour le groupe de critres correspondant. Plus celle-ci est
leve, plus le groupe de critre est important pour lentreprise.

4
Le discours dun comptable ou dun contrleur de gestion diffre de celui dun ingnieur ou dune personne charge de la
communication au sein dune mme organisation.
116
teur en termes de dpendances et impacts : indirects, ce qui englobe la relation avec les four-
directs, associs lactivit quotidienne de len- nisseurs ainsi que les interactions entre biodiversit
treprise (contrle direct) ; et produit en fin de vie (analyse de cycle de vie).

III. Prsentation des critres de lIIEB


Catgories Vise lvaluation Critres

C1.1.a Pourcentage de matires premires


de la dpendance issues du monde vivant
C1.1 C1.1.b Pourcentage de matires premires
aux matires premires
issues du monde vivant du pass
Critres en lien de la dpendance Utilisation de services cologiques
direct avec le C1.2 (dont biotechnologies)
aux services et techno-
monde vivant logies du monde vivant C1.3 Biomimtisme
de la dpendance C1.4 variabilit des cosystmes
la variabilit, sant et
C1.5 Sant des cosystmes
complexit des cosys-
tmes C1.6 Complexit des cosystmes
Cot des matires premires issues de la
C2.1 biodiversit par rapport au cot total de fabrication
Critres lis de la dpendance C2.2 Positionnement marketing (niveau de gamme)
aux marchs du chiffre daffaires volume commercial des produits et services issus
actuels la biodiversit
C2.3 de la biodiversit par rapport au total des produits
et services vendus
C3.1 rversibilit des impacts
Critres lis aux des impacts C3.2 Modification des paysages
impacts sur la de lactivit sur C3.3 Gnration de pollutions, dchets, missions
biodiversit le monde vivant
C3.4 Pressions slectives et disparitions despces
C3.5 Fragmentation des milieux
Compensation lie aux impacts de lactivit dans
C4.1 le cadre de la rglementation
Critres lis de la restitution Compensation lie aux impacts de lactivit hors
la compensa- la biodiversit C4.2
rglementation
tion des impacts
Compensation montaire non lie directement
C4.3 aux impacts de lactivit
Importance de la biodiversit pour
C5.1 la prennisation des activits

Critres lis du positionnement C5.2 Pression sociale


aux stratgies de stratgique de C5.3 Gain en termes de comptitivit
lorganisation lentreprise
C5.4 effets de communication externe
C5.5 Gnration de nouveaux marchs
C5.6 Impacts sur la culture de lentreprise

Tableau 1 : critres retenus pour la grille dauto-valuation de lIIEB. Une note de 1 4 est attribue
chaque critre (ordre croissant dimportance du critre pour lentreprise).
117
n Critres en lien direct avec le monde La dpendance aux services et technologies du
monde vivant
vivant
les services cologiques (critre 1.2) sont les b-
La dpendance aux matires premires issues nfices que les populations humaines tirent gra-
du monde vivant tuitement du fonctionnement des cosystmes.
les transactions conomiques ne concernent, en
le premier critre concerne la part de matires pre- effet, que les frais de transport, la main duvre,
mires issue de la biodiversit actuelle (critre les investissements (machines), les droits daccs et
1.1.a) pour le produit fini ou lactivit, cest--dire dusage mais non la ressource en elle-mme ni les
lensemble des organismes vivants, leurs compo- processus cosystmiques qui la gnrent. lva-
santes, produits et modlisations utiles aux entre- luation des cosystmes pour le millnaire (Millen-
prises. dans lindustrie du bois, les matires premi- nium Ecosystem Assessment, 2005) regroupe ces
res issues du vivant sont au cur du processus de services en quatre catgories : services de prlve-
production. Pour dautres, elles peuvent concerner ment, services de rgulation, services de support et
les services de support de lactivit, comme lachat services culturels.
de mobiliers ou la restauration des salaris.
les services de prlvement sont aisment iden-
la dpendance aux matires premires issues de la tifiables par les entreprises interroges : ils ren-
biodiversit sinscrit galement dans le pass (crit- voient aux matires premires issues du monde
re 1.1.b), limage des ressources fossiles (ptrole, vivant (critres 1.1.a et b) et sont donc facilement
gypse) ou toute matire rsultant de la dcompo- assimilables lactivit. en revanche, les liens de
sition ou de lactivit dorganismes vivants sur des dpendance aux services de support (recyclage des
chelles de temps dordre gologique. Cette dpen- nutriments, production primaire, cycle de leau,
dance peut concerner le cur du processus de pro- production do2) et de rgulation (protection contre
duction, au niveau des composants des produits ou lrosion, rgulation du climat, puration de leau)
de leur conditionnement, limage des colles et de devraient tre moins vidents, car ils sont soit m-
la consommation dnergie (gaz, ptrole, etc.) pour connus, soit relvent de la responsabilit des four-
lindustrie du bois. les activits de support peuvent nisseurs (lien indirect). Cela peut poser des difficul-
elles aussi tre concernes, via notamment le car- ts pour les interlocuteurs.
burant ncessaire au transport des marchandises et
du personnel. en sylviculture, les services culturels, de soutien
et de rgulation pourraient savrer particulire-
le vivant comme matire premire est au cur de ment importants pour linnovation technologique,
lactivit de nombreuses entreprises. renseigner ces organisationnelle et institutionnelle associe aux
deux critres invite linterlocuteur la rflexion sur espaces forestiers. Ils conditionnent leur volution
la politique dapprovisionnement de son entreprise et les activits qui en bnficient directement (tou-
(linton et al., 2007), vers une prise en compte des risme, exploitation du bois, chasse) et indirecte-
interactions entre biodiversit et autres enjeux so- ment (vente de meubles, construction). Ce critre
cio-cologiques (changement climatique, eau, d- soulve nombre de questions, parmi lesquelles celle
chets, sant). Cela pourrait conduire lentreprise des modes de coordination des agents conomiques
se questionner sur les analyses de cycle de vie ayant mettre en place pour que lensemble de la chane
pour principal indicateur darbitrage la tonne qui- dapprovisionnement les prenne en compte.
valent Co2 (controverse sur les biocarburants ;
SCNaT, 2008). Il sagit de sintresser aux activits enfin, imiter ou sinspirer de la nature, de ses mod-
des fournisseurs et la gestion des espaces dont les et du fonctionnement des cosystmes pour r-
sont tires ces matires premires, vers la mise en soudre des problmes humains renvoie au concept
exergue des tensions sous-jacentes aux choix et de biomimtisme (critre 1.3). Cela concerne direc-
modles de dveloppement. tement les propritaires et gestionnaires forestiers,
notamment au niveau des plans de gestion des fo-
118
rts et de la sylviculture. Il sagit en outre de com- Quant la sant des cosystmes (critre 1.5), il
prendre la perception de linterlocuteur vis--vis sagit de formaliser la perception de limportance
de lorigine conceptuelle des activits quotidiennes dun bon tat cologique des milieux pour la p-
de lentreprise, notamment en termes de recherche rennit des activits de lentreprise. Celles avec de
et dveloppement (produits cosmtiques et phar- fortes emprises foncires ou avec des implantations
maceutiques) et de conception des outils de pro- au cur de milieux naturels remarquables, comme
duction (agencement de la chane de production, nombre dexploitations minires, devraient se sentir
architecture). particulirement concernes par ce critre. Il sagit
de minimiser les surcots (dpollution, restauration
La dpendance la variabilit, sant et des milieux) pouvant se rpercuter sur lensemble
complexit des cosystmes de la chane dapprovisionnement.

la variabilit des cosystmes (critre 1.4), en par- n la dpendance des marchs actuels
ticulier les alas climatiques non matrisables et
au monde vivant
la complexit des cosystmes (critre 1.6) sont
souvent perues comme des contraintes dans les Ce groupe de critres vise permettre aux entrepri-
processus de production. en sylviculture, on peut ses de faire le lien entre biodiversit et comptabi-
citer la pluviomtrie, les dgts des temptes et les lit financire. Cest une manire complmentaire,
changements globaux qui conditionnent lvolu- cest--dire montaire, de reprsenter la dpendan-
tion des couverts forestiers et celle de leurs com- ce de lentreprise la biodiversit, sans pour autant
posantes biologiques. Chercher les comprendre lui attribuer un prix via des mthodes contestables,
est capital pour lentreprise : elle pourra avoir une comme lvaluation contingente pour laquelle il est
influence sur ces critres en fonction des avances impossible de rpliquer les protocoles ou de compa-
scientifiques. rer les rsultats, ni dans le temps, ni dans lespace
(Bonnieux, 1998 ; Weber, 2002).
lapproche industrielle orthodoxe vise saffranchir
de la variabilit et de la complexit des cosyst- deux des trois critres permettent lvaluation des
mes. en agriculture en particulier, on a dcompos lments de biodiversit achets et vendus par len-
des processus de production complexes en squen- treprise. Il sagit de comparer le cot des matires
ces simples dont on a cherch optimiser le ren- premires issues de la biodiversit par rapport au
dement via des facteurs de production fournis par cot total de fabrication (critre 2.1), cest--dire
lindustrie (larrre, 2006). Minimiser la complexit par rapports aux autres charges de lentreprise (sa-
du fonctionnement rel est possible mais cela peut laires, lectricit, taxes), et le volume commercial
gnrer des externalits ngatives (cultures hors- des produits et services associs la biodiversit
sol en andalousie) ; parfois aux consquences co- par rapport au total des produits et services vendus
logiques irrversibles. (critre 2.3).

or, favoriser la complexit et la variabilit des co- en outre, on sintresse au positionnement marke-
systmes peut savrer avantageux pour lentreprise. ting (niveau de gamme) (critre 2.2) des produits et
on commence les prendre en compte au cur des services. Celui-ci peut tre associ des lments
rgles sylvicoles : mlange des essences, quilibre de biodiversit rares, nobles ou exotiques, ou en-
des classes dge, arbres snescents. Les futaies ir- core une gestion co-responsable des milieux,
rgulires permettraient de faire face aux risques limage de concessions forestires certifies PeFC
climatiques (exemple : la tempte de 1999) et aux ou FSC. Cela justifie un niveau haut de gamme ,
invasions biologiques auxquels les futaies rgulires donc une marge5 plus importante.
monospcifiques sont particulirement vulnrables.

5
Diffrence entre le prix de vente et le cot de revient dun produit ou service.
119
n les impacts de lactivit sur le monde dclaircie) ou ngatives (surexploitation des res-
sources, introduction despces envahissantes). Ce
vivant quatrime critre a pour principal intrt de ren-
Poser la question des impacts sur la biodiversit ne voyer la nature du processus de production en lien
relve pas uniquement de la responsabilit de len- direct avec le vivant : comment lentreprise peroit-
treprise interroge. Celle-ci sintresse-t-elle aux elle la nature de son activit ? Y a-t-il uniformisa-
activits de ses fournisseurs, filiales et clients ? les tion ou enrichissement de la biodiversit ? lactivit
implications rglementaires et financires associes conduit-elle ou non lexclusion comptitive des
ce critre doivent tre soulignes, comme lillus- organismes inutiles ou nuisibles sur les espa-
tre la transposition en droit franais de la directive ces exploits ?
europenne sur la responsabilit environnementale
(Huglo, 2007). la responsabilit environnementale enfin, avec le critre de fragmentation des milieux
des maisons mres par rapport aux impacts de leurs (critre 3.5), on sintresse la cration de disconti-
filiales soulve galement de nombreuses questions nuits cologiques, pouvant tre soit ngatives (d-
pour les grands groupes, tous secteurs confondus. frichements, voiries, monocultures), soit positives
les critres suivants visent mettre en exergue le pour la biodiversit (polyculture, agroforesterie).
primtre daction et de responsabilit que lentre-
prise accepte dassumer dun point de vue concep- n la restitution la biodiversit
tuel. Cinq critres ont ainsi t retenus :
lobjectif est dvaluer le niveau de restitution
le critre de la modification des paysages (critre la biodiversit ralis par lentreprise par rapport
3.2) est-il important pour linterview ? Il sagit ses impacts directs et indirects sur le monde vi-
de considrer la valeur psychologique positive ou vant. Cela peut se matrialiser par la restauration
pjorative datteinte aux milieux : si la vigne est ou lenrichissement des milieux dans lesquels la
considre comme naturelle , les carrires ne le firme opre, dont elle dpend ou dont elle tire des
sont pas, alors que dans les deux cas, il y a modifi- services cologiques. limportance de la compensa-
cations de paysage ; tion rglementaire (critre 4.1) est conditionne par
plusieurs variables, dont la nature des dommages
quen est-il de la rversibilit des impacts (critre causs par lactivit, le cadre lgislatif en vigueur
3.1), qui peut notamment se mesurer par le temps (et son application) selon le pays dans lequel len-
ncessaire un site dgrad pour retourner son treprise opre ou encore lexistence de mcanismes
tat cologique initial sans intervention humaine ? de coordination entre agents pour encadrer les me-
Cela pourrait inciter lentreprise se questionner sures compensatoires. Cest pourquoi la distinction
sur ses choix de dveloppement long terme, en entre compensation rglementaire et compensation
particulier au sein dcosystmes fortement modi- volontaire (critre 4.2) peut savrer difficile. Pour
fis par les humains depuis des centaines dannes certaines entreprises, la seconde fait partie int-
(forts et campagnes europennes) ; grante de sa stratgie, illustrant une nouvelle faon
doprer ; en complment de compensations mon-
de mme, quelle importance est attache la taires non lies directement aux impacts de lacti-
matrise des effluents, missions et dchets (critre vit (mcnat ; critre 4.3). en France, CdC biodi-
3.3) ? Comment lentreprise formalise-t-elle leurs versit6 travaille la mise en place dun mcanisme
liens avec les enjeux de biodiversit ? de compensation cohrent lchelle nationale (cf.
Quenouille et al., page 141). on peut noter en outre
certaines activits exercent des pressions slec- lexpertise en ingnierie cologique dveloppe
tives (critre 3.4) sur les milieux et les espces, par certaines entreprises depuis plusieurs annes
quelles soient positives (par exemple les coupes (Houdet, 2008).

6
une filiale de la Caisse des Dpts lance en fvrier 2008
120
n le positionnement stratgique de pement lapprovisionnement ou encore de la com-
munication externe la formation du personnel.
lorganisation
dun point de vue stratgique, la biodiversit est- le besoin dun rfrentiel reconnu permettant la
elle un facteur cl pour la prennisation des activi- ralisation dun tat initial par rapport la biodi-
ts (critre 5.1) ? elle peut tre critique pour le droit versit est trs largement exprim par le secteur
doprer, particulirement pour les organisations priv. en ce sens, lIIeB rpond une relle attente
avec de fortes emprises foncires ou situes proxi- de lentreprise au regard de son positionnement, en
mit de zones dintrt cologique, comme dans le complment des co-certifications pouvant pr-
cas de la sylviculture. Il sagit alors de formaliser senter dimportantes limites en matire de biodi-
le positionnement stratgique de lorganisation et versit, limage du label agriculture biologique
didentifier les leviers daction, en termes de gestion (le roux et al., 2008). Il propose une approche ori-
des pressions sociales (critre 5.2), de gains de com- ginale pour clairer les enjeux de biodiversit, en
ptitivit (critre 5.3), deffets de la communication incitant linterlocuteur formaliser ses perceptions.
externe (critre 5.4), de cration de nouveaux mar- la nature stratgique de certains critres dans les
chs (critre 5.5) et de communication interne pour dbats actuels illustre le fait que nous sommes
enrichir la culture dentreprise (critre 5.6). Cette encore dans une phase de problmatisation (le-
analyse permet de juger des opportunits commer- vrel, 2007). la branche dactivit, comme vecteur
ciales faire de la biodiversit en standard de ges- danalyse, permettrait de comparer la diversit des
tion et production de biens et de services (Houdet, reprsentations entre organisations. Cela renvoie
2008) tout en identifiant les leviers dune rentabilit ltude des interactions interentreprises par rap-
court, moyen et long terme ? port la biodiversit : filires agro-alimentaires,
filires cosmtiques-parfums, industrie financire
et lensemble des acteurs conomiques. Comment
IV. La biodiversit comme enjeu faire converger la diversit des positionnements,
dont celles des parties prenantes, afin de favoriser
stratgique pour lentreprise : la cogestion adaptative de la biodiversit ? dans
perspectives pour lIIEB une perspective de covolution entre entreprises et
cosystmes (Porter, 2006), il sagirait alors de sin-
au-del dune auto-analyse multicritre, lIIeB of- tresser aux outils mobiliser et construire afin
fre lopportunit de crer des passerelles entre le dintgrer la biodiversit au cur des stratgies des
monde scientifique et celui de lentreprise, en facili- rseaux de firmes (Houdet, 2008).
tant lmergence dun langage commun propos de
la biodiversit. lindicateur offre la possibilit aux dans limmdiat, lusage de lIIeB pourrait devenir
interviews de sapercevoir que les interactions en- un exercice fdrateur annuel au sein de lentrepri-
treprises biodiversit : se : lvolution de son renseignement par le person-
nel pourrait contribuer activement lapprentissage
se font explicitement ou implicitement de mul- collectif. de manire concomitante, il permettrait
tiples chelles, du site industriel aux territoires aux entreprises (i) de se positionner par rapport
adjacents, du local linternational, des units de un tat initial, (ii) didentifier les axes prioritaires
production au sige ou encore des fournisseurs et pour laction et (iii) de dvelopper des indicateurs de
filiales la maison mre ; performance adapts leurs spcificits pour lint-
gration de la biodiversit au cur de leurs systmes
de management. n
concernent de nombreuses fonctions et comp-
tences au sein de lorganisation, de linnovation la
matrise des cots de production, de la comptabilit
la fiscalit, de la gestion des parties prenantes aux
stratgies commerciales, de la recherche et dvelop-
121
rfrences bibliographiques mework for organizations and the natural environ-
ment. Organization & Environment, vol. 19, p.479-
alloin J.P., Biasini B., lecomte a. et Pilon M., 2006. 504.
Rapport bibliographique sur lintgration de la bio-
diversit dans la stratgie des entreprises. Quenouille B., rondet M. et Thivent P., 2007.
Quand mutualiser les moyens financiers rime avec
desrosires a., 2003. les qualits des quantits. synergie dactions de terrain. Business 2010, vol.
Courrier des statistiques, p.105-106 et 51-63. 2(2), p.12-13.

Houdet J., 2008. Intgrer la Biodiversit dans les SCNaT, 2008. Biodiversit et climat : conflits et
stratgies des entreprises. Le Bilan Biodiversit des synergies au niveau des mesures. Prise de position
organisations. Paris : FrB ore, 393 p. de lacadmie suisse des sciences naturelles, http://
[Link]/f/aktuell/News/[Link]?id=1263,
Huglo C., 2007. la rparation des dommages co- 10 mai 2008.
logiques. entre discussions de principe, transposi-
tion incomplte du droit communautaire et apport Weber J., 2002. Lvaluation contingente : les va-
constant de la jurisprudence. Gazette du Palais, vol. leurs ont-elle un prix ? Communication lacadmie
127(355 et 356), p.5-14. dagriculture, dcembre 2002.

larrre r., 2006. lcologie industrielle : nouveau


paradigme ou slogan la mode ? Les ateliers de
lthique, vol.1(2), p.104-112.

le roux a., Barbault r., Baudry J., Burel F., doussan


I., Garnier e., Herzog F., lavorel S., lifran r., roger-
estrade J., Sarthou J.-P. et Trommetter M., 2008.
Agriculture et biodiversit. Valoriser les synergies.
Expertise collective scientifique, synthse du rap-
port, INRA (France), [Link]
expertise/agriculture_et_biodiversite__1, 10 aot
2008.

levrel H., 2007. Quels indicateurs pour la gestion de


la biodiversit ? Paris : les cahiers de lIFB, 96 p.

levrel H., 2006. Biodiversit et dveloppement du-


rable : quels indicateurs ? Thse pour lobtention de
titre de docteur de leHeSS, Paris.

linton J.d., Klassen r. and Jayaraman v., 2007. Sus-


tainable supply chains: an introduction. Journal of
Operations Management, vol. 25, p.1075-1082.

Millennium ecosystem assessment, 2005. Ecosys-


tems and Human Well-being: Opportunities and
Challenges for Business and Industry. Washington
dC: World resources Institute, 36 p.

Porter T.B., 2006. Coevolution as a research fra-


122
Quelques caractristiques de la fort prive
sous langle de la biodiversit1
Pierre Beaudesson*
*Centre national de la proprit forestire (CNPF)

Introduction les rsultats de lInventaire forestier national (IFN)


montrent une progression importante des forts
Si les donnes sur la biodiversit des forts fran- depuis de nombreuses annes, bien que moins forte
aises sont dj peu explicites (Gosselin et larous- actuellement. la surface forestire sest accrue de
sinie, 2004 ; MaaPraT-IFN, 2005 et 2011), celles 1,7 million dhectares au cours des vingt-sept der-
spcifiques la fort prive sont encore plus mal nires annes, dont 1,4 million dhectares en fort
connues du fait de leur difficult daccs. Pour- prive (ce qui reprsente plus de 170 terrains de
tant, ces forts reprsentent les trois quarts de la football par jour). Cet accroissement se fait sur tous
surface forestire franaise (11,1 millions dhecta- les types de proprits, mais davantage sur des ter-
res). outre leur importance dans les espaces b- rains privs. les nouvelles forts sont peu issues de
nficiant dun statut de protection ou dun label plantations : celles-ci ne reprsentent en effet que
(la moiti des forts incluses dans un site Natura 13 % de lextension des forts (priode 1992-2002)
2000 sont prives), montrant par l leur intrt feuillues et rsineuses confondues (source : IFN). la
biologique au niveau national, lanalyse succincte majorit des extensions se fait par la colonisation
de quelques caractristiques propres ce statut spontane de milieux ouverts (landes, maquis, gar-
foncier permet de souligner la place importante rigues, terres agricoles, etc.). Ces nouvelles forts
des forts prives dans le paysage national en ter- sont dune diversit tonnante car elles juxtaposent
mes de biodiversit. en grande partie la richesse des milieux ouverts et
ferms. elles font par ailleurs lobjet de peu din-
Six critres, pouvant tre considrs comme des in- trants chimiques, contrairement aux surfaces agri-
dicateurs de biodiversit, sont ici mis en exergue. coles auxquelles elles ont la plupart du temps suc-
cds, soit directement, soit aprs enfrichement2.
n Critre 1 : extension des forts Situes essentiellement sur des terrains privs, ces
franaises en terrain priv par nouvelles forts apportent ainsi une diversit im-
colonisation de milieux ouverts portante aux forts plus ges.

Si lextension des forts en France est connue de


tous, au dtriment des paysages ouverts ou des es-
n Critre 2 : une fort prive morcele
pces infodes aux pelouses, landes ou friches, on induisant une diversit de sylviculteurs
mentionne moins souvent les terrains sur lesquels
elle a lieu. Bien que la surface moyenne des proprits de plus
dun hectare soit en augmentation (elle est passe

1
Cet article se fonde en grande partie sur les chiffres cl de la fort prive, ditions 2008-2009 (cf. rfrences bibliographiques).
2
Colonisation naturelle de sols nus ou enherbs par la vgtation ligneuse.

123
de 6,8 8,8 hectares en vingt ans), la fort prive n Critre 3 : une fort prive plus feuillue
franaise reste encore trs morcele : en effet, la
que la moyenne nationale
surface moyenne des proprits prives est de trois
hectares, souvent en plusieurs tnements, multi-
pliant ainsi les units de gestion. Ce morcellement la surface de feuillus est plus importante en France
ne facilite ni la gestion sylvicole, ni la mobilisation que celle des rsineux (69 % environ). Cette pro-
des bois exploiter. portion est encore plus forte en fort prive (71 %),
mme en comptant le massif landais essentielle-
Cependant, grce la multitude de propritaires ment priv et rsineux.
(3,5 millions dont 2,4 millions possdant moins de
un hectare), nous pouvons presquaffirmer quil y Sans chercher opposer les feuillus aux rsineux
a autant de pratiques diffrentes. de fait, les ob- en matire de biodiversit, la proportion importante
jectifs des propritaires sont varis, allant dune de feuillus en majorit autochtones et bien adap-
production intensive de bois labsence de toute ts aux stations forestires franaises est un gage
intervention. les pratiques diffrent normment de biodiversit entomologique, ornithologique, etc.
selon le lien quentretient le propritaire la na- Bien videmment, les rsineux qui se rencontrent
ture, selon quil fait appel ou non un homme naturellement en France (pimont, zone de monta-
de lart, selon sa culture technique, etc. Mme gne, rgion mditerranenne, etc.) sont le support
lorsquelles sont prcises et appliques dans des dune biodiversit spcifique. dailleurs, en plaine,
conditions similaires (climat, milieu, matriel g- leur prsence, souvent sur des sols ingrats ou sur
ntique), comme par exemple en populiculture, on danciennes terres agricoles, apporte de la diversit
observe des diffrences, au moins visuelles, entre paysagre aux massifs forestiers.
proprits. les dates dintervention, les machines
utilises, les cultures pratiques sont autant de
critres induisant une diversit. la diversit des
n Critre 4 : une fort prive sous-
sylviculteurs est un gage de diversit biologique exploite en phase de capitalisation
dj lchelle du paysage.
loin dtre surexploite, la fort franaise souffre
Malheureusement, le morcellement napporte pas de sous-exploitation. le taux de rcolte en fort,
que des bienfaits pour la biodiversit. Par exemple, bois de feu compris, par rapport ce qui pousse
les modes dexploitation et de transport induisent chaque anne, natteint pas 60 %, il y a donc une
une sylviculture adapte aux machines et au vo- capitalisation.
lume des grumiers. Un propritaire qui veut vendre
son bois un prix comptitif doit au moins runir les forts prives comme publiques connaissent
un volume assez consquent. Ceci peut tre prju- une progression importante de leur volume de bois
diciable et visible sur des petites proprits (coupe sur pied (+ 560 millions de m3 entre 1985 et 2005-
rase ou dcapitalisation massive en cas de vente de 06 au niveau national). Cette capitalisation se fait
bois, etc.). de mme, des interventions trop irrgu- principalement en fort prive (seulement 60 % du
lires ou trop loignes dans le temps ne permet- volume des rcoltes se font en fort prive, alors
tent pas aux propritaires dexiger de leurs pres- quelles reprsentent 75 % de la surface forestire
tataires (exploitants, dbardeurs, etc.) des cahiers totale). laugmentation du volume sur pied y est de
des charges complexes avec des clauses relatives 39 % contre 13 % en fort publique (source : IFN).
la biodiversit. enfin, la faible taille de la proprit on observe cependant de grandes disparits suivant
ne pousse pas le propritaire se former sur des les proprits. Cette capitalisation peut galement
thmes lis lenvironnement. leur mconnais- tre corrle lextension de la surface des forts qui
sance pourrait provoquer des impacts ngatifs sur se fait essentiellement en terrain priv ou la classe
lenvironnement. dge des peuplements.

124
Peu peu, les gros et trs gros bois sont de plus en franais (48 % contre 36 %). Ce sont les premiers
plus nombreux et ceci malgr les temptes succes- rsultats que rvle une enqute mene fin 2009
sives. le retard des forts prives, en volume de bois par le Centre de recherche pour ltude et lobser-
sur pied, par rapport aux forts publiques sestompe. vation des conditions de vie (Credoc), la demande
Cette prsence de gros bois gs entrane potentiel- de la Fdration Forestiers privs de France (FPF) et
lement plus darbres snescents et morts, supports du CNPF.
dune grande diversit.
aprs lautoconsommation, ce sont les dimensions
immatrielles de la proprit forestire qui repr-
n Critre 5 : des parcelles en fort sentent les principaux bnfices mis en avant par les
prive inexploites ou inexploitables, propritaires privs, bien avant lintrt financier : le
rserves intgrales de fait bois pour lusage personnel (35 %), lespace de pro-
menade et de loisir (17 %), le patrimoine trans-
Situes dans des zones relief trs prononc, inac- mettre (17 %), le cadre paysager (12 %), lespace
cessibles, enclaves, terrains impraticables ou im- de nature (10 %), les champignons (8 %), la chasse
propres la production, une multitude de parcelles (7 %), la vente de bois (5 %), le produit financier
forestires en fort prive sont laisses leur libre (4 %). au del de la valorisation des produits bois,
volution. elles peuvent tre aussi le rsultat dune lintrt des propritaires forestiers pour la valorisa-
dshrence ou dune volont de ne pas exploiter. Il tion des services cologiques et sociaux rendus par
peut sagir aussi de parcelles dont les rles protec- la fort est donc bien marqu. dailleurs le nom-
teur, esthtique, rcratif ou culturel, interdisent bre de propritaires sinscrivant des runions de
que des coupes objectif de production soient vulgarisation ayant lenvironnement comme thme
ralises. principal augmente. en 2011, plus de deux mille
personnes ont particip des runions de ce type,
Ces surfaces, sans avoir la garantie de non gestion, organises par les Centres rgionaux de la proprit
tendent vers une grande naturalit. elles peuvent forestire (CrPF).
tre considres comme des rserves intgrales
potentielles . Prs de 600 000 hectares de forts Conclusion
prives ont leur fonction de production nulle ou trs
accessoire (source : IFN). la proportion de ce type de lanalyse rapide de quelques critres dfinissant la
fort est lgrement plus leve en terrains privs fort prive fait ressortir un impact positif sur la
quen terrains publics. Une initiative se dveloppe biodiversit. Mme sil ne sagit pas toujours dune
actuellement en rgion rhne-alpes pour obtenir volont du propritaire de prendre en compte tous
lengagement des propritaires ne pas exploiter les aspects de la biodiversit, le rsultat est l.
leurs espaces forestiers de plus dun hectare durant dailleurs, leur sensibilit la biodiversit est relle
au moins dix ans. elle permet de garantir une non et ancienne. Si la biodiversit des forts franaises
gestion sur des espaces dj peu accessibles mais est encore si riche, cest quelle est issue dune ges-
trouve cependant peu de volontaires en labsence tion durable et multifonctionnelle pratique depuis
dune contrepartie attractive et suffisante. de longues gnrations de propritaires forestiers
respectueux de ce patrimoine naturel. des efforts
sont cependant possibles et des rflexions ncessai-
n Critre 6 : des propritaires sensi- res pour maintenir cette fort dans un bon tat co-
bles aux questions environnementales logique, voire lamliorer tout en lexploitant plus.

les propritaires forestiers sont trs attachs leurs Face aux exigences de la socit en faveur des espa-
bois en tant qulment constitutif de leur patrimoi- ces et paysages, ncessitant plus de recommanda-
ne, plutt quun moyen de production et de revenus. tions et de rglementations pour prserver ce patri-
les propritaires sont surtout plus sensibles aux moine naturel considr comme collectif et face aux
questions environnementales que la moyenne des contraintes conomiques et techniques voluant
125
trs rapidement, les propritaires se trouvent accu- rfrences bibliographiques
ls des choix de gestion difficiles. Sans rtribution
des services environnementaux, pourtant demande Colin a., 2006. Suivi de la ressource en gros bois et
par la socit, ce constat global positif de la diver- trs gros bois au fil du temps. Paris : IFN, 110 p.
sit des forts prives tiendra-t-il longtemps ? n
Crdoc, 2010. Les propritaires forestiers sont at-
tachs leur patrimoine mais peu motivs par son
exploitation commerciale. Crdoc - Consommation
et Modes de vie, n 228, 4 p.

Fort prive franaise, 2008. Les chiffres cls de la


fort prive - dition 2008-2009. Fort prive fran-
aise, 24 p.

Gosselin M. et laroussinie o. (coord.), 2004. Bio-


diversit et Gestion Forestires. Connatre pour pr-
server. Synthse bibliographique. anthony : co-di-
tion Gip ecofor-Cemagref, 320 p.

MaaPraT-IFN, 2011. Les indicateurs de gestion du-


rable de forts franaises mtropolitaines, dition
2010. Paris : MaaPraT-IFN., 200 p.

MaP-IFN, 2006. Les indicateurs de gestion durable


de forts franaises, dition 2005. Paris : MaP-IFN,
148 p.

126
valuer lempreinte cologique des socits
humaines sur les forts
Daniel Vallauri*
*World Wildlife Fund (WWF)

Introduction n Bienvenue dans lanthropocne

lempreinte cologique des cultures humaines en europe, en moins de 2 000 gnrations, Homo
gnrales ou techniques est lun des quatre sapiens a eu une empreinte telle sur la Nature que
gradients valuer pour mieux comprendre et r- certains auteurs nhsitent pas rebaptiser la p-
pondre aux questionnements actuels en matire riode gologique actuelle du nom danthropocne
environnementale. les trois autres gradients va- (Crutzen, 2002).
luer conjointement sont la biodiversit, la naturalit
et le sentiment de nature (vallauri, 2007). les deux Si lhomme na pas cr despces, il a fortement
derniers gradients sont mergents et il reste beau- contribu rorganiser la biodiversit, notamment
coup faire pour btir des valuations multicritres en fort, la rduisant le plus souvent par rapport
fiables et surtout partages. les deux premiers (em- ce quelle tait avant lexpansion humaine. les
preinte ou impact sur les forts et la biodiversit) exemples sont nombreux dans lhistoire (y compris
sont des proccupations dj plus anciennes, mais en europe) o Homo sapiens a provoqu lpuise-
leur valuation fait encore dbat. Cet article traite ment local des ressources forestires, parfois mme
essentiellement de lempreinte cologique des so- jusqu conduire leffondrement de sa propre so-
cits humaines sur les forts. cit (diamond, 2006).

Photo 1 : travail
du sol entre deux
rotations dans une
plantation
industrielle
dEucalyptus au
Portugal. Les chnes
lige, protgs par la
loi, sont
conservs dune
rotation lautre.
( Daniel Vallauri)
127
aujourdhui, en europe, une majorit des forts sont Sont ici succinctement prsents trois outils
secondaires ou semi-naturelles. Certaines rgions dvaluation fonds sur la construction dindices
sont constitues prioritairement de plantations synthtiques.
industrielles artificielles (landes ou Portugal par
exemple, photo 1). Prs de 90 % des forts alluvia- 1- Lempreinte cologique humaine (Wackerna-
les et 80 % des forts euro-mditerranennes ont gel et rees, 1996 ; Wackernagel et al., 1999, 2002,
t dboises. 2005)

Toutefois, prs de neuf millions dhectares de fo- aujourdhui, lexpression empreinte cologique
rts sont encore considrs comme non modifis fait souvent rfrence un indice dvelopp dans
par lhomme en europe, pour la plupart dans la les annes 1990 et qui se focalise sur lune des cau-
Fdration de russie et les pays scandinaves. en ses dimpact, la consommation des ressources na-
Sude, 16 % des forts sont qualifies de naturelles turelles (avec un poids important donn aux ques-
contre 5 % en Finlande et moins de 1 % en europe tions nergtiques). Il sagit, laide de cet indice,
de louest (dudley, 2003). en France, on recense dessayer de quantifier au mieux et pour une entit
30 000 hectares de forts subnaturelles, soit 0,2 % politique donne, la surface de terre et deau nces-
de la surface forestire nationale (derF, 1995). saire pour satisfaire les besoins de sa population.

lune des consquences de ces transformations est Il ne porte donc pas principalement sur les forts,
une perte de biodiversit. en France, sept espces mais la fort intervient dans le calcul la fois
de mammifres forestiers (soit 9 % de ceux-ci) ont comme source de matire premire pour valuer
disparu et plus de deux cents espces forestires la biocapacit et comme produit de consommation
(faune et flore confondues) sont aujourdhui me- (grume, bois nergie, quivalent des missions de
naces dextinction ou ncessitent pour leur survie Co2).
une vigilance renforce (vallauri et Poncet, 2003).
Par les valuations de cet indice, nous savons
que pour satisfaire une population mondiale qui
n Mieux valuer lempreinte cologique consommerait comme un franais, il serait nces-
des socits saire dexploiter entirement les ressources natu-
relles de lquivalent de trois plantes comme la
Toutes les cultures nont pas un impact quivalent Terre. la France prsente une empreinte cologique
sur la Nature. la culture occidentale, dominante presque deux fois suprieure sa biocapacit. Pour
dans le monde depuis le XvIIIme sicle, prsente ce qui concerne les forts franaises, la biocapacit
aujourdhui une empreinte significative et globale. reste suprieure la consommation (WWF, 2006).
Comme le rappelle Blondel (2006), quand lInde
prit son indpendance en 1947, Gandhi faisait re- 2- Les indices de perturbation ou dinfluences
marquer que les anglais avaient mobilis la moi- humaines (Sanderson et al., 2002)
ti des richesses de la plante pour construire leur
prosprit et sinterrogeait : combien de plantes Ces indices se focalisent sur certaines consquen-
faudrait-il pour quun pays comme lInde arrive au ces ou marques de prsence humaine, comme la
mme rsultat ? . prsence dinfrastructures ou la modification dras-
Nous savons maintenant rpondre cette question. tique des paysages. Ils sattachent quantifier et
divers chercheurs, cologues ou gographes, ont mis spatialiser linfluence humaine partir de donnes
au point des mthodes pour valuer linfluence ou macro-cologiques ou macro-conomiques. San-
limpact des cultures humaines sur la nature. Cela derson et al. (2002) identifient par cette mthode
a conduit dfinir des concepts nouveaux comme les dernires rgions du monde sous faible influen-
lhmrobie (Steinhardt et al. 1999, Hill et al. 2002) ce dune culture contemporaine (cf. figure 2 centre
lantonyme de la naturalit mais galement plus sur leurope). Ils cartographient les grands massifs
rcemment lempreinte cologique. forestiers continus, sans prjuger de leur naturalit
128
Figure 2 : lempreinte
Lempreinte humaine en Europe humaine sur le territoire
europen daprs lindice
dinfluence humaine de
Sanderson et al. (2002).
Lindice est fond sur la
densit de population
rsidente, la densit des
infrastructures et lac-
cessibilit des territoires
ainsi que des indicateurs
de dveloppement
(exemple, lempreinte
lumineuse). Lanalyse
mondiale et les cartes
des derniers espaces sous
faible influence humaine
sont accessibles sur le
site [Link]/hu-
manfootprint/.
Valeur de
lempreinte Faible Gradient dinfluence humaine lev
humaine

relle une chelle fine, ni de lempreinte humaine n vers des indicateurs adapts
des cultures indignes plus sobres et discrtes. lvaluation des forts
3- un indice de naturalit mixte et territorialis Parmi les indicateurs de biodiversit (levrel et al.,
(Machado, 2004) 2007) et de dveloppement durable, les indicateurs
relatifs lempreinte cologique sont pour linstant
Construit pour les les Canaries pour traduire la sous-utiliss car ils sont conceptuellement peu or-
ralit dun territoire en un gradient discret en dix ganiss. de nombreux indicateurs de pressions et
niveaux, lindice de Machado est fond sur la des- dimpacts humains sur les forts ont t valus in-
cription des milieux (composants biologiques, frag- dividuellement. Parmi dautres exemples, il y a ceux
mentation, dynamique) et sur des donnes relatives relatifs :
aux actions humaines (pollution, extraction de ma-
tire, etc.). lindice est cartographi au 1/25000e. le la sylviculture (Du bus de Warnaffe et Lebrun,
profil de naturalit des diffrents territoires (les) 2004 ; Gosselin et laroussinie (coord), 2004) ;
est une riche source de discussions et dapplications lexploitation forestire et les routes (Crist et
pour lamnagement et la gestion de ces milieux al., 2000 ; de Paul et Bailly, 2005 ; lamand et al.,
(figure 3). 2005) ;
les choix de filires de production et le cycle de vie
Bien sr, ces indices complexes (il en existe dautres) dun produit forestier (Kissinger et al., 2006 ; Nunery
ne sont en aucun cas universels et ne rpondent pas et al. 2010) ;
toutes les questions que lon se pose. de mme les usages rcratifs (Leung et Marion, 2000) ;
que le Produit intrieur brut (PIB), lindice des prix, le bruit et le drangement de la faune (Fidell et al.,
le quotient intellectuel, etc., ils prsentent chacun 1996 ; Krause, 2002 ; rachwald et al., 2004 ; radle,
des limites dinterprtation et de domaine dappli- sans date) ;
cation que discutent les auteurs eux-mmes.
129
Figure 3 : exemple de profils de naturalit de trois
territoires insulaires des Canaries (Machado, 2004).
Le gradient de naturalit sensu lato inclut des
indicateurs de composition et structure du paysage
et des impacts relatifs aux activits humaines. Il est
discrtis en dix niveaux dont la part est propor-
tionnelle la surface correspondante, des espaces
les plus transforms (en rouge et droite) aux
espaces vierges dimpacts humains ngatifs (en vert
et gauche).

la mise en uvre de recherches scientifiques portion de plantations)1. ds lors, comment valuer


(landres, 2000 ; Parsons, 2000). les diffrences dempreintes cologiques pourtant
plus quvidentes dans la majorit des forts corres-
Peu de recherches synthtiques ont t effectues pondant au degr intermdiaire forts semi-natu-
en France pour dcrire et valuer globalement lem- relles ? Cette catgorie combien htrogne,
preinte cologique gnrale de lhomme (et/ou de est-elle rellement pertinente ? elle regroupe ple-
la gestion) sur les forts. Toutefois, les sources de mle les pessires non-indignes du Massif central,
donnes disponibles sont nombreuses, mme si elles les suberaies des Maures, les taillis sous futaie et les
sont souvent disperses, quelles portent sur la po- chnaies cathdrales de Tronais ou les futaies du
pulation, lurbanisme, les transports, la pollution, les Jura jardines depuis des temps immmoriaux ?
ressources forestires ou la biodiversit.
Toute analyse de lempreinte cologique dune
dans les critres et les indicateurs de gestion du- Culture demande une approche raisonne, multi-
rable (MaP, 1995, 2000 ; MaP-IFN, 2006 ; Maa- culturelle (culture gnrale, culture des forestiers,
PraT-IFN, 2011), cette problmatique reste mal des autres usagers, etc.), multithmatique (dmo-
analyse en tant que telle, mme si de nombreuses graphie, toxicologie, foresterie, urbanisme, amna-
informations existent et des recoupements sont gement) et multiscalaire (vallauri, 2007 ; tableau 2).
possibles. Certains indicateurs de pression relatifs elle repose sur la recherche dun ensemble cohrent
limpact de la gestion ont mme t supprims de critres et indicateurs permettant :
(derF, 2000). des croisements thmatiques popu-
lation-forts comme ceux entrepris par derrire et de dcrire les facteurs de dgradation passs,
lucas (2006) et concernant les forts sous influence les pressions actives et danticiper les menaces
urbaine sont par exemple instructifs de multiples potentielles ;
titres. du point de vue strictement sylvicole, lIFN de comprendre les impacts, positifs ou ngatifs,
(pour la dGFar, 2006), distingue bien un gradient directs ou indirects et toujours entremls mais
dempreinte globale de la gestion forestire (appel aussi les effets de seuils (notamment les seuils dir-
dailleurs improprement degr de naturalit ). rversibilit) ;
Mais ce gradient est trop peu dtaill (trois degrs : de qualifier ou quantifier limpact des activits
plantations, forts semi-naturelles, forts non per- humaines des chelles de temps et despaces
turbes), imprcis ou pas toujours pertinent dans varis. n
la dfinition des degrs pour discriminer la ralit.
lanalyse est souvent limite des observations bien
connues (quasi-inexistence des forts naturelles en
France mtropolitaine) ou par des difficults dva-
luation (sous-estimation probable 13 % de la pro-

1
Cf. Nivet et al., page 41.
130
rfrences bibliographiques meroby, urbanity and ruderality: Bioindicators of
disturbance and human impact. Journal of applied
Blondel J., 2006. Prserver la biodiversit nest pas ecology, vol. 39, p.708-720.
un luxe. Les gnies de la science, n26, p. 7.
Kissinger M., Fix J., rees W.e., 2006. Wood and
Crist M.r., Wilmer B.o., aplet G.H., 2005. assessing non-wood pulp production: Comparative ecological
the value of roadless areas in a conservation reserve footprinting on the Canadian prairies. Ecological
strategy : biodiversity and landscape connectivity economics, vol.62, p.552558
in the northern rockies. Journal of applied ecology,
vol. 42(1), p.181-191. Krause B., 2002. Wild soundscapes in the National
parks. An Educational Program Guide to Listening
Crutzen P.J., 2002. Geology of Mankind. Nature, vol. and Recording. A guidebook of Education Programs.
415, p.23. California: National Parks Service, 71 p.

de Paul M.-a. et Bailly M., 2005. effet de la com- lamand M., ranger J. et lefvre Y., 2005. Effets
paction des sols forestiers. Fort Wallonne, n76, de lexploitation forestire sur la qualit des sols. Les
p.48-57. dossiers forestiers, n 15, 131 p.

derrire N. et lucas S., 2006. les forts sous in- landres P.B., 2000. a framework for evaluating pro-
fluence urbaine en zone mditerranenne. Fort posals for scientific activities in wilderness. USDA
mditerranenne, vol. 27(4), p.323-329. Forest Service Proceedings RMRS-P-15, vol. 3,
p.239-245.
diamond J., 2006. Effondrement : comment les so-
cits dcident de leur disparition ou de leur survie. leung Y.F. and Marion J.l., 2000. recreation im-
Gallimard, 648 p. pacts and management in wilderness: a state-of-
knowledge review. USDA Forest Service Proceedings
du Bus de Warnaffe G. et lebrun P., 2004. effects of RMRS-P-15, vol. 5, p.23-48.
forest management on carabid beetles in Belgium :
implications for biodiversity conservation. Biologi- levrel H., los G. et Couvet d., 2007. Indicateurs
cal Conservation, vol.118, p.219-234. de biodiversit pour les forts franaises. etat des
lieux et perspectives. Revue forestire franaise,
dudley N., 2003. limportance de la naturalit dans n1, p.45-56.
les paysages forestiers, dans : vallauri d. (coord.),
2003. Livre blanc sur la protection des forts natu- Machado a., 2004. an index of naturalness. Journal
relles en France. Forts mtropolitaines. Paris : Tec for Nature Conservation, vol. 12, p.95-110.
& doc, p.77-86.
MaaPraT-IFN, 2011. Indicateurs de gestion fores-
Fidell S., Silvati l., Howe r., Pearsons K.S., Tabach- tire durable pour les forts franaises mtropolitai-
nick B.C., Gramann J., Buchanan T., 1996. effect of nes dition 2010. Paris : Ministre de lagriculture,
aircraft overflights on wilderness recreationists. The de lalimentation, de la pche, de la ruralit et de
journal of acoustical society of America, vol.100(5), lamnagement du territoire-Inventaire forestier
p.2909-2918. national, 200 p.

Gosselin M. et laroussinie o. (coord.), 2004. Bio- MaP-IFN, 2006. Les indicateurs de gestion durable
diversit et gestion forestire. Synthse bibliogra- des forts franaises. Paris : dGFar, 148 p.
phique. anthony : co-dition Gip ecofor-Cemagref,
320 p. Ministre de lagriculture et de la pche (MaP),
2000. les indicateurs de gestion durable des forts
Hill M.o., roy d.B. and Thompson K., 2002. He- franaises. Paris : derF, 129 p.
131
Ministre de lagriculture et de la pche (MaP), cologique et de la biocapacit : mthodologie de
1995. Les indicateurs de gestion durable des forts calcul (traduit par aurlien Boutaud et Natacha
franaises. Paris : derF, 49 p. Gondran), 33 p.

Nunery J.S., Keeton W.S. 2010. Forest carbon stora- Wackernagel M., Schulz B., deumling d., Callejas
ge in the northeastern United States: Net effects of linares a., Jenkins M., Kapos v., Monfreda C., loh
harvesting frequency, post-harvest retention, and J., Myers N., Norgaard r., randers J., 2002. Tracking
wood products. Forest Ecology and Management, the ecological overshoot of the human economy.
vol. 259(8), p.1363-1375. PNAS USA, vol. 99(14), p.9266-9271.

Parsons d.J., 2000. The challenge of scientific ac- WWF, 2006. Rapport Plante vivante 2006. Suisse :
tivities in wilderness. USDA Forest Service Procee- Gland, 44 p.
dings RMRS-P-15, vol. 3, p.252-257.

rachwald a., Wodecka K., Malzahn e., Kluzinski l.,


2004. Bat activity in coniferous forest areas and
the impact of air pollution. Mammalia, vol.64(4),
p.445-453.

radle a.l., no date. The effect of noise on wildlife: a


literature review. World forum for acoustic ecology
website, 15 p.

Sanderson e.W., Jaiteh M., levy M.a., redford K.H.,


Wannebo a.v., Woolmer G., 2002. The human foot-
print and the last of the wild. Bioscience, vol.52(10),
p.891-904.

Steinhardt U., Herzog F., lausch a., Mller e., le-


hmann S., 1999. Hemeroby index for landscape
monitoring and evaluation, dans : Encyclopaedia of
Life Support Systems. environmental indices - sys-
tem analysis approach. oxford, p.237245.

vallauri d., 2007. Biodiversit, Naturalit, Humanit.


Application lvaluation des forts et de la qualit
de la gestion. Marseille : WWF, 85 p.

vallauri d. et Poncet l., 2002. La protection des fo-


rts en France. Indicateurs 2002. Paris : WWF Fran-
ce, 100 p. (+ annexes).

Wackernagel M., lewan l., Hansson C.B., 1999. eva-


luating the use of natural capital with the ecologi-
cal footprint. Ambio, vol. 28, p.604612.

Wackernagel M., Monfreda C., Moran d., Wermer


P., Goldfinger S., deumling d. et Murray M., 2005.
Systme national de comptabilit de lempreinte
132
Suivi des aires protges en afrique centrale :
vers une analyse objective des liens entre biodiversit
et dveloppement
Guillaume Lescuyer*
*Centre de coopration internationale en recherche agronomique pour le dveloppement (CIRAD)

Introduction 2002 : elle a t conduite par le programme eCo-


FaC (eCosystmes Forestiers dafrique Centrale)
Si les ressources naturelles ont depuis toujours t financ par lUnion europenne, qui dsirait mettre
lobjet de lattention humaine, cest seulement depuis en place un systme de suivi environnemental pour
quelques annes que le suivi ou monitoring consti- huit aires protges rparties dans la sous-rgion.
tue un volet part entire de leur gestion. lobjectif Pour diffrentes raisons, cet outil a longtemps t
de cet instrument est de pouvoir confronter le mode ignor par les gestionnaires. Toutefois, surtout
de gestion dune ressource sa performance relle la demande des bailleurs, la dmarche de moni-
selon un certain nombre de Critres et Indicateurs toring est devenue quasi-obligatoire et il existe
(CetI) pralablement dfinis. Cette dmarche sap- aujourdhui trs peu daires protges en afrique
plique un nombre croissant de modes dutilisation centrale qui ne soient pas dotes dun ensemble de
des ressources naturelles et mme, depuis une di- CetI devant rvler la performance de leur gestion.
zaine dannes, ltablissement et au fonctionne- leur application effective et leur intgration dans
ment des aires protges, dont lobjectif est pourtant la prise de dcision restent une autre affaire
la conservation de la nature. Sinspirant des travaux
pour valuer a posteriori la gestion durable des forts le mode dominant en tout cas le plus visible
(lammerts van Bueren et Blom, 1997) et fondant de conservation de la biodiversit est laire prot-
leur lgitimit sur un certain nombre de conventions ge, quelle que soit sa catgorie. dans le Bassin du
internationales, des approches dvaluation de leffi- Congo, de nombreux acteurs interviennent pour la
cacit des aires protges ont t labores partir promotion de cette forme de protection des ressour-
du dbut des annes 2000 principalement par des ces (devers et vande weghe, 2006). la confrence
organisations non gouvernementales (oNG) conser- de durban en 2002 puis celle de Nagoya en 2010
vationnistes anglo-saxonnes (Hockings et al., 2000). nont fait quacclrer ce processus, tous les pays
elles se sont rapidement tendues aux aires prot- de la sous-rgion sefforant depuis datteindre le
ges des pays du Sud o les enjeux de biodiversit seuil des 17 % de la superficie nationale place en
sont majeurs. aires protges. des financements internationaux
substantiels facilitent cette volution, mme sils
savrent souvent insuffisants pour compenser rel-
I. Suivi de la biodiversit en lement les cots dopportunit lis la cration de
Afrique centrale : une tentative ces parcs (lescuyer et al., 2009).
de mise en ordre
Une vision globale du fonctionnement des dispo-
la premire initiative dampleur visant laborer sitifs de conservation de la biodiversit manque
un systme de suivi de la conservation de la biodi- aujourdhui dans les pays du Bassin du Congo.
versit dans les pays du Bassin du Congo remonte Cest lobjectif de lobservatoire des forts dafri-
133
que centrale (oFaC), qui appuie la Commission des dattnuer, voire dliminer les effets ngatifs de ces
forts dafrique centrale (CoMIFaC), dharmoniser, pressions.
de synthtiser puis de diffuser par le biais dun site
internet linformation disponible sur la diversit Cette structuration du systme de suivi est presque
biologique de la sous-rgion ([Link] toujours celle retenue par les gestionnaires daire
[Link]). protge en afrique centrale et cest donc elle qui a
t utilise pour laborer la grille dorganisation des
Grce la collaboration avec les administrations informations sur la biodiversit par loFaC. la ver-
nationales et aux oprateurs de la conservation, sion finale des critres retenus est prsente dans
loFaC fait le bilan des mesures prises pour le le tableau 11.
maintien de la biodiversit en afrique centrale aux
niveaux local, national et sous-rgional. Partant de linformation y est organise de manire classique,
la collecte des donnes lchelle de chaque site de avec un premier niveau qui synthtise les connais-
conservation, le niveau national compile ces infor- sances sur ltat de la biodiversit. Cet tat se d-
mations partielles et inclut galement des informa- cline sous trois formes : tendue du couvert fores-
tions spcifiquement nationales quant la politique tier, prsence et qualit despces emblmatiques,
mene. Il en est de mme pour lchelle internatio- prsence et qualit despces clefs. Hormis quelques
nale qui combine donnes nationales agrges et discussions techniques sur la faon de traduire ces
informations sur des mesures spcifiquement sous- critres sous forme dindicateurs, les participants
rgionales (parcs transfrontaliers, fleuves partags ont t rapidement daccord sur cette grille de col-
par plusieurs pays, traits, etc.). lecte de linformation.

lessentiel du travail est de collecter de manire Un tel compromis na pu tre trouv quant lin-
homogne les informations pertinentes sur la ges- fluence des dynamiques socio-conomiques sur la
tion de la biodiversit dans les diffrents sites de conservation de la biodiversit. Initialement vus
conservation, cest--dire pour les diffrentes aires sous langle unique dune menace, le maintien et le
protges de la sous-rgion. la question prala- dveloppement des activits anthropiques locales
ble est celle de ltablissement dun ensemble de sont galement apparus pour plusieurs participants
CetI qui puisse tre renseign par les acteurs de la comme un lment essentiel la russite des aires
conservation et fournir des informations fiables sur protges. Ce dbat na pu tre tranch mais il a
ltat de la biodiversit. permis deux avances importantes. Il a tout dabord
conduit reformuler le critre C3 : les menaces
par les activits humaines se sont transformes
II. Contenu et hypothses sous-
en dynamiques socio-conomiques et le bien-
jacentes du systme de suivi tre des populations a t pris en compte (C3.4).
au niveau du critre C4, ensuite, limplication des
Il existe plusieurs approches pour construire un acteurs a t considre comme lun des lments
systme de suivi environnemental, mais la struc- ncessaires la stratgie de gestion , qui se fo-
turation du type Pression-tat-rponse labore calisait initialement sur les procdures formelles de
dans les annes 1990 par lorganisation de coop- gestion (budget, personnel, document de gestion),
ration et de dveloppement conomiques (oCde) censes tre seules garantes, avec lco-tourisme,
constitue actuellement le modle dominant (levrel de la protection de la biodiversit.
et Bouamrane, 2008). Ce systme vise apprcier
les pressions qui sexercent sur lenvironnement et Sur le terrain, la mise en uvre de ce systme de
identifier les rponses sociales qui permettent suivi, notamment pour les critres venant des scien-

1
Nous nous contentons ici de reproduire la liste des critres de suivi de la biodiversit lchelle des sites de protection bien
que de nombreux autres lments dinformation aient t identifis : liste des indicateurs, sources dinformation, frquence des
collectes, degr de priorit, etc.
134
ces sociales, ne se fera sans doute pas sans rencon- une ide rapide de lvolution de la pression agri-
trer quelques rsistances. la premire difficult cole ou des feux de brousse, la plupart des donnes
tient la formation acadmique ou professionnelle sur le bien-tre local doit tre collecte lchelle
des gestionnaires daire protge, qui sont gnra- des villages, ce qui requiert temps, comptences et
lement peu convaincus de lintrt de telles donnes moyens. lenjeu nest pas tant de dresser un tableau
pour amliorer le fonctionnement et la durabilit rapide des infrastructures et des cadres formels de
des aires protges. le cot de collecte de ces in- concertation entre acteurs que danalyser comment
formations peut constituer un deuxime obstacle : leur fonctionnement est effectif sur le terrain. outre
si lanalyse rgulire dimages satellite peut donner le diagnostic quantitatif, il faut donc recourir des

C1 - tat des ressources: superficies et vgtation


C.1.1. Superficie administrative
C.1.2. Superficie relle
C.1.3. Superficies des types de vgtation naturelle
C2 - tat des ressources : espces
C.2.1. espces emblmatiques
C.2.2. espces cls
C.2.3. distribution des espces emblmatiques et cls
C.2.4. abondances relatives des espces emblmatiques et cls
C.2.5. densit des espces emblmatiques et cls
C.2.6. Prsence et superficie des espces envahissantes
C3 - Dynamiques socio-conomiques
C.3.1. densit des populations humaines
C.3.2. Pression des activits agricoles
C.3.3. Pression de chasse
C.3.4. Bien-tre des populations locales (infrastructures et revenus)
C.3.5. Nombre de feux incontrls
C4 - Stratgie de gestion
C.4.1. Personnel affect la conservation
C.4.2. Budget de laire protge
C.4.3. quipements logistiques de gestion/km
C.4.4. retombes touristiques
C.4.5. existence des documents de gestion
C.4.6. Zonage de laire protge
C.4.7. Implication des autres acteurs

Tableau 1 : liste des critres de suivi de la biodiversit lchelle des sites de protection
135
mthodes danalyse qualitative, telles que celles pressions mais bien comme des rponses la
dveloppes dans le cadre de la Mthode acclre dgradation de la biodiversit (adams et al., 2004),
de recherche participative (MarP), aujourdhui bien notamment dans les zones priphriques des aires
connues en afrique centrale. protges. de tels indicateurs synthtiques des acti-
vits humaines seront sans aucun doute insuffisants
pour comprendre le succs ou lchec des modes de
III. Le suivi des aires protges gestion de la biodiversit. Un approfondissement de
pour rinterroger le lien la rflexion devrait mettre jour les arrangements
institutionnels propices la fois au dveloppement
conservation-dveloppement et la conservation. de telles recherches, si elles
paraissent encore peu prioritaires dans le monde des
ltablissement de CetI de suivi environnemental experts de la conservation, sont nanmoins nces-
nest pas un exercice nouveau et lune de ses vertus saires pour envisager des modes novateurs de ges-
est bien de rvler, clarifier, confronter les prf- tion durable de la biodiversit en afrique centrale,
rences et les stratgies des acteurs engags (Garcia par exemple, pour llaboration et la mise en uvre
et lescuyer, 2008). les CetI tablis dans le cadre des paiements pour services environnementaux. n
de loFaC pour la conservation de la biodiversit
nchappent pas la rgle. Ils dvoilent les carac-
tristiques du modle dominant de la conservation
en afrique centrale, celui dune gestion technique
de laire protge o les usages humains sont vus
comme des menaces : on suit bien davantage les
populations animales que le bien-tre des popu-
lations humaines, ce qui pose problme dans un
contexte dextrme pauvret (Balint, 2006).

Par son ampleur toutes les aires protges du Bas-


sin du Congo et la volont den faire un mca-
nisme prenne, le systme de suivi mis en place par
loFaC devrait permettre dalimenter le dbat sur
les liens entre conservation et activits humaines,
quelles soient proximit ou plus loignes des
aires protges. Il est certain que, dans un grand
nombre de cas, les populations humaines exercent
une pression excessive sur les espces et les espaces
protgs. Il nen demeure pas moins probable que
considrer les activits anthropiques sous langle
unique de la menace rduit fortement les chances
de russite de la conservation.

le systme de suivi de loFaC prsente donc un


double intrt. dune part, en sappliquant len-
semble des aires protges dafrique centrale, il
devrait permettre de faire un bilan objectif des
corrlations entre tat de biodiversit et niveau
de bien-tre humain. dautre part, et la suite de
lanalyse prcdente, il est probable quun certain
nombre de critres propres aux activits humai-
nes devraient tre considrs non plus comme des
136
rfrences bibliographiques

adams W., aveling r., Brockington d., dickson B.,


elliot J., Hutton J., roe d., vira B. and Wolmer B.
2004. Biodiversity conservation and the eradication
of poverty. Science, vol. 306, p.1146-1149.

Balint P.J., 2006. Improving Community-Based


Conservation Near Protected areas: The Importance
of development variables. Environmental Manage-
ment, vol. 38(1), p.137-148.

devers d. et vande weghe J.P. (coord.), 2006. Etat


des forts du Bassin du Congo. Partenariat pour les
Forts du Bassin du Congo, CoMIFaC, Yaound.

Garcia C. and lescuyer G., 2008. Monitoring, Indi-


cators and Community Based Forest Management
in the Tropics: pretexts or red herrings? Biodiversity
and Conservation, vol. 17(6), p.1303-1317.

Hockings M., Solton S. and dudley N., 2000. Eva-


luating Effectiveness. A Framework for Assessing
the Management of Protected Areas. Best Practice
Protected areas Guidelines Series n6, World Com-
mission on protected areas, Cardiff Univ et IUCN.

lammerts van Bueren e.M. and Blom e.M., 1997.


Hierarchical Framework for the Formulation of Sus-
tainable Forest Management Standards. Wagenin-
gen : Tropenbos Foundation.

lescuyer G., 2008. Conserver la biodiversit en


afrique Centrale: agenda international et incita-
tions locales. article prsent latelier du raPaC
Concilier les priorits de conservation des aires
protges et de dveloppement local : expriences,
leons apprises et perspectives en Afrique centrale ,
Sa Tom, 29 septembre 2 octobre 2008, 21 p.

levrel H. and Bouamrane M., 2008. Instrumental


learning and Sustainability Indicators : outputs
from Co-Construction experiments in West african
Biosphere reserves. Ecology and Society, vol.13(1).

137
138
dvelopper des outils oprationnels pour atteindre
nos objectifs cologiques
Brice Quenouille et Philippe Thivent*
*CDC Biodiversit

le constat drosion de la biodiversit et des ser- le recours des indicateurs na dintrt que si les
vices rendus par les cosystmes1 a contribu objectifs quils nous aident dfinir peuvent ensuite
extraire le dbat relatif la protection des esp- tre atteints. Pour une entreprise qui souhaite sen-
ces et leurs habitats hors du traditionnel triptyque gager dans des actions concrtes en faveur de la bio-
associations/scientifiques/pouvoirs publics. Tous les diversit, il sagit de disposer des moyens ncessaires
acteurs conomiques sinterrogent dsormais sur leur mise en uvre. aussi vidente soit-elle, cette
leur relation la biodiversit et sont, ce titre, de- allgation nest pas toujours confirme dans la pra-
mandeurs doutils pour poursuivre leur dveloppe- tique, empchant des engagements, pris parfois au
ment. Parmi ces outils, les indicateurs cologiques titre dune contrainte rglementaire, dtre raliss.
se trouvent aujourdhui dans la position dun acteur Nous prendrons ici lexemple de lamnagement du
vedette, qui il serait demand de jouer plusieurs territoire, qui illustre bien cette problmatique sur
rles : laquelle la Caisse des dpts et consignations (CdC)
simplique aujourdhui via sa filiale CdC Biodiversit.
un rle dclaireur ex-ante : valuer les cons-
quences dun projet ou dun mtier sur la biodiver- Considr comme une des causes principales dro-
sit, aider choisir le scnario gagnant-gagnant , sion de la biodiversit, lamnagement du territoire
etc. ; a pour corollaire la destruction et la fragmentation
dhabitats. le vote en 1976 de la loi relative la pro-
un rle dauditeur concourant : suivre et contrler tection de la nature2 a introduit dans le droit fran-
les interactions dun projet ou dun mtier avec la ais une procdure obligeant les matres douvrage
biodiversit et, le cas chant, aider adapter ses valuer ce type de dommages et prendre des
modalits de mise en uvre, etc. ; mesures pour les rparer. larticle l122-3 du Code
de lenvironnement stipule que les matres douvrage
enfin, un rle danalyste ex-post : aider dresser de projets damnagement doivent, dans un ordre
le bilan biodiversit dun projet, dun mtier ou hirarchique :
dune entreprise, contribuer lapprentissage dune
culture cologique, etc. 1- viter les impacts ngatifs sur lenvironnement,
2- rduire les impacts non vits,
Si les attentes sont clairement identifies, notre 3- compenser les impacts rsiduels.
difficult modliser, donc restituer des dynami-
ques cologiques par nature complexes reste une les mesures dites dvitement et de rduction font
barrire au dveloppement dindicateurs spcifi- partie intgrante de lingnierie de conception du
ques, fiables dans le temps et peu coteux. projet et permettent den rduire lempreinte colo-
gique (optimisation du trac, construction de passa-

1
Cf. [Link]
2
Loi n 76-629 du 10/07/76

139
ges pour la faune, etc.). Nanmoins, des impacts r- CDC Biodiversit se porte garant pour celui-ci (qui
siduels persistent gnralement qui, sils ne sont pas garde sa responsabilit) auprs des autorits (qui
pris en compte, entraneraient une perte de biodiver- continuent contrler) et joue un rle densemblier
sit. les mesures compensatoires ont pour objet de et de pilote en soccupant de la scurisation fon-
contrebalancer ces impacts rsiduels. elles consistent cire, en mettant en uvre et en suivant laction
en des actions positives pour la biodiversit, gnra- de compensation, en rendant compte au matre
lement ralises distance du site dimpact, devant douvrage et aux autorits.
gnrer une valeur additionnelle au moins gale la
perte qui na pu tre vite ou rduite. Mais il est aussi possible de sengager dans une ap-
proche innovante, dite par loffre . elle repose sur
Malgr un objectif clair et plus de trente annes la ralisation concrte, sur fonds propres, dactions
dapplication, la compensation reste en France in- positives et additionnelles en faveur de la biodiver-
suffisamment mise en uvre ; constat largement sit, reprsentant des enjeux cologiques majeurs
partag par les acteurs de la biodiversit. les raisons et visant rpondre aux besoins de compensation
sont diverses, mais tiennent principalement aux dif- actuels et futurs des matres douvrage. elle per-
ficults que rencontrent les matres douvrage dans met de mutualiser les financements de compensa-
la mise en oeuvre de leurs mesures compensatoires. tion de plusieurs matres douvrage sur des actions
Ces actions ne sinscrivent pas dans leur cur de denvergure, spatialement et cologiquement plus
mtier et ne concident gnralement pas avec le cohrentes. lchelle dun territoire, cette offre
primtre et le contexte oprationnel de leurs pro- de mutualisation est particulirement intressante
jets - notamment lorsquil sagit de dvelopper puis pour optimiser la contribution aux stratgies rgio-
soutenir un programme dactions en faveur de la nales de biodiversit (schma directeur, trame verte
biodiversit sur des priodes de trente ou cinquante et bleue, etc.) de mesures compensatoires qui, pri-
ans, voire plus. ses sparment, concerneraient de petites surfaces
dconnectes.
dbut 2008, la Caisse des dpts annonce le lance-
ment de sa filiale CdC Biodiversit. dote au dpart la compensation rpond manifestement un be-
dun capital de quinze millions deuros, elle est d- soin appel crotre pour lequel de bons indica-
die entirement aux enjeux de la biodiversit. Son teurs de biodiversit sont indispensables. n
lancement conduit dvelopper de nouveaux m-
tiers la croise de lintrt gnral et de lcono-
mie3. Il sagit daccompagner ltat, les entreprises,
les matres douvrage, les associations et les collec-
tivits dans leurs actions en faveur de la nature, en
mobilisant de lingnierie financire, en pilotant des
projets (en tant que tiers de confiance ) et en ins-
crivant ces actions dans le long terme. la compen-
sation en constitue le premier levier dintervention.

la demande dun matre douvrage, CdC Biodiver-


sit peut intervenir selon le processus suivant :

les autorits administratives et scientifiques dfi-


nissent les obligations de compensation dun matre
douvrage ;

3
En cohrence avec larticle L518-1 du Code montaire et financier

140
Conclusion

les indicateurs de biodiversit forestire :


tmoins dun processus damlioration continue

C
et ouvrage sur les indicateurs de biodiversit lidentification, llaboration et le suivi dindica-
forestire montre dabord lintrt de raison- teurs de biodiversit permettent de poursuivre di-
ner en la matire avec un certain recul. Il vers types dobjectifs. leur but peut tre dabord
rend ensuite compte du besoin fort dindicateurs de scientifique et servir faciliter des exprimenta-
biodiversit diffrents niveaux et dans plusieurs tions, sengager sur la voie de la modlisation,
domaines. Il met enfin en vidence les progrs ac- approfondir les interdpendances entre composan-
complis et, en mme temps, la ncessit de conti- tes cologiques. Mais les indicateurs sont aussi es-
nuer progresser dans ce domaine complexe et sentiels pour piloter et valuer les politiques, voire
fort enjeu. pour les mettre en uvre comme cest le cas avec
le suivi du bon tat de conservation des milieux et
n Prendre du recul par rapport au habitats dans le cadre europen. au gestionnaire,
ils procurent des moyens de raisonner une gestion
champ de la biodiversit
intgre, de faire la preuve, par la certification, du
caractre durable de cette gestion, dapporter les
le traitement dun sujet tel que les indicateurs de garanties que des mesures compensatoires repr-
biodiversit en milieu forestier constitue une invi- sentent effectivement une juste contrepartie un
tation embrasser un champ trs large. Celui-ci est impact qui na pu tre vit. Ils savrent enfin par-
en effet susceptible denglober des considrations ticulirement utiles au plan de la communication,
socio-conomiques aussi bien qucologiques, de en direction du grand public, certes, mais aussi au
replacer la fort dans le cadre gnral de la bio- sein mme du monde professionnel, par exemple
diversit, de considrer cette dernire la fois du pour favoriser les changes entre chercheurs et
point de vue des perturbations quelle subit et des praticiens. la faveur de cette numration, qui
bnfices quelle offre la socit. nest pas forcment exhaustive, on voit bien que
141
si les problmatiques traites sappuient forcment aux diffrents aspects prendre en compte com-
sur les sciences de la nature, elles font aussi ample- me cest le cas dans le domaine conomique avec
ment appel aux sciences conomiques, humaines et lunit montaire ou dans celui de la lutte contre
sociales. leffet de serre avec la tonne de dioxyde de carbone.
Pourtant, il faut pouvoir analyser la situation avant
la biodiversit est considre de manire large par toute dcision, en dbattre le cas chant, valuer
la convention internationale qui la soutient, tandis les rsultats obtenus une fois la dcision prise et
que le monde forestier voit sa conservation comme applique. Tout au long de ce processus, les indica-
une composante parmi les autres services cosys- teurs constituent un appui indispensable.
tmiques, que ceux-ci soient relatifs loffre de
produits forestiers, la squestration de carbone, le besoin dindicateurs est ainsi patent pour re-
la protection des eaux et des sols ou aux atten- prsenter chaque composante de la biodiversit,
tes socioculturelles. Cette diffrence de points de pour grer lensemble de manire cohrente, pour
vue rend ambigu le champ de la biodiversit et est le combiner dautres considrations. Pour autant,
mme source de quiproquos. dans cet ouvrage, la plusieurs cueils doivent tre vits :
partie cologique a plutt adopt la vision stricte
des forestiers tandis que la partie socio-conomi- tout dabord, un indicateur constitue une aide
que sest rapproche dune vision plus globale. mais ne remplace pas compltement la mesure de
la grandeur quil est cens reprsenter ; il doit donc
les relations entre la socit et son environnement toujours tre considr avec un regard critique ;
sont tudies laide de divers modles socio-
conomiques qui mettent laccent sur les pressions ensuite, ltat des connaissances, encore frag-
exerces par les activits humaines sur la biodi- mentaire, ne permet pas de prendre en compte tous
versit. Mais ct de lanalyse de tels impacts les lments qui devraient intervenir : lapprciation
et des moyens permettant de les rduire, celle des dune partie de la ralit ne doit pas faire oublier
services rendus la socit par son environnement quelle nen est pas la totalit ;
est tout autant digne dintrt. dans cet ouvrage,
lorsque cela sest avr opportun, les deux visions enfin, les indicateurs ne sont quun moyen, de
complmentaires ont t dveloppes pour rendre surcrot imparfait, au service dun objectif qui ne
lapproche plus quilibre et linterface entre co- doit jamais tre perdu de vue.
logie et socio-conomie plus cohrente. du point
de vue cologique, les activits humaines sont es- Nombreuses sont les raisons pour lesquelles doivent
sentiellement perues comme des perturbations du tre dvelopps des indicateurs de biodiversit. le
milieu naturel : la logique des impacts domine et suivi dindicateurs de gestion forestire durable
les modles Pressions-tat-rponses ou d- constitue tout dabord un axe fort dune stratgie
terminants-Pressions-tat-Impact-rponses sont internationale en faveur des forts et les indica-
utiliss. du point de vue socio-conomique, la re- teurs de biodiversit participent largement de cette
connaissance de lexistence des services cosyst- approche. lvaluation du bon tat de conservation
miques est tout aussi fondamentale que celle des des habitats et espces dintrt communautaire
consquences des interventions anthropiques sur la est impos par la directive europenne Habitats-
biodiversit. Faune-Flore et passe aussi par lexpression dindi-
cateurs de biodiversit. la Convention internatio-
nale sur la diversit biologique est la base de la
n Un besoin patent dindicateurs stratgie nationale correspondante dont la mise en
uvre ncessite, encore une fois, des indicateurs de
dans ce champ large et complexe de la biodiver- biodiversit, etc.
sit, de nombreuses grandeurs essentielles ne sont
pas forcment mesurables. Il nexiste pas non plus Mme si lapproche en termes dindicateurs est
de manire vidente un dnominateur commun assez peu promue par les politiques scientifiques,
142
ces outils prsentent de nombreuses utilits pour la du rgne animal sont couramment tudis (chirop-
science. Ils permettent par exemple dillustrer le ni- tres, coloptres, lpidoptres, etc.). le suivi des-
veau de la description de la biodiversit, danalyser pces ou de taxons occupe une place majeure dans
les relations entre structure, composition et fonc- lanalyse de la biodiversit. Il est suggr de sint-
tionnement, dorganiser la comprhension des m- resser en priorit des indicateurs taxonomiques
canismes cologiques luvre, de faire progresser grande chelle, cest--dire des espces large
galement laide la dcision en sintgrant des amplitude, pour mettre en vidence des tendances
modles de gestion. ou approfondir des mcanismes de fonctionnement
sur de vastes espaces un cot acceptable.
enfin, des indicateurs de biodiversit sont utiles
aussi pour la gestion, dans le cadre de la planifica- Mme si la richesse taxonomique est fondamentale,
tion des interventions (dmarche damnagement), elle est loin de traduire lensemble de la biodiver-
de la certification et des garanties de gestion dura- sit. la diversit gntique intraspcifique est elle
ble, le cas chant de la compensation des impacts aussi cruciale mais plus difficile analyser. Son
occasionns. tude bnficie de dveloppements technologiques
importants mais ne porte gure encore en fort
n des progrs accomplis aux progrs que sur les espces darbres. les aspects structu-
rels dpassent largement la seule composition des
ncessaires
cosystmes et englobent toute leur organisation
qui influence le fonctionnement cologique. les as-
en faisant le point sur ltat des rflexions dans pects fonctionnels sont eux mmes complexes et
le domaine des indicateurs de biodiversit en fo- tout aussi dignes dattention. Il faut donc la fois
rt, cet ouvrage prpare les rflexions actuelles ou tendre la gamme des taxons suivis, sintresser aux
futures relatives la biodiversit ou, de manire autres aspects de la biodiversit (gntique, struc-
plus large, la gestion durable des forts. Il recen- ture, fonctionnement) et tablir des relations ven-
se et commente un grand nombre dindicateurs tuelles entre ces lments. lexprience montre que
allant de la gntique lutilisation du bois en les relations attendues ne sont pas forcment vi-
passant par les espces et les paysages. Il discute dentes : ainsi, la richesse en coloptres et myctes
des questions dobjectif, dchelle, de donnes, de saproxyliques napparat pas toujours directement
moyens. Il donne des pistes damlioration pour proportionnelle au volume de bois mort en fort1.
les indicateurs existant dans le cadre du proces-
sus des Confrences ministrielles pour la protec- la construction dindicateurs fonds sur les donnes
tion des forts en europe (Forest Europe). Il rend recueillies pour rpondre aux objectifs poursuivis
compte des tentatives de mise en relation entre constitue une seconde proccupation. les analyses
indicateurs taxonomiques de composition et indi- ralises dans le cadre du travail ayant abouti cet
cateurs structurels des peuplements ou paysages ouvrage ont montr que les indicateurs existants
forestiers. Il permet en outre de reconnatre que mritaient dtre consolids : des donnes compl-
des progrs complmentaires sont encore nces- mentaires savrent ncessaires dans certains cas ;
saires. dans quels domaines ? des amliorations sont en outre souhaitables au ni-
veau des protocoles de recueil dinformation dont
Un premier axe de progrs concerne les donnes il est attendu quils soient plus fiables et stabiliss
tous les niveaux, commencer par les taxons. en ef- dans le temps.
fet, les analyses portent encore le plus frquemment
sur quelques taxons seulement. en dehors de la flore la constitution progressive de jeux dindicateurs
et de la fonge, les oiseaux communs sont emblma- est par ailleurs source de dbats : dune part, il
tiques de ce point de vue mme si dautres groupes apparat opportun dajouter de nouveaux indica-

1
Bouget, 2011. Le bois mort, indicateur indirect de biodiversit. Colloque les indicateurs forestiers sur la voie dune
gestion durable ? Communication orale, Montargis, 6 et 7 dcembre.
143
teurs, par exemple lorsquil sagit dtendre la pa- te cet gard : elle est plus leve dans un peu-
lette des taxons suivis ou de mieux reprsenter la plement comportant des arbres de tous ges que
structure et le fonctionnement des cosystmes ; dans un peuplement homogne comportant un seul
dautre part des approches plus synthtiques sont stade de dveloppement, quel que soit celui-ci ; en
souhaites par les dcideurs qui peuvent saccom- revanche, elle y est nettement plus faible que dans
moder, pour des objectifs gnraux, de quelques un ensemble gradu de peuplements homognes2.
indicateurs mais tout de mme en nombre limit. on note donc la ncessit de mieux articuler diff-
Il faut donc rflchir aux possibilits de se rfrer, rentes chelles entre elles et de mieux prendre en
pour les besoins des politiques publiques, de la considration le cycle de vie des arbres.
gestion voire des recherches, quelques indica-
teurs reprsentant bien les grandes composantes enfin, comme lont bien montr les articles de cet
de la biodiversit. ouvrage, les indicateurs de biodiversit fournissent
la possibilit dapprofondir de nombreuses ques-
Quoi quil en soit, il semble important dassurer tions relatives aux liens entre structure paysagre
dans tous les cas une bonne correspondance en- et diversit taxonomique, entre fonctionnement
tre les objectifs poursuivis et lindicateur ou le jeu des cosystmes et services rendus ou encore entre
dindicateurs cens en rendre compte. Il est gale- politiques publiques et tat de la biodiversit.
ment fondamental de matriser et mentionner les
prcautions dusage propres chaque indicateur, en Cet ouvrage rassemble des considrations varies,
particulier son domaine dutilisation et les bases de tantt analytiques, tantt synthtiques, sur les
son interprtation. indicateurs de biodiversit des forts et, au-del,
sur la biodiversit elle-mme. Il constitue, certes,
les chelles spatiales et temporelles pour lesquel- un aboutissement dune priode riche en rflexions
les sont tablis les indicateurs sont fondamentales collectives, mais surtout un point de dpart pour de
cet gard. Un indicateur relatif un peuplement futures investigations et mises en pratique. n
un moment donn nest reprsentatif ni de len-
semble dune fort, ni dun cycle de vie complet. la Jean-Luc Peyron, Ccile Nivet et Ingrid Bonhme
richesse spcifique en espces doiseaux nicheurs Gip Ecofor
dans les forts de plaine en Bourgogne est loquen-

2
Frochot, 2011. Biodiversit et gestion forestire. Colloque Gestion forestire et prservation de lavifaune . Communication
orale, Velaine-en-Haye, 4 et 5 novembre 2011.
144
Impression : Promoprint - Paris

Vous aimerez peut-être aussi