Maladies infectieuses chez l’animal : l’importance du
diagnostic
Peter F. Wright
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Peter F. Wright. Maladies infectieuses chez l’animal : l’importance du diagnostic : Les trousses de
diagnostic conçues par les Laboratoires de l’AlEA viennent à l’aide des chercheurs dans le monde
entier.. 2022. �anses-03525435�
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Preprint submitted on 13 Jan 2022
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Maladies infectieuses chez
l’animal : l’importance du
diagnostic
Peter F. Wright
Les trousses de diagnostic conçues par les Laboratoires de l'AlEA
viennent à l'aide des chercheurs dans le monde entier
En quoi les animaux domestiques contribuent-ils au bien-être de l'humanité ? On
pense d'abord à l'alimentation : la viande, la volaille, les produits laitiers. Les
animaux nous donnent aussi la laine et le cuir. Dans certaines régions du monde, les
bêtes de trait sont encore indispensables à la ferme et pour le transport. Il existe
aussi de nombreuses traditions dans lesquelles le chien, parfait ami de l’homme, est
utilisé avec succès pour la chasse. Plusieurs facteurs peuvent cependant nuire à la
stabilité et à la santé des populations animales. Les contraintes environnementales
et la mauvaise alimentation limitent sérieusement la productivité animale, plus
spécialement dans les pays en développement. Les animaux affaiblis sont d'autant
plus sujets à la maladie. La menace que constituent les maladies infectieuses ou
contagieuses se fait sentir dans le monde entier, comme en témoigne le fait que
l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), l'Office international des
épizooties (OIE) et l'Organisation mondiale de la santé (OMS) publient
conjointement chaque année un relevé de l'incidence de la maladie dans leurs pays
membres. Cet Animal Health Yearbook donne la liste de plus de 140 maladies
contagieuses présentant divers degrés de gravité sur le plan socio-économique,
pour la santé publique et la santé animale. Y figurent les principales affections des
bovins, moutons, chèvres, chevaux, porcs, volailles, lapins, poissons, mollusques,
crustacés, sans oublier les abeilles.
Les maladies infectieuses
Ces affections sont provoquées par des micro-organismes. La plupart de celles qui
intéressent le vétérinaire sont dues à des virus, à des bactéries ou à des helminthes.
Moins nombreuses, mais tout aussi graves, sont les maladies causées par des
mycoplasmes, rickettsies, protozoaires et autres agents microbiens. Plusieurs
facteurs contribuent aux effets d'une maladie infectieuse. Sont évidemment très
graves les affections qui déciment les adultes ou les jeunes dans une population
animale. Certaines s'en prennent à la fonction de reproduction, provoquant la stérilité
ou l'avortement. D'autres peuvent nuire sérieusement à la productivité, notamment à
la qualité et à la quantité des produits ou du travail fournis par l'animal. Les
zoonoses menacent la santé de l'être humain lorsqu'il y a risque de contamination
par l'animal. Le degré de gravité assigné à une maladie est fonction de la
combinaison de ces divers facteurs. Les voies de contagion sont diverses. Certains
micro-organismes pullulent dans les sécrétions et les excréments des animaux
infectés et peuvent se diffuser du fait de la promiscuité ou des rapports sexuels.
Certains germes peuvent être emportés au loin par les vents ou les eaux courantes
avant de rencontrer un animal récepteur. D'autres se transmettent de la mère au
fœtus, et d'autres encore par des piqûres d'insectes. Certains peuvent être transmis
à des hôtes de la faune sauvage où ils demeurent latents avant de passer à
nouveau à des animaux domestiques. Selon les voies de contagion et les porteurs,
certaines maladies sont très difficiles à contrôler et à éliminer.
Certitude du diagnostic
Nombre d'affections ont des symptômes cliniques analogues, ce qui rend le
diagnostic précis très difficile en l'absence de tests de laboratoire. Pour
diagnostiquer avec certitude une maladie infectieuse, il faut pouvoir identifier l'agent
responsable et confirmer sa présence dans le tissu ou le fluide contaminé. Les
techniques classiques utilisées dans les laboratoires pour isoler, cultiver et identifier
les micro-organismes sont laborieuses et onéreuses, et exigent une grande
compétence et un matériel complexe. Pour utiles qu'elles soient, ces techniques ne
sont pas applicables dans n'importe quel laboratoire pour les diagnostics de routine
à grande échelle. Les derniers perfectionnements de la biotechnologie, telles les
sondes à acide nucléique, permettront prochainement sans nul doute une
identification rapide et économique, mais on estime qu'ils n'en sont encore qu'au
stade expérimental.
Diagnostic sérologique
En immunologie, un agent infectieux se compose de grandes molécules organiques
que l'animal hôte reconnaît comme lui étant étrangères. La réponse immunologique
à cet antigène dont chaque organisme héberge une multitude est la production
d'anticorps correspondants qui sont la première ligne de défense immunologique.
Ces anticorps ont la propriété de se coller aux antigènes, lesquels sont spécifiques
de chaque microorganisme. Comme les anticorps ne sont produits qu'en présence
d'un antigène étranger, l'existence d'un antigène est l'indice d'une contamination
sinon d'une infection par un micro-organisme déterminé. La détection des antigènes
présents dans le sang et autres fluides est le point de départ du diagnostic
sérologique. Les techniques sérologiques sont utilisées depuis plus de 50 ans pour
le diagnostic indicatif des maladies infectieuses. Nombre de tests ont été mis au
point, tous plus compliqués les uns que les autres. Globalement, on peut les diviser
en deux catégories. Le test sérologique classique exploite les phénomènes qui se
produisent lorsque l'anticorps se lie à un antigène spécifique : précipitation des
antigènes solubles, agglutination de bactéries ou de globules sanguins, lyse de
globules sanguins ou neutralisation du virus infectieux. Bon nombre de ces
techniques classiques sont toujours en usage mais elles cèdent peu à peu la place à
une méthode de seconde génération, l'analyse de liaison primaire. De fait, cette
technique n'est pas nouvelle puisqu'elle existe depuis plus de 30 ans. La liaison de
l'anticorps et de l'antigène au niveau moléculaire n'est pas immédiatement décelable
mais, lorsqu'un des composants du système est marqué avec une molécule qui
produit un signal ou une substance, la liaison devient détectable et mesurable. On a
d'abord utilisé comme marqueurs des radio-isotopes et des colorants fluorescents
qui pouvaient se lier chimiquement aux anticorps ou aux antigènes purifiés. Cette
radio- ou fluoro-immunoanalyse est encore pratiquée par certains laboratoires.
Toutefois, l'immunoanalyse avec enzymes s'est généralisée parce que les réactifs
marqués par une enzyme sont intrinsèquement plus stables et ne posent pas de
problème sanitaire ou d'évacuation. En choisissant un substrat qui produit une
substance colorée après la dégradation enzymatique, la réaction antigène-anticorps
que provoque le test peut être détectée visuellement ou mesurée par photométrie.
Ces immunoanalyses sont ce que l'on appelle communément les tests ELIS A,
acronyme de « enzyme-linked immunosorbent assay », qui désigne cette technique
depuis 20 ans qu'elle existe.
Immunoanalyses à enzyme
Le diagnostic sérologique n'est pas toujours aussi simple qu'il paraît. Certains
antigènes de différents organismes sont suffisamment analogues au niveau
moléculaire pour susciter des anticorps susceptibles de réactions croisées donnant
un test sérologique faussement positif. On sait aussi que certains types d'anticorps
sont plus susceptibles que d'autres de provoquer des réactions faussement
positives. Les vaccinations fréquentes contre certaines maladies compliquent aussi
le diagnostic sérologique car les antigènes du vaccin provoquent aussi l'apparition
d'anticorps qui ne se distinguent pas immédiatement de ceux que produit l'infection.
La plupart des grands laboratoires de recherche vétérinaire du monde s'efforcent
d'améliorer les réactifs nécessaires au diagnostic par le procédé ELISA, amélioration
qui est possible en l'occurrence, mais ne l'est pas quand il s'agit de techniques
sérologiques classiques. Les progrès de la biotechnologie ont eu et continueront
d’exercer une grande influence sur les techniques ELISA. L'emploi d'anticorps
monoclonaux hautement spécifiques et d'antigènes recombinables parfaitement
définis a déjà permis d'améliorer la performance de nombreux diagnostics par la
méthode ELISA.
Les programmes de santé animale
Les techniques sérologiques sont l'arme principale des programmes de santé
animale dans le monde entier. Elles sont utilisées pour les dépistages
séroépidémiologiques conduisant à déterminer l'existence ou l'incidence de
maladies infectieuses parmi des populations animales. Elles servent également au
suivi des programmes prophylactiques qui peut impliquer l'examen et l'abattage des
animaux contaminés. Les campagnes de vaccination sont également suivies d'un
contrôle sérologique visant à déterminer le nombre d'animaux vaccinés et leur
réponse aux vaccins. Les techniques sérologiques servent aussi à prévenir la
contagion résultant des déplacements d'animaux infectés, dans le pays même ou
d'un pays à l'autre. Vu l'importance capitale de l'information sérologique pour les
programmes de santé animale, les résultats des tests doivent permettre de faire un
diagnostic aussi exact que possible. Pour qu'un test soit fiable, les réactifs
biologiques doivent être stables et la technique à toute épreuve. Pour une
application généralisée, le test doit être peu onéreux et rapide. C'est pourquoi on
s'efforce en priorité de perfectionner les techniques ELISA, lesquelles sont bien
adaptées aux fins de diagnostic pour les laboratoires des pays avancés et des pays
en développement.
Laboratoires participant aux travaux sur ELISA
Quinze laboratoires de neuf pays collaborent au perfectionnement de la méthode
ELISA avec le Laboratoire d'agronomie de l'AlEA de Seibersdorf; leurs spécialités
sont indiquées entre parenthèses.
• Royaume-Uni — Institute for Animal Health, Pirbright (peste bovine, peste des
petits ruminants, fièvre catarrhale du mouton, fièvre aphteuse) ; Centre for Tropical
Veterinary Medicine, Edinburgh (trypanosomiase), Central Veterinary Laboratory,
Weybridge (brucellose, rhinotrachéite infectieuse des bovins).
• France — Institut national de la recherche agronomique, Nouzilly (brucellose) ;
Institut d'élevage et de médecine vétérinaire des pays tropicaux, Maison Alfort (peste
bovine, peste des petits ruminants, pleuropneumonie contagieuse des bovins).
• Canada — Animal Diseases Research Institute, Nepean (brucellose, fièvre
catarrhale du mouton, maladie d'Aujeszky).
• Australie — Regional Veterinary Laboratory, Benalla (brucellose, septicémie
hémorragique) ; Long Pocket Laboratories, Indooroopilly (babésiose); Australian
Animal Health Laboratory, Geelong (fièvre catarrhale du mouton, maladie de
Newcastle).
• Danemark — Institut vétérinaire national, Copenhague (leucose enzootique des
bovins).
• Brésil — Centre panaméricain de la fièvre aphteuse, Rio de Janeiro (fièvre
aphteuse).
• Etats-Unis — New York State College of Veterinary Medicine, Ithaca
(rhinotrachéite bovine infectieuse) ; National Veterinary Service Laboratory, Ames,
Iowa (brucellose, fièvre catarrhale du mouton).
• Kenya — International Laboratory for Research on Animal Diseases, Nairobi
(trypanosomiase).
• Suède — Institut vétérinaire national, Uppsala (maladie d'Aujeszky, leucose
enzootique des bovins).
Recherche et appui des laboratoires
Le diagnostic des maladies infectieuses est l'un des principaux thèmes du
programme de la Division mixte FAO/AIEA des techniques nucléaires dans
l'alimentation et l'agriculture. La section de la production animale du Laboratoire
d'agronomie de l'AIEA contribue à ce programme en mettant au point et en
distribuant des trousses de diagnostic spécialement conçues. Ces trousses ELISA
sont envoyées aux laboratoires où la sérologie fait partie intégrante de la recherche
sur certaines maladies infectieuses. En outre, le Laboratoire s'occupe d'autres
problèmes de santé animale et distribue notamment des trousses de
radio-immunoanalyse (RIA) pour la mesure de la progestérone, hormone de la
reproduction, qui sert à étudier et à suivre le cycle de la reproduction chez les
bovins, ovins, caprins et camélidés en vue d'améliorer la fécondité. Rien qu'en 1991,
plus de 300 de ces trousses (pour environ 125 000 analyses) ont été envoyées à
quelque 60 laboratoires homologues d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine. Depuis
six ans, les maladies infectieuses des bovins ont la priorité, mais on envisage, pour
l'avenir proche, de mettre également au point des trousses ELISA pour certaines
maladies de la volaille et des porcs. La section de la production animale du
Laboratoire n'entreprend pas de nouvelles recherches sur les réactifs utilisés pour le
diagnostic ELISA. Elle se contente d'adapter les réactifs et techniques ELISA actuels
à un format de trousses qui réponde aux besoins des laboratoires homologues des
pays en développement. Pour ce travail, la section compte beaucoup sur la
collaboration des principaux laboratoires de recherche vétérinaire du monde entier.
Actuellement, 15 laboratoires coopèrent activement à la mise au point des trousses
ELISA et à l'approvisionnement en réactifs (voir le tableau). La normalisation et le
contrôle de la qualité sont indispensables pour produire ces trousses et assurer
l'uniformité des diagnostics au sein d'un même laboratoire et entre divers
laboratoires. Des instructions écrites détaillées sont données sur le matériel
nécessaire, la préparation et la conservation des réactifs, les méthodes analytiques,
le contrôle de la qualité, les critères de validité des données, l'interprétation des
résultats et la solution des difficultés. Tous les prototypes de trousses ELISA doivent
être agréés pour le diagnostic avant d'être expédiés aux laboratoires homologues.
Cette validation se fait en comparant la performance de la trousse avec celle de la
technique sérologique de référence actuelle lors de l'examen de lots déterminés
d'échantillons. Pour obtenir une évaluation objective et critique de cette
performance, la validation est faite en collaboration avec des laboratoires
spécialisés. Après normalisation et validation, la trousse est mise en production en
vue de sa distribution. Il faut que le personnel des laboratoires destinataires de ces
trousses en connaisse le mode d'emploi et sache interpréter les résultats du contrôle
de la qualité et des tests. Le rôle principal de la section à cet égard consiste à aider
techniquement la Division mixte FAO/AIEA à assurer cette formation. Il arrive
souvent que des laboratoires homologues demandent une aide technique pour
résoudre des problèmes locaux touchant à la performance de la trousse, par
exemple un mauvais fonctionnement du matériel, l'altération des réactifs ou la
mauvaise qualité de l'eau. Cette dernière, en particulier, est peut-être le facteur le
plus critique car la préparation des réactifs et les méthodes analytiques en sérologie
exigent des solutions tampons aqueuses. La section étudie des remèdes à ces
difficultés pour aider les scientifiques locaux à les résoudre eux-mêmes. Elle
propose également un service de réparation du matériel assuré en collaboration
avec la section d'instrumentation des Laboratoires de Seibersdorf.
Les spécialistes de la santé animale de quelque 75 laboratoires d'Amérique latine,
d'Afrique, d'Asie et du Pacifique utilisent des trousses de diagnostic conçues par les
Laboratoires de l'AlEA de Seibersdorf.
Animaux laitiers classiques du Pérou
Enfin, la dernière disposition prise dans l'intérêt des utilisateurs de trousses consiste
en un contrôle extérieur de la qualité. Les vérifications de routine sont complétées
par des essais périodiques de lots d'échantillons de contrôle par des laboratoires
homologues qui ignorent a priori les propriétés du réactif, ce qui garantit l'objectivité
du contrôle chimique et analytique. Ce contrôle donne confiance aux homologues et
facilite l'acceptation internationale des résultats. Des trousses ELISA pour les
anticorps ont été préparées pour les principales affections suivantes : peste bovine,
brucellose, babésiose, leucose bovine, et rhinotrachéite infectieuse des bovins. Des
trousses pour les antigènes ont été préparées pour la fièvre aphteuse, la
trypanosomiase et la septicémie hémorragique. Ces trousses servent à détecter des
antigènes plutôt que les anticorps, et sont destinées au diagnostic final. Des
trousses anticorps seront bientôt prêtes pour la fièvre catarrhale et la
pleuropneumonie contagieuse bovine. Des trousses pour les maladies d'Aujeszky
(porcs) et de Newcastle (volaille) seront étudiées prochainement. En 1992, plus de
100 trousses (soit plus d'un demi-million de doses) ont été envoyées à quelque 75
laboratoires homologues dans le monde (voir les cartes).
Coopération internationale
Vu que des maladies infectieuses touchent le monde entier, la FAO, l'OMS et l'OIE
collaborent à la normalisation internationale des méthodes et des réactifs ELIS A à
l'appui des programmes de prophylaxie et d'élimination de ces affections dans le
monde. En 1992, la section de la production animale des Laboratoires de l'AIEA est
devenue officiellement le Centre FAO/AIEA pour les techniques ELISA et
moléculaires de diagnostic des affections du bétail et le Centre de coopération avec
l'OIE pour les méthodes immuno-enzymatiques et moléculaires de diagnostic. Cette
décision garantira la normalisation internationale dans l'intérêt tant des pays
industriels que des pays en développement.