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N°d’ordre NNT : xxx
2021LYSEI046
Ecole Doctorale N° 34
Ecole Doctorale des Matériaux de Lyon
Amel TERRAS
COMPREHENSION DES
INTERFACES/INTERPHASES AU SEIN
D'UN COMPOSITE AUTO-RENFORCE DE
POLYPROPYLENE
*ScSo : Histoire, Géographie, Aménagement, Urbanisme, Archéologie, Science politique, Sociologie, Anthropologie
1
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En premier lieu, je souhaite remercier mes directeurs de thèse, Jannick Rumeau et Sébastien
Livi, pour leur soutien, leur écoute, mais surtout pour leur humanité. C’est grâce à ces qualités
humaines qu’il m’a été possible d’arriver (non sans peine) au bout de cette épreuve.
Merci aux membres du jury qui ont bien voulu lire mes travaux, apporter leurs remarques
constructives ainsi que des échanges intéressants : les professeurs Christine Campagne et Loic
Le Pluart en tant que rapporteurs, Laurent Gonon, Pascal Rumeau et Sofien Bouzouita en tant
qu’examinateurs.
—————–
Plus directement, ceux sans qui l’aventure de la thèse serait bien fade : les doctorants, les
post-docs, et les amis qu’on se fait, qui restent, et qu’on veut garder.
A mon +1 de thèse, Jérémy : merci pour tout, pour les chocolats chauds, les cafés, les
cappuccinos, les thés, les pancakes, pour les jeux vidéo, les jeux de société, la musique, la guitare.
Merci pour le soutien, la patience, et la gentillesse. Merci d’avoir été mon parfait +1 de thèse.
A mes co-bureaux bien aimés, Baptiste et Marie : merci pour votre soutien quotidien, votre
écoute bienveillante, votre amitié en or. Baptiste merci pour la motivation que tu m’as apportée
tant de fois, merci de m’avoir sortie de mes moments de doutes sur mon travail, merci de m’avoir
encouragée, et merci d’avoir supporté tous mes bavardages (même si tu as su être pire que moi
avec le temps !). Merci Marie, ma copine, pour ta positivité, ton sourire radieux, ta sincérité et
ton authenticité, merci pour ton amour du fromage, pour la piscine, pour la sociabilisation, les
discussions à cœur ouvert, les soirées entre filles, les larmes, les rires. . . Merci mille fois à vous
deux.
Merci Mélissa pour les chouettes moments passés ensemble, et pour ton rire lumineux. Merci
Emma d’avoir été notre gourou de la bienveillance, pour la tonne de musique et l’inspiration
artistique, et pour la positivité que tu amènes autour de toi. Merci Anthony pour les longues
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conversations, et les grands bols d’air revigorants. Merci Lucile, Raïssa, Guillaume (et tes belles
chemises), Géraldine, Asja, David (avec tes discussions polarisantes mais néanmoins instruc-
tives), Thib’ (et ton superbe café), Gaby (présent même en Nouvelle-Zélande), Matthieu (VM
et aide-soignant), Loriane, Laetitia, Ricardo, Mo’, Jean-Charles, Thibaut, Manon, Amélie, Mar-
tin et Xavier, et d’autres dont j’ai pu croiser le chemin. . .
—————–
Merci aux adeptes de jeux de société, jeux vidéos, jeux de rôle, escapes games, de reportages
Netflix, et de gouters et raclettes : Arthur et (surtout) Claire, Jérémy (encore !) et Marie, et
Vincent. TMTC Arthur en vrai <3 le grand frère ultime .
Merci à mes copains d’école d’ingé : Émilie (ma pepette d’amour), Florian (ma larvouille),
et Déborah (Débo, mon ultime moitié des séries, aka Queen D). Merci de toujours répondre
présent, merci pour les bouffes, les voyages, vos portes toujours ouvertes, vos tutos toujours
instructifs, vos vidéos et photos toujours glorieuses. #Keursurvous #lesmeilleurescopines
Merci à mes copains de Normandie : Benoit (bb), Léa (mon Tu), Solenne (sushi), Amira
(Mimi). Merci d’être toujours là depuis tant d’années et malgré la distance.
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Résumé
Dans un premier temps, l’étude a porté sur les phénomènes mis en jeu dans la création de
l’interface/interphase : i) la mouillabilité de la fibre par la matrice, ii) la mobilité des chaînes
macromoléculaires et iii) l’aptitude des chaînes à la cristallisation. Un bon mouillage entraînant
un contact intime entre fibre et matrice, la mesure de l’énergie de surface permet d’évaluer les
interactions mises en jeu et de déterminer le travail d’adhésion thermodynamique de l’interface
résultante. La mobilité des chaînes macromoléculaires présentes à l’interface entre la surface de
la matrice et celle des renforts, dépendante de la température et du temps appliqués, induit une
interdiffusion des chaînes dont les enchevêtrements vont générer l’interphase et assurer l’auto-
adhésion du composite. Enfin, la capacité de cristalliser de la matrice au contact des fibres peut
créer une morphologie cristalline locale à l’interface différente de celle au cœur de la matrice.
Dans un second temps, l’interface est caractérisée mécaniquement aux échelles microscopique
et macroscopique, au moyen des essais de pull-out et de traction hors-axes respectivement.
Les phénomènes mis en jeu dans la création de l’interface/interphase dépendant des conditions
(temps- températures) appliqués lors de l’élaboration des échantillons, permettent l’obtention
d’interfaces aux propriétés différentes.
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Abstract
This thesis focuses on the understanding and characterization of the fiber-matrix interface
within a self-reinforced composite with polypropylene matrix and fibers. This work was car-
ried out within the framework of the FUI project "Composite2020" which aims at developing
composites by dry impregnation and thermoforming.
Initially, the study focused on the phenomena involved in the creation of the interface/interphase :
i) the wettability of the fiber by the matrix, ii) the mobility of the macromolecular chains and
iii) the ability of the chains to crystallize. As a good wetting results in an intimate contact
between fibers and matrix, the measurement of the surface energy allows to evaluate the inter-
actions involved and to determine the thermodynamic adhesion work of the resulting interface.
The mobility of the macromolecular chains present at the interface between the surface of the
matrix and that of the reinforcements, depending on the applied temperature and time, induces
an interdiffusion of the chains whose entanglements will generate the interphase and ensure the
self-adhesion of the composite. Finally, the ability of the matrix to crystallize in contact with
the fibers can create a local crystal morphology at the interface different from that at the core
of the matrix.
In a second step, the interface is mechanically characterized at the microscopic and macro-
scopic scales, using pull-out and off-axis tensile tests respectively. The phenomena involved in
the creation of the interface/interphase depending on the conditions (time-temperature) applied
during the elaboration of the samples, allow obtaining interfaces with different properties.
Finally, the recyclability of the self-reinforced composite is studied : the miscibility of the
phases present is analyzed, and the mechanical properties of the recycled (non-reinforced) parts
are tested in comparison with those of the initial virgin matrix, in order to attest to the capacity
of this composite for a second life.
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Table des matières
Remerciements 1
Introduction générale 5
I Etude bibliographique 11
Préambule 17
2 Interface et interphase 41
2.1 Définition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
2.2 Phénomènes à l’interface . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
2.2.1 Mouillage des fibres par la matrice à l’état fondu . . . . . . . . . . . . . . 43
2.2.2 Interdiffusion des chaînes et autohésion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44
2.2.3 Cristallisation et transcristallisation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47
Les formes cristallines du polypropylène . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47
Cristallisation à l’interface fibre/matrice . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
2.3 Caractérisation mécanique des interfaces dans la littérature . . . . . . . . . . . . 54
Conclusion 57
1
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TABLE DES MATIÈRES
II Création de l’interface 59
Préambule 65
1 Procédé 67
2 Matériaux de l’étude 71
2.1 Matrice polypropylène . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 72
2.1.1 Caractérisations thermiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 72
Analyse thermogravimétrique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 72
Calorimétrie différentielle à balayage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73
Détermination des phases cristallines en présence par diffraction des rayons X 74
Histoire thermique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76
2.1.2 Caractérisations rhéologiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 77
2.1.3 Caractérisations mécaniques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 77
Propriétés mécaniques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 77
Analyse mécanique dynamique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 78
2.2 Fibres de renfort . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 79
2.2.1 Fibres de polypropylène . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 79
Calorimétrie différentielle à balayage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 79
Stabilité thermique des fibres de PP . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 80
Extraction et analyse de l’ensimage par spectroscopie infrarouge . . . . . 81
Observation par microscopie électronique à balayage . . . . . . . . . . . . 82
2.2.2 Fibres de verre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 84
Analyse thermogravimétrique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 84
Extraction et analyse de l’ensimage par spectroscopie infrarouge . . . . . 85
Observation par microscopie électronique à balayage . . . . . . . . . . . . 86
2
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TABLE DES MATIÈRES
Conclusion 113
Préambule 121
Conclusion 145
Préambule 153
3
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TABLE DES MATIÈRES
Conclusion 177
4
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Introduction générale
5
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Depuis plusieurs années, les polymères se sont imposés aux matériaux métalliques, céra-
miques ou bois en raison de l’allègement des structures. Cette émergence s’explique notamment
par les avantages que présentent les polymères en comparaison de ces matériaux, c’est-à-dire
une meilleure processabilité, une facilité de mise en œuvre, ainsi qu’un faible coût de produc-
tion. Cependant, les matériaux polymères doivent souvent être renforcés afin de répondre au
cahier des charges hautes performances de plusieurs secteurs industriels comme l’aérospatial,
l’automobile, la micro-électronique, la construction, le médical ou encore l’industrie chimique.
Pour ces raisons, les renforts tels que les fibres de verre ou de carbone sont les plus répandus,
et ont été l’objet de l’attention des chercheurs académiques et industriels durant de nombreuses
années. Malgré d’excellentes propriétés mécaniques atteintes via leur contribution, la prise de
conscience écologique a fait émerger la problématique de leur fin de vie, ces composites étant
très difficilement recyclables car nécessitant des procédés très énergivores.
Les fibres de verre sont les plus couramment utilisées dans les composites, et présentent
un véritable inconvénient requérant un recyclage mécanique ou thermique (par incinération).
Récemment, une solution envisagée afin d’aller vers des composites plus respectueux de l’envi-
ronnement est l’utilisation de fibres naturelles (chanvre, lin, etc... ) en lieu et place des fibres de
verre. Bien que ces fibres présentent un réel avantage environnemental (puisque renouvelables et
facilement incinérables), les composites renforcés par des fibres naturelles ne sont en général pas
mécaniquement recyclables. De plus, la faible stabilité thermique de ces fibres peut entraîner
une dégradation prématurée des renforts lors des étapes de recyclage et de mise en œuvre en
cycle fermé.
Les composites hétérogènes posent un véritable challenge en termes de recyclage. Qui plus
est, ces matériaux requièrent une compatibilisation des phases pour éviter une faible adhésion
entre les composants, c’est-à-dire entre les fibres et la matrice. Ces dernières années, une approche
prometteuse au recyclage de composites a vu le jour sous le nom de composite auto-renforcé,
ou single polymer composite -SPC-, ou encore self-reinforced polymer -SRP-, présentant un
certain nombre d’avantages, tant économiques qu’environnementaux.
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Introduction générale
Le concept de tels composites n’est pas nouveau. Les SRP ont été introduits par Capiati et
Porter en 1975 1 . Leur élaboration se base sur l’écart de température de fusion notable entre la
matrice polyéthylène haute-densité (HDPE) et les fibres de renfort HDPE dont les chaînes ma-
cromoléculaires sont fortement alignées. De tels composites représentent une solution viable
pour palier le problème de recyclage des composites traditionnels, puisque renforts et
matrice sont faits du même matériau. Outre le recyclage, un des intérêts du concept de compo-
site auto-renforcé réside également dans la compatibilité des phases, qui pourrait entraîner
la génération d’une interphase spontanée résultante d’une bonne miscibilité, garantissant
d’excellentes performances adhésives et mécaniques.
C’est donc dans le cadre d’un projet collaboratif dont l’objectif est de développer un compo-
site thermoplastique auto-renforcé mis en forme par thermoformage que ce travail de thèse
s’inscrit. Plus précisément, l’objet de ce manuscrit concerne l’étude de l’interface fibre/matrice
au sein du matériau composite, dans une compréhension allant de sa formation à sa caractéri-
sation. L’étude des relations structure/propriétés a permis, au sein de ce projet industriel,
de comprendre et appréhender certains phénomènes observés.
Une première grande partie consiste en une étude bibliographique à propos des compo-
sites auto-renforcés. Après une description générale de cette famille de composites, ainsi qu’une
présentation des différents procédés utilisés, une revue de la littérature concernant les composites
auto-renforcés à base de polyoléfines (polyéthylène et polypropylène) sera proposée. Cette revue
mettra essentiellement en avant l’intérêt de tels composites en termes de propriétés mécaniques.
La recyclabilité de ceux-ci sera ensuite débattue, notamment au travers d’une exposition d’avan-
tages et d’inconvénients. Dans un second temps, la problématique d’interface et interphase au
sein des composites sera développée. Après en avoir donné une définition, les phénomènes liés
à sa création et existence tels que les problématiques de mouillage, d’interdiffusion des chaînes
macromoléculaires et de cristallisation seront développés. Enfin, les quelques résultats de carac-
térisations mécaniques de ces interfaces recensés dans la littérature seront donnés.
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Ainsi, la troisième grande partie se concentre ensuite sur la caractérisation de l’interface,
en termes mécanique et morphologique. La caractérisation mécanique est alors menée à deux
échelles : celle du transfert de contraintes entre le monofilament de renfort et la matrice dans un
composite dit "modèle", et celle du transfert de contraintes entre un faisceau de fibres de renfort
et la matrice dans un composite unidirectionnel. Le but de cette étude multi-échelles est d’appré-
hender au mieux une corrélation entre des phénomènes observés à l’échelle microscopique et des
propriétés mesurées à l’échelle du composite. Lorsque cela a été possible, l’impact d’un certain
nombre de paramètres sur les propriétés interfaciales obtenues a été examiné. Le vieillissement
de l’interface a également été étudié. Une investigation morphologique a été menée en utilisant
diverses techniques, afin d’observer au plus près la structure des interfaces construites.
Pour terminer, une quatrième partie invite à s’intéresser à deux axes de développement et
d’exploration : l’étude de l’aptitude au recyclage du composite auto-renforcé étudié, tant dans
la démarche employée que dans les propriétés obtenues, ainsi que la compatibilisation d’inter-
face fibre/matrice évaluée sur un système composite "modèle" renforcé de fibres de verre, au
moyen d’agents modifiant la matrice afin d’explorer de nouvelles stratégies de compatibilisation
utilisables pour optimiser les performances des matériaux recyclés.
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Chapitre I
Etude bibliographique
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Sometimes I’ll start a sentence and I don’t even know
where it’s going. I just hope I find it along the way.
Michael Scott
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Préambule 17
2 Interface et interphase 41
2.1 Définition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
2.2 Phénomènes à l’interface . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
2.2.1 Mouillage des fibres par la matrice à l’état fondu . . . . . . . . . . . . . . 43
2.2.2 Interdiffusion des chaînes et autohésion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44
2.2.3 Cristallisation et transcristallisation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47
2.3 Caractérisation mécanique des interfaces dans la littérature . . . . . . . . . . . . 54
Conclusion 57
Depuis de nombreuses années, les matériaux composites renforcés par des fibres de verre ou
de carbone ont attiré l’attention de l’industrie d’un point de vue d’allègement des structures,
notamment pour les secteurs automobiles et aéronautiques. Néanmoins, la recyclabilité de ces
matériaux est problématique et représente un véritable challenge technologique. Pour cette rai-
son, l’émergence des polymères auto-renforcés dans lesquels un polymère similaire est utilisé à
la fois comme matrice mais également comme renfort a été motivée.
Dans ce chapitre, un véritable état de l’art sur les composites auto-renforcés sera tout d’abord
proposé en mettant en avant l’intérêt de ces matériaux mono-matière, leurs procédés de mise
en œuvre associés, ainsi que les propriétés qui en découlent, spécialement pour des composites
auto-renforcés à matrice polyoléfine (polyéthylène, polypropylène).
Ensuite, la notion d’interface fibre/matrice sera introduite au sein de ces matériaux compo-
sites, ainsi que les différents mécanismes mis en jeu lors de la fabrication engendrée par le fait
que ces composites soient mono-matière.
Pour finir, les différentes méthodes de caractérisation de ces matériaux employées dans la
littérature seront également discutées.
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Partie 1
Ces SRP sont capables de rivaliser avec les composites conventionnels dans différents do-
maines d’application, en termes de balance performance/coût. De plus, leur avantage demeure
dans leur recyclabilité : en effet l’idée de passer à nouveau à l’état fondu la totalité du composite
afin de re-travailler la matière pour une nouvelle utilisation est tout à fait réalisable, contraire-
ment aux composites hétérogènes. Pour accentuer le caractère "eco-friendly" de ces composites,
il est également tout à fait imaginable de sélectionner des polymères biodégradables pour l’éla-
boration de SRP biodégradables, par exemple à base de PLA (polyacide lactique).
Un autre des avantages des SRP réside dans le poids des pièces créées, leur densité étant
bien inférieure à celle de composites hétérogènes conventionnels. En effet, la densité des renforts
habituellement choisis impacte forcément le poids final de la pièce : verre (densité : 2.5 − 2.9),
carbone (densité : 1.7−1.9), basalte (densité : 2.7−3.0), aramide (densité : 1.38−1.44)... Autant
de matériaux qui alourdissent le composite final, comparé à la densité de la matrice seule (de
l’ordre de 1).
À la manière des composites conventionnels, le but est de renforcer les performances mé-
caniques de la matrice en transférant les contraintes de la matrice vers le matériau de renfort
au travers de l’interface. L’avantage de l’auto-renforcé est que la question de la compatibilité
19
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Chapitre 1 : Etude bibliographique
Dans le tableau I.1 sont répertoriées les propriétés mécaniques de fibres polymères trou-
vées dans la littérature, comparées à celles des fibres de verre ou de carbone, fibres de renforts
classiques des composites. Il en ressort une importante différence entre les densités des fibres po-
lymères, verre ou carbone, avec des propriétés mécaniques capables de rivaliser avec des renforts
classiques pour un certain nombre d’applications.
Résistance Module
Élongation à
Fibres Densité en traction d’Young Références
rupture (%)
(MPa) (GPa)
UHMWPE 0.960 2800 100 4 3,4
20
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Partie 1. Les composites auto-renforcés
Il existe trois grandes méthodes de production de fibres polymères : le filage à l’état fondu, le
filage en solution, et l’électrofilage 2,13 . Le filage est toujours complété par un étirage de la fibre,
permettant d’aligner les chaînes macromoléculaires de la matière, ce qui assure de meilleures
propriétés mécaniques aux filaments obtenus.
Dans le filage à l’état fondu, procédé le plus propre et compétitif, le polymère est extrudé
au travers de filières avant d’être étiré en sortie, puis bobiné (figure I.1). C’est le procédé le plus
utilisé dans l’industrie. Il s’applique aux polymères ayant un point de fusion bien défini comme les
fibres de polypropylène (PP) 14 , de polyamide 6 (PA6), de poly(éthylène téréphtalate) (PET) 15 ,
et de poly(acide lactique) (PLA) 16 .
Le filage en solution est un procédé utilisé pour l’obtention de fibres à haute résistance
mécanique. Le principe du filage en solution est de dissoudre le polymère dans un solvant, de
le filer puis de régénérer le polymère en éliminant le solvant (figure I.1) 17–19 . Il existe deux
types de procédés avec solvant en fonction de l’étape de régénération après filage : régénération
dans un bain de coagulation dite par voie humide (c’est le cas de l’acrylique, la viscose, et
des polyuréthanes), et régénération par séchage du solvant dite par voie sèche (c’est le cas du
polychlorure de vinyle). Des fibres de polyéthylène ultra-haut poids moléculaire (UHMWPE)
ont été notamment produites via cette méthode 20 .
En ce qui concerne l’électrofilage, le polymère est dans une solution chargée sous l’effet d’un
champ électrique, puis est déposé sous forme de filament sur un support de charge opposée au
travers d’une buse (figure I.3). En fonction des paramètres de solution il est possible d’obtenir
des fibres poreuses (solvant très volatil), mais le plus souvent des fibres non poreuses sont
obtenues, avec des diamètres sub-microniques et des surfaces spécifiques importantes : c’est là que
l’électrofilage montre ses avantages 21 . Polyéthylène, polypropylène, poly(éthylène téréphtalate),
21
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Chapitre 1 : Etude bibliographique
Figure I.2 – Schéma représentant le procédé de filage en solution en voie humide (a) et en voie
sèche (b).
poly(méthyl méthacrylate), polyl(acide lactique) ont pu être filés par ce procédé, avec différents
diamètres 22 .
Les renforts polymères peuvent également se trouver sous forme de rubans (ou tapes) qui,
comme leur nom l’indique, ont une forme de ruban après avoir été étirés sous forme plane.
La voie traditionnelle d’imprégnation par fusion (ou par poudre) consiste à impré-
gner des faisceaux de fibres par une résine polymère - très - visqueuse, procédé très similaire à
22
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Partie 1. Les composites auto-renforcés
l’élaboration de composites polypropylène renforcé fibres de verre, notamment utilisé dans le dé-
veloppement d’homocomposites PE et PP 23–26 . Mais une importante viscosité lors d’un procédé
d’imprégnation de faisceaux de fibres représente un obstacle considérable en termes de cadence.
Des polymères de faible masse molaire sont alors souvent utilisés pour améliorer l’imprégnation.
Cependant ce procédé reste relativement lent et couteux, car il faut laisser le temps au polymère
de bien s’écouler et imprégner à cœur les faisceaux de fibres, afin d’assurer un mouillage effectif
de chaque filament unitaire. En plus de tout cela, il faut également considérer la possible perte
de propriétés mécaniques des fibres de renfort lors d’un tel procédé, dûe notamment à une fusion
partielle de celles-ci 6 .
Le point essentiel différent des autres procédés est que les deux phases, matrice et renfort,
sont formées à partir d’un seul et même "support" polymère, un assemblage de fibres ou rubans de
polymère orienté 2,6,10,16,36 . La consolidation à chaud a beaucoup été utilisée pour l’élaboration
de SRP de polymères semi-cristallins à base de polypropylène 37–40 , et de polyéthylène 38,40–42 .
23
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Chapitre 1 : Etude bibliographique
De nombreuses autres techniques ont été explorées et développées, techniques qui ont pu
être classées en fonction de la nature des polymères (mono ou pluri-matières), du mode de
fabrication des composites utilisant des fibres élaborées in-situ ou ex-situ, et du type d’alignement
des renforts (1D, 2D ou 3D) selon l’équipe de Kmetty et Bárány 46 , qui propose le schéma de
classification reporté en figure I.4.
S’il est vrai que la majorité des composites auto-renforcés sont composés de polymères semi-
cristallins (matrice et renfort), il existe tout de même quelques versions de SRP constitués d’une
matrice amorphe, et d’un renfort appartenant à la même famille : une matrice amorphe de
copolyester renforcée de fibres de polyéthylène téréphtalate (PET) par exemple, composite dans
lequel c’est la réaction de transestérification qui crée l’adhésion entre la matrice et les fibres de
renfort 46 .
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Partie 1. Les composites auto-renforcés
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Chapitre 1 : Etude bibliographique
Comme évoqué précédemment, Capiati et Porter ont reporté les premiers travaux traitant
de composite auto-renforcé à base de fibres de polyéthylène haute densité (HDPE) avec des
matrices poudreuses, ayant différents points de fusion (jusqu’à une dizaine de degrés d’écart) 1 .
L’alignement et l’étirement des chaînes macromoléculaires augmentent la stabilité thermody-
namique des cristaux, entraînant une élévation de la température de fusion du matériau par
rapport à sa cristallinité initiale, à partir de l’état fondu et sans contrainte. L’apparition de
zones transcristallines à l’interface avec la matrice à l’état fondu a été observée (figure I.5),
ainsi qu’une fusion partielle et mixte entre fibres et matrice, indiquant une interface forte et "in-
time" présentant un gradient de morphologie. Il a alors été établi dans cette étude que la force de
l’interface dans les composites PE-PE était principalement due à l’adhésion épitaxiale, plutôt
qu’aux forces radiales induites par la contraction de la matrice au refroidissement (et donc la
compression de celle-ci sur les fibres).
Figure I.5 – Cliché de microscopie optique d’une interface PE-PE présentant une zone transcristal-
line à l’interface avec la matrice 1 .
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Partie 1. Les composites auto-renforcés
Des procédés d’injection à pression variable (procédé d’obtention d’un renforcement in-
situ) ont également été mis en œuvre avec du polyéthylène haute densité (HDPE), et les effets
de la température du moule sur la microstructure et les propriétés mécaniques
de SRP HDPE ont été étudiés par Guan et al. 48 . Des augmentations de modules d’Young et
d’élongation à rupture ont été reportées, et des analyses DSC réalisées à différentes profondeurs
de la surface des pièces composites ont montré des évolutions de l’endotherme de fusion avec
notamment l’apparition d’un double pic de fusion (figure I.6).
Figure I.6 – Courbes DSC d’analyse à différentes profondeurs de SRP HDPE 48 (gauche) et dif-
fractogrammes de rayons X aux grands angles d’un HDPE après injection moulage classique (c), et
obtenus sur composites dans le sens de l’écoulement (a) et dans le sens transverse (b) (droite).
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Chapitre 1 : Etude bibliographique
Ce double pic de fusion a été interprété comme correspondant à deux phases cristallines
distinctes radiales (les sphérolites) et orientées (structure type shish-kebab). Des mesures de
diffraction des rayons X aux grands angles (WAXD) ont également confirmé une orientation
préférentielle des chaînes macromoléculaires, au sein des cristaux de type shish-kebab,
qui explique l’amélioration des propriétés mécaniques du composite HDPE. Ce type de procédé
d’injection a également été étudié par Lei et al. 49,50 , qui ont montré par DSC, WAXD, SAXS et
TEM l’orientation des lamelles et l’enchevêtrement des chaînes macromoléculaires
au sein des structures type shish-kebab (figure I.7), ainsi qu’un fort taux de cristallinité
(passant de 50 à 70 %) entraînant une amélioration significative des propriétés mécaniques finales
du matériau.
Figure I.7 – Clichés de microscopie électronique en transmission de SRP HDPE mis en œuvre par
injection à pression variable (a) et de HDPE injecté en pression fixe (b) 50 . (La flèche indique la
direction du cisaillement.)
Il semble qu’un composite HDPE atteint un module plus important pour une vitesse de refroi-
dissement lente, laissant le temps à la microstructure de se développer 51 . Les mêmes conclusions
ont été tirées pour des composites réalisés via le même procédé, combinant HDPE et LDPE avec
différents taux de mélange 52 , dont la co-cristallisation a été observée par DSC et WAXD.
Un des procédés également utilisé pour l’élaboration de composites HDPE in-situ consiste
à exploiter les propriétés de cristallisation induites par l’écoulement de matière en ex-
trusion continue 53 . L’utilisation d’une zone de convergence dans le procédé d’extrusion crée
différentes zones d’écoulement dans le polymère à l’état fondu, ce qui entraîne l’apparition de
différentes zones d’alignement de chaînes macromoléculaires au sein du polymère, ainsi que diffé-
rents taux de cristallisation en fonction des zones, entraînant ainsi la création naturelle d’un
HDPE renforcé in-situ par les cristallites à l’échelle moléculaire (figure I.8).
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Partie 1. Les composites auto-renforcés
Figure I.8 – Formation des structures cristallines pendant un procédé d’extrusion comprenant une
section de convergence 46 .
Hine, Olley et Ward 40 se sont attardés sur la préparation de SRP (PE ou PP) combinant
consolidation à chaud (hot compaction) et film stacking : des empilements de structures tissées
avec des fibres orientées ou des rubans, avec ou sans film de matrice de même matériau entre les
couches de renfort, portées à différentes températures. Ces températures ont été préalablement
choisies en fonction de l’objectif visé : la fusion seule du film de matrice entre les tissés de renfort,
la fusion de la surface des fibres (en l’absence d’un film de matrice), ou bien une combinaison de
la fusion du film de matrice ainsi que la surface des renforts. Soit on a à faire à un procédé de
film stacking traditionnel, soit à un procédé de consolidation à chaud, soit à une combinaison
des deux procédés. L’influence de ces différents paramètres a ensuite été évaluée en termes de
propriétés mécaniques, ainsi qu’en DSC afin d’évaluer le pourcentage de phase orientée résiduel
dans les renforts : ces résultats sont reportés dans le tableau I.2.
Cette étude a démontré que la fusion sélective de la surface des renforts en plus de
celle des films de matrice, grâce à une combinaison des procédés d’empilement de films et de
consolidation à chaud, permet l’obtention d’un composite ayant des propriétés mécaniques
intéressantes en comparaison avec un matériau obtenu par une simple fusion sélective de la
surface des renforts, conduisant à une perte d’orientation des chaînes macromoléculaires. Ces
résultats sont corroborés par une précédente étude de Hine 31 dans laquelle seul le procédé de
consolidation à chaud de rubans fortement orientés est étudié : dans la plupart des cas c’est
en portant les rubans à une température de 1 à 2 °C sous la température de fusion totale des
rubans que les meilleurs résultats mécaniques sont obtenus, permettant une fusion sélective
de la surface des rubans (matière qui va ensuite consolider/souder la structure des rubans
restants) tout en conservant suffisamment l’orientation des rubans assurant de bonnes propriétés
mécaniques.
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Chapitre 1 : Etude bibliographique
Tableau I.2 – Propriétés des SRP PE obtenus par Hine, Olley et Ward en combinant des procédés
de film stacking et de hot compaction 40 .
Les composites auto-renforcés PE-PE ont donc été largement étudiés depuis plusieurs années.
Les travaux se poursuivent en travaillant sur des modifications et traitements impactant l’inter-
face 54,55 . Les travaux concernant le polypropylène sont eux sensiblement plus récents. Toutefois,
les SRP polypropylène représentent de loin les composites auto-renforcés les plus matures en
termes d’aboutissement, ayant émergé commercialement sous différentes marques, disponibles
sur le marché.
Les premiers essais de consolidation à chaud de fibres de polypropylène dans le but de former
un composite auto-renforcé PP ont été menés par Abo El-Maaty et al. 56 . La fusion sélective
des fibres n’était alors pas bien aboutie, résultant en une faible cohésion des fibres entre elles,
et donc en un composite faible mécaniquement. Hine et al. 57 ont ensuite étendu ces essais à des
rubans de polypropylène tissés. L’effet de la température de consolidation sur les propriétés du
SRP obtenu a été étudié. Ainsi une température optimale (de 182 °C) a été relevée, permettant
la fusion de suffisamment de matière pour lier les rubans entre eux, ce qui conduit à un
composite consistant, avec une amélioration de la cristallisation (+ 20 %). Cette température
permet un compromis optimal entre la quantité de matière à l’état fondu faisant
office de matrice une fois recristallisée, et la quantité de ruban résiduel assurant
le renfort du matériau. Les propriétés mécaniques ont été attribuées à la formation d’une
phase transcristalline au niveau des zones de contact entre les rubans, une conclusion rejointe
par l’étude de Loos 14 .
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Partie 1. Les composites auto-renforcés
Plusieurs "supports" de départ ont été testés afin de déterminer les paramètres contrôlant
le comportement à la consolidation à chaud et de trouver les conditions idéales en pression et
température afin de ne faire fondre qu’une fine épaisseur de l’extérieur du matériau sélectionné :
fibres ou rubans, en fonction de leurs propriétés mécaniques de départ, de leur géométrie et
dimensions, mais également des propriétés mécaniques du polymère de départ (dépendantes de
la masse molaire), et du tissage 27 . L’idée de faire fondre sélectivement l’extérieur des fibres ou
des rubans permet de créer la phase "matrice" à partir de cette matière à l’état fondu recristal-
lisée qui va perdre l’orientation de ses chaînes et former une phase à la morphologie différente
du reste non fondu des renforts, qui gardent leur orientation et propriétés mécaniques initiales.
La morphologie des plaques composites obtenues a été observée par microscopie électronique à
balayage (MEB) avant et après consolidation, et après l’essai de pelage afin d’évaluer la propa-
gation de rupture, dans le but de relier ces observations avec les résultats d’essais mécaniques 39 .
Plusieurs observations en sont ressorties (Figure I.9) :
• des zones transcristallines apparaissent entre les mèches de fibres tissées de plus faible
masse molaire, et la propagation des fissures se fait à la jonction entre ces zones trans-
cristallines. Or différentes études ont montré que ce type de jonction (comme les jonctions
entre sphérolites) peuvent présenter une forte concentration de défauts ou de chaînes de
plus basse masse molaire (qui exsudent vers l’extérieur des structures cristallines) 58 , ce
qui crée une zone propice à la propagation de fissures.
• des ruptures apparaissent également entre des fibres présentant une orientation différente
l’une de l’autre et qui ont donc subi une distorsion lors de la consolidation.
• les essais réalisés avec les rubans - de plus haute masse molaire que les fibres - ne montrent
aucune zone transcristalline. L’utilisation de rubans permet, en revanche, de mettre en
œuvre des plaques composites de plus haute résistance au pelage que celles obtenues avec
les fibres puisqu’il y a une adhésion "directe" entre les rubans avec une plus grande surface
de contact à l’interface entre deux rubans (phénomène de fibrillation observable au niveau
de la fissure).
C’est donc à la fois la forme du support choisi (fibres/rubans) et la masse molaire du matériau
qui sont à l’origine de ces comportements différents.
Le renforcement du polymère à l’échelle moléculaire par une cristallisation induite des SRP
PE a également été exploité pour les SRP PP, par extrusion, injection moulage, ou encore par
des procédés d’étirage en voie solide. Les différentes plaques SRP PP obtenues par extrusion
continue à cristallisation induite par l’écoulement (à travers une filière conique entaillée) ont
montré des évolutions similaires, dépendantes de la pression et de la température choisies, sur
la transparence des plaques, leur comportement à la cristallisation, et la résistance en traction 59
(figure I.10). Ces trois propriétés se révèlent être bien dépendantes de la pression appliquée
à la sortie de la matière à l’état fondu à travers la filière, puisqu’elle agit directement sur
l’orientation des chaînes macromoléculaires, créant un écoulement dont le cisaillement (de
par la viscosité du polymère à l’état fondu) induit une orientation ainsi qu’une cristallisation
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Chapitre 1 : Etude bibliographique
Figure I.9 – Faciès de rupture observés par microscopie électronique à balayage, après test de pelage
des composites réalisés à partir de fibres (a) et de rubans (b) 39 . (Les lettres A et B correspondent à
des directions de la trame différentes, transverse et longitudinale. Les lettres C et D distinguent la
jonction de deux zones transcristallines.)
Figure I.10 – Thermogrammes (a), courbe de traction (b), et transparence des plaques SRP PP
(c) réalisées par extrusion, à différentes températures et pressions 59 .
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Partie 1. Les composites auto-renforcés
De même que pour les SRP PE, les effets de la pression oscillante appliquée lors du procédé
d’injection-moulage (OPIM - oscillating packing injection molding) sur la réalisation des compo-
sites et sur leurs propriétés cristallines et mécaniques de SRC polypropylène ont été étudiés 60 .
L’amélioration des propriétés mécaniques obtenues s’explique alors par la présence de sphé-
rolites "parfaits" caractérisés par un endotherme de fusion décalé vers les hautes températures
et de cristallites type shish-kebab, résultantes de l’orientation des chaînes macromoléculaires
prouvées par les clichés de diffraction des rayons X. Des augmentations de modules d’Young
(de 1.4 à 3.0 GPa), et de résistance en traction (de 31.0 à 57.8 MPa) entre un procédé d’injec-
tion moulage classique à pression statique, et un procédé d’injection à pression oscillante sont
mesurées.
Ces résultats ont été confirmés par des études plus approfondies d’observation de structure
cristalline notamment par MEB, à différentes profondeurs dans le matériau 61,62 : il est ainsi
possible d’observer des lamelles cristallines s’alignant dans le sens d’écoulement formant ainsi
les structures cristallines type shish-kebab qui s’imbriquent et forment une structure type
fermeture éclair expliquant l’augmentation des propriétés mécaniques dans le sens de la trac-
tion (figure I.11).
Figure I.11 – Micrographie MEB de la structure cristalline "shish-kebab" formée dans le SRP PP
obtenu par OPIM 62 .
Un des aspects critiques des SRP réalisés par voie ex-situ (matrice et renforts distincts) est
la fenêtre de température de travail disponible : atteindre une température suffisamment
élevée afin de faire fondre la matrice, sans faire fondre les renforts ou leur faire perdre leurs pro-
priétés mécaniques, est une réelle difficulté. Comme montré dans quelques études précédentes,
l’orientation des chaînes (responsable des propriétés mécaniques des renforts) est impactée dans
les différents procédés mis en œuvre en température. Pour palier cette limitation, une orien-
tation importante des macromolécules seule n’est pas suffisante, car cette orientation se perd
naturellement lorsque le renfort est porté en température : les chaînes retrouvent petit à petit
leur mobilité et perdent leur alignement dans les premières couches externes de la fibre, par
relaxation thermique.
Une solution semble être de mettre les fibres sous contrainte lors de cette mise en tempéra-
ture, afin de forcer le maintien de l’orientation des macromolécules 15 . Il a été ainsi possible d’at-
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Chapitre 1 : Etude bibliographique
teindre une différence de plus de 20 °C entre les températures de fusion des fibres non contraintes
et celles des fibres contraintes (figure I.12). Des composites modèles mono-filamentaires (le mono-
filament étant fixé à ses extrémités lors de la fusion de la matrice) ont été fabriqués et observés
par microscopie optique, démontrant l’utilité de la mise sous tension du renfort.
Figure I.12 – Courbes DSC montrant l’effet de l’étirage sur la température de fusion des fibres
PP 15 .
Quelques travaux sur des composites auto-renforcés PP constitués d’une matrice copoly-
mère propylène-éthylène (coPP) ont été rapportés. Houshyar et al. ont préparé avec succès un
homocomposite constitué d’une matrice de copolymère aléatoire coPP renforcée par des fibres
de PP 8,26,63,64 . Le rôle des fibres de PP de différents diamètres sur la structure, les comporte-
ments thermique et mécanique de ces composites ont été étudiés (figure I.13). Il en ressort que
le diamètre et le rapport de surface sont des paramètres importants pour obtenir un bon com-
promis entre la maximisation du transfert de contraintes entre matrice et fibre, et le
problème de tassement des fibres et de création de vides/porosités. De plus, à fraction
volumique égale en renforts, l’utilisation de plus de fibres de diamètre faible entraîne la pré-
sence de plus de "bouts" de fibre, qui sont des zones de concentration de contraintes
importantes. Kitayama et al. ont étudié les propriétés interfaciales des composites coPP/PP
constitués de fibres de PP isotactique (iPP) et d’une matrice de copolymère aléatoire coPP :
encore une fois, la formation d’une couche transcristalline semble augmenter la résistance inter-
faciale 65 .
Figure I.13 – Effet des différents diamètres de fibres sur le module en traction de composites fibres
PP/matrice coPP 63 .
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Partie 1. Les composites auto-renforcés
Les rubans "tout-PP", c’est-à-dire deux types de PP différents par leur température de fu-
sion coextrudés en rubans, ont été décrits par Cabrera et al. (PP homopolymère à cœur ; PP
copolymère statistique en peau) 6 . Il a été constaté que les composites tout-PP peuvent concur-
rencer voire même dépasser les performances des thermoplastiques renforcés par des mats de
verre ou de fibres naturelles pour les applications structurelles et d’impact, en raison de leurs
bonnes propriétés mécaniques combinées à une faible densité. Alcock et al. 2,10–12,45 ont préparé
des composites tout-PP à partir de rubans PP hautement orientés. Ces composites ont montré
une excellente conservation des propriétés mécaniques des rubans orientés dans les composites
résultants, malgré les températures élevées impliquées dans le processus de consolidation. Les
propriétés mécaniques étaient comparables à celles rapportées pour un polypropylène commer-
cial unidirectionnel renforcé de fibres de verre.
Swolfs et al. ont par ailleurs aussi étudié l’influence des paramètres du procédé de consolida-
tion à chaud sur les SRP PP 66 . Trois paramètres de production ont été étudiés : la température
de consolidation, le temps de séjour et l’utilisation de films intercalaires. Une température de
consolidation plus élevée entraîne une plus grande création de matrice et une meilleure liaison
entre les couches, mais aussi une plus grande relaxation moléculaire. Les propriétés de traction et
la résistance à l’impact diminuent avec l’augmentation de la température de consolidation. Les
films intercalaires permettent également d’améliorer la liaison entre les couches, tout en évitant
la relaxation des chaînes macromoléculaires. Il en résulte une amélioration de la résistance à la
traction et de la résistance à l’impact, mais ces améliorations tendent à être plus faibles avec
l’augmentation de la température de consolidation. Le temps de séjour n’a qu’un faible effet sur
les performances mécaniques des composites PP auto-renforcés compactés à chaud dans cette
étude. Ces résultats montrent que les propriétés mécaniques des composites PP auto-renforcés
peuvent être adaptées à des applications spécifiques dans une large gamme de températures de
traitement et de temps de séjour.
Le tableau I.3 propose une comparaison des propriétés d’un tel SRP PP avec des composites
plus conventionnels, comme un PP ou un PA6 renforcé de fibres de verre ("glass mat reinforced
thermoplastic" ou GMT). Les rapports comparatifs "propriétés/densité" montrent que les SRP
PP peuvent facilement entrer en compétition avec les PP ou PA/verre en termes de proprié-
tés mécaniques en traction, tout en présentant une résistance à l’impact bien meilleure. Les
rapports "propriétés/coût volumique" conservent l’avantage pour la résistance à l’impact, sans
perte de module en traction pour les SRP PP. D’autres SRP PP ont également vu le jour com-
mercialement : Pure® et Armordon®, des "bi-composants" nécessitant également un procédé en
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Chapitre 1 : Etude bibliographique
plusieurs étapes, utilisant tous les deux des rubans co-extrudés, hautement orientés, enroulés
(1D), composés de différents grades de PP au cœur et en couche extérieure et dont la différence
de température de fusion entre les deux grades est exploitée.
Tableau I.3 – Exemples de propriétés obtenues avec un SRP PP comparé à d’autres composites
conventionnels.
Les composites auto-renforcés polypropylène étant les plus aboutis en termes de développe-
ment (certains étant même commercialisés), et ceux à base de polyéthylène étant très renseignés
dans la littérature, il n’en demeure pas moins que les résultats observés avec d’autres matériaux
testés sont également intéressants. Cependant, la majorité de ces études porte principalement sur
les propriétés mécaniques globales des matériaux obtenus, ou sur des observations de la morpho-
logie cristalline à l’interface renfort/matrice. L’intérêt de cette étude est de faire le lien entre
une compréhension fine des phénomènes à l’interface fibre/matrice et les propriétés
obtenues pour le composite dans sa globalité.
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Partie 1. Les composites auto-renforcés
Le recyclage des polymères est classé en différentes catégories distinctes, selon le niveau de
conservation de la structure chimique du polymère 68 :
• le recyclage tertiaire consiste en la réduction à des composés de plus faible poids molé-
culaire par un processus chimique,
• et enfin le recyclage quaternaire est défini par la récupération totale d’énergie par une
combustion complète.
Dans le cas où les grades de polymères sont miscibles, alors le problème de la séparation
ne se pose plus, permettant la mise à l’état fondu de l’intégralité du composite auto-renforcé :
matrice et fibres sont fondues et mélangées, afin de récupérer un matériau prêt à être réutilisé,
soit en l’état, soit de nouveau renforcé, mélangé à de la matière vierge, etc... L’intérêt de gar-
der l’intégrité des fibres de renfort est bien faible, étant donné que l’élévation de température
entraînera irrévocablement la perte des performances mécaniques de celles-ci. La question finale
réside dans la stabilité des performances mécaniques du matériau obtenu, suite au recyclage
pouvant entraîner la baisse de la masse molaire des polymères (procédés mécaniques d’extrusion
par exemple), ce qui peut également être gênant en terme de procédé puisque cela est synonyme
de chute de viscosité 69,70 .
Il est évident que les composites auto-renforcés présentent un certain nombre d’avantages
comparés aux composites traditionnels (fibres de verre ou de carbone notamment) : une re-
cyclabilité grandement améliorée, des densités plus faibles, et une résistance à l’impact plus
importante.
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Chapitre 1 : Etude bibliographique
La recyclabilité est avant tout le plus important de ces avantages. Les SRP étant composés
à 100 % de thermoplastique, leur recyclage est très simple : en fin de vie du produit, il suffit de
faire fondre la pièce et de la re-granuler afin d’obtenir une nouvelle matière première prête à être
mise en forme, alors que l’utilisation de fibres de verre ou de carbone implique une première étape
de séparation des fibres de renfort de la matrice avant le recyclage de celle-ci. Le second avantage
évident des SRP réside dans leur densité, et donc dans le poids des pièces obtenues. Les SRP
étant renforcés par le même matériau polymère que la matrice, l’augmentation de performance
mécanique ne s’accompagne pas d’une augmentation de densité du matériau obtenu, ce qui n’est
pas le cas des composites verre ou carbone.
Cependant, malgré ces avantages, il existe également de vrais inconvénients inhérents aux
SRP, et ils résident notamment dans des problèmes relevant de la thermique. Tout d’abord lors
des procédés de mise en œuvre, la température doit être contrôlée de manière très précise,
afin d’assurer la seule fusion de la matrice et le maintien des propriétés des renforts, très sensibles
à la température, ce qui est extrêmement difficile compte tenu de la fenêtre de température
étroite que présentent ces matériaux. De plus, l’utilisation de SRP lors d’applications hautes
températures est fortement limitée, de par la perte rapide de leur propriétés mécaniques dans
ces conditions.
La fenêtre de procédé peut-être élargie en utilisant des polymères ayant la même composition
chimique, mais avec des structures chimiques différentes : une matrice HDPE renforcée par
des fibres UHMWPE, ou une matrice LDPE renforcée par des fibres HDPE. Dans
les deux cas, il existe une fenêtre de traitement d’environ 20 °C. Lorsque le LDPE est renforcé
par des fibres d’UHMWPE, la fenêtre de traitement peut encore être élargie à environ 40 °C.
Outre les différentes masses molaires, le HDPE, le LDPE et l’UHMWPE ont également des
configurations de chaînes différentes. Or la compatibilité et la miscibilité des différents grades
de PE sont affectées par la différence de configuration des chaînes (par exemple, la longueur des
chaînes ramifiées), un point qui peut se révéler important lors du recyclage du composite. Il est
également possible d’exploiter le polymorphisme des formes cristallines d’un matériau donné 71 .
Malgré cela, les SRP aujourd’hui commercialisés (à base de polypropylène) restent de très
bons candidats pour les applications hors hautes températures, présentant des propriétés méca-
niques bien plus importantes que le polymère vierge dont ils sont constitués. Ainsi, à température
ambiante, des modules d’Young compris entre 5 et 5.9 GPa ont pu être mesurés, des résultats
significativement plus élevés que pour un iPP classique tournant autour de 1 GPa 6,72 .
Les composites auto-renforcés réalisés à partir d’autres matériaux que le polypropylène res-
tent pour le moment bien moins matures en termes de développement, et donc ne sont pas
encore commercialement disponibles, mais les résultats qu’ils présentent restent tout de même
intéressants et prometteurs : un module quasiment doublé pour un SRP à base de polyéthylène
téréphtalate atteignant les 5.81 GPa 32 , et des mesures de résistance à la traction comprises entre
10 et 12 GPa pour un SRP polyéthylène 73 .
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Partie 1. Les composites auto-renforcés
Comme pour les composites conventionnels, l’amélioration des propriétés de matériaux trans-
formés en composites auto-renforcés est dûe au transfert de contrainte entre la matrice
de plus faibles propriétés vers des renforts aux performances mécaniques plus éle-
vées. L’orientation moléculaire très importante présente dans les renforts, résultant de forts
taux d’étirage, leur permet d’atteindre des propriétés nettement plus élevées que le matériau
initial non modifié. Il en ressort deux points critiques : l’optimisation du transfert de contraintes
entre matrice et renfort, et le maintien de l’orientation moléculaire au sein de ces derniers.
L’étude de ces interfaces composites particulières n’est, elle, pas bien renseignée
dans la littérature en terme de compréhension transverse : de l’observation des phé-
nomènes mis en jeu à leur impact sur les performances mécaniques, et constituera
l’objet principal de cette étude.
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Partie 2
Interface et interphase
2.1 Définition
Un matériau composite conventionnel est composé d’une phase continue (la matrice), d’in-
clusions d’une ou plusieurs autres phases (sous diverses formes possibles, fibres, particules, ...),
et de l’interface qui les unit. Le principe d’un tel matériau est d’utiliser des inclusions ayant
de meilleures propriétés mécaniques que la matrice, afin d’en augmenter les performances mé-
caniques : on parle alors de fibres (ou particules) de renfort. Les fibres supportent donc les
contraintes que la matrice répartit, tout en assurant le maintien de la forme globale du maté-
riau, ce qui donne à l’interface fibre-matrice le rôle essentiel de transférer efficacement
ces contraintes de la matrice vers la fibre 74 .
La structure d’un composite peut être considérée à plusieurs échelles, représentées sur la
figure I.14 75 :
• l’échelle moléculaire considère l’interaction entre la matrice et les fibres de par leurs
structures chimiques : forces de Van der Waals, interactions acido-basiques et liaisons
chimiques sont alors mises en jeu. De ce point de vue, c’est la concentration de liaisons
interfaciales et leurs énergies qui joueront sur l’interaction interfaciale, et cela se traduit
quantitativement par le travail d’adhésion qui prend en compte les contributions de toutes
les interactions mises en jeu (physiques, chimiques, locales et non locales),
• l’échelle microscopique (ou de la fibre unitaire) à laquelle le transfert de contrainte de
la matrice vers la fibre unitaire a lieu et caractérise l’interface,
• l’échelle mésoscopique qui prend en compte la distribution des fibres de renfort dans la
matrice et son rôle sur l’interface,
• et enfin l’échelle macroscopique, qui considère le matériau composite dans son entièreté,
évaluant ainsi les propriétés finales du matériau.
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Chapitre 1 : Etude bibliographique
Les deux premières échelles, moléculaire et microscopique, sont les plus considérées dans la
littérature. À l’échelle moléculaire, l’adhésion est le résultat du contact intime entre la matrice
et la fibre de renfort, pilotée par la mouillabilité (énergie de surface thermodynamique), la na-
ture et la quantité des liaisons, leur énergie, etc... Les problématiques de transfert de contrainte
et de qualité d’interface se situent plutôt, elles, à l’échelle microscopique. Les phénomènes interfa-
ciaux à l’échelle moléculaire concernent le plus souvent la création de l’interface 76 , tandis que
l’analyse de l’interface à l’échelle micro relève plutôt de la rupture de l’interface 77 , bien que
in fine les interactions moléculaires à l’interface impactent directement la qualité de l’interface 78
et donc que les études des deux échelles sont concomitantes.
L’étude des interfaces peut donc se diviser en deux temps : l’analyse de la création de
l’interface, puis son rôle sur les propriétés du composite. Ainsi, si sa caractérisation consiste à
évaluer la qualité du transfert de charge à l’interface au travers d’essais destructifs, l’étude des
mécanismes à l’origine de la création de l’interface permettra de comprendre leurs
enjeux sur sa qualité et son impact sur les propriétés du composite.
Figure I.15 – Représentation schématique d’une interface fibre/matrice dans un matériau compo-
site 81 .
42
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Partie 2. Interface et interphase
La problématique du mouillage des renforts par la matrice à l’état fondu sur la qualité de
l’adhésion interfaciale est notamment mise en avant dans les composites traditionnels renforcés
de fibres de verre ou de carbone, qui nécessitent un ensimage en surface afin d’assurer une
bonne compatibilité des deux matériaux lors du mouillage. C’est d’autant plus le cas avec les
composites à matrice polyoléfine, polymères connus pour être inertes, alors que la problématique
du mouillage relève d’interactions physico-chimiques (cf Chapitre 2).
Figure I.16 – Topographies par AFM de surfaces de verre greffé après décohésion avec une matrice
PE : pas d’enchevêtrement des chaînes et rupture interfaciale(a), arrachage d’un greffon par la matrice
(b), rupture interfaciale avec résidus de matrice (c), rupture cohésive dans la matrice bulk 82 .
43
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Chapitre 1 : Etude bibliographique
L’ensimage étant une étape obligatoire de la fabrication de fibres de renforts, celui-ci sera tou-
jours présent dans les composites, car même si l’ensimage n’a pas pour but de compatibiliser, il a
plusieurs autres rôles : la cohésion interfilamentaire, l’élimination des charges électrostatiques, la
protection de la fibre de l’environnement extérieur 85 . Ainsi c’est le cas pour les composites auto-
renforcés par des fibres au sein desquels la présence de l’ensimage ne semble pas spécifiquement
étudiée.
44
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Partie 2. Interface et interphase
Figure I.17 – Schéma du phénomène d’interdiffusion des chaînes macromoléculaires à une interface
polymère-poymère 88 .
Ec = Φ(Ef ∗ Vf + Em ∗ Vm ) (1)
La durée du procédé apporte à température constante (140 °C), d’abord une augmentation
du module du composite, ce qui est attribué à une augmentation de l’interdiffusion, puis le
module du composite diminue finalement (figure I.18b). De la même manière le module des
fibres est évalué avec les mêmes paramètres, et celui-ci ne semble pas être affecté par la durée du
procédé, alors que le paramètre d’adhésion interfaciale Φ observe la même tendance que celle du
module (figure I.18e). La chute du module du composite peut alors être attribuée par exemple à
l’oxydation et/ou la dégradation du PE étant soumis longtemps à une température importante.
45
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Chapitre 1 : Etude bibliographique
(a) (b)
(c)
(d) (e)
Figure I.18 – Effets de la température (a) et de la durée de procédé (b) sur le module en traction
d’un composite auto-renforcé PE-PE, effet de la température sur le module en traction des fibres de
renfort (c), et effets de la température (d) et la durée (e) sur le paramètre d’adhésion interfaciale
Φ 51 .
Les SRP polypropylène, réalisés à partir de fibres ou rubans coextrudés dont l’extérieur
consiste en un copolymère et le cœur un homopolymère, font également l’objet de l’étude de
l’interdiffusion sur les propriétés interfaciales 6,11,45 . Des tests de pelage montrent notamment
qu’une augmentation de la température de compactage entraîne une augmentation de la résis-
tance au pelage jusqu’à atteindre un plateau (figure I.19), pour lequel le mode de rupture passe
d’adhésif à cohésif car la couche externe copolymère est totalement fondue, et l’interdiffusion a
eu lieu dans la totalité de l’interface créée.
46
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Partie 2. Interface et interphase
Après refroidissement, l’interface se solidifie et peut également être une zone de cristallisation
particulière, pouvant entraîner des conséquences sur les propriétés mécaniques du composite.
En plus de ces deux phases cristallines principales rencontrées dans le PP, une troisième
phase γ triclinique est rapportée dans la littérature, dont les conditions de formation résultent
de conditions spécifiques de mise en œuvre : cette forme cristalline est relativement rare, sa
germination étant engendrée par l’application d’une pression importante lors de la cristallisation,
ou bien de taux de cisaillement élevés, ou encore lors de l’utilisation de copolymères statistiques
d’une autre oléfine avec un taux massique de cette oléfine compris entre 2.5 et 20 % 93–96 .
47
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Chapitre 1 : Etude bibliographique
Des mesures de diffraction des rayons X aux grands angles (WAXS - wide-angle X-ray scat-
tering) permettent de discriminer ces différentes phases (figure I.20). Les valeurs des principaux
pics sont répertoriés dans le tableau I.5.
Tableau I.5 – Valeurs en 2θ des pics principaux relatifs aux plans cristallographiques des phases α,
β et γ du polypropylène 97 .
48
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Partie 2. Interface et interphase
Figure I.22 – Représentation schématique d’un sphérolite (a) 103 et observation en microscopie
optique d’un iPP présentant des sphérolites de phase β (plus foncés) et de phase α (b) 102 .
49
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Chapitre 1 : Etude bibliographique
Des phénomènes de germination hétérogène ont également été mis en évidence dans la littéra-
ture, notamment lors du refroidissement de iPP en contact avec des surfaces étrangères 105 : une
germination préférentielle des entités cristallines a été notée sur ces surfaces, la cristallisation se
développant ensuite dans une direction perpendiculaire à cette surface solide. Un autre phéno-
mène, fréquemment rencontré et discuté dans la littérature, concerne la transcristallinité du
iPP. Elle peut être définie comme la germination et la croissance d’entités cristallines de nature
difficile à identifier, généralement associée à plusieurs formes cristallines. Un tel phénomène a
été observé dans du iPP renforcé par des fibres de différentes natures telles que du verre, du
carbone ou de l’aramide 106 .
Les formes cristallines présentes dans cette zone transcristalline dépendent principalement
des températures mises en jeu. Pour démontrer cela, Li et al. 107,108 ont également observé
l’interface d’un SRP iPP modèle réalisé de la même manière que Loos, mais en faisant varier
les températures d’introduction des renforts fibreux. La matrice est toujours portée à 200 °C
pour fondre et effacer son histoire thermique, puis la température est réduite tout en gardant la
matrice à l’état fondu afin de faire l’introduction de fibres à différentes températures (138 °C,
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Partie 2. Interface et interphase
160 °C, 168 °C, 173 °C, 178 °C), enfin l’ensemble est porté sur une nouvelle platine à température
fixe de 138 °C pour cristalliser pendant 6 heures. La cristallisation isotherme de la matrice est
observée par microscopie optique et microscopie électronique à balayage :
• Lorsque les filaments unitaires sont introduits à 138 °C seule la phase cristalline α est
présente, que ce soit sous sa forme sphérolitique au cœur de la matrice, ou sous forme
colonnaire à l’interface avec la fibre (figure I.25).
Figure I.25 – Micrographies optiques illustrant la morphologie cristalline d’un composite mo-
dèle homogène fibre/matrice iPP, avec une température d’introduction des fibres de 138 °C 107 .
• Lorsque les filaments unitaires sont introduits à 160 °C puis l’échantillon porté à refroidir
à 138 °C pour cristalliser de façon isotherme, des structures différentes dans la phase co-
lonnaire α autour de la fibre commencent à apparaître, et présentent les caractéristiques
de la phase cristalline β identifiée par des mesures de température de fusion et de biréfrin-
gence (figure I.26). Par rapport à l’expérience précédente à 138 °C, seule la température
d’introduction de la fibre dans la matrice à l’état fondu diffère, alors pour confirmer que
c’est bien le paramètre contrôlant, cette température a encore été augmentée.
Figure I.26 – Micrographie optique montrant la morphologie cristalline d’un composite mo-
dèle homogène fibre/matrice iPP, avec une température d’introduction des fibres de 160 °C.
Les flèches blanches sur l’image indiquent la phase cristalline β 107 .
• Ainsi, le filament unitaire a ensuite été introduit à 168 °C dans la matrice à l’état fondu
portée à cristalliser à 138 °C, ce qui semble provoquer l’augmentation de la formation
de la phase cristalline β dans la matrice proche de la fibre (précédemment formée de α
colonnaire), confirmant que la température d’introduction de la fibre dans la matrice à
l’état fondu a bien un impact sur la cristallisation de la matrice, et son augmentation
favorise la formation de phase β (figure I.27). Ce qui est intéressant d’observer c’est que
dans un même échantillon contenant plusieurs filaments unitaires, tous ne provoquent pas
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Chapitre 1 : Etude bibliographique
la même cristallisation autour d’elles. En effet, sur le cliché montrant plusieurs fibres,
celle de gauche semble avoir engendré bien plus de phase β que la fibre de droite qui
semble elle être entourée majoritairement de phase α. La fibre du milieu montre une phase
cristalline d’un côté, et une autre de l’autre côté. Une observation fine permet de constater
que l’épaisseur de la fibre varie entre chacune d’entre elle, ou bien même d’un bout à
l’autre d’une même fibre, ce qui laisse penser qu’une partie des fibres fond en surface,
étant responsable de la formation de la phase β, et les différences de comportements entre
deux fibres quant à leur fusion superficielle ou non dépendra de leurs histoire et stabilité
thermiques, qui peuvent ne pas être homogènes au sein d’un échantillon.
• Afin de vérifier l’effet de la fusion des fibres sur la cristallisation de la matrice autour
sous forme β, les fibres ont été introduites à 173 °C dans la matrice à l’état fondu,
3 °C au-dessus de la température de fusion du iPP utilisé pour les fibres. A l’observation
des clichés de microscopie obtenus, il est évident que la frontière entre fibres et matrice
devient bien plus difficile à discerner, ce qui laisse supposer qu’il y a bien fusion des fibres
(figure I.28). De la même manière le tout est porté à cristalliser à 138 °C, et in fine seule
la phase cristalline β est formée à l’interface cette fois-ci. Cela confirme bien que c’est la
fusion (partielle ou totale) des fibres qui entraîne la formation de la phase cristalline β à
l’interface fibre matrice.
Figure I.28 – Micrographies optiques montrant la morphologie cristalline d’un composite mo-
dèle homogène fibre/matrice iPP, avec une température d’introduction des fibres de 173 °C 107 .
• Enfin, une dernière expérience a été menée à une température plus élevée, 178 °C, et le
composite modèle porté à cristalliser à 138 °C, et il semble que la cristallisation de la phase
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Partie 2. Interface et interphase
β soit inhibée à cette température, puisque de nouveau la phase α semble être majoritaire
même si les fibres sont bien à l’état fondu (figure I.29).
Figure I.29 – Micrographie optique montrant la morphologie cristalline d’un composite mo-
dèle homogène fibre/matrice iPP, avec une température d’introduction des fibres de 178 °C 107 .
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Chapitre 1 : Etude bibliographique
Alcock et al. s’intéressent notamment aux caractéristiques interfaciales des bandes co-extrudées
compactées qui sont utilisées dans la fabrication de leur SRP, en faisant varier différents para-
mètres tels que les taux ou les températures d’étirage, les ratios peau/cœur, les épaisseurs de
couches de peau, et les températures de compactage des composites 45 . La qualité des interfaces
obtenues est évaluée par l’essai de pelage (T-peel), dont les résultats peuvent être résumés par
le schéma en figure I.30.
Figure I.30 – Représentation schématique du modèle de rupture lors de l’essai de pelage, montrant
le changement du mode de rupture de l’adhésif au cohésif avec l’augmentation de la température de
compactage 45 .
L’adhésion entre les couches commence à une température qui dépend de la température de
fusion de la couche de peau, et du degré d’orientation du copolymère utilisé. La résistance au
pelage augmente avec la température de compactage car les températures plus élevées permettent
une plus grande interdiffusion. Finalement, la force de cohésion du composant hautement orienté
du ruban est atteinte (cœur du ruban), et ceci limite la résistance au pelage. Une augmentation
supplémentaire de la température peut améliorer l’adhérence, mais comme celle-ci a dépassé la
force de cohésion de la couche d’homopolymère orienté, cela n’a pas d’intérêt. Si la température
continue à augmenter, la température de fusion du cœur homopolymère finira par être atteinte,
ce qui n’est pas le but recherché. Ces températures élevées ne présentent que peu d’intérêt pour
les composites tout-PP puisque la relaxation moléculaire aura réduit les propriétés de traction
du ruban avant que la température de fusion réelle ne soit atteinte.
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Partie 2. Interface et interphase
Chandran et Padmanabhan examinent ensuite les interfaces SRP à l’échelle micro. Ainsi,
des essais de déchaussement de microgoutte sur multifilaments (faisceaux de fibres) ont été réa-
lisés sur des systèmes auto-renforcés PA 111 , ainsi que PE et PP conjointement 112 . Les essais
de déchaussement sur multifilaments présentent, selon ces chercheurs, l’avantage de fournir des
données statistiques moyennes plus fiables avec un écart-type moindre et permettent une mini-
misation des risques de rupture des fibres pendant le test. Des échantillons de ces essais ont été
observés par microscopie optique, observables sur la figure I.31.
Figure I.31 – Clichés de microscopie optique d’une microgoutte de PP après déchaussement sur
multifilament (a), des fibres de PP après retrait de la microgoutte déchaussée (b), et de la microgoutte
déchaussée retirée (c) 112 .
Les auteurs expliquent les valeurs d’IFSS reportées dans le tableau I.6 par une plus ou moins
bonne imprégnation des faisceaux de fibres à cœur par la matrice. Mais le facteur de forme
et la taille des gouttes influent aussi de manière importante sur les valeurs d’IFSS, puisque la
surface totale interfaciale est prise en compte dans le calcul d’IFSS. L’influence de températures
de procédé de fabrication des microgouttes n’est ici pas étudiée.
Tableau I.6 – Valeurs d’IFSS déterminées pour les différents systèmes étudiés par Chandran et
Padmanabhan 112 .
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Chapitre 1 : Etude bibliographique
Kitayama et al. proposent enfin l’observation des interfaces PP/PP qu’ils étudient, en plus
d’évaluer leurs propriétés mécaniques à l’échelle composite 65 . L’observation de l’interface se fait
par AFM (microscopie à force atomique) et MET (microscopie électronique en transmission),
et celle-ci permet de discerner la présence d’une couche transcristalline à l’interface (fi-
gure I.32). En fonction de la température à laquelle le composite est fabriqué, apparaît une
zone transcristalline autour de la fibre de renfort, et ceci va dans le sens de l’augmentation de
température, ce qui est en accord avec les résultats présentés dans l’étude de Li et al. 107,108 , ce
qui suggère une fusion partielle des couches externes des fibres.
Figure I.32 – Observation par AFM de coupes de composites PP/PP fabriqués à différentes tem-
pératures, faisant ressortir l’impact sur la formation d’une zone transcristalline 65 .
Une observation du comportement de cette couche transcristalline avant et après des essais
de traction, par microscopie optique en lumière polarisée (POM) est également menée, et montre
que la couche transcristalline assure une adhésion interfaciale lors de la traction, car l’interface
n’est pas détruite, et aucun vide ne se forme par décohésion entre la fibre et la matrice.
Figure I.33 – Observation par POM de coupes de composites PP/PP fabriqués à différentes tempé-
ratures, avant (a) et après (b) essais de traction, mettant en avant le rôle de la zone transcristalline
à l’interface PP/PP 65 .
56
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Conclusion
Les composites auto-renforcés semblent être prometteurs, un certain nombre d’études s’étant
penchées sur le sujet, et certains matériaux étant déjà commercialisés et en application. Les
composites auto-renforcés de polypropylène ressortent tout particulièrement dans la littéra-
ture comme étant les plus aboutis industriellement parlant. La problématique de la difficulté
thermique semble être un verrou important de ces matériaux, tant dans leur élaboration que
dans leur utilisation. L’emploi de polymères de poids moléculaires différents, ou de copo-
lymères, l’optimisation de l’orientation moléculaire, ou encore l’exploitation des différentes
formes cristallines d’un matériau semblent être les axes les plus exploités pour palier ce verrou
technologique.
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Chapitre II
Création de l’interface
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I am running away from my responsibilities. And it feels
good.
Michael Scott
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Préambule 65
1 Procédé 67
2 Matériaux de l’étude 71
2.1 Matrice polypropylène . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 72
2.1.1 Caractérisations thermiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 72
2.1.2 Caractérisations rhéologiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 77
2.1.3 Caractérisations mécaniques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 77
2.2 Fibres de renfort . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 79
2.2.1 Fibres de polypropylène . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 79
2.2.2 Fibres de verre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 84
Conclusion 113
Il sera question dans cette seconde partie de présenter le procédé d’élaboration du com-
posite SRP qui sera suivi dans cette étude, afin de prendre connaissance des paramètres du
procédé, et de les mettre en lien avec les différents phénomènes mis en jeu lors de
la création de l’interface. Ceux-ci seront développés à la suite de l’analyse du procédé. Une
caractérisation fine des matériaux de l’étude sera également proposée, telle que des carac-
térisations thermiques, rhéologiques, mécaniques, mais également des analyses de surface, et des
observations microscopiques.
Concernant les phénomènes entourant la création de l’interface, ils seront régulièrement com-
parés à un système référence (ou modèle) constitué d’une matrice polypropylène et
de fibre de verre. Comme ce composite est relativement bien décrit dans la littérature et
qu’il a été couramment étudié, ceci permettra de mettre en place une méthodologie d’étude des
interfaces, ainsi qu’une comparaison entre les différents mécanismes conduisant à celles-ci.
65
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Partie 1
Procédé
• l’imprégnation en voie sèche par la matrice sous forme de poudre du non tissé de fibres
de renforts, préalablement réalisé et constitué de fibres longues (dimensions comprises entre
25 mm et 75 mm),
• le passage sous calandre du non-tissé imprégné, afin de faire fondre la matrice poly-
propylène, puis la refroidir et ainsi permettre l’obtention d’un pli,
• éventuellement une préconsolidation de plusieurs plis sous calandre, afin d’obtenir
une plaque composite de l’épaisseur souhaitée en fonction de l’application visée.
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Chapitre 2 : Création de l’interface
L’imprégnation en voie sèche se fait grâce à une solution d’imprégnation proposée par
la société Fibroline, jouant sur les phénomènes électrostatiques. Celle-ci consiste à faire
passer un substrat poreux à imprégner ainsi que la matière imprégnante entre deux électrodes,
soumettant le tout à un champ électrique alternatif de haute intensité, ce qui provoque la
charge des particules en présence, qui vont vouloir s’éloigner le plus possible les unes des autres,
entraînant leur répartition homogène dans le substrat poreux à imprégner (figure II.2).
Figure II.2 – Schéma du procédé d’imprégnation en voie sèche du non-tissé de fibres par la matrice
poudreuse.
Ceci implique une certaine prédisposition quant au comportement électrique à la fois des
fibres de renfort, ainsi que de la poudre à disperser. En effet, il n’est pas question que les fibres
de renfort ne s’éloignent les unes des autres lors de l’application du champ électrique : le fait que
le substrat fibreux soit un non-tissé plus ou moins "serré" assurera le maintien de la structure
lors du passage entre les deux électrodes. En revanche il est attendu de la matrice poudreuse que
chacun des grains en présence puisse se charger électriquement afin de se disperser de manière
homogène dans le substrat : pour cela les grains de poudre ne doivent pas comporter de charge
anti-électrostatique dans leur composition.
68
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Partie 1. Procédé
Afin de connaitre au mieux l’histoire thermique subie par le matériau lors de son procédé
d’élaboration, un suivi en température a été réalisé lors de la phase de calandrage aboutissant
à un pli de composite (figure II.3). Celui-ci est représenté en figure II.4.
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69
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Chapitre 2 : Création de l’interface
70
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Partie 2
Matériaux de l’étude
Un certain nombre d’informations sont fournies par les fabricants des différents matériaux.
Celles-ci sont répertoriées dans le tableau II.1.
Tableau II.1 – Informations sur matériaux de l’étude, fournies par leurs fiches techniques.
71
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Chapitre 2 : Création de l’interface
Analyse thermogravimétrique
Une analyse thermogravimétrique est réalisée sur la matrice polypropylène afin de détermi-
ner sa température de dégradation. Celle-ci est menée sous atmosphère oxydante (flux d’air :
90 [Link]−1 ), avec une rampe de chauffe de 20 °[Link]−1 jusqu’à 800 °C. Le thermogramme
associé est reporté sur la figure II.5.
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Comme on peut le voir sur la figure ci-dessus, la matrice polypropylène a une bonne stabilité
thermique avec une température maximale de dégradation à 280-290 °C. Ainsi, aux températures
du procédé de mise en œuvre du composite SRP qui se situe aux alentours de 150 °C, la matrice
PP n’a aucun risque de dégradation. D’ailleurs, pour s’en assurer, des isothermes à 150 °C ont
été réalisées.
72
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Partie 2. Matériaux de l’étude
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Il ressort de l’analyse DSC de la matrice polypropylène (figure II.6), en plus de ses tempé-
ratures caractéristiques de fusion Tf et de cristallisation TC (tableau II.2), le dédoublement du
pic de fusion lors de la seconde montée en température. La présence de ce double pic de fusion a
été étudiée dans la littérature, en fonction de plusieurs paramètres influents : la stéréorégularité
ainsi que le masse molaire du polymère 113 . Ainsi, il a été déterminé qu’une grande stéréoir-
régularité conduisait à l’apparition d’un double endotherme, que la présence de deux phases
cristallines différentes pouvaient aussi amener à ce résultat, et que la réorganisation ou bien la
recristallisation de domaines moins organisés au sein de la phase cristalline pouvaient avoir lieu
et ainsi expliquer également un double endotherme.
73
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Chapitre 2 : Création de l’interface
Tableau II.2 – Températures caractéristiques relevées après analyse par DSC de la matrice PP.
Température de
Température de Température de
début de
fusion Tf cristallisation TC
cristallisation TC,onset
135 °C
(1ère chauffe) 113 °C 108 °C
128 °C - 138 °C
(2ème chauffe)
("""
)*+,-.)/01
'""" )*2345)/01 &""
&"""
"""
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#""
#"""
!"""
" "
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#
Figure II.7 – Diffractogrammes de rayons X de la matrice poudre avant et après traitement ther-
mique en DSC.
74
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Partie 2. Matériaux de l’étude
Par conséquent, les deux pics de fusion relevés sur le thermogramme correspondent aux deux
formes cristallines α et γ. D’après les données bibliographiques recensées (page 47), l’apparition
de phase γ dans le polypropylène cristallisé confirme bien la nature de copolymère statistique
de la matrice. L’étude de Zimmermann 114 concernant l’analyse structurelle de copolymères
statistiques PP-PE permet d’approximer le taux de motifs PE grâce au graphique reporté en
figure II.9, corrélant la température de fusion du polymère (qu’elle soit mesurée ou calculée)
au taux de motifs PE contenu dans le copolymère statistique. Ainsi, on estime un taux de
9 % molaire de motifs PE, correspondant à la 1ère température de fusion mesurée par DSC,
c’est-à-dire 135 °C.
Figure II.9 – Courbe de corrélation entre température de fusion et taux de motifs PE au sein de
copolymères statistiques PP-PE, d’après l’étude de Zimmermann 114 .
75
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Chapitre 2 : Création de l’interface
Histoire thermique
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Figure II.10 – Histoire thermique de la matrice étudiée par DSC à différentes températures d’iso-
thermes, et deux temps de maintien.
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Partie 2. Matériaux de l’étude
Ces mesures de températures peuvent être mises en lien avec l’observation de la cristallisation
du matériau à l’état fondu en microscopie optique en lumière polarisée, avec l’utilisation d’une
platine de températures dont idéalement la rampe de température de refroidissement peut être
contrôlée. Ceci fera l’objet de la partie 3.3 (page 105).
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Figure II.11 – Stabilité de la matrice dans le temps, à ω = 1 Hz, aux différentes températures
rencontrées lors des procédés des composites SRP et PP/verre.
À des températures plus élevées, autour de 200 °C correspondant aux températures utilisées
pour un composite PP/verre, le grade de polypropylène choisi ne semble pas stable thermi-
quement en revanche. Une diminution de la viscosité est relevée, probablement causée par des
coupures de chaînes, mécanisme classique de dégradation des polymères.
Propriétés mécaniques
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Chapitre 2 : Création de l’interface
module d’Young de 1.46 ± 0.25 GP a est relevé (1.35 GP a d’après la fiche technique du produit),
et une contrainte de traction à la limite d’élasticité de 27 M P a est mesurée (31 M P a d’après la
fiche technique du produit) pour une déformation correspondante à 8 % (10 % d’après la fiche
technique du produit). L’écart entre les valeurs mesurées et celles qui sont données par la fiche
technique fournie peut s’expliquer par des conditions expérimentales différentes, par exemple
une vitesse de déformation des échantillons différente.
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Partie 2. Matériaux de l’étude
Une transition vitreuse est enregistrée aux alentours de 0 °C, correspondant à celle du po-
lypropylène. De plus, une transition vers 60 °C apparaît, et semble correspondre à la Tα ∗ du
polypropylène, correspondant à un glissement inter-cristallites.
Aucun autre motif que PE ne semble être présent dans la chaîne polymère du PP copoly-
mère statistique. Une analyse structurale par résonance magnétique nucléaire, confrontée à la
littérature, a également permis de confirmer cette hypothèse à propos de la structure chimique
du copolymère statistique PP/PE 115 .
Une analyse thermique est menée sur les fibres de PP afin de s’assurer de leur stabilité
thermique à la température de procédé. Un cycle thermique similaire à celui utilisé pour la
caractérisation thermique de la matrice est utilisé, avec des rampes de 10 °C/min : une montée
en température jusqu’à 240 °C, puis une descente jusqu’à 50 °C, et une seconde montée en
température jusque 240 °C.
Les deux pics de fusion observables sur le thermogramme reporté sur la figure II.14 té-
moignent soit de la présence de deux types de populations cristallines (que ce soit en phase ou
en taille de cristallites), soit de l’orientation importante des chaînes au cœur de la fibre, dont
les mouvements sont entravés et dont la fusion est retardée par rapport aux chaînes en surface.
Ces deux hypothèses sont à mettre en relation avec les travaux de Guan et al. 48,60 présentés
dans l’étude bibliographique précédente, travaux dans lesquels le dédoublement de l’endotherme
a été attribué à la présence de deux phases cristallines distinctes, pour rappel les sphérolites
(radiales) et les structures type shish-kebab (orientées).
Ensuite, la température du procédé n’excédant pas les 150 °C, l’intégrité des fibres de renfort
de PP n’est pas altérée, leur fusion commençant aux alentours de 155 °C, ce qui valide leur uti-
lisation pour l’élaboration de composites SRP. Les températures caractéristiques des différentes
transformations ayant lieu durant l’essai sont reportées dans le (tableau II.3).
79
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Chapitre 2 : Création de l’interface
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Tableau II.3 – Températures caractéristiques relevées après analyse par DSC des fibres PP.
Température de
Température de Température de
début de
fusion Tf cristallisation TC
cristallisation TC,onset
157 °C - 168 °C
(1ère chauffe) 131 °C 128 °C
164 °C
(2ème chauffe)
Une élévation suivie d’une diminution de la masse de l’échantillon est relevée avant 150 °C,
correspondant d’abord à une forme de poussée d’Archimède dûe au flux d’air et à la faible
densité de l’échantillon (amas fibreux), puis à la dégradation de l’ensimage en surface des fibres.
La différence de masse entre le début de l’expérience et la fin de cet évènement est estimée à
1,22 %, ce qui représente le taux d’ensimage présent en surface des fibres.
Les fibres de polypropylène ne se dégradent ensuite pas avant d’atteindre plus de 400 °C.
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Partie 2. Matériaux de l’étude
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Chapitre 2 : Création de l’interface
Analyse infrarouge de l’ensimage extrait Une fois l’ensimage récupéré, celui-ci est analysé
par spectroscopie infrarouge. Il est également comparé à l’ensimage original avant dépôt, fourni
par le fabricant de fibres, qui présente cet ensimage textile comme étant une combinaison d’huiles
minérales et d’esters, de polyglycols et d’agents antistatiques. Les spectres IR obtenus sont
reportés en figure II.17.
Le lavage des fibres semble s’être bien déroulé étant donnée la superposition des deux si-
gnatures IR obtenues : aucune dégradation n’est visible sur le signal obtenu. De plus cette
superposition permet de confirmer le dépôt d’un ensimage textile qui ne s’adsorbe pas sur la
surface des fibres, puisqu’il n’y aucun groupe fonctionnel en surface des fibres de polypropylène
capable de réagir. Ainsi il est possible de déterminer la présence de certains groupes fonctionnels
contenus dans l’ensimage, correspondant aux informations fournies par le fabricant :
• un pic large vers 3500 cm−1 et correspondant à des fonctions de type hydroxyle (-OH )
peut être associé à la présence de glycols (tels que le glycérol) dans l’ensimage,
• un pic vers 3000 cm−1 et correspondant à des liaisons N-H peut être associé à un sel
d’ammonium, un agent antistatique,
• une bande d’intensité importante vers 1100 cm−1 et correspondant à des liaisons siloxane
(Si-O) peut être associée à la présence d’huile minérale (type PDMS - polydiméthyle
siloxane) dans l’ensimage.
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Figure II.17 – Spectre infrarouge de l’ensimage en surface des fibres de polypropylène extrait par
lavage au Soxhlet, comparé à l’ensimage original déposé.
Les fibres de polypropylène ensimées (figure II.18a) et lavées (figure II.18b) sont également
observées par microscopie électronique à balayage, afin de se rendre compte de l’état de surface de
82
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Partie 2. Matériaux de l’étude
celles-ci. L’ensimage présent en surface des fibres est facilement observable puisqu’il se présente
sous forme de dépôts hétérogènes, alors que la surface des fibres lavées se montre plus "propre"
mais laisse aussi apparaître beaucoup plus la rugosité de la fibre de polypropylène hautement
étiré.
Intéressons nous maintenant à la quantification de cette rugosité en analysant les fibres par
profilométrie optique.
Figure II.19 – Topologie de surface mesurée par profilométrie optique : fibre ensimée (a) et fibre
lavée par Soxhlet (b).
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Chapitre 2 : Création de l’interface
Tableau II.4 – Valeurs de hauteurs moyennes quadratiques des fibres de polypropylène ensimées et
lavées mesurées par profilométrie optique.
On constate qu’après lavage, la fibre est devenue plus rugueuse. Il sera intéressant d’observer
un potentiel effet d’ancrage mécanique sur l’adhésion interfaciale, qui peut découler de la rugosité
de surface de la fibre lavée.
De la même manière que pour les fibres de polypropylène, les fibres de verre sont analysées
avec la même méthodologie afin de se munir de tous les paramètres pouvant influencer l’adhésion
interfaciale, et comparer leur effet en fonction du système étudié.
Analyse thermogravimétrique
Une analyse thermogravimétrique est réalisée sur les fibres de verre afin de déterminer la
quantité d’ensimage déposée en surface. Le thermogramme est reporté en figure II.20. Cette
fois-ci l’objectif visé est uniquement la quantification de l’ensimage présent en surface des fibres.
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Figure II.20 – Thermogramme des fibres de verre ensimées, quantifiant l’ensimage déposé.
Comme pour les fibres de polypropylène, un effet de poussée d’Archimède est observé au
début de la mesure thermogravimétrique, à cause de la faible densité des fibres par rapport au
flux d’air circulant dans le four.
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Partie 2. Matériaux de l’étude
La perte de masse dûe à la dégradation de l’ensimage en surface des fibres de verre est
estimée à 1,05 %. Cette valeur ne sera pas identique à celle évaluée suite à l’extraction Soxhlet,
puisque cette extraction ne pourra donner accès qu’à la partie non greffée sur la surface de la
fibre de verre.
Extraction de l’ensimage par Soxhlet Les fibres de verre sont à leur tour soumises à une
extraction Soxhlet, afin d’en laver et récupérer l’ensimage et d’en analyser la nature, puisqu’il est
décrit par le fournisseur comme étant "compatibilisant pour une matrice de type polypropylène".
Le solvant choisi pour cette opération est le chloroforme (CHCl3 ), qui est porté à reflux
pendant 48 heures dans le montage Soxhlet (figure II.21).
Les fibres lavées sont ensuite séchées et pesées afin de déterminer le taux d’ensimage extrait
par lavage. Le taux d’ensimage récupéré ainsi est d’environ 0,6 %.
Analyse infrarouge de l’ensimage extrait L’ensimage extrait est de nouveau analysé par
spectroscopie infrarouge (figure II.22). Celui-ci présente une certaine ressemblance avec celui
de l’ensimage extrait sur les fibres de polypropylène (page 82) : la bande large vers 3500 cm−1
correspondant au glycérol, la bande vers 3000 cm−1 correspondant au sel d’ammonium, ainsi que
la bande vers 1100 cm−1 associée à des chaînes PDMS. Il est possible que seule la partie ensimage
textile ait été extraite par lavage Soxhlet, puisque cette méthode ne permet pas d’accéder à
l’ensimage lié de manière covalente à la fibre de verre.
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Chapitre 2 : Création de l’interface
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Figure II.22 – Spectre infrarouge de l’ensimage en surface des fibres de verre extrait par lavage au
Soxhlet.
Les fibres de verre ensimées, lavées et pyrolysées sont observées par microscopie électronique
afin d’observer leur état de surface (figure II.23). Ces images pourront ensuite être mises en lien
avec l’analyse de topologie par profilométrie optique.
Figure II.23 – Clichés MEB des fibres de verre (de gauche à droite) : ensimée, lavée par Soxhlet,
et pyrolysée.
Il semble que le désensimage croissant des fibres de verre entraîne un état de surface de ces
dernières de plus en plus "propre" : la surface des fibres semble de moins en moins revêtue par
un dépôt, ce qui coïncide avec ce qui peut être attendu en leur faisant subir lavage et pyrolyse.
Topologie de surface par profilométrie optique En lien avec les observations des fibres
de verre par microscopie électronique à balayage, celles-ci sont analysées par profilométrie op-
tique. Les profils de surface sont reportés en figure II.24, et les rugosités moyennes quadratiques
mesurées dans le tableau II.5.
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Partie 2. Matériaux de l’étude
Figure II.24 – Topologie de surface de fibres de verre mesurée par profilométrie optique (de gauche
à droite) : ensimée, lavée par Soxhlet, et pyrolysée.
Les valeurs de hauteurs moyennes quadratiques des fibres de verre ensimées, lavées et pyro-
lysées confirment la tendance observée par microscopie électronique à balayage : une diminution
de la rugosité de surface avec le désensimage croissant des fibres.
Tableau II.5 – Valeurs de rugosités moyennes quadratiques des fibres de verre ensimées, lavées et
pyrolysées mesurées par profilométrie optique.
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Partie 3
Phénomènes à l’origine de la
création de l’interface
Dans cette partie, on s’intéressera aux phénomènes qui entrent en jeu lors de la création
de l’interface, afin de déterminer s’il existe une corrélation entre ces phénomènes et la qualité
mécanique de l’interface obtenue. Pour cela, le mouillage des fibres par la matrice polypropylène
à l’état fondu, l’interdiffusion des chaînes, et la cristallisation de la matrice en présence de fibres
sont autant de phénomènes physiques à étudier, en lien avec les températures et temps du
procédé relevés. Dans la mesure du possible, un système modèle PP/fibre de verre sera pris pour
comparaison.
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Chapitre 2 : Création de l’interface
L’énergie de surface d’un solide ou d’un liquide peut être considérée comme égale à plusieurs
termes traduisant les interactions que peut avoir le matériau avec son milieu. Elle peut se
décomposer en deux parties : interactions dispersives ou non dispersives (équation 1).
La composante dispersive décrit les interactions de Van der Waals, désignées sous le nom
de forces de dispersion de London 117 . La composante non dispersive regroupe les interactions
de type liaisons hydrogène et les interactions dipolaires, comprenant les effets d’induction de
Debye a et d’orientation de Keesom b (équation 2).
Ce qui nous intéresse à travers le mouillage est le travail d’adhésion entre fibre et ma-
trice. Celui-ci traduit l’énergie nécessaire à la séparation des deux phases présentes. Il peut
être décrit comme étant la somme des énergies d’adhésion réversibles correspondant aux inter-
actions dispersive W D , polaire W P (dipole-dipole), et acido-basique W ab entre les deux maté-
riaux . Dans le cas de composites à matrice polyoléfine (et d’autant plus pour les composites
auto-renforcés), la composante acido-basique pourra être négligée, étant donnée l’absence
d’interactions acido-basiques 120 . Ainsi, le travail d’adhésion résultera finalement en la somme
des moyennes géométriques des composantes dispersives et polaires des énergies de
surface des fibres et de la matrice 121,122 :
W = 2(γfDibre γmatrice
D
)1/2 + 2(γfPibre γmatrice
P
)1/2 (3)
La mesure d’énergie interfaciale en contact direct fibre/matrice à l’état fondu étant compli-
quée à mettre en œuvre pour cause de viscosité et de procédé en température, il est nécessaire
de réaliser des mesures indirectes via la détermination séparée des énergies de surface des
fibres, puis de la matrice à l’état fondu.
a. Les effets d’induction de Debye représentent la déformation du nuage électronique d’une molécule non
polaire par le moment dipolaire permanent d’une molécule polaire 118 .
b. Les effets d’orientation de Keesom consistent dans les forces présentes entre des molécules polaires ayant
un moment dipolaire permanent 119 .
90
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Partie 3. Phénomènes à l’origine de la création de l’interface
Les valeurs d’angles à l’avancée et au retrait montrent souvent un écart qui peut s’expli-
quer par l’hétérogénéité de surface des fibres : présence d’ensimage, topographie de surface,
ect... 124,125 . L’angle de contact à l’avancée seul est retenu, celui au retrait étant souvent moins
reproductible à cause d’interactions entre le liquide et la fibre (sorption, gonflement de la fibre
ou de l’ensimage, ...), même si la différence des deux, correspondant à la mesure de l’hystérésis,
est riche d’informations.
Figure II.27 – Mesure d’angles à l’avancée et au retrait lors de l’immersion d’une fibre de verre
ensimée dans de l’éthylène glycol 124 .
Lorsqu’un objet est plongé dans un liquide, la tension de surface se manifeste par un
ménisque se formant le long de son périmètre. Un bilan des forces verticales montre que
le poids du ménisque supporté par l’objet plongé est égal à la force fournie par la surface, qui
revient à la composante verticale de la tension de surface γ cos θ avec θ l’angle de contact entre
le liquide et l’objet plongé, multipliée par le périmètre P de l’objet :
F
γ= (4)
P cos θ
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Chapitre 2 : Création de l’interface
avec :
γ la tension superficielle en mN/m
F la force à laquelle l’objet est soumis
P le périmètre mouillé de la lame
θ l’angle de contact entre l’objet et le liquide
La mesure du poids du ménisque permet donc d’accéder à la tension de surface. Une fois les
angles de contact sur les fibres mesurés (tableau II.6), c’est la théorie d’Owens et Wendt qui
permet de remonter à leur énergie de surface, par la détermination des composantes dispersives
et non dispersives 122,123 .
Tableau II.6 – Valeurs d’angles de contact mesurés avec trois solvants différents pour des fibres de
PP ensimées, et lavées de leur ensimage.
Cette théorie résulte de la combinaison de l’équation de Good, qui relie la tension interfaciale
aux composantes dispersive et non dispersive de l’énergie de surface, et de l’équation de Young,
qui relie l’angle de contact aux énergies de surface du solide et du liquide ainsi qu’à la tension
interfaciale (équation 10). Ainsi, une équation de type y = ax + b est obtenue :
γL (1 + cos θ) N D 1/2
N D 1/2 (γL )
= (γS ) + (γSD )1/2 (5)
2(γLD )1/2 (γLD )1/2
Dans laquelle :
γL (1 + cos θ)
y= (6)
2(γLD )1/2
(γLN D )1/2
x= (8)
(γLD )1/2
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Partie 3. Phénomènes à l’origine de la création de l’interface
À partir de là, l’utilisation de deux ou trois solvants dont les composantes dispersive et non
dispersive de leur tension superficielle sont connues permet de remonter à la composante non
dispersive γSN D de l’énergie de surface de la fibre en mesurant la pente de la droite (a), et à la
composante dispersive γSD en mesurant l’ordonnée à l’origine (b).
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Le lavage des fibres par Soxhlet (acétone à 60°C pendant 48 heures) semble diminuer l’énergie
de surface des fibres PP. L’ensimage déposé sur celles-ci étant constitué de combinaisons d’huiles
minérales et d’ester, de polyglycols et d’agents antistatiques, il est cohérent d’anticiper qu’il
puisse notamment apporter une contribution à la composante polaire de la surface des fibres.
Tableau II.7 – Valeurs d’énergies de surface calculées pour des fibres de PP ensimées, et lavées de
leur ensimage.
Energies de surface
γs (mN/m) γsD (mN/m) γsN D (mN/m)
Fibre PP ensimée 34,3 ± 3,1 29,7 ± 4,0 4,6 ± 1,2
Fibre PP lavée par Soxhlet 26,6 ± 0,7 25,9 ± 1,0 0,7 ± 0,4
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Chapitre 2 : Création de l’interface
La méthode de la goutte pendante est souvent la méthode utilisée pour mesurer la tension
de surface de polymères à l’état fondu 126–128 . Le polymère est extrudé sous forme de tube laissé
à refroidir à température ambiante, puis est placé à l’extrémité d’un capillaire chauffé, faisant
fondre le polymère jusqu’à ce qu’il forme une goutte à l’extrémité du capillaire. Le profil de
la goutte étant imposé par la combinaison de la tension de surface et des forces de gravitation
auxquelles elle est soumise, la tension de surface peut être déterminée mathématiquement par
la mesure des dimensions de la goutte.
La technique de la goutte posée à chaud est également envisageable, sous réserve de pouvoir
déposer une goutte de polymère à l’état fondu sur un substrat de tension de surface connue,
de la même manière que pour les liquides. La mesure de l’angle de contact entre la goutte de
polymère et le substrat dont les caractéristiques sont connues permet de remonter à la valeur
de tension de surface du polymère.
Dans cette étude, c’est la technique de la goutte posée qui est choisie afin de
déterminer l’énergie de surface de la matrice à l’état fondu. La difficulté résidera dans
la détermination de l’équilibre de la goutte.
Mesures L’évolution de l’angle de contact formé entre le polypropylène à l’état fondu et les
différents substrats est représentée en figure II.29.
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Figure II.29 – Evolution de l’angle de contact mesuré pour des gouttes de PP à l’état fondu sur
trois substrats différents.
94
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Partie 3. Phénomènes à l’origine de la création de l’interface
Calcul A partir des mesures précédentes réalisées sur plusieurs substrats aux composantes
dispersives et non dispersives différentes, il est possible de remonter à l’énergie de surface du
polymère à l’état fondu.
Le modèle d’Young décrit la forme de la goutte 129 : l’angle de contact entre le solide et le
liquide est fonction des énergies de surface et de l’énergie interfaciale (équation 10).
avec :
γSV l’énergie libre de surface du solide en présence de vapeur,
γLV l’énergie libre de surface du liquide en présence de vapeur,
θ l’angle de contact entre le liquide et le solide.
1 + cos(θ)
Y = (12)
2(γSD )1/2
1 N D 1/2
A= (γ ) (13)
γL L
(γSN D )1/2
X= (14)
(γSD )1/2
1 D 1/2
B= (γ ) (15)
γL L
Il s’agit alors de déterminer les valeurs de γLD et γLN D . Après manipulation des équations, il
vient :
95
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Chapitre 2 : Création de l’interface
42
B
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γLD = (16)
A + B2
2
Une fois la valeur de γLD connue, il suffit de la remplacer dans B afin de déterminer la valeur
de γLN D , tel que :
(γLD )1/2
γLN D = − γLD (17)
B
La valeur de l’énergie de surface du polymère à l’état fondu est donc finalement obtenue
(tableau II.8).
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Le mouillage des fibres de PP par la matrice PP à l’état fondu peut être évalué via le travail
d’adhésion du système qui, pour rappel, permet de quantifier l’énergie théorique nécessaire pour
séparer les deux phases du système en présence, grâce à la formule suivante :
W = 2(γfDibre γmatrice
D
)1/2 + 2(γfNibre
D ND
γmatrice )1/2 (18)
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Partie 3. Phénomènes à l’origine de la création de l’interface
Il est donc indispensable de mesurer les énergies dispersives et non dispersives de la matrice
PP à l’état fondu, ainsi que celles des fibres PP. Pour les fibres de polypropylène, la méthode
de Wilhelmy a été choisie, avec pour objectif de plonger des monofilaments de PP dans trois
solvants différents, afin d’en tirer les angles de contact. Pour la matrice à l’état fondu, la méthode
de la goutte posée a permis d’accéder aux angles de contact du polypropylène à l’état fondu sur
trois différents substrats. Les résultats sont répertoriés dans le tableau II.9.
D’après le critère de Zisman, un solide est mouillé par un liquide si l’énergie de surface du
solide est supérieure à la tension superficielle du liquide (équation 19) 130 . Si on considère les
énergies de surface obtenues pour la matrice à l’état fondu, et celles obtenues pour les fibres PP
ensimées et lavées, on peut conclure qu’un meilleur mouillage sera obtenu avec les fibres de PP
ensimées.
γS ≥ γL (19)
→ Mouillage parfait (θ = 0)
Tableau II.10 – Valeurs de travail d’adhésion calculé pour les systèmes PP/fibres PP ensimées et
PP/fibres PP lavées.
97
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Chapitre 2 : Création de l’interface
De la même manière que pour le système d’étude PP/PP, les énergies de surface, compo-
santes dispersives et non dispersives des fibres de verre avec ou sans ensimage sont évaluées
(tableau II.11), afin de déterminer les valeurs de travail d’adhésion en fonction du traitement de
la fibre (tableau II.12) : ensimée, lavée, et enfin pyrolysée.
Le lavage au Soxhlet des fibres de verre ne modifie pas tant les composantes dispersive
et non dispersive, car les fibres de verre sont greffées de façon covalente par un organosilane
incapable d’être éliminé au lavage contrairement aux fibres de PP. Seule la pyrolyse peut éliminer
l’ensimage conduisant à une surface majoritairement polaire.
Le travail d’adhésion est bien sûr diminué après élimination de l’ensimage par pyrolyse.
On notera que le travail d’adhésion est identique pour les deux interfaces PP/verre ensimé et
PP/verre lavé, car les interfaces sont les mêmes. Les travaux d’adhésion sont plus faibles que
ceux déterminés sur les SRP. On note la limite du critère de Zisman qui prédit le mouillage le
meilleur avec les fibres de verre pyrolysées alors que cette interface mène au travail d’adhésion
le plus faible. Mais tout oppose ces composants, entre une matrice majoritairement dispersive
et une fibre pyrolysée essentiellement polaire.
Tableau II.12 – Valeurs de travail d’adhésion calculé pour les systèmes PP/fibres verre ensimées,
PP/fibres verre lavées et PP/fibres verre pyrolysées.
On voit que l’interface PP/PP est spontanément plus compatible, plus adhésive que l’inter-
face PP/verre que tout oppose sans ensimage indispensable à la création de l’interface.
98
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Partie 3. Phénomènes à l’origine de la création de l’interface
En milieu dilué, une chaîne macromoléculaire isolée adopte la conformation dite de pelote
statistique (figure II.31a), comportant (d’après Flory en 1949) N0 motifs monomères, de masse
molaire M0 et de longueur moyenne l0 . La distance bout à bout R0 (dépendant de N0 , l0 , du
nombre de segments indéformables du motif monomère, et d’un paramètre exprimant l’effet des
contraintes qui s’opposent aux rotations libres des segments les uns par rapport aux autres) et le
rayon de giration Rg sont donnés par :
99
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Chapitre 2 : Création de l’interface
(a) (b)
Figure II.31 – Schémas d’une chaîne macromoléculaire isolée en conformation de pelote statistique
(a) et de chaînes macromoléculaires enchevêtrées (b).
Pour décrire la dynamique des chaînes à l’état fondu, il existe deux modèles principaux :
• la théorie de Rouse modélise le mouvement de chaînes courtes, dont la masse molaire est
inférieure à la masse critique entre enchevêtrements MC 135 ,
• le modèle de reptation de De Gennes décrit, lui, le mouvement de chaînes enchevêtrées. 87
Quel que soit le modèle choisi, les temps de relaxation dépendent de la masse molaire Mw du
polymère, paramètre essentiel influant sur la viscosité, et ceux-ci peuvent être déterminés par
rhéologie 89,136 .
100
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Partie 3. Phénomènes à l’origine de la création de l’interface
Les propriétés viscoélastiques des polymères sont reliées au modèle de reptation 137 : une
déformation macroscopique est appliquée dans une expérience de relaxation de contraintes, ce
qui aboutit à une déformation à l’échelle microscopique, au niveau de chacun des tubes entourant
chaque chaîne macromoléculaire. A une température donnée, le module de relaxation linéaire en
fonction du temps évolue comme suit (représentation schématique en figure II.33) :
• pour des temps de sollicitation courts, aucun mouvement n’est possible dans le maté-
riau, celui-ci est à l’état vitreux,
• en augmentant le temps de sollicitation, des mouvements locaux au niveau de quelques
segments de la chaîne deviennent possibles, on parle de zone de transition, et les temps
de relaxation correspondent au temps nécessaire pour qu’un segment de longueur donnée
renouvelle entièrement sa configuration,
• en augmentant encore le temps de sollicitation (diminution de la fréquence), la taille des
segments de chaînes mis en jeu lors de déplacements internes locaux augmente. Lorsque le
polymère est dans son état caoutchoutique, le mouvement des chaînes ne se fait qu’entre
deux enchevêtrements,
• enfin, pour des temps de sollicitation très longs, ou à hautes températures, ce
sont les chaînes entières qui se meuvent avec un temps de relaxation long, appelé temps
terminal, au bout duquel l’ensemble de la macromolécule a relaxé ses contraintes. Cela
correspond à la zone d’écoulement.
101
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Chapitre 2 : Création de l’interface
Figure II.34 – Évolution des modules G′ (t) et G′′ (t) en fonction de la fréquence de sollicitation.
L’intérêt d’avoir accès à de telles courbes réside dans l’obtention de temps caractéristiques
de relaxation des chaînes macromoléculaires, ce qui peut donner des indications quant à l’in-
terdiffusion des chaînes à l’interface fibre/matrice, indications temporelles (combien de temps
l’interface met à "cicatriser"), et de distance (quelle est l’épaisseur de l’interphase, ou combien
de temps faudra-t-il pour avoir cette épaisseur).
Temps de relaxation
Temps le plus court et temps le plus long Le temps moyen le plus court, appelé temps
moyen en nombre, correspond aux mouvements des chaines macromoléculaires les plus courtes,
et est un temps moyen d’ordre 1 :
qn
p=1 Gp τp
τn = (22)
Gp
Il peut être déterminé graphiquement car ce temps correspond à l’inverse de la fréquence
obtenue à l’intersection des modules G′ et G′′ , comme schématisé sur la figure II.35.
Le temps moyen le plus long, appelé temps moyen en poids, correspond, lui, aux mouvements
des chaines macromoléculaires les plus longues, et est un temps moyen d’ordre 2 :
qn 2
p=1 Gp τp
τw = (23)
G p τp
Graphiquement, ce temps correspond à l’inverse de la fréquence de l’intersection des pentes
des modules G′ et G′′ à basse fréquence, comme schématisé sur la figure II.35.
102
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Partie 3. Phénomènes à l’origine de la création de l’interface
Temps de Carreau Le temps de Carreau prend en compte surtout les chaines longues et
non pas le nombre de chaines, dans un matériau de polydispersité élevée, la viscosité dépendant
des masses molaires moyennes en poids Mw et non en nombre Mn . Ainsi il peut être qualifié de
"temps en masse".
La viscosité η dans la zone de rhéofluidification est donnée par l’équation de Carreau-Yasuda
en fonction du gradient de cisaillement γ̇, pour une température donnée :
(n−1)
η(γ̇) = η0 [1 + (λγ̇)a ] a (24)
avec :
η0 (T ) la viscosité newtonienne du polymère,
λ le temps caractéristique de transition entre régime newtonien et régime pseudo-plastique,
a un paramètre indiquant la courbure de cette transition, dépendant de la polydispersité,
n l’indice d’écoulement compris entre 0 et 1.
La détermination du temps de relaxation τCarreau est possible graphiquement en traçant les
tangentes de la courbe η ∗ = f (ω) pour ω >> 1 et pour ω tendant vers 0 : leur point d’intersection
aura pour abscisse l’inverse de τCarreau (schéma en figure II.36). La viscosité complexe en fonction
de la fréquence η ∗ (ω) peut être assimilée à la viscosité en fonction du taux de cisaillement η(γ̇)
grâce au principe de Cox-Merz 138 .
103
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Chapitre 2 : Création de l’interface
Ea (T0 ) 1 1
3 4
′
M odèle d Arrhénius : log τT = − (25)
R T T0
−C10 (T − T0 )
M odèle de W LF : log τT = (26)
C20 + (T − T0 )
Dans le cas présent, c’est le modèle d’Arrhénius qui est choisi, étant donné les conditions
de températures (figure II.38). Ainsi, les différents temps de relaxation aux températures de
procédé peuvent être extrapolés, aboutissant aux temps répertoriés dans le tableau II.13.
104
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Partie 3. Phénomènes à l’origine de la création de l’interface
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Considérer le temps de relaxation le plus long, à savoir le temps moyen en masse des chaînes
polymère des fibres, pour le calcul du nombre de fois où les chaînes ont eu le temps d’adopter une
nouvelle conformation durant le procédé, permettra de considérer qu’un maximum de chaînes ont
pu interdiffuser à l’interface et participer à la cicatrisation de celle-ci. Ainsi, en utilisant le suivi
de température lors du procédé, et en connaissant la température de début de cristallisation, il
sera possible de déterminer pendant combien de temps les chaînes ont une mobilité maximale,
permettant de déterminer n, le nombre de fois que les chaînes ont le temps d’adopter une nouvelle
conformation (équation 20). Intéressons nous maintenant à la cristallisation de la matrice.
105
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Chapitre 2 : Création de l’interface
nêtre de mobilité maximum des chaînes lors du procédé peut ainsi être établie, permettant de
visualiser les effets des paramètres de température et de temps sur l’interface obtenue.
L’effet nucléant des fibres sur la matrice est évalué par analyse thermique différentielle à
balayage également (DSC) : les capsules contiennent quelques morceaux de fibres, en présence de
matrice poudreuse, un cycle thermique de chauffe et refroidissement est appliqué, et la cinétique
de la cristallisation est analysée (figure II.39).
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La présence de fibres dans la matrice à l’état fondu lors de sa cristallisation ne semble pas
avoir d’impact sur la température de début de cristallisation. Les températures relevées dans le
tableau II.14 montrent que si le début de la cristallisation n’est pas affectée par la présence de
fibres, celle-ci se retrouve néanmoins accélérée, entraînant une fin de cristallisation à 91 °C au
lieu de 80 °C sans fibres. La fenêtre de mobilité maximale des chaînes polymère se retrouve donc
réduite.
Tableau II.14 – Températures du début, maximum, et fin du pic de cristallisation mesurées par
DSC, pour le système SRP.
Tc,onset Tc Tc,endset
Matrice seule 113 °C 108 °C 80 °C
Matrice en présence de fibres PP 113 °C 109 °C 91 °C
Matrice en présence de fibres PP lavées au Soxhlet 113 °C 109 °C 90 °C
106
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Partie 3. Phénomènes à l’origine de la création de l’interface
La présence d’ensimage à la surface des fibres ne semble pas avoir d’impact sur le début ni sur
la fin de la cristallisation de la matrice, aux vues des températures relevées. L’ensimage semble
avoir seulement un effet sur le mouillage des fibres, et sur le travail d’adhésion qui s’en suit. Cette
analyse permet de mieux cerner la fenêtre de mobilité maximale des chaines polymère lors du
procédé, à savoir depuis l’instant où le polymère est fondu jusqu’au début de la cristallisation,
et d’estimer grâce à cela si elles peuvent suffisamment interdiffuser à l’interface et s’enchevêtrer.
Afin de pouvoir comparer avec le système modèle de l’étude, l’effet nucléant des fibres de
verre sur la matrice PP copolymère est également observé par DSC (figure II.40). Comme pour
le système SRP, la présence de fibres ne semble pas impacter la température de début de cristal-
lisation, la fin de celle-ci semble même être retardée, ce qui peut-être dû à l’isolation thermique
intrinsèque au verre. Aucun effet de l’ensimage sur la cristallisation de la matrice n’est observable
non plus, aux vues des températures relevées (tableau II.15).
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Tableau II.15 – Températures du début, maximum, et fin de la cristallisation mesurées par DSC,
pour le système modèle PP/verre.
Tc,onset Tc Tc,endset
Matrice seule 113 °C 109 °C 85 °C
Matrice en présence de fibres de verre ensimées 112 °C 108 °C 78 °C
Matrice en présence de fibres de verre lavées par Soxhlet 112 °C 108 °C 77 °C
Matrice en présence de fibres de verre pyrolysées 112 °C 108 °C 78 °C
107
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Chapitre 2 : Création de l’interface
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En prenant en compte le fait que toutes les chaînes sont mobiles lorsque Tf est atteint, et que
cette mobilité diminue drastiquement dès les premiers instants de la cristallisation à TC,onset ,
une fenêtre de mobilité d’une durée de 50 secondes se profile (de 57 à 107s).
108
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Partie 3. Phénomènes à l’origine de la création de l’interface
afin de fitter la relation de Nicodeau (figure II.44), et dont l’aire pourra être intégrée afin
d’obtenir une valeur du paramètre n.
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Figure II.42 – Zoom de la figure II.41 sur la partie où les chaînes sont à leur maximum de mobilité.
Comme expliqué dans la partie précédente concernant l’extrapolation et le calcul des temps
de relaxation, la prise en compte du temps de relaxation le plus long (le temps moyen en masse
τw ) permet de faire l’hypothèse que le calcul de n considère qu’un maximum de chaînes ont
changé de conformation, et ont ainsi participé à l’interdiffusion et l’entremêlement des chaînes à
l’interface. Ainsi, les résultats obtenus sont répertoriés dans le tableau II.16. Les nombres obtenus
pour les valeurs de n étant supérieurs à 1 pour toutes les populations de chaînes considérées, il
est supposé que l’interdiffusion à l’interface est suffisante pour que celle-ci soit bien formée.
Tableau II.16 – Valeurs de n calculées selon l’équation de Nicodeau (20) en considérant les diffé-
rentes populations de chaînes existantes, en fonction du procédé.
109
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Chapitre 2 : Création de l’interface
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Figure II.43 – Valeurs des différents temps de relaxation calculés en fonction des températures
mises en œuvre durant le procédé et de la fenêtre de mobilité en temps.
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Figure II.44 – Inverse de la figure II.43 afin de fitter la relation de Nicodeau, permettant d’intégrer
l’aire sous les courbes aboutissant aux valeurs n.
110
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Partie 3. Phénomènes à l’origine de la création de l’interface
L’étude de Berzin 139 propose une corrélation entre temps de relaxation des chaînes polymère
et masse molaire (figure II.45), selon l’équation suivante :
β
τ = αM w (27)
Figure II.45 – Corrélation entre temps de relaxation des chaînes polymère et masse molaire dans
la littérature 139 .
Une analyse de chromatographie par exclusion stérique (SEC) est réalisée dans le trichloro-
benzène (1,2,4-TCB) à 150°C sur la matrice PP. Les valeurs suivantes sont obtenues :
111
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Conclusion
Dans cette partie, les différents phénomènes physiques ayant un rôle dans la création de
l’interface ont été étudiés en lien avec le procédé d’élaboration du composite.
Il en ressort que la présence d’ensimage en surface des fibres joue un rôle clé sur le mouillage
et le travail d’adhésion des différents systèmes. Pour le système SRP, une meilleure adhésion
est a priori attendue en utilisant les fibres ensimées plutôt que les fibres lavées, malgré la
nature chimique de l’ensimage en surface des fibres PP. Pour le système modèle PP/verre,
l’adhésion entre fibres de verre ensimées et fibres de verre lavées ne semble pas tant impacté,
pas autant qu’en utilisant des fibres de verre pyrolysées. En revanche, on note un travail
d’adhésion donc une adhésion à prévoir meilleur pour le système PP/PP que pour le système
PP/verre. La partie suivante aura pour but de quantifier mécaniquement cette différence.
113
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Chapitre III
Caractérisation de l’interface
115
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I’m not superstitious, but I am a little stitious.
Michael Scott
117
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118
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Préambule 121
Conclusion 145
Dans cette troisième partie, les interfaces fibre-matrice créées dans la partie précédente,
c’est-à-dire PP/PP et PP/verre, seront caractérisées mécaniquement en fonction des différents
paramètres appliqués, en temps et en température. Ceci aura pour objectif de faire le lien, autant
que possible, entre structure et propriétés des interfaces étudiées.
Comme présenté dans notre étude bibliographique, la structure d’un composite peut être
considérée à plusieurs échelles. Pour cette raison, la caractérisation mécanique sera menée à
certaines de ces différentes échelles, qui seront dans un premier temps présentées à travers
plusieurs essais : celle du mono-filament enchâssé dans la matrice, pour l’échelle microscopique,
et celle du composite uni-directionnel, pour l’échelle macroscopique.
121
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Partie 1
Caractérisation mécanique
Un certain nombre de tests micromécaniques ont été développés, dans lesquels l’échantillon
est soumis à une sollicitation uniaxiale : la matrice subit les contraintes qu’elle transmet à la
fibre par des forces de cisaillement à l’interface. Sont comptés parmi ces tests, schématisés en
figure III.1 :
• l’essai de pull-out et son dérivé, l’essai de déchaussement de microgoutte,
• l’essai de microindentation,
• l’essai de fragmentation.
123
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Chapitre 3 : Caractérisation de l’interface
Ces essais peuvent être classés en deux catégories : les essais dans lesquels la force est appli-
quée directement sur la fibre (le pull-out, le déchaussement de microgoutte, la microindentation),
et les essais dans lesquels c’est la matrice qui est soumise à la force (la fibre est sollicitée de ma-
nière indirecte, comme dans l’essai de fragmentation). Le choix de l’essai le plus adapté dépend
de la nature des deux matériaux afin de reproduire au mieux les distributions de contraintes au
sein du composite réel. Pour un composite à matrice ductile et fibres de renfort fragiles (l’élon-
gation à rupture de la matrice est bien plus importante que celle des fibres de renfort) le test de
fragmentation sera le plus représentatif (par exemple dans le cas d’un composite renforcé par
de la fibre de verre ou de carbone). A contrario pour une matrice plus fragile dont les fibres
de renfort font office de barrière aux fissures, le test de pull-out semble être le plus approprié.
Malgré cela, le test de pull-out peut être utilisé pour des matrices ductiles, sous réserve que la
décohésion interfaciale ne se fasse qu’à faible déformation de la matrice au niveau de l’interface.
Essais de pull-out et de microgoutte Le but de ces deux essais, bien que quelque peu
différents, est d’extraire une fibre (filament unitaire) enchâssée dans un bloc de matrice, en
tirant dessus dans l’axe de la fibre. La force nécessaire à la décohésion et l’extraction de la fibre
est mesurée en fonction du déplacement, et il est ainsi possible de remonter à une contrainte de
cisaillement interfaciale (figure III.2) : Fd correspond au début de la propagation de la fissure
à l’interface fibre matrice, Fmax à la force à laquelle toute la surface de la fibre enchâssée dans
la matrice est "décollée" de la matrice, Fb à la force de friction (la fibre "décollée" de la matrice
continue de glisser dans la matrice avant d’être totalement extraite), et le - dans le cas de l’essai
de pull-out - correspond à la longueur enchâssée.
124
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Partie 1. Caractérisation mécanique
Ces essais étant "faciles" à mettre en oeuvre quant à la fabrication des échantillons avec des
matrices thermodurcissables, l’utilisation de matrices thermoplastiques en compliquent bien la
réalisation, notamment à cause de la fenêtre de température très étroite qui existe entre la fusion
de la matrice permettant d’atteindre une matrice suffisamment peu visqueuse, et la fusion des
fibres, ou leur relaxation thermique. C’est néanmoins l’essai qui a été choisi dans cette étude,
afin d’accéder à la résistance interfaciale de cisaillement (aussi appelée interfacial shear strength,
ou IFSS), qui s’exprime comme suit :
Fd
τ̄ = (1)
2πrf Le
avec Fd la valeur de la force critique entraînant la rupture de l’interface par déchaussement,
Le la longueur enchâssée, et rf le rayon de la fibre.
ou réciproquement :
avec δ un coefficient constant environ égal à 2 × 109 m−1 , correspondant à l’inverse d’une
distance d’équilibre intermoléculaire centre à centre impliquée dans des interactions physiques
(telles que les interactions de Van der Waals et acido-basiques), et Em et Ef les modules élas-
tiques respectifs de la matrice et des fibres. Le terme (Ef /Em )1/2 τ qui correspond à un IFSS
normalisé, peut être assimilé à une pression d’adhésion à l’interface, qui présente alors une évo-
lution linéaire avec le travail d’adhésion, comme l’illustre la figure III.3 pour différents systèmes
étudiés : matrices polyéthylène, epoxy, PEEK, avec fibres de verre et de carbone.
Dans le cas de matrices peu polaires comme les polyoléfines, une relation linéaire passant par
l’origine peut donc être établie entre la contrainte de cisaillement interfaciale et la somme des
forces dispersive et non dispersive existant à l’interface entre la fibre et la matrice, puisqu’aucune
force acido-basique n’entre en jeu.
125
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Chapitre 3 : Caractérisation de l’interface
Figure III.3 – Pression d’adhésion (Ef /Em )1/2 τ en fonction du travail d’adhésion W , pour différents
systèmes étudiés 78 .
Évaluer la qualité de l’interface fibre/matrice à l’échelle microscopique seule n’est pas suffi-
sant pour qualifier les propriétés mécaniques du composite. Il convient également de caractériser
le transfert de contrainte de fibre à matrice dans un composite unidirectionnel, qui se rapproche
du composite réel tout en s’affranchissant de prendre en compte des effets de structure des fibres.
Parmi les essais recensés dans la littérature, nous avons choisi les essais de traction hors-
axes 140 (± 10°).
Traction hors-axes Il s’agit ici d’un essai de traction sur éprouvette haltère d’un composite
unidirectionnel, dont la découpe a été faite afin de donner une direction aux fibres qui soit en
dehors de l’axe de la traction (figure III.4).
Figure III.4 – Représentation des différentes orientations des contraintes dans une éprouvette de
traction hors-axe 140 .
126
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Partie 1. Caractérisation mécanique
Figure III.5 – Évolution des déformations dans les axes du matériau en fonction de la direction de
chargement, par rapport à l’orientation des fibres d’un composite unidirectionnel 140 .
L’essai permet enfin d’obtenir le module G12 , la contrainte τ12 , et la déformation en cisaille-
ment ǫ12 dans le plan, et ainsi de caractériser le transfert de contrainte en cisaillement σ12 à
l’interface fibre/matrice d’un composite unidirectionnel, à l’échelle composite.
Les essais de pull-out sont réalisés grâce à deux équipements TexTechno : un premier appareil,
le FIMATEST, dédié à la fabrication des échantillons, et un second appareil, le FAVIMAT+,
consistant en une machine de traction équipée d’une cellule de force de 210 cN.
Dans un premier temps, la matrice sous forme de poudre est placée dans un creuset en
aluminium. Le creuset en aluminium est placé dans une chambre permettant de chauffer la
127
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Chapitre 3 : Caractérisation de l’interface
Le choix de la longueur enchâssée est important car il peut avoir un impact sur monofilament
lors de l’essai de traction. En effet, si la longueur enchâssée est inadaptée, l’effort de traction
appliqué sur le monofilament peut, dans le cas d’un matériau ductile comme le polypropylène,
déformer plastiquement et allonger le monofilament, au risque d’entraîner une diminution de la
section et une rupture plutôt qu’un déchaussement.
Une fois les échantillons réalisés, ils sont placés dans le module de déchaussement du FA-
VIMAT+. Une caméra permet d’aligner le monofilament enchâssé dans les mors de traction.
La vitesse de déplacement de la traverse est fixée à 0.1 [Link]−1 pour les essais SRP, et à
0.2 [Link]−1 pour les essais PP/verre. Un minimum de 25 échantillons est nécessaire pour
chaque système afin d’atteindre un écart-type satisfaisant.
128
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Partie 1. Caractérisation mécanique
Dans la partie concernant la création de l’interface, les énergies de surface mises en jeu dans
les différents systèmes ont été calculées, afin de déterminer les valeurs de travail d’adhésion de
ceux-ci. L’analyse à l’échelle microscopique de la qualité mécanique de l’interface en fonction du
système étudié pourra ainsi mettre en évidence la relation entre IFSS et travail d’adhésion.
Il avait été alors déterminé pour le système SRP que le travail d’adhésion obtenu en utilisant
des fibres PP ensimées était plus important qu’avec les fibres PP lavées, ce qui laissait supposer
un IFSS plus important en utilisant des fibres ensimées. De la même manière, pour le système
PP/fibre de verre, le travail d’adhésion était plus important avec les fibres de verre ensimées,
puis diminuait suite à leur lavage par extraction au Soxhlet, et enfin était encore réduit après
pyrolyse, ce qui laissait de nouveau supposer un IFSS plus important en utilisant des fibres de
verre ensimées.
L’influence de la présence d’ensimage en surface des fibres est étudiée sur le système auto-
renforcé PP/PP. Les faisceaux de fibres sont séparés en monofilaments afin de mesurer le trans-
fert de contraintes entre matrice et monofilament de renfort, dans l’hypothèse où la matrice
imprègne les fibres bien à cœur. Ainsi, des monofilaments de fibre PP ensimée et de fibre PP
lavée sont enchâssés dans des blocs de matrice, en respectant au mieux les températures de
procédé. Ensuite, comme expliqué au préalable, ceux-ci sont soumis à un essai de traction afin
de les extraire du bloc de matrice, et le suivi de la force en fonction du déplacement permet
d’accéder à l’IFSS, la contrainte de cisaillement interfaciale. Les résultats d’IFSS obtenus par
pull-out pour ces deux systèmes sont représentés sur la figure III.7.
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Figure III.7 – Influence de la présence d’ensimage sur l’interface PP/PP cicatrisée à (150 °C, 2 min).
129
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Chapitre 3 : Caractérisation de l’interface
Deux nuages de points distincts se dessinent : les fibres de PP ensimées présentent un IFSS
moyen plus important que les fibres de PP lavées de leur ensimage (IF SS = 10.59 ± 1.00 MPa
contre IF SS = 7.96 ± 0.86 MPa). Ces valeurs d’adhésion son faibles, et reflètent une adhérence
de faible niveau. L’interdiffusion ne semble pas être suffisante pour former une interface fortement
cicatrisée. Les écart-types sont en revanche plutôt serrés, validant ces essais.
Les résultats d’IFSS mesurés semblent être en accord avec ceux obtenus via le travail d’adhé-
sion des deux systèmes étudiés, qui indiquaient une interface de meilleure qualité en utilisant
les fibres de PP ensimées, à travers l’expression d’un travail d’adhésion plus important (ta-
bleau III.1). Cependant, ce résultat pose toujours la question du rôle de cet ensimage textile
présent en surface des fibres PP, puisqu’a priori aucun agent compatibilisant ne devrait être
nécessaire entre une matrice et des fibres de même nature.
Tableau III.1 – Tableau comparatif des valeurs d’IFSS par rapport aux valeurs de travail d’adhésion
calculées précédemment, associées au système SRP.
L’observation de la surface des fibres par profilométrie optique laissait quant à elle supposer
que si un phénomène d’ancrage mécanique devait jouer un rôle dans la qualité de l’adhésion
entre fibre et matrice dans le système SRP, la fibre lavée présentant une rugosité plus importante
assurerait l’obtention d’une interface de meilleure adhésion. Le résultat obtenu n’allant pas dans
ce sens, on peut supposer que l’ancrage mécanique n’est pas un mécanisme déterminant dans
l’adhésion interfaciale de ce système.
Il est enfin important de noter que la longueur enchâssée en abscisse correspond à la longueur
mesurée de monofilament extrait au cours de l’essai, évaluée à travers la mesure de la force de
déchaussement, puis de friction. Il s’avère que celle-ci est différente de la longueur imposée
initialement à enchâsser (100 µm). Ceci peut être dû à la nature de la fibre qui peut entraîner
la déformation plastique et l’élongation de la partie libre de celle-ci. Ainsi il est possible que les
valeurs d’IFSS en soient affectées, ceci sera discuté ultérieurement.
130
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Partie 1. Caractérisation mécanique
L’influence de la présence d’ensimage sur les fibres de verre dans le système PP/fibre de verre
est également évaluée, celles-ci ayant subi un lavage par extraction Soxhlet, ainsi qu’une pyrolyse.
De la même manière que pour les fibres de polypropylène, les faisceaux de fibres sont séparés
en monofilaments afin de mesurer le transfert de contrainte entre matrice et monofilament, dans
l’hypothèse d’une bonne imprégnation des fibres par la matrice à l’état fondu. Les trois types
de monofilaments de verre (ensimé, lavé, pyrolysé) sont ainsi enchâssés dans la matrice à l’état
fondu, et les mêmes essais de pull-out sont menés afin d’accéder à la contrainte de cisaillement
interfaciale. Les résultats de ces essais sont représentés en figure III.8.
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Figure III.8 – Influence de la présence d’ensimage sur les résultats de pull-out PP/verre.
Trois nuages de points distincts ressortent clairement, correspondant aux trois types de
surfaces de fibres testées. L’ensimage "compatibilisant-polypropylène" donne ici les meilleurs
résultats d’IFSS (IF SS = 13.36 ± 2.51 MPa, représentés par des carrés pleins noirs), le lavage
de cet ensimage entraîne une diminution de l’IFSS (IF SS = 10.58 ± 2.24 MPa, représentés par
des carrés pleins bleus), mais pas autant que la pyrolyse des fibres (IF SS = 5.99 ± 1.15 MPa
représentés par des carrés pleins bleus clair). Ces valeurs sont comparables à celles trouvées
dans la littérature, notamment dans les études de Moon 141 et de Thomason 142,143 , généralement
comprises entre 6 et 15 MPa en fonction des ensimages, type d’essais (pull-out ou déchaussement
de microgoutte), et procédés d’élaboration des échantillons (températures appliquées).
131
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Chapitre 3 : Caractérisation de l’interface
Tableau III.2 – Tableau comparatif des valeurs d’IFSS par rapport aux valeurs de travail d’adhésion
calculées précédemment, associées au système modèle PP/verre.
De nouveau, les résultats d’IFSS semblent être en accord avec le travail d’adhésion déter-
miné pour les différents systèmes dans le chapitre précédent. Les valeurs de travail d’adhésion
révélaient des résultats similaires entre les fibres ensimées et les fibres lavées, ce qui s’expliquait
par la nature covalente des liaisons entre l’ensimage et la surface des fibres de verre. Ceci se
traduit dans les résultats d’IFSS par un recouvrement des deux nuages de points des fibres de
verre ensimées et lavées, tandis que le nuage de valeurs correspondant aux fibres pyrolysées se
retrouve à un niveau d’IFSS bien plus faible.
Il est intéressant de noter l’étendue des longueurs enchâssées mesurées. Initialement, la lon-
gueur imposée à enchâsser était de 400 µm. Lors des essais, les valeurs mesurées sont quasiment
toujours inférieures à la valeur imposée initialement. Ceci peut s’expliquer par plusieurs hypo-
thèses : la non exactitude de la manipulation d’enchâssement du fragment de monofilament, la
rupture d’une partie du monofilament dans le bloc de matrice lors de l’effort de traction. Quoi
qu’il en soit, cette tendance va à l’encontre de celle observée dans le cas du SRP, pour lequel les
longueurs enchâssées mesurées étaient toujours largement supérieures à la longueur enchâssée
imposée, qui était de 100 µm.
La tendance croissante des nuages de points avec la longueur enchâssée, quant à elle, peut
s’expliquer par la surface interfaciale fibre-matrice qui subit le retrait de la matrice lors de sa
cristallisation, et donc la compression de la matrice sur la fibre. En effet, d’après les travaux de
Wagner et de Di Landro, les contraintes de retrait construites autour de l’interface pendant la
fabrication des composites thermoplastiques sont considérées comme la principale contribution
à la capacité de transfert des contraintes à l’interface 144 .
Pour le système SRP, puisque des deux côtés de l’interface en création, des chaînes polymère
se font face, on peut imaginer qu’il existe un lien entre leur capacité d’interdiffusion et de
cicatrisation, et la qualité de l’interface obtenue. La mobilité des chaînes macromoléculaires ainsi
que leur aptitude à interdiffuser sont dépendantes de la température et du temps de cicatrisation,
comme expliqué dans le chapitre précédent.
132
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Partie 1. Caractérisation mécanique
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Figure III.9 – Influence du temps et de la température de cicatrisation sur les résultats de pull-out
SRP.
Les résultats obtenus semblent montrer une tendance à la diminution de l’IFSS et à l’aug-
mentation de la longueur enchâssée mesurée, concomitantes à l’augmentation simultanée de la
température et du temps de cicatrisation (figure III.10). Les longueurs enchâssées imposées ini-
tialement étant toujours égales, l’hypothèse de la déformation plastique de la longueur libre de
la fibre évoquée précédemment semble être confortée. Il convient alors d’estimer la valeur d’IFSS
"réelle" pour une longueur enchâssée constante de 100 µm.
Ainsi, dans l’hypothèse d’une longueur enchâssée qui ne varie pas au cours de l’essai, les
valeurs estimées d’IFSS montrent plutôt une augmentation avec la température et le temps de
cicatrisation, jusqu’à atteindre un plateau autour de 16 MPa (figure III.11). Malheureusement,
s’il est possible que l’élongation de la partie libre du monofilament impacte fortement l’évaluation
de la force mesurée, et ainsi de l’IFSS, il est difficile de quantifier cet impact.
Une interface mieux renforcée mécaniquement peut donc être obtenue lorsque les chaînes
macromoléculaires à l’interface ont un maximum de liberté et de temps pour s’enchevêtrer,
c’est-à- dire en augmentant le temps au cours duquel les chaînes peuvent se mouvoir (durée de
cicatrisation), et en diminuant leur temps de relaxation par une augmentation de la température.
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Chapitre 3 : Caractérisation de l’interface
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Figure III.11 – Valeurs estimées d’IFSS pour le système SRP recalculées pour une longueur en-
châssée de fibre égale à 100 µm.
134
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Partie 1. Caractérisation mécanique
Afin de réaliser les éprouvettes de traction hors-axes, des plaques composites unidirection-
nelles sont obtenues par enroulement filamentaire, puis sont imprégnées en voie sèche par la
poudre de polymère matrice, en respectant le même procédé que pour l’élaboration du compo-
site SRP industriel renforcé à 50% en fibres (volumique). Des éprouvettes "haltères" sont ensuite
découpées dans ces plaques composite, de dimensions 1 x 15 x 200 mm3 avec une longueur utile
de 150 mm, selon un angle désiré par rapport à l’orientation des fibres.
La vitesse de la traverse est de 1 [Link]−1 lors des essais de traction, et le capteur de force
utilisé est de 5 kN. Un mouchetis est appliqué sur les éprouvettes à l’aide de peintures noire et
blanche, afin de mesurer les allongements subis point par point grâce à une caméra à objectif
télécentrique filmant l’essai de traction. Un logiciel de traitement d’images (UFreckles, développé
par le laboratoire LaMCOS) permettra ensuite de déterminer les déformations longitudinale ǫ11 ,
transverse ǫ22 et en cisaillement interlaminaire ǫ12 .
135
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Chapitre 3 : Caractérisation de l’interface
σxx sin2θ
σ12 = (5)
2
Et enfin le module de cisaillement G12 est obtenu par régression linéaire de la courbe
contrainte/déformation en cisaillement interlaminaire σ12 = f(ǫ12 ).
Des orientations de 11° et 15° sont préconisées dans la littérature, pour des systèmes compo-
sites epoxy/carbone et epoxy/verre respectivement 140 . Ainsi, des essais de traction hors-axes sur
composite SRP à ces mêmes angles ont été menés afin de déterminer si l’une de ces deux orien-
tations favorisait bien le cisaillement intralaminaire. Les contraintes mesurées sont représentées
en figure III.13.
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Figure III.13 – Mesures des déformations lors des essais de traction hors-axes réalisés à 11° et 15°.
Lors des essais de traction hors-axes à 11° et à 15°, les contraintes de cisaillement intrala-
minaire sont les plus faibles, par rapport aux contraintes longitudinales et transversales, ce qui
indique que ces angles de traction hors-axes ne favorisent pas le cisaillement. Il est néanmoins
intéressant de noter l’augmentation de la déformation en cisaillement lors de l’essai à 15°, lorsque
l’angle de désalignement est plus important.
Des essais de traction à 45° ont donc été réalisés, dans l’optique d’augmenter encore plus
l’angle de désalignement des axes. Les déformations mesurées sont représentées sur la figure III.14.
136
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Partie 1. Caractérisation mécanique
Nous observons que le rapport ǫ12 /ǫxx est bien au moins trois fois plus grand que les rapports
ǫ11 /ǫxx et ǫ22 /ǫxx , ce qui permet de respecter la condition requise pour valider ces essais.
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Figure III.14 – Mesures des déformations lors des essais de traction hors-axes réalisés à 45°.
Il est donc possible à partir de ces essais de traction hors-axes à 45° d’évaluer le transfert de
contrainte en cisaillement intralaminaire au sein du composite unidirectionnel SRP, et d’accéder
à a courbe contrainte/déformation en cisaillement interlaminaire σ12 = f(ǫ12 ).
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Un nombre suffisant d’essais est réalisé afin d’obtenir un écart-type minimum : la contrainte
à rupture en cisaillement est évaluée à τ12 = 1.8 ± 0.1 MPa (soit un écart-type de 6%). Quant
au module de cisaillement G12 il est estimé à 150 ± 14 MPa (soit 9% d’écart-type).
137
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Chapitre 3 : Caractérisation de l’interface
σy
τy = √ (6)
3
avec τy la contrainte maximale en cisaillement, et σy la contrainte au seuil d’écoulement.
Pour le composite SRP, le critère de Von Mises est évalué à partir des propriétés mécaniques
mesurées de la matrice PP, et vaut τy ≈ 16 M P a. L’IFSS étant estimé à moins de 16 M P a donc
ne dépassant pas ce critère théorique, il est possible de dire que c’est bien l’interface fibre/matrice
qui subit l’effort et transfert les contraintes lors de l’essai de pull-out.
Si on reprend maintenant la relation entre IFSS et travail d’adhésion suggérée par Nardin
et Schultz, on peut également évaluer théoriquement l’IFSS des différents systèmes. Les valeurs
ainsi déterminées sont répertoriées dans le tableau III.3. Celles-ci étant largement supérieures
aux valeurs obtenues expérimentalement, ainsi qu’à la valeur maximale d’IFSS atteinte après les
divers essais de cicatrisation, il est concevable qu’en réalité l’interface SRP soit bien meilleure
que mesurée par pull-out. Il semble alors que le transfert de contrainte à l’interface est limité
par la plastification de la matrice (critère de Von Mises), qui ne peut alors pas supporter de
contrainte aussi importante que le supposé IFSS prédit par la relation de Nardin et Schultz.
Tableau III.3 – Valeurs d’IFSS théoriques associées au système SRP, d’après la relation de Nardin
et Schultz.
138
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Partie 2
Morphologie de l’interface
Comme observé dans la littérature, l’interface fibre/matrice est souvent une région qui pré-
sente une morphologie cristalline particulière. Nous avons notamment évoqué dans la partie
bibliographique la morphologie observée au sein de composites modèles PP/verre. Cependant la
morphologie de l’interface fibre/matrice au sein du composite SRP ne semble pas être renseignée
dans la littérature.
Pour cette raison, nous avons tenté d’observer finement cette interface en utilisant des échan-
tillons de pull-out, comme représenté dans la figure III.16. L’idée est de couper par microtomie
une fine lamelle (disque d’environ 10−2 µm d’épaisseur) dans le plan perpendiculaire à la fibre
afin de récupérer à la fois le disque coupé, ainsi que le bloc restant, présentant une surface plane.
Le disque microtomé est observé par microscopie électronique en transmission (MET) et micro-
scopie optique en lumière polarisée (POM) afin de mettre en évidence la présence ou non de
différentes structures cristallines. Le bloc restant est observé par microscopie à force atomique
(AFM).
Figure III.16 – Schéma de découpe des échantillons pour l’observation de l’interface fibre/matrice
au sein du composite SRP, en utilisant un échantillon de pull-out.
La découpe des échantillons est réalisée à température ambiante au couteau oscillant, afin
d’éviter autant que possible toute contrainte dûe à une découpe à froid, et les coupes ainsi que
le bloc sont exposés aux vapeurs de RuO4 afin de mettre en évidence la présence de lamelles
cristallines par rapport à la phase amorphe.
139
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Chapitre 3 : Caractérisation de l’interface
L’observation par MET des coupes transversales d’échantillons de pull-out SRP conduit à
l’obtention des clichés reportés en figure III.17. Le marquage aux vapeurs de ruthénium facilite
l’investigation de la morphologie cristalline de l’échantillon.
Une structure sphérolitique est observée dans la partie volumique de la matrice (zone plus
grise), avec des sphérolites d’environ 5 µm de diamètre. La partie "fibre" (zone claire) ne semble
présenter aucune structure cristalline particulière dans la tranche. Une zone entre la fibre et la
matrice semble, quant à elle, montrer une morphologie différente de celle de la matrice volumique
sur une épaisseur d’environ 1 à 2 µm.
Figure III.17 – Observation de l’interface fibre/matrice SRP par microscopie électronique en trans-
mission.
En se référant aux clichés reportés dans la littérature, réalisés dans le plan des fibres de
renfort, et présentant une zone de lamelles perpendiculaires à la fibre le long de sa surface,
et des sphérolites dans le reste de la matrice, les images collectées ici par MET semblent être
parfaitement corrélées.
Les mêmes échantillons sont ensuite observés par microscopie optique en lumière polarisée
(figure III.18). La morphologie cristalline de la matrice étant très fine, il est difficile de discerner
les sphérolites par cette technique, même s’il est possible de voir des croix de Malte dans la zone
supérieure droite des clichés.
140
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Partie 2. Morphologie de l’interface
Figure III.18 – Observation de l’interface fibre/matrice SRP par microscopie optique en lumière
polarisée.
Il n’a malheureusement pas été possible d’observer l’interface de moins de 2 µm par cette
technique, n’ayant pas de grossissement suffisant à disposition. De plus, aucune observation de
ce type d’échantillon ne semble avoir fait l’objet d’études dans la littérature.
Les clichés obtenus (figure III.19) n’ont malheureusement pas permis d’observer l’interphase,
et d’accéder aux propriétés viscoélastiques de celle-ci. Contrairement aux images observées par
MET et POM, les structures cristallines ne semblent pas ressortir de manière évidente : les
sphérolites de 5 µm de diamètre observés dans la matrice en volume n’apparaissent pas, les
lamelles perpendiculaires à la fibre dans la zone d’interface ne sont pas visibles non plus. Seule
la fibre semble aussi "lisse" que dans les clichés obtenus par MET et POM, c’est-à-dire sans
morphologie cristalline apparente par ces techniques.
141
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Chapitre 3 : Caractérisation de l’interface
Figure III.19 – Observation de l’interface fibre/matrice SRP par AFM (mode tapping)
142
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Partie 3
Comportement au vieillissement de
l’interface SRP
Les plaques SRP destinées au thermoformage peuvent être stockées dans des endroits où la
température et le degré d’humidité ne sont pas contrôlés. Il est donc pertinent de s’intéresser au
vieillissement et à la durabilité de ces composites.
Des éprouvettes de pull-out et de traction hors-axes ont été placées dans un dessiccateur sous
atmosphère humide pendant 7 jours à 70°C avant d’être testées. Pour l’essai de pull-out, l’effet
de la présence d’ensimage sur le vieillissement est examiné, en mettant à vieillir des éprouvettes
ayant été réalisées avec des fibres ensimées, et des éprouvettes avec des fibres lavées. Les résultats
des essais de pull-out sont représentés dans la figure III.20.
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Figure III.20 – Résultats des essais de pull-out sur éprouvettes SRP avant et après vieillissement,
avec fibres ensimées et fibres lavées.
143
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Chapitre 3 : Caractérisation de l’interface
Deux effets sont à noter : une amélioration de l’IFSS après vieillissement des éprouvettes
faites à partir de fibres lavées, alors qu’au contraire une détérioration de l’IFSS est observée après
vieillissement des composites à fibre ensimée. Nous pouvons envisager l’hypothèse suivante : les
molécules d’eau s’immiscent entre l’ensimage et la matrice cristallisée, puisque la surface des
fibres ensimées présente un caractère un peu plus polaire que celle des fibres lavées d’après les
analyses de surface du chapitre précédent, entraînant ainsi une détérioration de l’interface. A
contrario, les fibres dont l’ensimage a été lavé, présentant une surface autant apolaire que la
matrice, ne permettent pas l’introduction d’eau à l’interface. Il est également possible que les
chaînes macromoléculaires du PP peuvent à nouveau se mouvoir à 70°C et s’enchevêtrer lors du
vieillissement, ce qui expliquerait l’augmentation d’IFSS de 19%.
Pour l’essai de traction hors-axes, il n’a pas été possible de réaliser d’éprouvettes utilisant des
fibres lavées par extraction Soxhlet, nous avons donc ainsi pu uniquement tester le vieillissement
du composite unidirectionnel avec les fibres ensimées. Les résultats obtenus sont reportés dans
le tableau III.4.
Tableau III.4 – Récapitulatif des résultats de pull-out et de traction hors-axes après vieillissement
humide.
144
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Conclusion
Dans ce chapitre, il a été question de mettre en lien les observations réalisées avant création
de l’interface fibre/matrice SRP, en termes d’énergies de surface, d’interdiffusion des chaînes
et de cristallisation, avec les résultats d’essais mécaniques visant à évaluer le transfert de
contrainte à l’interface.
Ainsi, la présence d’ensimage à la surface des fibres a bien entraîné l’obtention d’une interface
de meilleure qualité, comme attendu d’après les valeurs de travail d’adhésion estimées. Ce-
pendant, lors du vieillissement humide des éprouvettes, ce sont les fibres lavées qui apportent
les meilleurs résultats d’IFSS. Un effet de déformation plastique des fibres lors des essais de
pull-out a été observé, impactant les valeurs d’IFSS obtenues.
Les essais de traction hors-axes à 45° semblent montrer une mauvaise imprégnation des fais-
ceaux de fibres à cœur, entraînant un faible transfert de contrainte. Il aurait été intéressant
d’observer la tendance des résultats de traction hors-axes après vieillissement, en utilisant
des fibres lavées pour vérifier la corrélation micro-macro, ou bien valider l’hypothèse de la
mauvaise imprégnation des faisceaux de fibres.
Enfin, les observations microscopiques des échantillons coupés paraissent montrer une zone
entre la fibre et la matrice ayant une morphologie cristalline orientée et différente de celle de
la matrice en volume, mais il n’a pas été possible d’identifier la phase cristalline en présence.
145
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Chapitre IV
147
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You only live once ? False. You live every day. You only
die once.
Dwight K. Schrute
149
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150
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Préambule 153
Conclusion 177
La fin de vie des matériaux composites est une étape incontournable à prendre en compte
aujourd’hui. Dans ce dernier chapitre, nous nous sommes intéressés à i) l’aptitude au recyclage
du composite auto-renforcé, et ii) la recherche d’une meilleure compatibilisation de la matrice
polypropylène avec la fibre de renfort pour valoriser les matériaux recyclés.
Ainsi, le premier axe sera focalisé sur la fin de vie du matériau à travers un recyclage
mécanique permettant la réutilisation des nombreuses chutes restantes de l’industrie, tandis
que le second axe, plus exploratoire, ouvrira des voies pour l’amélioration de la compatibilité
fibre/matrice que l’on pourra transférer sur des matériaux (matrice et fibres) recyclés, afin
d’optimiser les performances de ces composites recyclés.
Ces deux axes ont pour but de renforcer l’aspect du développement de composites plus
respectueux de l’environnement, directement d’une part en évaluant la recyclabilité du matériau
auto-renforcé, et indirectement d’autre part en jouant sur la compatibilisation des interfaces
fibre/matrice, qui pourrait impacter la durée de vie du composite lui-même ou bien encore celle
d’un composite issu du recyclage précédent.
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Partie 1
Le recyclage peut être envisagé à deux moments de la vie du composite : lors de la fin de vie
de l’objet évidemment, mais également lors de la mise en forme des objets en composite SRP,
à travers la réutilisation des "chutes" résultantes de la découpe des pièces. En effet, le procédé
de mise en œuvre des pièces par thermoformage engendre de nombreux rebuts, représentant des
quantités non négligeables, et ayant un impact tant économique qu’écologique. Ainsi, il parait
judicieux de recycler ces rebuts comme nouvelle matière première.
Deux possibilités s’offrent alors pour recycler un matériau composite : il est possible soit de
conserver l’intégrité des fibres de renfort, soit de faire passer toute la matière à l’état fondu,
matrice et fibres, afin d’en faire un seul et unique matériau qui pourra soit être utilisé tel quel,
soit être de nouveau renforcé. Dans le second cas, la question de l’"homogénéité" du matériau
obtenu se pose, ainsi que l’impact du recyclage sur les propriétés finales du matériau obtenu,
notamment en termes de performances mécaniques.
C’est pourquoi la miscibilité lors de la mise en œuvre à l’état fondu de la matrice et des
fibres a été étudiée, ainsi que son impact sur la cristallinité du matériau, puisque nous avons
à faire à un mélange hybride composé d’homopolymère (fibres de renfort) et de copolymère
(matrice). Ensuite, les propriétés mécaniques et rhéologiques du matériau recyclé obtenu ont
été également évaluées, afin d’attester de la capacité du recyclage à permettre l’obtention d’un
matériau durable et processable.
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Chapitre 4 : Vers la fin de vie des matériaux
Le composite auto-renforcé utilisé pour cette étude de recyclabilité possède 40% volumique
de fibres de renfort : nous nous sommes ainsi donc fourni de plaques composites SRP auprès des
partenaires du projet, n’ayant pas été en mesure de récupérer de réelles chutes après thermofor-
mage.
Pour cela, l’impact de la mise en œuvre a été étudié par calorimétrie différentielle à balayage
(DSC), afin d’observer le comportement thermique du composite à l’état fondu. Une analyse
de diffraction des rayons X a également été réalisée afin d’identifier la nature exacte des phases
cristallines en présence.
Figure IV.1 – Thermogramme du matériau obtenu à partir de SRP à l’état fondu, avant extrusion,
avec une rampe de température de 10 °C/min (a), et zoom sur les endothermes de fusion (b).
156
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Partie 1. Fin de vie du composite SRP : son aptitude au recyclage
Figure IV.2 – Thermogramme du matériau obtenu à partir de SRP à l’état fondu, après extrusion,
avec une rampe de température de 10 °C/min (a), et zoom sur les endothermes de fusion (b).
Il est intéressant d’observer ces deux thermogrammes, étape par étape. Dans un premier
temps, la montée en température révèle déjà des différences dans les endothermes obtenus.
Avant extrusion (figure IV.1(b)), deux épaulements apparaissent sur les endothermes de fusion
de la matrice (T = 130 et 136 °C) et des fibres de renfort (T = 158 et 168 °C). Après ex-
trusion (figure IV.2(b)), ces deux épaulement n’apparaissent plus, laissant place à un premier
endotherme (T = 128°C), suivi d’un léger épaulement (T = 147°C) avant un dernier endotherme
(T = 160°C).
Il avait été établi lors de la caractérisation thermique des matériaux de l’étude, et plus préci-
sément de la matrice PP, que la présence de ces deux endothermes pouvait être dûe à différents
facteurs : la stéréo-irrégularité, la présence de plusieurs phases cristallines, ou même encore une
réorganisation ou recristallisation de domaines au sein de la phase cristalline. En l’occurrence,
il est possible d’émettre ici l’hypothèse de l’implication à la fois de la présence de différentes
phases, comme l’avait montré l’analyse par diffractions des rayons X de la matrice PP (page ??),
et également de la stéréo-irrégularité du mélange polymère hybride homopolymère/copolymère.
Les exothermes de cristallisation sont comparés à ceux obtenus sur les matériaux vierges
(matrice seule et fibres de renfort seules), mais aussi sur la matrice en présence de fibres (avant
recyclage). Cette comparaison a pour but de bien identifier les phases cristallines en présence,
et mettre en lien les différents exothermes de cristallisation. Ces derniers sont tous représentés
en figure IV.3.
157
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Chapitre 4 : Vers la fin de vie des matériaux
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Figure IV.3 – Exothermes de cristallisation obtenus par DSC pour évaluer la miscibilité des phases
homopolymère et copolymère lors du recyclage à l’état fondu du composite.
Il est intéressant d’observer que la cristallisation du SRP porté à l’état fondu, sans
mélange intime (avant extrusion) présente trois pics distincts. En comparant la position de
ces pics avec ceux présents sur les matériaux vierges, il est possible de les attribuer :
• le pic (a) de cristallisation apparaissant à plus haute température (T = 128 °C) correspon-
drait à la phase cristalline présente dans les fibres de renfort, puisque celui-ci apparait à la
même température que le pic de cristallisation des fibres de renfort seules à l’état fondu ;
• le pic de cristallisation (b) apparaissant à 120 °C correspondrait à une phase "mixte",
de même température de cristallisation que la phase cristalline du mélange intime SRP
(extrudé), ce qui pourrait traduire la présence d’une phase mixte, dans laquelle une co-
cristallisation de la matrice et des fibres de renfort serait possible ;
• enfin, le dernier pic de cristallisation (c) (T = 112 °C) semble correspondre (par déduction)
à la phase cristalline de la matrice, mais dont la cristallisation semble être affectée par la
présence des fibres.
Une cocristallisation entre matrice et fibre est peut-être possible. Cette cristallisation intime
se traduit par un décalage du pic de cristallisation vers les hautes températures. Cette observation
va dans le même sens que celle qui avait été faite lors de l’analyse de la cinétique de cristallisation
de la matrice en présence de fibres, dans la partie précédente, afin de déterminer si un quelconque
effet nucléant avait lieu dans le composite, affectant la mobilité des chaînes lors de la cicatrisation
de l’interface.
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Partie 1. Fin de vie du composite SRP : son aptitude au recyclage
Le mélange intime obtenu après extrusion du composite SRP ne présente quant à lui qu’un
seul et unique pic de cristallisation, à 120 °C comme le pic (b) attribué à une cocristallisation
fibre-matrice. Cela confirme une certaine miscibilité des phases homopolymère et copo-
lymère, donc l’obtention d’un matériau cohérent après recyclage.
Pour terminer, la deuxième montée en température suit bien l’évolution des exothermes de
cristallisation : avant extrusion, trois pics distincts de fusion correspondant aux trois pics de
cristallisation de la matrice, des fibres et de l’interface fibre/matrice ; et après extrusion le pic
unique de cristallisation semble engendrer une fusion présentant des pics moins différenciés, ten-
dant plus vers un endotherme de fusion élargi, puisque les cristallites sont intimement mélangés.
Tableau IV.1 – Températures de transitions caractéristiques mesurées par DSC, pour les différents
système : les éléments fibres et matrice pris à part dans le composite SRP initial, le mélange sans
extrusion, puis le mélange recyclé par extrusion.
Tf,1 Tc Tf,2
Matrice 135 °C 108 °C 128-138 °C
Avant recyclage
Fibres 157-168 °C 128 °C 164 °C
Matrice 130-136 °C 132-140 °C
Recyclage avant extrusion 128-120-112 °C
Fibres 158-168 °C 165 °C
Matrice 128-147 °C 130-135 °C
Recyclage après extrusion 120 °C 150-155-
Fibres 160 °C
160 °C
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Chapitre 4 : Vers la fin de vie des matériaux
Figure IV.4 – Diffractogrammes de rayons X du matériau obtenu après DSC d’un échantillon de
SRP sans mélange intime, et d’un échantillon de SRP recyclé après extrusion.
160
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Partie 1. Fin de vie du composite SRP : son aptitude au recyclage
Les deux diffractogrammes ainsi obtenus sont associés aux phases α et γ du polypropylène.
Superposés, ils font ressortir une différence entre les pics compris entre 2 θ = 21° et 22°, ce qui
pourrait laisser imaginer la formation préférentielle d’une phase cristalline par rapport à l’autre,
dans certaines conditions. Dans la littérature 146 , les pics caractéristiques des phases α et γ
sont respectivement 2 θ = 18.6° et 2 θ = 20.1°, deux pics qui ne semblent pas être d’intensités
différentes entre les deux diffractogrammes des mélanges recyclés, avec ou sans extrusion.
Figure IV.5 – Evolution des diffractogrammes de rayons X en fonction des proportions de phases
α et γ : (a) 100/0, (b) 75/25, (c) 50/50, (d) 25/75, (e) 0/100 146 .
L’hypothèse émise en corrélation avec les résultats obtenus par DSC est alors la suivante :
les deux phases cristallines sont bien présentes, que ce soit dans le composite SRP porté à
l’état fondu sans mélange intime, ou dans le matériau obtenu après extrusion. La phase γ étant
engendrée par des taux de cisaillement élevés (voire page 47), sa présence dans l’échantillon
"pre-extrudé" s’explique par la présence de fibres de renforts dont l’histoire thermique n’a pas
été effacée. Ainsi, puisque certains germes cristallins subsistent, et qu’il n’y a pas de mélange
intime, ceux-ci engendrent le premier pic de cristallisation à 130°C.
L’étude thermique réalisée par DSC a permis de confirmer la miscibilité des phases présentes
homopolymère et copolymère dans le composite recyclé. En effet, après extrusion, la présence
d’un unique pic de cristallisation montre bien qu’un mélange intime de la matrice et des
fibres entraîne l’obtention d’un matériau cohérent.
Ensuite, l’analyse de la cristallinité par DRX des deux reliquats d’analyse thermique montre
la présence de deux phases cristallines : la phase α naturellement majoritaire dans le polypropy-
lène, et la phase γ dont la formation est engendrée par les hauts taux de cisaillement à la fois au
sein des restes de fibres de renfort (procédé de filage) et à la suite de l’extrusion du composite
lors du recyclage.
161
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Chapitre 4 : Vers la fin de vie des matériaux
D’une part, la mesure des propriétés rhéologiques permettra d’évaluer la viabilité et la pro-
cessabilité du matériau obtenu de par sa viscosité. En effet, si le procédé d’extrusion entraîne
une dégradation des chaînes macromoléculaires trop importante, alors le polypropylène recyclé
risque d’être de viscosité trop faible, rendant son utilisation dans certains procédés de mise en
forme inapte. D’autre part, l’évaluation des propriétés mécaniques attestera des performances
intrinsèques du polypropylène recyclé après sa mise en forme, en espérant un minimum de perte
de propriété.
Les résultats mesurés sont représentés sur la figure IV.6, avec pour comparaison les viscosités
mesurées dans les mêmes conditions que celles appliquées à la matrice vierge, ainsi qu’aux fibres
de renfort vierges.
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Figure IV.6 – Mesure de stabilité de la viscosité complexe du PP recyclé, à 180 °C, température
à laquelle le polymère est fondu de manière homogène. Paramètres d’essai : fréquence angulaire de
1 Hz, déformation de 1 %.
162
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Partie 1. Fin de vie du composite SRP : son aptitude au recyclage
Le polypropylène recyclé semble thermiquement stable, et respecte la loi des mélanges pour
sa viscosité (équation 1), ce qui va dans le sens de la miscibilité des phases du tableau IV.2
(ci-dessous). Le polypropylène recyclé parait ainsi apte à être réutilisé une nouvelle fois.
Tableau IV.2 – Valeurs approchées des viscosités complexes de la matrice vierge, du SRP recyclé,
et des fibres de renfort vierges, dans le cadre de la loi des mélanges.
Pour valider la réutilisation du matériau recyclé, ses propriétés mécaniques sont ensuite
mesurées : propriétés en traction, et résistance au choc. Ces valeurs sont toujours comparées
aux valeurs mesurées sur la matrice vierge, dans les mêmes conditions.
Les résultats obtenus sont reportés dans le tableau IV.3. Ceux-ci semblent montrer un main-
tien des propriétés en traction du polymère recyclé, comme on peut le voir sur la figure IV.7 qui
représente les courbes de traction de la matrice PP seule et celles du SRP recyclé : les modules
sont identiques, tout comme les limites d’élasticité. En revanche, une diminution importante de
la résistance au choc (environ 40% de baisse) suggère une utilisation de ce polymère recyclé pour
une application ne nécessitant pas particulièrement de résistance au choc, ou peut être renforcé
de nouveau.
Tableau IV.3 – Résultats de propriétés en traction et de résistance au choc pour le SRP recyclé,
comparés aux propriétés du polypropylène "matrice" vierge.
163
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Chapitre 4 : Vers la fin de vie des matériaux
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Figure IV.7 – Courbes de traction de la matrice polypropylène seule (symboles pleins) et du poly-
propylène obtenu après recyclage par extrusion du composite SRP (symboles vides), pour une vitesse
de traction de 2 [Link]−1 .
Après avoir confirmé l’obtention d’un matériau cohérent après le recyclage du composite SRP
par extrusion, ses propriétés rhéologique et mécanique ont été évaluées afin de s’assurer de ses
performances. Ainsi, l’analyse rhéologique a montré que le mélange fibre/matrice présente bien
une viscosité suivant la loi des mélanges, ce qui signifie que le procédé d’extrusion du composite
n’entraîne aucune dégradation notable, qui pourrait impliquer des coupures de chaînes. Des essais
de traction ont pu confirmer cette hypothèse puisque le SRP recyclé présente une résistance en
traction comparable à celle de la matrice seule et vierge. Malheureusement, une diminution
importante de la résistance au choc du polypropylène est à noter, entraînant un réajustement
du domaine d’application du matériau.
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Partie 1. Fin de vie du composite SRP : son aptitude au recyclage
Cet axe d’étude s’est focalisé sur un recyclage mécanique du composite SRP, permettant
également la réutilisation des nombreuses chutes de découpe lors du procédé de mise en
forme par thermoformage. Le choix du procédé de recyclage s’est orienté vers l’extrusion et
donc le passage à l’état fondu de l’intégralité du composite, matrice et fibres de renfort, afin
d’obtenir un matériau cohérent qui pourra être réutilisé.
La miscibilité des deux phases homopolymère (fibres) et copolymère (matrice) a été évaluée
par DSC, montrant que le mélange intime de la matrice et des fibres de renfort par extrusion
entraine l’obtention d’un matériau cohérent repéré par un unique exotherme de cristallisation.
Une analyse de diffraction des rayons X a montré la présence de deux phases cristallines au sein
du matériau recyclé, les phases α et γ. En revanche, même si les diffractogrammes présentent
de légères différences notamment au niveau des pics caractéristiques des deux phases, il est
impossible de quantifier leur présence.
Quant aux propriétés du matériau obtenu après recyclage, elles ont été évaluées en termes
mécanique et rhéologique. Bien que la résistance au choc ait été affectée de manière impor-
tante, la constance de la résistance en traction et la viscosité stable mesurées sur le polymère
recyclé respectant la loi des mélanges attestent de la légitimité de l’utilisation de ce matériau
recyclé, en fonction de l’application choisie.
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Partie 2
Compatibilisation de l’interface
PP/verre
La valorisation du polypropylène, recyclé ou non, passe souvent par une stratégie de compa-
tibilisation pour améliorer ses performances. C’est pourquoi nous avons testé deux stratégies de
compatibilisation sur l’interface PP/verre.
Il existe plusieurs façons de procéder pour compatibiliser une interface fibre/matrice au sein
d’un composite, nous avons choisi la modification de la matrice en utilisant de petites molécules
(i.e. des liquides ioniques), ainsi que l’utilisation de compatibilisants à chaînes courtes de type
polyéthylène, en les mélangeant dans la matrice polypropylène par extrusion.
Très utilisés dans la littérature, les liquides ioniques (LIs) peuvent permettre de modifier
les températures de fusion ou de cristallisation de la matrice, sa viscosité (jouant ainsi sur
la mobilité des chaînes), ou bien ils peuvent simplement jouer le rôle d’agent compatibilisant
via le contrôle des interactions physico-chimiques. Ce sont des sels qui peuvent être liquides à
température ambiante (Tf < 100°C), le plus souvent utilisés comme électrolytes dans les piles,
ou en remplacement de solvants organiques dans des réaction chimiques.
L’ajout de chaînes type PE se fait avec l’idée de créer un "réservoir" de chaînes courtes dans
la matrice, qui auraient la capacité d’interdiffuser à l’interphase et venir améliorer l’interface
fibre/matrice.
167
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Chapitre 4 : Vers la fin de vie des matériaux
Comme évoqué ci-dessus, les liquides ioniques (LIs) sont des sels (constitués seulement d’une
combinaison de cations et d’anions) dont la température de fusion n’excède pas les 100 °C,
donc généralement liquides à température ambiante. Leur nature modulable et leurs propriétés
(résistance aux hautes températures, pression de vapeur faible, non-inflammables) en font des
produits très versatiles faisant l’objet de nombreuses études pour des applications très variées. Ils
sont notamment de plus en plus utilisés comme substituts aux solvants organiques traditionnels
dans les réactions chimiques, ou comme fluides conducteurs (électrolytes).
Leur utilisation dans les matériaux polymères en quantités variables semble également mon-
trer de réels avantages : plusieurs articles démontrent des améliorations de propriétés mécaniques,
thermiques, ou encore de conductivité ionique. D’autres études évoquent la compatibilisation
de mélanges polymères 147 , ainsi que le rôle d’agent interfacial au sein de matériaux composites.
Deux voies sont alors envisageables : le dépôt de LI à la surface des fibres de renfort, ou bien
l’introduction de LI directement dans la matrice. Dans les deux cas, il est attendu des LIs une
certaine réactivité leur permettant d’établir, dans le meilleur des cas, des liaisons covalentes à
la fois avec les fibres de renfort (via leur ensimage), et avec la matrice elle-même.
À titre d’exemple, des liquides ioniques contenant des cations phosphonium et différents
anions associés ont été utilisés dans la compatibilisation de mélanges thermoplastiques PP/PA6 148 .
Dès l’ajout de 1 % massique de LI dans le mélange polymère, les clichés obtenus par MET
montrent un impact direct sur la dimension des nodules de PA6 au sein de la phase continue de
PP, les LIs agissant sur le mélange polymère comme un émulsifiant stabilisateur de la structure :
ceux-ci semblent se ségréguer à l’interface entre les différentes phases, empêchant la coalescence
des nodules de PA6. Les propriétés thermiques et mécaniques en sont alors affectées : la stabilité
thermique du mélange est augmentée jusqu’à 35 °C en fonction de l’anion associé, et la plas-
tification du mélange traduite par l’augmentation importante de l’élongation à rupture atteint
+ 1400 %.
L’hypothèse de la plastification de l’interface dûe à la diffusion des LIs est rejointe par une
étude portant sur un système matrice epoxy/fibres de carbone, dans lequel le LI joue le rôle
d’ensimage des fibres de renfort 149 . Les résultats obtenus mettant en lien l’augmentation de
l’adhésion fibre/matrice jusque 250 % avec les simulations de dynamique moléculaire indiquent
la formation d’interfaces résistantes à de plus grandes contraintes de cisaillement à la suite de
leur plastification.
168
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Partie 2. Compatibilisation de l’interface PP/verre
Récemment, un travail de thèse conséquent a été réalisé portant sur la compréhension des
interactions fibre/matrice au sein de composites à matrice polysulfure de phénylène (PPS),
renforcée de fibres de carbone ou de basalte 150 . Dans le cadre de cette étude, la recherche
d’une optimisation de ces interactions a conduit à l’introduction de liquides ioniques en tant que
compatibilisant au sein de la matrice. La présence de groupements réactifs capables d’interagir
entre les chaînes polymère de la matrice et les groupements en surface des fibres, que ce soit par
π-stacking ou par liaisons covalentes, semble améliorer de manière très importante le transfert de
contraintes interfaciales des différents systèmes, jusque 25 % d’augmentation de l’IFSS mesuré
par pull-out dans le cas des fibres de carbone, et jusque 55 % pour les fibres de basalte.
Ce sont ces différents travaux et résultats qui ont suscité l’utilisation de liquides ioniques
comme agents de compatibilisation pour le système PP/fibre de verre.
Démarche expérimentale
Trois liquides ioniques fournis par CYTEC ont été sélectionnés, composés de cations phos-
phonium combinés à des anions type chlorure, bromure, et tosylate, représentés en figure IV.8.
Ceux-ci sont incorporés à hauteur de 5 et 10% massique, par extrusion. Les effets des LIs sur les
propriétés thermiques sont étudiés, avant de mesurer l’impact sur l’adhésion fibre/matrice par
des essais de pull-out.
SO3-
Dans une même approche que les LIs capables de diffuser à l’interface fibre/matrice, de la
plastifier et conduire à l’augmentation de sa résistance au cisaillement, des courtes chaînes de PE
immiscibles avec le PP pourront peut-être diffuser à l’interface fibre/matrice et la compatibiliser.
Ainsi, une cire PE (Mw < 1000 [Link]−1 ) fournie par Sigma Aldrich a été incorporée dans la
matrice à hauteur de 1 et 2 % massique par extrusion. De la même manière, ces additifs sur les
propriétés thermiques sont étudiés, et l’impact sur l’adhésion fibre/matrice sera évalué par des
essais de pull-out.
169
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Chapitre 4 : Vers la fin de vie des matériaux
L’impact de l’ajout de LIs en différentes quantités dans la matrice sur ses températures de
fusion et de cristallisation est mesuré par DSC, afin de déterminer si la durée de mobilité des
chaînes macromoléculaires est affectée (thermogramme reporté en figure IV.9).
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&'()*+,-.+'/0123
Figure IV.9 – Thermogrammes obtenus par DSC des différents mélanges "matrice-LIs", avec une
rampe de température de 10 °[Link]−1 .
L’ajout de LIs sur la cristallisation de la matrice semble clairement la retarder d’une dizaine
de degrés, puisque l’exotherme de cristallisation des matrices modifiées est toujours décalé vers
les basses températures par rapport à l’exotherme de cristallisation de la matrice vierge. Quant
à la fusion, les thermogrammes reportés sur la figure IV.9 ne permettent pas de déterminer un
quelconque effet. C’est pourquoi une analyse des taux de transformation est nécessaire.
L’effet retardateur des LIs sur la cristallisation de la matrice se trouve bien confirmé par les
tracés des taux de transformation des différents mélanges "matrice-liquides ioniques" reportés
sur la figure IV.10. Le début de la cristallisation est retardé d’environ 10°C, ce qui permet
d’augmenter d’autant la durée de mobilité des chaînes lors du refroidissement de la matrice.
Cependant, la cinétique des phénomènes de cristallisation associés semble plus importante en
présence de LIs, ce qui peut induire une contraction plus importante de la matrice, et ainsi une
compression plus importante sur les fibres de renfort.
Les tracés des taux de transformation lors de la fusion des différents mélanges "matrice-LIs"
reportés en figure IV.11 ne semblent pas montrer de réels effets des LIs sur la fusion de la matrice,
voir même un léger retard par rapport à la matrice vierge, ce qui n’est pas nécessairement un
effet désirable dans notre cas, puisque cela indique une potentielle diminution de la fenêtre
temporelle de mobilité des chaînes macromoléculaires.
170
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Partie 2. Compatibilisation de l’interface PP/verre
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Figure IV.11 – Cinétiques de fusion correspondant aux thermogrammes des différents mélanges
"matrice-LIs", avec une rampe de température de 10 °[Link]−1 .
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Chapitre 4 : Vers la fin de vie des matériaux
De la même manière qu’avec les liquides ioniques, l’impact de l’ajout de cire PE à différents
taux dans la matrice sur ses températures de fusion et de cristallisation est mesuré par DSC, afin
de déterminer si la fenêtre de mobilité des chaînes macromoléculaires est affectée (thermogramme
reporté en figure IV.12).
Contrairement aux liquides ioniques, l’ajout de cire PE dans la matrice semble avancer
sa cristallisation de quelques degrés, les exothermes des matrices modifiées étant décalés vers
les hautes températures par rapport à l’exotherme de cristallisation de la matrice vierge. Les
thermogrammes ne permettent en revanche pas de tirer de conclusion quant à l’impact de l’ajout
de cire PE sur la fusion de la matrice. Une analyse des taux de transformation s’impose alors.
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Figure IV.12 – Thermogrammes obtenus par DSC des différents mélanges "matrice-cire PE", avec
une rampe de température de 10 °[Link]−1 .
L’effet nucléant de la cire polyéthylène sur la cristallisation de la matrice est attesté par les
tracés des taux de transformation des mélanges "matrice-cire PE" reportés sur la figure IV.13. La
cristallisation est avancée d’environ 5 °C, dûe à la présence des chaînes plus courtes, entraînant
une réduction de la fenêtre de mobilité des chaînes macromoléculaires lors du refroidissement de
la matrice.
Les tracés des taux de transformation lors de la fusion des mélanges "matrice-cire PE" re-
portés sur la figure IV.14 semblent faire apparaître un très léger retard à la fusion par rapport
à la matrice vierge, qui pourrait indiquer une éventuelle diminution de la durée de mobilité des
chaînes macromoléculaires.
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Partie 2. Compatibilisation de l’interface PP/verre
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Figure IV.13 – Cinétiques de cristallisation correspondant aux thermogrammes des différents mé-
langes "matrice-cire PE", avec une rampe de température de 10 °[Link]−1 .
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Figure IV.14 – Cinétiques de fusion correspondant aux thermogrammes des différents mélanges
"matrice-cire PE", avec une rampe de température de 10 °[Link]−1 .
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Chapitre 4 : Vers la fin de vie des matériaux
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Figure IV.15 – Résultats des essais de pull-out en fonction des modifications de la matrice poly-
propylène par des ajouts de liquides ioniques ou de cire polyéthylène.
L’ajout des différents liquides ioniques, peu importe le taux d’incorporation, ne semble pas
provoquer d’amélioration de l’IFSS. Cependant, ces taux d’incorporation étant élevés, il est
possible qu’une couche de faible cohésion se crée à l’interface fibre/matrice, entraînant une
diminution de l’adhésion. De plus, une dégradation de la matrice n’est pas à exclure, une légère
coloration de celle-ci apparaissant lors de l’élaboration des échantillons (matrice légèrement
jaunie).
Il est important de noter que les LIs (a) et (b), associés à des anions chlorure Cl− et bromure
Br− , semblent être moins intéressants que le LI (c) dont l’anion associé est un tosylate. Ce dernier
comportant un cycle aromatique, il est possible que des interactions électrostatiques aient lieu
avec l’ensimage présent à la surface des fibres de verre, contenant notamment du glycérol d’après
l’analyse réalisée par spectroscopie IR.
Quant à l’ajout de cire PE, l’effet prévu de "réservoir" de chaînes courtes capables d’inter-
diffuser à l’interface et en améliorer l’adhésion ne semble pas avoir lieu. En revanche, aucune
dégradation de la matrice n’est à observer, et l’adhérence ne montre pas non plus de diminution
trop importante.
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Partie 2. Compatibilisation de l’interface PP/verre
Trois liquides ioniques ont été sélectionnés, comportant des cations phosphonium, et les anions
associés chlorure, bromure, et tosylate. Ceux-ci ont été incorporés au sein de la matrice
polypropylène par extrusion, à différents taux massiques. De la même manière, une cire PE
a été introduite à différents taux massiques dans la matrice PP par extrusion.
L’impact sur les propriétés thermiques de la matrice modifiée a notamment révélé un effet
retardant sur la cristallisation des mélanges matrice-LIs, laissant espérer une augmentation de
la durée de mobilité des chaînes. Cependant, la cinétique de cristallisation étant augmentée,
un retrait de la matrice plus brutal peut entraîner une compression plus importante sur les
fibres de renfort, et ainsi fragiliser l’interface. Un léger retard à la fusion a également été
remarqué, risquant d’affecter négativement la construction de l’interface, puisque cela peut
signifier la réduction de la fenêtre de mobilité des chaînes.
Les IFSS obtenus par pull-out pour les différentes interfaces ainsi créées entre les matrices
modifiées et des monofilaments de fibre de verre ensimée ne montrent malheureusement au-
cune amélioration. L’utilisation des liquides ioniques aux ions chlorure et bromure entraînent
une dégradation très importante de l’IFSS en comparaison avec l’interface de référence : au
mieux un IFSS de moitié est atteint, au pire une diminution de près de 90% de l’IFSS est me-
surée. Ceci peut être expliqué par la fragilisation de l’interface dûe à la cinétique importante
de cristallisation. Des diminutions moins importantes des IFSS suite à l’incorporation du LI
tosylate ou de la cire PE est à noter, attribuées aux possibles interactions électrostatiques
pour le LI tosylate compensant les contraintes physiques de l’interface.
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Conclusion
Finalement, l’aptitude au recyclage du SRP a été validée. La miscibilité des phases homopo-
lymère et copolymère suite au passage à l’état fondu du composite par extrusion a pu être
démontrée par des analyses DSC et DRX, révélant une cristallisation unique dûe au mélange
intime des phases. Le matériau recyclé obtenu est alors considéré comme cohérent, et ses
propriétés rhéologiques et mécaniques confirment sa réutilisation, en fonction de l’application
visée.
Il aurait été intéressant de réutiliser cette matière recyclée pour de nouveau composites
SRP, en tant que matrice, avec de nouvelles fibres de PP. Ainsi, un nouveau cycle de vie
"SRP" aurait été étudié : évaluation du transfert de contraintes avec la matrice recyclée, mais
également recyclage de ce second SRP, afin d’évaluer dans quelle mesure le SRP est capable
de subir plusieurs "vies".
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Conclusion générale et perspectives
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There’s a lot of beauty in ordinary things. Isn’t that kind
of the point ?
Pam Beesly
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Conclusion générale et perspectives
Les travaux présentés dans ce manuscrit de thèse se sont inscrits dans le cadre d’un projet
collaboratif à visée industrielle, qui avait pour objectif de développer un composite thermoplas-
tique auto-renforcé en polypropylène mis en forme par thermoformage. L’étude qui nous était
confiée avait pour but bien précis de sonder les interfaces fibre/matrice au sein du composite
auto-renforcé, depuis la compréhension des phénomènes mis en jeu lors de leur création, jusqu’à
l’observation et la caractérisation des interfaces obtenues. C’est à travers l’étude des relations
entre paramètres appliqués, structures obtenues, et propriétés mesurées que ces travaux se sont
placés au sein du projet, permettant de comprendre et appréhender certains verrous technolo-
giques dans une approche plus fondamentale.
Une première partie a été consacrée à l’étude bibliographique des composites auto-renforcés
d’une part, et à la problématique des interfaces et interphases au sein des composites en général
d’autre part. La présentation des composites auto-renforcés s’est concentrée sur les polyoléfines,
notamment le polyéthylène et le polypropylène, ces derniers étant déjà actuellement commer-
cialisés et en application. La principale difficulté rencontrée dans l’élaboration de matériaux
concernent la gestion de la température pilotant compromis entre viscosité de la matrice à
l’état fondu, et maintien des propriétés mécaniques des fibres de renfort sensibles à la relaxation
thermique. Pour répondre à ce challenge, différentes voies semblent considérées : utilisation de
différentes masses molaires, de copolymères, optimisation de l’orientation macromoléculaire ou
encore exploitation des différentes formes cristallines.
Dans la seconde partie, nous nous sommes penchés sur les phénomènes entrant en jeu dans
la création de l’interface, tout en les mettant en lien autant que possible avec les paramètres
appliqués lors du procédé industriel de fabrication du composite. Pour cela, celui-ci a tout
d’abord été présenté en détail. Puis une caractérisation des matériaux de l’étude, en lien avec les
paramètres du procédé, a été proposée : caractérisations thermiques, rhéologiques, mécaniques,
mais également analyses de surface, et observations microscopiques. Ensuite, dans le but de
réaliser une analyse structure/propriétés, chacun des éléments acteurs de la création de l’interface
a été investigué : énergies de surface des éléments fibres et matrice à l’état fondu, évaluation
des valeurs de travail d’adhésion des systèmes, dynamique moléculaire des chaînes polymères,
et cristallisation de la matrice.
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L’étude du mouillage des fibres de renfort par la matrice à l’état fondu a mis en évidence
l’importance de la présence d’ensimage : pour le système d’étude PP/PP, un meilleur travail
d’adhésion est obtenu avec les fibres PP ensimées. Le système de référence choisi PP/verre
a également fait ressortir la même tendance, tout particulièrement en comparant une surface
ensimée avec une surface pyrolysée. En prime, le travail d’adhésion du système PP/PP semble
plus important que celui du système PP/verre, laissant présager une meilleure interface pour le
système auto-renforcé qui sera quantifiée dans la partie suivante.
La troisième partie s’est ensuite concentrée sur la caractérisation des interfaces d’étude
PP/PP, et de référence PP/verre. La caractérisation mécanique a été menée à deux échelles,
microscopique et macroscopique, afin d’évaluer le transfert de contraintes entre le monofilament
de renfort et la matrice dans laquelle il est enchâssé, mais également entre un faisceau de fibres
de renfort et la matrice dans un composite unidirectionnel. Dans le but de faire le lien entre
structure et propriétés, les composites auront été soumis à différents paramètres de temps et de
température, puisque les phénomènes régissant la création de l’interface tels que le mouillage
des fibres par la matrice à l’état fondu et le travail d’adhésion, la dynamique moléculaire et
l’interdiffusion des chaînes macromoléculaires, et la cristallisation de la matrice en dépendent.
Ainsi, les valeurs de travail d’adhésion annonçaient une meilleure interface PP/PP avec les
fibres ensimées, en accord avec les mesures d’IFSS obtenues à travers les essais de pull-out, malgré
la nature chimique de l’ensimage en surface des fibres de PP. En revanche, le vieillissement
humide des éprouvettes de pull-out a entraîné des résultats différents, révélant une meilleure
interface avec les fibres de polypropylène lavées par extraction Soxhlet. Ceci a été attribué au
caractère plus apolaire de l’interface entre la matrice PP et les fibres PP lavées, affranchies de
l’ensimage textile présentant un caractère plus polaire, et ne laissant donc pas s’immiscer de
molécule d’eau qui entraînerait une dégradation de l’interface. Une autre hypothèse consiste à
supposer que les chaînes macromoléculaires pourraient continuer d’interdiffuser à l’interface, la
rendant plus robuste avec le temps.
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Conclusion générale et perspectives
plus en plus importante avec le temps et la température de cicatrisation. Les valeurs d’IFSS ont
donc été recalculées avec la longueur enchâssée initiale, et il semble alors que l’IFSS atteint une
valeur maximale en accord avec le critère de Von Mises traduisant le transfert de contraintes
effectif entre la matrice et le monofilament.
Enfin, la morphologie cristalline des interfaces PP/PP a été observée en utilisant différentes
techniques. L’observation par microscopie optique en lumière polarisée de fines lamelles coupées
transversalement au monofilament a fait apparaître une zone cristalline importante à l’interface
avec la fibre de renfort. Celle-ci a également été observée par microscopie électronique en trans-
mission, révélant une morphologie cristalline orientée à l’interface, différente de la matrice en
volume sous forme de sphérolites. Une analyse par microscopie à force atomique a également été
menée, sans succès.
La quatrième et dernière partie a eu pour objectif de s’intéresser à des axes plus explora-
toires autour du composite auto-renforcé. Dans un premier temps, nous nous sommes intéressés
à la fin de vie du composite. L’aptitude au recyclage du composite auto-renforcé a été étudiée
dans une démarche de recyclage mécanique par passage à l’état fondu de la matière par extru-
sion, suivie d’une analyse de miscibilité par DSC et DRX dans le souci d’obtenir un matériau
cohérent aux performances maintenues. Ainsi, en fonction de l’application visée, le matériau
recyclé obtenu semble viable mécaniquement, ne montrant pas de dégradation rhéologique pour
une nouvelle mise en œuvre.
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Les résultats obtenus après vieillissement humide lors des essais portant sur l’interface
PP/fibres lavées étant intéressants, il aurait été judicieux d’approfondir cette analyse dans le
temps afin d’évaluer dans quelle mesure l’interdiffusion des chaînes peut améliorer l’interface
fibre/matrice. De plus, la corrélation entre les échelles microscopique et macroscopique n’a pas
pu être vérifiée avec les fibres lavées lors d’essais de traction hors-axes, afin d’observer la tendance
qu’auraient suivi ces essais.
Des essais de flexion réalisés sur les composites SRP avec des interfaces de qualité différente
auraient pu être menés pour évaluer l’aptitude à la déformation des interfaces lors du procédé
de thermoformage.
Enfin, pour mieux caractériser les interfaces, le recours à un marqueur et son suivi par
des techniques de diffusion aux neutrons aurait permis de quantifier l’épaisseur des interphases
générées.
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FOLIO ADMINISTRATIF
Prénoms : Amel
Spécialité : Matériaux
RESUME : Cette thèse porte sur la compréhension et la caractérisation de l'interface fibre-matrice au sein d'un composite auto-
renforcé à matrice et fibre polypropylène. Ce travail a été réalisé dans le cadre du projet FUI « Composite2020 » qui vise à
développer des composites par imprégnation en voie sèche et mise en forme par thermoformage.
Dans un premier temps, l’étude a porté sur les phénomènes mis en jeu dans la création de l'interface/interphase : i) la mouillabilité
de la fibre par la matrice, ii) la mobilité des chaînes macromoléculaires et iii) l’aptitude des chaînes à la cristallisation. Un bon
mouillage entraînant un contact intime entre fibre et matrice, la mesure de l’énergie de surface permet d’évaluer les interactions
mises en jeu et de déterminer le travail d'adhésion thermodynamique de l'interface résultante. La mobilité des chaînes
macromoléculaires présentes à l’interface entre la surface de la matrice et celle des renforts, dépendante de la température et
du temps appliqués, induit une interdiffusion des chaînes dont les enchevêtrements vont générer l'interphase et assurer l’auto-
adhésion du composite. Enfin, la capacité de cristalliser de la matrice au contact des fibres peut créer une morphologie cristalline
locale à l’interface différente de celle au cœur de la matrice.
Dans un second temps, l'interface est caractérisée mécaniquement aux échelles microscopique et macroscopique, au moyen
des essais de pull-out et de traction hors-axes respectivement. Les phénomènes mis en jeu dans la création de
l’interface/interphase dépendant des conditions (temps- températures) appliqués lors de l'élaboration des échantillons, permettent
l’obtention d’interfaces aux propriétés différentes.
Dans un dernier temps, la recyclabilité du composite auto-renforcé est étudiée : la miscibilité des phases en présence est
analysée, et les propriétés mécaniques des pièces recyclées (non renforcées) sont testées en comparaison avec celles de la
matrice initiale vierge, afin d'attester de la capacité de ce composite à une seconde vie.
MOTS-CLÉS : Composites thermoplastiques, interface, interphase, mouillage, travail d’adhésion, interdiffusion, cristallisation,
micromécanique, traction hors-axes, recyclage.
Laboratoire (s) de recherche : Ingénierie des Matériaux Polymères (IMP – INSA Lyon)
Président de jury :
Composition du jury :