Introduction
La mort est un événement naturel et inévitable qui met fin à la vie
humaine. Elle constitue non seulement un fait biologique, mais également
un fait juridique majeur. En droit civil ivoirien, la mort produit des effets
importants sur la personnalité juridique, la famille et le patrimoine du
défunt. Elle entraîne la disparition de la capacité juridique de la personne
et ouvre la voie à la transmission de ses biens. De ce fait :
Qu’elles sont les effets de la mort ?
Le Code civil encadre les conséquences de la mort à travers plusieurs
dispositions relatives à l’état civil, à l’absence et à la succession. Il
convient donc d’analyser la mort successivement comme :
I- LA MORT ( PHYSIQUE)
II-
Une situation pouvant donner lieu à des régimes particuliers
(absence et disparition).
III. Un événement produisant des effets familiaux ;
IV. Un fait générateur de la transmission du patrimoine
V. Une situation pouvant donner lieu à des régimes particuliers
(absence et disparition).
I-LA MORT
La mort s’apprehende sous deux aspects :La mort physique (A) et
la mort juridique (B)
Définition médicale et évolution
du critère de mort
Historiquement, la mort était définie
par l’arrêt de la respiration et de la
circulation sanguine. Cependant, les
progrès médicaux et les besoins liés
aux transplantations d’organes ont
conduit à une redéfinition du critère
de mort. Aujourd’hui, la mort est
cérébrale, c’est-à-dire l’arrêt
irréversible de toute activité du
cerveau, même si le corps peut être
artificiellement maintenu en
fonctionnement (circulation sanguine
et respiration assistées). »
2-La déclaration de décès et ses
implications juridiques
Le décès doit être déclaré dans les
24 heures à l’officier d’état civil de la
commune où il a eu lieu. Cette
déclaration peut être effectuée par :
• Un membre de la famille.
• Toute personne possédant des
renseignements complets et
exacts sur l’état civil du défunt.
L’acte de décès est alors établi et
comprend :
• La date et le lieu du décès.
• L’identité du défunt.
• L’identité de ses parents et de son
conjoint, s’il en avait un.
• L’identité de la personne ayant
déclaré le décès.
B-Le régimes juridique de la mort
La mort , en droit est définie comme
l’anéantissement de la personnalité
juridique. Elle met fin à l’existence
légale d’une personne et entraîne
des conséquences importantes sur
les plans civil et pénal .Cependant ,
bien que le cadavre ne soit plus une
personne, il ne peut être assimilé à
une simple chose, car il bénéficie
d’une protection particulière.
1. La protection juridique du
cadavre
Avis du Comité consultatif national
d’éthique du 7 novembre 1988 :
Un corps en état de mort cérébrale,
même avec circulation sanguine
artificiellement maintenue, doit être
considéré comme un cadavre.
Cependant, bien qu’étant une chose,
le cadavre bénéficie d’un régime
protecteur spécifique.
Bien que le corps humain sans vie ne
soit plus une personne, le droit pénal
lui accorde une protection
particulière :
• Le Code pénal, dans le Livre «
Crimes et délits contre les personnes
», contient un Chapitre intitulé « Des
atteintes à la dignité de la personne
», avec une section dédiée aux «
Atteintes au respect dû aux morts ».
• Article 225-17 du Code pénal :
« Toute atteinte à l’intégrité du
cadavre, par quelque moyen que ce
soit, est punie d’un an
d’emprisonnement et de 15 000
euros d’amende. »
Exemples d’atteintes réprimées :
• Violation de sépulture.
• Mutilation d’un cadavre
• Conservation ou exposition
indécente de restes humains.
Prélèvement d’organes :
Les médecins procédant à un
prélèvement d’organe doivent
restaurer décemment le corps du
défunt, afin de respecter la dignité
du cadavre.
2-Protecton de la mémoire du
défunt
Le cadavre ne jouit pas de droits,
mais sa mémoire et son image
peuvent être protégées par ses
ayants droit :
• Les proches peuvent s’opposer
à la divulgation de faits portant
atteinte à la dignité du défunt.
• La publication de photos du
défunt dans des conditions
indécentes peut être
sanctionnée (ex. : affaire de la
publication de la photo du
préfet Érignac assassiné en
Corse par Paris Match).
Affaire Mitterrand et le respect de
la vie privée post-mortem :
L’ancien président François
Mitterrand s’était opposé à la
publication de révélations
médicales après sa mort.
Le Conseil d’État a refusé de
reconnaître un droit à la vie privée
post-mortem, confirmant que
seuls les proches pouvaient
invoquer un préjudice moral en
cas d’atteinte à la mémoire du
défunt.
La mort anéantit la personnalité
juridique.
Le cadavre devient une chose,
mais bénéficie d’un statut
protecteur spécifique.
Les proches peuvent défendre la
mémoire du défunt contre des
atteintes à sa dignité.
Ainsi, le droit reconnaît une
continuité entre la personne et
son corps après la mort.
II -Les régimes particuliers :
absence et disparition
Il arrive qu’une personne
disparaisse sans que sa mort soit
certaine. Le droit prévoit alors un
régime spécial.
1. La déclaration d’absence
Selon l’article 115 du Code civil I,
lorsqu’une personne cesse de
paraître à son domicile et que l’on
est sans nouvelles depuis quatre
ans, les parties intéressées
peuvent demander au tribunal de
déclarer l’absence.
Le tribunal examine les
circonstances et peut rendre un
jugement déclaratif d’absence.
2. L’envoi en possession
provisoire
Selon l’article 120 du Code civil I,
les héritiers présomptifs peuvent
être envoyés en possession
provisoire des biens de l’absent.
Cette possession est temporaire
et assortie d’obligations de
gestion prudente.
3. L’envoi en possession
définitive
Si l’absence dure trente ans, ou
cent ans depuis la naissance de
l’absent, l’envoi en possession
définitive peut être prononcé,
conformément aux articles 128 et
129 du Code civil I.
Dans ce cas, la situation produit
des effets similaires à ceux d’un
décès.
4. Le retour de l’absent
Si l’absent réapparaît, l’article 132
du Code civil I prévoit qu’il
recouvre ses biens dans l’état où
ils se trouvent.
Ce mécanisme montre que le droit
protège à la fois les héritiers
présomptifs et l’absent lui-même.
Les situations particulières liées
à la mort
Outre le décès constaté
physiquement, la loi organise des
régimes particuliers :
La présomption d’absence
(articles 112 et suivants du Code
civil)
La déclaration d’absence (article
115)
L’envoi en possession provisoire
(article 120)
L’envoi en possession définitive
(articles 128 et 129)
Ces dispositions visent à protéger les
intérêts patrimoniaux lorsque la mort
n’est pas prouvée mais supposée.
. La portée sociale et morale de la
mort
Au-delà des effets juridiques, la
mort a une dimension sociale
importante :
• Organisation des funérailles ;
• Respect dû au corps du
défunt ;
• Période de deuil ;
• Transmission des valeurs
familiales.
Elle soulève également des
questions contemporaines telles
que :
• L’euthanasie ;
• Le don d’organes ;
• Les soins palliatifs ;
• La dignité de la personne en fin
de vie.
Ces questions montrent que la
mort demeure un sujet sensible,
au croisement du droit, de la
morale et de la médecine.
III. Les effets juridiques de la
mort : Les effets familiaux de
la mort
La mort produit plusieurs
conséquences juridiques
importantes.
1. La dissolution du mariage
La mort met automatiquement fin
au mariage. Le lien conjugal
disparaît dès le décès de l’un des
époux. Le conjoint survivant
recouvre alors sa pleine capacité
matrimoniale et peut, s’il le
souhaite, contracter un nouveau
mariage. Toutefois, des effets
patrimoniaux subsistent,
notamment en matière de régime
matrimonial et de succession.
2. Les effets sur la filiation et
l’autorité parentale
La mort d’un parent met fin à
l’exercice de l’autorité parentale
par celui-ci. L’autorité parentale
continue d’être exercée par le
parent survivant.
En cas de décès des deux
parents, un régime de tutelle peut
être ouvert pour protéger les
intérêts des enfants mineurs.
3. Les effets patrimoniaux :
l’ouverture de la succession
L’effet principal de la mort est
l’ouverture de la succession.
Selon les principes du droit civil,
la succession s’ouvre au moment
du décès au dernier domicile du
défunt. Le patrimoine du défunt
est alors transmis à ses héritiers.
La succession peut être légale
(prévue par la loi) ou
testamentaire (prévue par un
testament). Les héritiers
deviennent propriétaires des
biens du défunt, sous réserve du
règlement des dettes.
Le Code civil précise que les biens
vacants et les successions sans
héritiers appartiennent à l’État.
Ainsi, l’article 539 du Code civil
dispose que les biens des
personnes qui décèdent sans
héritiers ou dont les successions
sont abandonnées appartiennent
au domaine public.
4. La transmission du patrimoine
En vertu du principe de continuité
du patrimoine, les droits et
obligations transmissibles du
défunt passent aux héritiers.
Toutefois, les droits strictement
personnels, comme l’autorité
parentale ou certains droits liés à
la personnalité, s’éteignent avec
la mort.
La mort met donc fin aux droits
extrapatrimoniaux, mais permet
la transmission des droits
patrimoniaux.
Le patrimoine comprend :
• Les biens meubles et
immeubles ;
• Les créances ;
• Les dettes transmissibles.
Selon l’article 544 du Code civil II,
la propriété est le droit de jouir et
disposer des choses de la manière
la plus absolue. À la mort du
propriétaire, ce droit est transmis
à ses héritiers.
Toutefois, les héritiers doivent
également supporter les dettes
successorales, dans les limites
prévues par la loi.
IV. Les situations particulières
liées à la mort
Outre le décès constaté
physiquement, la loi organise des
régimes particuliers :
• La présomption d’absence
(articles 112 et suivants du
Code civil)
• La déclaration d’absence
(article 115)
• L’envoi en possession
provisoire (article 120)
• L’envoi en possession
définitive (articles 128 et 129)
Ces dispositions visent à protéger
les intérêts patrimoniaux lorsque
la mort n’est pas prouvée mais
supposée.