Ch Matrices
Ch Matrices
Ñ
Ñ
Ñ
Ñ
Ñ
Ñ
á
Les matrices sont des tableaux de nombres. La résolution d’un certain nombre de problèmes d’algèbre linéaire se
ramène à des manipulations sur les matrices. Ceci est vrai en particulier pour la résolution des systèmes linéaires.
Dans ce chapitre, K désigne un corps. On peut penser à Q, R ou C.
1. Définition
1.1. Définition
Définition 1.
• Une matrice A est un tableau rectangulaire d’éléments de K.
• Elle est dite de taille n ⇥ p si le tableau possède n lignes et p colonnes.
• Les nombres du tableau sont appelés les coefficients de A.
• Le coefficient situé à la i-ème ligne et à la j-ème colonne est noté ai, j .
En d’autres termes, on somme coefficients par coefficients. Remarque : on note indifféremment ai j où ai, j pour les
coefficients de la matrice A.
Exemple 2.
✓ ◆ ✓ ◆ ✓ ◆
3 2 0 5 3 3
Si A= B=
et alors A+ B = .
1 7 2 1 3 6
✓ ◆
0 2
Par contre si B = alors A + B 0 n’est pas définie.
8
Exemple 3.
✓ ◆ ✓ ◆
1 2 3 2 4 6
Si A= et ↵=2 alors ↵A = .
0 1 0 0 2 0
La matrice ( 1)A est l’opposée de A et est notée A. La différence A B est définie par A + ( B).
MATRICES 2. MULTIPLICATION DE MATRICES 3
Exemple 4.
✓ ◆ ✓ ◆ ✓ ◆
2 1 0 1 4 2 3 5 2
Si A= et B= alors A B= .
4 5 2 7 5 3 3 0 1
L’addition et la multiplication par un scalaire se comportent sans surprises :
Proposition 1.
Soient A, B et C trois matrices appartenant à Mn,p (K). Soient ↵ 2 K et 2 K deux scalaires.
1. A + B = B + A : la somme est commutative,
2. A + (B + C) = (A + B) + C : la somme est associative,
3. A + 0 = A : la matrice nulle est l’élément neutre de l’addition,
4. (↵ + )A = ↵A + A,
5. ↵(A + B) = ↵A + ↵B.
Démonstration. Prouvons par exemple le quatrième point. Le terme général de (↵ + )A est égal à (↵ + )ai j . D’après
les règles de calcul dans K, (↵ + )ai j est égal à ↵ai j + ai j qui est le terme général de la matrice ↵A + A.
Mini-exercices.
Ä 7 2ä Ä1 2 3ä Ä 21 6 ä Ä1 0 1ä Ä 1 2ä
1. Soient A = 0 1 , B = 2 3 1 , C = 0 3 , D = 12 0 1 0 , E = 3 0 . Calculer toutes les sommes possibles
1 4 321 3 12 111 86
de deux de ces matrices. Calculer 3A + 2C et 5B 4D. Trouver ↵ tel que A ↵C soit la matrice nulle.
2. Montrer que si A + B = A, alors B est la matrice nulle.
3. Que vaut 0 · A ? et 1 · A ? Justifier l’affirmation : ↵( A) = (↵ )A. Idem avec nA = A + A + · · · + A (n occurrences
de A).
2. Multiplication de matrices
p
X
ci j = aik bk j
k=1
Avec cette disposition, on considère d’abord la ligne de la matrice A située à gauche du coefficient que l’on veut
calculer (ligne représentée par des ⇥ dans A) et aussi la colonne de la matrice B située au-dessus du coefficient que
l’on veut calculer (colonne représentée par des ⇥ dans B). On calcule le produit du premier coefficient de la ligne par
le premier coefficient de la colonne (ai1 ⇥ b1 j ), que l’on ajoute au produit du deuxième coefficient de la ligne par le
deuxième coefficient de la colonne (ai2 ⇥ b2 j ), que l’on ajoute au produit du troisième. . .
2.2. Exemples
Exemple 5.
1 0
✓ 1 2 ◆
1 2 3
A= B = @ 1 1A
2 3 4
1 1
On dispose d’abord le produit correctement (à gauche) : la matrice obtenue est de taille 2 ⇥ 2. Puis on calcule chacun
des coefficients, en commençant par le premier coefficient c11 = 1 ⇥ 1 + 2 ⇥ ( 1) + 3 ⇥ 1 = 2 (au milieu), puis les
autres (à droite).
0 1 0 1 0 1
1 2 1 2 1 2
@ 1 1A @ 1 1A @ 1 1A
✓ ◆ ✓ 1 1◆ ✓ ◆ ✓ 1 1◆ ✓ ◆ ✓ 1 1◆
1 2 3 c11 c12 1 2 3 2 c12 1 2 3 2 7
2 3 4 c21 c22 2 3 4 c21 c22 2 3 4 3 11
Un exemple intéressant est le produit d’un vecteur ligne par un vecteur colonne :
0 1
b1
B b2 C
B C
u = a1 a2 · · · an v=B . C
@ .. A
bn
Alors u ⇥ v est une matrice de taille 1 ⇥ 1 dont l’unique coefficient est a1 b1 + a2 b2 + · · · + an bn . Ce nombre s’appelle le
produit scalaire des vecteurs u et v.
Calculer le coefficient ci j dans le produit A ⇥ B revient donc à calculer le produit scalaire des vecteurs formés par la
i-ème ligne de A et la j-ème colonne de B.
Exemple 8.
✓ ◆ ✓ ◆ ✓ ◆ ✓ ◆
0 1 4 1 2 5 5 4
A= B= C= et AB = AC = .
0 3 5 4 5 4 15 12
Démonstration. Posons A = (ai j ) 2 Mn,p (K), B = (bi j ) 2 M p,q (K) et C = (ci j ) 2 Mq,r (K). Prouvons que A(BC) = (AB)C
en montrant que les matrices A(BC) et (AB)C ont les mêmes coefficients.
Xp
Le terme d’indice (i, k) de la matrice AB est x ik = ai` b`k . Le terme d’indice (i, j) de la matrice (AB)C est donc
`=1
q q
Ç p å
X X X
x ik ck j = ai` b`k ck j .
k=1 k=1 `=1
q
X
Le terme d’indice (`, j) de la matrice BC est y` j = b`k ck j . Le terme d’indice (i, j) de la matrice A(BC) est donc
k=1
p
Ç q
å
X X
ai` b`k ck j .
`=1 k=1
Comme dans K la multiplication est distributive et associative, les coefficients de (AB)C et A(BC) coïncident. Les
autres démonstrations se font comme celle de l’associativité.
Démonstration. Nous allons détailler la preuve. Soit A 2 Mn,p (K) de terme général ai j . La matrice unité d’ordre p est
telle que tous les éléments de la diagonale principale sont égaux à 1, les autres étant tous nuls.
On peut formaliser cela en introduisant le symbole de Kronecker. Si i et j sont deux entiers, on appelle symbole de
Kronecker, et on note i, j , le réel qui vaut 0 si i est différent de j, et 1 si i est égal à j. Donc
®
0 si i 6= j
i, j =
1 si i = j.
Alors le terme général de la matrice identité I p est i, j avec i et j entiers, compris entre 1 et p.
MATRICES 2. MULTIPLICATION DE MATRICES 6
La matrice produit AI p est une matrice appartenant à Mn,p (K) dont le terme général ci j est donné par la formule
p
X
ci j = aik k j . Dans cette somme, i et j sont fixés et k prend toutes les valeurs comprises entre 1 et p. Si k 6= j alors
k=1
kj = 0, et si k = j alors k j = 1. Donc dans la somme qui définit ci j , tous les termes correspondant à des valeurs de
k différentes de j sont nuls et il reste donc ci j = ai j j j = ai j 1 = ai j . Donc les matrices AI p et A ont le même terme
général et sont donc égales. L’égalité I n A = A se démontre de la même façon.
Exemple 9. 0 1
1 0 1
On cherche à calculer Ap avec A = @0 1 0A. On calcule A2 , A3 et A4 et on obtient :
0 0 2
0 1 0 1 0 1
1 0 3 1 0 7 1 0 15
A2 = @0 1 0A A3 = A2 ⇥ A = @0 1 0A A4 = A3 ⇥ A = @0 1 0 A .
0 0 4 0 0 8 0 0 16
0 1
1 0 2p 1
L’observation de ces premières puissances permet de penser que la formule est : Ap = @0 ( 1) p 0 A. Démon-
0 0 2p
trons ce résultat par récurrence.
Il est vrai pour p = 0 (on trouve l’identité). On le suppose vrai pour un entier p et on va le démontrer pour p + 1. On
a, d’après la définition,
0 1 0 1 0 1
1 0 2p 1 1 0 1 1 0 2 p+1 1
Ap+1 = Ap ⇥ A = @0 ( 1) p 0 A ⇥ @0 1 0A = @0 ( 1) p+1 0 A.
p p+1
0 0 2 0 0 2 0 0 2
Donc la propriété est démontrée.
Exemple 0 10. 1 0 1
1 1 1 1 0 1 1 1
B0 1 2 1C B C
Soit A = B C. On pose N = A I = B0 0 2 1C. La matrice N est nilpotente (c’est-à-dire il existe
@0 0 1 3 A @ 0 0 0 3A
0 0 0 1 0 0 0 0
k 2 N tel que Nk = 0) comme le montrent les calculs suivants :
0 1 0 1
0 0 2 4 0 0 0 6
B 0 0 0 6C B 0 0 0 0C
N2 = B
@ 0 0 0 0A
C N 3
= B
@ 0 0 0 0A
C et N 4 = 0.
0 0 0 0 0 0 0 0
Comme on a A = I + N et les matrices N et I commutent (la matrice identité commute avec toutes les matrices), on
peut appliquer la formule du binôme de Newton. On utilise que I k = I pour tout k et surtout que N k = 0 si k > 4. On
obtient
X p Å ã 3 Å ã
p k p k X p k p(p 1) p(p 1)(p 2) 3
Ap = N I = N = I + pN + 2! N 2 + 3! N .
k=0
k k=0
k
D’où 0 1
1 p p2 p(p2 p + 1)
B0 1 2p p(3p 2) C
Ap = B
@0
C.
A
0 1 3p
0 0 0 1
Mini-exercices.
Ä2 1 0
ä Ä 8 2
ä Ä 5
ä
0 2 2
1. Soient A = 6 4 0 ,B= 0 1 0 ,C= 32 ,D= 2 ,E= x y z . Quels produits sont possibles ? Les
2 2 3 55 1
calculer !
Ä0 0 1ä Ä1 0 0
ä
2. Soient A = 0 1 0 et B = 0 0 2 . Calculer A2 , B 2 , AB et BA.
1 1 2 1 10
Ä2 0 0
ä Ä0 00
ä
3. Soient A = 0 2 0 et B = 2 00 . Calculer Ap et B p pour tout p > 0. Montrer que AB = BA. Calculer (A + B) p .
0 0 2 3 10
3.1. Définition
On verra plus tard qu’il suffit en fait de vérifier une seule des conditions AB = I ou bien BA = I.
3.2. Exemples
Exemple 11.
Soit A = 10 23 . Étudier si A est inversible, c’est étudier l’existence d’une matrice B = ac db à coefficients dans K, telle
que AB = I et BA = I. Or AB = I équivaut à :
✓ ◆✓ ◆ ✓ ◆ ✓ ◆ ✓ ◆
1 2 a b 1 0 a + 2c b + 2d 1 0
AB = I () = () =
0 3 c d 0 1 3c 3d 0 1
MATRICES 3. INVERSE D’UNE MATRICE : DÉFINITION 8
Exemple 12. ✓
◆
30 a b
La matrice A = 50 n’est pas inversible. En effet, soit B = une matrice quelconque. Alors le produit
c d
✓ ◆✓ ◆ ✓ ◆
a b 3 0 3a + 5b 0
BA = =
c d 5 0 3c + 5d 0
ne peut jamais être égal à la matrice identité.
Exemple 13.
• Soit I n la matrice carrée identité de taille n ⇥ n. C’est une matrice inversible, et son inverse est elle-même par
l’égalité I n I n = I n .
• La matrice nulle 0n de taille n ⇥ n n’est pas inversible. En effet on sait que, pour toute matrice B de Mn (K), on a
B0n = 0n , qui ne peut jamais être la matrice identité.
3.3. Propriétés
Unicité
Proposition 5.
Si A est inversible, alors son inverse est unique.
Démonstration. La méthode classique pour mener à bien une telle démonstration est de supposer l’existence de deux
matrices B1 et B2 satisfaisant aux conditions imposées et de démontrer que B1 = B2 .
Soient donc B1 telle que AB1 = B1 A = I n et B2 telle que AB2 = B2 A = I n . Calculons B2 (AB1 ). D’une part, comme AB1 = I n ,
on a B2 (AB1 ) = B2 . D’autre part, comme le produit des matrices est associatif, on a B2 (AB1 ) = (B2 A)B1 = I n B1 = B1 .
Donc B1 = B2 .
Inverse de l’inverse
Proposition 6.
1
Soit A une matrice inversible. Alors A est aussi inversible et on a :
(A 1 ) 1
=A
Proposition 7.
Soient A et B deux matrices inversibles de même taille. Alors AB est inversible et
1
(AB) = B 1A 1
Si C est une matrice quelconque de Mn (K), nous avons vu que la relation AC = BC où A et B sont des éléments de
Mn (K) n’entraîne pas forcément l’égalité A = B. En revanche, si C est une matrice inversible, on a la proposition
suivante :
Proposition 8.
Soient A et B deux matrices de Mn (K) et C une matrice inversible de Mn (K). Alors l’égalité AC = BC implique l’égalité
A = B.
Démonstration. Ce résultat est immédiat : si on multiplie à droite l’égalité AC = BC par C 1 , on obtient l’égalité :
(AC)C 1 = (BC)C 1 . En utilisant l’associativité du produit des matrices on a A(C C 1 ) = B(C C 1 ), ce qui donne
d’après la définition de l’inverse AI = BI, d’où A = B.
Mini-exercices.
1. Soient A = 3 4et B = 25 13 . Calculer A 1 , B 1 , (AB) 1 , (BA) 1 , A 2 .
1 2
Ä1 0 0ä
2. Calculer l’inverse de 0 2 0 .
103
Ä 1 2 0ä
3. Soit A = 2 3 0 . Calculer 2A A2 . Sans calculs, en déduire A 1 .
0 0 1
4.1. Matrices 2 ⇥ 2
✓ ◆
a b
Considérons la matrice 2 ⇥ 2 : A = .
c d
Proposition 9.
Si ad bc 6= 0, alors A est inversible et
✓ ◆
1 1 d b
A = ad bc c a
1 d b 10
Démonstration. On vérifie que si B = ad bc c a alors AB = 01 . Idem pour BA.
MATRICES 4. INVERSE D’UNE MATRICE : CALCUL 10
En pratique, on fait les deux opérations en même temps en adoptant la disposition suivante : à côté de la matrice A
que l’on veut inverser, on rajoute la matrice identité pour former un tableau (A | I). Sur les lignes de cette matrice
augmentée, on effectue des opérations élémentaires jusqu’à obtenir le tableau (I | B). Et alors B = A 1 .
N’oubliez pas : tout ce que vous faites sur la partie gauche de la matrice augmentée, vous devez aussi le faire sur la
partie droite.
4.3. Un exemple
0 1
1 2 1
Calculons l’inverse de A = @ 4 0 1A .
1 2 2
Voici la matrice augmentée, avec les lignes numérotées :
0 1
1 2 1 1 0 0 L1
(A | I) = @ 4 0 1 0 1 0 A L2
1 2 2 0 0 1 L3
On applique la méthode de Gauss pour faire apparaître des 0 sur la première colonne, d’abord sur la deuxième ligne
par l’opération élémentaire L2 L2 4L1 qui conduit à la matrice augmentée :
0 1
1 2 1 1 0 0
@ 0 8 5 4 1 0 A L2 L2 4L1
1 2 2 0 0 1
Puis un 0 sur la première colonne, à la troisième ligne, avec L3 L3 + L1 :
0 1
1 2 1 1 0 0
@ 0 8 5 4 1 0 A
0 4 3 1 0 1 L3 L3 +L1
On multiplie la ligne L2 afin qu’elle commence par 1 :
0 1
1 2 1 1 0 0
@ 0 1 5 1 1
0 A L2 1
L2
8 2 8 8
0 4 3 1 0 1
On continue afin de faire apparaître des 0 partout sous la diagonale, et on multiplie la ligne L3 . Ce qui termine la
première partie de la méthode de Gauss :
0 1
1 2 1 1 0 0
@ 0 1 5 1 1
0 A
8 2 8
1 1
0 0 2 1 2 1 L3 L3 4L2
puis
0 1
1 2 1 1 0 0
@ 0 1 5 1 1
0 A
8 2 8
0 0 1 2 1 2 L3 2L3
Il ne reste plus qu’à « remonter » pour faire apparaître des zéros au-dessus de la diagonale :
MATRICES 5. INVERSE D’UNE MATRICE : SYSTÈMES LINÉAIRES ET MATRICES ÉLÉMENTAIRES 11
0 1
1 2 1 1 0 0
@ 0 1 0 7 3 5 A L2 L2 5
L3
4 4 4 8
0 0 1 2 1 2
puis
0 1 1 1
1
1 0 0 2 2 2 L1 L1 2L2 L3
@ 0 1 0 7 3 5 A
4 4 4
0 0 1 2 1 2
Ainsi l’inverse de A est la matrice obtenue à droite et après avoir factorisé tous les coefficients par 14 , on a obtenu :
0 1
2 2 2
1
A 1= @7 3 5A
4
8 4 8
1
Pour se rassurer sur ses calculs, on n’oublie pas de vérifier rapidement que A ⇥ A = I.
Mini-exercices.
31 2 3 02 ↵+1 1
1. Si possible calculer l’inverse des matrices : 72 , 5 4 , 30 , 2 ↵ .
2. Soit A(✓ ) = cos ✓ sin ✓
sin ✓ cos ✓ . Calculer A(✓ ) 1 .
Ä ä Ä2 ä Å 1 0 1 0
ã Å2 1 1 1
ã Ç 1 1 1 0 0
å
1 3 0 21 0 2 20 0 1 2 0 0
3. Calculer l’inverse des matrices : 2 1 1 , 3 0 5 , 1 2 0 1 , 10 01 0
1
1
2 , 1 1 2 0 0 .
21 1 1 1 2 0 2 1 3 01 1 0 0 0 0 2 1
0 0 0 5 3
0 1 1 00 1
a11 ... a1n
x1 b1
B a21 C B x2 C
... a2n B b2 C
B C B C B C
B .. C B . C = B . C.
..
@ . A @ .. A . @ .. A
... an1 ann
xn bn
| {z } | {z } | {z }
A X B
Alors A 2 Mn (K) est une matrice carrée et B un vecteur de Mn,1 (K). Pour tout second membre, nous pouvons utiliser
les matrices pour trouver la solution du système linéaire.
Proposition 10.
Si la matrice A est inversible, alors la solution du système AX = B est unique et est :
X = A 1 B.
Le résultat de la multiplication d’un matrice élémentaire E par A est la matrice obtenue en effectuant l’opération
élémentaire correspondante sur A. Ainsi :
1. La matrice E L i Li ⇥ A est la matrice obtenue en multipliant par la i-ème ligne de A.
2. La matrice E L i Li + L j ⇥ A est la matrice obtenue en ajoutant fois la j-ème ligne de A à la i-ème ligne de A.
3. La matrice E L i $L j ⇥ A est la matrice obtenue en permutant les i-ème et j-ème lignes de A.
MATRICES 5. INVERSE D’UNE MATRICE : SYSTÈMES LINÉAIRES ET MATRICES ÉLÉMENTAIRES 13
Exemple 14.
1. 0 1 0 1 0 1
1 0 0 x1 x2 x3 x1 x2 x3
@ 1
0 A ⇥ @ y1 y2 y3 A = @ 13 y1 1 1 A
E L2 ⇥A= 0 3 y2 3 y3
1
3 L2 3
0 0 1 z1 z2 z3 z1 z2 z3
2. 0 1 0 1 0 1
1 0 7 x1 x2 x3 x 1 7z1 x2 7z2 x3 7z3
E L1 L1 7L3 ⇥ A =
@ 0 1 A @
0 ⇥ y1 y2 A
y3 = @ y1 y2 y3 A
0 0 1 z1 z2 z3 z1 z2 z3
3. 0 1 0 1 0 1
1 0 0 x1 x2 x3 x1 x2 x3
E L2 $L3 ⇥ A = @0 0 1 A ⇥ @ y1 y2 y3 A = @ z1 z2 z3 A
0 1 0 z1 z2 z3 y1 y2 y3
Définition 8.
Deux matrices A et B sont dites équivalentes par lignes si l’une peut être obtenue à partir de l’autre par une suite
d’opérations élémentaires sur les lignes. On note A ⇠ B.
Définition 9.
Une matrice est échelonnée si :
• le nombre de zéros commençant une ligne croît strictement ligne par ligne jusqu’à ce qu’il ne reste plus que
des zéros.
Elle est échelonnée réduite si en plus :
• le premier coefficient non nul d’une ligne (non nulle) vaut 1 ;
• et c’est le seul élément non nul de sa colonne.
Exemple d’une matrice échelonnée (à gauche) et échelonnée réduite (à droite) ; les ⇤ désignent des coefficients
quelconques, les + des coefficients non nuls :
0 1 0 1
+ ⇤ ⇤ ⇤ ⇤ ⇤ ⇤ 1 ⇤ 0 0 ⇤ ⇤ 0
B0 0 + ⇤ ⇤ ⇤ ⇤C B0 0 1 0 ⇤ ⇤ 0C
B C B C
B0 0 0 + ⇤ ⇤ ⇤C B0 0 0 1 ⇤ ⇤ 0C
B C B C
B 0 0 0 0 0 0 +C B0 0 0 0 0 0 1C
B C B C
@0 0 0 0 0 0 0A @0 0 0 0 0 0 0A
0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0
Théorème 2.
Étant donnée une matrice A 2 Mn,p (K), il existe une unique matrice échelonnée réduite U obtenue à partir de A par
des opérations élémentaires sur les lignes.
Ce théorème permet donc de se ramener par des opérations élémentaires à des matrices dont la structure est beaucoup
plus simple : les matrices échelonnées réduites.
Au terme de l’étape A.1, soit la matrice A a sa première colonne nulle (à gauche) ou bien on obtient une matrice
0
équivalente dont le premier coefficient a11 est non nul (à droite) :
0 1 0 0 0 0 1
0 a12 · · · a1 j · · · a1p a11 a12 ··· a10 j ··· a1p
B0 a22 · · · a2 j · · · a2p C B a21 a22
0 0
··· a20 j ··· a2p0 C
B C B C
B .. .. .. .. C B .. .. .. .. C
B. . . . C B . C
B C = A ou B . . . C
B0 a C B 0 0 0 C ⇠ A.
B i2 · · · ai j · · · aip C B ai1 ai2 ··· ai0 j ··· aip C
B. . . . C B . .. .. .. C
@ .. .. .. .. A @ .. . . . A
0 an2 · · · an j · · · anp 0
an1 an20
··· an0 j ··· 0
anp
Au terme de cette deuxième itération de la boucle, on aura obtenu une matrice de la forme
0 1 1 1 1
a11 a12 · · · a11 j · · · a1p
2
B 0 a22 · · · a22 j · · · a2p2 C
B C
B .. .. .. .. C
B . . . . C
B C
B 0 2 2 C ⇠ A,
B 0 · · · a ij · · · a ip C
B . .. .. .. C
@ .. . . . A
0 0 ··· an2 j ··· 2
anp
et ainsi de suite.
MATRICES 5. INVERSE D’UNE MATRICE : SYSTÈMES LINÉAIRES ET MATRICES ÉLÉMENTAIRES 15
Comme chaque itération de la boucle travaille sur une matrice qui a une colonne de moins que la précédente, alors au
bout d’au plus p 1 itérations de la boucle, on aura obtenu une matrice échelonnée.
Exemple 15.
Soit 0 1
1 2 3 4
A=@ 0 2 4 6A .
1 0 1 0
A. Passage à une forme échelonnée.
1
Première itération de la boucle, étape A.1. Le choix du pivot est tout fait, on garde a11 = 1.
Première itération de la boucle, étape A.2. On ne fait rien sur la ligne 2 qui contient déjà un zéro en bonne position et
on remplace la ligne 3 par L3 L3 + L1 . On obtient
0 1
1 2 3 4
A ⇠ @ 0 2 4 6A .
0 2 4 4
2
Deuxième itération de la boucle, étape A.1. Le choix du pivot est tout fait, on garde a22 = 2.
Deuxième itération de la boucle, étape A.2. On remplace la ligne 3 avec l’opération L3 L3 L2 . On obtient
0 1
1 2 3 4
A ⇠ @0 2 4 6 A .
0 0 0 2
Cette matrice est échelonnée.
B. Passage à une forme échelonnée réduite.
1 1
Étape B.1, homothéties. On multiplie la ligne 2 par 2et la ligne 3 par 2 et l’on obtient
0 1
1 2 3 4
A ⇠ @ 0 1 2 3A .
0 0 0 1
Étape B.2, première itération. On ne touche plus à la ligne 3 et on remplace la ligne 2 par L2 L2 3L3 et L1 L1 4L3 .
On obtient 0 1
1 2 3 0
A ⇠ @ 0 1 2 0A .
0 0 0 1
Étape B.2, deuxième itération. On ne touche plus à la ligne 2 et on remplace la ligne 1 par L1 L1 2L2 . On obtient
0 1
1 0 1 0
A ⇠ @0 1 2 0A
0 0 0 1
qui est bien échelonnée et réduite.
MATRICES 5. INVERSE D’UNE MATRICE : SYSTÈMES LINÉAIRES ET MATRICES ÉLÉMENTAIRES 16
Théorème 3.
Soit A 2 Mn (K). La matrice A est inversible si et seulement si sa forme échelonnée réduite est la matrice identité I n .
Démonstration. Notons U la forme échelonnée réduite de A. Et notons E le produit de matrices élémentaires tel que
EA = U.
(= Si U = I n alors EA = I n . Ainsi par définition, A est inversible et A 1 = E.
=) Nous allons montrer que si U 6= I n , alors A n’est pas inversible.
— Supposons U 6= I n . Alors la dernière ligne de U est nulle (sinon il y aurait un pivot sur chaque ligne donc ce
serait I n ).
— Cela entraîne que U n’est pas inversible : en effet, pour tout matrice carrée V , la dernière ligne de U V est
nulle ; on n’aura donc jamais U V = I n .
— Alors, A n’est pas inversible non plus : en effet, si A était inversible, on aurait U = EA et U serait inversible
comme produit de matrices inversibles (E est inversible car c’est un produit de matrices élémentaires qui sont
inversibles).
Remarque.
Justifions maintenant notre méthode pour calculer A 1 .
Nous partons de (A|I) pour arriver par des opérations élémentaires sur les lignes à (I|B). Montrons que B = A 1 . Faire
une opération élémentaire signifie multiplier à gauche par une des matrices élémentaires. Notons E le produit de ces
matrices élémentaires. Dire que l’on arrive à la fin du processus à I signifie EA = I. Donc A 1 = E. Comme on fait les
mêmes opérations sur la partie droite du tableau, alors on obtient E I = B. Donc B = E. Conséquence : B = A 1 .
Corollaire 1.
Les assertions suivantes sont équivalentes :
(i) La matrice A est inversible.✓ ◆ ✓0◆
0
(ii) Le système linéaire AX = .. a une unique solution X = .. .
. .
0 0
(iii) Pour tout second membre B, le système linéaire AX = B a une unique solution X .
Mini-exercices.
1. Exprimer les systèmes linéaires suivants sous
8 forme matricielle et les résoudre en inversant la matrice :
8 > x+t =↵
⇢ < x +z =1 >
<
2x + 4 y = 7 x 2y =
, 2 y + 3z = 1 , .
2x + 3 y = 14 : >
> x+ y+t =2
x +z =1 :
y+t =4
1 1
2. Écrire les matrices 4 ⇥ 4 correspondant aux opérations élémentaires : L2 3 L2 , L3 L3 4 L2 , L1 $ L4 . Sans
MATRICES 6. MATRICES TRIANGULAIRES, TRANSPOSITION, TRACE, MATRICES SYMÉTRIQUES 17
On dit que A est triangulaire supérieure si ses éléments en-dessous de la diagonale sont nuls, autrement dit :
i > j =) ai j = 0.
Une matrice triangulaire supérieure a la forme suivante :
0 1
a11 a12 . . . ... ... a1n
B 0 a22 . . . ... ... a2n C
B C
B .. .. .. .. C
B . . . . C
B C
B . . .. .. C
B .. .. . . C
B C
B . .. .. .. C
@ .. . . . A
0 ... ... ... 0 ann
Exemple 16.
Deux matrices triangulaires inférieures (à gauche), une matrice triangulaire supérieure (à droite) :
0 1 0 1
4 0 0 ✓ ◆ 1 1 1
@0 5 0
1 0A @0 1 1A
1 2
3 2 3 0 0 1
Une matrice qui est triangulaire inférieure et triangulaire supérieure est dite diagonale. Autrement dit : i 6= j =)
ai j = 0.
Exemple 17.
Exemples de matrices diagonales :
0 1
1 0 0 ✓ ◆
@0 2 0
6 0A et
0 3
0 0 0
Exemple 18 (Puissances d’une matrice diagonale).
Si D est une matrice diagonale, il est très facile de calculer ses puissances D p (par récurrence sur p) :
0 1 0 p 1
↵1 0 . . . . . . 0 ↵1 0 . . . . . . 0
B 0 ↵2 0 ... 0C B 0 ↵p 0 ... 0C
B C B 2 C
B .. . . . . . . .
. C p B .
. . . . . . . .. C
D=B . . . . . C =) D =B . . . . . C
B C B C
@ 0 . . . 0 ↵n 1 0 A @ 0 . . . 0 ↵p 0A n 1
0 ... ... 0 ↵n 0 ... ... 0 ↵np
MATRICES 6. MATRICES TRIANGULAIRES, TRANSPOSITION, TRACE, MATRICES SYMÉTRIQUES 18
Théorème 4.
Une matrice A de taille n ⇥ n, triangulaire, est inversible si et seulement si ses éléments diagonaux sont tous non nuls.
6.2. La transposition
Soit A la matrice de taille n ⇥ p
0 1
a11 a12 ... a1p
B a21 a22 ... a2p C
B C
A=B .. .. .. C.
@ . . . A
an1 an2 ... anp
Définition 10.
On appelle matrice transposée de A la matrice AT de taille p ⇥ n définie par :
0 1
a11 a21 . . . an1
B a12 a22 . . . an2 C
B C
AT = B . .. .. C .
@ .. . . A
a1p a2p . . . anp
Autrement dit : le coefficient à la place (i, j) de AT est a ji . Ou encore la i-ème ligne de A devient la i-ème colonne de
AT (et réciproquement la j-ème colonne de AT est la j-ème ligne de A).
2. (↵A) T = ↵AT
3. (AT ) T = A
4. (AB) T = B T AT
5. Si A est inversible, alors AT l’est aussi et on a (AT ) 1
= (A 1 ) T .
6.3. La trace
Dans le cas d’une matrice carrée de taille n ⇥ n, les éléments a11 , a22 , . . . , ann sont appelés les éléments diagonaux.
Sa diagonale principale est la diagonale (a11 , a22 , . . . , ann ).
0 1
a11 a12 . . . a1n
B a21 a22 . . . a2n C
B C
B . .. .. .. C
@ . . . . . A
an1 an2 ... ann
Définition 11.
La trace de la matrice A est le nombre obtenu en additionnant les éléments diagonaux de A. Autrement dit,
Exemple 20.
• Si A = 20 15Ä , alors ätr A = 2 + 5 = 7.
1 1 2
• Pour B = 5 2 8 , tr B = 1 + 2 10 = 7.
11 0 10
Théorème 6.
Soient A et B deux matrices n ⇥ n. Alors :
1. tr(A + B) = tr A + tr B,
2. tr(↵A) = ↵ tr A pour tout ↵ 2 K,
3. tr(AT ) = tr A,
4. tr(AB) = tr(BA).
Démonstration.
1. Pour tout 1 6 i 6 n, le coefficient (i, i) de A + B est aii + bii . Ainsi, on a bien tr(A + B) = tr(A) + tr(B).
2. On a tr(↵A) = ↵a11 + · · · + ↵ann = ↵(a11 + · · · + ann ) = ↵ tr A.
3. Étant donné que la transposition ne change pas les éléments diagonaux, la trace de A est égale à la trace de AT .
4. Notons ci j les coefficients de AB. Alors par définition
cii = ai1 b1i + ai2 b2i + · · · + ain bni .
Ainsi,
tr(AB) = a11 b11 +a12 b21 +··· +a1n bn1
+a21 b12 +a22 b22 +··· +a2n bn2
..
.
+an1 b1n +an2 b2n +··· +ann bnn .
On peut réarranger les termes pour obtenir
Définition 12.
Une matrice A de taille n ⇥ n est symétrique si elle est égale à sa transposée, c’est-à-dire si
A = AT ,
ou encore si ai j = a ji pour tout i, j = 1, . . . , n. Les coefficients sont donc symétriques par rapport à la diagonale.
Exemple 21.
Les matrices suivantes sont symétriques :
0 1
✓ ◆ 1 0 5
0 2 @0 2 1A
2 4
5 1 0
Exemple 22.
Pour une matrice B quelconque, les matrices B · B T et B T · B sont symétriques.
Preuve : (BB T ) T = (B T ) T B T = BB T . Idem pour B T B.
Définition 13.
Une matrice A de taille n ⇥ n est antisymétrique si
AT = A,
c’est-à-dire si ai j = a ji pour tout i, j = 1, . . . , n.
Exemple 23.
0 1
✓ ◆ 0 4 2
0 1 @ 4 0 5A
1 0
2 5 0
Remarquons que les éléments diagonaux d’une matrice antisymétrique sont toujours tous nuls.
Exemple 24.
Toute matrice est la somme d’une matrice symétrique et d’une matrice antisymétrique.
Preuve : Soit A une matrice. Définissons B = 12 (A+ AT ) et C = 12 (A AT ). Alors d’une part A = B + C ; d’autre part B est
symétrique, car B T = 12 (AT + (AT ) T ) = 12 (AT + A) = B ; et enfin C est antisymétrique, car C T = 12 (AT (AT ) T ) = C.
Exemple :
✓ ◆ ✓ ◆ ✓ ◆
2 10 2 9 0 1
Pour A = alors A = + .
8 3 9 3 1 0
| {z } | {z }
symétrique antisymétrique
Mini-exercices.
1. Montrer que la somme de deux matrices triangulaires supérieures reste triangulaire supérieure. Montrer que
c’est aussi valable pour le produit.
2. Montrer que si A est triangulaire supérieure, alors AT est triangulaire inférieure. Et si A est diagonale ?
MATRICES 6. MATRICES TRIANGULAIRES, TRANSPOSITION, TRACE, MATRICES SYMÉTRIQUES 21
x1 !
x2
3. Soit A = .. . Calculer AT · A, puis A · AT .
.
xn
4. Soit A = a b
c d . Calculer tr(A · AT ).
1
5. Soit A une matrice de taille 2 ⇥ 2 inversible. Montrer que si A est symétrique, alors A aussi. Et si A est
antisymétrique ?
6. Montrer que la décomposition d’une matrice sous la forme « symétrique + antisymétrique » est unique.
Auteurs du chapitre
• D’après un cours de Eva Bayer-Fluckiger, Philippe Chabloz, Lara Thomas de l’École Polytechnique Fédérale de
Lausanne,
• et un cours de Sophie Chemla de l’université Pierre et Marie Curie, reprenant des parties de cours de H. Ledret et
d’une équipe de l’université de Bordeaux animée par J. Queyrut,
• mixés et révisés par Arnaud Bodin, relu par Vianney Combet.