Introduction aux rudiments
de
physique quantique
Nouveaux programmes
des
classes terminales scientiques
D. Magloire
1
Académie de Limoges - Formation continue Terminales S - Sciences physiques 2
Table des matières
1 Et la lumière devint enn une onde... 5
1.1 La découverte des phénomènes d'interférence . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
1.2 Une théorie de la diraction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
1.3 La nature transversale des vibrations lumineuses . . . . . . . . . . . . . . . 6
1.4 Les mesures de la vitesse de la lumière . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
1.5 Un éther luminifère bien problématique... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
2 Une onde ? oui ! ... une onde électromagnétique ! 8
2.1 Ne posez pas de boussole près d'un l électrique... . . . . . . . . . . . . . . 9
2.2 La découverte de l'induction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
2.3 L'invention théorique des ondes électromagnétiques . . . . . . . . . . . . . 10
2.4 Mise en évidence expérimentale des ondes électromagnétiques et d'un phé-
nomène curieux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
3 Pendant ce temps naissait et s'épanouissait la spectroscopie 11
3.1 La lumière du soleil analysée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
3.2 Les progrès des spectroscopes optiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
3.3 La spectroscopie des gaz raréés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
4 Thermodynamique et révolution industrielle 13
4.1 Comprendre et améliorer le fonctionnement des machines à vapeur . . . . . 13
4.2 Un concept unicateur : l'énergie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
4.3 Faites chauer les fers... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
5 Conclusion 14
1 Les conséquences de la dichotomie fondamentale 16
1.1 Description particulaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
1.2 Description ondulatoire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
1.3 Insusances de chacune des descriptions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
2 Le rayonnement du corps noir 19
2.1 Loi de Kirchho et dénition du corps noir . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
2.2 Le rayonnement d'équilibre thermique du corps noir . . . . . . . . . . . . . 21
2.3 Les lois de Stefan-Boltzmann et de Wien . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
2.4 Tentatives de Rayleigh, de Wien et de Planck . . . . . . . . . . . . . . . . 24
2.5 La solution de Planck : apparition du quantum d'énergie . . . . . . . . . . 24
3 Interprétation de l'eet photoélectrique
et des spectres 27
3.1 Description du dispositif d'étude et observations expérimentales . . . . . . 27
3.2 Hypothèse du quantum de lumière . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
3.3 Modèle semi-classique de l'atome . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
3.4 Étrangetés quantiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
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4 Le quantum d'énergie et sa quantité de mouvement 31
4.1 Expression de la quantité de mouvement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
4.2 Théorie de l'eet Compton . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33
4.3 Conditions expérimentales de la vérication . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
4.4 Réexions ouvertes par l'eet Compton . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
4.5 Le quantum d'énergie devient le photon . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
5 Des grandeurs ondulatoires pour une particule matérielle ? 36
5.1 L'audacieuse hypothèse de de Broglie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36
5.2 Les premières conrmations expérimentales . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
5.3 Intermède en compagnie de Louis de Broglie . . . . . . . . . . . . . . . . . 38
6 Développement ultérieur des idées quantiques 40
6.1 Problèmes de vocabulaire et de langage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
6.2 L'équation de Schrödinger et l'interprétation de la fonction d'onde . . . . . 41
6.3 Réalité et déterminisme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
6.4 Le statut du photon dans les théories quantiques récentes . . . . . . . . . . 45
Annexes
Annexe I Article d'Einstein (extrait) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
Annexe II Dénitions des grandeurs énergétiques liées au rayonnement . . . . . 51
Annexe III Relation entre exitance énergétique spectrique
et densité volumique d'énergie spectrique . . . . . . . . . . . . . . . 52
Annexe IV Relation entre la densité volumique d'énergie électromagnétique
et la pression de radiation pour le rayonnement du corps noir . . . 53
Annexe V Dénombrement des modes propres du champ
électromagnétique d'une cavité résonante . . . . . . . . . . . . . . . . 55
Annexe VI Article d'Einstein (extrait) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 58
Annexe VII Extrait du discours de réception
du prix Nobel, en 1937, de C. J. Davisson . . . . . . . . . . . . . . . 60
Annexe VIII Article de Schrödinger(extrait) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62
Annexe IX Interprétation quantique
d'une expérience d'interférences lumineuses et
d'une expérience d'interférences particulaires . . . . . . . . . . . . . . 63
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L'objectif visé par ce polycopié est de fournir l'arrière plan théorique permettant de
présenter avec susamment de recul les notions élémentaires de physique quantique qui
apparaissent dans le nouveau programme de sciences physiques des classes terminales
scientiques à entrer en vigueur à la rentrée de septembre 2012, an de les introduire de
la manière la plus naturelle possible en les reliant aux connaissances préalablement ac-
quises dans la discipline par les élèves. Quoiqu'ils soient modestes, il sera nécessaire d'en
souligner l'importance en tant qu'ils constituent une première approche d'une théorie
nécessaire de la matière et en particulier de ses échanges avec le rayonnement électroma-
gnétique à toute échelle, théorie développée par la suite dans les cours de mécanique ou
de physique quantique qu'ils recevront dans l'enseignement supérieur universitaire ou en
école d'ingénieurs.
Il m'a semblé opportun d'adopter une démarche qui fasse place à l'histoire des
faits et des concepts de la physique. Aussi commencerai-je par redonner les principaux -
pour notre propos - développements expérimentaux et théoriques construits au cours du
XIXème siècle dans quelques unes des plus importantes branches de la physique et les
impasses théoriques auxquelles ils avaient abouti, impasses qui contraignirent les physi-
ciens du début du XXème siècle à bouleverser en profondeur les représentations héritées
de leurs illustres ainés de la matière et de son comportement. Il sera plus facile alors
de s'imprégner des idées nouvelles qu'ils développèrent pour résoudre les énigmes que la
Nature avait placé sur leur chemin et de comprendre l'usage qui peut en être fait pour
continuer d'explorer la matière.
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Partie A
Les explorations de la physique
au XIXème siècle
Il est naturellement hors de question de présenter de manière exhaustive, dans cette
partie, l'ensemble du champ des découvertes faites en physique au cours de ce très riche
siècle de défrichement et de déchirage des phénomènes naturels et des lois qui les ré-
gissent. De même, ne nous y attarderons nous pas sur les détails des polémiques qui
opposèrent parfois avec obstination les protagonistes de cette histoire, à cause de leurs
positions conceptuelles et philosophiques. Avoir cependant une vue panoramique des voies
poursuivies et des principaux résultats obtenus entre 1800 et 1900 permettra de mesurer
les progrès accomplis et les dicultés rencontrées et non encore surmontées à l'orée du
siècle dernier. Elles seront en eet à l'origine des nouveaux paradigmes de la physique,
élaborés, pour certains d'entre eux, dès les toutes premières années du XXème, qui mè-
neront, avant la Seconde Guerre mondiale, à l'édication de la mécanique quantique.
1 Et la lumière devint enn une onde...
Lorsque s'ouvre le siècle, les succès accumulés par la mécanique newtonienne : les
expéditions de Maupertuis et Clairault en Laponie et de La Condamine et Bouguer au
Pérou pour y mesurer la longueur du degré de méridien terrestre sous chacune de ces
latitudes et conrmer l'aplatissement de la Terre aux pôles, argumenté par Isaac Newton
(1642 - 1727) (proposition XX - problème IV du troisième livre des Philosophiae naturalis
Principia mathematica), le retour de la comète de Halley en 1758 dont l'étude des obser-
vations antérieures (1618 et 1681-1682) qui conclut le troisième livre des mêmes Principia
estimait la période à 75 ans, renforcent la position, au départ précaire sur le continent
européen, du newtonianisme et assoient son prestige et sa domination intellectuels sur la
physique. Or, Newton avait suggéré, sans toutefois s'y attacher avec certitude, - il a été
aussi ultérieurement et momentanément perméable à une théorie ondulatoire de l'éther
luminifère -, une conception matérielle, corpusculaire de cette dernière qui fut reçue en
1672 par les critiques de Hooke (1635 - 1703) et de Huygens (1629 - 1695) créateurs et
partisans, eux, d'une théorie ondulatoire des phénomènes lumineux.
1.1 La découverte des phénomènes d'interférence
Il revient à un médecin et physicien anglais, Thomas Young (1773 - 1829) d'avoir
étudié, entre 1801 et 1807, les franges d'interférences produites par les lames minces
et d'avoir su les interpréter à la lueur de la théorie ondulatoire de Huygens. De même
reconnut-il dans les anneaux de Newton un phénomène de nature similaire convenablement
compris dans le cadre de ladite théorie. Ceci le conduisit à expérimenter des dispositifs
adéquats pour créer des interférences lumineuses, que nous connaissons aujourd'hui sous
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le nom de trous et de fentes d'Young. Parallèlement à ces travaux, il obtint des gures
supplémentaires de diraction.
1.2 Une théorie de la diraction
Car la diraction n'était, elle, pas nouvelle à cette époque. Découverte par Francesco
Maria Grimaldi qui l'exposa dans son De Lumine en 1665, dans lequel il souligna l'in-
susance de la notion de rayon lumineux pour expliquer ce phénomène, elle fut reprise
par Newton entre 1666 et 1672, en même temps qu'il étudiait la dispersion de la lumière.
Mais Il n'y vit pas un de ces phénomènes propres à imposer une théorie ondulatoire. Et
si, de 1672 à 1676, il communiqua ses contributions novatrices à la Royal Society dont il
était devenu membre en 1672, il délaissa ensuite l'étude de l'optique - n'y revenant que
pour rédiger son Traité d'Optique -, et se consacra, à l'instigation de Flamsteed, Hooke
et surtout de Halley, au grand oeuvre de sa vie : la gravitation universelle. La construc-
tion de la mécanique en tant que théorie physique opérationnelle, à laquelle il contribua si
puissamment, et les débuts du calcul innitésimal - que nous nommons de nos jours le cal-
cul diérentiel et intégral - auront-ils détourné les regards vers d'autres cieux ? Toujours
est-il, qu'une relative indiérence aura entouré l'optique au XVIIIème siècle. L'intérêt
pour cette branche de la physique fut assurément ranimé par les découvertes de Young.
Augustin Fresnel (1788 - 1827), reprenant la théorie de Huygens, la compléta, lui donna
une formulation analytique, rendue possible par les progrès de l'analyse mathématique ac-
complis au siècle précédent et la présenta en octobre 1815 à l'Académie de Sciences dans
son célèbre mémoire sur la diraction de la lumière qui incorporait la théorie à laquelle
nous assignons aujourd'hui les deux noms. Les prédictions sur la gure de diraction
d'un l en accord avec les vérications expérimentales et la conrmation expérimentale
par Fresnel de la prévision faite par Poisson que le centre de l'ombre d'un petit écran
devrait comporter une tache lumineuse achevèrent d'emporter l'adhésion en faveur d'une
conception ondulatoire de la lumière.
1.3 La nature transversale des vibrations lumineuses
À la même époque, la recherche de la nature, sinon de ce qui se propage dans les phé-
nomènes lumineux, du moins de celle, transversale ou longitudinale, des dits phénomènes
se développa sous l'égide d'Arago - qui soutint par ailleurs avec constance Fresnel -, de
Malus, de Biot et de Fresnel lui-même. Au cours de l'année 1808, Étienne-Louis Malus
(1775 - 1812) découvrit et étudia le phénomène de polarisation de la lumière par réexion
et par double réfraction ; en 1811, François Arago (1786 - 1853) t de même quant à l'ac-
tion des lames biréfringentes sur la polarisation ; et l'année suivante, Jean-Baptiste Biot
(1774 - 1862) reconnut le caractère vibratoire de la lumière et la polarisation rotatoire
des milieux biréfringents. Fresnel acquit dès juillet 1818 - une note sur son mémoire sur
la diraction l'atteste - la conviction du caractère transversal des ondes lumineuses ; il
l'admit par la suite comme nécessaire à l'explication complète des phénomènes de pola-
risation, incapable toutefois de l'interpréter mécaniquement : il se cantonna alors à une
stricte attitude positiviste devant l'obstacle rencontré dans son dernier mémoire de 1825
sur la polarisation rotatoire de la lumière.
En un quart de siècle, la lumière avait été dépouillée de sa nature corpusculaire et
revêtue d'une parure ondulatoire rénovée.
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1.4 Les mesures de la vitesse de la lumière
Il semblait dès lors inévitable, une fois armé son statut ondulatoire, que s'enga-
geassent des programmes de mesure de la vitesse de la lumière dans l'air et dans les
milieux transparents. Hyppolyte Fizeau (1819 - 1896) dès 1849 et Léon Foucault (1819
- 1868) dès 1850, indépendamment l'un de l'autre, à l'aide d'un ingénieux dispositif à
roue dentée occultant une réexion sur un miroir lointain, qui autorisait une mesure di-
recte de cette vitesse, obtinrent une valeur de c, la vitesse de la lumière dans l'air, égale
à 315 300 km.s−1 . Ces expériences qu'ils perfectionnèrent pendant la décennie suivante
constituèrent en outre un test expérimental crucial contre la conception corpusculaire de
la lumière. En eet, selon ses partisans, la vitesse des corpuscules de lumière devait être
proportionnelle à l'indice de réfraction du milieu transparent traversé ; or, les expériences
de Fizeau et de Foucault prouvèrent clairement qu'elle était inversement proportionnelle
à l'indice du milieu. Leur méthode fut retenue en 1879 par Alfred Cornu (1842 - 1902) qui
augmenta la distance de parcours de la lumière dans l'air, la portant de 8633 m à 23 km :
il obtint de la sorte une valeur de 300.030 km.h−1 , soit une précision relative par rapport
à la valeur retenue de nos jours de 0,8 pour mille.
Pour mémoire, rappelons qu'à la n de 1675, Olaüs Römer (1644 - 1710) invité à
séjourner à l'Observatoire de Paris, créé neuf ans plus tôt par Louis XIV, avait supposé
que l'avance ou le retard aux éclipses des satellites de Jupiter selon que la planète était
en conjonction ou en opposition par rapport au soleil devait être dû à la diérence des
distances entre Jupiter et la Terre, parcourues par la lumière dans les deux situations, en
considérant par ailleurs constantes les périodes de révolution des satellites. Il introduisait
ainsi l'idée d'une vitesse nie de la lumière. Les estimations de la distance entre la Terre
et le Soleil, d'une part, et de l'avance et du retard des éclipses, d'autre part, conduisait,
d'après le calcul de Fontenelle, alors Secrétaire de l'Académie des Sciences, à une vitesse
de 215 000 km.s−1 , exprimée dans les unités actuelles, ordre de grandeur fort remarquable
pour l'époque !
Les mesures précises de la vitesse de la lumière faites pendant le XIXème siècle com-
plétèrent ainsi à propos la connaissance des ondes lumineuses.
1.5 Un éther luminifère bien problématique...
Toutefois, la nature ondulatoire de la lumière soulevait un problème majeur : celui de
son milieu de propagation. Les ondes alors connues, les ondes acoustiques ou les ondes
mécaniques sur les cordes vibrantes, avaient naturellement trouvé le support mécanique de
leur propagation : l'air ou la corde. Curieusement, les dénominations du milieu de propa-
gation vinrent de personnalités, éminentes certes, mais plutôt adversaires de la conception
ondulatoire : Descartes évoqua l'air subtil , Newton, l'éther , et ce fut cette dernière
appellation qui perdura jusqu'à la postulation de la théorie de la relativité restreinte, en
1905, par A. Einstein (1879 - 1955), qui s'aranchit de sa nécessité.
Les succès de la mécanique, au XIXème siècle, imprégnaient les esprits de manière
telle qu'elle imposait que l'on dotât l'éther de propriétés mécaniques d'inertie et
d'élasticité et que l'on forgeât un mécanisme de propagation des ondes lumineuses
dans ce milieu. Or, la méconnaissance de ce qui vibrait pour former les ondes lumineuses
et leur propagation dans l'air comme dans les milieux transparents les plus durs, par
exemple le diamant, étaient propices à imaginer des qualités somme toute contradictoires
qui n'éclairaient en rien le problème. Les mesures successives de la vitesse des ondes
lumineuses ne résolurent guère plus le problème des incompatibilités entre les propriétés
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mécaniques attribuées à ce milieu de propagation ; de plus, le problème demeurait
de savoir si l'éther était entraîné par les corps matériels, notamment par la Terre, ou s'il
se laissait pénétrer par eux, ce qui aurait plaidé en faveur de l'espace absolu newtonien.
Les expériences interférométriques de Michelson et Morley faites en 1881 et 1884 devaient
conduire à l'une des conclusions suivantes : soit l'éther existait mais le mouvement de
la Terre autour du Soleil ne produisait aucun vent d'éther , soit la vitesse de la lumière,
mesurée d'une Terre en mouvement, était constante.
Quelques problèmes restaient donc en suspens...
2 Une onde ? oui ! ... une onde électromagnétique !
L'électrisation d'un corps par frottement ou par inuence avait suscité le perfection-
nement de la machine électrostatique de Otto von Guericke (1602 - 1686) par Francis
Hawksbee († 1713), ce qui la rendit plus pratique et plus ecace à l'usage. Par ailleurs,
la découverte en octobre 1745 par Ewald Jürgen von Kleist (1700 - 1748) puis en jan-
vier 1746 par Pieter van Musschenbr÷k (1692 - 1761) du phénomène de condensation de
l'électricité - qui conduisit à la fabrication du premier condensateur, la bouteille de Leyde,
- raviva l'intérêt pour l'électricité. Les cabinets de curiosités constitués par la bourgeoisie
éclairée et la partie de la noblesse la plus réceptive aux idées scientiques et techniques
nouvelles, tout au long du XVIIIème, virent ces dispositifs introduits dans leurs collec-
tions et les phénomènes électriques purent ainsi faire l'objet d'expériences qualitatives
diverses. Cependant, l'absence de clarté des concepts et des notions, embarrassés d'une
métaphysique, hérité de Lucrèce et de Descartes, rendait dicile tout progrès réel. Aussi,
l'÷il neuf de Benjamin Franklin (1706 - 1790) fut-il bienvenu. Il reprit entre 1747 et 1752
l'étude du pouvoir des pointes, en partie déjà faite, indépendamment, par Guericke et
Gray, mais dont Franklin ignorait l'existence et qui l'amena à l'invention ultérieure de son
paratonnerre ; mais surtout, il suggéra l'idée de l'existence de deux types d'électricité, que
nous désignons aujourd'hui par leur signe, qui peuvent se compenser par circulation d'un
corps à un autre. Franklin ne sut cependant pas distinguer clairement la charge du champ
électrostatique qui l'accompagne. Toujours est-il que les mesures sur les forces qu'engen-
drait l'électricité et sur sa conduction par les corps débutèrent : Joseph Priestley (1733
- 1804) mesura les premières conductivités relatives de substances diverses et découvrit
ce qu'en langage contemporain nous nommerions la nullité du champ électrique dans une
cavité creusée dans un métal, c'est-à-dire le principe de la cage de Faraday.
Dans un mémoire aux Philosophical Transactions de 1771, Henry Cavendish (1733 -
1810) envisagea une loi d'interaction entre les charges en raison inverse d'une puissance
de leur distance et montra, s'appuyant sur les connaissances déjà acquises alors, que cette
puissance devait être 2. Nous savons aujourd'hui, grâce aux papiers que Maxwell décou-
vrit en 1879 et publia, alors qu'il était directeur du laboratoire Cavendish à l'université de
Cambridge, que ce dernier avait par la suite vérié expérimentalement son assertion. Mais
c'est à Charles-Augustin Coulomb (1736 - 1806) que la postérité a attribué la paternité
de la loi éponyme. Suivant comme son aîné une méthode positiviste, Coulomb travailla
d'abord sur les couples de force magnétique qui s'exercent sur les aimants dans le champ
magnétique terrestre (1777), puis sur les ls de torsion 1 (1784) dont il t usage dans une
1. Il établit la proportionnalité de la constante de torsion d'un l rigide à la puissance quatrième de
son diamètre et son inverse proportionnalité à sa longueur ; loi dont il donna une théorie correcte en se
fondant sur l'élasticité des matériaux. À la lueur de ces connaissances nouvelles, il reprit ses travaux de
1777 et les corrigea en tenant compte de la torsion du l de suspension employé.
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balance de torsion 2 pour mesurer les forces de répulsion puis d'attraction électrostatiques.
Dans un mémoire de 1785 à l'Académie des Sciences, il annonça ainsi la dépendance en
1/r2 de la force électrostatique. Puis, poursuivant ses recherches, il établit les propriétés
de l'équilibre électrostatique des conducteurs, ouvrant la voie à Siméon - Denis Poisson
(1781 - 1840) et à Sir William Thomson, Lord Kelvin (1824 - 1907).
Cependant, ce fut bien la découverte en 1791, par Luigi Galvani (1737 - 1797), des ef-
fets électrochimiques par association du cuivre et du fer, découverte reprise par Alessandro
Volta (1745 - 1827) pour aboutir en 1801 à la fabrication par celui-ci de la première pile
électrochimique, qui t prendre aux études sur l'électricité et le magnétisme un tournant
et une impulsion décisifs. Cette invention reléguait en eet les machines électrostatiques,
peu pratiques, à un rôle subalterne ; surtout, elle mettait à disposition des physiciens, au
début du XIXème siècle, les premiers générateurs de courant électrique et ouvrait la voie
aux études sur l'électrochimie.
2.1 Ne posez pas de boussole près d'un l électrique...
L'aimantation du fer par la foudre semble avoir été remarquée dès le premier tiers
du XVIIIème siècle ; cependant, les tentatives faites pour lier magnétisme et électricité
échouèrent car elles mettaient toutes en ÷uvre une situation où l'électricité était statique.
Dès que les premières piles furent disponibles, les premiers circuits électriques furent
constitués et étudiés. Pourtant, ce jour de 1820 où l'aiguille aimantée placée à côté du cir-
cuit électrique au regard des étudiants d'un amphithéâtre de l'université de Copenhague
dévia lorsque le professeur danois Hans Christian ×rsted (1777 - 1851) établit le courant
électrique dans le circuit, ce jour-là donc ouvrit une perspective extraordinaire à l'électri-
cité. Très rapidement propagée, la nouvelle excita les meilleurs physiciens de l'époque :
Adrien-Marie Ampère (1775 - 1836), Pierre-Simon Laplace (1749 - 1827), François Arago,
Jean-Baptiste Biot, Félix Savart (1791 - 1841), en France, l'anglais Michael Faraday (1791
- 1867) découvrirent les lois quantitatives essentielles portant sur les propriétés magné-
tiques des courants dès la n de la même année et peaunèrent leurs travaux respectifs
deux ans encore.
2.2 La découverte de l'induction
Dans la foulée des études auxquelles il venait de contribuer, Michael Faraday entreprit,
de 1824 à 1834, la recherche des courants induits et établit expérimentalement les lois de
l'induction. Cas exemplaire : autodidacte, avide de s'instruire dans les sciences de son
temps, il ne put recourir aux mathématiques de son époque qu'il ne maîtrisait pas et
exprima toutes les propriétés des champs électriques induits sans écrire une seule formule.
Or, dès 1821, Ampère aurait pu découvrir les phénomènes d'induction, car il avait eu
l'occasion d'observer une situation où ils s'étaient manifestés, mais qu'il n'avait pas jugé
utile d'analyser, comme il l'écrivit, onze ans plus tard, à Auguste de La Rive (1801 -
1873) avec qui il avait mené ses recherches sur les propriétés magnétiques des courants
électriques, de 1820 à 1822. Et Arago eut une déconvenue similaire en 1824 ! Observant
que les oscillations des aiguilles aimantées étaient plus rapidement amorties si l'on plaçait
dessous un disque métallique, il inventa involontairement la première machine asynchrone :
il avait eu l'idée de faire tourner l'aiguille aimantée et avait constaté que le disque se
2. Le XIXème siècle honora sa mémoire en dotant les cabinets de physique des lycées de sa balance,
aussi célèbre que fort délicate à employer...
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mettait en rotation et réciproquement s'il entraînait le disque en rotation, mais il ne sut
interpréter convenablement ce qu'il avait remarqué.
2.3 L'invention théorique des ondes électromagnétiques
Les lois de l'électrostatique, de la magnétostatique et de l'induction étaient maintenant
connues. Leur synthèse demeurait cependant à établir et ces connaissances de l'électro-
magnétisme attendait d'être traduites en un langage mathématique adapté aux novations
qu'elles apportaient. En trois mémoires : On Faraday's lines of force de 1855, dans lequel
l'équation de Maxwell-Ampère ne faisait pas encore apparaître le terme de courant de
déplacement ; On physical lines of force de 1861 - 1862, dans lequel le modèle mécaniste
de l'éther qu'il développa le conduisit à compléter ladite équation du terme manquant, et
dans lequel apparut pour la première fois l'idée d'un signal électromagnétique se propa-
geant dans le vide à une vitesse qu'il put théoriquement déterminer et qu'il trouva égale
à la vitesse de la lumière ; A dynamical theory of the electromagnetic Field de 1864, dans
lequel il t disparaître les précisions mécanistes, jugées incertaines, de son modèle d'éther ;
et enn par le traité de 1873, Treatise on Electricity and Magnetism, couronnement de
son ÷uvre dans lequel il démontra l'existence nécessaire d'une pression de radiation pro-
portionnelle à l'énergie incidente lorsque la lumière était absorbée ou rééchie, James
Clerk Maxwell (1831 - 1879) unia l'ensemble des phénomènes électriques, les relia à l'op-
tique et laissa à la sagacité des expérimentateurs le soin d'attester l'existence des ondes
électromagnétiques.
2.4 Mise en évidence expérimentale des ondes électromagnétiques
et d'un phénomène curieux
Tout au long de sa brève vie, Heinrich Hertz (1857 - 1894) s'aronta aux problèmes
expérimentaux et théoriques de l'électromagnétisme laissés pendants par Maxwell. En
1887 et 1888, il établit l'existence des ondes prévues par Maxwell : il les t se rééchir
sur des plans métalliques, interférer pour créer des ondes stationnaires an de déduire
indirectement leur vitesse de propagation dans l'air, se diracter, se réfracter à travers un
prisme en résine et établit enn leur caractère transversal, conformément aux prédictions
maxwelliennes. Par cette dernière vérication d'ailleurs, il conrmait aussi la supposition
faite soixante-dix ans auparavant par Fresnel.
Au cours de ses expériences, il constata l'inuence de la lumière ultraviolette sur la
décharge électrique, ce que nous nommons aujourd'hui l'eet photo-électrique, qui jetait
un autre pont entre l'optique et l'électromagnétisme.
Grâce à la formidable moisson de découvertes faites en moins d'un siècle, un physicien
de la n du XIXème siècle pouvait raisonnablement juger exhaustive sa connaissance des
phénomènes électriques et accepter de faire rentrer globalement les phénomènes lumineux
dans le cadre de la théorie électromagnétique et d'en parler comme d'ondes électroma-
gnétiques.
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3 Pendant ce temps naissait et s'épanouissait la spec-
troscopie
Newton avait découvert la dispersion de la lumière par les prismes de verre entre
1660 et 1670, les techniques de fabrication des verres et de polissage des lentilles optiques
s'étaient modestement améliorées dès la n du XVIIème siècle, autorisant la construc-
tion d'honnêtes instruments d'optique, mais assurément les meilleurs d'entre eux étaient
construits autour de miroirs sphériques. Or, le développement de la mécanique céleste
analytique tout au long du XVIIIème siècle puis la découverte de la planète Uranus par
William Herschel (1738 - 1822) en 1781 relancèrent l'intérêt pour le ciel et ce qui s'y
déroulait. À la n du XVIIIème siècle, les astronomes se mirent à observer la lumière
provenant du soleil et des étoiles, faisant naître la spectroscopie.
3.1 La lumière du soleil analysée
L'analyse spectrale avait naturellement commencée au cours du XVIIIème siècle : elle
portait essentiellement sur celle de la lumière solaire, mais elle ne semblait pas devoir
s'épanouir, avant tout en raison de la médiocrité du matériel disponible. Elle se dévelop-
pera au cours du XIXème grâce au progrès matériel réalisé (voir 3.2 suivant). Herschel
avait cependant étudié, au moyen de thermomètres très sensibles, les propriétés thermiques
des composantes du spectre solaire et constaté, en 1801, que ces propriétés thermiques
s'accroissaient lorsque l'on allait du violet au rouge pour présenter un maximum en deçà
du rouge ; ce phénomène fut dénommé la chaleur rayonnante . Il t se rééchir et se
réfracter ces rayons invisibles, exactement comme il avait pu être fait avec ceux du spectre
visible. La même année, Johann Wilhelm Ritter (1776 - 1810) observa le noircissement au
delà du violet d'une plaque recouverte de nitrate d'argent sur laquelle il avait projeté un
spectre solaire ; les rayons en question furent baptisés par la suite rayons chimiques
car on s'aperçut qu'ils étaient capables de provoquer des réactions chimiques. Ces deux
faits adjoignirent au spectre visible les domaines infrarouge et ultraviolet. Alors que crois-
sait la précision des spectroscopes, le nombre de raies recensées dans le spectre solaire
augmentait au point que Henry A. Rowland (1848 - 1901) pouvait dresser, en 1895, le
catalogue des longueurs d'onde de 20000 raies de son spectre !
Les corps connus présents sur Terre et les étoiles rent l'objet d'un traitement simi-
laire. En eet, des expériences qu'ils menèrent à Heidelberg et dont ils communiquèrent
les résultats le 27 octobre 1859 à l'Académie de Berlin, Gustav Robert Kirchho (1824 -
1887) et Robert Wilhelm Bunsen (1811 - 1899) prouvèrent la coïncidence des raies d'ab-
sorption et d'émission d'un élément (en l'occurrence, le sodium) : un élément à basse
température introduit dans un faisceau lumineux incident issu d'une source à plus haute
température absorbait certaine raies, et donc les faisaient disparaître du spectre du fais-
ceau ; en revanche, si l'élément était introduit sous la forme d'une amme de lampe de
température supérieure, les raies en question se trouvaient renforcées. Ainsi, en supposant
que des éléments étaient communs à la Terre, au Soleil et aux étoiles et qu'ils avaient
partout les mêmes propriétés, pouvait-on espérer identier ceux parmi ces éléments qui
étaient présents dans les étoiles, à partir de leurs spectres lumineux. Voici pourquoi l'as-
trophysique date volontiers sa naissance du jour de cette communication particulière de
Kirchho à l'Académie prussienne des sciences.
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3.2 Les progrès des spectroscopes optiques
Les améliorations essentielles apportées aux spectroscopes furent l'÷uvre de Johann
von Fraunhofer (1787 - 1826). Elles consistèrent en la substitution du prisme par le réseau
de diraction comme instrument dispersif - avec, par exemple déjà, 8000 traits par cm, en
1821 -, en l'adjonction d'un collimateur devant l'instrument dispersif et en l'usage d'une
lunette de théodolite pour faire les mesures angulaires et déduire les longueurs d'onde. Par
la suite, la mesure des intensités spectrales vint compléter celle des longueurs d'onde grâce
à l'invention, en 1833, du couple thermoélectrique par Leopardo Nobili (1787 - 1835) et
elle se précisa après 1881 avec la conception du premier bolomètre par Samuel P. Langley
(1834 - 1906).
3.3 La spectroscopie des gaz raréés
L'invention en 1856 par Heinrich Geissler (1814 - 1879) du tube à gaz raréé pour le
compte de Julius Plücker (1801 - 1868), à Bonn, ouvrit une page nouvelle de la spectrosco-
pie. Elle permit en eet d'accumuler une connaissance étendue sur les raies spectrales des
vapeurs d'éléments simples à travers lesquelles on provoquait des décharges électriques.
Et la célèbre communication de Kirchho, en 1859, relança spontanément l'intérêt pour
ces études, en même temps qu'il devenait évident que ces raies spectrales constituaient de
véritables signatures de ces éléments, ce que ne manquèrent pas d'exploiter les chimistes,
en dépit des dicultés qui se présentaient dans les composés chimiques. De nouveaux
éléments furent découverts de la sorte.
Cependant, aucune théorie interprétative ou explicative de ces spectres de raies n'émer-
geait. Or, la parution de la classication des éléments chimiques connus par Dimitri I.
Mendeleev, en 1869, montra clairement que plus le numéro atomique de l'élément 3 était
élevé plus son spectre de raies devenait complexe. Ce fut pourquoi les premières tenta-
tives de trouver une formule regroupant entre elles les longueurs d'onde des raies spectrales
se portèrent sur l'élément le plus simple, l'hydrogène : en 1885, le suisse Johann Jacob
Balmer 4 (1825 - 1898) produisit empiriquement une formule regroupant les neuf raies
alors connues de l'hydrogène :
m2
λ=h·
m2 − 4
où λ est une de ces longueurs d'onde, h une constante valant 3645,6 Å et m un entier
strictement supérieur à 2.
Heinrich Kayser (1853 - 1940), Carl Runge (1856 - 1927) entre 1888 et 1893, tra-
vaillèrent activement et opiniâtrement la question et, indépendamment, Janne Rydberg
(1854 - 1919) dont l'article principal parut en 1890. Ce dernier proposa d'étendre la for-
mule aux éléments des trois premières colonnes de la classication périodique en groupant
les raies en séries et en considérant que les nombres d'ondes (1/λ) des raies devaient être
égaux à la diérence de termes du type R / (n − C)2 où R = 109677, 7 cm−1 , n étant un
entier variant avec chaque raie et C une constante relative à la série. En 1900 toutefois,
il admit, devant la non-concordance de sa proposition avec les résultats expérimentaux et
les dicultés non résolues par l'extension de ses vues à d'autres éléments, que la ou les
formules mathématiques n'étaient pas encore trouvées !
3. En fait, la table se réfère à ce que nous appelons la masse molaire, la structure atomique complexe
n'étant pas envisagée.
4. Balmer était professeur de mathématiques et non physicien !
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4 Thermodynamique et révolution industrielle
La compréhension de ce qui se joua au tournant de 1900 commande, enn, d'évoquer
quelques développements tardifs et particuliers de la science des phénomènes thermiques,
la thermodynamique. Expérimentateurs et théoriciens n'échangèrent pas toujours leurs
points de vue et leurs sphères d'intérêts respectives se sont si peu recouvertes que d'im-
portantes découvertes expérimentales aux applications pratiques remarquables n'eurent
souvent que peu d'implications théoriques et, réciproquement, des réexions théoriques
fondamentales n'inuèrent point l'ordre expérimental. Ceci n'empêcha toutefois ni de
considérables avancées, accomplies par l'introduction d'idées novatrices, ni l'apparition
de problèmes qui parurent insolubles dans le cadre conceptuel existant.
4.1 Comprendre et améliorer le fonctionnement des machines à
vapeur
La substitution, débutée dans le dernier quart du XVIIIème siècle en Angleterre et au
milieu du XIXème sur le continent, du travail humain ou animal par celui de la machine
à vapeur pour animer des machines à ler et à tisser, les pompes à eau puis les ascenseurs
des puits de mines de fer ou de charbon, les machines outils naissantes et, plus tard, les
locomotives à vapeur, décupla dans le courant du siècle la productivité et la production
des biens industriels dans les pays d'Europe occidentale entraînant les bouleversements
économiques, sociaux et politiques que l'on sait. La recherche de l'amélioration du rende-
ment de ces machines suscita d'importantes réexions sur leur fonctionnement.
Elle impliqua d'abord de séparer la notion de température du uide employé - grandeur
intensive - de celle de transferts énergétiques , travail et chaleur, - grandeurs extensives
-. Elle contraignit à se poser ensuite la question de savoir si la nature du uide importait
ou si seul l'écart de température entre la source chaude de vapeur et la température à
laquelle on la restituait au circuit ou à l'atmosphère était en prendre en compte. Dans son
mémoire de 1824, Réexions sur la puissance motrice du feu, Sadi Carnot (1796 - 1832)
introduisit la relation entre le travail 5 et la chaleur, sans toutefois élaborer d'hypothèses
sur la nature de cette dernière 6 , et surtout, expose le second principe de la thermody-
namique, enseigné de nos jours dans la formulation faisant appel à la notion d'entropie
δQ/T introduite en 1865 par Rudolph Clausius (1822 - 1888).
R
4.2 Un concept unicateur : l'énergie
Le principe d'équivalence du travail et de la chaleur, le premier principe de la ther-
modynamique, apparut grâce à Julius Robert von Mayer (1814 - 1878), entre 1842 et
1845, comme une nécessité fondamentale issue de la comparaison des quantités de chaleur
à fournir pour échauer un gaz à pression constante ou à volume constant. A pression
constante, en eet, le gaz se dilate et on récupère un travail ; à volume constant, il n'y
5. Le terme est introduit par Jean Victor Poncelet (1788 R- 1867) en 1826. Lorsque le travail apparaissait
en mécanique, sous sa forme élémentaire ~f d~r ou intégrale ~f d~r, il était calculé et rendu égal à la force
vive, à savoir l'énergie cinétique actuelle ; l'expression de travaux virtuels n'apparaissait que dans le
principe des travaux virtuels utilisé pour le calcul des forces statiques de liaison.
6. Le mémoire de Carnot, oublié et ressuscité par Clapeyron, semble indiquer une adhésion au ca-
lorique et à son indestructibilité ; cependant des notes retrouvées par son frère, Hippolyte Carnot et
publiées en 1878 prouvent qu'il avait rectié son erreur et donnait une valeur convenable de l'équivalent
mécanique de la chaleur.
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a aucun travail fourni par le gaz ; logiquement, pour Mayer, la diérence de chaleur ap-
portée devait correspondre au travail récupéré dans l'échauement à pression constante.
Simultanément à l'émergence du concept de conservation de l'énergie - le terme avait été
introduit dans le cadre de la mécanique par Thomas Young-, de 1840 à 1849, James Pres-
cott Joule (1818 - 1889) expérimenta pour déterminer la valeur de l'équivalent mécanique
de la chaleur et montra notamment qu'il était indépendant du uide employé.
La réexion de Mayer débordait cependant largement le cadre de la seule thermody-
namique des gaz : il envisageait un principe général de conservation de l'énergie incor-
porant l'énergie mécanique, hydraulique, électrique, chimique, biologique , solaire, etc.
Ce concept s'est révélé par la suite extrêmement fructueux et il est, aujourd'hui encore,
considéré comme un des fondements inébranlables de la physique au point d'en considérer
toute violation expérimentale apparente comme impliquant l'existence de quelque chose
encore inobservé, comme ce fut la cas pour l'invention par Wolfgang Pauli (1900 - 1958)
du neutrino en 1930, conrmée expérimentalement en 1956 seulement.
4.3 Faites chauer les fers...
Enn, le XIXème siècle est celui de la métallurgie et de la sidérurgie. Des fers forgés
dans une modeste forge de forgeron de campagne aux coulées incandescentes des hauts
fourneaux nés avec la révolution industrielle, le spectacle de l'émission de lumière par
les corps opaques lorsqu'ils sont portés à une température élevée, lié aux observations
de la lumière solaire et des spectres d'émission et d'absorption des éléments simples, ne
pouvait manquer d'éveiller l'attention sur le lien devant exister entre l'état énergétique
d'un corps et ses propriétés émissives. L'énoncé de la loi de Kirchho, en 1859, la synthèse
maxwellienne de l'électromagnétisme et de l'optique accomplie en 1873 et la découverte
expérimentale de Hertz de 1887 incitaient à créer un cadre expérimental idoine - le corps
noir - pour établir son spectre d'émission et à interpréter les mesures qu'il délivrerait dans
le cadre de l'électromagnétisme et de la thermodynamique. Il en résulta les lois de Josef
Stefan (1835 - 1893) en 1879, selon laquelle l'énergie totale émise par un corps noir en
une seconde est proportionnelle à la puissance quatrième de la température à laquelle il
est porté ; et la loi de déplacement de Wilhelm Wien (1864 - 1928) selon laquelle la
longueur d'onde λm à laquelle se situe le maximum de rayonnement spectral du corps noir
est liée à la température absolue T par la relation : λm · T = cte. Les tentatives ultérieures
faites par Rayleigh, Wien ou Planck pour trouver l'expression théorique de la courbe du
rayonnement du corps noir en se fondant sur les seules lois de l'électromagnétisme et de
la thermodynamique échouèrent toutes jusqu'en 1900.
5 Conclusion
Les éléments d'histoire de la physique du XIXème siècle qui précèdent ignorent vo-
lontairement les travaux tant expérimentaux que théoriques qui eurent montré, si besoin
était, l'extrême foisonnement de l'activité intellectuelle des gens qui se consacrèrent à
l'étude des phénomènes de la nature inerte, dont les noms ont été ou non cités au cours
de l'exposé. De même, n'avons nous pas souligné les contributions de certains d'entre eux
dans les domaines de la chimie ou des mathématiques. L'optique, l'électromagnétisme et
la thermodynamique partageaient des objets communs d'études et voisinaient ; toutes ces
connaissances se fécondaient an de dessiner une unité des phénomènes naturels ; et la
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une partie déjà de la communauté des savants adhérait, à la n du siècle, à un atomisme,
que la chimie semblait rendre nécessaire, que la physique elle-même pressentait mais dont
elle n'avait pas encore apporté de preuves expérimentales évidentes et qui, de ce fait, était
loin d'être unanimement accepté. Cependant, tout parcellaires qu'ils soient, ils laissent
entrevoir l'époustouante évolution tant quantitative que qualitative apportée à la phy-
sique pendant ce XIXème siècle.
La dichotomie des objets étudiés qui sous-tendait implicitement les raisonnements de
la physique classique, contraignait le physicien à identier en premier lieu la nature cor-
pusculaire ou ondulatoire des objets soumis à son examen et à leur appliquer le corps de
doctrine correspondant, sachant que les descriptions des phénomènes par la physique des
corps matériels nis ou par la physique ondulatoire étaient, en l'état, imperméables l'une
à l'autre. Il était inévitable que les problèmes surgissent lorsque les ondes se frotteraient
aux particules...
Bibliographie
Histoire générale des sciences, La science moderne, de 1450 à 1800, R. Taton et coll.,
Presses universitaires de France, 2nde édition, 1969, coll. "Quadrige", 1ère édition, 1995
- ISBN 2 13 047157 9 (éd. complète en 4 vol.) ;
Histoire générale des sciences, La science contemporaine, 1/ le XIXème siècle, R. Taton
et coll., Presses universitaires de France, 2nd édition, 1969, coll. "Quadrige", 1ère édition,
1995 - ISBN 2 13 047157 9 (éd. complète en 4 vol.) ;
Histoire de la physique, tome 1 La formation de la physique classique, sous la dir. de J.
Rosmorduc, Lavoisier Tec&Doc, 1987, Petite collection d'histoire des sciences, ISBN 2
85206 858 3 ;
La lumière, B. Maitte, Seuil, 1981, coll. Points Sciences, ISBN 2 02 006034 5.
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Partie B
Introduction du point de vue quantique
sur
l'interaction lumière - matière
Nous débuterons la seconde partie de cet exposé en précisant l'origine de la division
catégorique à laquelle la physique classique pensait devoir procéder entre les corpuscules
et les ondes an de mieux saisir, à sa n, la portée des bouleversements que la révolution
quantique a opérés. Nous reprendrons alors à sa source l'étude du rayonnement du corps
noir, les caractères généraux déduits de la physique classique, les problèmes théoriques
qu'elle avait soulevés et la solution que Planck lui a apportée. Nous verrons alors l'usage
fait par Einstein de cette solution dans son interprétation de l'eet photo-électrique et
l'échafaudage par Bohr du premier modèle semi-classique de l'atome d'hydrogène. Le
quantum de lumière sera alors prêt à accomplir sa métamorphose en une quasi-particule
et recevoir l'attribut qui lui manquait : une impulsion. Enn, nous arriverons à la présenta-
tion de l'audacieux pari intellectuel de De Broglie, qui inaugure la fusion des antagonistes
et réalise l'unication des concepts de particule et d'onde en un nouvel objet physique :
le quanton . Nous conclurons l'exposé par quelques éléments sur les idées actuelles sur
cette révolution conceptuelle centenaire.
1 Les conséquences de la dichotomie fondamentale
Dans l'introduction de son article intitulé Un point de vue heuristique concernant la
production et la transformation de la lumière , publié aux Annalen der Physik (cf. annexe
I), Albert Einstein résuma clairement l'incompatibilité des descriptions particulaires et
ondulatoire. Après avoir examiné en quoi résident ces diérences, nous approcherons les
zones où elles entrent potentiellement en conit et les problèmes qu'elles soulèvent alors.
1.1 Description particulaire
Ayons ici à l'esprit la partie de la mécanique qui s'intéresse aux mouvements de par-
ticules ou des corps matériels. Elle modélise les particules en ignorant volontairement
leur étendue spatiale et les assimile ainsi à des points géométriques auxquels une masse
est aectée ; elle crée de la sorte ces ctions qu'elle désigne par l'expression consacrée
de points matériels . Lorsqu'elle s'intéresse au mouvement de corps matériels dont le
volume ne saurait être négligé, dans le premier temps de la description, elle les suppose
indéformables ; cela donne ces autres objets idéels qu'elle baptise solides . Les pro-
blèmes étudiés comportent toujours un nombre ni, éventuellement très grand comme
en mécanique statistique, de points matériels ou de solides. Il s'ensuit que le nombre de
paramètres nécessaires pour décrire un système à un instant donné est lui aussi ni : trois
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paramètres pour positionner chaque point matériel, six paramètres pour positionner de
manière univoque les solides ; son évolution ne pourra être déterminée de manière certaine
que si, de plus, la vitesse à un instant donné de chaque point matériel est connue, donc
trois paramètres supplémentaires par point matériel, ainsi que six autres paramètres par
solide, par exemple les vitesses d'un point lui appartenant et les trois composantes de son
vecteur rotation instantanée Ω(t
~ 0 ) à cet instant. La connaissance des forces régissant les
interactions entre les participants au système étudié et entre eux et son extérieur per-
met, théoriquement du moins, de prévoir avec certitude son évolution par l'application
des théorèmes généraux de la mécanique : principe fondamental de la dynamique pour
chaque point matériel, théorèmes de la résultante cinétique et du moment cinétique pour
chaque solide.
Si nous considérons donc un système de Np points matériels et de Ns solides, 3Np +6Ns
paramètres au plus sont nécessaires au positionnement de ses constituants, nombre que
viennent réduire d'éventuelles contraintes ou liaisons. Désignons-les sous le terme de co-
ordonnées généralisées du système et notons-les, dans le cas général, {qi (t)}i=1,...,3Np +6Ns .
Ainsi, l'application des lois de la dynamique à chacun des points matériels et des solides
conduit à 3Np + 6Ns équations diérentielles du second ordre en temps portant sur les
coordonnées généralisées :
fi (q̈i , q̇i , qi , q̈j6=i , q̇j6=i , qj6=i , t) = 0 i = 1, ..., 3Np + 6Ns , j = 1, ..., 3Np + 6Ns .
L'apparition des coordonnées généralisées qj6=i dans la i-ème équation diérentielle ex-
prime l'interaction susceptible d'exister entre le point matériel ou le solide auquel corres-
pond la coordonnée généralisée qi et les autres constituants du système. Remarquons qu'il
pourrait fort bien y avoir des dérivées par rapport au temps d'ordre supérieur à deux.
Soulignons cependant qu'aucune de ces équations diérentielles ne comportera de dérivées
partielles par rapport aux variables d'espace : cela n'y aurait pas de sens.
Supposons que nous ayons pu intégrer le système des 3Np + 6Ns équations, c'est-à-dire
déterminer les coordonnées généralisées en fonction du temps. Celles-ci ne nous informent
directement que sur des positions, puis, par dérivation par rapport au temps, sur des
déplacements dans l'espace mais non sur l'état physique de l'extérieur du système ou de
l'espace lui-même. Ces positions et ces vitesses, sont considérées comme accessibles simul-
tanément à la mesure avec, par principe, une précision aussi grande que nécessaire, même
si en l'espèce, l'expérimentateur demeure prisonnier des contingences limitatives des ins-
truments de mesure dont il dispose. Elles permettent implicitement de calculer en retour
les éléments dynamiques (forces, moments de forces) qui xent l'évolution du système,
ainsi que son état énergétique par le calcul des énergies cinétiques et potentielles. L'éner-
gie du système mécanique peut en principe, dans ce cadre conceptuel, prendre n'importe
quelle valeur, en omettant l'énergie de masse qu'ignore la physique classique. Un tel mode
de connaissance donne ce que nous nommons la description lagrangienne du système.
1.2 Description ondulatoire
Les phénomènes ondulatoires présentent cette spécicité d'occuper un domaine connexe
de l'espace, D, de volume ni ou non, peu importe, c'est-à-dire, dans tous les cas un en-
semble inni de points. La description et donc la connaissance des phénomènes physiques
dont le domaine en question est le siège, nécessitent d'y connaître certaines grandeurs
physiques Gϕ , scalaires ou vectorielles, en chacun de ses points. Ainsi, à chaque instant,
une innité de valeurs doit être recensée pour chacune de ces grandeurs, an de pou-
voir prétendre connaître et prévoir l'évolution des phénomènes étudiés. Cependant, ce
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travail est facilité par l'intuition que nous possédons de ce que, d'un point à un autre,
extrêmement voisin, les valeurs prises par ces grandeurs ne doivent, en général 7 , pas être
très diérentes, ce qui nous invite à regrouper ces collections de valeurs en nous servant
de la variété oerte par les fonctions de plusieurs variables comme un moyen pour nous
aider à les résumer à l'aide d'un nombre ni de symboles mathématiques. Il va de soi
que la dimension spatiale du problème étudié détermine le nombre de variables spatiales
à employer dans les fonctions utilisées pour décrire les valeurs prises par les grandeurs
physiques, sachant que le déroulement temporel du phénomène ajoute au nombre de leurs
arguments la variable temps, t. Ainsi, chaque fois qu'il nous est possible de mettre sous
une forme Gϕ = gϕ (~r, t) la grandeur physique Gϕ , nous nous donnons un moyen pratique
et économique de recenser l'innité de ses valeurs à chaque instant.
Tout d'abord, il nous faut comprendre que ces variables d'espace ont un rôle analogue
à celui des indices i des coordonnées généralisées qi (t) de la description particulaire, in-
dices qui, rappelons-le, étaient alors en nombre ni, 3Np + 6Ns , supérieur ou égal à celui
des degrés de liberté du système physique étudié. Dans le domaine D support d'un phé-
nomène ondulatoire, en revanche, aussi petit soit-il par ailleurs, le nombre de points est
inni, innité à laquelle répond une triple innité d'indices , qu'expriment désormais
les trois composantes des vecteurs position ~r ∈ D. Ensuite, les grandeurs physiques Gϕ , ou
leurs fonctions gϕ , se substituent aux coordonnées généralisées qi (t) comme enjeu de nos
recherches. Enn, l'évolution temporelle du phénomène physique est gouvernée d'une part
par le couplage entre les degrés de liberté supposés proches, autrement dit entre points
inniment voisins, couplage qui traduit le passage de proche en proche de la propriété
véhiculée par l'une des grandeurs physiques ; elle l'est, d'autre part, par les couplages qui
peuvent apparaître entre les diérentes grandeurs physiques nécessaires à la connaissance
de l'état physique du milieu D. Ceci se manifeste par l'introduction des dérivées partielles
des fonctions décrivant les grandeurs physiques par rapport aux variables de position dans
les équations qui régissent l'évolution au cours du temps des dites grandeurs. Ainsi, les
équations en charge de rendre leurs évolutions temporelles sont toujours des équations
diérentielles aux dérivées partielles par rapport au temps et aux variables d'espaces, au
moins du premier ou second ordre par rapport au temps, dans lesquelles peuvent interve-
nir une ou plusieurs grandeurs physiques. Les situations oertes par les vibrations d'une
corde, la propagation d'un champ électromagnétique ou celle d'une onde acoustique, tant
en nombre de dimensions spatiales, que par la nature scalaire ou vectorielle des grandeurs
physiques décrivant l'état du milieu de propagation perturbé par le passage de l'onde,
illustrent la diversité des phénomènes physiques à modéliser dans ce cadre.
Dans ce cadre, nous remarquons que les fonctions gϕ (~r, t) ne sont plus nécessairement
des positions, contrairement aux coordonnées généralisées de la description corpusculaire.
Cependant, nous conservons, grâce à ces champs scalaires ou vectoriels, la possibilité d'en
déduire des grandeurs énergétiques qui, comme pour la description particulaire, peuvent,
en principe, varier par quantités aussi petites que souhaitées. Ces champs, fonctions de la
position ~r dans le milieu et du temps t, à travers lesquels nous connaissons l'état physique
du milieu constituent ce que nous nommons une description eulérienne.
7. Une discontinuité n'étant souvent qu'un moyen extrême de signaler une variation exceptionnelle-
ment rapide d'un phénomène, tels, par exemple, les paramètres thermodynamiques au passage du front
d'une onde de choc.
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1.3 Insusances de chacune des descriptions
Les indices en faveur de la structure discontinue de la matière et de l'électricité s'ac-
cumulèrent entre 1890 et 1912 : l'émergence de la notion d'électrons issue de l'étude
des rayons cathodiques, la détermination du nombre d'Avogadro par Jean Perrin (1870
- 1942), les succès de la théorie cinétique de la matière et de la mécanique statistique,
les eets magnéto-optiques découlant de l'hypothèse de l'émission des ondes électroma-
gnétiques par les électrons, etc. Cependant, les spectres d'émission que la spectroscopie
s'était complu à cataloguer, le rayonnement du corps noir et l'eet photo-électrique ne
trouvaient toujours aucune solution satisfaisante dans le cadre de la théorie ondulatoire
de la lumière et de la thermodynamique. De même l'anomalie de chaleur spécique des
solides aux basses températures, c'est-à-dire le fait que leur capacité calorique tende vers
zéro lorsque la température absolue tend vers zéro, ne s'expliquait pas dans le cadre de
la thermodynamique statistique classique.
Sans y prendre garde, la physique avait commencé l'exploration des phénomènes qui
se déroulaient à la lisière des deux territoires, corpusculaire et ondulatoire. Or, chacune
des deux descriptions passait sous silence les problèmes apparaissant à sa jointure avec
l'autre. Ainsi en était-il de l'étude du processus d'émission d'une onde électromagnétique
par une particule chargée. Cette étude butait en eet sur le problème du couplage entre
les mouvements des particules et les ondes électromagnétiques qu'ils engendraient et, ré-
ciproquement, sur celui de la réaction des charges aux champs électromagnétiques qu'elles
avaient contribué à créer. Survenait ainsi, en évidence pour la première fois, la question
d'ajuster le champ électromagnétique, onde continue, et la particule chargée, corps dis-
cret, gouvernés respectivement par les équations de Maxwell et celles de Lagrange.
La voie de l'éclaircissement de ces interrogations fut tracée par l'introduction de la
notion de quantum d'énergie que nous allons maintenant découvrir à travers la résolution
des problèmes du rayonnement du corps noir et l'eet photo-électrique.
2 Le rayonnement du corps noir
Dans la première partie du XIXème siècle, le spectre avait été étendu en deçà du
rouge visible, dans le domaine de l'infrarouge et au delà du violet visible, dans celui de
l'ultraviolet ; par ailleurs, la similarité sinon de nature du moins de comportement de
la chaleur rayonnante et de la lumière visible fut expérimentalement montrée (cf.
A. 3). Ce chapitre se déroulera selon la logique de la construction des connaissances
dans le domaine du rayonnement. Nous commencerons par montrer la loi de Kirchho
et dénirons alors le corps noir . Nous pourrons faire alors apparaître la pression de
radiation comme une conséquence nécessaire du second principe de la thermodynamique
appliqué au rayonnement. Nous discuterons alors des lois de Wien et de Stefan-Boltzmann,
des tentatives faites pour obtenir, par l'application des principes de la thermodynamique
et des lois de l'électromagnétisme, une expression analytique de la courbe du rayonnement
d'équilibre thermique en fonction de la fréquence et les apories auxquelles ces tentatives
conduisirent. Enn, nous pourrons présenter la solution apportée par Planck qui introduit
subrepticement le quantum d'énergie.
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2.1 Loi de Kirchho et dénition du corps noir
Les développements de la thermodynamique au milieu du siècle amenèrent les physi-
ciens à préciser les notions énergétiques pertinentes relatives à l'émission et à l'absorption
des composantes spectrales du rayonnement. An de ne pas trop nous éloigner du raison-
nement suivi, nous renvoyons les lecteurs à l'annexe II qui rappelle les dénitions utiles
à connaître. La précision qu'elles apportèrent permit à Kirchho d'énoncer la loi fonda-
mentale suivante :
Le rapport de l'exitance énergétique spectrique Mλ d'un corps à son coecient spectral
d'absorption α(λ) est indépendant de la nature de la substance de ce corps.
Voici le raisonnement tenu. Soit un corps quelconque à l'équilibre thermodynamique
avec un rayonnement électromagnétique à l'intérieur d'une enceinte fermée. Considérons
un point P quelconque à la surface du corps et l'élément de surface d'aire d2 S autour de
P ; cet élément de surface reçoit un éclairement énergétique spectrique Eλ de la part du
rayonnement, dont la partie α(λ)Eλ est absorbée. Cependant, le corps étant à l'équilibre
thermodynamique, il ne peut pas accumuler l'énergie qui correspond à cet éclairement
spectrique absorbé et l'émet donc avec une exitance énergétique spectrique Mλ égale à
l'éclairement spectrique absorbé. D'où :
Mλ
Eλ = .
α(λ)
Or, Eλ est une caractéristique du rayonnement électromagnétique à la température d'équi-
libre xée et non du corps enclos dans l'enceinte, ce qui démontre la loi énoncée.
Remarque 1 : la loi est encore plus précise en fait, car elle doit être vériée pour les
échanges énergétiques qui se font selon chaque direction du demi-espace situé au-dessus
du plan tangent en P à la surface du corps.
Remarque 2 : la loi doit bien être vraie quelle que soit la longueur d'onde. En eet, si l'on
suppose qu'elle n'est pas vériée pour deux longueurs d'onde données, nommons-les λ1 et
λ2 , l'équilibre thermique du corps impose que Q = Mλ1 − α(λ1 )Eλ1 = α(λ2 )Eλ2 − Mλ2
pour que le bilan énergétique entre le corps et le rayonnement soit nul. On peut imaginer
que l'on dépose sur l'élément de surface un ltre parfaitement transparent à λ1 et par-
faitement rééchissant à λ2 de sorte que le rayonnement de longueur d'onde λ1 atteigne
eectivement le corps mais pas celui à λ2 de sorte qu'il pourrait y avoir un échange éner-
gétique de bilan non nul entre le rayonnement et le corps, rompant l'équilibre thermique
de ce dernier, ce qui est incompatible avec l'hypothèse initiale.
Remarque 3 : la relation est locale car si le matériau n'est pas homogène, rien ne justie
que le coecient d'absorption α(λ) soit le même en tout point.
On dénit le corps noir comme étant un corps opaque qui absorbe intégralement, à
toute longueur d'onde et quelle que soit la direction d'incidence, le rayonnement électro-
magnétique incident. Ainsi, pour un corps noir, α(λ) = 1. Le nom est explicite car un
corps absorbant tout rayonnement paraît eectivement noir.
Une bonne réalisation pratique du corps noir consiste en une enceinte creuse, aux pa-
rois susamment épaisses, dont les faces internes sont parfaitement rééchissantes, an
d'être imperméables au rayonnement et ouverte sur l'extérieur par un tout petit orice.
Ainsi, le rayonnement qui pénètre par l'orice dans la cavité est-il piégé de facto car sa
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probabilité d'en ressortir après réexions sur les parois est extrêmement faible, proche de
zéro. Le trou dans l'enceinte joue ainsi le rôle d'un absorbeur quasi parfait, donc d'un
corps noir. Il ne reste plus qu'à porter cette enceinte à la température T désirée, dans un
thermostat, pour étudier le rayonnement à l'équilibre à l'intérieur de la cavité à T .
2.2 Le rayonnement d'équilibre thermique du corps noir
Le rayonnement électromagnétique piégé dans la cavité, ou rayonnement d'équilibre
thermique du corps noir à une température T , possède les propriétés suivantes : il est
homogène (il ne dépend pas du point où l'on se trouve dans la cavité), il est isotrope
(aucune direction particulière de l'espace n'est privilégiée) et il n'est pas polarisé (aucune
direction particulière du champ électrique n'est privilégiée). Par ailleurs, les réexions du
rayonnement sur les parois donnent, à l'équilibre, existence à une densité volumique spec-
trique (ou spectrale) d'énergie électromagnétique u0λ uniforme dans le volume de l'enceinte
et indépendante du temps.
C'est cette densité volumique d'énergie électromagnétique spectrique que l'on désire
étudier ; ce qui est fait à partir du petit ux d'énergie électromagnétique δΦe qui peut
s'échapper par la section δS de l'orice de l'enceinte vers le demi-espace que délimite le
plan tangent à l'enceinte à l'endroit où est situé l'orice. Par la spectrophotométrie, il sera
possible de tracer la courbe u0λ = f (λ). En eet, le ux énergétique δΦe est égalRà la somme
sur toutes les longueurs d'onde du ux énergétique spectrique δΦλ : δΦe = 0+∞ δΦλ dλ.
Or, le spectrophotomètre permet d'isoler successivement chaque partie δΦλ dλ élémen-
taire du ux énergétique et de la mesurer, ce qui donne accès ainsi au ux énergétique
spectrique δφλ dans l'intervalle de longueur d'onde de largeur dλ autour de la valeur λ.
l'exitance énergétique spectrique Mλ s'en déduit en calculant Mλ = δΦλ /δS . Enn, la
densité volumique spectrique d'énergie du rayonnement d'équilibre est reliée à l'exitance
énergétique spectrique par la relation (cf. Annexe III pour sa démonstration) :
4
u0λ = Mλ
c
Il devient alors possible de tracer u0λ à une température donnée en fonction de la longueur
d'onde λ. Les courbes sont données dans le document annexé au polycopié, en fonction
de λ ; nous y avons aussi joint la densité volumique d'énergie spectrale du rayonnement,
u0ν , telle que u0λ dλ = u0ν dν où dν = c|dλ|/λ2 = ν 2 |dλ|/c.
Plusieurs remarques doivent être faites sur les courbes de u0λ :
1. le maximum de la densité volumique spectrique (donc de l'exitance énergétique spec-
trique) du rayonnement se produit à une longueur d'onde qui se déplace vers les courtes
longueurs d'onde lorsque la température d'équilibre croît ;
2. la valeur de ce maximum augmente aussi dans les mêmes circonstances ;
3. l'aire sous la courbe qui donne la densité volumique totale du rayonnement dans l'en-
ceinte s'accroît avec la température. Ceci doit être relié avec les connaissances pratiques
que nous avons du rayonnement : un solide métallique fortement chaué passe de l'opaque
au rouge puis à l'orange et au jaune vif au fur et à mesure que sa température augmente,
de même que son énergie interne. Si ce solide constitue les parois de l'enceinte d'un corps
noir, on conçoit aisément que les qualités du rayonnement des parois se transmettent à
celles du rayonnement qui siège dans le volume intérieur à l'enceinte.
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2.3 Les lois de Stefan-Boltzmann et de Wien
Avant même que fût déterminée empiriquement la fonction décrivant les courbes de
la densité volumique d'énergie spectrique u0λ (λ, T ), les données expérimentales et les rai-
sonnements de la thermodynamique et de l'électromagnétisme avaient permis de dégager
deux lois sur le rayonnement, vériées expérimentalement et qui furent conrmées après
la découverte de la fonction u0λ par Planck en 1900.
La première de ces lois est celle de Stefan - Boltzmann, exprimée dès 1879 à partir des
études expérimentales sur le rayonnement, conrmée en 1884 par des considération ther-
modynamiques par Boltzmann. Elle stipule que : la densité volumique d'énergie électroma-
gnétique du rayonnement du corps noir, u0 (T ) est proportionnelle à la puissance
R +∞ 0quatrième
de la température absolue avec u (T ) dénie par la relation u (T ) = 0 uλ (λ, T )dλ.
0 0
Ainsi,
u0 (T ) = a T 4
où a est une constante indépendante de la nature précise de la substance qui constitue les
parois de l'enceinte.
Nous allons montrer que cette loi est eectivement corroborée par l'expression de la
pression de radiation d'un rayonnement complètement diusé, que Maxwell avait déjà
calculée, p = u/3 (cf. Annexe IV), soit pcn = u0 /3 pour la pression de radiation du corps
noir. En eet, l'énergie interne U du rayonnement dans le volume V de l'enceinte vaut,
eu égard à ce que u0 (T ) représente la densité volumique d'énergie du rayonnement :
U = u0 (T )V
d'où
du0
dU = V du0 + u0 dV = V dT + u0 dV.
dT
Par ailleurs, l'identité fondamentale thermodynamique :
dU = T dS − p dV
conduit à :
dU p V du0 4 u0
dS = + dV = dT + dV
T T T dT 3 T
L'entropie d'un système étant une fonction d'état, sa diérentielle est exacte, ce qui se
traduit par l'égalité de ses dérivées croisées, soit :
4 u0 V du0
∂ ∂
=
∂T 3 T V =cte ∂V T dT T =cte
d'où, en tenant compte de ce que u0 n'est fonction que de la température T , et tous calculs
faits : 0
du dT
0
=4
u T
qui s'intègre en u0 = a T 4 comme l'annonce la loi de Stefan - Boltzmann. Cette loi est à
relier à la troisième remarque du paragraphe précédent et explique pourquoi l'aire sous
la courbe de u0λ augmente avec la température et surtout comment elle croît, puisque u0
représente cette aire.
La seconde loi, demeurée valide après la découverte de Planck, est la loi du déplace-
ment de Wien. Elle arme que le produit de la température absolue T et de la longueur
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d'onde à laquelle apparaît le maximum de la densité volumique d'énergie spectrique, λm ,
est constant. Arnold Sommerfeld (1868 - 1951) donne dans son cours de 1915 une élégante
version de la démonstration de la loi de Wien, fondée sur l'argument dimensionnel suivant.
L'expérience a montré que la densité énergétique spectrique u0λ (T ) ne dépend que de
la longueur d'onde λ du rayonnement et de la température absolue T et ce quelle que
soit la nature de la paroi de la cavité constituant le corps noir. Par ailleurs, la dimension
physique de la densité énergétique spectique est celle d'une énergie divisée par un volume
et par une longueur, donc :
0 énergie
[uλ ] = .
longueur4
La seule quantité ayant la dimension d'une énergie et faisant intervenir la température
absolue est kB T ou RT , où kB est la constante de Boltzmann et R la constante des gaz
parfaits 8 . La dimension longueur est naturellement introduite par la longueur d'onde
λ. Ainsi, u0λ (T ) doit avoir la forme αkB T /λ4 où α est une constante. Cependant, cette
forme ne peut décrire convenablement la densité énergétique spectrique car elle diverge
au courtes longueurs d'onde, ce que ne montre pas l'expérience, et de plus, son intégrale
sur l'ensemble du spectre diverge aussi, ce qui est manifestement contraire à l'expérience.
Par ailleurs, comme les courbes de u0λ (T ) ne sont pas proportionnelles à la température,
la constante α doit être en réalité une fonction d'un argument sans dimension dans lequel
entre au moins λ et T . D'où il résulte que :
kB T
u0λ (T ) = α0
4
f (bλT β )
λ
où α , b et β sont de vraies constantes, telles que α0 et bλT β soient sans dimension et telles
0
que : Z +∞
0
u (T ) = u0λ (T )dλ = aT 4
0
Soit : Z +∞
kB T
0
u (T ) = α0 f (bλT β )dλ = aT 4
0 λ4
ou encore, en posant x = bλT , sans dimension :
β
Z +∞
0 0 1
3 3β+1
u (T ) = α kB b T 4
f (x)dx = aT 4
0 x
D'où il résulte, l'intégrale étant un nombre sans dimension, que β doit être égale à 1. Par
conséquence,
kB T
u0λ (T ) = α0 f (bλT ) (A)
λ4
et x = bλT . Recherchons la condition que doit satisfaire λm , longueur d'onde correspon-
dant au maximum de la densité énergétique spectrique :
du0λ (T ) kB T
= 0 = α0 5 (−4f (bλm T ) + bλm T f 0 (bλm T ))
dλ λm
Ainsi, bλm T = xm où xm est la solution de l'équation xm f 0 (xm ) − 4f (xm ) = 0. D'où
λm T = cte = xm /b. Ce qui démontre la loi du déplacement de Wien.
Nous voyons de la sorte comment des résultats partiels intermédiaires permettaient
de faire progresser la connaissance des lois du rayonnement du corps noir alors que la
fonction u0λ était encore inconnue.
8. kB et R sont liées par la relation kB NA = R où NA est la constante d'Avogadro.
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2.4 Tentatives de Rayleigh, de Wien et de Planck
Les premiers essais tentés pour trouver l'expression de la densité volumique d'énergie
spectrique ne furent pas satisfaisants.
Ainsi celui de John William Strutt, Lord Rayleigh (1842 - 1919) et de Sir James Hop-
wood Jeans (1877 - 1946). Leur argumentation reposait sur l'électromagnétisme : l'étude
des ondes électromagnétiques stationnaires s'établissant dans une cavité résonante paral-
lélépipédique aux parois parfaitement rééchissantes leur avait montré que les équations
pouvaient être assimilées à celles d'oscillateurs harmoniques dont le nombre, dans l'inter-
valle de fréquence [ν, ν + dν], était 8πν 2 V dν/c3 où V était le volume de la cavité et c, la
célérité de la lumière dans le vide (cf. Annexe V) ; ainsi que sur la mécanique statistique :
le principe d'équipartition de l'énergie les portait à attribuer à chaque oscillateur une
énergie moyenne égale à kB T . Ceci les conduisait donc à une densité volumique d'énergie
spectrale u0ν (T ) égale à 8πν 2 kB T /c3 , ou exprimée en longueurs d'onde, u0λ (T ), telle que
u0λ (T )dλ = u0ν (T )dν , à :
8π
u0λ (T ) = kB T
λ4
qui possède bien la forme générale établie par Wien avec f fonction constante égale à 1
et α0 = 8π eectivement sans dimension. Cependant, comme nous l'avons fait remarquer,
elle ne saurait valoir au mieux que pour les grandes longueurs d'onde puisqu'elle fait
survenir, aux courtes longueurs d'onde, une divergence que l'on a nommée alors catas-
trophe ultraviolette . Et de fait, l'expression convient fort bien pour décrire la partie des
courbes située aux grandes longueurs d'onde, domaine dont nous préciserons plus loin la
signication et ce qui le délimite.
Peu après cette première tentative, Wien et Planck proposèrent pour la densité vo-
lumique d'énergie spectrale u0ν (T ), en 1896, αν 3 exp − λTb où α et b devaient être deux
constantes dimensionnées. L'accord sembla convenable jusqu'aux mesures faites en 1899
par Lummer, Pringsheim, Kurlbaum et Rubens qui mirent en évidence de manière cer-
taine, un écart subsistant, cette fois-ci, aux grandes longueurs d'onde. Le problème restait
donc toujours sans solution. Or, apparaissait dans la nouvelle expression une exponen-
tielle dont l'argument b/λT se devait d'être sans dimension : la constante b devait donc
avoir la dimension d'une énergie × longueur / kB , sans cependant que kB T y apparût, ce
qui eût fait disparaître la dépendance en température. Récrit sous la forme b0 /λkB T , b0
devait avoir la dimension d'une énergie × longueur ou d'une action 9 × vitesse. Comme la
vitesse naturelle du problème semblait devoir être celle de la lumière dans le vide, il deve-
nait évident que devait émerger une nouvelle constante fondamentale ayant la dimension
d'une action, qui permettait d'écrire l'argument sous la forme :
constante d'action × c
.
λkB T
2.5 La solution de Planck : apparition du quantum d'énergie
Rompu à la subtilité des raisonnements de la thermodynamique qu'il avait étudiée au-
près de Helmholtz et Kirchho à Berlin et pénétré de l'importance du lien entre l'entropie
et l'énergie, Planck reprit le problème en essayant de calculer l'entropie S d'un résonateur
rayonnant une oscillation monochromatique en fonction de son énergie U , dans la mesure
9. Une action est une grandeur ayant la dimension d'une quantité de mouvement ou d'une impulsion
multipliée par une longueur, comme dans l'intégrale d'action maupertuisienne m~v · d~r, minimale lors
R
du mouvement d'un système conservatif.
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où dS/dU = 1/T . Le problème se réduisait donc à trouver S(U ).
Dans ses vues profondes, Planck invoquait les irrégularités permanentes d'amplitude
et de phase que connait un oscillateur à une échelle de temps grande devant la période
des oscillations mais petite devant celle des mesures faites sur les caractéristiques de l'os-
cillateur, pour justier l'intervention du désordre dans le comportement de l'oscillateur
et, partant, celle de l'entropie. A contrario, armait-t-il, un oscillateur dont l'amplitude
et la phase seraient rigoureusement constants n'aurait aucune entropie et l'énergie d'os-
cillation devrait pouvoir se transformer librement et complètement en travail 10 . Ainsi,
Planck considère l'énergie U d'un oscillateur comme une moyenne au cours du temps de
son énergie instantanée ou une moyenne statistique sur un grand nombre N d'oscillateurs
identiques, selon le principe ergodique 11 . De la sorte, l'énergie totale des résonateurs
UN est égale à N U ; de même que l'entropie totale de ces oscillateurs SN est égale à N S ,
où S est l'entropie moyenne d'un oscillateur.
Or, d'après les vues de Boltzmann sur l'entropie, SN = kB ln Ω où Ω représente le
nombre de micro-états caractérisés par l'énergie totale UN et la température T . Le nombre
en question correspond au nombre de manières de répartir l'énergie UN sur les N oscil-
lateurs ; Planck l'évalue selon la combinatoire classique en la supposant divisée en P
quantités élémentaires : UN = P · . Formellement, cela revient à déterminer combien il
existe de manières de placer N − 1 barrières parmi P objets identiques, ce qui revient à
calculer le nombre de combinaisons de N − 1 objets parmi N + P − 1 ; Donc,
(N + P − 1)!
Ω=
(N − 1)!P !
N et P étant supposé très grand devant 1, on peut utiliser l'approximation de Stirling
N ! ≈ N N , P ! ≈ P P et (N + P − 1)! ≈ (N + P )N +P . Ainsi,
SN ≈ kB ((N + P ) ln(N + P ) − N ln N − P ln P )
soit
U U U U
SN ≈ kB N 1+ ln 1 + − ln
et
U U U U
S ≈ kB 1+ ln 1 + − ln (B)
L'entropie moyenne S d'un oscillateur apparaît comme une fonction de la variable U/.
Restons-en momentanément là et revenons aux propriétés générales que doit présenter la
densité volumique d'énergie spectrique, exprimée en fonction de la fréquence ν et de la
température T . u0ν (T ) doit être telle que :
énergie × temps +∞
Z
[u0ν (T )] = et 0
u (T ) = u0ν (T )dν = aT 4
volume 0
Il apparaît évident que, vu la nature des phénomènes physiques concernés, T (éventuelle-
ment sous la forme énergétique kB T , ν et c doivent participer à la construction de u0ν (T ).
10. in À propos de la loi de distribution de l'énergie dans le spectre normal , Annalen der Physik 4,
533-563 (1901), Springer-Verlag
11. Le principe ergodique , problème de la branche des systèmes dynamiques diérentiels, est de-
venu vers 1931, sous un régime d'hypothèses peu restrictives, le théorème de Birkho. cf Mathematical
foundations of statistical mechanics I.A. Khinchin, 1949, Dover publications, Inc., New-York, ISBN 0-
486-60147-1.
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Or, si dimension énergie peut apparaître sous la forme kB T , elle peut aussi bien le
faire sous la forme U . La dimension temps/volume est alors produite par le rapport
ν 2 /c3 . De sorte que
ν2
u0ν (T ) = α U
c3
α étant une constante pure. Par ailleurs, l'équation (A) de 2.3 montre une autre forme
de u0λ (T ) qui, transformée en u0ν (T ), donne :
2
0 0 kB T ν cT 0 3 T
uν (T ) = α 3
f b =βν g
c ν ν
L'identication des deux formes de u0ν (T ) donne pour l'énergie moyenne :
0T
U =γνg
ν
L'inversion de cette relation pour tirer la température donne ainsi :
U U 1 1dS
T = ν g1 ou == g2
ν ν T νdU
Par intégration de la dernière relation, nous obtenons que S = g3 Uν où g3 est une primi-
tive de g2 . Or, d'après la relation (B), U/ doit être proportionnel à U/ν . Ceci implique
que soit proportionnel à la fréquence ν ; la constante de proportionnalité introduite ayant
la dimension d'une action, Planck l'a nommée la constante fondamentale d'action , no-
tée h, que nous connaissons aujourd'hui sous le nom de constante (d'action) de Planck.
Le calcul de U était ainsi achevé :
U U U U
S ≈ kB 1+ ln 1 + − ln
hν hν hν hν
et
1 dS kB hν
= = ln 1 +
T dT hν U
d'où l'on tire :
hν
U=
hν
exp kB T
−1
Reprenant l'argument de Jeans selon lequel le nombre d'oscillateurs de fréquences com-
prises entre ν et ν + dν était 8πν 2 dν/c3 , Planck déduit que :
8πhν 3 1
u0ν (T ) = 3
c hν
exp kB T − 1
qui s'ajustait parfaitement aux mesures de Lummer et Pringsheim. Il est aisé de vérier
que les tentatives avortées de Rayleigh et Jeans puis celle de Wien et de lui-même se
déduisent pourtant de l'expression trouvée par Planck, respectivement aux grandes lon-
gueurs d'onde, lorsque hν kB T ou λ hc/kB T pour l'expression de Rayleigh et Jeans
et aux courtes longueurs d'onde, lorsque hν kB T ou λ hc/kB T pour l'expression de
Wien et Planck. La validité à la limite des grandes longueurs d'onde de l'expression de
Rayleigh et Jeans trouve sa source dans le fait que les quanta d'énergie sont alors extrême-
ment petits - ils tendent à la limite vers 0 - ce qui permet d'assimiler les échanges d'énergie
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entre la matière et le rayonnement à des processus d'émission et d'absorption continus,
conformément au cadre conceptuel de l'électromagnétisme classique ; l'équipartition de
l'énergie sur les oscillateurs prévue par la thermodynamique pouvait ainsi se justier dans
leur démarche. En revanche, l'expression de Wien et Planck étant empirique, - elle visait
avant tout à rendre compte de ce que les densités volumiques d'énergie spectrique ou
spectrale possédaient un maximum -, trouvait d'autant moins de justication théorique
qu'elle imposait l'intervention d'une nouvelle constante fondamentale ; seul les justiait
leur respect de la forme des densités déduites par Wien et qui l'avaient conduit à sa loi
de déplacement .
Planck fut peu loquace dans l'article de 1901 sur l'interprétation à donner à la quantité
= hν qu'il avait mis au jour et qu'il baptisa modestement l'élément d'énergie. Et
c'est ainsi un peu hors baptême que naquit le quantum d'énergie lumineuse, unité
de compte des quantités d'énergie échangées entre la matière et le rayonnement à la
fréquence ν . Dans son ouvrage intitulé La théorie physique au sens de Boltzmann et ses
prolongements modernes, René Dugas rapporte qu'ayant montré ses travaux à Boltzmann
- travaux similaires à ceux de Rayleigh et Jeans et fondés sur une conception continue de
l'émission et de l'absorption - Planck s'entendit répondre par le maître de l'interprétation
statistique de la thermodynamique qu'il n'obtiendrait jamais une théorie satisfaisante de
l'équilibre entre la matière et le rayonnement s'il n'introduisait pas une discontinuité dans
les processus d'émission et d'absorption...
3 Interprétation de l'eet photoélectrique
et des spectres
Découverte adjacente à celle des ondes électromagnétiques par Hertz, en 1887, l'eet
photoélectrique, quantitativement étudié par Wilhelm Hallwachs (1859 - 1922), demeura
énigmatique jusqu'à l'explication lumineuse qu'en fournit Einstein dans son article
Un point de vue heuristique concernant la production et la transformation de la lumière
de 1905, aux Annalen der Physik. Reprenant le travail de Planck, il y introduisit la notion
de quantum de lumière , Lichtquant, et y décrivit un processus d'interaction entre
le rayonnement et la matière propre à rendre compte des données expérimentales alors
accumulées.
3.1 Description du dispositif d'étude et observations expérimen-
tales
Les études quantitatives de l'eet furent conduites sur des cellules photoélectriques
introduites dans un circuit électrique qui permettait d'établir la caractéristique courant -
tension de la cellule dans diverses conditions d'éclairement. La cellule photoélectrique est
constituée de deux électrodes scellées dans un tube à vide : l'anode est constituée d'un l
métallique porté à un potentiel Va chargé de collecter les électrons éjectés par la photoca-
thode ; cette dernière, portée au potentiel Vc , est une plaque courbée dont la concavité est
tournée vers l'anode et la face concave recouverte d'un métal (alcalin, ou alcalinoterreux).
La cathode est disposée de façon à pouvoir être éclairée sur sa face concave par un faisceau
lumineux. Un voltmètre mesure la diérence de potentiel Va − Vc et un ampèremètre l'in-
tensité du courant électrique d'anode Ia . (cf. le schéma donné dans le document annexe).
L'attention se porta sur l'existence d'un courant électrique, qui traduisait la circulation
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d'électrons de la cathode à l'anode, en fonction de la fréquence du rayonnement lumineux
et de son intensité, d'une part, en fonction de la tension appliquée entre les électrodes à
conditions d'éclairement xées, d'autre part.
Le résultat le plus remarquable était l'existence d'une fréquence seuil ν0 , caractéris-
tique du métal déposé sur la photocathode, en dessous de laquelle le rayonnement mo-
nochromatique se révélait totalement inopérant, quelle que fut par ailleurs son intensité
lumineuse. A contrario, tous les rayonnements ayant des fréquences supérieures à ce seuil
provoquaient l'apparition d'un courant électrique dans le circuit de la cellule, quelle que
fut, là aussi, l'intensité de ces rayonnements. Enn, pour une lumière de fréquence su-
périeure à celle du seuil, l'intensité du courant électrique était strictement croissante en
fonction de la tension anode - cathode : nulle pour les tensions Va − Vc inférieures à une
valeur négative −U0 , elle augmentait avec la tension jusqu'à atteindre une valeur maxi-
male, l'intensité du courant électrique de saturation, Isat , qui variait dans le même sens
que l'intensité du faisceau lumineux éclairant la photocathode. U0 , nommée potentiel
d'arrêt croissait linéairement avec la diérence entre la fréquence du rayonnement em-
ployé et celle de seuil, U0 = α(ν − ν0 ), sans dépendre de l'intensité du faisceau lumineux
et avec une pente α indépendante de la nature du métal recouvrant la photocathode.
3.2 Hypothèse du quantum de lumière
Dans l'annexe VI, vous trouverez, consignée dans l'article publié aux Annalen der
Physik qui valut à son auteur le Prix Nobel de physique en 1921, la manière dont Ein-
stein a envisagé le processus d'absorption des quanta de lumière. Et de fait, Einstein
y utilise dans la plénitude de son eet l'hypothèse de l'existence de quantités d'énergie
indivisibles, les quanta de lumière qui sont aussi des quanta d'énergie, reprenant l'idée
des éléments d'énergie logiquement obtenue par Planck à partir des considérations
thermodynamiques qui le menèrent à la formule correcte pour le rayonnement du corps
noir.
Einstein y suppose que l'interaction entre le rayonnement et les électrons contenus dans
les matériaux pour lesquels l'eet photoélectrique a pu être constaté, doit être considé-
rée comme un processus d'absorption de quanta de lumière monochromatique par lesdits
électrons, qui déclenche la production de rayons cathodiques. Cependant, il xe une règle,
présentée par lui comme une règle de plus grande simplicité, selon laquelle un électron ne
pourra absorber qu'un seul quantum de lumière à la fois. Or, cette règle apparaît en fait
nécessaire car si, grâce à un éclairement susamment intense de la photocathode, plu-
sieurs quanta pouvaient être simultanément présents et absorbés par un électron, ils lui
fourniraient alors certainement l'énergie nécessaire pour qu'il soit éjecté du corps illuminé
et ce, quelle que soit la fréquence de la lumière. Par conséquence, l'intensité de la lumière
illuminant la photocathode jouerait alors un rôle dans le déclenchement de l'éjection des
électrons : quelle que soit la fréquence, il existerait un seuil d'intensité lumineuse au-
dessus duquel il serait toujours possible d'obtenir l'éjection de quelques électrons, alors
qu'au-dessous de ce seuil il se pourrait que trop peu de photons pussent être présents
pour être simultanément absorbés par un électron. Or, les études expérimentales n'orent
aucun exemple où ce fait aurait pu être observé : au contraire, pour les rayonnements de
fréquences ν inférieures à celle de seuil, ν0 , aucune intensité lumineuse, aussi forte soit-elle,
ne parvient à déclencher la production de photo-électrons. Ceci plaide donc en faveur du
schéma un électron absorbe éventuellement un seul photon adopté par Einstein pour
se représenter l'échange d'énergie entre le rayonnement et la matière.
La fréquence de seuil se trouve, selon ce schéma, justiée par l'existence d'un travail
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minimal à fournir à chaque électron pour le sortir du métal. En eet, si la fréquence du
rayonnement est trop faible, l'énergie apportée par chaque quantum du faisceau lumineux
est insusante pour permettre l'éjection de l'électron ; comme, par ailleurs, l'absorption
simultanée de plusieurs quanta lumineux est exclue, il est impossible alors que des rayons
cathodiques puissent être produits de la sorte. Ce qui est eectivement constaté.
Le courant de saturation résulte de ce que, pour un ux énergétique Φ de la lumière
monochromatique de fréquence ν capté par la photocathode, le nombre ṅ de quanta sus-
ceptibles de se manifester dans le faisceau, par unité de temps, est limité. Il est égal
à:
Φ
ṅ =
hν
Selon le processus d'absorption envisagé, ṅ représente aussi le nombre maximal d'électrons
susceptibles d'être éjectés de la photocathode et recueillis par l'anode par unité de temps.
En réalité, l'ecacité de l'eet photoélectrique est très sensible à l'état de surface du
dépôt sur la photocathode et, pour une cellule donnée, seule la fraction η des quanta
d'énergie réussit à extraire des électrons. Si le potentiel de l'anode est susamment élevé
pour qu'aucun des électrons tirés du corps ne puisse lui échapper, le nombre maximal
d'électrons par unité de temps atteignant alors l'anode est η ṅ ; l'intensité du courant de
saturation est par conséquence égale à :
Φ
Isat = eη ṅ = eη
hν
où e est la valeur absolue de la charge de l'électron. Si le rendement quantique η de la
cellule est constant en fonction du ux énergétique reçu, alors l'intensité du courant de
saturation doit être proportionnelle au ux énergétique de la lumière productrice inter-
cepté par la photocathode.
L'hypothèse d'Einstein de l'absorption unitaire d'un quantum de lumière par un élec-
tron du corps a ainsi permis d'interpréter correctement et sans dicultés particulières
les lois expérimentales, qualitatives et quantitatives, constatées par Lenard et Hallwachs
dans leur étude de l'eet photoélectrique. Son schéma a procuré en outre une image simple
- trop simple sans doute - mais extrêmement ecace de l'étrange élément d'énergie
déduit, cinq ans plus tôt, par Planck, mais si peu commenté par lui. Cependant, si la
simplicité du processus envisagé s'imposait en apparence, il n'était pas exempt d'obscu-
rités et n'en instillait pas moins d'inconciliables dicultés au c÷ur des conceptions de la
physique classique.
3.3 Modèle semi-classique de l'atome
La simplicité du nouveau concept l'emporta sur l'heure et Niels Bohr (1885 - 1962)
s'en empara pour élaborer le premier modèle semi-classique de l'atome d'hydrogène, le
plus simple avec lequel il était possible d'espérer obtenir un résultat. En 1908, en eet,
Walter Ritz (1878 - 1909) avait montré que les longueurs d'onde de toutes les séries des
raies spectrales de l'hydrogène pouvaient être déduites de la formule :
1 1 1
σ = = RH 2
− 2
λ m n
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où m et n (m < n) sont des entiers et RH est la constante de Rydberg, égale à 1,09737.107 m−1 .
Or, en multipliant l'expression par le produit hc, on obtenait la relation :
hc 1 1
= hν = RH hc 2
− 2
λ m n
interprétée par Bohr de la manière suivante : le quantum d'énergie hν émis par un atome
d'hydrogène était en fait égal à une diérence d'énergies possibles de l'électron dans
l'atome, correspondant à un changement de son état. L'expression de l'énergie de l'électron
qu'il retenait était :
RH hc E0
En = − 2
=− 2
n n
E0 étant égale à 13,6 eV. Cette hypothèse l'obligeait ce faisant à accepter l'idée que l'éner-
gie de l'électron ne pouvait être quelconque, à rebours de ce qu'autorisaient les théories de
la physique classique. Or, en cette année 1913, le jeune Bohr travaillait à Cambridge dans
le laboratoire de Lord Ernest Rutherford (1871 - 1937) qui venait de découvrir par ses
expériences de diusion la nature profondément lacunaire de la matière, invitant ainsi à
se forger des atomes l'image de systèmes solaires en miniature. Pour aboutir à l'expression
qu'il supposait de l'énergie de l'électron dans l'atome d'hydrogène, Bohr dût introduire
une hypothèse ad hoc de sélection des mouvements possibles de l'électron autour du
proton : il postula ainsi que parmi tous les mouvements de l'électron que la mécanique
classique reconnaît comme possibles, seuls sont stables et réalisés dans la nature ceux qui
sont circulaires et satisfont à la règle de quantication de l'action : me v(2πr) = nh, où me
est la masse de l'électron, r le rayon de sa trajectoire circulaire permise, v sa vitesse sur
cette trajectoire et n un entier naturel non nul. Il reconstitua sur la base de ce postulat
l'expression de l'énergie des niveaux autorisés qu'il avait supposée.
Son succès l'invita à généraliser et adapter son postulat aux atomes à plusieurs élec-
trons : parmi tous les mouvement des électrons intraatomiques que la mécanique ancienne
reconnaît comme possibles, seuls sont stables et réalisés dans la nature certains d'entre
eux satisfaisant à des conditions de quantication dans lesquelles intervient la constante
de Planck, de sorte que l'atome ne peut être que dans certains états stationnaires
quantiés. Il l'accompagna du postulat selon lequel l'atome est susceptible de passer d'un
état quantié d'énergie Ei à un autre état quantié d'énergie Ek par une transition
brusque en émettant (lorsque Ek < Ei ) ou en absorbant (dans le cas contraire) un
quantum d'énergie hνik satisfaisant à la conservation de l'énergie : hνik = |Ei − Ek |.
Ses postulats orirent un cadre général de pensée, développé ensuite par Sommerfeld,
pour préciser les règles de sélection et de quantication et comprendre les données que la
spectroscopie pratiquée au long du XIXème siècle avait accumulées.
3.4 Étrangetés quantiques
Certes, le quantum de lumière attesta de son ecacité à résoudre les problèmes du
rayonnement du corps noir et à donner une explication cohérente et rationnelle à l'eet
photoélectrique et aux spectres d'émission et d'absorption. Toutefois et assez rapidement,
on ne put plus dissimuler les dicultés conceptuelles qui entouraient les quanta ni occulter
les délicates questions que ne manquaient de soulever des esprits imprégnés des représen-
tations ancrées par la physique classique. Comment, par exemple, se distribuaient les
quanta d'énergie sur le front d'onde continu du faisceau lumineux ? L'énergie transportée
par la lumière était-elle présente à tout instant dans le faisceau sous la forme des indivi-
sibles quanta ou bien ne cristallisait-elle sous la forme de quanta qu'au moment où
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survenait une interaction de la lumière avec la matière ?
Les processus d'émission et d'absorption et partant la représentation de l'atome que
l'on commençait tout juste à entrevoir n'étaient pas, eux non plus, épargnés. Quelles
lois sous-jacentes contraignaient une particule chargée, en l'espèce l'électron, occupant un
certain volume que l'on imaginait volontiers bien localisé dans l'espace à tout instant et
animé d'un mouvement continu, à ne perdre ou n'accepter que des quantités bien dé-
nies d'énergies à l'exclusion de toutes autres ? Que pouvait bien signier la transition
brusque envisagée par Bohr et pouvait-on espérer jamais en comprendre son méca-
nisme ? Où se situait et quelles lois régissaient le comportement de l'électron pendant la
transition entre deux états stables ? Comment et pourquoi un électron réputé être dans
un état stable subissait-il une transition le faisant changer d'état ? Ces états quantiques
étaient-ils aussi stables qu'on l'armait ? Alors que l'électromagnétisme classique avait
prouvé que toute particule accélérée rayonnait son énergie, que le mouvement circulaire
de l'électron autour du noyau suggéré par Bohr était eectivement accéléré, ses lois encore
inconnues régissaient-elles aussi l'existence de trajectoires particulières pour lesquelles le
mouvement de la particule chargée était accéléré sans pourtant rayonner d'énergie ?
Telles sont quelques unes des questions qui s'insinuèrent en ces années où la physique
renouvelait, à travers la relativité restreinte et la théorie des quanta naissantes, ceux parmi
ses fondements qui paraissaient les mieux établis.
4 Le quantum d'énergie et sa quantité de mouvement
La discontinuité fondamentale introduite par les quanta de lumière et leur localisation,
nichée au c÷ur de l'interprétation de l'eet photoélectrique à travers le processus binaire
d'interaction entre le faisceau lumineux et la matière, un quantum de lumière absorbé par
un électron, inventé par Einstein, tendaient à conférer un caractère fortement corpusculaire
au quantum d'énergie. Or, l'application de la relation énergie-quantité de mouvement
issue de la relativité restreinte au quantum d'énergie conférait à celui-ci une quantité de
mouvement qui fut très rapidement mise en évidence dans l'expérience de Compton.
4.1 Expression de la quantité de mouvement
La construction de la relativité restreinte à partir de 1905 bouleversa nos conceptions
de l'espace et surtout celles du temps héritées de la physique ancienne. Une appréhension
nouvelle du temps en émergea à la mesure de la perte du caractère absolu que lui avait
conféré la physique classique. Le principe de relativité restreinte, étendant celui de la re-
lativité galiléenne, postulait que les lois physiques devraient être les mêmes dans tous les
référentiels d'inertie. Pour cela, il importait de décrire strictement les phénomènes phy-
siques dans chacun de ces référentiels et donc de prendre soin de mesurer simultanément
positions, grandeurs physiques et temps avec des instruments de mesure, dont les horloges,
liés respectivement à chacun des diérents systèmes de référence. Il en résulta l'obliga-
tion de renouveler la constitution des grandeurs physiques an de reconstruire des lois
physiques dont la forme ne dépendait pas du système de référence inertiel considéré : les
grandeurs physiques mesurées pouvaient prendre naturellement des valeurs diérentes,
mais les relations que les lois physiques établissaient entre les grandeurs physiques de-
vaient demeurer les mêmes en passant d'un référentiel d'inertie à un autre. Par exemple,
le vecteur de repérage d'une particule se vit adjoindre une quatrième coordonnées, asso-
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⇒
ciée à cette dimension temporelle inhérente au référentiel : il prit ainsi la forme r = (ct, ~r)
où ~r est le vecteur position de la physique classique ; le vecteur vitesse de la mécanique
⇒
classique fut remplacé par v = (γv c, γv ~v) avec ~v = d~r/dt le vecteur vitesse de la physique
classique et γv = (1 − v 2 /c2 )−1/2 où v = |~v| 12 . La nouvelle dénition de la vitesse amène,
par multiplication par la masse au repos m de la particule, à la nouvelle dénition du
⇒
vecteur quantité de mouvement : m v= (E/c, ~p) où E = γv mc2 représente l'énergie totale
de la particule et ~p = γv m~v sa quantité de mouvement. La relation entre l'énergie et la
quantité de mouvement relativistes de la particule en question :
E 2 = (pc)2 + (mc2 )2
où p = |~p|, provient alors de ce que la norme des nouveaux vecteurs - selon cette
construction relativiste 13 - est invariante par changement de référentiel inertiel. De plus,
des considérations de cinétique relativiste montrait que la vitesse d'un point matériel de
masse non nulle ne pouvait atteindre la vitesse de la lumière.
Si l'on souhaitait aller plus avant dans l'assimilation du quantum d'énergie à un corpus-
cule, puisque telle semblait être la vocation du nouveau venu, il convenait de lui attribuer
une masse et une vitesse. Véhiculant l'énergie associée à une onde électromagnétique de
fréquence ν , il semblait naturel de lui attribuer une vitesse égale à celle, c, de propa-
gation de l'onde et de lui supposer par conséquence une masse rigoureusement nulle ; la
fréquence de l'onde électromagnétique xerait son énergie E = hν . La relation énergie -
quantité de mouvement se réduisait de la sorte à : E = pc, d'où la quantité de mouve-
ment p = E/c = hν/c. Comme la longueur d'onde λ d'un rayonnement de fréquence ν
est donnée par la relation λ = c/ν , on pouvait donc écrire :
h
p= .
λ
L'expression de la norme de la quantité de mouvement était ainsi xée. Il a paru naturel
de lui attribuer la direction du vecteur d'onde ~k = (2π/λ) ~u de l'onde électromagnétique
d'où il émergeait. Ainsi, le vecteur quantité de mouvement 14 ~p pouvait s'écrire :
h
~p = ~u = ~ ~k
λ
en désignant par ~ la constante d'action de Planck divisée par 2π . Il ne restait plus qu'à
chercher à conforter expérimentalement la position qui avait consisté à attribuer une telle
quantité de mouvement au quantum d'énergie.
⇒
12. Il eut été plus naturel de prendre pour nouveau vecteur vitesse d r /dt = (c, ~v). Ceci aurait
correspondu à la division d'une diérence entre deux vecteurs évènement de la particule par la diérence
des instants mesurés par deux horloges distinctes du référentiel ce qui l'aurait ainsi rapproché de la
dénition classique. La forme adoptée revient à diviser la même diérence des vecteurs évènement par
l'intervalle de temps propre, c'est-à-dire par la diérence des instants mesurés par une seule et même
horloge qui accompagnerait la particule dans son déplacement. Cette dernière forme présente l'avantage
de se transformer par la transformation de Lorentz lors d'un changement de référentiel inertiel.
13. Les nouveaux vecteurs de la relativité (i.e. les grandeurs physiques qui peuvent être naturellement
⇒
représentées par un tenseur contravariant d'ordre 1) G ont quatre composantes : une composante tem-
porelle notée G0 et trois composantes spatiales notées G1 , G2 et G3 qui correspondent aux projections
sur les trois axes de coordonnées. La norme de la relativité restreinte d'un tel vecteur est dénie par
⇒ ⇒
G · G = (G0 ) − (G1 ) − (G2 ) − (G3 ) . Il est aisé de constater que cette norme peut être négative.
2 2 2 2
⇒
En revanche, si la grandeur physique est convenablement décrite par G alors elle est transformée par une
transformation du groupe de Poincaré (groupe de Lorentz étendu) et sa norme est invariante lors
d'un changement de référentiel.
14. Il faudrait en fait parler, pour plus de précision, de la partie spatiale du quadri-vecteur quantité
de mouvement pour qu'il n'y ait aucune ambiguïté.
Académie de Limoges - Formation continue Terminales S - Sciences physiques 33
4.2 Théorie de l'eet Compton
Charles Glover Barkla (1877 - 1944) était, autour de 1912, comme Bragg, cristallo-
graphe et pour ce faire utilisait des rayons X. Alors qu'il envoyait un faisceau de rayons X
monochromatique sur un cristal pour en déterminer la structure, il releva que les rayons
X diusés aux grands angles comportaient un rayonnement ayant les mêmes propriétés
que le rayonnement incident mais aussi une composante ayant des propriétés diérentes.
Les connaissances tirées de l'électromagnétisme classique fournissaient aisément une jus-
tication de la composante du rayonnement diusé dont la fréquence était identique à
celle des rayons X incidents. Ces derniers faisaient osciller à leur fréquence les électrons
dans l'atome ; ceux-ci y répondaient en émettant un rayonnement de même fréquence
dans toutes les directions, tout en demeurant lié à l'atome, ce qui laissait supposer que
c'étaient les électrons les plus fortement liés qui produisaient cette diusion. Il n'existait
en revanche pas de justication à la seconde composante. En 1922 - 1923, Arthur Holly
Compton (1892 - 1954) étudia la diusion inélastique - c'est-à-dire avec changement de
fréquence - des quanta d'énergie par des électrons faiblement liés.
Il élabora pour cela le schéma suivant. Le faisceau incident était constitué de quanta
d'énergie hνi = hc/λi et de quantité de mouvement ~pi = (h/λi )~ui ; un électron de masse
me , faiblement lié dans un matériau et supposé idéalement au repos, absorbait un de
ces quanta, en recueillait donc l'énergie et la quantité de mouvement qu'il restituait en
parties sous la forme d'un quantum emportant l'énergie hνd = hc/λd et donc la quantité
de mouvement ~pd = (h/λd )~ud , pendant que l'électron acquerrait une quantité de mouve-
ment ~pe = pe~ue et une énergie Ee telle que Ee2 = (pe c)2 +(me c2 )2 . On désigna par θ l'angle
de la direction prise par le quantum diusé par rapport au quantum incident, de sorte
que : cos θ = ~ui · ~ud . (cf. schéma du document annexe). La conservation de la quantité de
mouvement et de l'énergie lors du processus de diusion se traduisait donc par les deux
relations :
h h
~pi + ~0 = ~pd + ~pe soit ~ui = ~ud + ~pe
λi λd
hc hc p
+ me c2 = + (pe c)2 + (me c2 )2
λi λd
En éliminant ~pe entre les deux relations, on obtient, tous calculs faits, la relation de
Compton :
h
λd − λi = (1 − cos θ)
me c
Cette relation montre immédiatement que la longueur d'onde du quantum diusé est
toujours supérieure à celle du quantum incident, ce qui traduit bien une perte d'énergie
de ce dernier. Elle montre par ailleurs que la diérence des longueurs d'onde respectives
des quanta incident et diusé ne dépend que de la particule diusante - l'électron - et de
l'angle de diusion θ, mais pas de la longueur d'onde absolue du quantum incident. Elle
fait apparaître la quantité h/(me c) qui possède la dimension d'une longueur - homogène
au rapport d'une action à une quantité de mouvement -. On appelle cette quantité la
longueur d'onde de Compton de l'électron. Sa valeur est de l'ordre de :
h 6, 63.10−34
≈ −31 8
≈ 2, 43.10−12 m
me c 9, 11.10 × 3, 00.10
Pour que cette diérence de longueur d'onde entre les quanta se manifeste, il faut opérer
avec des rayons X durs ayant des longueurs d'onde de l'ordre de 10−11 m.
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4.3 Conditions expérimentales de la vérication
Pour espérer observer le changement de fréquence des quanta, Compton choisit des
rayons X obtenus par rayonnement d'une cible de molybdène frappée par un faisceau
d'électrons accélérés sous une tension de 50 kV. Le rayonnement incident créé était ce que
l'on appelle la raie K du molybdène, de longueur d'onde λi = 71.10−12 m, ce qui correspond
à des quanta d'énergie égale à environ 17,5 keV. La cible sur laquelle ces rayons X étaient
envoyés était en graphite. Les relevés de Compton sont donnés sur le document annexe.
On peut constater, au vu des ordres de grandeur énergétiques, que tous les électrons
ont des énergies de liaison très inférieures à celle des quanta incidents, si bien qu'il était
légitime de les négliger dans le bilan énergétique. La dépendance de la longueur d'onde
des quanta diusés en fonction de l'angle de diusion se révéla parfaitement conforme à
la relation de Compton.
Par la suite, Compton et d'autres, parmi eux Charles T. R. Wilson (1869 - 1959),
apprirent à détecter l'électron qui subissait le recul associé au quantum lors de la diusion
et purent vérier la conservation de l'énergie et de la quantité de mouvement dans le
processus.
4.4 Réexions ouvertes par l'eet Compton
La relation de Compton apparaît comme intrinsèquement quantique. En eet, elle
renforce d'une part le caractère corpusculaire des quanta d'énergie en leur attribuant les
grandeurs physiques typiquement corpusculaires que sont la quantité de mouvement et
l'énergie localisée ; d'autre part, elle fait intervenir la constante fondamentale d'action,
h. De plus, la théorie est fondée sur le caractère indivisible que l'on accorde aux quanta,
selon l'idée que l'on se fait d'une particule. Un quantum d'énergie incident se trouvait en
eet complètement engagé dans le processus sans être divisé.
De même se tait-elle parfois ostensiblement. Le schéma de Compton, tout comme celui
du processus d'absorption et d'émission des quanta lumineux de la spectroscopie postulé
par Bohr, est taiseux au moment du crime : l'état du système est décrit avant la diu-
sion, un électron clairement identié et un quantum d'énergie qui fond sur lui, puis après,
un électron que l'on imagine être le même et un quantum d'énergie qui a une autre direc-
tion que celle d'incidence, mais il ne décrit pas le pendant ! Cette remarque soulève
une autre question, celle du statut du quantum diusé par rapport au quantum incident.
Car la dénomination de diusion donnée au processus en question - on substi-
tue fréquemment l'expression de diusion Compton à celle d'eet Compton - est
trompeuse : lorsque la physique classique évoque un état de diusion, elle se réfère à un
processus d'interaction au cours duquel les corps qui interagissent conservent fondamen-
talement les caractères principaux qui les identient. Ainsi, la météorite qui incurve sa
trajectoire au voisinage d'une planète, reste reconnaissable tant qu'elle ne s'est pas scindée
en deux sous l'eet d'une limite de Roche ; dans la diusion de Rutherford des particules α
par les noyaux atomiques, la répulsion coulombienne qui existe entre eux invite à adopter
l'image d'une déviation des particules α sans qu'elles soient absorbées par les noyaux puis
émises à nouveau, auquel cas il faudrait admettre l'existence d'un changement provisoire
de la composition donc de l'état des noyaux...
Or, la spécicité de la relation entre l'énergie du quantum et la fréquence du rayon-
nement fait que le quantum diusé est une autre particule que le quantum incident
puisque les fréquences ne sont pas les mêmes : le quantum incident n'a pas d'autre pos-
sibilité que perdre ou ne pas perdre son énergie, sans situation intermédiaire possible.
Académie de Limoges - Formation continue Terminales S - Sciences physiques 35
L'interaction avec l'électron a lieu ou n'a pas lieu : il faut donc, lorsqu'elle s'est produite,
qu'il y ait eu absorption intégrale du quantum incident par l'électron, - pour créer un
objet physique intermédiaire sur lequel la théorie n'a rien à dire, - puis émission par cet
objet intermédiaire d'un électron et d'un nouveau quantum d'énergie diérente de celle
du quantum incident, appartenant donc à un autre rayonnement. Le bilan énergétique
qui sert à la démonstration, s'il est exact puisque conrmé par l'expérience, n'en est pas
moins trompeur sur les identités des quanta. Un quantum d'énergie donnée ne peut deve-
nir un quantum d'énergie autre : le croisement de deux faisceaux lumineux de fréquences
diérentes dans un milieu linéaire atteste que leurs caractéristiques ne sont pas modiées
entre l'avant et l'après croisement 15 . Une lumière n'en aecte pas une autre, sans quoi il
serait impossible de conserver de l'information après transmission sur un même canal de
propagation de deux signaux qui y sont propagés après multiplexage fréquentiel. L'eet
Compton est donc un phénomène physique où sont engagés de fait au moins trois objets
physiques : un électron, dont on suppose implicitement qu'il reste le même après l'émission
du second quantum d'énergie - celui qui est diusé - et deux quanta d'énergie.
4.5 Le quantum d'énergie devient le photon
Vous aurez remarqué que je n'ai pas, jusqu'ici, employé le terme de photon . La
raison en est qu'il n'est entré dans le vocabulaire des physiciens qu'après la découverte de
l'eet Compton, découverte qui avait renforcé l'image de corpuscule du quantum d'éner-
gie, en dépit des dicultés qui l'accompagnaient. Il fut formé par analogie avec le terme
d' électron : celui-ci avait été la première particule d'électricité qui s'était manifestée
de manière isolée, dans les rayons cathodiques ; le corpuscule lumineux ou grain de lumière
fut baptisé en juxtaposant après permutation le terme grec τ ò ϕω̃ς qui désigne la lumière.
Quantum et photon devinrent rapidement synonymes et servirent à évoquer les aspects
corpusculaires des rayonnements électromagnétiques.
Cependant, il convient de faire attention dans le maniement de la notion : photons et
ondes électromagnétiques sont consubstantiels et spéculer sur l'interaction de la matière
avec le rayonnement devrait s'eectuer obligatoirement sur le mode quantique. Mais nos
modes les plus spontanés de pensée nous ramènent aux deux catégories objectales forgées
par la physique classique pour construire nos représentations des phénomènes physiques,
et nous raisonnons sur cette interaction en envisageant alternativement les aspects cor-
pusculaires, donc les photons et ondulatoires sachant bien qu'elle n'est contenue ni par
les uns ni par les autres.
Le photon n'est en rien une particule habituelle même s'il en arbore les attributs. Il
n'est jamais au repos : sa vitesse est toujours c dans tous les référentiels inertiels. Dans
un rayonnement de fréquence xée ν , soit il existe et possède une énergie donnée par la
relation de Planck - Einstein E = hν , soit il n'existe pas. Enn, lorsqu'il interagit avec
la matière il est intégralement absorbé (son énergie et sa quantité de mouvement sont
intégralement consommées par la particule ; plus tard, on utilisera le terme d' annihila-
tion ) ou émis, indivisible avec son énergie et sa quantité de mouvement (au détriment
de l'objet physique duquel il émerge ; plus tard, on utilisera celui de création ).
15. Mais les quanta sont-ils une réalité du rayonnement lorsque celui-ci n'interagit pas avec la matière
et quand la description ondulatoire semble tout-à-fait susante pour décrire les phénomènes ?
Académie de Limoges - Formation continue Terminales S - Sciences physiques 36
5 Des grandeurs ondulatoires pour une particule ma-
térielle ?
les découvertes faites en ce premier quart du XXème siècle ébranlèrent la conception
de la lumière qu'avaient pu jusqu'alors en avoir les physiciens. Initiée par l'interprétation
de l'eet photoélectrique et des raies d'émission à l'aide de la notion de quanta d'énergie
et renforcée par les conclusions de Compton qui les munissaient d'une quantité de mou-
vement, leur inquiétude se réfugia dans l'acceptation, résignée pour les plus classiques
d'entre eux, excitée et enthousiaste pour les plus novateurs, de ce qu'ils désignèrent alors
comme la dualité onde - corpuscule de la lumière, à savoir l'impossibilité de ne pou-
voir recourir qu'au au caractère ondulatoire, ou au caractère corpusculaire an d'espérer
comprendre et prédire les conséquences de l'interaction de la lumière avec la matière.
Ce renouvellement fertilisa la réexion intellectuelle et suscita des interrogations ra-
dicales sur la pertinence des anciennes catégories de la physique de la part des jeunes
physiciens. Or, leurs spéculations intellectuelles trouvèrent conrmation dans des expé-
riences troublantes. Cependant, il était aussi possible d'y voir le début d'une unication
des catégories de l'ancienne physique, comme il s'en était déjà produit avec la synthèse
maxwellienne entre l'électromagnétisme et l'optique.
5.1 L'audacieuse hypothèse de de Broglie
Un jeune et atypique physicien, Louis de Broglie (1892 - 1987) fonda sa réexion
sur la relativité restreinte récemment introduite. La relativité galiléenne avait postulé
l'existence d'une classe de référentiels, les référentiels d'inertie, équivalents les uns aux
autres quant aux expériences de la mécanique ; la relativité restreinte venait d'étendre
cette équivalence aux expériences de l'électromagnétisme, ce qui obligea, au passage, à
délaisser la transformation de Galilée au prot de la transformation de Lorentz (dont celle
de Galilée est la limite lorsque les vitesses relatives des référentiels sont très petites devant
la vitesse de la lumières, c). Cette nouvelle équivalence entraînait que la phase des ondes
électromagnétiques devait être invariante dans un changement de référentiel d'inertie.
Ainsi, en désignant par ~r et ct les coordonnées d'un évènement dans un référentiel d'inertie
R, et par ω et ~k la pulsation et le vecteur d'onde d'une onde électromagnétique plane,
progressive et monochromatique dans le même référentiel ; et en désignant les mêmes
grandeurs dans un référentiel d'inertie R0 par un ' ajouté aux symboles, on devait
avoir :
ωt − ~k · ~r = ω 0 t0 − ~k0 · ~r0
Cette relation impliquait que le quadri-vecteur d'onde (ω/c, ~k) devait se transformer
selon Lorentz comme le quadri-vecteur impulsion d'une particule matérielle. Multiplié
par ~, le quadri-vecteur d'onde en question donnait (E/c = hν/c, ~p = λh ~u) de structure
similaire au quadri-vecteur quantité de mouvement d'une particule et qui pouvait être
attribué à un photon 16 . Ceci renforçait l'idée de la possibilité d'associer au photon une
réalité corpusculaire .
Renversant ce développement, en 1923 - 1924, de Broglie se demanda s'il n'était pas
16. On peut remarquer qu'il s'agit du produit scalaire - au sens de la note 13, p. 32 - du vecteur
⇒ ⇒
position relativiste et du vecteur quantité de mouvement relativiste d'un photon, à ~ près : r · p
= (ct)(~ω/c) − ~r · (~~k). La transformation de Lorentz rend de telles quantités invariantes lors d'un
changement de référentiel.
Académie de Limoges - Formation continue Terminales S - Sciences physiques 37
possible d'associer à une particule matérielle dotée d'une énergie E et d'une quantité
de mouvement ~p une fréquence ν et une longueur d'onde λ qui conduirait à un quadri-
vecteur d'onde, en divisant par ~ le quadri-vecteur impulsion de la particule, (E/c, ~p).
La longueur d'onde associée à la particule qui s'en déduirait serait λ = h/p, où p serait la
norme de la quantité de mouvement ~p et la fréquence ν = E/h. La formule de la longueur
d'onde associée, appelée depuis, longueur d'onde de de Broglie, fut retenue sous la forme :
h
p=
λ
Naturellement cette association débouchait sur la question de savoir si une onde quel-
conque dont l'identité serait à dénir était réellement sous-jacente à cette longueur d'onde
dénie par analogie, ex nihilo. Et si oui, cette onde se diracterait-elle et interfèrerait-elle ?
Ces questions appelaient l'expérience.
5.2 Les premières conrmations expérimentales
En 1927, Davisson et Germer identièrent pour la première fois le phénomène de dif-
fraction des électrons. Dans son discours de réception du Prix Nobel de physique en 1937,
Davisson décrivit les circonstances de leur découverte (cf. Annexe VII). Les conditions
expérimentales étaient les suivantes : un canon à électrons lents envoyait un faisceau
d'électrons lents d'énergie de l'ordre de 50 eV (donc accélérés sous une tension de l'ordre
d'une cinquantaine de volts) sur un plan particulier - le plan d'indice de Miller (1, 1, 1) -
d'un cristal de nickel 17 . Les électrons se trouvaient diractés dans des directions faisant
des angles particuliers θ par rapport à la direction d'incidence du faisceau, et suivant
essentiellement trois angles particuliers dans le plan perpendiculaire à cette même direc-
tion, séparés entre eux de 2π/3, ce qui respectait la symétrie ternaire des arrangements
d'atomes présentés par la face en question. (cf. le schéma du dispositif et les résultats
obtenus dans le document annexe).
Ils relevèrent pour deux valeurs de tensions accélératrices des électrons (U1 = 54 V et
U2 = 65 V) des directions de diraction respectivement égales à θ1 = 50◦ et θ2 = 44◦ . En
supposant que la diraction des électrons - ou des ondes les accompagnant , faute de
pouvoir les préciser à ce stade - était due aux les de noyaux atomiques régulièrement
espacées de d, la condition classique pour que les ondes accompagnant les électrons
interférassent de manière constructive était que la diérence de marche δ entre les divers
rayons fût un multiple entier de la longueur d'onde de de Broglie λ. Soit :
δ = d sin θ = nλ
où n était un entier positif quelconque.
Il fallait ainsi aux deux expérimentateurs vérier que les deux couples de valeurs
(tension accélératrice - angle de diraction) conduisaient, pour n = 1, à une même valeur
de d. En eet, l'énergie cinétique acquise par les électrons (non relativistes sous de telles
tensions accélératrices) E = me v 2 /2 = p2 /(2me ) = eU , où me était la masse de l'électron,
e la valeur absolue de sa charge et p sa quantité de mouvement, conduisait à une expression
de la quantité de mouvement : p
p= 2me eU
17. Le nickel est un métal ferromagnétique jusqu'à 355◦ C qui cristallise dans le système cubique à faces
centrées ; de ce fait, ladite face présente une symétrie ponctuelle d'ordre trois - c'est-à-dire une invariance
par rotation d'angle 2kπ/3, k = 0, 1, 2, autour d'axes perpendiculaires à la face.
Académie de Limoges - Formation continue Terminales S - Sciences physiques 38
donc à une longueur d'onde de de Broglie :
h h
λ= =√
p 2me eU
D'où il ressortait que :
nλ nh
d= = √
sin θ sin θ 2me eU
√
Il susait ainsi d'une part de vérier que sin θ U était constante pour les deux couples
et si oui, d'en déduire ensuite√d la distance interatomique. Les valeurs numériques four-
nissaient pour le produit sin θ U les valeurs 5,60 et 5,63, de bon augure et conduisaient à
des valeurs de d égales respectivement à 2,19.10−10 m et 2,18.10−10 m, eectivement com-
patibles.
La seconde preuve de l'existence d'un phénomène de diraction des particules maté-
rielles fut produite deux années plus tard, en 1929, par George Paget Thomson (1892
- 1975). Il réussit à réaliser une gure de diraction d'électrons à travers une mince
couche polycristalline d'aluminium (sous la forme de cercles concentriques dans un plan
d'observation perpendiculaire à la direction du faisceau d'électrons) similaire à celle que
permettaient d'obtenir des rayons X. Il lui avait sut pour cela de sélectionner dans un
cas des électrons, dans l'autre des rayons X, de même longueur d'onde.
5.3 Intermède en compagnie de Louis de Broglie
Conons au grand physicien français le soin de relater l'objet de son enquête, les in-
tuitions et les analogies qui le guidèrent et rendre hommage aux grands fondateurs de
la mécanique quantique avec lesquels il échangea ses idées dans ces deux miraculeuses
décennies d'entre-deux guerres 18 .
le but essentiel poursuivi par cette tentative était de parvenir à une théorie synthé-
tique des ondes et des corpuscules dans laquelle le corpuscule apparaîtrait comme une
sorte d'accident incorporé à la structure d'une onde et guidé par sa propagation. La si-
tuation existant en 1923 paraissait exiger un eort de ce genre dont la nécessité avait été
très nettement aperçue longtemps auparavant par Einstein, mais seulement dans le cas
particulier de la lumière et des photons. Dans ce cas particulier, les vérications succes-
sives de la théorie des quanta de lumière et la découverte, alors toute récente, de l'eet
Compton semblaient montrer le bien-fondé des profondes intuitions d'Einstein. Mais dans
le cas des particules autres que les photons, dans le cas des corpuscules matériels tels
que les électrons, devait-on imaginer une semblable dualité onde - corpuscule et en tirer
les conséquences ? Devait-on associer à l'image corpusculaire usuellement admise pour un
électron l'image d'une onde qui l'accompagnerait dans son mouvement ? C'était là une
hypothèse fort hardie car rien à ce moment ne paraissait en suggérer l'exactitude.
Cependant, certains indices pouvaient mettre sur cette route : la théorie d'Hamilton
- Jacobi 19 , développée depuis près d'un siècle dans le cadre de la mécanique analytique
classique, semblait indiquer une parenté secrète entre le mouvement des points maté-
riels et la propagation d'une onde 20 ; l'intervention de nombres entiers dans les formules
18. Ce texte est extrait de La science contemporaine, vol. 2, le XXème siècle , dir. René Taton, coll.
Quadrige, Presses Universitaires de France, ISBN 2 13 047157 9 (éd. complète en 4 vol.), p. 138-140.
19. Louis de Broglie fait référence au principe de moindre action dans sa formulation d'Hamilton et
Jacobi.
20. De Broglie nous dévoile que c'est l'analogie de la formulation hamiltonienne du principe de moindre
action avec le principe de Fermat pour la propagation des rayons lumineux qui a guidé sa réexion
scientique pendant son travail de thèse de 1923 - 1924.
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de quantication de l'ancienne théorie des quanta 21 faisait penser que des phénomènes
d'interférences ou de résonance devaient intervenir dans la stabilité du mouvement des
électrons intraatomiques, etc. C'est en m'inspirant de ces remarques que j'ai pu jeter les
bases de la mécanique ondulatoire et obtenir, à l'aide de raisonnements relativistes, les
relations qui lient l'énergie et la quantité de mouvement d'un corpuscule avec la fréquence
et la longueur d'onde de l'onde que les idées de la mécanique ondulatoire conduisent à lui
associer. Appliquées au cas particulier du photon, ces formules donnent immédiatement
celles qu'Einstein avait été conduit à admettre dans sa théorie des quanta de lumière.
La nouvelle théorie permettait d'ailleurs d'interpréter la signication des conditions de
quantication de l'ancienne théorie des quanta.
Cette tentative hardie serait peut-être passée inaperçue, si, dès janvier 1925, Einstein
n'en avait souligné l'importance et n'en avait fait de profondes applications à la théorie des
gaz 22 . Au printemps de 1926, dans une série d'admirables travaux 23 , Erwin Schrödinger
(1887 - 1961) a établi sur des bases mathématiques rigoureuses le formalisme de la méca-
nique ondulatoire et a développé une méthode abstraite, mais très fructueuse, pour traiter
les problèmes de mécanique ondulatoire des systèmes de corpuscules. Il a montré comment
devait s'opérer la détermination des états stationnaires des systèmes atomiques et retrouvé
ainsi, souvent en les améliorant, les prévisions de l'ancienne théorie des quanta. Enn il a
pu montrer que le formalisme développé en 1925 par Werner Heisenberg 24 (1901 - 1976)
n'était qu'une transposition mathématique du formalisme de la mécanique ondulatoire,
ce qui explique la coïncidence de leurs prévisions. Après les publications de Schrödinger,
un nombre considérable d'applications de la mécanique ondulatoire sous la forme qu'il
lui avait donnée furent faites avec un grand succès et vinrent prouver l'importance du
progrès accompli. On pouvait cependant souhaiter que fût apportée une preuve expéri-
21. On désigne par cette appellation la théorie des quanta appliquée aux électrons dans les atomes de
Bohr et Sommerfeld.
22. Dans l'article Théorie quantique du gaz parfait, second mémoire, in Preussische Akademie der Wis-
senschaften, Phys. - math. Klasse, Sitzungberichte, p. 3-14 (1925). Compte-rendu de séance de l'Académie
des sciences de Prusse, section de physique et mathématiques. Einstein y présente pour la première fois
le principe de la condensation de Bose - Einstein.
23. Dont Quantication et valeurs propres , in Annalen der Physik (4), 79, 361-376 (1926), Springer
Verlag. Dans cet article, Schrödinger y construit pour la première fois, à partir de l'équation de Jacobi,
ce qui est devenu, depuis, l'équation de Schrödinger de l'électron dans le potentiel central du noyau
de l'atome d'hydrogène. Il la résout, faisant ainsi naturellement apparaître la quantication des états
d'énergie possible de l'électron dans l'atome d'hydrogène, sans recourir comme avait dû le faire Bohr,
à l'hypothèse ad hoc de quantication de l'action. Les fonctions solution de cette équation, pour les
diérents niveaux possibles de l'énergie de l'électron, niveaux qui constituent les valeurs propres de
l'équation, sont les parties spatiales des fonctions d'ondes des états stationnaires possibles de l'électron
dans l'atome.
24. Variante dénommée mécanique des matrices de la théorie de quanta. elle était fondée sur l'idée
de ne prendre en considération que les grandeurs observables en spectroscopie : niveaux d'énergie, ampli-
tudes, fréquences et polarisations des radiations émises ou absorbées. La fréquence νmn d'une transition
quantique était considérée comme étant celle d'une oscillation dont les amplitudes complexes q(iνmn )
étaient regroupées dans une matrice q . La quantité de mouvement de l'électron était construite de la
même manière comme une matrice p. À partir de la non-commutation des matrices qu'il constata,
q p − p q = i~, où i2 = −1.
De cette non-commutation, Dirac et simultanément, de leurs côtés, Heisenberg, Born et Jordan déduisirent
la relation d'incertitude correspondante :
~
∆q ∆p ≥ .
2
Académie de Limoges - Formation continue Terminales S - Sciences physiques 40
mentale directe de l'existence de l'onde associée à l'électron : cette preuve ne se t pas
attendre longtemps car, dès le début de 1927, deux ingénieurs américains, C. J. Davisson
et L. H. Germer, découvraient, sans l'avoir cherché, le phénomène de la diraction des
électrons par les cristaux, tout à fait analogue au phénomène de diraction des rayons X
par les cristaux, et pouvaient ainsi vérier l'exactitude des conceptions de la mécanique
ondulatoire et les formules sur lesquelles elle repose. Répétées sous des formes diverses par
un grand nombre d'expérimentateurs, étendues à des particules autres que les électrons
et même aux neutrons, les expériences de diraction par les cristaux, qui sont aujour-
d'hui l'objet d'applications techniques importantes, ont apporté la preuve indéniable que
l'association des ondes et des corpuscules n'est pas une simple vue de l'esprit. D'autres
preuves sont d'ailleurs venues s'ajouter à celles-là puisqu'on a obtenu la diraction des
électrons par le bord d'un écran et l'interférence des ondes électroniques par des procédés
analogues à ceux qu'on nomme en optique, biprisme de Fresnel, trous d'Young ou lames
minces.
Au terme de cette genèse des premières idées quantiques, le premier quart du XXème
siècle s'achève nous ne soupçonnons plus guère le trouble et la confusion qu'elles avaient
induits dans les représentations de la physique. La physique quantique allait pourtant se
développer selon des voies qui les amplieraient encore dans les années suivantes au point
de métamorphoser le regard qu'il nous faudrait désormais porter sur la réalité matérielle
du monde physique et reconstruire de fond en comble le discours qui l'avait jusqu'alors
décrite.
6 Développement ultérieur des idées quantiques
Louis de Broglie a suspendu le récit lapidaire qu'il nous a livré une trentaine d'années
après la naissance et l'essor irrépressible de la mécanique ondulatoire sous l'impulsion de
cette pléiade de jeunes et brillants physiciens, les Heisenberg, Dirac, Pauli, Fermi, pas
encore trentenaires, de lui-même, de Broglie, de Schrödinger, trentenaires, sous les re-
gards bienveillants, exigeants et critiques de leurs non moins vénérables aînés, Planck,
Bohr, Einstein, Born, Bose, etc., au moment où la mécanique ondulatoire allait muter,
au début des années 1930, en mécanique quantique. Cette mutation procéda de l'échec
de de Broglie à concevoir l'onde qui devait guider le corpuscule et dont ce dernier aurait
dû, selon lui, jouer le rôle de singularité. S'il était naturel que la physique atomique et
nucléaire s'emparât sans délai de ses concepts pour défricher et explorer de fructueuses
et novatrices pistes de recherches, la chimie aussi en bénécia en acquérant une meilleure
compréhension des atomes élémentaires et de leurs possibilités à former entre eux des édi-
ces chimiques à travers la réaction chimique : les régularités des propriétés chimiques des
groupes d'éléments, classés dans le tableau de Mendeleev, reçurent, grâce à la mécanique
quantique, une explication fondée sur la théorie de l'atome qui les rendait, sinon aisément
compréhensibles, du moins plus prévisibles et opérationnelles.
Ce basculement dans la physique contemporaine eut lieu il y a soixante-dix ans main-
tenant. Il rejaillit profondément, dès cette époque et jusqu'à aujourd'hui, sur nos repré-
sentations de la réalité physique, du déterminisme et de la causalité : les débats épisté-
mologiques entre les premiers fondateurs - Planck, Einstein, rejoints par de Broglie et
Schrödinger - et la jeune garde - Heisenberg, Pauli, à moindre titre Dirac, soutenus par
Bohr - au sujet de l'interprétation de la fonction d'onde de Schrödinger furent épiques et
acharnés. Et ils ne s'éteignirent qu'avec ses principaux protagonistes.
Académie de Limoges - Formation continue Terminales S - Sciences physiques 41
Il n'en demeure pas moins remarquable qu'une révolution conceptuelle aussi radicale
n'ait, au fond, que fort peu renouvelé le vocabulaire de la physique, ce qui n'est pas sans
laisser quelques ambiguïtés dans le langage.
6.1 Problèmes de vocabulaire et de langage
Dans l'exposé qui précède, vous vous serez rendu compte que je n'ai pu m'abstraire
du vocabulaire spécique laissé en héritage par la physique classique. Deux raisons au
moins à ça : la première est que, même si nous nous exerçons, au fur et à mesure que se
développent ses résultats et ses réalisations expérimentales, aux modes de la pensée quan-
tique, notre apprentissage par la physique classique nous oriente spontanément vers ses
catégories objectales (corpuscules, ondes), même s'il ne nous y enferme pas ; la deuxième
est que la physique quantique, qui a de fait créé de nouveaux objets, en opérant non pas
tant une synthèse qu'un dépassement des dites catégories, a sans doute insusamment re-
nouvelé le vocabulaire qui les désignent ainsi que leurs relations. Il en résulte qu'une large
partie du vocabulaire de la physique quantique recouvre celui de la physique classique,
alors que les contenus et les concepts qu'il véhicule sont désormais autres. L'ambiguïté
atteint des sommets lorsqu'il s'agit soit de faire comprendre une propriété typiquement
quantique en recourant à une analogie classique, soit d'établir une correspondance entre
les résultats produits par la physique quantique d'une situation expérimentale donnée et
ceux que nous en donnait la physique classique.
L'expression de dualité onde - corpuscule de la lumière ou des particules maté-
rielles doit ainsi être comprise comme signiant la possibilité de décrire au mieux, selon
les circonstances expérimentales, les phénomènes observés en recourant exclusivement - il
ne saurait en être autrement - à l'une des deux catégories de la physique classique, onde ou
corpuscule. Toutefois, elle ne doit jamais nous faire perdre de vue que leur réalité - si
tant est que ce concept conserve encore sa signication habituelle en physique quantique -
n'est ni l'une ni l'autre, et ce indépendamment des expériences envisagées, mais seulement
imparfaitement approchée par les images associées à l'une ou à l'autre. L'expression de
complémentarité des représentations , forgée par Bohr, quoique moins usitée, approche
mieux, de fait, l'idée précédente. Pour contourner cette diculté, certains 25 ont tenté, par
exemple, d'utiliser le terme de quanton pour désigner les objets de la physique tels
que se les représente la physique quantique et rompre avec l'ancien vocable... mais sans
beaucoup de succès, semble-t-il.
6.2 L'équation de Schrödinger et l'interprétation de la fonction
d'onde
Les travaux de Schrödinger en 1925 - 1926 orientèrent la mécanique quantique vers
une voie inattendue bien qu'au terme de son travail (cf. Annexe VIII) il ait souligné que
sa recherche avait été initialement suscitée par l'espoir d'obtenir une chose qui pourrait
ressembler aux ondes de phase de de Broglie. Erwin Schrödinger avait porté son at-
tention sur le problème de l'électron dans le potentiel central du proton ce qui l'avait
amené à ce que nous appelons maintenant l'équation aux valeurs propres Hψ = E ψ
où H est l'opérateur hamiltonien du système {électron - proton} et E est une des énergies
25. Par exemple Françoise Balibar et Jean-Marc Lévy-Leblond in Quantique, rudiments, InterÉditions
- éditions du C.N.R.S., 1984, I.S.B.N. 2-7296-0046-9 ou 2-222-03345-4
Académie de Limoges - Formation continue Terminales S - Sciences physiques 42
possibles 26 de l'électron. Or, la fonction solution d'une telle équation ne dépend que des
variables spatiales, elle ne décrit donc pas une onde progressive et de plus, ses valeurs
sont en général complexes. Cependant, le fait que le spectre 27 de l'équation permît de
retrouver les niveaux d'énergie de l'électron dans l'atome de Bohr et l'équivalence de la
méthode de Schrödinger (plus facile à concevoir mathématiquement, puisqu'il s'agissait
de traiter une équation diérentielle linéaire aux dérivées partielles) avec la mécanique des
matrices de Heisenberg (plus abstraite et moins familière) incitait à changer de point de
vue plutôt que de l'abandonner au motif qu'elle n'aurait pas permis de trouver l'onde de
de Broglie. Schrödinger proposa d'abord de considérer que la particule était répartie dans
l'espace avec la densité |ψ(~r)|2 ; mais ce fut jugé inacceptable pour une particule char-
gée. En multipliant cette fonction par un facteur de phase e−i(Et/~) , la nouvelle fonction
d'onde ainsi créée ψ 0 (~r, t) = ψ(~r)e−i(Et/~) apparaissait comme une fonction de l'espace et
du temps et on pouvait croire à une onde 28 pour laquelle de Broglie supposait que la
trajectoire de la particule pouvait être aléatoire parmi un ensemble de trajectoires déni
par la fonction d'onde.
L'interprétation qui prévalut dès 1926 et prévaut encore aujourd'hui fut celle proposée
par Max Born selon lequel |ψ 0 (~r, t)|2 = |ψ(~r)|2 représenterait la densité de probabilité de
présence de la particule au point ~r : dans un élément innitésimal de volume dτ autour de
~r, la probabilité dP de trouver la particule serait dP = |ψ(~r)|2 dτ . L'expression de cette
densité de probabilité faisait disparaître de fait le facteur de phase e−i(Et/~) introduit pour
faire plus onde . Cela pouvait satisfaire Bohr, car il y retrouvait ses états station-
naires de 1913, la fonction ψ 0 conduisant à une densité de probabilité indépendante du
temps, conforme aux yeux du physicien danois à l'idée qu'il s'était faite de l'existence
d'états particuliers dans lesquels les règles de l'électromagnétisme ne valaient pas. Hei-
senberg soutint aussi cette interprétation. N'avait-il pas déjà introduit dans sa mécanique
des matrices des grandeurs qui s'apparentaient déjà à des probabilités de transition entre
états quantiques ? Toujours est-il que sous l'impulsion de Niels Bohr et de Heisenberg, l'in-
terprétation de l'école de Copenhague s'imposa, rejointe avec des nuances par Schrödinger
et Dirac.
6.3 Réalité et déterminisme
La physique classique travaillait pour découvrir les lois qui permettraient non seule-
ment d'expliquer rationnellement les phénomènes naturels observés mais aussi de prévoir
le résultat de certaines expériences dans un cadre d'hypothèses admises. Cette démarche
supposait que fussent intégrés la causalité et le déterminisme. En partie liés, ces deux
notions émergèrent à la fois de l'observation de la répétition d'évènements qui se dérou-
laient toujours à l'identique ou qui possédaient des caractéristiques voisines lorsque des
circonstances similaires étaient réunies et de l'idée que ces répétitions n'étaient pas le
résultat d'un pur hasard. Un lien de causes à eets - une causalité - permettait d'armer
26. Mathématiquement, ce sont des valeurs propres (obligatoirement réelles) de l'opérateur diérentiel
linéaire H et les fonctions ψ correspondantes en sont le(s) vecteur(s) propre(s) associé(s).
27. L'ensemble des valeurs propres de l'équation.
28. En fait la fonction ainsi construite satisfait l'équation de Schrödinger générale (mais non relativiste),
~2 ∂ψ(~r, t)
− ∆ψ(~r, t) + V (~r, t)ψ(~r, t) = i~
2m ∂t
où V (~r, t) est le potentiel que subit en un point ~r et à un instant t la particule de masse m qui n'est à
proprement parler pas une équation d'onde.
Académie de Limoges - Formation continue Terminales S - Sciences physiques 43
que, dans certaines circonstances, c'est-à-dire lorsque certains objets physiques étaient
réunis suivant des états particuliers, d'autres objets physiques dans leur environnement
voyaient leur propre état modié, qui plus était, modié toujours de la même manière -
un déterminisme fort. Cette attitude mentale avait toujours été sous-jacente - dès l'Anti-
quité, la philosophie naturelle faisait siens la causalité et le déterminisme - sans disposer
cependant du cadre opérationnel adéquat pour en exprimer les potentialités. Celles-ci se
déployèrent à partir du début du XVIIème, lorsque l'on comprit le rôle prééminent que
devait prendre l'observation et la mesure et que furent dégagés de leur gangue les outils
mathématiques qui allait permettre de les traiter de la manière la plus ecace.
La construction de la mécanique au long du XVIIIème siècle postulait que le mou-
vement d'un corps quelconque pourrait être parfaitement connu dans le futur, comme
retrouvé dans son passé, si l'on réussissait à recenser les forces qui s'étaient exercées sur
lui et continuait à le faire et si, à un instant t0 donné, on était capable de fournir de
manière précise sa position et son état de mouvement dans un référentiel donné. Cette
position en faveur d'un déterminisme fort culmina sans nul doute au début de XIXème
siècle après l'Exposition du Système du Monde par Laplace. Dès le milieu de ce même
siècle pourtant, l'atomisme - auquel les chimistes étaient plus enclins que les physiciens
en vertu de son caractère rationnel et pratique pour l'interprétation de leurs travaux - et
le développement de la mécanique et de la thermodynamique statistiques, à l'instigation
de Boltzmann et de Maxwell, déstabilisèrent légèrement cette confortable assise. Les pro-
blèmes qu'abordaient ces travaux novateurs faisaient clairement ressortir les limites de la
position classique : pour la première fois se faisaient jour l'obligation de recourir à des
lois de nature statistique et probabiliste pour exprimer la loi naturelle et le renoncement
à la détermination individuelle des mouvements, dans le cas des systèmes physiques où
le nombre de corps intervenant devenait colossal ; ce changement survenait à la fois par
diculté à pouvoir prétendre connaître et par inutilité à le faire. Ce repli sur une raison
pratique n'obérait cependant pas le déterminisme fort car le calcul de probabilité n'avait
été introduit que par le souci réaliste de s'épargner un travail surhumain et à l'intérêt
intrinsèque douteux et non comme la conséquence d'une nécessité ontologique.
Aussi, les physiciens qui menèrent la révolution quantique mesurèrent-ils rapidement
les abandons de terrains auxquels il leur allait falloir consentir du fait des travaux de
Heisenberg sur les relations d'indétermination et de l'interprétation donnée à la fonction
d'onde de Schrödinger. En eet, à rebours des certitudes de la physique classique, les
inégalités essentielles de Heisenberg :
~
∆xα · ∆pα ≥ où α = 0, 1, 2, 3 (convention de la relativité)
2
signiaient, en premier lieu, l'impossibilité de connaître absolument et simultanément cer-
taines grandeurs physiques, dites conjuguées. Cette impossibilité ne relevait cette fois-là
plus de l'ampleur de la tache à accomplir, comme pour la mécanique statistique classique,
ou de la débilité de nos instruments de mesure, mais d'une impossibilité ontologique,
provenant à la fois de la nature des particules et de la signication de l'acte même de
mesurer. La dualité onde - corpuscule ou la complémentarité des représentations avaient
déjà en partie brouillé la séparation des objets de la physique qui imprégnait les physiciens
de cette époque ; les inégalités de Heisenberg sapaient dénitivement les fondements de
l'édice. Comprenons que ne pas pouvoir disposer simultanément de la quantité de mou-
vement selon une direction donnée et de la position de la particule matérielle sur cette
direction rendait caduc le projet laplacien de prédire avec certitude le devenir du corps
matériel. Cela impliquait, au sens classique, que, les conditions initiales ne pouvant plus
Académie de Limoges - Formation continue Terminales S - Sciences physiques 44
être connues avec une précision en principe illimitée, on cessait du même coup de pouvoir
lui aecter une trajectoire clairement identiée, car la solution aux équations de son mou-
vement requérait pour être déterminée de manière unique la connaissance de conditions
initiales certaines.
Ces relations sont présentées comme une limitation absolue à notre possibilité de
connaître complètement l'état donné d'un corpuscule, limitation qui inclut tacitement
l'acte consistant à mesurer. Elles semblent même dans certains discours dériver de ce que
nous serions incapables d'inventer une procédure de mesure qui permettrait de contour-
ner ces inégalités, alors qu'elles valent même lorsqu'aucune mesure n'est à l'horizon. Elles
émanent donc soit de la nature même de l'objet quantique, soit de nos descriptions - c'est-
à-dire de ce que nous dissertons de l'objet quantique en des termes pour lesquels nous
ne possèderions pas les concepts adéquats : nos représentations mentales nous invitent à
parler de l'objet physique en terme de positions, de déplacements, de vibrations, etc. qui
pourraient peut-être ne pas être les concepts pertinents, mais demeurent les seuls dont
nous disposons à ce jour -, soit des deux à la fois - et en l'espèce, le départ entre ces deux
origines semble avoir été tranché pour l'instant en faveur de la première raison -.
Les relation de Heisenberg ont naturellement aussi suscité des réexions sur la signi-
cation de la mesure et sur la place que les appareils de mesures qui entourent le système
prennent dans son évolution. Là où la physique classique séparait le système de l'instru-
ment qui mesure quelque grandeur physique sur celui-ci, c'est-à-dire là où elle supposait,
par principe, que l'instrument pouvait être perfectionné au point de pouvoir et procéder à
la mesure et de n'avoir rigoureusement aucune inuence sur l'évolution du système étudié,
la mécanique quantique arme le contraire. L'instrument de mesure participe de manière
inhérente au système - Pauli, toujours extrémiste, allait jusqu'à considérer l'expérimen-
tateur comme participant à son corps défendant, par sa seule présence, au déroulement
des phénomènes physiques aectant le système. De fait, prêter attention à l'instrument de
mesure s'avère nécessaire : parce qu'il est un dispositif physique, régi par les mêmes lois
que le système sur lequel il collecte une information et parce qu'il opère dans un domaine
de mesure où les lois quantiques s'expriment dans toute leur plénitude à travers de subtils
eets, il ne paraît plus incongru que sa présence perturbe intrinsèquement le système.
La mécanique quantique a construit une axiomatique qui postule l'existence de gran-
deurs physiques auxquelles sont associées des opérateurs agissant sur les états en principe
calculables des systèmes physiques grâce à la résolution de l'équation de Schrödinger. Cette
conception n'autorise plus que la détermination de probabilités pour que les mesures ef-
fectuées sur le système en question fournissent tel ou tel résultat 29 . Cette immixtion des
probabilités comme seules informations possibles a priori sur le système a incité certains
à penser que le déterminisme avait été aboli de la mécanique quantique. Il n'en est rien.
Car si la connaissance, au sens classique, de l'état d'un système est limitée notamment
par les inégalités de Heisenberg, l'état quantique, décrit par un vecteur d'état 30 , lui, est
29. Les grandeurs physiques mesurables étant postulées être des observables, les seuls résultats possibles
lors de la mesure de l'une d'elle appartiennent au spectre de l'opérateur qui décrit la dite grandeur.
30. la fonction d'onde ψ(~r, t) n'est autre que le regroupement, exprimé au moyen d'une fonction au sens
mathématique du terme, des composantes du vecteur d'état | ψ i(t) sur une base particulière de fonctions
{δ 3 (~r − ~r0 )}~r0 ∈R , ce qu'on appelle la représentation {|~r i}. Ainsi,
ZZZ
h~r | ψ i(t) = ψ(~r, t) = d3~r0 ψ(~r0 , t) δ 3 (~r − ~r0 ).
R3
Si G est l'opérateur associé à une grandeur physique G , {gn } son spectre (l'ensemble continu ou discret
de ses valeurs propres) et {| ψgn i} leurs vecteurs propres correspondant dont la mécanique quantique
postule qu'ils constituent une base de l'espace des états du système. La mesure de G ne peut donner
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connaissable ; l'équation de Schrödinger est une équation aux dérivées partielles du pre-
mier ordre par rapport au temps, donc la connaissance de l'état quantique à un instant
t0 permet de connaître l'état quantique du système à tout instant postérieur ou antérieur
à t0 , exactement comme en physique classique. Le système est simplement dans ce qu'on
appelle un régime de déterminisme faible : il y a conservation de la relation causale - le
système n'est absolument pas soumis au pur hasard -, mais la connaissance que l'on en
a est en revanche limitée à celle des probabilités portant sur les résultats possibles d'une
mesure de grandeur physique.
L'objet physique se dissolvant dans cette incertitude et les anciennes représentations
se trouvant prises en défaut, Heisenberg pensait qu'il fallait dénitivement ôter de la phy-
sique toutes les images qui permettaient certes de se le représenter, mais auxquelles ne
pouvaient être aectées aucunes grandeurs physiques mesurables. Dans un positivisme
désincarné, la recherche des lois de la physique devait, selon lui, se borner à découvrir les
relations entre grandeurs physiques mesurables et renoncer à toute formation d'images
qu'ils jugeait gênantes parce que trop réductrices, incomplètes, voire involontairement
trompeuses. Il était en partie rejoint par Dirac sur ce chemin. Pauli était plus radical
encore : il pensait que l'objet physique n'existait que dans notre entendement et ne pos-
sédait pour ainsi dire aucune réalité extérieure à l'expérimentateur ! Naturellement, les
dépositaires des anciennes conceptions de la physique se montraient nettement moins
enthousiastes, quoiqu'ils participassent à l'élaboration de la physique quantique et aux
homériques disputes qui accompagnèrent son interprétation. Einstein fut assurément le
plus virulent à combattre cette perte de réalité de l'objet physique. En bon kantien, il
était hors de propos de refuser une réalité extérieure à l'objet physique et que l'écono-
mie du discours sur son évolution fût placée sous les seuls auspices des probabilités lui
était un supplice. Il tenta en vain de défendre son matérialisme réaliste en élaborant le
concept de variables cachées, non encore découvertes par nous et qui auraient emporté
notre méconnaissance actuelle, qu'il refusa absolument jusqu'à la n de sa vie de prendre
pour dénitive. Il fallut attendre 1964 pour que le physicien irlandais John Stewart Bell
(1928 -1990) élabore une formulation mathématique impliquant des corrélations de me-
sures possibles connue sous le nom d' inégalités de Bell qui permettaient d'attribuer
les incertitudes associées aux prévisions probabilistes de la mécanique quantique soit au
manque d'information sur le système (impliquant donc des variables cachées) soit à une
origine proprement quantique (semblant impliquer une action à distance immédiate...) :
les expériences d'Alain Aspect à Orsay ont conrmé la seconde proposition.
6.4 Le statut du photon dans les théories quantiques récentes
Dès avant la Seconde Guerre mondiale, les physiciens ne purent se satisfaire de la
forme prise par l'équation de Schrödinger car elle n'était manifestement pas invariante
par transformation de Lorentz. Cela signiait que les processus quantiques qu'elle dé-
crivait constituaient une classe de phénomènes qui ne satisferaient pas au principe de
qu'une des valeurs du spectre de G et la probabilité P(gn ) qu'elle donne gn est égale à |h ψgn | ψ i|2 , à
savoir le carré du module de la projection de l'état du système sur l'état propre associé à la valeur propre
gn que l'on compte avoir comme résultat de la mesure. Les fonctions d'onde associées tant à l'état du
système qu'aux vecteurs propres de G sont normées à l'unité,
ZZZ
2
d3~r0 | ψ(~r0 , t) | = 1
R3
traduisant le fait que la présence du système dans l'espace est certaine.
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relativité restreinte et donc ne seraient pas décrits par les mêmes lois dans tous les réfé-
rentiels d'inertie. Or, les succès de la relativité restreinte étaient déjà tels qu'il paraissait
impossible de laisser les choses en l'état sans remédier à ce défaut. C'est pourquoi Di-
rac, Heisenberg, Wigner et Jordan développèrent, dès 1928 - 1929, la variante relativiste
de la mécanique quantique appliquée à l'électron. Symétriquement, il était tout autant
nécessaire d'obtenir une théorie quantique du champ électromagnétique - l'électromagné-
tisme de Maxwell - Lorentz étant intrinsèquement relativiste restreint - pour prendre en
compte la quantication des échanges d'énergie : ce rôle sera dévolu à l'électrodynamique
quantique, dont les prédictions sont aujourd'hui vériées par l'expérience avec une préci-
sion extrême. Mais elle ne va toutefois pas sans soulever d'épineux problèmes conceptuels
(comme le besoin d'introduire une coupure dans la structure continue de l'espace, c'est-à-
dire de borner inférieurement les distances auxquelles les particules sont sensées pouvoir
interagir, sans être capable de donner une justication fondamentale à cette obligation)
pour éliminer les problèmes mathématiques de la théorie (comme l'apparition d'innis
dans les calculs des expressions mathématiques que lesdites coupures spatiales, les renor-
malisations, sont chargées d'éliminer). Ce fut l'÷uvre de Dirac, encore lui ! de Hans Bethe,
de Victor Weisskpof et surtout de Richard P. Feynman et de ses célèbres diagrammes.
Que reste-t-il au nal du photon et du champ électromagnétique ?
L'image de la particule lumineuse ou du corpuscule de lumière est encore largement
ancrée grâce à sa force de suggestion, à sa facilité d'usage et à l'absence supercielle de
diculté conceptuelle qu'elle semble orir. Cependant, l'électrodynamique quantique es-
tompe quelque peu ces facilités. Le photon est devenu entre temps un niveau d'excitation
du champ électromagnétique ; lorsqu'une composante spectrale de celui-ci, de fréquence ν ,
existe, l'énergie de ses photons est toujours hν et leur impulsion toujours h/λ : elles corres-
pondent aux quantités d'énergie et de quantité de mouvement indivisibles échangeables ;
sa masse demeure nulle et son spin égal à ~. Dans les eets photo-électrique et Compton,
les photons apparaissent tels que présentés. Mais, ils interviennent aussi, sans tou-
tefois être observables, dans les interactions électromagnétiques existant entre particules
chargées 31 : on les désigne alors sous le nom de photons virtuels (ce sont eux qui sont
si problématiques en électrodynamique quantique) et ils constituent l'enjeu de l'échange
réciproque entre ces particules. Les changements des caractéristiques mécaniques 32
(énergie, quantité de mouvement) des particules en interaction s'eectuent par échange
d'énergie et de quantité de mouvement transportées entre elles par les photons échangés :
c'est pourquoi on parle d'eux comme les médiateurs ou les vecteurs (au sens étymologique
de conducteur ) de l'interaction électromagnétique. Ce sont des bosons, ce qui signie
que plusieurs photons ayant exactement les mêmes caractéristiques physiques peuvent
coexister en nombre quelconque au sein d'un même système physique 33 . Cette possibilité
est, par exemple, au c÷ur du processus de l'émission stimulée, fondement du L.A.S.E.R.
par pompage optique.
Enn, l'inconstance du nombre de photons engagés dans un processus d'interaction
électromagnétique entre particules chargées est gouvernée par leur création (émission) ou
leur annihilation (absorption) aux moyens d'opérateurs. Ces derniers agissent à partir
d'un état donné en créant des photons lorsqu'un système de charges perd de l'énergie
31. Elles sont naturellement décrites par la mécanique quantique et sont donc associées à une longueur
d'onde de de Broglie.
32. Eet d'emprisonnement par le langage de la physique classique !
33. Cette faculté est opposée à ce qui se passe pour les fermions : deux fermions ne peuvent exister
dans le même état quantique. C'est le principe d'exclusion de Pauli qui prévaut pour eux.
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au prot du champ électromagnétique ou au contraire en les annihilant lorsque ceux-ci
sont soustraits au champ par absorption par une charge. Le niveau minimum d'excitation
électromagnétique est désigné sous le nom de vide quantique : le niveau d'excitation
de cet état est nul, il n'y a aucun photon mais son l'énergie fondamentale absolue est
paradoxalement innie ! Les uctuations de cet état conduisent le vide à être le siège d'un
champ électrique aléatoire de valeur moyenne nulle et de variance innie 34 .
Qu'est devenu le champ électromagnétique dans cette conversion quantique ? Le champ
électromagnétique classique est une grandeur physique mesurable. La théorie quantique
postule que le champ électrique et le champ magnétique classique peuvent par consé-
quence être associés chacun à un opérateur, comme toute observable qui se respecte, de
même que peuvent l'être son énergie, sa quantité de mouvement et son moment cinétique
total. Le fait important est que les équations de Maxwell de l'électrodynamique classique
trouvent leur transposition quantique et que les opérateurs associés au champ électroma-
gnétique par la théorie quantique y satisfont. De même que x et px sont des observables
incompatibles pour la mécanique quantique - elles sont soumises à l'inégalité de Heisen-
berg ∆x · ∆px ≥ ~/2 -, deux composantes en quadrature du champ électrique ne sont pas
simultanément mesurables. Surtout, le champ est quantié en excitations élémentaires de
ses divers modes, ces excitations étant justement les photons par lesquels se propagent
l'énergie, la quantité de mouvement et le moment cinétique total du champ. À très faible
niveau de photons, le champ électromagnétique ne peut plus être liée à une distribution
énergétique comme dans l'électromagnétisme classique, grâce à ses densités volumique
d'énergie et surfacique de ux d'énergie, le vecteur de Poynting. Il perd complètement
son interprétation énergétique - cela n'a pas de sens de se demander où sont les photons
- et prend alors un rôle d'amplitude de probabilités dont le module au carré représente
la probabilité, non pas de présence d'un photon, comme peut l'être la fonction d'onde
pour une particule matérielle, mais de possibilité de voir une évènement survenir à un
endroit dans lequel serait impliqué un photon. Enn, lorsque le niveau d'excitation du
champ libre (sans interaction avec des charges) est susamment élevé et que le nombre
de photons mis en jeu est très grand, il devient possible de construire des superposition
d'états propres des composantes du champ tels que la valeur moyenne des champs dans
ces états se rapproche de leurs équivalents classiques. De tels états sont dits quasi clas-
siques : le champ électromagnétique auquel nous aectons des images précises en terme
d'énergie transportée reprend alors son rôle classique, alors que demeure celui d'ampli-
tude de probabilités associée à la distribution statistique sous-jacente à l'aléa dissimulé
par l'apparente continuité de la répartition énergétique.
Au terme de cet exposé bien incomplet des notions introduites sur le rayonnement
et sa structure microphysique, ne craignons pas d'avouer modestement notre admiration
pour l'aventure intellectuelle que représente leur émergence et saluons avec respect ceux
qui y contribuèrent en dépit de tous les obstacles mis en travers de leur chemin et des
doutes qu'elle a souvent suscité chez eux. Ils nous ont oert un grandet beau moment de
science.
Au soir d'une vie scientique bien remplie, quarante-cinq ans après avoir fait naître
les quanta lumineux, Einstein confessait à son ami de toujours, Michele Besso : Ces cin-
quante ans de rumination consciente ne m'ont pas rapproché de la réponse à la question :
34. Ceci provoque la levée de dégénérescence des niveaux 2S 12 et 2P 21 dans les spectres de l'atome
d'hydrogène, connu sous le nom de déplacement de Lamb. En eet, l'électron est soumis au champ
coulombien du noyau atomique mais aussi aux uctuations du champ électromagnétique du vide qui
inuent sur les énergies et les états propres de ces niveaux.
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" Que sont les quanta lumineux ? " Aujourd'hui, le premier fripon venu croît qu'il sait ce
qu'ils sont, mais il se leurre. (lettre du 12 décembre 1951).
Bibliographie
Histoire, culture scientique et témoignages
Les textes de témoignages ou de présentation des savants qui participèrent aux aven-
tures intellectuelles et scientiques de la théorie des quanta et de la mécanique ondulatoire,
devenue mécanique quantique puis physique quantique sont précieux à deux titres : on
y lit des présentations claires mais sans complaisance et on y perçoit les hésitations, les
adhésions comme les retraits ou les refus par êtres de chair et de sang et surtout de convic-
tion.
Histoire générale des sciences, La science contemporaine, 2/ le XXème siècle années 1900-
1960, R. Taton et coll., Presses universitaires de France, 2nd édition, 1969, coll. "Qua-
drige", 1ère édition, 1995 - ISBN 2 13 047157 9 (éd. complète en 4 vol.) ;
Histoire de la physique, tome 2 La physique au XXème siècle, coord. J.-P. Mathieu, La-
voisier Tec&Doc, 1991, Petite collection d'histoire des sciences, ISBN 2 85206 697 1 ;
La physique nouvelle et les quanta, L. de Broglie, Flammarion, 1937, coll. Champs,
I.S.B.N. 2 08 081170 3 ;
Sources et évolution de la physique quantique, Textes fondateurs, J. Leite Lopes, B. Es-
coubès, Masson, 1994, coll. Histoire des sciences, I.S.B.N. 2 225 84607 3 ;
La partie et le tout, Le monde de la physique atomique, W. Heisenberg, 1969, trad. de
l'allemand par P. Kessler, Flammarion, 1972, coll. Champs, I.S.B.N. 2 08 081215 7 ;
Initiation à la physique, M. Planck, trad. de l'allemand par J. du Plessis de Grenédan,
Flammarion, 1941, coll. Champs, I.S.B.N. 2 08 081204 1 ;
Autobiographie scientique, et derniers écrits, M. Planck, Flammarion, 1960, I.S.B.N. 2
08 081247 5 ;
L'évolution des idées en physique, des premiers concepts aux théories de la relativité et
des quanta, A. Einstein et L. Infeld, Petite Bibliothèque Payot, I.S.B.N. 2 228 30474 3 ;
Lumière et matière, Une étrange histoire, R. P. Feynman, InterEditions, 1987, I.S.B.N. 2
7296 0154 6 ;
L'étrange histoire des quanta, B. Homann et M. Paty, Seuil, 1981, coll. Points Sciences,
I.S.B.N. 2 02 005417 5 ;
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Cours de physique
Les trois premières références font pénétrer dans la physique quantique par l'expérience
et les concepts, en laissant de côté dans un premier temps les mathématiques requises pour
traiter la matière dans sa plénitude. Il présentent une alternative à l'approche des deux
grands cours français de mécanique quantique : Le Cohen-Tannoudji, B. Diu, F. Laloë ,
Mécanique quantique, Hermann, 1973, tome 1, I.S.B.N. 2 7056 5733 9 et tome 2, I.S.B.N.
2 7056 5767 3 ; et Le Messiah , Mécanique quantique, Dunod, 1995, tome 1, I.S.B.N.
2 10002426 4 et tome 2, I.S.B.N. 2 10002427 2. Les deux autres sont plus spécialisées et
concernent les relations de la thermodynamique avec le rayonnement.
Berkeley : cours de physique, vol. 4 Physique quantique, E. H. Wichmann, 1967, 1971,
traduit de l'anglais par P. Lallemand et N. Ostrowsky, 1974, Armand Colin, I.S.B.N.
2 200 21006 X ;
Quantique, Rudiments, J.-M. Lévy-Leblond, F. Balibar, Éditions du C.N.R.S., InerEdi-
tions, 1984, I.S.B.N. 2 222 03345 4 ;
Cours de physique de Feynman, R. P. Feynman, R. Leighton, M. Sands, 1965, traduit de
l'anglais par B. Equer et P. Fleury, InterEditions, 1979, I.S.B.N. 2 7296 0030 2 ;
Fundamentals of statistical and thermal physics, F. Reif, McGraw-Hill International Edi-
tions, 1985, Physics series, I.S.B.N. 0 07 085615 X ;
Thermodynamics and statistical mechanics, Lectures on theoretical physics, vol. V, A.
Sommerfeld, 1947, traduit de l'allemand vers l'anglais par J. Kestin, 1955, Academic
Press Inc., I.S.B.N. 0 12 654682 7 ;
Chimie physique, P. W. Atkins, traduit de l'anglais par M. Mottet, DeBoeck Université,
2000, [Link].B.N. 2 7445 0027 5 ; pour les applications de la mécanique quantique à la spec-
troscopie ;
Principes d'analyse instrumentale, D. A. Skoog, F. J. Holler et T. A. Nieman, traduit de
l'américain par Cl. Buess-Herman et F. Dumont, DeBoeck Université, 2003, I.S.B.N. 2
7445 0112 3 ; pour la présentation des principes et des appareils de spectroscopie ;
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Annexe I
Introduction de l'article Un point de vue heuristique concernant la production et la
transformation de la lumière , Annalen der Physik, vol. XVIII, 1905, p. 132-148. Traduit
par Françoise Balibar et coll.
In Albert Einstein, ×uvres choisies, Quanta, mécanique statistique et physique quantique,
Seuil - CNRS, 1989, coll. Sources du savoir, ISBN 2 02 011390 2.
Il existe une profonde diérence formelle entre les représentations théoriques que se
sont forgés les physiciens à propos des gaz et des autres corps pondérables, et la théorie
de Maxwell des processus électromagnétiques dans ce qu'il est convenu d'appeler l'espace
vide. En eet, alors que nous considérons que l'état d'un corps est parfaitement déterminé
par les positions et les vitesses d'un nombre d'atomes et d'électrons, très grand certes,
mais néanmoins ni, nous nous servons, pour la détermination de l'état électromagnétique
d'une région de l'espace, de fonctions d'espace continues, si bien que nous ne pouvons pas
considérer qu'un nombre ni de grandeurs suse à xer complètement l'état électroma-
gnétique de l'espace. Selon la théorie de Maxwell, l'énergie doit être conçue, pour tous
les phénomènes purement électromagnétiques, et donc également pour la lumière, comme
une fonction continue de l'espace, alors que l'énergie d'un corps pondérable doit, selon la
conception actuelle des physiciens, être décrite comme une somme portant sur les atomes
et les électrons. L'énergie d'un corps pondérable ne peut pas être divisée en parties aussi
nombreuses et aussi petites que l'on veut 35 , alors que l'énergie d'une radiation lumineuse
émise par une source de lumière ponctuelle est, selon la théorie de Maxwell de la lumière
(ou, selon toute théorie ondulatoire), distribuée de façon continue sur un volume sans
cesse croissant.
La théorie ondulatoire de la lumière opérant avec des fonctions d'espace continues
s'est avérée parfaite pour ce qui est de la description des phénomènes purement optiques
et il se peut qu'elle ne soit jamais remplacée par une autre théorie. Il ne faut cependant
pas perdre de vue que les observations optiques portent sur des valeurs moyennes dans le
temps, et pas sur des valeurs instantanées ; il n'est pas inconcevable, bien que les théories
de la diraction, de la réexion, de la réfraction, de la dispersion, etc., soient entière-
ment conrmées par l'expérience, que la théorie de la lumière qui opère sur des fonctions
continues de l'espace puisse conduire à des contradictions avec l'expérience lorsqu'elle est
appliquée aux phénomènes de production et de transformation de la lumière.
De fait, il me semble que les observations portant sur le rayonnement noir , la
photoluminescence, la production de rayons cathodiques par la lumière ultraviolette, et
d'autres classes de phénomènes concernant la production ou la transformation de la lu-
mière, apparaissent comme plus compréhensibles si l'on admet que l'énergie de la lumière
est distribuée de façon discontinue dans l'espace. Selon l'hypothèse envisagée ici, lors de la
propagation d'un rayon lumineux émis par une source ponctuelle, l'énergie n'est pas dis-
tribuée de façon continue sur des espaces de plus en plus grands, mais est constituée d'un
nombre ni de quanta 36 d'énergie localisés en des points de l'espace, chacun se déplaçant
sans se diviser et ne pouvant être absorbé ou produit que tout d'un bloc.
35. Einstein ne fait pas référence ici à l'énergie de masse car l'article dans lequel il présente cette
hypothèse comme une conséquence logique du principe de relativité Du principe de relativité et des
conséquences tirées de celui-ci , Jahrbuch der Radioaktivität und Elektronik, vol. IV, p. 411 - 462 ; vol.
V, p. 98 - 99 pour les corrections, semble n'avoir été rédigé que pendant l'année 1907. Il doit plutôt se
référer simplement à la structure discontinue de la matière.
36. Note de F. Balibar et col. : Einstein utilise la forme germanisé, Lichtquant(en) sans jamais employer
les termes latins de quantum ou quanta adoptés par la littérature française sur le sujet.
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Annexe II
Dénitions des grandeurs énergétiques liées au rayonnement
Flux énergétique ou puissance rayonnante - Φ : puissance émise, transportée ou
reçue sous forme de rayonnement électromagnétique ; dimension : ML2 T −3 ; unité : le
watt (W).
Flux énergétique spectrique - Φλ : soit dΦ le ux énergétique du rayonnement élec-
tromagnétique dont les longueurs d'onde appartiennent à l'intervalle [λ, λ + dλ], le ux
énergétique spectrique est déni par le rapport : Φλ = dΦ/dλ ; dimension : MLT −3 ;
unité : le watt par mètre (W.m−1 ).
Exitance énergétique spectrique - Mλ : considérons un point quelconque P à la sur-
face d'un corps matériel et un élément de surface innitésimal d2 S autour de P . Soit
d3 Φe le ux énergétique émis par l'élément de surface d2 S , dans tout le demi-espace situé
au-dessus du plan tangent à la surface en P , dans l'intervalle de longueurs d'onde
[λ, λ + dλ]. L'exitance énergétique spectrique est le rapport du ux énergétique émis à
d2 S , et à l'intervalle dλ : Mλ = d3 Φe /d2 Sdλ ; dimension : ML−1 T −3 ; unité : le watt par
mètre cube (W.m−3 ).
Exitance énergétique - M : est égaleR à la somme de l'exitance énergétique spectrique
sur toutes les longueurs d'onde. M = 0+∞ Mλ dλ ; dimension : MT −3 ; unité : le watt
par mètre carré (W.m−2 ). M d2 S représente le ux énergétique émis par d2 S dans tout le
demi-espace situé au-dessus du plan tangent à la surface en P .
Èclairement énergétique spectrique - Eλ : considérons un point quelconque P à la
surface d'un corps matériel et un élément de surface innitésimal d2 S autour de P . Soit
d3 Φi le ux énergétique reçu par l'élément de surface d2 S , en provenance de tout le demi-
espace au-dessus du plan tangent à la surface en P , dans l'intervalle de longueurs
d'onde [λ, λ + dλ]. L'exitance énergétique spectrique est le rapport du ux énergétique
émis à d2 S , et à l'intervalle dλ : Eλ = d3 Φi /dλd2 S ; dimension : ML−1 T −3 ; unité : le
watt par mètre cube (W.m−3 ).
Èclairement énergétique - E : est égal Rà la somme de l'éclairement énergétique spec-
trique sur toutes les longueurs d'onde. E = 0+∞ Eλ dλ ; dimension : MT −3 ; unité : le watt
par mètre carré (W.m−2 ). Ed2 S représente le ux énergétique reçu par d2 S en provenance
de tout le demi-espace au-dessus du plan tangent à la surface en P .
coecient spectral de réexion - ρ(λ) : quotient du ux énergétique spectrique ré-
échi par un matériau, par celui du rayonnement incident ; sans dimension et sans unité.
coecient spectral d'absorption - α(λ) : quotient du ux énergétique spectrique ab-
sorbé par un matériau, par celui du rayonnement incident ; sans dimension et sans unité.
coecient spectral de transmission - τ (λ) : quotient du ux énergétique spectrique
transmis par un matériau, par celui du rayonnement incident ; sans dimension et sans
unité.
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Annexe III
Relation entre exitance énergétique spectrique et densité
volumique d'énergie spectrique
Soit le corps noir à l'équilibre thermique à la température T dans lequel règne la
distribution spectrique d'énergie volumique u0λ . Le rayonnement y est supposé isotrope :
en un point quelconque à l'intérieur de l'enceinte, il provient également de toutes les
directions de l'espace ou il est émis également dans toutes les directions de l'espace.
L'énergie se déplace à la célérité c de la lumière à l'intérieur de la cavité.
Considérons un petit élément de surface d2 S pris autour d'un point P quelconque de
la paroi intérieure de l'enceinte ; soit Π le plan tangent en P à la paroi de la cavité ; il
s'appuie sur d2 S et sépare l'espace en deux demi-espaces : qualions d' hémisphérique
ce qui provient de toutes les directions ou est émis dans toutes les directions du demi-
espace qui correspond à l'intérieur de la cavité.
D'après la dénition du corps noir, l'exitance énergétique spectrique Mλ est égale à
l'éclairement énergétique spectrique Eλ : le ux énergétique hémisphérique de la partie
du rayonnement dont les longueurs d'onde sont comprises entre λ et λ + dλ reçu par la
surface élémentaire d2 S (l'éclairement) est égal au ux énergétique hémisphérique dans le
même intervalle de longueurs d'onde que d2 S émet (l'exitance).
Calculons l'énergie moyenne hémisphérique d4 U reçue par d2 S pendant l'intervalle de
temps dt de la part du rayonnement dont les longueurs d'onde sont dans [λ, λ + dλ]. Pour
cela prenons une direction faisant un angle θ par rapport à la normale à d2 S dirigée vers
l'intérieur de la cavité et désignée par ϕ dans le plan Π ; soit le cylindre oblique de base d2 S ,
de direction (θ, ϕ) et de hauteur cdt cos θ : son volume est cdt cos θ d2 S . L'énergie d4 Ut du
rayonnement de longueurs d'onde dans l'intervalle [λ, λ + dλ] contenue dans ce cylindre
élémentaire est égale à l'énergie volumique du rayonnement correspondant à l'intervalle
des longueurs d'onde sélectionnées, u0λ dλ, multipliée par le volume du cylindre, soit :
d4 Ut = (u0λ dλ) (cdt cos θ d2 S). Mais, cette énergie étant distribuée de manière isotrope,
seule la fraction dΩ/4π = sin θ dθ dϕ/4π de cette dernière se dirige eectivement vers d2 S
qu'elle atteindra, au pire, au bout de dt. En faisant la somme sur toutes les directions du
demi-espace hémisphérique de d4 Ut dΩ/4π , on trouve l'énergie moyenne hémisphérique
recherchée, d4 U :
π
Z 2π Z
4
2 c 0
dU= dϕ dθ (u0λ dλ) (cdt cos θ d2 S) sin θ/4π = u dλ dt d2 S
0 0 4 λ
Or, d4 U/dt correspond à la dénition du ux énergétique hémisphérique reçu par d2 S de
la part du rayonnement compris entre [λ, λ + dλ], soit d3 Φ ; d3 Φ/dλ correspond à celle
du ux énergétique hémisphérique spectrique, d2 Φλ ; et d2 Φλ /d2 S = Eλ est l'éclairement
énergétique spectrique, donc l'exitance énergétique spectrique Mλ . Ainsi,
c 0
Mλ = u
4 λ
Vous remarquerez que nous n'avons, à aucun moment, eu besoin de connaître précisé-
ment la forme de u0λ pour établir la relation : seules ont été requises les caractéristiques
générales que l'on suppose être celles du rayonnement électromagnétique du corps noir à
l'équilibre thermique à une température donnée.
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Annexe IV
Relation entre la densité volumique d'énergie électromagnétique
et la pression de radiation pour le rayonnement du corps noir
L'existence de la pression de radiation qu'une onde électromagnétique exerçait sur un
corps matériel avait été prévue par J. C. Maxwell, dès 1873. Son raisonnement, exprimé
dans le vocabulaire actuel de la discipline, était le suivant : une onde électromagnétique
plane progressive monochromatique (O.E.P.P.M.) dans le vide sans charges ni courants
est décrite par deux champs : le champ électrique E(~ ~ r, t) et le champ magnétique B(~
~ r, t),
orthogonaux entre eux en tout point de l'espace et dont le produit vectoriel E(~
~ r, t)∧ B(~
~ r, t)
dénit au point ~r à l'instant t la direction de propagation de l'énergie électromagnétique
ainsi que celle de l'onde. Supposons qu'une telle onde tombe perpendiculairement sur une
plaque métallique, son champ électrique excite les électrons du métal qui acquièrent de
la vitesse dans la direction opposée du champ électrique et créent une densité surfacique
de courant de même sens que celui-ci, donc tangentiellement à la plaque, en même temps
qu'ils se trouvent soumis au champ magnétique de l'onde. Il en résulte une force électro-
dynamique imprimée à la plaque dont la direction et le sens sont déterminés par la règle
des trois doigts, à savoir les mêmes direction et sens que ceux de l'onde incidente.
Dans le cas d'une O.E.P.P.M. arrivant au droit de la plaque, Maxwell montre que la
force par unité de surface, donc la pression de radiation p, est égale à la densité d'énergie
électromagnétique de l'onde. Or, une pression est un transfert d'une quantité de mouve-
ment normalement à une surface par unité de surface et par unité de temps. Lorentz et
Poincaré montrèrent en 1900 que l'on pouvait attribuer à l'onde une densité volumique de
quantité de mouvement électromagnétique, de dimension ML−2 T −1 égale à p/c dirigée
suivant la direction de propagation.
La pression de radiation pcn du rayonnement électromagnétique du corps noir, rayon-
nement complètement diusé dans toutes les directions, est égale au tiers de la densité
volumique de l'énergie électromagnétique : pcn = u0 (T )/3. Pour le démontrer, nous pou-
vons examiner la contribution à la pression de radiation de la partie du rayonnement dont
les longueurs d'onde sont comprises entre λ et λ + dλ et intégrer sur l'ensemble du spectre
pour obtenir le résultat nal.
Considérons donc un petit élément de surface d2 S pris autour d'un point P quelconque
de la paroi intérieure de l'enceinte ; soit Π le plan tangent en P à la paroi de la cavité ; il
s'appuie sur d2 S et sépare l'espace en deux demi-espaces : qualions d' hémisphérique
tout ce qui provient de toutes les directions du demi-espace qui correspond à l'intérieur
de la cavité. Calculons le transfert de quantité de mouvement sur d2 S pendant l'intervalle
de temps dt.
Soit une direction particulière faisant un angle θ par rapport à la normale à d2 S diri-
gée vers l'intérieur de la cavité et désignée par ϕ dans le plan Π ; soit le cylindre oblique
de base d2 S de direction (θ, ϕ) et de hauteur cdt cos θ : son volume est cdt cos θ d2 S . le
rayonnement étant distribué de façon isotrope, seule la fraction dΩ/4π = sin θ dθ dϕ/4π
de ce dernier correspond à une onde se dirigeant eectivement vers d2 S . Ainsi, la quan-
tité de mouvement élémentaire du champ électromagnétique d4 pmv,λ (θ, ϕ) contenue dans
le volume élémentaire considéré, et dans l'intervalle spectral d'étendue dλ qui se dirige
eectivement vers d2 S suivant la direction (θ, ϕ) est :
u0λ dλ
d4 pmv,λ (θ, ϕ) = cdt cos θ d2 S sin θ dθ dϕ/4π
c
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Sa contribution normale à la surface est d4 pn,λ (θ, ϕ) = d4 pmv,λ (θ, ϕ) cos θ. Ainsi, la com-
posante normale de la quantité de mouvement transférée à la paroi par la fraction du
rayonnement dans [λ, λ + dλ], notons-la d4 pn,λ , résulte de la somme des contributions
élémentaires selon toutes les directions du demi-espace θ ∈ [0, π/2] et ϕ ∈ [0, 2π] ; soit
π
2π
u0λ dλ
Z Z
2
4
d pn,λ = dϕ dθ cdt (cos θ)2 d2 S sin θ
0 0 4πc
soit π
2π
u0 dλ u0λ dλ
Z Z
2
4
d pn,λ = λ dt d2 S dϕ dθ (cos θ)2 sin θ = dt d2 S
4π 0 0 6
Or, le rayonnement absorbé par l'élément d S de la paroi est intégralement restitué à l'en-
2
ceinte avec les mêmes propriétés, notamment celle de transporter une quantité de mou-
vement dont la résultante normale à la paroi possède la même intensité que celle calculée
ci-dessus, mais une direction opposée. Au total, le transfert de quantité de mouvement
possède une résultante suivant la normale à d2 S égale à d4 pn,λ − (−d4 pn,λ ) = 2 d4 pn,λ . La
pression élémentaire correspondante de la part du rayonnement dont les longueurs d'onde
sont comprises entre λ et λ + dλ sur d2 S vaut :
2 d4 pn,λ u0λ dλ
dpcn,λ = =
dt d2 S 3
La pression totale sur la paroi résulte de la somme sur toutes les longueurs d'onde de
dpcn,λ ; ainsi,
Z +∞ Z +∞ 0 0
uλ dλ u
pcn = dpcn,λ = =
0 0 3 3
où Z +∞
0 0
u = u (T ) = u0λ dλ
0
représente la densité énergétique totale du rayonnement électromagnétique du corps noir
dans l'enceinte.
Vous pourrez remarquer que la forme de u0λ n'intervient à aucun moment dans la
démonstration car son hypothèse principale est l'isotropie du rayonnement en tout point
de la cavité et non sa répartition spectrale. (cf. remarque nale de l'Annexe III)
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Annexe V
Dénombrement des modes propres du champ
électromagnétique d'une cavité résonante
On considère une cavité parallélépipédique rectangle d'arêtes parallèles aux trois axes
orthogonaux Ox, Oy et Oz et délimitée par les six plans métalliques parfaitement conduc-
teurs d'équations x = 0, x = a, y = 0, y = b, z = 0 et z = d. On suppose que la cavité est
sans charges libres ni courants ; seules des densités surfaciques de charges ou de courants
sur les parois peuvent exister. Dans ces conditions, le champ électromagnétique qui règne
dans la cavité doit satisfaire les quatre équations de Maxwell dans le vide sans charges ni
courants :
~
~ r, t) = − ∂ B(~r, t)
−→
~ r, t) = 0
div E(~ ; rot E(~
| {z } ∂t }
Maxwell - Gauss
| {z
Maxwell - Faraday
~
~ r, t) = 1 ∂ E(~r, t)
−→
~ r, t) = 0
div B(~ ; rot B(~ 2
| {z } {z c ∂t }
Maxwell - ux
|
Maxwell - Ampère
avec les conditions aux limites suivantes : pour tout ~r désignant un point quelconque
sur ces parois, le champ électrique E(~ ~ r, t) doit y être perpendiculaire en ~r à la pa-
roi et le champ magnétique B(~ ~ r, t) doit y être parallèle à la paroi. Ainsi, en désignant
par (x, y, z) les coordonnées du point ~r, les conditions aux limites s'expriment donc, ∀t,
∀(x, y, z) ∈ [0, a] × [0, b] × [0, d] :
Ex (x, 0, z, t) = Ex (x, b, z, t) = Ex (x, y, 0, t) = Ex (x, y, d, t) = 0,
Ey (0, y, z, t) = Ey (a, y, z, t) = Ey (x, y, 0, t) = Ey (x, y, d, t) = 0,
Ez (0, y, z, t) = Ez (a, y, z, t) = Ez (x, 0, z, t) = Ez (x, b, z, t) = 0,
Bx (0, y, z, t) = Bx (a, y, z, t) = By (x, 0, z, t) = 0
By (x, b, z, t) = Bz (x, y, 0, t) = Bx (x, y, d, t) = 0
Les champs électrique et magnétique satisfont aux équations de d'Alembert :
~ r, t)
1 ∂ 2 E(~ 2~
~ r, t) −
4 E(~ = ~0 et ~ r, t) − 1 ∂ B(~r, t) = ~0
4 B(~
c2 ∂t2 c2 ∂t2
Il est aisé de vérier que le champ électrique stationnaire E(~
~ r, t) dans la cavité peut
s'écrire :
Ex0 cos(kx x) sin(ky y) sin(kz z) cos(ωt − ϕx )
~ r, t) Ey0 sin(kx x) cos(ky y) sin(kz z) cos(ωt − ϕy )
E(~
Ez0 sin(kx x) sin(ky y) cos(kz z) cos(ωt − ϕz )
où π π π
kx = n , ky = m et kz = p (A)
a b d
(n, m, p) étant un triplet d'entier non tous nuls, et :
ω2
= kx2 + ky2 + kz2 = k 2 (B)
c2
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et Ex0 , Ey0 , Ez0 , ϕx , ϕy , ϕz six constantes a priori indépendantes pour un triplet d'en-
tiers (n, m, p) xé : les composantes du champ étant prises dans R et les trois phases
dans l'intervalle [0, 2π[. L'équation de Maxwell - Faraday permet de calculer le champ
magnétique couplé au champ électrique pour constituer le champ électromagnétique.
Deux champs électromagnétiques dont les composantes électriques et magnétiques se-
raient proportionnelles entre elles sont réputés appartenir au même mode de vibration ; de
même en est il de deux champs électromagnétiques dont les composantes sont simplement
déphasées dans le temps. Ceci signie que le champ électrique d'un mode donné peut se
mettre sous la forme :
E0 cos(kx x) sin(ky y) sin(kz z) cos(ωt)
~
E(~r, t) αE0 sin(kx x) cos(ky y) sin(kz z) cos(ωt − ϕyx ) (C)
βE0 sin(kx x) sin(ky y) cos(kz z) cos(ωt − ϕzx )
dans laquelle il n'y a plus que quatre constantes a priori indépendantes, α, β prises dans
R et les deux phases ϕyx et ϕzx prises dans l'intervalle [0, 2π[.
Par ailleurs, l'équation de Maxwell - Gauss ne peut être respectée, quel que soit (x, y, z) ∈
[0, a] × [0, b] × [0, d] et ∀t que si, après simplication par les facteurs communs :
[kx cos(ωt) + ky α cos(ωt − ϕyx ) + kz β cos(ωt − ϕzx )] = 0
et donc, si les quatre constantes sont liées par les relations :
kx + ky α cos(ϕyx ) + kz β cos(ϕzx ) = 0
et
ky α sin(ϕyx ) + kz β sin(ϕzx ) = 0
Ces deux relations signient que, sur les quatre constantes initiales, il n'en reste plus
que deux indépendantes, par exemple, α et β , qui déterminent a priori un mode de
champ électromagnétique unique. Ainsi, pour un triplet (kx , ky , kz ) xé et respectant les
conditions (A), il y a deux modes possibles de champ électromagnétique.
Il nous faut maintenant évaluer le nombre de vecteurs d'onde - donc, de tels triplets
(kx , ky , kz ) - auxquels peuvent correspondre des champs électromagnétiques ayant des
pulsations comprises entre ω et ω + dω . Pour cela, on se place dans l'espace des ~k ; dans
cet espace, les vecteurs d'onde ne peuvent avoir leur extrémité qu'aux n÷uds dénis par
(A) et chacun d'eux est au centre d'un parallélépipède rectangle d'arêtes π/a, π/b et
π/d respectivement parallèles aux trois axes de l'espace des ~k. Donc à l'intérieur d'un
parallélépipède de volume égal à π 3 /(abd) = π 3 /V , où V est le volume de la cavité,
il n'y a qu'un seul triplet (kx , ky , kz ) possible. Or, aux champs électromagnétiques de
pulsation comprise entre ω et ω + dω , correspondent, d'après la relation de dispersion (B),
des vecteurs d'onde de norme comprise entre k et k + dk . Le nombre de triplets valables
dN1 est donc évaluable par le rapport du volume de la couronne sphérique comprise entre
k et k + dk divisé par le volume π 3 /V , soit :
4πk 2 dk 4k 2 dk
dN1 = π3
=V
V
π2
Cependant, dans cette couronne sphérique, chaque triplet (kx , ky , kz ) possible est accom-
pagné de sept autres qui s'en déduisent par un changement de signe d'une, de deux ou des
trois composantes du triplet, et qui correspondent à la même pulsation, d'après le relation
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(B). Sur la forme (C) du champ électrique, on constate que ces huit triplets conduisent au
même champ électrique en changeant de manière adéquate les signes de α et β . Le nombre
de triplets correspondant à des champs électromagnétiques pouvant être réellement dié-
rents est donc égal à dN = dN1 /8 ; comme à chacun de ces triplets correspondent deux
modes, le nombre de modes recherché pour des champs de pulsation comprise entre ω et
ω + dω est égal à :
1 k 2 dk
dN = 2 × × dN1 = V 2
8 π
Ceci revient à imposer aux entiers n, m et p des relations (A) d'être tous positifs ou nuls.
Pour convertir dN en un nombre par intervalle de fréquence dν , il sut de procéder au
changement de variable k = ω/c = 2πν/c. D'où, tous calculs faits :
8πν 2
dN = V dν
c3
On aboutit alors à une densité volumique dN/V de modes du champ électromagnétique
dans la cavité, par intervalle de fréquence, égal à :
8πν 2
c3
où ν 2 n 2 m 2 p 2
= + +
c 2a 2b 2d
avec n, m et p entiers positifs ou nuls. Ce qui démontre le résultat utilisé par Rayleigh
et Jeans puis par Planck dans leur recherche de l'expression de la densité spectrique de
rayonnement.
Académie de Limoges - Formation continue Terminales S - Sciences physiques 58
Annexe VI
Un point de vue heuristique concernant la production et la transformation de la lu-
mière , Annalen der Physik, vol. XVIII, 1905, p. 132-148. Traduit par Françoise Balibar
et coll.
In Albert Einstein, ×uvres choisies, Quanta, mécanique statistique et physique quantique,
Seuil - CNRS, 1989, coll. Sources du savoir, ISBN 2 02 011390 2.
8. Production de rayons cathodiques par éclairement d'un corps solide
La conception usuelle, selon laquelle l'énergie de la lumière est distribuée de façon
continue dans l'espace où elle est rayonnée, présente, quand on tente d'expliquer les phé-
nomènes photoélectriques, de très sérieuses dicultés qui sont exposées dans un travail
décisif de M. Lenard 37 .
La conception selon laquelle la lumière excitatrice est constituée de quanta d'énergie
(R/N )βν 38 permet de concevoir la production de rayons cathodiques par de la lumière de
la façon suivante. Des quanta d'énergie pénètrent dans la couche supercielle du corps ;
leur énergie est transformée, au moins en partie, en énergie cinétique des électrons. La
représentation la plus simple que l'on puisse s'en faire est celle d'un quantum de lumière
cédant son énergie à un seul électron ; nous allons supposer que c'est bien ce qui se passe.
Il n'est pas exclu cependant que des électrons ne prennent qu'une partie de l'énergie des
quanta de lumière. Un électron, auquel de l'énergie cinétique a été fournie à l'intérieur du
corps, atteint la surface en ayant perdu une partie de son énergie cinétique. Nous allons
supposer, de plus, que tout électron doit, pour pouvoir quitter un corps, fournir un cer-
tain travail P (caractéristique du corps). Les électrons qui quittent le corps avec la vitesse
normale la plus élevée sont ceux qui se trouvent immédiatement à la surface et qui ont
été excités normalement à celle-ci. L'énergie cinétique de ces électrons est :
R
βν − P. 39
N
Si le corps est porté au potentiel 40 positif Π, s'il est entouré de conducteurs à un
potentiel nul, et si Π est tout juste capable d'empêcher le corps de perdre de l'électricité,
on a :
R
Πε = βν − P,
N
où ε désigne la charge électrique de l'électron. Soit encore :
ΠE = Rβν − P 0 ,
où E désigne la charge d'un équivalent-gramme 41 d'ions monovalents et P 0 le potentiel 42 ,
par rapport au corps, de cette quantité d'électricité négative 43 .
37. Note d'A. Einstein : P. Lenard, Annalen der Physik , vol. VIII, 1902, p. 169 et 170.
38. On écrirait aujourd'hui hν .
39. N.d.A. : β = h/kB , rapport de la constante de Planck à celle de Boltzmann.
40. N.d.A. : au sens de potentiel électrique.
41. N.d.A. : une mole.
42. N.d.A. : il eut été plus exact d'écrire le travail d'un équivalent-gramme du corps , i.e. le travail
molaire d'extraction des électrons.
43. Note d'A. Einstein : Si l'on suppose que l'électron doive être arraché par la lumière à une molécule
neutre, et qu'il faille pour cela dépenser un certain travail, il n'est pas nécessaire de modier en quoi que
ce soit la relation ici déduite ; il sut de considérer que P 0 est la somme des deux termes.
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Posons E = 9, 6.103 ; Π.10−8 est alors le potentiel en volts du corps illuminé dans le
vide 44 45 .
An de voir d'abord si la relation ainsi déduite donne un ordre de grandeur conforme
à l'expérience, posons P 0 = 0, ν = 1, 03.1015 46 (ce qui correspond à la limite ultraviolette
du spectre solaire) et β = 4, 866.10−11 47 . Nous obtenons Π.10−8 = 4, 3 volts ; résultat
conforme, en ordre de grandeur, à ceux de M. Lenard 48 .
Si la formule obtenue est exacte, Π en fonction de la fréquence de la lumière excita-
trice doit être, en coordonnées cartésiennes, une droite dont la pente ne dépend pas de la
substance étudiée 49
Autant que je puisse en juger, notre conception n'est pas en contradiction avec les
propriétés de l'eet photoélectrique telles qu'elles ont été observées par M. Lenard. Si
chaque quantum d'énergie de la lumière excitatrice cède son énergie à un électron indé-
pendamment de tous les autres, la distribution des vitesses des électrons, c'est-à-dire la
qualité du rayonnement cathodique produit, est indépendante de l'intensité de la lumière
excitatrice ; en revanche, le nombre des électrons qui quittent le corps doit, lui, être, toutes
choses égales d'ailleurs, proportionnel à l'intensité de la lumière excitatrice 50 .
Il conviendrait de faire ici, à propos des limites de validité présumées des lois men-
tionnées, des remarques analogues à celles qui ont été faites à propos des écarts présumés
à la règle de Stokes 51 .
Dans ce qui précède, on a supposé que l'énergie, du moins celle d'une partie des quanta
d'énergie de la lumière productrice, n'était jamais cédée qu'à un seul électron. Si l'on ne
fait pas cette hypothèse, la plus simple à concevoir, on obtient à la place de l'équation
précédente :
ΠE + P 0 ≤ Rβν.
Pour la luminescence cathodique qui constitue le processus inverse du précédent, on
obtient, par des considérations analogues à celles développées plus haut :
ΠE + P 0 ≥ Rβν.
Dans le cas des substances étudiées par M. Lenard, ΠE est toujours considérablement
plus grand que Rβν , puisque la tension que doivent avoir traversé les rayons cathodiques
pour pouvoir tout juste produire de la lumière visible atteint, selon les cas, des centaines
ou des milliers de volts 52 . Il faut donc supposer que l'énergie cinétique d'un électron est
employée à produire de nombreux quanta d'énergie lumineuse.
44. Note de F. Balibar et col. : Einstein utilise le système C.G.S. électrostatique. Dans le système
M.K.S.A., on aurait E = 9, 6.104 C ; Π donne alors directement le potentiel. Le 10−8 provient du facteur
10 sur E et de ce que, dans le système C.G.S., R a une valeur 107 fois plus grande que celle en système
M.K.S.A. Dans les deux systèmes, on trouve la même tension en volts.
45. N.d.A. : Einstein ne s'embarrasse pas des unités de mesure ; sans doute les lecteurs des Annalen les
restituaient-ils spontanément...
46. N.d.A. : cycles/s ou Hz.
47. N.d.A. : La valeur de β est identique dans les deux systèmes C.G.S. électrostatique et M.K.S.A. car
le rapport h/kB fait apparaître un rapport de grandeurs physiques où les énergies s'éliminent. L'unité de
β est la s.K−1 .mol−1 .
48. Note d'A. Einstein : P. Lenard, Ann. d. Phys., vol. VIII, 1902, p. 165 et 184, tableau I, g. 2.
49. Note de F. Balibar et col. : Cette propriété ne fut vériée qu'en 1916 par Millikan. R. Millikan, A
direct photoelectric determination of Planck's constant "h" , Physical Review, vol. VII, 1916, p. 355-388.
50. Note d'A. Einstein : P. Lenard, ibid., p. 150 et 166-168.
51. N.d.A. : La règle de Stokes invoquée concerne la fréquence ν2 de la lumière émise par photolumi-
nescence par un corps ayant été au préalable éclairé par une lumière de fréquence ν1 , à savoir ν2 ≤ ν1 .
52. Note d'A. Einstein : P. Lenard, Ann. d. Phys., vol. XII, 1903, p. 469.
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Annexe VII
Extrait du discours de réception du prix Nobel, en 1937, de C. J. Davisson, in Berkeley :
cours de physique, vol. 4, physique quantique, Eyvind H. Wichmann, 1974, Armand Colin,
I.S.B.N. 2-200-21006-X :
Il était implicite dans la théorie que des faisceaux d'électrons devaient, comme les
faisceaux de lumière, présenter des propriétés ondulatoires, et que diusés par un réseau
convenable, ces faisceaux devraient subir une diraction ; pourtant aucun des principaux
théoriciens n'avaient mentionné cet intéressant corollaire. Le premier à le signaler fut
Elsasser qui t remarquer, en 1925, que l'existence physique des ondes d'électrons pou-
vaient être démontrée par des expériences de diraction. La voie était alors tracée pour
la découverte de la diraction des électrons.
Il serait agréable de vous dire qu'aussitôt que furent connues les suggestions d'Elsasser,
on commença à New-York des expériences qui permirent de mettre en évidence la dirac-
tion des électrons, il serait encore plus agréable de dire que ce travail fut commencé le
jour qui suivit l'apparition en Amérique des premières copies de la thèse de de Broglie.
La véritable histoire fait moins appel à la perspicacité et plus au hasard. Ce travail fut en
fait commencé en 1919 par la découverte accidentelle que le spectre d'énergie de l'émis-
sion secondaire d'électrons 53 avait pour limite supérieure l'énergie des électrons incidents,
même lorsque ceux-ci étaient accélérés par plusieurs centaines de volts : ceci signiait qu'il
existait une diusion élastique des électrons par les métaux.
À partir de là commença une étude de la distribution angulaire de ces électrons diusés
élastiquement. Puis la chance intervint à nouveau, et c'est tout à fait par hasard que l'on
découvrit que l'intensité de la diusion élastique variait avec les orientations du cristal
diuseur. C'est ainsi que tout naturellement on commença à étudier la diusion élastique
par un monocristal d'orientation déterminée. Cette phase du travail débuta en 1925, l'an-
née qui suivit la publication de la thèse de de Broglie et l'année qui précéda les grands
développements de la mécanique ondulatoire. L'expérience de New-York ne fut donc pas
conçue comme une vérication de la théorie ondulatoire. Ce n'est qu'en 1926, après avoir
discuté de ces recherches en Angleterre avec Richardson, Born, Franck et d'autres qu'elle
prit ce caractère.
C'est en automne de l'année 1926 que l'on commença à rechercher les faisceaux dif-
fractés, mais ce n'est pas avant le début de l'année suivante que l'on en trouva, un tout
d'abord, puis une vingtaine très rapidement. Dix-neuf d'entre eux pouvaient être utilisés
pour vérier la relation entre la longueur d'onde et la quantité de mouvement, et dans
tous les cas on véria, à la limite de la précision des mesures, la validité de la formule
λ = h/p.
Je rappellerai brièvement le principe de l'expérience. Un faisceau d'électrons, de vitesse
prédéterminée, est dirigé vers la face (111) d'un cristal de nickel, comme on l'a représenté
schématiquement sur la gure 54 . Un collecteur ne pouvant accepter que les électrons dif-
fusés élastiquement et leurs proches voisins, peut se déplacer sur un arc autour du cristal.
Le cristal lui-même peut tourner autour de l'axe déterminé par le faisceau incident. Nous
53. N.d.A. : Il s'agit de la production d'électrons (secondaires), arrachés à la surface d'un métal, par
un faisceau incident d'électrons (primaires) qui la frappe. La limitation évoquée par Davisson du spectre
d'énergie des électrons secondaires indique qu'il s'agit d'un processus dans lequel un électron incident
arrache un ou plusieurs autres électrons, mais que plusieurs électrons incidents ne peuvent concourir pour
en arracher un et lui communiquer une partie de la somme de leur énergie totale, qui serait de la sorte
potentiellement supérieure à l'énergie moyenne d'un électron du faisceau incident.
54. N.d.A. : cf. schéma du document annexe.
Académie de Limoges - Formation continue Terminales S - Sciences physiques 61
avons donc pu mesurer l'intensité de la diusion élastique dans n'importe quelle direction
en avant de la surface du cristal, à l'exception des directions se trouvant à moins de 10◦
à 15◦ du faisceau incident.
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Annexe VIII
Extrait de l'article Quantication et valeurs propres , Annalen der Physik (4), 361-
376 (1926), Springer Verlag, de E. Schrödinger. In Sources et évolution de la physique
quantique.
...On est évidemment très tenté de rattacher la fonction ψ à un phénomène de vibra-
tion intra-atomique, ayant un caractère de réalité beaucoup plus prononcé que celui, si
souvent mis en doute actuellement, des trajectoires électroniques. Primitivement j'avais
eu l'intention, moi aussi , de fonder la nouvelle conception des conditions de quanta sur
une hypothèse de ce genre, qui a l'avantage d'être à coup sûr beaucoup plus intuitive que
d'autres ; j'ai préféré cependant la forme mathématique parfaitement neutre utilisée dans
ce qui précède, parce qu'elle a l'avantage de mettre plus clairement en évidence l'essentiel
de la question. Selon moi, cet essentiel consiste en ce que dans la nouvelle conception
les règles de quanta ne contiennent plus de traces de cette mystérieuse condition des
nombres entiers , qui se trouve pour ainsi dire rejetée sur un autre plan : elle résulte du
simple fait qu'une certaine fonction spatiale reste nie, unique et bien déterminée dans
tout l'espace de conguration.
Je ne tenterai pas de discuter ici d'une façon plus précise les possibilités de représen-
tation d'un pareil phénomène de vibrations, avant qu'on ait résolu avec succès au moyen
des nouvelles méthodes, un certain nombres de problèmes particuliers. En eet, il est
après tout possible que ces méthodes n'apportent rien de nouveau et que leur ensemble
ne constitue nalement qu'une théorie calquée identiquement sur la théorie ordinaire des
quanta. Par exemple, il est tout à fait remarquable de constater que si l'on résout le
problème relativiste de Kepler d'après les indications précédentes, on trouve que les deux
nombres quantiques partiels (la quantum azimutal et le quantum radial) 55 doivent néces-
sairement être demi-entiers.
En tout cas, qu'il me soit permis d'ajouter encore quelques remarques au sujet de
cette représentation ondulatoire des phénomènes intra-atomiques. Avant tout, je ne sau-
rais passer sous silence le fait que je dois l'impulsion première qui a fait éclore ce travail
pour la plus grande part à la remarquable thèse de M. Louis de Broglie ; j'ai été amené
aux considération précédentes en rééchissant à la distribution spatiale de ces ondes de
phase , dont M. de Broglie a montré qu'il y en a toujours le long de la trajectoire un
nombre entier par période ou quasi-période de l'électron. La principale diérence entre
ses résultats et les nôtres consiste en ce que de Broglie imagine des ondes progressives,
tandis que si l'on interprète nos formules au moyen d'une hypothèse ondulatoire, on est
conduit à des vibrations propres stationnaires. J'ai montré récemment qu'on peut fonder
la théorie des gaz d'Einstein sur des considérations qui introduisent des vibrations propres
stationnaires, obéissant à la loi de dispersion des ondes de phase de de Broglie...
55. N.d.A. : Schrödinger évoque l le nombre quantique orbital et m le nombre quantique magnétique.
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Annexe IX
Interprétation quantique
d'une expérience d'interférences lumineuses
et
d'une expérience d'interférences particulaires
Je me réfèrerai dans cette annexe au seul dispositif interférentiel des fentes d'Young,
les principes fondamentaux ne dépendant pas tant de la nature du dispositif que de celle
des objets physiques qui le traversent. O est la position de la source d'un rayonnement
monochromatique de fréquence ν (pulsation ω ) et de longueur d'onde λ ; Π est l'écran
opaque au rayonnement électromagnétique et percé de deux fentes parallèles identiques,
F1 et F2 , de largeur b et distantes de a ; E est l'écran d'observation de sorte que Π
s'interpose entre O et E . Par simplicité, l'ensemble est dans le vide où les ondes lumineuses
se propagent à la célérité c.
La vibration monochromatique, de nature vectorielle - il s'agit de déterminer les six
composantes Gα (~r, t) où α = 1, 2, ..., 6 regroupées en champ électrique E ~ et du champ
d'induction magnétique B ~ - serait en principe calculable en tout point de l'espace en
résolvant l'équation d'onde :
1 ∂ 2 Gα
∆Gα − =0
c2 ∂t2
avec les conditions aux limites adéquates pour ces champs sur l'écran et sur la source
modélisée. Le problème est que ces dernières sont mal déterminées. En eet, le rayonne-
ment est en partie rééchi, absorbé ou transmis par l'écran. la part transmise à travers
l'écran est en pratique négligeable : l'écran, épais de quelques dixièmes de millimètres,
présente aux fréquences des ondes lumineuses dont il est question une épaisseur de peau -
donnée par δ = 2/(µ0 γω) où µ0 est la perméabilité magnétique du vide et γ la conduc-
p
tivité du métal - très petite devant son épaisseur ce qui permet de considérer le champ
électromagnétique transmis comme nul. La partie du rayonnement absorbée par l'écran
élève sa température d'équilibre et il se met à rayonner alors dans tout le spectre élec-
tromagnétique. Naturellement, comme l'écran n'est pas un corps rigoureusement noir, sa
luminance énergétique spectrique 56 est de fait mal connue de même que son coecient
local de réexion. Il s'agit donc de s'aranchir de ces dicultés.
L'optique physique fondée sur le principe de Huygens - Fresnel, simplie ce problème
en taillant à travers ses dicultés. Elle propose une théorie scalaire de la diraction, per-
met de calculer en principe, en un point ~rM du demi-espace au delà de Π et à un instant
t quelconque, l'amplitude complexe A(~rM , t) de la vibration monochromatique. L'écran
Π est assimilé à une surface géométrique sur laquelle les fentes F1 et F2 constituent une
distribution continue de sources ponctuelles secondaires émettant des ondes sphériques
56. La luminance énergétique spectrique Lλ d'un point P de la surface est le ux énergétique spectrique
élémentaire d3 Φλ du rayonnement émis par l'élément de surface d2 S autour de P dans l'angle solide
élémentaire dΩ de direction D. Elle est liée à l'exitance énergétique spectrique Mλ par la relation :
Z
Mλ = Lλ cos θdΩ
2πsr
où θ est l'angle que fait la direction D avec la normale à d2 S , la somme étant prise sur toutes les directions
du demi-espace au-dessus de l'élément de surface.
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scalaires de fréquence ν . Chaque point ~rP pris sur les fentes émet une onde d'amplitude
complexe élémentaire d2 AP (~rM , t) proportionnelle à l'élément de surface d2 S autour de
~rP :
ei(ωt−krP M ) 2
d2 AP (~rM , t) = aP dS
rP M
où rP M = |~rM − ~rP | et k = ω/c. La somme de ces amplitudes élémentaires complexes
donne en principe A(~rM , t) :
ei(ωt−krP M ) 2
ZZ ZZ
2
A(~rM , t) = d AP (~rM , t) = aP dS
P ∈F1 ∪F2 P ∈F1 ∪F2 rP M
La dernière intégrale pouvant être séparée en la somme de deux contributions, celle sur
P ∈ F1 et celle sur P ∈ F2 , l'amplitude complexe en ~rM apparaît comme l'interférence
(somme des deux intégrales) des ondes diractées (chacune des intégrales) par chaque
fente de Π. Cette amplitude complexe est solution de l'équation d'onde :
ω2
∆A(~rM , t) + A(~rM , t) = 0 (1)
c2
où le laplacien est pris par rapport aux coordonnées de ~rM . L'écran d'observation E qui
intercepte le champ d'interférences se comporte lui-même comme un émetteur tertiaire :
chaque point ~rM de l'écran rediuse une onde sphérique de même fréquence que celle
du champ d'interférence 57 . Mais la fréquence de la vibration est si élevée que l'÷il de
l'observateur ne perçoit, venant du point ~rM de E , que la valeur moyenne dans le temps
de l'intensité de l'onde diusée par les molécules de l'écran en ce point, en réponse à
l'onde reçue. Il en résulte qu'il ne sera sensible qu'à l'intensité lumineuse directement
proportionnelle au carré du module de l'amplitude complexe, I(~rM ) = α|A(~rM , t)|2 . Pour
être exact, il conviendrait de dire que l'observateur interprète le champ rétrodiusé par
l'écran, au niveau de la rétine de ses yeux, du champ d'interférences intercepté ! Ce qui est
ressenti par l'observateur est une variation continue de l'intensité reçue sur E . Mais dans
cette sensation, interviennent à la fois l'acuité visuelle 58 de l'observateur et le caractère
diusant du milieu qui constitue l'écran. Voyons maintenant ce que peut dire de ce type
d'expérience la physique quantique.
Le physicien quantique fera observer que, dans les conditions habituelles de réalisation
de ces expériences, un très grand nombre de photons sont à chaque seconde en jeu pour
réaliser la gure d'interférences. La première chose qu'il conseillera de faire sera de dimi-
nuer fortement l'intensité lumineuse de la source pour, à la limite, atteindre un niveau
d'intensité si faible que, supposons, un seul photon franchisse le plan Π chaque seconde
à travers une des fentes . Contrairement à ce que l'on aurait pu supposer, le système de
franges d'interférences cesse de subsister même avec une intensité fortement atténuée. Ne
se manifestent plus sur l'écran que des points lumineux fugitifs qui arrivent aléatoirement.
C'est à l'analyse de ce phénomène que nous devons nous livrer. Ce photon d'énergie hν
ne se manifestera que par son interaction avec la matière de l'écran d'observation E et,
d'après tant l'interprétation de l'eet photoélectrique que celle des spectres d'émission,
57. À ce titre d'ailleurs, il faudrait en toute rigueur intégrer ses caractéristiques de réexion, d'absorp-
tion et de transmission dans le problème initial !
58. Il est remarquable que les capteurs - cônes et bâtonnets - de la rétine occupent des aires sur la
rétine qui soient de l'ordre de grandeur de l'aire de la tache de diraction des vibrations lumineuses
diaphragmées par la pupille.
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il interagira avec un et un seul électron d'un des atomes de l'écran, situé en ~rM . Cet
électron sera alors dans un état excité et se désexcitera en émettant un rayonnement que
nous sommes obligés de supposer de même fréquence. Et l'observateur qui regarderait
dans la direction du point ~rM où ce double évènement d'absorption et d'émission s'est
produit, n'aura plus qu'une certaine probabilité de voir l'émission , c'est-à-dire une
certaine probabilité que son ÷il reçoive eectivement le photon émis et puisse en déduire
l'existence de ce double processus, parce que l'énergie du rayonnement diusé correspond
à celle, hν , du seul photon émis et qu'il est impossible que cette énergie soit fractionnée.
Bref, si le problème existentiel du photon est to be or not to be , celui de l'observateur
est alors to see or not to see ! Nous voyons - sans jeu de mots - qu'il nous faut un
dispositif de détection placé directement en ~rM de E pour savoir si oui ou non un pho-
ton a atteint ce point. Appelons D le photodétecteur qui nous aidera dans cette tache.
Ce détecteur fonctionnera de telle sorte qu'il nous renseignera à la fois sur l'arrivée d'un
photon à l'endroit où il sera positionné, sur l'énergie dudit photon et sera supposé être
parfaitement ecace, à savoir qu'aucun photon arrivant dans sa fenêtre de comptage ne
sera oublié. Naturellement, nous pourrons déplacer D à notre guise en tout point du plan
que l'écran E aurait dû occuper.
Reprenons maintenant expérience dans les conditions décrites au départ. Nous pouvons
faire l'observation suivante : chaque fois que le détecteur a perçu l'arrivée d'un photon,
celui-ci avait toujours la même énergie hν ce qui conrme que l'énergie des photons n'est
jamais divisée. D'autre part, si nous laissons à chaque endroit 59 de E le détecteur pen-
dant une même durée T , susamment longue an qu'un nombre élevé de photons ait
franchi Π, et que nous fassions le décompte des photons arrivés en chacun de ces endroits,
nous observerons que le rapport des nombres de photons arrivant dans deux endroits
distincts, NT (~rM1 )/NT (~rM2 ) se rapproche du rapport des intensités I(~rM1 )/I(~rM2 ) que la
théorie classique du champ électromagnétique du phénomène d'interférences prévoit pour
ces deux endroits. Mieux ! La diérence entre les rapports sera d'autant plus petite que
le temps passé à comptabiliser les photons dans chaque cellules sera long, de sorte que :
NT (~rM )
∀ ~rM , lim =L
T →+∞ I(~
rM )
la limite L étant la même pour tout les points 60 . Cette expérience fait émerger le carac-
tère probabiliste de l'intensité lumineuse donnée par la théorie classique du champ élec-
tromagnétique. L'intensité lumineuse et, par conséquence, la densité volumique moyenne
d'énergie électromagnétique en un point donné ~rM derrière Π, apparaissent comme pro-
portionnelles à la probabilité de détecter un photon en ce point - en n'oubliant surtout
pas que cette détection n'a de sens que par une interaction avec la matière, celle de l'écran
ou celle du détecteur D -.
Nous pourrions nous demander par quelle fente, F1 ou F2 est passé le quantum
d'énergie qui se manifeste dans le détecteur, au delà de Π. Pour le savoir, nous pouvons
placer un second détecteur, similaire à D devant l'une des fentes : il reçoit le photon qui
passe par la fente, photon qui ne participe donc pas à l'élaboration de la gure d'inter-
férences puisque seuls le peuvent ceux qui sont passés par la fente mais sans avoir été
détectés (et donc sans qu'on sache qu'ils sont passés par elle) et ceux qui seront passés
par l'autre fente. En refaisant le même comptage que précédemment, le premier détecteur
59. Si l'écran E avait une aire S et la surface de capture du détecteur une aire s, nous pouvons discrétiser
l'écran en un nombre S/s cellules, chacune désignant un endroit de E .
60. Un écart qui subsisterait sur la valeur de la limite d'un point à un autre serait dû au caractère
approché de la théorie scalaire de la diraction qui conduit au calcul de l'intensité I(~rM )
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donnera une distribution spatiale des photons détectés sur E intermédiaire entre la gure
d'interférences précédente, mais altérée par les photons capturés par le second détecteur,
et la gure de diraction de la seule autre fente donnée par la théorie classique de la
diraction ! Le degré d'altération sera grand à la mesure où le second détecteur obstruera
la fente pour compter au mieux les photons qui passent par elle. Peut-être pourrions-nous
seulement éclairer une des fentes et repérer l'ombre que ferait le photon en la traver-
sant, ce qui lui permettrait de poursuivre son chemin ? il faudrait pour ce faire utiliser un
photon d'éclairage qui permette de distinguer un détail plus petit que a la distance entre
les deux fentes, donc un photon d'éclairage de longueur d'onde inférieure à a, donc de
quantité de mouvement supérieure à h/a qui serait transférée au photon passant par la
fente et modierai donc sa quantité de mouvement naturelle. Il en résulterait une modi-
cation de sa contribution à la construction de la gure d'interférences. L'analyse montre
qu'il est impossible de pouvoir et obtenir la gure d'interférences par collection d'un grand
nombre de photons comptabilisés par le premier détecteur et de savoir par quelle fente
ceux-ci sont passés.
Nous n'insisterons pas dans cette voie. En revanche, tout en sachant que nous n'ob-
tiendrons pas de statistique sur la gure de diraction, nous pouvons chercher à compter
les photons passant par les deux fentes en utilisant des détecteurs qui intercepteront tous
les photons passant par F1 et F2 . Toujours au bout d'un temps susamment long pour
qu'un grand nombre de photons aient traversé les fentes, si nous comparons le rapport
des nombres de photons passés par chaque fente, nous les trouvons dans le même rapport
que les ux du vecteur de Poynting à travers chacune d'elles. De plus, comme plus haut,
plus la durée du comptage sera longue, moindre sera la diérence entre les deux rapports ;
à la limite d'un temps inniment long, la diérence sera nulle. Or, comme l'intensité, le
vecteur de Poynting possède une norme proportionnelle au carré du module du champ
scalaire calculé par la théorie de la diraction. Cette observation lui confère le même un
caractère probabiliste que l'intensité. Il est ainsi possible d'avancer que toute quantité
proportionnelle au carré de l'amplitude de l'onde - au sens classique du terme - est pro-
portionnelle à la probabilité d'un certain type d'évènement (passer à travers une surface,
être détecté par une cellule photoélectrique...).
Le remplacement de la source lumineuse par une source émettant des particules maté-
rielles de masse m et de longueur d'onde de de Broglie égale à celle des photons employés
précédemment, λb = h/p = c/ν = λ où p est la norme de la quantité de mouvement de
chaque particule émise, en conservant le reste du dispositif (Π et E ou D) 61 à l'identique,
conduit à une répartition spatiale des particules sur E statistiquement similaire à celle
que nous avions lors de l'expérience d'interférences lumineuse ! Ceci ne doit pas étonner
outre mesure. En eet, l'état de chaque particule émise possède une énergie xée qui doit
être une des valeurs propres possible de son hamiltonien H. La fonction propre ϕ(~r) as-
sociée à cette valeur propre doit satisfaire à l'équation Hϕ = Eϕ. L'état de la particule
est ainsi décrit par la fonction d'onde ψ(~r, t) = ϕ(~r)e−iEt/~ que gouverne l'équation de
Schrödinger :
~2 ∂ψ(~r, t)
− ∆ψ(~r, t) + V (~r, t)ψ(~r, t) = i~
2m ∂t
où V (~r, t) est le potentiel auquel le dispositif soumet la particule. Or, du fait de l'inter-
action de l'écran Π sur la particule, il pourrait arriver à cette dernière d'être rééchie,
61. Naturellement l'écran ou le détecteur doivent être adaptés pour visualiser ou détecter le type de
particules émises par la source.
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absorbée ou transmise par eet tunnel à travers l'épaisseur de l'écran. Si nous supposons
que la probabilité de transmission par eet tunnel est extrêmement faible (tout comme
nous avions supposé que la part transmise des ondes lumineuses était parfaitement né-
gligeable), alors nous pouvons admettre que les particules émises ne peuvent franchir Π
que par les fentes F1 et F2 . Par ailleurs, l'interaction de l'écran avec la particule est une
interaction de très courte portée et nous pouvons supposer que le potentiel V (~r, t) est
nul partout sauf pour les point ~r appartenant à Π où nous le supposerons inniment
grand. Il ressort de cette approximation que la fonction d'onde ψ(~r, t) est en tout point
du demi-espace au delà de Π solution de l'équation d'onde :
~2 ∂ψ(~r, t)
− ∆ψ(~r, t) = i~
2m ∂t
ce qui conduit à l'équation satisfaite par ϕ(~r) suivante, après simplication par l'expo-
nentielle e−iEt/~ : 2
~
− ∆ϕ(~r) = Eϕ(~r)
2m
qui possède une forme identique à l'équation (1) satisfaite par A(~rM , t), en posant :
ω2 2mE
2
=
c ~2
Or, si l'on suppose les particules émises non relativistes, alors 2mE = p2 et p2 /~2 =
(2π/λb )2 . Les conditions aux limites sur la fonction ϕ(~r) que nous pouvons raisonnable-
ment prendre en tenant compte de l'étude sur le rôle de Π sont les suivantes : ϕ(~r) est
nulle sur toute la surface de Π sauf sur la surface des fentes. Le problème se révèle alors
similaire à celui des interférences lumineuses du départ et peut avoir comme solution
approchée pour les points ~rM au delà de l'écran :
ei(krP M ) 2
ZZ
ϕ(~rM ) = aP dS
P ∈F1 ∪F2 rP M
qui, après multiplication par le facteur temporel e−iEt/~ , conduit à la fonction d'onde :
Et
ei(krP M − ~ ) 2
ZZ
ψ(~rM , t) = aP dS
P ∈F1 ∪F2 rP M
La solution approchée de la fonction d'onde possède la même forme que A(~rM , t), donc
la probabilité de présence de la particule en un point ~rM au delà des fentes, donnée
par |ψ(~rM , t)|2 , est une fonction de ~rM proportionnelle à l'intensité I(~rM ) du premier
problème. Cet étude montre le parallélisme de forme des deux problèmes et renforce le
caractère probabiliste à attribuer à l'intensité lumineuse en tant qu'elle détermine la pro-
babilité pour chacun des photons émis à atteindre un point donné au delà des fentes. Vous
aurez pu remarquer qu'à aucun moment il n'a été question des autres particules émises
avant ou après celle dont nous venons d'étudier le comportement. Il va de soi que leurs
fonctions d'onde possèdent la même forme (en tant que solution approchée du problème
réel) que celle présentée : leurs parties spatiales ϕ(~r) sont exactement identiques ; seuls
leurs facteurs de phase temporels sont décalés dans le temps de leurs instants d'émission
respectifs, ce qui n'a aucune conséquence sur la seule quantité physique vériable, leur
répartition spatiale sur l'écran, gouvernée par |ψ|2 = |ϕ|2 .
Cette dernière remarque doit attirer notre attention sur le fait important suivant : la
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gure d'interférences (lumineuses ou particulaires) n'est pas due à une corrélation quel-
conque des photons ou des particules. Ils (Elles) sont émis(es) de manière aléatoire et sont
indépendant(e)s les un(e)s des autres. Mais au bout d'un temps susamment long pour
que de très nombreux photons ou de très nombreuses particules se soient accumulé(e)s sur
les écrans ou dans les détecteurs, leur répartition s'approchera de la loi de probabilité que
l'intensité I ou le carré du module de la fonction d'onde |ψ|2 leur imposent. (cf. document
annexe)