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Philo

L'Apologie de Socrate est un dialogue de Platon qui retrace la défense de Socrate lors de son procès en 399 avant J.-C., où il est accusé de corrompre la jeunesse et de ne pas croire aux dieux de la cité. Socrate y défend sa mission philosophique, affirmant que sa sagesse réside dans la conscience de son ignorance, et il refuse de compromettre ses principes même face à la mort. Ce texte, au-delà d'un plaidoyer, constitue un manifeste pour la vie philosophique et aborde des thèmes fondamentaux tels que la justice, la piété et le courage.

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L'Apologie de Socrate est un dialogue de Platon qui retrace la défense de Socrate lors de son procès en 399 avant J.-C., où il est accusé de corrompre la jeunesse et de ne pas croire aux dieux de la cité. Socrate y défend sa mission philosophique, affirmant que sa sagesse réside dans la conscience de son ignorance, et il refuse de compromettre ses principes même face à la mort. Ce texte, au-delà d'un plaidoyer, constitue un manifeste pour la vie philosophique et aborde des thèmes fondamentaux tels que la justice, la piété et le courage.

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L'Apologie de Socrate de Platon

Introduction

L'Apologie de Socrate est un dialogue fondateur de la philosophie


occidentale, rédigé par son disciple, Platon, vers 399 avant J.-C. Il ne s'agit
pas d'une retranscription sténographique du procès de Socrate, mais
plutôt d'une reconstruction littéraire et philosophique de sa défense.
Socrate, alors âgé de 70 ans, est accusé par trois de ses concitoyens —
Anytus, Meletos et Lycon — de deux crimes capitaux : corrompre la
jeunesse et ne pas croire aux dieux de la cité et d'en introduire de
nouveaux.

L'Apologie est bien plus qu'un simple plaidoyer juridique. C'est un


manifeste pour la vie philosophique, une critique radicale de la société
athénienne et une exploration de concepts essentiels comme la justice, la
piété, le courage et la sagesse. À travers ce discours, Platon dresse le
portrait de son maître comme un héros martyr, un "taon" envoyé par les
dieux pour piquer une cité endormie dans sa fausse certitude. Le texte se
divise naturellement en trois grandes parties : la défense proprement dite
contre les accusations, la proposition d'une peine alternative à la mort, et
le discours final après la condamnation.

Partie 1 : La Défense de Socrate (Plaidoyer)

Cette première partie est la plus longue et la plus complexe. Socrate ne se


contente pas de répondre aux accusations formelles ; il s'attaque d'abord
aux préjugés anciens qui le rendent impopulaire.

A. Réfutation des "anciens accusateurs"*

Socrate commence par affirmer qu'il doit se défendre non seulement de


ses accusateurs récents, mais surtout d'une rumeur qui circule depuis des
années. Ces "anciens accusateurs" sont des poètes (comme Aristophane
dans sa pièce *Les Nuées*) et des gens qui, sans le connaître, colportent
une image fausse de lui.
* **L'accusion principale :** Socrate est présenté comme un **sophiste**
(un penseur qui enseigne à bien parler pour gagner des procès) et un
**physicien** (celui qui étudie le ciel et la terre, cherchant des explications
naturelles aux phénomènes divins).

* **La réfutation de Socrate :** Il nie être l'un ou l'autre.

* Il n'est pas sophiste car il **ne demande aucun argent** pour son
enseignement. Il est pauvre et sa mission n'est pas lucrative.

* Il n'est pas un physicien ; il déclare ne pas s'intéresser à ces


questions et renvoie les juges à ceux qui les étudient (comme Anaxagore,
qui fut d'ailleurs condamné pour impiété).

Il utilise la métaphore du **maître de chevaux** : de même qu'un maître


s'occupe d'un seul cheval noble pour le rendre meilleur, lui, Socrate, a été
"assigné" par les dieux (ou un oracle) à s'occuper des Athéniens, les plus
nobles des "chevaux", pour les inciter à se soucier de leur âme.

**B. L'Oracle de Delphi et la mission de Socrate**

C'est le cœur de sa défense. Socrate raconte l'histoire de son ami


Chaéréphon qui s'est rendu à l'oracle de Delphi pour demander s'il y avait
quelqu'un de plus sage que Socrate. La Pythie a répondu : **"Personne
n'est plus sage que Socrate."**

* **Le paradoxe :** Socrate, qui se sait ignorant, est choqué par cette
réponse. Pour la comprendre, il entreprend une quête de la vérité.

* **L'enquête (l' *elenchos* ou réfutation socratique) :** Il va interroger


ceux qui passent pour être sages :

1. **Les hommes politiques :** Il découvre qu'ils croient savoir


beaucoup de choses, mais leur savoir est en réalité une ignorance. Ils ne
peuvent définir les concepts qu'ils manipulent (comme la justice).

2. **Les poètes :** Ils produisent de belles œuvres par inspiration


divine, mais ils sont incapables d'expliquer le sens de leurs propres écrits.

3. **Les artisans :** Ils possèdent un savoir-faire technique, mais ils


croient, à tort, que cette compétence les rend sages sur tous les sujets.
* **La conclusion de l'enquête :** Socrate réalise que la "sagesse" de
l'oracle réside dans le fait que lui, Socrate, a conscience de sa propre
ignorance. Sa sagesse est une **sagesse négative** : "Je sais que je ne
sais rien". Sa mission, sa "pratique religieuse", consiste donc à révéler à
ses concitoyens leur ignorance pour les pousser à prendre soin de leur
âme. C'est cette activité qui lui a valu des haines.

**C. Réfutation des "nouveaux accusateurs" (Meletos)**

Socrate s'attaque maintenant aux accusations formelles de Meletos, qu'il


interroge publiquement.

1. **Accusation de corruption de la jeunesse :**

* Socrate demande à Meletos qui est-ce qui améliore la jeunesse.


Meletos répond : "Les lois", puis "Tous les Athéniens", à l'exception de
Socrate.

* Socrate utilise un argument par l'absurde : il est absurde de penser


que seul Socrate corrompt la jeunesse, tandis que tous les autres citoyens
l'améliorent. C'est comme s'il s'agissait du seul être vivant nocif au milieu
d'un troupeau.

* Il poursuit : personne ne corrompt volontairement ceux qui


l'entourent, car il s'exposerait à recevoir du mal en retour. Soit Socrate
corrompt involontairement la jeunesse, auquel cas il faut l'instruire, non le
punir de mort ; soit il ne la corrompt pas du tout.

2. **Accusation d'impiété (ne pas croire aux dieux de la cité et en


introduire de nouveaux) :**

* Socrate piège Meletos. Il lui demande s'il croit à l'existence de


"démones" (des êtres divins, intermédiaires entre les dieux et les
hommes). Meletos répond oui.

* Socrate conclut : "C'est donc un paradoxe étonnant que tu dises que


je ne crois pas aux dieux, et que pourtant je reconnais des choses
démoniques". On ne peut pas croire aux "démones" sans croire aux dieux,
car les démones sont soit des dieux, soit les enfants des dieux.
* Il explique ensuite son "démonion" (signe divin), une voix intérieure
qui le **détourne** de faire ce qu'il ne devrait pas faire. Ce signe est une
preuve de sa piété, non de son impiété.

À la fin de sa défense, Socrate affirme qu'il ne cessera jamais sa mission,


même si cela devait lui coûter la vie. Il préfère la mort à l'abandon de la
philosophie.

Partie 2 : La Proposition de Peine

Après avoir été jugé coupable par une faible majorité, le procès passe à la
phase de détermination de la peine. L'accusation propose la mort. La loi
permet à l'accusé de proposer une peine alternative.

* **La proposition de Socrate :** Il estime ne mériter aucune punition,


mais plutôt une récompense pour les services rendus à la cité. Il compare
son rôle à celui d'un **"taon"** envoyé par les dieux pour réveiller le
"cheval" paresseux qu'est Athènes. Sa récompense devrait être digne de
son statut de bienfaiteur : il propose d'être **"nourri au Prytanée"**, un
honneur réservé aux grands athlètes olympiques et aux bienfaiteurs de la
cité.

* **Les propositions alternatives :** Conscient du caractère provocateur


de sa première proposition, il en suggère d'autres, tout en refusant de
s'humilier ou d'implorer la pitié en faisant venir ses enfants, ce qu'il juge
indigne d'un tribunal de justice.

* Il propose d'abord une amende d'une mine (une somme modeste),


qu'il dit pouvoir payer.

* Devant les réactions des juges, ses amis (Platon, Crito, Critobule)
proposent de se porter caution pour une amende de trente mines, une
somme considérable.

Même en proposant cette amende, Socrate maintient sa posture. Il ne se


repent de rien et refuse de compromettre ses principes pour sauver sa vie.
Cette intransigeance scelle son sort.
Partie 3 : Le Discours Final (Après la Condamnation)**

Socrate est condamné à mort. Il s'adresse une dernière fois aux juges, en
distinguant ceux qui ont voté pour son acquittement et ceux qui ont voté
pour sa condamnation.

* **À ceux qui l'ont acquitté :** Il les rassure. Pour un homme de bien,
aucun mal ne peut arriver, ni dans la vie ni dans la mort. La mort n'est pas
à craindre. Il envisage deux possibilités :

1. **Un néant total, un sommeil sans rêves :** C'est alors un gain
inestimable, une nuit de paix parfaite.

2. **Une migration de l'âme vers un autre monde :** C'est la


perspective la plus excitante. Il pourra y continuer ses dialogues avec les
grands héros du passé (Homère, Ulysse, etc.) et avec les justes qui ont été
victimes d'injustices. La mort est une libération, l'occasion de poursuivre
sa quête de vérité pour l'éternité.

*À ceux qui l'ont condamné :** Il leur adresse une prophétie. Ils le
condamnent non pas pour le faire taire, mais pour échapper à la honte
d'avoir à rendre compte de leur propre vie. Mais son exemple inspirera de
jeunes gens qui les interrogeront et les mettront à l'épreuve. La meilleure
façon d'éviter la critique n'est pas de tuer le critique, mais de vivre
vertueusement.

*Les derniers mots :** S'adressant à ses amis, il dit sa fameuse phrase :
**"Criton, nous devons un coq à Asclépios"**. Asclépios est le dieu de la
médecine. Offrir un sacrifice en son honneur est une action de grâce pour
une guérison. Pour Socrate, la mort est la guérison de l'âme, sa délivrance
du "mal" qu'est le corps et la vie terrestre. Il accepte son sort avec une
sérénité absolue.

Conclusion

L'**Apologie de Socrate** est une œuvre d'une puissance intemporelle.


Au-delà du récit d'un procès historique, elle est le testament philosophique
d'un homme qui a fait de la recherche de la vérité et du souci de l'âme
l'unique but de son existence. Socrate y incarne le courage intellectuel : le
courage de remettre en question les certitudes, de défier l'opinion
majoritaire et d'accepter les conséquences de ses convictions jusqu'au
bout.

Les thèmes qu'elle aborde — la quête de la sagesse, la distinction entre le


bien et le mal, la place du philosophe dans la Cité, le rapport à la mort —
sont au fondement de la pensée occidentale. En transformant la
condamnation de son maître en un triomphe moral et philosophique,
Platon a créé le mythe de Socrate, le martyr de la philosophie, et a offert
au monde un modèle d'intégrité et de liberté intérieure qui continue
d'inspirer. L'Apologie n'est pas seulement une défense, c'est une leçon sur
la manière de vivre et de mourir.

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