Thème : explication des
termes et expressions
politiques.
I_ Aristocratie:
Étymologie : Du grec aristos (le
meilleur) et kratos (pouvoir,
gouvernement) → littéralement
"le gouvernement des meilleurs".
Définition
L'aristocratie désigne un
système politique et social dans
lequel le pouvoir est détenu par
une élite héréditaire,
généralement fondée sur la
naissance, le sang ou la
noblesse. Cette classe dirigeante
se transmet ses privilèges et son
autorité de génération en
génération.
Deux sens distincts
Sens philosophique originel
(Aristote, Platon) : Le
gouvernement des meilleurs
citoyens, c'est-à-dire les plus
vertueux, les plus sages et les
plus compétents —
indépendamment de la
naissance.
Sens historique et courant : Une
classe noble héréditaire qui
détient le pouvoir politique,
économique et social (ex. : la
noblesse en Europe sous
l'Ancien Régime).
Caractéristiques principales
Pouvoir réservé à une minorité
privilegiée
Transmission du statut par
hérédité
Distinction nette entre nobles et
roturiers (le peuple)
Souvent liée à la propriété
foncière et aux titres nobiliaires
(duc, comte, baron, etc.)
Exemples historiques
La noblesse française avant la
Révolution de 1789
Les patriciens de la Rome
antique
L'oligarchie spartiate dans la
Grèce antique
Évolution du terme
Aujourd'hui, le mot est souvent
utilisé dans un sens figuré et
péjoratif pour désigner toute élite
qui s'arroge des privilèges indus
: on parle ainsi d'aristocratie
financière, d'aristocratie
intellectuelle, etc
II_Abdication:
Étymologie : Du latin abdicare
→ ab (loin de) et dicare
(proclamer, déclarer) →
littéralement "se déclarer loin
de", "renoncer publiquement".
Définition
L'abdication est l'acte par lequel
un souverain (roi, empereur,
pape) renonce volontairement et
officiellement à son trône, à sa
couronne ou à son pouvoir. C'est
un acte solennel, définitif et
irrévocable dans la plupart des
cas.
Caractéristiques essentielles:
L'acte doit être volontaire (sinon
on parle de destitution ou de
renversement)
Il est généralement formalisé par
un document officiel ou une
déclaration publique
Il entraîne le transfert du pouvoir
à un successeur désigné ou
selon les règles de succession
Il est en principe irréversible.
Sens figuré:
En dehors du contexte
monarchique, le mot est utilisé
de façon métaphorique pour
désigner tout abandon de
responsabilité :
"C'est une abdication de l'État
face à ses obligations sociales."
"Abdiquer devant la pression
populaire."
Dans ce sens, il exprime souvent
une faiblesse ou une capitulation
morale.
En résumé : L'abdication est le
renoncement solennel et
volontaire au pouvoir suprême.
Elle symbolise à la fois un acte
de courage (assumer ses limites)
ou de faiblesse (céder sous la
pression), selon le contexte
historique.
III_Abstentionnisme:
Étymologie : Du latin abstinere
→ abs (loin de) et tenere (tenir)
→ littéralement "se tenir à
l'écart".
Définition
L'abstentionnisme est le
comportement électoral
consistant à ne pas participer à
un scrutin (élection, référendum)
alors que l'on est inscrit sur les
listes électorales et en droit de
voter. L'abstentionniste est un
citoyen qui renonce
volontairement à exercer son
droit de vote.
Deux formes
d'abstentionnisme:
L'abstention volontaire et
consciente : Le citoyen choisit
délibérément de ne pas voter
pour exprimer un
mécontentement, un rejet du
système ou une protestation
politique.
L'abstention involontaire ou
conjoncturelle : Le citoyen ne
vote pas pour des raisons
pratiques (maladie, déplacement,
oubli,
manque d'information) sans que
cela reflète un choix politique.
Causes principales
Causes politiques :
Défiance envers les partis et les
élus
Sentiment que le vote ne change
rien
Rejet de l'ensemble des
candidats
Protestation contre le système
politique
Causes sociales :
Faible niveau d'éducation ou
d'information politique
Sentiment d'exclusion ou de
marginalisation
Désintérêt pour la chose
publique
Causes pratiques :
Éloignement du bureau de vote
Problèmes de santé
Absence lors du scrutin
Mesure de l'abstentionnisme
L'abstentionnisme se mesure par
le taux d'abstention :
Taux d'abstention = (Nombre
d'abstentions / Nombre d'inscrits)
× 100
On distingue également :
Les votes blancs : bulletin
déposé sans choix exprimé
Les votes nuls : bulletin invalide
Ces deux formes sont différentes
de l'abstention car le citoyen se
déplace mais refuse de choisir
Exemples et tendances
En France, le taux d'abstention a
fortement augmenté ces
dernières décennies, atteignant
parfois plus de 50% lors des
élections législatives
Les élections européennes et
locales enregistrent
généralement des taux
d'abstention plus élevés que les
élections présidentielles
Les jeunes et les milieux
populaires sont statistiquement
les plus abstentionnistes
Enjeux démocratiques
L'abstentionnisme pose une
question fondamentale : la
légitimité des élus. Un
gouvernement élu avec un fort
taux d'abstention représente-t-il
vraiment le peuple ? C'est pour
IV_Assemblée nationale
Étymologie : Du latin assimulare
(réunir) et natio (nation, peuple)
→ littéralement "la réunion
représentative de la nation".
Définition
L'Assemblée nationale est une
institution parlementaire qui
représente le peuple au sein d'un
système démocratique. Elle est
composée de députés élus au
suffrage universel direct et
constitue, dans de nombreux
pays, la chambre basse ou
unique du Parlement.
Origine historique:
Le terme est né lors de la
Révolution
française :
Le 17 juin 1789, les
représentants du Tiers État,
s'estimant seuls représentants
légitimes de la nation, se
proclament Assemblée nationale
Le 20 juin 1789, c'est le célèbre
Serment du Jeu de Paume : les
députés jurent de ne pas se
séparer avant d'avoir donné une
Constitution à la France
Cet acte fondateur marque une
rupture historique : le pouvoir
ne vient plus du roi mais de la
nation souveraine
L'Assemblée nationale en
France (Ve République)
C'est l'exemple le plus
emblématique. Elle constitue
l'une des deux chambres du
Parlement français, avec le
Sénat.
Composition :
577 députés élus pour 5 ans au
suffrage universel direct
Élection au scrutin uninominal
majoritaire
à deux tours
Siège au Palais Bourbon à Paris
Rôles et missions :
Enjeux actuels
La question de la représentativité
: parité hommes-femmes,
diversité sociale
Le cumul des mandats : limité
depuis 2017 en France
La proportionnelle : débat
récurrent sur le mode de scrutin
Le renforcement des pouvoirs de
contrôle face à l'exécutif
En résumé : L'Assemblée
nationale est le cœur de la
démocratie représentative.
Héritière de la Révolution
française, elle incarne la
souveraineté populaire et
constitue le principal
contrepouvoir face au
gouvernement dans les régimes
parlementaires.
V_Bipartisme
Étymologie : Du latin bi (deux)
et pars/partis (partie, parti) →
littéralement "système à deux
partis".
Définition
Le bipartisme est un système
politique dans lequel la vie
politique est dominée par deux
grands partis qui alternent au
pouvoir, reléguant les autres
formations politiques à un rôle
marginal ou secondaire. C'est
une caractéristique fondamentale
de certaines démocraties
libérales.
Caractéristiques essentielles
Alternance régulière entre deux
partis principaux
Les autres partis existent mais
ont une influence très limitée
Les électeurs sont amenés à
choisir entre deux options
principales
Tendance à produire des
majorités stables et des
gouvernements solides
Les deux partis occupent
généralement le centre-gauche
et le centre-droit
Origines et causes du
bipartisme
Causes institutionnelles :
Le scrutin majoritaire à un tour
(système anglo-saxon) favorise
naturellement deux grands partis
car voter pour un petit parti
revient souvent à "perdre" sa
voix
La loi de Duverger (politologue
français) établit que le scrutin
majoritaire à un tour tend
mécaniquement vers le
bipartisme
Causes historiques et
culturelles :
Enracinement historique de deux
grandes familles politiques
Culture du compromis et du
pragmatisme politique
Financement et médiatisation
favorisant les grands partis
Avantages du bipartisme
Stabilité gouvernementale :
les majorités
sont claires et solides
Lisibilité politique : le choix
des électeurs est simplifié
Alternance régulière : évite la
monopolisation du pouvoir
Responsabilité claire : on sait
quel parti gouverne et lequel
s'oppose
Évite l'instabilité des coalitions
multiples
Inconvénients et critiques
1 _Réduction du choix : les
sensibilités minoritaires sont mal
représentées
2 _Exclusion des tiers partis :
les petites formations sont
marginalisées
3 _Bipolarisation excessive :
tend à radicaliser le débat en
deux camps
4 _Uniformisation : les deux
partis finissent parfois par se
ressembler
5_ Déficit de représentativité :
une partie de l'électorat ne se
reconnaît dans aucun des deux
partis
VI_La Constitution
Étymologie : Du latin constitutio
→ constituere (établir, fonder,
organiser) → littéralement "ce
qui établit et fonde l'ordre
politique".
Définition
La Constitution est la loi
fondamentale et suprême d'un
État. Elle fixe l'organisation des
pouvoirs publics, garantit les
droits et libertés des citoyens, et
définit les règles essentielles de
la vie politique. Toutes les autres
lois doivent lui être conformes.
Double sens du terme
Sens matériel : Ensemble des
règles fondamentales relatives à
l'organisation et au
fonctionnement de l'État, quelle
que soit leur forme (écrite ou
coutumière)
Sens formel : Document écrit,
solennel et codifié, adopté selon
une procédure spéciale et
difficile à réviser, qui s'impose à
toutes les autres normes
juridiques
Contenu d'une Constitution
Une Constitution contient
généralement :
1. Un préambule
Déclaration de principes et de
valeurs fondatrices
Références aux droits
fondamentaux
Exemple : le préambule de la
Constitution française de 1958
renvoie à la Déclaration des
droits de l'homme de 1789
VII_Le coup d’État :
Étymologie : Expression
purement française → coup
(action brusque et soudaine) et
État (pouvoir politique) →
littéralement "un coup porté à
l'État".
Définition
Le coup d'État est la prise du
pouvoir politique de manière
brutale, soudaine et illégale,
généralement perpétrée par un
groupe restreint (militaires,
faction politique, entourage du
pouvoir) contre le
gouvernement légalement établi,
en dehors de tout processus
démocratique ou constitutionnel.
Caractéristiques essentielles:
Action soudaine et rapide
(souvent en quelques heures)
Recours à la force ou à la
menace de la force
Illégalité totale au regard de la
Constitution en vigueur
Perpétré de l'intérieur du
système (militaires, proches du
pouvoir)
Objectif : s'emparer du pouvoir
et non le détruire
Vise les centres névralgiques de
l'État (palais présidentiel,
médias, armée)
VIII_La Démocratie :
Étymologie : Du grec demos
(peuple) et kratos (pouvoir,
gouvernement) → littéralement
"le gouvernement du peuple".
Définition
La démocratie est un système
politique dans lequel le pouvoir
appartient au peuple, qui l'exerce
soit directement, soit par
l'intermédiaire de représentants
élus. Elle repose sur le principe
fondamental que la légitimité du
pouvoir vient du peuple et non
d'une autorité divine, héréditaire
ou militaire.
La célèbre formule d'Abraham
Lincoln résume parfaitement ce
principe :
"Le gouvernement du peuple,
par le peuple, pour le peuple."
Origines historiques
Athènes antique (Ve siècle av. J.-
C.) : Berceau de la démocratie
avec Clisthène et Périclès. Les
citoyens (hommes libres,
excluant femmes, esclaves et
étrangers) se réunissaient en
assemblée pour décider des
affaires de la cité
Révolution américaine (1776) :
Déclaration
d'indépendance fondée sur les
droits naturels et la souveraineté
populaire
Révolution française (1789) :
Déclaration des droits de
l'homme et du citoyen,
souveraineté nationale
XIXe et XXe siècles : Extension
progressive du suffrage
universel, notamment aux
femmes
Les formes de démocratie
1. La démocratie directe:
Les citoyens exercent le pouvoir
eux-mêmes, sans intermédiaires
Exemple historique : l'Agora
athénienne
Exemples modernes : le
référendum, l'initiative populaire,
la votation suisse
2. La démocratie
représentative
Les citoyens élisent des
représentants qui gouvernent en
leur nom
Forme la plus répandue dans le
monde moderne
Exemple : les parlements, les
présidents
élus
3. La démocratie participative
Forme intermédiaire qui cherche
à impliquer davantage les
citoyens dans les décisions
Exemples : budgets participatifs,
conseils de quartier, conventions
citoyennes
4. La démocratie délibérative:
Met l'accent sur le débat public
et la délibération collective avant
toute décision
Théorisée notamment par le
philosophe Jürgen Habermas
Les piliers fondamentaux de la
démocratie
1. La souveraineté populaire
Le pouvoir appartient au peuple
Exercée par le vote et les
élections libres
2. Le suffrage universel
Tout citoyen a le droit de vote
sans discrimination
Progressivement étendu au fil de
l'histoire
3. La séparation des pouvoirs
Théorisée par Montesquieu (De
l'esprit des lois, 1748)
Distinction entre pouvoir exécutif,
législatif et judiciaire
Évite la concentration du pouvoir
et la tyrannie
4. L'État de droit
Tous les citoyens et les
gouvernants sont soumis à la loi
La Constitution s'impose à tous
Existence de recours
juridictionnels
IX_La Dictatures:
Étymologie : Du latin dictator →
dicere (dicter, ordonner) →
littéralement "celui qui dicte sa
volonté".
Définition
La dictature est un régime
politique dans lequel le pouvoir
est concentré entre les mains
d'une seule personne ou d'un
groupe restreint, qui l'exerce de
manière
absolue, arbitraire et sans
contrôle. Les libertés
fondamentales sont supprimées
ou fortement restreintes, et toute
opposition est interdite ou
réprimée.
Origines historiques du terme
Dans la Rome antique, le dictator
était un magistrat extraordinaire
nommé en période de crise pour
une durée limitée (6 mois
maximum), investi de pouvoirs
exceptionnels pour sauver la
République
Ce rôle était donc légitime et
temporaire à l'origine
C'est avec Jules César (qui se fit
nommer dictateur à vie en 44 av.
J.-C.) que le terme prit une
connotation négative et absolue
Le sens moderne désigne un
pouvoir permanent, illégitime et
tyrannique
Caractéristiques essentielles
Concentration du pouvoir entre
les mains d'un seul ou d'un
groupe
Absence de séparation des
pouvoirs :
exécutif, législatif et judiciaire
sont confondus
Suppression ou manipulation des
élections libres
Répression de l'opposition
politique, syndicale et civile
Contrôle des médias et de
l'information
Culte de la personnalité autour
du dirigeant
Recours à la terreur et aux
forces de sécurité pour maintenir
le pouvoir
Suspension ou détournement de
la Constitution
Les grandes formes de
dictature
1. La dictature militaire
Le pouvoir est exercé par
l'armée ou une junte militaire
Souvent issue d'un coup d'État
Exemples : Pinochet au Chili
(1973-1990), les juntes militaires
en Argentine, en Grèce
2. Le totalitarisme
Forme extrême de dictature qui
cherche à
contrôler tous les aspects de la
vie sociale, culturelle,
économique et privée
S'appuie sur une idéologie
officielle imposée à tous
Exemples : Stalinisme en
URSS, nazisme en Allemagne,
fascisme en Italie
3. L'autoritarisme
Régime répressif mais qui ne
cherche pas à contrôler toute la
société
Tolère une certaine liberté
économique et privée
Réprime surtout l'opposition
politique
Exemples : nombreux régimes
en Afrique, Asie, Amérique latine
4. La dictature personnelle ou
tyrannique
Pouvoir absolu d'un individu,
souvent fondé sur la terreur et le
culte de la personnalité
Exemples : Kadhafi en Libye,
Saddam Hussein en Irak, Kim
Jong-un en Corée du Nord
5. La théocratie autoritaire
Pouvoir exercé au nom de Dieu
ou d'une religion officielle
Les lois religieuses s'imposent à
tous
Exemple : Iran depuis la
Révolution islamique de 1979
Les instruments de la dictature
La propagande :
Contrôle et manipulation de
l'information
Culte de la personnalité du
dirigeant
Endoctrinement par l'école, les
médias, l'art
La répression :
Police secrète et services de
renseignement (ex. : Gestapo,
KGB, Stasi)
Emprisonnement arbitraire et
camps de concentration
Torture, exécutions sommaires,
disparitions forcées
Exil forcé des opposants
Le contrôle économique :
Mainmise sur les ressources
nationales
Corruption et enrichissement de
la classe dirigeante
Élimination des contre-pouvoirs
économiques
X_La Désobéissance civile:
Désobéissance civile
Étymologie : Du latin
desobedire → dis (contraire) et
obedire (obéir) → littéralement
"refus d'obéir".
Définition
La désobéissance civile est un
acte de résistance non violent et
délibéré par lequel des individus
ou des groupes refusent de se
soumettre à une loi, une règle ou
une décision jugée injuste,
illégitime ou immorale, dans le
but de provoquer un changement
politique ou social. Elle est
publique, assumée et accepte
généralement les conséquences
légales qui en découlent.
Origines et théoriciens
fondateurs
1. Henry David Thoreau (1817-
1862)
Philosophe américain, considéré
comme le père de la
désobéissance civile
Son essai "La Désobéissance
civile" (1849) pose les bases
théoriques du concept
Il refusa de payer ses impôts en
protestation contre l'esclavage et
la guerre contre le Mexique
Affirme que l'individu a le devoir
moral de désobéir aux lois
injustes
2. Mahatma Gandhi (1869-
1948)
Développe le concept de
Satyagraha (force de la vérité)
Mène la résistance non violente
contre la colonisation britannique
en Inde
La célèbre Marche du Sel
(1930) : défi pacifique au
monopole britannique sur le sel
Fait de la désobéissance civile
un outil
politique de masse
3. Martin Luther King (1929-
1968)
Leader du mouvement des droits
civiques aux États-Unis
S'inspire directement de Gandhi
et Thoreau
Organise boycotts, marches et
sit-in contre la ségrégation
raciale
Sa lettre "Lettre de la prison de
Birmingham" (1963) est un texte
fondateur
Caractéristiques essentielles
Caractère public : L'acte est
assumé ouvertement, pas
clandestin
Non-violence : Refus de recourir
à la force physique
Caractère délibéré : Acte
conscient et réfléchi, pas
accidentel
Motivation morale ou politique :
Fondée sur des principes
éthiques supérieurs
Acceptation des sanctions : Les
désobéissants acceptent d'être
jugés et punis
Objectif de changement : Vise
à modifier une loi ou une
politique injuste
Formes de désobéissance civile
1. Le refus direct
Ne pas appliquer une loi jugée
injuste
Exemple : Rosa Parks refusant
de céder sa place dans le bus
(1955)
2. Le boycott
Refus collectif de consommer un
produit ou service
Exemple : Boycott des bus de
Montgomery (1955-1956)
3. Le sit-in
Occupation pacifique d'un lieu
pour perturber son
fonctionnement normal
Exemple : Sit-in des comptoirs
de restaurants ségrégués aux
États-Unis
4. La grève
Arrêt collectif du travail pour
exercer une pression
Forme syndicale classique de
désobéissance
5. La marche de protestation
Défilé pacifique pour manifester
son opposition
Exemple : Marche sur
Washington (1963)
6. L'objection de conscience
Refus individuel de servir dans
l'armée pour des raisons morales
ou religieuses
Désobéissance civile vs notions
voisines
Conditions de légitimité selon les
théoriciens
Pour être considérée comme
légitime, la désobéissance civile
doit répondre à plusieurs critères
:
L'injustice doit être grave et
clairement établie
Les voies légales doivent avoir
été épuisées ou être
inaccessibles
L'acte doit être non violent et
proportionné
Les auteurs doivent accepter les
conséquences juridiques
L'objectif doit être juste et viser le
bien commun
Enjeux et débats
contemporains
La désobéissance civile est-elle
toujours légitime ?
Pour : Elle est parfois le seul
recours face à des injustices que
le système légal ne corrige pas
Contre : Elle remet en cause le
principe de l'État de droit et crée
un précédent dangereux
Nouveaux terrains de
désobéissance :
Désobéissance numérique :
hacktivisme, lanceurs d'alerte
(Edward
XI_Le Despotisme :
Despotisme
Étymologie : Du grec despotês
(maître absolu, maître de
maison) → puis latin despota →
littéralement "celui qui exerce un
pouvoir absolu et arbitraire".
Définition
Le despotisme est un système
de gouvernement dans lequel un
seul individu détient un pouvoir
absolu, arbitraire et sans limites,
exercé sans contrôle, sans lois
contraignantes et sans égard
pour les droits des gouvernés. Le
despote gouverne selon son seul
bon vouloir, en dehors de toute
règle juridique ou morale.
Origines historiques
Le terme est utilisé dès
l'Antiquité grecque pour désigner
les souverains orientaux (perses,
égyptiens) dont le pouvoir n'était
limité par aucune loi
Aristote l'utilise pour désigner la
forme corrompue de la
monarchie, où le roi gouverne
dans son propre intérêt et non
pour le bien commun
Montesquieu (De l'esprit des lois,
1748) en fait une catégorie
politique à part entière, distincte
de la monarchie et de la
république, fondée sur la crainte
comme principe de
gouvernement
Caractéristiques essentielles
Pouvoir absolu : Aucune limite
juridique, constitutionnelle ou
morale
Arbitraire : Les décisions sont
prises selon le caprice du
dirigeant
Absence de lois protectrices pour
les citoyens
Crainte comme principal
instrument de gouvernement
Mépris des droits individuels et
collectifs
Absence de séparation des
pouvoirs
Impunité totale du dirigeant
Les grandes formes de
despotisme
1. Le despotisme oriental:
Concept forgé par les
philosophes grecs puis repris par
Montesquieu
Désigne les régimes des grands
empires d'Orient (Perse, Chine,
Empire ottoman)
Fondé sur la soumission totale
des sujets
au souverain
Critiqué aujourd'hui comme une
vision ethnocentrique et
caricaturale de l'Orient
2. Le despotisme éclairé
Forme particulière apparue au
XVIIIe siècle en Europe
Des monarques absolus
s'inspirent des idées des
Lumières pour réformer leur État
Ils conservent le pouvoir absolu
mais l'exercent dans l'intérêt du
peuple
Devise implicite : "Tout pour le
peuple, rien par le peuple"
3. Le despotisme tyrannique
Exercice brutal et cruel du
pouvoir absolu
Fondé sur la terreur et la
répression systématique
Exemples : Caligula, Néron
dans la Rome antique
4. Le néodespotisme
Forme contemporaine de
despotisme
Régimes autoritaires modernes
qui
maintiennent une façade
démocratique
Élections truquées, opposition
simulée, liberté de façade
Exemples : certains régimes en
Russie, Biélorussie, Corée du
Nord
Penseurs critiques du
despotisme
Montesquieu (1689-1755)
Théorise la séparation des
pouvoirs comme remède au
despotisme
"Pour qu'on ne puisse abuser du
pouvoir, il faut que par la
disposition des choses, le
pouvoir arrête le pouvoir"
Jean-Jacques Rousseau (1712-
1778)
Dénonce le despotisme comme
négation du contrat social
Le souverain légitime ne peut
gouverner que dans l'intérêt
général
Alexis de Tocqueville (1805-
1859)
Théorise le concept de
despotisme doux ou despotisme
démocratique
Dans De la démocratie en
Amérique
(1835), il avertit qu'une
démocratie peut dériver vers un
despotisme doux où l'État
envahit progressivement toutes
les sphères de la vie
Le despotisme doux de
Tocqueville
Tocqueville décrit un despotisme
nouveau, propre aux sociétés
démocratiques modernes :
L'État devient un tuteur
omnipotent qui prend en charge
tous les besoins des citoyens
Les citoyens, en échange de leur
bien-être matériel, abdiquent leur
liberté politique
Ce despotisme ne tyrannise pas
mais il comprime, éteint et
hébète
Il réduit les hommes à un
troupeau d'animaux timides dont
le gouvernement est le berger
Cette vision préfigure les débats
contemporains sur le
paternalisme d'État et la
surveillance de masse.
Enjeux contemporains
Le despotisme numérique :
Utilisation des technologies de
surveillance pour contrôler les
populations
Systèmes de notation sociale
(exemple : Chine)
Collecte massive de données
personnelles par les États
Le despotisme populiste :
Des dirigeants élus
démocratiquement dérivent vers
le despotisme
Concentration progressive des
pouvoirs
Affaiblissement des contre-
pouvoirs institutionnels
Exemples de dérives : Hongrie,
Turquie, Venezuela
Le despotisme corporatif :
Certains parlent de despotisme
des grandes entreprises
techniques
XII_Élections présidentielles :
Étymologie : Du latin electio
(choix, sélection) et praesidere
(présider, être à la tête) →
littéralement "le choix du chef de
l'État".
Définition
L'élection présidentielle est le
scrutin par lequel les citoyens
d'un État choisissent leur chef de
l'État, appelé Président de la
République. C'est généralement
l'élection la plus importante d'un
pays, car elle désigne la
personnalité qui incarnera le
pouvoir exécutif suprême pour
une durée déterminée.
Origines historiques
Les États-Unis organisent la
première élection présidentielle
moderne en 1788, portant
George Washington au pouvoir
En France, la première élection
présidentielle au suffrage
universel direct a lieu en 1848,
remportée par Louis-Napoléon
Bonaparte
Progressivement, le modèle
présidentiel se répand dans le
monde entier, notamment en
Amérique latine, en Afrique et en
Europe de l'Est
Les systèmes électoraux
présidentiels
1. Le scrutin uninominal
majoritaire à deux tours
Système utilisé en France
Si aucun candidat n'obtient la
majorité absolue au premier tour,
les deux candidats arrivés en
tête s'affrontent au second tour
Favorise le rassemblement et la
légitimité du président élu
2. Le scrutin uninominal
majoritaire à un tour
Système utilisé aux États-Unis
(via le collège électoral)
Le candidat ayant obtenu le plus
de voix l'emporte
Tend à favoriser le bipartisme
3. Le collège électoral
Système spécifique aux États-
Unis
Les citoyens élisent des grands
électeurs qui élisent ensuite le
président
Chaque État dispose d'un
nombre de grands électeurs
proportionnel à sa population
Un candidat peut remporter
l'élection sans avoir la majorité
du vote populaire
4. Le scrutin proportionnel
Rare pour les élections
présidentielles
Utilisé dans certains pays où le
président est élu par le
Parlement
Le cas français : L'élection
présidentielle sous la Ve
République
Organisation :
Tous les 5 ans depuis 2002
(auparavant 7 ans)
Suffrage universel direct depuis
1962 (réforme de De Gaulle)
Scrutin majoritaire à deux tours
Le président doit obtenir la
majorité absolue des suffrages
exprimés
Conditions de candidature :
Être de nationalité française
Avoir au moins 18 ans
Jouir de ses droits civiques
Obtenir 500 parrainages d'élus
(maires, parlementaires,
conseillers)
Déposer une déclaration de
patrimoine et une déclaration
d'intérêts
XIII_Élections législatives :
Étymologie : Du latin electio
(choix) et legislator (celui qui fait
la loi, de lex/legis = loi et lator =
porteur) → littéralement "le choix
de ceux qui font la loi".
Définition
Les élections législatives sont le
scrutin par lequel les citoyens
élisent leurs représentants au
Parlement, chargés de voter les
lois et de contrôler l'action du
gouvernement. Elles désignent
les députés (ou parlementaires
selon les pays) qui siégeront à
l'Assemblée nationale ou dans la
chambre législative compétente.
Origines historiques
Les premières assemblées élues
remontent aux parlements
médiévaux européens
(Parlement anglais, États
généraux français)
La Révolution française (1789)
consacre le principe de la
représentation nationale élue
Le suffrage universel masculin
est établi en France en 1848
Le suffrage universel incluant les
femmes est acquis en France en
1944
Progressivement, les élections
législatives deviennent le
fondement de toute démocratie
représentative
Rôle et fonctions des députés
élus
1. La fonction législative
Proposer des lois (propositions
de loi)
Examiner les projets de loi du
gouvernement
Amender les textes législatifs
Voter les lois définitivement
2. La fonction budgétaire
Voter le budget de l'État
Contrôler les dépenses
publiques
Examiner les lois de finances et
de financement de la sécurité
sociale
3. La fonction de contrôle
Questions au gouvernement
(orales et écrites)
Commissions d'enquête
parlementaires
Motions de censure contre le
gouvernement
Auditions des ministres et hauts
fonctionnaires
4. La fonction de représentation
Représenter les intérêts de leur
circonscription
Être l'intermédiaire entre les
citoyens et
l'État
Participer aux débats nationaux
Le cas français : Les élections
législatives sous la Ve
République
Organisation générale :
Élection des 577 députés à
l'Assemblée nationale
Scrutin uninominal majoritaire à
deux tours
Durée du mandat : 5 ans
Organisées en juin, quelques
semaines après la présidentielle
La France est divisée en 577
circonscriptions électorales
Conditions pour être candidat :
Être de nationalité française
Avoir au moins 18 ans
Jouir de ses droits civiques
Ne pas être dans une situation
d'inéligibilité
Verser une caution remboursable
sous conditions
Déroulement du scrutin :
Le découpage électoral :
La France est divisée en 577
circonscriptions
Chaque circonscription élit un
seul député
Le découpage peut être source
de controverses
(gerrymandering)
Dernière révision maj
XIV_L'État :
État
Étymologie : Du latin status
(situation, manière d'être,
position) → littéralement "la
manière d'être organisée d'une
communauté politique".
Définition
L'État est une personne morale
de droit public qui exerce un
pouvoir souverain sur une
population donnée, dans les
limites d'un territoire délimité.
C'est la forme d'organisation
politique la plus aboutie des
sociétés humaines modernes. Il
est à la fois une institution, un
appareil de gouvernement et une
entité juridique.
Les trois éléments constitutifs de
l'État
Selon le juriste allemand Georg
Jellinek, tout État repose sur trois
éléments indissociables :
1. Le territoire
Espace géographique délimité
par des frontières reconnues
Comprend le territoire terrestre,
maritime (eaux territoriales) et
aérien
L'État exerce sa souveraineté
sur l'ensemble de cet espace
Sans territoire, pas d'État
(exemple : le peuple palestinien
longtemps sans État)
2. La population
Ensemble des individus soumis à
l'autorité de l'État
Comprend les nationaux
(citoyens) et les résidents
étrangers
Liée à l'État par le lien de
nationalité
La population est à la fois objet
et sujet du pouvoir étatique
3. La souveraineté (ou
gouvernement)
Pouvoir suprême et indépendant
exercé sur le territoire et la
population
Souveraineté interne : l'État est
l'autorité suprême sur son
territoire
Souveraineté externe : l'État
est indépendant vis-à-vis des
autres États
S'exprime à travers le monopole
de la contrainte légitime (Max
Weber)
La théorie de Max Weber
Le sociologue allemand Max
Weber définit l'État comme :
"Une communauté humaine qui
revendique le monopole de
l'usage légitime de la force
physique sur un territoire donné."
Cette définition met en avant
deux éléments essentiels :
Le monopole de la violence :
seul l'État
peut légitimement recourir à la
force
La légitimité : cet usage de la
force doit être reconnu comme
légitime par la population
Les fonctions essentielles de
l'État
1. La fonction régalienne
Ce sont les fonctions
traditionnelles et irréductibles de
l'État :
Défense nationale : protection
du territoire contre les menaces
extérieures
Sécurité intérieure : maintien
de l'ordre public (police, justice)
Justice : application des lois et
règlement des conflits
Diplomatie : relations avec les
autres États
Monnaie : émission et gestion
de la monnaie (ou délégation à
une banque centrale)
2. La fonction économique
Régulation de l'économie
nationale
Politique fiscale et budgétaire
Protection de la concurrence
Gestion des infrastructures
3. La fonction sociale
Organisation de la protection
sociale (santé, retraite,
chômage)
Éducation nationale
Lutte contre les inégalités
Services publics
4. La fonction normative
Production des lois et règlements
Garantie de l'État de droit
Protection des droits
fondamentaux
XV_L'État de droit :
Étymologie : Traduction de
l'allemand Rechtsstaat (de Recht
= droit et Staat = État) →
littéralement "l'État soumis au
droit".
Définition
L'État de droit est un principe
fondamental d'organisation
politique selon lequel l'État
lui-même, ses gouvernants et
ses institutions sont soumis au
respect du droit. Personne n'est
au-dessus de la loi, pas même le
pouvoir politique. C'est l'opposé
de l'arbitraire et de la tyrannie.
La formule clé est :
"Le gouvernement des lois, non
des hommes."
Origines historiques
Antiquité grecque : Aristote
affirme que "la loi doit gouverner"
plutôt que les hommes
Magna Carta (1215) : Premier
texte limitant le pouvoir royal en
Angleterre
John Locke (1689) : Théorise la
limitation du pouvoir par le droit
naturel
Montesquieu (1748) :
Séparation des pouvoirs comme
garantie contre l'arbitraire
Révolution française (1789) :
Déclaration des droits de
l'homme et du citoyen
Hans Kelsen (XXe siècle) :
Théorie de la hiérarchie des
normes et de la primauté de
la Constitution
Les piliers fondamentaux de
l'État de droit
1. La hiérarchie des normes
Toutes les règles juridiques sont
organisées en pyramide
Chaque norme doit être
conforme à la norme supérieure
La Constitution est au sommet
de cette hiérarchie
La séparation des pouvoirs
Le pouvoir exécutif ne peut pas
faire la loi
Le pouvoir législatif ne peut pas
rendre la justice
Le pouvoir judiciaire est
indépendant des deux autres
Évite la concentration du pouvoir
et l'arbitraire
3. L'indépendance de la justice
Les juges sont inamovibles et
indépendants du pouvoir
politique
Toute personne a droit à un
procès
équitable
Nul ne peut être condamné sans
jugement régulier
Le principe de présomption
d'innocence est garanti
4. La légalité de l'action
administrative
L'État et ses agents ne peuvent
agir que dans le cadre de la loi
Tout acte administratif peut être
contesté devant un juge
L'administration doit motiver ses
décisions
Le principe de responsabilité de
l'État est reconnu
5. La garantie des droits
fondamentaux
Les droits et libertés des citoyens
sont protégés
Ils ne peuvent être limités que
par la loi et de manière
proportionnée
Des juridictions spécialisées
veillent à leur respect
Exemple : le Conseil
constitutionnel en
France
6. La sécurité juridique
Les lois sont claires, accessibles
et prévisibles
Principe de non-rétroactivité des
lois pénales
Les citoyens peuvent anticiper
les conséquences juridiques de
leurs actes
Stabilité et cohérence du
système juridique