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Dans le chapitre 4, Hélène et Julien fuient des créatures appelées Nettoyeurs, qui traquent les mémoires étrangères. Ils se réfugient dans une rotonde où se trouve une sphère de verre contenant la carcasse d'un véhicule de patrouille, symbole du passé tragique de Julien lié à son père. Hélène révèle que cet endroit conserve la preuve matérielle du crime du Directoire, effaçant les souvenirs de Julien.

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Dans le chapitre 4, Hélène et Julien fuient des créatures appelées Nettoyeurs, qui traquent les mémoires étrangères. Ils se réfugient dans une rotonde où se trouve une sphère de verre contenant la carcasse d'un véhicule de patrouille, symbole du passé tragique de Julien lié à son père. Hélène révèle que cet endroit conserve la preuve matérielle du crime du Directoire, effaçant les souvenirs de Julien.

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Chapitre 4 : Les Traqueurs de l'Ombre

Le cliquetis métallique s'intensifiait à une vitesse vertigineuse, résonnant le long des arches en
fer forgé comme la rumeur d'une armée d'acier en marche. Ce n'était pas le bruit d'engins
industriels ordinaires : chaque impact contre le parquet en chêne avait la précision incisive
d'une lame s'enfonçant dans le bois.

Hélène entraîna Julien dans un couloir latéral beaucoup plus étroit, bordé non plus par des
portes en bois précieux, mais par de lourdes grilles en fer forgé scellées par des serrures
complexes. Derrière ces barreaux, l'obscurité laissait deviner des pièces saturées d'objets
disparates : des landaus en osier effilochés, des brassards d'uniformes oubliés, des piles de
lettres jaunies nouées d'un ruban décoloré.

— « Ne traîne pas ! » souffla Hélène en pressant le pas. Ses bottines ne faisaient presque
aucun bruit sur le sol, contrairement aux lourdes chaussures de chantier de Julien dont les
crampons marquaient le bois ciré. « Les Nettoyeurs ne cherchent pas à comprendre. Ils
repèrent les signatures mnémotiques étrangères. Pour eux, tu es une infection dans le
système. »

— « Mais comment ils se déplacent si vite ? » haleta Julien, sentant le poids de sa ceinture
d'outils lui scier les hanches.

— « Ils utilisent les conduits d'éther qui serpentent sous les lames du parquet, » répondit-elle
sans se retourner, bifurquant brusquement sur la gauche pour s'enfoncer dans une allée encore
plus sombre, où l'odeur de lavande laissait place à des effluves de métal chaud et d'éther
synthétique. « Ils sont rapides, ils n'ont pas de fatigue, et surtout, ils sont aveugles aux
formes... Ils ne voient que la mémoire. »

Au moment où elle achevait sa phrase, le mur au bout de l'allée vola en d'immenses éclats de
plâtre et de boiserie.

Dans une gerbe d'étincelles et de poussière grise, la créature émergea.

C'était une abomination d'ingénierie fine et d'horlogerie cruelle. Son corps articulé, long de
près de trois mètres, rappelait la carapace segmentée d'un scorpion géant, façonnée dans un
acier noir mat. À la place des pattes, des tiges de cuivre terminées par des piques acérées
martelaient le sol avec un rythme effréné. Mais le plus effrayant résidait au niveau de son
buste : à la place de la tête se dresse un objectif photographique monstrueux, cerclé de bagues
de mise au point en laiton qui tournaient sur elles-mêmes dans un grincement d'engrenages.

Un faisceau de lumière rouge sang jaillit du centre de l'objectif, balayant le couloir avec une
précision chirurgicale.

— « Au sol ! » hurla Hélène en se jetant contre la paroi.

Julien se laissa tomber de tout son long sur le parquet. Le faisceau rouge passa à quelques
centimètres seulement au-dessus de son dos. À l'endroit où la lumière effleura le mur, la
peinture et les dorures de la boiserie s'évaporèrent instantanément, laissant une traînée grise et
dénuée de tout relief, comme si la matière elle-même avait perdu son histoire.

Julien sentit une onde de froid polaire lui traverser l'échine.


« Si ce truc me touche... » pensa-t-il, la gorge sèche, la tempe collée contre le bois.

— « Julien, la porte 402 ! » cria Hélène depuis l'ombre d'une niche. « À droite ! Utilise ton
outil sur le mécanisme du bas ! »

Julien leva les yeux. À moins de deux mètres de lui se trouvait une lourde porte blindée,
renforcée par une triple armature de bronze. Au niveau de la serrure, un boîtier d'assemblage
complexe arborait trois fentes superposées.

Le Nettoyeur pivota sur ses piques d'acier. Son objectif géant se braqua directement sur
Julien. Dans un bruit de déclencheur mécanique, les bagues de mise au point se resserrèrent,
et le faisceau rouge commença à descendre vers le jeune homme.

Faisant abstraction de la terreur qui lui paralysait les membres, Julien roula sur le côté, attrapa
son passe-partout en bronze et le déplia d'un geste sec. Il s'étala contre la porte, enfonçant les
tiges articulées de son outil dans la serrure inférieure.

Son expérience de technicien prit le dessus : il ne réfléchissait plus, il ressentait la mécanique.


Il perçut la résistance du premier goupillon, le ressort légèrement usé du deuxième, la gorge
bloquée par la suie. D'un coup de poignet ferme, il appliqua une torsion de trois millimètres
vers la gauche.

CLAC.

La serrure inférieure céda.

Au même instant, le faisceau rouge du Nettoyeur balaya la manche de sa combinaison de


travail. Pendant un dixième de seconde, une sensation d'étourdissement absolu frappa Julien :
le souvenir du prénom de sa mère vacilla dans son esprit, devenant un mot sans suite, avant
que la fermeture de la porte ne rompe le contact.

Hélène venait de le pousser brutalement à l'intérieur de la pièce et de rabattre le panneau


d'acier. Elle actionna le lourd levier en fonte de l'intérieur.

Trois verrous massifs s'engagèrent dans les gonds avec le bruit d'un coup de canon.

De l'autre côté de la porte, un choc effroyable ébranla la structure. Le métal de la porte se


gondola légèrement sous l'impact des piques de la créature, puis le silence revint, seulement
troublé par le son d'un râle étherique qui s'éloignait lentement dans les couloirs.

Julien resta assis par terre, le dos collé contre le métal froid de la porte, le souffle court, ses
mains incapables de cesser de trembler. Il porta la main à sa tête : le prénom de sa mère était
revenu, mais le vertige laissait une migraine cuisante derrière lui.

— « Tu as été rapide, » dit Hélène, s'appuyant contre le mur pour reprendre son souffle,
réajustant son grand registre qui n'avait pas quitté son bras. « Peu de gens auraient gardé leur
sang-froid avec un scanner de réinitialisation braqué sur la tempe. »
Julien ne répondit pas tout de suite. Il essuya la suie qui lui barrait le front et leva les yeux
pour observer la pièce dans laquelle ils venaient de se réfugier.

Ce n'était ni une galerie, ni une archive classique.

La pièce était une haute rotonde de pierre sombre, baignée dans une lueur bleutée et pulsante.
Au centre de la rotonde, suspendue à une dizaine de mètres du sol par un réseau de câbles de
cuivre tressé, se tenait une sphère de verre de la taille d'une maison. La sphère était remplie
d'un liquide dense, translucide, au sein duquel flottait un objet unique.

Julien se releva lentement, captivé par la vision. Il s'avança jusqu'au reboire en pierre qui
entourait le bassin inférieur.

À l'intérieur de la sphère de verre, conservée dans le fluide d'éther, flottait la carcasse calcinée
d'un véhicule de patrouille du Directoire. L'avant était enfoncé, les portières arrachées, et sur
la boîte à gants suspendue dans le liquide, une petite boussole en laiton brillait sous les reflets
bleutés.

— « C'est... » la voix de Julien s'éteignit dans sa gorge.

— « Le secteur des Souvenirs de Crise, » déclara doucement Hélène en le rejoignant. « Et ce


que tu regardes là, Julien... c'est la scène exacte où la vie de ton père s'est arrêtée. Le
Directoire n'a pas seulement effacé ton souvenir. Ils ont conservé la preuve matérielle de leur
crime ici, au Cœur du 74ᵉ étage. »

On enchaîne avec le Chapitre 5 pour découvrir ce que renferme cette preuve ?

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