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Dans la tour Aetheris, Julien découvre que cet endroit est un filtre qui aspire les souvenirs douloureux des citoyens pour maintenir l'ordre. Hélène révèle que son père, concepteur du système, a été neutralisé par le Directoire pour avoir voulu détruire le Noyau. Alors qu'ils sont confrontés à un danger imminent, des machines appelées 'gardiens' menacent de vider l'esprit de Julien.

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Dans la tour Aetheris, Julien découvre que cet endroit est un filtre qui aspire les souvenirs douloureux des citoyens pour maintenir l'ordre. Hélène révèle que son père, concepteur du système, a été neutralisé par le Directoire pour avoir voulu détruire le Noyau. Alors qu'ils sont confrontés à un danger imminent, des machines appelées 'gardiens' menacent de vider l'esprit de Julien.

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Chapitre 3 : La Dette et le Vide

L’air de la galerie sembla se rafraîchir d'un coup. Une brise imperceptible, chargée de cette
même odeur de poussière antique et de lavande, fit vaciller les flammes des lanternes murales.
Les ombres des arches en fer forgé s'étirèrent le long du parquet, dessinant des griffes
sombres sur le bois ciré.

Julien fixa Hélène. Le choc d'entendre son nom complet prononcé avec tant de certitude par
une inconnue lui donnait la désagréable impression d'être à nu, dépouillé de son anonymat de
technicien.

— « Depuis sept ans... » répéta-t-il, la voix enrouée. « Sept ans, c'est l'année où mon père est
mort. »

— « Je sais, » répondit Hélène en s'avançant de deux pas. Le bruit de ses bottines en cuir sur
le chêne était sec, mesuré, presque rythmique. « Rien n'arrive par hasard dans la tour
Aetheris. Tu penses être venu ici parce qu'un câble a grillé dans la cage B3 et que tu as suivi
un fil de soie noire ? Tu n'as fait que répondre à l'appel de ton propre vide. »

elle posa délicatement son lourd registre sur une console en fer forgé scellée dans le mur. Elle
l'ouvrit d'une main experte. Les pages jaunies, bordées d'encre de Chine et d'annotations tirées
à la règle, défilèrent dans un froissement de soie.

— « Qu'est-ce que c'est que cet endroit ? » insista Julien, faisant un pas vers elle, la défensive
cédant le pas à un besoin viscéral de comprendre. « Si ce n'est pas un étage technique, si ce
n'est pas sur les plans... qu'est-ce que fait la tour avec toutes ces portes ? »

Hélène s'arrêta sur une page bien précise. Ses doigts fins suivirent une ligne d'écriture cursive.

— « La tour Aetheris est un filtre, Julien. Un gigantesque poumon mnémonique. En bas, dans
la métropole, la vie est devenue trop dure, trop violente, trop chargée de deuils et de
traumatismes. Le Directoire a compris il y a très longtemps que pour maintenir l'ordre et la
productivité, il fallait alléger l'esprit des citoyens. Alors, ils ont conçu ce bâtiment. »

Elle leva les yeux vers lui, son regard gris traversé par une nuance de profonde mélancolie.

— « Chaque nuit, à travers les conduits d'aération, les récepteurs de fréquence et les vagues
d'ondes basse intensité qui traversent les appartements, la tour aspire les fragments de
douleur dont les gens ne veulent plus. Les chagrins d'amour, les hontes cuisantes, les remords
d'une faute irréparable, la douleur d'un deuil insurmontable... Tout est drainé vers le haut,
extrait du cerveau des dormeurs, puis matérialisé et scellé derrière ces portes. »

Julien secoua la tête, refusant d'admettre une horreur aussi méthodique.

« C'est absurde. On ne peut pas enlever des souvenirs à quelqu'un comme on retire une pièce
défectueuse d'un moteur ! »

— « Et pourtant, tu en es la preuve vivante, » répliqua Hélène d'un ton cinglant mais sans
méchanceté. « Pourquoi ne te rappelles-tu pas du visage de ton père le soir de sa mort ?
Pourquoi n'as-tu aucun souvenir des trois mois qui ont suivi l'accident ? Pourquoi ressens-tu
ce trou noir dans ta poitrine chaque fois que tu essaies de te rappeler la raison pour laquelle
il a pris son véhicule cette nuit-là ? »

Les mots d'Hélène frappèrent Julien en pleine poitrine. Un vertige soudain le fit chanceler.
Les images d'enfance se bousculèrent dans sa tête : son père lui apprenant à régler une clé
dynamométrique, son père lui souriant sous la pluie... puis plus rien. Le vide absolu. Une nuit
noire coupée au rasoir.

— « Mon père a eu une sortie de route... » balbutia-t-il, s'accrochant à la version officielle


comme un noyé à une planche. « Il pleuvait. Il a glissé. »

— « Ton père était l'un des concepteurs du système de captation du 74ᵉ étage, » lâcha Hélène.

Le silence qui suivit cette révélation fut assourdissant.

— « Il a aidé à bâtir cet endroit, » continua-t-elle en se rapprochant encore, sa voix tombant


d'un ton pour devenir un chuchotement confidentiel. « Mais quand il a compris que le
Directoire ne s'arrêtait pas aux traumatismes et qu'il commençait à voler les idées politiques,
les souvenirs de révolte et la conscience morale des gens pour en faire des citoyens dociles, il
a voulu détruire le Noyau. Il a voulu tout rendre à la ville. »

Julien sentit la sueur froide couler le long de ses tempes. Ses mains, crispées sur ses outils,
tremblaient de façon incontrôlable.

— « Et l'accident ? » demanda-t-il, la gorge nouée.

— « Il n'y a jamais eu d'accident, Julien. Ton père a été neutralisé par les agents du
Directoire. Et toi, parce que tu étais trop jeune et qu'ils ne voulaient pas s'embarrasser d'un
orphelin plein de vengeance, ils t'ont emmené au secteur d'extraction. Ils ont arraché de ta
mémoire le souvenir de ce qu'il t'avait confié avant de mourir. »

Un grondement lourd, venant des profondeurs de la structure, interrompit Hélène.

Le parquet en chêne vibrât sous leurs pieds. Les lanternes suspendues se mirent à balancer
frénétiquement, projetant des ombres désordonnées sur les murs. Au loin, au fond du couloir,
un cliquetis métallique, rapide et strident, commença à résonner.

CLAC-CLAC-CLAC-CLAC.

Hélène referma brusquement son grand registre dans un claquement sec et le serra contre elle.
Son visage, jusqu'alors serein, devint blanc comme de la craie.

— « Le protocole de sécurité de la cage B3 a détecté l'anomalie, » dit-elle en attrapant Julien


par le bras. « L'intrusion d'un corps non répertorié dans les Archives a déclenché l'éveil des
gardiens. »

— « Les gardiens ? » répéta Julien, tiré de sa stupeur par le danger immédiat.

— « Les Nettoyeurs du Directoire, » répondit-elle en le tirant vers une allée secondaire


sombre. « Des machines conçues pour effacer tout ce qui n'a rien à faire ici. Et si l'une d'elles
te touche, Julien, elle ne se contentera pas de te reconduire à l'ascenseur... Elle videra ton
esprit jusqu'à la dernière goutte. »

On enchaîne avec le Chapitre 4 pour suivre leur fuite dans les méandres du 74ᵉ étage ?

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