C'est noté !
On passe à la vitesse supérieure avec des chapitres beaucoup plus développés,
riches en détails, en dialogues et en atmosphère pour faire avancer notre grand récit.
Chapitre 3 : La Gardienne des Heures Perdues
L’air dans le couloir semblait s’être épaissi d’un coup, chargé d’une électricité statique qui
faisait se dresser les petits cheveux sur les bras de Julien. La femme — Hélène — ne bougeait
pas d'un millimètre. Son regard, d'une neutralité désarmante, pesait sur le jeune technicien
comme la pression d'une fosse océanique.
Julien recula d’un pas, talonnant la rainure métallique de la porte de l'ascenseur. Il la gardait
fermement en visuel, comme s'il s'agissait de sa seule bouée de sauvetage dans cet océan
d'étrangeté.
— Une effraction temporelle ? répéta-t-il, la voix légèrement éraillée par la nervosité.
Écoutez, madame, je suis juste le technicien de maintenance. J'ai trouvé un faux contact dans
le panneau du B3, j'ai tourné une clé, et... je suis là. Je ne cherche aucun ennuis. Je peux juste
reprendre ma cabine et vous me reverrez plus jamais.
Hélène esquissa un demi-sourire amer. Elle posa son lourd registre sur une petite console en
fer forgé qui dépassait du mur, puis croisa ses bras sur sa poitrine.
— Personne n'arrive ici par hasard, Julien, dit-elle doucement en prononçant son prénom
avec une précision troublante. Le mécanisme de l'ascenseur ne réagit pas à une simple
pression de tournevis. La clé ne fonctionne que si la personne qui la tient porte en elle une
dette ou un vide. Et au vu de la couleur de ton aura ce matin, tu as les deux.
Julien resta muet. Comment connaissait-elle son nom ? Il jeta un œil rapide à sa combinaison
de travail : son badge était retourné contre sa poitrine, le texte invisible. Une sueur froide
commença à lui couler le long de la nuque.
— Qu'est-ce que c'est que cet endroit ? demanda-t-il, renonçant à jouer les intraitables. Et
pourquoi les portes portent des dates ?
Hélène s'avança lentement. Le bruit de ses talons sur le parquet en chêne résonnait avec une
régularité presque hypnotique. Elle s'arrêta à deux mètres de lui, laissa ses yeux parcourir la
longueur infinie de la galerie.
— La tour Aetheris n'a pas été construite pour abriter des bureaux de finance ou des cabinets
d'avocats, expliqua-t-elle en balayant l'espace du bras. Ce bâtiment est un siphon. Chaque
jour, les milliers de personnes qui traversent ses halls abandonnent ici leurs regrets, leurs
traumatismes, les souvenirs trop lourds qu'ils choisissent d'effacer de leur mémoire pour
continuer à vivre. Cet étage est le réservoir de ce que la ville refuse de porter.
Elle désigna la porte devant laquelle Julien s'était arrêté un instant plus tôt.
— Cette porte que tu voulais ouvrir... "14 Mars 2018". C'est le jour où la maire a signé le
décret de démolition du vieux quartier de la Baie. Dans la réalité d'en bas, elle est
convaincue d'avoir pris la meilleure décision pour la modernisation de la ville. Mais la
culpabilité d'avoir déraciné dix mille familles était trop lourde. Alors, elle l'a laissée ici,
derrière cette poignée en cuivre.
Julien fixa le bois sombre de la porte. L'idée que des fragments de conscience humaine
puissent être stockés dans des pièces fermées à clé dépassait tout ce qu'il avait pu imaginer.
Cela ressemblait à de la folie pure, et pourtant, l'odeur de papier vieilli, la tiédeur de l'air et la
présence indéniable d'Hélène lui criaient que tout ceci était réel.
« Si vous gardez les souvenirs des autres... » hésita Julien, les yeux grands ouverts, « ...alors
il y a aussi les miens ici ? »
Hélène le fixa un long moment sans répondre. Puis, elle se tourna vers l'obscurité du couloir
qui s'enfonçait au loin, là où la lumière dorée des lampes murales finissait par s'éteindre.
— Il y a une porte tout au fond qui porte ton nom depuis exactement sept ans, Julien. Mais la
vraie question n'est pas de savoir si elle est là. La vraie question est : es-tu prêt à payer le
prix pour tourner la poignée ?
Un grondement sourd retentit alors dans la structure du bâtiment. Les cloisons en bois
gémirent, et l'éclairage vacilla violemment. Hélène se retourna brusquement vers l'ascenseur,
son visage perdant toute sa sérénité.
— Ils savent que la porte du 74ᵉ s'est ouverte, chuchota-t-elle, une note de vraie panique dans
la voix. Les Nettoyeurs du Directoire arrivent. Et si tu es encore là quand ils passeront le
seuil, tu deviendras toi aussi un simple dossier classé.
Chapitre 4 : La Traque dans la Pénombre
Le son qui suivit le grondement n'avait rien d'humain. C'était un cliquètement métallique,
rapide et rythmé, comme le bruit de centaines de petites lames d'acier frappant le sol en
cadence. Le bruit venait d'en haut, glissant le long des câbles de la cage d'ascenseur.
— Vite ! ordonna Hélène en saisissant Julien par la manche de sa combinaison.
Sa prise était d'une force surprenante pour une femme de sa stature. Elle le tira hors du
périmètre de l'ascenseur au moment précis où un choc brutal ébranla la cabine. Le toit en
métal de l'ascenseur s'enfonça vers l'intérieur dans un grincement effroyable, comme si une
masse de plusieurs tonnes venait de s'y poser.
Julien ne se fit pas prier. L'instinct de survie prit immédiatement le dessus sur sa sidération. Il
emboîta le pas à Hélène, ses lourdes bottes de chantier martelant le parquet dans une fuite
éperdue à travers le couloir sans fin.
— C'est quoi ces trucs ?! cria-t-il tout en courant, manquant de trébucher sur un tapis oriental
légèrement élimé.
— L'amnésie artificielle n'est pas un processus naturel, répondit Hélène sans ralentir, le grand
registre toujours serré contre sa poitrine. Quand on arrache un souvenir à un esprit, la nature
cherche à combler le vide. Le Directoire a créé les Nettoyeurs pour chasser tout ce qui
pourrait réintroduire la mémoire dans le système. Et toi, tu es une anomalie biologique
vivante au milieu de leurs archives !
Derrière eux, la porte blindée de l'ascenseur fut arrachée de ses gonds dans un fracas
assourdissant. Julien jeta un coup d'œil par-dessus son épaule et faillit en perdre l'équilibre.
Ce qui venait de sortir de la cage n'était pas humain. C'était une silhouette arachnéenne de
plus de deux mètres de haut, faite d'un assemblage complexe d'aiguilles, de rouages
d'horlogerie et de câbles noirs d'où s'échappait une vapeur d'éther. À la place du visage, la
créature arborait un objectif d'appareil photo géant qui se focalisait et se défocalisait dans un
bruit de moteur pas-à-pas.
L'objectif se braqua directement sur Julien. Une lumière rouge pulsante balaya le couloir,
verrouillant sa cible.
— Ne regarde pas son optique ! hurla Hélène en lui attrapant violemment le col pour le faire
bifurquer dans un renfoncement latéral. Si son faisceau te scanne le visage, il effacera ta
mémoire immédiate en moins de trois secondes ! Tu oublieras qui tu es et pourquoi tu cours !
Ils s'engouffrèrent dans une allée secondaire, beaucoup plus étroite et sombre que la première.
Ici, les portes n'étaient pas en bois massif, mais en fer forgé grillage, laissant entrevoir des
pièces remplies d'objets hétéroclites : des vélos d'enfants, des lettres d'amour jaunies, des
bagues de fiançailles suspendues dans le vide par des fils invisibles.
— Où est-ce qu'on va ? haleta Julien, le cœur battant à tout rompre dans sa poitrine, l'acide
lactique commençant à lui brûler les cuisses.
— Au secteur des Souvenirs Traumatiques, répondit Hélène en s'arrêtant devant une porte
renforcée par de lourds verrous en acier. C'est le seul endroit où la densité des émotions
négatives perturbe leurs capteurs optiques. Mais il faut qu'on entre avant qu'il ne nous coupe
la route.
Le cliquètement des piques métalliques se rapprochait à une vitesse folle. La créature avait
bifurqué dans l'allée. L'ombre allongée de ses pattes mécaniques se projetait déjà sur le mur
face à eux.
Hélène sortit une clé complexe de sa poche, les mains tremblantes. Le premier verrou céda.
Clic. Le deuxième verrou bloqua.
— Maudite serrure ! jura-t-elle à voix basse.
— Laissez-moi faire ! dit Julien.
Faisant parler son expérience de technicien, il attrapa le crochet de son trousseau d'outils,
l'enfonça dans la fente au-dessus du deuxième verrou et donna un coup sec vers le haut pour
débloquer le goupillon coincé. La serrure céda dans un déclic salvateur.
Au même instant, le faisceau rouge du Nettoyeur balaya le coin du couloir. La lumière frôla
l'épaule de Julien. Pendant une demi-seconde, une sensation de vide absolu traversa son esprit
: il oublia le nom de sa mère, le visage de son enfance, la couleur de sa propre maison. Un
vertige terrifiant le fit chanceler.
Hélène le poigna par la ceinture et le tira violemment à l'intérieur de la pièce juste avant de
refermer la lourde porte en acier.
L'impact de la créature contre le métal blindé fit vibrer toute la pièce. Mais la porte tint bon.
Julien s'effondra au sol, le dos contre le métal froid, respirant à pleins poumons, les mains
encore tremblantes. La sensation d'amnésie s'estompait lentement, laissant derrière elle un mal
de crâne féroce.
— Tu as failli y passer, dit Hélène en s'appuyant contre le mur, essoufflée. Bien joué pour la
serrure.
Julien leva les yeux pour observer l'endroit où ils venaient de se réfugier. La pièce était
immense, baignée dans une pénombre bleutée. Au centre de la pièce ne se trouvait aucun
meuble, aucune archive. Seulement une gigantesque sphère de verre remplie d'un liquide
sombre dans lequel flottait une seule et unique chose.
Julien se releva lentement, approchant son visage du verre. Son cœur rata un battement.
À l'intérieur de la sphère flottait la réplique exacte du véhicule dans lequel son propre père
avait trouvé la mort sept ans plus tôt.
Veux-tu qu'on continue sur cette lancée avec le Chapitre 5 ?