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Le chapitre 20 traite des intégrales curvilignes et des intégrales multiples, introduisant les formes différentielles sur un arc paramétré et leur intégration. Il présente des théorèmes sur l'invariance des intégrales par changement de paramétrage et des propriétés linéaires des intégrales curvilignes. Des exemples et des propositions illustrent les concepts, notamment l'association d'intégrales à des fonctions et des champs de vecteurs.

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Le chapitre 20 traite des intégrales curvilignes et des intégrales multiples, introduisant les formes différentielles sur un arc paramétré et leur intégration. Il présente des théorèmes sur l'invariance des intégrales par changement de paramétrage et des propriétés linéaires des intégrales curvilignes. Des exemples et des propositions illustrent les concepts, notamment l'association d'intégrales à des fonctions et des champs de vecteurs.

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Chapitre 20

Intégrales
curvilignes,
intégrales multiples
2514 Chapitre 20. Intégrales curvilignes, intégrales
multiples

Avertissement : ce chapitre essaye de donner une idée de


la théorie des intégrales curvilignes et des intégrales multi-
ples. Il ne prétendra pas au même degré de rigueur que le
reste de l’ouvrage.
20.1. Intégrales curvilignes 2515

20.1 Intégrales curvilignes

20.1.1 Formes différentielles sur un arc


paramétré
Définition 20.1.1 Soit E un espace vectoriel normé, Γ =
(I, f ) un arc paramétré de E de classe C 1. On appelle forme
différentielle sur Γ toute forme différentielle α = a(t) dt sur
l’intervalle I.

Exemple 20.1.1 Soit Γ = (I, f ) un arc paramétré de E


– (i) soit h une fonction définie sur l’image de
Γ et à valeurs dans K ; on peut associer à
2516 Chapitre 20. Intégrales curvilignes, intégrales
multiples

h la forme différentielle h(m) ds définie par


h(m) ds = h(f (t)) kf 0 (t)k dt (obtenue en remplaçant
m par f (t) et ds par kf 0 (t)k dt, la différentielle de
l’abscisse curviligne).
– (ii) supposons que E est un espace euclidien et soit
V un champ de vecteurs défini et continu sur l’im-
age de Γ (c’est-à-dire une application de l’image de Γ
dans E) ; on peut associer à V la forme différentielle
³
(V (m) | dm) définie par (V (m) | dm) = V (f (t)) |
´
f 0 (t) dt (obtenue en remplaçant m par f (t) et donc
dm par f 0 (t) dt).
– (iii) supposons que E = Rn , que U est un
20.1. Intégrales curvilignes 2517

ouvert de E contenant l’image de Γ et ω =


a1 (x) dx1 + . . . + an (x) dxn une forme différentielle
de degré 1 continue sur U ; posons f(t) =
(f1 (t), . . . , fn (t)) ; on peut considérer la forme
différentielle
³ restriction de ω à Γ définie´ par
ω|Γ = a1 (f (t))f10 (t) + . . . + an (f (t))fn0 (t) dt
(obtenue en remplaçant dans ω, x par f (t), xi par
fi (t) et donc dxi par fi0 (t) dt).

Remarque 20.1.1 En fait les cas (ii) et (iii) sont


étroitement liés. En effet, munissons Rn de sa structure
euclidienne canonique et soit U un ouvert contenant
l’image de Γ. A tout champ de vecteurs V défini sur U
2518 Chapitre 20. Intégrales curvilignes, intégrales
multiples

défini par V (x) = (V1(x), . . . , Vn (x)), on peut associer la


forme différentielle ω = V1 (x) dx1 + . . . + Vn (x) dxn . Cette
application V 7→ ω est clairement bijective. On a alors
dans ce cadre
³ ´
0
(V (m) | dm) = V (f (t)) | f (t) dt
³ ´
0 0
= a1 (f (t))f1 (t) + . . . + an (f (t))fn (t) dt
= ω|Γ

Théorème 20.1.1 Les trois exemples fondamentaux sont


invariants par changement de paramétrage de sens direct.
Soit (I, f ) et (J, g) deux arcs paramétrés équivalents et
de même sens. Soit θ : I → J un difféomorphisme croissant
20.1. Intégrales curvilignes 2519

de classe C 1 tel que f = g ◦ θ. Si α = a(t) dt et β = b(u) du


sont les formes différentielles obtenues respectivement sur
(I, f ) et (J, g) par l’une des trois constructions ci dessus,
on a a(t) dt = b(u) du pour u = θ(t).

Démonstration 20.1.1 (i) Sur (I, f ), on a h(m) ds =


h(f (t)) kf 0 (t)k dt ; mais comme f = g ◦ θ, on a

h(m) ds = h(g(θ(t))) kθ 0 (t)g0 (θ(t))k dt


= h(g(θ(t))) kg0 (θ(t))kθ 0 (t) dt

car θ 0 (t) > 0 ; d’où encore, en posant u = θ(t) et donc du =


θ0 (t) dt, h(m) ds = h(g(u)) kg0 (u)k du ce qu’on voulait
démontrer.
2520 Chapitre 20. Intégrales curvilignes, intégrales
multiples

(ii) Sur (I, f ), on a


³ ´
(V (m) | dm) = V (f (t)) | f 0 (t) dt
³ ´
= V (g(θ(t)) | θ 0 (t)g0 (θ(t)) dt
³ ´
= V (g(θ(t)) | g 0 (θ(t)) θ 0 (t) dt
³ ´
= V (g(u)) | g 0 (u) du

ce qu’on voulait démontrer.


(iii) On peut faire un calcul similaire ou utiliser le lien entre
formes différentielles et champ de vecteurs décrit ci dessus.
20.1. Intégrales curvilignes 2521

20.1.2 Intégrale d’une forme différentielle


sur un arc
Définition 20.1.2 Soit Γ = ([a, b], f ) un arc paramétré
et α = A(t) dt une forme différentielle continue par
morceaux sur Γ. On appelle intégrale (curviligne) de la
forme différentielle α sur Γ le scalaire
Z Z b
α= A(t) dt
Γ a

Remarque 20.1.2 Soit Γ = ([a, b], f) un arc paramétré et


c ∈ [a, b]. On peut alors considérer les deux arcs paramétrés
Γ1 = ([a, c], f|[a,c] ) et Γ2 = ([c, b], f|[c,b] ). On dira alors que Γ
est la juxtaposition de Γ1 et Γ2 et on écrira Γ = Γ1 t Γ2 .
2522 Chapitre 20. Intégrales curvilignes, intégrales
multiples
Z
Proposition 20.1.1 (i) L’application α 7→ α est
Γ
linéaire Z Z Z
(ii) On a α= α+ α
Γ1 tΓ2 Γ1 Γ2

Démonstration 20.1.2 Résulte immédiatement des pro-


priétés de l’intégrale.

Théorème 20.1.2 (invariance de l’intégrale curviligne).


Soit Γ1 = ([a, b], f ) un arc paramétré, Γ2 = ([c, d], g)
un arc paramétré équivalent et de même sens. Soit θ
un difféomorphisme croissant de [a, b] sur [c, d] tel que
20.1. Intégrales curvilignes 2523

f = g ◦ θ. Soit α = A(t) dt une forme différentielle sur Γ1


et β = B(u) du la forme différentielle qui s’en déduit en
posant t = θ(u). Alors
Z Z
α= β
Γ1 Γ2

Démonstration 20.1.3 Comme θ est croissant, on a


nécessairement c = θ(a) et d = θ(b). De plus la re-
lation A(t) dt = B(u) du pour u = θ(t), montre que
A(t) = B(θ(t))θ 0 (t). On a donc
Z Z b Z b
α = A(t) dt = B(θ(t))θ 0 (t) dt
Γ1 a a
2524 Chapitre 20. Intégrales curvilignes, intégrales
multiples
Z θ(b) Z
= B(u) du = β
θ(a) Γ2

en utilisant le théorème de changement de variable dans les


intégrales.

Exemple 20.1.2 Les résultats précédents, en liaison avec


les définitions du paragraphe précédent nous permettent
d’associer à un arc paramétré Γ = ([a, b], f ) les trois types
suivants d’intégrales, tous trois invariants par changement
de paramétrage admissible et croissant
– (i) soit h une fonction définie et continue sur l’im-
age de Γ et à valeurs dans K ; on peut associer à h
20.1. Intégrales curvilignes 2525

l’intégrale curviligne
Z Z b
h(m) ds = h(f (t)) kf 0 (t)k dt
Γ a

(obtenue en remplaçant m par f (t) et ds par


kf 0 (t)k dt, différentielle de l’abscisse curviligne).
– (ii) supposons que E est un espace euclidien et soit V
un champ de vecteurs défini sur l’image de Γ (c’est-
à-dire une application de l’image de Γ dans E) ; on
peut associer à V l’intégrale curviligne (appelée cir-
culation du champ de vecteurs V le long de Γ)
Z Z b³ ´
0
(V (m) | dm) = V (f(t)) | f (t) dt
Γ a
2526 Chapitre 20. Intégrales curvilignes, intégrales
multiples

(obtenue en remplaçant m par f (t) et donc dm par


f 0 (t) dt).
– (iii) supposons que E = Rn , que U est un ouvert
de E contenant l’image de Γ et ω = a1 (x) dx1 +
. . . + an (x) dxn une forme différentielle de degré 1
continue sur U ; posons f (t) = (f1 (t), . . . , fn (t)) ; on
peut considérer l’intégrale curviligne
Z
a1 (x) dx1 + . . . + an (x) dxn
Γ
Z b³ ´
= a1 (f (t))f10 (t) + . . . + an (f(t))fn0 (t) dt
a

(obtenue en remplaçant dans ω, x par f (t), xi par


fi (t) et donc dxi par fi0 (t) dt).
20.1. Intégrales curvilignes 2527

Remarque 20.1.3 Le lecteur vérifiera facilement que


le premier type d’intégrale est également invariant par
changement d’orientation de Γ, c’est-à-dire par un change-
ment de paramétrage décroissant (car la forme différentielle
est changée en son opposée mais dans le même temps les
bornes de l’intégrale sont interverties) ; par contre intégrales
des deux autres types sont changées en leurs opposées par
changement d’orientation.

Proposition 20.1.2 Soit Γ = ([a, b], f ) un arc paramétré


de classe C 1 de longueur l(Γ).
– (i) soit h une fonction continue bornée définie sur
2528 Chapitre 20. Intégrales curvilignes, intégrales
multiples

l’image de Γ et à valeurs dans K ; alors


¯Z ¯
¯ ¯
¯ h(m) ds¯ ≤ l(Γ) sup |h(m)|
¯ ¯ m∈Im Γ
Γ

– (ii) supposons que E est un espace euclidien et soit V


un champ de vecteurs continu défini sur l’image de Γ
et borné ; alors
¯Z ¯
¯ ¯
¯ (V (m) | dm)¯ ≤ l(Γ) sup kV (m)k
¯ ¯
Γ m∈Im Γ

Démonstration 20.1.4 (i) On a


¯Z ¯ ¯Z b ¯
¯ ¯ ¯ ¯
¯ h(m) ds¯ = ¯ h(f (t)) kf (t)k dt¯¯
0
¯ ¯ ¯
Γ a
20.1. Intégrales curvilignes 2529

Z b
≤ |h(f (t))| kf 0 (t)k dt
a
µ ¶Z b
≤ sup |h(m)| kf 0 (t)k dt
m∈Im Γ a
= l(Γ) sup |h(m)|
m∈Im Γ
¯³ ´¯
¯ ¯
(ii) On a grâce à l’inégalité de Schwarz, ¯ V (f (t)) | f 0 (t) ¯ ≤
kV (f (t))k kf 0 (t)k d’où
¯Z ¯ ¯Z b ³ ´ ¯¯
¯ ¯ ¯
¯ (V (m) | dm)¯ = ¯ V (f (t)) | f 0
(t) dt¯¯
¯ ¯ ¯
Γ a
Z b
≤ kV (f (t))k kf 0 (t)k dt
a
2530 Chapitre 20. Intégrales curvilignes, intégrales
multiples
µ ¶Z b
≤ sup kV (m)k kf 0 (t)k dt
m∈Im Γ a
= l(Γ) sup kV (m)k
m∈Im Γ
20.1. Intégrales curvilignes 2531

20.1.3 Formes différentielles exactes et


champs de gradients
Théorème 20.1.3 – (i) Soit Γ = ([a, b], f ) un arc
paramétré de classe C 1 et soit V un champ de
vecteurs défini et continu sur un ouvert U contenant
l’image de Γ ; si V est le champ des gradients d’une
fonction F : U → R, alors
Z
(V (m) | dm) = F (f (b)) − F (f (a))
Γ

– (ii) Soit Γ = ([a, b], f ) un arc paramétré de classe C 1


et soit ω une forme différentielle définie et continue
sur un ouvert U contenant l’image de Γ ; si ω est la
2532 Chapitre 20. Intégrales curvilignes, intégrales
multiples

différentielle d’une fonction F : U → R, alors


Z
ω = F (f(b)) − F (f (a))
Γ

Démonstration 20.1.5 (i) On a en effet


d ³ ´
0 0
(F (f (t))) = dF (f (t)).f (t) = (grad F )(f (t)) | f (t)
dt
= (V (f (t)) | f 0 (t))
d’où l’on déduit
Z Z b Z b
0
(V (m) | dm) = (V (f (t)) | f (t)) = (F ◦ f )0 (t) dt
Γ a a
= F (f (b)) − F (f (a))
20.1. Intégrales curvilignes 2533

∂F
(ii) Si ω = dF , on a donc ω = (x) dx1 + . . . +
∂x1
∂F
(x) dxn , si bien que
∂xn
Z Z b
∂F ∂F
ω = ( (f (t))f10 (t) + . . . + (f(t))fn0 (t)) dt
Γ a ∂x1 ∂xn
Z b
d
= (F (f1(t), . . . , fn (t))) dt = F (f (b)) − F (f (a))
a dt

Corollaire 20.1.1 Soit Γ = ([a, b], f ) un arc paramétré de


classe C 1 , fermé (c’est-à-dire que f (b) = f (a)).
– (i) Pour tout champ de gradients V sur un ouvert U
2534 Chapitre 20. Intégrales curvilignes, intégrales
multiples
Z
de E contenant Im Γ, on a (V (m) | dm) = 0
Γ
– (ii) Pour toute forme différentielle exacte
Z ω sur un
ouvert U de E contenant Im Γ, on a ω=0
Γ

Démonstration 20.1.6 Conséquence évidente du


résultat précédent.

Exemple 20.1.3 Considérons sur R2 \ {(0, 0} la forme


x dy − y dx
différentielle de classe C ∞ , ω = ; on vérifie
x2 + yµ
2

∂ −y
facilement que dω = 0 puisque 2 2
=
∂y x + y
20.1. Intégrales curvilignes 2535

µ ¶
∂ x
. Pourtant ω n’est pas exacte. En effet
∂x x2 + y 2
calculons l’intégrale de ω le long du cercle Γ de centre (0, 0)
de rayon 1. On a en posant x = cos θ et y = sin θ,
x dy − y dx = cos θ × (cos θ dθ) − sin θ × (− sin θ dθ) = dθ
si bien que Z Z 2π
ω= dθ = 2π 6= 0
Γ 0
ce qui montre que ω ne peut pas être la différentielle d’une
fonction. L’hypothèse que l’ouvert est étoilé est donc essen-
tielle pour la validité du théorème de Poincaré qui dit que
(sur un ouvert étoilé) une forme différentielle est exacte si
et seulement si elle vérifie dω = 0.
2536 Chapitre 20. Intégrales curvilignes, intégrales
multiples

20.2 Intégrales multiples

20.2.1 Pavés et subdivisions. Ensembles


négligeables
Définition 20.2.1 On appelle pavé de Rn tout ensemble P
de la forme P = [a1 , b1 ] × · · · × [an , bn ]. On notera mesure
n
Y
du pavé P le nombre réel positif m(P ) = (bi − ai ).
i=1

Remarque 20.2.1 Un pavé est clairement compact.


20.2. Intégrales multiples 2537

Définition 20.2.2 Soit P = [a1 , b1 ] × · · · × [an , bn ]


un pavé de Rn . On appelle subdivision de P toute
famille σ = (σ1 , . . . , σn ) où chaque σi est une subdi-
vision de [ai , bi ]. Si σi = (ai,j )1≤j≤ni , les sous pavés
Pj1 ,...,jn = [a1,j1 −1 , a1,j1 ] × · · · × [an,jn −1 , an,jn ] sont appelés
les sous pavés de la subdivision. On appelle pas de la
subdivision σ = (σ1 , . . . , σn ) le plus grand des diamètres
des sous pavés de σ.

Définition 20.2.3 Un sous-ensemble A de Rn est dit


négligeable (au sens de Riemann) si quelque soit ε > 0, il
existe une famille finie de pavés (Pi )1≤i≤N vérifiant
2538 Chapitre 20. Intégrales curvilignes, intégrales
multiples
N
[
– (i) A ⊂ Pi
i=1
N
X
– (ii) m(Pi ) ≤ ε.
i=1

Proposition 20.2.1 – (i) tout ensemble négligeable


est borné
– (ii) si A est négligeable et B ⊂ A, alors B est aussi
négligeable
– (iii) une partie A est négligeable si et seulement si A
est négligeable
20.2. Intégrales multiples 2539

– (iv) toute réunion finie de parties négligeables est


négligeable

Démonstration 20.2.1 Tout est à peu près évident. L’af-


N
[
firmation (iii) résulte de ce que, si A ⊂ Pi , alors on a
i=1
N
[ N
[
aussi A ⊂ Pi puisque Pi est fermé.
i=1 i=1

Théorème 20.2.1 Soit Q un pavé de Rn−1 et f une appli-


cation continue de Q dans R. Alors le graphe de f est une
partie négligeable de Rn .
2540 Chapitre 20. Intégrales curvilignes, intégrales
multiples

Démonstration 20.2.2 Puisque f est continue sur le


compact Q, elle est uniformément continue. Soit donc
ε > 0. Il existe η > 0 tel que ∀x, x0 ∈ Q, kx − x0 k < η ⇒
0 ε
|f(x) − f (x )| < . Soit alors σ une subdivision de Q
2m(Q)
de pas inférieur strictement à η et (Qi )1≤i≤N les sous pavés
de la subdivision. Choisissons un point xi dans chaque
ε ε
Qi et posons Pi = Qi × [f (xi ) − , f (xi ) + ].
2m(Q) 2m(Q)
ε
Chaque Pi est un pavé de Rn et m(Pi ) = m(Qi ) si
m(Q)
X ε X ε
bien que m(Pi ) = m(Qi ) = m(Q) = ε.
m(Q) m(Q)
Mais soit (x, f (x)) un point du graphe de f avec x ∈ Q ;
soit i tel que x ∈ Qi ; on a alors kx − xi k ≤ δ(σ) < η
20.2. Intégrales multiples 2541

ε
et donc |f (x) − f (xi )| ≤ , soit encore f (x) ∈
2m(Q)
ε ε
[f(xi ) − , f(xi ) + ], si bien que (x, f (x)) ∈ Pi .
2m(Q) 2m(Q)
[N
On en déduit que le graphe de f est contenu dans Pi
X i=1
avec m(Pi ) = ε. Donc le graphe de f est négligeable.

Corollaire 20.2.1 Toute partie de Rn qui est une réunion


finie de graphes d’applications continues sur des pavés

(x1 , . . . , xi−1 , xi+1 , . . . , xn )


7→ xi = f (x1 , . . . , xi−1 , xi+1 , . . . , xn )
2542 Chapitre 20. Intégrales curvilignes, intégrales
multiples

est négligeable.
20.2. Intégrales multiples 2543

20.2.2 Intégrales multiples sur un pavé de


Rn
Remarque 20.2.2 On appelle point de discontinuité de f
tout point où f n’est pas continue. Si f est une application
de l’espace métrique X dans l’espace métrique E, on notera
Disc(f ) l’ensemble des points de discontinuité de f .

Proposition 20.2.2 Soit E un espace vectoriel normé de


dimension finie et P un pavé de Rn . L’ensemble E des fonc-
tions f : P → E bornées et dont l’ensemble des points de
discontinuité est négligeable est un sous-espace vectoriel de
l’espace des applications de P dans E.
2544 Chapitre 20. Intégrales curvilignes, intégrales
multiples

Démonstration 20.2.3 Cet ensemble est évidemment


non vide (il contient par exemple toutes les fonctions
continues sur P ) ; si f et g sont dans E , si α et β sont des
scalaires, on a évidemment αf + βg qui est bornée et de
plus Disc(αf + βg) ⊂ Disc(f ) ∪ Disc(g) (puisque là où f
et g sont toutes deux continues, αf + βg l’est également),
donc Disc(αf + βg) est négligeable.

On admettra le théorème suivant

Théorème 20.2.2 Il existe une application qui à toute


fonction f bornée de P dans E dont l’ensemble des points
de discontinuité
Z est négligeable associe un élément de E
noté f vérifiant les propriétés suivantes
P
20.2. Intégrales multiples 2545

Z Z
– (i) l’application f 7→ f est linéaire ( (αf +βg) =
Z Z P P

α f +β g)
P P
Z Z
– (ii) k fk ≤ kf k
ZP P

– (iii) 1 = m(P )
P
– (iv) si P est la réunion de deux pavés P1 et P2 dont
l’intersection estZ contenue
Z dansZ l’intersection des
frontières, alors f= f+ f
P P1 P2
Z
– (v) si {x ∈ P | f (x) 6= 0} est négligeable, alors f=
P
2546 Chapitre 20. Intégrales curvilignes, intégrales
multiples

0.

Proposition 20.2.3 – (i) Si f : P → R est une fonc-


tion bornée dont l’ensemble des points de disconti-
Z
nuité est négligeable et si f est positive, alors f ≥0
p
– (ii) Si f, g : P → R sont deux fonctions bornées dont
l’ensemble des points
Z de Zdiscontinuité est négligeable
et si f ≤ g alors f≤ g
P P
– (iii) Si f : P → R est une fonction bornée dont
l’ensemble
Z des points de discontinuité est négligeable,
alors k fk ≤ m(P ) sup kf (x)k.
P x∈P
20.2. Intégrales multiples 2547

Z Z ¯Z ¯
¯ ¯
Démonstration 20.2.4 (i) On a f = |f| ≥ ¯ f ¯¯
¯
Z P P P

d’où f ≥0
P Z Z Z
(ii) On a g− f = (g − f ) ≥ 0 puisque g − f ≥ 0
P P P Z Z Z
(iii) Si M = sup kf (x)k, on a k f k ≤ kf k ≤ M =
Z x∈P P P P

M 1 = M m(P )
P

Définition 20.2.4 Soit f : P → E une application, soit σ


une subdivision de P , (Pi )1≤i≤N les sous pavés de la sub-
division et pour chaque i ∈ [1, N ], xi un point de Pi ; la
2548 Chapitre 20. Intégrales curvilignes, intégrales
multiples
N
X
somme S(f, σ, x) = m(Pi )f(xi ) sera appelée une somme
i=1
de Riemann associée à la subdivision σ et à la famille x =
(xi )1≤i≤N .

On admettra également le résultat suivant

Théorème 20.2.3 Soit f une fonction bornée de P


dans E dont l’ensemble des points de discontinuité est
négligeable. Alors, pour tout ε > 0, il existe un réel
η > 0 tel que pour toute subdivision σ de P de pas plus
petit
Z que η et pour toute famille x = (xi ) associée, on a
k f − S(f, σ, x)k < ε.
P
20.2. Intégrales multiples 2549

Remarque 20.2.3 Comme dans le cas des fonctions d’une


variable, on peut aussi définir, lorsque f est à valeurs réelles
des sommes de Darboux supérieure et inférieure D(f, σ) =
XN XN
m(Pi )Mi et m(Pi )mi où Mi = sup f(t) et mi =
x∈Pi
i=1 i=1
inf f (t). La même démonstration que pour les fonctions
x∈Pi
d’une variable montre alors que ces sommes de Darboux
inférieure et supérieure tendent vers l’intégrale de f sur P
lorsque le pas de la subdivision tend vers 0.
2550 Chapitre 20. Intégrales curvilignes, intégrales
multiples

20.2.3 Intégrales multiples sur une partie


de Rn
Soit A une partie de Rn bornée de frontière négligeable
et f : A → E continue et bornée. Soit P un pavé de Rn
contenant A et f ∗ l’application de P dans E définie par
n
∗ f (x) si x ∈ A
f (x) =
0 si x ∈ A
L’ensemble des points de discontinuité de f ∗ est contenu
dans la frontière de A car si x est dans l’intérieur de A,
la fonction f ∗ coı̈ncide avec la fonction continue f sur tout
un voisinage de x, donc est continue au point x et si x
appartient à l’intérieur de P \ A, alors f ∗ coı̈ncide avec la
fonction nulle sur tout un voisinage de x, donc est continue
20.2. Intégrales multiples 2551

Z
au point x. On peut donc définir f ∗ . De plus, si P1 et
P
P2 sont deux pavés contenant A, ”la fonction
Z f ∗ ”Zest nulle
sur P2 \ P1 et sur P1 \ P2 , si bien que f∗ = f ∗ , ce
Z P1 P2

qui montre que f ∗ ne dépend pas du choix du pavé P


P
contenant A.

Définition 20.2.5 Soit A une partie de Rn bornée de


frontière
Z négligeable
Z et f : A → E continue et bornée ; on
posera f= f ∗.
A P
2552 Chapitre 20. Intégrales curvilignes, intégrales
multiples
Z
Théorème 20.2.4 – (i) L’application f 7→ f est
Z Z Z A

linéaire ( (αf + βg) = α f + β g)


A A A
Z Z
– (ii) k fk ≤ kf k
A A
Z Z
– (iii) si A1 ∩A2 est négligeable, alors f= f+
Z A1 ∪A2 A1

f
A2
Z
– (iv) si A est négligeable, alors f = 0.
A
20.2. Intégrales multiples 2553

Démonstration 20.2.5 (i) et (ii) résultent de (αf +


βg)∗ = αf ∗ + βg∗ et de kf ∗ k = kf k∗ qui sont évidents.
Pour (iii) si on considère P un pavé contenant A1 ∪ A2 , f ∗
l’extension de f de A1 ∪ A2 à P , f1∗ et f2∗ les extensions de
f depuis respectivement A1 et A2 à P , on a f ∗ = f1∗ + f2∗
sauf sur A1 ∩ A2 . On a donc f ∗ = f1∗ + f2∗ + g où g est une
fonction nulle sauf sur l’ensemble négligeable A1 ∩ A2 ; on
en déduit que

Z Z Z
f = f∗ = (f1∗ + f2∗ + g)
A1 ∪A2 P P
Z Z Z Z Z
= f1∗ + f2∗ + g= f1∗ + f2∗
P P P P P
2554 Chapitre 20. Intégrales curvilignes, intégrales
multiples
Z Z
= f+ f
A1 A2

Quand à (iv), il est évident puisque {x ∈ P | f ∗ (x) 6=


0} ⊂ A
20.2. Intégrales multiples 2555

20.2.4 Mesure d’un sous-ensemble borné


de Rn
Définition 20.2.6 On dit qu’une partie A de Rn est
quarrable si elle est bornée et de frontière négligeable.

Définition 20.2.7 Soit A une partie quarrable de ZRn ; on


appelle mesure de A le nombre réel positif m(A) = 1.
A

Proposition 20.2.4 Soit A une partie quarrable de Rn ;


alors l’intérieur et l’adhérence de A sont aussi quarrables
et ont la même mesure.
2556 Chapitre 20. Intégrales curvilignes, intégrales
multiples

Démonstration 20.2.6 En effet, la frontière de l’intérieur


et de l’adhérence de A sont contenues
Z Zdans la frontière
Z Z de
A qui est négligeable. De plus 1= 1+ 1= 1
A A\A A A
puisque A \ A est contenu dans la frontière de A et donc est
négligeable ; la démonstration est similaire pour l’intérieur.

Proposition 20.2.5 Si f : A → E est une fonction Z con-


tinue bornée sur l’ensemble quarrable A, alors k f k ≤
A
m(A) sup kf(x)k.
x∈A
20.2. Intégrales multiples 2557

Démonstration 20.2.7 Si M = sup kf(x)k, on a


Z Z Z Z x∈A

k fk ≤ kf k ≤ M =M 1 = M m(A)
A A A A
2558 Chapitre 20. Intégrales curvilignes, intégrales
multiples

20.3 Calcul des intégrales doubles


et triples

20.3.1 Théorème de Fubini sur une partie


de R2
Théorème 20.3.1 (de Fubini pour un pavé de R2 ). Soit
P = [a, b] × [c, d] un pavé de R2 , E un espace vectoriel
normé de dimension finie, f : P → E une fonction bornée
dont l’ensemble des points de discontinuité est négligeable
vérifiant
(i) pour chaque x ∈ [a, b], l’application y 7→ f (x, y) est
réglée de [c, d] dans E
20.3. Calcul des intégrales doubles et triples 2559

Z d
(ii) l’application ϕ : [a, b] → E, x 7→ f (x, y) dy est
c
réglée.
Alors
Z Z b Z b µZ d ¶
f= ϕ(x) dx = f (x, y) dy dx
P a a c

Démonstration 20.3.1 Quitte à prendre une base de E,


il suffit de montrer le résultat lorsque E = R. Soit n ∈ N,
b−a d−c
ai = a + i et cj = c + j . On définit ainsi une
n n
subdivision σn de P dont le pas tend vers 0 quand n tend
vers +∞. Soit Pi,j = [ai−1 , ai ] × [cj−1 , cj ] les pavés de cette
2560 Chapitre 20. Intégrales curvilignes, intégrales
multiples

subdivision. Posons alors, pour (i, j) ∈ [1, n]2 ,


Z cj Z cj
1 n
µi,j = f (ai , y) dy = f (ai , y) dy
cj − cj−1 cj−1 d − c cj−1
X (b − a)(d − c)
et soit Sn = µi,j . Si l’on note Mi,j =
n2
i,j∈[1,n]
sup f (x) et mi,j = inf f (x), on a clairement
x∈Pi,j x∈Pi,j

X (b − a)(d − c)
d(f, σn ) = mi,j
n2
i,j∈[1,n]
X (b − a)(d − c)
≤ 2
µi,j
n
i,j∈[1,n]
20.3. Calcul des intégrales doubles et triples 2561

X (b − a)(d − c)
≤ 2
Mi,j = D(f, σn )
n
i,j∈[1,n]

où d(f, σn ) et D(f, σn ) désignent respectivement les sommes


de Darboux inférieure et supérieure de f associées à la
subdivision σn . Quand n tend vers +∞, ces sommes Z de
Darboux admettent toutes deux pour limite f , donc
Z P

lim Sn = f . Mais d’autre part,


n→+∞ P

n
X n Z
b−a X cj
Sn = f (ai , y) dy
i=1
n j=1 cj−1
2562 Chapitre 20. Intégrales curvilignes, intégrales
multiples
n
X Z d
b−a
= f (ai , y) dy
i=1
n c

Xn
b−a
= ϕ(ai )
n
i=1

Il s’agit donc d’une somme de Riemann pour la fonction


réglée ϕ : [a, b] → R associée à la subdivision régulière
Z b
(ai )0≤i≤n . On en déduit que lim Sn = ϕ(x) dx, d’où
n→+∞ a
l’égalité recherchée.

Remarque 20.3.1 De même si on suppose que


20.3. Calcul des intégrales doubles et triples 2563

– (i) pour chaque y ∈ [c, d], l’application x 7→ f (x, y)


est réglée de [a, b] dans E
Z b
– (ii) l’application ψ : [c, d] → E, y 7→ f(x, y) dx est
a
réglée.
Alors
Z Z d Z d µZ b ¶
f= ψ (y) dy = f (x, y) dx dy
P c c a

Tout ceciZnous
Z amène tout naturellement à introduire la
notation f (x, y) dx dy pour l’intégrale d’une fonction
P
f sur un pavé P de R2 puis à généraliser cette notation à
toute partie quarrable de R2 .
2564 Chapitre 20. Intégrales curvilignes, intégrales
multiples

Corollaire 20.3.1 Soit P = [a, b] × [c, d] un pavé de R2 ,


f : [a, b] → K, g : [c, d] → K réglées. Alors
ZZ µZ b ¶ µZ d ¶
f(x)g(y) dx dy = f (x) dx g(y) dy
[a,b]×[c,d] a c

Démonstration 20.3.2 On a
Z d Z d
f (x)g(y) dy = f (x) g(y) dy = λf (x)
c c
Z d
avec λ = g(y) dy. On en déduit que
c
ZZ Z b Z b
f (x)g(y) dx dy = λf (x) dx = λ f (x) dx
[a,b]×[c,d] a a
20.3. Calcul des intégrales doubles et triples 2565

µZ b ¶ µZ d ¶
= f (x) dx g(y) dy
a c

Théorème 20.3.2 (théorème de Fubini pour une partie de


R2 ). Soit ϕ1 et ϕ2 deux applications continues de [a, b] dans
R vérifiant ∀t ∈ [a, b], ϕ1 (t) ≤ ϕ2 (t) et soit A = {(x, y) ∈
R2 | x ∈ [a, b] et ϕ1 (x) ≤ y ≤ ϕ2 (x)}. Soit f : A → E
continue. Alors A est quarrable et
ZZ Z b ÃZ ϕ2 (x) !
f (x, y) dx dy = f(x, y) dy dx
A a ϕ1 (x)

Démonstration 20.3.3 A est quarrable car il est borné


(ϕ1 et ϕ2 continues sur des compacts sont bornées) et sa
2566 Chapitre 20. Intégrales curvilignes, intégrales
multiples

frontière est formée de la réunion de quatre graphes de


fonctions continues x 7→ ϕ1(x), y 7→ b, x 7→ ϕ2 (x) et
y 7→ a. Soit M = sup ϕ2 (x) et m = inf ϕ1 (x) si bien
que A ⊂ [a, b] × [m, M ] et soit f ∗ le prolongement par
0 de f de A à P = [a, b] × [m, M ]. On sait déjà que f ∗
est bornée et que Disc(f ) est négligeable (il est contenu
dans la frontière de A). Pour x ∈ [a, b] fixé, l’application
y 7→ f ∗ (x, y) est continue par morceaux car f ∗ (x, y) =
n Z M
f (x, y) si ϕ1 (x) ≤ y ≤ ϕ2 (x) . De plus f ∗ (x, y) dy =
0 sinon m
Z ϕ2 (x)
f (x, y) dy est une fonction continue de x comme on
ϕ1 (x)
l’a vu dans le chapitre sur les intégrales de fonctions d’une
variable. On peut donc appliquer le théorème précédent et
20.3. Calcul des intégrales doubles et triples 2567

on obtient

ZZ ZZ
f(x, y) dx dy = f ∗ (x, y) dx dy
A P
Z b µZ M ¶
= f ∗ (x, y) dy dx
a m
Z Ã Z !
b ϕ2 (x)
= f (x, y) dy dx
a ϕ1 (x)
2568 Chapitre 20. Intégrales curvilignes, intégrales
multiples

y=φ2(x)

y=φ1(x)
20.3. Calcul des intégrales doubles et triples 2569

Remarque 20.3.2 Ceci permet de ramener le calcul


d’une intégrale double sur une partie de R2 délimitée par
deux graphes au calcul de deux intégrales de fonctions
d’une variable. Pour un sous ensemble A plus général, on
cherchera à écrire A = A1 ∪ . . . ∪ Ak où chaque partie Ai
est limitée par deux graphes de fonctions continues, soit de
la forme {(x, y) ∈ R2 | x ∈ [a, b] et ϕ1 (x) ≤ y ≤ ϕ2 (x)} ou
de la forme {(x, y) ∈ R2 | y ∈ [c, d] et ψ 1 (y) ≤ x ≤ ψ 2 (y)} ;
on écrira alors, à condition que les Z Z intersections deux
à deux des Ai soient négligeables, f(x, y) dx dy =
A
X k ZZ
f (x, y) dx dy puis on ramènera le calcul de chaque
i=1 Ai
2570 Chapitre 20. Intégrales curvilignes, intégrales
multiples

intégrale double au calcul de deux intégrales simples.

Exemple 20.3.1 Soit K = {(x, y) ∈ R2 | ZZ y ≥ 0, y ≤


x, 0 ≤ x+2y ≤ 2} et on cherche à calculer I = x2 dx dy
K
(moment d’inertie par rapport à l’axe Oy).
20.3. Calcul des intégrales doubles et triples 2571

x=y

x+2y=2
A(2/3,2/3)

O B(2,0)
2572 Chapitre 20. Intégrales curvilignes, intégrales
multiples

Le théorème de Fubini nous permet de calculer cette


intégrale de deux manières différentes suivant que l’on com-
mence à intégrer suivant x ou suivant y. Dans une première
méthode on peut écrire

22
K = {(x, y) ∈ R | x ∈ [0, ] et 0 ≤ y ≤ x}
3
2 2 x
∪ {(x, y) ∈ R | x ∈ [ , 2] et 0 ≤ y ≤ 1 − }
3 2
d’où (en faisant sortir de l’intégrale par rapport à y le terme
en x2 qui ne dépend pas de y)
Z 2/3 µZ x ¶ Z 2 µZ 1− x2 ¶
I = x2 dy dx + x2 dy dx
0 0 2/3 0
20.3. Calcul des intégrales doubles et triples 2573

Z Z ³
2/3
3
2
2 x´ 52
= x dx + x 1− dx =
0 2/3 2 81

On peut aussi la calculer en considérant que


2
2
K = {(x, y) ∈ R | y ∈ [0, ] et y ≤ x ≤ 2 − 2y}
3
d’où
Z 2/3 µZ 2−2y ¶ Z 2/3 µ ¶
(2 − 2y)3 y3 52
I= x2 dx dy = − dy =
0 y 0 3 3 81
2574 Chapitre 20. Intégrales curvilignes, intégrales
multiples

20.3.2 Théorème de Fubini sur une partie


de R3
On démontre d’une façon similaire le résultat suivant
pour les intégrales sur une partie de R3

Théorème 20.3.3 (théorème de Fubini pour un pavé de


R3 ). Soit P = [a1, b1 ]× [a2 , b2 ]× [a3 , b3 ] un pavé de R3 , E un
espace vectoriel normé de dimension finie, f : P → E une
fonction bornée dont l’ensemble des points de discontinuité
est négligeable vérifiant
– (i) pour chaque (x, y) ∈ [a1 , b1 ] × [a2 , b2 ], l’application
z 7→ f (x, y, z) est réglée de [c, d] dans E
– (ii) pour chaque x ∈ [a1 , b1 ], l’application y 7→
20.3. Calcul des intégrales doubles et triples 2575

Z b3
f(x, y, z) dz est réglée de [a2 , b2 ] dans E
a3
Z b2 µZ b3 ¶
– (iii) l’application x 7→ f (x, y, z) dz dy est
a2 a3
réglée de [a1 , b1 ] dans E
– Alors
Z ZZ
f(x, y, z) dx dy dz =
P
Z b1 µZ b2 µZ b3 ¶ ¶
f(x, y, z) dz dy dx
a1 a2 a3

Bien entendu, dans la limite de validité (c’est-à-dire si


l’on est certain que toutes les intégrales écrites ont bien un
2576 Chapitre 20. Intégrales curvilignes, intégrales
multiples

sens), on peut regrouper deux des intégrales simples en une


intégrale double en utilisant le théorème de Fubini pour les
intégrales doubles, et ainsi obtenir les formules (à permu-
tation près sur les noms des variables)
Z ZZ
f (x, y, z) dx dy dz
P
ZZ µZ b3 ¶
= f(x, y, z) dz dx dy
[a1 ,b1 ]×[a2 ,b2 ] a3
Z b3 µZZ ¶
= f(x, y, z) dx dy dz
a3 [a1 ,b1 ]×[a2 ,b2 ]

La première méthode d’intégration porte en général le nom


d’intégration par piles (on somme d’abord verticalement,
20.3. Calcul des intégrales doubles et triples 2577

puis ensuite horizontalement), la deuxième méthode por-


tant le nom d’intégration par tranches (on somme d’abord
horizontalement, puis ensuite verticalement).
De la même manière que pour les intégrales doubles et
par prolongement par 0 à un pavé, on montre alors les deux
résultats suivants

Théorème 20.3.4 (théorème de Fubini pour une partie


de R3 , intégration par piles). Soit A un sous-ensemble
quarrable de R2 , ϕ1 et ϕ2 deux applications continues de
A dans R vérifiant ∀(x, y) ∈ A, ϕ1 (x, y) ≤ ϕ2 (x, y) et
soit K = {(x, y, z) ∈ R2 | (x, y) ∈ A et ϕ1 (x, y) ≤ z ≤
2578 Chapitre 20. Intégrales curvilignes, intégrales
multiples

ϕ2 (x, y)}. Soit f : K → E continue. Alors


ZZ Z Z Z ÃZ ϕ2 (x,y) !
f (x, y, z) dx dy dz = f(x, y, z) dz dx dy
K A ϕ1 (x,y)

Théorème 20.3.5 (théorème de Fubini pour une partie de


R3 , intégration par tranches). Soit K une partie de R3 com-
pacte et quarrable. Soit f une application continue de K
dans E. On suppose vérifiées les conditions suivantes (en
posant m = inf z et M = sup z)
(x,y,z)∈K (x,y,z)∈K
(i) pour tout z ∈ [m, M ], Kz = {(x, y) ∈ R2 | (x, y, z) ∈ K}
(section de K par le plan horizontal de cote z) est un sous-
ensemble quarrable de R2
20.3. Calcul des intégrales doubles et triples 2579

ZZ
(ii) l’application z 7→ f (x, y, z) dx dy est réglée sur
Kz
[m, M ].
Alors
ZZ Z Z M µZZ ¶
f (x, y, z) dx dy dz = f (x, y, z) dx dy dz
K m Kz

Exemple 20.3.2 Supposons donnée une courbe dans un


plan méridien donnée en coordonnées cylindriques par r =
ϕ(z) où ϕ : [a, b] → R est continue positive. Considérons le
volume K de révolution délimité par la rotation de la courbe
autour de l’axe Oz. Les sous-ensembles Kz sont des disques
de centre (0, 0) de rayon ϕ(z), donc de mesure πϕ(z)2 . On
2580 Chapitre 20. Intégrales curvilignes, intégrales
multiples

en déduit que la mesure de K est donnée par


ZZ Z Z b µZZ ¶ Z b
m(K) = dx dy dz = dx dy dz = m(Kz ) d
K a Kz a
Z b
= π ϕ(z)2 dz
a

Par exemple, pour une boule


p de rayon R, on peut pren-
dre a = −R, b = R et ϕ(z) = R2 − z 2 , d’où la mesure de
la boule
Z R · ¸
3 R
2 2 2 z 4
m(K) = π (R − z ) dz = π R z − = πR3
−R 3 −R 3
20.3. Calcul des intégrales doubles et triples 2581

20.3.3 Théorème de changement de vari-


ables dans les intégrales multiples

On admettra le théorème suivant de démonstration dif-


ficile

Théorème 20.3.6 (théorème de changement de vari-


ables). Soit K1 et K2 deux parties compactes de Rn de
frontières négligeables, ϕ : K1 → K2 continue, E un espace
vectoriel normé de dimension finie. On suppose que ϕ
réalise un C 1 difféomorphisme de l’intérieur de K1 sur
l’intérieur de K2 . Soit f : K2 → E continue. Alors (si
2582 Chapitre 20. Intégrales curvilignes, intégrales
multiples

jϕ (x) désigne le jacobien de ϕ au point x ∈ K1o )


Z Z
f= f ◦ ϕ |jϕ |
K2 K1

En particulier on a les formules suivantes pour les


intégrales doubles et triples
ZZ ZZ
f (x, y) dx dy = f (ϕ(u, v)) |jϕ (u, v)| du dv
K2 K1

ZZZ
f (x, y, z) dx dy dz
K2
Z ZZ
= f(ϕ(u, v, w)) |jϕ (u, v, w)| du dv dw
K1
20.3. Calcul des intégrales doubles et triples 2583

Remarque 20.3.3 Le lecteur comparera ce théorème de


changement de variables avec le théorème de changement
de variable pour les fonctions d’une variable. Le jacobien
joue ici le rôle du terme ϕ0 (u). On prendra garde qu’ici
il est assorti d’une valeur absolue. Ceci est dû à l’absence
de convention de Chasles à partir de la dimension 2. En
dimension 1 et lorsque ϕ est décroissante (donc ϕ0 ≤ 0),
les bornes se retrouvent en sens contraire de l’ordre naturel
et un rétablissement de cet ordre transforme alors ϕ0 en
−ϕ0 = |ϕ0 |.

Corollaire 20.3.2 En supposant vérifiées les hypothèses ci


dessus pour le changement de variable, on a les formules
2584 Chapitre 20. Intégrales curvilignes, intégrales
multiples

suivantes pour les passages en coordonnées polaires, cylin-


driques ou sphériques
ZZ ZZ
f(x, y) dx dy = f (r cos θ, r sin θ) |r| dr dθ
K2 K1

ZZ Z
f (x, y, z) dx dy dz
K2
Z ZZ
= f (r cos θ, r sin θ, z) |r| dr dθ dz
K1
ZZ Z
f (x, y, z) dx dy dz
K2
20.3. Calcul des intégrales doubles et triples 2585

Z ZZ
= f (r cos θ cos ϕ, r sin θ cos ϕ, r sin ϕ) |r2 cos ϕ| dr dθ dϕ
K1

Remarque 20.3.4 Le lecteur devra se persuader que


le principal obstacle au calcul explicite d’une intégrale
multiple provient du domaine d’intégration et non de la
fonction à intégrer (penser par exemple qu’une aire ou
un volume peuvent être difficiles à calculer alors que la
fonction à intégrer est la constante 1). Ceci veut dire
que lorsque l’on recherche un changement de variable,
on doit accorder une priorité absolue à la simplification
du domaine d’intégration, l’idéal étant de transformer ce
domaine en un pavé.
2586 Chapitre 20. Intégrales curvilignes, intégrales
multiples

Exemple 20.3.3 Soit (v1 , . . . , vn ) une famille libre de Rn


et soit V le polytope construit sur cette base, c’est-à-dire
V = {t1 v1 + . . . + tn vn | ∀i ∈ [1, n], ti ∈ [0, 1]} (en di-
mension 2, il s’agit d’un parallélogramme et en dimension
3 d’un parallélépipède). Alors l’application ϕ : [0, 1]n → V ,
(t1 , . . . , tn ) 7→ t1 v1 + . . . + tn vn vérifie évidemment les con-
ditions du théorème de changement de variable. De plus
son jacobien est égal au produit mixte des n vecteurs, soit
[v1 , . . . , vn ]. On en déduit que la mesure de V est donnée
par
Z Z
m(V ) = 1= |[v1 , . . . , vn ]|
V [0,1]n
= |[v1 , . . . , vn ]|m([0, 1]n ) = |[v1 , . . . , vn ]|
20.3. Calcul des intégrales doubles et triples 2587

Exemple 20.3.4 On considère deux paraboles d’axe Ox


2588 Chapitre 20. Intégrales curvilignes, intégrales
multiples

tangentes en O à l’axe Oy et deux paraboles d’axe Oy tan-


gentes en O à l’axe Ox. On cherche à calculer l’aire du do-
maine K compris entre les paraboles (hachuré sur le dessin
ci dessous)
20.3. Calcul des intégrales doubles et triples 2589
2590 Chapitre 20. Intégrales curvilignes, intégrales
multiples

Les paraboles auront pour équations x2 = 2p1 y et x2 =


2p2y pour les paraboles verticales, y 2 = 2q1 x et y 2 = 2q2 x
pour les paraboles horizontales. Il n’est pas raisonnable de
tenter un calcul par le théorème de Fubini. Nous allons donc
faire un changement de variable en paramétrant un point
de la zone hachuré ; pour cela nous considérerons que tout
point de la zone hachurée est l’intersection d’une parabole
x2 = 2py et d’une parabole y 2 = 2qx avec p ∈ [p1 , p2 ] et
q ∈ [q1, q2 ], autrement dit nous considérerons l’application
x2 y 2
ϕ : K → [p1 , p2 ] × [q1 , q2 ] définie par ϕ(x, y) = ( , ). Il
2y 2x
est visible que ϕ est bijective, ce que confirmerait un calcul
20.3. Calcul des intégrales doubles et triples 2591

simple. De plus
¯ ¯
¯ x x2 ¯
¯ − 2¯ 3
¯ y 2y ¯¯ =
jϕ (x, y) = ¯
¯ y2 y ¯ 4
¯− ¯
2x 2 x
On en déduit par le théorème d’inversion locale que ϕ est
un C 1 difféomorphisme de K o sur ]p1 , p2 [×]q1 , q2 [ et que
1 4
jϕ−1 (p, q) = = . On a donc
jϕ (ϕ−1 (p, q)) 3
ZZ
m(K) = 1 dx dy
Z ZK
¯ ¯
= 1 ◦ ϕ (p, q) jϕ−1 (p, q)¯ dp dq
−1 ¯
[p1 ,p2 ]×[q1 ,q2 ]
2592 Chapitre 20. Intégrales curvilignes, intégrales
multiples
4 4
= m([p1 , p2 ] × [q1 , q2 ]) = (p2 − p1 )(q2 − q1 )
3 3
20.3. Calcul des intégrales doubles et triples 2593

20.3.4 Théorème de Green-Riemann

Soit ϕ1 et ϕ2 deux applications continues de [a, b] dans


R vérifiant ∀x ∈ [a, b], ϕ1 (x) ≤ ϕ2 (x) et soit A = {(x, y) ∈
R2 | x ∈ [a, b] et ϕ1(x) ≤ y ≤ ϕ2 (x)}. On considère la
frontière ∂A de A en tant qu’arc paramétré orientée comme
l’indique la figure ci dessous : on parcourt la frontière en
laissant A à sa main gauche. Cette frontière est la réunion
de quatre arcs paramétrés, deux étant des graphes de fonc-
tions x 7→ y = ϕi (x) (l’un parcouru dans le sens direct,
l’autre dans le sens indirect), deux étant des graphes de
fonctions y 7→ constante.
2594 Chapitre 20. Intégrales curvilignes, intégrales
multiples

y=φ2(x)

y=φ1(x)

a b
20.3. Calcul des intégrales doubles et triples 2595

Soit U un ouvert contenant A et P une fonction


1
de classe
ZZ C sur U. On cherche à calculer l’intégrale
∂P
I = (x, y) dx dy. D’après le théorème de Fubini,
A ∂y
on a

ZZ Z b ÃZ ϕ2 (x)
!
∂P ∂P
(x, y) dx dy = (x, y) dy dx
A ∂y a ϕ1 (x) ∂y
Z bh iy=ϕ2 (x)
= P (x, y) dx
a y=ϕ1 (x)
Z b Z b
= P (x, ϕ2 (x)) dx − P (x, ϕ1 (x)) dx
a a
2596 Chapitre 20. Intégrales curvilignes, intégrales
multiples
Z b
La première intégrale P (x, ϕ2 (x)) dx n’est autre que
a
l’intégrale curviligne de la forme différentielle P (x, y) dx
le long du graphe y = ϕ2 (x), c’est-à-dire l’opposée de
l’intégrale curviligne de la forme différentielle P (x, y) dx
le long du quart supérieur de la frontière ∂A (un change-
ment d’orientation changeant l’intégrale curviligne en son
Z b
opposée). La deuxième intégrale − P (x, ϕ1 (x)) dx n’est
a
autre que l’opposée de l’intégrale curviligne de la forme
différentielle P (x, y) dx le long du graphe y = ϕ1 (x),
c’est-à-dire l’opposée de l’intégrale curviligne de la forme
différentielle P (x, y) dx le long du quart inférieur de la
frontière ∂A . Mais d’autre part les intégrales curvilignes
20.3. Calcul des intégrales doubles et triples 2597

de la forme différentielle P (x, y) dx le long des quarts


gauche et droite de la frontière sont nulles, car sur ces arcs,
x
ZZest une constante et donc
Z dx = 0. On en déduit donc que
∂P
(x, y) dx dy = − P (x, y) dx.
A ∂y ∂A

Soit ψ 1 et ψ 2 deux applications continues de [c, d] dans


R vérifiant ∀y ∈ [c, d], ψ 1 (y) ≤ ψ 2 (y) et soit A = {(x, y) ∈
R2 | y ∈ [c, d] et ψ 1 (y) ≤ x ≤ ψ 2 (y)}. On considère la
frontière ∂A de A en tant qu’arc paramétré orientée comme
l’indique la figure ci dessous : on parcourt la frontière en
laissant A à sa main gauche. Cette frontière est la réunion
de quatre arcs paramétrés, deux étant des graphes de fonc-
tions y 7→ x = ψ i (y) (l’un parcouru dans le sens direct,
l’autre dans le sens indirect), deux étant des graphes de
2598 Chapitre 20. Intégrales curvilignes, intégrales
multiples

fonctions x 7→ constante.
20.3. Calcul des intégrales doubles et triples 2599

A
y=ψ1(x)

c y=ψ2(x)
2600 Chapitre 20. Intégrales curvilignes, intégrales
multiples

Soit U un ouvert contenant A et Q une fonction de classe


C 1 sur U. La même méthode va nous fournir
ZZ Z d ÃZ ψ 2 (y) !
∂Q ∂Q
(x, y) dx dy = (x, y) dx dy
A ∂y c ψ 1 (y) ∂x
Z dh ix=ψ 2 (y)
= Q(x, y) dx
c x=ψ 1 (y)
Z d Z d
= Q(ψ 2 (y), y) dy − Q(ψ 1 (y), y) dy
c c

Z d
La première intégrale Q(ψ 2 (y), y) dy est l’intégrale de
c
la forme différentielle Q(x, y) dy le long du quart droit
20.3. Calcul des intégrales doubles et triples 2601

Z d
de la frontière ∂A, la seconde − Q(ψ 1 (y), y) dy est
c
l’intégrale de la forme différentielle Q(x, y) dy le long du
quart gauche de la frontière ∂A (à cause du changement
d’orientation). Mais d’autre part les intégrales curvilignes
de la forme différentielle Q(x, y) dy le long des quarts
supérieur et inférieur de la frontière sont nulles, car sur
ces arcs, yZZest une constante et donc
Z dy = 0. On en déduit
∂Q
donc que (x, y) dx dy = Q(x, y) dy.
A ∂x ∂A

Si A est à la fois des deux formes en question, on pourra


additionner les deux résultats obtenus ce qui nous conduira
2602 Chapitre 20. Intégrales curvilignes, intégrales
multiples

à la formule
Z
(P (x, y) dx + Q(x, y) dy)
∂A
ZZ µ ¶
∂Q ∂P
= (x, y) − (x, y) dx dy
A ∂x ∂y

Définition 20.3.1 On dit qu’une partie A de R2 est un


compact élémentaire s’il existe a, b, c, d ∈ R, deux fonctions
ϕ1 , ϕ2 : [a, b] → R continues telles que ∀x ∈ [a, b], ϕ1 (x) ≤
ϕ2 (x) et deux fonctions ψ 1 et ψ 2 continues de [c, d] dans R
vérifiant ∀y ∈ [c, d], ψ 1 (y) ≤ ψ 2 (y) telles que
A = {(x, y) ∈ R2 | x ∈ [a, b] et ϕ1 (x) ≤ y ≤ ϕ2 (x)}
= {(x, y) ∈ R2 | y ∈ [c, d] et ψ 1 (y) ≤x≤ψ 2 (y)}
20.3. Calcul des intégrales doubles et triples 2603

Définition 20.3.2 On dit qu’une partie A de R2 est un


compact simple s’il existe un pavé P de R2 contenant A et
une subdivision σ de P tels que pour tous les pavés Pi de la
subdivision, Pi ∩ A soit un compact élémentaire.

On oriente la frontière d’un tel compact simple par la


même règle que ci dessus : on parcourt la frontière en lais-
sant le compact à sa main gauche.

Exemple 20.3.5 Une couronne est un compact simple


comme le montre le dessin ci-dessous où on a exhibé une
subdivision adaptée, ainsi que l’orientation de la frontière
de chaque compact élémentaire :
2604 Chapitre 20. Intégrales curvilignes, intégrales
multiples

Posons alors Ai = Pi ∩ A. On peut alors écrire


20.3. Calcul des intégrales doubles et triples 2605

ZZ µ ¶
∂Q ∂P
(x, y) − (x, y) dx dy
A ∂x ∂y
X Z Z µ ∂Q ∂P

= (x, y) − (x, y) dx dy
Ai ∂x ∂y
i
XZ
= (P (x, y) dx + Q(x, y) dy)
i ∂Ai

Mais la réunion des frontières des Ai est constituée de


deux types d’arcs paramétrés : des arcs faisant partie de la
frontière de A plus des segments horizontaux et verticaux
provenant de la subdivision du pavé. Or (sans vouloir for-
maliser complètement ce raisonnement) ces segments sont
2606 Chapitre 20. Intégrales curvilignes, intégrales
multiples

parcourus deux fois pour un Ai et un Aj adjacents, une


fois dans un sens et une fois dans l’autre (voir le dessin ci
dessus), si bien que les intégrales curvilignes le long de ces
segments horizontaux ou verticaux n’appartenant pas à la
frontière de A s’annulent deux à deux. On obtient donc
ZZ µ ¶ Z
∂Q ∂P
(x, y) − (x, y) dx dy = (P (x, y) dx+Q(x, y) dy)
A ∂x ∂y ∂A

Théorème 20.3.7 (Green-Riemann). Soit A un compact


simple de R2 de frontière orientée ∂A, U un ouvert de R2
contenant A, P, Q : U → R de classe C 1 . Alors
ZZ µ ¶ Z
∂Q ∂P
(x, y) − (x, y) dx dy = (P (x, y) dx+Q(x, y) dy)
A ∂x ∂y ∂A
20.3. Calcul des intégrales doubles et triples 2607

Remarque 20.3.5 Le théorème de Green-Riemann per-


met (entre autresZZchoses) de ramener le calcul d’une
intégrale du type f (x, y) dx dy à celui d’une intégrale
Z A

curviligne (P (x, y) dx + Q(x, y) dy) (c’est-à-dire d’une


∂A
intégrale simple) à condition de connaı̂tre deux fonctions
∂Q ∂P
P et Q telles que f (x, y) = (x, y) − (x, y).
∂x ∂y

Corollaire 20.3.3 Soit A un compact simple de R2 de


frontière orientée ∂A. Alors l’aire de A est donnée par
Z Z Z
1
m(A) = x dy = − y dx = (x dy − y dx)
∂A ∂A 2 ∂A
2608 Chapitre 20. Intégrales curvilignes, intégrales
multiples

Démonstration 20.3.4 Il suffit de prendre successive-


ment P (x, y) = 0, Q(x, y) = x, P (x, y) = −y, Q(x, y) = 0
y x
et enfin P (x, y) = − , Q(x, y) = , couples pour lesquels
2 2
∂Q ∂P
(x, y) − (x, y) = 1.
∂x ∂y

Corollaire 20.3.4 Soit A un compact simple de R2 de


frontière orientée ∂A. Alors l’aire de A est donnée en
polaires par Z
1
m(A) = ρ2 dθ
2 ∂A

Démonstration 20.3.5 En effet x dy − y dx = ρ2 dθ.


20.4. Introduction aux intégrales de surface 2609

20.4 Introduction aux intégrales


de surface

Définition 20.4.1 Soit Σ = (D, F ) une nappe paramétrée


de classe C 1 de R3 , où D est un compact de R2 de frontière
négligeable. Soit f une fonction définie et continue sur l’im-
age de Σ et à valeurs dans l’espace vectoriel normé
ZZ E. On
appelle intégrale de f le long de Σ et on note f (m) dσ
Σ
l’élément de E
ZZ ZZ
∂F ∂F
f (m) dσ = f (F (u, v)) k (u, v)∧ (u, v)k du dv
Σ D ∂u ∂v
2610 Chapitre 20. Intégrales curvilignes, intégrales
multiples

En particulier, on appelle aire de Σ le nombre réel positif


ZZ ZZ
∂F ∂F
m(Σ) = dσ = k (u, v) ∧ (u, v)k du dv
Σ D ∂u ∂v
Le principal résultat sur ces intégrales de surface est
l’invariance par changement de paramétrage admissible

Théorème 20.4.1 Soit Σ1 = (D1 , F1 ) et Σ2 = (D2 , F2 )


deux nappes paramétrées de classe C 1 équivalentes, où D1
et D2 sont des compacts de R2 de frontières négligeables.
Soit f une fonction définie sur l’image de Σ1 et Σ2 , à
valeurs dans l’espace vectoriel normé E. Alors
ZZ ZZ
f (m) dσ = f (m) dσ
Σ1 Σ2
20.4. Introduction aux intégrales de surface 2611

En particulier, l’aire de la nappe est invariante par change-


ment de paramétrage.

Démonstration 20.4.1 Soit θ : D1 → D2 un difféomorphisme


de l’intérieur de D1 sur l’intérieur de D2 vérifiant
F1 = F2 ◦ θ. Un calcul fait dans le chapitre sur les nappes
paramétrées montre que (si on note (u, v) 7→ F1 (u, v) et
(λ, µ) 7→ F2 (λ, µ))
∂F1 ∂F1 ∂F2 ∂F2
(u, v) ∧ (u, v) = jθ (u, v) (θ(u, v)) ∧ (θ(u, v))
∂u ∂v ∂λ ∂µ
On en déduit que
ZZ
f (m) dσ
Σ1
2612 Chapitre 20. Intégrales curvilignes, intégrales
multiples
ZZ
∂F ∂F
= f(F1 (u, v)) k (u, v) ∧ (u, v)k du dv
D ∂u ∂v
ZZ 1
∂F2 ∂F2
= f(F2 ◦ θ(u, v)) k (θ(u, v)) ∧ (θ(u, v))k |jθ (u, v)| du dv
D ∂λ ∂µ
ZZ 1
∂F2 ∂F2
= f(F2 (λ, µ)) k (λ, µ) ∧ (λ, µ)k dλ dµ
D2 ∂λ ∂µ

par le théorème de changement de variables dans les


intégrales doubles.

Remarque 20.4.1 Le lecteur attentif aura remarqué que


nous avons modifié légèrement les définitions d’une nappe
paramétrée et de l’équivalence de deux nappes paramétrées,
20.4. Introduction aux intégrales de surface 2613

de façon à ce que cela nous arrange. Nous réclamons toute


son indulgence pour ces modifications de détail.

Comme cas particulier, cherchons l’aire d’une nappe de


révolution d’axe Oz. Soit Γ une méridienne de cette nappe,
paramétrée en coordonnées cylindriques par r = ϕ(t) et
z = ψ (t), t ∈ [a, b]. Un paramétrage de la nappe est alors
F (t, θ) = O + ϕ(t)~u(θ) + ψ (t)~k, (t, θ) ∈ [a, b] × [0, 2π] si bien
∂F ∂F
que (t, θ) = ϕ0 (t)~u(θ) + ψ 0 (t)~k et (t, θ) = ϕ(t)~u0 (θ).
∂t ∂θ
On a donc

∂F ∂F ³ ´
(t, θ) ∧ (t, θ) = ϕ(t) ϕ (t)~k − ψ (t)~u(θ)
0
∂t ∂θ
2614 Chapitre 20. Intégrales curvilignes, intégrales
multiples

et donc
∂F ∂F p
k (t, θ) ∧ (t, θ)k = |ϕ(t)| ϕ0 (t)2 + ψ 0 (t)2
∂t ∂θ
On en déduit que
ZZ p
m(Σ) = |ϕ(t)| ϕ0 (t)2 + ψ 0 (t)2 dt dθ
[a,b]×[0,2π]
Z b p
= 2π |ϕ(t)| ϕ0 (t)2 + ψ 0 (t)2 dt
Za
= 2π |r| ds
Γ
p
en notant r = ϕ(t) et ds = ϕ0 (t)2 + ψ 0 (t)2 dt la
différentielle de l’abscisse curviligne sur Γ. On obtient donc
20.4. Introduction aux intégrales de surface 2615

Proposition 20.4.1 Soit Σ la nappe de révolution en-


gendrée par la rotation de la méridienne Γ autour de la
droite D. Soit ds la différentielle de l’abscisse curviligne
de Γ et r la distance d’un point Zde Γ à la droite D. Alors
l’aire de la nappe est égale à 2π r ds.
Γ
Cours de mathématiques
0100100010000100
1011011101111011
0100100010000100
par Denis Monasse Ed.1011011101111011
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Table des matières 0100100010000100
1011011101111011
0100100010000100
• Plan général • Séries entières 1011011101111011
0100100010000100
• Algèbre générale • Formes quadratiques1011011101111011
0100100010000100
• Algèbre linéaire • Formes hermitiennes1011011101111011
0100100010000100
• Réduction des endomorphismes • Séries de Fourier 1011011101111011
0100100010000100
• Topologie des espaces métriques • Calcul différentiel1011011101111011
1.234,00 0100100010000100
• Espaces vectoriels normés • Equations différentielles
43.009,45 1011011101111011
0100100010000100
• Comparaison des fonctions • Espaces affines 1011011101111011
96.000.000 0100100010000100
• Suites et séries numériques
100.230,00 • Courbes 1011011101111011
0100100010000100
• Fonctions d’une variable réelle
1.234,00 • Surfaces 1011011101111011
0100100010000100
• Intégration
43.009,45 • Intégrales multiples
1011011101111011
0100100010000100
96.000.000
• Suites et séries de fonctions • Index 1011011101111011
0100100010000100

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