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L'article aborde la gestion de l'eau dans les oasis du Maroc, en se concentrant sur la région de Ferkla, confrontée à des pénuries d'eau dues à l'extension agricole et aux changements climatiques. Un processus participatif a été mis en place pour diagnostiquer la situation des ressources en eau et développer des solutions durables, impliquant divers acteurs locaux. Les résultats soulignent la nécessité d'un nouveau modèle de gouvernance de l'eau, basé sur l'implication des usagers et la co-construction des solutions.

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L'article aborde la gestion de l'eau dans les oasis du Maroc, en se concentrant sur la région de Ferkla, confrontée à des pénuries d'eau dues à l'extension agricole et aux changements climatiques. Un processus participatif a été mis en place pour diagnostiquer la situation des ressources en eau et développer des solutions durables, impliquant divers acteurs locaux. Les résultats soulignent la nécessité d'un nouveau modèle de gouvernance de l'eau, basé sur l'implication des usagers et la co-construction des solutions.

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Penser la gestion de l’eau à l’échelle territoriale dans les oasis

du Maroc : le cas de Ferkla


Yassine Khardi, Zeine Zein Taleb, Amar Imache, Marcel Kuper, Sami Bouarfa, Ali
Hammani, Guillaume Lacombe, Abdelilah Taky

To cite this version:


Yassine Khardi, Zeine Zein Taleb, Amar Imache, Marcel Kuper, Sami Bouarfa, et al.. Penser la gestion de l’eau à
l’échelle territoriale dans les oasis du Maroc : le cas de Ferkla. Alternatives Rurales, 2024, 10, ⟨10.60569/hsoas-
a1⟩. ⟨hal-04561246⟩

HAL Id: hal-04561246


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Submitted on 29 Apr 2024

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Alternatives Rurales

Alternatives Rurales
Hors série oasis
[Link]- Mars 2024

[Link]

Penser la gestion de l’eau à l’échelle territoriale dans les oasis


du Maroc : le cas de Ferkla

Yassine Khardi1,2, Zeine Zein Taleb3,4, Amar Imache5, Marcel


Kuper2, Sami Bouarfa2, Ali Hammani1, Guillaume Lacombe1,2,
Abdelilah Taky1
1
Institut agronomique et vétérinaire Hassan II, Rabat, Maroc ; 2 Université
de Montpellier, CIRAD, L’institut Agro Montpellier, INRAE, UMR-G-EAU,
Montpellier, France ; 3 Laboratoire LADSIS, Faculté des Lettres et des
Sciences Humaines Ain Chock- Université Hassan II de Casablanca,
Casablanca, Maroc ; 4 Ecole Nationale d’Agriculture de Meknès, Meknès,
Maroc ; 5 Lien Social et Décision (Lisode), Montpellier, France.
Contact : ykhardi@[Link]

Résumé

Dans les zones oasiennes du Maroc, l’agriculture a connu une extension très importante depuis 30 ans
en dehors des oasis, basée principalement sur l’exploitation des eaux souterraines et stimulée par des
politiques agricoles volontaristes. Les oasis et leurs extensions sont aujourd’hui confrontées à des
pénuries d’eau conséquentes, accentuées par une irrégularité croissante des pluies et des crues. Un
processus participatif, impliquant un panel mixte d’acteurs, a été mené en vue d’établir un diagnostic
d’ensemble de la situation des ressources en eau dans la zone oasienne de Ferkla (Drâa-Tafilalet) et de
coconstruire des solutions consensuelles pour une gestion durable de l’eau à l’échelle du territoire. Le
diagnostic a permis d’identifier plusieurs indices démontrant le surdéveloppement voire la
« fermeture » du bassin versant : relocalisation de l’usage de l’eau vers l’amont, déclin des niveaux
piézométriques des nappes et conflits d’usages. Face à ces enjeux, nombreuses sont les initiatives
individuelles et collectives pour augmenter l’offre en eau localement, identifiées par les participants.
Celles-ci ont été mises en œuvre ou sont en cours de réflexion, mais elles restent localisées et tributaires
d’interventions ailleurs dans le bassin versant. De l’avis général, un nouveau modèle de gouvernance
de l’eau est à inventer pour assurer un avenir durable des oasis au Maroc. Ce modèle se baserait sur
l’implication et la responsabilisation des usagers dans la gestion de l’eau. Cet article où une démarche
participative a été déployée pour comprendre et apporter des propositions autour des enjeux de la
gouvernance de l’eau dans les zones oasiennes se veut une contribution au débat national sur la gestion
de l’eau.
Mots clés : oasis, eau, règles de gestion, processus participatif, co-construction, gestion durable de
l’eau, Maroc

1
Alternatives Rurales

Introduction problématique, le Maroc a mis en exergue la


gestion participative de l’eau, en particulier par
la création des contrats de gestion participative
La gestion de l’eau dans les zones oasiennes au impliquant l’ensemble des acteurs (Dionnet et
Maroc est face à un double défi. D’une part, il al., 2020). En 2022, les premiers processus de
y a eu une augmentation très forte de la contrats de nappe en zone oasienne ont vu le
demande en eau agricole dans un contexte de jour pour les nappes de Meski-Boudnib et de la
sécheresses répétitives, diminuant les apports plaine de Feija (Zagora)2.
d’eau. En effet, de nombreuses extensions
Face à l’augmentation de la demande en eau et
agricoles ont vu le jour en dehors des oasis,
aux changements des modes de gestion, cet
basées principalement sur l’exploitation de
article vise à contribuer à une réflexion sur la
l’eau souterraine par pompage. En parallèle, la
gestion de l’eau en territoire oasien. Basé sur
demande en eau d’autres secteurs (eau
un processus participatif impliquant les
potable, industries) a augmenté, accentuant la
différents acteurs concernés par la gestion de
pression sur les ressources en eau. On assiste
l’eau dans la zone de Ferkla (Drâa-Tafilalet),
aujourd’hui à une course effrénée pour l’accès
l’article a pour objectif de faire un diagnostic
aux eaux de surface et souterraine dans les
partagé de la situation actuelle et de
zones oasiennes (Khardi et al., 2023).
coconstruire des pistes de solutions pour une
D‘autre part, l’organisation de l’allocation et la gouvernance de l’eau plus durable.
mobilisation de l’eau se sont complexifiées ces
dernières décennies. Les exploitations
agricoles qui se sont développées moyennant Zone d’étude
le pompage des eaux souterraines
représentent une forme d’individualisation de
Le processus participatif s’est déroulé dans la
l’accès et de gestion des eaux souterraines
zone de Ferkla dans la région de Drâa-Tafilalet.
contrairement aux oasis traditionnelles où les
Cette zone s’étale sur une superficie d’environ
agriculteurs ont maintenu une maitrise d’eau
1 000 km2 et regroupe trois communes
collective suivant l’Orf1 (Ait Hamza, 1999), tout
territoriales à savoir : Ferkla El Oulia, le centre
en l’adaptant au contexte actuel (Khardi et al.,
urbain de Tinejdad et Ferkla Es-soufla. Le
2023). Par ailleurs, l’Etat a progressivement
territoire de Ferkla se trouve à l’aval du bassin
pris le contrôle des eaux de surface moyennant
versant du Todgha où la ressource en eau est
des barrages gérés par les agences de bassin
de plus en plus captée en amont. Par ailleurs,
hydraulique (ABH). Cela a remis en question
la zone d’étude regroupe une diversité
des modes de gestion communautaires, qui
d’acteurs et de modes d’irrigation (collectif
avaient dans le passé permis de veiller sur la
selon l’Orf, individuel par pompage et associatif
distribution de l’eau ou encore d’organiser
suite à l’intervention de l’Etat) au sein du
l’interdiction de forages dans des zones de
même territoire.
captation des khettaras (Lightfoot, 1996 ;
Haddache, 2012). Pour pallier à cette

1
Les orf sont les « us et coutumes », dans le cas participative de la nappe de Meski-Boudnib.
présent les règles traditionnelles de gestion Aujourdhui Maroc. (accessed 6.27.23).
communautaire de l’eau.
2
Aujourd’hui Le Maroc, le 29/1/2022. Sadiki et
Baraka signent à Errachidia le contrat de gestion

2
Alternatives Rurales

Le territoire de Ferkla, et par extension le dehors des oasis (Figure 1). Les premières
bassin du Todgha, est délimité par deux exploitations agricoles individuelles ont vu le
chaines de montagne ; le Haut-Atlas au nord et jour dans la zone d’El-Bour (zone auparavant
l’Anti-Atlas au Sud. La pluviométrie moyenne réservée à la production céréalière par
annuelle à l’échelle de ce bassin est inférieure épandage des eaux de crues) dans les années
à 130 mm et les écoulements de surface 1980 selon nos enquêtes. Les stations de
n’atteignent Ferkla qu’après des averses pompage recensées par l’Office Régional de
importantes qui dépassent les besoins et les Mise en Valeur Agricole -Tafilalet (OMRVA-Tf)
prélèvements en amont. Les oasis de la zone en 2021 sont d’environ 415. Ainsi, la superficie
sont principalement irriguées de manière irriguée à l’échelle de Ferkla a plus que doublé
collective par les khettaras, régies par l’Orf, et entre 1984 et 2021 passant d’environ 1 580 ha
par l’épandage des eaux de crues, souvent sous à 3 730 ha (Khardi et al., 2023). Des rivalités
forme associative, suite à l’intervention de dans l’accès à l’eau souterraine sont
l’Etat pour renforcer les infrastructures. Les aujourd’hui relevées. Par exemple, certaines
oasis irriguées par les khettaras s’étalent sur exploitations agricoles récentes pompent l’eau
une superficie d’environ 450 ha (Khardi et al., dans les aquifères qui alimentent les khettaras
2023). Des exploitations agricoles individuelles (Khardi et al., 2023).
basées sur le pompage se sont développées en

Figure 1. Carte de la zone de Ferkla

3
Alternatives Rurales

Méthodologie région oasienne (e.g. Ferkla, Todgha ou Alnif).


Certains ont investi en agriculture grâce aux
fonds issus de l’émigration. Ces ateliers visaient
Le processus participatif avait comme objectif à mettre l’accent sur les logiques propres aux
de réunir un panel mixte d’acteurs qui agriculteurs de chaque groupe pour leur
exploitent ou gèrent la ressource en eau dans permettre de structurer leurs idées pour les
le territoire étudié afin de coconstruire des ateliers multi-acteurs. A la fin des ateliers de
solutions consensuelles sur la gestion et préparation, les agriculteurs ont joué le rôle de
l’exploitation de l’eau : agriculteurs, représentants des établissements étatiques. Ils
représentants institutionnels, membres des se sont « mis dans la peau » des institutionnels
associations des irrigants et acteurs associatifs. afin de connaître leurs missions et leurs
Ce processus a été initié dans le cadre d’une moyens et pour renforcer le lien de confiance
thèse de doctorat et visait à regrouper une entre l’ensemble des parties prenantes
diversité de points de vue et d’intérêts, plutôt (Baldwin et Ross, 2012). Les agriculteurs ont
qu’une représentativité statistique des acteurs. participé activement aux ateliers et des
Ce choix correspond à l’un des principes discussions vives ont même eu lieu en marge
déontologiques de la participation en des ateliers pour continuer le débat.
l’occurrence le volontariat et la propre
Pour amener les acteurs impliqués dans la
motivation des acteurs pour participer au
concertation à coconstruire des solutions, nous
processus. Pour concevoir et enrichir nos
les avons réunis dans trois ateliers multi-
ateliers participatifs, nous nous sommes
acteurs (Figure 2) pour dresser l’état des lieux
inspirés des approches déployées par Faysse et
et le diagnostic participatif de leur territoire
al. (2014) et Ameur et al. (2015), qui ont
(Dionnet et al., 2020). En plus des deux
entrepris des processus de concertation sur
catégories d’agriculteurs, nous avons mobilisé
une ressource en eau surexploitée dans des
des acteurs institutionnels (ORMVA-TF ;
contextes semi-arides. Plusieurs visites et
Agence Nationale pour Développement des
discussions ont eu lieu sur le terrain avant
Zones Oasiennes et de l’Arganier (ANDZOA),
l’organisation des ateliers participatifs afin de
Commune de Ferkla Essoufla et Agence de
mieux connaitre le territoire et les différentes
Bassin Hydraulique Guir-Ziz-Rhéris (ABH-GZR))
pratiques entreprises pour pallier au manque
ce qui a permis d’apporter les connaissances
d’eau d’irrigation. Cette démarche était
techniques et juridiques sur la problématique
nécessaire afin d’instaurer un climat de
de l’eau. Finalement, le rôle de la recherche a
confiance avec les acteurs.
été mis en avant à travers la production de
Avant de réunir un panel mixte des acteurs liés connaissances et l’apport des éléments de
à la gestion de l’eau dans ce territoire pour la réflexion sur l’avenir du territoire, et par
première fois, deux ateliers de préparation l’organisation du processus participatif. Les
avec des agriculteurs ont eu lieu. Le premier objectifs des ateliers étaient de : i) établir des
atelier de préparation a été destiné aux liens de confiance entre l’ensemble des
agriculteurs des oasis où la gestion de l’eau acteurs ; ii) créer une atmosphère de
d’irrigation est organisée de manière concertation fondée sur des faits ; iii) croiser
collective, et le deuxième aux agriculteurs des des regards et des perceptions au sujet de la
extensions agricoles qui ont tous un accès gestion de l’eau dans leurs territoires ; et iv)
individuel à l’eau souterraine. La majorité des coconstruire des solutions sur la base d’un état
agriculteurs de la zone d’extension impliqués des lieux et d’un diagnostic collectif. Nous
dans le processus sont originaires de cette avons mobilisé plusieurs outils de facilitation et

4
Alternatives Rurales

de concertation en l’occurrence les actions de méthodologiques et des interprétations


brise-glaces, les dessins individuels et collectifs discutables. A la fin de chaque atelier, nous
du territoire sur des supports vierges, la avons demandé aux participants d’évaluer
conception collective de l’arbre à problème de l’organisation et le déroulement des ateliers et
la question de l’eau et l’échelle de consensus3. de souligner les points à améliorer dans les
ateliers futurs. Cette évaluation a été faite de
L’ensemble des ateliers de terrain a été animé
manière anonyme. Ces ateliers ont eu lieu
en arabe dialectal pour faciliter l’expression de
entre février et mai 2023. Neuf agriculteurs des
tous les acteurs. Le lieu où s’est déroulé les
anciennes oasis et 8 agriculteurs des
ateliers a été soigneusement choisi en vue de
extensions agricoles ont respectivement
garder une neutralité pour les agriculteurs et le
participé aux ateliers de préparation. Les trois
personnel des institutions publiques. Les
ateliers multi-acteurs ont connu la
ateliers participatifs menés étaient basés sur la
participation de 4 acteurs institutionnels (1
symétrie entre l’ensemble des participants.
représentant par institution étatique), de 3
Cette symétrie stipule que tous les participants
agriculteurs de la zone d’extension agricole et
ont le même poids et se trouvent au même
de 8 agriculteurs des anciennes oasis dont 2
pied d’égalité. Lavigne - Delville (2011) montre
femmes. Certains agriculteurs peuvent
que l’absence d’une approche basée sur la
appartenir à des associations de
symétrie entre les « développeurs » et les «
développement locales, des associations des
développés » dans les projets de
usagers de l’eau agricole, ou des coopératives.
développement induit des problèmes

Figure 2. Schéma des étapes principales du processus participatif

3
Ces outils sont expliqués et détaillés dans le guide et contractuelle de l’eau au Maroc accessible en
de concertation territoriale et de facilitation et le ligne .
guide d’orientation pour une gestion participative

5
Alternatives Rurales

Résultats collective et d’une discussion avec tous les


intervenants mobilisés dans les ateliers.

Une démarche symétrique au Des ateliers participatifs qui


service d’une réflexion collective révèlent la fermeture du bassin
sur un nouveau modèle de gestion versant
de l’eau Lors des ateliers de l’état des lieux et du
diagnostic participatif, plusieurs problèmes en
Une charte collective a été coconstruite à la fin
lien avec la situation hydrique actuelle des
de l’atelier de l’état des lieux où le panel mixte
oasis ont été évoquées (Figure 3). Parmi les
des acteurs a été réuni pour la première fois
problèmes évoqués, on note le manque et
afin d’organiser et de cadrer les ateliers d’après
l’irrégularité des précipitations, la
(Tableau 1). Lors de cet atelier d’état des lieux,
surexploitation de la nappe4, la baisse des
les participants ont été amenés à travailler en
niveaux piézométriques5, la multiplication des
groupe et par conséquent leurs connaissances
forages illégaux et les problèmes de salinité.
et leurs visions ont été croisées. De ce fait, ils
Ces problèmes ont été classés collectivement
se sont mis d’accord sur la nécessité de
en quatre groupes homogènes (Figure 3). A ces
respecter les propositions et les idées d’autrui,
problèmes s’ajoute la méconnaissance du
d’éviter d’interrompre les autres, de respecter
potentiel réellement existant des eaux
l’horaire de démarrage des ateliers et de
souterraines de la zone. Les problèmes
prendre en considération les résultats des
soulevés sont typiquement les symptômes
ateliers dans l’avenir.
d’un bassin versant fermé : « Lorsque l'offre en
Tableau 1. Charte établie avec les participants eau n'est pas suffisante pour satisfaire la
pour guider et organiser le processus demande en termes de qualité et de quantité
participatif d'eau dans le bassin et à l'embouchure,
1. S’engager à être présent dans toutes pendant une partie ou la totalité de l'année, on
les étapes du processus participatif ; dit que les bassins sont en train de se fermer »
2. Respecter les avis ou les idées des (Molle et al., 2013 : 589).
autres participants ; Certains participants considèrent que leurs
3. Écouter les interventions d’autrui ; oasis sont impactées par une situation
4. Respecter l’heure de l’atelier ; d’anarchie causée par le développement des
5. Prendre en compte les résultats des puits et des forages individuels. Une oasienne
ateliers a annoncé : « à cause de la multiplication des
puits, notre oasis n’est plus verte comme
Au final, l’ensemble des résultats obtenus auparavant ». Par ailleurs, les jeux de rôle ont
notamment l’état des lieux, le diagnostic et les permis de cerner la perception des agriculteurs
solutions résultent d’une co-construction vis-à-vis des eaux souterraines. Ils expriment la
nécessité de partager une ressource qui ne

4
S’il est aujourd’hui communément admis que cette nappe dépassent sur la durée les apports
« tout pompage d'eau souterraine a un impact sur d’eau qui la rechargent (Molle, 2023).
5
les autres utilisateurs et environnements Le niveau piézométrique est le niveau libre de l'eau
existants », la surexploitation de la nappe est observé dans un puits ou dans un forage par
souvent évoquée lorsque les prélèvements depuis rapport à un niveau de référence.

6
Alternatives Rurales

devrait jamais être accaparée par des individus, toute seule…ces eaux ne peuvent pas être
mais en même temps ils rendent compte de la réparties comme les eaux d’un oued ou d’une
difficulté du partage d’une ressource loin de la séguia, chacun prend ce que lui a été alloué par
surface : « Les ressources souterraines sont un Dieu».
don divin, personne ne peut les monopoliser

Figure 3. Les problèmes liés à l’eau dans la zone et inventoriés lors de l’atelier du diagnostic participatif

sont menacées par une multiplication de puits


Un cheminement depuis les et forages permettant un accès individuel à
problèmes d’infrastructures aux l’eau souterraine. Pour maintenir leur accès à
problèmes de gouvernance et de l’eau, ils proposent que l’État investisse dans
des forages collectifs au profit des oasiens.
gestion de l’eau
Quant aux agriculteurs des extensions
Lors des ateliers de préparation (Figure 2), les agricoles, ils affirment un manque généralisé
agriculteurs des oasis ont soulevé plusieurs d’eau et une méconnaissance des besoins réels
problèmes liés à l’eau : i) surexploitation de la des palmiers dattiers et des techniques
nappe par le pompage à énergie solaire, ii) d’économie d’eau à l’échelle de leurs
creusement illégal des puits et des forages, iii) exploitations. D’après ces agriculteurs, la
faible exploitation et valorisation des terres solution face à cette situation de déficit en eau
agricoles, iv) réseau d’irrigation par les eaux de souterraine est de construire de grands et de
crues insuffisamment aménagé, et v) absence petits barrages à usage agricole. « S’il y avait un
des puits et des forages collectifs. Ils indiquent barrage, on aurait bénéficié des eaux de crues
ainsi que les activités agricoles dans les oasis toute l’année pour irriguer nos exploitations

7
Alternatives Rurales

agricoles » déclare un agriculteur de la zone d’infrastructures d’irrigation et d’autres


d’extension ‘El-bour’. La réalisation d’un problèmes divers (Figure 4).
barrage équivaut donc à leurs yeux à la création
Certains participants ont souligné l’importance
d’une nouvelle ressource avec de l’eau
et la nécessité de se focaliser sur les problèmes
disponible toute l’année.
de gestion et de gouvernance de l’eau. « Les
De manière générale, les agriculteurs des oasis problèmes de gestion et de gouvernance
et des extensions agricoles affirment la responsabilisent tout le monde, l’Etat et les
régression de l’offre en eau d’irrigation. Ils usagers de l’eau » annonce un agriculteur
affirment à l’unanimité que l’une des causes de d’une exploitation agricole. Les différents
cette régression est le développement du problèmes ont donc été attribués à différents
pompage des eaux souterraines. Ils essayent acteurs : les administrations et des
parfois d’externaliser le problème. Un établissements étatiques ; les exploitants de la
agriculteur des extensions agricoles, par ressource en eau ; des problèmes de gestion à
exemple, considère que le pompage dans les responsabilité partagée entre l’administration
extensions n’est pas la cause de la pénurie et les usagers de la ressource en eau.
d’eau dans les anciennes oasis : « Pourquoi
Le choix de développer ces problèmes de
vous accusez les agriculteurs d’El-Bour
gestion et de gouvernance ne reflète en aucun
d’assécher les oasis ? Qui a pris l’eau d’El-Bour
cas un délaissement ou un changement de
à son tour ? »
perception vis-à-vis de l’importance du
Ils ont tous suggéré que la mise en place des manque d’infrastructures d’irrigation aux yeux
ouvrages et des infrastructures d’irrigation des agriculteurs. Il s’agit d’une transition du
résoudrait les problèmes d’eau dans leurs oasis débat sur l’eau depuis l’échelle locale, c’est-à-
et exploitations agricoles. D’un côté, les dire l’oasis et exploitation agricole (ou
agriculteurs des oasis sont à la recherche des extensions agricoles) vers l’échelle du
ouvrages d’irrigation collective comme des territoire. Par exemple, pour les oasiens le sur-
seuils de recharge de la nappe et d’épandage pompage dans les extensions agricoles a
des eaux de crues, des séguias et des forages occasionné le déclin du débit des khettaras. En
collectifs. De l’autre côté, les agriculteurs des d’autres termes, une réallocation de l’eau des
extensions agricoles souhaitent bénéficier des oasis vers les extensions serait en cours (Figure
eaux de surface moyennant des barrages afin 4).
de pallier au manque d’eau souterraine.
Pendant l’atelier de diagnostic participatif, les
problèmes annoncés par l’ensemble des
participants, à la fois par les agriculteurs des
oasis et des extensions agricoles, ont été
classés dans un arbre à problème autour du
constat central d’un « déséquilibre entre l’offre
en eau disponible et la demande ». Quatre
problèmes principaux ont été sélectionnés
consensuellement comme étant les causes
majeures de ce constat. Ces problèmes sont le
manque de précipitations et le changement
climatique, les problèmes de gestion et de
gouvernance, le manque généralisé

8
Alternatives Rurales

Figure 4. L’arbre à problème établi sur la base du constat d’un déséquilibre entre l’offre en eau disponible et la demande

9
Alternatives Rurales

A la fin des ateliers participatifs, une discussion


Une multitude de tentatives à avec quelques participants a permis de mettre
l’échelle locale pour faire face au en lumière une expérience imminente
manque d’eau d’organisation collective des agriculteurs des
extensions agricoles. Ces agriculteurs, qui
Les visites de terrains et les discussions avec les exploitaient les eaux souterraines
participants pendant et en marge des ateliers individuellement, cherchent actuellement à
participatifs ont permis d’identifier une instaurer des règles pour gérer et exploiter
multitude d’initiatives pour faire face au collectivement un canal d’épandage de crues
manque d’eau d’irrigation dans la zone de installé par l’Etat (Photos 1) pour avoir une
Ferkla. Ces tentatives sont généralement mises deuxième source d’eau.
en place de manière individuelle ou dans des
petits collectifs. Plusieurs agriculteurs exercent Pour une implication de la
ainsi le captage des eaux de crues ou des eaux population locale dans toutes les
pluviales pour la recharge de la nappe et
décisions et les projets liées à l’eau
l’irrigation de leurs parcelles (Photos 1).
dans la zone
D’autres agriculteurs s’organisent de manière
collective pour renforcer l’apport en eau des Pendant les ateliers, les participants ont eu
khettaras par pompage solaire dans ce qu’on l’occasion de travailler en groupe pour aboutir
peut qualifier comme une course vers l’eau à des résultats consensuels et collectifs (Photos
souterraine (Photos 1 ; Khardi et al., 2023). 2). Ils ont également dépassé les tentatives
Ainsi, nous avons remarqué que individuelles pour proposer la généralisation
l’emplacement des forages exploités par de plusieurs solutions et propositions
pompage peut être modifié pour aller collectives à l’échelle de tout le territoire.
« chercher » la nappe vers l’amont afin de Parmi les propositions, on note la mise en place
pallier à la baisse du potentiel en eau des forages collectifs dans les zones
souterraine. d’extensions, la négociation des parts d’eau
D’autres stratégies concernent la réduction de souterraine et la mise en place des compteurs
la superficie irriguée, se concentrer sur à l’échelle des forages et puits individuels et
l’irrigation du palmier dattier, ou encore une réinstauration innovante des droits et des
multiplier les forages ou approfondir les puits. lois coutumières de l’eau – l’Orf - à l’échelle de
tout le territoire (Tableau 2).

10
Alternatives Rurales

Photos 1. Tentatives observées pour renforcer l’offre en eau dans les oasis de Ferkla

La majorité des participants ont mis le doigt règles de gestion ancestrale des droits d’eau
sur la nécessité d’améliorer la gestion pour répartir l’eau selon les superficies
ancestrale des terres et des droits d’eau. Ils cultivées. Les participants ont également
perçoivent que le modèle actuel de gestion des proposé d’impliquer les « Nayb » des terrains
terres et des eaux pose plusieurs contraintes collectifs (c’est-à-dire les représentants légaux
(telles que le tour d’eau figé et morcellement des collectivités ethniques et terres collectives)
des terres et des droits d’eau par héritage). Ils pour faciliter la communication avec les
proposent de reconsidérer le rôle des Jemâas populations des Ksars (Tableau 2).
et de rénover les procédures juridiques et les

Photo 2. Etape de dessin sur des supports vierges en sous-groupes par les participants lors de l’atelier
de l’état des lieux participatif mené à Tinejdad.

11
Alternatives Rurales

Tableau 2. Echelle de consensus de quelques solutions proposées par les participants

Solutions proposées Echelle de consensus (11 participants ont


participé à cette activité)
Je porte J’appuie Je peux Je mets
vivre avec mon véto
Solutions relatives à la gestion de la ressource en eau
Apporter des solutions innovations pour améliorer la gestion ancestrale des 7 0 0 0
droits d’eau (« Aster ») en se basant sur la participation des agriculteurs
Implication des « Nayb » des terrains collectifs pour faciliter la 4 5 0 0
communication avec les populations des Ksars et utiliser des points de
diffusions de l’information (Ecole, Mosquée…) et / ou utiliser les réseaux de
sociaux
Considérer l’eau (de surface et souterraine) comme un bien commun et agir 2 5 0 0
sur cette base
Adaptation des AUEA avec les spécificités sociales de la zone et prendre en 1 3 1 0
compte le « Orf »
Application et adaptation des lois sur l’eau (renforcement des actions de la 2 2 1 0
police de l’eau… )
Des propositions d’amélioration de l’infrastructures d’irrigation
Implication de l’Etat dans les travaux d’entretiens des grands ouvrages 3 8 0 0
hydrauliques (Couts d’entretien très élevé pour la population)
Implication de la population locale dans les études techniques primaires de 2 6 2 0
réalisation des ouvrages hydrauliques
Prise d’initiative par les agriculteurs individuellement ou collectivement 4 5 0 0
pour entretenir les ouvrages hydrauliques
Construction des seuils de recharge de la nappe, barrage et digue de 3 5 0 0
dérivation selon le besoin et les spécificités de la zone
Adopter des approches innovantes pour résoudre le problème 2 5 0 0
d’envasement des ouvrages de recharge notamment l’implication de la
commune pour exploiter et valoriser la vase
Implication de la population lors de la réalisation des ouvrages hydrauliques 2 5 0 0
et assurer une gestion collective de ces ouvrages
Des solutions liées à la gestion de la demande
Arrêter les cultures consommatrices en eau et se baser essentiellement sur 4 4 1 0
le palmier dattier en agriculture
Mise en place des compteurs à l’échelle des exploitations agricoles et 3 5 1 0
apporter une dotation d’eau gratuite aux agriculteurs basée sur une étude.
Une tarification de l’eau est applicable en cas de dépassement de la dotation
gratuite
Arrêter l’extension des superficies agricoles 0 6 1 0
Mise en place des forages collectifs équipés par des compteurs dans les 1 4 1 0
zones d’extensions agricoles
Des solutions en lien avec le foncier irrigué
Mise en place d’une gestion sociale de l’eau et des terres ; rénovation des 1 5 0 0
procédures juridiques pour la répartition de l’eau selon les superficies
cultivées

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Alternatives Rurales

L’une des propositions soulevées pendant la propositions d’amélioration de


co-construction des solutions est l’implication l’infrastructures d’irrigation, iii) des solutions
de la population locale (agriculteurs et liées à la gestion de la demande, et iv) des
riverains) dans toutes les décisions et les solutions en lien avec le foncier irrigué (Tableau
projets liés à l’eau dans le territoire. D’un côté, 2).
les participants ont évoqué la non prise en
compte des savoirs et des besoins de la
population lors de la conception et de la mise
Discussion et conclusion
en place de certains ouvrages hydrauliques. Il
s’agit par exemple de valoriser leur
connaissance des zones avec des potentiels Le processus participatif montre qu’en dépit
d’infiltration importants depuis l’oued, des efforts institutionnels et organisationnels
éloignement entre ces ouvrages et les collectifs existants, les oasis du Maroc connaissent des
des agriculteurs qui peuvent à la fois bénéficier difficultés et des contraintes liées à la
de l’effet de ces ouvrages et d’assurer leurs gouvernance de l’eau qui mènent, d’après le
travaux d’entretien. D’un autre côté, le panel mixte des acteurs mobilisés, à un
diagnostic participatif a mis le point sur les déséquilibre considérable entre l’offre en eau
limites des études techniques standards qui disponible et ses usages. Les solutions mises en
sont souvent transposées depuis d’autres place par les agriculteurs de manière
contextes non-oasiens. Les participants individuelle ou en petit collectif permettent de
faisaient référence, par exemple, à renforcer l’offre en eau voire pallier au manque
l’encouragement de l’extension agricole basée d’eau localement sans tenir compte des autres
sur le pompage des eaux souterraines usages de l’eau à l’échelle du bassin versant.
moyennant des subventions étatiques dans ce Les tentatives menées jusqu’à présent
contexte oasien. D’après les participants, ces manquent d’une vision d’ensemble sur tout le
études ne prennent pas en compte la vision des bassin versant et reflètent une course effrénée
agriculteurs et les spécificités du territoire vers les eaux à l’échelle du territoire oasien.
oasien (rareté de l’eau ; compétition entre les
Dans les premiers ateliers, les participants
oasis et les extensions).
affirmaient l’existence d’une situation
A l’unanimité, les participants (agriculteurs et d’anarchie, entraînant un déclin de la nappe,
institutionnels) perçoivent que l’entretien des une exclusion de certains agriculteurs, et in fine
grands ouvrages hydrauliques (les digues un sentiment d’insécurité et d’incertitude pour
d’épandage des eaux de crues et de recharge l’avenir du territoire. Lors du dernier atelier, ils
et les canaux de transfère d’eau) relève de ont proposé des solutions collectives à
missions de l’Etat vu que ses couts sont très généraliser sur tout le territoire. Une
élevés. En contrepartie, les agriculteurs des proposition concrète a émergé pour mettre fin
oasis et des extensions agricoles peuvent à un accès individuel à la nappe dans les
prendre l’initiative de manière individuelle ou extensions par la mise en place de forages
collective pour entretenir certains ouvrages collectifs dotés de compteurs. Cette solution
d’irrigation. En somme, les solutions permettrait de mieux raisonner les usages de
coconstruites peuvent être classées entre : i) l’eau. En outre, le souhait d’une rénovation des
des solutions relatives à la gestion avec procédures juridiques et des règles ancestrales
différents niveaux de responsabilité (de l’Etat, des droits d’eau qui ne peut être atteinte
des usagers et partagée entre l’Etat les qu’avec une reconsidération du rôle des
agriculteurs et associations), ii) des Jemâas a été évoquée par les participants.

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Alternatives Rurales

Certaines Jemâas sont encore fonctionnelles L’ensemble des propositions coconstruites


dans la zone et pourraient être mobilisées. dans les ateliers participatifs suggère la
nécessité de concevoir et de mettre en place
Le processus participatif a été une occasion
un nouveau modèle de gouvernance de l’eau
d’un changement d’angle d’analyse des
dans le territoire oasien. En effet, la gestion
agriculteurs depuis un discours appelant à plus
communautaire ou associative (par exemple
d’infrastructures d’irrigation vers un discours
d’une khettara ou d’un réseau d’épandage des
de gestion de l’eau à l’échelle du territoire.
eaux de crues) assure une gestion très localisée
Issus de ce territoire ou y ayant vécu
de l’eau. Cette gestion est impactée par les
longtemps, les institutionnels participants sont
autres décisions prises ailleurs dans le bassin
conscients des disparités présentes : une
notamment le pompage depuis la nappe
agriculture dans les anciennes oasis à faible
alimentant ces oasis ou la construction d’un
rentabilité et une agriculture individuelle dans
barrage à leurs amonts. De l’autre côté, une
les extensions à forte consommation d’eau. Ils
gestion centralisée est confrontée au manque
sont également conscients des objectifs et des
des outils et du capital humain pour assurer
plans de développement centralisés, qui sont
l’exploitation de la ressource suivant les règles
parfois en contradiction avec le contexte de
et les lois établies (par exemple, pour lutter
rareté de l’eau dans ce territoire.
contre le pompage illicite, interdire le pompage
La mise en place des compteurs, l’interdiction dans les zones de captages des khettaras,
de l’extension agricole et des cultures assurer le bon fonctionnement des ouvrages
consommatrices en eau et la rénovation des d’épandage des eaux de crues et de recharge
règles ancestrales de gestion de l’eau et des de la nappe). En outre, peu de données sur les
Associations d’Usagers d’Eau Agricole (AUEA) ressources en eau et sur les usages sont
sont des propositions qui reflètent une disponibles et partagées entre parties
transition d’une vision de développement de prenantes. Par exemple, les données collectées
l’offre à une volonté individuelle et/ou par l’Agence de Bassin ne sont pas connues des
collective des participants à établir l’équilibre usagers, ce qui rend compliquée une vision du
entre la ressource en eau disponible et ses partage de l’eau au-delà du local.
usages.
Ainsi, la gestion concertée de la ressource en
D’un autre côté, on note une correspondance eau qui repositionne les usagers de l’eau en
entre les causes du déséquilibre entre l’offre et l’occurrence les Jemâas, les AUEAs, les
la demande en eau évoquées par les agriculteurs des extensions dans l’arbitrage et
participants (Figure 4) et les solutions la gestion de l’eau à l’échelle d’une nappe
d’amélioration proposées (Tableau 2). Les exploitée collectivement s’avère une
participants ont proposé des solutions liées à la alternative au modèle actuel de gestion des
gestion qui relèvent de la responsabilité de eaux dans les oasis - centralisé à l’échelle du
l’Etat et de la population oasienne ; ils ont aussi bassin et à la fois communautaire à l’échelle
apporté des éléments de solutions aux locale - qui a montré ses limites.
problèmes d’infrastructure et de
En effet, la gestion participative propose un
développement de l’offre. De manière
modèle de gestion intermédiaire (Dionnet et
générale, la gouvernance de l’eau invite à
al., 2020). Ce modèle devrait être basé sur la
dépasser l’approche purement technique de la
concertation et l’implication des usagers
gestion de l’eau pour prendre en compte les
comme étant des partenaires dans la gestion
facteurs humains et environnementaux
de la ressource en eau. Les solutions proposées
(Bakker et Morinville, 2013).

14
Alternatives Rurales

par les participants au processus peuvent être Références


toutes incluses dans un modèle de gestion
intermédiaire de l’eau dans leur territoire
oasien. Par ailleurs, les savoirs des Agence du Bassin Hydraulique du Guir-Ziz-
communautés (connaissances sur Rhéris, 2014. Etude de délimitation des
l’hydrogéologie de la zone, les règles périmétres de sauvegarde et d’interdiction des
d’arbitrage et de partage de l’eau) devraient têtes des khettaras au niveau de la province
être reconnus et valorisés. L’implication des d’Errachidia, Rapport de la mission 3.
populations (les agriculteurs et la société civile) Aït Hamza M, 1999. Mobilité socio-spatiale et
dans la prise de décision et leur développement local au Sud de l'Atlas
responsabilisation reflètent la transition d’une marocain (Dadès-Toudgha). Ed. Verlag, Passau,
gestion centralisée à une gestion concertée des Allemagne.
ressources en eaux, ce qui s’inscrit dans le
concept de gouvernance de l’eau au sens large Ameur F, Quarouch H, Dionnet M, Lejars C,
(Sehring, 2009). Kuper M, 2015. Outiller un débat sur le rôle des
jeunes agriculteurs dans une agriculture en
Pour évoluer collectivement vers un nouveau transition dans le Saïss (Maroc). Cahiers
modèle de gouvernance de l’eau dans le Agricultures, 24, 363–371.
contexte oasien, l’Etat - à travers ses
institutions - pourrait assurer le rôle de Bakker K, Morinville C, 2013. The governance
stabilisateur et/ou accélérateur des projets dimensions of water security: a review.
collectifs basés sur la concertation surtout que Philosophical Transactions of the Royal Society
le cadre institutionnel et juridique, les outils et A Mathematical, Physical and Engineering
étapes nécessaires pour entreprendre la Sciences, 371.
démarche participative sont élaborés et Baldwin C, Ross H, 2012. Bridging Troubled
documentés au Maroc. Waters: Applying Consensus-Building
Techniques to Water Planning. Society &
Natural Resources, 25, 217–234.
Remerciement
Lavigne Delville P, 2011. Pour une
anthropologie symétrique entre
Ce processus participatif a été réalisé dans le « développeurs » et « développés ». Cahiers
cadre du projet MASSIRE (2019-2024, d’études africaines, 51, 491–509.
[Link]), financé par le Fonds
Dionnet M, Imache A, Barbe A, Chaouni M,
International de Développement Agricole et les
Berjamy B, Haering M, Fririka A, 2020. Guide
institutions partenaires.
d’orientation pour une gestion participative et
Nous tenons à remercier chaleureusement contractuelle de l’eau au Maroc. Lisode, GIZ et
l’ensemble des participants au processus Ministère de l’Equipement, du Transport, de la
participatif. Nous remercions également Logistique et de l’Eau.
l’ORMVA-Tf, l’ABH-GZR, l’ANDZOA et la
Faysse N, Rinaudo JD, Bento S, Richard-
Préfecture d’Errachidia qui ont facilité la
Ferroudji A, Errahj M, Varanda M, Imache A,
réalisation de ce processus.
Dionnet M, Rollin D, Garin P, Kuper M, Maton
L, Montginoul M, 2014. Participatory analysis
for adaptation to climate change in
Mediterranean agricultural systems: possible

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Alternatives Rurales

choices in process design. Regional


Environmental Change, 14, 57–70.
Haddache M, 2012. Savoirs hydrauliques et
mutations socioéconomiques dans l’oasis de
Toudgha (Sud-Est, Maroc). Asinag, 7, 111-122.
Khardi Y, Lacombe G, Kuper M, Taky A, Bouarfa
S, Hammani A, 2023. Pomper ou disparaître : le
dilemme du renforcement des khettaras par le
pompage solaire dans les oasis du Maroc.
Cahiers Agricultures, 32, 1.
Lightfoot DR, 1996. Moroccan khettara:
Traditional irrigation and progressive
desiccation. Geoforum, 27, 261–273.
Molle F, Wester P, Hirsch P, Jensen JR, Murray-
Rust H, Paranjpye V et al., 2013. River basin
development and management. Chapter 16. In
Molden D, Water for food water for life: A
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management in agricuture. Routledge, p. 585-
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Molle F, 2023. Aquifer Recharge and
Overexploitation: The Need for a New
Storyline. Groundwater, 61, 293–294.
Sehring J, 2009. Path Dependencies and
Institutional Bricolage in Post-Soviet Water
Governance. Water Alternatives, 2(1), 61‐81.

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