Chapitre 19
Surfaces
2420 Chapitre 19. Surfaces
Dans tout le chapitre, E désignera un espace vectoriel de
dimension 3, muni de sa structure d’espace affine naturelle
(obtenue en le faisant opérer sur lui même par addition).
En cas de nécessité, cet espace sera supposé muni d’une
structure euclidienne orientée ; dans ce cas on notera x ∧ y
le produit vectoriel de deux vecteurs x et y, (x | y) leur pro-
duit scalaire et [x, y, z] le produit mixte de trois vecteurs.
19.1. Nappes paramétrées 2421
19.1 Nappes paramétrées
19.1.1 Notion de nappe paramétrée.
Equivalence
Définition 19.1.1 On appelle nappe paramétrée de classe
C k de E tout couple (D, F ) d’un ouvert D de R2 et d’une
application F : D → E de classe C k , notée (u, v) 7→ F (u, v)
Remarque 19.1.1 Vocabulaire associé. Soit Σ = (D, F )
une nappe paramétrée de classe C k de E
– (i) On appelle point de la nappe Σ un couple (u0 , v0 ) ∈
D
2422 Chapitre 19. Surfaces
– (ii) On appelle image ou support de Σ la partie F (D)
de E
– (iii) On appelle multiplicité d’un point m de
l’image de Σ le cardinal de l’ensemble F −1 ({m})
(éventuellement infinie) ; on dit qu’un point de
l’image est simple s’il est de multiplicité 1, sinon
on dit qu’il est multiple ; on dit que la nappe est
simple si tout point de l’image est de multiplicité 1,
c’est-à-dire si F est injective.
– (iv) On dit qu’un point (u0 , v0 ) de la nappe Σ est
∂F ∂F
régulier si la famille ( (u0 , v0 ), (u0 , v0 )) est li-
∂u ∂v
bre ; on dit que la nappe est régulière si tout point
de la nappe est régulier ; un point non régulier est dit
19.1. Nappes paramétrées 2423
singulier.
Exemple 19.1.1 Soit (O,~ı,~, ~k) un repère affine, D un
ouvert de R2 et f une application de D dans R. La
nappe paramétrée F : (x, y) 7→ O + x~ı + y~ + f (x, y)~k
sera appelée une nappe cartésienne. Pour une telle nappe
∂F ∂f ∂F
on a (x0, y0 ) = ~ı + (x0 , y0 )~k et (x0 , y0 ) =
∂x ∂x ∂y
~ + ∂f (x0 , y0)~k qui sont évidemment linéairement
∂x
indépendants. Une nappe cartésienne est donc régulière.
Nous verrons un peu plus loin une réciproque partielle à ce
résultat.
2424 Chapitre 19. Surfaces
Définition 19.1.2 (D, F ) et (∆, G) deux nappes
paramétrées de classe C k . On dit que ces deux nappes sont
C k -équivalentes s’il existe un difféomorphisme θ : D → ∆
de classe C k tel que F = G ◦ θ.
Remarque 19.1.2 On dira qu’un tel difféomorphisme est
un changement de paramétrage admissible. L’étude des
nappes paramétrées concerne essentiellement l’étude des
propriétés des arcs qui sont invariantes par équivalence.
L’application θ étant bijective on voit immédiatement que
Proposition 19.1.1 Soit (D, F ) et (∆, G) deux nappes
paramétrées de classe C k qui sont C k -équivalentes. Alors
19.1. Nappes paramétrées 2425
les deux nappes ont la même image. Tous les points de
l’image ont la même multiplicité pour les deux nappes. En
particulier un point de l’image est simple pour l’un si et
seulement si il est simple pour l’autre.
Proposition 19.1.2 Soit (D, F ) et (∆, G) deux nappes
paramétrées de classe C k qui sont C k -équivalentes,
θ : D → ∆ un difféomorphisme de classe C k tel que
F = G ◦ θ. Alors (u0 , v0 ) est un point régulier de (D, F ) si
et seulement si θ(u0 , v0 ) est un point régulier de (J, G). En
particulier, (D, F ) est régulière si et seulement si (J, G)
l’est.
2426 Chapitre 19. Surfaces
Démonstration 19.1.1 Supposons que F = G ◦ θ. No-
tons (u, v) 7→ F (u, v) et (λ, µ) 7→ G(λ, µ) les deux nappes
paramétrées équivalentes, et θ(u, v) = (θ1 (u, v), θ2 (u, v))
le changement de paramétrage admissible. On a donc
F (u, v) = G(θ1 (u, v), θ2 (u, v)) d’où l’on déduit
∂F ∂θ1 ∂G
(u0 , v0 ) = (u0 , v0 ) (θ1 (u0 , v0 ), θ2 (u0 , v0 ))
∂u ∂u ∂λ
∂θ2 ∂G
+ (u0 , v0 ) (θ1 (u0 , v0 ), θ2 (u0 , v0 )),
∂u ∂µ
∂F ∂θ1 ∂G
(u0 , v0 ) = (u0 , v0 ) (θ1 (u0 , v0 ), θ2 (u0 , v0 ))
∂v ∂v ∂λ
∂θ2 ∂G
+ (u0 , v0 ) (θ1 (u0 , v0 ), θ2 (u0 , v0 ))
∂v ∂µ
19.1. Nappes paramétrées 2427
Faisons le produit vectoriel en notant (λ0 , µ0 ) =
(θ1 (u0 , v0 ), θ2 (u0 , v0 )) ; on a
∂F ∂F
(u0 , v0 ) ∧ (u0 , v0 )
∂u ∂v
∂θ1 ∂θ2 ∂G ∂G
= (u0 , v0 ) (u0 , v0 ) (λ0 , µ0 ) ∧ (λ0, µ0 )
∂u ∂v ∂λ ∂µ
∂θ2 ∂θ1 ∂G ∂G
+ (u0 , v0 ) (u0 , v0 ) (λ0 , µ0 ) ∧ (λ0, µ0 )
∂u ∂v ∂µ ∂λ
µ ¶
∂θ1 ∂θ2 ∂θ2 ∂θ1
= (u0 , v0 ) (u0 , v0 ) − (u0 , v0 ) (u0 , v0 )
∂u ∂v ∂u ∂v
∂G ∂G
(λ0, µ0 ) ∧ (λ0 , µ0 )
∂λ ∂µ
2428 Chapitre 19. Surfaces
∂G ∂G
= jθ (u0 , v0 ) (λ0, µ0 ) ∧ (λ0 , µ0 )
∂λ ∂µ
où l’on désigne par jθ (u, v) le jacobien de θ au point (u, v).
Ce jacobien est non nul puisque θ est un difféomorphisme,
et donc on a
∂F ∂F ∂G ∂G
(u0 , v0 )∧ (u0 , v0 ) 6= 0 ⇐⇒ (λ0 , µ0 )∧ (λ0 , µ0 ) 6= 0
∂u ∂v ∂λ ∂µ
ce qui achève la démonstration.
19.1. Nappes paramétrées 2429
19.1.2 Orientation
Supposons que D est connexe. Le jacobien d’un
difféomorphisme ne s’annulant pas, il doit être de signe
constant sur un connexe. Ceci conduit à la définition
suivante
Définition 19.1.3 Soit (D, F ) et (∆, G) deux nappes
paramétrées de classe C k qui sont C k -équivalentes, définies
sur des connexes, θ : D → ∆ un difféomorphisme de classe
C k tel que F = G ◦ θ. On dit que (D, F ) et (∆, G) sont
de même sens si θ possède un jacobien positif, de sens
contraire si θ est à jacobien négatif.
2430 Chapitre 19. Surfaces
Remarque 19.1.3 Il peut se produire qu’il existe deux
difféomorphismes θ1 et θ2 tels que F = G ◦ θ1 et F = G ◦ θ2 ,
l’un étant à jacobien positif et l’autre à jacobien négatif.
Autrement dit deux nappes paramétrées peuvent être à la
fois de même sens et de sens contraire. On dit alors qu’une
telle nappe paramétrée n’est pas orientable. Un exemple
typique est le ruban de Moebius.
19.1. Nappes paramétrées 2431
19.1.3 Plan tangent à une nappe paramétrée,
vecteur normal
Définition 19.1.4 Soit Γ = (D, F ) une nappe paramétrée
de classe C k et (u0 , v0 ) ∈ D un point régulier de Σ. On
appelle plan tangent à Σ au point (u0 , v0 ) le plan affine
∂F ∂F
F (u0 , v0 ) + Vect( (u0, v0 ), (u0 , v0 )).
∂u ∂v
Remarque 19.1.4 Le plan tangent en un point singulier
n’est pas défini.
Définition 19.1.5 Soit Σ = (D, F ) une nappe paramétrée
de classe C k et (u0 , v0 ) ∈ D un point régulier de Σ. On
2432 Chapitre 19. Surfaces
appelle vecteur normal à Σ au point (u0 , v0 ) le vecteur
∂F ∂F
(u0 , v0 ) ∧ (u0 , v0 ). On appelle normale à Σ au point
∂u ∂v
∂F ∂F
(u0 , v0 ) la droite affine F (u0 , v0 )+R (u0 , v0 )∧ (u0 , v0 )
∂u ∂v
Remarque 19.1.5 Le plan tangent est donc le plan affine
passant par le point F (u0 , v0 ) et orthogonal au vecteur
normal. On a vu précédemment que si (D, F ) et (∆, G)
sont deux nappes paramétrées de classe C k qui sont C k -
équivalentes et si θ : D → ∆, (u, v) 7→ (λ, µ) = θ(u, v)
est un difféomorphisme de classe C k tel que F = G ◦
∂F ∂F ∂G
θ alors (u0 , v0 ) ∧ (u0 , v0 ) = jθ (u0 , v0 ) (λ0 , µ0 ) ∧
∂u ∂v ∂λ
19.1. Nappes paramétrées 2433
∂G
(λ0 , µ0 ). On en déduit que la direction du vecteur nor-
∂µ
mal est invariante par changement de paramétrage admissi-
ble, donc il en est de même de la direction du plan tangent.
Comme en plus les deux plans tangents ont en commun le
point F (u0 , v0 ) = G(λ0 , µ0 ), ils sont nécessairement confon-
dus. Il en est bien entendu de même de la normale. D’où la
proposition suivante
Proposition 19.1.3 La notion de plan tangent et de nor-
male à une nappe paramétrée est invariante par change-
ment de paramétrage admissible. Soit (D, F ) et (∆, G) deux
nappes paramétrées de classe C k qui sont C k -équivalentes,
θ : D → ∆ un difféomorphisme de classe C k tel que F =
2434 Chapitre 19. Surfaces
G ◦ θ. Alors (u0 , v0 ) est un point régulier de (D, F ) si et
seulement si θ(u0, v0 ) est un point régulier de (∆, G), et
dans ce cas le plan tangent (resp. la normale) à (D, f) au
point (u0 , v0 ) est égal au plan tangent (resp. à la normale)
à (∆, G) au point θ(u0 , v0 ).
Remarque 19.1.6 Soit (D, F ) une nappe paramétrée et
t 7→ (ϕ(t), ψ (t)) une application d’un intervalle I de R
dans D. L’arc paramétré t 7→ F (ϕ(t), ψ (t)) est alors un
arc dont l’image est contenue dans l’image de la nappe.
On dira qu’un tel arc est tracé sur la nappe. En un
point régulier (sur l’arc et sur la nappe), le vecteur tangent
d ∂F
est le vecteur (F (ϕ(t), ψ (t))) = ϕ0 (t) (ϕ(t), ψ (t)) +
dt ∂u
19.1. Nappes paramétrées 2435
∂F
ψ 0 (t) (ϕ(t), ψ (t)) et il est donc contenu dans le plan tan-
∂v
gent. On en déduit que la tangente à un arc tracé sur la
nappe est contenue dans le plan tangent à la nappe au point
correspondant.
2436 Chapitre 19. Surfaces
19.1.4 Points réguliers et nappes cartésiennes
Le théorème suivant permet de ramener l’étude locale
d’une nappe paramétrée régulière à celle d’une nappe
cartésienne.
Théorème 19.1.1 Soit Σ = (D, F ) une nappe paramétrée
de classe C k , (u0 , v0 ) un point régulier de Σ et (~ı, ~, ~k) une
base de E~ telle que ~k ne soit pas tangent à la surface. Alors
il existe un ouvert U ⊂ D et contenant (u0 , v0 ) tel que
la sous nappe Σ0 = (U0 , F ) soit équivalente à une nappe
cartésienne (x, y) 7→ O + x~ı + y~ + f (x, y)~k.
Démonstration 19.1.2 Posons F (u, v) = O + ϕ(u, v)~ı +
19.1. Nappes paramétrées 2437
ψ (u, v)~ + ω(u, v)~k. D’après les hypothèses, la famille
∂F ∂F
( (u0 , v0 ), (u0 , v0 ), ~k) est libre et donc le déterminant
∂u ∂v
¯ ¯
¯ ∂ϕ ∂ϕ ¯
¯ (u0 , v0 ) (u0 , v0 ) 0 ¯
¯ ∂u ∂v ¯
¯ ∂ψ ∂ψ ¯
¯ ¯
¯ ∂u (u0 , v0) ∂v (u0 , v0 ) 0 ¯
¯ ¯
¯ ∂ω ∂ω ¯
¯ (u0 , v0 ) (u0 , v0 ) 1 ¯
∂u ∂v
∂ϕ ∂ψ
est non nul, ce qui montre que (u0 , v0) (u0 , v0 ) −
∂u ∂v
∂ϕ ∂ψ
(u0 , v0 ) (u0 , v0 ) 6= 0. Mais ceci n’est autre que le
∂v ∂u
jacobien au point (u0 , v0 ) de l’application θ : D → R2 ,
2438 Chapitre 19. Surfaces
(u, v) 7→ (ϕ(u, v), ψ (u, v)). En posant (x0 , y0 ) = θ(u0 , v0 )
(ce sont respectivement l’abscisse et l’ordonnée de
F (u0 , v0 )), le théorème d’inversion locale assure qu’il
existe U0 ouvert contenant (x0 , y0 ) (que l’on peut bien
entendu supposer inclus dans D) et V0 ouvert contenant
(x0 , y0 ) tel que θ soit un C k difféomorphisme de U0 sur
V0 . On a bien entendu θ(θ −1 (x, y)) = (x, y), soit en-
core ϕ(θ−1 (x, y)) = x et ψ (θ −1 (x, y)) = y. Posons alors
f(x, y) = ω(θ −1 (x, y)). La nappe (U0 , F |U0 ) est équivalente
à la nappe (V0 , F ◦ θ−1 |V0 ) avec
F ◦ θ −1 (x, y) = O + ϕ(θ −1 (x, y))~ı + ψ (θ−1 (x, y))~ + ω(θ −1 (x, y))~k
= O + x~ı + y~ + f (x, y)~k
19.1. Nappes paramétrées 2439
ce qui démontre le résultat.
2440 Chapitre 19. Surfaces
19.1.5 Intersection de nappes paramétrées
Le théorème suivant assure que lorsque deux images de
nappes paramétrées se coupent franchement (c’est à dire
de manière non tangentielle), l’intersection des deux est lo-
calement un arc paramétré régulier
Théorème 19.1.2 Soit Σ1 = (D1 , F1 ) et Σ2 = (D2 , F2 )
deux nappes paramétrées régulières dont les images ont
un point en commun m0 = F1 (u1 , v1 ) = F2 (u2, v2 ). On
suppose que les deux nappes ne sont pas tangentes en ce
point commun (c’est-à-dire que le plan tangent à Σ1 en
(u1 , v1 ) est distinct du plan tangent à Σ2 en (u2 , v2 )).
Alors l’intersection des deux nappes est localement l’image
d’un arc paramétré, c’est-à-dire qu’il existe U1 ouvert
19.1. Nappes paramétrées 2441
contenant (u1 , v1 ) et U2 ouvert contenant (u2 , v2 ) tels que
F1 (U1 ) ∩ F2 (U2 ) soit l’image d’un arc paramétré régulier.
Démonstration 19.1.3 Choisissons un repère (O,~ı,~, ~k)
tel que ~k n’appartienne pas à la réunion des directions
des deux plans tangents en m0 à Σ1 et Σ2 . La propriété
à démontrer ne concernant que les images, elle est invari-
ante par changement de paramétrage ; de plus c’est une
propriété locale puisqu’on a le choix des ouverts U1 et U2 .
Le théorème précédent nous permet de supposer que les
deux nappes sont des nappes cartésiennes Σ1 : (x, y) 7→
O+ x~ı+y~+ f1 (x, y)~k et Σ2 : (x, y) 7→ O + x~ı +y~+f2 (x, y)~k
(avec le même (x, y) qui représente l’abscisse et l’ordonnée
2442 Chapitre 19. Surfaces
du point). On a alors m0 = O + x0~ı + y0~ + f1 (x0 , y0 )~k =
O+x0~ı+y0~+f2 (x0 , y0 )~k, si bien que f1 (x0 , y0 ) = f2 (x0 , y0).
L’intersection des images des deux nappes est alors {O +
x~ı + y~ + z~k | z = f1 (x, y) = f2 (x, y)}. En introduisant une
structure euclidienne qui rende la base (~ı,~, ~k) orthonormée,
le vecteur normal en m0 à Σ1 est le vecteur
∂f1 ∂f1
(~i + (x0 , y0 )~k) ∧ (~j + (x0 , y0 )~k)
∂x ∂y
soit encore
∂f1 ∂f1
− (x0 , y0 )~ı − (x0 , y0 )~ + ~k
∂x ∂y
et de même le vecteur normal m0 à Σ1 est le vecteur
19.1. Nappes paramétrées 2443
∂f2 ∂f2
− (x0 , y0 )~ı − (x0 , y0)~ + ~k. Comme ces deux
∂x ∂y
vecteurs doivent être distincts, on peut supposer par
∂f1 ∂f2
exemple que (x0 , y0 ) 6= (x0 , y0 ). Posons alors
∂y ∂y
g(x, y) = f1 (x, y) − f2 (x, y). On a donc g(x0 , y0 ) = 0
∂g
et (x0 , y0) 6= 0. Le théorème des fonctions implicites
∂y
garantit qu’il existe I0 intervalle ouvert contenant x0 et J0
intervalle ouvert contenant y0 tel que, pour tout x ∈ I0 , il
existe un unique y ∈ J0 vérifiant g(x, y) = 0, autrement
dit f1 (x, y) = f2 (x, y). Si on note y = ϕ(x), alors (quitte à
restreindre I0 ), ϕ est de classe C k . On en déduit que
F1 (I0 × J0 ) ∩ F1 (I0 × J0 )
2444 Chapitre 19. Surfaces
= {O + x~ı + y~ + z~k | x ∈ I0 , y ∈ J0 , z = f1 (x, y) = f2 (x, y)}
= {O + x~ı + y~ + z~k | x ∈ I0 , y ∈ J0 , g(x, y) = 0, z = f1 (x, y)}
= {O + x~ı + y~ + z~k | x ∈ I0 , y ∈ J0 , y = ϕ(x), z = f1 (x, y)}
= {O + x~ı + ϕ(x)~ + f1 (x, ϕ(x))~k | x ∈ I0}
ce qui montre que l’intersection est l’image de l’arc
paramétré x 7→ O + x~ı + ϕ(x)~ + f1 (x, ϕ(x))~k (qui est bien
entendu régulier car le vecteur dérivée a 1 pour abscisse).
19.1. Nappes paramétrées 2445
19.1.6 Intersection d’une nappe et de son
plan tangent
Le théorème d’intersection de deux nappes paramétrées
régulières non tangentes s’applique en particulier à une
nappe et à un plan. Soit Σ = (D, F ) une nappe régulière
de classe C k , m0 = F (u0 , v0 ) un point de l’image et Π un
plan affine contenant m0 . Si Π n’est pas tangent à Σ en m0 ,
l’intersection de Π et de la nappe est localement l’image
d’un arc paramétré régulier. Nous allons voir qu’il n’en est
plus du tout de même dans le cas où le plan Π est le plan
tangent à la surface.
Soit (0,~ı, ~, ~k) un repère de E. Posons F (u, v) = O +
ϕ(u, v)~ı + ψ (u, v)~ + ω(u, v)~k et soit (u0, v0) ∈ D. Le plan
2446 Chapitre 19. Surfaces
tangent Π en (u0 , v0 ) a pour équation
¯ ¯
¯ ∂ϕ ∂ϕ ¯
¯ x − ϕ(u0 , v0 ) (u0 , v0 ) (u0 , v0 ) ¯
¯ ∂u ∂v ¯
¯ ¯
¯ y − ψ (u0 , v0 ) ∂ψ (u0 , v0 ) ∂ψ (u0 , v0 ) ¯ = 0
¯ ∂u ∂v ¯
¯ ¯
¯ ∂ω ∂ω ¯
¯ z − ω(x0 , y0 ) (u0 , v0 ) (u0 , v0 ) ¯
∂u ∂v
et la position de F (u, v) par rapport à Π est donnée par le
signe de la fonction
¯ ¯
¯ ∂ϕ ∂ϕ ¯
¯ ϕ(u, v) − ϕ(u0 , v0 ) (u0 , v0 ) (u0 , v0 ) ¯
¯ ∂u ∂v ¯
¯ ∂ψ ∂ψ ¯
¯
∆(u, v) = ¯ ψ (u, v) − ψ (u0 , v0 ) (u0 , v0 ) (u0 , v0 ) ¯¯
¯ ∂u ∂v ¯
¯ ∂ω ∂ω ¯
¯ ω(u, v) − ω(x0 , y0 ) (u0 , v0 ) (u0 , v0 ) ¯
∂u ∂v
19.1. Nappes paramétrées 2447
Supposons que la nappe est de classe C 2 ; alors ∆ est aussi
de classe C 2 et on a ∆(u0 , v0 ) = 0 (la première colonne
∂∆
du déterminant est nulle), (u0 , v0 ) = 0 (la première
∂u
et la deuxième colonne du déterminant sont égales) et
∂∆
(u0 , v0 ) = 0 (la première et la troisième colonne du
∂v
déterminant sont égales).
On peut donc appliquer à ∆ la théorie des extremums
de fonctions de deux variables. En utilisant les notations
∂2∆ ∂ 2∆
de Monge r0 = (u0 , v0 ), s0 = (u0 , v0 ) et t0 =
∂u2 ∂u∂v
∂ 2∆
(u0 , v0 ), on a trois cas possibles
∂v 2
Premier cas : s20 − r0 t0 < 0 ; alors on sait que la fonction
2448 Chapitre 19. Surfaces
∆ présente au point (u0 , v0 ) un extremum local strict ; en
particulier, il existe U0 ouvert contenant (u0 , v0 ) tel que ∆
soit de signe constant sur U0 \ {(u0 , v0 )} ; donc localement,
la nappe reste d’un même coté de son plan tangent et l’in-
tersection des deux est réduite au point m0 ; on dit alors
que le point (u0 , v0 ) est un point elliptique de la nappe.
Deuxième cas : s20 − r0 t0 > 0 ; alors on sait que la fonction
∆ ne présente pas au point (u0, v0 ) d’extremum local ; pour
tout U0 ouvert contenant (u0 , v0 ), il existe des points de U0
où ∆ est strictement positive et des points de U0 où ∆ est
strictement négative ; donc au voisinage de m0 la nappe a
des points de part et d’autre de son plan tangent ; on dit
alors que le point (u0 , v0 ) est un point hyperbolique de
la nappe.
19.1. Nappes paramétrées 2449
Troisième cas : s20 − r0 t0 = 0 ; alors on ne sait pas étudier
ainsi le signe de ∆ ; on dit alors que le point (u0 , v0 ) est un
point parabolique de la nappe.
Une étude plus fine de la situation peut consister à
étudier les lignes de niveau de la nappe paramétrée dans
la direction du plan tangent, c’est-à-dire l’intersection de
la nappe avec des plans parallèles au plan tangent. Pour
faire cette étude, on peut utiliser un repère (O,~ı,~, ~k) tel
que O = m0 , ~ı et ~ sont dans le plan tangent et ~k n’ap-
partient pas au plan tangent. Alors localement, la nappe
est équivalente à une nappe cartésienne (x, y) 7→ O + x~ı +
y~ + f (x, y)~k. Le fait que ~ı et ~ sont dans le plan tan-
∂f ∂f
gent va se traduire par (x0 , y0 ) = (x0 , y0 ) = 0. En
∂x ∂y
2450 Chapitre 19. Surfaces
∂ 2f
utilisant les notations de Monge r0 = (x0 , y0 ), s0 =
∂x2
∂2f ∂2f
(x0 , y0 ) et t0 = 2
(x0 , y0 ), quitte à prendre une base
∂x∂y ∂y
de Sylvester dans le plan Vect(~ı,~) pour la forme quadra-
tique différentielle seconde r0 x2 +2s0 xy+t0 y 2 , on peut même
supposer que s0 = 0 et que r0 , t0 ∈ {−1, 0, 1}. Le discrim-
inant de cette forme quadratique différentielle seconde est
alors −r0 t0 . Supposons que le point n’est pas parabolique.
On a donc r0 t0 6= 0. Appelons ε1 le signe de r0 et ε2 le signe
de t0 . Alors on a
Lemme 19.1.1 (Morse). Sous ces hypothèses, il existe un
ouvert U0 contenant (x0 , y0 ), un ouvert V0 contenant (0, 0)
19.1. Nappes paramétrées 2451
et un difféomorphisme θ : V0 → U0 tel que θ(0, 0) = (x0 , y0 )
et
∀(X, Y ) ∈ V0 , f (θ(X, Y )) = ε1 X 2 + ε2 Y 2
Démonstration 19.1.4 A une translation près, nous pou-
vons supposer que x0 = y0 = 0. Appliquons alors la formule
de Taylor avec reste intégral à l’ordre 2. On a donc
∂f ∂f
f(x, y) = f (0, 0) + x (0, 0) + y (0, 0)
∂x ∂y
Z 1 µ 2 2 2
¶
∂ f ∂ f ∂ f
+ (1 − t) x2 2 (tx, ty) + 2xy (tx, ty) + y 2 2 (tx, ty) dt
0 ∂x ∂x∂y ∂y
= x2 u(x, y) + 2xyv(x, y) + y2 w(x, y)
2452 Chapitre 19. Surfaces
∂f ∂f
compte tenu de f (0, 0) = (x0 , y0 ) = (x0 , y0 ) = 0,
∂x ∂y
avec des fonctions continues (théorème sur les intégrales
dépendant d’un paramètre)
Z 1
∂2f
u(x, y) = (1 − t) 2 (tx, ty) dt
0 ∂x
Z 1
∂2f
v(x, y) = (1 − t) (tx, ty) dt
0 ∂x∂y
Z 1
∂2f
w(x, y) = (1 − t) 2 (tx, ty) dt
0 ∂y
On a en particulier u(0, 0)
µ = r0 ,¶ v(0,µ0) = s¶0 = 0,
r0 s 0 r0 0
w(0, 0) = t0 . Posons D = = . L’ap-
s0 t 0 0 t0
19.1. Nappes paramétrées 2453
plication T qui à une matrice triangulaire Y associe la
matrice t Y DY a pour différentielle au point Y l’application
H 7→ t HDY + t Y DH et donc dT (Id).H = t HD + DH. On
vérifie immédiatement que cette application linéaire dT (Id)
est bijective de l’espace vectoriel des matrices triangulaires
supérieures sur l’espace vectoriel des matrices symétriques.
On en déduit par le théorème d’inversion locale que T
est un difféomorphisme local d’un voisinage de l’identité
(dans l’espace vectoriel des matrices triangulaires) sur un
voisinage W de T (Id) = D dans l’espace vectoriel des
matrices symétriques. Or u, v et w sont continues en (0, 0).
Donc il existe U1 µouvert contenant¶(0, 0) tel que pour
u(x, y) v(x, y)
(x, y) ∈ U1 on ait ∈ W . Posons alors
v(x, y) w(x, y)
2454 Chapitre 19. Surfaces
µ ¶
u(x, y) v(x, y)
C(x, y) = T −1 ( . Alors C(x, y) est une
v(x, y) w(x, y)
matrice triangulaire, qui dépend de façon C 1 de (x, y) telle
que
µ ¶
u(x, y) v(x, y)
= t C(x, y)DC(x, y)
v(x, y) w(x, y)
et C(0, 0) = T −1 (D) = Id. On a alors
f (x, y) = x2 u(x, y) + 2xyv(x, y) + y 2 w(x, y)
µ ¶µ ¶
u(x, y) v(x, y) x
= (x y)
v(x, y) w(x, y) y
µ ¶
x
= ( x y ) t C(x, y)DC(x, y)
y
19.1. Nappes paramétrées 2455
t
= F (x, y)DF (x, y)
µ ¶
x ∂F
avec F (x, y) = C(x, y) . On a alors (x, y) =
µ ¶ y
µ ¶ ∂x
∂C x 1 ∂F
(x, y) + C(x, y) et donc (0, 0) =
∂x y 0 ∂x
µ ¶ µ ¶ µ ¶
1 1 ∂F 0
C(0, 0) = . De même (0, 0) = C(0, 0) =
0 0 ∂x 1
µ ¶
0
. Donc la différentielle de F en (0, 0) est l’identité
1
de R2 . Une nouvelle application du théorème d’inversion
locale assure que F est un difféomorphisme d’un ouvert
U0 contenant (0, 0) sur un ouvert V0 contenant (0, 0).
2456 Chapitre 19. Surfaces
Appelons θ le difféomorphisme réciproque. On a alors
µ ¶
t X
f ◦ θ(X, Y ) = F (θ(X, Y ))DF (θ(X, Y )) = ( X Y )D
Y
= r0 X 2 + t0 Y 2
p p
Il suffit ensuite de changer |r0 |X en X et |t0 |Y en Y 0
0
pour obtenir le résultat souhaité.
Les lignes de niveau de la nappe dans la direction du
plan tangent sont donc les courbes f (x, y) = k et elles sont
localement difféomorphes aux courbes ε1 X 2 +ε2 Y 2 au voisi-
nage de (0, 0). Si le point (x0 , y0 ) est un point elliptique,
ε1 et ε2 sont de même signe (que l’on peut supposer par
19.1. Nappes paramétrées 2457
exemple positif). On voit que l’intersection est vide pour
k < 0, réduite à un point pour k = 0 (c’est le plan tan-
gent lui même), difféomorphe à une ellipse pour k > 0 (et
suffisamment petit). Par contre, si (x0 , y0 ) est un point hy-
perbolique, ε1 et ε2 sont de signe contraire et l’intersection
est difféomorphe à une hyperbole pour k 6= 0 (suffisam-
ment petit) et à la réunion de deux droites pour k = 0 ;
l’intersection avec le plan tangent est donc localement la
réunion de deux courbes passant par le point de contact ;
ces deux courbes séparent les lignes de niveau correspon-
dant aux k > 0 des lignes de niveau correspondant aux
k < 0. Voici des exemples de lignes de niveau au voisinage
de points elliptiques, hyperboliques ou paraboliques.
2458 Chapitre 19. Surfaces
19.1. Nappes paramétrées 2459
2460 Chapitre 19. Surfaces
19.2. Nappes réglées 2461
19.2 Nappes régléesCette notion n’est pas
au programme des classes préparatoires.
2462 Chapitre 19. Surfaces
19.2.1 Notion de nappe réglée
Soit I un intervalle de R et soit (Du )u∈I une famille de
droites indexée par u. Donnons nous pour chaque u ∈ I un
−
→
point f (u) de Du et un vecteur directeur ~g(u) ∈ Du \ {0} et
supposons que (I, f ) et (I, ~g) soient de classe C 1 . La réunion
des droites Du est alors paramétrée par F : I × R → E,
(u, v) 7→ f (u)+v~g(u). Nous allons montrer qu’à équivalence
près, cette nappe paramétrée ne dépend pas du choix de
(I, f ) et de (I, ~g ).
Supposons tout d’abord que nous changeons l’arc
paramétré (I, f ) en (I, f1 ) ; on a alors f1 (u) = f (u) +
ϕ(u)~g (u) et on vérifie facilement (par exemple à l’aide
d’une structure euclidienne) que ϕ est de classe C 1 . Mais
19.2. Nappes réglées 2463
alors l’application θ : (u, v) 7→ (u, v + ϕ(u)) est de classe C 1
et sa réciproque (u, w) 7→ (u, w − ϕ(u)) est aussi de classe
C 1 . Donc θ est un difféomorphisme de I ×R sur lui même et
on a F ◦ θ(u, v) = F (u, v + ϕ(u)) = f (u) + (v + α(u))~g(u) =
f1 (u) + v~g (u) = F1 (u, v) ce qui montre bien que les deux
nappes sont effectivement équivalentes.
Supposons maintenant que nous changeons (I, ~g) en
(I, ~g1 ) ; on a alors ~g1 (u) = ψ (u)~g (u) avec une application ψ
de classe C 1 qui ne s’annule pas. Mais alors l’application
θ : (u, v) 7→ (u, ψ (u)v) est de classe C 1 et sa réciproque
w
(u, w) 7→ (u, ) est aussi de classe C 1 . Donc θ est un
ψ (u)
difféomorphisme de I × R sur lui même et on a F ◦ θ(u, v) =
F (u, ψ (u)v) = f (u) + β(u)v~g (u) = f (u) + v~g1 (u) = F1 (u, v)
2464 Chapitre 19. Surfaces
ce qui montre que les deux nappes sont bien équivalentes.
Définition 19.2.1 Une telle nappe sera appelée une
nappe réglée de classe C 1 . Les droites Du sont appelées les
génératrices de la nappe. Un arc (I, f ) de classe C 1 tel que
∀u ∈ I, f (u) ∈ Du sera appelé une directrice de la nappe ;
une directrice plane est appelée une base de la nappe.
19.2. Nappes réglées 2465
19.2.2 Plan tangent à une nappe réglée
Donnons nous une nappe réglée de classe C 1 , (Du )u∈I et
soit F (u, v) = f (u) + v~g (u) un paramétrage admissible de
∂F
cette nappe. Soit u0 ∈ I. On a alors (u0 , v) = f 0 (u0 ) +
∂u
0 ∂F
v~g (u0 ) et (u0 , v) = ~g(u0 ). Un vecteur normal à la nappe
∂v
∂F ∂F
est alors le vecteur (u0 , v)∧ (u0 , v) = f 0 (u0 )∧~g (u0 )+
∂u ∂v
0
v~g (u0 ) ∧ ~g (u0 ).
Trois cas sont alors possibles :
– (Premier cas) La famille (f 0 (u0 ), ~g(u0), ~g0 (u0 ))
est libre. Alors, pout tout v ∈ R, la famille
2466 Chapitre 19. Surfaces
∂F ∂F
( (u0 , v), (u0 , v)) est libre. Lorsque v varie,
∂u ∂v
le vecteur normal tourne dans le plan Vect(f 0 (u0 ) ∧
~g (u0 ), ~g 0 (u0 ) ∧~g (u0 )) en occupant toutes les directions
sauf une, Rg 0 (u0 ) ∧ ~g (u0 ), qui est la direction limite
lorsque v tend vers ±∞ ; autrement dit, lorsque le
point se déplace sur la génératrice, le plan tangent
tourne autour de celle-ci (il doit forcément la con-
tenir puisque c’est une courbe tracée sur la surface
et qu’elle est sa propre tangente) en occupant toutes
les positions sauf une, la position limite à l’infini.
– (Deuxième cas) rg(f 0 (u0 ), ~g(u0 ), ~g 0 (u0 )) = 2.
Alors le plan tangent, lorsqu’il existe, doit con-
tenir la génératrice et être parallèle au plan
19.2. Nappes réglées 2467
Vect(f 0 (u0 ), ~g (u0 ), ~g0 (u0 )) ; il doit être constant
le long de la génératrice Du0 . D’autre part, les
deux vecteurs f 0 (u0 ) ∧ ~g(u0 ) et ~g0 (u0 ) ∧ ~g(u0 ) ne
peuvent pas être tous deux nuls, et donc il existe
∂F ∂F
au plus un v tel que (u0 , v) ∧ (u0 , v) =
∂u ∂v
f 0 (u0 ) ∧ ~g (u0 ) + v~g0 (u0 ) ∧ ~g(u0 ) = 0, autrement dit il
y a au plus un point singulier sur la génératrice ; en
ce point le plan tangent n’existe pas.
– (Troisième cas) rg(f 0 (u0 ), ~g(u0 ), ~g0 (u0 )) = 1. Alors,
∂F ∂F
pour tout v ∈ R, on a (u0 , v) ∧ (u0 , v) =
∂u ∂v
f 0 (u0 ) ∧ ~g(u0 ) + v~g0 (u0 ) ∧ ~g(u0 ) = 0. Tout point de la
génératrice est singulier et il n’y a de plan tangent en
2468 Chapitre 19. Surfaces
en aucun point de la génératrice. On dit que la
génératrice Du0 est une génératrice singulière.
19.2. Nappes réglées 2469
19.2.3 Nappes cylindriques. Nappes
coniques
Définition 19.2.2 Soit D ~ une direction de droite dans E.
On appelle nappe cylindrique de direction D ~ toute nappe
réglée de classe C 1 , (Du )u∈I telle que toutes les droites Du
~
soient parallèles à D.
Soit ~k un vecteur directeur de D.~ On peut donc choisir
un paramétrage F (u, v) = f (u)+v~g(u) avec ∀u ∈ I, ~g(u) =
~k. On a alors ~g constante et donc ~g0 (u) = 0. On voit donc
que le premier cas de l’étude du plan tangent est exclu et
qu’il n’y a que deux possibilités pour un u0 ∈ I.
Premier cas f 0 (u0 ) ∈ ~ Alors ∂F (u0 , v) ∧ ∂F (u0 , v) =
/ D.
∂u ∂v
2470 Chapitre 19. Surfaces
f 0 (u0 ) ∧ ~k. Tout point de la génératrice est régulier et le
plan tangent est constant le long de la génératrice.
~ Alors la génératrice est singulière
Deuxième cas f 0 (u0 ) ∈ D.
et le plan tangent n’existe en aucun point de la génératrice.
Définition 19.2.3 Soit S un point de E. On appelle
nappe conique de sommet S toute nappe réglée de classe
C 1 , (Du )u∈I telle que toutes les droites Du passent par le
point S.
On peut alors choisir un paramétrage F (u, v) = f (u) +
v~g (u) avec ∀u ∈ I, f (u) = S. Donc f est constante et
f 0 (u) = 0. On voit donc que le premier cas de l’étude du
plan tangent est exclu et qu’il n’y a que deux possibilités
pour un u0 ∈ I.
19.2. Nappes réglées 2471
∂F
Premier cas (~g (u0 ), ~g 0 (u0 )) est libre. Alors (u0 , v) ∧
∂u
∂F
(u0 , v) = v~g 0 (u0 ), ~g(u0 ). Tout point de la génératrice
∂v
différent du sommet est régulier et le plan tangent est
constant le long de la génératrice.
Deuxième cas (~g(u0 ), ~g0 (u0 )) est liée. Alors la génératrice
est singulière et le plan tangent n’existe en aucun point de
la génératrice.
Remarque 19.2.1 Les deux types de nappes réglées
que nous venons d’étudier vérifient la propriété re-
marquable que le plan tangent est constant le long de
chaque génératrice ; on appelle de telles nappes réglées
des nappes développables. Un autre type de nappes
2472 Chapitre 19. Surfaces
développables peut être construit en prenant l’ensemble
des tangentes à une courbe gauche régulière. Soit (I, f )
un tel arc paramétré régulier. On peut paramétrer la
tangente Du par v 7→ f (u) + vf 0 (u) ; on peut donc prendre
~g(u) = f 0 (u). La famille (f 0 (u0), ~g(u0 ), ~g0 (u0 )) est donc la
famille (f 0 (u0 ), f 00 (u0 )). Elle est donc de rang au plus 2.
On a deux possibilités : soit u0 est un point birégulier de
(I, f ), alors la famille est de rang 2 et le plan tangent
est donc constant le long de la génératrice (dont le seul
point singulier est d’ailleurs v = 0, c’est-à-dire le point
de contact de la tangente), soit u0 n’est pas birégulier et
la génératrice est singulière. En fait on peut montrer que
ces trois types de nappes (nappes cylindriques, nappes
coniques et ensemble des tangentes à une courbe) épuisent,
19.2. Nappes réglées 2473
au moins localement, les nappes développables.
2474 Chapitre 19. Surfaces
19.3 Equations de surfaces
19.3.1 Surfaces cartésiennes et nappes
paramétrées
Nous avons vu précédemment que, au voisinage d’un
point régulier, une nappe paramétrée était équivalente à
une nappe cartésienne, donc définie par une équation du
type z = f (x, y) dans un repère convenablement choisi.
Inversement toute nappe cartésienne est bien évidemment
une nappe paramétrée par x = u, y = v, z = f (u, v).
Plaçons nous maintenant du point de vue d’un
sous-ensemble de R3 défini par une équation du type
f(x, y, z) = 0 où f est une fonction de classe C k d’un
19.3. Equations de surfaces 2475
ouvert U de R3 dans R. Soit donc Σ = {(x, y, z) ∈ U |
f(x, y, z) = 0}. Supposons qu’en un point (a, b, c) de Σ on
∂f ∂f ∂f
ait ( (a, b, c), (a, b, c), (a, b, c)) 6= (0, 0, 0). Quitte
∂x ∂y ∂z
à permuter les noms des coordonnées, on peut supposer
∂f
par exemple (a, b, c) 6= 0. Le théorème des fonctions
∂z
implicites nous garantit qu’il existe U0 ouvert contenant
(a, b), V0 ouvert contenant c et ϕ : U0 → V0 de classe C k
telle que
∀(x, y) ∈ U0 , ∀z ∈ V0 , f(x, y, z) = 0 ⇐⇒ z = ϕ(x, y)
Autrement dit Σ, au voisinage de (a, b, c) est l’im-
age d’une nappe cartésienne. Inversement, il est clair
2476 Chapitre 19. Surfaces
que l’image d’une nappe cartésienne z = ϕ(x, y) est
définie par l’équation f (x, y, z) = 0 où f (x, y, z) =
∂f
z − ϕ(x, y) (avec d’ailleurs = 1). On dira que Σ
∂z
est une surface cartésienne quand elle vérifie ∀(a, b, c) ∈
∂f ∂f ∂f
Σ, ( (a, b, c), (a, b, c), (a, b, c)) 6= (0, 0, 0) (la
∂x ∂y ∂z
véritable dénomination étant en fait sous variété de
dimension 2 de R3 ).
Ceci nous montre donc, qu’au moins localement les
trois points de vue (nappe cartésienne, nappe paramétrée
et surfaces cartésiennes) sont équivalents avec certaines
hypothèses de régularité. On retiendra en particulier sous
ces trois formes les expressions du plan tangent et du
19.3. Equations de surfaces 2477
vecteur normal.
Nappes paramétrées (u, v) 7→ F (u, v) = (ϕ(u, v), ψ (u, v), ω(u, v))
Le plan tangent en (u0 , v0 ) est le plan F (u0 , v0 ) +
∂F ∂F
Vect( (u0 , v0 ), (u0 , v0 )) d’équation
∂u ∂v
¯ ¯
¯ ∂ϕ ∂ϕ ¯
¯ x − ϕ(u0 , v0 ) (u0 , v0 ) (u0 , v0 ) ¯
¯ ∂u ∂v ¯
¯ ¯
¯ y − ψ (u0 , v0 ) ∂ψ (u0 , v0 ) ∂ψ (u0 , v0 ) ¯ = 0
¯ ∂u ∂v ¯
¯ ¯
¯ ∂ω ∂ω ¯
¯ z − ω(u0 , v0 ) (u0 , v0 ) (u0 , v0 ) ¯
∂u ∂v
∂F ∂F
avec comme vecteur normal (u0 , v0 ) ∧ (u0 , v0 ) =
∂u ∂v
2478 Chapitre 19. Surfaces
∂ϕ ∂ϕ
(u , v ) (u , v )
∂u 0 0 ∂v 0 0
∂ψ ∂ψ
∂u (u0 , v0 ) ∧ ∂v (u0 , v0 )
∂ω ∂ω
(u0 , v0 ) (u0 , v0 )
∂u ∂v
Nappes cartésiennes z = f (x, y)
En utilisant le paramétrage (x, y) 7→ (x, y, f (x, y)) et les
formules précédentes, on obtient les formules suivantes.
Le plan tangent en (x0 , y0 ) est le plan d’équation
∂f
(en utilisant les notations de Monge p = (x0 , y0),
∂x
19.3. Equations de surfaces 2479
∂f
q= (x0 , y0 ))
∂y
¯ ¯
¯ x − x0 1 0 ¯¯
¯
¯ y − y0 0 1 ¯¯ = 0
¯
¯ z − f(x0 , y0 ) p q¯
1 0 −p
avec comme vecteur normal 0 ∧ 1 = −q
p q 1
Surfaces cartésiennes f (x, y, z) = 0
A l’aide du théorème des fonctions implicites, on a
obtenu les résultats suivants.
2480 Chapitre 19. Surfaces
Le plan tangent en (x0 , y0 , z0 ) est le plan d’équation
∂f ∂f ∂f
(x−x0 ) (x0 , y0 , z0 )+(y−y0 ) (x0 , y0 , z0 )+(z−z0 ) (x0 , y0 , z0 ) = 0
∂x ∂y ∂z
∂f
(x0 , y0 , z0 )
∂x
−−→ ∂f
avec le vecteur normal gradf(x0 , y0 , z0 ) = (x0 , y0 , z0 )
∂y
∂f
(x0 , y0 , z0 )
∂z
19.3. Equations de surfaces 2481
19.3.2 Cylindres
Définition 19.3.1 Soit E un espace affine euclidien de di-
~ une direction de droite. On dit qu’une partie
mension 3 et D
~ si, pour tout m ∈ Σ,
Σ de E est un cylindre de direction D
~ est contenue dans Σ.
la droite m + D
Définition 19.3.2 Les droites m + D ~ contenues dans Σ
sont appelées les génératrices du cylindre. Un sous-ensemble
qui rencontre toutes les génératrices est appelé un sous-
ensemble directeur du cylindre. Un sous-ensemble directeur
plan est appelé une base du cylindre.
2482 Chapitre 19. Surfaces
On est parfois amené à rechercher un cylindre connais-
sant un sous-ensemble directeur Γ et la direction du cylin-
~ = R~u. Nous supposerons choisi un repère de E ce
dre D
qui nous permet de supposer que E = R3 . On posera donc
~u = (α, β, γ).
(Premier cas) Γ est l’image d’un arc paramétré
u 7→ (ϕ(u), ψ (u), ω(u)). On obtient immédiatement
une paramétrisation du cylindre par x = ϕ(u) + αv, y =
ψ (u) + βv, z = ω(u) + γv.
(Deuxième cas) Γ est donnée par deux équations
f(x, y, z) = 0, g(x, y, z) = 0. On écrit alors que
m(x, y, z) ∈ Σ ⇐⇒ ∃t ∈ R, m + t~u ∈ Γ
19.3. Equations de surfaces 2483
½
f(x + tα, y + tβ, z + tγ) = 0
⇐⇒ ∃t ∈ R,
g(x + tα, y + tβ, z + tγ) = 0
et on élimine t entre ces équations.
Exemple 19.3.1 Cylindre de direction ~u = (1, 1, 1) de
sous-ensemble directeur la parabole y 2 = 2px, z = 0. On
écrit
m(x, y, z) ∈ Σ ⇐⇒ ∃t ∈ R, m + t~u ∈ Γ
½
(y + t)2 = 2p(x + t)
⇐⇒ ∃t ∈ R,
z+t=0
⇐⇒ (y − z)2 = 2p(x − z)
et nous avons obtenu une équation du cylindre.
2484 Chapitre 19. Surfaces
19.3.3 Cônes
Définition 19.3.3 Soit E un espace affine euclidien de di-
mension 3 et S un point de E. On dit qu’une partie Σ de
E est un cône de sommet S si, pour tout m ∈ Σ \ {S}, la
droite Sm est contenue dans Σ.
Définition 19.3.4 Les droites Sm contenues dans Σ sont
appelées les génératrices du cône. Un sous-ensemble ne con-
tenant pas le sommet qui rencontre toutes les génératrices
est appelé un sous ensemble directeur du cône. Un sous-
espace directeur plan est appelé une base du cône.
On est parfois amené à rechercher un cône connaissant
un sous-ensemble directeur Γ et le sommet S du cône. Nous
19.3. Equations de surfaces 2485
supposerons choisi un repère de E ce qui nous permet de
supposer que E = R3 . On posera donc S = (α, β, γ).
Premier cas Γ est l’image d’un arc paramétré u 7→
(ϕ(u), ψ (u), ω(u)). On obtient immédiatement une
paramétrisation du cône par x = vϕ(u) + (1 − v)α, y =
vψ (u) + (1 − v)β, z = vω(u) + (1 − v)γ.
Deuxième cas Γ est donnée par deux équations f (x, y, z) =
0, g(x, y, z) = 0. On écrit alors que
−→
m(x, y, z) ∈ Σ \ {S} ⇐⇒ ∃t ∈ R, S + tSm ∈ Γ
soit encore
½
f (tx + (1 − t)α, ty + (1 − t)β, tz + (1 − t)γ) = 0
∃t ∈ R,
g(tx + (1 − t)α, ty + (1 − t)β, tz + (1 − t)γ) = 0
2486 Chapitre 19. Surfaces
et on élimine t entre ces équations.
Exemple 19.3.2 Cône de sommet S = (0, 0, 1) de sous-
ensemble directeur la parabole y 2 = 2px, z = 0. On écrit
−→
m(x, y, z) ∈ Σ \ {S} ⇐⇒ ∃t ∈ R, S + tSm ∈ Γ
½
(ty)2 = 2ptx
⇐⇒ ∃t ∈ R,
tz + (1 − t) = 0
µ ¶2
y 2px
⇐⇒ z 6= 1 et =
1−z 1−z
⇐⇒ z 6= 1 et y 2 = 2px(1 − z)
et nous avons obtenu une équation du cône (privé de son
sommet).
19.3. Equations de surfaces 2487
19.3.4 Surfaces de révolution
Définition 19.3.5 Soit E un espace affine euclidien de di-
mension 3 et D une droite de E. On dit qu’une partie Σ
de E est une surface de révolution d’axe D si, pour tout
m ∈ Σ, le cercle Cm d’axe D passant par m est contenu
dans Σ.
Remarque 19.3.1 Les cercles Cm contenus dans Σ sont
appelés les parallèles de la surface de révolution. Un
sous-ensemble qui rencontre tous les parallèles est appelé
un sous-ensemble directeur de la surface de révolution. Un
sous-ensemble directeur situé dans un plan contenant l’axe
D est appelé un méridien.
2488 Chapitre 19. Surfaces
Remarque 19.3.2 Supposons que Σ soit défini par
l’équation f (x, y, z) = 0 et supposons les axes choi-
sis de telle sorte que D soit l’axe 0z. Posons alors
g(ρ, θ, z) = f (ρ cos θ, ρ sin θ, z) en coordonnées cylin-
driques. Si g ne dépend pas de θ, on voit immédiatement
que la surface est de révolution, admettant pour méridiens
les sous-ensembles g(ρ, z) = 0 dans les plans ρOz. On
retiendra en particulier que toute équation du type
F (x2 + y 2 , z) = 0 définit une surface de révolution.
On est parfois amené à rechercher une surface de
révolution connaissant un sous-ensemble directeur Γ et
l’axe de révolution. Nous supposerons choisi un repère de
E ce qui nous permet de supposer que E = R3. On posera
19.3. Equations de surfaces 2489
alors D = (a, b, c) + R(α, β, γ).
Premier cas Γ est l’image d’un arc paramétré u 7→
(ϕ(u), ψ (u), ω(u)). On obtient immédiatement une
paramétrisation de la surface de révolution par (x, y, z) =
RD (v)(ϕ(u), ψ (u), ω(u)) où RD (θ) désigne la rotation
d’axe D et d’angle θ. Si le repère est bien choisi, on peut
supposer que D est l’axe 0z. Alors RD (θ) est l’application
(x, y, z) 7→ (x cos θ − y sin θ, x sin θ + y cos θ, z) si bien que
l’on a la paramétrisation de la nappe par
x = ϕ(u) cos v−ψ (u) sin v, y = ϕ(u) sin v+ψ (u) cos v, z = ω(u)
Deuxième cas Γ est donné par deux équations f (x, y, z) =
0, g(x, y, z) = 0. Remarquons alors que Cm est l’intersection
2490 Chapitre 19. Surfaces
de la sphère de centre A passant par m avec le plan orthog-
onal à ~u passant par m. Il admet donc pour équations (si
m a pour coordonnées (x0, y0 , z0 ))
½
(x − a)2 + (y − b)2 + (z − c)2 = (x0 − a)2 + (y0 − b)2 + (z0 − c)2
αx + βy + γz = αx0 + βy0 + γz0
On écrit alors que
m(x0 , y0 , z0 ) ∈ Σ ⇐⇒ Cm ∩ Γ 6= ∅
soit encore ∃x, y, z ∈ R,
(x − a)2 + (y − b)2 + (z − c)2 = (x0 − a)2 + (y0 − b)2 + (z0 − c)2
αx + βy + γz = αx0 + βy0 + γz0
f(x, y, z) = 0
g(x, y, z) = 0
19.3. Equations de surfaces 2491
et on élimine x, y et z entre ces équations.
Dans le cas où D est l’axe Oz, on remplacera avan-
tageusement la sphère par un cylindre
½ 2 d’axe Oz et on ob-
x + y 2 = x20 + y02
tiendra comme équation de Cm et donc
z = z0
m(x0 , y0 , z0 ) ∈ Σ ⇐⇒ Cm ∩ Γ 6= ∅
2 2 2 2
x + y = x 0 + y0
z = z0
⇐⇒ ∃x, y, z ∈ R,
f (x, y, z) = 0
g(x, y, z) = 0
et on élimine x, y et z entre ces équations.
Exemple 19.3.3 Surface de révolution engendrée par la
2492 Chapitre 19. Surfaces
rotation de la droite ∆ : x = 1, y = z autour de l’axe 0z.
On a donc
m(x0 , y0 , z0 ) ∈ Σ ⇐⇒ Cm ∩ ∆ 6= ∅
2
x + y 2 = x20 + y02
z = z0
⇐⇒ ∃x, y, z ∈ R,
x=1
y=z
⇐⇒ x20 + y02 = 1 + z02
si bien que la surface a pour équation cartésienne x2 + y 2 −
z 2 = 1, comme équation cylindrique ρ2 − z 2 = 1 et que
ses méridiennes sont des hyperboles équilatères. Il s’agit là
d’un hyperboloı̈de (à une nappe).
19.4. Quadriques 2493
19.4 Quadriques
19.4.1 Notion de quadrique
Définition 19.4.1 Soit E un espace affine de dimension
finie de direction E ~ et F : E → R. On dit que F est
une forme quadratique affine si elle vérifie les conditions
équivalentes
(i) il existe a ∈ E, une forme quadratique Φa sur E ~ et
une forme linéaire fa sur E ~ telles que ∀x ∈ E, F (x) =
Φa (−→ + fa (−
ax) → + F (a)
ax)
(ii) pour tout a ∈ E, il existe une forme quadratique Φa sur
E~ et une forme linéaire fa sur E
~ telles que ∀x ∈ E, F (x) =
Φa (−→ + fa (−
ax) → + F (a)
ax)
2494 Chapitre 19. Surfaces
(iii) pour tout repère affine (a, − →
e1 , . . . , −
→
en ), il existe un
polynôme P ∈ R[X1 , . . . , Xn ] de degré inférieur ou égal
à 2 tel que F (x) = P (x1 , . . . , xn ) si x1 , . . . , xn sont les
coordonnées de x dans ce repère.
La forme quadratique Φa est en fait indépendante de a ∈ E ;
on l’appelle la forme quadratique principale de F .
Démonstration 19.4.1 Il est clair que (ii)⇒(i). Sup-
posons (i) vérifié et soit b ∈ E. On a alors par l’identité de
polarisation
→ −
− → → −
− →
F (x) = Φa( ab + bx) + fa (ab + bx) + F (a)
→
− → −
− → −→
= Φa(bx) + 2ϕa (ab, bx) + fa (bx)
19.4. Quadriques 2495
→
− →
−
+Φa( ab) + fa( ab) + F (a)
→
− →
−
= Φb (bx) + fb (bx) + F (b)
−
→ → −
− → →
−
en posant Φb = Φa et fb ( ξ ) = 2ϕa ( ab, ξ ) + fa ( ξ ). Ceci
montre à la fois que (i)⇒(ii) et que Φa ne dépend pas de a.
L’équivalence entre (i) et (iii) résulte immédiatement
des isomorphismes déjà connus entre formes quadratiques
et polynômes homogènes de degré 2, formes linéaires et
polynômes homogènes de degré 1, constantes et polynômes
homogènes de degré 0. La décomposition F (x) = Φa(− → +
ax)
fa (−
→ + F (a) correspond exactement à la décomposition
ax)
P = P2 + P1 + P0 d’un polynôme de degré au plus 2 en un
polynôme homogène de degré 2, un polynôme homogène de
2496 Chapitre 19. Surfaces
degré 1 et une constante.
Remarque 19.4.1 Contrairement à la forme quadratique
principale Φ qui ne dépend pas de a, la forme linéaire fa
dépend de a. Supposons que Φ est non dégénérée ; on sait
~ tel que ∀ξ~ ∈
alors que l’on peut trouver un vecteur ~v ∈ E
~ fa (ξ)
E, ~ Prenons alors b = a − 1 ~v . On a alors
~ = ϕ(~v, ξ).
2
→
−
~ = 2ϕ(ab, ξ)
~ + fa (ξ) →
−
~ = ϕ(2 ab + ~v , ξ)
~ = ϕ(0, ξ)
~ = 0, si
fb (ξ)
bien que fb = 0.
Définition 19.4.2 On dit que a ∈ E est un centre de la
forme quadratique affine si fa = 0.
19.4. Quadriques 2497
Remarque 19.4.2 On a donc montré que si Φ est non
dégénérée, F admet un centre.
Définition 19.4.3 On dit qu’un sous-ensemble Σ de E est
une quadrique (ou une conique en dimension 2) s’il existe
une forme quadratique affine de forme quadratique princi-
pale non nulle telle que Σ = {x ∈ E | F (x) = 0}.
2498 Chapitre 19. Surfaces
19.4.2 Réduction des quadriques
Supposons que E est un espace affine euclidien. Soit
Σ une quadrique d’équation F (x) = 0 et soit Φ la forme
quadratique principale de F . On sait qu’il existe une base
orthonormée (− →
e1 , . . . , −
→ ~ qui est orthogonale pour Φ.
en ) de E
La matrice de Φ dans cette base est alors diag(λ1 , . . . , λn )
et quitte à permuter la base on peut supposer que λ1 6=
0, . . . , λr 6= 0, λr+1 = . . . = λn = 0 pour un r ∈ [1, n]
(car on a supposé Φ 6= 0). Dans tout repère (a, − →
e1 , . . . , −
→
en )
l’équation de Σ est donc de la forme λ1 x21 + . . . + λr x2r +
X n
α1 2
αi xi + k = 0 soit encore λ1 (x1 + ) + . . . + λr (xr +
2λ1
i=1
19.4. Quadriques 2499
Xn Xr 2
αr 2 α
) + αi xi + k 0 = 0 avec k 0 = k − i
2 . En
2λr i=r+1 i=1
4λ i
α1 0 αr
posant x01 = x1 + , xr = xr + , c’est-à-dire en faisant
2λ1 2λr
un changement d’origine du repère, on obtient un nou-
veau repère (a0 , − →
e1 , . . . , −
→
en ) dans lequel l’équation devient
X n
λ1 x21 + . . . + λr x2r + αi x0i + k 0 = 0.
i=r+1
S’il existe
Pn i ≥ r + 1 tel que αi 6= 0, posons
0 i=r+1 αi ei
er+1 = qP . Alors (e1 , . . . , er , e0r+1 ) est une
n 2
i=r+1 αi
famille orthonormée, que nous pouvons compléter
en une base orthonormée (e1 , . . . , er , e0r+1 , . . . , e0n ).
2500 Chapitre 19. Surfaces
Dans le repère (a0 , e1 , . . . , er , e0r+1 , . . . , e0n ) les nou-
00 00 00
velles
Pn coordonnées sont x 1 = x 1 , . . . , x r = x r , x r+1 =
0
i=r+1 α i x i
qP si bien que l’équation devient dans ce repère
n 2
i=r+1 αi
λ1 x21 + . . . + λr x2r + βx00r+1 + k 0 = 0 avec β 6= 0. On écrit alors
2 2 00 k0
l’équation sous la forme λ1 x1 + . . . + λr xr + β(xr+1 + ) = 0
β
et un nouveau changement d’origine ramène à une équation
λ1 y12 + . . . + λr yr2 + βyr+1 = 0.
Si par contre tous les αi sont nuls pour i ≥ r + 1 ou si
r = n, alors l’équation est déjà réduite à la forme λ1 x21 +
. . .+λr x2r + k 0 = 0. On a donc démontré le théorème suivant
19.4. Quadriques 2501
Théorème 19.4.1 Soit Σ une quadrique. Alors il existe
un repère orthonormé (a, −→
e1 , . . . , −
→
en ) tel que l’équation de
Σ dans ce repère soit de l’une des deux formes suivantes
λ1 x21 + . . . + λr x2r + k = 0, r ≤ n
(quadrique à centre)
λ1 x21 + . . . + λr x2r + βxr+1 = 0, r ≤ n − 1
(quadrique sans centre)
avec λ1 , . . . , λr non nuls. L’entier r est le rang de la forme
quadratique principale et λ1 , . . . , λr les valeurs propres non
nulles (comptées avec leurs multiplicités) de la matrice de la
forme quadratique principale Φ dans n’importe quelle base
orthonormée.
2502 Chapitre 19. Surfaces
19.4.3 Classification des quadriques en di-
mension 2 et 3
Dimension 2
Premier cas r = 2, λ1 λ2 > 0 : on obtient à partir de
l’équation λ1 x2 + λ2 y 2 = −k que la conique est soit l’ensem-
ble vide, soit un point (si k = 0), soit une ellipse.
Deuxième cas r = 2, λ1 λ2 < 0 : on obtient à partir de
l’équation λ1 x2 + λ2y 2 = −k que la conique est soit la
réunion de deux droites sécantes (si k = 0), soit une hy-
perbole (si k 6= 0).
Troisième cas r = 1 et conique sans centre : on obtient à
partir de l’équation λ1 x2 + βy = 0 que la conique est une
parabole
19.4. Quadriques 2503
Quatrième cas r = 1 et conique avec centre : on obtient
à partir de l’équation λ1 x2 + k = 0 que la conique est
soit l’ensemble vide, soit une droite soit la réunion de deux
droites parallèles.
Dimension 3
Premier cas r = 3, λ1 , λ2 et λ3 de même signe (par exemple
positifs) ; l’équation peut s’écrire sous la forme λ1 x2 +λ2 y 2 +
λ3 z 2 = k ; si k < 0, on obtient l’ensemble vide ; si k = 0, la
quadrique est réduite à un point p ; si k >p0, la quadrique
p se
déduit par l’affinité (x, y, z) 7→ ( λ1 x, λ2 y, λ3 z) de la
sphère x2 + y 2 + z 2 = k, il s’agit donc d’un ellipsoı̈de.
Deuxième cas r = 3, λ1 , λ2 et λ3 de signes distincts. On
peut par exemple supposer que λ1 > 0, λ2 > 0 et λ3 <
2504 Chapitre 19. Surfaces
0. L’équation peut s’écrire sous la forme λ1 x2 + λ2y 2 +
2
λp3z = p k ; la quadrique
p se déduit par l’affinité (x, y, z) 7→
( λ1 x, λ2 y, −λ3 z) de la quadrique x2 + y 2 − z 2 = k
autrement dit de la surface de révolution d’axe Oz dont
une équation cylindrique est ρ2 − z 2 = k ; si k = 0, la
méridienne est la réunion de deux droites et la quadrique
est un cône du second degré ; si k 6= 0, la méridienne
est une hyperbole d’axe focal Oρ si k > 0, d’axe focal Oz
si k < 0 ; dans le premier cas, la quadrique est un hyper-
boloı̈de à une nappe obtenu par affinité à partir de la
rotation d’une hyperbole autour de son axe non focal, dans
le second cas un hyperboloı̈de à deux nappes, obtenu
par affinité à partir de la rotation d’une hyperbole autour
de son axe focal
19.4. Quadriques 2505
Troisième cas r = 2, quadrique à centre, λ1 λ2 > 0. On peut
écrire l’équation sous la forme λ1 x2 + λ2 y 2 = k ; il s’agit soit
de l’ensemble vide, soit d’une droite (si k = 0), soit d’un
cylindre d’axe Oz dont la base est une ellipse, c’est-à-dire
d’un cylindre elliptique.
Quatrième cas r = 2, quadrique à centre, λ1 λ2 < 0. On
peut écrire l’équation sous la forme λ1 x2 + λ2 y 2 = k ; il
s’agit soit de la réunion de deux plans sécants (si k = 0),
soit d’un cylindre d’axe Oz dont la base est une hyperbole,
c’est-à-dire d’un cylindre hyperbolique
Cinquième cas r = 2, quadrique sans centre, λ1 λ2 > 0.
On peut écrire l’équation sous la forme λ1 x2 + λ2 y 2 =
βzp; la p quadrique se déduit par l’affinité (x, y, z) 7→
( λ1 x, λ2 y, βz) de la quadrique x2 + y 2 = z autrement
2506 Chapitre 19. Surfaces
dit de la surface de révolution d’axe Oz dont une équation
cylindrique est ρ2 = z obtenue par rotation d’une parabole
autour de son axe ; il s’agit d’un paraboloı̈de elliptique.
Sixième cas r = 2, quadrique sans centre, λ1 λ2 < 0.
On peut écrire l’équation sous la forme λ1 x2 + λ2 y 2 =
βz
p; la p quadrique se déduit par l’affinité (x, y, z) 7→
( λ1 x, −λ2 y, βz) de la quadrique x2 − y 2 = z ; il s’agit
d’un paraboloı̈de hyperbolique.
Septième cas r = 1, quadrique à centre. L’équation λ1 x2 +
k = 0 définit soit l’ensemble vide, soit un plan, soit la
réunion de deux plans parallèles.
Huitième cas r = 1, quadrique sans centre. L’équation
λ1 x2 = βy définit un cylindre d’axe Oz dont la base est
une parabole. Il s’agit d’un cylindre parabolique.
19.4. Quadriques 2507
19.4.4 Quadriques réglées, quadriques de
révolution
Parmi les neuf types de vraies quadriques, quatre sont
des cylindres ou des cônes qui sont évidemment des surfaces
réglées. Il est clair qu’un ellipsoı̈de qui est borné ne peut
pas contenir de droites, dont ne peut pas être réglé. Pour
des raisons évidentes de non connexité, un hyperboloı̈de
à deux nappes ne peut pas contenir de droite (une telle
droite serait forcément horizontale car contenue dans un
demi-espace horizontal, or les sections horizontales de l’hy-
perboloı̈de sont des cercles). Un paraboloı̈de elliptique étant
situé dans un demi espace ne peut évidemment pas contenir
de droites (une telle droite serait forcément horizontale car
2508 Chapitre 19. Surfaces
contenue dans un demi-espace horizontal, or les sections
horizontales du paraboloı̈de sont des cercles). Reste donc le
cas de l’hyperboloı̈de à une nappe et du paraboloı̈de hyper-
bolique.
En ce qui concerne l’hyperboloı̈de à une nappe, une
x2 y 2 z 2
équation réduite peut s’écrire sous la forme 2 + 2 − 2 = 1
a b c
soit encore
³x z´³x z´ ³ y´³ y´
+ − = 1+ 1−
a c a c b b
Cet hyperboloı̈de contient donc les deux familles de droites
19.4. Quadriques 2509
(Dλ,µ ) et (∆λ,µ ) définies pour (λ, µ) 6= (0, 0) par
³x z´ ³ y ´
λ + =µ 1+
a c b
Dλ,µ ³x z´ ³ ´
µ y
− =λ 1−
a c b
et ³x z´ ³ ´
y
λ + =µ 1−
a c b
∆λ,µ ³x z´ ³ ´
µ y
− =λ 1+
a c b
Par tout point de l’hyperboloı̈de passe une et une seule
droite de chaque famille.
En ce qui concerne le paraboloı̈de hyperbolique, une
x2 y2
équation réduite peut s’écrire sous la forme 2 − 2 = z
a b
2510 Chapitre 19. Surfaces
soit encore ³x y´³x y´
+ − =z
a b a b
Cet hyperboloı̈de contient donc les deux familles de droites
(Dλ,µ ) et (∆λ,µ ) définies pour (λ, µ) 6= (0, 0) par
³x y ´
λ + = µz
a b
Dλ,µ ³x y´
µ − =λ
a b
et ³x y ´
λ + =µ
a b
∆λ,µ ³x y´
µ − = λz
a b
19.4. Quadriques 2511
Par tout point du paraboloı̈de hyperbolique passe une et
une seule droite de chaque famille.
En ce qui concerne la possibilité pour des quadriques
d’être de révolution, on constate immédiatement sur
l’équation réduite que la quadrique est de révolution si
deux des λi sont égaux (c’est-à-dire si la matrice de la
forme quadratique principale Φ dans n’importe quelle
base orthonormée admet une valeur propre double). Ceci
permet de compléter le tableau précédent
2512 Chapitre 19. Surfaces
Equation Type Réglé De révolution
2
x y2 z2
+ + =1 ellipsoı̈de Non si a = b ou b = c ou c = a
a22 b22 c22
x y z
+ − =1 hyperboloı̈de à une nappe Doublement si a = b
a22 b22 c22
x y z
+ − =0 cône du second degré Oui si a = b
a22 b22 c22
x y z
+ − = −1 hyperboloı̈de à deux nappes Non si a = b
a2 2b2 2c2
x y
+ =1 cylindre elliptique Oui si a = b
a22 b22
x y
− =1 cylindre hyperbolique Oui Non
a2 b2
2
x y2
z= 2 + 2 paraboloı̈de elliptique Non si a = b
a b
x2 y2
z= 2 − 2 paraboloı̈de hyperbolique Doublement Non
a b
2py = x2 cylindre parabolique Oui Non
Les quadriques
Cours de mathématiques
0100100010000100
1011011101111011
0100100010000100
par Denis Monasse Ed.1011011101111011
Vuibert
Table des matières 0100100010000100
1011011101111011
0100100010000100
• Plan général • Séries entières 1011011101111011
0100100010000100
• Algèbre générale • Formes quadratiques1011011101111011
0100100010000100
• Algèbre linéaire • Formes hermitiennes1011011101111011
0100100010000100
• Réduction des endomorphismes • Séries de Fourier 1011011101111011
0100100010000100
• Topologie des espaces métriques • Calcul différentiel1011011101111011
1.234,00 0100100010000100
• Espaces vectoriels normés • Equations différentielles
43.009,45 1011011101111011
0100100010000100
• Comparaison des fonctions • Espaces affines 1011011101111011
96.000.000 0100100010000100
• Suites et séries numériques
100.230,00 • Courbes 1011011101111011
0100100010000100
• Fonctions d’une variable réelle
1.234,00 • Surfaces 1011011101111011
0100100010000100
• Intégration
43.009,45 • Intégrales multiples
1011011101111011
0100100010000100
96.000.000
• Suites et séries de fonctions • Index 1011011101111011
0100100010000100