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Chapitre 9

Intégration
918 Chapitre 9. Intégration

9.1 Subdivisions, approximation


des fonctions

9.1.1 Subdivisions d’un segment


Définition 9.1.1 Soit [a, b] un segment de R ; on appelle
subdivision de [a, b] toute famille σ = (ai )0≤i≤n telle que
a0 = a, an = b et ∀i ∈ [1, n], ai−1 < ai . On appelle pas de
la subdivision σ le nombre réel δ(σ) = min (ai − ai−1 ).
i∈[1,n]

On notera Pt(σ) = {ai | 0 ≤ i ≤ n} et S([a, b]) l’ensem-


ble des subdivisions de [a, b]. On définit une relation d’or-
dre partielle sur S(I) en disant que σ 0 est plus fine que
σ si Pt(σ) ⊂ Pt(σ 0 ) on a alors clairement δ(σ 0 ) ≤ δ(σ)).
9.1. Subdivisions, approximation des fonctions 919

On notera σ ∪ σ 0 la subdivision définie par Pt(σ ∪ σ 0 ) =


Pt(σ) ∪ Pt(σ 0 ). Elle est plus fine que σ et que σ 0 .
920 Chapitre 9. Intégration

9.1.2 Propriétés liées aux subdivisions


Définition 9.1.2 On dit que f : [a, b] → E est une fonc-
tion en escalier (resp. affine par morceaux) s’il existe une
subdivision σ = (ai )0≤i≤n de [a, b] (que l’on dira adaptée à
f) telle que f soit constante (resp. affine) sur chacun des
intervalles ouverts ]ai−1 , ai [.

Remarque 9.1.1 Il est clair que toute fonction affine par


morceaux est bornée et que toute fonction en escalier est
affine par morceaux.

Définition 9.1.3 On dit que f : [a, b] → E est une fonc-


tion de classe C k par morceaux s’il existe une subdivision
9.1. Subdivisions, approximation des fonctions 921

σ = (ai )0≤i≤n de [a, b] (que l’on dira adaptée à f ) telle que


l’on ait les conditions équivalentes
(i) pour chaque i ∈ [1, n], il existe une fonction
fi : [ai−1 , ai ] → E de classe C k telle que ∀t ∈
]ai−1 , ai [, f (t) = fi (t)
(ii) la fonction f est de classe C k sur [a, b] \ {a0 , . . . , an } et
f, f 0 , . . . , f (k) admettent des limites à gauche et à droite en
tous les points ai où cela a un sens.

Démonstration 9.1.1 (i)⇒(ii) est clair puisque dans ce


(p) (p)
cas lim+ f (p) (t) = lim+ fi+1 (t) = fi+1 (ai ) et lim− f (p) (t) =
t→ai t→ai t→ai
(p) (p)
lim− fi (t) = fi (ai ).
t→ai
922 Chapitre 9. Intégration

En ce qui concerne (ii)⇒(i) posons



 f (t) si ai−1 < t < ai
fi (t) = f (a+i−1 ) si t = a i−1

f (a−
i ) si t = ai

alors la fonction fi est continue sur [ai−1, ai ], de classe C k


(p)
sur ]ai−1 , ai [ et toutes les dérivées fi = f (p) admettent des
limites aux points ai−1 et ai . On a vu dans le chapitre sur
les fonctions d’une variable qu’une telle fonction était de
classe C k .

Remarque 9.1.2 Une fonction de classe C k par morceaux


n’est pas nécessairement continue (en particulier f (ai ) peut
9.1. Subdivisions, approximation des fonctions 923

être distinct de la limite à gauche et de la limite à droite au


point ai ) ; cependant, comme chacune des fi est continue
sur un compact donc bornée, et que les ai sont en nombre
fini, une fonction de classe C k par morceaux est bornée ;
remarquons également qu’une fonction affine par morceaux
(et a fortiori une fonction en escalier) est de classe C ∞ par
morceaux.

Remarque 9.1.3 Si f est en escalier, ou affine par


morceaux, ou C k par morceaux et si σ ∈ S([a, b]) est
adaptée à f , alors toute subdivision plus fine est encore
adaptée à f ; en particulier si σ est adaptée à f et σ 0
adaptée à g, alors σ ∪ σ 0 est adaptée à la fois à f et à g,
d’où l’on déduit immédiatement la proposition suivante :
924 Chapitre 9. Intégration

Proposition 9.1.1 L’ensemble des applications en es-


calier (resp. affine par morceaux, resp. C k par morceaux)
est un sous-espace vectoriel de l’ensemble des applications
de [a, b] dans E.

Définition 9.1.4 (Extension).Si I est un intervalle de R,


on dira que f : I → E est en escalier (resp. affine par
morceaux, resp. C k par morceaux) si sa restriction à tout
segment [a, b] contenu dans I est en escalier (resp. affine
par morceaux, resp. C k par morceaux).
9.1. Subdivisions, approximation des fonctions 925

9.1.3 Approximation des fonctions


Soit [a, b] un segment de R et B([a, b], E) l’espace vec-
toriel des fonctions bornées de [a, b] dans E. Pour f ∈
B([a, b], E), on notera kf k∞ = sup kf (x)k.
x∈[a,b]

Définition 9.1.5 On dit que f : [a, b] → E est réglée si


elle vérifie les conditions équivalentes
(i) pour tout ε > 0, il existe ϕ : [a, b] → E en escalier telle
que sup kf (t) − ϕ(t)k ≤ ε
t∈[a,b]
(ii) il existe une suite ϕ
Ãn de fonctions en escalier
! de [a, b]

dans E telle que lim sup kf (t) − ϕn (t)k = 0.


n→+∞ t∈[a,b]
926 Chapitre 9. Intégration

L’ensemble des fonctions réglées de [a, b] dans E est un


sous-espace vectoriel de B([a, b], E).

Démonstration 9.1.2 Les deux définitions sont claire-


ment équivalentes (prendre ε = 1/n pour (i)⇒(ii)). La
définition (i) implique évidemment que f − ϕ est bornée
et comme ϕ l’est également, une fonction réglée sur un
segment est nécessairement bornée. Autrement dit, le sous-
espace vectoriel des fonctions réglées de [a, b] dans E (car
il est évidemment stable par combinaisons linéaires) n’est
autre que l’adhérence de l’espace vectoriel des fonctions en
escalier pour la norme k.k∞ .
9.1. Subdivisions, approximation des fonctions 927

Théorème 9.1.1 Toute fonction continue par morceaux


est réglée.

Démonstration 9.1.3 Commençons par le démontrer


pour une fonction continue sur un segment. Une telle
fonction est uniformément continue. Soit ε > 0. Il existe
η > 0 tel que ∀t, t0 ∈ [a, b], |t − t0 | < η ⇒ kf (t) − f (t0 )k < ε.
Soit alors σ = (ai )0≤i≤n une subdivision de pas plus petit
que η et définissons ϕ : [a, b] → E par ϕ(ai ) = f(ai )
ai−1 + ai
pour i ∈ [0, n] et ϕ(t) = f( ) si t ∈]ai−1 , ai [ avec
2
i ∈ [1, n]. Alors kf (t) − ϕ(t)k vaut 0 si t est l’un des ai
ai−1 + ai
et kf (t) − f ( )k ≤ ε si t ∈]ai−1 , ai [ puisque alors
2
928 Chapitre 9. Intégration

ai−1 + ai
|t − | < δ(σ) < η. On a bien une fonction ϕ en
2
escalier telle que sup kf (t) − ϕ(t)k ≤ ε.
t∈[a,b]

Si maintenant f est continue par morceaux, soit σ =


(ai )0≤i≤n une subdivision adaptée à f et soit fi : [ai−1 , ai ] →
E de classe C o telle que ∀t ∈]ai−1 , ai [, f (t) = fi (t). On peut
appliquer le cas précédent à fi et trouver ϕi en escalier
telle que sup kfi (t) − ϕi (t)k ≤ ε. On définit alors une
t∈[ai−1 ,ai ]
fonction en escalier ϕ : [a, b] → E par ϕ(ai ) = f (ai ) et
ϕ(t) = ϕi (t) si t ∈]ai−1 , ai [. Alors on a sup kf (t) − ϕ(t)k ≤
t∈[a,b]
à !
max sup kfi (t) − ϕi (t)k ≤ ε, ce qui montre que f est
i∈[1,n] t∈[ai−1 ,ai ]
9.1. Subdivisions, approximation des fonctions 929

réglée.

En fait, on peut montrer le résultat plus général suivant


(que nous n’utiliserons pas par la suite)

Théorème 9.1.2 Une fonction f : [a, b] → E (espace vec-


toriel normé complet) est réglée si et seulement si elle ad-
met en tout point de [a, b] (où cela a un sens) une limite à
gauche et une limite à droite.

Démonstration 9.1.4 Supposons tout d’abord f réglée ;


soit xo un point de [a, b] et montrons que, si xo 6= b, f a une
limite à droite au point xo à l’aide du critère de Cauchy
pour les fonctions. Soit donc ε > 0 et ϕ en escalier telle
930 Chapitre 9. Intégration

ε
que ∀t ∈ [a, b], kf (t) − ϕ(t)k < . Soit (ai ) une subdivision
3
adaptée à ϕ et soit η > 0 tel que ]xo , xo + η[⊂]ai−1 , ai [. Pour
t, t0 ∈]xo , xo +η[, on a kf (t)−f (t0 )k = k(f (t)−ϕ(t))+(ϕ(t0 )−
0 0 0 ε ε
f(t ))k (car ϕ(t) = ϕ(t )), soit kf (t)−f (t )k ≤ + < ε. La
3 3
fonction f vérifie donc le critère de Cauchy en xo à droite,
et donc elle admet une limite à droite.

Inversement, supposons que f admette en tout point


de [a, b] une limite à gauche et une limite à droite
et soit ε > 0. Alors, pour tout x ∈ [a, b], il existe
ηx > 0 tel que ∀t, t0 ∈]x, x + ηx [, kf (t) − f (t0 )k < ε
et ∀t, t0 ∈]x − ηx , x[, kf (t) − f (t0 )k < ε (critère de
Cauchy comme condition nécessaire d’existence des
9.1. Subdivisions, approximation des fonctions 931

[
limites). On a alors [a, b] ⊂ ]x − ηx , x + ηx [ (recou-
x∈[a,b]
vrement de [a, b] par des ouverts). D’après le théorème
de Borel Lebesgue, on peut trouver x1 , . . . , xp tels que
[a, b] ⊂]x1 − ηx1 , x1 + ηx1 [∪ . . . ∪]xp − ηxp , xp + ηxp [.
Soit alors (ai )0≤i≤n une subdivision de [a, b] telle
que, pour tout i ∈ [1, n], il existe j ∈ [1, p] tel que
]ai−1 , ai [⊂]xj − ηxj , xj [ ou ]ai−1 , ai [⊂]xj , xj + ηxj [. On a
alors ∀t, t0 ∈]ai−1 , ai [, kf(t) − f (t0 )k < ε. On définit
alors une fonction ϕ : [a, b] → E par ϕ(ai ) = f(ai ) et
ai−1 + ai
ϕ(t) = f ( ) si t ∈]ai−1 , ai [ avec i ∈ [1, n]. Alors on
2
a ∀t ∈ [a, b], kf (t) − ϕ(t)k ≤ ε. Donc f est réglée.
932 Chapitre 9. Intégration

Remarque 9.1.4 En particulier, on retrouve que les


fonctions continues par morceaux, mais aussi les fonctions
monotones, sont réglées.

Enfin, pour terminer sur le problème de l’approximation


des fonctions nous donnerons les résultat suivants permet-
tant d’approcher une fonction continue soit par une fonc-
tion continue et affine par morceaux, soit par une fonction
polynomiale, soit par un polynôme trigonométrique.

Théorème 9.1.3 Soit f : [a, b] → R continue. Alors, pour


tout ε > 0, il existe une fonction ϕ : [a, b] → E continue et
affine par morceaux telle que ∀t ∈ [a, b], kf (t) − ϕ(t)k < ε.
9.1. Subdivisions, approximation des fonctions 933

Démonstration 9.1.5 Une telle fonction est uni-


formément continue. Soit ε > 0. Il existe η > 0 tel
ε
que ∀t, t0 ∈ [a, b], |t − t0 | < η ⇒ kf (t) − f(t0 )k < . Soit
2
alors σ = (ai )0≤i≤n une subdivision de pas plus petit que
η et définissons ϕ : [a, b] → E par ϕ(ai ) = f (ai ) pour
f (ai ) − f (ai−1
i ∈ [0, n], ϕ(t) = f (ai−1 ) + (t − ai−1 ) si
ai − ai−1
t ∈]ai−1 , ai [. Alors ϕ est clairement affine par morceaux et
continue. Alors kf (t) − ϕ(t)k vaut 0 si t est l’un des ai et si
t ∈]ai−1 , ai [, on a (en tenant compte de f(ai−1 ) = ϕ(ai−1 ))
kf (t) − ϕ(t)k ≤ kf (t) − f (ai−1 )k + kϕ(ai−1) − ϕ(t)k
≤ kf (t) − f (ai−1 )k + kϕ(ai−1) − ϕ(ai )k
= kf (t) − f (ai−1 )k + kf(ai−1 ) − f (ai )k
934 Chapitre 9. Intégration

ε
< 2 =ε
2
puisque, ϕ étant affine sur [ai−1 , ai ], on a kϕ(ai−1 )− ϕ(t)k ≤
kϕ(ai−1 ) − ϕ(ai )k. Ceci termine la démonstration.

Théorème 9.1.4 (premier théorème de Weierstrass). Soit


f : [a, b] → C continue. Alors, pour tout ε > 0, il existe un
polynôme P ∈ C[X ] tel que ∀t ∈ [a, b], kf (t) − P (t)k < ε.

Démonstration 9.1.6 Ce résultat pourra être admis.


Nous en donnerons cependant une démonstration qui
construit effectivement un tel polynôme (appelé polynôme
de Bernstein, de tels polynômes jouent un rôle important
9.1. Subdivisions, approximation des fonctions 935

en infographie). Il suffit évidemment de montrer ce résultat


lorsque a = 0 et b = 1 (on fait ensuite un changement de
variable affine qui transforme [0, 1] en [a, b]). Pour cela on
part des identités élémentaires suivantes (la première est
la formule du binôme, les deux autres s’en déduisent en
dérivant par rapport à u)

n
X
(u + v)n = Cnk uk v n−k
k=0
Xn
n(u + v)n−1 = Cnk kuk−1 v n−k
k=1
936 Chapitre 9. Intégration

n
X
n(n − 1)(u + v)n−2 = Cnk k(k − 1)uk−2 vn−k
k=2

Changeant u en x et v en 1 − x, on en déduit que

n
X
1 = Cnk xk (1 − x)n−k
k=0
Xn
n = Cnk kxk−1 (1 − x)n−k
k=1
Xn
n(n − 1) = Cnk k(k − 1)xk−2 (1 − x)n−k
k=2
9.1. Subdivisions, approximation des fonctions 937

Soit a ∈ R. Ecrivons alors que


µ ¶2
k 2 1 a 1
a− = a + ( 2 − 2 )k + 2 k(k − 1)
n n n n

On en déduit que
n
X µ ¶2
k
Cnk a − xk (1 − x)n−k
n
k=0
n
X n
1 a X k k
= a2 k k
Cn x (1 − x)n−k
+( 2 −2 ) Cn kx (1 − x)n−k
n n
k=0 k=0
n
1 X k
+ 2 Cn k(k − 1)xk (1 − x)n−k
n
k=0
938 Chapitre 9. Intégration

n
X n
1 a X k k
= a2 k k
Cn x (1 − x)n−k
+( 2 −2 ) Cn kx (1 − x)n−k
n n
k=0 k=1
n
1 X k
+ 2 Cn k(k − 1)xk (1 − x)n−k
n
k=2
n
X n
1 a X k k−1
= a2 k k
Cn x (1 − x)n−k
+ ( 2 − 2 )x Cn kx (1 − x)n−k
n n
k=0 k=1
n
1 2X k
+ 2x Cn k(k − 1)xk−2 (1 − x)n−k
n
k=2
1 a 1 2 x(1 − x)
= a2 + ( − 2 )xn + x n(n − 1) = (x − a)2
+
n2 n n2 n
9.1. Subdivisions, approximation des fonctions 939

puis en remplaçant a par x


X n µ ¶2
k x(1 − x)
Cnk x − xk (1 − x)n−k =
n n
k=0

Soit δ > 0. On a donc, pour x ∈ [0, 1],


X
2
δ Cnk xk (1 − x)n−k
|x− nk |≥δ
X µ ¶2
k
≤ Cnk x − xk (1 − x)n−k
n
|x− nk |≥δ
X n µ ¶2
k
≤ Cnk x − xk (1 − x)n−k
n
k=0
940 Chapitre 9. Intégration

x(1 − x) 1
= ≤
n 4n
soit encore
X 1
Cnk xk (1 − x)n−k

4nδ 2
|x− nk |≥δ
Soit f : [0, 1] → C continue et posons Bn (x) =
Xn
k k k
f ( )Cn x (1 − x)n−k (polynôme en x de degré inférieur
n
k=0
ou égal à n). Ecrivons
n
X
f(x) = f (x)1 = f (x)Cnk xk (1 − x)n−k
k=0
9.1. Subdivisions, approximation des fonctions 941

On a alors
¯ ¯
¯X n
k ¯
¯ k k n−k ¯
|f (x) − Bn (x)| = ¯ (f (x) − f( ))Cn x (1 − x) ¯
¯ n ¯
k=0
X n ¯ ¯
¯ ¯
≤ ¯f (x) − f ( k )¯ C k xk (1 − x)n−k
¯ n ¯ n
k=0

Soit ε > 0, puisque f est continue sur [0, 1], elle est
uniformément continue et donc il existe δ > 0 tel que, pour
ε
tout couple t, t0 vérifiant |t−t0 | < δ, on ait |f (t)−f (t0 )| < .
¯ ¯ 2
¯ k ¯¯ ε
¯
On a alors en majorant suivant les cas ¯f (x) − f ( )¯ par
n 2
942 Chapitre 9. Intégration

ou par 2kf k∞

¯ ¯
X ¯ k ¯ k k
|f(x) − Bn (x)| ≤ ¯ ¯ n−k
¯f (x) − f ( n )¯ Cn x (1 − x)
|x− kn |<δ
¯ ¯
X ¯ k ¯¯ k k
+ ¯f (x) − f( ) C x (1 − x)n−k
¯ n ¯ n
|x− kn |≥δ
ε X
≤ Cnk xk (1 − x)n−k
2
|x− kn |<δ
X
+2kf k∞ Cnk xk (1 − x)n−k
|x− kn |≥δ
9.1. Subdivisions, approximation des fonctions 943

n
εX k k
≤ Cn x (1 − x)n−k
2
k=0
X
+2kf k∞ Cnk xk (1 − x)n−k
|x− kn |≥δ
ε 1
≤ + 2kf k∞
2 4nδ 2
1 ε
Prenons alors n assez grand pour que 2kf k∞ 2
< . On
4nδ 2
a alors, pour tout x ∈ [0, 1], |f (x) − Bn (x)| < ε, ce qui
achève la démonstration.

Définition 9.1.6 On appelle polynôme trigonométrique de


944 Chapitre 9. Intégration

coefficients ap ∈ C, p = −N, . . . , N la fonction périodique


N
X
de période 2π de R dans C, t 7→ ap eipt .
p=−N

Remarque 9.1.5 Les coefficients ap sont uniquement


déterminés puisque les fonctions t 7→ eipt forment une
famille libre (ce sont par exemple des vecteurs propres de
l’opérateur de dérivation).
On vérifie immédiatement que les polynômes trigonométriques
forment une sous algèbre de l’algèbre des fonctions de classe
C ∞ de R dans C.
9.1. Subdivisions, approximation des fonctions 945

Théorème 9.1.5 (deuxième théorème de Weierstrass).


Soit f : R → C continue, périodique de période 2π. Alors,
pour tout ε > 0, il existe un polynôme trigonométrique
g : R → C tel que ∀t ∈ R, kf (t) − g(t)k < ε.

Démonstration 9.1.7 Ce théorème sera admis : c’est une


conséquence facile du théorème de Dirichlet qui dit qu’une
fonction continue, de classe C 1 par morceaux, périodique de
période 2π est somme de sa série de Fourier qui converge
ε
normalement, donc peut être approchée à près par un
2
polynôme trigonométrique. Il suffit donc d’approcher notre
ε
fonction continue à près par une fonction continue, de
2
1
classe C par morceaux, périodique de période 2π, et pour
946 Chapitre 9. Intégration

cela d’approcher la restriction de f à [0, 2π] par une fonction


continue affine par morceaux prenant la même valeur en 0
et 2π, ce qui se fait comme ci-dessus.
9.2. Intégrale des fonctions réglées sur un segment 947

9.2 Intégrale des fonctions réglées


sur un segment

9.2.1 Intégrale des applications en es-


calier
Théorème 9.2.1 Soit f : [a, b] → E en escalier et
σ = (ai )0≤i≤n une subdivision adaptée à f ; alors la somme
Xn
(ai − ai−1 )fi (où l’on désigne par fi la constante telle
i=1
que ∀t ∈]ai−1 , ai [, f (t) = fi ) est indépendante du choix de
Z b
σ ; on la note f et on l’appelle l’intégrale sur [a, b] de
a
948 Chapitre 9. Intégration

la fonction en escalier f .

Démonstration 9.2.1 Soit σ 0 une subdivision adaptée à


f telle que Pt(σ 0 ) = Pt(σ) ∪ {c}. Alors, si c ∈]ak−1 , ak ], la
somme relative à σ 0 est
k−1
X n
X
(ai − ai−1 )fi + (c − ak−1)fk + (ak − c)fk + (ai − ai−1 )
i=1 i=k+1
k−1
X n
X
= (ai − ai−1 )fi + (ak − ak−1 )fi + (ai − ai−1 )
i=1 i=k+1
Xn
= (ai − ai−1 )fi
i=1
9.2. Intégrale des fonctions réglées sur un segment 949

ce qui est encore la somme relative à σ ; une récurrence


évidente montre que si σ 0 est plus fine que σ (autrement
dit si on a ajouté un nombre fini de points à σ), la somme
relative à σ 0 est égale à celle relative à σ. Maintenant si σ
et σ 0 sont deux subdivisions adaptées à f , la subdivision
σ ∪ σ 0 est encore adaptée à f et elle est plus fine que σ et
que σ 0 ; la somme relative à σ 0 est donc égale à celle relative
à σ ∪ σ 0 et donc à celle relative à σ.

Les propriétés de l’intégrale des fonctions en escalier


sont tout à fait élémentaires à partir de la définition. On
obtient
Z b
Théorème 9.2.2 (i) L’application f 7→ f est linéaire
a
950 Chapitre 9. Intégration

de l’espace vectoriel des applications en escalier de [a, b]


dans E dans l’espace vectoriel E.
(ii) Soit u : E → F linéaire et f : [a, b] → E en escalier ;
Z b µZ b ¶
alors u◦f : [a, b] → F est en escalier et u◦f = u f
a a

(iii) Soit f : [a, b] → E en escalier ; alors kfk : [a, b] → R,


Z b Z b
t 7→ kf (t)k est en escalier et k fk ≤ kfk
a a
Z b
(iv) Soit f : [a, b] → E en escalier, alors k fk ≤ (b −
a
a)kf k∞ .
(v) Si c ∈]a, b[ et si f : [a, b] → E est en escalier, alors f|[a,c]
9.2. Intégrale des fonctions réglées sur un segment 951

Z b Z c Z b
et f|[c,b] sont en escalier et f= f+ f.
a a c

Démonstration 9.2.2 En prenant


une subdivision
Z b
adaptée à la fois à f et à g, on a (αf + βg) =
a
Xn Z b Z b
(ai − ai−1 )(αfi + βgi ) = α f + β g. Si σ est
i=1 a a
adaptée à f elle est aussi adaptée à u ◦ f et à kf k
Z b Xn Z b
et on a u◦f = (ai − ai−1 )u(fi ) = u( f ) et
a i=1 a
952 Chapitre 9. Intégration

Z b n
X n
X Z b
k fk = k (ai −ai−1 )fi k ≤ (ai −ai−1 )kfi k = kf k.
a i=1 i=1 a
Pour montrer (iv) on écrit
Z b Xn n
X
k fk = k (ai − ai−1 )fi k ≤ (ai − ai−1 )kfi k
a i=1 i=1
n
X
≤ kf k∞ (ai − ai−1 ) = (b − a)kf k∞
i=1

En ce qui concerne (v), il suffit d’introduire une subdivision


σ adaptée à f, de lui ajouter éventuellement le point c pour
obtenir encore une subdivision adaptée à f ; on coupe alors
la somme en deux au point c.
9.2. Intégrale des fonctions réglées sur un segment 953

9.2.2 Intégrale des fonctions réglées


On suppose désormais que E est un espace vectoriel
normé complet

Théorème 9.2.3 Soit f : [a, b] → R une fonction réglée et


(ϕn )n∈N une suite de fonctions en escalier telles que lim kf −
µZ b ¶
ϕn k∞ = 0. Alors la suite ϕn converge ; sa limite
a n∈N
est indépendante du choix de la suite (ϕn )n∈N ; on l’appelle
Z b
l’intégrale de f sur le segment [a, b] et on la note f.
a

Démonstration 9.2.3 Soit ε > 0 et N ∈ N tel que n ≥


954 Chapitre 9. Intégration

ε
N ⇒ kf − ϕn k∞ < . Pour p, q ≥ N on a kϕp −
2(b − a)
Z b
ε
ϕq k∞ ≤ kϕp − f k∞ + kf − ϕq k∞ < et donc k ϕp −
b−a a
Z b Z b
ϕq k = k (ϕp − ϕq )k ≤ (b − a)kϕp − ϕq k∞ < ε. La suite
Za b a

( ϕn ) vérifie donc le critère de Cauchy, donc elle converge


a
(E étant complet). Soit (ψ n ) une autre suite en escalier
telle que lim kf − ψ n k∞ = 0. Comme kϕn − ψ n k∞ ≤ kϕn −
fk∞ + kf − ψ n k∞ , on a lim kϕn − ψ n k∞ = 0 et la majoration
Z b Z b Z b
k ϕn − ψ nk = k (ϕn − ψ n )k ≤ (b − a)kϕn − ψ n k∞
a a a
9.2. Intégrale des fonctions réglées sur un segment 955

Z b Z b
montre que les deux suites ( ϕn ) et ( ψ n) (dont on sait
a a
déjà qu’elles convergent) ont la même limite.

Remarque 9.2.1 La méthode ci dessus est la méthode


classique de prolongement d’une application uniformément
Z b
continue (f 7→ f ) d’un sous-ensemble (celui des fonc-
a
tions en escalier) à son adhérence (les fonctions réglées).
Remarquons également que si f est une fonction en es-
calier, on peut prendre pour tout n , ϕn = f et que donc
son intégrale en tant que fonction en escalier est la même
que son intégrale en tant que fonction réglée. En particulier
l’intégrale d’une constante m est m(b − a).
956 Chapitre 9. Intégration

Z b
Théorème 9.2.4 (i) L’application f 7→ f est linéaire
a
de l’espace vectoriel des applications réglées de [a, b] dans
E dans l’espace vectoriel E.
(ii) Soit u : E → F linéaire continue et f : [a, b] → E
Z b
réglée ; alors u ◦ f : [a, b] → F est réglée et u◦f =
µZ b ¶ a

u f
a
(iii) Soit f : [a, b] → E réglée ; alors kf k : [a, b] → R,
Z b Z b
t 7→ kf (t)k est réglée et k fk ≤ kf k
a a
(iv) Si c ∈]a, b[ et si f : [a, b] → E est réglée, alors f|[a,c] et
9.2. Intégrale des fonctions réglées sur un segment 957

Z b Z c Z b
f|[c,b] sont réglées et f= f+ f.
a a c

Démonstration 9.2.4 (i) Soit f et g de [a, b] dans E


réglées, soit (ϕn ) et (ψ n ) deux suites de fonctions en escalier
telles que lim kf − ϕn k∞ = 0 et lim kg − ψ n k∞ = 0. Si
α, β ∈ K, on a k(αf +βg)−(αϕn +βψ n )k∞ ≤ |α|kf −ϕn k∞ +
|β|kg − ψ n k∞ et donc lim k(αf + βg) − (αϕn + βψ n )k∞ = 0.
On en déduit que αf + βg est encore réglée et que
Z b Z b
(αf + βg) = lim (αϕn + βψ n )
a a
Z b Z b
= α lim ϕn + β lim ψ n
a a
958 Chapitre 9. Intégration

Z b Z b
= α f +β g
a a

(ii) Soit u : E → F linéaire continue et f : [a, b] →


E réglée, soit (ϕn ) une suite de fonctions en escalier telle
que lim kf − ϕn k∞ = 0. Alors u ◦ ϕn est en escalier (toute
subdivision adaptée à ϕn l’est encore à u ◦ ϕn ) et ku ◦ f (t) −
u ◦ ϕn (t)k = ku(f (t) − ϕn (t))k ≤ kuk kf (t) − ϕn (t)k d’où
ku ◦ f − u ◦ ϕn k∞ ≤ kuk kf − ϕn k∞ . Ceci montre que u ◦ f
est encore réglée et on a
Z b Z b Z b
u ◦ f = lim u ◦ ϕn = lim u( ϕn )
a a a
Z b Z b
= u(lim ϕn ) = u( f)
a a
9.2. Intégrale des fonctions réglées sur un segment 959

Z b Z b
puisque u est continue et u ◦ ϕn = u( ϕn ) (intégrale
a a
des fonctions en escalier).
(iii) La démonstration est similaire en remarquant que
kϕn k est encore en escalier et que |kf (t)k − kϕn (t)k| ≤
kf (t) − ϕn (t)k, soit kkf k − kϕn kk∞ ≤ kf − ϕn k∞ . On a
donc kfk réglée et
Z b Z b Z b
kf k = lim kϕn k ≥ lim k ϕnk
a a a
Z b Z b
= k lim ϕn k = k fk
a a
Z b Z b
puisque x 7→ kxk est continue et kϕn k ≥ k ϕn k
a a
960 Chapitre 9. Intégration

(intégrale des fonctions en escalier).


(iv) On remarque ici que (ϕn )|[a,c] et (ϕn )|[c,b] sont encore
en escalier et que kf|[a,c] − (ϕn )|[a,c] k∞ ≤ kf − ϕn k∞ et de
même sur [c, b]. On a donc
Z b Z c Z b Z c Z b
f = lim( ϕn + ϕn ) = lim ϕn + lim ϕn
a a c a c
Z c Z b
= f+ f
a c

puisque l’existence de toutes les limites est garantie.

La propriété (iii) a un certain nombre de conséquences


extrêmement importantes
9.2. Intégrale des fonctions réglées sur un segment 961

Théorème 9.2.5 (i) Soit f : [a, b] → R réglée positive ;


Z b
alors f ≥ 0.
a
(ii) Soit f et g des applications réglées de [a, b] dans R telles
Z b Z b
que f ≤ g. Alors f≤ g
a a
Z b
(iii) Soit f : [a, b] → E réglée ; alors k fk ≤ (b−a)kf k∞ .
a

Démonstration 9.2.5 ¯Z b(i)¯ On aZ d’après l’assertion (iii) du


b Z b
¯ ¯
théorème précédent ¯¯ f ¯¯ ≤ |f | = f ; ceci exige
a a a
962 Chapitre 9. Intégration

Z b
f ≥ 0.
a Z b
(ii) La fonction g − f est réglée positive, donc g−
Z b Z b a

f= (g − f ) ≥ 0
a a Z b Z b Z b
(iii) On a k fk ≤ kf k ≤ kfk∞ = (b − a)kf k∞
a a a
puisque ∀t, kf (t)k ≤ kf k∞ .

En fait le résultat (i) peut être précisé de la manière suiv-


ante

Théorème 9.2.6 Soit f : [a, b] → R réglée positive ; on


9.2. Intégrale des fonctions réglées sur un segment 963

suppose qu’il existe t0 ∈ [a, b] tel que f (t0 ) 6= 0 et f continue


Z b
au point t0 . Alors f > 0.
a

Démonstration 9.2.6 Supposons par exemple t0 6= b. On


peut alors trouver η > 0 tel que t0 + η < b et tel que ∀t ∈
f (t0 ) f (t0 )
[t0 , t0 + η], |f (t) − f (t0 )| < , soit encore f (t) > .
Z Z 2 2
t0 b
Comme f ≥ 0 et f ≥ 0, on a
a t0 +η
Z b Z t0 +η Z t0 +η
f (t0 ) ηf (t0 )
f≥ f≥ = >0
a t0 t0 2 2
964 Chapitre 9. Intégration

Corollaire 9.2.1 Soit f : [a, b] → R continue positive ; si


Z b
f = 0, alors f = 0.
a

Théorème 9.2.7 (première formule de la moyenne). Soit


f, g : [a, b] → R. On suppose que f est continue et que g
Z b
est réglée positive. Alors, il existe c ∈ [a, b] tel que fg =
Z b a

f(c) g.
a

Démonstration 9.2.7 L’image de [a, b] par f est à la fois


connexe et compact dans R, c’est donc un segment de R.
9.2. Intégrale des fonctions réglées sur un segment 965

Soit f ([a, b]) = [m, M ]. On a ∀t ∈ [a, b], m ≤ f (t) ≤ M et


donc, puisque g(t) ≥ 0, on a ∀t ∈ [a, b], mg(t) ≤ f (t)g(t) ≤
Z b Z b Z b
M g(t). En intégrant, on a alors m g≤ fg ≤ M g.
Z b Z b a a a

Si g = 0, on en déduit que f g = 0 et n’importe quel


a a Rb
fg
c ∈ [a, b] convient. Sinon, on a m ≤ Ra b ≤ M et donc
a g
Rb
a fg
∃c ∈ [a, b], R b = f (c)
a g

ce que nous voulions démontrer.


966 Chapitre 9. Intégration

9.2.3 Convention de Chasles


Définition 9.2.1 Soit I un intervalle de R ; on dit que f
est réglée sur I si sa restriction à tout segment inclus dans
I est réglée.

Dans ce cas, si a et b sont dans I et a < b, on peut


Z b Z b
définir f. On étendra la définition en posant f =0
a Z Z a a
b
si a = b et f =− f si a > b. On a alors
a b

Proposition 9.2.1 (relation de Chasles). Soit f : I → E


9.2. Intégrale des fonctions réglées sur un segment 967

réglée. Alors
Z c Z b Z c
∀a, b, c ∈ I, f= f+ f
a a b

Démonstration 9.2.8 Examiner toutes les configurations


possibles de a, b, c.

Remarque 9.2.2 Le lecteur prendra garde à ne pas


utiliser les diverses majorations ou minorations rencontrées
auparavant dans les cas où a > b ; dans ce cas, toutes les
inégalités précédentes sont changées de sens.
968 Chapitre 9. Intégration

9.2.4 Sommes de Riemann


Soit σ = (ai )0≤i≤n une subdivision de [a, b], ξ = (ξi )1≤i≤n
une famille de points de [a, b] tels que ∀i ∈ [1, n], ξi ∈
[ai−1 , ai ]. Si f est une application de [a, b] dans E, on posera
n
X
S(f, σ, ξ) = (ai − ai−1 )f(ξi )
i=1

Définition 9.2.2 On dira que S(f, σ, ξ) est une somme de


Riemann associée à la subdivision σ et à la famille de points
ξ.
9.2. Intégrale des fonctions réglées sur un segment 969

Théorème 9.2.8 Soit f : [a, b] → E réglée ; alors les


sommes de Riemann de f tendent vers l’intégrale de f
quand le pas de la subdivision tend vers 0, plus précisément
Z b
∀ε > 0, ∃η > 0, ∀(σ, ξ), δ(σ) < η ⇒ k f−S(f, σ, ξ)k < ε
a

Démonstration 9.2.9 Nous allons tout d’abord démontrer


ce résultat pour une fonction ϕ : [a, b] → E en escalier. Soit
(xk )0≤k≤K une subdivision adaptée à ϕ. Soit σ = (ai )0≤i≤n
une subdivision de [a, b], ξ = (ξi )1≤i≤n une famille de points
de [a, b] tels que ∀i ∈ [1, n], ξi ∈ [ai−1 , ai ]. On écrit alors
Z b Xn µZ ai ¶
ϕ − S(ϕ, σ, ξ) = ϕ − (ai − ai−1 )ϕ(ξi )
a i=1 ai−1
970 Chapitre 9. Intégration

n Z
X ai
= (ϕ − ϕ(ξi ))
i=1 ai−1

Notons H = {i ∈ [1, n] | ∃k ∈ [0, K], xk ∈ [ai−1 , ai ]}. On


remarque tout d’abord que chaque xk ne peut appartenir
qu’à au plus 2 intervalles [ai−1 , ai ] et que donc le cardinal de
H est plus petit que 2K + 2. Soit i ∈ [1, n]. Deux cas sont
possiblesZ; si i ∈
/ H, la fonction ϕ est constante sur [ai−1 , ai ]
ai
et donc (ϕ − ϕ(ξi )) = 0. Si par contre, i ∈ H, on a
ai−1

Z ai Z ai
k (ϕ − ϕ(ξi ))k ≤ 2kϕk∞ ≤ 2δ(σ)kϕk∞
ai−1 ai−1
9.2. Intégrale des fonctions réglées sur un segment 971

On en déduit que
Z b
k ϕ−S(ϕ, σ, ξ)k ≤ 2δ(σ)kϕk∞ Card H ≤ 4(K+1)δ(σ)kϕk∞
a
Z b
ε
On voit donc que δ(σ) < ⇒ k ϕ−
4(K + 1)kϕk∞ a
S(ϕ, σ, ξ)k < ε.
Supposons maintenant que f est réglée, et soit ε > 0.
Il existe une fonction ϕ en escalier telle que kf − ϕk∞ <
Z b Z b
ε ε
. On a alors k f− ϕk ≤ et
4(b − a) a a 4
n
X
kS(f, σ, ξ) − S(ϕ, σ, ξ)k ≤ (ai − ai−1 )kf (ξi ) − ϕ(ξi )k
i=1
972 Chapitre 9. Intégration

ε
≤ (b − a)kf − ϕk∞ <
4

Mais pour la fonction en escalier ϕ il existe η > 0 tel que


Z b
ε
∀(σ, ξ), δ(σ) < η ⇒ k ϕ − S(ϕ, σ, ξ)k ≤ . Alors, δ(σ) <
a 2
η implique
Z b
k f − S(f, σ, ξ)k
a
Z b Z b Z b
≤ k f− ϕk + k ϕ − S(ϕ, σ, ξ)k
a a a
+kS(ϕ, σ, ξ) − S(f, σ, ξ)k
≤ ε
9.2. Intégrale des fonctions réglées sur un segment 973

ce qu’on voulait démontrer.

Remarque 9.2.3 On a vu ici une des techniques essen-


tielles pour l’étude des fonctions réglées (ou même contin-
ues) : on commence par démontrer le résultat cherché pour
des fonctions en escalier et on en déduit le résultat général
par approximation.

Remarque 9.2.4 L’intérêt essentiel de ce résultat est


non pas de calculer des intégrales (il est bien rare que
l’on y arrive par cette méthode) ni même de calculer
des valeurs approchées d’intégrales (la convergence étant
beaucoup trop lente), mais plutôt de trouver les limites
974 Chapitre 9. Intégration

de certaines suites en les identifiant comme sommes de


Riemann d’une certaine fonction réglée. De ce point de vue,
les subdivisions courantes sont les subdivisions régulières
b−a
σn = (a + i )0≤i≤n avec divers choix possibles de ξi ,
n
ai−1 + ai
ξi = ai−1 ou ξi = ai ou plus rarement ξi = .
2
9.2. Intégrale des fonctions réglées sur un segment 975

9.2.5 Sommes de Darboux

Pour une fonction réglée f : [a, b] → R et σ = (ai )0≤i≤n


une subdivision de [a, b], d’autres sommes se présentent na-
turellement ; puisque f est bornée, on peut poser mi =
inf f (t) et Mi = sup f (t). On introduit alors les
t∈[ai−1 ,ai ] t∈[ai−1 ,ai ]
sommes de Darboux inférieures et supérieures d(f, σ) =
Xn n
X
(ai − ai−1 )mi et D(f, σ) = (ai − ai−1 )Mi ; remarquons
i=1 i=1
que si f est continue, la fonction f atteint ses bornes et on
retombe sur de classiques sommes de Riemann. Dans le cas
général, on a
976 Chapitre 9. Intégration

Z b
Proposition 9.2.2 (i) d(f, σ) ≤ f ≤ D(f, σ) (ii) les
a
sommes de Darboux de f tendent vers l’intégrale de f quand
le pas de la subdivision tend vers 0.

Z b
Démonstration 9.2.10 (i) On écrit f − d(f, σ) =
a
Xn µZ ai ¶ n Z
X ai
f − (ai − ai−1 )mi = (f − mi ) ≥ 0 et de
i=1 ai−1 i=1 ai−1
même pour la somme de Darboux supérieure.
¯Z b(ii) Soit ε > 0¯; soit η > 0 tel que ∀(σ, ξ), δ(σ) < η ⇒
¯ ¯ ε
¯ f − S(f, σ, ξ)¯¯ < , et σ = (ai )0≤i≤n une subdivision de
¯ 2
a
9.2. Intégrale des fonctions réglées sur un segment 977

[a, b] de pas plus petit que η ; pour chaque i ∈ [1, n], soit ξi ∈
ε
[ai−1 , ai ] tel que mi ≤ f (ξi ) < mi + . En multipliant
2(b − a)
par (ai − ai−1 ) et en sommant les inégalités¯Z bobtenues, on ¯ a
ε ¯ ¯
d(f, σ) ≤ S(f, σ, ξ) ≤ d(f, σ)+ et donc ¯ ¯ f − d(f, σ)¯¯ ≤
¯Z b ¯ 2 a
¯ ¯
¯ f − S(f, σ, ξ)¯¯ + |S(f, σ, ξ) − d(f, σ)| < ε.
¯
a
978 Chapitre 9. Intégration

9.3 Primitives et intégrales


9.3.1 Continuité et dérivabilité par rap-
port à une borne
Théorème 9.3.1 Soit I un intervalle de R, Zf : I → E
t
réglée, a ∈ I. Pour t ∈ I, on pose F (t) = f . Alors
a
l’application F est continue sur I ; elle est dérivable en tout
point t0 où f est continue et on a alors F 0 (t0) = f (t0 ).

Démonstration 9.3.1 Soit t0 ∈ I. Supposons tout


d’abord que t0 n’est pas une extrémité de I et soit
η > 0 tel que [t0 − η, t0 + η] ⊂ I. Alors f est
9.3. Primitives et intégrales 979

réglée sur [t0 − η, t0 + η] donc bornée par une con-


stante M ≥ 0. Pour t ∈ [t0 − η, t0 + η], on a alors
Z t
kF (t) − F (t0 )k = k fk ≤ M |t − t0 | ce qui montre
t0
que F est continue au point t0. On montre le résultat
d’une manière similaire si t0 est une extrémité de I en
introduisant selon le cas [t0 , t0 + η] ou [t0 − η, t0 ].
Supposons maintenant que f est continue au point t0 ;
soit ε > 0 et soit η > 0 tel que |t−t0 | < η ⇒ kf (t)−f (t0 )k ≤
ε. Pour |t − t0 | < η, on a

Z t
kF (t) − F (t0 ) − (t − t0 )f (t0 )k = k f − (t − t0)f (t0 )k
t0
980 Chapitre 9. Intégration

Z t Z t
= k (f − f (t0 ))k ≤ sgn(t − t0) kf − f(t0 )k
t0 t0
≤ ε|t − t0 |

F (t) − F (t0 )
ce qui peut encore s’écrire k − f(t0 )k ≤ ε. Ceci
t − t0
montre que F est dérivable au point t0 et que F 0 (t0 ) = f (t0).

Remarque 9.3.1 De la même façon, on montre que la con-


tinuité à gauche de f implique la dérivabilité à gauche de F ;
le même résultat est évidemment encore valable à droite.
9.3. Primitives et intégrales 981

9.3.2 Primitives
Définition 9.3.1 Soit f : I → E une application ; on dit
que F : I → E est une primitive de f si F est dérivable et
F 0 = f.
En remarquant que F 0 = G0 ⇐⇒ F − G est constante
sur l’intervalle I, on obtient immédiatement

Proposition 9.3.1 Si f : I → E admet une primitive


F , elle en admet une infinité qui sont exactement les t 7→
F (t) + k où k ∈ E.

Remarque 9.3.2 On a vu que si F 0 admet une limite en


un point t0 , alors nécessairement F 0 était continue au point
982 Chapitre 9. Intégration

t0 ; ceci permet d’exhiber facilement une fonction qui n’ad-


met pas de primitive (toute fonction qui admet une lim-
ite en un point sans que ce soit la valeur de cette fonc-
tion en ce point) ; ceci montre d’autre part qu’une fonction
réglée qui admet une primitive est nécessairement continue,
puisqu’elle doit admettre en tout point une limite à gauche
et une limite à droite, qui ne peuvent être que la valeur de
la fonction en ce point (étudier séparément ce qui se passe
à gauche et à droite du point).

Théorème 9.3.2 Soit f : I → E une fonction continue ;


alors f admet des primitives sur I. Si F est une telle prim-
Z b
itive, on a ∀a, b ∈ I, f = F (b) − F (a) = [F (t)]ba.
a
9.3. Primitives et intégrales 983

Z t
Démonstration 9.3.2 Soit α ∈ I et posons G(t) = f;
α
0
puisque f est continue, G est dérivable et G = f . Donc G
est une primitive de f . Si F est une autre primitive de f ,
on a F = G + k et donc
Z b Z b Z a
f= f− f = G(b) − G(a) = F (b) − F (a)
a α α

Remarque 9.3.3 Ce dernier résultat est un des moyens


les plus simples et les plus généraux de calcul d’intégrales ;
il ramène le calcul d’une intégrale à la recherche d’une prim-
itive de la fonction f .
984 Chapitre 9. Intégration

9.3.3 Changement de variable, intégration


par parties

En ce qui concerne le changement de variable, on est


confronté à un choix : soit autoriser des fonctions très
générales (des fonctions réglées) et se limiter à des change-
ments de variables très particuliers (mais néanmoins fort
utiles) ; soit restreindre le champ d’application aux fonc-
tions continues et autoriser des changements de variables
plus généraux (par exemple de classe C 1 ).
Le premier théorème se montre trivialement pour les
fonctions en escalier et ensuite par un simple passage à la
limite pour les fonctions réglées sur un segment.
9.3. Primitives et intégrales 985

Théorème 9.3.3 Soit f : [a, b] → E une fonction réglée.


(i) Soit T ∈ R et g : [a − T, b − T ] → E, t 7→ f (t + T ). Alors
Z b−T Z b
g est réglée et g= f.
a−T a
a b
(ii) Soit λ ∈ R∗ et soit g : t 7→ f(λt) définie sur [ , ] si
λ λ
b a
λ > 0 et sur [ , ] si λ < 0. Alors g est réglée et (avec la
λ λ Z b/λ Z b
1
convention de Chasles) g= f.
a/λ λ a

Théorème 9.3.4 (changement de variables). Soit f : I →


E continue et soit ϕ : J → I de classe C 1 (où I et J sont
986 Chapitre 9. Intégration

deux intervalles de R). Alors,


Z b Z ϕ(b)
0
∀a, b ∈ J, f ◦ϕϕ = f
a ϕ(a)

Démonstration 9.3.3 Soit F une primitive de f sur I,


alors (F ◦ ϕ)0 = f ◦ ϕ ϕ0 et donc F ◦ ϕ est une primitive de
Z b
f ◦ ϕ ϕ0 sur J ; on a donc f ◦ϕ ϕ0 = F ◦ ϕ(b) − F ◦ ϕ(a) =
a
Z ϕ(b)
f.
ϕ(a)
9.3. Primitives et intégrales 987

Remarque 9.3.4 Notation On introduira la notation


Z b Z b
différentielle f = f (t) dt où t est une variable
a a
muette. De cette manière, faire le changement de variables
Z ϕ(b)
t = ϕ(u) dans l’intégrale f (t) dt c’est faire varier u
ϕ(a)
de a à b (pour que t varie de ϕ(a) à ϕ(b)) et remplacer
f(t) par (f ◦ ϕ)(u) et dt par ϕ0 (u) du si bien que la formule
Z b Z ϕ(b)
ci dessus s’écrit (f ◦ ϕ)(u)ϕ0 (u) du = f (t) dt. De
a ϕ(a)
même, faire le changement de variable inverse t = ϕ(u)
Z b
dans l’intégrale f ◦ ϕ(u)ϕ0 (u) du c’est faire varier t de
a
988 Chapitre 9. Intégration

ϕ(a) à ϕ(b) (puisque u varie de a à b), remplacer f (ϕ(u))


par f(t) et ϕ0 (u) du par dt.

Exemple 9.3.1 Les deux sens du théorème de change-


ment de variables sont Z xutiles comme nous Z xallons
2
le voir
1
sur deux exemples : t sin(t2 ) dt = sin(u) du =
0 2
2 Z 10 p
1 − cos x
en posant u = t2 ; de même 1 − x2 dx =
2 0Z
Z π/2 p Z π/2 π/2
2 2 1 + cos(2t)
1 − sin t cos t dt = cos t dt = dt =
0 0 0 2
π
en posant x = cos t.
4
9.3. Primitives et intégrales 989

Théorème 9.3.5 (intégration par parties). Soit f, g :


[a, b] → C de classe C 1 ; alors
Z b Z b
0
f (t)g (t) dt = [f (t)g(t)]ba − f 0 (t)g(t) dt
a a

Démonstration 9.3.4 Il suffit de remarquer que f g est


une primitive de la fonction continue f 0 g + fg 0 et que en
Z b
conséquence (f g0 + f 0 g) = [f (t)g(t)]ba .
a

Remarque 9.3.5 Le résultat s’étend à n’importe quelle


application bilinéaire continue ϕ (produit scalaire, produit
990 Chapitre 9. Intégration

vectoriel, produit matriciel) et on obtient la formule


Z b Z b
0
ϕ(f (t), g (t)) dt = [ϕ(f (t), g(t))]ba − ϕ(f 0 (t), g(t)) dt
a a

avec la même démonstration.

Corollaire 9.3.1 (formule de Taylor avec reste intégral).


Soit f : I → E de classe C n+1 et a ∈ I. Alors ∀b ∈ I,
n
X Z b
f (k)(a) k (b − t)n (n+1)
f (b) = f (a) + (b − a) + f (t) dt
k! a n!
k=1
9.3. Primitives et intégrales 991

Démonstration 9.3.5 Par récurrence sur n. Si n = 0, il


Z b
s’agit simplement de la formule f(b) = f (a) + f 0 (t) dt
a
1
pour f de classe C . De plus une intégration par parties (en
(b − t)n−1
intégrant et en dérivant f (n)(t)) donne
(n − 1)!

Z b
(b − t)n−1 (n)
f (t) dt
a (n − 1)!
· ¸b Z b
(b − t)n (n) (b − t)n (n+1)
= − f (t) + f (t) dt
n! a a n!
Z b
f (n) (a) n (b − t)n (n+1)
= (b − a) + f (t) dt
n! a n!
992 Chapitre 9. Intégration

ce qui permet de passer de n − 1 à n.


9.3. Primitives et intégrales 993

9.3.4 Deuxième formule de la moyenne


Théorème 9.3.6 (deuxième formule de la moyenne). Soit
f, g : [a, b] → R. On suppose que f est de classe C 1 , positive
et décroissante et que g est continue. Alors, il existe c ∈
Z b Z c
[a, b] tel que fg = f (a) g.
a a

Z x
Démonstration 9.3.6 Posons G(x) = g. On sait
a
que G est continue. L’image de [a, b] par G est à la fois
connexe et compact dans R, c’est donc un segment de R.
Soit G([a, b]) = [m, M ]. On a ∀t ∈ [a, b], m ≤ G(t) ≤ M .
994 Chapitre 9. Intégration

Z b
Supposons démontré que mf (a) ≤ f g ≤ M f (a). Alors
Z b a

soit f (a) = 0, auquel cas f g = 0 et n’importe quel c


a Z b
1
convient, soit f (a) 6= 0 et donc f g ∈ [m, M ]
f(a) a
Z b
1
et donc ∃c ∈ [a, b], f g = G(c), ce que
f (a) a
l’on voulait démontrer. Nous allons donc montrer que
Z b
mf(a) ≤ f g ≤ M f (a).
a

On peut faire une intégration par parties et on a (en


9.3. Primitives et intégrales 995

tenant compte de G(a) = 0)


Z b Z b Z b
fg = 0
fG = [f (t)G(t)]ba − f 0 (t)G(t) dt
a a a
Z b
= f (b)G(b) + (−f 0 (t))G(t) dt
a

Comme −f 0 est positive, on peut appliquer la première


formule de la moyenne et il existe d ∈ [a, b] tel que
Z b Z b
(−f 0 (t))G(t) dt = G(d) (−f 0 (t)) dt = (f (a) −
a Z b a

f(b))G(d). On a donc f g = f (b)G(b)+(f (a)−f (b))G(d).


a
Mais m ≤ G(b) ≤ M , m ≤ G(d) ≤ M , f(b) ≥ 0 et
996 Chapitre 9. Intégration

f(a) − f (b) ≥ 0. On a donc


Z b
mf(a) = f(b)m+(f (a)−f (b))m ≤ f g ≤ f (b)M +(f(a)−f (b))M = M f (a)
a

ce qui achève la démonstration.


9.4. Recherches de primitives 997

9.4 Recherches de primitives

9.4.1 Position du problème


Soit f une fonction de R vers R ou C. On cherche à
déterminer des intervalles (maximaux) I sur lesquels f est
continue et sur unZtel intervalle, une primitive F de f . La
notation F (t) = f (t) dt + k, t ∈ I signifiera : f est
continue sur I et F est une primitive de f sur I

Remarque 9.4.1 On prendra garde que dans cette no-


tation, et contrairement à la notation différentielle des
intégrales, la variable t n’est pas muette. C’est bien le
998 Chapitre 9. Intégration

Z
même t qui figure dans F (t) et dans f (t) dt
9.4. Recherches de primitives 999

9.4.2 Techniques usuelles


Si F est une primitive de f sur I et si G est une primitive
de g sur I, alors αF + βG est une primitive de αf + βg sur
I ce qu’on écrira
Z Z Z
(αf (t) + βg(t)) dt = α f (t) dt + β g(t) dt, t ∈ I

Sur le même modèle on écrira le théorème de changement


de variables avec ϕ : I → J de classe C 1
Z Z
f (ϕ(t))ϕ0 (t) dt = f (u) du, u = ϕ(t), t ∈ I
1000 Chapitre 9. Intégration

et le théorème d’intégrations par parties pour deux fonc-


tions f et g de classe C 1
Z Z
f (t)g 0 (t) dt = f (t)g(t) − f 0 (t)g(t) dt, t ∈ I

théorèmes dont la démonstration est évidente.


9.4. Recherches de primitives 1001
1002 Chapitre 9. Intégration

9.4.3 Primitives usuelles


Z Z
cos t dt = sin t + k, t ∈ R; sin t dt = − cos t + k, t ∈ R
Z Z
dt π π dt
2t
= tg t + k, t ∈] − + nπ, + nπ[; 2 = − cotg t + k, t ∈]nπ, (n + 1)π[
Z cos ¯ ¯ 2 2 Z sin t ¯ ¯
dt ¯ t π ¯ π π dt ¯ t¯
= log ¯¯tg( + )¯¯ + k, t ∈] − + nπ, + nπ[; = log ¯¯tg ¯¯ , t ∈]nπ, (n + 1)π[
Z cos t 2 4 2 2 Z sin t 2
π π
tg t dt = − log |cos t| + k, t ∈] − + nπ, + nπ[; cotg t dt = log |sin t| , t ∈]nπ, (n + 1)π[
Z 2 2 Z
ch t dt = sh t + k, t ∈ R; sh t dt = ch t + k, t ∈ R
Z Z
dt dt
2 = th t + k, t ∈ R; 2 = − coth t + k, t ∈] − ∞, 0[ ou t ∈]0, +∞[
Z ch t Z sh t ¯ ¯
dt dt ¯ t¯
= 2 arctg et + k, t ∈ R; = log ¯th ¯¯ , t ∈] − ∞, 0[ ou t ∈]0, +∞[
¯
Z ch t Z sh t 2
th t dt = log ch t + k, t ∈ R; coth t dt = log |sh t| , t ∈] − ∞, 0[ ou t ∈]0, +∞[
Z Z
tα+1 dt
tα dt = + k, (α 6= −1) = log |t| + k, t ∈] − ∞, 0[ ou t ∈]0, +∞[
Z α+1 t
dt 1 t
2 2
= arctg , t ∈ R
Z t +a a ¯a ¯
dt 1 ¯t + a¯ 1 t
= log ¯ ¯
a2 − t2 2a ¯ t − a ¯ = a arg th a , t ∈] − |a|, |a|[ pour la dernière expression
Z
dt t
√ = arcsin + k, t ∈] − |a|, |a|[
Z 2
a −t 2 |a|
dt t p
√ = arg sh + k = log(t + t2 + a2 ) + k 0 , t ∈ R
t2 + a2 |a| 
 t
Z ¯ p ¯ 
 arg ch +k si t ∈]|a|, +∞[
dt ¯ ¯ |a|
√ = log ¯t + t2 − a2 ¯ + k = |t|
t2 − a2 

 − arg ch + k si t ∈] − ∞, −|a|[
|a|
9.4. Recherches de primitives 1003

9.4.4 Fractions rationnelles


On rappelle le résultat suivant

A(X)
Théorème 9.4.1 Soit R(X) = une fraction ra-
B(X)
k
Y
tionnelle à coefficients complexes, B(X) = b (X − ai )mi
i=1
la décomposition du dénominateur en facteurs du premier
degré. Alors R(X) s’écrit de manière unique sous la forme
k µ
X ¶
αi,1 αi,mi
R(X) = E(X) + + ... +
X − ai (X − ai )mi
i=1
1004 Chapitre 9. Intégration

Démonstration 9.4.1 E(X) est évidemment le quotient


de la division euclidienne de A(X) par B(X ).
On montre que si A(X), B1 (X), B2 (X) sont trois
polynômes tels que B1 (X) et B2 (X) sont premiers entre
eux, alors il existe des polynômes U(X) et V (X) tels que
A(X) U (X ) V (X)
= +
B1 (X )B2 (X) B1 (X) B2 (X)
en effet puisque B1 et B2 sont premiers entre eux, on a
C[X ] = B1 (X )C[X] + B2 (X)C[X ], donc A(X) peut s’écrire
sous la forme A(X) = U (X )B2 (X) + V (X)B1 (X ) et en
divisant par B1 (X)B2 (X) on obtient la décomposition
souhaitée. De plus, si un couple (U, V ) convient, il est
clair que tout couple (U − B1 Q, V + B2 Q) convient. En
9.4. Recherches de primitives 1005

remplaçant U par le reste de sa division euclidienne par


B1 , on peut donc supposer que deg U < deg B1 ; on voit
alors immédiatement que si deg A < deg B1 B2 , on a aussi
deg V < deg B2 (l’ensemble des fractions rationnelles
dont le degré du numérateur est strictement inférieur au
degré du numérateur est une sous algèbre de C(X)). Une
récurrence évidente permet donc d’écrire

k
X Ai (X )
A(X)
= E(X ) + mi
B(X) i=1
(X − ai )

avec deg Ai < mi . On écrit alors la formule de Taylor pour le


polynôme Ai au point ai , soit Ai (X) = αi,mi + αi,mi −1 (X −
ai ) + . . . + αi,1 (X − ai )mi −1 (car deg Ai ≤ mi − 1) d’où
1006 Chapitre 9. Intégration

la décomposition souhaitée. L’unicité de la décomposition


découle immédiatement du lemme suivant

Lemme 9.4.1 Le polynôme αi,1 X + . . . + αi,mi X mi est l’u-


A(X)
nique polynôme P (X ) sans terme constant tel que −
B(X)
1
P( ) n’admette pas ai comme pôle.
X − ai

Démonstration 9.4.2 Il est clair que ce polynôme con-


vient. Si P1 et µ
P2 sont deux tels polynômes,
¶ µ alors (P1 − ¶
1 A(X ) 1 A(X) 1
P2 )( )= − P2 ( ) − − P1 ( )
X − ai B(X) X − ai B(X) X − ai
9.4. Recherches de primitives 1007

est la différence de deux fractions rationnelles qui n’admet-


tent pas le pôle ai donc c’est une fraction rationnelle qui
n’admet pas le pôle ai . Ceci n’est possible que si P1 − P2 est
constant, mais comme P1 et P2 sont sans terme constant,
on a P1 = P2 .
Méthode de calcul E(X) est le quotient de la divi-
sion euclidienne de A(X) par B(X). En ce qui concerne les
αi,1 αi,mi
parties polaires + . . .+ on peut procéder
X − ai (X − ai )mi
de la manière suivante :
– si mi = 1 (pôle simple) on peut poser B(X ) =
(X − ai )B1 (X) ; en multipliant les deux membres
de la décomposition par X − ai et en substi-
tuant ai à X , on obtient (en remarquant que
1008 Chapitre 9. Intégration

B 0 (X) = B1 (X) + (X − ai )B10 (X))

A(ai ) A(ai )
αi,1 = = 0
B1 (ai ) B (ai )

A(X + ai ) P (X )
– si mi > 1, on écrit = avec
B(X + ai ) X mi Q(X)
Q(0) 6= 0. On effectue la division suivant les puis-
sances croissantes de P par Q à l’ordre mi , d’où
P (X) = S(X)Q(X ) + X mi T (X ) avec deg S ≤ mi − 1.
P (X) S(X ) T (X)
On obtient alors m
= m
+ =
X Q(X)
i X i Q(X)
9.4. Recherches de primitives 1009

αi,1 αi,m T (X)


+ . . . + mi + et donc
X X i Q(X)

A(X) αi,1 αi,mi T (X − ai )


= + ... + +
B(X) X − ai (X − ai )mi Q(X − ai )

T (X − ai )
Comme n’admet pas ai comme pôle, c’est
Q(X − ai )
que l’on a déterminé la partie polaire relative au pôle
ai .

Pour chercher une primitive d’une fraction rationnelle


A(X)
dont on connaı̂t la décomposition en éléments sim-
B(X)
1010 Chapitre 9. Intégration

ples

k µ
X ¶
αi,1 αi,mi
R(X) = E(X) + + ... +
X − ai (X − ai )mi
i=1

il suffit donc de savoir chercher une primitive du polynôme


E(X) (ce qui est élémentaire) et de chacun des éléments
1
simples .
(X − ai )k

1
Théorème 9.4.2 (i) Une primitive de t 7→ k
, k 6=
(t − a)
1 1
1, est −
k − 1 (t − a)k−1
9.4. Recherches de primitives 1011

1
(ii) Une primitive de t 7→ est log |t − a| si a ∈ R,
t−a
t−α
log |t − a| + i arctg( ) si a = α + iβ ∈ C \ R.
β

Démonstration 9.4.3 Le premier point et le deuxième


1
sont évidents ; si a = α + iβ ∈ C \ R, on écrit =
t−a
1 t−α β
= 2 2
+i 2 2
dont une prim-
t − α − iβ (t − α) + β (t − α) + β
1 t−α
itive est log((t − α)2 + β 2 ) + i arctg( ).
2 β
1012 Chapitre 9. Intégration

9.4.5 Fractions rationnelles en sinus et


cosinus
On cherche une primitive d’une fonction du type f : t 7→
R(cos t, sin t) où R est une fraction rationnelle.
Dans le cas où R est un polynôme, la linéarisation de
f(t) en utilisant les formules de trigonométrie et en par-
eit + e−it eit − e−it
ticulier cos t = , sin t = permettra de
2 2i
calculer une primitive.
Pour une fraction rationnelle, nous utiliserons à
plusieurs reprises le lemme suivant

Lemme 9.4.2 Soit R(X, Y ) une fraction rationnelle


à deux variables. Alors il existe deux fractions ra-
9.4. Recherches de primitives 1013

tionnelles R1 et R2 à deux variables telles que R(X, Y ) =


R1 (X 2 , Y ) + XR2 (X 2 , Y )

Démonstration 9.4.4 On écrit, en séparant au dénominateur,


les puissances paires de X des puissances impaires,
A(X, Y )
R(X, Y ) =
B1(X 2 , Y ) + XB2 (X 2 , Y )
A(X, Y )(B1(X 2 , Y ) − XB2 (X 2 , Y ))
=
B1 (X 2 , Y )2 − X 2 B2 (X 2 , Y )2
C(X, Y ) C1 (X 2 , Y ) + XC2 (X 2 , Y )
= 2
=
D(X , Y ) D(X 2 , Y )
= R1 (X 2 , Y ) + XR2 (X 2 , Y )
1014 Chapitre 9. Intégration

En appliquant ce lemme, nous constatons que nous pou-


vons écrire

f (t) = R1(cos2 t, sin t) + cos tR2 (cos2 t, sin t)


= R1(1 − sin2 t, sin t) + cos t R2 (1 − sin2 t, sin t)
= f1 (sin t) + cos t f2 (sin t)

où f1 et f2 sont des fractions rationnelles à une variable. Si


f1 = 0, on a alors
Z Z Z
f (t) dt = f2 (sin t) cos t dt = f2 (u) du

avec u = sin t. On est donc ramené à la recherche d’une


primitive de fraction rationnelle, ce que nous savons faire.
9.4. Recherches de primitives 1015

Or on constate facilement que, puisque cos(π − t) = − cos t


et sin(π − t) = sin t, on a f1 = 0 ⇐⇒ ∀t ∈ R, f (π − t) =
−f(t).

De même on peut écrire f(t) = f3 (cos t) + sin tf4 (cos t)


(en intervertissant le rôle du sinus et du cosinus,
Z ou en
π
changeant t en − t) et si f3 = 0, on a f (t) dt =
Z 2 Z
f4(cos t) sin t dt = − f4 (u) du avec u = cos t. Or
comme ci dessus, f3 = 0 ⇐⇒ ∀t ∈ R, f (−t) = −f (t).

Mais on peut encore écrire f (t) = R(cos t, sin t) =


R(cos t, tg t cos t) = S(cos t, tg t) et en appliquant de nou-
veau le lemme, f(t) = R3 (cos2 t, tg t) + cos tR4 (cos2 t, tg t).
1016 Chapitre 9. Intégration

1
Mais cos2 t = ce qui permet d’écrire f (t) =
1 + tg2 t
f5 (tg t) + cos tf6 (tg t). Alors, si f6 = 0, le changement
π π
de variables u = tg t pour t ∈] − + nπ, + nπ[,
Z Z 2 Z 2
f4 (u)
conduira à f (t) dt = f5 (tg t) dt = du,
1 + u2
c’est-à-dire encore à une primitive de fraction rationnelle.
Or f6 = 0 ⇐⇒ ∀t ∈ R, f (t + π) = f (t).
Dans tous les autres cas, le changement de variable u =
t
tg , t ∈](2n − 1)π, (2n + 1)π[ conduit à
2
Z Z
1 − u2 2u 2du
R(cos t, sin t) dt = R( , )
1 + u2 1 + u2 1 + u2
9.4. Recherches de primitives 1017

c’est-à-dire encore à une primitive de fraction rationnelle.


On déduit de cette étude que

Proposition 9.4.1 Soit f(t) une fraction rationnelle en


sin t et cos t
– (i) si ∀t ∈ R, f(π − t) = −f (t), le changement de
variable u = sin t conduit à la recherche d’une primi-
tive de fraction rationnelle
– (ii) si ∀t ∈ R, f (−t) = −f (t), le changement de vari-
able u = cos t conduit à la recherche d’une primitive
de fraction rationnelle
– (iii) si ∀t ∈ R, f (t + π) = f (t), le changement de
π π
variable u = tg t, t ∈] − + nπ, + nπ[, conduit à la
2 2
1018 Chapitre 9. Intégration

recherche d’une primitive de fraction rationnelle


– (iv) dans tous les autres cas, le changement de vari-
t
able u = tg , t ∈](2n − 1)π, (2n + 1)π[, conduit à la
2
recherche d’une primitive de fraction rationnelle.

Remarque 9.4.2 Les règles (i),(ii) et (iii) doivent toujours


être utilisées de préférence à la règle (iv) car elles conduisent
à une fraction rationnelle dont les degrés des numérateurs
et dénominateurs sont plus petits que dans la règle (iv).
Le lecteur prendra garde à ne pas appliquer les règles (iii)
et (iv) en dehors de leurs intervalles de validité respectifs
π π
(t ∈] − + nπ, + nπ[ ou t ∈](2n − 1)π, (2n + 1)π[) sous
2 2
9.4. Recherches de primitives 1019

peine d’erreurs difficilement décelables.


1020 Chapitre 9. Intégration

9.4.6 Fractions rationnelles en sinus et


cosinus hyperboliques
On cherche une primitive d’une fonction du type f : t 7→
R(ch t, sh t) où R est une fraction rationnelle.
Une première méthode est de rechercher le changement
de variable que l’on ferait pour calculer une primitive de
g(t) = R(cos t, sin t) (c’est-à-dire en transformant toutes
les fonctions hyperboliques en leurs analogues circulaires)
et de faire le changement de variable analogue u = sh t,
t
u = ch t, u = th t ou u = th .
2
Une deuxième méthode est de remarquer que f (t) est
de la forme S(et ) où S est une fraction rationnelle à une
variable. Le changement de variable u = et conduit alors à
9.4. Recherches de primitives 1021

Z Z Z
S(u)
f (t) dt = S(et ) dt = du c’est-à-dire encore à
u
une primitive de fraction rationnelle.
1022 Chapitre 9. Intégration

9.4.7 Intégrales abéliennes


On cherche une primitive d’une fonction du type g :
x 7→ R(x, f (x)) où R est une fraction rationnelle et f une
fonction telle que la courbe d’équation y = f (x) puisse
être paramétrée par x = ϕ(t), y = ψ (t) où ϕ et ψ sont
des fractions rationnelles (où éventuellement des fonctions
trigonométriques).Z Z
On a alors g(x) dx = R(x, f (x)) dx =
Z
R(ϕ(t), ψ (t))ϕ0 (t) dt par le changement de variable
x = ϕ(t) ce qui conduit donc à une primitive de fractions
rationnelles ; le paramètre t doit varier de telle sorte que
y = f(x) ⇐⇒ x = ϕ(t), y = ψ (t)
9.4. Recherches de primitives 1023

Le cas le plus important est le cas des intégrales


abéliennes où f est une fonction algébrique ; autrement
dit où la courbe y = f (x) est une partie d’une courbe
algébrique Γ d’équation P (x, y) = 0 où P est un polynôme
à deux variables. Une telle courbe, paramétrable par deux
fractions rationnelles x = ϕ(t), y = ψ (t) est appelée une
courbe unicursale.

Remarque 9.4.3 L’exemple le plus simple de courbe


algébrique non unicursale est une courbe elliptique
d’équation y 2 = x3 +
Z px + qp; c’est ainsi que le calcul des
primitives du type R(x, x3 + px + q) dx ne relèvera
pas en général de la théorie précédente.
1024 Chapitre 9. Intégration

Nous allons étudier tout particulièrement deux exemples


de fonctions algébriques f. r
n ax + b
Premier exemple : f(x) = avec ad−bc 6= 0. La
cx + d
courbe Γ est alors la courbe (cx + d)y n − (ax + b) = 0. On
peut la paramétrer en posant y = t auquel cas on obtient
dtn − b n−1 ad − bc
x= n
; d’où dx = nt n 2
. On obtient donc
−ct + a (ct − a)
Z r Z
n ax + b dtn − b n−1 ad − bc
R(x, ) dx = R( n
, t)nt n 2
dt
cx + d −ct + a (ct − a)
r
n ax + b
en posant t = ce qui conduit à la recherche d’une
cx + d
primitive de fraction rationnelle.
9.4. Recherches de primitives 1025

p
Deuxième exemple : f(x) = ax2 + bx + c avec a 6= 0
(sinon on retombe sur l’exemple précédent avec n = 2, c =
0 et d = 1). La courbe Γ est alors la courbe d’équation
y 2 = ax2 + bx + c, il s’agit soit d’une ellipse (si a < 0)
soit d’une hyperbole (si a > 0). Bien entendu on doit se
limiter à la portion de cette conique située dans le demi
plan supérieur : y ≥ 0. Introduisons ∆ = b2 − 4ac que l’on
peut manifestement supposer non nul, car sinon ax2 +bx+c
est un carré parfait.
Premier cas : a < 0 ; on peut se limiter cas où ∆ > 0
car sinon ∀x ∈ R, ax2 + bx + c < 0 et la fonction n’est
jamais définie. On écrit ax2 + bx + c = a(x − α)(x − β) =
a((x − p)2 − q 2 ) en introduisant d’une part les racines α et
β du trinome, d’autre part sa forme canonique. La fonction
1026 Chapitre 9. Intégration

f est définie sur [α, β].


Une première manière de paramétrer
Γ est d’écrire son équation sous la forme
2
y
(x − p)2 + = q 2 ce qui conduit au
|a| p
paramétrage Zx − p = q cos t, y = q |a| sin t
p
et donc à R(x, ax2 + bx + c) dx =
Z p
R(p + q cos t, q |a| sin t)(−q sin t) dt, frac-
tion rationnelle en sin et cos ; le paramètre t
varie dans [0, π] de telle manière que y ≥ 0.
Une deuxième manière est de couper l’el-
lipse Γ par une droite variable passant par un
9.4. Recherches de primitives 1027

point de l’ellipse, par exemple le point (α, 0).


On pose donc y = t(x − α). Ceci conduit
à y 2 = t2 (x − α)2 = a(x − α)(x − β), soit
2 αt2 − aβ
t (x − α) = a(x − β), soit x = 2 , puis
t −a
at(β − α)
y = t(x − α) = ; on obtient ainsi
t2 − a
un paramétrage unicursal de Γ et on aboutit
à une recherche de primitive de fraction
rationnelle ; le paramètre t varie de telle sorte
que y ≥ 0, soit t ≥ 0.

p Deuxième cas : a > 0, ∆ < 0. La fonction f (x) =


ax2 + bx + c est définie sur R. On écrit ax2 + bx + c =
a((x − p)2 + q 2) en introduisant sa forme canonique.
1028 Chapitre 9. Intégration

Une première manière de paramétrer


Γ est d’écrire son équation sous la forme
y2
− (x − p)2 = q 2 ce qui conduit au
a √
paramétrage Zx − p = q sh t, y = q a ch t
p
et donc à R(x, ax2 + bx + c) dx =
Z

R(p + q sh t, q a ch t)(q ch t) dt, fraction
rationnelle en sh et ch ; le paramètre t varie
dans R.

Une deuxième manière est de couper l’hy-


perbole Γ par une droite variable parallèle à
l’une de ses asymptotes (de telles droites ne
9.4. Recherches de primitives 1029

coupant
√ Γ qu’en un seul point), √par exemple
2 2
y = ax + t. On a alors √ y = ( ax + t) =
ax2 + bx + c soit 2tx a + t2 = bx + c soit en-
c − t2 √
core x = √ puis y = ax + t = . . . ; on
2t a − b
aboutit à une recherche de primitive de frac-
tion rationnelle ; le paramètre t varie de telle
sorte que y ≥ 0.
Troisième cas : a > 0, ∆ > 0. On écrit ax2 + bx + c =
a(x − α)(x − β) = a((x − p)2 − q 2 ) en introduisant d’une
part les racines α et β du trinome, d’autre part sa forme
dite canonique. La fonction f est définie sur ] − ∞, α] et sur
[β, +∞[.
Une première manière de paramétrer Γ est
1030 Chapitre 9. Intégration

d’écrire son équation sous la forme (x − p)2 −


y2
= q 2 ce qui conduit au paramétrage x−p =
a √
qε ch t, y = q a Z sh t, avec ε = ±1 = sgn(x −
p
p), et donc à R(x, ax2 + bx + c) dx =
Z

R(p + qε ch t, q a sh t)(εq sh t) dt, fraction
rationnelle en sh et ch ; le paramètre t varie
dans [0, +∞[ de telle manière que y ≥ 0.

Une deuxième manière est de couper l’hy-


perbole Γ par une droite variable passant par
un point de l’hyperbole, par exemple le point
(α, 0). On pose donc y = t(x − α). Ceci con-
9.4. Recherches de primitives 1031

duit à y 2 = t2(x − α)2 = a(x − α)(x − β), soit


2 αt2 − aβ
t (x − α) = a(x − β), soit x = 2 , puis
t −a
at(β − α)
y = t(x − α) = ; on obtient ainsi
t2 − a
un paramétrage unicursal de Γ et on aboutit
à une recherche de primitive de fraction ra-
tionnelle ; le paramètre t varie de telle sorte
que y ≥ 0.
Une troisième manière est de couper l’hy-
perbole Γ par une droite variable parallèle à
l’une de ses asymptotes (de telles droites ne
coupant
√ Γ qu’en un seul point), √par exemple
y = ax + t. On a alors y 2 = ( ax + t)2 =
1032 Chapitre 9. Intégration


ax2 + bx + c soit 2tx a + t2 = bx + c soit en-
c − t2 √
core x = √ puis y = ax + t = . . . ; on
2t a − b
aboutit à une recherche de primitive de frac-
tion rationnelle ; le paramètre t varie de telle
sorte que y ≥ 0.
9.5. Intégration sur un intervalle quelconque : fonctions à
valeurs réelles positives 1033

9.5 Intégration sur un intervalle


quelconque : fonctions à valeurs
réelles positives

9.5.1 Fonctions intégrables à valeurs


réelles positives

Définition 9.5.1 Soit I un intervalle de R, f : I → R pos-


itive et continue par morceaux. On dit que f est intégrable
sur I s’il existe une constante M ≥ 0 telle que, pour tout
Z b
segment [a, b] ⊂ I, on ait f ≤ M . On note alors
a
1034 Chapitre 9. Intégration

Z Z b
f = sup f.
I [a,b]⊂I a

Proposition 9.5.1 Soit I un intervalle de R, f : I → R


positive et continue par morceaux, intégrable sur I. Alors
Z f
est intégrable sur tout intervalle I 0 inclus dans I et f≤
Z I 0

f.
I

Démonstration 9.5.1 En effet tout segment inclus dans


I 0 est également un segment inclus dans I, donc le même
M convient comme majorant.
9.5. Intégration sur un intervalle quelconque : fonctions à
valeurs réelles positives 1035

Proposition 9.5.2 Soit f, g : I → R positives et continues


par morceaux telles que 0 ≤ Zf ≤ [Link] g est intégrable sur
I il en est de même de f et f≤ g.
I I

Démonstration 9.5.2 Evident d’après la définition.

Proposition 9.5.3 Soit I un intervalle de R, f : I → R


positive et continue par morceaux. Alors f est intégrable
sur I si et seulement si il existe une suite ([an , bn ])n∈N
croissante de segments contenus dans I, dont la réunion
est égale à I, et une constante positive M telle que ∀n ∈
1036 Chapitre 9. Intégration

Z bn
N, f ≤ M . Dans ce cas, on a
an
Z Z bn Z bn
f = sup f = lim f
I n an n→+∞ an

Démonstration 9.5.3 La condition est bien évidemment


nécessaire : prendre n’importe quelle suite ([an , bn ]) vérifiant
les conditions voulues. Inversement supposons qu’il existe
une telle suite ([an , bn ]) et une constante M ≥ 0. Soit J =
[a, b] un segment inclus dans I et posons Jn = [an , bn ]. Si
b = sup I, alors sup I ∈ ∪Jn et donc il existe N ∈ N tel
que sup I ∈ JN auquel cas sup I ∈ Jn pour tout n ≥ N .
Si par contre, b < sup I = lim bn , alors il existe N ∈ N tel
9.5. Intégration sur un intervalle quelconque : fonctions à
valeurs réelles positives 1037

que n ≥ N ⇒ bn > b. Dans les deux cas il existe N ∈ N


tel que n ≥ N ⇒ bn ≥ b. De même, il existe N 0 ∈ N tel
que n ≥ N 0 ⇒ an ≤ a. Soit n = max(N, N 0 ), on a alors
J = [a, b] ⊂ [an , bn ] = Jn et donc
Z b Z bn
f≤ f ≤M
a an

ce qui montre que f est intégrable sur I.


La démonstration précédente montre clairement dans sa
Z bn Z b Z
première partie que sup f ≤ sup f = f et dans
n an [a,b]⊂I a I
Z b Z bn
sa deuxième partie que sup f ≤ sup f , et donc
[a,b]⊂I a n an
1038 Chapitre 9. Intégration

Z Z bn µZ bn ¶
l’égalité f = sup f . Mais comme la suite f
I n an an n∈N
est croissante majorée, sa borne supérieure est aussi sa lim-
ite.

Proposition 9.5.4 Soit I = [a, b] un segment de R,


f : I → R positive et continue par morceaux. Alors f est
Z Z b
intégrable sur I et f = f . De plus f est intégrable
I a
sur ]a, b[, [a, b[ et ]a, b], toutes ces intégrales étant égales.

Démonstration 9.5.4 Si J = [c, d] est un segment inclus


9.5. Intégration sur un intervalle quelconque : fonctions à
valeurs réelles positives 1039
Z d Z b
dans [a, b], on a f ≤ f , donc f est intégrable et
Z Z b c a

f ≤ f . Mais d’autre part, [a, b] est lui même un seg-


I a Z b Z
ment inclus dans I, donc f ≤ f, et donc l’égalité.
a I
On sait alors que f est intégrable sur tout intervalle inclus
dans I et en particulier sur ]a, b[, [a, b[ et ]a, b]. De plus,
1 1
si an = a + et bn = b − , Jn = [an , bn ] est une suite
n n
croissante de segments dont la réunion est ]a, b[, donc

Z Z bn Z b Z
f = lim f= f= f
]a,b[ an a [a,b]
1040 Chapitre 9. Intégration

par continuité de l’intégrale par rapport à sesZ bornes.


Comme on a ]a, b[⊂ [a, b[⊂ [a, b], on a aussi f ≤
Z Z ]a,b[

f ≤ f , d’où l’égalité des trois nombres. Il en est


[a,b[ [a,b]
Z
de même de f.
]a,b]

Proposition 9.5.5 ZSoit f : I → R continue positive


intégrable, telle que f = 0. Alors f = 0.
I

Démonstration 9.5.5 Pour tout segment J ⊂ I, on a 0 ≤


9.5. Intégration sur un intervalle quelconque : fonctions à
valeurs réelles positives 1041
Z Z Z
f ≤ f = 0, donc f = 0 ce qui implique que f est
J I J
nulle sur J. La fonction f est donc nulle sur tout segment
inclus dans I, donc elle est nulle.

Proposition 9.5.6 Soit f, g : I → R positives et continues


par morceaux, soit α ∈ R+ . Si f et g sont intégrables sur
I, il en est de même de f + g et de αf et on a
Z Z Z Z Z
(f + g) = f + g et (αf) = α f
I I I I I

Démonstration 9.5.6 L’intégrabilité est évidente à par-


tir de la définition. Pour les égalités, il suffit de prendre une
1042 Chapitre 9. Intégration

suite (Jn ) croissante de segments de réunion I et de passer


à la limite dans les formules
Z Z Z Z Z
(f + g) = f+ g et (αf ) = α f
Jn Jn Jn Jn Jn

Proposition 9.5.7 Soit I un intervalle de R, f : I → R


positive et continue par morceaux. Soit a ∈ I o . Alors f est
intégrable sur I si et seulement si elle est intégrable sur
I∩] − ∞, a] et sur I ∩ [a, +∞[. Dans ce cas,
Z Z Z
f= f+
I I∩]−∞,a] I∩[a,+∞[
9.5. Intégration sur un intervalle quelconque : fonctions à
valeurs réelles positives 1043

Démonstration 9.5.7 Si f est intégrable sur I, elle est


intégrable sur tout sous intervalle de I et donc sur I∩] −
∞, a] et sur I ∩ [a, +∞[. Inversement, si f est intégrable sur
ces deux sous intervalles, soit M1 et M2 les majorants des
intégrales sur les sous segments de I∩]−∞, a] et I ∩[a, +∞[.
Si J est un segment inclus dans I on a
Z (
M1 si sup J ≤ a
f≤ M1 + M2 si a ∈ J
J M2 si a ≤ inf J
Z
et dans tous les cas f ≤ M1 + M2 . Donc f est intégrable
J
sur I. Soit alors Jn = [an , bn ] une suite croissante de seg-
ments de réunion I. Pour n assez grand, on a an ≤ a ≤ bn
9.5. Intégration sur un intervalle quelconque : fonctions à
valeurs réelles positives 1043

car a est dans l’intérieur de I. Mais ([an , a]) est une suite
croissante de segments de réunion I∩] − ∞, a] et ([a, bn ])
est une suite croissante de segments de réunion I Z ∩ [a, +∞[.
On peut donc passer à la limite dans la formule f=
Z Z [an ,bn ]

f+ f , et on obtient
[an ,a] [a,bn ]
Z Z Z
f= f+
I I∩]−∞,a] I∩[a,+∞[

Proposition 9.5.8 Soit −∞ < a < b ≤ +∞, et f : [a, b[→


R positive et continue par morceaux. Pour x ∈ [a, b[, posons
1044 Chapitre 9. Intégration

Z x
F (x) = f (t) dt. Alors f est intégrable sur [a, b[ si et
a
seulement
Z si F admet une limite au point b. Dans ce cas,
f = lim F (x) − F (a)
[a,b[ x→b

Démonstration 9.5.8 Soit bn une suite croissante de [a, b[


de limite b. Alors [a, bn ] est une suite croissante de segments
dont la réunion est [a, b[. Donc f est intégrable si et seule-
Z bn
ment si la suite f = F (bn ) − F (a) admet une limite,
a
donc si et seulement si la suite (F (bn )) est convergente.
Mais comme F est croissante, ceci équivaut à l’existence de
la limite de F en b.
9.5. Intégration sur un intervalle quelconque : fonctions à
valeurs réelles positives 1045

Remarque 9.5.1 Si f n’est pas intégrable sur [a, b[, alors


F , qui est croissante, admet +∞ comme limite au point b.

Remarque 9.5.2 De même, si −∞ ≤ a < b < +∞, et f :


]a, b] → R positive et continue par morceaux. Pour x ∈]a, b],
Z b
posons F (x) = f (t) dt. Alors f est intégrable sur ]a, b]
x
si et seulement si F (qui est cette Zfois décroissante) admet
une limite au point a. Dans ce cas, f = F (b)− lim F (x)
]a,b] x→a
1046 Chapitre 9. Intégration

9.5.2 Règles de comparaison

Théorème 9.5.1 Soit f, g : [a, b[→ R continues par


morceaux positives. On suppose qu’au voisinage de b on
a f = O(g) (resp. f = o(g)). Alors

(i) Zsi g est intégrable Zsur [a, b[, il en est Zde même de f
et f(t) dt = O( g(t) dt) (resp. f (t) dt =
Z [x,b[ [x,b[ [x,b[

o( g(t) dt))
[x,b[

(ii) si fZ n’est pas intégrable


Z x sur [a, b[, g ne Zl’est pas non
x x
plus et f (t) dt = O( g(t) dt) (resp. f (t) dt =
a a a
9.5. Intégration sur un intervalle quelconque : fonctions à
valeurs réelles positives 1047
Z x
o( g(t) dt))
a

Démonstration 9.5.9 Les convergences et divergences


découlent immédiatement de l’inégalité 0 ≤ f ≤ Kg qui
est vraie sur [c, b[ et du fait que f et g sont intégrables sur
[a, c] (car continues par morceaux sur ce segment). De plus
f = o(g) ⇒ f = O(g). En ce qui concerne la comparaison
des restes ou des intégrales partielles, la démonstration
est tout à fait similaire à celle du théorème analogue sur
les séries. Nous allons la faire dans le cas f = o(g), la
démonstration étant analogue pour f = O(g) en changeant
ε en K ou en 2K.
(i) Supposons f = o(g) et g intégrable. Soit ε > 0.
1048 Chapitre 9. Intégration

Il existe c ∈ [a, b[ tel que t ≥ c ⇒ 0 ≤ f (t) ≤ εg(t).


AlorsZpour x ≥ c, on aZ (en intégrant l’inégalité
Z de x à b),
0 ≤ f(t) dt ≤ ε g(t) dt et donc f(t) dt =
Z [x,b[ [x,b[ [x,b[

o( g(t) dt).
[x,b[

(ii) Supposons f = o(g) et f non intégrable sur [a, b[.


Soit ε > 0. Il existe c ∈ [a, b[ tel que t ≥ c ⇒ 0 ≤ f (t) ≤
ε
g(t). Alors pour x ≥ c, on a (en intégrant l’inégalité de c
2 Z x Z
ε x
à x), f (t) dt ≤ g(t) dt, soit encore à l’aide de la
c 2 c
9.5. Intégration sur un intervalle quelconque : fonctions à
valeurs réelles positives 1049

relation de Chasles
Z x Z µZ c Z ¶
ε x ε c
0≤ f (t) dt ≤ g(t) dt+ f (t) dt − g(t) dt
a 2 a a 2 a

Mais comme on sait que Z gx n’est pas intégrable sur [a, b[


et que g ≥ 0, on a lim g(t) dt = +∞. Donc il existe
x→b a
Z x Z c
ε
c0 ∈ [a, b[ tel que x ≥ c0 ⇒ g(t) dt > f (t) dt −
Z c 2 a a
ε
g(t) dt. Alors, pour x ≥ max(c, c0 ), on a
2 a
Z x Z Z Z x
ε x ε x
0≤ f (t) dt ≤ g(t) dt+ g(t) dt = ε g(t) dt
a 2 a 2 a a
1050 Chapitre 9. Intégration

Z x Z x
et donc f(t) dt = o( g(t) dt).
a a

Remarque 9.5.3 Il suffit pour appliquer le théorème


précédent que la condition de positivité de f et g soit
vérifiée dans un voisinage de b.

Théorème 9.5.2 Soit f, g : [a, b[→ R continues par


morceaux. On suppose que g est positive et que au voisi-
nage de b, on a f ∼ g. Alors f et g sont simultanément
intégrables ou non intégrables sur [a, b[. Plus précisément
(i)
Z Si g est intégrable
Z sur [a, b[, alors f également et
f (t) dt ∼ g(t) dt
[x,b[ [x,b[
9.5. Intégration sur un intervalle quelconque : fonctions à
valeurs réelles positives 1051

(ii)
Z x Si g est nonZ x intégrable sur [a, b[, alors f également et
f (t) dt ∼ g(t) dt.
a a

Démonstration 9.5.10 Puisque f (t) ∼ g(t), il existe


1 3
c ∈ [a, b[ tel que x > c ⇒ g(t) ≤ f (t) ≤ g(t) ce qui
2 2
montre que f est positive au voisinage de b et que l’on a
à la fois f = O(g) et g = O(f ). Le théorème précédent
assure alors que f est intégrable sur [a, b[ si et seulement
si g l’est. Plaçons nous dans le cas d’intégrabilité. On a
|f
Z − g| = o(g), on en déduit
Z que |f − g| est intégrable et que
|f(t)−g(t)| dt = o( g(t) dt). Mais bien évidemment
[x,b[ [x,b[
1052 Chapitre 9. Intégration

¯Z Z ¯ Z
¯ ¯
¯ f (t) dt − g(t) dt¯¯ ≤ |f (t) − g(t)| dt. On
¯
[x,b[ Z [x,b[ Z [x,b[ Z
a donc f (t) dt − g(t) dt = o( g(t) dt)
Z[x,b[ [x,b[
Z [x,b[

et donc f (t) dt ∼ g(t) dt. Dans le cas de


[x,b[ [x,b[
non intégrabilité, deux cas se présentent. Si |f − g|
est
Z x non intégrable, le théorème
Z x précédent assure que
|f (t) − g(t)| dt = o( g(t) dt) ; si par contre elle
a Z x a

est intégrable, |f (t) − g(t)| dt admet une limite finie


Za x
en b alors que g(t) dt tend vers +∞ et on a donc
a
9.5. Intégration sur un intervalle quelconque : fonctions à
valeurs réelles positives 1053
Z x Z x
encore |f (t) − g(t)| dt = o( g(t) dt). L’inégalité
¯Z x a Z x ¯ Z x a
¯ ¯
¯ f (t) dt − g(t) dt¯¯ ≤ |f (t) − g(t)| dt donne
¯
a Z x a Z x a Z x
alors f (t) dt − g(t) dt = o( g(t) dt) et donc
Z x a Z x a a

f (t) dt ∼ g(t) dt.


a a
1054 Chapitre 9. Intégration

9.5.3 Exemples fondamentaux


L’idée générale est d’obtenir une famille de fonctions
étalons.

Proposition 9.5.9 La fonction t 7→ tα est intégrable sur


[a, +∞[ (avec a > 0) si et seulement si α > 1.

Démonstration 9.5.11 On a
 1
Z x
dt  α − 1 (1 − x ) si α 6= 1
1−α

α
=
1 t 
log x si α = 1
qui admet une limite finie en +∞ si et seulement si α > 1.
9.5. Intégration sur un intervalle quelconque : fonctions à
valeurs réelles positives 1055
Z +∞
dt
Exemple 9.5.1 Intégrales de Bertrand α (log t)β
. Si
e t
1
α > 1, soit γ tel que 1 < α < γ. On a alors α =
t (log t)β
1 1
o( γ ) et donc t 7→ α β
est intégrable sur [e, +∞[.
t t (log t)
1
Si α < 1, soit γ tel que α < γ < 1 ; on a alors γ =
t
1 1
o( α ) et comme t 7→ γ n’est pas intégrable sur
t (log t)β t
1
[e, +∞[, t 7→ α β
n’est pas intégrable sur [e, +∞[.
t (log t)
1056 Chapitre 9. Intégration

Si α = 1, on a par le changement de variables u = log t,


Z x Z log x
dt du
β
=
e t(log t) 1 uβ
 1
 (1 − (log x)1−β ) si α 6= 1
= β−1

log log x si α = 1
qui admet une limite en +∞ si et seulement si β > 1. En
1
définitive t 7→ α β
est intégrable sur [e, +∞[ si et
t (log t)
seulement si α > 1 ou (α = 1 et β > 1).

Proposition 9.5.10 La fonction t 7→ tα est intégrable sur


9.5. Intégration sur un intervalle quelconque : fonctions à
valeurs réelles positives 1057

]0, a] (avec a > 0) si et seulement si α < 1.

Démonstration 9.5.12 On a
 1
Z a  (a1−α
− x 1−α
) si α 6= 1
dt
α
= 1−α
x t 
log a − log x si α = 1

qui admet une limite au point 0 si et seulement si α < 1.

Z 1/e
Exemple 9.5.2 Intégrales de Bertrand tα | log t|β dt.
0
Si α > −1, soit γ tel que α > γ > −1. On a alors en 0,
1058 Chapitre 9. Intégration

α β γ tα | log t|β α−γ β


t | log t| = o(t ) (car = t | log t| tend vers 0

quand t tend vers 0) et comme t 7→ tγ est intégrable sur
]0, 1/e], il en est de même de t 7→ tα | log t|β . Si α < −1, soit
γ tel que α < γ < −1. Alors tγ = o(tα | log t|β ) et comme
t 7→ tγ n’est pas intégrable sur ]0, 1/e], il en est de même
de t 7→ tα | log t|β . Si α = −1, le changement de variables
u = − log t conduit à
Z 1/e β Z − log x
| log t|
dt = uβ du
x t 1

qui admet une limite quand x tend vers 0 si et seulement


si β < −1. En définitive, t 7→ tα | log t|β est intégrable sur
[0, 1/e[ si et seulement si α > −1 ou (α = −1 et β < −1).
1060 Chapitre 9. Intégration

9.6 Intégration sur un intervalle


quelconque : fonctions à valeurs
complexes

9.6.1 Fonctions à valeurs complexes


intégrables
Définition 9.6.1 Soit I un intervalle de R et f : I → C
continue par morceaux. On dit que f est intégrable sur I si
la fonction à valeurs réelles positives |f | est intégrable sur
I.

Théorème 9.6.1 Soit f : I → C continue par morceaux


9.6. Intégration sur un intervalle quelconque : fonctions à
valeurs complexes 1061

et intégrable. Alors pour toute suite (Jn ) croissante


Z de seg-
ments contenus dans I de réunion I, la suite ( f )n∈N est
Jn
convergente.
Z Sa limite est indépendante de la suite (Jn ) et
notée f .
I

Démonstration 9.6.1 Soit q > p. On a


¯Z Z ¯ ¯Z ¯ Z Z Z
¯ ¯ ¯ ¯
¯ ¯ ¯ ¯
¯ f− f¯ = ¯ f¯ ≤ |f | = |f | − |f |
¯ Jq Jp ¯ ¯ Jq \Jp ¯ Jq \Jp Jq Jp

(avec un tout petit abus d’écriture en notant Jq \ Jp =


[aq , ap ] ∪ [bp , bq ] la réunion de deux segments disjoints ).
1062 Chapitre 9. Intégration

Z
Comme |f | est intégrable, la suite ( |f |) converge, donc
Jn
c’est une suite de ZCauchy, et par conséquent il en est de
même de la suite ( f) qui est donc convergente. Si (Kn )
Jn
est une autre suite de segments vérifiant les mêmes pro-
priétés, deux cas se présentent. Si ∀n, Jn ⊂ Kn , alors
¯Z Z ¯ ¯Z ¯ Z Z Z
¯ ¯ ¯ ¯
¯ f− f ¯¯ = ¯¯ f ¯¯ ≤ |f| = |f | − |f |
¯
Kn Jn Kn \Jn Kn \Jn Kn Jn
Z Z
Mais les deux suites ( |f |) et ( |f |) ont la même limite
Jn Kn
et donc leur différence tend
Z vers 0. ZIl en est donc de même de
la différence des suites ( f ) et ( f ), qui, étant conver-
Jn Kn
9.6. Intégration sur un intervalle quelconque : fonctions à
valeurs complexes 1063

gentes, ont donc la même limite. Si Jn n’est pas forcément


inclus dans Kn il suffit d’écrire
Z Z Z
lim f = lim f = lim f
Jn Jn ∪Kn Kn

Corollaire 9.6.1¯ZSoit¯ f :ZI → C continue par morceaux et


¯ ¯
intégrable. Alors ¯ f ¯¯ ≤ |f |.
¯
I I

Démonstration¯Z9.6.2 ¯ IlZsuffit de passer à la limite à par-


¯ ¯
¯
tir de l’inégalité ¯ f ¯¯ ≤ |f|.
Jn Jn
1064 Chapitre 9. Intégration

Z b ≤ +∞ et f : [a, b[→ C
Théorème 9.6.2 Soit −∞ < a <
x
intégrable. Alors la fonction x 7→ f (t) dt admet la limite
Z a

f au point b.
[a,b[

Démonstration 9.6.3 Soit a < x < y < b ; on a


¯Z y Z x ¯ ¯Z y ¯ Z y Z y Z x
¯ ¯ ¯ ¯
¯ f− f ¯¯ = ¯¯ f ¯¯ ≤ |f | = |f | − |f |
¯
a a x x a a
Z x
Comme l’application x 7→ |f | admet une limite au point
a
b, elle vérifie le critère de Cauchy : pour tout ε > 0, il existe
9.6. Intégration sur un intervalle quelconque : fonctions à
valeurs complexes 1065
¯Z y Z x ¯
¯ ¯
c ∈ [a, b[ tel que c < x < y < b ⇒ ¯ ¯ |f | − |f|¯¯ < ε ;
a Z x a
alors l’inégalité ci dessus montre que x 7→ f (t) dt vérifie
a
également ce critère de Cauchy, donc admet une limite au
point b. Soit alors bn une suite croissante de limite b. On a
Z x Z bn Z Z
lim f(t) dt = lim f (t) dt = lim f= f
x→b a n→+∞ a n→+∞ [a,bn ] [a,b[

Proposition 9.6.1 Soit I un intervalle de R, f : I → C


continue par morceaux, intégrable sur I. Alors f est
intégrable sur tout intervalle I 0 inclus dans I.
1066 Chapitre 9. Intégration

Démonstration 9.6.4 En effet l’intégrabilité de f


équivaut à celle de |f |.

Proposition 9.6.2 Soit f : I → C et ϕ : I → R+ contin-


ues par morceaux telles que 0 ≤ |f
¯Z| ≤¯ϕ. Si
Z ϕ est intégrable
¯ ¯
sur I il en est de même de f et ¯ f ¯¯ ≤ ϕ.
¯
I I

Démonstration 9.6.5 Evident d’après les définitions.

Corollaire 9.6.2 Soit I un intervalle borné de R et soit


f : I → C continue par morceaux et bornée. Alors f est
intégrable sur I.
9.6. Intégration sur un intervalle quelconque : fonctions à
valeurs complexes 1067

Démonstration 9.6.6 Appliquer la proposition précédente


avec ϕ constante majorant |f|.

Proposition 9.6.3 Soit I = [a, b] un segment de R, f :


I → C continue par morceaux. Alors f est intégrable sur I
Z Z b
et f = f . De plus f est intégrable sur ]a, b[, [a, b[ et
I a
]a, b], toutes ces intégrales étant égales.

Démonstration 9.6.7 La fonction |f | est positive et con-


tinue par morceaux, donc intégrable sur [a, b]. Donc f l’est
également. On sait alors que |f | est intégrable sur tout inter-
valle inclus dans I et en particulier sur ]a, b[, [a, b[ et ]a, b] ;
1068 Chapitre 9. Intégration

1
il en est donc de même pour f . De plus, si an = a + et
n
1
bn = b− , Jn = [an , bn ] est une suite croissante de segments
n
dont la réunion est ]a, b[, donc
Z Z bn Z b
f = lim f= f
]a,b[ an a

par continuité de l’intégrale par rapport à ses bornes. On


fait une démonstration similaire pour [a, b[ avec [a, bn ] et
]a, b] avec [an , b]. Pour [a, b], on prend an = a et bn = b.

Théorème 9.6.3 Soit f, g : I → C continues par


morceaux, soit α, β ∈ C. Si f et g sont intégrables sur I, il
9.6. Intégration sur un intervalle quelconque : fonctions à
valeurs complexes 1069

en est de même de αf + βg et on a
Z Z Z
(αf + βg) = α f + β g
I I I

Autrement dit, l’ensemble des applications de I dans C qui


sont intégrables sur I est un sous-espace vectoriel de l’es-
pace Zvectoriel des applications de I dans C et l’application
f 7→ f est linéaire.
I

Démonstration 9.6.8 L’intégrabilité est évidente à par-


tir de l’inégalité |αf + βg| ≤ |α||f | + |β||g| et du fait que |f |
et |g| étant intégrables, il en est de même de |α||f | + |β||g|.
1070 Chapitre 9. Intégration

Pour les égalités, il suffit de prendre une suite (Jn ) crois-


sante de segments de réunion I et de passer à la limite dans
les formules
Z Z Z
(αf + βg) = α f +β g
Jn Jn Jn

Proposition 9.6.4 Soit I un intervalle de R, f : I → R


continue par morceaux. Soit a ∈ I o . Alors f est intégrable
sur I si et seulement si elle est intégrable sur I∩] − ∞, a]
et sur I ∩ [a, +∞[. Dans ce cas,
Z Z Z
f= f+ f
I I∩]−∞,a] I∩[a,+∞[
9.6. Intégration sur un intervalle quelconque : fonctions à
valeurs complexes 1071

Démonstration 9.6.9 Le résultat similaire déjà démontré


pour |f | démontre l’équivalence entre les diverses
intégrabilités. Soit alors Jn = [an , bn ] une suite crois-
sante de segments de réunion I. Pour n assez grand, on a
an ≤ a ≤ bn car a est dans l’intérieur de I. Mais ([an , a])
est une suite croissante de segments de réunion I∩] − ∞, a]
et ([a, bn ]) est une suite croissante de segments de réunion
IZ ∩ [a, +∞[.Z On peut Zdonc passer à la limite dans la formule
f= f+ f , et on obtient
[an ,bn ] [an ,a] [a,bn ]
Z Z Z
f= f+
I I∩]−∞,a] I∩[a,+∞[
1072 Chapitre 9. Intégration

9.6.2 Décomposition des fonctions à


valeurs complexes
Soit x ∈ R. On pose x+ = max(x, 0) et x− =
max(−x, 0). On a x+ , x− ∈ R+ , x = x+ − x− , |x| = x+ + x− ,
+ 1 − 1
x = (|x| + x) et x = (|x| − x).
2 2

Remarque 9.6.1 Si f : I → R, on peut ainsi lui associer


des fonctions f + et f − à valeurs dans R+ . On a f + , f − ∈
+ + − + − + 1
R , f = f − f , |f | = f + f , f = (|f | + f ) et
2
1
f − = (|f | − f ). Ces deux dernières formules montrent
2
clairement que si f est continue par morceaux, il en est de
9.6. Intégration sur un intervalle quelconque : fonctions à
valeurs complexes 1073

même de f + et f − .

Théorème 9.6.4 Soit f : I → R continue par morceaux.


Alors f est intégrable sur I si et seulement si les fonctions
(à valeurs réelles positives) f + et f − le sont. Dans ce cas
Z Z Z Z Z Z
f = f + − f − et |f | = f + + f −
I I I I I I

Démonstration 9.6.10 Si f est intégrable sur I, il en est


de même pour |f | et donc pour f + et f − puisque 0 ≤
f + ≤ |f| et 0 ≤ f − ≤ |f |. Inversement, si f + et f − sont
intégrables, leur différence f l’est également. Les formules
proviennent de la linéarité de l’intégrale.
1074 Chapitre 9. Intégration

Théorème 9.6.5 Soit f : I → C continue par morceaux.


Alors f est intégrable sur I si et seulement si les fonctions
(à valeurs réelles) Re f et Im f le sont. Dans ce cas
Z Z Z Z Z
f= Re f + i Im f, f= f
I I I I I

Démonstration 9.6.11 Si f est intégrable sur I, il en


est de même pour |f | et donc pour Re f et Im f puisque
0 ≤ | Re f | ≤ |f| et 0 ≤ | Im f| ≤ |f |. Inversement, si
Re f et Im f sont intégrables, alors f = Re f + i Im f l’est
également. Les formules proviennent de la linéarité de
l’intégrale.
9.6. Intégration sur un intervalle quelconque : fonctions à
valeurs complexes 1075

Remarque 9.6.2 La combinaison de ces deux théorèmes


peut permettre de ramener un problème sur des fonctions
à valeurs complexes à des problèmes sur des fonctions à
valeurs réelles positives.
1076 Chapitre 9. Intégration

9.6.3 Convention et relation de Chasles


Définition 9.6.2 Soit I un intervalle de R, f : I → C
continue par morceaux et intégrable. Soit a, b ∈ I. Alors on
posera
Z

 f si a < b
Z b 
 ]a,b[
f (t) dt = 0 Z si a = b
a 


− f si b < a
]b,a[

La définition a bien un sens puisque f est intégrable sur


]a, b[⊂ I ou ]b, a[⊂ I suivant le cas.

Théorème 9.6.6 Soit I un intervalle de R, f : I → C


9.6. Intégration sur un intervalle quelconque : fonctions à
valeurs complexes 1077

continue par morceaux et intégrable. Soit a, b, c ∈ I. Alors


on a Z c Z b Z c
f= f+ f
a a b

Démonstration 9.6.12 Etudier toutes les positions rela-


tives de a, b et c.
1078 Chapitre 9. Intégration

9.6.4 Règles de comparaison


Théorème 9.6.7 Soit f : [a, b[→ C continue par
morceaux et g : [a, b[→ R+ continue par morceaux,
positive et intégrable. On suppose qu’au voisinage
de b on a f = O(g) Z (resp. f = o(g)).
Z Alors f est
intégrable sur [a, b[ et f (t) dt = O( g(t) dt) (resp.
Z Z [x,b[ [x,b[

f (t) dt = o( g(t) dt))


[x,b[ [x,b[

Démonstration ¯Z 9.6.13
¯ ZOn a en effet |f | = O(g) (resp.
¯ ¯
¯
|f| = o(g)) et ¯ f ¯¯ ≤ |f |. Il suffit donc d’appliquer
[x,b[ [x,b[
9.6. Intégration sur un intervalle quelconque : fonctions à
valeurs complexes 1079

le théorème de comparaison à |f | et g.

Remarque 9.6.3 Il suffit pour appliquer le théorème


précédent que la condition de positivité de g soit vérifiée
dans un voisinage de b.
1080 Chapitre 9. Intégration

9.6.5 Espaces de fonctions continues


Théorème 9.6.8 Soit I un intervalle de R. L’ensemble
des fonctions continues et intégrables sur I à valeurs com-
Z vectoriel de l’espace C(I, C). L’ap-
plexes est un sous-espace
plication f 7→ kf k1 = |f | est une norme sur cet espace
I
(appelée la norme de la convergence en moyenne).

Démonstration 9.6.14 Vérification immédiate à partir


des résultats précédents.

Théorème 9.6.9 Soit I un intervalle de R. L’ensemble


des fonctions continues à valeurs complexes dont le carré
9.6. Intégration sur un intervalle quelconque : fonctions à
valeurs complexes 1081

est intégrable sur I est un sous-espace vectoriel


Z de l’espace
C(I, C). L’application (f, g) 7→ (f | g) = f g est un pro-
I
duit scalaire hermitien sur cet espace. En particulier, l’ap-
plication f 7→ kf k2 = (f | f )1/2 est une norme sur cet
espace et on a l’inégalité de Cauchy-Schwarz |(f | g)| ≤
kf k2 kgk2 .

Démonstration 9.6.15 Il est clair que si f est de carré


intégrable, il en est de même de αf pour α ∈ C. De plus
l’inégalité élémentaire |f + g|2 ≤ 2|f|2 + 2|g|2 montre que
si f et g sont de carré intégrables, il en est de même de
f + g. Comme de surcroı̂t il existe des fonctions de carré
intégrables (par exemple la fonction nulle), celles-ci forment
1082 Chapitre 9. Intégration

un sous-espace vectoriel de C(I, C). L’inégalité élémentaire


1 2 1 2
|fg| ≤ |f | + |g| montre que si f et g sont de carré
2 2
intégrables,
Z gf est intégrable ce qui permet de définir (f |
g) = f g. L’application est visiblement sesquilinéaire her-
I Z
mitienne, on a (f | f ) = |f |2 ≥ 0 avec égalité si et
I
2
seulement si |f | = 0, soit f = 0, puisque f est continue.
Les autres affirmations sont des conséquences des résultats
sur les produits scalaires hermitiens.
9.6. Intégration sur un intervalle quelconque : fonctions à
valeurs complexes 1083

9.6.6 Notion d’intégrale impropre


Définition 9.6.3 Soit −∞ < a < b ≤ +∞ et f : [a, b[→ E
Z b
continue par morceaux. On dit que l’intégrale f (t) dt
Z x a

converge si existe lim f (t) dt. Dans ce cas on pose


x→b,x<b a
Z b Z x
f (t) dt = lim f (t) dt.
a x→b,x<b a
On a une notion similaire avec −∞ ≤ a < b < +∞ et
f :]a, b] → E continue par morceaux.

Remarque 9.6.4 Si l’intégrale ne converge pas, elle est


dite divergente. Si b < +∞ et si f est la restriction à
1084 Chapitre 9. Intégration

[a,
Z xb[ d’une fonction réglée sur [a, b], alors l’application x 7→
f (t) dt est continue au point b ; l’intégrale impropre est
a
donc convergente et la valeur de l’intégrale impropre est
donc la valeur de l’intégrale, si bien qu’il n’y a pas d’am-
Z b
biguı̈té dans la notation f (t) dt ; dans ce cas nous par-
a
lerons d’une intégrale
Z 1faussement impropre. Un exemple
sin t
typique est celui de dt qui est a priori impropre en
0 t
0, mais(qui est la restriction à ]0, 1] de la fonction continue
sin t
f(t) = si t 6= 0 .
t
1 si t = 0
9.6. Intégration sur un intervalle quelconque : fonctions à
valeurs complexes 1085

Proposition 9.6.5 Soit f : [a, b[→ E une fonction con-


Z b
tinue par morceaux et c ∈ [a, b[. Alors l’intégrale f(t) dt
Z b a

converge si et seulement si l’intégrale f (t) dt converge.


c

Z x Z c
Démonstration 9.6.16 On a f (t) dt = f(t) dt +
Z x Z xa a

f (t) dt ce qui montre que f (t) dt a une limite en b


c Z x a

si et seulement si f(t) dt en a une.


c
1086 Chapitre 9. Intégration

Remarque 9.6.5 Cette propriété montre que si f : [a, b[→


E est une fonction continue par morceaux, la convergence
Z b
de f(t) dt ne dépend que de la restriction de f à un
a
voisinage de b ; il s’agit donc d’une notion locale en b.

Théorème 9.6.10 Si f est intégrable sur [a, b[, alors


Z b
f (t) dt converge. Mais la réciproque est fausse dans le
a
cas général (mais vraie pour les fonctions à valeurs dans
R+ ).

Démonstration 9.6.17 On a vu que si f est intégrable


9.6. Intégration sur un intervalle quelconque : fonctions à
valeurs complexes 1087
Z x Z
sur [a, b[, alors x 7→ f(t) dt admet la limite f au point
a I
b. L’exemple suivant montre que la réciproque est fausse.

Z +∞
sin t
Exemple 9.6.1 Etude de l’intégrale dt pour
1 tα
sin t 1
α > 0. On a α = O( α ), donc si α > 1 la fonction
t t
est intégrable.
Si 0 < α ≤ 1, on a après intégration par parties
Z x Z x
sin t cos x cos t
α
dt = cos 1 − α + α+1
dt
1 t x 1 t
cos x cos t
Mais lim = 0 et la fonction t →
7 est intégrable
x→+∞ xα tα+1
1088 Chapitre 9. Intégration

cos t 1
puisque α+1 = O( α+1 ). On en déduit que le terme de
t t
droite de l’égalité ci dessus a une limite en +∞, et donc le
terme
Z +∞ de gauche aussi. En conséquence, l’intégrale impropre
sin t
α
dt converge. Montrons que la fonction n’est pas
1 t
intégrable ; on a

Z x Z x
| sin t| sin2 t
≥ dt
1 tα 1 t α
Z x
1 1 − cos(2t)
= dt
2 1 tα
Z Z
1 x 1 1 x cos(2t)
= α
dt − α
dt
2 1 t 2 1 t
9.6. Intégration sur un intervalle quelconque : fonctions à
valeurs complexes 1089
Z x
1
Mais l’intégrale α
dt admet pour limite +∞
1 t Z x
cos(2t)
(car α ≤ 1), alors que l’intégrale α
dt con-
1 t
verge (même méthode d’intégration par parties). On
Z x
sin2 t
en déduit que lim α
dt = +∞ et donc aussi
Z x x→+∞ 1 t
| sin t|
lim α
dt = +∞.
x→+∞ 1 t
1090 Chapitre 9. Intégration

9.7 Développements asympto-


tiques et analyse numérique

9.7.1 La formule d’Euler-Mac Laurin


Proposition 9.7.1 Il existe une unique famille de
polynômes Bn (X) (polynômes de Bernoulli) dans R[X]
vérifiant les relations
1
– (i) B0 (X) = 1, B1 (X) = X − ,
2
– (ii) Bn0 (X) = nBn−1 (X) pour n ≥ 1
– (iii) B2n+1 (0) = B2n+1 (1) = 0 pour n ≥ 1
9.7. Développements asymptotiques et analyse numérique
1091

Démonstration 9.7.1 La relation (ii) définit Bn à une


constante près et la relation (iii) fixe les deux constantes
d’intégration qui se sont introduites pour le passage de
B2n−1 à B2n+1 .

Théorème 9.7.1 – (i) Bn est un polynôme normalisé


de degré n.
– (ii) On a Bn (1 − X) = (−1)n Bn (X) et en particulier
1
B2n+1 ( ) = 0, B2n (1) = B2n (0) (noté b2n )
2
– (iii) Bn (X + 1) − Bn (X) = nX n−1
1092 Chapitre 9. Intégration

Démonstration 9.7.2 (i) est évident par récurrence à


partir de Bn0 (X ) = nBn−1 (X). Pour démontrer (ii), il suffit
de démontrer que, si l’on pose Cn (X) = (−1)n Bn (1 − X), la
suite (Cn ) vérifie les mêmes relations que la suite (Bn (X)),
ce qui est immédiat. On montre (iii) par récurrence sur
n. La relation est vérifiée pour n = 1 et si elle est vérifiée
pour n − 1, soit P (X) = Bn (X + 1) − Bn (X) − nX n−1 . On
a P 0 (X) = n(Bn−1 (X + 1) − Bn−1 (X) − (n − 1)X n−2 ) = 0
par l’hypothèse de récurrence. Mais d’autre part
P (0) = Bn (1) − Bn (0) = 0 (par définition si n est
impair, d’après l’assertion précédente si n est pair), donc
P est le polynôme nul.

Théorème 9.7.2 (formule d’Euler-Mac Laurin). Soit f :


9.7. Développements asymptotiques et analyse numérique
1093

[0, 1] → E de classe C 2n+1 . Alors


Z 1
1
f (t) dt = (f (1) + f(0))
0 2
Xn
(2k−1) (2k−1) b2k
− (f (1) − f (0))
(2k)!
k=1
Z 1
1
− f (2n+1) (t)B2n+1 (t) dt
(2n + 1)! 0

Démonstration 9.7.3 Par récurrence sur n. Pour n = 0,


on écrit
Z 1 Z 1 Z 1
f (t) dt = f (t)B0 (t) dt = [f(t)B1 (t)]10 − f 0 (t)B1 (t) dt
0 0 0
1094 Chapitre 9. Intégration

Z 1
1
= (f (1) + f (0)) − f 0 (t)B1 (t) dt
2 0

Si la formule est vérifiée pour n, deux intégrations par


parties donnent
Z 1
1
f (2n+1) (t)B2n+1 (t) dt
(2n + 1)! 0
· ¸1
1 B2n+2 (t)
= f (2n+1) (t)
(2n + 1)! 2n + 2 0
Z 1
1
− f (2n+2) (t)B2n+2 (t) dt
(2n + 2)! 0
b2n+2
= (f (2n+1) (1) − f (2n+1) (0))
(2n + 2)!
9.7. Développements asymptotiques et analyse numérique
1095
à · ¸1
1 B2n+3 (t)
− f (2n+2) (t)
(2n + 2)! 2n + 3 0
Z 1 !
1
− f (2n+3) (t)B2n+3 (t) dt
(2n + 3)! 0
b2n+2
= (f (2n+1) (1) − f (2n+1) (0))
(2n + 2)!
Z 1
1
+ f (2n+3) (t)B2n+3 (t) dt
(2n + 3)! 0

en tenant compte de B2n+2 (0) = B2n+2 (1) = b2n+2 et de


B2n+3 (0) = B2n+3 (1) = 0.
1096 Chapitre 9. Intégration

Remarque 9.7.1 On peut montrer que ∀x ∈ [0, 1], |Bn (x)| ≤


n!
4e2π ce qui permet d’avoir une estimation du reste. Si
(2π)n
f est à valeurs réelles, on peut obtenir une autre estimation
du reste en montrant par récurrence que les polynômes Bn
ont les variations suivantes

x 0 1/2 1
B4n (x) b4n < 0 % 0 % >0 & 0 & b4n < 0
B4n+1 (x) 0 & % 0 % & 0
B4n+2 (x) b4n+2 > 0 & 0 & <0 % 0 % b4n+2 > 0
B4n+3 (x) 0 % & 0 & % 0
9.7. Développements asymptotiques et analyse numérique
1097

Ceci montre que les polynômes B2p − b2p sont de signe


constant sur [0, 1]. On peut donc utiliser la première formule
1098 Chapitre 9. Intégration

de la moyenne, ce qui nous donne

Z 1
f (2n+2) (t)B2n+2 (t) dt
0
Z 1 Z 1
= b2n+2 f (2n+2) (t) dt + f (2n+2) (t)(B2n+2 (t) − b2n+2 ) dt
0 0
(2n+1)
= b2n+2 (f (1) − f (2n+1) (0))
Z 1
+f (2n+2) (ξ) (B2n+2 (t) − b2n+2 ) dt
0
= b2n+2 (f (2n+1) (1) − f (2n+1) (0)) − b2n+2 f (2n+2) (ξ)
9.7. Développements asymptotiques et analyse numérique
1099
Z 1 · ¸1
B2n+3 (t)
car B2n+2 (t) dt = = 0. On obtient, en
0 2n + 3 0
reprenant la démonstration du lemme, la formule sous la
forme
Z 1
1
f (t) dt = (f (1) + f (0))
0 2
n+1
X b2k
− (f (2k−1) (1) − f (2k−1) (0))
(2k)!
k=1
b2n+2
+ f (2n+2) (ξ)
(2n + 1)!

1
Exemple 9.7.1 Appliquons cette formule à f(t) = .
t+p
1100 Chapitre 9. Intégration

On va obtenir

1 1 1
log(p + 1) − log(p) = ( + )
2 p+1 p
n+1
X 1 1 b2k
+ ( − 2k )
(p + 1)2k p 2k
k=1
(2n + 2)b2n+2
+
ξp2n+3

avec ξp ∈ [p, p + 1] et donc ξp ∼ p. En sommant de p = 1


9.7. Développements asymptotiques et analyse numérique
1101

jusque N − 1, on obtient

N
X X 1 n+1
1 1 1 b2k
log N = − − + ( 2k − 1)
p 2 2N N 2k
p=1 k=1
N−1
X 1
+(2n + 2)b2n+2
p=1
ξp2n+3

+∞
X 1 1
et en utilisant = O( ) on obtient, après
ξp2n+3 N 2n+2
p=N
amalgame de tous les termes ne dépendant pas de N en
1102 Chapitre 9. Intégration

une constante γ,

XN n
X b2k
1 1 1
= log N + γ + − + O( )
p=1
p 2N 2kN 2k N 2n+2
k=1
9.7. Développements asymptotiques et analyse numérique
1103

9.7.2 Calcul approché d’intégrales


Méthode des trapèzes
Soit f : [a, b] → R de classe C 2 et p ∈ N∗ . Pour
b−a
k ∈ [0, p] posons ak = a + k . On approche
p
la fonction f par la fonction ϕ : [a, b] → E qui
vérifie ∀k ∈ [0, p], ϕ(ak ) = f (ak ) et qui est linéaire
sur
Z ak chaque intervalle [ak−1, ak ]. On a immédiatement
f (ak ) + f (ak−1 )
ϕ = (ak − ak−1 ) (aire d’un trapèze).
ak−1 2
Z b à p−1
!
b − a f (a) X f (b)
D’où, ϕ= + f(ak ) + = Tp avec
a n 2 2
k=1
les notations du paragraphe précédent. On prendra donc
1104 Chapitre 9. Intégration

Z b Z b
comme valeur approchée de I = f, I = ϕ = Tp .
a a

Majoration de l’erreur : on cherche à majorer |I − I| =


Z b
| (f − ϕ)|. Posons g = f − ϕ et calculons à l’aide d’une
a
intégration par parties l’intégrale suivante (en remarquant
que la restriction de g à [ak−1 , ak ] est de classe C 2 avec
g00 = f 00 )

Z ak
f 00 (t)(t − ak−1 )(ak − t) dt
ak−1
Z ak
= g 00 (t)(t − ak−1 )(ak − t) dt
ak−1
9.7. Développements asymptotiques et analyse numérique
1105
Z ak
a
= [g 0 (t)(t − ak−1)(ak − t)]akk−1 + g 0 (t)(2t − ak−1 − ak ) dt
ak−1
Z ak
= g 0 (t)(2t − ak−1 − ak ) dt
ak−1
Z ak
= [g(t)(2t − ak−1 − ak )]aakk−1 − 2 g(t) dt
ak−1
Z ak
= −2 g(t) dt
ak−1

puisque g(ak−1 ) = g(ak ) = 0. On a donc


¯Z ak
¯ ¯Z ak ¯
¯ ¯ ¯
1¯ ¯
¯ g(t) dt¯¯ = f (t)(t − ak−1 )(ak − t) dt¯¯
00
¯ ¯
2 ak−1
ak−1
1106 Chapitre 9. Intégration

Z ak
M2
≤ (t − ak−1 )(ak − t) dt
2 ak−1
M2 3 M2 (b − a)3
= (ak − ak−1 ) =
12 12p3

En sommant de k = 1 à p, on obtient

M2 (b − a)3
|I − I| ≤
12p2

Application de la formule d’Euler-Mac Laurin

Soit alors f : [a, b] → E de classe C 2n+1 et p ∈ N∗. Pour


b−a
k ∈ [0, p] posons ak = a + k ; appliquons la formule
p
9.7. Développements asymptotiques et analyse numérique
1107
b−a
précédente à t 7→ f (ak−1 + t ). On obtient alors (avec
p
b−a
le changement de variable x = ak−1 + t )
p
Z ak Z
b−a 1 b−a
f (x) dx = f(ak−1 + t ) dt
ak−1 n 0 p
b−a
= (f (ak−1) + f(ak ))
2p
n
X (b − a)2k (2k−1) (2k−1) b2k
− (f (a k ) − f (ak−1 ))
p2k (2k)!
k=1
(b − a)2n+2
+ 2n+2 ρn,k
p (2n + 1)!
1108 Chapitre 9. Intégration

Z 1
b−a
avec ρn,k = f (2n+1) (ak−1 + t
)B2n+1 (t) dt.
0 p
Posons M2n+1 = sup kf (2n+1) (t)k. On a alors kρn,k k ≤
t∈[a,b]
Z 1
M2n+1 |B2n+1 (t)| dt. Sommons alors les égalités ci
0
dessus, en posant
à p−1
!
b−a f (a) X f (b)
Tp = + f (ak ) +
n 2 2
k=1

on obtient,
Z b n
X (b − a)2k b2k
f (x) dx = Tp − (f (2k−1) (b) − f (2k−1) (a))
a p2k (2k)!
k=1
9.7. Développements asymptotiques et analyse numérique
1109
(b − a)2n+2
+ 2n+2 Sn,p
p (2n + 1)!
p p
X X
avec Sn,p = ρn,k et donc kSn,p k ≤ kρn,k k ≤
k=1 k=1
Z 1
pM2n+1 |B2n+1 (t)| dt. On obtient donc
0

Théorème 9.7.3 Soit f : [a, b] → E de classe C 2n+1


b−a
et p ∈ N∗ . Pour k ∈ [0, p] posons ak = a + k .
à ! p
p−1
b − a f (a) X f (b)
Soit Tp = + f (ak ) + et M2n+1 =
n 2 2
k=1
1110 Chapitre 9. Intégration

sup kf (2n+1) (t)k. Alors


t∈[a,b]

Z b n
X b2k (b − a)2k
f (x) dx = Tp − (f (2k−1) (b) − f (2k−1) (a))
a p2k (2k)!
k=1
(b − a)2n+2
+ 2n+1 Rn,p
p (2n + 1)!
Z 1
avec kRn,p k ≤ M2n+1 |B2n+1 (t)| dt.
0

Remarque 9.7.2 Ce théorème nous donne un développement


à un ordre arbitraire de la différence entre l’intégrale et sa
valeur approchée par la méthode des trapèzes
9.7. Développements asymptotiques et analyse numérique
1111

Méthode de Simpson
La formule d’Euler-Mac Laurin, nous montre que si f
est de classe C 4 , on a

λ 1
I − Tp = 2
+ O( 4
)
p p

λ 1
On a donc également I − T2p = 2
+ O( 4
) puis 4(I −
4p p
1
T2p ) − (I − Tp ) = O( 4 ) ou encore
p

1 1
I − (4T2p − Tp ) = O( 4 )
3 p
1112 Chapitre 9. Intégration

b−a
Posons donc ak = a + k , on a
2p

(b − a)
Sp = (Tp + 4T2p )
6p
(b − a)
= (f (a) + 4f (a1 ) + 2f (a2 ) + 4f(a3 ) + . . .
6p
+2f (a2p−2 ) + 4f (a2p−1 ) + f(b))

On sait donc que l’on a une majoration du type

M
|I − Sp | ≤
p4
9.7. Développements asymptotiques et analyse numérique
1113

Remarque 9.7.3 On peut montrer qu’en fait |I − Sp | ≤


M4 (b − a)5 (4)
avec M 4 = sup kf (t)k, majoration de peu
2880p4 t∈[a,b]
d’intérêt dans la pratique vu la difficulté qu’il y a habituelle-
ment à trouver un majorant de M4 .
Méthode de Romberg
Elle consiste à généraliser la méthode qui nous a
fait passer de la méthode des trapèzes à la méthode de
Simpson en utilisant le calcul de Tp , T2p , T4p , . . . , T2k p pour
1 1 1
éliminer successivement les termes en 2 , 4 , . . . , 2k
p p p
du développement asymptotique donné par la formule
d’Euler-Mac Laurin.
1114 Chapitre 9. Intégration

9.7.3 La méthode de Laplace

C’est une méthode classique de recherche d’équivalents


d’intégrales dépendant d’un paramètre (ici n) consistant à
remarquer qu’un intégrande du type f (t)eng(t) va privilégier,
pour n grand, les valeurs de t pour lesquelles la fonction g
atteint son maximum (car si x < y, enx = o(eny )).

Proposition 9.7.2 Soit f :]a, b[→ R continue intégrable


sur ]a, b[. Soit g :]a, b[→ R de classe C 2 . On suppose que g
atteint son maximum en un point c ∈]a, b[ avec g00 (c) < 0,
f(c) 6= 0 et que ∀η > 0, sup g(t) < g(c). Alors, quand n
|t−c|≥η
9.7. Développements asymptotiques et analyse numérique
1115

tend vers +∞
Z s
b

f(t)eng(t) dt ∼ f(c)eng(c)
a n|g00 (c)|

Démonstration 9.7.4 Quitte à changer f en −f , on peut


supposer f(c) > 0. Soit α tel que 0 < α < min(|g00 (c)|, f (c))
et soit η > 0 tel que |t − c| ≤ η ⇒ |f (t) − f (c)| ≤ α et
(t − c)2 00 (t − c)2
|g(t)− g(c)− g (c)| < α (puisque g0 (c) = 0).
2 2
Sur [c − η, c + η], on a f (c) − α < f (t) < f(c) + α et

(t − c)2 00 (t − c)2 00
g(c)+ (g (c)− α) ≤ g(t) ≤ g(c)+ (g (c)+ α)
2 2
1116 Chapitre 9. Intégration

On obtient donc
Z c+η µ ¶
(t − c)2 00
(f (c) − α)eng(c) exp n (g (c) − α) dt
c−η 2
Z c+η
≤ f (t)eng(t) dt
c−η
Z c+η µ 2

(t − c) 00
≤ (f (c) + α)eng(c) exp n
(g (c) + α) dt
c−η 2
r
n|λ|
Mais, si λ < 0, le changement de variable u = (t − c)
2
donne
Z c+η µ ¶
(t − c)2
exp nλ dt
c−η 2
9.7. Développements asymptotiques et analyse numérique
1117
s q
Z n|λ| η
2 2
−u2
= q e du
n|λ| − 2 ηn|λ|

s Z +∞ s
2 −u2 2π
∼ e du =
n|λ| −∞ n|λ|
Z
√ −ng(c) c+η
Posons In = ne f (t)eng(t) dt. On a donc
c−η
un ≤ In ≤ vn avec
Z c+η µ ¶
√ (t − c)2 00
un = (f (c) − α) n exp n (g (c) − α) dt
c−η 2
s

∼ (f (c) − α)
|g00 (c) − α|
1118 Chapitre 9. Intégration

s

et de même vn ∼ (f (c) + α) 00
. Donnons nous
|g (c) + α|
ε > 0 et soit α tel que
– (i) 0 < α < min(|g 00 (c)|, f (c))
s s
2π 2π ε
– (ii) (f (c) − α) > f (c) −
|g00 (c) − α| |g00 (c)| 2
s s
2π 2π ε
– (iii) (f (c) + α) < f (c) +
|g00 (c) + α| |g00 (c)| 2
On prend le η correspondant
s comme ci-dessus. Alors

comme lim un = (f (c) − α) et lim vn = (f (c) +
|g00 (c) − α|
9.7. Développements asymptotiques et analyse numérique
1119
s

α) 00
, il existe N ∈ N tel que
|g (c) + α|

s s
2π ε 2π ε
n ≥ N ⇒ f (c) − < un ≤ vn < f (c) +
|g00 (c)| 2 |g00 (c)| 2

s
2π ε
Pour n ≥ N on a donc f (c) 00
− < In <
|g (c)| 2
s
2π ε
f(c) + .
|g 00 (c)| 2
1120 Chapitre 9. Intégration

Soit M = sup g(t) < g(c). On a alors


|t−c|≥η

¯ Z ¯ Z
¯√ −ng(c) ¯ √ −n(g(c)−M ) b
¯ ne f (t)eng(t) dt¯¯ ≤ ne |f (t)| dt
¯
|t−c|≥η a

qui tend vers 0 quand n tend vers +∞. Soit donc N 0 ∈ N


Z b
√ ε
tel que n ≤ N 0 ⇒ ne−n(g(c)−M ) |f (t)| dt < . Alors,
a 2
0
pour n ≥ max(N, N ), on a

s Z
√ −ng(c) b

f (c) −ε < ne f (t)eng(t) dt
|g00 (c)| a
9.7. Développements asymptotiques et analyse numérique
1121
s

< f(c) 00

|g (c)|

ce qui montre le résultat.

Remarque 9.7.4 Pour appliquer la méthode précédente,


Z b
il suffit en fait qu’il existe un n0 ∈ N tel que |f (t)|en0 g(t) dt
a
converge : on peut alors écrire, en posant f1 (t) = f(t)en0 g(t)
Z b Z b
ng(t)
f (t)e dt = f1 (t)e(n−n0)g(t) dt
a a
1122 Chapitre 9. Intégration

s

∼ f1 (c)e(n−n0 )g(c)
(n − n0 )|g00 (c)|
s
ng(c) 2π
∼ f(c)e
n|g00 (c)|

Exemple 9.7.2 Ecrivons


Z +∞ Z +∞
n! = Γ(n + 1) = tn e−t dt = nn+1 (ue−u )n du
0 0

avec le changementZ de variable t = nu. Pour trouver


+∞
un équivalent de (ue−u )n du, on peut appliquer
0
9.7. Développements asymptotiques et analyse numérique
1123

la méthode de Laplace, en tenant compte de la remar-


que ci-dessus avec n0 = 1. On prend donc f (u) = 1,
g(u) = log(ue−u ) = −u + log u qui atteint son maximum
au point 1 avec g00 (1) = −1, g(1) = −1. D’où
Z +∞ r

(ue−u )n du ∼ e−n
0 n
√ nn
et donc n! ∼ 2πn n .
e
1124 Chapitre 9. Intégration

9.8 Généralités sur les intégrales


impropres
Remarque 9.8.1 Ce paragraphe et ceux qui suivent,
qui correspondent aux anciens programmes de classes
préparatoires, font double emploi avec les paragraphes
sur les fonctions intégrables sur un intervalle. Ils ont été
maintenus ici par souci de compatibilité avec certains
enseignements universitaires.

Définition 9.8.1 On dit qu’une fonction est réglée sur un


intervalle I si elle est réglée sur tout segment inclus dans
I.
9.8. Généralités sur les intégrales impropres 1125

9.8.1 Notion d’intégrale impropre


Définition 9.8.1 Soit −∞ < a < b ≤ +∞ et f : [a, b[→ E
Z b
réglée. On dit que l’intégrale f (t) dt converge si ex-
Z x a Z b
iste lim f (t) dt. Dans ce cas on pose f(t) dt =
x→b,x<b a
Z x a

lim f (t) dt. On a une notion similaire avec −∞ ≤


x→b,x<b a
a < b < +∞ et f :]a, b] → E réglée.

Remarque 9.8.1 Si l’intégrale ne converge pas, elle est


dite divergente. Si b < +∞ et si f est la restriction à
[a, b[ d’une fonction réglée sur [a, b], alors l’application x 7→
1126 Chapitre 9. Intégration

Z x
f (t) dt est continue au point b ; l’intégrale impropre est
a
donc convergente et la valeur de l’intégrale impropre est
donc la valeur de l’intégrale, si bien qu’il n’y a pas d’am-
Z b
biguı̈té dans la notation f (t) dt ; dans ce cas nous par-
a
lerons d’une intégrale
Z 1faussement impropre. Un exemple
sin t
typique est celui de dt qui est a priori impropre en
0 t
0, mais(qui est la restriction à ]0, 1] de la fonction continue
sin t
f(t) = si t 6= 0 .
t
1 si t = 0
9.8. Généralités sur les intégrales impropres 1127

Proposition 9.8.1 Soit f : [a, b[→ E une fonction réglée


Z b
et c ∈ [a, b[. Alors l’intégrale f(t) dt converge si et seule-
Z b a

ment si l’intégrale f (t) dt converge.


c

Z x Z c
Démonstration 9.8.1 On a f (t) dt = f (t) dt +
Z x Z ax a

f (t) dt ce qui montre que f (t) dt a une limite en b


c Z x a

si et seulement si f(t) dt en a une.


c
1128 Chapitre 9. Intégration

Remarque 9.8.2 Cette propriété montre que si f : [a, b[→


Z b
E est une fonction réglée, la convergence de f (t) dt ne
a
dépend que de la restriction de f à un voisinage de b ; il
s’agit donc d’une notion locale en b.
9.8. Généralités sur les intégrales impropres 1129

9.8.2 Intégrales plusieurs fois impropres

Définition 9.8.2 Soit −∞ ≤ a < b ≤ +∞ et f :]a, b[→ E


Z b
réglée. On dit que l’intégrale f (t) dt converge si on a les
a
conditions équivalentes

(i) il existe c ∈]a, b[ tel que les deux intégrales impropres


Z c Z b
f (t) dt et f (t) dt convergent
a c

(ii) pour tout c ∈]a, b[, les deux intégrales impropres


Z c Z b
f (t) dt et f (t) dt convergent
a c
1130 Chapitre 9. Intégration

Z y
(iii) l’application (x, y) 7→ f(t) dt admet une limite
x
quand x tend vers a et y tend vers b indépendamment
l’un de l’autre. Z Z c Z b
b
On pose alors f (t) dt = f (t) dt + f (t) dt =
Z y a a c

lim f (t) dt.


x→a,y→b x

Démonstration 9.8.2 Découle immédiatement de la re-


lation de Chasles.

Z +∞
Remarque 9.8.3 L’intégrale t dt diverge alors
−∞
9.8. Généralités sur les intégrales impropres 1131

Z x
que lim t dt = 0. Il est donc impératif dans (iii)
x→+∞ −x
d’introduire deux variables x et y et de les faire varier
indépendamment.

Définition 9.8.3 Soit −∞ ≤ a0 < a1 < . . . < an ≤


+∞ et f :]a0 , an [\{a1 , Z
. . . , an−1 } → E une fonction réglée.
an
On dit que l’intégrale f (t) dt converge si chacune des
a0
Z ai Z b
intégrales f (t) dt converge. On pose alors f(t) dt =
ai−1 a
n
X ai Z
f(t) dt
i=1 ai−1
1132 Chapitre 9. Intégration

Avec ces définitions, toutes les questions concernant


des intégrales plusieurs fois impropres se ramènent à des
problèmes sur les intégrales une fois impropres.
9.8. Généralités sur les intégrales impropres 1133

9.8.3 Opérations sur les intégrales impro-


pres
Théorème 9.8.1 L’ensemble des fonctions réglées de [a, b[
Z b
dans E telles que l’intégrale impropre f (t) dt converge
a
est un sous espace vectoriel de l’ensemble des fonctions
Z b
réglées de [a, b[ dans E. L’application f 7→ f (t) dt est
a
linéaire de cet espace vectoriel dans E.

Z x
Démonstration 9.8.3 Il suffit d’écrire (αf (t) +
a
1134 Chapitre 9. Intégration

Z x Z x
βg(t)) dt = α f(t) dt + β g(t) dt et d’utiliser les
a a
théorèmes sur les limites.

Théorème 9.8.2 Soit u : E → F une application linéaire


Z b
continue, f : [a, b[→ E réglée telle que f (t) dt con-
Z b Z ab
verge. Alors u(f (t)) dt converge et u(f(t)) dt =
Z b a a

u( f (t) dt).
a
9.8. Généralités sur les intégrales impropres 1135

Z x
Démonstration 9.8.4 Il suffit d’écrire u(f (t)) dt =
Z x a

u( f (t) dt) et d’utiliser la continuité de u.


a

Corollaire 9.8.1 Soit E un espace vectoriel normé de


dimension finie, (e1 , . . . , en ) une base de E, f : [a, b[→ E
réglée. On écrit f(t) = f1 (t)e1 + . . . + fn (t)en . Alors
Z b
f (t) dt converge si et seulement si chacune des
a
1136 Chapitre 9. Intégration

Z b
intégrales fi (t) dt converge et alors
a

Z b Z b Z b
f (t) dt = ( f1 (t) dt)e1 + . . . + ( fn (t) dt)en
a a a

Démonstration 9.8.5 Soit u : K n → E, (x1 , . . . , xn ) 7→


x1 e1 + . . . + xn en . L’application linéaire u est un isomor-
phisme d’espaces vectoriels et puisque les espaces sont de
dimension finie, u et u−1 sont continues. Il suffit alors d’ap-
pliquer le théorème précédent en remarquant que f = u ◦
(f1 , . . . , fn ) et que (f1 , . . . , fn ) = u−1 ◦ f .
9.8. Généralités sur les intégrales impropres 1137

Changement de variables Soit ϕ : [a, b[→ [α, β[ de classe


C 1 telle que lim ϕ(u) = β. Soit f : [α, β[→ E continue.
u→b Z x
Pour x ∈ [a, b[, on peut alors écrire f (ϕ(u))ϕ0 (u) du =
a
Z ϕ(x)
f (t) dt. On en déduit par le théorème de composi-
ϕ(a)
Z β
tion des limites, que si l’intégrale f (t) dt converge, alors
Z b α

l’intégrale f (ϕ(u))ϕ0 (u) du converge et que dans ce cas


a

Z b Z β
0
f(ϕ(u))ϕ (u) du = f (t) dt
a ϕ(a)
1138 Chapitre 9. Intégration

Inversement, si l’on suppose que ϕ est un homéomorphisme


Z y
de [a, b[ sur [α, β[, on a, pour y ∈ [α, β[, f (t) dt =
α
Z ϕ−1 (y)
f (ϕ(u))ϕ0 (u) du et alors la convergence de
ϕ−1 (α)
Z b Z β
f (ϕ(u))ϕ0 (u) du implique celle de f(t) dt et
a α
l’égalité ci-dessus. On retiendra en particulier

Théorème 9.8.3 Soit ϕ : [a, b[→ [α, β[ un homéomorphisme.


On suppose que ϕ est de classe C 1 et que lim ϕ(u) = β.
u→b
Soit f : [α, β[→ E continue. Alors les deux intégrales
Z b Z β
impropres f (ϕ(u))ϕ0 (u) du et f (t) dt sont de même
a α
9.8. Généralités sur les intégrales impropres 1139

nature (convergentes ou divergentes) et on a l’égalité


Z b Z β
f(ϕ(u))ϕ0 (u) du = f (t) dt
a ϕ(a)

Intégration par parties Soit f, g : [a, b[→ C de classe


C 1 . Pour x ∈ [a, b[, on peut alors faire une intégration par
parties et écrire
Z x Z x
f (t)g0 (t) dt = [f(t)g(t)]xa − f 0 (t)g(t) dt
a a

Si deux des trois termes qui dépendent de x admettent une


limite en b, alors le troisième aussi et on a alors
Z b Z b
f (t)g 0 (t) dt = lim(f (x)g(x)) −f (a)g(a) − f 0 (t)g(t) dt
a x→b a
1140 Chapitre 9. Intégration

que l’on écrit encore


Z b Z b
f (t)g 0 (t) dt = [f (t)g(t)]ba − f 0 (t)g(t) dt
a a

Sinon, on conserve les intégrales partielles de a à x jusqu’à


pouvoir lever les indéterminations éventuelles.

Remarque 9.8.4 Le lecteur devra faire preuve d’une


grande prudence : une intégration par parties peut facile-
ment faire passer d’une intégrale convergente à une
intégrale divergente, en particulier avec des fonctions
comme le logarithme.
9.8. Généralités sur les intégrales impropres 1141

9.8.4 Intégrales et séries : intégration par


paquets
Théorème 9.8.4 Soit f : [a, b[→ E réglée, (bn ) une suite
strictement croissante de [a, b[ de limite b. On pose pour
Z bn
n ≥ 1, xn = f (t) dt. Alors
bn−1
Z b X
– (i) si l’intégrale f (t) dt converge, la série xn
a n≥1
converge
– (ii) la réciproque est exacte dans les deux cas suivants
– (a) la suite (bn − bn−1 ) est bornée et lim f (t) = 0
t→b
1142 Chapitre 9. Intégration

– (b) E = R et la fonction f est de signe constant


sur chaque intervalle [bn−1 , bn ].

N
X Z bN
Démonstration 9.8.6 ((i)) On a xn = f(t) dt =
n=1 b0
Z x
F (bN ) avec F (x) = f (t) dt. Puisque l’intégrale con-
b0
verge, la fonction F a une limite au point b ; le théorème
de composition des limites assure alors l’existence de
lim F (bN ), donc la convergence de la série ; on a
N→+∞
+∞
X Z b
d’ailleurs xn = f(t) dt.
n=1 b0
9.8. Généralités sur les intégrales impropres 1143

((ii)(a)) Soit x > b0 et soit p l’unique entier tel que


bp−1 ≤ x < bp . On a alors
Xp Z x Z bp
xn − f (t) dt = f (t) dt
n=1 b0 x

Soit alors ε > 0, K > 0 tel que ∀n ∈ N, bn − bn−1 ≤ K,


ε
c ∈ [a, b[ tel que t ∈ [c, b[⇒ kf (t)k < . Pour x > c, on a
Z x Z bp 2K
p
X ε ε
alors k xn − f(t) dtk ≤ kf (t)k dt ≤ K = .
n=1 b0 x 2K 2
+∞
X X n
Soit S = xn et N ∈ N tel que n ⇒ N ⇒ kS − xk k <
n=1 k=1
ε
. Pour x ≥ xN , on a p ≥ N et donc pour x > max(c, bN )
2
1144 Chapitre 9. Intégration

on a
Z x p
X p
X Z x
kS − f (t) dtk ≤ kS − xk k + k xn − f (t) dtk
b0 k=1 n=1 b0
ε ε
<+ =ε
2 2
ce qui montre la convergence de l’intégrale.
((ii)(b)) La démonstration est similaire. Mais on écrit,
en utilisant le fait que f est de signe constant sur [bp−1 , bp ]
Xp Z x Z bp Z bp
| xn − f (t) dt| = | f (t) dt| = |f (t)| dt
n=1 b0 x x
Z bp Z bp
≤ |f (t)| dt = | f (t) dt|
bp−1 bp−1
9.8. Généralités sur les intégrales impropres 1145

= |xp |

Puisque la série converge, lim xn = 0 et donc, il existe


ε
M tel que n ≥ M ⇒ |xn | < . Soit N ∈ N tel que n ≥
2
Xn
ε
N ⇒ |S − xk | < . Pour x ≥ max(xN , xM ), on a p ≥
2
k=1
max(N, M ) et donc
Z x p
X p
X Z x
ε ε
|S− f (t) dt| ≤ |S− xk |+| xn − f (t) dt| < + =ε
b0 b0 2 2
k=1 n=1

ce qui montre la convergence de l’intégrale.


1146 Chapitre 9. Intégration

9.9 Intégrale des fonctions réelles


positives
9.9.1 Critère de convergence des fonc-
tions réelles positives
Remarque 9.9.1 Dans toute la suite, sauf précision con-
traire on supposera que −∞ < a < b ≤ +∞ si on considère
l’intervalle [a, b[ et que −∞ ≤ a < b < +∞ si on considère
l’intervalle ]a, b].

Théorème 9.9.1 Soit f : [a, b[→ R réglée positive. Alors


Z b
f (t) dt converge si et seulement si les intégrales par-
a
9.9. Intégrale des fonctions réelles positives 1147

Z x
tielles f (t) dt sont majorées :
a
Z x
∃M ≥ 0, ∀x ∈ [a, b[, f (t) dt ≤ M
a

Démonstration 9.9.1 Si a ≤ x < x0 < b, on a


Z x0 Z x Z x0
f (t) dt − f (t) dt = f (t) dt ≥ 0, dont l’ap-
a Za x x

plication x 7→ f(t) dt est croissante. En conséquence,


a
elle admet une limite au point b si et seulement si elle est
majorée.
1148 Chapitre 9. Intégration

Remarque 9.9.2 Dans le cas d’une fonction réglée f :


Z b
]a, b] → R positive, l’application x 7→ f (t) dt est cette
x
fois-ci décroissante ; donc elle admet une limite (à droite) au
point a si et seulement si elle est majorée. Dans tous les cas
d’intégrales impropres à gauche ou à droite d’une fonction
réelle positive, la convergence est équivalente à la majo-
ration des intégrales partielles ; dans ce cas, si l’intégrale
diverge, les intégrales partielles tendent vers +∞.

Théorème 9.9.2 Soit f, g : [a, b[→ R réglées telles que


∀t ∈ [a, b[, 0 ≤ f(t) ≤ g(t). Alors
Z b Z b
(i) si l’intégrale g(t) dt converge, l’intégrale f (t) dt
a a
9.9. Intégrale des fonctions réelles positives 1149

converge.
Z b Z b
(ii) si l’intégrale f (t) dt diverge, l’intégrale g(t) dt
a a
diverge.

Démonstration
Z x 9.9.2
Z x Pour (i), il suffit de remarquer
que f (t) dt ≤ g(t) dt, donc que tout majorant des
a a
intégrales partielles de g majore également les intégrales
partielles de f. Quant à (ii), ce n’est que la contraposée de
(i).

Remarque 9.9.3 On a déjà vu que la convergence ou la


1150 Chapitre 9. Intégration

divergence de l’intégrale était une propriété locale en b.


Pour appliquer le résultat précédent, il suffit donc de sup-
poser que sur un voisinage de b on a 0 ≤ f (t) ≤ Kg(t),
autrement dit que f (t) = O(g(t)) au voisinage de b.
9.9. Intégrale des fonctions réelles positives 1151

9.9.2 Règles de comparaison

Théorème 9.9.3 Soit f, g : [a, b[→ R réglées positives.


On suppose qu’au voisinage de b on a f = 0(g) (resp. f =
o(g)). Alors

Z b Z b
(i) si g(t) dt converge, f (t) dt converge également
Z b a Z b a Z b
et f(t) dt = 0( g(t) dt) (resp. f (t) dt =
Z bx x x

o( g(t) dt))
x
1152 Chapitre 9. Intégration

Z b Z b
(ii) si f (t) dt converge, g(t) dt converge également
Z x a Z x a Z x
et f (t) dt = 0( g(t) dt) (resp. f (t) dt =
Z xa a a

o( g(t) dt))
a

Démonstration 9.9.3 Les convergences et divergences


découlent immédiatement de la remarque qui suit le
théorème ci-dessus et du fait que f = o(g) ⇒ f = O(g). En
ce qui concerne la comparaison des restes ou des intégrales
partielles, la démonstration est tout à fait similaire à celle
du théorème analogue sur les séries. Nous allons les faire
9.9. Intégrale des fonctions réelles positives 1153

dans le cas f = o(g), la démonstration étant analogue pour


f = O(g) en changeant ε en K ou en 2K.
Z b
(i) Supposons f = o(g) et g(t) dt convergente. Soit
a
ε > 0. Il existe c ∈ [a, b[ tel que t ≥ c ⇒ 0 ≤ f(t) ≤
εg(t). Alors pour x ≥ c, on a (en intégrant l’inégalité de c
Z b Z b Z b
à b), 0 ≤ f (t) dt ≤ ε g(t) dt et donc f (t) dt =
Z b x x x

o( g(t) dt).
x
Z b
(ii) Supposons f = o(g) et f (t) dt divergente. Soit
a
ε
ε > 0. Il existe c ∈ [a, b[ tel que t ≥ c ⇒ 0 ≤ f (t) ≤ g(t).
2
1154 Chapitre 9. Intégration

Alors
Z x pour x ≥Zc,x on a (en intégrant l’inégalité de c à x),
ε
f (t) dt ≤ g(t) dt, soit encore à l’aide de la relation
c 2 c
de Chasles
Z x Z x µZ c Z c ¶
ε ε
0≤ f (t) dt ≤ g(t) dt+ f (t) dt − g(t) dt
a 2 a a 2 a

Z b
Mais comme on sait que l’intégrale g(t) dt diverge et que
Z x a

g ≥ 0, on a lim g(t) dt = +∞. Donc il existe c0 ∈ [a, b[


x→b a
Z x Z c Z c
ε ε
tel que x ≥ c0 ⇒ g(t) dt > f(t) dt − g(t) dt.
2 a a 2 a
9.9. Intégrale des fonctions réelles positives 1155

Alors, pour x ≥ max(c, c0 ), on a


Z x Z x Z x Z x
ε ε
0≤ f (t) dt ≤ g(t) dt+ g(t) dt = ε g(t) dt
a 2 a 2 a a
Z x Z x
et donc f(t) dt = o( g(t) dt).
a a

Remarque 9.9.4 Il suffit pour appliquer le théorème


précédent que la condition de positivité de f et g soit
vérifiée dans un voisinage de b.

Théorème 9.9.4 Soit f, g : [a, b[→ R réglées. On suppose


que g est positive et que au voisinage de b, on a f ∼ g.
1156 Chapitre 9. Intégration

Z b Z b
Alors les deux intégrales f (t) dt et g(t) dt sont de
a a
même nature. Plus précisément
Z b Z b
(i) Si g(t) dt converge, alors f (t) dt converge
a Z b Z b a

également et f (t) dt ∼ g(t) dt


x x
Z b Z b
(ii) Si g(t) dt diverge, alors f (t) dt diverge
a Z x Z x a

également et f (t) dt ∼ g(t) dt.


a a

Démonstration 9.9.4 Puisque f (t) ∼ g(t), il existe c ∈


9.9. Intégrale des fonctions réelles positives 1157

1 3
[a, b[ tel que x > c ⇒ g(t) ≤ f (t) ≤ g(t) ce qui montre
2 2
que f est positive au voisinage de b et que l’on a à la fois f =
O(g) et g = O(f ). Le théorème précédent assure alors que
Z b Z b
g(t) dt converge si et seulement si f (t) dt converge.
a a
Plaçons nous dans le cas de convergence. On a |f − g| =
Z b
o(g), on en déduit que l’intégrale |f (t) − g(t)| dt con-
Z b aZ
b
verge et que |f (t) − g(t)| dt = o( g(t) dt). Mais bien
¯Zx b Z b ¯x Z b
¯ ¯
évidemment ¯¯ f (t) dt − g(t) dt¯¯ ≤ |f (t) − g(t)| dt.
x x x
1158 Chapitre 9. Intégration

Z b Z b Z b
On a donc f (t) dt − g(t) dt = o( g(t) dt) et donc
Z b xZ x x
b
f (t) dt ∼ g(t) dt. Dans le cas de divergence, deux
x x Z b
cas se présentent. Si l’intégrale |f (t) − g(t)| dt diverge,
a Z
x
le théorème précédent assure que |f (t) − g(t)| dt =
Z x a Z x
o( g(t) dt) ; si par contre elle converge, |f (t)−g(t)| dt
a Z x a
admet une limite finie en b alors que g(t) dt tend vers
Z x a Z x
+∞ et on a donc encore |f (t)− g(t)| dt = o( g(t) dt).
a a
9.9. Intégrale des fonctions réelles positives 1159

¯Z x Z x ¯ Z x
¯ ¯
L’inégalité ¯¯ f (t) dt − g(t) dt¯¯ ≤ |f (t) − g(t)| dt
Z ax Z ax Z ax
donne alors f (t) dt − g(t) dt = o( g(t) dt) et donc
Z x aZ
x
a a

f (t) dt ∼ g(t) dt.


a a
1160 Chapitre 9. Intégration

9.9.3 Exemples fondamentaux


L’idée générale est d’obtenir une famille de fonctions
étalon.
Z +∞
dt
Proposition 9.9.1 L’intégrale α
converge si et
1 t
seulement si α > 1.

Z (
x
dt 1 1−α
Démonstration 9.9.5 = (1 − x ) si α 6= 1
α α − 1
1 t log x si α = 1
qui admet une limite finie en +∞ si et seulement si α > 1.
9.9. Intégrale des fonctions réelles positives 1161

Z +∞
dt
Exemple 9.9.1 Intégrales de Bertrand α (log t)β
. Si
e t
1
α > 1, soit γ tel que 1 < α < γ. On a alors α =
t (log t)β
1
o( γ ) et donc l’intégrale converge. Si α < 1, soit γ tel que
t Z +∞
1 1 dt
α < γ < 1 ; on a alors γ = o( α ) et comme
t t (log t)β e tγ
diverge, l’intégrale diverge. Si α = 1, on a par le changement
de variables u = log t,
Z x Z log x (
dt du 1 1−α
= = (1 − (log x) ) si α 6= 1
β uβ α − 1
e t(log t) 1 log log x si α = 1
qui admet une limite en +∞ si et seulement si β > 1. En
1162 Chapitre 9. Intégration

Z +∞
dt
définitive l’intégrale de Bertrand α (log t)β
converge
e t
si et seulement si α > 1 ou (α = 1 et β > 1).

Proposition 9.9.2 Soit −∞ < a < b < +∞. L’intégrale


Z b
dt
α
converge si et seulement si α < 1.
a |b − t|

Démonstration 9.9.6 On a
Z b (
1
dt ((b − a)1−α − (b − x)1−α ) si α 6= 1
α
= 1−α
a (b − t) log(b − a) − log(b − x) si α = 1
qui admet une limite au point b si et seulement si α < 1.
9.9. Intégrale des fonctions réelles positives 1163

Z 1/e
Exemple 9.9.2 Intégrales de Bertrand tα | log t|β dt.
0
Si α > −1, soit γ tel que α > γ > −1. On a alors en
α β γ tα | log t|β α−γ β
0, t | log t| = o(t ) (car = t | log t| tend
tγ Z 1/e
vers 0 quand t tend vers 0) et comme tγ dt converge,
0
l’intégrale converge. Si α < −1, soit γ tel que α < γ <
Z 1/e
−1. Alors tγ = o(tα | log t|β ) et comme tγ dt diverge,
0
l’intégrale diverge. Si α = −1, le changement de variables
u = − log t conduit à
Z 1/e Z − log x
| log t|β
dt = uβ du
x t 1
1164 Chapitre 9. Intégration

qui admet une limite quand x tend vers 0 si et seule-


ment si β < −1. En définitive, l’intégrale de Bertrand
Z 1/e
tα | log t|β dt converge si et seulement si α > −1 ou
0
(α = −1 et β < −1).

Remarque 9.9.5 Ce dernier exemple aurait pu également


être traité à partir des intégrales de Bertrand en +∞ à
1
l’aide du changement de variables u = qui est de classe
t
1
C et un homéomorphisme de ]0, 1/e] sur [e, +∞[ et
donc qui conserve la nature des intégrales. Ceci montre
Z 1/e
que l’intégrale tα | log t|β dt est de même nature que
0
9.9. Intégrale des fonctions réelles positives 1165

Z +∞
(log u)β du
l’intégrale α 2
qui converge si et seulement
e u u
si 2 + α > 1 ou 2 + α = 1 et β < −1.
1166 Chapitre 9. Intégration

9.10 Convergence absolue, semi-


convergence
9.10.1 Critère de Cauchy pour les
intégrales
Théorème 9.10.1 (critère de Cauchy). Soit E un espace
vectoriel normé complet et −∞ < a < b ≤ +∞. Soit f :
Z b
[a, b[→ E réglée. Alors l’intégrale f (t) dt converge si et
a
seulement si
Z v
∀ε > 0, ∃c ∈ [a, b[, c < u < v < b ⇒ k f (t) dtk < ε
u
9.10. Convergence absolue, semi-convergence 1167

Z x
Démonstration 9.10.1 Si F (x) = f (t) dt, la pro-
a
priété ci dessus est équivalente à

∀ε > 0, ∃c ∈ [a, b[, c < u < v < b ⇒ kF (v) − F (u)k < ε

ce qui n’est autre que le critère de Cauchy pour l’existence


de la limite de F au point b.
1168 Chapitre 9. Intégration

9.10.2 Convergence absolue


Définition 9.10.1 Soit f : [a, b[→ E réglée. On dit que
Z b
l’intégrale f (t) dt converge absolument si l’intégrale
Z b a

kf (t)k dt converge.
a

Théorème 9.10.2 Soit E un espace vectoriel normé com-


plet et −∞ < a < b ≤ +∞. Soit f : [a, b[→ E réglée. Si
Z b
l’intégrale f (t) dt converge absolument, elle converge.
a
9.10. Convergence absolue, semi-convergence 1169

Démonstration 9.10.2 Soit ε > 0. Puisque l’intégrale


Z b
kf (t)kdt converge, d’après le critère de Cauchy, il ex-
a Z v
iste c ∈ [a, b[ tel que c < u < v < b ⇒ kf(t)k dt < ε.
Z v Zu v
Alors c < u < v < b ⇒ k f (t) dtk ≤ kf (t)k dt < ε.
Z b u u

Donc l’intégrale f(t) dt vérifie le critère de Cauchy, par


a
conséquent elle converge.

Remarque 9.10.1 L’avantage est évidemment que la con-


vergence absolue concerne la convergence d’une intégrale de
1170 Chapitre 9. Intégration

fonction à valeurs réelles positives pour laquelle nous dis-


posons déjà de critères simples.
9.10. Convergence absolue, semi-convergence 1171

9.10.3 Règles de convergence


Proposition 9.10.1 Soit f : [a, b[→ E et g : [a, b[→ F
réglées. On suppose que f = 0(g) et que l’intégrale
Z b Z b
g(t) dt converge absolument. Alors l’intégrale f(t) dt
a a
converge absolument.

Démonstration 9.10.3 En effet f = 0(g) ⇐⇒ kf(t)k =


O(kg(t)k) au voisinage de b.

Remarque 9.10.2 En général la fonction étalon g sera


choisie à valeurs réelles positives.
1172 Chapitre 9. Intégration

Théorème 9.10.3 Soit f : [a, b[→ E et g : [a, b[→ R


réglées. On suppose que g est positive et qu’il existe ` ∈
E \ {0} tel que, au voisinage de b, f (t) ∼ `g(t). Alors
Z b Z b
(i) si g(t) dt converge, l’intégrale f(t) dt converge
a a
absolument
Z b Z b
(ii) si g(t) dt diverge, l’intégrale f (t) dt diverge.
a a

Démonstration 9.10.4 On a bien entendu, f = O(g), et


Z b
d’après la proposition précédente, si g(t) dt converge,
Z b a

l’intégrale f (t) dt converge absolument. Inversement,


a
9.10. Convergence absolue, semi-convergence 1173

Z b
supposons que l’intégrale f (t) dt converge. On a f −`g =
a
o(k`gk) et donc il existe c ∈ [a, b[ tel que t > c ⇒ kf (t) −
1 1
`g(t)k ≤ k`g(t)k = k`kg(t). Soit alors c < u < v < b ;
Z2 v 2 Z v
on a k`k g(t) dt = k` g(t) dtk puisque g est réelle
u u
positive. On a donc
Z v Z v Z v
k`k g(t) dt = k (`g(t) − f (t)) dt + f (t) dtk
u
Z vu Zu v
≤ k`g(t) − f (t)k dt + k f (t) dtk
u
Z v Z v u
1
≤ k`k g(t) dt + k f(t) dtk
2 u u
1174 Chapitre 9. Intégration

Z v Z v
2
On en déduit que g(t) dt ≤ k f (t) dtk. Comme
u k`k u
Z b
f (t) dt converge, l’intégrale vérifie le critère de Cauchy ;
a Z b
l’inégalité ci dessus montre que l’intégrale g(t) dt vérifie
a
également le critère de Cauchy, donc converge.
1
En utilisant alors nos fonctions ”étalons” α en +∞ et
t
1
α
en b ∈ R, on obtient les critères suivants
(b − t)

Théorème 9.10.4 Soit E un espace vectoriel normé. Soit


f : [a, +∞[→ E réglée.
9.10. Convergence absolue, semi-convergence 1175

1
(i) S’il existe α > 1 tel que f (t) = 0( α ), alors l’intégrale
Z +∞ t
f(t) dt converge absolument
a
`
(ii) S’il existe α ∈ R et ` ∈ E \ {0} tels que f (t) ∼ α
Z +∞ t
alors l’intégrale f (t) dt converge absolument si α > 1
a
et diverge si α ≤ 1.
(iii) Si E = R et f (t) ≥ 0, et s’il existe α ≤ 1 et ` > 0
(y compris +∞) tel que lim tαf (t) = `, alors l’intégrale
t→+∞
Z +∞
f(t) dt diverge.
a
1176 Chapitre 9. Intégration

Théorème 9.10.5 Soit E un espace vectoriel normé, b ∈


R. Soit f : [a, b[→ E réglée.
1
(i) S’il existe α < 1 tel que f (t) = 0( ), alors
(b − t)α
Z b
l’intégrale f (t) dt converge absolument
a
`
(ii) S’il existe α ∈ R et ` ∈ E \ {0} tels que f (t) ∼
(b − t)α
Z b
alors l’intégrale f (t) dt converge absolument si α < 1 et
a
diverge si α ≥ 1.
(iii) Si E = R et f (t) ≥ 0, et s’il existe α ≥ 1 et ` > 0 (y
compris +∞) tel que lim(b − t)α f (t) = `, alors l’intégrale
t→b
9.10. Convergence absolue, semi-convergence 1177

Z b
f (t) dt diverge.
a

2
Exemple 9.10.1 La fonction t 7→ e−t est continue sur
2 1
[0, +∞[ et en +∞ on a e−t = o( 2 ). Donc l’intégrale
Z t
+∞
−t2
e dt converge. De même, considérons l’intégrale
Z0 +∞
ts−1 e−t dt. L’application t 7→ ts−1 e−t est continue sur
0
]0, +∞[, donc l’intégrale est a priori doublement impropre
1
en 0 et en +∞. En +∞, on a ts−1 e−t = o( 2 ) et donc
t
l’intégrale converge en +∞. En 0, on a t e ∼ ts−1 > 0,
s−1 −t
1178 Chapitre 9. Intégration

donc l’intégrale converge si et seulement si s − 1 > −1 soit


s > 0. En définitive, l’intégrale converge
Z si et seulement
+∞
si s > 0. On pose alors Γ(s) = ts−1 e−t dt. Une
0
intégration par parties donne alors pour s > 0
Z y Z y
£ ¤y
ts e−t dt = −ts e−t x + s ts−1 e−t dt
x x
Z y
= xs e−x − y s e−y + s ts−1 e−t dt
x

et en faisant tendre x vers 0 et y vers +∞, on obtient


l’équation fonctionnelle Γ(s) = sΓ(s − 1). Tenant compte
Z +∞
de Γ(1) = e−t dt = 1, on obtient ∀n ∈ N, Γ(n) =
0
9.10. Convergence absolue, semi-convergence 1179

(n − 1)!. Remarquons également


√ qu’en faisant le change-
ment de variables t = u qui est de classe C 1 sur [x, y]
pour 0 < x < y < +∞, on obtient
Z y Z √
y
−t2 1 e−u
e dt = √
√ du
x 2 x u

En
Z +∞faisant tendre x vers 0 et y vers +∞, on obtient
−t2 1 1
e dt = Γ( ).
0 2 2
1180 Chapitre 9. Intégration

9.10.4 Semi-convergence
Z b
On dit qu’une intégrale f (t) dt est semi-convergente
a
si elle converge, sans être absolument convergente. L’outil
essentiel pour montrer une convergence non absolue est
l’intégration par parties ; les autres outils sont un théorème
d’Abel ou le retour pur et simple au critère de Cauchy.

Z +∞
sin t
Exemple 9.10.2 Etude de l’intégrale dt. On a
1 tα
sin t 1
α
= O( α
), donc si α > 1 l’intégrale converge absolu-
t t
ment.
9.10. Convergence absolue, semi-convergence 1181

Si 0 < α ≤ 1, on a après intégration par parties

Z x Z x
sin t cos x cos t
α
dt = cos 1 − α
+ α+1
dt
1 t x 1 t

Z +∞
cos x cos t
Mais lim = 0 et l’intégrale dt converge
x→+∞ xα 1 tα+1
cos t 1
absolument puisque α+1 = O( α+1 ). On en déduit que le
t t
terme de droite de l’égalité ci dessus a une limite en +∞, et
donc
Z +∞ le terme de gauche aussi. En conséquence, l’intégrale
sin t
α
dt converge. Montrons qu’elle ne converge pas
1 t
1182 Chapitre 9. Intégration

absolument ; on a
Z x Z x Z
| sin t| sin2 t 1 x 1 − cos(2t)
≥ dt = dt
1 tα 1 tα 2 1 t α
Z x Z x
1 1 1 cos(2t)
= dt − dt
2 1 tα 2 1 tα
Z +∞
1
Mais l’intégrale dt est divergente (car
1 Z +∞ tα
cos(2t)
α ≤ 1), alors que l’intégrale α
dt con-
1 t
verge (même méthode d’intégration par parties). On
Z x
sin2 t
en déduit que lim α
dt = +∞ et donc aussi
x→+∞ 1 t
9.10. Convergence absolue, semi-convergence 1183

Z x
| sin t|
lim α
dt = +∞.
x→+∞ 1 t
Si α ≤ 0, posons β = −α. On a (en posant t = u + nπ),
¯Z ¯ Z π
¯ (n+1)π ¯
¯ ¯
¯ tβ sin t dt¯ = (u + nπ)β sin u du
¯ nπ ¯ 0
Z π
≥ (nπ)β sin u du = 2(nπ)β
0

qui ne tend pas vers 0 quand n tend vers +∞ ; le critère de


Cauchy n’est pas vérifié, et donc l’intégrale diverge.
Dans certains cas, le théorème d’Abel peut rendre des
services (mais très souvent, une simple intégration par par-
ties peut s’y substituer)
1184 Chapitre 9. Intégration

Théorème 9.10.6 (Abel). Soit f : [a, b[→ R de classe C 1


et g : [a, b[→ R continue. On suppose que
– (i) f est positive, décroissante, de limite 0 en b
¯Z x ¯
¯ ¯
– (ii) ∃M ≥ 0, ∀x ∈ [a, b[, ¯ ¯ g(t) dt¯¯ ≤ M
a
Z b
Alors l’intégrale f (t)g(t) dt converge.
a

Démonstration 9.10.5 On montre que cette intégrale


impropre vérifie le critère de Cauchy à l’aide de la deuxième
formule de la moyenne (dont les hypothèses sur [u, v] sont
9.10. Convergence absolue, semi-convergence 1185

bien vérifiées)
¯Z v ¯ ¯Z w ¯
¯ ¯ ¯ ¯
¯ f (t)g(t) dt¯¯ = f (u) ¯¯ g(t) dt¯¯
¯
u
¯Zuw Z u ¯
¯ ¯
= f (u) ¯¯ g(t) dt − g(t) dt¯¯ ≤ 2M f (u)
a a

Soit ε > 0. Il existe c ∈ [a, b[ tel¯Z que c < u < ¯ b ⇒


¯ v ¯
2M f (u) < ε. Alors c < u < v < b ⇒ ¯ ¯ f (t)g(t) dt¯¯ ce qui
u
assure la convergence de l’intégrale.
Cours de mathématiques
0100100010000100
1011011101111011
0100100010000100
par Denis Monasse Ed.1011011101111011
Vuibert
Table des matières 0100100010000100
1011011101111011
0100100010000100
• Plan général • Séries entières 1011011101111011
0100100010000100
• Algèbre générale • Formes quadratiques1011011101111011
0100100010000100
• Algèbre linéaire • Formes hermitiennes1011011101111011
0100100010000100
• Réduction des endomorphismes • Séries de Fourier 1011011101111011
0100100010000100
• Topologie des espaces métriques • Calcul différentiel1011011101111011
1.234,00 0100100010000100
• Espaces vectoriels normés • Equations différentielles
43.009,45 1011011101111011
0100100010000100
• Comparaison des fonctions • Espaces affines 1011011101111011
96.000.000 0100100010000100
• Suites et séries numériques
100.230,00 • Courbes 1011011101111011
0100100010000100
• Fonctions d’une variable réelle
1.234,00 • Surfaces 1011011101111011
0100100010000100
• Intégration
43.009,45 • Intégrales multiples
1011011101111011
0100100010000100
96.000.000
• Suites et séries de fonctions • Index 1011011101111011
0100100010000100

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